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Full text of "Dictionnaire d'archéologie chrétienne et de liturgie"

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FOUNOEO  BY 


GOLDVVIN    SMITH 
HARRIET    SiHITH 


901 


L— J 


Digitized  by  the  Internet  Archive 
in  2013 


http://archive.org/details/dictionnairedarcv1  p1  cabr 


DICTIONNAIRE 

D'ARCHÉOLOGIE  CHRÉTIENNE 


ET 


DE   LITURGIE 


TOME    PREMIER 

PREMIÈRE     PARTIE 

A        AMENDE 


C 

DICTIONNAIRE 

D'ARCHÉOLOGIE  CHRETIENNE 


ET 


DE  LITURGIE 

PUBLIl':     PAR 

du   Rme    dom   Fernand    CABROL 

ABBÉ    DE    SAINT-MICHEl,    DE     FARNBOROUQH    (ANGLETERRE) 

et  du  R.  P.  dom  Henri  LECLERCQ 

AVEC  LE  CONCOURS  D'UN  CRAND  NOMBRE  DE  COLLABORATEURS 


TOME    PREMIER 

PREMIÈRE      PARTIE 

A   -  AMENDE 


^1 


V 


PARIS,  VI 

LIBRAIRIE      LETOUZEY      ET       ANE 
87,     Boulevard     Raspail,     87 


1924 

TOUS   DROITS    RÉSERVÉS 


PRÉFACE 


On  peut  dire  quo  depuis  le  xvic  siècle  les  sciences  historiques  se  renouvellent  tous 
les  cinquante  ans.  Tandis  que  les  savants,  les  critiques  et  les  érudils  sont  à  l'œuvre, 
des  documents  inconnus  sont  mis  en  lumière,  d'autres  sont  rejetés  comme  apocryphes 
ou  interpolés,  quelques-uns  interprétés  d'une  façon  nouvelle.  Des  dissertations  de 
détail  éclairent  des  coins  obscurs  de  l'histoire,  des  travaux  d'ensemble  révèlent  des  lois 
historiques  non  encore  soupçonnées  ou  donnent  aux  événements  leur  véritable  portée. 

Ce  renouvellement  continu  rend  nécessaires  des  répertoires  du  genre  de  celui  auquel 
ces  lignes  vont  servir  de  préface. 

Sans  donner  à  ces  réflexions  préliminaires  toute  l'étendue  qu'elles  comporteraient, 
nous  devons  cependant  nous  expliquer  sur  le  but  que  nous  poursuivons  et  les  moyens 
que  nous  mettons  en  œuvre. 


Qu'il  soit  utile,  même  nécessaire  d'avoir  aujourd'hui  un  nouveau  Dictionnaire 
d'archéologie  chrétienne  et  de  liturgie,  il  suftit  pour  en  convenir  de  jeter  un  coup  d'œil 
sur  les  travaux  composés  dans  la  deuxième  moitié  du  xixe  siècle,  en  archéologie  et  en 
liturgie. 

Le  premier  Dictionnaire  d'archéologie  chrétienne,  parmi  ceux  qui  comptent,  est  celui 
■de  l'abbé  Martigny,  sous  le  titre  de  :  Dictionnaire  des  antiquités  chrétiennes,  en  1864. 
La  deuxième  édition,  qui  date  de  1877,  a  été  considérablement  améliorée1. 

Ce  qui  étonne  en  parcourant  ce  travail,  c'est  qu'un  simple  prêtre  de  province, 
réduit  à  ses  seules  forces,  ait  pu  arriver  à  construire  une  œuvre  qui  suppose  tant  de 
recherches,  patiemment  poursuivies,  avec  un   esprit  éclairé,   curieux,    ingénieux   et 


i.  Martigny  avait  d'abord  été  choisi  pour  rédiger  dans  le  Dictionnaire  des  antiquités  grecques  et 
romaines  de  Daremberg  et  Saglio  la  partie  chrétienne.  Mais  la  collaboration  parut  si  importante  que  l'on 
irouva  préférable  de  la  publier  à  part,  de  là  l'origine  du  Dictionnaire  des  antiquités  chrétiennes. 

a 


n  PRÉFACE 

La  meilleure  preuve  de  son  mérite,  en  dehors  des  appréciations  bienveillantes  qui 
en  oui  été  portées  par  les  gens  compétents,  peut  être  tirée  de  ce  fait  qu'en  Angleterre 
et  en  Allemagne,  les  érudits  ont  voulu  tout  de  suite  doter  leur  pays  d'un  ouvrage 
analogue,  et  qu'ils  ont  pris  pour  base  de  leur  travail  le  Dictionnaire  de  Martigny  qu'ils 
se  sont  contentés  de  développer  et  de  mettre  au  courant. 

La  première  en  date  de  ces  imitations  parut,  en  Angleterre  sous  ce  titre  :  Dictionary 
of  Christian  Antiquities ,  en  2  vol.  gros  in-8°,  London,  1875,  sous  la  direction  de  William 
Smith  et  de  Samuel  Cheetam. 

On  était  étonné  ajuste  titre  que,  dans  l'ouvrage  français,  le  même  auteur  eût  écrit 
tous  les  articles.  Cela  supposait  un  esprit  d'une  nature  encyclopédique,  une  grande  sou- 
plesse d'intelligence,  en  même  temps  qu'une  extraordinaire  facilité  d'assimilation  et 
une  érudition  aussi  variée  qu'étendue. 

Mais  pour  cette  raison  même  on  était  un  peu  mis  en  garde  contre  cette  compétence 
presque  universelle,  n'y  ayant  guère  d'apparence  que  le  même  homme  pût  traiter 
avec  une  égale  sûreté  de  main  tant  de  questions  diverses.  Les  directeurs  anglais  se 
sont  entourés  au  contraire  d'un  grand  nombre  de  collaborateurs,  la  plupart  sortis  de 
ces  excellentes  écoles  de  Cambridge  et  d'Oxford,  et  dont  quelques-uns  étaient  des  maîtres 
comme  Fremantle,  Haddan,  Lighlfoot,  Stubbs,  Swainson,  'Wcslcott,  Wordsworth,  etc. 
Les  articles  distribués  aux  hommes  compétents,  d'après  un  plan  judicieux,  sont  géné- 
ralement très  bien  faits,  quelques-uns  sont  des  travaux  d'une  rare  valeur,  qui  aujour- 
d'hui encore  seront  consultés  avec  fruit;  dans  la  plupart  apparaissent  les  qualités  de 
l'esprit  scientifique  anglais,  le  sens  pratique,  l'allure  méthodique,  la  précision  et  le 
soin  du  détail,  la  sagesse  des  appréciations.  Mais  il  faut  avouer  que  si  le  grand  nombre 
des  collaborateurs  a  un  avantage,  il  a  un  grave  inconvénient  auquel  les  éditeurs  anglais 
n'ont  pas  su  se  soustraire;  il  y  a  parfois  entre  les  collaborateurs  des  contradictions,  et 
sur  des  points  graves,  dont  quelques-unes  ont  déjà  été  relevées. 

Le  Dictionnaire  allemand,  venu  en  1882,  et  qui  pouvait  profiler  de  l'ouvrage  anglais, 
est  dû  en  grande  partie  à  un  homme  qui  a  laissé  une  trace  profonde  dans  l'étude  des 
antiquités  chrétiennes,  et  à  qui  il  n'a  manqué,  pour  être  tout  à  fait  de  premier  ordre, 
qu'un  peu  plus  de  patience  et  de  suite  dans  les  travaux,  Xavier  Kraus.  C'est  à  lui 
que  revient  la  part  principale  dans  la  Real-Encyklopâdie  der  christlichen  Alterthùmer, 
2  vol.  in-8°,  Freiburg  im  Breisgau,  1882-1886,  qui  réalise,  comme  esprit  critique  el 
comme  science,  un  nouveau  progrès.  L'unité  de  vues  dans  les  différents  articles,  qui 
faisait  défaut  au  Dictionnaire  anglais,  est  ici  remarquable,  grâce  à  une  révision  sévère 
de  l'éditeur  '. 

Même  en  supposant  que  ces  Dictionnaires  aient  tenu  compte  de  tous  les  travaux, 
de  tous  les  progrès  accomplis  jusqu'à  l'année  1882,  époque  où  parut  le  dernier  d'entre 
eux,  ce  qui  du  reste  n'est  pas  le  cas,  comme  nous  le  montrerons  tout  à  l'heure,  depuis 
cette  date  que  de  recherches,  que  de  résultats  nouveaux  dans  le  champ  de  l'archéologie 
chrétienne  !  Des  travailleurs  pleins  d'ardeur,  appliquant  les  méthodes  les  plus  ingé- 

1.  Nous  ne  parlerons  pas  du  Wel/.eru.  Welte's  Kiirhenlr.viron  oder Encyklopûdie  der  katholischen  Theo- 
lo<jic.  a.  Huer  Hùlfswissenschaften,  2e  édit.  sous  la  direction  de  Hergenrôthei  cl  Kaulen,  \2  vol.,  Freiburg  un 
Breisgau,  Berder,  1882-1901,  ni  de  la  Realencyklopâdie  f&r  protestantische  Théologie  n.  Kirche  d'il. 
3* édit., sous  la  direction  de  A.  Ilauck,  commencée  en  1890,  parvenue  actuellement    1906  au  17*  volume,. 

on  voit  par  leur  titre  même  que  ces  ouvrages  répondent  à  une  conception  différente. 


PRÉFACE  m 

nieuses  et  les  plus  sûres  des  sciences  philologiques,  ont  fait  progresser  ces  études. 
Nous  ne  donnerons  pas  une  bibliographie  complète  de  ces  travaux1,  mais  nous 
citerons  les  plus  intéressants  pour  montrer  combien  il  devenait  urgent  d'en  consigner 
les  résultats  dans  un  travail  d'ensemble. 

L'année  môme  où  paraissait  le  2e  volume  de  la  Real-Encyklopâdie  de  Kraus,  Lo 
Blant  publiait  ses  Eludes  sur  les  sarcophages  chrétiens  de  la  Gaule,  in-4°.  Paris,  1886, 
que  suivront  bientôt  le  Nouveau  recueil  des  inscriptions  de  la  Gaule,  in-i°,  Paris,  1892, 
les  750  inscriptions  de  pierres  gravées  inédites  ou  peu  connues,  in-4°,  Paris,  1896. 

Kraus  lui-même  éditait  peu  de  temps  après  ses  Inscriptions  chrétiennes  de  la  région 
du  Rhin  [Die  christlichen  Inschriflen  der  Iiheinlande,  2  vol.  in-i°,  Freiburg  im  Breis- 
gau, 1890),  puis  son  Histoire  de  l'art  chrétien  [Geschichtc  der  christlichen  Kunst,  in-S0, 
Freiburg  im  Breisgau,  1893,  t.  u). 

Rohauit  de  Fleury,  en  18  grands  volumes,  nous  donnait  la  documentation  monu- 
mentale de  la  messe  :  La  messe.  Etudes  archéologiques  sur  ses  monuments,  8  in-i°, 
Paris,  1882-1888  ;  Les  saints  de  la  messe  et  leurs  monuments,  10  vol.  in-4°,  Paris,  1883- 
1890. 

De  Rossi  ajoutait  à  son  œuvre  quelques  pages  importantes  :  La  Bibbia  offerta  da 
Ceolfrido  abbate  al  sepolcro  di  S.  Pietro,  in-fol.,  Rorna,  1888;  La  capsella  argentea 
africana,  in-fol.,  Roma,  1889 

Des  disciples  fidèles  complétaient  ses  travaux  et  les  continuaient,  tandis  que  quel- 
ques adversaires  en  contestaient  certains  points2. 

D'autre  part,  l'art  byzantin  inspirait  des  œuvres  de  grand  mérite  : 

Ch.  Bayet,  L'art  byzantin,  in-8°,  Paris,  1882. 

Kondakov,  Histoire  de  l'art  byzantin  considéré  principalement  dans  les  miniatures 
2  vol.  in-4°,  Paris,  1886-1891. 

Pokrovskij,  Peintures  murales  dans  les  anciennes  églises  grecques  et  russes,  in-8% 
Moscou,  1890. 

Kondakov,  Description  des  monuments  de  l'antiquité  dans  quelques  églises  et  monas- 

1.  On  la  trouvera  sous  forme  chronologique  dans  le  Manuel  d'archcol.  cltrét.,  que  dom  Leclercq  va 
faire  paraître  et  dontil  a  bien  voulu  mettre  à  notre  disposition  les  bonnes  feuilles. 

2.  Schultze,  Die  Katakomben,  die  altchristlichen  Grabstàlten ,  ihre  Geschichte  u.  ihre  Monumente,  in-S", 
Leipzig-,  1882;  Die  theologische  Ertrag  der  Katakomben  forschung,  in-8°,  Leipzig,  1882;  Die  altchristlichen 
Bildwerke  u.  die  wissenschaft licite  Forschung,  in-8°,  Leipzig,  1889;  Archàologie  der  altchristl.  Kunst,  in-8°, 
Miinchen,  1895.  Lefort,  Etudes  sur  les  monuments  primitifs  de  la  peinture  chrétienne  en  Italie,  in-12,  Paris, 
1885  ;  Grousset,  Etude  sur  l'histoire  des  sarcophages  chrétiens,  in-S,  Paris,  1885  ;  Armelliui,  Lechiesedi  Roma 
dalle  loro  origine sino  al  secolo  xvi,  in-8°,  Roma,  1887,  1891  (2e  édit.) ;  Lezioni  di  archeologia cristiana,  in-8% 
Homa,  1898;  Wilpert,  Principienfragen  der  christl.  Archàologie,  in-8°,  Freiburg-im-Breisgau,  1889-1890; 
Ein  Cyklus  christologiscîicr  gemàlde  aus  der  Katacomben  der  heiligen  Petrus  u.  Marcellinus,  in-8°,  Freiburg 
im  Breisgau,  1891  ;  Die  Katakombengemâlde  u.  iltre  alten  Copien,  in-4°,  Freiburg  im  Breisgau,  1891  ; 
Die  gotgeweihten  Jungfraucn  in  den  ersten  Jahrhuriderte  der  Kirche,  in-i°,  Freiburg  im  Breisgau,  1892  ; 
Fraclio  panis,  die  atteste  Darstellung  des  eucharistischen  Opfers,  in-4°,  Freiburg  im  Breisgau,  1895; 
trad.  française,  Paris,  1896  ;  Die  Mtdereien  in  der  Sahramentskapelle  in  der  Katak.  d.  heiligen  Callistus,  in-8% 
Freiburg  im  Breisgau.  1897;  Die  Malereien  der  Katakomben  Rom,  2  vol.  in-fol.,  Freiburg  im  Breisgau, 
1903  :  Msr  Arthur  Barnes,  St. -Peter  in  Rome  and  his  tomb  on  the  Vatican  Hill,  in-8°,  London,  1900  ;  Maruc- 
chi,  l'un  des  plus  féconds  disciples  du  Maître,  Il  cimetero  e  la  basilica  di  sun  Valentino,  in-8°,  Borna,  1890; 
Guida  del  Museo  cristiano  lateranense,  in-12,  Homa,  1898;  Eléments  d'archéologie  chrétienne,  3  vol.  in-8°, 
Rome,  1900-1903. 


IV  PRÉFACE 

tères  de  Géorgie  (en  russe),  Pétersbourg,  1890.  Le  même,  Les  émaux  byzantins,  collec- 
tion de  M.  A.  W.  Zweriigorodskol,  in-4°,  Francfort,  1892. 

Strzygowski,  Die  byzantinische  Wasserbehàlter  vonKonstantinopel ,  in-8°,  Wien,  1893. 

Lethaby  et  Swainson,  The  Church  of  sancta  Sophia,  in-8°,  London  et  New-York,  1894. 

Uvarow,  Monuments  chrétiens,  matériaux  pour  V archéologie  du  Caucase,  in-4°,  Saint- 
Pétersbourg  (en  russe),  1894. 

Bock,  Die  byzantinische  Zeilenschmelze  der  Sammlung  Dr.  A.  W.,  in-4°,  Aacbcn,  189G. 

Rddin,  Die  Mosaïken  der  ravennatischen  Kirche,  in-8°,  Petersburg,  1896. 

Stassoff,  Gesch.  des  Huches  :  Byzantinische  Zellenernails,  A.  V.  Zwcnigorodskoï, 
in-4°,  Petersburg,  1898. 

Van  Millingen,  Byzantine  Constantinople.  The  Walls  of  the  city  and  adjoining  his- 
torical  sites,  in-8°,  London,  1899. 

Ainalov,  Fondements  hellénistiques  de  fart  byzantin,  Pétersbourg,  1900. 

Diebl,  Justinien  et  la  civilisation  byzantine  au  ve  siècle,  in-4°,  Paris,  1901. 

Diez  et  Quitt,  Urspruny  und  Sieg  der  altbyzantinischen  Kunst,  in-4°,  Wien,  1903. 

G.  Millet,  La  collection  chrétienne  et  byzantine  des  Hautes-Etudes,  in-8°,  Paris,  1903. 

De  Reylié,  L'habitation  byzantine,  in-4°,  Paris,  1903. 

Errard  et  Gayel,  L'art  byzantin  d'après  les  monuments  de  l'Italie,  de  fis  trie  et  de 
la  Dalmatie,  l.  i,  Venise,  la  basilique  de  Saint-Marc;  t.  n,  Parenzo,  in-fol.,  Paris,  1903. 

E.  Millet,  L'art  byzantin,  dans  A.  Michel,  Histoire  générale  de  l'art,  t.  i,  Paris, 
1905. 

Les  procèdes  architectoniques  des  édifices  chrétiens  et  l'histoire  des  basiliques 
étaient  étudiés  avec  plus  de  méthode  et  de  suite  dans  une  série  de  travaux  importants. 

Dehio  et  IJezold,  Kirchliche  Dau kunst  des  Abcndlandes,  in-8°,  Stuttgart,  1884-1899, 
avec  un  atlas  in-fol. 

Adamy,  Architektonik  der  altchristl.  Zeit,  in-8",  Hannovcr,  1884. 

Lange  (K.),  Bans  und  Halle.  Studien  zur  Geschichte  des  antiken  Wohnhauscs  it.  der 
Basilika,  in-8°,  Leipzig,  1885. 

Jakson,  The  Architecture  of  Dalmatia,  Londres,  1887. 

Cattaneo,  L'architettura  in  Italia  dal  sec.  n  al  mille  circa,  in-80,  Venczia,  1889. 

De  Lasteyrie,  La  basilique  de  Saint-Martin  de  Tours,  in-4°,  Paris,  1892. 

Dehio,  Die  christliche  Baulcunst  des  Abcndlandes,  in-8",  Stuttgart.  1892. 

Crostarosa,  Le  basilichc  crisliane,  in-8",  Roma,  1892. 

Clausse,  Basiliques  et  mosaïques  chrétiennes,  Italie-Sicile,  2  vol.  in-8°,  Paris.  1895. 

Giovenale,  La  basilica  di  S.  Maria  in  Cosmedin,  in-8°,  Roma,  1895. 

Diepolder,  Der  Tempelbau  der  vorchristtichen  u.  christlichen  Zeit  oder  die  bitdenden 
Iîïoisleim  Dicnste  der  Religion  bei  den  Ileiden,  luden,  Muhammendannern,  u.  Christian, 
in-8°,  Leipzig,  1900. 

Rivcira,  Le  origini  délia  architettura  Lombarda,  in-4",  Roma,  1901. 

Lella,  Contribute  alla  storia  de  If  arte  médiévale  ne  Uà  bassa  Italia.  L'antica  basilica 
cristiana  di  Sessa  Aurunca  cd  i  suoi  monumenti,  in-8°,  Cftuino,  1901. 

Cram,  Church  Building,  a  study  of  the  principles  of  architecture  in  their  relations 
to  the  Church,  in-8",  Roston,   1901. 

Macs,  Basilica  pap;v  Julii  l  juxta  Forum,  in-8",  Roma,  1901 


PRÉFACE  V 

Agapito  y  Revilla,  La  basilica  visigoda  de  San  Juan  Bautista  en  Bahos  de  Cerrato, 
in-8°,  Valladolid,  1902. 

Witfing,  F)ie  An/ange  christlicher  Architektur.  Gedanken  liber  Wesen  u.  Enstehunn 
der  christlichen  Basilika,  in-8°,  Strasburg,  1902. 

Du  même,  Westfranziïsischen  Knppelkirchen,  in-S°,  Strasburg,  190£. 

Bortaux,  L'art  dans  l'Italie  méridionale,  in-8°,  Paris,  1904 

Les  catacombes,  que  l'on  croyait  un  sujet  épuise  après  De  Rossi,  ont  livré  soit  à 
Rome,  soit  dans  d'autres  villes,  de  nouveaux  secrets,  et  les  ouvrages  où  ces  fouilles  sont 
consignées  méritent  d'être  dépouillés. 

Germano,  Memorie  archeologiche  e  critiche  sopra  gli  atti  e  il  cimitero  di  S.  Gentizio 
di  Ferento  precedute  da  brevi  notizie  sul  territorio  dell'  antica  via  Ferentana,  in-8°, 
Roma,  1886. 

Von  Wilmousky,  Das  Cômeterium  S.  Eucharii.  Ein  Beitrag  zur  àltesten  christl. 
Geschichte  Triers,  in-i°,  Trier,  1886. 

Marucchi,  El  Cimitero  e  la  basilica  di  San  Valentino,  in-8°,  Roma,  1890. 

A  De  Waal,  Diepostclgruft  ad  catacumbas  an  der  via  Appia,  eine  hist.  arch.  Unter- 
snchnng  auf  Grand  der  neuesten  Ausgrabungen,  in-8°,  Roma,  18*94. 

Germano,  La  casa  Cœlimontana  dei  SS.  martiri  Giovanni  e  'Paolo,  in-8°,  Roma, 
1891. 

Strazzula,  Dei  recenti  scavi  eseguiti  nei  cimiteri  délia  Sicilia,  in-8°,  Palermo,  189(5. 

Jozzi,  Snpplemento  alla  Borna  sotterranea  cristiana  dei  G.-B.  De  Bossi,  in-8°,  Roma, 
1897  (2péd.  1898). 

Fubrcr,  Forschungen  zur  Sicilia  sotterranea,  in-4°,  Miinchen,  1897. 

Tumiati,  La  chiesa  dei  SS,  Abbondio  ed  Abboudanzio  in  Bignano  Flaminio,  presso 
Roma,  dans  Carte,  1898. 

De  Rock,  Matériaux  pour  servir  à  l'archéologie  de  l'Egypte  chrétienne,  Saint-Péters- 
bourg, 1901. 

Fûhrer,  Ein  altcliristliches  Ilgpogœum  im  Bereiche  der  Vigna  Cassia,  in-8°,  Miin- 
chen, 1902. 

Lanciani,  Storia  degli  scavi  di  Borna  e  notizie  interno  le  collezioni  Bomani  di  anti- 
data, Roma,  1902. 

Kaufmann,  Ein  altcliristliches  Pompeij  in  der  libyschen  Wïiste,  in-8°,  Mainz,  1902. 

Jerovsek,  Die  rômischen  Katakomben,  in-8°,  Marburg. 

Enfin,  et  avant  tout  autre,  il  faudrait  citer  le  nouveau  bulletin  d'archéologie  (Nuovo 
bulleltino  di  archeol.  crist.;  ufftciale  per  i  reseconli  délia  commissione  di  archeol.  sacra 
sugli scavi  e  sulle  scoperle  nelle  catacombe  romane,  1895  sq.),  qui  enregistre  les  décou- 
vertes, et  donne  de  bonnes  dissertations  sur  divers  points  d'arcbéologie  chrétienne,  et  la 
Rùmischc  Quartalschrift  fur  christl.  Alterthumskunde  u.f.  Kirchengeschichte,  commencée 
en  1887  à  Rome. 

Il  faut  rappeler  aussi  que  nos  colonies  du  nord  de  l'Afrique  ont  été  explorées  avec 
une  patience  et  une  sagacité  qui  ont  obtenu  les  plus  beaux  résultats  et  ouvert  de 
nouveaux  horizons  sur  l'histoire  de  l'archéologie  et  de  l'art  chrétien.  Nous  ne  ferons 


vi  PRÉFACE 

que  citer  les  noms  de  Gsell1,  et  ceux  d'Audollent  et  du  P.  Delattre2,  qui  ont  ressuscité 
en  quelque  sorte  l'Afrique  chrétienne. 

Enfin  dans  cette  enquête  sommaire  sur  les  ouvrages  qui  ont  apporté  une  contribu- 
tion nouvelle  à  l'archéologie  chrétienne,  on  ne  saurait  oublier  les  travaux  de  Muntz3, 
dont  l'activité  s'est  portée  à  plusieurs  reprises  sur  l'archéologie  chrétienne,  et  surtout 
ceux  de  M.  Strzygowski  qui,  par  ses  recherches,  a  modifié  si  profondément  nos  concep- 
tions4 et  a  retrouvé  les  origines  de  l'art  chrétien,  non  pas  à  Rome  ou  en  Italie,  mais 
en  Egypte  et  surtout  en  Asie-Mineure. 

On  ne  peut  disconvenir  que  ces  travaux  constituent  un  vaste  et  riche  ensemble,  et 
qu'il  n'est  pas  inutile  d'en  enregistrer  les  conclusions.  Cette  seule  raison  suffirait,  selon 
nous,  à  justifier  la  création  d'un  nouveau  Dictionnaire  d'archéologie. 

Mais  de  plus,  on  se  tromperait  si  l'on  supposait  que  nos  prédécesseurs  ont  usé  de 
toutes  les  richesses  qu'avaient  accumulées  les  travaux  de  leurs  devanciers;  que  de 
riches  épis  à  glaner  derrière  eux!  La  génération  savante  du  xixe  siècle,  poussée  par  un 
esprit  de  nouveauté,  qui  est  un  peu  celui  de  toutes  les  époques,  par  un  sentiment  de 
dédain  pour  les  anciens,  et  par  une  certaine  suffisance  que  lui  donnaient  des  conquêtes 
d'une  incontestable  valeur  dans  le  domaine  des  sciences  philologiques  et  historiques, 
s'est  montrée  en  général  trop  oublieuse  du  passé,  et  cette  disposition,  il  faut  le  dire,  ne 
semble  pas  devoir  disparaître  parmi  nos  jeunes  générations  studieuses.  Quand  on  est 
à  portée  de  l'une  ou  l'autre  des  trois  ou  quatre  grandes  bibliothèques  d'Europe, 
comme  le  British  Muséum,  où  s'entassent  depuis  des  siècles  les  richesses  du  xvic,  du 
xvne  et  du  xviue  siècle,  on  est  étonné  de  trouver  parmi  les  travaux  de  ces  savants 
d'ordinaire  si  probes,  si  consciencieux,  si  appliqués,  des  œuvres  fortes  et  judicieuses,  des 
dissertations  très  bien  menées,  qui  ont  été  peu  exploitées  jusqu'ici  et  où  l'on  rencontre 
sinon  résolus,  au  moins  soulevés  avec  une  grande  perspicacité,  un  grand  nombre  de 
problèmes  que  nous  étudions  on  histoire,  en  archéologie,  en  liturgie  et  que  nous 
croyons  nouveaux  '. 

1.  Recherches  archéologiques  en  Algérie,  in-8°,  Pans,  1893.  Les  monuments  antiques  de  VAIgërie,  2  vol. 
in-8°,  Paris,  1901.  «  Ouvrage,  dit  justement  dom  Leclercq,  Manuel  d'archéologie,  t.  i,  p.  27,  qui  lait 
revivre  l'Afrique  monumentale  du  passé.  » 

2.  Audollent,  Carlhage  romaine,  446  avant  Jésus-Christ,  698  après  Jésus-Christ;  il  y  faut  joindre  Car- 
ton. Découvertes  archëol.  et  èpigraphiques  faites  en  Tunisie,  in-8°,  Paris,  189o;  (iauckler,  L'archéologie  de 
la  Tunisie,  in-8°,  Paris,  1896;  de  la  Blanchère,  Tombes  en  mosaïque  de  Thabarca,  in-8°,  Paris,  1897;  et 
plusieurs  mémoires  et  travaux  de  détails  parus  dans  les  revues  africaines. 

Pour  le  P.  Delattre  qui  a  publié  un  grand  nombre  de  dissertations  et  de  travaux,  on  trouvera  une 
bibliographie  complète  de  ses  œuvres  sous  ce  titre  :  Musée  Lavigerie,  Publications  des  Pèrts  blancs,  à  la 
fin  de  l'opuscule  :  Un  pèlerinage  aux  ruines  de  Carthage  et  au  Musée  Lavigerie,  par  le  R.  P.  Delattre, 
Lyon,  1902. 

3.  E.  Muntz,  Études  sur  l'histoire  de  la  peinture  et  de  l'iconographie  chrétienne,  in-8°,  Paris,  1886;  Les 
sources  de  l'archéologie  chrétienne,  dans  les  Mélanges  d'archéol.  et  d'hist.,  1884;  La  mosaïque  chrétienne  des 
premiers  siècles,  in-8°,  Paris,  1893;   Une  industrie  ancienne  à  ressusciter  (la  mosaïque),  in-8°,  Paris,  1898. 

4.  On  peut  voir  les  résultats  de  ces  recherches  heureusement  consignés  dans  dom  Leclercq,  Manuel 
d'archéol.  chrét.,  t.  i,  p.  27  sq.  Les  principaux  ouvrages  de  Strzygowski  sonl,  outre  celui  cilé  plus  haut, 
Strzygowski,  Die  Kalenderbilder  des  chronographs  von  Jahre  354,  in-8°,  Berlin,  1888;  Die  Etschmiadzin 
Evangeliar,  in-4°,  Wien,  1891  ;  Orient  oder  Rom,  in-8",  Leipzig,  1901  ;  Klein  Asicn,  1903. 

o.  Parmi  tant  de  personnes  qui  se  sont  intéressées  à  notre  œuvre,  il  n'est  que  juste  de  remercier 
ici  les  administrateurs  de  la  Bibliothèque  tlu  British  Muséum,  auprès  desquels  nous  avons  toujours  trouvé 
un  accueil  aussi  sympathique  qu'intelligent. 


PREFACE  vu 


II 


Pour  la  liturgie  il  faut  affirmer  avec  plus  de  force  encore  ce  que  nous  disions  à 
propos  des  études  archéologique.  Dans  la  seconde  moitié  du  xixc  siècle,  après  une 
période  de  stagnation  à  peu  près  complète,  de  1800  à  1850,  ces  études  ont  été 
renouvelées.  J'ai  ailleurs  dressé  le  bilan  assez  complet  des  travaux  accomplis 
dans  celte  période1.  Je  ne  citerai  ici  que  ceux  qui  ont  marqué  un  progrès  vraiment 
sérieux. 

Nous  donnerons  la  première  place  à  la  publication  des  documents  nouveaux.  Il 
faut  avouer  que  depuis  le  xvne  on  avait  peu  fait  dans  ce  sens;  nous  vivions  un  peu 
trop  sur  ce  que  nos  prédécesseurs  nous  ont  légué.  Notre  base  d'opération  paraissait 
donc  étroite.  Or  la  seconde  partie  du  xix°  siècle  et  les  premières  années  de  celui-ci.  ont 
été  marquées  en  liturgie  par  quelques  découvertes  retentissantes. 

En  premier  lieu  il  faut  citer  la  Aioayrj  tcov  'A-octo'Xcov  -  qui  est  probablement  de  la 
fin  du  Ier  siècle,  et  qui,  avec  quelques  règlements  sur  la  liturgie  primitive,  nous  donne 
des  fragments  de  prières  du  plus  grand  intérêt. 

Les  canons  dits  de  saint  Hippolyte  contiennent  aussi  des  prescriptions  très  anciennes 
sur  l'ordination,  sur  le  baptême,  et  quelques  autres  points  de  liturgie  3. 

Les  diverses  constitutions  anciennes,  sous  quelque  nom  qu'on  les  désigne,  éta- 
blissent aussi  des  règles  liturgiques  qui  ne  sont  pas  sans  intérêt  pour  nos  études4. 

L'Anaphore  de  Sérapion  ou  prières  de  la  messe,  dues  à  cet  évoque  de  Thmuis  au 
ivc  siècle,  sans  doute  la  plus  ancienne  formule  connue  du  canon 5,  le  Testamentum 
D.  N.  Jesu  Christi,  étroitement  apparenté  aux  constitutions  apostoliques  et  qui,  comme 
elles,  contient  une  liturgie  du  ivc  ou  du  vc  siècle6. 

Bickell  a  donné,  d'après  un  papyrus  du  commencement  du  ive  siècle,  deux  courtes 
antiennes  qui  sont  parmi  les  plus  anciens  monuments  de  la  liturgie  écrite,  l'une  en 

1.  Introduction  aux  études  liturgiques,  in-12,  Paris,  1900. 

2.  Édilée  la  première  fois  par  Philothe'e  Bryennios,  Constantinople,  1883,  plusieurs  fois  ensuite. 
Cf.  Funk,  Opéra  PalrumapostoL,  Tubhngœ,  1887,  1. 1,  p.  cxl. 

3.  La  date  et  l'origine  de  ces  canons  a  donné  lieu  à  d'érudites  discussions  qui  ne  sont  pas  près  de 
finir,  voir  surtout  Arhelis,  Die  canones  Hippohjti,  dans  Texte  u.  Untersuchungen,  Leipzig,  1891  ;  Funk,  Die 
Apostolischen  Konstitutionen,  Rotlenburg,  1 891 ,  et  A.  d'Alès,  La  théologie  de  saint  Hippolyte,  Paris,  1900, 
p.  169  sq. 

4.  Cf.  outre  l'ouvrage  de  Funk  déjà  nommé  :  E.  Hauler,  Didascalia  apostat,  fragmenta  Veronensla 
Latina,  Leipzig,  1900;  G.  Horner,  The  statutes  of  the  apostles  or  Canones  ecclesiastlci,  London,  1904; 
Unbekaunte  Fragmente  altchristl.  Gemeindeordnungen,  dans  Sitzungsb.  de  l'Ac.  royale  de  Rerlin,  1900; 
el  un  résumé  de  tous  ces  travaux  dans  Funk,  Didascalia  et  Constitutiones  Apostolorum,  2  vol.  in-8°, 
Paderborn,  1900. 

ii.  Publié  par  G.  Wobbermin,  dans  Texte  u.  Untersuchungen,  1899,  puis  à  nouveau  par  Brightman, 
dans  Journal  of  thcolog.  Studies,  1889,  p,  88. 

0.  La  première  édition  avec  traduction  latine  donnée  par  M«r  Ign.  Hliamani,  Mayence,  1899  ;  cf.  aussi 
Funk,  Das  Testament  unseres  Herm  u.  die  verwandten  Schriften,  dans  Forschungen  z.  christi.  Litcratur 
u.  Dogmengesch.,  Mainz,  1901. 


vin  PRÉFACE 

l'honneur  de  la  Nativité,  l'autre  de  saint  Jean-Baptiste1;  de  nouveaux  Ordines  romani 
ont  été  publiés  par  M.  De  Rossi  et  par  M*T  Duchesne2. 

La  Peregrinatio  ad  loca  sancta  contient  une  liturgie  de  Jérusalem  nu  ivc  siècle,  qui 
ouvre  des  perspectives  nouvelles  sur  ces  questions3. 

Les  liturgies  gallicanes  se  sont  enrichies  de  fragments  qui  nous  permettent  d'en 
mieux  apprécier  les  caractères.  En  premier  lieu  il  faut  placer  les  messes  de  Mone,  Latei- 
nische  i(.  grir.se/nc/ic  Messen  ans  dem  zweiten  bis  sechsten  Jahrk.,  Frankfurt,  1850,  dans 
Migne,  P.  L.,  t.  cxxxvm,  col.  8G3,  qui  sont  d'une  importance  caj  itale  dans  l'histoire  do 
l'eucologie  latine.  Puis  quelques  autres  fragments  de  moindre  importance  : 

Un  fragment  dans  Mai,  Script,  vet.  >wva  collectw,  Rome,  1828.  t.  m,  2e  partie,  p.  2i~r 
dans  Iîammond,  Liturgies  eastern  and  western,  p.  lxxxi,  et  dans  Migne.  P.  L.t 
t.  cxxxvm,  col.  803. 

Dans  Bunsen,  Analecta  antenicœna,  t.  m,  Ueiiquix  liturgies:,  Lond.,  1854,  et  dans 
Iîammond,  Liturgies  eastern  and  western,  p.  53. 

Le  fragment  publié  par  Peyron,  M.  T.  Ciceronis  oration.  fragment.,  Stuttg.,  182'k 
p.  226,  reproduit  dans  Iîammond,  The  ancient  liturgy  of  Anlioch,  p.  51. 

Les  fragments  de  Priscillicn  publiés  par  Schepss  :  Priscilliani  quse  supersunt  (dans 
Corpus  scriplor.  ecclesiast.  lalinor.  de  Vienne),  Vienne,  18S9,  contiennent  une  Dene- 
diclio  super  fidèles,  sous  forme  de  préface  qui  n'a  pas  encore,  que  je  sache,  été  signa- 
lée (p    103-106). 

La  liturgie  celtique  qui  se  rattache  à  la  liturgie  romaine  d'une  part,  et  aux  liturgies 
gallicanes  de  l'autre,  a  été  découverte  dans  ces  dernières  années.  La  plupart  des  frag- 
ments ont  été  publiés  par  F.  E.  Warren,  The  liturgy  and  ritual  of  the  celtic  Church, 
in-8°,  Oxford,  1881. 

De  tous  ces  fragments  le  plus  célèbre  est  le  missel  de  Slowe  qui  a  été  aussi  publié 
(pour  les  messes  seulement)  par  le  Dr  Mac  Carthy,  dans  Transactions  of  the  Royal  [risfi 
Aeademy,  vol.xxvu  (n°G,  Dublin,  188G),  p.  192-232.  C'est  la  meilleure  édition.  Quelques 
autres  fragments  celtiques  ont  été  découverts  par  Meyer  et  Bannister,  cf.  Journal  of 
thcological sludies,  1003,  p.  49  sq.  et  G10. 

The  Prayer  Boo/c  of Mdelwald  the  bishop,  commonly  eu  lied  the  Booh  of  Cerne,  edited 
by  A.  B.  Kuypers,  in-i",  Cambridge,  1902. 

La  liturgie  ambrosienne  dont  presque  aucun  monument  ancien  n'avait  été  publié, 
peut  être  étudiée  maintenant  sur  quelques-uns  de  ses  principaux  documents. 

M.  Magislretti,  Monumenta  veteris  Ecclesie  ambrosianœ .  Manuale  Ambrosianum. 
2  vol.  gr.  in-8",  Mcdiolani,  1905. 

Du  môme,  Pontificale  in  usum  Ecclesix  Mcdiolanrnsi*  neenon  ordines  Ambrosiani, 
1  vol.  in-8°,  1897. 

1.  Mitlheil.  ans  der  Sammlung  der  Papyrus  Erzh.  Renier,  1S87,  cf.  Ilarnack,  Gesch.  der  altchr.  Lllteratur, 
t.  i,  p.  407. 

2.  De  Iîossi,  Inscriptiones  christianx  urbis  Romx,  l.  n,  p.  31,  33;  Dueliesne,  Origines  du  culte  chrétien. 
appendice,  Ordines  du  manuscrit  de  Saint-Amand  (éd.  angl.,  l'JOi,  p.  b'.i'ô  sq.). 

3.  Publié  par  F.  Gamurrini,  dans  Bibliothcca  dell'  Accademia  storico-giuridica,  Roma,  1887,  t.  iv.  Cf. 
Sie  duti  documenti  di  storia  e  diritto,  1888,  et  notre  élude  sur  la  Peregrinatio  Silvix.  Les  eylises  de  Jéru- 
salem, la  discipline  et  la  liturgie  au  jva  siècle,  in-8°,  Paris,  1895. 


PRÉFACE  ix 

Dcroldus  sive  EcclesisR  ambrosianœ  Kalendarium  et  ordincs  sxc.  xu,  Milano  (édité 
d'abord  par  Muràtori),  in-4°,  1894,  par  Magistretti. 

On  doit  aux  Bénédictins  do  Solesmes  la  publication  de  plusieurs  autres  monuments 
de  cette  liturgie,  un  sacramentaire,  des  capitulaires.  un  antipbonaire,  etc.'. 

Quant  à  la  liturgie  mozarabe,  trop  peu  connue  aussi  jusqu'ici,  les  publications  de 
dom  Germain  Morin,  et  de  dom  Férotin  nous  permettent  de  l'étudier  dans  ses  grandes 
lignes. 

Dom  Germain  Morin,  Liber  comicus  sive  lectionarius  misses  quo  Toletana  Ecclesia 
ante  annos  mille  et  ducentos  utebatur,  in-8°,  Maredsoli,  1893. 

Dom  Férotin,  Liber  ordinnm,  dans  le  t.  vde  nos  Monumenta  Ecclesiœ  liturgiea*.  Plus 
récemment  encore  on  nous  a  donné  un  psautier  et  un  bymnairc  de  cette  église3 

A  une  liturgie  de  l'Italie  du  centre,  probablement  Bavenne,  appartiennent  une  série 
d'oraisons  publiées  par  Ceriani*,  et  qui  se  rapprochent  de  la  liturgie  romaine. 

On  a  retrouvé  aussi  quelques  fragments  de  liturgie  assez  étroitement  apparentés  au 
léonien5. 

Enfin  il  faut  signaler  la  publication  de  collections  d'inédits  liturgiques  qui,  pour 
n'avoir  pas  la  même  valeur  que  les  précédents,  forment  une  base  plus  solide  pour  l'étude 
des  liturgies  locales. 

Au  premier  rang  nous  placerons  les  publications  de  la  Bradshaw  Society,  qui  a  réé- 
dité des  textes  comme  Y Antiphonaire  de  Bangor6,  édité  pour  la  première  fois  le  Missel 
de  Robert  de  Jumièges'1  et  quelques  autres  documents  de  la  liturgie  d'Angleterre9. 

La  Stirtees  Society  a  publié  aussi  quelques  textes  liturgiques,  entre  autres  le  Ponti- 
fical d'Egbert9,  un  psautier  et  des  hymnes  de  l'Église  anglo-saxonne10,  le  Missel  et  le 
Pontifical  de  l'Église  d'York,  etc.". 

1.  Auctarium  Solesmense,  Codex  sacrnmentorum  Bergomensis,  etc.  fascic.  i  (seul  paru),  in-S°,  Solesmis, 
1900.  Les  tomes  v  et  vi  de  la  Paléographie  musicale  contiennent  l'antiphonaire  ambrosien,  avec  une 
savante  introduction  sur  ces  ouvrages;  sur  la  bibliographie  du  rit  ambrosien  en  général,  cf.  P.  Lejay, 
Ambrosien  (Rit),  col.  1439  sq. 

2.  Un  vol.  in-fol.,  Paris,  1904. 

3.  Clemens  Blume,  Hymnodia  Gothica,  Die  Mozarabischen  Ilymnen,  etc.,  in-8°,  Leipzig-,  1897;  The  Sfoza- 
rabic  Psalter,  éd.  by  J.  P.  Gilson,  dans  la  Bradshaw  Society,  Londres,  1903. 

4.  Il  rololo  opistografo  del  principe  Antonio  Pio  di  Savoia,  in-fol.,  Milan,  1883;  rée'dité  dans  VArckivio 
storico  lombardo,  1884,  p.  1  sq.  J'ai  même  essayé  de  démontrer  que  les  oraisons  pourraient  être  de  saint 
Pierre  Chrysologue.  Cf.  Revue  bénédictine,  oct.  1906,  p.  1-12. 

5.  Msr  Mercati,  Antiche  reliquie  liturgiche,  Rome,  1902,  p.  65  sq. 

6.  Magnifique  reproduction  du  manuscrit  de  l'Ambrosienne,  2  vol.  in-4°,  London,  1893. 

7.  Édité  par  Wilson,  London,  1896. 

8.  Voir  notre  article  Bradshaw  Society,  dans  le  Dictionnaire  d'arch.  et  de  lit.,  et  notre  Introduction 
aux  études  liturgiques. 

9.  Vol.  xxvu.  The  Pontifical  of  Egbert,  arch.  ofYork,  a.  732-766,  éd.  by  W.  Greenwell,  1853. 

10.  Vol.  xvi-xix.  Anglo  saxon  and  early  English  Psalter,  etc.,  éd.  by  Stevenson,  2  vol.  1843-1847. 
Vol.  xxiii.  The  Latin  hymns  of  the  anglo  saxon  church,  éd.  by  Stevenson,  1851. 

11.  Vol.  lix.  Missalead  us.  insignis  Ecclesiœ  Eborac.,  éd.  by  W.  G.  Henderson,  2  vol.  1874. 
Vol.  lxi.  Liber  pontificalis  C.  Bainbridge  arch.  Ebor.,  éd.  by  W.  G.  Henderson,  1875. 

Vol.  lxiii.  Manuale  et  Processionale  ad  us.  insignis  Ecclesiœ  Eborac,  éd.  by  W.  G.  Henderson,  1875. 
Vol.  lxxi,  lxxv,  lxxviii.  Breviarium  ad  us.  insignis  Ecclesiœ  Eborac,  éd.  by  Lawlez,  1880-1883,  3  voi 
Vol.  x.  Rituale  Ecclesiœ  Dunelmensis,  éd.  by  Stevenson,  1841. 


x  PRÉFACE 

Sur  la  môme  ligne  nous  signalerons  les  publications  liturgiques  de  l'abbé  Ulysse 
Chevalier  dans  sa  Bibliothèque  liturgique,  notamment  le  Missel  de  l'Église  de  Vienne, 
le  Sacramenlaire  de  Saint-Remg  de  Reims,  etc. l. 

Citons  encore  dans  la  même  catégorie  : 

The  Léo  fric  Missal  as  used  in  the  Cathedral  of  Exeter  during  the  Episcopate  of  its 
ftrst  bishop,  A.  D.  1050-1072,  edited  by  W.  E.  Warren.  in-i°,  Oxford,  1883. 

The  Missal  of  St.  Augustine's  Abbey  Canterbury,  edited  by  M.  Rule,  1  vol.  gr.  in-8°, 
Cambridge,  1896. 

Paléographie  musicale.  —  Les  principaux  manuscrits  de  chant  grégorien,  ambrosien, 
mozarabe,  gallican,  publiés  en  fac-similés  phototypiques  par  les  Bénédictins  de  Solesmes 
(en  cours  de  publication),  8  vol.  in-4°,  Solesmes,  1889-1900. 

Paléographie  musicale  des  Bénédictins  de  Solesmes.  Deuxième  série  [Monumentale). 
1.  Antiphonale  du  B.  Harther,  in-4°,  Solesmes,  1900. 

Mentionnons  quelques  autres  publications  qui  intéressent  plus  spécialement  l'étude 
des  liturgies  locales,  mais  qui  sont  à  encourager  : 

A.  Collette,  Histoire  du  Bréviaire  de  Rouen,  in-8°,  Rouen,  1902. 

M.  Pellecbet,  Notes  sur  les  livres  liturgiques  des  diocèses  d'Autan,  Chalon  et 
Mâcon,  etc.,  in-8°,  Autun-Paris,  1883. 

V.  Dubarat,  Le  Bréviaire  de  Lescar  de  1541 ,  réédité  avec  une  introd.  et  des  notes,  etc., 
in-i°,  Pau-Paris,  1891. 

L.Marcel,  Les  livres  liturgiques  du  diocèse  de  Langres,  etc.,  in-8°,  Paris,  1892 2. 

Parmi  les  documents  liturgiques  édités,  quelques-uns  l'ont  été  aux  siècles  derniers 
d'une  façon  très  insuffisante3.  Il  était  donc  urgent  de  les  rééditer  avec  plus  de  soin  et 
suivant  les  méthodes  imposées  par  la  philologie  moderne.  Nous  citerons  parmi  ces 
rééditions  : 

II.  A.  Wilson,  The  Gelasian  sacramentary,  in-8°,  Oxford,  1894. 
Ch.  Lett  Feltœ,  Sacramentarium  Leonianum,  edited  wilh  Introduction,  notes  and 
three  Photographs,  in-8°,  Cambridge,  University  Press,  1896. 

C.  E.  Hammond,  Liturgies  Eastern  and  Western.  in-12°,  Oxford,  1878. 

Vol.  xiii.  Liber  vitx  Ecclesix  Dunclmensis;  nec  non  obiluaria  duo  ejusdem  ecclesix,  éd.  by  Stevenson. 

1841. 
Vol.  xv.  A  description...   of  ail   the  ancient  monuments,  rites   and  customes  within   the    monastical 
church  of  Durham  before  the  sujipression,  etc.,  edit.  by  Raine,  18i'2. 
Sur  l'ensemble   de  ces  publications,  sur  le  but  de  la  Surlees  Society,  voir  The  Publications  of  the 
Surtccs  Society,  vol.  cv,  éd.  by  F.  W.  Dendy  Durham,  1001,  in-8°. 

\.  Bibliothèque  liturgique,  commencée  en  1893,  Paris,  Picard,  arrivée  aujourd'hui  à  son  dixième 
■volume.  Voir  le  détail  de  celte  publication  dans  notre  Introduction  aux  études  liturgiques. 

2.  Pour  le  détail  des  publications  liturgiques  en  général,  voir  le  Mémoire  de  M.  L'.  Chevalier  dans 
l'Université  cathol.  du  15  sept.  1897  et  dans  le  Compte  rendu  du  IVe  Congrès  scientifique  international  des 
catholieptes  i89~-1898,  in-8°,  Fribourg,  1898;  pour  les  publications  de  liturgie  locale,  voir  un  autre 
mémoire  du  même,  Renaissance  des  études  liturgiques,  dans  les  Mélanges  de  littérature  et  d'histoire  reli- 
gieuses (Mélanges  Cabrières),  Paris,  1889,  tome  ni,  p.  2G1-303,  et  pour  l'ensemble  notiv  Introduction 
aux  études  liturgiques. 

3.  Voyez  sur  ces  rééditions,  dans  nos  Origines  liturgiques,  l'appendice  A,  Documents  liturgiques,  et 
l'appendice  B,  sur  la  méthode  en  liturgie. 


PRÉFACE  xi 

F.  E.  Brightman,  Liturgies  Eastern  and  Western  being  the  texts  original  or  transla- 
tedof  the  principal  liturgies  of  the  Church.  Vol.  i,  Eastern  Liturgies,  in-8°,  Oxford,  1890. 

Pour  les  liturgies  orientales  :  Rituale  Armenorum  being  the  administration  of  the 
sacraments  and  the  breviary  rites  of  the  Armenian  Church  together  with  the  Greek  rites 
of  Baptism  and  Epiphany,  by  F.  C.  Conybeare,  and  the  East  Syrian  Epiphany  rites, 
translatcd  by  A.  J.  Maclean,  in-8°,  Oxford,  Clarendon  Press,  1905. 

Quelques  utiles  collections  de  documents  prendront  place  à  côté  de  celles  de 
Renaudot  : 

H.  A.  Daniel,  Codex  liturgicus  Ecclesiee  romano-catholicœ  in  epitomen  redactus, 
4  vol.  in-8°,  Lipsiae,  1847-1853. 

H.  Denzinger,  Ritus  Orientalium  coptornm,  syrorum  et  armenorum  in  administrandis 
sacrameutis,  2  vol.  in-8°,  Wirceburgi,  1863-1864. 

Il  faut  voir  aussi  les  documents  ou  articles  publiés  dans  Y  Oriens  Christianns, 
Rumische  Halbjahrhefte  fur  die  Kunde  des  christl.  Orients...  unter  der  Schriftleitung  von 
Ant.  Baumstark,  in-8°,  Rom,  1901,  et  qui  complète  la  collection  de  Renaudot  : 

ire  année,  1901.  Baumstark,  Eine  âgyptische  Mess  u.  Taufliturgie  vermutlich  des  vi. 
Jahr.,  1901,  p.  1  sq.;  Le  même  1901.  Dos  maronitische  Synaxar  zum  29.  Juni  verof- 
fentlicht,  von  Ant.  Baumstark,  p.  314  sq.;  Die  neslorianischen  Schriften  «  de  causis 
festorum  »,  von  Ant.  Baumstark,  ibid.,  p.  320  sq. 

2e  année,  1902.  Eine  syrische  «  Liturgia  S.  Athanasii  »,  p.  90  sq.  ;  Ugolini,  Due  fram- 
menti  di  un  antichissimo  salterio  Nestoriano,  ibid.,  p.  179  sq. 

3e  année,  ly03.  Schermann,  Die  grieschischen  Kyprianosgebelc,  p.  303  sq.  (laisser, 
Les  Bermoi  de  Pâques  dans  f  office  grec,  p.  416  sq. 

4e  année,  1904.  Baumstark.  «  Liturgia  S.  Gregorii  Magni  »,  eine  griechische  Ueber- 
setzung  der  rômischen  Messe,  p.  1  sq.  ;  Baumstark,  Eine  syrisch-melchitische  Allerheili- 
genlitanei,  ibid.,  p.  98  sq.  ;  Altlibanesische  Liturgie  ^Baumstark),  p.  190  sq. 

Des  travaux  comme  ceux  de  Léopold  Delisle,  d'Ebner,  d'Ehrensberger,  sont  de 
nature,  mieux  que  tous  autres,  à  faire  avancer  la  science  liturgique1. 

Parmi  les  travaux  et  les  dissertations  publiées  pendant  ce  demi-siècle,  nous  ne  rap- 
pellerons que  les  principaux,  ceux  de  Probst,  dont  l'ensemble  forme  une  histoire  de 
la  liturgie  jusqu'au  vie  siècle2;  celui  de  M»r  Duchesne,  qui  a  ouvert  des  voies  nou- 
velles aux  investigations  des  liturgistes1,  quelques  ingénieuses  dissertations  de  dont 

1.  Delisle,  Mémoires  sur  d'anciens  sacramenlaires,  dans  les  Extraits  des  Mémoires  de  l'Acad.  des  ins- 
cript, et  belles-lettres,  i  vol.  in-4°,  Pari-s,  1886,  t.  xxxn.  —  H.  Ehrensberger,  Libri  liturgici  bibliothecx 
apostoliese  vaticanse,  gr.  in-8°,  Freilmrg-i.-B.,  1897.  —  A.  Ebner,  Quellen  und  Forscfiungcn  zur  Gesddchlc 
und  Kunstgeschichte  des  Missale  Eomanum  im  Miltelalter,  1  vol.  in-8°,  Freiburg-i.-B.,  18%. 

2.  F.  Probst,  Exequien,  in-8°,  Tiibingen,  1856;  Brevier  und  Breviergebet,2c  éd.,  in-8°,  Tiibingen,  1808; 
Liturgie  der  drei  ersten  christliclien  Jahrhundcrtc,  in-8°,  TLibingen,  1870;  Sakramente  und  Salcramentalien  in 
den  drei  ersten  chrisUichen  Jahrhundcrten,  in-8°,  Tiibingen,  1872;  Lchre  und  Gebet  in  den  drei  ersten 
christlichen  Jaluhundirten,  in-8°,  Tiibingen,  1871;  Kirchliche  Disciplin  in  den  drei  ersten  cluisllichen 
Jahrhundcrten,  in-8°,  Tiibingen,  1873;  Die  abendldndische  Messe  vom  jiïnften  bis  zum  achten  Jahrltundert, 
in-8°,  Mùnster-i.-W.,  1896;  Liturgie  des  vierUn  Jahrh.  u.  deren  Iieform,  in-8°,  Mùnster-i.-W.,  1893;  Die 
altesten  rômischen  Sacramentarien  u.  Ordines,  in-8°,  Munster,  1892. 

3.  Les  origines  du  culte  chrétien,  première  édition  1889,  26  1898;  éd.  anglaises  1903  et  1904  (diverses 
additions). 


xir  PREFACE 

Germain  Morin,  qui  jettent  un  jour  sur  des  coins  ignorés  de  cette  histoire';  l'ouvrage 
de  Nilles,  qui  permet  de  comparer  la  liturgie  occidentale  aux  liturgies  orientales2, 
celui  de  Bâumer3,  et  tant  d'autres  études  qui  ont  enrichi  nos  connaissances  dans  le 
domaine  lilurgique*. 

Ce  n'c.il  pas  le  lieu  ici  d'apprécier  ces  divers  écrits.  Mais  quelle  que  soit  leur  valeur 
respective,  il  est  incontestable  que  dans  l'ensemble  ils  ont  changé  la  conception  des 
études  liturgiques,  ils  ont  soulevé  des  problèmes  nouveaux  et  sur  quelques  points  ap- 
porté des  solutions  dont  il  faut  tenir  compte. 

Mais  il  y  a  plus  que  cela.  La  science  liturgique  est  en  train  de  se  créer :i.  Il  existe 
d'admirables  travaux  auxquels  il  serait  puéril  de  ne  pas  rendre  pleine  justice,  il  y  a 
quelques  bons  répertoires,  des  œuvres  de  détail  dont  quelques-unes  sont  fort  remar- 
quables. 

Cependant  il  faut  bien  le  dire,  cette  science  n'est  pas  encore  organisée.  Il  ne  semble 
pas  que  les  principes  soient  établis  solidement,  la  méthode  fait  souvent  défaut,  les  lois 
de  l'évolution  des  rites  ont  été  d'ordinaire  méconnues,  même  les  instruments  de  tra- 
vail sont  insuffisants.  Il  y  a  donc  beaucoup  à  faire. 

On  nous  permettra  de  rappeler  ici  ce  que  nous  disions  quand  nous  tracions  le  pro- 
gramme de  ce  Dictionnaire  : 

«  A  Dieu  ne  plaise  que  nous  méconnaissions  les  admirables  travaux  des  litur- 
gistes  anciens,  mais  les  spécialistes  [sont  d'accord  pour  dire  que,  comme  science,  la 
liturgie  est  encore  à  ses  débuts.  A  ce  titre,  elle  est  en  droit  de  réclamer  certaines 
recherches  préliminaires  dont  on  trouvera  le  résultat,  nous  l'espérons,  dans  cet 
ouvrage. 

«  En  premier  lieu,  il  faut  dresser  le  bilan  de  ce  que  l'on  sait,  de  science  certaine,  en 
liturgie,  établir  bien  nettement  où  l'on  en  est,  sur  chaque  point,  afin  d'épargner  aux 
commençants  et  même  parfois  à  des  maîtres,  de  fausses  démarches  et  des  éludes  inu- 
tiles. Ceci  demande  d'ordinaire  une  initiation  de  plusieurs  années.  La  forme  du  diction- 

1.  Publiées  dans  la  Revue  bénédictine;  nous  en  avons  donné  le  détail  dans  noire  Introduction  aux 
éludes  liturgiques  déjà  citée,  où  l'on  trouvera  une  bibliographie  plus  complète  des  œuvres  liturgiques. 

2.  Nicolas  Nilles,  Kalendarium  mannale  utriusque  Ecclesix  orientatis  et  occidentalis,  2  vol.  in-8°, 
Œniponte,  4896-1897. 

3.  Damner,  Geschichte  des  Dreviers,  Freib.-i.-B.,  1892;  traduction  française  par  dom  Giron,  2  vol 
in-S°,  Paris,  Letouzey  et  Ané,  190a. 

4.  Citons  seulement  J.  M.  Neale,  A  history  of  the  hohj  eastern  Church  —  General  introduction,  2  vol. 
in-S»,  London,  1850.  —  A  history  of  the  holy  eastern  Church  —  The  patriarchate  of  AUwandria,  2  vol. 
in-8°,  London,  1847.  —  A  history  of  the  holy  eastern  Church  —  The  patriarchate  of  Anti«ch  posthumouj 
fragment)...,  edited  by  G.  Williams,  in-8°,  London,  1873.  —  S. -G.  Pimont,  Les  hnmirstlu  bréviaire  romani, 
2  vol.  in-8°,  Paris,  1874-1884. —John  Wordsworth,  The  ministry  of  Grâce,  2'  édit.,  1903.  —  V,  Thalhofer, 
llandbuch  der  kalholischen  LUurgik,  2  vol.  in-8°,  Kreiburg-i.-B.,  1890-1893,  t.  u;  1894,  t.  i  lrt  partie 
rééditée  par  A.  Ebner).  —  V.  E.  Warren,  The  liturgy  and  rilunl  ofAntc-Mrene  Church,  1  vol.  in-8°,  London, 
1897.  F.  Magani,  L'antica  liturgia  Romana,  3  vol.  in-8°,  Miluno,  1899.  —  J.  Corblet,  Recherches  histo- 
riques sur  les  rites,  cérémonies  et  coutumes  de  l'administration  du  baptême,  in-8°,  Paiis,  1840. 

Nous  ne  citons  pas  dom  Guéranger,  dont  les  Institutions  liturgiques  ont  eu  une  séiieuse  inlluence, 
parce  que  celte  œuvre  est  antérieure  à  la  période  que  nous  étudions. 

Sur  les  hymnes,  un  grand  nombre  de  publications,  au  premier  rang  John  Julian,  A  dictionary  ofhym- 
nology,  Londres,  1892,  in-8°,  et  pour  la  littérature  du  sujet  l'article  de  lîaumer,  llymnen,  dans  Kirchen- 
Icxicon. 

5.  C'est  ce  que  j'ai  essayé  de  montrer  dans  Les  origines  liturgiques  [conférences  à  l'Institut  catholique 
de  Paris),  1  vol.  in-S°,  Paris,  1905. 


PREFACE  xin 

naire  se  prête  admirablement  à  cette  partie  cki  travail,  et  la  lecture  de  quelques 
articles  suffira  pour  mettre  au  courant  ceux  qui  désirent  se  renseigner. 

«  Le  dictionnaire  permettra  aussi,  à  notre  avis,  de  procéder  à  un  classement  chrono- 
logique et  géographique  des  rites,  des  formules,  des  textes,  des  documents.  La  con- 
fusion qui  existe  sur  ce  point  dans  nos  connaissances  et  les  erreurs  qui  ont  été  commises, 
viennent  le  plus  souvent  de  ce  que  l'on  n'a  pas  assez  soigneusement  discerné  les  temps 
et  les  lieux.  Quand  tous  les  faits  auront  été  classés,  on  pourra  philosopher  plus  aisé- 
ment et  plus  sûrement. 

«  Enfin  si  ce  dictionnaire  répondait  à  nos  espérances,  nous  aurions  l'ambition  sur 
plus  d'un  point  de  faire  avancer  la  science.  La  méthode  comparée  qui,  dans  les  sciences 
naturelles  et  en  philologie,  a  conduit  à  de  si  merveilleux  résultats,  peut,  en  liturgie, 
découvrir  des  points  de  vue  nouveaux.  La  classification  des  rites  et  des  formules  per- 
mettra de  reconnaître  des  parentés,  de  dresser  des  généalogies  liturgiques.  Enfin  nous 
savons  que  quelques-uns  de  nos  collaborateurs  nous  apporteront  des  idées  neuves  et 
fécondes,  fruit  de  recherches  originales  et  personnelles. 

(c  II  faudra  quand  l'occasion  se  présentera  montrer  les  analogies  entre  la  liturgie 
catholique  et  celle  des  juifs,  à  laquelle  il  est  incontestable  que  les  chrétiens  ont  fait  de 
très  larges  emprunts  ;  du  reste  une  partie  de  ces  questions  ont  déjà  trouvé  place  dans 
le  Dictionnaire  de  la  Bible  ;  dans  ce  cas,  nous  y  l'enverrons  purement  et  simplement. 
Certains  rites  païens  eux-mêmes  ne  sauraient  être  négligés. 

«  Il  faudra  traiter  aussi  de  la  liturgie  chez  les  hérétiques,  et  ceci  est  un  terrain  jus- 
qu'ici peu  exploré  et  qui  donnera  lieu  à  des  inductions  très  fécondes  pour  l'histoire  de 
la  liturgie  catholique. 

«  Les  rites  proprement  dits  comprennent  l'histoire  des  sacrements,  baptême,  confir- 
mation, pénitence,  extrême-onction,  ordre,  mariage  cl  surtout  l'eucharistie  et  la 
messe  qui  sont  vraiment  le  centre  de  la  liturgie,  et  les  autres  riLes,  consécration  des 
vierges,  bénédictions,  etc. 

«  Les  formules  sont  intimement  liées  aux  rites  ;  il  faut  comprendre  sous  ce  chef  les 
acclamations  liturgiques,  les  oraisons,  les  exorcismes,  les  préfaces,  la  psalmodie,  les 
antiennes,  les  répons,  les  hymnes,  etc. 

«  Ces  formules  sont  contenues  dans  les  livres  liturgiques  qui  auront  une  large  place 
dans  ce  dictionnaire,  les  sacramentaires,  les  lectionnaircs,  les  évangéliaircs,  les  mis- 
sels, les  pontificaux,  les  bréviaires,  les  rituels,  etc.  Il  y  a  beaucoup  à  dire  sur  ce  point 
et  à  ajouter  à  tous  les  ouvrages  connus.  Autant  qu'il  sera  possible,  nous  ferons  même 
entrer  dans  notre  travail  des  dépouillements  de  catalogues  de  manuscrits  et  des  des- 
criptions de  manuscrits  qui  seront  pour  les  travailleurs  de  la  plus  grande  utilité.  Nous 
y  ajouterons  une  autre  partie  nouvelle,  des  notices  sur  les  documents  ou  sources  litur- 
giques, comme  la  Didaché,  la  Peregrinatio  ad  loca  sancla,  les  ouvrages  de  Cassien,  en 
indiquant  bien  exactement  ce  qu'on  y  trouve  au  point  de  vue  liturgique. 

«  Les  gestes  liturgiques,  génuflexions,  prostrations,  signes  de  croix,  ont  jusqu'ici  été 
peu  étudiés  et  méritent  cependant  d'attirer  l'attention  des  liturgistes. 

«  Sous  ce  titre,  choses  et  éléments,  nous  comprenons  le  sel,  l'eau,  l'huile,  l'encens,  le 
feu,  les  cendres,  les  rameaux  qui  jouent  aussi  un  grand  rôle  dans  la  liturgie  ;  les  édi- 
fices, catacombes,  chapelles,  basiliques,  églises,  autels,  baptistères,  lieux  de  pèlerinage, 
vases  sacrés,  mobilier  des  églises. 


siv  PRÉFACE 

«  C'est  d'après  ces  différents  éléments  que  l'on  arrive  à  constituer  les  caractères  des 
principales  familles  liturgiques,  les  liturgies  orientales,  la  liturgie  grecque,  les  litur- 
gies latines  (romaine,  ambrosienne,  gallicane,  mozarabe).  Sur  ce  point  aussi,  si  nous 
ne  nous  trompons,  le  Dictionnaire  fournira  des  éléments  nouveaux  et  décisifs  aux  con- 
troverses si  importantes  que  soulèvent  ces  questions. 

«  Une  autre  catégorie  liturgique  comprend  les  personnes,  la  hiérarchie  (pape,  évoques, 
prêtres,  diacres,  et  autres  ministres),  les  moines  qui  ont  toujours  eu  une  liturgie  spé- 
ciale, question  fort  peu  étudiée  encore  et  qui  fournira  une  importante  contribution  à  la 
liturgie;  les  fidèles,  les  catéchumènes,  les  vierges  et  les  veuves,  les  voyageurs  et  les 
pèlerins,  les  pénitents,  les  énergumènes,  les  malades.  La  liturgie  des  morts  est  si 
étendue  qu'à  elle  seule,  elle  peut  prétendre  à  former  une  branche  à  part. 

«  Le  culte  du  Père,  du  Fils  et  du  Saint-Esprit,  celui  de  Marie,  des  martyrs  et  des 
saints  est  à  proprement  parler  l'objet  de  la  liturgie. 

«  Le  temps  forme  un  autre  chapitre  qui  comprend  les  heures  canoniques,  la  semaine 
et  l'année  liturgiques,  et  les  fêtes.  Celles-ci  surtout  méritent  d'être  étudiées  de  plus 
près  qu'on  ne  l'a  fait  jusqu'ici. 

«  Enfin,  pour  ne  laisser  de  côté  aucun  élément  d'information,  nous  avons  l'intention 
de  consacrer  des  notices  biographiques  aux  principaux  liturgistes,  non  pour  donner  le 
détail  de  leur  histoire  que  l'on  retrouvera  dans  tous  les  dictionnaires  biographiques, 
mais  pour  exposer  aussi  clairement  que  possible  ce  que  leur  doit  la  science  liturgique 
et  en  quoi  ils  l'ont  fait  progresser.  Nous  laisserons  donc  de  côté  tous  les  écrivains  de 
deuxième  ou  de  troisième  ordre,  dont  le  nom  ne  ferait  qu'encombrer  les  colonnes  de 
ce  dictionnaire  sans  apporter  aucun  renseignement  utile  aux  travailleurs1.  » 


III 


Je  sais  les  objections  que  l'on  peut  faire,  et  que  l'on  n'a  pas  manqué  de  faire,  contre 
la  forme  du  dictionnaire.  Au  xvue  et  au  xviu0  siècle,  on  fit  campagne  contre  les  dic- 
tionnaires, avec  une  vivacité  et  en  des  ternies  qui  aujourd'hui  nous  étonnent.  Baylc 
défend  Moréri,  auteur  d'un  Dictionnaire  fameux,  que  lui-même  attaquait  du  reste 
quelques  pages  plus  loin.  «  Je  ne  saurais  souffrir,  dit-il,  l'injuste  caprice  de  ceux  qui 
se  plaignent  des  fréquentes  éditions  de  Moréri,  et  qui  regardent  les  libraires  qui  les 
procurent  comme  des  empoisonneurs  publics2.  » 

On  appelait  encore  le  dictionnaire  «  l'égout  des  recueils,  une  rapsodie  des  copistes  » 
et  les  auteurs  étaient  traités  eux-mêmes  de  compilateurs  sans  initiative,  ni  invention, 
de  «  portefaix  des  grands  hommes  »,  de  «  crocheteurs  »  \ 

Mais  le  public  tenait  bon  contre  les  critiques,  et  il  a  en  somme  donné  raison  aux 
faiseurs  de  dictionnaires.  Ce  serait  écrire  une  page  curieuse  et  intéressante  de  l'érudi- 
tion et  de  la  littérature  française,  que  de  faire  l'histoire  de  ces  publications,  et  l'on 

1.  On  le  voit,  nous  n'étudions  ici  que  la  liturgie  historique  ou  scientifique.  F. es  questions  de  liturgie 
pratique  ou  de  rubrique  ne  sont  Das  de  notre  ressort. 

i.  Dictionnaire  historique  et  critique,  Rotterdam,  lf>97,  p.  10. 
3.  Bayle,  loc.  cit.,  p.  11. 


PRÉFACE  xv 

peut  s'étonner  que  le  sujet  n'ait  encore  tenté  personne.  L'auteur  anonyme  de  la  préface 
du  Dictionnaire  de  Furetiôre,  pouvait  écrire  :  «  Le  public  est  assez  convaincu  qu'il  n'y 
a  point  de  livres  qui  rendent  de  plus  grands  services,  ni  plus  promptement,  ni  à  plus 
de  gens  que  les  dictionnaires.  » 

Il  paraît  évident,  au  premier  aspect,  qu'un  imposant  ouvrage  qui  présenterait  une 
belle  synthèse,  qui  se  développerait  avec  aisance,  dans  l'harmonieuse  proportion  de 
toutes  ses  parties,  serait  préférable. 

Mais  tout  d'abord  le  Dictionnaire  est  à  peu  près  la  seule  forme  pratique  quand  on 
est  obligé  de  recourir,  comme  dans  l'espèce,  à  un  grand  nombre  de  collaborateurs. 

De  plus,  l'avantage  est  que  dans  un  dictionnaire  chaque  article  forme  un  tout,  et  si 
le  plan  est  bien  exécuté  et  réalisé,  il  contient  un  sujet  étudié  avec  soin,  et  dans  toutes 
ses  parties,  muni,  si  l'on  peut  dire,  de  tous  ses  organes,  définition,  bibliographie,  his- 
toire, etc. 

En  outre  chaque  pierre  est  à  sa  place,  cette  place  n'est  déterminée,  je  le  veux  bien, 
que  par  le  hasard  de  l'alphabet,  mais  elle  est  connue.  Rien  n'empêchera  plus  tard  do 
reconstituer,  à  l'aide  d'une  table  méthodique,  la  synthèse  qu'a  dû  se  former  l'auteur 
avant  de  commencer. son  dictionnaire. 

El  la  preuve  que  cette  forme  est  vraiment  la  meilleure,  c'est  que  plusieurs  des 
grandes  œuvres  d'érudition  du  xvn°  au  xxe  siècle,  qui  ont  gardé  jusqu'à  ce  jour  leur 
valeur,  sont  des  dictionnaires,  comme  ceux  de  du  Gange,  de  Littré,  de  Viollet-le- 
Duc,  de  Bayle  et  cet  autre  admirable  monument  non  encore  acbevé,  le  Diction- 
naire des  antiquités  grecques  et  romaines  de  Dàremberg  et  Saglio.  Mais  si,  comme  le  dit 
encore  Bayle,  rien  n'est  plus  facile  à  faire  qu'un  dictionnaire  historique  où  l'on  se 
contente  de  répéter  les  précédents,  il  n'en  va  pas  de  même  si  l'on  veut  dire  le  dernier 
mot  sur  un  sujet,  être  au  courant  de  tous  les  travaux  parus  sur  la  matière,  et  même,, 
si  possible,  faire  avancer  la  science  sur  un  point  particulier. 


IV 


Et  c'est  en  somme  ce  que  nous  avons  voulu  faire  dans  cette  œuvre.  Nous  avons 
cherché  dans  nos  collaborateurs  des  spécialistes,  disposés  à  mettre  leurs  connaissances 
à  la  portée  dû  public,  des  hommes  si  au  courant  de  la  question  qu'ils  traitent,  qu'ils 
ne  laissent  rien  passer  d'important  sur  le  sujet,  si  bien  que  ceux  qui  lisent  un  article 
peuvent  croire  légitimement  qu'ils  ont  sous  la  main  tous  les  éléments  de  la  question, 
et  sont  dispensés  par  là  même  d'un  long  et  pénible  travail. 

On  peut  même  nous  rendre  cette  justice,  et  on  a  bien  voulu  nous  la  rendre  de  divers 
côtés,  c'est  que  souvent  nos  collaborateurs  ne  se  sont  pas  contentés  de  remplir  ces  pre- 
mières et  indispensables  conditions  de  tout  bon  dictionnaire.  Tel  de  ces  articles  est  une 
savante  monographie  qui  après  avoir  résumé  tout  ce  qui  est  connu  sur  le  sujet,  donne 
des  résultats  nouveaux  et  présente  de  vraies  découvertes.  De  telle  sorte  que  le  Diction- 
naire, qui  ne  prétendait  qu'à  être  un  répertoire  utile,  devient  quelque  chose  comme 
le  recueil  des  Archives  des  missions  scientifiques,  ou  la  collection  des  mémoires  de  telle 
société  savante 


xvi  PREFACE 

On  verra  aussi  par  le  simple  examen  de  la  table  du  premier  volume,  combien  d'ar- 
ticles y  ont  trouvé  place  qui  ne  sont  même  pas  mentionnés  dans  les  Dictionnaires  anciens 
(v.  g.  Ad  sanctos,  Agaune,  Amours,  Antinoë,  Apa,  etc.). 

Nous  avons  cherché  à  limiter  avec  précision  notre  travail.  L'archéologie  chrétienne, 
telle  qu'elle  est  ordinairement  comprise',  embrasse  l'élude  des  institutions  anciennes, 
les  mœurs  et  les  coutumes  des  âges  primitifs  chrétiens,  dans  la  vie  sociale  et  dans  la 
vie  privée,  l'architecture  ancienne  dans  ses  rapports  avec  la  liturgie  et  l'art  chrétien  de 
la  première  époque;  l'iconographie,  les  symboles  et  les  figures,  l'épigraphie,  la  paléo- 
graphie, la  sigillographie,  la  numismatique  dans  leurs  relations  avec  l'antiquité  chré- 
tienne, l'art  chrétien  dans  ses  diverses  représentations;  enfin  la  liturgie,  c'est-à-dire 
l'élude  des  rites  et  des  formules,  telle  que  nous  l'avons  définie  plus  haut. 

De  ce  plan,  on  le  voit,  nous  avons  éliminé  l'étude  des  dogmes,  des  hérésies,  des 
opinions  théologiques,  qui  appartiennent  au  Dictionnaire  de  théologie  catholique'1;  les 
questions  purement  littéraires  et  philologiques,  l'étude  de  la  littérature  chrétienne,  des 
ouvrages  des  Pères  et  des  premiers  écrivains  chréliens,  ont  été  aussi  volontairement 
exclus  de  notre  domaine,  ainsi  que  les  questions  de  législation  et  de  droit  canonique, 
qui  seront  réservées  les  unes  et  les  autres  pour  un  autre  Dictionnaire.  Enfin,  l'étude  des 
événements  historiques  dans  leurs  causes  et  leurs  conséquences,  et  des  personnages, 
constituent  l'histoire  de  l'Eglise,  et  ne  touchent  à  l'archéologie  qu'indirectement. 

La  limite  de  l'antiquité  chrétienne  n'est  pas  rigoureusement  tracée.  Les  uns  l'arrêtent 
à  saint  Grégoire  le  Grand,  d'autres  antérieurement,  quelques-uns  la  font  descendre 
jusqu'à  Gharlcmagne.  C'est  une  question  d'appréciation.  Nous  avons  choisi  de  préférence 
celte  dernière  date,  car  à  partir  de  ce  moment  les  institutions  primitives,  que  l'on  pouvait 
considérer  comme  encore  en  formation,  et  qui  dans  tous  les  cas  subissaient  encore  bien 
des  changements,  tendent  à  se  fixer  dans  une  forme  à  peu  près  définitive;  c'est  le 
commencement  d'une  période  historique  marquée  par  des  traits  bien  distincts.  Nous 
laissons  donc  de  côté  les  institutions  d'âge  postérieur,  comme  les  universités:  nous 
n'avons  que  rarement  dépassé  celte  fronti;,a  ,,  et  seulement  pour  résumer  en  quelques 
mots  l'histoire  d'une  institution  qui  n'eût  pas  été  complète  sans  cette  explication. 

Cependant  la  question  change  d'aspect  pour  la  liturgie.  Celle-ci  n'est  pas  renfermée, 
comme  l'archéologie,  dans  une  période  de  l'histoire  ecclésiastique.  Nous  avons  donc 
l'intention  de  l'embrasser  tout  entière,  tout  en  donnant  plus' d'étendue  à  la  période 
ancienne  qui  est  beaucoup  plus  importante. 


Depuis  que  le  Dictionnaire  a  commencé  sa  publication  (1903),  l'opinion  a  eu  le 
temps  de  se  prononcer.  Nous  ne  résumerons  pas  ses  jugements,  cependant  nous  pouvons 
dire  que  d'ordinaire  ils  ont  été  favorables3. 

■i.  Voir  cependant  la  définition  qu'en  donne  Kraus  au  mot  Archéologie  dans  sa  Real-Encyklopàdir. 

2.  Ce  Dictionnaire  commencé  par  M.  Vacant,  et  continué  sous  la  direction  de  M.  Mangenot,  en  est 
arrivé  avec,  son  20e  fascicule  au  mot  Confession. 

3.  Je  citerai  presque  au  hasard  les  appréciations  du  Guardian,  du  Journal  of  theological  ftudirs,  de  la 
Dublin  Rcvicw,  du  Mont  h,  de  la  Church  quarterly  Review,  de  la  Theologische  R^vue,  de  la  Revue  de  l'Instruc- 
tion publique  en  Belgique,  celles  de  plusieurs  revues  françaises,  Revue  des  éludes  historiques,  Revue  des 
questions  historiques,  Revue  du  clergé  frunçais,  etc. 


PRÉFACE  xvii 

Mais  le  contraire  serait  arrivé  que  nous  n'en  eussions  pas  été  élonnés.  Un  ouvrage 
comme  celui-ci  doit  faire  ses  preuves;  c'est  le  temps  qui  consacre  les  réputations  on 
matière  d'érudition  ou  de  science.  Tel  ouvrage  qui  a  eu  à  lutter  à  ses'  débuts  contre 
les  attaques  de  la  critique,  pis  que  cela,  contre  l'indifférence  du  public,  est  arrivé  à  s'im- 
poser à  l'attention  des  contemporains  et  même  de  la  postérité. 

L'accueil  a  donc  été  meilleur  que  nous  n'étions  en  droit  de  l'espérer;  non  seule- 
ment les  souscriptions  sont  venues  en  nombre,  le  nombre  s'accroissant  à  cbaque  fasci- 
cule, mais  encore  on  a  bien  voulu  nous  dire  que  notre  œuvre  rappelait  par  sa  solidité 
celle  des  anciens  bénédictins. 

Il  était  inévitable  que  des  critiques  se  fissent  entendre.  Si  les  articles  avaient  clé 
abrégés,  et  les  proportions  du  Dictionnaire  réduites,  on  eût  dit  que  nous  étions  super- 
ficiels, et  que  nous  ne  faisions  guère  que  rééditer  les  encyclopédies  déjà  existantes.  On 
ne  pouvait  vraiment  nous  faire  ce  reproche  avec  quelque  apparence  de  vérité.  Mais  au 
contraire  on  nous  a  dit  que  notre  Dictionnaire  serait  énorme,  que  nous  n'en  verrions 
pas  la  fin.  Quand  le  P.  Richard,  dominicain  du  xvme  siècle,  lançait  un  dictionnaire,  du 
reste  un  pou  oublié,  mais  qui  n'était  pas  sans  mérite,  le  Dictionnaire  universel  dogma- 
tique, canonique,  historique,  géographique  et  chronologique  des  sciences  ecclésiastiques, 
en  six  volumes  in-folio1,  ce  fut  un  cri  universel.  «  La  première  pensée  qui  s'ollVe  à 
l'esprit,  écrit-il  lui-même,  ou  du  moins  celle  qui  le  frappe  le  plus  vivement,  et  qui  y 
laisse  des  traces  plus  profondes,  c'est  l'impossibilité  de  la  réussite.  Le  projet  est  beau, 
mais  il  est  vaste,  immense,  impossible  dans  l'exécution.  Voilà  le  cri  public,  général, 
uniforme,  constant.  »  11  ne  se  laissa  pas  décourager  et  il  lit  bien,  et  la  suite  montra 
qu'il  avait  eu  raison  contre  la  critique. 

La  critique  et  l'opinion  publique  ont  souvent  tort  en  ces  matières.  Outre  que  le  temps 
compte  peu  dans  des  entreprises  semblables,  et  qu'une  fois  l'œuvre  terminée  on  ne 
s'enquiert  pas  du  temps  qu'elle  a  duré,  mais  seulement  si  elle  est  utile  et  solide,  en 
calculant  le  temps  consacré  à  la  première  lettre,  en  faisant  la  part  des  retards  inévi- 
tables au  début,  de  l'inexpérience  des  imprimeurs  ou  des  éditeurs,  on  peut  déterminer 
à  peu  près  le  nombre  des  années  que  demandera  l'exécution,  on  verra  que  ce  nombre 
n'atteint  même  pas  le  grande  ?nor(alis  œvi  spatium.  Nous  n'avons  donc  môme  pas 
besoin  d'avoir  recours  à  un  autre  argument,  comme  les  éditeurs  du  Dictionnaire  de 
Trévoux  qui  disaient  bravement  dans  leur  édition  de  1771  (qui  du  reste  était  la  sixièmo 
ou  la  septième)  :  «  Il  en  est  en  général  des  grands  dictionnaires  comme  de  ces  vastes 
édifices  qui  n'ont  jamais  été  l'ouvrage  d'une  seule  génération,  mais  d'une  longue  suite 
d'architectes.  » 

Notre  Dictionnaire  prétend  être  pour  l'archéologie  chrétienne  et  la  liturgie  un  réper- 
toire complet.  11  ne  dépassera  pas  les  limites  que  réclame  un  pareil  dessein.  Je  dirai 
même,  encore  que  cela  paraisse  une  gageure,  que  dans  l'espèce  il  serait  plutôt  court. 
Du  moment  que  l'on  s'adressait  à  des  bénédictins  qui  se  font  honneur  de  marcher  sur 
les  traces  de  leurs  ancêtres,  on  devait  bien  s'attendre  que  ce  Dictionnaire  ne  serait  pas 
une  simple  encyclopédie,  comme  le  dernier  siècle  en  a  tant  vu,  rééditant  les  notices 
que  se  transmettent  ces  sortes  d'ouvrages  depuis  environ  trois  cents  ans. 

Or  si  l'on  compare  notre  œuvre  aux  32  volumes  de  X Histoire  littéraire  de  la  France, 

i.  Dont  un  volume  de  supplément,  1"60. 


xviii  PRÉFACE 

aux  24  volumes  in-folio  des  Historiens  des  Gaules,  aux  9  volumes  in-folio  des  Acta  san- 
ctorum  de  Mabillon,  sans  parler  des  énormes  ouvrages  de  Montfaucon,  on  verra  que 
notre  Dictionnaire  est  de  proportions  modestes. 

On  nous  dit  en  Angleterre  et  en  Allemagne  que  ni  l'une  ni  l'autre  de  ces  nations  ne 
peut  pour  le  moment  et  sur  ce  terrain  nous  opposer  une  œuvre  comparable,  ce  compli- 
ment pourrait  nous  servir  d'excuse  auprès  de  ceux  qui  trouvent  notre  plan  trop 
étendu,  et  assurément  on  ne  pouvait  le  mériter  qu'à  la  condition  de  recueillir  tous  les 
renseignements  sur  un  sujet  et  d'épuiser  la  matière.  Qu'on  lise  des  articles  comme 
Acémètes,  Archimandrite,  Ambrosien  (Bit),  Apocrisiaire,  Apodeipnon,  Ad sanctos,  Alexan- 
drie, Amulettes,  Anges,  Aquariens,  pour  ne  citer  que  ceux-là,  et  l'on  verra  que  non  seu- 
lement tout  l'essentiel  est  dit,  mais  encore  qu'il  faudra  recourir  de  toute  nécessité  à 
ces  articles  pour  avoir  le  dernier  mot  sur  la  question. 


VII 


Je  dirai  peu  de  chose  des  principes  qui  nous  ont  guidé.  On  a  bien  voulu  reconnaître 
que  notre  ouvrage  était  conçu  dans  un  esprit  strictement  scientifique.  Il  ne  peut  y 
avoir  conflit  entre  la  vérité  historique  et  les  vérités  de  l'ordre  surnaturel,  les  unes  et 
les  autres  ayant  la  même  source  qui  est  Dieu  et  un  domaine  bien  distinct.  Dès  lors, 
sur  le  terrain  historique,  c'est  la  vérité  de  cet  ordre  qu'il  faut  chercher  avec  tous  les 
moyens  à  notre  disposition  et  sans  préoccupation  ni  préjugé. 

Nous  disions  à  nos  débuts  :  «  On  s'efforcera  de  ne  rien  avancer  qu'avec  preuves  à 
l'appui  :  on  peut,  on  doit  même,  en  ces  questions,  faire  pour  ainsi  dire  table  rase  des 
opinions  reçues,  qui  la  plupart  se  transmettent  des  dictionnaires  aux  manuels,  depuis 
des  générations,  sans  qu'on  ait  souvent  songé  à  en  examiner  le  bien  fondé.  On  évitera 
des  généralisations  hâtives,  des  rapprochements  forcés  entre  des  monuments  et  des 
lextes,  des  rites  ou  des  formules,  qui  ne  se  ressemblent  qu'en  &\  parence,  tentation 
dangereuse  en  liturgie  et  en  archéologie,  et  qui  a  souvent  induit  en  erreur  les  meilleurs 
esprits.  On  ne  marchera  qu'appuyé  sur  des  textes  que  l'on  aura  soigneusement  revisés 
soi-même  et  étudiés  dans  leur  contexte,  lequel  souvent  prouvera  que  le  texte  avait  été 
cité  à  tort  ou  détourné  de  son  sens  véritable.  » 

Après  la  publication  des  onze  premiers  fascicules,  nous  croyons  pouvoir  maintenir 
dans  son  ensemble  cette  assertion. 

Au  sujet  de  l'illustration  du  Dictionnaire  nous  aurons  moins  encore  à  dire  :  chacun 
peut  en  juger  facilement.  Nous  n'avons  pas  craint  de  multiplier  les  représentations  des 
monuments.  Ils  forment  à  eux  seuls  une  leçon  de  choses  que  l'archéologue  ne  saurait 
négliger;  mieux  que  cela,  ils  font  partie  essentielle  de  son  éducation. 

On  se  convaincra  par  un  simple  coup  d'œil  que  bien  loin  de  nous  contenter  des 
gravures  de  Martigny,  de  Smith  ou  de  Kraus,  nous  avons  puisé  aux  sources  les  plus 
variées,  souvent  les  plus  difficiles  à  atteindre.  Notre  sièclejustement  soucieux  de  l'exac- 
titude, et  armé  de  merveilleux  instruments  photographiques,  a  définitivement  remplacé 
les  dessins  à  la  plume  ou  au  crayon  de  nos  prédécesseurs,  où  la  fantaisie  se  donnait 
trop  souvent  carrière,  par  des  reproductions  d'une  vérité  mathématique.   Sur  ce  point 


PREFACE  XIX 

nos  éditeurs  n'ont  rien  ménagé  pour  mettre  notre  Dictionnaire  au  niveau  des  derniers 
perfectionnements  de  la  gravure  et  de  la.  chromolithographie. 

C'est  donc  avec  une  certaine  confiance  que  nous  allons  continuer  notre  œuvre.  Les 
encouragements  précieux  qui  l'ont  accueillie  à  ses  débuts,  ne  lui  manqueront  pas,  nous 
l'espérons,  dans  la  suite.  Ceux  qui  nous  ont  le  plus  touché,  nous  l'avouerons,  ce  sont 
moins  les  éloges  pourtant  bien  précieux  des  hommes  compétents,  que  les  remercie- 
ments de  modestes  travailleurs  qui  ont  bien  voulu  nous  dire  tous  les  services  que  leur 
rend  le  Dictionnaire.  Après  tout,  on  ne  compose  pas  un  ouvrage  de  celte  sorte  pour 
quelques  douzaines  de  savants,  qui  sont  déjà  armés  de  toutes  pièces  ou  croient  l'être, 
et  savent  où  trouver  les  sources  de  la  science,  mais  pour  ceux  qui  débutent,  pour  ceux 
qui  cherchent,  pour  ceux  qui,  ne  se  croyant  pas  encore  arrivés,  ne  dédaignent  pas  de 
trouver  les  éléments  de  leurs  connaissances  dans  les  plus  humbles  travaux. 

Il  est  temps  de  conclure  cette  préface.  Nous  ne  sommes  qu'au  début  de  notre 
oeuvre,  nous  ne  savons  s'il  nous  sera  donné  de  la  terminer.  Mais  celui,  quel  qu'il  soit, 
qui  sera  chargé  d'y  mettre  la  dernière  main,  après  un  juste  hommage  rendu  aux 
dévoués  collaborateurs  du  Dictionnaire,  aux  éditeurs  qui  l'ont  soutenue  avec  énergie, 
aux  souscripteurs  que  n'ont  pas  découragés  les  lenteurs  de  la  publication,  pourra  dire 
aux  lecteurs  que  les  promesses  du  début  ne  les  ont  pas  trompés,  et  que,  dans  cette  masse 
de  faits  et  de  citations,  ils  ont  la  synthèse  de  l'archéoiogie  et  de  la  liturgie  chrétienne. 
A  eux  d'en  tirer  toutes  les  conséquences  pour  l'histoire  de  la  vie  chrétienne,  et  de 
l'art,  pour  l'apologétique  et  pour  la  théologie. 

Fehnand    CABHOL. 

farnborough. 


DICTIONNAIRE 


D'ARCHÉOLOGIE  CHRÉTIENNE 


ET 


DE   LITURGIE 


-«**Kx>ca«<=* 


AQ.-I.  Sens  de  ce  symbole.  II.  Épigraphio.  III.  Objets 
mobiliers.  IV.  Particularités.  V.  Numismatique.  VI.  Sigil- 
lographie. VII.  Monuments  figurés.  VIII.  Glyptique. 
IX.  Paléograpbie.  X.  A  et  Q  dans  la  liturgie. 

I.  Sens  de  ce  symbole  :  syà)  xb  aXcpa  xatl  tb  <L,  é  Trpuvro:; 
xai  6  k'cryjrroç,  r,  àpyji  xot\  tg  téXoç1,  «  Je  suis  l'alpha  et 
l'oméga,  le  premier  et  le  dernier,  le  commencement  et  la 
fin.»  —  iytô  s![j.c  rô  aXça  xoù  xb  ù  2  ;  —  èvù)  xb  aXapa  xai  xb 
ù,  v)  àpyô  xa't  xb  xéXoç  3.  Le  développement  de  la  formule 
pourrait  aider  à  se  représenter  la  chronologie  des  diffé- 
rents chapitres  de  l'Apocalypse  :  I,  èyw  e!|j.i  xb  aXça  xoù 
xb  (L...;  —  XXII,  èyà>...  xb  aXça  xai  xb  a>...  r;  apyr,  xa\ 
xb  téào;;  —  xxil,  èyù...  xb  aXœa  xa'i  xb  (L,  ô  itpwxo;  xa\ 
ô  ËTyaxoç,  T|  àpx'1  *aV'  Tô  xÉXo;. 

Les  vers  de  Prudence   montrent  que  l'interprétation 
est  demeurée   stationnaire  :    Apoc,   I,   8.    èyw   e'tjj.i   xb 
a/.yx  -/.ai  tô  ù>,  ô  a>v  xai  ô  r|V  xai  6  èpyô(j.svo;. 
Corde  natus  ex  parentis  ante  micndi  exordium, 
Alpha  et  Q  cognominatus,  ipse  fons  et  clausula, 
Omnium  quse  sunt,  fuerunt,  quœque  post  futura  sunt  *. 

Il  ne  parait  pas  que  le  type  ait  souffert  aucune  incer- 
titude, car  il  n'y  a  pas  d'exemple  que  l'échange  e  u>  pour 
a  (o,  général  dans  les  anciens  dialectes  et  dans  le  grec, 
se  soit  produit.  Ceci  achève  de  déterminer  le  sens  sacré 
de  ces  lettres. 

II.  Épigraphie.  —  i.da  tes.  —  On  a  entendu  le  signe  dont 

il  est  parlé  dans  l'Apocalypse  du  chrismon  )£,  ainsi  on 
pourrait  faire  remonter  à   l'époque  apostolique  l'usage 

1  Apoc,  xxil,  -13.  —  s  Tbid.,  i,  8.  —  3  Ibid.,  xxi,  6.  —  *  Cathe- 
merinon,  hymn.  ix,  Hymnus  omni  hora,  vers  "10,  P.  L., 
t.  lix,  col.  863.  Voy.  Tertullien,  De  monogamia,  c.  v,  P.  L., 
t.  il,  col.  935.  S.  Jérôme,  Contra  Jovinianum,  1.  I,  P.  L., 
t.  xxui,  col.  237;  S.  Paulin,  Poema  xxx,  v.  89,  P.  L.,  t.  lxi, 
col.  673;  Bède,  In  Apocalypsim,  i,  8,  P.  L.,  t.  xcm,  col.  135.  — 
5  Léon  Renier,  Explication  des  inscriptions  chrétietines  conte- 
nues dans  le  t.  v  du  recueil  de  L.  Perret,  intitulé  Les  cata- 
combes de  Rome,  in-fol.,  Paris,  1852,  t.  vi,  p.  98.  —  •  Voy.  Boldetti, 
Osservaziom  sopra  i  cimiteri  de'santi  martiri  ed  antichi  cris- 
tiani  di  Roma,  in-fol.,  Roma,  1720  :  «  Quanto  aile  lettere  «  et  u, 
non  v'ha  dubhio  che  quei  primi  cristiani  le  presero  dall'  Apoca- 
lisse.  »  —  "  0.  Bayet,  De  titalis  Atticx  christianis  antiquissimis, 
in-8°,  Lutetiœ  Parisiorum,  1878,  p.  56,  58,  n.  31,  45,  60.  —  8E.  Re- 
nan, Mission  de  Phénicie,  in-fol.,  Paris,  p.  350.  —  9  Le  Bas  et 
Waddington,  Voyage  archéologique  en  Grèce  et  en  Asie  Mi- 
neure, gr.  in-4\  Paris,  n.  2663.  —  10  Klôn  Stéphanos,  'Ei^yo.  Tr; 
vii<Tou  Eûpou,  Athènes,  n.  60;  C.  Bayet,  dans  la  Revue  archéolo- 
gique, Paris,  1876,  p.  289.  —  "  J.  T.  Wood,  Modem  discoveries 

DICT.    D'ARCH.    CIIRÉT. 


do  l'accoster  des  lettres  Ad)5.  Ceci  n'est  qu'une  conjec- 
ture 6.  En  Attique,  on  rencontre  A+ûO  vers  la  fin  du 
ive  siècle  ',  et  en  Asie  Mineure,  sur  une  inscription  de 
l'an  313  (si  toutefois  ce  n'est  pas  de  l'ère  des  Séleucides 
qu'il  y  est  fait  mention  8)  et  sur  une  autre  inscription  de 
la  fin  du  IVe  siècle  9.  On  trouve  l'emploi  avec  le  chrismon 
dans  un  titulus  de  Syros  qui  parait  ancien10;  autre 
exemple  à  Ephèse  ".En  Phrygie,  les  exemples  sont  rares 
et  tardifs,  le  plus  ancien  est  probablement  sur  un  berna 
du  IVe  siècle,  à  Aidan,près  Euménie  :  XP  IC  TOYACO  I2  ; 
en  Phénicie,  épitaphe  du  vie  siècle  (ère  d'Antioche,  577; 
ère  de  Sidon,  514)  :  A+ûO  13;  en  Pisidie,  une  inscription 
probablement  antique  u  ;  En  Palestine,  les  exemplaires 
rencontrés  sont  généralement  de  basse  époque.  En  Ara- 
bie et  dans  la  péninsule  sinaïtique  à  Wady-Mokatteb 
A+CO  en  tête  d'une  acclamation  liturgique  de  type  an- 
cien on  lit  'I[ï)(70-j];  Xp[l<TTp,  []  ÈXÉtlTOV  (I  xfbv  Ô]oO'/[oV  (?)  1S. 

En  Nubie,  une  épitaphe  découverte  à  Colasucia  et  posté- 
rieure au  ve  siècle  16  porte  en  tête  :  +  A  +  Cû  +. 

En  Afrique,  nous  trouvons  les  lettres  a  u>  entourées 
d'une  couronne  dans  l'inscription  dédicatoire  de  Césarée 


de  Mauritanie  |C^^J  n  (258-304)  et  dans  une  épitaphe 


plus  récente,  à  Rusicade  „j~)4»xl_  ' 8  >  même  exemple  à 
Rome  qu'en  Mauritanie.  Les  autres  exemples  en  Afrique 

on  the  site  of  ancient  Ephesus,  in-16,  London,  1890  ;  Inscrip- 
tions front  tonibs,  n.  21.  —  '*  W.  Rarasay,  Cities  and  bishopries 
of  Phrygia  being  an  essay  ofthe  local  history  of  Phrygia  from 
the  earliest  Urnes  to  the  Turkish  conquest,  in-8",  Oxford,  1895- 
1897,  t.  i,  n.  382.  Voyez  cependant  dans  la  banlieue  de  Prym- 
nessos;  J.  B.  Lightfoot,  The  apostolic  Fathers,  in-8*,  London. 
1885-1890,  part.  II,  t.  i,  p.  485.  —  ,3E.  Renan,  Mission  de  Phé- 
nicie, p.  390.  —  1*  Ch.  Lanckoronski,  Les  villes  de  la  Pamphilie 
et  de  la  Pisidie,  in-fol.,  Paris,  1890,  t.  Il,  p.  244,  n.  235.  —  «  Cor- 
pus inscriptwnum  grxcarum,  in-fol.,  Berolini,  1877,  t.  iv, 
n.  8947.  —  ,6  A.-J.  Letronne,  Analyse  du  Recueil  d'inscriptions 
de  M.  le  comte  Vidua,  in-8\  Paris,  1828,  p.  14,  propose  la  date 
692;  Kirchhoff,  loc.  cit.,  n.  9121,  adopte  l'année  492;  E.  Le  Blant, 
préfère  le  v  siècle.  Étude  sur  les  sarcophages  chrétiens  antiques 
de  la  ville  d'Arles,  in-4'.,  Paris,  1878,  introd.,  p.  xxm  sq.  — 
*'  Léon  Renier,  Recueil  des  inscriptions  romaines  de  l'Algérie, 
in-fol.,  Paris,  1855,  n.  4025;  De  Rossi,  But.  di  archeologia  cris- 
tiana,  1864,  p.  28  ;  L.  Perret.  Catacombes  de  Rome,  t.  VI,  p.  12. 
—  <8  Corp.  inscr.  lat.,  in-fol.,  Berolini,  t.  vin,  n.  8190 

i.-l 


3 


A  Q 


sont  moins  anciens  et  ne  s'éloignent  plus  des  types  re- 
çus, saul  quelques  variantes  accidentelles  :  A+CO,  Corp. 

inscr.  lat.,  t.  vin,  n. 56,  674, 1767, 2009.  A-f-00,  ibid.,  n. 453, 
456,  670,  672,  839,  1105,  2017,  4671,  4762,  4799,  5669, 
9590, 9591  ;Add.,  n.  926, 10516, 10540-10548,  10665,  10713; 

Ephem.cpigr.,  t.  vu,  n.  1 167, 551,  591.  1041.  A^CO,  Corp. 
insc.  lat.,  t.  vin,  n.  749, 1156, 1246, 1247,  2189,  2272,  5176, 
8427,  8709.  8730,  8757,  9714,  9715,  9717,  10686  [10688], 
Add.,  n.  10933;  Ephem.epigr.,  t.vn,  n.  70,488.  A  00,  Corp. 
insc.  lai.,  t.  VIII,  n.  8638,  8C39,  8649,  9716. 

En  Espagne,  on  ne  peut  rien  trouver  d'antique.  Les 
types  ordinaires  reparaissent,  échelonnés  entre  le  Ve  et 
le  IXe  siècle.  A+00,  Hùbner,  Inscr.  Hisp.  christ.,  n.  21, 

73,  74,  86,  91,  119.  A-£oO,  Hiibner,  Inscr.  Hisp.  chris. 
n.  2,  3,  9, 14,  22,  28,  33,  44,  45,  66,  67,  68,  87,  98,  99, 

125,  186.  A)^C0,  ibid.,  n.18,  23,  60,  61,  71,  72,  75,  78,84, 
127,  151,  164,  180,  193,  197,  198,  203,  203  b.  Ephem. 
epigr.,  t.  vm,  n.  259.  A. 00,  Hubner,  ibid.,  n.  92,  95, 154. 
Dans  les  Gaules,  a  <o  apparaissent  sur  les  inscriptions 
datées  de  l'an  377  à  l'an  547  '.  A+00,  Le  Blant,  Inscr. 

chrét.    de   la  Gaule,  n.  551  a.  A-J-00,    ibid.,  n.  15,  46, 

55,  92,  239,  244,  250,  270,  273,295,  346.355.  A^OO,  ibid., 
n.49,50,  73,  77,  86,  202,  230  a,  236,  246,  255,  275,  281, 
291,  299,  300,  306,  323,  326,  329,  331,  336c,  337  a,  338, 
369.  370,  399,  423,  460  /;.  466,  501,  509,  572,  575,  583  a. 
A  00,  ibid.,  n.266,  283,351. 

En  Angleterre,  les  monuments  sont  tardifs  et  appar- 
tiennent plus  à  l'art  du  dessin  qu'à  l'épigraphie  -.  La 
première  et  la  deuxième  Germanie  sont  comprises  dans 
les  relevés  des  Gaules,  donnés  ci-dessus3. 

Dans  l'Italie  du  Nord,  où  Ravenne  (Classis),  Milan, 
Aquilée,  Brescia,  Vérone  semblent  les  seuls  sièges  épis- 
copaux  que  l'on  puisse  faire  remonter  par  des  arguments 
sérieux  au  delà  du  IVe  siècle,  les  exemples  deviennent 
innombrables,  mais  ils  sont  tardifs,  Ravenne  et  Milan  qui 
paraissent  avoir  eu  leur  communauté  chrétienne  orga- 
nisée vers  le  commencement  du  IIIe  siècle  et  même  un 
peu  plus  tôt.  Clusium  (Cltiusi)  dont  les  cimetières  de 
Santa-Catarina  et  Santa-Mustiola  contiennent  des  tombes 
du  ni"  siècle,  n'offrent  pas  un  seul  exemple.  A  Vérone. 

on  trouve  une  pierre  portant  A)(f 00  et  qui  semble  anté- 
rieure à  la  paix  de  l'Église4.  En  Thrace,  on  signale  les 
lettres  a  'w  sur  un  titulus  qui  paraît  ancien  5;  en  Pan- 
nonie,  un  marbre  d'époque  peut-être  antérieure  à  la 
paix  de  l'Eglise6.  Dans  l'Italie  méridionale  et  en  Sicile. 
on  retrouve  les  types  reçus,  principalement  en  Sicile  ". 
à  Capoue  8.  A  Rome,  on  trouve  les  lettres  a  <■>  dans  une 
épitaphe  datée  de  l'an  295,  mais  dissimulées,  dans  les 
noms  des  consuls  :  ....VIRGO  MOR[T]VA  ES(l)  TVS00 
ETA    ||    NVLLINO    CON[s]S   qu'il  faut   lire:    ...virgo 

'  E.  Le  Blant,  Manuel  d'épigraphie  chrétienne  d'après  les  mar- 
bres île  lu  Caille,  accompagné  d'une  bibliographie,  in-12,  Paris, 
1869,  p.  27,  29;  Inscriptions  chrétiennes  de  lu  Gaule  anté- 
Heures  au  vm'  siècle,  in-4",  Paris,  1856-1865,  n.  369,  167; 
Nouveau  recueil  tirs  inscriptions  chrétiennes  de  la  Gaule  anté- 
rieures au  vin  siècle,  in-4*,  Paris,  1892,  préf.,  p.  n.  — «Cf.  E, 
Hiibner,  Inscriptiones  Britannùe  christianse,  gr.  in-4*,  Berolini, 
1871),  et  Pétrie.  Christian  inscriptions  m  the  irish  language, 
in-4",   Dublin,   1872-1878.   —    'Vive/,  encore   F.  X.   Kraus,    Die 

christliche    Inschriften,  in-4",  Freiburg  im  Breisgau,  1800.  

•Dom  F.  Cabrol  et  dom  H.  Leclercq,  Monumenta  Ecclesix  litur- 
iina.  gr.  in-4',  Paris  1902,  i.  i.  n.  2848,  —  SA.  Dumont,  Inscript 
île  'l'heure,  dans  les  Archives  iirs  missions  scientifiques,  in-8% 

Palis,  1870,  n.  72.  —  ''•  Minium.  Eccl.  lit.,  t.  I.  n.  2775.  —  "  Sa- 
tinas, dans  VArchivio  storico  per  le  provinde  napoletane,  publi- 
roto  a  cura  délia  società  di  storia  patria,  in-8*,  Napoli,  1876, 
anno  i,  p.  481;  Pitra,  Analecta  sacra  Spicilegio  solcsmensi  pa- 
rata,   in-4%  Typis  tusculanis,  1884,  t.  n,  p.   178;  Torremuza, 

Siciliie  et  uhjacentium  insularuin  vet.  inscriptionutn  COllecttO, 
in-fol.,  Panormi,  1609,  p.  xvn,  8,  45.  — * Mommsen,  Corp.  inscr. 
lat.,  in-fol.,  Berolini,  1883,  t.  x,  n.  4494, 4526.  —  »  De  Rossi,  Inscrip- 


mortua  est  Tus  [co]  et  Anullino  (consuhbu)s  9.  Toutefois 
cette  interprétation  est  contestable.  Le  symbole  A00  se 
rencontre  à  Rome,  sur  les  inscriptions  datées  de  355  (?) 
360  à  509  10.  A+00,  De  Rossi,  Inscr.  christ,  urb.  Romse, 

t.  i,  n.  249,  941.  A-|^00,  ibid.,  n.  218",   22">,   >70,  275, 

276,  325,  411,  587,  661,  666,  847.  A^00,  ibid.,  n.  127, 
143,  153,  178, 187,  191,  197,  213,  214,  223,  248,  281,  283, 
304,  308,  326,  341,  345,  378,  445,  473,  510,  589,  594,  776. 
A00,  ibid.,  n.  172.  Parmi  les  inscriptions  non  datées 
les   plus    antiques  :   MODESTINA    A00    (cimetière   de 

Priscille12.  A-j-00,  Monumenta  Ecclesiœ  liturgica,  t.  i. 

n.  3109,  3122.  A^00,  Ibid.,  n.  3016,  3046, 3097. 3144, 3161, 
3173,  3242,  [3279  (?)]. 

Les  statistiques  ont  démontré  que  Rome  précéda  tou- 
jours la  province  dans  l'adoption  des  formules,  des  sym- 
boles lapidaires  et  les  abandonna  avant  elle.  Ce  fait  est 
évident,  tant  pour  l'Occident  que  pour  l'Orient13.  Il 
suflira  de  borner  l'histoire  chronologique  du  symbole 
a  (■>  à  l'épigraphie  romaine  (inscriptions  datées).  Le 
symbole  a  eu  entre  ses  limites  extrêmes  une  période  de 
vogue,  vers  365-385,  et  un  retour  de  mode  coïncidant 
probablement  avec  l'époque  à  laquelle  on  commença  de 
suspendre  par  des  chaînettes  A  et  00  aux  croix  station- 
nais l*.  A  partir  de  l'année  430,  nous  ne  rencontrons 
plus  a  o)  que  cinq  lois,  et  quatre  fois  on  les  représente 
au  bout  de  chaînettes  15. 

Pour  les  autres  symboles  voici  leur  répartition  chro- 
nologique. (Le  chiffre  en  coefficient  indique  le  nombre 
de  tituli  d'une  même  date  portant  le  symbole.')  De  l'année 
340  à  l'année  355  :  en  340;  —  de  355  a  365  :  en  355,  360, 
362,  364;  de  365  à  385  :  en  365,  366,  367-.  3703,  371-', 
375^,  377,  378-\  379^,  3812,  3S33,  38-4;  -  de  385  à  405  : 
en  389,  393,  399,  402;  -  de  405  à  425  :  en  408,  409;  —  de 
425  à  509  :  en  472.  Parmi  les  pierres  Funéraires  portant 
plusieurs  symboles,  la  plus  antique  (uie  siècle  probable- 
ment) provient  de  la  catacombe  de  Callixte;  il  y  a  lieu 
de  rapprocher  l'inversion  de  lettres  de  l'inscription  de 
l'année  295,  citée  plus  haut16  : 


LJ  •  A  • 

U                  D 

r~ 

A  'cJ 

//.  PARTICULARITÉS.  —  Les  lettres  a  w  ont  été  souvent 
et  diversement  altérées,  aucun  indice  ne  permet  d'en 
donner  une  autre  raison  que  l'inhabileté  ou  la  négli- 
gence des  lapicides.  La  lettre  A  garde  partout  et  toujours 
l'essentiel  de  ses  lignes,   parfois   la   ligature  est   omise, 

tioncs  christianœ  urbis  Ronnv  septimo  sseculo  antiquiores, 
in-fol.,  Romœ,  18M,  t.  i,  p.  25,  n.  20,  —  '"Le  Blant,  Manuel 
d'épigr.  chrét.,  p.  29.  —  "De  Rossi,  loc.  cit.,  p.   lin,  n.  -jis. 

—  "Davin,  La  cappella  greca,  p.  323,  et  Wilpert,  dans  Zeit- 
schriftf.kath.  77ie<if.,rnnsbruck,1888,p.l60.  —  l:'i:  Le  niant.  Ma- 
nuel d'épigr.  chrét..  p.  29;  navet.  De  tttutfa  Attictt  christianis 
antiquissiniis,  c.  V,  in-8',  Paris,  1878,  p.  56:  Fr.  Cumont,  Les 
inscriptions  chrétiennes  de  l'Asie  Min  uri  .  dans  les  Wi  langea 
de  l'École  française  de  Rome,  in-s-,  Rome,  1805.  —  "Bottâri, 
Sculture  et  pitture  sagre  estrate  dei  cimiteri  di  Roma,  publi- 
eute  già  dagli  autori  délia  Roma  sotterranea  ed'ora  nuo- 
uamente  date  in  luce  colle  spiegazioni,  in-fol..  Renia.  I7;t7,  pi. 
xi.iv;  Cf.  lîesio.  Roma  sotterranea,  in-fol.,  Roma,  1632,  p.  131; 

E.  Le  Blant.  Inscriptions  chrétiennes  de  la  Gaule  antérieures 
au  vue  siècle.  2  in-4%  Paris,  1856-1865.  t.  il.  p.  126,  n.  157.  —  '■  De 
nussi.  Inscr.  christ,  urhis  Roma',  t.  I.  années  430,  431,  455,  5un. 

—  "Boldetti,  Osservazioni  sopra  i  cimiterj,  1.  M,  e.  m.  p 

Cf.  A.  Dûment  (Homélie),  Mélanges  d'archéologie  et  d'histoire, 
in-8",  Paris,  1892;  Inscriptions  de  la  Thrace,  n.  743*;  C,  Ha\ot 
Detitul.  Ait.  christ.,  n.  78:  C.  Jullian.  Inscriptions  romaine» 
de  Bordeaux,  2  in-4",  Bordeaux,  1887-1890,  n.  850 


A  Q 


une  seule  fois  on  trouve  M  '.  La  lettre  00  est  représentée 
quelquefois  par  Q  en  Afrique2,  en  Espagne  3.  Peut-être 
faut-il  considérer  la  représentation  fréquente  CO  comme 
un  acheminement  vers  cette  forme4;  mais  elle  fait  dé- 
faut sur  les  monuments  de  l'antiquité  proprement  dite. 
Cet  argument  a  suffi  à  Garrucci  et  Rossi  pour  rejeter 
comme  fausse  une  gemme  portant  le  dauphin  entre  A  et 
Q  s.  Une  pierre  du  vne  ou  vme  siècle,  en  Angleterre, 
figure  r<o  sous  cette  forme  :  (D  6.  A  Rome,  on  rencontre 
LU  7,  à  Catane  et  à  Rome  C  8.  Cette  dernière  figure  se 
retrouve  en  France  et  en  Espagne  :  A+O  9  ;  elle  n'est  peut- 
être  pas  sans  rapport  avec  le  fait  qu'à  la  même  époque 
(ve,  VIe,  VIIe  siècles),  on  ohserve  en  Orient,  principalement 
en  Syrie,  la  substitution  de  l'o  à  l'w  ,0;  en  Germanie,  à 
Cologne,  on  trouve  W  ",  et  à  Aquilée  (Grado)  V  12. 
Quant  à  l'interversion  des  lettres,  elle  ne  témoigne  que 
de  l'ignorance  des  lapicides  pour  lesquels  a  et  a>  n'étaient 
plus  qu'un  motit  de  décoration  qu'ils  accommodaient 
à  la  symétrie  de  leurs  ouvrages,  comme  on  le  voit  dans 
une  inscription  dédicace  à  sainte  Justine  de  Padoue13  : 


J7T 


~TX 


(dédicace.) 


FT 


7L 


11  suffit  de  signaler  quelques  erreurs  grossières  et 
sans  portée,  telles  que  A+A  en  Viennoise14. 

On  rencontre  le  chrismon  accosté  de  a  a>  sur  l'un 
des  côtésdu  titulus  trilingue  juif  de  Tortose  15;  dans  une 
inscription  d'Aquilée  où  les  symboles  juits  se  rencontrent 
avec  les  symboles  chrétiens16;  enfin  sur  un  anneau 
d'ivoire  trouvé  à  Arles,  datant  du  IVe  siècle  et  portant  en 
outre  le  mot  gnostique  ABPACAZ,  ce  qui  peut  s'expli- 
quer assez  facilement,  Mithra  (Abraxas)  étant  regardé 
dans  plusieurs  groupes  gnostiques  comme  type  du  Christ, 
créateur  et  conservateur  de  l'univers  17.  La  lettre  S  que 
l'on  rencontre  plusieurs  fois  composée  avec  le  chrismon 
et  a  H  se  rapporte  au  monogramme  18.  Deux  inscrip- 
tions de  l'hypogée  de  Poitiers  portent  les  mentions  sui- 
vantes >9  :  l)jj-h3  Alpha  et  00  +  initium  et  finis,  qui 

-E- 


est  la  iormule  de  l'Apocalypse;  2) 


A  Ico 


ALFA  ET 


1  E.  Le  Blant,  Inscriptions  chrétiennes  de  la  Gaule,  n.  49,  356. 
Cf.  Corp.  irtscr.  lat.,  t.  vin,  n.  864t.  —  2  A  Hanschir  Makter,  en 
Byzacène;  Io.  Schmj,dt,  dans  l'Ephemeris  epigraphica,  in-8°, 
Romae,  1892.  t.  vu,  n.  70;  Le  Blant^  Journal  des  savants,  1828, 
et  Corp.  inscr.  lat.,  t.  vm,  n.  9716.  — 3E.  Hiibner,  Inscriptiones 
Hispanix  ehristianx,  in-4°,  Berolini,  1871,  n.  91,  119,  151, 
197.  —  *  De  Rossi,  Inscr.  christ,  urb.  Rom.,  t.  1,  n.  213;  E.  Le 
Blant,  Inscr.  chrét.,  n.  337  a,  565.  —  5  Macarius,  Hugioglypta, 
sive  picturx  et  sculpturx  sacrse  antiquiores,  prxsertim  qux 
Bomx  reperiuntur,  edidit  R.  Garrucci,  in-8°,  Lutetiaî  Parisio- 
rum,  1856,  p.  168,  note.  —  BE.  Hùbner,  Inscr.  Brit.  christ., 
n.  189,  194,  manque  dans  202  et  205.  —  7  De  Rossi,  Inscr. 
christ,  urb.  Rom.,  n.  473.  —  *Torremuza,  loc.  cit.,  p.  xvm,  8, 
45;  De  Rossi,  loc.  cit.,  n.  546.  Peut-être  cependant,  qu'à  Catane, 
n'est-ce  qu'un  sigma  lunaire  Ç,  servant  d'S  au  chrismon.  Voy. 
Bull,  di  archeologia  crist.,  1870.  pi.  ni,  n.  1  ;  G.  Kaibel.  Inscrip- 
tiones grxcx  Sicilix,  et  Italix  additis  grxcis  Gallix,  Hispa- 
nix, Britanniœ,  Germanix  inscr iptionibus,  in-fol.,  Berofini, 
1S90,  n.  524,  546.  —  »  E.  Hiibner,  Inscr.  Hisp.  christ.,  n.  106; 
E.  Le  Blant,  Nouveau  recueil  des  inscriptions  chrétiennes  an- 
térieures au  vm'  siècle,  n. 294.  —  '"Corp.  inscr.  grxc,  n.  8853. 
Cf.  E.  Renan,  Mission  de  Phénicie,  et  inversement  Le  Bas  et 
Waddington,  Voyage  archéol.  en  Grèce  et  en  Asie  Mineure; 
Inscript.,  t.  III.  n.  2160.  —  "  E.  Le  Blant.  Inscriptions  chrétiennes 
de  la  Gaule,  n.  356:  à  Ravenne  on  trouve  le  chrismon 
entre  M-M.  Voy.  Corp.  inscr.  lat.,  t.  xi,  n.  332.  —  ,2  Corp.inscr. 
lat.,  t.  v,  n.  1663.  —  «  Corp.  inscr.  lat.,  t.  v,  n.  3100;  Bull, 
di  archeologia  crist.,  1873,  pi.  vm,  n.  1,  2.  —  ,4E.  Le  Blant, 
Inscriptions  chrétiennes  de  la  Gaule,  n.  467,  et  Études  sur  les 
sarcophages  chrétiens  de  la  ville  d'Arles,  p.  23.  Voy.  aussi  Ma- 


L'état  de  dispersion  des  inscriptions  grecques  et  la 
négligence  avec  laquelle  la  publication  en  a  été  trop 
souvent  faite,  ne  permet  pas  le  travail  de  classement 
auquel  se  prêtent  les  inscriptions  latines. 

En  l'absence  de  monuments  datés,  on  ne  saurait  ré- 
soudre définitivement  le  problème  de  la  date  de  l'appa- 
rition des  lettres  A  et  CO.  Menken  20  et  Ramirez  21  d'une 
part  défendent  la  postériorité  de  la  sigle  à  l'hérésie  d'Arius. 
Allegranza  22  est  d'une  opinion  contraire,  que  le  P.  Gar- 
rucci 23  renforce  de  deux  textes  importants  et  dont  il  est 
difficile  de  contester  les  caractères   antéconstantiniens. 


1)  A  |  00 

Q.PETICIVS   HABENTIVS 
Q.PETICIVS  NAVICIVS  PATER 
DEP-  III  ID  -SEP 


2)  Ai»  CS  Jl/00 
VALERIA  RODE 
VALERIAE   RODE 
NI-   MATRI.   CAR 

BEN 

MERENTI   FC. 


I 


Plusieurs  poètes  ont  fait  rentrer  a  et  w  dans  leurs 
compositions.  Nous  les  citons  afin  de  ne  rien  omettre 
de  ce  qui  peut  renseigner  les  archéologues24. 

Sur  la  forme  Ci.  —  En  Italie,  à  Verceil,  on  trouve 
cette  forme  sur  une  inscription  de  l'année  471  portant 
le  chrismon  accosté  de  a  a>  2S,  sur  une  autre  inscription, 
à  San-Pietro  di  Acqui  Biorci,  de  l'an  488,  en  Gaule,  sur 
une  brique  découverte  à  Nantes  portant  le  chrismon 
accosté 26  et  sur  une  monnaie  de  Dagobert  Ier  (G25-638) 
portant  la  croix  accostée  de  Q,  A  21. 

///.  composition.  —  L'emploi  de  différents  motifs  or- 
nementaux avec  a  w  donne  lieu,  dans  chaque  pays,  à 
des  séries,  dont  les  résultats  ne  paraissent  plus  pouvoir 
être  sérieusement  modifiés. 

On  se  demande  s'il  faut  introduire  dans  cette  série  deux 

compositions  ainsi  libellées  1)  :  Ji>)^§3;2)  /^rç  .  1 


sir-  >Xê3;2)/^.L; 


mière  décore  la  panse  d'un  vase  gravé  sur  une  épitaphe 
de  Lyon,  de  l'année  510  28,  la  seconde,  que  M.  Le  Blant  lit 

j-nj   ,  provient  d'une  épitaphe  grecque  de  Trêves  29.  On 

peut  compter  parmi  les  monuments  épigraphiques  les 
trois  tables  de  bronze  du  Touron  (Seconde  Aquitaine  30). 
Chacune  d'elles  porte  en  tête,  gravé  au  pointillé,  le  chris- 


machi,  Origines  et  antiquitates  christianx,  éd.  Matranga, 
in-4%  Romœ,  1844,  t.  ni,  pi.  1,  n.  1.  —  's  E.  Renan  et  E.  Le 
Blant,  Inscription  trilingue  de  Tortose,  dans  la  Revue  archéo- 
logique, nouv.  sér.,  1860,  p.  345  sq.  —  ,6  Corp.  inscr.  lat., 
t.  v,  n.  1645.  —  "  C.  W.  King's,  Antiq.  gems.,  in-8°,  London, 
p.  358.  —  ,8E.  Hiibner,  Inscr.  Hisp.  christ.,  n.  151  ;  E.  Le  Blant, 
Inscriptions  chrétiennes  de  la  Gaule,  n.  92-96,  pi.  Lxvn;  Torre- 
muza,  loc.  cit.,  p.  257,  n.  8.  —  ,9E.  Le  Blant,  Nouveau  recueil 
des  inscriptions  chrétiennes  de  la  Gaule,  1892,  n.  248,  249.  — 
*°  Menken,  Opusc,  t.  1,  Diatriba  de  monogrammate  Christi, 
c.  H,  n.  2.  —  «'  Ramirez,  Notx  in  Chron.  Liutprandi,  p.  362.  Cf. 
P.  L.,  t.  cxxxvi,  col.  1040.  —  22  Allegranza,  Spiegazione  e  rifles- 
sioni  sopra  alcuni  sacri  monumenti  antichi  di  Mitano,  in-4', 
Milano,  1757,  p.  18.  77.  —  23  Garrucci,  Storia  dell'arte  cristiana, 
t.  1,  p.  169.  —  2*  Ant.  basil.  Vincent.  Med.,  p.  24;  Sedulius,  m, 
285  sq.,  P.  L.,  t.  xix,  col.  664;  S.  Paulin,  P.  L.,  t.  LXI,  col.  673. 
—  *«  Gazzera,  Délie  iscrizioni  cristiane  antiche  del  Piemonte 
discorso,  in-4°,  Torino,  1849,  p.  86.  —  2fl  De  Caumont,  Bulletin 
monumental,  in-8\  Paris  et  Caen,  1867,  p.  310.  —  27  Garrucci,  Sto- 
ria dell'arte  cristiana,  t.  I,  p.  567.  Cf  Clermont-Ganneau,  Un 
chapitre  de  l'histoire  de  l'ABC.  Origine  des  caractères  complé- 
mentaires de  l'alphabet  grec  r*X>KQ,  dans  les  Mélanges  Graux, 
in-8%  Paris,  1884,  p.  415-440;  Haussoullier,  Note  sur  la  forma- 
tion des  caractères  complémentaires  de  l'alphabet  grec  d'après 
un  mémoire  de  M.  Clermont-Ganneau,  dans  la  Revue  archéo- 
logique, Paris,  1884,  IIP  série,  t.  H,  p.  286  sq.  —  28E.  Le  Blant,  In- 
script, chrét.  de  la  Gaule,  n.  61.  —  29  Ibid.,  n.  267.  Pour  les 
adaptations  simplement  capricieuses,  voy.  de  Rossi,  Bullett.  di 
arch.  crist-,  1880,  pi.  iv,  4  et  p.  75.  —  30E.  Le  Blant,  Nouveau 
recueil  des  inscriptions  chrétiennes  de  la  Gaule,  n.  286.  287, 288. 


A  Q 


s 


mon  accosté  des  lettres  AOO.  Ces  plaques  appartiennent 
au  ive  siècle;  elles  sont,  en  Gaule,  des  premières,  avec 
l'inscription  de  Sion  '  (Première  Germanie),  où  figu- 
rent les  lettres  symboliques. 

'  E.  Le  Blant,  Inscriptions  chrétiennes  de  la  Gaule,  n.  369. 


L'importance  des  symboles  pour  la  détermination  de 
l'origine  et  de  l'âge  des  inscriptions  engage  à  dresser  ici 
le  catalogue  de  chaque  série  de  compositions  par  pays. 
Il  ne  peut  rentrer  dans  les  limites  de  ce  travail  de  faire 
plus,  c'est-à-dire  d'entreprendre  la  critique  de  chaque 
inscription  non  datée. 


SYMBOLES 


A   00. 
A  +  Où. 


A  +  O. 


Tfra  .    . 
A  |(J  .  . 
A  I  CJ 

A  )f  G3. 


INSCRIPTIONS    DATEES 


AFRIQUE  ' 


Ann.  405  K 


£5/526. 


384. 
419. 


258-304. 


588,     622, 


Ann.  504 
566,    584, 
649. 

578,  627. 
VIe  s. 


466,  520,  530,  544, 562, 
567,  662. 

510,  517,  578, 586,  632. 
[388?] 

482,    500?,   521,    525. 
544,  562,  666. 


545. 


VIe-VIIe  s. 


6 'il. 


Ann.  504 


an,  IVe  s.,  Ve  s. 


Î93. 


454  ou  540. 


Ann.  364. 
375. 


ROME" 


377,  383,  393,  472. 

340,  355,  360,  362,  365,  366. 
367*,  370  2,  371,  372,  375. 
377.  379*,  380  2.  3332,  384, 
389,  397,  398,  402,  4C8. 

409. 


377. 


{71. 


384,  385. 


370. 
130,  508. 


431. 


145. 


■  A.  Wilmanns,  dans  le  Corp.  inscr.  lat.,  t.  vin.  —  '  E.  Ilùtmer,  Inscr.  Hispan.  christ.  —  '  E.  Le  Blant,  Inscriptions  chré- 
tiennes de  lu  Gaule.  Cf.  Itev.  archâol.,  1S76,  p.  111.  —  "De  Rossi,  Inscr.  christ,  urb.  Rome,  I.  1,  et  Bull,  ili  urch.  crist.. 
186R.  p.  13,  1800,  p.  18.  —  'Cf.,  C.  Jullian,  Inscriptions  romaines  de  Bordeaux,  t.  Il,  n.  852  sq.  ;  Blavignac,  Histoire  de 
Varchitectwc  sacrée  dans  les  anciens  crèches  de  Genece.  Lausanne  et  Sion,  in-8%  Lausanne,  lS.">;i,  atlas,  pi.  1.  n.  :i. 

Le  chiffre  en  coefficient  marque  le  nombre  de  tituli  de  la  même  date  portant  le  symbole. 


A  Q 


10 


SYMBOLES 


A  00. 
A  +  CO 


rf 


A+GÛ 


A^OO 


A  L) 


rasa 


'AI 


aX  Rn 


INSCRIPTIONS    NON    DATEES 


AFRIQUE 

Corp.  iriser,  lat.,  t  .vin. 


n.  8638,  8639,  8649,  9716. 
n.  56,  674,  1767,  2009. 


.  453, 
1 105, 
4799, 
10516 
10713 

t.  VII, 
1167.] 
.  749, 
2189, 
8709, 
9715, 
10933 
t.  vu, 


456,  670,  672,  839, 
2017,  4671,  4762, 
5669,  9590,  9591, 
10540-10548,10665, 
[Epltem.  epigr., 
n.  551,  591,  1041, 

1156,  1246,  1247, 
2272,  5176,  8427, 
8730,  8757,  9714, 
9717,  10686,  10688, 
add.  [Eplt.  epigr., 
n.  70,  488.] 


n.  453,  455,  456,  458,  839, 
1247,  4671,  4762,  4799, 
5669,  9590,  9591,  10516, 
[Epheni.  epigr.,  t.  vu, 
n.  591,  1167.] 


n.  5176. 


n.  603,671,  705,  2009. 
n.670, 672,1105, 10665,107 13. 


n.  749,  2189,  8427,  8709. 
8730,  8757,  9714,  9717. 
10686,  10688.  10933. 

n.  674. 
n.  1767. 
n.  2017. 
n.  2272. 
n.  4473. 
n.  8641. 
n.  9716. 


ESPAGNE 

Hûbner,  Inscr.  Hisp. 


n.  92,  95,  154 

n.  21,  73,  74,  86,  91,  119. 

n.  2,  3,  9,  14,  22,  28,  33, 
44,  45,  66,  67,  68,  87, 
98,  99,  125,  186. 


n.  18,  23,  60,  61,  71,  72, 
75,  78,  84,  127,  151,  164, 
180,  193,  197,  198,  203, 
203  b,  [Ephem.  epigr., 
t.   vin,  n.  259.] 


GAULES 

Le  Blant,  Inscr.  chr. 


n.  266,  283,  351. 
n.  551  a. 

n.  15,  46,  55,  92,  239, 
244,  250,  270,  273,  295, 
346,  355.  [Kraus,  n.  52, 
59,  100,  101,  103,  117", 
142,  151,  156,  176,  207, 
230  ,232,  267.] 

n.  49,  86,  202,  230a,  236, 
246,  255,  275,  281,  291, 
300,  306,  323,  336  c,  366, 
369,  370,  509,  572,  575, 
583  a  [Kraus  :  n.  15,  24, 
47,  48,  50,  51,  53,  91, 
117  41,123,  133,144,  147. 
148,  155,   160,  171,   173, 

190,  20812.21.62]. 

n.  15,  46,  239,  244,  249, 
250.  270,  273,  275,  340, 
439. 


n.  264. 
[Kraus,  n.  178.] 

n.  583a. 


n.  551  a. 
n.  92-96. 


n.  365. 
[Kraus,  n.  284.] 


n.  50,  73,  77,  326,  328. 
329,  331,  336  a,  337  a,  338 
356,  399,  423,  460  6,  491, 
498,  501. 


Monum.  Éccl. 
liturg.,  t.  i. 


n.  3109,  3122. 


n.  3M6,  3046, 
3097.  3144, 
3161,  3242, 
3279  (?). 


•  On  s'est  restreint,  pour  Rome,  à  la  période  préconstantinienne. 
Les  coefficien'.s  reproduisent  le  classement  adopté  par  F.  X.  Kraus. 


11 


A  Q 


12 


SYMBOLES 


AXXL 


INSCRIPTIONS    NON    DATEES 


AFRIQUE 

Corp.  inscr.  lut.,  t.  vin. 


[Ephem. epigr.,  t.  vil,  n.  70. 

[Ephem.  epigr.,  t.   vu,   n, 

551.1 


ESPAGNE 

Hubner.  Inscr.  Hisp. 


n.  151.  [Eph.  epigr.,  t.  vm, 
n.  259.] 


n.  23. 

n.  106. 


GAUI.ES 

Le  Blant,  Inscr.  chr. 


[Nouveau  recueil,  n.  294.] 
n.  363. 


n.  331. 


n.  202,  246,  575. 


Monum.   Eccl. 

liturg.  t.  i. 


[De     Rossi. 
Bull.,  1879. 

pi.  VI.] 

Perret,  Catac. 

t.  vi.  p.  12. 


1  On  s'est  restreint,  pour  Rome,  à  la  période  préemstantinienne. 


Il  faut  signaler  encore   une  classe  de  compositions, 
celle  des  figures  triangulaires  que  l'on  trouve   en  Afri- 


que 


à  Rome2 


,  en  Gaule  s/^)^^. 


(Curube)  (Rome)  (Lyon) 

On  peut  interpréter  cette  figure  soit  d'après  sa  valeur 
géométrique;  elle  signifierait  alors  le  mystère  de  l'éga- 
lité des  personnes  divines;  soit  d'après  sa  valeur  paléo- 
graphique. En  ce  cas,  elle  représenterait,  dans  le  monu- 
ment le  plus  caractéristique  de  la  série,  la  lettre  latine 
(A)  D  et  ferait  fonction  du  mot  Dieu,  D[ews].  Cette  der- 
nière interprétation,  qui  appartient  au  P.  Lupi,  est  fon- 
dée sur  la  paléographie  de  l'inscription  composée  en 
langue  latine  avec  des  caractères  grecs. 

Roldetti  4,  dont  il  faut  toujours  se  défier  un  peu,  à 
cause  de  sa  négligence  5,  a  publié  une  épitaplie  romaine 

T 

de  l'année  370  portant  ce  symbole  :  A    JL    CJ,  dont  on 

1  De  Rossi,  De  titulis  christianis  carlhaginiensibns,  $  I, 
dans  Pilra.  Spicilegiurn  solesmense,  in-4".  Parisiis,  1858,  t.  iv, 
p.  514,  et  la  figure  v  de  la  page  499.  Cf.  Revue  archéologique, 
Paris,  1878,  nouv.  série,  t.  xxxvi,  p.  37.  —  *  Aringhi,  Homa  sub- 
terranea,  in-fol.,  Lutetiae  Parisiorum,  1659,  p.  605;  Boldetti, 
Osservazioni  sopra  i  cimiteri,  p.  402;  Lupi,  S.  J.,  Dissei-tatio 
et  animadversationes  ad  vuper  inventum  Severse  marturis 
epitaphium,  in-fol.,  Panormi,  1734,  p.  64.  102;  R.  Garrucci,  Sto. 
ria  deli'arte  cristiana,  in-fol.,  Prato,  Î872,  i.  1,  p.  168.  —  '  Le 
blant,  Inscriptions  chrétiennes  de  la  Gaule,  t.  1,  p.  107,  n.  49. 
—  *  Osservazioni  sopra  i  cimiteri,  p.  80,  353;  De  Rossi, 
Inscr.  christ,  urb.  Boni.,  t.  1,  n.  218.  —  s  De  Rossi,  loc.  cit., 


peut  rapprocher  un  titulus  très  antique  d'un  cimetière 
de  Rome  6. 


Cette  dernière  pierre  nous  amène  à  étudier  les  ori- 
gines du  symbole  :  AC0.  Si  l'on  réunit  les  moninm  ats 
les  plus  anciens,  antérieurs  à  la  paix  de  l'Église,  on  ob- 
tient l'ensemble  suivant  :  00  ETA"  —  CûA»  —  00)|(A9 

—  )((A  10.  Cette  interversion  de  lettres  en  <■>  a  ne  laisse 
pas  d'être  balancée  par  des  exemples  du  contraire  plus 
nombreux",  mais  d'une  paléographie  moins  ancienne 
pour  la  plupart.  J.-B.  Rossignol  en  a  donné  une  expli- 
cation fort  recherchée  et  qui  nous  parait  peu  fondée  l2. 
Nous  croyons  que  le  symbole  n'a  commencé  à  se  fixer. 

p.  2'i,  54.  —  •  De  Rossi,  De  titul.  christ.  Carth..  dans  Pitra. 
loc.  cit..  t.  iv,  p.  527,  note  4;  n  museo  epigrafico  cristiana 
Pio-Lateranense,  in-fol.  Roma,  pi.  xiv,  n.  32.  —  ''De  B 
Inscr.  christ,  urb.  Rom.,  t.  I,  p.  20.  —  "  Boldetti,  Osservaziont 
sopra  i  cimiteri,  1.  IL  c.  m,  p.  353.  —  °De  Rossi,  De  titul. 
christ.  Carth..  p.  .V27.  note  \:  Roma  s,  <t ..  t.  in,  pi.  xxx,  n.  35. 

—  '"  De  Rossi,  liull.  di  arch.  crist.,  1874,  p.  109  et  pi.  vi  ; 
1878,  pi.  x,  n.  1".  Cf.  Me  Vogué,  Syrie  centrale,  pi.  42, 
43.  —  "Voy.  Monum.  Eccl.  liturg.,  t.'  1.  n.  3016, 

3144,  3161,  3242  <:tJ70  ?).  —  «J.-B.  Rossignol,  Des  services  que 
peut  rendre  l'archéologie  aux  études  classiques,  in-8',  Paris, 
1878,  p.  421  sq. 


13 


a  a 


u 


tel  que  nous  l'employons  encore,  que  vers  le  temps  où  il 
lit  son  apparition  sur  les  monnaies  impériales,  c'est-à- 
dire  après  la  paix  de  l'Eglise. 

On  ne  peut  songer  à  épuiser  ici  la  longue  série  des 
variations  d'un  type  avant  l'époque  où  il  commença  à  se 
fixer,  bornons-nous  à  signaler  les  variantes  notables, 
sans  nous  occuper  de  leur  signilication  possible  '.  Une 
inscription  du  cimetière  de  Cyriaque  donne  la  variante 


qui  suit 


.  Un  cartouche  retiré  du  cimetière  de 


UJ 


Callixte  représente  un  olivier  accosté  des  lettres  A  ûO  3. 
Deux  marbres  du  cimetière  de  Sainte-Agnès  représentent 
des  on.nt.'s,  l'un  d'eux  donne  le  chrisme  au-dessus  de  la 
tète,  et  A  00  à  hauteur  des  yeux;  l'autre  ne  conserve 
que  Où,  la  partie  droite,  manquante,  devait  offrir  l'A*. 


A  Modène  et  en  Espagne  on  trouve  cette  forme 


:    ~lSy£ 


A  Carthagène,  on  a  estampé  le  symbole  suivant  : 


dans  lequel  A  et  R  n'ont  pas  besoin  d'être  expliqués  ici  ; 
quant  à  la  lettre  Q  elle  pourrait  bien  être  un  simple 
oméga.  On  trouve  le  cas  d'une  médaille  sur  laquelle 
cette  erreur  de  lecture  fut  faite.  Dans  Supplemenhtm 
Inscript.  HifpanisB  christ.,  Hùbner  lit  :  ora. 

Les  inscriptions  du  Rheinland  offrent  quelques  types 
notables  : 


■4-^®- À 

p   u     p  i2     p 


V 

v 

CJ  V 

13 


I 


vio 
v  ; 
v 


En  tête,  de  chacun  des  livres  du  sacrarnentaire  dit 
gélasien  on  trouve  A+CO  u. 

Voici  quelques  types,  sur  lesquels  on  pourra  recourir 
aux  explications  de  M.  De  Rossi  : 


~PtJ    ;A^ 


^J 


;  A 


ÛJ[ 


En  Espagne  on  ne  relève  pas  de  nouveaux  types  dans 
le  Supplementum  inscript.  Hispaniee  christ,  publié 
par  Hùbner  en  1900,  sauf  sur  une  tuile  où  Yalpha  parait 


transformé  en  lambda  / 


\% 


t,,19,  semble-t-il.  A  Rome. 


on  a  trouvé  un  type  qui  ne  parait  nulle  part  ailleurs,  à 
P20 


notre  connaissance, 


OU 


et  le  suivant  dans  lequel  le 


'  V.  Davin,  Les  antiquités  chrétiennes  rapportées  à  ta  Cap- 
pella greca  du  cimetière  apostolique  de  Priscille,  in-8°,  Paris, 
1892,  p.  319.  —  *  J.  Allegranza,  De  monogrammate  D.  N.  Jesu 
Christi,  in-4°,  Mediolani,  1773,  p.  50.  —  3  R.  Fabretti,  Inscriptio- 
num  antiquarum,  qux  in  sedibus  paternis  asservantur,  ex- 
plicatio,  in-fol.,  Romae,  1702,  p.  580,  n.  i.xxx,  et  De  Rossi,  Ro- 
ma  sotterr.,  t.  n,  p.  323.  —  *  M.  Armellini,  /(  cimitero  di 
S.  Agnese,  in-8%  Roma,  1880,  pi.  xiv,  n.  5,  7.  —  5  Corp. 
inscr.  lat.,  t.  xu,  n.  941  ;  E.  Hùbner,  Inscr.  Hisp.  christ., 
n.  2,  99.  —  6F.  X.  Kraus,  Die  christlichen  Inschriften  der 
Rheinlande,  in-4°,  Freiburg  im  Breisgau,  1890,  n.  41.  —  7  Ibid., 
n.  82.  —  *Ibid.,  n.  117  a'.  —  »  lbid.,  n.  143.  —  ">  tjbid.,  n.  177, 
deux  fois.  —  "  Ibid.,  n.  289.  —  '-  Ibid.,  n.  290.  —  «»  Ibid.,  n.  152. 
—  u  Muratori,  Liturgia  romana  vêtus,  in-fol..  Venetiis, 
1748,  t.  i,  p.  493,  635,  687;  cf.  édit.  C.  L.  Feltoe  :  Sacramen- 
tarium  Leonianum,  edited  tOith  introduction,  notes,  ami  three 
photograplis,  in-8%  Cambridge,  1896.  —  ,5De  Rossi,  Roma  sot- 


P.  Garruccivoit  le  symbolisme  du  serpent  d'airain  réa- 
lisé dans  la  croix  qui  forme  ici  un  T  21  : 


[T 


X- 


SALVS 

III.  Objets  mobiliehs.  —  Dans  le  nombre  assez  consi- 
dérable d'objets  compris  sous  cette  catégorie,  que  les 
épigraphistes  désignent  sous  le  nom  de  inslrumentum 
domeslicum,  quelques  spécimens  remarquables  sont 
fournis  par  chaque  classe. 

/.  tuiles  El-  BMQUES.  —  En  Espagne,  une  ou  plusieurs 
officines  doliaires  avaient  adopté  le  symbole  a  to.  Plu- 
sieurs des  tuiles  semblent  dater  de  la  fin  du  iv«  siècle.  Le 
type  suivant  a  été  retrouvé  à  Arunda,  à  Uipa,  à  Séville,  à 
Ecija  et  plusieurs  exemplaires  enfin  dans  la  Bétique  22. 


# 


A  Cordoue,  une  série  de  tuiles  munies  de  petites  anses 
(aldabones)  aux  quatre  angles23. 


w 

VAG 

v» 

^ 

G  L 

«1 

A  Bujalance  -i  : 


marciane 
a£w 

VIVAS    >N 


à  Ecija23. 


En  Italie,  on  a  trouvé  des  tuiles  ou  des  briques  à 
Plaisance26,  à  Syracuse  21.  Dans  la  tuile  de  Plaisancï 
l'ù)  est  réduit  au  sigma  lunaire  ^  dans  la  cavité  duquel 
on  a  tracé  un  bâtonnet  W .  En  outre  la  lettre  A  entre 
en  composition  du  mot  NIKA  dont  les  lettres  achèvent 
d'envelopper  le  monogramme. 

//.  amphores.  —  Une  amphore  trouvée  dans  le  cellier 
de  la  maison  des  saints  Jean  et  Paul,  au  Célius,  porte, 
au-dessus  de  l'indication  de  la  contenance  du  vase  en 
lettres  grecques  numérales,  le  chrismon  accosté  de  a  w  2S. 
C'est  le  troisième  exemplaire  du  monogramme  accosté 
que  l'on  trouve  dans  cette  maison  du  IVe  siècle.  Outre  le 
plat  et  les  deux  amphores  qu'elle  a  fournis,  on  a  trouvé 


terr.,  t.  il,  pi.  xlix-l,  n.  29.  —  ,6De  Rossi,  Ruti.  di  arch. 
crist.,  1872,  p.  83.  -  "Ibid.,  1877,  p.  151  et  pi.  x.  —  ls  Ibid., 
1877,  p.  134.  —  i9E.  Hùbner,  Inscr.  Hisp.  christ.,  Supplemen- 
tum, grand  in-4%  Berolini,  1900,  n.  431;  cf.  n.  325,  326,  330, 
432  tuile,  437,  453  lampe.  Un  sarcophage  du  IV  siècle  dans  K.  Joa- 
chim  Botet  y  Siso,  Noticia  historica  y  arqueologica  de  Empo- 
rion,  Madrid,  1879,  p.  122,  et  J.  Ficker,  Mittheilungeii  des  kaiser- 
lich  deutschen  arcliœologischen  Instituts.  Roinische  Abthei- 
lung,  in-8°,  Rom.,  t.  iv,  p.  77;  cf.  E.  Hùbner,  loc.  cit.  —  -°  R. 
Garrucci,  Storia  dell'arte  cristiana,  1. 1,  p.  169-173.  —  -l  R.  Garnie- 
ci,  Storia  dell'arte  cristiana,  t.  i,  p.  173. —  "E.  Hùbner,  Inscr. 
Hisp.  christ.,  n.  193.  —  23  Ibid.,  n.  198.  —  " Hùbner,  n.  203. 
—  -'Ibid.,  n.  203b.  —  '-•■  De  Rossi,  Bull,  di  arch.  crist..  (870, 
p.  15  sq.,  pi.  n,  n.  2;  p.  32.  —  -7  C.  Cavedoni,  Annotazioni  al 
fascicolo  del  Corpus  inscriptionum  grmearum  continente  le 
iscrizioni  cristiane,  in-8",  Modena,  1860,  p.  18.  —  *8  De  Russi, 
Bull,  di  arch.  crist.,  1890,  p.  39  et  t..  m,  pi.  n. 


15 


A  G 


une   autre  amphore,  à  Rome,  portant  A;fcGO  au-dessus 
des  lettres  marquant  la  capacité  du  vase  '. 

m.  ANNEAUX.  —Nous  retrouvons  les  principales  compo- 
sitions de  l'épigraphie  dans  la  gravure  du  cliaton  de  plu- 


sieurs anneaux 


ACO  2   _    a\J/£>3  _  ^qn  t    Qn  a 


tionné   déjà  un    anneau  d'ivoire  trouvé  à  Arles  5.  Voir 
col.  6. 

iv.  vases  ET  divers  AUTRES.  —  Un  petit  vase  de  bronze 
de  forme  cylindrique  (fig.  1),  trouvé  dans  le  lit  du  Rhin, 
prés  de  Benfeld  6  (hauteur  0,38),  et  que  la  paléographie 
de  l'inscription  permet  de  faire  remonter  au  i\"  ou  Ve  siè- 
cle, était  une  mesure  légale,  probablement  un  de  ces  éta- 
lons dont  la  garde  passa  des  temples  aux  églises  lors  de 
l'avènement  des  empereurs  chrétiens  7  ;  la  présence  du 
monogramme  fut  la  seule  raison  qui  fit  considérerquelque 
temps  ce  vase  comme  ayant  servi  à  administrer  le  bap- 
tême. Citons  encore  :  une  coupe  provenant  de  la  cata- 
combe  de  Callixte8;  un  fond  de  coupe  de  verre  où.  et 
guise  de  nimbe,  saint  Laurent  porte  le  monogramme; 
un  peu  plus  bas,  à   hauteur  des  épaules  on  trouve  dans 


16 


Nazaire,  eu  1S'i5  20,  on  voit  un  monogramme  qui  est 
accosté  de  l'A  00  et  de  sept  étoiles.  Ce  dernier  symbole 
est  une  application  aux  bienheureux  de  l'idée  d'éternité 
que  les  lettres  a  ui  appliquent  pour  leur,  part  au  Christ. 
En  effet,  dans  la  symbolique  des  premiers  chrétiens, 
à  laquelle  on  peut  rapporter  ce  monument,  la  constel- 
lation des  sept  étoiles  de  la  Grande-Ourse  ne  disparais- 
sant jamais  de  l'horizon  21  représentait  la  gloire  indéfec- 
tible du  ciel22.  Ce  n'était  que  l'adaptation  d'une  pensée 
païenne  analogue  23.  En  Syrie,  on  signale  la  présence  du 
chrismon  sur  la  plupart  des  portes  des  habitations  rui- 
nées depuis  l'invasion  musulmane 2*  ;  à  Serdjilla  on  relève 


la  combinaison  : 


Le  Liber  revelaûonum  de 


sainte  Elisabeth  de  Schbnau  2e  mentionne  des  épitaphes 
découvertes  à  Cologne  en  1151  27.  Dans  l'une  d'elles,  et 
d'après  la  description  par  Egbert  du  monogramme  indi- 
qué au  bas  de  la  première  épitaphe,  Brovver  a  pensé 
reconnaître  le  chrismon  accosté  de  l'A  et  de  l'CO  et 
Masenius  2S  a  restitué,  d'après  un  manuscrit  du  Liber 
reveLationum    la  figure  Deu  certaine  du   monogramme 


^fPTlPlIV5THEODOLYJCORP£CroRVEN£T]AEETISTRfAEEXAG 


1.  --  Mesure  légale.  D'après  Le  Blant,   nscrïp.  c'ir''\  de  la  Gaule,  t.  i,  pi.  41. 


le  fragment   subsistant   l'CO  9;  une   cuiller   niellée    du 

musée  Campana  porte    A-(-CO  10;  un    collier    d'esclave 

ft^Q.  X."  :  unetransenna  de  marbre  A  LU  12;des  plaques 
de  métal  dont  la  destination  n'apparaît  pas  clairement 

Aîtc"13;  (vfcW;  (m^):5;  un  poids 

ixgyc    \±y    ^y 

lampe  n. 

IV.  Particularités.  —  A  GO  entrent  fréquemment  dans 
des  combinaisons  assez  curieuses  pour  être  signalées. 
A   Plaisance,  on  lit  sur  une  tuile  NIKACO18;  à  Rome; 

dans  une  area  à  ciel  ouvert:  6  JU  19.  Sur  l'une  des  parois 

d'une  crypte  découverte  à  Milan,  près  de  l'église  Saint- 


•  Ballet,  di  arch.  crist.,  1890,  p.  41  sq.  —  'Boldetti,  Osser- 
vazioni  supra  i  cimiteri,  p.  502,  n.  32.  —  3  Vettori,  Nutn- 
rnus  sereus  veterum  Christianorum  explicatus,  in-4\  Romae, 
1737,  p.  52.  —  *  Collection  Fortnum,  n.  30.  Cf.  Fortnura  (G. 
Drury.  E.),  On  finger  rings  of  the  early  Christian  period, 
in-8\  London,  1869,  et  du  même  auteur  :  On  some  antique  gold 
finger  rings  found  at  Palestrina  in  Italy,  in-4*,  London,  1876. 

—  BC.W.  King's.  Antiq.  gems,  in-8*,  London,  1860,  p.  358.  — 
"Bulletin  des  comités  historiques,  t.  iv,  p.  37-38;  E.  Le 
Blant,  Inscriptions  chrétiennes  de  la  Gaule,  t.  I,  n.  351  et 
pi.  244;  De  Rossi,  Bull,  di  arch.  crist.,  1864,  p.  58.  —  '  E.  Le 
Blant,  loc.  cit.,  p.  466,  notes  2,  3.  —  8  Boldetti,  Osservazioni 
sopra  i  cimiteri  cristiani,  pi.  ni,  n.  4,  p.  194.  —  •  Grimouard 
de  Saint-Laurent,  Guide  de  l'art  chrétien,  in-8',  Paris,  1872-1875, 
t.  v.  p.  27,  255.  —  ,0De  Rossi,  Bull,  di  archeologia  crist.,  1868, 
p.  81.  — "  Ibid.,  1874,  p.  44,  63.  —  "Ibid.,  1881.  pi.  x.  —  ,3F.  X. 
Kraus,  Die  christlichen  Inschriftcn  der  Rheinlande,  n.  190'. 

—  '*  Ibid.,  n.  19C.  —  «»  Ibid.,  n.  190».  —  IB  G.  Kaibel,  Inscr.grxc. 
Sicil.,  n.  25793.  —  "Mélanges  de  l'École  française  de  Borne, 
in-8%  Rome,  1886.  —  "Voyez  col.  14.  —  '"De  Rossi,  Borna  sot- 
terr.,  t.  ni,  pi.  l,  n.  19.  —  "Biraghi,  Sopra  alcuni  sepolcri 


ci-contre.    Signalons  un    seul   détail   dans   ce 

'    monogramme  très  suspect,  ce  sont  les  lettres 

"^     A  X  accostant  la  traverse  de  la  haste  P.  On  re- 

^*  trouve   en  effet  ce   rapprochement    de   lettres 

M    dans  des  inscriptions  de  Pompei   et  d'Hercula- 

num  29,  dans  une  série  de  monnaies  de  l'époque 

y  républicaine  30.  Cette  combinaison  est  née  de 
l'usage  qu'avaient  les  pédagogues  de  faire  répéter 
par  les  enfants  les  lettres  de  l'alphabet  deux  par  deus  en 
les  accouplant  par  ordre  d'éloigneinent,  par  exemple  :  AX, 
BV,  CT,  DS.  ER,  FQ,  GP,  HO,  IN,  KM  »«.  On  procédait 
de  même  pour  l'enseignement  des  lettres  latines  el  des 
lettres  grecques32.  «  C'est  l'usage  parmi  nous,  raconte 
saint  Jérôme,  de  faire  réciter  l'alphabet  grec,  par  ordre, 
jusqu'à  la  dernière  lettre,  c'est-à-dire,  alpha,  béta  et  le 
reste  jusque  oméga,  et  ensuite,  comme  exercice  de  mé- 


antichi  cristiani  scoperli  presso  la  basilica  degli  apostoli  e  di 
San  Nazaro  in  Milano,  dtssertazioni,  Milano,  1845.  —  "  Virgile, 
Georg.,  1.  I,  246;  Ovide,  Mélamorph.,  xm,  295.  —  "L.  Polii 
Sepolcri  Nazariani,  p.  51.  —  "  Passeri,  De  gemmis  astriferis 
veterum  christianorum,  dans  le  Thésaurus  gemmarum  astri- 
ferarum,  in-fol.,  Florentia-,  1750,  t.  n,  p.  36.  —  s*  M.  de  Vogué, 
Syrie  centrale.  Architecture  cirile  et  religieuse,  grand  in-4*, 
Paris,  pl.31.  —  "E.  Le  Blant,  Inscriptions  chrétiennes  de  la 
Gaule,  t.  i,  n.  356,  pi.  41,  fig.  245.  —  "Egbertus,  Liber  révéla- 
tionum  Elisabeth  de  sacro  exercitu  virginum  Colonensium, 
c.  xi  ;  Acta  SS.,  jun.  t.  m,  p.  604-606  ;  Crombach,  S.  Ursula  vindi- 
cata,  in-fol..  Colon.  Agripp.,  1647,  t.  n,  p.  733  sq.  —  «Browar, 
Antiquitatum  et  annalium  trevirensium  lib.  XX.  2  in-fol., 
Coloniae,   1628;  t.  i,  p.  288  b.   —   *•  Antiquit  t.  1, 

p.  593  sq.  —  S9  Corp.  inscr.  lat.,  t.  IV,  n.  2542-48.  —  "  J. 
Eckhel,  Doctrina  nttmmorum  veterum,  in-4',  Yindobome,  1792- 
1798,  t.  v,  p.  76.  —  31  J.  Eckhel,  loc.  cit.;  C.  Cavedoni,  Ripostigk 
antichi,  p.  172;  Mommsen,  Geschichte  des  r&n.  Ifumwesena, 
p. 561;  cf.  De  Rossi,  Bull,  di  arch.  crist.,  1881,  p.  133.  —  "  C.  Cave- 
doni, dans  le  Bullettino  dell'lstituto  di  correspondenza  archeo- 
logica,\n-S',  Roma,  1853,  p.  175. 


17 


A    Q 


18 


moire,  on  change  l'ordre,  mêlant  les  premières  lettres 
avec  les  dernières,  en  sorte  qu'on  épelle  alpha,  oméga; 
béta.  psi  '.  »  Cet  usage  aura  pu  suggérer  le  rapproche- 
ment avec  les  textes  de  l'Apocalypse  et  devenir  l'origine 
historique  du  symbole.  Quoi  qu'il  en  soit  la  parité  de 
situation  entre  A  et  a,  X  et  io  put  entraîner  parité  d'at- 
tribution d'autant  plus  facilement  que  les  méthodes 
pédagogiques  se  conservèrent  presque  sans  aucun  chan- 
gement depuis  le  premier  siècle  jusque  vers  le  sixième. 

Dans  l'opuscule  étrange  de  Rhaban  Maur  :  De  laudi- 
bus  sanclse  Crucis,  le  nimbe  crucifère  de  Jésus  porte 
ia  combinaison  A  M  Q  dont  l'auteur  donne  cette  expli- 
cation :  In  cruce  namque  quse  iuocla  caput  posita  est 
sunt  1res  lilterse,  hoc  est  :  A,  M  et  Q,  quod  signi/ical 
initium  et  médium  et  finem2. 

Une  inscription  préconstantinienne  du  cimetière  de 
Thrason  3  est  ainsi  conçue  . 


MERCVRIANE 
QVAE  VIXITANNIS 
XXXI 


m  *-  ta 


«  Mercuriana,  qui  a  vécu  trente  et  un  ans.  Le  Christ, 
l'alpha   et  l'oméga,  est  la  vie.  » 

A  Pologne,  on  trouve  B  aJ?00  M  *.  Enfin  une  in- 
scription relatant  un  baptême  in  extremis  : 

PVER   NATVS  A  00 

DIVO  IOVIANO  AVG-ET 

VARRONIANO   COSS 

ORA  NOCTIS-IIII 

IN  VXIT  Vill-IDVS  MADIAS 

DIE  SATVRNIS  LVNA  VIGESIMA 

SIGNO-APIORNO  NOM-INE  SIMPL-CIVS  s. 

La  sigle  A  00  a  eu  à  suhir  tant  de  caprices,  que  dans 
plusieurs  cas  on  n'entrevoit  pas  les  raisons  qui  ont  pu 
les  inspirer.  Chez  les  gnostiques,  dans  la  Pistis-Sophia 
le  nom  de  l'Immortel  est  AAA  GO0O0O  6.  Un  sarcophage 
découvert  à  Paris  sur  l'emplacement  du  cloître  Saint- 


2.  —  Monogramme  accosté  d'une  étoile  et  d'A  et  Q. 
D'après  la  Revue  archéologique,  1873,  p.  191. 

Marcel  (2  septembre  1871)  présentait  une  combinaison 
nouvelle  de  la  sigle  avec  un  chrismon  astrifère  (fig.2). 
Cette  forme  de  monogramme,  qui  se  trouve  comme  type 


'  S.  Jérôme,  In  Jerem.,  xxv,  26.  P.  L.,  t.  xxiv,  col.  838.  — 
Rhaban,  Opéra,  Col.  Agrip.,  1617,  t.  I,  p.  282,  P.L.,  t.  cvn,  col. 
'IIâ.  —  3Marangoni,  Acta  S.  Victorini,  in-4%  Roma,  1740,  appen- 
dix,  p.  98;  V.  Davin,  Les  antiquités  chrétiennes  rapportées  à  la 
Cappella  greca  du  cimetière  apostolique  de  Priscille,  p.  273  et 
pi.  XI,  ri.  8;  Monumenta  Eccl.  lit.,  t.  i,  n.  3097.  —  *  Corp.  inscr. 
lat.,  t.  xi,  n.  802.  —  5Guasco,  Musset  capitolini  antiquse  inscrip- 
tiunes,  in-fol.,  Romae,  1775,  t.  m,  p.  141  et  de  Rossi,  Inscr.  christ. 
urb.  Rom.,  t.  i,  n.  172,  p.  °f>..  — 6C.-W.  King's,  Antiq.  gems, 
in-8%  London,  2'  édit.,  p.  199.  —  T  A.  de  Longpérier  dans  la  Revue 
archéol.,  1873,  p.  191.  —  »  Sathas,  dans  la  Rev.  archéol.,  1877, 


accessoire  sur  les  monnaies  d'Arcadius  (395-408),  constitue- 
le  type  principal  de  plusieurs  petites  monnaies  d'argent 
frappées  au  nom  de  Justin  Ier  (518-527).  Sur  ces  der- 
nières le  monogramme  (dont  la  croix  est  pattée)  se  voit 
accosté  de  Valpha  et  de  l'oméga  ou  de  deux  astres7. 
C'est  plus  tard  que  la  sigle  disparut  des  monnaies  de  Con- 
stantinople  8.  Un  type  est  resté  inexpliqué,  malgré  les 
ingénieuses   suggestions  de  J.-B.  De  Rossi,  c'est  le  sui- 


vant 9 


M 


Un  collier  d'esclave  fugitif,  publié  par  Giorgi 10,  porte 
la  légende  : 

TENE  ME  QVIA  FVGI  ET  REVO 
CA  ME  DOMINO  MEO  BONIFATIO 
LINARIO 

A|QX' 

Les  inscriptions  de  Syrie  présentent  quelques  variétés 
notables  : 


? 


VÏ? 


LU 


CJ 


Enfin,  sur   une  maison  construite  en  l'année  420  à 
Deïr-Sanbil,se  lit  cette  inscription  triomphale  lfj  (fig.  3)  : 


TOYTOhKÀ 

R  -# 


A 


lu 


3.  —  Inscription  triomphale. 
D'après  de  Vogué,  Syrie  centrale,  pi.  151. 

et  sur  l'église  d'Ezra,  en  l'année  510  n  :  A  IN;  enfin 
sur  une  inscription  de  Palmyre  dont  l'explication  parait 

digne    d'être   tentée18  •  T      (inscription)      T 
A    |  I  m 

V.  Numismatique.  —  /.  médailles.  —  Une   médaille 

publiée  plusieurs  fois,  représentant  le  supplice  de  saint 

Laurent,  porte  les  lettres  00  A,  d'autres  fournissent  les 

compositions  suivantes  :  A)]<00,  A+00,  A+00  19.  Une 
plaque  d'identité  à  l'usage  d'un  esclave  porte  à  la  partie 
inférieure  A  00  de  chaque  côté  d'une  couronne  20. 

En  l'état  où  se  trouvent  nos  monuments,  il  ne  faut  pas 
songer  à  réduire  en  doctrine  ce  que  nous  pouvons  con- 
clure de  quelques  faits.  La  matière  subjective  et  la  destina- 
tion des  médailles  de  dévotion  rendent  impossibles,  dans 
presque  tous  les  cas,  les  déterminations  fondamentales 
du  temps  et  du  lieu  de  fabrication  ;  à  défaut  de  celles-ci, 
on  ne  peut,  sous  peine  de  discréditer  immédiatement 
les  recherches,  se  contenter  de    présomptions  vagues. 


p.  97.  —  "L.  Lefort,  Revue  archéol.,  1878,  p.  81.  —  "> De  mono- 
grammate  Clo'isti  Domtni  dissertatio,  in-4°,  Romae,  1737, 
p.  40.  —  "  M.  de  Vogué,  Syrie  centrale,  Ai  hitecture  civile  et 
religieuse,  in-fol.,  Paris,  pi.  31.  —  13  Ibid.,  pi.  33.  Voyez  aussi  la 
pi.  42.  —  *3Ibid.,  pi.  45.  —  <*Ibid.,  pi.  46.  —  "-Ibid.,  pi.  99.  Ci. 
Le  Blant,  hiscri/dions  chrétiennes  de  la  Gaule,  n.  319,  fig.  209 
et  n.  466,  616.  —  ">  M.  de  Vogué,  Syrie  centrale,  pi.  151.  —  "Ibid., 
pi.  21.  —  ltCorp.  inscr.  lat.,  t.  m,  suppl.,n.  0000.  —  ,9De  Rossi, 
Bull,  di  arch.  crist.,  1869,  pi.  m,  et  p.  4'i.  Cf.  Lupi,  Dissertazioni, 
lettere  ed  altre  opérette,  in-4°,  Faenza,  1785,  t.  I,  p.  197.  — 
!°  Ibid.,  1879,  pi.  xi,  n.  1. 


19 


A  Q 


20 


11  ne  reste  des  lors  qu'à  considérer  chaque  monument 
isolement,  ou  bien  dans  ses  rapports  avec  quelques 
autres  types;  pour1  des  ('tuiles  de  cette  nature,  rien  ne 
supplée  a  l'observation  directe  du  document.  Il  y  a  lieu 
d'en  signaler  quelques-uns  des  plus  dignes  d'attention  : 
1°  l'n  médaillon  de  bronze  (iig.4),  travaillé  à  jours, 
portant  le  monogramme  accosté  de  a  <o  dans  une  bor- 
dure circulaire  de  feuilles  de  viçne  courantes.  La  haste 


4.  —  Denarium  avec  aco.  D'après  De  Rossi,  Bullet.  di  archeolog. 
cristiana,  1871,  pi.  v,  n.  2. 

et  les  pattes  du  chrismon  ainsi  que  la  bordure  sont  per- 
cés de  quatorze  jours  destinés  à  recevoir  des  gemmes, 
au  centre  un  cabochon  ovale1.  Ce  médaillon  provient 
d'Aquilée,  il  a  fait  partie  des  collections  Obizzi  et  d'Esté 
et  a  été  décrit  par  Mozzoni  2,  Bertoli 3,  Cavedoni4  et  De 
Rossi 5.  Ce  dernier  parait  avoir  identifié  l'usage  de  cet 
objet  dans  lequel  on  avait  vu  un  enseigne  militaire  de 
l'armée  romaine  et  qui  serait  un  plat  d'offrande  comme 
en  témoignent  les  deux  pattes  perforées  destinées  à 
recevoir  des  anneaux  d'attache.  Ce  monument  est  du 
iv"  ou  du  commencement  du  Ve  siècle. 

2°  Un  moule  en  pierre  destiné  à  recevoir  le  plomb  en 
fusion  dans  un  canal  creusé  en  forme  de  croix  avec  les 
lettres  a  a>  et  a>  a.  Chaque  médaille  avait  la  forme  de 
croix,  elle  était  munie  d'un  anneau.  Ces  moules  parais- 
sent n'être  pas  antérieurs  au  vi«  siècle;  ils  proviennent 
de  Carlhage6. 

3°  Ces  croix  étaient  quelquefois  des  encolpia  ou  reli- 
quaires7 suspendus  sur  la  poitrine,  et  à  cette  catégorie 
se  rattachent  deux  petites  boites  d'or,  souvent  reprodui- 
tes, portant  le  citrismon  accosté  de  a  w.  Ces  objets  ont 
été  trouvés  à  Rome,  ils  remontent  au  ive  siècle8. 

//.  monnaies.  —  Des  recherches  entreprises  par 
Cavedoni9,  Feuardent  lu  et  Garrucei11  il  ressort  que 
l'introduction  de  a  a>  aux  côtés  du  chrismon  dans  les 
monnaies  impériales  s'est  produite  dans  l'année  même 
qui  suivit  la  mort  de  Constantin  le  Grand.  Ce  type 
se  voit  au  revers  d'une  médaille  d'or  de  Constance1-. 
Quant  à  la  médaille  de  même  métal,  à  l'effigie  de  Con- 
stantin le  Grand  avec  la  légende  VICTORIA   MAXVMA 

et  le  monogramme  A;J(Gù  1:1.  son  authenticité  ne  parait 
pas  démontrée,  malgré  l'opinion  de  Garrucei 1+;  le  type  fut 
toujours  assez  rare  après  son  apparition;  on  le  retrouve 
sur  la  médaille  d'argent,  commémorative  de  la  victoire 

'De  Rossi,  Bull,  di  arch.  crist.,  1871,  pi.  v,  n.  2  et  p.  67-68: 
Epigrafe  d'un  sacro  donario  in  lettere  d'argento  sopra  tabelle 
di  bronzo.  — -  Tavole  cronologiche  anticlie  délia  storia  dclla 
Chiesa,  sec.  îv.  in-4%  Venezia,  1856,  p.  41,  note  19.  —  •'<  Dans  les 
Memorie  délia  società  colombaria  Fiorenttna,  in-4°,  Fircnze, 
t.  i,  p.  127  sq.  —  '  Dell'origine  ed  incrementi  dell'odiemo  r. 
museo  Estense,  Modena,  tx'iii.  p.  j:i,  et  dans  les  Memorie  <ii  reli- 
gione  e  letteratura,  Modena,  t.  i\,  p.  431.  —  *Loc.  cit.,  p.  68; 
Venturi,  Storia  dell'arte  italiana,  in-8%  Milano,  19Q1, 1. 1,  p.  527, 
552,  flg.  458  et  p.  558.  —  "H.  P.  Delattre,  Cosmos,  2  oct.  1889; 
Revue  de  l'art  chrétien,  1890,  p.  129;  De  Rossi,  Bull,  di  arch. 
crist.,  1891,  p.  146  sq.  --  'De  Rossi,  llull.  di  arch.  crist., 
1863.  p.  31.  —  8Bosio,  Borna  sotterr.,  p.  105;  De  Rossi,  Bull,  di 
arch.  crist...  1872,  pi.  u,  n.  2,  3.  —  'Ricerche  critiche  intorno 
aile  medaglie  di  ConstantinoMagnoede'suoiftgliuoli  insignite 
di  tipi  e  di  si)»boli  cristia)ii,  in-8»,  Modena,  1858.  —  "Essai  sui- 


de Constance  sur  Constantin  en  'SiOls;  sur  un  médail- 
lon d'argent  du  musée  de  Vienne  au  revers  duquel  on 
voit,  outre  la  légende  VIRTVS  EXERCITVM,  quatre  en- 
seignes militaires  portant  la  lettre  A  sur  la  seconde  en- 
seigne, la  lettre  CO  sur  la  troisième  et  le  chrismon  en 
haut10.  Ce  médaillon  fut  frappé  à  Rome  et  l'on  a  des 
raisons  solides  de  penser  •"  que  ce  choix  lut  inspiré  à 
Constant  par  le  souci  de  témoigner  publiquement  son 
adhésion  au  dogme  catholique  sur  l'éternité  et  la  divi- 
nité du  Verbe  incarné,  combattu  par  l'arianisme  que 
soutenait  l'empereur  Constance  son  frère.  Ceci  nous 
conduirait  au  lendemain  du  concile  de  Sardique,  en 
3i7.  Le  symbole  A  00  était  en  effet  inacceptable  par  les 
ariens  et  repoussé  par  eux  1S.  Sa  vogue  doit  dater  pro- 
bablement du  temps  du  concile  de  Nicée  (325),  bien 
qu'aucun  monument  de  cette  période  ne  nous  soit  par- 
venu. Constance  II  fait  usage,  lui  aussi,  du  citrismon  ac- 
costé '  s  (fig.  5).  A  partir  de  Magnence  et  Decentius  (350-353 1 
les  symboles  se  multiplient.  Magnence  reprend  un  type 
déjà  connu  sous  Constance  II  20  et  supprimé  peu  après  la 


5.  —  Monnaie  de  Constance  II. 
DN  CONSTANTIVS   PF  AUG.  Buste  de  Constance  II  diadème  à 
droite.   —  fi  SALUS  AUG  NOSTRI.  Dans  le  champ,  le  mono- 
gramme du  Christ  accosté  de  l'A  et  de  l'a  ;  dans  l'exergue  :  TRS 

mort   de  l'usurpateur.   On   retrouve  le   type   parmi  les 
monnaies  byzantines  de  Justin  Ie1,  petite  monnaie  d'argent 

portant  A)J<Gù2i,  et  de  Justinien  I",  A+OO22. 

L'usage  assez  rare  de  l'emblème  sur  les  monnaies,  à 
l'époque  de  sa  plus  grande  vogue,  tient  vraisemblable- 
ment à  la  raison  que  les  graveurs,  devant  loger  dans  un 
assez  petit  module  une  composition  représentant  une 
scène  déjà  encombrée,  n'avaient  que  l'habileté  suffisante 
pour  se  ménager  l'espace  nécessaire  au  chrismon  ;  on  ob- 
serve en  elfet  que  dans  les  médaillons  de  grand  module, 
ou  bien  lorsqu'ils  disposent  du  champ  entier,  ils  gravent 
un  monogramme  accoste. 

Parmi  les  monuments  numismatiques  de  la  Gaule  nous 


6.  —  Tiers  de  sou  de  Dagobert  d'Ausuasie  (623-639). 

DAGOBERTHUS  R1X.  Tète  diadémée  à  gauche.  1$.  Légende  peu 

lisible.  Croix  accostée  des  lettres  QA. 

rencontrons  quelques  compositions  originales.  La  mon- 
naie des  Dagobert  d'Austrasie  fou  mit  le  type  suivant  (fig.  6): 

l'époque  ù  laquelle  ont  été  frappés  les  médaillons  de  Constant 
nu  et  de  ses  ftls  portant  des  signes  de  christianisme,  in-8  .  1857. 

—  «<  Esame  critico  e  ci  I  lia  numismatica  Custanti- 
111,111,1  portante  segni  di  cristianesimo,  ln-4*,  Roma,  1858.  — 
'*A.Banduri,  ivumismata  imperatorum  R  .  1. 11.  p.227. 

—  "Tanini,  Supplementum  à  l'ouvrage  de  Banduri,  Num.  imp. 
Rom.,  in-fol-,  Roma,  1791,  p.  265.  —  «*  hoc.  cil  .  142.  "J.Eckhel, 
Doctrina  nummorum  veterum,  in-4*,  Vindobonœ,  1792-98,  t.  vin, 
p.  112.  — *•  H.  Cohen,  Description  his  s  monnaies  fttip- 

dans  l'empire  romain,  communément  a\ 

t,  in-8*,  Paris,  1882-92,  t.  VI,  n.  28.      '  C.  Cavedoni 

appendice,  p.  15. —  "Giorgi,   De  monogrammate  Christi 
Domini,  p.  10.  —  '»H.  Cohen,  loc.  cit.,  t.  vi,  n.  250  \    Ban- 

duri, Num.  imp.  Rom  .  t.  11,  p.  368.  —  -'  Saba  iptton 

générale  des  monnaies  byzantines  frappées  sous  ■' 
main,  iii-8*,  Paris,  1802.  pi.  i\,  11.  25.  —  -:  Ibul  .  \  I.  \\  11.  11.  91     B. 


21 


A  Q 


22 


Celle  de  Sigebert  II  présente  un  type  dans  lequel  on 
semble  avoir  combiné  grossièrement  y  (lig.  7)  : 


7.  -    Tiers  de  sou  d'or  de  Sigebert  III  (634-656). 

SIGIBERTIS   R1X.  Tête  diadtmée,  à  droite.  fi.  GAIALETANO. 
Dans  l'exergue  BAH. 

Dans  la  monnaie  de  Clovis  II   nous   relevons  ce  type 
(fig.  8)  : 

âfïïz 


8.  —  Tiers  de  sou  d'or  de  Clovis  II  (639-657). 

CLODOVEVS  REX  FR.  Buste  diadème  à  droite.  fi).  /  [PARI]SIVS 
IN  CI  VI  l|||.  Ciux  ancrée  accostée  des  lettres  EL  /  IGI. 

Enfin  la  monnaie  du  pape  Adrien  (772-795)  porte  au 
revers  (fig.  9  )  : 


9.  —  Monnaie  d'argent  du  pape  Adrien. 

D.N.  ADRI.I.ANUS  P  +  P  +.  Buste  de  face  accosté  des  lettres 
I.B.  fi.  VICTORIA  DHN  :  Croix  sur  deux  degrés,  au-dessous 
CONOB.  Dans  le  champ  :  A/û. 

VI.  Sigillographie.  —  Sceau  des  bulles  papales.  — 
Sceau  de  plomb  du  pape  Deusdedit  :  DEVSDEDIT  PAPA 
(bon  pasteur)  AQ1.  Sceau  d'Adrien  II,  la  croix  dans 
un  cercle  avec  A   00  2. 

VI.  Monuments  figurés.  —  /.  peintures.  —  La  crux 
nuda  et  le  chrismon  représentés  dans  les  peintures 
antiques  des  catacombes  n'y  paraissent  jamais  accostés 
de  l'a  et  l'w. 

Il  faut  descendre  jusqu'au  VIIIe  siècle  pour  trouver  à 
l'entrée  du  cimetière  de  Pôntien,  sur  la  paroi  du  fond 
du  baptistère,  une  croix  gemmée  et  fleurie  portant  A  et  00 
suspendus  à  ses  bras  par  des  chaînettes  3.  Une  fresque, 
unique  dans  l'art  des  catacombes,  datant  du  Ve  siècle,  et 
reproduisant  fidèlement  les  ouvrages  des  mosaïstes  con- 
temporains, représente  le  Christ  donnant  la  Loi;  le 
nimbe  est  accosté  de  A  00  4;  de  même  dans  une  fresque 
de  la  catacombe  de  Saint-Janvier  à  Naples,  représentant 
ce  martyr  avec  le  nimbe  crucifère  chargé  du  chrismon 
accosté 5.  Dans  la  fresque  du  cimetière  des  Saints-Pierre- 

'  Doni,  Inscriptiones  antiquse  cum  votis,  edidit  Gorius,  in-fol., 
Florentine,  1731,  préf.,  p.  22.  —  2  Moroni,  Dizionario,  t.  lxvi, 
p.  49  ;  F.  Ficoroni,  Gemmm  antiquse  litteraturse,  in-4\  Romaa,  1757, 
pi.  wiii,  3.  —  *Aringhi,  Roma  subt.,  t.  i,  p.  381  ;  Venturi,  Storia 
dell'arte  ilaliana,  t.  i,  fig.  49.  —  'Bottari,  Scult.  e  pitt.  saçjre, 
t.  i,  pi.  iv.  —  5Méme  peinture.  —  6  Le  catacombe  di  Siracusa 
confrontate  nelle  loro  forme  architettonice,  e  ne'  monument! 
chc  le  adomano,  co'  sotterranei  cimiteri  délia  Chicsa  romana, 
disputazione  letta  ttell'accademia  d'archeologia  dal  Mi;  uo- 
menico  Bartolini.  in-8°,  Roma.  —  'J.  Allegranza,  Spiegazione  e 
riflessioni,  p.  18,  pi.  i.  —  g  Ciampini,  Vetera  monimenta  in 
quibus  prœcipue   musiva    opéra   sacrarum   profanarumque 


et-Marcellin,  un  agneau  nimbé  du  chrismon  accosté5. 
A  Syracuse,  la  vierge  assise,  ayant  l'entant  sur  ses  genoux 
et  à  côté  A^Q  6. 

;/.  mosaïques.  —  Les  mosaïques  présentent  un  grand 
nombre  d'exemples  de  l'emploi  des  lettres  symboliques. 
Une  mosaïque  de  Saint-Aquilin  de  Milan  (ve-vie  s.)  repré- 
sente le  Sauveur  avec  le  nimbe  décoré  du  monogramme 
accosté7.  Un  médaillon  qui  occupe  l'entrecroisement 
de  la  croix  dans  la  mosaïque  absidale  de  l'église  de 
Saint-Apollinaire  in  classe  près  de  Ravenne8,  repré- 
sente la  croix  surmontée  de  IX0YC,  accostée  de 
A00;  au-dessous  on  lit  SALVS  MVNDI.  Une  mosaïque 

p 
de  Sétif  (Algérie)  porte9   - 


///.  sarcophages.  —  Quelques  localités  d'Afrique, 
comme  Tabarca  et  Sfax,  possèdent  des  sarcophages 
dont  le  couvercle  est  orné  de  mosaïques.  Une  tombe 
de  Tabarca  représente  une  orante  accostée  de  quatre 
colombes  et  deux  cierges 10.  Dans  un  cartouche  au- 
dessus  de  sa  tète  on  lit  CRESCONIA  INNOCENS  IN 
PACE  A  00  (fig.  10). 


10.  —  Mosaïque  de  Tabarca. 
D'après  Peraté,  Archéologie  chrétienne,  fig.  325. 

Un  sarcophage  de  Venasque  (Deuxième  Narbonnaise) 
ayant  servi  de  tombeau  à  l'évêque  de  Carpentras,  Bœ- 
thius  (lin  du  VIe  siècle),  représente  sur  la  partie  for- 
mant couvercle  une  longue  croix  gemmée,  aux  branches 
de  laquelle  un  00  et  un  A  sont  suspendus  par  des  chaî- 
nettes". Un  sarcophage  d'Autun,  qui  parait  antique, 
oflre  le  monogramme  accosté  dans  un  encadrement 
circulaire;  de  chaque  côté  se  dressent  deux  branches 
de  palmier  surmontées  de  colombes  12. 

On  pourrait  aussi  ranger  parmi  les  sarcophages  une 
pierre  haute  d'un  mètre,  déposée  au  musée  du  Vatican. 
Deux  soldats  sont  accoudés  sur  leurs  boucliers  levant 
les  yeux  vers  les  lettres  A  et  00  qui  surmontent  la  tra- 
verse d'une  croix  monogrammatique  gemmée13. 

Plusieurs  sarcophages  de  Ravenne  représentent  le 
chrismon  accosté,  mais  ces  compositions,  pour  la  plu- 
part, n'ont  d'intérêt  qu'au  point  de  vue  des  arts  indus- 
triels. On  peut  rappeler  cependant  Yurna  di  San  Bar- 
baziano,  Varna  di  San  Teodoro.  Un  sarcophage  déposé  au 
Museo  nazumale  représente  sur  l'une  des  faces  latérales 
le  Christ  ressuscitant  Lazare.  Le  nimbe  du  Sauveur 
porte  le  monogramme  accosté  de  A  00,  et  ceci  nous 
amène  à  un  autre  ordre  d'observations. 

iv.  sculptures  en  bas-reliefs.  —  La  porte  de  la  ba- 
silique Sainte-Sabine  sur  l'Aventin,  construite  dans  la 
première  moitié  du  Ve  siècle,  offre  dans  un  des  petits 

sedium  structura  ac  nonnulli  antiqui  ritus  dissertationibus 
iconibusque  illustrantur,  2  in-fol.,  Romse,  1690,  t.  n,  pi.  xxiv; 
E.  Didron,  Iconographie  chrétienne,  in-8°,  Paris,  p.  396;  Gri- 
mouard  de  Saint-Laurent,  Guide  de  l'art  chrétien,  t.  II,  p.  341. 
—  9  Revue  archéologique,  IIP  série,  t.  xx,  p.  397.  — 10  A.  Pératé, 
L'archéologie  chrétienne,  in-8»,  Paris,  1892,  p.  325.  —  "E.  La 
Blant,  Les  sarcophages  de  la  Gaule,  in-4°,  Paris,  1886,  n.  199. 
Voyez  aussi  le  n.  7.  —  '*Bulliot,  Notice  sur  un  sarcophage  en 
marbre  blanc  du  musée  d'Autun,  dans  les  Annal,  de  la  Soc. 
éduenne,  1802-64,  p.  237.  —  ,3Grimouard  de  Saint-Laurent, 
Guide  de  l'art  chrétien,  t.  VI,  note  P',  p.  356,  communiqué  à  l'au- 
teur par  Didron. 


23 


A  Q 


24 


Y2 


n 


y 


panneaux  une  représentation  de  l'apparition  de  T<*sn?  su 
cénacle.  Le  Christ  n'a  pas  de  nimbe,  m<û»  ta  wir  -r  •-!.<- 
tache  sur  un  monogramme  accosté  de  A  Gù.  Un  autre 
panneau,  l'un  des  huit  grands  qui  se  sont  conservés, 
représente  à  la  partie  supérieure,  dans  une  couronne  de 
laurier,  le  Christ  debout  et  bénissant;  de  chaque  côté 
du  personnage  sont  l'A  et  l'Où.  Sur  le  frontispice  d'une 
petite  basilique  des  premiers  siècles,  à  Announah,  en 
Algérie,  a  et  w  sont  suspendus  aux  bras  d'une  croix  lé- 
gèrement pattée  '. 

v.  sculpture  sur  bois.  —  Un  crucifix  très  ancien, 
signalé  par  Borgia  2,  et  le  crucifix  connu  sous  le  nom  de 
Nicodème  3  portent  le  symbole  a  et  u>. 

VI.  ivoire.  —  Le  feuillet  d'un  diptyque  conservé  au  mu- 
sée du  Louvre*  (vi«  siècle)  porte  S   PETRVUUlAOù. 

C  S 

S  CS 

Un  large  anneau  d'ivoire  trouvé  à  Arles,  porte  le  chris- 
mon  accosté  de  l'A  et  Où  de  la  manière  qu'il  est  repré- 
senté sur  les  coins  des  princes  gaulois  Magnentius  et 
Decentius,  au  ive  siècle;  mais  il  se  trouve  accompagné 
de  la  légende  ABPACAZ  qui  montre  une  fois  de  plus 
que,  comme  beaucoup  de  contemporains,  le  proprié- 
taire de  cet  anneau  confondait  le  Christ  avec  Mithra 
(Abraxas),  à  titre  de  créateur  et  modérateur  de  l'uni- 
vers 5. 

Ceinture  de  saint  Césaire  d'Arles6.  Elle  porte 
ce  curieux  ornement  qui  ne  laisse  pas  d'avoir  son 
importance  dans  la  question  de  savoir  à  quelle 
époque  on  commença  de  suspendre  a  et  a>  aux 
croix  stationales. 

vu.  orfèvrerie.  —  On  ne  mentionne  ici  que  pour 
éviter  les  malentendus  un  reliquaire  qui  jouit  d'une 
certaine  célébrité  et  qui  d'après  la  Chronique  de 
Conques  aurait  été  donné  à  ce  monastère  par  Charle- 
magne.  Cette  attribution  est  erronée.  La  mention  de  la 
Chronique  date  du  xve  siècle  et  le  travail  d'orfèvrerie 
de  l'A  de  Conques  ne  peut  remonter  au  delà  du  xie  siè- 
cle. On  voit  la  valeur  qu'il  convient  d'attacher  aux  his- 
toires qui  se  sont  accumulées  autour  de  cet  A  auquel, 
sans  doute,  faisait  pendant  un  00  7. 

vin.  ÉPITAPBE  juive.  —  On  doit  ranger  dans  une 
catégorie  spéciale  ce  monument  d'une  identification 
difficile  et  sur  lequel  on  trouve  notre  symbole  avec 
divers  emblèmes  dont  deux  paraissent  astriformes 
plutôt  que  monogrammatiques,  deux  autres  sont  les 
chandeliers  à  sept  branches  caractéristiques  des  pierres 

juives,  enfin  l'orante.  Voici  leur  disposition  8  :  _J — 

VIII.  Glyptique.  —  Une  pierre  gravée  antique  du  mu- 
sée Barberini  représente  le  chrismon  surmonté  de  la 
barre  transversale  du  tau,  accoste  de  A  Où,  la  haste 
porte  un  serpent  enroulé,  allusion  évidente  au  poteau 
du  serpent  d'airain  devenu  la  croix  du  Christ.  L'exiguité 
de  cette  gemme  ne  permet  pas  d'assurer  si  le  serpent 
fascine  les  colombes  qui  se  tiennent  de  chaque  côté 
de  la  croix  sous  laquelle  ont  lit  SALVS9. 

IX.  Paléographie.  —  Le  Sacramentaire  gélasien  (Bibl. 
Vatic.jiîegrm.  cod.  316  membran.)  du  VIIe  siècle  donne  ï'al- 


1  Hev.  arch.,  6*  ann.,  2'  part.,  pi.  m,  fig.  1,  2.  —  «Borgia,  De 
cruce  Veliterna  conimentarius,  in-4°,  Romse,  1780,  p.  xxxm. 
—  3  Angelo  Rocca,  Opéra,  2  in-4°,  Roma,  1719,  t.  i,  p.  153.  — 
*Molinier,  Catalogue  des  ivoires  du  Louvre,  în-12,  Paris,  1896, 
p.  4  et  pi.  i.  —  5C.  W.  Ring's,  Antiq.  gerns,  p.  358.  —  6R.  Gar- 
rucci,  Storia  dell'arte  cristiana,  t.  I,  p.  535.  —  7  G.  Desjardiris, 
Cartulaire  de  l'abbaye  de  Conques,  en  Bouergue,  in-8%  1879, 
p.  v  et  note  2.  Cf.  Darcel  dans  les  Annales  archéologiques,  in-4% 
Paris,  t.  xx,  p.  264-274.  —  8  Corp.  inscr.  lat.,  t.  v,  n.  1645.  .Serf  quis 
scit.  dit  justement  C.  Bayet,  an  non  hoc  candclabri  sjnitaiwii 
christiani  nonnunquam  arripuerint.  (De  titul.  Au.  christ., 
p.  123.)  Cf.  De  Rossi,  Inscr.  christ,  u.  R.,  n.  38.  —  9  Gori,  Thesau- 


pha-nmsqa  sous  la  forme  inattendue  de  poissons  (fig.  11). 
Un  irianu.-.mt  de  la  bibliothèque  de  Laon,  qui  remonte  au 


11.  —  Sacramentaire  gélasien,  Bibl.  Vaticane.iîegn!.  codex  316. 

vine  siècle  (n°  137),  donne  l'a  et  l'w  suspendus  par  des 
chaînettes  aux  bras  de  la  croix;  l'a  est  formé  par  deux 
poissons  et  l'u>  par  deux  oiseaux,  des  colombes  peut- 
être10.  H.  Leclercq. 

IX.  A  et  Où  dans  la  liturgie.  —  La  liturgie  a  conservé 
aussi  le  souvenir  de  ce  symbole  fameux  et  en  donne  en 
même  temps  un  commentaire  qui  s'éloigne  parfois  de 
la  signification  primitive,  mais  qui  a  son  intérêt.  C'est 
surtout  dans  la  liturgie  mozarabe  que  nous  en  trouvons 
les  traces.  Notons  entre  autres  cette  oraison  :  A  et  Q, 
inilium  et  finis,  Deus  et  honio,  infinitus  et  prse/inilus ; 
in  quo  et  principium  Deitatis,  et  ultimum  sentitur 
humanitas ;  excedens  omnia,vivificans  cuncta,  et  conli- 
nens  universa,  miserere  nobis  qui  mânes  et  nobis  ap- 
pares,  etc.  Il  est  à  noter,  ce  qui,  je  crois,  n'avait  pas  été 
encore  remarqué  et  ce  qui  fournit  un  précieux  indice 
sur  l'origine  du  Libellus  orationum,  que  cette  même 
oraison  se  retrouve  à  la  fête  de  l'Apparition  au  bréviaire 
mozarabe  '*. 

Un  peu  plus  loin  on  lit  une  antienne  et  une  oraison 
sur  l'A  et  l'Q  :  Ego  sum  alpha  et  oméga...  ego  sum 
radix  et  genus  David,  Stella  splendida  et  malutina... 
ego  sum  alpha  et  oméga.  Oratio  :  Alpha  et  oméga, 
principium  et  finis,  radix  et  gémis,  filius,  Dominusque 
David,  Christus  Deus  et  liomo,  etc.  '-. 

Dans  le  Libellas,  l'oraison  est  suivie  de  cette  béné- 
diction :  Benedical  nobis  A  et  il  cognominatus,  omni- 
potentis  Dei  Patris  unigenitus  filius  :  qui  est  initium 
et  finis,  ipse  vos  secuni  victores  adtollat,  etc.  Nous 
trouvons  dans  le  même  ouvrage  de  Thomasi-Bianchini 
ces  autres  oraisons  :  Ego  sum  alpha  et  oméga,  prt- 
mus  et  novissimus,  initium  et  finis;  qui  ante  mundi 
principium,  et  in  sseculum  sseculi  vivo  in  xternum. 
Antiphona  in  quadragesima  13. 

Citons  encore  dans  le  missel  mozarabe  cette  oraison 
post  nomina  au  dimanche  avant  l'Epiphanie  :  Christe, 


rus  uet.  diptychorum  consul,  et  ecclesiastic.  in-fol. 
1759,  t.  m,  p.  160;  E.  Didron,  Iconograpliic  chrétienne,  in-8\ 
Paris,  1. 1,  p.  396.  —  10E.  Fleury,  Les  manuscrits  de  Laon,  in-V, 
Laon,  1863,  t.  I,  pi.  2.  Le  commentaire  de  cette  planche  en  ce  qui 
concerne  a  et  u  est  rempli  d'erreurs.  Cf.  A.  Darcel,  dans  la  Ga- 
zelle des  beaux-arts.  \"  mai  1803.  et  P.-.l.  R.  *>icn.  I.  Des  ser- 
vices que  peut  rendre  l'archéologie  aux  études 
in-8°,  Paris,  1878,  p.  421-429.  —  "  Oratio  vm  id.  J  atio- 

nes  indie  apparitionis  Domini  ad  vesper.,  dans Thomasi-1 
chini.  Opéra cmmî'a, 6 in-fol. ,Romavl7'i l.i'.  l7.Cf. ]  ■  <  <  iaire 

mozarabe,  P.  L.,  t.  lxxw  i.c  I.  170.  —  "P.  L..  t.  i.ww  i.  col.  Iffl 
—  4S Thomasi-Bianchini,  loc.  cit.,  p.  74,  494. 


23 


AU—    ABBAYE 


26 


qui  est  aipha  et  o  :  imtium  et.  finis  :  tu  benedicito  his 
sacrifiais  ob  principiwm  presentis  anni  tibi  oblalis  ; 
et  ila  off'erenlium  vocabula  in  libro  vitse  conscribens, 
ut  defunctis  requiem  prestes,  etc.  '. 

Peut-être  faut-il  attribuer  la  présence  de  ce  sigle 
liturgique  de  l'A  et  de  l'û  à  ce  fait  que  dans  le  lec- 
tionnaire  de  l'Église  mozarabe  l'Apocalypse  d'où  ce 
texte  est  tiré  semble  occuper  une  place  plus  importante 
que  dans  les  autres  liturgies2.  C'est  aussi  pour  cette 
raison  sans  doute  qu'il  a  été  plus  commenté  par  les 
Pères  et  les  écrivains  espagnols  qui  ne  manquent  pas  de 
signaler  ce  passage.  Nous  ne  citerons  comme  exemple 
que  le  fameux  commentaire  de  Beatus  dont  on  a  récem- 
ment retrouvé  la  source  dans  Apringius  3. 

L'antiphonaire  de  Bangor  dans  une  hymne  ancienne 
et  très  remarquable  de  la  liturgie  celtique  pour  la  com- 
munion, contient  cette  strophe  : 

Alpha  et  oméga 

Ipse  Christus  dontinu 

Venit,  venturus 

Judicare  hommes. 

Le  savant  éditeur  —  qui,  par  parenthèse,  ne  connaît 
d'autre  emploi  liturgique  de  ces  deux  lettres  qu'un  seul 
des  textes  que  nous  citons  ci-dessus,  l'oraison  post  no- 
mina  mozarabe  —  fait  remarquer  à  propos  de  cette  strophe 
que  l'A  et  l'û  étaient  probablement  imprimés  sur  les 
pains  de  communion  et  cite  à  l'appui  un  canon  d'un 
concile  de  Dublin  4.  Dans  tous  les  cas  les  rapproche- 
ments que  nous  avons  cités  entre  les  deux  liturgies 
ne  manqueront  pas  d'attirer  l'attention. 

Notons  pour  mémoire  que  le  Processionale  monasli- 
cum,  Solesmes,  1888,  p.  80,  a  donné,  d'après  des  manu- 
scrits du  moyen  âge,  le  texte  et  le  chant  d'une  antienne 
ainsi  conçue  :  Ego  sum  alpha  et  ô,  primus  et  novis- 
simus,  initium  et  finis,  qui  ante  mundi  principium,  et 
in  sseculum  sseculi  vivo  in  œtemum.  Ego  sum  vestra 
redemptio,  ego  sum  rex  vester,  ego  vos  ressuscilabo 
in  die  novissimo,  alléluia.  Les  vers  de  Prudence,  don- 
nés au  commencement  de  cet  article,  ont  sans  doute, 
comme  quelques  autres  du  même  auteur,  été  chantés 
dans  certaines  églises,  et  telle  des  formules  que  nous 
avons  citées,  en  est  peut-être  dérivée. 

L'ACO  se  trouve  souvent  sur  les  hosties  (voir  Fers 
d'hostie);  dom  Martène  en  cite  un  exemple  très  an- 
cien5. Il  retrouve  le  même  sigle  inscrit,  en  plusieurs 
lieux,  sur  le  cierge  pascal  6,  et  aussi  à  la  cérémonie  de 
la  dédicace  dans  un  manuscrit  du  Xe  siècle;  mais  ici  ce 
n'est  que  l'abrégé  de  l'alphabet  grec  dont  on  connaît 
bien  l'usage.  Voyez  Dédicace1. 

F.  Cabrol. 

ABACUC.  Voir  Habacuc. 

ABACUS.  Voir  Autel. 

ABBAYE.  —  I.  Définition  et  site.  IL  Fondation. 
III.  Monastères  doubles.  IV.  Construction.  V.  Laures. 
VI.  Architecture.  VIL  Mur  d'enceinte.  VIII.  Portes. 
IX.  Parloir.  X.  Hôtellerie.  XL  Oratoire.  XII.  Béfectoire. 
XIII.  Cuisine.  XIV.  Dortoir.  XV.  Salle  capitulaire. 
XVI.  Cloître.  XVII.  Maison  des  novices.  XVIII.  Maison 
des  infirmes.  XIX.  Cimetière.  XX.  Cellier,  ateliers. 
XXI.  Plan.  XXII.  Plan  de  Tébessa.  XXIII.  Plan  de  Saint- 


1  P.  L.,  t.  lxxxv,  col.  225.  —  *Ct.  dom  G.  Morin,  Anecdota 
Maredsolana,  t.  I,  Liber  comicus  sive  lectionarius  Missx, 
in-8",  Marcdsous,  1893,  passim,  notamment  p.  202.  —  3  Sancti 
beati  presbyteri  Hispani  Liebanensis,  in  Apocalypsin,  ac  plu- 
rimis  utriusque  fœderis  paginas  commentaria,  ex  veteribus 
nonnullisque  desideratis  patribus  mille  rétro  annis  collecta, 
nunc  primum.  édita,  in-8°,  Madrid,  1770,  xlviii-584  pages.  Cf. 
A.  Firmin-Didot,  Les  Apocalypses  figurées,  in-8",  Paris,  1870, 
et  Léopold  Delisle,  Mélanges  de  paléographie  et  de  bibliogra- 


Biquier.  XXIV.  Plan  de  Saint-Gall  et  légende.  XXV.  Bi- 
bliographie. 

I.  Définition  et  site  des  abbayes.  —  L'abbaye  est  un 
monastère  gouverné  par  un  abbé,  c'est-à-dire  monastère, 
érigé  canoniquement,  jouissant  de  son  autonomie,  et 
composé  ordinairement  d'au  moins  douze  moines.  La 
distinction  des  monastères  en  abbayes  et  en  prieurés 
était  inconnue  durant  les  premiers  siècles  de  l'histoire 
monastique.  Nous  réunissons  sous  ce  titre  tout  ce  qui 
se  rapporte  aux  monastères  ou  demeures  des  moines. 

Le  terme  monaslerium,  lAovaurTJpiov,  servait  à  désigner 
indifféremment  chez  les  orientaux  et  les  occidentaux 
l'habitation  d'un  seul  moine  et  celle  d'une  communauté 
monastique.  Les  mots  cœnobium ,  congregatio,  synodus, 
fraternilas,  asceterion,  etc.,  étaient  réservés  aux  édifices 
renfermant  une  communauté.  Chaque  monastère  portait 
le  nom  du  lieu  où  il  se  trouvait.  On  leur  donnait  encore 
celui  de  leur  fondateur  ou  d'un  religieux  éminent,  qui 
les  avait  illustrés.  On  eut  de  bonne  heure  la  coutume  de 
leur  attribuer  le  vocable  d'un  saint,  dont  ils  conservaient 
le  tombeau  ou  les  reliques,  ou  qui  était  de  la  part  de 
leurs  habitants  l'objet  d'une  vénération  particulière.  Cette 
coutume  se  généralisa  avec  le  culte  des  saints  eux- 
mêmes;  l'érection  d'un  monastère  en  leur  honneur 
devint  l'une  des  marques  les  plus  éclatantes  de  la  dévo- 
tion publique.  C'est  ainsi  que  s'élevèrent  autour  des  ba- 
siliques des  saints  un  grand  nombre  de  monastères  à 
Constantinople,  à  Borne  et  dans  les  principales  cités  de 
la  France  mérovingienne.  D'après  la  Peregrïnatio 
SilviiB,  nous  voyons  qu'une  autre  préoccupation  des 
moines,  en  Egypte  et  en  Palestine,  fut  de  choisir  comme 
emplacement  l'un  des  lieux  où  s'était  accompli  un  évé- 
nement de  la  Bible,  ou  qui  gardait  quelque  souvenir 
d'un  personnage  biblique. 

Les  premiers  moines  fixèrent  volontiers  leur  séjour  à 
la  campagne,  souvent  même  dans  des  lieux  inhabités.  La 
solitude  avait  pour  ces  âmes  contemplatives  des  charmes 
irrésistibles.  Ils  ne  tardèrent  pas  néanmoins  à  s'établir 
dans  les  pays  habités,  voire  même  dans  les  grandes 
villes  de  l'Empire,  telles  qu'Alexandrie,  Antioche, 
Constantinople,  Borne,  Milan,  Cartilage,  Marseille,  Lyon, 
sans  parler  d'une  multitude  de  cités  moins  importantes, 
qui  eurent  bientôt  un  ou  plusieurs  monastères.  Les 
monastères  urbains  se  trouvaient  généralement  dans  un 
faubourg,  et  en  dehors  de  l'enceinte.  Il  y  en  eut  cepen- 
dant au  cœur  même  des  villes.  Ce  fut  le  casa  Verceil, 
à  Hippone,  à  Tébessa,  à  Tagaste,  à  Calama,  et  dans  les 
autres  villes  de  l'Afrique  romaine  où  la  maison  de 
l'évêque  fut  transformée  en  monastère,  habité  par  les 
moines  clercs  attachés  au  service  de  l'Église.  Ces  monas- 
tères cathédraux,  situés  par  conséquent  au  centre  de  la 
cité,  furent  nombreux  en  Angleterre;  il  y  en  eut  plu- 
sieurs en  Allemagne.  Des  basiliques  urbaines  moins 
importantes  eurent  aussi  leur  monastère. 

Les  monastères,  situés  à  la  campagne,  devinrent  sou- 
vent un  noyau  autour  duquel  se  formèrent  des  agglomé- 
rations humaines.  Ce  fut,  en  France,  en  Angleterre,  en 
Allemagne,  l'origine  de  villes,  qui  prirent,  dans  le  cou- 
rant du  moyen  âge,  un  grand  développement.  L'Afrique 
romaine  et  l'Orient  chrétien  ne  virent  rien  de  semblable. 

Si  les  moines  furent  souvent  attirés  par  des  sites  pit- 
toresques, qui  parlent  a  l'âme  et  la  portent  vers  Dieu, 
il  ne  faudrait  pas  cependant  généraliser  et  conclure  à 


phie,  in-8'  avec  atlas,  Paris,  1880,  p.  117-148.  Le  texte  im'd.t 
d'Apringius  a  été  publié  pour  la  première  fois  par  dom  M.  Fér<>- 
tin  :  Apringius  de  Béja,  son  commentaire  sur  l'Apocalypse 
écrit  en  531-548,  Paris,  1900  (dans  la  Bibliothèque  patrologique 
d'U.  Chevalier,  t.  i),  voyez  notamment  p.  5.  —  *  The  antipho- 
nary  of  Bangor,  édité  par  F.  E.  Warren,  in-4%  London,  1895, 
part.  2,  p.  11  et  note  p.  45.  —  'Martène,  De  antiquis  Ecclesix 
ritibus,  in-fol.,  Bassano,  1788,  t.  I,  p.  116.  —  •  Ibid.,  t.  m,  p.  146. 
—  '  lbid.,  t.  II,  p.  246. 


27 


AlïBAYE 


28 


une  préoccupation  esthétique  universelle  parmi  eux. 
Les  déserts  affreux  et  les  solitudes  sans  horizon  ne  leur 
déplaisaient  pas  toujours.  Quelques  orientaux  allèrent 
même  jusqu'à  les  rechercher.  Les  Africains  et  la  plupart 
des  occidentaux  eurent  une  prédilection  pour  les  con- 
trées fertiles,  propres  à  la  culture  et  à  l'élevage.  C'est  ce 
qui  les  fit  s'établir  fréquemment  dans  les  larges  vallées, 
traversées  par  les  rivières.  Ils  y  avaient,  en  outre,  des 
communications  beaucoup  plus  faciles.  Nos  grands 
Meuves,  la  Garonne,  la  Loire,  la  Seine  surtout,  coulaient 
à  travers  une  haie  monastique.  La  nécessité  de  se  forti- 
fier ou  d'utiliser  des  constructions  antérieures  les  porta 
aussi  à  se  fixer  sur  des  collines  ou  des  montagnes. 

II.  Fondation.  —  Les  premiers  monastères  eurent 
pour  londateur  un  solitaire  qui  groupa  auprès  de  sa 
cellule  des  moines  désireux  de  suivre  ses  exemples  et  sa 
doctrine.  Les  communautés  nombreuses  déversèrent 
dans  des  fondations  leur  trop  plein.  Des  évèques  prirent 
l'initiative  de  nombreux  établissements  monastiques. 
D'autres  étaient  dus  à  des  princes  ou  à  de  grands  pro- 
priétaires. Évêques,  fidèles  généreux,  princes,  dotaient 
le  monastère  fondé  par  eux.  Pour  échapper  aux  graves 
inconvénients  de  fondations  multiples,  abandonnées  au 
caprice  de  chacun,  le  concile  de  Chalcédoine  (451)  inter- 
dit d'établir  un  nouveau  monastère,  sans  l'autorisation 
de  l'évêque  du  lieu.  Cette  défense,  plusieurs  fois  renou- 
velée depuis,  est  devenue  une  loi  générale.  Les  monas- 
tères ainsi  fondés  étaient  une  institution  sacrée  et  défi- 
nitive, qu'il  fallait  mettre  à  l'abri  de  la  ruine  ou  de  la 
disparition.  De  là,  les  privilèges  que  les  fondateurs  leur 
obtenaient  des  pontifes  et  des  rois.  Ceux  qui  étaient 
placés  sous  la  sauvegarde  des  rois  recevaient  le  titre 
d'abbayes  royales,  et  on  nommait  abbayes  épiscopales 
ceux  qui  étaient  sous  la  protection  unique  de  l'évêque. 
Cette  distinction  ne  commença  guère  qu'au  vm*  et  au 
IXe  siècle. 

III.  Monastères  doubles.  —  Quelques  monastère  s 
portaient  le  nom  de  monastères  doubles,  parce  qu'ils 
abritaient  à  la  fois  une  communauté  d'hommes  et  une 
de  femmes,  sous  le  gouvernement  d'un  seul  abbé  ou 
d'une  seule  abbesse.  L'empereur  Justinien  les  supprin  a 
en  Orient,  à  cause  des  abus  qui  pouvaient  s'y  manifester. 
Cette  institution  dura  plus  longtemps  en  France,  en 
Angleterre  et  en  Espagne  où  des  règles  sages  et  ferons 
prémunissaient  les  moines  et  les  moniales  contre  ces 
dangers.  Les  communautés  restaient  séparées  l'une  de 
l'autre.  On  peut  citer  Faremoutier,  Chelle,  Remiremont, 
Saint-Jean-lîaptiste  de  Laon,  etc.  11  en  allait  autrement 
des  monastères  mixtes,  où  hommes  et  femmes  vivaient 
en  commun.  Ils  ne  reçurent  jamais  l'approbation  ecclé- 
siastique. 

IV.  Construction.  —  Au  début,  les  moines  n'atta- 
chèrent aucune  importance  à  leur  logement.  Ils  Utilisaient 
volontiers  celui  que  la  nature  leur  pouvait  avoir  préparé 
ou  que  les  circonstances  mettaient  à  leur  disposition. 
Les  tombeaux  abandonnés,  nombreux  autour  des  grandi  s 
villes  orientales,  fournirent  un  refuge  à  des  solitaire- 
illustres;  saint  Antoine  adopta  une  retraite  semblable; 
il  se  renferma  plus  tard  dans  les  ruines  d'un  château.  Il 
y  eut  des  essaims  monastiques  dans  les  grottes  funé- 
raires, dont  sont  criblées  les  collines  qui  bordent  la 
vallée  du  Nil.  Ermites  et  cénobites  trouvèrent  ailleurs 
des  cavernes  naturelles.  Ils  surent  en  creuser  eux-mêmes 
dans  le  rocher  friable  de  certains  coteaux,  en  particu- 
lier sur  les  bords  de  la  Loire  à  Marmoutier.  Le  monas- 
tère se  forma  plus  tard  autour  de  ces  habitations  primi- 
tives. Plusieurs  des  solitaires  dont  Grégoire  de  Tours 
raconte  l'existence,  se  ménagèrent  un  logement  analogue. 
Quelques  monastères  célèbres  de  l'Orient,  Saint-Sabbas, 
par  exemple,  accrochés  à  des  rochers  abrupts,  renfer- 
ment encore  dans  leur  enceinte  de  ces  grottes  naturelles. 

Ceux  qui  eurent  à  bâtir  le  firent  avec  une  grande 
simplicité.  Il  ne  leur  vint  pas  à  l'esprit  de  se  créer  une 


architecture  spéciale.  Les  matériaux  et  le  mode  de 
construction  de  tout  le  inonde  leur  suffisaient.  A  la 
campagne  ou  dans  les  solitudes,  quand  ils  ne  trouvaient 
pas  une  demeure  toute  faite,  les  ermites  se  bâtissaient 
eux-mêmes,  avec  le  secours  de  quelques  confrères,  une 
modeste  cabane,  pouvant  les  loger  et  au  besoin  leur  per- 
mettre d'offrir  l'hospitalité  à  un  disciple  ou  à  un  reli- 
gieux de  passage.  Ils  se  servaient  pour  cela  de  branches, 
de  bois,  de  terre  ou  de  briques,  rarement  de  pierres.  Le 
mobilier  de  ces  cellules  était  fort  simple  :  une  ou  deux 
nattes,  pour  s'asseoir  et  dormir,  un  faisceau  de  joncs, 
qui  tenait  lieu  de  siège  et  d'oreiller.  Une  porte  et  une 
lenètre  les  mettaient  en  communication  avec  l'extérieur. 
Lorsque  les  moines  étaient  nombreux  dans  une  même 
localité,  ils  multipliaient  ces  huttes  monastiques,  les 
éloignant  plus  ou  moins  les  unes  des  autres,  en  raison 
de  leur  besoin  personnel  d'isolement.  A  Scété  et  à 
Nitrie,  elles  étaient  distribuées  sans  ordre  dans  l'immen- 
sité du  désert.  Une  vaste  église  réunissait  les  solitaires 
pour  les  offices  du  dimanche.  A  Tabenne,  tout  était 
sagement  organisé.  La  congrégation  se  composait  de 
plusieurs  monastères;  dans  chaque  monastère,  les  reli- 
gieux habitaient  des  cabanes  distribuées  en  quartiers. 
Quarante  quartiers  environ  formaient  un  monastère;  et 
dans  chaque  quartier  il  y  avait  une  quarantaine  de  cel- 
lules. Les  moines  occupaient  leurs  cellules  pendant  le 
s  >mnieil  et  pour  certains  travaux.  Ils  avaient,  pour  leurs 
réunions,  de  vastes  édifices  :  l'église,  le  réfectoire  et  la 
cuisine,  sans  parler  de  la  maison  des  infirmes  et  de 
l'hospice  où  l'on  recevait  les  étrangers.  Un  mur 
d'enceinte  entourait  toutes  ces  constructions,  qui  pré- 
sentaient l'aspect  d'un  grand  village  monacal. 

V.  Laures.  —  Cette  disposition  du  monastère  se  répan- 
dit en  Palestine,  où  on  lui  donna  le  nom  de  laure.  La 
plus  célèbre  est  celle  de  Pharaon,  qui  servit  de  type  aux 
autres.  Elle  eut  pour  fondateur  et  organisateur  l'abbé 
Gérasime.  Il  y  avait  en  outre  un  cœnobium,  monastère 
où  tous  les  trères  vivaient  en  commun;  personne  n'était 
admis  à  se  retirer  dans  les  cellules  de  la  laure  avant 
d'y  avoir  fait  un  séjour  assez  long.  Saint  Martin,  à 
Ligugé  et  à  Marmoutier,  logea  ses  moines  dans  des 
cabanes  ainsi  distribuées.  Ce  fut  le  système  d'habitation 
qu'adoptèrent  les  premiers  moines  de  Lérins  et  de  Con- 
dat.  11  n'était  pas  sans  de  graves  inconvénients.  Aussi 
lui  préféra-t-on  bientôt  le  cœnobiam,  qui  imposait  dans 
toute  sa  rigueur  la  vie  commune.  Les  moines  en  firent 
usage  dès  le  ive  siècle  en  certaines  contrées  et  dans 
les  villes.  Les  prescriptions  de  saint  Benoit  et  celles  de 
saint  Césaire  d'Arles  contribuèrent  à  le  généraliser. 

VI.  Architecture.  —  On  ne  suivit  aucune  règle  spé- 
ciale pour  la  construction  des  premiers  cœnobia;  nous 
l 's  appellerons  désormais  monastères.  Les  moines  adop- 
tèrenl  simplement  la  maison  et  la  villa  romaine,  qui 
étaient  construites  d'après  un  type  à  peu  près  uniforme 
sur  toute  l'étendue  de  l'empire  romain. 

Les  fondateurs  de  monastère  n'eurent  souvent  qu'à 
installer  leurs  moines  dans  une  cilla  toute  construite, 
et  munie  de  tous  ses  services,  comme  le  fit  Sulpice 
Sévère  à  Prumilhac.  C'est  ce  qui  eut  lieu  plus  tard  à 
Glanfeuil.  Ils  purent  la  reproduire  assez  fidèlement 
toutes  les  fois  qu'il  leur  fallut  bâtir  eux-mêmes.  Si  des 
constructions  en  plus  ou  moins  bon  état  occupaient 
l'emplacement  choisi  par  eux.  ils  en  tiraient  d'ordinaire 
le  meilleur  parti  possible;  ainsi  agit  saint  Benoit  au 
Mont-Cassin;  saint  Valfroy,  saint  l'air,  saint  Amand 
utilisèrent  même  des  édifices  consacrés  au  culte  des 
idoles. 

La  vie  monastique,  en  s'épanouissant  au  sein  de  l'an- 
tique villa  romaine,  finit  par  lui  imposer  des  modifica- 
tions profondes.  Elle  entraînait  avec  elle  des  fonctions 
variées,  qui  ne  tardèrent  [m-  àse  créer  des  organes  adé- 
quats, Cela  se  lit  sans  effort,  comme  de  soi-même,  par 
la  seule  force  des  choses.  Ces  besoins,  qui  étaient  un 


29 


ABBAYE 


30 


peu  partout  les  mêmes,  agissant  dans  un  cadre  presque 
identique,  aboutirent  à  des  résultats  semblables  ;  c'est 
ainsi  que  le  monastère  apparut,  sous  tous  les  climats, 
avec  un  ensemble  de  caractères  qui  ne  variaient  pas.  On 
ne  constate  nulle  part  l'action  d'un  homme  ou  d'une  école 
imprimant  cette  direction  unique  et  la  faisant  prévaloir. 

Les  législateurs  orientaux  ne  disent  rien  qui  per- 
mette de  retrouver  les  principaux  organes  dont  se  com- 
posait le  monastère.  Saint  Benoît  est  le  premier  qui 
nous  renseigne  en  Occident.  Il  le  fait  avec  sa  précision 
habituelle.  On  trouve  mentionnés  dans  sa  règle  l'oratoire, 
le  dortoir,  le  réfectoire  avec  la  cuisine,  un  lieu  où  se  fait 
la  lecture,  les  ateliers  où  les  frères  travaillent,  le  cellier 
où  sont  renfermées  les  provisions,  la  maison  des  in- 
firmes, la  maison  des  novices  et  la  maison  des  hôtes.  La 
plupart  de  ces  pièces  se  retrouvent  dans  la  rè^le  de 
saint  Césaire,  qui  en  ajoute  plusieurs  autres.  Impossible 
de  se  faire  une  idée  exacte  de  la  distribution  de  tous 
ces  lieux  dans  l'unité  du  monastère.  Ils  ne  pouvaient 
être  placés  au  hasard.  Saint  Benoit,  quand  il  fonda  le 
monastère  de  Terracine,  voulut  fixer  lui-même  le  plan 
par  terre  de  la  construction. 

Il  nous  reste  plusieurs  documents  qui  sont  de  nature 
à  nous  fixer  sur  cette  disposition  intérieure  des  monas- 
tères. Avant  de  les  étudier,  examinons  en  détail  chacun 
des  organes  dont  se  composait  le  monastère. 

VII.  Mur  d'enceinte.  —  Les  laures  et  les  cœnobia 
avaient  un  mur  d'enceinte  en  pierres  ou  en  terre,  qui 
séparait  leurs  habitants  du  reste  des  hommes;  ce  pou- 
vait n'être  qu'un  fossé  ou  un  talus.  C'était  la  clôture 
que  le  moine  ne  franchissait  pas  sans  permission.  Elle 
le  protégeait  contre  l'indiscrétion  des  séculiers  et  la  ra- 
pine des  voleurs.  Saint  Césaire  la  voulut  très  rigou- 
reuse pour  ses  moniales  et  saint  Aurélien,  pour  ses 
moines.  Aussi  les  murs  étaient-ils  assez  élevés.  Il  y  avait, 
à  Sainte-Croix  de  Poitiers,  des  tours  munies  de  fenêtres, 
dans  ce  mur  de  clôture.  Les  moines  de  cette  époque 
attachaient  une  importance  capitale  à  cette  séparation 
d'avec  le  monde.  Les  femmes  ne  franchissaient  jamais 
le  seuil  des  monastères  d'hommes;  l'accès  de  l'église 
leur  était  même  interdit.  Les  séculiers  en  général  en 
étaient  quelquefois  éloignés  avec  autant  de  rigueur.  On 
était  encore  plus  sévère,  quand  il  s'agissait  de  la  de- 
meure des  moniales.  A  cette  préoccupation  d'isoler  les 
moines,  les  orientaux  en  ajoutèrent  une  autre.  Leurs 
monastères  de  la  campagne  étaient  en  plusieurs  con- 
trées fréquemment  exposés  aux  attaques  subites  des 
Sarrasins  et  d'autres  barbares,  non  moins  redoutés. 
Les  invasions  musulmanes  accrurent  ce  danger.  Force 
fut  donc  de  se  mettre  à  l'abri  derrière  de  hautes  mu- 
railles, munies  d'une  seule  ouverture  placée  à  plusieurs 
mètres  au-dessus  du  sol.  On  ne  pouvait  y  accéder 
qu'au  moyen  d'une  corbeille  tirée  de  l'intérieur  à  l'aide 
d'une  corde  et  d'une  poulie.  Les  moines  occidentaux 
n'éprouvèrent  pas  le  besoin  de  se  fortifier  ainsi  chez 
eux.  Ils  attendirent  pour  cela  leur  entrée  dans  la  féoda- 
lité sous  les  Capétiens. 

VIII.  Portes.  —  Il  y  avait  la  porte  principale  et  une 
ou  plusieurs  accessoires;  saint  Césaire,  qui  n'en  voulait 
qu'une,  fit  fermer  celles-ci.  Un  religieux,  homme  mûr, 
capable  de  servir  d'intermédiaire  entre  la  communauté 
et  l'extérieur,  était  préposé  à  sa  garde.  Il  avait  son  lo- 
gement à  proximité.  C'est  lui  qui  recevait  les  pauvres  et 
annonçait  l'arrivée  des  hôtes.  Saint  Isidore  voulait  que 
la  porte  fût  fermée  durant  les  repas. 

IX.  Parloir.  —  Saint  Césaire  place  un  parloir  tout 
auprès  de  la  porte.  C'est  là  que  les  moniales  reçoivent 
les  visites  de  leurs  parents  ou  amis,  en  présence  de 
l'abbesse  ou  d'une  ancienne.  On  y  sert  à  manger  aux 
personnes  du  dehors  dans  les  cas  prévus  par  la  règle 
ou  quand  l'abbesse  le  juge  nécessaire.  Il  devait  y  avoir 
plusieurs  pièces.  On  y  renfermait  les  moniales  qui 
avaient  mérité  la  peine  de  l'excommunication. 


X.  Hôtellerie.  —  f.n  Egypte,  l'hôtellerie,  placée  sous 
la  surveillance  du  portier,  aidé  par  les  novices,  avait  sa 
place  marquée  auprès  de  la  porte.  Saint  Benoit  en  fait 
une  maison  distincte  du  monastère  lui-même,  située 
néanmoins  dans  l'enclos.  Il  y  avait  une  cuisine,  où  deux 
frères,  désignés  pour  une  année  entière,  préparaient  les 
repas  des  hôtes;  un  réfectoire, où  l'abbé  prenait  ses  re- 
pas avec  eux,  invitant  au  besoin  quelques  anciens  de  la 
communauté;  une  salle  pour  la  réception  solennelle  des 
hôtes  et  le  lavement  des  pieds,  auquel  prenaient  part 
l'abbé  et  les  religieux;  un  dortoir  avec  des  lits  et  tout 
le  mobilier  que  demande  l'exercice  convenable  de  l'hos- 
pitalité. Dans  ces  conditions,  les  hôtes  recevaient  tous 
les  soins  imposés  par  la  charité;  le  monastère  avait  tous 
les  mérites  d'une  hospitalité  exercée  largement  et  les 
moines  n'étaient  point  troublés  dans  leur  quiétude  ré- 
gulière. 

Durant  tout  le  moyen  âge  et  pendant  la  période  anté- 
rieure, l'hospitalité  fut  l'un  des  principaux  moyens  par 
lesquels  les  moines  exercèrent  leur  action  sociale.  Les 
monastères  placés  auprès  des  voies  de  communication 
eurent  à  lui  donner  une  importance  beaucoup  plus 
grande.  On  trouve,  à  partir  du  vie  et  du  vne  siècle,  la 
mention  fréquente  des  ; xenodochia  joints  aux  monastères. 
Saint  Ansbert  (678-684)  en  fit  construire  un  à  Fontenelle, 
près  de  la  porte  d'entrée.  Lorsque  les  hôtes  affluaient  en 
un  lieu,  il  fallait  une  vaste  hôtellerie  pour  les  recevoir 
dignement.  Il  y  avait  parmi  eux  des  personnages  voya- 
geant avec  leur  suite;  les  moines  ne  leur  refusaient  ja- 
mais l'hospitalité  ;  de  là,  les  écuries  et  autres  dépen- 
dances qui  étaient  le  complément  de  la  maison  des 
étrangers.  Les  xenodochia  monastiques  tenaient  encore 
lieu  d'hospices,  où  les  voyageurs  et  les  étrangers  infirmes 
recevaient  de  la  main  des  moines  et  aux  frais  du  monas- 
tère les  soins  indispensables.  Voir  Hospice. 

XI.  Oratoire.  —  Après  saint  Augustin,  saint  Benoit  et 
saint  Césaire  veulent  que  l'oratoire  du  monastère  soit  ce 
que  son  nom  indique,  un  lieu  exclusivement  destiné  à  la 
prière  publique  ou  privée.  C'était,  à  l'origine,  un  sanc- 
tuaire aux  proportions  restreintes,  pouvant  contenir  les 


t—  "T 


12.  —  Triclinium  de  Saint-Jean-de-Latran. 
D'après  Lenoir,  Architecture  monastique. 

seuls  religieux,  puisque  les  fidèles  n'y  étaient  pas  admis. 
Les  moines  multiplièrent  chez  eux  les  oratoires,  pour 
répondre  aux  nécessités  liturgiques  et  satisfaire  leur 
dévotion.  L'un  de  ces  oratoires  avait  la  forme  et  portait 
le  nom  de  basilique.  Voir  Basilique.  Il  y  en  avait  ordi- 
nairement un  hors  la  clôture,  où  les  femmes  pouvaient 


m 


ABBAYE 


32 


entrer.  On  trouve  deux  oratoires  au  Mont-Cassin  en  l'hon- 
neur de  saint  Jean-Baptiste  et  de  saint  Martin;  deux  à 
Marmoutier,  en  l'honneur  de  saint  Jean-Baptiste  et  de 
snnt  Pierre;  quatre  à  Glanfeuil,  en  l'honneur  de  saint 
Pierre,  de  saint  Martin,  de  saint  Séverin  et  de  saint  Mi- 
chel; les  fouilles  récemment  exécutées  par  le  père  de  la 
Croix  ont  mis  à  jour  les  fondations  de  ces  deux  der- 
niers. L'abbaye  de  Fontenelle  en  eut  jusqu'à  sept.  Voir 
Église. 
XII.  Béfectoire.  —  Salle  commune  où  les  moines 
prennent  leur  repas.  On  y  gardait  un  silence  absolu. 
Pendant  que  les  frères  mangeaient,  ils  écoutaient  une 
lecture  faite  par  un  religieux,  installé  par  une  tri- 
bune ou  dans  une  chaire.  Le  réfectoire  était,  après 
l'oratoire,  la  pièce  la  plus  vaste  du  monastère.  On  le 
construisait,  en  Occident   du    moins,    parallèlement  à 


repos.  Le  grand  nombre  des  moines  et  la  disposition  des 
lieux  ne  permettaient  pas  toujours  de  les  réunir  tous 
dans  un  même  dortoir.  On  les  distribuait  alors  par 
groupe  de  dix  ou  de  vingt,  sous  la  surveillance  des 
doyens.  Les  constructeurs  d'abbayes  prenaient  leurs  me- 
sures pour  n'avoir  cependant  qu'un  seul  dortoir.  Aussi 
dans  les  grands  monastères  carolingiens  avait-il  des 
proportions  considérables.  Celui  de  Jumièges  avait 
290  pieds  de  long  sur  50  de  large.  L'abbé  Anségise  en  fit 
construire  un  à  Fontenelle,  qui  avait  208  pieds  de  long 
sur  27  de  large  et  64  de  haut.  Au  milieu  se  trouvait 
une  pièce  en  saillie  avec  un  pavé  en  mosaïque,  un  pla- 
fond peint  et  de  belles  boiseries;  ce  devait  être  un  ora- 
toire. Le  dortoir  était  habituellement  au  premier  étage 
de  l'édifice  qui  reliait  l'église  au  réfectoire;  un  escalier 
le  mettait  en  communication  directe  avec  le  chœur.  Une 


Enceinte       fortifiée 


13.  —  Plan  par  terre  du  monastère  de  TeBessa.  D'après  Ab.  Ballu,  Le  monastère  byzantin  de  Tebessa.  pi.  il. 


l'église  principale  sur  le  côté  opposé  du  cloître.  Il  garda 
longtemps  la  forme  de  l'ancien  triclinium  des  Bornains, 
se  terminant  par  une  abside  (fig.  12).  Les  tables  étaient 
distribuées  sur  trois  surfaces,  de  manière  à  laisser  un 
côté  ouvert  pour  le  passage  des  serviteurs.  Dans  quelques 
monastères,  il  y  avait  une  table  spéciale  pour  les  hôtes. 
Le  plan  du  réfectoire  de  Saint-Gall  permet  de  juger  de  sa 
disposition  intérieure.  Voir  le  plan  col.  32.  Les  construc- 
teurs d'abbayes,  au  temps  de  Charlemagne,  donnaient  à 
cette  pièce  une  décoration  intérieure.  L'abbé  Anségise  fit 
exécuter  dans  le  réfectoire  de  Fontenelle  des  peintures 
par  Madalulfe  de  Cambrai.  Ce  même  artiste  orna  les 
réfectoires  de  Luxeuil  et  de  Saint-Germain-de-Flaix. 

XIII.  Cuisine.  —  La  cuisine  est  le  complément  néces- 
saire du  réfectoire.  On  la  plaçait  de  manière  à  en  faci- 
liter le  service.  Il  y  avait  dans  les  grands  monastères  la 
cuisine  des  moines,  celle  de  l'abbé,  celle  des  infirmes  et 
celle  des  hôtes.  Les  frères  remplissaient  tour  à  tour  les 
fonctions  de  cuisinier;  chacun  avait  sa  semaine  de  ser- 
vice dans  la  cuisine  des  moines.  Il  y  avait,  outre  la  vais- 
selle, tous  les  ustensiles  nécessaires  à  la  préparation  et 
à  la  cuisson  des  aliments.  La  règle  de  saint  Benoit  re- 
commande de  les  traiter  avec  un  soin  religieux  et  de  les 
conserver  très  propres. 
■  XIV.  Dortoir.  —  Salle  où  les  frères   prennent  leur 


lampe  éclairait  le  dortoir  pendant  la  nuit  et  facilitait  la 
surveillance.  Chaque  religieux  avait  son  lit  composé  d'un 
matelas,  d'un  drap,  d'une  couverture  et  d'un  traversin. 
Ils  dormaient  vêtus.  On  intercalait  les  couches  des  jeunes 
entre  celles  des  anciens.  L'abbé,  souvent,  partageait  le 
dortoir  de  ses  religieux.  Ailleurs,  c'était  le  cas  au  Mont- 
Cassin,  il  avait  une  cellule  particulière.  L'usage  des  cel- 
lules privées,  qui  semblait  cher  aux  premiers  moines, 
parut  dans  la  suite  incompatible  avec  les  exigences  de 
la  vie  cénobitique.  L'abbé  pouvait  néanmoins  le  per- 
mettre à  quelques  moines  désireux  d'une  solitude  plus 
grande.  On  en  vit  s'ensevelir  pour  le  reste  de  leur  exis- 
tence dans  une  cellule  de  reclus,  où  ils  priaient,  man- 
geaient, travaillaient  et  dormaient.  Voir  Reçu  s. 

XV.  SALLE  C/vpitulaire.  —  Il  fallait  au  moins  une  pièce 
où  les  moines  se  réunissaient  pour  recevoir  les  instruc- 
tions de  l'abbé  et  délibérer  sur  les  intérêts  du  monas- 
tère; saint  Benoit  ne  la  mentionne  point;  elle  ne  figure 
pas  sur  le  plan  de  Saint-Gall;  cette  réunion  devait  pri- 
mitivement se  tenir  dans  une  aile  du  cloître.  Mais  la 
nécessité  imposa  bientôt  un  local  à  part.  Il  est  mentionné 
au  concile  d'Aix-la-Chapelle  (817).  Il  eut  sa  place  au- 
dessous  du  dortoir,  au  même  niveau  que  le  cloître  sur 
lequel  il  avait  accès  et  parallèlement  au  chevet  de 
l'église. 


33 


ABBAYE 


34 


XVI.  Cloître.  —  Galerie  couverte  ou  portique  disposé 
autour  de  l'église  et  des  édifices  monastiques  et  les  met- 
tant en  communication  les  uns  avec  les  autres;  c'est 
l'ancien  atrium  des  Romains  transformé.  Un  puits  ou 
une  fontaine  se  trouvait  dans  la  cour  intérieure  ou  préau. 
La  communauté  religieuse  se  tenait  sous  le  cloître  en 
dehors  des  offices,  des  repas,  des  travaux  des  champs  et 
des  heures  consacrées  au  sommeil,  soit  pour  lire,  soit 
pour  entendre  les  leçons  d'un  maître  :  c'était  une  sorte 
de  salle  de  travail.  Le  samedi  soir,  les  serviteurs  de 
table  y  lavaient  les  pieds  de  tous  les  frères.  Voir  Cloître. 
Le  séjour  du  cloître  pouvait  être  pénible  en  hiver.  On 
ménagea,  dans  les  régions  froides,  une  salle  nommée 
chaufloir,   où  les  religieux  se  tenaient  auprès  du  feu. 


recevoir  la  sépulture  dans  l'enceinte  des  monastères. 
Les  princes  et  les  évêques  réclamèrent  parfois  cet  hon- 
neur. Les  familles  royales  choisirent  une  abbaye  pour 
leur  nécropole.  Les  cimetières  publics  furent  plus  d'une 
fois  placés  auprès  de  la  demeure  des  moines.  Voir 
Cimetière,  Sépulture. 

XX.  Cellier  et  ateliers.  —  Tout  monastère  avait  un 
cellier  où  les  diverses  provisions  étaient  conservées  dans 
des  coffres  ou  d'autres  récipients.  Le  cellérier  en  avait 
la  garde.  Il  y  avait  encore  la  cave  avec  les  vasa  vinaria, 
le  grenier,  où  se  conservait  le  grain,  le  fenil,  et  toutes 
les  dépendances  nécessaires  à  une  exploitation  agricole. 
Le  jardin  entourait  les  édifices  monastiques.  Les  travaux 
des  champs  et  le  jardinage  n'occupaient  pas  continuel- 


■"£■7       ■»; 


14.  —  Projet  de  restauration  du  monastère  de  Tebessa.  D'après  Alb.  Ballu,  Le  monastère  byzantin  de  Tebessa,  pi.  xiv. 


Saint  Gervold  en  fit  construire  une  à    Fontenelle,   au 
vin-  siècle. 

XVII.  Maison  des  novices.  —  Les  novices,  ne  faisant 
point  encore  partie  de  la  communauté  monastique,  ne 
vivaient  pas  dans  l'intérieur  du  monastère.  Ils  avaient 
leur  place  au  chœur  durant  les  offices;  mais  ils  passaient 
le  reste  du  temps  au  noviciat,  où  un  ancien  veillait  sur 
eux  et  les  formait  à  la  vie  monastique.  Cette  épreuve 
durait  un  an.  Le  noviciat  avait  son  dortoir,  sa  cuisine, 
son  réfectoire,  une  salle  de  travail  et  quelquefois  un 
cloître;  c'était  comme  un  petit  monastère  dans  le  grand. 

XVIII.  Maison  des  infirmes.  —  Saint  Benoît  veut  que 
l'on  prenne  le  plus  grand  soin  des  infirmes;  saint  Au- 
gustin et  saint  Césaire  font  à  leur  sujet  des  recomman- 
dations espresses.  Ils  eurent,  dans  les  grands  monastères, 
un  logement  à  part,  avec  toutes  les  dépendances  né- 
cessaires, cuisine,  salle  de  bain,  jardin  médicinal.  Dans 
tous  les  monastères  on  avait  la  pieuse  coutume  de  laver 
les  cadavres  des  moines  défunts  avec  une  eau  parrumée; 
il  devait  y  avoir  une  installation  spéciale  pour  taciliter 
cet  acte  de  piété. 

XIX.  Cimetière.  —  Les  moines  ne  furent  pas  les  seul?  \ 

DICT.    D'ARGH.   CHRÉT. 


lement  les  religieux.  Ils  exerçaient  divers  métiers; 
quelques-uns,  tels  que  la  boulangerie,  étaient  nécessaires 
à  la  vie  de  chaque  jour.  Il  y  avait  les  menuisiers,  les 
charrons,  etc.  On  trouvait  un  moulin  dans  la  plupart  des 
monastères;  parfois  les  frères  tournaient  la  meule  à 
bras.  Quand  ils  avaient  l'eau  à  leur  portée,  ils  se  ména- 
geaient une  chute,  soit  en  élevant  une  écluse,  soit  en 
creusant  un  canal.  Dans  les  lieux  où  l'eau  manquait,  ils 
fonçaient  un  puits  ou  ils  creusaient  une  citerne. 

En  somme,  le  monastère,  surtout  quand  il  avait  de 
nombreux  habitants,  devenait  une  grande  cité  cherchant 
à  se  suffire.  Les  services  qu'il  fallait  organiser  nécessi- 
taient un  développement  architectural  considérable. 
Très  primitif  au  début,  surtout  dans  les  contrées  pauvres, 
l'ensemble  des  constructions  monastiques  progressa 
avec  le  temps.  Les  grands  monastères  du  vne  siècle 
présentaient  un  aspect  imposant.  Ceux  de  la  période 
carolingienne  furent  plus  vastes  et  plus  beaux. Les  moines, 
pour  les  élever,  usèrent  de  toutes  les  ressources  que 
leur  offrait  la  nature.  Ils  étudièrent  les  procédés  des 
anciens  conservés  en  Italie  et  dans  la  Gaule  méridio- 
nale. Ils  les  introduisirent  dans  le  nord  de  la  France, 

I.  -  2 


35 


ABBAYE 


36 


en  Angleterre  et  en  Allemagne.  Les  gens  au  milieu 
desquels  ils  vivaient  leur  durent  un  progrès  incon- 
testable dans  la  civilisation. 

XXI.    Plans.    —  Les    parties  nombreuses  et  variées 
dont  se  composait  le  monastère  étaient  distribuées  par 


Tebessa,  sur  les  confins  de  la  Byzacène  et  de  la  Numidie, 
possédait  un  monastère  épiscopal,  qui  fut  détruit  par 
les  Maures  en  535,  avec  la  ville  elle-même.  Il  fut  réédi- 
fié quelque  temps  après  et  muni  d'une  enceinte  forti- 
fiée, en  attendant  sa  ruine  définitive  pendant  l'invasion 


15.  —  Plan  du  monastère  de  Saint-Riquier.  D'après  Le  Noir,  Architecture  monastique,  t.  i.  p.  27. 


l'architecte  avec  une  grande  liberté,  en  tenant  compte 
de  la  disposition  des  lieux,  de  la  nature  des  matériaux 
et  des  exigences  de  la  communauté.  On  eut  soin  de  con- 
server aussi  fidèlement  que  possible  le  type  primitif  de 
la  maison  romaine.  Quelques  plans  des  monastères  de 
cette  époque  reculée  sont  parvenus  jusqu'à  nous.  Ils  ont 
ici  leur  place  marquée. 
XXII.  Plan  du  monastère  *>e  Tebessa.  —  La  ville  de 


arabe  (683).  C'est  le  monument  monastique  le  plus  an- 
rien  que  nous  connaissions.  Des  fouilles,  conduites  avec 
intelligence,  l'ont  mis  à  jour.  M.  Albert  Ballu  lui  a  con- 
sacré une  étude  '  (fig.  14). 

Le  monastère  formait  un  quadrilatère  de   100  mètres 
sur  200.  Il  comprenait  les  éléments  sous-indiqués  qui  se 

*  Le  monastère  byzantin  de  Tebessa,  ùi-fol.,  Paris  .Leroui,  1897 


n 

F 


n 

1 

16.  —  Plan  du  monastère   de  Saint-Gall.   D  après  Mabillon.  Annales,  t.  n. 


39 


ABBAYE 


ABBE 


40 


retrouvent  dans  la  planche  ci-joinle  :  cour  d'entrée,  et 
bâtiments  destinés  aux  serviteurs;  porte  monumen- 
tale, donnant  accès  au  monastère:  Gmitre,  au  centre 
duquel  étaient  creusées  plusieurs  pièces  d'eau;  écuries 
et  granges,  situées  à  gauche;  portique,  exposé  au  midi, 
où  les  étrangers  pouvaient  entretenir  les  moines;  esca- 
lier de  dix-sept  marches  donnant  accès  à  la  basilique, 
portique  d'entrée,  encadré  de  deux  tours;  atrium  avec 
ses  quatre  galeries,  son  préau  et  sa  fontaine;  baptistère, 
à  droite  de  l'atrium;  basilique,  ayant  46  mètres  de  long 
sur  22  de  large;  chapelle  funéraire;  bâtiments  acces- 
soires; cellules,  destinées  aux  moines;  elles  sont  au 
nombre  de  vingt-trois,  dont  l'une  plus  grande  que  les 
autres;  petit  oratoire;  grande  cour  intérieure,  enceinte 
fortifiée  et  chemins  de  ronde.  Nous  donnons  une  partie 
du  monastère  de  Tebessa  reconstitué,  d'après  les  plans 
de  M.  Ballu  (fig.  14). 

XXIII.  Plan  de  l'abbaye  de  Saint-Riquier.  —  Angil- 
bert,  qui  avait  reçu  de  Charlemagne  ce  monastère  à 
gouverner,  le  fit  construire  à  neuf  (799).  Son  royal  bien- 
faiteur lui  fournit  tout  ce  qui  fut  nécessaire,  pierres, 
bois,  marbres.  La  construction  parut  une  merveille  aux 
contemporains.  Il  y  avait  trois  églises  :  celle  de  Saint- 
Riquier,  la  plus  importante,  celle  de  la  Vierge,  située 
en  bas  du  plan  ci-contre,  et  celle  de  Saint-Benoit  et  de 
tous  les  saints  abbés.  Un  cloître  triangulaire  conduisait 
à  ces  trois  édifices.  Un  ruisseau  le  traversait.  L'église  de 
Saint-Riquier  comptait  onze  autels;  celle  de  la  Vierge, 
treize;  celle  de  Saint-Benoit,  trois.  On  trouvait  encore 
dans  le  monastère  des  oratoires  dédiés  aux  saints  anges 
Gabriel,  Michel  et  Raphaël.  Le  dessin  que  nous  donnons 
a  été  pris  par  P.  Petau  dans  un  document  manuscrit, 
qui  a  depuis  disparu1  (fig.  15). 

XXIV.  Plan  de  Saint-Gall.  —  L'auteur  de  ce  plan  est 
inconnu.  Il  l'a  composé  vers  l'année  820;  conservé 
aux  archives  de  Saint-Gall,  il  n'a  probablement  jamais 
été  exécuté.  Ce  n'en  est  pas  moins  un  document  des 
plus  curieux,  qui  nous  renseigne  sur  les  dispositions 
des  constructions  monastiques  et  la  configuration  d'une 
grande  abbaye  sous  les  Carolingiens.  Les  indications 
minutieuses  qui  l'accompagnent  en  augmentent  encore 
l'intérêt.  On  sera  bien  aise  de  les  trouver  ici  (fig.  16). 

XXV.  Bibliographie.  —  Règle  de  saint  Benoit  et  les 
autres  règles  :  Holstenius,  Codex  regularum,  éd.  Broc- 
kie  (réédition  augmentée  du  précédent,  Lucae  Holstenii 
Codex  regularum,  5  in-fol.,  Augsbourg,  1759,  Mabil- 
lon,  Annales  ordinis  S.  Benedicli,  in-fol.,  Lucques, 
1739,  t.  i  et  n;  Lenoir,  Architecture  monastique,  2  in-4°, 
Paris,  1852;  Dictionnaire  de  l'Académie  des  beaux- 
arts;  Ballu, Le  monastère  byzantin  de  Tebessa,  in-fol., 
Paris,  1897;  dom  Besse,  Les  moines  d'Orient,  Paris, 
1900;  Les  premiers  monastères  de  la  Gaule  méridio- 
nale dans  Revue  des  questions  historiques,   avril  1902. 

Voyez  aussi,  pour  les  autres  détails,  les  règles,  les  an- 
tiquités, la  liturgie,  la  liste  des  plus  anciens  monastères, 
etc.,  les  articles  Bénédictins,  Moines  et  Monastkres. 

J.-M.  Besse. 

ABBÉ.  —  I.  Titre.  II.  Élection.  III.  Bénédiction. 
IV.  Autorité.  V.  Bibliographie. 

I.  Titre.  —  L'abbé  est  le  supérieur  d'une  communauté 
monastique,  jouissant  de  son  autonomie  et  composée 
généralement  d'au  moin6  douze  religieux.  Ce  mot  vient 
du  syriaque,  abba,  et  signifie  pater,  père.  On  le  donnait, 
en  Egypte  et  en  Syrie,  aux  moines  que  l'âge  et  la  vertu 
rendaient  particulièrement  vénérables.  Beaucoup  parmi 
eux  avaient  un  ou  plusieurs  disciples.  Mais  le  titre  lui- 
même  n'impliquait  en  rien  le  gouvernement  d'une  com- 
munauté proprement  dite. 

Il  y  avait  toujours  un  chef  à  la  tète  d'un  cœnobium  ou 
d'un  groupe  érémitique;  c'était  dans  la  nature  des 
choses.  On  le  nommait  généralement  chez  les  Orientaux 

•  De  mithardo  illiusque  prosopa,  Paris,  1612. 


7tpoe<jTO)ç,  ou  encore  senior  qui  prœeet,  ou  pater  mo- 
nasterii.  Les  termes  archimandrites  et  hégoumènes 
prévalurent  en  Asie  Mineure  et  chez  les  Grecs.  Cassîen 
nomme  le  supérieur  du  monastère  prœpositus,  mot  qui 
se  retrouve  dans  l'Afrique  romaine  et  ailleurs  en  Occi- 
dent, où  il  finit  bientôt  par  désigner  un  supérieur  avant 
au-dessus  de  lui  un  chef  hiérarchique.  Dans  la  règle  de 
saint  Benoît,  c'est  le  nom  de  celui  qui  est  le  second  au 
monastère;  elle  réserve  le  titre  d'abbé  au  seul  chef  de 
la  communauté.  C'est  elle  qui  a  généralisé  cet  usage 
dans  le  monde  latin. 

On  trouve  dans  quelques  groupes  monastiques  de 
l'Orient,  à  Scété  et  à  Nitrie,  par  exemple,  un  gouverne- 
ment aristocratique,  exercé  par  un  sénat  d'anciens.  Mais 
ce  furent  des  cas  exceptionnels.  Le  gouvernement  mo- 
narchique fut  adopté  dans  les  monastères  orientaux  et 
occidentaux.  Il  n'est  même  pas  rare  de  rencontrer  un 
seul  homme  à  la  tête  de  deux  ou  de  plusieurs  monastères. 
Cela  s'imposait  aux  monastères  fondés  par  le  même  abbé 
tant  que  leur  fondateur  vivait;  ils  avaient  après  sa  mort 
un  supérieur  à  eux.  Un  abbé,  gouvernant  avec  succès  un 
monastère,  pouvait  en  recevoir  un  ou  plusieurs  autres 
qui  avaient  besoin  de  réforme.  Mais  ce  sont  des  faits 
rares  dans  le  cours  de  l'histoire  monastique. 

Les  abbés  d'une  même  région  éprouvèrent  souvent  le 
besoin  de  se  concerter  pour  le  bien  de  leurs  commu- 
nautés. Il  y  eut  à  Tabenne  une  hiérarchie,  très  habile- 
ment organisée,  qui  maintenait  les  supérieurs  locaux 
dans  une  étroite  union  sous  la  dépendance  d'un  supé- 
rieur général;  les  monastères  formaient  une  véritable 
congrégation.  Saint  Basile  se  bornait  à  recommander 
aux  archimandrites  des  réunions  assez  fréquentes.  Les 
moines  de  certains  diocèses  orientaux  tonnaient  une 
fédération,  présidée  par  l'évêque  ou  par  son  délégué, 
nommé  exarque  des  moines  ou  encore  archimandrite 
des  monastères.  On  trouve  quelque  chose  d'analogue 
dans  la  France  mérovingienne,  où  l'évêque  réunissait 
tous  les  ans  le  synode  des  abbés  de  son  diocèse  et  leur 
donnait  les  instructions  qu'il  jugeait  utiles.  Ce  besoin 
d'union  pour  les  abbés  se  fit  sentir  plus  encore  dans  la 
suite,  et  il  aboutit  à  un  résultat  éphémère,  l'autorité  sur 
tous  ceux  de  l'Empire  donnée  par  Louis  le  Pieux  à  saint 
Benoit  d'Aniane. 

II.  Élection.  —  Le  moine,  fondateur  d'un  monastère, 
en  devenait  naturellement  le  chef.  Dans  tous  les  autres 
cas,  on  procédait  à  une  élection.  Certains  abbés  ont  dé- 
signé leur  successeur  avant  de  mourir.  Dans  quelques 
contrées  l'évêque  choisissait  les  supérieurs  des  commu- 
nautés religieuses  de  son  diocèse.  Mais  ce  choix  était  le 
plus  souvent  laissé  aux  moines  eux-mêmes.  C'est  le 
mode  d'élection  adopté  par  saint  Benoit.  Il  s'est  répandu 
dans  tous  les  monastères  avec  sa  règle.  Les  abbés  et  les 
chrétiens  éminents  du  voisinage  pouvaient,  de  concert 
avec  l'évêque,  s'opposer  à  une  élection  scandaleuse  et 
faire  prévaloir  le  choix  de  la  partie  saine  d'une  commu- 
nauté, fut-elle  la  moins  nombreuse.  Malgré  les  disposi- 
tions de  la  règle,  les  princes  essayèrent  de  substituer 
leur  choix  à  celui  des  religieux.  C'est  ainsi  que  Charles 
Martel  distribua  des  monastères  aux  officiersdont  il  vou- 
lait récompenser  les  services.  Charlemagne  nomma  lui 
aussi  plusieurs  abbés;  mais  ce  furent  d'ordinaire  des 
choix  très  heureux.  On  peut  citer  Alcuin  et  Anségise. 
La  situation  faite  aux  mona6tères  dans  la  société  par 
l'étendue  de  leurs  domaines  et  par  leur  influence  portail 
les  chefs  d'État  à  leur  imposer  eux-mêmes  des  abbés  de 
leur  choix.  Ce  tut  le  point  de  départ  de  la  commende, 
de  la  distinction  des  menset,  de  l'institution  des  abbés 
chevaliers,  toutes  choses  qui  se  développèrent  dans  la 
suite,  au  grand  détriment  de  la  vraie  discipline  mo- 
nastique. 

Saint  Benoît  accorde  à  l'abbé  d'avoir  une  table  à  part, 
quand  il  reçoit  des  hôtes.  Des  abbés  se  donnèrent  un 
loccment  distinct  de  celui  de  la  communauté.  Le  con- 


41 


ABBE  —  ABDON  ET  SENNEN 


42 


cile  d'Aix-la-Chapelle  supprima  cet  abus.  Les  abbés 
furent  soumis  au  régime  commun;  ce  qui,  du  reste,  se 
pratiquait  dans  un  grand  nombre  de  monastères. 

L'abbé  gouvernait  ses  moines,  nommait  et  révoquait 
les  officiers,  administrait  les  biens,  faisait  observer  la 
règle,  punissait  et  au  besoin  excommuniait  les  coupables, 
recevait  l'aveu  de  leurs  fautes,  présidait  les  offices,  don- 
nait certaines  bénédictions.  Ces  divers  actes  n'impli- 
quaient en  rien  la  dignité  sacerdotale.  Par  le  fait,  on 
pourrait  citer  de  nombreux  abbés  qui  ne  furent  jamais 
prêtres. 

On  ne  tarda  pas  longtemps  néanmoins  soit  à  les  choisir 
parmi  les  prêtres,  soit  à  leur  conférer  le  sacerdoce  après 
leur  élection.  Presque  tous  étaient  prêtres  en  Orient  dès 
le  \'  siècle;  ils  le  furent  en  très  grand  nombre  à  la  fin 
du  VIIe  siècle  dans  les  monastères  occidentaux.  Le  concile 
romain  de  l'année  826  l'exige.  Il  arrive  souvent  que  ces 
abbés  prêtres  sont  désignés  avec  leur  seul  titre  sacerdo- 
tal sans  aucune  mention  de  leur  profession  monastique 
et  de  leur  dignité  abbatiale.  Plusieurs  abbés  lurent  à 
cette  époque  revêtus  de  la  dignité  épiscopale.  Quelques- 
uns,  après  avoir  été  mis  à  la  tête  d'un  diocèse,  conser- 
vèrent le  gouvernement  de  leur  abbaye.  Dans  les  mo- 
nastères cathédraux  d'Angleterre,  le  supérieur  était  à  la 
fois  évèque  et  abbé.  Il  y  eut  des  abbés  évêques  sans  dio- 
cèse, par  exemple  saint  Ursmer  de  Lobbes. 

III.  Bénédiction.  —  Les  abbés  recevaient  aussitôt 
après  leur  élection  une  bénédiction  spéciale,  une  ordi- 
nalio.  Saint  Benoit  la  mentionne.  C'est  l'évèque  qui  la 
conférait  à  l'élu  dans  son  propre  monastère,  pendant  la 
messe;  saint  Grégoire  Ier  l'atteste  dans  sa  lettre  à  Urbi- 
cus.  D'après  le  pénitentie!  de  Théodore  de  Cantorbéry,  le 
pontife  était  assisté  de  deux  ou  trois  évêques,  qui  furent 
dans  la  suite  remplacés  par  des  abbés.  La  cérémonie  avait 
lieu  après  i'épitre.  L'évèque  livrait  à  l'abbé  le  bâton  pas- 
toral et  les  sandales,  baculum  et  pedules.  C'étaient  déjà 
les  insignes  de  sa  dignité-  Voir  Bénédiction  des 
Abbés. 

IV.  Autorité.  —  Les  abbés  eurent  dans  l'Église  une 
grande  autorité.  Ils  exercèrent  une  influence  prépondé- 
rante sur  les  élections  épiscopales.  Ils  prirent  part  aux 
délibérations  des  conciles.  Vingt-trois  archimandrites 
assistent,  en  448,  au  synode  de  Constantinople,  présidé  par 
le  patriarche  Flavien,  et  signent  la  condamnation  d'Euty- 
chès.  Ils  figurent  d'abord  aux  conciles  de  la  France  mé- 
rovingienne comme  délégués  des  évêques.  Il  en  fut  de 
même  en  Espagne.  Mais  au  huitième  concile  de  Tolède 
(653),  dix  abbés  furent  présents  en  vertu  de  leur  charge. 
Cela  devint  une  règle  dans  les  églises  d'Occident.  Comme 
la  profession  monastique  équivalait  alors  à  la  cléricature, 
voire  même  au  sous-diaconat,  on  reconnaissait  aux  abbés 
qui  la  recevaient  le  droit  de  conférer  les  ordres  mineurs. 
L'ensemble  des  privilèges  dont  ils  jouissaient  permet  de 
dire  qu'ils  héritèrent  des  pouvoirs  des  chorévèques. 

Quelques  abbés  eurent  dans  les  diocèses  une  très 
grande  autorité:  celui  de  l'Ile-Barbe, à  Lyon,  administrait 
ce  vaste  diocèse  pendant  la  vacance  du  siège  épiscopal; 
celui  d'Iona  avait  sous  ses  ordres  les  évêques  d'Ecosse, 
en  souvenir  de  saint  Colomban,  apôtre  de  ce  pays.  Les 
rois,  les  évêques  et  les  papes  confièrent  à  des  abbés  des 
missions  importantes. 

Si  durant  les  premiers  siècles  de  l'histoire  monastique 
l'on  constate  à  la  tète  de  quelques  monastères  des  abbés 
faibles  ou  médiocres,  il  est  juste  de  reconnaître  qu'il  y 
eut  parmi  eux  un  grand  nombre  de  saints  et  d'hommes 
qui  exercèrent  sur  l'Eglise  et  la  société  civile  une  très 
heureuse  inlluence.  Ils  lurent,  avec  les  évêques,  les  pro- 
moteurs actifs  de  la  civilisation  chrétienne. 

Pendant  cette  période,  le  titre  d'abbé  ne  fut  pas  donné 
exclusivement  à  des  supérieurs  de  monastères  ou  à  des 
moines.  Saint  Grégoire  de  Tours  l'emploie  pour  dési- 
gner des  prêtres  séculiers  préposés  au  gouvernement 
d'une  église,  probablement  desservie  par  un  groupe  de 


clercs.  Sous  les  Mérovingiens,  le  prêtre  qui  dirigeait  le 
service  religieux  de  l'oratoire  du  palais  portait  le  nom 
d'abbé  du  palais,  abbas  palatinus;  et  on  nommait  abbas 
castrensis  celui  qui  remplissait  les  mêmes  fonctions  au- 
près de  l'armée. 

V.  Bibliographie.  —  Régula  S.  Benedicti,  P.  L.,  t.  lxvi, 
col.  215  sq.,  Mabillon,  Annales  ordinis  S.  Benedicti, 
6  in-fol.,  Lucques,  1739, 1. 1,  n;  Thomassin,  Vêtus  et  mova 
Ecclesiœ  disciplina,  in-fol.,  Paris,  1688,  t.  I;  Martène, 
De  antiquis  Ecclesiœ  ritibus,  4  in-fol.,  Bassano,  1788,  t.  n, 
Ducange,  Qlossarium  mediœ  et  infimœ  latinitatis,  au  mot 
Abbas,  dom  Chamard,  Les  abbés  au  moyen  âge,  dans 
Rev.  des  questions  historiques,  t.  xxxvm,  p.  71-108;  dom 
Besse,  Les  moines  d'Orient,  Paris,  1 900. 

J.-M.  Besse. 

ABBESSE,  supérieure  d'un  monastère,  qui  jouis- 
sait de  son  autonomie,  et  composé  de  douze  reli- 
gieuses au  moins.  La  fonction  est  moins  ancienne  que 
les  monastères  eux-mêmes.  Mais  le  mot.  créé  pour  la 
chose,  à  l'imitation  du  titre  correspondant  de  abbas,  ap- 
paraît pour  la  première  fois  dans  l'inscription  de  l'ab- 
besse  Serena,  découverte  à  Sainte-Agnès-hors-les-murs. 
Elle  fut  enterrée  vers  514.  On  nommait  auparavant  la 
supérieure  des  moniales  mater  monasterii,  mater  mo- 
nacharum,  prseposita.  Elle  avait  sur  sa  communauté 
une  autorité  semblable  à  celle  de  l'abbé.  Son  élection 
était  soumise  aux  mêmes  règles.  Le  rôle  qui  fut  assigné 
aux  abbesses  dans  l'Église  rappelle  celui  des  anciennes 
diaconesses,  dont  elles  sont,  sous  une  forme  et  dans 
des  conditions  différentes,  les  héritières. 

Leur  entrée  en  fonction  prit  de  bonne  heure,  comme 
celle  des  abbés,  un  caractère  liturgique. 

Sainte  Radegonde,  dans  une  lettre  publiée  par  Gré- 
goire de  Tours,  déclare  qu'Agnès,  abbesse  de  Sainte- 
Croix,  reçut,  à  son  entrée  en  charge,  la  bénédiction  de 
saint  Germain,  évèque  de  Paris.  D'après  saint  Grégoire 
le  Grand,  cette  bénédiction  ou  ordinalio  était  réservée 
à  l'évèque  du  lieu,  qui  devait  au  préalable  s'enquérir 
des  qualités  de  l'élue.  Un  simple  prêtre  pouvait,  selon 
Théodore  de  Cantorbéry,  conférer  cette  bénédiction.  La 
cérémonie  avait  lieu  pendant  la  messe.  On  ne  leur  livrait 
pas  le  bâton  pastoral.  Voir  Bénédiction  des  abbesses. 

Comme  les  abbés,  les  abbesses  pouvaient  infliger  à  leurs 
moniales  le  châtiment  de  l'excommunication  régulière. 
Elles  entendaient  leurs  coulpes  et  leur  donnaient  une 
punition.  Cet  aveu  ne  doit  pas  être  confondu  avec  celui 
qui  se  fait  au  tribunal  de  la  pénitence.  Il  y  eut  néan- 
moins des  abbesses  qui  intervinrent  dans  l'administration 
de  ce  sacrement,  soit  en  écoutant  l'aveu  avec  le  prêtre, 
soit  en  le  lui  transmettant.  Quelques-unes  prétendirent 
même  absoudre;  ce  qui  leur  fut  sévèrement  interdit. 
Charlemagne,  dans  ses  capitulaires  (t.  i,  c.  lxxiv,  Balu/.e, 
1780,  p.  715),  condamne  d'autres  usurpations  dont  les 
abbesses  se  rendaient  coupables;  elles  donnaient  des 
bénédictions,  imposaient  les  mains  et  conféraient  aux 
moniales  le  voile  avec  la  solennité  de  la  consécration 
religieuse. 

Les  abbesses  eurent  en  Angleterre  une  très  grande 
autorité.  Elles  siégèrent  dans  plusieurs  conciles  à  la 
suite  des  évêques  et  des  abbés.  Il  y  en  eut  cinq  au  con- 
cile de  Bacanceld  (694),  et  une  à  celui  de  Nidd  (705); 
à  Rome,  elles  prenaient  part  avec  leurs  moniales  aux 
processions  solennelles.  Pour  la  bibliographie,  voir 
Abbé  et  Bénédictins.  J.-M.  Besse. 

ABBUNA.  Voir  Catholicus. 

ABDON  ET  SENNEN.  Les  deux  martyrs  de  ce 
nom  eurent  leur  sépulture  à  Rome,  dans  le  cimetière 
de  Pontien,  sur  la  voie  de  Porto. 

Leurs  noms  se  rencontrent  au  30  juillet  dans  le  Mar- 
tyrologe Iiiôronymien  :  m  kl.  Ags.  in  cimit.  Fontiani 
ad  Ursum  pilealum  natal.  Abdonis  et  Sennis  martyr., 


43 


ABDON    ET   SENNEN 


44 


et  dans  la  Deposilio  martyrum  du  chronographe  de 
354  :  ///  kal.  Ang.  Abdon  et  Scnnen  in  Pontiani,  quod 
est  ad  Ursum  pileatum.  Ils  sont  nommés  dans  les  di- 
vers itinéraires  rédigés  à  l'usage  des  pèlerins  du 
viie  siècle  ',  et  commémorés  dans  les  martyrologes, 
de  date  plus  récente,  de  Bède,  d'Adon  et  d'Usuard. 

L'histoire  d'Abdon  et  Sennen  est  connue  seulement 
par  la  Passion  de  saint  Laurent,  pièce  dont  la  rédaction 
parait  remonter  à  la  lin  du  Ve  siècle  ou  au  commence- 
ment du  VIe.  Cette  Passion  les  représente  comme  des 
subreguli  de  Corduba,  en  Perse,  captivés  par  Dèce  : 
circonstance  évidemment  fabuleuse,  puisque  Dèce  ne  fit 
aucune  guerre  persique.  Elle  ajoute  qu'ils  furent  mar- 
tyrisés à  Rome  sous  Dèce,  Valérien  étant  préfet.  Cette 
seconde  indication  est  encore  inexacte,  puisque  Valérien 
ne  fut  pas  préfet  de  Rome  pendant  le  règne  de  Dèce; 
mais  la  mention  de  ces  deux  noms  engage  à  placer  le 
martyre  d'Abdon  et  de  !•.  ennen  sous  Dèce,  en  250,  ou 
sous  Valérien,  en  258. 

Ce  qui  est  à  retenir,  c't>st  l'origine  orientale  d'Abdon 
et  de  Sennen,  suffisamment  attestée  par  leurs  noms. 
Peut-être  furent-ils  d'illustre  origine,  princes  ou  sa- 
trapes, soit  réfugiés  à  Rome  à  la  suite  de  quelque  révo- 
lution ou  de  quelque  disgrâce,  soit  amenés  de  Perse 
comme  prisonniers  ou  comme  otages,  non  par  Dèce, 
qui  n'y  alla  pas,  mais  par  son  prédécesseur  immédiat, 
l'empereur  Philippe.  S'ils  vécurent  à  la  cour  de  ce  der- 
nier, ils  peuvent  avoir  péri  victimes  non  seulement  de 
leur  foi,  mais  aussi  de  la  rancune  que  les  écrivains 
chrétiens  attribuent  à  Dèce  contre  tout  ce  qui  touchait 
à  la  personne  de  son  prédécesseur2.  M.  Albert  Dufourq3 
propose  une  autre  hypothèse.  La  situation  du  cimetière 
de  Pontien,  au  cœur  des  quartiers  ouvriers,  dans  le 
voisinage  des  entrepots,  lui  fait  se  demander  si  Abdon 
et  Sennen  n'auraient  pas  été  des  ouvriers  orientaux.  La 
Passion  donne  un  rôle  à  un  certain  Galba.  Ce  nom  peut 
avoir  été  suggéré  au  passionnaire  par  la  proximité  des 
horrea  Galbai,  docks  pour  le  vin,  l'huile  et  autres  den- 
rées. 

Quoi  qu'il  en  soit  de  ces  hypothèses,  la  sépulture  de 
ces  deux  martyrs  peut  aujourd'hui  encore  être  vérifiée. 
Rs  reposèrent  dans  l'une  des  chambres  du  cimetière  de 
Pontien,  au  pied  de  l'escalier.  Ce  cimetière  fut  décoré 
de  peintures  à  l'époque  byzantine,  entre  le  VIIe  et  le 
IXe  siècle,  d'après  M.  Lefort;  vers  le  milieu  du  VI8  siècle, 
selon  M.  Marucchi  et  Mo1'  Wilpert.  La  chambre  funé- 
raire des  deux  martyrs  est  particulièrement  remar- 
quable. Au  fond  est  un  baptistère  creusé  dans  une 
niche  :  la  paroi  intérieure  de  la  niche  est  couverte  par 
une  peinture  représentant  une  croix  ornée  de  pierreries, 
qui  semble  sortir  de  l'eau  même,  et  porte  sur  ses  bras 
deux  candélabres,  auxquels  sont  suspendues  les  lettres 
A  et  Q  :  au-dessus  de  la  niche  est  peint  le  baptême  du 
Christ.  Le  tombeau  d'Abdon  et  de  Sennen  occupe  la 
muraille  de  gauche  :  il  est  surmonté  d'une  fresque  re- 
présentant Jésus-Christ,  sortant  d'un  nuage  à  mi- 
corps,  et  déposant  des  couronnes  sur  la  tête  des  deux 
saints.  Près  de  l'un  est  écrit  SCS  ABDO,  près  de  l'autre 
SCS  SENNE...  Eux-mêmes  sont  flanqués  de  deux  autres 
personnages,  désignés  par  les  noms  de  SCS  MILIX  et 
SCS  BI(w)CE(n)TIVS,  le  premier  portant  une  tunique 
courte  avec  une  chlamyde  agrafée  sur  l'épaule  droite, 
le  second  un  vêtement  ecclésiastique.  Bien  différent  est 
le  costume  donné  par  le  peintre  à  Abdon  et  à  Sennen.  Il 
semble  asiatique.  L'un  et  l'autre  sont  coiffés  d'une  sorte 
de  capuchon  recourbé  en  forme  de  bonnet  phrygien,  et 
rappelant  les  tiares  toujours  données  par  les  anciens  aux 
personnages  orientaux,  sacrés  ou  profanes,  aussi  bien  les 
trois  Hébreux  dans    la  fournaise   de  Babylone  ou   les 

1  De  Rossi,  Roma  sotterranea,  t.  I,  p.  182.  —  *  Allard,  Histoire 
desyri  séditions  pendant  la  première  moitié  du  nr  siècle.  2*  éd., 
p.  312-314.  —  3htude  sur  lesGesta  martyrum  romains,  gr.  in-8*. 


Mages  qu'Orphée,  Linus  et  Attis.  Le  reste  de  leur  vête- 
ment se  compose  d'un  manteau  prolongeant  ce  capuchon 
et  ouvrant  sur  une  tunique  de  peau,  déchiquetée  par  le 
bas,  de  manière  à  laisser  les  cuisses  à  découvert4. 

Ces  particularités  de  costume  montrent  qu'au  mo- 
ment où  la  muraille  fut  peinte  la  tradition  de  l'origine 
orientale  d'Abdon  et  de  Sennen  ne  faisait  point  de 
doute.  Mais  elles  concordent  imparfaitement  avec  l'ori- 
gine illustre  que  la  Passion  attribue  aux  deux  saints. 
Le  capuchon,  la  courte  tunique  laissant  les  cuisses  nues 
semblent  un  accoutrement  d'homme  du  peuple.  Au  con- 
traire, un  autre  monument  iconographique  serait,  s'il 
se  rapporte  vraiment  à  l'un  de  nos  saints,  en  harmonie 
avec  la  Passion.  Il  s'agit  d'une  lampe  en  terre  cuite, 
que  le  P.  Bruzza  croit  du  Ve  ou  plus  probablement  du 
vie  siècle  (fig. 17).  Un  personnage  orant  y  est  représenté. 


17.  —  Lampe  en  terre  cuite  représentant  saint  Abdon. 
D'après  Bruzza,  Studi  e  document!  di  storia  e  diritto,  p.  416-485. 

portant  le  candys,  manteau  persan,  ordinairement  de 
peau,  orné  d'orbiculi,  de  calliculx  et  de  pierreries.  On 
y  reconnaît  volontiers  saint  Abdon,  car  il  a  la  barbe 
courte  et  ronde,  comme  celui-ci  dans  la  fresque  du  ci- 
metière de  Pontien  (où  saint  Sennen  l'a  au  contraire 
pointue)  :  le  vêtement  fait  penser  à  un  détail  de  la  Pas- 
sion, disant  qu'on  présenta  les  martyrs  à  Dèce  dans  le 
splendide  costume  national  qu'ils  portaient  comme  sub- 
reguli  en  Perse.  Cette  lampe  fut  peut-être  inspirée 
par  une  peinture  plus  ancienne  que  la  fresque  du  cime- 
tière de  Pontien,  laquelle  en  serait  aussi  une  imitation5. 
La  fresque  du  cimetière  de  Pontien  a  été  si  souvent  re- 
produite que  nous  préférons  donner  le  monument  très 
peu  connu  du  P.  Bruzza.  Une  note  de  M.  De  Rossi, 
jointe  à  cette  publication  posthume  du  P.  Bruzza,  dil 
qu'une  lampe  de  type  semblable  fut  aussi  découverte  à 
Lambèse,  en  Numidie. 

Paris,1900,  p. 239.—  «Garrucci, Storia  dell'artecristiatia, pi  cxvu 
1;  Roller,  Catacombes  de  Rome,  pi.  xcvn,  xoviu.  —  'Bruzxa, 
dans  Studi  e  documenti  di  storia  ediiitto,  1888,  p.  416-425. 


45 


ABDON  ET  SENNEN 


ABECEDAIRE 


46 


Les  corps  d'Abdon  et  de  Sennen  ne  restèrent  pas 
dans  le  sarcophage  de  briques  encore  visible  à  gauche 
de  la  chambre.  Après  la  paix  de  l'Eglise,  on  les  trans- 
porta dans  une  basilique  construite  au-dessus  de  la  ca- 
tacombe.  L'itinéraire  de  Salzbourg  l'indique  clairement 
quand,  après  avoir  dit  que  Milix,  Pymenius,  et  beaucoup 
d'autres  martyrs  reposent  encore  dans  le  souterrain, 
spelunca,  il  invite  les  pèlerins  à  remonter,  tune  as- 
cendis,  et  à  visiter  dans  une  grande  église  les  tom- 
beaux d'Abdon  et  de  Sennen,  et  intrabis  in  ecclesiam 
magnant  :  ibi  sa>icli  martyres  Abdo  et  Sennes  quies- 
(.11  h  t.  Cette  église,  avec  une  autre  basilique,  celle  de  Sainte- 
Candide,  construite  également  au-dessus  du  cimetière 
de  Pontien,  fut  restaurée  par  le  pape  Adrien  Ior,  à  la  lin 
du  vin0  siècle  '.Il  ne  reste  plus  de  traces  de  l'une  ou 
de  l'autre. 

Une  autre  église  avait  été  construite  à  Rome  en  l'hon- 
neur des  saints  Abdon  et  Sennen.  On  n'en  connaît  que 
l'emplacement;  mais  on  sait  qu'elle  était  voisine  du 
Cotisée  :  SS. Abdon  e  Sennen  al  Colisco.  M.  Armellini 
en  a  retrouvé  la  mention  dans  un  manuscrit  du  Vatican, 
contenant  le  catalogue  des  églises  de  Rome,  dressé  par 
l'ordre  de  saint  Pie  V.  Probablement  à  l'époque  de  ce 
pape  l'église  était-elle  encore  debout  et  ouverte  au  culte  : 
elle  peut  avoir  été  abattue  vers  la  lin  du  xvie  siècle  ou 
le  commencement  du  xvn°.  Peut-être  avait-elle  été  con- 
struite pour  rappeler  une  tradition  conservée  par  la  Pas- 
sion. Celle-ci  dit  que  les  cadavres  des  deux  martyrs 
furent  jetés  ante  simulacruni  Salis.  Cette  statue  n'é- 
tait autre  que  le  colosse  de  Néron,  placé  par  cet  empe- 
reur devant  le  vestibule  de  sa  Maison  d'Or,  et  transporté 
par  l'empereur  Adrien  entre  le  Colisée  et  le  temple  de 
Vénus  et  Rome.  Il  se  peut  que  l'église  intra-urbaine  des 
S;iints-Abdon  et  Sennen  ait  été  élevée  à  l'endroit  où  une 
tradition  locale  plaçait  leur  exécution2. 

Bibliographie.  —  Tillemont,  Histoire  des  empereurs, 
t.  rv,  p.  348,  661  ;  Martigny,  Dictionnaire  des  antiquités 
chrétiennes,  art.  Abdon  et  Sennen,  2e  éd.,  1877;  Smith 
et  Cheetain,  Dictionary  of  Christian  antiquities,  t.  i, 
p.  8;  Kraus,  Real-Encyklopâdie  der  christliclien 
Alterthumer,  in-8».  Freib-'in-R.  188-2,  t.  i,  p.  1;  Le  fort, 
Elude  sur  les  monuments  primitifs  de  la  peinture 
ihrétienne  en  Italie,  p.  96;  Allard,  Histoire  des  persé- 
i  h  lions  pendant  la  première  moitié  du  ut*  siècle,  2e  édit., 
p.  312;  Bruzza,  dans  Studi  e  documenli  di  storia  e  di- 
ritto,  1888,  p.  416;  Dufourq,  Etude  sur  les  Gcsla  mar- 
hjrum  romains,  in-8°,  Paris,  1901,  p.  237;  Marucchi,  Les 
catacombes  romaines,  in-8°,  Paris,  1900,  p.  61. 

Paul  Allard. 

ABÉCÉDAIRE.  —  I.  Épigraphie.  II.  Épigraphistes. 
III.  Paléographes.  IV.  Nombre  des  lettres.  V.  Nombre 
d'alphabets.  VI.  Esquisses.  VII.  Essai  de  classement. 
VIII.  Abécédaire  dans  l'antiquité  ecclésiastique.  IX.  Abe- 
cedaria  liturgiques.  X.  Curiosités. 

Les  personnes  qui  sont  quelque  peu  familiarisées  avec 
les  monuments  de  toute  sorte  que  l'antiquité  nous  a 
laissés  savent  que  ces  monuments,  quels  qu'ils  soient, 
avant  d'être  mis  à  profit  par  l'historien,  doivent  avoir 
subi  une  série  de  vérifications  préalables  qu'on  nomme 
la  critique  d'un  texte.  Du  résultat  de  cette  critique  dépen- 
dra le  classement  du  monument  en  question  parmi  les 
pièces  certaines,  douteuses  ou  fausses.  Les  pièces  de 
cette  dernière  catégorie  n'ont  guère  d'intérêt  que  pour 
l'époque  plus  ou  moins  tardive  de  leur  rédaction;  celles 
des  deux  premières  catégories  ne  peuvent  être  employées 
utilement  qu'après  un  examen  dont  l'objet  sera  de  déter- 


1  Dueliesne,  Liber  pontiftealis ,  t.  I,  p.  509.  —  -  Armellini,  Le 
Cliiese  di  Roma,  2'  éd.,  p.  523.  Cf.  Analecta  Bollandiana, 
1897,  t.  xvi,  p.  228-230,  250.  —  3  Corpus  itiscriptionum  latina- 
rum,  in-fol.,  Berolini,  t.  xi,  p.  t.  —  *  Ms.  du  Vatic,  n.  6852 
édité  par  R.  Schœne,  Ephemeris  epigraphica.  in-8",  Romae, 
1872,  t.  I,  p.  255  sq.  avec  planches.  —  sVoy.  Sotzmann,   Ueber 


miner  :  1°  le  lieu  d'origine,  2°  la  date  de  la  co  position, 
3°  (s'il  est  possible)  l'auteur  du  document.  Un  pareil 
examen,  pour  être  conduit  avec  compétence  et  adopté 
par  les  savants,  ne  peut  être  entrepris  sans  le  secours 
d'instruments  de  précision  nombreux  et  délicats,  parmi 
lesquels  il  faut  compter  la  connaissance  de  tout  ce  qui 
a  trait  aux  conditions  d'exécution  matérielle  d'un  docu- 
ment. 

Les  anciens  collecteurs  de  monuments  n'apportèrent 
pas  tout  le  soin  désirable  en  relevant  les  types  qui 
s'offraient  à  eux;  il  en  résulte,  pour  un  grand  nombre 
de  textes,  disparus  depuis,  une  incertitude  souvent  trop 
grande  pour  nous  permettre  de  faire  usage  des  rensei- 
gnements de  cette  nature.  C'est  l'unique  raison  qui  fera 
écarter  de  ces  recherches  plusieurs  travaux  considérables, 
mais  peu  sûrs,  que  l'on  pourrait  être  surpris  de  ne  pas 
voir  citer. 

I.  Épigraphie.  —  Le  pèlerin  d'Einsiedeln  et  quelques- 
uns  de  ses  contemporains,  l'auteur  du  Sylloge  de  Milan, 
Agnellus  de  Ravenne,  d'autres  plus  récents,  comme 
Nicolas  Laurentius,  paraissent  n'avoir  jamais  songé  à 
reproduire  dans  leurs  recueils  la  forme  des  lettres  des 
textes  qu'ils  copiaient.  Leurs  successeurs  illustres  du 
XVe  siècle,  Pogge  et  Cyriaque  d'Ancône,  purent  faire 
autrement,  malheureusement  leurs  autographes  ont 
péri;  ce  fut  du  moins  la  préoccupation  de  Didier  Spreti, 
de  Ravenne3;  mais  un  grand  nombre,  parmi  lesquels 
Michel  Fabricius  de  Ferrare,  Jean  Jucundus  de  Vérone 
et  le  «collecteur  espagnol», ne  se  soucièrentpas  de  voir 
les  monuments  :  ils  composèrent  leurs  recueils  à  l'aide 
d'autres  recueils.  Néanmoins,  vers  ce  temps-là  même, 
la  préoccupation  commençait  à  naître.  Félix  Félicien  de 
Vérone  composa  dans  la  seconde  moitié  du  xv  siècle 
un  recueil  clans  lequel  il  avait  dessiné  et  peint  les  lettres 
latines  d'après  les  inscriptions  antiques  *  et  où  il  s'ef- 
forçait d'en  retrouver  les  formules  géométriques.  Plusieurs 
de  ses  observations  sont  devenues  classiques,  en  parti- 
culier sur  E,  F,  G,  M,  O,  P,  Q,  R;  d'autres,  il  faut  le 
dire,  sont  moins  heureuses,  par  exemple  celles  sur  C 
et  K.  Lucas  Paciolus  reprit  ce  sujet  auquel  il  ajouta 
assez  peu  de  chose 3.  Au  XVIe  siècle,  nous  voyons  les 
représentants  de  l'épigraphie  en  user  encore  assez 
librement  dans  la  transcription  linéaire  des  textes. 
L'un  d'eux  cependant,  Martin  Smet,  avait  entrevu  les 
exigences  légitimes  de  la  science  sur  ce  point;  parlant 
de  ceux  qui  l'avaient  précédé,  il  disait:  prseterita  omni 
temporum  alque  œlalum  ralione,  omnes  inscripliones 
eadem  characterum  forma  delineaverunt  quod  equideni 
non  probo ;  quum  ex  ipsa  lilterarum  forma  tempus  seu 
œlas  qua  quœque  res  scripta  est  cognosci  fere  jm^sii. 
Anliquissimis enim  teniporibus  (ante  Ccesares  videlicet) 
utebantur  lit teris plane  simplicibus  alque  inforniîbus..., 
a  tempore  Augusli  usque  ad  Anloninos,  florenlissima 
scilicet  setale,  characteres  formosissimos,  quadralos 
alqueomni  ex  parte  optime  dimensos  effigiabanl.  Inde 
iterum  cum  setale  et  imperio  ipso  Romano  paulatim 
characteres  declinabant  /iebanlque  primo  obliquiores 
solito,  ac  deinde  oblongiores,  ac  tandem  ad  extremam 
barbariem  delabebautur,  ut  lilteris  Gothicis  quant 
simillimi  evaserint...  Quse  quidem  scriplurx  dirersilas, 
si  a  describentibus  observaretur,  midlam  ipsis  in- 
scriptionibus  gratiam  lucemque,  et  non  minimam 
legentibus  adderet  voluptalem6.  On  peut  constater  la 
vérité  de  celte  opinion  dans  un  manuscrit  épigraphique 
des  inscriptions  de  la  Norique". 

L'étude  de  progrès  trop  lentement  réalisés,  d'un  re- 


dis àltesten  meistxylographischen  SehreibbjXcher  der  Italiener 

aus der ersten  Hiilfte  desxvrJahrh.  und  Hugo  da  Carpi's  Antheil 
daran,  dans  R.  Naumann  et  R.  Weigel,  Archiv.  fur  zeichnenden 
Kùnste.  Leipzig,  1856,  t.  Il,  p.  275-303.  —  °  .M.  Smetius,  Epist.  ad 
Marcum  Lauri  un  m.  dansE.Hûbner,  Exempta  script,  eptgraph, 
lut.,  in-fol. .Berolini,  1885,  p.  xiv.  —  '  Curp. inscript.  lat.,t.  m,p.587. 


a 


ABECEDAIRE 


48 


cueil  au  recueil  suivant,  formerait  un  chapitre  curieux 
de  l'histoire  de  la  typographie.  Ce  n'est  guère  qu'avec 
R.  Sabretti1,  le  P.  A.  Lupi2,  que  l'on  assiste  aux 
premiers  essais  sérieux  qui  font  entrevoir  tout  ce  qui 
se  cache  ici  de  difficultés  3.  Maffei*  les  suivit  dans  cette 
voie  où  l'imperfection  des  moyens  servait  si  mal  les 
hommes  de  science  et  de  goût  qu'elle  les  détourna  d'en 
faire  un  usage  étendu  5. 

II.  Épigraphistes.  —  Il  n'y  a  pas  lieu  de  classer  dans  un 
travail  scientifique  les  travaux  épigraphiques  de  Piranesi, 
de  Pistolesi,  de  Canina.  Le  livre  célèbre  de  Cajetan  Ma- 
rini  sur  les  frères  Arvales  inaugure  la  période  moderne 
des  reproductions.  On  ne  peut  omettre  de  mentionner 
ici  les  observations  judicieuses  de  Zaccaria,  Islituzione 
antiquario-lapidaria,  in-4°,  Romre,  1770,  et  Venetiis,  1793, 
p.  314-337  (2e  édit.,  p.  261-284),  ou  quelques  tentatives 
méritoires  de  Hagenbuch,  Orelli,  Borghesi.  Ce  fut  Fré- 
déric Ritschl  qui  inaugura  la  paléographie  épigraphique 
dans  une  série  de  travaux  :  Inscriptio  quse  fertur  Co- 
lumnee  Rostratee  duellianee,  in-4°,  Berlin,  1852;  Monu- 
menta  epigraplrica  tria,  in-4",  Berlin,  1852;  De  ficli- 
libus  litteratis,  in-4°,  Berlin,  1853;  Anthologies  latines 
corollarium  epigraphicum,  in-4",  Berlin,  1853;  De  declv- 
natione quadam lalina  questio epigraplrica, in-4°,  Berlin, 
1861;  Supplem.  questionis  de  declinalione  quadam 
latina  recondiliore,  in-4°,  Berlin,  1861;  Priscee  latinita- 
tis  monumenla  epigraplrica  ad  archetyporum  fidem 
exemplis  litogr.  reprsesenlala,  in-4°,  Berlin,  1862  :  Ie'  sup- 
plem. 1862;  2e  supplém.  1864.  —  Le  P.  Garrucci,  Syl- 
loge  inscriptionum  latinarum  esvi  romanes  reipubli- 
ess  usque  ad  C.  Julium  Ceesarem  plenissima,  2  parties, 
in-8°,  Taurini,  1875- 1877,  655  p., 2  pi.;  AriodanteFabretti, 
Osservazioni  paleografiche  e  grammaticali,  in-4°, 
Turin,  1874;  et  Paleograplrische  Sludien  ans  dem  ltalie- 
nischen  ùberselzt,  in-8°,  Leipzig,  1877,  165  p.,  complé- 
tèrent la  théorie  sur  quelques  points.  Plusieurs  ouvra- 
ges furent  entrepris  coup  sur  coup  par  MM.  de  Boissieu, 
Inscriptions  antiques  de  Lyon,  in-4°,  1846-1854;  J.-B.  De 
Rossi,  Inscriptiones  chrisiianee  iwbis  Romgs  seeculo  vu 
antiquiores,  in-fol.,  1857-1861,  t.  i;  Ed.  Le  Blant,  In- 
scriptions chrétiennes  de  la  Gaule,  2  in-4°,  Paris,  1856- 
1865,  et  Nouveau  recueil  des  inscriptions  chrétiennes  de 
la  Gaule  antérieures  au  vme  siècle,  in-4°,  Paris,  1892; 
Hubner,  Inscriptiones  Hispanise  christianic,  in-4°,  Berlin, 
1871  ;  Inscriptiones  Britannise  christianœ.  \n-l°,  Berlin, 
1876;  G.  Pétrie,  Christian  inscriptions  in  the  irish  Lan- 
guage,  chiefly  collected  and  drawn  by  G.  Pétrie,  in-i°, 
Dublin,  1872.  Il  faut  citer  encore  :  J.  C.  Bruce,  dont  les 
reproductions  doivent  être  vérifiées  :  Lapidarium  septen- 
trionale :  or,  Description  of  the  monuments  of  roman 
rule  in  the  north  of  England,  pubiished  by  the  So- 
ciety of  anliquarics  of  Newcastle-upon-Tyne,  in-fol., 
London  and  Newcastle,  1875,  xvi-i-92  p.  et  pi.;  A.  AU- 
mer  et  A.  de  Terrebasse,  Inscriptions  antiques  et  du 
moyen  âge  de  Vienne,  6  in-8°,  Vienne,  1875-1876, 
pi.  in-4°;  P.  Charles  Bobert,  Epigraphie  gallo-romaine 
de  la  Moselle,  2  in-4°,  Paris,  1873  et  1883  ;  le  même, 
Les  étrangers  à  Bordeaux,  élude  d'inscriptions  de  la 
période  romaine  portant  des  ethniques,  dans  les  Mé- 
moires de  la  Société  archéologique  de  Bordeaux, 
in-8°,  Bordeaux,  1883,  t.  vin,  109  p.  Ces  trois  ouvrages,  à 
notre  point  de  vue,  paraissent  irréprochables.  Citons 
encore  :  M.  Munier,  Tabulée  photographes  XI,  materiam 
paleographicam  œtatis  imperatoria  exhibentes,  in-4°, 
Moguntiaci,  1873;  F.   H.  Kraus,  Die  Christlichen   In- 

1  Inscriptionum  antiquarum,  qux  in  xdibus  paternix  as 
vantur,  explicatio,  in-fûl.,  Romœ,  1702.  —  2  Disscrtatio  et  anU 
madversiones  ad  nuper  inventum  Scverœ  Martyris  epita- 
phium,  in-tol.,Paiiormi,  1734.  —  'Maffei,  Artis  critiese  lapidariœ 
quse  extant,  dans  Donati,  Veterum  inscriptionum  grxcarum 
et  latinarum  novissimus  thésaurus,  1.  III,  c.  it,  in-fol.,  Lucae, 
1775,  p.  158  sq.  —  *  S.  Maflei,  Muséum  Veronense,  in-fol.,  Ve- 
1749,   p.   97,   400,   402.   Ci.    C.urp.    inscr.  lut.,  t.  îv,    et 


schriften  der  Rheinlande,  in-4°,  Freiburg  im  Breisgau, 
1890,  dont  il  faut  rapprocher  la  notice  de  C.  Bone  :  An- 
leitung  zum  Lesen,  Ergânzen  and  Dalieren  romischer 
Inschriften  mit  besonderer  Berùcksichtigung  der  Kai- 
serzeil  und  der  Rheinlande,  in-8°,  Trier,  1880,  9i-  p.; 
E.  Hubner,  Inscriptionum  Hispaniœ  christianarwm 
supplementum,  in-4»,  Berolini,  1900,  xvi-162  p.  ;  enfin, 
quelques  revues  dont  les  reproductions  sont  d'un 
mérite  fort  inégal  :  Nuovo  Bullettino  di  archeologia 
cristiana;  Bulletin  épigraphique  de  la  Gaule;  Bulle- 
tin du  Comité;  Revue  archéologique*.  Le  sujet  ré- 
sumé ici  a  été  traité  avec  l'ampleur  et  la  science  dont 
il  était  digne  par  Emile  Hubner  :  Exempla  scriplures 
epigraphiese  latines  a  Cessaris  dictatoris  morte  ad 
eetalem  Iustiniani,  consilio  et  auctoritate  Académies 
litterarum  Regiœ  Borussices  edidit  Aem.  Hubner. 
Auctarium  Corporis  inscriptionum  latinarum ,  in-fol., 
Berlin,  1895,  lxxxiv-458  p.  et  1215+13  pi.  Voyez  du 
même  savant  TJebcr  mechanische  Copieen  von  Ins- 
chriften,  in-8°,  Berlin,  1880,  28  p. 

C'est  une  question  aujourd'hui  résolue  que  celle  de 
l'édition  des  monuments  épigraphiques  et  paléographi- 
ques.  Hubner  se  félicitait  quelques  mois  avant  sa  mort 
d'avoir  pu  employer  dans  son  Supplément  aux  Inscrip- 
tiones Hispanise  chrislianee  un  procédé  dont  il  n'avait 
pu  faire  usage  trente  ans  plus  tôt.  La  publication  de 
YAntiphonary  of  Bangor  par  Warren  est  inspirée  par 
une  semblable  préoccupation  scientifique.  De  même 
M.  Renan  avait  voulu  que  toutes  les  inscriptions  sémi- 
tiques connues  et  données  dans  le  Corpus,  même  fis 
simples  fragments,  fussent  reproduits  par  l'héliogravure, 
au  lieu  de  se  contenter,  comme  dans  les  publications 
similaires,  de  la  transcription  en  caractères  spéciaux. 
Mommsen  lui  ayant  demandé  pourquoi  il  avait  adopté 
un  système  aussi  coûteux  :  «  C'est,  dit  Benan,  parce  que 
nos  explications  feront  peut-être  sourire  nos  enfants, 
quand  la  science  aura  fait  des  progrès  par  de  nouvelles 
trouvailles;  mais  nos  héliogravures  seront  toujours  bon- 
nes; c'est  la  part  de  vérité  définitive  dans  notre  recueil.  » 

III.  Paléographes.  —  Les  écrivains  qui  ont  traité  de  la 
paléographie  en  général  n'ont  pu  se  dispenser  d'accorder 
quelque  attention  aux  exemples  épigraphiques.  Leurs 
observations  ne  contiennent  rien  de  notable.  Bornons- 
nous  à  les  mentionner  ici  :  Mabillon,  De  re  diploynatica. 
2°  éd.,  in-fol.,  Paris,  1709,  p.  454;  donne  une  inscription 
romaine  de  l'année  338  écrite  en  capitales  et  en  onciales  '. 
Hermann  Hugo  S.  .T.,  De  prima  scribendi  origine,  in-S°, 
Utrecht,  1738,  p.  108  sq.  Les  auteurs  du  Nouveau  trait*, 
de  diplomatique,  D.  Toustain  et  D.  Tassin,  ont  montr* 
dans  leurs  choix  (t.  il,  p.  1  sq.,  pi.  xx.  xxi,  xxiv-xxxi) 
une  certaine  inexpérience,  in-4°,  Paris,  1750-1765,  t.  vi. 
A.  Aldenbrùck  S.  .1.,  In  artem  diplomalieam  isagoge, 
in-8°,  Colonia\  1789.  a  donné  un  travail  sans  valeur.  Lue 
légion  d'érudits  espagnols  s'attacha  à  cette  étude.  Ce  furent 
Christophe  Rodriguez,  dont  le  travail  fut  amélioré  par 
son  éditeur  Joseph  Nasarre,  Polijgraphia  Espaïiola, 
in-fol.,  Madrid,  1738,  2  pi.  ;  Etienne  de  rerreros,  son  con- 
temporain, qui  put  mettre  à  profit  les  notes  manuscrites  de 
Palomares  conservées  à  l'Académie  royale  de  l'histoire, 
à  Madrid,  malheureusement  il  fut  trop  bref.  Paleogra- 
phia  Espanola,  in-4»,  Madrid,  1758,  p.  120.  pi.  \\i. 
xvii.  Andréas  Merino  ne  sut  pas  mieux  utiliser  le  : 
Palomares,  Escudo  de  leer  letras  cursivas  antiguas, 
in-fol.,  Madrid,  1780,  pi.  v,  1;  pi.  lix,  p.  126.  H  suffira 
de    citer    encore   Mirambell,    Tabulée   paleeographicee, 

E.  Hubner,  loc.  cit.,  n.  1X7;  Corp.  inscr.  lot.,  t.  v,  n.  4919-4920,  et 

E.  Hubner,  loc.  cit.,  n.  8G7,  868.  —  ■Passionei,  (scritionianlicha 

disposte  per  ordine  (M    oarie  d<i*si.  etc.,  in-fi  I.,  i 

p.  185.  —  '■  Y'iy.  li.  Cagnat,  Cours  d'éptgraphie  latine.  Paris, 

1889,  p.  \\\;  F.  Cumont,  Les  inscriptions 

Mineure,  dans  les  Mélanges  île  VÉc.  franc,  de  Rome,  in-8*, 

Rome,  1895,  lassim.  —  •  Pe  Rossi,  Inscrip.  christ,  urb.  Romx, 

in-fol.,  Rom»,  1861,  t.  i,  p.  43,  50. 


49 


ABÉCÉDAIRE 


50 


in-8°,  Vich,  1811  ;  Alvera  Delgras,  Escrilura  y  lenguaje 
de  Espana,  in-8°,  Barcelone,  1859;  Paluzie,  Compendio 
de  paleographia  Espanola,  in-8°  et  in-fol.,  Madrid, 
1857. 

La  théorie  des  lettres  majuscules  a  été  reprise  par 
J.-B.Trecco,  Regole  pratiche  per  disegnare  gli  alfabeti 
majuscoli  ad  uso  di  compartire  con  esatezza  e  brevità 
le  iscrizioni  sopra  qualunque  data  superficie,  opéra 
corredata  di  tavole  xxvin  in  rame  autore  ed  editore 
G.  B.  T.,  in-4°,  Vicenza,  1820,  100  p.  Kopp  apporta  à 
l'étude  en  question  les  développements  que  son  érudition 
rendait  faciles  :  Palœographia  critica,  in-4»,  Mannheim, 
1817-1824,  t.  I,  p.  83;  t.  ni,  p.  235,  254,  502  sq.,  et  Bilder 
und  Schriften  der  Vorzeit,  in-8»,  Mannheim,  1819-1821, 
t.  i,  p.  225,  265.  Natalis  de  Wailly,  Éléments  de  paléo- 
graphie, in-4°,  Paris,  1838,  t.  i,  p.  409  sq.,  467  sq., 
fut  très  bref,  et  le  recueil  de  Silvestre,  Paléographie 
universelle,  4  vol.  in-fol.,  Paris,  1841,  ne  donna  aucune 
place  à  l'épigraphie,  à  moins  que  ce  ne  soit  déjà  lui  en 
faire  une  que  de  reproduire  des  manuscrits  dont  la 
filiation  paléographique  est  évidente  '.  Hans  Ferdinand 
Massmann  étudia  les  formes  cursives  dans  son  Libellus 
aurarius  sive  tabulai  ceratœ  et  antiquissimœ  et  unicœ 
Romanœ  in  fodina  auraria  apud  Abrudbanyam  oppi- 
didum  Transsylvanum  nuper  repertœ,  quas  nunc  pri- 
mus  enucleavit,  depinxit,  edidit  H.  F.  Maasmann,  in-4°, 
Leipzig,  1840.  La  doctrine  épigraphique  de  l'écriture 
eursive  dans  l'antiquité  a  été  donnée  depuis  par 
Charles  Zangmeister,  dans  le  quatrième  volume  du  Cor- 
pus inscriptionum  latinarum  :  Inscriptiones  parie- 
tarise  Pompeianse,  Berculanenses,  Slabianae,  consilio  et 
auctorilate  Academise  litterarum  regiœ  Borussicœ.  Ac- 
cedunt  vasorum  ficlilium  ex  eisdem  oppidis  erutorum 
inscriptiones  éditée  a Richardo  Schoene,  in-fol.,  Berolini, 
1871. 

Le  perfectionnement  apporté  aux  procédés  mécaniques 
a  rendu  possible  les  reproductions  photographiques  et 
phototypiques  telles  que  les  ont  données  G.  Arndt, 
Schrifttafeln  zum  Gebrauch  bei  Vorlesungen  und  zum 
Selbslunterricht,  in-fol.,  Berlin,  1874,  1878,  fasc.  i,  ri; 
Ch.  Zangmeister  et  G.  Wattenbach,  Exempla  codicum 
Latine,  um  litleris  maiusculis  scriptorum,  in-fol.,  Hei- 
delberg,  1876,  1879,  et  supplément,  in-fol.,  1879;  la 
société  paléographique  de  Londres,  The  palgeographical 
sociely,  facsimiles  of  manuscripts  and  inscriptions, 
édités  par  E.  A.  Bond  et  E.  M.  Thompson,  in-fol.,  Lon- 
dres, 1873-1878,  part.  I-VIII;  Césare  Foucard,  Elementi 
di  paleografia,  la  scrittura  in  Italia  sino  a  Carlo  Ma- 
gna, parte  1  (dal  il  secolo  avanti  l'era  volgare  sino  al 
v  dopo),  10  pi.,  in-fol., Milan,  1879. 

IV.  Du  nombre  de  lettres.  —  Il  n'entre  pas  dans  les 
limites  de  ce  travail  de  rechercher  les  origines  de  l'al- 
phabet. A  l'époque  où  la  religion  chrétienne  transcrit 
ses  pensées  sur  la  pierre  et  les  métaux,  cet  alphabet 
avait  subi  ses  changements  les  plus  importants  et  vers 
la  fin  de  la  république,  c'est-à-dire  à  l'époque  la  plus 
féconde  en  inscriptions  romaines,  le  système  alphabé- 
tique latin  était  arrêté  définitivement  presque  en  entier  2. 

L'alphabet  archaïque  n'était  que  l'alphabet  grec  légè- 
rement modifié,  il  ne  compta  pendant  presque  toute  la 
période  républicaine  que  vingt  et  une  lettres.  Vers  la 
fin  du  viiie  siècle  de  Rome,  on  ajouta  le  Y  et  le  Z.  Vers 
la  même  époque,  les  formes  perdirent  leur  aspect  raide 
et  étriqué  et  l'écriture  monumentale  prit  ce  cachet  d'élé- 
gance qu'on  mit  grand  soin  à  lui  conserver  pendant  les 

'  \V.  Wattenbach,  Anleitung  zur  lateinischen  Palseographix, 
in-8",  Leipzig,  1869,  p.  1  sq.  —  2  Voy.  Mommsen,  Die  Unterital. 
Dialekte,  in-8%  Leipzig,  1850,  p.  26  sq.  ;  Ritschl,  Priscx  latini- 
tatis  documenta  epigraphica,  Berlin,  1862,  p.  111  sq.  ;  Zur 
Geschichte  des  lat.  Alphabets,  dans  les  Opuscula,  Berlin,  1809, 
t.  iv,  p.  691  sq.  ;  A.  Fabretti,  Primo  supplemento  alla  raccolta 
délie  antichissimi  scrizioni  italiche,  in-4%  Torino,  1872;  R. 
Garrucci,  Sylloge  inscr.  lat.,  in-8°,  Taurini,  1875-1877;  Fr.  Le- 


deux  premiers  siècles  de  l'empire.  Malgré  nos  recherches, 
nous  n'avons  pu  rencontrer  parmi  les  inscriptions  chré- 
tiennes un  seul  cas  certain  de  l'emploi  des  trois  lettres 
introduites  par  l'empereur  Claude  dans  l'alphabet  lalin, 
d'où  elles  disparurent  après  sa  mort  3.  Ces  lettres  étaient 
les  suivantes  :  1°  le  digamma  inversum,  d,  destiné  à 
remplacer  le  V  consonne,  par  exemple  :  JVLGVS  *;  — 


itUOiiiuiiKM/vo/^RUV* 

A  r)  cw  F  q  h  i  r-  V  /WV0PO  N[V^ 


WVvN 


mu. 


18.  —  Alphabets  pompéiens 
D'après  le  Corpus  inscriptionum  latinarum,  t.  iv,  pi.  XL. 

2°  Yantisigma,  O  destiné  à  exprimer  le  son  ps  3  ;  —  3U 
le  signe  i-  (demi-aspiration)  destiné  à  donner  le  son 
intermédiaire  entre  i  et  u  comme  dans  optwmus  pour 
optimus  6. 

V.  Du  nombre  d'alphabets.  —  On  ne  saurait  con- 
fondre l'alphabet  monumental  et  l'alphabet  cursil;  il 
faut  faire  une  place  aussi  à  l'alphabet  oncial  qui  n'appa- 

normant,  dans  leDictionn.  des  antiq.  grecq.  et  rom.  de Daremberg 
aumot  Alpliabctum ;R..  Cagnat,  Cours  d'èpigr.  latine,  in-8-, Paris, 
1889,  p.  2 sq.  —  3Tacite,  Ann.,  xi,14:  Claudius  très  litteras adiecit 
qux  usui,  imperitante  eo,  post  obliteratse,  adspiciuntur  nunc 
etiam  in  xre.  —  *  Priscien,  Inst.  grammat.,  I,  4,  20.  Cf.  Quinti- 
lien,  Inst.  orat.,  I,  7,  27;  Aulu-Gelie,  Noct.  attic,  xïv,  2,  5.  — 
5  Priscien,  Inst  grammat.,  i,  7,  42.  —  6Mai'iiiïVictorinus,p.  2465, 
éd.  Putsch,  dans  Corpus  scriptor.  eccles.  latinor.,  Vienne. 


51 


ABECEDAIRE 


52 


rait  guère  avant  le  IVe  siècle  1  et  le  celtique,  mais  on  ne 
peut  tenir  compte  ici  de  quelques  essais  d'inscriptions 
qui  révèlent  une  main  presque  ignorante  des  rudiments 
de  l'alphabet  ou  de  ceux  de  l'art  du  graveur  ou  bien 
encore  de  jeux  épigraphiques  qui  ne  sont  pas  du  do- 
maine de  la  science,  niais  de  celui  de  la  curiosité.  On 
sait  d'ailleurs,  que  nombre  d'inscriptions  sont  l'ouvrage 
de  particuliers  .(iii  ne  pouvaient  ou  ne  voulaient  pas  se 
servir  des  lapicides  -. 

VI.  Des  esquisses.  —  Quant  à  la  persistance  des 
mêmes  types,  il  est  possible,  mais  peu  probable,  que  les 
anciens  aient  fait  usage  du  moule;  on  n'a  aucune  preuve 
positive  à  en  donner  3.  Pour  les  esquisses  tracées  ù 
l'aide  de  la  craie,  de  la  brique,  du  charbon  ou  autre- 
ment, il  n'en  reste  pas  trace  ;  mais,  eu  égard  au  peu  de 
fixité  de  ces  matières,  on  n'en  saurait  rien    conclure 


6.  ABCDEFGHIKLMNOPQRTVX 2518 

7.  ABCDIII'GHIKkMNOPQRSi»» 2519 

8.  ABCDIII'GHIKLMN 2520 

9.  I       LDI-GIIII.MNOIOP 2520a 

io.  k%wmmmio\\Y,\w\ 25206 

11.  ABCDIIIiCHUiilI 2521 

12.  ABCDIIIiGHl«iil 2522 

13.  ABCDIrGHHl« 2523 

14.  ABCDIIIHG 2524 

15.  ABCDIII'GHHSIIVAA»» 2525 

16.  ABCDIIFG 252(5 

17.  ABCDII 2527  et  2527a 

18.  ABCDII 2528,  2530 

19.  ABCDII 2529 

20.  ABCD 2531,  2533.  2534 

21.  ABCD 2532,  2532a 


vm\^& 


V 


Umnwï^^^hf^M 


M/ 


r 


W^B®llCC3îp^E®p-ip^-:pt 


kBCDECGlQoïKLrw^ao 


19.  —  Alphabets  grecs.  D'après  Kaibel,  Itiscriptiunes  yraecœ  aiciliœ,  Italix,  n.  2020-2624. 


■contre  cet  usage.  Aucune  inscription  chrétienne  ne  nous 
est  d'ailleurs  parvenue  dans  des  conditions  de  conser- 
vation analogues  à  celles  des  inscriptiones  parietarix  de 
Pompéi,  sauf  toutefois  les  quelques  graffiti  chrétiens 
découverts  dans  cette  ville. 

L'emploi  des  instruments  de  géométrie  n'est  pas  dou- 
teux, tire-ligne,  équerre,  compas.  Il  se  pourrait  bien  que 
les  instruments  indiqués  sur  la  tombe  du  fossoyeur  Dio- 
gène  lui  aient  servi  à  tracer  les  inscriptions  plus  qu'à 
autre  chose.  Outre  les  inscriptions  tracées  au  pinceau, 
il  s'en  trouve  quelques-unes  dans  lesquelles  la  partie 
creusée  a  été  peinte  soit  avec  le  rouge,  soit  avec  l'or. 
Voyez  Inscriptions.  Voici  quelques-uns  de  ces  abécé- 
daires trouvés  à  Pompéi  (fig.  19). 

VII.  Essai  de  classement. 

1.  ABCDIIrGHIKkMNOPQRS7VZ 251i 

2.  ABCDMrGHIKkMNOPvRsTVX  .,-,- 

3.  ABCDIIrGHIKkMNOPQR2TVX 2516 

4.  ABCDEF<=HIKLMNOPQRSTVX 251, 

5.  ABCDIII'CCHIKLMNOPQRSTVX » 

1  De  Kossi,  Inscr.,  t.  i,  p.  43,  50;  Corp.  inscr.  lat.,  t.  vm, 
n.2391  ;  Comptes  rendus  de  l'Académie  des  inscr.  et  belles-lettres, 
in-8%  Paris,  1884,  p.  64;  Ephem.  epigr.,  t.  v,  p.  279;  t  vu, 
p.  6t.  Un  exemple  dans  Hiibner,  Inscr.  Hïsp.  suppl.,  1900, 
n.  294,  qui  croit  cette  écriture  contemporaine  du  ni"  siècle,  en 
Afrique.  Voy.  Exempt  script  Int..  p.  xxxvm  et  n.  1146-1152. 
—  *  E.  Le  Blant,  Sur  tes  graveurs  des  inscriptions  antiques, 


22.  ABCD"  n 2535 

23.  ABCI 2536 

24.  A  B 2537-2539 

25.  ABC 2540 

26.  aA 2540  b 

27.  AXBVC«« 2542 

28.  AXBVCD 2543 

ABVCTDSIIRFIQ 251 V 

uasaiDAaxv ^^ 

2549 


29. 
30. 
31-  OHOH/.//0- 


32.  vSNQRTAXBS 

33.  ASx'vRBV 

34.  AX 

35.  AX. 
36. 
37. 

38. 


25i5 

2546 

25V7 

2548 

OPQR 2549a 

IHKLMNO       25-496 

RRRRRR  9549c 

OPQER     

11  n'existe  dans  l'épigraphie   occidentale  quun  petit 
nombre  d'abécédaires  grées.  En  voici  quelques-uns  : 
1.  Mélaponte,  sur  la  panse  d'un  vase  ; 

a  P  y  ô  £  F  î  H  i  v.  ).  ii  v  o  ^  S  p  s  :  'J  ?  y  • 
G.  Kaibel,  Inscr.  grmc.  Sicil..  n.  2420. 

dans  la  Revue  de  VArt  chrétien,  Paris,  1859;  Hiibner,  Exem- 
iraphicx,  in-fol.,  Berolini,  1885,  p  xxv.  Voy. 
inscr.  lot., t. n„n. 391,  416,738  3222;  t.  ni,n.79,80;tv,n. 
"160;  t.  vi.  n.  9102.  10761, 11131  ;  t  vm,  n.  2026,  2874, 
4120;  Kenzen,  n.  7215,  ouHûbner,  toc.  cit.,  u.  1100;  Corp.  inscr. 
lat.,  t.  m.  n  «36,  5196;  t.  v.  n.  8856;  t.  VI,  n.  B861;  t.  vm 
i,  684,  2756,  fâW,  4-410.  —  'Hiibner,  toc.  cit.,  p.xxvu. 


53 


ABÉCÉDAIRE 


54 


2.  Melllcha. 

a]  p  y  S  [s]  F  [C]  fc  [0]  i  y.  X  u,  vo  fi]  1  p  o  t[u  E  ç]  X 
G.  Kaibel,  Insc.  grœc.  Sicil.,  n.  2420 5. 

3.  Misanelli,  «  vaso  di  crota  gre/.za.  » 

a  [J  y  ô  <  r,  >  e  F  î  -i)  8  '  *  ^  v  5  "^  P  5  "  "  ?  ?  Z  w 
G.  Kaibel,  l»scr.  grœc.  Sicil.,  n.  2420°. 

"VIII.  L'abécldaire  dans  l'antiquité  ecclésiastique. 
—  Un  vase  chrétien  trouvé  à  Carthage,  il  y  a  peu  d'an- 
nées '  (fig.  19),  portait  représenté  sur  la  panse  une  croix 
équilatérale  entre  deux  poissons  accostés  des  lettres  A 


20.  —  Vase  chrétien  trouvé  à  Carthage. 
D'après  le  Bull,  di  arch.  crist.,  1880,  pi.  vin. 

B  C,  le  tout,  d'une  facture  assez  grossière.  Le  lieu  où  fut 
faite  la  trouvaille  étant  à  proximité  d'un  baptistère,  on 
crut  pouvoir  conjecturer  que  l'on  se  trouvait  en  présence 
d'un  ustensile  destiné  à  accomplir  les  rites  baptismaux. 
On  sait  en  effet  la  signification  des  poissons.  Dans  le 
plus  antique  symbolisme  chrétien  ils  représentent  les 
fidèles  régénérés  et  enfantés  dans  le  Christ  par  le  bap- 
tême ;  pisdculi  secundum  !^8'jv.  Aux  Ve  et  vie  siècles,  les 
poissons  devinrent  l'ornement  principal  des  baptistères. 
Les  caractères  de  l'inscription  ne  répugnent  pas  à  cette 
date;  en  outre,  nous  savons  qu'on  faisait  usage  de  vases 
pour  le  baptême  par  immersion,  et  si  nous  ne  sommes 
pas  renseignés  sur  cette  partie  du  mobilier  liturgique, 
nous  ne  pouvons  être  surpris  de  le  rencontrer  tellement 
pauvre  et  grossier,  car  l'Eglise  de  Carthage  vivait  alors 
sous  la  menace  de  la  persécution  des  Vandales.  Enfin, 

*  De  Rossi,  Bull,  di  arch.  crist.,  in-8°,  Roma,  1880,  pi.  vm.  — 
*J.  J.  Ciampini,  Vetera  monimenta,  in  quibus  prsecipue  musiva 
opéra  sacrarum  profanarumque  xdium  structura  ac  nonnulli 
antiqui  ritus  dissertationibus  iconibusque  illustrantur,  in-fol., 
Romuî,  1690,  t.  Il,  pi.  iv,  v.  —  3Clermont-Ganneau,  Un  cha- 
pitre de  l'histoire  de  l'A  B  C,  dans  les  Mélanges  Charles 
Graux,  in-8",  Paris,  1884;  Du  Cange,  Glossarium,  au  mot 
abecdarium,  abcturium  ;  Martène,  De  antiquis  Ecclesiseritibus, 
1.  11,  c.  xni.  iu-fr.l..  Rouen,  1700-1702;  Lyon,  1706;  Anvers-Milan, 
1736-1738.  —  *  Gregorii  M.   Opéra,  P.  L.,  t.  lxxviii,  col.  53.  — 


la  forme  du  vase  s'éloigne  assez  peu  de  celle  d'un  vase 
employé  à  un  usage  semblable  que  nous  voyons  dans  un 
monument  qui  peut  être  du  vne  siècle2.  Il  reste  à  expli- 
quer les  lettres  ABC. 

Ces  lettres  servent  généralement  à  désigner  toute  la 
série  alphabétique.  On  dit  Yabc  ou  Yabcd3.  On  trouve 
fort  anciennement  dans  les  livres  liturgiques  ces 
mêmes  lettres  employées  pour  désigner  un  rite  dont 
nous  aurons  à  parler.  Le  sacramentaire  publié  par 
dom  Ménard  prescrit  pour  la  consécration  des  églises 
l'inscription  des  seules  lettres  ABC  au  lieu  de  l'alphabet 
en  entier,  qui  était  tracé  sur  la  croix  faite  de  cendres4. 
Cette  double  rencontre  de  la  croix  et  des  lettres  ABC 
mérite  attention. 

Les  exemplaires  d'anciens  alphabets  grecs  eu  romains 5 
offrent  des  combinaisons  variées.  Henzen  a  trouvé  une 
pierre  qui  avait  servi  à  un  apprenti  lapidice  pour  s'es- 
sayer à  graver  l'abécédaire  latin  et  le  sigle  L).  M.  S.  6. 
On  connaît  une  tablette  portant  ces  lettres  : 


ABrAeZHGIKAM.... 

nONTII 


C'est  probablement  une  tablette  scolaire  qui  a  servi 
ensuite  de  pierre  sépulcrale7. 

Deux  tombes  chrétiennes  sont  plus  dignes  d'attention, 
l'une  provenant  du  cimetière  Ostrien  : 


A     B 


l'autre  du  cimetière  de  Sainte-Christine  de  Bolsène  8  ; 
De  Bossi  a  vu  la  combinaison  suivante  sur  la  bordure 
inférieure  d'un  loculus 9  : 


ABCDEGKFLMNP 


A+©A 


ABCDEfC 


Enfin,  une  pierre  du  cimetière  de  Saint-Alexandre  au 
septième  mille  de  la  voie  Nomentane  porte  les  graffites 
suivants  : 

a)  AXBVCTESDR 
EQGPH M 

b)  -"BCCEECHI 

MNOPQ 
RSTVXYZ 

Il  y  a  ici  deux  groupes  abécédaires  différents.  Le  pre- 
mier a  déjà  attiré  l'attention  du  P.  Garrucci  10  et  de  De 
Bossi  il  après  lesquels  il  ne  reste  d'ordinaire  que  bien 
peu  de  chose  de  nouveau  à  dire.  Cet  alphabet  est  le  même, 
sauf  une  variante,  que  le  n°  30  de  notre  classement  des 
alphabets  latins  :  S3SaX0A9XV-  Cette  bizarrerie  s'ex- 
plique par  une  coutume  des  pédadogues  que  nous  trou- 
vons en  vigueur  à  Stabies,  c'est-à-dire  au  plus  tard  au 
premier  siècle  de  notre  ère,  et  dont  saint  Irénée  et  saint 
Jérôme  nous  donnent  l'explication.  "Opa  oùv  xsçaXv 
avw,  to.  aXça  x«i  xb  £3,  ■zpiyriXov  Se  B  xoù  W,  oj^io-j; 
â[j.a  '/spac  r  xoù  K,  <ttt|8y)  A  xoù  •£,  5i7.fpctyy.oi.  E  xoù  Y, 
vâ)xov  Z  xat  T,  xoiXîav  H  xoù  S,  (xripouç  0  xoù  P,  yôvoctoc 
I  xoù  II,  xvrj[j.aç  K  xoù  O,  <j;pupà  A  xai  S,  ■rcô'ô'aç  M  xoù 
N.  ToOto"  èarc  xb  o~<JijJ.a  tyj?  xatà  tôv  \i.âyov  'AXï)8£i'aç  12. 
Ces  inscriptions  sont  assez  fréquentes  parmi  les  graf- 

5  Kaihel,  Inscr.  grxc.  Sicil.,  n.  2420  '-6  ;  Zangraeister,  Corp.  inscr 
Int.,  t.  IV,  p.  164, 165  ;  Benndorf  et  Hirschfeld,  Archàol.-epigraph. 
Mittheil.  aus  Œsterreich,  in-8»,  Wien,  1881,  p.  124,  n.  16  ;  Henzen, 
Bull,  dell'  Istit.  di  correspond,  archeol.  di  Borna, m-8',Roma,  1862. 
p.  29;  De  Rosti,  Bull,  di  arch.  crist.,  1880,  pi.  vu.  —  6  Henzen, 
Bull,  dell'  Istit.,  1862,  p.  29.  —  '  De  Rossi,  Bull,  di  arch.  crist., 
1881,  p.  131.  —  8  Stevenson,  Nelle  notizie  di  scavi  del  Fiorelli, 
août  1880,  p.  276.  —  9  De  Rossi,  loc.  cit.,  p.  132.  —  '»R.  Gar- 
rucci, dans  le  Bull,  dell'  Ist.,  1861,  p.  38.  —  "De  Rossi,  loc.  cit., 
p.  132.  —  '=  Irénée,  Contr.  hseres.,  i,  14,  3,  P.  L.,  t.  vu,  col.  601, 


55 


ABÉCÉDAIRE 


56 


frtes  '.  Nous  en  trouvons  d'autres  exemples  en  numisma- 
tique. Sur  un  denier  de  L.  Cassius  Cœcinianus  2  on  lit 
ces  sigles 

AX,  BV,  CT,  DS,  ER.  FQ,  GP-  HO,  IN,  KM  3. 

Cavedoni  4  avait  conjecturé  une  explication  que  les 
textes  de  saint  Jérôme  ont  démontrée  juste.  Sicul  apud 
nos.  dit  saint  Jérôme,  Grsecum  alphabelum  usque  ad 
novissimam  litteram  per  ordinem  legitur,  hoc  est  Al- 
pha, Bêla  et  cetera  usque  ad  Q,  :  rursumque  propter 
mernoriam  parvulorum  solemus  lectionis  ordinem 
vertere  et  primis  exlrema  miscere,  ut  dicamus  Alpha 
Û,  Beta,  Psi  :  sic  et  apud  Hebrœos,  etc.  5.  Et  dans  une 
lettre  à  Léta  à  qui  il  donne  des  conseils  pour  l'éducation 
de  sa  petite  fille  :  non  solum  ordinem  leneat  littera- 
rum,  ut  memoria  nominum  in  canticum  transeat,  sed 
ipse  inter  se  ordo  crebre  lurbetur,  et  mediis  ultima, 
primis  média  misceantur ' G .  M.  De  Rossi  a  conclu  que 
l'auteur  du  graffite  du  cimetière  Saint-Alexandre  était 
sans  doute  un  enfant  qui,  ne  voulant  pas  s'éloigner  sans 
laisser  lui  aussi  son  proscynème  sur  la  muraille,  y  a 
écrit  tout  ce  qu'il  savait,  Yabc,  suivant  les  deux  modes 
qu'il  avait  appris  :  per  ordinem  et  ordine  verso  primis 
extremas  litteras  jungens.  Il  est  à  remarquer  que  dans 
le  second  groupe  on  lit  la  lettre  Z,  tandis  que  dans  le 
premier  groupe  c'est  encore  la  combinaison  de  Stabics 
qui  est  en  vigueur,  c'est-à-dire  l'antique  alphabet  de 
vingt  et  une  lettres  allant  de  A  à  X.  Ce  petit  détail  a  son 
intérêt  pour  l'histoire  de  la  pédagogie,  il  nous  montre 
qu'en  quatre  ou  cinq  siècles  les  modèles  dans  les  écoles 
n'avaient  pas  été  modifiés  et  ce  n'étaient  pas  seulement 
les  rudiments  qui  restaient  dans  cette  stagnation.  Vers 
le  Ve  siècle  on  constatait  dans  les  programmes  un 
retard  de  cinq  ou  six  cents  ans.  Ennodius  de  Pavie, 
évëque  et  grammairien,  tenait  l'art  de  la  parole  pour  le 
premier  de  tous.  Ses  clercs  devaient  avoir  fait  leurs 
classes  sans  en  rien  omettre.  Toute  la  friperie  littéraire, 
dont  Tacite  et  Pétrone  se  plaignaient  de  leur  temps, 
était  encore  à  la  mode.  Cette  persistance  des  coutumes 
les  plus  insignifiantes  doit  être  quelquefois  rappelée, 
ne  fût-ce  que  pour  tempérer  un  peu  la  tendance  de 
quelques-uns  à  pourvoir  la  doctrine  de  l'évolution  d'une 
chronologie  souvent  trop  rapide. 

Du  vase  marqué  ABC.  —  On  ne  saurait  omettre  le 
rapprochement  entre  la  croix  accostée  de  ABC  et  la  crux 
decussata,  le  long  des  branches  de  laquelle  l'évêque  con- 
sécrateur  d'une  église  trace  les  lettres  de  l'abécédaire.  Un 
fait  très  différent  et  qui  semble  fournir  le  trait  d'union 
nécessaire  est  la  persistance  dans  la  langue  populaire  en 
Italie  de  la  locution  santa  croce,  croce  sanla  pour  dési- 
gner par  antonomase  la  table  abécédaire1.  Une  explica- 
tion se  présente  naturellement  des  sigles  du  vase  bap- 
tismal de  Carthage.  Les  pisciculi  représentent  les 
baptisés  que  l'on  désignait  du  nom  de  infantes  et  aux- 
quels on  apprenait  pendant  la  semaine  inalbis  le  rudi- 
ment de  la  vie  spirituelle.  L'abécédaire  symbolise  cet 
enseignement  rudimenlnire  qui  allait  leur  être  donné. 
Peut-être  faut-il  rapprocher  encore  un  usage,  tardif  as- 
surément, mais  qui  parait  inspiré  par  la  même  pensée. 
A  Milan,  au  XIe  siècle,  on  commençait  l'instruction  des 
catéchumènes  par  l'explicntion  du  monogramme  accosté 


•Cf.  l'Essai  de  classement,  n.  27-30,  32-35.  —  «a.  J.  Gruter, 
p.  864,  n.  11  ;  J.  Eckhel,  Doctr.  num.vet.,  t.  v,  p.  166.  —  3Momm- 
sen,  Geschichte  des  Rom.  Munzwcsens,  p.  561,  trad.  de  Blacas, 
Histoire  de  la  monnaie  romaine,  in-8%  Paris,  18(i5--18?3,  t.  n, 
p.  387,  n.  103.  Voy.  Friedlânder,  Oskieche  Mùnzen,  p.  87  ;  Riccio, 
Cat.,  p.  63  ;  prem.  suppl.,  p.  6  ;  J.  Kvklicl,  Doctrina  vetcrum  num- 
morum,  in-4°,  Vindiibonœ,  1702-1798,  t.  v,  p.  76;  C.  Cavedoni. 
Bipostigli  antichi,  p.  172,  cf.  De  Rossi,  Bull,  di  arch.  crist., 
18S1,  loc.  cit.  —  lC.  Cavedoni,  Bull.  delV  Ist.,  1893,  p.  17:.; 
1865,  p.  256.  —  SS.  Jérôme.  In  Jerem.,  xxv,  26,  P.  L.,  t.  xxiv. 
col.  838.  —  "S.  Jérôme.  Epist.,  xvn,  P.  L.,  t.  xxn,  col.  867. 
—  '  Verattl,  dans  les  Opuscoli  religiosi  letterari  c  morali,  in-S% 


des  lettres  AQ1,  Enfin  une  explication  très  nette  est 
donnée  au  ixe  siècle  par  Rémy  d  Auxerre,  lorsqu'il  ex- 
plique le  rite  de  l'inscription  de  l'alphabet  le  long  de 
la  Crux  decussata  :  Quid  auleni  per  alphabetum  nisi 
initia  et  rudimenla  doctrines  sacrœ  intelligi  conveniO? 
Le  rapprochement  de  l'abécédaire  et  de  la  croix  a  eu 
lieu  d'assez  bonne  heure  et  d'une  manière  un  peu  diffé- 
rente, mais  qui  cependant  doit  être  notée.  Une  serrure 
à  secret  du  IVe  siècle  nous  donne  cinq  abécédaires10; 
chacun  d'eux  est  précédé  d'une  palme.  Deux  matrices 
en  marbre  servant  à  faire  empreinte  sur  une  matière 
amollie  ont  été  trouvées  sur  l'antique  emplacement 
d'Erice  en  Sicile.  Ces  moules  portaient  l'abécédaire 
gravé  en  bordure  et  allant  de  A  à  Z.  Ces  abécédaires 
étaient  encadrés  chacun  par  deux  croix,  une  au  commen- 
cement et  une  à  la  fin  J1  (fig.  21). 

\7aD  :LAaoa^A*/ 


FIHC 


xxn 


AZDaZ'ïïgMJCtmno 


XX  * 

21.  _  Moules  d' abécédaires. 
D'après  le  Corpus  inscriptionum  latinarum,  t.  x,  n.  8001. 

Un  monument  plus  curieux  a  été  trouvé  à  Rome  en 
1877.  Sa  paléographie  le  fait  dater  du  vi«  ou  du  vir  siè- 
cle, mélange  de  capitales  et  de  cursives,  le  S  pour  le  Q 
et  le  x  pour  le  X.  Toutes  les  fois  que  l'O  latin  s'est  ren- 
contré il  a  été  remplacé  par  le  0  grec,  de  plus  l'alpha- 
bet est  de  vingt  et  une  lettres  et  s'arrête  à  X.  C'est  un 
nouvel  exemple  de  la  persistance  des  vieux  modèles  dans 
la  pédagogie  romaine.  Cette  pierre  contient  trois  lé- 
gendes distinctes  :  1°  un  abécédaire,  2»  deux  formules. 
Chaque  groupe  débute  par  une  croix  '-  (fig.  22). 

Il  semble  légitime  de  conclure  que  cette  pratique 
était  ordinaire  à  l'époque  et  dans  la  région  où  la  pierre 
fut  couverte  d'inscriptions;  or  on  sait  qu'à  Rome  cette 
coutume  apparaît  vers  la  fin  du  Ve  siècle.  C'est  à  la  même 
époque  qu'il  faut  probablement  rapporter  l'usage  de 
marquer  une  croix  en  tète  de  l'alphabet.  A  vrai  dire,  le 
vase  de  Carthage  offre  une  différence,  puisque  la  croix 
s'y  trouve  non  au  commencement  mais  entre  les  lettres 
de  l'abécédaire,  de  même  à  Bolsène.  Il  n'y  a  peut-être 
pas  eu  d'autre  raison  que  la  recherche  d'une  certaine 
svmétrie. 

Un  rite  de  la  liturgie  romaine  semble  olliir  mati. 
rapprochement  avec  les  usages  rapportés  ci-dessus.  La 
dédicace  des  églises  comporte  la  cérémonie  suivante  : 
l'évêque  écrit  sur  le  sol  en  se  servant  de  l'extrémité  de 
son  bâton  pastoral  deux  abécédaires,  un  grec  et  un  latin. 


Modena,  1882,  p.  56,  57.  —  8  J.  Allegranza,  Spicnazioni  e 
ri/lcssioni  sopra  alcuni  sacri  monumenti  antichi  di  Milano, 
in-'r,  Milano,  1757,   p.  18  sq.  —  ll  Remv  d'Aï]  ict.  de 

dedic.  ceci.,  dans  Martène,  Dé  antiq.  /.'  s,  1.  II.  13; 

Ord.  xi.  —  ,0  De  Rossi,  Bull,  di  arch.  crist..  1880,  pi.  VU.  — 
"  Mommsen,  Corp.  inscr.  lut.,  t.  x,  n.  S064  \5.  —  '«Fiorelli, 
Notizie  degli  scavi  di  antichità  commtinicate  alla  rcale  acca- 
demia  dei  lineei,  in-4%  Roma,  181  I  meiani,  Bullcttino 

archeologico  municipale,  m-i\  Roma,   1877,  p.  56:  De  1. 
Bull,  tlt  arch.  crist..  1881,  p.  137.  Cf.  Jordan  dans  Jahresbe- 
richt  ilcr  kl.  Alterthumsw.,  1878,  t.  xv,  p.  416.   Corp.  inscr. 
Int.,  t.  vi,  paru  4,  n.  29849 


57 


ABECEDAIRE 


58 


le  Ions  de  deux  lignes  tracées  avec  de  la  cendre  en 
forme  de  crux  decussata  (X).  Les  abécédaires  doivent 
avoir  leur  point  de  départ  du  côté  de  l'orient  et  se  diri- 
ger vers  l'occident. 

Le  sacramentaire  dit  léonien,  qui  n'est  à  vrai  dire 
qu'un  recueil  de  préfaces  et  d'oraisons  du  type  romain, 
ne  renferme  aucune  prière  ayant  rapport  à  cette  céré- 
monie. Le  sacramentaire  grégorien  porte  la  rubrique 
suivante  :  Deinde  incipiat  pontifex  de  sinislro  angulo 


22.  —  Pierre  trouvée  à  Rome  avec  abécédaire. 
D'après  le  Bull,  di  archeologia  cristiana,  1881,  p.  137. 

ab  Oriente  scribens  per  pavimentum  cum  cambutla 
sua,  A,  B,  C,  usque  in  dextrum  angulum  Occidenlis ; 
incipiens  ilerum  similiter  a  dextro  angulo  Orienlis, 
A,  B,  C,  scribit  usque  in  sinistrum  angulum  Occi- 
dentis  BasiUcx  '.  On  avait  alors  la  liberté  d'écrire 
seulement  ABC  ou  bien  l'abécédaire  entier,  en  latin  et 
en  grec,  ou  deux  lois  en  latin. 

Ce  rite  fut  à  un  moment  donné,  raconte  dom  Ménard, 
modifié  par  certains  évèques  qui  ajoutèrent  l'alphabet 
hébraïque  2  ce  dont  on  trouva  aussitôt  la  raison  mys- 
tique :  quia  ecclesiaslica  doclrina  Hebraïco,  Graeco  l.a- 
tinoque  sermone  utitur,  maxime  ideo  a  quibusdam 
episcopis  tria  hsec  alphabeta  conscribuntur  3.  Une  re- 
marque plus  importante  a  été  laite  à  propos  de  ce  rite 
qui  manque  dans  l'édition  du  sacramentaire  grégorien 
de  Pamélius,  dans  celle  de  Rocca  et  dans  un  des  plus 
anciens  manuscrits  que  Ménard  a  consulté  *.  Ce  n'est 
pas  ici  le  lieu  d'aborder  la  question  de  l'époque  à  laquelle 
le  rite  de  la  dédicace  a  été  inauguré,  à  quelle  époque  il 
a  reçu  ses  derniers  accroissements.  L'usage  dont  nous 
recherchons  les  origines  ne  parait  pas  se  rattacher  aux 
rites  de  la  prise  de  possession  des  temples  païens.  Les 
indications  fournies  par  les  textes  ne  permettent  pas 
d'établir  la  parité.  Varron  dît  :  locus  augurii  aut  aus- 
picii  causa  quibusdam  conceptis   verbis    finitis    et   il 

'  Gregorii  M.  Opéra,  P.  L.,  t.  lxxviii,  col.  53.  —  *  Martène, 
De  antiquis  Eccl.  ritib.,  1.  II,  c.  xm;  Catalani,  Pontificale  Ro- 
manum,  in-tol.,  Rome,  1739.  t.  Il,  p.  63.  —  3  Gregorii  M.  Opéra, 
P.  L.,  t.  lxxviii,  col.  414.  Cf.  Galluzzi,  /(  rito  di  consecrare  le 
chiese,  Roma,  1722;  Cecconi,  Il  sacro  rito,  etc.,  Roma,  1722; 
De  Ruoi,  Sulla  consecrazione  délie  chiese,  dans  la  Haccolta  di 
diss.  distoria  eccl.  de  Zaccaria,  t.  vm,  p.  51  sq.  —  'Pietro  Lazeri, 
Délia  consecrazione  del  Panteon  lutta  dal  Ronifacio  IV,  p.  27, 


raconte  comment  on  s'y  prenait  pour  limiter  le  terrain  : 
[auguri]  spectabant  conversi  a  septentrione  inaustrum, 
sinistra  ab  oriente,  dexlra  ab  occasu,  antica  ad  meri- 
diem  postica  ad  septenlrionem  5.  Fcstus  écrit  :  templa 
l'unit  ab  auguribus,  cum  loca  aliqua  tabulis  aut  linteis 
sepiuntur  cerlis  verbis  definita  6.  Et  Servius  :  loca 
sacra,  id  estab  auguribus  inaugurata,  efl'ata  dicuntur1. 
Or,  on  ne  trouve  rien  de  semblable  dans  le  rite  de  la 
dédicace,  ni  concepta  verba,  ni  locus  e/falus,  la  crux 
decussata  est  tracée  sur  le  sol  en  silence. 

Isidore  de  Séville  ayant  la  préoccupation  des  temples 
chrétiens  change  les  dispositions  indiquées  par  Varron; 
il  place  Yanlica  ad  orlum  et  la  postica  ad  occasion, 
puis  il  ajoute  :  unde  et  quando  templum  construebant, 
orientent  spectabant  sequinoclialem,  ita  ut  hneec  ab 
orlu  ad  occidentem  missse  fièrent  partes  ceeli  dexlra 
alque  sinistra  xqualcs  s .  Les  lignes  qu'Isidore  a  en  vue 
sont  le cardo  maximus  etle  decumanus  maximus  dont 
faisaient  usage  les  agrimensores,  ce  qui  forme  la  <-)-ii.c 
decussata^1.  C'étaient  des  choses  d'usage  vulgaire  et  dont 
faisaient  usage  non  seulement  les  augures,  mais  les  ar- 
penteurs pour  l'établissement  de  ce  que  nous  appellerions 
aujourd'hui  le  «  cadastre  10.  »  Les  arpenteurs  avaient 
coutume  de  repérer  leurs  mesures  avec  des  lettres 
auxquelles  ils  donnaient  entre  eux  une  valeur  particu- 
lière; ils  les  appelaient  casse  litterarum  u  et  y  compre- 
naient tout  l'alphabet  grec  et  tout  l'alphabet  latin.  Le 
X  (decussis)  était  la  lettre  la  plus  importante  de  leur 
système. 

Il  est  évident  que  la  crux  decussata,  accostée  des 
deux  abécédaires,  disposée  d'après  les  points  cardinaux, 
que  nous  avons  trouvée  dans  un  rite  liturgique  dérive 
d'une  pratique  identique,  en  usage  dans  la  corporation 
des  agrimensores  latins. 

Comme  il  arrive  trop  souvent  des  convenances  aper- 
çues après  coup  donnèrent  lieu  à  une  explication  mys- 
tique visiblement  superposée  au  fait  et  accommodée  à  ce 
qui  était  établi.  Nous  avons  vu  par  Rémi  d'Auxerre 
qu'au  IXe  siècle  le  sens  primitif  du  rite  était  oublié  : 
Quid  autem  per  alphabetum  nisi  initia  et  rudimenta 
doctrinœ  sacrai  intelligi  convenit  12?A  la  même  époque, 
un  pontifical  anglais  prescrit  au  chœur  de  chanter  une  an- 
tienne relative  à  la  pose  de  la  première  pierre  et  au  fonde- 
ment symbolique  qui  est  le  Christ  (X) 13.  Le  decussis  X 
devint  ainsi  signum  Chrisli  et  la  prise  de  possession 
simplement  conforme  à  la  vieille  coutume,  parut  une 
sorte  de  cérémonie  symbolique  longuement  préméditée. 
Peut-être  une  autre  étape  fut-elle  marquée  par  la  substi- 
tution, d'après  le  même  ordre  d'idées,  des  lettres  ini- 
tiales et  finales  A  00,  à  la  série  abécédaire,  en  raison  de 
la  signification  symbolique  que  l'auteur  de  l'Apocalypse 
donnait  à  ces  lettres.  Voy.  A  00,  col.  1.  Il  n'y  avait  plus 
qu'un  pas  à  faire  pour  remplacer  A  00  par  ABC,  aflaire 
d'ignorance,  ou  d'oppo6ition.  C'est  peut-être  l'explication 
des  sigles  du  vase  de  Carthage. 

IX.  Abecedaria  liturgiques.  —  On  trouve  au  Bréviaire 
mozarabe  une  composition  abécédaire  qui  appelle  un 
mot  d'explication.  C'est  à  l'office  des  morts  après  le  pre- 
mier répons  que  s'ouvre  une  s«rie  des  Abicidaria.  Voici  la 
trame  de  l'office  entier  : 

In  agenda  mortuorum. 

Antiphona.  Requiem  aeternam. 

Psalmus  I.  (To lus  cum  Gloria.) 

Antiphona.  Requiem  œte.rnam,  etc. 

Responsorium .  Surgam,  etc. 

28,  cf.  De  Bull,  di  arch.  crict.,  1881,  loc.  cit.  —  5  Varron,  De 
Ungua  latina,  vu,  2.  —  °  Festus,  éd.  Mûller,  p.  157.  —  'Ser- 
vius, Ad  Mneidem,  m,  p.  463.  —  8  Isidorus,  Origines,  xv,  4, 
7;  Etymologiarum,  I.  XV,  c.  IV,  n.  7,  P.  L.,  t.  lxxxh,  p.  544. 
—  8De  Rossi,  Roma  sotterranea ,  t.  m,  p.  704.  —  «>  De  Rossi,  Plante 
di  Roma,  in-fol.,  Roma,  p.  9,  12.  —  "  Gramatici  veteree,  éd. 
Lachmann,  t.  I,  p.  309  sq.  ;  t.  H,  p.  235,  p.  268,  409  sq.  —  '«  Rémi 
d'Auxerre,  loc.  cit.  —  "Catalani,  loc.  cit.,  p.  64. 


59 


ABECEDAIRE 


60 


Abicidaria.  Deus  miserere,  ueus  miserere  :  heu  me! 
[Reiteretur.  Deus  miserere.] 
P.  Miser,  infelix,  malum  quod  gessi,  non  intellexi  : 
heu  me! 
t  Ad  te  Domine  animam  levo  : 
lieu  me! 
Occulta  cordis  jam  reus  pando 
heu  me! 
P.  Miser,  infelix. 
f  0  vita  omnis  valde  amara! 
heu  me! 
In  qua  comisi  plurima  mala  : 
heu  me! 
P.  Miser  infelix. 
f  Oculi  mei,  fundite  quas  : 
heu  me! 
Forsitan  Deus  delet  peccata  : 
heu  me! 
P.  Miser,  infelix. 
Viennent  ensuite  deux  répétitions  de  tout  ceci,  mais 
avec  des  formules  nouvelles  et  les  psaumes  il  et  cxxvi. 
A  l'office  de  Matines  on  retrouve  les  mêmes  composi- 
tions intercalées  à  trois  reprises  entre  les  psaumes.  Les- 
ley  a  déjà  attiré  l'attention  sur  ces  psaumes  dont   la 
composition    semhle    inspirée  par  le  psaume  de  saint 
Augustin  adversus   Bonalistas.   Ce  sont  des  centons, 
tirés  de  tout   le  psautier,  avec  cette  préoccupation  de 
les  grouper  d'après   l'initium  du  verset  qui   est  inva- 
riable. On  ne  trouve  qu'à  vêpres  et  à  laudes  ces  cento- 
nisations,  car,  à  l'office  de  vigile  on  s'est  contenté  de 
trois   psaumes  empruntés  au  psautier  de  David  (i,  il, 
cxxvi).  Voici  le  système  adopté  : 

Ad  vesperas : 
Psalmus.  Eripe   animam    meam    ab    impio,  "frameam 
tuam  ab  inimicis  manus  tuœ. 
Eripe  me  de  manu  inimicorum  nostrorum' 

et  a  persequentibus  me. 
Eripe. 
Psalmus.  Usquequo    exaltabitur   inimicus  meus  super 
me*   respice   et  exaudi    me  Domine   Deus 
meus. 
Usquequo  Domine  oblivisceris. 
Usquequo. 
Psalmus.  Red[ime  me,  redimet,  redemisti,  redemptio- 

nem] 
Psalmus.  Numquid. 

Ad  matutinum. 
Psalmus  L  (Miserere  mei  Deusjcitm  Gloria. 
Psalmus.  Ad  te. 
Psalmus.  Miserere  mei. 
Psalmus.  Libéra. 
Psalmus.  Tu  Domine. 
Psalmus.  Tu. 
Psalmus.  Ad. 
Psalmus.  Domine. 
Psalmus.  Respice. 

Psalmus.  Laeta[bitur,    lanabimur,    laetamini,    l.Ttentur, 
laetetur.] 

Quelques-uns  de  ces  centons  paraissent  avoir  subi  des 
intercalations  assez  maladroites,  comme  le  verset  Illus- 
tra faciem  dans  le  psaume  :  Eripe.  Dans  deux  cas  l'er- 
reur est  le  fait  de  l'éditeur;  numquid  du  psaume  Ad  te 
appartient  au  verset  deuxième;  ecce  sicut  et  sicut  du 
psaume  Ad  appartiennent   au  premier  verset.   Il  faut 


1  Breviarium  gothicum,  P.  L.,  t.  lxxxvi,  col.  980-989.  — 
■Ibid..  col.  969-970.  —  3  Ms.  irlandais  du  XV  siècle,  p.  31. 
Voy.  W.  Stokes,  Three  middle-irish  homilies,  in-8-,  Calcutta, 
1877,  p.  102;  cf.  H.  Gaidoz,  Les  gâteaux  alphabétiques,  dans 
Mélanges  Rénier,  Bibliothèque  de  l'École  des  hautes  études, 
in-8\  Paris,  1887,  p.  1  sq.  —  *  «  Sur  l'étymologie  ù'elementa 


enfin  signaler  une  particularité  très  digne  de  remarque 
Le  premier  verset  du  psaume  Tu  Domine  offre  cette 
légère  variante  :  Quia  tu  Domine.  Le  Quia  s'explique 
ici  parce  qu'il  se  rattache  étroitement  à  l'antienne  du 
centon.  Voici  ce  fait  assez  rare  pour  être  relevé  : 

Antiphona  :  Sedentes  in  tenebris,  et  umbra  mortis  : 
vinctos  vinculis  tu  résolve  Domine. 

Quia  tu  Domine  suavis,  ac  mitis... 
Tu  Domine  Deus  miserator... 
Tu  Domino  adjuvisti  '. 

Il  faut  remarquer  que  ces  compositions  ne  justifient 
guère  dans  leur  rédaction  actuelle  leur  titre  d' Abeceda- 
ria.  Mais  on  ne  doit  pas  oublier  que  toutes  ces  pièces 
ont  été  tellement  remaniées  ou  abrégées,  qu'elles  ont 
à  peu  près  perdu  leur  caractère  primitif.  Pour  retrou- 
ver ce  caractère  on  peut  remonter  aux  manuscrits  litur- 
giques. Voici  les  trois  premières  invocations  du  rituel 
des  funérailles,  tirées  d'un  manuscrit  visigothique  du 
xic  siècle  (codex  56  de  l'Académie  de  l'Histoire,  Madrid) 
dont  nous  devons  la  communication  à  dom  Férotin  : 

Ad  te  clamantes  exaudi,  Christe,  o  Jhesu  boue!  tu  illi  parce. 
Bénigne  Deus,  aurem  appone  :rugitum  nostrum  plus  intende. 
Celitus  aime  rex  omnis  terre,  januam  vite  tu  illi  pande. 

et  ainsi  de  suite  sur  toutes  les  lettres  de  l'alphabet.  On 
en  trouvera  d'autres  exemples  dans  ce  manuscrit  qui 
sera  bientôt  édité  dans  notre  collection  des  M'onumenla 
Ecclesix  liturgica. 

Sous  cette  forme,  ces  prières  rappellent  les  Miserationes 
ou  les  preces  de  la  Liturgie  mozarabe-.  Voyez  Accla- 
mations, et  surtout  Litanies  et  Mozarabe  (Liturgie). 

X.  Curiosités.  —  On  lit  dans  une  ancienne  vie  de  saint 
Colomba  conservée  dans  le  Lebar  Brecc  3  le  récit  sui- 
vant :  «  Quand  vint  pour  lui  [Colomba]  le  temps  d'ap- 
prendre à  lire,  le  prêtre  alla  trouver  un  certain  devin 
qui  demeurait  dans  le  pays,  pour  lui  demander  quand 
il  serait  bon  que  l'enfant  commençât  à  apprendre.  Le 
devin  examina  le  ciel;  puis  il  dit  :  Écris  pour  lui  main- 
tenant son  alphabet.  On  l'écrivit  sur  un  gâteau.  Et  voici 
comment  Colomba  mangea  le  gâteau,  la  moitié  à  l'est 
de  l'eau,  et  l'autre  moitié  à  l'ouest  (c'est-à-dire  en 
Irlande).  » 

Il  n'y  a  aucune  apparence  que  cette  pratique  d'écrire 
l'abécédaire  sur  les  gâteaux  des  petits  infants,  qui 
constitue  une  classe  épigraphique  très  spéciale,  ait  été 
imaginée  par  les  Celtes,  gens  peu  inventifs,  dont  l'art 
fut  de  conserver  obstinément  les  coutumes  qu'on  leur 
avait  fait  une  fois  adopter. 

Peut-être  y  a-t-il  une  allusion  à  un  usage  identique 
dans  ces  vers  d'Horace,  Satir.,  1.  I,  i.  v.  25,  iti  : 

Ut  puais  olim  dant  crustula  blandi 
Doctores,  elcmenta1  velint  ut  discere  prima. 

L'ingénieux  érudit  à  qui  sont  empruntés  tes  éléments 
de  cette  note  fait  remarquer  que  les  Romains  em- 
ployaient des  lettres  d'ivoire  pour  apprendre  l'abécédaire 
aux  enfants.  Nous  avons  sur  ce  point  le  témoignag 
Quintilien  '  etde  saint  Jérôme  ''■  ;  une  pratique  semblable 
existait  au  moyen  âge  comme  le  montrent  les  méreaux 
de  plomb  retirés  de  la  Seine  à  Paris,  et  marqués  d'une 
lettre  en  relief".  «  Des  lettres  en  ivoire  ou  en  plomb 
peuvent  se  conserver,  mais  des  lettres  en  pâte  de  li- 
teau ne  servent  qu'une  fois  et  disparaissent.  Leur  sou- 
venir ne  se  garde  que  par  des  anecdotes.  De  l'anecdote 
de  Cruithnechan,  nous  sommes  forcés  de  descendre  au 
xviiic  siècle,  où  un  écrivain  anglais,  Olivier  Goldsmith 
nous  fournit  un  texte  des  plus  probants.  Goldsmith  était 

comme  provenant  du  groupe  de*  lettres  i.mn  (de  même  que  nous 
disons  un  abc),  voir  une  note  de  M.  Ilavet  dans  les  Mém.de  la  Soc. 
de  linguist.,  t.  v,  p.  45.  »  Note  de  H.  Gaidoz,  toc.  cit..  p.  6  — 
■■Quinù'Uien.  Inst.  or.,  1.  I,c.  1,826.  —  «S.  Jérôme,  Epist.,CVU,  4, 
/'  /...  t.  xx,  col.  871.  —  ;  Plomba  historiés  de  lu  Sambre,  dans  la 
Soc.  d'arcli.  aeNamur,  t.  xm,p.  iô'2,  cf.  G.  Bapst.  L'êtain,  p.  184. 


61 


ABÉCÉDAIRE    —   ABEL    DANS   LA   LITURGIE 


62 


né  en  Irlande,  mais  je  ne  prétends  pas  pour  cela  que  la 
pratique  qu'il  rapporte  dérive  du  Cruithnechan,  L'usage 
était  certainement  plus  général,  car  un  écrivain  écossais 
du  même  temps,  Smollett,  y  fait  également  allusion. 
«  Il  apporta  à  mes  enfants,  dit  M.  Primrose  (le  héros  de 
Goldsmith),  deux  sous  de  pain  d'épice  chacun;  ma 
femme  résolut  de  le  mettre  de  côté  pour  eux  et  de  leur 
donner  de  temps  en  temps  par  lettres  (c'est-à-dire  par 
morceaux)  L  »  Et  un  personnage  de  Smollett  dit  :  «  Je  lui 
apportai  un  ABC  en  pain  d'épice2.  »  En  Allemagne  à  la 
même  époque,  le  pédagogue  Basedow  faisait  apprendre 
l'alphabet  aux  enfants  en  leur  donnant,  pendant  un  mois 
et  l'une  après  l'autre,  les  lettres  de  l'alphahet  en  pâte 
de  gâteau3.  Basedow  n'avait  certainement  pas  inventé 
le  procédé;  il  l'avait  seulement  systématisé  4. 

C'est  encore  d'un  document  d'origine  anglaise  qu'il 
nous  reste  à  parler  en  finissant.  Un  poète  inconnu,  con- 
temporain des  derniers  temps  de  la  renaissance  caro- 
lingienne, nous  a  laissé  une  composition,  sous  forme 
d'une  série  de  tristiques,  dans  laquelle  il  expose  les  dif- 
férentes propriétés  des  lettres  5.  Ce  poème  nous  est  par- 
venu dans  plusieurs  manuscrits  du  Xe  siècle0.  Le  litre 
ne  nous  apprend  rien  sur  l'auteur,  sinon  sa  nationalité  ' . 
Seul,  le  ms.  de  Chartres  fait  suivre  le  poème  d'un  com- 
mentaire contemporain  sous  ce  titre  :  Incipit  exposi- 
lio  prescHpti  alfabeli,  ce  commentaire  s'arrête  à  la 
lettre  R.  Le  ms.  de  Paris  2773  se  dislingue  des  autres 
leçons  par  l'addition  de  vingt-cinq  vers  pour  les  deux 
lettres  Y  et  Z,  dérangeant  sur  ce  point  l'ordonnance  des 
tristiques.  Cette  pièce  a  été  éditée  par  Mùller  8  et 
H.  Omont.  Cette  dernière  édition  rend  superflue  la  con- 
sultation de  celle  qui  l'avait  précédée.  En  voici  [un  spé- 
cimen : 

vTRSUS  CV1VSDAM   SCOTI   DE  ALPHABETO 

i  Principium  vocis  velerum que  inventio  prima, 
Nomen  habens  Domini  sum  felix  voce  pelasga, 
Exsecrantis  ilem  dira  interjectio  dico. 
j  Principium  libri,  mulis  caput  alter  et  ordo, 
B  l   Terlia  felicis  vere  sum  syllaba  seniper, 

'  Si  me  grse.ce  legas  viridi  tum  nascor  in  horto. 


INCIPIT  EXPOSITIO  PRESCRIPTI   ALFABETI 


1)  Principium  vocis,  id  est  quia  infans  mox  ut  nasci- 
tur  prima  vocedicitA.  Veterumque  invsntio  prima,  hoc 
est  quia  A  littera  prima  litterarum  inventa  est,  et  ideo 
prima  scribitur  in  alphabeto.  —  2)  Nomen  habens  Do- 
mini s.  f.v.p.,  id  est  quia  apud  Pelasgos,  hoc  est  Grae- 
cos,  Alpha  appellatur  A,  et  in  apocalipsi  Johannis  Do- 
minus  dicit  :  Ego  sum  A  et  û.  —  3)  Exsecrantis  item 
d.  i.  d.  hoc  est  quia  interdum  A  interjectio  est  exsecran- 
tis, sicut  habens  in  propheta  :  Et  dixi  A, A, A,  domine 
Deus. 

Nous  aurons  l'occasion  de  revenir  à  diverses  reprises 
sur  quelques  indications  fournies  par  le  poème  ou  par- 
le commentaire.  H.  Leclercq. 

ABEL  ET  CAIN.  Les  sarcophages  qui  représentent 
Abel  et  son  frère  se  sont  bornés  à  un  seul  trait  de  leur  vie, 
l'oblation  des  prémices  au  Seigneur,  et  ils  se  sont  tenus 
très  près  du  texte  sacré  :  «  Il  advint  que  Caïn  offrit  au 

1  0.  Goldsmith,  Vicar  of  Wakefield,  c.  xn.  —  2  Smollett,  Hurn- 
pltrey  Clinker,  éd.  Tauchnitz,  p.  122.  —  3  Grassberger.  Er- 
ziehung  und  Unterricht  im  klassischen  Alterthume,  t.  n, 
p.  267.  —  *  H.  Gaidoz,  toc.  cit.,  p.  7,  8.  —  5  Voy.  H.  Omont, 
Poème  anonyme  sur  les  lettres  de  l'alphabet,  dans  la  Biblio- 
thèque de  l'École  des  chartes,  Paris,  1S81,  p.  429  sq.  --  6  Pa- 
ris, Biblioth.  nationale,  ms.  lat.  2773  et  5001  ;  Chartres,  n.55; 
Leyde,  ms.  Voss.,  q.  33.  —  7  Ms.  lat.  ôOOl,  fol.  23  :  «  Versus 


Seigneur  les  produits  de  la  terre.  Abel  choisit  parmi  les 
premiers-nés  et  les  plus  gras  de  ses  troupeaux.  Dieu 
regarda  l'offrande  d'Abel  et  il  ne  regarda  pas  celle  de 
Caïn9.  » 

Deux  sarcophages  d'Arles  reproduisent  cette  scène  10 
(fig.  23  et  24).  Si  l'on  s'en  rapporte  aux  monuments  les 
moins  mutilés,  Caïn  porte  une  gerbe  d'épis  et  quelque- 
fois des  fruits.  Abel  présente  un  agneau.  Le  reste  de  la 


23. 


Anel  et  Caïn.  Sacorphage  du  musée  d'Arles. 
D  après  une  photographie. 


composition  varie  sans  qu'il  soit  possible  de  dégager  un 
canon  symbolique.  Le  sacrifice  est  généralement  offertà 
Dieu  représenté  assis  soit  sur  un  rocher,  soit  sur  un  siège 
recouvert  d'un  voile,  les  pieds  reposent  sur  le  suppcda- 
neum.  Tantôt  on  voit  le  Christ  portant  un  volumen, 
tantôt  Adam  et  Eve,  tantôt  Adam  seul. 

Ces  indications  suffisent,  d'autant  que  les  monuments 
reproduits  dans  les  anciens  ouvrages  de  Bottari  et  ses 
•contemporains  laissent  souvent  à  désirer  pour  l'exacti- 
tude. Une  mosaïque  de  Bavenne,  déjà  signalée  par  Mar- 
tigny,  montre  Melchisédech  offrant  le  pain  et  le  vin,  et  de 
l'autre  côté  Abel  présentant  un  agneau  lI.  L'allusion  au 
sacrifice  eucharistique  n'est  pas   douteuse.    Voir  Abel 

DANS  LA  LITURGIE. 

ABEL  DANS  LA  LITURGIE.  Quoique  la  per- 
sonne d'Abel  ne  tienne  pas  dans  la  liturgie  et  dans  fart 
chrétien  primitif  une  place  aussi  importante  que  celle 
d'Abraham,  elle  mérite  cependant  d'être  étudiée  à  part. 

Le  chapitre  qui  contient  l'histoire  d'Abel  dans  la  Ge- 
nèse ne  paraît  pas  avoir  fait  partie  en  général  des  lec- 
tures du  samedi  saint  qui  ont  rendu  si  populaire  l'his- 
toire de  Noé  ou  celle  d'Abraham.  Naturellement  la  lec- 
ture du  livre  de  la  Genèse,  à  l'office  de  nuit  durant  la 
septuagésime  et  le  carême,  amène  le  chapitre  d'Abel, 
mais  cette  lecture  n'était  pas  encore  pour  lui  donner 
un  grand  relief,  au  point  de  vue  liturgique. 

Ce  qui  est  d'une  importance  beaucoup  plus  grande, 
c'est  la  mention  du  sacrifice  d'Abel,  à  côté  de  ceux  d'A- 

cujus  dam  Scothi  de  AB  »  ;  ms.  Leyde,  fol.  176  :  «  Incipiunt 
versics  cujusdam  Scotti  de  alfabeto.  »  Le  mss.  lat.  2773, 
fol.  108  v,  et  le  ms.  de  Chartres,  fol.  1,  n'ont  aucun  titre.  — 
8  L.  Millier,  dans  les  Rheinisehes  Muséum  fiir  Philologie, 
Frankfurt  a.  M.,  1865,  t.  xx,  p.  357-365,  640.  —  »  Gen.,  iv,  3  sq. 
—  ,0Le  Blant,  Étude  sur  les  sarcophages  d'Arles,  in-fol., 
Paris,  1878,  pi.  vi,  xxvi.  —  "  Ciampini,  Vetera  monimenta, 
in-fol.,  Romae,  1690,  t.  n,  pi.  xxi. 


63 


ABEL    DANS    LA   LITURGIE 


C4 


braham  et  de  Melchisédech,  dans  la  prière  du  canon 
romain  :  Supra  guœ  propitio  ac  sereno  vultu  respicere 
digneris  et  accepta  liabcre,  sicuti  accepta  habere  di- 
gnatus  es  mimera  pueri  tui  justi  Abel  et  sacrificium 
patriarchœ  noslri  Abrahse,  et  quod  tibi  obtulit  sum- 
nus  sacerdos  tuus  Melchisédech,  sanctum  sacrificium, 
imniaculatam  hostiam. 

L'auteur  du  Liber  ponlificalis  nous  dit  que  ces  der- 
nières paroles  :  sanctwm  sacrificium,  imniaculatam 
hostiam,  lurent  ajoutées  par  saint  Léon,  et  il  n'y  a  pas 
lieu  de  mettre  en  doute  son  assertion.  Quelques  litur- 
gistes  se  sont  demandé  si  la  pensée  de  l'auteur  du  Li- 
ber ponlificalis  n'était  pas  d'attribuer  à  saint  Léon 
toute  la  prière  Supra  quse  '.  Mais  cette  prière  dans  son 
ensemble  paraît  certainement  antérieure,  car  il  y  est 
fait  allusion  dans  un  écrivain  delà  fin  du  IVe  siècle,  an- 
térieur à  saint  Léon,  l'auteur  des  Quœstiones  Veteris  et 
Novi  Testamenti 2,  insérées  parmi  les  œuvres  de  saint 


gie  n'a  jamais  eu  l'importance  du  sacrifice  d'Abraham, 
voyez  Abraham  dans  la  littogie. 

Voici  maintenant  comment  se  partagent  les  liturgies 
au  sujet  du  sacrifice  d'Abel.  Dans  la  liturgie  ambro- 
sienne,  le  canon  du  jeudi  saint,  qui  est  peut-être  11 
lorme  la  plus  antique,  ne  mentionne  pas  les  sacrifices 
de  l'Ancien  Testament3.  Cependant  deux  autres  manu- 
scrits ambrosiens  s'expriment  comme  la  liturgie  ro- 
maine 6,  et  de  plus  le  Liber  de  sacramentis,  que  nous 
venons  de  citer  et  qui  touche  de  près  au  rite  milanais, 
mentionne  Abel  dans  la  formule  Post  pridie  "•.  Enfin  le 
très  ancien  manuscrit  donné  dans  YAuctarium  soles- 
mense,  contient,  dans  une  missa  cotidiana,  cette  orai- 
son super  oblata,  qui  est  caractéristique  :  Dcus,  qui 
legalium  differcntias  hostiarum  unius  sacrificii  per- 
feclione  sanxisli,  accipe  sacrificium  a  devotis  tibi 
famidis,  et  pari  benediclione  sicut  munera  Abel  santi- 
fica.  Ut  quod  optulerunt  ad  maiesialis  tuse  honorera 


mtoËamm^sumÊmmÈasmmÊÊir  '^ 


24.  —  Abel  et  Caïn.  Sarcophage  de  l'église  Saint-Trophime.  D'après  Le  Bknt,  Les  sarcophages  d'Arles,  pi.  xxvi. 


Augustin,  et  encore  dans  le  Liber  de  sacramentis  qui  est 
quelque  peu  antérieur.  C'est  aussi  l'avis  du  cardinal 
Bona  et  de  Thomasi  3.  Nous  pouvons  donc  dater  cette 
mention  au  canon  romain  au  moins  du  milieu  du 
IVe  siècle.  Par  cette  allusion,  le  sacrifice  d'Abel  nous  est 
donc  donné  comme  une  figure  et  une  préparation  du 
sacrifice  du  Christ. 

Procope  de  Gaza,  P.  L.,  t.  lxxxvii,  col.  689  sq. 
(Lévilique,  c.  vin,  28),  fait  aussi  allusion  à  cette  prière 
en  ces  termes  :  Pater  pacatus  per  mortem  Filii,  eum, 
ceu  gralissimum  accipiebat  odorem,  siquidem  bcnigno 
vultu  qucmadnwdum  sacrificium  Abelis,  aspexit  sacri- 
ficium Filii*-.  Cette  mention  nous  rappelle  qu'il  est  à 
deux  reprises  question  d'Abel  dans  l'épitre  aux  Hébreux, 
Xi,  4,  et  xn,  24,  la  première  fois  pour  rappeler  son 
sacrifice,  la  seconde  pour  rapprocher  sa  mort  de  celle 
de  Notre-Seigneur.  Mais  toutefois  ces  deux  allusions  sont 
très  discrètes,  si  on  les  compare  à  l'importance  donnée 
dans  la  même  épitre  aux  sacrifices  d'Abraham  et  de 
Melchisédech  et  à  leur  valeur  figurative.  C'est  peut-être 
■ce  qui  expliquerait  que  le  sacrifice  d'Abel  dans  la  litur- 


'  Pamelius,  Liturgica  latinorum,  Colonise,  1571, 1. 1,  p.  572.  — 
«Dans  la  109-  question.  P.  L.,  t.  xxxv,  col.  2324  sq.  —  3Bona, 
Rerum  liturgicorum,3,Xl,  c.  xm,  n.  3;  Thomasi-Vezzosi,  Opéra 
omnia,  t.  VI,  p.  175.  n.  1.  —  *Bona,  Rerum  liturgicarum, 
éd.  Sala,  1.  II,  c.  XIII,  §  3,  in-fol.,  Turin,  1753,  t.  m,  p.  293.  — 
5  Paléographie  musicale,  Solesmes,  1896,  t.  v,  p.  66.  —  e  Auc- 


cunctis  proficiat  ad  salutem.  Per  Dom.  nost  ,  etc.  8. 
Cette  même  oraison  se  retrouvera  au  Gélasien  dans  la 
série  des  oraisons  pour  les  dimanches  (3a  missa)  e  et  dans 
l'ancien  Grégorien,  au  VIIIe  dimanche  après  la  Pentecôte, 
également  dans  l'oraison  Super  oblata  10.  Aujourd'hui, 
par  suite  de  certains  déplacements  dans  la  série  des 
oraisons  et  des  lectures  de  ces  dimanches,  dont  nous 
n'avons  pas  pour  le  moment  à  étudier  la  cause,  elle  est 
devenue  la  secrète  du  VIIe  dimanche11. 

Signalons  aussi  dans  la  liturgie  ambrosienne  une  pré- 
face, actuellement  à  la  fête  de  saint  Sylvestre  (31  dé- 
cembre) et  à  celle  de  la  Christophoria  (7  janvier),  où 
se  lit  la  mention  des  sacrifices  d'Abel,  d'Abraham  et  de 
Melchizédech  :  JEterne  Dcus,  Majestati  tux  hostiam 
immolantes  ;  eu  jus  figurant  Abel  juslus  instituit,  agnus 
quoque  legalis  ostendit,  celcbravit  AbraJiam,  Melchisé- 
dech sacerdos  exhibuit;  agnus  vero  immacidatus.  et 
xternus  Pontifex,  natus  hodie  Christus  implevit.  Et 
ideo  12...  Ce  qui  est  plus  curieux  et  nous  donne  une  date 
antérieure,  c'est  que  cette  préface  se  retrouve  au  Géla- 
sien, exactement  dans  les  mêmes  termes13. 


tarium  solesmense,  Solesmes,  1900,  t.  i,  p.  94.  —  '  iv,  6,  P.  L., 
t.  xvi,  col.  464.  —  »  Auctarium  solesmense,  t.  I,  p.  96.  —  •  Mu- 
ratori.  Liturgia  romana  vêtus,  1. 1,  p.  688.  —  ">/6id.,  t.  n,  p.  168. 
—  <•  Au  missel  de  Li'olric.  olle  est  au  IX'  dimanche,  The  Leofric 
tnissal,  <  IMord,  1883,  p.  118.  —  ■•  Missalc  ambrosianum,  in-fol.. 
Milan,  1712,  p.  33  et  p.  46.  —  "Thomasi-Vezzosi,  Opéra,  t.  vi,p.  6. 


65 


ABEL    DANS    LA   LITURGIE    —   ABERCIUS 


66 


Dans  la  liturgie  mozarabe,  les  formules  Post  pridie, 
qui  répondent  généralement  à  l'anamnèse  et  à  l'épiclèse 
romaine,  portent  plusieurs  fois  la  mention  des  sacrifices 
de  l'Ancien  Testament.  Le  souvenir  d'Abel  se  lit  entre 
autres  à  la  feria  II post  Pascha  ' .  Quant  aux  manuscrits 
gallicans,  dans  lesquels,  comme  dans  le  mozarabe, 
le  Post  pridie  varie  chaque  jour,  le  missale  gothicum 
n'a  pas  une  seule  fois  la  mention  d'Abel,  le  missale 
Francorum  la  porte  une  fois  dans  le  Super  oblata  de  la 
troisième  niissa  cotidiana  -,  le  missale  gallicanum  vê- 
tus ne  l'a  pas  une  fois;  cependant  il  faut  remarquer  que, 
dans  une  Collectio  post  nomina,  nous  trouvons  cette 
allusion  très  claire,  quoique  le  texte  soit  mutilé  :  ...sicut 
munus  Abel  justi  sui...  benedicat 3.  Le  Bobbiense  y 
fait  allusion  dans  la  contestatio  d'une  messe  votive  *, 
dans  la  contestatio  de  la  missa  dominicalis 5,  enfin 
dans  une  benedictio  ad  omnia*.  Le  Gélasien  contient 
aussi  la  mention  d'Abel  au  canon  7. 

L'absence  de  la  mention  d'Abel  dans  l'un  ou  l'autre 
des  manuscrits  gallicans  que  nous  venons  de  citer  n'est 
jas  très  significative,  étant  donné  l'état  fragmentaire  de 
ces  manuscrits.  Ce  qui  a  une  tout  autre  valeur,  c'est  le 
texte  du  second  concile  de  Mâcon  :  ut  omnibus  domi- 
nicis  diebus,  altaris  oblalio  ab  omnibus  viris  et  mulie- 
ribus  offeratur,  tam  panis  quam  vini,  ut  per  has  im- 
molationes  et  peccatorum  suorum  fascibus  careant,  et 
cum  Abel  vel  ceteri  juste  offerentibus  promereantur 
esse  consortes  8.  Ce  texte,  dont  l'importance  n'échappera 
pas  aux  liturgistes  pour  l'histoire  du  canon  romain, 
prouve  d'une  façon  décisive  qu'au  VIe  siècle,  en  Gaule, 
l'offrande  du  pain  et  du  vin  par  les  fidèles  est  considérée 
comme  un  souvenir  du  sacrifice  d'Abel  aussi  bien  que 
dans  la  liturgie  romaine,  et  que  le  canon  employé  chaque 
dimanche  porte,  comme  le  canon  romain  actuel,  l'al- 
lusion aux  sacrifices  des  justes  de  l'Ancien  Testament. 

Ainsi  donc  on  peut  dire  que,  d'une  façon  générale, 
les  liturgies  gallicanes,  et  à  leur  tête  Le  canon  romain, 
suivent  une  ligne  parallèle  :  le  pontife  demande  à  Dieu 
le  Père  qu'il  daigne  regarder  le  sacrifice  d'un  œil  pro- 
pice, qu'il  l'agrée  comme  il  daigna  agréer  les  sacrifices 
de  l'ancienne  alliance,  celui  d'Abel,  celui  d'Abraham, 
celui  de  Melchisédech. 

Or  les  liturgies  orientales,  suivent  une  marche  toute 
différente.  Tandis  que  l'Occident  insiste  tout  particu- 
lièrement sur  l'idée  du  sacrifice,  la  confirmatio  sacri- 
fiai, l'Orient,  comme  on  l'a  remarqué  très  ingénieuse- 
ment, ne  mentionne  jamais  dans  ses  épiclèses  les  sa- 
crifices de  l'Ancien  Testament,  préoccupé  presque  uni- 
quement qu'il  paraît  être  de  porter  la  pensée  des  fidèles 
sur  l'idée  du  sacrement  et  de  la  communion9.  Ainsi  ni 
les  Alexandrins  (Sérapion,  saint  Marc,  etc.),  ni  les  By- 
zantins (liturgies  grecques  anciennes  ou  en  usage  ac- 
tuellement), ni  les  Syriens  (sauf  peut-être  la  seule  excep- 
tion des  maronites  que  nous  signalerons  tout  à  l'heure) 
ne  font  allusion  dans  leurs  épiclèses  au  sacrifice  d'Abel, 
ni  à  ceux  d'Abraham  et  de  Melchisédech.  Ceci,  comme 
l'a  fait  remarquer  dom  Cagin,  dans  le  passage  que  nous 
avons  cité,  a  une  importance  capitale,  parce  que  c'est 
une  preuve  que,  si  l'on  veut  classer  ces  liturgies,  il  fau- 
dra mettre  d'un  côté  la  liturgie  romaine  avec  les  litur- 
gies occidentales  ou  latines,  et  de  l'autre  les  liturgies 


<  P.  L.,  t.  lxxxv,  col.  491.  Cf.  Paléographie  musicale,  t.  v, 
p.  88-91,  où  l'on  étudie  un  certain  nombre  de  ces  Post  pridie.  — 
'P.  L.,  t.  lxxii,  col.  337.  —  3  Thomasi-Vezzosi,  loc.  cit.,  t.  VI, 
p.  415.  —  *P.  L.,  t.  lxxii,  col.  542.  —  '■Ibid.,  col.  549.  —  *  Ibid., 
col.  571.  —  'Muratori,  loc.  cit.,  t.  i,  p.  696.  —  «En  l'an  585. 
Cf.  Labbe,  Concilia,  can.  4,  Venetiis,  t.  VI,  p.  674,  Cette  of- 
frande avait  lieu  après  la  préface.  Thomasi-Vezzosi,  loc.  cit.,  p.  lv. 
—  "Paléographie  musicale,  Solesmes,  1896,  t.  v,  p.  88-89.  —  i0  F. 
E.  Brightman,  Liturgies  eastern  and  western,  in-4%  Oxford,  1896, 
p.  41.  —  "  Ibid.,  p.  320,  401.  —  ,!  Ibid.,  p.  199,  420.  —  "Ibid., 
p.  17.  —  d*  Paléographie  musicale,  t.  v,  p.  89.  —  l5Bona,  loc. 
cit.,  1.  II,  c.  xiu,  §  3,  t.  m,  p.  291.  —  16  The  antiphonary  of 

DICT.    D'ARC!!.    CHRÉT. 


grecques  et  orientales.  C'est  une  des  différences  les 
plus  frappantes  entre  l'euchologie  occidentale  du  canon 
et  l'euchologie  orientale. 

En  dehors  de  l'épiclèse,  on  rencontre  parfois  dans  ces 
liturgies  la  mention  d'Abel.  L'ancienne  liturgie  de  saint 
Jacques  en  parle  dans  la  prière  du  Chérubicon  ou 
grande  entrée  10.  Saint  Basile  la  lui  a  empruntée,  et  la 
liturgie  actuelle  qui  pouîe  son  nom,  l'a  conservée  ".  Les 
Abyssins  et  les  arméniens  rappellent  le  sacrifice  d'Abel 
à  la  cérémonie  de  la  préparation  des  oblats  à  la  pro- 
thèse 12.  Enfin  une  seule  fois  il  est  mentionné  dans  l'ana- 
phore,mais  avant  le  Trisagion,  dans  la  liturgie  des  con- 
stitutions apostoliques  13. 

Nous  avons  parlé  d'une  exception  dans  la  liturgie 
maronite  :  voici  ce  texte  tel  qu'il  est  cité  par  Bona,  et 
d'autant  plus  curieux  que  l'allusion  à  Hélie  pourrait  être 
rapprochée  de  textes  mozarabes14  :  Deus  qui  acceptasti 
sacrificium  Abel  in  planitie,  et  Noe  in  Arca,  et  Abra- 
hœ  in  summitate  montis,  et  Davidis  in  area  Doson 
Jebussei,  et  Heliee  in  monte  Carmelo,  et  quadrantes 
viduse  in  gazophilacio,  tu  Dhe  Deus  accipe  oblationes 
istas,  quse  offeruntur  tibi  per  manus  meas  nefarias  et 
peccatrices,  et  fac  in  eis  Dhe  Deus  memoriam  bonam 
vivis  et  defunctis,  pro  quibus  offeruntur,  et  benedic 
habitationes  offerentium  eas.  Amen16. 

Il  faut  signaler  enfin  la  présence  du  nom  d'Abel,  à 
côté  de  quelques-uns  des  principaux  patriarches,  dans 
certaines  litanies  d'époque  relativement  récente,  mais 
ce  n'est  pas  là  en  liturgie  un  fait  bien  significatif.  Car 
les  litanies  ont  été  de  bonne  heure  hospitalières,  et  se 
sont  ouvertes  à  tous  les  noms  de  saints,  du  Nouveau  ou 
de  l'Ancien  Testament,  à  l'expression  de  toutes  les  dé- 
votions publiques  ou  privées.  Ce  qui  est  plus  curieux, 
c'est  son  absence  dans  nombre  de  cas,  à  propos  de  rites 
plus  anciens  et  plus  importants,  où  le  patriarche  Abra- 
ham intervient.  Voyez  Abraham  dans  la  liturgie.  Nous 
citerons  parmi  ces  litanies  l'une  des  plus  anciennes  : 
Abel  justus  et  Noe  Abraham  atque  isac  iacob  cum 
ioseph  sacerdos  Melchisédech  intercédant  pro  me.  Ces 
precationes,  dont  le  début  est  :  Te  deprecor,  pater  sancte, 
sont  données  d'après  un  très  ancien  manuscrit  par 
Warren  16.  Dans  la  liturgie  romaine,  les  litanies  de  la 
commendatio  animée,  qui  sont  anciennes  par  leurs  ori- 
gines, contiennent,  parmi  les  patriarches  de  l'Ancien 
Testament,  les  deux  seules  invocations  :  Sancte  Abel, 
sancte  Abraham,  omnis  chorus  justorum. 

F.  Cabrol. 

ABERCIUS.  —  I.  Les  actes.  IL  La  vie.  III.  L'épi- 
taphe.  IV.  Interprétation.  V.  Explication.  VI.  Le  sym- 
bolisme. VIL  Bibliographie. 

I.  Les  actes.  —  L'histoire  de  ce  personnage  est 
contenue  dans  deux  écrits  de  valeur  inégale  :  une  vie 
que  l'on  trouve  dans  tous  les  passionnaires  grecs  au 
22  octobre  et  une  épitaphe  retrouvée  depuis  l'année  1883. 

IL  La  vie.  —  Cette  pièce  existe  dans  le  texte  grec 
original,  elle  fut  donnée  au  public  par  Lipomannus  et 
par  Surius  17  dans  une  traduction  latine.  Baronius  18  la 
signale  en  marquant  quelque  défiance  à  son  égard.  Til- 
lemont1^  la  traite  sévèrement  tout  en  la  qualifiant  de 
célèbre.  Peut-être  l'étude  directe  du  texte  grec,  qu'il 
n'a  pas  connu  20,  lui  eût-elle  inspiré  des  observations 


Bangor,  éd.  Warren,  in-4%  Londres,  1893,  t.  Il,  p.  91.  —  •'  Surius, 
Vit.  SS.,  au  22  octobre,  p.  334-340.  —  ,s  Baronius,  Martyro- 
log.  roman.,  au  22  octobre;  Annales,  ann.  163,  1588,  t.  III, 
p.  10-15.  —  ,9Tillemont,  Mémoires  pour  servir  à  l'hist.  ecclés., 
16  in-4%  Paris,  1694  et  1701,  t.  H,  p.  299-300,  621-623;  12  in-fol., 
Bruxelles,  1732,  t.  Il,  p.  137,  298-299.  —  2°  Cave,  Hist.  litt.  scrip- 
tor.  eccl.,  1741,  t.  I,  p.  66,  fut  dans  le  même  cas;  au  contraire 
P.  Halloix,  Illustrium  ecclesix  orientalis  scriptorum  vitse  et 
documenta,  in-fol.,  Duaci,  1636,  t.  n,  p.  137  sq.,  avait  eu  le  texte 
grec  entre  les  mains  ;  de  même  L.  Allatius,  Diatriba  de  Symeo- 
num  scriptis,  1664,  p.  124,  130,  et  Agapius  de  Crète,  IlaçàStuoç, 
1683,  p.  147-162. 


r.  -a 


67 


ABERCIUS 


68 


plus  profitables.  Boissonnade  ',  mis  en  éveil  par  l'épi- 
thète  que  Tillemont  appliquait  à  cette  vie,  publia  le  texte 
gre  son  édition,  établie  d'après  un  seul  manuscrit,  le 
110  du  fonds  Coislin,  est  peu  satisfaisante.  Le  bollan- 
diste  Bossue  donna  le  texte  du  codex  parisinus  14842. 

Il  y  aurait  eu  à  collationner  pour  ces  éditions  un  certain 
nombre  de  leçons  contenues  dans  les  manuscrits  sui- 
vants : 

Codd.  Parisini  (Bibl.  Nationale,  fonds  Coislin), 
xe-xie  siècles  :  cod.  1480,  f.  171  verso;  —  xie  siècle  : 
cod.  1484,  cod.  1494,  cod.  1495,  cod.  1501  ;  —  xn9  siècle  : 
cod.  1503,  f.  140  recto;  cod.  1543,  f.  172  recto;  — 
xme  siècle  :  cod.  1540,  f.  129  verso;  —  xive  siècle  : 
cod.  110,  f.  105. 

Codd.  Vaticani  grsec,  XIe  et  XIIe  siècles  :  cod.  798, 
f.  202;  cod.  799,  f.  172;  cod.  801,  f.  136;  cod.  802,  f.  129. 

La  valeur  historique  de  cette  vie  a  été  réhabilitée, 
pour  une  de  ses  parties  au  moins,  de  telle  façon  que 
l'on  ne  peut  la  traiter  avec  le  dédain  dont  elle  parais- 
sait digne  jusqu'en  ces  dernières  années.  Cette  pièce 
raconte  avec  une  visible  complaisance  que  l'évêque  Aber 
cius,  après  avoir  converti  par  ses  prédications  et  ses 
miracles  la  ville  de  Hiérapolis  en  Phrygie,  fut  mandé  à 
Rome  par  Marc-Aurèle  qui  lui  demanda  de  délivrer  sa 
fille  Lucille  du  démon  qui  la  possédait.  Abercius  fit 
l'exorcisme,  puis  il  imposa  au  démon  de  transporter 
près  de  Hiérapolis  un  énorme  autel  de  pierre  qui  ornait 
l'hippodrome  de  Rome.  A  son  retour,  il  passa  par  la 
Syrie  et  la  Mésopotamie,  où  il  reçut  le  titre  de  IrjanoG- 
toXo;.  Il  mourut  peu  après  être  rentré  dans  sa  ville 
épiscopale  où,  par  son  ordre,  l'autel  miraculeusemen- 
apporté  de  Rome  lui  servit  de  stèle  funéraire.  On  y  lisait 
une  inscription  que  l'évêque  avait  composée.  Cette  int 
scription,  transcrite  par  le  rédacteur  de  la  Vie,  fut  tenue 
dans  le  même  discrédit  que  le  reste  du  document  dans 
lequel  on  l'avait  insérée.  On  a  signalé  dans  la  vie  d'Aber- 
cius  des  traits  communs  avec  la  Passion  de  saint  Cy- 
riaque  qui  fait  partie  des  actes  de  saint  Marcel3;  en 
outre,  on  a  tenté  de  rattacher  le  voyage  à  Rome  à  une 
tradition  du  Talmud  de  Babylone  A. 

La  Vie  d'Abercius  présente  quelques  garanties  qui 
doivent  être  notées.  L'auteur  a  rédigé  son  récit  sur  les 
lieux,  en  présence  du  monument,  encore  intact,  d'Aber- 
cius. Il  suit  de  là  que  les  indications  topographiques 
qu'il  nous  donne  ont  une  valeur  réelle,  les  traditions 
locales  qu'il  recueille  méritent  attention.  Mais  la  date 
de  la  rédaction  du  document  affaiblit  un  peu  la  valeur 
de  ces  légendes.  M.  Ramsay  avait  jugé  tout  d'abord  que 
la  Vie  avait  été  rédigée  dans  sa  forme  actuelle  entre  les 
années  363  et  385  ■>.  Ma'  Duchesne  abaisse  avec  vraisem- 
blance la  date  du  récit  jusqu'au  VIe  siècle.  M.  Ramsay 
a  abandonné  sa  première  opinion  pour  faire  descendre 
ce  document  à  une  date  postérieure.  Lightfoot  propose 
d'attribuer  cet  ouvrage  à  l'un  des  écrivains  du  groupe 
d'où  sortit  la  Vie  de  Polycarpe  (deuxième  moitié  du 
IVe  siècle)  6. 

La    Vie  tout  entière  pourrait  bien  s'être  inspirée  de 

'  Boissonnade,  Anecdota  grseca,  Paris,  1833,  t.  v,  p.  462-488. 
—  •  Acta  SS.,  au  22  octobre;  1858,  oct.,  t.  ix,  p.  484  sq.; 
p.  515  sq.,  de  la  réédition  do  1809.  Texte  reproduit  par  P.  (>'., 
t.  cxv,  col.  1211  sq. —  3  L.  M.  Hartmann,  Abercius  und  Cy- 
riacus,  dans  Serta  harteliana,  1896,  p.  142, 144.  —  *  Meila,  17  b. 
Voy.  Conybeare  dans  The  Academy,  juin  6,  lN!Hi,  p,  468,  n.  70. 
Cf.  Anal,  boll.,  t.  XVI,  1897,  p.  76,  et  une  version  arménienne 
de  la  Vie  d'Abercius,  publiée  par  Conybeare  dans  le  Classical 
lUview,  1895.  —  "Ramsay,  The  taie  of  saint  Abercius,  p.  6 
(tirage  à  part).  —  °  Duchesne,  dans  la  Rev.  des  quest.  hist.,  juil- 
let 1883,  p.  20-21,  et  Ramsay,  dans  le  Journ.  of  lieUcuic  stu- 
dies,  1883,  p.  245  sq.  ;  Lightfoot,  Apost.  Fathers,  part.  II,  t.  I, 
p.  483.  —  '  Analecta  bollandiana,  1897,  t.  XVI,  p.  76.  —  "Ram- 
say, dans  le  Journal  of  hellenic  studies,  1883,  p.  424  sq.  — 
11  Pitra,  Analecta  sacra  Spicilegio  solesmensi  parafa,  in-8", 
Typis  tusculanis,  1884,  t.  H,  p.  180  sq.  —  l0Loc.  cit.,  p.  485.  — 
"  Baronius,  Martyrol.  rom.,  oct.  22.  —  "Annales,  année  163, 


l'épitaphe  exclusivement,  car  tous  les  épisodes  qu'elle 
contient  appartiennent  à  un  fonds  commun  de  lé- 
gendes hagiographiques;  il  est  possible  qu'il  y  ait  là  un 
élément  de  détermination  chronologique7.  On  croit 
même  saisir  quelque  chose  de  cette  amplification  dans 
le  rapprochement  des  noms  de  Nisibe  et  de  saint  Paul, 
dans  l'épitaphe  et  la  collation  du  titre  de  l(ra7rô<TToXo; 
à  Abercius  par  les  habitants  de  Nisibe,  émerveillés  du 
récit  de  ses  voyages  qui  ressemblaient  aux  pérégrinations 
des  apôtres.  Un  fait  matériel  ajoute  à  cette  vraisemblance. 
La  Vie  raconte  qu'Abercius  obtint,  de  l'impératrice  dont 
il  avait  guéri  la  fille,  la  construction  d'un  établissement 
de  bains  auprès  d'une  source  thermale  qu'il  avait  fait 
jaillir  par  sa  prière;  or,  le  fragment  d'épitaphe  fut  re- 
trouvé encastré  dans  le  mur  du  Hammam  ou  établisse- 
ment de  bains  chauds  s.  Nouvel  indice  d'une  informa- 
tion prise  sur  les  lieux  mêmes  où  avait  vécu  Abercius. 
On  peut  enfin  rapprocher  de  cette  Vie  la  composition 
métrique  de  Clément  l'hymnologue  qui  vivait  au  IXe  siècle 
et  qui  en  a  eu  connaissance  9.  Lightfoot  10  présume  que 
la  lettre  d'Abercius  à  Marc-Aurèle,  à  laquelle  Baronius 
trouvait  une  saveur  apostolique  :  apostolicum  redolens 
spiritumil,  et  qu'il  égara  12,  n'avait  guère  plus  de  valeur 
que  la  lettre  du  même  empereur  à  Euxenianus,  rappor- 
tée dans  la  Vie.  On  attribue,  à  Abercius,  dans  sa  Fie13,  un 
flc'ëXoç  SiSaakaXiaç,  dont  Clément  parle  en  ces  termes, 
je  ne  sais  sur  quel  fondement  :  fii'ëXov  tepàv  SiSa<jxa>.ia; 
xaTÉXme;  7TpaxTiXY|V  otôay^v  Ttâirt  xoï;  stù  yrtt  xaxayfé).- 
).o\jcrav  ,4. 

III.  Épitaphe.  —  Cette  épitaphe,  dont  la  teneur  avait 
surpris  Tillemont,  fut  remarquée  par  dom  Pitra,  attiré 
alors  vers  ce  genre  de  compositions  par  ses  recherches 
sur  un  document  similaire,  l'épitaphe  de  Pectorius 
d'Autun,  et  sur  le  symbolisme  chrétien  de  l'époque  pri- 
mitive. Ce  document  fut  détaché  de  la  Vie  et  étudié  iso- 
lément d'après  un  texte  constitué  à  l'aide  des  manu- 
scrits de  la  Bibliothèque  nationale  15.  Les  erreurs  et  les 
manipulations  dont  le  texte  avait  été  victime  au  cours 
des  transcriptions  avaient  tellement  déformé  l'oeuvre 
primitive  que  l'éditeur  se  crut  en  droit  de  supposer  le 
dommage  plus  grand  encore  qu'il  n'était  en  réalité.  Il 
parvint,  à  l'aide  de  Dùbner,  à  recomposer  vingt-deux 
vers  qu'il  s'efforça,  sans  y  réussir  toujours,  de  faire  hexa- 
mètres. Cette  reconstitution  n'a  plus,  en  majeure  partie, 
qu'un  intérêt  littéraire16;  l'effort  tenté  à  son  sujet  ne 
pouvait  vaincre  les  difficultés  nombreuses  qu'entraînait 
bien  moins  l'état  précaire  du  document  que  Le  récit 
qu'il  contenait.  En  1883,  à  la  suite  de  la  découverte 
d'une  stèle  phrygienne  offrant  plusieurs  points  de  con- 
tact avec  l'épitaphe  d'Abercius,  M.  Duchesne  s'essaya  à 
reproduire  l'inscription  d'Abercius  telle  que  la  donnent 
les  manuscrits,  en  tenant  compte  des  conjectures  de 
dom  Pitra  et  du  document  nouvellement  découvert  dont 
il  vient  d'être  parlé  '"..Ce  fut  la  dernière  tentative  faite 
dans  ce  genre  un  peu  conjectural. 

En  1882,  M.  Ramsay  18  découvrit  à  Kélendres.  prés  de 
Synnade,    dans  la  Phrygie    Salutaire,   une   stèle   chré- 

n.  15.  —  ,3§  39.  —  '*  Anal,  sacra  Spicil.  solesm.  parata,  t.  u. 
p.  185.  —  "Pitra,  Spicilegium  solesmense,  in-4*.  Paris.  1855, 
t.  in,  p.  533,  note  1.  Pitra  ne  put  retrouver  le  manuscrit  dont 
Boissonnade  avait  fait  usage  pour  son  édition.  —  '•  Voy.  Pitra, 
loc.  cit.,  p.  533-534.  —  "Duchesne,  dans  la  Revue  des  quest 
historiques,  1"  juillet  1883,  p.  8.  —  '"  W.  Hamsay.  Bulletin  de 
correspondance  hellénique,  1882.  t.  VI,  p.  518;  L.  Duchesne, 
dans  le  BuUetitl  critique.  1882,  t.  m.  p.  185;  De  Rossi,  llull.  di 
arch.  CtiSt.,  1882,  p.  77  ;  W.  Hamsay.  d.'iis  le  Journal  of  hellinic 

studies,  18<S2,  t.  vi,  p.  27;  L.  Duchesne,  tans  La  Revue  des  ji 
liist.,  juill.  1883,  p.  11;  De  Rossi,  Inscript,  christ,  urb.  Rom., 
t.  n,  proœm.,  p.  xvm;  F.  Cumont.  Les  inscript,  chrétiennes  dé 
l'Asie  Mineure,  n.  178;  L.  Duchesne.  dans  les  Mélanges  d'ar- 
chéol.  et  d'hist.  de  l'École  de  Rome,  is;t;>;  w  .  Ramsay,  Cities 
ami  bishoprics  of  Phrygia,  n.  656;  Monum.  Eccl.  Hturgica,  t.  i, 
n.  2790.  Pour  l'ère  de  Phrygie,  voy.  Waddington,  Voyage  archéoL. 
en  Grèce  et  en  Asie  Mineure,  gr.  in-4',  Paris,  t.  m,  n.  980. 


69 


ABERCIUS 


70 


tienne  portant  une  inscription  datée  de  l'an  300,  ère  de 
Phrygie,  qui  est  l'année  216  de  l'ère  chrétienne.  L'in- 
scription était  ainsi  conçue  : 


10 


10 


20 


tAEKTHZTTO 
IŒGÛZOTTOAEI 
'ETTOIHIi 
JEXGÙ(i>ANEI 
ZGùMA  TOI  EN0A 
OEIINOYNOMA 
AAE2ANAPOZAN1 
NIOY  MAOHTHZ 
TTOIMENOZ  ATNOY 
OYMENTOITYMBGO 
TIZEM0ÛETEPON1 
NAOHIEIEIAOYNPGO 
MAIGÛNTA««EIGûOi 
AIZXEIAIAIHIPYZA 
KAIM«PHITHTTATPU 
IEPOnOAEIXEIAIA 
XPYZA  ETPAd)HETEIT 
MHNKZONTOI 
EIPHNH  TTAPArOYZINKAfii 
MNHZKOMENOIZ  TTEPIHMCON 


( 'E)jiXextt|Ç  Ttô().)cto;  ô  7toXE!'(Tr)ç)  toOt'  E7iotï)(sa) 

(Zûv  tjv'à'yti)  cpavsp(ri);?)  irwij.ato;  k'vôa  Ôétiv. 

Oi'vo|xa   'AXÈS;av6po?  'Avtojvîo-j   [j.a6r)Tr|Ç  tcoijjlévoç  âyvov. 

OÙ    (AÉVTOt  T\)\1.UU>  TIÇ  È|X(ô  ETEpOV   l(c)va  8r|<7El. 

Eîo'o'jv  'Ptoaaiwv  Ta((A)si'to  6i^cr(st)  Sc<j^EÎ),ia  (yjpucrâ 
Kai  (/)pY)<7Tï)  7raTptS(i)  'Iepo7tôXsi  ^eiXta  ^pucrâ. 
'Eypdctpr]  stei  t'  (iijvi  ç'  Çôvtoç. 
Eipïjvr)  irapâyoumv  x«('i)  [ivr,  txo;j.Évoiç  rcep'i  r,(xâ>v. 

Electse  civitatis  civis  hoc  feci 
vivens,  ut  habcam  palam  corporis  hic  sedem. 
Nomen    (mihi)  Alexander   Anlonii,   discipulus    (sum) 

[pastoris  immaculati. 
Nemo  autem  sepulcro  meo  alterum  quemvis  superim- 

\ponat. 
Sin  vero  (id  fecerit)  inférât  serario  Romanorum  aureos 
et  optimae  patmse  Éieropoli  aureos  mille        [bis  mille. 
Scriptum  est  anno  CCC,  mense  VI  (me)  vivente. 
Pax  prselereunlibus  et  iis  qui  meminerint  mei. 

MM.  De  Rossi  et  Duchesne  annoncèrent  simultané- 
ment la  découverte  et  l'intérêt  qu'elle  avait  pour  l'épi- 
taphe  d'Abercius.  Les  lacunes  étaient  rares  et  faciles  à 
suppléer;  on  put  donc  adopter  la  lecture  suivante  : 

«  Citoyen  d'une  ville  distinguée,  j'ai  fait  ce  [monu- 
nenl]  de  mon  vivant  afin  d'y  avoir  (....  ?)  une  place  pour 
mon  corps.  Mon  nom  est  Alexandre,  fils  d'Antoine,  dis- 
ciple d'un  saint  pasteur.  On  ne  doit  pas  mettre  un  autre 
tombeau  au-dessus  du  mien,  sous  peine  d'amende  : 
deux  mille  pièces  d'or  pour  le  fisc  romain,  mille  pour 
ma  chère  patrie,  Hiéropolis.  —  Écrit  l'an  300,  le  sixième 
mois,  de  mon  vivant.  Paix  aux  passants  qui  se  sou- 
viennent de  moi.  » 

Rapprochée  du  texte  des  manuscrits,  cette  inscription 
s'adaptait  presque  exactement  avec  les  premiers  et  les 
derniers  vers  de  l'épitaphe  d'Abercius.  Toute  la  partie 
intermédiaire  restait  douteuse. 

L'année  suivante  (1883),  le  même  voyageur,  M.  Ram- 
say,  revint  à  Hiéropolis  et  découvrit  deux  fragments  de 
l'épitaphe  d'Abercius  encastrés  dans  la  maçonnerie  de 
l'établissement  des  bains  publics.  Ces  fragments  sont 
déposés  depuis  1892  dans  les  galeries  du  Vatican.  Ils 
contenaient  les  caractères  suivants  : 

EIZ  PGÙMH 
EMEN  BAZIA 
KAI  BAZIAIZ 
TOAON  XP 
B     AAON  A  EIAON 


ZcpPATEIAAN    E 

KAI  ZYPIHZ  TTE 

KAI  AZTEA  TTA 

EY<J>PATHN  AIA 
10     TH  A  EZXON  ZYNO 

TTAYAON  EXON  ETTO 

niZTII 

KAI  TTAPHOHKE 

fTANTH  IX0YN  A 
15     TTAN  METE0H  KAO 

EAPAZATO  TTAPO 

KAI  TOYTON  ETTE 

AOIZ  EZ0 

Ceci  formait  la  partie  centrale  de  l'épitaphe.  Plusieurs 
lacunes  auxquelles  le  texte  des  manuscrits  ne  s'adaptait 
pas  exactement  furent  l'objet  de  discussions  approfon- 
dies qui  ont  aidé  à  établir  le  texte  que  l'on  peut  tenir 
pour  définitif.  Nous  le  reproduisons  à  cette  place.  Les 
caractères  majuscules  ordinaires  représentent  l'in- 
scription d'Alexandre,  fils  d'Antoine;  les  caractères  d'épi- 
graphie,  l'inscription  d'Abercius;  les  caractères  minus- 
cules, la  leçon  des  manuscrits  ou  bien  la  restitution 
conjecturale  du  texte  primitif. 

IxAEKTHS  IIOàeQS  O  IIOAEI 

tïktOYT  ElIOIIlo-a 

Çûjv  i'N  EXQ  xaipû 

SÛMATOS  EN0A  0E2IN 
5  OTNOM  Aêlpxioç  wv  SI 

MAQHTH2  II0IMEN02  ArNOY 

ô;  fidtTXEi  TrpoêaTiov  àyéXaç 

opeatv  raSioti;  te 

içGaXfjioùç  oç  ïyii  («yâXou- 
10  TrdcvTT)  xa6opà>VTa; 

outo;  yàp  [>.'  È6;8aEc 

(xà  Çtoïjç)  ypâ[j.[j.aT0<  lutrrâ 

EIZ  PGûMHv  Ôç  eto(j.^ev 

EMEN  BAZIAEiav  à8pfj<7ai 
15  KAI  BAZIAIZa-av  ÎSeïv  içvaèa- 

TOAON  XPvsottéSiXov 

AAON  A  EIAON  Èxsï  Xa|jL7rpàv 

Z<f>PArEIAAN  EXovTa 

KAI  ZYPIHZ  TTESov  EÏ8a 
20  KAI  AZTEA  TTAvxa  Niaiëiv 

EY(J>PATHN  AlAêaçTOiv- 

TH  A  EZXON  ZYNOp-iXou;. 

TTAYAON  EXON  ETT01HII« 

TTIZTIZ  7râvcr|  Se  7tpor|y£ 
25  KAI  TTAPHOHKE  xpotpV 

T7ANTH  IX0YN  Atù>  T^yîjç 

nAN  METEOH  KAOapov  ôv 

EAPAZATO  TTAPOevoç  àyvri 

KAI  TOYTON  ETTEStoxE  <pt'- 
30  AOIZ  EZOtEiv  8ià  toxvtô; 

oivov  )(pr|<TTbv  s-/ov<ra 

xÉpa<T[/.a  SiSoOira  ^et'  apTou 

-raûxa  7tap£(TTÙ);  ei7rov 

'AëÉpxto;  â)OE  ypaçfvai 
35  lëSojxrixoaTOV  stoç  xa'i 

ÔEÛTEpOV  ^yOV   àXï]6â>Ç 

TaOÔ'  ô  vowv  eû'Çaixo  imèp 
'AoEpxiov  Tuâp  6  ctuvgjSoç 
OT  MENTOI  TTMB-o  TIS  EMÛ 
40  ETEPON  TiNA  0H2EI 

EIA  OYN  PQMAIQN  TApiEIÛ 
OHEEi  AISXEIAIA  PY2A 
KAI  xPHSTH  nATPIAi  IEPO 
nOAÈI  XEIAIA  XPY2A 

Electse  civitatis  civis 

hoc  feci 

vivens  ut  habeam  (quum  tempus  erit} 

corporis  hic  sedem 


71 


ABERCIUS 


72 


5    Noraen  mihi  Abercius 

discipulus  (sum)  pastoris  casti 

qui  pascit  ovium  grèges 

in  nwntibus  et  agrîs 

eut  oculi  sunt  grandes 
10     ubique  conspicientes. 

Js  me  docuit 

lit  ter  as  fidèles  (vitse). 

Qui  Romani  me  misit 

regnum  contentplaturuni 
15     visurumque  reginam  aurea- 

stola  aureis  calceis  decoram. 

lbique  vidi  populum  splendido 

sigillo  insigneni 

et  Syriœ  vidi  canipos 
26     urbesque  cunctas  Nisibin  quoque. 

Transgresso  Euphrate,  U- 

bique  vero  nactus  sum  (familiariter)  colloquentes 

Paulum  habens... 

Fides  vero  ubique  mihi  dux  fuit 
25     Prœbuique  cibunt 

ubique  piscem  e  fonte 

Ingénient  purum  quem 

prehendit  virgo  casta; 

deditque  a- 
30     tuicis  perpetuo  edendum, 

Vinum  optimum  habens 

ministrans  mixlum  cum  pane. 

Usée  adstans  dictavi 

Abercius  heic  inscribenda 
35     Annuni  agens  septuagesimum  et 

(uere)  secundum. 

Hsec  qui  inlelligit  euique  eadem  sentit  oret  pro 

Abercio. 

Neque  quisquam  sepulcro  meo 
10     alterum  superimponat. 

Sin  autem  inférât  œrario  Romanorum 

aureos  bis  mille 

Et  optimœ  palrise  Hiero- 

poli  aureos  mille 

Les  sources  à  l'aide  desquelles  le  texte  a  été  établi 
sont  :  1°  les.  manuscrits  dont  le  détail  a  été  donné 
plus  haut;  2°  les  épilaphes  d'Alexandre  et  d'Abercius; 
3°  les  commentaires  dont  les  noms  suivent  :  H  =  Bol- 
landistes,  Acla  sanctorum,  oct.,  t.  ix,  notes  au  c.  îv; 
P  =  Pitra,  Spicilegium  solesmense,  in-4°,  Paris,  1855, 
t.  m,  p.  533  sq.  ;  G  =  Garrucci,  dans  la  Civiltà  catto- 
lica,  Roma,  1856;  D1  =  Duchesne,  dans  la  Revue  des 
questions  historiques,  1883;  L  =  Lightfoot,  Apostolic 
Falltcrs,  2e  éd.,  London,  1890;  R  =  De  Rossi,  Inscrip- 
liones  christianss  urbis  Romee,  in-fol.,  Romse,  1888, 
t.  il,  proœminm;  W  '  —  Wilpert,  Principienfragen  <I<t 
christlichen  Arcliœologie,  in-4°,  Freiburg  im  Breisgau, 
1889;  K=Harnack,  dans  les  Texte  und  Untersuc/tungen, 
in-8°,  Leipzig,  1895;  M  =  Marucclii,  dans  le  Nuovo  bullet- 
lino  diarcheologiacrisliana,  in-8°,  Roma,  1895;  D2  =  Du- 
chesne, dans  les  Mélanges  de  l'École  française  de  Rome, 
1895;  \V  -  =  Wilpert,  Fraclio  panis,  Die  atteste  Dar- 
slellung  des  encaristisclien  Opfers  in  der  «  Capella 
greca  »  enldeckt  und  erlàutert,  in-fol.,  Freiburg-im-B., 
1896  ;  B  !  =  Batiflbl,  La  littérature  grecque,  in-12,  Paris, 
1897;  B  2  =  Batiflbl,  dans  le  Dictionnaire  de  théologie 
catholique,  in-4°,  Paris,  1897;  B  3  =  Batiflbl,  dans  la  Re- 
vue de  l'histoire  des  religions,  Paris,  1897. 

Ligne  1.  —  'ExXejcrîiç  rcôXeoç  7toXît/);,  cod.  1484;  'E.  u. 

[ ]  TtoXiiYiç.  H,  P,  G.;    'Ex.  h.  w.  D1;  O  TTOAEItï];. 

Les  mss.  avaient  supprimé  l'article  6  avant  icoXfTriç  ne 
faisant  égard  qu'au  sens,  la  quantité  impose  cet  article 
afin  que  la  première  syllabe  de  iroXtTïj;  soit  comptée 
comme  longue.   Cf.  A,  R,  W  l  K,  M;  ô   itoXiT^ç  L,  D2, 

B2. 

Ligne  2.  —  tôS  éitonr)(ia,  cod.  1484;  t($8e  [ ]  7iofr)<ja. 


H;  t'oSe  [ ]  èTTOÉ-oo-a,  P,  G;  tOYT  ETTOIHfra,  A,  D»,2, 

R,  L,  W,2,  K,  M,  B2. 

Ligne  3.  —  Ç6W,  i'v  ïytx>  xoupôi,  cod.  1484;  Ç<Sv  Ttoiïiua 
7toXiTT)ç  io(  àv  ïyo>  xatptô,  H;  Çtôv,  îv'ïyoi  xaipai.  P;  Ç.  îva 
£yu>  x.  G;  Çû>v  i'NEXGO...,  A;  Çûv,  ï.e.x.,D>,  L;  ç<5v  ".ex. 
R,  W,  K,  D2,  M,  B;  xaipài;  tous  les  codd.,  H,  P,  G; 
<pANEI....A-  <pavEp[a>ç],  Rossi,  Rull.,  1882,  p.  79;  epavs- 
p[av]  Maunoury;  Ramsay,  Journ.  of  hell.  stud.,  1883, 
p.  481  sq.),  hésite  entre  ces  deux  lectures.  Tous  les 
manuscrits  s'accordent  à  repousser  ce  mot  de  l'épitaphe 
d'Abercius  et  à  employer  xaiptô  dans  lequel  Ramsay  croit 
retrouver  les  vestiges  de  la  paléographie  épigraphique 
du  mot  çavepfoç;  xaipôn  D1,2,  L,  K,  M,  B*;  xatpù  (?), 
R,  W». 

Ligne  4.  —  <7â>p.aToç  èv8â8s  ôlaiv,  cod.  1484;a.  ÊvôâSe 
ÔYJxrjv,  H;  <?.  k'vâa  6é<tiv,  P.  G,  A;  ex.  âvôàos  6.,  D  4  ;  a.  evôa. 
6.,  L,  R,  W»,K.  D2,  B2. 

Ligne  5.  — TO'jvop.a  'Aêspxidç-  ô  wv,  cod.  1484 ; Tovvop.' 
'Aëepxtoç,  tî>v  ô,  H;  Toû'vop.'  'Aêepxtôç  e!u.c,  P,;  Toû'vop.a 
'Aëspxtôç  etfjLt,  G;  OYNOM,  A;  o'jvop.'  'AêÉpxtoç  6  <ï>v, 
D'  ;  o.  'A,  EÎfit,  L  ;  o.  'A.  Ûv  ô,  R,  W,  M,  K,  D2,  B,  Bamsay 
(dans  Academy,  1884,  p.  174).  Cod.  1540  et  Coisl.  110 
s'accordent  avec  le  titulus  d'Alexandre  o'j'vop.';  les  au- 
tres portent  Toû'vop.a.  Les  Vatic.  gr.  199  et  801  ont 
'Auspxtoç.  Ramsay  a  rencontré  deux  fois  en  Phrygie  —  à 
Prymnessos  et  aux  environs  —  la  leçon  'Aêipxto;  (voy. 
Lightfoot,  op.  cit.,  p.  485).  Eusèbe,  Rist.  eccl.,  1.  V, 
c.  xvi,  mentionne  un  'Aouitouoç  MâpxsXXoç.  Les  inscrip- 
tions nomment  un  AVIRCIVS  (Corp.  înscr.  lat.,  t.  VI,  n. 
12923)  et  un  AVERCIVS  (Corp.  inscr.  lat.,  t.  xn,  n.  1052). 

Ligne  6.  —  |xa6ï)Tri;  rioipivoç  âyvo-j,  cod.  1484,  H,  P,  G, 
A  et  tous  désormais. 

Ligne  7.  —  o;  (36<rxêi  upoêdmov  àyiXaç,  cod.  1484,  H,  P 
et  les  autres  (excepté  G  qui  ne  reprend  qu'au  v.  10). 

Ligne  8.  —  oû'pEai  Trsoioiç  te.  cod.  1484;  opso-iv  7tc8:ot; 
te,  cod.  110;  opefft,  Vat.  gr.  799;  ô'pso-tv  te  7rÉ6otç  te,  II; 

0pE(7tV  TTEÔiot;  TE,    P   (opEdl  7C.   T.,   D1),    L,  R,   W1,2,  K,   D2, 

M,  B2;  o'jpEo-i  n.  t.,  B1  ;  oû'pEtnv  o;  fiôcrxsi  TcpoëÔTuv  à.yi- 
Xaç  tceSi'oi;;  te,  Ramsay. 

Ligne  9.  —  6ç8aX(j.o-j;  ôç  ë/ec  |j.EyâXovç,  cod.  1484  ;  et 
tous. 

Ligne  10.  —  itdtvTa  xa8op6a>vTaç,  cod.  1484;  nàvr' 
EÎ<ropô(>ivTa;,  II  ;  xaTa  7râv6'ôpowvTaç,  P.,  Ramsay  (op. cit.), 
ex  coniectura,  remarque  R.  Tous  les  mss.  repoussent 
cette  lecture,  la  plupart  portent  tovti,  cod.  110  .-TcâvTT), 
et  L,  D1,2,  R,  W,  M,  K,  B1,2  ont  la  même  leçon. 

Ligne  11.  —  outoç  yctp  jj.e  àSi8a!U,  cod.  1484;  o.  y.  y.'e8., 
H,  P;  fis  È8.,  G;  o.i'.^.'  ÈSiSaUv,  D1;  o.  y.  p.'  è8ioaU> 
L,  R,  "W,  K,  D2,  B',2;  o.  y-  ixÈSiSaEs,  M. 

Ligne  12.  —  ypâp-ixaTa  •reicrà,  cod.  1484,  et  de  même 
les  autres  mss.;...  y.  ir„  Il  ;  [tôc  '<or,c]  y.  it. ,  P;  [8eo0  to]  y, 
tc.,  G;...  y.  jt.,  D1,2,  L,  R,  W1,  K,  Iji.2;  Sioiixtov,  Ram- 
say (op.  cit.);  [tî<  Ç^;]  y.  ti.,  M,  Lingens,  W2. 

Ligne  13.  —  EI2  PCOMHv  o;  k'iuix'J/sv,  épitaph.  et 
cod.  i484,  H;  (e.  T.  o.  ëtce^é,  P,  G,  D1),  et  les  autres. 

Ligne  14.  —  EMEN  BAIIA,  épitaph.;  Eiav  àSprpx:, 
cod.  1484;  eiov  àO.,  H;  Etav,  P,  D1,-;  »j«v,  L;  Etav,  la  plu- 
part des  manuscrits,  et  D2,  M,  Lingens.  W-,  B*,  '  ;  |3«criX>] 
àva8pT,<jat,  Zahn,  K;  pxtrtX^av  R,  W1,  Dieterich,  B1. 

Ligne  17.  —  AAON  A  EIAON,  épitaph.;  Xaôv,  popu- 
lum, tous,  à  l'exception  de  Hirschfeld  et  Dieterich  qui 
traduisent  Xâov,  lapident. 

Ligne  18.  —  l4>PAI~EIAAN  E.,  épitaphe;  <jçpayEt5a. 
mss.;  E/ovTa,  tous. 

Ligne'l9-20.  -  KAI  2YPIHI 17E  [Sov  eïSa]  KAI  A2TEA 
TTA[vTa  Niatoiv],  épitaphe  avec  les  suppléments  proposés 
par  L,  R,  W,  M,  B2.  Tous  les  mss.  portent  e!8ov,  quel- 
ques-uns (p.  ex.  cod.  1484)  le  font  précéder  de  yù>pa.t;; 
TCÉSov  EtTSiSov,  P,  G;  tceSov   eIoov,  DV-,K  ;  uàvTa  NtOI 

cod.  1484.  L'inscription  confirme  la  lecture  des  mss.  La 
quantité  du  mot  Nisibe  a  fait  quelques  difficultés;  en  sy- 
riaque N'tsibhin,  en  grec  Nauiët^,  NEo-iëi;,  NitcSiî 
(Etienne  de  Byz.,  à  ce  mpt,  cf.  Mùller,  Frag.  histor.  grive. 


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INSCRIPTION   D'ABERCIUS 

CONSERVÉE     AU     MUSÉE      DU     VATICAN 


73 


ABERCIUS 


74 


t.  m,  p.  571;  t.   IV,  p.  526,  et  Assémani,  Bibl.  orient.,  k 
t.  il,  De  monophys.)  Après  Nio-iëtv  plusieurs  mss.  ont  8', 
le  t'  serait  préférable. 

Ligne  22.  —  TH  A  EZXON  ZY NO,  épitaphe;  [«âv]'1*?' 
cod.  1484  et  presque  tous  les  mss;  [uavj-ù  pour  [Ttav]ry). 
cod.  110;  voyez  plus  bas,  ligne  24;  a,jMO[i.-t\y\ipo\>c,  cod. 
1484,  110  et  les  autres  mss.;  ecr^ov  i[j.rjYEpÉaç,  H;  a\rjo\i.r\- 
'•jpéaç,P;«  ici,  dit  D ',1e  texte  est  en  trop  mauvais  état  pour 
que  l'on  puisse  rétablir  le  vers  avec  certitude.  »  ZYNO, 
épitaphe;  <rjvo[7taSoû;],  Ramsay;  iruvofuu'Xouç],  L  (ou  bien 
<ruvo[/.ï|peeç  et  auvo\i.rfiui;),  R,  "W,  M;  cruvo[7ra6o-ji;],  D2;  cru- 
vo[jj.-oyupou;],  B2  ;  <ruvo[(iriyiJpouç],  K;  cnjvo[6c'Ta;],  Dieterich. 

Ligne  23.  —  IlaOXov  k'o-wOev,  cod.  1484  et  la  plupart 
des  mss.;  cod.  110  omet  la  ligne  23;  Colleclosque  habui 
cunctos,  intus  quoque  Paulum,  H;  II.  s.,  P;  k'uOsv,  Dub- 
ner;  xai  auvop.ï]Y'JpÉaç  IIsTpov  xoù  IlaOXov  k'trtoÔEv,  G; 
ETTO  [nrjv],  Ramsay,  L;  ETTOf/tov]  (èir'ôjreôv),  Hirschfeld; 
EnO[n:T-ov],  Hilgenfeld;  EnÔfpeJOïiv],  Lingens;  EfTO 
f-/ov],  B1;  ces  lectures  semblent  peu  satisfaisantes,  R, 
W1,2,  D2,  K,  M,  B2.  Clément  l'hymnographe  a  pu  s'in- 
spirer de  ce  passage  lorsqu'il  dit  d'Abercius  :  xXv;pojo-à- 
[aevov  sv  Tcve-j(j.aTi  to  toO  llavXou  xaûyrjua,  liseredem  fa- 
ctuminspiritu  glorise Pauli.PUra,  Anal., t.  il,  p.  184. 

Ligne  24.  -  TTIZTIZ,  Ramsay,  R,  L,  D2,  M,  W»,2, 
Lingens,  Zabn,  B1;  iotiç,B2;  y]oti;,  K;  vïio-tiçou  tcio-tcç, 
Dietericb.  «  Il  n'y  a  de  visible,  dit  D2,  avant  les  lettres 
ZTIZ,  que  la  partie  inférieure  des  deux  jambages  verti- 
caux :  la  ligne  oblique  où  M.  Dieterich  voit  l'indication 
d'un  N  est  une  cassure  de  la  pierre  en  dehors  de  l'ali- 
gnement horizontal  des  lettres.  Ainsi  le  marbre  ne 
donne  ni  BAZIAHAN  ni  NHZTIZ.  Pour  savoir  ce  que 
portait  l'inscription  nous  n'avons  d'autre  ressource 
que  de  consulter  la  vie  d'Abercius.  Or  celle-ci  donne 
pao-tXeiav  et  7110-71;.  »  Codd.  :  Sa  navre,  Vatic.  198,  irâvTïj 
6s,  de  même  L,  R,  W,  M,  K,  D2,  B1,2;  iravrï  npar^, 
cod.  1484;  niatiç  5ï  npor^z,  H,  G  (ir.  8.  -Epurai,  P),  D1; 
mat.  rcavT.  8.  np.,  R,  W1,2  D2,  K,  M,  B',2. 

Ligne  25.  —  KAI  TTAPHOHKE,  épitaphe;  Tpo<pY|v, 
cod.  1484,  110,  H,  P,  G,  D1,2  R,  L  et  tous  les  autres. 

Ligne  26.  —  TTANTH  IXOYN  A,  épitaphe;  tocvtt) 
(mavxc),  Cod.  paris.  1540,  tous  les  autres  mss.  omettent 
et  H,  P,  G;  D1  :  Tpoç))v  Ttâv-r),  ï/Bùv;  C'est  ici  proba- 
blement, et  dans  les  livres  sybillins,  vil,  217  sq.,  les  plus 
anciennes  citations  de  l'i^Suç;  ànhyr^,  cod.  1484,  Vat. 
798;  àno  ttjç  ytjç,  Vat.  Beg.  gr.  50;  «.no  n^ff^,  H,  P,  G, 
D1  et  tous  désormais. 

Ligne  28.  —  où,  cod.  110;  les  autres  comme  dans 
l'épitaphe. 

Ligne  30.  —  AOIZ  EIO,  épitaphe;  [yi]\oiz  Èo-8:siv  81a- 
vavtôç,  mss.,  H,  P,  M;  ecjOeiv,  G,  D',2,  L,  R,  W,  K,  M, 
B1,2,  et  les  autres. 

Ligne31.  —  Cod.  IlOomet;  olvov  -/pï]aTbv  lyovact,  cod. 
1484  et  plusieurs  autres  mss.,  H,  P,'  G,  D»,2,  L,  R,  AV, 
K,  M,  B1,2  et  les  autres. 

Ligne  32.  —  Cod.  110  omet;  xÉpa<j|xa  SiôVJu-a  \j.tt' 
aptou,  cod.  1484  (x£pa<7[j.a  ï/oucra,  Paris.  1540),  H,  P, 
G,  D1  et  les  autres. 

Ligne  35.  —  S'è'-to;,  cod.  110. 

Lignes  37-38.  —  TocùS'  ô  voùv  eu?ano  ûnèp  'Aëspxto'j 
tt5.;  ô  cuvwSôç,  cod.  1484;  raOra  ô  vo<3v  euÇai,  la  plupart 
des  mss.;  H,  P,  D1,2,  R,  L,  K,  M  conservent,  sauf  quel- 
ques modifications,  la  leçon  du  cod.  1484  :  -jttep  (jlccj,  H,  P  ; 
GometeviEou;  cod.  110  et  plusieurs  mss.  de  Paris,  à  l'ex- 
ception du  cod.  1484,  eù'lai-ro,  Vatic,  L,  R,  M;  eù'Çaiô' 
•juep,  D1,2,  K,  Dieterich,  Lingens,  B1,3,  tous  les  mss.  ; 
vmp  'Aêepv.iov,  D1,2,  R,  "W,  L  qui  juge  probable  ûusp 
(j.o0  au  lieu  de  ÛTtsp  'Aëspxt'ov,  M,  K,  B1,2  ;  Taù8'6pôwv 
ed^ait'  ÛTièpaiJToO,  Bamsay  ;  cod.  110  omet  mai;  ô  o-uva>ôo;. 

1  Fractio  panis,  Die  atteste  Darstellung  des  eucharistischen 
Opfers  in  der  «  Cappella  greca  0  entdeckt  und  erlàutert, 
mit  17  Tafeln  und  20  Abbildungen,  in-fol.,  Freiburg  im  Breis- 
gau,   1895,   p.   124  pi.  xvn.  —  *  Rumische  Quartalschiift  fur 


Ligne  39.  —  où  (jlévtoc  vi\i.ëai  [var.  T'jy.ëov)  -rt;  è(j.w 
(var.  ê[xoO)  jusque  exepov  (ligne  suivante)  le  litulus 
d'Alexandre  est  d'accord  avec  le  cod.  110,  les  autres  mss. 
ont  Tijjxëov  etepdv  tiç  etc'  è(x.ou,  ou  bien  T'j(iëov  xi;  âgioû 
é'iEpov,  ou  au  'ejxoO. 

Ligne  40.  —  Tous  les  mss.  :  èmivto  8y)o-ei;  êxepov  ht' 
èjjLoO  è7n8r)0-et,  H;  é't.  etc.  6/jo-ece,  P,  G;  Te  NA,  épitaphe 
d'Alexandre  et  dans  l'épit.  d'Abercius,  D1,2,  Ramsay, 
R,W,  B1,2,  M;  É'tepov  èm^an,  L;  ÈTtàvto  G^ctei,  K. 

Lignes  41-42.  —  Tous  les  mss.  et  l'épitaphe  d'Alexandre  : 
Eî  8'o'jv,  'P<i>(j.ata)v  Ta|j.eco)  Orjiret  Std^cXia  ypuiâ.  C'est 
ici  un  vers  de  sept  pieds  et  demi.  La  faute  est  évidente; 
pour  rétablir  le  texte  primitif  il  faut  substituer  aux 
mots  :  cPo>[Aac'a)v  xanEtci»  l'expression  t(û  çio-y.q>  qui  est 
fréquente  dans  les  mentions  du  même  genre  que  celle 
d'Abercius. 

Lignes  43-44.  —  îepÔTroXei,  Al.;  tepâuoXet,  tous  les 
mss.;  le  cod.  110  omet  ce  dernier  vers. 

Ce  commentaire  critique  peut  être  contrôlé  à  l'aide 
des  divers  fac-similés  publiés  par  MM.  Wilpert  ',  de 
Waal 2,  Marucchi3,  et  par  celui  que  nous  donnons  nous- 
mêmes  d'après  un  estampage  pour  l'inscription  d'Aber- 
cius (fig.  25);  par  les  reproductions  de  De  Rossi  4  et 
M9r  Duchesne5,  pour  celle  d'Alexandre. 

'Ex),EXTr|Ç  uoXea);  ô  TroXetTï);  to-jt'  inoirtaa, 

Ç<3v  îv'  É'/(o  xocipô)  cû)[J.aToç  k'vôa  6É<7tv. 

ouvôjj.'  'AëÉpxtoç  âv,  ô  [AaÔïjTïK  Tcotfxâvoç  aYvoû 

'0;  pôa-xei  7ipoëâTtov  aYÉXaç  opscrtv  7tEoîoi;  te. 

àçOaXjxoù;  bç  e'j^si  |XEY<iXou;  TtâvT^  xaGoptovraç 

oûtoç  yàp  (j.'È6c6a?E  (xâ  Çwr];)  YpâjJLfxaTa  7ti(TTâ. 

EIC  POOMHv  oc  ette^ev  EMEN   BACIAEtav  à8pr,(Tat 

KAI  BAIIAI2<7av  cSsïv  xpuo-btrTOAON  XPuo-ottéSiXov. 

AAON  A  EIAON  Èxeî  Xa^upàv  ZcpPATEIAAN  E/ovra 

KAI  IYPIHI  HEoov  EÎSa  KAI  AZTEA  ÏÏAvxa,  NtViëiv, 

EY(pPATHN  AlAëaç-  TidtvTH  A  EZXON  lYNOjiiXouç. 

FTAYAON  EXON  ETlOWmB.,  niZTIZ  Trâvtï)  6È  npor,^, 

KAI  nAPHOHKE  Tpotp^v  TTANTH  IXOYN  Aub  nr^c 

nANMErE0H,  KAOapbv'ovEAPAZATOTTAPeévocàY^ 

KAI  TOYTON  EnESwxE  tpiAOI  EZOtsiv  Sia  toxvt<$;, 

otvov  /pyia-TÔv  ïyjivaa.,  xÉpa<T[xa  ôtSoûa-a  |XEt'  aptou. 

TaOra  irapEarà);  eïttov  'AëÉpxio;  wSe  Ypa??vai* 

ÉëSo[xr|XoaTOV  é'-oç  xai  SE'jTEpov  ^yov  àXr)6â>ç. 

Taû8'  ô  voàiv  E'j^acto  ûuÈp   'AëEpxt'ou  Tcâç  ô  0"uvco8ô;. 

ou  ]j.évTOi  TÛ|j.êa)  tiç  è|j.à)  ÊTEpbv  xtva  6r]o-Ef 

si  6'  ouv,  'Pto|j.a:cûv  Ta|j.E[(o  Ô-^ctei  6c(j/_tXia  ypxtaà, 

xa\  XP'1<7T'(i  it*Tpf8t   "iEpoTtbXEC  x'^ia  XP1J0'°' 

«  Citoyen  d'une  ville  distinguée,  j'ai  fait  ce  [monu- 
ment] de  mon  vivant  afin  d'y  avoir  un  jour  une  place 
pour  mon  corps.  Je  me  nomme  Abercius;  je  suis  disci- 
ple d'un  saint,  pasteur,  qui  fait  paître  ses  troupeaux  de 
brebis  sur  les  montagnes  et  dans  les  plaines,  qui  a  de 
grands  yeux  dont  le  regard  atteint  partout.  C'est  lui  qui 
m'a  enseigné  les  écritures  sincères.  C'est  lui  qui  m'en- 
voya à  Rome  contempler  la  majesté  souveraine,  et  voir 
une  reine  aux  vêtements  d'or  et  aux  chaussures  d'or.  Je 
vis  là  un  peuple  qui  porte  un  sceau  brillant.  J'ai  vu 
aussi  la  plaine  de  Syrie  et  toutes  les  villes,  Nisibe  au 
delà  de  l'Euphrate.  Partout  j'ai  trouvé  des  confrères. 
J'avais  Paul...  la  foi  me  conduisait  partout.  Partout  elle 
m'a  servi  en  nourriture  un  poisson  de  source,  très  grand, 
très  pur,  péché  par  une  vierge  sainte.  Elle  le  donnait 
sans  cesse  à  manger  aux  amis;  elle  possède  un  vin  déli- 
cieux qu'elle  donne  avec  le  pain.  —  J'ai  fait  écrire  ces 
choses  moi,  Abercius,  à  l'âge  de  soixante-douze  ans.  Que 
le  confrère  qui  les  comprend,  prie  pour  Abercius.  On  ne 
doit  pas  mettre  un  autre  tombeau  au-dessus  du  mien 

christl.  Alterthumskunde  und  fur  Kirchengesch.,  in-8*,  Rom., 
1894,  t.  vin,  p.  328.  —  3Nuovo  bull.  di  arch.  crist.,  1895,  pi. 
iii-vi,  vu.  —  *  Inscript,  christ,  urb.  Romse,  1. 11,  part.  1,  proœm., 
p.  xviii.  —  5  Mélanges  de  l'École  de  Rome,  t.  xv  (1895),  pi.  1. 


75 


ABERCIUS 


76 


sous  peine  d'amende,  deux  mille  pièces  d'or  pour  le  fisc 
romain,  mille  pour  ma  chère  patrie  Hiéropolis  '.  » 

IV.  L'interprétation.  —  L'interprétation  de  cette  épi- 
taphe  a  donné  lieu  à  plusieurs  tentatives.  Leur  audace 
a  provoqué  chaque  fois  une  polémique  très  vive  à  la- 
quelle se  sont  mêlés  des  savants  d'une  compétence  telle, 
que,  la  lutte  achevée,  il  est  permis  de  n'accorder  plus 
aux  vaincus  qu'une  simple  mention.  En  effet,  la  dis- 
cussion est  close. 

1°  En  1894,  M.  G.  Ficker  s'efforça  de  démontrer  qu'A- 
bercius  fut  un  prêtre  de  Cybèle  dont  l'épitaphe  vante  le 
zèle  au  service  de  la  déesse  2.  Quelques  jours  plus  tard, 
0.  Hirschfeld  appuya  cette  thèse  d'un  nouvel  argument3. 
Malgré  ce  renfort,  le  système  fut  traité  avec  une  extrême 
rigueur  '*.  De  Rossi  ferma  la  discussion  par  ces  pa- 
roles :  Lo  stravagante  paradosso  è  di  tanta  e  cosi  ma- 
nifesta assurdità,  che  stimevei  perdere  il  tempo,  se  mi 
accingessi  a  confutarlo5. 

2°  En  1895,  M.  Ad.  Harnack  reprit  en  l'atténuant  la 
thèse  de  M.  Ficker6.  Il  substitua  à  l'origine  païenne 
'inlluence  d'un  syncrétisme  particulier  dont  on  trouve- 
rait d'autres  traces  en  Asie  Mineure,  et  se  borna  au  rôle 
d'amonceleur  de  nuages.  M.  Zahn  fit  observer  l'arbi- 
traire et  l'insuffisance  de  l'hypothèse  de  cette  sorte  de 
syncrétisme  dans  lequel  entreraient  certains  éléments 
chrétiens,  à  peu  près  juste  ce  qu'il  faut  pour  expliquer 
les  parties  de  l'inscription  manifestement  rebelles  à 
toute  autre  interprétation 7.  M.  Duchesne  acheva  de 
déblayer  la  route  8.  Les  Bollandistes  adoptèrent  ses  con- 
clusions avec  quelques  réserves  en  ce  qui  concerne  le 
culte  d'Abercius  à  Hiéropolis9. 

3°  En  1896,  M.  Dieterich  transforma  la  théorie,  qu'il 
présenta  étayée  d'arguments  nouveaux  et  à  laquelle  il 
attira  des  adhésions  éclatantes  et  enthousiastes  10.  Sui- 
vant M.  Dieterich,  le  saint  pasteur  dont  le  regard  atteint 
partout,  n'est  pas,  comme  on  le  croyait,  le  Christ,  mais 
Attis  dont  Abercius  était  prêtre.  Les  écritures  sin- 
cères que  le  dieu  phrygien  lui  a  apprises,  sont  les  for- 
mules sacrées  enseignées  dans  ses  mystères. 

Ce  même  dieu  ou,  en  d'autres  termes,  la  communauté 
de  ses  fidèles,  l'envoya  à  Rome  pour  assister  au  mariage 
que  l'empereur  Héliogabale  fit  célébrer  solennellement 
en  216  entre  Elagabal,  son  idole  syrienne,  et  la  déesse 
Cmlestis  de  Carthage.  Ce  sont  là  le  roi  et  la  reine  aux 
vêtements  d'or,  aux  chaussures  d'or,  et  celle-ci  ne  dé- 
signe donc  pas  l'Église  romaine  qu'on  avait  voulu  y 
reconnaître.  Le  Xaôç  que  vit  Abercius  est  la  pierre  sa- 
crée d'Émèse,  qui  fut  à  cette  occasion  promenée  sur  un 
char  dans  les  rues  de  Rome.  Plus  tard  Abercius  a  visité 
les  sanctuaires  de  Syrie,  conduit  par  Nestis,  la  déesse  de 
l'eau  et  du  jeûne;  il  a  mangé  non  pas  l'î^O'j;  des  chré- 
tiens, né  de  la  Vierge,  mais  les  poissons  sacrés  d'Atar- 
galis,  que  les  prêtresses  seules  avaient  le  droit  de  pêcher. 
Il  a  consommé  aussi  du  pain  et  du  vin,  mais  il 
s'est  soigneusement  abstenu  de  viande,  nourriture 
prohibée. 

Cette  interprétation,  «  appuyée  sur  un  appareil  d'éru- 
dition extraordinaire  41,  »  fut  réfutée  par  M.  Fr.  Cumont, 

'  L.  Duchesne,  dans  les  Mélanges  de  l'École  de  Rome,  1895, 
p.  157;  Salomon  Reinach,  dans  la  Revue  critique,  1896,  t.  H, 
p.  448;  Fr.  Cumont,  L'inscription  d'Abercius  et  son  dernier 
exégète,  dans  la  Revue  de  l'instruction  publique  en  Belgique, 
1897,  p.  89  sq.  —  «  Gerhardt  Ficker,  Der  heidenische  Charade- 
ter  der  Abercius-Inschrift,  dans  1rs  Sitzungeberichte  der  kb- 
niglich-preussischen  Akademie  der  Wisaenschaften  tu  Berliru 
in-8",  Berlin,  1"  févr.  1894,  p.  87-112  —  'O.  Hirschfeld,  Zu  der 
Abercius-Inschrift,  dans  le  même  recueil,  22  février,  p.  213.  — 
*  Duchesne,  dans  le  Bulletin  critique,  15  mars  1894,  p.  117; 
V.  Schultze,  A  berkios  von  Hiéropolis,  dans  Theologisches  Lite- 
raturblatt,  1894,  n.  18,  19,  cf.  n.  30.  Analecta  bollandiana, 
Bruxellis,  1894,  t.  XIII,  p.  402;  Wilpert,  Fractio  panis,  appen- 
dice :  Inscription  d'Abercius;  Marucchi,  dans  le  NiloVO  bull, 
di  arch.  crist.,  1895,  t.  I,  p.  17-41.  —  5De  Rossi,  Bull.  Ai  arch. 
crist-,  1894,  p.  68.  —  •  Zur  Abercius-Inschrift,  dans  les  Texte 


à  qui  j'ai  emprunté  le  résumé  de  l'explication  de 
M.  Dieterich  12.  Nous  avons  dit  quelles  raisons  nous 
croyons  avoir  de  tenir  cette  réfutation  pour  définitive  13 
et,  en  adoptant  l'opinion  commune,  nous  nous  joignons 
à  ceux  qui  pensent  «  qu'il  y  a  quelque  présomption  que 
ce  n'est  point  sur  des  solutions  fausses  que  s'accordent 
tant  de  spécialistes  et  de  bons  esprits  qui  se  sont  occupés 
récemment  de  la  fameuse  inscription  14  ». 

V.  L'explication.  —  L'état  dans  lequel  se  trouve  la 
matière  subjective  de  l'épitaphe,  la  collation  du  texte 
des  manuscrits  avec  le  texte  lapidaire  d'Alexandre  ont 
donné  lieu  à  plusieurs  questions. 

1°  De  la  date  de  l'épitaphe.  —  Le  titulus  d'Alexandre 
trouvé  à  Kélendres,  l'ancienne  Hiéropolis,  contient  huit 
vers  dont  six  reproduisent  à  très  peu  de  chose  près  l'épi- 
taphe d'Abercius.  La  question  d'antériorité  pour  l'une 
ou  l'autre  ne  repose  sur  aucun  argument  objectif  :  dès 
lors,  elle  est,  comme  toute  critique  interne,  à  la  merci 
des  systèmes.  Un  esprit  critique  ne  peut  s'avancer  sur 
ce  terrain16;  quoi  qu'il  en  soit,  la  conclusion  générale- 
ment admise  en  faveur  de  l'antériorité  d'Abercius  peut 
être  maintenue  et  par  conséquent  l'épitaphe  considérée 
comme  antérieure  à  l'année  216  de  notre  ère. 

2°  L'identification  du  personnage.  —  Plusieurs  docu- 
ments mentionnent  un  personnage  nommé  'AoÉpxio;. 

a)  L'épitaphe  ne  lui  donne  aucun  titre. 

b)  L'auteur  de  la  Vie  qui  accueille  l'épitaphe  comme 
étant  celle  de  son  héros  ne  met  pas  en  doute  sa  qualité 
d'évêque. 

c)  L'historien  Eusèbe  a  conservé  des  fragments  d'un 
traité-  antimontaniste,  écrit  dans  la  région  où  vécut 
Abercius  et  adressé  à  un  certain  Abercius  Marcellus 
('AouipKie  MâpxeXXe) 16.  Le  prologue  de  cet  écrit  constate 
que  son  auteur,  Abercius  et  un  troisième  personnage 
nommé  Zotique  d'Otrous  étaient  prêtres,  c'est-à-dire  très 
probablement  évêques.  Abercius  parait  avoir  joui  d'une 
certaine  autorité  sur  ses  collègues,  puisque  l'un  d'eux 
recevait  ses  désirs  comme  des  ordres  :  h/uxarfiêic,  ùità 
<to0  <ruYYp:i?at-  De  ces  linéaments  nous  pouvons  rappro- 
cher plusieurs  observations.  M.  Ramsay  a  identifié  la 
ville  d'Otrous  dont  Zotique  était  évéque.  Otrous  était 
située  en  Phrygie  Salutaire  et  relevait  de  la  métropole 
de  Synnade;  l'emplacement  de  l.i  ville  donne  encore  lieu 
à  quelque  hésitation,  toutefois  on  ne  saurait  le  chercher 
ailleurs  que  dans  la  vallée  de  Sandukly.  Le  siège  épi- 
scopal  d'Abercius,  Hiéropolis,  était  voisin  de  ces  lieux. 
Cette  première  constatation  donne  à  la  suscription  du 
traité  antimontaniste  un  intérêt  particulier,  puisque 
l'époque  à  laquelle  il  fut  écrit  doit  aider  à  déterminer 
l'époque  exacte  où  vécut  Abercius.  Le  traité  fut  écrit 
plus  de  treize  ans  après  la  mort  de  la  prophétesse  mon- 
taniste  Maximille,  pendant  ce  laps  de  temps  aucune  des 
prédictions  sinistres  de  celte  femme  ne  s'était  réali 

on  n'avait  vu  «  ni  guerre  locale,  ni  guerre  générale;  les 
chrétiens  eux-mêmes  jouissaient  d'une  tranquillité  per- 
sévérante par  la  grâce  de  Dieu17  »  :  o-j'te  |j.spixb;  o-'j-i 
xaGoXixb;  xô<tu.<;>  ysyovs  •rco'Xeu.o;,  à).Xà  xa'i  "/piTTiavo:; 
u,»).).ov  eïpïjvri  6idtu,ovo;.  On  a  placé  cette  longue  période 

und  {/nfers.,1895,t.  xn,  fasc.  4,  28  p.  —  'Th.  Zahn,  Einealtchristl. 
Grabinschrift  und  ihrjûngstes  Auslegen,  dans  la  Neue  kirchL 

Zeitschrift,  1895,  t.  vi,  p.  863-886.  —  »  L'épitaphe  d'Abercius. 
dans  les  Mélanges  de  l'École  de  Rouir,  ii  IS9.">,  |>.  IV,- 

182.  —  «Anal,  bolland..  1896,  t.  xv,  p.  333.  —  10 A.  Dieterich,  Die 
Grabschrift  des  Aberkios,  1896,  p.  va,  54.  Cf.  SaL  Reinach,  toc 
cit.;C.  Weymann,  dans  VHiStor.  Jahrbuch,  in-8*,  Munster,  1896, 
p.  904.  —  «  Anal,  bolland.,  1897,  L  x\  i,  p.  74,  ,;  L'inscription 
d'Abercius  et  son  dernier  exégète,  dans  la  Revue  de  l'instr. 
publ.  en  Belgique,  in-8°,  Bruxelles.  1897,  p.  91.  —  "  Voy.  aussi 
Anal,  bolland.,  1897,  t.  xvi,  p.  74-77.  —  "Ibid..  1896.  t.  xv, 
p.  332.  —  l5Fr.  Cumont,  op.  cit.,  p.  92,  note  de  la  page  91;  Piolin. 
dans  Pitra,  Anal.  sacr.  Spicil.  Solesm.  parata,  I.  u.  p.  \\\n; 
J.  B.  Lightfoot,  Apostol.  Fathers,  part.  II,  t.  I,  p.  479,  note  I  ; 
Anal,  bolland.,  1897,  t.  xvi,  p.  75.  —  '«Eusèbe,  Eist.  «ci.,  V, 
xvi,  P.  G.,  t.  xx,  col.  464-466.  —  "  Rtid. 


77 


ABERGIUS 


78 


de  paix  entre  les  années  198-211',  ce  qui  semble  peu 
compatible  avec  la  longue  guerre  de  Bretagne  (207  à 
210),  assez  grave  pour  réclamer  la  présence  de  l'empe- 
reur, et  d'autre  part  avec  les  persécutions  en  Afrique  et 
en  Asie  à  la  suite  de  l'édit  de  202  2.  A  vrai  dire  les  ob- 
jections de  ce  genre  n'ont  le  plus  souvent  qu'une  im- 
portance subjective;  quoi  qu'il  en  soit,  un  autre  intervalle 
chronologique  a  été  plus  généralement  regardé  comme 
satisfaisant  à  la  remarque  de  l'anonyme  antimontaniste3; 
on  a  adopté  le  règne  de  Commode  qui  dura  près  de 
treize  ans  (17  mars  180-31  décembre  192),  fut  relativement 
pacifique  et  sur  la  politique  religieuse  duquel  l'influence 
de  Marcia  eut  le  plus  heureux  effet  4.  On  peut  donc 
accepter  la  date  193  pour  la  rédaction  du  traité.  Cette 
chronologie  s'accorde  avec  la  Fie  d'Abercius  pour  lui  faire 
exercer  son  ministère  sous  Marc-Aurèle,  elle  s'accorde 
aussi  avec  la  paléographie  de  l'épitapbe.  En  effet,  l'in- 
scription d'Alexandre  qui  remonte  à  l'année  216  est  no- 
toirement plus  récente  que  celle  d'Abercius  qui  a  encore 
les  formes  archaïques  supplantées  dans  l'autre  par  les 
formes  lunaires. 


Abercius 
E.    . 

2.   .    . 


Alexandre 

.  .  .e 

.    .    .  C  et  même  C 


Abercius  est  également  seul  à   offrir  les  formes  an- 
tiques suivantes  : 

H,     O,     P,     Y,     cp 

autant  de  traits  qui  démontrent  que  l'inscription  a  dû 
être  gravée  vers  la  fin  du  ne  siècle  5. 
3°  Du  siège  épiscopal  d'Abercius.   —   'ExXexTriç  ttô- 

Xeioç   ô  TtoXEiT/}; yor^rj-^  nocxpiSt    'lEpouôXsi.  Tous  les 

manuscrits  de  la  Vie  portaient  TepârcoXei,  on  appliqua 
cette  lecture  au  texte  de  l'épitaphe  bien  qu'il  portât  'Ie- 
pÔTtoXst.  Cette  lecture  fautive  entraînait  de  grosses  diffi- 
cultés lorsqu'il  fallait  donner  une  place  à  Abercius  dans 
le  catalogue  des  évêques  de  Hiérapolis,  en  Phrygie  Paca- 
tienne.  Cette  difficulté  s'évanouit  lorqu'on  rendit  Aber- 
cius à  son  véritable  siège,  Hiéropolis,  en  Phrygie  Salu- 
taire. La  découverte  de  l'inscription  d'Alexandre  au 
village  tout  moderne  de  Kélendres  dans  la  vallée  de 
Sandukly  fit  tout  d'abord  préjuger  que  l'épitaphe  d'Aber- 
cius avait  dû  se  trouver  au  même  endroit,  à  cause  de 
l'identité  de  leur  formulaire  6.  En  outre,  il  était  évident 
que  la  pierre  portant  l'inscription  d'Alexandre  avait  été 
transportée  à  Kélendres,  probablement  avec  des  maté 
riaux  de  construction,  il  fallait  donc  chercher  ailleurs 
mais  à  peu  de  distance  sans  doute,  et  à  coup  sûr  dans 
la  Phrygie  Salutaire.  La  Phrygie  fut  incorporée  pour  la 
plus  grande  partie  à  la  province  d'Asie,  au  premier  siè- 
cle de  notre  ère.  Elle  portait  diverses  dénominations  sui- 
vant les  subdivisions  qui  la  partageaient;  dans  la  Grande 
Phrygie  se  trouvaient  deux  villes  nommées  Hiérapolis  et 
Hiéropolis,  la  première  appartenant  à  la  subdivision 
judiciaire  (conventus)  de  Laodicée,  la  seconde  à  celle  de 
Synnade,  villes  qui  devinrent,  au  IVe  siècle,  les  capitales 
de  la  Phrygie  Ile  ou  Pacatienne  et  de  la  Phrygie  IIe  ou 
Salutaire,  Hiérapolis  était  située  dans  la  Phrygie  Paca, 


'  Bonwetsch,  Die  GeschicMe  der  Montanismus,  1881,  p.  146 
sq.  ;  cf.  L.  Duchesne.  Rev.  des  quest.  hist.,  juillet  1883,  p.  29.  — 
1 J.  B.  Lightfoot,  Apostolic  Fathers,  part.  II,  t.  I,  p.  482.  Cf.  P.  Al- 
lard,  Histoire  des  persécutions,  c.  H,  in-8°,  Paris,  1886,  t.  n, 
p.  55  sq.  —  3  Hilgenfekl,  Ketzergeschichte,  p.  565;  Keim,  Rom. 
und  das  Christenthum,  p.  638  sq.  ;  Voltei',  dans  la  Zeitschrift 
fur  wissenschaftlichen  Théologie,  1883,  t.  xxvn,  p.  27  ;  Gorres, 
dans  Jahrbuch  fur  protest.  Théologie,  1884,  p.  234,  424  sq. 
J.  B.  Lightfoot,  Apostolic  Fathers,  part.  II,  t.  I,  p.  483;  De 
Bossi,  Inscr.  christ,  urbis  Romx,  t.  n,  proœm.,  p.  xvm.  — 
*  B.  Aube,  Le  christianisme  de  Marcia,  clans  la  Revue  archéo- 
logique, mars  1879,  p.  154-175;  De  Celeuneer,  dans  la  Revue  des 
quest.  hist.,  juillet  1876,  p.  156-168.  —  5  De  Bossi,  Inscr.  christ, 
urb.  Hum.,  t.  n,  procem.,  p.  xvil-xvm.  —  6  De  Bossi,  Bull,  di 


tienne,  Hiéropolis  dans  la  Phrygie  Salutaire.  La  distinc- 
tion se  retrouve  dans  le  iSynecdemus  d'Hiéroclès,  sous 
Justinien  et  dans  les  catalogues  épiscopaux  du  moyen 
âge  byzantin;  cependant  Le  Quien  confondit  les  deux 
villes  et  transporta  à  Hiéropolis  la  ville  de  Hiérapolis  ad 
Lycum  et  toute  sa  longue  histoire  sacrée  et  profane7. 
Les  deux  villes  ont  été  distinguées  de  nouveau  par 
Mur  Duchesne8. 

Tous  les  documents  hagiographiques  qui  mentionnent 
Abercius  dépendent  de  sa  Vie;  les  églises  de  Hiéra- 
polis et  de  Hiéropolis  sont  détruites  depuis  longtemps 
et  leurs  traditions  disparues.  La  Vie  portait  'IgpaTtoXsi; 
au  contraire  l'inscription,  dans  les  manuscrits,  portait 
'IspÔTtoXst.  Le  ms.  de  Paris  1484  désignait  en  outre  la 
province  sous  le  nom  de  Petite  Phrygie  y\  u.r/.pâ  «tp-jyia, 
le  110  disait  simplement  <ï>pvyia,  mais  il  omettait  le  der- 
nier vers  de  l'inscription,  celui  qui  contient  le  nom  de 
la  ville  bénéficiaire  de  l'amende.  Le  110  et  le  1540 
olfrent  en  ce  qui  regarde  l'épitaphe  des  variantes,  qui 
s'accordent  avec  l'inscription  d'Alexandre  mieux  que  les 
autres  mss.  Cette  circonstance  donna  une  autorité  par- 
ticulière, dès  le  début,  à  ce  groupe  de  manuscrits9.  Or, 
le  1540  indique  la  patrie  d'Abercius  comme  située  dans 
la  Phrygie  Salutaire  10.  D'autres  traits  concourent  à  dési- 
gner Hiéropolis.  Les  messagers  de  Marc-Aurèle  venus  à 
la  recherche  de  l'évêque  passent  à  Byzance,  Nicomédie 
et  Synnade,  métropole  de  la  province  :  k'çûaaav  xarà  tï)v 
SvvàSetov  (xrjTpÔTtoXtv  xf\i  Xs^OséoT);  'tpuyi'aç  "  ;  de  là  ils  se 
font  conduire  à  Hiéropolis  en  quelques  heures.  Cet  iti- 
néraire et  ces  distances  sont  incompréhensibles,  si  l'on 
substitue  Hiérapolis  ad  Lycum  à  Hiéropolis  12.  La  men- 
tion d'un  gouverneur  de  la  Phrygie  Salutaire  en  rési- 
dence à  Synnade  n'a  d'autre  valeur  que  de  présenter  un 
émoin  de  la  distinction  des  deux  villes  pour  le  Ve  siècle. 

4°  Sur  le  mot  BAIIA  du  vers  7.  —  La  cassure  de  la 
pierre  en  coupant  ce  mot  à  été  l'occasion  de  longues 
discussions.  Cette  cassure  est  extrêmement  ancienne13. 
On  a  proposé  pour  y  suppléer  pa<TiXY)<xv  et  pa<nXeiav,  au 
vers  suivant  BAIIAIZ  est  complété  en  pacriXiTa-av.  La 
deuxième  expression  reste  obscure  malgré  les  tentatives 
les  plus  subtiles  et  les  plus  consciencieuses  de  l'exégèse. 
Il  n'y  a  pas  de  raison  qui  impose  l'interprétation  natu- 
relle ou  l'interprétation  symbolique.  Cette  épithète  est 
adressée  à  Rome  (fîaa-iXtç)  par  Justin  Martyr  u.  De  plus, 
on  trouve  un  emploi  analogue  dans  une  inscription  lue 
sur  un  des  syringes  de  Thèbes. 

ANTCûNIO[ç 
©CWAOPOC 
O  AlACHMOraToç 
KA0OAIKOC  T[ïjç  Aî-yu 
nTOY  [xa\]  cpOINIKHC 
rTOAITHC  €N  TH 
BACIA[eu]0[:]CH  PÛÙMH 
XPONCÙ  TTOAAG0 
AIATPIYAC  KAI 
TA  €K€I  0AYMAT[a 
eiAON  KAI  TA  ENTAY0A16 

«  Antonios  Théodoros,    le  plus  illustre  catholicos  de 

arch.  crist.,  1882,  p.  77  sq.  —  'Le  Quien,  Oriens  christianus, 
1740,  t.  i,  p.  832;  Gams,  Séries  episcoporum  ecclesise  catholicse, 
p.  446.  —  'Duchesne,  Hiéropolis,  patrie  d'Abercius,  dans  la 
Revue  des  quest.  hist.,  juillet  1883,  t.  n,  p.  16  sq.;  W.  Bamsay, 
The  cities  and  bishoprics  of  Phrygia,  part.  II,  p.  16,  17,  ou 
Journal  of  hellenic  studies,  1887.  —  9  De  Bossi,  Bull,  di  ar- 
cheologia  crist.,  1882,  p.  79.  —  l0L.  Duchesne,  dans  la  Revue  des 
quest.  hist.,  juillet  1883,  p.  19;  cf.  Cod.  paris,  gr.  I5U0,  f>  129. 
—  uCod.  paris,  gr.  15i0,  f°  144;  U-/iiiar,i;  manque  dans  Cod. 
par.  Ii84.  —  ,2L.  Duchesne,  loc.  cit.,  p.  19;  W.  Bamsay,  The 
taie  of  saint  Abercius,  p.  9.  —  l3  F.  Cumont,  loc.  cit.,  p.  93, 
note  1.  —  "Justin  Martyr,  Apolog.  I,  26,  56,  P.  L.,  t.  vi,  coL 
368.  413.  —  ,s  Archives  des  missions  scientifiques,  2'  série, 
1866,  t.  n,  p.  481. 


79 


ABERGIUS 


80 


l'Egypte  et  de  la  Phénicie,  j'ai  vécu  longtemps  citoyen 
de  la  cité  royale  de  Rome  et  j'y  ai  vu  des  merveilles.  » 

5°  Sur  le  mot  AAON.  —  Hirschfeld  '  et  Dieterich  2 
ont  traduit  ce  mot  par  :  pierre;  ce  qui  fournissait  la 
pierre  noire  d'Émèse,  c'est  là  un  «  sens  insolite,  mal 
attesté,  presque  barbare  3  »  et  «  l'unique  exemple  de 
Xâo;  dans  le  sens  de  pierre,  relevé  dans  toute  la  littéra- 
ture grecque,  est  contesté4  ».  L'inscription  a  été  traitée 
au  point  de  vue  de  la  philologie  avec  une  compétence 
reconnue  par  Th.  M.  Wehofer  5  qui,  à  propos  de  lec- 
tures telles  que  ),âov  dans  le  sens  exceptionnel  de  pierre, 
a  lait  observer  que  c'est  l'usage  de  citer  ces  curiosités  phi- 
lologiques à  des  commençants  afin  de  leur  ouvrir  des 
horizons,  mais  qu'en  aucun  cas,  dans  un  passage  con- 
troversé, ces  textes,  soi-disant  parallèles,  ne  sauraient 
être  acceptés  comme  des  preuves. 

6°  Sur  le  mot  TTIITII.  —  On  a  voulu  lire  ici  NHITIX 
ou  NIITI2,  divinité  aquatique  qui  a  nourri  Abercius,  de 
poisson,  de  pain  et  de  vin.  Il  n'y  a  pas  lieu  de  discuter 
l'interprétation  fondée  sur  cette  lecture  qu'un  examen 
attentif  de  la  pierre  démontre  erronée.  Ce  qui  aura 
trompé,  c'est  que  sur  ce  coin  du  bloc  de  pierre  il  s'est 
formé  un  dépôt  calcaire  de  couleur  brune,  dont  un 
bout  semble  former  la  barre  transversale  du  N.  Mais  ce 
dépôt  ne  correspond  à  aucun  trait  de  gravure.  Il  se 
retrouve  sur  d'autres  parties  de  la  stèle  et  il  y  affecte 
les  formes  les  plus  diverses  6. 

7°  Sur  les  mots  ).au.iipoiv  Z<pPAI~EIAAN  Eyovra.  —  On 
a  interprété  ces  mots,  d'après  le  canon  de  la  symbolique 
primitive,  dans  le  sens  du  sceau  éclatant  du  baptême. 
On  a  conjecturé  7  qu'il  pourrait  s'agir  ici  de  ces  tro- 
phées (ta  rp^Ttata)  dont  parle  le  prêtre  Caius  et  qui  sont 
les  tombeaux  des  saints  apôtres  Pierre  et  Paul  8.  C'est 
une  hypothèse  que  rien  ne  corrobore. 

8°  Sur  l'amende  au  profit  du  fisc  impérial  et  du  fisc 
municipal.  —  Cette  mention  a  surpris  Tillemont  :  «  Ce 
ne  sont  pas  là,  écrivait-il,  les  pensées  ordinaires  des 
saints  quand  ils  se  préparent  à  la  mort9  ;  »  cependant  elle 
est  très  fréquente  en  Phrygie,  à  la  même  époque  l0.  Cette 
préoccupation  touchant  l'inviolabilité  des  sépultures 
s'explique  par  la  persistance  des  idées  et  des  coutumes 
antiques.  Le  christianisme  s'était  développé  dans  ces 
contrées  dans  des  conditions  spéciales.  Pendant  que  les 
persécutions  sévissaient  par  intermittence  sur  toutes 
les  provinces  de  l'empire,  la  Phrygie  fut  presque  con- 
stamment épargnée.  Depuis  l'époque  des  Antonins  jus- 
qu'à la  persécution  de  Dioctétien,  nous  voyons  s'y  éta- 
blir et  s'y  implanter  une  église  chrétienne  qui,  peu  à 
peu,  abandonna  ses  allures  mystérieuses  pour  affirmer 
ouvertement  sa  croyance.  A  la  fin  du  11e  siècle,  on  lit 
dans  l'inscription  d'Abercius  :  TaûO'  ô  voûv  eù'Saixo  ÛTrèp 

1  O.  Hirschfeld,  dans  les  Sitzungberichte  der  kôniglich-preus- 
sisclien  Akademie  der  Wissenschaften  zu  Berlin,  in-8°,  1894. 
—  *  A.  Dieterich,  Die  Grabschrift  des  Aberkios,  1896.  — 
3  L.  Duchesne,  dans  les  Mélanges  de  l'École  de  Rome,  1895.  — 
*  L.  de  Grandmaison,  dans  les  Études  ■publiées  par  des  Pères  de 
la  C"  de  Jésus,  Paris,  t.  LXXI,  p.  450.  Cf.  Œdipe  à  Colone, 
v.  196  :  Ae/ptôç  y'êtu'  axpou  Xâoy  fJçccxùç  ôxXàaa;,  ce  que  Benloew 
traduit  ainsi  :  Humilis  eœtremo  in  saxo  obliquus  subside.  — 
"Wehofer,  Philologischc Bemerkungen  zur  Abercius  Inschrift, 
dans  la  Rômische  Quartalschrift,  1896,  t.  x,  p.  61-84;  Wehofer, 
Eineneue  Aberkioshypothese,  dans  la  Rômische  Quartalschrift, 
1896,  p.  351-378.  —  6  F.  Cumont,  loc.  cit.,  p.  93,  note  2.  —  '  Ma- 
rucchi,  dans  le  Nuovo  bull.  di  arcli.  crist.,  1895,  p.  40;  voy. 
Pitra.  Anal,  solesm.,  t.  il,  p.  173;  J.  B.  Lightfoot,  Apost.  Fatli., 
part.  II,  t.  I,  p.  482.  11  faut  rapprocher  ces  mots  :  .Wov  Xaimpbv 
fffpayrSetv  f/ovrct,  de  ceux  de  l'Apocalypse,  vu,  2  :  "Ayyiîiov  f^ona 
irsjçnYïXa  9îo3  Çu.vto;,  et  encore  vu,  3,  ix,  4,  sur  les  serviteurs  de 
Dieu  marqués  d'un  sceau  sur  le  front.  SîfaYÎ;  s'entend  par  anto- 
nomase du  signe  de  la  croix;  cf.  Garrucci,  Mélanges  d'épigraphie 
ancienne,  1856,  p.  12,  et  De  Rossi,  dans  Pitra,  Spicil.  solesm., 
t.  iv,  p.  519  sq.  C'est  aussi  le  nom  du  signe  de  croix  dans  la  litur- 
gie grecque.  Cf.  Bri^litman,  Eastern  liturgies,  p.  xlvii,  lig.  14; 
Smith,  Diction,  of  cliristian  antiquities,  au  mot  Seal.  La  Didas- 
calie  l'emploie  dans  le  sens  de  baptême.  —  'Eusèbe,  Hist.  eccl.,  II, 


'Agspxt'ou  rcSç  ô  o-uvwîôç.  Quele  confrère  qui  comprend 
\ces  choses]  prie  pour  Abercius.  A  la  fin  du  IIIe  siècle, 
nous  possédons  trois  épitaphes,  dont  l'une  de  l'année 
279  après  J.-C,  sur  lesquelles  on  lit  les  épithètes  /pr)<T- 
Tiavoî,  ^pïiOTiavâ),  y_pr,iTTiavo\,  ypr.ortavy;  et  y_p/|«jnavoïç  ". 
A  la  même  époque,  il  exista  en  Phrygie  des  cimetières 
chrétiens  à  ciel  ouvert12  et  ce  fait  n'est  pas  pour  nous 
surprendre  puisque  nous  savons  que  la  population  de 
certaines  villes,  y  compris  les  magistrats,  professait  le 
christianisme.  A  Eumeneia,  au  IIIe  siècle,  sur  71  épitaphes 
classées  comme  païennes  ou  douteuses,  11  seulement 
sont  certainement  postérieures  à  215.  Pour  cette  même 
période  nous  relevons  26  épitaphes  chrétiennes.  Dès  le 
IIe  siècle,  nous  y  rencontrons  trois  sénateurs  parmi  les 
chrétiens13,  pendant  le  siècle  suivant  nous  en  rencon- 
trons six  '*.  Eusèbe  nous  parle  d'une  ville  de  Phrygie 
dont,  en  l'an  303,  toute  la  population  était  chrétienne  15. 
Par  goût  et  par  politique  on  était  tolérant.  On  comprend 
que  ces  relations  amicales  avec  l'État  romain  aient 
donné  aux  communautés  de  Phrygie  une  susceptibilité 
moins  ombrageuse  à  l'égard  de  tout  ce  qui  touchait  à 
l'administration  et  au  culte  officiels.  L'incorporation  du 
pays  à  la  province  d'Asie  était  assez  ancienne,  —  elle  da- 
tait du  premier  siècle  avant  notre  ère,  —  on  s'était  ac- 
coutumé à  la  puissance  romaine  et  on  lui  faisait  sa  part 
d'impôt  d'assez  bonne  grâce.  La  vie  municipale  surtout 
s'était  conservée  intacte,  l'idiome  indigène  était  parlé 
par  tous  les  esclaves  et  les  paysans  16.  De  là,  quelques 
anomalies.  Eumeneia,  ville  chrétienne,  garda  ses  vieilles 
empreintes  monétaires  qu'on  remplaça  à  Apamée11  de- 
puis le  règne  de  Septime  Sévère.  De  même,  les  chré- 
tiens avaient  mis  à  leur  usage  les  noms  à'episcopos**, 
geraios19,  des  noms  d'associations20,  et  usaient  de  plu- 
sieurs formules  telles  que  itîai  çi/.o;  -xa\  oùSevl  iyôpôç, 
u.r,&£va  XuTtr'iraç  u.t)8ev1  Tîpoaxpo'Jaa;,  évidemment  cal- 
quées sur  des  éloges  païens  comme  celui-ci  :  Mipxo-j 
IloXtïjto'j  çtXoo'ôçoy  Tràvrwv  çi/.o'j 2I  ;  ou  bien  ils  em- 
pruntaient des  sentences  aux  écrivains  profanes,  comme 
celle-ci,  à  Eumeneia,  empruntée  à  Ménandre  : 

xaXbv  to  yripiv,  xa\  xb  u.T)  YriP°'v  TP'î  X£'-Pu  *a*<>v 
xa).ôv  tô  ôvrçfjxeiv  ot;  tô  Çtjv  ûëpcv  <p£pei 
Il  est  bon  de  vieillir,  ne  pas  vieilir  est  trois  fois  pire. 
La  mort  est  un  bien  à  ceux  que  maltraite  la  vie  22. 

L'opposition  entre  les  devoirs  du  chrétien  et  ceux  du 
citoyen  parait  n'avoir  pas  été  soupçonnée,  on  aimait  sa 
ville  natale  23,  on  se  plaisait  à  rappeler  les  charges  mu- 
nicipales qu'on  y  avait  exercées2*,  on  confiait  à  ses  ar- 
chives la  copie  de  son  testament25,  on  se  souvenait  de 
son  budget  qu'on  instituait  son  héritier  éventuel26.  La 
conservation  du  monument  funéraire  rentrait  dans  le 

xxv,  P.  G.,  t.  xx,  col.  208-209.  —  «Tillemont,  Mém.  hist.  eccl., 
t.  11,  p.  621.  —  "  Monum.  Eccles.  Iit.,l.  1.  n.  2789,  2790,  2793  bis; 
Vidal  Lablache,  Comment,  detitulisfunebribus  in  Asiaminore, 
p.  50-68.  —  «  Corp.  inscr.  grxc,  t.  m,  n.  3857  g,  3865  l,  3857 
p.  —  "F.  Cumont,  Les  inscr.  clirét.  de  l'Asie  Mineure,  p.  26 
(tirage  à  part).  —  ,3  W.  Ramsay,  Cities  and  bishoprics  of  Phry- 
gia.  n.  204,  210,  219.  —  «*  Wid.,  n.  359,  361,  364,  368,  371.  — 
15  Eusèbe,  Hist.  eccl.,  VIII,  xi,  t.  xx,  col.  768.  Cf.  Lactance.  Tnst. 
divin.,  V,  11,  P.  L.,  t.  VI,  col.  585.  —  ,0E.  Renan,  Origines  du 
christianisme,  t.  m,  p.  23.  —  "  J.  Eckhel,  Dortrina  vrtrrum 
nummorum,  part.  I,  in-4*,  Vindobonae,  1792-1798.  t.  m.  p.  130 
sq.  Cf.  de  Witte,  Ch.  Lenormant,  dans  les  Met.  d'archc< 
des  PP.  Cahier  et  Martin,  gr.  in-4%  Paris,  1846  sq.,  t.  m,  p.  169 
sq.,  199  sq.  —  '*  W.  Ramsay,  loc.  cit..  n.  382.  —  "  Ibid.,  n.  361, 
364.-  î0  Ibid. ,n.  411  f,  455.  —  »'  Corp.  inscr.  grtec.,  t.  m,  n.  3865. 
—  '-'-Monum.  Eccles.  lit.,  t.  1.  n.  2788.  —  "  Vi.y.  M<num.  Eccles. 
lit.,  t.  I,  n.  2787,  lig.  1,  22,  cf.  n.  2790;  A  Eumeneia  :  EÙ|l«iù<  .ù 
au»  TToXtuv  TToiiTr,;.  Bull,  de  corresp.  hellénique,  t.  vin,  p.  234.  — 
"F.  Cumont,  Les  inscript,  de  l'Asie  Mineure,  n.  137,  140,  162, 
168  (?)  :  Po-jitimiî ;  n.  140,  146  :  ?««,:,;  m  TiP«.oS.  —  «To^ou 
4vTi'ypa=ov  à-^iOr,  es  -.à  if/!Îa  (249  après  J.-C.),  Journal  of  hell. 
stud.,  t.  iv,  p.  401.  —  -"  Amendes  au  profit  de  la  ville,  F.  Cu- 
mont, loc.  cit..  n.  146, 177,178;  au  profit  du  t«n«rov  (itfùïcrai  tapiT», 
■Phium»  wniTov),  n.  141.  147,  157,  176-178,  209,  214,  215,  395. 


81 


ABERCIUS 


82 


même  ordre  d'idées,  à  peine  modifiées  par  le  christia- 
nisme. Les  païens  redoutaient  dans  la  privation  de  sépul- 
ture les  conséquences  d'outre-tombe;  ils  se  voyaient  er- 
rants et  besogneux,  mêlés  au  troupeau  des  âmes  en  peine 
qui  voltigent  sur  les  bords  du  Styx1.  Les  chrétiens  re- 
doutaient de  n'avoir  point  de  part  à  la  résurrection  de 
la  chair  si  le  corps  était  arraché  à  la  tombe2.  On  ne 
peut  être  surpris  de  rencontrer  l'expression  de  celte 
crainte  chez  un  évêque  d'Asie  précisément  à  l'époque 
où  nous  relevons  d'autres  témoignages  favorables  ou 
contraires  à  cette  croyance  dans  plusieurs  églises3.  La 
coutume  d'imposer  des  amendes  à  ceux  qui  détruiraient 
ou  dégraderaient  les  sépultures  s'est  conservée  long- 
temps. 

La  mention  que  nous  venons  d'expliquer  implique 
l'existence  d'un  répertoire  des  lituli  portant  description 
et  copie  du  monument,  autrement,  comme  on  l'a  fait 
observer,  la  défense  écrite  pœnœ  nomme  disparaissant 
avec  l'objet  lui-même  qu'elle  était  destinée  à  sauvegar- 
der, le  fait  du  sacrilège  en  eût  assuré  l'impunité*. 

9°  Dernières  observations.  —  La  forme  carrée  de  la 
stèle  n'est  pas,  comme  on  l'a  insinué5,  l'indice  d'une 
origine  païenne.  On  la  trouve  à  Sandukly  et  à  Prym- 
nessos  dans  la  Phrygie  Salutaire  6. 

L'épithète  xaXdç  que  l'on  a  réclamée  pour  le  mot  Pas- 
teur est  rendue  impossible  par  la  mesure  du  vers,  c'est 
pourquoi  on  lui  a  substitué  âyvdç. 

La  vierge  pure  ne  peut  être  confondue  avec  l'Église 
désignée  par  sa  fonction  de  donner  aux  fidèles  la  nour- 
riture que  Marie,  la  vierge  pure,  lui  a  procurée  7. 

10°  Le  formulaire.  —  L'épitaphe  d'Abercius  com- 
prend deux  parties  nettement  distinctes  et  réunit  à  elle 
seule  les  deux  types  de  la  littérature  épigraphique.  Elle 
utilise  le  formulaire  adopté  et  y  insère  une  composition 
personnelle8.  Pour  dégager  le  formulaire  courant,  il 
suffit  de  rapprocher  les  deux  tituli  d'Abercius  et  d'Alexan- 
dre, on  obtient  le  résultat  suivant  : 

Abercius. 

1)  'ExXexTrj;  TtdXetoî  ô  7roXetTï)ç  tout'  é7ronq<7a 

2)  Çùv  "v  é'xo)  xaipû  (?)  <T<ji(j.aTo;  ev8a  6é<riv. 

3)  ovvou.'  'A6lpxio;    (i'v,  o  u,a8ï]TY|ç  Ttoiuivo;  àyvoO 


Une  pièce  de  16  vers. 


20)  où  p.svtot  TÛ(j.ëoj  tc;  è[jLà>  ÉTepôv  Ttva  6'<î(Tef 

21)  e!  8*  oùv,  'Pa)|j.aca)v  ■za\ieiw  0-r\ae.i  Sic/îXia  ^p'juâ, 

22)  xac  xpY)o-Tîj  TtaxpiSi  'Iepo7:ô),et  x'^'a  XP^0*1 

Alexandre. 

1)  ('Ex)XexTïj;  Tz6(\)i(aç  6  7toXet'(t/i;)  Towz'iTto(r\(<ja) 

2)  (Zàiv  î)v  ex10  <pavep(ûi;?)  aoSu.aTOç  k'vôa  6£<tiv. 

3)  Oûvojxa  'AXéijavSpoç  'Avtwviou  u.a8T]Tï);  Troiuivoç  âyvr>ij. 

4)  Où  uivxoi  T\ju,ëo>  ti;  èu.w  êtepdv  xcva  ôrjdEi 

5)  EiS'  oùv,  "Pa)|iaî(ov  Ta((j.)sca>  8r|0-£(i)  8io-xs'Xia   (x)pua'à 

6)  Kai  (x)PTTT^l  t«TptS(i)  'IepoTro'Xei  yiiXia.  XPU0"5. 

«E.  Le  Blant,  L'épigraphie  chrétienne  en  Gaule,  1890,  p.  52  sq.; 
C.  Bay et, \De  titulis  Atticse  christianis  antiquissimis,  in-8%  Lute- 
tiae  Parisiorum,  1876,  p.  52  ;  O.  Hirschfeld,  Zur  Gescliichte  des 
Christenthums  in  Lugdunum  vor  Constantin,  in-8%  Berlin,  1895, 
p.  20.  —  *E.  Le  Blant,  Les  persécuteurs  et  les  martyrs,  c.  xxm, 
1893,  p.  251  sq.  Cf.  Corpus  inscriptionum  grœcarum,  t.  m, 
n.  3890,  3891,  3902,  3902  f,  3902n,  3963,  t.  iv;  n.  9135,  9266,  9270, 
9288,  9289,  9298  ;  Le  Bas  et  Waddington,  Voyage  archéologique 
en  Grèce  et  en  Asie  Mineure,  gr.  in-4%  Paris,  1899,  n.  1654  a, 
1703.  Voyez  E.  Le  Blant,  Inscriptions  chrétiennes  de  la  Gaule 
antérieures  au  vm"  siècle,  Paris,  1856-1865,  t.  i,  n.  207,  p.  289  sq., 
cf.  n.  13,  p.  37  et  n.  216,  p.  312;  Mabillon,  De  re  diplomatica, 
p.  96;  G.  Marini,  Papiri  diplomatici,  n.  263  a;  cf.  p.  120,285; 
Wassersehleben,  Bussordnungen,  p.  639,  cf.  p.  690.  —  3  G. 
Marini,  Iscrizioni  antiche  délie  ville  e  de'  palazzi  Albani, 
in-4%  Roma,  1785,  p.  37-77  ;  S.  Maffei,  Muséum  Veronense,  in-fol., 
Veronae,  1749,  p. 364 ;  Orelli,  Inscriptionum  latinarum  selectarum 
amplissimacollectio, in-8',  Turici,  1828,,  n.  4393,  4432  ;  R.  Fabretti, 
Inscriptionum  antiquarum,  quse  in  sedibus  paternis  asservan- 


Les  deux  premiers  vers  ne  font  pas  de  difficulté.  Le 
troisième  peut  subir  la  modification  :  'Aêépxioç  ô  ûv... 
Dans  l'inscription  d'Alexandre  la  difficulté  est  suppri- 
mée; au  nom  d'Abercius  on  a  substitué  celui  du  défunt 
auquel  on  a  ajouté  celui  de  son  père,  le  vers  n'existe 
plus.  Les  trois  derniers  vers  sont  exactement  semblables. 
Le  pénultième  a  été  manifestement  altéré.  Il  contient 
sept  pieds  et  demi.  Les  deux  textes  ont  la  même  faute 
dont  l'origine  est  claire.  A  l'expression  t<S  cpt'axw  qui  est 
fréquente  sur  les  marbres  portant  la  mention  d'une 
amende,  on  a  substitué  les  mots  'Piouat'wv  ranec'w  qui 
ont  la  même  signification  mais  avec  une  valeur  proso- 
dique toute  différente.  Le  vers  doit  donc  être  restitué 
ainsi  qu'il  suit  : 

El  S'  oùv  T<ô  çicnuo  O^o-et  SidxtXta  XPUlT* 
Le  dernier  vers  paraît  un  peu  forcé  par  l'intrusion  du 
nom  de  la  ville  'IepoTréXec,  —  trois  brèves  consécutives, 

—  il  y  a  lieu  de  penser  que  le  formulaire  n'avait  pas  été 
destiné  primitivement  à  cette  ville.  L'épitaphe  d'A- 
lexandre se  termine  par  une  mention  en  prose  de  la 
date  du  monument  et  une  acclamation  liturgique.  Il  est 
possible  que  ces  deux  phrases  se  trouvassent  également 
sur  la  stèle  d'Abercius. 

Nous  pouvons  donc  restituer  ainsi  un  formulaire  épi- 
graphique  chrétien  en  usage  dans  une  ville  de  l'Asie 
Mineure,  vers  le  milieu  du  IIe  siècle  : 

'ExXexTrjç  iréXecoç  ô  Tzo\tix/)i  toOt'  knoi^aa. 
Zùv  tv  é'xto  xatpû  (?)  0-cou.aTo;  È'v8a  8l<jtv. 

O'j'vo|xa ûv,  ô  paOriTT);  Troijisvo;  àyvoû. 

Où  uivTot  TU(J.êa>  Tt;  èu.ù>  Êxepov  riva  8rio-£r 
El8  '  oùv,  tu  <pt<TXa>  8ïj<re(i)  Smt/J.'mx.  xpu<râ- 
Ka\  xP*)*71*)  taiptSt.  .  .  .  x£''la  XPuff*' 
VI.  Le  symbolisme.  —  Le  poème  de  seize  vers  com- 
posé par  Abercius  renferme  plusieurs  indications  encore 
reconnaissables  pour  les  initiés  sous  le  style  convention- 
nel dont  l'auteur  faisait  usage  : 

Toc'jS'  ô  vo<Sv  eù'ÇatTO  ùirkp    'Aêepxîou  itâç  ô  (ruvfoSôç, 
Que  tout  confrère  comprenant  ceci  prie  pour  Abercius. 

L'itinéraire  de  voyage  d'Abercius  à  l'aller  n'est  pas 
indiqué,  il  serait  oiseux  de  faire  des  conjectures.  Au  re- 
tour, Abercius  s'arrêta  sur  la  côte  de  Syrie,  peut-être  à 
Antioche,  d'où  il  se  rendit  à  Nisibe  après  avoir  arpenté 
la  Syrie  en  tous  sens  (vers  10).  On  peut  présumer  que 
le  retour  à  Hiéropolis  se  fit  par  Édesse.  Il  ne  serait 
pas  impossible  que  le  passage  concernant  l'apôtre  Paul 
doive  être  complété  de  manière  à  indiquer  que  l'évêque 
suivit,  pour  entrer  dans  sa  patrie,  l'itinéraire  parcouru 
par  saint  Paul  dans  sa  troisième  mission.  Abercius  au- 
rait donc  rejoint  Antioche  par  Édesse  d'où  il  serait 
remonté  par  Issus,  Tarse,  Derbé,  Iconium,  Antioche  de 
Pisidie  et  Apamée  Kibotos  jusqu'au  cœur  de  la  Phrygie. 

On  peut  rapprocher  la  mention  des  églises  lointaines, 
réunies  dans  le  rite  unique  de  la  manducation  de  Jésus- 

tur,  explicatio,  in-fol.,  Roraae,  1702,  t.  I,  p.  309  ;  t.  H,  p.  175,  190, 
253.  Cf.  Huschke,  J  urisprudentise  anteiustinianex  quse  super- 
sunt,  in-8%  Stuttgart,  1882,  p.  432  ;  Cod.  Theodos.,  1.  III,  tit.  XVI  ; 
1.  IX,  tit.  xvii,  1  et  4,  et  tit.  xxxvm.  —  *  E.  Le  Blant,  Inscr.  chrét. 
de  la  Gaule,  1. 1,  p.  293.  Cf.  G.  Marini,  Papiri  diplomatici  raccolti 
ed  illustrati,  in-fol.,  Roma,  1805,  p.  142,  et  Atti  e  monumenti 
degli  fratelli  Arvali,  in-4%  Roma,  1795,  p.  330,  cite  une  donation 
gravée  sur  marbre  et  une  épitaphe  renvoyant  toutes  deux  à  des 
actes  écrits.  On  connaît  l'usage  des  Grecs  de  déposer  en  lieu  sûr 
des  reproductions  de  leurs  tituli.  Voir  Boeckb,  Corp.  inscr.  grsec, 
t.  il,  n.  3266,  3281,  3282,  3401,  3509,  3515,  3516.  —  'Harnack,  Zur 
Abercius-Inschrift.,  p.  5,  n.  3.  —  6  Corp.  inscr.  grsec,  t.  iv, 
n.  9266;  J.  B.  Lightfoot,  Apostolic  Fathers,  part.  II,  t.  i,  p.  485. 

—  'De  Rossi,  Inscr.  christ,  urb.  Rom.se,  t.  n,  proœm.,  p.  xxm; 
J.  B.  Lightfoot,  Apost.  Fathers,  part,  n,  1. 1,  p.  481  ;  cf.  Riickert, 
dans  la  Theologische  Quartalsclirift,  Tùbingen,  1886,  p.  395  sq.  ; 
F.  W.  Fai-rar,  Lifes  of  the  Saints,  t.  I,  p.  10.  —  «E.  Le  Riant,  Ma- 
nuel d'épigraphie  chrétienne  d'après  les  marbres  de  la  Gaule, 
in-12,  Paris,  1869. 


83 


ABERCIUS 


84 


Christ,  Fils  de  Dieu,  Sauveur  (IX0YN),  du  récit  de 
la  réception  faite  à  Rome  à  saint  Polycarpe  par  le  pape 
Anicet1.  Cette  mention  de  la  diffusion  des  communautés 
chrétiennes  au  11e  siècle  est  d'accord  avec  les  témoigna- 
ges des  écrivains  contemporains  ou  postérieurs  de  peu 
d'années  2. 

Nous  relevons  un  double  usage  liturgique  :  le  mélange 
de  vin  et  d'eau  dans  le  calice  et  la  communion  sous  les 
deux  espèces,  oivov  jy>r,arôv  ïyovaa.,  *Epacru.a  oiSoûija 
(j.et'  apto-j  (vers  16). 

Il  n'entre  pas  dans  la  nature  de  ce  travail  de  recher- 
cher ce  que  l'épitaphe  d'Abercius  peut  fournir  de 
textes  neufs  et  formols  à  la  science  théologique  assez 
pauvre  en  matière  d'épigraphie.  Citons  toutefois  l'opi- 
nion d'un  philologue  distingué  opposé  au  christia- 
nisme d'Abercius  :  «  Tous  ceux  qui  jusqu'à  M.  Ficker 
(1894)  se  sont  occupés  de  ce  texte,  catholiques,  protes- 
tants ou  juifs,  ont  admis,  avec  des  divergences  insigni- 
fiantes, les  explications  que  voici  :  1°  Abercius  a  été  à 
Rome  et  y  a  vu  la  majesté  de  l'Église  romaine,  reine  du 
monde  chrétien;  2°  il  y  a  vu  aussi  le  peuple  des  fidèles, 
marqué  du  sceau  éclatant  du  baptême;  3°  il  a  trouvé 
partout  des  chrétiens;  4°  la  foi  lui  a  servi  de  guide; 
5°  elle  l'a  nourri  du  poisson  (J.-C.)  né  de  la  sainte  Vierge  ; 
6°  Abercius  et  les  autres  lidèles  recevaient  Jésus-Christ 
sous  les  espèces  du  pain  et  du  vin.  Ainsi,  la  primauté 
du  siège  de  Rome,  le  symbolisme  du  Poisson,  le  bap- 
tême, l'eucharistie,  tout  cela  était  attesté  par  l'inscrip- 
tion d'Abercius  pour  le  milieu  du  IIe  siècle  [après] 
J.-C.  3.  »  (Salomon  Reinach.) 

Les  vers  12  à  16  du  poème  d'Abercius  sont  obscurs  et 
leur  sens  véritable  paraît  se  dégager  avec  plus  de  clarté 
si  on  les  compare  à  une  épigramme  composée  dans  le 
mètre  élégiaque  et  trouvée  à  Autun  en  1839  4.  Ces  deux 
compositions  sont,  à  ce  qu'il  semble,  presque  contem- 
poraines, mais  celle  d'Autun  parait  tronquée  de  sa  fi- 
nale (peut-être  quatre  vers) 5.  Quoi  qu'il  en  soit,  voici  ces 
deux  fragments  tels  que  nous  les  possédons  : 

Abercius. 

ui'oti;  raxvTrç  3s  TrpoTjye, 

xai  7:apl0r)x£  Tpoçrjv  7râvrr]  lyôùv  aTtb  mr)yr|<; 
7rav(j.£-fÉ9ri,  y.aOapbv,  bv   èSpiÇaro  Ttapôsvo;    àyvï], 
15     xai  to-jtov  àTréôtDXE  cpfXoc;  k'aOeiv  Stà  7ravTÔç, 

oivov  -/p*]<rcbv  ê'y_o'j<Ta,  xEpa<Tu.a  StSoûa-a  jjlet'  àptou. 

la  foi   me   conduisait  partout;  partout 

elle  m'a  servi  en  nourriture  un  poisson  de  source,  très 
grand,  très  pur,  péché  par  une  vierge  sainte.  Elle  le 
donnait  sans  cesse  à  manger  aux  amis;  elle  possède  un 
vin  délicieux  qu'elle  donne  avec  le  pain. 

Pectorius   d'Autun. 
Tyôùo;  o(ùpavt'ou  6s)ïov  ysvoç  î}Topt  <teu.v<J> 
Xpyj<jE-  Xaë(î)(v  7rriyT))v  ajiëpoTov  Èv  fSpoTÉot; 
0e<T7r£<Tca>v  ûôâxuv  ttjv  <tt|V  çi'Xe  0iX7tso  ^(X'W 
'TSaiTtv  àevdcoe;  TtXouToSÔTou  aocpi/);- 
5      Su)TT|po;  àyitov  u.EXir)3sa  Xâu,ëavE  (3(pù<r.v) 
"E<t8ie  irivâtov,  \yO\iw  ïyu>v  itaXâ u.a i ;  6 

Race  céleste  du  Poisson  divin,  fortifie  ton  cœur,  puisque 
tu  as  reçu  au  milieu  des  mortels  la  source  immortelle 
de  l'eau  divine.  Ami,  réjouis  ton  âme  par  l'eau  toujours 
jaillissante  de  la  sagesse  qui  donne  les  trésors.  Reçois 
ce  mets  doux  comme  le  miel  du  sauveur  des  saints, 
mange  avec  délices  tenant  dans  tes  mains  le  Poisson. 

La  source  divine  et  intarissable  à  laquelle  le  peuple 


'  S.  Irénée,  Lettre  au  pape  Victor,  dans  Eusèbe,  Hist.  eccl., 
V,  xxiv,  P.  G.,  t.  xx,  col.  493.  —  *E.  Renan,  Origines  du  chris- 
tianisme, c.  xxv,  t.  vu,  p.  447  sq.  —  3Cf.  dans  la  Revue  critique, 
1896,  t.  n,  p.  449.  —  *  Pitra,  dans  Annales  de  philos,  chrét., 
1"  septembre  1839,  série  II,  t.  xix,  p.  195;  Monum.  Eccles.  lit., 
t.  i,  n.  2826.   —  5  De  Rossi,   Inscr.   christ,   urb.  Rom.,  t.    u, 


élu  du  Poisson  puise  ia  sagesse  et  la  sainteté  est  repré- 
sentée dans  les  fresques  de  la  chambre  des  Sacrements, 
au  cimetière  de  Callixte.  Le  pêcheur  jette  son  hameçon 
vers  le  poisson  qui  baigne  dans  la  source  sortie  du  ro- 
cher et  dans  laquelle  un  enfant,  le  petit  poisson  selon 
le  Christ,  reçoit  le  baptême.  C'est  la  représentation  d'un 
mot  de  Tertullien  :  «  Nous  naissons  dans  l'eau  petits 
poissons  selon  le  Christ,  et  nous  ne  pouvons  nous  sau- 
ver si  nous  n'y  demeurons.  Aussi  les  élus  seront-ils  la 
race  céleste  du  Poisson  divin,  ils  seront  les  petits  pois- 
sons nés  dans  l'eau  qui  découle  de  cette  Pierre  qui  est 
le  Christ,  formés  à  sa  ressemblance,  affermis  dans  sa 
vertu,  puisant  à  la  source  intarissable  la  science  de  la 
sagesse  éternelle.  » 

Abercius  parle  de  la  même  source  et  du  même  Pois- 
son très  pur  qu'il  ne  confond  pas  avec  les  petits  pois- 
sons. Aussitôt  après  il  dit  que  ce  poisson  a  été  péché  par 
une  vierge  sainte,  autre  trait  qui  doit  être  rapproché  de 
la  fresque  de  Callixte. 

L'accord  devient  plus  étroit  lorsque  Pectorius  et  Aber- 
cius parlent  de  la  manducation  du  Poisson  par  ceux 
que  conduit  la  foi.  A  ce  point  de  vue  l'épigramme  d'Au- 
tun est  de  beaucoup  plus  obscure  que  l'autre,  la  méta- 
phore y  est  si  bien  soutenue  que  la  confusion  serait 
facile  si  Abercius  ne  nous  apprenait  que  ce  Poisson  se 
mange  sous  la  forme  du  pain  et  du  vin  mélangé  d'eau, 
c'est-à-dire  les  espèces  de  l'eucharistie.  Ces  trois  élé- 
ments se  trouvent  réunis  dans  une  fresque  de  la  cata- 
combe  de  Lucine  qui  représente  le  Poisson  nageant, 
derrière  lequel  est  placée  une  corbeille  contenant  du  vin 
et  trois  pains  1.  Dans  les  chambres  des  Sacrements  on 
trouve  à  plusieurs  reprises  8  la  mensa  portant  pains 
et  poissons,  une  fresque  entre  autres  représente  un 
prêtre  pendant  l'acte  de  la  consécration,  il  a  devant 
lui  un  pain  et  un  poisson  9.  L'épigraphie  donne  sa  part  de 
lumière,  grâce  à  un  marbre  de  Modène  qui  remonte  au 
me  siècle.  Il  représente  deux  petits  poissons  se  nour- 
rissant de  pain  l0  (fig.  26). 


26.  —  Marbre  de  Modène  du  nr  siècle. 
D'après  le  Bull,    di    archeol.,   1865,   p.  76. 

Cet  accord  rigoureux  entre  des  monuments  séparés 
par  de  si  grandes  distances  justifie  l'observation  d'Aber- 
cius après  son  voyage  à  Rome,  en  Syrie,  en  Mésopota- 
mie et  son  retour  par  l'Asie  -Mineure  :  «  Partout  j'ai  trouvé 
des  confrères...  Partout  [on]  m'a  servi  en  nourriture  un 
Poisson  de  source,  très  grand,  très  pur,  péché  par  une 
vierge  sainte.  Elle  le  donnait  sans  cesse  à  manger  aux 
amis,  elle  possède  un  vin  délicieux  qu'elle  donne  avec 
le  pain.  » 

VIL  Culte.  —  Le  culte  liturgique  d'Abercius  ne  pré- 
sente aucune  particularité  digne  d'attention.  Son  nom 
apparaît  pour  la  première  fois  dans  les  ménologes  et 
synaxaires  grecs  du  x«  siècle.  Le  martyrologe  hiérony- 


proœm.,  p.  xx-xxi.  —  a  D'  O.  Pohl,  Das  Ichthys  Monument 
von  Autun,  in-8",  Berlin,  1880.  — 'F.X.  Kranss,  Die  rômischen 
Katakomben,  1873,  pi.  vm,  n.  1  ;  De  Rossi,  Roma  sotterranea 
cristiana,  t.  H,  p.  349,  et  pi.  vm.  —  "De  Rossi,  Roma  sotterr., 
t.  Il,  pi.  xiv,  4;  xv,  2:  xvi,  2.  —  "  Ibid.,  pi.  xvi,  1.  —  ,0  De 
lW>i,  Rull.  di  arch.  crist.,  1865,  p.  76. 


85 


ABERCIUS 


86 


mien  n'en  fait  pas  mention.  Les  martyrologes  des  VIIIe  et 
ixe  siècles  ne  l'ont  pas  connu  '. 

VIII.  Bibliographie.  —  Surius  (L.),  Vitae  sancto- 
rwm,  au  22  octobr.,  p.  334-340.  —  Baronius  (C),  Mar- 
lyrologium  romanum,  ad  novam  kalendarii  rationem 
et  ecclesiasticee  historiée  veritatem  restilutum,  Gre- 
gorii  XIII  papee  iussu  editum,  accès,  notationes  atque 
tractatio  de  Martyrologio  romano,  in-fol.,  Bomse, 
1586,  22  octobr.;  Annales  ecclesiastici,  a  Christo  nato 
ad  annum  H98,  année  163,  in-fol.,  Borna?,  1588-1593, 
p.  10-15.  —  Halloix  (G.),  Illustrium  Ecclesiee  orientalis 
scriptorum  gui  sanctitale  juxta  et  erudilione,  primo 
Chris ti  sœcido  floruerunt  et  Apostolis  convixerunt  vitee 
et  documenta,  2  in-fol.,  Duaci,  1633-1636,  t.  h,  p.  137 
sq.  —  Allatius  (L.),  Diatriba  de  Symeonum  scriptis, 
in-4»,  Parisiis,  1664,  p.  124,  130.  —  Agapius  Cretensis, 
IIapâ8si(xoç,  Venetiis,  1683,  p.  147-162.  —  Cave  (G.), 
Historia  litteraria  scriptorum  ecclesiasticorum,  2  in- 
fol.,  Londini,  1688-1689;  Oxford,  1741,  t.  i,  p.  66.  - 
Pagi  (A.),  Crilica  historico-chronologica  in  Annales 
ecclesiasticos  Baronii,  in-fol.,  Paris,  1689,  p.  11.  — 
Tillemoiu,  Mémoires  pour  servir  à  l'histoire  ecclésias- 
tique des  six  premiers  siècles,  justifiez  par  les  citations 
des  auteurs  originaux,  avec  une  chronologie  et  des 
notes  pour  éclaircir  les  difficultés  des  faits  et  de  la 
chronologie,  16  in-4»,  Paris,  1694-1712,  t.  n,  p.  299-300, 
621-623;  16  t.  en  10  in-fol.,  Bruxelles,  1732,  t.  n, 
p.  137,  298-299.  —  Fabricius,  Bibliotheca  greeca,  3e  édit. 
14  in-4»,  Hamburgi,  1718,  t.  v,  p.  188;  ibid.,  1719,  t.  ix, 
p.  49;  4e  édit.  curante  G.-C.  Harles,  12  in-4°,  Hamburgi, 
1790-1811.  —  Canisius  (H.),  Thésaurus  monumentorum 
ecclesiasticorum,  7  in-fol.,  Amsteloedami,  1725,  t.  m, 
p.  481.  —  Le  Quien,  Oriens  christianus,  3  in-fol.,  Pari- 
siis, 1740,  t.  i,  col.  833  sq.  —  Scholze,  De  menologis 
duorum  codicum  grœcorum  bibl.  regiee  Parisiensis, 
in-4»,  Paris,  1823,  p.  45.  —  Boissonnade  (J.-F.),  Anec- 
dota  greeca,  5  in-8»,  Paris,  1833,  t.  v,  p.  462-488.  —  Pi- 
tra  (J.-B.),  Spicilegium  solesmense,  in-4",  Paris,  1855, 
t.  m,  p.  533;  1858,  t.  iv,  p.  483.  —  Garrucci  (B.),  dans 
la  Civillà  caltolica,  in-8°,  Borna,  1856,  t.  i,  p.  685  sq.; 
t.  n,  p.  83  sq.;  Mélanges  d'épigraphie  ancienne, 
in-4°,  Paris,  1856,  p.  1,  31.  —  De  Bossi,  Roma  sotter- 
ranea  crisliana,  3  in-fol.,  Borna,  1867,  t.  n,  descrip- 
tion des  plancbes  de  la  chambre  des  sacrements.  — 
Bossue,  S.  J.,  Acta  sanctorum ,  oct.  t.  ix,  1858,  p.  484 
sq.  ;  1869,  p.  515  sq.  —  Patrologia  greeca,  t.  cxv,  col. 
1211  sq.  —  Martinow  (J.),  Annus  ecclesiasticus  greeco- 
slavicus,  dans  Acta  sanctorum,  1864,  oct.  t.  xi, 
p.  257,  269.  —  Becker  (G.),  Die  Darslellung  Jesu 
Chrisli  unter  dem  Bilde  des  Fisches,  in-8°,  Mùn- 
chen,  1866,  p.  35.  —  Gams  (P.  B.),  Séries  episcoporum 
Ecclesiee  catholicee,  in-4°,  Batisbonnse,  1873,  p.  446.  — 
Venables  (E.),  dans  Smith,  Dictionary  of  Christian  bio- 
graphy,  in-8°,  London,  1877,  t.  I,  p.  5.  —  Spencer 
Northcote  (J.),  Epilaphs  of  the  catacombs,  London, 
1878,  p.  134-136.  —  Benan  (E.),  Origines  du  chris- 
tianisme, Paris,  1879,  t.  vi,  p.  432,  note  2.  —  Bam- 
say  (W.),  dans  le  Bulletin  de  correspondance  hellé- 
nique de  l'École  française  d'Athènes,  juillet  1882,  t.  vi, 
p.  518.  —  Schultze  (V.),  Die  Katakomben,  die  altchrist- 
lichen  Grabstàtten,  ihre  Geschichte  und  ihre  Monumente 
dargestellt,  Leipzig,  1882,  p.  119.  —  Bamsay  (W.),  The 
taie  of  saint  Abercius,  dans  le  Journal  of  hellenic  stu- 
dies,  London,  1882,  n.  d'octobre.  —  Duchesne  (L.),  dans 
le  Bulletin  critique,  Paris,  1882,  t.  m,  p.  135.  —  De 
Bossi,  Bullettino  di  archeologia  cristiana,  1882,  p.  77.  — 
Duchesne  (L.),  Abercius,  évëque  d'Hiéropolis  en  Phry- 
gie,  dans  la  Bévue  des  questions  historiques,  Paris,  1883, 
t.  xxxiv,  p.  5-33.  —  Maunoury  (A.),  L'épitaphe  de  saint 
Abercius,  dans  les  Annales  de  philosophie  chrétienne, 
Paris,  1883,  t.  vm,  p.  437-446.  -  Bamsay  (W.),  dans 

«Bossue,  dans  Act.  SS.,  oct.  t.  ix,  p.  489-49-1. 


la  Revue  archéologique,  Paris,  1883,  p.  194-195.  —  The 
cities  and  bishoprics  of  Phrygia,  dans  le  Journal  of 
hellenic  studies,  1883,  p.  424  sq.  —  Pitra  (J.-B.), 
Analecta  sacra  Spicilegio  solesmensi  parafa,  in-4», 
Typis  tusculanis,  1884,  t.  il,  p.  xxvi  sq.,  162  sq.  — 
Bamsay  (W.),  dans  The  Academy,  London,  1884,  p.  174. 

—  Lightfoot  (J.  B.),  dans  The  Expositor,  London,  1885, 
p.  11;  The  apostolic  Fathers,  in-8°,  London,  1885, 
part.  I,  t.  i,  p.  476-485.  —  Krùger  (G.),  Abercius  von 
Hierapolis  nic/il  Hicropolis,  dans  la  Tlteologische  Lite- 
raturzeitung,  Leipzig,  1887,  n.  du  26  février.  —  Bam- 
say (W.),  The  cit.  and  bish.  of  Phrygia,  dans  le  Jour- 
nal of  hellenic  studies,  part.  II,  1887,  p.  16  sq.  —  De 
Bossi,  Inscriptiones  christianee  urbis  Romee  septimo 
seeculo  antiquiores,  Bomae,  1888,  t.  il,  part.  1,  proœm., 
p.  xn  sq.  —  Achelis  (H.),  Das  Symbol  des  Fisches  und 
die  Fischdenkmâler  der  rômisch.  Katakomben,  1888, 
p.  16-18.  —  De  Mély  (F.),  Le  poisson  dans  les  pierres 
gravées,  dans  la  Revue  archéologique,  1889.  —  "Wilpert 
(J.),  Principienfragen  der  christlichen  Archaeologie, 
in-4°,  Freiburg  im  Breisgau,  1889,  p.  51-55.  —  Bamsay 
(W.),  dans  The  Expositor,  1889,  p.  253  sq.  —  Farrar 
(F.  W.),  Life  of  Fathers,  in-12,  Edinburgh,  1889,  t.  i, 
p.  10.  —  Allard  (P.),  dans  la  Science  catholique,  in-8°, 
Paris,  1889,  p.  362  sq.  -  Thurston  (H.),  Tomb  of  saint 
Abercius,  dans  The  Month,  mai  1890,  p.  38-56,  et  The 
story  of  saint  Abercius  :  a  Byzantine  forgery?  juil., 
p.  339-359.  —  Civiltà  caltolica,  in-8»,  Borna,  1890,  p.  203. 

—  Minasi  (J.-M.),  La  doltrina  del  Signore  pei  dodici 
apostoli,  bandita  aile  genti,  detta  la  doltrina  dei  do- 
dici apostoli,  versione,  note  e  commentario,  in-8», 
Boma,1891,  p.  289.  —  Analecta  Bollandiana,  gr.  in-8°, 
Bruxellis,  1891,  t.  x,  p.  95.  —  Harnack  (A.),  Geschichte 
der  altchristlichen  Literatur  bis  Eusebius,  gr.  in-8», 
Leipzig,  1893,  t.  i,  fasc.  1,  p.  259.  —  Marucchi  (0.),  La 
regina  délie  iscrizioni  cristiane  venulaci  dall'  Asia, 
dans  la  Nuova  antologia,   in-8»,  Firenze,  15  mars  1893. 

—  Cabrol  (F.),  Histoire  du  cardinal  Pitra,  c.  XII, 
in-8»,  Paris,  1893,  p.  172  sq.  —  Zahn  (Th.),  Forschun- 
gen  zur  Geschichte  des  n.-t.  Rations,  in-8»,  1893,  t.  v, 
p.  57.  —  Kraus  (F.  X),  Christliche  Archaeologie,  dans 
Bepertorium  fur  Kunstwissenschaft,  in-fol.,  Stuttgart, 
1893-1894,  t.  xvin,  fasc.  1.  —  Bévue  des  questions  ac- 
tuelles, Paris,  1893,  5  mars,  p.  293.  —  Ficker  (G.),  Die 
heidenische  Character  der  Abercius-Inschrift,  dans  les 
Sitzungsberichte  der  kôniglich-preussischen  Akademie 
der  Wissenschaften  zu  Berlin,  in-8°,  Berlin,  1er  févr. 
1894,  p.  87  sq.  —  Duchesne  (L.),  dans  le  Bulletin  cri- 
tique, 1894,  t.  xv,  p.  177.  —  De  Bossi,  Bullettino  di 
archeologia  crisliana,  1894,  p.  69  sq.  —  Schultze  (V.), 
dans  le  Theologische  Literaturblatl,  1894,  n.  18-19.  — 
Analecta  Bollandiana,  1894,  t.  xm,  p.  402.  —  Bobert, 
dans  VHermès,  Berlin,  1894,  p.  421  sq.  —  De  Waal,  dans 
la  Rômische  Quartalschrift,  Bom.,  1894,  t.  vm,  part.  3 
et  4,  p.  329.  —  Cinti,  Historia  crilica  Ecclesiee  catho- 
licee, t.  i,  fasc.  7,  p.  408  sq.  Cf.  Civiltà  cattolica, 
1890,  t.  vu,  p.  592.  -  Hirschfeld  (O.),  dans  les  Sit- 
zungsb.  d.  kônigl.-preuss.  Akad.  derWissensch.,  Berlin, 
1894,  p.  213  sq.  —  Harnack  (A.),  Zur  Abercius-Inschrift, 
dans  les  Texte  und  Unlersuchungen,  in-8»,  Leipzig,  1895, 
t.  xn,  fasc.  4,  p.  3-28  (à  la  fin).  —  Duchesne  (L.), 
L'épitaphe  d' Abercius,  dans  les  Mélanges  de  l'Ecole 
française  de  Rome  :  in-8»,  Borne,  1895,  t.  xv,  p.  155  sq. 

—  Marucchi  (O.),  Nuove  osservazioni  sulla  iscrizione  di 
Abercio,  dans  le  Nuovo  bullettino  di  archeologia  cris- 
tiana, Borna,  1895,  p.  17  sq.  —  Grisar,  dans  la  Civiltà 
cattolica,  Borna,  1895,  p.  317-322.  —  Zahn  (Th.),  Fine 
altchristliche  Grabinschriftund  ihr  jùngstes  Auslegen, 
dans  la  Neue  kirchliche  Zeitschrift,  1895,  p.  863-886.  — 
Conybeare,  dans  The  Academy,  London,  juin  1896, 
p.  468-470.  —  Lingens,  dans  la  Zeitschrift  fur  katho- 
lischen  Théologie,  Innsbriick,  1896,  p.  305  sq.  —  Weho- 
fer  (Th.),  Philologische  Bemerkungen  zur  Abercius-In- 


87 


ABERCIUS  —  ABGAR  (LA  LÉGENDE  D') 


88 


schrifl,  dans  la  Rômisclie  Quarlalschrift,  1896,  t.  x,  p.  16- 
84.  —  Hartmann  (L.  M.),  Abercius  und  Cyriacus,  dans 
Serta  harteliana,  gr.  in-8°,  Wien,  1896,  p.  142  sq.  — 
Analecla  bollandiana,  1896,  t.  xv,  p.  331.  —  Weymann 
(C),  dans  YHistorisches  Jahrbuch,  Munster,  1896.  — 
Wehofer,  Eine  neue  Aberkiosltypolhese,  dans  la  Rô- 
mische  Quarlalschrift,  1896,  t.  x,  p.  351-578.  —  Wilpert 
(J.),  Fraclio  panis ,  in-fol.,  Freiburg  im  B.,  1896,  p.  96- 
112.  —  Dieterich  (A.),  Die  Grabschrift  des  Aberkios, 
in-8",  1896,  54  p.  —  Reinach  (S.),  dans  la  Revue  critique, 
14  décembre  1896,  p.  447.  —  Analecta  bollandiana,  1897, 
t.  xvi,  p.  74.  —  Duchesne  (L.),  dans  le  Bulletin  critique) 
1897,  t.  xvm,  p.  101.  —  Batiffol  (P.),  dans  la  Revue  de 
l'histoire  des  religions,  in-8°,  Paris,  1897,  t.  xxxvi, 
p.  112. 113.  —  Nuth,  De  Marci  diaconi  vita  Porphyrii 
Gazensis,  etc..  thesis  ix,  in-8°,  Bonnse,  1897.  —  Cumont 
(Fr.),  L'inscription  d' Abercius  et  son  dernier  exégète, 
dans  la  Revue  de  l'instruction  publique  en  Belgique, 
Bruxelles,  1897,  p.  89  sq.  —  Kauffmann  (C.  M.),  Die 
Légende  der  Aberkiosstele  im  Lichle  urchristlicher 
Eschatologie,  dans  Der  Katliolik,  in-8°,  Mainz,  1897, 
p.  245  sq.  —  Berliner  philologische  Wochenschrift, 
in-4°,  Berlin,  1897,  n.  13.  —  Lejay  (P.),  dans  la  Revue  du 
clergé  français,  Paris,  1897,  t.  xn.  —  L.  de  G.[rand- 
maison],  dans  les  Études  publiées  par  des  Pères  de  la 
Compagnie  de  Jésus,  Paris,  1897,  t.  lxxi,  p.  433-461.  — 
Batiffol  (P.),  La  littérature  grecque,  in-12,  Paris, 
1897,  p.  116-118.  -  Batiffol  (P.)  et  Bareille  (G.),  dans 
le  Dictionnaire  de  théologie  catholique,  in-4°,  Paris, 
1890,  t.  i,  col.  57,  au  mot  Abercius.  —  Batiffol  (P.), 
dans  la  Revue  biblique,  in-8°,  Paris,  1898,  t.  vin, 
p.  306.  —  Bamsay  (W.),  The  ciliés  and  bishoprics  of 
Phrygia,  in-8°,  London,  1898,  t.  n,  p.  722.  n.  657,  — 
Kaullmann  (C.  M.),  Die  sepulcralen  Jenseitsdenkmâler 
der  Anlike  und  der  Urchristentums.  Forschungen  zur 
monumentalen  Théologie  und  vergleichenden  Reli- 
gionswissenschaft,  gr.  in-8°,  Mainz,  1900,  t.  i,  p.  79-89. 
—  D.  Cabrol  et  D.  Leclercq,  Monumenta  Ecclesix  litur- 
gica,  in-4°,  Paris,  1902,  t.  i,  p.  4*  sq.  n.  2787. 

11.  Leclercq. 

ABGAR  (LA  LÉGENDE  D').  -  I.  Histoire  littéraire 
de  la  légende.  II.  Le  contenu  de  la  légende.  III.  Le  déve- 
loppement. IV.  Valeur  historique.  V.  Liturgie. 

Eusèbe  •  a  eu  connaissance  d'une  tradition  d'après 
laquelle  un  toparque  2  de  l'Osrboène,  nommé  Abgar  3,  se 
serait  trouvé  en  relations  épistolaires  avec  Jésus,  son 
contemporain*.  Trois  documents  assignent  à  ce  fait  une 
fabuleuse  antiquité  :  1°  la  lettre  d'Abgar  à  Jésus;  2°  la 
réponse  de  Jésus;  3°  un  portrait  de  Jésus  encore  con- 
servé de  nos  jours. 

*  Eusèbe,  Hist.  eccles.,  I,  xm,  P.  G.,  t.  xx,  col.  -12t.  —  'Denys 
de  Telmahar  (ix"  siècle).  Chronique,  dans  Assemani,  Bibliutheca 
orientalis,  in-fol.,  Romae,  1719,  t.  i,  p.  417-420.  —  3  Gutschmidt, 
Die  Kbnigsnamen  in  den  Apostelgeschichten,  dans  le  Rheir 
nisclie  Muséum,  nouv.  série,  t.  xix,  p.  171  ;  Th.  Sig.  Bayer,  His- 
toria  Osrlioena,  p.  97;  R.  Lipsius,  Die  edessenische  Abgarsage, 
1880,  p.  15,  note.  —  'Gutschmidt,  Untersuchungen  ùber  die 
Geschichte  des  Kœnigreiches  Osrhoene,  dans  les  Mémoires  de 
l'Acad.  de  Saint-Pétersbourg,  1887,  —  8L.-J.  Tixeront,  Les  ori- 
gines de  l'Eglise  d'Édesse  et  la  légende  d'Abgar,  étude  cri- 
tique suivie  de  deux  textes  orientaux  inédits,  c.  i,  in-8^ 
Paris,  1888,  p.  9-19.  —  6R.  Duval,  Histoire  politique,  religieuse  et 
litt.  d'Éd.,  dans  le  Journal  asiatique,  1892.  —  '  Loc.  cit.  — 
»  W.  Cureton,  Ancient  syriac  documents  relative  to  theearliest 
establishment  of  christianity  in  Edessa  and  the  ncighbouring 
countries,  from  the  year  after  our  Lord's  ascension  to  the 
beginning  of  the  fourth  ccntury  discovered,  edited,  translated 
and  annotated;  publié  après  la  mort  de  Cureton,  par  Wright,  in-4% 
London,  1863,  p.  5-23;  trad.  p.  6-23.  —  «British  Muséum,  ms. 
addit.  1M5U,  fol.  33.  —  «Brit.  Mus.,  ms.  addit.  liGU,  fol.  1-9. 
Cf.  W.  Wright,  Catal.  of  syr.  mss.  in  the  Drit.  Mus.  acquired 
since  the  year  1838,  t.  m,  p.  1081,  1083;  Cureton,  Ane.  syr. 
doc.,  p.  147,  149.  —  »  Phillips,  The  doctrine  of  Addai.  the 
ovostle,  in-8%  London,  187G.  —  "  Biblioth.  nationale,  anc.  fonds 
arménien,  n.    88,    fol.    112   v-,    sq.    —    ,3J.-R.   Émine   dans 


Le  personnage  d'Abgar  sera  identifié  parmi  ses  homo- 
nymes de  la  liste  royale  d'Edesse  lorsque  nous  étudie- 
rons les  antiquités  d'Édesse  (voy.  ce  mot),  premier  centre 
chrétien  dans  l'Asie  antérieure.  L'épisode  légendaire 
d'Abgar  eut,  aux  dépens  des  origines  historiques  du 
christianisme  dans  son  pays5,  un  immense  retentisse- 
ment en  Occident  et  en  Orient6. 

I.  Histoire  littéraire  de  la  légende.  —  1°  Eusèbe  ' 
nous  apprend  que  les  originaux  de  la  correspondance 
conservée  dans  les  archives  d'udesse  étaient  rédigés  en 
syriaque.  Un  texte  incomplet  en  a  été  découvert  et  pu- 
blié, en  1864 s,  d'après  deux  mss.,  l'un  du  Ve9,  l'autre 
du  siècle  i0.  Le  texte  complet  a  été  retrouvé  dans 
un  ms.  de  la  Bibliothèque  impériale  de  Saint-Péters- 
bourg (vie  siècle);  il  a  été  publié  en  1876  "  ;  le  texte  est 
long  (53  p.  in-8°)  et  dépend  de  la  même  rédaction  que 
les  fragments  de  Cureton. 

2°  Il  existe  une  traduction  arménienne  (ve  siècle)  as- 
sez fidèle,  sauf  vers  la  fin  du  morceau  12.  Elle  a  été 
publiée  dans  une  traduction  française13  avec  omission 
de  trois  discours  d'Addaï,  son  éloge  et  celui  du  clergé 
édessénien.  Cette  lacune  a  été  comblée  dans  une  nou- 
velle traduction  française,  parue  l'année  suivante  14  d'a- 
près le  ms.  88  (fol.  112  fc-126  b)  de  l'ancien  fonds  armé- 
nien de  la  Bibliothèque  nationale. 

3°  A.  Eusèbe  a  traduit  du  syriaque  en  grec  ce  qu'il 
rapporte  dans  son  Histoire  ecclésiastique  lb. 

B.  Il  existe  deux  rédactions  grecques  indépendantes  : 
a.  le  ms.  548  (xis  siècle)  de  la  Bibliothèque  nationale  16 
et  le  ms.  de  Vienne,  Cod.  hist.  grsec.  xlv  (ixe  ou  Xe  siè- 
cle), que  Lambecius  a  décrit  et  édité  partiellement17, 
que  Tischendorfa  collationné  18  et  que  Lipsius  a  repris 
et  donné  définitivement  19;  —  p.  Bibliothèque  impériale 
de  Vienne,  Cod.  theol.  grsec.  31520  (xiie  siècle'?),  fol. 
596-61  b,  en  partie  publié21. 

Les  textes  grecs  indépendants  (B)  sont  beaucoup  plus 
courts  que  le  syriaque.  Les  mss.  Paris.  548  et  Vindob. 
xlv  sont  assez  rapprochés  du  syriaque  et  de  l'arménien; 
le  ms.  Vienne  315  diffère  un  peu  des  précédents  :  il  re- 
présente l'état  de  la  légende  chez  les  auteurs  byzantins 
du  Bas-Empire.  Nous  allons  donner  une  rapide  no- 
menclature chronologique  des  écrivains  principaux 
syriens,  arméniens,  grecs,  latins,  arabes,  persans  qu'il 
est  plus  à  propos  de  consulter  pour  l'histoire  de  la 
légende  22. 

i.  syriens.  —  1°  S.  Éphrem  (f  373)  :  a)  Testament 23, 
b  )Sùgïthà  sur  la  grande  église  d'Édesse 24.  —  2°  Jacques 
de  Sarug  (452-521)  :  a)  Homélie  de  Adseo  apostolo  et 
Abgaro  rege2!>;  b)  Cantique  sur  Edesse,  lorsqu'elle  en- 
voya prier  Noire-Seigneur  de  venir  àelle-6;c)  Discours 

V.  Langlois,  Collection  des  historiens  anciens  et  modernes  de 
l'Arménie,  in-4",  Paris,  1867,  t.  i,  p.  317-325.  Cf.  Didot,  Frag. 
histor.  grxc,  t.  v,  part.  2,  p.  317-325.  Cl.  Émine,  Généalogie  de 
saint  Grégoire  et  vie  de  saint  Nersès.  —  uAlishan  méchita- 
riste,  Laboubnia,  Lettre  d'Abgar  ou  histoire  de  la  conve 
des  Edesséens  par  Laboubnia,  écrivain  contemporain  des 
apôtres,  in-8*,  Venezia,  1868.  —  "  L.  I,  c.  xm.  Voy.  1.  II,  c.  i.  vi, 
vu.  —  "C.  Tischendorf,  Acta  apostolorum  apocrypha,  ex  xxx 
antiquis  codicibus  grxcis.vel  mine  primum  eruit  vel  secundum 
atque  emendatius,  in-8*,  Lipsioc,  1851,  prolegomena,  p.  i  xm  sq.; 
texte,  p.  261-265.  —  "  Lambecius,  Commentaria  de  biblio- 
theca  csesarea  Vindobonensi,  1.  VIII,  in-fol.,  Vîndobonae,  1665- 
1679,  p.  202,  éd.  Kollar,  p.  428  sq.  —  "  Act.  apost.  apoc., 
loc.  cit.  —  ,9R.  Lipsius.  Dir  edessenische  Abgarsage,  p.  '■'•><\-, 
note.  —  *°  Lambecius,  loc.  cit.,  i"  édit.,  1.  V,  c.  ix.  —  "  R.  Lip- 
sius, loc.  cit.  ;  voir  les  notes  des  pages  16  s,;..  -Jl .  56,  59,  60,  62,  — 
"L.-J.  Tixeront,  loc.  cit.,  p.  23,  reproduit  ptor  A.  Harnack,  Ges- 
cliichte  der  altchristl.  Literatur,  in-8%  Leipzig,  1893,  t.  t,  tasc  2, 
p.  533  sq.  — "  Assemani,  Bibl.  orient.,  t.  i,  p.  141;  Overl 
Sancli  Ephrxmi  syri...  op.  sel.,  p.  141;  Op.  s.  Ephr.  grxce 
édita,  in-fol..  Rom.-e,  1743,  t.  n,  p.  399,  235  sq.  —  s*Brit.  Mus.,  ms. 
ailtlit.    lll.'il;  Wrigfat,  Catal..  t.  il.  n.  CDL,  |  G     Mo- 

singer,  Evangelii  concordant  in  expositio,  p.  287.  -  ,s  Assemani, 
Bibl.  orient.,  t.  i,  p.  Sis.  —  "  w.  Cureton,  Anc.  syr.  doc, 
text.  p.  107,  108;  trad.  p.  106-107;  Brit,  Mus.,  ms.  addit.  i7158. 


89 


ABGAR    (LA   LÉGENDE   D') 


90 


sur  Habib  '  ;  d)  Lettre  aux  Edcsséniens  en  un  temps 
d'invasion,  pour  leur  rappeler  la  promesse  de  Jésus'2; 
e)  Discours  sur  la  chute  des  idoles  3.  —  3°  Chronique  4 
de  Josué  le  Stylite  (507).  —  4°  Chronique  s  de  Denys 
de  Telmahar  (f  845).  —  5°  Mares  bar  Salomonis  (vers 
■1135),  Le  livre  de  la  Tour  6,  t.  il,  c.  v,  sect.  5.  —  6° 
Salomon,  de  Bassore  (vers  1222),  dans  L'Abeille,  c. 
xlviii  et  xlix1.  —  7°  Bar-Hebrœus  (f  128G)  :  a)  Historia 
compendiosa  dynastiarum  (en  arabe) 8  ;  b)  Chronicon 
syriacum  9  ;  c)  Chronicon  ecclesiasticum  10.  —  8°  Amrus 
Bar-Matthaei  (vers  1340).  Dans  son  Livre  de  la  Tour, 
IIe  part.,  c.  vm;  Ve  part.,  fundament.  1;  et  dans  VHistoria 
arabica  patriarcharum  chaldseorum  et  nestoriano- 
rumii.  Amrus  a  connu  la  chronique  de  Jean  Bar-Saïd 
appelée  Contextio  gemmarum  et  composée  en  appen- 
dice aux  annales  d'Eutychius  d'Alexandrie.  —  9°  Tran- 
situs  Marise,  apocr.  du  VIe  siècle,  1.  II  12,  dont  il  existe 
une  recension  arabe  13.  —  10°  Actes  de  saint  Mares 
(vc  ou  VIe  siècle)  14.  —  11°  British  Muséum,  ms.  addit. 
14601  (IXe  siècle),  ff.  1636  et  164  a,  contenant  une  sorte 
de  martyrologe  des  apôtres  et  des  disciples13.  —  12°  Ms. 
addit.  17218  (xe  siècle),  fol.  90  (rédaction  abrégée  de 
la  lettre)  16.  —  13°  Bibliothèque  nationale,  ms.  56  (an- 
cien fonds  12,  Colbert  4831,  daté  de  1264);  fol.  191,  la 
lettre  et  la  réponse  17.  —  14°  Un  ms.  syriaque  signalé  par 
Assemani18  qui  n'est  autre,  probablement,  que  le  ms. 
addit.  14654  édité  par  Cureton  19.  —  15°  Cureton  a  donné 
trois  fragments  de  la  Doctrine  d'Addaï,  (extraits  des 
Catense  patrum20  du  British  Muséum21, 

//.  arméniens.  —  1°  Moyse  de  Khorène  (vers  470),  au- 
teur d'une  histoire  d'Arménie,  1.  II,  c.  xxx-xxxv  22. 
(Les  éditions  Langlois  et  Le  Vaillant  de  Florival  ont  les 
mêmes  divisions,  dans  l'édition  de  Winston  les  chap.  xxx- 
xxxv  correspondent  à  xxix-xxxu.) 

///.  grecs.  —  1°  Procope  de  Césarée  (-f-  565)  :  De  bello 
persico,  n,  12 23.  —  2°  Évagrius  (vers  593)  :  Hist.  eccles., 
iv,  27  24.  —  3°  S.  Jean  Damascène  (f  vers  760)  :  a)  Expo- 

1  Brit.  Mus.,  ms.  addit.  111 58; W.  Cureton,  Ane.  syr.  doc,  texte 
p.  92,  93  ;  trad.  p.  92,  93  —  5  Ms.  addit.  14587;  W.  Wright,  Catal., 
t.  Il,  n.  dclxxii,  p.  517;  W.  Cureton,  Ane.  syr.  doc,  p.  154. 
—  3  P.  Martin,  dans  la  Zeitschr.  der  deutscli.  Morgenl.  Geseltsch., 

1875,  t.  xxix ;  W.  Cureton,  Ane.  syr.  doc,  texte,  p.  112;  trad., 
p.  112.  —  *  W.  Wright,  The  Chronicle  of  Joshua  the  Stylite, 
Cambridge,  1882,  n.  v,  LX,  lxi  ;  Bibl.  orient.,  t.  I,  p.  260-283. 
Cf.  P.  Martin,  Abhandlungen  zur  Kunde   des  Morgenlandes, 

1876,  t.  VI,  fasc.  1,  p.  xin  de  la  trad.  franc.  —  5  Tullberg,  Dionysii 
Telmahar.  chron.  lib.  I,  in-8%  Upsal,  1850;  Bibl.  orient.,  t.  I, 
p.  420.  —  «Assemani,  Bibl.  orient.,  t.  m  a,  p.  584  en  note; 
t.  m  b,  p.  xi  sq.,  xvii.  —  '  J.  Schoenfelder,  Salomonis  episc 
Bassor.,  liber  Apis  dans  W.  Cureton,  Ane  syr.  doc,  p.  163 
sq.  ;  Bibl.  orient.,  t.  m  a,  p.  319  sq.  —  8Ed.  Pocock,  Oxford, 
1063,  texte,  p.  112;  trad.  lat.,  p.  71.  —  »Ed.  Bruns  et  G.  Kirsch, 
Lipsiae,  1789,  texte,  p.  51;  trad.  lat.,  p.  48.  —  <•  Ed.  Abbeloos 
et  Lamy,  Paris,  1877,  t.  m,  p.  11-18.  —  »  Assemani,  Bibl. 
orient.,  t.  I,  p.  587  sq.  ;  t.  u,  p.  393;  t.  mb,  p.  xm,  xviu-xxt.  — 
"Cf.  W.  Wright,  Journal  of  sacred  literature,  4*  série,  t.  VI, 
vu,  janvier  et  avril  1865;  W.  Cureton,  Ane  syr.  doc,  texte, 
p.  110-112;  trad.,  p.  110-111.  Lems.  addit.  14484,  fol.  18-47,  est 
du  VI*  siècle;  W.  Wright,  Catal.,  t.  I,  p.  99.  Cf.  sur  cet  apocry- 
phe R.  Lipsius,  dans  le  Dict.  of  christ,  biogr.,  t.  u,  p.  706- 
707.  —  l3  Enger,  Joannis  apostoli  de  transitu  beatx  Marise 
virginis  liber,  in-8%  Eberfeld,  1854.  Cf.  Migne,  Dict.  des 
apocryphes,  t.  Il,  p.  505  sq.,  511.  —  "  Abbeloos  dans  les 
Analecta  bollandiana,  1885,  t.  îv,  p.  50-128;  t.  v,  p.  50-60.  — 
is  w.  Wright,  Catal.,  t.  n,  n.  dccxcv,  p.  788, 17-.  Voy.  W.  Cu- 
reton, Ane  syr.  doc.  texte,  p.  110;  trad.,  n.  iv,  p.  109.  —  la  W. 
Wright,  Catal,  t.  i,  n.  clx,  p.  100.  —  "Zotenberg,  Catal.  des 
mss.  syriaques  et  sabéens  de  la  Bibl.  nat.,  in-4%  Paris,  1874, 
n.  56,  p.  21.  Le  texte  à  la  fin  du  volume.  —  ,8  Bibl.  orient.,  t.  il  a, 
p.  19  en  note.  —  i9  Ane  syr.  doc,  p.  147.  —  20  Loe  cit., 
p.  108-110;  trad.,  p.  108,  109  :  1°  from  his  doctrine  which  he 
delivered  in  Edessa  before  Abgar  the  King  and  the  assembly 
of  the  city ;  2°  which  was  spoken  in  the  city  Edessa;  3°  which 
he  spake  in  the  city  of  Edessa.  —  "  Ms.  addit.  14612,  fol.  165 
(vr-vn*  siècle);  Wright,  Catal.,  t.  n,  n.  dccliii,  p.  696;  add. 
12155,  fol.  53  a  (vm*  siècle),  Wright,  n.  dccclvii,  p.  921  ;  add. 
14532,  fol.  139  o  (vnr  s.),  Wright,  n.  dccclvui,  p.  955;  add. 


sitio  accurata  fidei  orthodoxie,  iv,  16  25;  b)  Priscorum 
probalorumque  SS.  Patrum  testimonia  pro  imagi- 
nibus26.  —4°  Georges  le  Syncelle  (fin  du  vines.)  :  Chrono- 
graphia,  ad  annum  nnmdi  5536,  Christi  36  21.  — 
5°  Théodore  Studite  (f  826)  :  a)  sa  Vie,  écrite  par  Michel  le 
moine28;  b)  première  Lettre  au  pape  Pascal,  Epist.,  1.  II, 
n.  xn  29;  c)  Lettre  à  Naucratius,  Fpist.,\.  II,  n.  lxv30.  — 
6°  L'auteur  de  la  Lettre  à  l'empereur  Théophile  (829- 
842)  parmi  les  œuvres  de  Damascène31.  —  7°  Pseudo- 
Constantin Porphyrogénète  (905-959)  :  Narratio  diversis 
ex  historiis  collecta  de  divina  Christi  Dei  nostri  imagine 
non  manufacta32.  —  8°  Le  Métaphraste  :  a)  Annales 
pour  faire  suite  à  la  Chronique  de  Théophane  3:i; 
b)  Martyre  des  saints  Samona,  Guria  et  Abibus, 
n.  xvi  34.  —  9°  Léon  le  grammairien  :  Chronographie  3S. 

—  10°  Georges  le  moine  (vers  950)  :  Vitse  recentiorum 
imperatorum  36.  —  11°  Georges  Hamartolus  (vers  950)  : 
Chronique,  m,  115;  iv,  248;  v,  1137.  —  12°  Le  conti- 
nuateur anonyme  de  la  Chronique  de  Théophane,  VI,  48 
(après  960) 3S.  —  13°  Léon  le  diacre  (vers  989)  :  Histoire, 
iv,  10  39.  —  14°  Jean  Seylitzes  (vers  1081)  :  Breviarium 
historicum  40.  — 15°  Georges  Cedrenus  (fin  du  xie  siècle)  : 
Compendium  historiarum  °>l .  —  16°  Nicétas  Choniata 
(f  1204)  :  Historia  byzantina,  n,  12  42.  —  17°  Nicéphore 
Calliste  (vers  1333)  :  Hist.  eccles.,  n,  7;  xvn,  1643.  —18° Pa- 
pyrus d'El-Fayoum  (iv-ve  siècle)  de  la  bibliothèque  Bod- 
léienne  44.  —  19°  Bibliothèque  Bodléienne,  cod.  Baroc. 
8  (contiennent  l'un  et  l'autre  la  lettre  et  la  réponse)  45. 

—  20°  Jules  Africain,  qui,  au  dire  de  Moyse  de  Khorène  46, 
mit  à  profit  les  manuscrits  et  les  archives  d'Édesse. 

iv.  latins.  —  1°  La  pèlerine  franque  connue  sous  le 
nom  de  Sylvie  (379-395)  41.  —  2°  Le  comte  Darius  :  Lettre 
à  saint  Augustin  (vers  429) 48.  —  3°  L'auteur  du  décret 
dit  gélasien  De  libris  recipiendis  et  non  recipiendis, 
v  (ann.  496  ?)  49.  —  4°  Le  pseudo-Abdias  (fin  du 
VIe  siècle)  :  Historia  apostolica,  1.  IX50.  —  5°  Le  pape 
Adrien  :  Première  lettre   à  Charlemagne   (787)  si.   _ 

14535,  fol.  la  (IX-  s.),  Wright,  n.  dccxcviii,  p.  796;  add.  17193, 
fol.  36  b  37  b  (ann.  874,  (Wright,  n.  dccclxi,  p.  10CH;  add.  17194, 
fol.  30  a  (ann.  886).  Wright,  n.  dccci.xii,  p.  1002;  add.  14538, 
fol.  24  a  (x*  s.),  Wright,  n.  dccclxih,  p.  1003;  add.  12161, 
feuille  volante.  —  S2V.  Langlois,  Coll.  des  hist.  de  l'Arménie, 
in-4%  Paris,  1869,  t.  i,  p.  95-99.  —  "  Corp.  script,  hist.  byzant. 
ex  recens.  Dindorfi,  Bonn.,  1838.  —  -'P.  G.,  t.  lxxxvi,  col.  2745 
sq.  Cf.  Mansi,  Conc  ampl.  coll.,  t.  xnr,  p.  192.  —  S5P.  G., 
t.  xciv,  col.  1173.  —  «P.  G.,  t.  xciv,  col.  1261.  —  «  Corp.  script, 
byzant.,  Bonn,  1829,  t.  i,  p.  622.  —  «P.  G.,  t.  xcrx,  col.  117. 

—  so  Ibid.,  col.  1153.  —  30  Ibid.,  col.  1288.  —  3I  P.  G.,  t.  xcv,  col. 
352.  Suivant  Combefis,  ce  serait  la  lettre  écrite  au  nom  des  trois 
patriarches  :  Job  d'Alexandrie,  Christophe  dAntioche  et  Basile  de 
Jérusalem,  et  que  mentionne  le  ps.-Const.  Porphyrog.,  Narrât,  de 
divina  Christi  imagine.  —  32  P.  G.,  t.  CXIII,  col.  424  sq.  Pièce 
contemporaine  de  Constantin;  Rambaud,  L'empire  grec  au  x' siè- 
cle, in-8%  Paris,  1870,  p.  105  sq.  —  33  P.  G.,  t.  cix,  col.  809,  811. 

—  3*  P.  G.,  t.  cxvi,  col.  145.  Cf.  Ignatius  Ephraem  II  Rahmanl, 
Acta  sanctorum  confessorum  Gurix  et  Shamonx  exarata  sy- 
riaca  lingua  a  Theophilo  Edesseno  anno  Christi  297,  in-8*, 
Romae,  1899.  —  35P.  G.,  t.  cvm,  col.  1160.  —  38  P.  G.,  t.  cix,  col. 
980.  —  "  P.  G.,  t.  ex,  col.  381-920, 1185.  —  3»  P.  G.,  t.  cix,  col. 
449.  —  3a  P.  G.,  t.  cxvn,  col.  764.  —  *°  Baronius,  Annal,  eccl., 
ann.944,n.  v.  — *'P.G.,t.  cxxi,  col. 344  sq.  —  l-P.  G., t.  cxxxix, 
col.  708.  —  *3  P.  G.,  t.  cxlv,  col.  771  sq.  ;  t.  cxlvii,  col.  260  sq. 

—  "  L.-J.  Tixeront,  toc  cit.,  p.  27,  n.  18;  p.  192,  194.  Cf.  W.  M. 
Lindsay,  dans  VAthenseum  du  5  sept.  1885,  p.  304,  et  E.  B. 
Nicholson,  dans  la  même  revue,  17  octobre  1885,  p.  506,  507.  — 
<5Grabe,  Spicil.  SS.  Patrum,  in-fol.,  Oxoniae,  1698,  t.  i,  p.  6-8  en 
note.  —  *•  Moyse  de  Khorène,  Hist.,  1.  IT,  c.  x.  —  *'  J.  F.  Gamur- 
rini,  S.  Sylvix  peregrinatio,  in-4%  Romae,  1887,  p.  62-68,  et  Corp. 
Script,  eccles.,  Vindob.,  1898,  t.  xxxvm,  p.  35-101.  —  M  Epist., 
ccxxx  (al.  cclxiii),  P.  L.,  t.  xxxm,  col.  1022.  — "Mansi,  Conc 
ampl.  coll.,  t.  vm,  p.  152,  169,  170;  Thiel,  Epist.  Bom.  pontif., 
in-4%  Leipzig,  1872, 1. 1,  p.  469.  —  50  J.  A.  Fabricius,  Codex  apocry- 
phus  Novi  Testamenti,  in-8%  Hamburgi,  1703-1719,  t.  H,  p.  688.  — 
51  Mansi,  Conc  ampl.  coll.,  t.  xm,  p.  768;  L.-J.  Tixeront,  loe 
cit.,  p.  27,  note  8,  accepte  la  première  des  deux  lettres  écrites 
sous  le  nom  de  Grégoire  II  (715-731)  à  l'empereur  Léon  l'Isau- 
rien  (Mansi,  Conc,  t.  xn,  p.  963;  Duchesne,  Le  Liber  pontifie, 


91 


ABGAR   (LA    LÉGENDE  D') 


92 


6° Etienne  III  :  Synod.  lat.  '.  —  7°  Haymon  de  Halberstadt 
(853)  :  Historiie  ecclesiaslicae  breriarium  2.  —  8°  Ordéric 
Vital  (f  1141)  :  Hist.  eccl,  1.  II,  c.  xiv;  1.  IX,  c.  xni1. 

—  9°  Vincent  de  Beauvais  :  Spéculum  historiale,  vin,  29  4. 

—  10°  Jacques  de  Voragine  (1298)  :  Legenda  aurea  5. 

—  11°  British  Muséum,  le  Royal  ms.  2,  A,  xx,  fol.  12. 
fort  ancien  (lettre  de  Jésus  à  Abgar)  6.  —  12°  Biblio- 
thèque nationale,  fonds  latin,  n.  1652,  ancien  Colbert 
4044,  Regius  4313,  fol.  50  v°  —  51  r°  (xve  siècle?) 7,  trans- 
cription d'après  Bulin. 

v.  arabes.  —  1°  La  Chronique  d'Ibn-el-Athir  (1160- 
1233)  ».  —  2°  Bibliothèque  Vaticane,  cod.  51,  fol.  54  ». 

—  3°  Bibliothèque  Vaticane,  cod.  174,  fol.  24 10.  — 
4°  Brit.  Muséum,  ms.  add.  9965,  fol.  33  v°  (une  rela- 
tion du  commerce  épistolaire  entre  Jésus  et  Abgar  par 
Macarius  d'Antioche,  laite  sur  celle  du  pseudo-Constan- 
tin)11. —  5°  Bibliothèque  de  .1.  Eligmann  (texte  assez 
différent  des  autres)  12. 

vi.  persans.  —  Hieronymus  Xavier  (f  1617)  :  Historia 
Chrisli  persice  conscripta  13.  «  Enfin,  ajoute  M.  Tixeront, 
nommons  encore,  pour  être  moins  incomplet  dans  un 
sujet  où  on  l'est  nécessairement  :  chez  les  Arméniens, 
la  Géographie  attribuée  à  Moyse  de  Khorène  u;  la 
Géographie  attribuée  à  Vartan  et  qui  est  probablement 
de  son  disciple  Pardserpertsi  (xme  siècle)  •-.  » 

Enfin,  les  traductions  anglaises,  suédoises,  allemandes, 
saxonnes,  néerlandaises16. 

II.  Le  contenu  de  la  légende.  —  Deux  sources  mé- 
ritent seules  d'être  consultées  sur  ce  point,  c'est  Eusèbe, 
qui  a  traduit,  dit-il,  des  pièces  d'archives,  et  la  Doctrine 
d'Addaï,  qui  se  donne  comme  contemporaine  de  l'évé- 
nement. Nous  verrons  plus  loin  la  valeur  de  ces  affir- 
mations. 

lu Eusèbe.  —Un  roi  des  tribus  placées  au  delà  de  l'Eu- 
phrate,  affligé  d'une  maladie  incurable,  mande  Jésus  par 
lettre,  afin  d'être  guéri  par  lui.  Jésus  s'en  excuse  par 
une  autre  lettre  (àiucrroÀfi;  3'  ovv  aùrbv  l8i'aç  xaxai;iùf), 
mais  promet  d'envoyer  quelqu'un  des  siens  chargé  de  le 
guérir  et  l'instruire.  Ce  fut  Thaddée  (0aî8aïov),  l'un 
des  soixante-dix  disciples,  qui  reçut  cette  mission,  in- 
spirée divinement  à  Thomas  l'apôtre,  après  l'ascension 
de  Jésus.  «  On  a  encore,  écrivait  Eusèbe,  le  témoignage 
écrit  de  ces  faits;  il  est  tiré  des  archives  (ypajj.|xaTotp\;- 
Xaxeiwv)  d'Édesse,  ville  alors  gouvernée  par  des  rois.  Là 
donc,  dans  les  actes  publics  (àr^onioi;  yàpTou;)  qui  con- 
tiennent les  anciens  faits  et  ceux  d'Abgar,  on  trouve, 
conservés  depuis  lors  jusqu'à  nos  jours,  ceux  dont  nous 
parlons.  Mais  il  faut  entendre  les  lettres  elles-mêmes 
tirées  par  nous  (oit  pour  nous,  y;u.ïv  àva/?)ç6si<T<<>v)  des  ar- 
chives (à-rtb  tcôv  àpxe'.tov),  et  [que  nous  avons]  traduites 
mot  à  mot  (a'Jxot;  pr,|ia<nv)  de  la  langue  syriaque.  » 

La  découverte  du  texte  estranghelo  de  Saint-Péters- 
bourg montre  avec  quelle  fidélité  Eusèbe  a  traduit  les 
documents  qui  lui  furent  communiqués. 

2°  La  «  Doctrine  d'Addaï  ».  —  Le  texte  complet  de  la 
Doctrine  d'Addaï  est  beaucoup  plus  détaillé  que  le  récit 
d'Eusèbe,  quoiqu'il  n'en  diffère  que  sur  des  points 
d'importance  secondaire.  Nous  n'avons  à  en  retenir  ici 
que  ce  qui  a  trait  à  la  lettre  d'Abgar.  L'ambassadeur  du 
prince  d'Edesse,  Hannan,  rencontre  Jésus  dans  la  maison 
de'Gamaliel  n  et  lui  lit  la  lettre.  Voici  les  deux  textes  : 


in-8°,  Paris,  1884,  t.  i,  p.  413,  note  45)  comme  faisant  partie  du  dé- 
veloppement de  la  légende,  et  témoin  de  la  tradition  byzantine.  La 
qualité  d'apocryphe  ne  fait  pas  l'objet  d'un  doute.  —  '  P.  L..  t.  xcvni, 
col.  1256.  —  «  Ed.  Dobschiitz,  p.  201.  —  •  P.  1...  t.  clxxxviii,  col. 
163,  690.  —  *Ed.  Dobschùtz,  p.  237.  —  "In-8%  Leipzig,  1846,  p.  39. 
—  6  W.  Cureton,  Ane.  syr.  duc,  p.  154.  —  7J.  C.  Thilo,  Codex 
apocryphus  Novi  Testament  i,  e  libris  editis  et  mss.,  maxime 
gallicanis  et  italicis  collectas,  recensitus  notisque  et  prolego- 
menis  illustratus,  in-8°,  Lipsiac,  1832,  t.  i  (seul  paru),  préf., 
p.  cxxxix.  —  "Voy.  Guttimj.  Cul.  Air...  1868,  part.  16,  p.  718; 
R.Lipsius,  Jahrb.  fier  protest.  ÏVifoi.,1880,  p.  192,  note  ;  Ernstvoii 
Dobschùtz,  Christuibilder,  in-8%  Leipzig,  1899,  p.  235*,  236*.  — 


EUSEBE  DOCTRINE  D'ADDAÏ 

Abgar,  toparque  d'Édesse,  à  ^bgax  Ouchamà,  à  Jésus,  bon 

Jésus,  bon  Sauveur,  qui  a  paru  médecin,  qui  a  paru  au  pays  de 

au  pays  de  Jérusalem,  salut.  Jérusalem,  mon  Seigneur,  salut  ! 

J'ai  ouï  parler  de  toi,  et  des  j'ai  ouï  pal.ler  de  toi  et  de  tes 

guénsons  opérées  par  toi,  sans  guérisons,    comme   quoi   tu   ne 

remèdes  et  sans  plantes  médi-  guérjg  point  avec  des  médica. 

anales.  Car,  à  ce  que  l'on  dit,  tu  ments  et  des  racines  ;  mais  com- 

tais  voir  les  aveugles,  marcher  ment  par  ta  paroie  tu  ouvres  [les 

les  boiteux,  tu  purifies  les  lé-  yeux]  des  aveuçles,  tu  fais  mar- 

preux,  tu  chasses  les  esprits  im-  cher  Ies  boiteux,  tu  purifies  les 

purs  et  les  démons,  tu  guéris  les  lépreux,  et  tu  fais  entendre  les 

maladies  invétérées,  et  tu  ressu-  sourds;  comment,  par  ta  parole 

scites  les  morts.  Apprenant  donc  [aussi],    tu   guéris   des    esprits 

tout  cela  de  toi,  je  me  suis  mis  [mauvais]  ef  des  démons  luna- 


dans  l'esprit  que  de  deux  choses 
l'une,  ou  tu  es  Dieu  0  8ibç),  qui, 
descendu  du  ciel,  fais  ces  choses, 
ou  bien  tu  es  le  fils  de  Dieu  (r, 
uTo;  si'  toj  0£o3)  qui  opères  ces 
[merveilles]. 
C'est  pourquoi  doncje  t'ai  écrit 


tiques  ceux  qu'ils  tourmentent  ; 
et  comment  encore  tu  ressuscites 
les  morts.  Et  en  apprenant  ces 
grands  prodiges  que  tu  fais,  j'ai 
mis  dans  mon  esprit  que  [de  deux 
choses  l'une],  ou  bien  tu  es  Dieu 
qui  es  descendu  du  ciel  et  qui 


pour  te  prier  de  [prendre  la  peine    fais  ces  [merveilles],  on  bien  tu 
de]  venir  vers  moi,  et  de  guérir    es  le  fils  de  Dieu  |oW,  N  ^ 
le  mal  dont  je  souffre.  Car  j'ai        .      ères  tom  ce,a  c-'est 
appris  que  les  Juifs  encore  mur-  .  je  f  ^^  et  fe      ie  de  ve_ 

murent  contre  toi  et  veulent  te  nir  à  moi  qui  t'adore,  et  de  gu.,,r 
faire  du  mal.  Je  possède  une  tout  le  mal  dont  je  souffre,  selon 
ville  très  petite  [c'est  vrai]  mais    ,a  foi  ..^  en  toj  J>ai        ria 

belle,  qui  suffira  pour  tous  deux,  également  que  les  Juifs  murmu- 
rent contre  toi  et  te  persécutent, 
qu'ils  cherchent  à  te  crucifier,  et 
songent  [aux  moyens]  de  te  per- 
dre. Je  possède  une  seule  ville 
petite,  mais  belle,  suffisante  pour 
tous  deux,  pour  y  habiter  en  paix. 

Ici  Eusèbe  et  la  Doctrine  d'Addaï  deviennent  inconci- 
liables. Le  premier  parle  d'une  réponse  écrite,  l'autre 
d'une  réponse  orale  transmise  à  Abgar  par  Hannan. 
Voici  d'ailleurs  les  deux  textes  : 


;eusèbe 

Réponse  de  Jésus,  par  [l'inter- 
médiaire du]  courrier  Ananias 
au  toparque  Abgar. 

Heureux  [es-tu]  d'avoir  cru 
(Mnrapia;  ;-  Hioweas)'*  en  moi 
sans  m'avoir  vu.  Car  il  est  écrit 
de  moi  que  ceux  qui  m'auront  vu 
ne  croiront  point  en  moi,  afin  que 
(xai  "va)  ceux  qui  ne  m'auront 
p.iint  vu  croient  et  vivent.  Quant 
a  ce  que  tu  m'as  écrit  de  venir  à 
toi  il  faut  que  j'accomplisse  [d'a- 
liord]  ici  tout  ce  pourquoi  j'ai  été 
envoyé,  et  après  l'avoir  accom- 
pli, que  je  remonte  ainsi  vers 
celui  qui  m'a  envoyé.  Et  après  y 
être  remonté.je  t'enverrai  un  de 
mes  disciples,  afin  qu'il  guérisse 
ton  mal  et  te  procure  la  vie  à  toi 
et  aux  tiens  ((roi  «a!  -toi;  o-ùv  ooî). 


Hannan  prend  soin  de  tra 
et  c'est  là  le  détail  qu'Eusèbe 


DOCTRINE   D'ADDAÏ 

Et  quand  Jésus  eut  reçu  la 
lettre  chez  le  prince  ues  prêtres 
des  Juits,  il  dit  à  Hannan  le  se- 
crétaire :  Va,  et  dis  à  ton  maître 
qui  t'a  envoyé  vers  moi  : 

Heureux  es-tu  d'avoir  cm  en 
moi  sans  m'avoir  vu  :  car  il  est 
écrit  de  moi  que  ceux  qui  me 
verront  ne  croiront  point  en  moi, 
et  que  ceux  qui  ne  me  verront 
point  croiront  en  moi.  Quant  a 
tu  m'écris  de  venir  a  toi, 
[voilà  que]  tout  ce  pourquoi  j'ai 
été  envoyé  ici  est  maintenant 
consommé  et  .que  je  remonte  à 
mon  Père  qui  m'a  envoyé;  et 
lorsque  je  serai  remonté  vers  lui, 
je  t'enverrai  un  de  mes  disciples 
qui  guérira  tentes  tes  souffrances 
et  [te]  rendra  la  santé  et  conver- 
tira tous  ceux  qui  sent  i  ! 
toi  à  la  vie  éternelle.  Et  ta  ville 
sera  bénie  et  l'ennemi  ne  s'en 
rendra  plus  maître  jamais. 
nscrire  les  paroles  de  Jésus, 
a  légèrement  altéré,  en  ima- 


»  Mai,  Scriptorum  vet.  7iova  coll.,  in-4",  Romes,  1830,  t.  iv, 
p.  82;  L.-J.  Tixeront,  toc.  cit.,  p.  28,  197.  —  ">  Mai,  toc.  cit., 
p.  313,  n.  174;  Assemani,  Bill,  orient.,  t.  m  »,  p.  286.  —  "  W. 
Cureton,  Ane.  syr.  doc.,  p.  153.—  '•  Ed.  Li.dev.de  Dieu.  Historia 
Christi  persice  conscripta,  Lugd.  Batav.,  1649.  p.  611.  "//m/., 
p.  354  sq.  —  •»  Saint-Martin,  Mémoires  Inst.  et  géogr.  sur  r Ar- 
ménie. in-8-,  Paris.  1818-1819,  t.  II,  p.  309.  —  "■  llo.l..  p.  106  sq., 
431  sq.  —  "  Nestlé,  Theol.  Literaturzeit.,  1877,  n  4;  Muller, 
lect.  anglo-Saxon.,  in-8",  Havnix,  !83ô:(î.Stephens,  Abgarus  I  e- 
genden  pou  Old-Éngelsk,  in-s\  Kjobenbavn,  1853.  —  ,:  Talmud, 
Tr.  Bereachit  rabba,  dit  que  GamaUel  entretenait  avec  les  roi» 
d'Abiadène  des  relations  amicales.  —  '*  Beat  us  es,  Rufin. 


ABGAR   (LA    LEGENDE  D' 


94 


ginant  une  réponse  écrite  de  la  main  de  Jésus.  Un  autre 
trait  identique  a  lieu  à  propos  du  portrait.  Hannan  était 
archiviste  et  peintre  du  roi;  il  en  profita  pour  peindre 
un  portrait  de  Jésus  qui  fut  rapporté  à  Édesse  et  y  de- 
vint un  objet  de  vénération  croissante  jusqu'au  temps 
où  l'on  imagina  qu'il  avait  été  l'ouvrage  de  Jésus  lui- 
même  '. 

La  date  à  laquelle  on  rapporte  cet  épisode  importe 
peu,  si  l'on  fait  attention  à  l'incertitude  persistante  de 
la  chronologie  de  l'histoire  de  ces  premiers  temps.  Eu- 
sèbe  place  les  faits  en  l'année  340  (ère  des  Séleucides) 
=  29  de  Jésus-Christ.  Le  cod.  medicseus  ajoute  à  la 
marge  rptaot  soit  343 

III.  Le  développement  de  la.  légende.  —  Le  succès 
inouï  obtenu  par  le  thème  assez  simple  d'Eusèbe  et 
d'Addaï  a  provoqué  bientôt  une  végétation  fantastique 
autour  de  chacun  des  détails  de  la  légende. 

Eusèbe  et  la  Doctrine  d'Addai  sont  les  sources  pres- 
que exclusives  d'après  lesquelles  ont  été  faites  les  ampli" 
fications  postérieures  2. 

Eusèbe  parle  d'une  maladie  incurable,  la  Doctrine 
d'Addaï  d'une  maladie  invétérée,  Denys  de  Telmahar,  le 
cod.  Paris,  des  Acta  Thaddsei,  Théodore  Studite, 
Hamartolus,  Léon  le  diacre,  Nicéphore  Calliste,  le  comte 
Darius,  le  pseudo-Abdias  n'en  disent  pas  plus.  Le  ms. 
arabe  51  suppose  plusieurs  maladies.  Cinq  siècles  après 
l'événement,  Moyse  de  Khorène  découvre,  on  ne  sait  où, 
que  la  maladie  durait  depuis  sept  ans  et  qu'elle  avait  été 
contractée  en  Perse.  Procope,  au  VIe  siècle,  les  Actes  de 
Mares  et  Hierôme  Xavier  en  font  la  goutte  dont  ils  dé- 
livrent Abdon  pour  la  rejeter  sur  Abgar.  Amrus  parle 
de  la  lèpre,  et  observe  que  le  surnom  du  roi,  Oucha- 
mâ,  le  Noir,  doit  lui  être  venu  de  sa  maladie,  il  a 
donc  la  lèpre  noire,  mais  Bar-Hebroeus  remarque  que  le 
surnom  de  Noir  est  ici  par  antiphrase,  la  lèpre  était 
donc  la  lèpre  blanche.  Enfin  Pseudo-Constantin,  Cedre- 
nus  et  Mares  Salomonis  déclarent  que  le  roi  avait  la 
lèpre  et  la  goutte,  le  codex  Vindob.  xlv  n'en  doute  pas  : 
àpOptTY);  ypovca,  ËTspa  te  Se  uiXatva  [XÉ7rpa].  On  voit, 
d'après  ces  fantaisies,  que  nous  sommes  passés  de  l'his- 
toire au  folk-lore,  nous  ne  pouvons  donc  nous  attacher 
qu'à  ce  qui  concerne  les  trois  documents  qui  font  l'objet 
de  cette  recherche. 

1°  Lettre  d' Abgar  à  Jésus.  —  Deux  variantes  seule- 
ment à  retenir.  Les  Acta  Thaddxi  ont  supprimé  ce  qui 
concerne  la  divinité  de  Jésus  et  la  maladie  du  roi  3.  Hié 
rôme  Xavier,  dans  son  histoire,  faite  d'après  les  traditions 
locales,  établit  le  texte  suivant  pour  la  lettre  :  «  J'ai  en- 
tendu parler  de  ta  sainte  vie  et  des  miracles  que  tu 
opères,  et  [j'ai  appris]  de  plus  que  les  Juifs  te  persé- 
cutent et  veulent  te  tuer.  Tu  répondras  à  mon  désir,  si 
tu  te  résous  à  venir  dans  mon  pays.  Et  je  promets  de  te 
donner  la  moitié  de  mon  royaume,  et  de  mener  une  vie 
digne  de  toi,  si  tu  honores  cette  terre  [de  ta  présence].  » 

2°  Lettre  de  Jésus  à  Abgar.  —  La  Doctrine  d'Addaï 
parle  d'une  pièce  écrite,  mais  elle  ne  dit  pas  où  et  quand 
elle  fut  écrite  par  Hannan.  Eusèbe  laisse  entrevoir,  sans 
s'expliquer  assez  clairement,  que  Jésus  écrivit  ou  dicta 
sa  réponse. 

Les  Acta  Thaddsei  ont  adopté,  sur  ce  point,  le  récit  de 
la  Doctrine  *,  mais  la  plupart  des  auteurs  ont  suivi  le 
récit  d'Eusèbe  :  Jacques  de  Sarug,  les  Actes  de  Mares, 
Procope,  Évagrius,  Théodore  Studite,  le  Métaphraste, 
Hamartolus,  Sylvie  (?),  le  comte  Darius,  le  pseudo-Gélase 
et  le  pseudo-Abdias. 

Ici  recommencent  les  imaginations  et  si  on  les  trans- 
crit à  cette  place  c'est  que  nul  exemple  n'est  plus  propre 
à  mettre  en  garde  les  esprits  contre  un  certain  genre 
de  compositions  historiques,    basé   sur   de   prétendues 


1  Pianello,  Portrait  de  Jésus-Christ,  fait  par  lui-même,  âgé  de 
32  ans  et  envoyé  à  Abagare,  roi  d' Édesse;  histoire  et  disserta- 
tion, in-12,  Lyon,  1691.  —  *  Matthes,  Die  edess.  Abgarsage,  in-8% 


traditions.  En  histoire,  pour  îes  esprits  qui  comptent,  il 
y  a  deux  sources  :  les  faits  connus  et  les  faits  conclus,  en 
dehors  desquels  il  n'y  a  rien  qui  mérite  d'être  employé. 
Moyse  de  Khorène  sait  que  ce  fut  saint  Thomas  qui  tint 
la  plume  pour  Jésus;  d'après  lui,  Mares  Salomonis  et 
Amrus  n'en  doutent  pas,  ce  dernier  et  Jean  Bar-Saïd 
ajoutent  que  les  deux  lettres  furent  écrites  en  syriaque, 
sur  parchemin  disent  Jean  et  Amrus,  sur  papyrus  dit 
Mares,  au  moins  pour  celle  de  Jésus.  Un  autre  courant 
fait  écrire  Jésus  lui-même  ;  chez  les  Grecs  :  pseudo- 
Grégoire (II),  pseudo-Constantin,  Nicétas  Choniata  et 
Nicéphore  Calliste  l'afiirment;  chez  les  Latins  le  très 
ancien  ms.  du  British  Muséum  et  Ordéric  Vital.  Cedre- 
nus  et  le  second  ms.  grec  bodléien  5  tiennent  que  la 
lettre  fut  écrite  par  Jésus  qui  y  apposa  son  sceau.  Ce 
sceau  portait  sept  lettres  hébraïques  qu'ils  traduisent  : 
6eou  8sa6èv  8a0|j.a  6eïov.  Le  cod.  Vindob.  315  fait  un 
pas  de  plus,  il  fait  interpréter  le  sceau  par  Jésus  : 
f.iF.X.Ë.T.P.A.  «  La  f,  dit  Jésus,  montre  que  j'ai 
été  volontairement  attaché  à  la  croix.  Le  W,  que  je  ne 
suis  pas  un  homme  [en  apparence]  simplement  (iJuXôç 
av6pto7roç),  mais  homme  en  vérité  (-/.atà  àXr,6[Etav]).  Le 
X,  que  je  me  suis  reposé  sur  les  Chérubins  (^spouëtu.). 
Le  E  :  Je  (Èyw)  suis  Dieu.  Le  Y  :  Roi  grand  (ùj/ï)Xôç),  et 
Dieu  des  dieux.  Le  P  :  Je  suis  Sauveur (pjaroç) du  genre 
humain.  Le  A  :  Partout  et  continuellement  et  toujours 
je  vis,  et  je  persévère  éternellement  (si;  tou;  aîwvaç).  » 

Le  contenu  de  la  lettre  a  subi  diverses  manipulations, 
mais  on  peut  réserver  les  observations  à  faire  sur  ce 
point  pour  une  étude  critique  développée;  telles  quelles, 
elles  n'apportent  aucune  particularité  notable  à  l'histoire 
du  texte.  Il  n'en  est  pas  de  même  de  quelques  additions 
manifestement  tendancieuses.  Nous  voulons  parler  de  la 
sauvegarde  donnée  par  Jésus  à  cette  ville  «  petite,  mais 
belle  »,  dont  Abgar  lui  offrait  la  moitié.  Elle  constituait, 
pour  la  cité  bénéficiaire,  un  gage  de  prospérité  générale, 
une  sorte  de  plus-value  mobilière  et  immobilière  que 
l'on  dut  exploiter  consciencieusement.  Aussi  cette  addi- 
tion, qui  paraît  d'abord  dans  la  Doctrine  d'Addaï,  en- 
vahit très  vite  tous  les  textes.  Chez  les  Syriens,  Jacques 
de  Sarug,  Josué  le  Stylite,  les  Actes  de  Mares  et,  peut- 
être,  le  Testament  de  saint  Éphrem;  chez  les  Grecs, 
malgré  le  silence  d'Eusèbe  et  les  protestations  de  Pro- 
cope, d'Évagrius  et  de  Nicéphore  Calliste,  la  mention  de 
la  sauvegarde  se  retrouve  dans  les  deux  mss.  de  Vienne 
xlv  et  315 ;  les  deux  mss.  bodléiens,  pseudo-Constantin, 
le  Métaphraste,  Cédrénus;  chez  les  Latins,  Sylvie  (?),  le 
comte  Darius,  le  ms.  du  British  Muséum;  chez  les 
Arabes,  le  ms.  51  et  celui  d'Eligmann. 

3°  Le  portrait  de  Jésus.  —  La  Doctrine  d'Addaï  dit 
que  Hannan  ne  quitta  Jésus  qu'après  avoir  peint  le  por- 
trait du  Sauveur  avec  des  couleurs  choisies.  Ce  détail 
est  omis  par  Eusèbe,  par  les  Syriens  (sauf  Bar-Hebraeus 
et  l'auteur  des  Actes  de  Mares),  par  Procope,  Sylvie  (?), 
Darius  et  pseudo-Abdias.  Tous  les  autres  écrivains  l'ont 
connu  et  transmis  avec  quelques  agréments.  La  Géo- 
graphie de  Moyse  de  Khorène  dit  que  la  ville  d'Édesse 
possède  une  image  du  Sauveur  qui  n'a  pas  été  faite  de 
main  humaine.  Evagrius,  Georges  le  Syncelle,  pseudo- 
Grégoire, Léon  le  diacre  et  Léon  le  lecteur  disent 
que  l'image  eut  Dieu  pour  auteur  (Oeôte'jxtoç  eîxùv, 
à-/EipoTConrroç).  Saint  Jean  Damascène,  Hamartolus  et 
Nicéphore  Calliste  ajoutent  que  Hannan  avait  entrepris 
le  portrait,  mais  l'éclat  surnaturel  de  la  ligure  de  Jésus 
rendait  la  pose  impossible;  Cedrenus  et  Xavier  assurent 
que  c'était  la  mobilité  continuelle  des  traits  qui  rendait 
toute  ressemblance  illusoire.  Le  cod.  Vindob.  XLV 
réunit  les  deux  raisons  pour  expliquer  l'échec  de  Han- 
nan à  qui  les  Actes  de  Mares  donnent  plusieurs  collègues, 


Leipzig,  1882;  L.-J.  Tixeront,  loc.  cit.,  c.  H,  §  3,  p.  45-81.  —  3Codd. 
Paris.  548  et  Vindob.  xlv.  —  *  Ibid.  —  5  Cod.  Vindob.  315,  se- 
cond cod.  Bodleian,  Cedrenus,  ms.  arabe  51,  et  ms.  d'Eligmann. 


95 


ABGAR    (LA   LÉGENDE  D') 


90 


Alors  Jésus  se  fait  donner  la  toile  réfractaire  au  pinceau, 
et,  se  l'appliquant  sur  le  visage,  y  laisse  l'empreinte  de 
ses  traits.  Suivant  le  cod.  Vindob.  315,  Jésus  procède 
un  peu  différemment.  Il  demande  de  l'eau,  se  lave  la 
ligure,  s'essuie  avec  la  toile  de  Hannan  (ou  même  avec 
une  serviette  ')  et  y  imprime  son  visage  2. 

On  pressent  ici  une  bifurcation  avec  la  légende  de 
Véronique  3.  L'auteur  de  l'Épître  à  Théophile  4  dit  que 
Jésus  essuya  non  de  l'eau  mais  sa  propre  sueur;  sueur 
de  sang  de  Gelhsémani,  ajoute  pseudo-Constantin. 
Enfin  le  vartabied  Vartan  et  Ibn-El-Athir  font  aboutir 
au  même  fait  les  deux  légendes  :  «  Édesse,  dit  la  Géo- 
graphie de  Vartan,  est  Ourrha  où  l'on  apporta  l'image 
de  Jésus-Christ  qui  n'a  pas  été  faite  par  une  main  hu- 
maine, et  qui  est  de  sainte  Véronique.  »  On  sait  qu'au 
début  du  Ve  siècle  Macarius  Magnés  faisait  de  Véronique 
(Bérénice)  une  princesse  d'Édesse 5  et,  en  outre,  cette 
Bérénice  devient  l'hémoroïsse  de  l'Evangile  6  qui  éleva 
une  statue  de  bronze  à  Jésus  7. 

D'autres  légendes  font  tomber  cette  image  entre  les 
mains  d'une  chrétienne  nommée  Hipathia  8.  On  suit  son 
histoire  jusqu'à  nos  jours  où  nous  la  retrouvons  en 
même  temps  à  Rome  et  à  Gênes.  Voyez  le  Dict.  de 
théol.  cath.,  t.  i,  col.  71. 

L"EopTo).ôfiovdes  Grecs  porte  au  16  août  la  mention  : 
'II  kl  'E8éiT<Tïjç  àvaxO[XtSï)  tyjç  àyj.içi(n:oirlxo\t  ecxôvoc  toù 
Kupîou  r|[x.ôjv  'IïjdO'j  XptdTO'j,  r,Tot  toC  âycoy  pLavSsXfou, 
Translation  d'Édesse  de  l'image  de  Jésus-Christ  qui 
n'est  pas  faite  de  main  d'homme,  c'est-à-dire  le  saint 
suaire.  C'est  la  même  mention  que  l'on  retrouve  au 
deuxième  concile  d'r-phèse,  action  5e  9  :  tt)v  Oeére'jxTov 
e!x<Sva,  r,v  àv9po>7ia>v  "/£'?£î  oùx'etpydia-avTO,  divini  tu  s  ima- 
ginent fabricatam,  quani  hominum  manus  non  effinxe- 
runt.  On  a  une  histoire  de  cette  translation  de  944  10 
qui  est  annoncée  aujourd'hui  sous  ce  titre  :  toO  àyiou 
jj.avreXiou  ou  |iav?£>,iou,  le  saint  suaire  ou  le  saint  man- 
teau qui  est  devenu  saint  Madelius  et  dont  Ferrari  fait 
même  un  martyr  d'Asie. 

La  légende  d'Abgar  a  subi  un  dédoublement.  En  Orient 
l'épisode  capital  demeure  le  fait  de  la  correspondance; 
dans  le  monde  byzantin,  c'est  la  sainte  image  qui  devient 
le  centre  de  la  légende  *'. 

A  la  correspondance  d'Abgar  avec  Jésus  on  a  rattaché 
un  événement  qui  a  probablement  quelque  fondement 
historique,  l'apostolat  de  l'Osrhoène  par  un  homme 
de  l'une  des  premières  générations  apostoliques,  puisque 
dès  ce  temps  un  trafic  actif  de  soieries  se  faisait  entre 
les  comptoirs  juifs  d'Antioche  et  l'Osrhoène,  par  la  route 
d'r.desse  et  Biédjick.  On  a  fait  plus.  On  a  composé  une 
correspondance  entre  Abgar  et  Tibère  César,  une  autre 
entre  Abgar  et  un  roi  d'Assyrie,  Nersai  ;  enfin  il  existe 
une  dernière  lettre  d'Abgar  à  un  roi  de  Perse,  Ardaschès. 
On  a  jugé,  non  sans  fondement,  que  ces  pièces  étaient 
de  Moyse  de  Khorène. 

Cette  question  des  apocryphes  primitifs  recèle  des  no- 


1  Acta  Thaddxi  (Codd.  Paris.  548  et  Vindob.  xlv),  ps.-Constan- 
tin, Nicéphore, Cedrenus,  Calliste.  —  * Matthes,  Die  Edess.  Abgars. 
auf  ihre  Fortbild.  unters.,  in-8%  Leipzig,  1882,  p.  42  sq.  —  3Tis- 
chendorf,  Evançielia  apocrypha,  adhibitis  plurimis  codicibus 
grxcis  et  latinis,  maximum  partent  nunc  primum  consultis 
atque  ineditorum  copia  insignibus,  in-8%  Lipsise,  1853,  1"  édit.. 
Mors  Pilati,  p.  433;  2-  éd.,  p.  456.  Cf.  Cura  \sanitatis  Tiberii, 
dans  Schœnbach,  Anzeiç/er  fur  das  deutsche  Alterthum,  t.  Il, 
p.  173  sq.;  Tischendorf,  Vindicta  Salvatoris,  p.  471  sq.  —  *  De 
même  Orderic  Vital.  —  '■Jahrbuchfur  protestant.  Theol.,  1882, 

p.  192.  —  'Maxapîou  Màvf^To;   iroxptTixo;  r,   novoyivr.ç.  MttCarii    Ma- 

gnctis  quse  supersunt,  ex  inedito  codice,  éd.  C.  Blondel,  in-4% 
1876,  p.  1.  —  '  Eusèbe,  Hist.  eccl.,  VII,  xvm,  P.  G.,  t.  xx 
col.  680.  —  "Land,  Anecdota  Syriaca,  t.  m,  324;  cf.  Noeldeke,' 
dans  le  Jahrbuch  fur  protestant.  Théologie,  1881,  p.  189  sq.  ; 
Giachetti,  Iconologia  Salvatoris.  De  imagine  Christi  ad  Ab. 
garum  missa,  in-8%  Rome,  1628;  F.  Reiske,  Exercit.  histo- 
rica  de  imaginibus  Jesu  Christi,  in-8%  Iéna,  1685;  W.  Grimm, 
Die  Sage  vom  brsprung  der  Christusbilder,  in-8%  Berlin,  1842; 


tions  historiques  qui  ne  se  dévoilent  que  lentement  à 
nous.  Il  existe  en  effet  entre  un  très  grand  nombre  de 
ces  pièces  qui  nous  sont  parvenues,  pour  la  plupart, 
sans  lieu,  ni  date,  des  attaches  certaines,  mais  les  inter- 
médiaires sont  à  peine  saisissables.  En  voici  un 
exemple  :  Un  petit  écrit  latin  intitulé  Mors  Pilati  con- 
tient le  récit  suivant  :  Tibère,  gravement  malade,  envoie 
en  Judée  un  augustan  nommé  Volusianus  qui  doit  en 
ramener  Jésus  près  de  l'empereur.  A  l'arrivée  de  Volu- 
sianus, Jésus  vient  d'être  mis  à  mort,  alors  il  ramène 
Véronique  avec  le  saint  suaire.  Tibère  reçoit  cette  relique 
avec  de  grands  honneurs  et  il  est  guéri  en  la  regardant. 

Enfin,  la  légende  d'Abgar  parait  avoir  inspiré  la 
légende  de  Tiridate,  roi  d'Arménie  12,  et  celle  de  Constan- 
tin. «  Le  parallélisme  des  trois  légendes  est  on  ne  peut 
plus  exact.  Il  s'agit  toujours  de  la  conversion  d'un 
royaume;  elle  se  produit  invariablement  dans  les  mêmes 
circonstances.  Le  roi  païen  (Abgar)  ou  même  persécu- 
teur (Tiridate,  Constantin),  est  atteint  d'une  maladie 
honteuse,  la  lèpre  ou  la  folie,  que  la  médecine  et  la  ma- 
gie sont  impuissantes  à  guérir.  Il  faut  avoir  recoure  à 
l'apôtre  de  Dieu  (Addaï,  Grégoire,  Silvestre),  qui  guérit  le 
malade  en  le  baptisant  et  convertit  du  même  coup  tout 
le  royaume  13.  » 

IV.  Valeur  historique  de  la  légende.  —  Il  est  pos- 
sible d'assigner  à  la  lettre  d'Abgar  une  limite  chronolo- 
gique maximum.  La  lettre  contient  le  passage  suivant  : 
«  ...1°  tu  fais  voir  les  aveugles,  marcher  les  boiteux,  tu 
purifies  les  lépreux,  2°  tu  chasses  les  esprits  impurs  et 
les  démons,  tu  guéris  les  maladies  invétérées,  3°  et  tu 
ressuscites  les  morts.  » 

Le  premier  passage  cité  est  un  emprunt  fait  à  l'Évan- 
gile u,  le  second  passage  est  un  autre  emprunt 13,  le  troi- 
sième enfin  reprend  la  suite  du  premier  interrompu.  Le 
fait  suffit  pour  faire  rejeter  l'authenticité  de  la  lettre.  Il 
y  a  plus.  Les  Églises  syriaques  faisaient  usage  officielle- 
ment d'une  version  des  Évangiles  connue  sous  le  nom  de 
Diatessaron,  dans  laquelle,  son  auteur,  Tatien,  avait  com- 
biné les  quatre  textes  dans  un  seul  récit.  Or,  Abgar,  dans 
sa  lettre,  cite  les  évangiles  d'après  la  version  diatessa- 
rique  telle  que,  d'après  le  commentaire  de  saint  Éphrem 
et  diverses  collations,  nous  pouvons  la  reconstituer  t6. 

Enfin  Abgar  a  pu  emprunter  à  la  version  curetonienne. 
Il  est  remarquable,  en  effet,  que  dans  cette  version, 
Matth.,  xi,  5,  ne  suit  pas  notre  texte  grec  qui  porte  :  «  les 
sourds  entendent,  les  morts  ressuscitent;  les  pauvres 
sont  évangélisés,  »  mais  elle  dit  :  «  les  sourds  entendent, 
les  pauvres  sont  évangélisés,  les  morts  ressuscitent.  » 
Le  faussaire  a  supprimé  :  «  les  pauvres  sont  évangélisés,  » 
et  il  a  rempli  le  vide  à  l'aide  d'un  verset  emprunté  à 
saint  Luc  :  «  et  à  cette  heure  même  (Jésus)  en  guérit 
plusieurs  de  maladies,  de  plaies  et  d'esprits  mau- 
vais. » 

La  réponse  de  Jésus  devient  apocryphe  par  le  fait.  Elle 
contient,  elle  aussi,  une  allusion  à  un  verset  de  saint  Jean1 '. 

Philol.  und  histor.  Abhandluvgen  der  kônigl.  Akademie 
der  Wissenschaften  zu  Berlin,  1844,  p.  121-175;  J.  Chifflet,  De 
linteis  seputcralibus  Christi,  Antwerp.,  1624;  Jibben,  De  ima- 
gine Clu-isti  Jesu  Abgarena  s.  Edessena,  Ienae,  1671.  —  •  Kva- 
grius,  Hist.  eccl,  1.  IV,  c.  xxvn,  P.  G.,  t.  lxxxvi,  col.  274S- 
2750.  —  ,0  P.  G.,  t.  cxili,  col.  421-454.  Cf.  Baronius,  Annal., 
ann.  31,  n.  5-16;  J.  Gretser,  De  imaginibus  non  manu  factis, 
dans  J.  Hardouin,  Conc,  t  rv,  p.  674  sq.  ;  Nilles,  dans  la  Zeits- 
chriftf.  k.  Théologie,  1893,  p.  135-136.  —  "  L.-J.  Tixeront,  loc. 
cit.,  p.  54  sq.  —  ,JAgathange,  Hist.  du  règne  de  Tiridate,  dans 
V.  Langlois,  Coll.  des  hist.  de  l'Arménie,  t.  i,  p.  125  sq.  — 
•*  L.  Duchesne,  Le  Liber  pontificalis.  Texte,  introd.  et  com- 
mentaire, in-4%  Paris,  1884-1886,  t.  I,  introd.,  p.  cxvm.  — 
'♦Matth.,  xi,  5;  Luc,  vu,  22.  —  ,s  Luc,  vu,  21.  —  "Th.  Zalin, 
Tatian's  Diatessaron,  texte  §  26  et  note  2,  p.  145, 146,  dans  les 
Forschungen  zur  Geschichte  des  neutestamentlichen  Kanons 
und  der  altkirchlichen  Literatur,  Erlangen,  1SS1-1S84.  Cf.  dora 
Cabrol  et  dom  Leclercq,  Monumenta  liturgica,  t.  I,  disserU 
prélim.  —  "  Joa.,  XX,  29. 


97 


ABGAR    (LA   LÉGENDE    D')    —   ABJURATION 


98 


<<  Heureux  [es-tu]  d'avoir  cru  en  moi  sans  m'avoir 
vu  »  et  semble  ne  pouvoir  être  inspiré  que  par  :  Maxdt- 
ptot  oi  [J.r|  iSôvtec,  y.at  Jtiffteiia'avTeç. 

Les  données  de  l'histoire  paraissent  donc  favoriser 
l'opinion  qui  place  la  formation  de  la  légende  vers  le 
milieu  du  me  siècle.  Voy.  Édesse. 

V.  Liturgie.  —  La  lettre  de  Jésus  fut  reçue  par 
quelques  églises  parmi  les  lectures  liturgiques1. 

Ce  fut  probablement  une  intrusion  liturgique  que  com- 
battait le  décret  du  pseudo-Gélase,  reléguant  cette  lettre 
parmi  les  apocryphes-. 

Les  liturgies  syriennes  font  commémoraison  de  la  cor- 
respondance à  l'Office  du  carême  (lias),  ms.  non  paginé. 
D.  Parisot,  dans  le  Dict.  de  théol.  cath.  au  mot  Abgar. 
Un  usage  moins  officiel  en  fut  fait  encore.  Cette  lettre 
fut  considérée  comme  un  talisman,  une  sorte  d'amulette, 
et  cette  superstition  est  assez  ancienne.  La  tradition 
persane  (ms.  d'Eligmann)  disait  que  Jésus  avait  promis 
à  Abgar  de  le  protéger  en  tous  lieux  où  il  placerait  la 
lettre;  le  ms.  latin  du  British  Muséum  fait  l'énumération 
des  circonstances  dans  lesquelles  la  lettre  gardera  le  roi 
et  il  conclut  :  Si  quis  hanc  epistolam  secum  habuerit, 
securus  ambidet  in  face.  Le  ms.  arabe  51  et  le  ms.  de 
Vienne  315  vont  plus  loin,  la  lettre  devient  un  électuaire 
à  l'usage  de  tous  ceux  qui  la  porteront  avec  eux.  Cureton 
raconte  qu'en  Angleterre,  jusqu'au  siècle  dernier,  on 
avait  coutume  de  placarder  cette  lettre  dans  les  maisons 
particulières  comme  préservatif3.  Cet  usage  qui  n'a  pas 
encore  disparu  de  quelques  comtés  parait  avoir  laissé 
une  trace  dans  la  liturgie  celtique.  Le  Liber  hymnorum, 
conservé  en  ms.  à  Trinity  collège  de  Dublin  (E,  4,  2), 
xie-xne  siècle,  donne  deux  collectes  à  la  suite  d'une 
copie  de  la  lettre  à  Abgar,  fol.  15  :  Domine  domine, 
défende  nos  a  malis,  et  cuslodi  nos  in  bonis,  ut  simus 
filii  lui,  hic  et  in  futuro  :  salvator  omnium,  christe, 
respice  in  nos,  ihesu,  et  miserere  nobis. 

Evangelium  Domini  nostri  ihesu  christi,  liberet  nos, 
protegat  nos,  cuslodiat  nos,  defendat  nos,  ab  omni 
mal.o,  ab  omni  periculo,  ab  omni  languore,  ab  omni 
dolore,  ab  omni  plaga,  ab  omni  invidia,  ab  omnibus 
insidiis  diaboli,  et  malorum  kominum  hic  et  in  futuro. 
Amen  t. 

C'était  une  opinion  répandue  parmi  les  Pères  que 
Jésus  n'avait  laissé  aucune  pièce  écrite  de  sa  main  5. 

Il  n'y  a  pas  lieu  de  rapporter  ici  les  noms  des  auteurs 
anciens  qui  ont  pris  parti  en  faveur  de  l'authenticité 
de  cette  correspondance.  Jusqu'à  la  publication  intégrale 
de  la  Doctrine  d'Addaï,  tous  les  jugements  portés  s'ap- 
puyaient sur  une  enquête  insuffisante  6. 

La  légende  d'Abgar  a  été  récemment  étudiée  par 
MM.  Grimm ',  Matthes»,  Bonnet-Maury9,  Tixeront10, 
Rubens  Duval11,  Carrière12,  Dobschûtz13,  R.  Pietsch- 
mann  '♦.  H.  Leclercq. 


1  Bibl.  nationale,  fonds  syriaque,  n.  56.  Lectionnaire.  —  *  P. 
L.,  t.  lix,  col.  164.  Cf.  Danko,  Historia  revelationis  divinae  N. 
T.,  in-8",  Vienne,  1867,  t.  Il,  p.  306  ;  Libri  Carolini,  1.  IV,  c.  x,  P.  L., 
t.  xcvin,  col.  1202,  1203.  Cf.  C.  A.  Credner,  Zur  Geschichte 
des  Kanons,  gr.  in-8°,  Halle,  1847,  p.  223.  —  3  Jeremiah  Jones, 
New  and  fait  method,  Oxford,  1798,  t.  n,  p.  6  ;  cf.  W.  Cureton, 
Ane.  syr.  doc.,  p.  155.  —  *F.  E.  Warren,  The  liturgy  and  ritual 
of  the  celtic  Church,  in-8%  Oxford-London,  1881,  p.  196.  — 
•S.  Augustin,  Contra  Faustum  manichxum,  xxvm,  4,  P.  L., 
t.  xlii,  col.  436-487;  S.  Jérôme,  In  Ezech.,  xliv,  29,  P  L., 
t.  xxv,  col.  443.  —  6  Voy.  Richardson,  Bibliographical  synopsis, 
in-8°,  1887,  p.  105;  M.  T.  Albinus,  De  epistola  Christi  ad  Abga- 
rum,  in-4%  Wittembergœ,  1694;  Frauendorf,  De  epist.  Christi  ad 
Abgarum,  speciatim  contra  G.  Cave,  Lipsiae,  1698;  Heine,  De 
Christi  ad  Abgarum  epist.,  2'  éd.,  Halae,  1768;  Roni,  Se  Gesii 
Cristu  scrivene  ad  Abgaro  principe  di  Edessa  e  se  gV  inviasse 
la  propria  imagine,  dans  Zaccaria,  Raccolta  di  dissertât,  stor. 
eccles.,  1792,  t.  n,  p.  116-154;  Serpos,  Sulle  lettere  delre  Abgaro  a 
GesùCristo  e  di  questo  a  quel  re,  dans  Race,  di  dissert.,  p.  155. 
166;  Rinck,  Zeitschr.  f.  d.  hist.  Theol.,  1843,  fasc.  2,  p.  3  sq.  — 
'Grimm,  Die Sagevom  Ursprung der  Christusbilder,  in-8', Bertin, 


ABJURATION.  —  I.  Signification.  IL  Qualités.  III. 
Applications.  IV.  Peines.  V.  Rites  dans  l'ancienne  Église. 
VI.  Note  sur  l'abjuration  dans  la  liturgie  mozarabe. 

I.  Signification.  —  Ce  mot  a  été  pris  dans  différentes 
significations.  Dans  l'acception  la  plus  générale  on  ap- 
pelle ainsi  toute  rétractation,  tout  renoncement  à  des 
personnes,  à  des  idées  ou  à  des  choses  que  l'on  aban- 
donne. C'est  ainsi  que  l'on  dit  :  «  Abjurer  ses  idées,  ses 
opinions,  ses  sentiments,  sa  patrie.  »  Dans  une  acception 
moins  générale,  c'est  une  expression  juridique,  employée 
autrefois  par  les  jurisconsultes,  qui  signifie  :  «  refuser 
par  un  parjure  une  chose  confiée,  »  ou  :  «  refus  d'une 
chose  prêtée,  »  selon  l'explication  de  saint  Isidore  de 
Séville  :  Abjuratio,  id  est  rei créditée  abnegatio  13.  Dans 
sa  stricte  acception,  l'abjuration  est  une  rétractation 
externe  d'erreurs  contraires  à  la  foi  (hérésie,  apostasie) 
ou  à  l'unité  hiérarchique  (schisme).  Celui  qui  veut  ren- 
trer dans  le  sein  de  l'Église  ne  doit  pas  seulement  reje- 
ter ses  erreurs,  mais  il  doit  aussi  s'engager  par  serment 
à  persévérer  dans  la  foi  catholique.  Tous  les  exemples 
d'abjuration  dont  l'histoire  a  conservé  le  souvenir 
suivent  cette  marche. 

IL  Qualités.  —  Une  ancienne  formule  d'abjuration, 
concernant  l'hérésie  athingienne  [=  paulicienne],  nous 
indique  toutes  les  qualités  de  cette  importante  action. 
L'abjuration  ne  doit  pas  être  violente,  oj  Stà  ttva  |3iav, 
ni  nécessitée,  vi  àvâyxY]v;  elle  ne  doit  pas  être  inspirée 
par  la  crainte,  r\  <f>66ov,  ni  par  les  menaces,  r,  àuripetav; 
on  ne  doit  pas  non  plus  abjurer  ses  erreurs  pour  sortir 
de  la  pauvreté,  ■!]  ravtav,  ni  pour  se  délivrer  de  ses  dettes, 
r]  Stà  XP^î»  nl  pour  échapper  à  une  accusation,  î|  k'yÀYiixa 
Kot-c'êu-oû  xivoûfXEvov,  ni  pour  quelque  autre  motif  illicite, 
r\  Stà  Exepov  -riva  xpÔ7rov  a7rr)yopEuuivov .  L'abjuration  doit 
être  spontanée  et  libre  ;  elle  doit  partir  d'une  âme  et 
d'un  cœur  pénétrés  de  l'amour  du  Christ  et  de  sa  foi  . 
àXVw;  i\  oXr|ç  J/u^rjç,  xai  xapSt'aç  TÔv  Xpiarôv  àyaTraxrrçç, 
xa\  ty|v  aÙToO  tu'otiv  16.  Ces  conditions  sont  en  définitive, 
quant  à  la  substance,  les  mêmes  que  celles  du  droit  mo- 
derne; l'abjuration  :  1°  doit  se  faire  sur-le-champ; 
2°  elle  doit  être  libre;  3°  elle  doit  être  publique;  4°  elle 
doit  être  suivie  d'une  pénitence,  en  guise  de  satisfaction 17. 
Comme  on  le  voit,  la  qualité  fondamentale  d'une  bonne 
abjuration  c'est  la  spontanéité,  qui  seule  est  la  marque 
d'une  vraie  et  sincère  conversion. 

III.  Applications.  —  1°  En  principe  tous  les  héré- 
tiques, quels  qu'ils  soient,  sont  tenus  à  l'abjuration;  sans 
cette  formalité,  ils  ne  pourraient  pas  être  réconciliés 
avec  l'Église18.  —  2°  En  pratique  on  distingue  surtout  trois 
cas  :  1.  Si  l'on  confère  le  baptême,  comme  c'est  le  cas 
pour  ceux  qui  n'ont  jamais  été  baptisés,  aucune  abjura- 
tion n'est  exigée  de  la  part  du  néo-converti  ;  on  ne  lui 
donne  pas  non  plus  l'absolution,  car  le  baptême  par  lui- 
même  efface  tous  les  péchés.  2.  Si  l'on  réitère  le  bap- 


1842.  —  8  Matthes,  Die  edessenische  Abgarsage  aufihre  Fort- 
bildung  untersucht,  in-8%  Leipzig,  1882.  —  9  Bonnet-Maury,  La 
légende  d'Abgar  et  de  Thaddée  et  les  missions  chrétiennes  à 
Édesse,  dans  la.  Revue  de  l'histoire  des  religions,  1887,  p.  269-283. 

—  ,0L.-J.  Tixeront,  Les  origines  de  l'Église  d'Édesse  et  la  lé- 
gende d'Abgar,  in-8",  Paris,  1888.  —  H  Rubens  Duval,  Histoire 
politique,  religieuse  et  littéraire  d'Édesse,  c.  v  :  La  légende 
d'Abgar  et  les  légendes  qui  y  ont  été  rattachées,  in-8",  Paris,  1891. 

—  ' *  Carrière,  La  légende  d'Abgar  dans  l'histoire  de  Moyse  de  Klio- 
rène,  dans  Centenaire  de  l'École  des  langues  orientales  vivent  tes, 
in-4%  Paris,  1895,  p.  357-414.  —  ,3E.  von  Dobschûtz,  Christus- 
bilder  Untersuchungen  zur  christlischen  Légende,  c.  v,  Das 
Christusbild  von  Edessa,  dans  Gebhardt  et  Harnack,  Texte  und 
Untersuchungen,  in-8%  Leipzig,  1899,  nouvelle  série,  t.  ni,  p.  102- 
196.  Cf.  p.  158*-249*,  281-294.  —  "Les  inscriptions  coptes 
de  Faras,  dans  le  Recueil  de  travaux  relatifs  à  la  philologie 
et  à  l'archéologie  égyptienne  et.  assyrienne,  1898,  t.  xx,  p.  175- 
176;  1899,  t.  xxi,  p.  133-136.  —  "Etymol.,  1.  V,  c.  xxvi,  n.  21, 
P.  L.,  t.  lxxxii,  col.  210;  cf.  aussi  Ferraris,  Prompta  bibliot)ie- 
ca  canonica,  in-fol.,  Rome,  1844,  t.  I,  p.  33.  —  *•  P.  G.,  t.  evi, 
col.  1333.  —  »  Ferraris,  ibid.,  t.  I,  p.  33.  —  "Ferraris,  ibid. 


DICT.    D'ARCH.    CHRÉT. 


I.  -  4 


99 


ABJURATION 


100 


terne  sous  condition,  comme  c'est  le  cas  pour  ceux  dont 
le  baptême  est  douteux,  premièrement,  le  néo-converti 
abjure  son  hérésie  et  émet  la  profession  de  foi,  deuxiè- 
mement, on  lui  confère  le  baptême  sous  condition,  troi- 
sièmement enfin,  on  l'absout  de  l'excommunication  et 
des  censures,  mais  aussi  sous  condition.  3.  Si  le  bap- 
tême est  valide,  et  si  on  le  regarde  comme  tel,  le  néo- 
converti abjure  son  hérésie  et  récite  la  profession  de 
foi  ;  ensuite  on  l'absout  des  censures.  Pour  les  jeunes 
personnes  au-dessous  de  quatorze  ans,  il  n'y  a  ni  abju- 
ration, ni  absolution  des  censures,  mais  seulement 
profession  de  foi1.  La  pratique  des  dillérents  cas  d'ab- 
juration est  encore  plus  détaillée,  mais  il  n'est  pas 
nécessaire  que  nous  insistions  davantage2. 

IV.  Peines.  —  La  discipline  de  l'Église  sur  ce  point 
n'a  pas  été  toujours  la  même;  avec  les  circonstances  et 
dans  le  cours  des  temps  elle  a  reçu  des  mitigations.  Les 
dispositions  pénales  de  l'ancienne  Église  ont  été  pro- 
mulguées dans  plusieurs  conciles.  Le  concile  d'Elvire 
(305  ou  306),  can.  22,  impose  à  ceux  qui  abjurent 
l'hérésie  dix  ans  de  pénitence,  à  l'exception  des  enfants 
qui  sont  dispensés  de  toute  peine  :  Qui  eliam  deceni 
annis  agat  pœnilenliam.  Cui  post  deceni  annos  prse- 
starï  communia  débet.  Si  vero  infantes  transducti, 
quod  non  suo  vitio  peccaverint,  incunclanter  recipi 
délient*.  Le  concile  de  Nicée  (325),  can.  11,  se  montra 
très  sévère  pour  ceux  qui  étaient  tombés  pendant  la 
tyrannie  de  Licinius;  il  leur  imposa  trois  ans  de  péni- 
tence avec  les  audientes  et  sept  ans  avec  les  substrati  ; 
pendant  les  deux  années  suivantes  ils  pouvaient  assister 
avec  le  peuple  au  saint  sacrifice,  mais  sans  prendre 
part  à  l'ofirande  :...  -rpia  ë.zrt  èv  àxpoa>(xÉvotç  7rotrj(joiiiTcv  ol 
tckttcù,  xoù  imix  ï-zr\  OnoustroOvTat'  Sûo  6  k  e'tyj  yaçAç  irpos- 
tpopâç  xotva>vr,(TO'j<7i  to)  Xaçi  toïv  7tpo7Euy_û>v  4.  Dans  le  ca- 
non 8,  le  concile  s'occupe  de  prêtres  qui  s'appellent 
eux-mêmes  cathares  ;  s'ils  retournent  à  l'Église,  on  leur 
imposera  les  mains,  mais  ils  resteront  dans  le  clergé  : 
Ilepi  Ttov  6vo[xaÇ6vTd>v  (isv  éau-oj;  Ka6apo-Jç  ttotc,  7tpo<7Ep- 
Y^iiÉvuv  Se  t?j  xa6o),ixrj  xa't  àTroaroXtxrj  'ExxXy]0*(2,  ËSols 
T/j  àyîa  xa't  [XEyâXï)  duvoSio,  <iS<jre  y_£tpoOeTo-ju.Évo-j;  oc'Jt&Ù; 
(jléveiv  oijt(oç  èv  tû>  xX^po)  5.  Le  concile  d'Agde  (506),  can. 
60,  réduit  à  trois  ans  la  durée  de  la  pénitence  :  deux 
ans  de  pénitence  proprement  dite,  et  un  an  de  jeûne 
continuel  :  ...annorum  multiludine  breviala.  Pœni- 
tentiam  biennii  condilione  infra  scriptaa  observationis 
imponimus  ut  prsescripto  biennio,  tertio  [anno]  sine 
relaxatione  jejunent,  et  Ecclesiam  studeant  frequen- 
tare6.  Enfin  le  concile  d'Epaone  (517),  can.  29,  ramène 
la  pénitence  à  une  durée  de  deux  ans  :  ...ut  prsescripto 
biennio  tertia  die  [hebdomadis]  sine  relaxatione  jeju- 
nent1. 

La  pénitence  était  plus  ou  moins  sévère  selon  la  con- 
dition des  personnes.  Le  troisième  concile  de  Carthage 
(397),  can.  48,  permet  d'admettre  à  la  cléricature  les 
enfants  baptisés  dans  le  donalisme,  après  leur  conver- 
sion, parce  qu'ils  ne  doivent  pas  être  victimes  de  l'er- 
reur de  leurs  parents  :  De  donatistis  placuit  ut  consu- 
lamus  fratres  et  consacerdotes  nostros  Siricium  et 
Simplicium  de  salis  infanlibus  qui  baplizanlur  pênes 
eosdem,  ne,  quod  suo  non  fecerint  judicio,  eum  ad 
Ecclesiam  Dei  salubri  proposito  fucrint  conversi,  pa- 
renlum  illos  error  impediat  ne  provehantur  sacri  alla- 
ris  minislri 8.  Le  troisième  concile  de  Rom*  (487)  dis- 
tingue trois  catégories  :  évêques,  piètres  et  diacres;  clercs, 

'  jErtnys,  Theotogia  pastoralis,  in-8*,  Tournai,  1892,  p.  107, 
108  —  *  Cf.  Dictionnaire  île  théologie  catholique,  publié  sous 
la  direction  de  Vacant,  in-4°,  Paris,  1899,  t.  I,  col.  75;  Maurel, 
Guide  pratique  de  la  liturgie  romaine,  part.I.sect.  II,  c.  IV,  art.  6, 
Paiis,  1878,  p.  716;  Dallcrini-Polmieri,  Opus  theologician  mo- 
rille, Uact.  V,  sect.  i,  n.  149,  Prato,  1890,  t.  m.  p.  65;  Moroni, 
Dizionario  d'erudizione  ecclesiastica,  Venise,  1840,  t.  i,  p.  33; 
Hennit  XIV,  De  synodo  diœcesana,  V,  n,  9,  10;  IX,  IV,  3,  Opéra 
omuia,  Prato,  1845,  t.  XI,  p.  117,  298.  —  3Labbe,  Concilia,  in-tol., 


moines  et  laïques,  enfants  et  jeunes  filles.  Il  décrète 
qu'aucun  de  ceux  qui  sont  tombés  ne  peut  être  admis 
à  la  cléricature  :  De  episcopis,  presbijteris  et  diaconis 
conslitutum  est,  ut  quantumvis  pœnis  coacti  misère 
lapsifuerint,  exclusi  ab  omni  cœiu  fldelium  atque  cate- 
chumenorum  usque  ad  finem  vilse  laica  tanlum  com- 
munication imper  lirenlur.  —  Reliqui  inferioris  ordinis 
clerici,  monachi  vel  laici  triennio  inler  audientes  per 
severarent,  inler pœnitentes peregrinse  tanlum  commit 
nicalionis  participes  effecli,  dum  cum  saecidaribus  sinr 
perceplione  Eucharisties  orare  permit terentur.  —  Ad- 
ditum  neque  pueros  aut  puellas,  quas  setas  excusai, 
sine  pœnilentia  ad  Ecclesiam  admittendos,  sed  inler 
pœnitentes  sub  manus  impositione  retineri  debere,  ut 
tandem  conmiunicationis  participes  esse  possint.  —  De- 
nique  constilulum  fuit  ut  ejusmodi  lapsisad  clericatum 
nullus  unquam  adilus  pateret;  sed  inter  laicos  catlio- 
licos  tantummodo  usque  ad  exitum  vitse  connumerari 
deberent  9.  Saint  Augustin  distingue  entre  les  héré- 
tiques qui  ont  appartenu  à  l'Église  et  ceux  qui  n'en  ont 
jamais  fait  partie;  il  est  plus  sévère  pour  les  premiers 
que  pour  les  seconds;  on  ne  peut  pas  les  admettre  à  la 
cléricature  :  Nec  illud  sine  dislinclione  preeterimus,  ut 
humiliorem  agant  pœnitentiam,  qui  jam  fidèles  Ec- 
clesiam deseruerunt,  quam  qui  in  illanonchou  fuerunt. 
Nec  ad  clericatum  admittuntur,  sive  ab  hserelicis 
rebaplizali  sint,  sive  prius  suscepli  ad  illos  redierint, 
sive  apud  illos  clerici  sive  laici  fucrint*0. 

V.  Rites  dans  l'ancienne  Église.  —  Une  lettre  de 
saint  Grégoire  le  Grand  nous  servira  de  point  de  départ 
pour  nous  orienter  dans  l'antiquité  chrétienne".  Cette 
lettre  est  adressée  à  Quiricus  et  aux  évêques  d'Hibérie, 
et  traite  de  la  réconciliation  des  hérétiques.  Le  saint 
commence  par  rappeler  les  coutumes  anciennes  :  Ab 
antiqua  Patrum  inslilulione  didicimus.  Ensuite  il 
divise  en  trois  classes  les  hérétiques  :  1°  Ceux  qui  ont 
été  baptisés  au  nom  de  la  Trinité  (baptême  valide). 
Lorsque  ces  hérétiques  se  convertissent,  on  doit  se  con- 
tenter de  l'onction  du  saint  chrême,  ou  de  l'imposition 
des  mains,  ou  de  la  profession  de  foi  :  aut  unelione 
e/irisnialis,  aut  impositione  manus  aut  profession* 
fidei  ad  sinum  malris  Ecclesise  revocenlur.  De  là  deux 
applications  :  1.  Les  ariens  sont  réconciliés  en  Occident 
par  l'imposition  des  mains  :  per  inipositiunein  manus, 
en  Orient  par  l'onction  du  saint  chrême  :  per  unctionem 
chrismalis.  2.  Les  monophysites  et  autres  sont  récon- 
ciliés par  la  seule  profession  de  foi  :  sola  vera  confes- 
sione  recipit  [Ecclesia].  —  2°  Ceux  qui  n'ont  pas  été 
baptisés  au  nom  de  la  Trinité  (baptême  invalide); 
tels  sont  les  bonosiens,  les  cataphrygiens  et  autres;  ils  ne 
peuvent  entrer  dans  l'Église  que  par  la  réception  du 
baptême  :  cum  ad  sanctam  Ecclesiam  veniunt  bapli- 
zanlur. —  3°  Les  nestoriens.  Ils  doivent  être  instruits 
dans  la  vraie  foi  :  ad  sanctam  Ecclesiam  catholicam 
venientes  de  verse  fidei  firmitatc  et  confessionc  docendi 
surit.  En  écartant  ceux  qui  étaient  obligés  de  recevoir 
le  baptême,  et  qui  ne  rentrent  pas  directement  dans  la 
question  qui  nous  occupe,  pour  ceux  qui  avaient  été 
validement  baptisés,  les  rites  de  la  réconciliation  se 
réduisaient  à  trois  : 

/.  la  simple  imposition  des  mains.  —  On  l'employait 
a  l'égard  de  trois  catégories  d'hérétiques:  —  1°  Ceux  qui 
avaient  été  baptises  dans  l'Église  cl  étaient  tombés 
dans  l'hérésie.  —  Saint  Cyprien,  dans  sa  lettre  à  0">r>- 

Paris,  1671,  t.  i,  col.  973.  —  •  Labbe,  ibid..  t.  u.  col.  33.  — 
8  Labbe,  ibid.,  t.  n,  col.  32.  —  «Labbe,  Ibid.,  t.  îv.  .-ni.  1392.  — 
'Labbe,  ibid.,  t.  iv,  col.  1579.  —  "l.abbo,  ibid.,  t.  il.  roi.  1177. 
—  »  Nota?  ad  capit.  i,  Labbe,  ibid.,  t.  iv,  col.  1050.  —  "'  /  ' 
baptismate  contra  Pelilianum,  c.  xu,  P.  I...  t.  xi.iu,  cal.  606. 
Pour  les  peines  infligées  dans  les  temps  modernes,  on  peut  voir 
Devoti,  Institutioncs  canonic.r,  xn,  2  in-8-,  Anvers.  1836,  t.  n, 
p. 200.  —  "  Epistolse,\.  Xl.epist.  i.xvii.P.  L.,  t.i.xxvn.  ad.  1204- 
1208. 


101 


ABJURATION 


102 


tus,  à  laquelle  nous  avons  déjà  renvoyé1,  dit  que  de 
son  temps  on  ne  soumettait  cette  catégorie  d'hérétiques 
qu'à  la  simple  imposition  des  mains  :  quod  nos  quoque 
hodie  observamus,  ut  quos  constet  hic  baptizatos  esse 
et  a  nobis  ad  hœreticos  transiisse,  si  postmodum,  pec- 
cato  suo  cognito  et  errore  digesto,  ad  veritatem  et 
matricem  redeant,  salis  sit  in  pœnitenliam  manum 
imponere  2;  saint  Augustin  nous  est  un  sûr  garant  de 
saint  Cyprien  :  Hoc  enim  ipse  etiani  Cyprianus  cum 
cssteris  statuit,  ut  si  ab  hseresibus  redirent  ad  Ercle- 
siam,  quicumque  fuerant  in  ea  baptizati,  non  jam  per 
baptismum,  sed  per  pœnitentiani  reciperenlur  3;  le 
même  saint  Augustin  nous  rapporte  l'opinion  de  Cres- 
cens  de  Cirta  :  Censeo  ego  omnes  Itœreticos  sive  schis- 
maticos,  qui  ad  catholicam  Ecclesiam  venire  voluerint, 
non  ante  ingredi  nisi  exorcisati  et  baptizati  fuerint; 
exceptis  his  sane  qui  in  Ecclesia  catholica  fuerint  bap- 
tizati, ita  tamen  ut  per  manus  inipositionem  in  pœni- 
tentiani Ecclesise  reconcilientur  * .  Eusèbe,  rappelant 
la  lettre  de  Denis  au  pape  saint  Etienne  touchant  la 
controverse  sur  le  baptême  à  conférer  aux  hérétiques 
qui  se  convertissaient,  observe  que,  d'après  l'ancienne 
coutume,  les  hérétiques  étaient  réconciliés  par  la  seule 
imposition  des  mains  accompagnée  de  prières  :  uaXatoO 
yé  toc  x£xpar/5XÔTo;  k'Ôou;  èisl  -côiv  TotovTwv  iiôvt]  j(pf,ir8at 
tÎ]  6ià  -/eipcôv  ÈTCiBéaeuç  £'JX*1  5- 

'  2°  Ceux  qui  avaient  été  baptisés  dans  l'hérésie.  — 
On  connaît  la  règle  imposée  par  saint  Etienne  aux  Afri- 
cains. Un  concile  tenu  (entre  218  et  222)  par  Agrippinus 
de  Carthage,  et  trois  autres  conciles  carthaginois,  célé- 
brés sous  saint  Cyprien,  prescrivirent  formellement  de 
rebaptiser  les  hérétiques  convertis.  Saint  Etienne  se  pro- 
nonça contre  cette  décision,  en  déclarant  qu'il  ne  fallait 
faire  aucune  innovation,  mais  se  contenter  de  l'imposi- 
tion des  mains  :  Si  quis  a  quacumque  hxresi  venerit 
ad  vos,  nihil  innovetur,  nisi  quod  tradition  est,  ut  ma- 
nus illi  imponatur  in  pœnitentiani6.  Le  premier  con- 
cile d'Arles  (314),  can.  8,  énonça  la  même  prescription  : 
De  A  fris  quod  propria  lege  sua  utunlur  ut  rebapti- 
zent,  placuit  ut  si  ad  Ecclesiam  aliquis  de  hseresi  ve- 
nerit, interrogent  eum  symbolum;  et  si  perviderint 
eum  in  Paire  et  Filio  et  Spiritu  sancto  esse  baptizalum, 
manus  ei  tantum  imponatur  ut  accipiat  Spiritum 
sanctum.  Quod  si  interrogatus  non  responderit  hanc 
Trinitatem,  baptizetur  '.  Le  pape  Sirice,  dans  sa  lettre 
à  Himérius,  évèque  de  Tarragone,  n'exige  pas  davantage  : 
...Quos  (baptisés  par  les  ariens)  nos  cum  novatianis 
aliisque  hœreticis,  sicut  est  in  Synodo  conslitutum,  per 
invocationem  solani  Septiformis  Spiritus,  episcopalis 
manus  impositions  catholicorum  conventui  sociamus  8. 
Enfin  le  pape  Vigile,  dans  sa  lettre  à  Euthérius,  rappelle 
et  inculque  la  même  prescription  :  Quorum  (baptisés 
par  les  ariens)  tamen  reconciliatio  non  per  illam  ini- 
positionem manus,  quse  per  invocationem  Sancti  Spi- 
ritus fit,  operatur,  sed  per  illam  qua  pœnitentim  fru- 
ctus  acquiritur,  et  sanctse  communionis  restitutio  per- 
ficitur  9. 

3°  Ceux  qui  à  l'hérésie  joignaient  un  autre  crime.  — 
A  l'imposition  des  mains  on  joignait  une  dure  pénitence. 
Comme  nous  l'apprend  saint  Augustin,  c'était  le  cas  des 

1  Cf.  aussi  saint  Cyprien,  Epist.,  lxxi,  P.  L.,  t.  iv,  col.  408- 
411.  —  *  P.  L.,  t.  iv,  col.  411.  —  3  De  baptisrno  contra  dona- 
tistas,  1.  m,  c.  XI,  P.  L.,  t.  xliii,  col.  145.  —  *  Ibid.,  1.  VI,  c.  XV, 
P.  L.,  t.  xliii,  col.  208.  —  5i/.  E.,  VII,  il,  P.  G.,  t.  xx,  col.  640,  641. 
—  •  Sur  cette  décision,  cf.  S.  Cyprien,  Epist.,  lxxiv,  P.  L.,  t.  iv, 
col.  412,  413;  Eusèbe,  H.  E.,  VII,  m,  P.  G.,  t.  xx,  col.  641; 
S.  Augustin,  De  baptisrno  contra  donatistas,  1.  V,  c.  xxm, 
xxv,  P.  L.,  t.  XLin,  col.  192, 194.  —  '  Lâche,  ibid.,  1. 1,  col.  1428  ; 
Héfélé,  Histoire  des  Conciles,  trad.  franc,  par  Goschler  et  De- 
larc,  Paris,  1869,  t.  i,  p.  184.  —  8  Epist.,  i,  c.  i,  P.  L.,  t.  xm, 
col.  1133,  1134.  —  »  Epist.,  Il,  c.  m,  P.  L.,  t.  lxix,  col.  18.  — 
'"Epist.,  xxxv,  Ad  Euseb.,  n.  3,  P.  L.,  t.  xxxm,  col.  135.  - 
"  Epist.,  xciii,  Ad  Vincent.,  n.  53,  P.  L.,  t.  xxxm,  col.  347.  — 
"  Labbe,  ibid.,  '..  I.  col.  1497.  —  «  Labbe,  ibid.,  t.  iv,  col.  1013. 


clercs  devenus  donatistes  (hérétiques  et  apostats) 
Leur  réconciliation  était  un  peu  plus  difficile  :  Elenin 
ego,  si  Domino  placet,  istuni  moduni  servo,  ut  quis- 
quisapud  cos  propter  disciplinanidegradalus  adcalho- 
licani  transire  voluerit,in  humiliatione pœnitentim, 
recipiatur,  quo  et  ipsi  forsitan  cogèrent,  si  apud  eos 
manerc  voluisset10.  La  réconciliation  des  simples  héré- 
tiques était  au  contraire  plus  facile.  C'est  encore  saint 
Augustin  qui  nous  l'apprend  :  Sed  nimis  impudens 
crror  est,  hinc  velle  calumniari  Ecclesiam...  quod  ali- 
ter traclat  illos  qui  eam  deserunt,  si  hoc  ipso  pœni- 
tendo  corrigant,  aliter  illos  qui  ineanondum  fuerunt, 
et  tune  primum  ejus  pacem  accipiunt;  illos  AMPLius 
uumiliando,  istos  LENius  suscipiendo,  utrosque  dili- 
gendo,  utrisque  sanandis  materna  charitate  serviendoli . 

n.  l'onction  du  cbbême.  —  Après  l'arianisme  on  em- 
ploie généralement  l'onction  du  chrême,  soit  seule,  soit 
accompagnée  de  l'imposition  des  mains.  Le  concile  de 
Laodicée,  can.  7,  atteste  cet  usage,  à  propos  de  la  ré- 
conciliation des  novatiens,  des  photiniens  et  des  tessa- 
redecatiens  (quartodécimans)  :  xai  7tôte  Xocttôv  toïç 
Xeyotiévoi;  Ttpbç  aùroî;  tii(tto\ç,  èxu.av6âvovTeç  Ta  r/jç  nia- 
T£u>;  (TvttëoXa,  xpiaôÉVTaç  ts  t<ô  ày»i>  y_pt<7|xaTi,  o'jto)  xoi- 
vwveîv  t<o  paioropito  t<ô  âyi'w  12.  Le  2e  concile  d'Arles 
(452)  porta,  can.  17,  la  même  prescription  à  propos  des 
Bonosiens,  adversaires  de  la  virginité  de  Marie  :  Bono- 
sianos  autem  ex  eodem  errore  venientes...  si  inlerro- 
gati  fidem  nostram  ex  toto  corde  confessi  fuerint,  cum 
chrismale  et  manus  impositions  in  Ecclesia  recipi  suf- 
fi cit13.  Le  concile  d'Épaone,  can.  16,  permet  le  même 
rite  :  Presbyteros,  propter  salutem  animarum,  quam 
in  cunclis  optamus,  desperatis  et  decumbentibus  hse- 
reticis,  si  conversionem  subitam  pétant,  chrismate  sub- 
venire  permittimus  u.  De  ce  mode  de  réconciliation 
l'histoire  nous  offre  plusieurs  exemples  célèbres;  qu'il 
nous  suffise  d'en  rappeler  quelques-uns  :  abjuration  de 
Clovis,  roi  des  Francs,  entre  les  mains  de  saint  Rémi15; 
abjuration  de  Gondebaud,  roi  des  Burgondes16;  abju- 
ration de  la  reine  Brunehild,  arienne  i7;  abjuration  de 
Récharède,  roi  d'Espagne  18.  Le  Ier  concile  de  Constanti- 
nople  (381),  can.  7,  indiqua  même  la  manière  dont  de- 
vait se  faire  cette  onction;  il  prescrivit  d'oindre  le  front, 
les  yeux,  les  narines,  la  bouche  et  les  oreilles  19. 

/;/.  la  profession  de  foi.  —  Ce  procédé  fut  surtout 
employé  après  l'hérésie  de  Nestorius  et  d'Eutychès.  C'est 
par  la  profession  de  foi  que  furent  réconciliés  les 
évoques  qui  au  IIe  concile  d'Éphèse  avaient  adhéré  à 
Eutychès  et  à  Dioscore.  C'est  par  la  profession  de  foi 
(dato  libello  :  ù  ttï)  piëXiov  8oùç)  que  Cyrille  d'Alexandrie 
admit  à  sa  communion  Paul  d'Émèse,  partisan  du  nes- 
torianisme20.  Saint  Léon  ne  demande  pour  la  réconcilia- 
tion des  pélagiens  que  la  profession  de  foi21.  Remar- 
quons pourtant  que  le  concile  d'Alexandrie  (362)  dans 
sa  lettre  synodale  avait  exigé  la  profession  de  foi22.  Il 
en  fut  de  même  au  concile  de  Rome  (799),  sous  Léon  III, 
pour  la  réconciliation  de  Félix  d'Urgel  23. 

D'après  tous  les  types  qui  nous  restent  dans  les  docu- 
ments, cette  cérémonie  embrassait  comme  deux  parties; 
premièrement  on  anathématisait  toutes  les  hérésies  en 
général,  et  surtout  celle  à  laquelle  on   avait  adhéré; 

—  u  Labbe,  ibid.,  t.  iv,  col.  1578.  —  15  Grégoire  de  Tours,  Hislo- 
ria  Francorum,  1.  U,  c.  xxxn,  P.  L.,  t.  lxxi,  col.  227.  — 
,6  Grégoire  de  Tours,  op.  cit.,  1.  H,  c.  xxxiv,  ibid.,  col.  230.  — 
"  Grégoire  de  Tours,  op.  cit.,  1.  IV,  c.  XXVII,  ibid.,  col.  291.  — 
"Grégoire  de  Tours,  op.  cit.,  1.  LX,  c.  xv,  ibid.,  col.  493.  Cf. 
aussi  S.  Hildephonse,  De  cognitione  baptismi,  c.  cxxi,  :  chris- 
mate solo  et  manus  impositione  purgandi  [hxretici]  P.  L., 
t.  xevi,  col.  161  —  i9  Labbe,  ibid.,  t.  n,  col.  951.  De  même  le 
concile  Quinisexte,  can.  95  ;  Labbe,  ibid.,  t.  VI,  col.  1323,  1324. 

—  20  Epist.,  xlviii,  Ad.  Donat.  episc.  Nicopol.,  P.  G., 
t.  lxxvii,  col.  252.  —  *'  Epist.,  i,  Ad.  episc.  Aquilens.,  c.  n. 
P.  L.,  t.  liv;  col.  594.  Cf.  aussi  Epist-,  n,  c.  i,  ibid.,  col.  598; 
Epist.  xvm,  ibid.,  col.  707.  —  "  Labbe,  ibid.,  t.  H,  col.  811. 

—  !3  Actio  n,  Labbe,  ibid.,  t.  vu,  col.  1150,  1151. 


103 


ABJURATION   —   ABLUTIONS 


104 


secondement  on  affirmait  sa  foi  aux  vérités  enseignées 
par  l'Église.  11  nous  suffira  de  rapporter  quelques  dé- 
tails de  la  formule  d'abjuration  des  athinganes,  dont 
nous  avons  déjà  parlé,  pour  donner  une  juste  idée  de 
toutes  les  autres.  Le  néo-converti  anathématise  (ôcvocOe- 
[/.ariÇt»)  de  nombreuses  hérésies  et  tous  ceux  qui  avaient 
suivi  les  docteurs  athinganes,  qui  ont  existé  dans  le 
passé  (oo-oi  xarà  ysveàv  sxâarï]v  a-/pt  xoû  vOv  yzyôvixai), 
qui  existent  présentement  (xoù  3<roi  oTQjj.epo'v  eîo-i),  et  qui 
pourront  exister  à  l'avenir  (xoà  y'vso-ôai  piXlouo-iv). 
Ensuite  il  reprend  successivement  chaque  hérésie,  erreur 
ou  fausse  pratique  et  répète  le  mot  :  f  anathématise 
(àva6£[xaTÏi;a>);  de  plus,  il  anathématise  toute  coutume 
(à'6oç),  toute  pratique  (l-Kmfitv^a.)  et  toute  action  (rào-av 
•rcpàliv),  manifeste  ou  cachée  (çavêp<T>;  ?|  Xaôpaîcoç)  des 
athinganes.  Enfin  il  termine  en  prenant  l'engagement 
de  s'attacher  au  Christ  (<mvr(i(7<Tou.ai  tû>  Xptorôi),  et  de 
croire  en  un  seul  Dieu,  Père  tout-puissant,  créateur  du 
ciel  et  de  la  terre  :  xoù  7u<tt£Ûo>  eïç  Eva  0eov  IlaTÉpa,  irav- 
Toxpâtopa  7totr|TYiv  oùpavoû  na\  yr)?1.  Toutes  les  autres 
formules  ne  présentent  que  des  variantes  accidentelles2. 
VI.  Abjuration  dans  la  liturgie  mozarabe.  —  La  litur- 
gie mozarabe  du  VIIe  siècle  nous  a  conservé  plusieurs 
formules  d'abjuration,  pour  l'admission  d'un  arien,  d'un 
donatiste  et  d'un  juif  dans  l'Église  catholique.  Ces  for- 
mules sont  extrêmement  intéressantes.  Voici  le  commen- 
cement du  rit  consacré  à  la  réconciliation  d'un  arien  : 
In  primis  interrogat  euni  [episcopus]  nomen  suum 
et  aicit  ei  :  Abrenuntias  heresim  Arrianorum,  in  qua 
te  hucusque  fuisse  penitet?  —  Abrenuntio.  —  Abre- 
nuntias hisqui  Filium  Dei  dicunt  minorent  esse  Patri? 
—  Abrenuntio.  —  Abrenuntias  his  qui  Spiritum  San- 
ctum  Deum  esse  non  credunt,  vel  minorent  Patri  aut 
Filio dicunt?  —  Abrenuntio.  —  Iterum  interrogat  eum 
nomen  suum  et  dicit  ei  :  Crcdis  in  Deum  Patrem  omni- 
potentem?  —  Credo.  —  Credis  in  Ihesum  Chris tum 
Filiumeius?  —  Credo.  — Credis  et  in  Spiritum  Sanctum, 
Deum  individue  Trinitatis  unius  essentie,  virtutis  atque 
potentie?  —  Credo.  —  Et  ego  te  crismo  in  nomine  Pa- 
tris  et  Filii  et  Spiritus  Sancti,  in  remissione  omnium 
peccatorum,ut  habeas  vilam  eternam.  Amen*.  Voyez 
aussi  au  mot  Absolution.  V.  Ermoni. 

ABLUTIONS.  —  I.  Divers  sens  du  mot.  II.  Capitila- 
vium.  III.  Ab'utions  de  la  messe  chez  les  latins. 
IV.  Ablutions  dans  l'Église  grecque. 

I.  Divers  sens  du  mot.  —  Nous  ne  parlerons  pas  ici 
des  bains,  ni  des  ablutions  du  baptême,  ni  du  lavement 
des  pieds,  chacun  de  ces  sujets  demandant  un  article  à 
part.  Voir  Bains,  Baptême,  Lavement  des  pieds.  Il  y 
avait  d'autres  ablutions  dans  l'antiquité  qui  ont  un  ca- 
ractère liturgique,  et  qui  seront  l'objet  de  cet  article; 
telles  sont  les  ablutions  de  la  tête,  en  dehors  du  rite  du 
baptême,  et  les  ablutions  de  la  messe. 

IL  Capitilavium.  —  Il  était  d'usage  chez  les  chrétiens, 
dans  l'antiquité,  de  se  préparer  aux  grandes  fêtes  par  un 
bain,  comme  le  prouve  Paciaudi  *  et  comme  on  pourrait 
du  reste  le  conclure,  en  l'absence  de  tout  témoignage, 
des  coutumes  générales  de  l'époque.  Cette  pratique  était 
d'autant  plus  nécessaire  que  durant  les  temps  de  jeûne 
et  de  pénitence,  qui  précèdent  les  grandes  solennités, 
le  bain  était  généralement  prohibé.  Les  catéchumènes  se 
préparaient,  eux  aussi,  au  baptême  par  un  bain.  Comme 
le  baptême  avait  lieu  généralement  la  nuit  pascale  et 

•  P.  G.,  t.  cvi,  col.  -1333-1336.  —  'Martène,  De  antiquis  Ec- 
clesise  ritibus,  1.  m,  c.  vi,  2  in-fol.,  Antuerp.,  -1736,  t.  H,  p.  917- 
926;  .T.  Bingham,  The  antiquities  of  the  Christian  Church, 
l.  XVI,  c.  vi,  2  in-4»,  Londres,  1878,  t.  Il,  p.  949-968;  W.  Smith 
S.  Cheetham,  A  dictionary  of  Christian  antiquities,  2  in-8% 
Londres,  1880,  t.  I,  p.  8,  9.  —  3  D'après  le  Liber  ordinum  moza- 
rabe inédit  du  vir  siècle,  dont  l'édition  est  en  préparation.  (Note 
de  dom  Férotin.)  —  *  De  sacris  christianorum  balneis,  c.  II. 
in-4-,  Rome,  1758.  —  B  Tract.,  xxxv,  P.  L.,  t.  XI,  col.  481.  — 


qu'on  s'était  abstenu  du  bain  par  mortification  durant  le 
carême,  comme,  par  ailleurs,  les  catéchumènes  recevaient 
tous  le  baptême  dans  la  même  piscine,  cette  mesure  de 
propreté  s'imposait  naturellement.  L'usage  en  est  attesté 
d'ailleurs  par  saint  Zenon  de  Vérone  5  et  par  saint  Au- 
gustin; ce  dernier  nous  dit  que  ce  bain  avait  lieu  le 
jeudi  saint,  et  qu'un  certain  nombre  de  fidèles  profitaient 
de  cette  licence  donnée  aux  catéchumènes,  pour  re- 
prendre l'usage  du  bain,  si  aulcm  quœris,  écrit-il  à  son 
correspondant,  cur  etiam  lavandi  mos  ortus  sit  :  nilnl 
mihi  de  hac  re  cogitanli probabilius  occurrit,  nisi  quia 
baptizandorum  corpora  per  observationem  quadrage- 
simœ  sordidata,  cum  offensione  sensus  ad  fonteni  tra- 
ctarentur,  nisi  aliqua  die  lavarcntur6. 

C'est  probablement  cet  usage  qui  a  donné  naissance  à 
l'ablution  semi-liturgique  de  la  tête  ou  capitilavium. 
Elle  avait  lieu  dans  certaines  églises  le  dimanche  des 
Bameaux,  qui  de  là  a  quelquefois  pris  le  nom  de  dimanche 
du  capitilavium.  Cette  coutume  liturgique  est  constatée 
en  Espagne  par  saint  Isidore7,  dans  l'église  gallicane 
par  Bhaban  Maur  8et  à  Borne  même  par  un  Ordoroma 
nus  publié  par  Cassandre  9.  On  ne  voit  pas  pourquoi 
certains  liturgistes,  malgré  ce  témoignage,  se  refusent 
à  l'admettre  pour  Borne,  car  elle  était,  comme  nous 
l'avons  dit,  imposée  par  les  circonstances;  de  plus,  pour 
l'Afrique,  le  témoignage  de  saint  Augustin  est  une 
preuve  sans  réplique,  et  on  sait  quelles  étaient  les  affi- 
nités entre  les  liturgies  de  Borne  et  d'Afrique.  Visconti 
pense  que  ce  rite,  qui  ne  parait  jamais  du  reste  avoir  eu 
une  grande  importance,  ni  joui  d'une  grande  faveur,  fut 
supprimé  par  le  concile  de  Mayence  en  813  l0,  du  moins 
quant  à  son  caractère  liturgique.  Il  en  est  un  peu  de 
cette  cérémonie  comme  de  celle  du  lavement  des  pieds; 
la  crainte  que  des  populations  ignorantes  n'y  vissent  un 
complément  nécessaire  du  baptême  hâta  sans  doute  la 
suppression.  Nous  ne  croyons  pas  que  cet  usage  ait  laissé 
aucune  trace  dans  les  formules  liturgiques, 

III.  Ablutions  de  la  messe  chez  les  latins.  —  Il  faut 
distinguer  :  1°  l'ablution  des  mains  avant  la  messe; 
2»  l'ablution  ou  lavement  des  mains  après  l'offertoire; 
3°  la  purification  de  vin  et  d'eau  que  le  prêtre  prend 
après  la  communion,  ou  celle  que  le  diacre  donne  aux 
fidèles  également  après  la  communion. 

1°  Ablution  des  mains  avant  la  messe.  —  "Wich- 
mannshausen  a  écrit  une  longue  dissertation  pour  dé- 
montrer que  le  lavement  des  mains,  avec  un  caractère 
rituel  de  purification,  existait  chez  les  Hébreux  aussi 
bien  que  chez  les  païens.  Nous  renvoyons  à  son  étude 
pour  les  textes  qui  y  sont  diligemment  réunis  '*.  Nous 
voyons  aussi  par  des  témoignages  très  anciens  que  le 
même  usage  existait  chez  les  chrétiens,  et  nous  consta- 
tons en  même  temps  que  leurs  pasteurs  ne  manquaient 
pas  de  leur  enseigner  que  cette  ablution  ne  les  lavait 
que  matériellement  s'ils  n'avaient  soin  de  purifier  leur 
conscience  :  Cseterum  quse  ratio  est,  manibus  quidem 
ablulis,  spiritu  vero  sordente  orationem  obire  ?  quando 
et  ipsis  mariibus  spiritales  munditise  sint  necessarise, 
ut  a  falso...  cœterisque  maculis  quse  spiritu  conceptse 
manuum  opéra  transiguntur,  purœ  alleventuri2.  Quel- 
ques-uns même  y  voient  une  coutume  d'origine  aposto- 
lique et  rappellent  à  ce  propos  le  texte  de  saint  Paul  : 
ysipa;  ôdou;  jua/pecv13.  Les  plus  anciennes  églises  avaient 
dans  l'atrium  une  fontaine  où  les  fidèles  se  lavaient  les 
mains  avant  les  offices.  Paulin,  évéque  de  Tyr,  commen- 

«  Epist.,  cxvrn,  Ad  Januar.,  P.  L.,  t.  xxxm,  col.  204;  cf.  Epist., 
cxix,  n.  33,  ibid., col.  220.  —  'De  eeclesiast.  officiisA.  I,  c.  wvin, 
P.  L.,  t.  lxxxiii,  col.  763.  —  •  De  instit.  clericor.,  1.  II,  c.  xxxv, 
P.  L.,  t.  cvii,  col.  347.  —  •  Cassander,  Opéra,  Paris,  1616,  p.  89. 
—  ,0  Vicecomes,  De  antiquis  baptismirilibus,l.  III, cxv,  Rome, 
1615,  —  "  J.  Chr.  Wichmannshausen,  De  lotione  manuum. 
dans  Volbeding,  Thesaurtts  commentationuru .  Loipzig,  1847, 
t.  i,  n.  xxvi.  —  "Tertullien,  De  oratione,  c.  xm,  P.  L.,  t.  i, 
col.  1271.  —  "ITim.,  n. 


1C5 


ABLUTIONS 


106 


cément  du  IVe  siècle,  en  fait  construire  une  devant  l'église 
qu'il  bâtit1.  Saint  Paulin  de  Noie,  au  même  siècle,  nous 
décrit  le  bassin,  cantharus,  dans  la  cour  de  l'église  qu'il 
a  fait  construire,  avec  les  eaux  jaillissantes  pour  laver 
les  mains  de  ceux  qui  entrent 2.  Il  nous  parle  de  celui  qui 
existait  dans  la  basilique  de  Saint-Pierre  à  Rome  où  les 
fidèles  lavaient  leurs  mains  et  leur  visage  3.  Saint  Jean 
Chrysostome  témoigne  en  faveur  du  même  usage  :  Ut  in 
atriis  domini  in  quibus  oratur  sint  fontes  constilutum 
est,  ut  qui  orare  volunt,  prius  abluant  manus  et  tune 
démuni  eas  ad  preces  attollant  4.  Dans  un  autre  pas- 
sage, il  se  moque  agréablement,  après  Tertullien,  de 
ceux  qui  se  lavent  les  mains  sans  purifier  l'intérieur  de 
leur  cœur5. 

Ces  fontaines  portaient  en  grec  le  nom  de  Xomttjp  ou  de 
xpYJvï]  ou  de  çpecmov 6,  etc.  Voir  IV.  Ablutions  dans 
l'Église  grecque,  col.  109. 

Mais  ce  qui  dut  rendre  cet  usage  du  lavement  des 
mains  plus  nécessaire  encore,  c'était  l'habitude  de  rece- 
voir la  sainte  eucharistie  dans  les  mains  :  «  Voudrais-tu, 
dit  saint  Jean  Chrysostome,  voudrais-tu  venir  au  sacri- 
fice sans  laver  tes  mains?  Non,  n'est-ce  pas?  Tu  aime- 
rais mieux  ne  pas  venir  que  venir  avec  des  mains  sales. 
Mais  si  tu  es  si  soigneux  pour  de  petites  choses,  com- 
ment t'approcherais-tu  avec  une  âme  impure  7?  »  Saint 
Césaire  d'Arles  fait  le  même  raisonnement  en  Gaule  : 
«  Tous  les  hommes,  quand  ils  approchent  de  l'autel, 
lavent  leurs  mains,  et  toutes  les  femmes  apportent  des 
linges  fins  sur  lesquels  elles  reçoivent  le  corps  du  Christ... 
qu'ils  lavent  donc  leurs  âmes  avec  l'aumône,  etc.  8.  »  Il 
ne  reste  d'autre  vestige  de  cette  coutume  dans  la  litur- 
gie occidentale  que  la  coutume  des  prêtres  de  se  laver 
les  mains  avant  la  messe,  avec  une  prière  adaptée  à  la 
circonstance. 

2°  Le  lavement  des  mains  après  l'offertoire.  —  Dans 
la  liturgie  actuelle,  le  prêtre  se  lave  les  mains  après 
l'offertoire  et  l'encensement  (aux  grand'messes),  en  ré- 
citant le  psaume  xxv  :  Lavabo  inter  innocentes  manus 
meas,  qui  fait  allusion  au  rite  usité  chez  les  Hébreux. 
Cf.  le  psaume  xxxu,Ergo  sine  causa  jus  tificavi  cor  meum 
et  lavi  inter  innocentes  manus  meas.  En  dehors  de  sa 
signification  symbolique  par  laquelle  le  prêtre  se  purifie 
avant  de  procéder  au  sacrifice  proprement  dit,  ce  rite 
est  rendu  presque  nécessaire  ici  par  les  circonstances. 
Après  l'encensement  et  surtout  après  avoir  reçu  dans  ses 
mains,  d'après  la  coutume  antique,  le  pain  et  les  autres 
offrandes  des  fidèles,  il  était  décent  que  le  pontife  se 
lavât  les  mains,  ut  qui  cselestem  panem  accepturus 
est,  comme  dit  un  des  ordo  publié  par  Mabillon,  a  ter- 
reno  pane,  quemjam  a  laids  accepit,  manus  lavando 
expurget  9.  Dom  de  Vert,  avec  l'esprit  de  système  qu'il 
apporte  dans  ses  études  sur  la  liturgie,  voit  même  dans 
cette  nécessité  la  seule  raison  du  rite,  sans  aucun  carac- 
tère de  symbolisme;  mais  Le  Brun,  qui  affecte  de  prendre 
en  tout  l'opinion  contraire,  lui  fait  remarquer  avec  raison 
que  le  lavement  des  mains  est  antérieur  à  la  coutume 
de  recevoir  les  offrandes,  et  que  les  Pères  n'en  donnent 
qu'une  raison  mystique  de  purification  10.  Cependant  la 
vérité  semble  entre  les  deux,  et  ce  rite,  comme  il  arrive 
pour  plusieurs,  a  en  même  temps  un  but  mystique  et  un  but 
pratique;  l'éditeur  de  Bona  rappelle  à  cet  effet  que, 
même  avant  que  la  coutume  se  fût  établie  de  recevoir 
les  dons,  le  pontife  et  les  prêtres,  après  la  messe  des  caté- 
chumènes, imposaient  les  mains  sur  la  tête  des  catéchu- 

«  Eusebe,  H.  E.,  I.  X,  c.  iv,  P.[G.,  t.  xx,  col.  865.  —  « Epist.,  xxxn, 
15  Ad  Sever. ep., P.  L.,  t.  lxi,  col. 337.  —  3 Epist.,  xin,  13 Ad Pam- 
mach.,  P.  L.,  t.  lxi,  col.  215.  — l  Hom.  in  II  Cor.,  iv,  13,  P.  G., 
t.Li,col.  300.  —  "Hom.,  xv,  InS.  Mattk.,  xv,  17-20, P.  G.,  t.  lviii, 
col.  516.  —  6  Suicer,  Thésaurus  ecctesiasticus,  2"  éd.,  Amster- 
dam, 1728,  t.  i,  p.  1276,  au  mot  -,^/r,  et  au  mot  "/.w-p.  —  7  Hom., 
m,  Ad  Eph.,  c.  I,  20-23,  P.  G.,  t.  lxii,  p.  29.  —  8  Serm.,  ccxxix, 
8  5,  dans  l'app.  iv  aux  œuvres  de  S.  August.,  cf.  Serm.,  ccxcn, 
§  6,  P.  L.,  t.  xxxix,  col.  2168,  2300.   —  •  Ordo,  n.  vi,  p.   74. 


mènes  et  des  pénitents,  avant  de  les  renvoyer,  et  cette 
seule  raison  eût  suffi  pour  obliger  pontife  et  prêtres  à 
se  laver  les  mains  ".  Aussi  saint  Cyrille  de  Jérusalem  ne 
parle-t-il  pas  seulement  du  lavement  des  mains  de 
l'évêque,  mais  encore  de  celui  des  prêtres  12. 

Dans  certaines  églises  on  eut  la  coutume  de  se  laver 
une  première  fois  les  mains  après  les  oblations  des 
fidèles,  et  une  autre  fois  après  l'encensement.  Le  Brun 
a  été  encore  témoin  de  cette  pratique  l3.  Il  faut  rappeler 
aussi  qu'aux  messes  pontificales  le  prélat  se  lave  les 
mains  au  moment  de  l'offertoire,  avant  de  quitter  son 
trône,  sans  préjudice  du  lavement  des  mains  après  l'en- 
censement, au  Lavabo. 

Dans  tous  les  cas,  on  le  voit,  l'origine  en  est  fort  an- 
cienne. Sans  parler  de  saint  Cyrille  de  Jérusalem  que 
nous  avons  cité  et  qui  fait  même  allusion  au  psaume 
Lavabo  inter  innocentes  manus  meas,  l'auteur  de  la 
hiérarchie  ecclésiastique,  qui,  à  tout  le  moins,  n'est  pas 
d'époque  bien  postérieure,  en  parle  aussi14.  Dans  la  li- 
turgie de  saint  Jean  Chrysostome,  ce  rite  a  lieu  avant 
le  sacrifice,  dès  que  le  prêtre  et  le  diacre  sont  revêtus 
de  leurs  ornements  ;  c'est  à  la  prothèse  qu'ils  se  lavent  les 
mains  avec  le  psaume  Lavabo  inter  innocentes.  Voir  IV. 
Ablutions  dans  l'Église  grecque. 

La  liturgie  mozarabe  ne  fait  pas  mention  do  l'ablution 
des  mains  après  l'offrande  des  fidèles;  mais  il  y  est 
question  de  celle  qui  avait  lieu  avant  que  le  prêtre  re- 
vêtit l'amict  et  l'aube.  On  peut  avoir  des  doutes  sur 
l'antiquité  de  la  formule  imprimée  dans  le  Mis^ale  mix- 
tum  de  Ximénès.  Un  manuscrit  de  1039  nous  donne 
celle-ci  :  Lavabo  inter  innocentes,  etc.  Versus  :  Ad- 
sperges  me  ysopo  i[>. 

Les  évêques  et  les  prélals  qui  ont  l'usage  des  ponti- 
ficaux ont,  en  outre,  un  autre  lavement  des  mains,  à  la 
lin  de  la  messe  après  les  ablutions.  Cet  usage  est  déjà 
en  vigueur  au  xie  siècle,  comme  on  le  voit  par  le  IVe 
ordo  romain16;  à  ce  moment  il  n'était  pas  réservé  aux 
prélats  et  les  simples  prêtres  le  pratiquaient17. 

3°  La  purification  de  vin  et  d'eau  que  prend  le  prêtre 
après  la  communion,  ou  celle  que  le  diacre  présente 
aux  fidèles  dans  certaines  circonstances.  —  Ce  rite  est 
ainsi  réglé  dans  la  liturgie  actuelle  :  après  avoir  com- 
munié et  donné,  si  c'est  le  cas,  la  communion  aux  fidèles, 
le  prêtre  présente  le  calice  au  ministre,  qui  y  verse  un 
peu  de  vin,  et  il  récite  ces  paroles  :  Quod  ore  sumpsi- 
mus,  etc.  Après  quoi,  il  prend  le  vin,  quo  se  purificat, 
d'où  le  nom  de  purification  donné  plus  spécialement 
à  cette  partie  du  rite.  Le  prêtre  dit  ensuite  ces  paroles: 
Corpus  tuuni,  Domine,  etc.,  et  en  les  prononçant  il  se 
lave  les  doigs,  les  essuie,  et  prend  cette  ablution,  sumit 
ablutionem.  Ainsi  la  première  ablution  a  pour  objet  de 
purifier  le  calice  et  la  bouche  du  prêtre,  la  seconde  de 
purifier  les  doigts  qui  ont  touché  l'hostie. 

Avant  le  xne  siècle  ce  rite  ne  se  célébrait  pas  sous  la 
même  forme  ni  avec  la  même  solennité.  Il  semble  qu'à 
mesure  que  la  foi  diminuait  chez  les  fidèles  l'Église  ait 
eu  à  cœur  d'entourer  d'un  respect  et  d'une  solennité 
plus  grande  tout  ce  qui  touchait  à  l'eucharistie,  afin  de 
frapper  l'esprit  du  peuple.  Ainsi,  avant  cette  époque,  le 
prêtre  se  lavait  les  mains  seulement,  et  l'eau  était  jetée 
dans  la  piscine.  A  partir  du  xie  siècle  et  surtout  du  xine, 
le  rite  prend  les  caractères  qui  se  rapprochent  du  céré- 
monial actuel.  Saint  Pierre  Damien  indique  la  purifica- 
tion du  calice  18.  Innocent  III  écrit  en  1212  à  l'évêque  de 

Cf.  Amalaire,  De  eccl.  offic.,  1.  III,  c.  xix,  P.  L.,  t.  cv,  col.  1130. 
— ,0 Explication  de  la  messe,  Liège,  1781,  t.  n,  p.  343  sq.  — 
11  Bona,  Rer.  liturgicarum,  1.  II,  c.  ix,  éd.  Sala,  t.  m,  p.  223.  — 
18  Catech.,  mystag.,v,  2,  P.  G., t.  xxxm,  col.1109.  —  "Loc.  cit.,  t.  n, 
p.  345-346.  —  >iDe  hierarchia  eccles.,  c.  m,  P.  G.,  t.  m,  col.  425. 
—  i5Note  de  dom  Férotin.  —  l6  Ordines  romani,  P.  L.,  t.  lxxviii, 
col.  994.  —  »  Martène,  De  antiquis  Ecclesix  ritibus,  1.  n,  c.  iv, 
§3,  n.  15,  et  les  autres  textes  ci  tés  dans  le  Dict.  de  théol.  cathol. ,  t,  i, 
col.  91.  —  "Epist.,  xvm,  Ad  Ubertum,  P.  L.,  t.  cxliv,  col.  370. 


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ABLUTIONS 


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Maguelone  que  le  prêtre  doit  faire  l'ablution  avec  du  vin 
et  l.i  prendre,  à  moins  qu'il  ne  dise  une  autre  messe  ce 
même  jour  •.  D'autres  céréinoniaux,  vers  la  même  époque 
(ceux  de  Cluny  et  de  saint  Bénigne  de  Dijon),  pres- 
crivent un  rite  plus  compliqué  :  le  prêtre  absorbe  le  vin 
avec  lequel  il  purifie  le  calice,  il  lave  ses  doigts  dans  un 
autre  calice  et  après  avoir  pris  cette  ablution,  il  purifie 
encore  ce  calice  avec  du  vin,  qu'il  prend  aussi  2.  Il  y 
eut  quelques  autres  divergences  qui  ne  nous  paraissent 
pas  d'un  grand  intérêt  et  dont  on  pourra  trouver  le  dé- 
tail dans  les  auteurs  cités. 

Ce  rite  de  l'ablution  n'a  pas  été  réservé  au  prêtre  qui 
dit  la  messe.  Quand  on  eut  cessé  de  donner  la  commu- 
nion sous  les  deux  espèces  aux  fidèles,  on  leur  présenta 
du  vin  non  consacré  pour  les  aider  à  avaler  l'hostie. 
Alexandre  de  Halès,  au  xine  siècle,  dit  que  cet  usage 
est  général  de  son  temps  dans  l'Église  latine  3.  Cette  pra- 
tique fut  usitée  longtemps,  et  au  siècle  dernier  de  Mo- 
léon  et  surtout  Le  Brun  citent  un  grand  nombre  d'é- 
glises où  elle  était  encore  en  vigueur  de  leur  temps4. 
De  nos  jours,  elle  n'est  plus  conservée  qu'aux  messes 
d'ordination,  où  le  calice  est  présenté  aux  ordinands, 
à  la  consécration  des  vierges,  et  dans  quelques  congré- 
gations pour  certains  cas  particuliers.  Dom  de  Vert, 
toujours  en  quête  d'opinions  singulières,  a  cherché  à  cette 
coutume  une  autre  origine  beaucoup  plus  ancienne. 
Selon  lui,  la  prière  qui  se  dit  après  la  fraction  :  Hsec 
commixtio  et  consecralio,  etc.,  au  moment  où  le  prêtre 
vient  de  déposer  une  partie  de  l'hostie  dans  le  précieux 
sang,  aurait  été  instituée  autrefois  poup  sanctifier  par  le 
mélange  de  l'hostie  ou  du  précieux  sang  le  vin  non 
consacré.  En  effet,  quand  les  fidèles  communiaient  sous 
les  deux  espèces,  l'espèce  du  vin  leur  était  offerte  ordi- 
nairement dans  un  grand  calice  différent  de  celui 
du  prêtre  et  appelé  calice  ministériel.  Voir  Calice. 
Comme  il  était  difficile  de  prévoir  quelle  quantité 
de  vin  il  fallait  consacrer  pour  la  communion  des  fidèles, 
surtout  aux  grandes  fêtes,  on  en  consacrait  moins,  et  on 
ajoutait  au  précieux  sang,  dans  le  calice  ministériel,  du 
vin  non  consacré,  de  telle  sorte  que  ce  dernier  était,  en 
quelque  façon,  sanctifié  et  consacré  par  ce  mélange. 
D'autres  fois  on  sanctifiait  ce  vin  en  y  mélangeant  une 
parcelle  de  la  sainte  hostie,  comme  cela  a  lieu  encore  à 
la  messe  des  présanctifiés,  le  vendredi  saint.  Selon  dom 
de  Vert,  la  coutume  de  présenter  le  calice  aux  fidèles, 
que  nous  avons  appelée  ablution  ou  purification,  ne  se- 
rait qu'un  souvenir  de  l'ancienne  communion  sous  les 
deux  espèces  5. 

Les  faits  cités  par  cet  auteur,  et,  selon  sa  coutume, 
très  ingénieusement  réunis,  sont  exacts,  mais  les  con- 
séquences qu'il  en  tire  ne  sont  pas  fondées.  Il  ne  donne 
aucune  preuve  qu'il  y  ait  connexion  entre  les  faits 
qu'il  cite  et  le  rite  du  mélange  de  l'hostie  au  précieux 
sang.  La  prière  Hœc  commixtio  a  une  autre  origine  et 
les  termes  mêmes  dont  elle  est  composée  excluent  l'ap- 
plication qu'on  en  fait  :  Hsec  commixtio  et  consecratio 
corporis  et  sanguinit  D.  N.  J.  C.  fiât  accipienlibus, 
etc.  L'exemple  tiré  de  la  messe  des  présanctifiés  prou- 
verait le  contraire,  puisque  ce  jour-là  on  a  précisément 
retranché  partout  cette  prière,  et,  dans  les  rares  cas  où 
on  ne  l'a  pas  fait,  c'est  simplement  une  preuve  d'inintelli- 

1  Cf.  Le  Brun,  Explication  de  la  messe,  4  in-8%  Liège,  1781, 
t.  n,  p.  619.  —  *  Martène,  De  ritibus  monach.,  p.  189  sq.  Cf. 
aussi  Le  Brun,  toc.  cit.,  p.  619  ;  Bona,  1.  II,  c.  XX,  éd.  Sala,  t.  m, 
p.  427.  —  '  Dans  Le  Brun,  loc.  cit.,  p.  634,  et  Bona-Sala,  loc.  cit., 
p.  428.  —  *  De  Moléon,  Voyages  liturgiques,  in-8%  Paris,  1718, 
p.  127,  246,  et  Le  Brun,  loc.  cit.,  635-636.  —  "Dom  Claude  de  Vert, 
Explication  simple,  littérale  et  historique  des  cérémonies  de 
l'Eglise,  Paris,  1713,  t.  iv,  p.  268  sq.  —  «Cf.  Le  Brun,  loc.  cit., 
p.  566,  635,  et  Bona-Sala,  loc.  cit.,  p.  333  sq.  —  7  Mabillon,  In 
ordinem  romanum  commentarius  prxvius,  P.  L.,  t.  lxxviii, 
col.  870.  —  "Origines  du  culte  chrétien,  2*  éd.,  p.  177.  —  9Ce 
double  mélange  est  constaté  au  moins  jusqu'au  ix*  siècle,  par  le 


gence  liturgique 6.  Voir  Présanctifiés  (Messe  des). 
Enfin  l'origine  des  ablutions,  telle  que  nous  l'avons 
exposée,  est  trop  claire  et  trop  bien  connue  pour  qu'on 
la  confonde  avec  le  rite  de  la  communion  sous  les 
deux  espèces. 

Aujourd'hui,  du  reste,  après  les  études  si  pénétrantes 
poursuivies  sur  la  liturgie  pontificale,  il  nous  semble 
qu'il  ne  peut  plus  y  avoir  de  doute  sur  ce  sujet.  Le  rite 
du  mélange  de  l'hostie  consacrée  au  précieux  sang, 
qu'il  faut  bien  distinguer  du  rite  de  la  fraction,  a  une 
tout  autre  portée  que  celle  imaginée  par  de  Vert.  Il 
était  double  en  quelque  sorte  :  d'abord  le  pape  mêlait 
au  précieux  sang  une  parcelle  de  l'hostie  consacrée  au 
sacrifice  précédent  et  qui  était  soigneusement  conservée 
fortasse,  dit  Mabillon,  ut  sacrificii  unitas  et  perpetuitas 
hoc  ritu  inculcaretur  ">,  et  Msr  Duchesne  :  «  C'est 
toujours,  dans  toutes  les  assemblées  liturgiques,  celle 
d'aujourd'hui  comme  celle  d'hier,  le  même  sacrifice, 
la  même  eucharistie,  la  même  communion  8.  »  Puis,  par 
un  nouveau  mélange,  le  pontife  déposait  dans  le  même 
calice  une  parcelle  de  l'hostie  qu'il  venait  de  consacrer  9. 
Enfin,  pour  montrer  d'une  façon  plus  expressive  l'unité 
et  l'égalité  que  la  communion  établissait  entre  le  pon- 
tife, les  ministres  et  les  fidèles,  pour  témoigner  qu'ils 
communiaient  bien  tous  au  même  calice  et  au  même 
corps  du  Christ,  les  évêques  et  les  ministres  les  plus 
élevés  recevaient  une  parcelle  de  l'hostie  du  pape  et 
buvaient  le  précieux  sang  dans  son  calice;  quant  aux 
ministres  inférieurs  et  aux  fidèles,  pour  les  faire  parti- 
ciper dans  la  mesure  possible  à  cette  communion,  on 
avait  soin  de  verser  quelques  gouttes  du  précieux  sang 
du  calice  du  pape  dans  le  calice  ou  les  calices  destinés 
à  l'usage  du  peuple.  Enfin,  et  toujours  pour  souligner  la 
signification  d'unité,  d'autres  parcelles  de  pain  consacré 
(fermentum)  étaient  envoyées  aux  prêtres  qui  célébraient 
à  Rome  dans  les  tituli10.  Et  le  moyen  le  plus  significa- 
tif de  montrer  qu'on  était  en  communion  avec  un  autre 
évêque  consistait  à  lui  envoyer  aussi  une  parcelle  de 
l'eucharistie11.  Dans  les  rites  gallicans,  la  commixtion, 
tout  en  étant  moins  compliquée  et  moins  solennelle, 
a  pourtant  la  même  signification.  L'officiant  trempe 
dans  le  calice  une  ou  plusieurs  des  parcelles  consacrées, 
puis  les  laisse  tomber  dans  le  calice  en  disant  :  Sancla 
sanctis.  Et  conjunctio  corporis  D.  N.  J.  C.  sit  sumen- 
libits  et  potantibus  nobis  ad  veniam,  et  defunclis  fide- 
libus  prsesteturad  requiem*'2.  On  aura  du  reste  à  re- 
venir sur  tous  ces  rites  au  sujet  de  la  messe.  Voir 
Fraction  et  Communion. 

Mais  il  est  un  autre  texte,  trop  oublié  des  liturgistes, 
qui  donne  pour  le  rite  de  l'ablution  un  témoignage  de 
quatre  ou  cinq  siècles  antérieur  à  ceux  que  l'on  cite 
d'ordinaire.  Ce  sont  ces  paroles  de  la  Règle  de  saint  Be- 
noit (vie  siècle)  :  Frater  liebdomadarius  accipiat  Mixrr.v 
priusquam  incipiat  légère  phopter  commvxioxem 
sanctam.  Après  toutes  les  discussions  auxquelles  ce 
texte  a  donné  lieu  parmi  les  commentateurs  de  la 
Règle,  il  paraît  certain  qu'il  faut  entendre  ces  paroles 
d'une  sorte  de  rite  d'ablution  après  la  messe  et  avant  le 
repas  13. 

Les  formules  que  le  prêtre  prononce  au  moment  des 
ablutions  sont  les  deux  oraisons  :  Quod  ore  sumpsimus, 


i"  ordo  romain,  n.  18, 19,  22,  et  par  le  n,  n.  12,  13,  et  aussi  par 
Amalaire  :  Bis  posilus  panis  in  calicem,  dit-il  ;  De  officiisEccles., 
1.  III,  c.  xxxi,  P.  L.,  t.  cv,  col.  1152.  —  10  Duchesne,  loc.  cit., 
p.  176  sq.,  et  Liber  pontificalis,  t.  I,  p.  169,  note  4.  —  "  Dom 
Cabrol,  Le  livre  de  la  prière  antique,  p.  403-404.  —  "Cf.  Du- 
chesne, Orig.  du  culte  chrét.  :  La  messe  gallicane,  p.  211-212.  — 
"Mabillon,  Traité  où  l'on  réfute  la  nouvelle  explication  que 
quelques  auteurs  donnent  aux  mots  de  messe  et  de  commu- 
nion dans  la  Règle  de  S.  Benoit,  in- 12,  Paris,  1689.  Cf.  dom 
Martène,  Commentarius  in  Regulatn  S.  B.,  in-V,  Paris,  1690, 
p.  495  sq.,  et  Explication  ascétique  et  historique  de  la  Règle 
de  S  Benoit,  Paris,  1901,  t.  il,  p.  59. 


109 


ABLUTIONS 


110 


Domine,  pura  mente  capiamus ;  et  de  munere  tempo- 
ralifiat  nobis  remedium  sempiternum,et  :  Corpus  tuum, 
Domine,  quod  sumpsi  et  sanguis  quem  potavi,  etc. 
On  y  a  joint  quelquefois  une  troisième  oraison  qui  a  été 
bientôt  abandonnée.  Les  deux  oraisons  que  nous  venons 
de  citer  sont  indépendantes  du  rite,  en  ce  sens  qu'elles 
sont  beaucoup  plus  anciennes  et  n'ont  pas  été  com- 
posées pour  la  circonstance,  encore  qu'elles  s'y  adaptent 
bien.  La  première  est  une  prière  d'action  de  grâces  ou 
post-communion;  elle  est  antique  et  d'un  excellent  style 
liturgique;  la  phrase  unique  est  bien  cadencée,  toutes  les 
parties  se  répondent,  sans  qu'il  y  ait  dans  les  deux  anti- 
thèses rien  de  forcé  ni  de  recherché.  La  pensée  théolo- 
gique, tout  en  étant  très  simple,  est  profonde  et  très 
juste.  Cette  formule  pourrait  être  classée  dans  une  caté- 
gorie d'oraisons  qui  ont  la  même  touche  de  simplicité, 
de  sobriété,  de  brièveté,  et  sont  composées  cependant 
avec  beaucoup  d'art  et  de  science  liturgique;  elles  doi- 
vent remonter  à  une  bonne  époque  classique,  le  IVe  siè- 
cle peut-être,  et  faire  partie  d'une  même  collection. 
Dans  tous  les  cas,  et  ce  qui  ne  contribue  pas  peu  à 
confirmer  cette  preuve  d'antiquité,  elle  apparaît  en 
même  temps  dans  les  plus  anciens  sacramentaires,  le 
léonien,  le  gélasien,  le  Missale  gothicum,  le  grégorien  ', 
l'ambrosien,  et  dans  quelques  autres  livres  liturgiques 
fort  anciens  2.  On  y  relève  les  cadences  du  cursus  tri- 
spondaïque  (mente  capiamus'.  ..'.)  et  du  cursus  velox 
médium  sempilérnum  ' . .  ..'.)3. 

La  seconde  est  une  oraison  de  même  nature,  em- 
ployée très  anciennement  aussi  comme  post-communion, 
mais  moins  caractéristique,  liturgiquement  parlant,  que 
la  précédente,  encore  que  le  style  et  le  rythme  soient 
de  la  bonne  époque.  Elle  fut  moins  usitée  aussi  que  la 
précédente,  aussi  ne  la  trouve-t-on  pas  dans  Wilson, 
elle  est  donc  absente  des  documents  qu'il  a  dépouillés; 
elle  est  cependant  au  Missale  gothicum,  dans  la  Missa 
latina  de  Flaccus  Illyricus  4,  et  dans  le  missel  de  Here- 
ford  5.  Dans  le  premier  de  ces  sacramentaires  elle  se 
présente  sous  une  forme  antique  que  nous  croyons  utile 
de  donner  ici  :  Corpus  tuum,  Domine,  quod  accepimus 
et  calicem  tuum,  quem  potavimus,  hsereat  in  visceri- 
bus  nostris;  prsesta,  Deus  omnipotens,  ut  non  rema- 
neat  macula,  ubi  pura  et  sancta  intraverunt  sacra- 
menla  6.  F.  Cabrol. 

IV.  Ablutions  dans  l'Église  grecque.  —  Nous  ne 
parlerons  ici  que  des  ablutions  1°  avant  la  messe, 
2°  après  la  communion. 

1°  Dès  le  IVe  siècle,  le  peuple  se  lavait  les  mains  avant 
de  pénétrer  dans  l'église,  à  une  fontaine  placée  dans 
l'atrium,  xpîjvai,  -/épvtêov,  plus  tard  cptâXï)  7.  Cet  usage  a 
disparu,  sans  doute  d'assez  bonne  heure,  même  là  où 
la  çiâV/i  subsiste  encore.  Il  est  probable  que  le  clergé 
agissait  comme  le' peuple.  En  outre  les  prêtres  se  lavaient 
les  mains  dans  le  sanctuaire  au  commencement  de 
l'àvacpopà  8.  La  Siâ-ra^ç  de  la  messe,  du  patriarche  de 
Constantinople  Philothée,  du  XIVe  siècle,  ne  dit  rien 
de  ces  ablutions;  mais  la  première  est  indiquée  par  les 
euchologes  pour  le  prêtre  et  le  diacre.  Elle  a  lieu  au 
y<jov£UTT|piov  placé  près  de  la  prothèse9,  après  que  les 
ministres  ont  revêtu  les  ornements  sacrés;  ils  récitent  en 
y  procédant  les  versets  6-12  du  psaume  xxv.  Quelques 
prêtres  se  lavent  aussi  les  mains  avant  de  prendre  les 
ornements.  Seuls  les  évèques  ont  gardé   l'usage  ancien 

1  Cf.  H.  A.  Wilson,  A  classifled  index  to  the  léonine,  gela- 
sian,  gregorian  sacramentaries,  in-8",  Cambridge,  1892,  p.  76. 
—  *  Cf.  Le  Brun,  loc.  cit.,  p.  620-621  ;  dom  V.  Maurice,  dans  le 
Diction,  de  théologie  catholique,  t.  i,  col.  92.  —  3 Paléographie 
musicale,  in-4%  1894,  t.  IV,  p.  36  sq.  —  »P.  L.,  t.  cxxxvm, 
col.  1333.  —  5W.  Maskell,  The  ancient  liturgy  of  the  Church  of 
England,  in-8",  Oxford,  1882,  p.  195;  dom  Maurice,  loc.  cit., 
p.  93.  —  "  Thomasi,  t.  vi,  p.  335.  Cf.  quelques  autres  variantes 
dans  Bona-Sala,  loc.  cit.,  p.  428-429.  —  7  Eusèbe,  H.  E.,  1.  X,  c.  IV, 
P.  G.,  t.  xx,  col.  865;  S.  Jean  Clirys.,  De  verbis  ■  habentes  eum- 


de  l'ablution  des  mains  avant  la  grande  entrée  des  oblats, 
c'est-à-dire  avant  1  offertoire;  un  sous-diacre,  ou  en  pra- 
tique tout  autre  clerc,  leur  apporte  alors  pour  cela  le 
yeoviëd?s(7Tov.  Dans  certaines  églises,  les  simples  prêtres 
pratiquent  aussi  à  ce  moment  une  nouvelle  ablution,  non 
seulement  des  mains,  mais  aussi  des  yeux. 

2°  Les  ablutions  après  la  communion  sont  peut-être 
moins  anciennes  que  les  précédentes.  Un  canon  attri- 
bué au  patriarche  de  Constantinople  saint  Nicéphore, 
IXe  siècle,  dit  aux  prêtres  à  leur  sujet  :  Après  avoir 
communié  (aux  saintes  espèces  restant  après  la  commu- 
nion du  peuple),  faites  l'ablution  deux  fois  avec  du  vin 
et  une  fois  avec  de  l'eau10.  La  Stâtaliç  de  Philothée  est 
conforme  à  ce  canon  :  le  diacre  lave  trois  fois  le  calice 
avec  du  vin  et  de  l'eau,  l'essuie  avec  l'éponge,  et  se 
lave  les  mains  et  les  lèvres  en  disant  le  Nunc  dimittis, 
le  trisagion,  la  petite  doxologie,  une  triple  invocation  à 
la  Trinité,  trois  fois  Kyrie  eleison,  de  nouveau  la  pe- 
tite doxologie,  l'oraison  dominicale  et  sa  conclusion  or- 
dinaire, Y cfKo\'Jziy.iov  et  le  xovTaxtov  du  jour,  enfin 
l'âmôXuffii;.  Pour  le  prêtre,  la  StàraÇi;  dit  simplement  : 

aTtOVlTTTETat  ". 

De  ce  texte,  fort  précis,  on  rapprochera  un  autre  publié 
par  Goar12,  qui  ordonne  au  diacre  de  laver  trois  fois  le 
calice,  puis  de  se  laver  les  mains  au  lieu  ordinaire.  Les 
éditions  usuelles  de  l'euchologe  sont  moins  explicites; 
elles  se  contentent  de  dire  que  le  diacre  se  lave  les 
mains  après  avoir  consommé  les  saints  dons  13.  On  sait 
d'ailleurs  combien  les  rubriques  sont  vagues  et  incom- 
plètes dans  les  manuscrits,  et  avec  quel  peu  de  soin  ont 
été  faites  les  éditions  imprimées.  Telle  est  sans  doute  la 
raison  pour  laquelle,  à  Constantinople  du  moins,  la 
pratique  est  loin  de  se  conformer  aux  prescriptions  dé- 
taillées que  nous  avons  citées.  Les  diacres  se  contentent 
de  faire  avec  le  vin  une  seule  ablution  du  calice,  puis  se 
lavent  les  mains;  le  prêtre  se  lave  simplement  les  mains: 
quelques-uns  boivent,  après  avoir  mangé  le  pain  bénit, 
un  peu  de  vin  versé  dans  le  calice.  Cette  dernière  cou- 
tume est  générale  en  Russie  pour  l'évèque  :  le  vin  lui 
est  porté  à  son  trône  dans  le  vase  qui  sert  à  verser  l'eau 
bouillante  dans  le  calice.  Une  ancienne  Stâta^iç  rfj;  toû 
uatpcâp-/ou  Aeito'jpyt'aç,  publiée  de  nouveau  par  A.  Pa- 
padopoulos-Kerameus  i*,  dit,  p.  30,  qu'après  le  transfert 
des  saintes  espèces  à  la  table  de  la  prothèse  les  sous- 
diacres  entrent  dans  le  sanctuaire  et  présentent  l'aiguière 
au  patriarche;  de  même  tous  ceux  qui  ont  communié 
vont  au  lieu  habituel  et  y  lavent  leurs  mains  et  leurs  lèvres, 
en  disant  :  Nunc  dimittis,  etc.  Il  nous  reste  à  observer 
qu'en  l'absence  de  diacre  le  prêtre  remplit  bien  enten- 
du la  fonction  de  celui-ci.  Signalons  enfin  une  pres- 
cription du  'Iepa-cxbv  déjà  cité,  p.  150  :  dans  le  cas  de 
concélébration,  chaque  prêtre  se  lave  les  mains,  lit 
l'action  de  grâces,  et,  après  avoir  pris  le  pain  bénit,  se 
lave  la  bouche  avec  du  vin  et  de  l'eau. 

L'usage  de  prendre  un  peu  de  vin  non  consacré  après 
la  communion  s'est  conservé  plus  fidèlement  qu'en  Oc- 
cident en  ce  qui  regarde  les  laïques.  Ceux-ci  se  contentent 
souvent  du  pain  bénit;  mais,  en  Russie  par  exemple,  on 
place  au  fond  de  l'église  un  vase  de  vin  où  ils  vont 
boire;  à  Constantinople,  les  jours  de  communion  gé- 
nérale, on  sert  dans  les  écoles  du  pain  et  du  vin  à  tous 
les  enfants  qui  y  ont  participé,  etc.  L'ablution  est  de  rè- 
gle pour  les  communiants  dans  les  monastères,  d'après 

dem  spiritum,  ni,  11,  P.  G.,  t.  li,  col.  300;  Synesius,  Epist., 
cxxi,  P.  G.,  t.  lxvi,  col.  1501,  etc.  —  8  S.  Cyrille  de  Jérusa- 
lem, Catech.,  mystagog.,  v,  P.  G.,  t.  xxxm,  col.  1109.  — 
»EÙ£<AoT,ov  Tb  tLÉTa,  Rome,  1873,  p.  33  ;  Venise,  1851,  p.  37,  etc. 
—  10Pitra,  Juris  ecclesiastici  Grxcorum  histor.  et  monum., 
t.  Il,  p.  341.  —  "Voir  ce  document  dans  l'édition  de  P.  Sirkov, 
Histoire  de  la  correction  des  livres  en  Bulgarie  au  xiv*  siècle 
(en  russe),  Pétersbourg,  t.  I,  1890,  p.  172.  —  1î  Euchologium, 
Paris,  1647,  p.  86.  —  >3  Rome,  1873,  p.  77.  De  même  'Itjereixoy 
Constantinople,  1895,  p.  87,  etc.  —  "Athènes,  1890. 


111 


ABLUTIONS 


ABRAHAM 


112 


le  Typikon  de  Saint-Sabbas,  au  moins  à  certains  jours  *• 
Cf.  mon  article  :  Les  ablutions  chez  les  grecs,  dans 
Echos  d'Orient,  t.  m,  p.  106-108.         S.  Pétridès. 

ABLUTORIUM.  Voir  Sacristie. 

ABRAHAM.     —     I.     LE      SACRIFICE     D'ABRAHAM. 

—  I.  Symbolisme;  II.  Interprétation  écrite;  III.  Inter- 
prétation monumentale,  fresques,  mosaïques,  sarco- 
phages, etc. 

L'interprétation  symbolique  du  sacrifice  d'Abraham 
remonte  à  l'époque  apostolique.  Elle  a  été  consignée 
dans  des  écrits  et  figurée  sur  des  monuments;  il  y  a  lieu 
de  rappeler  les  uns  et  les  autres. 

I.  Symbolisme.  —  Dégagé  de  tous  les  raffinements 
d'école,  le  sacrifice  d'Abraham,  tel  que  le  récit  en  est 
donné  par  le  livre  de  la  Genèse,  apparaît  comme  réunis- 
sant plusieurs  circonstances  figuratives  de  la  passion  du 
Christ.  Le  Père  consent  au  sacrifice  et  le  Fils  n'y  oppose 
pas  de  résistance;  ce  Fils  porte  lui-même  le  bois  qui 
doit  servir  à  son  immolation;  enfin,  le  sacrifice  d'Isaac 
et  celui  de  Jésus1  s'accomplissent  chacun  sur  une 
colline. 

II.  Interprétation  écrite.  —1°  Pères.  —  L'auteur  de 
l'Epitre  aux  Hébreux  nous  dit 2  :  oôev  ccjtôv  y. où  èx  uapoc- 
êolrj  ëxo[actoito,  «  [Isaac]  fut  rendu  [à  Abraham]  comme 
une  figure  mystérieuse.  »  Cette  indication  a  déterminé  la 
plupart  des  Pères  dans  leur  exégèse  de  ce  passage,  saint 
lrénée  3,  Tertullien  4,  Méliton  6,  Origène  6,  saint  Am- 
broise1,  saint  Augustin8,  saint  Chrysostome 9,  saint 
Cyrille  d'Alexandrie10,  Théodoret11,  Théophylacte 12, 
saint  Éphrem  13,  saint  Maxime  de  Turin  '*,  saint  Paulin 
de  Noie  '5,  saint  Isidore  de  Séville  ,6,  Rhaban  Maur  »L 
Basile  de  Séleucie  écrit  :  "Opa  tô  upôêarov  wç  ln\  toO 
crraupoû  toO  çutoO  y.pE|j.â[j.Evov,  «  voisle  bélier  suspendu  à  la 
plante  comme  le  Christ  le  fut  à  la  croix  ' 8.  »  De  même  les 
épines  de  la  couronne  de  Jésus  étaient  figurées  par 
celles  du  buisson  19. 

2°  Liturgies  orientales  et  occidentales.  —  La  question 
d'Abraham  dans  la  liturgie  sera  étudiée  dans  l'article 
suivant;  nous  ne  donnerons  ici  que  trois  textes  qui 
viennent  à  notre  sujet  et  l'éclairent.  On  lit  dans  la  litur- 
gie de  saint  Cyrille  d'Alexandrie  20  :  Suscipe  ea  super 
allare  tuum  spirituale,  cseleste  cum  odore  thuris,  ad 
majcstatem  tuam  cœlestem,  per  ministcrium  Angelo- 
rum  et  Archangelorum  tuorum  sanctorum,  sicut  ad 
te  suscepisti  munera  iusti  Abel  et  sacrificium  patris 
nostri  Abrahami,  et  minuta  duo  viduœ;  formule  appa- 
rentée d'assez  près  à  la  formule  romaine.  L'Ordo  corx- 
munis  de  la  liturgie  des  Syriens  jacobites  fait  réciter 
par  le  prêtre  la  prière  suivante  au  moment  où  il  prend 
en  mains  l'oblation  qui  vient  d'être  déposée  sur  l'autel  21  : 
Dcus  qui  sacrificium  Abel  in  campo  suscepisti,  Noe  in 
arca,  Abralise  in  montis  cacuminr,  Daridis  in  area 
Doran  Jebtissei,  Elise  in  monte  Carmelo,  et  minuta 
vicluee  in  Gazophylacio.  L'anaphore  de  Nestorius,  qui  ne 

»  Tux.xdv,  Venise,  H.  Saros,  1691,  p.  137  (|iit*  Ma-ro?)-  — 
2  Hebr.,  xi,  19.  —  3  Contr.  hser.,  iv,  5,  n.  4,  P.  G.,  t.  vu,  col.  986. 

—  »  Adv.  Judœos,  -10,  P.  L.,  t.  n,  col.  626.  —  *  P.  G.,  t.  v,  col.  1216- 
1217  ;  J.  Otto,  Corpus  apologetarum  christianorum,  in-8%  lena>, 
1872,  t.  ix,  p.  419.  —  8  In  Genesim,  hom.  vm,  8,  P.  G.,  t.  xn, 
col.  208.  —  ■'De  Cain  et  Abel,  i,  8;  P.  L.,  t.  XIV,  col.  331  sq.  ; 
De  Abraham,  i,  8,  ibid.,  col. 447,  449;  In  ps.  xx.xix  enarr.,  n.  12, 
ibid.,  col.  1061  ;  Epist.,LXXlI,l,P.  L.,t.  xvi,  col.  1244;  Deexcessu 
Satyri,  n,  98;  ibid.,  col.  1343.  —  'Serrn.,  Il,  P.  L.,  t.  xxxvm, 
col.  27;  xix,  ibid.,  col.  133.  —  9  In  Gènes.,  hom.  xlvii,  3,  P.  G., 
t.  i.iv,  col.  432-433.  —  10  Glaphyr.  in  Gènes.,  ni,  P.  G.,  t.  lxix, 
col.  140-144.  —**  Quœst.  in  Gènes.,  q.  lxxiii,  P.  G.,  t.  lxxx,  col.  181- 
184.  —  '*  Enarr.  in  evang.  Joannis,  vin,  P.  G.,  t.  cxxiv,  col.  37. 

—  t3In  Gènes.,  Opéra,  Romœ,  1737,  t.  i,  p.  77.  —  '»  Homil.,  lv, 
D.  L.,  t.  lvii,  col.  356.  —  "JEpist.,  xxix,  P.  L.,  t.  i.xi,  col.  318. 

-  "Allégorie,  n.  20,  P.  L.,  t.  LXXXIII,  col.  104.  —  ,7  Comm.  in 

^nes.,  m,  P.  L.,  t.  cvn,  col.  568  sq.  —  ,8  Oratio  vu  à  la  suite 

S.  Grég.  le  Thaumat.,  éd.  de  1622,  p.  43.  —  ,B  Mabillon,  De 


s'emploie  qu'à  cinq  fêtes  chaque  année,  contient  une  orai- 
son dont  le  début  rappelle  Yoblation  d'Abraham,  ce  qui 
pourrait  être  une  allusion  au  sacrifice  d'animaux  décrit  au 
chapitre  xv  de  la  Genèse  :  Domine  Deus  fortis,  susci- 
piatur  hase  oblatio,  ut  ea  Abel  etNoë  beati  :  Abrahamque 
et  Job  justi  :  Isaac  filii  promissionis  22. 

III.  Interprétation  monumentale.  —  Le  sacrifice 
d'Abraham  ne  fait  partie  de  la  symbolique  monumentale 
qu'à  partir  de  la  seconde  phase  qui  s'étend  entre  l'an- 
née 150  et  l'année  258  23.  Ce  sujet  n'obtint  jamais  la  vogue 
de  plusieurs  autres,  tels  que  Jonas  ou  la  multiplication 
des  pains,  néanmoins  il  fut  assez  employé  pour  retenir 
un  nombre  moyen,  9  (11),  dans  la  statistique  d'ensemble 
des  autres  sujets  qui  s'échelonnent  de  1  à  16  (1-23). 

Le  sujet  est  représenté  avec  une  grande  variété  de 
composition,  néanmoins  nous  ne  pensons  pas  qu'il  y  ait 
lieu  de  soupçonner  telle  ou  telle  allusion  dogmatique.  Il 
faut  faire  la  part  assez  large  à  la  fantaisie  de  l'artiste  ou 
à  sa  maladresse  et  rien  n'autorise  à  épiloguer  sur  tel 
détail  insignifiant  auquel  on  prête  toutes  les  intentions 
qu'il  a  pour  nous  seuls.  La  présence  ou  l'absence  de  l'au- 
tel ou  du  bélier,  la  nudité  complète  ou  partielle  d'Isaac,  la 
forme  du  coutelas  d'Abraham  peuvent  servir  de  thème 
à  des  rêveries  symboliques  qui  n'ont  rien  de  commun 
avec  la  science.  Ce  qui  est  possible  et  même  probable, 
c'est  que  le  sujet  lui-même  tirait  parfois  sa  signification 
de  son  rapport  avec  l'ensemble  dont  il  faisait  partie. 

4U  Fresques.  —  La,  représentation  la  plus  remarquable, 
peut-être  aussi  la  plus  antique,  qui  existe,  et  celle  dont 
la  portée  symbolique  est  la  plus  évidente,  fait  partie  des 
chambres  des  sacrements  exécutées  entre  198  et  222  2*; 
elle  se  trouve  faire  vis-à-vis  à  la  scène  de  la  consécra- 
tion; entre  ces  deux  fresques  est  représenté  le  repas  eu- 
charistique de  sept  fidèles  25.  Cette  peinture  ne  paraît 
pas  souffrir  d'autre  interprétation  2B  et,  ainsi  dégagée  des 
raffinements,  le  symbolisme  y  apparaît  néanmoins  assez 
clair  pour  être  reconnaissable  et  instructif. 

Plusieurs  autres  ouvrages  méritent  d'être  rappelés 
comme  n'étant  pas  indignes  de  tenir  une  place  dans 
l'histoire  de  l'art.  Les  divers  moments  de  l'épisode  ont 
été  reproduits,  mais  plus  généralement  on  a  choisi  l'acte 
même  du  sacrifice.  Bosio  '-"'  a  vu  un  morceau  qui  s'était 
inspiré  du  premier  moment  marqué  par  ce  texte  :  Dixil 
Isaac  patri  suo  :  Pater  mi.  Al  Me  respondit  :  Quid  vis, 
fili?  Ecce,  inquit,  ignis  et  ligna  :  ubi  est  victima  holo- 
causti**? 

Le  deuxième  moment,  celui  du  sacrifice,  pourrait  bien 
n'avoir  eu  d'autre  signification,  aux  yeux  d'un  certain 
nombre  de  fidèles,  que  l'intervention  providentielle  de 
Dieu  dans  le  péril  du  corps  ou  de  l'âme.  Abraham  im- 
berbe ou  barbu,  vêtu  de  la  tunique  à  l'exomide  ou  du 
pallium,  va  frapper  Isaac  agenouillé,  à  terre  ou  sur  un 
autel,  sur  un  fagot  ou  sur  un  rocher.  Parfois  une  main 
déchire  la  nuée  précisant  le  sens  de  la  scène29.  Les  va- 
riations sur  ce  thème  sont  indéfinies  :  Isaac  agenouillé 
à   deux    genoux30,    sur   un   seul    genou31,    les    mains 

liturgia  galticana,  in-4«,  Parisiis,  1865,  p.  255.  —  "Renaudot, 
Liturg.  orient,  coll.,  in-4\  Francofurti,  1847, 1. 1,  p.  42.  — S1  Renau- 
dut,  ibid.,  t.  n,  p.  3.  —  "Renaudot,  ibid.,  t.  H,  p.  631.  —  "Des- 
bassyns  de  Richement,  L'art  chrétien  pendant  les  trois  premiers 
siècles,  dans  la  Rev.  des  questions  hist..  15  janv.  ,1870,  p.  30.  Cf. 
Lefort,  Chronologie  des  peintures  des  catacombes,  in-12,  Paris, 
1885,  et  P.  Allard,  dans  les  Lettres  chrétiennes,  1881-1882, 
p.  278.  —  8*  Phitosophuniena,  îx,  11;  cf.  De  Rossi,  Bullett.  di 
arch.  crist.,  1866,  passim,  et  Roina  sotterr.,  t.  n,  p.  245,  249, 
328,  345,  347,  372,  373,  pi.  XI,  xm,  n.  3:  xvi,  n.  3.  —  "De 
Rossi,  Roma  sott.,  t.  H,  pi.  xvi,  1,  2,  3  et  p.  342-343.  —  *«  Be- 
cker,  Die  Darstellung  Jcsu  Christi  unter  ricin  Bilde  des  Fia- 
ches,  in-8',  Breslau,  1866,  p.  118.  —  *' L.  Perret,  Catac.  de 
Rome,  in-fol.,  Paris,  1852,  t.  m,  pi.  xx.  —  '-»  Gen.,  xxn,  7.  — 
"Bosio,  Roma  sotterra>iea,  in-fol.,  Roma,  1632.  p.  231.  —  30G. 
Bottari,  Sculture  e  pitture  sagre  estratte  dei  ciniiteri  di  Roma, 
in-fol.,  Roma,  1737,  pi.  lxxix.  —  3I  Voy.  Bosio,  loc.  cit.,  et  De 
Rossi,  Rom.  sott.,  t.  in,  pi.  xvu,  .r>. 


113 


ABRAHAM 


114 


liées',  les  mains  libres3.  On  pourrait  aisément  mul- 
liplier  ces  observations.  Notons  deux  pièces,  un  médaillon 
de  bronze  et  un  fond  de  coupe,  qui  représentent  Isaac 
les  yeux  bandés  3,  détail  aussi  fréquent  dans  les  écrits 
qu'il  est  rare  sur  les  monuments  figurés4.  Dans  la  ca- 
tacombe  de  Generosa,  il  existe  une  représentation  de  la 
scène  avec  cette  inscription  :  [afo-JAHAM  5.  Saint  Gré- 
goire de  Nysse  6  a  décrit  un  tableau  représentant  le  sa- 
crifice d'Abraham.  Ses  paroles  furent  citées  au  second 
concile  de  Nicée  7  comme  réfutation  de  la  doctrine  icono- 
claste :  EISov  noXXâxcç  im  vpaç?,?  eîxôva  to-j  7:à9ouç,  xat 
oùx  àSaxpvn  tt|V  8Éav  iraXîjXBov,  ivapytô;  tï)Ç  ts/vt,;  utc 
oij/tv  à^oûo-Y);  tyjv  îo-roptav.  IlpcixetTat  é  I<jaàx  tu  rcarpt 
Tiap'  aurai  T(ti  8'Jo-tao"rr]p»;>  oxXàtraç  èm  fovj,  xa't  7t£pir|y- 
uiva;  k'xwv  e!?  TO-Juidio  xà;  /sïpac  ô  8è  imëeër^ùti  xarôiuv 
tu)  Tto'Se  t7|;  à-fX'jXï)Ç,  xai  tï)  Xaià  "/£'?"'  ttjv  xôjj.r]v  toû 
7raiSô;  7tpôç  éavrbv  àvaxXâ<7aç,  èttix'jutîi  tb  tzço<jwku>, 
ÈXgeivû;  upô;  aù-côv  àvaëXÉTrovTi,  xai  ty]v  SsÇiàv  y.a8a>7tXi<j- 
H£vt]v  tw  Çc<pet  7rpôç  ty)v  crçayriv  xaTeuO'jvEi,  xai  auTEra: 
r;C)ï)  toû  o-cou-ato;  ï)  toû  Çt^oviç  àxfj.ïi,  xai  -zôxe.  aÙT<î>  ytveTai 
SeôSsv  çtovT]  tô  k'pyov  xwX'JOUTa. 

M9r  Wilpert  a  signalé  dans  le  cimetière  de  Domitille 
une  fresque  dans  laquelle  Abraham  est  coiffé  d'un  bon- 
net à  la  juive,  en  outre  la  main  divine  qui  perce  la  nue 
est  accompagnée  d'une  colombe  qui  représenterait, 
croit-il,  l'âme  délivrée  du  corps  8.  L'antique  Biblia  pau- 
perum  (fin  du  vu9  siècle)  qui  présente  une  concordia 
veteris  et  novi  testamenli  offre  en  vis-à-vis  le  Sauveur 
portant  sa  croix  et  Isaac  portant  le  bois  de  son  sacri- 
fice 9.  Bède  fait  allusion  à  cette  gravure  quand  il  écrit  : 
Isaac  ligna,  quibus  immolaretur,  porlantem  et  Domi- 
nion crucem,  in  qua  paterelur,  seque  portantem  10.  Le 
personnage  d'Abraham  est  vêtu  le  plus  souvent  du  pal- 
liumii;  néanmoins,  on  le  voit  portant  la  penula  avec  le 
laticlave  de  pourpre  ou  bien  vêtu  comme  le  grand-prêtre 
des  Juifs12;  ces  deux  derniers  types  n'existent  qu'à  un  seul 
exemplaire.  On  trouve  encore  Abraham  avec  la  tunique 
ce  i  i .  .e  aux  reins  et  fort  courte  > 3  ou  bien  descendant  j  usque 
sur  les  pieds  14.  Une  pierre  gnostique  représente  Abraham 
tout  nu  15.  On  ne  saurait  entrer  ici  dans  un  plus  grand 
détail  sans  entamer  un  catalogue  qui  n'est  pas  l'objet  de 
ce  travail.  On  ne  peut  rien  dire  du  bélier  sinon  qu'il 
est  traité  avec  l'ignorance  ordinaire  aux  dessinateurs 
depuis  la  décadence  du  ne  siècle  de  notre  ère  jusqu'aux 
quatrocentisti.  Néanmoins  il  a  dû  bénéficier  dans  une 
certaine  mesure  de  la  signification  symbolique  de  l'agneau 
dont  la  fréquente  représentation  imposait,  sinon  l'étude 
anatomique,  du  moins  l'observation  des  formes.  L'autel 
se  compose  tantôt  d'un  autel  profane  avec  patère  et  sim- 
puluni  sculptés  sur  les  flancs  16,  ou  bien  d'un  bloc 
équarri 17,  ou  encore  de  trois  pierres,  l'une  posée  en  tra- 
vers sur  les  deux  autres,  comme  on  en  voit  à  cette  époque 
chez  les  chrétiens.  Voyez  le  mot  Autel.  On  ne  rencontre 
pas  de  cas  d'arx  cespiticiœ,  c'est-à-dire  l'autel  composé  de 
mottes  de  gazon.  Une  analogie  de  forme,  fournie  par  un 
marbre  de  Rodez,  laisse  soupçonner  que  Pédicule  où 
apparaît  la  victime  représente  le  saint  sépulcre  18. 

4  Voy.  Bottari,  loc.  cit.,  et  De  Rossi,  loc.  cit.;  Mansi,  Concil. 
ampl.  coll.,  in-fol.,  Florentiis,  1776,  t.  XIII,  p.  10.  —  «Bosio,  loc.  cit. 
—  3Buonarotti,  Osservazioni  sopra  alcuni  frammenti  di  vasi 
antichi  di  vetro  ornati  di  figure  trovati  ne'  cimiteri  di  Roma, 
in-4%  Firenze,  1716,  pi.  i,  n.  13;Garrucci,  Vetri  ornati  di  figure 
in  oro  trovati  nei  cimiteri  dei  cristiani  primitivi  di  Roma, 
in-fol.,  Roma,  1858,  pi.  Il,  8.  —  *E.  Le  Blant,  Les  persécuteurs 
et  les  martyrs,  in-8%  Paris,  1893,  p.  286  sq.  -BDe  Rossi,  Roma 
sotterr.,  t.  m,  p.  669;  Rull.  di  arch.  crist.,  1868,  p.  74,  fig.  88. 
Voy.  en  outre  ibid.,  1883,  p.  73.  —  6  De  deitate  Filii  et  Spiritus 
sancti,  P.  G.,  t.  xlvi,  col.  572.  —  7  Mansi,  Conc.  ampliss.  coll., 
1767,  t.  xiii,  p.  10.  — 8  Wilpert,  dans  la  Romische  Quartalsclirift, 
1887,  pi.  v-vi,  p.  126  sq.  ;  De  Rossi,  Bull,  di  arch.  crist.,  1887, 
p.  46.  —  8  Laib  et  Schwarz,  Biblia  pauperum  nach  dem  Origi- 
nal zu  Conslanzt;  cf.  de  Rossi,  Bull,  di  arch.  crist.,  1887,  p.  56 
sq.  ;  Heider,  Beitràge  zur  christliche  Typologie  aus  Bilderhand- 
schriften  des  Mittelalters,  in-S%  1861.  —  "Bède,  Opéra,  P.  L., 


On  a  représenté  enfin  le  troisième  moment  de  l'épi- 
sode. C'est  un  ouvrage  un  peu  tardif  sur  lequel  on  voit 
Abraham  tenant  par  le  bras  son  fils  debout,  le  glaive 
menace  maintenant  le  bélier  placé  devant  l'autel  19. 

Un  hypogée  découvert  à  Reims  en  1738,  à  la  suite  des 
fouilles  pratiquées  sous  la  tour  du  clocher  de  Saint-Martin 
au  bord  de  la  voie  nommée,  dans  le  testament  interpolé 
de  saint  Rémi,  la  via  Csesarea20,  offrait  sur  ses  parois 
une  décoration  à  fresques  dont  un  des  sujets  était  le  sa- 
crifice d'Abraham;  un  contemporain  en  a  gardé  le  des- 
sin21, malheureusement  peu  fidèle  à  cause  d'une  restau- 
ration maladroite  de  l'original22.  Ce  qui  parait  assuré, 
c'est  le  personnage  principal,  Abraham,  debout  devant 
un  autel  où  brûle  le  feu  du  sacrifice  23. 

2"  Mosaïques.  —  Dans  la  rotonde  de  Saint- Vital  à  Ra- 
venne,  une  mosaïque  —  terminée  sous  Justinien  —  repré- 
sente dans  un  même  cadre  Abraham  recevant  les  trois 
anges  et  se  préparant  à  immoler  Isaac2*. 

3° Sarcophages.  —  Ici,  l'inhabileté  des  artisans  a  quel- 
quefois tronqué  la  composition;  nous  assistons  aux  dé- 
buts d'un  style  nouveau  qui  compensera  l'impuissance 


27.  —  Le  sacrifice  d'Abraham. 
D'après  un  sarcophage  du  musée  d'Aix. 

à  exprimer  les  objets  réels  par  l'emploi  de  symboles  ou 
même  de  banderolles  portant  une  légende.  A  Arles,  sur 
une  tombe  à  sept  arcades,  la  niche  placée  à  l'extrémité 

t.  xciv,  col.  720.  —  "G.  Bottari,  loc.  oit.,  pi.  clix.  —  "Ibid-, 
pi.  clvi.  —  "Ibid.,  pi.  xlix.  —''Ibid ,  pi.  lix.  —  "Montlau- 
con,  L'antiquité  expliquée,  in-fol.,  Paris,  1724,  Suppl.,t.  n,  pi.  lv, 
n.  6.  —  "Bosio,  Roma  sott.,  p.  231.  —  17G.  Bottari,  loc.  cit., 
pi.  ci,  n.5.  —  ,8E.  Le  Blant, Sarcoph.  chrét.  delà  Gaule,  in-fol., 
Paris,  1886,  p.  101.  —  I9G.  Bottari,  ibid.,  pi.  clxix,  2.  —  !°Fro- 
doard,  1.  I,  c.  vm  P.  L.,  t.  cxxxv,  col.  60  sq.  ;  cf.  Pardessus, 
Diplomata,  t.  i,  p.  84.  —  S1  De  Pouifly,  Description  d'un  monu- 
ment découvert  dans  la  ville  de  Reims  en  173S,  pi.  i  et  n,  à  la  fin 
des  Théorie  des  sentiments  agréables,  5"  édition,  in-8°,  Paris, 
1774  ;  cf.  E.  Le  Blant,  Inscr.  chrét.  de  la  Gaule,  in-4%  Paris, 
1856,  t.  i,  p.  448.  —  "Liénard,  dans  Gérusez,  Description  histo- 
rique et  statistique  de  Reims,  p.  707,  708,  cf.  E.  Le  Blant,  loc.  cit. 
—  "E.  Le  Blant,  Inscr.  chrét.  de  la  Gaule,  t.  i,  p.  448  sq.  — 
"  Ciampini,  Vetera  monimenta  in  quibus  prxcipue  musiva 
opéra  sacrorum  profanarumque  sedium  structura...  illustran- 
tur,  in-fol.,  Romoe,  1690,  t.  i,  pi.  xx. 


115 


ABRAHAM 


116 


gauche  renferme  Abraham  caractérisé  par  un  glaive  et  par 
un  autel  *.  Le  sacrifice  d'Abraham  présentait  du  reste  un 
détail  qui  provoquait  la  représentation  du  sujet,  c'était 
le  cas  des  imagines  clypeatse,  c'est-à-dire  lorsque  le 
sarcophage  offrait  le  buste  du  défunt  se  détachant  dans 
un  médaillon  de  forme  circulaire  aux  côtés  duquel  se 
développait  la  série  des  petits  sujets.  Au  point  où  le  ban- 
deau supérieur  du  sarcophage  affleure  le  sommet  du  mé- 
daillon, il  se  produit  à  droite  et  à  gauche  un  angle 
aigu;  pour  remplir  le  vide  on  chercha  un  objet  de  iaible 
volume  qui  occupât  le  haut  de  la  scène.  La  main  de 
Dieu  sortant  d'un  nuage  pour  retenir  le  bras  d'Abraham 
et  pour  remettre  à  Moïse  les  tables  de  la  loi  remplissait 
la  condition;  aussi,  dit  Le  Blant,  c'est  par  exception 
seulement  que  cette  main  ne  se  rencontre  point  dans 
ces  angles  2.  Cette  remarque  montre  qu'il  faut  réduire 
notablement  l'opinion  qui  voulait  voir  dans  le  choix 
des  groupes  et  leur  agencement  une  intention  sym- 
bolique et  un  enseignement  dogmatique.  La  précieuse 
série  des  sarcophages  chrétiens  d'Arles  fournit  un  type 
resté  sans  explication  satisfaisante.  Abraham  est  accom- 
pagné de  deux  assistants  3.  Dans  les  sarcophages,  comme 
dans  les  fresques,  le  patriarche  est  le  plus  souvent  figuré 
avec  le  pallium  *;  cependant  à  Arles,  à  Clermont  et  à 
Lucq  de  Béarn,  on  lui  voit  la  tunique  à  l'exomide  5. 

Parmi  les  sarcophages  d'Italie,  on  rencontre  notre  sujet 
au  musée  de  Latran,  n.  174;  sur  le  sarcophage  de  Ju- 
nius  Bassus,  au  Vatican  ;  sur  celui  d'Adelfia,  à  Syracuse  6  ; 
aux  n.  178  et  222  du  musée  de  Latran  7.  Un  très  curieux 
sarcophage  de  Sainte-Marie  Majeure,  publié  par  Bottari  8, 
représente  le  Christ  devant  Pilate  à  l'instant  du  lavement 
des  mains,  mais  l'artiste,  avec  une  intention  symbolique,  a 
remplacé  le  Christ  par  Isaac  maintenu  à  genoux  par  son 
père  dont  une  main  céleste  arrête  le  bras  prêt  à  frapper. 
Le  sarcophage  du  Mas-d'Aire  9,  du  Ve  siècle,  a  été  com- 
menté par  Minasi  10,  et  après  lui,  Martigny  n  a  reconnu 
dans  les  oliviers  chargés  de  fruits  qui  encadrent  la  scène 
du  sacrifice  une  allusion  à  la  promesse  de  multiplica- 
tion presque  infinie  de  la  race  d'Abraham.  C'est  en  effet 
le  symbole  qui  s'attache  à  l'olivier  dans  l'Écriture12. 

Un  sarcophage  dans  l'église  de  Santa-Maria  dell'- 
Anima  13  montre  plusieurs  moments  de  l'épisode  réunis 
dans  la  même  scène.  On  voit  Isaac  gravir  une  pente 
sous  le  poids  d'un  faisceau  de  branches,  il  touche  déjà 
Abraham,  vêtu  de  l'exomide,  qui,  le  bras  tendu,  va  sacri- 
fier le  même  Isaac  accroupi  et  garrotté.  Ce  sarcophage  est 
du  ive  siècle,  il  a  été  découvert  sur  la  via  Marforio. 

Un  sarcophage  d'Espagne,  à  Ecija,  signalé  par  Ficker, 
aujourd'hui  au  musée  de  Séville,  du  rve  ou  Ve  siècle 
(Hûbner),  du  VIIe  ou  vme  siècle  (Ficker),  représente 
dans  le  même  panneau  et  sans  aucune  séparation  trois 
scènes  :  le  sacrifice  d'Abraham,  le  bon  pasteur,  Daniel 
au  milieu  des  lions  u.  Chaque  sujet  porte  une  inscription. 

1  E.  Le  Blant,  Sarcophages  chrétiens  de  la  ville  d'Arles,  in-fol., 
Paris,  -1878,  p.  20,  pi.  x.  —  2  Ibid.,  p.  xv.  Voyez  pi.  vi  et  vm; 
Buonarotti,  Yetri,  p.  1;  Bottari,  loc.  cit.,  pi.  xlix  ;  Rev.  archéolo- 
gique, déc.  1877,  pi.  xxiii,  et  trois  sarcophages  du  musée  de  La- 
tran, photogr.  Parker,  n.  2911,  2914,  2923.  —  3E.  Le  Blant,  loc. 
cit.,  pi.  ni,  vi.  —  *E.  Le  Blant,  Sarcoph.  d'Arles,  pi.  VI,  vm, 
x,  et  Sarcoph.  de  la  Gaule,  n.  64, 200.  — *Sarcoph.  d'Arles,  pi.  m, 
et  Sarcoph.  de  la  Gaule,  n.  75, 121.  —  6  Abraham  vêtu  à  l'exomide. 
Cf.  De  Bossi,  Bull,  di  anii.  crist.,  1872.  p.  81  sq.  —  '  Voy.  Ven- 
turi,  Storia  dell'arte  italiana,  in-8",  Milano,  1901,  t.  i,  p.  194  sq. 

—  8G.  Bottari,  loc.  cit.,  pi.  XL VIII  ;  E.  Le  Blant,  Les  persécu- 
teurs et  les  martyrs,  p.  'isti;  Fontana,  Ckiese  di  ïtoma,  t.  ni, 
pi.  XLl;  Boc;",  Ruina  sait.,  p.  155,  cl  la  dissertation  de  N.  Batti, 
dans  les  Alti  délia  rom.  acad.  di  arch.,  t.  IV,  p.  51;  R.  Gar- 
rucci,  Storia  dell'arte  cristiana,  in-fol.,  Prato,  1873,pl.358,n.3.  Cf. 
Bosio,  lioina  sott.,  p.  87;  Garrucci,  loc.  cit.,  pi.  323;  De  Rossi, 
Bull.,  1884-85,  p.  93.  —  9  A.  Pératé,  L'archéologie  chrétienne, 
in-8%  Paris,  1892.  fig.  210  ;  E.  Le  Blant,  Sarcoph.  clirét.  de  la  Gaule, 
pi.  xxvi.  —  ">  Études  religieuses  publiées  par  les  RR.  PP.  jé- 
suites, 1872,  t.  n,  p.  506 sq.;  E.  Le  Blant,  Sarcoph.  chrét.  de  la 
Gaule,  p.  99.  —   "Martigny,   Dictionnaire,  au  mot  Abraham. 

—  <«Ps.   cxxvu,  4;   Jerem.,   xi,  16.  Cf.  Osée,  xiv,  6.  —  ,3De 


ABRAA 


eiCAK 


T7YMH 


E 


A  ANI 


'Aëpatx,         Eco-àx,       7tuu.r|v  (i.  e.  7totu,r|v)       AaviiqX 
4°  Graf fîtes.  —  Une  série  de  dessins  trouvés  dans  un 
cubicule  de  la  via  Salaria  vêtus  parait  avoir  eu  pour 
auteur  quelque  écolier  ou  un  fossoyeur  à  la  main  trem- 


28.  —  Graffites  représentant  le  sacrifice  d'Abraham. 
D'après  le  Bullett.  di  archeol.  crist.,  186,  pi.  m  et  iv. 

blante  (fig.  28).  Ces  essais  informes  représentent  neuf 
épisodes  bibliques.  Le  sacrifice  d'Abraham  s'y  trouve 
deux  fois.  Ces  curieux  griffonnages  sont  certainement 
postérieurs  à  la  paix  de  l'Eglise15. 

5°  Plafond.  —  Voûte  peinte  d'un  cubicule  du  cime- 
tière d'Hermès  16. 

6°  Ivoire.  —  Une  cassette  d'ivoire  de  Brescia11.  La 
pixide  du  vie  siècle  trouvée  à  Vocera  Umbra  et  conser- 
vée au  musée  des  Thermes  de  Dioclétien,  à  Rome  18. 

7°  Noix.  —  Quelques  écrivains  attachaient  à  la  noix  un 
symbolisme  assez  compliqué  (voir  Symbolisme)  et  qui 
lui  valait  d'être  enfermée  quelquefois  dans  les  tombeaux. 
Boldetti  vit  un  de  ces  objets  en  marbre  jaune  (Martigny 
écrit  par  erreur  ambre)  fixé  à  l'extérieur  d'un  loculus 
des  catacombes.  Il  en  donna  le  dessin19,  mais,  depuis, 
on  croyait  ce  petit  bijou  perdu.  Il  a  été  retrouvé  par 
Edmond  Le  Blant  dans  la  collection  de  M.  Maxwell 
Sommerville.  Cette  noix  représente  sur  une  section, 
faite  suivant  l'axe,  le  sacrifice  d'Abraham,  dans  un  style 
identique  à  celui  des  sarcophages  du  ve  siècle.  Le  pa- 
triarche, vêtu  du  pallium,  brandit  un  couteau  et  tient 
par  les  cheveux  Isaac  accroupi  à  ses  pieds  20. 

8°  Orfèvrerie.  —  Le  P.  Mozzoni  a  publié  trois  exem- 
plaires de  cuillers  d'argent  antiques,  trouvées  en  1792  près 
d'Aquilée,  sur  l'une  desquelles  est  figuré  le  sacrifice  d'Abra- 
ham, les  autres  représentaient  l'adoration  des  mages  et  le 
baptême  du  Christ  (?)21.  Ces  sujets  sont  niellés  et  datent 

Rossi,  Bull,  di  arch.  crist.,  1883,  p.  87.  —  "De  Bossi,  Bull,  di 
arch.  crist.,  1888-89,  p.  87  sq.;  I.  Ficker,  dans  les  Mittheilungen 
des  rômischen  Instituts,  1899,  p.  77  sq.  ;  Die  altchristliche  Bild- 
werke  in  Muséum  des  Laterans,  Leipzig,  1890,  p.  148;  Sales  et 
Ferrer,  dans  la  Rcvista  de  Espana,  1886,  p.  486;  Fita,  dans  le 
Bolet,  de  la  Acad.,  1887,  t.  x,  p.  267;  cf.  1887,  t.  vin,  p.  425; 
Hubner,  Inscr.  Hisp.  christ.,  Supplem.,  in-4%  Berolini,  1900, 
n.  370.  —  ,5  De  Rossi,  Bull,  di  arch.  crist.,  1865,  p.  3,  4.  —  "M>e 
Rossi,  Bull,  di  arch.  crist.,  1894,  p.  73,  pi.  v-vi.  —  "  Moliniei . 
Hist.  gén.  des  arts  appliques  à  l'industrie  du  V  à  la  fin  du 
xviii'  siècle,  t.  i.  Ivoires,  in-4%  Paris,  1876,  p.  60;  Victor  Schul/c. 
Archàologie  das  altchristlichvn  Kunst,  gr.  in-8',  Wien,  1875, 
p.  278  sq.  —  "Venturi,  Storia  detFarte  italiana.  in-8-,  Milano, 
1901,  t.  i,  p.  534,  fig.  406.  —  '* Boldetti,  Osservaz.  sopra  i  cimiten. 
in-fol.,  Roma,  1720,  p.  298,  pi.  I,  n.  10.  —  *•  E.  Le  Blant.  Sw- 
coi>h.  chrét.  de  ta  Gaule,  p.  144,  note  3.  Cf.  Martigny,  Diction- 
naire, au  mot  iVoix.  —  Sl  Mozzoni,  Tavole  cronologiche  critiche 
délia  storia  delta  Chiesa  unieersale,  secolo  iv,  Venezia.  1857, 
p.  47;  et  avant  lui  le  P.  Cortenevis,  Sopra  una  iserizione  gn-ca 
d'Aquilrja,  con  i  disegni  di  alcune  altre  antidata,  in-8\  Bas- 
sano,  1792;  K.  Le  Blant,  Inscr.  chrét.  de  la  Gaule,  t.  n,  p.  370;  De 
Rossi,  Rull.  di  arch.  crist.,  1868,  p.  81. 


117 


ABRAHAM 


118 


probablement  de  la  moitié  du  IVe  siècle.  La  cuiller  repré- 
sentant le  sacrifice  d'Abraham  est  de  plus  petit  module 
que  les  autres. 

9°  Fonds  de  coupe.  —  Un  verre  doré  orbiculaire  repré- 
sente le  sacrifice  d'Abraham  '.  L'attitude  du  patriarche  est 
celle  qu'on  lui  retrouve  presque  toujours,  la  tête  rejetée 
en  arrière  à  l'instant  où  la  main  divine  arrête  son  bras 
tendu,  mais  à  la  place  de  la  main  divine  on  voit  un 
ciste  renfermant  des  fruits  et  un  cordeau  roulé,  sym- 
bole de  l'hérédité.  Le  double  symbole  dessiné  ici  parait 
donc  avoir  pour  signification  la  transmission  de  l'héri- 
tage de  Chanaan  et  la  multiplication  de  sa  postérité 
presque  à  l'infini,  comme  les  fruits.  Cette  coupe  porte 
la  devise  suivante:  SPES  HILARIS  ZESES  CVM  TVIS. 

Un  autre  verre,  peu  différent  de  celui-ci,  se  voit  à 
Florence  chez  le  comte  Gherardesco,  provenant  de  la 
collection  du  cardinal  Guadagni  2.  Une  patène  de  verre, 
trouvée  à  Cologne  en  1864,  est  conservée  dans  les  gale- 
ries du  Vatican  3.  Un  bol  de  verre  blanc  a  été  trouvé  à 
Boulogne-sur-Mer  et  remonte  au  Ve  siècle;  sur  la  partie 
convexe  est  gravé  le  sacrifice  d'Abraham.  Celui-ci  de- 
bout, vêtu  de  l'exomide,  tient  le  couteau,  à  ses  pieds  le 
bélier,  à  côté  de  lui  l'autel  où  brûle  une  flamme  et  Isaac 
debout,  entièrement  nu,  les  mains  liées  derrière  le  dos 
et  parvenu  à  l'âge  d'homme,  à  en  juger  par  la  taille.  Une 
main  sort  de  la  nuée.  La  légende  porte  :  VI VAS  IN 
ETERNO  Z  [eses]  pour  tfyrctiç  ou  vivas. 

Le  monogramme  du  Christ  est  accosté  du  soleil,  de  la 
lune  et  des  étoiles;  ce  qui  fait  de  ce  barbare  travail  un 
des  prototypes  de  la  représentation  du  soleil  et  de  la 
lune  joints,  dans  la  plupart  des  monuments  du  moyen 
âge,  à  l'image  du  Christ  en  croix4. 

A  Trêves5,  une  tasse  de  verre  blanc  du  Ve  siècle,  dont 
la  composition  rappelle  certains  traits  du  bol  de  Bou- 
logne, mériterait  une  confrontation  attentive  avec  la 
pièce  précédente.  Abraham  est  vêtu  de  la  chlamyde, 
Isaac,  absolument  nu  et  adulte,  porte  aussi  une  chla- 
myde seulement  indiquée  sur  l'épaule.  L'autel  est  sur- 
monté d'un  édicule,  et  ici  encore  peut-être  sommes-nous 
en  présence  d'une  allusion  au  saint  sépulcre.  La  légende 
porte  :  VIVAS  IN  DEO  Z  [eses]. 

Dans  les  deux  tasses  le  Z  est  suivi  d'un  signe  d'abré- 
viation identique.  On  a  déjà  noté  que,  conformément  au 
récit  de  Flavius  Josèphe,  Isaac  e>t  représenté  à  l'âge 
adulte6.  Le  verre  de  Trêves  fait  le  jeune  homme  asexuel; 
l'estampe  donnée  par  E.  Le  Blant  du  verre  de  Boulogne 
laisse  soupçonner  le  même  détail,  que  les  chrétiens  des 
temps  primitifs  adoptèrent  souvent  pour  Jonas  et  Daniel. 
Ce  monument  est  du  vc  siècle  et  paraît  être  un  produit 
de  l'industrie  locale,  peut-être  de  l'officine  de  la  région 
du  Bhin  dont  on  a  depuis  plusieurs  années  reconnu 
l'existence  7. 

Sur  une  tasse  de  verre  blanc  trouvée  à  Podgoritza, 
l'ancienne  Doclea,  dans  lTllyricum  oriental 8,  un  cycle 
biblique  se  développe  sur  le  bandeau  extérieur  encadrant 
un  médaillon  central  qui  représente  le  sacrifice  d'Abra- 
ham, gravé  au  trait.  C'est  un  ouvrage  du  ive  ou  du  Ve  siè- 
cle, d'une  étrange  grossièreté. 

Un  fond  de  tasse  en  verre,  avec  lettres  et  sujets  dorés 
se  détachant  sur   la   teinte  verdàtre,   représente   Isaac 


'Buonarotti,  Osservazioni  sopra  alcuni  frammenti  di  vasi 
anlichi  de  vetro,  in-fol.,  Firenze,  1716,  pi.  il,  n.  1;  Garrucci, 
Vetri  ornati  di  flg.  in  oro,  pi.  II,  8  ;  Storia  dell'arte  cristiana, 
pi.  172,  n.  8;  Martigny,  Dict.,  au  mot  Abraham;  E.  Le  Blant, 
Les  persécuteurs  et  les  martyrs,  p.  287.  —  *  De  Rossi,  Bull,  di 
arch.  crist.,  1868,  p.  32.  —  3  P.  Allard,  Rome  souterraine, 
p.  422;  De  Rossi,  Bull,  di  arch.  crist.,  1864,  p.  89  sq.  —  *  Vaillant, 
Epigraphie  de  la  Morinie,  p.  210;  cf.  E.  Le  Blant,  Nouveau  re- 
cueil des  inscr.  chrét.,  in-4",  Paris,  1892,  p.  58.  —  s  W  ilmowsky, 
Archàologisclie  Funden  inTrier  und  Umgegend,  in-8°,  Trier, 
1873,  p.  40-43  ;  De  Rossi,  Bull,  di  arch.  crist.,  1873,  p.  141  ;  E.  Le 
Blant,  Nouveau  recueil  des  inscript,  chrét.,  n.  43.  —  6  Ant.  jud., 
I,  xiu.  —  '  Fr.  Lenormant,  dans  la  Revue  archéologique,  1865, 


nu,  asexuel  et  garrotté.  Au-dessus  de  sa  tête  on  lit  : 
IZAC;  la  partie  inlérieure  du  corp^  du  patriarche 
reste  visible;  la  légende  porte:  [anima]  AOYAKIC 
HIE  ZHCH  [ç]  (anima  dulcis  pie  vivas).  La  lettre  H  est 
une  laute  pour  TT.  Découvert  en  1880  près  de  Casti- 
glione  délia  Pescaia,  il  est  conservé  au  musée  de 
Grosseto9. 

Sur  un  verre  quasi  cylindrique,  trouvé  en  1884  sur  l'Es- 
quilin,  Isaac  est  vêtu  de  l'exomide  près  d'un  autel  carré10. 

10°  Métal  coulé.  —  Une  soucoupe  en  plomb  du  IIIe  siè- 
cle acquise  à  Borne  par  Dressel  porte  sur  un  bandeau 
étroit  le  cycle  biblique;  la  partie  centrale  de  la  concavité 
représente  dans  un  médaillon  orbiculaire  le  sacrifice 
d'Abraham.  Le  patriarche  détourne  le  regard  vers  le  bé- 
lier, tandis  que  la  main  divine  va  saisir  son  bras,  qui 
n'est  qu'à  quelques  lignes  de  la  tête  de  l'enfant  complè- 
tement nu  et  garrotté,  mais  non  pas  derrière  le  dos  '*. 

11°  Terre  cuite.  —  Un  carreau,  trouvé,  en  1893,  dans 
les  ruines  d'une  basilique  à  Haad'jeb-el-Aïsun,  paraît 
d'une  époque  assez  rapprochée  du  VIe  siècle  12. 

12°  Moule.  —  Un  disque,  travaillé  en  creux,  du 
IVe  siècle,  ayant  servi  à  faire  une  empreinte,  représente 
le  sacrifice  d'Abraham  (trouvé  près  du  cimetière  de 
Sainte-Sotère 13). 

13°  Gravure  sur  métaux.  —  Le  chaton  d'un  anneau 
de  la  collection  Drury  Fortnum  u,  gravé  en  creux  dans 
le  bronze,  ouvrage  du  ive  siècle,  trouvé  à  Viterbe  15. 

14°  Médailles  de  dévotion.  —  La  composition  diffère 
de  tout  ce  que  nous  avons  rencontré.  Cette  médaille  de 
bronze  est  un  ouvrage  fort  soigné.  Le  sujet,  encadré  par 
un  filet  de  perles,  représente  sur  un  monticule  Abraham 
levant  le  couteau  sur  un  enfant  nu  et  debout.  Abraham 


29.  —  Médaille  de  dévotion. 
D'après  le  Bullet.  d'archéol.  chrétienne,  1869,  pi.  ir,  n.  3. 

détourne  la  tête  vers  un  bélier,  alors  que,  devant  luf  (  la 
nuée  laisse  passer  le  buste  entier  d'un  homme,  le  bras 
tendu  vers  le  couteau.  Au  pied  du  monticule  croît  une 
vigne  qui  encadre  le  côté  gauche  du  médaillon,  le  côté 
droit  montre  quelques  branchages,  dont  l'un  porte  cer- 
tainement une  olive,  comme  sur  le  sarcophage  du  Mas- 
d'Aire  16. 

Une  autre  médaille  de  bronze  porte  en  légende  : 
VRBICVSHHN  et  en  exergue  :  OViUH". 

15°  Vitraux.  —  Quoique  dépassant  ici  la  limite  chro- 
nologique de  nos  recherches,  nous  devons  noter  un  des 
vitraux  de  la  cathédrale  de  Bourges,  sur  lequel  Isaac 


p.  308.  —  8A.  Dumont,  Bull,  de  la  société  des  antiquaires  de 
France,  1873,  p.  71  ;  De  Rossi,  Bull,  di  arch.  crist.,  1874,  p.  154 
sq.,  pi.  xi  ;  ibid.,  1877,  p.  77  sq.,  pi.  v-vi.  —  "De  Rossi,  Bull, 
di  arch.  crist.,  1882,  p.  135,  pi.  vm.  —  ,0R.  Lanciani,  dans 
les  Notizie  degli  scavi  di  antichità  del  comm.  Fiorelli,  juin 
1884,  p.  220,  221  ;  Bull.  arch.  comunale,  1884,  p.  272;  De  Rossi, 
Bull,  di  arch.  crist.,  1884-85,  p.  86  sq.,  pi.  v-vi.  —  "  De  Rossi, 
Bull,  di  arch.  crist.,  1879,  p.  133,  pi.  xiv,  4.  —  "Bulletin  cri- 
tique, 1893,  t.  xiv,  p.  399.  —  ,3  De  Rossi,  Roma  sotterr.,  t.  m, 
p.  346,  pi.  xvu,  n.  5.  —  "Martigny,  Dict.,  au  mot  Abraham, 
donne  une  empreinte.  —  <5Dfe  Rossi,  Bull,  di  arch.  crist.,  1870, 
pi.  vu,  n.  3;  1871,  p.  35.  —  <eDe  Rossi,  Bull,  d'arch.  chrét.,  1869, 
p.  40,  pi.  m,  n.  3.  —  «7  Ibid..  p.  40,  49.  pi.  m.  n.  5. 


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ABRAHAM 


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porte,  non  plus  un  fardeau  de  branchages,  mais  la  croix 
elle-même  '. 

16°  Intaille.  —  Une  pierre  de  travail  et  de  style 
oriental,  antérieure  à  la  persécution  de  Sapor  II,  l'an  340 
de  notre  ère,  faisant  partie  du  cabinet  des  médailles  et 
antiques  de  la  Bibliothèque  nationale,  n°  1330.  «  Le  pa- 
triarche est  représenté  le  couteau  à  la  main  et  s'apprè- 
tant  à  immoler  son  fils  couché  sur  un  autel  en  forme  de 
pyrée.  Abraham  se  retourne  et  aperçoit  l'ange  qui  lui 
montre  le  bélier  qu'il  retient  par  une  de  ses  cornes.  » 
Sardonyx  rubanée,  diamètre  19mill.  2. 

17°  Cornaline  (du  cabinet  de  la  Bibl.  nationale)  : 
BPAM  BAPOYXABPAM  =  mas  \i~a  d-d,  «  béni  soit 
Abram  3.  » 

"18°  Pierre  gnoslique.  —  Le  «  patriarche  tient  par  les 
cheveux  Isaac,  qui  est  à  genoux,  et  lève  l'autre  bras 
pour  le  frapper  de  son  poignard.  De  l'autre  côté  de 
l'image  un  ange  lui  présente  un  bélier  et  lui  iait 
signe  de  la  main  pour  l'empêcher  d'achever.  Aux  quatre 
coins  de  la  pierre  sont  quatre  autres  anges,  qui  ont  les 
ailes  étendues  et  qui  semblent  voler.  Il  y  a  par-ci  par- 
là  des  caractères  grecs  inexplicables  4  ». 

On  ne  sera  pas  surpris  du  développement  donné  à 
cette  élude  si  l'on  observe  l'importance  du  sacrifice 
d'Abraham  aux  yeux  des  anciens.  «  Il  a  été  répété  dans 
toutes  les  langues,  dit  saint  Augustin,  représenté  par- 
tout, afin  que  toutes  les  oreilles,  tous  les  yeux  en  fussent 
frappés5.  »  Il  va  sans  dire  qu'une  telle  vogue  s'accom- 
modait peu  à  l'adoption  d'un  type  unique.  Si  réduit  que 
fût  le  thème,  on  trouvait  le  moyen  de  ne  pas  s'y  tenir. 
Le  texte  de  la  Genèse  disait  qu'Abraham,  après  avoir 
lié  son  fils,  le  mit  sur  l'autel  par-dessus  le  fagot  de 
bois;  or  parmi  tant  de  monuments  antiques,  un  seul, 
entre  ceux  qui  nous  restent,  s'est  contormé  aux  données 
du  programme,  c'est  une  fresque  des  catacombes  de 
Rome  qui  montre  un  autel  formé  de  deux  pierres  plates 
placées  de  champ  et  surmontées  par  une  troisième  6. 
C'était  bien  là  le  commentaire  du  texte  :  et  venerunt 
ad  locum  quem  ostcnderat  Deus,  in  quo  œdificavit 
allare  1.  Peut-être  la  médaille  de  dévotion  du  v°  siècle 
est-elle  plus  près  encore  de  la  vérité  historique  lors- 
qu'elle représente  Isaac  debout  sur  un  tas  de  pierres s, 
à  moins  que  ce  ne  soit  ici  la  montagne  même  qu'on  ait 
voulu  figurer9.  Un  autre  monument  du  même  temps,  le 
sarcophage  de  Sanla-Maria  dell'  a?iimak  Rome10,  re- 
présente derrière  Isaac  un  autel  fait  de  pierres  brutes 
superposées,  ce  que  nous  appelons  aujourd'hui  une 
construction  en  «  pierres  sèches  ». 

II.  ABRAHAM  (LITTÉRATURE  SUR).—  Il  existe,  SOUS 
le  nom  d'Abraham,  une  Apocalypse.  C'est  un  ouvrage 
fort  méchant,  dit  saint  Épiphane11  :  àXX-rçv  è£  ôvôu,aroç 
'Aëpaàu,,  r,v  y.où  'A^oxàXu'1/tv  çacy.ovijcv  eîvoci,  T.iat\c, 
xaxiaç  £|X7i).Ewv.  Il  accuse  les  Séthiens  d'en  être  au- 
teurs ainsi  que  de  plusieurs  autres  pièces  qui  ne  valent 
pas  mieux.  C'est  peut-être  au  même  morceau  qu'Origène 
fait  allusion  lorsqu'il  parle  d'un  écrit  où  l'on  voyait 
une  dispute  entre  les  anges  et  les  démons  au  sujet  de 
la  revendication  d'Abraham  par  les  deux  camps  12. 

1  A.  Martin  et  C.  Cahier,  Monographie  de  la  cathédrale  de 
Bourges,  in-fol.,  Paris,  1841-44,  p.  3,  pi.  1.  —  5Chabouillet,  Ca- 
talogue général  et  raisonné  des  camées,  in-8",  Paris,  1858, 
p.  191.  —  iIbid.,  n.  2224.  —  *  Montfaucon,  L'antiquité  ex- 
pliquée,  in-fol.,  Paris,  1724,  suppl.,  t.  n,  p.  213,  pi.  LV,  n.  6.  — 
5  S.  Augustin,  Contr.  Faustum,  xxu,  73,  P.  L.,  t.  xi.n,  col. 
44G.  —  "Bosio,  Borna  sotterr.,  p.  339.  —  7Gen.,  xxu,  7.  — 
8  Voyez  fig.  29.  Cf.  E.  Le  Plant,  De  quelques  représentations 
du  sacrifice  d'Abraham,  dans  la  Bev.  archéol.,  189C,  série  111, 
t.  XXVIII,  p.  154-109,  p.  157,  note  1.  «  Par  trois  fois  dans  les  Argo- 
nautiques,  Apollonius  de  Rhodes  mentionne  des  autels  faits  de 
pierres  brutes  simplement  entassées,  alors  que  les  héros  s'arrê- 
tent sur  quelque  plage  déserte  pour  offrir  un  sacrifice  aux  dieux 
0-  I,  v.  402,  403,  1123;  1.  II,  v.  694,  695).  De  ces  textes  peuvent 
être  rapprochés  des  monuments  dont  quelques-uns  ont  été  figurés 


En  Occident  on  trouve  cette  allusion  de  Priscillien  13  : 
Quando  in  canone  projetée  Noe  liber  lectus  est"?  quis 
inter  profetas  dispositi  canonis  Abrahee  libruni  legit  ? 
quis  quod  aliquando  Isac  profetasset  edocuit? 

Il  existe  un  Testament  d'Abraham  dont  on  a  publié 
deux  recensions  grecques  :  A.  Aia8v/.r|  'Aëpaàu,.  "Eî^o-îv 
'Aëpaàu,  xo  uitpov.  A  la  fin  :  Ko»  Ça>T|  àtÉXeuTo;.  Resp. 
ïïttcoç  àSjiio6<5u,ev  Tr,ç  aîwviou  Çtor,;  et  la  doxologie.  B. 
AiaÔrjxr)  toO  uaTpiàp/o'j  'Aëpaàu..  'Eyévsfo  rpixa.  rftyiaax. 
A  la  fin  :  Sâppaç  ôolâÇcov  -/.où  aivtSv  tbv  8eôv  et  la  doxolo- 
gie. Pour  les  versions  et  l'histoire  littéraire  de  ces  écrits 
nous  ne  pouvons  entrer  dans  le  détail,  il  suffira  de  se 
reporter  aux  ouvrages  spéciaux14,  principalement  à  Fa- 
bricius15  et  à  l'introduction  de  M.  R.  James16.  La  recen- 
sion  A  se  termine  par  la  formule  suivante  qui  appelle 
quelques  rapprochements. 

"Apars  oyv  xbv        ...eiusque    ani-        ...si;        xôX-ov 
<p:Xov      u.ou      xbv     mam  suscipi  iu-      Aëpaàu,  xai  Isaàx 
'Aëpaàu.    etç   xbv     béas   per  nianus    xa\  'Iaxcoê. 
TtapiSsto-ov ,    evôa     sanctorum  ange-        ...s'vôa     à-nïopx 
eïcr\v     al    o"^Tjva\     lorum      tuorum     ôSûvr,,  xa\    Xuïci), 
xùv    Stxac'wv    p.o'j     deducendam    in     xai  o-x£va-fu.6ç. 
xaV      u.ovai      xûv     sinum     patriar-        Const.    Apost. 
âyîajv  [xou  'Io-aàx     charum  tuorum,  vtii,  41. 

xa'c  'Iaxwë  bi  xâ>     Abrahse     scilicet 
xo'Xttù)  aOxoû,  é'vôa     amici    lui,    et 
oùx    eoriv    itô'voç,     Isaac  electi   lui, 
o-J   X'jTtr),  où  are-     atque   Jacob    di- 
vayu.<5ç,  àXX'  e!prr     lecti  lui,  quo  au- 
vt)  xac  àyaXXsacn;     fugit  dolor  et  tri- 
xa\    Çio-r)    àieXeii-     stitia  atque  sus- 
tï]to;.  [Meô'  ou  xa\     pirium,  fidelium 
■r|U,sïç,  aosXcpoi  u.ou     quoque      animée 
àya7:r)Toî,  xoû  7ta-     felici  iocundilate 
xpiâp-/ou  'Aëpaàu.     Isetantur. 
TY|V  çiXoÇevîav  u.i-         Manuale  Sarum 
u.Y]o-tôu-E8a  xai  xï]v     dans  Maskell,    Mo- 
âvàpexov        a-Jxoû     numenta,  1. 1,  p.  116. 
xrrjo-ûu,E9â     7roX^- 
xeiav,  oitu;  a?iu>- 
6ô>u.ev  Tr,ç  aium'ou 
ÇtoT)?,      SoÇà^ovTE; 
tôv  TiarÉpa  xai  xbv 
uibv  xai  xb   âyiov 
7rve0u.a-     a-jT(ô    t) 
SoEa  xai  xb  xpàxoç 
Etç    xouç     aiulva;. 
'Au.r,v.] 

R.  James,  The 
testament  of  Abra- 
ham, p.  103-104. 

On  ne  peut  que  signaler  ici  sans  plus  de  détails  l'in- 
time connexion  qui  existe  entre  le  Testament  d'Abra- 
ham et  le  Kavùv  elç  ^V/oppayoGvxa  contenu  dans  VEu- 
chologion,  en  particulier  dans  les  passages  qui  parlent 
de  la  résistance  à  la  mort  des  anges  qui  châtient,  et  qui 
pèsent  les  péchés  et  les  bonnes  actions,  et  des  terribles 
esprits  qui  se  réunissent  autour  du  lit  du  moribond17. 

Les  Extraits  des  testaments  d'Abraham,  d'Isaac  et 

par  Zoé'ga,  Bassirilievi,  pi.  x\  :  Millingen,  Peintures  de  v 
pi.  li,  et  dans  l'Archaeologische  Zeitung,  1853,  pi.  lix.  »  — 
8  Comme  dans  la  coupe  de  Potgoritza.  —  ,0E.  Le  lîlant,  loc.  cit., 
pi.  vi.  —  «<  Hxres.,  xxxix,  5,  P.  G.,  t.  xu,  col.  669.  —  '-  II,',, ni.. 
xxxv,  In  Luc.,  et  condamné  aussi  probablement  par  Nicéphore, 
P.  G.,  t.  xm,  col.  1889.  Cf.  Créditer,  Y.vr  Geschichte  àer  Kat 
gr.  in-8-,  Halle,  18i7,p.  121,  145. —"Tract.  IV..  p.46. 

—  "Cf.  Hai-nack,  Geschichte der  altchristlichen  Literatur,  Leip- 
zig. 1893,  t.  i,  part.  2,  p.  857  sq. ;  Dictionnaire  des  apocryphes 
publié  par  Migne,  t.  Il,  au  mot  Abraham.  —  "Fabricius.  Cod. 
apocr.  Vet.  Test.,  p.  417  sq.  —  "  The  Testament  of  Abraham,*. 
bij  M.  R.  James,  ivith  an  Appendi.r  containing  e.rtracts  from 
the  arabic  version  of  the  Testaments  of  Abraham,  Isaac  and 
Jacob  bg  W.  E.  Bernes,  dans  TeXtS  and  studies,  Cambridge. 
1892,  t.  Il,  part.  2.  —  "  lUid.,  p.  128-130. 


121 


ABRAHAM 


122 


de  Jacob  d'après  la  version  arabe  contiennent  cette  for- 
mule *  qui  est  exactement  la  même  que  celle  de  la  litur- 
gie de  saint  Marc. 

And  when    Ile    had  fi-        "Ayioç,  â-fio;,  Syio;   Kû- 
nished  tins    discourse   the    pcoç  SocêacoO-  uX^p^ç  ô  oùpa- 
Heavenly    Ones    began   to    vb;  xa'i  r\  yr|  -rf^  âytaç  crou 
cry  out,saying,Holy,  Holy,    SdSjï];. 
Holy  is  the  Lord  Sabaoth, 
the  Heaven  and  the  Earth 
are  full  of    thy  hallowed 
Glory. 

Il  y  a  lieu  de  noter  l'emploi  de  cselum  et  terra  comme 
dans  les  liturgies  et  le  Te  Deum,  ce  qui  diffère  de  la 
source  probable  où  on  lit  :  omnis  terra2:  et  l'addition 
de  ây-a;  qui  paraît  spéciale  à  l'usage  d'Alexandrie. 

Il  importe  de  relever  une  expression  que  l'on  a  jugée 
un  moment  tout  à  fait  insolite,  unique  même  3  et  qui  se 
retrouve  dans  le  Testament,  à  la  suite  du  passage  cité  : 
The  Father  who  holdeth  ail  answered  from  His  hal- 
lowed place  and  said  :  O  Michael  my  faithful  servant, 
call  together  ail   the  Angels  and  ail  the  Saints,  AND 

RIDE    UPON    THE  CHARIOT   OF    THE  SERAPHIM  and  COm- 

mand  the  cherubim  to  go  before.  On  le  voit,  la  for- 
mule sedere  super  Seraphim  a  des  ramifications  plus 
étendues  qu'on  ne  l'avait  tout  d'abord  un  peu  hâtivement 
décidé. 

Citons  pour  mémoire  une  Apocalypse  dont  la  place 
est  incertaine  dans  la  littérature  chrétienne.  Elle  se 
compose  de  deux  parties  ;  l'une  (1-8)  est  haggadique  et 
présente  une  refonte  des  éléments  dispersés  dans  les 
littératures  juive,  chrétienne  et  musulmane;  l'autre 
(9-32)  est  apocalyptique  4.  H.  Leclercq. 

III.  ABRAHAM  DANS  LA  LITURGIE.  —  1°  La  for- 
mule Deus  Abraham,  Deus  Isaac,  Deus  Jacob.  2° Autres 
mentions  et  culte  d'Abraham. 

1°  La  formule  Deus  Abraham,  Deus  Isaac,  Deus 
Jacob,  ou  celle-ci  :  Deus  Abraham  et  Deus  Israël,  ou 
simplement  Deus  Abraham  ou  Deus  Israël,  sont  des 
formules  scripturaires  employées  comme  des  invoca- 
tions ou  des  prières.  On  en  trouve  des  exemples  dans 
la  Genèse,  dans  l'Exode  et  dans  d'autres  livres  sacrés5. 
Les  chrétiens  continuent  à  invoquer  Dieu  sous  ce  titre  : 
Deus  Abraham,  et  Deus  Isaac,  et  Deus  Jacob,  Deus 
patrum  nostrorum  6.  Ego  sum  Deus  patrum  tuorum, 
Deus  Abraham,  Deus  Isaac  et  Deus  Jacob  7.  La  for- 
mule est  restée  dans  quelques  documents  liturgiques. 
On  ne  saurait  affirmer  que  sa  présence  dans  une  pièce 
est,  absolument  parlant,  un  signe  d'antiquité  et  témoigne 
d'une  origine  apostolique,  car  on  a  pu  l'introduire  dans 
des  formules  d'époque  postérieure  par  esprit  d'imitation. 
Cependant  en  général,  et  en  dehors  de  ce  cas,  elle  peut 
être  considérée  comme  un  vestige  ancien  et  une  rareté 
liturgique.  Elle  apparaît  plus  d'une  fois  dans  les  for- 
mules d'exorcismes,  qui  d'ordinaire  remontent  très  haut. 

Les  textes  suivants  d'Origène  sont  à  noter  au  pre- 
mier rang.  Les  païens  eux-mêmes,  d'après  un  passage 
d'Origène,  usaient  de  ces  noms  :  Multis  etiam  eo- 
rum  qui  incantant  dxmonia,  usurpatur  illud  : 
Deus  Abrahami;  hincque  indicant,  qua  cum  Deo 
vir  Me  justus  familiaritate  conjunctus.  Quocirca 
Deum  Abrahami  invocant  etiamsi  nesciant  qui  Me 
fuerit  Abrahamus.  Quod  idem  de  Isaac,  de  Jacob, 
de  Israël  dicendum  :  quse  nomina  licet,  ut  in 
confesso  est,  Hebraica  sint,  in  suis  tamen  rilibus  adhi- 

'  Ibid.,  p.  149  et  160.  —  *  Isaïe,  vi,  3.  —  3  Voy.  au  mot  Aca- 
thistus.  —  *Bonwestch,  Die  Apokalypse  Abrahams,  dans  les 
Studien  zur  Geschichte  des  Théologie  und  d.  Kirche,  1897.  — 
°Gen.,  xxvm,  13;  xxxu,  9;  xlviii,  15,  16;  Ex.,  m,  6,  15,  16; 
iv,  5;  Tobie,  vu,  15,  etc.  —  «Act.,  m,  13.  —  7Act.,  vu,  32.  — 
«  Contra  Ce/s.,  I,  22,  P.  G.,  t.  xi,  col.  698.  —  »  Ibid.,  t.  iv, 
col.  33.  —  ">lbid.,  t.  iv,  col. 34.  — «  Ibid., t.  v,  col.  45.  —  "Ibid., 


bent    JEgyplh,   cum   alir/uid  mirabile   polliccnlur  8. 

Abraham,  Isaac  et  Jacob,  quorum  nomina,  si  cum 
Dei  notnine  coniunguntur ,  tamen  uim  habent,  ut  non 
solum  Iudaica  gens  in  suis  ad  Deum  precibus  et  in 
excantandis  dœmoniis  usurpet  istud  :  Deus  Abraham 
si'  Deus  Isaac  et  DEusJAC0B,sed  etiam  quotquot  fere 
incanlalionibus  et  magicis  artibus  operanlur^. 

ToO  'Aëpaâ|x,xa\  to-j  T?aa/.,  xai  toj  'Iaxcoê,  <J>v  totoûtov 
Sûvatat  ta  ôvô|J.axa  CTUva7r-riu.sva  tîj  toO  OsoO  TtpoTriyopca, 
ô)Ç  où  |j.ôvov  touç  à7tô  to-j  ëôvovi;  y_pr,T6ai  èv  Taïç  7tpbç  Osbv 
E-jyouç,  y.at  ev  t<ô  xaiETiâoïtv  Sataovaç,  tô  ((  à  6sôç  'Aëpaâu:, 
xa't  ô  6îb;  'Icraây.,xai  ô  Gebç  Taxa>6»,  àXXà  yàp  c^eSôv  xai 
toxvtgc;  Toùçrà  tûv  âx<;>£<ôv  xai  ya^eccov  Ttpay(J.aT£UO(J.évou;. 

Seepe  etiam  contra  dœmones  aliasque  noxias  potes- 
tates  in  usu  est  ista  formula  :  Deus  Israël,  Deus 
Hebr.eorum,  Deus  qui  JEgyptiorum  regem  JEgyp- 
tiosque  submersisti  in  mari  rubro  10. 

Qui  aut  in  incantando  aut  in  iurando  nominaverit 
Deum  Abraham,  et  Deum  Isaac,  et  Deum  Jacob,  quse- 
dam  per  naturam  ucl  potestalem  illorum  nominum 
efficiet,  adeo  ut  etiam  victi  ipsius  jussis  obtempèrent ll. 

Nomina  Abraham,  Isaac  et  Jacob  in  grsecum  conr- 
versa  aliquid  significant...  et  qui  nominaverit  deum 
Abraham,  Deum  Isaac,  Deum  Jacob...  dsemones  victi 
ipsius  jussis  obtempèrent...  Item  nomen  Israël  si  in 
Grœcam  aliamve  linguam  convertatur,  nullius  roboris 
erit  :  servatum  vero  et  conjunctum  cum  Us  quibuscum 
periti  coniungere  soient,  efficiet  id  quod  incantatores 
ex  quarumdam  vocum  pronunliatione  sperandum  esse 
prœdicant.  Idem  dicendum  et  de  voce  Sabaoth  in 
incantationibus  fréquenter  usurpata.  Nam  si  pro  eadv- 
catur,  Dominus  virtulum,  aut  Dominus  exerciluum, 
aut  omnipolens  (diverse  enim  illam  interprètes  ex- 
plicant),  nihil  proficitur  :  quod  secus  adcidet,  ut  adfir- 
mant  harum  arlium  consulti,  si  propria  sua  lingua 
pronuntietur.  De  Adonai  idem  quoque  dicere  licet. 
Iam  sineque  Sabaoth,  neque  Adonai  translata  in  eam 
significalionem,  quam  Grgece  habere  videntur,  nihil 
efficiunt ; quanto  minus  efficient,  quanto  minori  virtute 
erunt  apud  eos  qui  nihil  interesse  autument,  Iovem 
aut  Excelsum,aut  Zenem.aut  Adonseum,aut  Sabaoth 
appellari  l2  ? 

A  ces  textes  saint  Justin  fait  écbo  par  les  paroles  sui- 
vantes adressées  aux  juifs  :  Sin  vos  per  nomen  quodvis 
qui  vobis  fuere,  regum,  aut  virorumjustorum,  aut  pro- 
phetarum,  aut  patriarcharum  adjuratis,  non  subjicie- 
tur  vobis  dœmonium  aliquid  :  cœterum  si  quis  vestrum 
adjuret  per  Deum  Abrahm  et  Deum  Isaac  et  Deum 
Jacob,  forte  subjicietur13. 

Une  adjuration  découverte  à  Hadrumète  contient  la 
formule  xbv  0sbv  toû  'Aëpaàv  u. 

De  ces  textes  il  faut  rapprocher  les  suivants,  qui 
sont  tirés  de  liturgies  occidentales,  mais  qui  paraissent 
dérivés  des  premiers  :  Deus  Abraham,  Deus  Isaac, 
Deus  Jacob,  Deus  qui  tribus  Israël  de  JEgyptia 
servilule  librasti,  et  per  Moysen  famulum  tuum  de 
custodia  mandatorum  tuorum  in  deserto  monuisti  et 
Susanam  de  falso  crimine  liberasti,  te  supplex  depre- 
cor,  Domine,  ut  libères  hanc  famulam  tuam  et  perdu- 
cere  eam  digneris  ad  graliam  baptismi  tuiis.  Le  sui- 
vant est  tiré  du  Gélasien  :  Deus  Abraham,  Deus  Isaac, 
Deus  Jacob  qui  tribus  Israël  monuisti,  et  Surannam 
de  falso  crimine  liberasti,  Te  deprecor  ut  libères  et 
lias  famidas  tuas  et  perducere  eas  digneris  ad  gratiam 
baptismi  tui 16. 

Le  mozarabe  nous  fournit  ce  texte  :  Domine  Deus 

t  v,  col.  45-46.  —  i3Dialog.  cum  Thryphone,  85,  P.  G.,  t.  vi, 
col.  676.  —  •*  R.  de  la  Blanchère,  Collections  du.  musée  Alaoui, 
1890,  p.  103,  lig.  38.  — 1S  D'après  un  manuscrit  de  l'église  de  Tours, 
Martène,  De  antiquis  Ecclesise  ritibus,  Bassano,  1788,  t.  i, 
p.  16.  —  16Gélasien,  Muratori,  Liturgia  romana  vêtus,  in-fol., 
Venise,  1748,  t.  i,  p.  536  :  Thomasi-Vezzosi,  Opéra  omnia,  Rome, 
1751,  t.  VI,  p.  40. 


123 


ABRAHAM 


124 


Patris  nostri  Abraham  et  Deus  IsAAC,qui  dixisti  ut 
benefaceres  nobis,  erue  nos  de  manu  iniquitalis  noslrae1. 

Et  le  suivant  est  tiré  de  la  liturgie  grecque,  dans 
Veuchologe  :  Domine  Sabaoth,  Deus  Israël,  qui  omnem 
languorem  sanas  2. 

La  formule  insérée  au  Gélasien  et  prononcée  au  bap- 
tême est  très  caractéristique  :  Deus  Abraham,  Deus 
Isaac,  Deus  Jacob,  Deus  qui  Moysi  famulo  tuo  in 
monte  Sinai  apparuisti;  et  filios  Israël  de  terra 
JEgijpli  eduœisti,  depulans  eis  angelum  pietatis  tuœ 
qui  custodiret  eos  die  ac  nocte  :  Te  queesumus,  Domine, 
ut  mittere  digneris  sanclum  angelum  tuum;  ut  simi- 
liter  custodiat  et  hos  famulos  tuos,  et  perducat  eos  ad 
graliam  baptismi  lui.  Ergo  maledicte  diabole,  etc.  3. 
Elle  est  restée  au  formulaire  romain  actuel  pour  le  bap- 
tême des  adultes,  liée  aussi  à  l'exorcisme  :  Ergo  male- 
dicte diabole,  etc. 

Les  liturgies  funéraires  ont  gardé  la  formule  Deus 
Abraham,  Deus  Isaac,  Deus  Jacob,  dans  cette  oraison  : 
Oratio.  Deus  oui  omnia  vivunt  et  cui  non  pereunt 
tnoriendo  corpora  nostra...  eamque  (scil.  animant  fa- 
muli  lui)  suscipi  jubeas  per  nianus  sanctorum  ange- 
lorum  tuorum, Abraham  scilicet  amici  tui,  et  Isaac 
electi  tui,  atque  Jacob  dilecti  tui  :  quo  aufugit  dolor 
et  tristitia  atque  supirium,  fidelium  quoque  animée 
felici  jocundilate  Isetentur  et  in  novissimo  magni  ju- 
dicii  die  inter  sanctos  et  electos  tuos  eam  facias  per- 
pétuée gloriee  percipere  portionem,  etc.  4. 

L'office  de  la  commendatio  animée  au  romain  contient 
les  mentions  suivantes  qui  sont  apparentées  à  d'autres 
formules  liturgiques  fort  anciennes  aussi  : 

Libéra,     Domine,    animam        Deus  qui  Abraliam  puerum 

servi  tui  sicut  liberasti  Abra-    tuum    de     Ur     Chaldœorum 

h  A-ii     de     Ur     Chaldxorum.    eductum  -per  omnes  suœ  pere- 

Amen.  grinationis   vias  illsesum   cn- 

stodisti  (benedictio  peregrino- 

rwn,  au  rituel  romain). 

Libéra,    domine,    animant        Deus  Abraham,  Deus  Isaac, 
servi  tui  sicut  liberasti    Su-    Deus  Jacob...  qui  Suzannam 
zannam    de    falso    crimine.    de  falso  crimine  liberasti 5. 
Amen. 

Nous  laissons  de  côté  les  expressions  comme  celles-ci  : 
in  sinu  Abraham,  ou  in  sinibus  patriarcharum  no- 
strorum,  id  est  Abraham,  Isaac  et  Jacob,  collocare  di- 
gneris, ou  in  sinum  amici  tui  Patriarches  Abrahee  6  et 
d'autres  analogues,  dont  on  s'occupera  au  mot  :  Liturgies 

FUNÉRAIRES. 

De  même  clans  la  liturgie  romaine  du  mariage  on  lit  la 
formule  :  Deus  Abraham,  Deus  Isaac  et  Deus  Jacob 
sit  vobiscum  et  ipse  adimpleat  benedictionem  suam  in 
vobis  (bénédiction  donnée  aux  époux  après  la  messe  au 
missel  romain). L'introït  de  la  même  messe  débute  ainsi  : 
Deus  Israël  conjungat  vos.  Tob.,  vu,  TOI. 

Nous  citerons  quelques  autres  cas  où  la  formule  se 
trouve  employée.  La  bénédiction  suivante  de  l'encens  au 
samedi  saint  est  presque  un  exorcisme  :  Deus  omnipotens, 
Deus  Abraham,  Deus  Isaac,  Deus J acob .-inimitié  in 
liane  creaturam  incensi  vim  odoris  tui,  ut  sit  servulis 
vel  ancillis  tuis  munimenlum  tutelaque  defensionis  : 
ne  intret  hostis  in  viscera  eorunt,  etc.  1. 

Le  sacramentaire  gallican  (Bobbio)  en  contient  un 
grand  nombre    :    Missa  dominicalis   (jpost   nomina)    : 

1  rtreviarium  gothicum,  P.  L.,  t.  rxxxvi,  col.  328,  vêpres 
du  II*  dimanche  de  carême. —  'Martène,  loc.  cit.,  t.  i,  p.  20.  — 
3Thomasi,  loc.  cit.,  p.  39.  Cf.  aussi  la  même  formule  dans  deux 
anciens  manuscrits  de  l'Église  des  Gaules,  Martène,  loc.  cit.,  t.  i, 
p.  16-19.  —  *  Ex  manuscr.  monasterii  sancli  Benedicti  flo- 
riacensis  annorum  circiter  900.  dans  Martène,  loc.  cit..  t.  u, 
p.  382.  —  'Martène,  loc.  cit.,  t.  i,  p.  16;  Muratori,  t.  i,  loc.  cit., 
p.  536.  —  «Thomasi-Vezzosi,  loc.  cit.,  t.  vi,  p.  216,  217,  218, 
219.  —  'Martène,  loc.  cit.,  t.  VI,  p.  145.  — 8  Sacrament.  gallican  um, 
dans  Muratori,  loc.  cit.,  t.  H,  p.  920.  —  "Ibid..  p.  935.  —  10  Ibid, p.  936. 
--  "  Ibid.,  p.  958.  —  "  Sacram.  gallic,  dans  Muratori,  loc.  cit., 


Dne  Deus  Abraham,  Deus  Isaac,  Deus  Jacob,  Deus 
patriarcharum,  Deus  Prophelarum,  Apostolorum  et 
Martyrum,  omniumque  sanctorum  sicut  pro  piissima 
misericordia  tuadedisti  eis  voluntatem  veniendi  ad  te; 
ita,  clementissime  Pater,  da  servis  tuis  intellectum, 
virtutem,  etc.  8.  Contestatio  misses  dominicalis  :  Vere 
dignum  et  justum  est  omnipotens  Deus,  Deus  Abra- 
ham, Deus  Isaac,  Deus  Jacob  :  cujus  verbo  universa 
creata  sunt;  cujus  spiritu  omnia  nuncianlur  (munian- 
tur?),  etc.  9.  Contestatio  de  Abraham  :  Vere  d.  et  j.  e. 
omnipotens  Deus  qui  Abrahee  famulo  tuo  unicum 
filium  quem  ipse  dederas  in  sacrificium  tibi  victimam 
esse  jussisti.  0  Domine  in  promittendo  fidelis...  Con- 
sulit  victima  sacerdotem,  et  percussorem  suum  nio- 
riturus  interrogat  :  Ecce  adest  ignis  et  ligna,  ubi 
est  ovis  quse  est  ad  victimam,  etc.  10.  Benedictio  super 
puleunx  :  Domine  sancte,  Pater  omnipotens,  eeterne 
Deus,  qui  Abraham,  Isaac  et  Jacob,  patres  nostros  pu- 
teos  fœderis  fodere,  atque  ex  his  aquam  bibere  propicia 
divinitale  docuisti,  te  supplices  deprecamur ;  ut  aquam 
pulei  hujus,  etc.  ll.  Contestatio  dominicalis  :  Vere 
dignum  et  justum  est...  Tu  in  Noe  rector  arcee...  in 
Abraham  fidelissimus  patriarcha,  in  Isaac  gloriosis- 
sima  hos  lia  patris,  in  Jacob  summx  potentiee  magister, 
in  Joseph  misericordiee preedicator,  etc. 12.  Cette  préface 
est  à  rapprocher  pour  le  sens  de  la  suivante  :  Vere 
dignum  et  justum  est,  omnipotens  Deus  per  Christum 
Dominum  nostrum  cujus  vocem  Adam  audivit...  Abel 
queesivit...  cujus  benedictionem  Abraham  vocatus  ac- 
cepit  :  ipsius  caritatem  Isaac  probatus  agnovit.  Cujus 
sanctificationem  Jacob  electus  emeruit...  etc.  13. 

Missa  pro  principe  :  Regem  regum  atque  cunctorum 
regnantium  dominum  Deum  omnipotentem...  depre- 
camur... qui  Melchisedech  et  Abraham  seterno  tem- 
pore  féliciter  regnare  [fecit]  in  mundum.  Per  Domi- 
num l*. 

Le  Léonien  contient  pour  le  baptême,  en  revenant  des 
fonts,  cette  formule  :  Benedic,  domine,  lias  tuas  crea- 
turas  fonlis,  mellis  et  lactis;  et  pola  famulos  tuos  ex 
hoc  fonle  aquee  vitee  perennis,  qui  est  spiritus  verita- 
tis,  et  enutri  eos  de  hoc  lacté  et  nielle,  quemadmodunt 
Patribus  nostris  Abraham,  Isaac  et  Jacob...  introdu- 
cere  te  eos  in  terrant  jjromissionis,  terrant  fluenlem 
melle  et  lacté ,5. 

Ipse  est  (se.  Christus)  vitulus  saginatus  qui  in  taber- 
naculo  patris  nostrse  Abrahee  propter  hospites  est  vi- 
ctimatus  ,6. 

Dans  les  litanies  la  mention  d'Abraham  et  des  patriar- 
ches est  moins  significative.  Nous  avons  déjà  cité  celte 
formule  à  propos  d'Abel  :  Abel,  Noe,  Abraham,  Isaac, 
Jacob,  Melchisedech,  intercédant  pro  me  l1,  et,  dans  un 
manuscrit  Harléien  :Deus  Abraham,  Deus  Isaac,  Deus 
Jacob,  miserere  18. 

En  dehors  de  cette  formule  où  le  nom  d'Abraham  se 
trouve  associé  à  ceux  d'Isaac  et  de  Jacob,  on  le  rencontre 
seul  aussi.  Nous  lisons  parfois  ces  invocations  dans 
l'Ancien  Testament  :  Domine  Deus  Abraham,  Deus 
Abraham,  ego  sum  Deus  Abraham,  Abraham  Pater 
noster,  Pater  Abraham,  miserere,  Abraham  et  semini 
ejus  19.  Ce  dernier  passage  a  donné  naissance  à  une  an- 
tienne du  Magni/icat  :  Abraham  et  semen  ejus,  usque 
in  aeternum  magnificat  dominum  20. 

t.  Il,  p.  938.  —  "Ibid.,  p.  924.  —  '*/Wtf.,  p.  939.—  "  Ibid..  t.  I, 
p.  318,  Contestatio  misse  ilnminicalis  sacram.  gallic,  Muratori, 
t.  il,  p.  924.  —  '•  Gallic.  vêtus,  dans  Thomasi,  t.  vi,  p.  406  — 
11  Antipltonary  of  Bangor,  éd.  Warren,  t.  n,  p  91.  Cf.  aussi 
Warren,  The  liturgy  and  ritual  of  the  celtic  Church,  1881, 
p.  222,  pour  la  mention  d'Abraham  au  missel  de  Stowe,  et  Abel 
dans  LA  liturgie,  col.  62.  —  ls  Ibid.,  p.  84.  —  '•  I  Par.,  xxix, 
18;  Esth  ,  XIII,  15,  XIV,  18;  Matth  ,  xxn.  32;  M.uli.,  xn,  26; 
.Tac,  n,  21;  Luc,  i,  55,  73,  etc.  —  "  Autiplwnx  de  cantico 
S.  Mari.T,  dans  Paléographie  musicale,  in-4*,  Solesmes,  1900, 
2*  série  monumentale,  t.  i,  Antiphonale  du  B.  hartker,p.  425. 


125 


ABRAHAM 


126 


Trois  grands  faits  liturgiques,  en  outre,  assurent  à 
Abraham  une  place  à  part  : 

a)  Le  premier  est  la  mention  du  sacrifice  d'Abraham 
au  canon  romain  et  dans  d'autres  canons  latins,  comme 
type  du  sacrifice  de  Notre-Seigneur.  Ce  symbole  a  une 
importance  liturgique  capitale  dans  la  contexture  du 
canon  occidental,  comme  nous  l'avons  expliqué  à  pro- 
pos d'Abel.  (Voir  Abel  dans  la.  liturgie.)  Il  faut  ajouter 
aux  textes  cités  à  cette  occasion  la  formule  suivante 
tirée  du  missel  mozarabe  :  Sacrificium.  Edificavit  Abra- 
ham allare  in  locuni  quem  ostenderat  ex  Deus  :  et 
obtulit  super  illud  Isaac  filium  suum  :  et  elevans  ocu- 
los  vidit  post  tergum  arieteni  quem  accepit  :  et  obtu- 
lit holocaustum  pro  filio,  alléluia,  f.  Dixit  dominus  ad 
Abraham  :  toile  filium  tuum  unigenitum...  etc.1; 
l'allusion  de  la  préface  ambrosienne  de  Pâques  :  quem 
(Chrislum  in  cruce)  dudum  Abraham  prsefïgurabat  in 
filio...2,  et  celle  du  Gallicanum  vêtus,  sous  une  forme 
un  peu  différente  dans  Yimmolatio  :  ipse  (se.  Christus) 
est  aries  in  vertice  montis  excelsi  de  vepre  prolatus, 
sacrificio  destinatus  3. 

b)  Le  second  fait  est  la  lecture  de  l'épisode  d'Abraham 
dans  la  Genèse.  Tout  nous  porte  à  croire  que  la  lecture 
de  la  Genèse  commençait,  dans  bien  des  églises  au  moins, 
au  premier  jour  du  carême  pour  l'instruction  des  caté- 
chumènes. La  Peregrinatio  Silvise  l'indique  formelle- 
ment, et  peut-être  en  faut-il  voir  un  autre  indice  dans 
le  rite  ambrosien  et  dans  le  rite  mozarabe  comme  nous 
allons  le  dire.  Quand  aux  dimanches  de  carême  on 
ajouta  la  quinquagésime,  la  sexagésime  et  la  septua- 
gésime,  la  lecture  de  la  Genèse  dut  rétrograder.  On 
sait  qu'aujourd'hui  dans  la  liturgie  romaine  on  com- 
mence la  première  lecture  de  ce  livre  au  dimanche  de 
la  septuagésime.  L'épisode  d'Abraham  tombe  au  di- 
manche de  la  quinquagésime  et  aux  jours  de  cette 
semaine.  Cette  lecture  a  été  l'origine  d'une  série  de 
répons  qui  se  trouvent  dans  le;  livres  anciens  et  dans 
les  livres  récents  à  cette  époque  liturgique,  et  qui  sont 
réunis  parfois  sous  ce  titre  :  Responsoria  de  Abraham  : 

Locutus  est  Dominus  ad  Abraham...  Egredere. 

Temptavit  Deus  Abraham. 

Deus  Domini  mei  Abraham. 

Veni  hodie  ad  fontem  aquse  et  oravi  dominum  di- 
cens  :  Domine  Deus  Abraham  tu  prosperum  fecisti 
desiderium  meum. 

Dum  staret  Abraham  ad  radicern  Membre. 

Dixit  Dominus  ad  Abraham  :  Ecce  Sara  uxor  tua*. 

Dixit  Dominus  ad  Abraham:  Egredere  de  terra. 
Feria  V,  hebd.  I  quadrag5. 

Fœtus  sermo  Dei  ad  Abraham  dicens  :  Noli  timere 
Abram.  Ibid.,  feria  VI6. 

Mais  à  l'ambrosien,  comme  vestige  peut-être  de  cette 
coutume  de  commencer  la  Genèse  au  premier  dimanche 
de  carême,  l'épisode  d'Abraham,  au  lieu  de  tomber  au 
dimanche  de  la  quinquagésime,  fut  lu  au  deuxième 
dimanche  de  carême.  Et  ce  fait  est  devenu  si  caractéris- 
tique que  dans  les  documents  ambrosiens  ce  dimanche 
est  appelé  couramment  de  Abraham1 .  On  trouve  par 
suite  de  ce  fait  un  confractorium  à  ce  second  dimanche: 
Abraham  Pater  rester  exsultavit  ut  videret  diem  meum, 
et  vidit  et  gavisus  est  dicit  Dnus  8.  Et  au  même  di- 
manche le  Psalmellus  :  Abraham  Pater  rester  vidit 
diem  meum,  et  gravisus  est  dicit  Dhus9.  Dans  la  litur- 

1  Missale  mixtum  (tertio  dominico  post  octavas  Epiphanie), 
P.  L.,  t.  lxxxv.  col.  254.  —  2  Missale  ambrosianum,  éd. 
1712,  p.  163.  —  3  Thomasi,  toc.  cit.,  t.  VI,  p.  406.  —  *  Thomasi, 
ftesponsorialia  et  antiphonaria  Romanx  Ecclesise,  petit  in-4% 
Rome,  1686,  p.  lxxxih-lxxxiv,  cci.xxvi,  cclxxvii,  et  Thomasi- 
Vezzosi,  Opéra,  t.  iv,  70,  220,  et  aussi  dans  Ménard,  P.  L., 
t.  lxxviii,co1.  749. —  5  Antiphonarium  ambrosianum ,  Paléogr. 
musicale,  t.  vi,  p.  185.  —  6  Ibid.,  p.  187.  —  '  Auclarium  soles- 
mense,  Solesmes,  1900,  t.  i,  p.  43,  180.  —  8  Paléographie  mu- 
sicale, t.  vi,  p.  215.  —  'Ibid.,  p.  216.  —  «"> Paléographie  musi- 


gie  romaine  le  confractorium  :  Abraham  Pater  rester 
exsultavit  est  devenu  antienne  du  Magnificat  au  di- 
manche de  la  Passion10. 

Mais  plus  tard  (voyez,  par  exemple,  le  missel  ambro- 
sien, éd.  1712),  c'est  le  IIIe  dimanche  de  carême  qui 
est  devenu  le  dimanche  d'Abraham.  Le  patriarche  a  été 
supplanté  au  IIe  dimanche  par  la  Samaritaine  et  n'a 
conservé  qu'une  mention  dans  l'offertoire,  si  tant 
est  qu'il  y  faille  voir  un  reste  de  l'usage  antique  : 
Precatus  est  Moyses...  Mémento  Abraham,  Isaac 
et  Jacob  quibus  jurasti  dare  terram  fluentem  lac  et 
mel. 

La  lecture  d'Abraham  a  entraîné  avec  elle  au  troi- 
sième dimanche  le  confractorium  et  la  préface  conçue 
en  ces  termes  :  Vere  dignum...  Domine...  qui  ante 
multa  lempora  Abrahse  in  semine  Christi  tui,  Deique, 
natique  advenlum  clamasli.  Jam  jamque  tenemus  quod 
olim  Patribus  promittebas.  Nam  quod  Abrahse  sancto 
gentium  populus  pollicetur  ;  rerissime  ex  omni  gente, 
tribu  et  lingua,  Christiana  religio  congregatur.  O  quant 
perfidaet  per  tinax  gens  judseorum  iniqua, etc.1*. L'Évan- 
gile du  même  dimanche  a  été  choisi  à  cause  de  ces  pa- 
roles :  Responderunt  ei  (Jesu)  :  semen  Abrahse  sumus... 
Pater  noster  Abraham  est.  Dicit  eis  Jésus  :  si  filii 
Abrahse  estis,  opéra  Abrahse  facile,  etc. 12. 

Le  troisième  fait  qui  a  donné  une  si  grande  importance 
liturgique  à  ce  patriarche,  c'est  qu'une  des  leçons  du 
samedi  saint  lui  est  consacrée.  Ces  leçons,  on  le  sait, 
étaient  quelques-uns  des  épisodes  les  plus  célèbres  et 
les  plus  frappants  de  l'Ancien  Testament,  qu'on  lisait 
pour  l'instruction  des  catéchumènes,  et  chacune  de  ces 
pages,  en  vertu  de  ce  fait,  a  joui  d'une  grande  popula- 
rité. Comme  nous  l'avons  fait  remarquer  ailleurs,  c'est 
sans  doute  par  la  même  raison  qu'elles  ont  été  si  sou- 
vent reproduites  sur  les  murs  des  catacombes  et  sur  les 
sarcophages. 

La  liturgie  mozarabe,  autant  qu'on  peut  en  juger  par 
les  documents  incomplets  que  nous  avons,  semble  com- 
mencer aussi  la  lecture  de  la  Genèse  au  commencement 
du  carême.  L'histoire  d'Abraham  est  lue  la  première 
semaine  aux  fériés  troisième,  quatrième,  cinquième13. 

Quoi  qu'il  en  soit,  l'épisode  d'Abraham  est  lu  au  sa- 
medi saint  dans  la  liturgie  romaine  et  dans  d'autres  li- 
turgies :  ainsi  dans  la  liturgie  mozarabe14,  dans  la  litur- 
gie ambrosienne15,  dans  la  liturgie  gallicane16,  au 
Gélasien  17,  au  Grégorien.  Et  cette  lecture  a  inspiré  une 
oraison,  qui  la  résume.  Elle  est  actuellement  conçue  en 
ces  termes  au  romain  et  ne  présente  que  peu  de  va- 
riantes avec  les  anciens  textes,  notamment  le  gélasien 
et  l'ambrosien  18:  Deus  fidelium  Pater  summe,  qui  in 
toto  orbe  terrarum,  promissionis  tusei9  filios  diffusa 
adoptionis  gratia-0  midtiplicas ;  et  peril  paschale  sacra- 
mentum  Abraham  puerum  tuum  unirersarum,  sicut 
jurasti,  gentium  efficis  palrem;  da  populis  tuis  digne 
ad  gralinm  tuse  rocationis  inlroire  22.  Per  Dominum. 
L'oraison  même  de  la  leçon  suivante  conserve  encore  le 
souvenir  d'Abraham  :  Deus  cujus  antiqua  miracula 
etiam  nostris  sseculis  coruscare  sentimus  :  dum  quod 
uni  populo  a  persecutione  segxjptiaca  liberando,  dex- 
terse  tuse  polentia  contulisti  id  in  salutem  gentium 
per  aquam  regenerationis  operaris  :  prsesta  ut  in 
Abrahse  filios,  et  in  israeliticam  dignitatem,  totius 
mundi  transeat  pleniludo.  Per  Dominum. 

cale,  in-4*,  Solesmes,  1900,  2'  série  monumentale,  t.  i,Antiphonale 
du  B.  Hartker,  p.  167.  —  " Missale  ambrosianum,  édition  1782, 
p.  90,  93.  —  ,s  Joa.,  vm,  31.  —  >3  Breviarium  gothicum,  P.  L., 
t.  lxxxvi,  col.  281  sq.  —  "Dans  G.  Morin,  Liber  comicus, 
p.  186,  et  Missale  mixtum,  P.  L.,  t.  lxxxx.  cnl.  449.  —  1S  Aucta- 
rium solesmense,  66.  —  ,8  Lectionarium  gillicanum,  P.  L., 
t.  lxxii,  col.  194.  —  "Muratori,  loc.  cit.,  t.  î.  p.  566.  —  18  Géla- 
sien, Muratori,  t.  i,  p.  56;  Thomasi-Vezzosi,  t.  VI,  p.  71.  — 
19  Ambr.,  promissions  —  ï0Gél.  etambr.,  diffusa  adoplione.  — 
*'  Gel.  omis.  —  î2  Gel.  et  ambr.  :  Intrare. 


127 


ABRAHAM 


ABRASAX 


128 


Les  autres  mentions  liturgiques  d'Abraham  sont  de 
moindre  importance  :  Lecture  du  passage  de  l'Épitre  de 
saint  Jacques  :  Abraham  Pater  nosleri.  Lecture  de 
l'Evangile  :  Numquid  tu  major  es  Abraham,  Joa., 
vu,  50-53;  vin,  58-59 2,  et  de  saint  Paul  :  Quoniam 
Abraham  duos  filios  habuit,  Gai.,  iv  (dom.  in  vice- 
sima),  et  dans  la  liturgie  romaine  au  IVe  dimanche  de 
carême.  Lecture  de  saint  Paul  :  Abrahse  dictée  sunt 
promissiones  et  semini  ejus.  Gai.,  m  3.  Quelques-unes 
au  pontifical  romain  dans  la  Benediclio  et  coronatio 
régis,  dans  la  consécration  des  autels,  dans  la  bénédic- 
tion des  cimetières. 

Orationes  ad  missam  pro  sterilitate  mulierum  :  Deus 
qui  emortuam  vulvam  Sarrœ  ita  per  Abrahœ  semen 
fsecundare  dignatus  es;  ut  ei  etiam  contra  spem  sobo- 
les  nasceretur ;  preces  famulse  tuse  ILLIOS  pro  sita  ste- 
rilitate deprecantis propitius  respice  :  et  eijuxta  teno- 
rem  prsecedentium  Patrum  et  fsecunditatem  tribuas; 
et  filium,  quem  donaveris  benedicas.  Per^. 

Il  faut  rappeler  pour  mémoire  la  mention  d'Abraham 
à  l'offertoire  de  la  messe  romaine  des  morts  :  Dhe  J.  C, 
rex  glorise...  sed  signifer  S.  Michael  repraesentet  eas 
(animas)  in  lucem  sanctam  quam  ohm  Abrahœ  promi- 
sisti  et  semini  ejus.  Enfin  les  liturgies  pour  la  recom- 
mandation de  l'âme  contiennent  aussi  Abraham  à  côté 
d'Abel,  comme  seuls  représentants  des  justes  de  l'Ancien 
Testament. 

Les  liturgies  orientales  ont  aussi  quelques  allusions 
au  patriarche,  mais  la  plupart  du  temps  c'est  à  l'occa- 
sion des  morts,  pour  demander  à  Dieu  de  les  placer  dans 
le  sein  d'Abraham,  ou  dans  le  sein  d'Isaac,  de  Ja- 
cob 5. 

On  rendit  aussi  à  une  époque  fort  ancienne  un  vrai 
culte  au  saint  patriarche  :  on  croit  posséder  à  Jérusa- 
lem, encore  au  VIIe  siècle,  l'autel  où  Abraham  devait 
sacrifier  Isaac  et  celui  où  Melchisédech  offrit  son  sacri- 
fice dans  l'église  duGolgotha6.  Silvia  dans  sa  Pcregrinaliu 
nous  parle  d'une  église  qu'elle  trouva  à  Carrhes  dédiée 
à  saint  Abraham.au  IVe  siècle1.  Eusébe  et  Sozoméne 
parlent  d'un  autre  pèlerinage  en  l'honneur  d'Abraham, 
dans  le  val  de  Mambré,  qui  existait  au  commencement 
du  iv*  siècle,  et  attirait  juifs,  chrétiens  et  païens  8.  Chez 
les  latins,  sa  fête  se  trouve  dans  certains  martyrologes 
à  partir  du  ixe  siècle,  par  exemple  dans  Adon  et  Usuard, 
et  au  romain  au  9  octobre.  Les  ordres  de  Fontevrault  et 
de  l'Oratoire  avaient  une  fête  en  son  honneur.  Les 
orientaux  font  sa  fête  le  9  octobre9.  A  la  feria  m»  de 
Vebdomas  in  albis,  ils  font  mémoire  d'Abraham,  Isaac, 
Jacob,  Adam,  Eve,  Seth,  et  autres  patriarches.  Ils  ap- 
pellent le  troisième  dimanche  de  l'Avent  le  x-jp:axr,  r«5v 
àyicov  iiponciLt6pu>v,propatrum  Abraham,  Isaac,  Jacob  ,0. 
Dans  les  Menées,  leur  office  se  présente  avec  deux  ca- 
nons, un  synaxaire  et  huit  Oeotôxioc11.  Dans  l'église  armé- 
nienne le  samedi  de  la  semaine  après  la  Transfiguration 
est  consacré  à  la  fête  des  patriarches  Adam  et  Abraham. 
Le  2  septembre  dans  l'église  copte  est  la  fête  d'Abraham, 
Isaac  et  Jacob,  ainsi  que  le  18  août.  Dans  l'église  sy- 
riaque, c'est  le  20  janvier.  F.  Cabrol. 

IV.  ABRAHAM  (SEIN  D').  Voir  LITURGIES  FUNÉRAIRES. 

ABRASAX.  — 1.  Orthographe.  IL  Étymologie.  III.  Té- 
moignages. IV.  Bibliographie.  V.  Signification.  VI.  Autres 

'Liber  comicus,  loc.  cit.,  p.  73.  —  *Ibid.,  p.  119.  —  'Litur- 
gie romaine,  Dom.  XIII  post  Pentec.  —  «  Gélasien,  Muratori,  loc. 
cit., 1. 1,  p.  725.  —  'Renaudot,  Liturgiarum  orientalium  collectio, 
in-4%  Francofurti-sur-le-Mein,  1847,  t.  il,  p.  181,  292,  327,  376,  etc., 
et  article  Liturgies  funéraires.  —  •  P.  L.,  t.  lxxii,  col.  906.  — 
'P.  Geyer,  Itinera  hierosolymitana,  dans  Corpus  ecclesiaet. 
latinorum,  Vienne,  1888,  t.  xxxvmi,  p.  65.  Voyez  aussi  Riant, 
Invention  des  sépulcres  des  patriarches  Abraham,  Isaac  et  Jo- 
cob  à  Hébron,  25  juin  iiI9,  dans  Comptes  rendus  de  l'Acad.  des 
inscr.  et  belles-lettres,  1883-1884,  t.  xi,  p.  26-35;  et  Arcldves  de  la 


légendes    lapidaires.     VII.     Sens.     VIII.    Distribution. 
IX.  Gnose  et  kabbale.  X.  Vocabulaire. 

C'est  moins  au  point  de  vue  de  l'art  qu'au  point  de 
vue  philosophique  que  les  Abrasax  méritent  d'être  étu- 
diés. Ils  sont,  en  effet,  les  témoins  d'un  système  de  gnose 
que  l'on  prétendit  opposer  au  magnifique  ensemble  de 
croyances  qu'offrait  le  christianisme.  On  a  justement 
observé  les  conditions  défavorables  dans  lesquelles  cette 
classe  de  monuments  se  trouve  par  rapport  à  nous.  Ils 
traduisent  l'expression  souvent  mystérieuse  d'une  pensée 
encore  incertaine  à  l'aide  de  représentations  exiguës  et 


30.  —  Abrasax.  D'après  les  originaux. 
Cabinet  des  médailles  à  la  Bibliothèque  nationale. 

de  procédés  techniques  insuffisants.  Los  tentatives  d'expli- 
cation faites  jusqu'ici  ont  eu  le  tort  de  préjuger  sur  les 
classements  archéologiques  au  bénéfice  d'une  synthèse 
hâtive  et  incomplète. 

Les  A  brasax  sontjusqu'à  ce  jour,  les  seules  productions 
artistiques  subsistantes  du  gnosticisme  (fig.  30).  Leur 
nombre  considérable  permet  une  investigation  étendue 
et  des  comparaisons  multiples.  Les  autres  monuments 
figurés  qui  nous  restent  de  ces  sectes  ne  sont  trop  sou- 
vent que  des  unités  et  offrent  matière  plutôt  à  la  curiosité 
qu'à  la  science.  Il  faut  peut-être  une  rare  sagacité  pour  en- 
tendre les  signes  gravés  sur  ces  gemmes,  il  faut,  croyons- 
nous,  plus  encore  de  prudence.  L'immense  majorité  de 
ces  amulettes  n'admet  probablement  aucune  explica- 
tion. C'est  là  un  jugement  auquel  se  rangeront  sans 
doute  ceux  qui  auront  lu  les  fragments  intelligibles  de 

Société  de  l'Orient  latin,  in-8",Gcncs,1883, 1 1,  p.  13;  1884,  t.  n, 
p. 411-421,512-513.  —  "Sozom.,  Hist.  certes. ,u,iv  ;  P.  G.,  t.  i.xvii, 
col.  944,  cf.  Eusèbe,  De  vita  Constant.,  i  III,  c.  Lt,  P.  G., 
t.  xx,  col.  1111  sq.  ;  Acta  sanctor.,  oct.  t.  iv,  p.  688,  cf.  Lu- 
dolf,  Ad  historiam  Œlhiopicam  comment.,  1691,  p.  389-437; 
Cornwallis  Harris,  Hiahlamls  of  Œtliiopia  ;  Neale,  Eastrm 
C/mrch, introd.,  p.  805-815.  —  aActasanctoriim,  oct.  t.  iv,  p.  571 
Sq.  —  ">NiUes,  Kalenrfuiium  utriusque  Ecclesim,  Innsbruck, 
1896,  t.  n,  p.  539.  —  "a.  P.  G.,  t.  CV,  col.  1259-1262.  Le  titre 
lautil  d'Adam  et  Eve  donné  à  cet  endroit  est  une  erreur  de  Maracci. 


129 


ABRASAX 


130 


la  littérature  gnostique.  s  Les  débris  des  anciennes 
religions,  le  naturalisme  sensuel,  le  mysticisme  exalté, 
le  panthéisme  prolond,  les  textes  de  la  Bible,  les  évan- 
giles apocryphes,  les  dogmes  des  philosophes,  les  inter- 
prétations symboliques,  les  rêveries  astrologiques,  dit 
Taine.  [s'y]  fondaient  en  doctrines  incohérentes,  abîme 
mouvant  de  disputes  et  d'extases,  prodigieux  chaos  où 
fermentaient  confondus  le  divin  et  l'humain,  la  matière 
et  l'esprit,  le  surnaturel  et  la  nature,  parmi  les  ténèbres 
et  les  éclairs.  Quiconque  lit  les  dogmes  des  gnostiques, 
des  valentiniens,  des  ophites,  des  esséniens,  des  carpo- 
cratiens,  respire  l'odeur  de  la  fièvre  et  se  croit  dans  un 
hôpital,  parmi  des  hallucinés  qui  contemplent  leur  pensée 
fourmillante  et  fixent  sur  le  vide  leurs  yeux  brillants1.  » 
Tout  ce  qu'on  peut  accorder  à  ces  représentations  sur  le 
vu  d'une  fresque  et  de  quelques  pierres,  ce  serait  d'être 
la  parodie,  dans  différentes  sectes  gnostiques,  des  céré- 
monies du  christianisme.  Une  phrase  de  Tertullien  2  favo- 
riserait assez  cette  manière  de  juger,  si  elle  ne  s'appli- 
quait directement  aux  mithriaques  et,  peut-être,  à  des 
groupes  marcionites  et  autres  plutôt  qu'aux  gnostiques. 
Voir  le  mot  Gnose. 

I.  Orthographe.  —  L'orthographe  du  nom  ne  fait  au- 
cun doute.  Deux  pierres  données  par  King  se  lisent  : 
ABPACA2  3  et  ABPACA3  *.  Les  Pères  grecs  qui  se  sont 
occupés  de  ce  nom  et  dont  nous  avons  les  écrits  dans 
le  texte  original  l'écrivent  toujours  'ASpanà! 5-  La 
substitution  du  mot  Abraxas  chez  les  Latins  s'explique 
par  la  confusion  entre  le  S  et  le  S.  Elle  aura  dû  se 
faire  avant  que  la  forme  lunaire  du  sigma  (C)  se  fût 
répandue.  On  trouve  une  fois  ABPACAPE I  6,  ABPA0AI 7, 
ABPAIACs. 

II.  Étymologie.  —  Rabbi  Abraham  Geiger  voit  dans 
Abrasax  une  forme  grécisée  de  Ha  Brachah,  «  la  béné- 
diction. »  Bellermann  a  proposé  une  étymologie  copto- 
égyptienne  tout  à  fait  insoutenable  [ab  ou  of,  Bah,  Say 
pour  Sadsh].  M.  Schwab  le  fait  dériver  peut-être  de  3N, 
«père,  »  et  de  Nia,  «  créer9,  »  Beausobre  propose  'Aëpôç, 
beau,  Sâw,  sauver,  le  magnifique  sauveur10. 

III.  Témoignages.  —  Plusieurs  Pères  se  sont  occupés 
de  ce  nom  :  saint  Irénée  n,  Tertullien  12,  Épiphane13, 
saint  Jérôme  u,  saint  Augustin  1B. 

IV.  Bibliographie.  —  Antoine  Le  Pois,  Discours  sur 
les  médailles  et  gravures,  in-4°,  Paris,  1579, 143  p.,  8  fig. 
—  Baronius,  Annales  eccl.,  in-fol.,  Coloniae,  1624,  t.  n, 
p.  72.  —  Cl.  Salmasius,  De  annis  climatericis  et  antiqua 
aslrologia  diatribe,  in-8ù,  Lugd.  Batav.,  1640.  —  Athan. 
Kircher,  Œdijms  œgyptiacus,  Romae,  1653,  t.  n,  p.  2, 
p.  461,  462,  n.  2,  3,  4,  5,  6,  7,  14.  -  Io.  Macarios 
(L'Heureux),  Abraxas  seu  apistopistus,  quse  est  anti- 
quaria  de  gemmis  Basilidianis  disquisitio,  in-4°,  Ant- 
uerpiae,  1657.  —  J.  Chifflet,  Abraxas  proteus,  in-4°,  Ant- 
uerpiae,  1657.  —  Laur.  Pignorii,  Mensa  Isiaca,  gr. 
in-4°,  Amstelodami,  1669,  pi.  m,  fig.  3,  4,  5,  6,  9,  et 
pi.  v,  fig.  7.  —  Jac.  Spon,  Voyage  d'Italie, de  Dalmatie, 
de  Grèce  et  du  Levant,  in-12,  Lyon,  1678,  t.  m,  p.  157 
sq.  Miscellanea  erudilse  antiquitatis,  in-fol.,  Lugduni 
Gallorum,  1679.  —  M.  A.  Causei  (de  la  Chausse), 
Bomanum  muséum,  sive  thésaurus  eruditee  anti- 
quitatis, in  quo  gemmai,  idola,  etc.  170  tabb.  refe- 
runtur,  in-fol.,  Romae,  1690.  —  Du  Molinet,  Le  cabi- 
net de  la  Bibliothèque  de  Sainte-Geneviève,  in-tol., 
Paris,  1692,  pi.  xxix,  fig.  7,  8,  12,  14;  pi.  xxx,  fig.  13, 
15,  17,   etc.    —   J.    Gronovius,   Gemmas   et  sculptural 

'H.  Taine,  Essais  de  critique  et  d'histoire,  in-12,  Paris,  1898, 
p.  292-293.  —  *  Tertullien,  Prsescr.,  XL,  P.  L.,  t.  il,  col.  66.  — 
3  W.  King,  The  gnostics  and  tlieir  remains,  in-8°,  London,  1887 
(2-  édit.),  pi.  A,  fig.  4.  —  Ubid.,  pi.  3,  fig.  1.  —  "Epiphane, 
Hseres.,  xxiv,  n.  7  et  8,  P.  G.,  t.  XLI,  col.  316  ;  Théodoret,  Hseret. 
fabul.,  1.  I,  c.  iv,  P.  G.,  t.  lxxx,  col.  348;  Jean  de  Damas, 
Hier.,  xxiv,  P.  G.,  t.  xciv,  col.  692.  —  »  Gori,  Thésaurus 
gemmarum  astriferarum ,  in-4*,  Florentiae,  1570,  t.  il,  p.  254, 
n.  27  ;  t.  m,  p.  214-218.  Cl.  t.  u,  p.  251,  n.  11  ;  p.  252-279,  n.  14, 15, 

DICT.   D'ARCH.    CHRÉT. 


antiquas  depictas  a  Leonardo  Augustino,  Senensi,  in-4*j 
Francquerae,  1694,  part.  1  et  2.  —  Abr.  Gorlaei,  Dac- 
tyliotheca,  seu  gemmarum  annulorumque  sculptural, 
in-4», Lugd.  Batav.,  1695,  part.  1  et 2,  682  fig.—  L.Begero 
Thésaurus  elecloralis  Brandeburgicus  selectus  a  L 
Begero,  -fol.,  Colonise  Marchicœ  [Berlin],  1696,  p.  85.  — 
R.  Fabretti,  Inscript,  antiq.,  quse  in  œdibus  paierais 
asservantur,  in-fol.,  Romae,  1699.  —  **',  Prodromus 
iconicus  sculptarum  gemmarum  Basilidiani,  amuletici 
atq.  talismanici  generis  ex  museo  Ant.  Capelli,  in- 
fol.,  Venetiis,  1702,  272  pierres  gravées.  —  De  Wilde, 
Signa  antiqua  e  museo  Jacobi  de  Wilde  per  Mariam 
filiam  œri  inscripta,  in-4°,  Amstelodami,  1700;  Gemmai 
antiquai  e  musmo  de  Wilde,  etc.,  in-4°,  Amstelodami, 
1703.  —  De  Rossi,  Gemme  anliche  figurate  da  Dome- 
nico  de  Bossi,  colle  sposizioni  di  Paolo  Alessandro 
Maffei,  4  in-4°,  Roms,  1707-1709,  t.  n,  n.  20,  21, 
22.  —  De  Montfaucon,  Palseographia  grseca,  in-fol., 
Parisiis,  1708,  p.  180.  —  Baier,  Gemmarum  thésaurus, 
quem  collegitJo.  Mart.  ab  Ebérmayer,  Norimbergensis, 
recensuit  Io.  lac.  Baier,  in-fol.;  Norimb.,  1720.  — 
Capila  Deorum  et  illustrium  hominum,  hieroglifica, 
abraxeaet  amuleta,  collegit  J.  M.  ab  Ebérmayer,  enar- 
ravit    Erhard    Beusch,   in-fol.,  Francoturti   et  Lipsiae, 

1721,  p.  199  sq.  —  De  Montfaucon,  L'antiquité  expli- 
quée et  représentée  en  figures,  2e  édit.,  gr.  in-fol.,  Paris, 

1722,  t.  n,  part.  2  :  Les  abraxas,  p.  353  sq.  ;  Suppl.  1724, 
t.  il,  p.  209  sq.  —  Bernard  Picard,  Gemmai  antiquai 
cœlatse  per  Bern.  Picard,  e  museis  selegit,  etc.,  Ph. 
Stosch.,  in-fol.,  Amstelodami,  1724.  —  Conyers  Middle- 
ton,  Germana  antiquitatis  monumenta,  in-4°,  London 
1745,  p.  73.  —  Passeri-Gori,  Thésaurus  gemmarum 
antiq.  astriferarum  interprète  J.-B.  Passerio,  cura  et 
stud.  Ant.  Franc.  Gorii,  3  in-4°,  Florentiae,  1750 
t.  i,  pi.  189-193;  les  abrasax  y  sont  appelés  gemmai 
magicse,  pi.  186,  189,  199.  —  Marette,  Traité  des 
pierres  gravées,  in-8°,  1750,  p.  68-73.  —  Bartolo,  Mu- 
séum Odescalchum  sive  thésaurus  antiquarum  gem- 
marum a  Petro  Sancte  Bartolo,  in-fol.,  Romae,  1751, 
1. 1;  1752,  t.  n.  —  Lippert,  Dactyliotheca  universaiis, 
gr.  in-4°,  Lipsiae,  1755,  t.  i;  1756,  t.  il;  1762,  t.  m;  sup- 
plem.,  Lipsiae,  1767,  1776.  —  Ficoroni,  Gemmai  anti- 
quai litteratee  aliœque  rariores  etc.  ab  A.  P.  Nicol. 
Galeotli,  in-4°,  Romae,  1757.  —  Cte  de  Caylus,  Be- 
cueil  d'antiquités  égyptiennes,  étrusques,  grecques, 
romaines  et  gauloises,  in-4°,  Paris,  1764,  t.  vi,  p.  64-66, 
pi.  xix-xxn.  —  F.  Mùnter,  Versuch  ûber  d.  kirchli- 
chen  Alterthïtmer  der  Gnostiker,  in-12,  Anspach,  1790. 

—  J.  J.  Bellermann,  Versuch  àber  die  Gemmen  der 
Alten  mit  dem  Abraxas- Bilde,  in-12,  Berlin,  1817-1819, 
part.  1  et  2.  Frontispice  de  la  lre  et  de  la  3e  par- 
ties. —  Kopp,  Palseographia  critica,  4  in-4°,  Manhei- 
mii,  1819-1829,  t.  m  et  iv,  passim.  —  J.  Matter,  His- 
toire du  gnosticisme,  2  in-8°,  Paris,  1828;  2e  édit.,  1843. 

—  Hammer,  Deux  coffrets  gnostiques  du  moyen  âge, 
in-8°,  1832.  —  Ali.  Maury,  dans  Y  Encyclopédie  moderne, 
publiée  sous  la  direction  de  M.  Léon  Renier,  aux  mots 
Abraxas  et  Gnosticisme,  in-8»,  Paris,  1846,  t.  i;  1848, 
t.  xvi.  —  Stickel,  De  gemma  Abraxea  nondum  édita, 
in-4°,Ienœ,1848.  —J.  Matter,  Une  excursion  gnostique  en 
Italie,  in-8»,  Strasbourg,  1852,  40  p.,  XII  pi.  —  W.  King, 
The  gnostics  and  their  remains,  ancient  and  mediseval, 
in-8°,  London,  1864,2=  édit.,  1887,  466p.,  xjii  pi.,  27  grav. 
sur  bois.  —  A.  Chabouillet,  Catalogue  général  et  raisonné 

26,  56,  59,  69,  112,  147,  158,  161,  177.  —  '  ChabouiUet,  n.  2173.  — 
8/6('(i.,n.  2176.—  9  M.  Schwab,  Vocabulaire  de  l'angélologie,  dans 
Mém.  de  l'acad.  des  insc,  1897,  p.  383.  —  10J.  de  Beausobre, 
Histoire  de  Manichée,  in-4%  Amst.,1739,  t.n,  p.  55.  —  '  '  Adv. hseres., 
1. 1,  c.  xxiii  (al.  xxiv),  P.  G.,  t.  vu,  col.  680.  —  '«  De  prsescript. 
hxretic,  c.  xlvi,  P.  L.,  t.  H,  col.  62.  —  ,3  Hseres.,  xxiv,  n.  7, 
8.  —  M  Comm.  in  Amos,  c.  m,  P.  L.,  t.  xxv,  col.  1018  sq.  Voy. 
Bellermann,  1"  part.,  p.  27.—  l6  De  hsere  cd  «  Quod  vultDeus», 
c.  iv,  24,  P.  L.,  t.  xlii,  col.  26. 

I.  -5 


131 


ABRASAX 


132 


des  camées  et  pierres  gravées  de  la  Bibliothèque  impé- 
riale suivi  de  la  description  des  autres  monuments  ex- 
posés dans  le  cabinet  des  médailles  et  antiques,  in-12, 
Paris,  1858.  —  F.  Lenormant, Catalogue  d'une  collection 
d'antiquités  égyptiennes  rassemblée  par  M.  d'Anastasi, 
in-8°,  Paris,  1857.  —  Barzilai,  Gli  A braxas,  studio  archeo- 
logico, in-8°,  Trieste,  1873.  —  Pellicioni,  Atti  délie  depu- 
tazioni  di  Storia  patria  dell'  Emilia,  in-8»,  1880;  cf. 
A.  de  Longpérier,  Œuvres,  in-8°,  Paris,  1884,  t.  m,  p.  378. 
—  E.  Le  Blant,  Revue  archéologique,  Paris,  1883,  t.  I, 
p.  306,  où  il  cite  deux  textes  : 

'Ava/topei,  yo\r),  zo  0E'ôv  <7£  6ia>xet. 
«t'-jye,  ■Koctxypa.,  Ilepcre'jç  ce  8tu>xEi. 

A.  Dieterich,  Abraxas.  Studien  zur  Religionsge- 
schichte  des  Spâtem  Alterthums,  in-8°,  Leipzig,  1891, 
vi-221  p.  En  appendice,  p.  167  sq.,  le  BiêXoç  iepà  êirixa- 
),ou(jlévï)  Movccçy)  'Oyoôr)  Mo)u«(oç  (édition  critique). 

V.  Signification.  —  Il  n'est  pas  bien  certain  qu'  'AêpaaàÇ 
ait  conservé  le  sens  assez  précis  qu'il  parait  avoir  eu  dans 
l'esprit  de  Basilidès  et  des  premiers  fidèles  de  la  gnose. 
Les  témoignages  des  Pères  sur  ce  point  ont  une  valeur 
décroissante  à  mesure  que  la  chronologie  les  éloigne 
des  faits  qu'ils  rapportent  ;  nous  les  reproduisons  ici 
néanmoins,  n'ayant  rien  de  plus  clair  que  ce  qu'ils  ont 
dit  :  «  A  l'exemple  des  mathématiciens,  dit  saint  Iré- 
née,  ils  distribuent  les  positions  locales  des  trois  cent 
soixante-cinq  cieux;  ils  ont  adopté  leurs  théorèmes  pour 
en  faire  le  caractère  de  leur  doctrine;  ils  prétendent  que 
le  principal  de  ces  cieux  est  Abrasax,  et  que  c'est  pour 
cela  qu'il  contient  en  soi  le  nombre  de  trois  cent 
soixante-cinq1.  »  «  Vint  Basilidès,  dit  Tertullien  2.  Il  pro- 
clama un  Dieu  suprême,  du  nom  <ï Abrasax,  par  qui  a 
été  créé  l'Esprit  qu'il  appelle,  du  grec,  voûv.  De  là,  le 
Verbe;  de  celui-ci,  la  Providence,  la  Vertu  et  la  Sagesse. 
De  celles-ci,  ensuite,  les  Principautés  et  les  Puissances 
et  les  Anges  sont  venus;  après  cela  d'infinies  éditions 
d'Anges,  et  par  ceux-ci  ont  été  faits  trois  cent  soixante- 
cinq  cieux,  et  un  monde  en  l'honneur  A' Abrasax,  dont 
le  nom  lient  ce  nombre  compté  en  lui-même.  Au  reste, 
parmi  ces  derniers  anges,  qui  ont  fait  ce  monde,  il  place 
en  dernière  ligne  le  Dieu  des  Juifs,  c'est-à-dire  le  Dieu 
de  la  loi  et  des  prophètes,  qu'il  nie  être  Dieu  et  qu'il 
dit  être  ange.  Il  prétend  que  le  sort  lui  a  fait  échoir  la 
race  d'Abraham,  et  que  c'est  pourquoi  de  la  terre 
d'£.gypte  il  transporta  les  enfants  d'Israël  dans  la  terre 
de  Chanaan,  qu'il  est  plus  turbulent  que  les  autres 
anges,  que  c'est  pourquoi  il  excite  souvent  des  séditions 
et  des  guerres  et  verse  le  sang  humain;  que  le  Christ  a 
été  envoyé  non  point  par  celui  qui  a  fait  le  monde,  mais 
par  cet  Abrasax;  qu'il  est  venu  en  fantôme,  qu'il  a  été 
sans  substance  de  chair;  qu'il  n'a  point  souffert  chez  les 
Juifs,  mais  qu'à  sa  place  a  été  crucifié  Simon,  en  sorte 
qu'il  ne  faut  pas  croire  en  celui  qui  a  été  crucifié,  car 
alors  on  confesserait  que  l'on  croit  en  Simon.  »  Au 
IVe  siècle,  Y  Abrasax  avait  perdu  en  partie  son  impor- 
tance dans  la  polémique;  aussi,  saint  Jérôme  et  saint  Au- 
gustin  s'arrétent-ils  au  côté  archéologique  :  «  Basilidès 
appelle  le  Dieu  tout-puissant  du  nom  monstrueux  d  VI  bra- 
sax,  et  il  prétend  que,  selon  la  valeur  des  lettres  grecques 
et  le  nombre  des  jours  du  cours  du  soleil,  Abrasax  se 
trouve  renfermé  dans  son  cercle  ;  le  même,  selon  la  valeur 
des  autres  lettres,  est  appelé  Mithra  par  les  gentils  3.  » 
«  Basilidès,  reprend  saint  Augustin  4,  disait  qu'il  y  avait 
trois  cent  soixante-cinq  cieux  :  le  même  nombre  de 
jours  comprend  toute  l'année.  C'est  pour  cela  qu'il  re- 
gardait le  nom  Abrasax  comme  saint  et  vénérable.  Les 
lettres,  dont  ce  nom  se  compose,  selon  la  manière  de 

'  Adv.  Iiser.,  1.  I,  c.  xxiv,  P.  G.,  t.  vu,  col.  680.  —  *  De 
prtesçrivt.,  c.  xlvi,  P.  L.,  t.  Il,  col.  62.  —  *Comm.  in  Amos, 
c.  m,  P.  L.,  t.  x.w,  cal.  101"'  —  'Hœres.,  VI,  P.  L..  t.  xi.n, 
Col.  'ai.  —  »  Montl'aucon,  L'an.:   uité  expliquée,  1722-1824,  t.  u, 


supputer  des  Grecs,  donnent  ce  nombre  :  il  y  a  sept 
lettres,  a,  6,  p,  a,  a,  a,  \,  lesquelles  représentent  : 

a 1 

6 2 

p 100 

a 1 

g 200 

a 1 

È 60 


365 


Peut-être  n'a-t-on  pas  remarqué  comme  il  le  faudrait 
ce  fait,  en  apparence  accidentel,  de  la  valeur  numérale 
égale  pour  aëpauod;  et  t«i6pa;  (Mithra)  :  365  c'est  le 
nombre  des  Éons  créateurs,  le  Plérùme  gnostique. 

H 40 

e 5 

c 10 

0 9 

p 100 

a 1 

<j 20C 

lÎGJf 

et  il  y  a  de  plus  la  double  rencontre  de  sept  lettres  5. 
Cette  parenté,  au  moins  lointaine,  avec  le  dieu  Mithra 
laisse  entrevoir  quelque  chose  des  origines  de  la  gnose 
dont  les  idées  religieuses  et  philosophiques  eurent  leurs 
sources  dans  les  doctrines  de  l'Assyrie,  de  la  Perse,  de 
l'Inde  et  de  l'Egypte.  «  C'est  l'esprit  de  l'antiquité  asia- 
tique cherchant  à  s'emparer  de  l'Europe  en  pénétrant 
dans  l'Eglise6.  »  Le  point  commun  entre  le  gnosticisme 
et  le  mithriacisme  fut  non  seulement  leur  immense  dif- 
fusion, mais  leur  adoration  du  soleil,  qu'ils  entendaient 
en  même  temps  du  soleil  matériel  et  de  Jésus-Christ,  le 
Soleil  de  Justice.  C'est  cette  étroite  liaison  qui  semble 
permettre  de  se  relâcher  un  peu  ici  de  la  rigueur  de 
l'histoire  pour  faire  l'application  aux  gnostiques  de  deux 
textes  patristiques  qui  visent  directement  les  mi- 
thriaques. 

«  Les  Apôtres,  dit  l'apologiste  Justin  \  racontent  dans 
leurs  Évangiles  que  Jésus  ayant  pris  du  pain  et  ayant 
rendu  grâces,  leur  dit  :  Faites  ceci  en  mémoire  de  moi, 
ceci  est  mon  corps;  et  qu'après  avoir  pris  le  calice  et 
rendu  grâces  de  même,  il  dit  :  Ceci  est  mon  sang,  et 
qu'il  le  donna  à  eux  seulement.  Les  mauvais  démons  ont 
imité  et  enseigné  la  mémo  chose  dans  les  mystères  et  les 
imitations  de  Mithra.  Car  vous  savez,  ou  vous  pouvez 
savoir  qu'on  met  du  pain  et  de  l'eau  au  sacrifice  de 
ceux  qui  sont  à  initier  et  qu'on  y  prononce  quelques  pa- 
roles. »  «  On  demande,  écrit  Tertullien,  par  qui  est 
interprété  le  sens  des  choses  qui  favorisent  les  hérésies. 
C'est  par  le  diable,  dont  le  rôle  est  d'intervertir  la  vérité, 
et  qui,  dans  les  cérémonies  mêmes  des  idoles,  veut  imi- 
ter les  cérémonies  des  sacrements  divins.  Il  baptise,  lui 
aussi,  ses  croyants  et  ses  fidèles;  il  promet,  par  le  bain, 
l'expiation  des  délits,  et,  s'il  me  souvient  encore  de 
Mithra,  il  signe  au  frontses  soldats;  il  célèbre  l'oblation 
du  pain;  il  offre  l'image  d'une  résurrection  et  vous 
ceint  de  la  couronne  sous  le  glaive  s.  o  >•  Sans  doute, 
dit  très  justement  Chabouillcl.  pour  se  conformer  à  un 
usage  que  je  n'ai  pas  voulu  suivre,  et  parce  que  le  mot 
Abrasax  se  trouve  sur  un  grand  nombre  de  pierres  ellip- 
tiques, [dom  Montfaucon]  a  intitulé  :  Les  Abraxas  son 
livre  III  [de  Y  Antiquité  expliquée]  qui  traite  de-  pierres 

p.  356;  W.  King,  The  gnostics,  2'  édit.,  1887,  pi.  J,  K.  L,  et 
p.  442  sq.  —  •  Cahier.  Mélanges  ([archéologie,  d'histoire  et  (te 
littterature,  in-4\  Paris,  1848,  t.  I,  p.  137.  —  '  Apol  I.  66,  P.  G., 
t.  VI,  col.  429.  —  •  De  prxscrtpt.,  c.  xl,  l>.  L.,  L  n,  col.  54. 


133 


ABRASAX 


134 


gnostiques.  Cette  dénomination,  conservée  jusqu'à  nos 
jours,  n'est  pas  justifiable;  Abraxas  ou  Abrasax  sont 
des  termes  qui  ne  conviennent  pas  mieux  pour  désigner 
les  pierres  gnostiques  que  les  noms  de  Jupiter  ou  de 
Vénus  ne  conviendraient  pour  désigner  un  ensemble  de 
monuments  du  paganisme.  Abrasax  n'est  pas  le  nom 
d'une  sorte  de  talisman,  c'est,  selon  les  Pères  de  l'Église, 
cités  par  Montfaucon,  le  Dieu  suprême  des  gnostiques  l.  » 

Cette  observation  nous  aide  à  ramener  les  pierres 
gnostiques  à  leur  juste  valeur.  Ce  sont  des  talismans  sur 
lesquels  beaucoup  ont  pu  ne  lire  que  le  nom  de  Dieu, 
car  les  sectes  comprennent  toujours  un  grand  nombre 
d'âmes  bonnes  et  simples  prédestinées  au  rôle  de  dupe 
qu'elles  jouent  souvent  avec  une  admirable  sincérité. 
Pour  ces  cœurs  confiants  et  discrets,  la  mesure  de  mys- 
tère, si  minime  fut-elle,  qu'on  leur  révélait,  suffisait  à 
les  satisfaire 

VI.  De  quelques  autres  légendes  lapidaires.  —  La  dé- 
viation du  gnosticisme  et  le  simple  entraînement  logique 
de  ses  doctrines  donnèrent  naissance  de  très  bonne 
heure  à  un  pullulement  de  sectes  dont  on  ne  peut  se 
faire  quelque  idée  de  nos  jours  que  par  la  statistique 
des  groupes  dissidents  dans  les  pays  protestants  piétistes 
comme  l'Angleterre.  Saturnin  et  Bardesane,  en  Syrie  et 
en  Phénicie;  Cerdon  et  Marcion  dans  l'Asie  Mineure  et 
l'Italie;  en  Egypte,  Basilidès,  Valentin,  Secundus,  Épi- 
phane,  Isidore,  Marcos,  Colarbasus,  Héracléon,  Théodote, 
Carpocrate,  les  ophites,  les  séthiens,  les  caïnites,  les 
anlitactes,  les  borboniens,  les  phibionites,  les  adamites, 
les  prodiciens,  les  agapètes  et  d'autres  qui  remplissent 
les  catalogues  hérésiologiques  des  Pères.  Tous  ces 
groupes  subdivisent,  décomposent  à  l'infini  le  démiurge 
basilidien  laldabaoth,  dont  les  émanations  se  dédoublent, 
s'accouplent,  se  fractionnent,  se  rapprochent  encore,  se 
multiplient  sans  fin  dans  une  sorte  de  poussière  de 
féerie.  La  plupart  n'ont  pas  attendu  ce  degré  d'émiette- 
ment  social  et  intellectuel  pour  sombrer  dans  l'incohé- 
rence. On  ne  peut  songer  à  entreprendre  ici  le  catalogue 
fastidieux  de  ces  folies;  cependant,  si  on  écarte  les 
inscriptions  manifestement  chimériques,  il  reste  plu- 
sieurs classifications  qui  offrent  des  apparences  assez 
scientifiques  pour  trouver  ici  leur  place. 

Parmi  les  génies  émanés  du  démiurge  laldabaoth  se 
trouvent  :  laô  (Iehovah),  Sabaoth,  Adonaï,  Eloi,  Oraios, 
Astophaios,  dont  les  noms  reviennent  souvent. 

Les  influences  planétaires,  si  importantes  dans  les  doc- 
trines de  la  gnose,  sont  rappelées  par  les  sept  voyelles 
AEHIOTQ  qui  correspondent  aux  sept  planètes.  Mont- 
faucon  a  divisé  toutes  les  pierres  gnostiques  en  sept 
classes  :  «  La  première,  dit-il,  sera  des  Abrasax  à  tête 
de  coq.  La  seconde,  de  ceux  qui  ont  ou  la  tète  ou  tout 
le  corps  de  lion,  dont  l'inscription  est  quelquefois  Mi- 
thra.  La  troisième  de  ceux  qui  ont  ou  l'inscription  ou 
la  figure  de  Sérapis.  La  quatrième,  des  Anubis,  des 
escarbots,  des  serpents,  des  sphinx  et  des  singes.  La 
cinquième,  des  figures  humaines,  soit  avec  ailes,  soit 
sans  ailes.  La  sixième,  des  inscriptions  sans  figures  et 
des  inscriptions  hébraïques.  La  septième  de  quelques 
Abrasax  d'une  espèce  plus  extraordinaire  et  plus  bi- 
zarre. » 

D'ici  longtemps  on  ne  pourra  tirer  profit  pour  la  science 
des  familles  iconographiques  et  épigraphiques  que  nous 
venons  d'indiquer  rapidement.  Avant  de  nous  demander 
si  nous  avons  bien  compris  la  pensée  qui  guida  la  main, 
il  faudrait  être  bien  assuré  qu'il  y  a  eu  une  pensée. 
Avant  tout  autre  classement,  et  les  absorbant  tous,  on 
peut  en  proposer  un  très  concis  :  les  supercheries  et  les 
obscénités. 

'  Chabouillet,  toc.  cit.,  p.  283,  308,  n.  2250,  jaspe  sanguin 
sur  lequel  on  lit  :  ©QrABPACAS,  et  Matter,  pi.  n,  -13  :  abpaeaï; 
ELI,  «  Abrasas  notre  Dieu.  »  —  !Tertullien,  De  prxscript.,  c.  xlvi, 
P.  L.,  t.  n,  col.  62.  Cf.  Passeri,  Diatriba  de  gemmis  Bas ili (liants, 
dans  Gori,  t.  Il,  p.  227.  —  3S.  Epiphane,  Adv.  hxr.,  1.  XXIV,  vu, 


Seul  un  inventaire  figuré  des  pierres  gnostiques  per- 
mettrait d'entreprendre  des  rapprochements  et  des  com- 
paraisons positives  dont  on  peut  espérer  des  conclusions 
certaines,  bien  que  rien  actuellement  ne  les  fasse  pres- 
sentir. La  description  graphique  en  ce  qui  concerne 
plusieurs  classes  de  monuments  —  et  les  pierres  gnos- 
tiques sont  éminemment  du  nombre  —  paraît  ne  devoir 
être  plus  désormais  qu'une  récréation  littéraire,  rien  ne 
devant  suppléer  à  la  reproduction  mécanique  des  objets 
inventoriés.  L'épigraphie  glyptique  n'est  pas  dans  les 
mêmes  conditions.  Ici,  au  contraire,  il  y  a  tout  avantage 
à  travailler,  non  sur  les  originaux,  dont  une  étude 
longue  et  spéciale  peut  seule  permettre  le  déchiffrement, 
mais  sur  des  lectures  certaines  et  universellement  adop- 
tées. Il  y  aurait  lieu  d'entreprendre  pour  les  pierres 
gnostiques  ce  qui  a  été  fait  pour  les  glandes. 

Aucune  preuve  évidente  de  corrélation  entre  les  figures 
et  les  textes  qui  se  remarquent  sur  les  pierres  gnosti- 
ques n'a  été  donnée  jusqu'à  ce  jour,  et  bien  que  cette 
corrélation  soit  probable,  et  peut-être  certaine  pour  quel- 
ques types  déterminés,  il  semble  préférable  de  ne  rien 
préjuger  pour  les  autres.  Nous  tenterons  plus  loin 
d'éclaircir  la  question  pour  quelques  types. 

VII.  Sens.  —  Le  terme  d' Abrasax  est  ainsi  expliqué  par 
Tertullien2  :  Ab  angelis  CCCLXV  cœlos  institutos  et 
mundum  in  honore  Abraxe  cujus  nomen  hune  in  se  ha- 
bebat  numerum  computatum.  D'autres  Pères  préfèrent 
l'explication  numérale  :  A  et  B,  unum  et  duo;  P  et  A, 
ducentum  et  unum;  C  et  A,  eentum  et  unum;l,  60, 
sunt  quse  simul  juncta  efftciunt  CCCLXV  3.  «  Cette 
explication,  pense  M.  Schwab,  est  plus  ingénieuse  que 
plausible4.  »  Chabouillet  estime  que  «  c'est  dans  les 
influences  des  nombres  qu'on  trouve  la  raison  de  ce  nom 
auquel  on  a  vainement  cherché  une  étymologie  raison- 
nable 5  ». 

VIII.  Distribution.  —  Quelque  parti  que  l'on  adopte,  il 
semble  qu.J  toute  recherche  doit  être  tentée  en  gardant 
présente  à  la  mémoire  la  distribution  adoptée  par  Bel- 
lermann  dans  son  court  et  remarquable  essai  intitulé  : 
Drei  Programmai  ùber  die  Abraxas-gemmen6  :  1°  les 
Abraxas  de  provenance  basilidienne;  2°  les  Abraxastes 
provenant  d'anciennes  religions  et  adaptés  par  des 
gnostiques  à  leurs  propres  opinions;  3°  les  Abraxoïdes 
absolument  étrangers  aux  doctrines  basilidiennes. 

1°  Les  Abrasax.  Le  nombre  incalculable  des  gemmes 
existant  dans  les  musées  et  les  collections  particulières 
laisse  soupçonner  la  vogue  que  les  pierres  talismaniques 
durent  avoir  vers  les  premiers  siècles  de  notre  ère.  Un 
hérésiarque  nommé  Basilidès,  qui  paraît  avoir  vécu  vers 
130,  employa  ce  moyen  pour  répandre  les  types  symbo- 
liques adoptés  par  sa  secte.  Si  l'on  se  reporte  à  l'histoire 
religieuse  de  l'empire  romain  pendant  la  période  qui 
s'écoule  entre  le  retour  de  ferveur  païenne  et  la  paix  de 
l'tglise,  entre  Trajan  et  Constantin  (115-313),  on  s'expli- 
quera sans  peine  qu'un  très  grand  nombre  de  sectaires, 
appartenant  à  des  groupes  distincts,  aient  partagé  avec 
Basilidès  la  fabrication  des  amulettes  énigmatiques.  On 
pourrait  même  ajouter  que  plusieurs  pierres  gravées, 
d'une  orthodoxie  certaine,  ne  laissent  pas  d'être  aussi 
bizarres  que  les  pierres  gnostiques.  S'il  fallait  établir 
une  distinction,  peut-ètrj  pourr  lit-on  dire  que  les  pierres 
chrétiennes  ne  tombent  jamais  dans  l'obscène  ni  dans 
le  grotesque. 

2°  Les  Abraxastes  appartiennent  pour  une  bonne 
part  à  l'ancienne  iconographie  égyptienne;  leur  adap- 
tation n'a  pu  rien  changer  aux  types  qu'un  art  de  déca- 
dence ne  permettait  pas  de  retoucher  sans  les  endom- 
mager gravement  et  peut-être  les  détruire.  On  se  con- 

P.  L.,  t.  xli,  col.  316.  —  *  M.  Schwab,  Vocabulaire  de  l'angé- 
lologie  d'après  les  mss.  hébreux,  dans  les  Mémoires  présentés  à 
l'acad.  des  inscr.,1"  série,  1897,  t.  x,  p.  383.  —  5  Chabouillet,  Ca- 
talogue général  et  raisonné  des  camées  et  pierres  gravées  de 
la  Bibliothèque,  in-12,  Paris,  1858,  p.  283.  — «In-12,  Berlin.  182U, 


135 


ABRASAX 


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tenta  donc  d'ajouter  des  inscriptions  dans  lesquelles  les 
initiés  ont  pu  reconnaître  le  signe  de  passe1. 

Le  type  le  plus  fréquent  de  cette  catégorie  est  Anubis, 
portant  le  caducée  de  Mercure  insigne  de  son  office  de 
conducteur  des  âmes,  ou  bien  la  palme  due  à  sa  victoire 
sur  les  puissances  du  mal,  ou  enfin  présidant  à  la  psy- 
choslasie,  scène  la  plus  fréquente  du  Rituel  des  morts. 
Sa  place,  qui  est  devant  le  Christ-Juge,  a  été  donnée,  au 
moyen  âge,  à  l'archange  Michel.  Il  ne  faut  pas  être  sur- 
pris de  cette  adaptation,  pas  plus  que  de  quelques  autres 
non  moins  inattendues,  telles  que  la  substitution  sur 
Certains  monuments,  de  Jésus  bon  pasteur  à  Hermès 
Criophore,  ou  encore  celle  du  Sauveur  aidant  les  âmes 
à  sortir  du  purgatoire  en  lieu  et  place  du  type  que  nous 
offrent  quelques  pierres  gravées  antiques  montrant  Her- 
mès assistant  l'âme  qui  sort  de  l'Hadès.  Ces  rappro- 
chements s'expliquent  par  les  conditions  d'existence  des 
chrétiens  au  milieu  d'une  société  païenne  à  laquelle  ils 
avaient  appartenu  et  qui  les  environnait  de  toutes  parts, 
si  elle  ne  les  pénétrait  plus.  En  outre,  les  esprits  pou- 
vaient se  plaire  à  ce  que  cette  «  christianisation  »  des 
types  païens  offrait  d'insolite.  La  philologie  et  la  sym- 
bolique nous  montrent  sur  le  vif  cette  méthode  d'as- 
similation rétrograde;  ce  fut  ainsi  que  la  pureté  virgi- 
nale fut  symbolisée  par  la  colombe,  qui  était  autrefois 
l'attribut  des  amours  de  Vénus,  et  que  l'adoration  fut 
rendue  à  l'instrument  qui  servait  au  supplice  des  es- 
claves. Quoique  la  doctrine  elle-même  fût  arrêtée  dans 
ses  lignes  maîtresses,  Origène  vivant  à  Alexandrie, 
confluent  de  tous  les  échanges,  commerciaux  et  in- 
tellectuels, a  pu,  de  bonne  foi,  empruntera  la  doctrine 
de  Zoroastre,  son  lac  enflammé,  dans  lequel  Ahriman 
et  ses  partisans  devront  se  plonger  au  jour  du  juge- 
ment, afin  de  s'y  purifier  et  de  se  rétablir  dans  leur 
ancien  état.  Mais  les  hommes  de  ce  temps,  loin  de 
s'alarmer,  de  se  scandaliser  peut-être,  pour  ces  choses, 
les  approuvaient  et,  souvent,  les  favorisaient.  Cela  leur 
semblait  faire  le  service  d'une  passerelle  qui  devait 
rendre  plus  facile  le  passage  des  gentils  au  christia- 
nisme. 

3°  Les  Abraxoides.  La  définition  qui  a  été  donnée  ex- 
clut de  cette  dissertation  l'étude  de  cette  série. 

Bellermann  a  tenté  une  classification  d'après  Chifilet, 
aux  planches  gravées  duquel  renvoient  les  numéros  sui- 
vants : 
Abraxoides. 

'AêpaSôjxoioi.  Ayant  quelque  trait  se  rapportant  au 
type  Chiffiet,  n.  15,  34. 

'Av6p(into[j.opipot.  Chili'.,  n.  35-41. 

'Affrpùoi.  Chiff.,  n.  28-32. 

•0?t6[i.op?oi.  Chiff.,  n.  62-63,  64,  70-76. 

'Eutfpajx[juiTia.  Chiff.,  n.  65-69. 

Abraxastes. 
EÎSw).ô[iop?oi.  Chiff.,  n.  1-5,  42,  44,  56-57,  77,  78,  84- 

90,  92,  100,  105. 
npiairiffxoi.  Chiff.,  n.  25-26. 
KuvoxéçaXoi.  Chiff.,  n.  50-55,  115. 
®au(j.aTÔ|j.optpoi.  Chili'.,  n.  Diss.  socrat.,  t.  VI. 
•Opvc6ô|iopçoi.  Chili'.,  n.  17-18,  20-23. 
'AiiçiëtdiAopçii.  Chili'.,  n.  88. 
'I-/0uô(i.opçot. 

Kapaêô(j.opçot.  Chiff.,  n.  98,  99,  102. 
Sxa)X-/]xi5jXopcpoi. 
'AêiuTÔixopçoi.  Chili'.,  n.  92. 
noixtXojxopfoi.  Chiff.,  n.  81-83,  93,  95. 
TW6p.op9oc. 

Contrairement  à  ce  qui  a  été  fait  pour  les  travaux 
donnés  jusqu'à  ce  jour   sur  les  Abrasax,  nous  allons 

«  Voy.  Matter,  Excurs.  gnost.,  pi.  i,  n.  1  ;  n,  1,  2,  3,  4.  —*Loc. 
cit.,  3'fasc,  p. 29-33.  —  3  A.  Franck,  La  kabbale  ou  la  philosophie 
des  Hébreux,  in-8%  Paris,  1892,  p.  166-169.  —  'Séfer  riaziel,  éd. 


grouper  ici,  non  les  incohérences,  mais  les  très  rares 
inscriptions  gnostiques  qui  offrent  un  sens  acceptable. 

IX.  La  gnose  et  la.  kabbale.  —  Bellermann 2  a  tenté  un 
classement  alphabétique  aujourd'hui  complètement  in- 
suffisant. C'est  ici  assurément  la  partie  la  plus  solide  et, 
à  cause  de  cela,  la  plus  obscure  du  gnosticisme.  La  mul- 
titude d'êtres  bizarres  et  repoussants  qui  composent  le 
personnel  de  la  gnose  n'est  que  la  réalisation  logique 
des  rêves  spiritualistes  tendant  à  se  rendre  visibles,  sen- 
sibles, tangibles  sous  la  double  pression  de  l'élément 
superstitieux  et  de  l'élément  traditionnel.  C'est  ici, 
comme  plusieurs  l'ont  pressenti,  le  point  de  suture  entre 
la  gnose  et  la  kabbale.  «  La  démonologie  adoptée  par 
les  kabbalistes,  dit  Adolphe  Franck,  n'est  qu'une  person- 
nification tout  à  fait  réfléchie  des  différents  degrés  de 
vie  et  d'intelligence  qu'ils  apercevaient  dans  la  nature 
extérieure.  Toutes  les  productions,  toutes  les  forces  et 
tous  les  phénomènes  de  la  nature  sont  ainsi  représentés... 
L'intention  de  ces  allégories  devient  tout  à  fait  évidente 
lorsqu'il  s'agit  des  esprits  infernaux.  Les  démons,  pour 
les  kabbalistes,  sont  les  formes  les  plus  grossières,  les 
plus  imparfaites,  les  enveloppes  (ms>bp)  de  l'existence  3.  » 
C'est  un  cadre  systématique  doué  d'une  aptitude  d'exten- 
sion indéfinie.  De  là  cette  intarissable  fécondité  qui  n'est 
autre  chose  qu'une  manière  de  classer  les  accroissements 
que  l'expérience  apporte  périodiquement  à  la  doctrine. 
C'est  le  monde  moral  tout  entier  qui  est  analysé,  cata- 
logué, classé,  avec  quel  succès,  ce  n'est  pas  ici  le  lieu 
de  le  dire. 

Les  Pères  nous  ont  transmis  quelques  embryons  de 
catalogues  d'anges  ou  d'éons  gnostiques,  dans  lesquels 
on  s'est  obstiné  depuis  à  ne  voir  que  l'onomastique  ba- 
roque, négligeant  le  concept  qu'elle  tentait  d'exprimer. 
Sur  ce  point  la  gnose  a  tout  à  gagner  d'être  étudiée  à 
l'aide  des  méthodes  que  l'on  a  appliquées  à  la  kabbale. 

Nous  retrouvons  dans  la  kabbale  le  chiffre  total 
d'Abraxas,  365.  Le  Séfer  Kaziel  dit,  en  effet,  qu'il  y  a 
365000  anges*.  Il  est  superflu  d'instituer  une  compa- 
raison sur  le  terrain  commun  de  l'influence  des  planètes. 
«  Pour  réussir  dans  les  opérations  de  sortilège,  dit  en- 
core Séfer  Raziel,  il  faut  prononcer  les  noms  mystiques 
des  planètes  ou  de  la  terre  »  5  et  les  pierres  gnostiques 
nous  donnent  fréquemment  la  devise  composée  des  ini- 
tiales des  planètes.  Un  autre  rapprochement  ne  fournit 
pas  peu  de  lumière  sur  l'onomastique  de  la  gnose.  On 
sait  que  les  Juifs  avaient  pour  usage  de  remplacer  la  pro- 
nonciation du  nom  de  Jéhovah  par  un  autre  nom  ou  par 
une  périphrase.  Cette  restriction  s'était  étendue  du  nom 
ineffable  à  ses  dérivés,  de  ceux-ci  aux  noms  qui  s'y  rat- 
tachaient simplement.  Pour  tourner  une  difficulté,  chaque 
jour  aggravée  par  les  accroissements  apportés  à  la  liste, 
on  imagina  les  voies  les  plus  compliquées,  on  traduisit,  on 
transposa,  on  altéra,  on  intercala,  bref  ce  fut  à  chacun  de 
s'ingénier.  Il  ne  pouvait  en  résulter  qu'une  immense  con- 
fusion à  propos  de  laquelle  furent  imaginés  quelques  raf- 
finements mnémoniques  assez  ingénieux.  On  ne  peut 
en  donner  la  démonstration  tiret-  d'exemples  empruntés 
à  l'épigraphie  gnostique  qui  ne  les  fournira  qu'après  des 
(•tudes  spéciales  dont  il  appartient  à  un  dictionnaire  de 
suggérer  l'idée  en  indiquant  les  moyens  dont  on  dispose 
pour  l'exécuter.  La  connaissance  des  méthodes  kabbalistes 
pourra  être  ici  d'un  grand  secours  :  «  Leurs  principaux 
artifices  à  cet  égard  (et  dont  le  Talmud  offre  déjà  des 
traces)  sont,  dit  M.  Wogue 6,  le  Notariqon,  la  Ghematria, 
et  la  Temourah.  Le  Notariqon  décompose  un  mot  en 

o         o  o 

plusieurs;  ainsi  :  DW  =  ïVWO  irj  ois  ou  mo  m  -en. 
Ou,  au  contraire,  il  compose  un  mot  avec  les  initiales, 
ou  avec  les  finales  de  plusieurs  autres  mots;  ainsi,  les 
initiales  de  d;'j>7  mia   isur,  «  levez  en  haut  les  yeux,  » 

d'Amsterdam,  fol.  19  b.  —  */!>id.  —  'Cf.  Schwab,  Vocabulaire  de 
l'angélolotjie,  dans  les  Mémoires  de  l'académie  des  inscriptions, 
1897,  t.  x,  p.  126  sq. 


137 


ABRASAX 


438 


Is.,  xl,  26,  égalent  ynw,  «  écoute;  »  ou  les  linales  de 
-iwyb  n>nbN  tna,  «  que  Dieu  créa,  »  Gen.,  n,  3,  équiva- 
lent à  nas,  «  vérité.  »  Le  premier  de  ces  mnémonismes, 
donné  par  le  liturgiste  Abudarham,  rappelle  que  la  vue 
du  ciel  étoile  marque  l'heure  de  la  récitation  nocturne 
du  schéma;  le  second  que  Dieu  est  la  vérité  absolue. 

«  La  Ghematria  suppute  la  valeur  numérique  des 
lettres  d'un  mot,  considéré  en  lui-même  ou  comparé  à 
d'autres,  pour  en  tirer  des  inductions  ou  des  assimila- 
tions. Ainsi  le  mot  m  (Gen.,  xlii,  2)  =210;  ce  nombre 
est  celui  de  la  durée  de  l'esclavage  égyptien;  Drwin 
(Deut.,  iv,  25)  =852,  durée  du  premier  État  juif;  mura 
=  358  =  urnj,  «  serpent,  »  allusion  à  ce  que  le  Messie 
est  vainqueur  du  serpent.  —  On  calcule  aussi  par  le 
]isp  -tsov,  «  nombre  réduit,  »  c'est-à-dire  en  ramenant 
les  dizaines  et  les  centaines  aux  unités  simples,  de 
sorte  que  »  ou  p  (10  ou  100)  =  M,  4;  que  :om  (20  ou 
200)  =  3,  2,  etc.  ;  si  bien  que  mn>  ou  >  =  1  [0]  (avec  le 
reste  16)  =  17  ou  ans,  «  bon,  »  et  pwio,  «  premier,  » 
soit  2  [00]  +  1+3  [00]  +  6  +  5  [0]  =  17,  nombre  égal  à 
Jehova;  ce  qui  prouve  arithmétiquement  que  Dieu  est 
bon,  et  qu'il  est  le  premier  des  êtres.  L'on  trouverait 
encore  par  cette  méthode  que  rns  hn  (Ps.  xxxi,  6)  =13 
=  inN,  ou  que  le  «   Dieu  de  vérité  »  est  «   unique  ». 

><  Enfin  la  Temourah,  «  substitution  »  ou  «  permuta- 
tion »  alphabétique,  consiste  à  transposer  les  lettres  du 
mot,  ou,  ce  qui  est  plus  fréquent,  à  les  remplacer  par 
des  équivalents  artificiels,  obtenus  par  des  alphabets  de 
convention.  » 

Outre  les  permutations,  il  y  a  les  supputations  numé- 
rales, les  permutations  de  lettres,  les  substitutions,  les 
déplacements  de  lettres,  les  équivalences  numériques  et 
les  équivalences  de  forme. 

Terminons  par  un  seul  exemple  :  le  tétragramme  Tn> 
contenu  dans  le  Schéma  a  été  transcrit  au  revers  des 
Mezuzôth  après  avoir  été  soumis  à  la  permutation  :  iris 
itis  1D2TD3,  «  mots  qui  n'auraient  pas  de  sens  si  l'on 
ignorait  leur  origine  '.  » 

X.  Essai  de  vocabulaire  gnostique 


AAGONEZZ  =  «  le  violent  ».  Chifflet,  n.  69;  cf.  Gori,  t.  h, 

p.  263,  n.  81. 
ABAA  ou  ABAHN  ou  ABAI  (?)  =  «  affligé  ».  Gori,  t.  Il, 

p.  250,  n.  3;  Chifflet,  n.  35;  cf.  Gori,  t.  n,  p.  252,  n.  12; 

p.  260,  n.  65;  ibid.,  n.  97;  cf.  Gori,  t.  n,  p.  266,  n.  96; 

Cappello,  n.  113-114,  cf.  Gori,  t.  n,  p.  269,  n.  114. 
ABAANAOANA  (?).  Chabouillet,  n.  2210. 
ABAANA0ANAABA  =  «  père,  viens  à  nous  »  (?).  Cha- 
bouillet, n.  2179. 
ABPACAE  (?).  Gori,  t.  n,  p. 250,  n.  3;  p.  251,  n.  11  ;  p.  252- 

279,  n.  14,  15,  26,  56,  59,  69,  112,  147,  158, 161,  177. 
ABP00AA  MM.  AOA  =  (?)  «  il  a  créé  le  monde  ».  Cap- 
pello, n.  401;  cf.  Gori,  t.  n,  p.  274,  n.  145. 
ACHAYTENA  (?).  Gori,  t.  n,  p.  267,  n.  404. 
ACHIVC0  =  (?)  «  faites  revivre  ».  Passeri,  n.  497;  cf. 

Gori,  t.  il,  p.  255,  n.  32. 
ArANAKKA  =  &ïav,  «  fort  ».  Cappello,  n.  26,  et  ATA- 

NAXBA,  Ibid.,  n.  208. 
AITONI  =  «  pensée  ».  Gori,  t.  n,  p.  267,  n.  402. 
Arto  =  (?)  «  cercle  ».  Chifflet,  n.  69;  cf.  Gori,  t.  n, 

p.  263,  n.  84. 
AfOOPI  *PAZI  (?).  Passeri,  pi.  76;  cf.  Gori,  t.  n,  p.  267, 

n.  400. 
AAONAI  ou   AAAG0   ou   AOCONAI  =  «    Seigneur    ». 

Gori,  t.  n,  p.  254,  n.  26;  p.  259,  n.  56;  p.  264,  n.  66; 

p.  274,  n.  424;  p.  266,  n.  97;  Chabouillet,  n.  2245. 
AAZEME  =  «  Éternel  est  son  nom  ».  Passeri,  n.  497; 

cf.  Gori,  t.  n,  p.  255,  n.  32. 
AEHIOYCO  G0YOIHEA  (?).  Chifflet,  n.  4;  cf.  Gori,  t.  n, 

1  Queh  Binah,  f.   34'.    a.  Schwab,  Vocabulaire  de  Vangé- 
lologie,  dans  les  Mém.  de  l'acad.  des  inscvip.,  1807,  t.  x,  p.  140. 


p.  257,  n.  45.  AIHCOV  et  COIEAI.  Chifflet,  n.  94;  cf. 
Gori,  t.  n,  p.  265,  n.  94. 
AEIA  =  «  je  suis  ».  Gori,  t.  n,  p.  256,  n.  36. 
AENI  (?).  Cappello,  n.  472;  cf.  Gori,  t.  n,  p.  277,  n.  166. 
AENIAMB0ùV(?).Chifflet,n.69;cf.Gori,t.n,p.263,n.81. 
AENIOYZ  ou  AEHIOVS  (?).  Gori,  t.  n,  p.  253,  n.  22. 
AEVfcOOV  (?).  Gori,  t.  n,  p.  250,  n.  3;  AHECOA.  Gori, 

t.  n,  p.  251,  n.  5. 
AZAAAAK  (?).  Cappello,  n.  29;  cf.  Gori,  t.  n,  p.  271,  n.  420. 
AZPHIAONIIA  =  «  secours  divin  ».  Cappello,  n.  23; 

cf.  Gori,  t.  n,  p.  270,  n.  446. 
AHIC...EP.  MIEC  =  «  Dieu  vainqueur  du  feu  ».  Cap- 
pello, n.  23;  cf.  Gori,  ibid. 
AH00H.  COACOA.H  =  «Iehova(?).»Gori,t.n,p.253,n.23 
AGEPNQO  (?).  Chabouillet,  n.  2482. 
AIANAKA  ou  AIANAX*A  (?).  Cappello,  n.  29;  cf.  Gori, 

t.  il,  p.  271,  n.  420;  Chabouillet,  n.  2206. 
AlACù  pour  IAC0  =  «  Dieu  éternel  »  suivi  de  AIAE 

Gori,  t.  il,  p.  249,  n.  4. 
AIH  IAE  =  IACO  =  «  Éternel  ».  Gori,  t.  H,  p.  250,  n.  3. 
AIITVIDLYINI  (?).  Gori,  t.  n,  p.  249,  n.  2. 
AINC0.  Voy.  IAHIE. 

AITTOC  (?).  Capello,  n.  28;  cf.  Gori,  t.  n,  p.  274,  n.  449. 

AKPA  et  XAKPA  =  «  sommet  ».  Cappello,  n.  20,  28; 

cf.  Gori,  t.  n,  p.  269,  n.  413;  p.  270,  n.  445.  Var.  :  AKPM. 

Cappello,  n.  443;  cf.  Gori,  t.  n,  p.  276,  n.  457. 

AKPACAT  (?).  Cappello,  n.  444;  cf.  Gori,  t.  n,  p.  275, 

n.  449. 
AAEZ.  Peut-être  allusion  à  l'hospitalité.  Cappello,  n.  69; 

cf.  Gori,  t.  il,  p.  273,  n.  434. 
A  Al  00  =  «  élevée  ».  Passeri, n.  499;  cf.  Gori,t.n,  p.  255,  n.  34. 
AAKANA  =  «  Elcana  ».  Passeri,  pi.  437;  cf.  Gori,  t.  h, 

p.  267,  n.  404. 
AAOYOAY   (?).  Chabouillet,  n.  2484.   Cf.   Montfaucon, 

Antiq.  expl.,  t.  n  b,  p.  373. 
AAA00  =  «  Dieu  ».  Gori,  t.  il,  p.  267,  n.  402. 
AM AOPIO  (?).  Cappello,  n.  28;  cf.  Gori,  t.  n,  p.  274,  n.  419. 
AMOIPI  (?).  Chifflet,  n.  57.  AMOIPIMOIPPIOMIPIO- 

MA.  Reinach,  Pierres  gravées,  pi.  89. 
AMOPO  ou  AMAPOMA  (?).  Gori,  t.  n,  p.  255,  n.  33; 

Chabouillet,  n.  2181,  2215. 
AMOOBAHM  (?).  Chifflet,  n. 69;  cf.  Gori,  t.  n,  p. 263,  n.  81. 
AMOPAXOi  ou  AMOPAXEI  (?).  Cappello,  n.  26,  208; 
cf.  Gori,  t.  ii,  p.  270,  n.  118;  p.  271,  n.  120;  p.  278, 
n.  169.  Var.  :  HN.  AMOPCOI.  Cappello,  n.  98;  cf.  Gori, 
t.  n,  p.  274,  n.  144;  Chabouillet,  n.  2206. 
ANAZPVC  (?).  Cappello,  n.  92;  cf.  Gori,  t.  n,  p.  274,  n.142. 
ANANAEL  ou  OTHONIEL  (?).  Chabouillet,  n.  2179. 
ANANIA  —  «  Dieu  exauce  ».  Cappello,  n.  455;  cf.  Gori, 

t.  n,  p.  277,  n.  463. 
ANAAPA  =  «  la  Vierge  »,  constellation  du  Zodiaque. 

Cappello,  n.  20;  cf.  Gori,  t.  n,  p.  269,  n.  443. 
AN  AX  =  «  je  suis  ».  Cappello,  n.  40;  cf.  Gori,  t.  n,  p.  268, 

n.  405. 
ANAXOX  =  «  je  suis  ».  Gori,  t.  n,  p.  252,  n.  18. 
ANNARIS  =  «  reflux  ».  Revue  de  numismatique,  1892, 

p.  246. 
ANNVI  (?).  Gori,  t.  n,  p.  249,  n.  2. 
ANOMENIO  (?).  Chifflet,  n.  70;  cf.  Gori,  t.  n,  p.  264, 

n.  83. 
ANOVBEI  =  «  Anubis  ».  Chifflet,  n.  74;  cf.  Gori,  t.  n, 

p.  264,  n.  86. 
ANOX  (?)  =  «  je  [suis]  ».  Chifflet,  n.  76;  cf.  Gori,  t.  n, 

p.  264,  n.  87.  Voy.  ANAX. 
ATTAPAITETOI  6eat.  Conze,   Reise  auf  Lesbos,  in-4», 

Hannover,  1865,  p.  xvii,  n.  4. 
APAIC0  =  «  j'exauce  les  imprécations  ».  Chifflet,  n.  14; 

cf.  Gori,  t.  n,  p.  258,  n.  54. 
APAZA  (?).  Gori,  t.  h,  p.  250,  n.  3. 
APAXNOVP  =  «  toile  d'araignée  »,  P  final  pour  <t>HE. 

Gori,  t.  n,  p.  254,  n.  6. 
APBAOEI  (?).  Chabouillet,   n.   2224.    Cf.    Montfaucon. 
Ant.  expl.,  t.  n  b,  p.  373. 


139 


ABRASAX 


140 


APBAPMA*COP  =  «  quatre  forteresses  »  (?).  Chabouil 

let,  n.  2186. 
APKAO  ArPAMNHOlK  (v-faix)  =  «...  prudent  ».  Cap 

pelle-,  n.  113;  cf.  Gori,  t.  n,  p.  275,  n.  151. 
APOTTAHZ    =  «   aiguillon    de    labour   ».    Chabouillet 

n.  2223. 
APOY  (ïpovp)  =  «  maudit».  Chifllet,  n.  69;  cf.  Gori,  t.  n 

p.  263,  n.  81. 
APPCOPIOIACIC  (?).  Cappello,  n.  110;  cf.  Gori,  t.  il 

p.  275,  n.  148. 
APTAMAXAMBPAQ  (?).  Chabouillet,  n.  2Î23. 
APXEO  (?).  Chifllet,  n.  40;  ci.  Gori,  t.  n,  p.  201,  n.  69 
AZA  =  «  fort  ».  Passeri,  n.  197;  cf.  Gori,  t.  n,  p.  255 

n.  32. 
AZAEHI  (?)  =  «  sois  fort  ».  Chifllet,  n.  35;  cf.  Gori 

t.  n,  p.  261,  n.  66. 
AZGû  =  «  révérer  ».  Gori,  t.  il,  p.  256,  n.  40. 
AYZ  =  «  force  ».  Gori,  t.  n,  p.  256,  n.  39. 
AOANOC0N  suivi  de  A*PA  =  «  beauté  ».  Cappello, 

n.  171  ;  cf.  Gori,  t.  H,  p.  277,  n.  1C5. 

B 

BAMAIAZA  =  «dansl'eau rapide  ».  Chabouillet,  n.  2206. 

BAPBA  ou  BAPPABA  =  «  Barrabas  ».  Chifllet,  n.  76, 
89;  cf.  Gori,  t.  n,  p.  264,  n.  87;  p.  265,  n.  92;  Cha- 
bouillet, n.  2176. 

BAPBAPKEO  =  «  agir  en  barbare  ».  Chabouillet, 
n.  2224. 

BAPOZZ  =  «  en  tête  »,  symbole  d'un  souhait  de  supré- 
matie. Gori,  t.  n,  p.  252,  n.  18. 

BEPO0E  (?)  =  «  par  le  guérisseur  ».  Chifllet,  n.  76;  cf. 
Gori,  t.  n,  p.  204,  n.  87. 

BHBIO  (?).  Gori,  t.  n,  p.  249,  n.  1. 

BIENV0  (?).  Vov.  NABIA. 

BABA  (?).  Gori,  t.  n,  p.  256,  n.  40. 

BOEMO  —  «  animal  »  (dans  le  sens  d'être)  [Béhémoth?]. 
Cappello,  n.  14;  cf.  Gori,  t.  n,  p.  269,  n.  111. 

BPAM  BAPOYXABPAM  =  «  béni  soit  Abram  ».  Cha- 
bouillet, n.  2224. 

BZIAAOE  VOI  =  (?).  BIZME  IAH.OYE  =  «  au  nom  de 
Dieu  sacrifie  ».  Gori,  t.  n,  p.  256,  n.  39. 

c,  r 

CAAAMAZA  ou  CAAAMAIA.  =  Cappello,  n.  26,  208; 

cf.  Gori,  t.  n,  p.  257,  n.  42;  p.  270,  n.  118;  p.  278, 

n.  169  ;  Chabouillet,  n.  2193,  2206. 
CAZOVA  (?).  Cappello,  n.  101;  cf.  Gori,  t.  n,  p.  274, 

n.  145. 
TAIXIAKTXI  (?).  Chifllet,  n.  12;  cf.  Gori,  t.  n,  p.  258,  n.  50. 
rAAIMOPYEN   =  xaUiixdpçriî,  «  belle  ».    Gori,   t.  n, 

p.  257,  n.  43. 
TAMOVAAX  (?)  =  «enta  faveur».  Gori,  t.n,p.250,  n.3. 
rENBAPOAPANTHC  =  (?)  «  jardin  issu  d'un  gouffre». 

Chabouillet,  n.  2181,  2224. 
riTANTOPHKTA  =  «  brise  le  géant  ».  Chifllet,  n.  34, 

76;  cf.  Gori,  t.  n,  p.  260,  n.  64;  p.  264,  n.  87. 
TNEXICON  =  «  générateur  ».  Gori,  t.  n,  p.  254,  n.  27. 
rPAMN  =  ypâ(A|ia,   «   écrit    ».   Cappello,    n.   130;  et. 

Gori,  t.  ii,  p.  275,  n.  153. 
TPEMBAA  =  (?)  «  il  l'a  excité  ».  Chifllet,  n.  69;  cf. 

Gori,  t.  ii,  p.  2G3,  n.  81. 


AAMNA  MENEYE  (?).  Chabouillet,  n.  2181,  2250. 

AIA   OVAACCE  =  «...  garde  ».  Cappello,  n.  191;  cf. 

Gori,  t.  ii,  p.  277,  n.  167. 
AIA  (?).  Gori,  t.  il,  p.  257,  n.  43. 
AIA00PON  (?).  Gori,  t.  il,  p.  268,  n.  107. 
AKP  AZAZ  AXBZI-  =-  (?)  «  mâle  ».  Chifllet,  n.  13; 

cf.  Gori,  t.  n,  p.  258,  n.  52. 
AOMAPYNO  =  «  de  notre  maître  »  (?).  Chifllet,  n.  94; 

cf.  Gori,  t.  n,  p.  266,  n.  95. 


EAITI  1VXII  =...  «je  suis...  ».  Gori,  t.  n,  p.  249,  n.  2. 

EBVLEB  =  (?)  «  par  le  cœur  ».  Revue  de  numisma- 
tique, 1892,  p.  247. 

El  MO  (?).  Gori,  t.  ii,  p.  253,  n.  22. 

EIPHKACO  (?).  Cappello,  n.  14;  cf.  Gori,  t.  n,  p.  269, 
n.  111. 

EICù  TAZA  (?).  De  Saulcy,  Numismatique  de  Terre- 
Sainte,  pi.  xi,  n.  10,  12. 

EAANHMI  (?).  Chifllet,  n.  70;  cf.  Gori,  t.  n,  p.  264,  n.  83. 

EAOAI  ou  EAEOYE  =  «  mon  Dieu  »  (EXoi  E>oi,  Eli 
Eli),  Gori,  t.  n,  p.  254,  n.  25;  Chabouillet,  n.  2245. 

E  M  ELI  SI  =  (?)  a  vain  est  l'homme  ».  M  pour  B.  Cap- 
pello, n.  2;  cf.  Gori,  t.  il,  p.  267,  n.  104. 

EMEZZIA,  symbole  d'impureté.  Chifflet,  n.  69;  cf.  Gori, 
t.  il,  p.  263,  n.  81.  Cf.  Is.,  xix,  14;  xxvm,  8. 

EOYN I ACO  (?).  Capello,  n.  14;  cf.  Gori,  t.  n,  p.  269,  n.  111. 

ECEK  =  «  désir,  passion  ».  Chifllet,  n.  70;  cf.  Gori, 
t.  n,  p.  264,  n.  83. 

EZIE  MAAI  =  (?)  «  sera  complet  ».  Z  pour  H.  Gori, 
t.  n,  p.  251,  n.  6. 

EZXET  =  «  ton  désir  ».  Gori,  t.  n,  p.  267,  n.  102. 

ETirrA  =  «  la  couronne  ».  Gori,  t.  n,  p.  267,  n.  102. 

EYAOY  (?).  Cappello,  n.  35;  cf.  Gori,  t.  n,  p.  271,  n.122. 

EYHMEPOY  =  «  éphémère  ».  Cappello,  n.  88;  cf.  Gori, 
t.  n,  p.  273,  n.  136. 

EYHYIW  =  £Ù  lato,  «bon  Dieu».  Gori,  t.  il,  p.  251,  n.  10. 

EVAAMGù  =  «  Univers  »  (pour  l'Universel,  Dieu). 
Schwab,  à  ce  mot;  Gori,  t.  n,  p.  253,  n.  22. 

EVOVIA  =  (?)  «  l'Être  suprême  ».  Gori,  t.  n,  p.  250,  n.  3. 

EYrTAOlA  (?).  Ch.  Lenormant,  dans  De  "VVitte,  Des- 
cription des  antiquités...  E.  Durand,  p.  389-390, 
n.  1777;  S.  Reinach,  Traité  d'épigraphie  grecque, 
p.  454. 

EVZOAAIOI  —  (?)  eO'too;,  «  heureux  ».  Passeri,  n.  199; 
cf.  Gori,  t.  h,  p.  255,  n.  34. 

E$PA  ou  Ephira.  Voir  OPIMZ. 

EXNH  =  k'xiSva,  e/'î,  «  vipère.  »  Cappello,  n.  130;  cf. 
Gori,  t.  n,  p.  275,  n.  153. 

Z,  H 

ZHAZHY  (?),  dieu  égyptien.  Cappello,  n.  20;  cf.  Gori, 

t.  n,  p.  209,  n.  113. 
ZODIACVC  (?).  Capello,  n.  39;  cf.  Gori,  t.  n,  p.  271, 

n.  123. 
HAVXH  pour  XO^n  =  «  ombre  ».   Chifllet,  n.  94;  cf. 

Gori,  t.  n,  p.  266,  n.  95. 
HAYXH.  Voir  PCOZOMAAHAYXH. 
HEEIKO...  Chifflet,  n.  13;  cf.  Gori,  t.  il,  p.  258,  n.  52 
HEIC0,  ou  Elll,  ou  HICO,  HIO,  HHI  =  «  je  suis  ».  Chif 

flet,  n.  28;  Cappello,  n.  105,  113;  cf.  Gori,  t.  n,  p.  255, 

n.  35;  p.  260,    n.  59;  p.  274,  n.  147;  p.  275,  n.  151. 

Cf.  p.  249,  n.  1;  p.  203,  n.  82;  p.  274,  n.  147. 
HAENOV  ...  Gori,  t.  n,  p.  250,  n.  3. 
H  MAO  =  «  complet  ».  Chifllet,  n.  17;  cf.  Gori,  t.  H, 

p.  259,  n.  55. 
HNNYZZG0P  (?).  =  •<  Genezar  ».  Chifllet,  n.  9-1;  cf.  Gori, 

t.  n,  p.  266,  n.  95. 
HTTEPEAAGûPrOAA  =  «  ce  qui  est  pris  du  sein  ».  Chif- 
llet, n.  94. 
HPOYCEA  =  >ipa>;,  «  l'Amour  dieu  ».  Cappello,  n.  96; 

cf.  Gori,  t.  Il,  p.  274,  n.  lin 
HYPIX,  vent  du  sud-est.  Chifllet,  n.  77;  cf.  Gori,  t.  n, 

p.  265,  n.  88. 
HVPGOONXPOO  =  «  Europe...  f,  Cappello,  n.  22;  cf. 

Gori,  t.  n,  p.  270,  n.  115. 
HOIKA   pour  è?r,xa   (aoriste  de   è.f:.i)\x.i)  =  «  envoyé, 

ange  ».  Cappello,  n.  130;  cf.  Gori,  t.  n,  p.  275.  n.  153. 
HXQAOMAPYNO=«cri  de  notre  maitre».  Chabouillet, 

n.  2221. 
HC0A  (iin)  AZC0  =  «  l'aurore   ».    Chifflet,  n.  13;  cf. 

Gori,  t.  n,  p.  258,  n.  52. 


141 


ACRASAX 


142 


Q 

©AAAKA  =  (?).  Passeri,  pi.  137;  cf.  Gori,  t.  ir,  p.  267, 

n.  101. 
0EONOHLI  =  (?)  (kdv,  4n,   «  Dieu  fort   ».   Cappello, 

n.  13;  cf.  Gori,  t.  n,  p.  268,  n.  110. 
©ECO,  IOPICO  =nn>.  Cappello,  n.  219;  cf.  Gori,  t.  n, 

p.  278,  n.  172. 
0I0IINEH  (?).  Gori,  t.  il,  p.  255,  n.  35. 
OIOIO  =  (?)  Qvw,  «  je  sacrifie  ».  Passeri,  dans  Gori,  t.  n, 

p.  251,  n.  7. 
0OY0  IOMBOYP  =  Thot,  Mercure.  Chifflet,   n.  33. 
©YPOMBH2  (?).  Gori,  t.  n,  p.  256,  n.  41. 


IAAI  pour  IACO  =  «  Dieu  ».  Gori,  t.  n,  p.  251,  n.  11. 
IAAM  =  Iao),  Dieu.  Gori,  ibid. 

IABA  EAA  (?).  Chifflet,  n.  30;  cf.  Gori,  t.  n,  p.  260,  n.  60. 
IAEVI  =  n>n>,  «  il  est.  »   IECOOV,  IAEMOV  =  «  à  ja- 
mais ».  Gori,  t.  ii,  p.  250,  n.  3. 
IAH,  IAT  —  ->,  «  Dieu.  »  Gori,  t.  il,  p.  249,  n.  2. 
IAHIE  (n>n>)  AINCO  =  aîvôç,  «  terrible.   »  Gori,  t.  n, 

p.  249,  n.  l;p.  255,  n.  30. 
IAIA  =  «  il  est  ».  Gori,  t.  n,  p.  258,  n.  49. 
IAAYA  NAYM  (?).  Fabretti,  lnscrip.  antiq.,  p.  531. 
IAPKAEA  =  «   hanche  de  Dieu   ».   Cappello,  n.  130; 

cf.  Gori,  t.  n,  p.  275,  n.  153. 
IACOYHA  =  «  Dieu  aide  '».  Chabouillet,  n.  2181. 
1AT.  E.  Voir  17ABVKTCO. 
IACO  et  IAE  =  «  Dieu  ».  Cappello,  passim;  Gori,  t.  n, 

p.  251-279.  Var.  :  COAI.  Gori,  t.  n,  p.  254,  n.  28;  p.  263, 

n.  82;  Chabouillet,  n.  2168-2180. 
1BVIAIAIV  =  «  Ibis  Lililh  ».  Gori,  t.  n,  p.  252,  n.  13. 
IAIHIEHIOYCOHIH  ou  IAIHXQYOIH  (?).  Chifflet,  n.  65; 

cf.  Gori,  t.  n,  p.  262,  n.  77;  Chabouillet,  n.  2183. 
1AIAI  (?).  Gori,  t.  il,  p.  256,  n.  38. 
IENC0.  HIAENI  (?).  Gori,  t.  n,  p.  251,  n.  10. 
1 E  O  A  M  H I  =  «  à  jamais  ».  Le  premier  I  pour  A.  Chifflet, 

n.  68;  cf.  Gori,  t.  H,  p.  263,  n.  80. 
10IAA  (?).  Gori,  t.  il,  p.  255,  n.  35. 
IAAI  =  «  mon  Dieu  ».  Cappello,  n.  14;  cf.  Gori,  t.  n, 

p.  269,  n.  111. 
IAEMOV.  Voir  IAEVI. 

IAXIA  (?)  «  dévoré  par  Dieu  ».  Chabouillet,  n.  2231. 
IMXHAA  =  Mc/ar^,  «  Michel  ».  Chifflet,  n.  67;  cf. Gori, 

t.  n,  p.  262,  n".  79. 
lNVTIO  =  im«w.Chifflet,n.77;cf.Gori,t.ii,p.265,n.88. 
IOPICO.  Voir  ©ECO. 
IOYIOY  pour  lao   lao.  Chifflet,  n.  16;  Passeri,  dans 

Gori,  t.  n,  p.  259,  n.  54. 
IOYCO  (?)  Iau.  Passeri  dans  Gori,  t.  h,  p.  256,  n.  40. 
IPH.IOPEI    =  «  respect,  vénération   »   (d'où  :  idole). 

Schwab;  p.  405,  cf.  Gori,  t.  n,  p.  278,  n.  174. 
ISA  =  «  secours  ».  Passeri,  n.  197;  cf.  Gori,  t.  Il,  p.  255, 

n.  32. 
ICIC.  *AP.  =«  Isis  Pharia  ».  Gori,  t.  n,  p.  279,  n.  180. 
IFDN  (?).  Gori,  t.  n,  p.  249,  n.  2. 
I0INEYAE  (?).  Fabretti,  Inscript,  antiques,  p.  531. 
IXAPIN  (?).  Cappello,  n.  14;  cf.  Gori,  t.  il,  p.  269,  n.  111. 
IX©  =  î/B-jç,  «  poisson  »  (sur  une  sauterelle).  Cappello, 

n.  51  ;  cf.  Gori,  t.  n,  p.  272,  n.  128. 
lYIIAlAllEY  (?).  Gori,  t.  n,  p.  254,  n.  26. 
IYIBHA  (?).  Chabouillet,  n.  2181. 
ICOEP  =  «  il  éclaire  »  (-in>)-  Gori,  t.  n,  p.  249,  n.  1. 

«  C'est  le  troisième  terme  de  la  bénédiction  sacerdotale 
juive.  Num,,  vi,  25.  »  Schwab,  p.  405. 
1COPICO.  Voir  ©ECO. 

K 

KAKAC.PEVC   (?).    Cappello,   n.    143;   et.  Gori,   t.  n, 

p.  276,  n.  157. 
KAKCO  ==  «  détourne  le  mal  ».  Gori,  t.  n,  p.  255,  n.  30. 


KAAKAA  =  «  il  (Dieu)  nourrit  ».  Cappello,  n.  48;  cf. 

Gori,  t.  Il,  p.  271,  n.  125. 
KAMAIAXA  (?).  Cappello,  n.  26,  208;  cf.  Gori,  t.  il,  p.  270, 

n.H8;p.  278,  n.  169. 
KAMMAPA  =  «  lune  ».  Chabouillet,  n.  2237. 
KAN0O  (?).  Gori,  t.  n,  p.  256,  n.  41. 
KAVCOH  =«  Dieu  jaloux  ».  A  final  élidé.  Cappello,  n.14; 

cf.  Gori,  t.  n,  p.  269,  n.  111. 
KAPH  VIX  (?).  Cappello,  n.  14  ;  cf.  Gori,  t.  n,  p.  269,  n.  111. 
KAPNI  =  «  ma  corne,  ma  force  ».  Chifflet,  n.  70;  cf. 

Gori,  t.  n,  p.  264,  n.  83. 
KEPIAEY  =  (?)  «  qui  a  de  belles  cornes  ».  Cappello, 

n.  49;  cf.  Gori,  t.  n,  p.  272,  n.  126. 
KIAAEEANAPA  ou   AEBZANAP   =  «...   Alexandre   ». 

Cappello,  n.14;  cf.  Gori,  t.  n,  p.  269,  n.  111  ;  p. 27C,  n.  115. 
KIKAPHE  =  «  circuit  de  Dieu  ».  HE  pour  EA.  Cappello, 

n.  14. 
KIKION  =  «  arbre  mystérieux  »  (cf.  Jonas,  iv,  6-10). 

KIPAAIHON;   KIPIE    =  xûpie,  «   Seigneur;  i>   KO- 

MENEP.  Cappello,  n.14. 
KOMEPO  (?).  Gori,  t.  n,  p.  253,  n.  22. 
KONTEYouKENTEY(?)  de  xovtôç,  «  épieu,  »  symbole 

de  l'Orient.  Cappello,  n.  49;  cf.  Gori,  t. Il,  p. 272,  n.126. 
KOVZTIHA   =  «   subjugué  par   Dieu   »   (cf.    II    Reg., 

xiv,  7;  I  Par.,  iv,   18).   Macarius,    Abraxas,  pi.    vi, 

n.  24;  Chifflet,  n.  24;  Gori,  t.  n,  p.  259,  n.  57.  «  D'après 

Bellermann,  Baudissin,  Studien  zur  semitischen Reli- 

gionsgeschichte,  t.  i,  p.  196,  note  1,  explique  ce  mot 

par  bMiawp,  arc  ou  vérité  de  Dieu.  »  Schwab,  p.  408. 
KPAMMA  =  «  écrit  »;  x  pour  y.  Chifflet,  n.  69;  Gori, 

t.  n,  p.  260,  n.  65. 
KPICmH.AZ  (?).  Cappello,  n.  132;  cf.  Gori,  t.  n,  p.  275, 

n.  154. 
KCOKKCONI.AOI  (?).  Cappello,  n.  113;  cf.   Gori,  t.  u, 

p.  275,  n.  151. 


AAOANAKA  (?).  Cappello,  n.  112;  cf.  Gori,  t.  n,  p.  275, 

n.  150. 
AAOVEI,  AENOVI  =  «  à  qui  m'aime  »,  ou  «  cœur  ». 

Gori,  t.  n,  p.  250,  n.  3. 
ABAA  =  (?)  «  léopard  ».  Chifflet,  n.  35;  cf.  Gori,  t.  n, 

p.  260,  n.  65. 
AEBZANAP  pour  AAE2ANAPOX. 
AEINNC  (?).  Gori,  t.  il,  p.  252,  n.  18. 
AEONTA  ou  AANTAAA  «  Nonien  Decani  alicujus,  vel 

epitheton  dei  lao,  qui  quandoque  AeovTÔjjiopcpoç  est.  » 

Passeri,  n.  193;  Gori,  t.  n,  p.  255,  n.  31;  p.  271,  n.  124. 
AEP0MIN  =  «  pluie  ou  rosée  de  Dieu  ».  Gori,  t.  il, 

p.  256,  n.  39. 
AEVKAA  BAACO  =  «  image  du  Dieu  pur  ».  Gori,  t.  n, 

p.  250,  n.  4. 
AIOV  (?),  Gori,  t.  ii,  p.  253,  n.  21. 
AOXNHM  (?).  Cappello,  n.  113;  cf.  Gori,  t.   n,  p.  275, 

n.  151. 

M 

MAAACO  =  «  science  ».  Chifflet,  n.  35;  cf.  Gori,  t.  n, 

p.  261,  n.  66. 
MArMVM  =magnum,  «grand  ».  Gori,  t.  Il,  p.  258,  n.  48. 
MAAONetMAAXOI  =  «monroi».Gori,t.n,p.267,n.l02. 
MAPINNI.MAV  (?).  Cappello,  n.  92;  cf.  Gori, t.  n,  p.  274, 

n.  142. 
MAPMAPAOAM,  de  (/.apuaîpw  =  «  briller».  Chabouillet, 

n.  2228. 
MAPCOHNI  (?).  Cappello,  n.  4;  cf.  Gori,  t.  n,p.  267,  n.  103. 
MAVI  =  «  jour  ».  Chifflet,  n.  32;  cf.  Gori,  t.  il,  p.  260, 

n.  61. 
M AXPIEP(?).  Cappello, n. 143; cf.  Gori,  t. n,  p. 276,  n.  157. 
ME0I  =  Môtic,  «  prudence  ».  Chifflet,  n.  33;  cf.  Gori, 

t.  il,  p.  260,  n.  63. 
MEAfTOMENE  =   «   Melpomène  ».   Cappello,   n.  151; 

cf.  Gori,  t.  n,  p.  276,  n.  162. 


143 


ABRASAX 


144 


MENT.OGO  (?).  Gori,  t.  n,  p.  2G7,  n.  102. 

MEPAAONOX  r=  (?)  «  il  dit,  ou  commande  au  ser- 
pent ».  Chifflet,  n.  94;  cf.  Gori,  t.  n,  p.  266,  n.  95. 

MEPMENNGÙ  ('?).  Gori,  t.  n,  p.  261,  n.  69;  Chifflet,  n.  40. 

MEZIE  (?).  Chifflet,  n.  33;  cf.  Gori,  t.  n,  p.  260,  n.  63. 

METIZ  pour  (iTjTtç  =  «  sagesse  ».  Passeri,  n.  199;  cf. 
Gori,  t.  n,  p.  255,  n.  34. 

MI0PAZ  =  «  Mithra  ».  Cappello,  n.  19;  cf.  Gori,  t.  H, 
p.  269,  n.  112. 

MIXAHA,  rABPIHA,  OYPIHA,  PA*AHA,  ANANHA, 
TTPOCOPAIHA,  YABCOHA,  le  6"  nom  pourrait  être 
une  altération  de  upô  Iirpsc^X  et  le  7e  une  interversion 
de  Iaxup-e)..  Chifflet,  n.  15;  cf.  Gori,  t.  n,  p.  259,  n.  53. 

MOIPPI  (?).  Chifflet,  n.  57;  cf.  Gori,  t.  n,  p.  262,  n.  75. 

MYCIKH.KIMK  (?).  Cappello,  n.  24;  cf.  Gori,  t.  il, 
p.  270,  n.  116. 

MVCTO  (?).  Cappello,  n.146;  cf.  Gori,  t.  n,  p.  276,  n.  159. 

MQcpAX  =  «  il  insuffle  [la  vie]  »,  M  pour  N.  Chabouil- 
let,  n.  2230. 

N 

NABIA.BIENVO    ...    Cappello,  n.   193;  cf.  Gori,  t.  H 

p.  279,  n.  176. 
NAOANAEA  =  NaOavoce/,  «  Dieudonné   ».  Gori,  ibid. 

Var.  :  A0ANAABA,  Cappello,    n.  48;  cf.   Gori,  t.  H, 

p.  250,  n.  3;  p.  252,  n.  12;  p.  271,  n.  125. 
NA<tON  =  «  caché  »,  N  pour  Z.  Passeri,  n.  199;  cf. 

Gori,  t.  n,  p.  263,  n.  82. 
NAXIAA  =  Nahiel,  «  repos  de  Dieu  ».  Passeri,  p.  199; 

cf.  Gori,  t.  n,  p.  255,  n.  34. 
NEMOVNO  =  «  croyance,  foi,  vérité  »,   avec  N    pro- 

sthétique.  Cappello,  n.  14;  cf.  Gori,  t.  n,  p.  269,  n.  111. 
NEYONHA  ...  Chifflet,  n.  9i;  cf.  Gori,  t.  Il,  p.   266, 

n.  95;  Chabouillet,  n.  2221. 
NIKAK  ICIC  =  «  Vincens  Isis  »  (?).  Gori,  t.  n,  p.  276, 

n.  160;  Cappello,  n.  152. 
NIKNOTI  (?).  Cappello,  n.  14;  cf.. Gori,  t.  il,  p.  2C9,  n.  111. 
NIKH*  pour  vtxï)<p<5poi;.  Cappello,  n.  87;  cf.  Gori,  t.  il, 

p.  273,  n.  135. 
NIAIIM  =  «  Nil  ».  Gori,  t.  n,  p.  254,  n.  27. 
NIVHIXI  =  ...  Chifflet,  n.  77;  cf.  Gori,  t.  n,  p.  265,  n.  88. 
NOI  OINE  =  ...  Gori,  t.  n,  p.  250,  n.  3. 
NOICOAIA  =  «  supérieur  ».  Cappello,  n.  73;  cf.  Gori, 

t.  n,  p.  273,  n.  133. 
NPOÙctXJOXGÙXCO   (?)■   Cappello,  n.   22;  cf.  Gori,  t.   n, 

p.  270,  n.  115. 
NTOKON  BAI  =  Toxeû;,  parens.  Gori,  t.  n,p.  258,n.51. 
NYXErAB  =  (?  «sortilège  paternel  ».Chabouillet,n.2204. 

0 

OAKACO  (?).  Gori,  t.  n,  p.  254,  n.  24. 

OEYECO  BEE  =  (?)  «  je  suis  »,   synonvme  de  Dieu. 

Chifflet,  n.  35;  cf.  Gori,  t.  n,  p.  261,  n.66. 
OEC0V  =  fleùv  (?).  Chifflet,  n.  94;  cf.  Gori,  t.  n,  p.  265, 

n.  94. 
OITIE  (?).  Gori,  t.  n,  p.  263,  n.  82. 
OIOT  (?).  Cappello,  n.  14;  cf.  Gori,  t.  Il,  p.  269,  n.  111. 
OMIPIOMA  =  Muptovotia,  surnom  de  Diane.  Chifflet, 

n.  57;  Gori,  t.  n,  p.  262,  n.  75. 
ONBPYXACE  (?).  Chifflet,  n.  70;  cf.  Gori,  t.  il,  p.  264, 

n.  83. 
ON  EN  =  (?)  o|iev,  «  présage.  »  Gori,  t.  n,  p.  254,  n.  26. 
ONKAIAAIX  =  «  car  il  est  un  dieu  jaloux  ».  Cappello, 

n.  14;  cf.  Gori,  t.  n,  p.  269,  n.  111. 
OPIMZ  =  «  Ormuzd  ».  Cappello,  n.  28;  cf.  Gori,  t.  n, 

p.  271,  n.  119. 
OPGOPI  ou  OPQPIOY0  =  (?)  «  aurore  ».  Gori,  t.  n, 

p.  256,  n.  40;  Chabouillet,  n.  2200,  2201,  2202. 
OCAE  (?).  Chifflet,  n.  70;  cf.  Gori,  t.  n,  p.  264,  n.  83. 
OYAAIA  =  (?)  «  le  lion  ».  Cappello,  n.  90;  cf.  Gori,  t.  n, 

p.  273,  n.  138. 
OVIAEM  =  «  par  crainte  ».  Gori,  t.  n,  p.  250,  n.  3. 
OVIOVAI  (?).  Passeri,  n.  199;  dans  Gori,  t.  il,  p.  255,  n.  34. 


OVTAYP  (?).  Ibid. 

OYO  =  6J(D,  «  sacrifier.  »  Gori,  t.  n,  p.  256,  n.  40. 

OYPEC  MAPCA  =  «  flamme  du  feu  de  Mars  ».  Cha- 
bouillet, n.  2181. 

OOEON  =«  serpentin  »  [ô'çiç).  Chifflet,  n.  61;  cf.  Gori, 
t.  n,  p.  262,  n.  76. 

0*>HC  HAH  =  ocptç  Sn,  «  serpent  de  Dieu  ».  Chifflet, 
n.  60;  cf.  Gori,  t.  n,  p.  264,  n.  83. 

n 

TTABVKTO)  rTHKCON  IAT.E  =  ...  n^ôç  (corlum),  îat- 

[po'c]  (medicus).  Gori,  t.  n,  p.  249,  n.  1. 
TTIOVEOH  s=  irïov  dans  le  sens  de  supérieur.  Chifflet, 

n.  13;  cf.  Gori,  t.  n,  p.  258,  n.  52. 
NXIAI  (?).  Gori,  t.  n,  p.  249,  n.  2. 
nONAN  (?).  Gori,  t.  n,  p.  253,  n.  22. 
TTYNONIA  (?).  Gori,  t.  n,  p.  254,  n.  26. 


PAIN  (?).  Chifflet,  n.  7;  cf.  Gori,  t.  n,  p.  257,  n.  47. 

PACAZAO  =  «  majesté  brillante  »,  C  pour  n.  Cappello 
n.  22;  cf.  Gori,  t.  n,  p.  270,  n.  115. 

PAZAZ  =  (?)  «  briser  ».  Gori,  t.  n,  p.  254,  n.  24. 

PAXEI  (?).  Chifflet,  n.  69;  cf.  Gori,  t.  n,  p.  263,  n.  81. 

PECO  =  «  je  coule  ».  Gori,  t.  n,  p.  263,  n.  82. 

PHAVKVPZKVN   (?).   Cappello,   n.    49;  cf.  Gori,  t.  Ht 
p.  272,  n.  126. 

PIKEA  =  «  ciel  »,  firmament.  Cappello,  n.  14;  cf.  Gori, 
t.  n,  p. 269,  n.  111. 

PIM4>E  (?).  Gori,  t.  n,  p.  256,  n.  39. 

PIOI0HQP  =  (?)  «  principe  de  lumière  ».  Gori,  t.  H, 
p.  253,  n.  21. 

PQZOMAAHAYXH  =  «  l'unique   dieu  du  peuple   se- 
couru ».  Chabouillet,  n.  2221. 


ZABAE  IAC0  =  «  Iao  Sabaoth  ».  Gori,  t.  n,  p.  261',  n.68; 

Chifflet,  n.  39. 
CABIPAVrETA  =  (?)  «   tu  es  vaillant  dans  le  feu  ». 

Chabouillet,  n.  2230. 
CAB  O00N  H0E  =  «  Sab[aoth  ».  Chabouillet.  n.  2099. 

Schwab,  ibid.,  p.  418  propose  Çaboôn  pour  Sabaôt. 
ZAKACOO  =  «  Sabaoth  »,  K  pour  B.  Chifflet,  n.  35,105; 

cf.  Gori,  t.  n,  p.  261,  n.  66;  p.  266,  n.  97. 
ZAKIEA  =  «  Dieu  pur  ».  Chabouillet,  n.  2249. 
CAAA  =  «  Selah  ».  Gori,  p.  253,  n.  21;  Schwab,  ibid., 

p.  418. 
ZAMA  (?).  Chifflet,  n.  31;  cf.  Gori,  t.  n,  p.  260,  n.  62. 
CAMEAZA  ou  mieux  CAMMAZ  =  «  soleil  ».   Cappello, 

n.  28;  cf.  Gori,  t.  n,  p.  257,  n.  42;  p.  271,  n.  120. 
ZANI  (?).  Gori,  t.  n,  p.  267,  n.  102. 
CANXNOVBI,  dérivé  de  Clinoubis.  Passeri,  n.  199,  dans 

Gori,  t.  ii,  p.  255,  n.  34. 
CAPATTIZ  =  «  Sérapis  ».   Passeri,  pi.  87,  dans  Gori, 

t.  H,  p.  266,  n.  99.  Var.  :  CCPATT,  Cappello,  n.  22; 

cf.  Gori,  t.  n,  p.  270,  n.  115. 
ZA  ZACO  =  SaiiCu),  «  je  sauve  ».  Chifflet,  n.  69. 
SATOVIEL  =  «  Sataniel  »;  V  pour  N.  Chifflet,  n.  84- 

cf.  Gori,  t.  n,  p.  265,  n.  89. 
ZBANA  =  «  vieillard  »,  symbole  de  vénération.  Passeri, 

n.  199,  dans  Gori,  t.  n,  p.  255,  n.  34. 
CBRINACAS  (?).  Cappello,  n.  52;  cf.  Gori,  t.  il,  p.  272, 

n.  129. 
ZEIOAMY  (?).  Gori,  t.  n.  p.  252,  n.  17. 
ZEME  =  (?)  «  cieux  ».  Ibidem. 
CEMEOY  =  «  soleil  ».  Cappello,  n.  49;  cf.  Gori,  t.  n, 

p.  272,  n.  126. 
ZE  MEZE  =  (?)  «  ô  toi!  médiateur  »  (de  [iewi-nrir,  media- 

tor,  surnom   de  Mithra).  Gori,  t.  n,  p.  251,   n.  11; 

p.  254,  n.  29. 
ZEMEZEIAAMI  =  «  cieux  de  la  paix  »,  ou  «  nom  (divin) 

de  paix  ».  Chifflet,  n.  38;  cf.  Gori,  t.  il,  p.  201,  n.  67. 


145 


ABRASAX 


146 


CECET  ou  CECEN,  nom  mystique  de  Babylone.  Cha- 

bouillet,  n.  2181,  2224. 
ZEZENIEMouZEZENIEMATA(?).Gori,t.ii,p.252,n.l4. 
C0ENEAOAIC  =  (?).  Gori,  t.  Il,  p.  268,  n.  110. 
CITAPH  (?).  Gori,  t.  il,  p.  271,  n.  119. 
ZiriPIM  =  «  boucs  ».  Gori,  t.  h,  p.  252,  n.  14.  Var.  : 

ZIZIPIM  =  ZEIPIM.  Ibid.,  p.  261,  n.  69. 
CIMEAOCE  =  «  feu  perpétuel  ».   Cappello,  n.  11;  cf. 

Gori,  t.  n,  p.  268,  n.  105. 
CNIM  (?).  Cappello,  n.  53;  cf.  Gori,  t.  n,  p.  272,  n.  130. 
ZOMBOYP.  Voir  0OY0. 
COPHC  =  «  racine  ».  Cappello,  n.  69;  cf.  Gori,  t.  n, 

p.  273,  n.  134. 
COPOOPMEP*  (?)  =  «  oppresseur  ».  Cappello,  n.  28; 

cf.  Gori,  t.  n,  p.  271,  n.  119. 
ZOYMAP  (?).  Chifilet,  n.  35;  cf.  Gori,  t.  il,  p.  260,  n.  65. 
COYPIHA  =  «  mon  roc  est  Dieu  ».  Cappello,  n.  142; 

cf.  Gori,  t.  n.  p.  276,  n.  156;  Chabouillet,  n.  2245. 
COOH  =  «  voyan!,  espérant  ».  Chifilet,  n.  105;  cf.  Gori, 

t.  n,  p.  266,  n.  97. 
ZTTOIIEZ  —  «  Séisops  ».  Chifilet,  n.  35;  cf.  Gori,  t.  u, 

p.  261,  n.  66. 
ZVPPATHA  =  «  image  de  Dieu  ».  Chifflet,  n.  69;  cf. 

Gori,  t.  il,  p.  263,  n.  81. 
COPATIC  0EOY  =  «  sceau  de  Dieu  ».  Chabouillet, 

n.  2218. 
CXAPINA  (?).  Cappello,  n.  22;  cf.  Gori,  t.  n,  p.  270,  n.  115. 
ZCOTOYAP  (?).  Gori,  t.  n,  p.  263,  n.  82.  Mieux  écrit  <r<L- 

teipa  au  grand  papyrus  grec  de  la  Bibl.  nat.,  édit. 

Wessely,  lig.  2279. 


TAABAANA0ANA  =  toc  aêXavaGx  a.  Voir  ce  mot  Chif- 
flet, n.  35;  cf.  Gori,  t.  n,  p.  260,  n.  65. 
TA AA  =  «  élevé  ».  Chifilet,  n.  14;  cf.  Gori,  t.  H,  p.  248,  n. 51. 
TAVOCIFI  (?).  Cappello,  n.  14;  cf.  Gori,  t.  h,  p.  269,n.lll. 
TEMAI  (?).  Chifilet,  n.  69;  cf.  Gori,  t.  n,  p.  263,  n.  81. 
TIOAATANAEI  (?).  Gori,  t.  n,  p.  253,  n.  22. 
TOVNO  (?).  Cappello,  n.  172;  cf.  Gori,  t.  u,  p.  277,  n.  166. 
TVCTEPI  (?).  Chifilet,  n.  70;  cf.  Gori,  t.  n,  p.  264,  n.  83. 

T,  V 

YAAAAIA  =  «  Dieu  élevé  ».  Gori,  t.  n,  p.  249,  n.  2. 

VAPVHCC(?).  Chifflet,  n.  89;  cf.  Gori,  t.  n,  p.  265,  n.  92. 

YKAAH  5=  «  belle  ».  Gori,  t.  n,  p.  256,  n.  41. 

VNA  AAIX  (?).  Chifflet,  n.  120;  cf.  Gori,  t.  il,  p.  266,  n.  98. 

VON  AEANI(?).  Cappello,  n.95;  cf.  Gori,  t.  il,  p.  274,  n.  141. 

VTHEFVOT  =  «  bandelettes  ».  Cappello,  n.  14;  cf. 
Gori,  t.  n,  p.  269,  n.  111. 

VTTNAPXIM  =  «  les  Chérubins  ».  Revue  de  numis- 
matique, 1892,  p.  243. 

V0IXPO0  (?).  Cappello,  n.22;cf.  Gori,  t. n,  p.  270,  n.113. 

V0NONONO  =  «  exauce-nous  donc  ».  Cappello,  n.  14; 
cf.  Gori,  t.  ii,  p.  269,  n.  111. 

YCOOAAB  =  «  tente  du  père  »  (Ex.,  xxxi,  6).  Gori,  t.  il, 
p.  252,  n.  18. 

VAIVE  TIZ  =  «  je  suis  l'être  ».  Chifflet,  n.  13;  cf. 
Gori,  t.  il,  p.  258,  n.  52. 

VPO  (?).Gori,  t.  n,  p.  251,  n.  7. 

VXAVM  =  «  Molokh  ».  Gori,  t.  H,  p.  258,  n.  48. 

<t>AINTHZ  (?).  Chifflet,  n.  76; cf.  Gori,  t.  n,  p.  264,  n.  87. 
OAPANTHZ  (?).  Chifflet,  n.  69;  Gori,  t.  n,  p.  263,  n.  81. 
«DEPOYCANNIEIC  (?).  Cappello,  n.  89;  cf.  Gori,  t.  n, 

p.  273,  n.  137. 
«fclATGÙAV  (?).  Gori,  t.  n,  p.  255,  n.  35. 
<t>AHNEA  =  (?)  «  Dieu  de  l'intelligence  ».  A  pour  P. 

Gori,  t.  n,  p.  269,  n.  111. 
<t>OPEN  OEPCO  =  <Ppr,v  :  Chifflet,  n.  36.  Cappello,  n.  24; 

cf.  Gori,  t.  n,  p.  261,  n.  71;  p.  270,  n.  117. 
«PHO  (?).  Gori,  t.  n,  p.  250,  n.  3. 


0PIMNY  (?).  Chifflet,  n.  33;  cf.  Gori,  t.  n,  p.  260,  n.  63. 
YOAAZE  (de  tpAâaaui)  =  «  guéris  ».  Chifflet,  n.  69;  cl. 

Gori,  t.  n,  p.  263,  n.  81.  Var.  :  «DIAAEON,  Chabouillet, 

n.  2189. 
4>YPA  (?).  Gori,  t.  n,  p.  252,  n.  18. 
«fcOÛIAGO  (?)•  Cappello,  n.  105;  cf.  Gori,  t.  n,  p.  274,n.  147. 


XAEAAA  (?).  Passeri,n.  197,  dans  Gori,  t.  il,  p.  255,  n.  32. 
XAMAPI  (?).  Chifflet,  n.  35;  cf.  Gori,  t.  il,  p.  260,  n.  65. 

Var.  :  KAMAPIC,  Chifilet,  n.  69;  cf.  Gori,  t.  il,  p.  263, 

n.  81;  Chabouillet,  n.  2181. 
XANAAW  =  «  piédestal  divin  ».  Gori,  t.  n,  p.  254,  n.  29. 
XAAXA  PEI  =  (?)  «  il  (Dieu)  nourrit  ».  Cappello,  n.  20; 

cf.  Gori,  t.  n,  p.  269,  n.  113. 
XEAGOMEPA  =  «  sable  de  Gomorrhe  »,  symbole  de  ma- 
lédiction. Chabouillet,  n.  2228. 
XEPT00TE,  de  yipcoç  =  «  queue  ».  Gori,  t.  Il,  p.  267, 

n.  102. 
XIOIO  IOX  (?).  Chifflet,  n.  7.  cf.  Gori,  t.  il,  p.  257,  n.  47. 
XNOVBIC  ou  XNOVMIZ  =  «  Chnoubis  ».  Gori,  t.   n. 

p.  254,  n.  25;  p.  264,  n.  84-86;  p.  271,  n.  119;  p.  277, 

n.  164,  168;    p.   279,   n.   176.   Chabouillet,    n.    2185- 

2190,  2194,  2200. 
XONA  CCV,  peut-être  XNOVBIS.  Gori,  t.  n,  p.  251,  n.  6. 

Var.  :  X<UNECX.  Cappello,  n.  22;  et.  Gori,  t.  n,  p.  270, 

n.  115. 
XPAIXGÛ  (?).  Gori,  t.  n,  p.  251,  n.  6. 
XCEYC  XCEYCON  (?).  Cappello,  n.  18,  55;  Gori,  t.  n, 

p.  268,  n.  108-109. 
XCOXVO    (?)    =    Nekho(II  Reg.,    xxm,  29).   Chifflet, 

n.  77;  cf.  Gori,  t.  n,  p.  265,  n.  88. 

YAMMA0OY  (?).  Chabouillet,  n.  2250. 
Q 

COAHO  =  «  Iao  ou  Jehova  ».  Chifflet,  n.  94;  cf.  Gori, 

t.  n,  p.  266,  n.  95. 
COAAEP  =  «  ton  sanctuaire  ».  Chifflet,  n.  97;  cf.  Gori, 

t.  il,  p.  266,  n.  96. 
C0APAOPO  (?).  Gori,  t.  il,  p.  258,  n.  51. 
C0ZOAAAA  =  (?)  «   ma  force  est  Dieu  »  (Ex.,  vi,  18). 

Chifflet,  n.  94;  cf.  Gori,  t.  H,  p.  266,  n.  95. 
OOHPOO  =  «  ô  Eros  ».  Cappello,  n.  69;  cf.  Gori,  t.  n, 

p.  273,  n.  134. 
GùZINAATICO  =  «  tu  as  été  élevé  ».  Gori,  t.  n,  p.  255, 

n.  34. 
C0C0NIOY  (?).  Chifflet,  n.16;  cf.  Gori,  t.  n,p.  258,  n.  54. 

L'importance  des  étymologies  hébréo-kabbalistes  pour 
l'explication  future  des  pierres  gravées  et  de  toute  la 
littérature   gnostique    a    été   mise  en  lumière   par   la 
deuxième    liste    du    Vocabulaire    de   l'angélologie    de 
M.  M.  Schwab.  Si  toutes  ses  conjectures  ne  sont  pas  pro- 
bables au  même  degré,  on  peut  néanmoins  en  tenir  un  assez 
grand  nombre  pour  acquises  définitivement.  Il  faut  faire 
la  même  observation  touchant  les  rapprochements  pro- 
posés entre  les  leçons  épigraphiques  et  celles  des  papy- 
rus magiques.  Nous  allons  réunir  ici  quelques-unes  de 
ces  étymologies  et  de  ces  comparaisons  qui  paraissent 
assez  solidement  établies  pour  servir  de  type  et  de  point 
de  départ  à  de  nouvelles  recherches. 
AIA00  pour  IACO  =in>. 
AAKANA  =n:pbN. 
AAACO  =nb>s. 
ANANAEL  =bi«:n. 
ANANIA  =n>3:v. 
ANAAPA  =myjn. 
APAIG0  =  àpatov.  Papyr.   Z  de  Leyde  (éd.  Wessely, 

12»  partie,  lig.  12). 
APBAPMA<t>COP  =TiX30  vans. 
'    APOY  =  -mu  =  apea,  apet.  Grand  papyr.  grec  de  la 


147 


ABRASAX 


1£3 


Bibl.    nat.,  édit.   Wessely,  lig.    298    et  842  ;   àpou?)p, 

Papyr.  de  Londr.,  CXXI,  lig.  751. 
APPG0PI4>IACIC   =  «ppwptfpaffi.   Papyr.   de   la  Bibl. 

nat.,  lig.  2234  et  2997. 
AOANOCON..AOPA  =  N"iSN,  acpavov  Xt'Ôov.   Papyr.  Mi- 

maut  du  Louvre,  n.  2391,  lig.  196. 
BAPOZZ  =  mrD. 
BOEMO  =nnrn. 

BPAM  BAPOYXABPAM=d-on  irama. 
AIA  OVAACCE  =  8ia?y),a£ov.  Papyr.  de  la  Bibl.  nat., 

lig.  921. 
EAOAI  =»mbN. 
ECEK  =  pwn. 
EIXET  =  Tpwn. 
ETirrA  =Ninn. 

EVAAMCO   =  vhtr  =  eùXa(i(o<rt.  Papyr.    de   Londres, 

CXX1I1,  lig.  8. 
H  MAO  =  Nba>  pour  xbo. 
HPOYCEA  =^pa);bN. 
IAEVI  =n>n>. 
IAH  =  n». 
IAPKAEA  =  W=-|>. 
IACOYHA  =  Wiw». 
IA0Ù  =  in>. 

IEOAMHI  =  >av:iyb  (le  premier  I  pour  A). 
IMXHAA  =  b>o>a. 
IIA  =7W. 
ICOEP  =  -n>  =  lu>epêv)6.  Papyr.  de  la  Bibl.  Nat.,  lig.  184 

et  279;  Papyr.  Bainer,  XII,  lig.  5;  Papyr.  de  Londr., 

CXXI,  1010. 
KAMMAPA  =  nap. 
KAVOÛH  =<Jn  x:p. 
KAPNI  =  >:-ip. 
KIKAPHE  =-n  "an. 
KIKION  =]t;'-. 
KOVZTIHA  =  Wrip>. 
AAOVEI  =»nnNb. 
AEONTA  ==  >govToicpôfftoitoî.   Papyr.  de  la  Bibl.   nat., 

lig.  2113. 
AEP0MIN  =L»0'DD3  (lu  de  gauche  à  droite). 
AEVKAA  BAACO  =bN-QT  aSyN  (lu  de  gauche  à  droite). 
MAAAGù=y-to. 
MAAON=>=ba. 
MQ*AX  =  nsj  (M  pour  N). 
NAOON  =  pss. 
NAXIAA  =  Wru. 

NOI03AIA  =  ]v'*,7  (lu  de  gauche  à  droite). 
ONKAIAAIX  =  s:p  bsb  >:  (lu  de  gauche  à  droite). 
OYAAZ  =  J^\. 

O  V I A  E  IVl  =  nn>Na  (lu  de  gauche  à  droite) . 
OOHC  HAH  =6'?t;bN. 
PIKEA  =ytp-i. 
PQZOMAAHAYXH  =iin  ny  bs  tin>  (lu  de  gauche  à 

droite). 
ZAKIEA=Snot. 
CAAA=nbD. 
CAMMAZ  =tyaur. 
CAPAfTIZ    =  d'sx-id   au   Talmud   Babyl.,   tr.   Arboda 

zara,  f.  43  a. 
SATOVIEL  =  Wjtow  (V  pour  N). 
ZBANA  =  N3D. 
ZEMEZEIAAMI  =  ùiiv  >aw   ==  <T£[x£<7iXa[x.    Papyr.    de 

Londres,  CXXI,  lig.  7120. 
CIMEAOCE  =  rvabv/  us  (lu  de  gauche  à  droite). 
COPHC  =  w-iw. 
COYPIHA=bsms. 

COOH  =  nsis  =  (touçc.  Papyr.  de  la  Bibl.  nat,  lig.  1652. 
ZVPPATHA  =Sxn  tw. 
YAAA  =  nby. 

VONONONO  =  nj  13>:si. 
YCOOAAB  —  nx'bns. 
VXAVM  =  -(Sa  (lu  de  gauche  à  droite). 
XEAQMEPA  =moy  Vin. 


Ce  qui  fait  la  nouveauté  de  cette  nomenclature  ce  sont 
les  étymologies  hébraïques  empruntées  au  Vocabulaire 
de  l'angélologie  de  M.  Moïse  Schwab  '.  On  aura  re- 
marqué que  les  étymologies  grecques  sont  rares  :  bon 
nombre  de  termes,  enfin,  restent  inexpliqués.  Néan- 
moins, avec  ce  que  nous  avons,  nous  pouvons  tenter 
quelques  classements  qui  ne  feront  que  confirmer,  dans 
l'ensemble,  l'origine  hébréo-kabbaliste  d'un  grand 
nombre  de  termes  gnostiques  tenus  jusqu'à  ce  jour  pour 
simplement  incohérents. 

Dans  les  séries  qui  vont  suivre  nous  citerons  les  tra- 
ductions adoptées  dans  le  Vocabulaire.  Les  abréviations  : 
Capp.,  Chili'.,  Gori,  Chab.,  renvoient  aux  ouvrages  de  : 
Cappello,  Chifflet,  Gori,  t.  n,  Chabouillet,  mentionnés 
dans  la  bibliographie. 

/.  Animaux.  —  Dieu  Iao  à  tête  de  coq  ;  «  animal,  » 
Capp.,  n.  14;  —  «  mon  Dieu,  »  Capp.,  n.  14;  —  «  Dieu 
jaloux,  »  Capp.,  n.  14;  —  «  Mithra,  »  Capp.,  n.  19;  — 
«  croyance,  »  Capp.,  n.  14;  —  «  bandelettes,  »  Capp., 
n.  14;  —  «  exauce-nous  donc,  »  Capp.,  n.  14;  —  «  Dieu 
de  l'intelligence,»  Gori,  p.  269,  n.lll. 

Serpent  semordant  la  queue  :  «  le  violent,  »  Chiff. ,  n.  69  ; 

—  «  pensée,  »  Gori,  p.  267,  n.  102;  —  «  cercle,  »  Chiff.,  n.  69; 

—  «  Dieu,  »  Gori,  p.  267,  n.  102;  —  «  prudent,  »  Capp.,  n.  113; 

—  «maudit,  »  Chili'.,  n.  69;  —  «dans  l'eau  rapide,  »  Chab., 
n.2206;  —  «  il  l'a  excité,  »  Chiff.,  n.  69;  — sij.E<7<7ia:  symbole 
d'impureté,  »  Chiff. ,  n.  69  ;  —  «  désir,  »  Chiff.,  n.  70  ;  —  «  ton 
désir,  «Gori,  p.  267,  n.102;  —  «  la  couronne,  »  ibid.; —  «je 
suis,  »  Capp.,  n.  113;  —  «  à  jamais,  «Chiff.,  n.  68;  —  «Mi- 
chel, »  Chili'.,  n.  67;  —  «  ma  force,  «Chiff.,  n.70;  —  «écrit,  » 
Chili'.,  n.69;  — «mon roi,  «Gori, p. 267, n.102;  —«soleil,» 
Capp.,  n.  28;  —  «  image  de  Dieu,  »  Gori,  p.  263,  n.  81  ;  — 
«  guéris,  »  Chiff.,  n.  69;  —  «  queue,  »  Gori,  p.  267,  n.  102. 

Serpent  radié  :  «  fort,  »  Capp.,  n.  208;  —  «  Anubis,  » 
Chiff.,  n.  74;  —  «  toile  d'araignée,  »  Gori,  p.  251,  n.  6; 

—  «  sera  complet,  »  Gori,  p.  251,  n.6;  — «  je  suis,  »  Capp., 
n.  105;  —  «  Ormuzd,  »  Capp.,  n.  28;  —  «  oppresseur,  » 
Capp.,  n.  28.  Chnoubis,  cf.  Schwab,  à  ce  mot;  Chab., 
n.  2185-2190,  2194-2200. 

Serpent  aux  pieds  d'homme  :  «  force,  »  Gori,  p.  256, 
n.  39;  —  «  au  nom  de  Dieu,  sacrifie,  »  ibid.  ;  —  «  pluie,  » 
Gori,  p.  256,  n.  39. 

Soldat  à  tète  de  coq  :  «  affligé,  »  Chiff.,  n.  97;  —  «  abra- 
sax,  »  Gori,  p.  250,  n.  3;  —  «  Seigneur.  »  Gori,  p.  254, 
n.  26;  p.  259,  n.  56;  p.  261,  n.  66;  p.  266,  n.  97;  p.  271, 
n.124;  —  «je  suis,  »  Gori,  p.  256,  n.  36;  —  «  Dieu  éter- 
nel, »  Gori,  p.  249,  n.  1  ;  —  «  sommet,  »  Capp.,  p.  20,  n.  28; 

—  «  la  Vierge,  »  Capp.,  n.  20;  —  «  j'exauce  les  impréca- 
tions, »  Chili.,  n.  14;  —  «  générateur,  »  Gori,  p.  254,  n.  27  ; 

—  «  mâle,  »  Chili'.,  n.  13;  —  «  mon  Dieu,  »  Gori,  p.  254, 
n.  26;  —  «  l'aurore,  »  Chiff.,  n.  13;  —  «  il  est,  »  Gori, 
p.  258,  n.  49;  —  «  grand,  »  Gori,  p.  258,  n.  48;  —  «  Nil,  » 
Gori,  p.  254,  n.  27;  —  «  présage,  »  Gori,  p.  254,  n.  26; 

—  «  serpentin,  »  Chiff.,  n.  61;  —  «  élevé,  »  Chiff.,  n.  14; 

—  «  je  suis  l'Être,  »  Chili'.,  n.  13;  —  «  Molokh,  »  Gon, 
p.  258,  n.  48;  —  «  ton  sanctuaire,  »  Chiff.,  n.  97. 

Lézard  :  «  Seigneur,  »  Chab.,  n.  2245;  —  «  mon 
Dieu  »,  Chab.,  n.  2245;  —  «  mon  roc  est  Dieu,  »  Capp., 
n.  142;  Chab.,  n.  2245;  —  «  belle,  »  Gori,  p.  256,  n.  il. 

//.  ANGES.  —  «  Les  Chérubins,  »  Revue  de  numisma- 
tique, 1892,  p.  246.  «  Ananael  »  ou  «  Othoniel  »,  Chah.,  n. 
2179;  —  «  Michel,  »  Chili'.,  n.  67;  —  «  Koustiel,  »  Chiff., 
n.  24;  —  «  Michel,  Gabriel,  Ouriel,  Raphaël,  Ananael, 
Prosoraiel,  Yabsoel,  »  Chiff.,  n.  15;  —  (?)  «  Nathanael,  « 
Capp.,  n.  48;  —  «  Sakiel,  »  Chab.,  n.  2249;  —  «  Satoviel  » 
ou  «  Sataniel  »,  Chili'.,  n.  84;  Capp.,n.  2;  —  «  Surratel,  » 
Chili'.,  n.  69. 

///.  dieux.  —  Isis  :  «  ablanathanafbla],  »  Chab.,  n.  2210; 

—  «  Isis  Phara,  »  Gori,  p.  279,  n.  180;  —  «  Vincens, 
Isis,  »  Gori,  p.  276,  n.  160. 

Anubis  :  «  tort,  »  Capp.,  n.  26;  —  «  secours  divin,  » 

«  Loc.  cit. 


149 


ABRASAX 


150 


Capp.,  n.  23;  —  «Dion  vainqueur  du  feu,  »  Capp.,n.  23; 

—  «  vain  est  l'homme,  »  Capp.,  n.  2;  —  «  majesté  bril- 
lante, »  Capp.,  n.  22;  —  «  justice  de  Dieu,  »  Capp.,  n.  2. 

Mercure  :  «  éternel  est  son  nom,  »  Gori,  p.  255,  n.  32; 

—  «  fort,   »  ibid.  —  «  univers,   »  Gori,  p.  253,  n.  22; 

—  «  Thot,  »  Chili'.,  n.  33;  —  «  vénération,  »  Gori,  p.  278, 
n.  174;  —  «  secours,  »  Gori,  p.  255,  n.  32. 

Chnouphis  :  «  quatre  forteresses,  »  Chab.,  n.  2186. 

Sérapis  :  «  ...garde,  »  Capp.,  n.  191;  sur  un  Mercure 
au  bélier,  Gori,  p.  266,  n.  99. 

Mars  :  «  éphémère,  »  Capp.,  n.  88. 

Bacchus  :  «  je  suis,  »  Schwab,  p.  401.  HE  100  =  «  sa- 
crifier »,  Gori,  p.  256,  n.  40. 

Horus  :  «  Dieu,  »  Gori,  p.  249,  n.  3;  —  «  Dieu  élevé,  » 
Gori,  p.  249,  n.  2. 

Hermas  adoré  par  quatre  anges  :  «  Vent  du  sud-est,  » 
Chiff.,  n.  77,  Initio,  ibid. 

Melpomène  (sur  une  figure  d'homme  à  tète  de  lion), 
Capp.,  n.  154. 

Mithra  :  Capp.,  n.  19. 

Ormuzd  :  Capp.,  n.  28. 

Jupiter  :  «  Satoviel,  »  Chiff.,  n.  84. 

Harpocrate  :  APXEO,  Chiff.,  n.  40;  —  «  sois  fort,  » 
Chiff.,  n.35;  —  «écrit,  »  Chiff.,  n.69;  —«léopard,  »  Chiff., 
n.35;  —  «  science,  »  Chiff.,  n.  3.5;  —  «je  suis,»  Chiff.,  n.  35; 

—  «  Sabaoth,  »  Chiff.,  n.  35;  —  «  Seisops,  »  Chiff., 
n.  35. 

Hercule  tuant  un  lion  :  «  Barabbas,  »  Chiff.,  n.  89;  — 
oeuvra,  Gori,  p.  255,  n.  31  ;  —  Xtou.  Gori,  p.  253,  n.  21  ;  — 
«  principe  de  lumière,  »  Gori,  p.  253,  n.  21;—  «  Selah,  » 
Gori,  p.  253,  n.  21. 

Corne  d'abondance  d'où  émerge  une  tête  d'homme  : 
«  Barabbas,  »  Chiff.,  n.  76;  —  «  brise  le  géant,  »  ibid. 

iv.  constellations.  —  «  la  Vierge,  »  Capp.,  n.  20;  — 
«  le  lion,  »  Capp.,  n.  90  (sur  un  lion). 

v.  noms  bibliques.  —  «  Elcana,  »  Gori,  p.  267,  n.  101; 

—  «  Ananael,  »  Chab.,  n.2179;—  «  Anania,»Capp.,  n.155; 

—  «  Barabbas,  »  Chiff.,  p.  76,  n.  89;  —  «  Genezar[eth],  » 
Chiff.,  n.  94;  —  «  Koustiel,  »  Chiff.,  n.  24;  —  «  tente 
du  père,  »  Gori,  p.  252,  n.  18;  —  «  Nekho,  »  Chiff.,  n.  77; 

—  «  ma  force  est  Dieu,  »  Chiff.,  n.  94. 

vi.  nom  liturgique.  —  «  Selah,  »  Gori,  p.  253,  n.  21. 

vu.  noms  polythéistes.  —  AMOPO  (Pan),  Chab., 
n.  2181;  (Mercure),  Gori,  p.  255,  n.  33;  (Anubis),  Chab., 
n.  2215. 

AMOPAX0I  (Anubis),  Capp.,  p.  26,  n.  98;  (serpent), 
Chab.,  n.  2206. 

KAMAIAXA  (Anubis),  Capp.,  n.  26;  (serpent  radié), 
Capp.  n.  208. 

OPCOPI  (Bacchus),  Gori,  p.  256,  n.  40;  (Chnoubis), 
Chab.,  n.  2200,  2201,  2202. 

SATOVIEL  (Jupiter), Chiff.,  n.  84;  (Anubis),  Capp.,  n. 2. 

vin.  FORCES.  —  Beflux,  Rev.  de  numismatique,  1892, 
p.  246;  —  «  toile  d'araignée,  »  Gori,  p.  251,  n.  6;  —  «  ai- 
guillon de  labour,  »  Chab.,  n.  2223;  —  «  beauté,  »  Capp., 
n.  171  ;  «  force,  »  Gori,  p.  256,  n.  39;  —  «  agir  en  barbare,  » 
Chab.,  n.  2224;  «  en  tête  »  (gouverneur),  Gori,  p.  252,  n.  18; 

—  «  par  le  guérisseur,  »  Chiff.,  n.  76;  —  «  de  belle 
ferme  »  (femme  nue),  Gori,  p.  257,  n.  43;  —  «  en  ta  faveur,  » 
Gori,  p.  250,  n.  3;  —  «  générateur,  »  Gori,  p.  254,  n. 27; — 
«  écrit,»  Capp.,  n.130;—  Chiff.,  n.69;  —  «garde,  «Capp., 
n.  191;  —  «  mâle,  »  Chiff.,  n.  13;  —  «  par  le  cœur,  »  Rev. 
de  numism.,  1892,  p.  247;  —  «  désir,  passion,  »,  Chiff. 
n.70;  —  «ton désir,  »  Gori;  p.  267,  n.102;  —  «  éphémère,» 
Capp.,  n.  88;  —  «  univers,  »  Gori,  p. 253,  n.  22;  —  «  l'Être 
[suprême],»  Gori, p.  250, n. 3,  —  «  vipère,  »  Capp.,  n.  130; 

—  «  ombre,  »  Chiff.,  n.  94;  —  «  l'Amour  dieu  »  (adolescent 
assis),  Capp.,  n.  96;  —  «  vent  du  sud-est,  »  Chiff.,  n.  77; 

—  «  ange  »  (homme ailé),  Capp.,  n.  130;  —  «  aurore»  (le 
coq),  Chili.,  n.  13;  —  «  dieu,  »  Gori,  p.  251,  n.ll;  p.249,  n.  2; 
passim;  —  «  terrible,  »  Gori,  p.  251,  n.  10;  —  «  hanche  de 
Dieu,  »  Capp.,  n.  130;  —  «  ibis  Lilith,  »  Gori,p.252,n.l3;  — 
«  vénération,  «  Gori, p.  278,  n.  174;  —  «  secours,  «Gori, 


n.  177;  —  «poisson»  (sur  une  sauterelle),  Capp.,  n.  51;  — 
«  lune  »  (et  personnification),  Chab.,  n.  2237;  —  «  ma 
force,  »  Chiff.,  n.  70;  —  «  rayonnant  »  (sur  le  quadrige  du 
soleil),  Capp.  n.  49;  —  «  épieu  »  (sur  le  quadrige  du  soleil), 
Capp.,  n.  49;  —  «  cœur  »  (sur  un  thorax  humain),  Gori, 
p.  250,  n.  3;  —  «  pluie,  »  Gori,  p. 256,  n.  39;  —  «  science,  » 
Chiff.,  n.  35;  —  «  grand,  »  Gori,  p.  258,  n.  48;  —  «  briller,  » 
Chab.,  n.  2228;  —  «jour,  »  Chili'.,  n.32;  —  «prudence,  » 
Chiff.,  n.  33;  —  «  sagesse,  »  Gori,  p.  255,  n.  34;  —  «  ca- 
ché, »  Gori,  p.  263,  n.  82;  —  «  croyance,  »  Capp.,  n.  14;  — 
«  Nil  »  (personnification),  Gori,  p.  254,  n.  27;  —  «  être 
suprême  »  (femme  portant  une  torche),  Capp.,  n.  73;  — 
«.parens,  »  Gori,  p.  258,  n.  51;  —  «  sortilège  paternel,  » 
Chab.,  n.  2204;  —  «  sacrifier,  »  Gori,  p.  256,  n.  40;  — 
«  soleil,  »  Capp.,  p.  28,  n.  49  (sur  le  quadrige  du  soleil); 

—  «  vieillard,  »  Gori,  p.  255,  n.  34;  —  «  boucs,  » 
Gori,  p.  252,  n.  14;  —  «  racine,  »  Capp.,  n.  69;  —  «  es- 
pérant, »  Chiff.,  n.  105;  —  «bandelettes,  »  Capp.,  n.  14; 

—  «  piédestal  divin,  »  Gori,  p.  254,  n.  29;  —  «  sable  de  Go- 
morrhe,  »  Chab.,  n.  2228;  —  «  ton  sanctuaire,  »  Chiff., 
n.  97. 

ix.  acclamations  et  prières.  —  «  Il  a  créé  le 
monde  »  (Sphinx),  Capp.,  n.  101;  —  «  faites  revivre  » 
(Mercure),  Gori,  p.  255,  n.  32;  —  «  je  suis  »  (soldat  à 
tête  de  coq),  Gori,  p.  256,  n.36;  —  (deux  fortunes),  Capp., 
n.  10;  —  (tète de  bœuf),  Gori,  p.  252,  n.  18;  —  «  serpent,  « 
Gori,  p.249,  n.  2;  —  «  Bacchus,  »  Chiff.,  n.  28;  —  «  serpent 
radié,  »  Capp.,n.  105;  —  «  serpent  se  mordant  la  queue,  » 
Capp.,  n.  113;  —  «  Dieu  exauce,  »  Capp.,  n.  155;  —  «  Dieu 
vainqueur  du  feu  »  (Anubis),  Capp.,  n.  23;  —  «  éternel  » 
(bras  humain),  Gori,  p.  250,  n.  3;  —  «j'exauce  les  impré- 
cations »  (soldat  à  tête  de  coq),  Chiff.,  n.  14;  —  «  sois  fort  » 
(Harpocrate),  Chiff.,  n.  35;  —  «  béni  soit  Abram,  »  Chab., 
n.  2224;  —  «  au  nom  de  Dieu,  sacrifie  »  (serpent  aux 
pieds  d'homme),  Gori,  p.  256,  n.  39;  —  «jardin  issu  d'un 
gouffre  »  (serpent  foulé  par  un  génie),  Chab.,  n.  2181, 
2224.  Cf.  Chab.,  n.  2250;  —  «  brise  le  géant,  »  Chiff.,  p.  34, 
n.  76;  —  «  vain  est  l'homme,  »  Capp.,  n.  2  :  —  «  bon 
Dieu,  »  Gori,  p.  251,  n.  10;  —  «  cri  de  notre  maître,  » 
Chab. ,n.  2221;  —  «  Dieu  fort  »  (femme  debout),  Capp., 
n.  13;  —  «  il  est  à  jamais,  »  Gori,  p.  250,  n.  3;  —  «  il 
est,  »  Gori,  p.  258,  n.  49;  —  «  Dieu  aide,  »  Chab.,  n.  2181  ; 

—  «  à  jamais,  »  Chiff.,  n.  68;  —  «  dévoré  par  Dieu,  »  Chab., 
n.  2231;  —  «  il  éclaire  »  (coq  anguipède),  Gori,  p.  249, 
n.l;  —  «  il  nourrit  «(hommes  nus),  Capp.,  n.48;  —  «  Dieu 
jaloux,  »Capp.,  n.  44;  — «  circuit  de  Dieu,»  Capp.,  n.14;  — 
«  mon  roi,  »  Gori,  p. 267,  n.102;  —  «  il  commande  au  ser- 
pent, »  Chiff.,  n.  94;  —  «  il  insufile  [lavie],»Chab.,  n.  2230; 

—  «  dieu  donné,  »  Gori,  p.  279,  n.176  ;  —  «  repos  de  Dieu,  » 
Gori,  p.  255,  n.34;  —  «car  il  est  un  dieu  jaloux,  »Capp.,n. 
14;  —  «  flamme  du  feu  de  Mars,  »  Chab.,  n.  2181  ;  —  «  ser- 
pent de  Dieu,  »  Chiff.,  n.  70  ;  —  «  Dieu  pur,  »  Chab.,  n.  2249  ; 

—  «  nom  [divin]  de  la  paix,  »  Chiff.,  n.'38;  —  «  mon  roc  est 
Dieu,  «Capp. ,n.!42;Chab.,n. 2245;  —  «  image  de  Dieu,  » 
Chiff.,  n.  69;  —  «  sceau  de  Dieu,  »  Chab.,  n.  2218;  — 
«  exauce-nous  donc,  »  Capp.,  n.  14;  —  «  je  suis  l'Être,  » 
Chiff.,  n.  13;  —  «  il  nourrit,  »  Capp.,  n.  20. 

CeiVieC  eiAAMYC,  «  Soleil,  répands  ta  lumière,  » 
Montf.,  pi.  cxnv. 

«  Donnez-moi  la  grâce  et  la  victoire  puisque  j'ai  pro- 
noncé votre  nom  caché  et  ineffable.  »  Montf.,  pi.  cxlvii, 
p.  359. 

nrAN||TOPH||KTA,  «  Le  massacreur  des  géants.  » 
Montf.,  pi.  cl,  p.  361. 

????  AB||PACAZ  AO||CXAPINA||AE  9  ZA  ||  NAP, 
«  Donnez  votre  grâce  à  Alexandre.  »  Montf.,  pi.  cliii, 
p.  362. 

MerAAH  TYXH  TOY  ZYCTOY,  «  La  fortune  de  Xyste 
est  grande.  »  Montf.,  pi.  CLix,'p.  365. 

EE||MEC||EIAA||MY,  «  Le  soleil  a  répandu  sa  lu- 
mière. »  Montf.,  pi.  eux,  p.  366. 

«  Iao,  Abrasas,  Adonaï,  saint  nom,  puissances  favo- 
rables, gardez  Vibie  Pauline  de  tout  mauvais  démon.  » 


151 


ABRASAX 


152 


Montf.,  pi.  clxiv,  p.  368;  Matter,  pi.  x,  6,  p.  96-97;  Du 
Molinet,  pi.  29,  vu-vin  (fig.  31). 


31.  —  Abrasax.  D'après  Montfaucon,  Antiq.  expliq., 
pi.  clxiv,  fig.  1. 

La  4e  ligne  manque  dans  Du  Molinet.  Spon  la  restitue 
ainsi  : 

AACONAIA 
TIONONOM 
A  AEEIAI  AY 

Dans  la  grande  inscription  de  la  pi.  clxiv  (p.  369),  «  la 
prière  ne  s'entend  qu'à  demi  ;  voici  ce  qu'on  en  peut 
tirer,  Iao,  Sabao,  Adonaï  Semés,  Eilam  Zurratel  Kram- 
ma,  Kramma,  Camaris...  Michaël  Amorarachei,  gardez- 
moi  Moeano.  » 

Jésus  Christus,  Gabriel,  Ananias,  Amen.  Montf. 
pi.  clxvii,  p.  370  (fig.  32). 


32.  ^-  Abrasax.  D'après  Montfaucon,  Ant.  expl.,  pi.  clxvii. 

TTAVCATE  MOI  TON  Î70NON  THcDOPOYCH  CEN, 
«  Délivrez-moi  de  mes  peines,  moi  qui  porte  [cette 
pierre]  Sen[tia?].  Montf.,  pi.  clxviii,  p.  371. 

DN  IHVXPS  DEI  FILIVS,  Dominus  noster  Jésus 
Christus  Dei  filius.  Montf.,  pi.  cxlviii,  p.  372. 

TAAA     APAICO     COAPAOPO     NTOKO     N     BAI 
Magnum    apoua>  apaujxat  toxeuç 

Pro  magna  solutione,  seu  expiatione  vota  fundo 
Patri  Iao.  Gori,  t.  n,  p.  258,  n.  51. 

Gori  a  fait  suivre  sa  Diatriba  de  gemmis  basilidia- 
nis  '  d'un  recueil  d'inscriptions  empruntées  aux  pierres 
gnostiques,  sous  le  titre  Sycophantia  magica,  dont  Pas- 
seri  a  tenté  d'expliquer  quelques-uns  des  textes.  Nous 
nous  bornons  à  transcrire  l'un  d'eux  dont  il  signalait 
l'intérêt  au  cardinal  Quirini;  c'est  une  prière  pour  obte- 
nir la  santé,  n.  82. 


OiriE*     Z00TOYAP3     IAC0 

AICO  AIH 

COAI  MACO 

ICOA  OYCO 

COAI  YEA 


PECO*     NAOONs 

TOZ 
HACO 
OVE 
HIO 


AHE 

HACO 

THE 

COHA 

HACO 

EMH 

AIH 


EEI 

AEY 

ECOI 

COHN 

YHA 

AIA 

HC0C0 

COCO 


YCOY 

ECOE 

AEE 

MOI 

AEY 

OAY 

COYH 

IHH 

EIH 


Une  serpentine  (n.  2220)  du  cabinet  des  antiques  de  la 
Bibliothèque  nationale  (fig.  33)  offre  «  un  trophée  entre 
deux  monogrammes;  l'un  formé  d'un  N  et  d'un  I,  peut- 


33.  —  Serpentine.  Cabinet  des  antiques,  n.  2220. 

être  «  Jésus  de  Nazareth  »  ;  l'autre  est  le  chrisme  ou  mo- 
nogramme de  J.-C.  ».  Au  bas  du  trophée  un  autre  chrisme. 

Une  autre  pierre  présente  un  trophée  sur  un  foudre; 
au  sommet  X;  au  revers  : 

NEIXAPO 
TTAHI 

Le  sens  de  l'inscription  doit  être  «  plénitude  de  grâce  » 
(Cbaboufllet,  n.  2222). 

Du  Molinet,  Montfaucon  (pi.  cxlix).  Matter  (pi.  iv,  3) 
et  Chabouillet  (p.  285)  ont  commenté  une  pierre  dont  le 


*  Thés.  gemm.  astrif.,  t.  u,  p.  2C3.  —  »  SantiOB.  —  *Salvator, 
dator  divitiarum.  —  *  Fluo.  -*-  *  Divitise. 


34.  —  Abrasax.  Cabinet  des  antiques,  n.  2169. 

revers  porte  :  IOYAAC  (fig.  34).  L'interprétation  de  ce 
monument  parait  être  la  suivante  :  Judas,  d'après  la 
doctrine  des  caïnites  et  des  judaïtes,  est  victime  d'un 
malentendu.  Lui  seul  a  connu  la  personne  et  le  but  de 
Jésus,  seul  il  osa  prendre  les  moyens  pour  lui  faire  at- 
teindre ce  but.  —  Ce  fut  de  nos  jours  la  pensée  de 
M.  Renan.  —  La  face  de  la  gemme  contient  deux  cartou- 
ches répétant  une  inscription  identique  >un  >bn  'an1-,  «  il 
a  combattu  mes  paroles  et  moi.  »  Les  caractères  qui 
suivent  pourraient  être  de  simples  initiales  de  O  (é) 
K(upto;)  I(r,(70-j;)  0(eo:)  X(ji*to;)  N(ou;)  ¥(|Xtv)  E(ort) 
I(a>r))  B(aiov).  «  Jésus-Christ,  le  Seigneur,  Dieu,  logos,  a 
été  pour  nous  la  vie  et  la  palme  de  la  victoire.  »  Matter, 
Hist.  crit.  du  gnost.,  t.  n.  p.  61-03.  Cabinet  de  la  Biblio- 
thèque nationale,  n.  2169. 

Sur  le  mot  Ablanathanalba.  Ce  mot  peut  être  lu  en 
deux  sens.  Kopp  en  a  établi  l'orthographe  d'après  vingt- 
huit  leçons 6  :  AB AAN AOANAABA.  Bellermann  '  l'inter- 
prète d'après  l'hébreu  :  Pater  nobis  tu  [es\.  Gesenius 


"Kopp,  Palseogr.   crit..  t.   m,  n. 
ii.  34. 


580. 


1  Loc.   cit..   t  il, 


153 


ABRASAX 


154 


donne  le  même  sens1.  La  lettre  0  étant  unique  marque 
une  section  et  Kopp  s'en  autorise  pour  transcrire  :  «riN 
fb  3X,  et  pour  traduire  :  Pater  ad  nos  veni,  qui  n'est  pas 
sans  quelque  analogie  avec  Mapocvocôa  2,  que  l'on  traduit 
ordinairement  par  :  Dominus  venit3.  et  auquel  répond 
d'une  certaine  façon  l'acclamation  liturgique  Dominus 
vobiscum. 

Une  curieuse  pierre  donnée  par  Du  Molinet4  et  Mont- 
faucon  5  et  ainsi  conçue  (fig.  35)  : 


35.  —  Abrasax.  D'après   Montfaucon,  Ant.  expliq.,  pi.  clxvii. 

parait  donc  pouvoir  se  lire  avec  Kopp c  :  Accède  ad  nos 
Sol  eeterne. 

Ce  mot  a  donné  occasion  à  une  combinaison  analogue 
à  celle  d'Abracadabra  7  avec  lequel  on  l'a  confondu 8  : 

ABAANA0ANAABA 

ABAANA0ANAAB 

ABAANA0ANAA 

ABAANA0ANA 

ABAANA0AN 

ABAANA0A 

ABAANA0 

ABAANA 

ABAAN 

ABAA 

ABA 

AB 

x.  cvbiosités.  —  Mots  écrits  dans  les  deux  sens  : 
AEHIOYCO  GÙYOIHEA,  Chiff.,  n.  1.  —  AMOIPIMOIP- 
PIOMIPIOMA,  Chiff.,  n.  57. 

Mots  à  rebours  altérés  :  AITTOC  =  ao7ria  =  ao[tp]ia. 
Capp.,  n.  28. 

Mots  intervertis  :  IMXHAA  =  Mw^X,  Chiff.,  n.  67;  — 
M  AVI  =  «  jour,  »  Chiff.,  n.  32;  —  OY0  =  «  sacrifier,  » 
Gori,  t.  ii,  p.  256,  n.  40. 

Mots  à  rebours  :  AEP0MIN  =  «  pluie,  »  Gori,  t.  il, 
p.  256,  n.  39;  —  AEVKAA  BAACO  =  «  image  du  Dieu 
pur,  »  Gori,  t.  n,  p.  250,  n.  4;  —  ONKAIAAIX,  Capp., 
n.  14;  —  OVIAEM  =  «  par  crainte,  »  Gori,  t.  n,  p.  250, 
n.  3;  PACAZAO  =  «  majesté  brillante,  »  Capp.,  n.  22; 
—  VXAVM  =  «  Molokh,  »  Gori,  t.  il,  p.  258,  n.  48. 

Mots  altérés  :  MQcpAX  =.  «  il  insuffle  la  vie,  »  Chab., 
n.2230;- NA*ON  =  «caché,»  Gori,  p.263,n.82;  — ON  EN 
=  «  présage,  »  Gori,  t.  n,  p.  254,  n.  26;  —  ZAKACO0  = 
«  Sabaoth,  »  Chiff.,  n.  35;  —  SATOVIEL=«  Sataniel,  » 
Chiff.,  n.  84;  —  <DAHNEA=  «  Dieu  de  l'Intelligence,  » 
Gori,  t.  n,  p.  269,  n.lll. 

'  Gesenius,  Allgem.  'lit.  Zeit.,  Halle,  1818,  t.  n,  n.  192,  p.  703.  — 
*I  Cor.,  xvi,  22.  —  3  Suidas,  Lexicon,  3  in-fol.,  Oxonii,  1634,  à  ce 
mot;  Leudens,  Onom.,  Ultrajecti,  1868,  p.  175.  —  lLoc.  cit.,  pi.  50, 
n.  7,  8.  —  5  PI.  clxvii.  —  •  N.  582.  —  7  Raspe,  A  descriptive  ca- 
talogue of  anc.  and  mod.  cameos,  in-4%  London,  1791,  n.  616; 
Kopp,  t.  m,  n.  583.  —  8  Baronius,  ann.  220,  ou  en  appendice  au 
t.  xu,  p.  1116;  A.  Kircher,  Œdipus  œgyptiacus,  3  in-fol.,  Romae, 
1652,  t.  il,  part.  2,  p.  460  ;  Saubert,  De  sacrifie,  c.  xxm,  in-8% 
Ienae,  1659,  p.  579;  Chifflet,  Abraxas,  p.  64  ;  Selden,  Opéra,  in-fol., 
London.  1726,  t.  Il  a,  De  diis  Syris,  p.  202  sq.  —  9  De  tnedicina, 
clii,  vers  941.  —  *°Preuschen,  Denkm.  v.  alten  Revolutionen  in 


xi.  pierres  cttratives.  —  Sept  rais  symbolisant  les  sept 
planètes  forment  une  auréole  autour  de  la  tête  du  ser- 
pent à  tête  de  lion  qui  se  dresse.  Prase  du  cabinet  de 
la  Bibliothèque  nationale  (Chabouillet,  n.  2186).  Au 
ive  siècle,  Marcellus  Empiricus  écrit  :  «  Gravez  sur  une 
pierre  de  jaspe  imitant  l'air,  le  signe  indiqué  plus  bas 
(c'est  celui  de  la  pierre  décrite),  et  suspendez-la  au  cou 
d'un  malade  souffrant  du  côté,  vous  obtiendrez  des  eflets 
merveilleux.  » 

Montfaucon  donne  dans  son  Supplément,  p.  213,  pi.  lv, 
une  pierre  qu'il  croit  avoir  été  destinée  à  guérir  de  l'élé- 
phantiasis.  Au  revers  on  lit  la  formule  magique  (fig.  36). 


36.  —  Pierre  magique. 
D'après  Montfaucon,  Antiq.  expl.,  Suppl.,  pi. 


LV. 


Le  mot  Abrasadabra  parait  avoir  eu,  lui  aussi,  une 
vertu  curative.  Le  médecin  basilidien  Quintus  Servius 
Samonicus  l'avait  adopté.  Il  prescrivait  d'écrire  ce  mot 
plusieurs  fois  sur  un  carré  de  papier  en  retranchant  une 
lettre  à  chaque  ligne  afin  d'obtenir  une  figure  conique 
renversée  et  d'attacher  le  talisman  au  cou  du  malade. 

Voici  cette  figure  et  l'explication  de  Sammonicus  9  : 

ABPACAAABPA 

ABPACAAABP 

ABPACAAAB 

ABPACAAA 

ABPACAA 

ABPACA 

ABPAC 

ABPA 

ABP 

AB 

A 

Mortiferum  magis  est,  quod  Graecis  Hemitritœum 
Vulgatur  verbis  :  hoc  nostra  dicere  lingua 
Non  potuere  ulli,  puto,  nec  voluere  parentes 
Inscribis  chartse,  quod  dicitur  Abracadabra 
Sœpius  :  et  subter  repetis;  sed  detrahe  summae 
Et  magis,  atque  magis  desint  elementa  figuris 
Singula,  quae  semper  rapies,  et  cetera  figes, 
Donec  in  angustum  redigatur  littera  conum  : 
His  lino  nexis  collum  redimire  mémento. 
Talia  languenti  conducent  vincula  collo 
Lethalesque  abigent  (miranda  potentia)  morbos. 

Nous  donnons  ici,  à  cause  de  son  importance  et  bien 
qu'elle  ait  été  reproduite  plusieurs  fois,  une  amulette 
gnostique  gravée  sur  une  plaque  d'argent  et  trouvée,  en 
1784,  dans  les  ruines  des  thermes  romains  de  Baden- 
weiler  (Rheinland)  '«  (fig.  37). 

Deutschl.,  in-12,  Francf.-a.-Mein.,  1787,  p.  209-238;  Gerbert,  His- 
toria  Nigrse  Silvse,  in-4',  S.-Blasii,  1783-1788,  t.  Il,  p.  475  et  pi.  : 
Kopp,  Palxogr.  crit.,  Mannheim,  1829,  t.  IV,  p.  388;  Kolb,  Bad. 
Lexik.,  t.  i,  p.  96;  Frôhner,  Sur  une  amulette  basilidienne  iné- 
dite du  musée  Napoléon,  dans  le  Bull,  de  la  Soc.  des  antiq.  de 
Normandie,  vu*  année,  p.  217  sq.  ;  G.  Brambach,  Corpus  inscrip- 
tionum  rhenanarum,  in-4*,  Elberfeld,  1867,  Appendix,  p.  358, 
vi";  A.  Wiedeman,  Die  gnostische  Silbertafel  von  Badenweiler, 
dans  le  Rheinisches  Jahrbuch,  fasc.  79,  p.  215  sq.  ;  F.  X.  Kraus, 
Die  altchristlichen  Inschriften  des  Rheinlandes,  in-4',  Freiburg- 
im-Breisgau,  1890,  n.  13 


155 


ABRASAX   —    ABRÉVIATIONS 


156 


Enfin,  citons  une  pierre  conservée  à  l'Université  de  Fri- 
bourg  et  qui  porte  :  au  droit  le  serpent  à  tête  de  coq 


in|Ji  *  \ai  A/ï  *  ica|B^  uig 
A  û  Kj'a.o  AIVA/\B  a|a  k  p^' 

^MeCi^AMCHc/lA/r  (ÂAI 
N  r  H(   i  OlOiO  ttPor^-1  $  g 

'ywKOUMn  e  n  t'Pl  j  AeiBj 
^  80/v\M  .  /ie  ?/  ko  y^^| 
\è  x  e  i  aqm  o/cépot^ 

-- — --^— ^>         n^*-  . 

37.  —  Amulette  gnostique 
D'après  Kraus,  Die  altchrist.  Insehr.,  n.  13. 


avec   l'exergue  IACO-ABPAIAI;  au  revers  la  belle  ac- 
clamation : 

AOIMO 

1XAPIN 

APXEO 

IAM 

8dç  (xoi  x*P,v>  "P"/£0  'la**1. 

H.  Leclercq. 

ABRÉVIATIONS.  —  I.  Les  noise  et  les  sigla.  IL  Le 
sigle  VD.  III.  Le  sigle  T£.  IV.  De  quelques  sigles  em- 
ployés dans  la  liturgie  mozarabe.  V.  Des  sigles  du 
sacramentaire  léonien.  VI.  Sur  l'abréviation  DM  et 
DMS;  bibliographie  sur  le  sigle  DM;  exemples  de 
formules  DM.  VII.  La  formule  VQF  et  autres  formules. 
VIII.  L'abréviation  IHT  ou  IHS.  IX.  Le  sigle  XMr. 
X.  De  deux  inscriptions  abrégées. 

L'emploi  des  abréviations  graphiques  tient  à  plusieurs 
causes,  dont  quelques-unes  peuvent  être  assignées  avec 
certitude.  Sans  parler  de  l'inlluence  des  régions  et  des 
époques,  ces  abréviations  ont  été  déterminées  par  des 
circonstances  purement  accidentelles,  comme  sont  les 
dégradations  de  la  matière  subjective,  —  pierre,  métal, 
parchemin,  papyrus,  —  la  régularité  des  lignes  d'écri- 
ture, la  rareté  et  l'exiguité  des  matériaux  imposant  le 
grattage  de  la  première  empreinte;  enfin,  la  nécessité  de 
suivre  la  rapidité  de  la  parole  humaine  a  donné  nais- 
sance à  la  tachygraphie.  Les  textes  épigraphiques  sont 
ceux  pour  lesquels  les  abréviations  ont  été  le  plus  em- 
ployées, c'est  la  majorité  des  mots  qui  s'y  présente  en 
abrégé.  Les  anciens  appelaient  ces  abréviations  notx, 
et,  postérieurement,  sigla  2.  Ces  deux  termes  ne  doivent 
pas  être  confondus. 

I.  Les  NOT.e  et  les  sigla.  —  Les  sigles  se  composent 
de  l'initiale  du  mot  (singula).  Les  notes  ne  sont  pas  des 
lettres;  notai  litterx  non  sunt 3.  C'est  parmi  les  notes 
que  se  range  l'écriture  tironienne  principalement  em- 
ployée pour  recueillir  les  paroles  dictées,  comme  on  le 
voit  dans  le  plus  ancien  témoignage  que  nous  en  ayons  : 
7ip(ûToç,J7too'ï)|j.EiO)(j(i(Ji£vo:Tà  Xeyô|xeva  EÎç  àvQpÔ7rou;rli,aY£v. 
Xénophon  le  premier,  dit  Laërce,  nota  les  paroles  pro- 
noncées par  [Socrate]  et  les  rendit  publiques  '*.  L'usage 
de  ces  notations  avait  été  introduit  à  Rome  par  Cicéron  : 
KixÉpcovoç  xoû  'JTrctTO'j,  toÙç  Siayepovxaç  ôI-jxïjxi  tcôv  YPa~ 
çéwv,  <7ï](j.eïa  7rpo6i6àÇavToç,  èv  (juxpoï;  xoù  |3paywé<n  tjttoc;, 
TtoXXùv  YP«H(iâT(ov   e/ovra  8'jvau.tv,  Etxa   aXXov   àXXa/ôaE 

<  F.  X.  Kraus,  Die  altchristlichen  Inschriften,  des  Rheind- 
laudes,  in-4%  Freiburg-im-Bresgau,  1890,  t.  i.  p.  155.  Cf.  n.  6  et 
pi.  xxi,  n.  2.  —  «  R.  Cagnat,  Cours  d'épigraphie  latine,  in-8% 
Paris,  1889,  p.  353;  Cicéron,  Orat.  pro  Mureno,  c.  XI ;  Aulu- 
Gelle,  I.  XVII,  c.  IX.  —  3  Juste-Lipse,  Epixt..  xxvm,  Cent,  i  ad 
Belgas.  —  *  Laërce,  1.  II,  segm.  42.  —  5  Plutarquc,  In  Catone. 
—  "Dion,  1.   XV;   Sénèque,  Epist.,   xc.  —  'Ovide,    Trist.,  IV, 


toO  (3ouXeuTY]pi'o\j  <T7ropâ8r)v  iu,ëaXôvxoç-  ou7tto  yàp  r,o-xouv, 
où8'  ÈxÉxxrjvxo  xoùç  xaXouuivovj;  o"ï)u,sîoypc<çou;,  àXXà 
xdxE  irpdiTov  etç  "xv°?  T'  xaxa(rtîjvai  XÉ^oudiv  5.  Peu  après 
on  apporta  divers  perfectionnements  à  cette  nouvelle 
tachygraphie  6  qui  devint  commune  du  temps  d'Auguste 
où  elle  perdit  son  nom  de  <7ï)u.sîa  et  prit  celui  de  signa  7 
qu'elle  conserva  longtemps  8.  L'usage  néanmoins,  mal- 
gré l'exemple  donné  par  quelques  célébrités9,  ne  s'en 
répandit  jamais  dans  le  monde  romain  comme  celui  des 
sigles  beaucoup  plus  ancien  et  d'une  intelligence  plus 
facile.  Plutarque  rapporte  que,  pendant  sa  questure  en 
Sicile,  Cicéron  fit  une  offrande  aux  dieux  sur  laquelle  il 
fit  inscrire  les  sigles  de  son  nom  M [arcus]  T[idlius]  et 
remplaça  C[icero]  par  un  pois  chiche  (cicer)  :  xo:;  ôeoîç 
àva0r)u,a  7toioij(j.svoi;  àpY^ipoCv,  xà  p-kv  Ttpûixa  tcôv  6yo  ôvo- 
(iitcov  èirÉYpa^E,  rdv  te  Mfâpxov],  xal  xôv  T[oùXXtov], 
avxi  8e  t&O  xpîxou  axcoicxcov  ipiêivôov  exéXevse  Trapà  fà 
Ypâp.u.axa  xbv  xsyvt'xry/  Èvx*op£wat 10.  La  même  coutume 
existait  chez  les  Grecs,  où  nous  voyons  les  Lacédémo- 
niens  porter  un  lambda,  A,  sur  leur  bouclier.  AàjxêSa 
Eut  xaïç  àffm'atv  auxtôv,  ec;  7iapâ(ro,u,ov  Ëypaçov  èx  xoû 
xaxâp'/ovtoç  <rroiy_cfou  /apaxxY)pi£ovxsç  lauxoù;  u.  Il  est 
possible  toutefois  que  sigla  ait  fait  fonction  pour  sin- 
gula et  pour  sigilla.  A  certaines  époques,  il  a  pu  se  faire 
qu'au  lieu  de  se  borner  à  la  lettre  initiale  on  en  ait 
pris  plusieurs  dans  le  même  mot.  Quoi  qu'il  en  soit,  les 
sigles  faisaient  concurrence  aux  notes,  ainsi  qu'en 
témoigne  Manilius  : 

Hic  et  erit  fclix  Scriptor,  cm  litera  verbum, 
Quique  Notis  linguam  superet,  cursimque  loquentis 
Excipiat  longas  nova  per  compendia  voces  12... 

et  le  mot  nota  prévalut  définitivement  sur  sigla.  Festus 
dit  à  ce  sujet  :Nota  nuncsigtii/icat  signum,nunc  literas 
singulas,  aut  binas.  M.  Valérius  Probus,  qui  vécut  vers 
l'an  60  de  notre  ère,  rassembla  les  sigles  alors  en  usage 
et  intitula  son  recueil  :  De  notis  Romanor-um  interpre- 
tandis.  Justinien  remarque  à  ce  propos  :  xaxà  xûv  aripEioiç 
xktiv  ev  -ç9\  YP2?*i  xP°lJ-Évti)v,  âirsp  Si'YY^aî  xaXoCert,  xa\ 
Si'avTûjv  cjvxapâxxEiv  tt)v  Ypot?ï)v  iTziytiçiO'Jv-wi,  àXXà  u.Y| 

Sl'Ô'XoU    TO'JÇ    TE    àpi8u.0Ùç   XCtXE    ÔVÔU,axa  TWV    7ïàXai    <T03!ÔV, 

tï)v  te  8Xï)v  vo(xo8E(Ttav  ypa?(iv(j)v 13.  Ailleurs  Justinien 
interdit  l'emploi  de  la  tachygraphie  dans  la  transcription 
des  textes  officiels  :  Jubemus  non  per  Siglorum  cap- 
tiones  et  compendiosa  senigmala,  quai  multas  per  se,  et 
per  suum  vitium  antmoniias  induxerunt,  eiusdem  Co- 
dicis  textum  conscribi;  etiamsi  numerus  Librorum 
significctur,  aut  ahudquidquam ,  nec  enini  per  spe- 
cialia  Sigla  nunierorummanifestari;sedper  literarwn 
consequentiam  explanari  concedinnis  u;  et  plus  loin  : 
pœnam  falsitatis  constituimus  adversus  eos,  qui  in  po- 
sterum  Leges  nostras  per  Siglorum  obscuritates  oust 
fuerint  conscribere  :  omnia  enim,  id  est  nornina  Pru- 
dentum,  et  tilulos  et  Librorum  numéros  per  eonse- 
quenlias  literarum  volumus,  non  per  Sigla  manif'e- 
slariië;  enfin  dans  la  Novelle  CVIP  :  xoci  to-j;  o-JYxta<r- 
|ioûç,  ei;  ou;  YPa9El  xXr]pov6u.ouç  M  xorç  o-Ju.6ôXotç  xoiv 
àpiôfiwv  <T/",(xaivoyu.Évouç,  àXXà  8t'  8Xov  YPK|iuL3T(ov  6r,Xou- 
aévouç. 

Il  n'entre  pas  dans  le  plan  de  ce  travail  de  rechercher 
dans  l'antiquité  profane  les  origines  d'une  situation 
donnée, au  moment  où  le  christianisme  entre  en  scène; 
mais  les  chrétiens  apportèrent  un  tour  d'esprit  et  des 
habitudes  dont  il  faut  tenir  compte,  si  l'on  veut  con- 
naître ce  qui  a  trait  aux  commencements  des  coutumes, 
modifiées  depuis. 

£/eg.,  4;  Horace,  Satyr.,n,  4.  —"Sidoine  Apollinaire,  Epist.,\.  IX, 
vu,  P.  h.,  t.  lviii.  col.  021.  —«Cicéron.  Ad  Attic.  1.  XIII,  Epiât. 
xxxii.  —  '"Plutarque.  In  Cicer.  —  "  Eustache,  Ad  Iliad.  B.  Les 
Sycioniens,  un  -.  Xénophon,  Rer.  Grœc,  1.  IV.  Cf.  S.  Reinach, 
Traite  d'épigraphie  grecque,  in-8%  Paris,  1885,  p.  225.  —  ".Mani- 
lius, 1.  IV,  \  .297.  —  "  Cod.  Just.,  1. 1,  Ut.  xvh.  —  •*  Digcst.,  praeL, 
I.  —  "  Ibitl..  prof.,  H. 


157 


ABREVIATIONS 


158 


Toutes  les  abréviations  d'un  usage  courant  pouvaient 
être  ramenées  à  deux  systèmes  :  1°  réduction  du  mot  à 
l'initiale,  2°  réduction  du  mot  à  ses  premières  initiales 
prises  en  groupe  compact,  ce  qui  est  le  cas  le  plus  fré- 
quent, ou  bien  réduction  à  plusieurs  lettres  prises  à  in- 
tervalles, dans  le  corps  du  mot.  Pendant  la  première 
époque  du  christianisme,  celle  où  la  mention  des  choses 
de  ce  monde  est  tout  à  fait  rare,  l'interprétation  des 
abréviations  ne  peut  être  donnée  sans  une  connaissance 
approfondie  du  formulaire  épigraphique  chrétien.  Pour 
la  seconde  époque,  qui  s'étend  de  la  paix  de  l'Église  à 
la  chute  de  l'empire  d'Occident,  une  familiarité  déjà 
longue  avec  les  institutions  romaines  ne  suffira  pas 
toujours  à  donner  la  clef  de  ces  énigmes  rendues  encore 
plus  difficiles  par  l'usage  d'une  langue  qui  s'altère  de 
plus  en  plus. 

Les  classements  qui  forment  la  plus  grande  partie  de 
cette  dissertation  ne  peuvent  prétendre  dégager  toutes 
les  inconnues;  ils  rendront  du  moins  ce  service  de 
fixer  quelques  cas  non  douteux  et  d'aider  à  résoudre 
plusieurs  autres.  En  une  pareille  matière,  que  les  ac- 
croissements journaliers  modifient  sans  cesse,  on  ne 
peut  songer  à  être  complet,  mais  on  peut  s'efforcer 
d'être  exact. 

La  principale  différence  entre  le  système  d'abrévia- 
viations  des  chrétiens  et  celui  en  usage  chez  les  païens, 
c'est  que,  chez  ceux-ci,  &  le  nombre  des  lettres  conser- 
vées dans  l'abréviation  est  plus  ou  moins  restreint,  mais 
aucune  lettre  intermédiaire  n'y  est  omise1.  »  Les  exemples 
du  contraire  sont  faciles  à  relever  dans  les  plus  an- 
ciennes inscriptions  chrétiennes.  Peut-être  cette  rupture 
avec  l'usage  courant  est-elle  une  trace  de  plus  des  ruses 
innocentes  employées  par  les  «  frères  en  Christ  »  pour 
communiquer  entre  eux  sans  être  entendus  des  pro- 
fanes. Il  faut  observer  toutefois  que  cette  remarque  ne 
porte  que  sur  les  mots  dans  lesquels  des  consonnes  ont 
été  omises,  car,  s'il  ne  s'agit  que  de  voyelles  retranchées 
dans  le  corps  d'un  mot,  on  peut  en  trouver  une 
autre  raison.  La  langue  latine  comprend  un  nombre 
assez  considérable  de  mots  composés  qui  furent  con- 
sidérés, soit  comme  simples,  soit  comme  réellement  com- 
posés de  plusieurs  parties  distinctes.  Par  exemple,  ponti- 
fex  réduit  à  un  groupe  compact  d'initiales  pourra  se 
rendre  par  PON  et  PONT  ou  encore  par  PONTF  qui 
est  formé  de  PONT,  abréviation  de  pondis,  et  de  F,  abré- 
viation de  facere.  Un  mot  qui  appartient  exclusivement 
à  l'épigraphie  funéraire  des  chrétiens  fournit  la  même 
démonstration  :  depositus  peut  être  abrégé  en  DEP  ou 
en  DP  qui  sont  les  abréviations  du  mot  décomposé  de 
et  positus.  Chez  les  païens  comme  chez  les  chrétiens  les 
mots  terminés  par  une  enclitique  sont  soumis  au  même 
système,  par  exemple  :  populusque  s'abrège  en  PQ. 

A  mesure  que  le  niveau  littéraire  baissa,  une  altéra- 
tion croissante  de  la  langue  se  produisit  autorisant  de 
nouvelles  abréviations.  Peut-être  les  abréviations  cryp- 
tographiques dont  on  a  parlé  donnèrent-elles  l'idée  de 
supprimer  dans  un  mot  d'abord  ses  voyelles  muettes,  en- 
suite toutes  ses  voyelles;  on  obtint  alors  les  combinaisons 
suivantes  :  «  pedes  qui  s'était  abrégé  en  P  ou  PED  se 
nota  PD;  legio  se  représenta  par  LG  et  non  plus  par  L 
ou  LEG'.publicus  qu'on  exprimait  par  PVB  ouPVBLIC 
s'écrivit  PBL;  au  lieu  de  V  ou  VlX.pour  signifier  vixit, 
on  écrivit  VT,  etc.  Il  ne  restait  plus  dès  lors  qu'à  représen- 
ter en  abrégé  un  mot  par  un  nombre  quelconque  des 
lettres  qui  le  composaient,  sans  se  soucier  de  la  nature 
ni  de  la  position  des  lettres;  c'est  une  conséquence  à 
laquelle  on  ne  pouvait  échapper  et  à  laquelle  on 
n'échappa  point  en  réalité;  MCP  signifia  municipii, 
PO  prœtorio,  GLRSMVS,  gloriosissimus,  etc.  2.  » 


*  R.  Cagnat,  Cours  d'cpigr.  lat.,  loc.  cit.  —  *  Ibid.,  2e  éd., 
p.  355.  Cf.  E.  Le  Blant,  L'épigraphie  chrétienne  en  Gaule  et 
dans  l'Afrique  romaine    in-8\  Paris,  1890.  p.  121,  note  1,  cite 


Un  autre  système  d'abréviations  consistait  à  redoubler 
la  consonne  finale  de  l'abréviation  autant  de  fois  que  le 
nombre  de  personnes  mentionnées  par  le  mot  contenait 
d'unités,  par  exemple  :  AVG  =  Auguslus,  et  AVGG  le 
Augusti  duo.  Avec  le  temps,  les  graveurs  oublièrent  cet 
artifice,  ils  en  vinrent  par  suite  à  répéter  non  seulement 
la  dernière  lettre,  mais  toutes  les  lettres  de  l'abréviation. 
Ainsi  COSS  =  consulibus  duobus,  s'écrira  dans  la  suite 
CCSS.  Toutefois  cette  manière  de  l'aire  devenait  inap- 
plicable s'il  s'agissait  de  plus  de  quatre  personnes,  à 
cause  des  proportions  démesurées  que  prenait  le  mot 
abrégé.  Il  arriva  donc  que  le  redoublement  de  la  finale 
devint  simplement  signe  du  pluriel,  sans  qu'elle  cessât 
d'être  encore  appliquée  concurremment  pour  désigner 
deux,  trois,  quatre  personnes  et  au  delà. 

On  employa  encore  comme  abréviation  la  barre  hori- 
zontale surmontant  une  lettre  ou  un  groupe  de  lettres; 
cette  coutume  commença  à  s'introduire  vers  le  n«  siè- 
cle. Voici  quelques  exemples  concernant  une  partie  de 
la  Gaule  3,  mais  tous  postérieurs  à  cette  date. 

ABSID(em),    Corp.    inscr.    DIAC(owws),  2132,  2700  (?), 
lat.,  t.  xii,  n.  5336.  5862. 

ADMINIST(rafùmis),  5336.  EOR(t«n)  SEQ(ew)  TIB(ws), 

AN  (nos),  5351,5354,5400.  5336- 

ANN(o),  1045.  EP7(scopo),  591. 

BIENN(iwm),5336.  FVNDAM(en<is),  5336. 

BON(ce),  1045.  GkŒ(iarum),  5336. 

COEP(it),  COEPÏÏ(0,  5336.  HABBÂT(issa),  5352. 

DECEMB,      DECE(m)BR.  ID(MS)      (l&       950)      1045, 

DECEMBR,     954,    1045,        5^6- 

5823.  '  KAL(ewdrts),  5340,  5400. 

DEPON(ere),  5336.  MERCED(ewi),  5336. 


Ml  (nus),  2088. 
NECESSAR(ia),  5336. 
NÔS(tri),  5341. 
PARIET(em),  5336. 
PR(a)EBV(if),  5336. 
PR{a)EF(ectus),  5336. 


QVAD(rata),  5336. 
REG(nt),  2700. 
REGN(i),1045i 
SEPTEMB(res),  2187. 
SÔCI(ms),  5336. 
SVSCTF(ere),  5336. 


On  rencontre  aussi  la  barre  horizontale  sur  la  voyella 
pour  remplacer  la  lettre  m  ou  n  omise. 


DECEBR(es),954. 
DOMINECÂ,  5407. 
ÏTEGRE,  2406. 


[PJLACIDIÂ,  1798. 
QVÂQVÀ",  1272. 
QVONDÀ",  2361. 


Dans  quelques  marbres,  on  trouve  les  lettres  i,  o,  ur 
supprimées  avant  Ys  finale. 


TEMPORALES,  2367 
ANN(i)S,  2113. 


LVPECIN(m)S,  232C. 

MIN(u)S,5344. 
ANN(o)S,  479,  975,  2326.   m  5336 

ARCADI(«)S.  2361.       PL»S,'5344,"5351,  5K3. 
BENIGN(m)S,  2361. 
VLIAN~(m)S,  5351. 


SINCIR(«)M,  2361. 


Parfois  la  barre  coupa  la  lettre  abréviative  dans  sa 
hauteur,  tantôt  au  milieu,  comme  dans  -§■  =  bénéfi- 
ciarius;  ©  =  obitus;  tantôt  suivant  un  angle  aigu, 
comme  dans  :  &  =  dtes. 

On  peut  citer  dans  les  inscriptions  païennes  quelques 


les  types  suivants:  C.L.K.T;  CDS;  CLR;  CRSM;  BNMM  ;  MM; 
PLM;  PLS;  SCL;  SCRM;  SPRTM.  —  s  Otto  Hir«chfeld,  Corp 
inscr.  'at.,  in-fol.,  Berolini.  t.  xii  a  :  G  allia  narbonensis 


159 


ABREVIATIONS 


160 


cas,  très  peu  nombreux,  de  l'emploi  de  l'apex  ou  accent 
circonflexe  KAL'DAS  =  Kalendasl. 

II.  Le  sigle  VD.  —  Le  Missale  Francorum-  (fin  duvne 
ou  première  moitié  du  VIIIe  siècle 3),  dont  l'origine 
franque  n'est  pas  douteuse  *,  offre  plusieurs  traits  qui 
appellent  un  rapprochement  avec  le  sacramentaire  géla- 
sien,  sans  qu'on  soit  toutefois  autorisé  à  les  croire 
copiés  sur  le  même  archétype.  Ce  manuscrit  donne 
en  tète    des  préfaces   une    abréviation    reproduite  dix 

fois8.  Elle  est  ainsi  faite  :  >£).  Mabillon  interprète 
ce  sigle  par  ces  mots  :  Vere  dignum  et  justum  est 
asquum  et  salutare.  Le  contexte  imposait  cette  lec- 
ture qui  se  retrouve  également  justifiée  dans  le  sacra- 
mentaire gélasien,  où  le  même  sigle  est  reproduit;  et 
cette  parenté  paléographique  est  un  nouveau  trait  à  no- 
ter. Toutefois  dans  le  gélasien  nous  lisons  lorsque  le 

sigle  est  employé  pour  la  première  fois  :  >L)  et  jus- 
tum est,  œquum  et  salutare...  tandis  que  dans  le  Mis- 
sale  Francorum  l'abréviation  est  simplement  écrite 
et  le  reste  de  la  formule  est  omis,  comme  cela  a  lieu 
dans  les  pièces  du  gélasien  qui  suivent  la  première6.  Il 
y  a  là  un  indice  presque  certain  que  le  fragment  perdu 
du  Missale  Francorum  contenait  une  ou  plusieurs  pré- 
faces. Vezzosi  7  a  objecté  que  le  même  sigle  se  trouvant 
dans  le  gélasien  en  plusieurs  passages  où  l'interprétation 
susdite  peut  être  contestée,  il  semblait  possible  que 
l'abréviation  en  question  ait  été  détournée  de  son  sens 
originel.  Nous  ne  partageons  pas  ce  sentiment  qu'aucun 
fait  positif  n'appuie  encore  suffisamment  à  nos  yeux. 

On  trouve  le  sigle  orné  x£J  dans  le  cod.  1084  de 
l'université  de  Bologne8,  et  encore  :  cod.  2247,  fol.  9; 
cod.  2679,  fol.  286;  Florence  :  Bibl.  Laurentienne,  Plut., 
xvi,  cod.  VJll,  fol.  8;  Bibl.  JEdi\.,  cod.  111,  fol.  9a; 
Bibl.  TEdil.  cod.  123;  Bibl.  Coventi  soppressi,  cod.  223, 
292;  Bibl.  Nazionale,  B,  A  2;  Bibl.  Biccard.,  cod.  299, 
fol.  100;  cod.  300,  fol.  22a;  Ivrea,  Bibl.  Capitolare, 
cod.  19,  fol.  7b;  cod.  86,  593,  594;  Milan:  Bibl.,  Ara- 
brosiana,  D,  84,  inferius,  fol.  236,\D,  255,  inlerius,fol.  126  ; 
Modène.  Bibl.,  Capitolare,  cod.  II,  7 ;  II,  13;  ici  le  D  a 
la  forme  onciale  (0),  mais  à  la  préface  cottidianis  die- 
bus  il  reprend  la  forme  ordinairement  employée;  Bibl., 
Capitolare,  cod.ll,  20;  Mont-Cassin  :  cod.  127,339,426; 
Monza:  Bibl.  Cattedrale;  Capitolare,  cod.  C.  18  99,  104; 
Padoue  :  Bibl.  Capitolare,  cod. D,  47, fol.  926; Bavenne: 
Bibl.  Comunale,  cod. Seans.,  131,  ord.4,  lett.  D,  fol.  48; 
Rome:  Bibl.  Barberini,  cod.  XII,  4  (olim.  326);  XIII, 
13  (1853),  fol.  60a;  Bibl.  Casanatense,  cod.  1907  {B.  II, 
1);  S.  Pietro,  cod.  F,  13;  F,  14;  F,  15,  fol.  111a,  1116; 
F,  18,  fol.  66a;  Bibl.  Vallicellane,  cod.  B,  23,  fol.  143; 
B,  24*;  F,  4i0;  Bibl.  Vaticane,  cod.  lat.  3806,  fol.  126"  ; 
cod.  lat.  4772;  Ottob.,  cod.  154,  fol.  76  ;  113  •  *;  356  ;  Palat., 
cod.  lat.  494;  Salerne  :  Bibl.  Capitolare,  un  sacramen- 
taire du  xiv-xve  siècle,  non  coté;  Udine  :  Bibl.  Capitolare, 
cod.  76,  V 13  ;  Venise  :  Bibl.  Marciana,  cod.  L,  (lat.)  DIX^; 
cod.  lat.IIl,CXXIV,{o\.  77a,786; Verceil  :  Bibl. Capitolare, 
cod.  192;  Vérone,  cod.  LXXXV1  (olim  81);  LXXXVJf 
(ol.  82),  fol.  136;  XCVII  (ol.  91),  fol.  3a,  202;  GX(ol. 
103)  '5;  l'abréviation  ne  compte  ici  que  pour  le  motrere. 

L'emploi  de  la  formule  Vere  dignum  et  justum  est 

'  Inscriptiones  Hispanise  christianse,  in-4\  Berolini,  1871, 
n.  80.  —  *  Sacramentaire  d'une  Église  de  France  de  l'époque 
mérovingienne,  ms.  257  du  ionds  de  la  Reine  au  Vatican.  — 
L.  Delisle,  Mémoire  sur  .d'anciens  sacramentaires,  dans  les 
Mém.  de  l'acad.  des  inscrip.  et  bel.-lettres,  1886,  t.  xxxn, 
p.  71.  —  *L.  Duchesne,  Origines  du  culte  chrétien,  in-8\  Pa- 
ris, 1898,  p.  128.  —  B  Muratori,  Liturgia  romana  vêtus,  in-tol., 
Venetiis,  1748,  t.  Il,  col.  681-692.  —  «  Sauf  exceptions,  p.  ex.,  Fe- 
rla V  majoris  hebdom.,  in  nocte  Sabbati  sancti.  —  '  J.  M. 
Tommasi,  Opéra  omnia  recensuit  Vezzosi,  in-4',  Romae,  1747- 
1769  (à  prj-tir  du  tome  vm  le  titre  devient  :  Institution,*  théolo- 
gies antiquorum  patrum),  t.  vi,  p.  356,  note  6.  Cf.  Ebner, 
Quellen  und   Forschungen   zur  Geschichte   und   Kunstges- 


est  si  fréquent  dans  la  liturgie  de  a  messe  que  les  plus 
anciens  sacramentaires  possèdent  déjà  une  abréviation 
pour  désigner  ces  mots.  L'état  de  la  paléographie  litur- 
gique ne  permet  pas  de  reconstituer  les  modifications 
successives  subies  par  cette  abréviation;  on  ne  peut  es- 
sayer rien  de  plus  pour  le  moment  que  de  placer  quelques 
jalons  qui  aideront  pour  un  travail  plus  complet. 

Dans  le  plus  grand  nombre  des  cas  VD  remplace 
toute  la  phrase  :  Vere  dignum  et  justum  est,  eu  sorte 
qu'après  le  sigle  on  a  :  sequum  et  salutare,  sous  cet  aspect 

assez  fréquent  :  VD  ou    V    sequum  et  salutare. 

Il  ne  semble  pas  qu'il  y  ait  eu  un  type  généralement 
adopté  pour  l'abréviation.  On  trouve  dans  les  manu- 
scrits :  YJ,  u-J ,  et  plus  fréquemment  Cx).  Le  der- 
nier sigle  forme  naturellement  une  croix  ;  elle  sera  le 
point  de  départ  d'une  végétation  luxuriante  et  fan- 
tastique dans  laquelle  il  sera  parfois  malaisé  de  retrouver 
l'abréviation  primitive.  La  préoccupation  soutenue  des 
hommes  du  moyen  âge  d'échalauder  sur  les  moindres 
détails  toute  une  construction  mystique  et  allégorique 
trouva  dans  la  circonstance  ample  matière  à  se  satis- 
laire.  On  attacha  un  sens  profond  à  la  forme  devenue 
typique  de  l'initiale  de  la  préface.  Les  plus  solides 
esprits  du  temps  se  perdaient  en  considérations  qui 
semblent  peu  opportunes.  JeanBeleth,  recteur  de  l'école 
de  théologie  de  Paris,  trouva  une  explication  symbolique 
qui  fit  fortune.  Le  D,  dit-il,  lettre  fermée  de  toutes 
parts,  marque  la  divinité  qui  n'a  ni  commencement,  ni 
fin,  le  V  qui  reste  entr'ouvert  exprime  l'humanité  du 
Christ  qui  a  un  commencement  et  qui  n'a  pas  de  fin. 
le  croisillon,  enfin,  qui  coupe  la  haste  commune  de  V  et 
de  D  symbolise  la  croix  qui  rend  les  hommes  aptes  à  la 
vie  divine  lc.  Sicard  de  Crémone  i7et  Guillaume  Durand li 
ajoutèrent  de  nouveaux  raffinements  à  ces  subtilités. 

Certains  manuscrits  comptent  les  préfaces  de  rechange 
par  centaines,  mais  les  initiales  n'y  sont  pas  dessinées 
sur  un  modèle  uniforme.  Le  principal  effort  d'ornemen- 
tation, le  plus  grand  déploiement  de  richesse,  et  souvent 
de  mauvais  goût,  se  concentre  toujours  sur  la  Prsefatio 
communis  qui  précède  immédiatement  le  canon.  Les 
autres  préfaces,  qu'elles  formassent  un  supplément  ou 
qu'elles  fussent  distribuées  dans  tout  le  manuscrit 
d'après  le  rang  qu'y  prenait  chaque  fête,  ou  enfin  réu- 
nies, comme  ce  fut  l'usage  depuis  le  XIe  siècle,  immédia- 
tement avant  la  préface  commune,  n'étaient  ornées  que 
d'enjolivements  plus  réduits,  plus  ou  moins  riches  selon 
le  degré  de  la  fête.  Les  unes  et  les  autres  sont  dignes 
d'attention.  Elles  ont  un  intérêt  intrinsèque;  en  outre, 
elles  sont  importantes  pour  déterminer  l'âge  et  pour 
grouper  les  manuscrits  des  sacramentaires  et  missels. 

La  forme  laisse   entrevoir  son   origine.  Un  élément 

commun  aux  lettres  V  D  ou  V_J  U,  le  trait  oblique 
ou  vertical  provoque  à  adosser  les  deux  lettres  sur 
une  haste  commune  l9.  Au  début  on  conserve  au 
signe  d'abréviation  le  trait  horizontal,  et  sa  place 
à   peine   changée    au-dessus   et    dans  l'embrasure    du 

V  20,    puis    il    subit    quelques   variations    et    parait 

enfin    remplacé   par   le    sigle    suivant  :    vt/2i.    Les 

chichte  des  Missale  Romanum  im  Mittelaller,  in-8",  Freib.-im- 
Br.,  1896,  p.  318,  319,  320.  —  •  Ebner,  loc.  cit.,  p.  10,  pi.  2. 

—  'Ibid.,  p.  197,  pi.  9.  —  <»  Cl.  Ebner,  loc.  cit.,  p.  205.  —"Loc. 
cit.,  p.  214,  pi.  11.  —  '*  Ebner,  loc.  cit.,  p.  233,  pi.  12.  —  ,s  Eb- 
ner, loc.  cit.,  p.  264,  pi.  17.  —  '*  Ibid.,  p.  27ô,  pi.  20.  —  '»  Ibid., 
p.  294,  pi.  23.  —  *•  J.  Beleth,  Explicatio  divinorum  officioruni, 
c.  xliv,  in-4*,  Venetiis,  1572.  —  "  Sicard  de  Crémone,  Mi- 
tralis,  P.  L.,  t.  eexm,  col.  122.  —  "G.  Durand,  nationale  din- 
norum  offteiorum,  1.  IV,  c.  xxxm,  S  "1,  in-fol.,  Moguntia:,  1459. 

—  <•  Voy.  Bologne,  ms.  108i;  Florence,  Laur.  tâd.  /:'/.  /:':'. 
Lucques,  ms.  606;  Padoue,  ms.  D  47;  Rome,  Ottobon,  SIS; 
S.-Gall,  ms.  348;  Zurich,  Rheinau,  30.  —"Rome,  Vatic.  lie- 
gin..  257.  316.  —  -  Milan.  Ambros.  24  bis.  inf. 


161 


ABREVIATIONS 


162 


Jeux  points  se  transforment  assez  vite  en  un  croisillon 

C£)  et  cette  forme  garde  la  vogue  jusqu'au  XIIe  siècle  l. 
Vers  la  fin  de  ce  siècle  l'abréviation  subit  une  grave 
altération.  Sous  l'influence  de  la  majuscule  gothique  le 

CD   se  transforme   en  CD  ou  CQ2;   enfin  on  trouve 

(+)  .  Aux  xive  et  XVe  siècles  le  sigle  disparait  quel- 
quefois complètement,  parfois  il  affecte  la  forme  d'une 
majuscule  U4  ou  U  '■'•,  même  il  se  confond  avec  la 
lettre  initiale   à'/Eterne  Deus  en    une   majuscule  avec 

croix  insérée,  suivant  ce  modèle  vfcl  6. 

A  l'époque  carolingienne  la  forme  typique  \ÏJ  se 
conserve  assez  fidèlement;  on  y  ajoute  des  cordons 
tressés,  des  ajours  ''  vers  la  première  moitié  du  IXe  siècle. 
Vers  celte  époque  l'ornementation  t'ait  irruption  hors  de 
la  panse  des  lettres  où  elle  s'était  jusque-là  confinée 
(lig.  38).  Au  x°  siècle  apparaissent  les  vrilles  très  larges, 
traitées,  la  plupart  du  temps,  entièrement  en  métal,  or 
ou   argent.  Progressivement  ces  vrilles  se  couvrent   de 


38.  —  Sigle  de  préface. 
F.  313  du  cod.  Ottobun.,  de  la  Bibliothèque  vaticane. 

bourgeons  et  de  fleurs,  mais  elles  deviennent  plus  grêles, 
et  s'enroulent  avec  une  fantaisie  grandissante  autour  du 
noyau  (fig.  39).  Aux  Xe,  XIe  et  xn°  siècles  ce  genre  d'or- 
nementation est  représenté  par  des  exemples  nombreux 
et  parmi  lesquels  il  s'en  trouve  qui  témoignent  d'une 
réelle  entente  de  la  couleur.  La  décadence  commence 
avec  l'ornementation  vermillon-indigo.  Le  sigle  de  la 
Préface  disparait  avec  les  premiers  missels  imprimés. 

Cette  vue  d'ensemble  est  subordonnée,  on  le  comprend, 
à  bien  des  restrictions.  Il  faudrait  ici  traiter  à  part  et 
avec  un  grand  développement  l'histoire  du  sigle  dans 
les  écoles  calligraphiques  :  la  celtique,  la  lombarde, 
l'école  de  Tours  et  plusieurs  autres.  Dans  l'Italie  au 
Nord,  au  Xe  siècle,  l'ornementation  a  perdu  les  grandes 
traditions  romanes,  le  sigle  est  efflanqué,  ses  lignes  es- 
sentielles lloltantes;  dans  l'Italie  du  centre,  l'initiale 
s'est  conservée  plus  conforme  aux  traditions  ornema- 
nistes. L'appauvrissement  économique  apparaît  dans  la 
rareté  de  la  couleur,  la  disparition  des  ors  et  des  mé- 
taux. C'est  clans  l'Italie  du  Sud  que  la  superposition 
d'un  médaillon  sur  le  croisillon  parait  s'être  d'abord  ré- 
pandue vers  le  Xe  siècle.  Nous  avons  ici  un  nouveau 
système  d'ornementation.  Le  sigle  de  la  préface  va  se 
combiner  avec  un  médaillon  représentant  le  Seigneur 
en  buste  ou  en  pied,  la  Majestas  Domini.  Le  sigle 
n'est  plus  désormais  qu'un  cadre  dans  lequel  on  repré- 
sente Dieu  le  Père,  plus  tard  le  Christ.  Le  médaillon, 
devenant  de  plus  en  plus  absorbant,  recouvre  le  sigle 

1  Bologne,  ms.  2247 ;  Florence,  Laur.  JEd.,  123  ;  Riccard., 
299.  —  -  Bologne,  Bibl.  arcivosc.  ;  Naples,  ms.  vi,  E.  4;  ms.  vi, 
G.  38;  Rome,  Angel.,  3,  2,  6;  Casan.  704;  San  Pietro,  E,  2; 
Vallicell.,  A.  21;  Vatic.  Paint.,  505.  —  3Naples,  ms.  vi,  G,  2; 
Rome,  San  Pietro,  E,  3;  Bibl.    naz.  Sess.    136.  —  *  Modène, 

DICT.    û'ARCH.    CHRÉT. 


entier  de  telle  sorte  que  le  texte  de  la  préface  se  rat- 
tache immédiatement  à  la  Majestas  :  et  justuni  est.  Ex- 
ceptionnellement on  rencontre  à  la  place  de  la  Maje- 
stas Domini  d'autres  représentations,  par  exemple  le 
portrait  de  la  Vierge,  ou  bien  encore  des  sujets  biblique? 
ou  allégoriques. 

Quelques  riches  manuscrits  de  l'époque  romane  n'ont 
pas  le  sigle  VD  ornementé,  mais  le  Per  omnia.  Bien 
que  le  sigle  de  la  préface  lut  généralement  employé,  il 
ne  manque  pas  de  manuscrits  qui  ne  l'ont  pas  :  ainsi 
les  sacramenlaires  gallicans  qui  écrivent  Vere  ou  em- 
ploient le  D  de  Dignum   comme  initiale  de  la  préface. 


randc-piccanf  vribudh  ■  oprarr  inTp 
i'piâ  bcnignuf  effeetu .  ^.VormAlîiu 
f  U  fsfy&fy.  airiDiiFs  iwbisdLÇC  (t  eu 


ÊmtJm)  rfr.  jrquum  ccUlirvnrl  /otf? 

•n  fc-nrpercrubiq^grandrdgrrr  - 

'  dnr tcçpHtrr omjixpctcyxrKtcnicdf. 

Pcrrpm  drrni  nrin  ..^Xcrgm-jn.  nniir» 

fctrrrn  nwtii Uuiddnr  drurl! .    ^\do 

"s^ïjTanrrdmrniiicf-  rrnntirrr  poredarrs- 


39.  —  Feuillet  103  du  cod.  ex  de  la  Bibliothèque  capitulaire 
de  Vérone  (0"245  X  0"37). 

Les  sacramentaires  ambrosiens  forment  un  groupe  de 
mss.  auquel  manque  habituellement  le  sigle  de  la  Pré- 
face; c'est  que  le  texte  do  la  préface  ambrosienne  Vere 
quia  s'opposait  à  l'abréviation.  Mais  aussi  parmi  les  mss. 
du  Grégorien  et  en  particulier  parmi  les  mss.  du 
xe  siècle  et  quelques-uns  des  siècles  suivants  on  ef» 
trouve  qui,  renonçant  au  sigle  de  la  Préface,  préfèrent 

orner  le  V  ou  l'\J  initial.  Fréquemment,  dans  ce  cas, 
on  écrivait  les  lettres  ERE  dans  l'embrasure  du  V  où 
bien  on  les  ornait  de  l'image  du  Sauveur  bénissant  dans 
un  médaillon  circulaire  8. 

III.  Du  sigle  T£.  —  Ce  sigle  se  compose  des  lettres 
initiales  du  canon.  Il  a  passé  par  des  variations  moins 
curieuses  que  le  précédent.  Nous  donnons  simplement 

ms.  ;/,  13;  Padoue,  Bibl.  del  Santo,  77.  —  5Rome,  Casanat. 
1103;  Mont-Cassin,  ms.  654.  —  6 Mont-Cassin,  ms.  lï'8;  Hume, 
Casanat.  1103.  —  'Rome,  Ottobon.  313;  Padoue,  Cap.  D.  41. 
—  »  Ebner,  Quellen  und  Forschungen  zur  Geschichte  des  «  Mis- 
sale  Romanum  »  in  Mittelalter,  in-8%  Freib.  i.-B.,  1896,  p.  432- 1 V2 

I. -6 


163 


ABRÉVIATIONS 


164 


ici  une  composition  d'un  sacramentaire  de  la  biblio- 
thèque capitulaire  de  Vérone,  cod.  lxxxvii  (olim.  82), 
mbr.io,  fol.  14,  Xe  siècle  (fig.  40). 

IV.  De  quelques  sigles  employés  dans  la  liturgie 
mozarabe  '.  —  4°  L'indication  du  diapsalma  marque  la 
séparation  entre  deux  versets  d'un  même  psaume,  elle 
est  destinée  à  annoncer  le  moment  de  la  pause  pendant 
la  psalmodie  et  à    retarder  le  chant. 


sigle  K 


2°  Le  sigle  K.  s'interprète  repetitio.  En  effet,  les  chan- 
tres  étaient  tenus  à  répéter    l'antienne  empruntée  aux 


40.  —  Feuillet  14  du  cod.  lxxxvii  do  la  Bibliothèque  capitulaire 
de  Vérone  (0-27  x  0-34). 

propres  paroles  du  psaume.  Ceci  avait  lieu  dans  les 
psaumes  longs  afin  de  reposer  l'attention  et  de  réjouir 
l'oreille  par  l'interruption  de  la  monotone  cantilène. 

3°  Le  sigle  1  est  une  sorte  de  rappel  qui  se  re- 
trouve avant  le  numéro  de  chaque  psaume. 

4°  Le  sigle  O  s'interprète  Pliietro;  il  a  pour  but  de 
réveiller  l'attention  devant  les  passages  obscurs. 

5°  Le  sigle  (J)  s'interprète  Matutinum  ;  il  désigne 
aux  lecteurs  la  partie  assignée  et  en  même  temps  les 
antiennes  qui  répondent  aux  psaumes. 

V.  Les  sigles  du  sacramentaire  léonien.  —  Le  Sa- 
cramentaire léonien  offre  un  certain  nombre  d'abrévia- 
tions, parmi  lesquelles  plusieurs  n'ont  pu  être  interpré- 
tées d'une  façon  définitive.  Ces  abréviations  sont  les 
suivantes  : 


FESP  •  t,  trois  fois,  à  la  fin  de  3  messes. 
P  •  SP  •  F  ■  E  ■  3,  une  fois,  fin  de  messe. 
P  •  F  •  E  .  SP  •  *,  une  fois,  après  la  i"  collecte. 
P  •  S  •  F  •  E  •  s,  une  fois,  après  le  2e  collecte. 
P  •  F  •  E  •  SP  •  6,  une  fois,  après  la  3»  collecte. 
P  •  F  •  E  •  SP  •  7,  une  fois,  fin  de  messe. 


'  Lorenzana,  Breviarium  gothicum,  préface,  P.  L.,  t.  lxxxvi, 
col.  21  sq.  —  *  Feltoe,  Sacramentariùm  leonianum,  in-8*,  Cam- 
brioYe,  1896,  p.  41',  44",  44M.  Voy.  Paléographie  musicale,  in-4% 
Solesmes,  1897,  t.  v,  p.  53,  note  1,  de  l'Avant-propos.  —  3  Feltoe, 
loc.  cit.,  p.  47*'.  —  *  Ibid.,  p.  48".  —  »  [bid.,  p.  71<«.  —  •  Pjid., 


8 


10 


la   P  •  F  •  E  ■  8,  une  fois,  après  la  2«  collecte. 
7b   PFE,  une  fois,  à  la  fin  de  la  messe. 

F  ■  E  •  ,9  commencement  d'une  messe. 

PRECE  •  SF- *°,  avant  la  2e  collecte  d'une  messe 
sans  préface. 

SC  F  SP  ",  à  la  fin  d'une  prière  :  Sacnficium. 

On  remarquera  :  1°  que  dans  cette  liste  FE  ne  sont 
pas  séparés,  de  plus,  au  n.  8,  ils  sont  liés  par  le  trait 
d'abréviation;  2°  PFE  sont  rapprochés  cinq  fois,  n.  3, 
5,  6,  7  a  et  b  séparés  deux  fois,  n.  2, 4, par  SP  et  par  S; 
3°  ces  lettres  reviennent  six  fois  sur  dix  à  la  fin  des 
messes;  4°  elles  sont  toujours  écrites  à  l'encre  noire; 
5°  dans  le  n.  10,  les  lettres  sont  précédées  du  mot  Pas- 
cali,  elles  doivent  être  rapportées  très  probablement  à 
la  préface  qui  suit  et  qui  a  un  caractère  pascal.  Enfin, 
au  18  des  Calendes  d'octobre,  nous  lisons  :  PC  ES  H 
IN  SCAE  EVFYMIAE,  qui,  bien  que  placéesà  la  lin  d'une 
collecte,  paraissent  se  rapporter  à  la  préface  qui  vient 
immédiatement  après  la  rubrique. 

Voici  les  interprétations  de  ces  sigles  proposées  par 
M.  Feltoe  : 


super    po- 


3,5,6     P-FESP- 


P-SFE' 
P-F-Ë- 

fê- 

PRËCE 


SF' 


FESP  =  facla     eucharistia 

pulum. 
P  •  SP  •  F  •  E  •  =  preces  sttper  popidum  farta  eu- 
charistia. 

=  preces   facla  eucharistia  super 
popidum. 

=  post  sumplionem  facla  eucha- 
ristia. 

=  preces  facta  eucharistia. 

=  facienda  eucharistia. 

preces  super  fralres  ou  preces 
smritui  fienda. 

Il  se  pourrait  que  l'explication  de  ces  preces  fût  four- 
nie par  le  sacramentaire  lui-même.  On  remarque  en 
effet  vers  le  milieu  du  manuscrit 12  des  signes  inexpli- 
qués, lettres  de  l'alphabet  accolées  à  diverses  oraisons, 
mais  sans  suite;  quelquefois  ce  sont  des  indications 
comme  celles-ci  :  — '—  ou  bien  jp,  ou  encore  "•' ,  ou  7, 
tracées  à  l'encre  noire.  Il  est  tout  à  fait  probable  que 
ces  signes  correspondaient  à  un  index  où  étaient  indi- 
quées les  preces  à  réciter  suivant  la  circonstance.  Peut- 
être  encore  cet  index  se  trouvait-il  dans  la  partie  perdue 
du  sacramentaire. 

Les  anciens  livres  liturgiques  offrent  un  sigle  dont 
il  est  à  propos  de  dire  quelque  chose.  On  trouve  fré- 
quemment des  mentions  analogues  à  celle-ci  :  Bap- 
tizate,  III.  innomine  Patris13...  Cette  abréviation  doit 
être  lue  Me  ou  Ma,  elle  peut  servir  d'indication  chro- 
nologique, car  on  sait  que  ce  ne  fut  que  vers  le  x*  siè- 
cle qu'on  la  remplaça  par  les  sigles  N  ou  NN.  Mabillon 
semble  même  porté  à  la  faire  disparaître  vers  le  IXe  siè- 
cle. Ce  point  est  difficile  à  décider  à  cause  de  l'état  des 
livres  liturgiques  qui  nous  sont  parvenus,  aucun  d'eux 
ne  pouvant  être  daté  avec  une  certitude  absolue.  Quoi 
qu'il  en  soit,  dom  Ménard  a  pris  avantage  de  cette  abré- 
viation contre  Elaceus  Illyricus.  dont  la  célèbre  messe 
contenait  à  trois  reprises  le  sigle  N;  il  en  reporte  l'em- 
ploi vers  l'an  1000. 

Cette  abréviation  se  retrouve  dans  le  recueil  de  Mar- 
culfe.  C'est  qu'aux  temps  anciens,  comme  de  nos  jours, 
on  avait  dressé  des  formules  pour  servir  de  modèles 
aux  actes  courants  de   la  vie  privée  ou  publique.  Les 

p.  71".  —  '  Pjid.,  p.  749.  —  •  Ibid.,  p.  76»,  77».  —  •  Poid.,  p.  40». 
—  ••  Poid.,  p.  27".  —  "  Ibid.,  p.  11".  —  »  Voy.  éd.  Feltoe,  p.  109, 
115.  —  l3  Missale  gothicum,  éd.  Tommasi-Vezzosi,  t.  VI,  p.  290. 
Ct.  note  997  sur  Gregorii  sacramentarium,  éd.  Ménard,  p.  572, 
P.  L.,  t.  i.xxvm,  col.  558. 


165 


ABRÉVIATIONS 


166 


désignations  de  personnes,  de  localités,  de  dates,  néces- 
sairement non  remplies,  au  lieu  d'être  laissées  en  blanc, 
y  étaient  représentées  par  le  sigle  Me.  Par  exemple  : 
Actum  in  illo  loco...  Ego  atque  ille,  anno  illo  illius 
régis  Franchorum,  mense  illo,  die  illa,  quod  facil  ipse 
mensis,  sub  comité  illo,  scripsi  et  $ubscripsi  féli- 
citer '. 

VI.  Sur  l'abréviation  D.  M.  et  D.  M.  S.  —  /.  son  ori- 
gine. —  Parmi  les  abréviations  qui  se  rencontrent  sur 
les  monuments  chrétiens  aucune  n'est  aussi  célèbre 
que  le  sigle  D[is]  M[anibus]  S[acrum]  et  sa  traduction 
en  grec  0[eoï;]  K[aTa-/9ovt'ot;].  La  présence  de  ce 
sigle  était  à  peine  justifiable  sur  des  monuments  chré- 
tiens; de  là  plusieurs  tentatives  d'explication.  Mabillon 
fut  le  premier  à  signaler  cette  bizarrerie,  il  n'hésita 
pas  à  lire  :  DIS  MANIBVS,  car,  observait-il  :  pri- 
mas illis  lemporibus,  quibus  cruda  adhuc  quorundam 
in  cordibus  religio  esset,  tirones  scilicet  nonnullos  ac 
rudes  e  Clirislianis  aliquid  de  paganici  ritus  supersti- 
tione  relinnisse2.  Fabretti  traduisit  les  sigles  en  :  DEO 
MAGNO  sans  manquer  toutefois  de  faire  observer  que 
l'on  connaissait  des  marbres  sur  lesquels  le  mélange  des 
phraséologies  païenne  et  chrétienne  était  évident  : 

1  DEBITA    SACRATIS-  MANIBVS  -OFFICIA 

VERE-QVIEVIT-CVMPACE3 

2  NEC-CVRANT-CARMINA-MANES 

DEP-IN-P-DIE  etc.». 

3  AETERNAMQVE-DOMVMCOMIENVS- 
AMANTIVS-PARAVINOBISQVE-SANCTIQVE- 
TVI-MANES-NOBIS-PETENTIBVS  ADSINT5- 

II  remarquait  en  outre  que  c'étaient  principalement  les 
tournures  poétiques  qui  avaient  passé,  telles  quelles, 
dans  le  formulaire  chrétien6.  Doldetti  1  ne  s'écarta  pas 
de  l'interprétation  de  son  maître  Fabretti.  Malheureu- 
sement, ces  deux  archéologues  paraissent  s'être  laissé 
émouvoir  plus  que  de  raison  par  l'objection  que  tiraient 
de  la  leçon  Dis  manibus  contre  l'origine  chrétienne  des 
sépultures  des  catacombes  les  controversistes  protes- 
tants. Marangoni  8  et  Gori  9  ne  firent  pas  avancer  la 
question.  Gori  alla  même,  avec  Muratori,  jusqu'à  trans- 
former la  formule  :  Do  Mus  AETerwa  en  :  Deo  Magno 
AETerno10. 

Mamachi  admit  les  deux  interprétations  :  Deo  Magno 
et  Dis  Manibus*1.   Le  principal    argument  apporté   en 


*  E.  de  Rozière,  Recueil  général  des  formules  usitées  dans 
l'empire  des  Francs  du  v  au  x'  siècle,  3  gr.  in-8°,  Paris,  1G59, 
1861,  1871,  t.  I,  p.  240.  —  *  Epistola  ad  Eusebium  romanum  de 
cultu  sanctorum  ignotorum,  in-8\  Parisiis,  1705,  p.  38.  —  3  J. 
Gruter,  Inscriptiones  antiquse  totius  orbis  Romani  in  absolutis- 
simum  corpus  redactx,  in-tol.,  Heidelbergae,  1601,  p.  mlviii,  1. 

—  iIbid.,  p.  mlii,  10.  —  sibid.,  p.  mlxi,  7.  —  «R.  Fabretti.  Inscrip- 
tionum  antiquarum,  qux  in  sedibus  paternis  asservantur,  ex- 
plicatio,  in-fol.,  Romae,  1699,  p.  112,  563.  —  'Boldetti,  Osserva- 
zioni  sopra  i  cimiteri  de'  santi  martiri  ed  antichi  cristiani  di 
Roma,  1.  H,  c.  XI  :  Del  titolo  D.  M.  o  pure  D.  M.  S.  e  di  alcune 
parole  profane  che  tavolta  s'incontrano  in  alcuna  délie  iscri- 
zioni  cristiani  nei  cimiterj,    in-fol.,    Roma,  1720,  p.  125,  145. 

—  *  Acta  S.  Victorini,  in-4',  Romae,  1740.  —  9  Inscriptiones  an- 
tiquai grxcx  et  romanx,  qux  exstant  in  Etrurix  urbibus, 
in-4-,  Florentiae,  1727-1743,  t.  m,  p.  360.  —  ,0  Muratori,  Novus 
thésaurus  veterum  inscriptionum,  in-fol.,  Mediolani.  1739, 
p.  mmcii,  3.  Pour  la  domus  xterna,  voy.  Orelli,  Inscriptionum 
latinarum  amplissima  collectio,  in-8\  Turici,  1828,  n.  2522; 
A.  Lupi,  Disserlatio  et  animadversiones  ad  nuper  inventum 
Severx  martyris  epitaphium,  in-fol.,  Panormi,  1734,  p.  173; 
R.  Fabretti.  loc.  cit.,  p.  113,  n.  14;  Boldetti,  Osservazioni  sopra 
i  cimiteri,  p.  806.  —  "  Mamachi,  Origines  et  antiquitates 
christianse,  in-4-,  Romae,  1749-1752;  2*  éd.,  Roma;,  1846,  t.  m, 
p.  15.  —  '«  Muratori,  Joe.  cit.,  p.  cv,  6;  S.  Maffei,  Muséum  Ve- 
ronense,  in-fol.,  Veronas,  1769,  p.  178;  G.  Marini,  Atti  e  tnonu- 


faveur   de   Deo  Magno  était  celui    d'une    épitaphe    de 
Vérone,  ainsi  libellée  : 

DEO  MAG 

NO  ET  ETERN 

O  STATIVS  DI 

ODORVS  QVOT 
5     SE  PRECIBVS 

COMPOTEM 

FECISSET 

V.S.L.M12. 

Celle  inscription,  après  les  longues  polémiques  en- 
gagées au  sujet  de  son  origine,  paraît  païenne,  on  peut 
l'affirmer  en  toute  certitude13. 

Depuis  lors  presque  tous  les  épigraphistes  se  tinrent 
pour  obligés  de  prendre  part  à  la  controverse,  quoique 
sans  y  rien  changer14.  Il  reste  finalement  deux  explica- 
tions en  présence,  aussi  vraies  probablement  l'une  que 
l'autre.  Le  D.M.  était  gravé  d'avance  sur  les  pierres  sé- 
pulcrales d'une  manière  presque  automatique,  personne 
ne  songeant  plus  à  y  attacher  aucun  sens  15;  les  chré- 
tiens n'eurent  même  pas  l'idée  de  prendre  l'alarme  au 
sujet  d'un  sigle  qui  se  voyait  partout  et  que  l'on  traçait 
souvent  sans  le  comprendre.  Cette  observation  parai- 
trait  peu  fondée  si  l'on  ne  se  souvenait  de  ce  que  peu- 
vent être  pour  beaucoup  de  personnes  quelques  sigles, 
tels  que  I.N.R.I.  sur  nos  crucifix,  D.O.M.  sur  quelques 
frontons  d'églises,  R.I.P.  sur  les  innombrables  stèles  des 
cimetières.  Nous  avons  d'ailleurs  une  autre  preuve  de 
l'ignorance  où  l'on  était  alors  du  sens  primitif  de  D.M. 
Cette  acclamation  funéraire  se  trouvait  en  tète  d'une 
pierre  qu'un  lapicide  détourna  de  sa  destination  pour 
y  graver  l'enseigne  de  sa  boutique  : 
D.  M. 

TITVLOS  SCRI 

BENDOS  VEL 

SI  QVID  OPE 
5     RIS  MARMOR 

ARI  OPVS  FV 

ERIT  HIC  HA 
BES 

Le  D.M.  se  trouvait  sans  aucun  doute  l6  en  tête  de 
tous  les  modèles  contenus  dans  les  formulaires  épigra- 
phiques  17  et  les  lapicides  ne  songeaient  pas  plus  à  s'en 
aflranchir  que  les  acheteurs  à  s'en  offusquer.  Nous 
savons  par  Tertullien  que  l'on  ne  cherchait  pas  à  rom- 
pre avec  l'usage  païen  de  désigner  les  jours  de  la  semaine 
par   les  noms   des  dieux  :   Deos  nationwm   nominari 


menti  degli  fratelli  Arvali,  in-4%  Romae,  1795,  n.  633  b;  E.  Le 
Blant,  Inscriptions  chrétiennes  de  la  Gaule  antérieures  au 
vin'  siècle,  in-4%  Paris,  1856-1865,  t.  I,  p.  489,  note  4.  —  ,3Dom 
F.  Cabrol  et  dom  H.  Leclercq,  Monumenta  Eccl.  liturgica,  in-4% 
Paris,  1902,  t.  I,  De  titulis  liturgicis  antenicxnis,  p.  xcix.  — 
"  Passionei,  Iscrizioni  antiche  disposite  per  ordine  di  varie 
classi  ed  illustrate  con  alcune  notazioni,  in-fol.,  Luca,  1763, 
p.  120,  n.  56;  A.  Zaccaria,  Istituzione  antiquario-lapidaria, 
c.  Il,  vu,  in-8",  Roma,  1770;  Marmora  salonitana  in  ordinem 
digesta,  in-fol.,  s.  1.,  1752,  p.  40;  De  veterum  christianarum 
inscriptionum  usu  in  rébus  theologicis,  c.  i,  in-4",  Venetiis, 
1761  ;  Guasco,  Musei  capitolini  antiqux  inscriptiones,  in-fol., 
Rome,  1775;  Morcelli,  Opéra  epigraphica,  in-4",  Patavii,  1819,  t.  Il, 
p.  72;  Vermiglioli,  Antiche  iscrizioni  Perugine,  1'  éd.,  Perugia, 
1833-34;  Raoul-Rochette,  Mémoires  d'antiquité  chrétienne 
dans  le  tome  xm  des  Mémoires  de  l'Académie  des  inscrip- 
tions et  belles-lettres.  1838.  p.  179;  G.  B.  Secchi,  dans  les  Annales 
de  philosophie  chrétienne,  in-8",  Paris,  1842,  t.  v,  p.  298;  Beller- 
mann,  Die  àltesten  christlichen  Begràbnissstàtten  zu  Neapel., 
1834,  p.  64  ;  Zell,  Handbuch  der  rômischen  Epigraphik,  c.  n,  1850- 
1857  ;  Martigny,  Dictionnaire  des  antiquités  chrétiennes,  au  mot 
D.  M.  —  ,6  S.  Maffei,  Muséum  veronense,  in-(ol.,  Vérone,  1749, 
p.  179.  —  ">  C.  Cavedoni,  Ragguaglio  storico  archeologico  di 
due  antichi  cimiteri  cristiani  délia  citta  di  Chiusi,  Modena, 
1853 ;R.  Cagnat,  Cours  d'épigr.  lat.,  in-8-,  Paris,  1889.  —  "E.  La 
Blant,  Inscriptions  chrétienrts  de  la  Gaule,   t.   i,  p.  489. 


167 


ABRÉVIATIONS 


168 


lex  prohibct ;  non  utique  ne  nomina  eorum  pronuntie- 
mus,  quse  nobis  ut  dicamus  conversatio  extorquet  '.  Le 
cas  n'est  pas  différent  pour  le  D.M. 

En  définitive  la  proportion  du  Dis  manibus  dans  les 
épitaphes  est  assez  faible,  comme  on  le  verra  dans  notre 
classement2. 

Le  D.M.  disparait  presque  complètement  des  formu- 
laires au  commencement  du  ive  siècle,  au  moment  où 
la  paix  de  l'Église  permet  aux  fidèles  d'abandonner  la 
simplicité  prudente  des  anciennes  formules  funéraires 
pour  en  adopter  de  nouvelles  dans  lesquelles  ils  pussent 
faire  entrer  la  mention  des  dignités  mondaines  dont  ils 
avaient  été  revêtus.  La  refonte  du  formulaire  antique 
amena  la  disparition  du  sigle  polythéiste  qui  peut,  d'une 
manière  générale,  servir  à  indiquer  les  marbres  anté- 
rieurs à  l'an  313.  Presque  toutes  les  épitaphes  chré- 
tiennes du  cimetière  de  Sainte-Catherine  de  Chiusi, 
contemporain  des  Antonins,  portent  le  sigle3.  On  le 
retrouve,  il  est  vrai,  au  Ve  siècle,  à  Elcano  4  (dans  le 
royaume  de  Naples)  et  à  Augst  5  (en  Gaule),  à  Rome  enfin 
(cette  dernière  pierre  est  douteuse  6),  et  dans  quelques 
autres  monuments.  Dans  la  Pouille  et  la  Calabre,  on 
voit  le  D.M.  se  transformer  en  BM  et  la  filiation  appa- 
raît évidente  dans  un  titulus  d'Elcano  qui  porte  B.M.S. 7. 

Il  est  curieux  de  remarquer,  au  point  de  vue  psycho- 
logique, que  les  pierres  qui  portent  la  formule  D.  M. 
oflrent  quelques-unes  des  formules  les  plus  intéressantes 
«le  l'épigraphie  chrétienne  pour  la  vie  spirituelle.  Leo- 
pardum  in  pacem  cum  spirita  sancta  (=spirilibtis 
sanclis)  acceplum,  eumle  [ni\  (=  euntem)  a  beatis  (=arf 
bealos)  innocentent*.  Une  autre  témoigne  la  sollicitude 
d'une  aïeule  qui,  «  parce  qu'elle  aimait  sérieusement  » 
son  petit-fils,  âgé  de  moins  de  deux  ans,  le  voyant  près 
de  mourir,  «  sollicita  de  l'Église  qu'il  ne  quittât  point  la 
vie  sans  baptême9.  »  Une  pierre  de  forme  circulaire  et 
portant  le  symbole  du  cheval  passant  (voir  Cheval)  fait 
mention  des  œuvres  de  charité  à  l'égard  des  pauvres  : 
Spirilo  requicscenticarissimiamicorum  omnium  pr[a]- 
estatori  bono  pauperum  mandalis  serviens  (=servicn- 
tis)  vit[a]e  in  omnibus  Christi  10.  La  formule  IX0YC 
ZGONTCON  ne  pourrait  être  suffisamment  éclaircie  qu'en 
1?  rapprochant  du  symbolisme  de  deux  poissons  et  de 
l'ancre  dont  elle  est  ici  la  légende  ".  L'iyOùç,  c'est  la 
nourriture,  nous  disent  Abercius  et  Pectorius  d'Autun, 
ce  poisson,  c'est  l'aliment  de  ceux  qui  vivent  par  la  grâce 
et  dont  l'ancre  est  le  symbole,  puisque,  étant  encore  sur 
la  terre,  ils  habitent  déjà  par  la  pensée  et  l'attente  in 
cselestibus.  Une  inscription  qui  porte  les  deux  symboles 
du  poisson  et  du  navire  présente  une  des  formules  les 
plus  attendries  que  la  douleur  ait  pu  trouver  12  : 

MAVRELIO-ER 

MAISCO 
BENE   NIERENT!» 
5     QVEN  OMNES  SODALES 
SVI  QVERVNT 

«A  Marcus  Aurelius  Ermaiscus  (=Mercuriolus)... que 
tous  ses  compagnons  cherchent  [parmi  eux].  «  ha  pré- 
sence des  trianomina  et  des  deux  symboles  nous  fait 
remonter  au  moins  au  tie  siècle  de  notre  ère. 

On  fera  observer  ailleurs  la  plénitude  d'enseignement 
que  renferment  des  formules  telles  que  Dea  reddidit 
spiritum  sanctum  et  claiiis  est13.  Un  titulus  conservé 
au  musée  de  Latran  (xh,  25) J<  fait  cet  éloge  d'un  détunt  : 
anima  itmocens  dulcis  omnibus  suis  etamicis  acceptas, 


qui  rappelle  celui  déjà  cité  :  Spiritu  carissimi  amico- 
rum  omnium.  La  nature  de  ces  éloges  est  curieuse  à 
noter.  Ce  que  nos  pères  trouvaient  dans  leur  souvenir, 
c'était  la  douceur,  l'innocence,  la  tendresse  et  la  simpli- 
cité de  ceux  qui  étaient  allés  à  Dieu.  Une  pierre  fait 
mémoire  d'un  adolescent,  elle  le  qualifie  de  juvenis 
simplici  15. 

Un  de  nos  marbres  contient  une  des  mentions  les  plus 
rares  dans  l'épigraphie  chrétienne,  celle  de  la  condition 
sociale.  Cette  épitaphe  dédiée  par  un  libertus  à  sa  pa- 
tronne pourrait  bien  avoir  quelque  rapport  avec  la  si- 
tuation à  laquelle  le' célèbre  décret  de  Callixte  sur  les 
mariages  entre  esclaves  et  ingénues  eut  pour  but  de 
remédier.  La  loi  romaine  était  cette  fois  en  retard  sur  le 
droit  ecclésiastique  etSecundus  n'avait  peut-être  pu  ob- 
tenir le  titre  de  conjuxà  cause  de  sa  condition  servile, 
son  titre  de  libertus  ne  datant  que  de  la  mort  de 
Marcia,  sa  maîtresse.  Mais  c'est  ici  le  domaine  de  la  con- 
jecture 16.  Un  autre  titulus  nous  fournit  peut-être 
l'exemple  d'un  usage  inspiré  par  une  pensée  mystique 
très  élevée.  Le  fidèle  meurt  et  renaît  dans  le  baptême, 
enseignait  l'apôtre  saint  Paul,  beaucoup  de  chrétiens 
prirent  donc  la  coutume  de  compter  les  années  de  leur 
vie  depuis  le  jour  de  leur  baptême.  Nous  voyons  ainsi 
une  entant  de  quinze  ans  à  laquelle  on  fait  un  mérite  de 
sa  virginité  conservée  jusqu'à  cet  âge  où  elle  se  maria. 
Il  est  possible  qu'il  faille  ajouter  à  ces  quinze  années  de 
virginité  celles  qui  avaient  précédé  le  baptême  : 
D.  171. 

VIXITSABINA.VIR 

GO  AN  XVET  DIES  XV 

ET  VIXIT  CVM  MARIT 

VMSVVMANNOS  lll-ET  DIES  XXV" 

Une  expression  contemporaine  de  la  précédente  se 
trouve  dans  l'épitaphede  Campanus,  dont  le  baptême  est 
désigné  par  le  mot  acceplio  en  sous-entendant  Spirilus 
sancti  18. 

D  M 

EVFROSINE 

COIVGI  KA 

RISSIMO 

KAMPANO  QVI  VIXIT  MECV  AN 

BENE  XIIMESES  DVO   DIES  V  PERIT  ANN  XXXV 

EX  DIE  ACCEPTIONES  SVE  VIXIT  DIES  LVII. 

Nous  trouvons  plusieurs  fois  la  formule  dormit  in 
pace,  caractéristique  de  la  doctrine  chrétienne  d'outre- 
tombe  19. 

On  rencontre  enfin  l'emploi  du  D.M.  beaucoup  au  delà 
de  l'époque  qui  nous  occupe.  L'auteur  de  la  solide  disser- 
tation '-'"  à  laquelle  nous  avons  lait  plusieurs  emprunts 
cite,  à  la  page  64  de  son  travail,  une  inscription  qui 
constitue  une  petite  curiosité  épigraphique.  La  voici  : 

DM. 

FELICIANIVERONEN- 

MIHIMETFELICIANVSVERONEN- 

.SACRVMCONST- 

QVI  INQVIETVS  VIXI- 

NVNC  TANDEM  MORTVVS 

NON  LVBENS  QVIESCO 

SOLVS  CVR  SIM  QVAESERIS 

VT-INDIECENSORIO-       SINE 

IMPEDIMENTOFACILIVS 

RESVRGAM 

Apianus  et  Amantius  '-'.  et  Grater  ■'-'  eut  jugé  ce  titulus 


1  Tertullien,  De  idolatria,  c.  xx.  dans  Corp  script,  errl.  lai., 
in-8*  Vindobonx,  t.  I,  p.  ">'i  :  De  Rossi,  dans  le  Spiril  -g.  so* 
lesmense,  in-4»,  Paris,  1855,  t.  m,  p.  55t.  ->C.  Cuvuduni,  toc. 
cit.,  p.  93.  —  *  Mnmmsen,  Imcript.  rcijni  Neapolitani  kUinm, 
in-lol.,  Lipsiœ,  1852,  n.  1291,  1309.  —  «Le  Riant,  Inscript,  chrii. 
de  la  Gaule,  t.  i,  p.  488.  —  6  De  Rossi,  Inscr.  christ,  urb.  Il  MB, 


t.  i.  p.  307.  —  'De  Rossi.  Bullett.  arch.  Napoletano,  in-4*,  Na- 
poii,  1857,  septembre,  n.  120.  -  •  Voyez  ci-dessous  notre  classe- 
ment:^ 2.—  »N.  3.  —  "N.  4.  —  "N"  13.  —  "N.  10.  —  "N.  1s 
—  «»N.  26.  —  "N.30.  —  '«N.  32.  —  «'N.39.  —  '«N.48.  —  "N.61. 
64.  —  "Bêcher,  Voir  col.  169.  —  "  Inscriplumes  sacrosan<l;r 
retustatis,  in-(ol.,lngolstadii,  1534,  p.  326.  —  "Loc. cit.,  p.MLii,8. 


1G9 


ABREVIATIONS 


470 


ancien.  Fleetwood  •  prit  l'éveil  et  le  dénonça  comme 
moderne,  mais  Maitland  2  et  Becker3  le  donnent  comme 
antique,  malgré  une  note  de  Mac  Caul  4.  En  effet,  le 
personnage  dont  il  est  ici  question  est  Félicien  de  Vé- 
rone, qui  vécut  au  xive  siècle  et  publia  en  collaboration 
avec  Ziletli  une  traduction  de  Pétrarque  intitulée  : 
Degli  ttoniini  famosi,  Verona,  1476. 

Le  D.M.  entre  en  combinaison,  semble-t-il,  avec  des 
symboles  chrétiens  dans  quelques  monuments.  Le  plus 
célèbre  est  l'épitaphe  de   Vitalis   sur  laquelle  on  lit  : 

D  M  -j-  S5.  On  a  voulu  traduire  ces    signes  par  Deo 
Magno  Chrislo  Sacrum  ou  par  Deus  Magnus  Christus 
Salvator  en  s'aidant  des  paroles  de  saint  Paul  à  Tite  : 
Magni  Dei  et  Salvatoris  nostri  Jesu  Christi  6. 
Dans    l'épitaphe     de    Clemenlia    on     a    interprété 

)K  0  M  )k  7  par  Dulci  mémorise. 

Ces  explications  pourront  être  appuyées  quelque  jour 
sur  des  preuves  sérieuses;  jusqu'à  ce  moment  elles  ne 
relèvent  que  de  l'imagination. 

On  peut  rappeler  encore  :DXIV|S;_DIV!+9;  — 

D   +  M  10;  —  D    £r^TP^    M";  -+  D+ M  +«!;- 

D  P  *  £5  M  >3;  -  B  M  ;£'*. 

Dans  ces  différentes  compositions,  le  D.  M.  ne  parait 
pas  fournir  un  sens  favorable  aux  combinaisons  dans 
lesquelles  on  a  tenté  de  le  faire  entrer.  C'est  probable- 
ment une  lourde  erreur  de  mettre  partout  des  raisons 
profondes  et  de  prêter  aux  anciens  des  intentions  mys- 
térieuses que  rien  ne  révèle  et  qu'ils  n'eurent  sans  doute 
pas.  Les  pierres  chrétiennes  qui  portent  le  sigle  D.M. 
en  fournissent  une  preuve  surabondante;  comme  l'es- 
pace manque  pour  les  rapporter  toutes  ici  intégralement, 
nous  donnerons  seulement  les  incipit  avec  la  référence. 

//.  BIBLIOGRAPHIE  DES  SOURCES  AUXQUELLES  ON  REN- 
VOIE DANS  LE  CLASSEMENT   DES   INSCRIPTIONS   PORTANT 

D.  M.  —  Apianus  et  Amantius,  Inscripliones  sacro-sanctee 
vêtus talis,  in-fol.,  Ingolstadii,  1534;  —  Aringhi  (Paulus), 
Romasublerranea  novissima,  inqua  post  Ant.  Bosium, 
Joa.  Severanum  et  célèbres  alios  scriplores,  anliqua 
christianorum  et  prœcipue  martyrum  cœmeleria,  tituli, 
monimenta,  epitap/iia,  inscripliones  ac  nobiliora  san- 
clorum  sepulchra  VI  libris  ittustrantur,  2  gr.  in-fol., 
Roma?,  1G51,  fig.;  2  in-fol.,  Lutetia?  Paris.,  1659,  fig.  ;  — 
Barbier  de  Montault,  Epigraphie  et  iconographie  des 
catacombes  de  Home,  dans  le  Revue  de  l'art  chrétien, 
1858,  t.  il,  p.  12-17,  317-323,  et  in-8°,  tirage  à  part; 
—  Bartolini  (Domenico),  Le  nuove  [catacombe  di 
Chiusi  recentemente  scoperle  nella  contrada  che  appel- 
lasi  S.  Caterina,  illustrait  da  monsig.  Domenico  Bar- 
tolini... disserlazione  letla...  il  iOluglio  1852,  dans  les 
Dissertazioni  dell'  accademia  pontificia  romana  di 
archeologia,  in-4°,  Borna,  1853,  t.  xm,  60  p.;  — Becker 
(Ferdinand),  Die  heidnische  Weiheformel  D.  M.  (Dus 
manibus  se.  Sacrum)  auf  altchrisllichen  Grabstein.  Ein 
Beilrag  zur  Kenntniss  des  christlichen  Altcrlhums 
von  Ferdinand  Becker,  mit  vielen  Abbildungen  in 
Holzschnitt,  in-8«,  Géra,  1881,  C8  p.;  —  G.  Becker, 
Die  Darstellung  Jesu  Christi  unter  dem  Bilde  des 
Fisches,  in-8»,  Breslau,  18G6;  —  Bianchini  (J.),  De- 
monstratio  historiée  ecclcsiaslicse  quadripartite,  in-fol., 
Borna?,  1752;  —  Boldetti  (Mar.  Ant.),  Osservazioni  sopra 

*  Sylloge  inscriptionum  antiquarum,  in-8°,  Londini,  1691, 
p.  198.  —  -  The  Church  in  the  catacombs,  a  description  of  the 
primitive  Church  of  Rome,  illustrated  by  ils  sepulchral  re- 
mains, in-81,  London,  1846;  2«  éd.,  in-8%  -1847,  p.  82.  —  »  Die 
heidnische  Weiheformel  D.  M.,  in-8°,  Géra,  1881,  p.  64.  —  *  Epi- 
taphs  of  the  catacombs,  in-12,  Toronto,  1869,  Introd.,  p.  iv.  — 
BJ.  Lami,  Novelle  letterarie  publicatp  in  Firenze,  Firenze, 
1770.  p.  347.  —  •  Tit.  n,  13.  —  •  G.  Spano,  Scoperte  archeolo- 
gicke  fattesi  in  Sardegna  in  lutto  l'anno  1813,  in-8°,  Cagliari, 
1873,   p.  39.  —  «R.  Fabrelti,  Inscr.  domest.,  p.  504,  n.  107.  — 


i  cimiterj  de'santi  martiri  ed  antichi  cristiani  di 
Roma,  aggiunlavi  la  série  di  tutti  quelli  che  in  va- 
rie parte  dei  mondo  si  trovano,  2  in-fol.,  Borna,  1720, 
fig.;  —  Bosio  (Antonio),  Roma  sollerranea,  opéra  pos- 
tuma  compila  e  disposita  dal  Giov.  Severani  da 
S.  Severino,  nella  quale  si  traita  de'sacri  cimiterii  di 
Roma,  delsito,  forma,ed uso a?Uico  di  essi.. .  nuovamente 
visitait  ericonosciuti  dal  Oit.  Pico,  publicata  da  Carlo 
Aldobrandino,  in-fol.,  Borna,  1632;  2e  éd.,  gr.  in-4°, 
Roma,  1650;  —  Brunati  (Jos.),  Museei  Kircheriani 
inscripliones,  in-8°,  Mediolani,  1837;  —  Bunsen  (C- 
J.),  Beschreibung  der  Stadt  Rom.,  3  in-8°,  Stuttgart, 
1830-1837  (en  collaboration  avec  Plaltner);  —  Cardinali 
(C),  Iscrizioni  antiche  Veliterne  illustrate,  in-4°,  Roma, 
1853;  —  Cavedoni  (Celestino),  Ragguaglio  storico  archeo- 
logico  di  un  anlico  cimitero  cristiano  scopertosi  di 
récente  nette  vicinanze  di  Chiusi,  dans  le  Messaggero  di 
Modena,  Modena,  1852,  réimprimé  dans  La  scienza  e  la 
fede,  Napoli,  1852,  t.  xxiv,  p.  217-240;  enfin,  avec  des 
additions  et  corrections,  Ragguaglio  storico  archeologico 
di  due  antichi  cimiteri  cristiani  délia  città  di  Chiusi, 
Modena,  1853,  dans  le  t.  xiv  de  la  3e  série  des  Me- 
morie  di  rcligione,  di   morale  e  di  letteratura,  99  p.; 

—  Chorier  (N.),  Recherches  sur  les  antiquités  de  la 
ville  de  Vienne,  in-12,  Lyon,  1659;  nouvelle  édition 
avec  les  additions  de  Cochard,  in-8",  Lyon,  1828;  —  Col- 
lombet  (F.-Z.),  Histoire  de  la  sainte  église  de  Vienne, 
in-8°,  Lyon,  1847;  —  Corpus  inscriptionum  latinarum , 
consilio  et  aucloritate  Academiee  litterarum  regirn  bo- 
russiese  edd.  Theod.  Mommsen,  Guill.  Henzen,  Aem. 
Ilùbner,  Car.  Zangemeister,  R.  Schône,  Joh.  Bapt.  de 
Bossi,  Aug.  Willmans,  Eug.  Bormann,  Christ.  Huelsen, 
Otto  Hirschfeld,  H.  Dessau,  Ben.  Cagnat,  Joh.  Schmidt, 
H.  Dressel,  Fr.  Bitschl,  Berolini,  in-fol.,  1862-....;  — 
Fabretti  (R.),  Inscriptionum  antiquarum,  quee  in  eedi- 
bus  paternis  asservanlur,  explicatio,  in-fol.,  Roma?, 
1702;  —  Garrucci  (Rail.),  Sloria  dell'arte  cristiana,  nei 
primi  olto  secoli  delta  Chiesa  corredata  délia  collezione 
di  tutti  monumenti  di  pittura  e  scullura,  incisi  in 
rame  su  500  tavole  ed  illustrait, G  in-fol . ,  Pra  to,  1872-1 881  ; 

—  Gazzera,  Dette  iscrizioni  cristiane  antiche  dei  Pie- 
monte  discorso,  in-4°,  Torino,  1849;  —  Georgius  (D.), 
De  monogrammate  Christi  Domini  dissertalio,  in-4°, 
Romœ,  1737;  —  Gruter(Jan.),  Inscriptiones  antiques  lotius 
orbis  romani  in  absolu lissimum  corpus  redactse  olim 
auspiciis  Josephi  Scaltgeri  et  Marci  Velseri  industria 
autem  et  diligentia  Jani  Gruteri  :  nunc  curis  secundis 
ejusdem  Gruteri  et  notis  Marquardi  Gudii  emendatse 
et  tabulis  œneis  a  Boissardo  confectis  illustrâtes  ;  denuo 
cura  viri  summi  Joannis  Georgii  Greevii  recensitx. 
Accedunt  adnotationum  appendix  et  indices  jxv  emen- 
dati  et  locupletati  ut  et  Tironis  Ciceronis  lib.  et  Se- 
necee  notée,  4  in-fol.,  Amsteloedami,  CID  IOCC  VII;  — 
Guarini  (Raims),  Alcuni  monumenti  antichi  spiegati, 
in-4°,  Napoli,  1828,  40  p.  ;  —  Guasco  (F.-E),  Musxi 
Capilolini  antiquee  inscripliones,  in-fol.,  Romœ,  1775; 

—  Kraus  (F.-X.),  Roma  sollerranea,  in-8°,  Freiburg 
im  Breisgau,  1879;  —  Lami  (.T.),  Novelle  letterarie  pub- 
blicate  in  Firenze,  in-8°,  1770,  t.  xxx;  —  Le  Blant 
(E.),  Inscriptions  chrétiennes  de  la  Gatde  antérieures 
au  vin'  siècle,  2  in-4»,  Paris,  1856-18G5;  —  Lupi  (A.), 
Dissertatio  et  animadversiones  ad  nuper  inventum 
Severee  martxjris  epitaphium,  in-fol.,  Panormi,  1734; 

9E.  Le  Blant,  Inscriptions  chrétiennes  de  la  Gaule,  t.  i,  p.  361. 

—  10  E.  Le  Blant,  loc.  cit.,  t.  n,  p.  470;  Corp.  inscr.  lat.,  t.  ni, 
n.  6042  ;  Cotonna  Ceccaldi,  Ftev.  archeol.,  nouv.  série,  1869,  t.  xix, 
p.  224  ;  Wachsmuth  dans  le  Rheinisches  Muséum  fur  Philologie, 
in-8%  Frankfurt-a.-M.,  t.  xxvii,  p.  615.  —  "  J.  Gruter,  Inscr. 
antiq.,  p.  dcxlii.  —  **  J.  Guarini,  Alcuni  monumenti  antichi 
spiegati,  in-4*,  Napoli,  1828,  p.  13.  —  i3  De  Rossi,  Bullettino  di 
archeologia  cristiana,  in-4",  Roma,  1868,  p.  88  sq.  —  '*  De  Rossi, 
Inscriptiones  Christian»  urbis  Romœ,  in-fol.,  Roms,  1861,  t.  I, 
n.  150. 


171 


ABREVIATIONS 


172 


—  Mabillon  (J.),  Muséum  italicum  seu  collectio  vete- 
rum  scriplorum  ex  bibliolliecis  italicis  eruta,  com- 
plectens  iter  italicum  litterarium,  opuscula  varia 
Palrum  et  vetera  monumenta,  cum  sacramenta- 
rio  et  pœnitentiali  gallicano,  antiquos  libros  rituales 
Romanse  ecclesiœ,  cum  commentario  prœvio  in  ordi- 
nem  romanum,  2  in-4°,  Lutetiae  Parisiorum,  1687-1689, 
fig.  ;  2  in-4»,  ibid.,  1724,  fig.;  Epistola  ad  Eusebium 
Romanum  de  cullu  sanctorum  ignotorum,  in-8°,  Pa- 
risiis,  1705;  —  Mamachi  (T.  M.),  Origines  et  antiquitates 
christianse,  in-4°,  Roma:,  1749;  2"  édition,  in-4°,  Roma?, 
1846;  --  Marangoni  (,).),  Acta  S.  Viclorini,  in-4°,  Roma?, 
1740;  Délie  cose  gentilcsche  e  profane  trasporlate 
ad  uso  e  adornamento  délie  chiese,  in-4°,  Roma,  1744; 

—  Marini  (G.),  Atti  e  monumenli  de 'fratelli  Arvali,  in-4°, 
Roma,  1795;  Inscriptionum  christianarum  pars  /a, 
publiée  par  le  card.  A.  Mai,  dans  sa  Scriplorum  vete- 
rum  nova  collectio,  in-4°,  Romoe,  1831,  t.  v;  —  Martigny, 
Dictionnaire  des  antU/uilés  chrétiennes,  contenant  le 
résumé  de  tout  ce  qu'il  est  essentiel  de  connaître  sur 
les  origines  chrétiennes  jusqu'au  moyen  âge  exclus. 
2  édit.,  gr.  in-8°,  Paris,  1877;  —  Morcelli  (E.  A.),  Opéra 
epigraphica,  in-4°,  Patavii,  1819;  —  Muratori  (L.  A.), 
Novus  thésaurus  veterum  inscriptionum  in  prsecipuis 
earumdemcollectionibushactenuspraetermissarun:,col- 
lectore  Lud.  Ant.  Muratorio,  6  in-fol.,  Mediolani,  1739- 
1742,  fig.;  —  Passionei  (D.),  Iscrizioni  antiche  disposite 
per  ordine  di  varie  classi  ed  illustra  te  con  alcune  nota- 
zioni,  in-fol.,  Luca,  1763;  —  Perret  (L.),  Les  catacombes 
de  Rome,  6  in-fol.,  Paris,  1852,  fig.;  —  Ravenez  (L.  W.), 
L'Alsace  illustrée  (traduction  de  l'A Isatia  illustrata  de 
Schœpllin),  5  in-8°,  Mulhouse,  1849-1852;  —  ReinesiusfT.), 
Synlagma  inscriptionum  antiquarum,  in-fol.,  Lipsia\ 
1682;  —  Ritter,  De  compositione  titulorum  christianorum 
sepulcralium  in  Corpore  inscriptionum  grsecarum  edi- 
torum,'m-8«,  Berolini,  1877,  44  p.;  —  Schultze  (V.),  Ar- 
chàologisclie  Sludien  ûber  altchrislliche  Monumente, 
gr.  in-8°,  Wien,  1880;  —  Spano  (G.),  Scoperte  archeolo- 
giche  fatlesi  in  Sardegna  in  tutto  l'anno  1783,  in-8°, 
Cagliari,  1873;  —  Steiner,  Inscriptiones  Danubii  et 
Rheni,  in-8°,  Seligenstadt,  1751. 

///.  EXEMPLES  DE   FORMULES  D.  M.    —  1.    DIS    MANI- 

BVS  PRINCIPIO  FILIO.  Lupi,  Epit.  Sev.  mart., 
p.  105;  Perret,  Catacombes,  t.  v,  pi.  U,  35;  cf.  Mura- 
tori, Thés.,  p.  mcmxxviii,  n.  4;  Mamachi,  Orig.  christ., 
t.  m,  p.  20;  Georgi,  De  Monogr.  Chrisli,  p.  52;  Bru- 
nati,  Mus.  Kircheriani  inscr.,  p.  114,  263;  Settele, 
Sull'importanza,  p.  60;  Rcestell,  dans  Platner  et  Bun- 
sen, Reschreibung  der  Stadt  Rom.,  t.  I,  p.  390,  etc.  ; 
F.  Becker,  n.  1,  p.  10. 

2.  D  MA  SACRVM  XL  LEOPARDVM.  Guasco,  Musei 
capitolini  ant.  inscr.,  t.  m,  n.  1268;  Mabillon,  Iter 
italicum,  p.  73;  Fabretti,  Inscr.,  t.  vin,  p.  574;  De  Rossi, 
Il  museo  epigrafico  crisliano  Pio-Lateranense,  p.  43; 
F.  Becker,  n.  2,  p.  10. 

3.  D.M.S.  FLORENTIVS  FILIO  SVO.  Boldetti, 
Osservaz.,  p.  462;  Muratori,  Thés.,  p.  mdccclxxv,  6; 
Bianchini,  Hist.  eccl.  quadr.,  t.  il,  p.  214,  pi.  I, 
sdrc.  I,  n.  56;  Marini,  Alli  degli  frai.  Arvali,  p.  171; 
Barbier  de  Montaull,  Épigraphie  eticonogr.  des  catac. 
de  Rome,  p.  28;  Perret,  Catac,  t.  v,  pi.  xv,  9;  De 
Rossi,  Museo.  epigr.,  p.  ix,  n.  39;  Ott,  Die  ersten 
Christen  i'iber  und  unter  der  Erde,  p.  290;  F.  Recker, 
p.  12,  n.  3. 

4.  D  M+S  VITALIS  DEPOSITA  DIE.  Lami,  Novelle 
letterarie  publicale  in  Firenze,  1770,  p.  347;  Perret, 
Catac,  t.  v,  pi.  vu,  11;  De  Rossi,  Il  museo  epigr. 
crist.,  p.  40;  F.  Becker,  p.  13,  n.  4. 

5.  ^CDM^  SPIRITO  REQVIESCENTI.  Spano,  Sco- 
perte archeologiche  fattesi  in  Sardegna  in  tutto  l'anno 
1813,  p.  39;  De  Bossi,  Rull.  diarch.  crist.,  1873,  pi.  xi, 
p.  129  sq.;  F.  Becker,  p.  15,  n.  5. 


6.  D.M.  S.  LAEVIAFIRMINA-MATER.  Boldetti, 
Oss.,  p.  461;  Lupi,  Sev.  epit.,  pi.  IX,  2;  Muratori,  Thés., 
p.  mclxxxii,  1;  p.  mdcccxcvi,  7;  Brunati,  Mus.  Kirch. 
inscr.,  p.  115,  267;  Perret,  Catac,  t.  v,  pi.  L,  28;  F.  Be- 
cker, p.  16,  n.  6. 


7. 


DMHILARIONI     INNOCENTISSIMO. 


Perret,  Catac,  t.  v,  pi.  lxi,  4;  De  Rossi,  Il  mus.  ep., 
p.  xvn,  n.  33;  F.  Becker,  p.  17,  n.  7. 

8.  D-M-GAVDENTIO  FILIO  MATER  FECIT.  Ma- 
rangoni, Acta  S.  Vict.,  p.  132;  Muratori,  Thés., 
p.  mdccclxxviii ;  Passionei,  Iscriz.  antiche,  p.  120,  n.  56; 
De  Rossi,  Il  mus.  epigr.,  p.  xvn,  n.  34;  F.  Becker,  p.  17, 
n.  8. 

9.  PD.SMCS  FESTO  CARISSIMO  COIVGI.  Vermi- 
glioli,  Ant.  iscr.  Perug.,  2e  éd.,  t.  n,  n.  5;  Mai,  Script, 
vet.  nov.coll.,  t.v,p.  379;  F.  Becker,  p.  17,  n.  9. 

10.  D.M.  IN  ||  PEREGRI  ||  PA.  De  Rossi,  Roma 
sotterr.,  t.  m,  p.  100,  pi.  xvm,3;  F.  Becker,  p.  18,  n.  10. 

11.  D.M.  «H  IVS  AGENOR  iHH  Tl  IN  PACE. 
De  Rossi,  Roma  sotterr.,  t.  m,  p.  375,  pi.  xxviii,  43; 
F.  Becker,  p.  18,  n.  11. 


12.  D- 


M 


AVR  •  DIOGENIE  •  QVE  •  Bl. 


Perret,  Catac,  t.  v,pl.  xlvi,  14;  F.  Becker, p.  18,  n.  12. 


13.  D 


M  IXOYC-ZGÙNTGÙN  £x£^Z&. 


De  Rossi,  Spic  solesm.,  t.  m,  p.  573;  Becker,  lnschrif- 
ten  der  rômischen  Cômeterien,  p.  31,  pi.  I,  1;  Schultze, 
Die  Darstellung  Jesu  Christi  unter  dem  Rilde  des  Fis- 
ches,  p.  24;  Das  Grab  des  Pelrus,  dans  Archâologische 
S  tudien  ûber  altc/tristliche  Monumente,  p.  229;  F.  Becker, 
p.  19,  n.  13. 

14.  DMTTOTTYAHNIAATTeOANHN.  Fabretti,  Inscr. 
ant.  expl.,  p.  590,  n.  107;  Corp.  inscr.  gr.,  n.  9596; 
G.  Becker,  Die  Darstellung,  p.  59,  n.  61;  Romani, 
Instituto  di  belle  arti  délie  Marche  in  Urbino;  cf. 
F.  Becker,  p.  22,  n.  14. 

15.  D.M.POMPONTAE  FORTVNVLAE.  Marangoni, 
Délie  cose  gentilesche  e  profane  trasportate,  p.  464  ;  Pas- 
sionei, Iscriz.  ant.,  p.  124,  n.  78;  G.  Becker,  Die  Darstel- 
lung, p.  39,  n.  20;  F.  Becker,  p.  22,  n.  15. 

16.  D  }^czC2^  M'  M-AVRELIO-ERMAISCO.  Gru- 
ter,  Inscr.  antiq.,  an.  1601,  p.  642;  G.  Becker,  Die 
Darstellung,  p.  47;  F.  Becker,  p.  23,  n.  16. 

17.  D-M-  NELI  -|-ASASORICIO.Lupi,  Epit., 
p.  163;  Marangoni,  Acta  S.  Vict.,  p.  153;  F.  Becker, 
p.  23,  n.  17. 

18.  D-M-LEOPARDVSQVI  VIXIT.  Cardinali,  Iscriz. 
ant.  ined.,  p.  17,  n.  98;  Iscriz.  ant.  Velit.  M.,  p.  200, 
n.  133;  Martigny,  Dict.,  p.  218,  au  mot  D.  M;  De  Rossi, 
Inscr.  christ. ,c.  v,  § 5,  t.  i,  p.  540,  et  Rullett.,  1873,  p.  54 
sq.  ;  F.  Becker,  p.  24,  n.  18. 

19.  D  Wm  AVRE...  AVRE...?»CE.  De  Rossi,  Rom. 
sotterr.,  t.  m,  p.  316,  pi.  xxvi,  32;  F.  Becker,  p.  25. 
n.  19. 

20.  «31Vd  A  WAUONNV  3llV9aVS  \NQ-  De 
Rossi,  Rullett.,  1864,  p.  9,  et  Roma  sotterr.,  t.  m,  p.  123, 
pi.  xix,  57;  F.  Becker,  p.  26,  n.  20. 

21.  D.M.  PARENIIS  FILIAE  DVLCISSIMAE.  De 
Rossi,  Rom.  sot  t.,  t.  i,  p.  336,  pi.  xxm,  2;  F.  Becker, 
p.  26,  n.  21. 

22.  D.M.  PAVLINA  BENEMERETI  SVE.  Perret, 
Catac,  t.  v,  pi.  lxxv,  2;  F.  Becker,  p.  27,  n.  22. 

23.  D.M.S.  LAVRICIO  CONC  BENEMERENTI 
Perret,  Catac,  t.  v,  pi.  lxxiii,  6;  Martigny,  Dict.,  au  mol 
Librarii;  F.  Becker,  p.  27,  n.  23. 

24.  D-M-S-  BENERVS  VIXIT  ANNOS  XXIII  ET. 
Boldetti,    Osservaz.,   p.   150;    Vermiglioli,    Ant.    iscr. 


173 


ABREVIATIONS 


174 


Perug.,  t.  n,  p.  593,  n.  27;  F.  Becker,  Die  Inschr.  der 
rôm.  Cômet.,  pi.  I,  n.  3;  Die  heidenische  Weiheformel 
D.  M.  p.  7,  n.  28. 

25.  D.M.S.  MATER  POSVITFILIO  AVGENDO. 
De  Rossi, 11  mus.  epigr.,  p.  xvi,  n.  2 ;  F.  Becker,  p.  29,  n.  25. 

26.  D.M.S.  SVLENIVS  PARTHENIVS  EVRYBA, 
De  Rossi, II  mus.  epigr.,  p.  xn,  n.  25;  F.  Becker,  p.  29, 
n.  26. 

27.^8  M-mm  nofilio  wzm  erenti  wm.. 

F.  Becker,  p.  30,  n.  27. 

28.  DD.MM.SS.OVIRIACE  VIXIT  ANNV.  F.  Bec- 
ker, p.  30,  n.  28. 

29.  D.M....ERIOSVS  DVLCISSI[M]VS  VIXIT.  F.  Bec- 
ker, p.  30,  n.  29. 

30.  «g    M LIO    COMMVNI    IVVENIS   SIMPLICI. 

F.  Becker,  p.  30,  n.  30. 

31.  D.M.  EROTIS  ALVMNO  DVLCISIMO  ET. 
Perret,  Calac.,  t.  v,  pi.  xlvi,  13;  De  Rossi,  Inscr.  christ., 
t.  i,  p.  lxxi;  F.  Becker,  p.  31,  n.  31. 

32.  D.M.  MARCIE-RVFINE  DIGNE  PATRONE. 
De  Rossi,  Rom.  sott.,  t.  i,  p.  334,  343,  pi.  XX,  27; 
F.  Becker,  p.  32,  n.  32. 

33.  D.M.  MARCAR  QVI  BIXIT  ANNI  DECEM.  De 
Rossi,  Rom.  sott.,  t.  i,  p.  330,  pi.  xix;  F.  Becker,  p.  32, 
n.  33. 

34.  D.M.TOTIE  INOCE  DOMITIE  QVE.  De  Rossi, 
Rom.  sott..  t.  m,  p.  109,  pi.  xxiv,  6;  F.  Becker,  p.  32, 
n.  34. 

35.  D.M.  AVRELIAECS  A. ..T.  FECIT  P  MATER. De 
Rossi,  Rom.  sott.,  t.  ni,  p.  136,  pi.  xxi,  43;  F.  Becker, 
p.  33,  n.  35. 

36.  D.M.AELIAM....LEONIC...  De  Rossi,  Rom. 
sott.,  t.  m,  p.  13(5,  pi.  xxi,  43;  F.  Becker,  p.  33,  n.  36. 

37.  D.M.v  ICTORI.  De  Rossi,  Rom. sott.,  t.  m,  p. 364; 
F.  Becker,  p.  33,  n.  37. 

38.  D.M.  COIVGI  CARISSIME  bASSVS  MARITVS. 
F.  Becker,  p.  33,  n.  38. 

39.  D.M.  VIXIT  SABINA  VIRGO  AN  XV  ET  DIES. 
F.  Becker,  p.  33,  n.  39. 

40.  D.M.PRIMILLVS  VIXIT  AN  MEN  VII  K.  Ver- 
miglioli,  Ant.  iscriz.  Perug.,  t.  h,  n.  16;  F.  Becker, 
p.  34,  n.  40. 

41.  PDM.PRIMITIBO  BENEMERENTI  QVI.  Gaz- 
zera,  Iscriz.  crist.  ant.  del  Piemonte,i>.29;  F.  Becker, 
p.  34,  n.  41. 

42.  DDM-^MVNDICIE  PROTOGENIE  •  BENE.  Si- 
ghardt,  Reliquien  aus  Rom.,  p.  30;  Geiss,  Geschichte 
der  Stadtpfarrei  S.  Peler,  p.  421  ;  J.  von  Hefner,  Rô- 
misches  Rayern.,  p.  242,  cf.  Becker,  p.  34,  n.  42. 

43.  D[m]  LVCIO-VAL[.4ga]THOPOC[ôene].  F.  Bec- 
ker, p.  37,  n.  43. 

44.  D.MS.FILIO  DVLCISSIMO  NICEROTI. Apianus 
et  Amantius,  Inscriptiones  sacrosanctse  vetuslalis,  p.  207  ; 
Gruter,  Thésaurus,  p.  mlvi,  5;  F.  Becker,  p.  38,  n.  44; 
p.  43, n.60;  Muratori,  Thés.,  t.  iv,  p.  mcmxvi. 

45.  D.M.PVERTATIANVS  DISCESSIT  •  DE  .Gruter, 
Thés,  inscr.,  an.  1603,  p.  mlx;  F.  Becker, p.  38,  n.  45. 

46.  D.M.S.*  CAESONIVS  SALVIVS  VONE.  Bosio, 
Rom.  sotterr.,  p.  58i;  Aringhi,  Rom.  subt.,  t.  il,  p.  151  ; 
Fa bretti,  Inscr.  antiq.,c\.  vin,  564;  Boldetti,  Osservaz., 
1.  II,  c.  xi,  p.  459;  F.  Becker,  p.  38.  n.  46. 

47.  GAVDENTIO  FECERVM...  DM.  Bosio,  p.  505; 
Aringhi,  t.  n,  p.  118;  F.  Becker,  Die  Inschriften, 
p.  16;  Die  heidenische  Weiheformel  D.M.,  p.  39,  n.  47. 

48.  D.M.  EVFROSINE  COIVGI  KARISSIMO.  Fa- 
bretti,  Inscr.  antiq.,  cl.  vin,  563;  F.  Becker,  p. 39,  n.  48. 

49.  D  M. XV  KAL.IVN  IVLIA  NICE  PATER.  Fa- 
bretti,  loc.  cit.,  cl.  vin,  572;  F.  Becker,  p.  39,  n.  49. 

50.  M.D.  SOSSIO  PRISCO  FILIO  DVLCISSIMO. 
Fabretti,  loc.  cit.,  cl.  vin,  581  ;  F.  Becker,  p.  40,  n.  50. 

51.  D.M.S.  FELICISSIME  ET  PASTORI  FILIS.  Fa- 
bretti, loc.  cit.,  cl.  vin,  565;  F.  Becker,  p.  40,  n.  51. 


52.  D.M.PVBLILIA  EVHODI  A  PVBLILIO.  Fabretti, 
loc.  cit.,  cl.  vin,  579;  F.  Becker,  p.  40,  n.  52. 

53.  DXM.TVLLIE  CASTE  VERE  CASTE.  Fabretti, 
loc.  cit.,  cl.  vm,  564,  n.  107;  F.  Becker,  p.  41,  n.  53. 

54.  DPM.S.IANVARIVS.  Boldetti,  Osservaz.,  p.  459; 
F.  Becker,  p.  41,  n.  54. 

55.  DM.TIGRDAS.ANOS  Vllll .  VIX .  ANOS.  D'après 
Boldetti,  F.  Becker,  p.  41,  n.  55. 

56.  M.  S.  D.  FELICITAS.  FI  LIO.SVO.BE  NE  M-.  Bol- 
detti, Osservaz.,  p.  460;  F.  Becker,  p.  41,  n.  56. 

57.  D.M.  PATROATA-ET  FILIA  MATRI.  F.  Becker, 
p.  42,  n.  57. 

58.  D.M.  IVLIA  SOROR  FRATRI  SVO  DVLCIS- 
SIMO. Boldetti,  p.  460;  F.  Becker,  p.  42,  n. 58;  Muratori, 
Thés.,  t.  iv,  p.  mdcccxci. 

59.  D.M.XANTIACE  IN  PACE.  F.Becker,  p.  42,n.59. 

60.  D.M.SECVNDINVS  FRATRI  SVO  VICTORI NO. 
Muratori,  Thés.,  t.  iv,  p.  mcmxxxvihjF.  Becker,  p.  43,  n.61. 

61.  D.M.  IN  PACE  VICTORIA  DORMIT  FILIVS. 
Boldetti,  Osservaz.,  p.  461;  Muratori,  Thés.,  t.  iv, 
p.  mcmlvii;  F.  Becker,  p.  43,  n.  62. 

62.  D.M.  PRIME  COMPARI  DVLCISSIME  VIXIT. 
Boldetti,  p.  461  ;  F.  Becker,  p.  43,  n.  63. 

63.  D.M.  VENERIVS  MOMELITIO  B...  Tl  FE.  Bol- 
detti, p.  461  ;  F.  Becker,  43,  n.  64. 

64.  D.M.S. LAEVIA-  FIRMINA  MATER  VETTIAE 
Boldetti,  p.  461;  Muratori,  p.  mdcccxcvi;  F.  Becker,  p.  44 
n.  65. 

65.  D.M.ABVNDANTIA  VIXIT  ANNIS  VIII.  Boldetti, 
p.  461  ;  F.  Becker,  p.  44,  n.  66. 

66.  D.  M.  P.  LIBERIO  VIXIT  ANI  N.V.MENS. 
Boldetti,  p.  83,  461;  De  Rossi,  Inscr.  christ.,  t.  I,  n.  24; 
Rœstell,  Reschreibung  der  Sladt  Rom.,  t.  i,  p.  374  ; 
cf.  F.  Becker,  p.  44,  n.  67. 

67.  LEO  IN  PACE  DM.  LEONTIVSLEA  F. Boldetti, 
Osservaz.,  p.  462;  F.  Becker,  p.  45,  n.  68. 

68.  D.M.  BONONIA  QVAE  VIXIT  CVM  VIRGINIO. 
Muratori,  Thés.,  p.  mdcccxlvi;  F.  Becker,  p.  45,  n.  69. 

69.  D.M.  LEONTIE  CONIVGI  AVXANON  MA-.  Mu- 
ratori, p.  mcmi,  3;  Passionei,  Iscr.  antiq.,  p.  120;  F.  Be- 
cker, p.  45,  n.  70.    • 

70.  D.M.  RENATE  BENEMERENTI  QVE  VIXIT. 
Muratori,  p.  mcmxxxi;  F.  Becker,  p.  45,  n.  71. 

71.  D.M.YPPOLITVS.Q.V.ANN.XIII.M.VIII.DP. 
Muratori,  p.  mcmlxiii;  F.  Becker,  p.  46,  n.  72. 

72.  O.K.CELESTINA.  Lupi,  Epit.  Sev.,  p.  105; 
F.  Becker,  p.  46,  n.  73. 

73.  v.wm.  ilaritati  M^wmmmmmm?,..  Lupi, 

p.  37;  F.  Becker,  p.  46,  n.  74. 

74.  D.M.CALOTYCE.  OCTABIANO.  COIVGI.  Mor- 
celli,  Opp.  epigr.,  t.  il,  p.  71  ;  F.  Becker,  p.  46,  n.  75. 

75.  D.M.  +  .IN  HOC  TVMOLO  RESVIISCIT  BONE. 
L.-W.  Ravenez,  L'Alsace  illustrée  de  Schœp/lin,  t.  m, 
p.  211,  pi.  xix ;  Steiner,  Inscr.  Dan.  et  Rh.,  n.  2076; 
Sammlung  und  Erklârung  altchr.  Inschriften,  p.  58,  77  ; 
Mommsen,  Inscr.  confed.  Helvet.lat.,n.30'l  ;  E.  Le  Blant, 
Inscr.  chrét.  de  la  Gaule,  t.  I,  p.  488;  F.  Becker,  p.  47, 
n.  76. 

76.  D.+  M.HIC  REQVESCIT  PRO[iecrw«].  E.  Le 
Blant,  t.  n,  p.  171,  pi.  63,  n.  381  ;  F.  Becker,  p.  47,  n.  77. 

77.  D  +  M.  VIBIAE  AVRELIAE  KARISSIMA[e],  Co- 
lonna  Ceccaldi,  Rev.  archéol.,  1869,  t.  xix,  p.  224; 
Corp.  inscr.  lat.,  t.  ni,  n.  6042;  F.  Becker,  p.  48,  n.  78. 

78.  D.  +  .M.  T.CATONI.  T. F.  POL.SAVINO. 
C.  Wachsmuth,  Mus.  Rhen.  nov.,  t.  xxvn,  p.  615;  Corp. 
inscr.  lat.,  t.  m,  n.  6547;  F.  Becker,  p.  48,  n.  79. 

79.  +D+M+...QVIESCIT...NOC5PACIS.Guarini,/Uc. 
mon.  ant.,  p.  13;  Mommsen,  Inscr.  reg.  Neap.,  1309; 
F.  Becker,  p.  48,  n.  80. 

80.  DM.  HIC  REQVIESCIT  IN  SOMNO.  Mommsen, 
Inscr.  regn.  Neap.,  1291;  F.  Becker,  p.  49,  n.  81. 

81.  D.   :(:):M.  SEPTENIS    DECIES  CVM.  Chorier, 


175 


ABREVIATIONS 


176 


Recherches,  p.  46;  Collombct,  Hist.  de  la  sainte  église  de 
Vienne,  t.  i,  p.  196;  de  Castellane,  Méni.  de  la  soc.  arch. 
du  midi  de  la  France,  t.  il,  p.  188.  Cf.  E.  Le  Blant,  Inscr. 
chrét.  de  la  Gaule,  t.  n,  n.  409;  F.  Becker,  p.  49,  n.  82. 

82.  D.M.  HIC  IACET  VIRGO  FIDELIS.  Muratori, 
p.  mccxxx,  3;  E.  Le  Blant,  Inscrip.  chrét.  de  la  Gaide, 
t.  ii,  n.  550,  p.  307;  F.  Becker,  p.  50,  n.  83. 

83.  D  éol^cS  M.  VALERIAE  VICTORIAE.  Corp. 
inscr.  lat.,  t.  x,  n.  3076. 

84.  D.M.  GELLIAE  ACINIAE  MATRI.  Bartolini,  Le 
nuove  calacombedi  Chiusi,  1853,  et  Dissert.  delVaccad. 
puni,  rom.,  t.  xni,  1355;  F.  Becker,  p.  51,  n.  85. 

85.  DC5M.Q.VAELIO  IVLIANO  SIVE  AEBVRIO. 
Bartolini,  loc.  cit.;  F.  Becker,  p.  51,  n.  86. 

86.  DPÎfcPM.  VLPIAE  VICTORIAE  CONIVGI.  Bar- 
tolini, loc.  cit.;  De  Bossi,  Bull.,  1868,  p.  88;  F.  Becker, 
p.  52,  n.  87. 

87.  DC5M.  NERANIAE  IVLIANENI  •  CONIVGI.  Bar- 
tolini, loc.  cit.;  F.  Becker,  p.  52,  n.  87. 

88.  D  M.  NONIO  VENVSTIANO  PATRI.  Bartolini, 
loc.  cit.;  F.  Becker.  p.  52,  n.  88. 

89.  D  M.L.  TREBONIO  SELEVCO  PATRI.  Barto- 
lini, loc.  cit.;  F.  Becker,  p.  53,  n.  89. 

90.  DM.GELLIO  VICTORINO  QVI  VIX.  Bartolini, 
loc.  cit.;  F.  Becker,  p.  53,  n.  90. 

91.  DC5M.  AVR.  ALEXANDRO  IVN.QVI  VIXIT. 
Bartolini,  loc.  cit.;  F.  Becker,  p.  53,  n.  91. 

92.  DC5M.  CAESIA  BENEBOLA  QVE  VIXIT.  Cave- 
<\oni,  Ragg  uaglio  stor.arch.di  un  un  lien  ci  m.,  1852  ;Rag- 
guaglio  storico  arch.  di  due  anlichi  cimiteri,  1853; 
F.  IJecker,  p.  5i,  n.  93. 

93.  D.M.  LFONTEIAE  GAVDENTIAE  QVAE.  Cave- 
doni,  loc.  cit.;  F.  Becker,  p.  54,  n.  94. 

94.  D.M.  SILVANO  NEOFITO  QVI  VIXIT.  Apian.. 
loc.  cit.,  p.  47;  F.  Becker,  p.  55,  n.  95. 

95.  D-M- AVRELIVS-  MAHES-  FILIVS-  MARINO- 
Apian.,  loc.  cit.,  p.  41;  F.  Becker,  p.  55,  n.  96. 

96.  DM.  VALERIVS  QVI  VIXIT  IN  SAECVLO. 
Gruter,  p.  mlx,  9;  F.  Becker,  p.  55,  n.  97. 

97.  D.M.  DVLCISSIMO  COMPARI  CONTRA.  Gru- 
ter,  p.  mlxii,  2,  d'après  Apian.,  loc.  cit.,  p.  46;  F.  Becker, 
p.  56,  n.  98. 

98.  D.M.  DIVIXTA.PATERNINI.ANCILLA.  Gruter, 
p.  mlii,  1  ;  F.  Becker,  p.  56,  n.  99. 

99.  D.M.  SANCTISSIMA  LVPVLA  SOLVTORIO. 
Gruter,  p.  mlvi;  F.  Becker,  p.  56,  n.  100. 

100.  A.DC5M.CO.  VALERIA  RODE  VALERIAE.  Gar- 
rucci,  Sloria,  t.  I,  p.  169. 

101.  D.M.AVRELIAE  AMPLIATAE  CONIVGI.  De 
Bossi,  Bull,  di  arch.  crist.,  1883,  p.  120,  pi.  x,  n.  1. 

102.  D.M.AVRELIO  FLORENTINO.  Cavedoni,  loc. 
cit.,  p.  18,  n.  7. 

103.  D.M.SIGfno  c]HRISTI.  Duchcsne  et  Bayet,  Mé- 
tvoire  sur  une  mission  au  mont  Alhos,  in-8°,  Paris, 
1870,  p.  132,  n.  191. 

104-110.  Cf.  Corp.  insc.  lat.,  t.  vm,  n.  11897.  11900, 
1 1905, 12197, 17414,  et  Ephem.  epigr.,  t.  v,  p.  479,  n.  1041. 
Inscriptions  douteuses  : 

1.  D.M.  MANNEO-PAVLO-PETRO.  De  Bossi, 
Bull.,  1867,  p.  13;  Kraus,  Rom.  sott.,  492  Tûbinger 
theol.  Quart.,  1867,  p.  621;  F.  Becker,  p.  58  a. 

2.  D.M.FLAVIAECASTRICIAE  VIRGINI.  De  Bossi, 
Bull.,  1876,  p.  69;  F.  Becker,  p.  59  B. 

3.  D.M.  BONAE  MEMORIAE  ET  DOMVI.  Reine- 
sius,  Syntagma,  cl.  xx,  n.  416;  Muratori,  p.  mcmix;  Ma- 
machi,  Orig.  christ.,1^  éd.,  p.  87  sq.  ;  F.  Becker,  p.  58  C. 

'  Ch.  Descemet,  Inscriptions  doliaires  latines  :  marques  de 
briques  relatives  à  une  partie  de  la  Gens  Domitia,  in-8% 
Paris,  1880,  p.  111,  notes  :  De  quelques  particularités  épigra- 
vliiques.  —  *  De  Rossi,  Bull,  di  arch.  crist.,  1870,  p.  10;  Monu- 
menta  Eccl.  lit.,  t.  I,  n.  3205.  —  3E.  Le  Blant,  Inscriptions 
chrétiennes  de  la  Gaule,  n.  12,  72.  —  */6id.,  t.  i,  p.  XI.  —  5  De 
Rossi,  Inscr.  clirist.  urb.  Rom.,ï.  I,  proleg.,p.  xxi  ;  E.  Le  Etant, 


4.  MERLA  ETCAII  D[ascia]M\\  ET  MtMORIAE.  E.  Le 
Blant,  lnscript.  chrét.  de  la  Gaule,  n.  86  a;  F.  Becker, 
p.  59  d. 

5.  D.M.  CORPVS  MARTIAE-MARCELLINAE.  Stei- 
ner,  Cod.  inscr.  Rom.  Rhen.,^'  éd.,  t.  i,  p.  289,  609;  De 
Bossi,  Inscr.,  t.  i,  p.  307;   F.  Becker,  p.  59  E. 

6.  D.M.AVRELIO-CELERIMARITO-  BENE.  De 
Bossi,  Rom.  sott.,  t.  m,  p.  147;  F.  Becker,  p.  60  h. 

7.  D.M.Q.DOMITI-IVLIANI.  F.  Becker,  p.  61  i. 

8.  D.I.B.M.  APOSCLENOLVCILLIANOP.Penet, 
Catac,  t.  v,  pi.  lxxvi,  5;  F.  Becker,  p.  62  ic. 

9.  DCS.C.  LO-SODIONICSM.  Lupi,  Epit.  Sevcr., 
p.  123;  F.  Becker,  p.  62  l. 

10.  D.M.BONE  MEMOREVRSECARISSIME.Lupi, 
loc.  cit.,  p.  135;  F.  Becker,  p.  62  m. 

11.  OCSK.  AEAIA-BEPONEIKH  OEYAIANOC.  Bol- 
delti,  p.  462;  Muratori,  p.  mccxc,  1;  Corp.  inscr.  gr., 
t.  m,  n.  6529;  F.  Becker,  p.  63  N. 

12.  M.  AOYKIOC  OAABIOC  KAAAOC.  Corp.  inscr. 
gr.,  t.  iv,  n.  9862;  Bitter,  De  composit.  tilid.  christ., 
1877;  F.  Becker,  p.  63  o. 

13.  D.M.AVRELIO  BALBO.VITO  INTEGERRIMO. 
Apian.,  p.  278;  Gruter,  p.  ml,  3;  F.  Becker,  p.  64  Q. 

14.  D.D.S.  VRNA  BREVIS.GE.MINVM.  Apian., 
p.  227;  Gruter,  p.  mlv,  2;  F.  Becker,  p.  65  R. 

15.  D.'M.ET.  MEMORIAEAETERNAE.  Corp.  inscr. 
lat.,  t.  xiii,  n.  1880. 

16.  DM.  PET  MEMORIAE  AETERNAE.  Allmer,  dans 
les  Mémoires  de  l'Acad.  de  Lyon,  1888.  t.   xxv,   n.  26. 

VIL  Formules  diverses.  —  Sur  la  formule  V.Q.F. 
ou  VALEAT  QVI  FECIT.  -  Ce  sigle.  dit  Ch.  Desce- 
met ',  est  particulier  aux  produits  des  fabriques  do- 
liaires de  la  gens  Domitia  ou  de  ses  employés;  on  ne  le 
retrouve  nulle  paît  ailleurs,  ni  sur  les  inscriptions  do- 
liaires, ni,  croyons-nous,  sur  des  monuments  anti- 
ques. Voir  Descemet,  loc.  cit.,  n.  21,  22,  23,  24,  25,  26, 
27,28,  29,  30,  65,  66,  67,  68.  69,  70  71.  72.  73.  71.  75.  76: 
(Q.  F.  V.  98),  111,  124,  185,  223.  224.  225.  L'officine 
doliaire  de  Cneius  Domitius  Evaristus,  affranchi  de  Luca- 
nus  et  Tullus  Domitius,  était  florissante  au  commence- 
nu  nt  du  IIe  siècle  de  notre  ère.  Ce  C.  D.  Evaristus 
imprimait  sur  les  produits  de  sa  fabrication  le  symbole 
de  la  palme  intercalée  entre  les  sigles  V.  Q.  F.  Marini 
dit  avoir  vu  une  brique  de  cette  officine  qui,  à  la  place 
des  palmes  intercalaires,  présentait  entre  V  et  Q  un 
symbole  en  forme  d'étoile  qui  pouvait  être  le  mono- 
gramme  du  Christ,  ^,  et  entre  Q  et  F  un  symbole  très 
fruste  qui  pourrait  être  un  1/iJ;.  Cette  brique,  malheu- 
reusement disparue,  mais  que  la  parole  de  Marini 
suffit  à  garantir,  devrait  donc  se  lire  :  Valeat  [in 
Christo]   Qui   Fecil    [ejus  pisciculus,   i.   e.  /idelis]-. 

Le  sigle  d'abréviation  &.  —  On  le  rencontre  en  Gaule 
sur  deux  inscriptions  3. 

L'abréviation  COS.  COSS.  —  L'abréviation  de  consul 
n'est  pas  écrite  COS  après  377  4;  COSS  caractérise  de 
même  les  marbres  d'assez  bonne  époque  5. 

L'abréviation  D.O.M.  —  Ce  sigle,  qui  se  voit 
encore  de  nos  jours  sur  le  Fronton  de  quelques  églises, 
n'a,  quoi  qu'on  en  ait  dit  6,  jamais  été  un  indice  de 
christianisme.  Le  doute  n'est  pas  possible;  nous  avons 
en  effet  un  marbre  des  catacombes  sur  lequel  le  sigle. 
que  l'on  interprète  par  Deo  oplimo  maximo,  a  été  enlevé 
au  ciseau".  Fn  réalité  elle  doit  s'entendre  de  Jupiter  ». 

L'abréviation  BM.  —  Elle  est  presque  spéciale  à 
l'Italie  du  Nord9.  Le  tome  v  du  Corpus  inxriptionum 
latinarum  en  fournit  de  nombreux  exemples. 

loc.  cit.,  n.  469.  —  *  J.-L.  de  Beaulieu,  Archéologie  de  lu  Lor- 
raine ou  Recueil  de  initiées  ri  documents  pour  servir  à  l'his- 
toire des  antiquités  de  cette  province,  2  in-8*.  »  chez  M**  V™ 
Lenormand,  »  1840-1843,  t.  I.  p.  221  et  pi.  H,  n.  11.  —  'Boldettl, 
Osserrazioni  sopro  alcuni  cinutei-i,  p.  540.  —  •  E.  Le  Blant, 
Inscriptions  chrétiennes  de  la  Gaule,  t.  i,  p.  423.  —  •  E.  Le 
Blant  loc.  cit.,  t.  H,  p.  154,  notes  2,  3.  n.  022  a. 


177 


ABRÉVIATIONS 


17g 


VIII.  De  l'abréviation  IHV,  IHS.  —  Ce  sujet  a  été 
abordé  et  traité  avec  étendue  par  divers  auteurs  '  ;  nous 
nous  bornerons  à  quelques  observations.  Une  discussion 
s'est  élevée  sur  la  langue  de  laquelle  dérivait  le  sigle, 
soit  IHIOYI,  soit  IHESVS. 

Les  Pères,  comme  l'a  fait  remarquer  du  Cange,  ont 
envisagé  le  côté  mystique  2,  à  l'exemple  du  Pseudo-Bar- 
nabe 3  et  de  Clément  d'Alexandrie4.  Grâce  à  la  valeur 
numérale  de  IH  (=  18)  on  y  trouvait  une  exégèse  du 
nombre  de  la  petite  troupe  d'Abraham,  dans  une  guerre 
faite  par  ce  patriarche  contre  un  cheik,  nommé  Cho- 
dorlahomor.  Il  suffisait  d'ajouter  la  lettre  T  dont  la  va- 
leur est  300.  Mais  ces  subtilités  ne  s'appuient  sur  aucun 
monument  connu. 

1°  Glyptique.  — Les  seules  gemmes  antiques  qui  offrent 
quelque  chose  d'approchant  sont  deux  pierres  annu- 
laires portant  : 


IH 

xe 


et 


IHC  TTET 


qui  doivent  se  lire  :  IHaou;  Xpioroç  Geo;  et  :  IHaouC 
TTETpoç. 

Ni  l'une  ni  l'autre  ne  se  prête  à  l'explication  mystique, 
car  la  première  donne  IH  =18,  et  la  seconde  IHC  = 
218.  D'ailleurs  ces  gemmes  sont  d'une  médiocre  anti- 
quité. 

Les  monuments  romains  ont  fourni  ZESVS  confor- 
mément au  zézaiement  en  usage  dans  l'antiquité  5. 

Une  des  formes  les  plus  antiques  du  monogramme  ^c, 
que  l'on  a  essayé  de  décomposer  en  I  et  X,  ne  pouvant 
supporter  cette  violence,  il  reste  qu'avant  le  cinquième 
siècle  ce  sigle  ne  peut  être  utilisé  pour  la  discussion0. 
L'exemple  le  plus  ancien  serait  une  épitaphe  décou- 
verte près  de  Vienne  en  Dauphiné,  mais  dont  la  lecture 
n'est  pas  tout  à  fait  certaine.  Jacques  Spon  a  introduit 
dans  son   exemplaire   interfolié  la  correction  suivante. 

Entre  XPO  et  DMO  (ligne  8)  il  ajouta  l'abréviation 
IHV  '.  La  probité  scientifique  de  Spon  est  au-dessus  de 
tout  soupçon,  néanmoins  la  date  de  l'inscription  —  491 

—  ne  permet  pas  de  recevoir  cette  lecture  sans  discus- 
sion. 

Une  autre  gemme  antique  souvent  publiée  donne  le 
monogramme  sous  cette   forme    IHC8,  et  une   pierre 
gnostique  :  l-R  9. 
Un  jaspe  rouge  du  British  Muséum  : 
IHCOYC  eCOY  YIOC  eTHP»o. 
Une  sardoine  du  même  cabinet  : 

IHCOYC". 

Une  pierre  gravée  : 

IHCVC  »2. 

1  J.  AUegranza,  De  monogrammate  D.  N.  Jesu  Cltristi,  in-4% 
Milano,  1773;  Vettori,  De  vetustate  et  forma  monograrn- 
matis  ss.  nominis  Jesu  dissertatio,  in-4%  Romae,  1747  ; 
C.  Cavedoni,  Dell\  origine  e  valore  délia  scrittura  compen- 
diosa  IHS  del  sacrosanto  nome  di  Gesù  dans  les  Memorie  di 
religipne,  di  morale  e  di  letteratura,  in-8%  Modena,  1846, 
série  III,  t.  m,  p.  50-68;  R.  Garracci,  Storia  delV  arte  cristiana, 
in-lol.,  Prato,  1873,  t.  I.  Cf.  Nouveau  traité  de  diplomatique, 
in-4%  Paris,  1750-1765,  t.  m,  p.  511  ;  Casley,  A  catalogue  of  the 
King's  library,  in-4%  London,  1735,  t.  v,  part.  2,  p.  352-353  ;  P.  Buo- 
narotti, Osservazioni  sopra  alcuni  frammenti  di  vasi  antichi 
di  vetro  ornati  di  figure,  trovati  ne'  cimiteri  di  Roma,  in-4% 
Firenze,  1716,  p.  263.  —  !  Du  Cange,  De  inferioris  xvi  numis- 
matibus,  §28;  cf.  C.  Cavedoni,  loc.  cit.  —  3Epist.,  n.  9, 
éd.  Funk,  t.  i,  p.  30.  —  *  Stromata,  vi,  11,  P.  G.,  t.  IX,  col.  305. 

—  »P.  Buonarotti,  loc.  cit.,  p.  52.  —  6  J.  AUegranza,  loc.  cit.,  p.  41  ; 
C.  Cavedoni,  loc.  cit.,  p.  55;  Bullettino  archeologico,  1843,  p.  152- 
153  ;  1845,  p.  30.  —  7  E.  Le  Blant,  Inscriptions  chrétiennes  de  la 
Gaule,  n.  436.  —  8  Aringhi,  Roma  subterranea,  1.  V,  c.  IX,  in-fol., 
Lutetiae  Parisiorum,  1659,  t.  u,  p.  47.  —  9  Montfaucon,  Antiquité 
expliquée,  in-tol.,  Paris,  s.  d.  ,t.  n  b,  pl.CLXVii,  p.  370.  — i0  et  "  C.  W. 
King,  Antiq.  gems.,  in-8%  London,  1860,  p.  352.  —  "Macarius, 
Hagioglypta,  sive  picturse  et  sculpturse  sacrse  antiquiores, 
prxsertim.  qux  Romx   reperiuntur    edit.  R.  Garrucci,   in-8% 


2°  Numismatique.  —  Les  premières  monnaies  qui 
offrent  le  sigle  IHS  sont  de  Justinien  II  (685-695  et  705- 
711)'3. 

d  N    IhS     ChS  REX   REGNANTIVM 
IhS  CRIST  D  F  REX  REGNANTIVM 

Il  ne  parait  pas  possible  de  lire  la  première  légende 
autrement  que  :  dominus  Nnstrr  WnesuS  Chm<«S  etc. 
La  lettre  de  la  deuxième  abréviation  ne  peut  être  un  rj 
et  doit  donc  être  un  h;  c'est  aussi  un  /*  qui  se  trouvera 
alors  dans  la  première  abréviation,  ces  deux  caractères 
étant  identiques. 

Au  contraire  dans  la  monnaie  de  Constantin  VI  (780- 
791)  on  douve  la  légende  suivante  :  In  SVS  XPISTVS 
NICA.  qui  reparaît  sous  Michel  II,  Michel  III,  Basile  le 
Macédonien  et  Jean  Zémis.  Ici  la  seconde  lettre  est  cer- 
tainement IV,  grec.  Il  faut  remarquer  d'ailleurs  la  cor- 
ruption du  langage  dans  cette  légende,  le  mot  NICA 
réunit  lui  aussi  deux  idiomes  puisqu'il  devait  être  écrit 
régulièrement  NIKA. 

3°  Épigraphie.  —  Une  inscription  dédicatoire  (de  l'an 
627)  de  l'église  d'Andujar,  en  Espagne,  commence  ainsi  : 

IhESV  CHRISTO  DNÔ   NOSTRO  *«• 
A  Ravenne,  (vie  siècle)  : 

VBI  DEPOSVIT  IHS  VESTIMENTA  SVA" 
A  Vérone  (?)  (vnr3  siècle)  : 

ÏN~N  DNÏÏHV  XpTDE  DONIS'6 
A  Rome  (ixe  siècle)  : 

DNS  NOSTER  ÎÏÏS  XPS" 

"ÏHV  XPM8 
Diptyque  de  Rambona  : 

EGO  SVM   IHS  NAZARENVS'9 
A  Rome  (1205)  : 

DOMINI  NOSTRI  îhV~20  XPI  2' 
A  Mauléon,  en  Poitou  (1220)  : 

+  *  IHESVS  *22 

Comme  pour  plusieurs  autres  problèmes,  les  textes 
épigraphiques  permettent  de  remonter  beaucoup  au 
delà  des  limites  où  s'arrêtent  les  textes  d'autre  nature. 
Le  P.  Lupi  donne  le  sigle  suivant  : 

<-h 


AOY 


AH 


qu'il  traduit  :  IHIOY  XPIITOY  AOYAHN,  servante  de 
Jésus-Christ23. 

Marangoni  'u  donne  une  autre  épitaphe,  sur  laquelle  il 

Lutetiae  Parisiorum,  1850,  p.  7.  —  ,3J.  Eckhel,  Doctrina  veterum 
nummorum,  in-4%  Vindobonae,  1792-1798,  t.  vm,  p.  228;  L.  de 
Saulcy,  Classement  des  suites  monétaires  byzantines,  in-8% 
1838-1840,  pi.  xn.  —  ,4H.  Florez,  Espaha  sagrada,  in-4%  Madrid, 
t.  xn,  p.  366,  cf.  t.  Il,  p.  207  ;  G.  Marini,  Inscriptiones  christia- 
nx,  dans  Mai,  Scriptorum  veterum  nova  collectio,  in-4%  Ro- 
mae, 1831,  t.  v,  p.  87,  n.  2;  H.  Florez,  loc.  cit.,  t.  Il,  p.  35.  — 
,5J.  J.  Ciampini,  Vetera  monimenta,  in  quibus  prxcipue  mu- 
siva  opéra  sacrarum  profanarumque  xdium  structura  ac  non- 
nulli  antiqui  ritus  dissertationibus  iconibusque  illustrantur, 
in-tol.,  Romae,  1690,  part.  I,  pi.  69.  Cf.  Corp.  inscr.  lat.,  t.  v, 
n.  7793,  IHM.  —  ,6  S.  Maffei,  Muséum  Veronense,  in-fol.,  Veronae, 
n.  1749,  p.  181.—  ,7  G.  Marini,  I  papiri  diplomatici  raccolti  ed  il- 
lustrati,  in-tol.,  Roma,  1805,  p.  215.  —  18  J.  J.  Ciampini,  loc.  cit., 
part,  n,  p.  112.  —  "P.  Buonarotti,  loc.  cit.,  p.  257,  263,  273.  — 
'"  Dans  cette  inscription  la  haste  de  h  est  Combinée  avec  le  trait 
horizontal,  signe  d'abréviation,  de  manière  à  former  un  croisillon. 
Même  emploi  dans  un  ms.  de  la  fin  du  vm"  s.,  Nouveau  traité  de 
diplomatique,  t.  in,  p.  142,  pi.  xui,  et  dans  un  ms.  du  Chapitre 
de  Vérone.  Cf.  Attonis  ep.  Vercellens.  Opéra,  t.  I,  p.  vu,  éd.  Bu- 
rontii  del  Signore,  et  dans  P.  L.,  t.  cxxxiv,  col.  9  sq.  —  *'  Ode- 
rici,  Sylloge,  p.  275.  —  "  Revue  de  numismatique,  t.  m,  p.  196. 
—  «  A.  Lupi,  Epit.  Sev.  mart.,  §  xiv,  p.  137  ;  Muratori,  Thés., 
p.  mcmliv,  8.  —  "  Marangoni,  AcX.  S.  Victorini,  p.  115. 


179 


ABREVIATIONS 


180 


lit  :  I  H....J?.  Jésus  Christus,  Et  une  inscription  de  la 
voie  Tiburtine  finit  par  cette  ligne  : 

AOYAOC  TOY  KYPIOY  CIHCOY  $.  « 
4°  Diplomatique.  —  Les  diplômes  du  VIIIe  siècle 
montrent  la  lettre  A  dans  l'abréviation.  Deux  diplômes 
du  milieu  de  ce  siècle  portent  Jhesu  2,  un  troisième,  de 
977,  porte  Jeshu  Xpo  3.  Cavedoni  dit  que  la  forme  Jhesu 
est  plus  fréquente  queJesw  dans  l'histoire  de  Nonantola 
et  les  Memorie  storiche  de  Tiraboschi  *. 

Casley  soutient  que  les  manuscrits  scripturaires  latins 
contiennent  Ihs,  Ihù,  Ihm,  avec  l'A  latine,  et  cela  depuis 
le  vi«  siècle  5;  il  est  vrai  que  cette  information  est  bien 
ancienne  dans  une  science  qui  a  reçu  d'immenses  accrois- 
sements, mais  aucune  statistique  ne  permet  encore  d'uti- 
liser les  indications  éparses  dans  les  mss.  et  les  fragments 
publiés. 

Dans  un  ms.  de  Saint-Germain-des-Prés,  l'abréviation 
grecque  a  influé   sur    l'abréviation  latine  du  texte    en 

regard,  on  lit  donc  KC  IC  dans  le  texte  grec  et  dns  IC 
dans  le  texte  latin  6.  Les  auteurs  du  Nouveau  traité  de 
diplomatique  citent  l'exemple  HIESVS  filius   Sirach, 
dans  un  ms.  du  vnr3  siècle  ''. 
5°  Palrislique.  —  Saint  Damase  tourne  la  difficulté  8: 

/  n  rébus  tantis  Trina  conjunctio  muni  1 

E  rigit  humanum  sensum  laudare  venust  E 

S  ola  Salus  nobis  et  mundi  summa  Potesta  S 

V  enit  peccati  nodum  dissolvere  fruct  V, 

S  umma  Salus  cunctis  nituit  per  secula  terri  S. 

Saint  Jérôme,  interprétant  le  nom  de  Jésus,  Salvator, 
sive  Salvaturus,  écrit  ce  qui  suit  :  Ut  I  lilterse  servare- 
mus  ordinem,  aspirationem  II  in  plerisque  omisimus, 
licet  eam  grammalici  non  putent  lilterse  loco  haben- 
dam  9. 

6°  Coupes  gravées  : 

CRISTV  ZESVSio 
ZESVS  CRISTVS" 
ZESVS'2 

7»  Origine  de  IHS.  —  On  pourrait  citer  d'autres 
exemples  sans  sortir  de  l'antiquité,  et  l'intérêt  qu'ils 
présentent  est  de  donner  à  notre  siglt.  sa  date  parmi  les 
plus  anciens.  On  s'est  efforcé  de  prouver  que  l'origine 
de  IHS  était  latine,  nous  n'y  contredirons  pas,  mais  nous 
constaterons  que  jusqu'à  cette  heure  on  n'a  trouvé  ni 
un  texte,  ni  un  argument  assez  formel  pour  clore  le  dé- 
bat. C'est  ce  texte  ou  cet  argument  que  nous  attendrons 
pour  prendre  parti. 

Cavedoni  tenait  pour  l'origine  latine  et  voyait  dans  la 
lettre  H  non  Vêla  grec,  mais  une  aspirée  13.  Le  P.  Gar- 
rucci  soutient  l'avis  contraire  u.  Mais  dans  les  sciences 

«  Gli  studi  in  Italia,  anno  VI,  t.  n,  fasc.  2.  —  «  G.  Marini,  Pa- 
viri  diplumatici,  n.  vu,  vm.  —  3  Tbid.,  n.  civ.  —  *C.  Cavedoni, 
loc.  cit.,  p.  59.  —  5  J.  Bianchini,  Eoangeliarium  quadruplex  la- 
tines versionis  antiquœ,  seu  veteris  italiac  nunc  primum  in 
lucem  editum  e.r  coda,  manuscript.  aureis,  argenteis,  purpu- 
reis.aliisgue  plusquam  millenarise  antiquitatis,  in-fol.,  Romae, 
1749,  t.  Il,  p.  576,  588,  599;  Laurent  a  Turre,  De  codice  Evangel. 
Foroiul.,  p.  9;  Nouv.  traité  de  diplom..  t.  m,  p.  142,  146,  193, 
195,  687;  cf.  Cavedoni,  loc.  cit.  —  •  J.  Bianchini,  loc.  cit.,  t.  n, 
p.  589.  —  '  T.  m,  p.  213.  -  *  Carmen,  iv  et  v.  Cf.  P.  L.,  t.  XIII, 
col.  377  sq.  —  '  De  nomin.  hebr.,  éd.  Vallarsii,  t.  m,  p.  91.  — 
">Monum.  Eccl.  lit.,  t.  i,  p.  3.r><;:S.  -  "  Ibid.,  t.  i,  p.  3564,  3618, 
3685.  —  "Ibid.,  t.  i,  p.  3(i7s.  —  '«C.  Cavedoni,  Origine  e  valore, 
Bibl.  catt.,  t.  xn,  p.  161;  t.  XXX,  p.  155  sq.,  et  dans  le  Messag- 
gero  di  Modena,  11  août  1855.  —  '*  R.  Garrucci,  Storia  deir 
arte  cristiana,  iivfol.,  Prato,  1872,  t.  I,  p.  164.  —  ,5A.  Mai, 
Nova  bibliolheca  Patrum,  in-4',   Romae,    1852,    t.   I  a,  p.  186. 

—  ,9L.  d'Achery,  Spicilegimn,  in-fol.,  Parisiis,  1723,  t.  m,  p.  330. 

—  "Voy.  le  texte  dans  Garrucci,  loc.  cit.,  p.  165.  —  "  Expo- 
sitio  in  Matth.,  c.  i;  cf.  P.  L.,  t.  cvi,  col.  1263  sq.  —  "T.  Rci- 
nach,  dans  la  Byzantinische  Zeitschrift,  in-8*,  Leipzig,  1900, 
p.  60.  Cf.  Lebas  et  Waddington,  Voyage  archéologique  en 
Grèce  eten  Asie  Mineure,  in-4\Paiïs,p.  504  :  Xpi<nb{  •  U  Mafia; 


positives  on  fait  usage  de  raisons  et  non  d'autorité» 
Un  grammairien  du  vi»  siècle,  Dynamius,  croyait  à  l'ori- 
gine grecque  de  l'H  :  In  sacris  paginis,  prseter  XXII I  lit- 
teras  alphabeli  latini,  usi  sumus  XP  in  Christi  nomine, 
in  IHV,  H,  et  in  Apocalypsi  A  et  Cù  15.  Plus  tard,  l'évêque 
Jonas  répond  à  Amalaire  qui  l'avait  consulté  pour  savoir 
s'il  faut  écrire  IHC  ou  IHS  :  Sicut  X  et  P  grsecis  litteris 
et  alia  qualicumque  latina  convenienti  superioribus 
scribitur  nornen  Christi,  ita  I  et  H  addita  convenienti 
latina  scribitur  IHS  16.  Celte  question  parait  avoir  fort 
préoccupé  Amalaire,  elle  allait  bien  d'ailleurs  à  son  tour 
d'esprit  17.  Un  autre  de  ses  correspondants  recourut 
jusqu'à  Porphyre  le  philosophe  :  Porphyrius  philoso- 
])hus  nomen  Jesu  in  anacroslica  sua  laline  scribit  hoc 
modo  IHSVS  quem  novimus  ulriusque  linguse  perilissi- 
mum  fuisse;  usus  videlicet  heta  grseca  littera  pro  H 
longa,  quam  grseci  in  lingua  propria  pro  I  longa  sem- 
per  sonant  :  latini  vero  pro  £  longa.  Alia  vero  ratione 
imitantes  Hebrseos  Jesum  pronuntiamus  non  per  aspi- 
rationem sed  per  H  grsecum  scribentes.  Au  IX»  siècle, 
Druthmar,  moine  de  Corbie,  écrit  touchant  le  sigle  : 
Scribitur  cum  tribus  litteris,  id  est  iota,  et  e  longa  et 
sigma  18. 

IX.  Le  sigle  X  M  I".  —  Ce  sigle  a  été  étudié  a  plu- 
sieurs reprises,  un  de  ses  derniers  interprètes  l'a  rendu  : 
Xpiorbv  Mapia  YewS  19.  Cette  lecture  est  plus  ingénieuse 
que  probable.  L'interprétation  commune  20  est  Xpiaroç 
Miya-riX  raopt/iX.  Ce  sigle  se  rencontre  dans  l'épigra- 
phie  chrétienne  de  Syrie  (il  n'apparaît  qu'exceptionnel- 
lement sur  les  monuments  situés  au  nord  du  Taurus2', 
cependant  on  trouve  quelques  pierres  très  disper- 
sées qui  le  reproduisent)  ;  à  Athènes  (provenance  incon- 
nue)22; à  Thessalonique  23;  à  Bostres2*,  en  Arabie;  en 
Sicile,  à  Syracuse  2S;  d'autres  exemplaires  ont  été  trouvés 
à  Thèbes  dans  une  inscription  copte26  et  en  Syrie  par 
Waddington.  Ces  derniers,  au  nombre  de  sept,  sont 
datés  et  montrent  que  ce  sigle  a  été  employé  entre  la 
seconde  moitié  du  ive  siècle  et  le  commencement  du 
vie27.  On  le  trouve  encore  en  Phénicie 28  sur  un 
titulus  daté  de  l'année  401;  enfin  à  Rome  sur  une  tuile 
trouvée  dans  Vemporium  29;  depuis  on  en  a  découvert 
60  exemplaires  sur  le  toit  de  Sainte-Marie  Majeure  30. 
La  présence  d'un  exemplaire  unique  à  Rome  avait  fait 
préjuger  à  De  Rossi  que  cette  brique  y  avait  été  ap- 
portée à  cause  du  lieu  de  la  trouvaille, Vemporium, proche 
du  Monte  Teslaccio,  où  venaient  s'amonceler  tous  les 
débris  des  poteries  importées  à  Rome.  Le  petit  objet 
étant  une  brique,  non  une  amphore,  ce  qui  eût  mieux 
expliqué  sa  présence,  le  P.  Bruzza  pensa  qu'il  avait 
pu  faire  partie  d'une  cargaison  servant  à  lester  un 
navire  31.  Cette  explication  parait  contestable  depuis  la 
découverte  d'un  lot  de  briques  bien  entières,  munies 

fiwqtitc.  —  "De  Rossi,  Bull,  di  arch.  crist.,  1870,  p.  17  sq. ; 
M.  de  Vogué,  L'architecture  civile  et  religieuse.  Syrie  cen- 
trale, in-fol.,  Paris,  p.  90;  C.  Bayet,  De  titulis  Atticx  christianis 
antiquissimis,  in-S\  Lutetiae  Parisiorum,  1878,  p.  49;  Fr.  Cu- 
mont, les  inscriptions  chrétiennes  de  l'Asie  Mineure,  extrait 
des  Mélanges  de  l'Ecole  française  de  Borne,  in-8\  1895,  p.  16; 
Crostarosa,  dans  le  .Yuouo  bull.  di  arch.  crist.,  Roma,  1896, 
t.  il,  p.  55  sq.  ;  Perdrizet,  Inscriptions  de  Thessalonique,  dans 
Mélanges  de  l'École  française  de  Borne,  1900,  p.  228.  —  *'  Fr. 
Cumont,  loc.  cit.,  p.  16.  Cf.  Bulletin  de  correspondance  hellé- 
nique,  1878,  1. 11,  p.  31  sq.  ;  Dittenberger,  Corpus  inscriptionum 
Alticarum,  1882,  t.  m,  n.  3536,  et,  pour  la  région  au  nord  du 
Taurus,  voy.  Fr.  Cumont,  loc.  cit.,  n.  9,  38,  72,  91.  —  "  C.  Bayet, 
De  titulis  Atticse  christianis,  n.  45.  —  *3  Perdrizet,  loc.  cit., 
p.  228,  n.  XII.  —  **Corp.  inscr.  grxc,  n.  9144,  cf.  n.  9273.  — 
"  Ibid.,  n.  9455.  —  «•  C.  R.  Lepsius,  Denkmdler  aus  ACgypten,  in- 
fol.,  Berlin,  1849-56,  part  Vt,  pi.  102,  n.  3.  —  «'  Le  Bas  et  Wad- 
dington, Voy.  arch.  en  Grèce  et  en  Asie  Mineure,  n.  2660,  an. 
377;  n.  2663,  an.  399;  n.  2665,  an.  420;  n.  2601,  an.  479;  n.  2299, 
an.  516;  n.  2145,  2674.  —  "E.  Renan,  Mission  de  Phénicie,  in-tol., 
Paris,  p.  592.  —  «•  De  Rossi,  loc.  cit.,  1870,  p.  7-32,  pi.  m,  2; 
Corp.  inscr.  lat.,  X.  xv,  n.  2415.—  "  Crostarosa,  loc.  cit.,  p.  56-66, 
79  sq.  et  pi.  p.  55.  —  »'  De  Rossi,  loc.  cit.,  1870,  p.  21-22. 


481 


ABREVIATIONS 


182 


de  la  même  estampille  doliaire,  en  place  depuis  quinze 
siècles  sur  le  toit  de  la  basilique  libérienne.  La  pro- 
portion de  ces  tuiles  dans  le  nombre  total  de  celles 
qui  ont  dû  servir  a  couvrir  l'édifice  est  d'un  quart  envi- 
ron. L'officine  qui  fabriquait  ces  tuiles  paraît  donc  pou- 
voir être  fixée  à  Rome  ou  à  proximité. 

A.  Kirchhoof  !  et  C.  Cavedoni  2  n'ont  hasardé  aucune 
explication  du  sigle  X.  M.  T.  qui  est  surmonté  du 
signe  d'abréviation  dans  le  titulus  copte  :  X.  M.  T.  et 
que  l'on  trouve  en  Syrie  isolé  entre  deux  croisillons  3, 
ou  bien  en  guise  de  formule  initiale  ou  de  finale 4, 
et  enfin  intercalé   dans  cette  formule  :  eI;  ©ebç  fidvoç 5. 

Waddington  proposa  l'interprétation  suivante  Xpiaroç 
ô  èx  Mapiaç  rev^Os'iç  qui  rappelait  la  formule  du  sym- 
bole et  écartait  l'apparence  d'égalité  établie  entre  le 
Christ  et  deux  anges.  Cette  dernière  observation  parait 
résulter  d'une  orthodoxie  trop  timorée,  car  les  Pères 
apostoliques  saint  Justin  6,  Athénagore  7  rapprochaient 
sans  difficulté  le  culte  rendu  au  Verbe  et  le  culte  rendu 
aux  anges.  En  outre,  les  monuments  épigraphiques 
mettent  sur  la  voie  de  l'interprétation.  La  tour  de 
Oumm-el-Djemàl,  en  Syrie,  porte,  inscrites  sur  trois  faces 
et  se  répondant  les  unes  aux  autres,  ces  inscriptions  : 

EMMANOYHA     ,     TABPIHA     ,     OYPIHA» 

Sur  le  fronton  de  la  porte  d'une  église  ancienne,  à 
Galb-Louzeh,  entre  Antioche  et  Alep,  on  lit,  sous  r"eux 
bustes  sculptés,  les  noms  :  MIXAHA  ,  TABPIHA9. 

Enfin,  à  Syracuse,  on  trouve  la  quadruple  empreinte  d'un 
sceau  portant  +MT,  qu'il  faut  lire  sans  hésitation  XMT  10, 
appliquée  sur  la  chaux  répandue  sur  des  briques  fer- 
mant une  sépulture.  La  paléographie  de  ce  sceau  le  place 
au  Ve  siècle. 

Une  gemme  du  musée  de  Berlin  porte  les  lettres 
XIGYC  MT  autour  d'une  ancre  surchargée  du  poisson 
(fig.  41). 


41.  —  Gemme  du  Musée  de  Berlin. 
D'après  le  Bullett.  di  arch.  crist.,  1870,  pi.  vu,  2. 

Il  faut  interpréter  cette  légende  :  Xpiairb;  'I/-,<toûç 
©eoO  ufoç  <T(OTT|p,  et  :  Xpioroç  Mt/aV)),  raëptr,).  lf. 

La  difficulté  que  l'on  tire  de  T  pour  I"  n'est  pas  inso- 
luble. Il  ne  manque  pas  d'exemples  de  ces  sortes  d'er- 
reurs :  G  pour  C,  T  pour  I,  Q  pour  O,  F  pour  E  12.  Ce 
petit  objet  nous  permet  de  relever  la  date  du  sigle 
XMr,  car  on  ne  saurait  faire  descendre  cette  gemme  au 
delà  des  premières  années  du  ive  siècle. 

Avec  plus  de  certitude  nous  donnons  une  inscription 
du  pandocheion  de  Deir  Sem'an  i3. 

+  XMT.   'Ey£v(exo)  toûto  to  7ravS(o;(stov) 

àv  [jiY)vi]  Ilavr^aii  ë'  toû  Çxep'  s'tom;. 

X  (piar);  fiorfîi..  iJi[/.scov7)ç  toû èiroiïjcrEv 


'  A.  Kirchhoof,  Corp.inscr.  gnpc,  t.  iv,n.  9144.  —  SC. Cavedoni, 
Annotazioni  al  fascicolo  2  del  vol.  iv  del  Corp.  inscr.  grxc, 
extrait  des  Opuscoli  religiosi  letterari  etc.  di  Modena,  t.  vm, 
p.  18.  —  3  Le  Bas  et  Waddington,  Voyage  arch.  en  Grèce 
et  en  Asie  Mineure,  Inscript.,  t.  m,  p.  2672.  —  *  Loc.  cit., 
n.  1936,  an.  2145,  2663,  2665,  2691.  —  »  Loc.  cit.,  n.  2660.  — 
«  S.  Justin,  Apol.,  I,  «,  éd.  Otto,  1847,  t.  I,  p.  14-16.  —  '  Athé- 
nagore, Suppl.  pro  Christ.,  c.  x,  éd.  Otto,  1851,  p.  48-50.  — 
»  Le  Bas  et  Waddington,  loc.  cit.,  p.  486,  n.  2068.  —  9  M.  de 
Vogiié,  Syrie  centrale,  Architecture  civile  et  religieuse,  in-fol., 
Paris,  p.  136.  —  ,0Gualterius,  Tabulos  antiquse  Sicilise  et  Brut- 
tiorum,  Ln-4\  Messanae,  1624,  p.  104 ;  Corp.  inscr.  gr., t.  IV, n. 9455  ; 
De  Rossi,  Bull,  di  arch.  crist.,  1870,  p.  115  sq.  et  pi.  vu,  1  ;  G. 
Kaibel,  Inscr.  g;:  Sicil.  et  Jtalise,  n.  72.  —  "  Tœlken,  Erklxrendes 


Cette  inscription  et  celle  de  Qalb  Louzeh  appartiennent 
à  la  même  région.  D'autres  viennent  achever  la  démon- 
stration. Les  orientaux  tiennent  les  archanges  comme 
assistants  au  trône  du  Christ.  Il  suffit  de  se  rappeler  la 
représentation  si  fréquente  qui  se  nomme  t|  onjva^i;  xdiv 
àpxaYYÉ)i(i)v,  «  la  réunion  des  archanges  ».  On  y  voit  le 
Christ  jeune,  assis  sur  un  trône  gardé  par  les  archanges 
debout,  nimbés,  et  désignés  par  leurs  initiales  14.  «  Il 
n'est  pour  ainsi  dire  pas  d'église  grecque,  remarque  Di- 
dron,  dont  l'iconostase  ne  porte  une  de  ces  composi- 
tions. »  Nous  rappellerons  enfin,  avec  M.  de  Vogué, 
l'ancienne  église  de  Conslantinople,  aujourd'hui  mos- 
quée, dite  Kaldré  Djamissi  ;  l'archivolte  de  la  porte  d'en- 
trée portait  trois  bustes  en  relief,  celui  du  Christ  au 
centre  et  des  archanges  Michel  et  Gabriel  de  chaque  côté, 
désignés  par  leurs  noms  13.  Le  sigle  XMT  paraît  avoir 
été  d'un  usage  général  en  Syrie  du  me  au  vne  siècle  16. 

Nous  ne  dirons  qu'un  mot  d'une  explication  que  l'on  a 
proposée  d'après  laquelle  XMT  eût  été  une  date.  On  a 
relevé  à  Deïr  Sanbil  (Syrie  centrale)  l'inscription  sui- 
vante :  r, 

XMT 

H 

ETOYCIY  MAC0OY 
AKCTE  AECB1WO 
EPrON  +  HAIAAOY 

Il  est  évident  que  le  sigle  précédant  une  date  véri- 
table ne  saurait  être  lui-même  une  date  17.  Cette  in- 
scription se  rapporte  au  24  août  399  (=  24  Ions  710, 
ère  des  Séleucides). 

C'est  à  titre  de  supplément  d'information  que  nous 
en  rapprochons  une  inscription  sur  marbre  pentélique 
trouvée  à  Athènes  18  : 

XMT  A+00   OGENUàmÉSpa]         JAYTTH    CTeNATMOI 
eXGIANATTAYCON  [Tr,v<W^v,x]JYPie  MOY  AOYAOY0 
eOYTAA£n|[ûpou. ..'..]      \0  reNOITONHMA 

X.  Deux  inscriptions  abrégées.  —  On  peut  ajouter 
à  cette  dissertation  deux  curiosités  épigraphiques  qui 
appartiennent  à  notre  sujet. 

1°  Une  inscription  gravée  sur  un  roc  calcaire  de  la 
région  centrale  des  Pyrénées,  à  300  mètres  environ  du 
village  actuel  de  Cierp,  se  compose  de  deux  mots  gra- 
vés à  deux  reprises,  à  deux  mètres  environ  au-dessus  du 
sol  actuel.  La  paléographie  indique  le  Ier  ou  le  IIe  siècle 
de  notre  ère  : 


(OmlO)   MONS 
(0">10)  CCAAVVSS 


MONS 
CCAAVVSS 


Il  est  probable  que  le  redoublement  des  lettres  CAVS 
(=  cavus)  devait  marquer  la  répétition  produite  par 
l'écho  de  la  caverne.  C'est  un  cas  nouveau  d'abréviation 
marquant  un  pluriel.  CC,  AA,  V  V,  SS,  =  cavus,  cavus i9. 

2°  On  a  cru  voir  dans  le  mot  ANANISAPTA  les  ini- 
tiales de  la  prière  suivante  :  hntidotum  Nazareni 
kuferat  Uecem  \ntoxicationis,  Sanctificet  Alimenta 
Poculaque  Trinitas  Mma.  Quoique  ces  sortes  de  com- 
positions ne  soient  pas  sans  exemple,  puisque  J.-B.  De 

Verzeichniss  der  antiken  Steine  des  k.  preuss.  Gemmeneabi- 
nets,  Berlin,  1835,  p.  457  ;  A.  Kirchhoof,  Corp.  inscr.  gr.,  t.  iv, 
n.  9079;  Becker,  Die  Darstellung  Jesu  Christi  unter  dem  Bilde 
des  Fisches,  in-8°,  Breslau,  1806,  p.  82;  De  Kossi,  Bull,  di  arch. 
crist.,  1870,  p.  119  sq.,  pi.  vu,  2.  —  l-  G.  Marini,  Atti  e  monu- 
menti  degli  fratelli  Arvali,\t.  lxxxiii.  —  13M.  de  Vogiié,  loc.  cit., 
p.  128,  pi.  114.  —  "  A.  Didron,  Manuel  d'iconographie  chré- 
tienne grecque  et  latine,  trad.  du  manuscrit  byzantin,  «  Le 
guide  de  la  peinture,  »  par  P.  Durand,  in-8*,  Paris,  1845,  p.  265, 
fig.  lxxii.  —  "M.  de  Vogiié,  loc.  cit.,  p.  91.  —  '•  Ibid.  —  "  M. 
de  Vogiié,  loc.  cit.,  p.  109.  —  «»  C.  Bayet,  loc.  cit.,  p.  48,  87,  pi. 
m,  1.  —  "  E.  Barry,  Note  sur  une  inscription  inédite  de  la 
région  centrale  des  Pyrénées  (ancienne  Civitas  Convenarum), 
dans  la  Rev.  archéolog.,  1878,  nouv.  série,  t.  xxxv,  p.  41. 


183 


ABREVIATIONS   —   ABSIDE 


184 


Rossi  a  cru  pouvoir  interpréter  AAIKCBBIN  par  :  Are 
knima  \tmocens  Kara  Coniux  Bi  Bas  In  Christo,  il  y 
a  peu  de  chances  que  le  mot  en  question  veuille  dire 
autre  chose  que  Anani,  dont  la  lecture  n'est  pas  dou- 
teuse, et  Sapta  pour  Sabaoth,  ce  qui  donnerait  un  sens 
plausible  :  Exauce-moi,  ô  Dieu  Sabaoth,  ce  qui  est  en 
harmonie  avec  les  textes  d'épigraphie  glyptique  ou  nu- 
mismatique qui  contiennent  ce  terme  dont  on  avait  tait 
un  talisman  contre  les  maladies  '.  H.  Leclercq. 

ABSIDE.  —  I.  Étymologie.  II.  Témoignages.  111.  Dis- 
position. IV.  Historique.  V.  Types.  VI.  Temples  païens 
convertis  en  églises.  VII.  Classement  des  absides. 

L'abside  est  une  construction  qui  termine  le  chœur 
d'une  église,  soit  par  un  hémicycle,  soit  par  un  mur 
plat,  soit  par  un  mur  polygonal.  Ce  nom  a  été  attribué, 
par  extension,  au  chevet  et  aux  chapelles  circulaires  ou 
polygonales  des  transsepts  ou  du  rond-point.  Le  terme 
de  chapelles  absidales  doit  être  réservé  aux  édicules 
ceignant  l'abside. 

I.  Etymologie.  —  'AiJ/tç  ou  àtyiç,  objet  quelconque  en 
forme  de  cercle  ou  de  demi-cercle;  en  latin  absis,  ab- 
sida, apsida.  On  disputait  il  y  a  deux  siècles  sur  l'em- 
ploi de  b  ou  de  p  et  Ciampini  abandonnait  à  ceux  que 
ces  questions  intéressent  le  soin  d'y  répondre  2.  Nous 
ferons  comme  lui.  Absida  est  hemisplierium  (Papias); 
Emisperium  absida  (Gloss.  lat.ms.  cité  par  du  Cange); 
Absides  id  est  circuli  (Honorius  d'Autun,  De  imagine 
mundi,  1.  I,  c.  lxxvji);  Durand  dans  son  Rational  cite 
une  des  anciennes  appellations  :  Exedra  est  absida, 
sive  voila.  On  trouve  encore  conchida  bèmalis.  Aelfric 
dans  le  gloss.  saxon  :  Absida,  sive  pealtcleofa  ou  portic, 
c'est-à-dire  rolunda  concamcratio  vel  porticus.  Isidore  : 
Vlrum  absidam  ou  absidem  dicere  debeamus,  hoc 
verbi  genus ambiguum  quidam  doctorum  existimant3. 

II.  Témoignages.  —  Leplusancien  témoignagequenous 
connaissons  dans  la  littérature  chrétienne  est  celui  qui 
se  lit  dans  les  actes  de  Théodote  d'Ancyre  (f  303)  4.  Le 
saint  voulut  un  soir  aller  prier  à  l'église  des  patriarches, 
il  trouva  que  les  païens  en  avaient  muré  la  porte,  alors 
il  se  prosterna  au  dehors  près  de  la  conque  (concha)  où 
se  trouvait  l'autel.  Saint  Jérôme  dit  que  le  mot  propre 
à  cette  partie  de  l'église  est  celui  d'abside  s.  A  partir  du 
iv*  siècle  les  témoignages  sont  nombreux  et  formels6. 

III.  Disposition.  —  La  disposition  et  la  destination  de 
l'abside  s'expliquent  parles  origines  historiques  des  lieux 
de  prières  des  chrétiens  depuis  la  paix  de  l'Église,  en  313. 
C'est  à  tort  qu'on  cherche  quelquefois  à  ménager  aux 
institutions  et  aux  usages  un  développement  régulier  et 
continu,  développement  qui  les  amène  à  l'état  où  ils  sont 
devant  nous.  Parfois  les  circonstances  changent  si  com- 
plètement et  si  brusquement  que  la  société  a  le  devoir 
de  s'adapter,  beaucoup  plus  rapidement  qu'à  l'ordinaire, 
aux  conditions  nouvelles  qui  lui  sont  faites.  Ce  fut  ce 
qui  arriva  lorsque  s'accomplit  la  révolution  politique  et 
religieuse  que  consacrait  l'édit  de  Milan.  Soudain  on 
passait  de  catacombes  étranglées  à  la  spacieuse  instal- 
lation des  basiliques  (voy.  ce  mot).  Le  cérémonial  un 
peu  étriqué  se  dilata  tout  à  coup  dans  la  liturgie  pon- 
tificale jusqu'à  égaler  l'ampleur  magnifique  des  tiiom- 

1  K.  Le  Blant,  dans  la  Revue  de  numismatique,  1891,  p.  250; 
1894,  p.  92:  Tiev.  archéol.,  1892,  p.  60;  M.  Schwab,  Vocabulaire 
tic  Vapgèlolugie  dans  les  m, ■m.  ,/,•  l'Acad.  des  Inscrip  et  belles- 
lettres,  1897,  t.  x.  p.  389.  —  2J.  j.  Ciampini,  Vetera  moni- 
menta  i»  quibus  prœdpue  musiva  opéra,  sacrarum  profana- 
nomiiie  sedium  structura,  dissertationibus  iconibusque  illu- 

stratttur,  in-fol.,  H oe,  1690,  t.  i.  p.  8.  —  3Cf.  ]sid..nis.  Etymol., 

1.  XV,  c.  vm,  /'.  /...  t.  i\wii.  col.  549.  —  '  I).  Ruinart,  Acta 
Hincera,  in-4",  l'avis.  [689,  p.  361.  r-  S.  Jérôme,  lu  epist.  ml 
Ephes.,  1.  il,  /'.  /...  t.  xxvi,  col,  475  sq.  —  'Voy.  du  Cange, 
Glossarium  médite  el  inftmee  latinitatis,  à  ce  mot.  7  Pour  tes 
dimensions  i  endant  la  période  prOct'donte,  voy.  Églises.  —  "  Voy. 
M.  de  Vogué.  Syrie  centrale,  Architecture  civile  et  religieuse  du 
l"  au  vir  siècle,  in-fol. .  Taris.  1SI  .VIS77,  pi,  vil  :  Prétoire  de  M.  u* 


plies  romains.  Sans  doute,  on  ne  répudia  ni  le  passé,  ni 
les  usages  qui  survivaient  toujours  et  se  confondaient 
avec  les  rites  de  la  liturgie,  mais,  lorsque  d'une  cham- 
bre étroite,  toute  en  longueur  avec  une  niche  au  fond, 
on  passa  dans  une  basilique,  d'instinct,  l'évéque  et  ses 
clercs  se  répandirent  dans  l'hémicycle  et  s'y  installèrent; 
puis,  comme  tout  avait  changé,  les  noms  changèrent 
aussi,  et  la  pauvre  niche  devint  l'éblouissante  abside. 
Ces  basiliques,  qui  formèrent  au  christianisme  triom- 
phant ses  premières  grandes  églises  7,  servaient  à  la  fois 
de  tribunaux  et  de  bourses  de  commerce.  L'édifice  était 
divisé  en  trois  parties  égales  dans  le  sens  de  la  longueur 
par  deux  rangs  de  colonnes  parallèles8.  A  l'extrémité 
de  ces  trois  galeries  réservées  à  la  foule  se  trouvait  un 
espace  peu  profond  qui  se  terminait  par  un  enfoncement 
semi-circulaire  placé  devant  la  galerie  centrale.  Cet  hé- 
micycle était  réservé  au  premier  juge  et  à  ses  asses- 
seurs qui  y  avaient  leurs  sièges.  Ce  fut  là  que  l'évéque 
prit  séance  et  son  collège  de  prêtres  vint  se  ranger  sur 
les  bancs  adossés  de  chaque  coté  de  l'abside;  c'était  le 
presbyterium  devant  lequel  on  dressa  l'autel.  L'espace, 
réservé  autrefois  aux  avocats,  entre  l'abside  et  les  nefs, 
devint  une  enceinte  privilégiée  pour  les  chantres  et  les 
clercs;  on  la  désignait  sous  le  nom  de  chœur.  Outre  sa 
destination  priilcipale,  une  circonstance  matérielle  sug- 
géra une  destination  secondaire.  Le  sol  de  l'abside  se 
trouvait  toujours  relevé  au-dessus  de  celui  du  reste  de 
la  basilique;  on  en  profita  pour  placer  les  cryptes  à  cet 
endroit;  par  suite  de  cette  disposition,  dans  les  églises 
de  fondation  ancienne,  le  niveau  de  l'abside  fut  surélevé 
de  plusieurs  marches  au-dessus  du  sol  de  la  nef  et  des 
transsepts,  comme  on  peut  le  voir  à  Saint-Denys  en 
France  et  à  Saint-Benoît-sur-Loire  9.  Dansla  catacombe 
de  Saint-.Iean  à  Syracuse,  le  tombeau  d'Adelfia  fut  décou- 
vert sous  l'abside  (ive  siècle) 10.  A  l'époque  romaine,  l'ab- 
side fut  désignée  par  des  synonymes  comme  hémicycle, 
■  exbdre,  qui  indiquaient  tous  la  forme  semi-circulaire  H. 
Pour  les  écrivains  anciens  les  termes  :  exidre,  hémi- 
cycle, abside,  sont  synonymes.  Saint  Augustin  nomme 
exèdre  le  lieu  où  est  posée  la  chaire  de  l'évéque  :  in  gra- 
dibus  excdrœ,  in  quade  superiove  loquebar  loco  ,2,  cette 
disposition  matérielle  se  rendit  par  le  mot  :  absis  gra- 
datai3.  L'abside  prit  dans  les  églises  une  dignité  parti- 
culière à  cause  de  la  célébration  de  la  liturgie;  à  Tours, 
on  lisait  sur  l'abside  de  la  basilique  de  Saint-Martin 
cette  inscription  •*  :  ipium 

QVAM  METVENDVS  EST  LOCVS  ISTE  VERE  TEM- 
DEI  EST  ET  PORTA  COELI 

A  Narbonne,  une  inscription  monumentale  relatait, 
entre  autres  choses,  la  durée  de  la  construction  de  l'ab- 
side 1S  : 

ANNO   II-   VII-  ID-   OCTB-  ABS~ÏD  P-  F-  MONTANVS 

[SVBD 

Dans  la  catacombe  juive  de  Venosa  on  trouve  le  mot 
abside  employé  dans  le  sens  de  niche  sépulcrale  ,6  : 

ABSIDA  VBI 
CESQVI  FAVS 
TINVS  PATER 

mien.  —  'ViollcUe-Dup.  Dictionnaire  raisonné  de  l'architecture 
française  du  xr  au  xvf  siècle,  in-8  .  Paris,  1854-1869,  t.  i,  au  mot 
Abside.  Pour  Saint-Pierre d'Auriol, voy.  Texierel  Pullon,  Archi- 
tecture byzantine,  in-fol.,  London,  1864,  p.  102.  —  l0  De  Ri  ssi, 
Bullettino  ih  archeologia  cristiana,  !>•  ma,  1872,  p,  81.  —  '«Ch. 
Lenormant,  Mémoires  sur  les  peintures  nue  Polygnote  avait 
créditées  dans  In  Lesi  hé  de  Di  Iphi  s,  gr.  in-8*,  Brus 
p.  12  sq.  —  1!S.  Augustin,  De  civitate  1ht.  t.  \\u,  .-.  vm,  }'.  /.., 
t.  xi. i.  col.  700  sq.  —  "id..  Epist.,  xmii  (al.  cem),  3,  1'.  L., 
t.  xwiii,  col. 92,  — **E, Le  niant.  Inscriptions  chrétiennes  de  la 

(Initie  antérieures  au  vm'  siècle,  in-4*,  Taris.  1856-1866,  I.  1. 
p.  241.  —  "lliid..  n.  617.  —  "O.  Hirschfcld,  dans  le  Huiler  deir 
Institiitn  di  corrispondetisa  archeologica  iii  Roma,  in-8  .  Roma, 
18U7.  ]>.  i.'iii;  Gazette  archéologique,  in-4*,   Paris,   1882,  p.  99, 


185 


ABSIDE 


186 


Germain,  patriarche  de  Constantinople  ',  interprète  ce 
mot  dans  le  même  sens  lorsqu'il  la  désigne  sous  le  nom 
de  xi^yxi  T°û  0u<7tai7Tr;pc'o'j,  c'est-à-dire  cette  partie  dans 
le  temple  où  s'accomplissent  les  chos  îs  saintes.  Procope 
a  décrit  avec  élégance  et  précision  l'abside  de  Sainte- 
Sophie  :  O'cxo3ou.;a  Ttç  Èx  yrt<;  àvÉ^st,  oùx  ÈV  E-jÔeîa; 
•7ieTCOi-/i(J.ivY),  à).).'  iv.  tiov  7t>,a-|-ttov  ÙTCo-TaXuivY]  xaxà  ppa;e->, 
KOtl  xaxà  pince  •J-7TOy_a>p&0?a,  éiti  <7"/r|U.â  te  xatà  rj(j.i<TU  tô 
(jTpoi,Y,^'ov  îoOaa,  oiiîp  o'tTtEp'iTàTocaÛTa  <70<po'i  T,u.ix\j)av8pov 
ovojiàÇouanv,  è;  'j'1/o;  àirôxo|j.ov  £7rav£0-Tr,xEv.  'II  81  toO  ïpfov 
tovto'J  ûicepëoXïj  èç  uçaipaç  TSTaprr,<xopiov  àitQxÉxptTat. 
«  Une  construction  surgit  de  terre,  elle  ne  suit  pas  la 
ligne  droite,  mais  s'infléchit  doucement  jusqu'à  son 
milieu,  ou  elle  commence  son  mouvement  de  retour,  et, 
dessinant  la  forme  semi-circulaire  que  les  architectes 
appellent  demi-cylindre,  s'élève  hardiment  pour  se  cou- 
ronner par  un  quart  de  sphère.  »  Le  nom  de  conque 
qui  fut  donné  à  cette  partie  de  l'édifice  venait,  de  la 
ressemblance  qui  existait  entre  cette  figure  el  la 
conque  marine,  la  remarque  est  de  Paul  le  Silentiaire 
{v.  359)  : 

Ko'y/a;  raOra  xâpyjva  ao(fo\  Texvr'uovi  (xûSto 
'AvSps;  ï]ù8dt!;avTO-  xb  S'  àrpexè;,  sir'  aito  /.ov/ov 
E'cvaXt'ou  xoàso'jffi  Sar;u.ovî;,   ett'  àrcô  -zé'/yrn 
Aùxot  irou  Ssàxaffi. 

«  Les  architectes  donnent  le  nom  de  conques  au  cou- 
ronnement de  ces  édifices  ;  soit  que  la  figure  de  la  conque 
marine,  soit  que  l'art  lui-même  leur  ait  suggéré  cette- 
idée  architectonique.  » 

Les  monographies  poétiques  de  Sainte-Sophie  et  de 
Saint-Félix  de  N'oie1  nous  montrent  l'emploi  du  même 
artifice  dans  l'abside,  La  conque  semblait  unique,  bien 
qu'elle  fût  triple  en  réalité.  Voci  les  paroles  de  Paul 
(v.  354)  : 

Tpi<7<rà  (J.sv  àvaToXtxwv  àvanéTCTaTat  èvô'.a  xûxXcov 
'II|xixô(jici)V  \j']/o\i  8è  u.st'  op6cov  a-jyiva  toi/iov 

Sçatpriî  TîTpaTÔjxoto  ^iyoç  to  TÉtapTOv  àv^pîTEi. 

«  A  l'orient  s'élève  une  construction  formée  de  trois 
demi-cercles.  Un  quart  de  sphère  couronne  ses  murs.  » 

Voici  celles  de  saint  Paulin,  Natal.,  X,  v.  180  sq. 

Est  eliam  interiore  sinu  majoris  in  aulse 
Insita  cella  procul,  quasi  filia  culminis  eius, 
Stellato  spatiosa  l/ioio,  trinoque  recessu 
Dispositis  sinuata  locis. 

Le  nom  latin  coucha  parait  n'avoir  été  usité  qu'à  une 
époque  assez  tardive  2. 

IV.  Historique.  —  La  forme  basilicale  (qu'on  nous 
permette  ce  néologisme)  ne  fut  pas  imposée  aux  construc- 
teurs d'églises,  et,  à  ce  propos,  il  faut  se  rappeler  que 
les  églises  bâties  au  IVe  siècle  sont  de  deux  sortes  3. 
Quelques-unes  élevées  avant  la  paix  de  l'Église  ou  peu 
de  temps  après  cet  événement  sont  peti  lis,  sans  prétention 
architectonique.  Ces  oratoires  avaient  pour  destination 
d'abriter  les  fidèles,  les  dévots  habitués  de  quelque 
martyrium  ;  dès  lors,  faute  de  liberté  ou  d'argent,  on 
élevait  à  la  hâte  une  bâtisse  sans  caractère,  sans  type 
définissable.  Quant  aux  grandes  basiliques  chrétiennes 
telles  que  Saint-Pierre,  Saint-Jean  de  Latran,  Sainte- 
Marie  Majeure,  c'étaient  des  ouvrages  magnifiques  dont 
le  type  fut,  pendant  plusieurs  siècles,  comme  un  «  canon  » 
auquel  il  n'était  pas  permis  d'apporter  le  moindre  chan- 
gement. Ce  fut  en  France,  au  IXe  siècle,  que  cette  forme 


1  Hist.  eccl.,  cf.  du  Cange,  In  Paulum  Silentiarium  commen- 
tarius,  n.  50,  P.  G.,  t.  i.xxxvi,  col.  2208.  —  «  nu  Cange,  In  Pau- 
Un»  Silent.  comm.,n.  50,  P.  G.,  t.  i.xxxv,  cnl.  2208.  —  ^M. de  Vo- 
giié,  Les  églises  de  Terre-Sainte,  in-4°,  Paris,  1860,  p.  115  sq. 


fut  abandonnée  ou  profondément  modifiée  par  l'appli- 
cation des  voûtes  et  des  coupoles  à  la  couverture  des 
églises.  L'Orient  avait  donné  l'exemple,  l'Italie  ne  le 
suivit  que  beaucoup  plus  tard  et  sans  se  détacher  des 
anciens  types  qu'elle  s'obstina  à  reproduire. 

Ces  petits  oratoires,  ces  martyria  dont  nous  venons  de 
parler  nous  fournissent  sur  l'abside  un  fait  notable.  Leur 
date  pré-constantinienne,  leur  destination  à  l'entrée  des 
catacombes  ou  sur  la  sépulture  des  martyrs  ne  peuvent 
être  révoquées  en  doute.  L'un  des  oratoires,  situé  sur 
la  voie  Appienne,  à  l'entrée  du  cimetière  de  Calliste,  est 
construit  d'après  ce  plan  (fig.  42). 


Un  tnartyriunt  de  la  voie  Appienne. 


Celte  forme/l'abside  xptxoyxo;  —les  latins  lui  donnèrent 
le  nom  de  trichorai  —  est  une  des  mieux  documentées  que 
nous  connaissions.  Saint  Paulin,  décrivant  la  basilique 
qu'il  avait  fait  construire  à  Noie  sur  le  tombeau  de  saint 
Félix,  parle  ainsi  de  Vapsis  trichora  4  : 

.     .     .  interiore  sinu  majoris  in  aulx 
Stellato  speciosa  tliolo  trinoque  recessu 
Dispositis  sinuata  loris*. 

A  Naples,  nous  trouvons  l'église  constantinienne  de 
Sainte-Restilute  offrant  la  même  disposition.  Une  basi- 
lique plus  illustre,  celle  de  Bethléhëm,  constantinienne 
elle  aussi,  au  moins  pour  cette  partie,  reproduit  le  type 
de  l'oratoire  de  la  voie  Appienne;  «  il  n'y  a  entre  eux, 
dit  M.  de  Vogué,  que  la  différence  d'une  chapelle  à  une 
grande  église6  »  (lig.  43). 

La  basilique  la  plus  célèbre  de  la  chrétienté,  celle 
qui  fut  élevée  sur  l'emplacement  du  saint  Sépulcre  et 
qui  date  du  même  temps,  parait  vouloir  combiner  Vapsis 
trichora  et  le  système  des  niches  de  l'oratoire  romain 
du  monte  délia  Giustizia  dont  nous  allons  parler.  Le 
Saint-Sépulcre  présentait  donc  un  hémicycle  qu'Eusèbe 
appelle  «   le  lieu  principal   »,  zo  xsopoXatov  toû  Ttavxôç 


—  4S.  Paulin,  Epist.,  xxn  (al.  xn),  Ad  Severum,  §  10,  P.  h., 
t.  lxi,  col.  330  sq.  Cf.  du  Cange,  ('."mm.  ml  Paulum  Sileritia- 
riiaii,  n.  51,  P.  G.,  t.  lxxwi,  col.  22ii7.  —  5  [d.,  Natal.,  X,  v, 
180 sq.,  P.  L.,  t.  lxi,  col.  GG7.  —  «M.  de  Vogué,  loc.  cit.,  pi.  u,  2. 


187 


ABSIDE 


188 


^(iio-çaiptov  '.  C'était  une  abside  flanquée  de  trois  absi- 
dioles 2  (fig.  44).  A  l'orient  de  l'hémicycle  s'ouvrait  la 
basilique. 
Saint  Paulin  explique  ainsi  l'utilité  des  absides  laté- 


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43.  —  Basilique  de  Bethlêhem. 
D'après  de  Vogué,  Syrie  centrale,  pi.  Il,  2. 

raies'  :  Cum  duabus  dextra  Ixvaque  concluais  iutra 
spatiosum  sui  ambilum  apsis  sinuata  laxclur,  una 
earum  immolanli  hostias  jubilationis  anlistiti  parât; 
altéra  post  sacerdotem  capaci  sinu  receptat  orantes... 


Les  fouilles  entreprises,  en  1876-77,  sur  la  voie  Tibur- 
tine,  dans  le  but  de  retrouver  la  basilique  de  Sainte- 
Symphorose,  mirent  à  jour  les  fondations  d'un  édifice  de 
plus  do  quarante  mètres  de  longueur  sur  plus  de  vingt 


44.  —  Basilique  du  Saint-Sépulcre. 
D'après  de  Vogué,  Syrie  centrale,  pi.  vi,  2. 

mètres  de   largeur,   bâti  d'après   le   type   classique.  A 
l'extrémité  du  mur  de  l'abside  on  vit,  à  fleur  de  terre, 


45.  —  Abside  de  la  voie  Tiburtine.  D'après  le  Bullettino  di  archeolog.  crtstiana,  1878,  pi.  LXXV. 


lnsecretariisveroduobus,qux  supra  diri  circaapsidem 
esse,  hi  versus  indicant  officia  singulorum  : 

A  dexlra  apsidis  : 
HIC  LOCVS  EST  VENERANDA  PENVS  QVA  CONDI- 

[TVR  ET  QVA 
PROMITVR  ALMA  SACRI   POMPA   MINISTERII 

A  sinistra  ejusdem  :        [VOLVNTAS 
SI    QVEM    SANCTA   TENET   MEDITANDA  IN    LEGE 

[BRIS 
HIC  POTERIT  RESIDENS  SACRIS  INTENDERE   Ll- 

'  Eusèbe,  Vita  Constantini,  1.  III,  c.  xxiv  (e.  xxxn  sq.) 
P.  G.,  t.  XX,  col.  1002  sq.  —  »  M.  de  Vogiié,  loc.  cit.,  p.  138 
et  pi.  vi,  2.  —  3  S.  Paulin,  Epist.,  xxxn  (al.  xn).  Ad  Scvc- 
rum,  §  16,  P.  h.,  t.  lxi,  col.  337,  338.  —  «  De  Rossi,  Borna  sot- 


un  arc  de  maçonnerie,  qui,  dégage,  donna  une  seconde 
basilique  trichora  semblable  à  celle  du  cimetière  de 
Calliste*.  Ces  deux  absides  accolées  communiquaient 
ensemble;  il  n'est  pas  douteux  que  l'apsis  trichora  ne 
soit  plus  ancienne.  Cette  disposition  n'est  pas  sans 
analogie  avec  celle  que  décrit  saint  Paulin  à  propos  de 
l'église  de  Noie  :  Lœlissimo  vero  conspectu  tota  simul 
hxc  basilica  in  basilicam  memorati  confessoris  aperitur 
trtnis  arcubus  paribus  perlucente  transenna;  per  quam 
vicissim  sibi  tecla  ac  spatia  basilicse  utnuirjue  jungun- 
ttir*.  Nous  trouvons  ici  un  exemple  (fig.  45),  aussi  évi- 

terranea  cristiana,  in-fol..  Roma.  1861-1888.  t.  m,  pi.  xxxrx. 
t.  Il,  p.  4,  5.  —  •  S.  Paulin.  Epist.,  xxxn.  §  16.  P.  L.,  t.  LXI,  col. 
337.  Cl  .E.  Stevenson.  La  basilica  dnppia  di  S.  Sinforosa,  dans 
le  Bull,  di  arch.  crist.,  1878,  p.  75  sq. 


189 


ABSIDE 


190 


dent  que  celui  de  Saint-Laurent  m  Agro  Verano,  de  la 
distinction  laite  entre  la  missa  ad  corpus  et  la  missa  pu- 
blica.  Voyez  au  mot  Missa. 

L'abside  trichorale  n'est  pas  spéciale  à  Rome,  on  l'a 
retrouvée  dans  un  oratoire  de  Cartilage  '. 

A  cette  catégorie  d'absides  se  rattache  la  construction 
élevée  par  saint  Perpetuus,  évéque  de  Tours,  sur  le 
tombeau  de  saint  Martin,  son  prédécesseur.  Cette  absida 
tumuli  est  une  abside  avec  cinq  absidioles  capables  de 
contenir  chacune  un  sarcophage.  La  niche  du  centre  est 
îlus  large  que  les  autres.  L'ensemble  offre  le  type  très 
are  d'une  abside  pentachora  2  (fig.  46). 

On  ne  saurait  omettre  une  des  ébauches  de  l'abside 
que  nous  retrouvons  dans  les  oratoires  domestiques.  Il 
tuffira  de  dire  quelques  mots  d'un  monument  de  cette 
catégorie,  unique  en  son  genre.   Cet  oratoire  est  situé 


Faustin  et  Viatrix  au  cimetière  de  Generosa6.  Tout 
autour  de  l'abside  on  voit  encore  la  trace  des  sièges  ré- 
servés aux  prêtres  à  un  niveau  inférieur  de  plusieurs 
degrés  à  celui  du  siège  principal.  Les  deux  niches  laté- 
rales ont  peut-être  quelque  lointain  rapport  avec  la  dispo- 
sition des  absides  triplées  (rpt/oy/o;,  trichora).  La  pre- 
mière niche  servait  de  crédence  pour  la  préparation  du 
sacrifice  6,  dans  la  seconde  on  gardait  les  livres  liturgi- 
ques. On  n'a  retrouvé  aucune  trace  de  l'emplacement  de 
l'autel,  il  se  pourrait  qu'un  autel  portatif  fût  installé 
dans  cet  oratoire  7. 

V.  Types.  —  1°  Une  catacombe  chrétienne,  découverte 
en  1864,  à  Alexandrie  d'Egypte8.  Elle  se  composait  de 
trois  parties  principales,  toutes  trois  de  plain-pied  :  1.  un 
vestibule  avec  une  abside  et  un  exèdre;  2.  une  salle  car- 
rée avec  trois  niches  creusées  dans  le  roc  formant  trois 


/  ., 


TOÏ 


46.  —  Basilique  de  Tours.  D'après  Ratel,  Basilique  de  Saint-Martin  de  Tours,  pi.  IV. 


sur  le  monte  délia  Giustizia  à  peu  de  distance  de  la 
place  des  thermes  de  Dioclétien  à  Rome  et  il  doit  dater 
du  IVe  siècle.  Son  installation  paraît  avoir  consisté  dans 
la  construction  d'une  abside  entre  deux  murs  de  date 
plus  ancienne  (fig.  47). 

Cet  oratoire  mérite  bien  le  titre  de  [xixpôv  eûxtripcov, 
oratoriolum ,  basilicula  privata  3,  et  sa  destination  litur- 
gique n'est  pas  douteuse.  La  niche  centrale  était  destinée 
à  recevoir  la  chaire  de  celui  qui  présidait;  on  trouve  une 
disposition  semblable  dans  la  basilique  de  Sainte-Pétro- 
nille  au  cimetière  de  Domitille  *  et  dans  l'abside  de  l'o- 
ratoire dédié  par  le  pape  Damase  aux  martyrs  Simplice, 

1  De  Rossi,  Bull,  di  arch.  crist.,  1884-1885,  p.  48.  —  2  Ratel, 
Les  basiliques  de  Saint-Martin  de  Tours,  in-8*,  Bruxelles, 
1886,  pi.  11  ;  J.  Chevalier,  Les  fouilles  de  Saint-Martin  de 
Tours,  recherches  sur  les  six  basiliques  successives,  in-8*, 
Tours,  1888.  —  3  Socrate,  Hist .  eccl.,  1.  V,  c.  vu,  P.  G.,  t.  lxvh, 
col.  575  sq.  —  *  De  Rossi,  Bull,  di  arch.  crist.,  1874,  pi.  iv,  v.  — 


chapelles  distinctes;  3.  une  longue  galerie  voûtée  avec 
trente-deux  loculi  disposés  sur  deux  rangs  et  ayant  la 
profondeur  nécessaire  pour  recevoir  les  cadavres  d'adul- 
tes. L'abside  fait  face  au  couloir  de  la  galerie  des  tom- 
beaux. A  droite  et  à  gauche  de  la  baie  de  l'abside  on  voit 
les  traces  de  deux  figures  représentant  des  saints  de 
grandeur  presque  naturelle.  Au-dessous  du  personnage 
qui  est  à  gauche  on  lit  : 

O  AriOC  ICOAN 

NHC 
Au-dessus  de  celui  qui  est  à  droite  on  lit  : 
O  AriOC  MAPKOC 

•Borna  sotterr.,  t.  m,  pi.  lu.  —  •  Sur  ces  absides  crédenceSj 
cf.  Revue  archéologique,  1890,  p.  222.  —  '  Bull,  di  arch.  crist., 
1876,  p.  46  sq.  et  pi.  vi,  vu.  —  8  C.  Wescher,  Moniteur,  17  juil- 
let 1864,  et  Archives  des  missions  scientifiques  et  littéraires 
in-8*,  Paris,  1864,  t.  i,  1"  livraison;  Pull,  di  arch.  crist.,  in-4* 
Roma,  1865,  t.  m,  p.  57  sq.  avec  planche 


191 


ABSIDE 


192 


L'abside  offre  un  exèdre  ou  banc  semi-circulaire  taillé 
dans  le  roc  et  servant  de  siège.  Tout  autour,  à  moitié  de 
la  hauteur  de  l'abside,  court  une  frise  peinte  qui  contient 
trois  fresques  distinctes  dont  deux  sont  certainement 
eucharistiques.  Celle  du  milieu  représente  le  Christ  assis 

au  centre,  nimbé  et  accosté  de  IC  XC.  A  droite  et  à  gau- 
che, six  corbeilles  contenant  des  pains.  De  chaque  côté 
des  personnages  accourent  vers  Jésus.  Sur  l'un  d'eux  on 
lit  :  neii]PO[;],  sur  un  autre  :  ANAPe[|AC.  La  fres- 


connu  sous  le  nom  de  Kahjhé  (chapelle  de  secours) 
d'Omm-ez-Zeitoun.  Le  bâtiment  se  compose  d'une  cham- 
bre carrée  ouverte  d'un  côté  par  un  large  cintre.  La  Ka- 
lybé d'Omm-ez-Zeitoun  s'étant  trouvée  trop  grande  pour 
être  couverte  à  l'aide  de  dalles  de  pierre,  on  y  pourvut 
par  une  coupole  de  blocage.  Ce  n'était  là  qu'un  tâton- 
nement et  le  fait  se  passait  sous  l'empereur  Probus,  dans 
l'été  de  l'année  282  après  Jésus-Christ.  On  pressent  ici 
le  futur  système  architectural  de  l'Orient  et  le  grand 
mouvement  qui, commençant  après  le  triomphe  de  l'Église, 


£cfielk  de? 


47.  —  Oratoire  dû  monte  délia  Giustizia.  D'après  le  Bullett.  di  archeolog.  cristiana,  1876,  pi.  VI  et  vu. 


que  de  droite  représente  trois  personnages  couchés  (ac- 
cumbentes)  et  mangeant;  au-dessus  on  lit  cette  inscrip- 
tion : 

TAC  CYAOTIAC  TOYXY 

eCOIONTCC 

Taç  eu),oyc'a;  toO  XpioroG  è<j8tovT£ç. 

La  voûte  de  l'abside  est  ornée  d'une  rosace  épanouie 
en  forme  de  coquillage.  Cet  ornement  est  d'un  relief 
assez  sensible  (fig.  48). 

2°  Un  édifice  d'(  Istie,  que  l'on  croit  être  le  xenodochium 
de  Pammachius,  offre  quelques  altérations  du  type  anti- 
que tout  à  lait  dignes  d'attention.  Au  lieu  d'une  abside 
on  trouvait  deux  absides  concentriques,  distantes  l'une 
de  l'autre  de  lm80.  Entre  elles  s'étendait  une  galerie 
semi-circulaire  qui  ne  différait  que  par  les  proportions 
de  celle  du  Latran  '  (fig,  i9). 

3°  La  basilique  de  Reparatus  à  Orléansville,  Algérie. 
date  de  l'année  252.  La  deuxième  abside  ne  parait  pas 
avoir  fait  partie  du  plan  primitif,  on  la  croit  ajoutée 
après  l'an  403  -  (fig.  50). 

4°  Un  des  monuments  les  plus  intéressants  à  notre 
point  de  vue  est  un  édicule  situé  dans  le  Ilaôuran  et 

'De  Rossi,  Bull,  di  arch.  crist.,  1866,  p.  101,  103,  n.  1.  — 
•Hiiiiscb,   Die  altchristlichcu  Kirchcn,  in-tol.,  Carlsruhe,  1858, 


dura  jusqu'à  l'invasion  musulmane.  .«  Les  premières 
églises  de  cette  période  sont  bâties  dans  le  système  des 
basiliques  païennes  (lu  pays;  les  dernières  au  contraire 
dérivent  de  la  coupole  et  font  déjà  pressentir  la  forme 
des  grandes  églises  byzantines  de  Conslantinople  3.  » 

Ce  ne  fut  toutefois  que  vers  le  temps  de  Justinien 
qu'on  se  départi!  des  absides  semi-circulaires  à  trois 
fenêtres.  Un  dis  types  les  plus  instructifs  est  encore  la 
cathédrale  de  Bosra  (Arabie)  bâtie  l'an  5I2  après  J.-C.  La 
forme  carrée  surmontée  de  la  coupole  ne  triomphe 
cependant  en  Orient  qu'après  la  construction  de  Sainte- 
Sophie  de  Conslantinople.  L'Occident  adopta  une  inno- 
vation, moins  essentielle  pour  le  caractère  de  l'abside, 
avec  les  transsepts,  c'est-à-dire  avec  l'élargissement  du 
vaisseau  entre  l'abside  et  le^  nefe,  L'édilice  tendit  à 
prendre  la  forme  d'une  croix  Quelques  églises  très  an- 
ciennes se  terminent  par  deux  absides,  l'une  à  l'est,  l'autre 
à  l'ouest.Le  transsept  reçut  aussi  des  extrémités  absidales: 
Saint-Laurent  de  Grenoble,  v*  siècle;  Germiny-les- 
Près,  IX*  siècle.  Chaque  région  eut  ses  usages.  Le  midi 
de  la  France  conserva  très  tard  le  type  de  la  basilique 
antique  avec  les  voûtes  en  cul-de-four,  plus  basses  que 
celles  du  transsept  (Avignon,  le  Thor,  Chauvigny-basse, 

pi.  ni,  n.  17.  —* De  Vogué,  Syrie  centrale.  Architecture  civile 
et  religieuse  du  i"  au  w*  sieele,  1865-1877,  p.  9;  voy.  pi.  xix.  — 


193 


ABSIDE 


194 


Autun,  Cosne-sur-Loire,  Lyon,  Béziers,  Carcassonne,  Vi- 
viers). On  trouve  l'abside  carrée  à  Laon  et  à  Dol,  en 
Champagne,  en  Bourgogne,  dans  l'Ile-de-France,  la  Bre- 
tagne, la  Normandie  et  surtout  en  Angleterre.  Dans  le 
centre  de  la  France,  l'abside  semi-circulaire  persiste;  en 


rite  d'attirer  j  l'attention.  On  détruisit  l'ancienne  ce.Ua, 
on  enleva  des  colonnes  du  posticum  qui  furent  rangées 
avec  les  colonnes  latérales  dont  le  nombre  fut  porté  à 
dix-huit.  On  éleva  un  mur  de  clôture,  mais  à  une  large 
distance  de  la  colonnade,  pour  figurer  une  nef  et  ses 


48.  —  Catacombc  d'Alexandrie.  D'après  le  Bullet.  di  archeologia  cristiana,  1875,  p.  57. 


Provence  et  suivant  le  cours  du  Bhône  et  de  la  Saône, 
les  absides  polygonales  témoignent  de  l'influence  byzan- 
tine. 

VI.  NOTE  SUR  LES  TEMPLES  PAÏENS  CONVERTIS  EN  ÉGLISES. 

—  A  Cavesus,  en  Syrie,  un  temple  de  Baal  fournit  une 


49.  —  Basilique  d'Ostie. 
D'après  la  Bullet.  rft  archeolog.  cristiana,  1866,  p.  101. 

partie  du  terrain  à  une  cella  chrétienne  dont  toute  l'in- 
stallation consista  à  enclore  dans  le  temple  un  naos  et 
une  abside  '  (fig.  51). 
L'installation  du  temple  de  Vénus  à  Aphrodisias  mé- 

DICT.  d'arch.  ciirét. 


deux  ailes.  Enfin,  on  construisit  une  abside  semi-circu« 
iaire  qui  existe  encore  2. 


50.  —  Basilique  de  Reparatus. 
D  après  Hiïbsch,  Die  altchristlichen  Kirchen,  pi.  ni,  n.  17. 

On  s'y  prit  de  façon  différente  lorsqu'on  transforma  le 
temple  d'Auguste  et  de  Borne,  à  Ancyre,  en  église  chré- 


'  Texier  et  Pullan,  Architecture  byzantine,  p.  i 


I. 


-*[bid.,  p.  89. 

-  7 


195 


ABSIDE 


196 


tienne.  Ce  temple  était  un  des  plus  parfaits  modèles  de 
l'ordre  corinthien,  tel  qu'on  l'interprétait  au  siècle  d'Au- 
guste. La  colonnade  extérieure  disparut,  seule  la  cella 
fut  conservée,  mais  comme  elle  était  trop  étroite,  le  mur 
du  poslicum  fut  détruit  et  les  murs  latéraux  de  la  cella 
prolongés.  L'  iconostase  s'éleva  au  lieu  même  où  était 
jadis  le  mur  de  Yopisthodomos,  le  chœur  fut  installé 
dans  la  partie  nouvellement  construite.  L'entrée  du 
temple  avec  toute  sa  décoration  fut  épargnée  et  le  pro- 
naos devint  le  narthex.  Enfin  on  perça  trois  fenêtres 
dans  la  muraille,  l'ancien  temple  ne  prenant  la  lumière 
que  par  la  porte  ouverte.  C'est  le  plus  ancien  cas,  à 
notre  connaissance,  où  l'on  ait  abandonné  l'abside  semi- 


51.  —  Temple  de  Baal,  transformé,  à  Cavesus. 
D'après  Texier  et  Pullan,  Architecture  byzmntine,  p.  83. 

circulaire  dont  les'exemples  sont  si  rares  en  Italie,  mais 
assez  nombreux  en  Normandie  et  en  Angleterre  ', 

Los  historiens  byzantins  citent  un  assez  grand  nombre 
de  temples  transformés  en  églises,  dans  l'Asie  mineure. 
Cédrénus  nomme  le  temple  de  Cybèle  à  Cyzique  qui  fut 
dédié  à  la  "Vierge  et  devint  l'église  de  Théotokos.  Procope 
mentionne  le  temple  de  Comane  auquel  rien  ne  fut 
changé  lors  de  son  affectation  au  culte  chrétien  '-'.  Parmi 
les  colonies  de  Marseille  se  trouvait  la  petite  ville  de 
Vernègue  (Ernaginum,  Ernagina,  'Kpvâ-pva),  située 
sur  la  croupe  qui  sépare  les  vallées  du  Rhône  et  de  la 
Durance.  Cette  ville  était  en  possession  d'un  temple 
grec  du  style  le  plus  pur.  A  une  époque  qu'on  ne  saureit 
préciser,  vers  le  Ve  ou  vi°  siècle,  peut-être  sous  Théo- 
dose, le  temple  fut  affecté  au  culte  chrétien.  On  adossa 
alors  au  mur  de  gauche  du  temple  une  chapelle  se 
composant  d'une  chambre  carrée  avec  abside  semi-cir- 
culaire >, 

*  Ibid.,  |i.  (H.  —  «Procope,  De  bello  persico,  1.  I,  c.  xu.  — 
Texier  el  1  ul'un,  (oc.  cit.,  pi.  XI,  p.  99  sq. 


Vïi.  Essai  de  classement  arciiitectonique.  —  Les 
titres  qui  suivent  sont  donnés  en  vue  d'un  essai  de  clas- 
sement architectonique. 

Hub.  =  Die  altchristlichen  Kirchen  nach  den  Bauchenkmalen 
und  àlteren  Beschreibungen  und  der  Einfluss  des  altchris- 
tlichen Baustils  auf  den  Kirchenbau  aller  spâteren  Perio- 
den.  Dargestellt  und  herausgegeben  fur  Architecten,  Archao- 
logen,  Geistliche  und  Kunstfreunde  par  le  Dr  Hubsch,  in-fol., 
Carlsruhe,  1858,  63  pi. 

Vog.  —  Syrie  centrale.  Architecture  civile  et  religieuse  du  i" 
au  vu'  siècle,  par  le  comte  Melchior  de  Vogiié,  in-4%  Paris, 
1865-1877,  154  p.  et  151  pi. 

Cari.  —  Ricerche  sull'  architettura  più  propria  deitempj  cris- 
tiani  basate  sulle  primitive  istituzioni  ecclesiastiche  e  dimos- 
trate  tanto  con  ipiù  insigni  vetusti  ediftzj  sacri  quanto  con 
alcuni  esempj  di  applicazione  del  cav.  Luigi  Canina.  Edizione 
seconda  di  molto  ampllata,  con  cxlv  tavole  di  corredo  e  ri- 
dotta  a  questo  sesto  per  fare  seguito  alla  grande  opéra  publicata 
dal  medesimo  autore  sull'  architettura  antica.  Roma,  1846, 192  p. 
et  cxlv  pi. 

Bun.  —  Les  basiliques  chrétiennes  de  Rome,  relevées  et  dessinées 
par  Gutensohn  et  Knapp.  texte  explicatif  et  descriptif  par  Chr. 
C.  J.  Bunsen  ;  avec  50  planches  ;  première  édition  française, 
traduite  et  revue  par  Daniel  Ramée,  architecte,  in-fol.,  Paris, 
1872,  28  p.,  50  pi. 

Ren.  =  Mission  de  Phénicie  dirigée  par  Ernest  Renan,  membre 
de  l'Institut,  professeur  au  Collège  de  France,  in-4'  et  atlas, 
Paris,  1864,  p.  512. 

Rev.  =  Architecture  romane  du  midi  de  la  France,  dessinée, 
mesurée  et  décrite,  par  Henry  Revoil,3  in-fol.,  Paris,  1867-1873. 

Nea.  =  A  history  of  the  holy  eastern  Church.  Part.  I,  General 
introduction,  by  the  Rev.  John  Mason  Neale,  in-8%  London, 
1850,  t  I. 

Tex.  —  L'architecture  byzantine  ou  recueil  despremiers  siècles 
du  christianisme  en  Orient.  Précédé  des  recherches  histo- 
riques et  archéologiques  par  Texier  et  Pullan,  in-fol.,  Londres, 
1864. 

Abside  solitaire.  —  Forum  de  Nerva,  àRome,  Hub.,i,  12;  basi- 
lique de  Constantin,  à  Trêves,  Hub.,  I,  16;  basilique  de  Pergame, 
Can.,  vin  ;  basilique  d'Otricoli,  Can.,  vin;  basilique  Siciniana, 
Can.,  xv;  basilique  S. -Agnès,  Can.,  xvm,  Bun.,  xvi;  S. -Félix 
de  Noie  (restituée),  Can.,  xxvii;  S.-Croix  de  Jérusalem,  Can., 
xxxn,  Bun.,  xxxi  c;  S. -Maria  du  Trastevere,  Can..  xxxvm. 
Bun.,  vm  c;  S.-Chrysogone,  Can.,  xxxvm,  Bun.,  xx  b,  Hub.. 
m,  11;  S.-Maria  d'Ara  cœli,  Can.,  xliii,  Bun.,  xxxi  b;  les 
Quatre-Couronnés,  Can.,  xliii,  Bun.,  xix  a,  Hub.,  lit,  9;  S.-Marie 
in  Cosmedin,  Can.,  xlvi,  Bun.,  xxu;  S.-Praxède.  Can.,  xi.vm. 
Hub.,  xlv,  5,  Bun.,  xxix;  SS.-Nérée  et  Achillée,  Can.,  lui, 
Bun.,  xxvi,  Hub.,  m,  18;  S.-Marco,  Can.,  liv;  S.-Prisque,  Con.. 
liv;  S.-Martino,  Can..  lv,  Bun.,  xxxi  a;  S.  Sabba,  Can.,  i.vn; 
S. -Jean  à  la  Porte  latine,  Can.,  lvii,  Bun.,  xv  b,  Hub.,  m,  12: 
S. -George  au  Vélabre,  Can.,  lvii,  Bun.,  xx  a,  Hub.,  m,  10; 
S.-Michelin  Sassia,  Can.,  lviii;  S.-Pudenziana,  Can.,Lvm,  Hub., 
vu,  3;  S.-Cecilia,  Can.,  lviii;  S.-Anastasia,  Can.,  lix;  S.-Alexis, 
Can.,  lix;  SS.-Côme  et  Damien,  Can.,  lix;  S. -Marie  Majeure, 
Can.,LX,  Bun.,  IX,  Hub.,  m,  4;  S.-Pierre  du  Vatican,  Can.,  lxxiv; 
S.-Paul  hors  les  murs,  Can.,  lxxix,  Bun.,  rv,  Hub.,  x;  S.-Bar- 
tliélemy  en  l'île,  Bun.,  xvm,  Hub.,  m,  15;  S.  Balbine.  Bun.,xv  a, 
Hub.,  m,  8;  Ravenne,  métropole,  Can.,  xci;  S.-Agata  mag- 
giore,  à  Ravenne,  Can.,  xcn;  les  SS. -Apôtres,  à  Florence,  Can., 
xcii;  S.-Miniato,  Can.,  cxvi;  S.-Michel  de  Pavie,  Can.,  cxvn; 
S.-Ambroise,  à  Milan,  Can.,  exix;  SS.-Gervais  et  Protais,  à  Mi- 
lan, Hub.,  m,  14;  S. -Augustin,  àSpolète,  Hub.,  VI,  15;  S. -Victor, 
à  Ravenne,  Hub.,  xxi,  6;  S. -Jean  Studios,  à  Constantinople,  Hub.. 
v,  l;S.-Irène,  à  Constantinople,  Hub..  v,8;S.-Démétrius,  à  Thes- 
salonique,  Tex.,  xvn  ;  S. -Sophie,  à  Thessalonique,  Tex.,  x\\\  . 
Eski-Djouma,  à  Thessalonique.  Tex.,  xi.n;  Dana,  sur  CEU]  l 
Tex.,  Lix;Dighour,  en  Asie-Mineure,  Can.,  exiv,  Tex.,  l,  pi.  25, 
26,  p.  120;  S.-Apollinaire  ni  n uovo,  à  P,avenne.  Can..  LXXXVm, 
Hub.,  m,  7;  Qennaouàt,  Vog.,  19;  Chaqqa,  Vog.,  12;  Kherbet- 
Hàss,  Vog.,  59;  El-barah,  Vog.,  60;  Babouda,  Vog.,  67;  Qabb 
Loureh,  Vog.,  122;  Le  Thor  (Vaucluse),  Rev.,  I,  ut  ;  Lerins.  Rev., 
II,  XII ;  Grandmont  près  Lodève,  Rev.,  Il,  x;  Xantlius  en  Lycie. 
Nea.,  223;  Gunnawat,  en  Syrie,  Nea.,  256;  Gagra,  Nea.,  259; 
Tchamkmodi,  en  Arménie,  Nea.,  262;  Etchmiadzine,  Nea..  289. 

Abside  trichore.  —  SS.-Marc  etMarcollin.prèsde  la  voieArdéa- 
tine,  Marchi,  Monum.  primit.,  t.  xlvi;  la  Nativité,  à  Béthléhem. 
Can.,  xxix,  Hub.,  V,  2;  S. -Satyre,  à  Milan,  Hub..  XLn,  1;  Monte- 
Fiascone,  Can.,  cxvm;  S.-Maria,  à  Colonie,  Can.,  cxx;  Qen- 
naouàt, Vog.,  19;  chapelle  de  la  Trinité,  à  Lérins,  Rev.,  I,  i; 
S. -Martin  de  Londres  (Hérault),  Rev.,  I.  xxxm. 


197 


ABSIDE   —    ABSOLUTION 


198 


Abside  circulaire  accostée  de  deux  absides  triehores.  —  S.-Clé- 
ment d'Ancyre,  Can.,  cxiv,  Hub.,  xxxv,  4,  Nea.,  p.  230;  Théo- 
tokos,  à  Constantinople,  Can.,  cxv;  Midiah,  dans  l'Hellespont, 
Nea.,  p.  230. 

Abside  solitaire  ellipsoïdale.  —  Taflcha,  Vog.,  17. 

Rotonde  avec  abside  trichore. — Zara,  en  Istrie,  Hub.,  III,  19;  le 
S. -Sépulcre,  à  Jérusalem,  Can.,  xcrv;  S.-Vital,  à  Ravenne,  Can., 
cxii;  S.-Charlemagne,  à  Aix-la-Chapelle,  Can.,  cxin;  S.-Sophie,  à 
Constantinople,  Can.,  ex,  Nea.,  234. 

Rotonde  avec  abside  solitaire.  —  S. -Marie  Majeure,  à  Noeera, 
Hub.,  xvii,  4;  Derbé,  Hub.,  xxxv,  7;  S.-Thomaso  in  Ltmine,  à 
Bergame,  Can.,  en;  S. -Ange,  à  Pérouse,  Can.,  en;  S.-Georges,  à 
Thessalonique,  Tex.,  xxvm. 

Rotonde  tètrachore  avec  abside.  —  Bosra,  Vog.,  22,  Tex.,  p.  135. 

Rotonde  sans  abside,  avec  ou  sans  niches.  —  S.-Constance,  à 
Rome,  Hub.,  vu,  1;  S.-Étienne  le  rond,  Hub.,  xvn,  1;  S.-Hé- 
lène  sur  la  voie  Labieane,  Can.,  xc. 

Abside  pentackore.  —  S.-Martin,  à  Tours,  Ratel.  Voir  col.  189, 
§  iv. 

Abside  hexachore.  —  S.-Gilles  (Gard),  Rev.  n,  lv. 

Rotonde  heptachore.  —  Temple  de  Jupiter,  à  Spalatro,  Hub.,  i, 
.  19;  S.-Êlie,  à  Brousse,  Tex.,  lvi;  chapelle  S. -Sauveur,  à  Lérins, 
Rev.,  I,  l. 

Absides  en  regard  Vune  de  l'autre.  —  Basilica  Ulpia,  Can.,  ix, 
cf.  pi.  m;  basilique  de  Reparatus,  à  Orléansville  (Algérie),  Hub., 
m,  17. 

Absides  concentriques.  —  S. -Jean  de  Latran,  Hub.,  m,  2'; 
Xenodochiûm  de  Pammachius,  à  Ostie,  De  Rossi,  Bull.,  1866, 
p.  101  sq.  ;  S.-Cuthorine  au  mont  Sinaï,  Nea.,  258. 

Abside  centrale  et  abside  lat&rale.  —  Basilique  de  Constantin, 
Can.,  xin. 

Basilique  sans  abside.  —  Basilica  Giulia,  Can.,  xi;  S.-Laurent 
hors  les  murs,  Can.,  xxxn,  Bun.,  xn,  Hub.,  m,  3;  S.-Nicolas  à 
carcere,  Can.,  cVl,  Bun.,  xvc;  Behioh,  Vog.,  137. 

Deux  absides  de  front  et  inégales.  —  S. -Sabine,  Can.,  i,  Bun., 
vin  a,  Hub.,  vu,  6;  Archaepolis,  Nea.,  255. 

Trois  absides  de  front  dont  une  principale. — S. -Maria  in  Do- 
minica  délia  Navicella,  Can.,  L,  Bun.,  xrx  d;  S.-Pierre-aux-liens, 
Can..  lvi,  Bun.,  vm  b;  S.-Jean  de  Latran,  Can.,  lxix,  S.-Apù- 
linaire  in  classe,  Can.,  i.xxxviii  ;  S. -Marie  in  Toscanella,  Can., 
cxii;  cathédrale  de  Torccllo,  Can.,  xcm;  Parenzo,  Can.,  xcm, 
Hub.,  xvn,  7;  S. -Clément  d'Ancyre,  Can.,  exiv;  S.-Clément  de 
Rome,  Hub.,  xvm,  1;  S.-Loreiiïo  de  Vérone,  Hub.,  xxxvm, 
10;  S.-Vargano,  en  Grèce,  Can.,  cxit;  S. -Maria  délie  cinque 
tori,  à  San  Germano  di  monte  Cassino,  Hub.,  xix,  9;  Monreale 
près  de  Palerme,  Can.,  cxxn;  les  SS.-Apôtres,  à  Thessalo- 
nique, Tex.,  xlvii;  S.-Bardias,  à  Thessalonique,  Tex.,  l;  S.-Ni- 
colas de  Myre,  Hub.,  V,  11,  Tex.,  lviii;  S.  Sophie,  à  Trébizonde, 
Tex.,  lxi;  Soueideh,  Vog.,  19;  Kalat  Sema'n,  Vog.,  139;  à 
Néby-Younas  (à  17  kil.  de  Sidon)  une  petite  église  n'ayant  ni 
piliers,  ni  chœur,  simple  rectangle  terminé  par  une  niche  accostée 
de  deux  autres  niches,  celles-ci  ne  descendant  pas  jusqu'à  terre, 
Ren.  ;  S.-Guillem  du  désert,  Rev.,  I,  xxxvm  ;  Pitzounda,  en  Géor- 
gie, Nea.,  252;  Tchesemay,  Nea.,  254;  Cutais,  Nea.,  268. 

Trois  absides,  toutes  différentes.  —  S.-Clément  de  Rome,  Can., 
XXII. 

Cinq  absides  de  front  (semi-circulaires).  —  Séoanques,  dans  la 
Vaucluse,  Rev.,  II,  vu;  Le  Thoronet  (\ar),  Rev.,  n,  xjv. 

Abside  rectangulaire  ou  quadrangulaire.  —  S.-Vincent-trois- 
fontaines,  Hub.,  xlv,  1,  Bun.,  xxjv  a;  Six-fours  (Var),  Rev.,  I, 
xvni;  SS.-Celse  et  Nazaire,  à  Ravenne,  Can.,  xcvm;  Orvieto, 
Can.,  cxxiv. 

Abside  circulaire  accostée  de  deux  absides  quadrangulaires. 
—  Roueiha,  Vog.,  68;  Baqouaa,  Vog.,  118;  Tournamin,  Vog.,  130; 
Pola,  Can.,  xcm. 

Triple  abside   rectangulaire.  —  Hàss,  Vog.,  65. 

Absides  adossées.  —  Temple  du  Soleil  et  de  Rome,  à  Rome, 
Hub.,  i,  16;  S.-Symphorose,  sur  la  voie  Tiburtine,  Stevenson  dans 
le  Bull,  di  arch.  crist.,  1872,  p.  75  sq. 

H.  Leclercq. 

ABSOLUTION.  Du  latin  absolvere,  délier.  Le  péché 
est  censé  un  lien  qui  attache  le  pécheur,  une  chaîne 
qui  le  charge,  d'où  ces  expressions  fréquentes  en  litur- 
gie, avec  toutes  leurs  variantes,  ab  omni  vinculo  peccato- 
rum  absolvat  nos  Dominus;  solvere  a  vinculis  peccati, 
etc.  Nous  n'avons  pas  à  parler  ici  de  l'absolution  sacra- 

1  Macri,  Hierolexicon,  in-fol.,  Rome,  1677,  sous  ce  mot.  — 
•Pleithner,  Aelteste  Geschiclite  des  Breviers,  p.  301  sq.  —  *  De 
ordine  antiphonarii,  prolog.,  P.  L.,  t.  cv,  col.  1246.  —  *  Dom 
Bàumer,  Geschichte  des  Breviers,  in-8',  1895,  p.  269-270.  — 


mentelle  (voyez  pour  ce  sens  le  Dictionnaire  de  théolo- 
gie catholique,  t.  i,  col.  -138).  Nous  traiterons  au  mot 
Pénitence  publique  de  l'absolution  donnée  aux  excom- 
muniés ou  aux  pécheurs  publics;  nous  n'avons  à  nous 
occuper  que  de  quelques-unes  des  acceptions  dans  les- 
quelles est  pris  ce  mot  et  qui  concernent  la  liturgie. 

I.  Absolution  dans  l'office  divin.  —  Il  y  a  aujour- 
d'hui dans  la  liturgie  romaine,  à  la  fin  de  la  psalmodie 
et  avant  les  leçons  de  chaque  nocturne,  une  prière  ap- 
pelée Absolutio  qui  est  une  sorte  d'oraison;  ces  trois 
formules  ne  varient  jamais  dans  l'office  ordinaire.  Selon 
certains  liturgistes,  l'étymologie  du  mot,  dans  le  cas  pré- 
sent, serait  absolvere,  terminer,  sens  que  ce  mot  a  sou- 
vent dans  l'ancienne  liturgie;  ce  serait  donc  la  prière  qui 
termine  la  psalmodie  '.  Si  ce  rite  était  fort  ancien,  abso- 
lutio pourrait  s'entendre  en  ce  sens.  Mais  si  on  le  fait 
remonter  seulement  à  la  fin  du  xme  siècle,  comme  le 
veulent  quelques-uns,  il  est  certain  qu'à  cette  époque  le 
sens  du  mot  absolutio  est  devenu  plus  précis  et  se  rap- 
proche de  la  signification  du  mot  français.  De  plus  ces 
formules  ont  bien  le  sens  d'une  absolution  des  péchés, 
ainsi  qu'on  peut  le  voir  surtout  par  la  plus  caractéris- 
tique des  trois  :  a  vinculis  peccatorum  nostroruni  ab- 
solvat nos  omnipotens  et  misericors  Donnnus.  Pleithner 
voudrait  faire  remonter  l'usage  de  ces  absolutions  à  Cas- 
sien;  mais  cette  opinion  ne  repose  sur  rien  de  sérieux, 
si  l'on  entend  l'absolution  au  sens  que  nous  avons 
donné  2.  Dom  Bàumer  assigne  comme  origine  la  fin  du 
xme  siècle;  il  ne  trouve  pas  ces  absolutions  dans  les  an- 
tiphonaires  avant  cette  époque.  Durand,  au  même  siècle, 
ne  semble  pas  les  avoir  connues.  Cependant  dom  Bàu- 
mer lui-même  cite  un  texte  d'Amalaire  (ix°  siècle)  qui 
ressemble  bien  à  une  absolution  de  l'office.  Mais  on  peut 
considérer  cette  formule  comme  une  exception  3.  Le 
lectionnaire  où  il  rencontre  pour  la  première  fois  une  ab- 
solution est  un  manuscrit  de  Bruxelles  du  xme-xive  siè- 
cle. La  formule  est  celle  encore  usitée  :  Exaudi  Domine 
JesuChriste  preces  servorum  tuorum  et  miserere  nobis, 
qui,  etc.  Le  même  lectionnaire  contient  aussi  pour  les  le- 
çons des  bénédictions  que  nous  avons  gardées*.* 

Quant  aux  absolutions  et  bénédictions  que  l'on  trouve 
dans  Thomas:,  on  ne  saurait  dire  si  elles  sont  d'un  usage 
antérieur  au  XIIe  siècle5. 

IL  Absolutio  capituli.  —  On  appelle  ainsi  une  leçon 
brève  ou  capitule  tirée  des  saintes  Écritures  que  l'on  dit 
tous  les  jours  vers  la  fin  de  l'office  de  prime.  La  seconde 
partie  de  l'office  de  prime  ou  office  du  chapitre  (d'où  le 
nom  absolutio  capituli)  était  autrefois  particulière  aux 
moines  et  aux  chanoines,  et  à  la  fin  on  distribuait  le 
travail  de  la  journée.  Ce  capitule  est  précédé  et  suivi  d'une 
bénédiction.  Voir  Prime. 

III.  Oratio  absolutionis.  —  C'est  une  prière  sous 
forme  d'absolution  qui  prend  place  dans  certaines  litur- 
gies entre  ia  consécration  et  la  communion,  par  exemple 
dans  la  liturgie  de  saint  Basile,  VOratio  absolutionis  ad 
Patrem.  Voir  Messe  6. 

IV.  Absolution  de  l'hérésie.  —  Formules  pour  ceux 
qui  reviennent  de  l'hérésie.  L'institution  d'un  rite  par- 
ticulier d'absolution  pour  les  hérétiques  ou  les  apostats 
qui  rentraient  dans  l'Église  remonte  à  une  très  haute 
antiquité,  et  le  maintien  de  cette  cérémonie  dans  les 
livres  liturgiques  de  longs  siècles  après  qu'elle  eut  été 
hors  d'usage,  est  une  preuve,  ajoutée  à  bien  d'autres,  de 
l'esprit  conservateur  de  la  liturgie.  Eusèbe  y  fait  al- 
lusion à  propos  de  la  fameuse  question  du  baptême  des 
hérétiques7;  elle  consistait  en  des  prières  et  dans  l'impo- 
sition des  mains;  le  concile  d'Arles  (314)  et  celui  de  Ni- 
cée  (312)  en  parlent  dans  les  mêmes  termes;  les  papes 

"Thomasi-Vezzosi,   Opéra  omnia,  Rome,  1747,  t.   iv,   p.  573. 

—  *  Renaudot,  Liturgiarum  orientahum  collectio,  t.  i,  p.  21. 

—  '  Eusèbe,  Hist.  eccl.,  1.  VII,  c.  ii-iii,  et  la  note  de  Valois,  P.  G.» 
t.  xx,  col.  640  sq. 


199 


ABSOLUTION   —   ABSOUTE 


200 


Innocent  I"  et  Sirice  ont  aussi  des  lettres  sur  cet  objet. 
Le  texte  de  ce  dernier  est  surtout  remarquable  :  bapti- 
zatos  ab  impiis  arianis...  nos  cum  novatianù,  aliisque 
hsereticis  sicut  est  in  synodo  (Niccena  I,  can.  8)  consti- 

tUtum,  PER  INVOCATIONEM  SOLAM  SEP1IFORMIS  spi- 
ritus, episcopalis  manus  impositione,  catholicorum 
conventui  sociamus,  quod  eliani  totus  oriens,  occidens- 
que  custodit  ' .  Ce  texte  semble  un  commentaire  de  la 
formule  qui  est  au  Gélasien  pour  la  réception  des  héré- 
tiques ariens  :  Domine  Deus...  mitle  in  eos  spiritum 
Paraelilum  sanclum  sapienlise  et  inlellectus,  spiritum 
consilii  et  forlitudinis,  spiritum  scientise  et  pietatis, 
et  adimple  eos,  Domine,  spiritu  timoris  Dei,  in  no- 
mine  Jesu  Chris ti  Dei  salvatoris  nostri.  Per  quem  et 
cum  quo  est  libi  honor,  etc.  2. 

Plusieurs  anciens  sacramentaires  contiennent  des  for- 
mules analogues.  Ce  rite  a  donné  lieu  à  des  controverses 
intéressantes  parmi  les  liturgistes,  quelques-uns  y 
trouvant  tous  les  caractères  du  sacrement  de  confirma- 
tion. Selon  eux,  les  hérétiques  ou  apostats  revenant  à 
l'Église,  y  auraient  donc  été  reçus  par  le  sacrement  de  la 
confirmation.  Mais  cette  opinion  ne  résiste  pas  à  un  exa- 
men attentif;  si  l'imposition  des  mains  et  la  prière  à 
l'Esprit  septiforme  se  rapprochent  du  rite  de  la  confir- 
mation, l'absolution  des  hérétiques  a  nettement  un  ca- 
ractère de  pénitence  et  se  rattacherait  plutôt  à  la  péni- 
tence publique;  de  plus,  il  n'est  pas  question  d'onction, 
et  peut-être  les  termes  employés  :  sola  manuum 
impositio  cum  precationibus,  manus  eis  tantum  im- 
ponatur,  sont-ils  pour  écarter  toute  confusion.  Du 
reste  un  texte  du  pape  Vigile,  choisi  entre  d'autres, 
coupe  court  à  toute  difficulté  :  Quorum  (hsereticorum) 
reconciliatio  non  per  illam  imposilionem  manus,  quse 
per  invocalionem  spiritus  sancti  operatur,  sed  per 
illam,  qua  pœnitenlix  fructus  acquiritur,  et  sanctse 
communionis  restitutio  perficitur * .  Voir  Abjuration. 

V.  Absolutionis  dies,  le  jeudi  absolu,  ou  absolutus 
dies  Jovis  (jeudi  saint),  à  cause  de  l'absolution  publique 
qu'on  y  donnait.  Voir  Absoute,  II. 

VI.  Absolution  quadragésimale.  Voir  Absoute,  II. 

VII.  Absolution  des  pénitents  publics.  Voir  Péni- 
tence publique.  F.  Cabp.ol. 

ABSOUTE.  —  I.  Étymologie,  définition.  II.  Absoute 
du  jeudi  saint.  III.  Absoute  des  morts.  IV.  Origine  et 
antiquité. 

I.  Étymologie,  définition.  —  Absoute,  absoudre,  du 
latin  absolvere,  solvere,  absolulio,  absoluta,  absolta,  a 
le  sens  de  déiier  en  général,  et  dans  l'espèce,  délier  des 
péchés;  c'est  le  vieux  mot  français  qui  n'est  plus  usité 
que  dans  les  deux  cas  liturgiques  qui  suivent;  il  importe 
de  préciser  ces  deux  sens  pour  éviter  certaines  confu- 
sions qui  se  sont  glissées  dans  bien  des  ouvrages,  même 
dans  des  ouvrages  classiques  sur  la  matière.  Il  signifie 
donc  :  1°  une  cérémonie  publique  q-ui  a  lieu  le  jeudi 
saint  dans  certaines  églises,  l'absolution  ou  absoute;  2°  la 
cérémonie  d'absolution  autour  du  cercueil  ou  du  cata- 
falque. Nous  ne  nous  occuperons  ici  que  de  ces  deux 
acceptions  du  mot,  renvoyant  au  mot  Absolution  où 
nous  avons  donné  les  autres  sens. 

II.  Absoute  du  jeudi  saint  ou  absoute  quadragési- 
male. —  C'est  un  rite  qui  était  usité  autrefois  dans  beau- 
coup d'églises,  surtout  dans  les  églises  cathédrales,  au 
jeudi  saint.  On  prononçait  une  formule  donnant  l'énumé- 
ration  de  tous  les  péchés,  et  on  accordait  ensuite  une  ab- 
solution générale.  Le  P.  Morin  cite  le  texte  d'une  de  ces 
prières  usitée  de  son  temps   :  Per  meritum  passionis 


'  Sirice,  A dffimeriumtarraconenscm,  dans Coustant,  F.pistolse 
romanorum  pontificum,  Paris,  1721,  p.  624-625.  —  *  Thomasi- 
Vezzosi,  Opéra  omnia,  t.  VI,  p.  104-106.  —  3Cf.  Coustant,  Dissert, 
de  vera  Utephani  circa  receptionem  hsereticorum  sententia, 
P.  L.,  t.  m,  col.  1299  sq.  ;  Duguet,  Conférences  ecclésiastiques, 


et  resurrectionis,  etc.  lndulgentiam.  absolutionem  om- 
nium peccatorum  vestrorum ,  cor  contritum  et  vere 
pœnitens,  gratiam  et  coneolationem  S.  Spiritus  tribuat 
vobis  omnipotens  Deus.  Amen.  Oremus.  Dominus  no- 
ster  Jésus  Christus  qui  dixit  discipulis  suis,  qusecuntque 
ligaveritis  super  terrant...  ipse  vos  per  ministeriunt 
nostrunt  absolvat  ab  omnibus  peccatis  vestris,  quœcum- 
que  aut  cogitatione...  Benediclio  Domini  nostri,  etc. 
Le  rite  et  les  formules  de  cette  absolution  ont  varié 
d'église  à  église.  Cette  absoute  est  encore  conservée  dans 
certains  diocèses.  Sous  la  forme  que  nous  avons  décrite, 
elle  ne  doit  pas  remonter  au  delà  du  xui"  siècle.  Mais, 
par  ses  origines  les  plus  lointaines,  elle  se  rattache  pro- 
bablement à  la  cérémonie  de  la  pénitence  publique,  au 
jeudi  saint,  dont  elle  est  un  dernier  vestige*.  Voir  Péni- 
tence. Par  suite  de  ce  rite,  le  jeudi  saint  a  quelquefois 
pris  le  nom  de  jeudy  absolu  absolutionis  dies,  absolu- 
tus dies  jovis*.  Jean  d'Avranches  dans  son  livre  De 
officiis  eccles.,  p.  41,  le  décrit  ainsi  :  Ipsa  die  hora 
sexta  populus  ad  ecclesiam  conveniat  :  si  episcopus 
fuerit,  convocatio  pcenitenlium  et  absolutio,  chrismatis 
et  olei  consecratio,  juxta  episcopalem  ritum  ordinetur; 
ubi  vero  defuerit,  imprtmis  tant  clerus  quam  popidus 
prostrati  in  terra  cum  lacrymis  et  gemilu  absolutio- 
nem criminum  a  majori  sacerdote  accipiant. 

III.  Absoute  des  morts.  —  Il  y  a  donc  une  cérémonie 
dans  la  liturgie  qui  signifie  absolution  donnée  aux  morts. 
Dans  quel  sens  ['Église  a-t-elle  le  droit  ou  le  pouvoir 
d'absoudre  les  morts?  Nous  n'avons  pas  à  traiter  ici 
cette  question;  nous  renverrons  le  lecteur  à  notre  article 
Absolution  des  morts  dans  le  Dictionnaire  de  théo- 
logie catholique6,  en  nous  contentant  de  rappeler 
que  dans  les  termes  absoudre  les  morts,  au  sens  ecclé- 
siastique, il  ne  faut  pas  entendre  un  jugement  qui  affec- 
terait l'état  d'une  âme  après  la  mort,  mais  une  décision 
de  l'Église  qui  accorde  ou  n'accorde  pas  les  honneurs 
de  la  sépulture  chrétienne,  les  prières  et  les  suffrages 
des  fidèles.  Dans  la  cérémonie  de  l'absoute  des  morts, 
on  verra  que  les  formules  ne  sont  que  des  prières  ou 
formules  déprécatoires  dans  le  sens  de  toutes  les  prières 
liturgiques  des  morts,  pour  demander  à  Dieu  de  faire  mi- 
séricorde à  l'âme  du  défunt  et  de  la  délier  de  ses  péchés. 

Ceci  posé,  il  faut  encore  définir  exactement  cette  céré- 
monie liturgique,  et  ne  pas  la  confondre  avec  d'autres 
parties  du  service  des  morts,  avec  les  funérailles  pro- 
prement dites,  ou  la  procession,  ou  la  sépulture,  comme 
on  l'a  fait  quelquefois.  L'absoute,  dans  la  liturgie  ro- 
maine actuelle,  est  une  cérémonie  qui  se  compose  de 
prières  pour  le  défunt,  accompagnées  d'aspersions  et 
d'encensement,  et  se  célèhre  soit  le  jour  des  funérailles, 
en  présence  du  cadavre,  soit  un  autre  jour,  le  corps  du 
défunt  absent,  et  devant  le  catafalque  qui  est  censé  repré- 
senter  le  cercueil.  Dans  le  premier  cas.  la  cérémonie  a 
lieu  en  général,  mais  non  pas  nécessairement,  après  l'of- 
fice des  morts  et  la  messe.  Avant  de  se  mettre  en  marche 
pour  le  lieu  de  la  sépulture,  le  prêtre  vient  auprès  du 
cercueil,  avec  les  ministres.  On  récite  ou  l'on  chante  les 
prières  suivantes  :  Non  intres  in  judieium  cum  serve 
tuo,  Libéra  me  Domine  de  morte  svtcrna,  Kyrie,  Pater 
nosler,  versets  des  morts  et  une  oraison  qui  est  en  gé- 
néral Deus  cui  proprium  est  misererisemper  et  parcere. 
Pendant  le  Pater,  qui  est  récité  à  voix  liasse,  le  prêtre 
fait  autour  du  cercueil  une  aspersion  d'eau  bénite  et  un 
encensement. 

Les  formules  qui  suivent  :  7»  paradisum  deducant  te 
angeli,  Ego  sum  resurrectio  et  vita,  le  Benedictus  et 
les  oraisons  ne  font  pas  partie  à  proprement  parler  de 


t.  il,  p.  389;  Thomasi-Vezzosi.  loc.  cit.  —  *L  Morin.  Comment. 
Iiistor.  de  pœnitentia,  1.  VIII,  c.  XXVI,  Anvers,  1082,  d  100,  et 
notre  article  Absolution  on  absoute  quadragési>>"^.e,  dans  le 
Dict.  de  théol.  cathul.,  t.  I,  col.  259.  — 5  Voir  Duw^e,  Glussarittm 
médias  et  infimx  latimtatis,  au  mot  :  absolutio.  —  •  T.  I,  <  ol.  255. 


201 


ABSOUTE 


202 


l'absoute,  mais  de  la  sépulture  et  seront  étudiées  aux 
articles  Défunts  (Office  des)  et  Sépulture. 

Dans  le  second  cas,  le  corps  absent,  la  cérémonie,  qui 
est  probablement  dérivée  de  la  précédente,  est  à  peu 
près  semblable,  saul'  pour  les  formules;  le  Non  intres 
est  retranché  et  l'oraison  est  généralement  Absolve,  quae- 
sumtis,  Domine,  animant  fantuii  lui,  ut  de  f une  tus 
sœculo  tibi  vivat.  Ou  l'oraison  :  Absolve...  ut  in  resur- 
rectionis  gloria  inter  sanctos  et  electos  tuos  ressusci- 
talus  respiret. 

Quand  le  défunt  est  un  évèque,  un  cardinal  ou  un 
pape,  un  empereur,  un  roi  ou  un  grand-duc,  on  fait 
cinq  absoutes  au  lieu  d'une.  Au  lieu  du  répons  Libéra 
me,  on  chante,  à  la  première  absoute,  le  répons  Subve- 
nite  sancti  Dei,  avec  l'oraison  :  Deus  eux  omnia  vivunt, 
à  la  seconde,  le  Qui  Lazarura  avec  l'oraison  :  F'ac, 
qumsumus,  Domine,  hanc  cuni  servo  tuo...  misericor- 
diani,  à  la  troisième,  le  Domine  quando  veneris,  avec 
l'oraison  :  Jnelina,  Domine,  aurem  tuam,  à  la  qua- 
trième, Ne  recorderis  peccala  mea,  et  l'oraison  :  Ab- 
solve... ut  inter  sanctos  et  electos,  enfin  à  la  cinquième, 
Libéra  me  et  l'oraison  :  Absolve...  ut  defunctus  sœculo 
tibi  vivat.  Le  reste  est  semblable  à  l'absoute  ordinaire. 

La  cérémonie  de  l'absoute  se  trouve,  en  premier  lieu 
et  comme  en  sa  vraie  place,  au  rituel  romain,  au  titre  VI, 
qui  contient  la  liturgie  funéraire,  moins  la  messe.  On 
l'a  reportée  aussi  dans  les  livres  qui  dépendent  du 
missel  ou  du  bréviaire  :  graduels,  vespéraux,  paroissiens. 
Les  cinq  absoutes  sont  dans  le  pontifical  et  le  cérémonial 
des  évêques. 

IV.  Origine  et  antiquité.  —  L'absoute,  telle  que  nous 
l'avons  rigoureusement  définie,  n'est  pas  une  cérémonie 
ancienne. Il  ne  faut  pas  tenir  grand  compte  des  deux  textes 
auxquels  on  nous  renvoie  pour  en  faire  remonter  l'ori- 
gine au  Ve  siècle  et  même  au  delà.  Nous  donnerons  ces 
deux  textes,  car  en  dehors  de  la  question  présente,  ils 
sont  d'un  grand  intérêt  dans  l'histoire  de  la  liturgie  fu- 
néraire. Le  premier  est  de  l'auteur  de  la  Hiérarchie  ecclé- 
siastique :  Suvayayùjv  6  6îïo;  cspàpyr,;  tôv  Upôv  yopôv... 
la  description  qui  suit  s'applique  évidemment  à  la  messe 
pour  les  défunts.  L'auteur  ajoute  :  xai  fiera  T*lv  '-'■''àv 
a-Jiô;  te  6  UpâpyjT];  àoTrâÇeTat  tôv  xexo!u.ï||jivov,  xai  [lex' 
ocÙtov  o£  itapôvTï;  àitaviE;.  'A<nra<7a|XÊv<j>v  6è  ttocvtiov,  èiuyiet 
T(ô  xexoi|Aï]uiv<j>  tô  é'Xaiov  à  upâpyt)ç,  xa\  tyiv  ûirèp 
TCàvTwv  e'jyr.v  tepàv  ■koi'/)gci.\i.evo;,  à7roTÎÔri<riv  èv  o"xa>  Tt[J.îa> 
tô  <jû)|xa  jj-eS*  STSptov  ôixoTayàiv  iepoiv  ati'j.dt-riDv1  .Cette  prière, 
ce  salut  du  prêtre  et  de  l'assemblée,  cette  onction  avec 
une  autre  prière  faite  par  le  hiérarque  avant  la  sépulture, 
ne  représentent  pas  l'absoute,  sinon  dans  ses  origines 
les  plus  éloignées,  et  le  texte  prouve  seulement  qu'après 
la  messe  dite  pour  le  défunt,  il  y  avait  une  prière,  encore 
cette  prière  est-elle  iîrèp  rcdcvrcov,  sur  tout  le  peuple;  ce 
qui,  du  reste,  ne  laisse  pas  d'avoir  son  intérêt  pour  la 
liturgie  générale.  Le  second  texte  est  de  Victor  de  Vite  : 
Quse  agmina  (fidelium)...  clamabant  :  ...  Qui  nos  sol- 
lemnibus  orationibus  sepulturi  sunt  m'orientes?  a  qui- 
bus  divini  sacrificii  ritus  exhibendus  est  consuetus? 
vobiscum  et  nos  libebat  pergere,  si  liceret,  ut  talimodo 
/ilios  a  patribus  nulla  nécessitas  separaret2.  Là  aussi, 
il  n'est  question  que  de  prières  en  général  pour  la  sépul- 
ture, en  dehors  de  la  messe.  Un  autre  texte  du  même 
auteur  que  l'on  aurait  pu  citer  au  même  titre,  ne  fait 
allusion  qu'aux  chants  avec  lesquels  on  accompagnait  le 
mort  à  la  sépulture  :  Quis  vero  sustineat  alque  possit 
sine  lacrymis  recordari,  dum  prseciperet  nostrorum 
corpora  defunctorum  sine  sollemnitate  hymnorum  cum 
silentio  ad  sepulluram  perduà3?  Rien  encore  en  tout 

1  P.  G.,  t.  m,  col.  556.  —  *  Historia  persecutionis  africame 
provinces,  1,  H,  n.  34,  dans  M.  Petschenig,  Corpus  scriptor.  ec- 
clesiast.  latinorum,  Vienne,  1881,  t.  vu,  p.  37.  —  3Id.,  1.  I,  n.  16, 
ibid.,  p.  8.  —  *  S.  Gregorii,  Dialng.,  1.  IV,  c.  LV,  P.  L.,  t.  lxxvii, 
col.  416,  et  Joh.  Diaconi,  S.  Gregorii  vita,  1.  I,  n.  16,  P.  t., 
t.  lxxv,  col.  69.  —  'Muratori,  Liturgia  romana  vêtus,  in-fol., 


ceci,  pas  plus  que  dans  les  autres  textes  des  Pères  et  des 
auteurs  ecclésiastiques  sur  la  sépulture  que  l'on  pourrait 
citer,  qui  ait  le  caractère  de  notre  absoute.  Voir  Défunts 
et  Sépulture. 

Les  textes  de  saint  Grégoire  Ier  et  celui  de  son  biographe 
ne  parlent  pas  non  plus  d'une  absoute  au  sens  où  nous 
l'entendons,  mais  cette  absolution  des  âmes,  après  la 
mort,  signifie  évidemment,  d'après  le  contexte,  le  secours 
que  les  âmes  dans  le  purgatoire  obtiennent  par  la  prière 
des  vivants4. 

Les  plus  anciens  documents  liturgiques,  le  Missale 
gol/iicum,  le  Missale  francorum,  le  Gallicanum  vêtus, 
le  Léonien,  dans  l'état  où  ils  nous  Sont  parvenus,  ne 
contiennent  rien  sur  les  morts  qui  puisse,  de  près  ou  de 
loin,  se  rapporter  à  l'absoute.  Le  Gallicanum  a  de  longues 
prières,  des  oraisons  pour  la  messe,  des  lectures,  des 
préfaces,  mais  aucune  de  ces  pièces  liturgiques  ne  ré- 
pond à  celles  qui  sont  employées  aujourd'hui5.  Le  Géla- 
sien  contient  des  prières  post  obitum,  des  prières  ante- 
quam  ad  sepulchrum  deferatur,  des  prières  ad  sepul- 
chrum  et  post  sepulturam,  des  oraisons  pour  les  messes 
des  liions,  d'autres  pour  le  cimetière  et  d'autres  pour 
les  anniversaires,  mais  rien  encore  de  commun  avec 
notre  absoute6.  Les  agenda  mortuorum,  dans  les  an- 
ciens manuscrits  grégoriens,  contiennent  à  peu  près  les 
mêmes  éléments  que  le  précédent,  mais  on  y  retrouve 
deux  des  prières  de  l'absoute  comme  nous  le  dirons  plus 
loin7.  Les  anciens  manuscrits  ambrosiens,  sans  avoir 
plus  que  les  autres  l'absoute  proprement  dite,  contiennent 
aussi,  nous  le  verrons,  telle  ou  telle  formule  semblable. 
Le  missel  et  le  bréviaire  mozarabes,  déjà  publiés,  ont 
de  longs  offices  et  des  messes  sur  les  morts,  mais  d'un 
caractère  qui  s'éloigne  assez  sensiblement  de  notre  litur- 
gie funéraire.  Quant  au  Liber  ordinum,  nous  savons,  par 
dom  Férotin  qui  en  prépare  l'édition,  qu'il  contient  une 
cérémonie  non  sans  quelque  analogie  avec  notre  rite. 

Nous  avons  même  un  témoignage  positif,  au  moins 
pour  la  liturgie  romaine,  au  viie  siècle,  celui  de  Théo- 
dore de  Cantorbéry,  qui  décrit  ainsi  la  cérémonie  de  la 
sépulture,  sans  faire  allusion  à  aucune  absoute  :  Secun- 
dum  Romanam  Ecclesiam  mos  est  monachos  vel  reli- 
giosos  defunctos  in  ecclesiam  portare  et  cum  chrismate 
ungere  pectora  (la  même  coutume  est  indiquée  par 
ps.-Denys  l'aréopagite  ;  nous  en  reparlerons  aux  mots 
Défunts  et  Onction)  ibiquepro  eis  missam  celebrare; 

DE1NDE   CUM  CANTATIOXE    PORl'ARE    AD    SEPULTURAS    : 

et  cum  positi  fuerint  in  sepulchris,  funditur  pro  eis 
oratio,  etc.  8. 

Mais  à  mesure  que  nous  descendons  plus  bas  et  que 
nous  laissons  de  côté  les  autres  liturgies,  vers  le  xe  siècle, 
nous  trouvons  des  cérémonies  dont  notre  absoute  peut 
se  réclamer.  Ainsi  dans  le  missel  de  Ratbold,  il  est  dit 
qu'après  la  messe  le  prêtre  se  tient  près  du  cercueil;  on 
récite  ou  l'on  chante  le  Non  intres,  le  Subvenite,  le 
Kyrie,  l'oraison  Deus  cui  omnia  vivent,  le  répons  Ante- 
quam  nascerer,  le  Kyrie  encore,  l'oraison  Fac  qusesu- 
mus...  servo  tuo  M.  defuncto...  misericordiam,\e Pater, 
le  Requiem  seternam,  l'oraison  Inclina,  Domine,  et 
l'on  se  dirige  vers  la  sépulture  au  chant  de  YAperite 
mihi  portas  justitiae9. 

Nous  trouvons  ici  les  principaux  éléments  de  l'absoute 
et,  dans  l'ensemble,  les  mêmes  formules. 

Un  autre  fameux  manuscrit  du  xe  siècle,  le  missel  dr 
Leolric,  in  agenda  mortuorum,  contient  cette  cérémoni 
qui,  avec  ses  variantes,  répond  aussi   à   notre  absoute. 
Après  la  messe,  devant  le  corp6  du  déftint,  le  prêtre  dit 
les  oraisons  suivantes  :  OmnipotentisDeimisericordiam 

Venise,  1748,  t.  n,  p.  950.  —  •  Muratori,  loc.  cit.,  t.  il,  p.  747 
sq.  —  '  Muratori,  loc.  cit.,  t.  H,  p.  215  sq.  ;  Thomasi-Vezeosi, 
Rome,  1747,  t.  v,  In  agenda  mortuorum,  p.  25»,  248,  252; 
Ménard,  P.  L.,  t.  LXXVUI,  col.  4«7,  722.  —  »  Theodori  pœni- 
tentiale,  c.  v,  P.  L,  t.  xcix,  col.  929-930.  —  •  P.  L.,  t.  lxkviii, 
col.  467. 


203 


ABSOUTE 


204 


aeprecemur ,  cujus  iudicio  aut  nascimur  aut  fini- 
mur,  etc.1.  Suit  le  répons  Subvenite,  sancti  Dei.  Re- 
quiem œternam  dona  et.  Offerentes.  Kyrit,  trois  fois. 
Oraison  :  Dcumjudicemuniversitatis,  deum  cœleslium 
et  terrestrium  et  infernorum,  etc.2.  Répons  :  Heu 
mihi,  Domine,  quia  peccavi  nimis.  Anima  mea  turbata 
est.  Kyrie,  trois  fois.  Oraison  :  Deus,  qui  universorum 
es  creator  et  condilor3.  Le  corps  est  ensuite  porté  avec 
le  chanl  de  Y  A  péri  te  mihi  et  des  autres  prières  au  lieu 
de  la  sépulture4. 

Un  manuscrit  ancien  publié  par  Thomasi  contient  une 
absoute  sous  une  forme  un  peu  différente,  avec  l'abré- 
viation ill  au  lieu  de  N,  qui  est  caractéristique  en  litur- 
gie, et  qui,  selon  Ménard  et  Mabillon,  serait  antérieure 
au  xe  siècle5. 

Citons  encore,  à  propos  des  funérailles  du  bienheureux 
Etienne  d'Obazine  (+  1159),  ce  texte  qui  vient  donner 
une  confirmation  et  un  éclaircissement  aux  documents 
liturgiques  :  Sacerdotes  cum  stolis,  clerici  cum  vesti- 
bus  albis,  monachi  decenter  ornali  cum  crucibus  et 
thuribulis,  obviant  sancto  corpori  longius  procedebant, 
NEC  adsolvendi,  aut  quodlibet  officium  peragendi  ulla 
erat  facultas6. 

Nous  nous  en  tiendrons  là,  comme  citations,  car  il 
serait  facile  de  multiplier  les  exemples,  à  partir  de  ce 
moment,  et  ce  rite  après  la  messe,  devant  le  cercueil, 
se  rapproche  de  plus  en  plus  de  notre  absoute  à  mesure 
que  les  manuscrits  sont  de  date  plus  récente.  On  voit 
donc  à  peu  près  quelles  sont  les  origines  authentiques. 

Quant  aux  éléments  qui  entrent  dans  la  composition 
de  l'absoute  au  rituel  actuel,  il  en  est  tel  ou  tel  de  beaucoup 
plus  ancien.  Nous  laissons  de  côlé  les  répons  et  oraisons 
des  cinq  absoutes,  qui  sont  simplement  empruntés  à 
l'office  des  morts  et  dont  on  parlera  à  cette  occasion. 

Pour  l'absoute  commune,  l'oraison  Non  inires  trouve 
place  dans  les  agenda  mortuorum  de  manuscrits  grégo- 
riens très  anciens7.  Elle  est  aussi  au  rite  mozarabe8. 
Quoiqu'elle  ne  soit  pas  composée  selon  les  règles  ordi- 
naires des  oraisons  communes,  avec  Yinvocalion,  la  pé- 
tition et  la  conclusion,  elle  est  cependant  de  style 
antique,  et  suit  les  règles  liturgiques  du  cursus,  tribua- 
tur  remissio  (cursus  tardus),  clvistianœ  commendat 
(cursus  planus),  sanctœ  Trinitatii  (cursus  trispon- 
daïque)9.  Les  paroles  sed  gratta  tua  Mi  succurrente 
mereatur  evadere  judtcium  ullionis  se  retrouvent  dans 
l'oraison  qui  sert  de  trait  à  la  messe  actuelle  des  morts. 
Enfin,  l'allusion  au  baptême  qui  dunt  viveret  insignitus 
est  signaculo  sanctx  Trinitatis,  est  aussi  un  trait  ancien. 

Le  répons  Libéra  me  a  conservé  la  structure  des  plus 
anciens  répons  qui  ont  été  si  souvent  écourtés  et  parfois 
défigurés  dans  la  liturgie  moderne.  Nous  le  donnerons 
ici  d'après  le  manuscrit  d'Hartker  (Saint-Gall,  Xe  siècle) 
avec  tous  ses  versets,  dont  les  derniers  sont  supprimés 
dans  nos  livres  actuels  :  Libéra  me  Domine  de  morte 
seterna  in  die  Mo  trcniendo  quando  cœli  movendi  sunt 
et  terra. 

f.  Tremens  faclus  sum  ego  et  limeo  dum  discussio 
venerit  alque  ventura  ira.  Q\uando],  il.  Dies  Ma  dies 
rœ  dies  calamilalis  et  miserise  dies  magna  et  amara 
raldc.  Qïuando]  f.  Quid  ergo  miserrinvus  quid  dicam 
aut  quia  faciam  cum  nil  boni  perferam  ante  talent 
iudicem.  Quando.  f.    Vu   iuslus  salvabitur  et  iniquus 

'Celle-ci  se  trouve  aussi  au  Gélasien,  Muratori,  loc.  cit.,  p.  750. 
—  *Cf.  Gélasien,  Muratori,  lue.  cit.,  p.  749.  —  3  Ibid.,  p.  750.  — 
*F.  E.  Warren,  The  Leofric  missal,  in-4*,  Oxford,  1883,  p.  200 
sq.  —  "Thomasi-Vezzosi,  Opéra  omnia,  t.  IV,  p.  332,  340.  Ct.  un 
autre  rite  de  l'absoute  d'après  un  manuscrit  de  Vienne,  du  x*  siè- 
cle :  Obsequium  circa  morientes,  Antequam  corpus  elevetur) 
P.  L.,  t.  CXXXVIII,  col.  1159  sq.  ;  plusieurs  autres  dans  Martène,  De 
antiquis  Ecclesise  ritibus,  in-fol.,  Venise,  1788,  t.  u,  p.  382  sq.,  et 
dans  Gerbert,  Monumenta  veteris  liturgise  aletnannictB,  1777, 
1. 1,  p.  314  sq.  —  "Balluze,  Miscellauea,  t.  IV,  p.  179;  Gerbert,  Vê- 
tus liturgia  alemannica,  Saint-Blaize,  1776,  part.  II  et  III,  p.  1011. 


condemnabitur  ante  tribunal  iudicis.  Q.  t-  Plangent 
se'  super  se  onvnes  tribus  terrse  quoniam  videbunt  in 
quo  transfi.xeiv.nt.  Quando  10  (fig.  52). 

On  remarquera  que  l'incise  Dunt  venerisjudicare  sas- 
culum  per  ignem,  manque  ici,  ainsi  que  dans  l'autre  ma- 
nuscrit cité  plus  bas  de  saint  Abundius,  ce  qui  semblerait 
indiquer  qu'il  est  une  addition  postérieure.  Les  personnes 
les  moins  versées  dans  ces  études  remarqueront  aussi 
l'harmonie  du  rythme, la  régularité  des  cadences, et  même 
l'apparition  discrète  de  la  rime,  qui  font  de  ce  répons 
un  petit  poème  d'inspiration  très  littéraire.  Les  versets 
qui  suivent  sont  tirés  d'un  manuscrit  de  saint  Abundius 
(diocèse  de  Côme)  aujourd'hui  au  fonds  sessorien  (Rome, 
Bïblioteca  nationale);  ils  paraissent  aussi  une  addition, 
car  ils  ne  suivent  plus  les  règles  rythmiques  des  versets 
précédents  : 

f.  Timor  magnus  et  tremor  erit  dum  iudicas  domine 
actus  cuiusque  nostrum.  In  die  Ma.  f.  Tremebunt 
angeli  et  archangeli  impii  autem  ubi parebunt.  Quando. 
f.  Plangent  se  super  se  omnes  tribus  terre  vis  (sic) 
iuslus  salvabitur  et  ego  ubi  apparebo.  Quando.  f.  Scio 
domine  quia  solus  potens  es  peccata  dimittere  ideo 
mei  miserere.  Quando.  f.  Nunc  Criste  adprecor  mise- 
rere peto  quem  venisti  redimere  perpetim  veni  sal- 
vare.  Quando.  Requiemil. 

Mais  le  texte  lui-même  n'est  pas  d'une  inspiration  très 
antique.  Il  n'a  pas  le  caractère  de  ces  prières  des  pre- 
miers chrétiens  devant  la  mort,  caractère  de  paix,  de 
confiante  tranquillité,  de  ferme  espérance,  bien  plus  que 
d'épouvante  et  de  terreur  que  l'idée  de  la  fin  prochaine 
du  monde  inspira  au  moyen  âge.  Il  est  évidemment  de 
la  seconde  époque  liturgique. 

La  mélodie  appliquée  à  ce  morceau  confirme  nos  in- 
ductions et  ne  parait  pas  antérieure  au  IXe  siècle.  Elle 
n'est  pas  de  la  première  époque,  car  les  versets  ne  repro- 
duisent pas  la  psalmodie  ordinaire  des  répons  du  pre- 
mier ou  du  second  mode.  Ce  chant  est  toutefois  composé 
avec  beaucoup  d'art,  il  se  tient  constamment  dans  les 
cordes  basses  du  premier  mode,  ce  qui  lui  donne  un 
ton  plaintif  et  suppliant  bien  d'accord  avec  les  paroles. 
Seule  la  réclame  Durit  veneris  et  les  versets  que  nous 
avons  indiqués  comme  postérieurs,  sortent  du  ton  géné- 
ral du  morceau  et  s'élèvent  aux  cordes  hautes,  ce  qui 
confirme  aussi  le  témoignage  des  manuscrits  sur  le  ca- 
ractère d'addition  de  ces  parties. 

La  litanie  ou  Kyrie  eleison  et  le  Pater  suivis  de  ver- 
sets avant  l'oraison,  avec  d'autres  versets  après  l'orai- 
son, sont  une  des  formes  les  plus  antiques  de  la  prière 
liturgique  et  remontent  aux  premiers  siècles. 

De  ces  versets,  trois  seulement  sont  propres  à  la  liturgie 
funéraire  f.  A  porta  inferi.  rç.  Erue,  Domine,  anintam 
ejus.  f.  Requiescat  inpace.  ^.  Amen.  Et  après  l'oraison: 
f.  Requiem  œternam  dona  et  Domine  et  lux  perpétua 
luceat  et.  Ce  sont  de  vraies  acclamations  liturgiques. 
Voir  Acclamations.  Les  deux  derniers  surtout,  dont  nous 
aurons  encore  à  nous  occuper  et  qui  se  présentent  sou- 
vent dans  l'office  des  morts,  font  partie  de  l'épigraphie 
des  premiers  siècles;  on  les  retrouve  inscrits  sur  les 
murs  des  catacombes.  C'est  bien  le  souhait  des  anciens 
chrétiens,  qui  envisageaient  la  mort  des  fidèles  comme 
un  sommeil  dans  lequel  on  attend  la  résurrection,  et  qui 
appelaient  le_lieu  de  la  sépulture  un  dortoir.  Sans  cesse 

—  'Muratori,  loc.  cit.,  t.  Il,  p.  215;  Thomasi,  t.  v,  p.  224, 
248,  252;  Ménard,  dans  P.  L,  t.  i.xxvm,  col.  467,  722; 
Missel  de  Léofric,  loc.  cit.,  p.  199.  —  ■  P.  L.,  t.  lxxxvi,  col. 
987.  —  •  Ce  dernier  plus  rare  dans  les  oraisons.  Les  auteurs  de 
la  Paléographie  musicale,  t.  iv,  Le  cursus  et  la  psalmodie. 
p.  33,  n'en  citent  qu'un  seul  exemple  dans  les  livres  grégoriens, 
la  finale  de  l'oraison  du  Saint-Esprit  :  Deus  qui  corda  ftdeliuni. 

—  ">  Paléographie  musicale,  série  monumentale,  t.  t.  Anti- 
pho>iale  du  B.  Hartker,  in-4*,  Solesmes,  1900,  p.  [392-)198.  — 
"  Paléographie  musicale,  1889,  t.  i,  p.  153  et  pi.  xxiv,  cf.  aussi 
pi.  xxv. 


205 


ABSOUTE 


906 


reviennent  dans  ces  siècles  lointains,  sur  les  sarcophages, 
sur  les  inscriptions,  aussi  bien  que  dans  les  plus  an- 
ciennes liturgies,  les  acclamations  analogues  :  repose  en 
paix!  dors  en  paix,  ou  simplement  in  pace;  donnez-leur, 
Seigneur,  le  repos  éternel;  que  la  lumière  éternelle 
brille  pour  eux,  etc. 

Le  premier  verset,  A  porta  inferi,  implique  déjà  d'au- 
tres préoccupations,  d'âge  un  peu  postérieur,  quoique 
encore  fort  ancien,  la  crainte  de  la  mort  et  de  l'enfer, 
ot  la  prière  faite  à  Dieu  d'arracher  cette  âme  à  la  dam- 
nation. Les  autres  versets  employés  sont  communs  à 
toutes  les  parties  de  la  liturgie.  Voir  Acclamations 
Oraison. 

L'absoute  se  termine  par  l'une  ou  l'autre  de3  trois 
oraisons  que  nous  avons  citées.  Elles  sont  toutes  trois  de 
très  ancienne  marque  et  contiennent  les  cadences  con- 
formes aux  bonnes  règles  liturgiques  du  Cursus.  La  pre- 
mière Deus  cui  proprium  est  misereri  semper  et  parcere 
est  aussi  dans  les  manuscrits  grégoriens  d'une  haute 
antiquité  '.  Encore  qu'on  ne  la  trouve  pas  dans  les  do- 
cuments liturgiques  d'une  époque  antérieure,  elle  con- 
tient des  traits  qui  permettent  de  la  faire  remonter  au 
delà  du  ix»  siècle,  tels  sont  les  suivants,  par  exemple  : 
animant...  quani  twdie  de  hoc  sœculo  migrare  jussisti, 
ne  obliviscaris  in  finem;  sed  jubeas  eam  a  sanCtis  an- 
gelis  suscipi  et  ad  patriam  paradisi  perduci;  ces  der- 
nières paroles  surtout  pourraient  remonter  beaucoup 
plus  haut,  et  font  allusion  à  une  croyance  qui,  dès  le 
IVe  siècle,  se  traduit  sur  les  sarcophages  chrétiens  2. 

Les  deux  autres,  Absolve...  animam  fantuli  tui  ab 
onini  vinculo  delictorum  ut  in  resurreciionis  glo- 
ria,  etc.,  et  Absolve... animant  fanudi  tui  ut  defimctus 
sseculo  tibi  vivat,  sont  de  vraies  formules  d'absolution, 
sous  forme  déprécatoire,et  ont  fait  sans  doute  donner 
son  nom  au  rite  que  nous  étudions.  Elles  sont  toutes 
deux  composées  avec  beaucoup  d'art  et  peuvent  passer 
pour  des  modèles  de  style  liturgique,  en  même  temps 
qu'elles  sont  d'une  inspiration  antique.  La  première  se 
retrouve  dans  les  plus  anciens  manuscrits  grégoriens 
que  nous  avons  déjà  cités  avec  cette  variante  :  ut...  inter 
sanclos  tuos  ressuscilarimereantur,  et  employée  comme 
antienne  à  la  communion3;  dans  le  manuscrit  de  Har- 
tker,  elle  est  l'antienne  de  magnificat  aux  vêpres  des 
morts  *;  mais  il  est  évident  qu'elle  n'a  rien  de  la  facture 
d'une  antienne,  et  qu'elle  fut  primitivement  une  oraison. 
Du  reste,  ces  changements  de  destination  dans  la  litur- 
gie sont  fréquents  et  la  messe  des  morts  actuelle,  pour 
nous  en  tenir  à  la  liturgie  funéraire  nous  donne  comme 
trait  et  comme  offertoire  deux  oraisons  (Absolve...  ani- 
mas omnium  fidelium,  et  Domine  Jesu  Chrisle,  rex 
qloriœ.)  Un  des  plus  anciens  manuscrits  ambrosiens  in 
missa  defuncti  contient  aussi  l'Absolve6.  Elle  ne  se 
trouve  pas  cependant  dans  les  documents  liturgiques 
anciens  de  la  liturgie  dont  "Wilson  a  fait  le  catalogue  6. 

La  seconde  oraison  moins  caractéristique,  est  à  peu 
près  de  même  époque  et  se  retrouve  dans  les  mêmes 
livres  liturgiques. 

Quant  à  l'encensement  et  à  l'aspersion  d'eau  bénite, 
ce  sont  deux  rites  très  antiques.  Des  la  fin  du  ip  siècle, 
Tertullien  nous  parle  de  l'emploi  de  l'encens  aux  funé- 
railles des  fidèles  7,  sans  nous  dire,  bien  entendu,  que 
l'on  encense  le  défunt  lui-même,  ce  qui  est  une  pra- 
tique certainement  très  postérieure. 

Dès  le  rva  siècle  aussi  nous  avons  des  témoignages  po- 
sitifs sur  la  bénédiction  de  l'eau  et  sur  ses  effets  spiri- 
tuels ». 


*  Muratori,  toc.  cit.,  Grégorien,  t.  H,  p.  200,  dans  la  Missa  pro 
peccatis,  et  p.  248  dans  les  Orationes  pro  peccatis.  —  *  Voyez  au 
mot  Acclamations  la  fig.  57  représentant  l'âme  reçue  dans  le 
Paradis,  col.  255.  —  'Thomasi-Vezzosî,  toc.  cit.,  t.  V,  p.  226;  Mu- 
ratori, toc.  cit.,  p.  215,  270.  —  «  Hartker,  loc.  cit.,  p.  394-200.  — 
»  Auctarium  so!esmense,  Solesmes,  1900,  p.  158,  n.  1413,  in 


On  voit  donc  que,  si  l'absoute  ne  remonte  pas  comme 
cérémonie  au  delà  du  Xe  siècle,  elle  atteint,  par  quelques- 
uns  de  ses  éléments  et  de  ses  formules,  à  une  époque 
antérieure,  le  vne  ou  le  vr»  siècle,  et  même  le  rve. 

Nous  ne  donnerons  pas  de  bibliographie  pour  cet  ar- 
ticle. Le  sujet  n'a  pas  été  traité  à  part;  il  faudrait  citer 
les  différents  auteurs  qui  ont  parlé  du  culte  des  morts 
chez  les  chrétiens,  ce  qui  impliquerait  une  bibliographie 
peu  proportionnée  au  présent  article  et  qui  du  reste 
sera  donnée  à  l'article  Défunts.  Encore  ces  auteurs 
n'ont-ils  que  très  peu  de  chose  sur  l'absoute,  générale- 
ment confondue  avec  les  funérailles,  par  exemple  Mo- 
roni,  Dizionario  di  erudizione,  aux  mots  Defunti  et 
Assoluzione  de  defunti,  Pascal,  Origines  et  raison  de 
la  liturgie  catholique  (Migne,  dans  la  collection  de  ses 
encyclopédies).  Les  dictionnaires  ou  encyclopédies  ne 
traitent  généralement  la  question  que  d'une  façon  som- 
maire et  peu  scientifique.  Catalani,  dans  son  commen- 
taire du  rituel,  quoique  incomplet,  donne  quelques  ren- 
seignements utiles  :  Ritualeromanunt...  perpetuis  cont- 
mentariis  exornatum,  in-fol.,  Rome,  175'/,  t.  i,  p.  410. 
Cf.  aussi  Onuphrius  Panvinius,  De  ritu  sepeliendi  mor- 
tuos,  etc.,  Rome,  1581,  dans  Volbeding,  Thésaurus  com- 
mentationum  selectarum,  Leipzig,  1849,  t.  n  (pars 
posterior),  p.  330  sq.  F.  Cabrol. 

V.  Absoute  bans  l'Église  grecque.  —  L'Église  grecque 
possède  depuis  une  époque  qu'il  m'est  impossible  de 
déterminer,  mais  qui  doit  être  relativement  récente,  une 
cérémonie  analogue  à  celle  de  l'absoute  latine.  Cette 
cérémonie  porte  le  nom  de  TpctTÔyiov  vexpâxnp-ov.  D'après 
la  dernière  édition  du  Tutuxôv  de  Constantinople,  1888, 
p.  333,  350,  354,  406,  elle  a  lieu  à  la  fin  de  la  messe,  le 
samedi  de  ràirdxpeu,  les  quatre  premiers  samedis  du 
grand  carême  et  le  samedi  de  la  Pentecôte,  à  vêpres  le 
dimanche  de  l'orthodoxie.  Elle  a  lieu  aussi  à  la  fin 
des  messes  que  les  fidèles  font  célébrer  pour  leurs 
défunts,  et  même  en  dehors  de  la  messe;  elle  est  ordi- 
nairement accompagnée  de  la  bénédiction  des  collybes. 

L'office  commence  par  les  formules  ordinaires,  qu'on 
supprime  s'il  a  lieu  à  la  fin  de  la  messe;  dans  ce  cas,  il 
se  place  immédiatement  après  la  prière  Ô7tio0àLi6wvoç. 
Les  chantres  disent  ensuite  quatre  tropaires,  où  l'Église 
demande  à  Dieu,  dans  le  dernier  par  l'intercession  de 
Marie,  de  donner  le  repos  à  l'âme  du  défunt.  Le  diacre, 
dans  une  courte  litanie,  invite  l'assistance  à  prier  à  la 
même  intention  :  cette  litanie  a  une  partie  spéciale  ré- 
servée aux  deux  principaux  •bvxoaixêêa.Ta  de  l'airôxpeu) 
et  de  la  Pentecôte.  Enfin  le  prêtre  dit  à  voix  basse  une 
oraison  dont  la  conclusion  seule  est  chantée  :  il  de- 
mande au  Seigneur  de  placer  l'âme  du  mort  dans  le 
lieu  brillant  et  verdoyant,  dans  le  lieu  de  rafraîchisse- 
ment, d'où  est  bannie  toute  douleur,  et  de  lui  pardonner 
ses  fautes,  volontaires  ou  involontaires.  Tout  cela,  on  le 
voit,  est  emprunté  à  l'office  des  funérailles  et  sera  étudié 
en  même  temps  que  lui. 

On  trouve  le  texte  de  l'office  que  je  viens  de  décrire 
dans  plusieurs  manuels  modernes  à  l'usage  du  clergé,  par 
exemple  dans  'H  6eia  XeiTovipyi'a...  xat  itoXXà  aXXa  y_pï)<r.u.a 
sic  tovi;  iepeï;  xai  Staxdvou;,  Athènes,  1896,  p.  112;  Tepa- 
ttxôv,  Constantinople,  1895,  p.  158,  etc. 

Goar  a  publié,  Euchologium,  Paris,  1647,  p.  682  sq., 
plusieurs  formules  anciennes  d'absolution  sur  les  dé- 
funts. Trois  sont  conservées  dans  les  éditions  récentes  : 
EùxoXdyiov  tô  jjiya,  Venise,  1851,  p.  225-227;  Rome, 
1873,  p.  385-388.  Les  deux  dernières  seulement,  celles 
que  Goar,  ibid.,  p.  686,  dit  n'avoir  rencontrées  dans  au- 


missa  defuncti.  —  •  H.  A.  Wilson,  A  classifled  index  to  the 
léonine,  gelasian  and  gregorian  sacramentarie»  according  tn> 
the  text  of  Muratorïs  liturgia  romana  vêtus,  in-8*.  Cambridge, 
1892.  —  '  Dom  Cabrol,  Le  livre  de  la  prière  antique,  p.  354.  — 
•Pontifical  de  Sérapion,  cf.  G.  Wolbermin,  Altchrist.  I  turgischt 
Stucke,  dans  Texte  u.  Untersuchungen,  Leipzig,  1899,  fasc 


207 


ABSOUTE 


ABSTINENCE 


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cun  manuscrit  ancien,  paraissent  être  encore  en  usage. 
Le  livre  cité  plus  haut,  'H  8eïo  Xetxoupyt'a,  p.  114,  les 
insère  aussi.  Elles  sont  prononcées  par  l'évèque,  ou  à  son 
défaut, par  un  confesseur,  par  un  père  spirituel,  comme 
disent  les  grecs,  sur  le  défunt  qui  n'a  pas  été  relevé 
avant  sa  mort  de  quelque  excommunication.  En  pratique, 
elles  sont  dites  à  tous  les  enterrements  après  l'évangile. 

S.  Pétridès. 

ABSTINENCE.  —  I.  Nature  et  espèces.  II.  Motif. 
III.  L'abstinence  dans  l'antiquité  chrétienne.  IV.  Con- 
troverses et  opinions  touchant  l'abstinence  dans  l'anti- 
quité chrétienne.  V.  Les  principales  époques  de  l'absti- 
nence. 

1.  Nature  et  espèces.  —  D'une  manière  générale  on 
appelle  abstinence  toute  pratique  de  pénitence  extérieure 
qui  consiste  à  se  priver  de  certains  aliments.  Cette  absti- 
nence peut  avoir  plusieurs  degrés,  ou,  plus  exactement, 
vu  la  nature  des  aliments  dont  on  se  prive,  on  peut  dis- 
tinguer plusieurs  espèces  d'abstinence.  Qu'il  nous  suf- 
fise de  mentionner  les  plus  importantes  et  les  plus 
connues  :  1°  Abstinence  d'aliments  humides.  On  ne 
prend  que  des  aliments  secs  ou  qui  ont  la  propriété  de 
se  dessécher.  D'après  saint  Epiphane  cette  abstinence 
n'admettrait  que  l'usage  du  pain,  du  sel  et  de  l'eau  : 
«t>r|u,i  8È  apx(ù  xai  àXi  xat  ûôaxt  xÔxe  y_pu>p.evot  7tpôç  ÉT7TÉ- 
pav '.  Les  Constitutions  apostoliques2  autorisent  aussi 
l'usage  des  légumes  et  des  fruits.  Les  aliments  prohibés 
par  cette  abstinence  sont  donc  :  la  viande,  le  poisson, 
les  œufs,  le  lait,  le  beurre,  le  fromage,  le  vin,  l'huile. 
C'est  ce  qu'on  appelle  la  xérophagie.  Voir  Xérophagie.  — 
2°  Abstinence  de  la  viande  et  du  vin.  Cette  abstinence 
est  attestée  par  saint  Cyrille  de  Jérusalem  :  «  Nous  jeû- 
nons, dit-il,  en  nous  abstenant  de  vin  et  de  viandes  : 
Nr)0"C£jouisv  yàp  oïvou  xe  xa'txpEtôv  a.t:ty6\).vioi,  x.  t.  X.3.  » 

—  3°  Abstinence  du  sang  et  des  viandes  suffoquées. 
Cette  pratique  passa  du  judaïsme  dans  le  christianisme 
naissant4.  Remarquons  aussi  que,  dans  chacune  de  ces 
abstinences,  on  peut  déployer  plus  ou  moins  de  rigueur. 

IL  Motif  de  l'abstinence.  —  Dans  les  intentions  de 
l'Église  cette  pratique  n'a  pour  but  que  la  mortification 
corporelle  ou  la  pénitence.  Il  est  donc  défendu  de  s'y 
adonner  soit  par  aversion  pour  certaines  espèces  d'ali- 
ments, soit  pour  des  motifs  superstitieux.  Les  Canons 
apostoliques  reviennent  deux  fois  sur  ce  sujet.  Le  ca- 
non 50  est  ainsi  conçu  :  «  Si  quelque  évêque  ou  prêtre 
ou  diacre,  ou  un  clerc  quelconque  s'abstient  du  mariage 
et  des  viandes  et  du  vin,  non  pour  un  motif  d'ascèse 
mais  par  aversion,  oubliant  que  toutes  les  choses  sont 
bonnes,  et  que  Dieu  a  créé  1  homme  mâle  et  femelle 
mais  accusant  la  création  par  ses  blasphèmes,  ou  qu'il  se 
corrige,  ou  qu'il  soit  déposé  et  chassé  de  l'Église  ;  de  même 
le  laïque  :  Ef  xi;  è7ii<rxoiro;  ï)  7rp£o-6ùxEpo<;  ^  oXa>;  xoO  xa- 
xaXôyoû  xoû  Upaxtxoû,  yâ]xoov  xa\  xpEtôv  xat  ot'vou  où  Si'a- 
<txy]tiv  àXXà  8ià  pSEXupt'av  ànÉyExat,  èiuXa6ô|XEvo;  Sri 
iràvxa  xaXà  Xt'av,  xai  ôxi  apasv  xat  8ï)Xu  Ë7toc'ï]<jEv  6  0eô; 
xov  avBpaiixov,  aXXà  pXao-çrnjiâiv  8ta6àXX£t  xr|V  Sïijjuo'jpyi'av, 
r)  £top8oùo"8u>  ï|  xa9aipEi'o"8a>  xak  xfiÇ  'ExxXr)<r:ai;  airoêaX- 
Xé<tOo>-  uxTauTtoç  xat  Xai'xôç 5.  »  Le  canon  52  statue  : 
«  Si  quelque  évêque  ou  prêtre  ou  diacre  ne  prend  pas 
de  la  viande  et  du  vin  les  jours  de  fête,  non  pour  un 
motif  d'ascèse  mais    par   aversion,   qu'il   soit   déposé, 

1  Hseres.,  1.  III,  Expositio  fidei,  c.  xxn,  P.  G.,  t.  xui,  col.  828. 

—  «L.  V,  c.  xvin,  P.  G.,  t.  i,  col.  889.  —  »  Catech.,  iv,  c.  xxvii, 
P.  G.,  t.  xxxui,  col.  489.  —  «Cf.  V.  Ermoni,  Abstinence  du 
sang  et  des  viandes  suffoquées,  dans  le  Dictionnaire  de  théo- 
logie catholique,  t.  I,  col.  275,  276.  —  *  Labbe,  Concilia,  in- 
fol.,  Paris,  1661,  t.  I,  col.  38.  —  •  Labbe,  ibid.,  t.  I,  col.  38.  — 
'  Labbe,  ibid.,  t.  I,  col.  1461.  Autre  forme  de  ce  canon  :  De 
hin  qui  in  clero  sunt  presbyteri  vel  diaconi,  et  abstinent  a 
carnibus,  hoc  placuit  statui,  ut  non  eas  tanquam  imnrundas 
contemnant  sed  contingant.  A  quibus  quidem  si  se  abslinere 
volwit  habeant  potestatem ;  ita  tamen,  ut  si  quando  cvm  ole- 
ribus  coquuntuc,  eadem  tanquam  carnibus  polluta  non  iudi- 
cent,  sed  ex  his  ad  cibum  assumant,  quamvis  a  carnibus  se 


parce  qu'il  a  la  conscience  endurcie,  et  qu'il  est  une 
cause  de  scandale  pour  plusieurs  :  Et'  xt;  éxta-x-oiio;  î| 
TtpEo-oùxepoi;  Y|  Stâxovoç  Èv  xaïç  ^pipai;  x-àiv  Éopxcôv  où 
u.exaXau,6âvEi  xpEcSv  xa't  oi'voy,  [38eXuo-<7Ôu.£vO!;  xai  o-j  5i' 
ao"xï)o-iv,  xa9atpEfo8k>  toç  xExauxï]pia<Tu,Évoç  xyjv  tSt'av  o"uveî- 
êrjo-iv,  xat  atxtoç  o-xavSàXo-j  iroXXotç  ytvôu.£vo<;  6.  »  Le  con- 
cile d'Ancyre  (314)  porta  aussi  un  canon  sur  ce  sujet, 
mais  qui  est  diversement  rédigé  par  les  auteurs;  c'est  le 
canon  14,  qui  ordonne  en  général  aux  prêtres  et  aux 
diacres  de  toucher  [goûter]  les  viandes,  et  de  s'en 
abstenir  s'ils  le  veulent;  mais  s'ils  se  refusent  à  manger 
les  légumes  cuits  avec  la  viande,  et  n'obéissent  pas  au 
canon,  qu'ils  cessent  de  faire  partie  de  l'ordre  des  clercs: 
Tou;  èv  xXr,pu>  7rpE<rë'jTÉpou;  îr,  SlSMÔvou;  o'vxa;  xa'i  cvkv/o- 
uivov;  xpeùv   É'So^sv   Ecpi-irTEcOat,  xat  O'jtu;,   eî  poùXotvxo, 

XpaTEÎV   Éa'JTàiv   Et   Ci    pû'jXoiVTO  (fi5EX'J<70"0!7T0),  co?    u.r,ok  ta 

u.£xà  y.pEtôv  paXXôu.Eva  Xà/ava  iabUw,  xa't  Et  fjLrj  âirs&toiev 
tcô  xavôvt,  7rETtaOTrJat  a-jxouç  xïjç  xa^stôç  7.  Il  est  visible 
que  par  ce  canon  le  concile  d'Ancyre  réprouve  certaines 
fausses  idées  :  «  Le  52e  canon  apostolique  avait  déjà 
promulgué  la  même  loi  pour  condamner  ce  faux  ascé- 
tisme gnostique  ou  manichéen,  qui  déclarait  la  matière, 
surtout  la  viande  et  le  vin,  satanique.  Zonare  a  reconnu 
et  indiqué  que  notre  canon  traitait  des  agapes.  Il  dé- 
montre' en  outre  que  È?d<7rxE<76at  signifie  toucher  aux 
mets,  dans  le  même  sens  que  à7ioy£ÙEo-9at,  goûter.  Ma- 
thieu Blastarès  parle  comme  Zonare.  Enfin,  Routh  a  eu  le 
mérite  d'ajouter  à  l'explication  de  ce  canon,  en  ce  que, 
s'appuyant  sur  trois  manuscrits,  la  Collection  de  Jean 
d'Antioche  et  les  versions  latines,  il  a  lu  Et  gè  PôeXùo-- 
o-otvxo.  au  lieu  de  il  Se  fîoùXotvxo,  qui  n'a  pas  de  sens 
ici...  Ajoutons  que  xpaxefv  lauxiôv  doit  être  pris  dans  le 
sens  de  èyxpaxEtv,  c'est-à-dire  s'abstenir  8.  » 

III.  L'abstinence  dans  l'antiquité  chrétienne.  — 
/.  les  chrétiens  en  GÉNÉRAL.  —  1°  En  Orient.  —  L'ori- 
gine de  l'abstinence  remonte  à  Jésus-Christ  lui-même. 
Le  Sauveur  se  soumit  à  un  jeûne  et  par  conséquent  à 
une  abstinence  de  quarante  jours  et  de  quarante  nuits; 
Matth.,  iv,  2;  Luc,  iv,  2.  Saint  Jérôme  affirme  que 
l'abstinence  date  de  la  venue  du  Christ  sur  la  terre  : 
Postquam  autem  Christus  venit  in  fine  temporum  et 
10  revolvit  ad  a,  et  extreniitatem  rctraxit  ad  princi- 
pium  :  nec  repudium  nobis  dare  perrnittitur,  nec  cir- 
cumcïdimur,  nec  comedimus  carnes,  dicente  Apostolo  : 
«  Bonum  est  vinum  non  bibere  et  carnes  non  come- 
dere9.  »  Et  vinum  enim  cum  carnibus  post  diluvium 
dedicatum  est 10.  Clément  d'Alexandrie  pense  que  Jésus- 
Chriet  a  eu  en  vue  l'abstinence  et  la  frugalité  lorsqu'il 
nourrit  ses  disciples  avec  du  pain  et  des  poissons.  Le 
poisson  pris  par  saint  Pierre  sur  l'ordre  du  Maître  a  la 
même  signification11.  D'après  les  renseignements  plus  ou 
moins  autorisés  qui  nous  restent,  les  Apôtres  et  les  dis- 
ciples du  Sauveur  suivirent  l'exemple  du  Maître  et  pra- 
tiquèrent l'abstinence.  Les  Récognitions  pseudo-clémen- 
tines, dont  le  témoignage,  il  faut  le  dire,  est  tendan- 
cieux, nous  apprennent  que  saint  Pierre  ne  se  nourrissait 
que  de  pain,  d'olives  et  rarement  d'herbes  :  panis  milti 
solus  cum  olivis  et  raro  etiam  cum  oleribus  in  usu 
est12.  Selon  saint  Grégoire  de  Nazianze  il  ne  vivait  que 
de  lupins  :  Ka\  Si8âo-xEt  (jle...  Iléxpo;  àutraptou  8Ép(iot; 
xpEç<5(i£vo;13.  Pour  Clément  d'Alexandrie  il  s'abstenait 

abstineant.  Quod  si  in  tantitm  immundas  et  alnmiinabilesjudi- 
caverint,  ut  nec  olera,  qux  cum  carnibus  coquuntur,  xstimcnl 
comedenda,  tanquam  non  consentientes  huic  regulse,  cessare 
eos  oportet  et  a  ministerio  et  ordine  suo.  Si  quis  autem  huic 
reguUe  monitus  non  obedierit,  sed  carnes,  ut  dictum  est, 
immundas  et  abominandas  existinuirerit,  cessare  debebit 
ab  ordine  suo.  Labbe,  ibid.,  t.  1,  col.  1473.  —  "  Hcfilo,  Histoire 
des  conciles,  traduction  française  par  Goschler  et  Delarc,  in-8», 
Paris,  1869,  t.  I,  p.  207,  208.  —  «Rom.,  Xiv,  21.  —  "Adversus 
Jovin.,  1.  V,  n.  18,  P.  L.,  t.  xxin,  col.  237.  —  "  Psedag.,  1.  n, 
c.  i,  P.  G.,  t.  vin,  col.  400.  —  •»  L.  VII,  n.  6,  P.  G.,  t.  I, 
col.  1357,  1358.  —  <»  Orat-,  xiv,  De  amore  paupert.,  n.  4,  P.  G., 
t.  xxxv,  col.  861 


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D'APRÈS  LE  MANUSCRIT  D'HARTKER 


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D'APRÈS   LE   MANUSCRIT  D'HARTKER 


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ABSTINENCE 


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uniquement,  semble-t-il,  de  la  viande  de  porc  :  û&v  8à 
àrcei'xsTo  xa\  LIsTpo; l.  Saint  Matthieu  se  nourrissait  de 
semences,  de  fruits  à  écaille  et  de  légumes,  et  s'abste- 
nait de  viande  :  MgctOocîoc  p.Èv  oûv  ô  àuôaroXoç  o-7iEpu.â- 
tmv,  xaî  àxpoSp'Jtov,  xai  Xaxâvwv  avEU  xpEcôv,  u,steX(x[jl- 
êavEv  2.  Saint  Jacques  le  Juste,  lrère  du  Seigneur,  ne 
but  jamais  de  vin  et  ne  mangea  jamais  de  la  viande 
d'animaux  :  OIvov  xai  aixepa  oOx  £7tiEv,  oOSè  ejuJ/u/ov 
É'çaye  —  "Oç  1[l<\iu-/_o\j  où  p.etéo-xev  3-  Au  témoignage  d'Eu- 
sèbe,  les  disciples  de  Jésus-Christ  s'abstenaient  des  viandes 
et  du  vin;  c'étaient,  dit-il,  des  hommes  de  basse  condi- 
tion, sans  instruction,  mais  remplis  de  l'amour  de  la 
pieuse  et  philosophique  doctrine,  menant  une  vie  pé- 
nible, par  des  jeûnes  et  l'abstinence  du  vin  et  des 
viandes,  etc.  :  8ià  vï|o-teig5v,  oïvou  te  xat  xpeà>v  âitoxî)C> 
x.  t.  X.*. 

Cet  amour  de  l'abstinence  pénétra  prolondément  les 
premières  générations  chrétiennes;  on  y  était  tellement 
attaché  qu'on  la  pratiquait  parfois  même  en  lace  du 
martyre.  C'est  ainsi  qu'Alcibiade  menait  une  vie  très 
austère,  ne  se  nourrissant  que  de  pain  et  d'eau.  Jeté  en 
prison,  il  était  résolu  à  mener  le  même  genre  de  vie, 
mais  il  finit  par  céder  aux  exhortations  d'Attalus,  et 
prit  dès  lors  toute  espèce  d'aliments  :  'AXxiêtdtSov... 
neip<j)|j-évo\j  Te  xoù  âv  tïj  EipxTÎ)  outoj  Stâystv,  x.  T.  X.  5.  La 
pratique  de  l'abstinence  se  perpétua  dans  l'Eglise.  Ter- 
tullien  nous  apprend  qu'au  IIe  siècle,  il  y  avait  en 
Afrique  des  personnes  qui  s'abstenaient  de  vin  et  de 
viande  :  Quidam  ipsam  Dei  creaturam  sibi  interdicunt, 
abstinentes  vino  et  animalibus)  esculentis,  quorum 
fructus  nulli  periculo  aut  sollicitudini  adjacent;  sed 
humilitatem  animes  suae  in  victus  quoque  castigatione 
Deo  immolant  6.  Clément  d'Alexandrie,  s'appuyant  sur 
Rom.,  xiv,  21,  et  sur  l'autorité  des  Pythagoriciens,  dé- 
clare que  manger  de  la  viande  et  boire  du  vin  est  plu- 
tôt le  propre  de  la  bête  :  ©/jptov  yàp  u.5XXov  toûto  yé  T; 
il  exhorte  les  fidèles  à  s'abstenir  d'aliments  somptueux 
et  délicats,  et  à  se  nourrir  d'oignons,  d'olives,  de  légu- 
mes, de  lait  et  de  fromage,  de  fruits,  et  de  tout  ce  qu'on 
peut  faire  cuire  sans  sauce;  il  permet  pourtant,  quand 
c'est  nécessaire,  de  manger  de  la  viande  rôtie  :  BoX6o\ 
èXaïai,  Xa^àvaiv  é'via,  yâXa,  Tupbç,  Ta  te  côpaîa,  E<pï|u.aTâ 
te  iravToSa7iâ,  Çu>|A<ov  aveu-  xàv  ôtctoO  9£ifi  xpéw;,  r\  éç8o0, 
txETaSoTÉov  ».  Au  IIIe  siècle,  Origène,  s'appuyant  sur  une 
maxime  de  Sextus  le  pythagoricien,  enseigne  qu'il  est 
indifférent  de  manger  de  la  viande,  mais  qu'il  est  plus 
raisonnable  de  s'en  abstenir  :  'E(j.^uxa>v  XP^'S  V-^ 
àStâçopov,  inox^i  6È  XoyixoiTepov  9.  Au  IV  siècle,  au  té- 
moignage de  saint  Épiphane,  l'abstinence  revêtait  des 
formes  multiples;  il  existait  à  ce  sujet  une  assez  grande 
diversité  parmi  les  chrétiens;  les  uns  s'abstenaient  de 
toute  viande,  aussi  bien  de  la  chair  des  quadrupèdes, 
que  des  oiseaux  et  des  poissons,  ainsi  que  des  oeufs  et 
du  fromage;  d'autres  ne  s'interdisaient  que  la  viande 
des  quadrupèdes,  et  se  nourrissaient  d'oiseaux  et  d'au- 
tres viandes;  d'autres  s'abstenaient  même  de  la  viande 
d'oiseaux,  et  ne  se  nourrissaient  que  d'oeufs  et  de  pois- 
sons; d'autres  allaient  jusqu'à  s'interdire  l'usage  des 
œufs;  d'autres  s'interdisaient  celui  des  poissons,  mais 
non  celui  du  fromage;  d'autres  s'interdisaient  même  le 
fromage  et  l'usage  du  pain;  enfin  quelques-uns  allaient 
jusqu'à  s'interdire  l'usage  des  fruits  et  de  tout  ce  qui  est 
cuit  :  $»)jjl\  ôà  toO  à7ié;(E<r9a'  xpeùv  7râvT<j>v,  TETpcnrdfioûv  te 

xat  ôpvécov  xoù  ixSûwv,  ùoO  te  xa\  Tupoû o\  8è  TETpa- 

n<Sô(i>v    (idvtov,   Xajiëâvouiit   8è    opvé'tov  xal  Ta   llÊT£1tEtTa• 

*  Psdag.,  1.  n,  c.  r,  P.  G.,  t.  vm,  col.  404.  —  *  Ibid.  — 
»  Eusèbe,  d'après  Hégésippe,  H.  E.,  1.  II,  c.  xxm,  P.  G.,  t.  xx, 
col.  197;  S.  Épiphane,  Hstres.,  lxxviii,  h.  13,  P.  G.,  t.  xlii, 
col.  720.  —  'Demonst.  evang.,  1.  ni,  n.  5,  P.  G.,  t.  xxh, 
col.  212.  —  «Eusèbe,  H.  E.,  1.  V,  c.  in,  P.  G.,  t.  xx,  col.  436, 
437.  —  «  De  cultu  fxmin.,  1.  H,  c.  ix,  P.  L.,  t  I,  col.  1827. 
—  '  Psedag.,  1.  n,  c.  i,  P.  G.,  t.  vm,  col.  396.  —  »  Ibid.,  col. 
401.  —  »  Cont.  Gels.,  1.  VIII,  n.  30,  P.  G.,  t.  xi,  col.  1560.  — 


ÊTEpoi  Se  xa\  ôpvEwv  à7rEXOVTat,  Xau,6âvoviri  3è  ci><3v  xai 
i/ôûwv  ÊTEpot  8è  oùôÈ  ùâ)v  Xau.6â\>ovo-cv  aXXot  8è  r/flôu» 
aité/;ovTat,  TupoO  8e  Xau,ëâvovov  ETEpot  ôè  ou8è  TupoO  Xap> 
ëâvo-jov  "H8r)  8è  xa\  aXXoi  àpTOU  a7rsxovTat,  SîTEpoi  8è  xx) 
àxpoôpùwv  xa't  èit>ï](xâTa)v  ,0.  Des  divergences  analogues 
existaient,  vers  la  fin  du  ive  siècle,  dans  l'Église  de  Jé- 
rusalem :  les  uns  n'avaient  aucun  scrupule  de  manger 
de  la  viande  immolée  aux  idoles;  d'autres,  par  ascé- 
tisme, s'en  abstenaient  et  condamnaient  ceux  qui  en 
mangeaient  :  O't  u,èv  yàp  toïç  eISwXoÔ'jtoi;  à6tacpôpu>; 
TtpouépxovTar  ot  Se  àffxoOo-i  u.èv,  xaTaxptvouCTt  6è  tou; 
Eo-9t'ovTa;  ".  En  ce  même  siècle,  Théodoret  atteste  que 
l'Église,  en  ce  qui  concerne  l'abstinence  du  vin  et  des 
viandes,  laisse  la  liberté  à  ses  enfants,  contrairement  aux 
hérétiques  qui  les  regardent  comme  une  chose  abomi- 
nable :  Ol  (ièv  coç  pSeX'jxxiôv  tovtiov  vo;x.o8eTo-JO"tv  àité/e- 
a9at-  r)  8è  'ExxXïjaîa  oOôàv  <xeç,\  to-jtwv  vevojaoÔÉtexev  o-J6è 
yàp  àmayopeûsi  tyjv  toutwv  [îETaX^17  i2- 

2°  En  Occident.  —  L'abstinence  fut  aussi  en  honneur 
en  Occident.  Les  attestations  ne  nous  manquent  pas. 
Saint  Jérôme  la  recommande  comme  un  moyen  de  per- 
fection :  Quamobrem  et  ego  tibi  dicam  :  Si  vis  perfe- 
ctus  esse,  bonum  est  vinum  non  bibere,  et  carnem  non 
mànducare.  Si  vis  perfectus  esse,  melius  est  saginare 
aniniam  quam  corpus 13.  Saint  Léon  exhortait  aussi 
vivement  les  fidèles  à  l'abstinence  :  Vos  aulem,  dile- 
ctissimi,  catholiese  matris  sancta  generatio,  quos  in 
scltola  veritatis  Dei  Spiritus  erudivit,  libertateni  ve- 
stram  congrua  ratione  moderamini,  scientes  quoniam 
bonum  est  etiam  a  licitis  abslinere,  et  cum  castigatius 
vivendum  est,  ita  discernere  cïbosut  usus  eorum  semo- 
veatur,  non  nalura  damnetur  >+,  Enfin  Prudence,  au 
IVe  siècle,  regardait  la  viande  comme  un  aliment  plus 
convenable  aux  barbares  qu'aux  chrétiens  " 

Absit  enim  procul  Ma  famés, 
Csedibus  ut  pecudum  libeat 
Sanguineas  lacerare  dapes. 
Sint  fera  gentibus  indomitis, 
Prandia  de  nece  quadrupedum  : 
Nos  oleris  coma,  nos  siliqua 
Fêta  legumine  multimodo 
Paverit  innocuis  epulis  ". 

Ces  trois  témoignages  suffiront  à  nous  faire  sentir  1& 
prix  qu'on  attachait  à  l'abstinence  en  Occident. 

//.   LES  PERSONNES  QUI  AVAIENT  EMBRASSÉ   UN  ÉTAT 

DE  vie  particulier.  —  Certaines  catégories  de  per- 
sonnes, qui  menaient  une  vie  plus  parfaite  que  les  simples 
fidèles,  comme  les  clercs,  les  vierges,  les  pénitents,  les 
ascètes,  les  moines,  se  livraient  à  une  abstinence  plus 
rigoureuse,  et  qui  a  duré  plus  longtemps.  Voir  ces  dif- 
férents mots.  Nous  ne  pouvons  pas  traiter  ici  cet  aspect 
de  la  question16. 
IV.  Controverses  et  opinions  touchant  l'abstinence 

DANS   L'ANTIQUITÉ  CHRÉTIENNE.    —  /.   RIGORISME.    —  Les 

premières  discussions  s'élevèrent  aux  temps  apostoliques. 
Les  Apôtres  se  trouvaient  à  Jérusalem  au  moment  où 
certains  pharisiens  enseignaient  qu'il  fallait  observer  les 
rites  mosaïques.  Saint  Jacques  prit  la  parole  après 
saint  Pierre  et  déclara  que,  pour  les  gentils  qui  se 
convertissaient  au  christianisme,  il  fallait  se  contenter 
«  de  leur  écrire  de  s'abstenir  des  souillures  des  viandes 
immolées,  de  la  fornication,  des  viandes  suffoquées  et  du 
sang  »*7.  Des  discussions  s'élevèrent  aussi  dans  l'Église 
d'Antioche  au  sujet  de  l'observance  de  la  circoncision 
mosaïque.  La  cause  fut  soumise  au  jugement  des  Apôtres; 

"  Hseres.,  1.  III,  Expositio  fldei,  c.  xxm,  P.  G.,  t.  xlii, 
col.  829.  —  «  S.  Cyrille  de  Jérusalem,  Catech.,  Vf,  c.  xxvn, 
P.  G.,  t.  xxxm,  col.  489.  —  "  Hseret.  fàbul.,  1.  V,  c.  xxix,  P.  G., 
t.  lxxxih,  col.  553.  —  i3Adv.  Jovin.,  1.  II,  n.  vi,  P.  L.,  t.  xxm, 
col.  294.  —  "Serm.  xlii,  c.  v,  P.  L.,  t.  liv,  col.  279.  —  '«  Hym- 
nus  ante  cibum,  58-65,  P.  L.,  t.  lix,  col.  800,  801.  —  <•  a.  G. 
Berthelet,  Traité  historique  et  moral  de  l'abstinence  de  la 
viande,  tn-4\  Rouen,  1731,  p.  45-51,  75-248.  —  «  Act.,  xv,  20. 


211 


ABSTINENCE 


212 


ceux-ci  envoyèrent  à  Antioche,  Paul,  Barnabe  et  Silas, 
porteurs  d'une  lettre  pour  faire  part  aux  chrétiens  de 
leur  décision.  Ils  ne  veulent,  avec  l'assentiment  du  Saint- 
Esprit,  que  leur  imposer  les  obligations  nécessaires  :  c'est 
«  qu'ils  s'abstiennent  des  viandes  immolées  aux  idoles, 
du  sang,  des  viandes  suffoquées  et  de  la  fornication  *  ». 
Saint  Paul  arrive  à  Jérusalem  et  loge  dans  la  maison  de 
Jacques.  Les  fidèles,  qui  viennent  le  voir  et  s'entretenir 
avec  lui,  «  lui  déclarent  que  pour  les  gentils  qui  ont  em- 
brassé la  foi,  ils  leur  ont  écrit  pour  leur  enjoindre  de 
s'abstenir  des  viandes  immolées  aux  idoles,  du  sang,  des 
viandes  suffoquées  et  de  la  fornication  2.  »  C'était  là 
l'erreur  judaïsante.  Fidèles  à  ces  prescriptions  aposto- 
liques, les  premiers  chrétiens  s'abstinrent  rigoureuse- 
ment du  sang  et  de  la  viande  suffoquée  :  Erubescat  error 
vester  Christianis,  qui  ne  animalium  quidem  sangui. 
nem  in  epulis  esculentis  habemus,  qui  propterea  sufjo- 
catis  quoque  et  morticinis  abstinemus,  ne  quo  sanguine 
contaminemur  vel  intra  viscera  sepulto  3.  Différents  con- 
ciles sanctionnèrent  cette  défense.  Le  63e  (alia  62«) 
canon  apostolique  statue  :  «  Si  quelque  évèque,  ou 
prêtre,  ou  diacre,  ou  un  autre  membre  de  l'ordre  des 
clercs,  mange  de  la  viande  dans  le  sang  de  son  âme,  ou 
de  la  viande  d'un  animal  pris  par  une  bête  ou  mortifié, 
qu'il  soit  déposé,  parce  que  cela  est  défendu  par  la  loi. 
Si  c'est  un  laïque,  qu'il  soit  séparé  [de  la  société  des 
fidèles]:  Et  ti;  ènî<rxo7co; 9|  Ttpeo-ë'j-uepo;  vj  ôVâxovoç  rj  ôXco; 
toû  xaTocXoyou  toû  îepomxoO  <payr\  xpéa  ev  at(iaTi  «l'VjrTJç 
aùtoO  r\  0r)pià).(i)TOv  ï]  6v7)<n|iaïov,  xa8aipeio-9io-  toCto  yàp 
ô  vd(j.oç  à7t£Ï7t£v.  E!  Se  Xaïxb;  eiV],  àtpopiÇéa-Oai  4.  »  Le  con- 
cile de  Gangres  (entre  313  et  381),  canon  2,  statue  :  «  Si 
quelqu'un  condamne  celui  qui  mange  de  la  viande 
(mais  qui  s'abstient  du  sang,  des  viandes  immolées  aux 
idoles  et  des  viandes  suffoquées),  et  qui  est  chrétien  et 
pieux,  et  s'il  croit  qu'il  n'y  a  plus  pour  lui  d'espoir  de 
salut,  qu'il  soit  anathéme  :  Ei'  tiç  èo-ôiovTa  xpéa  (xwp'î 
afjixro;  xa\  etSd)Xo60rou  xat  ttvixtoO)  [i6t'  euXeêet'a;,  xa't 
idtrztwi,  xataxoivot,  cl)ç  av  8ià  xb  (i6TaXa(iëdtveiv  èXmôa  |i/} 
Ê'yovTa,  àva<0Eu.a  ?<jtu> 5.  »  Le  deuxième  synode  d'Orléans 
(533),  canon  20  :  «  Les  catholiques  qui  reviennent  aux 
idoles,  ou  qui  mangent  des  mets  offerts  aux  idoles, 
doivent  être  exclus  de  tout  rapport  avec  l'Église;  il  en 
sera  de  même  de  ceux  qui  mangent  des  animaux  étouffés* 
ou  tués  par  d'autres  bêtes  :  Catholici  qui  ad  idolorum 
cultum,  non  custodita  ad  integrum  accepti  gratia, 
rêver ttmtur,  vel  qui  cibis  idolorum  cultibus  immolalis 
guslu  illicitm  prsesumptionis  utuntur,  ab  Ecclesise  cœli- 
bus  arceanlur.  Simililer  et  hi  qui  bestiaritm  morsibus 
exlincla,  vel  quolibet  morbo  aut  casu  suffocata  ves- 
cunlur  6.  »  Enfin  le  concile  Quinisexte  (692),  canon  67  : 
«  La  Sainte  Écriture  avait  déjà  défendu"  de  manger  le 
sang  des  animaux;  par  conséquent  le  clerc  qui  se  nour- 
rira du  sang  des  animaux  sera  déposé,  et  si  c'est  un 
laïque,  il  sera  excommunié  7.  »  Le  pape  Grégoire  III  se 
contente  de  les  condamner  à  une  pénitence  de  quarante 
jours  8.  Cette  pratique  finit  peu  à  peu  par  tomber  en 
désuétude,  quoique  nous  ne  puissions  pas  en  fixer  la 
date.  Elle  existait  encore  au  temps  de  saint  Augustin. 
Cependant  même  à  cette  époque  on  se  moquait  de  ceux 
qui  n'osaient  pas  manger  des  oiseaux  pris  au  filet  ou 
morts  dans  leur  sang,  ni  des  lièvres  9. 

Une  autre  erreur  surgit  aux  temps  apostoliques  :  des 
chrétiens,  et  notamment  à  Corinthe,    s'abstenaient  de 

*  Art.,  XV,  28,  29.  Cf.  aussi  1  Cor.,  x,  19-21.  —  «  Act.,  XXI,  25. 
Cf.  aumi  Constit.  apoetol.,  1.  VI,  c.  XII,  P.  G.,  t.  I,  coL  940-944; 
S.  Irénée,  Adv.  fueres.,  1.  III,  c.  xu,  n.  14,  15,  P.  G.,  t.  vu, 
col.  907-910;  Tertullien,  De  monog,,  c.  v,  P.  L.,  t.  il,  col.  936; 
Origène,  In  Epist.  ad  Rom.,  n,  13,  P.  G.,  t.  xiv,  col.  900.  — 
»  Tertullien,  Apolog.,  c.  ix,  P.  L.,  t.  I,  col.  323,  324.  —  «  Labbe, 
ibid..  t.  i,  col.  40.  —  'Labbe,  ibid.,  t.  il,  col.  418.  —  "Labbe, 
ibid.,  t.  rv,  col.  1782.  —  '  Cf.,  pour  un  résumé  des  actes  de  c» 
concile,  Labbe,  ibid.,  t.  vi,  col.  1317-1324.  —  •  Hardouin,  Acta 
conciliorum,  in-fol.,  Paris,  1714,  t.  ni,  p.  1876.  —  'Cont.  Faust., 


manger  de  la  viande  de  boucherie.  Saint  Paul  s'élève 
contre  cette  pratique  10. 

D'autres  sectes  tombèrent  dans  des  erreurs  analogues. 
Les  nazaréens  s'abstenaient  de  toute  espèce  de  viande  : 
Nani  hujusmodi,  quos  aios  [les  nazaréens]...,  et  porcina 
ac  reliquis  abstinent  hujusmodi  quae  preecipit  Lex,  sub 
christiarii  quamvis  nominis  professione,  etc. il.  Les 
ébionites  s'en  abstenaient  également 12.  Les  disciples  de 
Tatien,  qu'on  appelle  communément  encratiles,  suivaient 
la  même  pratique;  Tertullien  appelle  ironiquement 
Tatien,  le  Pythagore  de  son  siècle  :  Hodiernum  de  P\j- 
thagora  hsereticum,  non  apud  Paracletum13.  Il  en  était 
de  même  des  marcionites  u.  Parmi  les  manichéens,  les 
«  élus  »,  c'est-à-dire  les  plus  parfaits,  s'abstenaient  de  la 
viande,  des  œufs,  du  lait  et  du  vin  15.  Les  priscillianites, 
qu'on  regarde  comme  des  manichéens  plus  ou  moins 
déguisés,  s'abstenaient  également  de  la  viande.  Le  canon 
17  du  Ier  concile  de  Tolède  (400)  vise  cette  erreur  :  Si 
quis  dixerit  carnes  avium  vel  pecorum,  qum  ad  escam 
datée  sunt,  non  tantumpro  caslïgatione  corporis  absli- 
nendas,  sed  execrandas  esse,  anathema  stt16. 

//.  LATiTUDiNARisifE.  —  Ce  fut  l'erreur  de  Jovinien. 
Pour  cet  hérétique  l'abstinence  n'a  aucune  valeur  mo- 
rale :  Sic  omnia  peccata,  sicut  stoici  philosophi,  paria 
esse  dicebat,  nec  po»se  peccare  hominem  lavacro  rege- 
nerationis  accepto,  nec  aliquid  prodesse  jejunia,  vel  a 
cibis  aliquibus  abstinentiam  l  ' .  On  sait  que  saint  Jérôme 
combattit  énergiquement  les  théories  de  Jovinien. 

V.  Les  principale»  époques  de  l'abstinence.  — 
l.  Ayant  le  baptême.  —  Dans  la  primitive  Église,  on 
se  préparait  au  baptême  par  une  abstinence  plus  ou 
moins  longue  i*.  Le  fait  est  attesté  par  Tertullien,  qui  ne 
mentionne  que  le  jeûne,  mais  le  jeûne  n'est  jamais  ob- 
servé sans  l'abstinence  :  Ingressuros  Baplismum,  ora- 
tionibus  crebris,  jejuniis  et  geniculationibus,  et  pervi- 
giliis  orareoporlet,  etc.19.  Saint  Augustin  est,  sur  ce  point, 
d'accord  avec  Tertullien  :  Sine  dubio  non  admitterentur 
si  per  ipsos  dies  quibus  eamdem  gratiam  percepturi, 
suis  nominibus  datis,  abstinentia,  jejuniis,  exorcismis- 
que  purgantur,  cum  suis  legitimis  et  veris  uxoribus  se 
concubituros  profiterentur,  alque  hujus  rei,  quamvis 
alio  tempore  licitse,  paucis  ipsis  solemnibus  diebus, 
nullam  conlinentiam  servaturos20.  Le  IVe  concile  de 
Carthage (398)  sanctionna  de  son  autorité  cette  pratique  : 
Baplizandi  nomen  suum  dent,  et  diu  sub  abstinentia 
mni  et  carnium,  ac  manus  imposilione,  crebro  exami- 
nati,  baptismum  recipiant  -M.  Nous  savons,  d'autre  part, 
que  celte  abstinence,  imposée  aux  catéchumènes  comme 
préparation  au  baptême,  était  régulièrement  de  vingt 
jours. 

;/.  PEXDAtfT  le  CARÊME.  —  Il  y  avait  de  nombreuses 
divergences  dans  les  Églises.  Les  uns  s'abstenaient  de  la 
viande  de  tout  animal;  d'autres  mangeaient  des  poissons; 
d'autres  y  ajoutaient  les  oiseaux,  parce  qu'ils  estimaient 
que  c'étaient  des  animaux  aquatiques.  D'autres  étaient 
plus  rigoureux,  et  allaient  jusqu'à  s'abstenir  de  toute 
espèce  de  fruits  et  des  œufs;  quelques-uns  ne  se  nour- 
rissaient que  de  pain  sec;  d'autres  s'interdisaient  même 
l'usage  du  pain.  D'autres  enfin,  après  avoir  jeûné 
jusqu'à  none,  prenaient  ensuite  toute  espèce  d'aliments  : 
Oi  (lÈv  yap,  Tràvrn  éji^û/tov  airéxovTaf  oî  fié,  tû>v  è(i<j/^va>v 
Î-/6Û;  (lôvou;  jiETaXapiëivoufft.  Tivè;  5è  <rùv  toî;  î^Sv^t, 
xoù  T(ôv  ircYivwv  àiroYï^o'''Tai,  l\  £5aro;  xa\  aura  xati  tôv 

1.  U,  c  xiu,  P.  L.,  t.  xi.ii,  col.  503,  504.  —  «°  I  Cor.,  x,  25.  — 
"  S.  Augustin,  Cont.  Faust.,  1.  XIX,  c.  IV,  P.  L.,  t.  xlii,  col. 
349.  —  '«S.  Épiphane,  Hteres.,  xxx,  n.  18,  22,  P.  G.,  t.  xli,  col. 
436,  441.  —  "De  iejun.,  c.  xv,  P.  L.,  t.  u,  col.  974.  —  '*  Ibid.  — 

—  Ci.  «.  Augustin,  De  hseres.,  n.  46,  P.  L.,  t.  xui,  col.  36,  37. 

—  *'  Labbe,  ibid.,  t.  Il,  col.  1228.  —  «  S.  Augustin,  De  livres., 
n.  84,  P.  L.,  t.  XLII,  col.  40.  —  "  Cf.  Bingham,  The  antiquities 
ofthe  christ.  Church,  2  in-4*.  Londres,  1878,  t.  I,  p.  437.  —  "De 
baptismo,  c.  xx,  P.  L.,  t.  i,  col.  1222.  —  «•  De  fide  et  operib., 
c.vi.P.L.,  t  xl,  col. 202.—  «'Can. 85, Labbe, ibid., tn, col.  1206. 


2!  3 


ABSTINENCE   —   ACATHISTUS 


214 


Movjdéa  Y£Ysv^l'6ai  )iyovTs;-  O!  5s  xa\  àxpoSp'jwv  xa't 
<iùv  ÔTtlyovTac.  Tcvèç  6s  xoù  S'/ipoû  aprou  [xdvou  [AEtaXau.- 
êâvouorc-  à'XXoc  8à  o-JSà  tovtou.  "E-ripoi  3è  a%piç  êvv«Tï]î 
ô>oai;  V7)<jte\jovteç,  Scâçopov  ëyouac  Tr,v  esTcocaiv  *■  Cette 
multiplicité  d'usages  existait  aussi  en  ce  qui  concerne  le 
jeûne  2,  dont  on  s'occupera  ailleurs.  Voir  Carême  et 
Jeune. 

;//.  pendant  la  semaine  sainte.  —  D'après  Denis 
d'Alexandrie,  on  voit  qu'il  n'y  avait  pas  uniformité  parmi 
les  chrétiens.  Le  saint  évêque  exprime  sa  manière  de 
voir  à  son  collègue  Basilide.  Il  regarde  comme  des  âmes 
généreuses  ceux  qui  pratiquent  l'abstinence  jusqu'à  la 
quatrième  veille  [=  férié].  D'autres  croyaient  faire  beau- 
coup en  pratiquant  l'abstinence  les  deux  derniers  jours, 
le  vendredi  et  le  samedi.  Saint  Denis  ne  les  regarde 
pas  comme  des  modèles  de  ferveur  :  Toù;  ôè...xa\  |xéypc 
T£TâpTï]<;  «puXaxriç  SieyxapTEpovvTaç...  û>i  yevvat'ou;  xai  çi- 
).07rôvou;  à7roSeyw6|j.e6a...  E!  81  tcveç...  r\  xa\  TpuçriTavTEç 
tôç  7rpoaYO'j<ra;  TÉacrapa;...  cjx  oip.ai  ty|v  "<r/)v  a6Xr|<7iv 
aùroùç  TtETroiïiaOai  toïç  ràç  irXEÎovaç  rjuipaç  7tpoï)TXï)xô<ii  3. 

V.  Ermoni. 

ABYSSIN  (RITE).  Voir  Éthiopien  (Rite). 

ACATHISTUS  (gr.  àxâe-.ffroç).  —  I.  Étymologie. 
fi.  Origine.  III.  Auteur.  IV.  Date.  V.  Texte.  VI.  Tra- 
ductions. VII.  Usage.  VIII.  Titres.  IX  Sources. 

La  veille  du  cinquième  dimanche  de  carême,  l'Église 
grecque  chante  une  hymne  qui  a  donné  son  nom  à  la 
journée  :  Sdéëëocrov  toO  àxaôîaro-j  vu.vou.  Samedi  de 
l'hymne  acathiste. 

I.  Étymologie.  —  'Axâ8i<jTo;,  qui  ne  s'assied  pas.  Ce 
mot  vient  de  a  privatif  (?TEpïiTixôv)  et  iÇa>  ou  xaOt'Çr.),  je 
fais  asseoir  (xaOï'Çojxac,  s'asseoir,  siéger);  il  s'explique 
par  cette  circonstance  que  le  peuple  et  le  clergé  passent 
la  nuit  entière  debout  (ôp6o<Tfc<Ô7]v)  occupés  à  chanter  les 
louanges  de  la  Vierge.  Les  grecs-melchites,  ne  trouvant 
pas  dans  la  langue  arabe  un  mot  équivalent,  l'ont  inter- 
prété :  Medîch  alladzî  là  jadschib  eldschulûs  fihî,  c'est- 
à-dire  hymne  pour  laquelle  on  ne  pent  s'asseoir*. 

IL  Origine.  —  Junius  a  supposé  à  tort  que  V Acathiste 
était  destiné  à  célébrer  le  voyage  de  Marie  et  Joseph  à 
Bethléhem  6.  L'hymne  fut  composée  en  l'honneur  de  la 
Vierge  à  la  protection  de  qui  on  attribuait  la  triple  déli- 
vrance de  Constantinople  menacée  par  les  barbares,  sous 
Héraclius,  sous  Léon  l'Isaurien  et  sous  Constantin  Pogo- 
nat. 


4  Socrate,  //.  E.,  1.  V,  c.  xxii,  P.  G.,  t.]  lxvii,  col.  633.  — 
Socrate,  ibid.,  col.  632,  633  ;  Sozomène,  H.  E.,  1.  VII,  c.  xix, 
P.  G.,  t.  lxvii,  col.  1477.  —  3  Can.  1  traitant  du  jeûne  et  de 
l'abstinence,  P.  G.,  t.  x,  col.  1277.  Cf.  aussi  Morin,  De  pceni- 
tentia,  in-fol.,  Anvers,  1682,  p.  452,  470,  488,  489  (abstinence 
pratiquée  comme  moyen  de  pénitence).  J.  Launoy,  De  vcteri  ci- 
borum  delectu,  in-12,  Paris,  1663;  Thomassin,  Traité  des  jeûnes, 
in-8%  Paris,  1680;  W.Smith  et  S.  Cheetham,  A  dictionary  of 
Christian  antiquities,  2  in-8%  Londres,  1875-1880,  t.  i,  p.  9,  10; 
Cabrol,  Les  églises  de  Jérusalem,  in-8%  Paris,  1895,  p.  135-139. 
—  l  Horologium,  Athènes,  1822.  —  B  D.  Macri,  Hierolexicon, 
in-fol.,  Bomae,  1677,  a  t>'  mot;  voy.  J.  Gretser,  Opéra  omnia.  in- 
fol.,  Ingolstadii,  1616,  t.  i»  De  sancta  cruce,  p.  450.  Meursius  et 
Suicer  ont  suivi  l'erreur  de  Junius.  —  6  Quercius,  Adnotation. 
in  hijmnum  Acathistum,  P.  G.,  i.  scii,  col.  1348  sq.  —  '  O.  Bar- 
denhewer,  Patrologie,  in-8%  Freiburg-Im-Breisgau,  1894,  p.  524; 
trad.  franc,  par  Godet,  in-8%  Paris,  1900,  %  m.  p.  50.  —  «Pitra, 
Analecta  sacra  spicil.  solesm.  parata,  Ln-4"  Typis  tusculanis, 
1882,  t.  I,  p.  262.  —   •  Horologium,  Athènes,    «891    :    Toù,  Si 

OIXOUÇ     TTjÇ    ôîCTOXOJ,     OUÇ     «VOty l VlùffXOHEV    ffr^EÇOV    XXz'iï.0-/*,-' ,    Ot    LWV    àttoSt'- 

0%u«m  »'ç  EÉpy.ov  tov  tôte  ita-rptâp^Tiv ,  oï  Se  sîç  Tsiôpyiov  TOV  LTuTtS^v, 
ff'^TXP0vo'   *VTa    *at   aùxôv,   xaï    y_apToœJ),axa    ttîç    [a.    Èxx^TÎa;.  —    *°  N. 

Nilles,  Kalendarium  manuale,  in-8%  Œniponte,  1896,  t.  n, 
p.  156.  —  "Quercius,  loc.  cit.  —  '*  Quercius,  loc.  cit.;  Th.  Ray- 
naud,  Opéra,  t.  vu,  Nomenclator  Marianus,  observât.  2;  Pagi,  ann. 
625;  G.  Quirinus,  Vêtus  officium  quadragesimale  Grœcix  or- 
thodoxie, diatiib.4,  in-4%  Beneventi,  1725;  J.-S.  Assemani,  Ka- 
lendaria  Ecclesix  universx  in  quibus  tum  ex  vet.  marmoribus 
tum  ex  cod.  ...sanctorum  nomina,  imagines  et  fesli  per  annum 


III.  Auteur.  —  On  a  attribué  cette  hymne  à  George 
Pisidès,  chartophylax  de  Sainte-Sophie  sous  Héraclius  6 
et  au  patriarche  Serge  (610-638) 7.  Le  cardinal  Pitra  a"»ait 
fait  espérer  une  dissertation  dans  laquelle  il  étudieraH 
Y  Acathiste,  son  auteur,  son  origine  historique,  les  leçons 
des  manuscrits,  de  ceux,  en  particulier,  qui  attribuent 
cette  pièce  à  Serge;  d'autres  travaux  le  détour- 
nèrent de  cette  recherche 8,  et  il  laissa  pendante  une 
question  que  ni  les  derniers  éditeurs  de  l'IIorologium  ', 
ni  le  P.  Nilles  n'ont  cru  pouvoir  résoudre  10. 

IV.  Date.  —  L'inmne  fut  composée  et  chantée  pour  la 
première  fois  en  626,  après  la  k»ée  du  siège  de  Constanti- 
nople par  Sarbarus  et  Chagonus  sous  l'empereur  Héra- 
clius *>.  Il  est  moins  facile  de  fixer  le  temps  vers  lequel 
cette  hymne,  que  l'on  a  surnommée  le  «  Te  Deum  »  grec, 
entra  dans  la  liturgie  et  fut  assignée  au  samedi  de  la 
cinquième  semaine  de  Carême  12.  Voici  la  notice  du  Sy- 
naxarion  :  'AxâÔ'a-TOi;  6à  ei'pyjTat,  S«m  ôp6oarâô'ï)v  tôte 
7ràç  â  Xab?  xarà  ttjv  vijxxa  tôv  xiu,vov  tïj  toû  Aôyou  Mrjrpi 
ïu.sXtliav  xa\  on  ev  7tâ(n  aXXo:;  xa6î)a0ac  è!;  à'6ou;Ey>ovTê;, 
èv  toîç  TtapoOot  ôp6o\  thxvteç  àxpotiu,s6a13. 

V.  Texte.  -  ■  Les  anciens  textes  n'ont  plus  guère  qu'un 
intérêt  bibliographique.  Néanmoins  on  peut  tirer  profit 
des  travaux  de  Combefis  >4,  Lambecius  16,  Quercius  16, 
Matthaei11 

Une  édition  a  été  établie  par  Christ  et  Paranikas  18, 
une  autre  par  Pitra  19.Des  contributions  à  l'étude  philo- 
logique du  texte  ont  été  fournies  par  A.  Lauriotes  et 
Paranikas20  —  ad  fidem  •/Eipoypâpwv  naXatiôv.  Nilles21 
a  suivi  l'édition  de  Pitra  (tyir/^p&ç)  avec  la  traduction 
latine  de  Constantin  Lascaris  22. 

VI.  Traductions.  —  V Acathiste  a  été  traduit  en  italien, 
en  ruthène,  en  roumain,  en  arabe,  en  allemand  23,  en 
russe  24.  Les  traductions  latines  sont  nombreuses,  outre 
celle  de  Lascaris,  on  peut  rappeler  celle  de  Jean  Rubeo 
Antoniano23  et  celle  de  Jos.  Schiro,  archevêque  de  Dyr- 
rachium,  parue  à  Rome  en  1746,  et  que  Quercius  a  suivie 
presque  constamment. 

VIL  Usage  liturgique.  —  Indépendamment  de  la  place 
qui  lui  est  faite  dans  la  dévotion  privée,  l'Acathiste  re- 
parait plusieurs  fois  dans  la  liturgie.  Il  est  réparti  en 
fragments  entre  les  quatre  premiers  samedis  du  Ca- 
rême26; le  cinquième  samedi  on  le  récite  en  entier, 
mais  divisé  en  quatre  pauses  ou  stations  (arâ<j£c;)  dont 
on  remplit  les  intervalles  par  la  récitation  d'autres 
psaumes  et  cantiques  pendant  l'exécution  desquels  on 


dies  ecclesiarum  Orientis  et  Occidentis,  prœmissis  uniuscu- 
jusque  ecclesise  originibus  recensentur,  descributitur  notisque 
illustrantur,  gr.  in-4%  Romae,  1755,  t.  VI,  p.  588;  Neale,  A  his- 
tory  of  the  holy  eastern  Church,  in-8%  London,  1850,  introd., 
p.  747.  —  "s  Cf.  Nilles,  loc.  cit.,  t.  H,  p.  157  sq.  Le  "/.o-jo?  lijv- 
ptcrtï-çto;  t!ç  tt|v  àxà6i<rrov,  dans  Gretser,  Comra.  in  Codin.,  1.  III, 
c.  vi,  P.  G.,  t.  CLvn,  col.  359-360;  F.  Combefis,  Historia  mono- 
thelitarum,  P.  G.,  t.  xou,  col.  1353-1371.  —  "Combefis,  Aucta- 
rium,  t.  Il,  p.  805-826,  cf.  P.  G.,  t.  CVI,  col.  1335  sq.  — 
15  Lambecius,  Commentaria  de  augusta  bibliotheca  cesarea 
vindobonensis,  éd.  Kollar,  in-fol.,  Vindobonae,  1665-1679,  t.  v, 
p.  301.  —  «  Quercius,  loc.  cit.,  cf.  P.  G.,  t.  xcvi,  col.  1333  sq. 
—  "  Matthaei,  Notitia  codicum  manuscriptorum  grascorum 
bibliothecarum  mosquensium  sanct.  synodi,  in-fol.,  Mosco- 
viae,  1776,  n.  9.  —  «•  W.  Christ  et  Paranikas,  Anthologia 
grxca,  in-8%  Lipsiae,  1871,  p.  140-147.  —  «  Pitra,  Analecta 
sacra,  t.  I,  p.  262.  —  "A.  Lauriotes  et  Paranikas  dans  l"Ey-\n- 
staTTix»i  'AXïiGuct,  Athènes,  5  février  et  9  avril  1893.  —  *'  Nilles, 
loc.  cit.,  t.  H,  p.  157,  168  sq.  —  "  Fabrice,  Bibl.  grxca,  Ham- 
burgi,  1722,  t.  VI,  p.  329-330.  —  "  Maltzew,  dans  le  Kanonik, 
p.  332-402.  —  "  Ibid.,  p.  352-388.  —  "  Th.  Baynaud,  loc.  cit.  — 
"Le  Typicon  de  Constantinople,  pour  l'office  de  1'  4xg).o'j8:«  tc3 
LuxpoO  ànoSîkvou  (à  vêpres  de  la  iérie  vi*  de  la  première  semaine, 
p.  216),   contient  la  notice    qui  suit  iViX.  ifrSç    ûn!>    tJiv   xojSv 

«  Tîi  UTïEptià^iu  »,  xaï  àvcr/tvwcrxiTat  fj  a',  (rcâfft;  -wv  ofxwv  l*t$  flEoTÔxou" 
auôt^  «  TÎi  ô*epnày_<i>  »,  àpYoff^Tonov,  xat  rcçoffxuviT  o  àpyttçiùç  t^v 
iixova  ttjî  ônipayi'm  6ioi<ix«u.  Aux  trois  fériés  vi*  qui  suivent  on  lit  : 
avayivwffxoyTai  ot  oraoi  t91ç  Ocoto'xou  tîîç  p'.,  tîI;  y'.,  rîjç  S'.  o-r«o-tw(,  «s 
«ffico-cau- 


215 


ACATHISTUS   —    ACCENT    (L')    EN   ÉPIGRAPHIE 


216 


peut  s'as9eoir.  L'Acathiste  est  en  outre  précédé  d'un  tpo- 
TTtxpiov  arvrou.&Xov. 

L'Acathiste  est  une  hymne  de  vingt-quatre  strophes 
disposées  dans  l'ordre  des  lettres  de  l'alphabet  dont  cha- 
cune commence  une  strophe.  Les  strophes  longues  al- 
ternent avec  celles,  qui  sont  moins  longues.  Les  pre- 
mières ont  pour  conclusion  :  vaïpe,  vùnipri  àvvu.çsv~s> 
Salve  sponsa  innupta,  les  secondes  :  'AXXoXo'jïa.  En 
outre  chaque  longue  strophe  contient  deux  parties,  l'une 
renlerme  l'histoire  et  la  doctrine,  l'autre  une  acclama- 
tion répétée  douze  fois.  Ces  strophes  ont  été  appelées 
tantôt  xovtâxia,  tantôt  d'xoi,  le  Triodion  les  mentionne 
ainsi  :  tou;  sIxotmÉTa-apai;  xatà  àXsàêr)Tov  oïxou;. 

VIII.  Sommaire  des  titres  de  l'hymne.  —1,  Annoncia- 
tion de  l'ange;  2,  réponse  de  Marie;  3,  continuation  et 
réponse  de  l'ange;  5,  la  Visitation  et  la  salutation  de  Jean 
à  Marie; 6, le  trouble  de  Joseph; 7,  salutations  des  bergers 
à  Marie;  8,  arrivée  des  mages  et  salutations  à  Marie  et  à 
l'enfant;  10,  retour  des  mages  dans  leur  pays  et  erreur 
d'Hérode;  11,  fuite  de  Jésus  en  Egypte  et  acclamations  à 
Marie  de  la  part  des  peuples  délivrés  de  l'idolâtrie; 
12,  salutations  de  Siméon  à  Marie  —  lorsque  Jésus  lui  fut 
présenté  —  alors  qu'il  allait  quitter  la  vie  ;  14,  salutations 
de  tous  1rs  fidèles  pèlerins  à  Marie;  16.  salutations  de 
tous  à  Marie;  18,  salutations  de  tous  les  fidèles  à  Marie; 
20,  salutations  du  patriarche  Serge  et  de  ses  collègues 
à  Marie;  22,  24,  après  la  libération  générale  du  décret 
de  notre  malédiction  et  le  retour  des  apostats,  tous 
rendent  gloire  à  Marie. 

IX.  Sources.  —  Quercius  prétendait  reconnaître  dans 
YAcathitte  un  grand  nombre  d'expressions  particulières 
à  G«orge  Pisidès;  craignant  d'être  trop  long  il  a  laissé  à 
ses  lecteurs  le  soin  de  faire  ces  rapprochements  '.  Nous 
n'avons  rien  trouvé  d'absolument  démonstratif  dans  cette 
direction;  voici  néanmoins  une  observation  qui  doit  être 
notée.  Le  tropaire  ie'  15,  contient  les  o-ti/oi  suivants  : 

Xortpe,  o''/r)(jLa  Ttavâytov  toO  tiâ  Ttiv  yepouëeu.. 
Xaïps,  oiV.7)U.a  TtavàpKTTov  toû  eiù  T<iv  <yspa?iu,. 

Solut,  char  saint  de  Celui  qui  est  assis  sur  les  chérubins. 

Salut,  demeure  illustre  de  Celui  qui  est  assis  sur  les  séraphins. 

Cette  expression  :  être  assis  sur  les  séraphins,  a  une 
petite  histoire  littéraire.  Fréquemment  employée  à  une 
époque  plus  ancienne,  elle  a  été  battue  en  brèche  au 
IVe  siècle  et  a  disparu  ensuite  à  peu  près  complètement 
de  la  liturgie.  Deux  pièces  que  nous  ne  possédons  que 
dans  des  traductions  latines  :  les  Acta  disputationis 
sancti  Achalïi  cpiscopi  et  martyris  2  et  VOratio  secunda 
Cypriani  Anliocheni  3,  offrent  les  textes  que  nous  trans- 
crivons : 

Martianus  ait  :  Quis  est  iste?  Respondlt  Achatius  :  Altissimus 
Adonaï,  sedens  super  Cherubim.  et  Seraphim  *. 

Cyprien  d'Antioche  (?)  dit  à  deux  reprises  dans  sa 
prière  :  Qui  sedes  super  Cherubim  et  Seraphim  6.  Ces 
textes  ont  pour  lieu  d'origine  des  pays  de  langue  grecque, 
ce  qui  les  rapproche  de  l'Acathiste  ;  nous  trouvons  une 
aulre  adaptation  liturgique  de  cette  formule  parmi  les 
Variée  lectiones  in  sacrant  Chrysoslomi  liturgiam  : 

"Ayioç  g  ©eôç,  6  to;.;  è;a7tTep-jfot;  Sepaçs'iu.  èitioyoûiievo;6. 

Dieu  saint,  qui  est  porté  sur  les  six  ailes  des  Séraphins. 

Vers  l'époque  où  fut  écrite  cette  liturgie,  saint  Jérôme 
disait  dans  son  commentaire  sur  Isaïe  :  Unde  et  Domi- 
nus,  in  aurigse  modum,  suver  Cherubim  aperle  sedere 


•P  G.,  i.  CX!!,  col.  1333.  —  «G.  Kriiger,  GescJi.  dcraltchr.  Lite- 
ratur,  in-8*,  Freiburg,  1895,  p.  242.  —  3  A.  Harnack,  Geech.  der 
ullchr.  Liter.,  in-8-,  Leipzig,  1893,  t.  I,  fasc.  2,  p.  720,  n.  11.  — 
•Ruinart,  Acta  mart.  sineera,  in-8",  Paris,  1689,  p.  139.  -Mlar- 
«el,  Opéra  Cypriani,  dans  le  Corp.  script,  ceci,  latin.,  in-8-.  Vin- 
dobonae,  1870,  t.  m.apperul.  —  °Geur,  Kiu:liuhjgion,2'  MU.,  in-fnl.. 
Venetiis,  1730,  p.  83.  —  'S.  Jérôme,  In  Isaiani,  ri,  S,  éd.  Vallarsi, 


ostenditur.  Seraphim  autem,  prseter  hune  locum.  Ergo 
errant  qui  soient  in  precibus  dicere  :  qui  sedes  super 
Cherubim  et  Seraphim  7.  Dans  la  lettre  xviic,  adressée  au 
pape  Damase  :  lllorum  quoque  pius  licet,  attamen 
coarguendus  error,  qui  oralionibus  et  oblationibus  suis 
audent  dicere  :  Qui  sedes  super  Cherubim  et  Sera- 
phim ».  Le  super  Seraphim,  attaqué  en  Occident  avec 
cette  vigueur,  aura  pu  ressentir  le  contre-coup  en  Orient, 
et  la  liturgie  de  saint  Chrysostome  aurait  alors  perdu  la 
leçon  compromettante.  Peut-être  l'auteur  de  l'Acathiste 
l'aura-t-il  découverte  dans  la  nécropole  des  variée  lectiones 
ou  des  spuria  et  l'aura-t-il  introduite  dans  son  hymne 
longtemps  après  que  les  susceptibilités  orthodoxes  se 
furent  émoussées. 

Il  se  peut  que  d'autres  passages  aient  été  inspirés  par  des 
pièces  antiques.  Nous  trouvons  dans  la  liturgie  ambro- 
sienne  un  transitorium  qui  paraît  avoir  plusieurs  points 
de  contact  avec  l'Acathiste,  tellement  que  l'on  a  soup- 
çonné à  cet  ouvrage  une  origine  grecque  9. 

Transitorium  (">).  Te  laudamus. 
f.  2.  Qui  sedes  super  Cherubim  et  Seraphim. 

f.  11.  Hune  sacrosanctum  calicem  sumentes. 
12.  Ab  omni  culpa  libéra  nos  semper. 

'AxôÔioro;  ûu.vo;. 
ie')  -/jtt"pe,  ô'x*)u.a  izavâf  tov  toû  éizi  tûv  y_epou6t'(x. 
/aïpe,  oi'xr)u.a  iravâptaTOv  toû  én\  tô>v  cepaçiu.. 

xS')  SeSau.évv)  ttjv  vûv  npouçopâv, 

ànb  itiiTY);  pvo-ai  auu.cpop5;  aTOXvTa;. 

Cette  locution  avait  été  employée  par  le  poète  Pru- 
dence : 

Patri  qui  Chérubin  sedile  sacrum 
A'ec  non  et  Séraphin  suum  supremo 
Subnixus  solio  tenet  regitque. 

Le  codex  bernensis  394,  d'après  lequel  nous  citons 
ces  vers,  contient  à  leur  sujet  une  «  glose  »  qui  nous 
montre  que.  dès  le  IXe  ou  Xe  siècle,  on  avait  remarqué 
les  mots  :  Sedere  super  Seravhin.  Voici  cette  glose  : 
Hic  reprehendilur  quod  dixerit  Deum  sedere  super 
Chérubin  et  Séraphin.  Ut  enim  B.  Hieronimus  dicit, 
super  Chérubin,  Deus  tantum  sedet.  Sed  sciendum 
quod  vir  iste  secularis  erat  nec  adeo  in  divinis  myste- 
riis  eruditus  ". 

Si  étrangers  les  uns  aux  autres  que  paraissent  ces 
matériaux,  ils  pourront  n'être  pas  négligés  dans  la  re- 
cherche des  origines  de  l'Acathiste. 

H.  Leclercq. 

ACCENDITE.  Voir  Acclamation. 

ACCENT  (L')  EN  ÉPIGRAPHIE.  -  I.  |L'apex.  II. 
Le  sicilicus. 

La  présence  de  l'accent  dans  les  inscriptions  est  rare, 
mais  non  sans  exemple.  Les  lapioides  se  servaient  de 
ces  notations  pour  marquer  les  sUlabes  longues,  celles- 
là  principalement,  qui  pouvaient  donner  sujet  ;i  quelque 
doute.  C'était  se  conformer  au  conseil  de  Quintilien  : 
Longissyllabis  omnibus  apponere  apiceni  incptissimttm 
est,  quia  plurimae  tialura  ipsa  verbi  quod scribitvr pa- 
tent. Parfois  cependant  l'accentuation  était  indispensable 
pour  le  sens  de  la  phrase  :  neùcssariuni.  dit  encore  Quin- 
tilien, cum  eadetn  littera  alium  alque  aliuni  inlt'Ue- 
ctum,  prout  correpta  tel  producta  est,  facit;  ut  malus, 
utrum   arborent  signi/icet   an  hominem  non  bonum, 

t.  IV,  col.  91,  P.  L..  t.  xxiv,  col.  95.  —  *Ibid..  édit.  Vallarsi,  t.  I, 
col.  60,  P.  L.,  t.  xxii,  cil  373.  —  'Paléographie  îrusioale,  in-V, 
Solesmes,  1896,  t.  v,  p.  21.—  ">IbUi.,  t.  vi,  p.  133.  —  "Prudence, 
Cathemerinon,  hymn.  iv,  v.  4  sq.  P.  L.,  lix,  col.  811  ;  cf.  J.  R. 
Sinner,  Catalvgus  cod.  mss.  biblivth.  liernensis.  in-8",  Berna;, 
1700,  t.  i,  p.  172  sq.  Voyez  aussi  :  Hagen,  Catalogus  codicum 
bernensium  (BibUoth.  bongarsiana),  in-8*,  Berna-,  1875,  n.  394. 


217 


ACCENT    (L')    EN    ÉPIGRAPHIE 


218 


apice  distinguitur1.  Voici  un  exemple  de  cette  confusion 
prévenue  par  l'accent  : 

TELEPHVS  •  HÂC  "  SÉDE  '  IVCVNDA  POTHVSQVE  ■  QV1ESCENT 

DÉBITA  •  CVM  •  FÀTIS  ■  VENERIT  '  HÔRA  ■  TRIDVS 

HIC   LOCVS  •  HEREDI  ■  NE  ■  CESSERIT  ■  1NVIOLATI 

SINT  •  CiNERÉS  -  TVM  '  QVÔS  ■  CÀNA  '  FAVILLA  ■  TEGET 

5     TELEPHVS-,— ,-  VIR-  SIBI-  ET-  SVIS 

L'accent  sur  le  mot  sede  fait  voir  qu'il  s'agit  de  l'abla- 
tif du  substantif  sedes  et  non  du  temps  impératif  du 
verbe  sedere  2.  Mais  le  plus  grand  nombre  des  inscrip- 
tions ne  se  prête  pas  à  une  remarque  si  rapide  et  si  con- 
forme à  la  grammaire.  La  question  des  accents  épigra- 
■jhiqiiea  en  latin  est  d'ailleurs  une  de  celles  qui  ont  été 
le  plus  négligées.  On  s'est  contenté  longtemps  d'un  mot 
dit  en  passant  par  Muratori  3,  ou  bien  on  avouait  sim- 
plement en  avoir  omis  la  transcription  :  Ipse  etiam 
nullam  eorumdem  ralionem  habendam  ducebam*  et 
les  auteurs  du  Nouveau  traité  de  diplomatique  avaient 
quelque  raison  d'écrire  :  ce  Si  les  accents  paroissent 
rares  aujourd'hui  dans  les  anciennes  inscriptions,  c'est 
sans  doute  parce  que  souvent  ils  ont  été  omis  par  les 
copistes  5.  »  Les  érudits  des  xvne  et  xvme  siècles  ne  par- 
vinrent pas  à  se  mettre  d'accord  sur  ce  qui  concernait 
l'accent  épigraphique  6,  on  peut  se  croire  fondé  néan- 
moins à  adopter  les  opinions  suivantes  : 

I.  L'apex.  —  Aux  premiers  siècles  de  l'Empire  on  em- 
ployait un  signe  nommé  apex,  ayant  la  forme  d'un  ac- 
cent aigu  7.  Il  servait  à  indiquer  les  voyelles  longues  par 
nature  8.  On  trouve  Yapex  sur  les  monuments  depuis 
l'époque  de  Sylla  environ,  jusque  vers  la  fin  du  me  siècle 
de  notre  ère.  On  l'employa  principalement  pendant  les  Ier 
et  IIe  siècles.  Tantôt  on  le  rencontre  sur  des  voyelles 
brèves9,  tantôt  sur  des  consonnes  10.  Il  faut  réserver  le 
cas  où  cet  accent  est  tracé  par  suite  d'une  erreur  mani- 
feste du  lapicide. 

Ces  conclusions  ont  été  longtemps  incertaines,  elles 
paraissent  aujourd'hui  fondées  sur  les  faits.  On  peut 
suivre  la  marche  du  progrès  lentement  accompli  dans 
Fabretti,  Inscriptionum  antiquarum,  quse  in  sedibus 
paternis  asservantur,  descriplio,  in-fol.,  Romœ,  1699; 
2e  édit.,  1702,  p.  167,  n.  xxxn;  Marini,  Gli  atti  e  monu- 
menti  de'  frateUi  Arvali  scolpiti  già  in  lavole  di  marmo 
ed  ora  raccolti,  diciferati  e  commentati,  in-4°,  Roma, 
1795,  p.  709,  713;  Ritter,  Elemenlorum  grammatiese 
lalinx  libri  II,  in-8°,  Bonn,  1832,  p.  77, 102;  R.  Garrucci, 
I  segni  délie  lapide  latine  volgarmente  detti  Accenlu 

1  L.I,  c.vn.  Cf.  J.  Christiansen,  De  apicibus  et  i  longis  inscrip- 
lionum latinarum,  in-8%  Kiei,  1889,  p.  5;  Langen,  De  gramtna- 
ticorum  latinorum  prseceptis  quse  ad  accentum  spectant,  in-8% 
1857.  -  *  S.  Maffei,  Muséum  veronenae  cui  taurinense  adjun- 
gitur  et  vindobonense,  in-fol.,  Veronte,  1749,  p.  clxx,  n.  3.  —  'Mu- 
ratori, Thésaurus  veterum  inscriptionum,  t.  Il,  note  à  la  page 
cmxci,  3.  Cf.  Cittadmi,  Délia  vera  origine  délia  lingua  italiana, 
c.  xi,  in-8%  Venezia,  1601  ;  Burmann,  Antlwlogia  veterum  lati- 
norum epigrammatum  et  poematum,  in-4%  Amstelaedami,  1759- 
i';78,  p.  689.  —  *  H.  Noris,  Cenotaphia  pisana  Caii  et  Lucii  exsa- 
rum  dtssertationibus  illustrata,  in-fol  ,  Venetiis,  1681,  p.  11,  204. 
—  b  Nouveau  traité  de  diplomatique,  in-4%  Paris,  1750-1765,  t.  m, 
p.  479.  —  •  J.  Lipsius,  De  recta  pronunciatione  lalinœ  linguse 
dialogus,  c.  xix,  in-4'  et  in-8%  Lugdnni  Batavorum,  15S6  ;  Fabretti, 
Inscriptionum  antiquarum,  qux  in  xdibus  paternis  asservan- 
tur, descriptio,  in-tol.,  Romœ,  1699,  p.  167  ;  Maffei,  Muséum  vero- 
nense,  p.  171;Hagenbuch,.Epis£o(a?  epigrœphiae  ad  Joh.  Banne- 
rium,  in-8",  Zurich,  1747,  p.  273(Orelli,  Inscriptionum  latin,  sélect. 
coll.  ad  illustr.  roin.  antiquitatis  disciplinant,  §  1,  in-8",  Zurich, 
Ï8'28,  t.  Il,  p.  301);  A.  Zaccaria,  Inst.  ant.  lapid.,  p.  280;  No- 
ris, p.  207;  Bandini,  Obel.  di  Cesare  Augusto,  in-4°,  liomae,  1750, 
p.  58,  60;  Winckelmann,  Opéra,  in-8%  Dresde,  1808-1820,  t.  vu, 
p.  221;  Ritter,  Elem.  gr.  lat.,  t.  I,  p.  77  sq.,  Accentus  latini 
doctrina,  p.  83;  R.  Garrucci,  /  segni  délie  lapide,  p.  9;  Marini, 
Arvali,  in-4%  Romae,  1795,  p.  709,  713.  —  7  Cf.  pour  le  signe  '  : 
Corp.  inscr.  lat.,  t.  I,  n.  485,  492,  626,  1009,  1194;  t.  m,  n.  371  ; 
t.  VI,  n.  5992,  6019, 18786,  22694;  t.  ix,  n.  2975,  3393,  5119;  t.  x, 
n.  2311, 3780, 6719  ;  t.  XI,  n.  1420, 1616  ;  pourle  signe .  :  Corp.  inscr. 
lat.,  1. 1,  n.  1009, 1244  ;  t.  ix,  n.  1747,  4087  ;  t.  x,  n.  789  ;  t  XII,  n.  4492  ; 


in-4»,  Roma,  1857,  xv-51  p.;  cf.  Bull,  dell'  inst.,  18G6 
p.  47  sq.;  H.  Weil  et  Benloew,  Théorie  générale  de 
l'accentuation  latine.,  in-8°,  Paris,  1856,  p.  239  sq.; 
W.  Weissbrodt,  Spécimen  grammalicum,  1869,  36  p.  ; 
Quœstionum  grammaticarum  partie.  II,  1872,  19  p. 

Il  faut  ranger  dans  une  catégorie  à  part  les  apices  ser- 
vant d'abréviation  :  Citons  quelques  exemples  d'après 
Kellermann,  F  =  fecit,  F  =  fori,  M  =  Marco,M=mille, 
Q.\/\é  =  quibus,  N\=manibus,  M'  =  mensibus,  LIB  = 
liberia,  L  =  Lucius,  \MW  =  immunis,  VOL=vohtntate, 
COS  =  consulibus,  P  =  piscarii,  VEST  —vestiario.  Et 
ceux-ci,  d'après  Christiansen  :  DM  =  dis  nianibus  (six 
cents  fois),  M=merenti,  P'F'F'=  piœ  felicis  fidelis, 
ANN  =annos,  N'  =  minimum,  PRAEF  =  prœfecto, 
VAL  =  Valeria,  CÔL  =  Collina,  CÔH  =  cohortis, 
CONIVG  =  coniugi,  SACERDOT'  =  sacerdoti,  PRI 
MIG'  =  primigenia,  P  =  populo,  VRB=i«rki. 

Les  plus  anciens  témoignages  de  l'emploi  de  Yapex  ,l 
sont  les  cénotaphes  de  Pise  ,2  et  la  laudatio  de  Turia  t3. 
Ces  monuments  sont  contemporains  d'Auguste.  A  partir 
du  règne  de  Trajan,  ils  deviennent  tout  à  tait  rares  )4; 
après  Adrien  et  Marc-Aurèle  on  rencontre  encore 
quelques  exemples;  à  Rome  en  l'an  210  :  COS  1B;  à  Bor- 
deaux, en  l'an  224  16;  à  Aquilée  17. 

La  forme  primitive  est  celle-ei  :  '18,  cette  forme  e6t 
beaucoup  moins  fréquente  que  celle  qui  se  réduit  à  une 
sorte  de  ponctuation  entre  les  lettres  ,9.  L'apex  est  moins 
employé  dans  les  actes  que  dans  les  tituli  î0,  il  manque 
absolument  dans  les  diplômes  militaires  ;  les  pièces  épigra- 
phiques  concernant  les  Arvales  en  contiennent  assez  peu. 
On  le  trouve  très  rarement  sur  l'I  21,  et  quelquefois,  en 
Gaule,  sur  l'V  pour  faire  doubler,  par  exemple  : 
SERVS,  SERVM   pour  servus,  servum22. 

IL  Le  sicilicus.  —  C'est  un  accent  aigu  ou  même  cir- 
conflexe qui  parait  avoir  été  l'origine  de  la  barre  hori- 
zontale qui  a  indiqué  la  présence  d'une  abréviation.  Il 
était  employé  pour  indiquer  que  la  consonne  qu'il  sur- 
montait devait  être  doublée.  Les  grammairiens  i3  et  les 
épigraphistes  2i  ont  chacun  leurs  exemples  à  apporter. 
A  l'époque  d'Auguste  le  sicilicus  a  la  forme  de  l'apex  : 
MVMIAES,  SABELIO,  OSA;  à  la  fin  du  u«  siècle,  on 
emploie  le  trait  horizontal  :  VETIVS23,  et  Marini  dit  à 
ce  propos  :  pare  che  la  linea  vi  facci  le  vice  del  secondo 
T'  26.  Un  titulus  chrétien  27  découvert  dans  un  hypogée, 

pour  le  signe  i  :  Corp.  inscr.  lat.,  t.  VI,  n.  4554,  5163,  5598  (t  I, 
278?)  ;  pour  le  signe  '  :  Corp.  inscr.  lat.,  t.  xu,  n.  1159, 1868,  3077  ; 
pour  le  signe-  :  Corp.  inscr.  lat.,  t.  vi,  n.  8979;  parmi  ces  signes, 
Vapex  '  est  seul  de  l'époque  impériale,  tous  les  autres  datent  de 
la  République  ;  pour  le  signe  '  :  Corp.  inscr.  lat-,  t.  vi,  n.  363  ;  t.  vin, 
n.  2309.  —  *  Rilschl,  Priscse  laHnitatis  nxonum.  epigraphica,  for- 
mant le  tome  v  du  Corp.  inscr.  latinarum  de  Berlin  ;  Hubner, 
Exempta  scripturx eptgraphicse,  in-fol.,  Berolini,  1885,  p.  lxxvi  ; 
J.  Christiansen,  De  apicibus  et  i  longis  inscript,  latinar.  ,i689,  pas- 
sim.  —  'Monum.  ancyr.,  division  vi,  29,  dans  G.  Perrot,  Explo- 
ration arch.  de  la  Galatie,  in-4%  Paris,  1862.  —  l0  Corp.  inser. 
lat.,  t.  vi,  n.  12442, 13226 ;  t.  vin,  n.  2747;  t.  x,  n.  1699,  1914,  3002; 
t.  xiv,  n.  1831,  etc.  —  "  Fabretti,  Inscriptiones,  p.  167,  n.  xxxn. 

—  "Hubner,  Exempta, n.  1063, 1064.  —  'Hbid.,  n.  1033 .— "  Marini, 
Arvali,  p.  709-713;  —  "Corp.  inscr.  lat.,  t.  vi,  n.  1058  6. — 
16 Hubner,  Exempla,  n.  602.  —  "Corp.  inscr.  lat,  t.  v,  n.  857.  — 
18  Hubner,  Exempla,  n.  1, 126, 173, 186,  235,  246,  255,  1046  ;  Corp. 
inscr.  lat.,  t.  IX,  n.  3393,  4087  ;  t.  x,  n.  789,  1747, 1889  etc.  —  '»  Hflb- 
ner,  loc.  cit.,n.  68, 79, 102, 163, 173, 187,  249,  324,  332,  343,  345,  365, 
382,  383,  388,  393,  438,  457,  602,  1112,  1114,  1125,  1126,  1158,  1164. 

—  "Mommsen,  De  monumenti  ancyrani  comment.,  p.  190  b. 

—  **  Monum.  ancyr.,  1. 1,  p.  15;  Hubner,  Exempta,  n.  1084, 1046, 
Corp.  inscr.  lat.,  t.  m,  n.  5336  ;  t  v,  n.  4676  ;  t.  xiv,  n.  349.  — 
«  Corp  inscr.  lat.,  t.  xu,  n.  1598,  2522.  —  "Marini,  Arvali,  p.  30. 
Cf.  J.  Christiansen,  loc.  cit.,  p.  20.  —  "  Muratori,  Tlœsmurus, 
p.  mdcxvi,  27;  Corp.  inscr.  lat.,  t.  v,  n.  1361,  cf.  8981  a;  Cyrp. 
inscr.  lat.,  t.  x,  n.  3743;  t.  xu,  n.  414.  Cf.  Hermès,  1869,  t.  IT, 
p.  413  sq.  —  " Fabretti,  loc.  cit.,  p.  73,  71.  —  "Marina,  AriuH, 
p.  37.  —  "DeRossi,  Bull,  di  arch.  crist.,  1876,  p.  33. 


219         ACCENT   (1/)    DANS   SES    RAPPORTS    AVEC   LE    PLAIN-CHANT        220 


près  du  cinquième  mille  de  la  voie  Latine,  porte  deux 
sicilici,  sans  doute  par  erreur,  pour  des  apices  : 

Hl  •    LARINÔ 

FILIO 

MOLLICIA 

MATER 

Ce  n'est  qu'à  partir  du  commencement  du  me  siècle 
que  le  sicilicus  devient  pus  fréquent. 

Vers  ce  temps  il  commence  à  jouer  le  rôle  d'abrévia- 
tion comme  dans  les  exemples  suivants  : 

D   =  dies 1;   FF  fdix   fidelis 2  ;    j    o    M  =  Jovi  optimo 
maximo  !. 

Voici  quelques  exemples  de  redoublement  des  voyelles 
et  d'accjntuation  : 

A.  —  FAATO,  Inscr.  Dom  ,  col.  V,  n.  388;  FATV, 
Mommsen,  Inscr.  regni  neapol,  n.  1807; 

E.  —  FEELIX,  Garru-ci,  /  segni,  p.  19;  FE'LIX, 
Inscr.  vet.  Reate  quœ  extant,  Bruxelles,  1854,  p.  7. 

V.  —  SVVRA,  Borghesi,  Dec.  Numism  ,  c.  xvi,  n.  11; 
SVRA,  Marini,  Atti  dei  frat.  Arvali,  p.  712. 

VV. —  (4e  déclinaison)  EXERCITVVS,  Orelli,  n.  4922; 
LACVVS,  Fabretti,  p.  609,  n.  72;  AEDITVS,  Piranesi, 
Antich.  di  Borna,  t.  in,  pi.  xxvn. 

Notons  l'emploi  de  l'accentuation  dans  quelques  pierres 
du  puits  de  Trion,  près  de  Lyon,  dans  lesquelles  on  a  cru 
voir  avec  bien  de  la  probabilité  le  témoignage  de  crypto- 
chrétiens. 

MM.  Allmer  et  Dissard  4  écrivent  à  ce  sujet  :  N°  51. 
«  Peut-être  un  accent  sur  l'A  de  SANCTISSIM  et  sur 
l'A  de  QVA;  »  n.  55.  «  Accents  sur  l'A  de  LIBERTAE  et 
de  LAESIONE  et  sur  le  second  V  de  VIVS...  pour  mar- 
quer ici  non  pas  une  syllabe  longue,  mais  l'absence  d'une 
lettre;  »  n.  76.  «  Accents  sur  l'A  de  TERMINALIS  et  sur 
l'AdeALVMNO;»n.81.«SurledernierAdeAETERNAE, 
de  SABBATIAE,  de  ANIMAE,  et  sur  l'A  de  INNOCEN- 
TISSIMAE,  de  QVAE,  de  SEXTIANVS  et  de  FILIAE. 
A  cause  des  accents  qu'elle  contient,  l'inscription  ne 
doit  pas  être  postérieure  à  la  période  antonine;  »  n.  84. 
Un  accent  sur  l'O  de  PALAEMON;  n.  85.  Un  accent 
sur  l'A  de  RVFONIAE  et  sur  celui  de  «ISTAE;  n.  86. 
Un  accent  sur  le  premier  I  de  VIXIT;  n.  88.  Un  accent 
sur  le  dernier  A  de  AMICAE;  n.  104.  Accents  sur  l'V 
de  CONIVGI  et  sur  l'O  de  LAESIONE;  n.  105.  Peut- 
être  un  accent  sur  l'A  de  SEXTILIAE. 

Il  s'en  faut  que  le  christianisme  de  toutes  ces  épitaphes 
puisse  être  démontré,  ni  même  légitimement  présumé. 
Néanmoins  les  n.  51,  55,  86,  permettent  la  supposition. 

Un  seul  exemple  suffira.  Au  n.  106  M.  Allmer  écrit  : 
«  Deux  petites  palmes,  l'une  formée  de  la  branche  pro- 
longée de  I'X  du  mot  VIXIT  à  la  douzième  ligne,  l'autre 
tout  à  la  fin  du  texte,  pourraient  donner  à  l'épitaphe  de 
Sosius  Antoninus  une  vague  apparence  de  christianisme, 
si  la  certitude  que  le  corps  du  défunt  a  été  incinéré  ne 
venaient  enlever  d'avance  à  cette  faible  présomption 
toute  vraisemblance.  » 

Cet  argument  n  a  peut-être  pas  toute  la  valeur  qu'on 
Uii  prête,  car  un  écrivain  contemporain,  ou  peu  s'en  faut, 
des  inscriptions  de  Trion,  parle  de  la  crémation  des  corps 
des  chrétiens  en  ces  termes  :  «  Ils  imaginent  (les  chré- 
tiens) qu'ils  renaîtront  plus  tard  et  que  leurs  restes  re- 
prendront une  nouvelle  vie;  aussi  répudient-ils  le  bûcher 
et  l'incinération  des  corps.  Vous  vous  trompez,  répond 
Minucius  Félix;  aucun  mode  de  sépulture  ne  saurait  nous 
empêcher  de  renaître;  nous  suivons,  en  inhumant  les 
morts,  l'ancienne  coutume  qui  est  la  meilleure  °.  » 

Le  recueil  des  Inscriptions  chrétiennes  de  la  Gaule 6 

1  Corp.  inscr.  lat.,  t.  x,  n.  54,  36.  —  "  Ibïd.,  t.  vi.  n.  3404.— 
*  Ibid..  t.  ni,  n.  1082.  —  *  Antiquités  découvertes  à  JYion,  dans 
les  Mèm.  de  l'acad.  de  Lyon,  in-8°,  Lyon,  1888. —  'Minucius,  Oc 


contient  quelques  exemples  notables,  parmi  lesquels  le 
n.  591,  les  abréviations  ont  la  forme  d'accents,  de  même 
pour  les  n.  616b,  667.  Cette  énumération  pourrait  être 
étendue  à  plusieurs  autres  recueils.      H.  Leclercq. 

ACCENT  (L')  DANS  SES  RAPPORTS  AVEC 
LE  PLAIN-CHANT.  —  I.  L'accent  générateur  de  la 
mélodie  :  1°  cadences  à  un  et  deux  accents;  2°  cadences 
basées  sur  le  cursus;  3°  adaptation  de  paroles  dont 
l'accentuation  ne  correspond  pas  à  celle  qui  a  donné 
naissance  à  la  mélodie  type.  IL  L'accent  signe  graphique 
de  la  mélodie  et  origine  des  neumes. 

Quels  sont  les  rapports  de  l'accent  tonique  avec  le 
plain-chant  ?  Question  capitale,  qui  a  considéraijle.iic«it 
exercé  les  esprits,  et  qui  a  reçu  les  réponses  les  plds 
contradictoires. 

Il  semble  bien,  de  prime  abord,  que  l'accent  a  une 
grande  importance  dans  le  chant  grégorien  :  les  canti- 
lènes  ecclésiastiques  sont  écrites  pour  la  plupart  en 
simple  prose,  et  l'accent  est  le  principal  élément  du 
rythme  prosaïque. 

C'est  donc  avec  confiance  que  l'on  ouvre  les  anciens 
manuscrits,  s'attendant  à  y  trouver  la  confirmation  de 
cette  règle,  si  manifestement  dictée  par  le  jon  sens. 
Mais  on  éprouve  une  déception  :  les  notes  paraissent 
jetées  au  hasard,  sans  qu'on  ait  tenu  aucun  compte  de 
l'accentuation  des  syllabes  :  bien  plus,  il  semble  que  les 
compositeurs  se  soient  plu  à  les  amonceler  sur  les  syl- 
labes non  accentuées.  Alors  on  crie  à  la  barbarie;  pour 
les  uns,  le  barbare  est  saint  Grégoire  lui-même;  les 
autres  font  retomber  cette  accusation  sur  les  scribes  du 
XIIe  siècle  et  des  siècles  suivants,  qui,  dans  leur  igno- 
rance, auraient  altéré  ce  que  le  saint  pape  avait  fait.  Dès 
lors  une  conclusion  s'imposait  :  réformons  le  chant  que 
donnent  les  manuscrits,  produit  informe  d'un  âge  de 
ténèbres,  et  revenons  aux  règles  du  goût,  disent  les  uns, 
aux  vraies  traditions  grégoriennes,  s'écrient  les  autres. 
Les  éditions  de  chant  qui  se  sont  succédé  en  foule, 
après  que  la  Médicéenne  eut  donné  le  signal  en  1615. 
nous  apprennent  ce  que  sont  ces  règles  du  goût,  ou  ces 
traditions  grégoriennes,  si  l'on  préfère  cette  dernière 
expression.  Le  principe  qui  semble  avoir  guidé  ces  édi- 
tions est  qu'il  faut  entasser  le  plus  de  notes  possibles 
sur  la  syllabe  accentuée.  Que  l'on  ouvre  le  vespéral  de 
Malines.  on  y  verra  ce  principe  poussé  jusque  dans  ses 
dernières  conséquences,  puisque  les  syllabes  non  accen- 
tuées ne  portent  jamais  plus  d'une  note,  ou  si  parfois  on 
trouve  une  de  ces  syllabes  chargée  de  deux  notes,  le  cas 
est  si  rare,  qu'il  semble  le  produit  d'une  distraction.  Les 
autres  éditions  ne  vont  pas  si  loin;  cependant  toutes, 
même  l'édition  de  Reims  et  de  Cambrai,  s'accordent  sur 
un  point  :  ne  jamais  donner  plus  d'une  note  à  une  pé- 
nultième brève  7. 

L'auteur  de  cet  article,  profitant  d«s  recherches  des 
derniers  temps,  voudrait  disculper  du  reproche  de  bar- 
barie les  zélés  copistes  des  manuscrits,  et  montrer  ",ue 
le  chant,  tel  qu'ils  nous  le  donnent,  est  conforme  de 
tous  points  à  la  tradition  grégorienne  et  basé  sur  l'accen- 
tuation. 

Deux  causes  ont  donné  lieu  à  la  malencontreuse  ré- 
forme des  livres  de  chant  :  d'abord,  on  avait  une  idée 
inexacte  du  rôle  de  l'accent  en  latin;  ensuite  on  n'étu- 
diait pas  la  structure  intime  des  canlilènes.  De  nos  jours 
il  est  plus  facile  d'échapper  à  ces  causes  d'erreur  : 
l'étude  minutieuse  des  manuscrits  de  tous  les  puv=  st 
de  toutes  les  époques  a  déjà  livré  en  partie  les  secrets 
de  la  composition  grégorienne,  et  les  conclusions  aux- 
quelles les  savants  sont  arrivés  sur  la  nature  de  l'accent 
dans  les  langues  antiques  justifient  pleinement  la  ma- 

ta  n  us,  c.  xxxiv,  P.  t.,  t.  m,  col.  347.  —  '  E.  Le  Blant,  in-4\  Paris, 
185G-1865.  —  '  Il  faut  exeepterVAntiphonaire  de  Ratisbonne.qui 

contient  un  mélangr  du  -\-imir  ;uir«n  ri  du  >v>lim'  mndeme 


221 


ACCENT    (L')    DANS   SES    RAPPORTS    AVEC   LE   PLAIN-CHANT 


222 


nière  dont  les  compositeurs  du  plain-chant  ont  traité 
cet  élément  important  du  langage. 

Tout  le  monde  admet  que  le  principal  caractère  de 
l'accent  tonique  en  grec  et  en  latin  est  l'acuité  :  une 
syllabe  prononcée  plus  haut  attire,  pour  ainsi  dire,  à 
elle  toutes  les  autres  et  donne  l'unité  au  mot.  On  voit 
déjà  que  l'accent  doit  avoir  un  rapport  très  étroit  avec 
la  mélodie,  puisqu'il  est  vraiment  une  mélodie,  un  chant, 
comme  son  nom  l'indique.  Il  est  aussi  un  facteur  im- 
portant dans  le  rythme,  surtout  dans  le  rythme  oratoire, 
à  cause  de  son  acuité,  de  l'élan  qu'il  donne  au  mot  et  à 
la  phrase,  et  aussi  d'une  autre  qualité,  propre  à  l'accent 
latin,  suivant  Quintilien  ',  qui  consiste  en  une  certaine 
force  donnée  à  la  syllabe  accentuée.  Que  si,  plus  tard, 
un  élément  de  durée  est  venu  s'ajouter  à  l'accent  et  ab- 
sorber plus  ou  moins  tous  les  autres,  cette  transforma- 
tion n'a  pas  à  entrer  en  ligne  de  compte  lorsqu'il  s'agit 
du  plain-chant,  qui  était  déjà  constitué  au  moment  où 
elle  s'est  produite.  C'est  précisément  la  tendance  à  allon- 
ger l'accent  qui  a  fait  du  latin  une  langue  morte  en 
donnant  naissance  aux  langues  romanes;  on  a  eu  tort, 
par  conséquent,  au  xvie  siècle,  d'appliquer  au  latin  les 
principes  qui  régissent  ces  dernières  langues. 

Nous  reconnaissons  donc  à  l'accent  tonique  latin  une 
double  force  :  force  mélodique  et  force  rythmique;  il 
nous  faut  maintenant  consulter  les  mélodies  elles-mêmes, 
telles  que  les  manuscrits  nous  les  ont  conservées,  afin  de 
voir  si  ceux  qui  les  ont  composées  ont  vraiment  tenu 
compte  de  cet  élément  si  important  de  la  phrase  latine. 
Nous  n'examinerons  ici  que  les  rapports  de  l'accent  avec 
la  mélodie,  car  la  solution  de  l'autre  question  nécessite 
des  notions  très  précises  de  rythme  qui  ne  seraient  pas 
à  leur  place  dans  cet  article,  de  sorte  que  nous  la  trai- 
terons seulement  à  l'article  Rythme. 

L'étude  des  monuments  à  laquelle  nous  allons  nous 
livrer  nous  démontrera  deux  choses  :  1°  l'accent  tonique 
est  véritablement  le  principe  générateur  de  la  mélodie 
grégorienne;  2°  le  signe  graphique  de  l'accent  a  été  choisi 
pour  reproduire  les  mélodies  par  l'écriture. 

I.  L'accent,  principe  générateur  de  la  mélodie.  — 
/.  mélodies  a  un  et  deux  accents.  —  Comme  nous 
venons  de  le  dire,  l'accent  est  par  lui-même  une  mélo- 
die, et  peut-être  qu'au  commencement,  la  psalmodie 
n'avait  pas  d'autre  chant  que  celui  qui  lui  était  donné 
par  la  prononciation  naturelle  des  syllabes  accentuées. 
Ce  qui  était  possible  lorsque  les  psaumes  étaient  récités 
par  une  seule  voix,  devenait  plus  difficile  lorsque  l'as- 
semblée entière  prenait  part  à  la  psalmodie.  Il  fallait  se 
borner  à  faire  ressortir  un  certain  nombre  d'accents,  et 
tout  naturellement  le  choix  tombait  sur  ceux  qui  se  trou- 
vaient à  la  fin  des  membres  et  des  périodes,  car,  suivant 
la  remarque  de  Quintilien2,  c'est  alors  que  l'oreille,  en- 
traînée jusque-là  par  le  courant  du  discours,  porte  son 
jugement,  lorsque  le  torrent  s'arrête  et  lui  laisse  le  temps 
de  considérer. 

La  mélodie  la  plus  simple  dont  nous  trouvions  des 
exemples  dans  les  manuscrits  consiste  à  abaisser  la  syl- 
labe qui  suit  le  dernier  accent;  c'est  ce  que  nous  voyons 
par  exemple  dans  les  leçons  de  l'office,  pour  marquer 
la  fin  des  phrases  : 


Quôni-am  vidi  iniquitàtem  et  contradicti-  ônem  in  civitâte. 

La  psalmodie  romaine  a  conservé  un  exemple  de  cette 
modulation  dans  la  finale  g  du  4e  mode,  qui  se  chante 
le  dimanche  à  vêpres  : 


In  consi-li-o  justôrum,  et  congrega-ti-ône. 
1  Orat.  inst.,  xii,  10. 


Les  exemples  en  sont  nombreux  dans  la  psalmodie 
ambrosienne,  qui  se  sert  de  cette  simple  cadence  dans 
tous  les  modes. 

Il  arrive  aussi  que  l'émission  du  dernier  accent  est 
comme  préparée  et  rendue  plus  vigoureuse  par  l'abais- 
sement de  la  syllabe  précédente,  par  exemple,  la  mé- 
diante  de  notre  6«  mode  : 

e— . . 


Donec  ponam  inimfcos  tii-os, 
et  la  finale  de  ce  capitule  ambrosien  : 


Et  anniinti-ans  hominibus  Christum  ventiirum. 

Ceci  n'est  pas  la  seule  manière  de  faire  ressortir  le 
dernier  accent;  on  le  trouve  parfois  élevé  d'un  degré 
au-dessus  de  la  teneur,  ce  qui  se  rapproche  davantage 
du  rôle  de  l'accent  dans  le  langage  parlé.  La  médiante 
de  la  psalmodie  du  8e  mode  nous  présente  cette  manière 
d'accentuer  : 


h 


Dixit  Dôminus  Domino  mé-o. 

Ici  encore,  nous  voyons  dans  les  psalmistes  anciens, 
le  soin  de  préparer  l'émission  de  la  syllabe  accentuée. 
Cette  préparation  consistait  souvent  autrefois  dans  l'élé- 
vation de  la  syllabe  précédant  immédiatement  l'accent, 
afin  que  celui-ci  ne  fût  pas  attaqué  d'une  manière  trop 
brusque  : 


S 


Domino  mé-o. 


On  ne  rencontre  plus  cette  manière  de  préparer  l'ac- 
cent dans  la  psalmodie  ordinaire;  elle  s'est  conservée 
dans  le  chant  plus  orné  du  psaume  Venite  exsultemus, 
au  commencement  de  matines.  Nous  donnons  comme 
exemple  celui  du  2e  mode  : 


■I m    m    m    ° ?-i-i m-a ■  «  °     *■ 

■  m  • "-r-" 


Veni-te,  exsultemus  Domino...  prœ-occupémus  fâci-em  éjus. 

Nous  avons  encore  dans  le  chant  ordinaire  des  psaumes 
une  seconde  manière  de  préparer  l'accent  qui  offre  déjà 
un  certain  dessin  mélodique;  elle  se  rencontre  à  la 
médiante  du  4e  mode  : 


! 

«-1 ■     ■    ■ »  ■ Î-HI 


Dixit  Dôminus  Domino  mé-o. 

Les  deux  méthodes  dont  on  a  parlé  s'y  trouvent  réu- 
nies :  abaissement  d'une  note  et  élévation  de  l'ac- 
cent; on  va  même  jusqu'à  abaisser  deux  notes  et  à  don- 
ner un  groupe  à  l'accent,  comme  dans  cette  finale  du 
1er  mode  : 


Sede  a  dextris  mé-is. 

Très  souvent  aussi,  nous  rencontrons  des  exemples  où 
la  mélodie,  tout  en  restant  syllabique,  est  encore  plus 
développée  par  l'emploi  des  deux  derniers  accents.  Il 
suffira  de  donner  comme  exemples  quelques  médiantes 
et  quelques  finales  de  psaumes. 

*  Orat.  inst.,  ix,  4. 


223         ACCENT    (L')   DANS   SES    RAPPORTS   AVEC    LE   PLAIN-CHANT 


224 


i"  mode. 


MEDIANTES 


»    a  «  a — an 


ti 


Confitébor  tibi  Démine  in  toto        côr-     de       mé- 
3'  mode. 


-PS 


Confitébor  tibi  Domine  in  tuto 
7"  mode. 


côr-     de      mé- 


E 

Confitébor  tibi  Domine  in  toto        cor-     de       mé-         o. 

FINALES 
5'  mode. 


■ 

■ 

Exquisïta  in  omnes  volun-      ta-       tes         é-       jus. 
7"  mode. 

t              a      ■■■•■■       ■■ 

" 

■ 

S 

■ 

Exquisïta  in  omnes  volun-      ta-        tes 


jus 


On  comprend  que  nous  pourrions  multiplier  les 
exemples;  ceux  que  cette  question  intéresse  les  trou- 
veront eux-mêmes  dans  les  livres  de  chant  conformes 
aux  manuscrits.  Il  nous  faut  maintenant  montrer  que 
les  compositeurs  de  chant  grégorien  n'oubliaient  pas 
l'accent  lorsqu'ils  quittaient  la  mélodie  syllabique  pour 
écrire  un  chant  plus  orné,  et  même  lorsqu'ils  compo- 
saient dans  le  genre  pleinement  mélismatique. 

Tout  d'abord  les  cadences  de  psaumes  à  un  ou  deux 
accents  que  nous  venons  de  reconnaître,  se  présentent 
à  nous  ornées  par  l'adjonction  d'un  plus  ou  moins 
grand  nombre  de  notes,  lorsque  la  psalmodie  est  em- 
ployée dans  des  circonstances  plus  solennelles,  par 
exemple,  à  l'introït  et  à  la  communion  de  la  messe,  et 
pour  les  cantiques  évangéliques  à  laudes  et  à  vêpres. 
La  ligure  1  de  la  planche  ci-jointe  montre  un  certain 
nombre  de  psalmodies  de  communions  dans  tous  les 
modes;  comme  cette  psalmodie  est  la  même  que  celle 
de  l'introït,  on  pourra  suivre  notre  démonstration  sur  le 
manuscrit  lui-même,  qui  fut  écrit  à  la  fin  du  Xe  siècle, 
ou  au  commencement  du  xie).  Nous  nous  bornons,  pour 
le  moment,  à  traduire  les  médiantes,  sauf  celles  du 
3e  et  du  6e  mode,  qui  ne  sont  pas  ornées;  les  finales, 
excepté  celle  du  5e  mode,  ont  une  mélodie  basée  sur  une 
combinaison  spéciale  d'accents  dont  nous  parlons  plus 
loin. 

MÉDIANTES  A  UN  ACCENT 
i'  mode. 


» 

n 

■ 

g  . 

P» 

ï 

22.  Domine  ne  in  furôre  tu- 
4.  Oriétur  in  diébus 
13.  Quôniam...  in  benedictiô- 

0 

é- 

ni- 

àr- 
ius 
bus 

gu- 
ius- 
dul- 

as 

ti-ti- 

cé-di- 

me. 
a 

nis 

2%  5',  8'  modes. 


m 

s 

■ 

g   , 

%         '              '              *              " 

f" 

% 

1.  Manus  enim  mea  auxili- 

â- 

bi- 

tur 

é- 

i. 

•11.  Accédite  ad  eum  et 

in- 

lu- 

mi- 

nàmi- 

ni 

18.  Domine  quid  ...  sunt 

qui 

tri- 

bu- 

lant 

me 

20.  Verba  mea  âuribus 

pér- 

Cl- 

pe 

Dômi- 

ne 

10.  Suscépimus  Deus  miseri- 

côr- 

di- 

am 

ui- 

am 

15.  Jùdica  me  Deus....  de 

gen- 

te 

non 

sân- 

cta 

*  Cod.  iSi  de  la  bibliothèque  d'Einsiedeln. 


i"  mode. 


MEDIANTES   A    DEUX   ACCENTS 


5.  Qui  tribulant  me  ini- 
8.  Adluxérunt  fulgura  eius 

19.  Et  scitôte Dôminus 

16.  Et  pluit  illis  manna  ad 

14.  In  te  dne  sperâvi  non  confiindar 

21.  Gustàte  et  vidéte  quoniam  su- 

6.  Qui  convertit 


^ 


mi- 

6r- 

sân- 

man- 

in 

à-  vis 

ma-  re 


ci 

bi 

ctum 

du- 

œ- 

est 

in 


±3* 


me- 
tér- 
sù- 
càn- 
tér- 
Dômi- 
â-    ri- 


re 

um 

dum 

num 

nus 

dam 


7"  mode. 

•    . 

i         ■          a          ■          a 

a    * 

1    \ 

a 

■ 

3.  Parâta 

2.  Effudérunt...  in  circiiitu 
7.  Os  iusti  meditàbitur 
Dominus  inlumi- 

sé- 
Je- 
sa- 
nâ-ti- 

des 
ru- 
pi- 

0 

tii- 

sa- 

én-ti- 

mé- 

a. 

lem 
am 
a 

Les  formules  ornées  que  nous  avons  ici  dérivent  évi- 
demment des  formules  simples  des  modes  correspon- 
dants, comme  on  peut  s'en  convaincre  par  le  tableau 
suivant  : 


2'  mode. 


MEDIANTE  ARCHAÏQUE 


Manus  enim  me-a  auxili-        à-     bi-     tur     é- 
MÉDIANTE  ORNÉE 


Id. 


g 

■ 

■, 

r° 

" 

MEDIANTE 
7'  mode. 

■ 

~ 

■ 

~ 

S 

Paiàta 


se-     des    tu-      a. 


/</. 


MEDIANTE   ORNEE 


3  i  »  i  fr-y-s 


Les  notes  évidées  permettent  de  voir  au  premier  coup 
d'oeil  les  ornements  ajoutés  à  la  mélodie  primitive.  Les 
trois  groupes  qui  précèdent  l'accent  à  la  médiante  ornée 
du  2e  mode,  n'ont  d'autre  but  que  de  le  préparer,  aussi 
ils  se  chantent  sur  n'importe  quelle  syllabe;  la  médiante 
du  7e  mode  ne  présente  aucune  difficulté.  Il  est  facile 
de  faire  le  même  travail  pour  le  1er  et  le  4°  modes. 

Certaines  particularités  telles  que  l'insertion  de  syl- 
labes survenantes,  et  des  irrégularités  apparentes  d'ac- 
centuation, arguas  me,  tribulant  me,  seront  expliquées 
plus  loin  lorsque  nous  traiterons  la  question  d'adaptation 
de  paroles  dont  l'accentuation  ne  répond  pas  à  celle  de- 
là mélodie  type.  Faisons  seulement  remarquer  que  la 
clivis  qui  surmonte  la  dernière  syllabe  du  psaume  I)n- 
mine  >io  in  furore  dans  le  manuscrit,  ne  peut  être 
qu'une  faute  de  copiste,  occasionnée  par  la  ressemblance 
de  cette  médiante,  en  neumes.  avec  celle  du  2e  mode. 
Quant  à  la  manière  dont  le  mot  Jérusalem  est  accentué, 
ceci  semble  être  une  règle  générale  dans  les  manuscrits 
de  cette  époque  pour  les  mots  hébreux  :  adapter  leurs 
différentes  syllabes  à  ta  mélodie  sans  tenir  compte  de 
leur  accentuation.  Pour  les  mots  manducemehtm  (16), 
sapientiam  (7),  il  suffit  de  rappeler  que  l'accent  secon- 
daire, qui  se  compte  de  deux  en  deux  syllabes  à  partir 
de  l'accent  principal,  est  employé  aussi  bien  que  celui-ci 
pour  la  construction  de  la  mélodie. 


225         ACCENT   (L')   DANS   SES   RAPPORTS   AVEC   LE   PLAIN-CHANT 


226 


Examinons  maintenant  un  certain  nombre  de  mor- 
ceaux vraiment  mélismatiques  :  il  semblerait  que  l'ar- 
tiste, entraîné  par  l'inspiration  musicale,  va  négliger 
complètement  la  grammaire,  et  semer  les  syllabes  sous 
les  notes  à  mesure  qu'elles  se  présenteront,  sans  se  sou- 
cier de  leurs  valeurs  diverses;  cependant,  nous  allons 
rencontrer  la  même  préoccupation  de  mettre  en  relief 
un  ou  deux  accents,  à  la  fin  des  membres  de  phrases  ou 
des  périodes.  C'est  ce  que  nous  remarquons  tout  d'abord 
dans  la  psalmodie  employée  pour  les  versets  des  répons 
Je  l'office.  En  voici  deux  exemples  : 


s 


-*-■-»-[« 


R).  Angélus  Dni>     ...stola  cândida,  et  obstupu- 


runt. 


s 


~~nr*-' 


r).  Induit  me* 


cfclade     auro        tëx- 


Que  l'on  veuille  bien  remarquer  comment  la  mélodie 
est  conduite  de  la  teneur  au  groupe  d'accent,  par  mou- 
vement ascendant  dans  le  premier  exemple,  descendant 
dans  le  second. 

La  psalmodie  des  traits  nous  offre  les  mêmes  partir 
cularités  : 


S i^— 

S*      •      ■ 

«J*»."^ 

♦v  •  ■ 

î* 

■ 

super 

grâ- 

men. 

■ 

llka 

1    a 

3     \ 

\* 

r 

» 

super 

fœ- 

num. 

M 

JM 

V 

V»t»  ■. 

s  ■  ■  ■ 

■ 

1  *l%fc 

Dômini   in-    vo-  câ- 


bo. 


Nous  avons  ici  les  trois  clausules  employées  dans  les 
traits  du  8e  mode;  on  peut  voir  comment  l'accent  y  est 
mis  en  relief,  et  comment  il  est  préparé  par  un  groupe 
spécial  lorsque  la  teneur  est  séparée  par  quelques  degrés 
de  la  corde  autour  de  laquelle  doit  se  mouvoir  la  mélodie 
de  la  syllabe  accentuée. 

Les  graduels,  qui  sont  les  morceaux  mélismatiques 
par  excellence,  depuis  que  les  versets  d'offertoire  ont 
été  retranchés  du  répertoire  romain,  ont  aussi  bon 
nombre  d'incises  dont  la  mélodie  est  basée  sur  l'accent. 
Ceci  a  été  démontré  clairement  par  la  Paléographie 
musicale3  pour  le  graduel  Justus  ut  palma,  et  pour  un 
type  A' Alléluia  du  2e  mode  qui  semble  propre  au  temps 
de  Noël,  tant  il  y  est  employé  souvent.  Nous  pouvons 
ajouter  à  ces  tableaux  si  parlants  quelques  exemples 
pris  dans  d'autres  graduels.  Voici  un  type  de  mélodie  à 
un  accent  qui  se  rencontre  souvent  dans  les  graduels 
du  1er  mode. 


g 

* 

«Nd    i 

■v 

■  *  •  ■ 

i 

S 

'•• 

h8»  a 

i   i4i 

A.  Salvum  fac 

ora-ti-  o- 

nem 

mé- 

am. 

B.  Custodi  me 

aequi- 

tâ- 

tem 

C.  Beata  gens 

virtus  e- 

ô- 

rum 

D.  Inveni 

nocebit 

é- 

i 

E.  Gloriosus 

ini- 

mi- 

cos 

F.  Sacerdotes 

mé- 

0 

G.  Concupivit 

aurem 

tu- 

am 

4 i"  R).  des  matines  de  Pâques.  —  *  Paléographie  musicale, 
partie  monumentale.  Antiphonale  du  B.  Hartker,  in-4\ 
Solesmes,  1900,  p.  113.  —  3T.  m,  p.  31-58. 

DICT.  D'ARCH.  CHRKT. 


On  rencontre  aussi  des  mélodies  à  deux  accents,  par 
exemple  celle-ci,  qui  se  trouve  sous  deux  formes  très 
peu  différentes  dans  vingt-cinq  graduels  du  5e  mode. 
Nous  nous  bornons  à  donner  quelques  spécimens  de 
chaque  forme. 


■ 

3% 

"fli 

!♦• 

3  ■ 

A.  Sederunt 

miseri- 

cor- 

di-  am 

tù- 

am. 

B.  Timebunt 

n  majes- 

tâ- 

te 

tû- 

a 

C.  Unam  petii 

a  templo 

san- 

cto 

e- 

jus 

D.  Discerne   in 

montem 

san- 

ctum 

td- 

um 

E.  Christus 

super 

6m- 

ne 

no- 

men 

-? 

F.  Esto  mihi 

in 

ae- 

tér- 

num 

G.  Domine 

su- 

per 

cas- 

los 

H.  Justorum 

sunt 

in 

pa- 

ce 

1.   Exiit  sermo 

tu 

me 

se-    que- 

re 

K.  Bonum  est 

in 

prin- 

ci-     pi- 

bus 

L.  Quis  sicut 

é- 

ri-gens 

pâu-  pe- 

rem 

Nous  ne  saurions  mieux  prouver  le  cas  que  faisaient 
de  l'accent  les  compositeurs  de  mélodies  grégoriennes, 
qu'en  donnant  un  certain  nombre  d'intonations  d'an- 
tiennes dans  divers  modes;  nous  choisissons  des  chants 
qui  se  rencontrent  souvent  avec  des  paroles  accentuées 
de  diverses  manières  :  on  verra  comment  la  nécessité 
de  faire  coïncider  l'accent  avec  une  note  spéciale,  fait 
varier  la  mélodie,  soit  par  addition,  soit  par  retran- 
chement. 


mode. 


¥  mode. 


Dô-mine. 


Be-        â-   tus. 


s 

'Kir. — 

■ — 

Obtu-      lé-  runt. 


^V-«-—       & 


Tecum  prin-     ci-   pi-um. 
7e  mode. 


In  pace        fâctus  est 


Si  cognovis-    sé-tis  me 


Vidéntes  stellam  mâ-gi. 


t 

q  ■ 

ï 

■ 

In  o- 

dô-rem. 

1 

■  9  ■ 

s               . 

■    ■ 

Ecce 

véni-  et. 

g 

g    ■ 

E 

- 

Ut  cogno- 

scâ-mus. 

f 

g     ■ 

E 

8'  mo 

0  mors. 
le. 

1 

i 

'   P, 

■ 

Fk 

In 

pâ-ce 

| 

ï 

n 

■ 

rL 

Vi- 

déntibus 

| 

5                 , 

•  m 

\k 

Obtu- 

lérunt. 

« 

E 

■    ■ 

■ 

Dixit      Dominus. 


Lumen  ad... 
I.  -8 


227        ACCENT   (L')    DANS  SES   RAPPORTS   AVEC   LE  PLAIN-CHANT 


228 


Toutes  ces  antiennes  ont  été  confrontées  avec  l'anti- 
phonaire  du  B.  Hartker,  écrit  à  Saint-Gall  au  Xe  siècle,  et 
publié  dans  la  2e  série  de  la  Paléographie   musicale. 

II.  CADENCES  BASÉES  SUR   LE  CURSUS.    —    Il    est   Une 

combinaison  plus  savante  d'accents  que  l'on  appelle 
cursus.  L'article  à  ce  mot  expliquera  l'origine  métrique 
du  cursus,  puis  sa  transformation  rythmique;  ici  nous 
nous  bornons  à  constater  que  bon  nombre  de  nos  mé- 
lodies grégoriennes  sont  calquées  sur  un  des  divers 
cursus  employés  dans  le  style  de  la  liturgie  et  dans  la 
littérature  générale  à  l'époque  où  ces  morceaux  furent 
composés.  Voici  les  combinaisons  d'accents,  ou  cursus 
usitées  à  la  fin  des  phrases  pour  les  terminer  d'une 
manière  agréable  à  l'oreille  : 


cursus  planus 
cursus  tardus 
cursus  trispondaïque 
cursus  velox 


.'.  nôstris  infùndè 

.'..  incarnati-onèm  cognôvimus 
..'.  illustrati-ôné  docùi'sti 
..'.  glôriàm  pérducâmur 

On  remarquera  que  chacune  de  ces  formules  se  divise 
en  deux  parties  :  la  première  commence  invariablement 
par  une  syllabe  accentuée,  suivie  d'une  ou  de  deux  syl- 
labes atones;  dans  la  seconde  partie,  l'accent  est  précédé 
et  suivi  de  syllabes  atones.  Ces  quelques  explications, 
qui  seront  complétées  plus  tard,  mettront  le  lecteur  à 
même  de  suivre  notre  démonstration. 

Une  question  préalable  se  pose  :  a-t-on,  de  fait,  tenu 
compte  du  cursus  rythmique  dans  les  textes  liturgiques? 
Pour  répondre  à  cette  question,  il  ne  faut  pas  étudier 
les  passages  tirés  textuellement  de  l'Écriture  sainte  : 
bien  que  les  diverses  formes  du  cursus  s'y  rencontrent 
fréquemment,  le  latin  se  borne,  le  plus  souvent,  à  cal- 
quer la  langue  de  l'original,  sans  aucune  prétention 
littéraire  ou  rythmique.  Mais  si  l'on  considère  les  textes 
qui  sont  de  composition  ecclésiastique,  comme,  par 
exemple,  les  oraisons  et  les  préfaces,  et  aussi  les  répons 
qui  ne  reproduisent  pas  l'Écriture  mot  pour  mot,  on  se 
convaincra  facilement  que  ceux  qui  ont  écrit  ces  ma- 
gistrales compositions  ont  été  guidés  constamment  par 
les  règles  du  cursus.  Que  l'on  ouvre  au  hasard  le  missel 
ou  le  pontifical  romain,  on  verra  que  les  exceptions  sont 
très  peu  nombreuses. 

Il  semble  que  de  ce  fait  on  puisse  tirer  une  conclusion 
importante  en  faveur  de  l'influence  du  cursus  sur  la 
mélodie  elle-même.  Ces  diverses  pièces,  oraisons  et  pré- 
faces, dans  lesquelles  les  règles  du  cursus  sont  si  bien 
observées,  étaient  récitées  ou  chantées  aux  moments  les 
plus  solennels  par  la  voix  la  plus  autorisée,  celle  du 
pontife  qui  présidait  l'assemblée  des  fidèles.  Ces  cadences 
si  fortement  marquées,  revenant  à  la  fin  de  chaque  dis- 
tinction importante  du  texte,  devaient  pénétrer  l'oreille 
des  auditeurs  et  s'y  graver  de  manière  à  rendre  la  langue 
liturgique  tout  à  fait  inséparable  de  ce  rythme.  Faut-il 
s'étonner  alors  qu'on  ait  tout  naturellement  suivi  le 
même  rythme  lorsqu'il  s'est  agi  de  composer  des  mé- 
lodies un  peu  plus  compliquées? 

Mais  ceci  n'est  qu'une  supposition.  Il  faut  voir  si  l'exa- 
men des  mélodies  elles-mêmes  la  confirme. 

Tout  d'abord,  nous  rencontrons  un  très  grand  nombre 
de  cadences  simples  du  type  suivant  : 


1.  Préface  simple.  Finale. 


2.  Pater  simple.  Finale. 


3.  Psalmodie  du  4'  mode.  Médiante. 


4.  Psalmodie  du  8*  mode.  Finale. 


mf 

%  ■           .     ■     . 

■      ■             ■ 

•1 

^  .                 ■     ■ 

*      »                    * 

f 

■   ■           ■     ■     ■ 

■      ■      ■             ■ 

f      m                     ■          "          ■ 

■a 

Toutes  ces  cadences  présentent  les  mêmes  caractères. 
La  mélodie  fléchit  sur  la  seconde  note,  puis  se  relève 
sur  la  troisième  pour  atteindre  un  point  culminant  et  re- 
tomber sur  la  cinquième.  Quelle  est  la  combinaison  de 
syllabes  qui  s'adapte  le  mieux  à  une  telle  mélodie  ?  Si 
l'on  veut  bien  se  souvenir  de  la  valeur  essentiellement 
mélodique  de  l'accent  tonique  latin,  on  admettra  que  les 
fins  de  phrases  suivantes,  prises  à  l'aventure  dans  le 
missel,  correspondent  parfaitement  à  la  mélodie  : 


,J 

%                         I  ■  ■  ■ 

■ 

■ 

■ 

adopti- 

ô- 

nis 

ef- 

fu- 

dit. 

mun- 

dus 

ex- 

sûl- 

tat 

fï- 

ne 

di- 

cén- 

tes 

prae- 

és- 

se 

pas- 

tô- 

res 

Or  qu'est  ceci,  sinon  le  cursus  planus  ?  Nous  avons 
choisi  ces  cadences,  parce  que  les  notes  qui  répondent 
aux  syllabes  accentuées  y  sont  plus  élevées  que  les 
autres.  Mais  il  est  facile  de  comprendre  que  les  compo- 
siteurs de  nos  cantilènes  ne  pouvaient  s'astreindre  à 
toujours  mettre  l'accent  sur  la  syllabe  la  plus  élevée  : 
cela  leur  aurait  donné  bien  peu  de  latitude;  d'ailleurs  il 
ne  faut  pas  oublier  qu'à  l'époque  dont  nous  parlons 
l'accent  avait  à  peu  près  terminé  cette  évolution  qui 
avait  presque  absorbé  sa  valeur  mélodique  dans  sa 
force  rythmique.  Il  est  par  conséquent  facile  de  voir  que 
d'autres  cadences  pentésyllabiques,  telles  que  les  sui- 
vantes, sont  aussi  modelées  sur  le  cursus  planus. 


1.  Préface  simple.  Médiante. 


■»  ■ 

15  • 

■ 

■ 

■ 

li-  gno 

vin-  cé- 

bat. 

.f 

%    ■ 

■ 

■ 

institutio-       ô-    ne 

| 

for-  mâ- 

ti. 

s  , 

note. 

■ 

■ 

■ 

pé-    dum 
P     . 

tu-      6- 

rum 

E    ■ 

■ 

«aie. 

■ 

mise-        rà-      tor 

et     jù- 

stus 

E 

■ 

p. 

■ 

2.  Pater  simple.  Médiante. 


3.  Psalmodie  du  1"  mode.  Finale. 


4.  Psalmodie  du  8'  mode.  Finale. 


5.  Credo. 


cae-     li       et     ter-  rae. 

En  somme  le  missel  et  l'antiphonaire.  tant  de  la 
messe  que  de  l'office,  renferment  près  de  cinquante 
cadences,  simples  ou  ornées,  qui  s'adaptent  parfaite- 
ment au  ciu-sus  jilauus.  Nous  avons  donné  bon  nombre 
de  cadences  simples;  les  cadences  ornées  ou  basées  sur 
ce  cursus  comprennent  les  finales  du  psaume  de  l'introït 
à  tous  les  modes,  excepté  le  5r,  qui  a  une  cadence 
simple  à  deux  accents,  toutes  les  cadences  finales  des 
versets,  des  répons  et  du  psaume  Venite  exsulternus  qui 
se  chante  à  l'invitatoire  de  matines.  Voici  quelques- 
unes  de  ces  cadences  : 

i.  Te  Deum. 


-%* 


incessahili      vô-        ce 


pro- 


clâ- 


229 


ACCENT    (L')    DANS   SES   RAPPORTS   AVEC   LE   PLAIN-CHANT 


230 


2.  Psalmodie  des  introïts.  i"  mode. 


: 


3t 


vir  qui      spé-  rat 

3.  Psalmodie  des  introïts.  6'  mode. 


E—-     I         I         I  I  I 

E^  -  I  fi  I    ■    1     -     1  ■ 


terrae 


vér-       ba 


4.  Verset  des  répons  du  i"  mode. 


h 


■m 


±- 


!g^=-XâT 


tibi         sô-  li  pec- 


5.  Verset  des  répons  du  5e  mode. 


S-^ 


J&L 


T^lv 


nostros      ï- 


pse 


por- 


vit. 


Ailleurs  la  première  note  de  la  cadence  est  suivie  de 
deux  syllabes  de  chute;  il  faut  alors  deux  syllabes  de  re- 
lèvement pour  conduire  au  second  accent  :  la  mélodie 
ainsi  constituée  répond  parfaitement  au  cursus  velox. 
Les  médiantes  de  la  psalmodie  du  Venite  exsultemus 
sont  calquées  sur  ce  cursus;  nous  le  rencontrons  aussi 
souvent  dans  les  clausules  de  V Exsuite t  pascal.  Il  suffira 
d'en  donner  deux  ou  trois  exemples. 

Exsultet. 


• 

s  ^ 

Fa— 

■ 

i. 

~\ 

■ 

tuba 

• 

m- 

so- 

net 

sa- 

lu- 

tâ- 

ri. 

»     aaa 

!■■ 

■ 

■ 

■,, 

"*♦ 

* 

miseri- 
• 

côr- 

di- 

am 

in- 

vo- 

câ- 

te. 

i      a  a 

■ 

■ 

g 

r> 

1 

* 

mini-         sté-        ri- 
Venite  exsultemus.  7'  mode. 


per-      so-        na-        re. 


■    ■    a  a          ■                                    ,           a          a"         fa 

i                                        ■            a            "                                       <— 

ipse  est    Dô-      mi-       nus      De-         us     nô-         ster. 
5'  mode. 


p      » 

a 

m 

A~ 

». 

E 

fa 

-> 

ju-  râ-       vi  in  i-        ra      mé-  a. 

Nous  avons  parlé  assez  longuement  de  ces  deux  sortes 
de  cursus,  parce  que  ce  sont  de  beaucoup  les  plus  em- 
ployées; les  deux  autres  peuvent  être  considérées  comme 
des  modifications  des  premières  :  le  cursus  tardus,  en 
effet,  n'est  autre  que  le  cursus  planus  avec  l'adjonction 
d'une  pénultième  brève,  et  le  cursus  trispondaïque  ne 
diffère  du  cursus  velox  que  dans  la  première  partie, 
qui  a  une  syllabe  atone  de  moins.  Aussi  voyons-nous 
qu'on  adapte  facilement  au  cursus  tardus  les  mélodies 
du  cursus  planus  par  l'adjonction  d'une  survenante, 
tandis  que  les  mélodies  du  cursus  velox  se  modifient 
par  retranchement  pour  •  s'adapter  au  cursus  trispon- 
daïque. 


Cursus  plan 

xs. 

i         •■ 

%                a  a 

a 

a 

1 

a 

Préface  1                        una        y^~       ce         ^'"       c^n"      'es' 
simple .  \  cursus  tardus. 

.« 

%     a    a    a  a 

a 

a  n 

1 

a 

exsulta-ti-         ô-       ne         con-    cèle-   brant. 
Exsultet.  Cursus  velox. 

j 

E    a  a 

a 

a 

g 

P» 

S 

mini-      sté-       ri-        o         per-     so-       nâ-       re. 
Préf.  solennelle.  Cursus  trispondaïque. 

.a 

%  a  a 

a 

a 

g 

-X- 

s 

gen- 


do 


pa- 


On  remarquera  que  notre  exemple  du  cursus  planus 
est  une  mélodie  syllabique /nous  dirons  bientôt  pourquoi. 

///.    ADAPTATION  DE   PAROLES    DONT   L'ACCENTUATION 
NE  CORRESPOND  PAS  A  CELLE  QUI  A  DONNÉ  NAISSANCE  A 

LA  mélodie  type.  —  Il  est  probable  que  le  lecteur  vou- 
dra vérifier  ce  qui  a  été  dit  jusqu'ici,  et  se  reportera  aux 
versets  de  communion  reproduits  sur  la  planche  qui 
accompagne  cet  article.  En  effet  les  psaumes  que  l'on 
chantait  après  l'antienne  de  la  communion  ont  la  même 
mélodie  que  ceux  de  l'introït.  Il  sera  dérouté  dès  le  pre- 
mier, où  l'accentuation  ne  répond  pas  du  tout  à  la  mé- 
lodie. Le  psaume  est  du  2e  mode;  la  cadence  par  consé- 
quent est  modelée  sur  le  cursus  planus,  et  demanderait 
une  syllabe  accentuée  à  la  première  et  à  la  quatrième 
note,  avec  interruption  après  le  second  groupe.  Et  voici 
ce  que  nous  trouvons  : 


>  ■     ■  ■  ■      ■  ■     »            ■,      »      .      . 

ia          n,    « 

et  brachi-um  me-um  con-     fir-  ma-       vit       é-       um. 

L'accent  coïncide  bien  avec  le  quatrième  groupe,  mais 
le  second,  au  lieu  de  porter  la  syllabe  finale  d'un  mot 
comme  l'exigerait  le  cursus,  est  précisément  assigné  à 
une  syllabe  acecentuée.  Et  l'examen  de  toutes  les  finales 
ne  tend  qu'à  augmenter  le  désarroi,  car  trois  seulement 
nous  donnent  le  cursus  planus  régulier,  comme  on 
pourra  s'en  convaincre  par  le  tableau  suivant.  Pour  plus 
de  facilité,  nous  disposons  tous  les  versets  sous  le 
même  chant,  ce  qui  ne  présente  aucun  inconvénient 
pour  la  démonstration,  puisque  dans  les  finales  des  dif- 
férents modes,  sauf  le  5e  qui  a  une  cadence  à  deux  ac- 
cents, les  syllabes  sont  invariablement  disposées  de  la 
même  manière  sous  les  notes. 


■ 

E                a        a        a         a        a 

-A- 

— a — 

aaa 

8.  vidit  et  com- 

mô- 

ta 

est 

tér- 

ra. 

13.  posuisti  in  capite 

e- 

jus 

co- 

rô- 

nam 

21.  beatus  vir  qui 

spé- 

rat 

in 

é- 

0 

3.  ex  tune  a 

sae- 

cu- 

lo 

tû 

es 

4.  et  abun- 

dân- 

ti- 

a 

pâ- 

cis 

5.  ipsi  infirmati  sunt 

ét 

ce- 

ci- 

dé- 

runt 

11.  et  faciès  vestrae 

non 

con- 

fun- 

dén- 

tur 

2.  et  non  erat 

qui 

se- 

pe- 

li- 

ret 

6.  in  flumine  per- 

trans- 

i- 

bunt 

pé- 

de. 

9.  et  in  medio  multorum 

lau- 

dà- 

bo 

é- 

um. 

10.  in  medio  templi  tui  secun- 

dum 

nô- 

men 

tû- 

um. 

16.  et  panem  cae- 

li 

dé- 

dit 

é- 

1S. 

17.  ut  custodiant  te  in  omni- 

bus 

vf- 

1S 

tii- 

1S. 

19.  Dominus...  cum  clamâ- 

ve- 

ro 

ad 

é- 

um. 

231         ACCENT   (L*)   DANS  SES   RAPPORTS   AVEC  LE  PLAIN-CHANT 


232 


h 


14.  in  iustitia  tu- 

15.  ab  homine  iniquo  et  dolô- 
22.  neque  in  ira  tua 

7.  et  lingua  ejus  loqué- 
12.  qui  ambulant  in 


3C 


tur 
lé- 


ge 


be- 


,Ji- 
Dô- 


pé 


cl- 
in i- 


me. 
me. 
me. 

um. 
ni. 


Cinq  cadences  offrent  la  même  disposition  d'accents 
que  dans  le  cursus  planus,  mais  la  coupure  a  lieu  après 
la  troisième  syllabe,  au  lieu  d'être  après  la  seconde. 
Dans  les  sept  suivantes,  le  dernier  accent  seul  coïncide; 
nous  pouvons  classer  dans  la  même  catégorie  les  trois 
cadences  terminées  par  un  monosyllabe  que  précède  un 
mot  proparoxyton,  car  l'usage  invariable  des  plus  an- 
ciens manuscrits,  dans  ce  cas,  est  de  donner  l'accent  à 
la  syllabe  qui  précède  le  monosyllabe.  Il  nous  reste  deux 
cadences  bien  capables  de  scandaliser  les  partisans  de 
la  théorie  moderne  de  l'accent,  puisque  la  place  du  der- 
nier accent  y  est  occupée  par  une  pénultième  brève;  il 
est  vrai  que  la  première  note  de  la  dernière  coïncide 
avec  une  syllabe  accentuée. 

Ces  irrégularités,  jointes  à  un  certain  nombre  d'autres 
que  l'on  rencontre  dans  les  manuscrits,  semblent  con- 
stituer une  objection  sérieuse  contre  notre  théorie.  S'il 
est  vrai  que  les  compositeurs  des  mélodies  grégoriennes 
ont  été  guidés  par  l'accentuation  des  textes  qu'ils  avaient 
à  mettre  en  musique,  comment  se  fait-il  que  l'on  trouve 
un  si  grand  nombre  de  passages  où  les  lois  de  l'accent 
paraissent  avoir  été  complètement  négligées  ? 

Nous  croyons  que  ce  que  nous  avons  dit  jusqu'ici  suf- 
fit pour  prouver  que  nos  compositeurs  n'ont  pas  ignoré 
les  lois  de  l'accentuation,  et  même  que  ces  lois  ont  eu 
une  grande  importance  à  leurs  yeux,  puisqu'un  très 
grand  nombre  de  mélodies  doivent  leur  origine  à  l'ac- 
cent, soit  seul  ou  répété  deux  fois,  soit  combiné  avec 
des  syllabes  atones  dans  ces  cadences  rythmiques  que 
l'on  nomme  cursus.  Cette  constatation  pourrait  leur 
faire  pardonner  un  certain  nombre  de  négligences.  Mais 
il  est  possible  de  rendre  plus  ample  justice  à  ces  artistes, 
dont  les  mélodies  ont  encore  le  pouvoir  de  charmer  les 
oreilles  après  quinze  siècles,  et  de  montrer  que,  bien 
loin  de  se  permettre  des  négligences  a  l'égard  de  l'ac- 
cent, ils  se  sont  ingéniés  à  lui  conserver  toute  sa  pré- 
pondérance, et  que,  si  parfois  ils  l'ont  relégué  au  second 
plan,  ils  l'ont  fait  à  leur  corps  défendant,  parce  que  leur 
goût  artistique  leur  interdisait  de  faire  autrement.  Il  ne 
faut  pas  oublier  qu'ils  avaient  à  travailler  sur  des  paroles 
composées  à  l'avance,  et  que  ces  paroles,  surtout  lors- 
qu'il s'agissait  d'Écriture  sainte,  étaient  très  souvent 
écrites  sans  la  moindre  préoccupation  de  la  mélodie  qui 
leur  serait  adjointe.  De  là  une  source  d'embarras  pour 
les  musiciens.  Même  dans  le  cas  où  le  texte  qu'on  leur 
offrait  était  composé  suivant  les  règles  du  cursus,  la 
coïncidence  des  paroles  et  de  la  musique  ne  pouvait  pas 
toujours  être  parfaite,  car  les  textes  rythmés  présentent 
les  quatre  formes  de  cursus  sans  ordre  bien  déterminé, 
tandis  que  la  mélodie  ne  possède,  pour  l'ordinaire,  que 
deux  cadences,  une  pour  la  médiante,  l'autre  pour  la 
finale.  Il  était  donc  souvent  nécessaire  d'adapter  des  pu- 
rôles  écrites  d'après  le  cursus  velox,  par  exemple,  à  une 
mélodie  calquée  sur  le  cursus  planus. 

Le  compositeur  se  trouvait  par  conséquent  en  présence 
de  deux  forces  contraires,  la  musique  et  les  paroles,  qu'il 
fallait  tâcher  d'accorder  ensemble  sans  sacrifier,  autant 
que  possible,  l'une  à  l'autre.  Une  étude  consciencieuse 
des  manuscrits  montre  que  la  règle  constante  suivie  par 
les  artistes  qui  ont  écrit  les  mélodies  grégoriennes,  a 
été  de  donner  la  prépondérance  aux  paroles,  chaque 
fois  que  cette  prépondérance  n'était  pas  réclamée  impé- 
rieusement par  la  musique.  Nous  verrons  même  qu'ils 
avaient  recours  aux  procédés  les  plus  divers,   afin  de 


conserver  à  la  mélodie  son  allure  gracieuse,  tout  en  cé- 
dant aux  exigences  du  texte.  Nous  parlons  surtout  de  la 
manière  dont  on  traitait  les  pénultièmes  brèves,  car 
personne  ne  fait  difficulté  d'admettre  que  les  autres  syl- 
labes brèves,  dans  le  cours  d'un  mot,  peuvent  à  volonté 
porter  deux  ou  plusieurs  notes. 

Trois  procédés  principaux  sont  en  usage  dans  les  ma- 
nuscrits pour  glisser  la  pénultième  brève  survenante 
dans  une  cadence  qui,  régulièrement,  ne  l'admet  pas, 
comme,  par  exemple,  les  cadences  à  un  accent;  niéo, 
à  deux  accents,  corde  méo,  ou  le  cursus  planus  :  méam 
levâvi. 

i°  Parfois  le  texte  a  la  prééminence  la  plus  complète, 
et  alors  on  modifie  légèrement  la  mélodie,  afin  de  don- 
ner place  à  la  syllabe  survenante  par  l'adjonction  d'une 
note  épenthétique,  qui  se  chante  sur  le  degré  de  la  note 
précédente,  ou  sur  celui  de  la  note  suivante,  ou  sur  un 
degré  intermédiaire.  Il  est  facile  de  comprendre  que  ce 
procédé  se  rencontre  dans  les  cadences  syllabiques 
simples  ou  ornées,  dans  lesquelles  le  texte  est  presque 
tout,  et  la  mélodie  n'est  guère  plus  qu'une  récitation 
(les  exemples  sont  tirés  autant  que  possible  de  notre 
planche  de  psaumes  de  communions)  : 

a)  Cadence  simple. 


m 

■    a 

g 

a 

1.  p.  418,  (20)  intellige  cla- 

mô- 

rem 

mé- 

um. 

2.  in  omnibus  populis   mira- 

bi-    li- 

a 

e- 

1US. 

3.  qui  ambulant  in 

lé- 

g  e 

D6-mi- 

ni. 

4.  p.  418,  (18).  multi  insurgunt 

ad- 

vér- 

sum 

me. 

5.  inhabitare  facit  unani- 

mes 

in 

dô- 

mo. 

La  manière  dont  les  deux  mots  adversum  me  sont 
disposés  dans  la  cadence  n°  4  ne  doit  pas  être  considérée 
comme  une  exception  :  on  sait  que  les  prépositions  pla- 
cées devant  leur  régime  n'ont  pas  d'accent;  rien,  par 
conséquent,  n'obligeait  le  compositeur  d'arranger  les 
syllabes  d'une  autre  façon  :  il  a  pris  la  manière  la  plus 
simple,  et  il  n'a  pas  enfreint  une  règle  qui,  dans  l'espèce, 
n'existait  pas.  La  cadence  5  paraîtra  sans  doute  plus 
singulière;  nous  l'avons  mise  à  dessein  dansnotre  tableau, 
parce  qu'elle  se  trouve  plusieurs  fois  répétée  dans  le 
manuscrit  d'où  notre  planche  est  extraite,  et  qu'elle  nous 
fournit  l'occasion  de  remarquer  comment  nos  pères 
savaient  toujours  garder  à  leurs  mélodies  une  allure 
coulante  et  gracieuse. 

On  peut  remarquer  que  la  cadence  reproduite  se  di- 
vise en  deux  groupes  de  deux  syllabes  chacun,  que  nous 
pouvons  appeler  spondées  rythmiques,  suivant  en  cela 
l'exemple  des  théoriciens  du  moyen  âge,  qui  appliquaient 
souvent  au  rythme  oratoire  les  termes  du  rythme  me- 
suré de  la  poésie,  au  risque  d'égarer  les  savants  de  nos 
jours  qui  y  sont  disposés  par  les  idées  courantes  sur  le 
rythme  et  la  mesure.  Or,  l'adjonction  d'une  note  épen- 
tliélique  pour  la  syllabe  survenante  ne  fait  autre  chose 
que  de  changer  ces  spondées  ou  pieds  de  deux  syllabes 
en  dactyles,  ou  pieds  de  trois  syllabes.  Ceci  n'occasionne 
pas  une  perturbation  bien  grande  dans  le  rythme;  îu.iis 
en  trouvons  encore  le  modèle  dans  le  rythme  poétique 
où  les  pieds  peuvent  souvent  être  indifféremment  dac- 
tyles ou  spondées;  nous  avons  toujours  nos  deux  pieds 
Mus,  quand  un  assemblage  de  mots  se  présente  comme 
unanime»  in  démo,  où  il  y  a  trois  syllabes  entre  les 
deux  accents,  on  ne  peut  penser  à  disposer  les  syllabes 
de  cette  manière  : 


•     »          ,                               ■ 

E *^    ■   !    ■                a  " 

unâ- 


ni-     mes 


do- 


233 


ACCENT   (L')  DANS   SES   RAPPORTS   AVEC   LE   PLAIN-CHANT 


234 


On  voit  que  la  syllabe  in  est  de  trop,  et  que  le  rythme 
se  trouve  changé,  ce  qui  produit  à  peu  près  le  même 
effet  sur  l'oreille  que  si  dans  le  premier  vers  du  second 
chant  de  l'Enéide,  au  lieu  de  : 


on  écrivait 


Côntïcû  /  ère  ôm  /  nés... 
Côntïcû  /  êrûnt  ôm  /  nés. 


Dans  ce  cas,  on  met  un  accent  secondaire  sur  la  der- 
nière syllabe  du  mot  unanimes,  et  l'oreille  est  satisfaite. 

b)  Cadences  ornées. 


p  . 

3 

■ 

i      o 

■  y 

gén- 
in- 

te 
lu- 

non 
rai- 

sàn- 
nâ-mi- 

cta. 
ni 

tu-o 


âr- 
ius 


gu- 
ius- 


as 
ti'-ti- 


rae. 
a 


c)  Cursus  planus. 


g 

E 

■ 

», 

9     a 

■ 

obumbrati- 
mortali- 

ô- 
tà- 

ne 
tis 

con- 
ap- 

cé- 
pâ-ru- 

pit. 
it 

Dans  ce  cas,  le  cursus  planus  est  tout  simplement 
changé  en  cursus  tardus. 

d)  Cadences  mélismatiques.  —  Il  semble  qu'avec  ces 
cadences  il  soit  plus  difficile  d'intercaler  une  note  épen- 
thétique,  car  la  mélodie  est  très  développée,  et  l'adjonc- 
tion d'une  note  n'a  pas  peu  d'importance.  Cependant 
nos  artistes  le  feront,  et  ils  trouveront  des  cas  où  cette 
adjonction  pourra  se  faire  sans  trop  nuire  à  la  mélodie  : 
c'est  quand  la  cadence  est  formée  d'un  jubilus  d'accent 
et  d'un  jubilus  de  finale.  La  note  épenthétique  vient 
alors  se  glisser  comme  à  la  dérobée  entre  les  deux  longs 
groupes,  et  on  a  eu  le  temps  d'oublier  le  choc  désa- 
gréable que  son  introduction  cause  à  l'oreille,  lorsque 
la  cantilèné  se  clôt  sur  le  dernier  groupe  de  la  syllabe 
finale.  Exemple  : 


Alléluia. 

Hic  est 
discipulus. 

Vidfmus 
stellam. 


■r 


tes-  timôni-um 


adora-     re 


Â^ 


Dô- 


SU 


^ 


2°  Mais  il  est  des  cas  où  la  musique  ne  se  prête  pas 
si  facilement  aux  exigences  du  texte,  et  où  l'insertion 
d'une  note  entre  le  groupe  d'accent  et  celui  de  la  syllabe 
finale  produirait  un  effet  très  désagréable  que  l'oreille 
ne  saurait  supporter,  à  peu  près  comme  si  on  écrivait 
de  la  manière  suivante  le  premier  vers  d'Athalie  : 

Oui,  je  viens  dans  son  temple  vénérer  l'Éternel. 

Que  fera  celui  qui  a  la  charge  d'adapter  à  un  mot  à 
pénultième  brève  une  cadence  modelée  sur  un  paroxy- 
ton? Les  manuscrits  montrent  que,  même  dans  ce  cas, 
les  compositeurs  grégoriens  ont  encore  fait  des  tours  de 
force  pour  sauvegarder  les  lois  de  l'accent  sans  léser 
celles  de  la  mélodie. 

Nous  rencontrons  leur  premier  procédé  dans  la  liste 
donnée  plus  haut  des  médiantes  des  psaumes  qui  accom- 
pagnaient l'antienne  de  la  communion  : 


ï 


1.  Qui  tribulant  me  ini- 
6.  Qui  convertit 
21.  Gustate ....  quoniamsu- 


X 


mi- 
ma re 
â-    vis 


est 


me- 
à-     ri- 
Do  mi- 


dam, 
nus. 


Ces  exemples  ont  l'avantage  de  nous  faire  voir  à  la 
fois  le  premier  procédé,  dans  la  note  épenthétique  qui 
suit  le  premier  accent,  et,  au  second  accent,  le  procédé 
sur  lequel  nous  désirons  maintenant  attirer  l'attention. 
D  consiste  aussi  dans  l'addition  d'une  note  épenthétique, 
mais  elle  n'est  plus  pour  la  syllabe  survenante;  elle  est 
assignée  à  la  syllabe  accentuée,  tandis  que  la  pénul- 
tième brève  se  chante  sur  le  groupe  où  se  trouve  régu- 
lièrement l'accent.  La  raison  de  ceci  est  dans  la  confor- 
mation spéciale  et  dans  le  rythme  des  deux  derniers  grou- 
pes de  la  cadence.  Le  rapprochement  de  la  clivis  et  du 
podatus  donne  lieu  à  un  rythme  binaire  très  agréable 
à  l'oreille  ;  l'insertion  d'une  note  entre  ces  deux  groupes 
produirait  un  rythme  boiteux  très  désagréable. 

L'accent,  cependant,  ne  disparait  pas  :  la  note  qu'on 
lui  attribue  permet  de  le  prononcer  dans  toute  sa  force, 
et  la  preuve  que  ceux  qui  écrivaient  ainsi  la  mélodie 
n'oubliaient  pas  l'accent,  c'est  que  la  clivis  attribuée  à 
la  pénultième  brève  est  surmontée,  dans  les  manuscrits 
romaniens,  de  la  lettre  c,  celeriter,  indiquant  qu'elle 
doit  être  chantée  avec  légèreté,  et  recevoir  toute  son 
impulsion  de  la  syllabe  accentuée. 

Le  même  procédé  est  usité  dans  les  cadences  des 
répons  de  l'office  à  la  médiante  de  tous  les  modes.  Un 
ou  deux  exemples  suffiront  : 


i 

M 

g 

% 

ru 

S 

0    ■A 

p. 

...  ad  invocândum  nomen 
Gloria 

tû- 
Pa- 

um 
tri 

in 
et 

é- 

Fi-  li- 

a. 

0. 

A 

n 

■ 

s 

Q  tf * 

pi 

Ih 

...  inimi-ci  me-i  cogi-tâ- 
Glôria 

bant 
Pa- 

mà- 
tri 

la 

et 

mi- 

Fi-  li- 

hi. 

0. 

Le  rythme  ici  exige  un  ictus  après  le  groupe  d'accent 
qui  ne  pourrait  avoir  lieu  avec  une  note  épenthétique 
pour  la  pénultième  brève. 

Enfin,  dans  bon  nombre  d'antiennes,  on  rencontre  des 
cadences  modelées  sur  des  mots  paroxytons,  auxquelles 
les  proparoxytons  s'adaptent  de  la  même  manière.  Nous 
ne  pouvons  en  donner  ici  qu'un  très  petit  nombre,  mais 
le  procédé  est  le  même  pour  toutes. 


S 


g 1 

A               ■ 

^V 


Dé- 


Dé- 


s 1 

■*■ 

lo^tV 


Do-mi- 


D6-mi- 


^t 


^t 


Dé- 


s 1 

D-Vl 1 ■ 

Dô-mi- 


Dé- 


Dô-mi- 


235 


ACCENT   (L'1    DANS   SES   RAPPORTS   AVEC   LE   PLAIN-CHANT 


236 


Il  y  a  une  multitude  de  cadences  du  même  genre  qui 
se  trouvent  répétées  sur  tous  les  degrés  de  l'échelle  des 
sons,  et  qui  sont  toutes  traitées  de  la  même  manière. 
Chantez-les  comme  elles  sont  écrites  dans  les  manuscrits, 
et  vous  aurez  un  rythme  plein  et  coulant  qui  repose 
l'oreille  et  la  berce  agréablement;  ajoutez  une  note  entre 
le  groupe  d'accent  et  le  groupe  final,  et  vous  éprouverez 
la  sensation  d'un  rude  cahot  au  milieu  d'une  course 
rapide  en  voiture. 

Ces  mêmes  cadences  sont  souvent  disposées,  comme 
dans  l'exemple  suivant,  de  manière  à  former  de  véri- 
tables rimes  musicales.  C'est  alors  qu'il  importe  de  n'y 
rien  changer  sous  peine  de  détruire  tout  l'effet  voulu 
par  le  compositeur  : 

Introït.  Probasti  Domine. 


s — ^V8-^ 


vi-    si-  tà-sti 


no-  cte. 


Ë=E? 


...  in      me       in-  i-qui-    tas. 

Le  quatrième  volume  de  la  Paléographie  musicale 
donne  un  grand  nombre  d'exemples  très  intéressants  de 
ces  rimes,  qui  demandent  des  cadences  absolument 
semblables. 

Dans  tous  ces  cas,  la  force  de  l'accent  s'étend  sur  le 
groupe  suivant  et  le  domine;  mais  on  comprend  que 
cette  force  dominatrice  doive  s'épuiser  à  la  longue;  aussi 
ne  trouve-t-on  ce  procédé  dans  les  manuscrits  que  quand 
le  groupe  d'accent  n'a  pas  plus  de  six  à  huit  notes. 
Lorsque  le  mélisme  est  plus  long,  on  n'y  adapte  pas  de 
pénultièmes  brèves;  il  faut  alors  trouver  un  autre  moyen 
de  les  insérer  dans  la  mélodie,  sans  produire  le  heurt 
causé  par  l'apparition  soudaine  d'une  note  étrangère. 
Le  moyen  trouvé  par  les  maîtres  fut  d'assigner  à  la 
pénultième  brève  un  groupe  tout  entier,  et  nous  trou- 
vons ce  moyen  appliqué  de  deux  manières  :  tantôt  le 
groupe  est  créé  de  toutes  pièces  : 

Alléluia,  Inveni. 


< 


-«Mv 


H^ 


Inveni        Dà- 
Alleluia,  Sancti  tui. 


vid. 


»Mv 


as 


k 


Sancti  tu-i,        Dô- 
Graduel  :  Haec  dies.  Fer.  III  post  Pascha. 


g^'a  I  M*w^'H     , 


i-ni-      mi- 


Fer.  VI,  ibid. 


c   ■  ' 3  1  M^"ft^r.^ 


...  nomine        D6- 


tantôt  il  est  pris  sur  le  mélisme  d'accent  : 


Alléluia,  Justi  epulentur. 

S  b 


.»  A/n  Jfl^p= 


Al-    le- 


lu- 


"  A/n,  ■%  £ 


in     las- 


ti-  ti-  a. 


3°  Enfin  il  arrive  que  la  musique  se  refuse  à  toute 
transaction  :  elle  porte  tellement  en  elle-même  tous  les 
éléments  de  son  rythme,  que  le  moindre  changement 
apporterait  une  perturbation  considérable  dans  l'effet 
produit.  Il  est  impossible  de  signaler  tous  les  cas  où  le 
fait  s'est  présenté  :  il  faudrait  analyser  tous  les  mor- 
ceaux de  chant.  Les  quelques  exemples  que  nous  allons 
donner  suffiront  pour  fournir  aux  lecteurs  studieux  le 
moyen  de  se  rendre  compte  de  beaucoup  de  choses  qui, 
à  première  vue,  paraissent  des  fautes  énormes. 

Nous  voyons  cette  répugnance  de  la  mélodie  à  se  plier 
à  une  transaction,  dans  le  cas  fréquent  où  le  rythme 
binaire  est  bien  marqué  par  la  répétition  de  groupes  de 
deux  notes  se  suivant  immédiatement,  comme  dans  les 
exemples  suivants,  pris  parmi  nos  psaumes  de  com- 
munion. 

Intonation  du  6"  mode. 


4-V 


Qui  lô-qui-tur  justi- ti-  am. 


Médiante  des  S",  5'  et  6'  modes  (p.  418-19). 


S 


:  ■  a 


pér-ci-pe  Domi-ne. 
misericôr-di-am  tû-    am. 


On  peut  se  reporter  au  premier  tableau  pour  voir 
comment  les  différents  groupes  de  cette  cadence,  aussi 
hien  que  de  celle  du  4e  mode,  sont  attribués  indistinc- 
tement à  des  syllabes  longues  ou  brèves,  accentuées  ou 
non.  C'est  que  les  auteurs  de  ces  cadences  jugeaient 
que  la  conservation  du  rythme  était  plus  importante 
que  la  soumission  aux  règles  de  la  grammaire. 

Voici  une  mélodie  qui  se  rencontre  souvent  dans  les 
traits  du  8e  mode,  et  qui  porte  en  elle-même  tous  les 
éléments  de  son  rythme  :  les  trois  groupes  qui  la  com- 
posent sont  inséparables  et  ne  souffrent  aucun  chan- 
gement, ni  par  addition,  ni  par  division.  Quoique  cette 
mélodie  soit  basée  sur  ce  type  syllabique  .'.  salûtem, 
le  groupe  du  milieu  recevra  une  pénultième  brève  si 
elle  se  présente. 


É=^ 


sa- 
iudi- 


^H-^m^ 


lii- 
ci- 


tem. 
um. 


Le  cas  le  plus  fréquent  où  la  musique  réclame  impé- 
rieusement ses  droits  et  les  fait  prévaloir  contre  la 
grammaire  est  celui  des  cadences  formées  d'après  le 
cursus  plauus.  Ici  la  règle  est  pour  ainsi  dire  sans  ex- 
ceptions, lorsqu'il  s'agit  de  cadences  ornées  ou  mélis- 
matiques  :  les  cinq  dernières  syllabes  sont  attribuées 
aux  cinq  derniers  groupes.  Notre  planche  de  commu- 
nions nous  en  donne  de  nombreux  exemples  dans  les 
finales  de  psaumes  qu'elle  reproduit,  finales  qui,  comme 
nous  l'avons  dit,  procèdent  du  cursus  planus,  sauf 
celle  du  5e  mode.  En  voici  deux  :  on  pourra  faire  le 
même  travail  pour  les  autres. 


fito 


•/  -'•'A/.  -.*'/...  _-'  >i  _.  r,  -  y  -.  -      ■ 


3     .'„    y     C    ■■  »■<      ...  .   ■  r    -J  ■•  - 

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■       «mVii  egywwn  £~-l>î>«/ir  <fif. 


m    f    S   -    -    s     .     .  .      .     ..•'  *  . 


CO  (ï)n>«pupP  Ofiuffi  rnrfi/iwfnrur  f.*p't-nr,.tm  «- 

tf  •      »/«'/'  .     ^    .  -       ,  -      -      s   s    -  t"  - 

fuurr*  ^nfeXAXldlce-rrtt-CnmciAjn^f^TV  Jfctfl»* 

MM 


g.'_  Ç       .     • •  -      -     -   o 

1r.  gfc  Cf."  *C 'Àfé'S*  -3f*C.  •  m  * 


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V 


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/   /'•'. 


in?/»  isottum    hicor-- 


iVb&ix 


•■/', 


r»  l»e»j^rf ixir  tv  bcuf'tn.vrrfn'um  ■ 


V...  'V  *■ 

:      • 

di  KIMd    S 
/   /-i  .y  -■[■-- 

* .      .-'■'.      f  J>    / 
-,  f+iii  ucrbr^-no-Ki.  fit 

■ 


.  jt    <n     j> 


ifl 


1 


"     ! 


GRADUEL  ET  PSAUME  DE  COMMUNION 

D'APRÈS  LE  MANUSCRIT  D'EINSIELDEN 


237         ACCENT    (L*)   DANS   SES   RAPPORTS    AVEC   LE   PLAIN-CHANT 


238 


h 


-Jt 


^ 


fi — ■ — »** 


dum  non  est  qui    rédimat  neque  qui    sàl-    vum    fâ-    ci-         at. 


: 


-i- 


Quoni-am  diminùtae  sunt  veritâtes  a  fi-     li-      is     hô-    mi-     num 
Même  pratique  pour  les  cadences  mélismatiques  : 


S 


■  rtm.-jt= 


ver- 
fi-   li- 


ba      e- 
is       hô- 


T'My 


XTX 


rum. 
num. 


Il  semble  qu'après  notre  démonstration  l'influence  de 
l'accent  sur  la  formation  des  mélodies  grégoriennes  ne 
peut  faire  de  doute  pour  personne.  En  fait  les  artistes 
qui  nous  ont  légué  ces  admirables  cantilènes  ne  se  sont 
affranchis  des  règles  de  l'accentuation  que  lorsque  la 
musique  y  était  absolument  rebelle.  Faut-il  leur  faire  un 
crime  de  les  avoir  négligées  dans  ce  cas,  et  les  taxer  de 
barbarie  et  d'ignorance  ?  Nous  ne  le  croyons  pas,  car  ils 
ne  faisaient  qu'appliquer  un  principe  admis  par  les 
grammairiens  et  les  rhéteurs  de  l'antiquité,  à  savoir  que 
«  la  musique  peut  à  son  gré  faire  les  syllabes  longues  ou 
brèves  '  ».  Encore  doit-on  dire  qu'ils  ont  fait  un  emploi 
singulièrement  discret  de  ce  principe  :  nous  pensons 
l'avoir  montré  dans  notre  étude. 

II.  L'accent,  signe  graphique  de  la  mélodie.  —Après 
tout  ce  que  nous  venons  de  dire  sur  les  rapports  intimes 
de  l'accent  avec  la  mélodie,  il  ne  doit  pas  paraître  sur- 
prenant qu'on  ait  choisi,  pour  représenter  aux  yeux  cette 
même  mélodie,  les  signes  employés  par  les  grammairiens 
pour  représenter  les  différents  accents  du  langage.  Cette 
théorie  n'a  rien  que  de  raisonnable  à  priori,  et  l'étude 
des  monuments  n  a  fait  que  la  confirmer,  de  sorte  que, 
de  nos  jours,  il  n'est  personne  qui  ne  1  admette. 

Il  n'entre  pas  dans  le  cadre  de  cet  article  de  rappor- 
ter toutes  les  théories  fantastiques  oui  ont  été  hasardées 
sur  l'origine  des  neumes;  ces  théories  provenaient  de  ce 
qu'on  faisait  fausse  route.  On  étudiait  les  neumes  en  eux- 
mêmes,  ou  bien  on  les  comparait  aux  notations  de  dif- 
férents pays  :  la  véritable  voie  était  entre  ces  deux  ex- 
trêmes. Étudier  les  neumes  en  eux-mêmes  ne  pouvait 
donner  aucun  résultat;  on  peut  s'en  convaincre  en  exa- 
minant la  planche  qui  accompagne  cet  article,  ou  en- 
core celle  qui  se  trouve  a  l'article  Absoute.  Les  compa- 
rer aux  autres  notations  ne  pouvait  que  mettre  sur  une 
fausse  piste,  car  chaque  pays  a  noté  sa  musique  d'après 
son  génie  particulier.  Aussi  le  résultat  fut-il  absolument 
négatif,  et  on  proclama  que  les  neumes  étaient  des  hié- 
roglyphes indéchiffrables. 

Il  restait  une  troisième  manière  :  c'était  d'étudier  les 
manuscrits  notés  sur  lignes,  en  commençant  par  les 
plus  récents,  dont  la  lecture  n'offre  aucune  difficulté, 
puis  de  remonter  de  siècle  en  siècle  jusqu'au  moment 
où  la  notation  sur  lignes  et  la  notation  sans  lignes  se 
confondent.  On  est  arrivé  ainsi  à  reconnaître  qu'une 
tradition  invariable  donne  au  même  signe  neumatique 
une  même  signification  qui  indique,  non  la  hauteur  re- 
lative de  chaque  son,  mais  la  direction  ascendante  ou 
^descendante  de  la  mélodie.  Ceci  pouvait  déjà  faire  pres- 
sentir la  véritable  origine  des  neumes  ;  l'examen  atten- 
tif des  éléments  qui  composent  ces  figures  si  singulières 
à  première  vue  a  fait  conclure  que  ces  éléments  ne  sont 

4  Quintilien,  Instit.  orat-,  ix,  4. 


autres  que  les  accents  employés  par  les  grammairiens, 
aigu  ',  grave  N  et  circonflexe  ".  Des  textes  d'auteurs  du 
moyen  âge  ont  depuis  confirmé  ces  conclusions.  L'exemple 
que  nous  allons  donner  montrera  suffisamment  la  légi- 
timité du  procédé.  La  partie  inférieure  de  la  planche  ci- 
contre  reproduit  le  fac-similé  du  graduel  du  troisième 
dimanche  de  l'Avent,  extrait  du  même  manuscrit  que 
les  psaumes  de  communion  qui  sont  à  la  partie  supé- 
rieure. Nous  en  donnons  la  traduction  sur  lignes,  en 
surmontant  chaque  groupe  de  notes  du  neume  corres- 
pondant. Il  est  bon  de  faire  remarquer  que  notre  tra- 
duction est  confirmée  par  une  tradition  unanime  de  plu- 
sieurs siècles,  consignée  dans  des  manuscrits  de  toute 
provenance. 


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Qui  se-des  domi-  ne    su-      per    che-   ru-bim 


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MSi^j  i  vfl^  r»u     tï^Ssr* 


exci-ta     po-tentiam     tu-  am 


■  t^./ryf.- 


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2 kr 


ve-  ni. 

Examinons  d'abord  les  passages  syllabiques,  c'est-à- 
dire  ceux  où  une  syllabe  n'est  surmontée  que  d'un  signe  : 
nous  trouvons  que  ces  syllabes  peuvent  être  marquées 
par  deux  signes  différents  :  une  ligne  inclinée  de  gauche 
à  droite  dans  une  direction  ascendante,  et  une  sorte  de 
point  allonge,  ou  de  ligne  horizontale  très  courte.  Quelle 
est  la  raison  de  cette  différence?  Un  disciple  des  théories 
modernes  dirait  :  c'est  pour  distinguer  les  syllabes  accen- 
tuées de  celles  qui  ne  le  sont  pas.  Mais  comment  expliquer 
alors  que  dans  domine  la  première  syllabe,  qui  est  ac- 
centuée, et  la  dernière,  qui  ne  l'est  pas,  sont  surmontées 
du  même  signe,  tandis  que  dans  jwtentiam  les  syllabes 
po  et  ti,  qui  ne  sont  pas  plus  accentuées  l'une  que 
l'autre,  sont  marquées  de  signes  différents  ?  En  y  regar- 
dant de  près,  on  arrive  à  reconnaître  ceci  :  1°  la  ligne 
horizontale  indique  une  note  plus  basse  que  celle  qui 
précède  ou  qui  suit  immédiatement,  v.  g.  qui,  plus  bas 
que  la  première  syllabe  de  sedes,  et  dans  potentiam,  ti, 
plus  bas  que  la  seconde  note  de  la  syllabe  précédente; 
2°  la  ligne  oblique  indique  une  note  plus  haute  que  la 
note  précédente  ou  que  la  suivante,  par  exemple  ru 
dans  cherubim,  se  trouve  dans  un  mouvement  ascen- 
dant; 3°  l'une  et  l'autre  indiquent  aussi  le  même  degré 
que  les  notes  immédiatement  avoisinantes,  suivant  que 
ces  notes  sont  elles-mêmes  horizontales  ou  obliques, 
comme  do  dans  domine,  ci  dans  excita.  Nous  concluons 
de  cette  triple  observation  que  la  ligne  oblique  désigne 
une  note  plus  élevée,  tandis  que  la  ligne  horizontale 
désigne  une  note  plus  basse.  Après  ce  qui  a  été  dit  sur 
la  nature  de  l'accent,  on  n'aura  pas  de  peine  à  recon- 
naître dans  cette  ligne  oblique  l'accent  aigu  des  gram- 
mairiens, tracé  de  gauche  à  droite  /  et  indiquant  par  sa 
direction  même  le  mouvement  ascendant  de  la  mélodie. 
Mais  qu'est-ce  que  l'autre  ?  L'examen  des  neumes  com- 
posés de  plusieurs  signes  va  nous  mettre  à  même  de  ré- 
pondre à  cette  question.  Le  premier  de  ce  genre  qui  se 
rencontre  dans  notre  graduel  est  sur  la  première  syl- 
labe de  sedes  :  c'est  un  groupe  composé  de  deux  signes, 
qui  a  toujours  et  partout  été  traduit  par  deux  notes  for- 
mant un   groupe  ascendant.  Nous  connaissons  déjà  le 


239 


ACCENT 


ACCLAMATIONS 


240 


«second  de  ces  signes  :  c'est  l'accent  aigu,  qui  indique 
une  note  relativement  plus  élevée;  si  nous  examinons 
l'autre  signe,  qui,  ici,  indique  la  note  inférieure,  nous 
^errons  qu'il  se  compose  d'une  ligne  oblique  dirigée 
comme  l'autre  de  gauche  à  droite,  mais,  cette  fois,  dans 
une  direction  descendante.  Il  n'est  pas  nécessaire  de 
faire  un  grand  effort  d'imagination  pour  y  voir  l'accent 
grave  des  grammairiens,  et  cette  supposition  devient  une 
certitude,  si  l'on  remarque  que,  dans  tous  les  groupes 
composés,  la  ligne  oblique  ainsi  tracée  indique  con- 
stamment une  note  inférieure.  Nous  la  retrouvons  dans 
le  groupe  rf  qui  surmonte  la  seconde  syllabe  de  super, 
où,  cette  fois,  la  note  inférieure  est  la  seconde,  ce  qui  a 
porté  le  scribe  à  en  modifier  un  peu  la  direction,  afin 
de  simplifier  l'écriture.  La  seconde  syllabe  de  sedes 
nous  présente  le  dernier  groupe  étudié  répété  deux  fois, 
tandis  que  le  dernier  groupe  attribué  à  la  conjonction 
et  n'est  autre  que  la  répétition  du  premier  groupe  de 
sedes.  Dans  l'un  et  l'autre  cas,  la  transcription  tradition- 
nelle sur  lignes  vérifie  cette  interprétation. 

Ce  même  accent  grave  est  facilement  reconnu  dans  la 
note  médiane  du  groupe  qui  accompagne  la  dernière 
syllabe  du  mot  excita.  Il  faut  aussi  le  reconnaître  dans 
la  première  et  la  troisième  note  du  groupe  de  che  dans 
cherubim,  quoique  la  ligne  soit  considérablement  rac- 
courcie; la  transcription  sur  lignes  l'indique,  et  il  n'est 
pas  probable  qu'on  ait  voulu  employer  un  signe  spécial 
dans  ce  cas,  lorsqu'on  en  possédait  déjà  un.  La  raison 
qui  a  fait  ainsi  raccourcir  l'accent  grave  est  cette  ten- 
dance à  simplifier  qui  se  rencontre  partout;  quand  on 
tient  une  plume  d'une  certaine  façon,  on  trouve  plus  de 
difficulté  à  tracer  une  ligne  oblique  dans  le  sens  des- 
cendant que  dans  le  sens  montant,  alors  on  la  fait  le 
plus  court  possible.  Des  manuscrits  écrits  dans  d'autres 
pays  où  l'on  tenait  la  plume  d'une  autre  manière  nous 
montrent  au  contraire  l'accent  aigu  raccourci,  et  le 
groupe  qui,  dans  les  manuscrits  de  l'école  san-gal- 
lienne,  est  écrit  ainsi  // ,  se  présente  ailleurs  sous  cette 
forme  "].  La  plupart  des  manuscrits  cependant  montrent 
cette  tendance  à  raccourcir  l'accent  grave,  et  cette  re- 
marque nous  amène  à  reconnaître  la  véritable  origine 
de  la  courte  ligne  horizontale  qui  surmonte  les  syllabes 
isolées,  lorsqu'elles  appartiennent  à  des  notes  inférieures, 
et  aussi  du  point  par  lequel  les  notes  les  plus  basses 
sont  indiquées  dans  les  groupes  à  éléments  divisés, 
comme  celui  qui  est  composé  des  cinq  dernières  notes 
de  notre  graduel.  Cette  ligne  ou  ce  point  ne  sont  autres 
que  l'accent  grave  raccourci,  et,  dans  le  cas  du  point,  ré- 
duit à  sa  plus  simple  expression.  D'ailleurs  les  manuscrits 
eux-mêmes  nous  en  donnent  la  preuve,  car  ce  groupe  /-\ 
composé  suivant  nous  d'un  accent  aigu  et  de  deux  ac- 
cents graves,  se  trouve  écrit  dans  certains  manuscrits 
de  celte  manière  /} ,  qui  est  évidemment  un  procédé  pour 
représenter  deux  accents  graves  se  suivant  dans  le 
même  sens,  tandis  que  le  groupe  contraire  /où  les  ac- 
cents graves  précèdent  l'accent  aigu,  est  représenté 
ainsi  qu'il  suit  dans  les  manuscrits  d'origine  lom- 
barde^). 

La  conclusion  qui  se  dégage  de  tout  ceci  est  que  la 
notation  neumatique  tire  son  origine  des  accents  gram- 
maticaux, et  qu'il  faut  reconnaître  deux  éléments  à  cette 
origine,  l'accent  aigu  '  et  l'accent  grave  '.  Il  est  inutile 
d'y  ajouter  un  troisième  élément,  le  point,  comme  plu- 
sieurs croient  devoir  le  faire,  car  le  point  n'est  qu'une 
modification  de  l'accent  grave. 

Nous  dirons,  à  l'article  Notation,  comment  les  neumes, 
en  se  transformant  peu  à  peu,  sont  devenus  les  notes 
modernes;    il    suffira    de    donner  ici   un    tableau    des 

'Liv.,  1.  XXXI,  c.  xv;  Pline,  In  paneg.,  c.  lxxiii.  —  «Capi- 
tolin,  In  Maximinis,  c.  xvi  et  xxv;  In  Gordianis,  c.  xi;  Vo- 
pisc,  In  Tacito,  c.  rv,  547,  etc.  Cf.  Gruter,  Corpus  inscriptio- 
num,  1707,  Index  xvi,  p.  lxxii,  lxxiii;  Orelli,  Inscriptionum 


neumes    simples,    avec    leur    équivalent   en    notation 
carrée. 


Punctum,  ou  accent  grave  (g.). 
Virga,  ou  accent  aigu  (a.). 
Podatus  (g.  a.). 
Clivis  (a.  g.). 
Torculus  (g.  a.  g.). 
Porrectus  (a.  g.  a.). 
Scandicus  (g.  g.  a.  ou  g.  a.  a.). 
Climacus  (a.  g.  g.). 


/ 
â 

y 
// 


a 


Tous  les  autres  groupes  ne  sont  que  des  combinaisons 
de  ces  six  groupes  élémentaires.  Nous  ne  parlons  pas 
ici  des  signes  d'ornement  (quilisma,  oriscus,  etc.)  qui 
demandent  à  être  traités  dans  un  article  à  part. 

Comme  bibliographie  nous  renverrons  surtout  à  l'ou- 
vrage de  dom  .T.  Pothier,  Les  mélodies  grégoriennes 
d'après  la  tradition,  Tournay,  1880;  et  à  la  Paléogra- 
phie musicale,  Solesmes,  1889-1894,  t.  I,  m  et  iv,  où 
l'on  trouvera  toute  la  littérature  du  sujet. 

Plusieurs  ouvrages  ont  résumé  ou  mis  en  œuvre  les 
principes  développés  par  dom  A.  Mocquereau  dans  la 
Paléographie.  Nous  citons  les  principaux  :  Eléments  of 
plain-song,  Londres,  1895;  publication  de  la  Plain- 
song  and  médiéval  music  Society;  P.  Wagner,  Ein- 
fulirung  in  die  grcgorianischen  Mélodie»,  Fribourg, 
1895  (lre  édition);  Gregorian  music,  par  les  Bénédictines 
de  Stanbrook,  Londres,  1897;  enfin  M.  Jules  Combarieu 
a  donné  une  intéressante  histoire  de  la  question  de 
l'origine  des  neumes  au  xixe  siècle  dans  un  volume  in- 
titulé Théorie  du  rythme  dans  la  composition  moderne 
d'après  la  doctrine  antique,  Paris,  1897. 

A.  Gatard. 

ACCEPTIO.  Voir  Epiphanie. 

ACCIDENTS.  Voir  Modes. 

ACCLAMATIONS.  -  I.  Sens  primitif.  II.  Acclama- 
tions dans  les  conciles,  pour  les  élections  et  les  réceptions 
des  évéques,  pour  le  sacre  des  empereurset  des  rois.  III. 
Acclamations  sous  forme  d'inscriptions  et  acclamations 
des  martyrs.  IV.  Geste  d'acclamation.  V.  Acclamations 
liturgiques.  VI.  Admonitions  du  diacre  ou  des  ministres 
avec  acclamations  et  annonce  des  fêtes.  VII.  Bibliographie. 

I.  Sens  primitif.  —  Acclamatio  et  adclamatio,  en 
grec  :  èmçùvrio-tÇ)  ou  irpo<Tçiôvr,<Ti;,  TrpoCTsrovrjua,  signifie 
un  cri,  une  clameur,  surtout  le  cri  d'une  foule  qui 
approuve,  ou  qui  félicite1.  L'usage  de  ces  acclamations 
était  fréquent  dans  la  Rome  païenne  :  la  foule  applau- 
dissait des  mains  et  acclamait  de  la  voix.  11  devint 
plus  fréquent  encore  sous  les  empereurs;  ces  accla- 
mations furent  organisées,  et  quelquefois  modulées  2. 
Celles-ci  par  exemple  :  Auguste  Claudi,  Du  te  nobis 
prsestent  (dictum  sexagies) 3.  Vivas,  /lurent,  valeas, 
vincas,  multis  annis  imperes  «•.  Plus  rarement  Vaccla- 
matio  est  prise  en  mauvaise  part  comme  désappro- 
bation. (Dans  ce  cas  le  mot  grec  correspondant  est 
àvTi:puivr,(Tt;,  8iaf(ivï]<ji;.)  Il  en  existe  un  exemple  clas- 
sique dans  Cicéron,  qui  interrompt  un  de  ses  discours 
pour  se  plaindre  de  ces  cris5.  Un  autre  exemple,  plus 
curieux  encore  et  plus  intéressant  pour  nous,  est  celui 
qui  est  cité  dans  la  Passio  sancti  Savini  :  Maximiano 
Augusto,  quindecimo  kalcndas  maii,  in  circo  Maximo... 
pars  major  populi  clamabant  dicenles  :  C/iristiani 
tollantur!  dictum  est  duodecies.  Per  caput  Augusti, 
Chrisliani   non    sint!    Spectantes    vero    Hermogcnianum 

latinarum  selectarum  amplissima  collectio,  in-8%  Zurich,  1828, 
t.  H,  p.  831.  —  3Trebell.  Pollio,  Claude,  iv.  —  'Lampride,  Alex. 
Sev.,  x.  —  *Pro  C.  Rab.,  c.  vi.  Cf.  Forcellini,  Tolius  latinitatiê 
lexicon,  au  mot  Acclamatio. 


241 


ACCLAMATIONS 


242 


greefectum  Urbis,  item  clamaverunt  decies  :  sic  Au- 
puste  vincas,  voces  nostras  a  prœfecto  inquire!...  Et 
statim  discesserunt  omnes  una  voce  dicentes  :  Auguste 
tu  vineas,  et  cum  Diis  floreas  i  !  Ces  acclamations  voci- 
férées dans  le  cirque  par  la  foule,  et  répétées  un  certain 
nombre  de  fois  dont  le  chiffre  est  noté,  comme  dans 
plusieurs  textes  anciens,  leur  forme  même,  ont  été  rele- 
vées à  juste  titre  par  Marini,  De  Rossi  et  Le  Blant,  comme 
un  des  traits  incontestables  de  l'antiquité  de  ces  actes  2. 

Comme  figure  de  rhétorique  Yacclamatio  ou  épipho- 
nème,  èmaxovïijia,  est  une  exclamation,  un  cri  de  sur- 
prise, d'admiration.  Dans  la  langue  française,  le  terme 
ne  se  prend  qu'en  bonne  part,  d'une  personne  qu';  l'on 
acclame. 

Il  y  avait  aussi  l'acclamation  aux  prédicateurs,  mos 
acclamandi,  très  fréquente  dans  l'antiquité.  Selon  Ca- 
saubon,  l'habitude  d'acclamer  passa  du  théâtre  au  sé- 
nat, du  sénat  aux  églises3.  Nous  traiterons  de  ces  accla- 
mations au  mot  Prédication. 

On  verra  dans  les  paragraphes  suivants  les  différentes 
significations  qu'a  prises  ce  terme  dans  l'antiquité  chré- 
tienne et  au  moyen  âge. 

II.  Acclamations  dans  les  conciles,  pour  les  élec- 
tions ET  RÉCEPTIONS  D'ÉVÊQUES,  POUR  LES  SACRES  DES 
empereurs  et  DES  rois.  —  L'usage  de  ces  acclamations 
laudatives  s'est  conservé  dans  ces  diverses  circonstances, 
et  on  les  entremêle  parfois  à  des  acclamations  d'un 
caractère  plus  liturgique. 

Le  plus  ancien  exemple,  à  notre  connaissance,  est  celui 
de  l'élection  du  pape  Fabien,  au  milieu  du  me  siècle  : 
«  Le  peuple,  nous  dit  Eusèbe,  transporté  de  joie,  s'écria 
comme  d'une  seule  voix  :  «  Il  est  digne.  »  On  s'empara 
alors  de  Fabien,  on  le  mit  sur  la  chaire  de  l'épiscopat*.  » 

Saint  Augustin  nous  donne  des  détails  plus  complets 
sur  l'élection  d'Héraclius  qu'il  proposa  comme  son  suc- 
cesseur :  A  populo  acclamatum  est  deo  GRATIAS, 
CBRISTO  laudes  :  dictum  est  vicies  terties.  EXAUDI 
CHRISTE,  augustino  vwa,  dictum  est  sexies  decies. 
TE  patrem,  te  episcopum,  dictum  est  vicies  ;  bene 
MERiTUS,  bene  bignvs,  dictum  est  quinquies  ;  bignus 
et  justus  est,  dictum  est  sexies...  jvbicio  tvo  gratias 
agimds,  dictum  est  sedecies ;  fiai,  fiât,  dictum  est 
duodecies;  te  patrem,  eraclwm  episcopum,  dictum 
est  sexies...  et  les  acclamations  se  renouvelèrent  ainsi 
plusieurs  fois  durant  le  discours  de  saint  Augustin5. 

Si  l'on  voulait  suivre  l'interprétation  de  deux  commen- 
tateurs d'Eusèbe,  Scaliger  et  Valois,  il  faudrait  citer  ici 
le  texte  curieux  d'Hégésippe.  Lorsque  saint  Jacques, 
appelé  le  frère  du  Seigneur,  allait  au  martyre,  il  fut 
salué  par  ces  cris  :  'ûaawà  tô>  vl&  Aaê:S  6.  Mais  ici  ces 
mots  s'adressaient  au  Seigneur  que  le  saint  glorifiait 
par  son  martyre,  et  non  à  saint  Jacques.  Cette  inter- 
prétation me  paraît  plus  conforme  au  contexte  et  à  la 
tradition  liturgique.  C'était  du  reste  la  coutume  de  sa- 
luer les  évéques  et  les  prêtres  de  ces  acclamations,  au 

'  Passio  sancti  Savini  episcopi  Assisinatis,  dans  Baluze, 
Miscellanea,  t.  i,  Monumenta  historica  tum  sacra  tum  pro 
fana,  Lues,  1771,  p.  12.  Dans  son  remarquable  mémoire,  La 
lettre  de  Pline  au  sujet  des  chrétiens,  dans  la  Revue  archéologi- 
que, 1876,  t.  xxxvi,  p.  119  sq.,  M.  G.  Boissier  a  ignoré  ce  texte,  qui 
vient  bien  à  l'appui  de  sa  thèse.  —  !Le  Blant,  Les  Actes  des 
martyrs  (extrait  des  Mémoires  de  l'Académie  des  inscriptions 
et  belles-lettres,  t.  xxx  6,  in-8",  Paris,  1882,  p.  186-188.  — 
3Casaubon,  dans  ses  notes  sur  les  écrivains  de  l'Histoire  Au- 
guste (In  Vulcat.  Gallican.,  Vita  Avidii  Cassii),  cf.  Suicer,  Thé- 
saurus ecclesiasticus  e  Patribus  grœcis,  t.  n,  p.  173,  au  mot  Kpo-roç  : 
cf.  aussi  Ferrarius,  Deritu  sacrarum  Ecclesix  concionum,  1.  B. 
c.  xvm,  Veronae,  1731,  et  Bingham,  The  antiquities  of  the 
Christian  Church,  1.  XTV,  c.  iv,  dans  The  works  of  Bingham, 
id-8',  1855,  t.  v,  p.  169.  —  *  Eusèbe,  H.  E.,  1.  VI,  c.  xxrx, 
P  G.,  t.  xx,  col.  588,  589,  et  la  note  de  Valois  sur  ce  passage.  — 
Ct.  Martène,  De  antiquis  Ecclesix  ritibus,  in-fol.,  Bassani,  1788, 
t.  il,  p.  26;  Thiers.  Dissertations  sur  les  autels,  les  jubés,  etc., 
c.  xv,  in-12,  Paris,  1688.  —  6S.  Augustin,  Epist.,  ccxn  (al.  ex), 


moins  en  certains  pays.  Voici  en  effet  ce  que  raconte  le 
moine  Antonin  :  Ibi  (in  civitate  quadam  Arabise)  oc- 
currerunt  nobis  mulieres  cum  infanlibus,  palmas  in 
manibus  tenentes,  et  ampullas  cum  rafano  oleo;  quae 
prostratee  pedibus  nostris,  ungebant plantas  nostras,  et 
capxta  nostra,  lingua  œgi/ptiaca  psallentes  antipho- 
nam  :  benedicti  vos  a  domino  et  benebictus  adven- 
tus  vester  bosanna  in  excelsis  ■>.  Saint  Jérôme 
semble  faire  allusion  au  même  fait  :  Videant  ergo  epi- 
scopi et  quanlumlibet  sancti  homines,  cum  quanto 
periculo  dici  ista  sibi  patiantur  :  si  Domino  cui  vere 
hoc  dicebatur  (quia  needum  erat  solida  credentium 
fides)  pro  crimine  impingitur  8. 

Voici  maintenant  l'acclamation  introduite  dans  le  ser- 
vice liturgique.  Nous  lisons  dans  plusieurs  liturgies  an- 
ciennes des  rubriques  comme  celles-ci,  dans  l'ordination 
des  évêques  :  Diaconus  :  Dicanius  omnes  intente  :  ky- 
rie. Populus  :  bignus,  dignus,  dignus.  MULTOS  an- 
nos9.  Omnes  dicunt  alta  voce   :  dignus  est  (talis)  ut 

SIT  SACERDOS  IN  ECCLESIA  SANCTA  CATBOLICA  ET  APO- 
STOLICA,  QUM  EST  IN  CIVITATE  (tali),  ET  CBARITAS 
CBRISTI  IN  PACE  DEI.  AMEN10. 

Les  acclamations  avaient  lieu  aussi  parfois  dans  la 
cérémonie  de  la  dégradation.  C'était  une  sorte  d'impré- 
cation ou  d'anathème,  lancé  par  le  prêtre,  à  la  messe, 
après  le  Pater li. 

Pour  le  couronnement  des  empereurs  ou  des  rois  et 
des  reines,  elles  gardaient  leur  caractère  laudatif  : 

Cantores  :  Exaudi  Christe.  Schola  :  Domino  nostro 
(ill.)  a  Deo  decreto  summo  Pontifici  et  universali  Pa- 
pas vilam.  Cantores  :  Exaudi,  Christe.  Schola  :  Exaudi, 
Christe.  Cantores  :  Salvator  mundi.  Schola  :  Tu  illum 
adjuva...  Domino  nostro  (ill.)  Augusto,  a  Deo  coro- 
nato  magno  et  pacifico  imperatori  vitam.  Cantores  : 
Exaudi,  Christe...  Schola  :  Exercitui  Francorum,  Ro~ 
manorum  et  Teutonicorum  vitam  et  victoriam...  Can- 
tores :  Christus  vincit,  Christus  régnât,  Christus  im- 
perat.  Rex  regum.  Rex  noster.  Spes  nostra,  Christus 
vincit.  Gloria  nostra,  Christus  vincit.  Misericordia 
nostra,  Christus  vincit.  Auxilium  nostrum,  Christus 
vincit.  Fortitudo  nostra,  Christus  vincit.  Liberatio  et 
redemptio  nostra,  Christus  vincit.  Arma  nostra,  Chri- 
stus vincit.  Lux,  via  et  vita  nostra,  Christus  vincit.  Ipsi 
soli  imperium,  gloria  et  potestas  per  immortalia  sse- 
cula.  Amen,  etc. 12.  Ou  encore  sous  forme  litanique  : 
S.  Maria,  Tu  illum  adjuva.  S.  Michael,  Tu  illum  ad- 
juva, etc. 13. 

Le  missel  de  Leofric  contient  pour  le  sacre  des  rois 
cette  rubrique  :  Tune  dicat  omnis  populus  cum  epi- 
scopo  tribus  vicibus  :  vivat  rex  (iil.)  in  sempiternum. 
amen.  Et  osculant  (eum)  principes  dicentes  :  AMEN, 
amen,  AMEN  u.  La  plupart  des  livres  liturgiques  anciens 
renferment  des  expressions  semblables. 

Sous  cette  forme  de  laudes  ou  louanges,  les  acclama- 
tions sont  d'un  âge  postérieur  et  d'un  caractère  un  peu 

P.  L.,  t.  xxxni,  col.  966  sq.  —  «  Eusèbe,  H.  E.,  1.  II,  c.  xxni, 
P.  G.,  t.  xx,  col.  200,  201.  —  1 1tinerarium  hierosolymitanum, 
P.  L.,  t.  lxxh,  col.  913.  —  8  S.  Jérôme,  In  cap.xxi  Matthœi,  P. 
L.,  t.  xxvi,  col.  158.  — *  Ritus  ordinationis  Alexandrini  Jaco- 
bitarum  patriarchse,  dans  Benaudot,  Liturgiarum  orientalium 
collectio,  2«  éd.,  in-4-,  Francof.  ad  M.,  1847,  t.  i,  p.  454.  Cf. 
d'autres  exemples  dans  P.  L.,  t.  cxxxvm,  col.  888-902,  1112  sq., 
et  surtout  Du  Cange,  Glossarium  medix  et  infimx  latinitatis,  au 
mot  Laus,  qui  donne  de  nombreuses  références.  — 10  Martène,  De 
antiquis  Ecclesix  ritibus,  in-fol.,  Bassani,  1788,  t.  n,  p.  119.  — 
11  Martène,  ibid.,  t.  u,  p.  321.  —  "Martène,  ibid.,  t.  n,  p.  207; 
cf.  p.  214.  —  >3  Martène,  ibid.,  t.  n,  p.  304,  305.  Cf.  Gerbert,  Mo- 
numenta veteris  liturgix  Alemanise,  Typis  San-Blasiani,  1779, 
t.  il,  p.  105,  110;  Bona,  Rerurn  liturgicarum,  éd.  Sala,  Augustae 
Taurin.,  1749,  t.  m,  p.  117;  Muratori,  Opère,  Arezzo,  1773,  t.  xni, 
part.  3,  p.  109  sq.  Une  partie  de  ces  acclamations  sont  reproduites 
dans  P.  L.,  t.  cxxxvm,  col.  888,  902  sq.  —  "T/ie  Leofric  missal 
as  used  in  the  cathedral  of  Exeter  A.  D.  i050-iO12,  édit. 
par  F.  E.  Waren,  in-4%  Oxford,  1883,  p.  231. 


243 


ACCLAMATIONS 


244 


différent  des  acclamations  vraiment  liturgiques.  Voir 
Laudes.  Celles  d'un  manuscrit  liturgique  de  Besançon 
remonteraient,  si  l'on  en  croit  l'éditeur,  au  vne  siècle; 
mais  cette  date  ne  nous  parait  rien  moins  que  cer- 
taine. La  forme  de  cette  pièce  se  rapproche  du  reste 
de  celles  que  nous  avons  déjà  citées1. 

Ces  acclamations  sont  aujourd'hui  à  peu  près  tombées 
en  désuétude  en  Occident.  Mais  l'Église  grecque,  qui  a 
porté  si  loin  l'esprit  conservateur  en  liturgie,  les  a  gar- 
dées; nous  les  retrouvons  dans  son  Synodicon  sous  trois 
formes  : 

Les  àvaBÉjxata  qui  sont  des  affirmations  de  la  foi  et  des 
condamnations  contre  les  hérétiques,  comme  celle-ci  : 

'Lipiyévet,  Euaypiw  ts  y.a\  Ai8-ju.m,  aùv  zû>  Mo'{/oueoma- 
te  ©euowpco  xa'iraï;  aùrtôv  P'/.aaçrijioi;  Sioatrxoùiai;,  'Avâ- 
6eu.a.  y'. 

KJpaj,  Sspyia),  nûppo),  IlaûXw  xai  toi;  crùv  au-roïç,  'Avâ 
8E(j.a.  y',  etc. 

Les  |j.axapi(T[Aol  ou  Altovîat  ou  u.vy|U.ï]  (souhaits  de  vie 
éternelle,  béatitude,  souvenirs),  par  exemple  :  2-recpâvou 
toû  ôo-tou.ctpTupoç  y.a\  ôu,oXoyï)Toû,  toO  véou,  Alum'a  t|  |av7ju.t). 
y'.  'Iyvan'ov,  'Icoetvvou,  NtxoXâou  jtat  Tstopysou,  tûv  tpiç 
oXëîwv  T|(j.o),oyrir(i)v  y.ai  ap-/iciriTxÔ7;(i>v,  xa\  i;âvT(i>v  rôiv- 
ôu.03p0VT]<râv,rti>v  a-jToti;£Uti7xÔ7t(i)v.  A:»i>v:ar,  u.vr.u.r,.  y'., etc. 

Enfin,  les  noX-j/pâvux  (souhaits  de  longue  durée,  de 
longue  vie)  qui  correspondent  bien  à  nos  laudes  et  qui 
sont  des  voeux  en  l'honneur  des  empereurs  et  des  pa- 
triarches. L'expression  la  plus  ordinaire  de  ces  vœux  est 
lelle-ci  :  Etç  iroXXov;  y.a'i  àyaBoùç  ypôvouç,  ou  :  Eîç 
uoXXà  et/],  Séffirora,  qui  était  modifiée  suivant  les  cir- 
constances 2.  Voici  les  formules  que  donne  Codinus  : 
Ad  ultimum  canonarcha  posl  Icctioncm  sic  profntur  : 
Diuturnuin  facial  Deus  prscpotens  et  sanctum  impe- 
rium vestrum  ad  multos  annos.  Diuturnum  faciat 
Deus  a  Deo  acceptum  et  a  Deo  cuslodilum  prmpolens 
ac  sanctum  imperium  vestrum  ad  multos  annos. 

Deinde  acclamant  circum  s  tantes  :  Diuturnum  faciat 
Deus  sa  ;  um  imperium  vestrum  ad  multos  annos... 
Circa  lesperarum  horam,  quando  imperator  se  ad 
officium  confert,  omnes  cantore.<  et  lectores  multos 
annos  ecclesiam  aggrcdienli  apprecantur  (7toX\jypovt- 
Çouti  tôv  pxCTiXIa)  et  simul  ac  sumptis  in  throno  vesti- 
bus  conspicuus  fit,  stalim  canlor^s  accinunt  polychro- 
nium  (s'jôù;  iJ'âXXouo-iv  tb  uoXuxpôviov),  resonantibus 
organis...  Deinde  nomina  imperatorum  et  impera- 
tricum  bonis  precationibus  afficiuntur  (eïxa  ytverat  t| 
eûçripua  —  ce  nom  est  employé  quelquefois  comme  syno- 
nyme de  polychronium  —  t<5v  ôvoixâtuv  t<5v  (3aatXs<i>v 
xoù  Ttôv  Star.oivGyt)  3. 

L'Église  russe  conserve  encore  aujourd'hui  la  tradi 
lion  de  ces  u.axapi<7u.ot,  TroXuypôvta  ou  e-jçr)u.cat.  Nous 
n'en  donnerons  que  cet  exemple  4  : 

A  ceux  qui  croient  que  les  princes  orthodoxes  ne  doivent  pas 
leur  trône  à  une  particulière  bienveillance  de  Dieu  à  leur  endroit, 
et  que  lors  de  leur  sacre  ils  ne  reçoivent  pas  les  dons  de  l'Es- 
prit-Saint pour  bien  remplir  leur  noble  mission,  et  qui  par  suite 
osent,  ainsi  que  Grégorius  Otrépévius,  Johannès  Mazeppa  et 
d'autres,  susciter  contre  eux  des  séditions  et  des  révoltes,  Ana- 
theme  (trois  fois). 

Pour  tous  ceux  qui,  par  leurs  paroles,  leurs  écrits,  leurs  ensei- 
gnements, leurs  souffrances  et  leur  vie  sainte  ont  combattu  pour 
la  vraie  foi,  comme  aussi  aux  protecteurs  et  défenseurs  de  l'Église 
du  Christ,  que  l'Église  célèbre  chaque  année  leur  mémoire  et  dise 
publiquement  :... 

Ici  l'on  chante  l'Atuvi'a  vj  u.vr,;j.r),  comme  dans  les 
u.axap;<ru.oi. 

Au  très  pieux  et  grand  monarque  et  empereur  Pierre  I",  Sou- 
venir immortel  (trois  fois). 

1  P.  L.,  t.  lxxx,  col.  411.  —  *L.  Allatius,  Examen  Tri", lu, 
n.  144-193,  et  De  dominicis  et  hebdom.  grœc,  n.  15;  Codinus, 
De  officiis  Constantinopolitanis,  c.  xv,  P.  G.,  t.  CLVTI,  col.  97; 
Constant.  Porphyrogénète,  De  cxremoniis  aulx  byzant.,  1.  1, 
c.  xxvm,    P.  G.,   t.   exil,   col.   396,   et   Nilles,  Kalendarium. 


Au  très  pieux  monarque  et  empereur  Pierre  U,  Souvenir  im- 
mortel (trois  lois). 

Aux  très  pieuses  et  nobles  princesses  et  impératrices  Catharina 
Alexiewna,  Anna  Ivannowna,  Elisabeth  Petrowna,  Souvenir  im- 
mortel (trois  fois). 

Et  pour  les  autres  membres  de  la  famille  impériale  et  tous  ceux 
qui  descendent  des  grands-ducs  de  Russie,  Souvenir  immortel 
(trois  fois). 

A  la  très  pieuse  et  sérénissime  souveraine  (on  la  nomme)  qui 
embrasse  avec  ardeur  et  défend  la  religion  chrétienne  et  protège 
l'Église  du  Christ,  accordez,  Seigneur,  félicité,  paix,  santé  et 
salut,  bonheur  dans  toutes  ses  entreprises,  victoire  sur  tous  ses 
ennemis  et  qu'elle  reçoive  Multos  annos.  —  Le  choeur  :  Multos 
annos  (neuf  fois). 

A  la  très  religieuse  famille  impériale,  Multos  annos.  —  Le 
choeur  :  Multos  annos  (trois  fois). 

Au  très  religieux  Corps  législatif,  aux  généraux  et  gouver- 
neurs des  villes,  à  l'armée  chrétienne,  Multos  annos.  —  Le 
choeur  :  Multos  annos  (trois  fois). 

Dans  les  conciles  nous  retrouvons  des  acclamations 
comme  pour  les  élections  d'évèques.  A  la  fin  de  la  pre- 
mière action  du  concile  de  Chalcédoine,  les  évêques 
poussent  ces  acclamations  :  Sanctus  Deus,  sanctus  im- 
mortalis,  miserere  nobis  ;  multos  annos  imperatoribus  ; 

—  Impius  semper  fugit.  Dioscorum  Christus  déposait, 
homicidam  Christus  deposuit; —  Hsecjusta  sentenlia  : 
hoc  juslum  Concilium;  —  Martyres  Deus  vindicavit1*. 

A  la  fin  de  la  seconde  action  ils  acclament  ainsi  :  Nos 
itacredi»ius(omnesitacredimus,sicutLeoitacredimus); 

—  Noslrum  nullus  dubitat,  nos  jam  subsoipsimus;  — 
Pro  palribus  pelimus,  patres  synodo  reddite;  —  Has 
voces  imperatori,  has  preces  catholico,  has  preces  Au- 
gustse;  —  Omnes  peccavimus  omnibus  indulgeatur*. 

A  la  fin  de  la  quatrième  :  Unus  Deus  qui  hoc  fecit. 
Multi  anni  imperatorum  :  magnorum  imperatorum 
multi  anni,  etc.,  omnes  consenlimus,  omnes  acquiesev- 
'fixus,  omnes  similiter  credimus  1. 

Des  acclamations  analogues  sont  jetées  à  la  fin  de  la 
sixème  action. 

Au  IIIe  concile  de  Constantinople  (G80),  à  la  fin  de  la 
huitième  action,  le  synode  acclame  en  ces  termes  : 
Constantino  magne  imperatori  multos  annos;  — 
Orthodoxo  imperatori  multos  annos  ;  —  Conservatori 
orthodoxse  fidei  multos  annos;  —  Pacifico  imperatori 
multos  annos;  —  Novo  maqno  Constantino  imperatu.i 
multos  annos;  —  Novo  Theodosio  imperatori  multos 
annos;  —  Nos  famuli  imperaloris,  Agathoni  ortho- 
doxo Papas  Romano  multos  annos,  etc.  8. 

Au  IIe  concile  de  Nicée  (787),  à  la  seconde  action,  îe 
synode  s'écrie:  Deus conservet pios  iniperatores  nostros. 
Après  la  profession  de  foi  de  Tarasius:  Tota  sacralissima 
synodus  ita  crédit,  ita  sapit,  ita  dogmatisât.  Et  lorsque 
les  légats  de  Rome  demandent  si  le  concile  approuve  la 
lettre  du  pape,  les  évoques  s'écrient  :  sequimur  et  sus- 
cipimus  et  aihniltiiinis9. 

Des  acclamations  de  même  genre  sont  poussées  au 
IVe  concile  de  Constantinople,  à  la  fin  de  chaque  action  ; 
au  concile  de  Tolède,  en  633,  et  dans  un  grand  nombre 
d'autres,  qu'il  serait  trop  long  de  citer,  jusqu'au  concile 
de  Trente  qui  reprend  cette  tradition  (XXXV*  session). 

La  question  de  savoir  si  ces  acclamations  sont  per- 
mises dans  les  simples  synodes  a  été  discutée,  mais 
d'après  l'usage  elles  sont  au  moins  tolérées. 

III.  Acclamations  sous  forme  d'inscriptions.  —  Ces 
acclamations  sont  pour  la  plupart  tirées  d'inscriptions 
antérieures  au  iv«  siècle.  La  plus  grande  partie  sont  des 
inscriptions  funéraires,  gravées  sur  les  marbres  des  tom- 
beaux, ou  des  graffiti  écrits  sur  les  murs  des  catacombes, 
quelques-unes  sont  représentées  sur  d'anciens  verres; 

manuale,  Innsbruck,  1897,  t.  i,  p.  361,  362;  t.  H,  p.  109-116.  — 
'Codinus,  loc.  cit.,  c.  VI.  —  *  Nilles,  loc.  cit.,  t  n,  p.  117.  — 
"Mansi,  Sacror.  conciliorum  amplissima  collectio,  Florer.tiaB, 
1765,  t.  vi,  p.  935.  —  •  Ibid.,  p.  975.  —  1 1bid.,  t.  vu,  p.  47-50;  cf. 
t.  ix,  229,  346,  etc.  —  »  Ibid.,  t.  xi,  p.  346.  —  »/bid.,t.  xn.1052, 1085> 


!45 


ACCLAMATIONS 


246 


.'autres  sur  des  anneaux  ou  amulettes,  ou  objets  quelcon- 
ues.  La  première  classe  est  fort  nombreuse  ;  on  en  trou- 
era la  collection  complète  dans  nos  Monumenta  litur- 
<ica,  t.  i.  Nous  en  donnerons  ici  un  certain  nombre,  car 
lies  ont  une  véritable  importance;  plusieurs  présentent 
ine  forme  liturgique  et  sont  un  témoignage  anténicéen 
e  la  prière  pour  les  morts. 

VIBAS  IN  DEO  ET  ROGA*. 

ORA  PRO  PARENTIBVS  TVIS  2. 

PETE  PRO  PARENTES  TVOS'. 

PETE  PRO  FILfiis  tuis]  *. 

PETE  PRO  CELSINIANV  COIVGEMB. 

PETAS  PRO  SORORE  TVA  6. 

PETAT  PRO  NOBIS  '. 

PETE  PRO  NOS  VT  SALVI  SIMVS». 

TV  PETE  PRO  EOS9. 

ANIMA  MELLEIA  '<>• 

ANIMAE  INNOXH. 

ANIMAE  INNOCENT!". 

ANIMAE  INNOCENTISSIMAE  IN  PACE  13. 

PALVMBA  SINE  FELE  '4. 

PRO  HVNC  VNVM  ORAS  SVBOLEN  QVEM  SU- 
>ERSTITEM  RE[li]QVISTMS. 

SALTEM  QVOD  SVPEREST  ORO  SCIO  NAMQVE 
beatam] 16. 

CHRISTVS  SPIRITVM  [tuum]  IN  PACE  ET  PETE 
>RO  NOBIS*1. 

SPIRITVS  TVVS  BENE  REQVIESCAT  IN  DEO 
>RO  SORORE  TVA  is. 

CVIVS  SPIRITVM  IN  REFRIGERIVM  SVSCIPIAT 
JOMINVSi». 

CIPHNH  TOIC  TTAPArOYCIN  KAI  MN[r)o-]KOM£- 
vIOIC  nEPI  HMCON  20. 

£IPHNH  TOIC  TTAPArOYCIN  TTACIN  AnO  TOY 
DEOY  21. 

EIPHNH  ÏÏACI  TOIC  AAeA<j)OIC  22. 

GIPHNH  TTACH  TH  AA£A<P[oY,-,t]I  KAI  Ofcotc]...2*. 

[èv]  EIPHNH  |f,]  KO[cu.ï]<ti<;  a-J-coi]  (?)  2i. 

TEKNA  TEIMHTA  EN  IPHNH  TOY  OEOY2». 

EKYMHOH  EN  EIPHN[r)]26. 

AGNVS  SINE  MACVLA21. 

AGNEGLVS  (i.  e.  agnellus)  DEI28. 

TAC  EYAOHAC  TOY  XY  ECOIONTEC2». 
PAX  TECVM30. 
TE-QVN-PACAE  si. 


*  Boldetti,  Osservazioni  sopra  i  cimeteri  de  santi  martiri  ed 
intichi  crisliani  di  Roma,  in-fol.,  Roma,  1720,  p.  418.  —  *Mu- 
•atori,  Novus  thésaurus  veter.  inscriptionum,  Mediolan.,  1739- 
1742,  p.  mdcccxxxiii,  n.  6.  —  '  Maffei,  Muséum  veronense,  in-fol., 
Veror.us.  1729,  p.  cclxiv,  n.  13.  —  *  Oderico,  Sylloge  veterum  in- 
teriptionum,  in-4%  Romae,  1765,  p.  262.  —  s  Oderico,  Sylloge, 
).  263.  —  'Marangoni,  Délie  cose  gentilesche  e  profane  tras- 
oortate  ad  uso  ed  ornamento  délie  chiese,  in-4",  Roma,  1744, 
3.  159,  456.  —  '  Oderico,  loc.  cit.,  p.  343.  —  8  Marangoni,  De 
lœmeterio  sanctorum  Thrasonis  et  Saturnini,  in-4%  Romae,  1740, 
d.  90.  —  "Oderico,  loc.  cit.,  p.  344.  —  10Fabretti,  Inscriptio- 
iuiii  antiquarum  explicatio,  in-fol.,  Romae,  1699,  p.  576, 
a.  163.  —  "  Ibid.,  loc.  cit.,  p.  576,  n.  65.  —  "Ibid.,  loc.  cit., 
a.  163.  —  i3Ant.  Mai'.,  Lupi  Dissertatio  et  animadversiones 
%d  nuper  inventum  Severx  martyris  epitaphium,  in-fol.,  Pa- 
Qormi,  1734,  p.  39.  —  fl  Marangoni,  Acta  sancti  Victorini,  in-4% 
Romae,  1740,  p.  120.  —  ,5  Marini,  Iscrizioni  antiche  délie  ville  e 
pallazi  Albani,  in-4%  Roma,  1785,  p.  189.  —  ">  Marini,  Gli  atti 
e  mouumenti  de'  fratelli  Arvali,  in-4%  Roma,  1795,  p.  266.  — 
"Marangoni,  Cose  gentil.,  p.  456.  —  ™  Marini,  Atti,  etc.,  p.  362. 

—  iU  Muratori,  Novus  thés.,  p.  mdccccxxii,  n.  1.  —  *a  Bulletin  de 
correspondance  hellénique,  t.  vi,  p.  518.  —  "  Corpus  inscrip- 
tionum grxcarum,  t.  iv,  n.  9266.  — ï!  Journal  of  hellenie  studies, 
t.  iv,  p.  429.  —  *3Bull.  de  corr.  hell.,  t.  xvn,  p.  275.  —  *»  Corp. 
tnscr.  grsec,  t.  IV,  n.  9274.  —  "Rossi,  Romasotterranea,  1. 1, p.  160. 

—  !6  Le  Bas  et  Waddington,  Voyage  archéologique  en  Grèce 
et  Asie  Mineure,  in-4%  Paris,  p.  462.  —  "Boldetti,  Osservazioni, 
p.  408.  —  *»  Perret,  Les  catacombes  de  Rome,  Paris,  1852, 
t.  VI,   p.   149.  —  "Desbassyns  de  Richemont,  L'art  chrétien 


TECVM  PAX  CHRISTI32. 

QVIESCIT  IN  PACE  AETERNA". 

IN  PACE  REQVIEVIT  3*. 

DORMIT  IN  SOMNO  PACIS35. 

PAVSAT  IN  PACE  36. 

REQVIESCIT  IN  PACE  37. 

VIVAS  IN  PACE3S. 

RAPTVS  ETERNE  DOMVS39. 

IN  PACE  ET  REFRIGERIVM  *o. 

IN  PACE...  ET  IN  DOMO  ETERNADEI»». 

TTICTOC  EK  niCT00N*2- 

IN  PACE  ET  BENEDICTIONE". 

INTER  SANCTOS*i. 

PAX  CVM  ANGELIS«5. 

TH  TH  AEAC0KEN  THN  KONIN  TOY  CC0MATOC 
XPICTCO  TCO  ©EGO  TAC  IKECIAC  G0C  ETTI  ACI 
OYCA*6. 

[Ylaos5o-x.û>\xtw  àJNACTACIN  [vExpùv  xai  ïto-^v  toù  uiX- 
Xovto;  a;]C0NOC-AM[r,v]". 

ONHOEICIN  TO  THC  ZC0HC  MEPOC*». 

O  OEOC  ANATTACH  THN  YYXHN  COY  METATC0N 
AIKAIG0N  «. 

AITG0N  AYCIN  nOAACON  CcpAAMATCON  s». 

YÏÏEP  CC0THPIAC  KAI  AcpECECOC  AMAPTI60N  si. 

AC0C  AcpECIN  AMAPTIC0N  52. 

EPC0TA  YÏÏEP  HMCON  ". 

nAPOPCON  TA  TTAIMEAHMATA  TA  €N  TNOCie  K 
EN  AI~NOIA  (plAAN[0pto7r:'a  <jo-j]  B*. 

H  ATIA  TPIAC  H  OMOOYCIOC65. 

MNHCTHCON  HMCON  EN  TAIC  AHAIC  YMC0N 
TTP[o(t]EYXA[i]C  se. 

VOTVM  SOLBIMVS  NOS  CVIVS  NOMINA  DEVS 
SCIT". 

DEPOSITVS  IN  $™. 


I 


FVSERI  VIVAS59. 
P[ax]  T[ibi]  CVM  SANCTIS  :  PAX  TIB-C-S-60 
IN  PACE  PETAS  P[r]0  NO[bis]  FELIX  61. 
IN  PACE  DOM[ini]62. 
IN  XRO  63. 

REFRGERI  TIBI  DOMNVS  IPPOLITVS  SID[oni]6*. 
IPPOLITE- IN -MENTE  [habe]    PETRV[m]  PECCA- 
TORE  65. 
ESTO  IN  REFRIGERIO66. 
VALE  IN  PACE  67. 
RAPTVS  ETERNE  DOMVS68. 


pendant  les  trois  premiers  siècles,  p.  23.  —  30Lupi,  Severx 
epitaph.,  p.  173.  —  3I  Marini,  Gli  atti  de'  fr.  Arvali,  p.  393.  — 
«Marangoni,  Acta  S.  Victorini,  p.  94.  —  33  Ibid.,  p.  107.  — 
"Boldetti,  Osservazioni,  p.  431.  -■  3SGeorgi,  De  monogram- 
mate  Christi,  in-4%  Romae,  1738,  p.  34.  —  36  Boldetti,  loc.  cit., 
p.  399.  —  31  Ibid.,  p.  431.  Voir  aux  mots  Requiescant  in  pace 
et  In  pace.  —  38  Ibid.,  p.  420.  —  39  Marangoni,  Acta  S.  Vict., 
p.  127.  —  ">Ibid.,  p.  122.  —  «  Bottari,  Sculture  e  pilture  sagre 
estratte  dai  cimeteri  di  Roma,  in-fol.,  Roma,  1737-1754,  pi.  vu, 
n.  8.  —  "Lupi,  Severx  epitaph.,  p.  136.  —  «Boldetti,  Osserva- 
zioni, p.  420.  —  **  Oderico,  Sylloge  vet.  insc,  p.  420.  —  «Cave- 
doni,  Rugguaglio  storico  archeologico  di  due  anticlii  cimeteri 
cristiani  di  Chiusi,  in-8%Modena,  1853,  p.  10.  —  "Bull,  de  corr. 
hell.,  t.  xni,  p.  308,  n.  16.  —  "  Hicks,  Inscr.  Brit.  Mus.,  p.  262, 
n.  675.—  *»  Corp.  inscr.  grxc,  t.  iv,n.9266.  —  ">Ibid.,  t.rv.n.  9278.  — 
'■«Ibid.,  t.  iv, n.  8804.—  "  Ibid.,  1. 1  v,  n.  8871.  —  52  Ibid.,  t.iv,  n.  8900. 
— 53  Ibid.,  t.  iv,  n.  9673.  —  54  Papers  of  the  american  school  at 
Athens,  t.  m,  p.  314.  —  " Sitzungsberichte  d.  Akad.  Mùnchen, 
1863,  t.  1,  p.  238,  n.  46.  —  59  Marchi,  Monumenti  délie  arti  cris- 
tiane  primitive  nella  metropoli  del  cristianesimo,  Roma,  1844, 
p.  104.  —  "  Napoli  e  sue  vicinanze,  1845,  t.  H,  p.  358.  —  "  Ar- 
mellini,  Conferenze  délia  società  dei  cultori  délia  cristiana  ar- 
cheologia  in  Roma,  2  mars  1879.  —  "Fiorelli,  Notizie  discavi 
di  antichità  fAcad.  dei  LinceU,  in-4%  Roma,  mars  1880,  p.  110. 

—  "°  Stevenson,  Escavaz'wni  in  un  ipogeo  cristiano  di  Bolsene 
1881,  n.  27,  39.  —  «'  Bosio,  Roma  sotterranea,  t.  m,  p.  53.  — 
«Rossi,  Bull,  di  arch.  crist.,  1886,  p.  47.  —  "Ibid.  —  "Ibid., 
1881,  p.  45.  —  "Ibid.,  1883,  p.  104.  —  "Ibid.,  1884-1885,  p.  43. 

—  «'Marangoni,  Acta  S.  Vict.,  p.  105.  —  "Ibid..  p.  127. 


247 


ACCLAMATIONS 


2i: 


BENE  REFRIGERA  ET  ROGA  PRO  NOS*. 

VIBE  IN  PACE  2. 

IN  PACE  DOMINI  DORMIAS». 

LETARIS  IN  PACE  *. 

DEVS  TIBI  REFRIGERIT  3. 

CVM  IVSTIS  ANIMA  IPSIVS«. 

IN  PACE  ANIMA  IPSIVS  ». 

CVM  DEO  IN  PACE  8. 

ZHCHC  ëN  KGJ  KAI  CPOOTA  YPEP  HMCON9. 

SPIRITA  VESTRA  DEVS  REFRIGERET  »o. 

REFRIGERA  CVM  SPIRITA  SANCTA  »: 

XON  PAKE  (cum  pace)  «*. 

SPIRITVS  IN  PACE  ET  IN  CHRISTO»3. 

DORMIT  IN  PACE  1+. 

IN  PACE  SOMNI 16. 

CVIVS  ANIMA  IN  PACE  REQVIESCAT  16. 

ÊIPHNH  COI  CN  ©COU  il. 

CVM  SPIRITA  SANCTA  ACCEPTVM  i«. 

AKEKTA  IN  XPTÔ  ". 

IN  REFRIGERIO  ANIMA  TVA20. 

SEMPER  VIVE  IN  PACE  «. 

VIVIS    IN    GLORIA    DEI    ET     IN    PACE    DOMINI 

NOSTRI  ^22. 
RECESSIT  DE  SECVLVM23. 
ANIMA  TVA  CVM  IVSTIS  2*. 
TE  IN  PACE  CVM  VIRGINITATE  TVA  26. 
IN  REFRIGERIO  ET  IN  PACE  26. 
INTER  INNOCENTIS  27. 
ACCEPTA  APUD  DEVM2». 
H  XAPIC  TOY  [x]PIST  [où  u.s6'  Û|aûv]M- 
[cpogspôvôix]  HMA  TOY  [6eoùèv]HM£PA  KPICCGùCso. 
MAPAN  AOANsi. 

IN  ORATIONIS  TVIS  ROGES  PRO  NOBIS  »2. 
CYXOY  YTTEP  HMCÙN  33. 
IN  NOMEN  DEI  3*. 
CN  ATICO  TTNCYMATI  OCOY  36. 
REFRIGERA  DEVS  ANIMAM36. 
TIBI  DEVS  REFRIGERET  »». 
DEVS  REFRIGERET  SPIRITVM  TVVM  38. 
KAAGOCHZeiGÙMCNOC  THN  XAPINTOY  OCOY39. 
IN  PACEM  ESTOTE*». 
TE-CVMPACE  ». 
TECVPC(i.  e.  te  cum  pace)  *5. 
PAX  TECVM  PERMAN[eatj*3. 
SVSCIPIAT  CHRISTVS". 
PETE  PRO  CONIVGEM". 

L'acclamation  NIKH  TOU  AEINOZ;  NIKH  TON 
AEINQN,  que  l'on  trouve  souvent  sur  des  tituli  de  l'île 
de  Cos,  était  regardée  aussi  comme  une  acclamation 
chrétienne.  Mais   aujourd'hui  il    parait  plus   vraisem- 


1  Marangoni,  Acta  S.  Vict.,p.  119.  —  'Ibid.,  p.  90.  — 3Boldetti, 
Osservazioni,  p.  418.  —  *  Ibid.,  p.  419.  —  8  Ibid.,  p.  418.  — 6  Ibid., 
p.  420.  —  1 1bid.  —  *Ibid.,  p.  419.  —  *  Ibid.,  p.  418.  —  "Ibid., 
p. 417.  —  <  1  Ibid.,  p.  87.  —  "Ibid.,  p.  475.  —  "Ibid.,  p.  318.  —  "Fa- 
bretti,  Inscript,  antiquar.,  p.  554.  —  '*Ibid.  —  ">  Ibid.,  p.  567.  — 
"Ibid.,  p.  591.  —  "Ibid.,  p.  574.  —  "Ibid.,  p.  391.  —  "Ibid., 
p.  547.  —  "Marangoni,  Cose  gentilesche,  p  454.  — "Oderici, 
Syll.,  p.  264.  —  "Passimiei,  Iscrizioni  anliche,  in-fol.,  Lucca, 
1763,  p.  121.  —  "Marini,  dans  Mai,  Scriptorum  veterum  nova 
collectio,  t.  v,  p.  381-382.  —  «Lupi,  Epit.  Sever.,  p.  176.  — 
*•  Gruter,  Inscriptiones  antiquœ,  Heidelberg,  1601,  n.  1057.  — 
"  Perret,  Catacombes,  t.  v,  pi.  xvn.  —  «•  Bosio,  Borna  sotter., 
loc.  cit.,  p.  105.  —  "Bayet,  De  titulis  atticis  christ.,  n.  76.  — 
»»/fcid.,n.l06.—  «  Ibid., n.  107.  —  "Marini, Iscril. Albani, p.  187. 

—  "  Cardinali,  Iscrizione  antiche  Veliterne,  in-4\  Roma,  1823, 
p.  214.  —  "Perret,  Les  catacombes,  t.  V,  p.  21.  —  "Marchi,  Mo- 
numenti  délie  arti  cristiane,  etc.n.  198.  —  ME.Le  Blant,  Réponse 
à  une  lettre  du  iS  janvier  1680,  Correspondant,  1852.  —  "Le 
Blan»,  ibid.  —  "Lupi,  Epitaph.  Sev.,  p.  137.  —  »•  Marini,  Atti  e 
Moiium,  Arval-,  praef.,  p.  xx.  —  "Passionei,  Iscriz.  ant.,  p.  119. 

—  *•  Lupi,  Epitaph.  Sev.,  n.  71,  72.  —  "  Marini,  Atti  e  monum. 


blable  de  la  rapporter  à  des  éphèbes,  et  aux  succès  qu'ils 
remportèrent  dans  les  jeux  46. 

L'ave  est  une  acclamation  tout  à  faire  rare  dans  les 
inscriptions  chrétiennes,  et  les  quelques  exemples  qu'on 
en  peut  citer  se  classent  parmi  les  monuments  antiques. 
Nous  ne  transcrirons  qu'un  seul  marbre,  il  est  de  Vaison, 
et  toute  l'acclamation  y  est  fort  belle  et  édifiante  *'. 


I 


STAFILI 
PAX  TECVM 
IN  DEO 
HAVE  VALE 

La  forme  hâve  vale  parait  avoir  été  peu  employée 
par  les  gentils,  on  n'en  trouve  guère  d'exemples. 

L'utere  felix  est  plus  fréquent.  Le  Blant  cite  une 
fibule  mérovingienne  qui  le  porte  sous  cette  forme  : 


1IN?.NV\])Ç3gftgi 


52.  —  Fibule  mérovingienne  avec  l'utere  felix. 
D'après  Le  Blant,  Iriscript.  chrétiennes  de  la  Gaule,  pl.xm,  n.  252. 

le  dernier  mot  doit  se  lire  probablement  AANIHIL  ou 
Daniel  48,  et  on  le  rencontre  assez  fréquemment  dans 
d'autres  monuments49. 

L'acclamation  grecque  correspondante  est  XPO), 
utere50.  Le  Blant  a  publié  une  pâte  de  verre  de  sa  col- 
lection qui  porte54  :  EIPHNH  XPCO,  utere  in  pace  (?). 

Une  inscription  de  Bordeaux  contient  une  acclamation 
intéressante  à  plus  d'un  titre.  C'est  une  épitaphe  ainsi 
libellée  :  ...C  PAV...  AIAI. 

La  paléographie  induirait  à  reporter  ce  monument  au 
ive  siècle.  La  ligne  d'en  haut  offre  quelques  difficultés. 
On  peut  accepter  cependant  la  lecture  :  [Hi]c  pau[s]at 
[i]n  pa[ce],  et  pour  l'exergue  :  Ancilia  Pascasia  Aiulit 
S/iir\i\lus  S[a>ictus]. 

Dans  l'épigraphie  chrétienne  la  formule  acclamatoire 
Spiritus  sanctus  désigne  ordinairement  l'âme  du  défunt 


Arval.,  n.634.  —  "Martigny,  Dictionnaire  des  antiquités  chrit., 
au  mot  In  pace.  —  u  Lupi,  Epit.  Sev.,  n.  175.  —  "Oderici,  Syll., 
p.  263.  —  "Cumont,  Les  inscriptions  chrétiennes  de  fAsie 
Mineure,  1895,  p.  16-18.  Voyez  cependant  Hirschfeld,  Une  question 
d'épigraphie  et  de  théologie,  dans  le  Philologus.  1891,  p.  430-435,  et 
Bull,  critique,  1893,  p.  459,  pour  l'avis  opposé  :  >ixt|  aurait  le  sens 
de  victoire,  triomphe  de  la  foi.  —  •'  Le  Blant,  Inscr.  chrét.  de  la 
Gaule,  n.  495.  —  »•  Ibid.,  pi.  xlii,  n.  252,  et  t.  t.  p.  'i0i,  note  5.  — 
"Visconti,S«pe(tet.  d'arg.,  pi.  w;  Muratori,  Thesaw. inscript., 
p.  cccxci-cccxcn ;  Spon,  Kiscellanea  eruditse  antiquitatis. 
p.  297,  n.  11  ;  Buonarruoti.  Yetri.  p,  'Jus  ;  Fin  n  ni.  Piombi  antichi, 
Roma,  1740,  pi.  iv,  n.  2;  et  Gemmx  anliqux  litteratm,  in-fol., 
Romas,  1757, p. 54-55 ;Fontanini.  Discus  rt  tirus.  p.  55;  Mommsen, 
Inscript,  confed.  Helvet.  lat.  dans  les  Mittheilungm  d.  Antiquar. 
Gesellsch.  in  Zurich,  p.102;  Coche\.,Normandie  souterraine,  p.83. 
388.  — ,e  Ficoroni,  Gemmse  lilter.,  p.  43-44;  Buonarruoti,  Vefri. 
p.  143;  Raoul  Rochette,  Mémoires  de  l'Ac.  des  insc,  t.  xm. 
p. 722, 2*  série.  —  "Bull  archéol.  deCAthéneum  français,  1856 
p.  10.  Sur  la  formule  Utere  felix,  voyez  encore  De  Rossi,.Bu». 
di  archeol.  christ.,  1867,  p.  24;  1870,  p.  14,  15;  1873,  p.  118,  121, 
153.  Cf.  F.  B.  Ferrari,  de  Veter.  Acclamât,  in-4,  Mediolani,1627. 


249 


ACCLAMATIONS 


250 


et  non  une  personne  divine.  La  forme  spirtus  est  re- 
marquable; c'est  une  syncope  dont  il  y  a  d'autres 
exemples  dans  l'épigraphie  (ispirto  ')  et  chez  les  poètes 
à  qui  elle  épargne  une  faute  de  prosodie  *.  Celte  même 


53.  —  Inscription  de  Bordeaux  avec  acclamation  : 

Adjuvet  spiritus  sanctus. 

D'après  Jullian,  Inscriptions  romaines  de  Bordeaux,  t.  n,n.  850. 

forme  obtenue  par  suppression  de  Yi  médial  a  des  ana- 
logues dans  la  latinité  primitive,  par  exemple,  arca,  sol- 
dum,  unversi3  et  sur  les  inarbres  chrétiens  :  domni^, 
marlys  b,  soldu  6.  Le  mot  aiulit  (adjuvet)  a  une  histoire 
littéraire.  Il  appartient  à  cette  catégorie  de  mots  de 
l'ancienne  latinité  qui  furent  proscrits  sous  l'empire 
dans  les  ouvrages  écrits  d'une  langue  châtiée,  mais  il  se 
maintint  dans  la  langue  populaire;  Pacuvius  le  donne 
ainsi  que  différents  marbres,  dont  celui  de  Bordeaux  1  et 
le  second  des  serments  de  842  8,  mais  toujours  privé 
de  la  lettre  d9. 

La  seconde  catégorie  contient  des  verres  anciens  ayant 
appartenu  aux  chrétiens,  et  sur  lesquels  sont  gravées 
ou  incrustées,  à  côté  de  différentes  images,  des  inscrip- 
tions. Voir  Verres  ornés.  Quelques-uns  de  ces  verres 
sont  fixés  sur  des  tombeaux  ou  des  loculi  à  l'aide  de 
ciment  ou  de  plâtre.  Ceux-ci  contiennent  des  acclama- 
tions qui  ressemblent  fort  comme  style  à  celles  de  la 
classe  précédente,  par  exemple  :  CONCORDI  biras  (vivas) 

INPACE  DEI  10;HILARIS  VIVAS  CVM  TVIS  FELICITER  ",  SEMPER 

Refrigeris  in  pace  dei  ,2.  D'après  Buonarruoti  et  Marti- 
gny,  ces  verres,  après  avoir  servi  aux  agapes  funéraires, 
étaient  fixés  au  tombeau  d'une  personne,  soit  pour  aider 
à  reconnaître  le  loculus,  au  milieu  de  milliers  d'autres, 
soit  pour  rappeler  le  souvenir  d'une  personne  et  sup- 
pléer à  une  inscription. 

Mais  il  est  une  série  de  verres  dont  les  acclamations 
ont  un  caractère  tout   différent  :  pie  zeses   (zhcaic), 

1  Boldetti,  Osservazioni,  p.  418.  —  !  Juvencus,  éd.  Arevalo, 
p.  371;  Dracontius,  p.  223.  —  3  Egger,  Latini  sermonis  reliquix, 
p.  305,  249, 128.  —  * Reinesius,  Syntagma,  cl.  xx,  n.  87.  —  5 Bosio, 
Roma  subt.,  p.  437.  —  "Marini,  Atti  e  monum.  Arvali,  p.  171.  — 
1  Jahn,  Specimina  epigraphica,  p.  29,  n.  13;  p.  77.  —  «Ville- 
main,  Littérat.  au  moyen  âge,  in-12,  t.  I,  p.  66.  —  9  C.  Jullian, 
Inscriptions  romaines  de  Bordeaux,  1890,  t.  H,  n.  850;  Le 
Blant,  Inscr.  chrét.  de  la  Gaule,  n.  583  a.  —  l0  Buonarruoti,  pi.  v, 
p.  166.  —  »  Ibid.,  pi.  xx,  p.  2.  —  "  Ibid.,  pi.  xxm,  p.  4; 
pi.  xxviii,  p.  3;  pi.  il,  p.  1.  —  "Ibid.,  pi.  xxvui,  p.  201.  —  "Ibid., 
pi.  xxvm, p.  1.  —  "Ibid.,  p. 204.  —  i6  Martigny,  Dictionnaire,  aux 


pie  zesis,  bois  et  vis,  pieté  zesete;  spes  hilàris  zeses 

CVM    TV1S;    ANIMA   DVLCIS  FRVAMVR   NOS  SINE   BILE    ZESES, 

ma  douce  amie,  jouissons  sans  bile,  vis 13.  Celles-ci 
et  autres  de  même  genre  rappellent  l'époque  où  les 
deux  langues,  grecque  et  laline,  étaient  mêlées  au  point 
de  ne  faire  plus  qu'un  seul  idiome.  Quelques-unes  pré- 
sentent un  caractère  plus  nettement  grec:  ZHZATGù  '*. 

Ces  acclamations  et  d'autres  semblables  que  nous  pour- 
rions citer  ont  un  sens  assez  profane  à  première  vue  et 
ne  se  distinguent  guère  des  acclamations  que  les  païens 
poussaient  au  milieu  de  leurs  festins  :  Amici,  dum 
vivimus,  vivamus,  ou  :  Ergo  vivamus  dum  licet  esse 
bene  15.  Mais  les  images  qui  les  accompagnent  de  saint 
Pierre  et  saint  Paul,  du  bon  pasteur,  de*  la  sainte 
Vierge,  etc.,  nous  invitent  à  donner  à  ces  acclamations 
un  sens  de  joie  plus  spirituelle.  On  sait  du  reste  que 
les  agapes  de  charité  dégénérèrent  parfois  en  orgies,  au 
dire  de  Tertullien,  et  l'Église  dut  les  combattre  et  fina- 
lement arriva  à  les  proscrire.  Voir  Agapes  et  Coupes. 

Il  en  est  au  contraire  qui  ont  un  caractère  tout  reli- 
gieux et  dans  lesquels  le  P.  Secchi  et  Martigny  n'hé- 
sitent pas  à  voir  des  acclamations  eucharistiques.  Ces 
verres  ne  seraient,  selon  ces  archéologues,  que  des  calices 
dans  lesquels  les  fidèles  prenaient  la  sainte  communion 
sous  la  forme  du  vin.  Celle-ci  par  exemple  :  TTIE  ZHCAIC 
EN  ATA0OIC,  bois  et  vis  dans  les  biens  16. 

Des  acclamations  sur  coupes  de  la  même  catégorie 
semblent  se  rapporter  aux  agapes  nuptiales  et  faire  allu- 
sion au  mariage  :  vivatis  in  deo;  martvra  epestete  vi- 
vatis  (Martura,  Epectète,    vivez)17;  maxima  vivas  cvm 

DEO  ' 8  ;  CARITOSA  VENANTI  VIVATIS  IN  DEO  ' 9  ;  VIVAS  CVM  TVIS 

féliciter  zeses,  in  deo  zeses  ou  encore  p.  z.  (pie 
•zeses  20). 

Au-dessus  d'acclamations  pareilles,  on  voit  souvent 
l'image  des  deux  époux,  parfois  avec  leurs  enfants. 
D'autres  ne  diffèrent  pas  des  acclamations  funéraires  . 

VIVAS  IN  PACE  ET  PETE  PRO  NOBIS21.  PETE  ET  ROGA  PRO 
FRATRES  ET  SODALES  TVOS  22. 

Sur  une  grande  coupe  de  verre,  trouvée  dans  un  fau- 
bourg de  Trêves  et  remontant  au  Ve  siècle,  on  lit  autour 
du  sacrifice  d'Abraham,  représenté  d'une  façon  assez 
originale,  l'acclamation  :  vivas  in  deo  z  (ce  %  est  pour 
zeses,  traduction  grecque  de  vivas  très  fréquemment 
employé  sur  les  coupes).  Nous  donnons  ici  ce  curieux 
monument23  (fig.  5i). 

Les  invocations  que  jettent  les  martyrs  au  milieu  de 
leurs  supplices,  et  dont  la  forme  est  souvent  liturgique, 
témoignent  aussi  en  faveur  de  la  fréquence  de  cet  usage 
des  acclamations  au  temps  des  persécutions.  On  ren- 
contre dans  les  actes  les  plus  authentiques  des  formules 
comme  celles-ci  :  Deo  gratias.  In  nomine  tuo,  Christe 
Dei  fili,  libéra  servos  tuos 24  ;  —  O  Christe  Domine, 
non  confundar  ; —  Rogo,  Christe,  non  confundar  2i;  — 
Subveni  rogo,  Christe,  habe  pietatem.  Serra  animam 
meam,  custodi  spiritum  meum,  ut  non  confundar  ;  — 
Rogo  Christe,  da  sitfferentiam26;  —  Gratias  libi,  Christe; 
— Succurre,  Christe;  —  Propter  te  hœcpalior,  Christe21. 

—  Ou  celles-ci  qui  ont  plutôt  le  caractère  d'oraison  : 
Gratias  tibi  ago,  Domine  Jesu  Christe,  quoniam  conso- 
lata  est  me  virtus  tua;  —  Domine,  adesto  servis  tuis, 
et  ne  deseras  eos  usque  in  finem,  ut  glorificent  nomen 
luum  in  ssecula  sseculorum;  Dilectissimi  fratres,  orale 

mots:  Agapes,  Fonds  de  coupes,  Repas,  Propinare.  — "Garrucci, 
Vetri  ornati  di  figure  in  oro,  pi.  xxvi,  n.  11,  12.  —  "Ibid., 
pi.  xxvm,  n.  5.  —  VJ  Ibid.,  pi.  xxx,  n.  2.  —  ">  Ibid.,  pi.  xiv,  n.  8; 
pi.  xxx,  n.  6;  pi.  xxx,  n.  3.  Cf.  Le  Blant,  Nouveau  recueil  des 
inscr.  chrét.  de  la  Gaule,  in-4%  Paris,  1892,  p.  54.  —  S1  Buonar- 
ruoti, p.  167.  —  «  Ibid.,  p.  167.  —  S3  Le  Blant,  Nouveau  recueil, 
etc.,  p.  53.  Sur  ce  monument,  cf.  Garrucci,  Storia  dell'  arte  cris- 
tiana,  t.  vi,  p.  92,  pi.  463;  Mowat,  Exemple  de  gravure  an- 
tique sur  verre,  p.  18,  dans  la  Revue  archéol.,  nov.  1882,  etc.  — 
54  Ruinart,  Acta  martyrum  sincera,  in-4*,  Parisiis,  1689,  p.  411. 

—  "  Ibid.,  p.  413.  —  "  Ibid.,  p.  414.  —  «  Ibid.,  p.  440. 


251 


ACCLAMATIONS 


252 


Deum  et  timete  ilhtm  in  toto  corde  vestro,  qnoniam 
memor  est  timentibus  se,  antequam  exeant  de  hoc 
sxculo,    et  posleaquam   exierint    tune    occurrent    eis 

ANGELI  ET    DEDUCENT  EOS  AU   CIVITATEM  ILLIUS   SAN- 

CTAM  Jérusalem i.  Et  dans  les  actes  du  martyr  Théo- 
dote  :  Domine  Jesu  Christe,  spes  desperatorum,  da 
mihi  certaminis  cursum  perficere...  alleva  onus  eorum 
{nui  propter  te  afflxgunlur)  et  compesce  tempestatem, 
ut  requie  etprofunda  t7-anquiUilale  potianlur  omnes 


(voyez  ces  mots)  et  bien  d'autres  ""ornements  ou  des 
ustensiles,  contiennent  des  acclamations  clans  le  genre  de 
celles-ci  :  IX0YC  N[£y.a]  pour  :  Piscis,  se.  Christtts  vincit; 

ou  -fNfcxa],  Christus  vincit6;  vtvas  in  deo6;  cvm  tvis 

féliciter  7  ;  spes  in  deo  8  ;  cqcais  (salva),  ou  encore  les 
lettres  aq  qui,  elles-mêmes,  peuvent  être  considérées 
comme  une  sorte  d'acclamation.  Voir  An,  Ixerc,  Mono- 
gramme. Sur  une  lampe  placée  à  l'intérieur  d'un  loculus 


54.  —  Fond  de  coupe  à  Trêves;  le  sacrifice  d'Abraham  avec  acclamation. 
D'après  Le  Blant,  Nouv.  rec.  des  inscriptions  chrétiennes  de  la  Gaule,  in-4°,  1892,  pi.  Lin. 


qui  in  te  credunt.  Et  plus  loin  :  Domine  Jesu  Christe, 
spes  desperatorum,  exaudi  oralionem  meam...  quia 
propter  nomen  sanctum  tuum  ista  patior  2.  Textes  qu'il 
faut  rapprocher  de  ces  formules  de  la  liturgie  grecque, 
qui  s'en  est  visiblement  inspirée  :  'EWi«  tcôv  ànslma- 
l*Évu)v,  y)  porjôeia  Ttiiv  àpoôrjTiov  3,  et  peut-être  de  celles-ci 
qui  se  trouvent  dans  la  liturgie  ambrosienne  :  Infir- 
morum  propitiator,  abjectorum  prolector...  rex  totius 
crealionis,  exaudi  preces  4 . 

Les  anneaux  des  anciens  chrétiens  et  les  objets  com- 
pris sous  le  nom  d'amulettes,  les  encolpia,  les  lampes 

*  Ruinart,  p.  441.  Cette  dernière  formule  est  restée  à  peu  près 
telle  quelle  dans  la  liturgie  des  morts.  —  *  Riid.,  p.  364,  368.  — 
3  Liturgia  S.  Marci,  dans  Renaudot,  toc.  cit.,  t.  I,  p.  132.  — 
'Paléogr.  musicale,  t.  vi,  p.  248.  —  "Fabretti,  Inscript,  antiq., 
p.  29.  —  1  Un  exemple  cité  par  Ficoroni,  un  autre  par  Lupi,  un 


on  lit  :  lvce  nova  frveris  lvx  tibi  ciiristvs  adest9.  Sur 
une  aiguille  à  cheveux  de  forme  hexagonale,  de  la  collec- 
tion Greppo,  citée  par  Martigny  : 
+  ROMVLA 
VIVAS.IN.DEO 
SEMPER  io. 

Sur  un  anneau  d'or  découvert  à  Œstrich,  rive  droite 
du  Rhin  :  indtnvminea  pour  in  deinomine  ami  n  '  ■   lier. 55). 

Toute  une  nombreuse  série  d'acclamations  forme  un 
groupe  à  part,  dont  nous  parlerons  plus  au  long  au  mot 

troisième  par  Spon,  un  quatrième  par  Perret.  Cf.  Martigny,  Dict. 
des  antiq.  ehrét.,  2"  éd., au  mot  Acclamations.  — 7 Ibid.  --•  Ibid., 
aux  mots  Anneaux  et  Lampes.  —  'Bottari.Scwtture  e  pitturesa- 
gre,  Roma,  1737-1754,  t.  I,  p.  53. —  ,0  Martigny,  loc.  cit.,  p.  532.— 
"  Le  Blant   \7ouv.  rec.  des  insc.  ehrét.  de  la  Gaule,  p.  101,  n.80. 


253 


ACCLAMATIONS 


254 


AhathÈME,  et  sont  dirigées  contre  les  violateurs  de  tom- 
beaux;   on    en  a  déjà   vu  un   exemple   dans  l'inscrip- 


55.  —  Anneau  d'or  d'Œstrich. 

D'après  Le  Blant,  Nouv.  rec.  des  inscript,  chrét.  de  la  Gaule, 

pi.  ci,  n.  80. 

tion   d'Abercius;   nous    ne   citerons   qu'un  seul    autre 
exemple  : 

ADIVRO  VOS  PER  CRISTVM 

NE  MIHI  AB  ALIQVO  VIO 

LENTIAM  FIAT  ET  NE  SEPVL 

CRVM  MEVM  VIOLETVRi. 

IV.  Gestes  de  l'acclamation.  —  L'acclamation  était 
souvent  suivie  d'un  geste,  selon  la  coutume  hébraïque. 

Le  second  livre  d'Esdras  nous 
montre  les  Hébreux,  après  une 
lecture,  levant  la  main  en  criant  : 
Amen,  et  se  prosternant  pour 
adorer  Dieu  2. 

Le  geste  liturgique  fut  con- 
servé par  les  chrétiens  dans 
l'antiquité.  Le  Blant  en  donne 
plusieurs  exemples.  La  planche 
que  nous  reproduisons  ici,  d'a- 
près son  ouvrage  (lig.  56),  repré- 
sente à  gauche  d'un  sarcophage 
de  marbre  grossier  une  femme 
levant  la  main  en  signe  d'accla- 
mation'.Peut-être,  selon  le  senti- 
mentde  l'auteur, s'agit-il  ici  d'une 
imagede  l'Eglise  triomphante  ac- 
cueillant le  défunt,  comme  le  dit 
une  épitaphe  d'Afrique  :  QVAM 
TE  LETUM.  EXCIPET  MATER 
ECCLESIA  DE  OC  MVNDO 
REVERTENTEM  *. 

Au  centre  du  même  sarco- 
phage est  le  buste  du  mort  dans 
un  cadre  arrondi. 

L'autre  exemple  est  tiré  d'un 
sarcophage  trouvé  aux  Mouley- 
rès.  (lig.  57).  Au  milieu  une 
orante;  aux  extrémités  deux 
personnages  tournés  vers  elle  et 
qui,  d'après  leur  attitude,  pa- 
raissent représenter  des  saints 
accueillant  dans  le  paradis  l'àme 

de  la  personne  défunte,  avec  le  geste  de  l'acclamation  5. 

On  peut  en  rapprocher  des  expressions  comme  celle-ci 

sur  une  épitaphe  chrétienne  de  Vienne  : 

QVEWI  NEMVS  AELYSIVM...  CONCLAMAT  OMNE 
ou  celle-ci  : 

TE  SVSCIPIAN  OMNIVM  ISPIRITA  SANCTORVM  <\ 
Voir  Gestes  liturgiques. 

V.  Acclamations  liturgiques.  —  Ce  terme  en  liturgie 
n'est  pas  encore  classique.  Nous  l'employons  parce  qu'il 


*  De  Rossi,  Inscriptiones  christiance  urbis  Romoe,  1. 1,  p.  331, 
n.  752.  —  «IIEsd.,  vin,  1.  Cf.  III  Esd.,  ix,  39.  —  3  Étude  sur  les 
sarcophages  chrétiens  antiques  de  la  ville  d'Arles,  Paris,  1878, 
voyez  notamment  p.  6  et  27.  —  *De  Rossi,  De  christ,  titul.  Car- 


56.  —  Femme  faisant  le 
geste  d'acclamation  sur 
un  sarcophage.  D'après 
Le  Blant,  Études  sur 
les  sarcophages  chrét. 
antiq.  d'Arles,  pi.  xvi. 


est  d'un  usage  commode  et  peut  servir  à  caractériser 
tout  un  ensemble  de  formules  liturgiques,  qui  ne  sont  ni 
des  antiennes,  ni  des  répons,  ni  des  oraisons,  ni  des  exor- 
cismes,  et  qui  dans  leur  brièveté  expriment  un  souhait 
ou  une  affirmation  de  la  foi,  une  invocation  ou  une  sup- 
plication et  sont  employées  dans  le  service  divin.  Elles 
se  rapprochent  de  ce  que  nous  appellerions  aujourd'hui 
des  oraisons  jaculatoires.  Ce  sont  du  reste  de  vraies  ac- 
clamations, dont  quelques-unes  ne  se  distinguent  pas, 
au  moins  par  la  forme,  de  celles  qui  sont  gravées  sur  les 
tombeaux  et  que  nous  avons  données  dans  la  classe  pré- 
cédente. Nous  avons  vu  aussi  que  quelques-unes  des  ac- 
clamations qui  saluaient  les  empereurs  et  les  rois  ou  les 
évêques  ont  pris  un  caractère  liturgique  en  entrant  dans 
les  offices  de  l'Eglise. 

Plusieurs  de  ces  invocations  avaient  cours  déjà  chez 
les  Juifs  et  se  retrouvent  dans  l'Ancien  Testament;  les 
chrétiens  ne  craignirent  pas  de  les  conserver;  quelques- 
unes  devinrent  môme  très  populaires  et  prirent  place 
dans  la  liturgie,  qui  nous  les  a  transmises.  Comme  la 
plupart  remontent  incontestablement  aux  trois  premiers 
siècles,  leur  présence  dans  les  documents  liturgiques  est 
souvent  significative  et  peut  permettre,  dans  certains  cas, 
de  fixer  une  date,  au  moins  approximative.  Ce  qui  est 
encore  incontestable,  c'est  que  leur  existence  dans  les 
liturgies  de  tous  les  pays  chrétiens,  sans  exception,  est 
un  argument  sérieux  en  faveur  de  l'unité  liturgique  pri- 
mitive, argument  dont  on  n'a  pas  encore  tiré  grand  parti. 
Dans  tous  les  cas,  on  peut  être  sûr,  en  les  réunissant,  que 
l'on  tient  en  mains  les  fragments  les  plus  antiques  de 
la  liturgie  des  premiers  siècles7. 

Quelques-unes  de  ces  acclamations  méritent  d'être 
traitées  à  part  sous  chacun  de  ces  mots  :  Alléluia, 
\men,  Deo  gratias,  Dominus  vobiscum,  Doxologie,  In 
pace,  Kyrie  eleison,  Pax  vobis,  Trisagion. 

La  question  des  acclamations  e"n  liturgie  a  encore  été 
peu  étudiée.  Nous  la  croyons  très  importante.  On  com- 
prendra parces  nombreux  renvois  qu'il  faut  l'examiner  en 
détail  pour  fixer,  autant  que  possible,  les  formules  ca- 
ractéristiques de  chaque  liturgie  et  retrouver  leur 
origine.  Nous  ne  traitons  ici  que  la  question  d'ensemble. 

Certaines  antiennes  sont  de  vraies  acclamations  et  en 
lont  l'office.  Composées  d'une  interjection  empruntée  à 
un  psaume,  elles  étaient  répétées  de  temps  en  temps 
par  le  chœur  pendant  que  les  chantres  récitaient  et 
chantaient  les  versets  de  ce  psaume.  L'Alleluia,  qui,  lui- 
même,  est  le  titre  de  plusieurs  psaumes,  sert  fort  sou- 
vent d'antienne.  Les  antiennes  de  la  psalmodie  romaine 
hebdomadaire,  qui,  elle  aussi,  est  fort  antique,  peuvent 
se  rapporter  à  la  même  classe,  par  exemple  :  Dominus, 
defensor  vitœ  mese,Ps.  xxvi  et  xxvn;  Adorate Dominum , 
Ps.  xxix  ;  Magnus  Dominus,  Ps.  xlvii;  Domine  Deus 
in  adjutorium  meum  inlende,  Ps.  lxix;  Clamor  meus, 
ad  te  veniat,  Deus,  Ps.  Ci  et  Cil. 

Il  faut  dire  la  même  chose  des  versets  employés  sou- 
vent dans  la  psalmodie  avec  leurs  répons,  comme  des 
acclamations  :  jL  Domine,  exaudi  orationem  meam. 
r).  Et  clamor  meus  ad  te  veniat,  Ps.  ci  et  en;  f.  Cor 
mundum  créa  in  me,  Deus.  r).  Et  spiritum  rectum 
innova  in  viscerïbus  meis,  Ps.  L;  j/.  Eripe  me,  Domine, 
ab  homine  malo.  R|.  A  viro  iniquo  eripe  me.  Ace  stade 
si  antique  de  la  liturgie  (et  sans  vouloir  encore  trancher 
la  question  d'origine),  acclamations,  antiennes  et  versets 
semblent  se  conlondre  et  ne  faire  qu'un  même  emploi. 
Voir  Versets. 

L'acclamation  ou  invocation  entre  encore  en  composi- 
tion dans  une  autre  lorme  de  la  prière  liturgique,  la 
litanie,  et  dans  la  lecture  des  noms  ou  des  diptyques  à 


thag.,  p.  40;  Le  Blant,  loc.  cit.,  p.  28,  pi.  XVI.  —  5Le  Blant,  loc. 
cit.,  p.  37,  pi.  xn,  lîg.  4.  —  "Le  Blant,  Inscriptions  chrétiennes 
de  ta  Gaule,  p.  87,  et  Sarcophages  d'Arles,  p.  58.  —  7  Ci.  dom. 
F.  Cunfol,  Le  livre  de  la  prière  antique,  1900,  p.  60  sq. 


2ÔÔ 


ACCLAMATIONS 


2C6 


l'office,  toutes  prières  liturgiques  très  antiques  et  qui 
sont  étroitement  apparentées  entre  elles.  Voir  Diptyques 
et  Litanies.  Nous  ne  citerons  que  les  lormules  suivantes 
ou  les  acclamations  sont  réunies  aux  litanies  et  aux 
versets.  Ces  capitules  étaient  .dits  à  toutes  les  heures,  dans 
un  très  ancien  bréviaire  du  Mont-Cassin  en  lettres  lom- 
bardes de  l'époque  de  l'abbé  Oderisio,  conservé  au  temps 
de  dom  Martène  dans  la  bibliothèque  de  l'Oratoire  à 
Paris  : 

Ego  dixi  Domine  miserere  mei. 

Sana  animant  •meam. 

Convertere  Domine  aliqumitulum. 

Et  deprecare. 

Fiat  Domine  misericordia  tua  super  nos. 

Sicut  speravim  tis. 

Sacerdotes  tui  induant  justifiant 

Et  sancti  tui  exultent. 

Domine  salvos  fac  reges. 

Eœaudi  nos. 

Salvum  fac  populum  tuum  Domine  et 

Benedic  heereditati  tuie. 

Reges  eos  et 


Eripe  me  de  operantibus  iniquitatem 

Et  de  viris. 

Sic  psallam  nomini  tuo  Deus  in  ssec.  ssec. 

Ut  reddam. 

Exaudi  nos  Deus  salutaris  noster. 

Spes  omnium. 

Domine  Deus  in  adjutorium  meum  intende. 

Domine  ad  adjuvandum. 

Sanctus  Deus,  sanctus  fortis,  sanctus  et  immortalis. 

Agnus  Dei  qui. 

Benedic  anima  rnea  Dominum 

Et  omnia. 

Benedic  anima  mea  Dominum 

Et  noli  oblivisci. 

Qui  propitius  sit  omnibus. 

Qui  sanat. 

Qui  redimet  de  interitu  vitam  tuam. 

Qui  satiat. 

Qui  coronat  te  in  miserations  et  misericordia. 

Renovabitur. 

Et  ailleurs  : 

Oremus  pro  fidelibus  defunctis. 
Pro  /'ratribus  nostris  absentibus. 


-^.Mf-  G-*TT7tA** 


57.  —  Gestes  d'acclamation  sur  le  sarcophage  des  Mouleyrès.  D'après  une  photographie. 


Oremus  pro  fidelibus  defunctis. 

Requiem  œternam. 

Requiescant  in  pace. 

Amen. 

Pro  fratribus  nostris  absentibus. 

Salvos  fac  servos. 

Pro  afflictis  et  captivis. 

Libéra  eos  Deus  Israël. 

Mitte  eis  Domine  auxilium  de  sancto 

et  de  Sion  *. 

En  voici  une  autre  forme  aussi  antique  : 

Et  ego  ad  te  Domine  clamavi. 

Et  mane. 

Repleatur  os  meum  laude  tua. 

Ut  possim. 

Averte  Domine  faciem  tuam  a  peccatis  meis 

Et  omnes  iniquitates. 

Cor  mundum  créa  in  me  Deus 

Et  spiritum  rectum. 

Ne  projicias  me  a  fade  tua 

Et  spiritum  sanction. 

Redde  mihi  Iwlitiam  salutaris  ru» 

Et  spi>'itu  principali. 

Eripe  me  Domine  ab  homine  malo, 

A  viro  iniquo. 

Eripe  me  de  inimicis  meis  Deus  meus 

Et  ab  insurgentibus. 

1  Martène,  De  antiquis  monachorum  rilibus,  1.  I,  c.  m,  éd. 
Bassani,  t.  iv,  p.  14.  Ces  capitules  se  retrouvent  dans  plusieurs 
autres  manuscrits  très  anciens  à  peu  près  sous  la  même  forme, 


Pro  afflictis  et  captivis. 

Mitte  ci  Domine  auxilium  de  sancto. 

Domine  exaudi  orationem  meam1. 

La  suivante  est  tirée  du  fameux  pontifical  d'Egbert 
d'York  pour  la  dédicace  : 

Kyrie  eleison. 

Chrisle  eleison. 

Domine  miserere. 

Christe  miserere. 

Miserere  nobis,  pie  rex,  Domine  Jesu  Christs. 

Christe  audi  nos  (3  fois). 

S.  Maria,  ora. 

S.  Petre,  etc. 

Domine  miserere. 

Christe  audi  nos  (3  fois). 

Ab  inimicis  nostris  défende  nos  Christe. 

Orationes  nostras  exaudi  Christe. 

Hic  et  perpetuum  nos  custodire  digneris  Christe,  etc.*. 

Les  rites  de  la  pénitence  admettaient  aussi  des  accla- 
mations. Verecundus,  témoin  de  la  liturgie  d'Afrique  au 
VIe  siècle,  nous  représente  le  pénitent  criant  quelques 
sentences  comme  celles-ci  :  Peccavi,  peccavi,  et  iniqui- 
tates mens  agnosco.  Pcto  rogans  reniitte  mihi,  remitte 
mihi*\  Dans  une  autre  réunion  (sermon  faussement 
attribué  à  saint  Augustin,  en  réalité  de  Fauste  de  Riez), 
ce  sont  les  fidèles  eux-mêmes  qui  interviennent  auprès 

Id.,  ibid.,  et  se  sont  conservés  sans  grande  altération  dans  la  li- 
turgie romaine.  —  'Martène,  loc.  cit.,  p.  17.  —  3 Martène.  loc.  cit., 
t.  il,  p.  247.  —  *  Pitra,  Spicilegium  solesmense,  t  iv,  99. 


257 


ACCLAMATIONS 


258 


du  pontife  pour  obtenir  le  pardon  du  pécheur,  en  criant, 
sur  une  mélopée  gémissante,  les  paroles  du  bon  larron  : 
Mémento  niei  dum  veneris  in  regnum  tuum...;  ou 
encore  par  celles-ci  :  Solvite  illum,  solvite  illum.  Et 
l'évêque  leur  répond  :  Atque  utinam  clamarelis  ad 
Christian  :  «  Domine,  suscita  illum,  »  et  sic  sacerdo- 
tibus  dicerelis  :  «  Solvite  illum  '.  » 

La  réconciliation  des  pénitents  qui  se  faisait  le  ven- 
dredi saint  dans  l'Église  wisigothique  d'Espagne  nous 
offre  un  autre  intéressant  exemple  des  acclamations 
liturgiques.  A  trois  reprises  dillérentes  les  prières  de 
l'évêque  étaient  interrompues  par  la  voix  des  pénitents 
qui  criaient  :  Indulgentiam,  indulgentiam!  Ce  cri  était 
d'abord  répété  trois  cents  fois,  puis  deux  cents,  enfin 
cent  fois  seulement  2.  D  après  un  manuscrit  de  la  même 
liturgie,  encore  inédit,  du  XIe  siècle,  il  est  interdit  au 
peuple  de  dépasser  le  nombre  de  soixante-douze  accla- 
mations3. Le  rituel  mozarabe  signale  sous  le  titre  de 
clamor  un  rite  analogue  pour  les  funérailles.  Durant  le 
trajet  de  la  maison  mortuaire  à  l'église,  le  peuple  alter- 
nait l'acclamation  du  Kgrie  eleison,  avec  celle  de  Vln- 
dulgentiam  *. 

On  a  pu  voir  au  mot  Abecedafua,  coi.  59,  un  autre 
exemple  d'acclamation  dans  la  liturgie  mozarabe.  N'ou- 
blions pas  de  citer  dans  la  liturgie  romaine  des  morts 
maintenant  encore  en  usage  dans  toute  l'Eglise  catho- 
lique et  qui  conserve  tant  de  traits  antiques,  ces  an- 
tiennes et  ces  répons  qui,  selon  nous.,  sont  de  vraies 
acclamations  :  Subvenite,  sanoti  Dei,  oecurrite  angeli 
Domini,  suscipientes  animam  ejus...  Suscipiat  te 
Christus  qui  vocavit  te,  et  in  sinum  Abrahse  angeli 
deducant  te...  In  paradisum  deducant  te  angeli;  in 
tuo  adventu  suscipiant  te  martyres  et  deducant  te  in 
civitatem  sanctam  Jérusalem.  Chorus  angelorum  te 
suscipiat,  et  cum  Lazaro  quondam  paupière  œternam 
habeas  requiem'6.  Lux  perpétua  luceat  eis,  Domine, 
cum  sanctis  tuis  in  selernum,  quia  pius  es.  Requiem 
seternam  dona  eis,  Domine,  et  lux  perpétua  luceat 
eis,  cum  sanctis  tuis  in  seternum  quia  pius  es.  Ces 
souhaits  et  saluts  adressés  aux  morts  indiquent,  d'après 
Le  Blant,  un  âge  reculé  et  purlois  antérieur  à  la  paix  de 
l'Église  6. 

Le  chant  du  Popule  meus  (impropères)  au  vendredi 
saint,  d'une  haute  antiquité  aussi,  puisqu'il  est  inspiré 
du  IVe  livre  d'Esdras,  est  coupé  de  véritables  accla- 
mations :  Sanctus  Deus,  Agios  ischyros,  fortis  Deus, 
etc.  '. 

Il  est  à  propos  de  donner  ici  quelques  autres  accla- 
mations liturgiques  dont  la  plupart  remontent  à  l'épo- 
que la  plus  antique  et  font  allusion  à  d'anciens  usages 
liturgiques  : 

MARANATBA  (uapâv  à8â,  ou  mieux  à8â  selon  Tischen- 
dorf),  qui  signifie,  d'après  quelques-uns.  Domine  noster 
veni,  mais  plus  probablement  Noster  Dominus  venit.  En 
araméen,  nns  na  8  est  employé  par  saint  Paul  dans  ce 

passage  bien  connu  :  Si  quis  non  amat  Dominum  no- 
strum  Jesum  Chrislum  sit  anathema  maranatha  9.  Ce 
cri  se  retrouve  dans  la  Aiôot^  1U'  nous  a  conservé  tant 
de  formes  liturgiques  primitives,  l'oraison,  l'action  de 
grâce,  la  doxologie,  le  nolite  dare  sanctum  canibus  que 
nous  aurons  l'occasion  de  citer  bientôt,  etc.  Le  mara- 

*  Dom  G.  Morin,  Liber  comicus,  Maredsol.,  1893,  p.  121,  412, 
417,  423,  424,  428;  Duchesne,  Origine?  du  culte  chrétien,  2'  éd., 
p.  428.  —  s  Breviarium  gothicum,  P.  L.,  t.  lxxxvi,  col.  612- 
613.  —  3  Liber  ordinum,  fol.  151.  —  *  Ibid.,  fol.  86-87.  Ce  rensei- 
gnement et  les  précédents  nous  sont  fournis  par  dom  M.  Férotin 
dont  l'édition  du  Liber  ordinum  mozarabe  est  actuellement  sous 
presse.  Cf.  Martène,  De  antiquis  Eccl.  rit.,  t.  III,  p.  141,  142.  — 
8  Cf.  col.  253,  Gestes  d'acclamation  et  col.  250,  Acclamations  des  mar- 
tyrs. —  8Le  Blant,  Manuel  d'épigraphie  chrétienne,  in-12,  1869, 
Paris,  p.  45,  et  Inscriptions  chrétiennes  de  la  Gaule,  n.  548*.  — 
'Cf.  Le  Livre  de  la  prière  antique,  p.  397;  cf.  aussi  Trisagion. 
—  *  E.  Kautzsch,  Grammatik  des  blblisch-aramàischen,  in-8\ 

DICT.   D'ARCH.   CHRÉT. 


natiia  est  accompagné  dans  ce  document  d'autres  for- 
mules acclamatoires  du  genre  apocalyptique  : 

'EX6eTu>  x<xp'?  **''  tapeXBétu  ô  xd<rp.os  oûto;. 

'Qdiwa  tû  ûcoi  AaêtS. 

Eï  tiç  ayioç  E<TTtv,  zç/y^iaQui' 

Eï  tiç   oùx   k'<TTC,  |J.eTaV0£!T(O* 

jxapàv  à8â-  a^v  10. 

Ce  passage  rappelle  la  finale  de  l'Apocalypse  :  Naî 
ëpj(0(xaiTXxti. 'À[XY]v,  2pyou  xûpis'IyjCTO'j  ll,  et  cet  autre 
de  saint  Paul  :  ô  xtipioç  èYyùç,  Dominus  prope  est  '-. 
Dans  la  AiSor/'/)  et  dans  l'Apocalypse  l'acclamation  est 
tout  à  fait  remarquable.  Elle  révèle  une  prière  de* la' 
plus  antique  origine  et  qui  assez  naturellement  devait 
tomber  bientôt  en  désuétude,  la  prière  pour  que  la  fin 
du  monde  arrivât  bientôt.  Funck  a  rapproché  avec  saga- 
cité de  ce  texte  celui  de  Tertullien  :  Oramus  pro  mort 
finis  u,  et  son  commentaire  sur  ces  mots  de  l'oraison 
dominicale  :  Adveniat  regnum  tuum.  :  Itaque  si  ad 
Dei  voluntatem  et  ad  nostram  suspensionem  perline' 
regni  dominici  reprœsentatio,  quomodo  quidem  prr 
traclum  quemdam  sseculo  postulant,  cum  regnum  Dei, 
quod  ut  adveniat  oramus,  ad  consummationem  sseculi 
tendat?  Optamus  maturius  regnare,  et  non  diutiut 
servire...  Votum  christ ianorum,  confusio  nalionum, 
exsultatio  angelorum,  propter  quod  conflictamur ,  imo 
pouus  propter  quod  oramus  li. 

On  a  vu  plus  haut  dans  une  inscription  Vin  nomine 
domini15.  Il  est  aussi  d'origine  apostolique  et  a  gardé 
dans  la  liturgie  toute  son  importance.  Les  disciples  et 
les  Apôtres  appellent  déjà  Jésus,  le  Seigneur,  le  Maître, 
Dominus,  et  durant  sa  vie  mortelle  se  servent  de  son 
nom  comme  d'une  sorte  de  sacrement,  et  il  semble  que 
Jésus-Christ  lui-même  le  leur  ait  enseigné  :  Nonne  in 
nomine  tuo  prophetavimus,  et  in  nomine  tuo  dsemonux 
ejecimus,  et  in  nomine  tuo  virtutes  multas  feoimus  16; 
eritîs  odio  omnibus  propter  nomen  meitm  17;  ub 
fiint  duo  vel  très  congregati  in  nomine  meo  *•;  bap 
tizate  eos  in  nomine  Patris  et  Filii  et  Spiritus  san- 
clii9,  etc.  Après  sa  résurrection  les  Apôtres  se  servent 
fréquemment  de  ces  mots  sous  ces  différentes  formes  : 
In  nomine  Jesu  Christi  20;  in  nomine  Jesu  Christi 
Nazareni21  ;  in  nomine  Domini  nostriJesu  Christi  -2; 
pro  nomine  Jesu  ou  in  nomine  Jesu23;  in  nomine 
Domini  Jesu2i  ;  innomine  Christi'2'6  ;  innomine  Filii26 
ou  même  absolument  in  nomine  Domini 27,  si  l'on 
admet  ici  qu'il  s'agit  du  Christ,  quoique,  en  général,  in 
nomine  Domini  signifie  à  cette  époque  Dieu  le  Père  ; 
Benedictus  qui  venit  in  nomine  domini2*. 

Dans  la  liturgie,  cette  acclamation  devint,  sans  contre- 
dit, la  formule  la  plus  importante.  Elle  fut  employée, 
sous  l'une  ou  l'autre  de  ses  variantes,  dans  la  plupart  des 
prières,  dans  les  exorcismes,  dans  l'administration  des 
sacrements,  dans  les  bénédictions  et  dans  beaucoup  de 
rites.  Voir  Doxologie  (Croix,  signe  de  la),  Exorcisme  et 
Sacrements.  Il  faut  s'en  tenir  à  deux  ou  trois  exemples 
choisis  entre  mille,  parmi  les  plus  anciens  documents  : 
Omnis  qui  venit  IN  NOMINE  domini,  suscipiatur,  dit 
la  Aioay-r,  29,  et  plus  loin  :  qui  baptizati  sunt  in  nomine 
jesu.  Et  la  fameuse  feuille  d'or  de  Beyrouth  (fig.  58) 
roulée  dans  un  étui  d'or,  qui  remonte  à  une  haute  anti- 
Leipzig, 1884,  p.  12.  —  »I  Cor.,  xvi,  22.  —  10  AiSa/V,  tJv  'Xt.o<t-.o- 
Xmï,  c.  x,  dans  Funck,  Opéra  Patrum  apostolicorum,  1887,  t.  i, 
p.  clxii.  —  "  Apocal.,  xxn,  20.  —  '•Philipp.,  IV,  5.  —  <3Apolog., 
c.  xxxix,  P.  L.,  t.  i,  col.  532.  —  ,l Liber  de  crat-.  c.  v,  P.  L., 
t.  i,  col.  1262.  —  "Voir  aussi  sur  ces  mots  Binghar.i,  The  anti- 
quitiesof  the  Christian  Church,  1855,  t.  vi,p.  115-118.  — '"Matth., 
vu,  22.  —  "Matth.,  x,  22.  —  «•  Matth.,  xvm,  20.  —  "Matth., 
xxviii,  19.  —  «  Act.,  u,  38.  —  "  Act.,  m,  6.  —  «  Act.,  IV,  10. 
—  «Act.,  v,  44;  Philip.,  u,  10.  —  "Act.,  toi,  16;  xix,  5.  — 
"I  Petr.,  iv,  14.  —  28I  Joa.,  m,  23;  v,  13.  —  "  Jac,  v,  14.  — 
,8  Matth.,  xxi,  9.  — l9  AiSayn  tiv  'AitoiruoW/,  c.  XII,  dans  Funck,  U*. 
cit.,  p.  clxix;  c.  rx,  p.  clxi. 

I.  -9 


259 


ACCLAMATIONS 


2G0 


quité  porte  cette  formule  qu'il  faut  lire  ainsi  :  'EEopy'^ 
et,  u>  Sar»vva;  (xai  Sxa'jpÉ  \i.t  vî<]/ov)  i'va  (jl/iTiots  xocra- 
Xe:'tcï)c  tÔv  T07rôv  crou,  eut  tù  o  v  6  p.  a  x  i  toû  xupiou 
©soû  îûvtoç,  etc. '. 

Saint  Justin  au  ne  siècle  nous  indique  clairement 
aussi  que  les  exorcismes  se  font  «  au  nom  de  Noire- 
Seigneur  Jésus-Christ,  crucilié  sous  Ponce  Pilate2  ». 

Nous  passerons  plus  rapidement  sur  les  autres  qui 
n'ont  pas  la  même  importance  liturgique. 

ORA  pro  NOBis  est  beaucoup  moins  fréquent  dans  les 
inscriptions  anciennes  que  les  équivalents  pete  ou  roga 
pro  lali  ou  pro  nobis.  Ora  pro  nobis  dans  la  langue 
liturgique  et  épigraphique  semble  d'introduction  un  peu 
postérieure,  mais  bientôt  il  remplaça  presque  cornplète- 
Uient  les  deux  autres  formules  ;  on  le  trouve  souvent 


ToTTL-'Ir-^C' 


IftVNtCiyEMZOO 
A\0  lOVGtOVZCJtJ 


=.%J!''«IH|«Mlll!!E 


68.  —  Feuille  d'or  de  Beyrouth  portant  acclamation,  avec  son  étui. 

D'après  Cahier  et  Martin,  Mélanges  d'archéologie, 

Paris,  1853,  t.  m,  p.  152. 

employé  par  saint  Cyprien.  Il  fut  surtout  usité  dans  la 
litanie  comme  réponse  à  l'invocation  des  saints  3. 

requiescant  IN  FACE,  que  l'on  a  rencontré  plusieurs 
fois  déjà  dans  nos  inscriptions,  est  caractéristique  dans 
les  liturgies  funéraires  et  nous  en  reparlerons  à  ce 
sujet.    . 

GLORIA   T1BI  DOMINE;  LAUS   TIBI   DOMINE,    REX    MTER- 

NjE  GLORI.e  qui  sont  encore  usitées  dans  la  liturgie 
romaine,  sont  employées  en  Espagne  au  vne  et  au 
vme  siècle  *.  Au  Veconcile  œcuménique,  les  fidèles  saluent 
les  noms  de  Macédonius,  de  Léon  et  d'Euphémius  de 
l'acclamation  :  Gloria  libi,  Domine.  Et  avant  cette 
époque  nous  retrouvons  ces  paroles  dans  une  homélie 
ancienne  qui  est  parmi  celles  de  saint  Jean  Chrysos- 
tome5. 

AUDI  NOS  DOMINE;  JUYA  NOS  DOMINE;  MISERERE  NOBIS 

domine,  se  rencontrent  plusieurs  fois  dans  saint  Au- 
gustin. 

PAX  OMNIBUS;  PAX  TECUM ;  PAX  VOBISCUM ;  PAX  ETIAM 

SPIRITU  TDO  et  plusieurs  autres  de  même  genre  que  l'on 

'  F.  Lenormant,  Note  sur  une  amulette  chrétienne,  dans  les 
Mélanges  d'archéologie  des  PP.  Cahier  et  Martin,  in-4\  Paris, 
1853,  t.  m,  p.  152.  —  !  S.  Justin,  Apol.,  II,  6,  8,  P.  G.,  t.  vi,  col. 
453,  457.  —  3Sur  l'emploi  de  ces  tormules,  voir  plus  haut  col.  245, 
et  nos  Monumenta  Ecclesix  liturgica,  t.  i,  partie  épigraphique. 
—  *  Etlierius  et  beatus  in  epist.  ad  Elipandum,  c.  LXVI,  P.  L., 
t.  xevi,  col.  935;  dom  G.  Mutin,  Liber  comicus,  p.  2.  —  5Con- 
cil.  v,  dans  Mansi,  t.  IX,  p.  163  sq.  ;  homil.  LU,  Contra  eos  qui 
Pascha  jejunant,  P.  G.,  t.  XLvm,  col.  861.  —  «Voyez  Martigny, 
Dictionnaire  des  antiquités  chrét.,  au  mot  Prières,  2"  éd., 
V.  1/74  sq.  —  '  Hyvernat,  Les  actes  des  martyrs  de  l'Eglise,  in-4", 


voit  souvent  dans  l'épigrapbie  primitive,  sont  em- 
ployées par  saint  Jean  Chrysostome 6.  Dans  le  titre 
d'Actes  des  martyrs  lus  sans  doute  à  l'église,  nous  trou- 
vons :  Martyre  que  les  victorieux  témoins  du  Christ, 
saint  Pirôou  et  saint  Athom  son  frère,  de  Tasempoti 
dans  le  nome  de  Bousiris,  ont  noblement  consommé  le 
8e  jour  du  mois  d'Epin.  Dans  la  paix  de  Dieu,  99  fois  '. 
LAUS  DEO:  DEO  LAUDES  s'emploient  concurremmen 
avec  le  Deo  grattas  et  l'Amen  dans  les  lectures  6. 

IN  NOMINE  JESU  CHRISTI  LUMEN  CUM  PACE ;  DEO  GRA- 

tias;  dominus  six  semper  vobiscum  sont  employées 
dans  la  liturgie  mozarabe9. 

ORA   PRO  ME,    PATER;  JUBE  DOMNE    BENEDICERE   Sont 

la  demande  de  bénédiction  10,  généralement  au  commen- 
cement des  lectures;  à  la  fin  le  président  dit  parfois  : 
fac  finem  ". 

Les  sermons  commençaient  souvent  aussi  par  une  in- 
vocation et  se  terminaient  par  une  acclamation  qui  res- 
semblait à  une  doxologie.  Voir  Prédication. 

L'acclamation  dans  la  liturgie  grecque  est  toujours  en 
usage,  et  elle  est  très  fréquemment  employée,  souvint 
sous  forme  litanique  et  avec  le  Kyrie  eleison,  ou  sous  la 
forme  doxologique  ;  elle  sera  donc  étudiée  s«ius  ces  mots  : 
Kyrie  eleison,  Doxologie,  Litanie,  Trisagion.  L'atrrç<riç, 
l'èx.Tevr\z  et  la  o-uva-ni-Ti  sont  des  séries  d  invocations  ou 
de  supplications,  auxquelles  le  peuple  répond  par  des 
acclamations  :  ïlapieyou  K-jpiE  ou  d  autres  ;  elles  rentrent 
aussi  dans  le  genre  des  litanies  et  seront  étudiées  spé- 
cialement avec  la  liturgie  grecque  12.  Donnons  seulement 
ici  un  exemple  :  '  Axtitte  cp-Jcn;,  t\  twv  6/cov  or^io-jovo:, 
Ta  X"")  W^v  avoitov,  Ô7tii>ç  àvaYYS^'''>|iSv  tyjv  aVvetriv  <rou 
pocôvreç  :  "A-y.oç,  "Ayio;,  "Ayto;  ei  ô  Oeoç  ,3. 

Cantiones.  —  Enfin  il  faut  signaler  encore  les  accla- 
mations ou  cantiones  qui  étaient  usitées  en  certain> 
lieux  au  moment  de  l'élévation  à  la  messe.  Mais  c'est 
une  pratique  liturgique  beaucoup  moins  ancienne,  en 
core  que  l'on  puisse  peut-être  en  rapporter  l'origine  à 
quelque  rite  ancien  u. 

VI.  Avertissement  du  diacre  et  des  ministres.  —  Il 
ne  faut  pas  confondre  en  liturgie,  avec  les  acclamations, 
les  ordres  ou  avertissements  donnés  par  le  diacre  ou  les 
autres  ministres,  et  qui  ont,  en  général,  un  caractère 
différent.  Cependant  ces  injonctions  deviennent  parfois 
de  vraies  acclamations,  et  c'est  pourquoi  nous  devons 
leur  consacrer  un  paragraphe. 

On  rencontre  fréquemment  en  liturgie  des  formule-» 
comme  les  suivantes  :  slale  cum  silentio;  audientes, 
intente  (les  écoutants  étaient  une  classe  de  catéchu- 
mènes) ;  flectamus  genua,  leva  te  ;  humiliate  capUave- 
stra  Deo;  Dominumprecemur  15  ;  clamemus  et  dicamus 
tribus  vicibus  kyrie  eleison16;  ter  ideo  clamemus  kyrie 
eleison  n;  in  pace  domino  supplicemus  ;  stemus  in  ora- 
tione  ,8;  in  nomine  domini  Jesu  Chris ti  eamus  cum 
pace  '•;  très  laudis  voces  offeramus  Trinitali,  et  l'on  crie 
ces  laudes  20.  Diaconus  clamât  hoc,  Ephremiticum  :  Ste- 
mus omnes  ".  Siméon  de  Thessalonique,  à  une  époque 
bien  postérieure,  donne  la  signification  de  cette  acclama- 
tion :  sapientia,  attendamus.  sa  peut  in  erecli  2!. 

Dans  ces  derniers  exemples,  on  le  voit,  le  commande- 
ment du  diacre  devient  une  véritable  acclamation. 

Bunsen,  dont  les  conclusions  sont  parfois  assez  arbi- 
traires, donne  avec  raison  ici,  comme  appartenant  &  la 

Paris,  1886,  p.  135.  —  "G.  Morin,  Liber  continus,  p.  27.  — 
'  Breviarium  gothicum,  P.  L.,  t.  lxxxvi,  col.  258.  ■  «Te  Vert, 
Explication  des  cérémonies  de  l'Église,  Paris,  1713  t.  îv,  p.  103, 
106  sq.  —  "  Martène.  De  antiq.  Ecclesix  ritibus,  t.  nt,  p.  14.  — 
,!L.  Clugnet,  Dicf.  des  noms  liturg.  en  usage  dans  l'Église  grec- 
que, Paris,  1895,  à  ces  dilTérents  mots.  —  "  'Q?o).<>";'ov  ni-v-a,  in-8*. 
Venise,  1820,  p.  68  ('AnXoutta  toî  o"f8Poj).  —  «*  Zaccaria,  Onoma- 
sticon,  au  mot  Cantiones,  p.  63.  —  "Dom  Martèr.?.  De  ont.  Eccl. 
ritibus.  Bassani,  1788, 1. 1,  p.  83.  —  '•  Ibid.,  t.  H,  p.  102.  —  "  llnd., 
p.  114, 115,  etc.  —  "  Ibid. , p.  iOl.—  "Ibid.,  t.  III,  p.  21.  —  «" Ibid., 
t.  u,  p.  105.  —  «'  Ibid.,  p.  106.  —  w  P.  G.,  t.  a.v.  col.  586.  690 


2G1 


ACCLAMATIONS 


'2G2 


liturgie  du  m*  siècle,  ces  avertissements  qui  tiennent 
parfois,  comme  les  précédentes  formules,  de  l'acclama- 
tion ou  de  l'invocation  liturgique  : 

Diaconus  :  'A'nrà'raffâe  aXX^Xouç. 
Sacerclos  :  ripoa-ïpÊiv  y.xzx  Tpârcov;  <jtoiGï)ts. 
Diaconus  :  'Eîrl  r.poai\>x^Y'  crrâO/jTe. 
Sacerclos:  Etpr|V7|  nza-cv. 

Diaconus  :  ÏIpoo-sû?a<i6s  ûnèp  tôv  TtpoTçspôvxuv. 
Ta;  y.eçaXà;  ûu.iùv  xXcvixtê  '. 

Et  encore  celles-ci  : 

Diaconus  :  Respiciamus  ad  orientera. 

Epizcopus  :  Sancta  sanctis. 

Populus  :  Unus  Pater  sanctus,  unus  Filius  sanctus, 
unus  est  Spiritus  sanctus. 

Cette  profession  de  foi  au  moment  de  la  communion, 
pour  le  dire  en  passant,  est  fort  importante,  comme 
caractéristique  des  liturgies,  et  se  retrouve  dans  les  plus 
anciennes  2. 

Nous  aurons,  à  propos  des  liturgies  particulières,  à 
nous  occuper  d'un  certain  nombre  de  ces  admonitions. 
Il  faut  cependant  citer  ici  celles  qui  ont  un  rapport  plus 
direct  avec  les  acclamations.  C'était  au  diacre  à  congé- 
dier, à  la  fin  de  la  première  partie  de  la  messe,  les  ca- 
téchumènes, les  païens  qui  auraient  assisté  à  cette  réu- 
nion, les  énergumènes,  les  pénitents,  par  une  formule 
qui  variait  selon  les  liturgies.  Naturellement  ces  for- 
mules ont  disparu  depuis  que  les  modifications  de  la 
discipline  ont  rendu  ce  rite  inutile.  Cependant  on  le 
trouve  conservé  encore  au  XIIe  siècle  au  moins,  dans 
la  liturgie  ambrosienne.  On  lit  en  effet  dans  un  manu- 
scrit du  British  Muséum,  publié  dans  la  Paléographie 
musicale,  ces  formules  accompagnées  d'une  mélodie  : 
erigite  vos;  —  humiliate  vos;  —  ne  guis  catechume- 
nus;  —  qui  vult  noniina  offerre;  —  si  guis  judseus;  — 
si  guis  paganus  3. 

C'est  aussi  le  diacre  qui  invite  au  baiser  de  paix  par 
une  formule  qui  varie  aussi  suivant  les  liturgies  :  'A<r- 
uoTaffÔe  à/Xi'iXo'j;  év  <piXr|U,aTC  àyt'a»  *.  Offerte  vobis  pa- 
cem 5;  quomodo  statis  pacem  facite  6;  pax  domini  sit 
semper  nobiscum1,  ou  autres  formules  de  même  genre. 
Elles  méritent  d'autant  plus  d'être  remarquées  que 
l'on  a  donné  une  importance,  peut-être  un  peu  exagérée, 
selon  nous,  à  la  place  du  baiser  de  paix,  comme  carac- 
téristique des  liturgies.  Mais  nous  aurons  à  nous  en  oc- 
cuper plus  spécialement  aux  mots  Ad  pacem,  et  surtout 
Baiser  de  paix. 

L'une  de  ces  injonctions  les  plus  célèbres  est  peut- 
être  celle  par  laquelle  le  diacre,  au  moment  de  la  com- 
munion, avertissait  les  fidèles  qui  allaient  communier, 
par  une  formule  qui  était  généralement  un  commen- 
taire ou  une  modification  du  sancta  sanctis.  Nous  en 
trouvons  le  plus  ancien  exemple  dans  la  Aihayr\  twv 
'A7iootôX(ov  (c.  ix)  :  Nemo  autem  edat  neque  bibat  a  ve- 
stra  gratiarum  actione  (1%  E-J/apiTtc'a;  ûu.à>v)  nisi  gui 
baptizati  sunt  in  nomine  Jesu;  de  hoc  enim  dixit  Do- 
minus  :  Ne  date  sanctum  canibus  (u.y)  Sûre  tô  âyiov 
toïç  xua-t)  8.  Tertullien  fait  allusion  à  ce  rite  dans  ces 
paroles  :  Etianx  ethnici...  sanctum  canibus,  et  porcis 
margaritas...  jactabunt  9. 

Toutes  les  liturgies  anciennes  possèdent  ce  rite  et 
cette  acclamation,  comme  nous  le  verrons  en  traitant  ces 

'D'après  la  Liturgia  S.  Marci,  dans  Bunsen,  Hippolytus  and 
his  âge,  Londres,  1852,  t.  IV,  p.  238,  257.  —  *  Ibid.,  p.  262,  265. 
—  3  Paléographie  musicale,  t.  vi,  p.  174,  262,  316,  334.  —  •  Con- 
stitutions apostoliques,  P.  G.,  t.  I,  col.  1089.  —  5  Liturgie  am- 
brosienne, cf.  Auctarium  solesmense,  loc.  cit.,  p.  95.  —  •  Missale 
mozarabicum,  P.  L.,  t.  lxxxv,  col.  546.  —  7  Dom  Claude  de  Vert, 
loc.  cit.,  t.  iv,  p.  263.  —  «Funck,  Opéra  Patrum  apostoiicorum, 
Tubingue,  1887,  t.  I,  p.  CLXI.  —  '  De  prœservpt.,  xu,  P.  L., 
U  11,  p.  68  ;  cf.  De  spectac.,  c.  xxv,  P.  L.,  1. 1,  col.  732.  -  "S.  Gré- 


questions.  Les  liturgies  grecque  et  orientale  l'ont  con- 
servé. Mais  la  liturgie  romaine,  moins  conservatrice,  et 
qui  a  rejeté,  avec  une  grande  logique,  la  plupart  des  for- 
mules qui  ne  répondaient  plus  à  un  rite  déterminé,  l'a 
abandonné  le  jour  où  les  fidèles  en  grand  nombre  ont 
cessé  de  s'unir  à  la  communion  du  prêtre. 

Un  curieux  vestige  en  est  resté,  pour  la  liturgie 
romaine,  dans  un  ouvrage  de  saint  Grégoire  le  Grand, 
qui  nous  prouve  qu'au  vi8  siècle  encore  le  diacre  s'é- 
criait au  moment  de  la  communion  :  Qui  non  conv- 
municat  det  locum  10. 

Ce  qui  n'est  pas  moins  curieux,  c'est  que  le  pontifical 
romain  a  conservé  aussi  ces  paroles  qu'on  n'avait  pas 
jusqu'ici  remarquées,  et  qui  sont  placées,  dans  la  bouche 
de  l'exorciste  :  Exorcistam  etiam  oportet...  dicere  po- 
pulo, ut  gui  non  communicat  det  locum.  01  àxoi- 
v<ovï)toi,  TtepnTxrr|<7aTE,  Qui  non  communicatis,  abite, 
lit-on  dans  l'àva<pa>pa,  selon  Timothée  d'Alexandrie  n. 

C'est  encore  au  diacre  qu'il  appartient  de  congédier  le 
peuple  à  la  fin  de  l'office  par  une  formule  qui  varie  sui- 
vant les  liturgies  et  les  époques.  L'Ile  missa  est  doit 
être  d'une  très  haute  antiquité.  Le  sens  de  la  formule 
est  :  Allez,  c'est  le  renvoi.  L'auteur  de  la  Peregrinatio, 
au  ive  siècle,  termine  en  général  la  description  des  offices 
du  jour  ou  de  la  nuit  dans  l'église  de  Jérusalem  par  ces 
mots  :  et  missa  fit,  ou  :  fit  missa  de  anastasi  (église 
de  la  Résurrection),  ou  :  missa  fit  de  ante  cruce,  ou  : 
facla  missa  vigiliarumin  Ecclesia  Majore,  ou  encore  : 
facitur  missa  hora  forsitan  décima,  etc.  Missa,  employé 
ici  au  sens  demissio,  dimissio,  signifie  que  l'on  renvoie 
les  fidèles  12.  Saint  Benoît,  au  vie  siècle,  termine  aussi  ses 
descriptions  de  l'office  par  ces  mots  et  missse  sint  ou 
fiant  missse,  missse  fiant13.  Dans  d'autres  liturgies  on 
trouve  :  Ite  in  pace,  procedamus  cum  pace  in  nomine 
Domini  u,  In  pace  eamus,  solemnia  compléta  est  15. 

Parmi  les  acclamations  les  plus  anciennes  et  les  plus 
remarquables  qui  participent  de  ce  double  caractère 
d'invocation  liturgique  et  d'avertissement,  il  ne  faut 
pas  oublier  de  classer  le  dialogue  qui  précède  la  préface 
et  la  relie  souvent  à  une  oraison,  qui,  dans  la  liturgie  la 
plus  antique  n'est  qu'une  sorte  de  prologue  de  la  préface, 
comme  on  peut  le  constater  dans  les  plus  anciens  de  ces 
documents  :  Per  omnia  ssecula  sseculorum.  Amen 
(finale  de  l'oraison).  Dominus  vobiscum.  Et  cum  spi- 
ritu  tuo.  Sursum  corda.  Habemus  ad  Dominum.  Gra- 
tias  agamus  Domino  Deo  nostro.  Dignum  et  justum  est. 
Le  Per  omnia  ssecula  sseculorum,  qui  est  une  formule 
scripturaire  et  fut  employé  dans  la  liturgie  primitive, 
sera  étudié  à  propos  de  la  doxologie  dont  il  fait  partie; 
Y  Amen  et  le  Dominus  vobiscum  seront  aussi  étudiés  à 
part,  comme  nous  l'avons  dit.  Les  autres  formules  de 
ce  dialogue,  qui  se  retrouvent  avec  peu  de  variantes 
dans  toutes  les  liturgies,  sont  attestées  au  111e  siècle 
par  saint  Cyprien  16. 

La  préface  appartenant  à  la  famille  des  oraisons,  on 
doit  retrouver  dans  celles-ci  les  mêmes  caractères.  Elles 
sont  en  effet,  dans  toutes  les  liturgies,  précédées  d'une 
invitation  à  la  prière,  dont  la  plus  ordinaire  est  le  Do- 
minus vobiscum.  Oremus.  Voir  Oraisons. 

Mais  parfois  la  formule  d'invitation  est  plus  étendue, 
comme  dans  cette  oraison  de  la  messe  romaine  :  Orale 
fratres,  ut  meum  ac  vestrum  sacrificium  acceptabile 
fiatapudDeum  Patremomnipotentem.lci  l'acclamation 
Oremus  est  devenue  un  vrai  prologue  ;  ou  encore  dans  les 

goire,  Dialog.,  1.  II,  c.  xxm,  P.  L.,  t.  lxvi,  col.  178;  Duchesne 
Origines  du  culte  chrétien,  2'  éd.,  p.  163;  dom  Cabrol,  Le  livre 
de  la  prière  antique,   p.  113.  —  "  P.  L.,  t.  lxxviii,  col.  554. 

—  "Peregrinatio  Silvix  ad  loca  sancta,  éd.  Gamurrini,  Rome, 
1888,  p.  77  sq.  ;  cf.  dom  F.  Cabrol,  Étude  sur  la  Peregrinatio  Sil- 
viœ,  Paris,  1895,  p. 44.  —  ,3  Régula  S.  Patris  Benedicti,  c.  xvn. 

—  "Liturgie  ambrosienne,  cf.  Auctarium  solesmense,  p.  95. 
— ,B  Liturgie  grecque,  liturgie   mozarabe.  Voir  Ad  complenda. 

—  '•  De  oratione  dominiCa,  P.  L.,  t.  iv,  col.  557. 


263 


ACCLAMATIONS 


îG'i 


célèbres  et  très  antiques  oraisons  du  vendredi  saint, 
dont  le  prologue  se  retrouve,  avec  quelques  variantes, 
dans  les  oraisons  gallicanes,  et  dans  la  plupart  des  litur- 
gies :  Oremus  dilectissimi  nabis  pro  ecclesia  sancta  Dei 
uteam  Deus  et  Dominus  noster  pacificare,  adunare,  et 
cv.itodire  dignetur  toto  orbe  terrarum...  Oremus.  — 
Flectamus  genua.  —  Levate. 

L'embolisme  du  Pater  qui  existe  aussi  avec  des  va- 
riantes dans  toutes  les  liturgies  se  ramène  à  la  même  ori- 
gine :  Oremus.  Prœceptis  salutaribus  moniti  et  divina 
institutione  formali,  audemus  dicere:  Pater  noster1. 

Il  y  a  lieu  de  signaler  ici  quelques  autres  monitions 
du  diacre  ou  des  ministres,  dont  certaines  ont  encore  ce 
double  caractère  d'avertissement  et  d'acclamation  :  Qui 
sedetissurgite;  —  Ad  orientent  aspicite  ; —  Attendamus; 

—  Respondete ;  —  Toto  corde  precemur  Dominum ;  — 
Surgite  ad  orationem ;  —  Qui  statis  humiliale  capita; 

—  Adorate  Deum  cum  timoré;  —  Aspiciamus  2. 
Clamemus  :  «  Kyrie.  »  Diaconus  clamât  :  «  Kyrie.  s 

Et  le  peuple  répond  par  d'autres  acclamations  3. 
Inclinate  capila;  —  Humiliale  vos  ad  benedictionem; 

—  Flectamus  genua11;  —   Capita  vestra  inclinate;  — 

—  Cum  timoré  Deo  attendamus  5.  Ce  qui  ne  manque 
pas  d'intérêt,  c'est  que  les  formules  sont  attestées  presque 
mot  pour  mot  par  la  Peregrinatio  Silvise,  en  des  phrases 
comme  celles-ci  :  Item  mittet  voceni  diaconus  ut 
«  unusquisque,  quomodo  stat  catechumenus  inclinet 
caput  »...  et  denuo  mittet  diaconus  vocemet  commonet 
ut  «  unusquisque  stans  fidelium  inclinet  capita  sua  »  b. 

Sacerdos.  «  Pax.  »  Populus.  «  Et  cum  spiritu  tuo.  » 
Diaconus.  «  Cum  timoré.  »  Sacerdos.  «  Sancta  sanctis.  » 
Populus.  «  Unus  pater  sanctus.  »  Diaconus.  «  Stemus 

DECENTER  7.    » 

Ailleurs  (liturgie  syriaque)  la  formule  qui  précède 
l'oblation  a  une  vraie  valeur  dogmatique,  comme  l'ont 
remarqué  certains  théologiens  :  Stemus  recte,  orantes, 
stemus  cum  timoré  et  tremore,  stemus  caste,  quia  ecce 
oblatio  offerlur  et  majestas  exoritur,  portée  cœli  ape- 
riuntur  et  Spiritus  sanctus  descendit  et  super  hsec 
sancta  mysteria  accubat  :  in  loco  terribili  ac  tremendo 
stamus,  etc.  8. 

ACCES DITE  (ad  accendite)  était,  dans  certaines  églises, 
chanté  par  le  diacre  ou  l'acolyte,  quand  on  allumait  les 
cierges  à  certains  jours. 

Parfois,  dans  des  liturgies  postérieures,  le  diacre 
adresse  à  la  foule  de  vrais  discours  qui  sont  des  ampli- 
fications oratoires  et  s'éloignent  de  la  sobriété  primitive. 
Celle-ci  par  exemple  dans  la  liturgie  de  saint  Jacques  : 
Stemus  decenter  et  oremus,  gratias  agamus,  adoremus 
et  laudemus  agnum  vivum  Dei  qui  offertur  super  altare. 
Divinitas  sese  demisit  ad  peccatores  filios  Adam,  etc.; 
Date  pacem  unusquisque  proximo  suo,  in  caritate  et 
fide  quœ  Deo  acceptée  sinl,  etc.  i0. 

C'est  ce  qui  a  eu  lieu  aussi  pour  l'annonce  des  fêtes  ou 
des  stations  annunciatio  festorum.  Dans  la  Peregrinatio 
Silvise,  au  IVe  siècle,  l'annonce  est  faite  en  termes  très 
brefs  :  Mitlit  vocem  archidiaconus  et  dicit  :  «  Omnes 
hodie  hora  septima  in  Lazario  (église  de  Lazare)  parati 
simus...  »  ou  :  antequam  fiât  missa  (avant  le  renvoi), 
mittet  vocem  archidiaconus  et  dicit  primum  :  «  Juxta 
septimana  omne,  id  est  die  crastino  hora  nona,  omnes 
ad  Martyrium  (église  de  Jérusalem)  conveniamus,  id 
est,  in  Ecclesia  majore  ".  » 

La  même  coutume  est  constatée  dans  les  Ordines  ro- 

»  Voir  Oraison  dominicale.  —  «Renaudot,  loc.cit.,  t.  i,  p.  454, 
490.  491  ;  t.  n,  p.  8.  —  J  Dom  Martène,  loc.  cit.,  t.  II.  p.  114,  115.  — 
*S.  Csesarii  Arelat.,  homil.  xxxiv:  cl.  P.  L.,  t.  i.xxvm,  col.  553. 

—  8H.  Denzinger,  Ritus  orientalium,  Wurzbourg,  1863,  t.  i, 
p.  207.  —  '  Peregrinatio  Silvise,  loc.  cit.,  1887,  p.  56  et  passim. 

-  7  Renaudot,  loc.  cit.,  t.  H,  p.  114,  519,  etc.  —  •  Assemani,  Co- 
dex liturgicus.l.  IV,  part.  II.  p.  82,  Hurler,  Compendium  theo- 
logise  dogmaticœ,  Innsbruck,  1881,  t.  m,  p.  237.  —  «De  Moléon, 
Voyages  liturgiques  en  France,  Paris,  1718,  p.  27,  67,  87,  129; 


mani  après  la  communion  .  Vcmat  archidiaconus 
cum  calice  ad  cornu  altaris  et  adnunciet  stalionem. 
Accipiens  diaconus  calicem  in  dexteram  partent  alta- 
ris, elevans  eum  in  manibus  suis  pronunciat  natalitia 
sancta  in  ipsa  hebdomada  venientia,  ita  dicendo  : 
«  Illa  feria  veniente  natalis  est  sancta  Maria,  »  aut 
confessorum,  aut  aliorum  sanctorum,  qualis  evenit  se- 
cundum  martyr ologium.  Et  respondent  omnes  :  «  Deo 
gratias  ,2.  » 

L'annonce  de  certains  jeûnes  était  faite  solennellement 
aussi  :  Anniversariis,  fralres  dilectissimi,  jejunii  pu- 
ritatem,  qua  et  corporis  acquiritur  etanimsesanctitas, 
nos  commonet  illius  mensis  instaurata  devotio.  Quarta 
igitur  et  sexta  feria  sollicito  convenientes  occursu,  of- 
feramus  Deo  spiritale  jejunium,  etc.  13. 

Le  sacramentaire  gélasien  contient  aussi  des  rubriques 
comme  celle-ci  :  Denuncialio  jejuniorum  quarti,  sep- 
timi  et  decimi  mensis...  Denuncialio  natalitii  unius 
martyris...  Denuncialio  cum  reliquix  ponendse.  sunt 
martyrum,  etc.  Mais  on  donna  bientôt  des  formules 
amplifiées.  Nous  ne  citerons  pas  celle  publiée  par  Ménard 
et  souvent  rappelée  :  Noverit  vestra  devotio,  sancttssimi 
fralres,  quod  b.  Martyris  illius,  etc.  '*. 

Nous  préférons  donner  cette  formule  plus  curieuse  et 
beaucoup  moins  connue  : 

Adnuntiationes  Festibitatum. 

Adueniente  die.  il.  sollemuitas  erit  sançtse  marix  uirginis 
et  genetricis.  domini  nostri  ihesu  xpi  secundum  carnem., 
Proinde  admonemus  karitatem  uestram  dilectissimi  fratres.  ut 
omnes  ad  aeclesiam  dei  ad  uigilias  uel  ad  missam  deuotissime 
in  unum  adbeniamus., 

R.  S.  deo  gratias., 

Eccae  adnuntio  uobis  gaudium  magnum  quod  erit  omni  po- 
pulo., Adueniente  die  ill.  solemnitas  erit  nubis  diei  natiuirn- 
tis  domini  nostri  ihesu  xpi  secundum  carnem.,  Proinde  ad- 
monemus beatituilinem  uestram  dilectissimi  fratres  adque 
uniuersitatem  plebis.,  ut  omnes  ad  aeclesiam  dei  ad  uigilias 
uel  ad  missam  deuotissime  in  unum  conueniamus., 

Adueniente  die  il.  sollemyiitas  erit  circumcisionis  domini 
nostri  iehu  xpi  secundum  carnem. 

Adueniente  die  crastina  omnes  ieiunemus  ut  misericordiam 
domini  consequi  mereamur.,  deo  gratias., 

Adueniente  die  ill.  solemnitas  erit  apparitionis  domini  no- 
stri ihesu  xpi  et  salbatoris  secundum  carnem.,  Proinde  || 

Erit  igitur  anno  présent!  per  miserioordiam  dei  discurrente. 
era  ill.  initium  béate  quadragesime.  quoto.  ill.  Cena  domini. 
quoto.  ill.  Passio  domini.  quoto.  Ht.  Resurrectio  uero  eiusdem 
domini  nostri  ihesu  xpi.  quoto.  ill.  Luna.  ill. 

Crastma  diae  pro  his  qui  de  suscepti  sunt  ad  aeclesiam  san- 
ctam  iherusalem  in  unum  ad  missam  conueniamus., 

Adueniente  diae.  ill.  solemnitas  erit  diei  ascensionis  domini 
nostri  ihesu  xpi  secundum  carnem.,  Proinde., 

Adueniente  diae.  ill.  sollemnitas  erit  diei  inuentio  sanctse 
crucis., 

Adueniente  diae  dominico  solemnitas  erit.  nobis.  sanctum 
pentecosten.,  Proinde. 

Adueniente  diae  ill.  festiuitas  erit  nobis  natibitas  sancti 
iohannis  babtiste  et  precursoris  xpi.,  Proinde. 

Adueniente  diae  ill.  festiuitas  erit  sanctorum  apostolorum 
pétri  et  pauli., 

Adueniente  die  ill.  festiuitas  erit  sacrationis  sancti  il., 

Adueniente  die  il.  festiuitas  erit  translatio  corporis  sancti 
il., 

Adueniente  die  il.  festiuitas  erit  sancti  il.  aepiscopi  et  confes- 
sons xpi., 

Adueniente  die  il.  festiuitas  erit  sanctorum  illorum  marty- 
rum xpi.  [p.  25] 

Adueniente  diae  il.  festiuitas  erit  sanctarum  virginum  il.  et 
martyrum  xpi., 

Zaccaria,  Onomasticon  rituale,  Faenza,  1787,  t.  i,  à  ce  mot.  — 
10  Renaudot,  loc.  cit.,  t.  n,  p.  29.  :»;  cf.  p.  33,  38,  etc.  —  "  Pere- 
grinatio Silvise  ad  loca  sancta,  éd.  Gamuniui,  Ruine,  1887, p.  63; 
cf.  aussi  p.  66,  70,  etc.  —  '«Ordo  i,  p.  29,  82;  Ordo  il,  1,  2,  etc. 
—  "Gerbert,  Monumenta  veteris  liturgix  allemanicm,  t.  i. 
p,  134  ;  cf.  p.  214.  Voyez  au  Léonien,  formules  équivalentes,  dans 
Muratori,  Liturgia  romana  vêtus,  Venise,  1748,  p.  415.  —  ■*  Mé- 
nard, In  S.  Gregorii  librum  saeramentorum  noue,  P.  L., 
t.  lxxviii,  col.  427. 


265         ACCLAMATIONS   —   ACCUSATIONS   CONTRE  LES    CHRÉTIENS 


266' 


Adueniente  diae  il.  festiuitas  erit  dedicatio  sancti  micahelis 
archangeli  uel  sociorum  eius., 

llll'  feria.  U  fevia.  UI  feria.  dies  erunt  nobis  letaniarum. 
Proinde  admonemus  karitatem  uestram  dilectissimi  fratres 
atque  uniuersitatem  plebis'-  ut  omnes  ieiunemus  et  exoremus 
dominum  nostrum  ihesum  xpm  pro  peccatis  nostris  siue  ut 
dominus  iram  a  nobis  aufferat  et  aeclesiam  domini  iugiter 
frequentemus.,  amen., 

Finit1. 

VIL  Bibliographie.  —Nous  n'avons  voulu  tra, ter  dans 
cet  article  que  la  question  d'ensemble  et  monlrer  les 
différents  points  de  vue  auxquels  on  peut  l'envisager. 
Mais  en  étudiant  les  liturgies  particulières,  et  à  propos 
de  tels  ou  tels  rites,  nous  fixerons,  autant  qu'il  sera  pos- 
sible, l'origine  et  la  portée  des  différentes  acclamations. 
En  dehors  des  articles  auxquels  nous  avons  renvoyé, 
voir  Abréviation,  col.  155  ;  Abrasax,  vocabulaire,  col.  137, 
acclamations  et  prières,  col.  150.  Quant  aux  citations, 
elles  ont  été  données  au  cours  de  l'article.  Le  sujet  n'a 
jamais  encore,  que  nous  sachions,  été  traité  dans  son 
ensemble,  mais  on  trouvera  quelques  indications  supplé- 
mentaires dans  Bona,  Rerum  liturgicarum  libri  duo, 
éd.  Sala,  in-lol.,  Turin,  1753,  t.  m,  p.  115,  119;  cardinal 
Piira,  L'hymnographie  de  l'Église  grecque,  in-4°,  Rome, 
1867;  Brightman,  Liturgies  eastern  and  western,  t.  I, 
seul  paru  :  Eastern  liturgies,  in-8°,  Oxford,  mdcccxcvi, 
au  glossaire  sous  les  mots  :  âyiâÇeiv,  à-fiacr^ô;,  èxcpu>vY)C7iç, 
/.OP'Jcro-Eiv,  irpoiTEtovEÏv  ;  Bingham,  The  anliquilies  of  the 
Christian  Church,  1.  II,  c.  xx,  dans  The  works  of  Bing- 
ham, éd.  1855,  t.  i,  p.  258  sq. 

F.  Cabrol. 

ACCOMPAGNEMENT.  Voir  Instruments. 

ACCUBITUS.  Voir  Église. 

ACCUSATIONS  CONTRE  LES  CHRÉTIENS.  - 

I.  Accusations  en  général.  II.  L'odium  generis  humani. 
III.  Magie.  IV.  Vices  infâmes  et  infanticide.  V.  Lèse-ma- 
jesté et  athéisme.  VI.  Indillérence  politique.  VII.  Chas- 
teté et  continence.  VIII.  Répugnance  au  service  militaire. 
IX.  Indillérence  à  l'égard  des  parents.  X.  Richesse  et 
pauvreté.  XI.  Conclusion. 

Les  problèmes  d'histoire  doivent  gagner  beaucoup  à 
être  étudiés  avec  les  mêmes  procédés  rigoureux  et  délicats 
qui  sont  d'usage  dans  les  sciences  naturelles,  ou  physi- 

1  Dom  G.  Morin,  Liber  comicus,  p.  391,  d'après  le  manuscrit 
de  Silos,  maintenant  à  Paris,  Bibliothèque  nationale,  Nouvelles  ac- 
quisitions latines,  n.  2171,  p.  24-25.  Plusieurs  autres  exemples 
de  l'annonce  des  fêtes  sont  indiqués  par  domG.Morin,  Liber  comi- 
cus, p.  391,  409,  423,  etc.,  d'après  les  sermons  des  Pères  du  IV 
et  du  v  6iècle  et  les  homiliaires.  Cf.  Annonces  des  fêtes.  On 
trouvera  d'autres  exemples  dans  le  Liber  ordinum  préparé  par 
dom  Férotin  et  qui  sera  publié  dans  nos  Monumenta  liturgica. 

—  !Fustel  de  Coulanges.  Histoire  des  institutions  politiques  de 
l'ancienne  France.  in-8°,  Paris,  1891,  t.  i,  p.  169.  —  3  Mamachi, 
Origines  et  antiquit.  christianx,  éd.  Matranga,  in-4%  Roma;,  1846, 
1. 1,  p.  83  sq.  —  ■»  Justin,  Apol.,  i,  n.  6,  P.  G.,  t.  vi,  col.  336; 
Dial.  contra  Tryphonem,  n.  108,  P.  G.,  t.  vr,  col.  725;  Tatien, 
Orat.  ad.  Grxcos.  P.  G.,  t.  vi,  col.  804-888  ;  Athénagore,  Légat., 
n.  4,  P.  G.,  t.  vi,  col.  897;  Tertullien,  Apolog.,  x,  P.  L.,  t.  i, 
col.  380  sq.  ;  Minucius,  Octav.,  c.  vm,  P.  L.,  t.  m,  col.  269; 
Arnobe,  1.  I,  P.  L.,  t.  v,  col.  718  sq.  —  5  Act.  SS.  Perpetux  et 
Felicit.,  xvi,  dans  Ruinart,  Acta  sincera,  in-4*,  Paris,  1689, 
p.  93.  —  'Lucien,  Opéra,  éd.  1743,  t.  ni,  p.  614;  Celse,  dans  Ori- 
gène,  P.  G.,  t.  xi,  col.  666.  —  'Ulpien,  Digest.,  1.  L,  xm,  1;  Justin, 
Dial.  cunx  Tryphone,  n.  108,  P.  G.,  t.  vi,  col.  725.  —  *  Prudence, 
Péri  Steph.,  X,  v,  404,  P.  L.,  t.  LX,  col.  479.  —  »  Suétone,  Nero, 
16;  Pline,  Epist.,  x,97;  Tacite,  Annal,  XV.xliv.  — <°Th.  Ittigius, 
Hist.  eccl.  prim.  sxc,  c.  vi,  n.  3,  in-4°,  Lipsiae,  1709,  p.  323; 
Porphyre,  dans  Eusèbe,  Hist.  eccl.,  VI,  xix,  P.  G.,  t.  xx,  col.  561. 

—  *'  Epist.  eccl.  Lugd.  et  Vienn.,  dans  Eusèbe,  H.  E.,  V,  i, 
P.  G.,  t.  xx,  col.  403.  —  "  Martyrium  Ignatii,  II,  dans  F.  X. 
Funk.  Opéra  Patrum  apostolicorum,  in-8",  Tubingae,  1881,  t.  H, 
p.  260;  Acta  SS.  Tarachi,  Probi  et  Andronici,  IX,  dans  Ruinart-, 
loc.  cit.,  p.  485:  Lucien,  De  morte  Peregrini,  n.  13;  Dion,  Orat., 
xxxu,  xxxin.  —  "Salmasius,  Ad  Lactautium,  c.  ix,  Lugduni  Ba- 


ques.  Une  conclusion  historique,  de  même  qu'une  défi- 
nition d'ordre  scientifique,  est  le  résultat  de  descriptions 
minutieuses,  innombrables.  Pour  conduire  ces  opérations 
avec  la  précision  nécessaire,  une  enquête  visuelle  est 
préférable  à  tout  autre  procédé;  mais  lorsqu'il  s'agit  des 
époques  passées  il  faut  se  réduire  à  des  controntations 
aussi  exactes  que  possible  sur  les  états  successifs  de  la 
religion,  de  la  philosophie,  de  la  politique,  de  toutes  les 
branches  de  la  pensée  et  de  l'action  humaine.  «  L'his- 
toire, disait  Fustel  de  Coulanges,  n'est  pas  l'art  de 
disserter  à  propos  des  faits  :  elle  est  une  science  dont 
l'objet  est  de  trouver  et  de  bien  voir  les  faits.  Seulement 
il  faut  bien  entendre  que  les  laits  matériels  et  tangibles 
ne  sont  pas  les  seuls  qu'elle  étudie.  Une  idée  qui  a  régné 
dans  l'esprit  d'une  époque  a  été  un  fait  historique.  La 
manière  dont  un  pouvoir  a  été  organisé  est  un  fait  et  la 
manière  dont  les  contemporains  comprennent  et  accep- 
tent ce  pouvoir  est  aussi  un  fait2.  »  Il  y  a  lieu  de  recher- 
cher quelle  impression  firent  les  chrétiens  sur  les  gen- 
tils; nous  savons  que  ceux-ci  ont  résumé  leurs  griefs 
dans  quatre  accusations  principales  visant  la  règle  des 
mœurs,  la  pratique  de  la  magie,  la  lèse-majesté  et  l'aban- 
don des  dieux  de  l'empire. 

I.  Accusations  en  général.  —  Mamachi 3  ayant  pris 
soin  de  rassembler  les  témoignages  injurieux  prodigués 
parles  païens  à  la  religion  chrétienne,  il  suffira  d'énumé- 
rer  ici  les  articles  de  ce  catalogue.  C'était  d'abord  le  nom 
d'impies  ou  d'athées*,  magiciens5,  faiseurs  de  pres- 
tiges6, imposteurs7,  sophistes8,  partisans  d'une  super- 
stition nouvelle,  mauvaise,  désordonnée,  détestable  et 
malfaisante9,  d'une  religion  barbare10  et  étrangère11, 
mauvais  génies  12,  pâture  des  bêtes  et  désespérés  13,  sar- 
mentaires  ou  bons  à  brûler  14,  biolhanatoi,  c'est-à-dire 
bons  pour  la  mort  violente15;  puis  encore  des  appella- 
tions que  nous  n'essayons  pas  de  traduire  :  hebetes,stolidi, 
obtusi,  rudes,  idiotse,  insensali,  indocti,  impoliti,  inepti, 
agrestes,  miseri,  fatui,  obstinati16,  nation  amie  des 
ténèbres  et  du  silence  17,  gens  de  rien,  mitrons  18,  save- 
tiers19. On  pourrait  prolonger  longtemps  encore  cette 
nomenclature,  sans  y  apprendre  rien  de  très  précis  ;  nous 
nous  bornerons  donc  à  étudier  ici  quelques  chefs  d'ac- 
cusation nettement  formulés. 

II.  L'  «  odium  generis  humani.  »  —  Le  plus  ancien  té- 
moignage des  graves  calomnies  adressées  aux  chrétiens20 
se  trouve  dans  Tacite  en  un  passage  célèbre;  on  y  lit 

tavorum,  1660,  t.  v,  p.  483,  P.  L. ,  t.  vi,  col.  577;  Tertullien,  Apologet., 
XLn,  l,  P.  L.,  1. 1,  col.  556.  —  "Tertullien,  Apolog.,  l,  P.  L.,  t.  i, 
col.  599.  Cf.  Bingham,  Origines,  c.  u,  10,  t.  i  ;  D.  N.  Le  Nourry, 
Apparatus  in  Bibl.  SS.  PP.,  in-fol.,  Paris,  1715,  t.  n,  p.  1424.  — 
15  Act.  S.  Symphorosx,  dans  Ruinart,  Act.  sine,  p.  19;  Tertullien, 
De  anima,  c.  lvii,  P.  L.,  t.  Il,  col.  792.  —  ,e  Mamachi,  Orig.  et 
antiq-,  t.  I,  p.  92.  Cf.  Tertullien,  Apolog.,  xxvn,  P.  L.,  t.  I,  col. 
493;  Xlix,  P.  t.,  t.  I,  col.  596;  Min.  Félix,  Octav.,  P.  L.,  t.  n, 
col.  268  sq.  ;  Arnobe,  1.  I,  P.  L.,  t.  v,  col.  718  sq.  ;  1.  II,  ibi<L, 
col.  812  sq.  ;  1.  III,  ibid-,  col.  938  sq.  ;  Théophile,  Ad  Autolicum, 
1.  III.  c.  IV,  éd.  Maran.  in-fol.,  Paris,  1742,  p.  383,  P.  G.,  t.  VI,  col. 
1125;  Théodoret,  Prolog  Therapeutices,  P.  G.,  t.  lxxxiii,  col. 
784;  Pline,  Epist,  x,  97  ;  Acta  Tarachi,  Probi  et  Andronici,  ix, 
dans  Ruinart,  loc.  cit.,  p.  485.—  "Minucius,  Octav., P. L.,  t. m, 
sol  268.  —  '•  Origène,  Contr.  Cels.,  1.  m,  P.  G.,  t.  XI,  col.  20- 
1028;  S.  Jérôme,  Epist.,  i,  Ad  Pammach.  adv.  Jovinian.,  P.  L., 
t.  xxn,  col.  493  sq.  ;  Epist.,  L,  Ad  Domnionem,  P.  L.,  t.  xxii, 
col.  512.  —  ,uLamy,  De  eruditione  apostolorum,  c.  m,  in-fol., 
Florentiee,  1733  ;  Juvénal,  Satir.,  IV,  vers  150  sq.  Voy.  pour  les 
autres  surnoms  Mamachi,  loc.  cit.  —  "C.  Kortholt,  Paganus 
obtrectator,  sive  tractatus  de  calumniis  gentilium  in  veteres 
ctiristianos,  in-12,  Kiloni,  1703;  Rechenberg,  De  atheismo  chri- 
stianis  oHm  a  Romanis  objecta,  in-4°,  Coburgi,  1755;  Douais, 
dans  Revue  des  questions  historiques,  1885,  p.  337,  397;  G.  Bois- 
sier.  Le  jugement  de  Tacite  sur  les  Juifs,  Paris,  1899,  in-8-, 
G.  Boissier,  Le  texte  de  Tacite,  dans  le  Journal  des  savants, 
mars  1902,  p.  158  ;  C.  Thiaucourt,  Ce  que  Tacite  dit  des  Juifs, 
dans  Rev.  des  et.  juiv.,  1889,  t.  xix,  p.  57-74  ;  Hild,  Les  Juifs  de- 
vant l'opinion  romaine,  dans  la  même  revue,  1885,  t.  Il,  p.  176; 
M.  Schuld,  Les  préventions  des  Romains  contre  la  nation  juive, 
Paris,  1882  ;  Hermann  Schiller,  Commentera  in  honorem  Momm- 


267 


ACCUSATIONS   CONTRE   LES   CHRETIENS 


203 


que  dès  le  temps  de  Néron  les  chrétiens  ne  furent  pas 
tint  convaincus  de  1  incendie  de  Rome  que  de  haine  pour 
le  genre  humain  :  haud  perinde  in  crimine  incendii 
quant  odio  generis  humani  convicti  sunt  '.  Il  est  néces- 
saire de  remarquer  que  le  passage  en  question  est  con- 
servé dans  le  manuscrit  (Mediceus  alter)  de  la  biblio- 
thèque Laurentienne,  à  Florence,  manuscrit  considéré 
comme  le  prototype  de  tous  les  autres2.  Ce  manuscrit 
donne,  au  lieu  de  convicti,  la  leçon  conjuncti  3  adoptée 
par  les  éditeurs  qui  ne  s'arrêtent  même  plus  à  signaler 
cette  variante.  Il  y  a  donc  lieu  de  lire  le  texte  en  essayant 
de  maintenir  conjuncti  et  en  éliminant  convicti.  Tacite 
nous  apprend  que  les  personnes  qualifiées  de  chrétiens 
furent  comprises  dans  la  même  poursuite  :  conjuncti 
sunt  in  crimine,  sous  un  double  chef  d'accusation, 
l'incendie  de  Rome  et  Yodium  generis  humani. 

Le  droit  criminel  donnait  au  mot  conjunctis  un  sens 
presque  identique  à  celui  de  notre  mot  :  complice.  Il 
faut  remarquer  que  la  secte  nouvelle  commença  ainsi 
d'être  envisagée  juridiquement  en  tant  que  secte,  puisque 
c'était  la  première  fois  que  les  chrétiens  étaient  distin- 
gués des  Juifs  d'une  manière  officielle;  et  ils  avaient  à 
répondre  de  deux  crimes  distincts  commis  en  compli- 
cité. Pour  quelque  raison  que  nous  ignorons,  au  lieu 
d'instruire  séparément  sur  l'une  et  l'autre  accusation,  on 
les  réunit.  Le  fait  avait  des  précédents4,  il  constituait 
néanmoins  une  dérogation  au  droit  commun.  Le  préteur 
ne  pouvait  connaître  rien  en  dehors  du  crime  sur  lequel 
il  était  appelé  à  statuer;  au  contraire,  l'empereur  et  le 
sénat  pouvaient,  dans  les  cognitiones  qui  leur  étaient 
soumises,  réunir  divers  chefs  d'accusation;  ils  le  faisaient 
en  effet  et,  en  ce  cas,  la  causa  simplex  devenait  causa 
conjuncta.  Ulpien  parle  ainsi  de  la  conjunctio  des  chefs 
d'accusation  :  Si  mihi  plures  injurias  feceris,  puta 
turba  et  cœtu  facto  domuni  alicujus  introeas,  et  lioc 
facto  efficitur  ut  simul  et  convicium  patiar  et  verberer  : 
an  possim  separalim  tecum  experiri  de  singulis  inju- 
riis,  quxritur  ?  Et  Marcellus  secundum  Nerutii  senten- 
tiani  hoc  probat  cogendum  injurias,  quas  simul  passus 
est,  conjungere*.  Il  y  a  donc  lieu  de  penser  que  le  pro- 
cès des  chrétiens  avait  été  déféré  au  tribunal  de  l'empe- 
reur ou  à  celui  du  sénat.  Il  ne  faut  pas  s'arréier  à  l'ac- 
cusation d'incendie  qui  était  accidentelle;  l'autre  accu- 
sation, Yodium  generis  humani,  répond  à  une  préoccu- 
pation des  esprits  de  ce  temps;  c'est  elle  qu'il  importe 
de  mettre  en  lumière.  Les  témoignages  contemporains 
nous  apprennent  que  celui  qui  est  terras  odium  est  une 
cause  de  malheurs.  Plaute  le  dit  dans  ses  pièces6,  il  y 
revient1  qualifiant  le  deorum  odium  atque  hominum 
de  porte-malheur.  L'odium  parait  être  dans  sa  pensée 8  et 
dans  celle  d'Horace 9  une  sorte  de  sorcier  malfaisant. 
Les  hommes  d'alors  avaient  l'esprit  rempli  des  imagi- 

senii.  Km  l'robltm  der  Taciluserkl&rung,  in-8°,  Berolini, 
1877,  p.  41;  Hochart,  Éludes  au  sujet  de  la  persécution  des 
chrétiens  sous  Héron,  m-8°,  Taris,  1885.  Si  Tacite  a  connu  la 
lettre  de  Pline,  cf.  B.  Bauer,  Chrislus  und  die  Cœsaren,  in-8°,  Ber- 
lin, 1877,  p.  273;  Arnold,  Die  neronische  Christenverfolgung, 
in-8°, ,  Berlin,  1888,  p.  105;  \V.  Itamsay,  The  Church  in  the 
roman  empire,  c.  XI,  5  :  Crime  wliich  the  Christian  confessed, 
in-8°,  London,  1897,  p.  238;  cf.  H.  Schiller,  Gcsclu  d.  Kaiserrtichs 
unter  der  Regierung  des  Nero,  in-8°  ,  Berlin,  1872,  p.  437.  — 
1  Tacite,  Annal.,  1.  XV,  c.  XLIV.  —  *  E.  Cuq,  De  la  nature 
des  crimes  imputés  aux  chrétiens  d'après  Tacite,  dans  les  Mélanges 
de  VEc.  jr.  de  Rome,  1880,  p.  115  sq.  Nous  suivrons  ici  plu- 
sieurs opinions  de  ce  remarquable  mémoire.  —  *  Annales  de  la 
Faculté  des  Itttres  de  Bordeaux,  1884,  planche.  —  'Tacite, 
Annales,  1.  XVI,  c.  Vin;  1.  XIII,  c.  Uï.  —  5L.  vn,  5; 
Digest.,  XLVII,  tit,  X.  Cf.  1.  XXXIII,  2;Digest.,  XL,  tit.  xn;  Marcien, 
1.  V,  Digest.,  XLVIII,  18,  et  Ulpien,  1.  LVII,  Ad  edictum.  —  •  Plaute, 
Bacchis,  act.  IV,  vil,  22.  —  '  Plaute,  Rudens,  act.  U,  II,  12;  Miles 
gloriosus,  act.  III,  III,  49;  Asin.,  act.  V,  II,  77;  Térence,  Andr., 
act.  V,  IV,  38.  —  «Plaute,  Curculio,  act.  I,  III,  33.  —  •Ho- 
race, Episi.,  1.  I,  XIV,  V.  10  et  37.  —  l0  Tacite,  Six.,  II,  50;  Pline, 
Episl.,  I,  18;  VII,  27.  —  "  Loc.  cit.  —  "Pline,  Hist.  nat.,  VU,  II. 
—  "Catulle,  VII,  12;  Virgile,  Ed.,    VII,  27;  Plaute,  Amphyt.,  act.  U, 


nations  les  moins  raisonnables  relativement  au  merveil- 
leux lft.  Horace  parle  très  sérieusement  du  mauvais  œil  ", 
Pline  en  est  au  même  point12;  Catulle,  Plaute,  Virgile, 
Apulée,  tous  les  maîtres  de  la  pensée,  perdent  leur  belle 
indifférence  dès  qu'ils  songent  à  la  mala  lingua,  à  la 
mala  manus,  aux  maligni  oculi  ' 3  qui  nous  guettent  sans 
cesse  pour  anéantir  notre  bonheur.  Pour  se  préserver  de 
leur  atteinte  on  a  la  ressource  des  amulettes  qui  attirent 
la  protection  du  dieu  ou  bien  rompent  le  charme  qui  a 
été  jeté  sur  nous.  Ce  charme  dont  on  vient  ainsi  à  bout 
c'est  YInvidia  14  ;  il  y  en  a  un  plus  menaçant,  dont  rien 
ne  laisse  deviner  la  présence,  qui  opère  en  secret  sans 
qu'on  songe  à  s'en  défendre;  cet  autre  charme  c'est 
Y  odium  obscurum.  11  parait  qu'on  en  faisait  métier. 
Pline  indique  une  préparation  magique  qui  rend  celui 
qui  s'en  sert  odio  omnibus  15;  Cicéron  dit  que  Vatinius 
est  odio  civitati  et  il  l'accuse  de  sacrifices  inouïs  et  pro- 
hibés, d'évocations  des  défunts  et  de  divination  dans  les 
entrailles  des  enfants  mis  à  mort.  La  formule  odio  esse 
sert  à  dévouer  quelqu'un  à  la  haine  des  dieux  infernaux. 

DITII    PATIIR    RHODI 

TIBI  COMMIINDO  VTI  SIIMPIIR  Nil 
ODIO  SIT  M  LICINIO  FAVSTO 

Dite  Pater,  Rhodine\ni\  tibi  commendo,  uli  sevrper 
odio  sit  M.  Licinio  fausto  16. 

Il  n'y  a  guère  d'exemples  que  l'on  attribuât  à  un  charme 
les  événements  heureux  de  la  vie,  son  rôle  était  plutôt 
de  causer  préjudice  à  autrui.  Tout  ce  qui  était  resté 
inexpliqué  paraissait  inexplicable:  on  faisait  appel  à  tort 
et  à  travers  aux  divinités,  afin  de  résoudre  par  l'inter- 
vention d'une  puissance  occulte  les  mystères  que  l'on 
ne  se  sentait  ni  la  force  ni  le  goût  d'approfondir.  Les 
inconnues  de  la  nature  étaient  expliquées  de  façon  ridi- 
cule; le  charme  était  une  des  solutions  les  plus  fré- 
quemment employées,  «  II  faisait  perdre  la  mémoire11, 
la  raison  IS  ou  la  vie.  Tacite  attribue  à  cette  cause  la  mort 
de  Germanicus  '*.  On  pouvait  par  un  charme  faire  périr 
les  récoltes,  ou  attirer  sur  sa  terre  les  fruits  qui  mûris- 
saient dans  le  champ  du  voisin  (?).  Aussi  Pline  appelle- 
t-il  la  magie  frauduientissima  arlium  20,  et  l'on  appré- 
ciera la  portée  de  cette  qualification  si  l'on  se  souvient 
qu'à  cette  époque  le  mot  fraus  impliquait  l'idée  d'un 
préjudice  matériel  résultant  d'un  acte  illicite.  C'est  sans 
doute  la  même  idée  que  Plaute  voulait  exprimer  lorsque, 
dans  ces  vers  du  Rudens, 

Fraudulentum, 
Deorum  odium  atque  hominum,  malim... 

il  présente  comme  fraudulentus  le  personnage  qui  est 
en  même  temps  Deorum  odium  atque  hominum  2I.  » 
On  s'explique  dès  lors  que  l'incendie  de  Rome  ait  été 

',  58;  Pline,  Hist.  nat.,  I.  VU,  II;  Ovide,  Metam.,  VII,  365;  Apu- 
lée, Met.,  IV,  14;  Macrobe,  Sat.,  I,  6,  etc.  Cf.  E.  Cuq,  loc. 
cit.,  p.  122.  —  "  Apulée,  Met.,  IV,  14  ;  Macrobe,  Sat.,  I,  6.  —  1S  Pline, 
Hist.  nat.,  XXVni,  VIII.—  '«  Corp.  inscr.  lot.,  t.  VI,  n.  140.  —  "  Cicé- 
ron, Brut.,  c.  LX.  —  '•Virgile,  Ed.,  vni,  66;  Juvénal,  VI,  610.  — 
'•  Tacite,  Annal.,  1.  IL,  c.  X.  Cf.  Dion,  1.  LVU,  c.  XVUI.  —  «°  Sénèque, 
Quœst.  nat.,  IV,  7.  —  "  E.  Cuq,  loc.  cit.,  p.  124.  En  ce  qui  concerne 
le  principe  juridique  des  persécutions,  outre  les  travaux  de 
Le  Blant,  Bases  juridiques  des  poursuites  dirigées  contre  les  mar- 
tyrs; F.  Delaunay,  L'Église  chrétienne  devant  la  législation  ro- 
maine à  la  fin  du  I"  siède,  dans  les  Comptes  rendus  de 
l'Académie  des  inscr.,  1879-1990,  t.  VII,  30-64;  Mommsen,  dans  VHis- 
torUche  Zeitsclaijt,  1890,  t.  LXIV,  p.  339,  424,  et  The  expositor,  jui?. 
1893;  Rambaud,  Le  droit  criminel  romain  dans  les  Actes  des 
Martyrs,  in-8°,  Lyon,  1885;  Guèrin,  dans  la  Nouvelle  revue  histo- 
rique du  droit  français  et  étranger,  1895,  p.  601-646,  713-737; 
M.  Conrat,  Die  Christenverfolgungen  in  râm.  Reiche  vont  Stand- 
punckte  der  Juristen,  in-8",  .Leipzig,  1897;  J.  E.  Weis,  Chri- 
stenverfolgungen, Geschichte  ihrer  i'rsachen  im  Romerreiche, 
in-8°,  Munchen,  1899;  A.  Hamack,  Christenverfolgungen,  dans 
la  Realcncyclopâdie  fur  protestantische  Théologie,  1897,  t.  ni; 
C.  Kneller,  Hat  die  rOmische  Staat  dans  Christenthum  verfolçtt 
dans   les   Stimmen  aus    Maria    Laach,    1898,   t.   LXIV,   p.   1    sq* 


269 


ACCUSATIONS   CONTRE    LES   CHRÉTIENS 


270 


attribué  aux  enchantements  des  chrétiens.  Ceux-ci,  dans 
leurs  écrits,  manquaient  parfois  de  mesure,  si  nous  en 
jugeons  par  divers  morceaux  de  l'Apocalypse  du  pseudo- 
Esdras,  que  l'on  croyait  chrétien,  des  livres  sibyllins  et 
de  quelques  autres  ouvrages.  De  là  à  les  tenir  pour  enne- 
mis du  genre  humain,  il  n'y  avait  qu'un  pas,  assez  vite 
franchi.  Nous  retrouvons  un  écho  de  cette  accusation  à  la 
fin  du  IIe  siècle;  on  considérait  alors  les  «  frères  » 
comme  naturee  totius  inimici  '.  Dès  lors  l'accusation 
avait  pris  sa  forme  superstitieuse  définitive  :  «  Les  chré- 
tiens sont  la  cause  de  toutes  les  calamités  publiques;  si 
le  Tibre  déborde,  si  le  Nil  n'inonde  pas  les  campagnes, 
si  la  terre  tremble,  si  la  famine  ou  la  peste  ravagent  une 
province,  on  crie  aussitôt  :  les  chrétiens  au  lion2.  » 

III.  La  magie.  — Cette  accusation  de  magie  s'associait  à 
l'idée  que  les  païens  se  faisaient  du  christianisme.  Di- 
verses circonstances  taisaient  rejaillir  sur  le  Christ  lui- 
même  cet  étrange  soupçon.  Il  n'était  à  leurs  yeux  qu'un 
enchanteur  habile  3  formé  en  Egypte  à  tous  les  secrets 
de  la  science  occulte  de  ce  pays,  et  à  laquelle  il  devait 
sa  résurrection*.  Pierre  et  Paul  passaient  pour  d'abo- 
minables magiciens  5,  Pierre  avait  immolé  un  enfant  et 
usé  de  sortilège  pour  faire  adorer  le  Christ  durant  trois 
cent  soixante  années6.  L'odium  obscurum  s'exerçait 
principalement  à  l'aide  de  formules  magiques  7,  de  Car- 
men, mot  qui  indiquait  les  paroles  du  formulaire  et  le 
charme  lui-même.  Ces  opérations  se  pratiquaient  la  nuit 
de  préférence  8.  Tout  ceci  n'était  pas  sans  analogie  avec 
les  pratiques  des  chrétiens  qui  se  réunissaient  la  nuit  et 
célébraient  leur  Christ  par  un  carmen9.  D'autres  traits 
complétaient  l'assimilation.  Apulée  ayant  été  accusé  en 
justice  de  maléfices,  disait  entre  autres  choses  dans  son 
apologie  :  «  Mes  accusateurs  devaient  imaginer  une  fable 
en  rapport  avec  les  choses  que  chacun  croit  et  connaît. 
Aussi,  pour  produire  un  de  ces  faits  qu'admet  l'opinion 
commune,  ils  me  font  opérer  des  charmes  sur  un  enfant. 
C'est  en  secret,  dans  un  lieu  écarté,  avec  un  petit  autel 
et  une  lampe  ;  peu  de  gens  assistent  à  la  scène  et,  dès  que 
l'enfant  est  enchanté,  il  tombe,  puis  se  relève  ayant  perdu 
toute  conscience  de  lui-même.  On  n'a  pas  osé  pousser 
plus  loin  le  mensonge.  Cependant,  pour  compléter  la 
Cable,  on  aurait  dû  ajouter  que  l'enfant  fait  mille  prédic- 
tions, car  la  divination  et  les  présages  sont,  on  le  sait, 
la  fin  de  ces  enchantements.  Ce  n'est  point  seulement 
l'opinion'  lu  vulgaire,  c'est  aussi  le  sentiment  des  hommes 
de  science  que  les  enfants  produisent  cette  merveille  10.  i> 
Saint  Cyprien  de  Carthage  employait  aussi  les  enfants 
prophètes  pour  connaître  les  révélations  surnaturelles  : 
«  Le  Seigneur,  écrit  saint  Cyprien,  dans  une  lettre  à  son 
clergé,  le  Seigneur  ne  cesse  de  nous  reprendre,  la  nuit 
et  le  jour.  A  côté  des  visions  que  nous  donne  le  som- 

122  sq.  ;  A.  Linsenmayer,  Die  Christenverfolgungen  im  rômi- 
schen  Reiche  und  die  moderne  Geschichtschreibung,  dans  Hist. 
pol.  Blàlter,  1901,  t.  cxxvn,  p.  237-255,  317-331:  C.  Callewaert, 
Les  premiers  chrétiens  furent-ils  persécutés  par  édits  géné- 
raux nu  par  mesures  de  police?  Observ.  sur  la  théorie  de 
Mommsen,  Rômisrhe  Staatsrecht,  in-8»,  Leipzig,  1877,  t.  II, 
p. 732  sq.;  Marquardt,  Romische  Staatsverwaltung ,  t.  III, 'p.  443 
t.  i,  col.  542.  Cf.  E.  Cuq,  loc.  cit.,  p.  124.  —  3Origène,  Contr. 
Cels.,  P.  G.,  t.  xi,  col.  662  sq.;  S.  Augustin,  Serm.,  xliii.  n.  5, 
P.  L.,  t.  xxxvin,  col.  256;  cf.  Lactance,  Inst.  div.,  1.  IV,  c.  xin, 
P.  L.,  t.  vi,  col.  482.  —  «Arnobe,  1.  I,  c.  xi.m,  P.  L.,  t.  v,  col.  773; 
Ps.-Clem,  hnmil.  vin,  9,  P.  G.,  t.  il,  col.  224;  Acta  S.  Pionii, 
n.  3.  Act.  SS.,  févr.,  t.  i  p.  45.  —  5Eusèbe,  In  Hieroclem,  c.  n, 
dans  Philostrate  P.  I..,i.  xxn,  col.  796  sq.  —  8  S.  Augustin,  De 
civit.  Dei,  1.  XVIII.  c.  un,  P.  L.,  t.  xli,  col.  616.  —  '  Lucain, 
Pharsale,  vi,  577;  Tacite,  Ann.,  1.  II,  c.  xxvin.  D'autres  moyens 
cependant,  voy.  Horace,  Sat.,  i,  8,  30;  Virgile,  Ed.,  vm,73;  Pline, 
Hist.  nat..  1.  XXV11I,  vm;  Juvénal,  vi,  10.  Sur  la  dira  impreca- 
tio,  dira  detestatio  :  Apulée,  Mag.,  26  ;  Pline,  Hist.  nat.,  1.  XXVIII, 
n:  Lucain,  vi,  443,  492;  vi,  617.  Voy.  le  mot  Adjuration.  — 
*  Apulée,  Mag.,  c.  m.  —  »  Pline,  Epist.,  x,  97.  —  ,0  Apulée, 
Apolog.,  éd.  d'Oudendorp,  in-4',  1786,  t.  Il,  p.  495-498.  Cf.  Le  Blant, 
Recherches  sur  Vaccusation  de  magie  dirigée  contre  les  premiers 
chrétiens,  dans  les  Mém.  de  la  Soc.  des  antiq.  de  France,  1869, 


meil,  en  plein  jour,  près  de  nous,  l'Esprit- Saint  inspire 
l'innocence;  des  enfants,  plongés  dans  l'extase,  voient, 
entendent  et  proclament  ce  que  Dieu  veut  nous  révéler 
et  nous  apprendre  *'.  »  La  destination  de  cette  encyclique 
épiscopale  nous  fait  voir  qu'on  ne  songeait  guère  à  cacher 
ces  pratiques;  le  caractère  de  l'homme  qui  en  faisait 
usage  écarte,  à  nos  yeux,  l'ombre  même  du  soupçon, 
mais  elles  n'en  tombaient  pas  moins,  sous  le  coup  des 
lois  de  l'Etat;  ce  que  les  païens  ne  pouvaient  manquer 
de  faire  remarquer.  Les  livres  saints,  dont  on  ne  gardait 
guère  le  secret,  plerique  casus  ad  extraneos  transfe- 
runt 12,  durent  être  pour  beaucoup  dans  le  jugement  irré- 
vérencieux que  les  païens  portaient  sur  Moïse  qu'on  met- 
tait en  compagnie  des  pires  imposteurs  13.  Bien  d'autres 
causes  aidaient  les  gentils  à  pénétrer  les  pratiques  des 
chrétiens  :  dénonciations  d'esclaves  u,  apostasies  ls,  ma- 
riages mixtes  16. 

Par-dessus  tout  planait  l'accusation  d'infanticide1"  qui 
était,  comme  on  l'a  vu,  une  des  pratiques  de  Vatinius 
pour  ses  charmes18  et  complétait  les  soupçons  de  pra- 
tiques magiques.  Par  une  étrange  rencontre,  il  se  trouva 
que  bien  d'autres  points  venaient  assimiler  les  rites  chré- 
tiens aux  pratiques  magiques  et  illégales.  On  reprochait  à 
Apulée  de  tenir  des  symboles  enfermés  dans  une  pièce 
d'étoffe'9  et  aussitôt  l'on  songe  à  la  réserve  eucharistique 
des  chrétiens  de  ce  temps.  Un  autre  reproche,  touchant 
les  sacrifices  nocturnes  -°,  rappelle  ces  mots  de  Tertullien  : 
«  Si  la  chrétienne,  épouse  d'un  gentil,  se  rend  aux  con- 
vocations nocturnes,  aux  veillées  de  la  Pâque,  son  mari 
le  souffrira-t-il  sans  s'émouvoir?  Si  elle  signe  son  lit  et 
son  corps,  si  elle  souffle  sur  quelque  esprit  immonde; 
si,  la  nuit,  elle  se  lève  pour  prier,  ne  croira-t-il  pas  à 
une  œuvre  magique?  non  magiee  aliquid  videbis  ope- 
rari.  Et  ce  qu'il  la  verra  goûter,  en  secret,  avant  chaque 
repas,  admettra-t-il  que  ce  ne  soit  que  du  pain?  ne  croi- 
ra-t-il pas  plutôt  à  quelque  philtre21?»  «  Les  chrétiens, 
ajoute  E.  Le  Blant,  avaient  d'autres  arcanes  soigneuse- 
ment cachés.  Tels  étaient  les  poissons  d'agate  que  l'on 
portait  au  cou  22,  le  nom  de  l'IXOYI  23,  les  interrogations 
mystérieuses  sur  le  sany,  la  chair,  du  Fils  de  l'homme, 
incomprises  même  des  catéchumènes  24.  Les  symboles 
que  cachait  Apulée  et  sur  lesquels  était  fondée  l'accusa- 
tion de  magie,  n'avaient  certes  rien  déplus  impénétrable, 
de  plus  suspect  pour  des  regards  ennemis  23.  »  Les  exor- 
cismes  étaient  en  ce  temps  permis  à  tous  les  chrétiens, 
même  aux  femmes  26,  et  on  trouve  dans  les  écrits  des 
Pères  la  preuve  de  cet  emploi  si  fréquent27.  C'était  un 
nouveau  trait  qui  pouvait  prêtera  de  lourdes  confusions. 
Lucain,  au  temps  de  ia  république,  Origène,  au  IIIe  siè- 
cle, parlent,  l'un  des  faiseurs  de  prodiges,  l'autre  des 
sorcières  thessaliennes  dont  le  souffle  opérait   des  en- 

t.  xxxi  ;  Les  actes  des  martyrs,  38,  in-4*,  Paris,  1882  ;  Les  per- 
sécuteurs et  les  martyrs,  c.  vu,  in-81,  Paris,  1893;  voy.  Tertullien 
Apolog.,  xxiii,  P.  L.,  t.  I,  col.  469;  Spartien,  In  Did.  Jutianum, 
vu.  —  <<  S.  Cyprien,  Epist.,  rx,  4,  P.  L.,  t.  iv,  col.  259.  —  )2  Ter- 
tullien, Apolog.,  xxxi,  P.  L.,  t.  i,  col.  449.  —  "Apulée,  Apolog., 
t.  il,  p.  580,  581.  —  "  Tertullien,  Apol.,  vu,  P.  L.,  t.  i,  col.  358.  — 
15  E.  Le  Blant,  Lesperséc.  et  les  martyrs,  c.  XII,  p.  143.  —  IS  Ter- 
tullien, Apol.,  vn,  P.  L.,  t.  I,  col.  358,  Ad  uxor.,  n,  8,  P.  1  ., 
t.  i,  col.  1413;  S.  Cyprien,  De  lapsis,  v,  P.  L.,  t.  iv,  col.  482.  — 
"Voy.  Epist.  eccl.  Lugd.  et  Vienn.,  dans  Eusèbe,  Hist.  eccl.,  V, 
i-iv,  P.  G.,  t.  xx,  col.  408-440  ;  Tertullien,  Apolog.,  vu,  P.  L.,  1. 1, 
col.  358.  —  "Juvénal,  vi.  551  :  Lucain,  vi,  554.  —  ,9  Apulée,  Apo- 
log., t.  Il,  p.  517.  —  !0  Ibid.,  p.  521.  —  !1  Tertullien,  Ad  uxorem,  il, 
4,  5,  P.  L.,  t.  I,  col.  1406, 1407.  —  -■  De  Rossi,  De  monum.  christ. 
;-/6ùv  exhib.,  p.  12.  —  "S.  Augustin,  De  civit.  Dei,  xvm,  23, 
P.  L.,  t.  xli,  col.  579,  etc.  —  S*S.  Augustin.  In  Johann.,  XI. 
3,  P.  L.,  t.  xxxv,  col.  1476.  —  "E.  Le  Blant,  loc.  cit.,  p.  82; 
note  5.  —  °s  Tertullien,  Ad  uxor.,  n,  5,  P.  L.,  t.  I,  col.  1407; 
Apolog.,  xxiii,  P.  L.,  t.  i,  col.  469;  De  idolol.,  xi,  P.  L.,  t.  i, 
col.  752.  —  "Irénée,  Adv.  tuer.,  1.  I,  c.  xm,  §  4,  P.  G.,  t.  vu, 
coi.  585;  Eusèbe,  Hist.  [eccl.,  VII,  x,  P.  G.,  t.  xx,  col.  657;  Pru- 
dence. Péri  Steph.,  x,  v.  920,  P.  L.,  t.  i.x,  col.  513;  Sulpice 
Sév.  io.  Dial.,  m,  8,  P.  L.,  t.  xx,  col,  216.  Cf.  du  Gange,  au  mot 
Exsufjlare. 


271 


ACCUSATIONS   CONTRE    LES   CHRÉTIENS 


272 


cliantement6  *.  Quelque  soin  que  les  chrétiens  dussent 
employer  à  mettre  en  garde  les  païens,  ils  devaient  sou- 
vent perdre  leur  peine.  Quand  ils  amenaient  aux  fidèles 
leurs  malades  atteints  du  morbus  sacer  2,  ils  étaient 
convaincus  que  l'œuvre  qui  allait  être  tentée  dépassait 
toute  puissance  humaine,  puisqu'il  s'agissait  de  violenter 
les  dieux;  aussi  les  chrétiens  ne  leur  apprenaient-ils 
rien  en  leur  disant  qu'ils  chassaient  Saturne,  Jupiter, 
Mercure3;  mais  lorsque  les  fidèles  disaient  que  ceux-ci 
n'étaient  pas  dieux,  ils  ajoutaient,  aux  jeux  de  leurs 
clients,  un  blasphème  à  un  sortilège  dont  le  secret  était 
réservé  aux  magiciens  4. 

La  prière  vers  l'Orient  et  la  célébration  du  dimanche, 
dies  solis,  fournissaient,  dit  Tertullien.  de  nouveaux  ar- 
guments à  leurs  adversaires,  qui  y  voyaient  la  preuve  de 
l'adoration  du  soleil 6,  trait  de  ressemblance  fortuit 
avec  d'illustres  magiciens,  Apollonius  6,  les  Brah- 
manes 7,  et  le  prophète  égyptien  dont  parle  Apulée  8. 
Les  monuments  chrétiens  venaient  confirmer  ces  erre- 
ments. Le  rapprochement  que  l'on  faisait  de  Jésus  atti- 
rant le  monde  à  sa  doctrine  et  d'Orphée  charmant  des 
bêtes  sauvages9  fournissait  un  trait  nouveau  à  l'histoire 
de  l'origine  égyptienne  de  la  puissance  magique  de  Jésus. 
Par  une  dernière  et  fâcheuse  rencontre,  il  arriva  que 
Moïse,  Jésus  et  saint  Pierre  étaient  souvent  représentés 
portant  à  la  main  le  propre  symbole  de  la  magie,  Tin- 


taient cette  représentation  '".  Enfin  le  volumen  de  la  Loi 
nouvelle  que  Jésus  donne  à  saint  Pierre,  et  quelquefois 


59.  —  Sarcophage  de  Luc  de  Béarn  représentant 

N.-S.  Jésus-Christ  ressuscitant  Lazare. 

D'après  une  photographie. 

strument  de  ses  opérations,  cette  célèbre  baguette  de 
Circé.  D'innombrables  monuments,  sarcophages  (fig.  59), 
fresques,  graffites,  épitaphes,  verres  dorés  (fig.  60),  por- 

1  Lucain,  Pharsale,  VI,  v.  491  et  522.  —  *  Tertullien,  Apolog., 
xxxvu,  P.  L.,  t.  i,  col.  523;  Ad  Scapul.,  iv,  P.  t.,  t.  r.  col.  781. 
—  ■' Minucius,  Octavius,  xxvu,  P.  L.,  t.  in,  col.  336;  Tertullien, 
Apolog.,  xxxiii,  P.  L.,  t.  i,  col.  510.  Cf.  Theophil.,  Ad  Autuhjc, 
n.  s,  P.  G.,  t.  VI,  col.  1060;  Sulpice  Sévère,  Dial.,  m,  6  sq., 
P.  /..,  t.  xx,  col.  215.  —  *Quintilien,  Déclamât.,  x,  7.  —  •Ter- 
tullien, Apolog.,  xvi,  P.  L.,  t.  i,  col.  419.  —  «  Philostr.,  Yita 
Apollonii,  n,  38;  vin,  13;  cf.  i,  31.  —  '  Ibid.,  n,  14,33.  —  «Apulée, 
Metam.,  n,  in-4",  1786,  t.  i,  p.  161.  —  "G.  Bottari,  Scult.  e  pitt. 
ttclla  lioma  solter. ,  in-ful.,  Roma,1737,pl.  lxiii,  1  xx\  in  ;  De  Rossi, 
Huma  sotterr.,  in-fol..  Borna,  1867,  t.  Il,  pi.  XVII ;  cf.  Le  Hl.mt, 
loc.  cit.,  p.  85.  —  ,0  Bosio,  Borna  sotter.,  in-fol.,  Roma,  1632, 
p.  57,  59,  81,  87,  359;  K.  Le  Blant,  ctudes  sur  les  sarcophages 


60.  —  Verre  doré  de  la  collection  du  Vatican  représentant 

saint  Pierre  frappant  le  rocher. 

D'après  une  photographie. 

à  saint  Paul,  dans  certains  monuments,  était,  au  dire  des 
païens,  le  livre  secret  des  incantations  de  la  secte  ". 

L'accusation  de  magie  sortait  bien  vite  du  domaine  des 
soupçons.  L'horreur  que  le  monde  antique  professait 
pour  cet  art  était  d'autant  plus  vive  qu'il  en  craignait 
plus  les  effets.  Une  telle  accusation  explique  ce  mot  de 
Tacite  que,  presque  à  l'heure  même  où  la  calomnie  se 
tourna  sur  eux,  les  chrétiens  étaient  tenus  pour  infâmes, 
per  flagitia  invisi.  On  retrouve  le  même  mot  chez  Pline, 
un  demi-siècle  plus  tard,  dans  la  lettre  par  laquelle  H 
demande  à  Trajan  si  les  chrétiens  doivent  être  punis  à 
cause  des  flagilia  inhserentia  nomini1*.  Cette  infamie 
résultait  donc  de  la  pratique  des  maléfices.  Nous  en  trou- 
vons un  autre  témoignage  dans  le  jugement  porté  par 
Suétone  sur  la  doctrine  des  chrétiens  persécutés  par  Né- 
ron :  c'est,  dit-il,  superstitio  nova  et  malefica  13.  Tout  le 
inonde  se  soulevait  contre  ces  magiciens,  et  les  chrétiens 
c'étaient  guère  pris  au  sérieux  lorsqu'ils  condam- 
naient comme  impiété  des  pratiques  analogues  à  celles 
qu'on  leur  voyait  employer.  «  Celse,  dit  Origène,  affirme 
que  les  chrétiens  empruntent  leur  pouvoir  au  nom  et  à 
l'invocation  de  certains  démons;  et  sans  doute,  il  a  ici 
en  vue  ceux  d'entre  nous  qui  conjurent  et  qui  chassent 
les  esprits  malins.  C'est  pure  calomnie  '*.  »  Tertullien 
ne  voulait  même  pas  entendre  parler  d'un  rapproche- 
ment 15.  Et  cependant  le  rapprochement  venait  de  lui- 
même  à  l'esprit,  lorsqu'on  lisait  ceci  dans  Lucien,  par 
exemple  :  «  Qn  amenait  des  possédés  à  un  magicien  sy- 
rien; ceux-ci  t'abordaient  tout  écumants;  il  faisait  parler 
le  démon,  lui  faisait  dire  son  origine,  comment  il  était 
entré  dans  le  corps  du  possédé;  puis,  au  moyen  d'adju- 
rations, il  contraignait  l'esprit  â  se  retirer16.  »  11  y  avait 

d'Arles,  in-fol.,  Paris..  1878,  p.  2,  22,  50;  Les  sarcophages  chré- 
tiens de  la  Gaule,  in-fc!.,  Paris,  1886,  p.  109;  B.  Garrucci,  Vetri, 
in-4-,  Roma,  1864,  pi.  n,  n.  10,  pi.  vin,  pi.  x,  n.  9;  Bottari,  Scutt. 
e  pitt.,  in-tol.,  Roma,  1737,  pi.  i.xxxv;  De  Rossi,  BuUett..  1865, 
p.  69.  —  "Garrucci.  Vetri,  2"  éd.,  p.  85;S(ori<i  deU'arle  enstia- 
na.  in-fol.,  Prato.  1873,  pi.  327.  328,  330;  De  Bossi,  Bull.,  1868, 
p.  39;  Mûnlz,  Mosaïques  de  l'Italie,  Bev.  archéol.,  1875,  p.  274, 
285;  Le  Blant,  Sarcoph.  de  ta  Gaule,  pi.  xn,  u,  lvi.  —  "  Pline, 
Çpist.,  x,  97.  —  '3 Suétone,  Nero,  16.  —  "Origène,  Cotirr.  Cels., 
1.  I,  p.  7,  P.  G.,  t.  XI,  col.  652.  —  "Tertullien.  Apolog.,  \xm, 
P.  L.,  t.  I,  col.  398;  S.  Irénée,  Adv.  hser.,  i,  23,  P.  G.,  t.  vu, 
col.  670;  cf.  S.  Justin,  Apol.,  H,  6,  P.  G.,  t.  VI,  Col.  453.  — 
'•Lucien,  Philopseud.,  xvi. 


273 


ACCUSATIONS   CONTRE   LES   CHRÉTIENS 


274 


bien  d'autres  cas  encore  '.  Ulpien  jugeait  qu'on  ne  de- 
vait aucun  salaire  à  ces  charlatans2. 

L'accusation  de  magie  n'épargne  personne;  elle  pro- 
voque un  redoublement  de  vigilance  à  l'égard  des  chré- 
tiens prisonniers  pour  la  foi 3.  On  s'explique  ainsi  pour- 
quoi le  seul  nom  de  chrétien  était  un  crime;  c'est  qu'il 
impliquait  la  pratique  de  la  magie  et  des  enchantements, 
non  pas  individuellement,  mais  par  la  secte  entière. 
Chrislianits  supposait  odium.  Nous  voyons  la  tendance 
en  ce  sens  dès  le  temps  de  Néron,  où  l'on  arrêta  les  fi- 
dèles sur  le  seul  titre  de  chrétien.  «  L'assimilation  aux 
incantatores,  dit  M.  Cuq,  a  dû  être  consacrée  par  des 
décrets  impériaux.  Pline  y  tait  allusion  lorsqu'il  dit 
qu'il  ne  sait  quel  parti  prendre  à  l'égard  des  chrétiens  : 
cognitionibus  de  christianis  nunquam  interfui  *.  Certes 
ces  décrets  n'avaient  pas  force  de  loi  générale,  mais  ils 
contribuèrent  à  former  la  jurisprudence  6.  »  Simples 
décisions  judiciaires  dépourvues  de  publicité,  elles  n'exis- 
taient pas  sous  forme  de  lois  ou  d'édits,  ce  qui  explique 
l'ignorance  de  Pline  à  leur  endroit. 

Ainsi,  à  y  regarder  de  très  près,  la  persécution  de  Né- 
ron fut  un  précédent  d'une  extrême  gravité  à  l'égard  de 
la  secte  chrétienne  qu'il  assimilait  à  une  association  in- 
fâme par  la  seule  accusation  de  magie.  M.  Cuq,  dont  on 
ne  peut  négliger  l'opinion  en  cette  matière,  estime  que 
l'imputation  dirigée  contre  les  chrétiens  était  une  mali 
carminis  incantatio  6.  Une  telle  accusation  ne  pouvait 
être  expiée  que  par  la  mort  7.  C'était  la  pénalité  pro- 
noncée par  les  Douze  Tables  :  Quei  malum  carmen 
incantasit  *,  et  sur  ce  point  la  législation  ne  s'adoucit 
pas  :  Semper  Romani  magica  damnarunt,  dit  Servius8; 
on  retrouve  des  témoignages  pendant  toute  la  iarec  des 
règnes  des  empereurs  païens10.  La  mort  des  magiciens 
constituait  un  véritable  piaculum  ;  elle  pouvait  être  de 
deux  sortes,  d'après  la  nature  de  l'accusation  intentée 
contre  les  chrétiens  :  on  tranchait  la  tète  à  ceux  qui 
étaient  convaincus  d'avoir  pris  part  à  des  réunions  noc- 
turnes11; les  incendiaires  étaient  brûlés12.  «  Les  com- 
plices des  magiciens,  dit  Paul,  sont  livrés  aux  bêtes  ou 
crucifiés,  les  magiciens  sont  brûlés  vifs13.  »  Ces  trois 
supplices,  le  feu,  la  croix,  les  bêtes,  sont  précisément 
ceux  que  Néron  ou  le  sénat  appliquèrent  pour  crime 
d'odium  humani  generis,  qui  avait  entraîné,  disait-on, 
l'incendie  de  la  ville.  L'application  du  jugement  pro- 
noncé était  donc  en  soi  légale;  mais  Néron,  si  les  be- 
soins de  sa  politique  ne  l'avaient  pas  jeté  dans  le  sen- 
timent opposé,  aurait  pu  se  montrer  clément  à  l'égard 
des  condamnés,  parce  que  l'affaire  avait  été  jugée  extra 
ordinemli  :  Hodie  hcet  ei  qui  extra  ordineni  de  cri- 
mine  cognoscit,  dit  Ulpien,  quant  vult  sententiam  fer- 

1  Origène,  Contr.  Cels.,  1.  I,  c.  VI,  P.  G.,  t.  xi,  col.  665;  cf. 
Hippocrate,  De  morbo  sacro,  éd.  Kulin,  t.  i,  p.  588;  Plutarque, 
Sym-pos.,  v;  Irénée,  Adv.  hmr.,  i,  23,  P.  G.,  t.  vu,  col.  670;  Jus- 
tin, Apolog.,  H,  6,  P.  G.,  t.  vi,  col.  453;  Dial.  cum  Tryph.,i.xxxv, 
P.  G.,  t.  VI,  col.  676;  FI.  Joséphe,  Ant.jud.,  VIII,  II.  —  -  Digest., 
De  extr.  cognit.,  I.,  xm,  1,  3.  —  3Passio  S.  Perpetuse,  xvi 
dans  Ruina;!,  Acta  sincera  in-4",  Parisiis,  1689,  p.  93  ;  Acta  dis- 
put.  Achatii.  5,  ibid.,  p.  142  ;  Passio  S.  Tarachi,  vu,  ibid.,  p.  473 
sq.  ;  Passio  S.  Didymi,  v,  ibid.,  p.  430.  Cf.  Passio  S.  Lucise,  dans 
Surius,  13  déc.  ;  S.  Ainbroise,  Serin.,  xlviii,  sur  S"  Agnès,  P.  L., 
t.  xvii,  col.  725;  Suidas,  v  Xçu«ÏOvo;  ;  Passio  S.  Sebast.,  82,  dans 
Acta  sanct.,  20  janv.  —  *Cf.  E.  Cuq,  Le  conseil  des  empereurs 
d'Auguste  à  Dioctétien,  p.  325-327.  —  B  E.  Cuq,  De  la  nature 
des  crimes  imputés  aux  chrétiens  d'après  Tacite,  dans  Mél.  de 
l'Èc.  (r.  de  Rome,  1886,  p.  129.  —  •  Ibid.,  p.  130.  -  >  Cicéron,  De 
leg.,  I,  14:  Philip.,  xi,  12;  Horace,  Od.,  i,  28,  30-34.  —  »  Tab., 
vin,  25;  cf.  Pline,  Hist.  nat.,  XXVIII,  iv;  Apulée,  Apolog.,  éd 
dOudendorp,  t.  n,  p.  504;  S.  Augustin,  Decivit.  Dei,  vu,  19,  P.  h.t 
t.  X.LI,  col.  209.  —  »  A  d  Mneid.,  I  v,  497.  —  '•  Dion  Cass.,  XLIX,  xlhi  ; 
LVII,  xv  ;LXVI,  ix  ;  Tacite,  Annal.,  II, m;  Suétone,  Viiell.,xiv; 
Cod.  greyorian.,  xrx,  4.  —  "  Tite-Live,  x,  1;  Cicéron,  Calil.,  i, 
11.  —  ,s  V,  xxiii,  Digest.,  1.  XLVII,  tit.  IX,  9.  —  "  Paul,  Sentent., 
17,  cf.  Lucius  sive  asinus,  liv.  —  "Tacite,  Annal., XIV,  xlviii; 
Suétone,  Claud.,  14.  —  <»  Ulpien,  Digest.,  1.  XLVIII,  tit.  xrx. 
13.  —  ,0  Passio  S.  Perpetux,  xvi  dans  Ruinart,  Acta  sincera, 


re,  vel  graviorem  vel  leviorem,  ita  tamen  ut  inulroque 
modo  rationem  non  excédai 15. 

L'accusalion  de  magie  reparaît  très  fréquemment  dans 
les  documents  anciens,  et  surtout  dans  les  actes  des 
martyrs.  On  s'attendait,  en  vertu  de  quelque  charme 
mystérieux,  à  voir  les  prisonniers  disparaître  soudain  16, 
ou  bien  on  expliquait  par  quelque  pratique  magique 
la  joie  des  uns  17,  l'impassibilité  des  autres  18;  on 
prenait  à  ce  sujet  des  précautions  naïves  ou  repous- 
santes 19. 

Par  une  simple  application  du  droit  commun  on  éten- 
dit aux  livres  des  chrétiens,  et  sous  la  même  inculpa- 
tion, la  peine  qui  frappait  les  «  frères  ».  Nous  avons  dit 
que  les  écrits  en  vogue  parmi  eux  ne  témoignaient  pas 
toujours  de  la  bienveillance  à  l'égard  du  pouvoir,  et  cela 
put  aider  à  attirer  l'attention  de  la  police  impériale; 
mais  d'autres  raisons  mettaient  l'autorité  en  éveil  à 
l'égard  des  formules  en  usage  dans  la  secte.  Le  respect 
que  l'on  y  témoignait  aux  écritures  sacrées  intriguait  les 
persécuteurs20.  Vers  le  milieu  du  ne  siècle  le  bruit 
courait  que  les  prêtres  des  chrétiens  faisaient  usage 
d'écrits  magiques21.  Or  ces  sortes  d'ouvrages  devaient 
être  brûlés.  C'était  le  traitement  qu'on  avait  fait  subir 
aux  livres  sibyllins22,  à  d'autres  encore  23  ;  Ulpien  et 
Paul  disaient  à  ce  sujet:  «  Il  n'est  point  permis  de  pos- 
séder des  ouvrages  dont  la  lecture  est  réprouvée,  les 
livres  de  magie,  ou  autres  de  même  sorte.  Qu'ils  soient 
immédiatement  anéantis  24.  »  Peut-être  cette  imagination 
inspira-l-elle  l'active  recherche  des  livres  des  chrétiens 
pendant  la  dernière  persécution. 

Nous  n'entrons  pas  dans  le  récit  des  épisodes  provo- 
ques aux  époques  postérieures  par  l'accusation  dejmagie, 
car  si  elle  reste  l'occasion  d'un  grand  nombre  de  pro- 
cès 25  et  de  violences,  elle  a  cessé  d'être  une  des  bases 
de  la  jurisprudence  à  l'égard  des  chrétiens. 

IV.  Les  vices  infâmes  et  l'infanticide.  —  Il  y  a  peu 
de  choses  à  dire  sur  l'accusation  de  débauche  infâme 
par  laquelle  on  chercha  à  souiller  les  chrétiens.  Ici  en- 
core quelques  circonstances  mal  connues,  plus  mal  in- 
terprétées, expliquaient,  dans  une  certaine  mesure,  les 
soupçons.  Tout,  il  faut  le  dire  hautement,  se  réduisait 
à  un  certain  air  mystérieux  que  le  gros  des  gens  ne 
comprend  guère  et  qu'il  condamne  brutalement,  parce 
que  le  mystère  qu'on  lui  tient  caché,  l'offusque.  Ce  genre 
d'attaques  s'expliquait  encore  par  la  contusion  qui  ne  pou- 
vait manquer  de  s'établir  dans  l'esprit  des  païens  entre 
les  pratiques  corrompues  des  sectes  et  celles  des  chré- 
tiens restés  fidèles.  Enfin,  des  aveux  formels,  suivis  par- 
fois il  est  vrai  de  rétractations,  des  dénonciations  d'es- 
claves firent  tomber  sur  les  chrétiens  l'odieuse  réputation 

in-4%  Paris,  1689,  p.  93.  —  "  Acta  SS.  Ptolemmi,  Romani,  3, 
dans  Act.  sanct.,  23  août;  cf.  Le  Blant,  De  l'ancienne  croyance 
à  des  moyens  secrets  de  défier  la  torture,  dans  les  Mém.  de 
l'Acad.  des  inscr.,  t.  xxxiv  a,  p.  289.  —  ,8  Vita  SS.  Epictett 
et  Astionis,  c.  xiv,  Acta  sanct.,  8  juill.  —  ,9Cf.  Le  Blant,  Les 
actes  des  martyrs,  supplément  aux  Acta  sincera,  38,  p.  103, 
104;  Hyvernat,  Les  actes  des  martyrs  d'Egypte,  t.  I,  p.  59;  Le 
Blant,  Notes  d'archéologie  sur  la  chevelure  féminine,  dans  les 
Comptes  rendus  de  l'Acad.  des  inscr.,  1888,  p.  419-425.  — 
°"  Acta  procons.  mart.  Scillit.,  3,  dans  Ruinart,  Acta  sincera, 
in-4%  Parisiis,  1689,  p.  80.  —  21  Origène,  Contr.  Cels.,  1.  VI,  P.  G., 
t.  XI,  col.  1358.  —  S2  Tite-Live,  XL,  xxtx  ;  Varron,  dans  S.  Augustin, 
De  civitate  Dei,  vu,  34,  P.  L.,  t.  xu,  col.  222.  —  "  Tite-Live,  //«- 
torise,  1.  XXXIX,  c.  xvi;  Suétone,  In  August.,  xxxi.  —  -*  Paul, 
Sentent.,  V,  xxm,  18.  —  "Victor  de  Vite,  De  persecutione  van- 
dalica,  1.  II,  c.  xvn,  P.  L.,  t.  lvih,  col.  210;  Sozomène,  Hist.  eccl., 
1.  II,  c.  ix,  xi,  P.  G.,t.  lxvii.  col.  955  sq.,962;  Elysée  Vartabed, 
Soulèvement  de  l'Arménie  chrétienne,  trad.  de  Grégoire  Kabaragy 
Garabed,  p.  47,  150;  cf.  F.  Nève,  dans  VUniverstté  catholique, 
1845,  t.  xx,  p.  389-397,  479-491  ;  Vita  S.  Augustini  episcopi  Can- 
tuariensis,  xvi,  dans  Acta  sanct.  O.  S.  B.,  in-fol.,  Parisiis, 
1668,  t  I,  p.  510  ;  Le  Blant,  Les  persécuteurs  et  les  martyrs, 
c.  xxvii,  et  Les  actes  des  martyrs,  38,  p.  108  sq.  Cl.  A.  de 
Backer  et  Sommervogel,  Bibliothèque  des  écrivains  de  la  Com- 
pagnie de  Jéeus,  in-4%  Paris,  1B90,  au  mot  Spee  {Frédéric  von). 


1/0 


ACCUSATIONS   CONTRE   LES   CHRÉTIENS 


;76 


à  laquelle  bien  peu  de  créations  religieuses  ont  échappé  '. 
Dans  cet  amas  d'immondices,  une  seule  accusation  nous 
semble  présenter  un  solide  intérêt  liturgique.  On  lit 
dans  Minucius  Félix  cette  objection  de  Cecilius  :  Alii  eos 
ferunt  ipsius  Antislitis  ac  Sacerdolis  colère  genitalia, 
et  quasi  parentis  sui  adorare  naturam  2.  Il  y  a  ici  un 
très  antique  témoignage  d'un  rite  de  l'exomologèse  au 
cours  df  laquelle  le  pénitent  venait  s'agenouiller  devant 
celui  qui  présidait  l'assemblée.  Mamachi  cite  parmi  les 
collections  du  Vatican  une  pierre  gravée  représentant 
un  coq  qui,  à  la  place  du  bec,  a  un  phallus  avec  cette 
légende  sacrilège  :  2G0THP  KOZMOY. 

Les  plus  connues  parmi  les  calomnies  portées  contre 
les  chrétiens  sont  celles  que  Minucius  Félix  nous  a  con- 
servées dans  VOctavius  :  —  1°  Le  festin  de  Thyeste.  —  Le 
récit  qu'on  fait  des  initiations  des  chrétiens,  dit  le  païen 
Cecilius,  est  aussi  horrible  que  véridique.  On  présente 
un  enfant  couvert  de  pâte  à  celui  qui  doit  être  initié, 
afin  de  lui  cacher  le  meurtre  qu'il  va  commettre,  et  le 
novice,  trompé  par  cette  imposture,  frappe  l'enfant  de 
plusieurs  coups  de  couteau  :  le  sang  ruisselle,  les  initiés 
le  lèchent  avec  avidité  et  se  partagent  ensuiteles  membres 
palpitants  de  la  victime  3.  —  2°  L'inceste  d'Œdipe.  —  Ne 
savons-nous  pas,  dit  encore  le  païen  Cecilius,  ce  qui  se 
passe  à  leurs  festins  (des  chrétiens)?  Tous  nos  auteurs 
en  font  mention...:  dans  un  jour  solennel,  tous  se  rendent 
au  banquet  avec  leurs  enfants,  leurs  femmes  et  leurs 
sœurs;  là,  après  un  long  repas,  lorsque  les  vins  dont  ils 
se  sont  enivrés  commencent  à  exciter  en  eux  les  feux 
de  la  débauche,  ils  attachent  un  chien  au  candélabre  et 
le  provoquent  à  courir  sur  un  morceau  de  viande  qu'on 
lui  jette  à  une  certaine  distance,  les  flambeaux  renversés 
s'éteignent;  alors,  débarrassés  d'une  lumière  importune, 
ils  s'unissent  au  hasard,  au  milieu  des  ténèbres,  par 
d'horribles  embrassements  et  deviennent  tous  inces- 
tueux, au  moins  de  volonté,  s'ils  ne  le  sont  en  effet, 
puisque  tout  ce  qui  peut  arriver  dans  l'action  de  cha- 
cun entre  dans  les  désirs  de  tous4. 

V.  La  lèse-majesté  et  l'athéisme.  —  Cette  accusation 
est  plus  fondée,  en  apparence. 

A  Rome,  l'État  ou  la  chose  publique,  respublica,  était 
un  être  réel  et  vivant,  constant  et  éternel.  C'était  l'idée 
que  l'on  s'en  faisait  et  que  l'on  devait  s'en  faire.  Tout 
était  sous  la  surveillance  de  l'État,  la  religion,  la  vie 
privée,  même  la  morale.  Contre  l'État,  l'individu  perdait 
ses  droits  individuels  3.  Cela  entraînait  à  des  violences 

1  Renan,  Marc  Auréle,  in-8-,  Paris,  -1882,  p.  304.  Cf.  Tertullien, 
Apolog.,Vu,\m,P.  L.,  1. 1,  col.  358, 363;  Minuc.  Félix.,  vm,  ix,  P.  L., 
t.  m,  col.  2GG,  270.  Voyez  les  actes  de  saint  Épipode,  de  saint 
Pollion,  la  lettre  des  Églises  de  Lyon  et  de  Vienne;  Ch.  Worm, 
De  veris  caussis  cur  delectatos  humanis  carnibus  et promiscuo 
concubitu  christianos  calumniati  sint  Ethnici,  dans  Martini, 
Tltesaurus  dissertationum ,  in-8',  s.  1.,  1763,  t.  H  b.  —  !  Cf.  Ma- 
machi, toc.  cit.  (éd.  Matranga),  t.  I,  p.  135;  Lucien.  De  morte 
Peregrini,  1615.  p.  994.  —  3  Minucius  Félix,  Octavius,  c.  ix, 
P.  L.,  t.  m,  col.  272.  Cf.  Justin,  Dial.  cum  Tryph.,  x,  P.  G., 
t.  vi,  col.  '(96;  Apol.,  I,  II,  passim,  P.  G  ,  i.  VI,  col.  328  sq.,  441 
sq.;  Athénagore,  Légat.,  n.  m,  P.  G.,  t.  vi,  col.  896;  Théoph. 
d'Antioche,  Ad  Autolic,  1.  III,  c.  IV,  P.  G.,  t.  vt,  col.  1125;  et  la 
lettre  des  Églises  de  Lyon  et  de  Vienne  dans  Eusébe,  Hist.  ceci., 
1.  V,  c.  i,  P.  G.,  t.  xx,  cul.  408.  La  réplique  d'Octavius  est  impor- 
tante pour  l'histoire  morale  dans  l'antiquité,  mais  principalement 
pour  la  persistance  de  la  tradition  judaïque  :  «  Nous  sommes  si 
éloignés  de  verser  le  sang  humain,  dit-il,  que  nous  nous  abstenons 
même  du  sang  des  animaux  dont  la  chair  nous  sert  d'aliment.  » 
Voy.  Act.,  XV,  20.  —  'Minucius  Félix,  toc.  cit.  —  s  Cia  ron,  De 
legibus,  m,  3  :  Salu*  populi  suprerna  lex  esto.  La  mémo  chose 
ailleurs  :  Caiphas  consilium  dederat  Iudayis  :  Quia  eoepedit 
unum  hominem  mori  pro  populo.  Joa.,  XVIII,  14.  —  eC>.  Wil- 
nianns,  Eccempla  inscriptionum  latinarum,  in-S*,  Berlin,  1873, 
n.  64,  644,  922,  923,  935,  938,  943,  952,  9S7,  1073,  1377.  Voy. 
Acta  Arvalium  dans  Wilmanns,  loc.  cit.,  t.  Il,  p.  289.  — 
1  Spartien,  Adrianus,  4,  8;  Julius  Capitolinus,  Albinus,  12;  Tre- 
bellius,  Valerianus,  6;  Vopiscus,  Aurelianus,  9,  13;  Treb.  Pol- 
lion, Ctaudius,  7,  14;  Ammien  Marceliin,  xv,  8;  Henzen,  In- 
script, antiquar.  amjitiss.  collect..  in-8",  Turiei,  1856,  n.  6501; 


de  toute  sorte,  à  des  crimes  sans  nombre:  mais  ces  bru- 
talités de  l'État  étaient  une  partie  de  sa  foi  ce.  Une  autre 
partie  résidait  dans  la  notion  de  l'État  impersonnel,  no- 
tion qui  se  maintint  au  temps  de  l'empire.  Par-dessus 
l'empereur  despote  éclate  le  sigle  national  S.  P.  Q.  R., 
senalus  populusque  romanus  6,  et  plus  haut  encore 
plane  la  respublica,  l'État. 

Les  empereurs  n'y  mettent  aucun  obstacle.  Trajan, 
Adrien,  Septime-Sévère,  Valérien,  Constance  font  une 
mention  fréquente  de  la  république  7  et  se  considèrent 
volontiers  comme  ses  mandataires  8.  Cela  tient  à  ce  que 
la  délégation,  de  quelque  nom  qu'on  appelle  le  régime 
qui  l'exerce,  n'est,  comme  le  dit  Cicéron,  qu'une  des 
formes  de  la  république  9.  Une  pratique  de  sept  siècles 
avait  recommandé  un  système  qui  fonctionnait  si  dou- 
cement et  si  régulièrement,  depuis  le  temps  des  rois 
jusqu'à  l'époque  des  Césars  10.  La  même  délégation  en 
vertu  de  laquelle  les  rois  et.  les  consuls  gouvernaient, 
régla  l'exercice  de  l'autorité  des  empereurs.  C'était  un 
axiome  des  jurisconsultes  de  l'époque  impériale  que  :  «.  Si 
l'empereur  peut  tout,  c'est  parce  que  le  peuple  lui  con- 
fère et  met  en  lui  toute  sa  puissance",  et  parmi  tant  de 
serviles  concessions  celle  qui  eût  dépouillé  la  République 
romaine  ne  fut  jamais  réclamée,  jamais  offerte.  Comme 
au  temps  des  rois'6  et  au  temps  des  consuls13,  la  même 
lex  regia  de  imperio  renouvelle  à  chaque  nouveau  prince 
la  délégation14,  mais  ce  n'était  plus  qu'une  cérémonie 
de  pure  forme.  L'empire  ne  fut  pas  considéré  comme 
héréditaire,  au  moins  dans  les  trois  premiers  siècles15. 
Chaque  prince  reconnut  qu'il  devait  l'empire  à  la  délé- 
gation que  le  sénat  lui  en  avait  faite  16.  Ce  point  de  droit 
était  incontesté  '".  v 

L'acte  de  délégation  consommé,  le  pouvoir  venait  aux 
mains  du  roi,  du  consul  ou  de  l'empereur,  absolu,  presque 
sans  limites;  c'était  ce  pouvoir  que  l'on  appelait  impe- 
rium.  Quand  l'empire  fut  fait,  il  n'eut  qu'à  recueillir 
les  bénéfices  d'un  droit  politique  que  créaient  les  textes 
et  les  précédents.  L'empereur  hérita  de  tout  l'arbitraire, 
de  toute  la  puissance,  de  toute  la  force.  Il  était  chef  de 
l'administration,  de  l'armée,  de  la  religion,  c'est-à-dire 
des  sources  delà  discipline  romaine.  Il  présidait  le  sénat, 
réglait  le  rang  social  et  la  capitation  de  chacun  :  tout 
cela  sans  appel  et  sans  recours.  Il  était  source  de  la  jus- 
tice, source  de  la  législation.  11  était  divin,  et  l'aigle  qui 
s'envolait  de  son  bûcher  ttinèbre  l'emportait,  de  plein 
droit,  parmi  les  dieux  18.  Ainsi  «  il  n'y  eut  jamais  en  Eu- 

Orelli,  Inscript,  latinar.  ampliss.  collectio,  in-8\  Turiei,  1828, 
n.  5192.  Voyez  aussi  le  nom  de  la  république  dans  les  textes 
législatifs  :  Ulpien,  Digest.,  L,  xv,  1;  IV,  VI,  5;  XXVIII,  I, 
18.  Cf.  Fustel  de  Coulanges,  loc.  cit.,  t.  i,  p.  149  sq.  Comparez 
l'exergue  des  monnaies  en  France  en  1805.  En  face  :  Napoléon, 
empereur;  au  revers  :  République  française.  —  *  Pro  bono  rei- 
publicx  natus,  Mommsen,  Inscript,  helveticx,  in-fol.,  Turiei, 
1854,  n.  312,  315,  316,  317,  etc.:  Mamertin,  Paneg.  Ma.rimi, 
c.  m.  —  »  De  Republica,  I,  26.  —  '"Cicéron,  Ad  familiares,  I,  9, 
25;  In  Rullum,  II,  H,  12;  De  Republica,  II,  13,  17,  21;  Tite- 
Live,  vi,  41,  42;  IX,  38,  39;  XXVI,  2;  XXVII,  22;  Denys  dHalicar- 
nasse,  IX,  41,  X,  4;  Tacite,  Annales,  VI,  xxn.  —  "  Gaius,  Insti- 
tutes,  I,  5;  Ulpien,  Digest.,  I,  iv,  6.  —  ll  Cicéron,  De  Repu- 
blica, n,  13,17,  21.  —  l3  Cicéron,  Ad  familiares,  i,  9,  25.  — 
«Ulpien,  Digest.,  I,  V,  6;  Corp.  inscr.  lat..  t.  vi.  n.  930; 
Wilmanns,  n.  917;  Orelli,  loc.  cit.,  t.  i,  p.  567;  Fustel  de  Cou- 
langes,  loc.  cit.,  t.  I,  p.  154,  note  2.  —  ,5A*eg«e  enim  hic,  ut 
gruiibus  qux  regnantur.  cota  dominorwn  domvs,  Tacite. 
Hist.,  i,  16.  —  ,6  Tacite,  Hist. ,  IV,  3;  Dion  Cassius,  I.XIII,  xxix  ; 
LXIV,  viii;LXVI,i;LXXIII,  xii-xm:  Lam|  ride,  Vie  d'Alexandre 
Sévère,  6-8 ;  Jules  Caprtolin,  Yerus.  3.  —  ,:  Fustel  de  Coulanges. 
loc.  cit.,  p.  154  sq.  Voyez  Laoour-GayeV  Antonin  le  Pieu.r  et 
son  temps,  in  -S-,  Paris,  1888,  c.  Il,  tout  entier,  sur  l'équilibre 
politique.  —  "  Voyez  l'exposé  des  droits  de  l'empereur  dans 
Fustel  de  Coulanges.  loc.  cit.,  p.  157  sq.  Pour  le  culte  des 
empereurs  morts  :  Claude,  Orelli.  toc.  cit..  n.  65,  3651;  Vespa- 
sien,  ibid.,  n.  3853,  Trajan,  n.  65,  3898 ;  Adrien,  n.  3805  ;  Septime- 
Sévère,  n,  2204;  Commode;  Henzen,  loc.  cit.,  n.  6062:  cf.  aussi 
n.  3135,  5580.  Pour  Antonin  et  Marc,  voy.  Joies  Capitoiin.  Pius, 
13,  Marcus,  18. 


277 


ACCUSATIONS   CONTRE   LES   CHRETIENS 


278 


rope  de  monarchie  plus  omnipotente  que  celle  qui  hérita 
de  l'omnipotence  de  la  République.  On  ne  connut  pas 
plus  de  limites  à  la  puissance  effective  du  prince  qu'on 
n  en  avait  connu  à  la  souveraineté  théorique  du  peuple. 
Il  ne  fut  pas  nécessaire  d'alléguer  aux  hommes  un  pré- 
tendu droit  divin.  La  conception  du  droit  populaire, 
pousséfi  à  ses  dernières  conséquences  par  le  génie  autori- 
taire ae  Rome,  suffit  à  constituer  la  monarchie  absolue  ». 
Très  habilement,  les  princes  lièrent  leur  destinée  à  celle 
de  l'État  par  lequel  ils  étaient  et  pour  lequel  ils  voulaient 
être,  au  moins  le  disaient-ils.  En  l'an  12  avant  Jésus- 
Christ,  Auguste  prit  le  titre  de  souverain  pontife,  et  con- 
sacra dans  la  maison  du  Palatin  un  nouveau  sanctuaire 
à  Vesta  '.  Dès  lors,  à  l'origine  même  du  pouvoir  nouveau, 
on  confondit  le  foyer  domestique  du  prince  avec  le  feu 
de  la  République,  image  de  la  perpétuité  de  l'État2. 

Il  n'y  eut  en  cela  ni  substitution,  ni  fiction  :  comme 
les  dernières  grandes  conquêtes  étaient  ou  peu  s'en  faut 
contemporaines  de  l'empire,  les  provinces  initiées  sou- 
dain, après  de  longs  déchirements  intérieurs,  au  doux 
régime  de  la  paix  romaine,  adoptèrent  avec  empressement 
toute  la  civilisation  romaine,  un  peu  au  hasard,  sans 
discernement  de  ce  qui  leur  convenait  et  de  ce  qu'il  fal- 
lait refuser3.  L'Asie,  la  Gaule,  l'Espagne  ne  se  condui- 
sirent pas  autrement.  Parmi  tous  les  présents  qu'on 
leur  envoyait  elles  trouvèrent  le  culte  de  l'empereur,  et 
elles  ne  furent  pas  des  moins  ferventes  à  le  pratiquer. 
En  Asie  Mineure,  le  culte  d'Auguste  et  de  Livie  était 
la  religion  dominante  *.  Ce  culte,  répandu  dans  tout 
l'empire,  sauf  à  Rome,  avait  commencé  en  Espagne, 
à  Tarragone5,  où  l'on  trouve  aussi  le  premier  temple 

•Mommsen,  Corp.  insc.  lat.,  in-fol.,  Berolini,  1893,  t.  i  a, 
p.  317;  Comment,  diurni,  28  avril.  —  *  G.  Wissowa,  dans 
l'Hermès,  1887,  t.  xxn,  p.  44;  Die  Sxcularfeier  des  Augu- 
stus,  in-8°,  Marburgi,1894,p.  9:  cf  Franz  Cumont,  L'éternité  des 
empereurs  romains,  dans  la  Bévue  d'histoire  et  de  littérature 
religieuses,  1896, 1. 1,  p.  436,  et  le  livre  classique  sur  cette  question; 
E.  Beurlier,  Le  culte  impérial,  son  histoire  et  son  organisation 
depuis  Auguste  jusqu'à  Justinien,  in-8%  Paris,  1891,  p.  1-263, 
pour  tout  ce  qui  a  trait  au  paganisme.  —  3  Fustel  de  Coulanges,  loc. 
cit.,  1.  I,  c.  vu.  Josèphe,  Ant.jud.,  XIV,  x,  22-23;  Strabon,  XVII, 
ni,  24;  Tacite,  Ann.,  IV,  lv.  —  *J.  Eckhel,  Doctr.  numm.  vet., 
in-4%  Vindobonae,  1792,  t.  VI,  p.  101  ;  Tacite,  Annal.,  IV,  xxxvn, 
55-56  ;  VI,  xv  ;  Dion  Cassius,  LI,  XX  ;  Corp.  inscr.  gr.,  t.  II,  n.  2G96, 
2943,  3524;  t.  m,  3990,  4016,  4017,  4031,  4238,  4240  d,  4247,  4266, 
4363, 4379  c,  e,  f,  h,  i,  k,  ;  Le  Bas.,  Inscr.  gr.  et  lat.,  in-8%  Paris, 
1837,  t.  m,  n.  621,  627,  857-859,1611;  Waddington,  Explic.  des 
inscr.  de  Le  Bas,  p.  207-208,  238-239,  376  ;  Perrot,  De  Galatia  prov. 
rom.,  p.  129, 150  sq.  ;  Exploration  archéologique  de  la  Galatie  et 
de  la  Bithynie,  exécutée  en  i86i,  in-fol.,  Paris,  p.  31-32, 124  ;  Corp, 
inscr.  atticarum,  t.  ni,  n.  63,  253;Boeckh,  Corp.  inscr.  grsec, 
t.  n,  n.  2741,  3415,  3461,  3494;  t.  m,  n.  4039;  Waddington,  loc.  cit., 
n.  1 266.  —  »  Tacite,  Ann.,  I,  lxxviii  ;  Quintilien,  Jnst .  orat.,  vi,  3, 77  ; 
Marquardt,  Romische  Staatsverwaltung,  in-8*,  Leipzig,  1876, 1. 1, 
p.  258;  E.  Beurlier,  Le  culte  impérial,  1891,  p.  18,  n.  5.  Voyez  en- 
core Corp.  inscr.  lat.,  t.  H,  n.  2221,  2224,  2334,  3395,  etc.  Voyez 
aussi  n.  2105,  et  encore  n.  160,  397,  473,  2244,  3329,  4191,  4199,  4205, 
4239,  4250.  —  •  H.  Cohen,  Monnaies,  in-8%  Paris,  1880  :  Octave 
Auguste,  n.  727;  Tibère,  n.  166;  à  Emerita,  Auguste,  n.  585-586; 
Tibère,  n.  78-80.  —  '  De  Boissieu,  Inscriptions  antiques  de  Lyon, 
in-4%  Lyon,  1854,  p.  467;  A.  de  Barthélémy,  Les  assemblées 
nationales  dans  les  Gaules,  dans  la  Revue  des  quest.  hist.,  juillet, 
1868,  p.  14,  22  ;  Ed.  Beaudoin,  Le  culte  des  empereurs  dans  les 
cités  de  la  Gaule  narbonnaise,  in-8-,  Paris,  1891  ;  Tite-Live, 
Epitome,  137  ;  Suétone,  Clauae.  2  ;  Dion  Cassius,  LIV,  xxxil  ;  Orelli, 
loc.  cit.,  n.  1435, 1667  ;  Auguste,  n.  3796  ;  Tibère,  n.  699;  Caligula, 
753;  Vespasien,  Henzen,  loc.  cit.,  n.  7421;  Domitien,  Orelli,  loc. 
cit.,  n.  789;  Trajan,  n.  1718:  Antonin,  cf.  n.  204,  277,  401,  608, 
«05,  1989,  2389,  2489,  5208;  Jullian,  Inscrip.  de  Bordeaux,  in-4', 
Bordeaux,  1887,  t.  i,  n.  1  ;  Lebègue,  Épigraphie  de  Narbonne, 
in-4%  Narbonne,  1887,  p.  117;  Orelli,  loc.  cit.,  n.  2489;  Wilmanns, 
Exempta,  n.  104.  Pour  le  flamen  local,  voy.  Henzen,  loc.  cit., 
n.  5997  ;  Corp.  inscr.  lat.,  t.  xu,  n.  3180,  3207 ;  cf.  p.  382,  n.  6931  ; 
Mommsen,  Inscr.  Helveticx,  n.  3,  118,  119,  142;  Grèce  :  Foucart, 
Inscript,  de  Laconie,  n.  176,  179,  244;  Egypte,  Philo,  Legatio, 
22;  Afrique  :  L.  Renier,  Inscr.  de  l'Algérie,  in-fol.,  Paris,  1855  ( 
n.  3915;  Henzen,  loc.  cit.,n.  6901  ;  Grande-Bretagne  :  Tacite,  Annal., 
XII,  xxxn  ;  XIV,  xxxi  ;  Henzen,  loc.  cit.,  n.  6488  ;  Pannonie  :  Corp. 


consacré  à  l'Éternité  6.  Tarrigone  était  la  première  ville 
de  l'Espagne  citérieure,  et  donnait  le  branle  à  tout  le 
pays,  comme  Lyon,  dans  la  Gaule,  métropole  adminis- 
trative, politique,  financière  de  trois  provinces,  sorte 
de  ville  fédérale  dans  laquelle  le  culte  de  Rome  et  d'Au- 
guste formait  le  lien  religieux  d'une  immense  agglomé- 
ration. En  Grèce,  en  Egypte,  en  Afrique,  dans  la 
Grande  Bretagne,  la  Pannonie,  la  Thrace,  on  trouve  le 
même  culte7.  L'idée  faisait  son  chemin  :  pour  l'exprimer 
on  créa  une  formule  nouvelle,  l'œternitas  imperii  8,  ex- 
pression d'une  amphibologie  voulue  qui  pouvait  s'appli- 
quer au  pouvoir  du  souverain  aussi  bien  qu'au  territoire 
qu'il  gouvernait.  Le  foyer  de  Vesta  devint  ainsi  le  sym- 
bole non  seulement  de  l'indestructibilité  de  l'État  romain, 
mais  de  celle  du  principat 9.  Au  moins  à  partir  du 
n*  siècle,  le  feu,  pris  sans  aucun  doute  à  l'autel  de  la 
déesse,  précédait  en  toute  circonstance  l'empereur,  et 
était  considéré  comme  l'insigne  le  plus  caractéristique 
de  sa  puissance  10.  Certains  empereurs  paraissent  avoir 
un  peu  répugné  à  cette  apothéose11,  le  sénat  était  moins 
réservé12;  à  partir  du  second  siècle  jusqu'à  la  fin  du 
troisième,  le  dogme  de  la  corrélation  entre  l'État  et  l'em- 
pereur s'affermit.  L'Auguste  participa  aux  privilèges  delà 
respublica.  Le  terme  augustus  i3  devint  le  titre  impérial u 
exclusivement  réservé  à  l'empereur  • 5  et  à  ses  successeurs. 
Tout  empereur  fut  donc  un  Auguste.  Cela  signifiait 
que  l'homme  qui  gouvernait  l'empire  était  un  être  plus 
qu'humain,  un  être  sacré.  Le  titre  d'empereur  marquait 
sa  puissance,  le  titre  d'auguste  sa  sainteté16.  Les  hommes 
lui  devaient  la  même  vénération,  la  même  dévotion 
qu'aux  dieux  17. 

insc.  latin.,  t.  ni,  n.  3343,  3485,  3626  ;  Thrace  :  A.  Dumont,  Inscr. 
de  Thrace,  n.  29;  cf.  Bull,  de  corr.  hellénique,  1882,  p.  181; 
Jilommsen,  Romische  Staatsrecht,  in-8%  Leipzig,  1877,  t.  Il, 
p.  732  sq.  ;  Marquardt,  Romische  Staatsverwaltung ,  t.  m,  p.  443 
sq.;  éd.  Wissowa,  p.  463  sq.  —  8  Suétone,  Nero,  30;  Henzen,  Acta 
fratrum  Arvalium,  Romœ,  1874,  p.  lxxxi,  66  apr.  J.-C.  Cf.  Scavi 
nel  bosco  sacro  dei  fratelli  Arvali  operati  dai  signori  Cec- 
carelli.  Relazione  publicata  da  Guglielmo  Henzen,  in-fol., 
Roma,  1868,  avec  planches  lithographiques.  Vota  ann.  86,  87,  90; 
Henzen,  Act.  Arval.,  p.  110.  Même  expression  sur  les  monnaies  : 
Cohen,  Septime-Sévère,  Caracalla  et  Géta,  n.  5  ;  Julie,  Sept.-Sév. 
et  Carac,  n.  1-3  ;  Julie,  Carac.  et  Géta,  n.  1-3  ;  Géta,  Sept.-Sév.  et 
Carac,  n.  1-2;  Sept.-Sév.  et  Carac,  n.  1;  Philippe  père.  n.  12;  Phi- 
lippe fils,  n.  6;  Carus,  n.  30-32.  Cf.  Corp.  insc.  lat.,  t.  Il,  n.  259.  — 
9  De  là  l'expression  d'Hérodien,  II,  m,  1,  à  propos  de  Pertinax,  pro- 
clamé empereur  :  ô  Si  ixtiueç  i8ç08i)  U  ttj  psinXiîu  'uni*.  —  ,0F.  Cu- 
mont, loc.  cit.,  p.  437  et  notes  3,  4.  5.  «  La  plus  ancienne  mention 
de  cet  usage  se  trouve  dans  Dion,  LXXI,  xxxv,  5,  à  propos  de  Marc- 
Aurèle  :  les  dernières  paraissent  être  le  texte  d'Eutychianus  rela- 
tif à  Julien,  Fragm.  hist.  gr.,  t.  IV,  p.  6,  col.  2,^nà.  J.a^xàSuv  fwi- 
"/.tieSv,  et  Corippe,  De  laud.  inst.,  n,  299;  cf.  Beurlier,  loc.  cit., 
p.  50.  Cumont  fait  observer,  p.  442,  note  4,  qu'il  ressort  des 
textes  (Hérodien,  II,  m,  2,  etc.)  que  le  feu  était  porté  devant  les 
empereurs  même  pendant  le  jour,  et  il  ne  s'agit  nulle  part  de 
flambeaux,  mais  de  irùj  ou  de  yS?..-  »  La  coutume  existait  à  Rome 
dès  le  temps  des  Antonins.  Hérodien,  I,  vin,  4;  XVI,  4;  II,  m, 
2;  VI,  12;  VII,  vi,  2.  —  "Vespasien,  voy.  Cohen,  Monnaies, 
t.  Il,  p.  271,  n.  1  et  2;  Suétone,  Vesp.,  22.  —  Titus  :  Cohen,  loc. 
cit.,  p.  342,  n.  3.  Claude  interdit  itçoix*u'/eïv  aù-uss  ^te  Bum'av  oi  rom*. 
Dion,  lx,  5.  —  "  Cohen,  loc.  cit.,  t.  Il,  p.  299,  n.  250,  en  77  ou 
78  ap.  J.-C;  Titus: Cohen,  t.  il,  n.  145, 146;  Domitien  :  Cohen,  t.  n, 
n.  280,  281  ;  Trajan  :  Cohen,  t.  m,  p.  4,  n.  9, 10,  11;  t.  vu,  p.  434.  — 
<8Dion Cassius. LIH.xvi;  Suétone.  Auguste, 7. —  "Henzen. Inscr. 
antiq.  ampliss.  coll.,  in-8%  Turici,  1856,  n.  5393,  5400;  Tibère, 
n.  5407;  Néron,  n.  5455  Adrien,  n.  5580;  Jules  Capitolin,  Gor- 
dianus,  8;Trebellius  Pollion,  Claudius,  4;  Vopiscus,  Tacitus,  4, 
Numerianus,  13.  —  ,5De  même  le  titre  d'Augusta  était  réservé  à 
l'impératrice  :  Suétone,  Claude,  2,  Néron,  28,  Domitien.  3  ;  Ta- 
cite, Annal.,  XII,  xxvi  ;  Jules  Capitolin,  Pius,  5.  —  ,6  C'est  ce  que 
dit  Ausone,  Panégyrique  de  Gratien  :  Potestate  imperator,  Au- 
gustus sanctitate.  —  "  Imperator  cum  Augusti  nomen  acce- 
pit,  tanquam  prsesenti  et  incorporali  deo  fidelis  est  prsestanda 
devotio  (Végèce,  édit.  Lang,  Lipsiœ,  1868,  t.  H,  p.  5).  Notons  toutefois 
que  l'empereur  ne  devenait  dieu  qu'après  sa  mort,  s'il  obtenait  du 
Sénat  la  consecratio.  La  qualité  d'Auguste  s'acquérait  le  pre- 
mier jour  du  principat  et  disparaissait  le  dernier  jour.  Elle  était 
attachée  à  l'exercice  effectif  de  la  puissance  tribunitienne. 


279 


ACCUSATIONS    CONTRE   LES   CHRÉTIENS 


280 


Cette  collation  d'un  titre  religieux  à  un  simple  mortel 
peut  étonner  les  hommes  de  nos  jours,  qui  ne  manquent 
guère  d'y  voir  la  preuve  de  la  plus  basse  servilité.  On 
devrait  observer  cependant  que  ni  Tacite,  ni  Suétone,  ni 
Juvénal,  ni  Dion  Cassius,  ne  marquent  par  aucun  indice 
que  ce  titre  ait  surpris  les  hommes  de  ce  temps-là,  moins 
encore  qu'il  les  ait  indignés.  Des  centaines  d'inscriptions, 
fort  librement  écrites  par  des  particuliers,  attestent  que 
les  Romains  et  les  provinciaux  l'adoptèrent  très  vite. 

Pour  comprendre  cela,  il  faut  se  reporter  aux  idées 
des  anciens.  Pour  eux,  l'État  ou  la  Cité  avait  toujours  été 
une  chose  sainte  et  l'objet  d'un  culte.  L'État  avait  pu  ses 
dieux  et  avait  été  lui-même  une  sorte  de  dieu.  Cette  con- 
ception très  antique  n'était  pas  encore  sortie  des  esprits. 
Elle  y  régnait  toujours,  comme  ces  vieilles  traditions  aux- 
quelles lame  se  plie  sans  savoir  d'où  elles  viennent.  Les 
contemporains  de  César  Octavien  trouvèrent  naturel  de 
transporter  à  l'empereur  le  caractère  sacré  que  l'État 
avait  eu  de  tout  temps.  L'État,  en  même  temps  qu'il  met- 
tait en  lui  toute  sa  puissance  et  tous  ses  droits,  mit  aussi 
"  en  lui  sa  sainteté.  Ainsi  le  prince  fit  partie  de  la  religion 
nationale.  Il  y  eut  association  religieuse  entre  l'État  et 
l'empereur.  Depuis  longtemps  des  temples  étaient  élevés 
à  l'État  romain  considéré  comme  dieu,  Romx  Dese  i. 
On  y  joignit  désormais  l'empereur  régnant,  i  titre 
d'Augustus  2.  La  dédicace  fut  alors  Rojiae  et  Augusto, 
«  à  Rome  et  à  l'Auguste,  »  comme  si  l'on  eût  dit  «  à 
l'État  qui  est  un  Dieu  et  à  celui  qui,  parce  qu'il  le  re- 
présente, est  un  être  sacré  3  ». 

L'origine  orientale  du  dogme  politique  de  la  divinité  des 
empereurs  ne  faitplus  de  doute  aujourd'hui  4;  il  semble 
qu'on  doive  y  rattacher  plusieurs  éléments  destinés  à 
rendre  ce  dogme  manifeste.  D'abord,  la  notion  d'éternité, 
si  étroitement  unie  à  celle  de  la  divinité,  s'appliqua  à 
tout  ce  qui  approchait  l'Auguste.  «  On  parle  de  la  Virius 
seterna  Augusli,  de  la  Victoria  œlerna  qu'il  remporte, 
de  la  Pax  seterna,  qu'il  maintient,  de  la  Félicitas  œterna 
que  la  protection  céleste  lui  assure,  et  de  la  Concordia 
œterna  qui  règne  entre  lui,  son  épouse  et  ses  parents  5.  » 
l-ii  si  beau  chemin  on  ne  s'arrête  plus.  Au  temps  de  Dio- 
clétien,  l'idée  est  parvenue  à  son  dernier  progrès.  Au- 
guste porte  le  titre  de  ./oins  et  d' Hercules  ;le  cérémonial 
officiel  de  la  cour  impose  l'adoration  de  l'empereur. 

Les  textes  sur  lesquels  nous  venons  d'établir  cet  état 
de  choses  s'échelonnent  depuis  l'époque  des  Antonins  6 

'  Sur  les  temples  élevés  à  la  ville  de  Rome,  voir  Polybe,  XXXI, 
16;  Tite-Live,  xliii,  6;  Bulletin  ,de  correspondance  hellé- 
nique, 1883,  p.  462.  — 'Suétone,  Auguste,  52:  Templa  in  nulla 
provincia,  nisi  communi  suo  Romseque  nomine  recepit. 
Dion  Cassius,  LI,  xx.  —  "Fustel  de  Coulanges,  loc.  cit.,  p.  182- 
164.  —  'F.  Cumont,  loc.  cit.,  p.  441;  Beurlier,  loc.  cit.  Voy. 
cependant  R.  Mowat  dans  le  compte  rendu  de  ce  livre  dans  la 
Rev.  archéol.,  1891,  et  Bull,  épigr.,  1885-1886.  —  »  F.  Cumont, 
ibid.,  p.  440.  Chacun  de'ces  termes  est  appuyé  de  plusieurs  textes. 
—  6  Ce  fut  alors  que  l'autorité  législative  passa  tout  entière  dans 
les  mains  du  prince.  Capitolin,  Plus,  12.  A  partir  de  cette 
époque  l'empereur  a  tout  à  sa  disposition  et  ne  s'occupe  plus 
d'aucun  contre-poids.  Voir,  par  exemple,  Digest.,  XLVII1,  vu,  7; 
CodeJustinien,  Vl.xxxm,  3;  Fragmenta  Vaticana,  195. —  'Sué- 
tone, Nero,  40;  cf.  Tacite,  Ann.,  XV,  xxxvi;  Hist.,  Il,  9.  —  'Voir 
la  démonstration  dans  Fr.  Cumont.  loc.  cit.,  p.  441  sq.  :  La 
similitude  non  seulement  de  l'observance  des  Césars  avec  la 
pratique  des  rois  asiatiques,  mais  encore  des  croyances  religieuses 
que  l'une  et  l'autre  expriment,  est  frappante,  et  l'on  ne  peut  douter 
que  les  doctrines  perses,  plus  ou  moins  transformées  à  l'époque 
hellénistique  et  adaptées  en  Italie  aux  habitudes  indigènes,  ont 
dès  l'origine  inspiré  cette  observance.  Déjà  Procope,  Bell,  pers., 
Il,  24,  identifie  le  feu  honoré  par  les  rois  iraniens  avec  la  Vesta  oc- 
cidentale. —  "Florus,  I,  H,  3.  —  l0F.  Cumont,  loc.  cit.,  p.  444. 
Quelle  ressemblance  entre  ce  régime  et  la  monarchie  sous 
Louis  XIV  ;  tout  s'y  retrouve  jusqu'au  soleil  et  au  testament  cassé 
en  Parlement.  Ceci  rappelle  leaelum  decretum, (Tacite,  Annales, 
I,  lxxiii,  par  lequel,  à  la  mort  des  empereurs,  le  Sénat  décidait  si 
les  honneurs  divins  leur  seraient  accordés  ou  refusés.  <i  Cette  for- 
malité, dit  Fustel  de  Coulangas,  avait  un  effet  pratique  de  grande 
importance.  LU»  voulait  dite,  si  les  honneurs  divins  étaient  ac- 


jusqu  à  la  fin  de  l'époque  des  persécutions;  néanmoins 
il  se  pourrait  que  l'origine  de  ces  notions  remontât  aux 
premières  heures  du  christianisme,  qu'elles  fussent  con- 
temporaines dans  les  esprits  du  rêve  d'empire  oriental 
de  Néron  7.  L'esprit  romain  n'était  guère  tourné  à  l'ab- 
straction ou  au  symbolisme,  il  inventait  peu,  il  calquait. 
Le  feu  de  Vesta,  devenu,  depuis  Auguste,  l'emblème  de 
la  souveraineté  et  de  l'éternité  impériale,  pourrait  bien 
n'avoir  été  qu'un  symbole  emprunté  aux  anciens  Perses  8. 
Quoi  qu'il  en  soit,  le  feu  de  Vesta  n'était  lui-même  que 
le  simulacrum  cœlestium  siderum  9,  il  éveillait  l'idée 
d'une  relation  plus  haute  pour  la  puissance  souveraine, 
relation  avec  le  feu  céleste  qui  brille  dans  les  astres. 
C'était  encore  une  conception  orientale  que  celle  qui 
représentait  les  rois  comme  une  image  —  pour  quelques- 
uns  peut-être  même,  une  émanation  —  du  Soleil  sur  la 
terre;  nous  la  retrouvons  dans  la  notion  impériale  à 
Rome.  «  Sol  est  non  seulement  le  protecteur  des  empe- 
reurs (conservalor)  et  leur  compagnon  (cornes),  mais 
entre  eux  et  lui  existe  une  relation  mystique,  mal  défi- 
nie, qui  leur  donne  un  caractère  divin  10.  »  Ce  nouvel  as- 
pect du  dogme  se  répandit  dès  le  temps  de  Néron  u  ;  on 
en  trouve  des  témoignages  jusqu'au  temps  de  Théodose  12,. 
vers  le  milieu  du  me  siècle,  depuis  Gordien  III,  la. 
figure  de  l'empereur  s'identifie  avec  Sol  lui-même13. 

Cette  déification  de  l'empereur  appartient,  comme  l'une 
de  ses  plus  monstrueuses  erreurs,  à  l'histoire  de  l'esprit 
humain,  mais  elle  ne  nous  intéresse  ici  que  dans  ses 
conséquences  politiques.  L  empereur  romain  possédait 
en  sa  personne  la  Majesté,  qui,  dans  l'ancienne  langue 
de  la  république,  désignait  autrefois  l'omnipotence  de 
l'État  ' 4.  Ainsi  un  parallélisme  parfait  tendait  à  faire  par- 
tager aux  empereurs  tous  les  droits  et  tous  les  honneurs 
accumulés  sur  la  ville  de  Rome  par  sept  siècles  de  su- 
perstition. Non  seulement  ils  se  partagent  la  Majesté, 
mais  encore  l'Invincibilité ls,  l'Eternité ">,  la  Destinée  ,7, 
et  peu  à  peu  ce  n'est  plus  seulement  la  destinée  de  la 
ville,  mais  celle  de  l'empire  tout  entier  qui  est  liée  à  la 
destinée  d'Auguste.  On  tendait,  et  c'était  logique,  à  don- 
ner à  la  divinité  impériale  son  double  caractère  néces- 
saire :  l'universalité  et  l'éternité  18. 

On  appelait  le  prince  des  noms  les  plus  divers  :  «  père 
et  patron  des  peuples,  »  «  leur  espoir  et  leur  salut,  »  le 
«  pacificateur  du  monde  »,  le  «  conservateur  du  genre 
humain  »,  le  «  garant  de  toute  sécurité  »  1D.  Par  un  revi- 

cordés,  que  les  actes  du  prince  mort  étaient  ratifiés,  et  deve- 
naient valables  pour  tout  l'avenir,  et  si  les  honneurs  divins  étaient 
refusés,  que  tous  les  actes  de  son  principal  étaient  frappés  de 
nullité.  »  —  "Beurlier.  Culte  impérial,  p.  48-49.  Cf.  Blancfaet, 
Les  monnaies  romaines,  in-8«,  Paris,  1896,  p.  41.  —  "Fr. 
Cumont,  loc.  cit.,  p.  444  sq.  et  notes  3,4,  et  1  de  la  page  445.  —  uCo- 
hen,  loc.  cit.  t.  m,  Gordien  le  Pieux,  n.  11-15,  330,  221  ;  Valé- 
rien  père,  n.  11-12;  Gallien,  n.  38-43,  50-51;  Quintilien,  n.  6;  Au- 
rolien,  n.  52-53  ;  Probus,  n.  148  ;  Carin,  n.  54  ;  Philippe  père,  n.  12; 
Philippe  fils,  n.  6;  Tetricus  fils,  n.  6;  Tetricus  père,  n.  41  ;  Vala- 
bathe  n.  2.  —  «'Cicéron,  Divinatio  in  Csecilium,  22  :  civitatis 
majestas;  Tite-Live,  m,  69  :  romana  majestas;  Cicéron.  Pro 
Balbo,  16;  Oralorix  partitiones,  30;  De  inventione,  n,  17  : 
majestas  populi.  Voyez  encore  Tite-Live,  u,  23;  il,  30;  vm,  30: 
majestas  consularis,  majestas  dictaturia.  —  ,s  Preller,  Les 
dieux  de  V ancienne  Rome,  trad.  Dietz.,  in-8",  Paris,  1866,  p.  250, 
n.  5.  Cf.  Ammien,  XIV,  vi,  3.  — ,6  Cohen,  t.  m,  n.  460  sq.  ;  Corp. 
inscr.  lat..  t.  m,  n.  1422;  t.  vu,  n.  370,  S9?  ;  t.  vin,  n.  1 V27.  6965, 
11912;  Bull,  archéol.,  1893,  p.  189.  —  ,7  Peter,  dans  Roscher, 
Lexic.  mylh.,  t.  i,  p  1515  sq.  —  '«Fr.  Cumont.  loc.  cit..  p.  450, 
note  2.  —  "Orelli-Henzen,  Inscr.  antiq.  ampl.  coll.,  in-8",  Turici, 
1856,  n.  608,642,712,912, 1033 -.Patripatrix;  D. 601, 1089 :Funda- 
tori  pacis ;  n.  323,859, 1035  -.Pacatori  orbis.  Corp.  inscr.  lat.  A.  n, 
n.  1760,  1969  :  Pacatori  pacis;  n.  1071  :  Fundatori  public»  se- 
curitatis;  n.  1030  :  Restitutori  orbis;  n.  795  :  Conservaton  ge- 
neris  humani;  Orelli,  loc.  cit.,  1089,  1090  :  Restitutor  Itbertatts 
publiae  ;  Allmer,  n.  31  :  Pacatori  et  restitutori  orbis  ;  n.  32  V<- 
rse  libertatisauctor.  Cf.  Corp.  inscr.  Int.,  t.  xn.  n.  5661,  5563,  et 
voy.n. 5456; Orelli,  n.  689:  Salutiperpetu.r  Auguslx iibc  latique 
pùblicM populi  romani .providentix Libcrii  Cxsaris  Augusli  na- 
ît ud  xtemitatem  romani  nominis.  Cf.  Pline, Hist.nat.,  1.  \\V,  D, 


281 


ACCUSATIONS   CONTRE   LES    CHRÉTIENS 


2S2 


cernent,  peu  justifié  dans  1rs  faits,  Rome  et  les  provinces 
s'étaient  prises  à  haïr  les  institutions  républicaines  dont 
l'empire  avait  hérité  en  les  aggravant  en  réalité1.  Les 
empereurs  eurent  le  bénéfice  de  ce  mouvement  qui  se 
soutint  sans  perdre  presque  rien  de  sa  vivacité  pendant 
•des  siècles2.  Les  sujets  leur  témoignaient  non  seule- 
ment du  dévouement  mais  de  l'affection,  presque  de  la 
tendresse.  Quand  Caligula  tombe  malade,  la  foule, 
anxieuse,  stationne  la  nuit  autour  du  palais,  certains 
offrent  aux  dieux  leur  vie  pour  sauver  la  sienne,  et  l'em- 
pereur guéri,  ils  tiennent  leur  engagement3.  Quand 
il  sort  de  Rome,  on  n'entend  parler  que  de  vœux  faits 
aux  dieux  pour  son  retour4.  A  son  avènement,  les  Ro- 
mains immolèrent  en  son  honneur  plus  de  160000  vic- 
times B.  Les  bons  et  les  mauvais  princes  provoquent 
les  mêmes  manifestations.  De  simples  particuliers  qui 
n'ont  jamais  vu  César  se  vouent  «  à  la  divinité  et  à  la 
majesté  »  de  Caligula,  de  Domitien,  de  Trajan,  de 
Marc,  de  Septime-Sévère 6  ;  ils  élèvent  un  temple,  un 
autel  aux  dieux  pour  obtenir  au  prince  santé,  guérison, 
victoire.  Des  villes  entières  prennent  de  semblables  en- 
gagements. 

Nous  avons  encore  la  formule  des  habitants  d'Ari- 
tium  dans  la  Lusitanie7  et  celle  des  habitants  de  Nar- 
bonne  8. 

Le  culte  de  l'empereur  n'était  pas  seulement  public, 
les  statuettes  des  empereurs  avaient  leur  place  entre 
les  dieux  pénates,  Auguste,  Livie,  Marc-Aurèle  eurent 
la  leur  dans  ce  sanctuaire  intime  de  la  famille9.  Les 
impératrices  étaient  associées  à  cette  superstitieuse  ado- 
ration. Livie  et  Faustine  eurent  leur  sacerdoce  particu- 
lier10. Le  sentiment  de  satisfaction  qui  avait  accueilli 
l'avènement  du  nouveau  régime  explique  cet  empresse- 
ment à  l'égard  de  ses  représentants;  il  faut  ajouter  que 
les  manifestations  si  excessives  qu'il  provoqua  furent 
spontanées  ■  •;  le  sacerdoce  chargé  de  desservir  le  nouveau 
culte  était  recherché  à  l'égal  des  plus  hautes  dignités  par 
les  hommes  considérables  de  chaque  cité,  ayant  parcouru 
déjà  toute  la  série  des  honneurs  officiels12.  Mais  dans  une 
société  aussi  profondément  divisée  qu'était  le  monde 
antique  les  grands  et  les  humbles  ne  pouvaient  prier 
ensemble.  Il  se  forma  donc  dans  chaque  cité,  «  pres- 
que dans  chaque  bourgade,  »  des  confréries  en  l'honneur 
d'Auguste,  dont  les  prêtres  annuels,  au  nombre  de  six, 
portaient  le  titre  de  «  sévirs  d'Auguste  »,  seviri  Augus- 
tales  13. 

Dans  l'état  d'esprit  du  monde  romain  tourné  à  la  su- 
perstition, la  secte  sur  laquelle  planait  l'accusation 
d'athéisme  était  exécrable  entre  toutes.  C'était  celle  qui 
retentissait  de  toutes  parts  contre  les  chrétiens  :  «  On 

'Tacite,  Annales, I,n;  Velleius,  ir,126;  Dion  Cassius, LVI,  xliv. 
Voyez  Fustel  de  Coulanges,  Histoire  des  institutions  politiques 
de  la  France,  t.  i,  p.  173,  et  tout  le  c.  h  du  1.  II  :  Comment 
le  régime  impérial  fut  envisagé  par  les  populations;  G.  Boissier, 
La  religion  romaine,  1.  I,  c.  Il,  ni,  in-8%  Paris,  1874.  —  *Dion 
Cassius, LIV,  xxxii  :  T>k  Éopti;?  (à  Lyon)  V  «m  vSv  «pî  tôv  toB  aùToi;- 
.ttou  p^niv  tiUùai.  —  Orelli,  loc.  cit.,  n.  184,  660,  4018;  Henzen, 
loc.  cit.,  n.  5233,  5965,  5966,  5968,  6944,  6966.  G.  Boissier,  loc. 
cit.,  1.  I,  c.  n,  5.;—  'Suétone,  Caius,  14,  27.  —  «Suétone,  ibid., 
14.  —  s  Suétone,  ibid.,  14.  —  •  Corp.  inscr.  lat.,  t.  xii,  n.  1851, 
1782,  2391,  4323,  4347;  Mommsen,  lnscript.  helvetiese,  in-Iol., 
Turici,  1854,  n.  133;  Corp.  inscr.  lat.,  t.  vm,  n.  4218,  4219; 
G.  Brambach,  Corp.  inscr.  Rhen.,  in-4*,  Elberf.,  1867,  n.  439, 
692,  693,  711,  721;  Corp.  inscr.  lat.,  t.  H,  n.  1115,  1171,  1673, 
2071.  —  '  Corp.  inscr.  lat.,  t.  H.  n.  172  :  Orelli,  loc.  cit.,  n.  3665. 

—  »  Lebègue,  Épigraphte  de  Narbonne,  in-4-,  Narbonne,  1887, 
p.  117;  Orelli,  n.  2489;  G.  Wilmanns.  Exempta  inscr.  lat., 
n.  104;  Corp.  inscr.  lat.,  t  xn,  p.  530.  Ce  texte  est  donné  et 
commenté  en  partie  par  Fustel  de  Coulanges,  loc.  cit.,  t.  I,  p.  180, 
note  2.  Lebègue,  n.  42,  44;  Corp.  inscr.  lat.,  t.  XII,  p.  935.  — 
•Tacite,  Annal.,  I,  lxxiii  ;  Jules  Capitolin,  Marcus,  18.  Cl.  Dion 
Cassius,  LVIII.  iv.  Voyez  Fustelde  Coulanges.  loc.  cit.,  t.  I,  p.  186. 

—  <o  Jules  Capitolin,  Marcus,  26.  Ct.  Orelli-Henzen,  loc.  cit., 
n.  878.  3253,  3365,  5472.  —  '<  Fustel  de  Coulanges,  loc.  cit., 
p.  185,  cote  1.  —  "  Fustel  de  Coulanges,  toc.  cit.,  p.  285,  note  2; 
G.  Boissier,  La  religion  romaine.  I.  I,  c.  u,  k:Corp.  inscr.  lat., 


nous  appelle  athées,  »  écrit  saint  Justin  u;  et  quelques 
années  après  :  «  On  appelle  les  chrétiens  athées  et  im- 
pies13 .  »  «  On  nous  accuse  d'athéisme,  »  dit  Athéna- 
gore16.  On  propose  à  l'évêque  Polycarpe  de  crier  :  «  A 
bas  les  athées11  !  »  Lucien  dit  que  le  Pont  est  «  rempli 
d'athées  et  de  chrétiens18  ».  Vettius  Epagathus  inter- 
pelle un  légat  impérial  :  «  Je  demande  qu'on  me  per- 
mette de  plaider  la  cause  de  mes  frères;  je  montrerai 
clairement  que  nous  ne  sommes  ni  athées  ni  impies  19.  » 
Au  me  siècle  Minucius  Félix  nomme  l'athéisme  parmi 
les  accusations  dirigées  contre  les  fidèles 20.  Enfin  aj 
commencement  du  iv«  siècle  Licinius  accuse  Constantin 
d'avoir  embrassé  la  foi  athée21. 

Il  est  indispensable,  si  l'on  veut  bien  entendre  les  do- 
cuments, de  se  représenter  la  valeur  des  réponses  faites 
par  les  chrétiens  à  leurs  juges.  En  les  lisant,  nous 
n'éprouvons  aucune  difficulté  pour  entendre  le  langage 
des  saints  qui  avaient  la  même  foi  religieuse  que  nous. 
Tout  est  clair  pour  nous  là  où  il  n'y  avait  qu'incohé- 
rence pour  les  contemporains  non  instruits  de  la  foi 
chrétienne.  Un  prétet  de  la  ville  s'écrie  pendant  un  in- 
terrogatoire :  «  Je  n'y  comprends  plus  rien  du  tout 22  ;  » 
des  juges  témoignent  d'une  inintelligence  complète  du 
sens  caché  des  réponses  qui  leur  sont  faites,  d'autres 
entament  la  controverse  avec  le  désir  avoué  d'éclairer 
certains  bruits  qu'ils  ont  recueillis  sur  la  religion  chré- 
tienne23. Il  faut  avoir  cette  remarque  présente  en  lisant 
les  interrogatoires  afin  d'interpréter  comme  devaient  le 
faire  des  juges  païens  une  réponse  menaçante  qui  leur 
était  fréquemment  adressée.  L'idée  d'une  vie  future  était 
généralement  étrangère  aux  païens,  dès  lors  la  per- 
spective invoquée  d'un  jugement  suivi  d'une  peine  éter- 
nelle leur  apparaissait  comme  une  menace  déguisée,  un 
cri  séditieux  vers  une  revanche  dont  la  victime  léguait 
l'exécution  à  ceux  de  son  parti.  A  Smyrne,  par  exemple, 
l'évêque  Polycarpe  :  «  Tu  me  menaces  d'un  feu  qui 
brûle  une  heure  et  s'éteint  aussitôt.  Ignores-tu  le  feu 
du  juste  jugement  et  de  la  peine  éternelle  qui  est  ré- 
servé aux  impies  2*  ?  »  En  Afrique,  Saturus  dit  à  la  foule  : 
«  Remarquez  bien  nos  visages,  afin  de  nous  reconnaître 
au  jour  du  jugement,  »  et  quand  les  condamnés  défi- 
lèrent devant  la  loge  du  procurateur  :  «  Tu  nous  juges, 
mais  Dieu  te  jugera  25,  »  à  propos  de  quoi  le  peuple 
s'exaspéra  et  réclama  un  supplément  de  torture.  En 
Asie,  l'évêque  Acace  réplique  :  «  Comme  tu  auras  jugé, 
tu  seras  jugé  toi-même,  et  comme  tu  auras  agi  l'on 
agira  envers  toi26.  »  Certains  interrogatoires  contiennent 
des  réponses  d'une  extrême  vivacité.  Il  est  plus  d'un 
témoignage  certain  qui  nous  montre  les  chrétiens  s'em- 
portant  en  paroles  acerbes  contre  les  persécuteurs,  lorsque 

t.  m,  n.  3288.  —  "A  Lyon,  Orelli,  loc.  cit.,  n.  194,2322, 4020,4077,4242; 
Henzen,  n.  5231,7256,  7260;  à  Vaison,  Henzen,  n.  5222;  à  Arles, 
Orelli,  n.  200  ;  à  Avenches,  Orelli,  n.  372,  375,  Henzen,  n.  6417  ;  à 
Nimes,  Orelli,  n.  2298,  Henzen,  n.  5231  ;  à  Genève,  Orelli,  n.  360  ;  à 
Vienne,  Allmer,  Inscr.  de  Vienne,  in-8\  1875,  t.  Il,  p.  300;  à 
Cologne,  Brambach,  loc.  cit.,  n.  442;  à  Trêves,  ibid.,  804,  «  et 
dans  presque  toutes  les  villes  de  la  Narbonnaise,  Corpus,  t.  XII, 
p.  940,  et  des  trois  Gaules.  »  C.  Jullian,  dans  Fustel  de  Coulanges, 
loc.  cit.,  t.  I,  p.  186,  note  1.  Cf.  Egger,  Examen  critique  des 
historiens  d'Auguste,  1'  appendice,  in-8°,  Paris,  1844;  Henzen, 
Annales  de  corresp.  archéol.,  1847.  —  '*  Justin,  Apol-,  I,  6, 
P.  G.,  t.  vi,  col.  336.  —  **Apol.,  Il,  3,  P.  G.,  t.  VI,  col.  448.  — 
"  Athénagore,  Légat,  pro  Christ.,  3,  P.  G.,  t.  vi,  col.  896;  cf. 
E.  Beurlier,  Le  culte  impérial,  VI"  partie  :  Les  dissidents  du  culte 
impérial,  2,  les  chrétiens,  p.  271  sq.  —  "  Eusèbe,  Hist.  eccl., 
IV,  xv,  P.  G.,  t.  xx,  col.  310.  —  "Lucien,  Alexander,  25,  38.  — 
18  Eusèbe,  H.  E.,  V,  i,  P.  G.,  t.  xx,  col.  408.  —  !0  Octavius,  8, 10, 
P.  L.,  t.  m,  col.  266,  274.  —  «<  Eusèbe,  Vit.  Constantini,  u,  5, 
P.  G.,  t.  xx,  col.  984.  —  "ActaApollonii  ;  F.  Conybeare,  TheArme- 
nian  apology  and  acts  of  Apollonius  and  other  monuments  of 
early  christianity ,  in-8\  London,  1896,  p.  45.  —  t3Acta  Scilli- 
tanorum  ;  Ruinart,  Acta  sincera,  in-4*,  Parisiis,  1689,  p.  79  sq.; 
Passio  Philex,  ibid.,  p.  549;  Acta  Acatii,  ibid.,  p.  139.  — 
" Passio  Polycarpi,  x,  ibid.,  p.  32.  —  "Passio  Perpétua  et 
Felicitatis,  xvm,  ibid.,  p.  94.  —  "Acta  disputationis  AcatH, 
m,  tbtd.,  p.  141. 


233 


ACCUSATIONS   CONTRE    LES    CHRÉTIENS 


284 


leur  indignation  ne  se  traduisait  pas,  comme  l'affirme 
Prudence,  par  des  actes  matériels  : 

Martyr  ad  ista  nihil  :  sed  enim 

Infremit  inque  tyranni  oculos 

Sputajacit  ':... 

Voici  les  paroles  de  saint  Cyprien  au  proconsul  Dé- 
métrianus  :  «  Si  je  me  suis  tu  devant  ta  voix  impie 
et  tes  aboiements  contre  Dieu,  c'est  que  le  Seigneur 
nous  ordonne  de  garder  dans  notre  cœur  la  vérité  sainte, 
et  de  ne  la  pas  exposer  aux  outrages  des  chiens  et  des 
pourceaux  2.  »  Et  le  diacre  Pontius  rappelle  et  glorifie 
cette  invective  :  «  Si,  au  lieu  d'être  exilé  d'abord,  le  saint, 
dit-il,  eût  immédiatement  subi  le  martyre,  qui  eût 
triomphé  des  païens  en  leur  rejetant  les  blasphèmes 
dont  ils  nous  poursuivent3?  » 

C'est  principalement  aux  armées  que  se  produisent 
les  cas  de  révolte  ouverte  provoqués  par  la  qualité  de 
chrétien.  C'est  la  seule  raison  que  donne  Maximilien 
pour  se  dérober  à  la  conscription,  Dasius  pour  refuser 
le  titre  de  roi  des  Saturnales,  et  aussi  le  soldat  à  pro- 
pos duquel  Tertullien  écrivit  le  traité  De  la  couronne 
et  qui  repoussa  le  donativum.  La  susceptibilité  des 
juges  en  tout  ce  qui  se  rapportait  à  la  personne  des 
empereurs  grandissait  de  plus  en  plus 4.  Procope,  Al- 
phée  et  Zachée,  d'autres  encore,  sont  condamnés  pour 
une  parole  à  double  sens,  mais  ce  ne  sont  là  que  des 
équivoques  provoquées  à  plaisir;  il  y  a  un  cas  de  révolte 
formelle  contre  les  empereurs  accompagné  d'invectives 
violentes  contre  leur  personne.  Les  martyrs  Taraque, 
Probe  et  Andronic  subirent  plusieurs  interrogatoires  que 
l'on  résume  ici  :  «  Frappez-le  sur  la  bouche  pour  avoir 
dit  que  les  empereurs  se  trompent.  —  Je  le  dis  et  je  ré- 
pète, ils  se  trompent  car  ils  sont  hommes.  »  A  Andro- 
nic :  «  Honore  nos  princes  et  nos  pères,  en  te  soumet- 
tant aux  dieux.  —  Vous  les  appelez  bien  vos  pères,  car 
vous  êtes  les  fils  de  Satan.  »  A  Taraque  :  «  Sacrifie  aux 
dieux  qui  gouvernent  tout.  —  Il  n'est  bon  ni  pour  nous, 
ni  pour  eux,  ni  pour  ceux  qui  leur  obéissent,  que  le 
monde  soit  gouverné  par  des  êtres  qu'attend  le  feu  éter- 
nel. »  A  Andronic  :  «  Tête  scélérate,  oses-tu  maudire 
les  empereurs  qui  ont  donné  au  monde  une  si  longue 
et  si  profonde  paix? —  Je  les  maudis  et  je  les  maudirai, 
répondit  le  martyr,  ces  fléaux  publics,  ces  buveurs  de 
sang,  qui  ont  bouleversé  le  monde.  Puisse  la  main  im- 
mortelle de  Dieu,  cessant  de  les  tolérer,  châtier  leurs 
amusements  cruels,  afin  qu'ils  apprennent  à  connaître 
le  mal  qu'ils  ont  fait  à  ses  serviteurs  5.  n  Aucun  texte  ne 
fournit  quelque  chose  d'aussi  fort  que  ces  saintes  in- 
dignations, et  il  faut  plaindre  ceux  dont  l'âme  timide  a 
cherché  à  pallier  l'audace  des  hommes  qui  se  livrèrent 
à  ces  invectives  dignes  des  plus  beaux  jours  des  prophètes 
d'Israël.  «  C'étaient,  dit  saint  Augustin,  les  flèches  de 
Dieu,  lancées  par  les  saints  à  la  face  de  ceux  qui  les 
faisaient  comparaître.  » 

Les  sources  écrites  que  nous  possédons  pour  la  pé- 
riode des  persécutions  contiennent  un  grand  nombre  de 
faits  qui  corroborent  ceux  que  l'on  vient  de  réunir.  Il 
semble  difficile  de  se  dérober  à  cette  conclusion,  que  les 


'Peristeph.,  liymn.  m,  S.  Eulaliœ,  §  126-128,  P.  L.,  t.  LX, 
Col.  349.  —  *  Liber  ad  Demetrianum ,  §  1,  P.  L.,  t.  iv,  col.  563. 
—  3  Vita  et  passio  S.  Cypriani,  c.  vu,  P.  L.,  t.  m,  col.  1547.  — 
*  «  Ce  qu'était  le  crime  de  lèse-majesté,  nous  le  9avons  par  plus 
d'un  témoignage.  La  révolte,  les  actes  violents  ne  le  constituaient 
pas  seuls.  Un  mot  imprudemment  murmuré  (Paul,  Sentent.,  V, 
xxix,  1  ;  Arnobe,  Adv.  gentes,  iv,  34,  P.  L.,  t  v,  col.  1069),  une 
parole  contre  cette  félicitas  temporum  que  les  textes,  les  inscrip- 
tions, les  médailles  impériales  proclament  et  vantent  sous  tant  de 
règnes,  c'en  était  assez  pour  courir  à  la  mort.  »  E.  Le  Blant,  Les 
persécuteurs  et  les  martyrs,  in-8*,  Paris,  1893,  p.  54.  —  »  Acta 
Probi,  Taraohi  et  Andronici,  vu,  dans  Pninart,  Acta  sincera, 
in-4\  Parisiis,  1689,  p.  473.  —  «Eusèbe,  Hist.  eccl.,  111,  xix,  P.  G., 
t  XX,  col.  252.  -  'Justin,  Apol.,  i,  11,  P.  G.,  t.  vi,  col.  341.  — 


chrétiens  eurent  dans  tout  l'empire  l'apparence  de  re- 
belles et  de  sacrilèges,  au  jugement  de  leurs  ennemis. 
A  tel  point,  que  Domitien  supposa  quelque  compétition 
à  l'empire,  et  prit  l'alarme  de  ce  règne  de  «  Chrestos  » 
qu'on  disait  si  proche  6.  Un  demi-siècle  plus  tard, 
mêmes  alarmes  auxquelles  répond  saint  Justin  par  ces 
mots  :  «  Si  vous  nous  entendez  dire  que  nous  attendons 
le  Règne,  vous  imaginez  qu'il  s'agit  de  quelque  chose 
de  terrestre  et  d'humain  7.  »  Sous  Dioclétien  la  mé- 
prise subsiste  :  un  martyr  répond  à  l'interrogatoire  : 
«  Ceux-là  se  montrent  fidèles  et  dévoués  au  Roi  suprême 
qui  accomplissent  ses  commandements  et  savent  mé- 
priser la  torture.  »  —  «  De  quel  roi  paries-tu?  »  demande 
le  magistrat8.  On  demande  à  un  martyr  le  lieu  de  sa 
naissance  :  «  Jérusalem,  »  répond  le  fidèle  adoptant  le 
langage  mystique.  Le  juge,  qui  ne  connaît  qu'/Elia  Ca- 
pitolina,  s'agite,  s'inquiète,  flaire  un  complot  dans  lequel 
les  chrétiens  doivent  fonder  une  ville  rivale  et  ennemie 
de  Rome  9. 

A  l'exemple  de  Jésus,  saint  Paul,  saint  Pierre,  saint 
Luc,  saint  Clément  se  montrent  loyalistes  irréprocha- 
bles 10,  mais  les  protestations  de  dévouement  à  l'empire 
laissaient  les  païens  sceptiques  :  «  Que  celui  qui  nie  être 
chrétien  prouve  son  dire  par  des  actes,  écrit  Trajan, 
c'est-à-dire  en  adressant  des  supplications  à  nos  dieux!  » 
et  encore  :  «  Tu  profites  des  lois  romaines,  tu  dois  aimer 
nos  princes.  —  Qui  donc  aime  l'empereur  autant  que 
les  chrétiens?  Nous  prions  tous  les  jours  pour  lui,  de- 
mandant à  Dieu  de  lui  donner  une  longue  vie,  un  gou- 
vernement juste,  un  règne  paisible;  nous  prions  ensuite 
pour  le  salut  des  soldats  et  la  conservation  de  l'empire 
et  du  monde11.  —  Je  te  loue  de  ces  sentiments;  mais, 
afin  que  l'empereur  en  connaisse  la  sincérité,  offre-lui 
avec  nous  un  sacrifice12.  »  Quant  à  ces  prières,  elles  ne 
pouvaient  être,  aux  yeux  des  païens,  qu'un  dernier  blas- 
phème et  une  révolte  ouverte.  En  effet,  il  s'agissait  bien 
moins  de  prier  pour  l'empereur  que  de  prier  l'empe- 
reur; cette  distinction  fut  établie  pratiquement  de  très 
bonne  heure  :  «  J'ai  cru  devoir  les  (aire  relâcher,  quand 
ils  ont  invoqué  après  moi  les  dieux  et  qu'ils  ont  supplié 
par  l'encens  et  le  vin  votre  image,  »  écrivait  Pline  à 
Trajan  13. 

Enfin,  il  importe  de  rappeler  que  les  paroles  de  Ter- 
tullien sur  le  loyalisme  des  chrétiens  u,  l'insistance  de 
cet  écrivain  et  de  plusieurs  contemporains  à  rappeler 
leurs  prières  pour  l'empereur  et  les  différents  corps  de 
l'État  ne  s'explique  pas  sans  des  reproches  de  trahison 
formulés  contre  la  secte  des  chrétiens16. 

Il  y  a  plus.  Des  livres  s'écrivaient,  se  colportaient 
parmi  les  chrétiens  qui  renfermaient  des  attaques  d'une 
extrême  violence  contre  le  pouvoir  sous  couleur  d'une 
revanche  certaine.  Ceux  qui  savaient  lire  entre  les  lignes 
croyaient  pouvoir  interpréter  dans  le  sens  de  l'opinion 
populaire  ces  paroles  de  Tertullien  :  «  S'il  nous  était  per- 
mis de  rendre  le  mal  pour  le  mal,  une  seule  nuit  et 
quelques  flambeaux,  c'en  serait  assez  pour  notre  ven- 
geance16. »  Beaucoup  se  résignaient  avec  peine  à  l'alti- 
tude imposée  :  «  J'en  sais  un  grand  nombre  qui,  sous 
le  poids  des  maux  et  des  violences,  aspireraient  à  se  ven- 


8  Passio  S.  Pollionis,  2,  dans  Ruinart,  Acta  sine,  in-4*,  Parisiis, 
1689,  p.  436.  —  "Eusèbe,  De  martyrib.  Pal.rst.,c.  XI,  P.  G.  A.  xx, 
col.  1054.  —  ">Rom.,  xm,  l-7;IPetr..  n,13sq.;iv,  14-16:  Clem., 
I  ad  Corinth.,  61,  dans  J.  B.  Lightfoot,  Apostolic  FaXhers, 
in-8',  London,  1890,  t.  il  b,  p.  179;  Act.,xm  sq.  passim.  —  "  V.  y. 
J.  Blflgham,  Origines,  in-8-,  Oxford,  1855,  t  v,  p.  308-309.  — 
"Acta  disputatiouis  Achatii,  i,  dans  Ruinart,  loc.  cit.,  p.  139. 
—  "Pline,  Epist.,  x,  97.  —  "Tertullien,  Apol.,  xxxv,  P.  t.,  t.  i, 
col.  514,  775.  —  ''Cf.  W.  .1.  Mangold.  De  Ecclesia  prim.rva  pro 
Crsaribus  ac  maaistratibus  preces  fundente,  in-i'.  Bonnoe,  1881, 
p.  10,  et  J.  Bingham,  loc.  cit.  —  '•Tertullien,  Apoloq..  xxxvn, 
P.  L.,  t.  I,  col.  524.  «  Lisez  nos  livres,  disent  Tertullien,  Apol., 
.\\\i,  P.  L-,  t.  I,  col.  507,  et  Théophile,  Ad  Autolyc,  1, 14.  P.  G., 
t  vi,  col.  1044,  ils  ne  sont  cachés  à  personne.  » 


2G5 


ACCUSATIONS   CONTRE   LES   CHRETIENS 


l286 


ger  sur  l'heure.  Qu'ils  n'en  fassent  rien,  car  le  Seigneur 
a  dit  :  Attencloz  mon  jour,  je  rassemblerai  les  nations  et 
les  rois  et  je  les  accablerai  de  ma  colère.  Ce  jour  paraîtra 
un  gouffre  de  feu  et  les  méchants  seront  consumés 
comme  la  paille  l.»«  Notre  patience,  écrivaient  les  Pères, 
nous  vient  de  la  certitude  d'être  vengés  2,  elle  amasse 
des  charbons  ardents  sur  la  tête  de  nos  ennemis3.  » 
«  Quel  grand  jour  que  celui  où  le  Très-Haut  comptera 
ses  fidèles,  enverra  les  coupables  aux  enfers  et  jettera 
nos  persécuteurs  dans  l'abîme  des  feux  éternels  *.  » 
«  Quel  spectacle  grandiose,  quelle  joie,  quelle  surprise, 
quels  éc.ats  de  rire.  Que  je  triompherai  à  contempler, 
gémissants  dans  les  ténèbres  profondes,  avec  Jupiter  et 
lei.rs  adorateurs,  ces  princes,  si  puissants,  si  nombreux, 
que  l'on  disait  reçus  au  ciel  après  leur  mort  !  Quel  trans- 
port de  voir  les  magistrats,  persécuteurs  du  saint  nom 
de  Jésus,  consumés  par  des  flammes  plus  dévorante*  que 
celles  des  bûchers  allumés  pour  les  chrétiens5!  » 

Une  inscription  découverte  il  y  a  peu  d'années  dans 
la  petite  ville  d'Arykanda  en  Lycie  montre  avec  quelle 
bonne  foi,  les  habitants  de  ces  cantons  arriérés  de- 
mandaient la  mort  des  contempteurs  des  dieux  dont 
l'impiété  tenait  suspendus  sur  le  pays  les  châtiments 
divins 

Quamcumque    munific]ENTIAIVI    VOL[etis  pro  hoc 

[vestro  pio 
proposito  petJERE   IAM   NVNC   HO[c  facere  et  ac- 

[cepisse 
vos  credere  li]CET  IMPETRATVRI  E[am  sine  mora 

[quœ 
in  omne  œvum  t]AM  NOSTRAM  IVXTA  DEOS  l[in- 

[mortales  pie 
5       tatem     testabi]TVR     QVAM     VERO     CONDIGNA 

(PRA[emia  vos  es- 
se a  nostra  clJEMENTIA   CONSECVTOS  LIBERIS 

[AC  PO[steris 
declarabit]. 

Toï«   (TtoT^pdivjrTANTOC  ANOPCOfTCON   eONOYC 

[KAI  TENOYC 
SeSasToîç   Kai]CAPCIN    TAAEP     OYAAER    MAZI- 

[MEINCO  KAI 
10     Ko)varavTeivw]KAI  OYAAEP   AIKINNIANCO   AIKIN- 

[NICO  TTAPA  TOY 

Avxicov  xou  IIJANqbYACON    EONOYC  AEHCIC  KAI 

[IKECIA  EPTOIC  ATTO 

ÔESwxôrwv     t]CON     OECON     TCON      OMOTENCON 

[YMCÙN  cplAANOPCOTTIAC 

r.âmv,  <ï>  6siô]TATOI  BACIACIC  OIC  H  OPHCKCIA 

[MEMEAETHTAI 

aùràiv  ÛTtkp  t?,]C  YMCON  TCON  TTANTA  NEIKCON- 

[TCON  AECTTOTCON 

13     aïwvtou  <no]THPIAC    KAACOC    CXCIN    EAOKIMA- 

[CAMEN  KATA0YTEIN 
rcpbç  T;,và6â]NATON  BACIAEIAN  KAI  AEHOHNAI 

[TOYC  nAAAI 
Havtxoùç    XpijCTIANOYC    KAI   EIC    AEYPO    THN 

[AYTHN  NOCON 

'  S.  Cyprien,  De  bono  patientiae,  21-22,  P.  L.,  t.  iv,  col.  660. 
—  *S.  Cyprien,  loc.  cit.,  et  Eochort.  mart.,  XI,  XII,  P.  L.,  t.  IV, 
col.  691,  700;  Ad  Demetr.,  17,  24,  P.  L.,  t.  iv,  col.  576,581. 
--  3  Tertullien,  De  fuga,  12,  P.  L.,  t.  Il,  col.  135.  —  »S.  Cyprien, 
Kpist.,  lvi,  Ad  Thibarit.,  10,  P.  L.,  t.  IV,  col.  367.  — 
•Tertullien,  De  spectac.,  30,  P.  L.,  t.  i,  col.  735;  S.  Cyprien, 
Ad  Demetr.,  24,  P.  L.,  t.  IV,  col.  581.  Ajouter  le  fait  de  déchirer 
un  édit.  Voy.  Le  Blant,  Les  perséc.  et  les  martyrs,  c.  xi.  — 
•Eusèbe,  Hist.  eccl.,  IX,  vu,  P.  G.,  t.  XX,  col.  809;  cf.  Lac- 
tance,  De  mortibus  persecutorum,  36,  P.  L.,  t.  vu,  col.  251. 
Indulgenliam  Christianis...  datam  tollit  subornatis  legationi- 
bus  civitatum  quse  peterent  ne  intra  civitates  suas  Christianis 
conventicula  extruere  liceret,  ut  quasi  coactus  et  impulsus 
facere  videretur  quod  erat  sponle  facturus.  —  '  Th.  Momm- 
sen,  dans  Arclueolugisck-epigraphischen  Mittheilungen  aus 
Oesterreich,  1893,  t.  xvi,  p.  93  sq.,  108;  R.  Cagnat,  dans  la  Re- 


8caTr,po-:vT(i]C  nOTE  rTETTAYCOAl  KAI  MHA£Ml« 

[CKAIA  TINI  KAI 
vrj  6pr]<jxeia]THN    TOIC   OEOIC  0*EIAOMENHN 

[TTAPABAINEIN 
20     Tout'    av    e'içjEPrON    AcpIKOITO    El    YMETEPCO 

[OEICO  KAI  AICONICO 
veûuaTi  7t]ACIN    KATACTAIH   AnCIPHCOAl    MEN 

[KAI  KEKCOAYCOAI 
èÇou<n'a]N  THC  TCON  AOECON  AnCXOOYC  ET7[i]- 

[THAEYCECOC 

irâvTa;  M  t]H  TCON  OMOTENCON  YMCON  OECON 

[OPHCKEIA  CXOAA 

Çetv  iTtèpJTHC  AICONIOY  KAI  AcpOAPTOY   BACI- 

[AEIAC  YMCON  OnEP 

25    ttXïîotov  au^^EPEIN  nACIN   TOIC  YMETEPOIC 

[ANOPCOnOIC  nPOAHAON 

ECTIN 

Nous  appellerions  cette  inscription,  dans  notre  langage 
moderne,  une  «  affiche  officielle  ».  Elle  réclame  quelques 
mots  d'explication.  L'empereur  Galère  a  vit  rendu  à  ses 
derniers  moments,  f  30  avril  311,  la  liberté  aux  chrétiens; 
son  successeur  Maximin  provoqua  les  cités  et  les  provinces 
de  l'empire  à  demander  la  reprise  de  la  persécution. 
Leurs  pétitions  et  les  rescrits  envoyés  en  réponse  étaient 
affichés  dans  des  lieux  publics.  Les  pétitions  étaient  en 
grec  et  les  rescrits  en  latin.  Eusèbe  a  traduit  et  repro- 
duit presque  en  entier  celui  qui  fut  adressé  aux  Tyriens  1. 
Nous  donnons  maintenant  la  traduction  de  la  pétition 
des  habitants  d'Arykanda  : 

«  Aux  sauveurs  de  tout  le  genre,  humain,  aux  dieux 
augustes,  césars,  Galérius,  Valérius,  Maximinus,  Flavius, 
Valerius  Constantinus,  Valérius  Licinnianus  Licinius, 
supplique  adressée  par  le  fidèle  peuple  des  Lyciens  et 
Pamphyliens. 

«  Les  dieux  vos  congénères,  illustres  empereurs,  ayant 
toujours  comblé  de  faveurs  manifestes  ceux  qui  ont  leur 
religion  à  cœur  et  les  prient  pour  la  santé  de  nos  maîtres 
invincibles,  nous  avons  cru  bon  de  recourir  à  votre  im- 
mortelle majesté  et  de  lui  demander  que  les  chrétiens, 
depuis  longtemps  rebelles  et  ne  cessant  pas  de  l'être, 
soient  enfin  réprimés  et  ne  transgressent  plus  par  leurs 
absurdes  nouveautés  le  respect  que  l'on  doit  aux  dieux. 
Ce  résultat  serait  atteint,  si,  par  un  divin  et  éternel  dé- 
cret, on  interdisait  et  on  empêchait  leurs  observances 
impies  et  qu'on  les  forçat  de  pratiquer  le  culte  des  dieux 
vos  congénères  et  de  les  invoquer  pour  votre  éternelle 
et  incorruptible  Majesté,  ce  qui  profiterait  évidemment 
au  bien  de  tous  vos  sujets7.  » 

A  l'accusation  d'athéisme  et  de  lèse-majesté  se  rap- 
porte celle  d'impiété. 

Un  marbre  antique  de  Lyon  vient  trop  à  ce  sujet  pour 
que  nous  songions  à  l'en  écarter.  Il  s'agit  d'une  épitaphe 
sur  laquelle  on  a  beaucoup  disputé8  et  qui  contient  une 
formule  digne  d'attention  (fig.  61). 

Ces  mots  :  que  dum  nimia  pia  fuit  facta  est  inpia 
(quse  dum  nimis  pia  fuit,  facta  est  impia),  nous  pa- 
raissent devoir  s'entendre  ainsi;  Cerialius  Callistio  le 
mari  païen  fait  observer  que  sa  jeune  femme  était  trop- 

vue  archéol.,  1893,  IIP  série,  t.  xxi,p.  225,  n.  11  :  L.  Duchesne, 
dans  le  Bull,  crit.,  15  avril  1893,  t.  xiv,  p.  157;  E.  Preuschen, 
Analecta  kùrzere  Texte  zur  Gesch.  der  Altenkirche  und  des 
Kanons,  in-8°,  Leipzig,  1893,  p.  87  ;  A.  Wagener,  Un  nouveau  do- 
cument d'histoire  religieuse,  dans  Revue  de  l'Inst.  publ.  de  Bel- 
gique, 1894,  fasc.  3.  —  *  I.  Spon,  Recherche  d'antiquités,  in-8% 
Lyon,  1673,  p.  86;  Colonia,  Hist.  littér.  de  la  ville  de  Lyon,  in-8", 
Lyon,  1847, 1. 1,  p.  264;Manni,  Principi  délia  relig.  crist.  in  Fi- 
renze,  Florence,  1764,  p.  2  ;  Artaud,  Deuxième  notice,  in-8°,  Lyon, 
1816,  p.  17  ;  Orelli,  Inscr.  lat.,  selectar.  ampliss.  coll.,  in-8°,  Turici, 
1828,  n.  4651;  Greppo,  LettreàM.  le  docteur  Labussur  une  inscrip- 
tion funéraire  du  Musée  de  Lyon,  qui  parait  avoir  appartenu 
à  une  femme  chrétienne,  in-8»,  Lyon,  1838;  de  Boissieu.  In- 
script, antiques  de  Lyon,  c.  xiv,  n.  39,  in-4°,  Lyon,  184ti-ji, 
p.  466-498  ;  D.  Cabroi  et  D.  Leclercq,  Monurn.  Eccl.  liturg.,  in-4% 
Parisiis,  (902,  t.  I,  il  4402. 


287 


ACCUSATIONS    CONTRE    LES   CHRÉTIENS 


dévote  aux  dieux,  car  elle  a  fini  par  ne  l'être  plus  du  tout. 
Greppo  interprétait  nimis  pia  comme  désignant  la  foi 
chrétienne  de  la  jeune  femme,  il  semble  préférable  de 


61.  —  Marbre  de  Callistius. 
D'après  de  Boissieu,   Inscriptions  antiques  de  Lyon,  p.  496. 

laisser  au  mot  pia  la  valeur  qu'il  avait  dans  la  bouche 
des  païens,  puisque  c'est  un  païen  qui  parle  ici,  et  don- 
ner à  impia  le  sens  qu'il  avait  pour  ces  mêmes  hommes 
à  qui,  nous  l'avons  fait  voir  déjà,  il  servait  à  désigner 
le'  chrétiens. 

VI.  L'accusation  d'indolence  ou  d'indifférence  poli- 
tique '.  —  L'année  410  de  notre  ère  fut  marquée  par  un 
événement  fort  grave.  Rome  fut  prise.  Ceci  annonçait 
bien  des  choses  pour  l'avenir  et  préludait  à  la  ruine  de 
l'empire.  Plusieurs  allèrent  répétant  que  l'abandon  et  le 
mépris  des  dieux  de  l'empire  était  cause  d'un  si  grand 
désastre.  A  l'époque  où  on  la  colportait,  l'objection  était 
assez  spécieuse  pour  que  le  plus  solide  esprit  de  ce 
temps  consacrât  un  long  travail  à  sa  réfutation.  Le  tra- 
vail nous  est  resté,  c'est  la  Cité  de  Dieu,  composée 
par  saint  Augustin  de  413  à  426.  Après  un  si  long  temps 
écoulé  nous  ne  croyons  pas  qu'il  faille  réfuter  des  argu- 
ments que  nul  ne  présente  plus  sérieusement;  ce  qui 
reste  digne  de  recherche,  c'est  le  fondement  que  pou- 
vaient avoir  dans  les  esprits  à  l'époque  où  elles  ont  été 
formulées,  les  accusations  portées  contre  le  christianisme 
d'être  responsable  de  la  ruine  de  l'empire.  Il  s'agit  ici 
de  l'état  d'esprit,  non  de  la  masse  ignorante  et  crédule, 
mais  des  hommes  distingués  et  puissants  dont  l'opinion 
et  les  actes  réglaient  les  destinées  de  Rome.  Ils  avaient 
une  conception  sociale  qui  différait  à  peine  de  la  con- 

*  Voy.  Greppo,  Trois  mémoires  sur  l'histoire  ecclésiastique 
des  premiers  siècles,  in-8',  Paris,  1840,  p.  143-151.  Nous  retrouvons 
cette  accusation  portée  contre  Philippe  l'Arabe  :  ûiàtv  «tnXirrou 
icipî  nàvTa  txixtXuav  Zosime,  Hist.,  éd.  Mendelssohn,  Leipzig,  1887, 
p.  20  sq.  —  »  Tertullien,  Apolog.,  XXI,  P.  G.,  t.  i.  col.  339.  —  3  Zo- 
sime, Hist.,  IV,  36;  Eckhel,  Doctr.  num.  vet.,  in-4',  Vindobonae, 
-1796,  t.  vm,  p.  76;  Orelli,  lue.  cit,  n.  1080.  —  *  Cod   Theod.,  IX, 


ception  antique.  La  cité  est  l'unité  d'action,  pour  le 
culte,  pour  la  guerre,  pour  le  commerce.  On  a  son 
Olympe  municipal,  sa  milice,  son  industrie  spéciale. 
C'est,  s'il  est  permis  de  parler  ainsi,  la  règle  des  trois  in- 
térêts. En  créant  l'empire  on  avait  remédié  tant  bien  que 
mal  au  trouble  qu'apportait  l'institution  dans  la  concep- 
tion municipale,  on  avait  accueilli  tous  les  dieux  au  ca- 
lendrier après  délibération  du  sénat.  Pour  chacun  d'eux, 
on  avait  formé  des  légions  en  nombre  suffisant  pour  dé- 
fendre le  territoire,  on  avait  développé  l'activité  com- 
merciale en  ouvrant  à  nombre  de  petites  villes  des 
débouchés,  où  elles  accédaient  grâce  aux  routes  impé- 
riales. Ce  n'était,  en  définitive,  qu'une  simple  extension 
du  système  antique;  ainsi,  rien  n'étant  changé,  tout  allait 
bien  et,  tout  allant  bien,  pourquoi  ne  pas  tout  conser- 
ver? Le  christianisme  changeait  tout  cela  parce  qu'il  était 
vraiment  un  catholicisme,  une  religion  unique.  Dès  lors, 
plus  de  distinctions  municipales,  mais  un  intérêt  catho- 
lique en  toutes  choses  :  si  l'on  veut,  une  fraternité  uni- 
verselle. Au  moment  où  la  religion  antique  devenait 
manifestement  insuffisante,  le  christianisme  s'offrait 
comme  le  candidat  des  intérêts  religieux  de  l'humanité 
et  loin  de  se  désintéresser  de  la  politique,  il  semblait 
ne  comprendre  sa  mission  qu'à  l'aide  de  la  remise  entre 
ses  mains  du  pouvoir  civil. 

Mais  au  IVe  siècle,  il  y  avait  trois  religions  en  présence, 
avec  ce  caractère  d'universalisme  :  le  christianisme,  la 
religion  de  Mithra  et  celle  de  Sérapis.  Entre  ces  trois 
formes  de  conquête  religieuse  du  monde  romain,  la  con- 
currence remontait  non  au  temps  où  la  religion  chrétienue 
devint  la  religion  de  l'empire,  mais  bien  plus  tôt,  au 
IIe  siècle  environ.  Celui  de  ces  trois  cultes  qui  parait 
s'être  le  mieux  accommodé  du  système  romain,  fut  celui 
de  Mithra  ;  les  prêtres  de  Sérapis  avaient  parfois  à  souf- 
frir beaucoup  de  brutalités,  de  la  part  des  partisans  de 
la  religion  romaine,  mais  ce  furent  incontestablement  les 
disciples  du  Christ  qui  montrèrent  le  plus  d'éloignement 
pour  les  «  dieux  des  gentils  ».  Lorsque,  par  un  revire- 
ment de  fortune  inouï,  l'empereur  fonda  l'empire  chré- 
tien, il  restait  encore  bien  des  sujets  sur  lesquels  l'ac- 
cord n'était  pas  fait;  cependant,  l'Église  s'était  départie, 
pendant  trois  siècles  de  luttes,  de  plusieurs  principes 
dont  l'austérité  primitive  avait  été  tempérée  de  néces- 
saires concessions. 

a  II  est  impossible,  écrivait  Tertullien,  d'être  à  la  fois 
César  et  chrétien  2.  ï  Cependant  Constantin  cumulera  le 
titre  de  Pontifex  maxirnus 3  avec  celui  d'évêque  du 
dehors.  On  a  cherché  une  cause  de  la  désagrégation  du 
vieil  édifice  romain  dans  son  abandon  par  les  empereurs, 
mais  il  faut  constater  avec  quelle  délicatesse,  quels 
retours  en  arrière  ceux-ci  se  séparèrent  progressivement 
du  culte  qui  les  avait  faits  ce  qu'ils  étaient.  Ce  n'est  que 
peu  à  peu  qu'on  empiète  sur  le  terrain  réservé  de  l'ido- 
lâtrie, et  les  mesures  prises  à  son  égard  sont  quelquefois 
des  chances  de  vie  qu'on  lui  offre.  En  319  et  en  321,  trois 
rescrits  et  un  édit  imposent  à  l'exercice  de  l'aruspicine 
des  obligations  conformes  à  ses  rites  consacrés*.  Des 
lois  et  rescrits  de  313,  319,  320  exemptent  le  clergé 
chrétien  des  charges  municipales5,  exemption  dont 
jouissaient  les  prêtres  païens6.  En  321,  permission  de 
tester  en  faveur  des  églises  catholiques  '  par  extension 
de  ce  qui  se  pratiquait  à  l'égard  des  temples8;  la  même 
année,  une  loi  impose  aux  juges,  aux  particuliers,  aux 
corporations,  le  chômage  du  dimanche9,  ce  qui  met  les 
fêtes  chrétiennes  sur  le  pied  des  ferix  païennes  qui 
exigeaient  le  repos  10.  L'édit  de  réparation  adressé  aux 

xvi.l,  2.  —  «Eusèbe,  Hist.  [eccl.,  X,  vu,  P.  G.,  t.  xx.  col  893; 
Cod.  Theod.,  XVI,  n,  1,  2, 7,  —  «Cicéron,  Acad.,  u,  38, 121  ;  Tite- 
Live,  iv,  54;  Plutarque,  Nunia,  14;  Denys  d'Halic,  IV,  62,  74; 
Auhi-Gelle,  x,  15;  Corp.  inscr.  Int.,  t.  ix,  4206-4208.  Lex  colonise 
Genetivie,  66,  dans  YEpliem.  epigr..  t.  m,  p.  101.  —  ''Cod. 
Theod.,  XVI,  n,  4.  —  «  Digeste,  XXXIII,  I,  20  ;  il,  16.17;  XXXV, 
II,  1.  —  •  Cod.  Just.,  III.  XII,  2.  —  ,0  Cicéron,  De  leqib.,  Il,  19,  38. 


289 


ACCUSATIONS   CONTRE    LES   CHRETIENS 


290 


anciens  sujets  de  Licinius  (323-324)  ne  conlienl  aucun 
article  qui  avantage  le  culte  chrétien  aux  dépens  de  l'an- 
cien culte,  —  saur  les  restitutions  de  droit  pour  les  con- 
fiscations sorties  de  la  persécution,  —  mais  ici  les  païens 
se  trouvaient  réduits  à  la  même  condition  que  le  lise 
impérial  lui-même  '.  Dans  une  proclamation  de  la 
même  époque,  Constantin  s'adressant  à  Dieu  parlé  ainsi  : 
«  Je  veux  que  ton  peuple  vive  en  paix  et  en  concorde, 
pour  le  commun  avantage  du  genre  humain.  Que  ceux 
qui  sont  encore  impliqués  dans  l'erreur  de  la  gentilité 
jouissent  de  la  même  paix  et  du  même  repos  que  les 
fidèles.  Cette  reprise  des  bons  rapports  mutuels  pourra 
beaucoup  pour  ramener  les  hommes  dans  la  vie  droite. 
Que  personne  donc  ne  fasse  de  mal  à  personne.  Que 
chacun  suive  l'opinion  qu'il  préfère.  11  faut  que  ceux 
qui  pensent  bien  soient  persuadés  que  ceux-là  seids  vi- 
vront dans  la  justice  et  la  pureté,  que  tu  as  toi-même 
appelés  à  l'observation  de  tes  saintes  lois.  Quant  à  ceux 
qui  s'y  soustraient,  qu'ils  conservent  tant  qu'ils  voudront 
les  temples  du  mensonge.  Nous,  nous  gardons  la  splen- 
dide  demeure  de  la  vérité,  que  tu  nous  a  donnée  lors  de 
notre  naissance  (spirituelle).  Et  nous  souhaitons  aux 
autres  de  vivre  heureux,  par  l'effet  de  l'union  et  de  la 
concorde  de  tous  2.  »  L'écrit  se  termine  par  ces  pa- 
roles :  «  Que  personne  ne  cherche  querelle  à  un  autre  à 
cause  de  ses  opinions.  Mais  que  chacun  se  serve  de  ce 
qu'il  sait  pour  aider  son  prochain,  et,  si  cela  n'est  pas 
possible,  le  laisse  en  paix.  Car  autre  chose  esl  d'accepter 
volontairement  le  combat  pour  une  croyance  immortelle, 
autre  chose  de  l'imposer  par  la  violence  et  les  supplices. 
J'ai  parlé  plus  longuement  que  le  dessein  de  ma  Clémence 
ne  l'exigeait,  parce  que  je  ne  voulais  rien  dissimuler  de 
ma  foi,  et  aussi  parce  que  plusieurs,  me  dit-on,  assurent 
que  les  rites  et  les  cérémonies  de  l'erreur  et  toute  la 
puissance  des  ténèbres  vont  être  entièrement  abolis. 
C'est  ce  que  nous  aurions  certainement  conseillé  à  Ions 
les  hommes;  mais,  pour  leur  malheur,  l'obstination  de 
l'erreur  est  encore  trop  enracinée  dans  l'âme  de  quelques- 
uns  3.  »  Dans  une  pièce  du  même  temps,  le  célèbre 
discours  à  l'assemblée  des  saints4,  Constantin  fait  voir 
une  résolution  semblable  à  travers  un  langage  (pie  l'on 
voudrait  moins  âpre5.  Si  on  rapproche  les  fails  de  ces 
paroles,  on  les  trouve  à  peu  près  d'accord.  Quelques 
mesures  prises  en  Orient  se  justifient  par  l'attitude 
hostile  des  païens  sous  Licinius;  une  seule  loi  plus 
grave  vint  interdire  en  Orient  l'érection  de  nouvelles 
idoles.  En  328,  on  donne  encore  à  l'empereur  le  titre 
de  Pontifex  maxinuts.  En  333,  nous  savons  qu'on  ne 
pouvait  abattre  un  monument  funéraire,  à  Rome,  même 
menacé  de  ruine,  sans  l'autorisation  du  collège  des  pon- 
tites  6.  En  335  et  337  des  lois  confirment  les  privilèges 
des  llamines  perpétuels  et  des  sacerdoces  municipaux7. 
Les  dignitaires  de  l'empire  paraissent  choisis  sans  exclu- 
sion aucune  pour  motils  de  religion  8.  Ces  faits  ne  sont 
pas  les  seuls  qui  devraient  aider  à  comprendre  l'attitude 
de  Constantin  à  l'égard  de  l'ancien  culte,  mais  tels  quels, 
ils  suffisent  pour  témoigner  de  la  tolérance  religieuse. 
Nous  n'avons  pas  à  entrer  ici  dans  une  partie  qui  n'ap- 
partient pas  à  notre  sujet  et  qui  sera  traitée  ailleurs. 
Voir  Destruction  du  paganisme. 

1  Eusèbe,  De  vita  Const.,  n,  30-41,  P.  G.,  t.  XX,  col.  1007-1018. 
—  «  Eusèbe,  De  vita  Const.,  n,  56,  P.  G.,  t.  XX,  col.  1032.  — 
3  Eusèbe,  De  vita  Const.,  u,  60,  P.  G.,  t.  xx,  col.  1033.  —  »  Oratio 
Const.  ad  cœtum  sanctorum,  P.  G.,  t.  xx,  col.  1233-1315.  — 
5  Sur  cette  question,  voy.  Beugnot,  Hist.  de  la  destruction  au 
paganisme  en  Occident,  in-8\  Paris,  1835,  t.  i,  p.  69,  131,  231, 
350,  et  Chaste],  Hist.  de  la  destr.  du  parj.  dans  l'emp.  d'Orient, 
in-8-,  Paris,  1850.  —  8  Cod.  Theod.,  IX,  XVII,  2.  —  :  Ibid.,  XII, 
I,  21;  v,  2.  —  »  Corp.  inscr.  lat.,  t.  VI,  n.  1675,  1690,  1691,  1692, 
1693,  1694;  t.  x,  n.  5061;  S.  Grég.  de  Naz.,  Orat.,  iv,  98,  P.  G., 
t.  xxxv,  col.  633.  —  8  Cod.  Theod.,  XVI,  x,  2.  —  10  Cod.  Theod., 
XVI,  x,  3.  —  "  De  Rossi,  Roma  sotter.,  in-lol.,  R<>ma,  1877,  t.  m, 
p.  693.  Ct.  Cod.  Theod.,  XVI,  x,  20.  —  (i  Cod.  Theod.,  XVI,  x, 
12.  —  i3G.  Boissier,  La  fin  du  paganisme,  in-12,  Paris,  1898, 

D1CT.   D'ARCII.    CHRÉT. 


Sous  les  successeurs  de  Constantin  l'équivoque  protec- 
tion accordée  aux  deux  cultes  risse  brusquement.  Une 
loi  de  341  dit  :  «  Qn<<  la  superstition  cesse,  que  la  folie 
des  sacrifices  soit  abolie;  car  quiconque,  contrairement 
à  l'ordonnance  de  notre  divin  père,  aura  osé  célébrer 
des  sacrifices,  sera  châtié9.  »  Quelques  années  plus  tard, 
on  lit  dans  une  loi  que  «  tonte  superstition  doit  être 
renversée  de  tond  en  comble10  ».  La  rigueur  de  ces  pa- 
roles ne  répond  pas  à  la  réalité;  ces  lois  eurent  des) 
applications  locales  et  il  serait  facile  de  montrer  un 
grand  nombre  de  lieux  où  l'idolâtrie  est  et  demeure  en 
pleine  vigueur.  On  ne  pouvait  être  plus  inconséquent. 
L'action  de  Valentinien  et  de  Valens  fut  trop  effacée  pour 
être  relevée  ici.  Avec  Gratien  (375)  on  entra  résolument 
dans  la  voie  de  la  séparation  du  paganisme  et  de  l'État, 
ce  qui  lut  achevé  en  l'année  382  "  par  une  série  d'ordon- 
nances d'une  irrésistible  logique.  Les  dernières  avaient 
pour  objet  de  réduire  le  paganisme  à  l'état  de  culte 
autorisé  mais  d'un  caractère  privé.  C'était  le  coup  le 
plus  habile  qui  pût  lui  être  porté.  Religion  d'Etat,  le  paga- 
nisme privé  des  subsides  de  l'État  ne  pouvait  que  périr. 
Sous  Valentinien  II,  on  garda,  ou  peu  s'en  tant,  les  posi- 
tions conquises.  Avec  Théodose  commença  l'épisode  final. 

La  série  des  lois  de  Théodose  marque  un  cercle  d'in- 
vestissement qui  va  se  resserrant  sans  cesse  autour  de 
l'ancien  culte,  et  le  détail  en  sera  rapporté  ailleurs,  il 
est  du  reste  fort  monotone,  c'est  la  chute  d'un  privilège 
après  l'autre.  En  392  mt  porté  le  dernier  coup;  une  lui 
interdit  les  sanctuaires  privés  12.  Ainsi,  l'œuvre  est  con- 
sommée quelques  années  avant  la  prise  de  Rome  qui 
commence  l'agonie  de  la  grandeur  romaine. 

Pendant  quatre-vingt-dix-sept  ans  le  christianisme  et 
l'empire  se  sont  si  parfaitement  accommodés,  saut  unseul 
nuage,  sous  Julien,  que  se  trouvant  faits  l'un  pour  l'autre 
ils  ont  rebâti  la  maison  pour  eux  seuls.  Incontestable- 
ment ils  portent  ensemble  la  responsabilité  des  choses 
qui  suivirent.  Pour  décider  si  celle  supposition  est  juste 
et  si  c'est  bien  le  christianisme  qui  a  entraîné  le  monde 
romain  à  sa  perte,  nous  ne  voyons  qu'un  moyen.  Repre- 
nons les  principales  causes  que  les  historiens  assignent 
à  la  ruine  de  l'empire;  demandons-nous  pour  chacune 
d'elles,  autant  qu'on  peut  le  savoir,  à  quelle  époque  le 
mal  a  commence''.  Si  cette  époque  est  antérieure  à  réta- 
blissement du  christianisme,  il  faudra  bien  reconnaître 
qu'il  n'en  est  pas  responsable13. 

Nous  ne  croyons  pas  qu'il  faille  s'arrêter  longtemps 
à  l'accusation  portée  contre  les  chrétiens  de  hlir  les 
charges  publiques  •*.  C'était  un  des  principes  intransi- 
geants du  début,  que  l'usage  de  plus  de  deux  siècles 
axait  fort  tempérés.  Depuis  le  temps  où  Titus  Flavius 
Sabinus  mourait  en  s'atlirant  le  reproche  de  mollesse 
il  d'indifférence  pour  ne  s'être  pas  déiendu  ls,  et  où 
Titus  Flavius  Clemens,  son  fils,  mourait  chrétien  et 
méprisé  pour  son  inertie,  c'est-à-dire  pour  son  man- 
que d'ambition  :  contemptissimse  i7ierliœt6,  les  fidèles 
s'étaient  accommodés  des  conditions  qui  leur  étaient 
laites  et  cette  charge  fameuse  de  curialis,  objet  de  tant 
d'aversion,  parait  avoir  été  souvent  remplie  par  eux  17. 
.Nous  trouvons  des  curiales  à  Alexandrie18,  et  en  Afri- 
que 1<J;  des  duumvirs  en  Espagne-11  et  en  Gaule,  où  un 

t.  n,  p.  341  sq.  —  "  Tacite,  Annal,  xm,  30;  Hist.,  ni,  75;  Ter- 
ttillien,  Apolog.,  42,  P.  L.,  t.  i,  col.  554  sq.  ;  Acta  SS.  Marcelli, 
Mammse,  3,  dans  Acta  sanct.,  27  août;  Martijrium  SS.  Eus- 
tratii,  Aujceiitii,  Bibl.  nationale,  ms.  gr.  H58,  fol.  154  v.  Voyez 
E.  Le  Blant,  Les  actes  des  martyrs,  1882,  p.  256,  et  Les  persé- 
cuteurs et  les  martyrs,  c.  n  :  Les  chrétiens  dans  la  société 
païenne,  in-8%  Paris,  1893;  Léon  Renier  dans  les  Comptes  rendit* 
de  l'acad.  des  itiscr.A  et  18  août  1865.  —  l5  Tacite,  Hist.,  lit,  75. 
—  '«Suétone,  Domit.,  15.  —  ,;S.  Cyprien,  Epist.,  i.xxxii,  1, 
P.  L.,  t.  iv,  col.  442.  —  ,8  Eusèbe,  Hist.  ecct..  I.  VI,  c.  XLI,  /'.  <;.. 
I.  xx,  col.  605.  —  ,,J  S.  Cyprien,  loc.  cit.  —  -u  Conc.  Illib.,  can.  56, 
dans  Mansi,  Conc.  ampl.  coll.,  in-lol.,  Florentiœ,  1759,  t.  n, 
col.  15;  Duchesne,  dans  la  Bibl.  de  l'école  des  hautes  études, 
in-8%  Paris,  1887,  73'  tascic,  p.  159. 

I.  -  10 


291 


ACCUSATIONS   CONTRE   LES   CHRETIENS 


292 


duumvir  chrétien  donne  les  jeux  à  Valentine  (Novem- 
populanie)  au  ve  siècle  : 

EXCEPERETVOQVONDAM  DATA  M  VNERA  SVMPTV 
PLAVDENTIS  POPVLI  GAVDIA  PERCVNEOS  « 

Ces  duumvirs,  obligés  de  donner  les  jeux  réprouvés 
par  l'Église  et  de  faire  les  sacrifices,  se  trouvaient  sim- 
plement exclus  de  l'assemblée  des  fidèles  pendant  l'année 
où  ils  étaient  en  fonctions2.  On  ne  pouvait  pousser  plus 
loin  la  condescendance.  En  Afrique,  nous  trouvons  dès 
le  temps  des  persécutions  un  décurion3,  peut-être  un 
autre  à  Pergamc4,  et  un  président  de  la  Curie1'.  Dès  le 
me  siècle,  la  chrétienté  de  Phrygie  nous  apparaît  dans 
des  conditions  particulières,  grâce  à  la  liberté  dont  jouit 
ce  peuple  presque  tout  entier  chrétien0.  Il  avait  adopté 
à  son  usage  les  titres  païens  d'episcopos  7,  de  geraios  8, 
les  noms  des  associations  étaient  également  empruntés  9. 
Au  IIe  siècle  on  trouve  trois  sénateurs  qui  paraissent 
cbréliens 10  ;  au  siècle  suivant,  il  y  en  a  six  qui  le 
sont  certainement  ".  «  Les  documents  où  nous  étu- 
dions l'histoire  de  l'Église  primitive,  actes  des  martyrs, 
écrits  apologétiques,  œuvres  polémiques  des  pères,  ten- 
dent en  général  à  accentuer  l'opposition  qui  existait 
entre  les  fidèles  et  la  société  contemporaine.  On  est  trop 
porté  à  croire,  en  les  parcourant,  que  les  néophytes  rom- 
paient, en  se  convertissant,  avec  tous  les  liens  qui  les  rat- 
tachaient à  leur  passé,  s'isolaient  en  quelque  sorte  du 
monde  où  ils  vivaient,  ou  ne  s'en  préoccupaient  que 
pour  soutenir  contre  lui  une  lutte  de  tous  les  instants. 
Les  inscriptions  où  se  révèlent  les  sentiments,  non  du 
clergé,  mais  du  peuple,  corrigenl  ce  que  cette  opinion 
peut  avoir  d'excessif.  On  pouvait  devenir  chrétien  et 
rester  bon  citoyen  :  on  aimait  à  faire  l'éloge  de  sa  ville 
natale  12,  on  déposait  aux  archives  la  copie  de  son  testa- 
ment ,3,  on  stipulait  contre  les  violateurs  de  son  tombeau 
des  amendes  au  profit  du  trésor  public  '*.  Eusèbe  ne  nous 
parle-t-il  pas  d'une  cité  de  Phrygie  détruite  par  Dioclé- 
tien,  dont  toute  la  population,  y  compris  les  magistrats, 
professaient  le  christianisme15.  »Mais.  s'il  y  a  peut-être 
dans  ces  exemples  des  témoignages  de  la  spontanéité  des 
chrétiens  à  s'accommoder  de  l'empire,  un  fait  plus  grave, 
la  législation  des  conciles  du  IVe  siècle,  nous  fournira  des 
actes  d'une  importance  plus  grande,  puisqu'ils  représen- 
tent  l'état  d'esprit  de  l'Église  dans  les  questions  écono- 
miques et  sociales,  depuis  son  triomphe  jusqu'à  la  ruine 
de  la  puissance  romaine  (313-410) ,6.  Quant  à  la  désertion 
des  fonctions  publiques,  on  ne  peut  donc  raisonnable- 
ment en  faire  la  matière  d'un  reproche  à  l'égard  des 
chrétiens;  ce  qu'il  y  a  de  fondé,  c'est  que  l'insupportable 
tyrannie  du  pouvoir  central  exonérait  la  noblesse  d'État 
de  charges,  qui  retombaient  au  compte  de  la  bourgeoisie 
des  villes  condamnée  à  la  curie.  On  n'évitait  pas  la 
curie,  mais  on  pouvait,  si  l'on  était  noble,  éviter  toute 
magistrature,  toute  charge  publique;  beaucoup  n'y  man- 
quaient pas  cl  ils  ne  taisaient,  en  cela,  qu'imiter  une  secte 

1  E.  Le  Blant,  Inscription»  chrétiennes  de  la  Gaule,  in-'r. 
Taris,  1856-18(55,  n.  595  a.  —  !L.  Durhcsne,  Le  concile  d'Elvire 
ri  1rs  flamines  chrétiens,  dans  la  Bibl.  des  liantes  études,  in-8% 
Paris,  1887,  p.  159  sq.  —  3  Acta  S.  Saturnini  Datiei.  2,  7,  8,  9, 
dans  Ruinart,  Acta  sincera,  in-4°,  Parisiis,  1089,  p.  410  sq.  — 
4  Aube,  Un  texte  inédit  d'actes  des  martyrs  dans  la  Iîev.  ar- 
chéol.,  déc.  1881.  —  5  Acta  SS.  Trophimi,  Sabbatii  et  Dory- 
medontis,  10,  dans  Acta  sanct.,  19  sept.  — "  W.  Ramsay,  Cities 
and  bishuprics  of  Phrygia,  in-8%  Londoii,  1898,  t.  u,  p.  484-513. 
|  '  W.  Ramsay,  loe.  cit.,  n.  362.  —  «  Ibid.,  n.  361,  364.  —  "Ibid., 
n.  411  U  455.  —  ,0  Ibid.,  n.  204,  210,  219.  —  "  Ibid.,  n.  359,  301, 
364,  368,  371.  — '-  Marucchi,  dans  le  Nuovo  bull.  di  arch.  crist., 
t.  1, 1895,  p.  17  sq.  ;  Bull,  de  corr.  hellénique,  t.  VI,  p.  518;  t.  vm, 
p.  234;  A.  Dumont,  Inscr.  de  la  Thrace,  n.  74  a?5  dans  les  Mél. 
d'archéol.,  in-8\  Paris,  1892.  —  "Journal  of  hellenic  studies, 
t.  iv,  p.  401.  —  "  Au  profit  de  la  ville  :  Coij).  inscr.  ijr:rc,  t.  m, 
n.  3902.  Monum.  Eccl.  liturg.,  t.  I,  n.  278  sq.  ;  an  |  rofit  du  ran«~o» 
(S«f«lT«t'»v   T«piû>v,    'Pujiatiuv    T«|ii?ev)    :    IJull.    corr.    hell.,   1.    Vin, 


philosophique  plus  ancienne  que  le  christianisme,  l'école 
d'Epicure.  Il  ne  manquait  pas  de  gens  pour  penser  que 
le  vrai  sage  doit  s'éviter  un  tracas  inutile,  et  laisser 
les  sots  s'exposer  à  des  naufrages  dont  il  g'est  mis  à 
l'abri  : 

Suave  mari  magno,  turbantibus  Eequora  venlis, 
E  terra  magnum  alterius  spectare  laborem. 

Cicéron  s'en  alarmait,  Sénèque,  opposé  d'abord  à  ce 
détachement  pratique,  s'en  accommoda  plus  tard.  Sous 
les  Antonins,  c'est-à-dire,  à  l'âge  d'or  de  l'Empire,  nous 
observons  toutes  les  erreurs  et  tous  les  dangers  qui. 
grossis  pendant  deux  siècles,  seront  devenus  mortels  au 
début  du  IV  siècle.  Aux  uns  l'exemption  des  charges 
(vacalio  munerum),  aux  autres  l'oppression  et  la  ruine, 
sans  aucun  espoir  de  s'y  dérober  que  par  la  mort. 

VII.  La.  chasteté  et  la  continence  dans  le  mariage. 
—  Les  Actes  de  sainte  Thècle,  si  précieux  à  tant  de 
titres,  nous  représentent  cette  jeune  iille  déjà  fiancée  re- 
nonçant au  mariage,  à  la  suite  des  prédications  de  saint 
Paul.  D'autres  actes,  d'une  valeur  bien  plus  grande, 
nous  montrent  les  magistrats  païens  mis  en  éveil 
par  cet  attachement  à  la  chasteté.  «  Pourquoi,  dit  un 
gouverneur  à  la  vierge  Théodora,  pourquoi  n'as-tu  pas 
voulu  te  marier,  bien  que  tu  sois  de  condition  libre  "?  » 
Un  juge  signale  un  accusé  comme  étant  «  de  ceux  qui 
pervertissent  les  femmes  à  tète  folle  et  les  détournent  du 
mariage  18  ».  Les  Actes  de  saint  Julien  I9,  de  saint  Fer- 
réol  20,  de  saint  Chrysanlhe  21,  contiennent  des  reproches 
identiques.  On  voit  des  jeunes  fdles  fuir  le  mariage  avec 
la  même  ardeur  qu'elles  mettent  à  fuir  le  viol  22,  et  une 
telle  conduite  parait  inexplicable  aux  païens,  presque 
impie.  Auguste  attribuait  eu  partie  la  grandeur  romaine 
à  l'heureuse  fécondité  des  mariages23,  Varron  écrivait  : 
«  Le  bon  citoyen  doit  vivre  pour  sa  patrie  et  engendrer 
beaucoup  d'enfants  pour  la  servir21.  »  Une  législation 
rigoureuse  condamnait  le  célibat2'.  Les  chrétiens  de 
l'époque  des  persécutions  pensaient  tout  autrement.  En 
dehors  du  montanisme  et  de  quelques  autres  erreurs 
manifestes  qui  condamnaient  absolument  le  mariage, 
beaucoup  de  fidèles  partageaient  les  idées  qu'expose  Ter- 
tullien  et  que  reprend  Eusèbe  un  siècle  plus  tard  : 
«  Tous  les  hommes  qui,  avant  Moïse,  se  sont  rendus 
illustres  par  leur  piété  vivaient  au  commencement  du 
monde;  notre  âge  touche,  au  contraire,  à  sa  dissolution. 
Ce  fut  avec  une  vive  sollicitude  que  nos  anciens  s'atta- 
chèrent  à  étendre  leur  postérité,  à  accroître  le  nombre 
des  hommes;  leur  race  devait  alors  prendre  force  et  se 
multiplier.  Telle  ne  saurait  être  notre  visée,  car  toutes 
choses  déclinent  et  tendent  vers  leur  fin.  Voici  venir  le 
renouveau,  l'enfantement  du  siècle  futur  va  bientôt 
paraître20.  »  Des  fidèles,  s'inspirant  de  l'exemple  de 
quelques  saints,  se  dérobaient  d'un  commun  accord  > 
lien  que,  peut-être,  on  les  avait  contraints  de  tonner.  La 
continence  dans  le  mariage  était  Iréquente  alors  et  les 
menaces  de  l'avenir  ne  pouvaient  que  multiplier  les 
exemples  d'une  vertu  dont  la  pratique  n'allait  pas  sans 

p.  234,  243;  Journ.  ofhell.  stud.,  t.  rv,p,  128;  l'nll.  corr.  hell., 
t.  xvii,  p.  248.  250;  Hrr.  des  études  grecques,  t.  u.  p.  36;  Corp. 
inscr.  gr.,  t.  m,  ».  3963.  Cl.  Corp.  inscr.  lat..  l.  v,  u.  N723  sq,     - 
u  Eusèbe,  Hist.  eccl.,  1.  Vlll,  c.  xi,  /'.  (."..  t.  XX,  col.  768.  Cf.  Y.  <  lu- 
mont.  Les  inscr ip.  chrèt.  de  l'Asie  Mineure,  in-8*,  Ri  nu-,  1895, 
p.  26  sq.  —  '"Cl.  E.  Le  Blant,  De  quelques  principes  soci 
rappelés  dans  1rs  conciles  du  rv  sii  cl    à  tns  tes  Comptes  ren- 
dus de  l'académie  des  sciences  morales  et  politiques  (i 
t.  exi,  p.  378  sq.  ;  V.  Duruy,  Les  conditions  sociales  au  tem\ 
Constantin,  même  recueil,  1882,  t.  exuu.  p.  729  sq.  —  "Acta  Di- 
dymiet  Theodorse,l,  dans  Ruinait,  Acta  sincera.  in-4*,  Parisiis, 
1689,  p.  427.  —  '*  Passio  S.  Pollionis,  2,  ibid.,  p.  136.  —  "  Acta 
sa  net.,  9  juin.  —  î0  Ibid.,  16  juin.  —  -'  Ibid.,  25  octob.  —  "  Acta 
ss.  Saturnini  et  Dativi,  16,  Ruinart,  toc.  cit.,  p.  417.  — 
Gass.,  LVI,  n.  —  "Cite"  par  s.  Augustin,  Civ.  I>ei.  1.  XIX.  c.  i, 
P.  /...  t.  xi. i,  col.  315.  —  »»  Valère-Maxime,  il,  xv.  1,  eb 

-"Tertiillicn,  .1./  u.rorein.  1.  1.  e.  v.  /'•  / ...  t.  SU,  Cul.  315,  Eusèbe, 

Demonstr.  evang.,  1.  I,  c.  ix,  P.  (;.,t  .  xxn,  col.  77. 


233 


ACCUSATION  S    C 0  X  T  R  E   L  E S   C  II  R  É T I  E  N  S 


294 


bien  dos  difficultés  J   et  dont  on  trouve,   avec    quelque 
surprise,  le  secret  dévoilé  sur  une  épitaphe  : 

IN  PACE  DOMINICA  Pferaian- 

SERVNT  QVORVM  VITA  TALISf/uiï  ut  lin- 

QVENS  CONIVX  MARITVM  XX  Afnnos 

EXCEDENS  IN  CASTITATE  PERPEf/na 
10     PERDVRARET  P 2. 

Cette  vertu,  comme  il  arrive  souvenu  alla  parfois  à 
l'excès,  et  on  ne  ménagea  la  raillerie,  ni  le  mépris  à 
ceux  qui  usaient  du  mariage-1.  Les  Pères  du  concile  de 
Gangres  (vers  l'an  325)  se  prononcèrent  contre  ces  excès 
dans  les  canons  suivants  : 

«  Quelques-uns  condamnent  le  mariage  et  assurent 
que  ce  lien  ne  permet  aucun  espoir  de  salut;  beaucoup 
de  femmes  les  écoutent,  et  s'éloignent  de  leurs  maris  qui 
tombent  dans  l'adultère. 

«  Si  quelqu'un  blâme  le  mariage,  abomine  et  méprise 
comme  exclue  du  royaume  de  Dieu  la  femme  pieuse  non 
séparée  de  corps  de  son  mari,  qu'il  soit  anatbème. 

«  Si  quelqu'un  garde  la  virginité  ou  la  continence, 
non  pour  la  beauté  et  la  sainteté  de  cet  état,  mais  par 
horreur  pour  le  mariage,  qu'il  soit  anatbème. 

«  Si  quelqu'un  faisant  profession  de  virginité  pour 
plaire  à  Dieu,  insulte  les  chrétiens  mariés,  qu'il  soit 
anathème. 

«  Si  une  femme  abandonne  son  mari  et  se  retire  par 
horreur  pour  le  mariage,  qu'elle  soit  anathème. 

«  Nous  écrivons  ceci  non  pour  retrancher  de  l'Église 
ceux  qui  veulent  s'exercer  à  la  piété,  selon  les  Ecritures, 
mais  ceux-là,  qui,  sous  un  tel  prétexte,  se  montrent 
pleins  d'arrogance,  s'élèvent  contre  d'autres  vivant  d'une 
vie  plus  humble,  et  introduisent  ainsi  des  nouveautés 
contre  les  Écritures  et  les  canons.  Nous  admirons  la 
virginité,  la  continence  que  la  modestie  accompagne; 
mais  nous  honorons  le  lien  du  mariage  quand  les  époux 
méritent  le  respect4.  »  Mais,  la  parole  mesurée  des  pères 
d'un  concile  frappait  moins  les  fidèles  que  les  expres- 
sions oratoires  de  quelques  écrivains  qui  s'écriaient  : 
Licel  bona  conjugia,  tamen  habent  quod  inter  se  ipsi 
conjuges  erubescant» ,  et  ces  paroles  parfois  dépassaient 
le  but  qu'elles  voulaient  atteindre1'. 

L'abstention  en  masse  parait  toutefois  n'avoir  été  pra- 
tiquée que  vers  la  fin  du  ive  siècle,  lorsque  l'empire 
courait  déjà  à  ses  destinées,  et  que,  comme  il  arrive 
d'ordinaire,  on  proposa  aux  hommes  un  objet  sur  lequel 
ils  pussent  détourner  leurs  ardentes  passions.  Cet  objet 
fut  la  vie  monastique  avec  ses  mortifications.  Celle-ci  ne 
lut  connue  des  Romains  qu'en  l'année  3-iO,  et  elle  ne  re- 
cruta guère  des  partisans  que  vers  l'an  .'S74,  c'est-à- 
dire  dans  la  génération  qui  précède  celle  qui  allait 
être  témoin  de  la  chute  de  Rome;  ainsi  quelque  exagé- 
ration que  l'on  apporte  au  calcul,  le  nombre  de  ceux 
qui  embrassèrent  l'état  de  chasteté  ne  peut  entrer  en 
ligne  parmi  les  facteurs  de  la  décadence1.  La  mesure  à 
laquelle  il  faut  réduire  le  péril  apporté  par  la  continence 

'  Salvien,  De  gubernatione  Dei,  1.  V,  c.  x,  P.  L.,  t.  Lin,  col  105; 
Adv.  avaritiam,  1.  II,  c.  IV,  vu,  P.  L.,  t.  Lin,  col.  192,  195; 
TertuDien,  Ad  uxorcm,  1. 1,  c.  v,  vi,  P.  L..  1. 1,  col.  1394, 1395;  Du 
Cange,  Gloss.,  v"  Continentes.  —  s  E.  Le  Blant,  luxer,  clirét.  de 
In  Gaule,  n.  391.  —  3  Cl.  S.  Irénée,  Adv.  hssres.,  1.  I,  c.  xxvm, 
/'.  G.,  t.  vil,  col.  690,  citant  Marcion  et  Saturnin;  J.  E.  Grabe, 
Xpicilegium  sanct.  patrum,  in-8%  Oxonii,  1098,  1700,  1714,  t.  It, 
p.  248  sq.  —  *  Con'c.  Gangrense,  dans  Lifbbe.  Concil.,  t.  Il,  p.  415, 
432.  —  8S.  Ambroise,  Exhortatio  virginitatis,  1.  I,  c.  VI,  36, 
/>.  L.,  t.  xvi,  col.  362.  —  cGrég.  de  Tours,  Hist.  Franc.,  1.  IX, 
c.  xxxiii,  dans  les  Monum.  Germanise,  t.  i  :  B.  Krusch,  Script. 
rer.  merov.,  in-4%  Hannovene,  1885,  p.  387.  —  7  V.  Giachi.  //  mo- 
nachismo  rom.  net  iv  sec,  in-8",  Roma,  1892.  —  8  Tertullien,  De 
itlololatria,  c.  xix,  P.  L.,  t.  i,  col.  708.  Le  c.  xi  du  De  curona, 
P.  L.,  t.  Il,  col.  111,  condamne  le  service  militaire  comme  une 
apostasie.  —  "  Clément  d'Alex.,  Pœday..  I.  111.  c.  xi,  P.  G.,  t.  vm, 
cul.  025.  — ,0  Renan,  Marc-Auréle,  c.  xxi. —  "Origène,  Contr. 


chrétienne  apparaît  donc  assez,  restreinte,  et  on  doit 
attribuei  le  dépeuplement  de  l'Empire  à  des  mœurs 
moins  contenues  et  beaucoup  plus  anciennement  prs  • 
tiquées.  Virgile,  Tite-Live,  Properce  constatent  la  dispa- 
rition de  populations  entières  par  la  misère,  le  célibat 
égoïste,  l'avortement,  l'infanticide.  Les  lois  impériales 
en  disent  long  sur  ce  point;  leur  nombre  suffirait  à 
faire  connaître  et  apprécier  la  nature,  l'étendue  et  la 
profondeur  du  mal.  Par  malheur,  elles  restent  sans 
résultat  :  «  Autrefois,  dit  Tacite,  nous  souffrions  des 
maladies,  maintenant  nous  sommes  malades  des  re 
mèdes.  »  Rien  n'arrête  plus  la  dépopulation,  et  ces 
remèdes  ne  sont  que  des  expédients.  Vers  la  lin  du 
iiie  siècle,  pense  Gibbon,  la  moitié  du  genre  humain 
avait  disparu.  Les  terres  étaient  en  friche,  les  frontières 
à  l'abandon;  pour  garder  l'empire  et  pour  le  nourrir  on 
imagina  d'appeler  les  barbares.  Ceci  hâta  un  peu  plus  la 
fin. 

VIII.  La  répugnance  au  service  militaire.  —  II  y  eut 
une  objection  célèbre.  Le  christianisme  est  une  religion 
pacifique,  ses  fidèles  doivent  professer  l'horreur  de  la 
guerre,  donc  voilà  l'empire  à  l'abandon.  Pendant  l'âge 
des  persécutions,  les  chrétiens  ne  cachaient  pas  leur 
répugnance  pour  le  métier  des  armes.  Tertullien  écrit 
qu'en  désarmant  saint  Pierre,  au  jardin  de  l'agonie,  .lé- 
sus  a  condamné  le  métier  de  soldat8;  Clément  d'Alexan- 
drie condamne  la  simple  représentation  des  arcs  et  des 
épées,  symboles  de  la  prolession  militaire9.  Origène  ré- 
pond à  Celse,  qui  fut  en  son  temps  une  sorle  de  chau- 
vin lu  :  «  C'est  assez  combattre  pour  l'empereur  que  de 
prier  Dieu  pour  lui  ".  »  Tout  le  monde  avait  présents  à 
la  mémoire  les  récits  qu'on  lisait  à  l'assemblée  des  fi- 
dèles et  que  ceux-ci  écoutaient  debout,  comme  l'Évangile 
même  12,  car  ces  actes  des  martyrs  taisaient  partie  de  la 
liturgie13.  Parmi  ces  exemples  venaient  celui  de  Tara- 
chus  abandonnant  l'année  par  respect  pour  la  foi14,  de 
Maximilien  préférant  la  mort  à  la  conscription  '&,  de  Mar- 
cel 16,  des  saints  Nérée  et  Achillée  17,  de  Félix  et  Nabor  18, 
Marinus19,  Mardellin  20.  On  voyait  par  l'exemple  de  la 
légion  thébéenne  -',  de  saint  Dasius '--,  quel  sort  atten- 
dait souvent  ceux  qui  avaient  essayé  d'accommoder  leur 
croyance  avec  les  exigences  du  métier  de  soldat.  Il  est 
vrai  qu'à  ces  exemples  on  en  opposait  de  contraires. 
Devant  le  juge,  un  vétéran  proclame  avoir  toujours 
servi  pieusement  le  Seigneur,  créateur  du  ciel  et  de  la 
terre23;  un  centurion  qu'on  menait  mourir  disait  pen- 
dant la  marche  :  «  Celui  qui  vit  dans  les  camps  ne  peut- 
il  être  sauvé?  Un  centurion  ne  peut-il  être  pieux?  .le 
me  rappelle  celui  qui,  debout  près  de  la  croix  du  Sau- 
veur, fut  éclairé  et  coniessa  que  Jésus  était  vraiment  le 
Fils  de  Dieu  -'' .  »  Ce  n'est  qu'à  l'aide  de  ruses,  dont 
les  soldats  se  transmettent  le  secret,  qu'on  pouvait 
échapper  aux  incessants  périls  où  se  trouvait  la  con- 
science des  chrétiens  placés  entre  les  actes  idolâtriques 
ou  la  mort.  Il  y  avait  les  dii  '-'<  et  les  lares  militâtes  -G, 
les  génies  protecteurs  des  camps27,  dés  turmœ2s,  des 
centuries28,  le  culte  des  aigles30,  les  distributions  qui 

Cels.,  1.  VIII,  c.  LXXIII.P.  G. .t.  xi,  col.  1C2S.  —  '•Cesaire  d'Arles, 
serm.  xcv,  n.  300  de  l'api  end.  des  œuvr.  de  S.  Augustin,  P.  /.., 
t.  xxxix,  col.  2819.  —  's Manillon,  De  lit.  gaffUs.,  in-4",  Parisiis, 
1685,  p.  20,21,  39.  385,  405,  407,  etc.  —  "Acta  S.  Tarachi  dans 
Acla  sine,  in-4",  Parisiis,  1689,  p.  457  sq.  —  15Ruinart,  Acta  sine. 
p.  309.  —  <*Acta  S.  Marcelli,  1,  ibid.,  p.  312.  —  17  S.  Damase, 
Carmen,  xxv,  P.  L.,  t.  xm,  col.  399.  —  18S.  Ambroise,  Expos,  in 
Luc,  vu,  178,  P.  L.,  t.  xv,  col.  1835.  —  '"Eusèbe,  Hist.  eccl.,  I.  VII 
c.  xv,  P.  G.,  t.  xx,  col.  676:  et.  VI,  xli,  P.  G.,  t.  xx,  col.  605.  — 
-"  Actn  smict.,  2  janv.  —  -'  Ce  fait  reste  douteux.  —  --  Acta  s. 
Dasii,  dans  Anal.  Boll.,  1897,  t.  xvi,  p.  1.  —  " Acta  S.  Julii,l, 
dans  Ruinart,  p.  014.  —  21S.  Basile,  homil.  in  Gordium  niait., 
7,  P.  G.,  t.  xxxi,  col.  504.  —  "  Desjardins,  Inscriptions  de  Vala- 
chie  et  de  Bulgarie,  p.  32.  —  -«Orelli,  loc  cit.,  n.  1005,  5631.  — 
-''Ibid.,  n.  9.  —  "Muratori.  Thés,  inscript.,  in-tol.,  Mediolani, 
1739,  p.  CCCXLVH,  n.  2.  —  5S  Orelli.  loc.  cit.,  n.  941.  —  i0  Pline, 
Hist.  nat.,  XIII,  iv  ;  ïertull.,  Apolog.,  xvi,  P.  L.,  1. 1,  col.  420. 


295 


ACCUSATIONS   CONTRE   LES   CHRÉTIENS 


296 


signalaient  les  nalalilia  des  princes  ',  les  decennalia  et 
bien  d'autres  occasions  de  chute. 

Contrairement  à  ce  qui  se  passe  pour  tant  d'autres  cas, 
l'épigraphie  ne  peut  donner  ici  les  indications  que  nous 
voudrions  lui  devoir.  E.  Le  Blant,  qui  a  éclairci  cet  as- 
pect de  la  question,  arrive  aux  résultats  suivants  :  «  Sur 
10050  inscriptions  païennes  que  contiennent  les  recueils 
de  Reinesius2,  Steiner3,  Mommsen*,  j'ai  compté 
545  soldats,  ce  qui  donne  une  moyenne  de  5,42  p.  100. 
La  même  opération  laite  sur  l'Index  de  Seguier  qui  re- 
late 4734  inscriptions  chrétiennes  ne  m'a  donné  que 
27  soldats,  soit  en  chiffre  rond,  0,57  p.  100.  La  propor- 
tion de  5,42  p.  100  à  0,57  p.  100  que  je  signale,  et  qui 
montre  combien  le  fidèle  tirait  peu  de  gloire  des  services 
militaires,  prouve  que  les  paroles  de  Tertullien  et  de 
saint  Maximilien,  si  conlormes,  du  reste,  aux  lois  de  la 
charité,  traduisaient  plus  qu'on  ne  l'avait  pensé  l'état 
des  esprits  aux  premiers  siècles  de  l'Eglise  s.  »  Mais  il 
faut  faire  aussi  dans  cette  statistique  une  part  à  l'usage 
des  chrétiens  de  ce  temps  d'omettre  toute  qualification 
sur  leur  épitaphe;  ce  point  mérite  d'être  pris  ici  en 
sérieuse  considération. 

Cependant,  avec  Constantin,  tout  changea,  et  le  soldat 
qui  assistait  avec  sa  légion  au  sacrifice  de  la  messe,  qui 
récitait  la  prière  écrite  par  l'empereur  °,  n'avait  plus 
qu'une  seule  raison  d'abhorrer  le  métier  militaire  :  c'é- 
tait la  nécessité  où  il  le  plaçait  de  répandre  le  sang 
humain.  Dès  l'an  314,  le  concile  d'Arles  prononce  l'ana- 
thème  contre  ceux  qui  suivront  l'exemple  donné  jadis 
par  les  martyrs  :  De  his  qui  arma  projiciunl  in  pace 
placuit  abslineri  eos  de  comnninione  1.  Mais  il  fallut  des 
années  pour  que  cette  réhabilitation  du  drapeau  préva- 
lût. Au  lendemain  de  la  persécution,  Lactance,  dans  un 
livre  dédié  à  l'empereur,  écrit  que  la  profession  des 
armes  ne  saurait  être  permise8;  saint  Jérôme  loue  le 
jeune  Népotien  d'avoir  rejeté  le  ceinturon,  cingulum9, 
saint  Paulin  pense  de  même  de  Victricius  qui  l'ait  un 
éclat  public  de  son  relus10.  Sulpice-Sévère  raconte  le 
trait  que  voici  '•  :  «  Des  Barbares  venaient  d'entrer  en 
Gaule,  le  césar  Julien  mobilisa  ses  troupes  près  de  la 
cité  des  Vaugions  et  distribua  le  donativum  aux  soldats. 
Chacun,  suivant  L'usage,  était  appelé  à  tour  de  rôle;  vint 
celui  de  Martin,  celui-ci  jugea  l'instant  convenable  pour 
demander  son  congé,  car  il  n'estimait  pas  pouvoir  ac- 
cepter le  donativum  avec  l'intention  de  quitter  l'armée. 
«  Jusqu'ici,  dit-il  au  césar,  je  t'ai  servi,  souffre  que  main- 
«  tenant  je  serve  Dieu;  que  les  combattants  reçoivent 
«  des  largesses,  pour  moi,  je  suis  soldat  du  Christ;  il  ne 
«  m'est  pas  permis  de  tirer  l'épée.  »  César  répondit  qu'il 
agissait  par  peur  de  la  bataille  du  lendemain,  et  non  par 
obéissance  à  une  loi  religieuse,  mais  Martin,  intrépide, 
répondit  :  «  Puisque  l'on  attribue  ma  retraite  à  la  faiblesse 
«  et  non  à  la  piété',  demain  je  me  présenterai  désarmé  sur 
«le  iront  de  bandière,  sans  bouclier,  sans  casque; 
«  avec  l'aide  du  nom  de  Jésus  et  du  signe  de  la  croix,  je 
«  pénétrerai  avec  assurance  dans  les  rangs  de  l'ennemi.  » 

Saint  Augustin  eut  à  s'occuper  de  cette  persistante  an- 

1  Tertullien,  De  corona,  P.  L.,  t.  II,  col.  93.  —  2  Reinesius,  S>/n- 
torjma  inscr.  antiq,  in-tol.,  Lipsiae,  1682.  —  3  Steiner,  Cod. 
inscr.  romanor.  Rheni,  in-8°,  Darmstadtii,  1837.  —  *  Inscript. 
regni  neapolit-,  in-Iul.,  Lipsia:,  4852.  —  B  E.  Le  Blant,  Inscr. 
chrét.  de  la  Gaule,  in-4",  Paris,  1856-1865,  t.  I,  p.  85,  87.  Voy.  an 
contraire  Mamachi,  Orig.  et  antiq.  eccl.,  in-4*,  Rnmae,  1840,  t.  i, 
p.  371;  Lamy,  De  erudit.  Apost.,  in-4%  Florentins,  1733. p.  295- 
298.  —  «Eusèbe,  Vita  Constant.,  1.  IV,  c.  xx,  P.  G.,  t.  xx, 
col.  1168.  —  i  Conc.  Arclat.  I,  can.  3,  in  pace,  c'est-à-dire  depuis  la 
paix  rendue  à  l'Église.  Cf.  Le  Blant,  loc.  cit.,  1. 1,  p.  LXXXU,  note  2. 

—  'Lactance,  Inst.  divin.,  1.  V,  c.  xviu,  P.  L.,  t.  VI,  col.  604; 
1.  VI,  c.  xx,  P.  L.,  t.  VI,  col.  705;  cl.  1.  1,  c.  I,  P.  L.,  t.  VI,  col.  115. 

—  »  S.  Jérôme,  Epist.,  lx,  8  et  9,  P.  L.,  t.  xxn,  col.  593,  594.  — 
"S.  Paulin,  Epist.,  xvm,  Victricio,  7,  P.  L.,  t.  lxi,  col.  240.  — 
«'Sulp. -Sévère,  Vita  beati  Martini,  IV,  P.  L.,  t.  XX,  col.  162.  - 
15  S.  Augustin,  Epist.,  clxxxix,  4,  P.  L.,  t.  xxxm,  p.  855; 
et.  Epist-,  xi.vii,  Publicolse,  5,  P.  /,.,  t.  xxxiu,  p.  180.  — 
13 S.  Maxime,  Homil,  exiv,  P.  T..,  t.  i.vn,  col.  515».—  '*  Epist., 


tipathie  des  chrétiens.  «  Ne  croyez  pas,  écrit-il  à  Boni- 
face,  qu'un  soldat  ne  puisse  plaire  à  Dieu  '-.  »  Et  encore  ; 
«  A  ceux  de  ces  [soldats]  qui  lui  demandaient  ce  qu'ils 
devaient  faire  pour  gagner  le,  ciel,  [Jean]  n'a  pas  com- 
mandé de  déserter  les  aigles;  il  a  dit  :  Gardez-vous  de 
toute  concussion,  de  toute  violence,  et  contentez-vous  de 
votre  solde.  Jean  n'a  point  ajouté  à  cet  ordre  celui  de  quit- 
ter l'armée.  »  Saint  Maxime  de  Turin  i3  ne  parle  pas  autre- 
ment et  saint  Léon  le  Grand  déclare  que  l'état  militaire 
est  une  chose  permise  et  innocente  l*.  Tout  ceci  évidem- 
ment donne  une  faible  opinion  du  recrutement  de  l'ar- 
mée; mais,  fondée  ou  non  en  raison,  la  répugnance  des 
chrétiens  était  à  tout  le  moins  respectable  par  le  mobile 
qui  l'inspirait;  le  mal  était  ailleurs  et  déjà  ancien. 
L'origine  en  remontait  à  une  innovation  d'Auguste  qui 
imagina  l'armée  permanente;  et  celle-ci,  parla  logique 
d'un  empire  démesuré,  cessa  d'être  la  nation  armée  pour 
faire  place  à  l'armée  mercenaire. 

IX.     L'INDIFFÉRENCE    A    L'ÉGARD    DES    PARENTS.     —    Un 

reproche  fut  fait  aux  chrétiens  de  leur  dureté  à  l'égard  de 
ceux  qui  leur  touchaient  le  plus  près  par  les  liens  que 
forme  la  nature.  A  l'époque  des  persécutions,  par  suite 
des  conversions  individuelles,  on  vit  des  chrétiens  expo-  ~ 
à  subir,  outre  les  instances  du  juge,  les  plus  véhément'  i 
adjurations  de  la  part  de  leurs  parents  les  plus  proches 
demeurés  dans  le  paganisme;  sainte  Perpétue  de  Car- 
tilage i:i,  saint  Irénée  de  Sirmium  ,c,  en  fournissent  d'il- 
lustres exemples.  Le  chrétien  s'eflorça  donc  de  devenir 
un  être  impersonnel,  en  quelque  sorte;  il  n'avait,  en  un 
sens,  ni  parents,  ni  patrie,  ni  état  social.  Une  telle  ri- 
gueur se  justifiait  en  un  temps  où  les  alfections  légitimes 
firent  souvent  courir  des  dangers  à  la  persévérance  des 
fidèles,  mais  en  dehors  de  ces  circonstances  et  lorsqu'elles 
eurent  pris  fin,  le  sentiment  de  la  famille  desait  être 
écouté  et  respecté.  Cependant  quelquefois  les  ascètes  et 
les  clercs  crurent  répondre  aux  exigences  de  leur  état, 
en  renouvelant  dans  toute  son  austère  dureté  l'exemple 
des  martyrs.  On  admirait  ces  hommes  qui  avaient  re- 
poussé les  embrassements  de  leurs  mères,  et  surmonté 
en  cette  circonstance  l'embûche  du  démon  n  ;  on  blâmait 
ceux  dont  l'affection  (Hait  restée  trop  vive  ;  parentes  suos 
ultra  qitod  debebat  diligens  18.  Il  ne  faudrait  pas  toute- 
fois s'imaginer  que  les  chrétiens  lussent  assez  dënatQfi  s 
pour  mériter  le  reproche  d'indifférence  qu'on  leur  adres- 
sait. Si  des  cas  isolés  se  produisaient,  la  législation,  qui, 
en  les  réprimant  les  signale  par  le  lait,  était  formelle  à 
cet  égard  :  «  Si  quelqu'un,  dit  le  grave  concile  de  Gan- 
gres,  si  quelqu'un,  invoquant  des  raisons  de  piété,  délaisse 
ses  parents,  et  surtout  des  parents  chrétiens,  s'il  ne  leur 
rend  pas  l'honneur  qui  leur  est  dû,  suivant  l'ordre  4e 
Dieu,  qu'il  soit  anathème  10.  » 

Mais  c'est  à  l'épigraphie,  véritable  littérature  popu- 
laire, que  nous  devons  demander  une  démonstration  des 
sentiments  d'affection  que  les  chrétiens  éprouvaient  à 
l'égard  les  uns  des  autres.  Mamachi  a  fait  observer 
quelles  formules  remplies  de  tendresse  les  épitaphes 
recueillies  dans  les  catacombes  nous  fournissaient  - 

clxvii.  Ad  Rustieum   Norton,  respons.,  n.  xiv,  P.  I..,  t.  nv, 
col.  1207.  Ci.E.  Beurlier,  Les  chrétiens  et  le  service  militaire  \ 
dont  les  trois  premiers  siècles,  in-8\  Paris,  1892;  S.  Baunigarten, 
Examen  sententùe  veterum  christianorum  de  milîtiu.  in-4*. 
Ha  la?.  1731.  —  "  Passio  S.  Perpétua?,  5.  dans  Rulnart,  Acta  tfn- 
cera,  in-4".  Parisiis,  Iiis9,  p.  88.  —  '"  Passio  S.  Irentei,  S,  dans 
Ruinait,  loc.  cit.,  p.  433.  Voyez  au  contraire  pourOrigène,  Eus 
Hist.  eccl.,  1.  VI,  c.  n,  P.  G.,  t.  w.  col.  524.       ':S.  Jean  Qi- 
maque,  Grtuins  II,  III,  P.  G.,  t.  I.xxwiu.  col.  657,   665;  VititS 
Patrum,  1.  111,  c.  xxxiv,  P.  L.,  t.  î.xxiu,  col.  760;  1 
gentil,  c.  v,  dans  Acta  sanct.,  4"  janv.,  p.  34-35.  —  "S.  Gré- 
goire le  Grand.  Dialug..  1.  II.  c.  xxiv,  P.  L.,  t.  i.xvi,  col.  180.  — 
'•  Conc.  Gangrenée,  can.  16,  dans  Labbe,  Ccmcil.,  t.  n,  p.  H  •■ 
—  »°  Mamachi,  Origines  et  antiq.  christ.,  in-4*,  Romœ,   • 
t.  m,  p,  306,  note  1.  Ci.  E.  Le  Blant,  Des  sentiments  d'affectù  n 
exprimés  dans  quelques   inscriptions  antiques,  dans   les   .V  - 

moires  île  l'académie  des  inscriptions  et  belles-lettres,  t.  nnv  i 

p.  224  sq. 


ACCUSATIONS   CONTRE    LES   CHRÉTIENS 


298 


il  a  lui-même  mis  en  œuvre  les  textes  par  lesquels  les 
Pères  et  les  écrivains  ecclésiastiques  nous  ont  laissé  le 
témoignage  do  cette  charité  '.  Si  Commodien  détendait 
de  laisser  couler  des  larmes  sur  la  mort  des  emants, 
c'est  que  peut-èlre  quelques  chrétiens  s'abandonnaient 
à  une  douleur  qui  tenait  du  désespoir2. 

Non  pudet  infrenem  gentiliter  plangere  natos? 
Os  laceras,  turniis  peetus,  vestimenta  diducis, 
A'ec  metuis  Dominum,  cujue  optas  regnum  videre. 
Lugere  (quod  fas  est)  milite,  tamen  orate pro  illis! 

Saint  Augustin  voulait  demeurer  comme  impassible 
lors  des  funérailles  de  sa  unie  ;,  et  saint  Jérôme  repro- 
chait à  sainte  l'aille  le  spectacle  d'une  douleur  sans 
mesure  qu'elle  avait  montrée  à  la  mort  de  B.lesilla,  sa 
il  1  le  *•-  Les  Actes  des  martyrs  nous  font  voir  la  mère  de 
saint  Marien  baisant  la  lète  coupée  de  son  lils  et  en 
proie  à  un  bonheur  immense';  la  mère  d'un  des  mar- 
tyrs de  Sébaste  se  munira  plus  héroïque  encore  :  «  Le 
lendemain  du  supplice,  disent  les  Actes,  le  juge  lit  ap- 
porter les  corps  sur  le  rivage  de  l'étang  et  on  cassa  les 
jambes  aux  martyrs.  La  mère  de  l'un  d'eux  était  là.  Son 
lils,  Méliton,  était  le  plus  jeune  do  tous  et  elle  tremblait 
qu'il  ne  laiblit;  elle  lui  disait  en  joignant  les  mains: 
«  Mon  eniant  chéri,  encore  un  instant  de  patience,  ne 
crains  rien,  le  Christ  est  là  qui  t'aide.  »  Quand  on  lui 
eut  rompu  les  jambes.  Méliton  respirait  encore;  on  lit 
avancer  des  tombereaux  pour  emporter  les  corps  qu'on 
emmenait  au  fleuve,  mais  on  laissa  Méliton,  ne  désespé- 
rant pas  de  le  laire  aposlasier.  Quand  sa  mère  le  vit  laissé 
ainsi  tout  seul,  elle  oublia  sa  faiblesse  et  lut  vaillante 
comme  un  homme.  Elle  enleva  son  fils  sur  ses  épaules 
et  suivit  le  tombereau.  Tous  les  corps  furent  brûlés6.  » 

La  littérature  chrétienne  primitive  est  remplie  de 
traits  qui  ne  peuvent  laisser  aucun  doute  sur  la  tendresse 
qu'on  se  témoignait  en  toute  occasion  et  sans  acception 
de  personnes.  Un  nombre  considérable  de  marbres  an- 
tiques présente  des  formules  banales  d'afteclion  d'après 
lesquelles  on  ne  saurait  fonder  une  démonstration"; 
mais  il  en  est  d'autres,  plus  étendues,  qui  avant  d'être 
tombées  dans  les  tormulaires  des  lapicides  ont  été 
l'expression  vibrante  de  sentiments  protonds  et  person- 
nellement sentis.  Entre  époux,  le  survivant  fait  écrire 
ces  paroles  :  CVIVS  DOLOREM  ACCEPIT  NVLLVM 
NISI  MORTIS  EIVSs,  ou  bien:  DE  QVA  NVLLVM 
DOLOREM  NISI  ACERBISSIMAE  MORTIS  EIVS 
ACCEPERAT  9,  et  cette  dernière  formule  était  devenue 
si  lréquente  qu'on  l'avait  ainsi  abrégée  :  DE  QVA 
H(ullum)  D(olorem)  k(vceperal)  N(i'si)  MOR(lis)  l0.  Ces 
expressions  étaient  communes  aux  païens  et  aux  chré- 
tiens; on  trouve  encore  exprimé  le  souhait  de  mourir  le 


1  Mamachi,  loc.  cit.,  1.  III,  part.  3  :  De  moribus,  officiisque 
veterum  christianorum  erga  alios,  p.  305-32G.  —  -  Commo- 
dien, Instruct.,  1.  II,  c.  xxxu  :  Filiosiwn  lugendos,  dans  Corp. 
script,  ceci,  latinor.,  in-8%  Yiiidobona\  1887,  t.  xv,  p.  103.  — 
;  S.  Augustin,  Confessions,  1.  IX,  c.  XII,  P-  L.,  t.  xxxu,  col.  776. 
—  *  S.  Jérôme,  Epist.,  xxxix,  5,  P.  L.,  t.  xxn,  col.  472.  — 
5  Passio  SS.  Jacobi  et  Mariant,  xiii,  dans  Ruinart,  loc.  cit., 
p.  231.  —  *  Acta  sanct.,  10  mars,  mart.  t.  il,  col.  12  sq.  — 
7  B(onse)  M(emoriœ),  Corp.  inscr.  lut.,  t.  IX,  n.  1365,  1367, 
1368,  1370,  MS72,  1380,  1382, 1385, 1391,  5915,  6386;  t.  vm,  n.  984, 
2010,  2012,  2016,  8559,  9588,  !>713  a,  b,  10637, 10638,  10640,  10641  ; 
Co(niugi)  ra(rissimo)  f'effiit),  Ibid.,  n.  3676,  3860;  Y(ir)  p(er- 
fectissimus).  Ibid.,  u.  12,  2345,  2346,2347,  2413,  ',  '\  '*,  2480, 
2481,  2529,  2530,  2572,  2573,  2574,  2575,  2643,  2660,  2661,  2718, 
4221,  4222,  4224,  4325,  4469,  4578,  4764,  5367,  7002,  7003,  7004, 
7U05,  7008,  7009,  7035,  7043,  7045,  7067,  7965,  8412,  8474,  8475, 
8476,  8477,  8479,  8713,  8772,  8811,  8924,  8932,  9041,  9255,  9325, 
9725,10493;  Ibid.,  t.  xn,  n.  138,  673, 1852,2228;  Bonememorins 
et  Bonememoria,  ibid.,  n.  488,  491  bis,  966,  2085,  2086,  2088, 
4312,  4313,  5399,  5405.  —  »  Corp.  inscr.  lat.,  t.  x,  n.  4787.  — 
*lliid.',  t,  VI,  n.  24243.  --  <•  Ibid.,  t.  VI,  n.  22848.  —  "  Ibid.,  t.  vr, 
n.  16753.  —  i»  Fabretti,  Iiiscript.  antiq.,  quse  in  sedibus  paierais 
OSSt    rantur,  explicatio,  c.  x,  in-fol.,  Romrc,  1702,  n.  259.  — 


premier  sans  avoir  à  souffrir  l'épreuve  du  foyer  devenu 
désert  :  OPTANS  •  VT  •  IPSA  •  SIBI  •  POTIVS  •  SV- 
PERSTES-  FVISSET-QVAM  •  SE  -SIBI  •  SVPERSTI- 
TEM  RELIQVISSET'i;  ou  bien  la  mention  d'un  tel 
souhait  accompli  :  SICVT  OPTAVIT  SVPERSTITIBVS 
MARITO  ET  LIBERIS  DIEM  SVVM  FVNCTA  EST'2. 
Parfois  on  voit  rappelée  la  tendresse  qui  unissait  le 
survivant  au  détunt  :  NVLLIS  VALU -SIC  DILEXE- 
RVNT  13;  un  mari  lait  écrire  sur  l'épitaphc  que,  conduit 
au  loin  par  ses  voyages,  il  n'a  vécu  que  six  mois  avec  sa 
lenime  morte  à  seize  ans1*;  un  autre  nous  dit  que  sa 
,, •mme  n'a  pas  laissé  un  enfant  qui  eût  rappelé  ses 
traits15;  un  autre  encore  que  la  morte  n'a  pas  vu  son 
propre  enfant  :  REMISIT  FILIVM  •  M  •  X  •  CVIVS  FA- 
CIEM  NON  VIDIT  l0.  L'apparition  de  certains  éloges 
dans  les  liluli  païens  est  si  évidemment  l'écho  des  vertus 
nouvelles  dont  le  christianisme  avait  mis  la  pratique  en 
honneur  qu'on  pourrait  les  rapporter  dans  une  certaine 
mesure  à  l'épigraphie  chrétienne11,  mais  celle-ci  est 
assez  largement  pourvue  pour  se  passer  de  ces  supplé- 
ments. La  classe  des  affeetns  si  nombreuse  dans  les 
recueils  d'inscriptions  païennes  ne  contient  rien  de  plus 
louchant  que  cette  épitaphe  d'une  veuve  qui  entreprit 
un  voyage  de  cinquante  jours  pour  prier  sur  la  tombe 
de  son  mari  :  QV(ae)  VENIT  DE  GALLIA  PER  MAN- 
SIONES  L  VT  CQMMEMORARET  MEMORIAM 
DV(/cissi)MI  MARITI18;  plusieurs  épitaphes  mention- 
nent le  regret  de  l'époux  survivant  de  ne  pouvoir  donner 
un  tombeau  plus  magnifique  :  c'est  peu  pour  les  vertus 
du  défunt,  mais  c'est  beaucoup  eu  égard  à  ma  pauvreté  19, 
aussi  rencontre-t-on  souvent  cette  mention  :  DE  PAR- 
BVLA  MEDIOCRITATEM  NOSTRAM  FECI  2<>.  Gré- 
goire de  Tours,  si  bien  intormé  des  légendes  qui  avaient 
cours  en  son  temps,  nous  apprend  qu'on  racontait  qu'un 
des  époux  délunls  s'était  dressé  dans  sa  tombe  à  l'arrivée 
de  celui  qui  venait  enfin  le  rejoindre  et  après  l'avoir 
embrassé,  tous  deux  s'étaient  de  nouveau  endormis  dans 
la  mort21.  L'épigraphie  chrétienne  ne  nous  fournit  rien 
d'aussi  émouvant22,  mais  les  liluli  païens  nous  donnent 
en  plusieurs  exemplaires  le  témoignage  d'une  affection 
qui  souhaitait  la  vue  de  l'objet  aimé  jusque  dans  les 
rêves  :  TVVM  BENERABILEM  VVLTVM  LICEAT  VI- 
DERE SOPORE23;  _  LACRIME  SI  PROSVNT  VISIS 
TE  OSTENDE  VIDERI  2*;  —  ITA  PETO  VOS  M(aw)ES 
SANCTISSIMI  COMMENDATVM  HABEATIS  MEVM 
CO(niuge)M  ET  VELLITIS  HVIC  INDVLGENTISSIMI 
ESSE  HORIS  NOCTVRNIS  VT  EVM  VIDEAM2s;ces 
textes  seraient  peut-être  utilement  rapprochés  des  vi- 
sions de  sainte  Perpétue26  et  de  sainte  Quartillosa27. 
La  passion  de  sainte  Perpétue  nous  montre  le  père 
de  cette  martyre  lui  donnant  le  litre  de  Domina2*,  et 


13  L.  Perret,  Les  'catacombes  de  Rome,  in-fol.,  Paris,  1852,  t.  v, 
pi.  xiii,  n.  2.  —  '*  Ibid.,  t.  v,  pi.  xiii,  n.  2.  —  ,s  A.  Lupi,  Epita- 
phium  Severx  nuper  inventum,  in-4-,  Panormi,  1734,  p.  175; 
Marangoni,  Appendice  ad  Acta  S.  Victorini,  in-4°,  Romae,  1740, 
p.  124.  —  '6  Boldetti,  Osservazioni  sopra  i  cimiteri,  in-fol., 
Roma,  1720,  p.  413.  —  •'  Voyez  par  exemple  :  Corp.  inscr.  lat., 
t.  vi,  n.  20674;  t.  vm,  n.  7384,  11294;  t.  x,  index,  p.  1167,  emploi 
du  plus  minus;  A.  de  Boissieu,  Inscr.  antiq.  de  Lyon,  in-4°,  Lyon, 
1846-1854,  p.  151  sq.  —  "Allmer  et  Dissard,  Musée  de  Lyon, 
in-8%  Lyon,  1888,  t.  v,  n.  2108.  —  '»  Orelli,  Inscr.  latin.,  in-8*. 
Turici,  1828,  n.  4770.  —  2°  Boldetti,  loc.  cit.,  p.  416.  Cf.  Alimer  et 
Dissard,  loc.  cit.,  t.  i,  p.  277  ;  Olivieri,  Marmora  Pisaurensia, 
in-fol.,  Pisauri,  1738,  p.  174.  —  21  De  gloria  confessorum, 
c.  xlii,  lxxv,  P.  L.,  t.  lxxi,  col.  861,  882.  —  "Cl".  Corp.  inscr. 
lat..  t.  vi,  n.  18817.  En  ce  qui  concerne  l'épigraphie  chrétienne  de 
Rome,  il  est  difficile  de  rien  affirmer  avant  la  publication  dos 
inscriptions  non  datées  recueillies  par  J.-B.  De  Rossi.  —  M  Marini, 
Attide'  fratelli  Arvali,  in-4",  Roma,  1795,  p.  266.  —  s'Corp. 
inscr.  lat.,  t.  Il,  n.  4427.  —  «  Ibid.,  t.  VI,  n.  18817.  —  2«  Passio 
S.  Perpetux,  7,  dans  Ruinart,  Acta  sincera,  in-4".  Parisiis, 
1689,  p.  89.  —  "  Passio  S.  Montant,  8,  dans  Ruinart,  loc.  cit., 
p.  236.  —  **  Passio  S.  Perpetute,  4,  5,  éd.  Robinson,  dans 
Texts  and  studics,  in-8-,  Cambridge,  1891,  p.  66,  70. 


299 


ACCUSATIONS   CONTRE   LES   CHRETIENS 


200 


les  épitaphes  de   plusieurs   enfants   morts  en  bas  âge 
offrent  le  même  litre  : 

DOMINO  MEO  FILIO QVI  VIXIT  AN  XIII  ' 

DOMINO  FILIO QVI  VIX-AN-VI^ 

DOMINO  FILIO QVI  VIXIT  ANNIS  VI  •• 

DOMINAE  FILIAE QVE  VIXIT  ANN-III-* 

On  rencontre  souvent  à  l'égard  du  petit  mort  les  ex- 
pressions les  plus  touchantes  du  symbolisme  chrétien  : 
PALVMBA   SINE   FEL%  —  PALVMBVS    SINE    FEL** 
lig.  63;  -  PALVMBO  SINE   FELLE';   -ou  encore: 
AGNVS  SINE  MACVLA»;  —  AGNEGLVS  DEI  K 
De  ces  petites  vies,  sitôt  brisées,  il  ne  restait  qu'un 
souvenir  et   quelques    jouets; 
aussi  plusieurs  tombes  des  ca- 
tacombes nous  ont-elles  rendu 
ces  objets  d'un  art  assez  mala- 
droit que  l'on   avait  ensevelis 
avec    les    êtres    chéris    qui    y 
avaient  pris  quelques  instants 
de  plaisir lu.  Quelques  épitaphes 
d'enfant    présentent    des    for- 
mules   d'une    admirable    ten- 
dresse: TEKNGO  TAYKYTEPGO 
cpGùTOC  KAI  ZOHC  ";  —  FI- 
LIAE DVLCISSI  MAE  ETQVID- 
QVID  IN  FILIA   PLVS  QVAM 
DICI  POTEST  '2.  Une  épilapbe 
conservée  à  Mayence  compare 
ces  petits  enfants  à  des  roses 
flétries  à   l'instant  où  elles  se 
sont  ouvertes  :  ROSA  SIMVL 
FLORIVIT    ET    STATIM    PE- 
RI IT  13.  Parmi  tant  d'exclama- 
tions   dont  le  recueil    offrirait 
un  précieux  chapitre  de  l'his- 
toire  de   la   douleur   humaine 
et    chrétienne,    nous     devons 
nous  borner  à  quelques  textes 
plus   remarquables.  Une  épi- 
taphe  de  Trêves  (Première  fiel- 
gique)  nous  apprend  que  par 
la    miséricorde   de    Dieu,  une 
mère    est    morte    sans    avoir 
su  que  sa  fille  l'avait  précédée  dans  la  tombe  : 
MC  POSITA  EST  CLARISSIMA  FEMINA 
«VAE  MERVIT  MISERANTE   DEO  VT  FVNVS 
NESCIRET  NATAE  QVAE  MOX  IN  PACE  SE 
ŒHCONCESSVM  EST  SOLAMEN  Eli 

wmfmii  potvit  cwmum. 

llic  posita  esl  ciarissima  jemina  qiuv  mentit,  mise- 
rante  Deo,  ni  funus  nesciret  natae.  Quœ  mox  in  pace 
sequi  conces&um  esl  solamen  ci...  uepotv.it...  '*. 

L'amour  de  ceux  qu'on  avait  perdus  faisait  surmonter 
l'horreur  du  tombeau16;  on  lit  en  Afrique  et  en  Gaule 
cette  parole  :  MATER  TVA  ROGAT  VT  ME  AD  TE 
RECIPIAS  «*. 

On  ne   saurait   guère    trouver   d'enseignement   plus 


1  Fabretti,  Inscr.  antiq.,  qux  in  ;eilib.  paternis  asservantur, 
explicatio,  c.  vin,  in-fol.,  Roms,  1702,  n.  lxxxviii.  —  *Ibid., 
n.  167.  —  3  Ibid.,  n.  -168.  —  '  nid.,  ».  169.  —  «Marangoni,  Ap- 
pendix  ad  Acta  S.  Victorini,  in-'r.  Roma,  1740,  p.  120.  — 
•L.  Perret,  Catacombes  de  liante,  in-fol.,  Paris,  1852,  t.  v.  pi.  i.i. 
Voy.  De  Rossi,  Inscr.  christ,  urb.  Botme.  in-fol.,  Rom»,  1861, 
t.  î,  p.  421,  n.  938;  Bull,  di  arch.  crist.,  1864,  p.  12.  Cette  pierre 
a  servi  à  trois  défunts  successivement,  cl.  D.  Cabrol  ei  I).  I.e- 
clercq,  Monum.  Ecoles,  liturg.,  in-4*,  Parisiis,  1902,  t.  i,  p.  cxm. 
—  'De  Rossi,  Roma  sotterranea  cristiana,  in-tol.,  Roma,  1877, 
t.  m,  p.  230.  —  8  Buldetti,  Osscrvaz.  sopra  i  cimiteri  cristiani, 
in-fol.,  Ruma,  1720,  p.  408.  —  9  L.  Perret,  loc.  cit.,  t.  V, 
pi.  xiii.  —  !°Bpldetti,  loc.  cit.,  p.  490;  Raoul-Rochette,  Mémoires 
d'antiquité  chrétienne,    dans    les    Militaires  de  l'acad.    des 


62.  —  Poupée  trouvée 
dans  un  cercueil  des  ca- 
tacombes. D'après  les 
Mém.  de  l'acad.  des 
inscript,  et  belles-let- 
tres, t.  xm,  pi.  VIII. 


grave  que  celui  du  sacramentaire  léonien  dans  la  messe 
de  mariage  pour  résumer  les  devoirs  de  tendresse  et  de 
pudeur  qui  devaient  être  la  loi  des  ménages  chrétiens  : 
...ad  hsec  igitur  venturœ  hujus  formulée  luse  Pater  ru- 
dimenla  scifica  ut  bono  et  prospero  sociata  consortio 
legis  œternse  jura  custodiat  memineritque  se  Dhe  non 
lantum  ad  licentiam  coniugalcm  sed  ad  observantiam 
Dei  scorum[que]  pignorum  custodies  delegatatn.  Fi- 
delis  et  casla  nubal  in  Xro  imitatrixque  scarwm  per- 
maneal  feminarum.  Sit  amabilis  ut  Rachel  vïro,  sa- 
piens ut  Rebecca,  longeeva  et  jidelis  ut  Sarra.  Nihil  ex 
liac  subeisivus  Me  auctor  prœraricalionis  usurpe t,  nixa 
ftdei  mandalisquc  permanent,  mutiiat  in/irmitateni 
suant  rohore  disciplina;,  uni  toro  juncta  contactas  vitse 
incilos  fugial,  sit  verecundia gravis  pudore  venerabilis 
doclrinis  cœlestibus  eruditu,  sit  fecunda  in  subole,  sit 
probata  et  innocens  et  nd  bcalorum  requiem  atque  ad 
cœlestia  régna  pervenial  '". 

X.  La  richesse.  —  11  nous  reste  à  envisager  ici  l'attitude 
du  christianisme  dans  la  «  question  sociale»  de  tons  les 
temps,  la  répartition  des  richesses. 

Il  ne  faut  pas  chercher  dans  l'Église  naissante  de  Jéru- 
salem, le  type  achevé  de  la  conception  sociale  du  chris- 
tianisme. La  mise  en  commun  des  biens  pouvait  èlre  pra- 
tiquée à  ces  débuts  et  sur  une  petite  échelle  ;  elle  devenait 
impossible  après  les  grandes  extensions  du  ir  siècle. 
Cependant,  en  souvenir  de  ces  origines,  l'Église  garda 
une  indulgence  particulière  à  l'égard  des  classes  pauvres. 
C'est  là  une  manière  de  regarder  le  passé  qui  ne  plaît 
pas  ('gaiement  à  tous  et  en  tous  temps,  ih>ii<  n'avançons 
rien  cependant  que  les  faits  ne  prouvent.  Jésus  avait  en- 
seigné l'abandon  des  biens,  et  dit  en  paraboles  quelle 
difficulté  c'est  pour  le  riche  d'entrer  dans  le  ciel  '8.  Comme 
il  arrive  toujours,  quelques  disciples  renchérirent  sur 
l'enseignement  du  maître.  L'un  des  plus  anciens  docu- 
ments et  des  plus  en  vogue  parmi  les  chrétiens,  racon- 
tait qu'une  femme,  symbole  de  l'Église,  apparut  à  Hermas 
à  qui  elle  montra  une  tour  dressée  au-dessus  des  eaux, 
avec  des  pierres  équarries  et  resplendissantes.  Près  de 
l'édifice  gisaient  d'autres  pierres  martelées,  tendues, 
qu'on  repoussait  de  la  construction,  au  point  que  plusieurs 
tombèrent  dans  un  brasier.  «  Maîtresse,  dit  Hermas, 
quelles  sont  ces  pierres  brutes  que  l'on  n'emploie  pas  à 
bâtir  la  tour?  — Ce  sont,  dit-elle,  les  riches  fidèles:  à 
l'heure  de  la  persécution,  ils  renient  Dieu  a  cuise  de 
leurs  richesses.  —  Maltresse,  quand  seront-elles  utiles  à 
Dieu'.'  —  Lorsqu'elles  auronl  été  équarries  et  dépouillées 
îles  richesses  trompeuses;  alors  elles  pourront  entrer 
dans  l'édifice  du  Seigneur.  Lue  pierre  ronde  ue  peut  de- 
venir carrée,  si  elle  n'es!  taillée  el  ne  perd  quelque  chose 
de  sa  masse;  ainsi  les  riches  de  ce  siècle  ue  deviennent 
utiles  à  Dieu  que  si  l'on  retranche  leurs  richesses.  Juges- 
en  par  toi-même  :  tu  fus  autrefois  riche  et  inutile:  main- 
tenant tu  peux  servir  el  tu  es  digne  de  recevoir  la  vie. 
Toi  donc  aussi,  tu  as  été  l'une  d'-  ces  pierres**.  •  Minu- 
cius  Félix  dit  que  les  riches  pensent  plus  à  leurs  biens 
qu'au  ciel,  et  le  Seigneuries  a  condamnés  à  l'avance*0; 
saint  Cvprien  voit  dans  la  richesse  l'explication  des 
apostasies  -'.  Ces  textes  et  plusieurs  autres  porteraient  à 


inscr..  t.  xm.  pi.  v.  Cf.  C.   Magnin,    Histoire  des   marionnettes 
depuis  l'antiquité  jusqu'à  nos  jours,  in-8",  Paris,  1852,  p.  27.  — 

"  De  Rossi,  Inscr.  christ.  Ufb.  Romse,  t.  i.  p,  13,  n.  8.  —  ,!  H'il- 
(1.  th.  loc.  cit..  p.  808.  —  ,:!  Kpilaplie  d'un  enfant  de  >ix  mois 
par  E.  Le  Blant,  dans  Mém.  de  l'atad.  des  inscr.,  t.  xxxvi, 
p.  224  sq.  —  UE.  Le  Blant,  Nouveau  recueil  des  inscr.  de  la 
Gaule,  in-4",  Paris.  1892,  p.  406,  n.  872.  '»Voyi  \i>  Sanctos. 
—  lnD.  Cabrol  et  D.  Leclercq,  Monum.  Ecoles,  liturg.,  t.  i.  n. 
2S12.  —  "  Sacramentarium  leonianum,  éd.  C.  Feltoe,  in-8% 
Cambridge,  1896,  p.  141.  -  '•  Matth.,  xiv.  16-24.  Cf.  Luc.  \i, 
24,  25.  —  "  Hermas,  l'ust<<r.  tu.  ix,  3,  P.  G.,  t.  n,  col.  983:  cf. 
I,  m,  2  et  6,  P.  C.  t.  n.  col.  899,  903.  —  ««Minut  Félb 
eius,  xvi,  P.  L.,  t.  ni.  col.  290;  Tertull.,  /><■  patientia,  vu.  /'  /.., 
t.  i,  col.  1371.  —  "  S.  Cvprien,  De  lapsis,  xi.  /'.  /...  t.  iv,  i   I  s, s. 


301 


ACCUSATIONS   CONTRE   LES   CHRÉTIENS 


302 


penser  que  les  riches  n'avaient  pas  de  place  dans  la 
société  chrétienne.  Ce  serait  une  erreur.  Ces  textes  sont 
tous  authentiques  et  comptent  parmi  les  plus  fameux 
de  l'antiquité  chrétienne;  cependant  on  ne  doit  en  faire 
qu'un  usage  prudent  et  restreint.  Sans  doute  on  s'en  est 
beaucoup  servi  et  c'est  la  raison  pour  laquelle  on  a  sou- 
vent faussé  l'histoire.  Il  est  cependant  facile  de  s'aper- 
cevoir que  ces  écrits  et  tant  d'autres  qui  composent  la 
majorité  des  articles  du  catalogue  de  l'ancienne  litté- 


tauration  à  l'aide  de  la  Pétition  pour  les  villageois  qu'on 
empêche  de  danser  par  le  Vigneron  de  la  Chavonnière 
et  de  VEssai  sur  l'Indifférence  en  matière  de  religion 
par  l'abbé  Félicité  de  La  Mennais.  Au  lieu  de  ces  textes, 
il  faut  faire  usage  des  faits  certains,  des  documents  sans 
prétention  et  sans  tendance,  c'est  ce  qui  explique  la  part 
donnée  aux  inscriptions  dans  ce  travail. 

Les  découvertes  archéologiques  et  la  sagacité  de  De 
Rossi  ont  mis  en  pleine  lumière  le  fait  de  la  diffusion 


HlCREaVlESCE>KDEO 


"     >DOTRliN0VKONSf>VENAKJ 


63.  —  i^pitaphe  ayant  servi  successivement  à  trois  défunts.  D'après  le  Bulletin  d'archéologie  chrétienne,  1864,  pi.  xn. 


rature  chrétienne,  sont  des  lettres,  des  homélies,  des 
discours  au  peuple,  dos  ouvrages  de  circonstance. 
C'est  une  erreur  d'aller  chercher  dans  ces  ouvrages  des 
données  historiques  positives  et  modérées,  c'est  s'expo- 
ser à  étudier  le  passé  avec  des  instruments  que  nous 
songerions  à  peine  à  utiliser  s'il  s'agissait  d'écrire  l'his- 
toire contemporaine.  Et,  si  on  nous  permet  d'exprimer 
toute  notre  pensée,  nous  estimons  que  faire  l'histoire 
des  premiers  siècles  avec  Hermas  et  Tertullien  serait  à 
peu  près  aussi  raisonnable  que  d'écrire  celle  de  la  Res- 

1  De  Rossi,  Bullettino  di  arch.  crist.,  1888-1889,  p.  57;  1894, 
p.  102.  Cf.  Greppo,  Trois  mémoires  relatifs  à  l'histoire  ecclé- 
siastique des  premiers  siècles,  in-S",  Paris,  1840;  de  "Witte,  Mé- 
moire sur  l'impératrice  Salonine,  dans  les  Mémoires  de  l'aca- 
démie royale  de  Belgique,  t.  xxv],  1852:  le  même.  Du  christia- 
nisme de  quelques  impératrices  romaines  avant  Constantin, 
dans  les  Mélanges  d'archéologie,  d'hist.  et  de  litt.  rédigés  et 
recueillis  par  les  PP.  Cahier  et  Marin,,  in-4°.  Paris,  1847-1856, 
t.  m  (1853),  p.  163-195;  P.  Allanl,  La  noblesse  et  la  richesse  dans 
la  société  chrétienne  à  l'époque  des  persécutions,  dans  la  Science 
catholique,  15  juillet  1890,  p.  506  sq.  Voy.  encore  Greppo,  Notices 
historiques,  biographiques,  archéologiques  et  littéraires  con- 
cernant lespremiers  siècles  chrétiens,  in-8%  Paris,  1841  ;  Cruice, 


du  christianisme  dans  les  classes  élevées1;  des  faits 
nombreux  et  assurés,  des  noms  propres  lus  avec  certi- 
tude, témoignent  la  place  importante  occupée  dans 
l'Eglise  par  la  noblesse  romaine.  Ce  qui  rendait  cette 
prééminence  des  riches  tolérahle  et  leur  salut  possible, 
c'était  leurs  aumônes  -,  Voyez  Aumônes. 

Ces  quelques  observations  suffisent  désormais  pour 
l'intelligence  des  textes  dans  lesquels  les  fidèles  se  glo- 
ri lient  avec  affectation  de  la  pauvreté,  de  la  bassesse  de 
leurs  conditions.  Il  ne  faut  pas  oublier  que,  d'après  les 

Histoire  de  l'Eglise  de  Home  sous  les  pontificats  de  saint  Vic- 
tor, de  saint  Zéphirin  et  de  saint  Calliste,  in-8%  Paris,  1861  :  A. 
Lotli,  Acte,  sa  conversion  au  christianisme,  dans  la  Rcv.  des 
quest.  hist.,t.  xvn,  p.  85;  C.  Lenormant,  Note  sur  une  pierre  gra- 
vée représentant  Marcia  concubine  de  Commode,  dans  la  Rcv. 
fr.  de  numismatique,  1857  ;  De  Ceuleneer,  Marcia,  la  favorite  de 
Commode,  dans  la  Rev.  des  quest.  hist.,  1876,  t.  xx,  p.  157;  Knel- 
ler, S.  3..fans\B.ZeitschriftfurkatholischeTheologie,'lnnsbruck, 
1894,  p.  412,  413;  Aube,  Le  christianisme  de  Marcia,  dans  la 
Rev.  archéol.,  mars  1879,  p.  154-175  ;  le  même,  L'empereur  Phi- 
lippe, même  revue,  1880,  p.  141  ;  Moniglia.De  annis  J.-C.  Servato- 
ris  et  de  religione  utriusque  Philippi  Aug.  dissert,  ûum,  in-4*; 
Romœ,  1741.  —  2  Ponlius,  Vita  Cypriani,  P.  L.,  t.  m,  col.  1541. 


30L 


ACCUSATIONS    CONTRE    LES    CHRÉTIENS 


m 


idées  ilu  temps,  la  pauvreté  constituait  une  infériorité 
non  seulement  sociale  mais  morale  ',  et  il  n'a  pas  man- 
qué de  chrétiens  qui,  pour  mieux  témoigner  leur  mépris 
de  ces  conventions,  ont,  dans  l'entraînement  de  la  polé- 
mique, légèrement  forcé  la  vérité  -.  Tous  les  orateurs  s'y 
rencontrent,  saint  Chrysostome3,  saint  Augustin,  saint 
liasile4;  saint  Jérôme  et  Salvien  5  n'y  peuvent  manquer. 
En  réalité,  la  grande  société  romaine  se  montra  long- 
temps peu  perméable  aux  idées  chrétiennes.  Elle  sup- 
portait à  peine  l'idée  qu'un  homme  de  qualité  donnât 
son  bien,  se  dépouillât  de  ses  charges;  elle  n'avait  pas 
assez  de  colère  pour  les  transfuges  6.  Ceux-ci  trouvaient 
dans  l'Église  d'autres  dégoûts.  L'exacte  modération  que 
recommandait  l'apôtre  saint  Jacques  dans  le  traitement  du 
pauvre  et  du  riche7  était  tombée  en  oubli  dans  plusieurs 
lieux.  Clément  d'Alexandrie  crut  devoir  écrire  un  ou- 
vrage pour  rappeler  les  pauvres  à  la  bonté  à  l'égard  des 
riches,  que  l'on  traitait  avec  une  excessive  désinvolture". 
Les  convertis  sont  souvent  assez  susceptibles  et  plusieurs, 
dégoûtés  par  l'accueil  qui  leur  était  fait,  revenaient  aux 
plaisirs;  ou  bien,  après  avoir  hésité,  n'y  renonçaient 
pas  9.  L'écueil  était  assez  grave  pour  que  les  docteurs 
s'en  occupassent.  Le  traité  de  Clément  d'Alexandrie  était 
destiné  à  rassurer  ceux  qui  voulaient  sauver  leur  âme 
sans  l'énoncer  à  tous  leurs  biens,  et  le  moyen  qu'on  leur 
proposait  était  d'user  de  ces  biens  selon  les  règles  de  la 
charité.  Le  successeur  de  Clément,  Origène,  lit  un  pas 
de  plus,  et  tira  occasion  des  grands  biens  d'un  fidèle 
menacé  du  martyre,  pour  lui  faire  un  mérite  d'avoir 
su  mépriser  ce  qui  ne  faisait  même  pas  question  poul- 
ies pauvres10.  Vingt  ans  plus  tard,  en  Numidie,  on  lisait 
dans  les  actes  d'un  martyr  de  rang  équestre,  que  les 
préférés  de  Dieu  seront  ceux  dont  le  triomphe  a  été  plus 
complet  et  plus  difficile,  ceux  pour  lesquels  il  est  écrit 
ceci  :  Il  est  plus  facile  à  un  chameau  de  passer  par  le 
chas  d'une  aiguille,  qu'à  un  riche  d'entrer  dans  le  royaume 
des  deux  ".  L'idée  fait  son  chemin.  Saint  Jérôme  recom- 
mande au  riche  qui  se  convertit  de  se  souvenir  de  ne 
pas,  dans  l'excès  de  sa  ferveur,  laisser  tomber  ses  propres 
enlants  dans  l'indigence  '-.  En  415,  un  concile  d'Afrique 


1  .Tuvénal,  Sat.,  m,  152;  Horace,  Car»*.,  m,  42;  Surius, 
Passio  s.  Quintini,  10  (31  octobre).  —  !Teriutficn,  Ad.  uxorem, 
I.  II,  c.  vm,  P.  L..  t.  i,  col.  -1413;  Minutais  Félix,  Octavius.  xxxvi, 
P.  /...  t.  m,  col.  365  ;  S.  Jérôme,  Comment.  inEpist.  ad  Galatas, 
lili.  III,  Prolog.,  P.  Ii.,  t.  xxvi.  toi.  331;  Théodore!,  Grsecarum 
affectionum  curatio,  1.  VIII,  P.  G.,  t.  L1V,  col.  672.  —  z  S.  Jean 
Chrysost.,  De  Anna.,  v,  3,  P.  G.,  t.  i.iv,  col.  672.  —  *  S.  Basile, 
Humilia  in  divites,  0.  P.  G.,  t.  xxxi,  col.  296.  —  3Salvien,  De 
aubernatione  Dei,  I.  III,  c.  x,  P.  L.,  t.  LUI,  col.  67  ;  Adversus  uru- 
ritiam,  1.  I,  î,  P.  I...  i.  m.  cul.  173.  —  « Tertullien,  Apolog.',  m. 
P.  L.,  t.  i,  col.  328;  S.  Ambroise,  Epist.,  i.vm,  Ad  Sabinum,  3, 
P.L.,t.  xvi,  col.  1229;  S.  Paulin,  Epist..  xi,AdSeverum,S,  P.  t., 
1. 1. xi,  col. 191  ;  S.Augustin,  Confeaa.,  vin, 2, P. Z..,t.xxxu,col.749. 

—  '.lac,  II,  9.  —  "C.léni.  d'Alex.,  Quis  dives  salvelur,  3,  P.  G., 
t.  i.\.  col.  605.  —  «Quis  diecs  salvetur,  2,  P.  G.,  t.  IX,  col.  606. 

—  iu  Origène,  Exhortât,  ad  martyrium,  14,  15,  P.  G.,  t.  xi, 
col.  581.  —  "  Passio  s.  Jacobi  et  Mariant,  8,  dans  Ruinait, 
Acta  sincera,  in-4*,  Parisiis,  1689,  p.  229.  —  "  S.  Jérôme,  Epiât., 
(XX.  Ad  Hcdibiam,  2,  )'.  i...  t.  xxil,  col.  985.  —  ,3S.  Augustin, 
Epist., CLXXXVI,  Ad  Pauliiuua  eiàseupu ai,  32, 33,  P.  L.,  t.  xxxm, 
col.  827,  828.  Cf.  I.abbe,  Concil.,  t.  Il,  col.  1529, 1530.  —  »  Passa, 
ss.  Scillitanorum  :  Nolite  furoris  huius  insipientUe  parti- 
cipes /ieri,  dans  Ruinart,  Acta  sincera,  in-4*,  Parisiis,  1689, 
p.  79;  Acta  s.  Maâeimi  : Resipisce  miser  ah  insipientia tua, 
ibid.,  p.  145;  Passa>  s.  Hogatiani  :  Insensatus  cum  doctore 
insipientiss,  ibid.,  p.  298;  s.  Grég.  de  Naz.,  Invect.  I  ad  Ju- 
lian.',  P.  G.,  t.. XXXV,'  col.  531  :  'Y>y.\-,  Se  r,  IXo^ia  «a!  inouïs.  — 
15  Acta  SS.  XLV  mart.,  3.  dans  Acta  sanct.,  10  juillet.  — 
••  Acta  S.  Terentiani,  8,  dans  Acta  sanct.,  1"  sept.  —  "  Passio 
S.  Thcodoriti,  3,  dans  Ruinart,  éd.  1715,  p.  590;  Mort.  S.  Pauli 
et  Julianse,  25,  dans  Acta  sanct.,  17  août.  —  18Nnus  revien- 
drons sur  cette  controverse  a  propos  de  la  personne  du  Christ.  — 
"> Passio  SS.  quatuor  coronatorum,  Wattenbach,  dans  M.  Budin- 
ger,  Untersuchungen  zur  rômischen  Kaisergeschichte,  in-8". 

Berlin,  1870,  t.  111,  p.  329.  -  -'"  Acta  &'.  Eulampii,  .S,  9.  dans  Aria 
sanct.,  10  cet.;  Malt.  S.  Phocse,  7,  dans.Acta  sanct.,  14  jnill. 


condamne  cette  proposition  pélagicnnc  .  «  Les  riches  ne 
peuvent  être  sauvés,  s'ils  ne  renoncent  à  leurs  biens  13.  » 

XL  Attitude  des  chrétiens  a  l'égard  des  traditions 
LITTÉRAIRES,  Voyez  Humanisme. 

XII.  Conclusion.  —  Ainsi  le  christianisme  réalisait  la 
parole  prophétique  de  Jésus;  il  paraissait  folie  aux  uns, 
opprobre  aux  autres.  Cet  état  d'esprit  donnait  naissance 
à  toutes  les  suppositions,  même  aux  plus  saugrenues,  et 
s'il  nous  appartenait  de  grouper  sous  un  chel  unique  un 
grand  nombre  d'accusations,  moins  éclatantes  que  celles 
dont  nous  avons  parlé,  nous  serions  tenté  de  les  résumer 
sous  l'accusation  de  folie  '*. 

Le  dogme  chrétien  donnait  lieu  aux  questions  les  plus 
ridicules.  Le  Christ  vit-il  encore  l:>?  —  Est-ce  qu'on  le 
tue  souvent?  demande  un  juge,  à  qui  un  chrétien  parle 
du  sacrifice  eucharistique16.  S'il  est  créateur,  comment  a- 
t-il  une  mère  n  ?  S'il  était  Dieu,  il  ne  serait  pas  laid  18,  il 
ne  serait  pas  mort19,  et  mort  sur  la  croix20,  après  avoir 
tant  souffert  21,  même  l'abandon  des  siens  22.  Meurs  donc, 
dit-on  à  un  martyr,  tu  ressusciteras  comme  ton  Christ  - •', 
mais  il  ne  te  protège  guère  à  cette  heure,  où  est-il  donc 
passé24?  c'est  le  moment  ou  jamais  d'intervenir23. 

Le  terme  de  Aô  yo;  était  parfaitement  obscur  pour  l'épais 
cerveau  des  magistrats  ignorant  les  spéculations  et  la 
terminologie  philosophique  des  Alexandrias  2C.  Un  juge 
dit  :  Tâche  de  me  faire  comprendre  qu'en  croyant  en  un 
Dieu  unique,  tu  en  peux  néanmoins  proclamer  trois  -'■ . 

«  Sur  les  points  obscurs,  continue  Ed.  Le  Blant,  les 
interrogations  se  pressent  et  se  multiplient  :  Qui  est 
Ion  Dieu,  demande-t-on  à  un  martyr28?  —  Paul,  dit-on 
à  un  autre,  est-il  un  Dieu20?—  Ton  évèque  en  est-il  un 
aussi  30?  —  Penses-tu  en  être  un  toi-même  31  ?  —  Qu'est- 
ce  que  la  vieéternelle12?—  Qu'est-ce  que  cette  lumière33, 
cette  illumination  dont  tu  me  parles?  —  Qui  nommes- 
tu  Séraphin™'!  —Qui  est  celui  que  tu  dis  avoir  souf- 
fert pour  nous  3C?  —  Qu'entends-tu  par  les  mots  sacri- 
/icium  mundum  3"?  —  Que  signifie  Amenai  —  Où  est 
le  temple  de  Dieu?  Quel  est  le  sacrifice  que  tu  luiollres39? 

—  Comment  peux-tu  te  dire  toi-même  son  temple10?  » 
Les  païens  avaient  cependant  des  moyens  a  leur  por- 

—  *•'  Acta  S.  Patroeli,  3,  dans  Acta  sanct..  21  ianv.  —  "S.  Justin. 
Dial.  cum.  Tryph.,  eevi,  P.  G.,  t.  vi,  col.  509.  —  «  Acta  s. 
Cassiani,  2,  dans  Acta  sanct.,  13  août.  —  î4  Acta  S.  Censurim. 
Cyriaci,  16,  dans  Acta  sanct.,  5  sept.  —  "  Minut.  Félix,  Octar.. 
xu,  P.  L.,  t.  m,  col.  281;  Ado,  Martyrol.,  29  mai.  —  s»  Acta  s. 
Tatiani  Dulsc,  10,  dans  Acta  sanct.,  15juin.  —  J"  Ibid.,  cl.  Ori- 
gène, Contr.  Cels.,  1.  VIII,  p.  385;  Passio  S.  Pionii,  9;  Acta 
S.  Tarachi,  1,  dans  Ruinart,  toc.  cit.,  éd.  1715,  p.  144,  424; 
S.  Basile,  Homilia  adversus  eos  qui  par  calumniam  dicuut 
dici  a  nobis  Devs  très,  P.  G.,  t.  xxxi,  col.  1487.  —  "  Eusèbc, 
Hist.  ecct.,  1.  V,  c.  i,  P.  G.,  t.  xx,  col.  408.  —  '-"Acta  S.  Victoris 
et  Connue.  5,  dans  .leln  sanct-,  14  mai;  Martyre  ,lc  S.  Mucaire 
d'Antioche,  dans  Actes  des  martyrs  d'Egypte  par  H.  Hyvernat, 
p.  62.  (  .1.  Met.  de  V Ecole  /-■.  de  Home,  1886,  p.  329.  —  30  Acta  S. 
FructUOSi,  2,  dans  Ruinart,  Acta  sincera,  1089.  p.  221.  Cl.  Seriuo 
i  CLXXUI,  /'•  L.,  t.  xxviu,  col.  1249;  Minut.  Félix,  Octa».,  ix. 
P.  L..  t.  in,  col.  270;  Tertullien,  De  pœnitaiiu.  c.  ix.  /'.  /...  t.  i. 
col.  1354;  Epist.  Eccl.  Smyrrxensis  de  martyrio  Polycarpi,  xn. 
/'.  (;..  t.  v.  col.  1037:  Martyrium  S.Phocm,  'i.  dans  Acfu  sanct-, 
l'i  juill.  —  "  llistoria  S.  l.uei.T,  5,  dans  Surius,  13  déc.  —«Acta 
S,  Irensei  et  MusHohe,  2,  dans  Arta  sanct.,  3  juill.  —  M  Ibid.. 
5;  Passai  SS.  quatuor  coronatorum,  toc.  cit.,  p.  335.  —  MDa 
Rossi,  Borna  sotterranea,  t.  in,  p.  205.  —  "  Acta  disput.  S. 

\,hutii,  1,  dausBuinarl.  Acta  suie.  éd.  1715,  p.  153.  —  M  Passio 
s.  Firmi  et  Rustici,  dans  S.  Mallei,  Istoria  diplomatica,  in-i\ 
Mantoue,  1727,  p.  804.  —  "  Acta  S.  Gctulii,  6,  dans  Acta  sanct  . 
10  juin.  Cette  formule  se  retrouve  sur  un  autel  antique  marqué 
du  monogramme  du  Christ,  découvert  dans,  les  raines  d"El-Guii; 
adferte  dom  |  mvndvm  sa,  eniKie.ivM  ;  de  Bosredon,  dans  les 
Notices  et  >  ;>   la  Société  archéologique  de  Constan- 

Hiic.  t.  xix,  p.  8.  — nMartyr.  S.  Anastasim,  28,  dans  Surius, 
26  déc.  —  30  Passio  SS.  Serapix  et  Sabmm  4,  d.m~ 
sanct.,  29  août.  —  *•  Hiid.  Cf.  Le  Blant,  Inscr.  ehrét.  de  la 
Gaule,  in-4-,  Paris,  18.">G-1806.  t.  il.  p.  323,  S93;  le  même,  U 
christianisme  aux  yeu  c  des  païens,  dans  les  Mélanges  de 
l'École  /;•.  de  Peu,,-',  1887,  p.  200  sq, 


805 


ACCUSATIONS    CONTRE   LES   CHRETIENS 


306 


tée  s'il?  eussent  voulu  s'éclairer,  car,  nous  l'avons  dit,  les 
Livres  saints  ne  leur  étaient  pas  inabordables  '.  Il  faut 
reconnaître  cependant  que  les  tiraillements  qui  existaient 
alors  expliquent  assez  comment  ces  livres  mêmes  prolon- 
geaient l'équivoque,  entre  des  sectes  qui  toutes  s'en  récla- 
maient :  juifs  2,  valentiniens  3,  chrétiens,  et  dévots  de 
Sérapis4.  Quoi  qu'il  en  soit,  leur  connaissance  sommaire 
des  Écritures  et  des  autres  livres  les  conduisait  aux  plus 
étranges  imaginations;  tout  dans  le  christianisme  leur 
paraissait  plaisant.  «  On  riait  de  la  création»,  de  l'arche 
deNoé,  de  la  colombe  messagère  6,  de  l'histoire  du  pro- 
phète Jonas7;  on  riait  du  dieu  à  tète  d'âne  adoré,  disait- 
on,  par  les  chrétiens,  et  dont  les  désœuvrés  charbon- 
naient  sur  les  murs  une  image  grotesque8;  ou  riait  des 
lidèles9,  de  leur  nom  10,  de  leurs  souffrances  ";  la  foule 
qui  les  insultait  dans  le  prétoire12,  à  l'heure  même  de 
la  mort l3,  s'égayait  à  contempler  leurs  supplices.  Un 
martyr,  jeté  dans  le  cirque,  est  blessé  par  un  léopard  et 
inondé  de  sang  :  Salvutn  lotum  !  «  Que  le  bain  le  profite  !  » 
lui  crie  le  peuple,  répétant  le  mot  dont  on  se  saluait 
dans  les  thermes  '*. 

«  On  raillait  les  chrétiens  sur  leur  foi  en  une  vie  glo- 
rieuse ls,  sur  l'espoir  de  la  récompense  céleste  que  la 
flagellation  devait  leur  mériter16,  sur  la  iolie  d'attendre 
une  couronne,  alors  que  leur  tête  serait  tombée  '".  Comme 
au  jour  où  saint  Paul  avait  enseigné  dans  l'Aréopage,  on 
parlait  avec  dérision  du  jugement  dernier18,  de  la  ré- 
surrection future1'1,  multipliant  à  cet  endroit  les  inter- 
rogations bizarres  et  captieuses  :  Les  enfants  non  venus 
à  terme  renaîtront-ils  comme  les  autres?  Sera-t-on  tous 
de  même  taille,  tous  également  maigres  ou  corpulents? 
Reviendra-t-on  pour  la  vie  éternelle  avec  ses  imperfec- 
tions physiques,  ses  cicatrices,  comme  le  Christ  sorti  du 
tombeau  avec  les  marques  de  ses  plaies?  A  qui  appar- 
tiendra la  chair  d'un  homme  qu'un  autre  homme  affamé 
aura  mangé?  Retrouverons-nous  tous  nos  cheveux,  en 
accomplissement  de  cette  parole  :  Capillus capilis  vesiri 
non  peribit  2Û?  » 

Nous  avons  déjà  dit  comment  la  terminologie  mys- 
tique employée  par  les  chrétiens  déconcertait  leurs  en- 
nemis et  prêtait  le  liane,  pour  des  hommes  prévenus, 
à  une  accusation  de  lolie.  Un  homme  tout  sillonné  de 
blessures,  ruisselant  de  sueur  et  de  sang,  dit  au  juge 
«  qu'une  armure  le  rend  invulnérable21  »,  une  vierge 
parle  de  son  époux  céleste  22. 

On  pourrait  multiplier  ces  observations;  elles  n'ajoute- 
raient rien  à  la  démonstration  qui  précède  et  qui  nous 
parait  suffisante  pour  notre  objet. 

Citons  en  terminant  les  titres  et  en-têles  de  chapitres 
d'un  livre  iort  rare  et  à  peu  près  inconnu  aujourd'hui, 
où  lut  abordé  pour  la  première  fois  avec  une  grande 
érudition  le  sujet  traité  dans  cette  dissertation,  et  qui  la 
complétera  : 

'Théophile,  Ail  Autoycum,  i,  14,  P.  G.,  t.  vi,  col.  1044:  Ter- 
tullien,  Apoloy.,  xxxi,  P.  L.,  t.  i,  col.  507;  S.  Ambroise,  De  vir- 
ginibus,  I.  II,  31,  P.  L.,  t.  xvi,  col.  227.  At  etiam  audieram  et 
non  crediderarn,  quud  aquam  Christus  in  vin  uni  convertit,  dit 
un  païen  dans  la  Passio  S.  Diilymi,  5,  dans  Ruinait,  Acta  sine, 
éd.  1715,  p.  399;  Passio  S.  Tlwodoriti,  2:  Velnvnc  l'une  Deos  et 
fac  ijux  ab  imperatare  sunt  jussa,  quia  scriptum  est  tibi  : 
Cor  Régis  in  maint  Dei.  Prov.,  xxi,  1.  —  s  Tertullien,  Apolog., 
xvi,  P.  L.,  t.  i,  col.  420.  etc.;  E.  Le  Blanl,  Inscr.  chret.  de  la 
Gaule,  n.  021  a.  —  "Origène,  Contr.  Ccls.,  1.  VI,  P.  G.,  t.  XI, 
col.  1345  sep  —  *Vopiscns,  Saturnin.,  vin.  —  "  Oiïgène,  Contr. 
Cris.,  1.  VI,  éd.  Cantabr.,  p.  317,  P.  G.,  t.  xi,  col.  1373.  — 
»  Ibid.,  1.  IV,  c.  xlii,  P.  G.,  t.  xi,  col.  1097.  —  '  S.  Augustin, 
Lynst..  eu,  Ad  Deogratias,  30,  P.  L.,  t.  xxxin,  col.  382;  De 
eieit.  Dei,  i,  14,  JP.  L.,  t.  XLI,  col.  28.  —  «Tertullien,  Apolog., 
xrvn,  P.  L.,  t.  i,  col.  581  ;  R.  Garrucci,  Il  crocifisso  graf'fito  in 
casa  dei  Cesari,  in-8%  Roma,  1857.  Cl.  Monutn.  eccl.  liturgica, 
t.  i,  n.  3520.  Voy.  au  mot  Croix.  —  6  Eusèbe,  Hist.  eccl.,  V,  i, 
P.  G.,  t.  xx,  col.  407;  Tertullien,  Apolog.,  xvm,  P.  L.,  t.  i,  col. 
434;  xlix,  P.  L.,  t.  i,  col.  596;  Ad  nat.,  i,  19,  P.  L.,  t.  i,  col.  656; 
De  testim.  anim.,  i,  P.  L.,  t.  I,  col.  681;  Origène,  Exliort.  ad 
mort.,  xi,  P.  G.,  t.  xi,  col.  577;  Passio  S.  Pionii.  6,   10.  — 


Christiani  Kortholli  S.  Theol.  D.  académie  kilonien- 
sis,  dum  viveret,  pro-cancellarii,  et  prolessoris  primarii. 
Paganus  oblrectator  sire  De  calumniis  gentilium  in 
relevés  chrislianos  libri  1res.  Kiloni,  MDCxcvin,  in-8°, 
16  p.  non  chillrées  +  720  p. 
Lib.  1.  De  origine  et  nalura  chrislianisnxï  ex  impia 

cavillantmm  et  ethnicorum  senlentia. 
C.  i.  De  christiana?  religionis  novitate  a  paganis  objecta, 

p.  1. 
C.  ir.  De  doctrina  christiana  ex  poetaruin  lacunis  scilis- 

que  philosophorum  hausta,  p.  13. 
C.  m.  De  christianismo  ex  judaismo  prognato,  p.  55. 
C.  IV.  De  religione  christiana  ex  judaica  pariter  et  gen- 

tili  conllata,  p.  64. 
C.  v.  De  odiosis  apud  gentiles  novis  peregrinisq.  sacris, 

p.  67. 
C.  vi.  De   ha?relicorum   portentosis   dogmatibus,   impi- 

isque  facinoribus,  sinceris   Christi   cultoribus  impu- 

tatis,  p.  92. 
C.  vu.  De  sectarum  apud  christianos  diversitate,  p.  105. 
C.  vin.  De  doctrina  christiana  reipubl.  statui  nequaquam 

conveniente,  p.  111 . 
C.  ix.  De  christiana?  fîdei  incertitudine  et   vanitate,  ex 

mente  paganorum,  p.  122. 
C.  x.  De  credulitate  christianis  vitio  data,  p.  131. 
C.    xi.  De  stoliditate,  stupiditate,  et  àTratocum'ï,  lidelibus 

objecta,  p.  157. 
C.  xn.  De    barbaro,  sordido,  incultoque  christianorum 

doctorum  stylo,  p.  194. 
C.  xin.  De  sibyllistis,  p.  232. 
C.  xiv.  De  ficto  per  calumniam  oraculo,  quod  chrislia- 

nismi  interitum  prrenunciaverit,  p.  237. 
Liber  11.  De    cullu   velerum  chrislianorum    publico 

gentium  maledicenlia  suggillato. 
C.  I.  De  onolatria  christianis  afficta,  p.  255. 
C.  il.   De   uranolatria    perperain    christianis    attributa, 

p.  273. 
C.  m.  De  heliolatria,  p.  287. 
C.  iv.  De  œdoiolatria,  p.  318. 
C.  V.  De  serapidolatria,  p.  323. 
C.  VI.  De  staurolalria,  p.  329. 
C.  vu.  De  christolatria,  p.  341. 
C.  vin.  De  martyrolatria,  p.  366. 
C.  ix.  De  sacris  christianorum  arcanis   et  clandestinis, 

p.  378. 
C.  x.  De  atheismo,    christianis    a    gentilibus    objecto, 

p.  405. 
Liber  111.  De  vita  et  moribus  priscorum  christiano- 
rum maliliose  a  gentilibus  exagitalis. 
C.  I.    De    vocatione    improborum    ad    christianismum, 

p.  443. 
C.  il.  De  quorumdam  christianorum  vitiis  toti  ecclesiae 

ipsique  christianismo  imputatis,  p.  457. 

10  Théophile,  Ad  Autoiycum,  1, 12,  P.  G.,  t.  VI,  col.  1041.  —  »  Eu- 
sèbe, Hist.  eccl.,  VIII,  n,  P.  G.,  t.  xx,  col.  744;  Arnobe,  Adv. 
gentes,  1.  II,  c.  vin,  P.  L.,  t.  v,  col.  822.  Cf.  Acta  S.  Dorothex,  11, 
dans  Acta  sanctorum,  6  févr.  ;  Ado,  Martyrologiwn,  29  mai.  — 
'-Passio  S.  Genesii,  2,  dans  Ruinait,  Actasincera,  in-4°,  Parisiis, 
1089,  p.  284.  —  <3  Acta  S.  Sisinnii,  4;  Acta  alia  S.  Sisinnii, 

4,  dans  Acta  sanct.,  29  mai;  Epist.,  n,  S.  Vigilii,  8  (ibid.), 
et  P.  L.,  t.  xiii,  col.  556.  —  "  Passio  S.  Perpétuée  et  Felicitatis, 
21.  Cf.  Julius  Pollux,  Interpretamenta,  dans  Notices  et  extraits 
des  mss.,  t.  XXIII,  2"  part.,  p.  322;  Corp.  inscr.  lat.,  t.  v,  n.  4500 
(Brixise).  Cf.  Mss.  306  de  Montpellier  (IX'  siècle),  Haupt  y  relève 
ce  souhait  au  sortir  du  bain  :  x«)..ï;  IXoJerou  (c.-à-d.  &oû«u)  xlpu.  — 
15  Acta  S.  Sergii,  3,  dans  Acta  sanct.,  24  févr.  —  ,e  Acta  S.  Ta- 
tiani  Dulx,  3,  dans  Acta  sanct.,  15  juin.  —  '''Acta  S.  Adriani, 
3,  dans  Acta  sanct.,  8  sept.  —  "*  Tertullien,  Apolog.,  xi.vn, 
P.  L.,  t.  I,  col.  681.  —  <»  Arnob.,  Adv.  gent.,  1.  II,  c.  xm,  P.  L., 
t.  v,  col.  829;  Acta  S.  Cassiani,  2,  dans  Acta  sanct-,  13  août; 
Acta  S.  Tatiani  Dul.T,11,  dans  Acta  sanct-,  15  juin.  C.t.  Act., 

5.  Phileœ,  l.dans  Ruinart,  p.  493.  —  ,0S-  Augustin,  De  civ.  Dei, 
xxil,  12,  P.  L.,  t.  xli,  col.  775.  —  !l  Acta  S.  Tarachi,  1,  dans 
Ruinart,  Acta  sine,  p.  436.  —  "  Vi'Ia  S.  Bunosx,  i,  dans  Acta 
sanct-,  15  juill. 


307 


ACCUSATIONS    CONTRE    LES    CHRÉTIENS 


A  CE  M  ETES 


303 


C.  m.  De  impostura  christianis  objecta,  p.  4G3. 

C.  iv.   Do    m  agi  a  Christo    hujusque    cultoribus    expro- 

brata,  p.  474. 
C.  v.    De    conventibus    christianorum    claneulariis    et 

nocturnis.  p.  487. 
C.  vi.    De   factionibus    et    conspirationibu6   christianis 

objici  solitis,  p.  518. 
C.  vu.  De  lsesœ  majestatis  crimine  christianis  objeeto, 

p.  525. 
C  vin.  De  odio  generis  humani  christianis  exprobrato, 

p.  531. 
C.  îx.  De  Thyesteis  epulis  et  Œdipodes  concubitu,  p.  544. 
C.  x.  De  obstinationis  crimine  christianis  impacto,  p.  606. 
C.  xi.  De   inanis  glorioc  afiéctatione  christianis  afficta, 

p.  627. 
C.  xii.  De  christianorum  ÔLyg^n-ia,  p.  639. 
C.  xin.  De  artibus  christianorum  sordidis,  p.  649. 
C.  xiv.  De   misera    christianorum  a   paganis   exagitata 

sorte,  p.  654. 
C.  xv.  De  malis  et  calamitatibus  publicis  christianismo 

imputatis,  p.  664. 
C.  xvi.  De  notis  et   insignibus  christianorum  occultis, 

p.  693. 
C.  xvn.  Debiothanatorum,  semaxiorumsarmentitiorum, 

similibusque  per  ludibrium  christianis  impositis  ap- 

pellationibus,  p.  701. 
C.  xvill.    De   inviso     ipsomet     christianorum    nomine, 

p.  711-720. 

H.  Leclercq. 

ACÉMÈTES.  —  I.  Vie  de  saint  Alexandre.  II.  Prin- 
cipes monastiques  d'Alexandre.  III.  Doxologie  perpé- 
tuelle. IV.  Monastère  des  acémètes.  V.  Histoire  des 
acémètes.  VI.  Bibliographie. 

I.  Vie  de  saint  Alexandre.  —  Les  acémètes  ont  eu 
pour  fondateur  l'archimandrite  Alexandre.  Alexandre, 
originaire  d'Asie,  vécut  ses  premières  années  dans  les 
îles  de  l'Archipel  et  suivit  le  cours  de  grammaire  à 
Constantinople.  Il  était  encore  dans  la  capitale,  servant 
sous  le  préfet  de  la  ville  ou  celui  du  prétoire,  lorsque 
des  lectures  multipliées  de  l'Évangile  l'amenèrent  à 
quitter  le  monde  et  à  se  retirer  en  Syrie.  C'était  vers 
380,  pense  Tillemont1. 

Cénobite  au  couvent  de  l'archimandrite  Élie  pendant 
quatre  ans,  anachorète  au  désert  pendant  sept  ans, 
Alexandre  se  transforma  tout  à  coup  en  missionnaire  et 
parcourut  la  Mésopotamie  en  tous  sens2.  D'après  son  bio- 
graphe, mal  renseigné  ou  trop  panégyriste,  c'est  à  lui  seul 
que  serait  due  la  conversion  du  lameux  Raboulas  d'E- 
desse  '■'.  En  Syrie,  de  longues  années  durant,  l'apôtre  rede- 
vint cénobite,  ou  plutôt  il  devint  père  de  moines  et  législa- 
teur monastique  :  le  couvent  de  sa  façon  qu'il  établit  sur 
la  rive  droite  de  l'Euphrale  finit  par  réunir  400  religieux. 
De  ces  religieux,  Alexandre  un  jour  choisit  les  plus  vail- 
lants, 70  d'abord,  puis  150,  et  laissant  les  autres  dans  le 
monastère,  sous  la  direction  de  son  disciple  Trophime, 
il  inaugura  une  seconde  campagne  d'apostolat  à  travers 
la  Mésopotamie.  Le  principal  théâtre  en  fut  la  région 
Irontière.  De  là,  par  la  voie  de  Palmyre,  Alexandre  se 
rabattit  sur  Antioche.  11  avait  déjà  paru  dans  la  métro- 
pole de  l'Orient  des  404,  ou  peu  après,  pour  y  combattre 
l'intrusion  de  Porphyre.  C'était,  cette  fois,  Théodote  qui 
y  occupait  le  siège  patriarcal,  mais  le  missionnaire  ne 
devait  rien  gagner  au  change.  Réformateur  indiscret, 
censeur  intempestif,  il  eut  vite  fait  de  se  mettre  à  dos 
toutes  les  autorités  civiles  et  religieuses.  D'où  pour  lui 
mille  vexations.  A  la  fin,  las  de  se  cacher  pour  faire  le 

1  Mémoires,  t.  xii,  p.  492,  682.  —  -  Vita  S.  Alexandri, 
n.  3-7,  i>.  303.  —  >  Ibid.,  n.  8-22,  p.  303-305.  —  *  IbuL,  n.  23-43, 
p.  303-309.  —  5  Ibid.,  n.  43,  p.  309;  Agapios  Landes,  'bi^m, 
p.  126,  ou  K.  Doukakis,  Ms'yc,;  Suva-apioT»,;  de  décembre,  p.  012. 
—  «  Op.  cit.,  p.  497,  082  —  '  Vita  S.  Alex.,  n.  48-51,  p.  310;  Cal- 
Iinique,  De  vita  sancti  Hypatii  liber,  Leipzig,  1895,  j>.  82-84; 
J.  Pargoire,  Les  débuts  ilu  monachismeà  Constantinople,  p.  70- 


bien,  il  prit  24  moines  et  partit  avec  eux  pour  la  capitale 
de  l'empire*. 

A  Constantinople,  Alexandre  organisa  tout  de  suite  un 
couvent  selon  ses  vues,  près  de  l'église  Saint-Ménas5. 
Ici  encore,  malheureusement,  les  difficultés  ne  tardèrent 
point  à  surgir.  Les  gens  d'église  lui  soupçonnaient  des 
attaches  doctrinales  avec  l'hérésie  messalienne;  les  gens 
du  cloître  lui  reprochaient  de  vider  leurs  couvents  au 
profit  du  sien  propre;  les  gens  du  monde  lui  trouvaient 
trop  de  zèle  à  reprendre  leur  conduite  :  ils  se  liguèrent 
pour  sa  perte  et.  n'eurent  pas  de  peine  à  obtenir  une 
sentence  contre  lui.  D'après  la  chronologie  la  plus  vrai- 
semblable, celle  qu'a  dressée  Tillemont B,  ce  dut  être  en 
426  ou  427,  peu  après  la  lettre  que  Théodote  d'Antioche 
et  les  autres  prélats  réunis  autour  de  Sisinnios  écrivirent 
de  Constantinople  à  l'Église  de  Pampbylie  contre  les 
mossaliens.  Non  contentes  d'avoir  condamné  l'archiman- 
drite, les  autorités  lui  enjoignirent  bientôt  de  retourner 
en  Syrie  avec  ceux  qu'il  en  avait  amenés.  Quant  à  ses 
recrues  récentes,  ordre  leur  fut  donné  de  réintégrer  leurs 
couvents  respectifs.  Alexandre  partit,  suivi  de  tous  ses 
disciples.  Une  heure  à  l'est  de  Chalcédoine,  s'étant  arrêté 
à  l'église  des  Saints-Pierre-et-Paul  de  Rulin,  il  y  fut  battu 
et  grièvement  blessé  par  la  populace  que  l'évoque  Eulalios 
avait  déebainée  contre  lui.  Saint  Ilypace,  l'bigoumene 
du  couvent  rulinianais,  s'empressa  de  le  recueillir  en 
dépit  de  toutes  les  colères  épiscopales,  et  bientôt  l'inter- 
vention d'Eudoxie  ou  de  sainte  Pnlcbérie,  alors  en  rési- 
dence à  la  villa  impériale  de  Rufinianes,  permit  au  pauvre 
banni  de  respirer  quelques  jours  dans  le  monastère  hos- 
pitalier'1. Une  fois  guéri,  Alexandre  n'eut  plus,  sans 
doute  encore  par  le  fait  de  celte  auguste  intervention, 
à  poursuivre  sa  route  vers  l'Orient.  H  ne  rentra  pis  de 
nouveau  dans  les  murs  de  Constantinople,  mais  il  put 
s'établir  à  Gomon,  au  coin  nord-ouest  de  la  Bithynie,  sur 
le  point  de  la  côte  où  le  Bosphore  et  la  mer  Noire  >e 
donnent  la  main8.  C'est  là  que  la  mort  vint  terminer  sa 
carrière  quelque  temps  après,  vers  -430.  Il  s'était  alors 
écoulé  juste  un  demi-siècle  depuis  l'époque  de  ses  dé- 
buts monastiques  sous  l'archimandrite  Elie. 

Maintenant,  Alexandre  est-il  un  saint  reconnu  par 
l'Église'.'  Tillemont  ne  le  pense  pas1*,  et  peu  s'en  faut 
qu'il  ne  gourmande  fort  Bollandus  de  l'avoir  admis,  l'au- 
réoleau  front,  dans  sa  grande  collection  hagiographique. 
Cependant,  Alexandre  a  sa  vie  écrite  sous  forme  de  vie 
de  saint,  et  ce  fait,  quel  que  soit  le  peu  de  valeur  intrin- 
sèque de  la  biographie,  prouve  bien  que  l'on  reconnaissait 
à  notre  archimandrite,  au  moins  dans  un  certain  milieu, 
tous  les  caractères  de  la  sainteté.  Ajoute/  que  ses  re 
au  témoignage  de  l'auteur,  furent  toujours  traitée  en 
reliques  :  on  les  transféra  comme  telles,  religieuse! 
le  jour  où  la  communauté  de  Gomon  se  déplaça,  et  par- 
tout, au  premier  endroit  comme  au  second,  les  miracles 
éclatèrent"1.  De  son  côté,  le  biographe  de  saint  Marcel 
parle  d'Alexandre  avec  les  plus  grands  éloges11,  et  de 
même  Callinique,  l'historien  de  saint  Hypaee1-.  Mêmes 
éloges  aussi  dans  le  synaxa  ire  officiel  que  l'Eglise  grecque 
lit,  le  29  décembre,  en  l'honneur  de  saint  Marcel.  Au 
surplus,  Tillemont  est  allé  trop  loin  en  disant  de  notre 
archimandrite  que  «  son  nom  ne  se  trouve  nulle  part, 
ni  dans  les  martyrologes  des  Latins,  ni  mesme  dan-  les 
menologes  des  Grecs  ■ .  Pour  les  martyrologes  latins,  il 
a  raison;  pour  les  ménologcs  grecs  actuels,  il  a  raison 
aussi;  mais  on  peul  citer  plusieurs  documents  litur- 
giques slaves  qui  donnent   le  n d'Alexandre  soil  à  la 

date  du  23  février,  soil  à  celle  i\u  3  juillet ,;!.  Bollandus 

71  ;  Les  premiers   évêques  de  Chalcédoine,  dans  les  '       9 
d'Orient,  t.  iv,  p.  105  100;  Rufinianes.  dans  la  Byzantin* 
Zeitschrift,  t.  vin,  p.  k50.       ■  \  ita  s     Mi  c  .  n.  51,  52.  p.  310; 

Vita   sancti   Mtireelli,  n.    'i.    COl.    709  'Op.   Cit.,   p.  491.    — 

"<  Vita  S.  Alex.,  n.  53,  p.  310,  311.  "  Vita  S.  MarceUi,  n.  'i. 
col.  709.  —  <*Op.  et  toc.  cit.  -  lsSerge,  Calendrier  complet 
de  l'Orient,  en  russe,  Mosi   u,  1870,  U  n,  p.  ïs,  178, 


300 


ACÉMÈTES 


310 


n'est  donc  point  à  blâmer  outre  mesure  pour  l'avoir  inséré 
dans  ses  Acla  sanctorum.  Seulement,  il  aurait  dû  lui 
donner  une  place  moins  arbitraire  que  le  15  janvier, 
car  aucune  partie  du  monde  chrétien  n'a  jamais  honoré 
Alexandre  ce  jour-là,  surtout  pas  l'Occident  quoique 
le  P.  Martinov  semble  le  prétendre  '.  Ceci  dit,  il  con- 
vient d'ajouter  que  le  culte  attesté  par  les  documents 
slaves,  public  et  réel,  si  l'on  veut,  mais  local  et  res- 
treint, n'offre  point  toutes  les  garanties  d'une  canoni- 
sation solennelle.  Et  il  nous  faut,  en  outre,  reconnaître 
que  l'Église,  en  observant  dans  son  ensemble  une  si 
Iroide  réserve  à  l'égard  d'Alexandre,  ne  se  trouve  que 
trop  justifiée  par  la  conduite  de  cet  homme  en  qui  tout 
obéissait  à  des  principes  nettement  exagérés. 

II.  Principes  monastiques  d'Alexandre.  —  Une  seule 
règle,  au  fond,  commande  toute  la  vie  d'Alexandre,  c'est 
la  Bible  et  surtout  l'Évangile.  Le  biographe  anonyme  a 
soin  de  nous  en  avertir  :  il  sème  son  écrit  d'allusions 
bibliques,  il  met  sans  cesse  quelque  phrase  des  Livres 
saints  sur  les  lèvres  de  son  héros,  il  déclare  même  très 
expressément  que  celui-ci  façonne  toute  sa  conduite 
«  sur  la  norme  des  Écritures  divines  2  »,  et  qu'il  veille  à 
s'y  conformer  «  jusqu'au  dernier  point a  ».  Avoir  l'Écri- 
ture sainte  pour  règle,  rien  de  mieux  en  soi,  rien  de 
plus  sage.  Par  malheur,  Alexandre  ne  veut  entendre 
l'Écriture  que  dans  le  sens  le  plus  étroit.  Il  ne  l'explique 
jamais.  Quand,  avec  cette  exégèse  qui  prend  tout  au  pied 
de  la  lettre,  deux  ou  plusieurs  textes  viennent  à  se  con- 
tredire, et  la  chose  arrive  souvent,  il  affecte  de  n'en 
connaître  qu'un.  Le  texte  scripturaire  à  suivre  une  fois 
arrêté,  il  en  poursuit  l'application  jusqu'au  bout,  sans 
discernement.  De  là,  malgré  l'excellence  de  la  règle  di- 
vine qu'il  s'est  donnée,  ce  je  ne  sais  quoi  de  peu  réglé 
qui  marque  tous  ses  actes,  ce  manque  absolu  de  mesure 
et  de  discrétion  qui  caractérise  tout  son  apostolat.  Ren- 
verser le  principal  temple  des  idoles  dans  une  ville  encore 
toute  païenne  *,  entrer  en  guerre  avec  les  deux  pa- 
triarches Porphyre  et  Théodote  3,  s'attaquer  au  gouver- 
neur d'Anlioche  G,  censurer  les  plus  hauts  personnages 
de  Constantinople  7,  ce  sont  là  choses  d'un  mission- 
naire au  zèle  imprudent  et  exagéré.  Et  les  textes  qu'il 
a  toujours  à  la  bouche  dans  les  circonstances  graves, 
s'ils  donnent  la  ciel  de  sa  manière  de  faire,  ne  la  jus- 
tifient pas. 

Seule  règle  de  sa  conduite  privée  et  de  son  apostolat 
public,  la  Bible  étroitement  entendue  doit  seule  aussi 
commander  au  genre  de  vie  que  notre  moine  essaie 
d'introduire  dans  le  monachisme.  Un  jour,  après  les 
quatre  premières  années  passées  au  couvent,  il  prend 
un  exemplaire  de  l'Évangile  et  se  présente  à  l'archi- 
mandrite Élie  :  «  Père,  lui  dit-il,  tout  ce  qui  est  écrit  dans 
ce  livre  est-il  vrai?  »  L'archimandrite,  croyant  à  une 
tentation  de  doute,  lait  mettre  la  communauté  en  prière, 
puis,  après  deux  heures  de  supplications,  il  s'approche 
avec  tous  les  frères  pour  tenter  de  ramener  la  foi  dans 
l'âme  d'Alexandre.  Celui-ci  aussitôt  de  s'écrier  une  se- 
conde fois  :  «  Ce  que  l'Évangile  contient  est-il  vrai?  » 
Tout  le  monde  lui  répond  énergiquement  par  l'affirma- 
tive. «  Mais  alors,  conclut-il,  pourquoi  ne  le  pratiquons- 
nous  pas?»  Cela  dit,  il  quitte  le  monastère,  son  évangile 
en  main,  et  va  dans  le  désert  en  exécuter  ponctuellement 
toutes  les  prescriptions8.  Voilà  une  petite  scène  qui  en 
dit  plus  que  de  longues  pages.  On  devine  à  la  lire  ce 
qu'Alexandre,  devenu  père  de  moines,  exigera  d'eux.  Il 
leur  imposera  de  pousser  la  pratique  de  telle  et  telle 
vertu  jusqu'au  détriment  de  telle  et  telle  autre  non 
moins  nécessaire.  Dans  la  question  de  l'hospitalité,  par 
exemple,  il  voudra  une  largeur  qui  exclue  toute  prudence, 
et  grande  sera  sa  colère  comme  son  scandale  lorsque  le 

*  Annus  eccles.  grmco-slavicus,  Bruxelles,  1808,  p.  79.  —  -  Vita 
S.  Alex.,  n.  5,  p.  303.  —  'Ibid.,  a.  28,  p.  306.  4  Ibid.,  n.  7-8, 
p.  303.  —  *lbid.,  n.  38-40,  p.  308.  —  «  Ibid.,  n.  39,  p.  308.  —  '  Cal- 


frère  portier  de  je  ne  sais  quel  couvent  prétendra  devoir 
prévenir  son  higoumène  avant  d'ouvrir  la  porte  du  mo- 
nastère à  tout  venant ,J.  Mais  ceci  n'est  qu'un  détail.  Pris 
dans  son  ensemble,  le  genre  de  monachisme  rêvé  par 
Alexandre  offre  surtout  quatre  particularités  dignes  d'at- 
tention :  une  tendance  marquée  vers  l'apostolat,  un  souci 
excessif  de  la  pauvreté,  une  préoccupation  constante  de 
la  prière,  une  horreur  absolue  du  travail. 

Que  les  moines  pussent  être  des  apôtres  actifs,  ce  n'était 
pas  une  chose  réglée  au  début  du  Ve  siècle.  On  avait  déjà 
vu,  il  est  vrai,  quelques  solitaires  et  quelques  cénobites 
se  lancer  individuellement  dans  l'apostolat,  un  saint 
Aphraate  sur  l'Oronte,  un  saint  Isaac  sur  le  Bosphore, 
mais  les  couvents  étaient  encore  très  loin  de  passer  pour 
des  écoles  de  missionnaires.  Alexandre,  lui,  rencontre 
dans  l'Evangile  l'Euntes  docete  du  Maître,  et  il  n'admet 
point  que  l'on  puisse  ne  pas  obéir  à  cet  ordre.  Aussi  le 
voyons-nous,  tel  le  Christ  désignant  les  70disciples,  choi- 
sir 70  de  ses  moines,  puis  un  plus  grand  nombre,  et  s'en 
aller  avec  eux  prêcher.  Sa  troupe,  dans  les  courses  qu'elle 
fait  à  travers  la  Mésopotamie,  reste  une  communauté 
religieuse  :  elle  dépend  tout  entière  et  en  tout  de  son 
chef,  elle  respecte  strictement  la  loi  de  la  pauvreté,  elle 
entretient,  autant  que  possible  le  cours  de  la  psalmodie, 
elle  conserve  presque  toutes  les  pratiques  du  monastère. 
C'est,  peut-on  dire,  un  monastère  ambulant  et  combat- 
tant. Milice  apostolique,  elle  a  pour  drapeau  le  livre  de 
la  bonne  nouvelle  et  pour  clairon  le  cantique  des  anges  : 
son  commandant,  quand  il  veut  donner  le  signal  du 
départ,  se  contente  d'élever  l'évangile  et  de  dire  :  A6Ex 
àv  û<|/['(rroiç  fe)ï<i),  xal  ïiù  yr,;  ElpTJvr,,  iv  àvQpÛTto'.;  eùëoxlac  ' -'. 
Et,  chemin  faisant,  ces  prêcheurs  s'appliquent  aux  œuvres 
d'intérêt  social  :  leur  séjour  dans  les  mursd'Anlioche  est 
marqué  par  la  fondation  d'un  hospice. 

Au  couvent  de  l'archimandrite  Elie,  comme  dans  tous 
les  couvents  bien  ordonnés,  les  supérieurs  veillaient  à 
l'entretien  de  leurs  religieux,  et  ceux-ci  étaient  assurés 
du  nécessaire.  Alexandre,  novice  en  cet  endroit,  trouve 
un  pareil  état  de  choses  en  désaccord  avec  les  nombreux 
passages  de  l'Évangile  qui  recommandent  le  détachement 
et  la  pauvreté.  Aussi  n'y  resle-t-il  que  quatre  ans,  juste 
le  temps  d'apprendre  les  Psaumes  par  cœur  et  d'en  pé- 
nétrer le  sens  véritable.  Quand  il  devient  fondateur,  il 
donne  une  seule  robe  à  ses  moines  et  leur  fait  défense 
expresse  de  garder  le  soir  la  moindre  provision  pour  le 
lendemain  ".  Désireux  d'exercer  à  la  confiance  en  Dieu 
ceux  d'entre  eux  qu'il  a  choisis  pour  l'apostolat,  il  les 
traîne,  les  mains  vides,  au  plus  profond  des  déserts.  Un 
jour,  au  moment  où  les  frères  cuisiniers  finissent  d'ap- 
prêter le  repas,  il  prend  son  évangile,  dit  son  Ao5a  èv 
•j'I/iutotç,  et  réduit  ainsi  tous  ses  compagnons  à  partir 
affamés,  laissant  là  les  marmites  pleines1'2. 

Dans  les  monastères  de  la  fin  du  IVe  siècle,  et  dans  celui 
de  l'archimandrite  Élie  naturellement,  la  psalmodie,  tout 
en  occupant  une  bonne  partie  des  vingt-quatre  heures, 
cessait  d'une  manière  complète  à  certains  moments  du 
jour  et  de  la  nuit.  Ce  n'est  point  là,  se  dit  Alexandre, 
observer  Yopovlet  semper  orareet  non  deficere  • :î .  Mais 
comment  l'observer,  vraiment?  L'homme  peut-il  passer 
toute  la  journée,  absolument  toute,  à  psalmodier?  Alexan- 
dre, impuissant  à  changer  la  nature  humaine,  ne  va 
point  jusque-là,  mais,  ce  qu'il  ne  saurait  imposer  à  l'in- 
dividu, il  l'impose  à  la  communauté.  Que  les  moines 
quittent  le  chœur  pour  aller  à  table,  ou  au  lit,  soit  ;  mais 
que  jamais  dans  le  chœur  ne  se  taisent  les  accents  de  la 
prière  publique.  Et  le  réformateur  établit  parmi  ses  reli- 
gieux un  roulement  qui  assure  la  perpétuité  de  la  psal- 
modie. Là  est  le  point  capital  de  sa  règle.  Même  hors 
du  couvent,  les  membres  de  sa  brigade  apostolique  sont 


Unique,  op.  et  loc.  cit.  —  »  Vita  S.  Alex.,  a.  6,  p.  303.  —  'Ibid., 
n.37,  p. 308.  —  ">  Luc,  11,14.—  "  VitaS.  Alex.,  n. 84, 36,  39, p.307, 
308.—  <*-  Ibid.,n.5,6,  27.  32,36,  p.  303,  30G,  308.  —  "Luc,  xvm.l 


îll 


ACÉMÈTES 


312 


tenus  de  s'y  conformer  dans  une  certaine  mesure.  Le 
biographe  nous  les  montre  à  plusieurs  reprises  plongés 
dans  le  chant  de  leurs  psaumes.  Dés  qu'ils  ont  de  quoi 
loger,  tussent  de  simples  bains  en  ruines,  comme  à  An- 
tioche,  ils  s'empressent  d'y  instituer  leur  chère  pratique 
de  la  prière  sans  lin  '. 

Si  l'esprit  de  pauvreté  parfaite  et  de  pleine  confiance 
en  Dieu  exige  que  l'on  ne  lasse  rien  la  veille  qui  puisse 
d'une  manière  ou  de  l'autre  servir  aux  besoins  du  len- 
demain, le  religieux  n'a  pas  le  droit  de  se  livrer  au  tra- 
vail. Il  n'a  pas  davantage  ce  droit,  si  la  loi  de  la  prière 
incessante  veut  qu'il  donne  à  la  psalmodie  tout  le  temps 
que  lui  laissent  les  nécessités  corporelles.  Dur  corollaire 
que  celui-là,  mais  Alexandre  n'hésite  pas  une  seule  mi- 
nute à  le  tirer  :  il  proscrit  le  travail  sous  toutes  ses 
tonnes,  absolument.  Son  biographe,  il  est  vrai,  évite  de 
le  dire  en  propres  termes,  à  cause  du  milieu  et  du  temps 
où  il  écrivait;  mais,  outre  que  nous  en  sommes  instruits 
par  ailleurs,  lui-même  nous  met  assez  au  courant  de  la 
situation,  lorsqu'il  nous  montre  Alexandre  interdisant 
la  culture  d'un  simple  jardin  sous  prétexte  que  pareille 
occupation  constituait  un  obstacle  à  la  vertu  parfaite2. 

Tels  sont,  basés  sur  un  Évangile  étroit,  les  principes 
monastiques  d'Alexandre.  S'ils  trahissaient  un  zèle  peu 
éclairé,  ils  étaient  gros  d'innovations  pour  l'époque.  A  ce 
titre  et  à  cause  aussi  de  leur  outrance,  ils  devaient  se 
heurter  aux  tenants  du  monachisme  traditionnel  et  sage. 
Nul  ne  comprenait  dans  ce  monachisme  que  le  moine 
put  rester  moine  en  se  passant  du  travail  manuel.  Au 
Sinaï,  placé  devant  un  sujet  à  qui  le  besoin  de  prier  sans 
cesse  rendait  tout  labeur  impossible,  l'abbé  Silvain  le 
i, lisait  enfermer  dans  une  cellule  nue  et  le  laissait  là  sans 
nourriture  aucune,  estimant,  disait  sa  douce  ironie, 
qu'un  homme  si  spirituel  n'avait  certainement  pas  le 
temps  de  manger3.  Au  Sinai  encore,  saint  Nil  ne  voyait 
dans  les  théories  d'Alexandre  qu'une  porte  ouverte  à  la 
paresse  et  au  mal  :  «  Ne  cachons  pas,  écrivait-il,  notre 
répugnance  pour  le  travail  sous  le  prétexte  de  prier  sans 
interruption.  A  des  jeunes  gens,  à  des  hommes  dans  la 
force  de  l'âge,  il  faut  des  fatigues  qui  les  matent,  des 
labeurs  pénibles  qui  les  domptent  :  leur  supprimer  toute 
besogne,  c'est  lâcher  la  bride  à  leurs  passions  et  leur 
donner  le  loisir  de  se  livrer  à  des  pensées  étrangères. 
Un  beau  jour,  avec  ce  régime,  leur  prétendue  prière  s'en- 
vole au  vent  et  tout  est  perdu*.  »  Ainsi  pensaient  les 
Sinaïtes,  et  tout  le  monde  pensait  comme  eux.  Partout, 
l'on  accusait  l'archimandrite  novateur  d'avoir  par  trop 
puisé  aux  sources  messaliennes;  on  faisait  couramment 
de  lui  un  euchite;  on  le  considérait  même  comme  un 
des  chefs  de  l'hérésie.  Pour  saint  Nil,  du  moins,  si  le 
premier  des  messaliens  était  Adelphe  de  Mésopotamie, 
le  second  était  bien  notre  Alexandre.  De  là,  cette  défiance, 
cette  hostilité,  ce  mouvement  d'universelle  réprobation 
qui  s'éleva  dans  l'Orient  contre  le  nouveau  système  mo- 
nastique. Et  comment  résister  à  cette  désapprobation 
générale'?  L'archimandrite  disparu,  ses  disciples  n'y 
tinrent  pas.  Peu  à  peu.  atténuant  les  singularités  de  leur 
observance  première,  ils  en  revinrent,  presque  pour  tout, 
aux  formes  communes,  el  du  monachisme  de  leur  père 
une  seule  institution  resta,  celle  tle  la  doxologie  inin- 
terrompue. 

111.  Doxologie  perpétuelle.  —  Dans  l'histoire  de 
l'office  divin,  l'initiative  d'Alexandre  constitue  un  épisode 
important,  et  la  manière  toute  spéciale  dont  il  organisa 
la  prière  publique  mérite  que  l'on  s'y  arrête  pour  en 
étudier,  sinon  les  détails,  du  moins  les  grandes  lignes. 

Aujourd'hui,  dans  les  monastères  grecs,  le  soin  de 
chanter  les  louanges  de  Dieu  est  réservé  à  quelques  frères 
seuls,  dix  ou  douze  pour   cent   au   mont  Athos,  et    ces 

1  Vita  S.  Alex:,  n.  29,  30,  32,88,  p.  306-308.  —  *  Vita  S.  Aie  s  . 
11.42,  p.  309.  —  *Apo))htltO!i-in<itt<  Patrum,  dans  .1. -H.  Cotelier, 
Ecclesix  grxcx  monwnenta,  t.  i,  p.  080,  081.  —  '  De  volun- 


frères,  qui  forment  la  classe  des  psallrs  ou  chantres, 
sont  toujours  les  mêmes,  tous  les  jours  de  l'année,  pen- 
dant des  années  entières,  parlois  toute  leur  vie,  à  ouvrir 
la  bouche  au  chœur  devant  le  reste  de  la  communauté 
silencieuse  et  muette.  On  croira  sans  peine  qu'une  pa- 
reille laçon  de  faire  ne  découle  ni  du  typikon,  ni  du  céré- 
monial d'Alexandre.  Chez  lui,  évidemment,  les  chœurs 
sont  plus  lournis  et  tous  les  moines  prennent  une  part 
active  aux  offices  5. 

De  quel  personnel  dispose-t-il?  Au  point  de  vue  du 
nombre,  ses  fondations  se  présentent  à  nous  comme  des 
groupes  monastiques  très  considérables.  Le  biographe 
anonyme  nous  parle  de  400  religieux  pour  le  monastère 
euphratésien  et  de  300  pour  le  monastère  constantinopo- 
litain0.  L'hagiographe  Callinique,  il  est  vrai,  ne  donne 
qu'une  centaine  de  compagnons  à  l'archimandrite  vers 
426  ou  427 7,  mais  c'est  encore  là  une  communauté  res- 
pectable. Au  point  de  vue  de  la  race,  nous  rencontrons 
auprès  d'Alexandre  des  Latins,  des  Grecs,  des  Syriens 
et  des  Égyptiens  dans  le  premier  couvent,  des  Latins, 
des  Grecs  et  des  Syriens  dans  le  second.  Ces  divers 
éléments  vivent  cote  à  cote,  mais  ne  fusionnent  point 
tout  à  fait,  car  ils  ont  chacun  leur  parler  distinct. 
Alexandre,  qui  se  considère  volontiers  comme  un  nu- 
veau  Jacob,  compare  leurs  quatre  langues  aux  quatre 
femmes  du  patriarche,  Lia,  Rachel,  Bala,  Zelpha,  et  il 
se  glorifie  des  fils  spirituels  que  chacune  d'elles  lui 
donne.  Pour  maintenir  plus  facilement  la  discipline  et 
rattacher  plus  étroitement  la  communauté  à  son  chet, 
chaque  dizaine  de  frères  est  sous  la  surveillance  d'un 
dékarque  ou  décurion  et  chaque  groupe  de  cinq  dizaines 
sous  celle  d'un  penlékontarque  ou  cinquantenier8. 

Maintenant,  avec  ce  personnel,  comment  l'archiman- 
drite règle-t-il  la  marche  de  sa  doxologie  ininterrompue  ? 
Disons  tout  de  suite  qu'il  n'arrive  pas  à  l'établissement  de 
la  prière  perpétuelle  dès  le  premier  jour,  qu'il  passe,  au 
contraire,  par  force  tâtonnements  et  qu'il  multiplie  les 
essais.  Néanmoins,  au  début  comme  à  la  fin,  c'est  tou- 
jours la  différence  du  parler  qu'il  met,  comme  de  juste, 
à  la  base  de  la  distribution  des  chœurs  :  sur  l'Euphrate, 
les  quatre  langues  en  forment  huit;  à  Constantinople, 
les  trois  langues  en  forment  six.  Ces  chœurs,  une  lois 
la  doxologie  perpétuelle  instituée,  se  relèvent  l'un 
l'autre  de  manière  à  ne  point  laisser  la  psalmodie  chô- 
mer un  seul  instant.  La  communauté  entretient-elle  si- 
multanément autant  de  doxologies  que  le  monastère 
compte  de  langues,  ou  se  contente-t-elle  d'entretenir  une 
doxologie  unique  obtenue  par  la  succession  combinée  des 
différentes  langues,  nous  ne  le  trouvons  indiqué  nulle 
part.  Dans  le  premier  cas,  c'est  douze  heures  que  chaque 
moine  consacrerait  quotidiennement  à  l'office;  dans  le 
second,  c'est  trois  heures,  quand  le  couvent  compte  huit 
équipes,  et  quatre  heures,  quand  il  en  compte  six.  Trois 
heures  seulement  sur  vingt-quatre  pour  des  hommes 
qui  n'ont  aucune  autre  occupation  et  qui  prétendent  se 
distinguer  par  la  longueur  de  leurs  prières,  qui  sont 
les  disciples  d'Alexandre  l'exagéré,  la  belle  affaire  vrai- 
ment! Aussi,  pencherais-je  volontiers  pour  la  première 
hypothèse,  au  moins  en  ce  qui  regarde  les  débuts,  car.  le 
fondateur  mort,  on  ne  dut  point  manquer,  en  retouchant 
sa  règle,  de  la  mitiger  aussi  sur  ce  point  pour  la  rendre 
viable  et  pratique.  Notons,  en  tout  état  de  cause,  que  le 
partage  d'une  communauté  en  deux  ou  plusieurs  groupes 
ethniques  officiant  chacun  à  part  simultanément  n'est 
point  chose  inouïe  dans  les  fastes  du  monachisme  orien- 
tal. Il  suffi!» de  Citer  Comme  exemple  ancien  le  couvent 
de  saint  Théodose  ou  la  lame  de  saint  Sabbas  et  comme 
exemple  moderne  le  monastère  de  Roussiko  au  mont 
Athos.  A  '^aint-Théodose,  les  Grecs,  les  liesses  et  les  Ar- 

taria  pauvertate,  xxi,  V.  G.,  t.  i.xxix.  roi.  '.hit.  —  5Oj>.  et  ?<•••. 
cit.  -  "  Vita  S.  Alex.,  a.  27,  \:'..  p.  306,  009.  —  '■  Op.  cit., 
p.  62.  —  »  Vita  6'.  Alex.,  a.  26.  27  43,  p.  306,  309. 


313 


ACEMÈTES 


314 


méniens  chantaient  les  heures  dans  leurs  trois  langues 
en  des  sanctuaires  dilïérents  '.  A  Saint-Sabbas,  les  Grecs 
et  les  Arméniens  occupaient  deux  églises  distinctes,  les 
uns  l'église  théoctiste,  aujourd'hui  de  Saint-Nicolas,-  les 
autres,  l'église  de  la  Vierge,  aujourd'hui  de  l'Annoncia- 
tion-. A  Roussiko,  nous  constations  naguère  noiis-mèmc, 
quelque  1200  Russes  suivent  les  offices  en  slave  dans 
l'église  de  la  Sainte-Vierge,  tandis  que  les  derniers  repré-- 
sentants  de  l'hellénisme  les  suivent  en  grec  dans  l'église 
Saint-Pantéléimon. 

Si  nous  ne  savons  au  juste  comment  chez  Alexandre 
s'organise  la  succession  des. chœurs,  nous  ne  savons  pas 
davantage  d'une  manière  formelle  et  précise  combien  de 
fois  par  jour  chacun  de  ces  chœurs  voit  venir  son  tour 
de  chanter,  ni  même  de  quelles  parties  distinctes  se 
compose  leur  office  du  vjyOr,tj.ôpov.  A  vrai  dire,  le  bio- 
graphe prétend  nous  renseigner  sur  ce  dernier  point, 
mais  ses  données,  autant  qu'on  peut  en  juger  par  la 
traduction  latine  où  nous  les  trouvons,  n'ont  rien  de 
très  clair.  Voici  du  moins,  si  je  ne  me  trompe  pas,  ce 
qu'il  semble  permis  d'en  tirer.  Au  début.  Alexandre 
connaît  seulement  quatre  heures  :  tierce,  sexte,  noue  el 
le  nocturne.  Plus  tard,  s'attachant  au  sep  lies  in  die 
laudem  dixi  libi  du  Psalmiste3,  il  porte  le  nombre  des 
heures  à  quatorze,  de  manière  à  en  avoir  sept  pour  le 
jour  et  sept  pour  la  nuit.  Après  sept  ans  de  ce  régime, 
arrive  la  doxologie  ininterrompue,  laquelle  entraine 
l'institution  de  vingt-quatre  ministeria  correspondant 
aux  vingt-quatre  heures  du  vvyJtil\i.zpov .  Alexandre,  en 
mémoire  des  douze  fils  de  Jacob,  a  glissé  dès  le  commen- 
cement douze  leçons  scripturaires  parmi  les  psaumes  de 
l'office;  il  conserve  ces  douze  leçons  lorsqu'il  réforme 
son  office  en  vue  de  la  psalmodie  perpétuelle.  Au  même 
moment,  préoccupé  du  septuagies  septies  de  l'Evangile 4, 
il  ajoute  deux  usages  secondaires  :  ses  moines  devront 
fléchir  les  genoux  490  fois  par  jour  et  chanter  autant  de 
lois  le  AôEa  âv  ûtyt'orotç.  Malheureusement,  la  répartition 
de  ces  deux  pratiques  accessoires  nous  échappe.  Quant 
à  l'oflice  en  lui-même,  le  grand  nombre  de  ses  parties 
prouve  bien  que  chaque  moine  ne  le  dit  pas  tout  entier. 
Quel  homme  fait  de  chair  et  d'os  pourrait  couper  son 
vjyJiTi[i.Ëprjv  en  vingt-quatre  ou  même  simplement  en  qua- 
torze fractions  égales  et  se  trouver  en  état  de  chanter 
ainsi,  à  intervalles  réguliers,  vingt-quatre  ou  même  sim- 
plement quatorze  heures  distinctes?  Donc,  chez  Alexandre, 
l'office  est  un  tout  obligatoire,  non  pour  l'individu,  mais 
pour  le  groupe  ethnique.  Chaque  groupe  ethnique  se 
divisant  en  deux  chœurs,  chacun  de  ces  deux  chœurs 
ne  dit  qu'une  moitié  de  l'office  complet.  Sous  le  régime 
■de  la  doxologie  perpétuelle,  alors  que  tout  chœur  four- 
nit quotidiennement  douze  heures  de  psalmodie,  le 
vjyOrl|j.£pov  est  sans  doute  partagé  en  quarts  et  les  deux 
chœurs  de  chaque  langue  se  relèvent  deux  fois  l'un 
l'autre  :  chacun  d'eux  reste  à  l'église  six  heures  de  suite, 
niais  six  heures  le  jour  et  six  autres  heures  la  nuit. 
Telles  sont,  du  moins,  les  conclusions  les  plus  vraisem- 
blables qui  paraissent  pouvoir  se  dégager  des  vagues  ren- 
seignements du  biographe5. 

Ce  n'est  pas,  on  le  voit,  auprès  d'Alexandre  que  notre 
office  liturgique  a  trouvé  l'organisation  définitive  des 
sept  heures  qui  le  composent  aujourd'hui.  «  Le  biographe 
d'Alexandre,  ai-je  lu  quelque  part,  lui  attribue  l'institu- 
tion des  sept  heures  canoniques.  »  Rien  n'est  moins 
vrai.  Le  biographe  dit  :  Septies  interdiu,  ac  noctu  sep- 
ties concipiens  preces0.  Il  ne  parle  point  de  sept  heures 
pour  le  cours  diurne  et  le  cours  nocturne  réunis,  mais 
hien  de  sept  heures  pour  celui-ci  et  de  sept  heures  pour 
celui-là,  ce  qui  fait  un  total  de  quatorze  et  ne  cadre 


1  Théodore  de  Pétra,  Vita  S.  Thcodosii,  dans  H.  Usener,  Der 
heilige  Theodosios,  Leipzig,  1890,  p.  45.  —  s  Cyrille  de  Scytho- 
polis,  Vita  S.  Sabbx,  dans  J.-B.  Cotelier,  Monumenta  Ecclesix 
yrœcx,  t.  m,  p.  247.  —  3Ps.  cxvm,  164.  —  'Matin.,  xvm,  12. 


point  du  tout  avec  le  cycle  septiforme  ordinaire.  A  plus 
forte  raison  ne  faut-il  pas  dire  que  l'apparition  de  la 
«  psalmodie  perpétuelle  contribua  à  fixer  les  heures  et 
offices  canoniques  ».  Pour'  établir  cette  psalmodie  per- 
pétuelle, l'archimandrite  ordonna  ceci:  Quatuor  et  vi- 
ginti  ■ministeriis  curswn  diei  ac  noctis  perficiemus  Dca 
hymnes  accincntcs1 .  C'est  dire  qu'il  fit  monter  le 
nombre  de  ses  heures  de  quatorze  à  vingt-quatre.  Or, 
quelle  que  soit  la  nature  de  ces  prières  que  le  traducteur 
latin  appelle  ministeria,  leur  nombre  est  certain  et  ce 
nombre  défend  de  penser  un  seul  instant  aux  sept  parties 
de  l'office  commun.  Et,  somme  toute,  s'il  est  au  monde 
une  institution  liturgique  qui  apparaisse  sur  ce  point 
comme  le  contre-pied  de  l'office  canonique  à  sept  parties, 
c'est  bien  la  doxologie  ininterrompue  exécutée  selon  les 
règles  d'Alexandre.  Chez  Alexandre,  l'organisation  de  la 
psalmodie  constitue  une  exception  criante.  C'est  en  des 
milieux  complètement  étrangers  à  ses  pratiques  insolites 
que  l'on  saisit  pour  la  première  fois  le  cycle  des  heures 
tel  à  peu  près  que  nous  le  possédons  encore.  La  preuve 
en  est  fournie  par  les  témoignages  du  fameux  Cassien, 
la  phrase  de  l'hagiographe  Callinique  et  les  autres  divers 
textes  qu'un  petit  travail  sur  Prime  et  compiles  m'a 
autrefois  donné  l'occasion  de  réunir8. 

Aux  antipodes  de  l'office  canonique  ordinaire  et  sans 
inlluence  d'aucune  sorte  sur  la  fixation  définitive  de  ses 
différentes  parties,  le  système  liturgique  d'Alexandre 
a-t-il  du  moins  exercé  quelque  action  sur  l'établissement 
du  latis  perennis  en  Occident'?  Reaucoup  d'auteurs  le 
supposent.  Le  laus  perennis,  un  le  sait,  lut  inauguré  à 
Saint-Maurice  d'Agaune  en  515  9.  Que  le  roi  burgonde 
Sigismond,  restaurateur  du  couvent,  et  les  pères  du  petit 
synode  tenu  alors  aient  emprunté  leur  idée  de  la  doxo- 
logie perpétuelle  à  l'Orient,  cela  se  peut.  Les  relations 
directes  n'étaient  sans  doute  pas  de  tous  les  jours  entre 
Agaune  et  Constantinople,  mais  rien  n'empêche  la  pos- 
sibilité de  rapports  indirects.  En  42G,  Alexandre  avait  de 
nombreux  latins  à  Saint-Ménas,  et  peut-être  ces  Jatins 
comptèrent-ils  encore  des  successeurs  pendant  quelcfue 
temps.  Dans  tous  les  cas,  les  higoumènes  qui  recueil- 
lirent la  houlette  d'Alexandre  envoyèrent  mainte  fois  de 
leurs  religieux  à  Rome.  En  laut-il  davantage  pour  que  la 
pratique  orientale  se  soit  trouvée  à  même  d'être  connue 
en  Occident?  Il  se  peut  aussi,  d'ailleurs,  que  Sigismond 
et  ses  évêques  aient  parfaitement  ignoré  l'œuvre  de  notre 
archimandrite. 

IV.  Monastère  des  acémètes.  —  Cette  œuvre  prospéra- 
t-elle  en  Syrie  après  le  départ  du  londateur?  Aucun  do- 
cument n'est  là  pour  nous  le  dire.  Force  nous  est  par 
suite  d'abandonner  au  mystérieux  silence  dont  ils  s'en- 
tourent et  le  monastère  de  l'Euphrate  établi  par  Alexandre 
en  personne  et  celui  de  Krîthénium  bâti  à  son  insu  par 
un  de  ses  disciples10. 

Du  côté  de  Constantinople,  nous  sommes  beaucoup 
mieux  renseignés.  Vers  430,  quand  Alexandre  mourut, 
ce  lut  un  certain  Jean  qui  devint  higoumène  à  sa  place. 
Jean  était  un  vieillard  très  sage  :  le  site  de  Gomon,  sau- 
vage et  lointain,  lui  parut  peu  fait  pour  un  monastère 
qui  entendait  exercer  quelque  influence  au  dehors.  Aussi. 
rencontrant  un  généreux  bienfaiteur,  s'empressa-t-il 
d'abandonner  les  bords  mal  famés  de  la  mer  Noire  et  de 
transplanter  sa  communauté  tout  entière  sur  la  rive  asia- 
tique du  moyen  Rosphore,  vis-à-vis  de  la  baie  de  Sosthène, 
en  un  point  que  les  Turcs  d'aujourd'hui  nomment  Tchi- 
boukli.  Ce  lieu  s'appelait  alors,  à  cause  sans  doute  de  sa 
tranquillité,  Eîpï)vaîo?.  En  s'y  fixant,  les  émigrés  de  Go- 
mon allaient  en  faire  un  des  centres  monastiques  les 
plus  célèbres  de  l'Orient,  mais  ils  allaient  aussi  lui  valoir, 

—  "Vita  S.  Alex.,  n.  26-30,  43,  p.  300,  307,  309.  —  *Ibid., 
n.  28,  p.  306.  —  '  Ibid.,  n.  30,  p.  307.  —  8  Revue  d'hist.  et  de  littér. 
relig.,  t.  m,  p.  281-288,  456-467.  —  8  Mansi,  Amplis,  conciliuriim 
coll.,  t.  vin,  col.  531-538.  —  '"  Vita  S.  Alex.,  n.  42,  p.  308  309. 


3i; 


AC1<:  M  ÊTES 


516 


et  cela  des  leur  arrivée,  une   dénomination  nouvelle1. 

C'était  une  chose  curieuse  et  frappante  que  la  pratique 
de  la  doxologie  ininterrompue  :  à  l'observer,  la  maison 
religieuse  qui  l'introduisait  la  première  en  un  lieu  devait 
nécessairement  apparaître  aux  yeux  du  peuple  comme 
une  réunion  d'hommes  sur  lesquels  le  sommeil  n'avait 
aucune  prise.  Telle  fut  l'impression  produite  à  Constan- 
tinople  par  les  disciples  d'Alexandre.  De  bonne  heure, 
pour  les  distinguer  des  autres  cénobites,  on  se  mit  à  les 
appeler  moines  àxoîjj.7]Tot  ou  von-dormanls,  et  ce  mot 
leur  fut  si  généralement  appliqué  qu'il  devint  bientôt 
leur  nom  propre  et  leur  titre  officiel.  Adjectif,  ày.ot(j./-,To; 
continua  d'être  en  usage,  surtout  au  sens  figuré,  dans  sa 
vieille  acception  étymologique.  Nom  commun,  àxoî|iï|Tov 
servit  à  désigner  les  veilleuses  ou  petites  lampes  d'église 
qui  ne  doivent  jamais  s'éteindre.  Mais,  comme  nom 
propre,  'Axo(u.i]Tai  fut  une  dénomination  strictement 
réservée  aux  fils  spirituels  de  l'archimandrite  Alexandre. 
Cette  dénomination,  l'higouméne  Jean  l'adopta  au  len- 
demain de  son  installation  sur  le  moyen  Bosphore,  et  le 
couvent  de  l'Irénaeon ,  le  mot  Irénaeon  tombant  dans 
l'oubli,  n'eut  jamais  plus  d'autre  nom  que  celui  de  Movï] 
tûv  'Axoi|i,f)T(<>v  ou  monastère  des  Acémètes'2. 

De  tous  les  acémètes,  le  plus  illustre  est  l'higouméne 
saint  Marcel,  premier  successeur  de  Jean.  Marcel  four- 
nit une  longue  carrière  et  vit  en  communion  avec  les 
plus  saints  personnages  de  son  temps,  à  la  tête  de  reli- 
gieux  désormais  acceptés  de  l'Eglise.  Par  sa  vertu  et  son 
influence,  il  prend  le  pas  sur  les  deux  premiers  direc- 
teurs de  son  institut.  Beaucoup,  depuis,  l'en  ont  regardé 
comme  le  père.  Si  le  nom  de  Jean  a  souffert  de  l'oubli 
au  point  de  se  transformer  en  Jacques  dans  un  synaxaire 
des  Menées,  29  décembre,  le  sien,  au  contraire,  s'est 
imposé  si  fort  à  la  mémoire  de  la  postérité  que  tel  auteur 
n'a  pas  craint  de  lui  attribuer  toute  l'œuvre  de  ses  devan- 
ciers3. C'est  que,  pour  dire  vrai,  la  meilleure  part  lui 
revient  de  cette  œuvre.  S'il  ne  l'a  point  conçue,  s'il  ne 
l'a  même  pas  inaugurée,  il  est  du  inoins  le  premier  qui 
lui  mette  au  front  l'auréole  d'une  sainteté  universelle- 
ment reconnue  et  qui  lui  vaille  de  paraître  pure  de  tout 
soupçon  d'hérésie  aux  yeux  jusque-là  mal  impressionnés 
de  l'Église.  Alexandre  était  mort  discuté;  Jean  n'avait  pas 
eu  de  temps;  Marcel,  lui,  ne  s'éteindra  qu'après  quarante 
ans  environ  d'higouménat.  Rien  d'étonnant  que  sa  vertu 
tire  parti  de  ces  longues  années  pour  faire  une  insti- 
tution pleinement  catholique  d'une  institution  à  demi 
messalienne  dans  son  origine. 

D'ailleurs,  en  rendant  acceptable  l'œuvre  d'Alexandre, 
Marcel  a  grand  soin  de  ne  pas  sacrifier  entièrement  son 
esprit.  Il  veut  en  premier  lieu  que  la  famille  acémé- 
tique  reste  une  famille  de  religieux  apôtres,  et,  s  il  ne 
conduit  pas  ses  moines  înissionner  au  loin,  il  leur  montre 
du  moins  par  son  exemple  comment  l'on  s'intéresse  uti- 
lement au  bien  de  l'Eglise  et  de  l'État.  Nous  constatons 
une  lois  qu'il  a  des  conférences  dogmatiques  avec  l'évéque 
de  Chalcédoine *.  Il  signe,  en  448,  la  condamnation  portée 
contre  l'hérésiarque  Eutychès  à  Constantinople5.  En  451, 
il  ligure  parmi  les  dix-huit  prêtres  archimandrites  de 
la  capitale  et  des  environs  qui  adressent  une  requête  à 
l'empereur  Marcien  et  qui  assistent  personnellement  à  la 
session  du  IVe  concile  où  lecture  est  donnée  de  ce  do- 
cument6. Dès  avant  l'assemblée  de  Chalcédoine,  son  zèle 
contre  l'hérésie  un  instant  triomphante  au  brigandage 
d'Éphèse  lui  vaut  les  éloges  les  plus  Batteurs  de  la  part 
du  fameux  Théodoret  deCyr7.  Tins  tard,  le  2  septembre 
465,  .Marcel  arrête  l'incendie  qui  dévore  Constantinople. 

1  Vita  S.  Alex.,  n.  01-53,  p.  310;  Vïta  S.  Mavcelli,  n.  0,  7, 
col.  712;  .T.  Pargoii'c,  Les  débuts  du  nwnacliisme  à  Constanti- 
nople, p.  73.  —  *  Vira  S.  Alex.,  n.  51,  53,  p.  310;  Vita 
S.  Marc,  n.  7,  col.  712.  —  ^  Nicéphore  ('.altiste,  Hist.  Ecct., 
XV,  23,  P.  G.,  t.  CXLVII,  col.  OS.  —  '  Vita  S.  Marc.  n.  27. 
col.  732.  —  'Mansi,  Ampl.coll.  concil.,  t.  vi,  col.  753.  —  «Mansi, 
op.  cit.,  t.  vu,  col.  81,  70.  —  7  Epist..  i:\i.i  et  cm. il,  dans  P.  G., 


Il  rend  un  plus  grand  service  à  l'empire  et  à  la  religion 
en  luttant  contre  la  puissante  famille  arienne  issue 
d'Ardabur  le  Goth,  consul  en  427,  lamille  représentée 
par.Aspar,  consul  en  434,  et  par  ses  trois  fils,  Ardabur 
le  jeune,  consul  en  437,  Patrice,  consul  en  459,  et  Hé- 
minéric,  consul  en  465  :  Ardabur  le  jeune  échoue  dans 
sa  tentative  à  main  armée  contre  le  monastère  des  Acé- 
mètes où  s'est  réfugié  l'un  de  ses  esclaves;  Patrice,  à  qui 
Léon  Ier  vient  d'octroyer  le  titre  de  César  et  de  pro- 
mettre sa  fille  Léontia  en  mariage,  voit  tout  le  peuple, 
guidé  par  Marcel,  protester  en  469  contre  sa  luturc 
ascension  au  pouvoir  suprême;  Aspar,  le  chef  de  la 
maison,  apprend  que  l'archimandrite  annonce  la  ruine 
prochaine  de  toute  sa  famille  et  il  ne  constate  que  trop, 
dès  471,  la  vérité  de  cette  prophétie8. 

Avec  l'esprit  d'apostolat,  saint  Marcel  fait  aussi  effort 
pour  conserver  autant  que  possible  parmi  les  siens  les 
autres  particularités  de  la  règle  d'Alexandre.  Ainsi,  la 
pauvreté  est  une  de  ses  vertus  favorites.  Héritier  du  frère 
cadet  auquel  il  a  tout  laissé  en  quittant  le  monde,  il 
distribue  ce  riche  patrimoine  au  dehors  de  son  couvent, 
refusanl  d'en  consacrer  la  moindre  partie  à  l'achat  d'un 
champ  que  ses  religieux  demandent.  Mais  les  choses  sur 
ce  point  ne  sont  plus  poussées  à  l'extrême  comme  au 
début.  Le  monastère  se  permet  les  provisions  néces- 
saires :  un  beau  malin,  le  cellérier  entre  dans  les  plus 
vives  inquiétudes  en  constatant  qu'il  ne  lui  reste  que 
pour  dix  jours  de  blé.  Il  semble  même,  par  l'exemple  de 
l'acémète  Pierre,  que  les  moines  peuvent  posséder  de 
l'argent  en  propre9.  Pour  ce  qui  est  de  la  prière  conti- 
nuelle, saint  Marcel  y  tient  de  toutes  ses  forces.  Il  a 
300  moines  sous  la  main  en  450,  nous  apprend  Calli- 
nique  l0.  Seulement,  ces  300  moines,  qu'ils  soient  ou  non 
divisés  encore  en  plusieurs  langues,  n'entretiennent  plus 
qu'une  doxologie  unique,  car  l'hagiographe  ne  nous  parle 
que  d'une  seule  église  pour  tout  le  couvent11.  D'ailleurs, 
si  elle  existe  encore,  la  distinction  en  langues  ne  tar- 
dera pas  à  disparaître,  et  les  Grecs,  restés  seuls,  se  par- 
tageront sans  doute  en  trois  chœurs.  En  ce  qui  regarde 
le  travail  des  mains,  nous  n'avons  aucun  renseignement 
précis;  mais  l'on  peut  croire  que  les  acémètes  ne  pro- 
fessent plus  à  son  égard  le  dédain  et  l'horreur  qui  leur 
ont  valu  naguère  les  vigoureux  blâmes  de  saint  Nil. 

Fidèle  à  sa  doxologie  ininterrompue,  le  monastère  des 
Acémètes  attire  les  curieux  de  partout.  Le  syrien  Serge, 
disciple  de  saint  Siméon  Stylite,  remonte  le  Bosphore 
pour  s'y  rendre  lorsqu'il  aperçoit  de  sa  barque  la  co- 
lonne de  saint  Daniel1-.  Soumis  à  une  règle  assagie  et 
dirigé  par  un  supérieur  illustre,  le  monastère  des  Acé- 
mètes se  trouve  assailli  de  demandes.  C'est,  d'une  part, 
le  flot  des  postulants  désireux  de  se  consacrer  à  Dieu 
dans  ses  murs.  Tel.  le  riche  Pharétrios,  un  noble  d'ori- 
gine romaine,  qui  apporte  avec  lui  de  quoi  refaire  l'église 
conventuelle,  multiplier  les  cellules  et  bâtir  les  con- 
structions générales  nécessaires  aux  visiteurs,  aux  pèle- 
rins, aux  malades13,  (Test,  d'autre  part,  le  Ilot  des  fon- 
dateurs désireux  d'avoir  quelques  acémètes  connue 
premiers  habitants,  ou  tout  au  moins  un  acémète  comme 
premier  supérieur  de  leurs  monastères.  Tel,  le  consul 
Studius,  autre  noble  d'origine  romaine,  qui  en  463,  dote 
Constantinople   d'un   couvent    réservé   a  de  très  fiantes 

destinées  '  '. 

Avec  ces  nombreux  essaimages,  la  règle  acémétique 

se  propage,  et  saint  Marcel  compte  bientôt  des  entants 
partout  l-\  Mais  l'autorité  qu'il  a  sur  eux  est  une  autorité 
toute  d'influence,  essentiellement  personnelle,  et  qui  ne 

t.  i.xxxiu.  col.  1305-1368.  —  8  Vita  S.  Marc.  a.  31-3',.  col.  737- 
744.  "  tbid.,  n.  11,  15,  23,  26,  30,  col.  716,  720,  728,  732,  737. 
—  'o  Ibid.,  p.  84.  —  "  Ibid.,  n.  12,  col.  716-717.  —  '«  Vita 
S.  Danielis  Stylite,  n.  14,  P.  ti..  t.  e.xvi,  col.  988.  —  «Vita 
s.  Marc.,  n.  12.  cl.  717.  —  '«Théophane,  Chronographia,  Mit. 
di  Boor,  t.  i,  p.  113.  —  >*Vita  s.  Alex.,  n.  51,  53,  p.  310; 
Vita  S.  Marc.  n.  13,  14,  col.  717-720. 


;n 


ACÉMÈTES 


018 


passera  point  à  ses  successeurs.  C'est  que  les  acémetes 
sont  un  couvent  et  non  pas  un  ordre.  Leur  higoumène 
n'a  rien  d'un  supérieur  général  de  qui  relèveraient  plu-' 
sieurs  maisons;  comme  tous  les  higoumènes  byzantins 
à  quelques  exceptions  près,  il  n'étend  sa  juridiction  que 
sur  un  monastère  unique.  D'ailleurs,  en  essaimant,  les 
disciples  de  saint  Marcel  perdent  jusqu'à  leur  titre,  et 
ceux-là  seuls  parmi  les  moines  byzantins  sont  appelés 
aceuiètes  qui  continuent  de  vivre  au  monastère  bâti  par 
l'higoumène  Jean  à  FIrénaeon.  Les  divers  centres  de  vie 
religieuse  ouverts  avec  le  concours  d'acémètes  em- 
pruntent leur  nom  au  personnage  qui  les  fonde  ou  les 
dote,  au  lieu  qui  les  voit  s'élever,  à  telle  ou  telle  autre 
circonstance  particulière,  mais  aucun  ne  se  fait  appeler 
|jlov»]  tûv  'A"/.oiu.r,-r<.>v.  Ces  trois  mots,  je  le  répète,  sont 
strictement  réservés,  et  rien  ne  trahit  plus  d'ignorance 
clés  traditions  monastiques  byzantines  que  de  les  com- 
parer à  nos  termes  français  chartreuse  ou  trappe,  de- 
venus des  noms  communs  applicables  et  appliqués  à  tous 
les  établissements  issus  de  la  Chartreuse  ou  de  la  Trappe. 
Rien  non  plus  ne  trahit  plus  de  désinvolture  vis-à-vis 
des  auteurs  anciens  qui,  eux,  ne  nous  parlent  jamais  de 
tel  ou  tel  monastère  d'acémètes,  mais  toujours  du  mo- 
nastère des  Acémetes,  entendant  par  là  uniquement  le 
couvent  du  vieil  Irénaeon1. 

Comme  couvent  peuplé  par  une  colonie  d'acémètes, 
nous  avons  déjà  mentionné  celui  du  consul  Studius,  le 
Stoudion.  En  connait-on  d'autres?  11  semblerait  que  oui, 
si  l'on  s'en  tenait  à  Bollandus,  Valois,  Bulteau,  Du  Cange, 
llélyot  et  à  la  multitude  d'auteurs  qui  ont  répété  et  ré- 
pètent encore  leurs  affirmations  sans  aller  aux  sources. 
En  fait,  cependant,  nous  ne  connaissons  que  le  Stou- 
dion, et  il  faut  beaucoup  de  routine  pour  y  ajouter  encore 
aujourd'hui  les  monastères  constantinopolitains  de  Dius 
et  de  Bassien.  C'est  Bollandus  qui  a,  le  premier,  pré- 
senté Saint-Dius  comme  un  monastère  d'acémètes2.  Ce 
fusant,  il  s'est  trompé,  et  la  cause  de  son  erreur  est 
évidente.  Elle  est  dans  ce  fait  que  les  deux  monastères 
des  Acémetes  et  de  Dius  combattirent  de  concert  dans 
l'affaire  du  patriarche  Acace  et  que  tel  épisode  impor- 
tant de  cette  lutte',  c'est-à-dire  la  remise  au  prélat  de 
la  sentence  d'excommunication,  est  porté  par  certains 
historiens  au  compte  des  religieux  acémetes,  et  par 
d'autres  au  compte  des  religieux  de  Dius.  Or,  cette  diver- 
gence des  historiens  ne  prouve  point,  comme  l'a  pensé 
Bollandus,  que  les  moines  de  Dius  étaient  des  acémetes; 
elle  prouve  tout  simplement  l'incertitude  qui  régnait  et 
qui  règne  encore  sur  les  véritables  auteurs  de  l'acte. 
La  preuve  en  est  dans  Nicéphore  Calliste.  Cet  écrivain, 
narrant  l'épisode  d'après  Évagre  et  ses  deux  sources 
contradictoires,  oppose  expressément  le  monastère  des 
Acémetes,  indiqué  par  Zacharie,  au  monastère  de  Dius, 
indiqué  par  Basile  de  Cilicie3.  Un  quart  de  siècle  après 
Bollandus,  Valois  a  écrit  ceci  dans  une  de  ses  notes  à 
Evagre  :  Duo  crant  monasteria  Constantinopoli  (/use 
'Axoi[j.T|-:u>v  vocabantur,  Bassiani  scilicet  acDh^.  Mal- 
heureusement pour  lui,  cette  aflirmation  ne  découle  point 
du  tout  de  la  phrase  qui  lui  sert  de  base,  phrase  latine 
où  Victor  de  Tunnunum  déclare  que  les  principaux  ad- 
versaires d'Acace  lurent  les  moines  monasteriorum 
Acœmetcnshnn,  Bassiani  at(/ite  Diir'.  Dans  cette  phrase, 
mal  ponctuée  par  tous  les  éditeurs, jusques  et  y  conquis 
Th.  Mommsen6,  et  lautivement  lue  :  monasteriorum 
acœmetensium  Bassiani  atque  DU,  il  ne  s'agit  pas  de 
deux  couvents  acémétiques  qui  seraient  ceux  de  Bassien 

1  .T.  Pargoire,  Un  mot  sur  les  acémetes,  clans  les  Eclios  d'Orient, 
t.  Il,  p.  304-308,  365-372.  —  -  Acta  sanctorum,  îeb.  t.  n, 
p.  160.  —  *Ri8t.EccL,  1.  XVI.  c.  xv  et  xvn,  P.  G.,  t.  cxi.vn, 
■col.  145, 152.  —  *  P.  G.,  t.  LXXXVI,  col.  2637.  —  »  P.  h.,  t.  lxviii, 
col.  947.  —  "  Monumenta  Germanise  historica  :J..  xi,  AuctorUm 
antiquissimorum ,  p.  191.  —  '  Glossarium  médise  et  infimx 
latinitatis,  au  mot  Acœmeti.  —  * Chronographia,  édit.  de  Boor, 
t.  i,   p.  141.   —  9  Acta  sanct.,  januarii  t.  n,  p.  311-320.  — 


et  de  Dius,  mais  bien  de  trois  couvents  qui  sont  ceux 
des  Acémetes,  de  Bassien  et  de  Dius.  En  ellet,  chez  les 
auteurs  latins  de  celte  époque,  l'adjectif  acœmetensis 
ne  signifie  point  acémétique;  il  traduit  simplement 
à-/.oi(j.T|Toç,  comme  le  montrent  les  nombreux  textes  réu- 
nis par  Du  Cange  7.  Une  autre  preuve  contre  la  manière 
de  voir  de  Bollandus,  Valois  et  consorts,  c'est  le  passage 
où  Théophane  aligne  à  la  lile  les  quatre  monastères  par- 
faitement distincts  qu'il  nomme  ty|v  At'ou  u.ovr,v  y.oùBau- 
criavoO  y.où  tôjv  'Ahoijaiqtiov  y.ai  Mocrpiovï];8. 

Ignorant  quelles  furent,  en  dehors  du  seul  Stoudion, 
les  maisons  religieuses  issues  du  monastère  des  Acé- 
metes, nous  ne  pouvons  savoir  si  ces  maisons  conser- 
vèrent longtemps  la  discipline  acémétique.  Cette  disci- 
pline, on  l'a  vu,  n'avait  guère,  dès  saint  Marcel,  plus 
rien  de  spécial  que  la  doxologie  perpétuelle.  Or,  la  doxo- 
logie  perpétuelle  ne  parait  pas  avoir  beaucoup  prospéré 
dans  le  monachisme  oriental,  et  c'est  en  vain  qu'on  en 
chercherait  des  traces  à  travers  la  littérature  byzantine. 
Le  Stoudion  lui-même  dut  se  départir  assez  vite  de  cette 
pratique.  Du  moins,  saint  Théodore  Studite  n'en  parle- 
t-il  jamais  expressément.  On  a,  il  est  vrai,  prétendu  le 
contraire,  mais  les  deux  ou  trois  phrases  de  ses  caté- 
chèses relatives  à  la  prière  incessante  sont  loin  de  né- 
cessiter, pour  être  comprises,  l'usage  de  la  doxologie 
ininterrompue.  Ajoutons  ici,  puisqu'il  s'agit  de  législation 
monastique,  que  les  acémetes,  comme  tous  leurs  con- 
frères de  Constantinople  et  des  environs,  n'ont  jamais 
eu  d'autre  règle  que  leur  typikon  particulier.  Leur  faire 
suivre  la  règle  de  saint  Basile  est  une  assertion  d'un 
autre  âge.  Les  moines  byzantins  se  sont  toujours  uni- 
quement réglés  pour  le  fond  de  leur  vie  sur  un  ensemble 
de  traditions  non  écrites,  et  pour  le  détail  sur  un  typikon 
variable  de  monastère  à  monastère.  Quant  à  une  règle 
au  sens  où  nous  l'entendons  en  Occident,  quel  que  soit 
le  recours  fait  par  un  saint  Platon  aux  prescriptions  de 
saint  Basile,  ils  n'en  ont  jamais  suivi  aucune. 

V.  Histoire  des  acémetes.  —  Dans  l'histoire  des  acé- 
metes, le  premier  nom  qui  se  présente  après  saint  Mar- 
cel est  celui  de  saint  Jean  Calybite,  ce  prototype  de 
saint  Alexis  de  Borne.  Le  Calybite  porta,  dit-on,  les  livrées 
monastiques  à  l'Irénaeon  vers  440.  Malheureusement,  sa 
vie,  qu'elle  soit  développée  en  deux  biographies  byzan- 
tines9, ou  résumée  en  des  élucubrations  plus  récentes10, 
apparaît  de  toutes  parts  comme  un  grossier  tissu  d'invrai- 
semblances, et  l'on  peut  dire,  avec  Tillemont11,  «  qu'une 
histoire  qui  aurait  besoin  d'estre  iort  autorisée  ne  l'est 
point  du  tout.  »  Saint  Jean  a  sa  fête  chez  les  grecs  au  15  jan- 
vier. Un  acémète  moins  légendaire  et  sûrement  contem- 
porain de  saint  Marcel,  c'est  le  moine  Julien.  Econome 
du  monastère,  d'après  une  version 12,  skevophylax  et 
khrysophylax,  d'après  une  autre13,  il  monta  sur  le  siège 
d'Ephèse  dans  la  seconde  moitié  du  Ve  siècle14-.  Son  nom 
a  échappé  aux  auteurs  de  catalogues  épiscopaux,  à  Le 
Quien  ,3,commeà  MurAnthime  Alexoudis  16.  Vers  la  même 
époque,  l'acémète  ou  ex-acémète  Pierre  le  Foulon  mon- 
tait encore  plus  haut,  s'asseyant  par  trois  lois,  en  471, 
477  et  484,  sur  le  trône  usurpé  d'Antioche.  Pierre, 
d'abord  moine  à  l'Irénaeon,  en  avait  été  chassé  à  raison 
de  ses  opinions  hérétiques.  Il  y  revint  demander  un 
asile  au  lendemain  de  l'exil  qui  suivit  sa  première  intru- 
sion et  réussit,  tant  son  hypocrisie  était  grande,  à  se 
(aire  accepter.  C'est  de  là  qu'il  partit  en  476  pour  aller 
agiter  une  seconde  lois  le  patriarcat  syrien17. 

Durant  la  dernière  moitié  du  Ve  siècle,   malgré  cette 

10  K.  Doukakis,  Ml^a;  Sav«;«{«mi5,  tome  de  janvier,  p.  244-253.  — 
"  Op.  cit.,  t.  xvi,  p.  57.  —  "  Vita  S.  Marc,  n.  15,  18,  col.  720, 
721.  —  «  Agapios  Landos,  op.  cit.,  p.  130,  131.  —  "Ibid.,  p.  130. 
—  lb  Oriens  christianus,  t.  i,  col.  680-681.  —  ,0  NtoXôro;  du 
14  mars  1890,  n.  6190.  —  "Théodore,  Historia,  i,  P.  G.,  t.  i.xxxvi, 
col.  176,  180;  Alexandre,  Laudatio  in  apostolum  Barnabam, 
P.  G.,  t.  lxxxvii,  col.  4099;  Théophane,  Chronographia,  édit. 
de  Boor,  t.  i,  p.  121. 


319 


ACÉMÈTES 


320 


ombre,  le  monastère  des  Acémètcs  apparaît  clans  son 
ensemble  comme  le  meilleur  foyer  de  l'orthodoxie  à 
Constantinople.  On  a  vu  les  ellbrts  de  saint  Marcel  contre 
Eulychès.  Quand  éclate  le  schisme  acacien,  le  beau  rôle 
est  à  l'archimandrite  Cyrille,  son  successeur  peut-être 
immédiat.  A  partir  de  483,  les  lettres  ou  les  messagers 
de  Cyrille,  tel  l'acémète  Syméon,  ne  cessent  d'informer 
le  pontile  romain  de  tout  ce  qui  regarde  la  foi,  lui  disant 
tour  à  tour  le  passage  d'Acace  à  l'hérésie,  la  nécessité 
d'une  prompte  répression  de  la  part  de  Rome,  la  préva- 
rication des  légats  latins,  Miséne  et  Vital,  la  présence  du 
nom  de  Pierre  Monge  dans  les  diptyques.  C'est  pourtant 
à  un  moine  de  Dius,  bien  que  certains  auteurs  moins 
sûrs  mettent  encore  ici  les  acémètes  en  avant,  que 
revient  la  gloire  d'avoir  attaché  au  manteau  d'Acace  la 
sentence  d'excommunication  fulminée  contre  lui.  C'est 
de  même  au  couvent  de  Dius  qu'alla  se  réfugier,  avant 
de  trahir  sa  mission  de  légat,  le  defensor  romain 
Tutus  ' . 

A  lutter  pour  la  foi  de  Chalcédoine,  les  acémètes  s'at- 
tirèrent la  haine  implacable  des  monophysites.  Un  de 
ces  derniers,  historien  anonyme,  affirme  qu'ils  étaient 
un  millier  en  511,  tous  plus  ignobles  et  plus  hypocrites 
les  uns  que  les  autres.  Ils  se  plongeaient,  d'après  lui, 
dans  les  plaisirs  du  bain  et  les  jouissances  de  la  chair, 
tout  en  affectant  à  l'extérieur  les  apparences  de  la  mo- 
destie et  de  la  pureté,  vrais  sépulcres  blanchis  remplis 
de  pourriture  à  l'intérieur  -.  Après  ce  premier  compli- 
ment, l'aimable  hérétique  présente  nos  moines  comme 
de  fieffés  nestoriens  :  il  nous  les  montre  passionnés  pour 
l'étude  des  livres  dus  à  Diodore  de  Tarse,  à  Théodore  de 
Mopsueste  ou  à  leur  école,  et  célébrant  chaque  année 
dans  leur  monastère  ainsi  que  dans  les  autres  établisse- 
ments de  leur  parti  la  fête  de  Nestorius3.  Ici,  au  lieu  de 
calomnier,  l'historien  ne  fait  peut-être  que  médire,  car  il 
mt  bien  certain  que  les  acémètes,  à  force  de  combattre 
l'unité  de  nature,  finirent  par  soutenir  la  dualité  de  per- 
sonnes. En  518,  leur  supérieur,  l'archimandrite  diacre 
Evéthios,  signait  la  fameuse  requête  au  pape  Hormisdas 
contrel'eutychianisme4  ;  mais  c'est  de  leur  neslorianisme 
i  eux  que  l'Église  s  inquiétait  quelques  annt;:;  i  peine 
plus  tard.  Comme  ils  s'obstinaient  dans  l'erreur,  comme 
leurs  envoyés  à  Rome,  Cyrus  et  Eulogius,  fatiguaient  le 
pape  d'instances  et  d'intrigues  3,  Justinien  écrivit  per- 
sonnellement à  Jean  II  pour  lui  exposer  leur  doctrine  6. 
A  sa  lettre,  datée  de  juin  533  et  portée  à  destination  par 
les  deux  évèques  Ilypace  d'Ephèse  et  Démétrius  de  Phi- 
lippes,  le  pontile  romain  répondit  le  25  mars  534  en 
frappant  les  acémètes  d'excommunication.  Non  content 
de  notifier  cette  sentence  à  l'empereur1,  Jean  II  eut  soin 
de  la  communiquer  aussi  à  quelques-uns  des  plus  il- 
lustres personnages  de  Constantinople  :  Acœmetas  vero, 
leur  y  disait-il,  qui  se  monachos  dicttnt,  qui  nestorvani 
évidente?  apparmerunt,  Romana  etiam  eos  damnât 
Ecclesia,  et  il  leur  interdisait  toute  relation  avec  eux8. 
Devant  une  si  vigoureuse  répression,  le  monastère  des 
acémètes  finit  par  rentrer  dans  le  devoir.  Nous  trouvons 
son  higoumène,  l'archimandrite  prêtre  Jean,  parmi  les 
signataires  du  synode  tenu  sous  le  patriarche  Menas  en 
536». 

La  grande  part  qu'ils  prenaient,  soit  dans  un  sens,  soit 
dans  l'antre,  aux  querelles  dogmatiques  de  leur  temps 

'  Évagre,  Hist.  Eccl.,  ni,  18-21,  P.  G.,  t.  i.xxxvi,  col.  2633- 
2041;  Théophane,  op.  cit.,  t.  i,  p.  132;  Victor  de  Tunnnmim, 
Chranicon,  P.  L.,  t.  lxviii,  col.  947;  Libérât,  Breviarium,  18. 
ibid.,  col.  1028.  —  s  K.  Ahrens  et  G.  Kriiger,  Die  sogenannte 
Kirchevrjeschichte  des  Zacharias  Rhetor,  Leipzig,  1899,  p.  120. 

—  3  Ibid.  —  *  Mansi,  op.  cit.,  t.  vin,  col.  1054.  —  'Libérât, 
op.  cit.,  20,  col.  1036.  —  6  Mansi,  op.  cit.,  t.  vm,  col.  795-797. 

—  '  Mansi,  op.  cit.,  t.  vm,  col.  797-799.  —  «Mansi,  op.  cit.. 
t.  vm,  col.  803-806.  —  "Mansi,  op.  cit.,  t.  vm,  col.  1014.  — 
** Synodicon  advenus  trageediam  Irensei,  P.  G.,  t.  i.xxxiv, 
cul.  587.  —  "  Mansi,  op.  cit.,  t.  VI,  col.  561  ;  t.  vu,  col.  183,  193, 


forçait  les  aeémèles  à  s'entourer  de  livres.  Au  milieu  du 
Ve  siècle,  leur  bibliothèque  possédait,  pour  le  plus  grand 
profit  du  comte  Irénée,  depuis  évéque  de  Tyr,  les  deux 
mille  lettres  de  saint  Isidore  de  Péluse  10.  Au  milieu  du 
vi°  siècle,  elle  possédait,  pour  la  plus  grande  joie  du 
diacre  Rusticus,  neveu  du  pape  Vigile,  un  texte  excellent 
des  actes  du  IVe  concile  général  '.'.  Cette  bibliothèque,  il 
est  vrai,  n'empêcha  pas  les  acémètes  de  perdre  rapide- 
ment toute  influence.  Après  Justinien,  l'histoire  ne  parle 
presque  plus  d'eux.  Etait  un  des  leurs,  dit  pourtant  Évagre, 
le  moine  Jean  qui  succéda  au  patriarche  Macaire  sur  le 
siège  de  Jérusalem  vers  574  12.  Avait  gouverné  leur  mai- 
son avant  l'occupation  latine,  déclarent  de  leur  côté  di- 
vers catalogues  patriarcaux,  l'higoumène  Maxime  que 
les  femmes  de  la  cour  firent  nommer  pasteur  de  Con- 
stantinople à  Nicée,  le  3  juin  1215  ls.  Entre  deux,  les  sous- 
criptions du  VIP  concile  nous  attestent  la  présence  de 
leur  higoumène  Joseph  aux  assises  de  Nicée  en  787  u,  et 
le  De  ceremoniis  de  Constantin  Porphyrogénète  inscrit 
leur  église  dans  une  ou  deux  listes  au  X"  siècle  '  >.  Etc'est 
tout,  à  ma  connaissance. 

Les  moines  acimètes  dont  parle  Murait  en  1094 l6, 
doivent  leur  mythique  existence  aux  trois  mots  extra 
civitatem  Acoumiorum  par  lesquels  Du  Cange  "  a 
malencontreusement  traduit  le  grec  ë|«o  tt,ç  TtcD-eu;  à<j- 
-xo'j[jivb>v  ,8.  A  rayer  aussi  Denys,  higoumène  des  acé- 
mètes, dont  V  'EUïjvtxô;  «MoXoy'.xô;  SOXXoyoç  19  a  cru 
devoir  publier  l'épitaphe  :  cette  pierre  tombale,  encore 
existante  et  visible  à  Stamboul,  est  celle  d'un  Denys  non 
higoumène  et  non  acéinétc. 

Maintenant,  si  les  acémètes  n'encombrent  plus  l'his- 
toire après  le  VIe  siècle,  ce  n'est  pas,  comme  on  l'a  pré- 
1endu  bien  à  tort,  que  leur  nom  se  soit  effacé  et  ait  dis- 
paru devant  celui  de  studites,  ni  surtout  qu'il  ait  fini 
par  se  confondre  avec  lui.  Jamais  les  Byzantins  n'ont 
pris  ces  deux  noms  l'un  pour  l'autre  ;  jamais  le  mot  ace- 
mète  ne  s'est  appliqué  aux  moines  du  couvent  fondé  en 
ville  par  Studius,  ni  le  mot  studite  aux  moines  du  cou- 
vent bâti  sur  le  Bosphore  par  Jean.  Et  il  esi  parfaitement 
erroné  d'écrire  en  visant  l'époque  postérieure  au  second 
concile  de  Nicée  :  «  L'influence  des  acémètes  continue  à 
grandir  encore  au  milieu  des  luttes  pour  la  défense  des 
images.  »  A  ce  moment  et  depuis  déjà  plusieurs  siècles, 
l'influence  des  acémètes  est  nulle. 

Avant  de  s'éteindre,  les  habitants  du  vieil  Irénaeon 
paraissent  avoir  abandonné  le  sol  bithyniën  et  s'être 
enfermés  dans  l'intérieur  de  Constantinople.  En  trail 
vénéto-byzantin  de  mars  1148,  renouvelé  en  février  1187, 
nous  les  montre  propriétaires  dans  la  capitale,,  traité 
qui  parle  des  iura  monasterii  Akymitero,  puis  de- 
mansiones  monasterii  Akymitero,  puis  des  jura  mona- 
sterii Akimiton20.  D'autre  part,  Antoine  de  Novgorod 
venu  en  pèlerinage  vers  l'an  1200.  écrit  ceci  :  «  Il  y  a  a 
Constantinople  le  couvent  des  vigilants;  pendant  tonte  la 
semaine, do  soir  au  matin,  ils  sont  invariablement  dan- 
l'église  pour  prier  Dieu  et  font  cela  toujours;  ils  n'ont 
pas  de  prêtres  séculiers  chez  eux.  mais  de  vieux  moines 
xersés  dans  les  luis  du  Seigneur21.  »  Or,  ces  {\i:u\  textes 
ne  sauraient  s'appliquer  aux  studites,  comme  C.  Curtis 
ei  S.  d'Aristarchi  lent  pensé  pour  le  premier22,  cl  A 
Paspatèspour  lesecond*3.  En  eflet,  le  irait»''  du  xir  siècle 
nous   lient   dans  un  quartier  de  Constantinople  tout  a 


203,  357,  473,  497,  079.  —  "'Hist.  Eccl..  v.  16,  P.  G.,  t.  UXXYI, 
col.  2825.  —  "Banduri,  Imperium  orientale,  édit.  Venise.  1729, 
t.  I,  part.  3,  p.  170,  177,  182.  —  '*  Mansi,  0]9.  cit.,  t.  xm.  col.  151. 

—  15P.  G.,  t.  exil,  col.  1440,  1444.  —  •'  Essai  de  chrotivgra- 
phie   byzantine.   1057-1453,   p.   71.    —   "Notes   à   t'Aie. i 
Paris,  p.  348.  —  '"  Montlaucon,  Bibliotheca  Coisliniana,  p.  114; 
Pitra,  Spicilegiuni  solesmense,  t.  IV,  p.  166.  —  lsT.  XV,  p.  72 

—  î0  Zacharia?  von  Lingenthal,  Jus  grseco-romanum,  t.  1 1 1 . 
p.  527-528.  —  "  B.  de  Khitrovo,  Itinéraires  russes  en  Orient. 
t.  i,  p.  97.  —  "'eu.  *a<>x.  EûXX.,  supplément  archéotog 

du  t.  XVI,  p.  37.  —  «  n<,,x0ir,  r-roi  to3.  1881,  p.  356,  859. 


321 


ACE M ÊTES 


AGIIAIE 


322 


fait  opposé  au  quartier  du  Stoudion  '.  De  même,  la 
relation  du  voyageur  russe,  comme  on  le  voit  par  la 
seconde  mention  qu'il  fait  des  vigilants  -.  De  plus,  c'est 
ailleurs  et  à  un  autre  endroit  de  son  récit  que  ce  voya- 
geur nous  conduit  «  dans  le  couvent  de  Studios,  chez 
saint  Théodore3  ».  Puis,  les  studites  ne  se  sont  jamais 
appelés  acémètes.  Il  faut  donc  conclure,  semble-t-il,  à 
un  déplacement  tardil  qui  transporta  les  acémètes  de  la 
banlieue  dans  la  cité,  et  c'est  là,  au  ilanc  de  la  troisième 
ou  de  la  quatrième  colline,  du  côté  de  la  Corne-d'Or, 
que  tint  la  houlette  higouménale  le  Maxime  signalé  plus 
haut. 

VI.  Birliographie.  —  Vila  sancti  Alexandri,  tra- 
duction latine  dans  les  Acta  sanctorum  éd.  Palmé, 
jan.  t.  h,  p.  302-311  ;  Vila  sancli  Marcelli,  texte  grec 
dans  Migne,  P.  G.,  t.  cxvi,  col.  705-74G,  paraphrase  en 
grec  moderne  faite  sur  un  texte  meilleur  par  Agapios 
Landos,  'ExXôyiov,  p.  12i-139,  et  reproduite  par  K.  Dou- 
kakis,  Ms-fa;  (TuvaÇapcarr,;,  volume  de  décembre,  Athènes. 
1896,  p.  6T1-626  ;  Lenain  de  Tillemont,  Mémoires  pour 
servira  l'histoire  ecclésiastique  des  six  premiers  siècles, 
t.  xii,  Paris,  1707,  p.  490498,  682  pour  Alexandre,  el 
t.  XVI,  Paris,  1712,  p.  51-58  pour  saint  Marcel;  J.  Par- 
goire,  Les  débuts  du  monachixme  ù  Constantinople, 
extrait  de  la  Bévue  des  questions  historiques  de  jan- 
vier 1899,  p.  69-79  du  tirage  à  part;  Un  mot  sur  les 
acémètes,  dans  les  Echos  d'Orient,  t.  il,  p.  304-308. 
365-372.  J.  Pargoire. 

ACÉPHALES.  Voir  Autocépiiale. 

ACERRA,  ACEMA.  Voir  Navette. 

ACHAIE.  —  I.  État  politique  et  religieux.  II.  Intro- 
duction du  christianisme.  1.  Athènes,  2.  Corinthe, 
3.  Thessalonique.  III.  Récits  légendaires.  IV.  Le  IIIe  siè- 
cle et  les  persécutions.  V.  L'arianisme  et  le  ive  siècle. 
VI.  Temples  païens  et  églises  chrétiennes.  VII.  Dernière 
période.  VIII.  Épigraphie. 

I.  État  politique  et  religieux.  —  Au  premier  siècle 
de  notre  ère  tout  concourait  à  écarter  définitivemenl 
la  Grèce  du  rôle  politique  qu'elle  avait  longtemps  joué. 
Les  légions  romaines  n'étaient  pas  aussi  aisées  à  repous- 
ser que  l'armée  du  «  grand  roi  »;  désormais  la  lutte 
était  sans  but  puisqu'elle  était  sans  espoir  et  que  l'hon- 
neur était  saut.  L'organisation  définitive  de  la  province 
d'Achaïe  terminait  l'histoire  politique  de  la  Grèce;  i! 
ne  devait  être  question  désormais,  et  pour  longtemps, 
que  de  ses  destinées. 

Dès  l'an  15  de  notre  ère  nous  voyons  se  produire  dans 
l'Achaïe  ce  que  nous  reverrons  presque  partout.  Les  deux 
provinces  de  Corinthe  et  de  Thessalonique  turent  sous- 
traites au  Sénat  et  remises  au  gouvernement  de  César  '>. 
ce  qui  dut  amener  une  diminution  des  impôts.  Le  rè- 
gne de  Tibère  lut  bienfaisant  à  l'Achaïe.  grâce  à  la  longue 
administration  du  consulaire  (Gains)  Poppreus  Sabinus 
(15-35) :i.  L'Achaïe  ne  subissait  que  les  charges  mitigées 
de  l'occupation  romaine.  Le  grand  effort  de  romanisa- 
tion  s'exerçait  alors  dans  l'Ibérie,  la  Gaule,  la  Bretagne 
et  le  territoire  qui  fermait,  par  les  Alpes,  les  Balkans  el 
le  cours  du  Danube,  la  trouée  menaçante  qui  apparais- 
sait déjà  comme  le  front  de  bandière  immense  où  l'em- 
pire jouerait  sa  fortune  future.  L'Achaïe  gravitait  timide- 
ment autour  de  Rome,  son  éloignement  de  toute  frontière 
et  la  grande  répugnance  de  sa  population  pour  la  guerre 
dispensaient  d'y  laisser  des  légions  en  garnison,  il  ne  de- 
vait s'y  trouver  que  des  détachements  sans  importance, 

'A.  Mordtmann,  Esquisse  topographique  de  Constantinople. 
Lille,  1892,  p.  46.  —  "-  Op.  cit.,  p.  1U7.  —  *  Op.  cit.,  p.  100.  — 
*  Tacite.  Ann.,  I,  76.  —  5/Wd.,  I,  80.  —  «  Hist.,  I,  23.  Cf.  G. 
Sievers,  Zur  Geschichte  des  Nero  und  des  Galba,  in-4%  Ham- 
bui'g,  1800,  p.  34.  note  1.  Pour  tout  ce  qui  a  trait  à  la  présente 
ttissertation,  voyez  G.  F.  Hertzberg,  Histoire  de  la  Grèce  sous 

BICT.   D'ARCH.    CIIRÉT. 


tandis  que  l'on  massait  des  troupes  considérables  en 
Macédoine  afin  de  contenir  les  tribus  thraces  du  nord- 
est  jusqu'à  l'époque  où  une  province  de  Thrace  fut  or- 
ganisée. Tacite  nous  apprend  que  les  Hottes  romaines  de 
la  Méditerranée  venaient  constamment  faire  leurs  croi- 
sières dans  les  eaux  de  l'Achaïe  6.  Une  circonstance  se- 
condaire engagea  les  pays  de  la  Grèce  d'Europe  dans 
une  direction  fâcheuse.  La  famille  des  Jules  possédait 
des  propriétés  privées  considérables  dans  l'Achaïe.  Au- 
guste avait  acquis  par  héritage 7  la  Chersonèse  de 
Thrace  sur  l'Hellespont,  et  ces  domaines  étendus,  rap- 
prochés, transmis  île  la  dynastie  des  Jules  à  celle  des 
Flaviens,  puis  à  celle  des  Antonins  8,  peut-être  à  celle 
des  Sévères9,  nous  aident  à  comprendre  comment  les 
peuples  rendirent  à  leurs  maîtres,  qui  étaient  en  même 
temps  leurs  propriétaires,  l'hommage  d'un  culte  publie. 
L'Achaïe  sut  toutefois  garder  une  mesure  dans  la  flatterie, 
c'est  ainsi  que  le  «  néocorat  »  qui  envahit  l'Asie  Mineure 
et  la  Macédoine  ne  put  s'acclimater  dans  l'Achaïe,  peut- 
être  même  n'y  pénétra-t-il  jamais.  On  se  l'ait  à  peine  idée 
de  la  déviation  intellectuelle  que  le  paganisme  avait 
imprimée  aux  hommes  de  ce  temps.  Tacite  raconte  que 
Tibère  renvoya  au  Sénat  le  jugement  d'un  abus  lré- 
quent  alors  dans  les  villes  grecques,  où  les  asiles  se 
multipliaient  sans  mesure  10.  Les  députés  des  villes  furent 
envoyés  plaider,  titres  en  mains,  en  faveur  de  leurs  pré- 
rogatives. «  Les  Éphésiens  eurent  audience  les  premiers. 
Ils  représentèrent  que  Diane  et  Apollon  n'étaient  point 
nés  à  Délos,  comme  le  pensait  le  vulgaire;  qu'on  voyait 
chez  eux  le  Ileuve  Cenchrius  et  le  bois  d'Ortygie,  où 
Latone,  au  ternie  de  sa  grossesse,  et  appuyée  contre 
un  olivier  qui  subsistait  encore,  avait  donné  le  jour  à  ces 
deux  divinités;  que  ce  bois  avait  été  consacré  par  un 
ordre  du  ciel;  qu'Apollon  lui-même,  après  le  meurtre 
des  Cyclopes,  y  avait  trouvé  un  asile  contre  la  colère 
de  Jupiter;'que  Bacchus  victorieux  avait  épargné  celles 
des  Amazones  qui  s'étaient  réfugiées  au  pied  de  l'autel; 
que  dans  la  suite  Hercule,  maître  de  la  Lydie,  avait 
accru  les  privilèges  du  temple,  privilèges  restés  sans 
atteinte  sous  la  domination  des  Perses,  respectés  par  les 
Macédoniens  et  maintenus  par  les  Romains  ",  »  Le  culte 
des  Augustes  vivants  ou  morts  eut  assurément  ses 
temples  et  ses  prêtres  en  grand  nombre,  principalement 
à  Argos,  Athènes,  Sparte,  dans  les  îles  de  Lesbos,  surtout 
lors  de  la  recrudescence  du  paganisme  sous  Hadrien  et 
les  Antonins.  Quelquefois  cependant  un  scepticisme 
accommodant  ou  une  indigence  criarde  conduisit  à  iden- 
tifier Augustes  et  Augusta  avec  des  divinités  plus  an- 
ciennes; ce  fut  particulièrement  Déméter  qu'on  sacrifia 
aux  impératrices-déesses.  Comme  le  sentiment  religieux 
ne  s'y  trompait  plus,  on  envisagea  surtout  le  nouveau 
culte  au  point  de  vue  artistique  et  économique;  il  fut 
exprimé  à  l'aide  de  statues  et  de  jeux  solennels  consacrés 
à  tel  ou  tel  prince.  Et  comme  si  la  Grèce  antique  devait 
périr  tout  entière  et  presque  en  un  seul  coup,  ces  jeux 
lurent  souvent  associés  aux  fêtes  vénérées  des  vieilles 
divinités.  Les  Ccsareia  furent  célébrés  avec  les  jeux  en 
l'honneur  d'Apollon  Ploïque,  ou  bien  avec  les  Erotidia 
de  Tbespies  ou  encore  avec  la  fête  des  Muses.  Le  Culte 
de  Rome  et  d'Auguste  eut  des  jeux  annuels  (Honiiea 
Sebasta  ou  simplement  Sebasta)  tantôt  séparés,  tantôt 
célébrés  avec  les  fêtes  anciennes;  nous  les  voyqns  célé- 
brera Athènes,  à  Tbespies,  à  Delphes,  à  Argos,  à  Epi  - 
danre,  en  Macédoine",  dans  la  colonie  grecque  de  Naples 
et  ailleurs.  Livie  devint  .lulia  Dca  à  Athènes  et  à  Mégare! 
Julia  liera  en  Thessalie,  Julia  Hestia,  Déméter.  Tibère 
tut  adoré  à  Cypre,  le  jeune  Drusus  à  Athènes. 

la  domination  des  Romains,  tract.  A.  Bouché-Leclerq,  in-8\  P.i- 
ris,  1886-1890,  t.  il  et  ni.  —'Dion,  LIV,  xxix.  —  «Muratori, 
Npv.  thés,  vet.inscriptioiiiini.  in-fol.,  Mediolani,1739, p.  nccxvn, 
n.  5.  Ct.  Becker-Marquardt,  Uômiscli.  Handbuch,  t.  ni,  in-8", 
Leipzig,  1851.  p.  198.  note  1083.  —  ■'Dion.  I.XXV.  vil.  Cf.  Spaf- 
tien, Severus,  4.  —  '"Tacite./lniiac'.,  m,  60.  6t.  —  "  Ibid.'.u,  61. 


I. 


11 


323 


ACIIA'ÏE 


32i 


Le  règne  de  Tibère  (■[-  37)  paraît  avoir  laissé  aux  Grecs 
un  bon  souvenir,  que  le  règne  de  Caligula  contribua  à 
rendre  meilleur;  cependant  le  synode  dos  «  Panhel- 
lènes  »  résolut  de  célébrer  en  l'honneur  de  la  guérison 
de  Caius  Caligula  des  fêtes  et  des  sacrifices  extraordi- 
naires; en  outre,  il  décida  l'érection  en  son  honneur 
d'une  quantité  considérable  de  statues.  Caius,  dès  que 
commença  sa  folie,  se  tourna  vers  la  Grèce  dont  l'an-, 
tique  grandeur  le  provoquait;  il  songea  à  restaurer  l'As- 
typalée  de  Samos,  à  achever  le  temple  d'Apollon  Didy- 
méen  à  Milct,  enfin  à  faire  percer  l'isthme  de  Corinthe. 
Le  développement  soudain  que  prit  alors  le  culte  impé- 
rial scandalisa  les  Hellènes  eux-mêmes,  malgré  leur 
servilité  éprouvée.  Les  Milésiens  eurent  ordre  de  lui 
«lever  un  temple  et  on  choisit  dans  les  familles  les  plus 
notables  de  l'Achaïe  et  de  ITonie  de  jeunes  garçons  des- 
tinés à  chanter  des  hymnes  en  l'honneur  du  dieu  Caius 
dans  son  temple  du  Palatin  et  au  théâtre.  Ces  jeunes 
gens  furent  renvoyés  en  Achaïe  par  Claude,  après  la 
mort  de  Caius  (il);  on  renvoya  aussi  l'Éros  de  Thespics 
et  quelques  autres  œuvres  d'art. 

A  Sabinus  avait  succédé,  en  l'an  36,  comme  gouverneur 
impérial  de  la  Mœsie,  de  la  Macédoine  et  de  l'Achaïe,  le 
consulaire  Publias  Memmius  Régulus  qui  rentra  à  Rome 
sous  Claude,  pendant  le  règne  de  qui  les  provinces  de 
Macédoine  et  d' Achaïe  firent  retour  au  Sénat  (44)  '.  Le 
proconsul  revint  donc  à  Corinthe  avec  son  légat  et  son 
questeur;  néanmoins  l'Achaïe  eut  quelquefois  des  gou- 
verneurs ayant  le  litre  de  questeurs  avec  la  puissance 
proprétorienne.  Nous  savons  les  noms  de  quelques-uns 
dis  proconsuls  :  L.  Marcius  Macer*  (45?),  GnaeusAcer- 
ronius  Proculus  •',  M.  Annseus  Novatus  (dénommé,  de- 
puis Fan  41,  L.  Junius  Gallio  Annacus),  frère  aîné  de 
Sénèque,  dont  la  présence,  ainsi  que  l'a  remarqué  Hertz- 
berg  *,  olfre  de  l'intérêt  à  raison  des  relations  entre 
M.  Annseus  Seneca  et  l'apôtre  Paul;  Gallio  résidait  à  Co- 
rinthe probablement  en  54  ou  55  de  notre  ère  J.  Sous 
Néron  nous  rencontrons  Helvidius  Prison-,  en  qualité 
de  questeur6.  Pendant  cette  première  phase  de  la  Grèce 
romaine,  nous  voyons  que  la  grande  diète  provinciale 
d'Achaïe  cl  le  Koinon  thessalien  sont  en  pleine  pros- 
périté   et    leurs    liturgies    s'exécutent    régulièrement 7. 

II.  Introduction-  ni;  christianisme.  —  Ce  fut  vers  ce 
temps  que  le  christianisme  pénétra  dans  l'Achaïe.  Désor- 
mais il  doit  nous  occuper  seul  et  les  détails  qui  pré- 
cèdent nous  montrent  la  situation  qu'il  rencontra.  Ses 
progrès  furent  buts  et,  malgré  l'insuffisance  de  nos 
renseignements  pour  celle  partie  du  monde  hellénique, 
on  peut  avancer  sans  crainte  d'erreur  que,  jusque  bien 
avant  dans  le  m*  siècle,  c'est-à-dire  pendant  la  pé- 
riode où  les  documents  nous  manquent  le  plus,  le 
christianisme  gagna  peu  de  terrain.  Pour  se  faire  une 
idée  de  la  «  concurrence  »  qui  lui  était  laite  par  les 
cultes  anciens  et  nouveaux,  nous  rappellerons  que  l'a- 
bominable Alexandre  d'Abonotichos  recevait  environ 
PO  UOO  consultations  par  an;  on  juge  qu'un  tel   con- 

1  Dion,  LX,  xxiv;  Suétone,  Claudius,  25.  —  s  A.  W.  Zumpt, 
Comm.  epigr.  ad  antiq.  rom.  pertinent.,  in-8*,  Berolini,  1854, 
t.  n,  p-  2,rj'J  sq.  —  'Tacite,  Ann.,  vi,  45.  —  *  Hertzberg,  toc.  rit. 
irad.  fr.,  t.  n, p.  o'.r  —  "Taeite,  Ann.,  m.  3,  et  notamment  xv,  73: 
Dion,  LX,  xxxv  :  Clinton,  Fasti  romani,  in-4*.  Oxford,  1845-1850, 
t.  ï,p.  17,  25;  Art,  xvni,  12  sq.;  Sénèque.  Epist.,1  XVIII,  cp.  i, 
(epist  <:IV,  1);  II.  Lolnnann.  Claudius  iftld  Ifero  Und  iltreZeit, 
in-8°.  Gotha,  ix.">s.  p,  854,  et  Zumpt,  loc.  rit.,  p.  260  sq.,  placent 
le  proconsulat  en  51  et  êâ  eu  êii.  ci  A.  Hausrath,  Der  Apoetel 
Paulus,  in-8*,  Heidelberg,  IK72.  p.  77.  —  ■  Juvénal,  v,  36.  Ci. 
l'auly,  Real  EncyklopSdie  <l  Mass.  Alterthums,  t.  m,  p.  1123. 
—  'Cf.  Philostr.,  Vita  Apollonii  Tyanensis,  iv,  10,  23;  T.  E. 
Mionnct,  Description  des  médailles  antiques,  grecques  et  ro- 
maines, avec  leur  degré  tir  rareté  et  leur  estimation,  Paris, 
1806-1837,  t.  n,  p.  7,  8;  SuppU  m.,  t.  m.  p.  273  sq.  —  «Lucien, 
Alc.canit.,  25,  38,  43,  44,  45,  40.  47.  Cf.  Fr.  Cumont,  Alexandre 
d'Abonotichos  :  un  épisode  de  Vhistoire  du  paganisme  au 
W  siècle  de  nuire  ère,  dans  les  Mcm.  d  !  Tacad   roy  île  Ueljique, 


cours  de  peuple,  qui  ne  se  démentit  pas  pendant  trente 
ans,  en  se  tournant  vers  cet  imposteur,  ne  laissait  que 
peu  de  monde  pour  suivre  la  religion  chrétienne.  Ce 
long  engouement  équivalut,  dans  une  certaine  mesure, 
à  une  persécution,  car  les  gens  grossiers,  fanatisés  par 
Alexandre,  rendirent  par  leurs  menaces  toute  tentative 
laite  pour  démasquer  ce  prophète  un  véritable  péril  8. 
La  passion  témoignée  à  Alexandre  montre  à  quel  point 
était  tombé  le  niveau  moral,  et  cette  constatation  est 
importante,  car  la  foi  nouvelle  ne  tenait  pas  tant  à 
gagner  beaucoup  d'àmes  que  des  àrnes  vaillantes.  Il  est 
vraisemblable  que  le  trafic  continuel  entre  les  îles  et 
l'Orient  y  favorisa  le  développement  du  christianisme 
qui  fut  moins  rapide  dans  la  presqu'île.  Il  y  eut,  semble- 
t-il,  de  bonne  heure,  des  communautés  à  Astvpalée,  à 
Paros,  à  Ténos,  à  Théra,  à  Carpathos,  à  Cos  et  ailleurs9. 
Sur  le  continent,  les  Églises  comme  Thessalonique, 
Athènes,  Corinthe  paraissent  avoir  rayonné  autour  d'elles. 
Corinthe  avait  fait  de  très  bonne  heure  une  londation 
dans  le  port  de  Cenchrées  10,  et  on  a  relevé  les  traces 
d'une  chrétienté  sur  le  mont  Hymette".  Mais  il  laut 
attendre  jusqu'aux  environs  de  l'an  150  pour  voir  appa- 
raître des  Églises  à  Larisse,  à  Sparte,  peut-être  à  Patras 
et  dans  l'île  de  Crète  où  l'Église  de  Gortyne  eut  quelque 
importance  '-. 

/.  ATHÈNES  ET  L'ATTIQVE.  —  Il  est  probable  que,  sui- 
vant sa  pratique  ordinaire,  saint  Paul  venu  à  Athènes, 
non  par  un  dessein  arrêté,  mais  pour  y  attendre  Silas 
et  Timothée,  employa  son  loisir  en  préchant  à  la  com- 
munauté juive  fort  nombreuse  dans  cette  ville  la ;  les 
Actes  des  Apôtres,  si  fidèles  à  rapporter  les  mauvais 
traitements  de  synagogues  d'Asie,  ne  disent  ici  rien  de 
pareil  et  on  pourrait  eu  conclure  que  les  juils  hellénistes 
qui  composaient  la  synagogue  d'Athènes  partageaient  la 
cuiïosilé  religieuse  des  gentils,  leurs  concitoyens. 
Cependant  Paul  ne  fit  pas  un  long  séjour;  nous  ne 
savons  rien  de  ce  qu'il  put.  tenter  comme  tondatipn 
d'Église,  car  le  rôle  que  l'on  a  prêté  à  un  nommé  Dio- 
nysios  dont  il  est  parlé  dans  les  Actes  est  de  pure  ima- 
gination '*.  L'apôtre  laissait  un  groupe  de  quelques 
chrétiens  —  ttvè;  cl  aveos:  xoXXriOévtE;  butû  Ê7R<rreVffav, 
iv  oî;  Âlov'Jaxo;  ô  àpîo-ayixr,;  y.a't  yjvri  ovou.a7i  Aipiapi:, 
xa\  ÊTEpoi  <7-Jv  a-JToïç  *3  —  qui  parait  s'être  répandu  dans 
l'Achaïe,  d'après  la  mention  qu'il  a  tait  quelques  années 
plus  tard  :  tt  iy.v.\r,>i!.-i  toû  0£oj  t>,  trjUT  bt  Kepfvflo»,  cv/ 
toïç  âYioiç  Tiôtcriv  toT;  O'Jonv  àv  S).tj  r/j  'Ayjxtx  '''.  L'histoire 
des  origines  du  christianisme  dans  ces  provinces  est 
donc  à  peine  connue,  on  peut  cependant  supposer 
qu'Apollo  visita,  peu  après  le  passage  de  l'apôtre  Paul, 
les  récentes  chrétientés  de  l'Achaïe  '■.  11  est  possibleque 
la  persécution  de  Néron  y  ait  fait  dos  victimes,  on  a  lait 
descendre  jusqu'à  la  persécution  de  Domilien  le  martyre 
de  Dionysio's,  le  membre  de  L'aréopage,  et  cotte  date  n'a 
rien  que  d'acceptable  ■ v. 

L'historien  Euscbe  "  a  fait  cotte  remarque  que  l'Eglise 
d'Athènes  lut  en  butte  à  de  dures  persécutions  et  l'on 

1887.  —  »  L.Ross,  Griechisclie  Inselreiscn,  in-4',  Berlin,  1839, 
t.  Il,  p.  58  sq.,  102;  t  m.  p  54;  t.  iv.  p.  22,  04.  —  ">/;.im  .  xvi, 
21  sq.  —  "  L.  Hess,  Archàolog   Aufs.,  t.  i,  p.  219.  Wieiersheim 

donne  à  la  Mao  d et  à  l'Achaïe  réunies  :  3232  milles  carrés 

et  3  millions  d'habitants;  a  la  province  des  lies  et  à  la  Crète  : 
7l't  milles  carrés  et  700000  habitants.  —  ,JLusèbe.  Jlist  ceci., 
1  IV,  c.  xxiii  et  xxvi,  P.  G.,  t.  XX,  cl.  384  392.  CI  llrtiberg, 
loc.  cit.,  tr.  liv  t.  ii,  p.  517.  —  '» Philo,  Légat,  ad  Caium;  FI. 
Josèphe,  Antiq.  jud.,  1.  XIV,  c.  vin;  A.  Dvimont,  l\ssui  sur 
Véphébie  attique,  2  vol.,  in-8*,  Paris;  1875-1(376,  t.  i.  p.  112  sq. 
—  uAct,  xvu,  34.  Cl.  C..  Hayet,  Ile  titntis  Atticm  eliristiatii- 
antiquissimis,  in-8*,  Lutetla?  Parisiorum,  tsTs,  c.  i:  De  origine 
et  primordiis  Ecclesise  atticm,  |>.  'i.  —  ,sAct,  xvn,  34.  —  "Ad 
Coiïntli.,  11,  I,  1.  —  "  Act,  XVIII,  27.  —  '".t(fn  suiiCt..,  ectobr. 
t.  iv,  p.  788  sq.  Ct.  E.  Schclstrate. Antiquitas  Ea  lesim  disserta  ■ 
tionibus.  monumentis  ac  notis  illustrata,  pars  II,  diss.  III,  in- 
lel.,  Rente,  -1092:C.  Bayet,  loc.  cit.,  p.  C.  —  '»  Ilict.  ceci.,  1.  IV, 
e.   .wiii,  P.  C,  1.   x\,  eoLJKôSq. 


325 


ACHAI3 


32G 


peut  bien  y  trouver  une  raison  du  peu  d'importance 
qu'elle  a  pris,  car  il  est  arrivé  en  plusieurs  lieux  que 
l'excès  des  traverses  dès  le  début  de  la  prédication 
chrétienne  ruina  les  fondements  de  toute  grandeur  fu- 
ture; ainsi  ces  Églises  ne  firent  plus  que  végéter,  ce  qui 
arriva  pour  Athènes.  Apres  la  mort  de  Dionysios  qui 
■exerçait  la  charge  épiscopale,  Poplios  >  son  successeur2, 
qui  ne  nous  est  connu  que  par  le  témoignage  de  Denys 
de  Corinthe,  gouverna  peu  de  temps  et  l'ut  martyr,  lui 
aussi.  L'Église  d'Athènes  était  bien  déchue  lorsque, 
vers  l'an  125,  son  vieil  évêque  Codratos  (Quadratus) 
entreprit  de  relever  ses  lidèles  et  rédigea  une  apologie 
adressée  à  l'empereur  Hadrien.  Cette  Église  gravitait 
autour  de  celle  de  Corinthe,  mais  elle  ne  sut  pas  en 
imiter  la  dignité  et  la  force  morale.  Le  martyre  de  son 
évoque  Poplios  avait  été  suivi  d'un  relâchement  géné- 
ral; il  semble  que  les  fidèles  les  plus  respectables  se 
soient  même  détachés  d'elle,  si  vraiment  Anencletos,  fils 
d'Antiochos,  Athénien,  devint  évoque  de  Rome  4,  et  après 
lui  Hygin,  tandis  qu'Alhénagore  émigrait  à  Alexan- 
drie3. La  rélorme  de  Codratos  eut  peu  d'effet  puisque 
Dionysios  était  obligé  de  blâmer  encore  l'Église 
d'Athènes,  de  la  rappeler  à  la  pureté  de  la  croyance  et 
à  la  sévérité  de  la  vie  évangélique.  Vers  ce  même  temps 
paraissent  être  survenues  de  nouvelles  calamités.  L'Église 
d'Athènes,  qui  avait  vu  passer  Néron  G,  vit  passer 
Hadrien'',  dont  l'initiation  aux  mystères  d'Eleusis  et  aux 
autres  cultes  grecs  inspira  aux  païens  une  si  grande 
audace  que,  sans  l'avis  de  l'empereur,  ils  donnèrent 
libre  cours  à  leur  haine  contre  les  chrétiens8.  L'évêque 
Codratos  en  lira  occasion  de  présenter  à  l'empereur  une 
défense  de  son  peuple.  A  cette  époque  un  philosophe 
athénien,  ayant  nom  Aristide,  converti  au  christianisme, 
•écrivit  une  Apologie  qu'il  offrit  à  Hadrien  et  que  l'on  a 
récemment  découverte9.  Quelques  années  plus  tard, 
on  rencontre  un  nouveau  témoignage  de  l'existence 
d'une  église  à  Athènes,  c'est  dans  une  Apologie  syriaque 
attribuée  faussement  à  Méliton  et  qui  parait  avoir  été 
adressée  à  Caracalla,  pendant  un  séjour  en  Osrhoène, 
par  quelque  chrétien  de  Mabug  ou  des  environs  ,0. 

Il  y  était  dit  que  l'empereur  Antonin  le  Pieux  adressa 
aux  villes  de  Larisse,  de  ïhessalonique  et  d'Athènes  des 
lettres  concernant  la  conduire  à  tenir  à  l'égard  des 
chrétiens".  Il  faut  peut-être  faire  encore  honneur  à 
l'Église  d'Achaïe  de  1  Apologie  d'Athénagore,  que  les 
manuscrits  qualifient  de  :  'AOïjvai&u  cpO.ocroço'j  ypcoria- 
voù  '-',  mais  le  bien  fondé  de  cette  qualification  n'est  pas 
prouvé.  On  voit  combien  les  documents  nous  apprennent 

'  Sur  l'identification  de  ce  personnage,  cf.  Act.,  xxvni,  7;L.  El- 
issen,  Zur  GeschichteAthens  nachdem  Vcrtustc  seincr  Selb- 
stàndigkeit,  in-8°,  Gôttingen,  1848,  p.  55,  72,  77;  E.  Curtius,  Die 
Stadtgeschichte  von  Athen,  in-8°,  Berlin,  1802;  A.  Mommsen, 
Athenx  christianx,  in-8*,  Leipzig,  1S67.  —  -Sur  Narcisse, 
Hue  l'on  lait  évoque  d'Athènes  entre  Dionysios  et  Poplios,  voy. 
L.  EUissen,  loc.  cic,  p.  54.  La  réalité  de  cet  évoque  dont  parlent 
Hippolyte,  Opéra, éd. Fabricius,  Append.  au  t.  i.  p. -42,  et  Baronius, 
Annal.,  in-fol.,  Borna,  1588,  ann.  58  et  ann.  'J8,  ne  nous  parait 
pas  établie.  —  3  Eusèbc,  Hist.  ceci,  1.  III,  c.  XXXII,  P.  G.,  t.  XX, 
col.  28sq.  ;  1.  IV,  c.  xxxnr,  P.  G.,  t.  xx,  col.  384;  Ellisscn,  loc.  cit., 
p.  52-54.  —  *C.f.  EUissen,  loc.  cit.,  p.  49,  notesl,  2;L.  Uuchesne, 
Le  Liber  puntipcalis,  in-4-,  Paris,  1880,  t.  I,  et  la  table  au  mot 
Anaclet.  —  5Ellissen,  loc.  cit.,  p.  108;  Clinton,  Fasti  romani, 
in-4%  Oxford,  1845,  t.  i,  p.  101.  —  c  Holleaux,  Discours  prononcé 
par  Néron  à  Corinthe,  in-8%  Paris.  —  7  J.  Greppo,  Mémoire  sui- 
tes voyages  d'Hadrien  et  sur  les  médailles  qui  s'y  rapportent, 
in-8",  Paris,  1843,  p.  19;  1".  Foucart,  Les  empereurs  romains 
.utiles  'in. e  mystères  d'Eleusis,  dans  la  Bev.  de  philologie,  1893, 
p.  197  sq.  ;  G.  Hertzberg,  Gcschichte  Griechenlands  unlcr  der 
Herrsehaft  der  Borner,  t.  n,  p.  315-317.  —  «  S.  Jérôme,  De 
eiris  illustribus,  c.  xix,  édit.  E.  Rieliardson  dans  les  Texte  und 
l'ntersucliungen,  in-8*,  Leipzig,  1890.  —  ,J  S.  Jérôme,  loc.  cit., 
édit.  E.  Biehardson,  p.  20;  Eusèbe,  Hist.  ceci.,  1.  IV,  c.  m, 
I'.  G.,  t.  xx,  col.  308.  Pour  la  découverte  de  cette  apologie  et  les 
travaux  qui  s'y  rapportent,  cf.  Harnack,  Gesch.  d.  attchrt.-n. 
LUteralur  bis  Euscbius,  in-8",  Leipzig,  1893,  t.  i,  1"  partie,  p.  97. 


peu  de  choses,  mais  il  faut  savoir  ne  pas  les   forcer. 

Un  texte  de  Lucien  nous  donne  sujet  d'entrevoir  un 
des  groupes  de  l'Église  d'Athènes;  c'est  celui  où  il 
raconte  qu'Alexandre  d'Abonotichos  avait  institué  dos 
mystères  lors  de  la  célébration  desquels  il  laisait  crier 
à  l'assistance  comme  cela  se  pratiquait  à  Athènes  : 
lit  omnis  alhcus,  elirislianus,  vel  epieweus,  gui  »)ys- 
leria  sua  scrulari  vellel,  ab  hoc  loco  pellerelur  ".  Le 
même  Lucien  nous  met  sur  la  voie  d'une  conjecture 
qui  parait  tout  à  fait  fondée  lorsqu'il  nous  apprend  que 
la  province  du  Pont  était  remplie  de  chrétiens;  il  faut, 
donc  croire  qu'il  devait  s'en  trouver  quelques-uns  parmi 
la  colonie  pontique  de  jeunes  étudiants  à  Athènes, 
colonie  dont  Philostrate  redoute,  pour  l'avenir  de 
la  langue  attique,  le  langage  corrompu u.  L'Église 
(l'Athènes  fut  encore  visitée,  et  à  plusieurs  reprises,  par 
Origène.  Cet  illustre  savant  y  séjourna  une  première 
fois  deux  années  de  suite  et  y  travailla  à  plusieurs  de 
ses  ouvrages  13.  Dans  son  livre  IIP  contre  Celse,  il  donne 
de  grandes  louanges  à  cette  Église10,  mais  néanmoins 
il  ne  put  s'entendre  avec  son  évêque  Démétrius  et  plu- 
sieurs autres  personnages,  encore  qu'il  eût  un  parti 
pour  le  soutenir11.  Un  des  étudiants  de  la  «nation» 
[jontique  à  Athènes  fut  Grégoire  de  Néocésarée,  disciple 
d'Origène;  plus  tard  on  y  vit  Grégoire  de  Na/.ianze, 
Basile,  le  futur  évêque  de  Césarée,  et  le  jeune  Julien, 
(iui  depuis  fut  empereur18.  Les  noms  conservés  aux 
martyrologes  ne  permettent  pas  d'asseoir  rien  de  précis 
ni  même  de  certain,  au  sujet  du  développement  du 
christianisme.  Ces  sortes  de  recueils  ont  été  trop  de  fois 
remaniés  pour  qu'on  ose  leur  demander  autre  chose 
que  des  noms.  Ceux  de  Héraclios,  Paulinus,  Benedimos 
reparaissent  dans  le  Me'nologe  6as(7icH19  et  dans 
d'autres  documents20;  on  croit  pouvoir  attribuer  leur 
martyre  au  règne  de  Dèce21.  M.  Bayet  conjecture  avec 
quelque  raison  que  l'Église  d'Athènes'a  dû  fournir  des 
forçats  pour  les  mines  et  il  y  voit  une  allusion  dans 
les  remerciements  envoyés  au  pape  Sotcr  par  l'évêque 
Denys,  de  Corinthe,  pour  les  subventions  qu'il  avait 
adressées  aux  chrétiens  d'Orient  condamnés  ad 
metalla12.  • 

On  ne  peut  rattacher  que  par  son  origine  à  une  Église 
de  Grèce  une  famille  venue  à  Rome  pour  se  convertir 
et  y  mourir  -■'. 

Nous  n'essaierons  donc  pas  ici  de  proposer  un  chiffre 
que  rien  ne  laisse  pressentir;  cependant  nous  croyons 
utile  de  donner  quelques  calculs  sur  la  population  totale 
de  l'Attique24.  Les  Athéniens  libres  furent  toujours  en 

—  ,0L.-J.  Tixeront,  Les  origines  de  l'Église  d'Édesse  et  la  légende 
d'Abgar,  in-8°,  Paris,  1888,  p.  9,  note  5.  Ceci  nous  reporte 
vers  215-218.  —  "  Pitia,  Spicilegium  Solesmense,  t.  n,  p.  lvi; 
Eusèbe,  Hist.  ceci.,  1.  IV,  c.  xxvi,  P.  G.,  t.  xx,  col.  390.  — 
12  J.  Otto,  Corp.  apologetarum,  in-S",  Iena,  1857,  Prolegom.  ad 
Athenag.,  p.  xix;  C.  Cavedoni,  Opuscoli  di  Modena,  in-8%  Mo- 
dena,  1858,  p.  395,  note.  —  13  Lucien,  Alexander,  c.  xxxvni  : 

yôç  Vi   tittxQoçctoç   V.7£t   xaTÛmconoç  T'~JV  oçycuv,  OcJvilU  a.  T.  '/.  —  i4Phi- 

lostrate,  De  vita  sophistarum,  1.  II,  c.  i.  Ct.  L.  Petit  do  Jullevitle, 
L'École  d'Athènes  au  iv'  siècle  après  J.-C,  in-8",  Paris,  1SG7.  — 
'»  Eusèbe,  Hist.  ceci,  1.  VI,  c.  xxxu,  P.  G.,  t.  xx,  col.  592.  cf. 
Huet,  Origeniana  seu  de  vita,  doctrina  et  scriptis  Origenis 
librilll,  1. 1,  c.  n  et  m,  in-4°,  Parisiis,  1608.  —  l<iContra  Celsum, 
1.  III,  c.  xxx,  P.  G.,  t.  XI,  col.  957  sq.  —  »  Photius,  Biblivth. 
Cod.,  cxviu,  P.  G.,  t.  cm,  col.  390.  —  ,8  Socrate,  Hist.  ceci.,  1.  IV, 
c.  xxvil,  P.  G.,  t.  lxvii,  col.  530.  Cf.  Eusèbe,  Hist.  eccl.,  1.  VI, 
c.  xxx,  P.  G.,  t.  xx,  col.  589;  P.  Allaid,  Julien  VApostat,  t.  i, 
p.  315  sq.  —  rj  Menologium  grxcorum  jussu  Basilii  impera- 
toris  grxce  olim  editum,  nune  pritr.um  grxce  et  latine prodit 
op.  Annibalis  cari.  Albani,  in-fol.,  Uibini,  1723,  t.  m  ,  p.  100. 

-  -"  Acta  sanct.,  maii,  t.  m,  p.  454.  -  2>  L.  EUissen,  Zur  Ces.  h. 
Athens,  p.  119.  —  -  Eusèbe,  Hisi.  ceci.,  1.  IV,  c.  xxm, 
P.  G.,  t.  xx,  col.  389;  Bayet,  loc.  «t.,  p.  14.  —  -3  Do  Rossi 
Roma  sott.,  t.  m,  p.  202.  —  s*  AH;.  Dumont,  La  population 
île  l'Attique.  d'après  les  iuscr.  récemment  découvertes,  iu-S\ 
Paris,  1872. 


027 


ACIIA1E 


328 


minorité  dans  I'Alliqiie.  Aux  époques  prospères  on  cal- 
cule sur  le  pied  d'un  métèque  pour  deux  Athéniens, 
cinq  esclaves  pour  un  homme  libre,  athénien  ou 
métèque.  Cette  proportion  porte  la  population  libre,  en 
l'année  433  avant  J.-C-,  à  23000  âmes,  ce  qui  donne  un 
total  de  140000  habitants  en  Attique.  Le  catalogue  éphé- 
bique  de  l'an  39  de  notre  ère  indique  une  telle  dépopu- 
lation que,  s'il  était  confirmé,  il  faudrait  admettre  les 
ch i (1res  de  8000  Athéniens  et  60000  âmes  dans  l'Attique. 
Après  un  retour  aux  chiffres  de  l'an  133  sous  les  pre- 
miers Césars,  on  retombe  sous  les  Antonins  à  12000  et 
100000,  enfin  en  l'année  209  on  compte  tout  au  plus 
7000  Athéniens  et  60000  ou  70000  âmes  dans  l'Attique. 

Ceci  nous  laisse  juger  que  l'Église  d'Athènes  ne  dut 
jamais  être  très  considérable;  quant  au  nom  ou  à  l'his- 
toire de  ceux  qui  en  firent  partie,  il  faudra  toujours  les 
ignorer. 

il.  COMXrnE.  —  L'Église  de  Corintbe  l'emportait  en 
notoriété  sur  toutes  les  autres.  Les  épitres  de  saint  Paul 
;'i  la  jeune  communauté  l'avaient  signalée  parmi  les  chré- 
tientés apostoliques;  à  la  fin  du  siècle,  l'importante  lettre 
du  pape  Clément  avait  ajouté  encore  à  sa  considération  ; 
cependant  ces  documents  laissaient  entrevoir  dans  cette 
Lglise  des  germes  de  précoce  décadence  '  que  la  vigueur 
de  ses  chefs  sut  étouffer  ou,  du  moins,  écarter  pour  un 
temps.  Vers  l'époque  de  Marc-Aurèle,  Corintbe  eut  le  rare 
bonheur  d'avoir  un  grand  évêque,  Dionysios,  l'un  des 
hommes  les  plus  respectés  de  son  temps  -.  Ses  confrères 
dans  l'épiscopat  lui  demandaient  conseil  :  il  leur  répon- 
dait, s'adressant  aux  Eglises  elles-mêmes;  il  écrivit  ainsi 
aux  communautés  de  Sparte,  d'Athènes,  de  Nicomédie,  de 
Cnosse,  de  Gorlyne  et  des  autres  Eglises  de  Crète, 
d'Amastris  et  des  autres  Eglises  du  Pont. 

Un  fait  concernant  cette  Eglise  jette  un  nouveau  jour 
sur  cette  époque  des  origines3;  elle  dut  faire  appel  à  la 
générosité  inépuisable  de  l'Eglise  de  Rome.  Le  pape  Soter 
envoya  des  aumônes  qu'il  accompagna  de  bons  conseils. 
Dionysios  lui  écrivit  :  «  C'était  aujourd'hui  dimanche 
et  nous  avons  lu  votre  lettre,  nous  la  gardons  pour 
la  lire  encore,  quand  nous  voudrons  entendre  de  salu- 
taires avertissements,  comme  nous  faisons  pour  celle  que 
Clément  nous  a  déjà  écrite.  Par  votre  exhortation,  vous 
avez  resserré  le  lien  entre  deux  plantations  remontant 
lune  et  l'autre  à  Pierre  et  à  Paul,  je  veux  dire  l'Église  de 
Iîume  et  celle  de  Corintbe.  Ces  deux  apôtres,  en  elfet, 
sont  aussi  venus  dans  notre  Corintbe  et  nous  ont  ensei- 
gné en  commun,  puis  ont  fait  voile  ensemble  vers  l'Ita- 
lie, pour  y  enseigner  de  concert  et  souffrir  le  martyre 
vers  le  même  temps4.  »  Les  lettres  de  Dionysios  nous 
initient  d'assez  près  à  l'état  des  Églises  helléniques  de 
ce  temps,  surtout  de  celles  de  la  Grèce  propre  et  des  îles. 

Le  marcionisme  ne  parait  pas  avoir  fait  de  sérieuses 
conquêtes  dans  la  Grèce  propre  et  en  Crète,  pas  plus 
que  les  sectes  gnostiques,  dont  les  élucubrations  bizarres 
ne  s'adaptaient  pas  facilement  à  la  limpidité  de  la  spé- 
culation hellénique.  Les  rudesses  de  la  morale  de 
Montan  n'obtenaient  qu'un   succès  de  surprise,  si  tant 

1  Funk,  Opp.  Patr.  apostol.,  in-8%  Tubingne,  1887,  t.  i,  p.  60  sq.  : 
I.e  Syncelle,  éd.  Bonn  ,  p  645,  651  ;  .1.  Lami,  Corinthix  ecclesim 
niemorabilia,  dans  les  Delicix  eruditorum,  in-8%  Florentiœ, 
1738,  t.  iv,  p.  xxv-ci.n;  II.  Wilckcns,  Svecimen  antiquitatum 
Corinthiacarum  selectwn  ad  Ulustratiovem  utriusque  epi- 
stolœ  Paulinx,  in-4°,  Bremœ,  1747;  D.  Schenkcl,  De  Ecclesia 
Corinthia  pritrueva  factionibus  turbata,  disquisilio  critico-hi- 
storica  ad  antiquissnux  ecclesixchristianse  statum  illustratid. 
pértinens,  id  est  excursus  de  etementinurutn  origine  argumen- 
toque,  in-8°,  Basileie,  1838;  J.  P.  Van  der  Mccr  do  Wys,  De  se- 
rtis christianis  Corinthiensibus,  in-8%  Amstclodami,  18:58;  T.  F. 
Kniewel,  Ecclesix  Corinthiorum  retustissimx  dîssentionca  et 
liirba,  a  S.  Paulo  in  1  ad  Coriuthius  epistulti,  cap.  i,  17,  9-1:!, 
i  udicalx,  in-4%  Gedani,  1841.  —  ■  Eusèbe,  Hist.eccl.,  1.  II,  c  xx v, 
P.  G.,  t.  xx, col.  208 ;  1.  IV,  c.  xxi,  xxm,  P.  G.,  t.  xx,  col.  377,  384  ; 
.s  Jérôme,  Chron.,P.  L.,  t.  xxm,  col.  678  —  'Voy.  Hertzberg, 
U)c.  cit.,  t.  il  :  Statistique  de  la  Grèce,  province  par  province,  p.  440- 


est  qu'elles  l'obtinssent;  de  fait,  Dionysios  n'en  parait 
guère  préoccupé  quand  il  s'adresse  aux  Églises  hellènes, 
tandis  qu'il  est  obligé  de  s'expliquer  touchant  la  virgi- 
nité et  le  mariage,  dès  qu'il  écrit  aux  fidèles  d'Amastris. 
Asiates  riverains  de  la  mer  Noire.  Dionysios^s'élait 
adressé  à  l'évêque  de  Cnosse,  l'ardent  et  éloquent  Pi- 
nytos,  à  qui  il  conseillait  de  ne  pas  imposer  générale- 
ment aux  fidèles  le  poids  bien  lourd  d.-  la  chasteté,  mais 
Pinytos  lui  répondit  de  se  montrer  lui-même  moins  con- 
descendant, sous  peine  de  ne  former  jamais  ses  fidèles  à 
la  virilité  de  l'esprit.  Dans  une  lettre  à  une  dame  nom- 
mée Chrysophora,  Dionysios  décrivit  les  devoirs  de  la 
vie  consacrée  à  Dieu.  Ces  lettres  étaient  d'une  si  grande 
portée  que  les  hérétiques  les  falsifièrent;  c'étaient  peut- 
être  des  marcionites,  car  Dionysios  avait  écrit  contre  eux  de 
même  que  son  correspondant  l'évêque  de  Gortyne,  dans 
l'île  de  Crète,  pays  dont  les  Eglises  étaient  alors  très  floris- 
santes. Un  peu  plus  tard,  entre  190  et  197,  l'évêque  do 
Corinthe  se  nommait  Bachylos  5,  polémiste  aussi  ardent 
que  Dionysios.  Cette  activité  intellectuelle  s'exprima  prin- 
cipalement sous  la  forme  de  l'apologie  (voyez  ce  mol  > 
et  il  semble  que  les  doléances  fort  mesurées  que  con- 
tiennent les  fragments  de  ces  pièces  qui  nous  sont  par- 
venus étaient  fondées  en  réalité.  Les  chrétiens  étaient, 
semble-t-il,  victimes  des  mêmes  calomnies  et  du  même 
ostracisme  que  dans  beaucoup  d'autres  lieux  6.  Apulée 
met  en  scène  une  femme  de  ïhessalie  en  qui  tous  les 
vices  sont  rassemblés  et  qu'il  llétrit  comme  chrétienne  "  : 
on  évitait  leur  contact  dans  les  mystères  d'Eleusis,  où 
l'on  avait  du  reste  peu  de  chances  de  les  rencontrer  8  ; 
et  peut-être  furent-ils  exclus  de  l'Université,  où  leur 
présence  parait  probable,  mais  nous  n'avons  pas  de 
renseignements  à  ce  sujet.  Dans  la  péninsule  gréco- 
macédonienne  nous  trouvons  des  martyrs,  ce  sont  Parme- 
nas,  Zosimos  et  Rufus  à  Philippes,  en  l'an  109;  révoque 
Astius  ou  Antislius  de  Dyrrachion,  en  l'an  110 9.  Il  faut 
rapporter  à  cette  période  des  deux  premiers  siècles  des 
réunions  organisées  en  Grèce  par  les  chrétiens  d'après 
le  modèle  qui  servit  dans  la  suite  à  l'institution  des  sy- 
nodes provinciaux  10. 

m.  ïbessawsique.  —  L'Église  de  Thessalonique  est 
fort  ancienne  et  illustre,  mais  ses  commencements  et 
ses  premiers  progrès  ne  nous  sont  pas  connus.  Tctn- 
pore  inter  D.  I'aulum  et  S.  Denietrium  inlcnncdio,  i.e- 
seculis  quart  um  Cliristi  antecedentibus,  qui  status 
sacrorum  nostroittm  apud  Macedonas  fuerit,  doctorum 
neminem  scirc  puto;  inimo  nec  qusesitum  video11. 
Lors  de  la  persécution  de  303  nous  voyons  à  Thessalo- 
nique et  dans  la  région  environnante  quelques  mar- 
tyrs '-;  et  on  connaît  deux  marbres  contenant  un  témoi- 
gnage de  la  croyance  en  la  résurrection  pouvant 
remonter  au  me  siècle  13. 

A  Thessalonique,  comme  presque  partout  ailleurs,  la 
liste  épiscopale  a  subi  de  graves  remaniements.  Le  pre- 
mier nom  qui  olfre  quelque  apparence  de  sincérité  est 
celui  d'un  évoque  Gaius  dont  parle  Origène  :  Fertur 
sane  tradilione  majorum  quoil  hic  Gains  primus  epis- 

457.  —  'Eusèbe,  toc.  cit.  —  'Eusèbe,  Bist.  eccl.,  1.  V,  c.  \\u. 
xxm.  P.  G..  t.x\.  col.  480;  Chron.,  éd.  Sclicene,  in-8%  Berolini, 
1806-1875,  t.  ii.  p.  071  sq.  :  Clinton,  Fasti  romani,  t.  i,  p  18;).  199, 
201  :  t.  ii,  p.  307,  413.  —  "  Lucien,  Atexander,  38.  —  7  Mctam.,  i\. 
14,  S  620,  p.  783  sq.  —  "Lucien,  loe.  cil.  —  »  Menologium  grx- 
corumjussu  BaeiUi  imperatoris  grâce  olhn  editum  (886)  stud 
Amiibalis,  in-lol.,  Ui'bini,  1723,  t.  m,  p.  157  sq  ;  Martyrol  rotn., 
julii  7.  —  ,0.t.  Gieseler,  Lehrbuch  der  Kirchengcsch.,  in-8*,  Bonn. 
1847,  t.  I,  part.  1,  p.  220  sq  ;  C.  J.  Hélélé,  Concilicnpcscliiclitc, 
in-8%  Freiburg-im-Br.,  1854-1875,  t.  i,  p.  84,  trad  Delarc,  in-8*. 
Paris,  1869.  t.  i,  p.  S5i  sq.  —  <'G.  Tafel,  De  Ihessalonica  eituque 
agro  dissertatio  geugraphica,  in-8%  Berolini,  1839,  Proteg.,  p.  xi.i. 
Ct.  G.  Taiel,  Histuria  Tlicssatuincx  res  gestns  usque  ad  anmini 
Cliristi  Dcccciv  complectena,  in-4%  Berolini,  1835.  —  ,f  Acta 
SS.  Agapes,  Chiunix,  Irencs,  5,  dans  Huinart,  Acta  sincera. 
p.  423.  —  <3Monum.  eccl.  liturg.,  n.  2776,  ct  auctarittni,  p.  154, 
n.  4317. 


329 


ACHAÎ'E 


330 


copus  fuerit  Tliessalonicensis  Ecclesix1.  La  tradition 
•était  ancienne  dès  le  IIIe  siècle,  mais  nous  ne  savons 
rien  qui  permette  d'identifier  le  personnage2;  il  faut 
attendre  le  IVe  siècle.  Nous  rencontrons  alors  Alexandre, 
qui  siégea  à  Nicée,  mais  à  partir  de  cette  époque  les 
destinées  de  Thessalonique  trouveront  mieux  leur  place 
quand  nous  traiterons  de  la  province  d'Illyricum  ecclé- 
siastique 3,  Yoy.  Illyriclm. 

III.  Récits  légendaires.  —  Pour  suppléer  aux  incon- 
nues de  leurs  origines  chrétiennes,  les  Grecs  n'eurent 
qu'à  se  ressouvenir  de  leurs  fables  divines;  cependant, 
les  imaginations  nouvelles  n'égalèrent  ni  en  fécondité  ni 
surtout  en  profondeur  symbolique  les  belles  créations 
du  temps  de  l'épopée  et  de  la  Grèce  archaïque. 

Comme  un  grand  nombre  d'autres  Eglises,  celles  de 
ce  pays  ne  surent  pas  résister  à  la  séduction  de  l'origine 
apostolique.  Le  rôle  de  saint  Paul  était  historique;  on 
s'attacha  à  composer  à  l'apôtre  Pierre  toute  une  histoire 
dans  laquelle  on  le  fait  martyriser  sur  l'agora  de  l'an- 
cienne Athènes  i  et  enterrer  à  Argos  '■>.  De  saint  Jean,  on 
montre  encore  à  Patmos  la  grotte  où  il  «  eut  la  vision  de 
l'Apocalypse  »  G,  mais  saint  André  fut  particulièrement 
exploité  :  après  avoir  fondé  l'évêché  de  Byzance,  en 
qualité  d'apôtre  du  Pont  ',  il  passa  en  Achaïe  8  et 
mourut  à  Patras  (ann.  66)  9.  Saint  Luc  devint  apôtre 
de  l'Achaïe  »». 

IV.  LE    IIIe     SIÈCLE      ET     LES     PERSÉCUTIONS.      —      Le 

IIIe  siècle  ne  vit  pas  dans  l'Achaïe  ce  développement 
des  communautés  chrétiennes  qu'on  signale  sur 
d'autres  points  de  l'empire.  Il  n'y  eut  pas  dans  tout  le 
monde  antique  de  terre  plus  résistante  que  celle-ci  à 
la  pénétration  du  christianisme.  Les  communautés  ne 
fournissent  aucune  trace  de  leur  expansion  dans  les  cam- 
pagnes; elles  se  maintiennent  dans  les  grandes  villes, 
dont  elles  ne  sortent  guère.  11  ne  semble  pas  que  ces 
Eglises  fussent  animées  d'une  bien  grande  ferveur.  Au 
contraire,  les  îles,  quoique  très  attachées,  elles  aussi, 
aux  cultes  anciens  ,J,  avaient  été  plus  entamées.  La 
communauté  de  Mélos,  dont  les  catacombes  ont  été 
retrouvées  et  explorées1-,  celles  de  ïénos,  Paros,  Théra, 
Astypalée  13,  Cahmnos  '*,  Teleudos  13,  Leros  16  ont  laissé 
des  monuments  qui  nous  apprennent  leur  existence,  mais 
bien  peu  de  choses  au  delà.  En  Crète,  on  trouve  une 
église  qui  remonte,  dit-on,  à  la  mission  du  disciple  Tite, 
elle  est  située  en  face  du  Théâtre  ruiné  de  l'ancienne 
Gortyne;  cependant  le  christianisme  ne  s'y  maintint  peut- 
être  pas  très  pur,  car  on  sait  que  les  Carpocratiens 
étaient  assez  puissants  à  Céphalonie  pour  élever  un 
temple  au  fils  de  leur  fondateur  Épiphane  l7.  C'est  donc 
probablement  dans  les  iles  de  la  mer  Egée  que  la  foi 

'  Origène,  In  Epist.  ad  Roman.,  xvi,  23,  P.  G-,  t.  xiv,  coi. 
1289.  —  s  CI.  Échus  d'Orient.  in-4°,  Paris,  1901,  p.  138.  —  *Ibid., 
p.  i38.  Pour  la  période  suivante,  voyez  L.  Duchesne,  Églises 
séparées,  c.  VI,  in-12,  Paris,  1896,  p.  229-280.  —  *  Curtius,  AU. 
Stud.,  t.  n,  p.  27.  —  H.  Thiersch,  Leben  Thiersch's,  dans  l'Aus- 
land,  1867,  n.  26,  p.  623.  — «  L.  Ross,  Grlech.  Inselreisen,  in-4% 
Berlin,  1839,  t.  Il,  p.  124-126.  —  '  A.  von  Gutschmidt,  Die  Kbnigs- 
namen  in  den  apokryphen  Apostelgeschichten,  dans  le  Iihein. 
Muséum,  1864,  t.  xrx,  p.  393.  —  *Ibid.,  p.  391-392.  —  »Ibid., 
p.  396  sq.  ;  C.  Tischendorf,  Acta  apostol.  opocryplia  ex  XXX 
antiquis  codicibus  grxcis,  in-8°,  Lipsia?,  1851,  p.  105  sq.  Cf.  M. 
Bonnet,  Acta  Andreœ  cum  laudatione  contacta...  aseprimum 
édita  ex  analectis  Bollandianis  rcpetiil,  1895.  —  ,0  Acta  sanct., 
octob;  t.  vin,  p.  287,  290,  295,  300  sq.,  311  sq.  —  "  Corp.  inscr. 
grxcarum,  t.  i,  n.  2384.  —  **  L.  Ross,  Grtecli.  Inselreisen, 
t.  III,  p.  145-151  ;  Ch.  Bayet,  La  nécropole  chrét.  de  Melo,  dans  le 
Bull,  de  cor.  hellén.,  1878,  t.  Il,  p.  347  sq.  —  ,3L.  Ross,  loc.  cit., 
t.  il,  58.  —  "Loc.  cit.,  p.  96  sq.  —  '» Loc.  cit.,  p.  102.  —  '» Loc. 
cit.,  p.  120.  —  "Gieseler,  Lehrb.  d.  Kirchengesch.,  in-8%  Bonn, 
1831-1855,  t.  I,  p.  190;  L.  Friedlander,  Darstellungen,  in-8%  Leip- 
zig, 1862,  t.  III,  p.  514.  —  '•  Origène,  Contr.  Cels.,  1.  III,  c.  XXX, 
P-  G.,  t.  XI,  col.  957;  Hertzberg,  loc.  cit.,  t.  lu,  p.  125,  note  1. 
Cf.  Eusèbe,  Hist.  eccl.,  1.  VI,  c.  xxm,  P.  G.,  t.  XX,  col.  576;  Clin- 
ton, Fasti  romani,  t.  I,  p.  243.  —  10  Eusèbe,  Hist.  eccl.,  1.  VI, 
c.  xxxn,  P.  C.,  t.  xx,  col.  592;  Clinton,  Fasti,  t.  I,  p.  255.  — 


trouvait  le  plus  grand  nombre  de  ses  adhérents,  et  la 
remarque  d'Origène  (vers  228-231)  sur  l'extension  consi- 
dérable du  christianisme  dans  l'Ilellade  s'appliquait  très 
probablement  beaucoup  plus  à  l'archipel  qu'aux  Églises 
de  terre  ferme  18.  Le  deuxième  voyage  d'Origène  en 
.Achaïe  (239) 19  fut  suivi,  à  quelques  années  de  distance, 
de  la  persécution  de  Dècc.  L'obscurité  des  communautés 
du  continent  les  garda  mieux  que  leur  valeur  morale; 
à  peine  relevons-nous  quelques  noms  de  martyrs;  à 
Athènes,  assez  probablement  Héraclios,  Paulin  et  Bene- 
«limos  20;  à  Corinthe,  deux  séries  de  martyrs,  mis  à  mort 
à  une  année  d'intervalle,  ce  sont  :  Myron,  Victorinus, 
Victor,  Nicéphore,  Claudien,  Diodore,  Sarapion,  Papias, 
Codratos,  tous  de  Corinthe;  Cyprien,  Dionysios,  Anectus, 
Paul,  Crescens,  du  Péloponèse  ou  de  la  banlieue  de  Co- 
rinthe. (Léonide,  Irène  et  Hadrien  semblent  être  d'au  delà 
de  l'isthme.)  Une  femme,  Helconis,  originaire  de  Thes- 
salonique 21,  fut  martyrisée  à  Corinthe,  sous  le  proconsul 
Justinus22.  Mais  il  s'en  faut  que  tous  ces  martyrs  puissent 
élre  placés  avec  certitude  au  temps  de  Dèce  23.  En  Crète, 
où  la  vie  chrétienne  parait  plus  prospère,  on  trouve 
plus  de  martyrs  :  à  Cydonie,  Basilide,  à  Gortyne,  Théo- 
dule,  Saturnin,  Eupore,  Gélase,  Eunicien  et  les  compa- 
gnons de  l'évoque  Cyrille24;  à  Cnosse,  Zotique,  puis 
encore  Lénomenes,  Politique,  Agathope,  Evariste;  à 
Chios,  sainte  Myrope  et  saint  Isidore  ri. 

Sans  doute,  î'édit  de  Gallien  eut  pour  l'Achaïe  les 
mêmes  conséquences  bienfaisantes  que  pour  les  Églises 
des  autres  provinces,  mais  ici  encore  nous  ne  pouvons 
en  prendre  une  idée  exacte,  à  cause  de  la  pénurie  des 
documents,  même  pour  la  persécution  de  Dioclétien,  à 
propos  de  laquelle  on  pourrait  espérer  juger  des 
progrès  accomplis.  Pendant  que  tout  l'empire  avait 
de  nombreux  martyrs,  on  n'en  trouve  qu'un  seul  à 
Athènes  (encore  fait-il  quelque  doute),  c'est  l'évêque 
Léonide  2t>. 

V.  L'ariamsjie  et  le  iv*  siècle.  —  La  Grèce  fut  pré- 
servée à  l'époque  suivante  d'un  mal  qui  envahit  le  reste 
de  l'Orient,  l'arianisme.  II  «  s'arrêta  sur  le  seuil  des  pays 
grecs  européens  et  ne  réussit  pas  à  le  franchir  »  27;  dès 
ce  temps,  les  Églises  commencent  à  être  mieux  connues. 
Le  concile  de  Nicée  nous  fournit  les  noms  d'un  grand 
nombre  d'évéques  grecs,  mais  il  reste  difficile  de  porter 
un  jugement  absolument  délinilif  sur  cette  question  des 
!  listes  épiscopales  avant  que  la  publication  du  Corpus  des 
inscriptions  grecques  chrétiennes,  promispar  l'École  fran- 
çaise d'Athènes28,  et  la  concentration  de  documents  bi- 
bliographiques qui  en  sera  le  résultat  permettent  de  revi- 
ser et  de  compléter  les  séries  dressées  par  Le  Quien.  Les 
évéques  de  l'Achaïe,  de  l'Épire,  de  la  Thessalie,  de  la  Ma- 

*°  Ellissen,  Zar  Geschichte  Athcns,  in-8",  Gottingen,  1848,  p.  119 
sq.  ;  Menologium  grœcorum,  éd.  Annib.,  1727,  t.  m,  p.  100.  — 
il  G.  Talel,  De  Thcssalonica  cjusque  agro,  in-4",  Berolini,  1839, 
p.  xiv,  xli.  —  "Tafel,  loc.  cit.,  p.  150;  Mcnol.  Basil.,  28  mai, 
t.  m,  p.  115.  —  "Tillemont,  Mém.  hist.  ceci.,  in-4",  Bruxelles, 
1732,  t.  m,  p.  156,  334,  art.  22  et  note  25  sur  la  persécution  de  Dèce. 
«  Le  Ménologe  nomme  sept  de  ces  martyrs  (t.  Il,  p.  148)  pour  le 
ol  janvier  (de  Victorinus  à  Papias,  supplices  divers);  six  pour  le 
10  mars  (de  Codratus  à  Crescens,  décapités),  qui  ont  été  exécutés 
sous  l'empereur  Dèce,  à  Corinthe  ;  pour  les  autres,  au  16  (15)  avril, 
on  donne  bien  (t.  m,  p.  58,  59)  Corinthe  comme  le  lieu,  mais  non 
ta  date  du  martyre  (par  le  feu).  »  Hertzberg,  loc.  cit.,  t.  III,  p.  129, 
notel.  —  -lMenolog.  grœc,  t.  il,  p.  54;  Surius,  Vitse  sanct., 
t.  XII,  p.  305;  Tillemont,  loc.  cit.,  art.  22;  Hertzberg,  t'.  III,  p.  199, 
met  Cyrille  sous  Dioclétien.  —  2S  Acta  sanct.,  julii  t.  III,  p.  482. 

—  *"  Acta  sanct.,  iô  avril,  t.  Il,  p.  378;  Ellissen.  loc.  cit.,  p.  132; 
Hertzberg,  loc.  cit.,  t.  m,  p.  199.  Voy.,  quelques  lignes  plus  haut, 
Léonide,  Irène  et  Hadrien.  —  !1  Hertzberg,  loc.  cit.,  t.  m,  p.  250. 

—  !*  Homolle,  Le  «  Corpus  inscriptionum  grxcarum  christia- 
narum  »  dans  le  Bull,  de  corresp.  hellénique,  4898,  p.  400-415. 
Voyez  cependant  H.  Gelzer,  H.  Hilgenleld,  O.  Cuntz,  Patrum 
Xicxnorum  nomina  latine,  grxce,  coptice,  in-8',  Leipzig, 
IS18,  et  C.  Tuiner,  Ecclesix  occidentalis  monumenta  iuris, 
iii-8»,  uxonii,  1399,  t.  I  ;  Nicxnorum  patrum  tuscriptiones, 
p.  1. 


roi 


ACHAÏE 


Z31 


cédoine,  subissant  l'influence  d'ÂcMlliosThaumatcrargos, 

évèque  de  Larisse  i,  se  montrèrent  les  adversaires  con- 
vaincus et  persévérants  de  l'arianisme  2.  Ce  tut  pour  le 
plus  grand  bien  de  la  religion  en  Grèce,  qui  ignora  dés 
lors  les  disputes  qui  entraînèrent  bientôt  la  d>  cadence 
des  Églises,  alors  si  florissantes,  de  la  côte  occidentale  de 
l'Asie-Mineure,  et  s'opposèrent,  peut-être  pour  toujours, 
au  développement  du  ebrislianisme  dans  l'Asie  cen- 
trale. 

Vers  ce  temps  la  situation  du  christianisme  en  Grèce 
paraît  s'affermir,  mais  sans  éclat.  L'épiscopat  se  montre 
nombreux  :  Maxime  de  Cythère  3,  Euphrosinos  de 
Rhodes*,  Méliphron  de  Cos  S,  Strategios  deLemnos0; 
Myron  de  Cnosse,  en  Crète  7  ;  d'ailleurs,  «  la  province  des 
îles  »  continuait  à  être  la  plus  llorissante.  Dans  l'Achaïe  : 
Hésiode  et  Épiclète  à  Corinthe  8,  Pistos  à  Athènes, 
Aristée,  évoque  «  de  l'Hellade  »,  Festins  à  Slrategis.  En 
liéotie  ou,  plus  probablement,  en  Phthiotide,  un  évéque 
de  Thébes,  nommé  tour  à  tour  Boudion,  Dionios,  Chio- 
nios.  A  Corcyre,  Apollodore  9.  En  ïhessalie,  Achillios 
de  Larisse10,  Claudianus  ".  En  Macédoine,  principale- 
ment à  ïhessalonique  :  Alexandre  12,  Jean  13,  Aétius  u, 
Herennius  *'■>. 

Il  semble  qu'il  y  ait  quelque  fondement  dans  l'attri- 
bution à  l'impératrice  sainte  Hélène  de  la  construction 
de  la  célèbre  église  d'Hekatontapyliani,  près  de  Naussa, 
et  de  celle  de  Paroikia  à  Paros  lb.  Peut-être  l'église  de 
Saint-Pierre,  à  Argos,  remonte-t-elle  à  cette  époque  ; 
quant  à  celle  de  Stata  Mater  consacrée  par  M.  Lollius 
Ëpinicos,  l'époque  en  est  plus  incertaine11. 

L.'épigraphie,  ce  précieux  témoin  du  passé,  nous  sert 
peu  ici.  Quelques  pierres,  du  plus  vit  intérêt,  ne  nous 
renseignent  guère  sur  les  antiquités  de  l'Achaïe  en  gé- 
néral. A  Thessalonique  18  nous  trouvons  une  formule 
qui,  dès  le  ne  ou  m*  siècle,  marque  la  foi  en  la  résurrec- 
tion; à  Mélos  I!»  nous  voyons  la  croyance  à  un  ange  gar- 
dien des  tombeaux-". 

£N  KO  [AHniC 

OITTPeCBOITePOlOITTACHCMNHMHCAZIOlACK 
KAieAniZCÙNK£ACKAHniCAeTeCKeArAAIACIC 
AIAKONOCKAieYTYXIAT7AP©eNeYCACAKEKAA 

[YAIA  NH 
5  TTAPOeNeYCACAKAieYTYKIAHTOYTGÙNMHTHP 
eN0AKeiNT£KAienireiVllTO0HKIONTOYTO 
GNOPKIZCOYMACTONCOdeetpeCTCOTAANreAON 
MHTICnOTeTOAMHeNOAdeTINAKATAOeCOe 
IHCOYXPeiCTeBOHOeiTGOrPAYANTI    TTANOIKI 

'Le  Quien,  Oriens  christianiis,  in-fol.,  Parisiis,  1740,  t.  Il,  p. 
103;  Menol.  Basil.,  15  mai,  t.  m,  p.  99.  —  *  Eusébo,  Vtta 
Constant.,  1.  III,  c.  Xix,  P.  G.,  t.  XX,  col.  1077;  Théodoret, 
llist.  ceci.,  1.  I,  c.  x,  P.  G.,  t.  lxxxii,  col.  937;  Socrate,  Hist. 
ceci.,  1.  I,  c.  ix,  P.  G.,  t.  lxvii,  col.  77;  I.  II,  c.  Il,  xxvn,  P.  G., 
t.  lxvii,  col.  185,  269;  IléU-lô.  Conciliengescli.,  t.  i,  p.  255  sq., 
had.  Délaie,  t.  i,  p.  201  sq.  —  3  Acta  sanct.,  april.  t.  n,  p.  378. 

—  *J.  Hardouin,  Collectio  regia  maxivta  eeneiHorum,  in-fol., 
Parisiis,  1700-1715,  t.  i,  p.  317  sq.  —  5  Ibid.  —  °  D.  Mansi,  Cour. 
ampl.  coll.,  in-lol.,  Luca\  1748,  t.  vi,  col.  1138.  —  T  Acta  sanct  , 
augnst.  t.  n.  p.  344.  Dans  les  iles,  lo  paganisme  s'est  maintenu 
jusqu'au  v  siècle,  lloss,  Crriech.  Inselreisen,  t.  i,  p.  46.  Dans 
li'  Magne,  qui  est  un  pays  perdu  à  l'extrémité  de  la  Grèce,  le 
christianisme  ne  fut  introduit  qu'au  ix'  siècle.  Petit  de  Jul- 
tevillc,  dans  les  Arch.  des  misa,  BCientif.,  1 868, p.  522. —  'Mansi, 
loc.  cit.,  t.  v,  col.  830:  Hardouin,  loc.  cit.,  t.  i,  col.  1541,  lt>(5. 

—  "Mansi,  loc.  cit..  t.  VI,  col.  1138.  —  ,0  Le  Quien,  loc.  cit., 
t.  u,  p.  103.  —  "  Hardouin,  loc  cit..  t.  i,  col.  319  sq.  —  '«Eu- 
eèbe,  Vita  Const.,  1.  IV,  c.  xliii.  P.  G.,  t.  XX,  col.  1193 
(lardouin,  loc.  cit.,  t.  i,  col.  319  sq.  ;  Gclasius,  dans  Maiisi,  loc. 
eu.,  t.  u,  col.  882;  G.  Tatol,  De  Thcssaionica,  p.  45  sq.  —  ,3Le 
<.>uien,  loc.  cit.,  t.  Il,  p.  27-29.  —  M  Mansi,  loc.  cit.,  t.  m,  col.  17. 
18;  Talel,  loc.  cit.,  p.  xv,  xi.vn  sq.  —  ,5Lo  Quien,  lac.  cit.,  t.  Il, 
p.  29.  Cf.  Socrate,  llist.  ceci.,  1.  I,  c.  vin,  P.  G.,  t.  i.xvii. 
col.  60;  Gelasius,  dans  Mansi,  loc.  cit.,  I.  II,  c.  v,  t.  n,  eol.  806; 
Hertzberg,  loc.  cit.,  t.  m,  p.  250,  note  2.  —  "'  Hertzberg,  loc.  cit.. 
t.  m,  p.  248,  note  2.  —  "Le  Bas,  dans  la  Revue  archéologique, 
uillet  I8'i3,  p.  280  sq.  —  '•  Monumenta  Ecclesiœ  Hturgica,  io-4% 


'Ev    K(up!)  w. 
Oî  irpîT^itTcpùi  ol  iiaa-r,;  u.vrju.7,;  açtoi  'Acné>,Y|7riç. 
xoù  'E;7;'.^(«)v  v.ï  'AoTcXifiiii{ô8o]c[(i];  v.h  *AYaX(y)ta<T!ç 
[£]tày.ovo;  xa\  E-jxu^ia  •rcapÔsvî-JTaaa  xè  K/.auoiavTi 
5  TrapÔevsJTacra  y.ai   E-JTU^ia  r\  to-jtu>v  p.r\vrip 
k'vtla  xûvce*  xoù  in\  yi\t.i  to  8/]"/.cov  toOto. 
'Evop<e'Ça>  •jp.âç  TÔv  <io£  èçôaTùjTa  avycXov, 
u.t,  Ttç  ttots  ToXu.r,(<7T,)  êvôiSs  Tivà  y.aTaÔiaOs. 
'Iï)itoû  XpsiaTÈ  pVrçOei  tu  YP^4,av~;  rcavoty.i. 

a  Dans  le  Seigneur.  —  Asclepis  et  Elpisus  et  un  autres 
Asclepis,  prêtres  dignes  de  mémoire,  et  Agaliasis  diacre 
et  Eutychia  vierge  et  Claudiana  vierge  et  Eutychis  leur 
mère  reposent  ici,  et  ce  monument  les  recouvre. 

«  Je  vous  prie  par  l'ange  qui  demeure  ici  de  ne  pas  y 
introduire  un  autre  cadavre. 

«  Jésus-Christ,  sois  secourable  au  lapicide  et  à  toute- 
la  maison.  » 

Une  épitaphe  d'Egée  contient  des  imprécations  dont 
nous  avons  signalé  ailleurs  la  rareté  dans  le  vocabulaire 
chrétien  *'  ;  nous  trouvons  près  d'Élis,  au  HP  siècle,  tov 
6sôv  -ju.lv  tôv  ëiTovpivtov  22;  à  Sicyone  23  et  à  Salamine  2*- 
des  épitaphes  intéressantes  à  divers  titres;  cette  dernière 
contient  le  mot  de  saint  Paul  p.apav<xOa  (uapàv  àOa);  a 
Athènes,  une  épitaphe  métrique  (tv-ve  siècle)  d'une  assez 
bonne  facture  2S. 

Le  règne  de  Julien  n'eut  que  peu  d'influence  sur  les- 
communautés  de  la  Grèce;  d'ailleurs,  les  détails  nous 
manquent  absolument  pour  ces  deux  années;  nous  ne 
faisons  qu'entrevoir  un  mouvement  populaire  contre  les- 
chrétiens  provoqué'  par  les  hellénistes  -6  et  la  révocation 
du  sophiste  Proseresias,  de  l'école  d'Athènes,  révocation 
dont  le  christianisme  fut  le  seul  molli.  Prou>resios  refu- 
sa de  profiter  de  l'exception  que  Julien  consentait  ;i  taire 
personnellement  en  sa  laveur,  en  frappant  ses  coreli- 
gionnaires -7.  Ce  fut  la  dernière  grande  époque  de  l'école 
d'Athènes,  dont  on  racontera  ailleurs  les  destinées  Voyez 
Athènes  -8.  S'il  faut  en  croire  Nicéphore  Calliste  2'J,  ce 
serait  sous  le  règne  de  Julien  que  l'Eglise  aurait  adopté 
l'antique  coutume  gTecque  encore  en  vigueur  de  pré- 
senter à  la  bénédiction  d'un  prêtre  les  fruits  de  la  terre 
otlerts  à  un  patron,  mais  nous  ne  savons  sur  quel  fon- 
dement Nicéphore  appuie  son  assertion. 

VI.  Tempi.es  païens  et  églises  chrétiennes.  —  C'est  un 
sujet  qui  mérite  une  plus  grande  attention  30.La  destruc- 
tion des  temples  païens  commença  aussitôt  après  la  dé- 
faite de  Licinius  31  ;  dès  l'année  'Ml  on  promit  aux  habi- 
tants des  campagnes  des  récompenses  s'ils  abattaient 

Paris,  1902,  t.  I,  n.  277G.  —  ••  Corj>.  inscr.  gr.,  t.  iv,  n.  9288. 
9289;  les  lacunes  de  cette  dernière  inscription  paraissent  réclamer 
pour  supplément  la  formule  complète  du  n.  9288.  Inscript.  grtec. 
insul.  maris  J£<jcw,  1898,  fasc.  3,  n.  1238,  1239.  —  20R.  Weil, 
dans  les  Millh.  des  athen.  lnst.,  1877,  t.  Il,  p.  79,  note  15.  — 
51  D.  Cabrol  et  D.  Leclercq,  Monumenta  BccIosûb  liturgica, 
in-4".  Paris,  1902,  t  i,  n.  2777.  —  "Corp.  inscr.  gr.,  t.  iv,  n.  929'i 

..  —"Ibid,  n.  9301.  —  s*  Ibid.,  n.  9;«3  —  "ibid.,  n.  9319.  — 
s"Socrate.  Hist  eccl  ,  I.  III,  c.xiir.  /'.  (,'  .  t  LXVII,  col.  412.  — 
"  S.  Jérôme,  Chronie.,  ann  237G  (362-363).  dans  Schoene,  Eusebii 
chronicon,  in-8-,  Berolîni,  1866-1875,  t.  n.  p.  196;  Prosper  d'Aqni- 

i  taine.  Chronie  ,  éd.  ltencalli,  t.  I,  p.  628;  Eunape.  VU.  Soph  . 
éd.  Boissi'iwade,  p  SB;  Clinton, l'asti  romani,  t.  i.p.  449;  G. Sic- 
vers,  Stuàien  sur  Geschiehte  ier  rinn.  Kaiser,  in-8',  Berlin. 
1870,  p.  235,  et  Bas  hebcn  des  l.ihanins,  in*,  Berlin,  1868, 
p.  105.  CI.  P.  Allard,  Julien  l'Apostat,  in-8-,  Paris.  NOS,  t.  n, 
p.  352  sq.  —  *•  Petit  de  .lulleville.  L'I.'cole  d'Athènes  au  i\-  siècle 
après  J.-C,  in-8',  Paris.  1868;  E.  Monnier.  I>c  rhetorica'  disci- 
pulis  et  magistris  per  Orienta»  in  quarto christianiœvis.rxitlo. 
in-8%  Paris.  1866;  E.  Chastcl,  Hist  de  la  destr.  du  pagant-t» 
dans  l'empire  d'Orient,  in-8%  Genève,  1N50.  p  277  sq.  —  "Nicé- 
phore Calliste.  Hist  eccl.,  1.  X.  c.  xxi,  P.  G.,  t.  cxi.vi,  col.  437.  — 
—  :,°  Petit  de  Julleville.  Recherches  sur  l'emplacement  et  le  vo- 
cable des  églises  chrétiennes  en  Grèce,  dans  1,  s  Archivée  de< 
missions  scientifiques.  1868.  p  46B-683.—  Sl  A. -A.  Beugnot.  His- 
toire de  la  chute  du  paganisme  en  Occident,  in-8',  Pari~ 
1835,  t  l,  p  1V.>;  Kinlay,  Greece  wtdcr  the  Romans,  in-8',  Edin- 
bnrgn,  184V  P  !•>-• 


303 


ACHAI'E 


33i 


eux-mêmes  leurs  temples1,  et,  quelques  années  plus  tard, 
une  loi  de  320  défendit  d'entreprendre  la  réparation  îles 
temples;  en  330,  on  en  vint  à  la  spoliation  ouverte  : 
«  Constantin  envoya  de  tous  cotés  des  agents  sûrs  qui 
faisaient  la  visite  des  temples,  saisissaient  les  offrandes 
et  les  revenus  des  uns,  dépouillaient  les  autres  de  leurs 
ornements,  étaient  à  ceux-ci  leurs  colonnades,  à  ceux-là 
leurs  statues  les  plus  renommées,  enlevaient,  pour  les 
convertir  en  monnaies,  les  plaques  d'or  et  d'argent  qui 
recouvraient  les  idoles,  et  envoyaient  toutes  ces  dé- 
pouilles à  Conslantinople  2.  »  Eunape,  dont  les  infor- 
mations doivent  èlre  souvent  tempérées,  dit  que,  vers 
la  lin  de  sa  vie,  Constantin  «  renversa  tous  les  temples 
les  plus  célèbres  pour  élever  des  églises  sur  leurs 
ruines  »3j  il  y  a  jc;  une  exagération  manifeste.  Loin 
de  mettre  cet  emportement  dans  ki  destruction,  les 
empereurs  semblent  avoir  peu  pressé  l'exécution  de  leurs 
lois  de  340  et  350.  C'est  à  partir  du  régne  de  Théodose 
et  de  l'édit  du  27  février  301  que  les  événements  graves 
se  précipitent.  L'invasion  d'Alaric  (395)  amena  la  ruine 
d'un  grand  nombre  de  temples  du  Péloponèse  et  du 
plus  célèbre  de  tous,  celui  d'Eleusis;  Olympie  fut  détruite, 
les  jeux  abolis  >.  En  399,  une  loi  ordonna  la  destruction 
des  temples  de  la  campagne.  Sauf  quelques  cantons 
montagneux  de  difficile  accès,  la  transformation  s'ac- 
complit par  toute  la  Grèce  et  les  îles  aux  v°  et  VIe  siècles  5. 
Ce  fut  alors  que  diverses  raisons  très  sages  firent  adap- 
ter au  culte  chrétien  des  édifices  que  l'on  ne  pouvait 
laisser  sans  emploi,  sous  peine  de  voir  le  peuple  y  reve- 
nir peut-être,  et  qu'un  motif  impérieux  d'économie  et 
d'esthétique  défendait  de  mépriser  au  profit  de  construc- 
tions nouvelles  onéreuses  et  d'un  style  de  décadence. 
Mais  on  n'avait  pas  toujours  suivi  cette  ligne  de  con- 
duite. Les  chrétiens  des  premiers  temps,  attachés  aux 
églises  qui  les  avaient  reçus  pendant  les  jours  difficiles, 
ne  voulaient  pas  les  abandonner  pour  une  installation 
dans  les  anciens  temples  des  idoles.  Ils  commencèrent 
donc  à  dévaliser  ceux-ci  en  détail,  à  leur  enlever  tout 
ce  qui  pouvait  contribuer  à  la  décoration  de  l'église, 
faisant  un  choix  souvent  discutable;  ou  bien  ils  modifièrent 
gravement  l'aspect  des  temples  dans  lesquels  ils  con- 
senlirei.-:  à  s'établir.  Ces  faits  sont  regrettables  sans  doute, 
mais  ils  sont  trop  humains  pour  que  nous  ayons  le  droit 
d'en  être  surpris. 

Le  christianisme  s'introduisit  sans  violence  dans  les 
dèmes  de  la  Grèce,  le  plus  souvent  il  se  superposa 
assez  exactement  à  l'ancien  culte,  dans  tout  ce  que  celui- 
ci  avait  de  tolérable,  de  manière  à  ce  que  les  consciences 
et  les  esprits  ne  fussent  ni  rebutés  ni  alarmés.  Ce 
n'est  pas  ici  ]p  lieu  d'étudier  la  question  si  complexe  de 
la  christianisation  des  foules  6,  mais  nous  ne  pouvons 
nous  dispenser  d'y  apporter  un  contingent  de  faits  net- 
tement localisés.  Petit  de  .lulleville  a  relevé  —  et  les  études 
de  ce  genre  comportent  toujours  quelque  supplément  — 
plus  de  quatre-vingts  églises  chrétiennes  s'élevant  sur 
remplacement  de  temples  antiques  et  dédiées  presque 
toutes  sous  des  vocables  qui  rappellent  les  vocables  des 
temples  auxquels  elles  ont  succédé  '.  Ce  fut  une  oeuvre 
éminemment  populaire,  «  œuvre  spontanée,  inconsciente 
et  impersonnelle  des  masses,  qui,  entre  les  saints  qu'on 
leur  apportait,  choisirent  d'instinct  les  noms  qui  leur 
étaient  le  moins  étrangers.  »  Alaric  et  l'empereur  ayant 
détruit  Dimitir   (Démêler),  on   mit  à  la  place  Dimitri 

<  Sozomène.  Hist.  eccl.,  1.  II.  c.  v,  P.  G.,  t.  i.xvir,  col.  9'iô.  Cf. 
Petit  de  lulleville,  loc.  cit.  —  3L"usèbc,  De  vita  Constant.,  1.  III, 
c.  xlvih,  P.  G.,  t.  xx,  col.  1108.  Ct.  Petit  de  lulleville,  toc.  cit. 

—  3  Eunape,  Vita  lEdesii,  p.  401.  Cf.  Petit  de  Julleville,  toc.  cit. 

—  *En  365,  célébration  des  mystères  d'Eleusis,  Zosime,  Hist., 
t.  IV,-  c.  m;  en  375,  sacrifices  publics  à  Minerve,  Zosime,  Hist., 
1.  IV,  c.  XVIII  ;  en  432,  enlèvement  de  la  Minerve  du  Paithénon, 
Marinus,  Vita  Procli,  c.  xi,  xix.  xxix,  xx.  —  5  'Aroupîniç  *?<>; 
Tdù;  dpSoîdJ-ouç,  P.  G.,  t.  VI,  p.  1375-76,  signale  la  disparition  pres- 
que générale  des  anciens  édifices.  —  °  Dufourcq,  dans  la  Revue 


(Hagios  Deme trios),  Athénée,  fille  de  Zens,  fut  rem- 
placée par'Ayia  yjosia,  saint  Laboureur  (Hagios  Geor- 
gios)  devint  protecteur  des  moissons  et  remplaça  Dé- 
méter.  Les  saints  àvâpy-ipo'.,  médecins,  supplantent  As- 
clépios  (Esculape);  une  église  aux  douze  apôtres  s'éleva 
sur  l'emplacement  de  l'autel  des  douze  dieux;  hagios 
asoinalos  (saint  Michel)  eut  deux  églises  dans  d'anciens 
gymnases,  celui  d'Hadrien  et  celui  du  Cynosarges  où  Hé- 
raclès (Hercule)  était  particulièrement  honoré;  or 
saint  Michel,  vainqueur  de  Satan,  remplaçait  Hercule, 
vainqueur  de  l'hydre  de  Lerne. 

Il  semble  donc  que  ces  substitutions  se  soient  faites 
d'après  le  son  du  nom  du  saint,  d'apr.-s  le  sens  dti  nom, 
ou  enfin  d'après  la  légende  dégagée  du  nom. 

Ce  qui  n'est  pas  moins  digne  d'attention  pour  l'his- 
toire générale,  c'est  le  contraste  qui  existe  entre  les  pen- 
sées de  cette  époque  et  celles  qu'avaient  les  anciens,  sur 
l'exécution  matérielle  des  temples.  Une  inscription  an- 
tique de  Cimitile  mentionne  la  qualité  des  matériaux 
employés  :  non  c  dirutis  monumentis  8. 

.    .    .BARBARIVS.POMPEIAN 
V .  C .  CONS .  KAMP .  CIVITA 

TEM.RELLAM 

SILICIBVS .  E .  MCfNTIBVS 
EXCISIS .  NON .  E .  niRVTI.S 
MONYMENTIS .  ADVEC 
TIS .  CONSTERNENDAM 
ORNANDAMQVE .  CVRA 
VIT. 

Beaucoup  plus  tard,  en  363,  on  trouve  sur  un  édifice 
chrétien  de  Corfou,  construit  avec  des  matériaux  pro- 
venant de  la  destruction  des  temples  païens,  l'inscription 
suivante  °  ; 

[CYN€PI0ON 
niCTIN  EXC0N  BACIAIAN  CMCON  MENGCON 
COI     MAKAP    YYIWieAON    TON     A'ICPON    CKTICA 

[NHON 
HAAHNC0N  T£M£NH  KAI  BGOMOYC  EZAAAATTAZAC 
X£PON  ATTOYTIAANHCIOBIANOC  EAN01M  ANAKT1 

Ili'aTtv  k'-/o)v  PausXeav  ëpfi>v  u-evéïov  cruvépiOov 
aoi,  [j-àxap  •j'J/îu.sîov'  t6v6'  tepâv  k'xTccra  vyjÔv, 
'EXXrjvtov  T£i>.£vr)  xai  [3io[j.o\j;  ÈlaXaTtiEaç, 
yj.ipbz  oltz'  oiJTiôavï);  'Ioëiavô;  egvov  avaxtt. 

VII.  DEnNiftriE  PÉRIODE.  —  L'événement  qui  acheva  de 
détacher  les  derniers  partisans  des  anciens  cultes  tut  la 
disparition  des  principaux  sanctuaires  auxquels  s'atta- 
chaient les  souvenirs  des  religions  grecques.  L'invasion 
d'Alaric  avait  détruit  sans  retour  les  temples  païens  et 
aussitôt  il  se  trouva  pour  attirer  et  recevoir  les  foules 
encore  païennes  un  épiscopat "nombreux  et  sérieux.  Les 
sièges  de  Corinthe  et  de  Thessalonique  étaient  devenus 
les  plus  importants  de  la  Grèce  d'Europe;  les  sièges  de 
Fatras,  de  Larisse,  en  Thessalie,  de  Philippes,  en  Macé- 
doine, étaient  considérables.  A  Corinthe  se  tint  en  419 
un  synode  intéressant  pour  la  question  de  la  translation 
d'un  même  personnage  sur  plusieurs  sièges  épiscopaux 10. 
Les  Actes  du  concile  d'Ephèse  (431)  nous  permettent  de 
juger  du  grand  développement  du  christianisme  dans 
la  Crète,  l'Achaïe,  la  Thessalie,  l'Épire  et  l'archipel  où 
le  nombre  des  évèchés  s'est  singulièrement  multiplié. 
Nous  voyons  assister  au  concile,  avec  l'évèque  Basilios 


d'hist.  et  de  Utl.  rclig.,  1809.  t.  iv,  p.  239.  —  "Petit  de  Julie- 
ville,  loc.  cit.,  p.  525.  —  *  Mommscn,  Inscript,  regnt  rtvopol., 
in-ful.,  Lipsia;,  1852,  n.  1910.  —  'R.  Walsli.  An  essay  on  ancient 
coins,  etc.,  in-8%  Londun,  1830,  p.  110  ;  cf.  Muratori,  Thcs.,  in-fol. 
Mediolani,  1739,  p.  mdccclxxxix,  n.  7;  Le  Blant,  tnscr.  chrét 
de  la  Gaule,  in-4%  Paris,  1856-1865,  t.  I,  p.  480,  note  1  ;  Corp. 
inscr.  grxc,  t.  IV,  n.  8008,  8627.  —  '"Mansi,  Coite,  ampl. 
coll.,  t.  IV,  p.  435.  Cf.  Sucrate,  Hist.  eccl,  1.  VII,  c  XXXVI,  XL, 
P.  G.,  t.  i.xvn,  col.  817  829;  Le  Quien,  Oriens  chvistianus,  t.  i, 
p.  23;  t.  n,  p.  100. 


3a5 


ACHA1E 


336 


de  Larisse,  métropolitain  de  Thcssalie,  Pausanias  d'Hy- 
pata,  Secundianus  de  Lamia,  Dion  de  Thèbes  Phthiotique, 
Théodore  d'Echinœos  Phthiotique,  Maxime  de  Démétrias, 
les  épirotes  de  Théodore  de  Dodone  etDonatus  de  Nico- 
polis  avec  leur  métropolitain  Eucharios  de  Dyrracliium. 
Le  métropolitain  d'Achaïe,  Périgène  de  Corinthe,  était 
représenté  par  ses  suflragants  Agathocle  de  Corone  ou 
Coronée  (?),  Domninus  d'Oponte,  Anysios  de  Thèbes, 
Callicrate  de  Naupacte,  Nicias  de  Mégare.  On  vit  arri- 
ver aussi'  l'évêque  de  Gortyne,  métropolitain  de  la  Crète, 
qui  ajoutait  alors  à  son  peuple  un  grand  nombre  de 
juifa  convertis1,  les  évêques  de  Cnosse,  de  Lampa,  de 
Cherronesos;  enfin, pour  les  îles,  où  l'évêque  Jean  de 
Lesbos  gouvernait  Mitylène,  Methyme  et  Pordosélène, 
Hellanicos  de  Rhodes  et  Hesychios  de  Paros. 

D'autres  sièges  nous  sont  connus  par  des  documents 
moins  fameux  2.  Il  y  a  des  évêques  de  Thèbes  en  Béotie, 
un  métropolitain  honoraire  à  Patras,  des  évêques  de 
Lythos  et  de  Subritos  en  Crète,  un  métropolitain  à  Ni- 
copolis  en  Épire.  Hertzberg  propose  d'identifier  l'évêque 
des  Achéens,  C\rus,  avec  l'évêque  de  Patras;  celui  de 
Césarée  en  Thessalie,  avec  celui  de  la  ville  mention- 
née par  Procope  3.  Wesseling  '  et  Le  Quien  b  pensent 
que  l'évéché  des  montagnes  boisées  thessaliennes  ou 
thessaloniciennes  de  Perrhebios  est  le  même  que  Phar- 
sale,  enfin  Mansi  cite  un  évèque  Jean  de  Proconnèse,  à 
n.phèse 6,  où  les  représentants  de  Sparte,  Patras  et 
Athènes  paraissent  absents. 

Les  évêques  d'Achaïe  demeurèrent  inébranlables  dans 
l'orthodoxie,  mais  le  métropolitain  de  Larisse,  Basilios, 
adhéra  au  conciliabule  d'Ephèse  7  avec  ses  suffragants 
Pausanias  d'Hypata,  Maximus  de  Démétrias,  ainsi  que 
Anastasios  de  Ténédos  et  Théosébios  de  Chios,  mais,  au 
moins  en  Thessalie,  le  métropolitain  fut  peu  suivi  8.  En 
449,  nous  trouvons  le  métropolitain  de  Corinthe,  Erasis- 
trate,  dans  les  partisans  de  Dioscure  au  «  brigandage 
d'Ephèse  »,  il  s'y  trouvait  avec  Luc  de  Dyrrachium,  At- 
ticos  de  Nicopolis,  Eutychios  d'Adrianopolis,  Jean  de 
Messène,  Athanase  d'Oponte,  Vigilance  de  Larisse,  Con- 
stantin de  Démétrias  et  Jean  de  Rhodes  9. 

Au  concile  de  Chalcédoine  (451)  la  Grèce  d'Europe  fut 
largement  représentée.  La  Crète  envoya  tous  ses  évoques 
représentant  Gortyne,  Gnosse,  Lampa,  Éleutheria,  Su- 
britos et  Àpollonia.  De  l'Épire  vinrent  les  évêques  de 
Dyrrachium,  d'Apollonie,  de  Nicopolis,  de  Corcyre, 
d'Eurœa,  de  Pbœnice.  d'Onchesmos,  d'Adrianopolis,  de 
Dodone,  de  Photice;  de  Thessalie,  les  évêques  de  Thes- 
salonique,  de  Larisse,  de  Démétrias,  d'Echinos;  de 
l'Achaïe,  les  évêques  de  Corinthe,  de  Mégare,  de  Mes- 
sène, de  Tégée,  d'Argos,  de  Patras,  tandis  qu'Athènes  et 
Sparte  ne  sont  pas  nommés,  et  les  sièges  d'Amphissa, 
Élis,  Hermione,  Trœzène  ne  sont  probablement  pas 
encore  fondés.  De  la  Grèce  moyenne  vinrent  les  évêques 
de  Naupacte,  d'Oponte,  de  Platée;  des  Iles,  les  évêques 
de  Délos,  Ténédos,  Cos,  Rhodes,  Chios,  Thasos  ,u. 

Ce  grand  développement  de  l'épiscopat  nous  montre 
le  système  hiérarchique  complètement  organisé  au  milieu 
du  Ve  siècle  dans  la  Crète,  la  Thessalie,  l'Epire  et  les 
îles,  moins  avancé  dans  l'Achaïe.  Plus  tard,  entre  le 
concile  de  Chalcédoine  et  le  concile  de  Constantinople, 
se  fonderont  les  évèchés  de  Naxos  et  Carpathos,  car 
Siphnos  et  Amorgos  dépendaient  de  Paros;  Mélos,  Léros, 
Samos,  Andros.  Le  résultat  du  concile  de  Chalcédoine 

«Socrate,  Hist.  ceci-,  1.  VII,  c.  nx.wiii,  P.  G.,  t.  xi.vii,  col.  825. 

—  *Cf.  Le  Quien,  loc.  cit.,  t.  n,  p.  103-274;  Mansi,  loc.  cit.,  t.  iv, 
col.  1123  sq.,  1215,  1270,  1363  sq. ;  t.  v,  '14;  Hardouin,  Conci- 
lia, col.  1351  sq.,  1425  sq.,  1528  sq.,  1578  sq.  —  3  Procope,  De 
wdif.,  I.  IV,  c.   m;  Hertzberg,  loc.  cit.,  t.  III,  p.   396,  note  1. 

—  *  Wesseting,  Ad  Hierocl.  sinecd.,  p.  417.  —  B Loc.  cit.,  t.  n, 
p.  116.  —  «Mansi,  loc.  cit.,  t.  iv,  col.  1123;  Socrate,  1.  VII, 
c,  xxxvi,  P.  G.,  t.  L-xvn,  col.  821.  —  'Mansi,  loc.  cit.,  t.  iv, 
col.  1259 -sq.;  Hardouin,  loc.  cit.,  t.  I,  col.  1447  sq.  ;  Héfélé,  Con- 
cilienQesch-,  t.  n,  p.  179,  trad.  Dclarc,  t.  II,  p.  373.  —  •  Mansi,  loc. 


pour  la  Grèce  fut  d'entraîner  l'adhésion  de  la  majorité 
de  ses  évêques  à  l'orthodoxie. 

La  pénurie  persistante  de  documents  ne  nous  permet 
pas  de  préciser  le  progrès  systématique  de  la  religion 
nouvelle,  il  laut  se  contenter  d'indications  de  détail, 
rares  et  sans  lien  entre  elles;  des  mentions  d'églises 
chrétiennes11  à  Théra  et  Astypalée  nous  donnent  les 
rôles  de  la  contribution  loncière  dans  cette  île  au  Ve  siè- 
cle. La  longueur  de  ce  document  épigraphique  nous  em- 
pêche seule  de  le  donner  ici.  A  la  même  époque  nous 
voyons  le  sanctuaire  d'Isis  sur  la  presqu'île  de  Methana, 
attribué  au  culte  de  la  Panagia,  celui  d'Asklépios  à 
Thelpusa  attribué  au  culte  de  saint  Jean.  Nous  ne  pos- 
sédons pas  de  liste  complète  des  évèchés  de  la  Grèce 
antérieurs  au  Xe  siècle,  mais  à  partir  de  cette  époque 
les  provinces  qui  formaient  jadis  l'Illyricum  étant  défi- 
nitivement entrées  dans  le  ressort  patriarcal  de  Cons- 
tantinople se  trouvent  être  recensées  dans  les  cata- 
logues des  sièges  épiscopaux  désignés  alors  sous  le  nom 
de  xxy.Tixâ.  Ces  catalogues  n'existant  pas  pour  la  Grèce 
et  les  pays  de  Crète,  Thessalie,  Macédoine,  Épire  an- 
cienne et  Épire  nouvelle,  force  sera  de  se  borner  aux 
indications  relevées  dans  les  historiens  et  dans  les 
signatures  des  conciles;  néanmoins  les  listes  ainsi 
obtenues  seront  assez  complètes,  grâce  à  cette  circons- 
tance d'une  révolte  survenue  à  Alexandrie  en  457.  Le 
gouvernement  de  Ryzance  tint  à  savoir,  avant  de  sévir, 
si  les  évêques  étaient  toujours  d'avis  de  maintenir  comme 
loi  de  l'empire  les  décrets  du  concile  de  Chalcédoine 
en  haine  desquels  l'émeute  avait  été  faite.  Nous  possé- 
dons encore,  dans  une  version  latine,  la  liste  des  desti- 
nataires de  la  circulaire  impériale  et  le  texte  des 
réponses  qu'elle  obtint.  Ces  réponses  sont,  en  général, 
des  lettres  synodales,  expédiées  par  le  métropolitain 
en  son  nom  et  au  nom  de  ses  suflragants;  tous  ont 
signé  en  indiquant  le  siège  dont  ils  étaient  titulaires. 
Cependant  plusieurs  réponses  ne  nous  sont  pas  parve- 
nues et  quelques  signatures  ont  été  omises  ou  indiquées 
trop  sommairement. 

Nous  avons  en  définitive  le»  lettres  synodales  de 
quatre  provinces  sur  les  six  qui  composaient  l'Illyricum 
(diocèse  de  Macédoine);  ce  sont  celles  de  la  Crète  (Gor- 
tyne), d'Achaïe  (Corinthe),  d'Épire  ancienne  (Nicopolis) 
et  d'Épire  nouvelle  (Dyrrachium);  celles  de  Thessalie 
(Larisse)  et  de  Macédoine  (Thessalonique)  nous  manquent. 
Avec  ce  qui  nous  reste  nous  reconstituons  : 

Pour  la  Crête 8  sièges 

Pour  l'Achaïe 21      — 

Pour  l'Épire  ancienne.    ...  8     — 

Pour  l'Épire  nouvelle  ....  7     — 

et  il  faudrait  y  ajouter  pour  la  Crète  tes  sièges  d'Éleu- 
ilierne  et  de  Kisamos  dont  l'existence  est  attestée  res- 
pectivement en  451  et  343;  peut-être  ceux  d'Arcadia  et 
de  Sitia,  à  moins  que  ceux-ci  ne  soient  de  londation 
postérieure  ".  Pour  l'Épire  ancienne  il  faut  ajouter  le 
siège  de  Corcyre  dont  le  titulaire  assistait,  en  451,  au 
concile  de  Chalcédoine;  pour  l'Épire  nouvelle,  le  siège 
d'Amantia  manque  et  la  signature  episcopus  Prinatenui 
n'a  pu  être  identifiée.  «  Pour  l'Achaïe,  écrit  Mgr  Du- 
chesne,  3  noms  de  sièges  sont  etlacés  dans  la  liste  des 
•21  signatures  :  on  y  lit  bien  21  noms  d'évêques,  mais  seu- 
lement 18  noms  de  sièges.  Corinthe,  Athènes,  Thespies. 


rit.,  t.  v,  col.  951.  959,  965,  966;  HéTélé",  lue.  cit.,  t.  u,  p.  193,  267, 
irad.  Dclare,  t.  n,  p.  466.  —  "Mansi,  loc.  cit.,  t.  v,  col.  1274;  Le 
Quien, foc.  cit.,  t.  i,  p.  923;  t.  n,  p.  105.  111,  133.  143.  196,  207, 
242.  —  *°  Hardouin,  loc.  cit.,  t.  I,  col.  1799  sq.,  t.  Il,  col.  5t.  55, 59, 
itt.  174, 175.  275,  283,  366,  399,  446,  458,  467,  495;  Mansi,  loc.  cil  . 
l.  M,  col.  566,  750.  871,  927,  939,  978, 1081  ;  t.  vu,  col.  27,  119,  135, 
185;  Le  Quien,  loc.  cit.,  t.  H,  p.  103-269.  —  »  Corpus  inscriptio- 
HHIH  grxcarum,  t.  lv,  n.  8656,  865,7  865'».  —  «  Sur  l'existence  très 
probable  d'un  siège  à  Delphes,  au  VT  siècle,  cf.  3.  Laurent,  Delphe» 
i    cUréticu,  dans  le  Uull.  de  corresp.  hcllén.,  1900,  L  xxui,  p.  273. 


337 


ACHAÏ'E 


338 


Mégare,  Elatée,  Thèbes,  Carystos,  Lacédémone,  Argos, 
Chalcis,  Tanagre,  Messène,  Opunte,  Mégalopolis,  Coro- 
née,  Scarphia,  Platées,  Patras;  mais,  comme  celte  liste 
ne  comprend  pas  les  sièges  de  ïégée  et  de  Naupacte, 
dont  les  titulaires  siègent  à  Chalcédoine,  on  peut  croire 
qu'il  y  a  lieu  de  les  inscrire  parmi  ceux  qui  manquent. 
11  laut  y  ajouter  l'évèque  de  Porthmos,  en  Eubée,  bien 
qu'il  ne  soit  pas  attesté  avant  553.  De  cette  laçon  on 
arrive  au  cbillre  de  21.  Peut-être  y  eut-il  plus  de 
21  sièges,  et  faudrait-il  compléter  la  liste  de  458  d'après 
les  signatures,  extraordinairement  défigurées,  du  con- 
cile de  Sardique  (343).  Encore  laut-il  se  délier  beaucoup 
de  la  formule  in  Ac/iaia,  qui,  dans  ce  document,  n'est 
en  plusieurs  endroits  qu'une  corruption  de  in  Dacia  l.  » 

Ce  nombre  est  resté  longtemps  stationnaire.  Au 
x<  siècle,  les  Néa  Taxxixi  signalent  l'existence  des  trois 
provinces  de  Corintbe  (métropole),  Athènes  et  Patras,  et 
le  nombre  d'évochés  pour  l'ancienne  Achaïe  est  de  25. 

I!  existe  une  notice  épiscopale  publiée  par  C.  de  Boor2 
que  H.  Gelzer  (ait  dater  du  règne  de  Léon  III  (714-741)  3, 
mais  qui  doit  être  absolument  écartée,  car  elle  n'est 
pas  l'expression  de  la  réalité  des  choses4.  Il  faut  donc 
s'en  tenir  à  21  sièges  dûment  attestés  et  répartis  ainsi 
qu'il  suit  :  trois  en  Eubée  :  Chalcis,  Carystos,  Porth- 
mos; un  en  Attique  :  Athènes;  dix  dans  la  Grèce  du 
I1ord  :  Mégare,  Thèbes,  Tanagre,  Platées,  Thespies, 
Coronée,  Opus,  Elatée,  Scarphia,  Naupacte;  sept  dans 
le  Péloponèse  :  Corinthe,  Argos,  Lacédémone,  Mes- 
sine, Mégalopolis,  Tégée,  Patras. 

VIII.  Epigraphie.  —  Jusqu'à  ce  que  les  inscriptions 
chrétiennes  de  la  Grèce  aient  été  recueillies  et  commen- 
tées, on  doit  recourir  aux  ouvrages  suivants  :  Inscrip- 
tiones  grvecae  insularum  Maris  JKgeei,  eonsilio  et  au- 
ctorilate  Académies  litt.  reg.  boruss.  edilœ,  edit.  Frid. 
lliller  de  Gaertrigen,  Berolini,  1898,  fasc.  1. 

N.  674  :  'Trâp  c/vx^;  Xp'j<rav8i'ovi  àva-fvûarToy.  — 
N.675:....àp-/iepe,j;...— N.757:  K(<ipie.)$orfi-i)(pour$orfiei) 
tôv  SoûXov  aou  Twâvw,;.  —  N.897:  0(eo)O/âptç.  —  N.902: 
Titèp  e-:zf,ç....  àu-riv;  N.  903,  911,  912':  'YTcèp  e-j/t,; 
<I'i).:7nro-jva-jy.}.T|pov  'AffxovivSiovi. —  N.916:  K(v)pie[3o^8e(() 

tc(v)  8o[u]  ||  ).&(•/)  (tou  KaXXt ||  ....  tci(v)  7tapa[i-Ei]-(?)  || 

vâ|ievo(v)  ||  (il);  tb  ëpyov  ||toûto  (tô)  ||  (jiuxpô(v).  —  N.  921  :... 
«I'&ùxà;  upeo-  ||  fS-jTgpo;  xïte.  —  N.  1038  :  A6|a  K(upO  o> 
t<ô  ||  oty.ovoptoOvTt  ||  VTcèp  ||  ûftaç  ||  Ndv-  ||  vou.  ||  â[(AYJv]. 
—  n.  693,  dans  l'île  de  Rhodes,  Ve  siècle,  fait  usage  de 
la  formule  byzantine...  ÈXa-/tiTTO'j  TcpirjêvTkpov  xa\  jiovâ- 
Zofj...  edit.  Guil  R.  Paton,  1899,  fasc.  2. 

N.  525  :  Methymne 


'EvopxiÇco  tôv  [j.àprjpa  tôTj 


■\-  IIixvteç  [o't  à6sX- 
oo\  xai  7ia[Tep£; 
|j.îu.vï)aévo[i  ÈJJ.OW  7râv- 
tote  pvf|  <nr>x[aXv- 

5       'l/TjTE   TT)V    Ep.T|[v    |T/Ï)- 

(1Ï)V    EV  TO    U.Vr,[u.EÎ(i>  (AT,- 

te  ÊniëâXr|TS  [riva  t<ô  ta- 
oto  (Aov,  E/ovTe;    . 

edit.  Frid.  lliller  de  Gaertringen,  1898,  fasc.  3. 

Théra  :  N.  933-974  :  Toutes  ces  épitaphes  sont  rédi- 
gées, sauf  Ips  variantes  orthographiques,  sur  une  for- 
mule unique  dont  voici  le  seul  type  remarquable  à  cause 


1  L.  Duchcsne,  Les  anciens  crèches  de  la  Grèce,  dans  les 
Mélanges  d'archéol.  et  d'hist.  de  VEcole  de  Rome,  1895,  t.  xv, 
j).  378.  —  *  Zeitscltrift  fia'  Kirchengeschichte,  1891,  t.  XH, 
p.  020.  Cf.  sur  ceUe  question,  ibid.,  1890,  t.  XH,  p.  303  sq.; 
1893,  t.  xiv,  p.  573.  —  3  Die  kirchliche  Géographie  Gricchen- 
lands  voyi  don  Slaveneinpruche,  dans  Zeitscltrift  fur  wis- 
Kensch.  Théologie,  1892,  t.  xxxn,  p.  419.  —  *  P.  Lejay,  dans 
la  Revue  d'hist.  et  de  littérature  religieuses,  1900.  t.  v.  p.  452; 
L.   Duchcsne,   loc.   cit ,   p.  381.  —   c  Voyez  Au  San  crus.  — 


de  l'adjonction  de  TrpEo-S'jTiôo;  (cf.  E'pist.  ad  Tit.,  n,3); 
les  autres  portent  aggelos  suivi  du  nom  : 

N.933:  AN  TE 
AOC 
ETTI 

KTOYC 

5     TTPECBY 

TIAOC 

Les  n.  942  et  455  montrent  des  épilaphes  païennes 
utilisées  avec  cette  même  formule. 

Une  inscription  plus  importante,  n.  975,  dont  la  paléo- 
graphie reste  incertaine,  mais  qu'on  ne  peut  faire  des- 
rendre au-dessous  du  ve  siècle  :  in  Schriftzùgen,die  nicht 
langerais  das  vierte  oder  f  iinfte  Jahrhundert,  vielleicht 
nber  schon  ans  dem  zweiten  oder  dritten  sein  dùrften. 
Koss,  fleisen  aufden  griech.  Insein.,  1840,  t.  i,  p.  60; 
Corp.  iriser..  gt\,  n.  8911. 

"Ayt£  xo'i  çoêEpè  Mc-/aTjX  àpytxvyû.t  $o-f\Qi  T(j>  So'jXo)  ffo[v] 
XaptXà<o  xoù  Mvr,no<rjvï)  xè  toï;  7Tc[<7t'v] 

Les  n.  976  :  -f  7tpàiToç,  et  1237  :  'AXîJâvêpou  ;  celle 
dernière  pierre  est  du  IIe  siècle  et  surmontée  du 
chrisme  :  n.  1238  et  1239,  dont  nous  avons  parlé  plus 
haut. 

Le  Corpus  inscnptionum  Atlicarian  cons.  et  auct. 
ncad.  litt.  reg.  boruss.  édition,  1882,  part.  X,  sect.  v, 
contient  les  Tituli  sépulcrales  chrislianorum  et  judxo- 
rum,  edit.  Guil.  Dittenberger,  p.  240-253  (n.  3435-3547). 
Il  y  a  avantage  néanmoins  à  faire  usage  de  C.  Bayet, 
De  titulis  Allicse  christianis  antiguissiniis,  in-8°,  Lute- 
liae  Parisiorum,  1878,  à  cause  des  prolégomènes  et  des 
planches.  Sauf  une  ou  deux  inscriptions  peu  antérieures, 
toutes  celles  comprises  dans  ce  recueil  trouvent  leur 
place  entre  la  fin  du  ive  siècle  et  le  milieu  du  VIe. 
Klles  offrent  peu  de  particularités.  L'iotacisme  :  Èitt/tpr,- 

TOtE  =  £7U"/£tp^<r£lE;  EUÇtuioi)  =   E'JÇ/JJJLl'o'J  ',    XÏTE  =  XEÏTOtl  J 

/.:tj.tTT|piov,  xu(j.ï)t/|P'.ov  =  xot(j.Y)T^ptov.  L'emploi  de  e  pour 
ai  :  xe  =  xa\;  TaXETtoJpov  =  xaXaiTcojpov;  —  p  pour  X  : 
àoepepoe  =  aSsXçot';  âpmStou  =  eXmSioyJ  «o  pouc  o  :  xvi- 

U.'JTrçpKOV  =  xoia-^T^piov. 

Le  discours  de  saint  Paul  à  Athènes  parait  avoir  ré- 
pondu à  l'angoisse  secrète  de  plusieurs  touchant  la  réalité 
d'une  vie  d'outre-tombe  5,  et  il  semble  que  la  contro- 
verse ait  longtemps  porté  sur  ce  point,  à  Athènes  en 
particulier  et  probablement  dans  la  Grèce  entière. 
Athénagore  écrivit  un  traité  «  Sur  la  résurrection  »,  et 
les  inscriptions  présentent  plusieurs  variantes  d'une 
formule  antique  et  remarquable  dont  l'exemplaire  le 
plus  ancien  parait  être  celui-ci  6  : 

BIKTWPINOY  TOYf'A- 
MAYPOC  TO  ONOMA  r£N€[c 
XPICTIANOC  TTIIWOC  CIC 
•TONTOTTON  AN[a*a-;<7Su)î 
ETOYC     KA 

La  formule  :  7u<jtc>;  e'i;  -bv  tÔ7:ov  avxfcavffsu;,  rentre 
dans  le  même  ordre  d'idées  que  le  mot  xoi|W)Tqptov  qui 
est  caractérisque  des  tituli  de  l'Attique 7.  Plusieurs 
inscriptions  de  Thessalonique  font  voir  que  le  formu- 
laire épigraphique  de  cette  ville  contenait  la  formule  : 
•/.oqx^-^pcov  é'w;  àvoKTTao-Ewç  8,  dès  le  IIIe  siècle.  Ce  n'est 
pas  la  seule  fois  du  reste  que  l'Attique  et  la  Macédoine 


'•Bayet.  De  tit.  Altic.  christ,  antiguiss.,  n.  75.  —  '  Ibid.,  n.  2- 
4,  7,  8,  10,  11,  15-19,  21,  22,  24,  25,  27,  28,  31,  36,  37,  39,  40,  44, 
56,  47,  49-51,  55-59,  61,  65,  73,  77,  83,  85-87,  89-91,  93,  95,  98,  101, 
103,  104,  106,  108-110,  112-117,  121,  122,  125.  La  rencontre  de  ce 
mot  dans  deux  inscriptions  des  environs  de  Damas  publiées  par 
Alb.  Dumont,  Deu.c  formules  d'épitaphes  chrétiennes  de  la  Sy- 
rie, dans  la  Rev.  archéol.,  1869,  t.  xix,  p.  456,  ne  suffit  pas  pour 
Mipposcr  un  second  foyer  où  l'on  eut  fait  usage  de  la  formule. 
—  'Monum.  eccles.  tiltirg.,   t.   I,  n.  2787. 


AGIIA1E  —   ACOLOUTHIA 


3'i0 


fournissent  des  formules  analogues  ou  moine  identiques, 
comme  celle-ci  :  y.lOlj;j]HTHPI||[o]NE[vXpi<jT]CO '.  Ces 
expressions  étaient  d'ailleurs  empruntées  auxEpîtres  de 
saint  Paul  qui  formaient  le  fond  principal  de  la  littéra- 
ture chrétienne  dans  ces  parages.  Ainsi  cette  phrase 
de  l'Apôtre  :  ■>,  yi^'-i  toO  Kupiou  'lr,<7o-j  (jlsO  "  -Jîicàv  four- 
nit les  suppléments  de  l'inscription  suivante  2  : 


Ci.  —  Épitaphe  de  l'Attique. 
D'après  Bayrt.  De  lit.  Allie,  christ,  antiquis,  pi.  v,  n.  82. 

E-jyévio;  (o-ôz  v.r.\J.z,  àSsp-;po[i]  J-  tj  /âpiç  to-j  y_p'.ar[o-j 
p.îO*  ['Jij.tôv]. 

On  peut  même  expliquer  par  l'inspiration  persistante 
<les  épitres  de  saint  Paul  une  formule  qui  semble  appar- 
tenir éminemment  au  formulaire  païen  :  OI/.o;  alwvot;3, 


VOK^EMAKEAfc 
gîflfcEEVEIFENIARàl 


65.  —  Épitaphe  de  Thessalonique. 

D'après  lo  Bullet.  di  arclteotogia  cristiana,  1800,  pi.  v,  n.  2. 

et  qui  cependant  est  voisine  de  ce  mot  de  saint  Paul  : 
OiSatu.ïv  yàp  ôxt  eàv  rt  èTTt'yEto;  r^xtov  oixia  to'j  7xr,vo'j; 
icaraXvOf,  oheoSopvqv  Èx  Oso-j  é'/oixev,  o'.xiav  àyEiporcoir.Tov 
a'divcov  èv  to;;  o-jpavoï;  4.  «  Nous  savons  que,  si  cette 

1  Bayet,  De  tiiul.  cittic.  christ.,  n.  20;  Delacoulonche,  Mé- 
moire sur  le  berceau  de  hi  puissance  macédonienne,  n.  87; 
dans  la  lievue  des  Sociétés  savantes,  1858.  —  =  Bayet,  loc.  cit.. 
n.  76.  —  3  Ibid.,  n.  107.  —  *  II  Cor.,  v,  1.  —  "  Corp.  inscr. 
ijr.rc,  t.  IV,  n.  9439 j  De  Rossi.  dans  le  Bull,  di  arch.  crist.. 
1890.  p.  54,  et  pi.  v.  n.  2;  I).  Cabrol  et  D.  Leclercq.  Monum. 
Ecoles,   liturg.,    in-4%    Paris,    1902,    t.    I,  n.    2770   et    addit., 

p.   15'l.    —  *  Papageorgios,    Ab^o-;  pr|8ri;   ■"'    *•"<  IfWHVwrç    »3    is?oJ 

*S[;  iv,»;  n«pair»'ar;  l.  0i<r»aÀov.'xr„  Athènes,  1900;  Pcrdiizet,  /«8- 
Criptions  de  Thessalonique.  dans  les  Mélanges  d'arcli.  et  il'liisl., 
1900,  t.  XX,  p.  229  sq.  ;  D.  Cabrol  et  D.  Lcdcrcq,  loc.  cit.,  t.  I, 


maison  terrestre  où  nous  demeurons  se  ruine,  Dieu  nous- 
en  édifiera  une  autre  qui  ne  sera  point  faite  de  la  main 
des  hommes  et  qui  durera  éternellement  dans  le  ciel.  » 
Nous  nous  bornerons  à  citer  pour  la  Macédoine  une 
formule  des  plus  remarquables  que  nous  rencontrons 
sur  deux  épitapbes  anténicéennes  de  Thessalonique.  La 
première  (lig.  65)  est  ainsi  libellée  :  KaXoxepoc  May.e8<5vi 
y.  s  (pour  xai)  Euatyevfa  toi;  yXuxDTaTOi;  yovsSd'.v  tô  xotu/r,- 
Tr,pcov  ïioç  àvaçTâa-swç  u. 

La  seconde,  découverte  depuis  quelques  ?nnéc3,  est 
la  suivante  ; 

OAKAAAICTOC 
OAIACHM€TTITPO 
nOCXCOPION  A£ 

cttotikcon  enoi 

5     HCGN  TOKOIMH 
THPION  TOYTO  £AY 
TCO  KAI  TH  CYMBICO 
GAYTOY  AMA  0YTATPI 
eCOC   ANACTACGCOC 
10     MNHMHC  XAPIN 

$/.(aovioç)  KdMuoTOç  ô  [5]ca<7ïi[;.(6-X7o;)  è-;tpoiroc 
/(opiajv  ÊETjroTiy.riSv  i-Ko'"r\nv>  xb  xoiu.r,TT|ptOV  xoOxo  éa-jx<i> 
xcù  ti\  c-j\i.S;.(,>  lauxoO,  a;j.a  G-jvaxpi,  Éa>;  âva<rxâ<ïEu>;. 
Mvr,|iï;ç  yâpiv  °. 

Le  sens  de  cette  parole  éirosr,<rev  xb  xoiur,xr|?'.ov...  ëujç 
àvaerrio-îo);  rappelle  une  autre  épitaphe  du  même  temps 
trouvée  à  peu  de  distance  de  Thessalonique  qui  porte  ces 
mots  :  Oéto  cû>\l<x.  8=.  ya-r,  eiuô/.a'.  àvaTxi<î£toî  E-JayyeXov 
r,|xap  txYiTe7  et  il  est  impossible  de  ne  pas  rapprocher  de 
ces  textes  le  mot  de  saint  Paul  parlant  des  défunts  qui 
sont,  dit-il,  xoiu.y)6évxeç  èv  Xpi<r:<;> s,  que  nous  retrouvons 
à  Rome  dans  cette  formule  : 

KOIMCOMENOI  EN  ©ECO  KYPICO  XPICTCO  « 

et  à  Tbessalonique  dans  notre  première  inscription  où 
le  poisson,  lyOùç,  remplace  les  paroles  que  l'épi laphe  de 
Rome  a  énoncées10.  H.  Lecllucq. 

ACHEROPITA   Voir  PORTRAITS  de  N.-S. 

ACOLOUTHSA.  —  I.  Définition.  IL  Éléments. 
III.  Schéma. 

I.  Définition.  —  'AxoXou6i'«  vient  de  àxoXovOetv.  Son 
premier  sens  dans  la  langue  ecclésiastique  est  ordre 
(ordo)  ou  disposition  de  l'office  divin,  ce  qui  revient  à 
BtxraÇis  (slav.  £in;  roumain  wmarca  ou  renduiala)  et 
sert  à  désigner  l'office  dans  son  ensemble  et  son  enchaî- 
nement (slav.  sluzba; roumain  servitiu  ou  oficiu).  'Axo- 
XouBia,  écrit  Neophytus  Rhodinus,  s'emploie  Stôn  «xo- 
\o-Ma  \t.ix  itpoaevXTi  xv  «XXvp»,  »|  rpîni]  ôipa  rijv  «pûrr)v, 
j|  Ixtï)  ojv  TpiT*iv,  xa\  xi  è;/.;"-  Et  le  cardinal  Pi  Ira 
écrit  :  ixo\o\jQ(a.  =  système  depriircs,  où  tout  est  lié, 
,  hamwnisr  ,J.  Enfin  àxoXouflia  s'applique  encore  à 
des  combinaisons  euchologiques  comme  celles  que  nous 
trouvons  dans  Vherologion  :  ixoXouWa  t^  0=:a;  u.cTa>.r- 
<J/E(d;.  oiy/o  ilninir  communionis,  et  àxoXouQfa  tt^  rpa- 
itlÇr,;,  o»'do  mense,  qui  revient  à  la  benediclio  mettra  des 
latins'  ; 

Le  terme  répond  assez  bien,  en  somme,  à  CC  que  nous 
appelons  en  Occident  cursus,  officiuni. 

n.  43i7.  —  "F.  Bormann,  /»/■•  antiken  Inscliriften  zu  Wodena* 
dans  ArcMologiscIt-epigraphischc  Mittheilangen  aus  Oestcr- 
reich-Ungarn,  1888,  n.  21,  p.  195;  i>  Cabrol  et  D.  Usdercq 
loc.  cit.,  n.  4;t'iS.  —  »  I  Cm-.,  XV,  18.  '  De  li<»si,  dans  le  Bull 
diarch.  crist.,  1879,  p.  65,  DO  '•De  Rossi,  tee.  cit.,  1890 
p.  55  sq.  —  "Goar,  Euchologioh.  in-fbl.,  V'enetiis,  17"JC,  p.  27 
col.  l,n.  63.  — **Pitra,  Hymnographie de  l 'Eglise grecque,  in-4* 
Paris,  1807,  p.  8'i.  —  «NUIes,  Kakmdarium  monnaie,  in-8- 
Œniponte,  1WXÏ.  t.  I,  p.  i.vu.  Cf.  Cluguet,  Dictionnaire  grec 
français  des  noms  Uturgiqu  i    dans  l'Eglise  grecque, 

in-s ■.'  Paris,  1895,  p.  5. 


ACOLOUTIIIA 


342 


II.  Éléments  qui  entrent  dans  la.  coîipositio>"  de 
l'acolouthia.  —  1°  7H/o;,  ton,  me  Je.  —  La  musique 
des  grecs  comprend  quatre  modes  «  propres  »  et  quatre 
modes  «  obliques  »  '.  En  voici  les  noms  : 

1.  r,-/oç  Trpûiro;  (a')  =  premier  mode  du  plain-chant. 
"2.  ?,-/o;  ÔE-J-cpo;  ('fi')  =  troisième  mode  duplain-chant. 
3.  Sjroç  TpcTo;  (f')  =  cinquième  mode  du  plain-chant. 
,    4.  »jj£oç  T£Taproç(ô')  =  septième  mode  du  plain-chant. 
'      û.  t,/o;  wXdrytoç  irpwTo;  =  deuxième  mode  duplain- 
chant. 
C.  r/yo;  7rXâyco;  S:\jTspo;  =  quatrième  mode  du  plain- 
chant. 

7.  v/o;  3ap-j?  (gravis)  =  sixième  mode  du  plain-chant. 

8.  fj    ;  KXâytog  -irapTo;  =  huitième  mode  du  plain- 
ciiant. 

On  voit  par  ce  tableau  que  la  théorie  de  l'octoéchos 
('Oy.Trir,/o:)  a  beaucoup  d'affinités  avec  le  système  latin, 
la  démonstration  en  a  du  reste  été  faite2.  L'  'Oxtwïi/o? 
n'est  qu'un  abrégé  de  la  (AEfâXr)  'OxTwrj/oç  ou  'Oxxâriyoç 
s.-e.  fiiêlo;.  Il  ne  contient  que  les  huit  offices  propres 
aux  dimanches  et  dont  chacun  se  chante  dans  un  mode 
différent.  La  disposition  de  ce  livre  est  tout  à  fait  habile. 
Toutes  les  pièces  qui  se  chantent  dans  le  premier  ton 
lorment  la  première  division  et  ainsi  de  suite  des  autres 
d'après  leur  ton.  Quant  aux  tropaires,  ils  sont  répartis 
depuis  les  premières  vêpres  du  dimanche  jusqu'à  la  fin 
de  la  messe.  Chaque  ton  comprend  trois  compositions 
ou  «  canons  »  :  ràva<rrâ<n(j.ov,  qui  concerne  la  résurrec- 
tion; le  i7-:a-jç,oavoL(7zini\j.rj\,  qui  concerne  le  crucifiement 
et  la  résurrection; et  le  Beotoxiov,  qui  concerne  la  mère 
de  Dieu.  Telle  était  l'ancienne  répartition  à  laquelle  on 
ajouta  depuis  un  «  canon  »  à  chaque  ton.  Ce  canon  était 
dit  jj.Eo-ov'jxTc/.riv,  qui  appartient  aii  milieu  de  la  nuit, 
et,  comme  il  célèbre  la  Trinité,  on  le  nomme  encore 
rpcuSixoç,  qui  concerne  le  nombre  trois. 

Les  grecs  font  peu  usage  des  livres  notés;  ils  s'appli- 
quent à  retenir  de  mémoire  certaines  hymnes  et  ramènent 
au  rythme  de  celles-ci  d'autres  hymnes  de  même  mètre 
dont  ils  inscrivent  les  initia  à  la  suite  de  l'hymne 
typique.  Les  vers  que  l'on  a  accommodés  d'après  ce  des- 
sein sont  appelés  <mjf»]pà  irpoTÔixota,  versets  semblables, 
rersi  similares.  En  voici  un  exemple  emprunté  à 
Vacoloulhia  des  saints  Basile,  Grégoire  de  Nazianze  et 
Ican  Chrysostome  :  Kai  t]/âXXou.Ev  <rziyrtçh  upoaô'xota 
r,XO'j  ô'  rcpà;  tq  'Q.ç,  yswaïov  èv  u.âprja-tv.  «  Nous  psal- 
modions les  versets  semblables  dans  le  quatrième  ton, 
sur  l'air  de  :  '£};  yswaïov  èv  u.âprj<nv.  » 

Il  faut  toutefois  distinguer  entre  oxiyr,pà  et  o-rr/ot.  Le 
tiTiyripôv  est  un  verset  de  style  ecclésiastique  et  le  oriyo; 
?st  une  phrase  composée  à  l'aide  d'emprunts  au  psautier 
du  à  l'Ecriture  sainte.  En  outre  le  o-riyo;  est  généra- 
lement d'un  mètre  plus  court. 

Enfin  les  oriynrjpà  sont  upoirô^ota,  nous  l'avons  vu,  et 
iSrôpsXcc  ou  aùxôpiEXa,  c'est-à-dire  que  ces  sortes  de  com- 
positions ont  une  mélodie  qui  leur  appartient  en  propre. 

2°  Tpo7rdtptov.  «  Ce  terme  est  devenu  générique,  disait 
le  cardinal  Pitra,  précisément  parce  qu'il  est  l'un  des 
plus  anciens.  »  Avec  le  tropaire  nous  touchons  à  l'heure 
des  premières  créations  euchologiques,  nous  entendons 
celles  où  l'improvisation  du  président  de  l'assemblée  chré- 
tien ne,  s'exprimant  en  une  prose  abondante  et  mélodieuse, 
s'infiltrait  dans  les  interstices  de  l'euchologiesynagogale. 
Adoptée,  dès  le  début  de  l'Église,  sous  la  forme  spon- 
tanée et  par  conséquent  renouvelable  d'une  fois  à  la 
l'ois  suivante,  elle  fut  bientôt  fixée  et  attribuée  à  des 

'  Pour  ces  notions  nous  ferons  usage  de  Léo  Allatius,  De  li- 
bris  ecclesiasticis  Grœcorum,  diss.  I  ;  Goar,  Euclwlogion,  in-fol. 
Venetiis,  1730;  Nicolai  Hayaei,  Tractatus  de  Acoluthia  officii 
canonici  pro  Ecclesiis  urientalibus  Grœcorum  insolemni  com- 
memoratione  trium  doctorum  Basilii,  Nazianzcni  et  Chrysos- 
tomi,  dans  Acta  sanct.,  jun.  t.  Il,  p.  xm  sq.,  réimprimé  dans  P. 
G.,  t.  xxix,  col.  317  sq.  ;  N.  Nillcs,  Kalcndarium  manualc  utiius- 


échéances  marquées  et  immuables,  en  Tue  desquelles  la 
prose  libre  des  débuts  fut  remaniée,  soumise  aux  lois 
rythmiques  de  l'isosyllabie  et  de  l'hoinotonie  jusqu'à  ce 
qu'elle  devînt  strophe  poétique  où  elle  se  figea.  Les  tro- 
paires lorment  une  littérature  considérable  dont  on  ne 
se  rend  pas  un  compte  exact  à  cause  de  la  disposition 
adoptée  dans  leur  transcription.  Les  copistes,  et  plus 
tard  les  éditeurs,  ont  disposé  le  texte  comme  s'il  s'agis- 
sait de  prose,  se  bornant  à  indiquer  la  distinction  des 
vers  par  des  points  diacritiques,  oubliés  d'ailleurs 
quelquefois.  —  Une  partie  des  tropaires  est  encore  iné- 
dite. Il  reste  un  vestige  des  tropaires  vraiment  primitifs, 
c'est  le  TpoTtâpiov  xr,ç  r,|j.îpa;,  ou  simplement  xpo-rcâptov, 
c'est-à-dire  celui  qui  était  attribué  à  une  seule  tète; 
comme  il  se  chantait  à  la  fin  de  l'office  du  soir,  on  l'ap- 
pela aussi  KitoXimxtov. 

3°  Eipix.6;.  C'est,  dit  le  cardinal  Pitra,  le  «  début  d'un 
ancien  cantique,  destiné  à  fixer  la  mélodie  des  chants  « 
de  nouveaux  tropaires  du  même  rythme  que  le  sien. 
L'eîptib-  n'a  pas  été  inconnu  des  Juits  et  des  Syriens. 
Plusieurs  psaumes,  par  exemple  lvti,  lvih,  lix,  lxxv, 
ont  pour  etp[j.ô;  ces  mots  :  'Al  lascheth,  Ne  perdas,  et 
xlv,  lx,  lxix,  lxxx  ont  pour  EÎpjxôç  ces  mots  :  Sosan- 
nim  'eduth,  Lilia  testimonium. 

4°  Kovxâxtov.  Ce  mot  a  plusieurs  significations,  celle- 
qui  concerne  l'acolouthia  doit  seule  nous  retenir.  Le- 
xovrâxiov  est  un  tropaire  qui  contient  en  abrégé  le  su- 
jet de  la  fête  du  jour,  il  prend  place  dans  un  xocvwv 
après  la  sixième  ode,  ù8rr  Le  mélode  Romanus  s'est 
illustré  dans  ce  genre  de  compositions. 

5°  Otxoç.  D'après  Goar  et  Rneyus,  ce  mot,  qui  a  le 
sens  de  maison,  désignerait  une  composition  dont  la 
brièveté  ne  serait  pas  le  principal  mérite  et  où  l'on  ver- 
rait l'histoire  des  vertus  ou  de  la  gloire  de  celui  qui  en 
serait  l'objet.  Pitra  s'exprime  ainsi  :  «  Peut-être  le  mot 
otxoç  ne  désigne-t-il  que  les  groupes  rangés  en  cercle 
autour  du  chantre,  lorsqu'il  récitait  le  poème  qui  se  dé- 
roulait avec  le  volume  appelé  depuis  xovrâviov.  * 

Nous  avons  un  modèle  de  ces  compositions  dans  l'of- 
fice de  la  sainte  Vierge  nommé  ixâOtato;  (voir  Acathis- 
tus,  col.  213)  et  composé  de  vingt-quatre  oixoi  divisés 
en  quatre  groupes. 

6°  'QS-r,.  Les  pièces  comprises  sous  ce  nom  sont  de 
trois  sortes  : 

a)  Les  neuf  chants  de  l'office  de  l'aurore,  opOpoç,  et 
empruntés  aux  Livres  saints  : 

Ai  Èvvéa  a>Sa;. 
1.  ù>ùr\  de  Moïse  :  "Ao-w^ev  rû  Kupup.  Exod.,  tlv. 
■1.  àiSï)  de  Moïse  :  TlpouEyE,  o-jpavs.  Deut.,  xxxn. 
3.  TtpoerEuyïi  d'Anne  :  'EarEpsoùO/;  r,  xapota  (xoj  èv  K-jp(<>>- 

I  Reg.,  il. 
i.  mpodEv/T)  d'Habacuc  :  Kvp'.e,  e'aay.v-xoa  tt,v  àxorjv  cou. 

Hab.,m. 
5.  irpocrEV/T)  d'Isaïe  :    'Ev  vjxtô;  QpQpt'Çet  ta  TrvE'j[xdt  u.ov 

■rcpo;  es.  Is.,  XXVI. 
0.  irpouE-jyri  de  Jonas  :  'E^ô/jira  èv  6XciJ*ei  jaou.  Jon.,  il. 
7.  TtpodE'jyri  des  trois  enfants:  EJ/.oy/iTb;  û,  Kûpis.  Dan., 

m. 
S.  û(ivo;  des  trois  enfants  :  E-jXoyeÏT:,  rrivT*  xà  É'pya  Ku- 

p;oy. 
9.  o)orj  de  Marie  :  McYa'/.-jvc.  t|  ,i'J"/.vî  fiovi  (Luc,  i),  et-po- 

(TE'jyT)  de  Zacharie  :  EOXo-pjTa;  KOpto:.  Luc,  I. 

La  deuxième  <ÙSti  (Deut.,  xxxn)  ne  se  dit  que  pendant 
le  carême. 

b)  On  donne  encore  le  nom  d'à>8r,  à  un  cantique  fai- 

que  ecclesix  orientalis  et  occidentalis,  1896;  Clugnet,  toc.  cit.; 
(  laisser,  Le  système  musical  de  VÉrjlise  grecque,  dans  la'  Revue 
bénédictine,  1899 ;  J .  T.,  La  musique  byzantine  et  léchant  litur- 
gique des  grecs  modernes,  dans  les  Échos  d'Orient,  1897,  p.  353- 
368.  —  *  Gevaert,  Les  origines  du  chant  liturgique  dans  l'Église 
latine,  in-8%  Paris,  1890  :  La  mélopée  antique  dans  le  citant  de- 
l'Église  latine,  p.  6  sq.,  8C-1^. 


343 


ACOLOUTHIA 


sant  partie  de  l'office  de  l'aurore  qui,  originairement 
composé  des  neuf  cantiques  scripturaires  qui  viennent 
d'être  énumérés,  a  admis  dans  la  suite  des  compositions 
(xavùv)  poétiques  calquées  sur  le  canon  primitif  et  pour 
ce  motif  divisées  en  neuf  parties,  ou  odes,  ù>Sai,  qui  sont 
comme  les  répliques  des  àwéa  ùSat  inspirées.  Ces  odes 
comprennent  chacune  un  plus  ou  moins  grand  nombre 
de  tropaires,  xpo7tipia,  qui  sont  souvent  acrostiches.  Voir 
Acrostiche.  La  deuxième  <j>Sr|  (réplique)  manque  dans 
tous  les  canons  qui  ne  sont  pas  récités  pendant  le  carême  ; 
toutefois  la  notation  numérique  primitive  n'a  subi  de 
ce  chef  aucun  changement.  Les  odes  ont  subi  un  rema- 
niement assez  prolond  dans  les  offices  du  temps  qui 
précède  la  lete  de  Pâques.  Plusieurs  des  canons  qui  pro- 
longaient  indéfiniment  l'office  ont  été  réduits  de  neuf  à 
quatre,  à  deux,  mais  surtout  à  trois  odes;  d'où  leur  nom 
<le  TExpaiiôia,  xpioiôiaet  ôuôSta.  Parfois  même  on  est  allé 
jusqu'à  contracter  deux  canons  en  un  seul,  et,  s'ils  n'é- 
taient pas  rythmés  tous  deux  sur  le  même  £tp(j.b;,  on  a 
nommé  le  canon  unique  résultant  de  cette  fusion  ôjsip- 
(j.oç.  Les  neuf  <;>Soù  considérées  au  point  de  vue  litur- 
gique portent  le  nom  de  xavûv,  au  point  de  vue  litté- 
raire celui  de  izoî^a. 

c)  'ÛSy)  t(ôv  'Avaëa0pu5v,  cantique  des  degrés.  A 
cette  interprétation  il  faut  probablement  préférer  celle 
que  M.  Clugnet  propose  en  ces  termes  :  «  Dans  le  7xapa- 
x>.7)Ttxïj,  livre  liturgique  des  grecs,  on  appelle  àvaëa6(xo'i 
une  série  de  tropaires  ou  plutôt  de  versets  de  composi- 
tion ecclésiastique,  qui  appartiennent  à  l'office  de  l'au- 
rore, o'pôpoç.  Il  y  a  huit  séries  de  cette  sorte.  Chacune 
d'elles  est  chantée  sur  l'un  des  huit  modes  de  la  mu- 
sique religieuse  et  se  divise  en  trois  groupes  appelés 
àvTÎçidvo,  excepté  celle  du  quatrième  mode  plagal,  qui 
est  divisée  en  quatre  àvxi'çtova.  Les  versets  en  question 
ont  été  nommés  àvaêaOjioî,  évidemment  parce,que  leur 
auteur  s'est  proposé  d'imiter  ceux  des  psaumes  graduels. 
Or,  si  l'on  considère  que  dans  ces  psaumes  on  trouve 
souvent  des  expressions  comme  celle-ci  :  Ad  te  levavi 
oculos  meos,  qui  habitas  in  cœlis  (Ps.  cxxn,  1),  on  peut 
croire  que  l'hymnographe  grec  a  vu  dans  ces  paroles  le 
trait  caractéristique  des  chants  du  Psalmiste,  car  dans  les 
versets  qu'il  a  composés  reviennent  très  souvent  des 
phrases  telles  que  celles-ci  :  àv  x&i  oOpav<ji  xà  ou,H«?<* 
Éx7rê(j.7t(i)  \).vj  ttjç  xapStaç'  •/)  xapôt'a  \i.o-j  Ttpô;  al,  AofE, 
ii  WèiÎTco,  etc.  Ainsi  le  mot  àvaêa8|ioi,  qu'on  a  traduit  de 
tant  de  manières,  signifierait  simplement  :  élévations, 
c'est-à-dire  cantique  dans  lequel  l'âme  s'élève  vers  Dieu, 
ou  demande  à  Dieu  de  l'élever  jusqu'à  lui.  » 

7°  Kaviiv.  Ce  qui  vient  d'être  dit  des  odes  explique 
plusieurs  côtés  de  la  composition  des  canons  auxquels, 
malgré  les  exemples  de  contraction  qui  ont  été  signalés 
plus  haut,  s'applique  la  définition  de  Zonare  :  '£ïpi<j|jivov 
xai  Terj7iù>}jL£vov  xb  uixpov  tojt<5  è<txiv  àv  âvvéa  ç>oaïc 
o-uvTeXov|xevov  ',  Ce  genre  réglé  et  invariable  comporte 
neuf  odes,  qui,  à  leur  tour,  comportent  les  tropaires 
rythmés  et  harmonisés  sur  leur  eip|j.<>;.  Le  dernier  tro- 
paire  de  chaque  ode  dans  un  canon  porte  le  nom  de 
(Jeoxôxto'v  parce  qu'il  contient  toujours  les  louanges  de 
la  mère  de  Dieu.  Un  canon  peut  recevoir,  entre  ces  di- 
vers tropaires,  des  compositions  intercalées;  par  exem- 
ple :  l'olxoç  ou  bien  des  tropaires  tels  que  l'ùnaxoq,  le 
xaxaoaata,  le  xi9iT(jLa,  le  erxavpoOeoTÔxiov,  le  xovxàxiov. 
Les  canons  portent  une  désignation  spéciale  correspon- 
dant au  tour  d'idées  qui  les  a  inspirés  : 

xavùv  àvaord(<Tt|j.o;,  sur  la  résurrection, 

—  <jTavpo>ffi|ioç,  sur  la  croix, 

—  vexpo><ji[Aoç,  sur  les  morts, 

—  àvoc7iaù(Ti|ioç,  — 

—  <TTaupovtxpcôac(j.o;,  sur  le.  croix  et  les  défunts, 

1  Zonaras,  Ad  canones  anastasim.  Damascen,  dans  P.  G. 
t.  CXXXV,  col.  423- 'i24.  —  «C.  I. 


xavù)v  7rapax),r)Ttxic  sur  le  réconfort  des  âmes, 

—  îx£xr,pioç,  supplications, 

—  xptaStxô;,  sur  la  Trinité, 

—  ôoYnafixô;,  sur  les  dogmes. 

Le  uiyaç  xavwv  est  ainsi  nommé  à  cause  du  grand 
nombre  de  tropaires  qu'il  contient.  Quant  au  TtapaxXïjxi- 
v.o-  xavcôv,  il  est  susceptible  de  recevoir  des  oraisons  et 
même  des  évangiles  entre  ses  tropaires. 

8°  2-rixo;-  C'est  un  verset  emprunté  à  l'Écriture  sainte, 
principalement  au  livre  des  Psaumes,  et  formant  un 
tout  complet.  ExivoX.oi'Eïv  xb  ^hxItt^iO'/  indique  la  réci- 
tation alternée  par  s  tiques  ou  versets  des  psaumes  de 
David. 

9°  Sxtyïipév.  C'est  un  tropaire  qui  n'a  que  l'étendue 
d'un  ort-/o;  et  qui  suit  un  verset  scripturaire.  Les  extyr,- 
pà,  xovTx/.ta  etxportàpia  portent,  d'après  le  sujet  dont  ils 
traitent,  les  épithètes  de  : 

àvccaTâ<7!u.a,  sur  la  résurrection, 

GraijpoavaTrâffiiia,  sur  la  croix  et  sur  la  résurrection, 

TpiaSixri,  sur  la  Trinité, 

Qeoxôxioc,  sur  la  mère  de  Dieu, 

(lapTupixi,  sur  les  martyrs, 

(7iaupo6eoxoxia,  sur  la  mère  des  doideurs, 

vsxp<i<n[j.a,  sur  les  défunts, 

àvaxo),txi,  qui  se  chante  à  l'aube  du  jour, 

çoùta-fio-fixâ,  pour  obtenir  l'illumination  de  l'esprit, 

ÈïaTtoiTTEiXàpta,  en  mémoire  de  la  dispersion  et  de  la 

prédication  des  apôtres. 
àno^UTÏxia,  qui  marque  la  fin  de  l'office. 

10°  AteôVjitc;.  C'est  le  renvoi  de  l'assemblée,  l'office 
terminé,  par  une  prière  que  récite  le  prêtre.  L'à7ro).v<rt; 
est  précédé  du  iîxr/Y)pbv  (ou  xpo7râp'.ov)  à7ro).-jxixiov  spé- 
cial à  chaque  fête  dont  il  est  le  plus  ancien  des  tropaires 
et  pour  cette  raison  porte  souvent  cette  indication  :  xb 
Tporcàpiov  xr,;  r,(j.lpa;. 

11°  'Yuaxorç.  C'est  une  manière  de  refrain  que  l'on 
trouve  inteiralé  après  la  troisième  ode  de  certains  ca- 
nons et  qui  était  probablement  exécuté  en  chœur,  tandis 
que  les  autres  l'étaient  en  solo.  On  y  a  vu  aussi  un 
psaume  dont  le  diacre  chantait  le  commencement  des 
versets  qu'achevait  l'assistance  après  lui.  Il  semble  pré- 
férable  de  n'exclure  aucune  de  ces  explications,  elles 
peuvent  avoir  toutes  deux  un  fondement  dans  les  laits 
suivant  les  temps,  les  lieux  et  les  usages. 

\'l"  KaxyëaTia.  C'est  un  tropaire  placé  à  la  suite  d'une 
ode  dans  le  canon  d'une  grande  fête.  Ce  tropaire,  dit 
M.  Clugnet,  n'est  autre  chose  que  l'îipub;  même  de 
l'ode  qu'il  accompagne,  c'est-à-dire  le  tropaire  primitif 
sur  le  type  duquel  ont  été  écrits  tous  ceux  dont  cette  ode 
se  compose. 

III.  Schéma  de  l'acoloutiiia.  —  1°  "O  ai/.pb;  'E<tk£- 
eivo'c,  les  petites  vêpres.  Cet  office,  dit  le  Typicon  de 
saint  Sabas,  se  célèbre  avant  le  coucher  du  soleil,  vers 
la  dixième  heure  du  jour,  lorsque  le  sacristain  (ô  xaviV,- 
Xiixxr,;),  après  s'être  approché  du  président  de  l'assem  • 
blée  et  l'avoir  salué  d'une  inclination,  redescend  et  donne 
le  petit  son.  Ilpb  xov  Svvoi  xbv  r,)iov,  ï|YOw  ïtspt  ûpav 
SexaTqv  tîjç  f,[j.Épa:,  àvép/sxai  6  xavôr,).i7rxr,;  xai  ixotEÎ  jae- 
xâvotav  xtii  7xpo<TE<TXô)xi,  xai  xaxsXOi'ov  <rr,[jio:vei  xb  [juxpov  2. 
Ce  cas  de  cumul  des  charges  de  sacristain  et  de  sonneur 
(Xaoffuvâxn;;)  ne  doit  être  ni  restreint  à  la  Laure  de 
saint  Sabas,  ni  tenu  pour  une  pratique  générale.  Dès 
que  les  lrères  sont  réunis  l'office  commence. 

'iEpeû;.  —  E-JXoYïixb;  6  Sio;  f,[xajv,  àVi  xoù  £:;  xoL; 
ociaiva;  xôiv  aîoiviov.   'AuVjv. 

'Exx).»)iiiâp-/K5;.  —  Ae-jxe  rcpoax'jvrjacdinv. 

On  psalmodie  le  psaume  préparatoire  'Ev/.oysi  r\  t]>uxi 
(jovi  xbv  KOpiov,  KOpiE  û  0sôç  (iou  sur  un  ton  modéré. 
Ensuite  le  psaume  K-Jpis  âxÉxpa*a  sur  le  ton  dominical. 
Puis  quatre  stiques  et  les  <m/Tjpà  npodojioia  dans  le 
quatrième  ton,  sur  l'air  de  'û;  yewalov  tv  nasrjffiv. 


345 


ACOLOUTHIA 


34G 


ÏTix^pà  Trpo<7Ô(j.o'.a,  suivis  du  AôSoc,  du  Ôsotâxtov  et  de 
i\ju.vo;  "oO  X'j/vt/.oO  : 

<£><<>;  tXapôv  àyta;  Sôl;r,; 
àôavcxTO-j  Ila-pô;,   Tr,ijo-j  XpisTÉ- 
èXv'ô'vts;  èiù  to-j  ïjXt'ovi  Suo-tv, 
ISÔvte;  çâ>;  Écnuptvov, 
ÛU.VOÛU.EV  IlaTÉpx  xa't  Yîôv 
xa't  "Aytov  IIveC[j.a  0eoù- 
"A£to;  si  èv  7râ<7t  xatpot; 
•ju.veto-0at  çtovaï;  ôut'at;, 
Yts  ©sou,  Ça)T)V  6  3t6o-j;- 
otô  6  y.ô(7[io;  ce  SoçâÇEt. 

On  chante  alors  le  psaume  :  'O  y.ûpto;  ioao-;XE'jo-ev  *  et 
l'oraison  suivante  : 

KaTa?t'o)(70v,  K-jpts,  Èv  T/j  éff-Épa  i-aûrr,,  àvajiapT^TO'jç 
ç-jXay_8vivat  rtjj.5;.  E-JXoyr]TÔ;  si,  KjptE,  ô  Qeô;  itaTÉptov 
r,[Atôv,  xa't  atvsrôv  xai  8s3o;;ao-u.ÊVOv  tô  ovojXâ  trou  et;  tovç 
attiivaç.   'Ap^v  "2. 

Ensuite  des  ort)rijpà  upoo-ô'jj.ota  sur  l'air  de  Tptr,p;spo; 
àvéo-T/);  Xpio-rs,  le  Aô£a  et  le  Oeotoxiov  suivis  immédia- 
tement du  cantique  de  Siméon  :  Nûv  àîtoXÛEt;  tôv  So'jXôv 
o-o-j  qui  termine  le  -rpto-âytov  : 

à'yto;  6  0eô;, 

âyto;  tffyjpô;, 

à'yto;  àOâvaTo;, 

eXérjcrov  f|U-â;, 

Enfin  l'àiïoXuy.Tty.tov  et  I'àiro'Xuo-c;. 

2°  'O  pÉya;  'Eo-jreptvô;,  /es  grandes  vêpres.  Après 
le  coucher  du  soleil,  dit  le  Typicon,  le  sacristain  va  laire 
inclination  devant  le  président  de  l'assemblée.  Il  revient 
et  trappe  lentement  les  cloches  pendant  qu'il  chante 
le  psaume  CXVIU*  :  Merà  to-j  8-jvat  tôv  t,Xcov  u.txpdv, 
à7isp-/_£Tat  6  xavSqXâftTT);  xa't  Trotsï  u.£Tavotav  tù  IlpOE- 
i7Tô)Tt.  Elta  àvépyerat  xa't  xpoûec  Ta;  Bapla;  <r/oXsa>;, 
•ii)Xtùv  xôv  "Au.a>;j.ov  (=Maxâpiot  oi  àu.o>u.ot  ev  âS(i>).  Cela 
fait,  il  allume  les  lampes  et  fait  sonner  le  grand  «  se- 
manterium  »,  ensuite  le  «  semanterium  »  de  métal  3,  il 
vient  alors  se  placer  devant  les  portes  du  sanctuaire 
OfjjjLa).  L'îspsvj;  se  lève,  s'incline  devant  l'Hégoumène  ou, 
en  son  absence,  devant  son  siège,  s'incline  devant  les 
portes  du  Pn^a  jusqu'à  trois  fois  et  une  lois  seulement 
devant  le  chœur;  il  entre  alors  dans  le  sanctuaire, 
récite  la  prière  de  l'encensement  :  KatEÛÔuvov  rr,v  upo- 
(75-j/t,v  r,[Ji.â)v,  a>;  û-ju.tau.a  evoJTttôv  aoxi,  xai  7rpôo-6s<;at 
aJTr,v  Et;  ÔTp.r,v  E-jwSta;.  Le  sacristain,  portant  une 
lampe,  dit  à  haute  voix  :  KeXejo-atE.  L'tspe-jc  encense 
l'autel,  l'image  du  saint  titulaire  de  l'église  ou  de  celui 
dont  on  lait  la  fête,  le  président  de  l'assemblée,  les  deux 
cotés  du  chœur;  de  là  il  va  dans  le  narthex,  encense 
ceux  qui  s'y  trouvent  et  revient.  Il  dit  alors  à  haute 
voix  :  Kûpte  sukéyriaov  et  encense  le  président.  A  son 
entrée  dans  le  sanctuaire,  il  trace  le  signe  de  la  croix  à 
trois  reprises  avec  l'encens  et  dit  :  ÀôSa  tîj  àyta  y.  ai 
Gu.oo'JO"iu>  xa't  ^o)OTtot(i)  -w.  àôtatS£T<o  TptâSt,  itâvTOTS,  vjv, 
xa't  àei  xai  et;  tû'j;  attïjva;  twv  aùjvtov.  On  répond  'Ajjurjv. 
Alors  il  dit  à  trois  reprises  la  formule  de  l'invitatoire  : 
AeCte  7rpoo"/.uvYJo-u>u,Ev  xa't  7tpo<îiTca<i>[j.ev  Xptff-tîi  to>  [i-xvi- 
Xeï  ykjhôv  Oe&j.  La  première  fois  on  répète  à  deux  re- 
prises, la  seconde  fois  on  n'a  qu'une  seule  répétition, 
1  "tspsuç  reprend  :  AeOts  7tpo<yxvvïî<T<i>|j.Ev  xoù  irpoT7rêo-a>u.ev 
a'jTtô  XptuTôi  tû  pauiXet  xa't  t<ô  Oe<j>  yiu.ojv.  L'ecclésiarque 
commence  (rp/o;  tXdtytoç  rétap-roç)  le  psaume  :  EJXôyet 
r,  <1/v-/ï)  V-°'J  T0V  Kûptov;  tous  les  frères  suivent.  Quand  on 
arrive  au  verset  'AvotÇavTÔ;  cto-j  xr,v  yeïçnx  on  le  redouble 

*  Cet  initium  est  celui  de  trois  psaumes.  Le  Tyvicon  ne  dit 
pas  duquel  il  s'agit.  —  'Cette  oraison  qui  manque  dans  les  livres 
liturgiques  consultés  par  Ryrcus,  a  été  donnée  d'après  VHorolo- 
gium  de  Crypto-Ferrata,  et  pour  cette  raison  son  origine  grecque 
parait  moins  certaine.  —  3  Voy.  les  détails  et  figures  au  mot  Clo- 


en  relevant  la  voix4.  Après  le  psaume,  (e  diacre  dit  la 
grande  litanie,  <Tuva7rry)  u.eydtXv),  dont  l'tepej;  donne  la 
doxologie.  On  récite  ensuite  la  première  division  (y.-<- 
9t<7u.a)  du  psautier  (Ps.  I  à  vin  inclus)  avec  les 
doxologies  intercalées.  Le  diacre  prononce  la  petite  li- 
tanie, r,  (j.txpà  (T'jvaTiT/1,,  dont  l'iEpî'j;  donne  la  doxologie. 
Ceci  achevé,  un  entant  de  chœur,  (/.avovâpy^;)  5  souflle 
le  ton  et  l'on  psalmodie  le  psaume  IvjptE  éxÉxpala 
d'après  les  prescriptions  de  l'ôxTwrf/o;.  Le  diacre  (ou  le 
prêtre)  fait  l'encensement  pendant  que  le  chœur  chante 
des  versets,  il  se  rend  ensuite  à  la  sacristie,  Staxtmxrfv. 
Le  prêtre  et  lui  en  ressortent  peu  de  temps  après  por- 
tant de  nouveaux  vêtements  et  s'avancent  dans  l'église. 
Le  diacre,  portant  à  hauteur  du  visage  les  Livres  saints, 
est  suivi  du  prêtre;  leur  marche  n'est  pas  directe;  enfin, 
en  arrivant  devant  la  porte  du  sanctuaire,  le  prêtre  ré- 
cite I'e-j/ti  tïjç  c'tTdôoy,  puis  il  bénit  l'entrée  et  le  diacre, 
ayant  tracé  une  croix  avec  l'encensoir,  dit  Soçta,  ôpOot6, 
on  répond  :  <tà>;  îXapàv  x.t.X.  Celui  qui  a  été  désigné 
chante  le  distique  propre  au  jour  :  'O  Kûpto;  Èêa^tXE'j- 
a-ev,  dont  les  deux  stiques  sont  :  'EvôS-jiraTo  K-jpio;  6-j- 
vajj.iv,  et  :  Ka't  yàp  éTTepétoTEv.  Après  qu'il  a  regagné  sa 
place  avec  les  révérences  d'usage,  le  diacre  récite  deux 
prières  litaniques  (tioieî  tt]v  ovrrfly\  èxtevî,)  dont  I'îepEÙç 
prononce  les  conclusions  doxologiques,  après  quoi,  celui- 
ci  dit  l'oraison  secrète  désignée  sous  le  nom  de  Ke?a- 
Xo/.XtTta;,  de  l'inclination  de  la  tête.  Suit  la  proces- 
sion dans  le  narthex  au  chant  des  idiomèles  propres  à  la 
fête  du  jour.  L'ispsù;  et  le  diacre  marchent  en  tète  avec 
l'encens  et  les  flambeaux.  Dès  que  le  Oeotôxiov  est 
terminé,  le  diacre,  ou  en  son  absence  le  prêtre  7,  clame 
de  façon  à  être  entendu  de  tous  une  série  d'oraisons  : 
1.  pour  tous;  "2.  pour  l'empereur;  '6.  pour  les  vivants 
et  les  défunts;  4.  pour  l'Eglise,  la  ville,  la  contrée.  Ces 
oraisons  sont  suivies  d'acclamations  poussées  par  le 
chœur. 

Après  la  première  oraison  :  K-jpte  âX!r)<rov,  quarante 
lois. 

Après  la  deuxième  oraison  :  Ivjpte  èXé/]tov,  trente 
fois. 

Après  la  troisième  oraison  :  Kûpte  èXéïiaov,  cinquante 
fois.  , 

Après  la  quatrième  oraison  :  KûptE  £X£r,9ov,  quarante 
fois. 

On  bénit  alors  toute  l'assemblée  et  on  entame  les  sli- 
chères  propres  au  jour,  que  l'on  termine  parle  cantique 
de  Siméon  NOv  iîtoX'jst;,  le  Tpiçotytov,  le  liavayt'a  Tpcà; 
et  le  Ilârep  ï)u.â>v.  Ces  pièces  sont  connues,  saut  la 
troisième  que  je  donne  ici  : 

Ilavayta  Tptà;,  èXÉ/)iov  riU.5.;- 
K-jptE,  tXàaÔrjTt  Tat;  otu.apTtat;  f,|MBV. 
Aéiruora,  (7uyx<"P'1'70V  Ta'î  avortai;  r,[xû>v. 
"AytE,  ènt'dxe'j/at  xa't  t'acra;  ta;  àdfiïvsta;  r,u.cùv. 
é'vexev  to-j  ôvd|xaTÔ;  (to-j. 

La  rubrique  du  Typicon  continue  :  Nous  répétons  à 
trois  reprises  f'àîroXuxtxtov.  Quant  à  l'insertion  à  celte 
place  de  la  Salutation  angélique  répétée  trois  fois,  rien 
n'indique  que  cette  coutume  soit  ancienne.  On  apporte 
des  pains,  une  cruche  de  ben  vin  et  un  petit  vaisseau 
d'huile  qui  reçoivent  la  bénédiction  de  l'Upeùç  et  le 
chœur  commence  le  psaume  :  E-JXoyiÎTw  tôv  Kûptov  èv 
TtavTi  xatpô»  jusqu'au  verset  :  OOx  ÈXatTwÔTidovTat  jravrô; 
àyaOoO.  Alors  le  prêtre,  qui  s'est  rendu  à  la  perte  du 
sanctuaire,  se  tourne  vers  l'Occident  et  quand  le  psaume 
est  fini  il  dit  :  EùXoyt'a  Kupioy  ètf'  ûu.ï;  TtivTOTe,  vOv  xa't 
et;  toù;  aîàiva;  Toiv  atwviDV.  'Au.riv.  Suit  une  lecture  tirée 


ciies.  —  *i\  ce  moment  l'Ufiù;  se  rend  devant  la  porte  du  sanc- 
tuaire et  récite,  !a  tète  découverte,  les  oraisons  du  lucernaire. 
5  Clugnet,  Dict.,  à  ce  mot.  —  «  Peut-être  :  ito?;«  o}0r,.  —  '  C'est  la 
rubrique  de  Saint-Germain  de  Constantinople.  Saint  Sabas  ne  parle 
pas  du  diacre  en  la  circonstance. 


217 


ACOLOUTHIA   —   ACOLYTE 


O-iO 


du  TlpaZaTzùvToXoz  (Actes  dos  Apôtres  et  Épi  1res  de  saint 
Paul).  Pendant  le  temps  compris  depuis  le  dimanche 
de  Pâques  jusqu'au  premier  dimanche  après  la  Pente- 
côte (KuptBxi)  Ttov  'Ayicov  tâvxcov),  on  lit  les  Actes  des 
Apôtres  exclusivement.  Le  cellérier  (xE)XaptT rçç)  rompt 
les  pains  et  les  distribue  ainsi  qu'un  coup  de  vin  à 
chacun  des  trères,  afin  de  supporter  la  fatigue  de  la 
veille;  c'était  là  du  reste  un  usage  venu  des  anciens. 
A  partir  de  ce  moment  le  jeûne  était  de  rigueur  jusqu'à 
ia  réception  de  l'eucharistie. 

3°  'O  opOpoç  ou  bien  t'o  jiEffov-jx-rsxôv  sont  les  deux 
termes  qui  servent  à  désigner  l'office  du  milieu  de  la 
nuit.  Le  sacristain  après  avoir  préparé  l'encensoir  sort 
et  tait  sonner  le  grand  «  semanterium  »  pour  convoquer 
à  l'église,  où  l'on  récite  les  douze  prières  suivies  de  la 
cuvaxtr,  iiefctta]  qui  a  déjà  été  récitée  à  Vêpres.  Celui  qui 
a  été  désigné  pour  le  itpox£i'|i£vov  du  jour,  chante  :  Qsb; 
Kùptoc,  et  l'office  se  déroule  dans  l'ordre  suivant  :  La 


qui  doit  suivre  immédiatement  et  au  milieu  de  l'inter- 
valle se  trouve  une  heure  canoniale  supplémentaire,  par 
conséquent  MîTiôptov  ttiî  IIpùjtïj;  "ùpx;,  Mso-wpcov  -•?.; 
Tp!Tï)ç  "ûpaç,  Mîfftôpiov  tïjç  "E/.r/];  "Qpa;  et  MeooJptov  tîj« 
'EîvctTïjç  "Qpa;. 

Les  heures  canoniales  de  tierce,  soxte,  none  et  le 
mesorion  de  chacune  d'elles  s'ouvrent  par  plusieurs 
acclamations. 

6°  Ta  Tuntxà  se  récite  avant  ou  après  none,  et  sur  le  ton 
direct  (y-jy.*).  On  dit  d'abord  :  E-iXô-yst  ijn)/TJ  jaou  tôv 
KOptov,  eùXoyrjTÔ;  et  Kûpts,  et  ensuite  le  psaume  Cil  ter- 
miné par  une  doxologie  :  Aô<ja;  alors  le  psaume  cxlv  et 
Ka\  vjv  et  un  tropaire.  Pendant  le  carême  on  omet  les 
psaumes  des  typica  et  aus">,At  l'aies  l'oraison  :  AscrcoTa 
Kûpts  'IijffO'J  Xpiori,  6  (r>ïb;  ^atov,  6  ULaxpoO'jjxy,(iaç... 
x.t.X.  du  mesorion  de  none  le  chœur  dit  :  Mv^<r8r,Tt 
■^aûv  Kûpi5,  et  aussitôt  les  béatitudes  évangéliques,  après 
chacune  desquelles  on  dit  :  Mvïjo-uVi  rjuûv.  K-Jpts,  èv  rîj 


Prime  : 

Tierce  : 

Se.r/c  : 

None  : 

Psaumes  v,  lxxxix,  c, 

Psaumes  xvi.  xxiv,  l, 

Psaumes  lui,  lxiii,  xc, 

Ps.  LXXXIII,  LXXX1V,  LXXXV. 

Aola.  xcù  vùv,  àXXrjXo'jïa  X.T.X. , 

AôEa  /.où  vùv... 

Aôl;a  xoù  vjv... 

A'.Ea  xat  vjv... 

Deux  stiques, 

Deux  stiques, 

Deux  stiques, 

Deux  stiques, 

Ao?a, 

AôEa, 

Aôija, 

Aocja, 

©EOTOXIOV, 

©EOTÔxtov, 

©EOTÔxtov, 

©eotoxiov, 

Tpurâyiov 

Tptcràyiov, 

Tptoâytov, 

Tptcriytov, 

Tropaires   variables    suivant 

AôEa, 

AôEa, 

Aô|a, 

le  jour. 

©EOTOXIOV, 

0SOTOXSOV, 

©EOTÔXtOV, 

AôEa, 

K-jpis  ÈXérjoov,  '(0  fois. 

K'jpts  ÊXéijffov,  40  fois. 

Kûpts  ÈXÈVlo*ov,  iO  fois. 

'Â7CÔX'J?tç. 

Oraison  de  S.  Mardarios. 

Mesorion  de  prime  : 

de  tierce  : 

de  se//'  : 

wne  : 

Psaumes  xxix.  xxxi.  i.x, 

Psaumes  lv,  lyi,  lxix, 

Psaumes  exu,  i.\,  CXXX1X, 

Tpr,7tâptov  xaTocvuxTtxbv, 

Aoça, 

Aô:a, 

AôEa, 

AdJa, 

lldtTEp  r|(i('uv, 

IIccTEp  f||XÔ)V, 

nÎTîp    ï,U.(iv, 

©EOTOXIOV, 

Tropaire, 

Tropaire, 

Tropaire, 

KjpiE  èX£ï)(tov,  40  fois. 

AôÇoc, 

AôEa, 

Aiïï, 

Oratio, 

©EOTOXIOV, 

©EOTÔXtOV, 

©EOTOX'.OV, 

Aô![a. 

Kupt;  èXÉV(aov,  40  foi-'. 

KûptE  È)ir,(7ov,  40  fois. 

K-jpte  È).ér,o-ov,  40  fois. 

Oraison. 

Oraison. 

Oraison. 

première  stichologie  avec  son  cathisma  et  la  seconde 
aussitôt  après  avec  le  sien.  Le  psaume  AÏveÏts  -b  ovojia 
Kup'ou,  à  chaque  verset  duquel  on  a  ajouté  :  àXX/)Xo\ua. 
Le  psaume  Polyeleos  :  'Eio\i.i-iloytïzzzM  KupJtotbv  Kûptov, 
ôti  eï;  tov  atcûvoc  tô  k'Xso;  ocjtoO,  La  troisième  stichologie 
avec  son  cathisma.  Les  élévations  :  Antiphone  première 
suivie  du  prokeimenon  el  de  la  lecture  de  l'Évangile 
par  le  prêtre.  Suivent  plusieurs  acclamations  et  le  baise- 
mentde  l'é vangéliaire ;  ensuite  le  «  canon  triplex  »,  com- 
position très  enchevêtrée  dont  la  description  appren- 
drait peu  de  choses.  Enfin,  l"E;orao<7TsiXcxptûv  qui  pré- 
cède immédiatement  la  deuxième  partie  de  l'ôpOpo;  ou 
laudes. 

4°  L'opOpoçsc  partage  en  iJteo-ovjxTixôvetenoùvoi  qui  est 
l'office  de  laudes.  Il  comprend  la  récitation  des  psaumes 
CXLVin,  cxlix,  cl  et  ensuite  des  o-u/r(pà  Trpoad'p.oia,  dans 
le  deuxième  ton,  sur  l'air  llotoi;  EÛç>)|Xtc>v,  suivis  de  la 
petite  doxologie,  le  Oeotôxiov,  et  la  grande  doxologie. 
L'iEpEÙ;  distribue  de  l'huile  bénie;  quand  le  président  de 
l'assemblée  est  revêtu  du  sacerdoce  il  fait  une  onction 
sur  le  front  et  on  se  retire.  Toutefois  dans  plusieurs 
recueils  on  trouve  diflérentes  oraisons  avant  J'ànô- 
Xvotç. 

5°  Les  grecs  ont  dans  leur  office  les  heures  de  prime, 
tierce,  sexte  et  none.  Entre  chacun  des  offices  et  celui 


pao-iXsia  <jo-j.  Mv^o-Qijti  t,|a<'jv,  Kûpts,  Stav  e'/Or;;  èv  rîj  Pï«rt- 
Xeî*  oo'j.  Ces  rubriques  varient  légèrement  suivant  qu'on 
se  trouve  dans  l'un  ou  l'autre  des  quatre  carêmes  de 
l'année  liturgique  des  grecs. 

7°  Tb  iitôÊEUtvov.  Cette  heure  canoniale  répond  u  l'of- 
fice de  compiles  chez  les  latins,  elle  se  divise  en  tô  (AÉya 
àitôSeravov,  et  tô  (xtxpôv  à7TôSe'.~vov.  —  La  première  ne 
se  dit  guère  que  pendant  le  carême,  la  seconde  pendant 
le  reste  de  l'année.  L'ordre  de  Vapodipnon  minus  est 
le  suivant  :  \o\rt  toi.;  Un  tropaire;  le  Trisagion;  l'Orai- 
son dominicale:  KJpis  èXét)(ton  douze  lois;  Yenite  adore- 
mus,  trois  fois;  les  psaumes  L,  lxix  et  CXLII.  La  grande 
doxologie,  mais  en  s'arrétant  à  ces  mots  :  eï;  tôv  aiiiiva 
tov)  aîûvo;.  Ensuite  KûptE  xatKfUYTj,  en  omettant  à  la  lin 
le  "Ayto;  6  ©eô;,  qu'on  remplace  par  K3c:a;:u)o-ov,  KOpts, 
èv  tt|  vjxtI  TauTT)  àvauapTY-To-j;  ovXax6f|Vat.  On  dit  en- 
suite :  "AÇtôv  âo-rtv  ù;  àXr.Oàiî.  Le  Credo,  le  Trisagion. 
l'Oraison  dominicale,  le  tropaire  du  saint  dont  on  fait 
l'office  ou  un  autre,  'O  ©eô;  IlaTÉpwv,  le  Aô£a,  un  tro- 
paire, Ka'i  vjv,  Kûpiî,  êXéïjtrov,  quarante  fois,  plusieurs 
invocations  et  l'àirôXuai;  précédée  d'une  longue  prier 
pour  le  sommeil  de  la  nuit.  H.  I.ixi.krcq. 

ACOLYTE.  —  I.  Étymologie.  II.  Origine.  III.  Fonc- 
tions. IV.  Les  acolytes  après  la  paix  de  l'Église, 


340 


ACOLYTE 


£50 


I.  KTÏMOLOGIE.  —  'Ay.ôXouGo;  se  compose  de  :  à  pré- 
fixe, signifiant  union,  et  xéX&uflo;,  qui  accompagne,  qui 
suit.  C'est  le  sens  classique  '.  Plus  anciennement  :  ôp.o- 
-/.ôXo'jOo;  pour  ôijloxéXeuOo:;,  de  ûjjloO  et  xéXeuQoç.  Ilesy- 
cliius  précise  le  sens  :  àxôXovOoc,  6  veûtesoç  7taï;-  Ûspà- 
tcwv  oè,  6  7teo\  xb  crûna  ;  mais  ailleurs  il  explique  OspdtTiwv 
par  àxoXo-jôo;.  On  rencontre  en  outre  cette  conlusion  chez 
les  classiques  :  ôcô  or\  xoù  ttjç  'AçppoScT/;;  àxôXouOo;  xa\ 
Oepinwv  yéyov£v  ô  "Epco;  2,  et  encore  :  xaXoûvTat  SVt 
SoOXoi,  à'Çoi  xal  0£pâ7rovrî;  y.aï  àxôXouGot  3. 

Isidore  de  Séville*  détourne  le  mot  de  sa  significa- 
tion :  Acohjli  grsece,  latine  Ceroferarii  dicuntur,  elle 
s'était  conservée  en  Afrique  3. 

Pour  mémoire,  l'étymologie  donnée  par  Ménage  : 
àxûXvroç  (à  priv.  et  xwXûetv),  non  empêché,  parce  que, 
dit-il,  l'acolyte,  bien  qu'il  ne  remplit  pas  les  fonctions 
ecclésiastiques,  n'était  pas  écarté  de  la  compagnie  des 
personnes  qui  les  remplissaient.  C'est  aussi  l'étymologie 
donnée  par  Zaccaria  dans  l'Ononiasticon. 

On  trouve  :  Acoluthus,  acolylhus,  acolilhus,  les  mss. 
0  portent  très  fréquemment  acolytun  et  acolitus;  ACO- 
LITVS6,  acotnluthus,  acolothus. 

Le  sens  de  ce  mot  lui  a  (ait  préférer  quelquefois  son 
équivalent  sequens.  Le  Liber  pontificalis  en  fournit 
deux  exemples:  l^  Sous  le  pape  Victor  (186-197),  Hicfecit 
■sequentes  cleros1.  Le  contexte  n'apporte  aucune  clarté 
à  cette  phrase,  mais  la  notice  du  pape  Oaius  (283-293) 
contient  ces  mots  :  I0  Hic  coiistUu.it  ut  ordiues  omnes  in 
ecclesia  sic  asçenderetur  :  ai  <juis  episcopus  mererc- 
tur  ut  esset,  ostiarius,  ieclor,  exorcista,  sequens,  sub- 
diaconus,  diaconus,  presbiter,  et  exinde  episcopus 
ardinarelur*.  Entre  ces  deux  témoignages  se  place 
celui  du  pape  Corneille,  qui,  en  l'année  251,  compte  à 
Home  quarante-deux  acolytes  9.  Une  inscription  dédica- 
toire  de  Narbonne  de  l'année  445  présente  le  mot  se- 
quens 10  : 

VRSO  PRBO.HERMETE  DIÂCO-ET  EÔRSËQ  TÏB" 

Vrsb  presbytero,  llermele  diacono  et  eoruni  sequen- 
tibus. 

M.  Origine.  —  L'acolytat  parait  être  d'origine  ro- 
maine, tout  le  reste  est  incertain  dans  l'histoire  de  celte 
institution.  Nous  venons  de  dire  que  l'Église  de  Rome 
comptait  quarante-deux  acolytes  en  251,  tout  ce  qu'on 
tente  d'induire  avant  celte  date  n'appartient  plus  à 
l'histoire.  Le  nom  qu'ils  portent,  Tnalgré  son  origine 
grecque,  n'indique  pas  une  antiquité  plus  reculée,  car  la 
langue  grecque  fut  en  usage  dans  la  communauté  chré- 
tienne de  Rome  jusque  vers  l'an  250.  L'épitaphe  du 
pape  Corneille  est  précisément  la  première  des  épitaphes 
papales  rédigées  en  latin.  Remarquons  que  cet  ordre 
apparaît  tout  à  coup  de  plusieurs  cotés  à  la  fois  dès  le 
temps  où  il  entre  dans  le  plein  jour  de  l'histoire.  Au 
témoignage  du  pape  Corneille  il    faut  joindre  celui  de 

* DOmosthéne,  C.  Mid.,  5C5;  Lucien,  Nigrino;  Xénophon, Hel- 
ien.,  3  ;  Platon,  Cratijl.,  22.  —-  Platon,  Sympos.  —  3Athen.,  6. 

—  'Isidore,  Etijm.,  1.  VII,  c.  xu,  29,  P.  L.,  t.  lxxxii,  col.  293. 

—  sVoy.  Gust.  Koflmanc,  Geschiclita  des  Kirclwnlateins,  in-8% 
nreslau,  1879-1881,  t.  i,  part.  1,  p.  26;  Mommsen,  lnscript iones 
regni  Neapolitani  latinx,  in-iol.,  Lipsioc,  1852,  n.  1305;  C. 
Tischendorf,  Cod.  Amiat.,  p.  351.  —  6A.  Mai,  Scriptorum  vete- 
rum  nova  coliectio,  in-'r,  Romœ,  1831,  t.  v,p.  383, 386.  —  '  L.  Du- 
chesne,  Le  Liber  pontificalis,  in-4%  Paris,  1884,  t.  I,  p.  137.  — 
*Ibid.,  p.  161.  —  «Eusébe,  Jiist.  eccl.,  1.  VI,  c.  xun,  P.  G. 
t.  XX,  col.  621,  P.  L.,  t.  m,  col.  743.  —  ">  E.  Le  Blanl, 
Inscriptions  chrétiennes  de  la  Gaule  antérieures  au  vm'  siècle, 
in-4%  Paris,  1&56-1805,  n.  617.  —  «'  Voyez  D.  Cabrol  et  D.  Le- 
clercq,  Monumenta  Ecclesia;  liturgica,  in-4%  Paris,  1902,  t.  i, 
n.  1989,  1999.  —  <*  Ibid.,  t.  I,  n.  3122.  —  13Eusèbc,  Hist.  eccl., 
L  VI,  c.  xliii,  P.  G.,  t.  xx,  col.  621.  —  '*  Edit.  Duchesne,  t.  i. 
f>.  161.  —  15S.  Cypricn,  Epist.  i.xxviu.  P.  L-,  t.  VI,  col.  434.  — 
'*  IUid.  —  "  Iuid.,  L.  Thomassin,  Ancienne  discipline  de 
l'Eglise,  part.  I,  liv.  II,  c.  xnr,  8,  Paris,  1725,  t.  I.  —  '*  S.  Da- 
inase,  Carmen  xvnt,  P.  L.,  t.  xm,  col.  C92.  Cf.  Mabillon,  lier 


l'évêque  de  Carlhage,  saint  Cyprien  ' ',  et  celui  de  l'épi- 
graphie  : 

HYACINTVS  ACOLITVS12 

Pour  la  période  anténicéenne  nous  ne  constatons 
l'existence  de  cette  inslitution  que  dans  les  églises  de 
Rome  et  de  Cartilage. 

III.  Fonctions.  —  Nous  ignorons  à  quelles  fonctions 
étaient  destinés  les  acolytes.  La  lettre  du  pape  Cor- 
neille 13,  le  Liber  ponli/icalis u,  les  lettres  de  saint 
Cyprien13  leur  assignent  une  place  après  les  sous- 
diacres. 

A  Carthage,  on  les  utilisait  en  qualité  de  courriers,  ou 
bien  on  les  envoyait  au  loin  porter  des  secours  pécu- 
niaires —  et  peut-être  des  secours  en  nature  :  quœcum- 
que  necessilalibus  corporum  defuerant  —  aux  confes- 
seurs condamnés  ad  vielalla  1(i  ;  on  leur  iaisait  égale- 
ment porter  des  lettres  17. 

A  Rome,  un  acolyte  nommé  Tarcisius  trouva  dans  le 
martyre  une  sainte  illustration.  Comme  il  circulait 
entre  la  ville  et  le  domaine  chrétien  de  la  voie  Appienne, 
porteur  de  l'eucharistie,  il  lut  arrêté  et  se  fit  tuer  sur 
place  plutôt  que  de  livrer  son  dépôt 18:  on  l'enterra  dans 
le  caveau  papal 19.  On  ne  saurait  rien  induire  de  ce  lait 
sur  les  fonctions  de  l'acolyte,  ni  sur  l'âge  requis  poul- 
ies remplir. 

Dans  celle  pénurie,  on  a  proposé  deux  explications  de 
l'ordre  d'acolyte. 

1°  Le  recensement  du  personnel  hiérarchique  à  Rome, 
en  251,  donne  sept  diacres,  sept  sous-diacres,  quarante- 
deux  acolytes.  Ce  multiple  de  sept  a  suggéré  l'existence 
d'uri  système  régionnaire  d'après  lequel  aurait  été  orga- 
nisé et  réparti  le  personnel.  11  existait,  en  ellet,  à  Rome, 
depuis  le  pape  Fabien  (236-250),  sept  régions  ecclésias- 
tiques 20,  réparties  très  probablement  entre  les  sept 
diacres.  On  n'a  aucune  preuve  à  l'heure  présente  que 
les  sept  sous-diacres  créés  par  saint  Fabien  aient  été 
placés  sous  les  ordres  des  diacres,  et  rien  non  plus  qui 
insinue  que  chaque  région  fût  organisée  sur  le  pied 
d'un  diacre,  un  sous-diacre  et  six  acolytes  dont  le  sous- 
diacre  eût  été  le  chel  2I. 

2°  Les  acolytes  ont  paru  à  d'autres  une  institution 
calquée  sur  celle  des  catatores,  esclaves  attachés  au  Ser- 
vice personnel  des  prêtres  païens.  Aucun  texte  n'auto- 
rise celte  conjecture  22. 

IV.  Les  acolytes  après  la  paix  de  l'Église.  —  i»  Mo- 
numents. —  A  partir  de  la  paix  de  l'Église,  les  témoi- 
gnages deviennent  plus  nombreux  et  plus  clairs.  Eusèbe 
signale  la  présence  d'acolytes  à  Nicée.  On  a  voulu  les 
naturaliser  Occidentaux,  parce  que  nous  n'avons  aucun 
texte  qui  prouve  l'existence  de  cet  ordre  en  Orient;  ce 
sont  là  des  explications  auxquelles  répugne  l'historien. 
Kn  Grèce,  dans  l'Asie  Mineure,  en  Espagne,  l'épi- 
graphie   ne  signale  aucun  acolyte.  Une  inscription  de 

Italien  m.  in-4%  Lutetise  Parisiorum,  1C87,  t.  i,  p.  132:  et  Theiner 
ajoute  cette  note  à  Baronius  (Annal.,  ann.  260,  §5,  in-4%  Barri- 
Uucis,  1864-1881,  t.  i n,  p.  133)  :  Non  acoluthis  tantum  sed  et 
laicis  olim,  peraecutione  urgente  concession  esse  acception 
in  Ecclesia  eucliaristiam  domton  ferre  tomo  primo  pluri- 
bus  dictum  est. —  '"De  Bossi,  Roma  sotter .,  in-lol.,  Borna, 
1867,  t.  n,  p.  7-10,  89.  —  m  Liber  pontificalis,  éd.  Duchesne, 
t.  I,  p.  148.  Cf.  De  Rossi,  Roma  sotter.,  in-iol.,  Borna,  1877, 
t.  m,  p.  514  sq.  ;  Plante  di  Roma,  in-4%  Borna,  1879,  p.  78,  79; 
II.  Jordan,  Topographie  der  Stadt  Rom  im  Alterthum,  in-8% 
Berlin,  1878,  t.  [,  p.  72;  1871,  t.  il,  p.  315;  L.  Duchesne,  Les  cir- 
i-onscriptions  de  Rome,  dans  la  Rcv.  des  quest.  Iiist.,  1878,  t.  XXIV, 
p.  217-225  Gatti,  dans  le  Bull,  di  arch.  crist.,  1883,  p.  102.  —  «  L. 
Duchesne,  Origines  du  culte  chrétien,  in-8%  Paris,  1889,  p.  332; 
Bulletin  critique,  1886,  p.  370.  —  --  A.  Harnack,  Die  QueUen 
der  sogen.  apostotisehen  Kirchenordnung  nebst  rince  Un- 
tersuehung  ùber  den  Ursprung  des  Lectorata  und  der  ande- 
ven  niederen  Weilien,  1880,  dans  les  Texte  und  UnCçrsuehun- 
yen,  in-8%  Leipzig,  t.  u,  lasc.  5;  Duchesne,  dans  le  Bull,  ait., 
]  886;  p.  360  sq. 


251 


ACOLYTE 


352 


Lyon,  de  1  année  517,  mentionne  un  DISDERIVS  ACO- 
LÏTV  [s]i. 

A  Rome,  nous  avons  déjà  rapporté  celle  d'HYACINTVS 
ACOLITVS  2,  il  faut  citer  en  outre  uneépitaphe  du  IVe  siè- 
cle :  LOCVS  ROMANI  ACOLITI  trouvée  à  Saint-Lau- 
rent-hors-les-murs  3.  Une  lamelle  de  bronze  opisto- 
graphe  destinée  à  être  suspendue  au  collier  de  fer  d'un 
esclave  lugitif  et  qu'on  ne  saurait  dater  au-dessous  de  la 
moitié  du  IVe  siècle,  porte  cette  mention  : 

TENE  ME  Q 

VIA  FVG-  ET  REB 

OCA  ME  VICTOR 

I.  ACOLIT 

5  O  A  DOMIN 

ICV  CLEM 

ENTIS 


I 


Tene  me  quia  fug[i]  et  re(v)oca  me  Viclorl  acolilo  a 
Dominic(o)  Clementis  *. 

Une  épitaphe  trouvée  sur  la  voie  Nomentane  men- 
tionne l'acolyte  du  titulus  de  Vestine;  elle  parait  dater 
de  la  fin  du  vic  siècle  ou  du  commencement  du  siècle 
suivant  (si  le  dessin  de  Winghe  pour  la  barre  horizon- 
tale du  mot  acol.  est  exact). 

_s\_ 
[hic  requiescit  in  p\ACE  ABVNDANTIV5  ÛCOL-  P 

RECQVARTE  TT   VESTINE   QVI    VIXIT    ANNXXX 

DËP-  ÎNP-  &  NÂTSCI-   MARCI  MENSE   SE    ÔCT  • 

[IND  XII  C?3 

Les  sylloges  épigraphiqnes  manuscrits  contiennent 
plusieurs  mentions  d'acolytes. 

Dans  la  basilique  vaticane  : 

Suscipc  xpe  potens  acomhtthî  utln  geprgii*. 

qu'il  faut  lire  : 

Suscipe  Chris  le  potens  acolulhi  vota  georgi 

Sur  un  tombeau  de  la  voie  Latine,  proche  de  la  voir 
Labicane  : 

*  Hoc  tumulo  baioli  condttntur  membra  sepulli 
Sed  pollens  anima  preelaro  manebit  olimpo. 
Quem  servalor  poli  redinievit  stola  perenni 
Hec  decorosns  amici  depinxit  invertice  limbe 
acotlochus  me  lateat  quis  hic  humains  quiescat  '■ . 

Une  variante  indique   que    Raiolus   était  vestiarius, 


'  E.  Le  Blant,  Inscriptions  chrétiennes  de  In  Gaule,  t.  i.  n.  30. 
A  Carthage,  cf.  Corp.  inscr.  lui.,  t.  vin,  n.  13426.  —  "  Wo- 
num.  Eccl.  lit.,  t.  I,  n.  3122.  —  3  De  Rossi.  Bull,  ili  arch.  cr!st.. 
1863,  p.  10.  —  *  R.  Pignorius,  De  servis  et  eorum  apud  veteres 
ministeriis, ln-4% Patavii,  1656,  fig.,p.21;  R. Fabretti, Inscriptio- 
iium  antiquarum,  quve  in  œdibus  patemis  asservantur,  expli- 
cutiu,  in-lul.,  Rom»,  1702,  p.  522,  n.  365;  Muratori,  Novus  Ihc- 
saurus  veterum  inscriptionwn,  in-lol.,  Mediolani,  1789, 
p.  cccci.xxix,  n.  4;  De  Rossi,  Bull.,  1803,  p.  25.  —  5  Bosio,  Homo 
sotterranea,  in-fol.,  Roma,  1032,  p.  419;  P.  Aringhi,  Bonio 
subterranea,  in-fol.,  Lutetiœ,  1050,  t.  n,  p.  156;  Reinesius,  Syn- 
lagma  inscriptionum  antiquarum,  in-lol.,  Lipsiœ,  1082,  cl.  xx. 
1;  G.  Marchi,  l  monumenti  délie  arti  cristianc  primitive 
tiella  metropoli  del  cristianismo  disegnati  ed  illustrait,  Archi- 
tettura  délia  Borna  sotterranea  eristiana,  disrgnata  ed  illus 
trata,  in-4°,  Roma,  1844,  p.  27;  Jacuzio,  De  epigrammate 
SS.  Bonusx  et  Mcnnœ,  in-4",  Romse,  1758,  p.  73;  De  Rossi, 
Inscriptiones  chtistianœ  urbis  Borna:,  septimo  sxculo  anti- 
quiores,  in-lol.,  Roma-,  1801,  t.  i.  p.  530,  n.  1185;  L.  Duchesne. 
Le  «  Liber  pontiflcalis  »,  in-V,  Paris,  1884,  t.  I,  p.  223.  —  »  Cod. 
Paris.  8011  ;  voy.  De  Rossi,  Inscr.  christ.  «.  B.,  in-fol.,  Rom.e. 
1888,  t.  n,  p.  50.  --  '  Sylloge  de  Tours,  voy.  de  Rossi,  loc.  cit.. 
p.  05  et  107,  n.  53.  avec  addition  après  olimpo  ;  Meruit  pontifteum 
qui  primus  vestiarius  esse,  et  à  la  dernière  ligne  Acolothus.  — 
'  E.  Schelstratus.  Sacrum  Antioclienum  concilium  pro  Aria- 


fonction  ecclésiastique  dont  le  cumul  était  donc  auto- 
risé avec  la  charge  d'acolyte. 

L'Orient  continua  à  ignorer  cet  ordre  8.  Ses  ixéXovôot 
qui  7tp07:opîviovTat  v.a\  axo).o'j0o'ji7t  fj.ETa  xvipûv  xcù  >.au.irâ- 
8<ov  to'j;  Siaxivo'j;  -/.a\  to\j;  Upeï;  èv  taï;  ÛTt^pstrîatç  sont 
analogues  à  nos  céroféraires0.  On  ne  trouve  le  rite  d'or- 
dination de  l'acolyte  que  chez  les  Arméniens  :  Tordinand 
y  reçoit  de  la  main  de  l'évéque  un  cierge  allumé  (ut 
habeal)  poleslalem  accendendi  laminaria  et  lampadcs 
in  sanetis  ecclesiis;  ensuite  une  burette  vide  par  cette 
formule  :  Accipe  urceolum  hune  ad  suggerendttm  vinum 
calici  pro  sanguine  Christi,  in  nomine  Patris  et  Filii 
et  Spiritus  sancli  10. 

L'oraison  récitée  par  l'évéque  au  rite  arménien  est 
manifestement  apparentée  à  celle  du  Sacramentaire  dit 
grégorien  ".  Cette  relation  évidente  provient  de  ce  fait 
qu'au  temps  de  saint  Grégoire  VII,  selon  Denzinger,  ou 
même  de  saint  Grégoire  Ier,  selon  Galanus,  les  Arméniens, 
redevenus  catboliques,  empruntèrent  beaucoup  de  rites 
à  la  liturgie  romaine,  entre  autres  les  quatre  ordres  mi- 
neurs. Leur  rituel  même  n'est  qu'une  traduction  du 
rituel  romain  en  arménien.  *• 

Arménien.  Bomain. 

Domine  Deus,  Pater  omnipo-        Domine  sancte,   Pater  omni- 
tens  et  sempiterne,  qui  unige-    potens,  a?terne  Deus.  qui  per  Je- 
nitum   Filium    tuum   Dominum    sum  Christum  filium  tuum.  Do- 
nostrum  Jesum  Christum  misisti    minum  nostrum  et  per  apostolos 
in  terram,  qui  elegit  discipulos    ejus   in   hune   mundum    lumen 
suos,     eosque     vocavit    lucem    tuaj  claritatis  misisti,  quique  ut 
mundi,  et  misit  ad  prœdicatio-    mortis  nostra:  antiquum  abolercs 
nem  evangelii,   qui  universum    chirographum,  gloriosissimae  il- 
orbem  illuminaverunt  et  inter-    lum  crucis  vexillo  affigi,  ac  san- 
fectores  nostros  malos  daemones    guincm  et  aquam  ex  latere  illius 
disperserunt,    qui    postulasti    a    pro   salute  generis  humani   ef- 
Filio  tuo,  ut  ad  lignum  crucis    fluere  veluisti. 
accédât,    qui    voluisti,   ut  fons 
sanguinis  stillet  de  latere  ejus 
per  quem  redemptio  mundi  f.icta 
'est. 

2°  Fonctions.  —  L'Orient  ne  fournit  aucun  autre  ren- 
seignement sur  ce  sujet. 

En  Occident,  dès  le  ive  siècle  tout  l'essentiel  parait  fixé. 
Une  lettre  écrite  en  3S5  par  le  pape  Sirice  à  Himère, 
évêque  de  Tarragone,  marque  l'adolescence  (aecessu 
adolescentise) '*,  c'est-à-dire,  la  vingtième  année  environ, 
pour  l'admission  à  l'acolytat ,s.  Innocent  Ier  (401-417)  dans 
sa  réponse  à  Decentius,  évêque  de  Gubbio  (41G),  dit  que 
les  acolytes  allaient  porter  chaque  dimanche  le  fermen- 
tum  aux  prêtres  titulaires  que  l'administration  de  leur 
paroisse  retenait  en  ce  jour1*.  Une  pièce  gallicane  qui 
parait  à  peine  postérieure  à  l'an  450  ' ■■  et  désignée  sous 


norum  conciliabulo  passim  habitum,  nunc  vero  primum  e.r 
vnini  antiquilate  auctoritati  sum  restitutum,  diss.  IV,  c.  vu. 
in-4*.  Anlverpia-.  1681,  p.  526;  K.  Martène,  De  antiquis  Ecclesix 
ritibus,  t.  n,  p.  308;  Bona,  Berum  liturgicarum  libri  duo;  no- 
viss.  ed.  Btud.  Rob.  Sala,  3  vol.  in-fol.,  Aug.  Taurin.,  1747-1753, 
t.  n.  p.  869;  J.  R.  Lightfoot,  The  apostolic  Fathers,  in-8*.  Lon- 
don,  1869-4885,  part.  II,  t.  il,  p.  824.  —  »  A.  Daniel,  Coder  litur- 
gicus  Ecclesix  universx  i»  epitomen  redactus,  in-8\  Lipsiœ, 
1847-185i.  t.  iv.  p.  0'.<4.  —  io  H.  Denzinger,  Bitus  orientalium  cop- 
torum,  sijrorum  et  armenorum  in  administrandis  sacra- 
mentis,  in-8",  Wûrzburg,  lsiy,  t.  m.  p.  2s'j.  —  "  Muratori,  Litur- 
gie romana  vêtus,  tria  sacramentaria  complectens,  leottia- 
num  teil  ■  gelasianum  et  antiquum  gregoiianum,  ace.  missale 
gothicum,  missale  Prancorum,  duo  gallicanm  et  duo  o»n  iuni 
vetustissimi  ronwnœ  Ecelesi.v  rituales  libri,  in-fol.,  Venetiis, 
!  1748,  t.  u,  p.  420.  —  '*  P.  Constant.  Epistolie  Bomanorum  Pon- 
tificum  et  qux  ad  cos  scripUD  su»t  a  S.  Clémente  ad  Inno- 
centium  III  quotquot  reperiri  potuerttnt,  in-fol.,  Parisiis,  1721, 
t.  i,  Ad  anno  67  ad  atmum  H0.  S.  Sirici  papœ  epist.  I,  ad  c 
Himerium  Tarrac.  ix.  13.  Cl.  P.  L.,  t.  xm,  col.  1142.  — 
"Zosimc.  Fntxt..  w.Ad  Hcsychium,  c.  m,  P.  1...  t.  XX,  col.  672.  — 
'*  P.  L.,  t.  XX,  col.  556.  —  ■*  F.  Maasscn,  Ccschichte  der  Quet- 
len  und  der  I.iteratur  des  canonischen  BechtS  im  Abend- 
lande  bis  :itm  Ausgange  des  Mittelaltcrt,  in-8*,  Gratz,  lb71, 
t.  i.  p.  399, 


353 


ACOLYTE 


354 


le  nom  de  Slalula  Ecclcsix  anliqua  ',  règle  le  rite  de 
l'ordination  de  l'acolyte  3  dans  des  termes  presque  iden- 
tiques à  ceux  du  Sacramentaire  de  Ménard3. 

11  est  probable  que  saint  Jérôme  l'ait  allusion  aux  aco- 
htes  dans  leur  fonction  de  céroféraires  en  Orient  lors- 
qu'il écrit  :  per  totas  Orienlis  Ecclesias,  quando  legen- 
dum  est  Evangelium,  accenduntur  htminaria,  jam  sole 
rutilante *.  Isidore  de  Séville  avait  ce  texte  sous  les  yeux 
lorsqu'il  écrivit  que  les  acolytes  tirent  leur  nom  a  depor- 
landis  cereis,  quando  legendum  Evangelium  est,  aul 
sacri/icium  offerendum;  tune  enim  accenduntur  lumi- 
naria  ab  eis,  et  deporlantur*. 

C'est  parmi  ces  textes,  et  peut-être  le  premier  de  tous, 
qu'il  faut  placer  le  rite  d'ordination  fourni  par  le,  hui- 
tième ordo  romain,  qui  parait  l'un  des  plus  antiques  parmi 
ceux  que  nous  avons  c.  La  inesse  dite,  on  revêt  le  clerc 
de  la  planète  et  de  Vorariuni.  Au  moment  de  la  com- 
munion il  s'approche  selon  le  cas  de  l'évèque  ou  du  pape, 
qui  lui  remet  un  petit  sac.  Le  clerc  se  prosterne  sur 
le  sol  sans  quitter  le  sac  et  le  pontife  lui  dit  :  Interce- 
dcnle  beala  et  gloriosa  semperque  virgine  Maria,  et 
bealo  apostolo  Petro,  salvel  et  cuslodiat  et  protegat  te 
Dominus.  Amen''.  Ce  rite  des  sachets  nous  fait  toucher 
à  un  texte  de  Justin  l'apologiste  :  xoù  y,  Siâoooi;  xa\  y) 
(X£TâXr,'l/'.;  àno  tûv  eù-/api<TT/;fj£vTtov  sxâorci)  yivetou,  y.a\ 
toi;  où  7tapo-j<ii  otà  tfiiv  ôiaxovtov  7rs|i7:£Tai.  c.  On  distri- 
bue les  oblaticns  sur  lesquelles  on  a  rendu  grâce  et  on 
communie  tous  les  assistants,  les  diacres  portent  aux 
absents  [l'eucharistie]8.  »  D'après  le  neuvième  ordo 
romain  les  acolytes  avaient  dû  faire  un  stage  dans  la 
scliola  cantorum  préalablement  à  leur  admission  à  l'aco- 
lytat,  qui  pouvait  être  laite  par  l'archidiacre  et  en  silence. 
h'ordo  IXe, ne  mentionne  pas  les  acolytes  par  leur  nom: 
Primum,  in  qualicumque  scliola  reperli  fuerinl  pueri 
bene  psallentes,  tollunlur  inde,et  nulriunlur  in  scliola 
cantorum  et  postea  fiunt  cubicularii.  Si  autem  nobi- 
lium  filii  fuerint,  slalim  in  cubiculo  nutriuntur.  Ex 
liac  accipient  primant  Benediclioncm  ab  arcliidia- 
cono9...  Il  est  possible  que  la  phrase  qui  suit,  tout  en 
ayant  une  application  directe  à  l'ordination  des  sous- 
diacres,  se  rapporte  encore  à  l'admission  à  l'acolytat,  qui 
aurait  donc  pu  être  faite  en  tous  temps  et  en  tous  lieux. 
Dein,  sicut  Sacramentorum  Codex  continet,  quando  et 
ubi  libitum  fuerit,  usque  in  subdiaconatus  of/icium  or- 
dinantur  lu.  Il  est  remarquable  que  ces  deux  ordines  ne 
font  aucune  mention  des  degrés  hiérarchiques,  tels  que  : 
portier,  lecteur,  exorciste,  avant  l'acolytat.  Ceci  est  partiel- 
lement d'accord  avec  la  lettre  duvpape  Sirice  déjà  citée 
et  dans  laquelle  il  ne  parle  que  des  lecteurs,  des  acolytes 
et  des  sous-diacres:  Quicunque  ilaque  se  Ecclcsix  vovil 
obsequiis  a  sua  infantia,  ante  pubertatis  annos  bapti- 
zari  et  lectorum  débet  ministerio  suciari.  Qui  ab  ac- 
cessit adolescenliee  usque  ad  l'icesimum  wtatis  annum 
si  probabiliter  vixerit,  una  lantum  uxore  conlcntus, 
acolijtltus  et  subdiaconus  esse  debebit11.  Quelques  an- 
nées plus  tard  Gélase  (402-40li)  écrit  aux  évêques  de  Lu- 
carne en  leur  marquant  les  chefs  d'examen  pour  l'admis- 
sion dans  la  hiérarchie  ecclésiastique:  ...si  assecutus  est 
litteras, sine  quibus  vix  forlassis  ostiarii  possit  implere 
ministerium  :  lit  si  lus  omnibus  quse  sunt  prœdicta 
fulcilur,  continuo  Icclor,  vel  notarius,  aut  cerle  defen- 
sor  t'IJectus,  post  très  menses  existât  acolyt/ius,  maxime 
si  Imie  ictas  etiam  suffragalur;  sexlo  mense  subdiaconi 
namen  accipiat...  ' 2.  Vers  le  temps  du  pape  Gélase  la 
lonction  principale  des  acolvtes  qui  était  de  porter  l'eu- 
charistie dans  des  sacs  parait   avoir  été  supprimée13. 

1  Mansi,  Cuncil.  atnpl.  coll.,  t.  m,  cul.  949.  Cf.  Comptes  rendus 
du  Congrès  des  sciences  catli.,  1894  :  Sciences  liistor.,  p.  105-150. 
—  «Mansi,  toc.  cit.,  col.  951.  —  3  P.  L.,L  lxxviii,  col. -219.  — *  S.  Jé- 
rôme, Contr.  Vigilantium,  c.  vu,  P.  L.,  t.  xxn,  col.  361.  —  6  Isi- 
dore, De  eccles.  offic,  1.  II,  c.  xxiv,  P.  L.,  t.  lxxxiii,  col.  "93.  — 
«Mabillon,  P.  L.,  t.  lxxviii,  col.  999.  —  1  Ibid.,  col.  1001.  Voyez 
une  i"i'mule  dans  un  ms.de  Tours  ;Martène,  Deantiq.  ICccl.  ritib.. 

dict.  d'arch.  CIJIU  r. 


Innocent  Ier   (ilG)  est  le   dernier  qui  y  fasse  allusion. 

La  messe  papale.  —  Les  acolytes  conservèrent  des 
fonctions  assez  importantes  à  la  messe  papale.  Aucun 
texte  ne  permet  de  reconnaître  assez  clairement  1rs 
éléments  de  cette  combinaison  liturgique  un  peu  com- 
pliquée, pour  en  marquer  l'origine  et  le  progrès,  encore 
moins  pour  assigner  des  dates,  même  approximatives,  à 
ces  modifications  successives  et  aux  innovations. 

A  la  messe  papale,  les  acolytes  faisaient  partie  du  cor- 
tège qui  précédait  le  pontife  dans  l'église  stationale  où 
il  devait  célébrer.  Ils  apportaient  le  saint  chrême,  les 
évangiles,  les  linges  et  les  sacs  de  lin  destinés  à  recevoir 
les  oblatœ.  Le  premier  ordo  romain  mentionne,  pendant 
(pie  le  pape  se  rend  en  procession  à  l'autel,  duo  acolythi 
tenantes  capsas  cum  Sanclis  apertas  (vase  contenant 
une  parcelle  de  l'Eucharistie  réservée  de  la  messe  pré- 
cédente), et  subdiaconus  sequens  cum  ipsis  tenons  ma- 
uiim  suam  in  ore  capsx,  ostendit  Sancta  ponti/ici,  vel 
diacono  qui  prœcesserit.  Tune  inclinato  capite  pontifex 
vel  diaconus  salulat  Sancta,  et  contcmplatur,  ut  si  fue- 
rit super abundans,  prsecipiat  ut  ponatur  in  conditorio. 
Pour  le  chant  de  l'évangile  les  acolytes  portant  des 
cierges  allumés  précédaient  le  diacre;  arrivés  au  pied  de 
Jambon,  ils  s'écartaient  pour  laisser  entre  eux  le  sous- 
diacre  et  le  diacre.  Le  chant  de  l'évangile  terminé,  un 
acolyte  se  tenait  au  cancel,  tout  près  de  Fainbon,  avec 
une  botte  dans  laquelle  le  sous-diacre  déposait  l'évan- 
géliaire.  L'acolyte  appartenant  à  la  même  région  que  ce 
sous-diacre  avait  la  charge  de  reporter  l'évangéliaire  au 
Latran. Lorsque  le  diacre  monteà  l'autel,  l'acolyte,  debout, 
tenant  le  calice  couvert  du  corporal,  élève  le  calice  de 
sa  main  gauche  et  présente  le  corporal  au  diacre  qui  Je 
dépose  sur  l'autel,  où  le  second  diacre  le  déplie. 

Le  pape  s'étant  rendu  au  sanatorium,  l'archidiacre 
verse  le  contenu  des  amulai  dans  le  calice  tenu  par  le 
diacre  régionnaire,  derrière  lequel  se  trouve  un  acolyie 
portant  sur  sa  planète  un  calice  ministériel  dans  lequel 
on  transvaie  le  contenu  du  calice  lorsque  celui-ci  est 
rempli.  Deux  acolytes  viennent  ensuite  tenant  par  ses 
extrémités  une  nappe  sur  laquelle  le  sous-diacre  région- 
naire fait  déposer  par  le  sous-diacre  suivant  les  oblations 
qu'il  a  reçues  du  pape.  Les  acolytes  n'ont  aucune  fonc- 
tion spécialement  marquée  pour  l'offertoire;  lorsque 
commence  le  canon  un  acolyte  se  présente  portant  sur 
les  épaules  un  voile  retenu  par  une  ligature  autour  du 
cou,  il  reçoit  la  patène  qu'il  tient  devant  sa  poitrine  jus- 
qu'au milieu  du  canon.  Au  moment  de  la  communion, 
les  acolytes  reparaissent  à  la  suite  des  sous-diacres,  ils 
ont  leurs  sacs  au  cou  et  vont  se  placer  à  droite  et  à  gauche 
de  l'autel,  ils  présentent  avec  leurs  mains  l'ouverture 
du  sac  tandis  que  les  sons-diacres,  se  plaçant  devant  eux, 
le  maintiennent  ouvert;  alors  l'archidiacre  dépose  les 
pains  consacrés  pour  le  peuple,  d'abord  dans  les  sacs  qui 
sont  à  droite,  ensuite  dans  ceux  qui  sont  à  gauche.  Cela 
lait,  les  acolytes  se  séparaient,  les  uns  portaient  leurs 
sacs  aux  évéques  placés  à  droite  du  pape,  s'il  y  en  avait, 
ci  les  autres  présentaient  les  leurs  aux  prêtres  qui  étaient, 
a  gauche.  Après  la  commixtion  du  pain  et  du  vin  par  le 
pape,  l'archidiacre  se  rend  avec  le  calice  au  coin  de  l'au- 
tel, d'où  il  proclame  le  titre  stationnai  choisi  pour  ia 
prochaine  célébration,  puis  il  verse  quelques  gouttes  du 
contenu  du  calice  dans  le  calice  ministériel  que  porte 
l'acolyte;  alors  commence  la  communion  des  évéques  et 
des  prêtres.  Le  sous-diacre  régionnaire  ayant  reçu  le  ca- 
lice, dont  le  reste  du  contenu  a  été  transvasé  dans  le 
calice  ministériel,  le  donne  au  sous-diacre  suivant,  qui 

1.  I,  c.  vin,  art.  8,  g  14,  et  L.  Duchesne,  Origini  s  du  culte 
chrétien,  p.  339.  —  »  Apol.  1,  07.  Cf.  P.  G.,  t.  vi,  col.  429; 
Mnnum.  ICccl.  lit.,  t.  I,  n.  815.  —  »  P.  L.,  t.  lxxviii,  col.  1003; 
Martène,  De  antiq.  Eccles.  ritib.,  1.  I,  c.  vni,  art  S,  §  14.  — 
<•'!>.  L.,  t.  lxxviii,  col.  1003.  —  "P.  L..  t.  xin,  col.  1142  — 
IJ  /».  L.,  t.  m,  col.  49.  —  13  L.  Boequillot,  Traité  historique  de 
la  liturgie  sacrée  ou  de  lu  Messe,  in-8°,  Paris.  1701,  p.  101. 


1. 


12 


055 


ACOLYTE 


ACROSTICHE 


35(> 


le  remet  à  l'acolyte,  lequel  replace  ce  vase  dans  son  étui. 
L'acolyte  communie  le  dernier  de  tous,  avec  le  nomen- 
culator  et  le  sacellaire. 

Au  retour,  la  messe  terminée,  les  acolytes  marchent 
après  les  cercostatarii,  le  texte  porte  :  aculythi  qui  ru- 
ga>n  observa)) l  (un  ms.  porto  regiam),  ce  qui  veut  dire 
que  les  acolytes  avaient  la  garde  du  cancel. 

Pendant  la.  semaine-sainte.  —  Le  jeudi-saint,  les 
acolytes  portaient  les  ampoules  contenant  les  saintes 
huiles  :  duo  acohjllt'i  h/vohitas  ampuUas  eun)  sirulmir 
alha  serica,  ila  ut  videri  passint  a  média,  tenent  in 
brachio  sinistre  projerlis  smdonibus  super  scapulan) 
sinislram,  ila  )il  pertingat  scapidam  dextratn,  qua 
toitius  possint  depcndeulia  relinere.  Le  vendredi-saint, 
deux  acolytes  soutenaient  les  bras  de  la  croix  que  venaient 
adorer  et  baiser  le  pape,  le  clergé  et  le  peuple.  Le  sa- 
medi saint,  ils  devaient  se  tenir  prêts,  si  on  requérait 
leur  service,  à  descendre,  pieds  nus  et  vêtus  de  blanc, 
dans  la  piscine  où  prêtres  et  diacres  administraient  le 
baptême.  Aux  jours  de  fêtes  solennelles  telles  que 
1  Tiques,  Pentecôte,  Noël  et  Saint-Pierre,  les  acolytes, 
après  avoir  reçu  de  l'archidiacre  les  offrandes,  se  ren- 
daient auprès  des  prêtres,  et  les  trois  premiers  empor- 
taient les  cal  ici  s  ministériels  '. 

Jiepuis  qu'ils  avaient  perdu  la  charge  de  porter  l'Eu- 
charistie aux  prêtres  titulaires,  les  acolytes  axaient  vu 
leur  importance  s'accroître  à  Rome.  L'institution  de  la 
sciiola  eantorum  les  avait  laissés  seuls  représentants  du 
bas  clergé  en  service  actif;  force  fut  donc  de  multiplier 
leurs  fondions,  ils  apparaissent  presque  seuls  représen- 
tants, avec  les  sous-diacres,  de  la  hiérarchie  inférieure 
dans  les  cérémonies  papales,  ils  sont  à  la  lois  acolytes  et 
exorcistes  et,  à  ce  titre,  ils  sont  employés  à  l'instruction 
îles  catéchumènes.  Ils  deviennent  seuls  assistants  des 
piètres  cardinaux  dans  leurs  églises  titulaires. 

Quelques-unes  des  fonctions  des  acolytes  ne  paraissent 
>as  pouvoir  être  rapportées  à  une  époque  déterminée. 
Anus  savons  qu'ils  portaient  le  chalumeau  destiné  à  la 
communion  du  sang  de  Jésus-Christ  par  le  peuple,  ils  le 
remettaient  au  moment  opportun  an  sous-diacre  porteur 
du  calice;  de  plus,  ils  soutenaient  la  patène  -dus  les 
lèvres  <lu  communiant  pendant  la  réception  du  corps  et 
relie  du  sang.  Enfin,  ils  avaient  la  charge  de  la  matri- 
cule {\r>  catéchumènes  qu'ils  signaient  pendant  les  scru- 
tins; ils  suppléaient  les  enfants  pour  la  récitation  du 
symbole  baptismal.  Mais  rien  n'est  moins  assuré  que  la 
date  si  laquelle  chaque  église  leur  concéda  lune  ou 
l'autre  de  ces  fonctions. 

L'ordre  d'acolyte  a  un  caractère  local  persistant.  Pour 
la  période  aniénicéenne,  nous  ne  relevons  de  témoi- 
gnages de  «elle  institution  qu'à  Home  et  à  C.arlhage; 
pour  la  période  suivante,  nous  ne  pouvons  taire  plus 
que  de  limiter  à  certaines  circonscriptions  l'adoption  de 
cet  ordre  hiérarchique.  En  Garnie,  nous  pouvons  affir- 
mer son  existence  >  Ailes2;  par  contre,  un  livre  d'ori- 
gine romaine,  qui  a  subi  des  retouches  gallicanes  graves 
et  nombreuses,  le  sacramentaire  dit  Gélasien,  contient 
une  rubrique  qui  annonce  l'ordination  de  l'acolyte  alors 
que  les  formules  ont  été  omises.  Dans  le  Misante  Fran- 
<tuiim3,  l'oraison  se  retrouve  seule,  l'invitaioiro  est 
tombé  et  l'acolytat  prend  place  entre  l'ordre  des  por- 
tiers et  celui  des  lecteurs.  Pans  la  collection  canonique 

1  Mortène,  1>>-  antiq.  Eecl.  rilib.,  1. 1.  passim;  Bona-Sala,  Rcr. 
liturg.,  t.  ii,  p.  S74.  -  -'  Voyez  les  Statiita  (olim  Gonc.  Carthag. 
IV),  rédigés  à  Arles,  1 1  Le  niant,  fuser,  chrèt.  de  In  Qmttie,  t.  i, 
u.  36.  —  a  Murai m-i.  Lit.  Rom.  vetns.  t.  u.  eaLttB.  -  *£d. 
Wosserschleben,  p.  23-26.  —  :'  Constit.  apost,  1.  II,  r.  i.vu.  — 
«Gotelier,  Const.  opost.,  P.  G.,  t.  i,  col.  727.  Cf.  AchotAlei  - 
tique,  col.  ;s"2.  —  'Cf.  Cagin,  Ai\tiphonariwm  ambrosimunn, 

in-4",  Solesine-.  tv.ïi',.  préface  à  la  transcription,  p.  '-"J.  note  de  la 
]  âge  précédente.  —  •CicérOB,  De  itivtnntionc,  II,  54;  Dcnys  d'Ha- 
l'icarnasse,  iv.  88.  —  '-'Jvur  160  :  Renan,  Origines  dit  cNriafia- 

jiixntr.  index,  p.  236  :  pour  ITx-tMi:  \lr\andre,  Oracula  sili'iHina 
n-8",  Paris,  1856;  pour  te  début  du  îr  siècle  :  E.  Fgger,  Journal, 


irlandaise,  l'ordre  d'acolyte  est  exclu  avec  celui  de  psal- 
miste  de  la  hiérarchie  de  septem  gradibus  *. 

IL  Leclerco. 
ACROASIS.  Voir  Pëkxients. 

ACROSTICHE.  —  I.  Élymologie.  IL  Définition. 
III.  Origines.  IV.  Acrostiche  et  télestichc.  V.  Acrostiche 
dans  la  liturgie  grecque.  VI.  acrostiches  alphabétiques. 
VIL  Une  hymne  acrostiche  sur  papyrus.  VIII.  Poésie- 
figurées.  IX.  Acrostiches  coptes. 

1.  Ltymoi.OGIE.  —  'A-/.pri<77iyov,  de  cr/.poç,  indiquant  la 
pointe,  l'extrémité,  et  crè/o:.  rangée,  ligne,  vers  (de 
o-t  ;av,  piquer). 

Dans  la  description  de  la  synaxe  par  l'auteur  des  Con- 
slihitions  apostoliques  il  est  dit  :  'Avà  o-'jo  ôï  revwuêvtav 
àva-, voiTu-aTuiv.  Ërepoç  ri:  roj:  to-j  AaS'iS  •li'x}.\£-:u>  Cixvooç 
/.où  'i  ).aô;  rà  à'/.poirrè/ia  iiT.rii/oûj.ézta.  «  Les  lectures  ache- 
vées, un  [psalte]  chante  les  hymnes  de  David  etlc peuple 
reprend  l'acrostiche  des  versets  s.  »  Cotelier  a  pensé, 
sans  qu'on  voie  sur  quel  fondement,  que  iv.poar-iy.ix 
avait  ici  un  sens  différent  de  celui  qu'on  lui  donne  ordi- 
nairement et  marquait  non  le  commencement  mais  la 
lin  des  versets0.  Nous  reviendrons  sur  ce  sujet  et  sur 
l'àxpoTelEOria  à  propos  de  la  psalmodie  ". 

IL  Définition.  —  C'est  généralement  un  pelit  poème 
composé  d'autant  de  vers  qu'il  y  a  de  lettres  dans  le  nom 
pris  pour  sujet,  chaque  vers  commençant  par  une  des 
lettres  de  ce  nom. 

Le  goût  pour  cette  littérature,  le  choix  des  sujets. 
l'emploi  qui  en  est  fait  sont  des  indices  précieux  d< 
l'état  intellectuel  d'une  époque.  L'archéologie  est  ici 
comme  souvent  ailleurs  une  des  sources  de  la  psycholo- 
tie sociale.  Cette  considération  a  inspiré  à  Littré  une 
excellente  remarque  :  c<  Quand,  réfléchissant  sur  l'en- 
chaînement des  significations,  on  descend  de  l'idée  di 
vers  à  celle  de  ligne  dans  une  page,  de  l'idée  de  ligne  à 
celle  de  rangée,  de  l'idée  de  rangée  à  celle  de  l'acte  par 
lequel  on  lixe  et  détermine  les  points  qui  constituent 
cette  rangée,  on  assiste  à  un  travail  curieux  de  l'esprit 
humain,  qui  se  reproduit  dans  toutes  les  acceptions 
détournées  et  abstraites,  » 

III. Origines.  —  <>n  attribue  l'invention  de  l'acrostiche  à 
tpicharates.  Le  mystère  que  renfermait  ce  jeu  de  mol 
donna  à  croire  que  l'acrostiche  étail  un  des  procédés 
employés  par  les  vieilles  sibylles  pour  laisser  deviner 
leurs  sous-entendus  s. 

Le  plus  ancien  acrostiche  chrétien,  à  notre  connais- 
sance, est  celui  qui  donne  le  mol  IXhVï.  adopté  par 
l'Église  primitive  comme  l'expression  dn  nom  da  Christ, 

île  sa  filiation  di\  ine.  de  ses  deux  natures  cl  de  sa  qua- 
lité de  Sauveur.  L'acrostiche  parut,  dit-on.  pour  la  pre- 
mière fois  probablement,  dans  une  pièce  destinée  à  lui 
procurer  un  grand  retentissement.  Vers  1  an  160',  un 
écrivain  chrétien  composa,  d'après  la  manière  des  sibylles 
antiques,  un  pamphlet  virulent  dans  lequel  il  prédisait  la 
chute  prochaine  de  I  empire,  la  ruine  de  l'Italie,  le  combat 
et  la  défaite  de  l' Antéchrist .  la  résurrection  et  l'éternelle 

félicité  des  iusi.es.  Les  initiales  des  vers  qui  annoncent 
ces  événements  formaient  un  acrostiche  que  lesoontem- 

porains  lurent  avec  Stupeur,  le  pamphlet  en  question 
ayant  élé  écrit,  pensait-on,  au  temps  de  la  sixième  géaéi  a- 
lion  qui  suivit  le  déluge  l0.  On yiisail  la  pièce  suivante11  : 

de  l'instruction  publigu*  du  10  mars  1838;  v  Hamack,  Gesch. 
d.  attehr.  I.itcr.,  in*,  Leipzig,  1838,1  r,  2"  paît,  p.  Ti;-j.  (,t. 
R.  Mowut,  dans  le  Uni/.  oV  In  soc.  des  antiquaires  de  TVti 
1898,  p.  121.  —  ,0C"ii-iantiii,  Orttt.  ail  sanrt.  c<rtu»>.  c.  x\m. 
/'.  G.,  t.  xx.  col.  1385.  —  "  Carm.  sib.,  \  m.  vers  217  sq,  Voy.  Pseu- 
.1  o-.iustin,  Cohorï.  MtGnecw<tr  sièdg,  e.  xxxwu.  /•.  G.,  t.  vi, 
r  -il  309  sq.  ;  Utctanoe,  lUv.  inst.,  iv,  15  <il  réunit  les  s;  1  et  •_'  du 
1  viiti.  vu,  te, 19. -3»,  P.  J  A.  vi,cot498,'792,"7B7,798;S.Autus- 
iin,  Decivtt.  Dei,  x\m.  23,  P.  1 '..,  t.  xi  i.  c  1,  579.  Cl.  A.  Mancini. 
Suit  acroslico  délia  sttùlfa  rritrea,  dans  Stmti  ilal.  rii  filolonia 
chus.,  WW6,  t.  rv,  p.  537-540;  J.  P.  Rossignol,  Des  serf  ioes^tte 
rendriiarchcol.  in-8*,Pai  î,  1878, p. 377-480. 


337 


ACROSTICHE 


338 


220 


225 


230 


2i5 


250 


I     SptÔTSt  yàp  -/8ù)v,  y.p:(Tc(i>;  (jjjjiîîov  £V  in-Tar 

H    Çst  -5'  ojpavôôêv  PauO.eù;  aiû>c-cv,  ô  u.iXXtnv 

5!  àpxa  itaptov  7rï<rav  xpïvai  xoù  kôctjiov  auavTx. 

0  'iovtat  Se  0sôv  p.Époits;  moral  xa:  aTrisroi 

Y  litarov  [ist»  Tàiv  âyt'wv  èitï  TSp[ia  -^povoto, 

Z    apxoçôpov  ij/vjyà;  T'avSpolv  eut  pr^aTt  xpivsî. 
X    épTo;  or'  à'v  ttote  xô<ru.o;  oXo;  xa\  à'xavOa  yÉvr,72'. 
P    i'buirsi  t'  Et'otoXa  PpoTo'i  y.  ai  tiXo'jtov  a'7iavta. 
E    y.y.a-jTif)  Se  t'o  7rjp  yr,v,  oùpavbv  *)8e  6âXa<7c-av, 

1  /vsûcov,  p v-) Ç -/-j   xc  7rJXa;  Etpy.Tr,;  atSao. 

Z    ot p5  tÔtî  iràTX  vexptôv,  È;  èXs'jOspiov  çâo;  »5|E!" 
T    ooç  âysoy?,  àvéjj.o'j;  te  tb  ïrvp  atCxriv  iléyiir 
O  7TUorra  Ttj  7ipàËa;  e'XaBîv,  rôts  uâvra  XaXrj<re:. 

2  TT,8ea  yàp  Çoçôîvra  0eôç  owcrripircv  àvoîijet' 

O  prjvôç  t'  ex  TtavTiov  i'<77a'..  xal  Ppyyu.ôç  ôSo'vtmv. 
E    xXstyst  aiXa;  f,eXi'o-j,  aaxptov  te  yopEÎat. 

0  -jpavôv  eîXfÇet,  u-yjvï];  £s  te  qplyyo;  oXsïrai 

Y  'J/ojTSt  6è  (pâpayya;,  oXeï  6'  ■j'i/ûp.arx  (îo'-ivcôv. 

Y  'io;  3'  O'jxét'.  Xuypôv  sv  avGptûuoiT'.  çavEÏTa'.- 

1  crà  t'  op'O  uEGiot;  ssrar  xa\  itîda  OiXacsa 
O  \jx  eÎ;  7tXo0v  iSUr  yr]  yàp  çpv/OEÏo-a  xspauvô>. 
Z  UV  irir]ya!;  TroTatj.0!  te  xa/Xà^o/TS;  XE!'io'j<7!v. 
Z  âXuiyi;  8'  o\jpavô(kv  çcovyjv  itoX-jOpTjvov  afrjust, 
Q  pûouaa  (tjo-oç  [/.eXeÔv  xa\  TCTjU.C(Ta  y.daiiovi. 

T  apTapoEv  Se  X*°ï  T0'T£  8etÇei  yaïa  /avoCira. 
H  ïovxjev  8'  éVi  pvjp.a  0S&G  f5a<TiXr,EÇ  aTravTE;. 
P  E'jcei  6'  oùpavôOEv  itoTaaô;  Ttupôç,  y;3é  y£  Ôefoy, 
Z  r,u.a  SE  toi  tôte  7t5o-'.  PpotoÎ;  àptSsixETOv,  o'ov 
T  à  ijJXov  èv  iruTTof;  tÔ  xÉpa;  tô  t:oOo'J|/.cvov  c<7toc'.' 
A  vîpaiv  E'J(7eSÉ(uv  Çwr,,  •rcpÔTXon.|ià  os  xôcp.oj. 

Y  SaTt  çcoTt'ov  tikjToûç  vi  SwSîxa  ir^ya;;. 
P  âSSoç  iroijjiaivouiTa  (TiSyipeîv;  ys  xpaTrjcEi. 

O  'jto;  ô  vOv  7rpoypacps\î  Èv   àxpoaTiyc'oi;   0e'o;  rk\>(&, 
Z  (OTï)p,  àôavaToç  paaiXEÙç,  5  ira9à>v  EVEy'rjj.wv.       * 


ï.'acrostiche  se  lit  IIISOYS  XPEISTOS  0EOV  l'IOS 
lL>THPi:TArFov .  Jésus-Chrisl,  Fils  de  Dieu,  Sauveur 
crucifia.  Les  lettres  initiales  des  cinq  premiers  mois 
donnent  à  leur  tour  IX0YZ,  c  poisson,  »  désignation 
symbolique  sous  laquelle  les  initiés  reconnaissaient  Jé- 
sus. Voyez  Poisson.  L'histoire  littéraire  de  ce  morceau 
n'était  pas  close.  Vers  le  ni0  siècle  on  en  fit  une  traduc- 
tion en  vers  barbares  avec  une  adaptation  des  lettres 
grecques  aux  lettres  latines  correspondantes  *  : 

I1IS0TS  XPEIST02  0EOY-  YIOE  SÛTHP 
IESVCS    CREISTOS    ÏEVD    NIOS    SOTER 

On  en  vint  môme  à  raconter  que  Cicéron  avait  trouvé 
si  belle  cette  composition  de  la  sibylle  d'Erythrée  qu'il 
1  ivait  traduite  en  vers  latins2.  On  a  généralement  rap- 
proché les  vers  sibyllins  d'un  passage  du  Discours  aux 
Grecs  attribué  à  saint  Justin  (c.  xxx).  Mais  l'auteur  de 
ce  passage  a  en  vue  l'avènement  du  Christ  dans  l'incar- 
nation, tandis  que  la  sibylle  vise  le  jugement  dernier  et 
le  deuxième  avènement,  comme  l'a  démontré  A.  Man- 
cini  3.  Entre  l'apparition  de  l'acrostiche  et  sa  première 
mention  il  s'écoule  environ  deux  siècles,  puisque  c'est 
dans  YOral'w  Conslantini  nd  gemetwm  cœtum  qu'on  le 
trouve  mentionné  pour  la  première  fois,  et  cette  pièce 
parait  être  à  Mancini  une  tarification  postérieure  à  l'an- 
née 350*.  Saint  Augustin  n'a   connu  que  les   \ingi-six 

'S.  Augustin.  De  civ.  Dei,  xvm,  23,  P.  L.h  t.  xi.i,  col.  579; 
iT.wi'or  mt  omis,  ce  mot  est  inutile  à  1x0 ri.  —  'Constantin, 
Orat.ad.  sanct.  cœtum,  xix,  A /..,  t.  xx,  col.  1285.  —  3A.  Man- 
pini,  dans  les  Studï  italiani  tli  filologia,  ;.  iv,  p.  537  sq.  — 
•  A.  Mancini,  dans  les  Studi  storici,  in-8%  Pisa,  1894,  t.  m, 
n.  1  et  2.  —  »  S.  Augustin,  De  civitate  Dei,  1.  XVIII,  c.  xxm. 
I'.  1..,  t.  Xll,  col.  579.  —  «  P.  Lejay  dans  la  Revue  d'histoire  et 
<ir  littérature  religieuses,  1900,  t.  v,  p.  191  sq.  —  1  D.  Cabrol  et 
I).  Leclercq,  Moni/cm.  Ecries,  liturg.,  in-4\  Paris,  1902,  t.  t, 
n.  2826.  — "De  Hossi,  Iriser,  clirist.  urbis  Romse,  in-fo!..  Ro- 
mîB,  1888,  t.  n,proœm.,p.  xix.  —  90.  Pohl,  Dos  Ichthys-monu- 
ruera  vun  Autan,  in-8",  Berlin,  1880,  p.  10.  —  10DeRossi,  loe. 


premiers  vers  et  ignorait  l'acrostiche  de  ETa-jp<5;5; 
mais  le  rapprochement  le  plus  suggestif  sur  les  origine» 
de  ce  texte  est  celui  dans  lequel  Mancini  montre  que 
l'acrostiche  a  été  lormé  de  vers  tirés  du  livre  VIII  des 
Oracles  sibyllins,  amenant  ainsi  des  lacunes  encore  re- 
connaissables  aujourd'hui  si  on  confronte  ce  livre  avec 
le  texte  de  Lactancedans  les  IiistiUttiones  divinse,  1.  Vil, 

C.  XV-X.XV1"'. 

On  s'en  tint  généralement  au  seul  mot  IX0TZ  qui 
eut  une  grande  vogue;  le  monument  le  plus  célèbre  qui 
en  fasse  usage  est  l'inscription  de  Pectorius  d'Autun  7, 
qui  date  du  n«  ou  du  IIIe  siècle.  Cette  inscription  com- 
prend deux  parties  :  la  seconde  contient  l'épiaphe  pro- 
prement dite,  la  première  se  compose  de  trois  distiques 
emprutés  à  quelque  recueil  poétique  plus  ancien  8.  Le 
premier  commence  par  le  mot  de  l'acrostiche,  suivant 
un  petit  jeu  de  mots  qui  devint  plus  tard  fort  en  laveur 
lorsqu'on  lVut  perfectionné.  Voici  le  poème  acrostiche 
d'Autun  «  : 

IXOYOC  oupavfou  6eïov  yÉvo;  r'topt  Tôp-vài 

Xp^TE,  XaSwv  Trrjyriv  ap.êpoTov  èv  fJpoTÉot?  • 

Osit7ïeo-:cj>v  ùSàTtov,  tr,v  <7ï)v,  çc'Xe,  ôâXitsto  tj/uyîjv 

YSantv  àsvioc;  bXoutoMtou  o-oçir,;. 

C<oTr,po;  âyc'tov  u.eXr/)Ô£0(  Xâuoavs  (ipwu:-/, 

GtOce  Ttivatùv,  r/_0uv  È/tov  TtaXi;j.a'.;. 

La  lettre  supplémentaire  €  paraît  indiquer  une  cou- 
pure faite  dans  le  poème  original.  De  Rossi  conjecture 
que  cet  €  sérail  l'initiale  de  l'acrostiche  GATTIC  •»,  es- 
pérance. 

Une  autre  inscription,  trouvée  dans  les  catacombes  et 
à  peine  moins  ancienne  que  celle  d'Autun,  (ail  voir 
l'acrostiche,  mais  il  n'est  pas  entré  dans  la  composi- 
tion" : 

IXOYC 

I    Poslumius .Euthenion  .  fidelis .  qui  gratta 

X  sa7tcla.  consécutifs .  pridie .nalali.suo .serolina 
0  hora  .reddit  .debitum  .vite .sue .qui.  rixit 

Y  annis  .  sex .  et .  depositus .  quinto .  idus  .  iulia-; .  die 
C  Jo.vis  .quo  .cl  .natus  .est  .cuius .  anima 
N  cuni  .sanctos .in.pace .filio .benemerrvti 
Postitmi .  Felirissinius .  et  Euthc 

nia  .  cl .  Fesla .  aria .  ipscius. 

La  lettre  N  supplémentaire  est  très  probablement 
l'initiale  de  NIKA. 

On  trouve  fréquemment  le  mot  lyjyj;  disposé  vertica- 
lement, mais  il  n'est  alors  que  chiffre  ou  tessère. 

Le  goût  croissant  du  public  pour  ces  laborieux  enfan- 
tillages fit  entreprendre  par  un  évèque  (?)africain,  nommé 
Commodien.  qui  vivait  vers  le  milieu  du  IIIe  siècle, 
une  composition  en  deux  livres,  ainsi  désignés  dans 
le  seul  manuscrit  conservé  (Cad.  Chellen/i-amcnsis. 
membran.,  n.  1X->r),  anc.  Mecrmannianus  108,  sœc. 
Xi)  :  ISCIP  COMMODIAM  IKSTRDCTIOSES  PER  I.ITTF.RAS 
i  ersuum  primas,  qui  dicuntur  acrosticlndes,  ajoute  Hae- 
nel  dans  son  catalogue  '-.  Le  livre  premier  contient  qua- 
rante-et-un  chapitres,  le  livre  second  trente-neulchapitres. 
le  dernier  est  intitulé  Nomen  (lasei l3  et  son  acrostiche 
est  rétrograde  :  ITSIRHC  SVCIDXEM  SVNAIDOMMOC 
qu'il  fout  lire  :  COMMODIANVS  MENDICVSCHRISTI ". 

cit.,  p.  xxi.  Pour  11-  rapprochement  do  ly}j;  et  de  l'ancre,  voy. 
Marchi,  Monum.  primitivi,  in-4°,  Roina,  1844,  p.  70;  Vettori, 
X'oii.  sercus  vct.  Christ.,  in-4",  Romne,  1737,  p.  92;  De  Rossi, 
De  christ,  monum.  i/Ojv  exhibent ib.,  in-4°,  Parisiis,  1855, 
p.  573  sq.  —  "Boldetti,  Osservazioni  sopra  i  cimiteri,  in-fol., 
l'.oma,  1720,  p.  58;  Monum.  Eccles.  liturg.,  t.  i.  n.  3447.  — 
'-HaeneJ,  Catalogua  codicum,  in-4°,  Lipsiœ,  1829-1830,  p.  861. 
—  i3Cod<l.  Cheltenham.,  n.  1825;  Parisinus  lat.,  8304 ; Leiden- 
sis,  n.  49.  —  uCt.  Richardson,  Bibiiographical  synopsis  de  l;i 
collection  The  ante-nicene  Fathcrs.  in-8%  Butïalo,  1887,  p.  50; 
fi.  Boissier,  Commodien,  dans  les  Mélanges  Renier,  in-8,) 
Paris,  1880. 


359 


ACROSTICHE 


3GO 


L'auteur  a  d'ailleurs  averti  le  lecteur  de  ce  puéril 
amusement  qu'il  lui  procure  : 

Curiositas  docti  inveniet  nomen  in  istoK 

Dans  d'autres  pièces  du  même  genre,  on  lit  des  aver- 
tissements analogues  -  : 

NOMINASANCTARVM  LECTOR  SI  FORTE  REQVIRIS 
EX  OMNI  VERSV  TE  LITERA  PRIMA  DOCEBIT 

«  Si  tu  cherches,  lecteur,  le  nom  des  saintes,  la  première 
lettre  de  chaque  vers  te  le  révélera.  » 
On  lit  sur  une  ëpitaphe  publiée  par  Marini3  : 

EIVS  AVTEM  NOMEN  CAPITA  VER(suwwj] 

et  cette  autre  : 

ISCVIVSPER  CAPITA  VERSORVM  NOMEN  DECLA- 
RATVR 

Enfin  plus  clairement  encore,  à  Rome  »  : 

REVERTERE  PER  CAPITA  VERSORVM 
ET  INVENIS  PROPIVM  NOMEN 

Les  épilaphes  acrostiches  sont  néanmoins  assez  rares. 
On  n'en  connaît  pas  dans  l'Attique  et  dans  l'Asie  Mineure. 
En  Egypte,  à  Philes,  un  proscynème  de  l'époque  d'Au- 
guste mérite,  quoique  païen,  d'être  transcrit  ici.  Ce  pros- 
cynème  fournit  un  acrostiche  d'une  nature  toute  parti- 
culière :  à  savoir,  un  acrostiche  syllabiquc,  au  lieu  de 
l'acrostiche  littéral  exclusivement  employé  partout  ail- 
leurs. Il  en  résulte,  dit  Letronne,  une  sorte  d'énigme, 
ou  de  griphe.  C'est  un  de  ces  badinages,  résultat  de  pari 
entre  voyageurs  gens  d'esprit.  Catilius  aura  dit  :  «  Je 
parie  d'écrire  mon  nom  en  toutes  lettres,  sans  qu'on 
puisse  le  deviner.  9  Donc  après  avoir  tracé,  xiovyjSôv, 
les  dix  syllabes  de  son  nom,  il  aura  rempli  Chaque  ligne 
<le  manière  que  la  première  syllabe  lût  perdue  dans  le 
reste.  Les  dix  syllabes  sont  : 

1         2        3        4  5  G         7         S  fi  -10 

KA  ||  1 1  ||  Al  ||  OY  ||  TOY  ||  KAI  ||  NI  ||  KA  ||  NO  ||  POC 

c'est-à-dire  :  Ka.~ù.iomj  ïov  xeù  Nixâvopo;  •.  Ce  Catilius, 
lils  de  Nicanor,  nous  est  connu  par  un  autr.e  proscv- 
nème. 11  vivait  et  traçait  une  inscription  à  Philes  le 
'26  mais  de  l'an  7  de  noire  ère  (an.  23  de  César,  le  12 
de  phaménoth,  Nilus  étant  stratège).  Il  était  grec  d'ori- 
gine et  il  se  pourrait  que  Nicanor,  son  père,  fût  lui-même 
(ils  d'AriuS,  philosophe  d'Alexandrie,  dont  Auguste  reçut 
des  leçons  dans  sa  jeunesse0. 

Voici  le  texte  de  V acrostiche  syllabiquc  transcrit  de 
manière  à  mettre  l'artifice  de  Catilius  en  évidence  : 

K'Au.s  tbv  eOtÉ/vov  çtoi'o;  (Jii'yov,  o>  ç:>.£,  [ir,!J.a 
T'Iuiov  àfji.7ra-j <raç.  £xp.a6e  za':  yjxpiaa'. 

Altaï;  tdTopiai;  ).ttov  tï&vov,  oîx  7rsiratY(l,ai, 
O'Y  xevà  u.r,vûtiJV  o'j7rïp  sVjv  ytvixov. 

*  TOT  8e  xa),o0  7r).u><j:cç,  Sfjl\,  ib/î.  ysjjxata  N::'/.o-j, 
«  KAIpov  ïyjta  «(jùvîïv  yaiosTS  r.oD/x.  «J':/.ai. 

'  Cninm.,  Instruct.,  II.  xxxix.v.2G,écl.  L.  De»  il  mil.  Corp.  script. 
Eccl.  latin.,  in-8\  Vindobonoe.  1887,  t.  xv.  —  'Muratori,  Nov. 
th£8. inecript., in-ial.,  Mediolani,  1739, p.  MCM1II,  n.5.  Cl.  Marucchi. 
dans  le  Bttllettino  délia  commissions  arclieologica  communale 
<U  Roma,  1896,  p.  62.  —  3G.  Marini.  Atti  e  monument!  de'  fra- 
telli  Arvali,  in-4\  Roma,  17'.'5,  p.  828.  —  4  R.  Kabretti,  Inscript. 
antiq.,  in-lol.,  Roma\  1702,  p.  270.  Nous  suivons  la  lecture  de 
De  Rossi,  tnscript.  christ,  u.  ft.,in-fol.,RomtB,1861,  t.  i,n.  677. 
—  'Letronne,  Recueil  des  inscriptions  grecques  et  latines  de 
r  Egypte,  in-4*,  Paris,  1842-1848,  t.  II,  p.  153.  —  "Dion  Cass., 
LT,  xvi.  Voy.  Letronne,  lue.  cit..  p.  143.  Le  plus  curieux 
exemple  que  l'on  rencontre  d'acrostiche  verbal  est  une  lettre 
<tc  Gracchus  Rabœut,  prisonnier,  à  sa  femme  et  à  ses  entants; 
<  De  est  acrostiche  et  tclcstichc.  Le  fac-similé  a  été  public  dans 


«  Nl/.ojuai  7rctpï!;  tô  xat  ovpseiv,  o*>  Ivaiapàxtai. 

«  K'Ayw  éyut  zfjyn'i  i<TTopixr,v  atXàn. 
«   NO<jr/)<jaç  xai  î6à>v  Nixavopa  xai  févo;-  aX).o 

'(   POS  xaraXoinov  ïytù,  toûto  fip  èitti  t£).o;.  » 

«  Arrêtant  ici  tes  pas  respectueux,  ami,  étudie-moi  bien, 
moi  qui  suis  la  pièce  de  vers  d'un  habile  mortel,  et  per- 
mets à  un  l'utile  voyageur  un  lulile  travail,  jeu  d'esprit 
dont  je  ne  t'annonce  pas  l'auteur;  chose  superllue! 
«  Ayant  navigué,  ô  étranger  !  dit  [ce  poète],  sur  les  (lots 
«  du  Nil  superbe,  il  est  temps  que  je  m'écrie  :  Adieu, 
«  vingt  fois  adieu,  Philes;  je  cède  aux  rochers,  aux  mon- 
«  tagnes,  ô  cataractes!  Et  moi  aussi,  je  dois  composer 
«  une  pièce  sur  mon  voyage,  étant  venu  en  ces  lieux  et 
«  ayant  vu  Nicanor  et  sa  famille.  11  ne  me  reste  qu'un 
«  ROS  à  placer;  car  c'est  la  fin.  » 

Les  trois  lettres  POS,  qui  commencent  le  dernier 
vers,  devaient,  observe  Letronne,  paraître  une  énigme 
indéchiffrable  pour  ceux  qui  n'avaient  pas  reconnu 
l'acrostiche.  —  Il  ne  restait  plus  que  POS  pour  com- 
pléter les  noms  (KatiXsou  to-j  xat  Nixâvo  POS);  or, 
comme  il  n'y  a  pas  de  mot  qui  commence  par  POS, 
l'auteur,  dans  son  embarras,  se  contente  de  rappeler  la 
syllabe,  et  de  dire  qu'elle  complète  tout  et  que  sa  pièce 
est  finie. 

En  Afrique,  on  ne  trouve  aucun  acrostiche  parmi  les 
liluli  chrétiens  publiés7  ;un  seul  en  Espagne,  à  Cordoue  9, 
mais  d'une  très  basse  époque,  du  vme  siècle,  sinon  plus 
récent  encore;  son  acrostiche  donne  les  vers  suivants, 
composés  non  plus  d'après  la  quantité  syllabique,  que 
l'on  avait  délaissée  vers  ce  temps,  mais  d'après  l'accent 
des  mots9  : 

Membra  fvlgest  hic  vrna 

*  Anvs  reugiose 

Rite  carne  devicta 
.  In  sodria  eama  casta 

ArCE  CELESTI   ET  AVI  A 
SVM   TECTA  HIC   SAXEA   i  AVA 

La  Gaule  ne  fournil,  en  outre  de  l'inscription  d'Aulun, 

que  peu  d'exemples.  A  Charmes,  dans  la  Viennoise,  une 
inscription  de  dix  vers,  terminée  par  une  ligne  de  prose, 
qui  pourrait  se  rapporter  à  l'année  534,  contient  une 
mention  analogue  à  celles  qui  sont  citées  plus  haut  10  : 

ciuis?]QVI  FVERIT  SIMVL  ET  QVO  NO[m]  INE  [dictas 
ver]  SIBVS  IN  PRIMIS  ORDINE  PROD[it  apex. 

A  Arles,  une  inscription  très  longue  fait  l'éloge  de 
l'abbé  Florenlinus  (+  553),  l'acrostiche  donne  celte  se- 
conde épitaphe  "  : 

|AMEN 
FLORENTINVS    ADBAS    HIC    IN    PACE     QVIESCIT 

Au  Pin,  dans  la  deuxième  Narbonaise,  acrostiche 
d'un  nom  propre  dont  il  ne  reste  que  la  désinence  ENAj 
la  mention  subsiste  ainsi  conçue  12  : 

NOMEN  DVLCE  LECTOR  SI  FORTE 

DEFVNCTAE  REQVIRES 
A  CAPITE  PER  LITTERAS  DE 

ORSVM  {per?)  LEGENDO  COGNOSCIS 

L'Autographe,  Paris,  1863-1SG5.  —  'G.  WiUraons,  Corp.  inscr. 
Int..  t.  vin,  et  H.  Cognât,  J.  Scbraidt,  Supplem.  i  et  ;;;  Io.  Schmidt, 
dans  VEpkemeris  epigraphica,  in-8',  Rornse,  1892,  t.  vu.  — ■  E. 
Ihibner,  Inscr.  Hisp.  christ-,  in-4\  Bcrolini,  1871,  n.  130,  qui  ne 
répugne  pas  à  le  rejeter  jusque  vois  le  milieu  du  X'  siècle,  d'après 
le  jugement  de  Morales,  Coron.,  loi.  m,  ».  207.  —  »  Ilubner,  toc. 
cit..  n.  123,  année  642,  n.  129,  130,  IX'  siècle  ('.'):  n.  132,  vir-x* 
siècles  —  "K.  Le  Blant,  Inscr.  chret.  de  la  Gaule,  in-4%  Paris, 
1856-4865,  t  n.  n.  477  a.  —  "  Ibid.,  t  H,  n.  512.  —  '•  Und.,  t.  n. 
n.  630.  Nous  n'utilisons  que  les  textes  épigraphiques  publiés  jus- 
qu'en 1892,  un  certain  nombre  ont  été  découverts  depuis  cette  d.ite, 
mois  publiés  au  fur  et  à  mesure  des  trouvailles  dans  des  recueils 
locaux  nous  n'osons  espérer  les  avoir  vus  tous.  Ct.  cependant  le 
«  Rullctin  épigraphique  »  de  la  Revue  de  l'art  chrétien 


ACROSTICHE 


3G2 


On  ne  trouve  rien  de  notable  en  Angleterre. 

On  a  cité  plusieurs  lois  deux  épitaphes  acrostiebes  du 
Nord  de  l'Italie  :  celle  de  l'évêque  Eusèbe  de  Verceil  '  et 
celle  de  l'évêque  Celsus  -  : 

EVSEBIVS  EPISCOPVS  ET  MARTYR 
CELSVS  EPISCOPVS 

Bertoli  cilo  un  autre  exemple  à  Aquilée  *. 

A  Rome,  parmi  les  inscriptions  datées,  on  trouve,  à 
l'année  432,  l'épitaphe  acrostiche  d'une  femme  nommée 
ANATHOLIA  *.  Au  cimetière  de  Saint-Hippolyte,  une  in- 
scription contemporaine  de  Damase  porte  :  LEONIS  5. 
En  774  une  inscription  «  dont  la  construction  et  le  sens 
sont  à  peine  intelligibles  »  porte  cet  acrostiche  : 
DOMINO  ECCELL-FILIO  CARVLO  MAGNO  REGI 
HADRIANVS  PAPA6.  Et  enlin,  on  a  trouvé  une  pierre 
préparée  pour  recevoir  l'acrostiche  7  : 


IV.  Acrostiche  et  télestiche.  —  Une  inscription  ro- 
maine, découverte  près  de  l'église  San  Lorenzo  in 
Lucina,  offre  une  épitaphe  acrostiche  de  l'année  783.  Elle 
présente  cette  particularité  d'être  acrostiche  et  télestiche, 
c'est-à-dire  que  l'indication  commencée  à  l'aide  des  pre- 
mières lettres  de  chaque  vers  s'achève  avec  les  dernières 
lettres;  malheureusement,  des  lacunes  obligent  de  sup- 
pléer par  des  conjectures  à  une  lecture  certaine  : 

P I 

A a 

V v 

L i 

V T 

S A 

De  Rossi  a  très  ingénieusement  proposé  :  Invita*. 

Cette  variété  d'acrostiche  se  retrouve  à  la  même  époque 
en  Espagne.  VAntliologia  hispana  (Cod.parisinus  lat., 
8003, 1.  1-32),  publiée  parmi  les  Codices  epigraphici  par 
De  Rossi,  contient  deux  pièces  acrostiches  et  télestiches 
ayant  servi  d'épitaphes  9.  La  première  était  destinée  par 
Ascarie  son  auteur  au  tombeau  de  Tuserhède.  Ascarie 
était  adoptioniste  ,0.  Il  existe  une  lettre  adressée  par  Ini 
à  Tuserhède  avec  la  réponse  de  ce  dernier11. 

1  e  modérante  regor  Deus.  sit  mici  vita  beat  A 
Vt  merear  abitare  locis  tuus  incola  scï  S 
S  pem  capio  fore,  quod  egi  veniabile  ob  ho  C 
Exadi  libens  et  sit  latent  i  venia  larg  A 
Reor  malû  merui  set  tu  bonus  arviter  aufe  R 
Heu  ne  cerna  tretrù  quem  vultu  et  voce  minac  I 
Eden  in  regione  locatus  sim  llorib'  ad  ho  C 
Dcboret  ne  anima  rnersam  fornacib'  ast  LT 
Ocurrat     set     tua     mici     gratia     longa     penni  S 

*  Gnzzera,  Délie  iscrizioni  cristiane  antiche  ciel  Piemonte, 
in-'i-,  Tni'ino,  1849,  p.  91.  —  -  Ibid.,  p.  114.  —  3  Bertoli,  Le  anti- 
ehità  d'Aquileja,  in-fol.,  Venezia,  1739,  p.  355.  —  *  De  Rossi, 
Inscr.  christ,  urb.  Rom.,  in-fol.,  Ronw,  1861,  t.  i,  n.  677.  — 
5  De  Rossi,  Bull,  di  arch.  crist.,  1883,  p.  60-65,  114,  pi.  I. 
—  u  Duemmlcr,  Poetœ  lat.  medii  xvi,  in-4%  Berolini,  1881,  t.  I. 
p.  90,  91;  De  Rossi,  dans  les  Mélanges  de  l'École  fr.  de  Rome. 
1H8S,  p.  499.  —  'G.  Kaibel,  Inscr.  Sicil..  in-fol.,  Berolini,  1890. 
n.  2191.  —  «De  Rossi,  Bull,  di  arch.  crist.,  1873,  p.  22-29.  Cf. 
Mélanges  de  l'Ecole  française  de  Rome,  1888,  p.  500  ;  E.  Le  Blant, 
dans  la  Rev.  archéol.,  1878,  t.  xxxv,  p.  40.  —  "  De  Rossi,  Inscr. 
christ,  u  R..  in-fol..  Romœ,  1888,  t.  H,  part.  1.  p.  295.  —  l0  Cenni. 
Monum  dnmina{ionis  pontifleiae,  in-4\  Rom*.  1760.  t.  i, 
4il    ;  Jaflo,  Ri bl.  rer.  germemicar.,  6  vol.  in-8%  Ben  Uni,  18C4- 


II  faut  donc  lire  :  TVSERHEOO  ASCARICVS.  La  se- 
conde pièce  donne  les  mots  :  ILDEMVDI  ABBATIS 
XRISTE  MEMOR  ESTO. 

Aldhelm  de  Schireburn  (  +  709)  a  signé  en  acrostiches 
et  télestiches  au  prologue  de  son  Liber  œnigmatum.  Les 
initiales  et  les  finales  donnent,  dans  le  même  ordre  : 
ALDHELMVS  CECINTT  MILLENIS  VERSIBVS  ODAS  »*. 
La  préface  du  livre  De  laudibus  virginam  du  même 
auteur  offre  un  acrostiche  redoublé,  mais  qui  se  lit  dans 
la  colonne  gauche  de  haut  en  bas,  et  de  bas  en  haut 
dans  la  colonne  droite  13.  Cet  acrostiche  reproduit  le  pre- 
mier vers  de  la  préface  :  MEÏRICA  TIRONES  NVNC 
PROMANT  CARMJNA  CASTROS. 

Citons  un  autre  type,  à  Aix-en-Provence  u.  C'est  une 
épitaphe  métrique  dont  les  deux  derniers  vers  sont  ainsi 
conçus  : 

)RTE  CVM  DIGNITATE  REQVIRIS 
fEPOSTREMADEMONSTRANT 

Cette  formule  rappelle  celle  d'une  inscription  de  l'an 
506,  trouvée  au  Pin,  en  Provence  : 

NOMEN   DVLCE   LECTOR   SI   FORTE 
DEFVNCTAE   REQVIRES" 

et  cette  autre  de  Verceil  : 

[RIS 

NOMINA  SANCTARVM  LECTOR  SI  FORTE  REQVI- 

EX  OMNI  VERSV  TE  LITTERA  PRIMA  DOCEBIT»» 

Il  y  a  donc  lieu  de  restituer  l'inscription  d'Aix  de  la 
manière  suivante  : 

[Nomensi]  FORTE  CVM   DIGNITATE  REQVIRIS 

Les  exemples  qui  nous  sont  déjà  passés  sous  les  yeux 
invitent  à  compléter  la  dernière  ligne,  car  on  ne  peut 
plus  donner  le  nom  de  vers  à  cette  série  de  fautes  : 

(Vers[or]um   capita  atrj)   VE    POSTREMA    DEMONS- 

[TRANT1" 

Cette  indication  d'un  acrostiche  ne  nous  sert  que  bien 
peu,  car  le  commencement  de  toutes  les  lignes  de  l'in- 
scription a  disparu,  et  de  la  fin  il  nous  reste  les  lettres 
finales  des  3e,  4e,  5e,  6e  et  7e  vers,  E,  R,  D,  O,  S,  ce  qui 
permet  de  lire  sans  hésitation  [sac]ERDOS. 

Un  cas  particulier  nous  montre  quelle  utilité  on  peut 
retirer  de  cette  récréation  littéraire.  Commodien  ne  s'en 
était  pas  tenu  aux  acrostiches  dans  son  recueil  des  Inslru- 
clioncs,  il  avait  employé,  en  certains  passages  du  moins, 
les  télestiches.  Vu  l'état  des  manuscrits  de  cet  auteur, 
on  peut  considérer  cette  circonstance  comme  un  moyen 
empirique  de  retrouver  quelques-unes  des  leçons  primi- 
tives. Cette  observation  a  assez  d'importance  pour  justi- 
fier l'exemple  que  nous  en  donnons. 

L'acrostiche  28"  du  livre  Ier  des  Instrucliones  est  ainsi 
donné  par  l'édition  R.  Dombart 18,  à  laquelle  nous  ajou- 
tons le  télestiche  IVSTI  RESVRGVNT  : 

Justitia     et     bonitas,     pax     et     patientia     uerA 
Vivere     post    l'ata    faciunt.    et    queri    de    actU  : 
415   Subdola    gens    autem,     noxia,     perfida,     pravA 
Tollit    se     in     parte     et    fera     mente     moratuR 

1873,  t.  iv,  p.  292.  —  "  P.  L.,  t.  xcix,  p.  1231.  —  >'-.  Opéra, 
Oxon.,  1841,  p.  248.  —  "Ibid.,  p.  1CÔ.  —  "Bibliothèque  nationale, 
fonds  latin,  copie  de  Peiresc,  n.  8058,  fol.  284;  de  Saint-Vincens. 
Mém.  sur  un  marbre  qui  sert  de  banquette  dans  le  cloître  de 
S.-Sauveur  et  qui  porte  une  inscription  du  x'  ou  du  xf  siècle. 
dans  le  Rec.  des  mém.  et  aut.  pièces  de  la  Soc.  des  amis  des  se. 
lett.,  etc.,  à  Aix,  1819,  p.  336;  E.  Le  Blant,  D'une  épitaphe  mé- 
trique du  cloître  de  Saint-Sauveur,  à  Aix,  danslaftet'.  archéol., 
n'"  sér.,  t.  xxxv,  1878,  p.  37.  —  "Le  Blant,  Inscr.  chrét.  de  la 
Gaule,  in-4",  Paris,  1865.  t.  H,  n.  630.  —  ,0  Corp.  inscr.  lat.,  t.  v, 
n.  6731.  —  1TPour  versorum,  voyez  R.  Fabretti,  Inscr.,  c.  iv, 
n.  150  ;  c.  IX,  n.  290,  in-fol.,  Rom;e,  1702,  et  E.  Le  Blant,  Rev.  arch  ■ , 
loc.  cit., p.  39,  note  3.  —  ISB.  Dombart.  Commodiani  carmin», 
dans  Cutp.  sa  ipl.  eccl.  lut.,  iu-S',  Vindobonoe,  1887,  p.  37  sq. 


3G3 


ACROSTICHE 


3G4 


Impie,  mine  aiuli,  qui  malefacta  lucrariS, 
Respire  terrenos  indices,  in  corpore  qui  nunC 
L'xcruciant   poenis    diros  :  aut    i'erro    parantuR 

4C0  Supplicia  meritis  aut  longo  carcere  ilerE; 
Ultime  ta  speras  Deum  inridere  cœlesteM 
Rectoremquc  poli,  per  quem  sunt  oinnia  factA  ? 
Grassaris,  insanis,  detraclas  nunc  et  Dei  nomeN? 
Unde  non  effugies,  poenas  post  lata  que  poneT. 

4C3  Nunc  volo  sis  cautus,  ne  venias  ignis  in  œstU. 
Trade  te  jam  Christo,  ut  te  benefacta  sequantuR. 

Par  opposition  à  l'acrostiche  ;  jusli  re&urgunt,  le  té- 
testiche  donne  :  avari  cremantur.  Il  n'y  a  pas  dés  lors 
d'hésitation  possible  sur  la  lecture  du  vers  417;  au  lieu 
de  lucraris  et  sans  changer  le  verbe  que  les  copistes  ont 
transcrit  en  le  déformant,  il  suffit  de  lire  lucrasli  afin 
d'avoir  un  télestiche  satisfaisant.  Cette  correction,  outre 
qu'elle  nous  révèle  une  préoccupation  inaperçue  de  Com- 
modien,  «  nous  offre  un  exemple  de  lueror,  employé  à  la 
l'orme  active  vers  le  milieu  du  m«  siècle  '.  » 

Cette  pièce  n'est  d'ailleurs  pas  la  seule  qui  présente 
les  télestiches  :  «  La  dernière  pièce  des  lnslructiones, 
observe  M.  Havet,  celle  dont  les  initiales  lues  de  bas  en 
haut  donnent  Commodiantis  mendiais  Chrisli,  se  com- 
pose de  vingt-six  vers  uniformément  terminés  par  la 
voyelle  o.  La  pièce  il,  S,  Pœnitcntibus,  se  compose  de 
treize  vers  terminés  par  un  e2.  >'  Ces  pièces  ne  sont  pas 
les  seules  qui  offrent  cette  combinaison,  on  pourra  s'en 
apercevoir  en  lisant  le  poème  de  Commodien. 

V.  Acrostiche  dans  la  liturgie  grecque.  —  Les  acros- 
tiches lormanl  un  nom  propre  ou  une  sentence  sont  les 
plus  nombreux.  Les  grecs  en  usent  assez  librement  avec 
ce  genre  d'acrostiche,  intercalant  des  lettres  étrangères 
comme  bon  leur  semble.  Dans  YUf/icium  sanctl  Olei 
on  trouve  cet  exemple  :  Kat  ô  xavùv  ou  r,  à/.çoiriyj.; 
Ej/ï)  èXaîou  <l/a).u.ô;  'Apccvtov.  Dans  les  tropaires  qui 
suivent  nous  trouvons  :  EVXll[ï]rOA[EQ()|AI(>[fc>]  iV.\ 
ED]AMO{IIEp:[ESS]A.PSENIOrï.  Mais  cette  licence 
ne  se  retrouve  pas  lorsque  la  série  des  tropaires  du  canon 
dut  former  un  vers.  Le  mètre  était  ordinairement  iam- 
bique,  par  exemple  : 

fête  de  saint  Eusèbe  de  Samosate  : 
Tvjç  ejdcôsia;  xbv  3Epojvou,ov  teoco. 

fête  de  saint  Lucilius  : 

Ao'jxtXXtavoû  Mâpxvpoç  (J.éXtxw  xXéo;. 

fête  de  saint  Isaac  et  ses  compagnons  : 

«taiôpoj;  àvjavài  riïti  Movocatûv  'Aax:oa;. 

fête  de  sainte  Dorothée  de  Tyr  : 

Aôipov  <ëteoO  <rî  itot|jixaxap  flârep  <riou- 
mais  l'hexamètre  n'était  pas  exclu;  par  exemple  : 

tête  de  saint  Nicéphore  : 

Tbv  Ntx/-,oôpov  w;  vix/)çdpov  aa-u.a<jt  jj.£X7tio  *. 

La  formule  n'est  quelquefois  qu'une  signature,  c'est 
le  cas  de  plusieurs  cantiques  acrostiches  du  mélode  Ro- 
manus.  On  lit  en  marge  :  to-j  xanivoû  TwnavûO  ■>  (xant- 
vou  pour  xaïutvou  à  cause  de  l'iotaclsme).  Cette  formule 
est  à  peu  près  constante,  elle  ne  varie  qu'au  dernier  mol  : 
toû  Ta7tivo-j  ' Pcofiavo-j  OvaXfiô;6;  ToO  Ta7xivoj  'PamavoO 
aîvo;,  etioç,  4/aXu.b;  o-jtoc,  Txoi'riua;  une  fois  seulement 
nous  trouvons,  au  premier  septembre  :  Avxti  wSt)  xoû 
t),ay:arou  'PoijiavoO  ''. 

L'acrostiche  peut  être  encore  simplement  le  titre  du 

•  Ch.  Comte,  Une  coi  rection  au  texte  de  Cumnwdien,  dans  ta  Be- 
vue  de  pliitulogie,  t.  XI,  18S7,  p.  45  sq.  —  *L.  Havet,  Note  à  l'arti- 
cle précédent,  dans  la  Revue  de  pliitulogie,  t.  XI,  1887,  p.  46,  note  1. 
—  3Goar,  Eucliologion,  2-  t'dit.,  in-tul.,  Venctiis,  173(1,  p.  332-334, 
p.  351,  ad  9.  —  *  Neale.  A  histonj  of  the  holij  eastern. 
Church,  in-8-,  London,  1850,  p.  833.  —  sPitra,  Analecta  sacra 
Spicil.  Solesm.  parafa,  in-4%  Parlais,  1876,  t.  i,  p.  101.  —  »  Pitra. 
tlymrioloijie  de  l'Éyl.  gr.,  in-4-,  Paris,  1867,  p.  i.  —  '  Ibut.. 
p.  47.  —  *  Ibid..  p.  xi.  —  »  Pitra,  Juris  ecct.  grâce,  hist.  et  monum.. 
in-4',  Roraa:,  1868.  t.  II.  p.  281.  —  '«"Nie.  Ruy.-E.  De  acolutliia 
offic.  caiiuuici  pru  Ecclcs.  o>  ient  grâce,  in  solemtii  comniemur. 
trium  doclorum  Gaz.,  Kaz.,  Clirys.  Voy.  Acoluthia,  eu!.  ù'.O. 


cantique;  p.  exemple  :  EIS  I1ETPON  KAI  n  AT  AON  », 
ou  encore  réunir  le  nom  de  l'auteur  et  le  titre  de  l'ou- 
vrage, par  exemple  :  ANASTA2I0T  AMAPTL2AOT 
EïOMOAOrilSiS  ». 

On  trouve  aussi  le  cas  d'acrostiche  acclamation,  comme 
celui  du  canon  composé  par  .lean  Euchaîte  pour  l'office 
de  matines  de  la  commémoration  des  trois  docteurs 
saint  Basile,  saint  Grégoire  de  Nazianze,  saint  Chrjsos- 
tome;  l'acrostiche  est  le  suivant  : 

TPISIIAION  4>QS  TPEI2  ANIIVEN  IIAI0T2 

0  Trinité,  c'est  toi  qui  as  fait  briller  ces  trois  soleils  ,0! 

Parmi  les  poètes  grecs  qui  ont  employé  l'acrostiche  il 
faut  citer  Cosmas  de  Jérusalem,  auteur  de  treize  hjrnnes 
dont  les  acrostiches  méritent  d'être  relevés  ici"  : 

Xpi<7xb;  (Ipoxbrôsîç,  T|V  oiiEp  Qthz  uévtj. 

Dâ7tTi<7|j.a  p-j'I/t;  y/iyeviiiv  àu,apTâ2o;. 

T-Â  ôi-j-.ip-/.  —  (la  seconde  férié  de  la  semaine  sainte) 

Tp:ty|  tî  —  (la  troisième  férié) 

TexpâSi  ila>.û). 

Tr,  [ict/tpà  7ré]X7tTï]  (xaxpov  •liu.vov  l\iZta. 

lIpoTâôoaxbv  xe. 

Sâôoatov  u.ÉX7tu>  \i-iyet- 

IlEvTr,xo<ïxv)-'  àopxâïujiev. 

Xpi<rxb;  Èvi  «txotxi/;  «Àa;  a7r).£Xov  EiSeo;  irjxe. 

'ûcavvà,  Xpiax'o;  Vj).oyrt\i.i/ o  ;  Qiô;- 

Sxaupiô  TreTtocOw;  û(j.vov  È|îp£'jyopLai. 

Xp;<ixbv  Y£Yï]6àj;  ïtpéoëw;  àyxaXiÇExai. 

Allatius  dit  que  les  tropaires  sont  reliés  par  l'acrosti- 
che comme  par  une  chaine,  veluti  calenula,  et  il  men- 
tionne les  diverses  espèces  d'acrostiche,  dont  il  donne 
des  exemples  12. 

VI.  Acrostiches  alphabétiques.  —  Parmi  les  pièces 
acrostiches,  il  faut  compter  les  poèmes  alphabétiques. 
Ce  divertissement  littéraire  est  un  des  plus  anciens  qui 
existent  à  notre  connaissance.  Les  Juifs  avaient  eu  des 
poèmes  alphabétiques.  Ps.  cxvm.  Un  exemple  en  est  de- 
meuré dans  la  liturgie  de  la  semaine  sainte,  à  l'office  de 
ténèbres.  Les  Lamentations  de  Jérémie  ont  conservé  leur 
notation  abécédaire  :  s  (aleph),  D  (betlt),  3  (gltimel),  etc., 
qui  par  une  méprise  étrange  ont  fait  irruption  de  la 
marge  dans  le  texte  même  et  ont  reçu  à  ce  titre  une  no- 
tation musicale;  ce  qui  est  aussi  bizarre  que  si  l'on 
chantait  prima,  secundo,  terlia  avant  les  antiennes  à 
Vêpres. 

Les  plus  anciens  exemples  de  cet  acrostiche  appar- 
tiennent probablement  à  la  littérature  gnostique.  On  en 
trouve  quatre  dans  le  Liber  Adami.  Chacun  des  psaumes 
n'a  que  vingt-deux  versets  qui  correspondent  aux  lettres 
en  nombre  égal  de  l'alphabet  syriaque  13.  Saint  Augustin 
composa  en  393  un  psaume  abécédaire  contre  les  do- 
natistes.  Il  est  divisé  en  strophes  suivies  d'un  refrain, 
elle  est  simplement  rythmée,  l'auteur  ayant  redouté 
que  la  gène  des  mesures  ne  l'obligeât  à  se  servir  de 
termes  moins  à  la  portée  du  vulgaire,  à  qui  la  pièce  était 
destinée.  Chaque  strophe  commençait  par  une  lettre  dif- 
férente selon  l'ordre  de  l'alphabet  u.  L'auteur  ne  poussa 
pas  au  delà  de  la  lettre  V  '■>.  L'hymne  de  Sédulius  :  .4 
solis  orlus  cardinc  ,G,  adoptée  par  la  liturgie  romaine  ,7, 
et  celle  de  Fortunat,  Agnuscat  oninc  sxcirium  18,  sont 

—  '•P.  G.,  t.  xcviii,  col.  459 sq.  —  "L.  Allatius,  Diatriba de  Geor- 
giis,  p.  118,  337,  338,  etc.  Cl.  du  Cange,  Glu^ariwn,  au  mot 
Acrustichis.  —  ,3M.  Norberg,  Codex  nazarwtis sive  Liber  Ada- 
mi. in-8-,  Londini  Gothorum,  1815.  t.  Il,  p.  187-195;  cf.  Pitra, 
Hyniuvlog.  de  FÊgKse  grecque,  1S67,  p.  40;  Renan,  Orig.  du 
christianisme,  t.  v,  p.  W\.  —  "I'salmus  contra  partent  Do- 
nali,  P.  L.,  t.  XLlll,  col.  23  sq.  —  "S.  Augustin,  Betract.  I.  I, 
c.  XX,  P.  L.,  t.  xxxiii,  col.  617.  —  '*U.  Chevallier,  Repcrtorium 
liymnologictim,  t.  I,  p.  3,  n.  25;  Sedulii  Opéra,  édit.  Huemer, 
in-4*.  Berlin,  1885,  p.  163-168.  —  "  Breviarium  romanum,  in 
Nativit.  U.  N.  J.  C.  et  in  Circuvicisione.  —  "Fortunat,  P.  L., 
t.  1.XXWIH,  cul.  264;  U.  Chevallier,  Picpert.  hymnolog.,  t-I,  n.  758. 


:or> 


ACROSTICHE 


composées  d'après  l'ordre  des  lettres  de  l'alphabet,  dont 
chaque  lettre  commence  une  strophe,  suivant  la  méthode 
la  plus  ordinaire1.  Les  traductions  d'ouvrages  à  acros- 
îiche  alphabétique  ne  reproduisaient  pas  toujours  cette 
combinaison,  particulièrement  pour  les  psaumes;  cepen- 
dant saint  Augustin  signale  des  psaumes  en  latin  et  en  pu- 
nique qui  gardaient  l'alpliahélisine 2.  On  trouve  une 
hymne  alphabétique  à  saint  Patrice  dans  l'antiphonaire 
de  Bangor3.  Les  Grecs  ont  introduit  cette  espèce 
-d'acrostiche  dans  Jeur  liturgie,  mais  l'usage  en  est  rare  *. 
•On  en  trouve  un  exemple  à  la  vigile  de  la  Transfigura- 
tion. 

L'hymne  acathiste  (àxiOiora;  ûpivcî)  a  en  Orient  une 
.grande  célébrité  :>,  elle  comprend  vingt-quatre  strophes 
alphabétiques  et  fut  composée  vers  l'an  G"26.  On  la  récite 
■en  quatre  pauses  et  elle  est  précédée  d'un  Tp&7tàpcov  ocJtô- 
îaeàov  qui  ne  rentre  pas  dans  le  système  de  l'acrostiche  6. 
Voir  ACATHISTUS,  col.  '213. 

L'acrostiche  a  joui  d'une  vogue  qu'explique  l'affaisse- 
ment intellectuel  des  premiers  siècles  du  moyen  âge. 
11  envahit  tout,  il  est  non  seulement  acrostiche  et  téles- 
liche,  mais  on  imagine  des  combinaisons  linéaires  inter- 
médiaires, non  moins  pitoyables  en  (Décident  qu'en 
Orient,  chez  les  chrétiens  que  chez  les  rabb:Jis  7.  Un 
■des  ouvrages  les  plus  curieux  en  ce  genre  est  une  com- 
position acrostiche  de  Jean  le  Géomètre  qui  démarqua 
une  hymne  alphabétique  à  Bacchus  pour  l'adapter  à  la 
Vierge  Marie  8.  Les  mélodes  alphabétiques  de  Homanus 
ont  été  publiés  par  le  cardinal  Pitra  s. 

VII.  Une  hymne  acrostiche  sur  papyrus.  —  Un  pa- 
pyrus acheté  en  Egypte  et  entré  dans  \:\  collection  de 
lord  Amherst,  à  Didlington-Hall  (Norfolk),  nous  a  con- 
servé un  très  intéressant  spécimen  des  anciennes  hymnes 
■chrétiennes  à  acrostiches10.  Le  fragment,  très  mutilé, 
qui  nous  est  parvenu  (lig.  Cli)  peut  néanmoins  être  re- 
constitué en  partie  grâce  à  la  métrique.  Cette  hymne 
consiste  en  effet  en  vingt-cinq  lignes  comprenant  cha- 
cune Iro's  membres  a  ant  chacun  1 1  même  quantité  mé- 
trique et  s  parés  les  uns  des  autres  dans  l'original  par 
■deux  points;  en  outre,  chacune  de  ces  trois  phrases  com- 


posant la  ligne  forme  acrostiche  alphabétique  de  A  à  Ll. 
Le  mètre  de  cette  hymne  est  assez  librement  traité.  Le 


schéma  est  celui-ci 


—  w  —  uu 


^  ■"  qui  se  repré- 


sente trois  fois  dans  chacune  dea  vingt-quatre  premières 
lignes,  deux  fois  dans  la  vingt-cinquième  ligne.  Chaque 
vers  commence  par  deux  brèves  ou  par  une  syllabe  qui 
peut  être  longue  ou  brève.  L'auteur  avait  donc  proba- 
blement préféré  le  mètre  dactylien  à  l'anapestique,  ce- 
I  pendant  le  trait  caractéristique  du  vers  est  l'accent  que 
i  l'on  fait  porter  sur  l'avant-dernière  syllabe,  qui  est  ainsi 
presque  toujours  brève,  exception  faite  pour  le  premier 
membre  de  la  dixième  ligne  qui  est  d'ailleurs  d'un 
rythme  irrégulier.  Le  mètre  n'a  donc  rien  de  particulier, 
|  mais  il  est  compliqué  par  la  façon  arbitraire  suivant  la- 
|  quelle  on  a  déterminé  la  quantité  des  syllabes.  La  valeur 
i  prosodique  des  mots  est  calculée  tantôt  sur  la  quantité, 
tantôt  sur  l'accent;  aussi  cette  composition,  par  l'incer- 
titude dont  elle  témoigne,  semble-t-elle  devoir  être  attri- 
buée à  une  période  de  transition  entre  l'ancienne  ver- 
sification et  la  décadence.  A  ce  poinfr  de  vue,  notre 
hymne  acrostiche  appartient  au  même  procédé  littéraire 
que  le  S-jij.7rô(T!ov  de  Méthodius  et  les  Oracles  sibyllins 
chrétiens,  c'est-à-dire  qu'elle  date  de  la  lin  du  mc  siècle 
environ,  lorsque  la  tonique,  dont  on  voit  les  premières 
tentatives  chez  Clément  d'Alexandrie,  touche  à  l'heure 
d'une  victoire  complète;  la  présence  des  paroxytons  à  la 
lin  des  vers  est  un  trait  notable  de  ressemblance  avec 
les  vers  politiques.  L'écriture  est  la  cursive,  la  paléo- 
graphie remonte  à  la  première  moitié  du  IVe  siècle;  rien 
ne  laisse  supposer  que  notre  original  reproduise  une 
pièce  bien  plus  ancienne,  les  erreurs  de  transcription 
sont  celles  qui  se  produisent  à  la  première  ou  à  la 
deuxième  copie  d'un  texte. 

L'importance  de  ce  document,  sa  récente  découverte 
et  le  fait  que  les  liturgistes  et  les  autres  spécia/istPs  ne 
semblent  pas  encore  en  avoir  pris  connaissance,  nous 
engagent  à  donner  ici  :  l"  une  transcription  du  texte  H  ; 
2°  une  reconstitution  du  poème;  >  la  traduction 
française. 


1°  Transcription. 

f.  .  .  .]::  .  uvfvavs'.iîO<r;aQavaT[ '-'i  lettres 

Pap-jv  0î5-|j.ovc^,jvîi7avo|jo-j  [:][*»[ ~0  lettres 

ysc[iovr()."j9£ffpao,iXr,o<T:'yau.ov.v.[.  .])--[ 14  lettres.  . 

Z-j<j:prl<j.oL'7:\i.rly.i-û.x/î'.:i:y3.-i-y/i-i'jii[ 15  lettres.   . 


.   Ivatov  Ça>Jiviva),aë;i;iT 
.   .    |tvtr.ax)  TOVlcpoaccyXJrjjv 
]  .ïvau.YjTaçeviT/,!! 

M-  •  •]•  •  "oVc 


5      zp-/w-jx:-:-ti-pooxz:'/o'.<7  :  Evsx»](i.a<7ive«G)8£vX [ 13  lettres ].T£(«c-/.poOïV 

Çr.-i'/'.Taisj.iOaY'.wv  :  ï[.]-riï.torivi,va).aS-/i:Jr,  [ J'i  lettres l 'f'-TI 

i)VE[ia0s<7sXiriSaxpatt:irlvu>pt[.]evsEo$eaTO>?<>][ 14  lettres ].}.ov 

0ar;).-j0£V7:o).).a/.ou.'.(ja3:0avaTo[.]TpLro7:ir|U«T£).Eca[ .11  lettres J.stt.  .  ■■j.Zom 

t^oTCa0u>vî7:LTO,j-uo,.s:'i'-ci}voTtv(jûTa7:apEy_io  :i'va.  .9av[ ]o-jnipiKi<rr\ 

v.a).aï'.T'-v:a0îT;j.a7rjv0j:y.aTa^avTa-:-jsoiT-j-o(X£v[ ] : xsciijv  Ça>r,vïva).aSï]? 

/.ouTa'jj.ïvoTîv'.op&avr,  •  Xov<rstjJ.ïvo<r  sv;  ~j 7:01a:  Xoutsov  [.]ov.a8apc,:ovsj(£t 

8 
u.î'.vaaîzipa^iTOîvopt:  \xi-{3.1waZ-jr.oTta.owi\LO\i v/i«avra<r£iï| 

vj7:'.pya<7a!/.).ï]pavo|x'.aa:vvv-/.îpo7ey_[.  .]toti[ 


1) 


]  VjVTO:(77llVtO0"tV[J.£,J,a),00* 


*  S.Augustin,  Enarrat.  in  psalm.  cxvm,  sermo  xxn,  n.  8,  P.  L., 
t.  xxxvil,  col.  15G6.  —  ilbid.  —  3F.  E.Warren,  The  antipho- 
nanj  of  Bangor,  in-4",  London,  1803,  part.  II,  p.  14.  —  *Neale, 
.4  historij  of'the  hobj  eastern  Cliurch,  in-8*,  London,  1850,  p.  833. 
—  "N.Nilles,  Kalendarium  manuale,  in-8°,  Œniponte,  1896,  t.  11, 
p.  154  sq.  ;  Pitra,  Analecta,  in-8%  Parisiis,  1876,  t.  I,  p.  262;  Lau- 
riotos  et  Paranikas  dans  1'  'Eau'Ai^affrix»)  'Alafiiia,  1893,  mois  de 
lévrier  et  d'avril.  —  «Nilles,  toc.  cit.,  p.  168-183.  —  '  D.  Guarin. 
Grattim.  hebr.,  in-4",  Parisii*,  1724-1728.  t.  11,  passim.  Cf.  Le 
■Gère  et  Renan,  dans  l'Hist.  lilt,  de  la  France,  t.  xxiv  ;  cf.  t.  xxvn 


et  xxxi,  passim.  —  8  J.-B.  Ansse  de  Villoison,  Anecdota,  in-4- 
Venetiis,  1781,  t.  1,  p.  128;  Pitra,  Spicilcgium  solesmense, 
in-4",  Parisiis,  t.  m,  p.  xvm.  —  "Pitra,  Analecta,  sacra  spici- 
legio  solesmensi  parata,  t.  I,  p.  I.xxv,  228,  235,  476,  482,  485, 
538.  Voy.  les  acrostiches  non  alphabétiques,  p.  222,  400,  405.  — 
4«B.  P.  Grenfell  et  A.  S.  Hunt,  The  Amherst  papgri  being  an 
account  of  the  greek  papgri  in  the  collection  of...  Lord  Am- 
herst, part.  I,  in-4',  London,  1900,  p.  23-28,  et  pi.  II.  —  "  Les 
gles  adoptés  sont  les  suivants  :  []  lacune;  0  abréviation;  <  > 
omission,  dans  l'original. 


ZZ1 


ACROSTICHE 


3C8 


tt 


ÇsvoycîtTisvOo-SiaTpEf  iv  :  <;îvo-j<7xocu.c2-jv;.uvo,J'7:  f.   . 
OVS7ceu,t]/gv7ra,crlpïvara07]  :  o).aSb>v^eo«ivac[.]via  [.  .  . 


JîTOTTjpiVfaçviyy) 
I  pot-OTaOavaiTtaT 


î:ai<Ttvt[.]vr,y'Y=A:îî/.î->;ti)v  :-tcd/_oi  fiacriXiavE.  .  .  | ]eivamXy;povo|u 

pai:i*[ ]sviTyiioi<J-:  poTTrj-nvamxvxaitape/E'.  | ]  avaTOVlvoXem] 

c-jOa| JvavafftafftviSïiT:  o-jTOçoxrtvatwv. |.|  ■'. \ J.çwrcovLvaXxgr,? 

xa[.]sx|.   .   .   .]  a-j).aX-JTTO|j.îv(i)v  :TaScT/.tpTr,;j.axa.  .| •.   .  ]  psooîprjv-xpavovG.c 

£.)       •j-OTTl|.]y_ap'.vr,'/.Ûî(7a-/.07r(i)'7:'j7:av.o,JET:£vr,iîiv  [ /;  lettres ] ■i0T\3.rlv.i-ù.xi  : 

[ 14  lettres ] tiToicupçoSîpovEKjatypov | 1G  lettt'tu Joirupicapavotlos» 

! 22  lettres | /axai  areu,aOaytw  [ :/■"  lettres |  rT-jpr:apav<2i.i.o'.7 

| 23  lettres J  (o-j^a).;j.ov<<|j.s0xyc(ov  :'!/-jy_rÉv.  (.]  T£7iavxoxï:o:-.;iw 

j SS  lettres ]  :  u>v£/.x0E'7[J.7,y.sx;).OL0r|T  :  br/E'.-EvTii  ïvx/.ï"r,T 

r>       { 23  lettre: |  avaTovouxenSuv»] 

2°  Restitution. 

[A.  ■.  .].  .-jv  0(eo)v 'Aûâvax[u-uu— 'A0â]vaTov  Çeorp  îvi  >.5f>',7. 

liap'Jv  ÔîTjj.bv  s'yjys;  àvoao'J  lia  u-uu-uu-Buu-  oejxbv  Ttpb;  àyB7E.»1v. 

r«(i.ov  V)Xu8e;  fSa<7i>.y,o;.   Fâixov  v.  uu-uu—I'ou-îvcc  [M]  u*à9«V!ffr,ç. 

A-j(7t  prj|j.a<7i  |Xï)VCÉti  ).â).ct,  Ai/a  xû>v  èîrier  -uu — A  uu-uu-uu  e>/.a; 
5       Epyovxac  rive;  Ttpoêaxt'vot;  'Ev   <j/;i{\).xr>v>  Ë<t(j)6ev  X[u5MK  K  u-uu-J  xe  [J.av.pô6;-/. 

Zr|T£i  ÎT|irat  pisf}'  âyiwv.  Z[r(]rst  î<ot,v  ëva  ).dt5r,<->.  ZtTtec  xb  itûp  tva]  z-'j.ri<:> 

"Hv  £|xaO£;  È'/Tti'Sa  yparst,  "IIv  <î>pi<7É  <rot  6  BeffirotT]  [;  H-uu-uu-p.ov. 

0(sb);  vi),-j8£  Tro/.Xà /.0(j.:(7a;,  0avàxo['j]  TptTÔirr,(ia  TEXéff«[ç,  fc)  uu-uu-]-jvi-ov; 

'Iïjooûî  o  ixaôwv  êwi  xoOxoi;,  s'Itcùv  ôxt  vtôxa  rapÉy/o  "Iva  (ir,  8av[âx]<o  Kcpnri(Tr,<;>. 
10        KàV  e:<t1  ta  6£T|xà  xoO  Û(eo)-j.  Kaxà  7tâvxa  x-jitot;  •jiro[J.év[£'.]  KàXr,v  >)r,v  'va  >''■'",;■ 

Aovo'ijj.Evo;  èv  'IopSàVr,,  Ao-JTà|j.tvo;  evt  T-J7ioiç,  Aouxpbv  [xjb  xaOâpiriov  Ë/e  . 

Mst'va;  È7;sipâ*£x'Èv  o?Et,  MeyâXo>;  8'Sitô-uv»— M  i.u--  a-Jxb;  eîV)<ç> 

N-jv  à'pyacrai  ■/.Xï)povo(i(ai;1  N\jv  y.atpov  ê'vei;  bxt  [SiSu;]  Nûv  xoî;  7:£cvà><7t  p.Eyâ).(o; 

Zévci'j;  eitte  6'eô);  SiarpÉSEtv,  SèS/ovis  y.ii<i>  ur|  8'jv<a>u,svo*j;-  [Z|vt!J]s  x'o  k-jî  !vi  3jyr,<;>. 
15       "Ov  é'7:£(j.'iE  ttst-^p  tva  7iâ9r„  'O  Xaôùv  (u>T)v  ai[a>]vé[av,   'O  ÀaSi'ov  x]pâxo:  àOxvx?:a:. 

Ilasa'tv  3'[e]"JTjyyéXtÇs  Xlywv,  Ilxtoyo't  paijiJ.Éiav  u—  II  uu  elvac  xX?)povou.îa;. 

'l'aTrtcfijivo;]  èvt  rj7roc;,   'Poitr|V  tva  Ttavr';  7tapÉy_ri  [*P  uu-6]ôva~ov  îv'oXIcn;. 

Dv  Oa[và)v  î]  v 'àvâoraff'.v  îfiljt,  — i  xb  910;  i'v 'alwvifo |v  :-[or,;,  —'j  6(£b)v]  çwtoov  !va  /,af>r,;. 

Ta  [ô]'â[vâix]a-j>.a  Xuico<U>|j.Év(i>v,  Ta  ci  i7/.ipxr,jxaxa[ — ,  Tb  6È  it'j]?  çoSepôv  nxpavô;xo'.; 
-3       Yirb  xr,[v]  yàptv  r,/,Û£;  izànu;.  'Vîtâ/.O'jE  ttÉv/julv  [aixo'jo'iv,   'Vu£pr,:?à]va>;  |j.t,/.ex;  Xâ),£t. 

l'I'ooEpbv  uu-ÈflrJtt  xb  ixOp,  $o§epàv  s!;  as'i  y_priv[ov,  «JooEpbv  y£  x]b  irùp  ixapavoaot;. 

|  Xuu-uu  uu--j  XptTxbi;  y.a'i  trrÉap.afJ 'àyt'<o[v  X  uu-uu]  uCp  rapavripio'.;. 

(  ,ruu-uu-uu--,ri)).]ti>v  iia).p.o-j;  [isO'âyftov.  Tu/f|V  uu  itavtors  xoe^ï'.v. 

O-uu-uu-1'Qv  suaÔe;  [Ar/.éxi  >iOr,,  'Liv  s'iriv  to;  ïva  ).âër; 


uu-uu-uu 


-Juu  0] 


avatov  0-jv.et:  O-jvr,. 


."•   Traihirliui). 


1.  ...  Alin  que  tu  puisses  recevoir  la  vie  immortelle. 
'2.  Tu  ;is  échappé  à  la  terrible  sentence  du  méchant... 

pour  aimer. 
3.  Tu  os  venu  ;iu  mariage  du  roi,  le  mariage...  pour 

ijue  tu  no  puisses  i>;is  changer  ton  visage. 
:    Nfe  fais  plus  entendre  de  mois  à  double  sous... 
.">.  Il  y  eu  a  qui  viennent  sous  le  couvert  de  la  brebis 

et  qui  au  fond  sont  dos  loups...  car  de  loin. 
G.  Fais  en  sorti»  de  vivre  avec  les  saints,  lais  en  sorte 

clo  recevoir  la  vie,  fais  tes  efforts  pour  échapper 

au  feu. 
7.  Conserve  avec  soin  l'espérance  que  tu  as  apprise, 

l'espérance  que  le  maître  a  établie  pour  toi, 
S.  Dieu  est  venu,  apportant  de  nombreuses  bénédic- 
tions.  Il   a   remporte    une    triple  victoire  sur  In 

mort... 
0.  Jésus,  qui  a  souffert  pour  cela,  disait  :  Je  livre  mon 

corps  pour  que  tu  ne  deviennes  pas  la  proie  de 

la  mort. 
10.  Glorieux  sont  les  décrets  de  Dieu;  en  tout  il  souffre 

comme  un  exemple  alin  que  tu  puisses  recevoir 

la  vie  glorieuse. 
IL  11  s'est  baigné  dans  le  Jourdain,  il  s'est  baigné  pour 

donner  l'exemple,  il  est  le  courant  qui  purifie. 


12.  Il  c>!  demeuré  sur  la  montagne,  el  a  été  soumis  i 

une  tentation  terrible. 

13.  Maintenant    donc   travaille  à   ton   héritage,   mainte- 

nant, oui.  maintenant  c'est  le  moment  pour  toi  de 
donner  à  ceux  que  la  laim  accable  grandement 

14.  Dieu  a  dit  :  Nourris  l'étranger,  l'étranger  et  le  mal- 

heureux, alin  que  tu  puisses  échapper  au  leu. 

15.  Le   l'ère    la    envoyé  pour  souffrir,  celui  qui    a    I 

l'éternelle  vie,  celui  qui  a  reçu  pouvoir  sur  la 
mort. 

16.  Il  a  prêché  l'Évangile  à  ses  serviteurs,  (lisant  :  Le 

pauvre  [possédera]  un  royaume,  c'est  là  leur  por- 
tion dans  l'héritage. 

17.  Il  a  été  fouette  connue  un  exemple,  afin  de  donner 

un  encouragement  à  tous...  afin  d'anéantir  la 
mort. 

1S.  Afin  qu'après  la  mort,  tu  puis-os  voir  la  résurrec- 
tion, alin  que  tu  puisses  voir  la  lumière  dans 
l'éternité,  afin  que  tu  puisses  recevoir  le  Dieu  de 
lumière. 

19.  Oh!  le  repos  de  l'affligé,  oh!  la  danse  du...  Oh!  te 
feu,  qu'il  est  terrible  pour  le  méchant! 

•10.  Avec  la  grâce,  tu  es  arrivé  librement,  prête  l'oreille  a 
la  prier-'  du  pain  re.  cesse  de  parler  avec  arrogance. 


Dict.    d'Archéologie. 


LEÏOUZEY  ET  ANÉ,  éditeurs. 


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HYMNE     ACROSTICHE 

SUR    UN    PAPYRUS    DE    LA    COLLECTION    DE    LORD    AMHERST 


3G9 


ACROSTICHE 


370 


21.  Terrible...  est  le  feu,  terrible  à  jamais,  oui,  terrible 

est  le  feu  pour  le  mécbant. 

22.  Le  Christ  (donnera)...  et  les  couronnes  des  saints, 

mais  pour  le  méchant...  le  feu. 

23.  ...  Le  chant  des  psaumes  avec  les   saints   nourrit 

l'âme  pour  toujours. 

24.  N'oublie  jamais  ce  que  tu  as  appris,  afin  que  tu 

puisses  recevoir  ce  qu'il  t'a  promis. 


d'un  captif,  et  destinée  à  être  exécutée  en  deux  cou- 
leurs dans  le  vestibule  de  l'église  de  Saint-Etienne,  nou- 
vellement construite  6. 

Le  minium  et  le  coccinum  doivent  servir  à  faire  trou- 
ver dans  ce  petit  poème  trois  sens  différents  et  complets. 
Les  trente-trois  vers  symbolisent  les  années  de  la  vie  d;i 
Christ;  la  croix,  les  diagonales  figurant  avec  la  haste  de 
la  croix  le  X  du  chrisnion  et  les  deux  lignes  horizon- 


pS& 


vstV0^NS,S0PVST,BtS0^0sy4 


D    1    V   3   A    P 

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VIII.  Poésies  figurées.  —A  cette  catégorie  se  rattache 
un  autre  genre  de  compositions  acrostiches,  les  poésies 
figurées.  «  Les  Grecs  et  les  Latins,  dit  Boissonnade, 
s'étaient  exercés  à  ces  frivolités.  Les  ailes,  l'œui  et  la 
hache  de  Simmias  de  Rhodes,  les  deux  autels  de  Dosia- 
das,  la  syrinx  de  Théocrite,  l'autel,  la  syrinx  et  l'orgue 
de  Porphyrius  sont  en  ce  genre  d'admirables  chefs- 
d'œuvre...  '.  Le  goût  s'en  retrouve  un  peu  partout  : 
en  Alrique,  à  Orléansville  2 ;  en  Espagne,  à  Oviedo  a;  en 
[Varice,  à  Autun  4.  Cette  dernière  pièce  est  assez  remar- 
quable, elle  fut  adressée  par  Fortunat  à  Syagrius, 
vingt-et-unième  évêque  d'Autun»,  en  échange  de  la  liberté 

1  J.  Boissormarle,dansle  Journal  de  l'Empire,  8  nov.  1806,  p.  :!. 
%.  —  '-G.  Willmans,  Corp.  inscr.  lot.,  t.  VIII,  n.  9710,  9711.  —  3  E. 
Hiïbner, Iriser.  Hisp.  christ. ,  n.  145.  — *E.LeBlant,  Inscr.  chréi. 
de  la  Gaule,  1871,  t.  i,  n.  8,  p.  'ïl.  La  petite  pièce  bien  connue 
Salor-arepo-tcnet-opera-rôtas,  a  un  original  grec.  Voyez  Aml- 


tales  du  cadre  font  partie  du  poème;  les  côtèVs  verticaux 
du  cadre  se  lisent  isolément  : 

DA  FORTVNATO  SACER  HAEC  PIA  VOTA  SYAGRI 
CRISTVS  SE  MISIT  CVM  NOS  A  MORTE  REVEXIT 

Le  chrismon  donne  trois  vers  indépendants  de  l'en- 
semble : 

CAPTIVOS  LAXANS  DOMINI  MEDITATIO  FIES 
DVLCEDEI  MVNVSQVOMERX  TE  CARE  CORON  ET 
CARA  DEO  PIETAS  ANIMAM   DAT  DE   NECE  SOLVI 

lettes.  Cf.  Wescher  dans  les  Mémoires  de  la  Société  nationale 
des  antiquaires  de  France,  1874,  p.  151-154;  1875,  p.  96  sq.  — 
'■Gallia  christ iana,  in-4%  Parisiis,  1715,  t.  IV,  p.  344sq.—  «Grég. 
de  Tours,  De  nlor.  conj.,  c.  i.xxnt,  /'.  /...  t.  Lxy.i,  col.  881.  Cl. 
Labbe,  Xov.  bibl.  mss.,  in-fol.,  Parisild,  1743.  t.  i,  p.  42;î. 


371 


ACROSTICHE  —  ACROTÉLEUTIQUE 


372 


Fortunat  composa  trois  aulres  pièces  dans  le  même 
goût  '.  Ces  récréations  diffèrent  peu  de  celles  qui 
occupent  la  dernière  page  des  magazines. 

Rhaban  Maur,  arch'evèque  de  Mayence  (-f  85C),  raffina 

encore  sur  cette  décadence.  Le  premier  livre  de  son 
opuscule  De  laudibus  sanclx  Crucis  semble  défier  la 
description  2.  Ce  livre,  écrit  en  l'année  qui  suivit  la 
mort  de  Charlemagne,  815,  inaugure  dignement  la 
symbolique  du  bas  moyen  âge.  On  ne  laissa  pas  que 
■d'estimer  fort,  en  son  temps,  ces  pieuses  futilités  et  les 
plus  grands  noms  se  rencontrent  autour  de  ce  livre.  Dé- 
dié successivement  au  monastère  de  Saint-Martin  de 
Tours,  puis  à  l'empereur  Louis  le  Débonnaire,  ensuite 
aux  moines  de  Saint-Denys,  enfin  au  pape  Grégoire  IV. 
il  fut  présenté  au  pape  Sergius  par  deux  moines  de 
Fulda;  saint  Odilon  le  déclare  précieux  à  la  vue, 
agréable  à  lire,  doux  à  la  mémoire,  mais  extrêmement 
difficile' à  écrire;  Honorius  d'Autun  le  trouve  admirable. 
Cet  ouvrage  contient  vingt-huit  figures  chargées  d'hexa- 
mètres. Chaque  ligne  donne  un  vers  héroïque  en  lisant 
de  gauche  à  droite,  en  outre  les  lettres  contenues  dans 
l'intérieur  de  la  ligure  et  tracées  en  caractères  différents 
forment  d'autres  vers  ((non  doit  lire  tantôt  en  cercle  et 
tantôt  de  haut  en  bas.  Les  ligures  représentent  le  Christ 
les  bras  étendus  (i),  les  ordres  angéliques  (m),  les  ché- 
rubins et  séraphins  autour  de  la  croix  (iv),  les  quatre 
évangélistes  (xv),  les  sept  dons  du  Saint-Esprit  (xvii, 
l'auteur  lui-même  au  pied  d'une  croix  (xxvm).  Un  pro- 
logue représente  l'empereur. 

IX.  Acrostiches  coptes.  —  Zoëga  a  donné  deux  acros- 
tiches parmi  les  extraits  des  codices  mcmpltitici  de  la 
bibliothèque  Borgia  *.  Ils  appartiennent  à  cette  disserta- 
lion  au  double  litre  de  l'acrostiche  et  de  la  liturgie.  Ils 
contiennent  en  el'.et  plusieurs  acclamations. 

riô"c  4>(-  ujengHT  £)a  t^xoi*  tiTiXencupoc  unjrrx"  «mon 
«ji  '  mcXâ-xicTOC  unpec&rrepoc  niujennorqi  tioc  rw.n4  uot- 
nt(d  nipeunityiqe  £en  neoty  m6.ixt6.-f.  iuHti. 

Il  n(îc      ne      n&&OHeoc      neu      nuAn^furr       eoTeon  11 

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N  haï    rtMi    dVf-    xe   TigeXnic    Ijatoth   hchot   m&en  N 

H  n&no&i   oiy  epe   nenueTifengHT    necuor   gtouj   on  H 

O  OTfiAgHT      ne      nCc      OTOg      necq      ne      n^orpo  O 

T  Ttinoc     m&en     neu     cuot     m&en     nciiq     inpoT  T 

M  q»     fupciiOTuj    £>en     ncK<s.e<i.eon     ze    «.no*    eTCoq  <i 

\J  ihÇ    uuok  yjengHT   Ijapcui   ze   &T&\jrrxH   epturrzi  I 

Seigneur  Dieu  aie  pitié  de  mon  àme  fiés  misérable,  moi 
qui  suis  l'infime  prêtre  de  Pisejennusi,  fils  du  père  Me- 
nas, qui  habite  au  désert,  dans  la  province  de  Tamiati, 
Amen. 

Seigneur  mon  aide  et  mon  refuge. 

Jésus  ma  force  et  mon  espérance  dès  les  jouis  de  ma 
jeunesse. 

Sois  mon  salut,  garde-moi  à  cette  heure, 

Car  ma  vie  est  sans  cesse  entre  tes  mains. 

Afin  que  je  te  dise,  aie  pitié  Seigneur,  parce  que  mon 
espérance  est  toujours  en  toi. 

Mes  péchés  sont  nombreux,  mais  grande  est  t;\  misé- 
ricorde. 

Le  Seigneur  est  miséricordieux  cl  il  esl  mon  roi. 

«Fortunat,  Misa-Il, meu,  I.  II,  c.  IV,  v,  vi.  P.  L..  t.  i xxxvm. 
col.  ÎM-95.  —  2 P.  /,.,  t.  CVI,  col.  133  M).  —  »G.  Zoëga,  Cata- 
logus  codicum  copticorum  manu  scriptorunt,  qui  ta  museo 
Dorgiano  Velitris  adservantur,  in-lol..  Romas,  1810.  —  *  Lisez 

TAZCiifi  —  5i)d  .  —  s  Pour  neOS .  —  7  Assemani,  Bibliotkeca 
OrientaH8,  in-t'ul.,  Romae,  1719,  t.  i,  p.  .773.  —  •  H.  EstieniK. 

Thésaurus  lingit.T  grstae,  ;"i  ce  mot.  —  'Eusèbe,  HisC.  eccl.,  II. 
xvn,  P  G.,  t  xx,  col.  184;  Constitua  apost.,  1.  II,  c.  lvii,  5,  édit. 
Pitra,  dans  furie  ecclesiast.  Gnecorum  histor.  et  monum.,  t.  i, 
p.  204.  —  "Gregor.  Nys.,  in  euam  ordinationetn,  P.  G.,  t.  xlvi, 


i        Tous   les   chants  et  toutes  les    benédicuous  lui    re- 
viennent. 
Souviens-loi  de  moi  dans  tes  bienfaits,  parce  que  je.  te 
!    prie. 

Jésus  aie  pitié  de  moi,  car  mon  âme  est  humiliée. 
A  la  fin  du  manuscrit  on  lit  ceci  : 

n&6"C  ihc  n//,  oïucun  nHi 
Mon  Seigneur  Jésus-Christ,  montre-moi  la  voie. 

n(5c  ui  niKd-f-  nm  «mon  niojennorqi   niîilAKon  zcim  11 

lepeTin        giTen        n<5£        qb-f-        eepeqnAi         nHi  I 

JJ  ujcnni       nHi      nOTTizpo      ee&eze      ndno&i       oui  tt} 

i     ee&e     ndujAi    nTe     n&no&i     unepXAT     ncciiK     ze  6 

M    ne.gu.ei      n&noT-j-      ze     -fepno&i       hchot      ni&en  N 

H    n<ticin     n&ciiK     nTe  •  cpnoài    nw.TA    othot    m&en  N 

0  OTntgHT  ne  nO"C  cp-f-  orog  OTpeqTorzo  O 
^     qccnornoT     ze      nipcn      ui      gài      ne     equjoujq  *I 

1  ihC       ne       neripeqTorzo       neoq       ern£i       nm.  I 

Seigneur  donne-moi  ia  science,  à  moi  pauvre  diacre 
de  Pisejennusi. 

Je  demande  au  Seigneur  de  me  prendre  en  pi  lié. 

De  me  fortifier  car  mes  péchés  sont  nombreux. 

Ne  t'éloigne  pas  de  moi  à  cause  de  leur  nombre. 

Mais  sauve-moi,  mon  Dieu,  car  je  ne  cesse  de  pécher. 

J'ai  été  esclave  du  péché  à  toute  heure. 

Le  Seigneur  est  miséricordieux  et  il  guérit, 

Sachant  la  débilité  de  l'homme. 

Jésus  est  notre  médecin,  c'est  lui  qui  prend  pitié  de 
moi. 

On  peut  rapprocher  de  celte  catégorie  YOrdo  tonsur.v 
ntonachonmi  de  l'Église  syriaque,  dans  lequel  se  lit  une 
hymne  acrostiche  donnant  le  nom  de  son  auteur  Saïd- 
Bar-Sabuni,  qui  prit  le  nom  de  Jean  en  devenant  évéque 
de  Mélitène  '.  IL  Leclercq. 

ACROTÉLEUTIQUE,  'AxpozsXsiTtov.  Dans  la  langue 
classique,  ce  mot  désigne,  comme  l'indique  Pétymologie, 
une  fin  de  vers;  il  a  pour  synonyme  Knpoirtl/cov.  Les 
deux  termes  veulent  aussi  dire  refrain  8.  La  lanyue  chré- 
tienne les  a  employés  tous  deux  dans  ce  dernier  sens0. 
Ils  ont  encore  pour  équivalents  •JTÔ^aXu.a10  et,  plus 
souvent,  \jicasmr\11.  On  a  employé  de  même  les  verbes 
v7to<là).Xto,  £7r'.çii>vâ).  inzr\yJo  et  surtout  vntaxovtû1*. 

A  l'origine,  et  ceci  étail  un  héritage  de  la  synagogue, 
la  psalmodie  était  exécutée  en  solo  par  un  diacre,  un 
lecteur  ou  un  chantre,  sur  une  mélopée  fort  simple, 
tenant  plus  de  la  lecture  que  du  chant13.  L'assemblée 
écoutait  en  silence;  mais  le  psaume  se  terminait  par  une 
clausule  uniforme  et  sur  un  air  connu  que  les  hommes 
chantaient  à  l'unisson  IV.  C'est  ce  refrain  qui  porte  le  nom 
d'ày.poTcU'JTiov  et  d'àxpoors'xtov.  Sur  les  modifications 
postérieures,  voir  AntIPIIONE '*.  Le  mot  à-x.po-ùyl-iov  a 
d'ailleurs  seul  survécu.  Quand  l'office  ne  présente  qu'un 
seul  tropaire  pour  la  petite  doxologie,  un  seul  &oi;aTnx&v, 
celui-ci  es!  clTiiité  après  la  seconde  partie  de  cette  doxo- 
togie,  après  le  Kai  vOv  :  mais  après  la  première,  après 
le  Ao'a.  on  répète  les  derniers  mots  du  Iropaire  précé- 
denl  :  c'est  ce  qu'on  appelle  ÉxpoteXeuttov1*'.  De  même, 
et  ceci  nous  donne  une  exacte  idée  de  la  psalmodie  des 
premiers  siècles,  l'hymne  acathiste  est  chantée  en  solo 
par  un  évèque  ou  un  prêtre  :  le  chœur  reprend,  après 
chaque  strophe,  le  refrain  :  y*r.oi.  vvm>*|  ivjnçsvtti  ou: 

COl.  553.—  "  Molli™)..  Sufisonov  -.',;  $;■/«  s«;t»«v.  H,  P.  G.,  t.  XVIII, 

cal  -ji>S;  Ailian.,  Epiât,  ad  MareelUn.,  25,  P.  '•  .  t.  xxvu,  col. 
.17  gq,  —  '- Voir  Sophoclcs.  Greek  iexiean  of  roman  and  byzan- 
tin pcriods,  à  ce  mot.  —  '"CE  Augustin,  Confess.,  L  X,  c.  xxxni. 
P.  1...  t.  xxxii,  col.  800.  —  u/biU,  1.  IX,  c.  xu,  P.  L  ,  ibi<l  , 
col.  "7(i:  Athan.,  Apolog.  de  fuga.  c.  xxiv,  P.  G.,  t  xxv,  col  878 
Cf.  Batitïol,  Histoire  du  bréviaire  romain,  in- 12,  Paris,  1895, 
p.  5  sq. —  ir'  1".  K.  Brightman.  Liturgies  eastern  and  western, 
in^%  Oxford,  18i»i>.  t.  i,  p.  570.  —  "  Clugnet,  Diction*  grec- 
ftvnQais  des  noms  Uturgiques,  in-S',  Paris,  1886,  à  ce  mot. 


373 


ACROTÉLEUTIQUE   —   ACTES    DES   MARTYRS 


374 


àXX-/]5io0i'a  ;  ce  refrain  est  un  àxpoT£>£\jTtov  ' .  Cependant, 
le  terme  plus  exact  dans  ces  deux  cas  serait  âçjjjLviov 
{voir  ce  mot),  employé  d'ailleurs  également  par  l'auteur 
de  l'article  cité  en  note.  S.  PÉTRIDÈS. 

ACTES  DES  MARTYRS.  —  I.  Des  pièces  conte- 
nues sous  ce  titre.  II.  Les  Acta,  les  Passiones  et  les 
rédactions  non  officielles  de  témoins  oculaires.  III.  D'une 
marque  d'authenticité.  IV.  Les  formulaires  des  Acta 
martyrum.  V.  Établissement  des  Actes  et  leur  conser- 
vation. VI.  Les  notaires  et  la  rédaction  des  Acta  mar- 
tyrum. VII.  De  quelques  altérations.  VIII.  Des  ancien- 
nes collections  des  Actes  des  martyrs.  IX.  Éditions  des 
Acta  martyrum.  X.  Les  Acta  martyrum  authentiques. 
XI.  Les  Acta  martyrum  et  l'histoire  littéraire.  XII.  Les 
Acta  martyrum  et  l'épigraphie.  XIII.  Les  Acta  mar- 
tyrum et  les  monuments  ligures.  XIV.  Bibliographie. 

Les  Actes  des  martyrs  sont  des  écrits  destinés  à  con- 
server le  procès-verbal  officiel  de  l'enquête  et  le  récit 
abrégé  de  la  sanction  portée  contre  les  chrétiens  confor- 
mément aux  lois.  Diverses  raisons  intervinrent  pour 
laire  prendre  à  ce  genre  littéraire  une  extension  telle 
que  les  Actes  des  martyrs  sont  aujourd'hui  une  des 
sources  les  plus  autorisées  et  les  plus  abondantes  de 
l'histoire  de  l'antiquité  chrétienne. 

I.  Des  pièces  contenues  sous  ce  titre.  —  Les  pièces 
comprises  sous  le  titre  d'Actes  des  martyrs  offrent  entre 
■elles  quelques  différences.  Cela  tient  à  la  confusion  que 
Ton  a  faite  entre  des  pièces  qui  n'ont  rien  de  commun 
que  l'analogie  des  situations.  En  elfet,  nous  avons  plu- 
sieurs récits,  groupés  dans  les  recueils  d'Actes  des  mar- 
ly  s,  qui  présentent  des  différences  trop  profondes  pour 
n'être  pas  aperçues  par  ceux-là  mêmes  qui  font  usage 
de  ce  terme  peu  précis.  Nous  avons  un  modèle  achevé 
à'Acta  dans  la  pièce  intitulée  :  Acta  proconsulana 
sancti  Cypriani  episcopi  et  martyris.  Comme  le  dit  son 
.titre,  c'est  ici  une  pièce  de  greffe,  mais  adaptée  par  un 
chrétien  à  une  relation  non  officielle.  Les  Actes  des 
martyrs  sciUilains  fournissent  une  transcription  exacte 
■ou  à  peu  près  d'un  procès-verbal  judiciaire.  D'autres 
lextes,  comme  la  Passio  S.  Perpétuée,  renferment  des 
fragments  détachés  du  texte  officiel;  ou  bien,  et  c'est  le 
cas  du  Martyrium  Polycarpï  et  de  YEpistula  ecclesia- 
rum  Vicnnensis  et  Lugdunensis,  le  récit  se  poursuit  à 
l'aide  du  document  officiel,  mais  sans  insertion  de  frag- 
ments notables  ou  reconnaissables.  D'autres  pièces,  enfin, 
ont  subi,  soit  de  légères  altérations,  soit  des  additions. 
Le  plus  grand  nombre  nous  est,  en  effet,  parvenu,  avec 
une  doxologie  finale  relevant,  sans  contestation  pos- 
sible, de  l'usage  liturgique,  qui  avait  admis  ces  pièces 
hagiographiques  dans  son  lectionnaire  officiel.  Ces 
observations  permettent  d'établir  une  distinction  entre  les 
pièces  judiciaires  et  les  récits  d'édification.  A  cette  dis- 
tinction répondent  en  quelque  façon  les  termes  d'Acta 
et  de  Passio;  ce  dernier  s'appliquant  aux  pièces  dans 
lesquelles,  pour  une  raison  quelconque,  le  rédacteur 
s'est  abstenu  de  la  rigueur  du  formulaire  officiel.  Il  faut, 
enfin,  faire  une  mention  spéciale  de  deux  documents  : 
la  Passio  SS.  Perpétuée  et  Felicitatis  et  la  Passio 
SS.  M ontani,  Lucii  et  aliorum  martyrum  africanorum, 
rédigées  en  partie  par  les  martyrs  eux-mêmes  et  com- 
plétées, suivant  leur  désir,  par  un  contemporain. 

*  ILç!  tOi»  Jx/Ar)<Tii<TT:».ùv  n^.wSiv,  par  Eustathios,  métropolite  de 
Corfou,  dans  la  revue  'Exxlr,a:a.iT-.ixri  'Al-ifii:*,  1893,  t.  xn,  p.  359. 

—  *  E.  Le  Blant,  Les  persécuteurs  et  les  martyrs,  in-S",  Paris, 
1893,  p.  343-372.  —  3 Voyez  notre  collection  Les  Martyrs,  in- 12, 
Paris,  1902.  —  *E.  Le  Blant,  Les  Actes  des  martyrs.  Supplément 
«ux^cta  sincera  de  dom  Huinart,  in-4%  Paris,  1882,  p.  41-280. 

—  sVoy.  E.  Le  Blant,  Les  persécuteurs  et  les  martyrs, 
c.  n  ;  W,  Ramsay,  The  Church  m  the  roman  Empire 
before  a.  D.  170,  in-8°,  London,  1893.  Voyez  aussi  Sehlau,  Die 
Acten  des  Paul  us  und  der  Tliecla  und  die  altère  Thecla- 
Legende,  in-8%  Lipsiœ,  1877  ;  B.  Lipsius,  Die  apokryplien  Apos- 
tetycstitickteH  und  Aposlellegeudeii,  in-S°,  Brauhsckweig,  1882- 


Ùne  autre  observation  concerne  la  prolongation  de  ce 
genre  littéraire  fort  au  delà  de  l'époque  des  persécutions 
impériales.  On  a  lait  voir  le  parallèle  qui  existe  entre 
les  Actes  des  martyrs  et  les  récits  des  martyrs  contem- 
porains dans  l'Extrême-Orient2.  Nous  espérons  qu'il 
nous  sera  donné  de  faire  ailleurs  cette  démonstration 
avec  le  développement  qu'elle  comporte3.  Il  suffira  ici 
de  laire  cette  remarque,  que,  à  partir  de  la  paix  de 
l'Église,  les  chrétiens,  dans  l'étendue  de  l'empire,  ne 
sont  plus  passibles  du  même  crime  légalement  prévu  et 
réprimé.  Ils  sont  poursuivis  encore  sans  doute,  et  parfois 
avec  plus  d'acharnement  que  sous  le  régime  des  persé- 
cutions, mais  cette  poursuite  est  le  plus  souvent  déguisée 
sous  divers  prétextes;  l'interrogatoire  porte  sur  des 
chefs  d'accusations  étrangers  à  la  profession  de  chris- 
tianisme. En  outre,  un  grand  nombre  de  martyrs  ne 
sont  pas  sujets  de  l'empire,  ou  bien,  ils  cessent  de 
l'être,  à  mesure  que  s'étendent  les  royaumes  barbares 
taillés  dans  l'orbis  romarins.  Dès  lors,  il  ne  faut  plus 
chercher  de  pièces  analogues  à  celles  de  la  grande  époque 
de  l'administration  impériale.  Outre  les  victimes  igno- 
rées, disparues  dans  le  sac  d'une  ville,  la  dévastation 
d'une  province,  toutes  celles  dont  nos  pères  groupaient 
le  souvenir  dans  un  mot  plein  de  mélancolie  :  quorum 
nomina  Dcus  scit,  outre  ces  victimes,  il  faut  compter 
encore  celles  des  pays  frontières  de  l'empire,  la  Perse 
et  plusieurs  autres,  pour  lesquels  nous  possédons  des 
récits  trop  nombreux  et  trop  abondants.  Dans  ces  con- 
ditions, un  inventaire  limitatif  est  impossible  et  un 
inventaire  complet  ne  l'est  pas  moins.  Trop  de  chances 
contraires  ont  poursuivi  les  Acta,  les  Passiones  et  les 
relations  de  toute  sorte  pour  que  nous  puissions  attendre 
du  temps  et  de  la  fortune  la  possession  intégrale  de  ces 
précieux  écrits. 

Mais,  si  les  actes  authentiques  ne  nous  sont  parvenus 
qu'en  nombre  si  restreint,  une  multitude  d'actes  inter- 
polés sont  à  notre  disposition.  On  pourrait  croire,  à 
première  vue,  que  les  documents  de  cette  catégorie  ne 
méritent  qu'on  se  souvienne  d'eux  que  pour  les  écarter; 
comme  tous  les  jugements  absolus,  celui-ci  serait  exces- 
sif et  erroné.  Après  la  longue  et  obscure  période  du 
moyen  âge,  les  hommes  de  science  et  de  loyauté  qui  ont 
créé  la  critique  et  réintroduit  la  vérité  dans  l'histoire 
repoussèrent  l'énorme  fatras  qui  encombrait  l'hagio- 
graphie. Leur  jugement  était  alors  fondé  en  fait,  puisque 
l'état  de  la  science  ne  fournissait  rien  qui  donnât  à 
penser  que  les  textes  interpolés  ne  l'avaient  pas  été  mé- 
thodiquement, que  plusieurs  passages  avaient  échappé 
à  la  fraude  et  qu'ils  allaient  se  trouver  d'accord  avec  les 
conclusions  nouvelles  de  la  science  rajeunie.  La  tâche 
de  trier  les  paillettes  engagées  dans  le  limon  lut  assumée 
par  Edmond  Le  Blant,  aux  efforts  et  aux  succès  de  qui 
on  a  peut-être  trop  ménagé  la  reconnaissance  et  l'admi- 
ration. Le  travail  d'ensemble  entrepris  par  lui  a  montré 
que,  si  les  pièces  interpolées  étaient  inutilisables  avant 
tout  examen  approfondi,  cet  examen  devait  procurer  des 
résultats  dignes  de  la  plus  sérieuse  considération*.  C'est 
ainsi  queleselforts  minutieux  et  convergents  de  plusieurs 
savants  ont  réhabilité  une  pièce  célèbre,  le  Martyrium 
sanctas  l'fieclœ,  au  point  d'y  voir  une  composition  du 
IIe  siècle,  témoin  d'usages  locaux,  que  nous  serions 
probablement  réduits,  sans  elle,  à  ignorer  toujours5. 

1891,  t.  Il,  p.424  ;  J.  B.  Lightfoot,  Apostolic  Falhers,  in-8%  London, 
1891,  t.  I,p.  C23,  note;  Gwynn,  dans  Smith's  Dictionary  oj  Christ- 
ian bioyraphy,  in-8%  London,  1887,  t.  IV,  p.  882  sq.  ;  T.  Zahn, 
clans  Golting.  Gelehrte  Anzeigen,  Gottingen,  1877,  p.  1307  sq.; 
Mommsen,  dans  VEphemeris  epiyraphica,  in-8",  Romœ,  t.  I, 
p.  270  sq.  ;  t.  il,  p.  259  sq.  ;  Von  Gutschmidt,  dans  le  Itheinische 
Muséum,  Frankfurt  am  Main,  1864,  p.  178.  D.  Cabrol,  La  légende 
de  sainte  Tlièclc,  dans  Gethsemani  et  le  monde,  1895;  H.  Le- 
«lerq,  Les  martyrs,  in-12,  Paris,  1902,  t.  i,  p.  141  ;  O.  von  Ge- 
lihart,  Die  lateinischen  Ûbersctzungen  der  Acta  Paidi  et  The- 
clx,  nebst  Fragmenten,  Ausziigen  und  Beilagen,  in-8%  Leip- 
zig, 1902;  Grenicll  et  Hunt,  Oxyrhynchus  l'apyri,  p.  9,  n.  VI. 


37 


o 


ACTES    DES    MARTYRS 


o"<3 


II.  Les  Acta,  les  Passioses  et  les  rédactions  non 
OFFICIELLES  DE  TÉMOINS  OCULAIRES.  —  Loin  de  dissimuler 
leurs  emprunts  aux  Acta,  les  Passiones  prenaient  soin 
d'en  avertir  leurs  lecteurs,  afin,  peut-être,  de  se  ménager 
leur  confiance.  Nous  trouvons,  en  effet,  les  mentions 
suivantes  :  Aggredior  itaque  cœlestes  pugnas  novaque 
cer lamina  gesla  per  fortissimos  milites  C/iristi...  ex 
Actis  publiais  scribere*.  —  Scribimus,  ut  in  Gestis  inve- 
nimus,  </uid  egerint,  quid  locuti  sunt,  quidpassi  sunt-. 
—  Quo  autem  online  passa  sit,  Gesloritm  cridens  pagina 
docel*.  —Sicul  Actis  publicis  \continetur\i. On  voit  de 
quel  crédit  jouissaient  les  Acta  auprès  des  hommes  de 
ce  temps;  on  peut  ajouter  qu'ils  n'ont  guère  perdu  de 
leur  importance  pour  l'histoire  du  droit  criminel5.  Nous 
voudrions  donner  un  exemple  typique  de  la  différence 
qui  existe  entre  les  Acta  et  les  Passiones  et  de  la  portée 
historique  que  ces  différentes  pièces  sont  en  droit  de 
réclamer.  Un  texte  excellent  se  prête  à  cette  démon- 
stration. Nous  avons  déjà  signalé  le  mérite  der  Actes 
proconsulaires  de  saint  Cyprien6.  Il  se  trouve  que  ce 
texte  est  en  rapport  avec  deux  autres,  la  Yita  et  passio 
sancli  Cypriani  "'  par  Pontius,  contemporain,  et  la  Passio 
sanclprinn  Corneliiet  Cypriani*,  composition  apocryphe 
du  haut  nloyen  âge  pour  laquelle  les  Acta  ont  été  utilisés. 


ACTA  PROCONSULARIA 

§  4.  —  Galerius  Maximus... 
sententiam...  dixit  verbis  hujus- 
modi  :  «  Diu  sacrilega  monta 
vixisti,  et  plurimos  nefarke  lilii 
conspirationis  homines  aggre- 
gasti  et  inimicum  te  Diis  roma- 
ni:: et  sacne  legibus  constituir.li. 
nec  te  pii  et  sacratissimi  prin- 
cipes Valerianus  nobilissimus 
C.œsar  ad  seetam  coeremonia- 
mm  Buarum  revocare  potue- 
runt.  Et  ideo  cum  sis  ncquissi- 
moram  criminum  auctor  et 
signifer  deprehensus,  eiis  ipse 
documenta  liis  quos  scelere  tuo 
tecum  aggregasti.  Sanguine  tuo 
suncietur  disciplina.  » 


VITA   ET    PASSIO 

§  17.  Legit  itaque  de  tabula 
jam  sententiam  judex....  senten- 
tiam  spiritalem  non  timere  di- 
cendam,  sententiam  episcopo 
tali  et  tali  teste  condignam: 
sententiam  gloriosam  in  qua 
dictus  est  sectae  signifer  et  ini- 
micus  Peorum  et  qui  suis  tutu- 
nis  esset  ipse  documenta  et  quo 
sanguine  eius  inciperet  disci- 
plina sanciri.  Niliil  liac  senten- 
tia  plenius,  niliil  verius.  Omnta 
quippe  quœ  dicta  sunt,  licet  a 
gentili  dicta,  divina  sunt... 
signifer  fuerat  qui  de  lerendo 
sijvno  chn  ::  locebat  Ulinuius 
deonim  qui  idola  destruendu 
mandabat;  documenta  autem 
suis  tnit  qui  multis  pari  génère 
secuturis  prior  in  provincia  mar- 
tyru  pnmitias  deditavit  San- 
ciri etiam  cœpit  ejus  sanguine 
disciplina,  sed  Martyrum. 


d'est  entre  la  première  et  la  deuxième  relation  que 
nous  prenons  la  différence  surle  vii.  Ces  pièces  viennent 
d'être  l'objet  d'une  lumineuse  étude,  dont  nous  résumons 
ici  les  conclusions9.  Les  Acta  proconsularia sont  à  l'abri 
de  tout  reproche,  ils  n'ont  suhi  ni  altération,  ni  muti- 
lation; ils  ont  une  histoire  littéraire  très  détaillée,  enfin 
ils  existent  dans  leur  forme  actuelle  depuis  un  temps 
qui  doit  être  assez  rapproché  des  événements  qu'ils  rap- 
portent. Il  y  a  lieu,  toutefois,  de  distinguer  dans  cette 
pièce  des  sources  distinctes  au  nombre  de  trois  et.  en 
outre,  quelques  légères  additions.  1°  Le  procès-verbal 
de  l'interrogatoire  de  '207  lu.  Vers  la  fin  de  cette  année, 

*  Acta  SS.  Saturnini,  Felicis,  Dativi.  impelii  et  atiorum,  i, 
Baluze,  Misceltanea,  t.  i,p.  14.  —  *Acta  S.  Cantii,  1,  dans  Acta 
sanct.,  Si  mai.  -  'Acta  S.  Dorotheœ,  1,  dans  Acta  sancU, 
6  fév.  — *  Passio  S.  Saturnini,  episcopi  Tolosani,  2,  dans  Rui- 
nait, Acta  sine,  ln-fol.,  Veron.,  1731,  p.  130.  —  »E.  Le  niant.  lue. 
cit.  v-  16  j  Rambaud,  Le  droit  criminel  romain  dans  les  Actes 
des  martyrs,  in-8%  Lyon,  1885.  —  «Humait,  Acta  sine,  1713, 
p.  216-218;  Acta  sanct.,  septembr.  t.  iv,  p.  332  sq.;  Cypriani 
opéra,  éd.  Hartel,  dansle  Corpus scrtptorum  latinor.  ecclesiast., 
in-8%  Vindobonœ,  1870,  t.  nr,  p.  ex  sq.  —  'Ruinait,  op.  cit.. 
p.  205-215;  Acta  sanct-,  septembr.  t.  IV,  p.  325  sq.  ;  Cypriani 
opéra.,  éd.  Martel,  op.  cit.,  t.  m,  p.  xc  sq.  —  "Ruinait,  op.  cit.. 
p.  198;  Martyrologe  d'Adcn,  xvm.  kol.  oct.,  1'.  /...  t.  cxxm, 
col.  355;  E.  Schelstrate,  Antiquitas  EcclesUe  dissertationibus, 


ce  document  était  en  circulation,  il  était  même  venu 
entre  les  mains  des  confesseurs  des  mines  de  Sigus. 
en  Numidie11".  Il  lut  transcrit  sans  aucune  altération, 
nous  ne  le  possédons  plus  tel  qu'il  était  alors;  2°  Le  procès- 
verbal  de  l'arrestation  et  de  l'interrogatoire  de  25#'-'. 
Ce  document  parait  être  également  une  pièce  rédigée 
soit  à  l'officium,  soit  par  un  témoin  oculaire,  et  parvenue 
jusqu'à  nous  dans  la  simplicité  de  l'original.  Il  s'arrê- 
tait après  le  prononcé  de  la  sentence  par  le  proconsul 
et,  comme  le  précédent,  circula  d'abord  isolément.  Plu- 
sieurs manuscrits  distinguent  nettement  le  début  de  11 
relation  définitive  et  le  début  du  procès-verbal  de  238u. 
Ces  mêmes  manuscrits  ont  d'ailleurs  ignoré  ou  écarté 
le  troisième  document;  ils  concluent  ainsi  :  ...  Et  de- 
rrctum  ex  tabclla  recitavit  :  Thascium  Cyprianum 
f/ladio  animad verliplacet.ExPHCIT  PASSloC  ÏTRIANI il; 
H°  Le  récit  de  l'exécution  ,5.  Cette  addition  a  été  évi- 
demment rédigée  par  un  chrétien,  témoin  oculaire  de 
ce  qu'il  raconte.  Nous  aurons  occasion  d'y  revenir  au 
sujet  des  indications  liturgiques  qu'elle  renferme. 

Les  quelques  phrases  destinées  à  relier  entre  eux  les 
différents  documents  n'ont  aucune  importance.  Ce  sont 
des  transitions  comme  celles-ci  :  Tune  Paierons  pro- 
consul jussitbeatum  Cyprianum  episcoptim  m  exsiliuni 
deportari...  Passus  est  aident  bealissimus  Cyprianus 
martyr  die  oclava  décima  kalendarum  octobrium  1C. 
Ces  trois  documents  mis  bout  à  bout  ont  donc  fourni  1 1 
matière  de  la  pièce  célèbre  connue  sous  le  nom  d'Acta 
proconsularia,  titre  qui  ne  s'applique,  en  réalité,  qu'aux 
documents  1  et  2.  Nous  savons  par  saint  Cyprien  lui- 
même  quelle  était  la  conduite  à  tenir  en  temps  de  per- 
sécution à  l'égard  dis  Actes  des  martyrs.  L'évèque 
recommande  à  ses  clercs  de  noter  les  laits  à  mesure 
qu'ils  se  produisent17.  C'est  une  pièce  de  ce  type  qui  cir- 
cule dans  la  deuxième  partie  de  l'année  257,  dans 
l'Afrique  chrétienne  et  jusqu'en  Numidie.  De  même, 
l'année  suivante,  après  l'arrestation  et  l'interrogatoire. 
Enfin,  l'Église  de  Cartilage  rapproche  ces  pièces  et  y 
ajoute  une  note  très  brève  sur  la  mort  de  l'évèque.  Ce 
récit  a  pu  circuler  sous  cette  forme  déjà  un  peu  accrue 
et  servir  aux  lectures  liturgiques,  mais  nous  n'en  avons 
aucun  témoignage.  Le  document  destiné  à  être  lu  à 
l'assemblée  des  frères  parait  être  la  relation  composéi 
vers  le  même  temps  par  le  diacre  Pontius.  C'est  une 
pièce  qui  lient  du  style  oratoire  et  de  l'érudition,  et  dans 
laquelle  on  voit  poindre  une  certaine  redondance  onc- 
tueuse qui  commence  à  caractériser  dès  ce  temps  le 
style  ecclésiastique.  L'auteur  ('tait  du  nombre  des  fami- 
liers de  son  héros.  «  sa  charité,  dit-il.  avait  daigné  me 
choisir  comme  exilé  volontaire18;  »  il  ne  le  quitta  pas 
jusqu'à  la  lin.  Son  panégyrique  a  une  qualité  (pie  ce 
genre  de  pièces  ne  connaît  guère,  il  est  composé*.'!  l'aide 
de  souvenirs  personnels  qui  sont,  en  un  sens,  dos  docu- 
ments inédits.  On  y  trouve,  outre  un  fragment  de  ser- 
mon prononcé  en  temps  d'épidémie,  quelques  traits 
nouveaux  sur  le  martyre  de  Cyprien,  et  ces  traits  m-  sont 
pas  toujours  en  parfait  accord  avec  les  faits  correspon- 
dants rapportés  par  les  Acta.  Pontius  a  certainement 
connu  le  procès-verbal  de  l'interrogatoire  du  30  août 
257 j  il  en  lait  mention19.  Le  commentaire  qu'il   fait  de 

monumentis  ac  notis  illustrata,  in-fol.,  lt<  ma»,  1692, t  i,  p.  188; 
L.  Duchesne,  Le  l.iber  pontiflealis,  in-'r.  Paris.  1X.S7.  t.  i,  p.  xevi, 
150  sq.;  A.  Harnack,  Geschiclite  der  altchristlichen  Literatur, 
in-8",  Leipzig,  1893,  t.  i.  p.  651-652,  714;  1'.  Mi  oceaux,  dans  la  Re- 
vue archéologique,  in-S;  Paris,  I90i,  t.  xxxvm,  p.  350,  note.  — 
11 1'.  Monceaux,  Examen  critique  des  documents  relatifs  ou  mar- 
tyre de  saint  Cyprien,  dans  bx  Bévue  archéologique,  3'  série, 
t.  xxxvm,  1901,  p.  249-271.  —  ">Acta  Cypriani,  1.  —  ''Cypriani 
opéra,  Epist, LXXVIH,  1.  éd.  Hartel,  dansle  Corp. script,  cttl.,  1. 1, 

—  to-Acta  Cypriani.  2-4.  —  ,SP.  Monceaux,  toc.  cit., p. 256,  note  2. 

—  "Ci.  Cypriani  opéra,  éd.  Hartel,  dans  Corp.  script,  eccl.,  t.  i, 
p.  c.xui.  —  '■  Acta,  5.  —"Acta,  2,6;  voy.  P.  Monceaux,  toc.  cit., 
p.  257,  notes  l-'i.  -  "Cypriani,  Epist.,  mi.  2,  édit.  Hartel,  dans 
le  Corp.  script,  ceci.,  t.  î.  —  "Aeto,1.  —  ,,J  Vita  Cypriani,  11. 


377 


ACTES   DES   MARTYRS 


378 


la  sentence  qu'on  lit  dans  le  document  de  25S  ne  prouve 
pas  qu'il  ait  eu  communication  de  ce  dernier,  car  il  a  pu 
assister  à  l'audience  dans  laquelle  ce  verdict  lut  prononcé. 
Quoi  qu'il  en  soit,  son  récit  n'est  pas  complètement  d'ac- 
cord avec  celui  des  Afin;  d'après  Pontius,  Cyprien  est 
arrêté  par  un  seul  officier  et  traduit  devant  le  proconsul 
au  prsetorium  ;  d'après  les  Acta,  l'arrestation  est  laite 
par  deux  officiers  et  l'interrogatoire  a  lieu  dans  Yatriitm 
sauciohon,  enfin  plusieurs  autres  détails  donnés  par  un 
document  ne  se  retrouvent  pas  dans  l'autre1.  On  ne 
saurait  rien  affirmer,  ce  n'est  pas  d'ailleurs  ce  que  nous 
voulons  faire.  Il   suffit  de  montrer  ici  deux  procédés 


remise  de  l'affaire  au  lendemain,  c'est  que,  ajoutent-ils, 
le  gouverneur  était  malade3. 

Bien  que  la  pièce  suivante  fournisse  une  démonstra- 
tion moins  claire,  nous  n'hésitons  pas  à  voir  dans  ses 
différentes  rédactions  la  trace  d'un  acheminement  vers 
une  Passio  qui,  peut-être,  n'arriva  jamais  à  être  com- 
posée et  qui,  en  tous  cas,  n'est  pas  entre  nos  mains.  Nous 
ne  prétendons  pas  d'ailleurs  établir  entre  les  rédactions 
transcrites  ci-dessous  un  ordre  de  succession  chronologi- 
que d'une  colonne  à  l'autre,  nous  nous  bornerons  à  tenir 
le  texte  du  manuscrit  Brit.  -11880  pour  le  plus  voisin  de 
l'original,  s'il  n'est  cet  original  lui-même  sans  altérations. 


PASSIO    SAXCTOnUM  SCILITANORUM  *. 


Cuil.  Britannici'.s 
h.  11880. 

Prsesente  bis  et  Claudiono 
consulibus,  XVI  Kalendas  Au- 
gustas,  Karthagine,  in  secreta- 
rio,  inpositis  Spérato,  Nartzalo, 
et  Cittino,  Donata,  Secunda, 
Vcslia,  Saturninus  proconsul 
dixit  : 

Potestis  indulgcntiam  domni 
ims.ii  imper  il  i:s  promeren  ^i 
ad  bonam  montera  redeatis. 


Speratus  dixit  : 

Nuinquam  malel'ccimns,  ini- 
quitati  nullam  operam  prœbili- 
mus;  numquam  malediximus. 
sed  maie  accepti  gi'atias  egi- 
mus  ;  propter  quod  imperatorem 
nostrum  observamus. 


Corl.  deperditus, 
dans  Baronius,  Annal.,  n.  ïO?. 

Existente  Claudio  consule,  xiv 
Unlendas  Augustas,  Carthagine 
inctropoli,  statuto  forensi  con- 
ventu,  praeceperunt  magistratus 
adstare  sibi  Speratum,  Narza- 
lem,  Cittinum,  Donatam,  Secun- 
dani  et  Vestinam  Et  adstantilms 
eis  Saturninus  proconsul  dixit  : 

Potestis  veniam  a  dominis 
nosliis  imperatoribus  Severo  et 
Antonio  promereri,  si  bono  ani- 
uio  conversi  iueritis  ad  deo.s 
nostros. 

Speratus  dixit  : 

Nos  iiiiiiime  aliquando  malum 
lecimus,  neque  iniquitatem  se- 
quentes  in  peccatis  egimus  ope- 
i  ationem,  nec  aliquando  cuiquam 
malediximus  sed  maie  suscepti 
a  nobis  gratias  egimus  semper. 
Quamobrem  dominum  verum  et 
îcircm  adoramus. 


Cod.  Carnotensia 

n.  100. 

Prsesente  Claudisno  consule, 

sexto  decimo  kalendus  Augusti 
apud  Cai'thaginem  in  sconitario 
i  mpositis  Sperato,  Nartallo,  Ci- 
thino,  Donata,  Secunda,  et  Bes- 
tia.  Saturninus  proconsul  dixit  : 


Potestis  indulgcntiam  domini 
imperatoris  promeren',  si  ad 
bonam  mentem  redeatis  et  sacri- 
ficetis  diis  omnipotentibus. 

Speratus  dixit  : 

Nunquam  mate  lecimus,  nul- 
lam operam  malo  pnebuimus. 
Nunquam  malediximus, sed  malo 
accepti  gratias  egimus.  Propter 
quod  imperatorem  nostrum 
observamus  et  timemus  et  ado- 
ramus et  ipsi  cottidie  sacrifi- 
cium  noslne  laudis  ofiei'imus. 


Cod.  Parisituts 
»   fonds  latin,    nouv.    acquis  » 
n.  2119. 
In    diobus    illis   adductos   in 
K    retario  Ccrtaginis  abappan 
torum  officio,  Speratum,  Narza- 
lum,   Donatam,    Secundam,    et 
Vestigiam,   Saturninus   procon- 
sul   bis    omnibus    generaliter 
dixit  : 

Potestis  indulgcntiam  a  domi- 
nis  nosliis  imperatoribus  pro- 
moreri  si  ad  bonam  mentem 
redeatis  et  Deorum  carimenias 
observetis. 
Sanctus  Speratus  dixit  : 
Nunquam  maie  egis-r  conseil 
siimus,  iniquitati  opem  atque 
adsensum  non  pnebuimus.  Nulli 
iinquam  maledixisse  recolimus, 
sed  maie  tractati  ac  lacessiti 
semper  Deo  gratias  egimus,  si 
quidem  et  pro  eis  oravinms 
quos  injuste  patiebamur  inle- 
stos.  Pro  qua  re  et  imperatorem 
nostrum  adtendimus  a  quo 
notic  ba;c  vivendi  norma  con- 
cessaest. 


diamétralement  opposés,  s'exerçant  sur  tin  Ihéme  unique, 
alors  que  les  deux  récits  sont  parfaitement  authentiques. 
L'un,  les  Acta,  vise  à  la  vérité;  l'autre,  la  Passio,  vise 
à  l'éloge,  et  tous  deux  atteignent,  chacun  dans  son  genre, 
à  la  perfection  qui  est  pour  l'un  la  sténographie,  car 
toutes  les  paroles  y  sont  reproduites,  et  pour  l'autre  l'allé- 
gorie, car  toute  vérité  y  est  voilée  et  presque  compromise. 
Depuis  quelques  années,  on  a  cessé  d'apprécier  les 
ouvrages  littéraires  par  des  formules  littéraires,  et  c'est 
fort  bien.  Si  l'on  veut  juger  du  récit  de  l'anonyme  et  de 
celui  de  Pontius  afin  de  se  faire  quelque  idée  de  la  diffé- 
rence de  type  entre  les  Aria  et  les  Passioncs,  il  faut 
lire  l'un  et  l'autre;  rien  ne  supplée  à  cette  lecture.  Nous 
voudrions  cependant  essayer  de  les  caractériser  par  un 
seul  trait.  Pontius  raconte  que.  le  proconsul  ajourna 
l'interrogatoire  de  l'évoque  au  lendemain,  et  il  en  cherche 
une  raison  mystérieuse;  finalement,  il  explique  ce  délai 
en  faisant  remarquer  que  le  jour  du  martyre  avait  été 
prédit  par  une   visLn-.  Les  Acta  rapportent   aussi  la 

1  P.  Monceaux,  Ion.  cit.,  p.  2(10  sq.  —  -  Yila.  15.  —  ->Acta,  2. 
—  'Codices  :  rr  famille  :  1.  i:utl.  Augienais  (tragm.);  2.  Cod. 
Britannicus,  n.  11880.  ir  famille  :  3.  Cod.  deperditus  (dans 
Baronius,  Annal.,  ad  ann.  202,  n.  1).  mc  famille  :  4.  Cod. 
Carnotensis,  n°190;5.  Cod.  Ebroicensis,  n.  31;  6.  Cod.  Vin- 
dobunensis  (Ict.)  n.  311  ;  7.  Cod.  Bruxellensis  (  oy.  Catalogus 
codicum  hagiographorum  bibliotheess  regix  Bruxellensis. 
t.  I,  n.  1,  50,  133).  IVe  famille  :  8.  Cod.  Colbertinus  (dans 
Ruinait);  9.  Cod.  Totetcm.ua,  dans  Act.  sanct.,  julii  t.  rv, 
p.  204;  10.  Cod.  Parisiensis  {suppl.  lut.),  n.  2119,  Traduc- 
tion grecque  :  Cod.  Pariaienaia  (gr.)  n.  890,  dans  Baronius, 
Annal.,  ad.  ann.  202,  n.  1  sq.  :  Mabillon,  Vêlera  analecta,  t.  IV, 
p.  155;  Ruinait,  Act.   mail.   sine,   et  sel-,  Paris,  1GS9,  p.  79-81; 


III.  D'USE  MARQUE  D'AUTHENTICITÉ.  —  Il  est  assez  rare 
que  les  contemporains  citent  les  actes  d'un  martyr.  Ce 
point  est  remarquable,  puisque  les  écrits  des  Pères  sont 
fréquemment  cités,  comme  on  peut  le  voir  par  la  liste 
des  testimonia  qui  précède  ordinairement  l'édition  de 
leurs  ouvrages  '■>.  Les  Acta  proconsularia  de  saint 
Cyprien  dont  nous  avons  parlé  ont  cette  fortune  d'être 
indiqués,  pour  la  première  partie,  dans  deux  documents 
contemporains.  Dans  une  lettre  adressée  à  Cyprien, 
quelque  temps  après  sa  première  comparution,  les  con- 
fesseurs des  mines  de  Sigus,  en  Numidie,  lui  parlent  de 
la  sorte  :  «  Comme  un  bon  et  vrai  maître,  tu  nous  as  ap- 
pris ce  que  nous,  tes  disciples,  nous  devions  dire  devant  le 
gouverneur;  le  premier,  tu  l'as  proclamé  dans  les  Acta 
du  proconsul  6.  »  Et  le  biographe  Pontius  dit  de  son 
côté  :  «  Ce  que  l'évèque  de  Dieu  a  répondu  à  l'interro- 
gatoire du  proconsul,  les  Acta  sont  là  qui  le  rap- 
portent". »  Plus  loin,  le  biographe  glose  sur  la  sentence 
capitale  rapportée  dans  le  deuxième  procès-verbal  et,  s'il 

Botlandistes,  Act.  sanct.,  julii  t.  IV,  p.  204;  H.  Usener,  In- 
dex sclwlarum  Bonnenaium  per  nienses  xstatis  ann.  1881, 
iu-8%  Bonn,  1881;  B.  Aube,  Étude  sur  un  nouveau  texte  des 
Actes  des  martyrs  scillituins,  in-8\  Paris,  1881,  ou  bien  :  Les 
rhrétiens  dans  l'empire  romain  de  la  fin  des  Antonina  un. 
milieu  du  iuc  siècle,  in-8°,  Paris,  1881,  p.  503  sq.  ;  Bollandistcs, 
Analecta  bollandiana,  1889,  t.  vni,  p.  5-8;  Robinson,  The  acta 
of  the  Scillitan  martyrs.  The  original  lutin  text  together 
ii'iiu  the  greek  version  and  the  later  latin  recensions,  dans 
Te.rts  atiil  studies,  in-8",  Cambridge,  1891,  t.  I,  n.  2,  p.  104-121. 
—  •'■  Voy.  A.  Harnack,  Geschichte  der  altchristlichen  IAteratur, 
in-8-,  Leipzig,  1893,  t.  I.  —  "Cypriani,  Epist.,  LXXVIII,  2,  P.  /.., 
t.  IV,  col.  434.  —  '  Vita  Cypriani,  11,  P.  U,  t.  in,   col.  155... 


ACTES   DES   MARTYRS 


3S0 


ne  cite  pas  celte  pièce,  il  se  réfère  sans  aucun  doute  à 
un  texte  identique  aux  Acta  de  238. 

Les  Actes  de  sainte  Perpétue  contiennent  la  mention 
suivante  :  Quoniam  ergo  permisit,  et  permiltcndo  vo- 
luit  Spiritus  sanctus  ordinem  ipsius  rnuxeris  conscribi, 
etsi  indigni  ad  supplementum  lantiv  gloriœ  describen- 
dum,  tamen  quasi  mandalum  sanctissimœ  Perpétua' 
immo  fidei  commissum  ejus  exsequimur,  unum  adji- 
cienlcs  documcnlum  de  ipsius  conslanlia  et  animi  su- 
blimilatc  '. 

Dans  les  Actes  de  saint  Moutan  et  ses  compagnons  on 
lit  ces  mots  :  Uœc  omnes[conf essores]  decarcere  simul 
scripserant.  Sed  quianecesse  eral  omnem.  actum  mar- 
tyrum  beatorum  pleno  sermone  complecli  quia  et  ipsi 
de  se  per  modesliam  minus  dixerant;  et  Flavianus 
ffiioque  privatim  hoc  nobis  munus  injunxit,  rit  quid- 
quid  liltcris  eorum  deesset  adderemus  :  necessaria 
reliqua  subjunximus  -. 

A  un  degré  inférieur  d'autorité  viennent  les  témoi- 
gnages portés  par  les  écrivains  d'une  époque  postérieure. 
11  faut  se  montrer  exigeant  sur  ce  point.  Ces  témoi- 
gnages se  réduisent  souvent  à  de  simples  allusions  se 
rapportant  à  un  récit  substantiellement  analogue  à  celui 
que  nous  possédons,  mais  qui  ne  sauraient  néanmoins 
établir  absolument  l'identité  des  rédactions  originales 
avec  les  textes  parvenus  jusqu'à  nous.  C'est  le  cas  de 
plusieurs  pièces,  par  exemple  :  un  poème  de  Prudence 
qui  suit  le  récit  du  martyre  de  saint  Fructueux  et  de  ses 
compagnons;  saint  Fulgencc  3,  saint  Zenon4,  saint 
Adhelme5  citent  librement  les  Actes  de  saint  Arcadius, 
de  sainte  Lucie,  de  sainte  Agnès.  Nous  nous  bornerons 
à  deux  pièces  qu'a  citées  saint  Augustin.  L'une  d'elles  esl 
encore  les  Acta  proconsularia  de  saint  Cyprien.  Ces 
citations  textuelles  se  rapportent  à  toutes  les  parties  du 
récit. 


ladio  animadverti    placct.  Cy-    gladio  animadverti  piacet,  res- 
lirianus   episcopus  ctixit    :  Dco    pondit  ille  :  Deo  grutias.  » 
gratias  •. 

On  trouve  dans  le  même  Père  deux  citations  des  Acte» 
de  saint  Fructueux  et  ses  compagnons  : 


Acta  proconsularia. 

1.  «  Cyprianus   dixit   :  Cum 
disciplina  prohibeat  ut  quis  se 

ultro  odorat...  » 


2.  n  Ex  sacro  pnecepto  in 
liortis  suis  manebat.  Inde  quoti- 
<lie  sperabat  veniri  ad  se,  sicut 
illi  ostensum  fuerat.  » 

«  Venerunt  ad  eum  principes 
duo...  qui  in  curriculum  puni 
levaverunt,  in  medioque  posue- 
runt.  » 

«  Illuc  universus  populus  fra- 
trum  convenit.  Et  oum  hoc 
S.  Cyprianus  comperisset,  cu- 
stodiripuellaspnecepit,  quoniam 
omnes  in  vico  ante  januam 
bospitii   principis  manserant.  » 

3.  g  Galerius  Maximus  pro- 
consul dixit  :  Jusscrunt  te  sacra- 
lissimi  imperatores  csrimonia- 
ri.  Cyprianus  episcopus  dixit  : 
Non  tacio.  Galerius  Maximus 
dixit  :  Consule  tibi.  Cyprianus 
episcopus  respondit  :  Fac  quod 
tibi  pneceptum  est;  in  re  tain 
justa,  nulla  est  consultatio.  » 

4.  «  Et  bis  dictis  (Galerius 
Maximus)  decretum  ex  tabella 
recitavit  :  Thascium  Cyprianum 


Saint  Augustin. 

Contra  Gaudentium,  1.  I. 
c.  xwi.  40.  o  li.  Cyprianus  in 
confessions  sua  dixit  discipli- 
nant] prohibere  ne  quis  se  olle- 

rat.  i' 
Sertn.,  cccix,  c.  i.  «  In  hortis 

suis  manebat  et  inde  quotidie 
sperabat  veniri  ad  se,  sieut 
ostensum  illi  erat.  » 

C.  n.  :  «  Duo  missi  sont  qui 
eum  etiani  secum  in  cuiTicuhuu 
levaverunt,  in  medioque  posue- 
imil.    D 

«  Cum...  illuc  se  multitudo 
rratrum  aesororom  congregans 

pro  foribus  pernoctaret,  custo- 
diri  puellas  pracepit.  i 


C.  m.  «  Dixit  (judex)  :  Jusse- 
runt  te  principes  cxrimoniari. 

Responditque    illc    :  Non    facto. 
Adjecit  et  ait  :  Consule  tibi.  » 

C,  iv.  «  Fac,  inquit,  qund  tibi 
pneceptum  est  ;  in  re  tam  justa 
nulla  est  consultatio.  » 


C.  iv.  «  Cum  eiiiin  Galerius 
Maximus  decretum  ex  libclin 
recitasset  :  Thascium  Cyprianum 


4  Ruinait,  Acta  sincera,  IC,  in-K-,  Ratisbonnae,  1859, 
p.  14a.  —  '-Ibid.,  12,  p.  278.  —  3  s.  Fulgence,  Sermo  de  S.  Cy- 
priano  martyre,  P.  /..,  t.  lxv,  col.  740;  E.  Le  Blant,  Les  Actes 
des  martyrs,  p.  20,  note  3.  —  *  S.  Zeno,  Sermo  de  S.  Arca- 
dio,  4,  P.  L.,t.  XI,  col.  454,  Pt  Acta  S.  Arcadii,  dans  Acta  sancl.. 
12  janv.  ;  E.  Le  Blant,  lue.  cit.,  p.  20,  note  3.  —  5  S.  Adhelme, 
De  laudibus  virginitatis,  c.  xxm  et  xxv,  Ribl.  PP.,  t.  xm, 
p.  41,  45,  P.  t.,  t.  lx.xxix,  col.  120  sq.,  122  sq.  ;  et.  Acta 


Actes  de  S.  Fructucu.x  et  ses 
compagnons. 

2.  «  zEmilianus  praeses  Eti- 
logio  diacono  dixit  :  Numquid  et 
tu  Fructuosum  colis?  Eulogius 
diaconus  dixit  :  Ego  Fructuosum 
non  colo,  sed  ipsum  colo  quem 
el  Fructuosus.  » 

3.  «  Accessit  ad  eum  commi- 
lito  frater  noster,  nomine  Félix, 
et  apprebendit  dexteram  ejus 
rogans  ut  sui  memor  esset. 
Cui  sanctus  Fructuosus,  cunctis 
audientibus,  clara  voce  respon- 
dit :  In  mente  me  habere  ne- 
cesse  est  Ecelcsiamcatholicam.  » 


Saint  Augustin. 

Serin.,  cclxxih,  3.  «  Ait  illï 
judex  :  Numquid  et  tu  Fructuo- 
sum colis?  Et  ille  :  Non  colo 
Fructuosum.  sed  Deum  colo, 
quem  colit  et  Fructuosus.  » 

Serm.,  ccxni,  2.  «  Cum  ei 
(Fructuoso)  diceret  quidam  et 
peteret  ut  eum  in  mente  haberet 
et  oraret  pro  illo,  respondit  : 
Me  orare  necesse  est  pro  pace 
catholica.  » 


IV.  Le  formulaire  des  Acta  MARTrRUit.  —Les  re- 
touches faites  sur  le  plus  grand  nombre  des  Actes  par 
des  hommes  ignorants  de  l'antiquité  ont  altéré  grave- 
ment ces  récits,  mais  pas  au  point  de  les  rendre  entiè- 
rement inutilisables  à  l'avenir.  Cette  ignorance  même 
qui  dénaturait  l'histoire  la  respectait  par  endroits,  lais- 
sant échapper  des  lambeaux  du  texte  antique  dont  les 
détails  ne  .paraissaient  pas  en  contradiction  avec  les  am- 
plifications de  la  légende.  Ce  sont  ces  vestiges  seuls  qui 
appartiennent  à  l'histoire:  mais  si  fragmentés  qu'ils 
soient,  leur  réunion  compose  une  contribution  appré- 
ciable. 

Tous  les  Actes  proprement  dits,  et  dans  une  certaine 
mesure  les  Passions  elles-mêmes,  doivent  se  dévelop- 
per  conformément  au  type  de  l'instruction  criminelle 
Si  la  préoccupation  des  faussaires  du  moyen  âge  a  altéré 
le  récit  pour  y  introduire  des  épisodes  merveilleux,  il  y 
a  une  partie  que  sa  place  mettait  à  l'abri  de  ces  super- 
cheries, c'est  la  formule  initiale  des  Actes.  Plusieurs 
documents  nous  donnent  ces  formules.  Saint  Denys 
d'Alexandrie  dit  avoir  reproduit  le  texte  même  des  actes 
publics  dans  le  récit  de  sa  comparution  :  Elaa^Bévrwv 
■AtovjTt'ov  xaï  "I'ajTTOj  XOEt  Mï::uvj  v.-x:  Mapxï/./.O'j  xa: 
\ai;ir,uo'/&;,  AlpuXtavô;  Sliftcov  rf|V  {JYspoVîav  eiffi  '.  Cette 
formule  est  en  parfait  accord  avec  un  fragment  inséré  au 
(  lodejustinien  et  ainsi  lilndlé  :  Inductù  Firmino  et  Apol- 
hnario.et  essteris  principalibusAntiochiensium  adstan- 
tibus,  Sabinus  dixit  '...Cependant  la  formule  ne  semble 
pas  complète,  une  date  devait  la  précéder.  C'est  en  effet 
Ce  qu'on  lit  dans  les  Retractationes  de  saint  Augustin, 
lorsque  l'évèque  rappelle  ses  Acta  OU  Dispulalioncs 
contra  Faustum  Manichsettm;  les  notarii  recueillirent 
la  discussion,  comme  s'il  s'était  agi  d'acta  judiciaires 
Xam  ri  (lient  liabet  et  consulem.  Or  la  pièce  en  ques- 
lion  commence  par  ces  mots  :  Quinto  kalendas  septem- 
bres Arcadio  Augusto  bis  et  Rufino  riris  clarissimis 
consuîibus  habita  dispulatio  ad  versus  Forlunaturn 
McmichsBorutn  presbyterum  s.  Ce  témoignage  n'est  pas 
i>olé9,  bornons-nous  à  citer  ici  quelques  formules:  Acta 
Munatii  Feltcis  :  Dioçleliano  octies  cl  Maximiano  tep- 
ties  consuîibus,  qunrto  décima  kalendas  pmiii9...  — 
Gesta  purgatienis  Felicis  Aplungitani.  Yolusiano  et 
Anniano  consuîibus,  xim  kalendas  septenibris  *'...  — 
Gesta  apud  Zenophilum.  Conétanlino  Maxîmo  Augusto 

S.  Agnetis,  Acta  S.  Lucix,  dans  Acta  eanct.,  21  janvier:  Surins. 
13  déc.  ;  E.  Le  niant,  toc.  cit.,  p.  20,  note  :t.  —  »  Eus.-be,  Hist. 
■.,/.,  1.  VII,  c.  xi.  /'.  G.,  t.  XX,  col.  GCil  sq.  —  '  Cod.  Justin.. 
X,  xlxii  :  de  eXCUt.  mun.,  1.  2,  in-4",  lîerolini,  1877.  —  "S.  Au- 
gustin, Rétractât.,  I.  I,  c.  xvi,  /'.  /...t.  xxxii,  col.  612.  —  «Ammien 
^huctllin,  1.  XXII,  c.  m.  —  ,0S.  Augustin,  Contr.  Crcseonium, 
{.  III,  c.  xxix.  /'.  /...  t.  xi.ui.  col.  512.  —  "  Haiiue,  Misccttanea, 
in-fol.,  Lucie,  1761,  t.  i,  p.  20. 


381 


ACTES   DES   MARTYRS 


382 


et  Constat! lino  iuniorr  Mbilissinio  Cxsare  conss.,  idibus 
decenibribus1.  —   Gcsla  Collationis  Carthagïnensis. 

Pnst  constitution  ïaronis,  v.  c.  kal.jun.  Carl/tagine*... 

Les  Actes  a  utlienliques  ne  sont  pas  moins  tormels:  Passio 
sanctorum  ScUUanormti.  Pnescnle  bis  et  Claudia.no 
oonsulibus,  xvi  kalendas  Aiigustas,  Karthagine,  in 
secretario  •'...  —  Ai  la  proconsularia  Cypriani,  Impera- 
lore  Valcriano  qvartum  et  Galiieno  tertiuni  oonsulibus 
tertio  kalendariim  snptembrium,  Carthagine,  in  secre- 
tario *...  —  Acta,  Maximiliani.  Titsco  et  Amdino  con- 
sulibus,  un  id.  Martii,  Teveste,  in  foro5...  —  Acta 
Crispinœ.  Diocletia.no  et  Maximiano oonsulibus,  die  no- 
itarum  dcccnibriiirn,  apud  coloniam  Thebeslinam,  in 
secretario  pro  tribunali. 

Dans  un  grand  nombre  d'Actes  presque  dénués  de  va- 
leur, la  formule  initiale  n'a  que  peu  souftert.  De  même, 
ce  qu'on  pourrait  appeler  le  cadre  fixe  des  gcsla,  tout 
ce  qui  a  trait  à  la  marche  normale  de  l'affaire,  en  un 
mot  la  partie  matérielle  de  la  procédure,  l'arrestation 
du  fidèle,  sa  comparution,  l'interrogatoire,  les  dialogues 
entre  le  juge  et  les  gens  de  Vofjicium,  les  ordres  con- 
cernant la  torture,  la  sentence,  tout  ce  qui  ne  prêtait 
guère  au  merveilleux  est  demeuré  indemne.  Les  Actes, 
mémo  les  plus  maltraités,  renferment  à  ce  point  de  vue 
des  renseignements  utiles  pour  les  institutions  et  la  phi- 
lologie. Nous  ne  pouvons  que  le  signaler  sans  nous  y 
arrêter.  A  l'aide  de  ces  indications  on  peut  retrouver 
la  physionomie  du  procès,  à  condition  que  l'on  tienne 
compte  des  incidents  d'audience,  qu'on  ne  peut  pas  plus 
noter  qu'on  ne  pouvait  les  prévoir  : 

Noms  des  consuls. 

Date  du  mois  et  du  jour. 

Matin  (ou  soir). 

Désignation  du  magistrat;  son  nom,  sa  fonction. 

Localité  où  se  passe  la  cause  criminelle. 

Endroit  du  jugement;  secretarium,  forum,  etc. 

Le  président  :  Introduisez  l'inculpé. 

Uofficium  :  Il  est  présent. 

Le  président  interroge  par  un  intermédiaire. 

Le  président  :  Tes  noms  et  prénoms  '? 

Le  président  :  Ta  condition  (ingénu  ou  esclave)? 

Le  président  :  Ta  famille  ? 

Le  président  :  Ton  pays  d'origine? 

Le  président  :  Ta  profession  ? 

Le  président  :  Ta  situation  sociale? 

Le  président  :  Ta  religion? 

Le  président  :  Réfléchis,  prends  pitié  de  toi-même. 

Le  président  :  Qu'on  le  mette  à  la  torture... 

Le  président  :  Suspendez-le  au  chevalet. 

Le  président  :  Frappez-le  à  la  bouche.  —  Dites-lui  : 
Ne  blasphème  pas  les  dieux.  —  Souffletez-le.  —  Ditcs- 
lui  :  Ne  fais  pas  le  fou;  sacrifie.  —  Frappez-le  à  la 
bouche,  dites-lui  :  Réponds  donc. 

Le  président  :  Tourmentez-le,  prenez  les  ongles  de 
fer. 

Le  président  :  Arrêtez- 
Le  proconsul  :  Lise/,  le  procès-verbal. 

Le  président  délibère  avec  les  assesseurs. 

Le  président  lit  ou  lait  lire  la  sentence. 

Ces  rapides  indications  nous  font  voir  l'importance 
qui  s'rittaehe  à  ces  documents  au  point  de  vue  de  l'his- 
toire littéraire.  On  peut  tirer  des  Acla  et  des  Passiones 

*  Baluzc,  oji.  cit.,  p.  22.  —  2S.  Optât,  Gesta  cotlalioni.t  car- 
ihaginensis,  P.  L.,  t.  xi,  col.  1257.  —  *Cod.  Britann.  11880,  édit. 
Robinson,  in-8°,  Cambridge,  1891,  et  H.  Usener,  Index  sclioleiruni. 
tn  un  i  versitate  rlienana,  in-8°,  Bonn,  1881,  qui  publie  le  texte  du 
i»s.  grec,  n.  iMO,  de  la  Bibliothèque  nationale,  fol.  128  v.  Sur  le 
début  de  ces  Actes  voyez  une  lettre  de  Léon  Renier  et  la  réponse 
de  Borghesi,  Œuvres  de  Borghesi.  in-4%  Paris,  t.  vin,  p.  615.  — 
'Ruinart,  Acta  sincera,  1689,  p.  216.  —  s  Voy.  E.  Le  Blant,  Les 
Actes  ries  martyrs,  p.  141-468.  —  °  Voy.  les  travaux  de  Carpen- 
ticr,  Tardif,  Schmitz,  Châtelain,  Havet,  sur  les  notes  tironiennes. 


de  graves  indications  physiologiques  et  psychologiques, 
mais  leur  recherche  n'appartient  pas  au  genre  de  ce  tra- 
vail; c'est  principalement  à  l'histoire  des  institutions  et 
des  usages  de  l'antiquité  que  ces  documents  apportent 
le  plus  riche  contingent  de  faits. 

V.  L'ÉTABLISSEMENT  OES  ACTES  ET  LEUR  CONSERVATION. 

—  Chez  les  anciens  on  faisait  usage,  comme  de  nos  jours, 
d'une  écriture  sténographique  6.  Les  gens  attachés  à 
l'administration  s'en  servaient  dans  un  grand  nombre 
de  circonstances,  à  tel  point  qu'il  fallut  en  restreindre 
l'emploi  à  certains  cas  déterminés7.  Ces  notes  étaient 
transcrites  ultérieurement  en  caractères  vulgaires8.  On 
procédait  ainsi  dans  les  tribunaux:  les  nolic  recueillies 
à  l'interrogatoire,  c'est-à-dire  le  procès  tout  entier, 
étaient  retranscrites.  Les  greffiers  chargés  de  cette  be- 
sogne portaient  le  nom  de  notarii,  ou  e.rccplores.  Plu- 
sieurs textes  nous  les  montrent  à  l'œuvre.  C'est  d'abord  la 
description  d'une  peinture,  vue  au  iv*  siècle  par  saint 
Astère  d'Amasée.  La  scène  représentait  l'histoire  entière 
du  martyre  de  sainte  Euphémie.  «Le  juge,  dit  saint  As- 
lère,  est  assis  sur  un  siège  élevé;  il  regarde  la  vierge 
d'un  œil  farouche;  autour  de  lui  sont  ses  doryphores  et 
de  nombreux  soldats,  puis  des  notarii  tenant  leurs 
tablettes  et  leurs  styles  à  écrire.  L'un  de  ces  hommes, 
levant  la  main  de  la  planchette  enduite  de  cire,  regarde 
fixement  la  chrétienne  en  se  tournant  vers  elle  comme 
pour  lui  enjoindre  de  parler  plus  distinctement,  afin 
d'éviter  toute  erreur  dans  la  transcription  des  réponses  9.  » 
Les  Actes  de  saint  Maxime  le  lecteur  renlerment  un 
détail  qui  ne  peut  venir  que  de  la  transcription  des  re- 
gistres du  greile.  Dès  le  début  de  l'audience  le  dialogue 
suivant  s'échange  entre  le  proconsul  et  le  greffier  : 
«  Pendant  que  Magnilien,  le  notaire,  écrivait  les  réponses 
des  chrétiens,  le  proconsul  Gabinius  lui  a  dit  :  As-tu 
inscrit  les  noms  de  tous?  Magnilien  répondit  :  Si  ta 
puissance  l'ordonne,  je  lirai  mon  texte.  Le  proconsul 
Gabinius  dit  :  Lis-le.  Alors  Magnilien,  le  notaire,  dit  et 
lut  :  Les  noms  que  j'ai  noies  sont  les  suivants  :  Maxime. 
Dadas  et  Ouinlilien  ">.  » 

Nous  savons  fort  peu  de  choses  sur  la  corporation  des 
exceptores  dans  ce  gui  a  trait  à  la  rédaction  des  Actes 
des  martyrs.  Des  Actes  d'une  valeur  douteuse,  mais  dont 
le  témoignage  peut  être  accepté  pour  l'ensemble  des 
faits,  nomment  deux  exceptores  qui  se  convertirent  au 
christianisme,  c'étaient  Néon  l)  et  Eustrate  !2. 

A  Tanger,  un  greffier,  nommé  Cassien  entendant  à 
l'audience  condamnera  mort  un  chrétien,  envoya  rouler 
à  terre  son  stylet  et  son  registre  et  protesta  bruyamment. 
On  lui  coupa  le  cou  quelques  jours  plus  tard  13. 

Les  actes  avaient  une  valeur  absolue  en  justice;  il 
importait  donc  de  les  mettre  à  l'abri  des  altérations.  Les 
textes  criminels  appartenaient  ù  Yinslrurnentmn  pro- 
rinciœ,  que  nous  appellerions  aujourd'hui  <■  les  archives 
judiciaires  ».  Des  l'instant  où  le  procès-verbal  a  été  lu, 
dit  Apulée,  il  est  interdit  d'y  ajouter  ou  d'en  retrancher 
quoi  que  ce  soit,  ne  fût-ce  qu'une  lettre.  La  pièce  doit 
ilre  déposée  aux  archives  u.  Les  Pères  et  les  écri- 
vains ecclésiastiques  nous  apprennent  que  les  chrétiens 
avaient  fréquemment  recours  à  Vaecfniuni  proctuisii- 
/(slj.  Un  passtige  d'Apollonius  est  ainsi  conçu  :  «  V.n 
ce  qui  regarde  Alexandre,  il  tant  que  la  vérité  soit 
connue;  cet  homme  a  comparu  devant  .Fmilius  Fron- 
tinus,  proconsul  d'Asie,  non  pas  comme  chrétien,  mais 

—  ''Voy.  Abréviations,  col.  155.  —  8  Digeste,  I.  XL  :  De  testa- 
mentu  militis,  xxrx,  1.  —  "Combefis,  &  Pains  uvsLri  Astcni 
aliorurijue  orationes,  in-4*,  Parisiis,  1648.  p.  200:  l/abbe.  Con- 
cilia, t.  vu,  col.  2I0:C'onci7.  iXicxn.  Il,  actioiv,  a"  7K7.  -  '"Acta 
SS.  Maximi,  Quintiliani.  Diulœ,  4,  dans  Acta  sanct..  1S  avril. 

—  "Acta  S.  Speusi)ipi,   19.    dans   Acta    sanct..   17  janv.   --• 
<-  Martyrhim  Eustratii,  6,  Surius,  12  décemb.    Voyez  Nota- 
r.n.  —  <spnssj0  g,   Cassiani,   1,  dans   Ruinait,   Acta  .linccnt, 
1731,  p.  305.  —  "  ftorid.,  I.  IX.  —   ,:S.  Augustin,  Contra  Cre- 
sconium,  I.  Il I ,  c.  i.xx,  V.  L.,  L  xi.iu,  coi.  359. 


383 


.   ACTES    DES    MARTYRS 


38i 


pour  des  vols  commis,  alors  qu'il  avait  déjà  apostasie, 
(".eux  qui  voudront  s'instruire  complètement  de  cette 
affaire  n'ont  qu'à  recourir  à  l'àp/eïov  8v)jx,<i(7tov,  aux 
archives  publiques  de  la  province  d'Asie1.  »  On  trouve 
des  rélérences  analogues  dans  la  biographie  de  saint 
Cyprien  par  Pontius  2,  dans  la  Passion  de  saint  Saturnin 
de  Toulouse  3.  Eusèbe  transcrit  le  procès-verbal  même 
de  la  comparution  de  saint  Denys  d'Alexandrie  4. 
Saint  Augustin  s  et  saint  Jérôme  u  renvoient  leurs 
contradicteurs  aux  archives  proconsulaires.  Saint  Théo- 
dore d'Iconium  dit  (pie  les  Actes  du  martyre  des  saints 
Cyricus  et  Julitta  sont  autorisés  par  les  pièces  conser- 
vées à  l'archive  7.  En  dehors  de  quelques  exceptions 
que  nous  signalerons,  les  gesla  relatils  à  la  poursuite 
des  chrétiens  étaient  l'objet  des  mêmes  précautions  et 
jouissaient  des  mêmes  garanties  que  les  autres  pièces 
criminelles.  Les  fonctions  des  juges  étant,  sauf  excep- 
tion, annuelles8,  il  arrivait  qu'un  magistrat  se  faisait 
communiquer  les  procès-verbaux  rédigés  sous  son  pré- 
décesseur, afin  de  connaître  les  causes  restées  pendantes 
à  la  retraite  de  celui-ci.  Nous  voyons  dans  les  Actes  de 
saint  Thyrse  un  magistrat  lisant  dans  les  gesta  le  détail 
des  tortures  infligées  aux  chrétiens9.  Dans  les  Actes  de 
saint  Janvier  on  lit  qu'  «  en  visitant,  selon  l'usage,  les 
villes  de  sa  juridiction,  Timothée  se  rendit  à  Pouzzoles. 
11  ordonna  qu'on  fit  venir  Vofficium,  et,  quand  les  agents 
furei.t  devant  lui,  il  s'enquit  auprès  d'eux  des  jugements 
rendus  par  ceux  qui  l'avaient  précédé.  Uofficium  lui 
remit  les  gesla  de  tous  les  gouverneurs.  Lorsqu'en  les 
consultant  il  l'ut  venu  aux  Actes  des  bienheureux  mar- 
tyrs Sossius,  diacre  de  l'église  de  Misène,  Proculus, 
diacre  de  la  cité  de  Pouzzoles,  Entychès  et  Acutius,  que 
le  juge  avait  fait  torturer,  puis  jeter  en  prison,  il  demanda 
aux  of/iciales  ce  qui  étail  advenu  de  ces  hommes10  ». 
Même  mention  dans  la  Passion  de  saint  Quirin  •',  de 
^-ai ii te  Christine  12. 

11  parait  probable  qu'au  dossier  des  gesla  de  chaque 
accusé  était  jointe  l'instruction  préliminaire13.  Si  la 
cause  était  renvoyée,  les  gesla  étaient  entérinés,  comme 
on  peut  le  voir  dans  les  Actes  de  saint  Acace,  de  saint 
Myron,  de  saint  Paphnuce,  de  saint. Clément  d'Ancyre, 
ces  trois  derniers  morceaux  de  valeur  très  faible,  mais 
dont  l'accord  sur  un  point  doit  être  noté. 

Les  Actes  conservèrent  leur  valeur  après  la  paix  de 
l'Eglise.  Ils  rendirent  alors  un  témoignage  assez  inat- 
tendu. En  l'an  314,  le  13e  canon  du  concile  d'Arles  est 
ainsi  libellé  :  De  /ùs  qui  Scriptitras  sanclas  tradidisse 
dicuxinr,  vel  vasa  doniinica,  vel  nomina  fralrum  suo- 
runi,  piacuit  nobis  ut  qwcuntjue  eorum  ex  Aclis  pu- 
blicis  f'uerit  detectus,  non  nudis  verbis,  ah  ordine  cleri 
amoreantur1*.  Ce  canon  visait  les  tradileurs  des  livres 
saints  et  des  livres  liturgiques.  En  effet,  sous  le  règne 
de  Constantin  on  vit  des  évêques  accusés  d'avoir  livré 
les  vases  sacrés.  Saint  Augustin  nous  a  gardé  le  souve- 
nir d'une  cause  dans  laquelle,  en  l'an  320,  un  diacre 
africain  nommé  Xundinarius  demanda  qu'on  produisit 
devant  le  consulaire  Zénophile  les  actes  de  l'an  303  re- 
latifs au  chef  d'accusation  et  qui  étaient  conservés  dans 
les  archives  du  greffe.  Le  consulaire  ordonna  que  lec- 

1  Eusèbe,  flist.  eccl.,  I.  V,  c.  xvm,  P.  G-,  t.  xx,  cul.  470  sq.  — 
5  D.  Ruinart,  Acta  sincera,  1731,  p.  130.  —  3Passio  S.  Satumini, 
2,  dans  Ruinart,  Acta  sine,  1089,  p.  110.  —  *  Hist.  ceci.,  1.  VII, 
c.  xi,  P.  G.,  t.  xx,  col.  1\\  sq.  —  5  Contr.  Cresconium,  1.  111, 
c.  lxx,  P.  L.,  t.  xi. m,  col.  539.  —  <>  Adu.  Ruflnum,  1.  il,  c.  m, 
P.  L.,  t.  xxui,  col.  440.  —  '  Epist.  Theodorici,  ep.  de  passione 
SS.  Quirici  et  Julittœ,  dans  Acta  sanct.,  jun.  t.  m,  p.  25.  —  "E.  Le 
Blant,  Les  Actes  des  martyrs,  p.  12.  Cf.  Waddington,  Fastes  des 
provinces  asiatiques,  p.  0-11.  —  °  Acta  S.  Thyrsi,  c.  VI,  31,  dans 
Acta  sanct.,  28  janv.  —'"Acta  S.  Januarii,  1,  dans  ^lc(a  sanct-, 
'0  septembre.  —  "  Passio  S.  Quirini,  dans  Ruinart,  Acta  sincera, 
1731,  p.  499.  —  '«  Passio  S.  Christinm,  12  et  15,  dans  Acta 
sanct.,  24  iuill.  —  <3  Acta  S.  Marcelli,  4,  dans  Ruinart,  Acta  sin- 
cera, 1731,' p.  303.  —  '* Conciliutn  Arelatense,  I,  anno3l4,can.13, 
dans  Mansi,  Cunc.  ampl.  coll.,  t.  n,  col.  472.  —  ,5  Gesta  apud 


ture  en  fût  faite.  Nundinarius  diaconus  dixit  :  Legan- 
/((/■  Acta.  Zenophilas  V.  C.  eonsularis  Vielori  dixit  : 
Leganlur.  Et  dédit  Nundinarius  et  exceplor  recilavit 13. 
La  lecture  achevée,  Zénophile,  personnage  clarissime, 
consulaire,  dit  :  «  Des  actes  et  des  pièces  qui  viennent 
d'être  lus,  il  résulte  que  Sylvain  est  un  traditeur*6.  » 
Un  témoignage  beaucoup  plus  tardif,  celui  de  Lydus 
([•  565),  nous  apprend  que  de  son  temps  on  pouvait 
consulter  la  série  des  actes  judiciaires  depuis  le  règne 
de  Valens,  c'est-à-dire  depuis  deux  siècles,  avec  la  même 
facilité  que  s'ils  eussent  été  enregistrés  de  la  veille  n.  Ce 
sont  donc  ces  pièces  de  greffe  qui  sont  devenues  la  base 
des  écrits  connus  sous  le  nom  d'Acta  martyruni.  Il  nous 
reste  à  dire  quelques  mots  de  ces  pièces. 

Les  notarii  ou  exceptores  paraissent  n'avoir  pas  été  à 
l'abri  de  la  légitime  défiance  de  leurs  supérieurs.  Nous 
avons  rapporté  déjà  le  trait  du  proconsul  Magnilien  met- 
tant en  doute  l'inscription  par  le  scribe  de  tous  les  noms 
des  accusés  18.  Cette  surveillance  était  justifiée  par  des 
laits  tels  que  ceux-ci  : 

On  lit  dans  la  Passion  de  saint  Iliéron  :  «  Ce  que  j'ai 
maintenant  à  dire  vous  affligera,  autant  que  les  saints 
eux-mêmes  en  ont  été  douloureusement  frappés.  L'un 
de  leurs  compagnons  de  combat  nommé  Victor  avait 
faibli  sous  les  premières  tortures  et  il  s'épouvantait  de 
(■elles  qui  l'attendaient  encore;  il  aborda  en  secret  le 
commentariensis  et  lit  humblement  appel  à  sa  pitié,  le 
suppliant  de  rayer  son  nom  des  acta  et  de  le  délivrer; 
il  lui  offrait  en  récompense  un  petit  fonds  de  terre  qu'il 
possédait.  Le  commentariensis  accepta,  et,  pendant 
une  nuit  il  lit  sortir  Victor  de  prison19.  »  Cette  inscrip- 
tion des  noms  des  inculpés  se  trouve  encore  mentionnée 
ailleurs  '-". 

La  vénalité  des  agents  de  Vofficium  était  bien  connue 
et  exploitée  ouvertement.  Nous  lisons  dans  une  pièce 
authentique  :  «  Nous,  Pamphile,  Marcien,  Lysias,  Aga- 
thocle...  et  tous  les  frères  qui  sont  à  Iconium,  fidèles 
dans  la  vérité  et  d'un  seul  cœur  dans  Notre-Seigneur 
Jésus-Christ,  nous  avons  recherché  ce  qui  s'est  accompli 
en  Pamphylie,  à  l'égard  des  martyrs;  et  comme  il  nous 
fallait  rassembler  tous  les  documents  relatifs  à  leur 
confession,  nous  avons  obtenu  de  transcrire  ces  docu- 
ments, au  prix  de  deux  cents  deniers  payés  à  Sabaste, 
•  i  l'un  des  spiculatores  *'.  »  Nous  trouvons  d'autres  men- 
tions du  même  genre'--  qui  expliquent  une  mesure  rap- 
portée dans  la  Passion  de  saint  Victor  le  Maure.  «  Anu- 
1  i  n  us,  y  est-il  dit,  fit  saisir  tous  les  exceptores  qui  se 
trouvaient  dans  le  palais,  afin  de  s'assurer  qu'ils  ne  ca- 
cheraient aucune  note,  aucun  écrit.  Ces  hommes  jurè- 
rent par  les  dieux  et  par  le  salut  de  l'empereur  qu'ils 
ne  détourneraient  rien  de  semblable;  tous  les  papiers 
furent  appoi  tés,  et  Anulinus  les  lit  brûler  en  sa  présence 
par  l.t  main  de  l'exécuteur.  L'empereur  approuva  fort 
cette  mesure23.  •>  Quelquefois,  pour  plus  de  sûreté  en- 
core, le  gouverneur  interdit  la  sténographie  du  procès. 
Ce  fut  le  cas  lors  du  procès  de  saint  Vincent  de  Sara- 
gOSSC.  «  L'ennemi,  (lit  un  contemporain,  a  \ouln  que 
rien  ne  restât  de  ee  qui  constatait  sa  défaite**.  » 

C'étaient  là  des  mesures  d'exception,  car  l'on  voit  le 

Zenophilum,  qmhus  Siivannm  traditorem  fu  <t.  cf. 

/'.  /_.,  t.  xi.  col.  774  sq.  —  '"S.  Augustin,  Conte.  Cresconium, 
i.  111,  c.  xxix  et  lxx,  P.  L.,  t.  xi. m.  col.  512,539;  cf.  Contra 
Utteras  Petiliani,  n,  20,  45,  P.  L.,  t.  xi.ix,  col.  273.  —  ^  De 
magistratibus  populi  romani,  1.  111,  c.  xxix;  cf.  E.  Le  Blant, 
/.es  persécuteurs  et  les  martyrs,  1893,  p.  7.  —  "  Acta  SS. 
Maximi,  Quintiliani,  Dadx,  4,  dans  Acta  sanct.,  13  avril.  — 
'•'  Bibliothèque  nationale,  ms.  iO'10,  fol.  100,  v;  cf.  E.  Le  Blant, 
l.fs  Actes  des  martyrs,  p.  11.  —  !"  Acta  S.  Adriani.  dans 
Acta  satict.,  8  sept.  —  *'  Acta  SS.  Tarachi,  Probi  et  Andro- 
nici,  préface,  dans  Ruinait,  loc.  cit.,  éd.  1089,  p.  457.  —  "'■  Vite 
et  Passio  S.  Pontii,  25,  dans  Baluze,  Miscellanea,  t.  i.  p.  33. 

—  »>  Acta  S.    VictoriS  mauri,   0,  dans  Acta  sanct..  s  mai. 

—  *'  Passio    S.    Yinccntii,    1,    dans    Ruinait,    Act 
p.  3S9. 


385 


ACTES   DES   MARTYRS 


38G 


président  ordruinpr,  dés  l'ouverture  des  débats,  d'écrire 
ce  qui  va  elle  dit  '  et  nous  savons  par  le  Digeste  2  qu'il 
se  faisait  des  expéditions  de  ces  documents  certifiés  par 
le  commentariensis.  Toutefois,  comme  ces  copies  deve- 
naient, croyait-on,  entre  les  mains  des  chrétiens,  une  lit- 
térature révolutionnaire,  l'Etat  romain  s'en  alarma.  Des 
Actes  de  martyrs,  raconte  Prudence  3,  furent  saisis  aux 
mains  des  fidèles  et  détruits.  Mais  c'était  une  mesure 
inefficace,  car  à  peine  entre  les  mains  des  fidèles,  ces 
récits  étaient  multipliés  par  la  copie.  Les  Actes  de  saint 
Félix  étaient  regardés  comme  des  reliques,  au  même 
titre  que  le  sang  des  plaies  du  martyr4. 

Ce  sont  ces  pièces  officielles  qui  servaient  de  canevas 
aux  Passiones.  Aggredior,  disent  les  Actes  de  saint 
Saturnin,  aggredior  itaque  cœlestes  pugnas  novaqne 
certamina  gesla  per  fortissimos  milites  C/iristi,  bella- 
tores  invictos,  martyres  gloriosos,  aggredior,  inquam, 
ex  actis  publicis  scribere*.  Nous  verrons  plus  loin 
les  collections  auxquelles  cette  coutume  donna  nais- 
sance. 

Parmi  les  modes  de  conservation  des  Acta  on  ne  peut 
omettre  une  mention  qui  se  lit  dans  la  lettre  de  l'Eglise 
de  Smyrne  à  l'Église  de  Philadelphie  touchant  le  mar- 
tyre de  saint  Polycarpe.  On  y  voit  une  recommandation 
identique  à  celle  d'une  épitre  de  saint  Paul  :  Maôovrs; 
oviv  TaÛTa,  xai  toi;  ê7t£xeiva  àSeXçoîç  tt|V  È7r'.irToXr,v  6. 
a  Faites  circuler  cette  lettre  dans  les  Églises,  après  que 
vous  l'aurez  lue.  »  La  lettre  des  Églises  de  Lyon  et  d<e 
Vienne  est  également  adressée  «  aux  frères  des  Églises 
d'Asie  et  de  Phrygie  »  '. 

Dom  Ruinart  a  pensé  qu'il  fallait  attribuer  à  des  chré- 
tiens présents  dans  l'auditoire  certains  Actes  dont  nous 
possédons  plusieurs  copies  n'offrant  entre  elles  que  de 
légères  différences8.  On  trouve  une  preuve  de  ce  fait; 
elle  est  contenue  dans  une  pièce  authentique  contem- 
poraine de  la  persécution  de  Licinius  à  Edesse9;  encore 
pourrait-on  y  voir  une  copie  prise  à  l'archivuni  :  «  Les 
notaires  écrivaient  tout  ce  qu'ils  avaient  entendu  à  l'au- 
dience... moi,  Théophile,  qui  étais  païen  de  naissance 
et  qui  ai  confessé  le  Christ  dans  la  suite,  je  me  suis 
empressé  de  prendre  copie  des  Actes  de  Habib,  comme 
j'avais  autrefois  écrit  les  Actes  des  martyrs  Gouria  et 
Schamouna,  ses  compagnons.  » 

Nous  ne  pouvons  négliger  parmi  les  sources  des  Acta 
un  fait  qui  se  rapporte  aux  années  qui  suivirent  la  paix 
de  l'Église.  A  Antioche,  au  moment  où  il  allait  consacrer 
une  église  en  l'honneur  des  saints  Théodore,  le  patriar- 
che prit  la  parole  :  «  Voici  l'éloge  du  confesseur  du 
Christ,  glorieux  amant  du  martyre,  le  saint  père  Théo- 
dore, archevêque  d'Antioche,  en  l'honneur  du  Christ  et 
des  vaillants  vainqueurs,  Théodore,  fils  d'Anatole,  et 
Théodore,  maître  de  la  milice,  fils  de  Jean  l'Égyptien, 
lequel  a  tué  le  grand  dragon  et  conservé  le  fils  de  la 
veuve,  et  c'est  pourquoi  le  nom  du  Christ  a  été  exalté. 


Or,  le  saint  patriarche  a  voulu  lui-même,  à  cause  de  h 
dignité  des  martyrs,  réciter  cet  encomium  dans  le  sanc- 
tuaire de  Théodore,  fils  d'Anatole,  une  grande  foule  dé- 
peuples étant  assemblée  dans  l'église,  au  jour  de  la  fête 
commémorative  de  Théodore,  maître  de  la  milice,  qui 
a  lieu  au  vingt  du  mois  d'Epep  au  jour  de  la  dédicace 
anniversaire  de  l'oratoire  du  fils  d'Anatole,  d'autant 
qu'on  n'avait  pas  encore  édifié  celui  du  maître  de  lu 
milice.  Car  alors  on  célébrait  une  sainte  fête  au  sanc- 
tuaire du  héros  Anatole,  en  la  paix  du  Christ.  Ainsi 
soit!  Amen  10  !  » 

VI.  Les  notaires  et  la.  rédaction  des  acta  marty- 
rum. —  Les  textes  qui  viennent  d'être  rapportés  ne 
font  nulle  part  allusion  à  ces  prétendues  notes  d'au- 
dience prises  par  les  chrétiens  dispersés  dans  l'audi- 
toire et  auxquelles  le  judicieux  Ruinart  recourait  quand 
il  se  trouvait  en  présence  de  plusieurs  récits  d'un  même 
épisode  ".Si  les  chrétiens  ont  pris  ces  notes,  s'il  s'est 
trouvé  parmi  eux  une  corporation  de  notarii  officielle- 
ment chargée  de  ce  soin,  le  plus  qu'on  en  puisse  dire, 
c'est  que  nous  n'en  savons  rien.  Le  Liber  pontificalis 
rapporte  cependant  des  faits  qui  méritent  un  instant 
d'attention.  Le  pape  saint  Clément  aurait  institué  les 
notaires  ecclésiastiques  dans  le  but  de  recueillir  les  Acta 
martyrum1-.  Sous  Antéros  on  tait  allusion  à  l'existence 
d'un  archivum  ecclesix  pour  conserver  les  Actes  13  :  Fa- 
bien, son  successeur,  institue  sept  sous-diacres  pour  sur- 
veiller les  sept  notaires  l4.  L'existence  de  chrétiens  notant 
les  débats  est  prouvée  par  les  Actes  de  saint  Vincent  de 
Saragosse,  mais  il  y  a  loin  de  là  à  l'existence  d'un  groupe 
hiérarchique  avec  sa  destination  spéciale,  comme  celle 
des  notaires  de  Rome.  Les  véritables  fonctions  des  no- 
taires ecclésiastiques  sont  mentionnées  par  le  Liber 
pontificalis  dans  la  notice  du  pape  Jules  (337-352).  Ils 
étaient  alors  les  tabellions  de  l'Église  romaine  et  l'on 
fut  bien  aise  sans  doute,  dans  la  corporation,  de  se  faire 
une  généalogie,  aussi  héroïque  que  la  fonction  le  com- 
portait, et  qui  aidât  à  expliquer  le  rang  élevé  des  notaires 
dans  la  hiérarchie  de  cour 15.  Ce  l'ut  sans  doute  pour  cette 
raison  qu'on  les  représenta  comme  primitivement  char- 
gés d'une  lonction  dont  le  nom  païen  de  notarius  éveil- 
lait l'idée  et  on  ajouta  que,  la  paix  venue,  leur  destina- 
tion avait  été  changée  16.  Il  faut  en  outre  constater  que 
de  l'activité  trois  fois  séculaire  des  notaires  romains,  il 
est  demeuré  tort  peu  de  chose,  alors  que  leur  travail 
aurait  dû  doubler  les  chances  que  nous  avions  de  lire 
les  Actes  des  martyrs  romains,  mais  cela  a  pu  tenir  à 
d'autres  causes  qui  seront  indiquées  plus  loin.  Dornons- 
nous  à  mentionner  ici  une  épilaphe  dont  le  seul  fragment 
qui  nous  reste  réunit  sur  un  espace  très  rapproché  les 
mots  notaire  et  martyr.  Ce  fragment  nous  semble  anté- 
rieur à  la  paix  de  l'Église,  mais  nous  ne  prétendons  pas 
entreprendre  une  restitution  trop  arbitraire  pour  n'être 
pas  un  peu  tendancieuse. 


uixi  jT  ANNIS  XVIII 


uiuascu 
paxtibicu 


NOTARIO 

NMAPTVPIBVC" 


hic  (Clemens)  fecit  VII  re- 
giones  et  dividit  notariis  fide- 
libus  ecclesix,  qui  yestas  mar- 
tyrum sollicite  et  curiose 
unusquisque  per  regionem 
suam  diligenter  perquircret  '*. 


Hic  (Anteros)  gestas  mar-       (Fabianus)  fecit  VII  subdin- 

tyrum  diligenter  a  notariis    conos  qui  septem  notariis  im~ 

exquisivit  et  in  ecclesia  re-    minèrent  ut  gestas  martyrum 

concUt'*.  [in  intégra,  edit.  altéra]  fide'.i- 

ter  colligcrent i0. 


1  Passio  S.  Marix,  4,  dans  Baluze,  Miscellanea,  t.  i,  p.  27.  — 
*  Digeste,  1.  XLV,  7;  De  jure  flsci,  1.  XLIX,  tit.  xiv,  in-4%  Bero- 
lini,  1877.  —  3  Peristephanon,  I,  Sanct.  Henet.  et  Celed.,  v.  75-78, 
P.  L.,  t.  lx,  col.  288.  —  *  Passio  sqncti  Felicis,  dans  Acta  sanct., 
l"aoùt.  —  5E.  Le  Blant,  Les  persécuteurs  et  les  martyrs,  p.  4, 
note  4.  —  9 Martyrium  Pulycarpi,  20,  dans  Ruinait,  Acta  sin- 
cera,  in-8%  Ratisbonae,  1859,  p.  90.  —  '  Epist.,  I,  clans  Ruinart, 
loc.  cit.,  p.  109.  —  *  Voy.  plus  bas  :  Les  notaires  et  la  rédaction 
des  Acta.  —  •  W.  Cureton,  Ancicnt  syriac-documents,  in-4", 
London,  1864,  p.  72  sq.  Cf.  Rubens  Duval,  La  littérature  syria- 
que, in-12,  Paris,  1899,  p.  127  sq.  —  '«Zoëga.  Catalogue  de  la 
bibliothèque  Borgia,  in-tol.,  Romte,  1810,  cod.  xx.xvi,  p.  50.  Cj. 

DtCT.   D'ARCII.   CIIRÉT. 


Pitra,  Études  sur  la  coll.  des  actes  des  sai>its,  in-8%  Paris,  1850, 
préf.,  p.  xlvi  sq.  —  '  "  Admonitio  in  Acta  martyrum  scillitanj- 
rum,  dans  Actasincera,  in-4',  Paris,  1689,  p.  79.  —  '^Liber  ponti- 
ficalis, éd.  Duchesne,  in-'i%  Paris,  1884,  t.  I,  p.  123.  —  ,3  Ibid.,  t.  l, 
p.  147.  —  <*/Wrf.,  t.  i,  p.  148.  —  'tlbid.,  t.  i,  p.  148,  note  3.  — 
16  Voy.  le  Constitution  Silvestri  et  Liber  pontif.,  1. 1,  préf.,p.c-ci  ; 
J.  Hardouin,  Concilia,  in-fol.,  Parisiis,  1715,  t.  I,  p.  290.  —  »  D.  Ca- 
brai et  D.  Leclercq,  Monumenta  Ecclesix  liturgica,  in-4%  Péris, 
1902,  t.  I,  n.  2858.  J.  Wilpert,  Drei  altchristliche  Epitaphfr ci- 
mente, dans  A.  de  Waal,  Archàologisctte  Elirengabe  tu  De 
Itossi,  in-4%  Roma,  1892,  p.  389.  —  '» Liber  pontif.  éd.  Dudiosr.e 
1. 1,  p.  123.  —  '••'  Ibid., p.  117.  -  '-"  Ibid.,  p.  148.  ot  Introd..  p   C-Cl. 

I.  -  13 


'387 


ACTES    DES    MARTYP.S 


Le  petit  nombre  d'.A<i/a  romi'ins  peut  trouver  son  ex- 
plication dans  l'usage  liturgique  local.  Tandis  qu'en 
Afrique',  en  Gaule'2,  à  Milan  3,  la  lecture  des  Actes  lait 
partie  de  In  liturgie,  à  Rome,  nous  savons  par  une  lettre 
de  saint  Grégoire  le  Grand  à  Eulogius,  patriarche  d'A- 
lexandrie, en  598,  que  non  seulement  la  lecture,  mais 
l'existence  des  Passions  était  à  peu  près  ignorée  à  la  lin 
du  VIe  siècle.  Praster  Ma  enim  quee  in  Eusebii  libris 
de  gestis  sanctorum  martyrum  continentur,  nulla  in 
areftivo  huius  ecclesia!  vel  in  Romaine  urbis  bibliolhe- 
cis  esse  cognovi,  nisi  pauea  qusedam  in  unius  codicis 
volumine  collecta;  nos  aulem  pœne  omnium  marty- 
rum, distvnctis  per  dips  singulos  passionibus  collecta 
in  uno  codice  nomma  habemus,  atque  quotidianis  die- 
bus  in  eorum  veneratione  missarum  solemnia  agimus. 
JVou  tamen  in  eodem  volumine  quis  qualiler  sil  passus 
indicatur,  sed  tantummodo  nomen,  locus  et  dies  pas- 
sion is  ponitur  *.  Un  document  romain  de  date  incer 
taine  mais  qui  n'est  pas  antérieur  à  saint  Grégoire, 
déclare  que  la  lecture  des  Acta  martyrum  était  inter- 
dite à  Rome,  dans  les  réunions  du  culte  :  Secundum 
anliquam  consuetudinem,  singulari  cautela  in  sancta 
Ramana  ecclesia  non  legunlur,  quia  et  eorum  qui  con- 
scripsere  nomina  penitus  ignorantur,  et  ab  infidelibus 
et  idiotis  super/lua  aul  minus  apta  quam  rei  ordo 
fu,  rit  esse  pulantur  6. 

Il  s'agissait  ici  de  tout  l'office,  mais  cetts  rigueur  ne 
se  soutint  pas.  Lors  de  la  constitution  de  l'office  de 
matines,  on  donna  aux  Acta  une  place  parmi  les  lec- 
tures. Il  se  pourrait  qu'on  eût  une  allusion  à  cette  cou- 
tume dans  une  phrase  du  pape  Hadrien  (791)  :  Passiones 
sanctorum.  martyrum  sancti  canoncs  censuerunt  ut 
liceat  eas  etiam  in  ecclesia  legi,  cum  anniversarii  dies 
eorum  celebrantur  6.  «  Les  saints  canons  mentionnés 
ici  sont  ceux  de  l'église  d'Afrique,  introduits  au  vie  siè- 
cle par  Denys  le  Petit  dans  son  codex  eanonum,  qui 
était  encore  employé  à  Rome  au  temps  du  pape  Hadrien. 
Nous  avons  du  reste,  une  preuve  directe  de  l'introduc- 
tion des  Passiones  martyrum  dans  les  lectures  de  l'of- 
fice de  nuit,  dès  le  vmc  siècle,  au  moins.  A  la  fin  du 
manuscrit  Parisin.  383G,  du  viue  siècle,  eu  écriture  mi- 
nuscule, on  trouve  un  Ordo  canotas  decantandi  in 
ecclesia  sancti  Pétri,  où,  après  avoir  indiqué  la  distri- 
bution de  l'Ecriture  sainte  entre  les  diverses  parties  de 
l'année  liturgique,  on  ajoute  que  traclatus  (les  homé- 
lies) prout  ordo  poscil,  passiones  (passionis  cod.)  mar- 
tyrum  et  vitePatrum  catholicorum  leguntur.  Cet  Ordo 
est  d'une  autre  écriture  que  celle  de  la  collection  cano- 
nique qui  remplit  tout  le  manuscrit,  mais  il  a  été  écrit, 
comme  le  reste,  au  vme  siècle  1.  » 

A  cette  catégorie  des  notaires  ecclésiastiques  on  peut 
rattacher  sans  effort,  comme  également  problématique, 
le  premier  martyrologiste,  qui  ne  serait  autre  que  ,l»i- 
lius  Africanus.  Celui-ci,  au  dire  d'une  pièce  tort  tardive, 
la  Passio  Symphorosse  s,  serait  venu  visiter  l'Église  de 
Rome  et  y  aurait  compilé  un  recueil  spécial  des  Actes  des 
martyrs  de  Rome  et  de  l'Italie  qui  aurait  passé  en  en-' 
tier  dans  l'ouvrage  d'Eusèbe.  Cette  affirmation  n'a  pour 

1  Hardouin,  Concilia,  t.  i,  p.  880:  Mansi,  Conc.  ampl.  coll. 
(can.  36),  t.  m,  p.  924.  —  J  Manillon,  De  liturgie,  gallicana,  c.  V,  7. 
in-4°,  Parisiis,  1685,  t.  i,  p.  :!".).  —  *  Paléographie  musicale,  in-4% 
Solesmes,  1897,  t.  v,  p.  200  sq.  —  *JafT<5,  Regcsta  pontifteum 
romanorum  ab  condita  Ecclesia  ad  an.  mcxcviu,  in-'r,  T  ijmiir. 
1885,  n.  1617.  —  8Thiel,  EpistuUt  rom.  pontificum,  in-8\  Leipzig, 
1872, 1. 1,  p.  458.  —  "Epist.  ad  Caralum  Magnum,  P.  L.,  t.  xevin, 
col.  iSf&.—1L.iberpontifloaUs,<êd.  Duchesne,  Introd..p.  ci.  uote2. 
—  "Surius,  18juill.  Cf.  Pitra,  infr.  cit.  —  "  Pitra,  Étude  sur  la 
collection  des  Actes  des  saints,  in-8»,  Paris,  1850,  p.  vin  sq.  — 
J°Eusèbe,  Hist.  eccl.,  VIII,  u,  P.  G.,  t.  xx,  col.  744  sa).  :  S.  Au- 
pust,  Contr.  Crescon.,  III,  xxix,  P.  /..,  t.  xi.ni,  col.  512;  Geeta 
purgationi8  Felicis,  Gesla  apud  Zenophilum,  P.  1...  t.  XI, 
col.  1257  sq.  —  "  E.  Le  Blant.  Les  Actes  des  martyrs,  p.  25;  Van 
<lcn  Gheyn,  Acta  martyrum,  dans  le  Diction,  de  f/i» 
cutliolique,  t.  I,  in-4\   Paris,  18Ï8.  —  '■  Acta  S.    Ayutl.u  .   I, 


elle  aucune  preuve  et  a  été  à  juste  titre  négligée  par  D. 
Ruinait,  par  les  Rollandistes  et  par  ïillemont.  Si  nous  la 
mentionnons  ici,  c'est  que  depuis  la  découverte  de  l'épi- 
laphe  d'Abercius,  il  laut  se  montrer  très  circonspect  avant 
de  repousser  un  texte  légendaire  dans  son  entier.  On 
trouvera  dans  la  Dissertation  sur  les  anciennes  collec- 
tions hagiographiques  v  de  dom  Pitra  rénumération  de 
plusieurs  textes  d'une  haute  antiquité,  mais  malheureuse- 
ment apocryphes,  et  qui,  faute  de  mieux,  témoignent 
du  souci  des  temps  qui  suivirent  pour  créer  aux  Actes 
une  fabuleuse  autorité. 

VIL  De  quelques  altérations,  —  Il  ne  parait  pas 
possible  d'entreprendre  le  catalogue  des  erreurs  dont 
fourmillent  les  Actes  des  martyrs,  et  ce  catalogue  fût-il 
achevé,  ne  servirait  pas  probablement  à  résoudre  tous 
les  problèmes  critiques,  historiques,  philologiques,  que 
soulève  celte  classe  de  textes,  mais  il  nous  offrirait  une 
documentation  intéressante  et  nouvelle  pour  l'histoire 
de  la  supercherie. 

Certaines  pièces  ont,  semble-t-il,  attiré  plus  que  d'au- 
tres l'attention  des  hagiographes  du  moyen  âge.  Us  n'ont 
rien  omis  de  ce  qui  pouvait  y  ajouter  de  l'ornement. 
Heureusement  l'inintelligence  que  les  hommes  de  ce 
temps  avaient  du  passé  les  fit  tomber  dans  des  fautes  si 
grossières,  qu'il  est  devenu  relativement  lacile  de  les 
signaler.  Cette  ignorance  reparait  la  même  dans  presque 
toutes  les  fraudes  et  les  naïvetés  des  scribes,  parce  qu'elle 
avait  pour  fondement  une  erreur  philosophique  univer- 
selle. La  loi  de  l'évolution  historique  n'était  ni  connue, 
ni  soupçonnée;  dès  lors,  le  plus  lointain  passé  appa- 
raissait sur  le  même  plan  que  les  événements  présents  : 
nulle  perspective,  partant  nul  souci  d'archéologie,  nulle 
vérité.  Les  proconsuls  ressemblent,  à  s'y  méprendre,  aux 
chefs  lianes,  vandales,  lombards  ou  wisigolhs.  Les  em- 
pereurs gardent  à  gi  and'peine  un  nom  latin,  mais  il  n'y 
a  pas  de  confusion  qu'on  ne  lasse  entre  eux  tous. 
Quelques  noms  surnagent  qui  fourniront,  sous  leur  forme 
estropiée,  le  tyran  indispensable  au  thème  du  récit. 

Les  circonstances  contribuèrent  singulièrement  à  cet 
état  de  choses.  L'acharnement  déployé  par  l'administra- 
tion impériale  au  temps  de  Dioclétien  était  venu  à  bout 
de  détruire  un  grand  nombre  d'archives  ecclésiastiques10. 
Dans  certaines  provinces,  en  Alrique,  par  exemple,  où 
les  Actes  faisaient  partie  des  lectures  liturgiques,  il 
fallut  pourvoir,  comme  on  l'a  dit,  à  la  réfection  des 
archives  dévastées11.  On  fit  appel  aux  souvenirs,  aux 
traditions  orales.  Il  en  résulta,  jusque  dans  les  piec  B 
sincères,  une  bigarrure  de  choses  antiques  et  de  chosefl 
nouvelles  dont  le  départ  ne  commence  à  se  faire  que 
depuis  un  demi-Hecle.  Lorsqu'on  entreprit  cette  refonte 
des  histoires  locales,  on  s'occupa  assez  peu  du  nom  des 
dignités  anciennes,  ainsi  le  litre  de  consularia  remplaça 
celui  de  proconsul1*,  quoique  ce  tenue  n'eût  pris  l'ac- 
ception de  gouverneur  qu'on  lui  donnait  que  depuis  la 
paix  de  l'Église1*.  On  ne  s'inquiéta  guère  plus  des  noms 
propres.  11  y  eut  des  noms  consacrés  pour  le  type  du 
proconsul  persécuteur,  comme  furent  Rictiovarus  et 
Anulinus.  Ce  dernier  surtout  devint  presque  le  nom  de 

dans  Actasanct.,  5  f.'vr.  ;  Passio  SS.  Yitalis  et  VaterUe,  1,  dans 
Actusanct.,  18avr.  ;  Acta  S.  Getutii,  6,  dams  Actasanct.,  10  juin; 
Acta  S.  Montant,  militis,  15,  dans  Acta  s<inct.,  17  juin;  Epist. 
de  SS.  Gervasio  et  Protasio,  19,  dans  Acta  sauct.,  19  juin;  Acta 
S.  Jutiani  Arimin.,  1,  dans  Acta  sonct.,  22  juin;  .4ct<i  -S.  Hya- 
cinthi.  1,  dans  Acta  sanct..  20  juill.  ;Acta  S.  Secundiani.  2,  dans 
Acta  sa  net.,  9  août;  Passio  S.  Juliani,i,  dans.-t<7asaJirf.,28aout; 
Mactiiriiiiii  s.  Ctesarii,  dans  Surius,  l  nov.  :  Visa  S.  oiympiadis, 
dans  Surius,  2  déceinb.  ;  Historui  S.  I.ucue,  dans  Surius,  13  de- 
cemb.  —  "C'est  le  tiue  que  porte  le  magistrat  jugeant,  vers  370, 
dans  un  procès  criminel  relaté  par  saint  Jérôme,  Epist.  ad  lntu  - 
crntiiiiti.  lin  n'a  pas  trouvé  de  gouverneurs  rirtnnmmrin nmautarvÊ 
avant  Sémphile,  qui  siégea  en  320  dans  l'affaire  de  Sylvain  le  tra- 
dileur,  Augustin,  Contr.  Crescon..  111.  xxix;  IV,  LV1.  P.  I.., 
i.  m  in.  cl.  512.  583  sq.  CI.  L.  Renier,  Mélanges  sVépiffreplilc, 
iu-S',  Paris,  1854,  p.  57;  E.  Le  Blant,  loc.  cit.,  p.  25.  note  3. 


^89 


ACTES   DES   MARTYRS 


390 


l'emploi.  On  le  retrouve  partout  et  toujours,  à  Lucques, 
à  Milan,  à  Ancône;  sous  Néron,,  sous  Valérien,  Gallien, 
Maximica,  Dioctétien4.  En  réalité,  Anulinus  était  un 
personnage  de  date  assez  récente  pour  que  sa  personne 
et  son  administration  en  Afrique,  sous  Dioctétien-, 
eussent  laissé  des  souvenirs  chez  les  hommes  qui  recon- 
stituèrent les  archives  chrétiennes. 

Certaines  pièces  ont  été  calquées  sur  d'autres,  alors 
en  possession  de  la  faveur.  C'est  le  cas  pour  les  Actes 
de  saint  Tatien  Dulas3,  dont  le  rédacteur  a  suivi  le  récit 
•des  Actes  des  saints  Tarachus,  Prohus  et  Andronicus4, 
pièce  recommandahle  qui  a  inspiré  en  outre  l'auteur 
des  Actes  de  saint  Calliope5.  Les  Actes  de  Tarachus  et 
•de  ses  compagnons  nous  apprennent  que  ce  fut  enCilicie, 
devant  le  gouverneur  Maxime,  assisté  des  agents  du  tri- 
bunal, le  centurion  Démétrius,  le  corniculaire  Allia  se, 
ie  commentariensis  Pégase,  que  comparurent  ks  mar- 
tyrs dont  il  se  faisait  suivre  pendant  une  tournée  judi- 
ciaire; un  des  interrogatoires  a  lieu  à  Tarse.  Le  martyr 
Andronicus  est  jeté  tout  sanglant  dans  un  cachot  après 
la  torture.  Délense  est  faite  de  lui  donner  aucun  secours. 
A  l'audience  suivante,  les  plaies  étaient  guéries;  le  juge 
•dit  alors  :  «  Mauvais  soldats,  n'avais-je  pas  détendu 
qu'on  l'approchât  et  que  l'on  pansât  ses  blessures?  »  Le 
commentariensis  Pégase  proteste  que  nul  n'est  entré 
dans  la  prison.  Enfin  on  introduit  de  force  dans  la 
bouche  d'un  troisième  martyr  des  idolothyta.  Comparons 
les  Actes  de  Tatien  Dulas.  Ils  rapportent  que  ce  fut  en 
Cilicie,  devant  le  gouverneur  Maxime,  assisté  des  agents 
<lu  tribunal,  Démétrius  le  centurion,  Athanase  le  corni- 
culaire, Pégase  le  commentariensis,  que  comparut  le 
martyr  dont  le  gouverneur  se  faisait  suivre  pendant  une 
tournée  judiciaire.  A  Tarse  eut  lieu  un  interrogatoire 
suivi  de  la  question  après  laquelle  le  martyr  'est  mis 
■au  cachot  et  défense  est  faite  de  lui  donner  aucun  se- 
cours. Lorsqu'il  reparait  à  l'audience  suivante,  les  plaies 
sont  guéries,  le  juge  voyant  cela  accuse  les  appariteurs 
d'avoir  soigné  le  prisonnier,  mais  le  commentariensis 
Pégase  proteste  que  nul  n'est  entré  dans  la  prison.  En- 
lin,  on  emploie  à  l'égard  de  Tatien  la  violence  afin  de 
taire  pénétrer  dans  sa  bouche  les  idolot/iyta.  «  Je  fati- 
guerais le  lecteur,  dit  Edmond  Le  Blant,  à  lui  montrer 
par  le  détail  d'autres  traits  communs  que  je  relève  dans 
les  textes  hagiographiques  :  le  dénouement  merveilleux 
des  Actes  apocryphes  de  sainte  Thècle,  introduit  dans 
l'histoire  de  sainte  Marie,  que  tant  d'autres  particula- 
rités recommandent6,  un  même  paragraphe  de  l'interro- 
gatoire inséré  dans  les  Acta  S.  Nestorii  et  dans  le  Mar- 
tyriumS.  Theodori  lyronis1,  une  identité  presque  ab- 
solue entre  les  Actes  grecs  de  saint  Hermias  et  ceux  des 
saints  Victor  et  Corona8.  » 

1  Acta  S.  Victoris  mauri,  2,  dans  Acta  sanct.,  8  mai;  Acta 
■SS.  Peregrini,  Herculanis,  3;  dans  Acta  sayict.,  10  mai;  Acta 
SS.  Paulini,  Severi,  13,  17,  clans  Acta  satict..  12juill.  ;  Mort. 
SS.Nazarii  et  Celsi,  7,dans.4cî.  sancf.,  28  juill. ;  Passio S.Firmi 
et  Tlustici  ;  Maflei,  Istoria  diplomalica  che  serve  d'introduzione 
allaite  critica  in  tal  materia  con  documenta  che  rimangono  in 
papira  egizio  ett.  Mantova,  in-4°,  1727,  p.  305.  —  -  S.  Optât,  De 
schism.  donatis,  1.  III,  c.  vin,  P.  G.,  t.  XI,  col.  1018.  Ci.  Acta 
s.  FeKeis,  cp.  et  m.,  dans  Ruinart,  Acta  sincera.  p.  3136; 
Acta  S.  Crispinx  mort.,  Ibid.,  p.  449;  Acta  S.  Maimarii,  4, 
•dans  Acta  sanct.,  10  juin  ;  Ado,  Martyrologiwn,  30  juillet.  — 
Acta  S.  Tutiani  Dulœ,  7,  dans  Acta  sanct.,  15  juin.  — 
4  Acta  .S.S.  Tarachi,  Probi  et  Andronici,  dans  Ruinart,  Acta 
sine,  1089,  p.  457.  —  ri  Acta  S.  Calliope,  dans  Acta  sanct., 
'7  avril.  Cf.  Acta  S.  Longini,  2,  dans  Acta  sanct.,  15  mars,  et  Le 
Blant,  loc.  cit.,  p.  31  sq.  —  «  Baluze,  Miscell.,  t.  I,  p.  28;  Grabe, 
Spicilegium  sanct.  Patrum  et  hereticorum  sec.  i-m,  gr.  lat., 
citm  notis,  in-8\  Oxonii,  1698,  t.  i,  p.  119;  E.  Le  Blant,  Les 
ietes  des  martyrs,  p.  63;  —  7  Surius,  9  nov.,  Acta  sanct.,  26  fév. 
—  *Acta  sanct.,  12,  31  mai;  E.Le  Blant,  LesActesdes  martyrs, 
ip.  28,  30.  —  "  De  Rossi,  Borna  sotterranea  cristiana,  in-lol., 
Roma,  1867,  t.  n,  p.  xxxiv;E.  Le  Blant,  Les  Actes  des  mar- 
tyrs, p.  28  sq.  Sur  la  valeur  de  cette  pièce,  voyez  Tiibing.  Quar- 
talschrift,  avril  1902.  —  10  Ruinart,  Acta  sincera,  p.  546;  Cod. 


La  tendance  ordinaire  des  rédacteurs  de  seconde  main 
a  été  de  développer  le  document.  Nous  n'avons  pas  à 
donner  de  ce  lait  un  autre  exemple  que  celui  qui  a  paru 
typique  à  De  Rossi  et  Le  Blant 9.  Il  s'agit  de  la  passion 
de  sainte  Cécile  d'après  : 


Les  manuscrits  antiques. 

Almachius  Casciliam  sibi  proe- 
sentari  praecepit,  quam  interro- 
gans  ait  :  Quod  tibi  nomen  est  ? 

Respondit  :  Caxilia. 


Almachius  dixit  :  Cuiuscondi- 
tionis  es? 

Coscilia  respondit  :  Ingenua, 
nobilis,  clarissima. 

Almachius  dixit  :  lîgo  te  de 
religione  interrogo. 


Los  manuscrits  réci  nts. 

Almachius    prasfecttis    sa» 

étant  o.x'ciliani  sibi  prœsentari 

jubet.  Quam  interrogans  ait  : 
o  Quod  tibi  nomen  est,pueilat  » 

Respondit:  nCsecilia,  sed  apiiil 
homines;  quod  autem  illit- 
striws  est,  christiana  snm.  » 

Almachius  dixit  :  «  Cuius  con- 
ditionis  es?  » 

Cœcilia  respondit  :  «  Citas  ro- 
iiimin  illustris  ac  nobilis.  » 

Almachius  dixit  :  «  Kgo  te  de 
religions  interrogo,  nam  de  no- 
tivitate  scimus  le  nobilem.   « 


Il  faut  mentionner  aussi  les  altérations  qui  sont  le  fait 
de  l'ignorance.  Un  traducteur  trouvant  l'expression  se- 
cttndos  au  sens  de  tutélaire,  traduit  par  le  mot  BeutIoouç, 
comme  s'il  avait  devant  lui  un  nom  de  nombre  !0,  sans 
s'inquiéter  de  l'ineptie  de  la  phrase  ainsi  obtenue. 

Il  reste  à  rappeler  enfin  les  altérations  plus  regrettables 
qui,  sous  prétexte  de  rendre  honneur  aux  saints,  leur 
ont  composé  une  gloire  imaginaire.  Certaines  liturgies 
anciennes,  notamment  certains  bréviaires,  n'ont  malheu- 
reusement pas  exercé  à  l'endroit  de  ces  compositions 
le  sévère  contrôle  auquel  on  les  a  soumises  de  nos 
jours  ". 

On  trouve  dans  les  manuscrits  gothiques  dé  Tolède 
une  hymne  destinée  à  célébrer  le  martyre  de  sainte  Mar- 
ciana.  La  jeune  iemme  est  exposée  aux  bètes  : 

Léo  percurrit  percitus 

Adorât ur  veniens 

Non  comesturns  virginem,t. 

Si  l'on  se  reporte  an  texte  de  la  Passion  de  la  sainte, 
on  lit,  au  lieu  de  adoraturus,  le  mot  odorains  :  Di- 
missus  est  leo  ferocissimns  qui  cum  magno  impetu 
veniens  ereetas  manus  in  pitellse  pectus  imposuit  : 
sanctum  martyris  corpus  odoralus,  eam  ultra  non  con- 
tigiti3. 

Dans  certains  cas  même,  il  y  a  eu  transposition  des 
mythes  païens  jusque  dans  le  domaine  des  légendes 
chrétiennes.  Il  en  existe  quelques  exemples  tout  à  fait 
certains;  c'est  ainsi  que  Barlaam  et  Joasaph  u  sont  déri- 
vés de  la  légende  de  Bouddha  et  pseudo-Alban  du  mythe 

gr.  i452,  de  la  Biblioth.  national*,  fol.  151  V.  Ci.  E.  Le  Blant. 
loc.  cit.,  p.  24.  —  "A.  de  Roskovàny,  Cœlibatus  et  breviarium. 
in-8\  Budapesth,  1861  sq.,  t.  V,  p.  532  sq.,  donne  un  résumé  des 
Acta  et  scripta  autographa  in  sacra  eongreyaiioneparticula.i 
a  Bencdicto  XIV  deputatapro  reformatione  Breviarii  romani 
a.  Mi  (Biblioth.  Corsini,  mss.  n.  361,  302,303).  Sur  l'histoitj 
de  cette  onesta  corezione  del  breviario (Lettre  de  Benoit  XIV  à 
Peggi,  13  août  1765),  voyez  P.  Batiffol,  Histoire  du  bréviaire  ro- 
main, in-12,  Paris,  1893,  p.  266-323;  D.  Germain  Morin,  Les 
leçons  apocrtjphes  du  bréviaire  romain,  dans  la  Be v uc  béné- 
dictine, 1891,  p.  270-280;  D.'Suitbcrt  Baumer,  Geschichle  des  Ère- 
viers,  in-8%  Freiburg  im  Brisgau,  1895,  appendice  IV  b.  :  Die  ans 
Apocryphen  entnommenen  Lcctiones  des  riimischen  Brevierg, 
p.  623-630;  Analectabollandiana,  1895,  t.  xix,  p.  347-351.  Voyez 
enfin  sur  la  position  tout  récemment  prise  par  la  cour  romaine  sur 
ces  réformes,  A.  Houtin,  La  controverse  de  l'apostolicité  des 
Églises  de  France,  2"  édit.,  in-8%  Paris,  1901,  p.  33,  et  Rasaegna 
gregoriana,  Rome,  janvier  1903.  —  '«Lorenzana,  Breyiarium 
gothicum,  Sanctoralc  secundum  reyulam  beatissimi  lsidori, 
p.  cclviii,  P.  L.,  t.  i.xxxvi,  col.  1149.  CS.  E.  Le  Blant,  loc.  cit., 
p.  30,  note  4.  —  t3Acta  S.  Marcianx,  5,  dans  Acta  sanct.,  9  jan- 
vier. —  «*E.  Kuhn,  Barlaam  und  Joasaph,  in-8%  Munchen,  1893; 
Van  den  Ghcyn,  dans  le  Diclionn.  de  théologie  catholique,  t.  u, 
à  ce  mot. 


391 


ACTES   DES   MARTYRS 


392 


d'Œdipe*.  D'autres  récits  ne  laissent  même  pas  la  res- 
source de  retrouver  une  date  et  un  nom  sous  l'abondante 
végétation  de  merveilles  dont  ils  se  composent2. 

VIII.  Des  anciennes  collections  d'Actes  des  martyrs. 
—  On  peut  conclure  à  l'existence  des  collections  em- 
bryonnaires d'après  quelques  faits  de  la  plus  haute  anti- 
quité. La  communication  entre  Églises  des  pièces  con- 
cernant le  martyre  de  leurs  membres  et  la  prescription 
d'en  tirer  copie  implique  un  recueil  lentement  formé. 
Cette  coutume  parait  avoir  existé  dans  quelques  églises 
d'Asie;  peut-être  Eusèbe  aura-t-il  composé  sa  première 
collection  d'après  un  ouvrage  de  cette  nature  qu'aurait 
possédé  la  bibliothèque  de  Césarée.  Cette  coutume  des 
lettres  encycliques  était  très  répandue  en  Orient;  on  en 
voit  la  mise  en  pratique  dans  des  pièces  que  l'on  vou- 
drait de  meilleure  note  :  les  Actes  de  saint  André,  de 
saint  Théodore,  de  saint  Cyr,  de  saint  Saba,  de  sainte 
Apollonie  en  rendent  témoignage  pour  les  églises  d'Achaïe, 
de  Smyrne,  d'Iconium,  de  Gotbie,  d'Antioche  et  d'A- 
lexandrie3. 

Le  prix  qu'on  attachait  à  la  possession  du  récit  authen- 
tique du  combat  des  martyrs4  et  l'usage  qui  s'introdui- 
sait de  les  lire  à  jour  fixe,  imposaient  l'adoption  d'un 
classement  qui  dut  inspirer  les  premiers  essais  de  col- 
lection martyrologique.  Eusèbe  de  Césarée  entreprit  un 
premier  travail  en  ce  sens  dans  sa  Suva-fwyr]  tûv  u.ap- 
xupi'uv  àp/at'wv,  Collection  des  anciens  martyrs5.  Cet 
écrit  n'a  pas  été  retrouvé,  mais  nous  savons  par  le 
propre  témoignage  d'Eusèbe  qu'il  y  avait  inséré  la  lettre 
des  martyrs  de  Lyon  au  pape  Eleutbère  et  l'histoire 
entière  de  leur  martyre.  Les  Actes  (Je  saint  Apollonius 
et  son  discours  au  Sénat,  les  Actes  de  Pionius,  Carpus. 
Papyle6.  Quelques  autres  pièces  paraissent  également 
avoir  tait  partie  de  ce  recueil7  qui  a  été  bien  connu 
des  anciens.  Ce  qu'ils  en  ont  dit  de  plus  clair  se  trouve 
dans  un  texte  de  la  vie  de  saint  Silvestre  :  Eùaiêio;  6 
LTau.cpO.o-j  wjv  ixxXrja'taiTTixr.v  îc-ropîav  7tapa).s).oiTOv  éxotTÉ- 
poUTaOta  e'citcÏv,  (ÏTrsp  Èv  à'X>.o'.;  <yjvTàY[xa7iv  k'cppaaEv.  'Evé- 
6etxa  yôcp  Èv  xa'  lôyoïç  Ta  7ra9r,u,aTa  (T/eSov  t<ôv  êv  rcâcra::; 
xatç  èitap"/taii;àO/.r]i7ÔVTtov  fj.aprvp<i)v  xal  èttktxottwv  xa\ôu.o- 
).OYilTaiv  où  |AT)v  aXXà  xa't  Y<Jvacy.ûiv  TtapGÉvcov  ô<ra  avSpEi'oi 
<ppovirj|jLaT'.  ôtà  tôv  SzTKO^r^)  T,Yiovt'o"avTO  Xpurrôv  àveypx- 
ij/a-ro8.  «  Dans  son  Histoire  ecclésiastique,  Eusèbe 
Pamphilè  a  passé  sous  silence  ce  qu'il  avait  rapporté 
dans  d'autres  ouvrages.  Il  a  raconté  en  effet  en  vingt 
et  un  livres  les  souffrances  de  presque  tous  les  martyrs. 
les    évequeset  les  confesseurs  de  la  foi  qui  ont  combattu 


'  Catalogus  codicum  hagiographicorum  bibliotheex  regite 
bruxellcnsis,  in-8°,  Bruxelles,  t.  Il,  p.  444-455;  Bibliotheca 
hagiogr.  lat.,  p.  34.  Cf.  Haupt,  dans  les  Monatsberichte  der  kO 
nigl.  preuss.  Àkad.  der  Wiss.  zu  lin-Un,  in-4",  1860,  p.  241-255" 
Voyez  Van  den  Gheyn,  Acta  fanctorvm,  dans  le  Dict.  de  thiol 
log.  catholique,  t.  I,  p.  322.  —  s  Clermont-Ganneau,  Horus  e% 
saint  Georges,  dans  la  Bev.  archèol.,  1876,  t.  xxxu.  p.  196  sq., 
372  sq.  et  pi.  xvm;1877,  t.  xxxm,  p.  23.  Cl.  H.  Thurston,  dans 
The.  Mont  h,  avril  1892.  —  3Pitra,  loc.  cit.,  p.  XII.  Cf.  Binterim, 
Kalendarium  e  codice  Assindiensi  eruit  ac  ad  illustrandum 
histariam  SS.  Ursulœ  et  sociarum  singulari  comment,  etprxf. 
instruxit,  in-8°,Colonioe  ad  Rhenum,  1824.  —  *  S.  Cypriani,  Epist.. 
xxxvii,  P.  L.,  t.  iv,  col.  336.  —  5  Cureton,  Histoi-y  of  the  martyrs 
of  Palestine,  in-8°,  London,  1861  ;  Eusèbe,  Hist.  eccl.,  suppl.  au 
1.  MU,  P.  G.,  t.  XX,  col.  1457;  B.  Violet,  Die  paliistmenstschcn 
Miirtijrer  des  Eitscbius  von  C.rsarea,  dans  les  Texte  und  Untcr- 
suchungen,  in-8",  Leipzig,  1895,  t.  XIV,  p.  4;  Viteau,  De  Euscbi 
Cxsaricnsis  ditplici  opusculo,  niçitàvlv  nv/.a!<n;vri  |i«f?vfij*&m» 
in-8%  Paris,  1893;  La  fin  perdue  des  martyrs  de  Palestine,  dans 
le  Compte  rendit  du  troisième  congrès  international  des  sa- 
vants catholiques  à  Bruxelles,  1895;  E.  Preuschen,  dans  A. 
Ilarnack,  Gesehichle  der  altchristlichcn  Literatur,  in-8",  Leip- 
zig, 1893,  t.  I,  p.  809-811,  Analecta  Dollandiana,  1897,  t.  XVI, 
p.  113-139.  -"'Eusèbe,  'list.  eccl.,  1.  V,  proœm.  et  c.  IV,  P.  G.. 
t.  xx,  col.  405  sq.  et  440,  I.  IV.c.xv,  P.  G.,  t.  xx,  col.3'iO  sq.  — 'R. 
<  :rillii>r,  Hist.  des  auteurs  sacrés.  in-4°,  Paris,  1729,  t.  IV,  p.  342  ; 
Acta  sanct.,  jun.  t.  i,  p.  420.  —  *  Vita  S.  Silvestri,  dans  Combefis. 
Illustrium    Christimartyrum    tritonphi,   in-fol.,    Palis,    1660, 


dans  les  diverses  provinces;  il  a  écrit  en  particulier  tous 
les  combats  que,  par  la  grâce  du  Cbrist,  leur  maître, 
des  vierges  ont  livrés  avec  un  courage  viril,  malgré  leur 
sexe.  »  C'est  ce  que  nous  savons  de  plus  certain  sur  le 
recueil  d'Eusèbe,  bien  qu'on  ait  tenté  récemment  de 
suppléer  à  ce  silence  par  d'ingénieux  rapprochements9. 

Saint  Jérôme  a  connu  le  recueil,  semble-t-il,  de  même 
que  l'anonyme  ou  les  membres  du  groupe  littéraire 
d'où  sont  sorties  les  Vitse  Patrum.  Au  VIe  siècle,  ainsi 
que  nous  l'avons  déjà  dit,  le  patriarche  d'Alexandrie  Eu- 
loge  demanda  au  pape  Grégoire  Ier  de  lui  en  taire  par- 
venir, de  Rome,  un  exemplaire.  Mais  ce  fut  inutilement: 
Prœter  illa  enini  quse  in  ejusdem  Eusebii  libris  de  ge- 
stis  sanctorum  martyrum  continentur,  mdla  in  archiva 
huius  nostrm  ecclesix,  vel  in  Romanec.  urbis  bibliothecis 
esse  cognovi,  nisi  paitca  qusedam  in  unïus  codicis  volu- 
mine  collecta10. 

On  s'explique  assez  facilement  la  disparition  du  recueil 
d'Eusèbe  en  Orient  à  cause  de  la  «  concurrence  »  que 
lui  firent  les  collections  similaires,  mais  d'un  intérêt 
plus  poignant,  puisqu'elles  donnaient  le  récit  des  mar- 
tyrs des  persécutions  récentes  et  locales. 

I.  PALESTINE.  —  Eusèbe  composa  un  deuxième  recueil 
connu  sous  le  nom  de  Ilepi  tcôv  èv  IlaXaiorivr,  u,aorj- 
pïjtrâvvMv,  Sur  les  martyrs  de  Palestine11.  Cet'ouvrage 
rapportait  les  exécutions  dont  Eusèbe  avait  été  le 
témoin  de  303  à  310,  à  Césarée;  l'autre  recueil  était  une 
collection  de  martyres  antérieurs  à  la  persécution  de 
Dioclétien.  En  plusieurs  endroits  de  son  Histoire  ecclé- 
siastique, Eusèbe  renvoie  à  sa  Collection  sur  les  anciens 
martyrs,  qui  devait  contenir,  entre  autres  pièces,  les 
Passions  de  saint  Polycarpe.  de  saint  Pothin,  d'Apollo- 
nius et  d'autres  écrits  du  nc  siècle1-.  La  Collection- 
d'Eusèbe  a  servi  à  établir  un  document  hagiographique 
fort  précieux,  le  martyrologe  d'Asie  Mineure  qui  nous- 
est  parvenu  dans  une  traduction  syriaque  très  abrégée, 
par  un  manuscrit  daté  de  l'an  412'3.  Ce  texte  est  dans 
un  rapport  évident u  avec  le  Martyrologe  hiéronymien 
qui  appartient  à  l'histoire  des  collections  par  un  lien 
moins  ténu  que  les  martyrologes  tels  que  nous  les  lisons 
ordinairement  avec  leurs  notices  réduites  à  quelques 
mots. 

A  vrai  dire,  on  ne  connaît  qu'un  seul  manuscrit  mar- 
tyrologique hiéronymien  offrant  des  notices  historiques 
étendues  sur  les  martyrs13.  Les  indications  qui  accom- 
pagnent le  nom  du  saint  sont  empruntées  aux  Actes,  elle^ 
font  partie  de  la  rédaction  originale.  Dans  son  état  actuel 

p.  258.  —  9  Preuschen,  loc.  cit.  —  l0S.  Grégoire,  Epi8b,  \  ni.  l*.'. 
P.  L.,t.Lxxvn,  col. 930-931.—  "Mancini  Auguste.SuJDerwarf}/- 

ribus  Palxstinx di  Eusebio  di  Cesarea,  dans Studi  italiani  di  filo- 
logia  classica,  1897,  t.  v, p.  357-368.  —  •«  Eusèbe.  Hist.  ceci..  I.  IV. 
c.  xv  ;  1.  V,  préface,  2,  P.  G.,  t.  xx,  col.  440,  405,  433 ;  CombenV. 
loc.  cit.,  p.  258.  —  l*Cod.  add.  iSi50.  Wright,  dans  le  Journal 
of  sacred  literaturc.  1865-1866,  t.vm,  p. 'i5sq..  publié  de  nouveau 
par  De  Rossi  et  Duchesne  dans  leur  préface  au  Martyrologium 
hieronymianum  (Acta  sanct.,  novembr.  t.  n,  1894).  Voyez  aussi 
L.  Duchesne.  Les  sources  du  martyrologe  hiéronymien,  in-8". 
Rome.  1885,  p.  9  sq.  Les  deux  éditeurs  ont  publié  parallèlement 
le  syriaque  et  le  latin  et  restitué  par  conjecture  le  grec.  —  "  V.  De 
Buck,  Acta  sanct.,  octobr.  t.  xu,  p.  185.  Voyez  aussi  du  même 
auteur  :  Recherches  sur  les  calendriers  ecclésiastiques,  dans 
De  Backer,  Bibl.  des  écrivains  de  la  C."  de  Jésus.  in-V.  Paris, 
1891.  t.  III.  col.  383-386:  H.-E.  Stevenson.  Studi  in  Italia. 
a.  1879,  p.  439,  458;  De  Rossi.  dans  le  Bullettino  di  arch.  crist.. 
1878,  p.  102;  Duchesne,  Les  sources  etc.,  p.  10  sq.  ;  A.  Harnack, 
dans  la  Theologische  Literaturzeitung.  1887.  t.  XIII,  p.  860; 
P.  BatifTol,  Ijx  littérature  grecque,  in-12,  Paris.  1897.  p.  229  sq.  : 
Egli,  Martyrien  vnd  Martyrologien  attester  '/.cit..  gr.  in-8-, 
Zurich.  1887;  Zeitschrift  fur  wissenschaft.  Théologie,  t.  xx\i\ . 
p.  273-93;  De  Rossi  et  L.  Duchesne,  Martyr,  hierony  ,  loc.  cit. 
"■Cod.  Yaticanus $38 (olim  Laurcshamcnsis,xu\-ix  s.);  Steven- 
son, dans  le  Bull,  di  archeol.  crist..  1882,  ]>.  109;  Dr  Rossi  et 
Duchesne.  loc.  cit.,  p.  x-xi  ;  D.  Cabrol  et  1).  Leclercq.  Monument* 
Eccl.  lit.  préface,  p.  i.xxxi.  où  l'on  rapproche  le  texte  des  notices 
du  cod.  laureenam.  de  la  rédaction  du  martyrologe  romain  r  i'icL 


393 


ACTES   DES   MARTYRS 


394 


Je  fragment  que  l'on  possède,  comprend  quinze  jours; 
l'on  y  relève  quatre  notices  historiques.  Ces  brèves  no- 
lices  servaient  sans  doute  de  lecture  ascétique  dans  les 
monastères.  Elles  expliquent  le  conseil  donné  par  Cas- 
siodore  aux  religieux,  «  de  lire  les  Passions  des  martyrs 
qui  ont  germé  par  toute  la  terre,  et  particulièrement 
dans  la  lettre  de  saint  Jérôme  à  Chromace  et  à  Hélio- 
<lore,  »  qui  ne  peut  être  que  le  recueil  même  auquel  elle 
sert  d'introduction.  Ainsi  la  lecture  visée  par  Cassiodore 
serait  celle  des  notices  empruntées  aux  Actes  des  mar- 
tyrs et  insérées  dans  ce  recueil1.  Peut-être  aussi  existait-il 
un  livre  liturgique  spécial,  une  sorte  de  martyrologe 
lectionnaire,  au  moins  dans  certaines  églises.  Adon, 
archevêque  de  Vienne  (au  milieu  du  ix°  siècle),  rassembla 
partout  où  il  put  les  atteindre  les  Actes  des  martyrs  dont 
il  tirait  un  court  résumé  pour  l'insérer  dans  la  compi- 
lation martyrologique  qui  porte  son  nom.  Cette  pratique 
semble  nous  mettre  sur  la  trace  d'un  livre  liturgique 
composé  suivant  la  même  ordonnance  que  le  martyro- 
loge et  comprenant  le  texte  intégral  des  Actes  dont  le 
martyrologe  ne  donnait  qu'un  abrégé.  Cette  conjecture 
s'appuie  sur  un  feuillet  détaché  d'un  manuscrit  du 
xie  siècle  portant  au  recto  le  calendrier  d'une  église,  et  au 
verso  la  notice  qui  suit  :  «  Que  celui  qui  s'appliquera  à  lire 
les  Vies  ou  les  Passions  des  saints  dont  nous  avons  tracé 
les  noms  à  la  page  précédente,  sache  que  ce  n'est  pas 
sans  raison  qu'on  les  répète  ici.  Ici,  en  elïet,  ils  occupent 
la  place  qui  leur  est  due  d'après  leur  rang  dans  le  ca- 
lendrier au  jour  de  leur  natale.  Ailleurs,  au  contraire, 
ils  sont  le  plus  souvent  entremêlés,  suivant  qu'ils  sont 
pris  dans  des  exemplaires  différents,  rassemblés  de  tous 
côtés2.  »  Cette  indication  parait  avoir  son  commentaire 
naturel  dans  une  formule,  souvent  répétée,  du  martyro- 
loge hiéronymien;  par  exemple  :  Fête  de  saint  Plat, 
dont  on  conserve  les  Actes3.  Cette  dernière  phrase  parait 
être  un  renvoi  à  une  collection  distincte,  tout  comme 
dans  le  Lectionnaire  gallican,  parmi  les  lectures  du 
deuxième  jour  des  Rogations,  à  none,  on  lit  :  Liber  Judith 

—  usque  in  finein  —  postea  Evangelium,  et  le  troisième 
jour,  à  none  :  Liber  Hester  —  usque  in  finem  —  postea 
Evangelium,  ce  qui  renvoyait  à  des  recueils  spéciaux4. 

//.  Arménie  —  La  nation  presque  entière  était  deve- 
nue chrétienne  au  ive  siècle,  peu  après  la  conversion  de 
son  roi  Tiridate.  A  cet  événement  se  rapporte  l'épisode 
des  martyres  rhipsimiennes  '■>  dont  Agathangelos  a  écrit 
l'histoire6  et  pour  lesquelles  on  a  multiplié  les  témoi- 
gnages d'honneur  dans  la  liturgie  arménienne  7.  Il  s'en 
laut  cependant  que  tout  soit  bien  assuré  dans  cette  his- 
toire. Le  plus  lavorable  qu'on  en  puisse  dire  c'est 
que  Grégoire  l'Illuminateui»  en  a  connu  quelque  chose 
et  après  lui  Moïse  de  Khorène  qui  y  a  trouvé  le  sujet 
d'une  homélie8.  Peut-être  cette  légende  n'est-elle  qu'un 
dédoublement  du  récit  du  martyre  de  Valéria,  veuve 
de  Galère9. 

En  Arménie,  la  liturgie  et  l'hagiologie  remontent  pro- 
bablement au  temps  de  saint  Grégoire  l'Illuminateur, 
consacré  patriarche  en  302 10.  Sous  l'influence  de  ce 
grand  homme  et  de  plusieurs  esprits  distingués  qui 
continuèrent  son  œuvre,  la  liturgie  arménienne  fut  ré- 
glementée; elle  eut  des  homélies  et  des  offices  pour  la 
fête  des  saints  dont  le  culte  préoccupait  spécialement 

•  De  institutione  divinarum  litterarum,  c.  xxxn:  voyez  De 
Rossi,  Duchesne,  toc.  cit.,  p.  XI.  Quelques  vestiges  en  ont 
subsisté  dans  divers  manuscrits  :  cod.  Vatic.  Reg.  435;  cod. 
Parisinus.  Nouv.  acquisitions  lat.,  n.  1604;  cod.  Vatic.  Reg., 
567 ;  cod.  Bern.  289;  voy.  De  Rossi  et  Duchesne,  toc.  cit.,  dans  la 
notice  de  ces  différents  manuscrits.  —  -  De  Rossi  et  Duchesne, 
toc.  cit.,  p.  xxn.  —  3  Cod.  Wissemb.,  aujourd'hui  à  Woltenbùttel : 
xi  kat.  aug.,  Hat.  sci.  platonis.  cuius  gesta  habentur.  —  'Ma- 
bilfon,  De  titurgia  gallicana  libri  très,  in-4%  Lutetia?,  1685,  ou 
bien  cod.  Paris,  n.  9437,  de  fa  Bibl.  Nat.,  loi.  178  v  et  fof.  184  V. 

—  5  Néve,  V Arménie  chrétienne  et  sa  littérature,  in-8%  Louvain, 
i886  :  La  légende  de  sainte  Rhipsima  et  de  ses  compagnes 


l'attention  du  patriarche  Giaout,  collaborateur  de  Mez- 
]-op.  Ce  fut  vers  ce  temps  (ve  siècle)  qu'Elisha  Vartabied, 
surnommé  le  Xénophon  arménien,  écrivit  l'histoire  de 
la  persécution  de  Vartane.  Au  vine  siècle,  Kabich,  abbé 
du  monastère  d'Adon,  traduisit  du  syriaque  les  Vies  des 
martyrs;  sa  compilation  est  connue  sous  le  nom  d'As- 
mawurk. 

Nous  allons  indiquer  ici,  d'après  la  Collection  des  ?iisto- 
riens  anciens  et  modernes  de  l'Arménie,  par  Victor 
Langlois11,  divers  passages  des  historiens  ou  des  chro- 
niques qui  appartiennent  au  sujet  de  cette  dissertation. 

T.  r.  Agathange,  Histoire  du  règne  de  Tiridate  cl  de 
la  prédication  de  saint  Grégoire  l'Illuminateur. 
C.  iv  :  Par  quels  supplices  Tiridate  s'efforce  de  vaincre 
la  constance  de  Grégoire,  p.  129-133;  c.  v,  vu  :  L'épi- 
sode des  saintes  rhipsimiennes,  p.  136-149. 

Faustus  de  Byzance,  Bibliothèque  historique  en  quatre 
livres.  L.  III,  c.  XII  :  De  quelle  manière  [le  patriarche 
Iousig]  fut  tué  par  le  roi  Diran,  p.  222-223;  c.  xiv  : 
Comment  [le  grand  archevêque  Daniel]  réprimanda  le 
roi  Diran  qui,  pour  sevenger,  le  fit  mourir,  p.  224- 
227;  1.  IV,  c.  xvi  :  Massacre  de  soixante-dix  serviteurs 
de  Dieu,  par  ordre  de  Sapor,  p.  255;  c.  xvn.  Sapor,  roi 
des  Perses,  persécute  les  chrétiens,  p.  256;  c.  lvi.; 
Martyre  du  prêtre  Zouith,  en  Perse,  p.  275-276; 
1.  V,  c.  xxiv  :  Comment  le  saint  et  grand  pontife  Ner- 
sès  fut  tué  par  le  roi  Bab,  p.  290-291. 

T.  il.  Vie  de  saint  Nersès,  p.  21-44. 

Moïse  de  Khorène,  Histoire  d'Arménie.  L.  III,  c.  xiv  : 
Martyre  de  saint  Iousig  et  de  Daniel,  p.  139;  c.  xxxvm  : 
Bab  donne  un  breuvage  empoisonné  à  saint  Nersès  qui 
termine  ainsi  sa  vie,  p.  153  ; 

Elisée  Vartabed,  Histoire  de  Vartan  et  de  la  guerre  des 
Arméniens.  Passim,  et  principalement  du  c.  vmjus- 
qua  la  fin  p.  183-251. 

Lazare  de  Pharbe,  Histoire  d'Arménie.  C.  xxxv  :  Martyre 
des  Vartaniens,  p.  298;  c.  xxxvi  :  Noms  de  martyrs 
avec  leur  nombre,  p.  298;  c.  xxxvn  :  Martyre  de  Hê- 
maïag,  frère  de  Vartan,  p.  299;  c.  xi.iii  :  Noms  des 
prisonniers,  p.  306;  c.  xliv  :  Martyre  du  prêtre  Samuel 
et  du  diacre  Abraham,  p.  307;  c.  xlv  :  Martyre  de  Tha- 
tig,  évêque  de  Passère,  p.  307  :  c.  xlvi-xlix.  Martyre 
des  Léontiens,  p.  307-317. 

///.  Mésopotamie  occidentale.  —  La  persécution 
qui  eut  lieu  dans  l'Osrhoène  sous  l'un  des  Abgars,  n'a 
laissé  qu'un  souvenir  assez  [vague.  Il  ne  semble  même 
pas  possible  de  s'aventurer,  à  la  suite  de  quelques  ré- 
cits publiés  par  Langlois  ou  par  Cureton,  jusqu'à  dési- 
gner des  noms.  Ceci  toutefois  n'infirme  pas  le  fait  d'une 
persécution.  La  réduction  de  l'Osrhoène  en  province 
romaine  étendit  à  ce  pays  les  édits  des  empereurs 
en  vertu  desquels  plusieurs  chrétiens  lurent  mis  à  mort 
à  Édesse  à  différentes  époques. 

1°  Actes  de  Scharbil  et  Babaï.  —  Les  synchronismes 
reportent  ces  actes  à  l'année  416  de  l'ère  des  Séleucides 
(105  de  J.-C). 

2°  Actes  de  Barsamxja.  t—  Mêmes  synchronismes. 

Ces  deux  pièces  sont  en  corrélation  évidente  par  leur 
clausule  avec  celle  de  la  doctrine  d'Addaï.  On  y  lit  une 
date  qui  appelle  une  rectification.  Ce  n'est  pas  à  l'année 


martyres,  p.  192,  sq.  —  °  Agathangcli  historia,  1835,  1  vol.  et 
edit.  arm.,  1862,  c.  xm-xxxv,  p.  109-207.  Cf.  Langlois,  Coll.  des 
historiens  anciens  et  modernes  de  l'Arménie,  in-4%  Paris,  1867- 
1869 ;  Tommaseo,  Storiadi  Agatangelo,  in-8%  Venezia,  1843,  prêt'., 
p.  xn-xxvi  ;  c.  xv-xxn,  p.  66  sq.  —  7  J-B.  Aucher,  Vie  de  tous 
les  saints  du  calendrier  arménien,  avec  des  notes  (en  arménien), 
in-8%  Venise,  1810-1814,  t.  m,  p.  5-55.  — 8  Œuvres  complètes  (en 
arménien),  Venise,  1843,  p.  297-325.  —  '■>  Langlois,  Coll.  des  hist. 
anc.  etmod.  de  l'Arménie,  t.  i,  p.  137,  note.  —  iaQuadro  délia 
storia  letteraria  di  Armenia,  da  mons.  Placido  Sukias  Somal, 
arcivesc.  di  Siunia  ed  abb.  gêner,  dei  Arm.  Mechit  di  S.  Laz.,  in-d', 
Venezia,  1829.  —  "  2  in-4%  Paris,  1867-1869. 


:ïo.-> 


ACTES   DES   MARTYRS 


39(> 


10."),  mais  à  l'année  249-251  qu'on  doit  rapporter  ces 
Actes.  La  mention  de  Trajan  n'est  qivà  demi  fcuitive 
jniisque  ce  nom  était  porté  par  Dèee  4.  Ces  Actes  ont  été 
composés  avec  pou  de  soin,  une  allusion  à  la  théologie 
du  concile  de  Nicée  lait  reporter  leur  rédaction  vers  le 
Ve  siècle. 

3°  Actes  de  Gouria  et  Schamouna.  —  L'an  600  de 
l'ère  des  Séleucides  (289  de  .T.-C).  Rédigés  en  syriaque  - 
et  perdus  ils  ont  été  retrouvés  dans  une  version  armé- 
nienne p  qui  semble  littérale  et  plus  complète  que  la 
version  grecque  du  Métaphraste  et  la  version  latine 
d'après  le  Métaphraste4.  Le  texte  syriaque  a  été  retrouvé, 
en  1898,  dans  un  ms.  de  Jérusalem.  Il  donne  la  date 
018  des  Séleucides  (307  de  J.-C.)  et  offre  quelques 
variantes  sur  les  noms  3. 

4°  Actes  de  Habib.  —L'an  620  des  Séleucides  (309 
de  J.-C.).  Ces  Actes  paraissent  authentiques,  ils  con- 
liennent  plusieurs  indications  curieuses  au  point  de 
vue  de  l'antiquité  chrétienne  et  de  la  liturgie  luné- 
rai  re1'. 

Les  actes  de  Scharbil,  Barsamya  et  Habib  ont  été 
publiés  avec  une  traduction  anglaise,  par  Cureton  7  et 
par  Bedjan  s.  Ces  auteurs  ont  donné  en  outre  les  homélies 
de  Jacques  de  Saroug  sur  Gouria  et  Schamouna  et  sur 
Habib,  celle  de.  Jacques  sur  Scharbil  a  été  publiée  par 
Moesinger9. 

Les  Actes  des  martyrs  d'Édesse  apportent  quelques 
documents,  mais  trop  rares,  au  gré  des  personnes  qui 
étudient  l'histoire  provinciale  sous  les  empereurs  ro- 
mains. On  y  voit  l'administration  impériale  fonctionnant 
en  Mésopotamie  et  introduisant  de  force  dans  la  langue 
des  mots  grecs  et  latins  en  grand  nombre,  mots  dont 
quelques-uns  passèrent  dans  la  langue  courante.  Il  faut 
se  garder  de  tirer  de  là  un  argument  en  faveur  d'une 
rédaction  grecque  primitive";  c'est  en  syriaque  et  à 
Édesse  que  les  Actes  ont  été  rédigés  10. 

5°  Actes  de  Hipparchiis  et  Philnlheus.  —  L'an  308, 
sous  Maximin  Galère  •■,  à  Samosate.  Ces  Actes  ont  été 
rédigés  probablement  par  des  témoins  oculaires12.  I!s 
ont  été  publiés  par  Assemani  tJ. 

IV.  perse.  —  Les  persécutions  en  Perse  furent  pro- 
voquées par  la  rivalité  religieuse  des  Mages  et  par  la  dé- 
fiance de  Sapor  II  et  des  rois  de  Perse  à  l'égard  des 
chrétiens  dont  les  sympathies  pour  Constantin  et  l'em- 
pire romain,  ennemi  séculaire  de  la  Perse,  étaient  no- 
toires. Ledit  contre  l'Église  lut  promulgué  la  neuvième 
année  du  règne  de  Sapor  (309-379);  néanmoins  la  persé- 
cution n'eut  jamais  qu'un  caractère  local. 

1°  Actes  de  Adourparwa  et  Mihmarsc,  et  de  leur 
sœur  Mahdoukt.  —  L'an  9  de  Sapor  II  (318  de  J.-C), 
dans  la  montagne  de  Berain,  près  deBeit-Slok(À>WottA). 
la  capitale  du  Beit-Garmai.  Rédigés  au  vh«  siècle.  C'est 
une  pièce  tort  altérée  ' '' . 

2"  Actes  de  Zebiua,  La:ore,  Marout,  Narsai,  Elia, 
Ma/ni,  Habib,  Saba,  Schembaiteh,  Yonan  et  Berikjcsu. 

—  L'an  18  de  Sapor  (327  de  J.-C),  dans  l'Arzanène, 
frontière  des  deux  empires  perse  et  romain.  Ces  Actes 
paraissent  être  l'ouvrage  d'un  témoin  oculaire,  ils  pour- 

*R.  Duval,  La  littérature  syriaque,  in-12,  Paris,  1900,  p.  121 
sq.;  Les  Actes  de  Scharbil  et  les  Actes  de  Barsamja,  dans  le 
Journal  asiatique,  juillet-août  1889,  p.  4  sq.  —  s  Voy.  Actes  de 
Habib  :  In  clausule  citée  par  Ii.  Duval.  La  litt.  syr..  p.  127  sq, 

—  3GaJoust  Mkertcbxan,  dans  le  journal  Ararat,  août  1896.  Cf. 
Conyljeme.  dans  The  Guardian,  lofévr.  1897.  —  *R.  Duval, /oc. 
cit.,  p.  12li  ;  vuy.  I'.  <;.,  t.  cxvi,  p.  14Ô;  Surins.  De  prebatis 
sanctormii  vitis.  15  raov.,  p.  339.  — 5Rahmani,  Acta  sanct. 
confessorum ,  thiriu-  et  Shamoinr  exarata  syriaca  linirua  a 
TheopMiB  Lilcsseno  anvo  Christi  297  mine  adjecta  latiua  ver- 
sione  primas  edit  illustratque  Itjnatius  Ephrœm  II  Hahnwni, 
pattiarchaantiochenasSyrorum,  in-8",  Romae,  1899.  — «R.  Du- 
tbJ,  lac.  cit.,  p.  127  sq.  —  >  \V.  Cureton,  Ancient  syriac  docu- 
ments, in-'c,  London,  1864,  p.  73.  —  »  Bedjan,  Acta  martyrun, 
et  sanctariim,  1K'.»>.  '  Mœsmger,  Monumenta  syriaca.  in-8  . 
Œniponti,  s.  d.,  p.  M-C3»  —  10  R.  Duval,  loc.  cit.,  n-  l-.^.  — 


raient  avoir  quelque  rapport  avec  les  Actes  de  Gouria  et 
Schamouna.  et  les  actes  de  Habib  d'Édesse  1S. 

3°  Actes  de  Sapor,  d'isaac,  de  Mané,  d'Abraham  et 
de  Simon.  —  L'an  30  de  Sapor  (339  de  J.-C),  dans  le 
Beit-Garmai.  C'est  une  pièce  toute  pleine  d'anachro- 
nisrnes  et  de  conlusion,  encore  que  l'on  puisse  entrevoir 
quelques  traits  de  l'original  qu'on  a  oublié  de  dénaturer 
partout.  On  ne  pourrait  rien  en  tirer  qui  fût  acceptable 
qu'après  un  travail  bien  minutieux  sur  la  valeur  de 
toutes  les  assertions  de  cette  pièce  16. 

4°  Martyre  de  l'écèque  Mana  et  des  notifies  Tékla, 
Danak,  Taton,  Mania,  Mezakia  et  Anna  mentionné 
dans  l'Histoire  de  la  ville  de  Beit-Slok  ''. 

5°  Martyre  de  Siméon  bar  Sabbtic  et  de  ses  compa- 
gnons. —  L'an  32  de  Sapor  (341  de  J.-C.)  au  mois  de 
nisan,  à  Rarka  de  Lédan,  en  Susiane.  13  de  nisan  : 
Gouschtazad;  14  de  visam  :  Siméon  bar  Sabbàé,  pa- 
triarche :  Gadyab  et  Sahina,  évèques  de  Beit-Lapa  ; 
Yohannan,  d'Hormizd-Ardaschir.  Bolida,  évèque  de  ï"o- 
rath;  Yohannan,  évèque  de  Karka  de  Maisan,  ainsi  que 
quatre-vingt-dix-sept  prêtres  et  diacres  ;  15  de  nisan  r 
Possi,  n  de  nisan  :  la  fdle  de  Possi.  C'était  ce  jour-là. 
la  fête  de  Pâques;  or,  le  dimanche  de  la  seconde  semaine 
de  Pâques  {Quasinwdo)  parut  un  édit  de  Sapor  qui  pro- 
cura un  court  répit.  C'est  pendant  cet  intervalle  qu'il 
faut  placer  le  martyre  d'un  grand  nombre  de  chrétiens 
ignorés,  transportés  en  Susiane  et  inconnus  dans  cette 
province.  Parmi  eux  on  cite  cependant Araria  et  Mekimar 
évèques  de  Beit-Lapat,  le  prêtre  Hormizd,  de  Schoustex. 
l'eunuque  Azad.  Ces  martyrs  étaient  célébrés  pendant 
les  trois  derniers  jours  de  la  semainede  Pâques:  vendredi, 
samedi  et  dimanche  de  Quasinwdo  18.  Nous  connaissons 
ces  faits  par  l'histoire  qu'écrivit  Maroutha.  évèque  de 
Maipberkat,  qui  vivait  à  la  fin  du  rv  siècle  et  au  com- 
mencement du  ve  siècle,  et  par  deux  documents  dont 
les  légères  différences  ne  sauraient  entamer  le  solide 
t-inoignage  i9. 

(i°  Martyre  de  Tarbo,  de  sa  sœur  et  de  leur  com- 
pagne :  au  mois  de  mai  de  la  même  année. 

1°  Actes  de  Miles,  évèque  de  Suse  :  le  13  novembre 
3il  ». 

8°  Actes  de  Schukdoet,  patriarche  de  Séleucie  . 
arrêté  avec  cent  vingt-huit  membres  de  la  communauté 
chrétienne.  Décapité,  avec  la  plupart  de  ses  compagnons, 
le  20  février  342*». 

9°  Actes  de  Barbaschemin,  patriarche  de  Séleucie 
martyrisé  avec  dix-sept  prêtres,  diacres  ou  moines,  K 
9  janvier  340--'. 

10°  Actes  des  martyrs  de  la  Susiane  et  duF  ars,  pen- 
dant les  années  342  et  3-44.   ♦ 

11°  Actes  de  Narscs,  éccniie  de  Schargerd.  dans  l< 
Beit-Garmai  et  de  Joseph,  le  10  novembre  de  l'année  344 . 

12'»  Actes  de  Jean, évèque  d'Arbèle,et  dit  prêtre  .lar- 
gues, le  1er  novembre  314  -■'■. 

13°  Actes  d'Abraham,  évèque  d'Arbéle,  le  5  fëvriei 
345. 

14°  Actes  de  cent  onze  prêtres,  diarres,  ,,wincs  et 
neuf  norme»,  a  Séleucie,  le  3  avril  315. 

11  Sdndmess,  dans  La  Zeitschrifl  der  deutschen  moroenh&nd 

Gescllscliaft,  t.  ri.  p.  339,  acte  2.  —  '-H.  Duval.  loc  cit.,  p.  129. 

—  "Assemani.  Acta  sanct.  m  art.,  t.  u,  p.  123-147.  —  "P.  Bedjan. 
Acta  mort,  et  sanctorum,  1892,  t.  u.  p.  1.  Cf.  G.  Hofimano, 
Aiisziiye  ans  syrisrlien  Akten  persicher  Miirtyrer,  in-8\ 
Leipzig.  1880;  R.  Duval,  La  littérature  syriaqne,  1900,  p.  130. 

—  ,5  Assemani,  Acta  sanct.  niait.,  in-fol.,  Rome,  17'iS,  t.  i: 
P.  Bedjan,  loc.  cit.,  t.  n  :  Et  Duval.  toc,  cit.,  p.  138  sq.  —  **Asae- 
mani,  loc.  rit,  t.  r;  P.  Bedjan,  toc.  cit.,  t.  n;  Ii.  Duval,  /■■.'.  cit. . 
p.  131.  —  ,7  Mœsingcr,  Momim.  syriaca,  t.  Il,  p.  06;  A-si  mani. 
Acta  Itmtt,  mart..  t.  i.  p.  100;  P.  Bedjan,  .4cM  mart.  et  sanct 
t.  H,  p.  288;  R.  Duval,  tac.  cit.  p.  192.  —  '"  Assemani.  Acta  sanct. 
mart.,  t.  i;  P.  Bedjan,  Acta  mart.  et  sanct.,  t.  n.  —  «•  P.  Bedjan 
Acta  mart.  et  sanct.,  t.  n,  p.  241,  248.  —  =»  B.  Duval.  lac.  cit.. 

■  0,  m  t.  1.  —  *'  Assemani.  Bedjan.  lac.  cit.  —  **  Assomani.  Ced- 
n,  toc.  cit.  -°P.  Bedjan.  toë.  cit.,   t.  IV,  [ 


397 


ACTES   DES    MARTYRS 


3DS 


15°  Actes  de  llananya,  laie,  le  12  décembre  346*. 

16"  Actes  du  prêtre  Jacques  et  de  Maryam,  su  sœur, 
le  17  mars  347. 

17°  Actes  de  la  nonne  Tékla  et  de  ses  quatre  compa- 
gnes, le  6  juin  347. 

18°  Actes  de  Barhadbeschaba,  diacre  d'Arbcle,  le 
20  juillet  355. 

19°  Actes  d'Aitallaha  et  de  Ilafsai,  le  16  décem- 
bre 355  2. 

20°  Actes  de  Kardag  3,  l'an  358.  C'est  une  pièce 
assez  célèbre  et  qui  contient  des  laits  curieux  sur  la 
géographie  de  l'Abiadène  où  se  trouvait  le  château  de 
Malki,  résidence  de  Kardag.  On  y  relève  plusieurs 
traits  qui  éclairent  l'état  politique  et  social  de  la  Perse 
sous  la  dynastie  Sassanide.  Le  reste  des'Actes  vaut  peu 
de  chose  et  ne  peut  guère  remonter  au  delà  du  VIe  siècle. 

21"  Actes  des  martyrs  Gèles,  en  351,  sur  les  bords  de 
l'Euphrate  4. 

22°  Actes  des  martyrs  de  Beil-Zabdé,  l'an  362  de 
J.-C.  ». 

23°  Actes  de  Saba  Pirgoaschnasp,  l'an  53  de  Sapor 
.(362  de  J.-C.)». 

24°  Martyre  de  Basstis,  dont  les  Actes  sont  perdus 
mais  sur  lequel  on  possède  une  homélie  métrique  qui 
laisse  ressaisir  quelques  traits  historiques  '',  l'an  362  de 
J.-C. 

25°  Actes  de  Behnam  et  de  sa  sœur  Sara,  l'an  352  de 
J.-C.  (663  de  l'ère  des  Séleucides)  s. 

26°  Quarante  martyrs  dans  la  province  de  Kaschkar, 
l'an  376  de  J.-C. 

27»  Actes  de  Badma,  l'an  376  de  J.-C. 

28°  Actes   d'Akebschema,  de  Joseph   et  d'Aitallalia. 

Une  pièce  asez  suspecte  contient  le  récit  du  martyre 
de  Goubarlaha  et  de  Kazo,  fils  et  fille  de  Sapor  9. 

Pendant  les  siècles  suivants  les  persécutions  conti- 
nuent par  intermittence.  Assemani  et  Bedjan  ont  publié 
les  principaux  récits  dans  leurs  recueils.  Quelques  épi- 
sodes furent  plus  remarqués  dans  cette  longue  série  de 
meurtres.  En  l'année  446,  sous  Yezdegerd  II  commencè- 
rent dans  la  ville  de  Beit-Slok  des  massacres  que  nulle 
statistique  ne  nous  permet  d'apprécier.  C'est  qu'en  effet 
l'Histoire  de  la  ville  de  Bcil-Slok  qui  nous  rapporte  ces 
faits  a  prodigué  des  chiffres  tellement  considérables  que 
lien  ne  nous  autorise  à  l'en  croire.  Le  récit  de  cette 
persécution  date,  au  plus  tôt  du  vi°  siècle  10.  Sous  Yez- 
degerd II,  en  447  de  J.-C,  fut  martyrisé  saint  Pethion  u 
sur  lequel  il  existe  plusieurs  rédactions.  On  peut  citer 
encore,  parmi  plusieurs  autres,  les  Actes  de  Jacques 
l'Intercis  l2,  l'an  421  de  J.-C;  du  patriarche  Babôé13, 
l'an  4SI;  de  Grégoire  (Pirangouschnasp),  la  dixième 
année  de  Chosroès  Iu;  de  Yezdepanah,  peu  de  temps 
après  vi.  En  615  de  J.-C,  les  Actes  de  George  (Mihram- 
gouschnasp)  ,6.  En  620,  le  martyre  de  Jésusabran  dont 
les  actes  furent  écrits  en  950  l7;  en  même  temps  que 
Jésusabran,  moururent  douze  autres  chrétiens  notables 
dont  les  actes,  dit  Jésuyab,  furent  écrits  par  un  autre. 

M.  Rubens  Duval  croit  «ntrevoir  l'existence  d'un 
recueil  martyrologique  en  Perse  antérieurement  à  la 
compilation  de  Maroutha  de  Maipherkat 18. 

Ltom  Pitra  a  publié  une  liste19,  dressée  par  Cureton, 
des  Actes  syriaques  contenus  dans  les  manuscrits  du 

•  Ibid.,  p.  131.  —  2  Ibid.,  p.  193.  —  3  P.  Abbeloos,  1S90;  Feige, 
1890;  P.  Bedjan,  t.  Il,  p.  442.  —  *P.  Bedjan,  loc.  cit.,  t.  iv, 
p.  166.  —  5  Assemani,  Acta  sanct.  mart.,  t.  i,  p.  134;  Bedjan, 
Acta  mart.  H  sanct.,  t.  Il,  p.  316;  II.  Duval,  loc.  cit,  p.  139  sq. 
—  "P.  Bedjan,  lue.  cit.,  t.  IV,  p.  222.  Cf.  G.  Hoffmann,  Ausziiye 
aus  syr.  Akten  pers.  Màrtyrer,  p.  22.  —  'Chabot,  La  légende 
de  Mar-Bassus,  in-8%  Paris,  1893;  B.  Duval,  dans  le  Journal 
asiatique,  nov.-déc.  1893,  p.  537.  —  »  P.  Bedjan,  Acta  mart. 
et  sanct.,  t.  il,  p.  397.  —  »P.  Bedjan,  Acta  mart.  et  sanct., 
t.  IV,  218.  Voy.  Hoffmann,  loc.  cit.,  p.  S3  ;  R.  Duval,  La  HU.  sy- 
riaque, p.  142.  —  10  Mœsmger,  Monumenta  syriaca,  t.  U,  p.  68; 
P.  Bedjan,  Acta  mart.  et  sanct-,  t.  II,  p.  513.  —  "  Corliiy,  dans  les 


llritish  muséum.  Il  y  a  lieu  de  compléter  cette  liste 
par  le  Catalogue  of  the  Syriac  manuscripts  in  the 
British  muséum  acquired  since  the  year  i838,  par 
W.  Wright,  gr.  in-4",  London,  1872,  part.  III,  p.  1070- 
1146.  «  Collected  lires.  » 

Actes  des  martyrs.  Voir  les  n.  dccccxxxiv  (cod.  add. 
17204),  dccccxxxv  (add.  14654),  dccccxxxvi  (add. 
14644),  dccccxxxviii  (add.  17205),  dccccxliv  (add. 
12142,  fol.  74-107),  dccccxlviii  (add.  14651),  dccccxlix 
(add.  14650),  dccccl  (add.  14649,  toi.  1-179),  dcccclii 
(add.  14645),  dccccliii  (add.  12172,  fol.  12-24),  dcccci.vi 
(add.  14734,  fol.  177-223),  dcccclviii  (add.  14735,  fol. 
159-171),  dcccclx  (add.  12174),  dcccclxi  (add.  14733), 
dcccclxiii  (add.  14732,  fol.  1-227),  dcccclxix  (add. 
14735,  fol.  51-71),  p.  1148. 

v.  Ethiopie.  —  Les  documents  concernant  les  anti- 
quités de  l'église  d'Ethiopie  ont  été  longtemps  négligés. 
Il  suffira  ici  d'appeler  l'attention  sur  les  annales  hagio- 
logiques  de  ce  pays  qui  semblent  devoir  être  des  plus 
riches.  Job  Ludolf  a  édité,  dans  son  Commcnlarius  ad 
historiam  mthiopicatn,  in-fol.,  Francoiurti,  1691,  un 
calendrier  contenant  un  très  grand  nombre  de  noms  : 
Fasti  sacri  ecclesiai  œlliiopicse,  quœ  annum  cum  Cop- 
titis  Mgypti  in  autumno  ordilur  20.  Ludoll  a  accompa- 
gné cette  pièce  de  quelques  notes  très  brèves. 

Catalogue  of  the  ethiopic  manuscripts  in  the  Brit- 
ish muséum  acquired  since  the  year  1847,  par  W. 
Wright  (1877). 

Synaxaires.  —  Orient.  667,  670,  660,  661,  656,  657, 
659,  666,  673,  676,  Add.  24186;  Orient.  674,  671,  675, 
658,  672,  662,  663,  Add.  24187;  Orient.  665,  668, 
669. 

Actes  des  saints  et  des  martyrs.  Cod.  orient.  689 
(xve  siècle).  —  [1]  Homélie  de  saint  Jean  Chrysostome 
sur  saint  Jean-Baptiste,  fol.  la.  —  [2]  Marnas,  loi.  7  b. 

—  [3]  Saint  Etienne,  fol.  16  a.  —  [4]  Eustathius,  sa 
femme  et  ses  deux  enfants,  fol.  24  b.  —  [5]  Thecla,  fol. 
31  a.  —  [6]  Cyriaque,  évèque  de  Jérusalem,  loi.  34  /).  — 
[7]  Pantaléon,  fol.  37  b.  —  [8]  Cyprien  et  Justine,  fol. 
45  a.  —  [9]  Sergius  et  Bacchus,  fol.  47  b.  —  [10]  Pélagie, 
fol.  54  a.  —  [11]  Fïlyâs  ('t>i)iaç),  évêque  de  Thmuis,  fol. 
56  a.  —  [12]  Romanus,  fol.  58  a.  —  [13]  Jean  Uailami, 
fol.  62  a.  —  [14]  Xénobius  et  sa  mère  Xenobie,  fol.  70  b. 

—  [15]  Menas,  fol.  73  b.  —  [16]  Tâtûs  (Tan;),  loi.  79  a. 

—  [17]  Eleuthère,  sous  Adrien,  fol.  82  a.  —  [18]  Théo- 
phile, fol.  85  a.  —  [19]  Côme  et  Damien,  toi.  87  b.  —  [20] 
Azkër  of  Najrân,  fol.  94  b.  —  [21]  Mercure,  fol.  96  b.  — 
[22]  Hïrût  et  les  autres  martyrs  du  Najrân,  fol.  106  a. 

—  [23]  Jacques  le  Persan  (l'intercis),  loi.  123  b.  —  [24] 
Pierre  d'Alexandrie,  fol.  129  a.  —  [25]  Barbe  et  Julienne, 
fol.  135  a.  —  [26]  'Abbâ  Samuel,  fol.  138  b.  —  [27]  Eu- 
génie et  son  père  Philippe,  fol.  150  a.  —  [28]  'Arsimâ  et 

ses  vingt-sept  compagnons  sous  ,R<JflïP*fj  (Uamniûyôs), 

roi  d'Arménie,  fol.  155  a.  —  [29]  Thalassius  et  'APalà  (sic) 
sous  Sapor,  fol.  185  a.  —  [30]  'Ankitôs  ('Avir^o;), 
fol.  186  b.  —  [31]  Bëhnâm  et  Sârâ,  fol.  198  b.  Miracles, 
fol.  204  a.  —  [32]  Découverte  des  reliques  de  saint 
litienne,  par  le  prêtre  Lucien,  fol.  208  b.  —  [33]  Théo- 
dore, fol.  211  b,  —  [34]  Les  sept  dormants  d'Éphèsc,  loi. 
229  a.  —  [35]  'Emrâyes,  fol.  235  a. 


Analecta  bollandiana,  1888,  t.  vir,  p.  5;  P.  Bedjan,  Acta.  mart. 
et  sanct..  t.  n,  p.  559-634.  — "Assemani,  Acta  sanct.  mart.,. 
t.  i,  p. 242; BedjaH,  Acta  mart.  etsanct.,  t.  H,p.539.  —  "P.  lied-, 
jan,  Acta  mart.  et  sanct.,  t.  Il,  p.  631.  —  MP.  BedjaR,  Hintoin:  de 
Mar-Iabalaha.  de  trois  autres  patriarches,  in-8",  Paris,  lM'.tâ, 
p.  347-394.  —  "P.  Bedjan,  Acta  mart.,  p.  394-415.  —  '"  P.  Bedjan, 
Hist.  de  Mar-labalaha,  de  trot?    ••/très  patriarclies...,  p.  416.- 

—  "Chabot.  Archives  des  mi  ■  .;  scientifiques,  in-8",  Paris, 
1897,  t.  VII.  p.  486.  —  ,s  Rubens  Duval,  La  litt.  syriaque,' 
p.  130  sq.  —  '"  Observations  sur  les  cvUcctions  des  Actes  des 
suints,  in-8",  Paris,  1850,  Discours  préliminaire,  p.  xxx-xxxm.. 

—  «°  P.  389-437.  Voy  Van  den  Gheyn,  loc.  cit. 


399 


ACTES   DES   MARTYRS 


£00 


Cod.  Orient.  090  (xve  siècle,  suite  du  précédent).  — 
flj  Les  dernières  paroles  du  martyre  de  Pliilémon, 
Col.  1  a.  —  [2]  Théodote,  fol.  1  a.  —  [3]  Un  miracle  des 
sept  dormants  d'Éphèse,  fol.  9  b.  —  [4]  Les  XL  martyrs 
de  Sébaste,  loi.  la.  —  [5]  Théocrite  le  lecteur,  fol.  12a. 

—  [6]  George,  fol.  21  a.  —  [7]  Discours  de  Cyriaque, 
évéque  de  Bëhnësà,  sur  Victor,  fol.  32  a.  Voir  cod. 
Orient.  080,  n.  57.  —  [8]  Euphémie,  fol.  85  a.  —  [9]  Les 

soldats  Pierre  et  hbtlC?'!  {'Askaryôn),  fol.  91  a. 

Cod.  Orient.  691  (xve  siècle).  —  [5]  Actes  et  miracles 
de  saint  Georges,  fol.  51  a.  —  [10]  Menas,  fol.  170  a.  — 
[11]  Saint  Philippe,  fol.  179  a.  —  [12]  Corne  et  Damien, 
fol.  179  a.  —  [14]  Mercure,  fol.  199  b.  —  [15]  Jacques  le 
Persan.  —  [18]  Martyre  d'Eustathe,  fol.  224  a  (la  fin 
manque).  —  [19]  Martyre  d'Eusthate,  de  sa  femme  et  de 
ses  deux  enfants,  sous  Marcien,  fol.  228  a. 

Cod.  Orient.  602  (xve  siècle).  —  [8]  Cyr  et  Julitte, 
fol.  84  a.  -  [10]  Martyre  de  Ml  :  h^KD-th  :  ÇAbbâ 
Akâmh)  sous  Dioclétien,  fol.  110  a.  —  [11]  Thècle,  fol. 
128  a.  * 

Cod.  Orient.  680  (xvine  siècle).  —  Même  recueil  que 
le  cod,  089,  sauf  les  additions  suivantes  :  Fâsïladas, 
fol.  11  a.  —  (Les  n.  25  et  26  du  089  manquent.)  —  (De 
même  le  n.  34.)  —  [33]  Cyr  et  Julitte,  fol.  128  a.  — 
[35]  Sébastien,  fol.  142  b.  -  [36]  'Ornî,  loi.  146  a.  — 
|37)  Thecla,  fol.  149  b.  -  [38]  Eusèbe  de  Césarée,  loi.  150  b. 

—  [39]  Pliilémon  et  le  lecteur  Apollonius,  fol.  153  a.  — 
[41]  Théotecne  et  Alexandra,  fol.  159  a.  —  [46]  Jean,  fds 
«le  Sérapion,  fol.  186  b.  —  [48]  Jean  de  Sënhût,  fol.  215  a. 

—  [50]  'Abaskirôn,  fol.  221  b.  -  [51]  Claudius,  loi.  227  6. 

—  [53]  'Abbâ  Nôb,  fol.  237  a.  -  [54]  Le  moine  hAlUM*? 
i'Abakaraztm),  avec  362  compagnons,  fol.  245  a.  —  [55] 
Juste,  son  fils  Aboli  et  sa  femme  Theocleia,  fol.258  b.  — 
[56]  Sophie  et  ses  trois  filles,  Pistis,  Elpis  et  Agapè,  fol. 
266  b.  —  [57]  Les  Macchabées,  fol.  269  b.  —  [58)  Saint 
Christophe  et  deux  femmes,  fol.  273  a.  —  [59]  Basilicus, 
loi.  275  b  —  [61]  Adrien,  sa  femme  Anatolie  ou  Natalie 
et  vingt-trois  autres,  loi.  281  a.  —  [62]  Irénée  de  Sir- 
inium,  loi.  285  6. 

Cod.  Orient.  087,  088  (xviiie  siècle).  —  Contiennent 
les  mêmes  pièces  et  dans  le  même  ordre  que  les  n.  689, 
«86. 

La  section  Lives  of  saints  du  catalogue  de  Wright, 
p.  179-199,  contient  la  description  de  39  manuscrits, 
parmi  lesquels  se  trouvent  disséminées  quelques  pièces 
parmi  lesquelles  on  note  :  cod.  099,  la  légende  de  «  Ba- 
ralàm  et  Yëwâsël  »;  cod.  100,  Actes  de  Fâsïladas  ou 
Basilides,  traduits  du  copte,  les  Actes  de  'Abbâ  Nôb.; 
cad.  101  et  cod.  108,  Actes  de  Fàsiladas;  cod.  112, 
martyre  de  saint  Georges,  et  dans  les  cod.  116,lo\.  20  a, 
113  fol.  13  a,  115,  fol.  12  b,  114,  fol.  13  a.  —  Cod. 
Orient.  120  contient  les  Actes  de  Cyr  et  Julitte. 

A  ces  Actes  il  faut  ajouter  ceux  qu'ont  fait  connaître 
les  publications  récentes  de  R.  Basset,  Les  apocryphes 
éthiopiens,  in-8°,  Paris,  1893;  Budge,  The  Contendings 
of  the  Apostles...  The  etliiopic  texts  now  first  edited, 
with  an  english  translation,  in-4°,  1899;  Budge,  The 
lives  of  Mabâ  Sëyûn  and  Gabra  Krëstôs.  The  ethiopic 
texts  edited  with  an   english  translation,  in-4°,  1899; 


*  La  grande  importance  de  ce  document  a  provoqué  une  littéra- 
ture dont  voici  quelques  titres  parmi  ceux  dont  la  consultation  est 
indispensable  :  J.  S.  Assemani,  Bibliutli.  oricntalls,  t.  i,  p.  3C4; 
A.  Mai,  Scriptorum  veterum  nova  collectio,  in-4',  Rorna;,  -1800, 
t.  m,  p.  235.  Le  texte  de  Guidi  a  été  réimprimé  par  Bedjan,  Acta 
martyrum  et  sanctorum,  in-8%  Paris,  1891,  t.  I,  p.  372-397; 
Fr.  M.  Esteves  Pereira,  Historia  dos  martyres  de  Nagran,  ver- 
*ào  ethiopica,  in-8',  Lisboa,  1899,  d'après  le  cod.  orient.  689  du 
Jritish  muséum  et  le  cod.  59  de  la  Bibl.  Nationale;  Acta 
ranct.,  octobr.,  t.  x,  p.  661-762;  J.  Halévy,  Les  sources  relatives 
à  la  persécution  des  chrétiens  de  Nedjran,  dans  la  Revue  des 
Études  juives,  t.  xvm,  p.  16-V2,  161-178;  L.  Ducliesne,  dans  la 
uieuie  revue,  t.  xx,  p.  220  sq.  ;  J.  Halévy,  dans  la  même  revue, 


Guidi,  Gli  alti  apocrifi  degli  Apostoli  nei  testi  copti 
arabi  ed  etiopici,  in-8°,  Firenze,  1868,  p.  68;  Testi 
orientali  inediti  sopra  i  Sette  Dormienti  di  Efeso, 
Roma,  1885,  105  p.  ;  Carlo  Conti  Rossini,  Catalogo  dei 
nomi  propri  di  luogo  dell'  Etiopia,  contenuti  nei  testi. 
gi'iz  ed  amhariha  finora  pubblicati,  in-8°,  1894;  fr. 
Maria  Esteves  Pereira,  Vida  do  Abba  Samuel  do  Mos- 
teiro  do  Kalamon  Versào  ethiopica,  in-8°,  1894;  Esteves 
Pereira,  Vida  do  Abba  Daniel...  Versào  ethiopica,  in-8°, 
1897. 

vi.  aradie.  —  Les  martyrs  du  Nedjrdn.  Le  texte  le 
plus  récent  et  le  meilleur  est  donné  par  Guidi  :  La  let- 
tora  di  Simeone  vescovo  di  Beith-Arsham  sopra  i  mar- 
tiri  Omeriti,  dans  les  mémoires  de  la  Reale  Accademia 
dei  Lincei,  1881  ». 

vu.  Egypte.  —  On  n'a  connu  pendant  longtemps  que 
les  extraits  donnés  par  Zoëga  dans  son  admirable  cata- 
logue de  la  bibliothèque  Botgia  2.  «  On  y  trouve  presque 
à  chaque  page,  dit  dom  Pitra,  soit  en  longues  analyses, 
soit  en  fragments  largement  détachés,  soit  en  texte  inté- 
gral, les  Actes  de  saint  Pierre  d'Alexandrie,  par  son  suc- 
cesseur, saint  Alexandre  ;  de  saint  Pisentius,  par 
Moyse,  son  successeur  dans  l'épiscopat  de  Keft;  de  saint 
Macaire,  évêque  de  Tkoii,  par  le  patriarche  d'Alexan- 
drie Dioscore;  de  saint  Isaac  d'Alexandrie  et  de  saint 
Macrobe  de  Pscyate,  par  Mena,  successeur  de  ce  der- 
nier. D'autres  Actes,  de  saint  Isaac,  par  Christophe,  son 
parent  et  son  compagnon  de  martyre;  ceux  d'un  soldat 
martyr,  saint  Eusignius  d'Antioche,  qui  eut  près  de  lui 
le  diacre  Eustochius  et  lui  fit  promettre  d'écrire  sa  Pas- 
sion 3.  Nous  avons  surtout  remarqué  une  série  d'Actes 
des  saints  Anub  4,  Didyme  »,  Epimius,  par  un  noble 
égyptien,  Jules  de  Chbehs  (d'Aqfahs),  qui,  au  tort  de  la 
persécution  de  Dioclétien,  consolait  et  visitait  les  mar- 
tyrs, recueillait  les  morts  et  les  enveloppait  de  riches 
linceuls,  les  embaumait  d'aromates  de  ses  propres  mains, 
et  les  déposait  dans  s-a  villa  ou  son  hypogée  de  Tarejbi, 
puis  écrivait  tout  ce  qu'il  avait  vu,  et  le  confirmait  de 
son  autorité  officielle  de  greffier  6.  » 

Champollion  le  jeune  a  donné  en  1811  des  Observa- 
tions sur  le  catalogue  des  manuscrits  coptes  du  musée 
liorgia  à  Velletri,  ouvrage  posthume  de  George  Zoëga  "'. 
Cette  brochure  fut  publiée  lorsque  le  bruit  courut  que 
l'ouvrage  de  Zoëga  «  ne  passerait  pas  en  France  »;  et  en 
etlet,  dom  Pitra,  en  1850,  n'en  connaissait  que  deux 
exemplaires8.  Champollion  parait  avoir  fait  assez  peu 
de  cas  de  ce  qui  a  trait  au  sujet  de  notre  dissertation. 
«  Les  livres  liturgiques,  dit-il,  forment  une  seconde 
classe.  Zoëga  en  indique  seulement  le  sujet,  sans  en 
donner  le  texte  ni  la  traduction,  ce  qui  n'est  à  regretter 
sous  aucun  rapport.  La  troisième  classe  renlerme  des 
martyrologes.  La  version  memphitique  de  quelques- 
uns  d'entre  eux  est  connue,  mais  d'autres  n'existent 
point  dans  ce  dialecte.  Zoëga  n'en  a  point  donné  les 
textes,  parce  que  les  plus  importants  on  été  publiés  par 
le  père  Georgi  dans  son  ouvrage  De  miraculis  sancti 
Coïuthi.  Dans  la  courte  analyse  que  le  savant  danois  a 
donnée  de  quelques-uns  de  ces  manuscrits,  on  ne 
trouve  presque  point  de  faits  dignes  de  remarque;  seu- 
lement dans  le  martyre  de  3  950  chrétiens 9,  il  est  fait 

t.  xxi.  p.  73  ;  Deramey,  dans  la  Tievue  de  l'histoire  des  religions, 
t.  xxviii,  p.  14-42.  Cf.  Analccta  bollandiana,  1891,  t.  ix,  p.  58 
sq.  ;  1874,  t.  xu,  p.  169;  1899,  t.  xvil,  p.  431  ;  les  dissertations  de 
Blau,  de  PrœtoriUS  et  de  Mordtmann,  dans  la  Zeitachrifl  der 
deutsch.  morgenlûnd.  Geselisch..  t.  sxm,  p.  560;  t.  xxiv, 
p.  624;  t.  xxv,  p.  260;  t.  xxxi,  p.  60.  —  «  Catalogua  codd.  copti- 
corum  //iss.  qui  in  museo  Borgiano,  Velitris  adservantur, 
auctore  G.  Zoëga,  dano.  opus  posOwmum,  in-tol.,  Itomae, 
1810.  —  *Catalog.,  p.  241.  -  *Catalog.t  p.  32.  —  *Catatog., 
p.  138.  —  «Pitra,  foc.  cit.,  p.  XXVIII.  —  'Paris,  Sajou,  1811, 
in-8*.  36  p.  extrait  du  Magasin  encyclopédique,  octobre  1811. 
—  «Pitra,  loc.,  cit.,  p.  xxxvii,  note  2.  —  'Catalog.,  p  240, 
211. 


401 


ACTES   DES   MARTYRS 


402 


mention  de  quelques  dieux  payens  peu  connus  des  mo- 
dernes; ce  sont  Scatnander  etFaiislus  '.  » 

Voici  la  série  des  passages  concernant  les  Acta  mar- 
tyruni  donnés  par  Zoëga  : 

Codices  memphitici. 

A.  LX1.  Martyrium  sancti  Lucas  evangelistœ  sancti, 
p.  114. 

A.  LXXV1.  Martyrologium  sancti  episcopi  et  martyris 
Christi,  abbatis  Polycarpi,  discipuli  Apostolorum, 
p.  133. 

A.  XV III.  Martyrium  S.  Ignatii  dicti  Theophori  i.e.  qui 
iert  deum,  qui  iuit  episcopus  Antiochiae,  p.  19. 

A.  XXXI.  Acta  S.  Anatolii  Persœ  initio  et  fine  mutila, 
p.  52. 

A.  XXIV.  Martyrium  S.  martyris  domini  nostri  J.-C. 
sancti  apa  Anub  de  Naèsi  in  nomo  Vimescjoti,  qui 
certamen  suum  sanctum  consummavit  die  xxiv  men- 
sis  Epèp  -  (long  fragment  dans  Zoëga),  p.  30. 

A.  XXI.  Martyrium  sancti  et  martyris  domini  nostri 
Jesu  Christi  S.  Aptioe,  generose  consummatum3  (lrag- 
ment),  p.  26. 

A.  LXXIV.  Martyrium  sancti  martyris  domini  nostri 
Jesu  Christi,  sancti  Apatiœ,  generose  consummatum 
(voirie  précédent),  p.  132. 

A.  XXXVII.  Martyrium  S.  apa  Arii  presbyteri  de 
Scjetnufi  et  generosi  martyris  domini  nostri  Jesu 
Christi,  consummatum  die  ix  mensis  Mesôrè  (frag- 
ment), p.  61. 

A.  LXXXI.  Acta  martyris  Didymi  de  Tarscjebi,  initio  et 
fine  mutila  (long  fragment),  p.  135. 

A.  LXXV.  Vita  et  mores  Dorothei  diaconi,  filii  procsidis 
provinciœ  Isauriœ,  qui  martyr  factus  est  sine  gladio, 
p.  133. 

A.  XX.  Martyrium  athlophori  generosi  et  martyris  Christi 
S.  Abbatis  Epime  de  Pankôleus,  praefecturœ  Pemgje 
qui  consummavit  certamen  suum  sanctum  die  vm  men- 
sis Epèp  *  (long  fragment),  p.  22. 

A.  LIX.  Martyrium  athlophori  generosi  et  martyris  Do- 
mini nostri  Jesu  Christi  Eusehii  filii  Basilidis  magistri 
militum,  consummatum  die  xxm  mensis  Mechir, 
p.  113. 

A.  XIX.  Martyrium  sancti  abbatis  Isaac  de  Tiphre  in 
nomo  Panau,  quod  consummavit  die  VI  mensis  Pas- 
cjons 5  (fragment),  p.  19. 

N.  XLIII.  Contientles  actes  de  Isaac  de  Tiphre,  le  com- 
'  inencement  manque,  p.  65. 

A.  LX.  Martyrium  sancti  martyris  Christi  apa  Laka- 
ronis  et  omnium  eorum  qui  passi  sunt  cura  eo,  qui 
consummavit  certamen  suum  et  athlesin  suam  hono- 
ratam  die  xiv  mensis  Paoèpi,  p.  113. 

A.  LXXVII.  Encoinium  quod  scripsit  abba  Mena  sanctis- 
simus  episcopus  urhis  Christi-amantis  Pscjati  in  san- 
ctissimum  et  ter  beatum  patrem  nostrum  abba  Macro- 
bium  episcopum  et  martyrem  ejusdem  urbis  Pscjati, 
die  honorificae  commemoralionis  ejus,  qui  est  dies  II 
mensis  Phamenoth  (fragment),  p.  133. 

A.  XI'.  Martyrium  S.  Pétri  archiepiscopi  Alexandrini, 
qui  consummavit  certamen  suum  sanctum  die  xxix 
mensis  Athor  (fragment),  p.  12. 

A.  XXXIII.  Martyrium  athlophororum  martyrum  Christi 
Pirôu  et  Athôm  fratris  ejus  de  Tasempoti,  in  proele- 
ctura  Busiri,  qui  consummati  sunt  generose  die  vm 
Epèp  (fragment),  p.  53. 

1  Champollion,  Observations,  p.  27  sq.  —  !A.  Georgi  a  donné 
de  longy  fragments  de  ces  actes  dans  son  ouvrage  sur  les  Actes 
des  saints  Coluthus  et  Panesniv,  de  la  p.  35  à  la  p.  160.  De 
rniraculis  S.  Coluthi  et  rcliquiis  actorum  S.  Panesniv  mar- 
tyrum, Thebaica  fragmenta  duo,  alterum  auctius,  alterum 
nunc  pritnttm  editum.  Prœit  dissertatio  Eminentissimi  Ste- 
phani  eard.  Borgise  de  cultu  S.  Coluthi  M.  Accedunt  frag- 
menta varia  notis  inserla,  in-i%  Romœ,  1793.  La  publication 


A.  XXXII.  Acta  S.  Abbatis  Pisura  xJkfii  iTtCOfpx. 
episcopi,  et  trium  episcoporum  sociorum  ejus,  qui 
capite  plexi  sunt  die  ix  mensis  Thôut,  p.  52. 

A.  XXII.  Martyrium  S.  Theodori  tribuni  militum, 
p.  28. 

A.  LXII.  Martyrium  sancti  Cyriaci  archiepiscopi  Hieroso- 
lymœ  qui  invenit  Crucem  sanctam  Domini  nostri  Jesu 
Christi;  et  Annœ  matris  ejus  (fragment),  p.  114. 

A.  XLV1I.  Martyrium  sancti  Johannis  martyris  novi  de 
Phannigjôit  in  regione  Puscjin,  quod  consummavit 
die  iv  mensis  Pascjons,  feria  v,  hora  vi,  coram  rege 
Elchemel  filio  Régis  Elatel,  Persarabe,  in  throno  Piban 
super  ripis  iluvii  Acgypti  (fragment),  p.  87. 

(V.  LU.  Depositio  ossium  sanctorum  martyrum  quorum 
iestum  hodie  celebramus,  scilicet  xlix  seniorum  cum 
Magistriano  et  filio  ejus  sancto,  facta  in  hoc  sanctuario 
patris  nostri  sancti  pneumatophori  abbatis  Macarii 
de  Scjiet  die  v  mensis  mechir,  coram  abbate 
Johanne,  praeposito  sancto,  oriundo  de  Gjebrorae- 
nesine  (fragment),  p.  95. 

Codices  Saliidici. 

A.  CXXXV1I1.  Martyrium  beali  abbatis  Pétri  archiepi- 
scopi Alexandrioe,  die  xxix  mensis  Hathôr  p.  237. 

A.  CXL.  De  martyribus  Psote  et  Callinico  episcopis, 
p.  237. 

A.  CXLI.  Fragmenta  duo  actorum  S.  Coluthi  olim 
édita  e,  p.  237. 

A.  CXLll.  Fragmentum  actorum  S.  Panesnèy 
HX-hechht7,  p.  238. 

N.  CXL1I1.  Acta  SS.  Theclœ  etPaèsii  fratris  ejus,  Pusi- 
rilrn  n&HCE  np^MioircipE  qui  ab  Armenio  duce  diis 
sacrificare  jussi  restitere,  p.  238. 

A.  CXLV.  Fragmenta  synaxarii,  quorum  quinque  fol i a 
priora  spectantia  ad  acta  S.  Jacobi  Intercisi,  qui  pas- 
sus  est  sub  Varane  rege  Persarum,  p.  239,  et  ad  acta 
S.  Theononœ  martyris  sub  Culciano  prœfecto  Aegypti 8, 
p.  239.  Eadem  acta  S.  Theononœ  continuantur  novem 
foliis    subsequentibus,    fine    autem    carent,    p.    239. 

,  Ultimum  fragmentum  pertinet  ad  acta  SS.  Claudii 
et  Victoris,  quorum  prior  dicitur  lilius  lratris  régis 
(Diocletiani)  alter  filius  magni  ducis  (Romani), 
p.  239. 

A.  CXLVI.  De  S.  Claudio  Antiocheno,  qui  prœfectum 
oppidi,  oppressorem  Christianorum  de  fastigio  œdificii 
dejectum  trucidavit  (fragment),  p.  239. 

AT.  CXLVII.  Acta  S.  Leontii  Arabis,  qui  dux  militum  fuit 
sub  Diocletiano  et  supplicio  affectus  est  in  urbe  Tri- 
poli, p.  240. 

A.  CXLVI II.  De  S.  Theodoro  Antiocheno  martyre  et 
sociis  ejus  Leontio  Arabe  et  Panicyro  Persa,  p.  240. 

A.  CL.  Acta  SS.  Isidori,  Pentileonis  fratris  ejus,  Martini 
tribuni  militum,  Marthœ  uxoris  ejus,  aliorumque  mar- 
tyrum sub  Diocletiano,  p.  240. 

A".  CLI.  Acta  S.  Victoris  qui  archimandrita  fuit  in  palatio 
imperatoris,  p.  240. 

A.  CLII.  De  S.  Georgio  martyre,  qui  pugnavit  cum 
dracone,  memorantur  prœterea  Athanasius  Magus  ad 
lidem  conversus  et  capite  plexus  die  xxvn  mensis 
Tobè  et  martyres  ter  mille  nongenti  quinquaginta 
novem  cœsi  die  xv  mensis  Mscjir,  p.  240. 

A.  CL1II.  De  SS.  Cosma  et  Damiano,  Anthimo,  Leontio, 
et  Euprepio  martyribus,  p.  241. 

visée  dans  ce  titre  était  la  suivante  :  Fragmentum  copticum 
ex  Actis  S.  Coluthi  martyris,  erutum  e  membranis  veluslis- 
simis  sxculi  v  ac  latine  reddition,  quod  nunc  primum  in 
lucem  profert  ex  museo  suo  Stcphanus  Borgia,  in-4%  Romae, 
1781.  —  3  Voyez  Georgi,  p.  C9-129,  162-173.  —  *  Voyez  Georgi, 
p.  34-150.  —  i  Voyez  Georgi,  p.  33,  36,  88,  100,  144,  146.  — 
"Voy.  Georgj,  loc.  cit.  —  'Item.  —  «Voy.  Georgi,  p.  212  sq., 
252  sq. 


403 


ACTES   DES    MARTYRS 


404 


A:.  CLI\'.  De  S.  Eusignio  milite,  qui  annos  natus  ex,  cl 
militia  iunctus  sul)  Constantio  filioque  ejus  Magno,  a 
Jaliano  diis  sacrificare  jussus  restitit,  et  omni  tor- 
mentorum  génère  excruciatus  est  Cœsarese  in  Cappa- 
docia,  imperatore  bellum  parante  contre  Persas, 
p.  241. 

Ar.  CLV.  Do  SS.  Dorotheo  et  Theopista,  p.  241. 

N.  CL  VI.  De  vu  Donnienlibus.  Nobiles  pueri,  Arehelides. 
Diomedes,  Eugenius,  Probatius,  Sabbadius,  Stepha- 
nus,  Cyriacus,  terapore  perseeutionis  sub  Decio  in 
speluncara  sese  abdunt  ibique  obdormiunt;  postea 
imperante  Tbeodosio,  cuni  ecclesise  Epliesi  prœesset 
Marinus  episcopus,  cxperçefiunt,  elapsisannis  clxxxii. 
p.  241. 

M.  Hyvernal  a  publié  un  volume  sur  les  Actes  des 
martyrs  de  l'Egypte.  Il  y  a  rencontré  un  personnage  qui 
a  lente  de  rendre  à  l'Egypte  le  service  qu'Eusèbe  de 
Césarée  et  Maroutha  de  Maipherkat  avaient  rendu  à  la 
Palestine  et  à  la  Syrie,  c'est  .Iules  d'Aqfahs,  dont  l'œuvre 
a  péri,  à  l'exception  de  quatre  martyres  et  de  quelques 
résumés  conservés  dans  le  Synaxaire  copte'.  Le  pre- 
mier volume  de  M.  Hyvernat  a  seul  paru2.  Voici  les 
titres  des  Passions  qu'il  contient  : 

Martyre  que  le  victorieux  et  noble  témoin  de  Notre-Sei- 
gneur  Jésus-Christ,  saint  Eusèbe,  capitaine,  fils  de  Ba- 
silide,  consomma  le  jour  vingt-troisième  du  mois  de 
Méchir,  dans  la  paix  de  Dieu.  Amen,  p.  1-39. 

Martyre  de  saint  Macaire  d'Antioche,  lils  de  Basilide, 
p.  40-77. 

Martyrologe  du  noble  et  victorieux  témoin  de  Notre-Sei- 
gneur  Jésus-Christ,  saint  Apater,  et  dirai,  sa  sœur, 
enfants  de  Basilide,  capitaine  du  royaume  des  Ro- 
mains. Ils  ont  achevé  la  lutte  de  leur  martyre  le  jour 
vingt-huitième  du  mois  de  Thout,  dans  la  paix  de 
Dieu.  Amen,  p.  78-113. 

Martvre  de  saint  Pisoura,  évèque,  et  de  sys  compagnons, 
p.  114-134. 

Martyre  que  les  victorieux  témoins  du  Christ,  saint 
Pirôou  et  saint  Athom.  son  frère,  de  TasempotJ  dans 
le  nome  de  Bousiris.  ont  noblement  consommé  le 
huitième  jour  (\u  mois  d'Épip.  Dans  la  paix  de  Dieu 
!19  (lois),  p.  135-17$ 

Martyrologe  du  saint  confesseur  du  Christ,  Jean,  prêtre. 
et  de  Siméon.  son  compagnon.  Le  jour  où  ils  ont  con- 
sommé leur  saint  martyre  est  le  onzième  du  mois 
d'Epip.  Dans  la  paix  de  Dieu.  Amen,  p.  174-201. 

Martyre  que  le  saint  Apa  Ari,  prêtre  de  Chetnoufi.  et 
noble  témoin  de  NotrerSeigneur  Jésus-Christ,  con- 
somma le  jour  neuvième  du  mois  de  Mésori.  Dans  la 
paix  de  Dieu!  Amen,  p.  202-224. 

Panégyrique  prononcé  par  Abba  Menas,  le  très  saint 
évèque  de  la  ville  aimante  du  Christ,  de  Pchati.  en 
l'honneur  de  notre  père  très  saint  et  trois  lois  bien- 
heureux, Abba  Macrobe,  évèque  et  martyr,  de  cette 
même  ville  de  Pchati.  au  jour  de  sa  glorieuse  com- 
mémoration, qui  esl  h-  deuxième  du  mois  de  Pha- 
ménolh.  Dans  la  paix  de  Dieu!  Amen,  p.  225-246. 

Panégyrique  prononcé  par  Abba  Alexandre,  archevêque 
d'Alexandrie,  sur  saint  Pierre,  vierge  et  archevêque 
de  cette  même  ville,  qui  a  été  martyr  pour  le  nom  de 
Notre-Seigneur  Jésus-Christ.  Le  panégyrique  fut  pro- 
noncé dans  l'oratoire  du  Paint,  au  couchant  de  la  ville, 
alors  qu'on  le  fêtait  au  jour  de  sa  glorieuse  commé- 
moraison,  qui  est  le  jour  vingt-neuvième  d'Athor.  Dans 
la  paix  de  Dieu.  Amen,  p.  247-283. 

*  Cf.  E.  Amelineau,  Les  Actes  des  martyrs  de  V Église  copte, 
c.  vu,  in-8%  Paris,  1890.  —  -Les  Actes  des  martyr»  de  l'Egypte 
tiréa  des  manuscrits  coptes  de  ta  bibliothèque  Vaticanc  et 
du  musée  Borgia.  Texte  copte  et  traduction  française  avec 
Introduction  et  commentaires  par  Henri  Hyvernat,  in-V,  l'a- 
ris,  18S15.   —  ;:  Allant,  Prudence  historien,   dans   la  lieu,  des 


Martyre  du  saint  Apa  Didyme,  p.  284-303. 
Martyre  du  saint  Apa  Sarapamon,  p.  304-331. 

M.  Amelineau  a  publié  en  1890  :  Les  Actes  des  mar- 
tyrs de  l'Eglise  copte.  Etude  critique.  Ce  travail  est 
divisé  en  dix  chapitres.  Malheureusement,  l'auteur  ne 
s'y  est  pas  borné  à  une  traduction  pure  et  simple;  la 
part  qui  revient  à  la  littérature  primitive  est  difficile  à  dis- 
tinguer. Cet  ouvrage  se  termine  par  une  Élude  critique 
sur  le  martyre  de  saint  Georges  d'après  le  texte  copte, 
précédée  d'une  prélace  (p.  241-245).  Il  est  regrettable 
d'avoir  à  signaler  dans  cet  ouvrage  des  jugements  (p.  8) 
et  des  notes  (p.  71,  n.  2;  74,  n.  2;  107,  n.  2;  109,  n.  I; 
111,  n.  2;  115,  n.  2,  3;  132,  n.  1:  142,  n.  2,  4;  14V, 
n.  1;  etc.,  etc.)  qui  n'ont  aucun  rapport  avec  la 
science. 

Ce  n'est  pas  ici  le  lieu  d'entreprendre  le  classement 
d'une  littérature  que  nous  ne  connaissons  qu'en  parti  e 
et  qui  doit  recevoir  longtemps  encore  des  accroissements 
importants.  Parmi  les  Actes  les  plus  intéressants,  on 
doit  citer  The  marlyrdom  of  Isaac  of  Tiphre,  publié 
par  Ern.  Bugde(1886);  The  martyrdom  and  miracles  of 
saint  Georges  of  Cappadocia  (1888)  du  même  savant . 
une  publication  de  von  Lemra,  Sahidisclie  Bruchstûcke 
der  Légende  von  Cyprien  von  Antioclicn  (1899).  Dans 
les  Monuments  pour  servir  à  l'Histoire  de  l'Egypte 
chrétienne,  au  ive  et  au  Ve  siècle,  publiés  par  M.  Ame- 
lineau, se  rencontrent  quelques  pièces  dignes  d'atten- 
tion ;  entre  autres,  le  martyre  de  Macaire,  évèque  de- 
Tkoù.  M.  Fr.  Rossi  a  publié  la  plupart  des  Actes  des 
martyrs  contenus  dans  les  papyrus  coptes  du  musée 
égyptien  de  Turin  [Meniorie  délia  realc  accademia 
délie  srienze,  série  II.  t.  xxxv-xxxvm). 

vin.  OCCIDENT.  —  Il  n'y  a  pas  lieu  de  faire  entrer  en 
ligne  de  compte  les  poèmes  martyrologiques  contenus 
dans  le  Peristepluinon  de  Prudence.  Bien  que  cet  ou- 
vrage soit  fort  grave  à  cause  de  son  antiquité  et  du 
caractère  de  son  auteur,  la  nature  même  du  genre  litté- 
raire auquel  il  appartient,  interdit,  sinon  l'exactitude, 
tout  au  moins  la  précision,  sans  laquelle  il  n'y  a  pas 
d'histoire.  Néanmoins,  il  importe  de  dire  que  le  poète 
parait  s'être  inspiré  et  avoir  travaillé  sur  de  fort  bons 
mémoires,  dont  on  retrouve  parfois  des  traits  littérale- 
ment reproduits3.  Toute  cette  question  des  Actes  de» 
martyrs  en  Occident  est  profondément  obscure. 

1°  Afrique.  —  C'est  ici  que  l'on  trouve  les  Actes  [es 
plus  purs  et  en  plus  grand  nombre.  Cela  tient  peut-être 
à  ce  que  l'usage  s'était  établi  dans  celle  église  de  donne? 
lecture  des  Actes  au  même  titre  qu'on  taisait  celle  des 
livres  canoniques  ou  que  l'on  croyait  tels.  Ainsi,  les 
Actes  y  jouissaient  d'une  dignité  fort  relevée,  et  les  co- 
pies avaient  dû  se  multiplier  afin  de  se  trouver  dans  )r> 
st'crelarium  de  chaque  église.  Un  concile  de  CarthagS 
en  397*  montre  l'importance  qu'avait  la  lecture  des 
passions  de  martyrs;  cependant,  leur  nombre  ne  semble 
pas  avoir  été  excessif:  «  Si  nous  avons  peine  à  trouve! 
les  actes  des  autres  martyrs,  dit  saint  Augustin,  à  propos 
de  saint  Etienne,  celui-ci  a  sa  passion  au  livre  cano- 
nique5. » 

2°  Espagne.  —  Les  livres  de  la  liturgie  mozarabe  sont 
le  témoin  le  moins  souvent  interrogé  et  le  plus  catégo- 
rique sur  les  anciennes  Passions.  Il  sérail  relativement 
facile  d'y  trouver  les  bises  du  calendrier  de  l'Église 
d'Espagne;  malheureusement,  l'état  des  documents  dont 
nous  disposons  pour  cette  liturgie  est  trop  pitoyable 
pour  entreprendre  d'après  eux,  une  étude  que  nous 
aborderons   lorsqu'une  édition  scientifique  des  monu- 

quest.  hist..   1"  avril  et  1"  juillet    1884;   Hagiographie   au 

TV  siècle  :  Martyre  de  saint  Ihppolgtr.  de  saint  lotirent, 
de  sainte  Agnès,  de  saint  Cassirn,  d'après  les  poèmes  d» 
Prudence,  ibid..  1-  avril  1885.  —  «  Labbe,  Cour.,  t.  il,  107-J 
1177.  —  SS.  Augustin,  Son.,  cccxv,  1'.  L.,  t.  xxxvm.  (  . 
1426. 


405 


ACTES   DES    MARTYRS 


400 


ments  aura  rendu  ce  travail  possible.  Parmi  les  écri- 
vains, nous  trouvons  saint  Braulion  de  Saragosse,  qui, 
au  prologue  de  la  vie  de  saint  Émilien,  dit  que  de  son 
temps,  on  lisait,  non  seulement  les  Actes  des  martyrs, 
mais  encore  les  Vies  des  confesseurs. 

3°  Gaule.  —Ici  les  témoignages  sont  nombreux;  outre 
les  livres  liturgiques  qui  fournissent  quelques  indica- 
tions1, nous  savons,  par  les  conciles,  que  la  lecture  des 
Actes  des  martyrs  était  une  coutume  générale.  Saint  An- 
rélien2,  saint  Ferréol*,  saint  Césaire  d'Arles*  en  parlent 
fréquemment  et  avec  détails.  Saint  Césaire  dit  que  ces 
lectures  étaient  assez  prolongées  pour  fatiguer  les  audi- 
teurs astreints  à  les  entendre  debout5.  Saint  Avit  de 
Vienne  mentionne  également  ces  lectures6.  Ililduin  dit 
qu'aux  messes  des  apôtres  et  des  martyrs,  les  Passions 
sont  chantées".  Cerannius  de  Paris  entreprit  une  col- 
lection qui  rappelait  à  ses  contemporains  le  recueil 
d'Eusèbes. 

4°  Angleterre.  —  Saint  Augustin,  ou  l'un  de  ses  suc- 
cesseurs, introduisit  les  légendes  des  saints  en  Angle- 
terre. C'est  une  question  assez  obscure  que  celle  des 
livres  liturgiques  romains  appartenant  à  cette  période 
du  catholicisme  anglais9,  mais  on  peut  tenir,  sans 
entrer  dans  le  détail,  sur  lequel  nous  aurons  l'occa- 
sion de  revenir,  que  la  coutume  dans  ce  pays  et  en 
Allemagne  fut  conforme  à  ce  que  nous  voyons  partout 
ailleurs. 

ix.  rome.  —  Les  Passions  authentiques.  —  C'est  une 
grave  question  que  celle  des  Actes  des  martyrs  romains, 
tant  à  cause  de  l'état  dans  lequel  les  pièces  nous  sont 
parvenues  qu'à  cause  de  l'indécision  de  la  critique  à 
leur  égard.  Il  ne  paraît  pas  qu'on  puisse  juger  ces  récits 
d'après  une  méthode  de  travail  uniforme,  parce  que  les 
altérations  qu'ils  ont  subies  sont  le  fait  d'époques  et  de 
tendances  fort  diverses.  Ces  histoires  se  sont  élaborées 
pendant  cinq  siècles  au  milieu  de  conditions,  d'intérêts 
locaux  qu'il  conviendrait  au  préalable  d'étudier  dans  le 
plus  grand  détail. 

La  sévérité  témoignée  par  l'Église  de  Rome  à  l'égard 
des  Passions  et  l'interdiction  portée  contre  leur  lecture 
au  cours  des  offices  liturgiques  sont  de  graves  indices 
qui  corroborent  un  fait  évident,  à  savoir  :  l'extrême 
rareté  des  pièces  authentiques.  On  peut  conjecturer  que 
la  destruction  ordonnée  par  Dioclétien  eut  à  Rome  un 
ellet  plus  radical  que  partout  ailleurs.  Si  l'on  excepte  le 
martyre  de  saint  Justin,  aucune  pièce  certaine  ne  nous 
a  été  conservée,  car  on  ne  peut  donner  toute  créance, 
jusqu'à  une  information  plus  complète,  aux  Actes  du 
mime  Genès,  et  le  récit  qui  ouvre  la  deuxième  apologie 
de  Justin  n'est  pas  à  proprement  parler  un  document 
martyrologique. 

Sans  comparaison  avec  ces  trois  récits,  il  faut  rappeler 
des  pièces  sur  la  valeur  desquelles  une  critique  mai- 
tresse  de  tous  ses  moyens  n'a  pas  encore  donné  son 
jugement  définitif. 

Les  Gesla  mari'yritm  romains  ont  été  récemment 
l'objet  d'une  étude  ingénieuse  qui,  on  peut  l'espérer, 
donnera  le  branle  à  d'autres  travaux  et  permettra  de 
porter  la  lumière  dans  une  question  si  obscure,  mais 
dont  toutes  les  conclusions  ne  sont  pas  également  so- 
lides10. Il  parait  assez  vraisemblable  que  les  pièces  com- 
posant ce  groupe  de  Passions  ne  sont  pas  isolées;  elles 
dépendraient  toutes  d'une  source  psychologique  dont  la 
tendance  est  manifeste.  C'est  ce  que  met  en  relief  l'at- 
tache topographique  de  chaque  Passion  ;  on  y  retrouve 

1  Mabitlon,  De  hturgia  gallicana,  part.  I  passim.  —  -  S.  Aure- 
liani,  de  ordine  psallendi,  dans  Brockie,  Corf.  regularum  muna- 
stic.  et  canonic.  Observ.  crit.  Iiist.  illustrât.,  6  in-fol.,  Aug.  Vin- 
ilel.,1759,  t.  I,p.  147.—  -Ubiri.,  p.  xvm,  155,  Reg.,c.  xvm.— iIbid., 
p.  144,  Reg.,  c.  lxix.  —  5  Serm.,  xcm,  P.  L.,  t.  xxxrx,  col.  1924. 
—  9  D.  Ruinart,  Acta  mart.  sine.,  praef.,  5  ;  Acta  mart.  Agaunen- 
•sium,  in-fol.,  Verona?,  1731,  p.  241.  —  '  Hilduin,  Epist.  ad  Ludov. 
pium,àans  Acta  sanct.,  9  octobre.  —  8Voy.  .Acfa  sanct.,  17jnn- 


plus  ou  moins  nettement  l'écho  des  préoccupations  ou 
des  intérêts  du  sanctuaire  que  la  composition  avait  pour 
but  d'illustrer.  Ce  qu'il  y  a  d'ancien  dans  ces  récits  esl 
dénaturé  et  presque  entièrement  recouvert  par  les  addi- 
tions postérieures  dont  on  saisit  assez  facilement  le 
mobile  intéressé.  Il  y  a  donc  dans  ces  documents  deux 
sources  bien  différentes  d'intérêt  :  l'une,  presque  imper- 
ceptible, c'est  l'histoire;  l'autre,  démesurément  étendue, 
c'est  le  folk-lore.  Nous  n'avons  à  nous  occuper  que  de 
l'histoire. 

Voici  la  répartition  topographique  des  légendes  faite' 
par  M.  Dufourcq  et  cette  répartition  est  probablement  ce 
qu'il  y  a  de  plus  solide  et  de  vraiment  définitit  dans  son 
mémoire. 

TRADITIONS   LOCALES   URBAINES 

"1"  Trastem-ines.  —  SS.  Pierre  et  Paul,  Calliste, 
Cécile,  Chrysogone. 

2°  Ville  haute.  —  SS.  Vibbiane,  Eusèbe,  Potentienne, 
Praxède,  Suzanne,  Cyriaque. 

3°  Centrales  (capilolines,  palatines).  —  SS.  Césaire, 
Anastasie,  Nona  Fora  Ccasarum. 

4°  Géhennes.  —  SS.  Jean  et  Paul,  quatre  couronnés. 
Clément,  Pierre  et  Marcellin. 

5°  Aventines.  —  SS.  Sérapie,  Sabine,  Boniface.Prisca, 
Processus  et  Martinien. 

TRADITIONS   Cl'.ULTÉRIALES 

1°  Appiennes.  —  SS.  Etienne,  Corneille,  Alexandre, 
Urbain,  martyrs  grecs,  Sixte,  Calocère  et  Parthenius, 
Sébastien. 

2°  Latines.  —  SS.  Jeaw,  Nérée,  Eugénie,  Etienne, 
Gordien. 

3°  Lavicanes.  —  S.  Sébastien. 

4°  Tiburlines.  —  SS.  Symphorose,  Laurent,  Hippolyte, 
Genès. 

5°  Nomenlancs,  —  SS.  Nérée,  Alexandre,  Marcel, 
Restitutus,  Prime  et  Félicien,  Agnès. 

6°  Salariennes.  —  SS.  Maris,  Laurent,  Abundius, 
Alexandre,  Vibbiane,  Basilla,  Félicité,  Chrysanthe  et 
Darie,  Gétulius,  Nérée,  Éleuthère,  Crescentius,  Léo- 
pard. 

7°  Flaminiennes.  —  SS.  Abundius,  Maris. 

8°  Cornéliennes.  —  SS.  Maris,  Ruline,  Second 

9°  Auréliennes.  — SS.  Processus  et  Martinien,  Eusèbe,. 
Pontien,  Basilide,  Pancrace,  Pierre  et  Marcellin. 

10°  Portiennes.  —  SS.  Abdonet  Sennen,  Cyrinus,  Pig- 
menius,  Simplicius,  Béatrice. 

11°  Sliennes.  —  SS.  Félix  et  Adauctus,  Bonosa,  Gal- 
lican, Censurinus,  Aurea,  Paul,  Timothé,  Martine,  Lu- 
cilla,  Flora. 

12°  Ardéatincs.  —  SS.  Nérée  et  Achillée,  Césaire,  Mcr>- 
tanus,  Félix. 

IX.  Éditions  des  Actes  des  martyrs.  —  On  ne  peut 
songer  à  entreprendre  ici  un  classement  des  sources 
concernant  notre  sujet;  ce  travail  a  été  lait  par  les  Bol- 
landistes  avec  leur  soin  et  leur  science  ordinaires. 
Bibliolheca  hagiographiea  grpeca,  sen  clenchus  Vitaruni 
sanctorum  grgece  hjpis  itnprcssarttm.  Ediderunt  liagio- 
graphi  Bollandiani,  in-8",  Bruxellis,  1894,  x-143  p.  — 
Bibhotheca  liagiographica  latina  antiquse  et  médise 
œtatis.  Ediderunt  socii  Bollandiani,  in-8",  Bruxellis, 
1898.  —  Calalogus  codicum  hagiographicorum  latino- 
rum  anliquiorum  sœcido  XVI  qui  asservantur  in  bibli-J- 

vier,  p.  74.  —  »M.  Rule,  The  Missnl  of  St.  Augustine's  abbey 
Canterbury,  with  excerpts  from  the  antiphonary  and  lectiu- 
nary  ofthesame  monastery,  in-8%  Cambridge,  189C.  Cl.  Warren, 
dans  The  Academy,  17  oct.  1896,  p.  286;  M.  Rule,  dans  The 
Academy.  24  oct.  1896,  p.  310  ;  P.  Lejay,  dans  la  Revue  d'histoire 
et  de  littérature  religieuses,  1897.  t.  u,  p.  282-287;  L..  Duchesne, 
Origines  du  culte,  in-8',  Paris,  1898,  p.  148-150.  —  '«A.  Dotourcq. 
Étude  sur  (es  (lesta  martt/rum  romains,  in-8-,  Paris,  1900. 


407 


ACTES   DES   MARTYRS 


408 


theca  nationali  parisiensi,  4  vol.  in-8°,  vm-606,  xv-646,    i 
739  et  101  p.  —  Catalogus  codicum  hagiographicorum 
grazcorum  bibliotliecsenationalisparisiensis.  Èdiderunt 
hagiographi  Bollandiani  et   Henricus  Onwnt,  in-8°, 
Vin-372  p. 

Voyez  encore  les  catalogues  des  manuscrits  hagiogra- 
phiques publiés  par  les  Analecta  bollandiana  :  Namur 
(1882),  p.  485-530,  609-632;  (1883),  p.  130-161,  279-354; 
Bruxelles  (1883-1884-1885-1886-1887-1888),  pagination 
spéciale;  Gand  (1884),  p.  166-216;  (1885),  p.  157-206; 
Liège  (1886),  p.  313-384;  La  Haye  (1887),  p.  161-208; 
Chartres  (1889),  p.  86-208;  Mons  (1890),  p.  263-278; 
Bruges  (1891),  p.  453-466;  Milan  (Ambr.)  (1892),  p.  205- 
368;  Le  Mans  (1893),  p.  43-73;  Cabinet  de  M.  "Wins  (1893), 
p.  409-440;  Cabinet  de  M.  Gielemans  (1895),  p.  5-88; 
Vienne  (1895),  p.  231-283;  Rome  (Chigi)  (1897),  p.  297- 
310;  Rome  (Vaticane)  (1899)  ;  Rome  (Barberini)  [mss. grecs] 
(1900),  p.  80-118.  «  Monasterium  Deiparae  in  Chalce  in- 
sula  »  (1901). 

Nous  nous  bornons  à  donner  le  catalogue  des  pièces 
concernant  les  Actes  des  martyrs  publiés  depuis  1882 
dans  la  collection  des  Analecta  bollandiana  : 

1882.  S.  Christophori  acta  graeca  antiqua,  p.  120-148; 
SS.  Cyrici  et  Julittae  acta  graeca  sincera,  p.  192-207; 
S.  Vincentii  Cœsaraugustani  acta,  p.  259-278;  S.  Co- 
drati  acta  intégra,  p.  447-469;  S.  Stephani  pp.  I  acta 
sec.  vers,  armeniacam,  p.  470-484;  [SS.  Cosmœ  et 
Damiani,ex  codice  graeco,  p.  586-596.] 

1883.  S.  Agalhonici  et  sociorum  ejus  acta,  p.  99-115; 
S.  Theogenis  passio,  p.  206-210;  S.  Cyriaciet  sociorum 
passio,  p.  247-258;  S.  Theodori  Ducis  acta  graeca, 
p.  359-367;  Exactis  SS.  Speusippi,  Eleusippi  et  Meleu- 
sippi,  p.  378-380. 

188i.  [Historia  SS.  Ursula}  et  sociarum  ejus,  p.  5-19;] 
S.  Eustatbii  et  soc.  ejus  acta  graeca,  p.  65-112;  S.  Mena? 
.Egyptii  acta  p.  258-270;  S.  Ephysii  passio,  p.  362- 
377. 

1885.  S.  Olivae  virg.  Panormitanae  acta,  p.  5-9;  S.  Maris, 
aramaice  et  latine,  p.  43-138;  [Vita  S.  Sabiniani,  Trecis 
in  Gallia  p.  139-156.] 

1886.  Mar  Abdiil  Masich,  aramaice  et  latine,  p.  5-52; 
[Vita  S.  Melori  martyris,  p.  165-176;]  S.  Mononis  passio 
p.  191-208;  S.  Ausonii  passio,  p.  295-312. 

1888.  Mar  Pethion,  syriace  et  latine,  544. 

1889.  Passio  martyrum  Scillitanorum,  p.  5-9. 

1890.  Mar  Kardaghi,  syriace  et  latine,  p.  5-106;  SS. 
Maximae  et  Donatillae,  S.  Typasii  et  S.  Fabii  Passio- 
nestres,  p.  107-134;  Actus  S.  Philippi  apostoli,  p.  204- 
249;  S.  Desiderii  Viennensis  passio,  p.  250-262. 

1891.  Julii  veterani,  p.  50-52;  Pancratii  passio,  p.  53-56; 
S.  Christophori  passio,  p.  393-405. 

1892.  [Un  nouveau  ms.  des  Actes  des  saintes  Félicité  et 
Perpétue  p.  369-374.] 

1893.  SS.  Anthusac,  Athanasii,  Charisimi  et  Nesphiti, 
p.  5-42;  Greg.  Tur.  passio  Septem  dormientium, 
p.  371-388. 

1894.  Andreae  apostoli  acta,  p.  308-352;  Martyrium  An- 
dréa;, p.  353-372;  Passio  S.  Andreae,  p.  373-378. 

1895.  SS.  Sergii  et  Bacchi  passio  antiquior,  p.  373-395. 

1896.  S.  Juliani  Anazarbi  acta  (fragmentum),  p.  73-76; 
S.  Codrati  acta  (supplementum),  p.  160. 

1897.  S.  Dasii  acta,  p.  5-16;  [De  passione  Scillitano- 
rom,  p.  64-65];  Eusebii  de  martyribus  Palœstinae, 
p.  113-140;  [S.  Anastase,  martyr  de  Salone,  p.  488-500.] 

1898.  SS.  Valentis,  Zolœ,  Germani,  Miniatis,  p.  97  sq. 

1899.  [Note  sur  les  Actes  d'Apollonios  p.  50-80]  ;  SS.  Da- 
vidis,  Symeonis  et  Georgii  acta,  p.  209  et  368. 

1900.  S.  Dometii  mart.  acta  graeca,  p.  285-321. 

1901.  S.  Thomae  apostoli  ;  SS.  Dasii,  Gaii  et  Zotici. 

A  ces  actes,  nous  ajouterons  la  liste  de  ceux  qui  ont 
été  publiés  dans  la  Bibliolhcca  Casincnsisseu  Codicum 


manuscriptorum  qui  in  tabulario  Casinensi  asservan- 
tur  séries,  per  paginas  singillatim  enucleala  notis, 
characlerum  speciminibus  ad  unguem  exemplatis 
aucta,  cura  et  studio  monachorum  Ordinis  S.  Bene- 
dicti  abbatise  Montis  Casini,  in-lbl.,  ex  typographia 
Casinensi,  1873  sq. 

T.  il,  1875.  Florilegium.  Codex  LU  :  Passio  Beatae 
Marina?  Virginis  et  Martyris,  p.  3  ;  Passio  S.  Georgii 
martyris,  p.  7.  —  Cod.  XCIX  :  Passio  S.  Joannis 
Apostoli  et  Evangelistae,  p.  66;  Vita  S.  Januarii 
episcopi  et  martyris,  p.  223. 

T.  m,  1877,  Cod.  CXI  :  Passio  S.  Restitutœ  virg.  et 
mart.,  p.  12.  —  Cod.  CXVI1  :  Passio  S.  ^Emiîiani 
mart.,  p.  49;  Passio  S.  Constantii  mart.,  p.  54;  Passio 
SS.  XL  Martyrum,  p.  58;  Passio  S.  Catharinne  virginis, 
p.  74.  —  Passio  S.  Theodori  mart.,  p.  78;  Passio 
S.  llluminatae  virg.  et  mart.,  p.  81.  —  Cod.  CXXII1  : 
Passio  S.  Urbani  et  Soc.  eius,  p.  84;  Prologus  in  Acta 
SS.,  p.  101;  Versus  de  S.  Urbano  papa,  p.  102;  Vita 
S.  Anastasii  Persœ,  p.  102;  Vita  S.  Urbani  pp.  et  Soc, 
p.  110;  Passio  S.  Euphemiae,  p.  114.  —  Cod.  CXXXIX: 
Passio  S.  Dimitrii  mart.,  p.  140;  Passio  S.  Maximi 
mart.,  p.  147;  Passio  S.  Caesarii,  levitae  et  martyris, 
p.  150;  Passio  SS.  Valentini  et  Hylarii,  p.  158;  Passio 
SS.  iv  Coronatorum,  p.  160;  Passio  S.  Anastasiae  et 
Soc.  mart.,  p.  179;  Passio  S.  Catharinae,  virg.  et 
mart.,  p.  184;  Passio  S.  Pétri  Ep.  Alexandrini,  p.  187; 
Passio  S.  Bibianae,  virg.  et  mart.  ;  Passio  S..  Eustratii 
et  soc.  mart.,  p.  193.  —  Cod.  CXLI  :  Passio  S.  Ignatii 
ep.  Antiocheni  et  mart.,  p.  236.  —  Cod.  CXLll  :  Pas- 
sio SS.  Apostolorum  Pétri  et  Pauli,  p.  238;  Prologus 
in  Passionem  SS.  Apostolorum  Pétri  et  Pauli,  p.  2i0; 
Passio  SS.  mart.  Processi  et  Martiniani,  p.  240;  Passio 
S.  Procopii  mart.,  p.  242;  Passio  S.  Pantaleonis  mart.. 
p.  246;  Passio  SS.  vu  Dormientium,  p.  252;  Passio 
S.  Adriani  mart.,  p.  259;  Passio  SS.  Luciœ  et  Gemi- 
niani,  p.  270;  Passio  S.  Theclae  virg.  et  mart.,  p.  271; 
Passio  SS.  Pistis,  Elpis  et  Agapis,  et  Sophiae  matris 
earum,  p.  276.  —  Cod.  CXLIV  :  Prologus  passionis 
S.  Blasii  ep.  et  mart.,  p.  334.  —  Cod.  CXLV  :  Passio 
S.  Julianes  virginis,  p.  335;  Passio  S.  Georgii  mart., 
p.  341;  Passio  S.  Vitalis,  p.  3-48;  Passio  S.  Pancratii 
mart.,  p.  349;  Epistola  Pastoris  presbyteri  de  vita  et 
obilu  S.  Potentianae  virg.,  p.  350;  Passio  S.  Eusta>-ii. 
uxoris  et  sociorum  eius,  p.  351  ;  Passio  S.  Barnabœ 
apost.,  p.  354.  —  Cod.  CXLVI  :  Vita  S.  Albinae  virg. 
et  mart.,  p.  368.  —  Cod.  CXLVII  :  Passio  S.  Prisci 
episc.  Capuani,  p.  373.  —  Cod.  CXLVI II  :  Passio 
S.  Cornelii  papae,  p.  377.  —  Cod.  CXL1X  :  Ex  vita 
S.  Mercurii  martyris,  p.  388. 

Parmi  les  derniers  documents,  plusieurs  avaient  été 
publiés  antérieurement. 

X.  Les  Acta  martyrvm  authentiques.  La  topogra- 
phie et  la  liturgie.  —  Les  Actes  des  martyrs  antérieurs 
à  la  paix  de  l'Église  ont  été  soumis  à  de  telles  vicissi- 
tudes, que  bien  peu  d'entre  eux  nous  sont  parvenus.  Parmi 
les  Actes  qui  ont  été  admis  dans  le  recueil  de  dom  Rui- 
nart,  il  n'en  resterait  qu'un  très  petit  nombre,  si  ce  savant 
homme  reprenait  son  recueil  aujourd'hui  et  en  passait 
le  contenu  au  crible  de  la  critique.  Quelques  très  rares 
pièces  viendraient  s'ajouter  à  ce  qu'il  avait  découvert. 
Parmi  celles  qui  paraissent  mériter  quelque  confiance, 
il  s'en  faut  que  toutes  l'obtiennent  au  même  degré.  C'est 
principalement  sur  les  Actes  antérieurs  à  la  paix  de 
l'Église  que  la  critique  est  malaisée.  Nous  ne  pouvons 
entrer  ici  dans  le  détail  de  cette  recherche.  On  a  tente, 
à  diverses  reprises,  de  dresser  la  liste  des  Actes  des 
martyrs  qui  paraissaient  offrir  les  plus  solides  garanties 
d'authenticité.  Voici  les  séries  établies  par  MM.  Erwin 
Preuseben,  Gustave  Kriigcr,  le  R.  P.  Van  den  Glieyn,  S. 
J.  et  M.  Rubcns  Duval. 


409 


ACTES   DES    MARTYRS 


41U 


E.  Prcuschen,  Ceschichte  der 
altchristlichen  Literatur  bis 
Eusebius,  de  Harnack,  in-8°, 
Leipzig,  1893,  t.  i,  p.  807-834, 


G.  Kriiger,  Geschiclite  der 
altchristlichen  Literatur  in 
den  ersten  drei  lahrhunder- 
ten,  in-8°,  1895,  p.  237-245. 


J.  Van  den  Gheyn,  Acta  marty- 
rum,  dans  le  Dictionnaire  de 
théologie  catholique  de  Va- 
cant, in-4%  Paris,  1900,  t.  I, 
col.  321-334. 


R.  Duval,  La  littérature  syria- 
que, Anciennes  littératures 
chrétiennes,  in-12,  Paris, 
1899,  t.  n,  p.  127-129. 


Martyrium  Ignatii 

Passio  Polycarpi 

Passio  Carpi,  Papyli  et  Aga- 

thonicae 

Acta  S.  Justini  philosopbi.  .   . 

Epistola  écoles.  Viennensis  et 

Lugdunensis 

Acta  martyrum  Scillitanorum . 


Passio  S.  Perpetuae  et  Felici- 
tatis  cum  socc 

Passip  Pionii 

Acta  disputationis  S.  Achatii 
ep.  et  mart 

Acta  S.  Maximi  mart 

Acta  S.  Luciani  etMarciani.. 

Acta  S.  Cypriani 

Acta  SS.  Martyrum  Frucluosi 
ep.,  Augurii  et  Eulogii 

Passio  SS.  Jacobi,  Mariani  et 
socc 

Passio  SS.  Montani,  Lucii  et 
socc 

Martyrium  S.  Nicephori.   .   . 


Passio  Polycarpi 

Passio  Carpi,  Papyli  et  Aga- 
thonicoe 

Acta  S.  Justini  pbilosophi.  .   . 

Epistola  eccles.  Viennensis  et 
Lugdunensis 

Acta  proconsularia  martyrum 
Scilitanorum 

Martyrium  des  heiligen  Apol- 
lonius, des  Asketen 

Passio  SS.  Perpetuae  et  Felici- 
tatis 


Passio  Polycarpi 

Passio  Carpi,  Papyli  et  Aga- 
thonicae 


Acta  S.  Justini. 


Epistola  eccles.  Viennensis  et 
Lugdunensis 

Acta  proconsularia  martyrum 
Scillitanorum 

Martyre  d'Appolonios,  le  séna- 
teur  


Passio  Pionii 

Acta  disputationis  S.  Achatii 
episc.  et  mart 

Acta  S.  Maximi  mart 

Acta  S.  Luciani  et  Marciani. 

Acta  S.  Cypriani 

Acta  SS.  Fructuosi,  Eulogii  et 
Augurii  martyrum 

Passio  SS.  Jacobi,  Mariani, 
etc 

Passio  SS.  Montani,  Lucii  et 
alior.  mart.  africanor 

Martyrium  S.  Nicephori.   .   . 


Passio  SS.  Perpetuae  et  Feli- 

citatis 

Passio  Pionii 

Acta  disputationis  S.  Achatii. 


Acta  S.  Maximi 

Acta  SS.  Luciani  et  Marciani. 

Acta  S.  Cypriani 

Acta  SS.  Fructuosi,  Eulogii  et 
Augurii 


Passio  SS.  Jacobi,  Mariani  et 
soc 

Passio  SS.  Montani,  Lucii  et 
soc 


Martyrium  S.  Nicephori. 

Acta  Maximiliani 

Acta  Marcelli 

Acta  Cassiani 


Acta  SS.  MM.  Claudii  Astcrii 

et  aliorum 

Passio  Genesii  mi  mi 

Passio  Rogatiani  et  Donatiani. 

Acta  Maximiliani 

Acta  Marcelli 

Passio  Cassiani 

Passio  Procopii 

Acta  Felicis  ep.  [Carlhag.  (?)]. 
Passio  S.  Savini 


Martyrium     Gurioe    et    Sha- 

monoe. 


Acta  SS.  MM.  Claudii,  Astcrii 

et  aliorum 

Passio  Genesii  mimi 

Passio  Rogatiani  et  Donatiani. 

Acta  Maximiliani 

Acta  Marcelli 

Passio  Cassiani 

Passio  Procopii 

Acta  S.  Felicis 

Passio  S.  Savini 


Acta   SS.   Claudii,  Astcrii   et 


Passio  Genesii  mimi 

Passio  Rogatiani  et  Donatiani. 


Acta  Saturnini,  Dativi  et  socc. 

Acta  S.  Agapes,  Clnonîas,  etc. 

Acta  Didymi  et  Thoodone . .    . 
Passio  S.  Irenœi  Sirmiensis. 

Passio  Pollionis  et  socc. .   .   . 

Acta  Eupli  diaconi  et  mart .    . 
Passio  Philippi  ep.  Heracleen- 

is 

Acta  Tarachi.  Probi  et  socc. 

Acta  Crispinoe 


Acta  SS.  Saturnini,  Dativi  et 
aliorum 

Acta  SS.  Agapes,  Chioniao. 
Irenes,  etc 

Acta  SS.  Didymi  et  Theodorae. 

Passio  S.  Irenaei,  episc.  Sirm. 

Passio  S.  Pollionis  et  aliorum 

martyrum 

Acta  Eupli  diac.  et  mart.   .   . 
Passio  S.  Philippi  episc.  .   .   . 

Acta  SS.  Tarachi,  Probi  et  An- 
dronici 

Acta  S.  Crispinoe  mart.    .   .   . 


Passio  Procopii 

Acta  S.  Felicis  Tubzacensis. 

Passio  S.  Savini 

Passio  S.  Dasii 

Acta  SS.  Saturnini,  Dativi  et 


Acta    SS.    Agapes,   Chioniac, 

Irenes 

Acta  SS.  Didymi  et  Theodorœ. 
Passio  S.  Irenœi  ep.  Sirm.   . 


Passio  S.  Pollionis  et  soc. 


Acta  S.  Eupli 

Passio  S.  Philippi,  ep.  Heracl. 


Acta  Sereni 

Acta  Phileae  et  Philoromi. 


Passio  S.  Sereni  mart.   .   .   . 
Acta  SS.  Philere  et  Philoromi. 


Acta  SS.  Tarachi,  Probi  et  An- 

dronici 

Acta  S.  Crispinae 

Acta  SS.  Phileae  et  Philoromi. 
Passio  S.  Sereni 


Acta  Hipparchi  et  Philothe. 


Passio  Quirini.    .   . 
Acta  Pétri  Balsanii. 


PassioS.  Quirini  episc.  et  mart. 
Passio  S.  Pétri  Balsami..   .   . 


Passio  S.  Quirini 

Passio  SS.  Sergii  et  Bacchi 
Passio  S.  Pétri  Balsami. . 


Martyrium  Habibi  diaconi. 


Pr.rmi  les  pièces  enregistrées,  plusieurs,  telles  que  les 
Passions  de  Gênés  le  coméden,  de  Nicéphore,  de  Serge 
et  Bacchus,  fourniraient  matière  à  controverse.  Nous 
laissons  à  d'autres  le  soin  d'instruire  la  cause  et  de 
porter  des  conclusions.  Quant  aux  pièces  dont  la  faus- 
seté est  reconnue  par  tous,  il  y  a  lieu  néanmoins  d'en 
faire  usage,  bien  qu'avec  d'extrêmes  ménagements.  Dans 
un  mémoire  célèbre,  E.  Le  Clant  tenta   d'établir  une 


confrontation  soutenue  des  enseignements  fournis  par 
le  droit  civil  et  criminel  et  des  points  solidement  établis 
par  le  témoignage  des  anciens  avec  le  texte  des  meil- 
leurs Actes.  On  pourrait  tenter  une  recherche  analogue 
au  point  de  vue  des  liturgies  de  l'antiquité,  mais  un 
pareil  travail  serait  très  étendu;  nous  nous  bornerons  à 
signaler  ici  quelques  traits. 


411 


ACTES    DES    MARTYRS 


412 


D.  Ruinait,  Acla  sinccra 

(éd.  1713). 
Acta  SS.  Tryphoni  et  Respi- 
cii,  p.  164  :  Suscipe  animas  nos- 
Iras  et  colloca  eas  in  sinu  pa- 
triarcharum. 

Acta  S.  Julii,  veterani,  p.  550  : 
Domine  Jesu  Christe  tu  cura 
sanctis  tuis  meum  collocare  di- 
gcare  spiritum. 


Muratori,  Liturg.  romana  vêtus,  Veneliis,  1748. 


Sacram.  gelas.,  t.  i.  p.  751  : 

Commendamus  tibi,  Domine, 
animam,  precamur...  Patriar- 
charum  tuorum  sinibus  insi- 
nuare  non  renuas. 

Sacram.  gelas.,  t.  i,  p.  "51... 
tu  imaginem  tuam  cum  sanctis 
et  electis  tuis,  reternis  seuibus 
praecipias  sociari. 


Sacram.  gregor.,  t.  n , 
p.  218...  ut  spiritum  et  ani- 
mam iamuli  tui...  misericordi- 
ter  suscipias...  in  sinu  Abra- 
hae  patriarchae  collocatus. 

Sacram.  gregor.,  t.  u, 
p.  220-1  :  Propitiare,  Domine, 
supplicationibus  nostris  pro 
anima  et  spiritu  fair.uli  tui... 
ut  eam  sanctorum  tuorum  con- 
sortio  sociare  digneris. 


Sacram.  gallic.,t.  n,p.  950... 
ut  animam  Iamuli  tui...  in 
Abrahse  sinum  eam  digneris 
excipere. 

Missale  gothic,  t.  n,  p.  000... 
ita  et  in  advenlu  eius  (J.-C.)  gau- 
dere  cum  sanctis  omnibus  me- 
reamur. 


En  Orient,  nous  rencontrons  des  emprunts  indéniables, 
bien  qu'il  soit  difficile  de  dire  avec  certitude  lequel  des 
deux  documents  s'est  inspiré  de  l'autre.  Ce  qui  parait 
plus  vraisemblable,  c'est,  d'attribuer  ces  acclamations  et 
ces  prières  des  martyrs  à  des  formulaires  courants  dont 
nous  ne  possédons  que  des  codifications  entreprises  à 
une  époque  assez  postérieure.  Parmi  les  acclamations 
notons  celle-ci  : 


Ruinart,  Acta  mart.  sine, 
Paris,  1GS9. 

Acta  Theodoti,  c.  xxi,  xxx. 
Domine  Jesu  Christe,  spes  âes- 
jieratorum  '. 

Acta  Didymi  et  Theodorx. 
c.  i.  Christus  autem  adveniens 
liberavit  me. 


Renaudot,  Liturg.  orient,  cul- 
leclio,  1847,  t.  i. 
Liturg.  divi  Marei ,  p.  133: 

'EXlctç  t.ov  &R£tatffJlévtiiv,  tt  y,f})v.<j. 

lbid.,  p.  142  :  ©ù    zw-.ii...   ô 
yaptovjLEwç  £,{iwv  Èx   oouTlsiccç  Vt.fj- 

itOlKV. 


Une  formule  conservée  dans  l'office  des  défunts  pré- 
sente un  rapprochement  décisif  : 


D.  Ruinart,  Acta  sinecra,  1089. 
Act.  S.  Eupli,  p.  441.  Et  tune 
respiciens  ad  populum  dixit  : 
Dilectissimi  fratres,  audite,  orate 
Deum,  et  timete  illum  in  toto 
corde  vestro,  quoniam  memor 
est  timentibus  se  antequam 
exeant  de  hoc  saeculo  :  2t  post- 
eaquam  exierint,  tune  occur- 
rent  eis  Angeli,  et  deducent 
eosadcivilatem  illius  sanctam 
Jérusalem. 


Liturgie  romaine. 

SubvenitesancuDei,oecu»Tiîe 

angeli  Domini. 

In  paradisum  deducant  te  an- 
geli :  in  tuo  adventu  suscipiant 
te  martyres,et  perducant  te  in 
civitatem  sanctam  Jérusalem. 

(Ex offtcio  deftinctorum ,  Ex- 
sequiarum  ordot.) 


Une  formule  des  laterculi  les  plus  antiques  du 
martyrologe  hieronymien  se  retrouve,  presque  sem- 
blable, dans  les  Actes  des  martyrs  alricains  Jacques  et 
Marien  et  dans  plusieurs  inscriptions  de  l'Afrique  ro- 
maine. 

Quorum  nec  tibi  dicenda  et  deo  nota  sent  nomma 
{Passio  SS.  Jacobi  et  Mariant).  CVARVM  NOMINA 
SCIT  IS  QVI  FECIT  (Léon  Renier,  Recueil  des  inscr.  ro- 
maines de  l'Algérie,  in-fol.,  Paris,  1855,  n.  214ô).[c]V[î!<]S 
NOMEN  DEVS  SCIT  (Héron  de  Villefosse,  dans  les 
Comptes  rendus  de  l'Académie,  in-42,  Paris,  1883,  t.  xi, 
p.  189)  [cuiJVS  NOMEN  DEVS  SCIT  (Io.  Schmidt.  dans 
Eplterneris  epigraphica,  in-8°,  Roma,  1892,  t.  vu,  p.  11, 
n.  28^). 

Ces  faits  nous  renseignent  plus  exactement  que  bien 
des  histoires  sur  ce  qu'on  pourrait  appeler  les  sub- 
structions  de  la  littérature  chrétienne  des  premiers 
siècles.  La  Passion  de  sainte  Perpétue  provoque  un 
autre  rapprochement;  on  y  lit  ceci  :  Vibia  Perpclita, 
honesïe    naja,   libéralité/-   insliiula,    M ATRON ALITER 

htSPTA  (§  II). 

*Sur  ces  actes,  voyez  Pio  Franchi  de  Cavalieri.  I  murtin  di 
S.  Teodoto  di  Ancira  et  di  S.  Ariadne,  dans  Studi  c  testi  ;  Pub- 
blicazioni  délia  bibliotheca  vaticana,  tasc.  6,  Roma.  1901.  — 
»  Voyez  l'article  Acclamations,  col.  257.  —  'CI.  E.  Le  Riant, 
Inscriptions  chrétiennes  de  la  Gaule  antérieures  au  vin'  siècle, 
in-4%  Paris,  1856-1865,  n.  563;  pour  la  Mysie,  cl.  Revue  archèo- 


On  lit  également  dans  une  inscription  d'Alrique  : 
PESCENNIA  QVODVVLDE[us] 
HM-F-BONIS  NATALIBVS 
NATA-MATRONALITER 
NVPTA- 
Lig.2.  H  M  •  F  =  H[onestœ]  N\[emoriee]  F[emina].  Corp. 
inscr.  lat.,  t.  vm,  n.  870. 

Les  Actes  de  martyrs  n'ont  pas  d'ailleurs  le  privilège  de 
ces  analogies  avec  l'épigraphie.  Un  marbre  des  cata- 
combes publié  par  Marangoni  offre  une  formule  que 
nous  trouvons  dans  Tertullien,  Apologct.,  xxix  : 

MHACNA  AYrTHCAC  MHACNA  TTPOCKPOYCAC 

Neminem  lœilentes,  neminem  consistantes 
A  Autun,  c'est  une  phrase  de  saint  Cyprien  : 

PER  SAECVIVM  SINISAI 

CVIICOLTIACIONI 

TRANSIVIIIS  XI  KAI 

MART  IN  PACK  PPECESSI 

Lisez  :  Per  s'œculum  sine  sxculi  contagione  transi/oit, 
Xi  kal.  mart.  in  pare  precessit,  et  saint  Cyprien  écrit  : 
per  ss'culum  sine sseculi  contagione  Iransitis {De  habit. 
virg.,  xxil).  Si  fragmentaires  qu'elles  soient,  ces  indica- 
tions ne  sont  pas  indignes  d'être  rapportées. 

En  ce  qui  concerne  la  liturgie,  il  semble  qu'il  soit 
plus  exact  de  parler,  pour  la  période  anténicéenne,  de 
non-différenciation  essentielle,  plutôt  que  de  cette  unité 
absolue  dont  on  a  prétendu  faire  un  argument,  bien 
plus  qu'on  n'a  réussi  à  en  fournir  les  preuves  histo- 
riques. Nous  sommes  très  inégalement  renseignés  sur 
les  origines  liturgiques  dans  les  différentes  provinces  du 
l'empire,  mais  certainement,  parmi  les  régions  les  moins 
favorisées,  il  faudra  nommer  les  provinces  de  Dalmatie, 
de  Pannonie,  de  Dacie,  de  Mésie,  de  Thrace,  de  Scythie 
et  de  Relie.  La  littérature  patristique  ne  nous  fournit  pour 
ces  contrées  que  les  quelques  écrits  de  Victorin,  évêque  de 
Pettau  (Poetovio)  en  Pannonie,  et  les  noms  de  plusieurs 
personnages  mentionnés  par  l'historien  Eusèbe;  ce  sont 
.Elius  Publius  Julius,  évoque  de  Debeltum,  dans  la  Thrace, 
et  Aurelius  Cyrenius,  évêque  dans  la  même  province. 

Les  Actes  des  martyrs  nous  font  entrevoir  plusieurs 
communautés  florissantes  et  une  hiérarchie  ecclésiastique 
assez  complète  :  évoques,  prêtres,  diacres,  anciens,  lec- 
teurs, interprètes,  exorcistes.  Peut-être  même  peut-on 
ramener  jusque  vers  cette  époque  une  épitaphe  dont  le 
libellé  semble  appartenir  à  la  plus  ancienne  époque  du 
christianisme  dans  ces  contrées  : 

DEPOSITIO  FVCRATI 
CHORE  EPISCOPI  DXK 
NOVEMBRES*. 

Les  actes  de  Pollion  nous  montrent,  fonctionnant  en- 
core", une  institution  qui  semble  n'être  autre  que  celle 

logique,  1877,  t.  xxxui,  p.  5'i.  —  *  Découverte  à  Spalato  (sep- 
tembre 1874)  et  communiquée  par  Michel  (.ilavinic,  directeur 
du  musée,  à  Th.  Mommsen  qui  l'édita  dans  Ephem.  epigraph.. 
1875,  t.  n,  p.  'Mb.  additamenta  vol.  m  Corp.  inscr.  lat  ,  n.  55S, 
et  le  commenta  ainsi  :  «  Xofcrtoxoicoj  primus  fvrUUUB  hic  titulus 
innutescit.  » 


4i:.î 


ACTES    DES    M  AUX  VUS 


414 


■des  r.pzaô<J-ipo'.  :  «  Je  dois,  dit  le  martyr,  marcher  sur 
les  traces  des  évêques,  des  prêtres  et  de  tous  les  pères 
(omnium  Palrum),  dans  la  doctrine  desquels  j'ai  été 
instruit1.  »  Ces  Pères  sont  peut-être  les  patres  con- 
scripti,  les  yépovteç,  formant  un  collège  dont  l'ensei- 
gnement était  donné,  comme  celui  des  prêtres,  sous  la 
garantie  de  l'évèque.  Cette  Église  de  Cibalis  en  Pannonie 
parait  assez  bien  fonctionner  vers  ce  temps.  Le  corps 
■des  lecteurs  avait  reçu  une  organisation  que  nous  retrou- 
vons deux  siècles  plus  tard  dans  les  Gaules,  ù  Lyon,  où 
nous  connaissons,  en  l'an  551,  un  PRIMICIRIVS  SCO- 
LAE  LECTOR VM  2.  Il  est  possible  qu'ils  ne  lissent  que 
les  seules  lectures  tirées  du  Nouveau  Testament;  la 
réponse  du  primicier  au  magistrat  semble  l'insinuer  : 
Qiiœ  mandata  (legis)f  —  Chrisli  Régis  pia  et  sancla 
mandata.  Le  détail  donné  ensuite  des  maximes  morales 
composant  ces  mandata  s'applique  très  exactement  aux 
èpitres  de  saint  Paul  et  presque  exclusivement  à  elles; 
une  réponse  analogue  faite  par  les  martyrs  de  Scilli,  en 
Afrique,  plus  d'un  siècle  auparavant,  porterait  à  penser 
que  les  fidèles  de  certaines  Églises  ne  connaissaient  guère 
les  livres  de  l'Ancien  Testament,  sinon  par  extraits,  comme 
dans  les  Testimonia  de  saint  Cyprien,  les  manuels  de  pré- 
paration au  martyre  et  des  compositions  similaires3.  Ces 
lectures  avaient  donné  naissance,  dans  les  contrées  où  la 
langue  grecque  et  la  langue  latine  n'avaient  pas  encore 
pénétré  dans  le  peuple,  à  une  fonction  nouvelle,  celle  d'in- 
terprète officiel  des  livres  saints.  Le  martyr  Procope  rem- 
plissait dans  une  église  de  Scythie  le  triple  office  d'exor- 
ciste, de  lecteur  et  d'interprète  :  nnum  in  legendi  of'/icio, 
alterum  in  Syri  interpretatione  sermonis  et  tertium. 
adversus  dœmones  marins  impositionè  consummans^. 

La  pièce  la  plus  précieuse  et  la  plus  étendue  parmi 
celles  de  ces  régions  est  le  martyre  de  Philippe,  évêque 
d'Héraclée  de  Thrace,  en  l'an  304.  Aux  approches  de  la  per- 
sécution, l'évèque  s'efforçait,  à  l'exemple  de  saint  Cyprien 
de  Carthage5  et  de  saint  Apollinaire  d'Egypte6,  de  sou- 
tenir les  courages  par  ses  prédications.  Il  exhortait  ainsi 
les  fidèles,  le  jour  de  l'Epiphanie,  lorsque  se  présenta  un 
officier  de  police  chargé  de  mettre  les  scellés  sur  la  porte 
de  l'église.  L'évèque  depuis  quelque  temps  ne  quittait 
plus  l'église;  quand  il  lut  expulsé,  il  appuya  son  dos 
contre  la  porte  et  recommença  à  prêcher;  c'est  dans 
cette  attitude  qu'on  le  trouvait  les  jours  d'assemblée,  il 
était  assisté  de  son  prêtre  Sévère  et  de  son  diacre  Her- 
mès. L'inventaire  des  meubles  saisis  ne  nous  est  pas 
parvenu;  cependant,  nous  voyons  que  l'église  possédait 
des  vases  de  métal  précieux,  des  livres  en  assez  grand 
nombre  pour  alimenter  un  bûcher  considérable,  enfin  une 
décoration  extérieure  en  tuiles  peintes  ou  bien  ouvragées 
et  incrustées7.  Au  cours  de  l'interrogatoire,  le  diacre  dé- 
clare qu'il  obéit  en  tout  à  son  évêque  :  Doctori  meo  in 
omnibus  obsecundo*.  La  dernière  prière  de  l'évèque  lré- 
née  de  Sirmium  contient  une  phrase  analogue  à  celle 
que  nous  rencontrerons  parmi  les  inscriptions  de  Rome 
et  que  nous  pouvons  entendre  comme  d'une  réfutation 
de  la  doctrine  des  millénaristes  :  ...pateant  cœli  tui 
Domine  Jesu]  tit  suscipianl  angeli spiritum servi  tui9. 

....  CE-LI-TI-BI-PA-TEN[«Jio. 

Nous  entendons  une  autre  formule  de  prière  dans  les 
dernières  paroles  de  saint  Fructueux  :   In  mente  me 

'  Monum.  Eccl.  lit.,  n.  3805.  —  -  K.  Le  Etant,  Inscriptions 
chrétiennes  île  la  Gaule,  n.  05,  et  pi.  v,  n.  23.  —  i  Monum. 
Eccl.  lit.,  n.  3037,  39*4,  3049,  3055.  La  variante  etomnem  divi- 
nitus  inspiratam  Scripturam  n'a  aucune  valeur,  c'est  un  dé- 
calque tendancieux  de  H  Tira.,  m,  10.  —  *  Monum.  Eccl.  lit., 
n.  3809.  —  5  Pontius,  Vita  et  jiassio  S.  Cypriani,  14.  Cf.  S.  Au- 
gustin, Serai.,  cccxii,  De  sanctis,  P.  L.,  t.  xxxvm,  col.  1420. 

—  *  Rufinus,  De  vitis  Patrum,  c.  xix,  P.  L.,  t.  XXI,  col.  441. 

—  7  Ipsum  etiam  dominïei  lertmn  devolufo  omni  tegularum 
jraudabatur  ornatu.  Passio  .S.  Philippi,  v.  —  8  Ibid.,  n.  vu. 

—  •Monum.  Eccl.  lit.,  n.  3823.  —  ,0  Ibid.,  n.  3435.  —  '«  Ibid.', 


habere  neceese  est  Eeclesiam1*,  et  on  lit  dans  le  cime- 
tière de  Callisle  :  SANTE  SVS7  E  IN  MENTE HABEAS 
IN  HORATIONES'2. 

Nous  avons  parlé  longuement  ailleurs  des  sources  de 
l'oraison  de  saint  Polycarpe  l;1  ;  nous  ne  ferons  remarquer 
dans  ce  morceau  qu'un  détail.  C'est  l'ordre  donné  de 
transcrire  le  récit  du  martyre  du  vieil  évêque  et  de 
transmettre  les  copies  aux  communautés  les  plus  loin- 
taines. Nous  touchons  ici  à  l'origine  des  passionnaires 
liturgiques  et  on  saisit  en  même  temps  la  raison  histo- 
rique de  la  place  qu'ils  obtinrent  dans  la  liturgie.  Les 
épîtres  circulaires  étaient  alors  fort  goûtées.  Ces  petits 
traités  circulaient  déjà  dans  la  Diaspora,  mais,  de  très 
bonne  heure,  chez  les  chréliens,  ils  prirent  une  exten- 
sion et  une  importance  doctrinale  considérables.  A 
mesure  que  s'étendait  la  conquête  chrétienne,  il  fallut 
pourvoir  à  l'instruction  des  communautés  que  ne  pou- 
vaient visiter  les  apôtres  et  les  principaux  des  Eglises. 
On  y  parvint  en  donnant  aux  épitres  une  autorité  offi- 
cielle; dès  lors,  la  lecture  de  cette  correspondance  tint 
lieu  de  la  propre  parole  des  apôtres;  et  l'importance 
des  matières  qui  s'y  trouvaient  traitées  fit  naturellement 
placer  cette  lecture  au  jour  de  la  principale  réunion  de 
la  communauté  chrétienne.  Quand  la  doctrine  se  trouva 
tout  entière  fixée,  l'habitude  de  ces  correspondances 
était  prise,  on  la  conserva;  mais  désormais,  on  se  com- 
muniqua non  plus  des  écrits  doctrinaux,  mais  des  récils 
historiques  ou  des  admonitions  fraternelles  concernant 
la  vie  de  l'Église  à  laquelle  on  était  rattaché  par  divers 
liens.  Ces  correspondances  nous  ont  valu  plusieurs 
pièces  qui  comptent  parmi  les  plus  parfaites  de  l'an- 
cienne littérature  chrétienne,  par  exemple,  la  lettre 
adressée  par  l'Eglise  de  Smyrne  à  l'Église  de  Philome- 
lium,  celle  des  Eglises  de  Vienne  et  de  Lyon  aux 
Églises  d'Asie  et  de  Phrygie. 

Les  Actes  des  martyrs  nous  fournissent  des  indications 
topographiques  souvent  décisives  pour  l'identification 
des  localités  anciennes.  Cela  tient  à  ce  que  ces  pièces 
ont  été  rédigées  par  des  employés  très  familiarisés  avec 
la  topographie  des  lieux  environnant  ceux  où  ils  habi- 
taient, aussi  leurs  indications  doivent  être  prises  en  sé- 
rieuse considération.  Nous  en  trouvons  la  preuve  dans 
un  document  authentique  ayant  rapport  à  la  persécution 
de  Valérien,  en  259;  les  Actes  du  martyre  de  Marien,  de 
Jacques  et  d'un  grand  nombre  d'autres  chréliens,  en 
Numidie  ii. 

Nous  donnons  ici  le  passage  des  Actes  sur  lequel  est 
fondée  cette  recherche  lâ. 

«  Frères,  vous  connaissez  Marien  et  Jacques;  -vous 
savez,  outre  la  communauté  de  vie  et  de  loi,  les  liens  de 
lamille  qui  nous  unissaient.  Toujours  animés  de  la  même 
pensée,  nous  voyagions  en  Numidie,  lorsque  nous  arri- 
vâmes en  un  lieu  appelé  Muguœ,  qui  touche  au  faubourg 
de  la  colonie  de  Cirta.  Cette  ville  était  alors  livrée  plus 
que  toute  autre  aux  horreurs  de  la  persécution.  Le  pré- 
sident de  la  province  faisait  rechercher  et  saisir  tous  les 
chrétiens,  non  seulement  ceux  qui,  échappés  aux  per- 
sécutions précédentes,  avaient  conservé  la  liberté  sans 
qu'il  en  coulât  rien  à  la  foi,  mais  encore  ceux  qui,  chas- 
sés de  leur  pays,  languissaient  depuis  longtemps  dans 
l'exil. 

«  Parmi  ces  derniers,  on  amena  à  son  tribunal  deux 

n.  4048.  —  li  Ibid.,  n.  3491.  —  '•  Monum. Eccl.  lit.,  De  liturgiis 
antenicenis  inler  se  coulatis,  t.  i,  p.  xxxiv.  —  ^Rapproche- 
ment d'une  inscription  trouvée  à  Constantine  et  d'un  passage 
des  Actes  des  martyrs  fournissant  une  nouvelle  preuve  de 
l'identité  de  Constantine  et  de  Cirta,  par  E.  CaieUe,  dans  les 
Mémoires  de  l'Académie  des  inscriptions  et  belles-lettres, 
II"  série,  Antiquités  de  la  France,  in-4",  Paris,  1843,  t.  i,  p.  200 
sq.  Sur  cette  identification,  cf.  G.  Wilmanns,  dans  l'Hermès, 
1. 1,  p.  47  sq.,  et  dans  le  Corpus  inseriptionum  latinarum,  t.  vm 
p.  018  sq.  —  ,5D.  Ruinart,  Acta  priuwrwn  martyrum  sincera 
et  selecta,  in-lol.,  Veronœ,  1731,  p.  193. 


415 


ACTES   DES    MARTYRS 


416 


évêques,  Agapius  et  Seeundinus;  ils  ne  dédaignèrent  pas 
les  soins  hospitaliers  que  nous  leur  rendîmes  jusqu'au 
jour  de  leur  martyre,  et  laissèrent  en  partant  Marien  et 
Jacques  exaltés  par  leur  exemple.  Deux  jours  après,  la 
villa  que  nous  habitions,  signalée  comme  une  retraite 
connue  pour  être  ouverte  aux  chrétiens,  (ut  envahie  par 
une  multitude  furieuse  qui  me  saisit  tout  d'abord  et  me 
traîna  de  Muguae  à  Cirta.  Le  tour  de  nos  frères  arriva 
bientôt,  car  ils  s'écriaient  :  «  Nous  aussi  nous  sommes 
«  chrétiens.  »  On  les  interrogea,  ils  persistèrent  et  furent 
jetés  en  prison.  Bientôt  ils  eurent  à  souffrir  mille  tor- 
tures. Ce  ne  fut  point  assez  du  soldat  stationnaire;  cet 
exécuteur  des  œuvres  de  cruauté  fut  encore  assisté  dans 
son  oflice  par  les  magistrats  de  Centuriones  J  et  de 
Cirta...  Leur  courage  (à  Marien  et  à  Jacques)  triompha. 
Reconduits  dans  la  prison,  ils  joignirent  leurs  prières 
à  celles  des  autres  chrétiens,  pour  rendre  grâces  à 
Dieu. 

«  Quelques  jours  s'étaient  écoulés  lorsqu'on  les  fit  sor- 
tir pour  comparaître  au  prétoire;  le  juge  de  Cirta  les 
renvoyait  au  président  avec  le  procès-verbal  de  leur  con- 
fession. Après  avoir  renouvelé  devant  lui  leurs  efforts 
pour  hâter  l'issue  de  cette  longue  et  laborieuse  épreuve, 
ils  rentrèrent  encore  dans  cette  prison  de  Lambèse  qui 
les  revoyait  pour  la  troisième  lois... 

«  Enfin,  Marien,  Jacques  et  tous  les  clercs  furent  con- 
duits sur  le  bord  du  fleuve,  au  lieu  qui  devait  les  voir 
mourir.  La  vallée  était  resserrée  entre  deux  collines  dont 
la  grande  hauteur,  dominant  chaque  rive,  se  prêtait 
commodément  au  spectacle  2.  » 

Le  commencement  des  Actes  a  pour  théâtre  Cirta. 
mais  il  est  fait  mention  de  la  prison  de  Lambèse  et  il 
semblerait  vraisemblable  que  les  chrétiens  aient  été  con- 
duits dans  cette  dernière  ville,  si  les  détails  donnés  sur 
la  topographie  du  lieu  de  l'exécution  ne  permettaient 
une  identitication  certaine. 

Nous  devons  tenir  pour  assuré,  d'après  les  termes 
mêmes  de  notre  document,  1°  que  le  premier  écrou  a 
eu  lieu  dans  la  ville  où  siégeait  le  gouverneur  de  la  pro- 
vince, 2°  que  cette  ville  était  alors  Cirta,  capitale  de  la 
province  et  siège  du  gouvernement,  3°  que  ce  lut  à 
Cirta  que  le  gouverneur  fit  comparaître  et  exécuter 
Agapius  et  Secundinus,  4°  que  l'auteur  du  récit  qui  n'a 
pas  quitté  Cirta  a  embrassé  Marien  et  Jacques  dans  leurs 
derniers  moments.  Cependant  le  texte  dit  qu'au  sortir 
du  prétoire  les  martyrs  furent  reconduits  dans  la  prison 
de  Lambèse  qui  deux  fois  déjà  les  avait  vus  et  éprouvés. 
Jam  bis  eis  notus,  bis  usitatus,  itcruni  Lambesitanus 
carcer  accepit.  Outre  que  la  distance  qui  sépare  Con- 
stantine  de  Lambèse  interdit  toute  tentative  d'explication 
par  allées  et  venues  entre  ces  deux  villes,  nous  savons 
que  Jacques  avait  eu  seul  à  souffrir  dans  les  persécu- 
tions précédentes,  au  cours  desquelles  il  aurait  pu  être 
enfermé  à  Lambèse.  Il  reste  que  pour  Marien  il  ne  peut 
être  question  que  d'une  prison  sise  à  Cirta  laquelle  s'était 
ouverte  deux  fois  déjà  devant  lui.  après  l'arrestation  à 
Muguae  et  après  la  première  application  à  la  torture  !. 

•Voyez  la  note  de  Ruinart  sur  cette  ville  de  Centurfones,  p.  196, 
note  9.  —  *Perditcti  sunt  ad  coron»  locutn,  qui  riparum  colli- 
bus  hinc  et  inde  sublimis  média  fluminis  convalle  subsederat  : 
sed  et  spectaculo  oral  cclsa  utrinque  altitudo  aggeris.  Alveus 
ipse  medio  sinu...  —  3Le  texte  suivant  :  Et  jam  transmissi  ad 
président,  negotiosum  ac  difficile  iter  cum  voluptatc  propr- 
raveruttt,  marque  le  renvoi  des  martyrs  par  le  magistrat  munici- 
pal de  Cirta  au  gouverneur,  seul  juge  des  causes  criminelles. 
Fleury  a  traduit  par  ces  mots  :  «  Ils  allèrent  le  trouver  en  diligence 
par  un  chemin  long  et  difficile.  >*  Mais  iter  ne  signifie  autre  chose 
ici  que  la  dernière  étape  du  «  pénible  et  laborieux  voyage  »  de  la  \  le, 
que  Jacques  et  Marien  allaient  fournir  sur  l'ordre  du  gouverneur. 
—  *Carette,  loc.  cit.,  p.  214:  Delamare,  Exploration  scientifique 
de  l'Algérie  pendant  les  années  18W-18&5  ;  Archéologie,  par  Ad.- 
H.-Al.  Delamare,  chef  d"escadron  d'artillerie,  in-tol.,  Paris,  2  vol. 
1850,  pi.  193;  Général  C.renly,  dans  Société  archéologique  de 
la  province  de  Constant ine;  Annuaire,  in-8-,  Paris  et  Constan- 


Enlin,  la  ville  où  Marien  et  Jacques  furent  mis  à  mort  est 
située  sur  le  bord  d'un  fleuve.  Outre  que  ce  nom  ne  peut 
convenir  au  torrent  de  l'Ouad-Serka,  qui  prend  sa  source 
à  quelques  kilomètres  de  Lambèse  dans  les  gorges  de 
l'Aurase,  nous  ne  pouvons  négliger  les  indications  très 
précises  fournies  par  les  Actes  sur  cette  vallée  «  resserrée 
entre  deux  collines  dont  la  grande  hauteur,  dominant 
chaque  rive,  se  prêtait  commodément  au  spectacle  *  ». 
Ces  deux  hauteurs  entre  lesquelles  coule  un  fleuve  se 
retrouvent  à  peu  de  distance  de  Cirta.  Entre  le  Mansou- 
ra  et  le  Coudit-âti  coule  le  Rummel  qui  disparait  un 
peu  plus  loin  dans  un  gouffre.  Aucune  position  en  amont 
de  celle-ci  ne  se  prête  à  la  description  des  Actes. 
Sur  le  Mansoura  fut  relevée  l'inscription  suivante  : 

+  Mil-  NON  SEPT-PASSIONE   MARTVR 
ORVM   HORTENSIVM   MARIANI   ET 
IACOBI   DATI   IAPIN  RVSTICI  CRISPI 
TATI   METTVNI  BICTORIS  SILBANI   EGIP 


5       TU   SCI   Dl  MEMORAMINI  IN  CONSPECTV   DNI 
CVARVM   NOMINA  SCIT  IS  QVI  FECIT  ÎN~D  XV 

«  C'est  donc  à  Cirta  même,  sur  les  bords  de  l'Ampsaga, 
et  nullement  à  Lambèse,  qu'eut  lieu  le  martyre  de  Ma- 
rien et  de  Jacques.  Mais  pourquoi  cette  épithète  de  Lam- 
besitanus appliquée  à  une  prison  de  Cirta  V  C'est  que  les 
noms  sont  une  affaire  de  caprice  et  de  hasard.  Lambèse 
était  une  ville  de  Numidie  assez  importante  pour  que 
son  nom  eût  été  donné  à  des  édifices  publics.  Il  y  avait 
sans  doute  une  prison  (dite)  de  Lambèse  à  Cirta;  il  y 
avait  peut-être  une  prison  (dite)  de  Cirta  à  Lambèse, 
comme  nous  voyons  une  prison  de  Clichy  et  un  pont  de 
Constantine  à  Paris,  comme  il  y  avait  en  Afrique  une 
ville  qui  s'appelait  Cellsc  Picentins5.  » 

Ce  n'est  que  sous  les  plus  expresses  réserves  que 
nous  donnons  ces  observations  sur  la  passion  des  Actes 
de  saint  Jacques  et  de  saint  Marien.  Mor  Toulotte6  avait 
adopté  les  conclusions  de  Carette  en  laveur  de  Cirta. 
mais  M.  Osell  a  revendiqué  pour  Lambèse  l'honneur 
d'avoir  vu  le  martyre  des  saints.  Selon  lui  la  topographie 
des  environs  de  Lambèse  s'accommode  bien  avec  la  des- 
cription faite  par  les  Acles.  «  Celait  un  endroit  où  une 
rivière  coulait  encaissée  entre  deux  collines,  offrant  aux 
regards  de  chaque  côté  des  berges  élevées.  On  retrouve 
à  quelques  centaines  de  mètres  au  sud  de  Lambèse,  dans 
les  ravins  appelés  Chabet  Tazouin  et  Chabet  Tanoucht, 
les  sites  qui  répondent  exactement  à  cette  description  ".  » 
Le  besoin  où  se  trouve  ce  savant  d'expliquer  l'inscription 
de  Cirta  par  s  une  erreur  du  clergé  byzantin  de  Constan- 
tine »  nous  satisfait  assez  peu  et  jusqu'à  nouvel  ordre 
nous  pensons  que  Cirta  peut  être  regardé  comme  le  lieu 
du  martyre.  Les  Actes  dont  nous  parlons  ont  donné  lieu 
a  une  autre  identification  démontrée  erronée  aujourd'hui. 
En  1851,  Léon  Rénier  signala  l'existence,  au  sud  du 
Preetoriunx  de  Lambèse,  d'un  petit  édifice  à  deux  étages 
terminé  par  une  abside  en  pierres  de  taille  et  qu'il  dé- 
signa comme  «  le  carrer  lambesitanus  dont  il  est  ques- 

tine,  1853,  t.  i.  p.  79.  n.  i.xxxv,  pi.  17;  I..  Renier,  Recueil  des 
inscriptions  romaines  de  l'Algérie,  in-fol.,  Paris,  1855  sq., 
n.  2145;  (i.  YVilmanns,  Corpus  inscript,  latinaruin.  t.  vin. 
ii  7924,  Cf.  Oe  Rossi,  dans  Pitra,  Spicilegium  solesmense,  in-4\ 
Paris,  1858,  t.  IV,  p.  518.  Sur  le  commentaire  de  cette  insa  ip- 
tion  par  M.  Hase  annexé  au  mémoire  de  Carette,  loc.  cit.,  voye* 
C.  Cahier,  Souvenirs  de  l'ancienne  église  d'Afrique,  in-12,  Paris, 
s.  d.,  p.  301-308.  —  5  Carette,  loc.  cit.,  p.  212.  Sur  ces  martyrs, 
cf.  Pio  Franchi  de  Cavalieri,  I.a  Putufe  di  SS.  Mariant  e  Ja- 
cobi,  dan-  les  Studie  testi,  Roma,  1900,  fasc.  3.  —  «Toulette, 
aphie  de  r.\friqur  ancienne.  Numidie,  in-8',  Rennes,  1894, 
p.  30.  —  'S.  Osell,  Observations  BUT  l'inscription  îles  Martyrs 
de  Constantine,  dans  le  .Recueil  de  ta  Société  arch.  de  la  yrov.de 

Constantine.  1895-1S90,  t.  xxx,  p.  214-215.  Voir  le  plan  de  UfflMaa 
publié  dans  le  t.  XXIII  du  même  Recueil,  et  compare?,  dans  I Via- 
mare,  Explor.  archéologique  de  t Algérie,  in-fbl.,  Paris,  1850, 
pi.  135,1a  vue  des  gorges  du  Rummel  prise  du  rocher  des  martyrs. 


417 


ACTES    DES   MARTYRS 


418 


tion  dans  les  Actes  du  martyre  dn  saint  Jacques  et  de 
saint  Marien1.  »  Cet  édifice  a  été  déblayé  en  1885  et 
M.  Cagnaty  reconnut  une  des  constructions  faisant  par- 
tie des  scliolœ  de  sous-officiers  de  legio  III1  Atigusta2, 
les  fouilles  de  1897  et  1898  ont  vérifié  l'exactitude  de  cette 
rectification  '. 

Les  Actes  authentiques  sont  très  inégalement  répartis 
entre  les  différentes  régions  du  monde  romain.  Ce  fait 
tient  à  des  causes  multiples,  les  unes  concernent  les 
conditions  dans  lesquelles  s'exerçait  l'administration 
dans  les  provinces  romaines,  les  autres  s'expliquent  par 
la  nature  du  lien  qui  l'attachait  alors  les  communautés 
chrétiennes,  et  qui  était  moins  étroit  qu'il  n'est  devenu 
depuis.  Par  exemple,  dans  la  grave  question  des  tradi- 
teurs,  il  y  eut  un  état  d'esprit  et  une  conduite  contraires 
dans  la  province  d'Afrique  et  dans  celle  d'Asie1. 

Les  Actes  syriaques  des  martyrs  de  la  Perse  sous  le 
régne  de  Sapor  II,  au  iv«  siècle,  contiennent  un  très 
grand  nombre  de  détails  dont  quelques-uns  sont  du  plus 
rare  intérêt  pour  la  géographie  ancienne  du  pays,  à 
l'époque  des  Sassanides5  ;  d'autres  donnent  un  récit 
ancien  des  démêlés  survenus  entre  le  patriarche  Papas 
et  son  clergé6;  les  Actes  des  martyrs  Gèles  nous 
apprennent  que  cette  peuplade  répandue  sur  la  côte 
sud-ouest  de  la  mer  Caspienne  fournissait  un  corps  de 
mercenaires  dans  les  armées  perses  et  qu'ils  étaient 
chrétiens  depuis  le  iv  siècle7.  Dans  les  Actes  d'Hip- 
parque  et  Philothée,  martyrs  en  Mésopotamie,  on  trouve 
une  intéressante  description  de  la  ville  de  Samosate  au 
commencement  du  IVe  siècle8.  Un  trait  mérite  d'être 
signalé.  On  sait  que  les  persécutions  de  Sapor  eurent 
presque  toujours  pour  prétexte  la  sympathie  des  chré- 
tiens de  la  Perse  pour  les  empereurs  romains  convertis; 
or,  l'édit  de  persécution  parait  avoir  été  inspiré  par  la 
formule  en  vigueur  à  Rome,  telle  que  M.  Gaston  Boissier 
l'a  reconstituée lJ  :  Publicatuni  est  ediclum  crudele,  et 
educta  eut  wnmitis  romphea,  gladioque  impertita  est 
poteslas  ad  perdendum  quemeumque  dicentem  :  Chri- 
slianus  ego  sum.  A  ce  propos,  nous  pourrons  fournir  à 
la  démonstration  de  ce  savant  une  nouvelle  preuve  dans 
la  Passion  de  saint  Savin  où  le  peuple  crie  :  Chrisliani 
lollanlur  et  voluplas  constat.  Diclumest  duodecies  : Per 
caput  Augusli,  Cluistiani  non  sintlu. 

Les  Actes  des  martyrs  d'Afrique  comptent  parmi  les  piè- 
ces les  plus  achevées.  Nous  n'en  relèverons  ici  qu'un  seul 
détail  qui  a  trait  à  la  vision  de  Saturus,  compagnon  de 
martyre  de  sainte  Perpétue.  Un  rapprochement  s'établit 
naturellement  entre  la  vision  dont  fut  favorisé  ce  chré- 
tien et  les  récits  similaires  de  l'Apocalypse.  Ce  qui  trappe 
tout  d'abord,  c'est  la  réduction  du  patron  liturgique  laissé 
par  l'apôtre  saint  Jean.  Le  matériel  et  le  personnel  se 
ressentent  probablement  de  la  modestie  imposée  à  une 
petite  église,  comme  celle  de  Thuburbe.  Les  vingt-quatre 
vieillards  sont  réduits  au  nombre  de  quatre,  la  synaxe 
parait  appartenir  au  type  qu'on  a  nommé  «  alitur- 
gique  » ,  c'est-à-dire  la  réunion  qui  n'était  pas  suivie 
de  sacrifice,  enfin  elle  ne  se  poursuit  pas  sans  fin,  jour 
et  nuit,  et  le  baiser  de  paix  ne  vient  qu'après  le  Trisa- 
gion,  ce  qui  marque  encore  un  peu  plus  l'écart  existant 
dès  cette  époque  entre  l'usage  oriental  et  le  type  litur- 
gique romano-alricain. 


1 L.  Renier,  dai^  l-  Ai  chives  des  missions  scientifiques,  1851, 
p.  481,  note  1.  —  2  R.  Cagaat,  Armée  romaine  d'Afrique,  in-8% 
Paris,  1802.  p.  538,  Gg.  —  ;l  M.  Besnier,  Les  schol;e  de  sous-offi- 
ciers dans  le  camp  romain  de  Lambè&e,  dans  les  Mélang.  d'arch. 

e£d'/!is£..18'J9,  t.  xix,p.  225;  voyez  un  plan  de  l'édifice  en  question, 
p.  230,  fig.  3  et  pi.  VI.  Lamboesis,  dans  Nuovo  bail,  di  arch. 
crist.,  1898,  p.  212  sq.  —  *  Cf.  P.  Allard,  La  persécution  de  Dio- 
ctétien, in-8%  Paris,  1890,  t.  i,  p.  254  sq.  —  "  Actes  de  Karduy ; 
Actes  de  Saba-Pirgouschnasp.  Cf.  R.  Duval,  La  littérature  sy- 
riaque, p.  127  sq.  —  6  Actes  de  Miles.  Cf.  R.  Duval,  La  littéra- 
ture syriaque,  p.  127  sq.  —  7  Bedjan,  Acta  mart.  et  sanct., 
t.  IV,  p.  luC  sq.  —  8  Assémani,  Acta  sanct,  mart.,  t.  Il,  p.  123- 

D1CT.   D'ARCH.   CHRÉT. 


En  Gaule,  la  lettre  adressée  par  les  Églises  de  Vienne 
et  de  Lyon  aux  Églises  d'Asie  et  de  Phrygie  a  donné  lieu 
à  d'ingénieuses  conjectures.  Les  réminiscences  bibliques 
contenues  dans  cette  pièce  paraissent  trahir  un  écrivain 
plus  familier  avec  l'ancienne  version  en  usage  dans  les 
trois  ilôts  chrétiens  de  la  Gaule  du  IIe  siècle,  Lyon, 
Vienne  et  Autun,  qu'avec  l'original  grec". 

XL  Les  Actes  des  martyrs  et  l'histoire  littéraire. 
—  Les  Actes  nous  lournissent  des  documents  tout  à  fait 
curieux  au  point  de  vue  de  l'histoire  littéraire.  Quelle 
que  lût  la  culture'  intellectuelle  des  martyrs,  ils  étaient 
au  courant  des  écrits  contemporains.  Les  Actes  des  mar- 
tyrs d'Afrique  nous  donnent  sur  ce  point  plusieurs  laits 
certains. 

Les  visions  de  sainte  Perpétue  offrent  des  points  de 
contact  évidents  avec  les  images  mises  en  circulation 
par  un  livre  alors  célèbre,  le  Pasteur  d'Hermas.  Le 
rapprochement  a  été  établi  longuement  ailleurs,  nous 
n'en  rapportons  ici  que  quelques  traits  12. 


PASSIÙ   PERPETUEE. 

Jam  in  magna  dignatione  es, 
tanta  ut  postules  visionem  et 
ostendatur  tibi  an...  (c.  IV). 

Bene  venisti. 

In  habitu  pastoris. 

Tune  intellexi  translatum  eum 
esse  de  pœna(c.  vm). 
Et  facta  sum  masculus  (c.  X). 

Elïerens...  raraum  viridem  in 
(juo  erant  mala  aurea. 

Coepimus  ferri  a  quattuor  an- 
gelis  in  orientem,  quorum  ma- 
nus  nos  non  tangebat  (c.  XI). 


Niveos  habentem  eapillos  et 
vultu  juvenili  cujus  pedes  non 
vidimus  (c.  xii). 

Osculati  sumus  illum...  et 
dixerunt  nobis  seniores  :  Ite  et 
ludite. 


Si  quas  habetis  inler  vos  dis- 
senti nés  dimitlit?  vckis  invi- 
eem  (c.  xin;. 


iif.km.e  pastor. 

Quia  me  dignum  aestimavit  ut 
ostenderet  mihi  mirabilia  sua 
<  Visio,  iv,  1). 

Bene  elTugisti  (Visio,  iv,  2). 

Habitu  pastorali  (Mand.  pro- 
œm.). 

Tune  illis  continget  transferri 
de  pœnis  (Visio,  m,  7). 

Et  videbar  iunior  lactus  esse 
(Similitudo,  ix,  11). 

Alii  aflerebant  virgas  suas  vi- 
rides  (Similitudo,  vin,  §2,  n.l). 

Venerunt  quattuor  juvenes  et 
tulerunt  cathedram  ad  orien- 
tem... duo  quidam  viri...  su- 
stulerunt  illam  humeris  et  abie- 
runt,  ubi  et  cathedra  erat  ad 
orientem  (Visio,  i,  4). 

Faciem  quidem  juvenilem  ha- 
bebat...  capiltos  aniles  (Visio. 
m,  10)  borum  laciem  non  vidi 
illad.). 

Osculari  me  cœpit..  et  ipsœ 
cœperunt  me  ut  fratrem  oscu- 
lari, et  ducere  circa  turrim  et 
lndeie  mecum  (Similitudo,  IX, 
11). 

Pacem  habete  abus  cum 
alio...  et  suscipite  vos  invi- 
cem...  ne  forte  hoe  dissentiones 
vesu-ae  fraudent  vitam  ve- 
stram...  Commonete  ergo  vos  in- 
vicem  (Visio,  m,  9). 


Nous  ne  cherchons  pas  ici  à  analyser  ces  visions, 
cette  question  sera  traitée  ailleurs.  Voir  le  mot  Visions. 
Un  autre  lait  mérite  d'être  rapporté  afin  d'apprendre  a 
ceux  que  ces  recherches  intéressent  ce  qu'on  en  peut 
attendre.  Les  martyrs  de  Carthage,  Luce,  Montan  et 
leurs  compagnons  adressèrent  à  leurs  frères  une  lettre 
dont  la  fin  est  manifestement  inspirée  par  une  rémi- 
niscence de  quelque  poème  dans  le  goût  de  Commodien, 
leur  contemporain13. 


147.  —  "Assémani,  Dibliutheca  oriental)!,  Romae,  1719,  t.  I,p.  187 
Cf.  G.  Boissier,  dans  la  Jïevue  archéologique,  1S76,  t.  xxxi, 
p.  119  sq.  —  10Baluze,  Misccllunea,  éd.  Mansi,  t.  I,  p.  12.  Cl.  AC- 
CLAMATIONS, col.  240.  —  "  Armitage  Robinson,  Note  on  retrans- 
lation from  a  latin  version  of  the  N.  T.,  dans  Texte  and  sludies, 
in-8",  Cambridge,  1891,  t.  i,  fasc.  1,  Addilional  notes,  n.  2,  p.  97- 
100.  —  l»  Robinson,  The  passion  of  S.  Perpétua,  uewly  edited 
from  the  ma.  witk  an  introduction  and  notes,  dans  TextS  and 
studies,  1891,  t.  i,  lasc.  2.  Voir  les  chap.  :  The  influence  of  the 
Shephcrd  of  Hermas  upon  the  Visions  of  martyrs  et  The  tn- 
flucuce  o/  the  Apocalypse  of  Peter  on  the  vision  of  Saturus.  — 
,3DeRossi,  Inscr.  christ,  urb.  Rom.,  t.  il. pais  l,proœm.  p.xxxu. 

I.  -  14 


419 


ACTES   DES    MARTYRS 


4'A) 


Acta  martyrum,  Amstelodami, 
1723,  p.  233-234. 
Si  nos  invitant  iustis  promissa 
praemia,  si  terret  iniustis  pœna 
proedicta,  si  cum  Christo  esse 
et  regnare  cupimus,  quœ  ad 
Christum  et  ad  regnum  ducant, 
illa  faciamus. 


Restitution  des  hexamètres. 

Si   nos  invitant  promissa  prœ- 

[mia  iustis, 

Si  terret  injustis  pœna  praedicta 

[(gehenna?), 

Si  cum  Christo  esse  et  (semper) 

[regnare  cupimus, 

Qux   ad    Christum  et    regnum 

[ducant,   illa  faciamus. 


XII.  Les  Actes  des  martyrs  et  l'épigraphie.  —  Les 
Actes  des  martyrs  ont  avec  l'épigraphie  un  lien  parti- 
culièrement étroit. 

Les  Actes  ont  conservé  un  grand  nombre  de  traits  et 
d'expressions  qui  sont  en  parfaite  concordance  avec  les 
épitaphes  chrétiennes.  Une  marque  de  la  plus  haute 
antiquité  pour  les  inscriptions  non  datées,  c'est  ta  pré- 
sence du  vieux  système  romain  des  tria  nomina,  la 
mention  du  père  du  défunt,  de  ceux  qui  lui  ont  consacré 
une  tombe,  l'indication  de  sa  patrie,  de  sa  condition 
sociale,  de  sa  protession,  enfin  la  date  de  la  mort  et  le 
calcul  minutieux  du  temps  de-sa  vie  entière.  Tout  ceci 
appartient  au  formulaire  de  l'épigraphie  lunéraire 
païenne  dont  le  type  se  maintient  invariable  pendant 
des  siècles;  au  contraire,  chez  les  fidèles  d'Occident,  on 
observe  que  chacune  de  ces  mentions  tombe  pièce  à 
pièce  et  fait  place  finalement  à  un  formulaire  différent. 
Un  changement  si  général  et  si  complet  s'explique  par 
le  triomphe  d'une  doctrine  condamnant  ces  mentions  en 
apparence  inoffensives.  Or  cette  doctrine,  nous  en  voyons 
les  principes  énoncés  dans  certains  Actes. 

Si  on  se  reporte  au  schéma  de  l'interrogatoire  que 
nous  avons  donné  plus  haut,  on  remarquera  que  les 
interrogations  qui  sont  faites  correspondent  aux  men- 
tions des  épitaphes  païennes.  L'inculpé  doit  déclarer 
son  nom,  celui  de  son  père,  sa  patrie,  sa  profession,  sa 
condition  sociale.  Or,  aux  interrogations  qui  leur  sont 
faites,  nous  entendrons  répondre  les  chrétiens  d'une 
manière  toute  nouvelle.  «  As-tu  des  parents?  dit-on  à 
Pierre  Balsame.  —  Je  n'en  ai  pas.  —  Tu  mens,  reprend 
le  juge;  on  m'a  dit  que  ton  père  et  ta  mère  existent.  — 
L'Évangile  m'ordonne  de  renier  tout,  à  l'heure  de  la 
confession1.  »  Saint  Irénée  de  Sirmium  est  imbu  de  la 
même  doctrine  ;  sa  femme,  ses  petits  enfants,  ses  parents 
l'avaient  entouré,  supplié  devant  tous;  on  l'interrogea  : 
*  Tu  es  marié?  —  Non.  —  As-tu  des  parents?  —  Non. 

—  Et  quels  sont  ceux  qui  pleuraient  à  la  dernière  au- 
dience? »  Irénée  répondit  :  «  Le  Seigneur  a  dit  :  Celui- 
là  n'est  pas  digne  de  moi  qui  me  préfère  son  père,  sa 
mère,  son  épouse,  ses  frères  ou  ses  enfants'-.  »  Saint 
Lucien3,  saint  Hiérax4,  saint  Victor  d'Agen5  répondent 
de  même.  La  patrie  est  également  omise,  la  condition, 
et  le  reste.  A  Lyon,  en  l'an  177,  on  interrogeait  un 
diacre  nommé  Sanctus;  à  toutes  les  questions,  celui-ci 
opposa  une  seule  réponse  :  «  Je  suis  chrétien6,  »  et  à 
propos  de  la  même  parole  dite  et  répétée  par  saint 
Lucien,  saint  Chrysostome  s'écrie  :  «  Celui  qui  pro- 
nonce cette  parole  a  fait  connaître  sa  patrie,  sa  famille, 
sa  condition,  tout  enfin  à  la  fois.  Le  chrétien  n'appar- 
tient pas  à  une  ville  de  la  terre,  mais  a  la  Jérusalem 

«Ruinait,  Acta  sinecra,  1713,  p.  502.  —  «  Ibid.,  p.  402,403. 

—  *S.  Jean  Chrysostome,  liumil.,  XL VI,  n.  3,  P.  G.,  t.  i,  col.  524 
sq.  —  •  Acta  S.  Justini,  3,  dans  Ruinart,  toc.  cit.,  p.  59.  —  *  Acta 
S.  Victoris  Aginnensis,  dans  Acta  sanct.,  jan.  t.  n,  p.  167.  — 
« Eusèbe.Hist.  ecclcs.,  1.  V,  c.  i,  P.  G.,  t.  x\.  col.  M6.  —  "S.  Jean 
Chrysostome,  Homil.  in  S.  Lucianum,  n.  3,  P.  G.,  t.  L,  col.  524 
sq.  —  «Cf.  Ruinart,    loc.   cit.,   1713,   p.   59,  157,  389,  397,  478. 

—  •  Martyrium  Polycarpt,  dan%  Funk,  Opéra  Patrum  apustuli- 
corum,  L  i.  -  "  Ruinait,  Acta  sinecra,  1089,  p.  457 sq.  —  ' '  Rui- 
nart, Acta  sincera,  p.  309.  —  "Acta  S.  Marciamr.  dans  Acta 
sanct.,  9  janv.  —  ,3  Gruter,  Corp.  inscr.,  p.  cccclxxxix,  n.  12.  — 
"Passio  S.  Savini,  5,  dans  Baluze,  Miscell.,  t.  1,  p.  12.  —  "Orelli, 
Inscript,  latinar.  scleclar.  ampliss.  coltectiu,  in-8\  Turici,  1S28, 
a:  1758.  —  "Acta  martyrii  SS.  2'imolliei  et  Maurx,  8,  dans  Acta 


céleste.  La  libre  cité  de  la  Jérusalem  d'en  haut  est  noire 
mère.  Le  chrétien  n'a  point  de  profession,  il  est  du 
monde  immatériel.  Pour  nous,  dit  l'Apôtre,  nous  vivons 
déjà  dans  le  ciel.  Le  chrétien  a  pour  concitoyens  et  pour 
parents  les  saints.  Il  est  écrit  :  Nous  sommes  les  conci- 
toyens des  saints  et  les  serviteurs  de  Dieu.  Une  seule 
parole  disait  donc  exactement  qui  était  le  martyr,  quels 
étaient  son  pays,  sa  protession,  sa  famille7.  » 

Tous  ces  traits  se  retrouvent  dans  les  épitaphes  et 
dans  les  interrogatoires  du  recueil  de  dom  Ruinart8. 
Un  autre  point  de  contact  remarquable,  c'est  la  mention 
de  la  date  de  la  mort.  Nous  avons  montré  que  le  récit 
officiel  des  souffrances  endurées  par  les  fidèles  servait  à 
l'office  liturgique,  principalement  lors  de  l'anniversaire 
du  martyr.  Cet  anniversaire,  dont  nous  voyons  l'usage 
établi  dès  le  milieu  du  IIe  siècle  9,  constituait  une 
innovation  sur  les  coutumes  païennes.  La  mort  n'ap- 
portait aux  gentils  qu'un  avenir  trop  incertain  —  si 
ce  n'était  pas,  suivant  un  grand  nombre,  le  néant  — 
pour  qu'on  ne  répugnât  à  en  rappeler  le  souvenir.  Les 
chrétiens,  au  contraire,  y  voyaient  une  nouvelle  nais- 
sance :  dies  nalalis,  et  célébraient  ce  jour  comme 
celui  de  la  délivrance.  On  en  faisait  mention  exprès-. ■ 
sur  les  épitaphes  et  on  avait  l'usage  de  transcrire  en 
tète  des  actes  ou  à  la  conclusion,  la  date  exacte  de  la 
mort. 

Signalons  un  dernier  point.  On  sail  quelle  répugnance 
le  christianisme  professait  pour  le  métier  des  armes. 
Le  traité  De  corona  militis  répondait  exactement  à 
l'état  d'esprit  d'un  grand  nombre  de  chrétiens  que  la 
lecture  publique  et  solennelle  des  Actes  des  saints  avait 
dû  fortifier  puissamment.  On  proposait  en  exemple 
l'héroïsme  de  Tarachus  '"  quittant  l'armée  afin  de  garder 
sa  foi.  de  Maximilien  "  se  refusant  au  service  obligatoire, 
et  martyrs  tous  deux.  Or,  les  inscriptions  portant  la 
mention  de  titres  militaires,  avant  la  paix  de  l'Lylise, 
sont  extrêmement  rares. 

Ln  ce  qui  concerne  les  mots  ou  les  phrases  qui  peuvent 
être  rapprochés  des  expressions  identiques  relevées 
dans  les  inscriptions,  leur  nombre  est  très  grand.  Bor- 
nons-nous à  en  citer  quelques-unes. 

...  in  ludo  giadiatorio  l-... 

...  LVDVM  ETIAM  GLADIATORIVM  «'. 

...  lapide  coroiite'*... 

...  SIMVLACRA  DVO COROLITICA  <». 

...  stipendia  menterunt 1S... 

...  STIPENDIA  AVT  PLVRA  MERVERVNT  ». 

...  sociala  Martyribus1*... 

...  MART(;/|RIBVS  SOCIATAE  i». 

...  -/j;i<7Teïvô;  àx  /pturiacvtôv  yovàov  20... 

...  reNeHxpicTiANOcîi. 

...  visionibus  sxpe  adrioni/a1'-... 

...  VISIONIB[n*-)   FREQVENTER   ADMONIT[wî]«. 

...  ni  tibi  bene  sit '-*... 

...  BENE  SIT  TIBI  =•-. 

...  jam  in  morte  estis  cotUtltuH**... 

...  HVNC  MORTI  CONSTITVTVM  ESSE21 

...  rir  toiius  sanctilatis  -8... 

...  TOTIVS  CASTITATIS  et  d'autres*». 

sanct.,  3  mai.  —  "  Léoi  ucil  de  diplflmes  militaires, 

in-V.  Paris,  1870,  ji.  56,  96,  100,  128,  etc.  —  «•  De  1  .  Acta 

martyrum  ad  Ostia  Tihcrina,  p.  i.xv.  —  "Le  Blant,  Insctipt. 
chrétiennes  de  ta  Gaule,  n.  854,  cf.  a.  288  et  492.  —  "Acta  S.  Ursi- 
cini,  4.  dans  Acta  sanct.,  14  août.  —  »'  Bayet,  De  tilutis  Allicir 
Christiania,  in-s\  Lutetis,  1s7,s,  n.  75.  —  "  Acta  sanct.,  jun., 
t.  m,  p.  821.  —  «•'  E.  Le  Ulant.  friser,  chrét.  de  la  Gaule,  n.  678  I». 
—  »*  Acta  S.  Canionis.  15,  dans  Acta  sanct..  25  mai.  —  "Car- 
dinali,  Iscritioni  antiche  VeKterne  illustrate,  in-4-,  Roma,  1833, 
p.  150.  —  *•  Vita  SS.  Fauslini  et  Jovitm,  7,  dans  Acta  sanct., 
15  fùvr.  —  "  Marin),  Atti  c  monument!  (/*•'  fratelli  Arvali,  in-4*. 
Roma,  1795,  p.  171.  —  •*  Passio  SS.  Rufl  et  Carponii,  1,  dans 
Acta  sanct.,  87  août  —  "Passionei,  Iscrizioni  antiche,  in-IoL, 
Lucca,  1763,  cl.  val,  n.  19. 


4-21 


ACTES    DES    MARTYRS 


422 


...  xat  Ttavrc  Tw  oixd)  oou'... 

...  K£  DANTOC  TOC  TOY  OIKOY  AYTOY  *. 

...  Ynep  nANîoc  toy  oikoy  moy^. 

...  KAI  TOY  OIKOY  OAOY  *. 

...  per  l[v\r»inare  cryplse  jactantes'... 

...  AD  LVMINARE6.' 

...  coronati  sunt  sancti  7... 

...CORONATI  SVNT  BEATI  CONFESSORES». 

....  moniti  sunt  per  visuni9. 

...  VISV  MONITVS'o. 

Ces  observations  pourraient  être  multipliées;  mai* 
elles  suffiront,  telles  quelles,  à  montrer,  d'une  pari, 
l'étendue  ds  sujet,  et  d'autre  part,  à  indiquer  les  con- 
clusions générales  qu'une  étude  plus  approlondie  per- 
mettra de  tirer,  mais  qui  sont  en  dehors  de  nos  recherches. 
Elles  appartiennent  à  l'historien.  Le  rôle  de  l'archéologue 
est  beaucoup  plus  modeste,  il  n'en  est  peut-être  que 
plus  attrayant  et  ses  observations  plus  durables. 

XIII.  Les  Actes  des  martyrs  et  les  monuments  figi  - 
RES.  _  /,  sarcophages.  —  Plusieurs  sarcophages  se  sont 
inspirés  des  apocryphes  pour  la  représentation  du  mai- 
tyre  de  saint  Paul. 

Un  sarcophage  du  musée  de  Marseille  y  consacre  deux 
scènes  (lig.  67).  La  première  représente  l'apôtre  avec  le 
soldat  qui  va  le  décapiter  au  lieu  dit  A  g  use  Sainte:  cette 


67.  —  Lu  cusloùla  militaris. 

Fragment  d'un  sarcophage  chrétien  du  musée  de  Marseille. 

D'après  une  photographie. 

note  topographique  est  indiquée,  suivant  l'usage  adopl 
pour  représenter  les  fleuves  et  les  sources,  par  une  tige 
de  roseau  ".  La  seconde  scène  montre  l'apôtre  aux  mains 
d'un  homme  dont  le  costume  n'olire  aucune  note  carac- 
téristique et  qui  lui  a  passé  une  corde  au  cou.  Ceci  com- 


•  Martyrium  S.  Vari,  6,  dans  Acta  sanct.,  8  oct.  —  *  F.  Lenor- 
mant,  Recherclies  archéologiques  à  Eleusis,  in-8%  Paris,  1862, 
p.  379.  —  'Bertoli,  Le  antidata  d'Aquileja,  in-iul.,  Venezia,  1730, 
p.  343.  —  *  Le  Blant,  [riscr.  chrét.  de  la  Gaule,  n.  547.  —  5  Acta 
SS.  Marcellini  et  Pétri,  10,  dans  Acta  sanct.,  2  juin.  —  •  De 
Rossi,  Borna  sotterr.,  in-4%  Roma,  1877,  t.  m,  p.  109.  Ct.  E.  Le 
Blant,  Les  Actes  des  martyrs,  p.  275.  —  ''Acta  SS.  Marcelli. 
Mammx,  1,  dans  Acta  sanct.,  27  août.  —  8  De  Rossi,  Bull.  di 
arch.  crist.,  1864,  p.  30.  —  "Acta  S.  Devotm,  9,  dans  Acta 
>anct.,  27  janv.  —  ">Gruter,  loc.  cit.,  p.  LXX,  n.  7;  p.  cxxx,  n.  11. 
—  "  G.  Zoëga,  Bassiritievi  di  Huma,  in-'r,  Roma,  1808,  t.  II, 
pi.  LV;De  Rossi,  Bullettino  di  arch.  crist.,  1872,  pi.  11,  n.  1 
R.  Garrucci,  Sturia  dell'arte  cristiana,  in-tol.,  Prato,  1873, 
pi.  cccxxiv,n.2.  —  <*Act.,  XXVIII,  16;  Digest.,  1.  XLVIII,  tit.  vm, 
1.  1. 12, 14;  Josèphe,  Anliq.  jud.,  XVTII,  vi;  Sénèque,  Epist.,  v, 


mente  exactement  ce  que  nous  apprennent  les  Actes  des 
Apôtressur  la  captivité  de  saint  Paul  à  Rome,  où  il  lut 
constitué  à  L'état  de  cusùodia  militaris,  c'est-à-dire  re- 
mis à  la  garde  d'un  frumentaire  prétorien  et  logé  à  ses 
(rais  dans  l'enceinte  ou  dans  le  voisinage  des  cdstraprx- 
toriana12.  Cette  demi-liberté  faisait  place  à  une  mesure 
très  différente  dès  que  l'apôtre  sortait;  il  devait  alors 
être  attachée  son  gardien  '  ■'  :  c'est  cette  circonstance  que 
rappelle  le  bas-reliei.  La  scène  est  occupée  par  une 
troisième  personne,  une  lemme  debout,  dont  l'identifi- 
cation n'est  pas  certaine.  Le  P.  Garrucci  y  voit  sainte 
Thècle.  De  Rossi,  dom  Guéranger  et  E.  Le  Blant  pré- 
fèrent y  voir  une  Romaine  nommée  Plautilla  à  laquelle 
le  pseudo-Linus  donne  un  rôle  dans  la  scène  du  martyre 
de  saint  Paul  '*, 

«  Quand  Paul  arriva  aux  portes  de  la  ville,  une  dame 
noble  nommée  Plautilla,  généreusement  altachée  aux 
apôtres  et  remplie  de  zèle  pour  la  religion,  approcha  de 
lui.  Elle  pleurait.  Paul  lui  dit  :  Va,  Plautilla,  fille  du  sa- 
lut éternel,  préte-moi  le  voile  qui  te  couvre  la  tête  et 
écarte-toi  un  peu  à  cause  de  la  foule.  Attends  ici  jus- 
qu'à mon  retour,  je  te  rendrai  alors  ce  voile  que  je  ré- 
clame de  ta  charité.  Il  servira  à  me  bander  les  yeux, 
après  quoi  je  le  le  remettrai  afin  qu'il  te  soit  le  gage  de 
mon  amour  pour  le  nom  du  Christ  à  l'instant  où  je  vais 
à  lui.  Plautilla  présenta  le  voile  18.  » 

Rappelons  que  le  martyre  de  saint  Paul  se  voit  en- 
core sur  un  sarcophage  de  Saint-Maximin  l6,  sur  celui 
de  .lunius  Bassus  17,  sur  un  autre  sarcophage  conservé 
au  musée  de  Latran  18. 

//.  DAS-nELiErs  es  maiuuie.  —  En  1875,  ont  été  retrou- 
vées dans  la  basilique  semi-souterraine  du  cimetière  de 
Domitille  19  deux  colonnes,  ayant  fait  partiedu  ciborium; 
sur  chacune  desquelles  étaitsculptée  la  décapitation  d'un 
martyr.  C'est  un  travail  du  IVe  siècle.  L'une  des  colonnes 
est  entière  et  porte,  au-dessus  du  bas-reliet,  le  nom 
d'ACILLEVS;  de  l'autre,  il  ne  reste  qu'un  fragment, 
qui  permet  néanmoins  d'y  trouver  une  réplique  servile 
du  sujet  précédent;  le  nom  de  NEREVS  devait  y  être 
écrit.  Les  colonnes  sont  de  marbre  blanc,  au  diamètre 
de  0m25.  Le  martyr  est  vôtu  d'une  tunique,  il  a  les 
bras  liés  sur  le  dos  et  attachés  à  une  croix  que  surmonte 
une  couronne  triomphale  (fig.  68).  Un  soldat  portant  la 
tunique  ceinte  et  lachlamyde  tient  le  martyr  de  la  main 
droite  et  lève  son  glaive  sur  la  tête  de  la  victime.  L'ins- 
trument dont  il  fait  usage  n'est  ni  la  hache  des  licteurs, 
ni  l'épée  des  légionnaires,  mais  une  sorte  de  coutelas 
court  ct  large  qui  olfre  quelque  analogie  avec  la  dague 
plus  propre  pour  égorger  que  pour  décapiter.  Il  faut  re- 
marquer ici  cette  combinaison  curieuse  de  la  croix  et 
de  la  jugulât io  :  le  condamné  à  la  décapitation  nous  est 
montré  attaché  à  un  poteau  en  lorme  de  croix  2U  et  il  se 
pourrait  que  la  croix  fût  ici  synonyme  du  supplice  en 
général,  non  l'indication  d'un  genre  de  supplice  parti- 
culier. On  lit  en  ellet  dans  le  Carmen  damasianum  des 
diacres  Agapit  et  Felicissime,  compagnons  de  martyre  de 
saint  Sixte  :  Hl  CRVCIS  INVICTAE  COMITES  PARI- 
TERQVE  MINISTRI,  «  les  compagnons  de  sa  croix  in- 


De  tranquillitate  animi,  10.  —  <8  Philipp.,  I,  13,  14,  17;  Co- 
loss.,  IV,  3,  18;  Ephes.,  m,  1  ;  VI,  20;  Act.,  xxvm,  20.  —  <*  E.  Le 
Blant,  Les  sarcophages  chrétiens  de  la  Gaule,  in-fol.,  Paris,  1886- 
p.  46,  pi.  xi,  n.  3.  —  ,s  Bibliutheca  Patrum  maxima,  in-iJ.,  Lug. 
duni,  1677,  t.  n,  p.  90  sq.  Ci.  R.  Lipsius,  dans  Smith-Cheetham. 
Dictionary  of  Christian  antiquity,  au  mot  Acts  uf  the  apostles 
(apocryphal),  t.  i,  p.  29.  —  ">  E.  Le  Blant,  lue.  cit.,  p.  150,  et 
pi.  liv,  n.  1.  —  ,7Bosio,  Roma  sotterranea,  in-iol.,  Roma,  1G32, 
p.  45;  A.  Venturi,  Storia  delVarte  Ualiana,  in-8-,  Milano,  1901, 
t.  I,  p.  196,  fig.  182.  —  >*  Venturi,  lue.  cit.,  p.  205,  fig.  191.  Cl.  De 
Rossi,  Bull,  di  arch.  crist.,  1872,  p.  10  et  note  3.  —  "'Sur  cette 
basilique,  ci.  De  Rossi,  Bullettino  di  arch.  criât.,  187:»,  p.  160, 
1874,  p.  1-35,  68-75  et  pi.  III,  iv,  v.  —  «"Cl.  L.  Duchesne,  Le  Li- 
ber puntificalis,  in-4°,  Paris,  1884,  t.  I.  p.  156,  note  9;  P.  Allard, 
Hist.  des  persécutions,  in-8-,  Paris,  1887,  t.  m,  p.  322. 


423 


ACTES   DES    MARTYRS 


4-24 


vincible  en  même  temps  que  ses  diacres  '  ;  »  or,  ni 
saint  Sixte,  ni  ses  diacres  n'ont  été  crucifiés2.  Il  y  avait 
donc  là  une  métaphore,  qui  a  pu  être  employée  égale- 


St. 


68.  —  Décollai.,  i.  de  saint  A.-h.ll. 
D'après  une  colonne  de  marbre  reproduite 
dans  le  Dullettino  di  archeologia  cristiana,  187j,  pi.  iv. 

ment  pour  les  saints  Nérée  et  Achillée,  niais  ni  leurs 
Actes  3,  ni  l'éloge  que  le  pape  Damase  leur  consacra  4  ne 
permettent  de  l'assurer. 

L'inscription  ACILLEVS  n'indique  pas  une  époque 
très  tardive.  Les  papyrus  de  l'abbé  Jean,  contemporains 
de  saint  Grégoire,  concernant  les  reliques  du  trésor  de 
Monza,  portent  ce  nom  :  ses  Acilleus  s  ;  au  contraire,  une 
inscription  qui  doit  dater  du  début  du  Ve  siècle  se  lit  : 
ACILLEY  IN  PACE  <•;  il  est  vrai  que  Buonarolti  en  donne 
une  lecture  différente  :  ACHILLEV  ',  mais  la  note  auto- 
graphe de  Boldetti  à  Buonarolti  retrouvée  par  De  Bossi 
porte:  ACILLEY  et  restitue  l'inscription  au  cimetière  de 
Cyriaque 8.  Enfin,  il  existe  un  verre  païen  portant  la  men- 
tion :  ACILLIS  '•>,  qui  appartient  à  la  langue  populaire. 

///.  BAS-RE  US  F  BN  ARGENT.  —  Le  Liber  /nuit  i/icalis 
rapporte  que  sous  le  règne  de  Constantin  le  pape  saint 
Sylvestre  fit  placer  dans  la  basilique  semi-souterraine 
de  Saint-Laruent,  sur  la  voie  Tiburtine,  un  bas-relief  en 

'A.  Mai,  Scriptorum  veterum  nova  collectia,  in-4",  Romse, 
1831,  t.  v,  p.  377,  n.  4;  Do  Rossi,  Inscript.  chrUtianœ  u/bis 
rtomsc,  in-fel..  H.. mue,  1888,  t.  n,  p.  66.  et  Tloma  sotterranea, 
in-fol.,  Rema.  1867,  t.  u,  p.  94.  —  «L.  Duchesne,  Liber  poitti/i- 
calis,  Xystus  11,  t  i,  p.  155  ;  P.  AUard,  Hist.  des  persécutions, 
t.  m,  p.  Mn-i'JS  Nous  trouvons  dans  la  description  du  martyre 
de  sainte  Ku|  hémio,  par  saint  Astèrc  d 'Amasée.  au  iv  siècle,  un 
texte  qui  noua  Minl.le  Limel  :  Porro  oranti  Mi  apparet  si 
caput  ejus  siytium  illud,  quod  christiani  adurare  ac  appin- 
gère  sollemne  habeMt  :  putoque  ûppetentia  passivtns  symbu- 
luni.  Ruinai  l.  Avili  shiceia,  p.  544.  —  s  Acla  saiict  ,  maii  t.  m, 
p.  11.  -  •  t  c  lt..ssi.  Bulletiitio  di  arch.  criai.,  1874,  p.  20.  — 
M)e  R«.ssi  lu  tua  si.ltci  ni,,<a.  in-fel.,  R.  ma.  1864,  t.  i,  p.  180, 
col.  2.  —  •  Buldetti,  Ossarvazivni  supra  i  cimiten  de'  santi  mar- 


argent  sur  lequel  était  représentée  la  passion  du  saint 
nous  ne  savons  rien  de  plus  sur  cet  ouvrage  '  °  ;  il  se  pour- 
rait cependant  que  la  médaille  de  plomb  que  nous  dé- 
crirons (fig.  79)  fût  une  copie  de  ce  bas-reliet. 

iv.  bronze  relevé  en  bosse.  —  Une  légère  lamelle 
de  bronze  ayant  servi  de  reliquaire  offre  sur  l'une  de 
ses  faces  le  Christ  changeant  l'eau  en  vin  à  Cana,  l'autre 
face  représente  n  i  martyr  enterré  vivant  ju  qu'à  mi- 


tift  —  Martyre  de  saint  Vital. 

D'après  une  cassette  en  bronze  reproduite 

dans  le  Bullettino  di  archeologia  cristiana,  1872,  pi.  n. 

corps,  soit  dans  un  puits,  soit  dans  une  fosse,  à  qui  un 
ange  apporte  du  ciel  le  réconfort.  Un  buisson  de  plantes 
aquatiques  placé  à  côté  du  martyr  indique  que  la  scène 
se  passe  dans  un  marais  ou  proche  d'une  nappe  d'eau. 
Le  martyr  tient  de  la  main  droite  un  objet  qu'on  ne 
saurait  confondre  avec  la  palme,  mais  qui  est  un  arl.i  .- 
seau  entier  (lig.  G9). 

L'angle  supérieur  gauche  porte  une  inscription;  mal- 
heureusement, ce  petit  bijou  ayant  été  abimé,  on  ne 
peut  lire  autre  chose  que  GIB00  et  il  ne  semble  pas 
qu'on  puisse  rapprocher  ce  nom  d'aucun  de  ceux  du 
martyrologe  hit'ronvmien.  Peut-être  le  genre  de  inj- 
ure et  la  proximité  d'un  ange  et  de  plantes  aquatiques 
inviteraient-ils  a  voir  ici  un  épisode  connu  du  martyre 
des  quarante  chrétiens  de  Sébaste11.  On  sait  qu'ils  fu- 
rent conduits  sur  un  étang  gelé,  dépouillés  de  leurs 
vêtements  pendant  une  nuit  d'hiver,  et  que  l'un  des 
gardes  vit  les  anges  descendre  du  ciel  et  s'approcher 
des  martyrs  pour  les  fortifier.  Sans  doute,  lereliquaiie 
ne  représente  qu'un  martyr  au  lieu  de  quarante,  mais 
l'exiguïté  du  champ  donné  à  l'artiste,  et  peut-être  aussi 
son  inhabilité  l'ont  engagé  à  résumer  ainsi  le  texte  qu'il 
interprétait.  Le  reliquaire  trouvé  à  Borne  peut  sans 
doute  provenir  de  l'Orient;  néanmoins,  le  culte  des 
martyrs  de  Sébaste  était  si  bien  établi  en  Occident  dès 
le  ve  siècle  t-,  époque  de  la  fabrication  du  reliquaire  qui 
nous  occupe,  que  rien  ne  s'oppose  à  ce  que  ce  sujet  ait 
été  traité  par  un  artiste  de  nos  régions. 

Cependant,  une  double  objection  s'oppose  à  i 
identification;  d'abord  les  martyrs  île  Sébaste  ne  furent 
pas  ensevelis  jusqu'à  la  ceinture,  ensuite  le  symbole 
tenu  dans  la  main  droite  ne  saurait  être  ramené  à  la 
palme  ordinairement  employée.  De  Bossi  propose  don. • 
de  voir  dans  le  personnage  représenté  saint  Vital  de 
Bavennc.  Ce  martyr',  dont  la  célébrité  fut  considérable, 

fin  edantichi  eristiani  di  Roma,  in-foL,  Rama,  17-20,  p.  488.  — 
"  Buonarotti,  Osservazioni  sopra  olcuni  frammenti  di  vasi  an- 
lichi  di   vetro  ornoti  di  figure  trwoli  nef  limiter!  di  Roma. 
u-'r,  Firenae,  1716,  p.  ii  ï        'Florence,  bil.lùtli.  N: 
cod.  A.  195.  Cf.  i  ■  U.  di  arch.  criât.,  1875,  p.  y,  n 

—  "Olivieii,  Di  alcune  altre  antiebità  cristiana  del  musf 
Olivieri,  in-4    I  1781,  p.  m;  R.  Garrucci.  Vetri  ornoti  <<< 

ligure  in  oru  travail  nei  ciiniteri  dei  eristiani  primittl 
Roma,  in-fel. .   H.  ma,    1858  (Sf   edit),  p.  189-191.  —  '•  1 
puntificatis,  éd.  L.  Ducliesne,  Silvester,  t.  i,  p.  1st;  et.  p    197 
lu.te  84.  —  "  Ruinait.  Acta  sincera.  in-4',  Paris,  1689,  p.  58. 
h    Delehaye,  The  fort  g  martyrs  of  Sebaste,  dans  Americem 
cothoUc  quarterly  revient,  1889,  t.  xxiv.  n.  93,  p.  lt  1-171.  — 
"Tillemont,  Meut,  hist.  eccl.,  in-4-,  Bruxelles,  P88,  t.  v,  | 


«25 


ACTES    DES    MARTYRS 


426 


nous  est  connu  par  des  Actes  de  peu  de  valeur1  qu> 
nous  apprennent  que  Vital  fut  conduit  au  supplice  hoiv 
de  la  ville,  au  lieu  appelé  ad  Palmam;  et  là,  ajoute  1( 
texte  :  facla  fovea  quousque  inveniretur  aqva,  supi- 
»us  depositus  terra  ac  lapidibus  oppressas  est2.  Le- 
environs  de  Ravenne  sont  marécageux  et  on  s'explique 
ainsi  le  peu  de  profondeur  requise  pour  la  fosse  afin 
d'atteindre  l'eau,  de  même  que  la  présence  des  plantes 
aquatiques  figurées  sur  notre  reliquaire'. 

v.  bas-relief  ex  GRES.  —  Nous  décrirons  avec  détail  ce 
monument  dans  une  autre  dissertation  (voy.  Ad  metalla, 

A  è\  www 


70.  —  Condamnés  aux  mines. 

D'après  un  bas-relief  reproduit  dans  la  Revue  archéologique, 

1882,  t.  i,  p.  "193. 


col.  474],  nous  ne  ferons  que  le  signalera  cette  place  parmi 
les  monuments  relatifs  aux  Actes  des  martyrs  (fig.  70). 

VI.  ivoire.  —  La  collection  du  British  Muséum  pos 
sède  une  pyxide  ovale  dont  la  décoration  représente  h 
jugement,  le  martyre  et  le  sanctuaire  de  saint  Mcnn- 
d'Alexandrie.  Deux  scènes  nous  intéressent  plus  parti- 
culièrement :  la  comparution  et  le  supplice.  Dans  la 
première,  l'empereur  est  assis,  il  parle,  tient  son  sceptre 
et  gesticule,  il  est  couronné,  vêtu  de  la  tunique  et  du 
pallium,  et  pose  1/s  pieds  sur  le  scabellum.  Auprès  de 
lui  est  une  table  derrière  laquelle  se  tient  un  person- 
nage présentant  l'acerraque  l'empereur  ordonne  d'offrir 
aux  dieux.  La  scène  parait  se  passer  dans  le  prselorium 
autant  que  permet  d'en  juger  une  courtine  qui  remplit 
le  cadre  de  la  porte  (fig.  71). 

La  deuxième  scène  nous  montre  le  supplice  du  martyr 
en  présence  de  l'empereur  (fig.  72),  et  ce  trait  est  pleine- 
ment d'accord  avec  la  notice  du  Ménologe,  au  10  dé- 
cembre. On  a  confondu  parfois  Menas  l'Égyptien  avec 
Menas  un  Phrygien  de  Cotique,  mais  Assemani  *  et  Mor- 
celli 3  ont  très  bien  fait  observer  que  Menas  l'Égyptien 
n'avait  pas  été  transporté  à  Constantinople. 

*  Ibid.,  t.  n,  p.  229,  note  h.  —  ■  De  Rossi,  Bail,  di  arcli. 
crist.,  1872,  p.  8-10,  pi.  H,  1;  A.  Nesbitt,  dans  Smith-Cheetham, 
Dict.  of  christ,  antiquity,  au  mot  Religuary,  t.  n,  p.  1784.  — 
1  A..  Nesbitt,  On  a  box  o/'  carved  ivory  of  the  sircth  century, 
by  A.  N.,  together  with  a  letter  on  the  same  subjectby  padre 
Raffaele  Garrucci,  dans  Archœologia,  t.  xliv,  1873,  p.  321  sq.  ; 
R.  Garrucci,  Storia  dell'  arte  cristiana,  in-fol.,  Prato,  1873, 
pi.  ccccxi.vi,  fig.  3  ;  Graeven,  dans  Boixner  Jahrbùcher,  tasc.  105, 
1900,  p.  158,  pi.  xix,  fig.  2;  J.  O.  Westwood,  A  descriptive  cata- 
logue of  the  fictile  ivories  in  the  South  Kensington  Muséum, 
in-8-,  Lond.m,  1876,  p.  274;  G.  Sluhlfauth,  Die  altchristliche  El- 
'enbeinplastik,  in-8»,  Freiburg,  1895,  p.  92,  et  Die  Engel  in  der 


7  I.  verre  gravé.  —  1°  Un  autre  souvenir  nous  est  resté 
de  la  condamnation  aux  mines.  C'est  un  verre,  trouvé  par 
Boldetti  dans  un  cimetière  de  la  voie  Appienne  ou  de  la 
voie  Ardéatine,   représentant  un  homme    imberbe,   la 


71.  —  Comparution  de  saint  Menas. 
Ivoire  du  British  Muséum.  D'après  une  photographie. 

chevelure  rasée,  le  front  marqué  d'une  croix  et  portant 
la  corde  au  cou  6.  L'original  est  malheureusement  perdu 
et  nous  en  sommes  réduits  au  dessin  du  très  inexact 
Boldetti.  Cependant,  tel  que  nous  devons  l'étudier,  ce 


72.  —  Martyre  de  saint  Menas. 
Ivoire  du  British  Muséum.  D'après  une  photographie. 


petit  monument  parait  pleinement  d'accord  avec  les 
textes  (fig.  73). 

Saint  Cyprien  nous  apprend  que  la  persécution  de 
Valérien  (257)  envoya  dans  les  mines  de  Sigus  plusieurs 
évêques  ses  collègues,  des  prêtres,  des  diacres,  des  fidè- 
les1. Avant  de  les  descendre  dans  le  puits  de  mine  on 
battit  de  verges  les  condamnés  s,  on  les  marqua  au 
front",  on  leur  riva  aux  pieds  des  entraves10,  lesquelles 
probablement,  comme  dans  les  chiourmes  les  plus  sé- 
vères, étaient  jointes  par  une  courte  chaîne  qui  entou- 
rait les  reins  du  condamné11  et  rendait  l'évasion  im- 

altchristlichen  Kunst,  in-8',  Freiburg,  1895,  p.  178.  Comparez  le 
travail  avec  celui  du  cathedra  de  Maximien  à  Ravenne.  556; 
Strzygowski,  dans  Rômische  Quartalschrift,  1897,  p.  40,  et  Grae- 
ven, loc.  cit.;  O.  M.  Dalton,  Catalogue  of  early  Christian  anli- 
quittes,  in-4°,  London,  1901,  p.  54,  n.  297.  pi.  IX.  —  *  Assemani, 
Kalendarium  Ecclesiœ  universalis,  in-4\  Romae,  1755,  t.  v, 
p.  461.—  s  Morcelli,  Kalendarium  Constantinopulitanum,  in-4", 
Romoo,  1788,  t.  I,  p.  222.  —  °  Boldetti,  Osscrvazioni  sopra  i  ci- 
miteri  de'  santi  martiri  di  Roma,  in-tol.,  Roma,1720,  p.  60.  — 
1£pis'.,LXXVii,  P.  L.,  t.  iv,  col.  427.  —  *  Ibid.,  P.  L.,  t.  iv,  col.  428. 
—  oPontius,  Vita  Cypriani,  7,  P.  L.,  t.  III,  col.  1547.  —  "Epist. 
lxxvii,  P.  L.,  t.  iv,  col.  428.  — "Plaute,  Captivi,  act.  m,  v.  75-77. 


427 


ACTES   DES   MARTYRS 


£28 


possible  ;  il  se  peut  même  que  la  chaîne  remontât  non 
jusqu'aux  reins,  mais  jusqu'au  cou  du  condamné.  Les 
condamnés  ad  metalla  étant,  par  le  fait,  trappes  de 
mort  civile  et  par  conséquent  d'esclavage,  encouraient 
des  sévices  extraordinaires,  par  exemple  la  rasure  des 
cheveux  de  la  moitié  de  la  tète'.  Théodoret  nous  a 
conservé  de  saint  Pierre  d'Alexandrie,  successeur  de 


'3.  —  Condamné  aux  mines. 

D'après  le  verre  gravé  trouvé  par  Boldclli  et  reproduit 

dans  te  Butlcttinu  di  arclieologia  cristiana,  18*18,  pi  ni. 

saint  Athanase  (373),  une  lettre  dans  laquelle  il  rapporte 
que  plusieurs  catholiques  lurent  relégués  de  son  temps 
aux  metalla  de  Phœnos,  d'autres  dans  ceux  de  la  Pro- 
connèse  (iles  de  Marmara).  Ils  furent  bientôt  suivis  par 
un  diacre  de  Rome  qui  avait  apporté  à  Pierre  les  let- 
tres du  pape  Damase.  et  auquel  on  lit  souffrir  de  nom- 
breuses cruautés;  au  moment  où  on  l'embarquait  pour 
Phsnos,  le  diacre  se  marqua  lui-même  le  front  du  signe 
de  la  croix  2.  - 
2°  Un  verre  publié  par  Arevalo  représente  saint  Lan- 


74.  —  Martyre  de  saint  Laurent 

D'après  un  verre  publié  dans  Prudence,  Opéra, 

édit.  Arevalo,  p.  936. 


rent  sur  le  gril,  le  ventre  tourné  du  côté  du  feu,  et  le 
nom  LAVR£CIV  écrit  en  haut  •'  (lig.  74). 

vui.  tehhf  cuite.  —  Une  lampe  en  argile  de  la  fin  du 
II»    siècle    représente   sur   un  suggestion    un    homme 

•  Epist.,  i.'xxvn,  P.  L..  t.  iv,  col.  129.  -'  tlist.  ceci.,  1.  IV, 
c.  xix,  P.  G.,  t.  lxxxii,  col.  1177.  —  3  Prudence,  éd.  Arevalo, 
t.  il,  p.  936,  P.  L.,  t.  LX,  col.  S35.  Cf.  Franciscus  a  Puteo,  Me- 
tnorie  delta  vita,  del  martirio,  de'  miracoli,  del  culto  di  San 
LorentO,  in-'r,  Huma,  1766.  —  *De  Rossi,  Bull,  di  arcli.  criât., 
1879,  p.  21  et  pi.  ni,  n.  1  :  P.  Allard,  Polyeucte  :  note  sur  les 
Procès   des  martyrs,   Tours,   1889,   p.  161;  P.   Bruna,  dans 


nu  lié  a  un  poteau  et  un  lion  qui  s'élance  sur  lui^.  Le 
travail  ne  permet  pas  de  décider  si  le  condamné  est 
lié  ou  cloué  au  poteau.  Le  bas-relief  représentant  le 
martyre  de  saint  Achillée  montre  le  saint  lié  à  un  poteau 
pour  recevoir  le  coup  de  la  mort.  Cet  usage  d'attacher 
la  victime  à  un  poteau  était  donc  pratiqué  pour  divers 
supplices  :  l'exposition  aux  bêtes  et  l'étranglement,  mais 
encore  pour  le  supplice  du  ton.  comme  nous  le  voyons 
dans  les  Actes  de  saint  Polycarpe  et  de  saint  Pionius. 
Placé  sur  le  bûcher,  saint  Polycarpe  refusa  d'être  cloué 
au  poteau  qui  en  occupait  le  milieu  :  «  Laissez-moi,  dit-il. 
Celui  qui  me  fait  la  grâce  d'avoir  à  souffrir  le  feu  me 
donnera  ïa  lorce  de  rester  immobile  sur  le  bûcher  sans 


75.  —  Lampe  représentant  un  condamné  aux  bêtes. 
D'après  le  Bullettino  di  archeologia  cristiana.  1879,  pi.  in. 


le  secours  de  vos  clous.  »  On  se  contenta  de  le  lier.  De- 
bout contiv  le  poteau,  le*  mains  attachées  sur  le  dos,  il 
semblait,  disent  les  chrétiens  de  Smyrne,  un  bélier 
oflert  en  holocauste  :;.  Le  texte  emploie  le  motitpoar,XoC  . 
clouer,  et  parle  de  la  garantie  qu'offrent  les  clous, 
tïjç...  Iy.  ttôv  ),)(.)v  ào-ipaXeia;.  On  lit  de  même  dans  la 
Passio  S.  Pionii  :  ImpositUS  ilaque  pyrse...ut  clavis 
trabalibus  figeretur  membra  sua  ipse  composait.  Quem 
populus  cum  vidisset  in  fixum*...  Malgré  cette  double 
indication  il  semble  difficile  de  croire  qu'il  s'agisse  ici 
de  clous  perçants,  comme  pour  le  crucifiement,  ce  qui 
constituerait  une  aggravation  de  supplice  trop  grande 
pour  être  ainsi  mentionnée  en  passant''. 

Quoi  qu'il  en  soit,  nous  avons  dans  cette  lampe  le 
commentaire  d'une  expression  courante  àCarthage  pour 
désigner  les  chrétiens;  on  les  nommait,  dit  Tertullien  : 
semaxii  et  sarmentetrii*.  Le  second  terme  s'applique 
sans  hésitation  au  supplice  du  feu,  quant  au  premier  il 
trouvait  à  s'appliquer  à  beaucoup  de  supplices,  entre 
autres  à  ceux  que  nous  avons  indiqués  plus  haut;  ce- 

Studi  e  documenti  di  stori,i  e  du  fl  îasc.  ;  E.  Le  Blant, 

Les  persécuteurs  et  les  martyrs,  in-8',  Paris,  1893,  p.  288.  — 
*  Martyrium  Polycarpi.  13,  14,  dans  F.-X.  Funk,  Opéra  pair, 
apost.,  in-8%  Tubingœ,  1887,  p.  296.  —  •  Passio  S.  Piotu 
dans  Ruinait,  Acta  sincera,  in-'r.  Paris,  1689.  p.  186  sq.  — 
'  r.  Allard,  Hist.  des  persécutions,  t,  r,  p.  309,  note  2.  —  "IV- 
tullien,  Apolog.,  c.  i ,  P.  /..,  L  i,  c  il 


429 


ACTES    DES    MARTYRS 


430 


pendant  il  reste  quelque  obscurité  sur  le  mot  lui-même, 
semaxii.  Le  P.  Cahier  suppose  qu'il  veut  dire  (à  cause 
du  grand  nombre  d'exécutions)  qu'un  seul  chrétien  ne 
valait  pas  la  peine  d'employer  un  poteau,  mais  qu'il  fal- 
lait la  paire  pour  mériter  cette  dépense  '. 

Le  suggestion  sur  lequel  est  placé  le  condamné  est 
également  d'accord  avec  ce  que  les  textes  djs  Actes 
nous  apprennent.  On  lit  dans  la  Passio  sanelee  Per- 
pétuée, que  le  martyr  Saturninus  super  pulpitum  ab 
urso  erat  vexalus  2,  et  plus  loin  :  Saturus...ad 
ursum  subslriclus ...  in  partie  3,  expressions  qui 
s'appliquent  exactement  à  l'estrade  figurée  sur  notre 
lampe. 

Une  autre  poterie,  d'un  travail  moins  délicat,  repro- 
duit le  même  sujet  avec  une  importante  addition  que 
les  Actes  nous  expliqueront  (fig.  76).  On  voit  ici  un  per- 
sonnage nu  à  côté  du  condamné,  c'est  un  venalor,  l'épée 


Ier  siècle  de  la  catacombe  de  Domilille  représentant 
Daniel  est  plus  affranchie  du  canon  symbolique  et 
s'inspire  des  réalités  de  l'amphithéâtre,  car  le  person- 
nage est  placé  sur  une  sorte  de  tertre  ou  d'estrade  affec- 
tée aux  exécutions  de  condamnés  ad  bestias6. 

ix.  CAMÉE.  —  i°  Un  camée  antique  publié  par  le  P. 
Lupi  "    représente  saint  Laurent  étendu  sur  un  gril  : 


7G.  —  Condamné  aux  bêles. 

D'après  une  poterie  reproduite  dans  les  Mélanges  G.-B.  De  Bossi. 

p.  2'j5. 


à  la  main,  dont  la  fonction  consistait  à  ramener  les 
bêtes  féroces  sur  le  malheureux  qui  leur  était  aban- 
donné. Le  vetialor  ou  besliarius  n'avait  pour  armes  dé- 
fensives que  des  bandages  sur  les  jambes  et  sur  les  bras, 
comme  on  en  peut  voir  la  trace  sur  les  jambes  du  vera- 
lor  de  notre  terre  cuite;  pour  armes  offensives,  une  pe- 
tite lance  ou  une  épée.  Deux  textes  nous  apprennent 
que  ce  métier  faisait  courir  de  grands  dangers  :  la  Pas- 
sif) sanctee  Perpétuée  montre  un  venator  blessé  mortelle- 
ment par  le  sanglier  qu'il  voulait  contraindre  à  attaquer 
le  martyr  Satyrus  attaché  sur  le  suggestion  4,  et  un  pas- 
sage d'Eusèbe  raconte  comment  les  bêtes,  se  détournant 
des  victimes  garrottées,  se  jetèrent  sur  Iç  venator  chargé 
de  les  exciter5.  A  la  différence  des  pièces  que  nous  ve- 
nons de  commenter,  les  représentations  de  Daniel  dans 
l'art  chrétien  primitif  représentent  le  personnage  sans 
liens  entre   deux   lions;   cependant,   une  peinture  du 

1  P.  Cahier,  Souvenirs  de  l'ancienne  Éçilise  d'Afrique,  in-12, 
Paris,  s.  d.,  p.  278,  note  1.  —  !  Passio  S.  Perpctuse,  19,  éclît.  Arm. 
Robinson,  in-8«,  Cambridge,  1891,  p.  89  sq.  —  3  Ibid.,  19,  p.  90.  — 
'  Ibid.,  19,  p.  90.  —  »  Eusèbe,  Hist.  eccl.,  1.  VIII,  c.  vu,  P.  G., 
t.  xx,  col.  756.  —  GP.  Allard,  Home  souterraine,  gr.  in-8°,  Pa- 
ris, 1877,  p.  109,  fig.  10.  —  'A.  Lupi,  Dissertazioni.  lettere  ed 
allre  opérette.  in-4\  Faenza,  1785,  p.  192-197.  Cf.  Franciscus  a 
Puteo,  Memorie  délia  vita,  del  martirio,  de'  miracoli-,  del  culto 
di  San  Lorenzo,  in-4",  Roma,  17G6.  —  8C.  W.  King,  Antique 


77.  —  Martyre  de  saint  Laurent. 

D  après  un  camée  antique  publié  par  Lupi, 

Dissertazioni,  lettere,  etc.  p.  192. 

deux  bourreaux  attisent  le  feu  au-dessous,  tandis  qu  un 
troisième  apporte  du  bois  pour  l'alimenter  (lig.  77). 

2°  Un  jaspe  rouge  représente  une  martyre  agenouillée 
tandis  que  le  bourreau  lève  une  épée  nue  et  s'apprête 
à  lui  couper  la  tête  8  (fig.  7S).  L'exergue  porte  quatre 
lettres  que  nous  interprétons  :  AHf?'»ia]  F[or]T[is].  Cette 
acclamation    ne    se    rencontre,    il    est  vrai,    nulle   part 


78.'—  UuCollation. 

D'à]  L'es  nn  camée  reproduit  par  W.  King,  Antique  gems, 

p.  352. 

ailleurs  à  notre  connaissance,  mais  on  trouve  par  contre  : 
anima  simplex,  anima  duleis,  anima  innox9.  Babing- 
ton  interprète  les  sigles  AHFT  par  ces  mots  :  Annum 
novum  felicem  libi,  et  fait  de  cette  intaille  un  présent 
de  nouvel  an  (?)  :  «  a  graceful  new  year's  gift 10.  »  il 
attribue  cet  ouvrage  à  l'époque  de  Constantin,  mais 
King  dans  son  dernier  ouvrage11  l'abaissai  jusqu'au 
règne  de  Théodose. 

X.  médaille  en  plomb.  —  Les  Actes  des  martyrs 
contiennent  fréquemment  la  mention  d'un  supplice  dont 
il  nous  reste  une  interprétation  dans  une  médaille  de 

gems;  Iheir  origins,  uses,  and  value  as  interprétées  of  ancient 
history,  and  as  illustrative  of  ancient  art,  in-8%  London,  1860, 
p.  352  sq.;  P.  Allard,  Les  procès  des  martyrs,  dans  Polyeucte, 
édit.  Marne,  in-4\  Tours,  1889,  p.  158.  —  »  D.  Cabrol  et  D.  Leclercq, 
Monumenta  Ecclesiœ  liturgica,  in-4°,  Paris,  1902,  t.  i,  n.  4340. 
—  <°  R.  Churchill  Babington,  dans  Smith-Cheetham,  Dictionary 
of  eliristian  antiquities,  au  mot  Gems,  XVI,  t.  i,  p.  719.  — 
"  C.  W.  King.  Antiq.  yems  and  rings,  in-8\  London.  1872,  t.  Il, 
p.  38. 


43! 


ACTES    DES    MARTYRS 


432 


dévotion  du  Ve  siècle  {  (fig.  79).  La  médaille  est  dété- 
rioriée  par  l'oxjde,  elle  représente  saint  Laurent  étendu 
sur  le  ventre  sur  un  gril  surmontant  un  brasier  ardent. 
Un  bourreau,  portant  cette  tunique  légère  dont  parle  la 
relation  du  martyre  de  sainte  Eupbémie  2,  saisit  les  pieds 
et  son  geste  montre  qu'il  va  mettre  la  victime  sur  le  dos, 
ainsi  que  le  lui  propose  le  martyr  dans  un  texte  célèbre 
de  Prudence';  un  autre  personnage  se  trouve  à  la  tète 


Ï9.  _  Médaille  en  p'omb  représentant  le  martyre  de  saint  Laurent. 
D'après  le  ifullultino  di  archeuloyia  oristiana,  1869,  pi.  ni. 

du  patient  et  ne  joue  aucun  rôle.  Devant  le  martyr  siège 
un  magistrat  portant  le  sceptre  et  couronné  de  lauriers, 
que  cette  dernière  distinction  veut  désigner  comme 
étant  l'empereur.  Certaines  difficultés  que  soulève  le 
texte  dans  lequel  nous  est  parvenu  le  récit  du  martyre 
de  saint  Laurent  seront  étudiées  ailleurs.  Voir  Laurent 
(Saint).  Rappelons  que  le  supplice  dont  nous  donnons 
la  représentation  est  celui  qui  l'ut  inlligé  au  diacre 
Attale'*,  à  Maturus,  à  Sanctus,  tô  rriyavov,  probablement 
la  même  chose  que  aior^'x  /.aOÉîpa:  à  Pierre  de  Nicomé- 
die,  à  des  saints  d'Antioche  8,  à  Amachius  et  ses  compa- 
gnons 6,à  saint  Vincent \  à  saint  Conon,  à  saint  Cyrille 
et  à  sainte  Julilte8. 

xt.  fresque.  —  Plusieurs  Actes  des  martyrs  nous 
apprennent  que  des  chrétiens  ont  subi  devant  le  tribu- 
nal l'amputation  de   tel   ou  tel  membre.  Un  teste  qui 

1  Vettori,  Disserlatio  jiliiloloyica  qua  iioiinulla  monimentn 
sarrx  vetustatis  ex  museo  Victoria  deprompta  illustrantw, 
Roma?,  1751;  A.  Lupi,  Dissertazioni,  lettere  ed  altre  operetti 
in-4",  Faenza,  4785,  t.  I,  p.  197  sq.;  V.  Pozzi,  Memorie  di  S.  I 
renzo,  Roma,  1756,  p.  1,  33-36;  Arevalo,  dans  ses  notes  à  l'éditi.  n 
de  Prudence,  P.  L.,  t.  LX,  col.  331;  Zannoni,  Epitaffo  di  S.  Pi •/- 
mitivo  martire,  in-4%  Faenza,  1810,  p.  46;  R.  Garruccl,  Pétri 
ornati  di  fiaure  in  oro  truvali  nei  cimiteri  dei  cristiani  primi- 
tivi  di  Roma,  in-fol.,  Roma,  1S58,  p.  44;  De  Rossi,  Bull,  di  arcli 
crist.,  1869,  p.  33  sq.  ;  E.  Le  Blant,  Les  persécuteurs  et  les  mar- 
tyrs. in-8\  Pari?,  1893,  p.  292;  De  Rossi.  Roma  sotterromen, 
in-fol.,  Roma,  1867,  t.  H,  p.  220.  —  ;  Ruinait.  Acta  sincern. 
iu-4%  Parisiis,  1688,  p. 544.  — ' PeriSteph., hymn.  n,  v.  400,  P.  I... 
t.  i.x,  cdl.  321.  Cf.  Pio  Franchi  di  Cavalieri,  .S".  LorentO  e  il  SU)  - 
liluio  délia  graticola,  dans  ROmische  Quartalschrift,  1900, 
l.  xiv,  p.  159-176,  et  Analecta  bollandiana,  1900,  t.  xix,  p,  4.V.. 
—  «  Eusèbe,  Uist.  ceci.,  1.  V,  c.  i,  P.  G.,  t.  xx.  col.  425.  —  "  Ibicl  . 
'.  VIII,  C.  VI,  XII,  P.  G.,  t.  XX,  col.  752,  769.  —  «  Sonate,  II, s: 
eccl.,  1.  III,  c.  XV,  P.  G.,  t.  LXVII,  col.  417.  —  '  Prudence,  Hymn.,  \  . 
vs.  206,  P.  L.,  t.  LX,  col.  390.  —  "Adon,  Martyr ol.,  4  kal.  jun.; 
16  kal.  jul.  Voyez  Passio  S.  Mammarii,  dans  Mabillon,  Vetera 
analecta,  in-fol.,  Paris,  1723,  p.  179,  Col.  2.  —  "Quoique  très 
vivement  attaqués  par  TiUemont,  item.  Iiist.  ceci-,  c.  i.u,  ln-4*, 
Bruxelles,  1732,  t.  v,  p.  57,  ces  Actes  ont  été  défendus  avec 
succès  par  Di  Costanzo,  ScriUori  e  monumenti  riguardanti 
S.  Ru fino,  vescovo  e  martire  di  Assisi,  p.  214  sq.  ;'Zir. 
Theodnsii  iun.  et  Yalcutiniani  III  .Xuvcllir  leyes.  p,  .r><  5  sq. 
Cl'.  E.  Le  Blant,  Les  Actes  des  martyr»,  p.  187;  G.  Marin!,  Atti 
e  monumenti  de'  fratelli  Arvali,  ln-4*,  Roma,  179Ô.  p.  637  sq.  ; 
De  Ross!,  Ilnllitt.  il,  arch.  crist.,  1871.  p.  89  sq.;  1883,  p.  156; 
Mas.ni.  The  persécution  a/  Diodetian,  m-s-.  Cambridge,  1876, 
p,  213,  215,  —  ">Passio  S.  Savtni,  8,p.l3,  dans  Baisse,  Miscella- 
nea,  In-fol.i  Lucca,  1761,  t.  i,  p.  12,  —  "   Passif  S.  Arcadii,  3, 


contient  des  parties  irréprochables,  la  Passio  S.  i>a- 
vini9,  nous  rapporte  que  l'évèque  d'Assise.  Savin,  eut 
les  deux  mains  coupées  10.  D'autres  fidèles  lurent  ain>i 
mutilés  ".  Ce  supplice  n'était  pas  sans  exemple  dans 
l'antiquité,  car  Suétone  rapporte  qu'un  jour,  au  tribunal, 
une  personne  s'avisa  de  crier  qu'il  fallait  couper  les  mains 
à  un  faussaire  et  aussitôt  l'empereur  Claude  fit  appeler 
le  bourreau  avec  sa  mechœra  et  sa  mensa  lamonia  l2. 

1°  Une  fresque  de  Pompéi,  dans  laquelle  on  croit  voir 
avec  beaucoup  de  vraisemblance  le  Jugement  de  Salo- 
mon,  nous  montre  le  bourreau  coupant  ainsi  les  mem- 
bres sur  sa  mensa,  sorte  de  billot  massif  porté  sur  trois 
pieds  et  exactement  semblable  à  ceux  dont  on  se  sert 
encore  dans  les  boucheries  n  (fig.  80). 

2°  Une  peinture  du  cimetière  de  Cal  liste,  découverte 
par  De  Rossi  et  ornant  le  sous-arc  ou  soflite  d'un 
arcosolium  '*,  représente  à  l'extrémité  de  gauche  un  su- 
jet bien  conservé.  La  scène  comporte  quatre  personnage» 
et  elle  est  complète.  Le  premier,  un  homme  vêtu  de  la 
tunique  ou  du  pallium,  la  tète  laurée,  debout  sur  un 
svggeslum  pareil  à  la  tribune  aux  harangues,  rend  un 
jugement;  ce  ne  peut  être  que  l'empereur,  puisque  lui 
seul  avait  le  droit  de  siéger  la  tête  couronnée  de  laurier. 
Debout  à  ses  pieds  un  personnage  drapé  dans  la  toge. 
la  chevelure  épaisse,  et  barbu.  A  coté  de  celui-ci,  un 
homme  jeune  et  imberbe,  vu  presque  de  face,  la  cheve- 
lure abondante  et  frisée;  il  porte  la  tunique  ornée  de 
laticlaves  de  pourpre.  Un  quatrième  personnage,  vu  de 
profil,  couronné  de  lauriers,  se  retire  avec  une  attitude 
de  dépit.  Cette  scène  représente  vraisemblablement  un 
martyr  comparaissant  devant  l'empereur  ls  ;  il  est  vrai 
que  cette  interprétation  a  été  récemment  contestée; 
néanmoins,  si  la  présence  des  deuxième  et  quatrième 
personnages  demeure  inexpliquée,  elle  peut  se  plier  au 
caractère  de  la  scène  d'interrogatoire.  La  fresque  esl 
du  milieu  du  ni"  siècle;  on  a  cru  y  reconnaître  —  dans 
celle  que  nous  reproduisons  et  dans  une  autre  très  abî- 
mée qui  lui  fait  face  et  qui  en  serait  la  réplique  —  lé 
martyre  des  saints  Partenius  et  Calocerus16,  mais  celle 
identification  parait  bien  un  peu  hâtive.  Le  P.  Garrucci 
avait  de  son  coté  retrouvé  la  physionomie  de  Néron 
dans  l'empereur-juge  (fig.  81 1. 

3°  Une  fresque  antique  '  \  appartenant  à  la  lin  du  iv*  siè- 

dans  Ruinait,   loc.  cit.,  p.  592;    Vita  S.  Potiti,  31,  dans 
sanct.,  18  janvier,  et  Acta  nn.  Marti,  Marthx  et  fliiorum,  is, 
dans  Acta  eanct.,  19  janvier.  —   '-Clutid.,  XV.  —  l3E.  Le  Blant, 
dans  la  Revue  archéologique,  1889,  p.  150  et  pi.  m;  Lss  j 
culcurs  et  les  martyrs,  p.  28'i  et  frontispice  ;  P.  Allard,  Hist   di  t 
persèc,  t.  iv,  p.   405,  note  4;  De  Rossi.  Giudizio  di  Salve 
in   nu  affresco  di  Pompei,  dans  Bull,  del  Istituto  archeol., 
1882,  p.  37,  38,65,  et  Le  jugement  de  Salomon  dans  une  fresque 
de  Pompéi,  dans  le  Bull,  critique,  1882,  p.  272-27*.  Cf.  A.  «te  Lons;- 
péricr,  Intaille  antique  reprès<?ntant  le  jugement  de  Salomon, 
dans  les  Comptes  rendus  de  VAcad.  des  U  scr.,  1880,  p.  275-280. 

—  '*De  Rossi,  Roma  sotterranea,  in-fol.,  Roma,  1867,  t.  u. 
pi.  xix,  2,  et  \x,  2  ;  !!.  Garrucci,  Storia  deff  arte  cris! 
in-fol.,  Prato,  is73,  pi.  16,  n.  2-5;  T.  RoUer,  Les  catacombes  de 
Ruine,  histoire  de  l'art  et  des  croyances  religieuses  pendant  tes 
premiers  siècles  du  christianisme,  2  in-fol.,  Pari  1879-1881, 
pi.  xxvn.  —  "De  Rosis!,  lOC.  Cil  .  t.  n.  p.  219-221  :  P.  Allard.  H 
souterraine,  gr.  yi-8".  Paris.  1887,  p.  372.  —  'M'.  Allard,  Hit.  des 
perséc,  t.  n.  p.  996.  Cf.  1.  Lefi  rt,  Chronologie  dis  peintures  des 
catacombes  rowaines.n  19,  el  Éludes  sur  les  monuments  pri- 
mitifs delà  i>cii  tin  rrin  .tienne  en  Italie,  in-12,  Paris,  1*8:,,  p.  52. 

—  «*  Pour  l'ensemble  auquel  apparticni  cette  fresque,  et  P.  Ger- 
mano  di  S.  Stanislao,  La  casa,  cclimo'itana  dei  SS.  martiri 
Giovanni  e  Paolo,  in-8",  R<  ma,  1894  ;G.  Gatti,  «Uns  le  BuUettino 
délia  commissiune  arelievlu'ji, a  com anale  di  Ruina,  mai  l?87, 
p.  150  sq  ;  octobre  1887,  p.  820  sq.  :  Comptes  rendus  de  CAcart. 
de»  inscr.  et  belles-lettres,  1887,  à  >  Juur-, 

nal  officiel.  T  décembre,  set e  du  il  mai  1888,  y.  5386;  1 

tiffol.  dans  le  Bulletin  critique.  1887,  p.  k76;  P.  Allard.  dan-  La 
science  catholique,   1888,  |     177   sq     el  Études  ^histoire  et 
d'archéologie,   in-8*,   Paris    1899,  p.   158sq.;E.  Le  Blenl 
persécuteurs  et  les  martyrs,  In-8»,  Paris   1893,  p.  286;  Grisait 
du»  Civiltù  cattoli  a,  1895  1. 1,  p.  214-218, 


433 


ACTES   DES   MARTYRS 


434 


cle  ou  plus  probablement  au  Ve  siècle,  a  été  exhumée 
i  n  1887  sous  l'église  des  Saints-Jean-et-Paul,  au  Célius, 
par  le  P.  Germano  di  S.  Slanislao.  Elle  représente 
une  chrétienne  et  deux  chrétiens  mis  à  mort  sous  le  régne 
de  Julien  l'Apostat  '.  Les  trois  victimes  sont  à  genoux, 
les  mains  liées  sur  le  dos,  <>t  derrière  elles  on  voit  les 
jambes  d'un  personnage  qui  ne  peut  être  que  l'exécu- 
teur (fig.  82). 

Cette  Iresque  est,  au  point  de  vue  historique,  la  plus 
importante  de  toutes  celles  qui  ont  été  découvertes  dans 
la  maison  du  Célius.  Les  Actes  du  martyre  des  saints 
.le, in  et  Paul  ont  fort  peu  de  valeur-  et  ne  datent  pas 
au  delà  du  milieu  du  Ve  ou  du  début  du  VP  siècle;  néan- 
moins ils  contiennent  quelques  traits  qui  témoignent 
de  l'utilisation  d'un  récit  plus  ancien  ou  d'une  tradition 
locale  persistante.  Jean  et  Paul  lurent  mis  à  mort  se- 
crètement dans  leur  uropre   maison   par  ordre  de  l'em- 


1  •»  Saint  Clément,  Romain,  dans  sa  lettre  aux  Corin- 
thiens, écrite  en  l'année  90.  l'ail  allusion- aux  martyrs  de 
la  persécution  de  Néron  :  parmi  «  la  multitude  d'élus 
qui  ont  enduré  beaucoup  d'affronts  et  de  tourments, 
laissant  aux  chrétiens  un  illustre  exemple,  il  cite  des 
femmes,  des  Danaïdes  et  des  Dircès,  qui,  ayant  souffert 
de  terribles  et  monstrueuses  indignités,  ont  atteint  leur 
but  dans  la  course  sacrée  de  la  foi,  et  ont  reçu  la  noble 
récompense,  toutes  faillies  de  corps  qu'elles  étaient  *  ». 

Le  supplice  des  Danaïdes  et  des  Dircès  nous  est  connu 
et  nous  savons  que  l'usage  s'était  établi  à  Rome  de  laire 
jouer  aux  condamnés  dans  l'amphithéâtre  des  rôles 
mythologiques  entraînant  la  mort  des  acteurs.  Les  vic- 
times étaient  introduites  costumées  en  dieu  ou  en  héros, 
et  au  cours  de  la  représentation  il  fallait  qu'Ixion  (ùt 
véritablement  roué5,  Icare  précipité  du  ciel6,  que  la 
main  de  Mucius  Screvola  fût  brûlée  \  que  Pasiphaé  subit 


8U. 


Parodie  du  jugement  de  Salomon,  iresque  de  Pompëi.  L)  après  une  photographie. 


pereur  Julien,  et  enterrés  sur  le  lieu  même.  Un  autre 
récit,  appartenant  au  même  cycle,  la  Passion  de  sainl 
Gallican,  nous  dit  que  plusieurs  amis  intimes  des  mar- 
tyrs, le  prêtre  Crispus,  le  clerc  Crispinianus  et  une 
chrétienne  nommée  Benedicta,  pénétrèrent  dans  la  mai- 
son, découvrirent  le  tombeau,  et,  surpris  dans  un  de 
leurs  pèlerinages,  turent  arrêtés  et  décapités.  Leurs 
corps  furent  enterrés  à  côté  des  saints  Jean  et  Paul.  Il 
ne  reste  aucun  doute  possible  dv^  lors  sur  la  significa- 
tion de  la  fresque  reproduite  ici  (fig.  82).  Cette  peinture 
vient  ainsi  corroborer  quelques  détails  d'un  texte  dans 
lequel  il  y  a  des  indications  à  retenir,  puisque  tout  n'y 
est  pas  assuré;  elle  confirmecette  opinion  que  beaucoup 
de  récits  de  martyres  furent  composés  tantôt  à  l'aide  de 
ni'  moires  écrits,  tantôt  à  l'aide  de  monuments  origi- 
naux, tombeaux,  peintures,  inscriptions  :1. 

'  Germano  «1  ï  s.  sinnislao,  Ausgrabwigen  im  Hauseder  Mar- 
tyr r  Johannes  uud  Paulits,  dans  IVimische  Quartalschrift, 
1888,  Cf.  10.  Le  Blant,  Les  persécuteurs  et  les  martyrs  aux  pre- 
n  iers  siècles  de  notre  ère,  in-8%  Paris,  1893,  p.  286,  note  4.  — 
iilecta  bollandiana ,  t.  XIV,  1895,  p.  330-332;  Acta  sanct., 
juri.  t.  v,  p.  -160.  —  3E.  Le  Blant,  loc.  cit.,  p.  II-IV.  —  *S.  Clé- 
ment, Epist.  I  ad  Corinth.,  6,  dans  F.-X.  Funck,  Opéra  patrum 
!.,  in-8%  Tubingse,  1887,  p.  68  :  Atà  t>;).o<;  Sio.z6«ïto.  javaîvjç 
Aocvoti'âeç  «ai  Aîçxat.  aixfe|Jia?a  Suv&  xaï  &vé<rta  RaOotfoat.  J.  B.  Light- 
fuot,  Apostolic  Fathers,  in-8',  London,  1890,  part.  I,  t.  n,  p.  33 
et  note  5.  adopte  cette  lecture,  non  sans  hésitation.  Wordsworth 


l'étreinte  du  taureau8,  qu'Hercule  brûlé  sur  un  monti- 
cule arrachât  de  dessus  sa  peau  la  tunique  de  poix 
enflammée9,  qu'Orphée  ou  Dédale  fussent  mis  en 
pièces  l0,  qu'Atys  fût  mutilé  '  '  et  Laureolus  crucifié  12.  A  la 
fin  Mercure,  avec  une  verge  de  fer  rougie  au  feu,  tou- 
chait chaque  cadavre  pour  voir  s'il  remuait,  des  valets 
masqués  représentant  Pluton  traînaient  les  corps  par 
les  pieds1-1.  Les  chrétiennes  furent  contraintes  à  subir 
le  rôle  des  Danaïdes.  Elles  vinrent  sans  doute,  par 
groupe  cle  cinquante,  subir  d'odieux  outrages  de  la  part 
de  mimes  figurant  les  fils  d'Egyptus  et  elles  reçurent 
le  coup  mortel  d'un  acteur  figurant  Lyncée  u. 

Le  supplice  de  Dircé  nous  est  bien  connu  par  le  groupe 
colossal  désigné  sous  le  nom  de  Taureau  Farnixc,  ap- 
porté à  Rome  au  temps  d'Auguste  et  représentant  Dircé 
attachée  par  Amphion  et  Zethus  aux  cornes  d'un  taureau 


propose  la  lecture  suivante  :  y/».1*:;,  «siv^S.;,  r.*:&'vnv.i,  comme 
très  probable.  L.  Duchcsne,  Lés  nouveaux  textes  de  S.  Clé- 
ment de  Rome,  in-8°,  Paris,  1877,  p.  17.  —  5  Tertullien,  De  pu- 
dicitia,  22,  P.  L.,  t.  n,  col.  1081.  —  "Suétone,  Neru,  12.  — 
'  Martial,  Epigr.,  vin,  30;  x,  25.  —  8  Suétone,  Nero,  12;  Martini, 
De  spectaculis,  v.  —  »  Tertullien,  Apol.,  15,  P.  L.,  t.  ï,  col.  415. 
— ,0  Martial,  De  spectaculis,  XXI ;  cf.  VIII.  —  "  Tertullien,  Apol., 
15,  P.  L.,  t.  I,  col.  416.  —  '-  Martial,  De  spectaculis,  vu.  — 
"Tertullien,  Apol,  15,  P.  L.,  t.  ï.  col.  417.  Cf.  Suétone,  Nero, 
36.  —  '«Euripide.  Hécube,  v.  886  dans  le  scoliaste;  cf.  Semriaa, 
Ad  JSneidem,  l.  X,  vs.  497. 


433 


ACTES   DES    MARTYRS 


436 


indompté  qui  doit  la  traîner  à  travers  les  rochers  et  les 
ronces  du  Cithéron  '.  Un  texte  d'Apulée  '-  et  une  fresque 
de  Pompéi  nous  apprennent  que  ce  supplice  n'élait  pas 


81.  —  Comparution  devant  un  empereur. 

Fresque  du  cimetière  de  Calliste. 

D'après  De  ttossi.  Borna  sotterranea,  t.  II,  pi.  xx. 

rare.  La  notoriété  que  durent  avoir  les  supplices  ordon- 
nes par  Néron  à  la  suite  de  l'incendie  de  Rome  ((56), 
peut  avoir  inspiré  la  fresque  pompéienne  que  nous  re- 
produisons (fig.  83)  et  dans  laquelle,  suivant  une  obser- 
vation de  Minervini,  le  supplice  parait  représenté  comme 
un  spectacle0;  d'ailleurs  il  est  admis  qu'un  grand  nom- 


82.  —  Décollation  de  Crispus,  Crispinianus  et  Benedicta. 

D'après  une  fresque  antique 
reproduite  dans  la  Bomische  Quartalschrift,  1888.  pi.  vi. 

bre  des  peintures  de  Pompéi  ont  été  exécutées  entre  les 
deux  destructions  de  la  ville  (63-79)*. 

5°  Prudence  nous  décrit  ainsi  une  suite  de  peintures 
qui  représentaient  l<*  martyre  de  saint  Ilippolytedans  la 
crypte  où  reposait  le  saint  au  IV«  siècle,  crypte  reconnue 
en  1882,  mais  entièrement  dépouillée  de  ses  peintures6, 
dont  voici  la  description  : 

*  Memorie  délia  reale  accademia  Ercolanese,  t.  m,  p.  386  sq.  ; 
t.  îv,  part,  1  ;  t.  vu,  p.  I  si).  ;  Jorio,  Real  museo  borbonico,  in-lol.. 
Napoli,  1825,  t.  xiv,  pi.  4,  a;  Raoul-Rochette,  Chui.v  de  peintures 
de  Pompéi,  Paris,  1844,  pi.  xxm,  p.  277-288 \.Annali  del  Instit. 
di  correspond,  archeol.,  1839,  t.  xi,  p.  287-292;  Helbig,  Die 
Wandgemàlde  Campaniens,  in-8*,  Leipzig,  18G8,  n.  1151,  1152, 
1153;  Jahn,  dans  Archeologische  Zeilung,  1853,  n.  36  sq.  — 
•Apulée,  Metamoridi..  vi,  127  :  Videt...  memorandi  spectaculi 
scenam  non  tanro  sed  asino  dependentem  Dircen  aniculam. 

Cf.  Lucien,  LuciUS,  23  :   yfïîv    btfxr,*  oil   ix  Tavfo'j  tW  i;  ':.:,.   — 

'Voyez  surtout  Memorie  delta  r.  accadeinia  Ercolanese,  t.  vu, 
planche  du  1"  mémoire.  —  *S.  Reinach,  Manuel  de  philologie 


«La  muraille  peinte  nous  offre,  retracé  par  des  couleui  s. 
le  tableau  de  ce  forfait.  On  le  voit  représenté  au-dessus 
du  tombeau  :  ses  ombres  transparentes  donnent  une  ap- 
parence de  vie  à  l'image  de  cet  homme  entraîné,  les 
membres  déchirés.  J'ai  vu  les  pointes  ruisselantes  des 
rochers,  et  les  broussailles  teines  de  pourpre.  Une  main 
savante,  en  peignant  les  verts  buissons,  y  avait  figuré  avec 
de  la  couleur  rouge  des  taches  de  sang.  On  pouvait  voir, 
dispersés  çà  et  là.  les  membres  rompus  du  martyr.  Le 
peintre  avait  représenté  ses  amis  qui  suivaient  en  pleu- 
rant les  sentiers  tortueux  tracés  par  une  course  désor- 
donnée. Désolés  et  surpris,  ils  allaient,  les  regards  atten- 
tifs, et  recueillaient  dans  les  plis  de  leurs  vêtements  les 


83.  —  Le  supplice  de  Du  ce. 

D'après  une  fresque  pompéienne  reproduite  dans  les  Mealurie. 

délia  rrale  accademia  Ercolanese,  t.  vu. 

entrailles  déchirées.  Celui-ci  mbrassc  la  tète  blanchie 
du  vénérable  vieillard  et  l'emporte  dans  son  sein;  celui- 
là  ramasse  ses  mains  coupées,  ses  bras,  s, .s  genoux,  les 
fragments  dépouillés  de  ses  jamlies.  On  élanche  avec  de- 
linges  le  sang  que  les  s;i|>|es  ont  bu  afin  que  cette  i 
ne  demeure  pas  dans  l'impure  poussière;  si  quelques 
gouttes  .ml  rejailli  sur  les  broussailles,  une  éponge  pres- 
sée les  recueille  toutes.  L'épaisse  forêt  ne  -aide  plus  rien 
du  corps  sacré,  que  l'on  a  pu  enterrer  tout  entier.  On  a 
retrouvé  chacune  des  parties  qui  le  composaient  :  toutes 
les  feuilles  des  buissons,  toutes  les  pointes  des  rochers 
ont  rendu  ce  qu'elles  avaient  reçu  des  dépouilles  du  mar- 
tyr; on  Choisit,  après  l'avoir  mesuré,  l'emplacement  du 
tombeau  :c*es1  Romequiva  posséder  les  i  endressacrées*.  » 
Plusieurs    critiques  '  se   sont  demandé   si    Prudence 

n'avait  pas  simple ut  décrit  ici    une  représentation  de 

la"  mort  d'Hippolytc,  lils  de  Thésée:  celte  opinion, 
quoiqu'elle  soit  repoussée  pai  DeR  ssi s.  doit  être  prise 
en  sérieuse  considération,  car  on  retrouve  dans  le  récit 

classique,  in-8  .  Paris,  1884,  t.  u.  p.  129,  note  2.  —  'De  Rossi, 
Bail,  di  arcli.  Crist  .  1882,  p.  66,  67,  70  et  pi.  l-n  ;  P.  Allanl.  //:-'. 
des  pereéc,  t.  m,  p.  327.  —'Prudence,  PeH  Steph.,  bymn.  m. 
vs.  123-452,  P.  I...  t.  i.x.  cet.  543  sq.  —  ■  Dollinger,  Hippolytus 
and  Callistus,  in-s-,  Regensburg,  1853,  p.  57;  F.-X.  Kraus, 
Encyclopùdie  der  chrisMchen  Alterthûmer,  au  mot  :  Hippoiti- 
tas,  t.  i,  p.  659-660;  E.  Mont?,  Études  sur  l'histoire  de  la  pein- 
ture et  de  Ciconographie  chrétiennes,  in-8*,  Paris,  1866,  p.  i' : 
C.  de  Smedt,  Dissertationes  sélecte  in  primant  uttatem  historié 

ecelesiaslic.r,  in  S',  Gândavi,  1876,  p.  136,  note.  —  •  Bullettino 
di  archeologia  cristiana,  1R82.  p.  72.  CI.  P.  Allanl,  loc.  cit..  t.  m. 


437 


ACTES   DES   MARTYRS 


438 


île  la  mort  d'Hippolyto  une  inspiration  poétique  directe- 
ment influencée  par  la  narration  laite  par  Sénèque  de  la 
mort  du  fils  de  Thésée  '. 

6°  Prudence  dit  avoir  vu  à  Imola  la  représentation  du 
martyre  de  saint  Cassien  peinte  auprès  de  se:,  tombeau  : 

Erexi  ad  caelum  faciem  :  stetit  obvia  contra 

Fucis  colorum  picta  imago  martyris, 
Plagas  mille  gerens,  totos  lacerata  per  artus, 

Ituptam  minutis  praeferens  punctis  cutem. 
Innumeri  circum  pueri,  miserabile  visu, 

Conlossa  parvis  membra  figebant  stylis  : 
Unde  pugillares  soliti  percurrere  ceras. 

Scholare  inurmur  adnotantes  scripserant. 
./Edituus  consultus  ait  :  Quod  prospicis,  hospes, 

Non  est  inanis  aut  anilis  tabula 
Histon'am  pictura  refert  -... 

7°  Saint  Grégoire  de  Nysse  l'apporte  que  le  martyre  de 
saint  Théodore  était  peint  près  de  son  tombeau  et  de 
plus  figuré  en  mosaïque  sur  le  pavé  de  l'église  qui  lui 
était  consacrée  à  Constantinople 3.  Le  peintre,  dit-il,  a 
représenté  les  vaillantes  actions  du  martyr,  les  débuts, 
les  supplices,  les  bourreaux  cruels,  les  assauts  violents, 
le  fourneau  ardent  et  la  très  heureuse  lin  de  l'athlète. 

8°  Saint  Augustin  mentionne  une  peinture  sans  doute 
murale  qu'il  décrit  ainsi,  Dulcissima  pictura  est  lixc, 
ubi  videtis  sanctum  Stepl  anum  ïapidari,  videtis  Sau- 
lum  lapidantium  veslimenta  servanlem...  Ambo  ibi 
vos  videtis.  On  ne  sait  en  quel  endroit  se  trouvait  cette 
peinture,  rien  ne  prouve  qne  ce  fût  à  Hippone4. 

XII.  mosaïque.  —  Un  cimetière  chrétien  de  Carthage 
découvert  par  le  P.  Delattre  et  fouillé  en  1879  et  4880  a 
fourni,  outre  un  très  grand  nombre  d'épitaphes,  des 
ruines  considérables  3.  Les  cimetières  chrétiens  de 
l'Afrique  étaient  ordinairement  divisés  en  deux  parties. 
La  principale  était  désignée  sous  le  nom  de  hortus  ou 
area  et  destinée  aux  sépultures  des  fidèles;  elle  compor- 
tait au  centre  un  emplacement  réservé  et  clos  :  area 
mura  cincta,  area  ubi  christiani  oraliones  faciunt,  area 
marlyrum,  disait-on  dans  la  langue  du  temps.  C'était 
le  sanctuaire,  la  Casa  major  6,  à  l'intérieur  duquel  le 
sacrifice  était  célébré  sur  la  tombe  des  martyrs.  L'édicule 
destiné  à  ces  réunions  liturgiques  parait  avoir  été  entouré 
de  bâtiments  accessoires  destinés  à  des  usages  adminis- 
tratifs ou  charitables;  parfois  on  y  trouvait  des  thermes 
pour  les  pèlerins  ou  peut-être  pour  les  prêtres. 

Les  ruines  mises  à  jour  à  Carthage  contiennent  les 
restes  d'un  sanctuaire,  reconnaissables  à  des  débris  de 
colonnes  et  de  chapiteaux,  et  à  côté,  de  vastes  salles,  des 
réservoirs,  des  conduites  d'eau,  des  bassins,  peut-être 
des  thermes.  La  plus  vaste  des  salles  est  ornée  d'un  pa- 
vage en  mosaïque  dont  le  sujet  principal,  qui  parait  être 
du  Ve  siècle,  représente  une  lemme  accoudée  à  un  cippe 
ou  autel  carré  sur  lequel  est  posé  un  objet  rond  pourvu 
d'un  manche  (fig.  84).  Cette  femme  est  en  partie  couverte 
par  une  draperie  qui  laisse  à  découvert  toute  la  poitrine 
et  la  partie  droite  du  corps.  De  la  main  gauche,  elle  tient 
une  palme,  de  la  droite,  elle  présente  un  objet  de  forme 
arrondie  que  nous  aurons  à  déterminer.  Le  P.  Delattre 
propose  de  voir  dans  cette  mosaïque  une  représentation 
de  la  martyre  sainte  Perpétue,  et  les  accessoires  qui 
accompagnent  la  figure  peuvent  se  rapporter  à  certains 

*  Ficher,  Studien  zur  Hippohjtfrage,  in-8",  Leipzig,  1893, 
p.  43-64.  Cf.  P.  Chavanne,  Le  patriotisme  de  Prudence,  dans 
la  Revue  d'hist.  et  de  litt.,  t.  IV,  1899,  p.  410,  note  2.  —  s  Pru- 
dence, Péri  Steph.,  hymn.  ix,  vs.  9-19,  P.  L.,  t  lx,  col.  433-436. 

—  3S.  Grég.  de  Nysse,  Oratio  S.  martyris  Theodori,  P.  G.t 
t.  xlvi,  col.  737,  740.  —  *  S.  Augustin,  Serin.,  cccxvi,  5,  P.  L., 
t.  xxxvm,  col.  1434.  —  5C.-A.  Lavigerie,  De  l'utilité  d'une 
mission  archéologique  permanente  à  Carthage.  Lettre  à  M.  le 
secrétaire  perpétuel  de  l'Académie  des  inscr.  et  belles-lettres, 
in-8%  Alger,  1881.  —  aGesta  pttrgationis  Cœciliani,  dans  Baluze, 
Miscetlanea,  novo  ordine  digesta,  in-iol.,  Lucca.  1761,  t.  i,  p.  24. 

—  '  C.-A.  Lavigerie,  loc.  cit.,  p.  52,  pi.  v.  —  "P.  AMard,  Notes 


détails  des  Actes  de  cette  sainte7.  Cette  interprétation, 
adoptée  par  M.  Allard8,  ne  l'est  pas  par  M.  Thédenat, 
qui  voit  dans  le  sujet  de  la  mosaïque  une  Venus  viclrix 
tenant  dans  la  main  droite  un  ceste  replié  °;  mais  cette 
attribution  s'explique  difficilement,  «  Comment  une 
ligure  de  Vénus  se  tronve-t-elle  décorer  une  salle  située, 


84.  —  Sainte  Perpétue,  martjre. 
Mosaïque  de  Carthage. 
D'après  Lavigerie,  De  l'utilité  d'une  mission  archéologique 
à  Carthage,  pi.  v. 

nous  dit-on,  au  milieu  d'un  cimetière  chrétien,  dont 
i'origine  paraît  remonter  au  temps  des  persécutions10?» 
De  Rossi  remit  son  jugement  jusqu'à  une  documen- 
tation plus  complète11.  La  Passio  sanctsc  Perpetuie  offre 
plusieurs  traits  qui  s'appliquent  très  exactement  aux 
détails  de  notre  représentation,  comme  on  va  le  voir  par 
le  texte  des  Actes  12. 

1°  La  nudité.  La  sainte  est  exposée  aux  coups  d'une 
vache  furieuse,  itaque  dispoliatee...  producebantur,  hor- 
ruit  populus... ;  itarevocalse  et  discinctis  indutœ,  §  XX. 
—  2°  La  coiffure.  Après  avoir  été  jetée  en  l'air,  dehinc 
requisita,  et  dispersos  capillos  infibulavit,  §  xx13.  — 
3°  La  palme.  Pendant  une  vision,  Perpétue  avait  à  com- 
battre un  égyptien,  et  le  juge  du  combat  portant  un 
rameau  verdoyant  lui  dit  :  Hic  jEgyptius,  si  hanc  vice- 
rit,  occidet  illam  gladio  ;  et  si  hune  vicerit,  accipiet 
ramum  istum;  Perpétue  fut  victorieuse  :  ...  et  accessi 
ad  lanislam,  et  accepi  ramum,  §  x.  —  4°  Le  serpent. 
Aux  pieds  du  personnage  représenté  dans  la  mosaïque, 
se  voit  une  large  ligne  noire  légèrement  ondulée  et  pré- 
sentant une  vague  ressemblance  avec  un  reptile;  or, 
Perpétue  eut  une  vision  qui  lui  montra  une  échelle  d'or 
au  pied  de  laquelle  était  couché  un  énorme  dragon  : 
crat  sub  ipsa  scala  draco  cubans  mirse  magnitudinis  ; 
lorsque  Perpétue  allait  gravir  les  degrés  de  l'échelle, 
elle  lui  broya  la  tète  :  cl  quasi  prin'nim  gradum  cal- 
d'archéologie,  dans  les  Lettres  chrétiennes,  juillet  1881,  p.  291  6q. 
-»H.  Thédenat,  dans  le  Bulletin  critique,  15  juillet  1881.  — 
10P.  Allard,  loc.  cit.,  p.  292.  On  a  même  récemment  prétendu  voir 
dans  cette  mosaïque  un  hermaphrodite.  Fieker,  dans  la  Theolo- 
gische  Literaturzeitung,  1894,  p.  164.  Cf.  S.  Gsell,  dans  les  Mé- 
lang.  d'arch.  et  d'hist.,  1900,  p.  118.  —  "  De  Rossi,  Bullettino  di 
archeol.  cristiana,  1884-1885,  p.  44,  note  3.  A.  Pératé,  L'archéo- 
logie chrétienne,  in-8%  Paris,  1892,  p.  233,  cite  l'atu-ibution  à 
sainte  Perpétue  sans  se  prononcer.  —  12J.  Armitage  Robinson, 
The  passio  of  St.  Perpétua,  dans  Texts  and  studies,  in-8% 
Cambridge,  1891,  t.  i.  fasc  2.  —  "  Sur  la  coiffure  africaine,  CL 
Mélanges  d'arch.  et  Whist.,  190-1,  t.  \\i,  p.  213. 


439 


ACTES   DES   MARTYRS 


440 


caretn,  calcari  Mi  caput,  §  iv.  —  5°  Le  lait  caillé.  A  la 
suile  de  la  victoire  sur  lu  dragon,  Perpétue  est  intro- 
duite dans  un  vaste  jardin  où  le  divin  Pasteur  lui  donne 
dans  la  main  une  bouchée  de  lait  caillé  :  de  caseo  quod 
mulgebat  dédit  milii  quasi  buccellam  ;  et  ego  accepi 
junclis  manibus,  §  IV.  Cette  bouchée  serait  l'objet  que 
le  personnage  tient  dans  la  main  droite  et  que  nous 
n'avions  pas  déterminé.  Nous  hésitons  toutefois  entre 
cette  interprétation  et  celle  qui  verrait  dans  cet  objet 
le  cœstus  ou  gantelet  de  pugilat  dont  la  martyre  devait 
être  pourvue  lorsque,  dans  la  vision,  elle  renversa  son 
adversaire  :  junxi  manus  ita  ut  digilos  in  digilos 
milterem  et  apprcliendi  illi  caput,  et  cecidit  in  facieni, 
§  X.  —  6°  L'autel.  Nous  proposerons  de  voir  ici  non  un 
autel  ou  un  cippc,  mais  un  détail  d'une  autre  vision.  Per- 
pétue vit  son  jeune  frère  Dinocrate  assoiffé  et  impuis- 
sant à  apaiser  sa  souffrance  à  l'eau  d'une  piscine,  pane 
que  la  margelle  de  celle-ci  dépassait  de  beaucoup  la  sta- 
ture de  l'enfant  :  video  Dinocratem...  ivsluanteni  val  de 
/■t  xitienlem...,  erat  deinde  in  ipso  loco  ubi  Dinocrates 
erat  piscina  plena  aqua,  alliorem  tiiarginem  habens 
quant  erat  statura  pueri,  §  vu.  Remarquons  cependant 
que  le  bloc  dressé  contre  la  sainte  représentée  dans 
l'attirail  de  l'athlète  se  retrouve  dans  un  cartouche  qui 
décore  le  sceau  de  plomb  trouvé  à  Carthage  et  sur 
lequel  De  Rossi  a  pensé  retrouver  des  souvenirs  de  la 
passion  de  sainte  Perpétue.  Ce  cartouche  représenterai I 
un  gladiateur  victorieux  qui  ne  serait  autre  que  sainte 
Perpétue,  à  coté  de  lui  se  retrouve  le  cippe  ou  la  mar- 
gelle nous  n'osons  en  décider. 

Ces  rapprochements  nous  paraissent  trop  précis  et 
trop  nombreux  pour  être  des  coïncidences  fortuites, 
nous  inclinons  donc  à  reconnaître  ici  la  représentation 
de  la  célèbre  martyre  de  Carthage  de  l'année  203,  et 
l'édifice  voisin  de  la  salle  qui  nous  occupe  serait  la 
Basilica  ubi  sanctarum  Perpétuée  et  Felic.ilatis  cor- 
pora  scpulta  sunt  dont  parle  Victor  de  Vite,  qui  lui 
donne  le  nom  de  Vasilica  major. 

Il  nous  reste  deux  autres  détails  à  éclaircir.  Le  miroir 
placé  sur  l'autel  ne  trouve  pas  d'explication  dans  le  texte 
de  la  Passio  Perpétua,  mais  on  peut  y  \oir  une  allu- 
sion aux  nombreuses  visions  qui  remplirent  le  temps  de 
captivité  de  la  martyre.  Quant  au  vêtement  de  la  mar- 
tyre, il  parait  consister  en  une  tunique  dessinant  étroi- 
tement les  formes,  ce  que  nous  nommons  un  «  maillot  ». 
Les  textes  et  les  monuments  s'accordent  à  nous  apprendre 
que  la  nudité  dis  femmes  appelées  ou  condamnées  à 
paraître  dans  le  cirque  ne  devait  pas  être  complète;  ces 
malheureuses,  lorsqu'elles  étaient  livrées  aux  bêtes, 
étaient  pourvues  du  Sta^tou.a1.  Cet  usage  avait  dû  être 
observé  à  l'égard  de  sainte  Perpétue,  car  un  détail  de 
la  Passio  concernant  sainte  Félicité,  compagne  de  Per- 
pétue :  horruit  populus...  respiciens...  alteram  a  partit 
recenlem  slillantibus  mamntis,  donne  lieu  de  penser 
que  les  martyres  n'avaient  été  pourvues  que  de  ce  léger 
8[âÇ(i>fj.a ;  on  ne  s'expliquerait  dès  lors  le  maillot  pre- 
nant tout  le  corps,  et  dont  les  extrémités  sont  marquées 
à  la  gorge  et  à  l'avant-bras,  que  par  un  Sentiment  de  dé- 
cence chez  l'artiste.  Nous  trouvons  d'ailleurs  dans  la  mai- 
son des  saints  Jean  el  Pattl,  au  Célius,  des  génies  auxquels 
on  a  donné  ce  vêtement  dans  une  fresque  du  rv*  siècle2. 

xm.  miniature.  —  Un  précieux  manuscritdu  vie  siè- 

1 E.  Le  Blant,  Les  Actes  iles  martyrs,  in-K  Taris,  1882,  p.  190- 
192.  —  -P.  Allnril,  Etude  d'histoire  et  d'archéologie,  in-1'.',  Paris, 
1899,  p.  184  :  «  Le  peintre  a  représenté  <ii\  génies,  Je  grandeur 
naturelle,  non  pas  nus,  mais  revêtus  d'une  sorte  de  maillot  collant 
attaché  au  cou,  aux  poignets  et  aux  pieds  par  de  petits  nœuds.  » 
Voyez  A.  Dufourcq,  Étude  sur  les  (lesta  martynon  romains, 
in-8%  Paris,  1900,  pi.  VI.  —  3Os.  von  Gebhardt  et  Ad.  H.  Ilainack, 
SvangeUorwn  codex  grxcus  purpureus  Russancnsis  (-)  litte- 
ris  argenteis  sexto  ut  videtur  sxculo  scriptus  ptcturlsqtu 
ornatus.  Seine  Entdeckung,  sein  wissenschafôicher  u»d 
k&nstlerischer  Wcrth  dargestettt,  in-4\  Leipzig,  1880,  pi.  xvi 


cle,  le  codex  Rossanensis  (S),  offre  une  miniature  repré- 
sentant un  tribunal,  dans  la  scène  de  la  comparution  du 
Christ  devant  Pilate  >  (lig.  85).  Le  siège  du  procurateur  est 
drapé  ainsi  que  l'estrade  sur  laquelle  il  est  placé;  sur 
l'étoffe  on  a  peint  ou  brodé  les  bustes  des  deux  souve- 
rains régnant  au  VIe  siècle  et  ces  bustes  sont  repro- 
duits sur  les  deux  tablettes  portées  par  des  appariteurs 
au  bout  de  longues  hampes.  Il  y  a  ici  une  allusion  a 
un  usage  que  mentionnent  les  textes  martyrologiques. 


85.  —  Représentation  d'un  tribunal. 
D'après  O.  von  Gebhardt,  Evangeliorum  Codex,  18  0,  pt.  xvi. 

Le  plus  ancien  document  de  la  littérature  chrétienne 
qui  parle  du  dépôt  de  l'image  impériale  dans  le  pré- 
toire est  la  lettre  de  Pline  à  Trajan  (114-118)*  :  c  Ceux 
qui  ont  nié  qu'ils  fussent  ou  qu'ils  eussent  été  chrétiens, 
j'ai  cru  devoir  les  faire  relâcher  quand  ils  ont  invoqué 
les  dieux  après  moi.  et  qu'ils  ont  supplie  par  l'encens 
et  le  vin  ton  image,  que  j'avais  pour  cela  fait  apporter 
avec  les  statues  des  divinités*.  »  Ce  n'est  que  sous 
Dioclétien  que  nous  retrouvons  la  mention  de  fidèles 
refusant  d'adorer  les  images  des  empereurs6.  On  ne 
saurait  dire  quand  et  comment  s'introduisit  la  cou- 
tume d'exposer  l'image  du  souverain  devant  le  tribunal, 
mais  le  fait  existe  comme  le  démontre  la  lettre  de  Pline 
et  il  nous  reste  à  rappeler  les  principaux  textes  qui  nous 
aident  à  comprendre  la  nature  de  l'hommage  que  les 
magistrats  réclamaient  des  martyrs  en  exigeant  l'adora- 
tion des  ralias  principutn. 

La  confusion  volontairement  établie  entre  les  privi- 
lèges politiques  de  la  république  romaine  et  la  per- 
sonne de  l'empereur  aboutirent  à  la  doctrine  d'Ktat  de 
la  divinité  des  Augustes  :  nnmen  imperatorum  1  ;  dès 
lors  une  tendance  corrélative  s'affirme,  la  divinité  en- 
traine le  culte  des  empi  reurs  el  principalement  de  leurs 

(folio  8  o,  recto).  —  *.\.  Harnack,  Oeschiclite  der  attet»  taWlftun 

Litteratur,  in-S-,  Leipzig.  1898,  t.  i.  part.  2,  p.  866.  —  *  Pline, 
Epist.,  x,  97.  —  *Acta  S.  Felicis  Gerundensis.  $4.  Cl.  Pru- 
dence, Péri  Steph.,  hymn.  iv,  v.  29-30,  P.  I.  .  t.  Ut,  col.  362; 
Tillemont,  Mém.  hist.  ceci..  in-V,  Bruxelles,  1732,  t.  v,  art.  xxu. 
sur  la  persécution  de  Dioclétien:  Acta  S.  Eusebii.  mart.  in  Pa- 
l.rst.,  4,  dans  Mu  saact..  1"  et  14  août.  —  7  F.  C.uniont. 
L'éternité  des  empereurs  romains,  dans  la  Revue  d'histoire 
et  de  litt.  relig.,  1896,  t.  I,  p.  135  sq. ;  11.  Leclercq,  Cu»imei}t  If 
christianisme  fat  envisagé  dans  l'empire  romain,  dans  la 
Revue  bénédictine,  19M,  p.  ni-176. 


441 


ACTES    DES    MARTYRS 


442 


images1.  Caligula  ordonna  qu'on  pla<;;U  son  image  dans 
le  temple  de  Jérusalem  2,  Domilien  montra  aussi  un 
goût  très  vit  pour  l'adoration  3,  mais  ce  fut  le  Syrien 
Elagabal  qui  établit  le  premier  d'une  façon  stable  l'habi- 
tude d'adorer  l'empereur  et  Dioctétien  exigea  avec  plus 
de  rigueur  encore  cette  marque  do  divinité  4  qui  se 
continua  sous  les  empereurs  chrétiens  et  c'est  alors 
seulement  qu'un  texte  vient  aider  à  notre  recherche. 
Suivant  Séverin,  évèque  de  Gabala  en  Egypte,  les  images 
impériales  étaient  destinées  à  suppléer  à  la  présence 
du  prince  qui  ne  pouvait  être  en  plusieurs  lieux  à  la 
fois.  C'est  pourquoi  les  préfets  du  prétoire  rendaient 
toujours  la  justice  en  présence  des  images  sacrées5. 
Les  dessins  qui  accompagnent  la  Notitia  dignitalum 
nous  font  voir  l'appareil  qui  entourait  ces  images.  Sur 
une  table  carrée,  assez,  semblable  à  un  autel,  est  placé 
le  portrait  du  prince,  autour  duquel  brûlent  quatre 
cierges  allumés,  placés  sur  des  ilambeaux  °.  En  outre 
le  dyptique  de  Rufius  Probianus,  datant  des  premières 
années  du  Ve  siècle,  nous  montre,  derrière  le  siège  du 
vicarius,  le  buste  des  deux  empereurs  se  détachant 
sur  une  pila1.  Enfin  une  formula  consularitalis  décrit 
ainsi  la  présence  des  images  dans  l'appareil  qui  entoure 
le  magistrat  :  Quale  tibi  débet  esse  quod  curules  in- 
clylas  probatur  ornare  ?  Vultus  quineliam  regnan- 
tiurti  geniala  obsequii  pompa  pr&mitlit  ;  ut.  non  so- 
lum  summi  judicis  sed  et  dominorum  reverentia 
cumulatifs  orneris.  O  magnse  temperalionis  inventum ! 
De  nomine  consulis  promitteris  clemenlissimus y  et  de 
principum  imagine  metuendus8. 

La  miniature  qui  fait  le  sujet  de  cette  note  ne  pré- 
sente pas  la  forme  architecturale  que  décYit  Vitruve 
lorsqu'il  traite  du  prétoire9;  une  fresque  de  Pompéi  qui 
semble  représenter  le  jugement  de  Salomon  l0  est  égale- 
ment en  désaccord  avec  la  description  de  Vitruve,  mais 
ces  monuments  trouvent  leur  commentaire  dans  plu- 
sieurs Actes  de  martyrs.  Les  jugements  n'étaient  pas 
toujours  rendus  dans  le  prétoire  et  le  magistrat  pouvait 
faire  ériger  son  tribunal  où  bon  lui  semblait,  ce  qui 
était  d'autant  plus  facile  que  le  juge  siégeait  sur  une 
estrade  bâtie  en  bois,  recouverte  ou  non  d'une  étoile. 
Ainsi  s'explique  ce  que  nous  montre  la  miniature  du 
manuscrit  de  Rossano  et  ce  que  nous  disent  les  Actes 
dont  nous  rappellerons  quelques  passages.  Un  gouver- 
neur fait  dresser  son  tribunal  sur  le  bord  de  la  mer11, 
un  autre  au  milieu  de  la  cité  l2;  d'autres  encore  en  divers 
lieux  :  sur.  le  forum,  aux  thermes,  au  théâtre,  à  l'hippo- 
drome 13.  Un  dernier  détail  de  la  miniature,  l'écritoiro, 
se  trouve  confirmé  par  les  textes,  de  même  que  l'estrade 
élevée  du  magistrat.  L'auteur  arien  anonyme  du  traité 
intitulé  Opus  imperfection  in  Mattliœum,  longtemps 

1  E.  Beurlier,  Le  culte  impérial,  son  histoire,  son  organisa- 
tion depuis  Auguste  jusqu'à  Justinien,  in-8°,  Paris,  1890,  p.  37, 
264-269.  —  *  Philon,  De  legatione  ad  Caium,  c.  xxx.  Cf. 
E.  Beurlier,  Les  Juifs  et  l'Église  de  Jérusalem,  dans  la  Revue 
d'hist.  et  de  litt.  relig.,  1897,  t.  H,  p.  7  sq.  —  3Cf.  E.  Renan, 
Les  Évangiles,  in-8",  Paris,  1877,  p.  290-293.  —  *  E.  Beurlier,  Les 
vestiges  du  culte  impérial  à  Byzance  et  la  querelle  des  icono- 
clastes, in-8-,  Paris,  1901,  p.  4.  —  5  P.  G.,  t.  lvi,  col.  490.  — 
"  Notitia  utraque  dignitatum  cum  Orientis  tum  Occidentis 
ultra  Arcudii  Honoriique  tempora,  édit.  Bœcking,  3  t.  en  5 
in-8%  Bonme,  1839-1853,  Pars  Orientis,  c.  m,  t.  I,  p.  12, 
insignes  du  préfet  du  prétoire  d'Illyrie;  Pars  Occidentis,  c.  n, 
t.  i,  p.  8,  insignes  du  préfet  du  prétoire  d'Italie.  —  'W.  Mayer, 
Zwei  antikeElfenbeintafeln  d.  k. Staats-Bibliothek  in  Mùnchen, 
pi.  il,  dans  Abhandlgn.  d.  philos. -philolog.  Classe  d.  bayer. 
Akad.  d.  Wiss.,  1879,  t.  LI.  Cf.  J.  L.  Lydus,  De  magislralilnis 
Reipublicse  romanse,  libri  très,  1.  II,  17,  gr.  in-8°,  Leyde,  1812. 

—  9  Cassiodore,    Yariarum,  1.  VI,  20,  P.  L.,  t.  i.xix,  col.  701. 

—  'Vitruve,  De  architect.,  1.  V,  c.  i.  —  10  G-  Lumbroso,  Sut 
dipi-ntu  pumpeiano  in  cui  si  è  ravuisato  il  giudizio  di  Salo- 
mone,  dans  les  Atti  délia  reale  accademia  dei  Lincei,  t.  xi, 
p.  303;  E.  Le  Blant,  Les  persécuteurs  et  les  martyrs,  in-8°, 
Paris,  1893.  p.  272  sq.  et  frontispice.  —  "  Georgi,  De  mira- 
culé S.  Culutlti,  51, in-4%  Ruina;,  1793.  -  "Passio  S.  Tbeo- 


attribué  à  saint  Jean  Chrysostome  •*,  confirme  ces  deux 
points  dans  cette  phrase  :  Criminosas  personas  judex 
auditurus  in  publico,  tribunal  suum  collocat  in  ex- 
celso;circa  se  constiluit  vexilla  regalia ;  anle,  conspe- 
ctum  suum  ponit  super  mensam  calliculam  unde  tri- 
bus digilis  mortem  hominum  scribat  aut  vilam. 

XIV.  TAPISSERIES.  —  Nous  devons  ici  nous  en  tenir  à 
une  description.  Saint  Astère,  évèque  d'Amasée,  au 
iv°  siècle,  rapporte  ainsi  une  représentation  des  divers 
épisodes  du  martyre  de  sainte  Euphémie,  telle  qu'il  l'avait 
vue  iv  civoovi,  auprès  du  tombeau  de  la  sainte  dans 
l'église  qui  lui  était  dédiée,  à  Chalcédoine  : 

«  Le  juge  est  assis  sur  un  siège  élevé,  il  regarde  la  vierge 
d'un  air  méchant  et  cruel;  car  l'art  peut,  s'il  le  veut, 
donner  à  une  matière  sans  vie  l'apparence  de  la  fureur. 
Autour  du  juge  sont  ses  doryphores  et  de  nombreux  sol- 
dats, puis  des  notarii  tenant  leurs  tablettes  et  leurs  sty- 
lets à  écrire.  L'un  de  ces  hommes,  levant  la  main  de  la 
planchette  enduite  de  cire,  regarde  fixement  la  chré- 
tienne comme  pour  lui  enjoindre  de  parler  plus  distinc- 
tement, afin  d'éviter  toute  erreur  dans  la  transcription 
des  réponses  et  de  ne  pas  s'exposer  à  des  reproches.  La 
vierge  se  tient  debout,  elle  porte  une  tunique  de  couleur 
sombre  et  le  pallium  des  philosophes,  du  moins  le 
peintre  l'a-t-il  jugé  bon  ainsi;  le  visage  est  gracieux  et 
respire  la  vertu.  Deux  soldats  ramènent  au  magistrat, 
l'un  la  tire,  l'autre  la  pousse  et  l'attitude  de  la  jeune 
fille  est  un  mélange  de  pudeur  et  de  force.  Elle  incline 
la  tête  et  baisse  les  yeux  comme  si  elle  rougissait  sous 
les  regards  des  hommes;  mais  elle  demeure  droite,  sans 
frayeur,  sans  ombre  de  timidité. 

«  Plus  loin,  les  bourreaux,  portant  un  léger  vêtement, 
sont  à  l'œuvre;  l'un  saisit  la  tète  et,  la  rejetant  en  arrière, 
la  présente  ainsi,  la  bouche  ouverte,  à  un  autre  bour- 
reau; celui-ci  arrache  les  dents.  Les  instruments  qui 
servent  au  supplice  sont  un  marteau  et  une  tarière.  Je 
ne  puis  en  dire  plus,  les  pleurs  me  coupent  la  parole. 
Le  pinceau  a  représenté  les  filets  de  sang  avec  tant  d'art 
qu'on  croit  les  voir  couler  sur  les  lèvres  et  on  s'éloigne 
bouleversé.  Puis,  c'est  derechef  la  prison,  la  jeune  fille 
de  nouveau  debout  dans  ses  habits  sombres;  elle  lève  les 
bras  au  ciel,  et  invoque  Dieu,  secours  dans  les  afflictions. 
Un  signe  lui  apparaît,  celui-là  même  que  les  chrétiens 
adorent  et  tracent;  c'est,  je  pense,  le  symbole  du  martyre 
désiré.  Peu  après,  le  peintre  allume  un  brasier  ardent 
et  la  vierge  est  au  milieu,  les  mains  levées  vers  le  ciel, 
le  visage  calme,  sans  angoisse,  plutôt  joyeux,  comme  il 
convient  quand  on  va  entrer  dans  la  vie  incorporelle  et 
bienheureuse  13.  » 

XV.  SUJETS    PROFANES   ET    MYTHOLOGIQUES.    —   Nous 

avons  exclu  à  dessein  de  ces  recherches  les  monuments 

doti  Ancyrani,  29,  dans  Ruinart,  Acta  sine,  in-4°,  Parisiis,  1689, 
p.  367.  —  t3  Acta  S.  Niconis,  17,  dans  Acta  sanct.,  23  mars  : 
«  jussi  sunt  in  theatrum  adduci  ante  tribunal;  »  Acta 
S.  Marci,  ep.  Antmx,  23,  dans  Acta  sanct.,  28  avril  :  «  ma- 
litise.  arbiter  in  amphitheatro  civitatis  tribunal  sibi  parari  di- 
xerit;  »  Passio  SS.  Naburis  et  Felicis,  2,  dans  Acta  sanct., 
12  juillet  :  «jussit  imperator  sibi  tribunal  in  hippodromo  circi 
prseparari  ;  s  DeS.Juliano  senatore  sylloge,5,  dansActa  sanct., 
19  août  :  «  post  triduum  jussit  sibi  tribunal  prirpitiari  in  Tel- 
lude;  »  Acta  S.  Alexandri,  7,  dans  Acta  sanct.,  21  septembre  : 
«  in  prxdio  Nevianorum  sibi  tribunal  et  ludum  ferarum  pa- 
rari prxcepit ;  »  Vita  S.  Firmini,  ep.,  15,  dans  Acta  sanct-, 
25  sept.  :  «  tune  prsecepit  Sebastianus  militibus  suis  ut  illum 
ad  spectacula  theatri  prœsentarent...  Firminus  prucedens  ac- 
cessit ad  prxturium  et  conslanter  ante  tribunal  stetit  ;  »  Passio 
S.  Philippi,  ep.  Heracl.,  10,  dans  Ruinart,  loc.  cit.,  p.  450  :  «  pu- 
blue  in  Thermis  sedens,  Phili]ipnm  prsecepit  indu  ci  ;  »  Passio 
SS.  Eusebii,  Marcelli,  Hippulyti,  dans  De  Rossi,  Roma  sutter. 
in-fol.,  Ruina,  1877,  t.  III,  p.  205-207  :  «  In  foro  Trajaui  jussit 
sibi  tribunal  prrparari...  Veniens  in  Telludn,  ante  lonplum 
Palladis.  ibi  jussit  sibi  tribunal  parari. ..  Jussit  in  circo  Fla- 
mitieo  tribunal  sibi  parari.  »  —  ■* Ps.-Chrysostome,  Opus  im- 
perf.  in  Matth.,  P.  G.,  t.  lvi,  col.  611.  Cf.  J.  Lydus,  loc.  cit., 
1.  II,  c.  xiv.  —  »5Ruinurt,  Acta  sine,  p.  543  sq. 


4i3 


ACTES    DES    MARTYRS 


444 


figurés  ayant  trait  aux  personnages  de  l'Ancien  Testa- 
ment et  à  la  personne  du  Christ,  mais  nous  croyons  de 
voir  attirer  l'attention  sur  une  classe  d'objets  susceptibles 
d'éclairer  les  textes  martyrologiques.  Il  s'agit  d'oeuvre 
d'origine  païenne  et  représentant  des  sujets  profanes  ou 
mythologiques.  Nous  en  donnerons  quelques  exemples. 
Un  médaillon  en  terre,  d'un  travail  soigné,  représente 
le  cirque  garni  de  spectateurs.  On  y  assiste  au  supplice 


8G.  —  Eros  condamné  aux  bètes. 

D'après  un  médaillon  en  verre,  repn  duit  dans  les  Mélanges 

G.-D.  de  Hussi,  p.  243. 

du  dieu  Eros  condamné  aux  bêtes  en  expiation  de  ses 
méfaits.  Le  coupable  est  debout,  garrotté  et  attaché  sur 
le  suggestum,  dans  l'attitude  et  avec  l'appareil  que  nous 
avons  signalé  dans  deux  représentations  analogues. 

Un  autre  Amour,  figurant  un  valet  du  cirque,  ouvre 
la  carea  d'où  les  bètes  féroces  vont  s'élancer  sur  leur 
proie  en  s'aidant  d'une  échelle,  car  ces  bétes  féroces 
n'ont  pas  besoin  du  plan  incliné  du  suggestum;  ici  tout 
n'est  que  badinage  et  la  trappe  du  repaire  des  bétes  ne 
laisse  passer  que  deux  colombes  '.  Nous  reviendrons  sui 
ce  médaillon  lorsque  nous  parlerons  des  condamnés  aux 
bètes. 

Un  jaspe  vert  mentionné  par  Peiresc  montre  Psyché 
liée  à  un  poteau  sur  le  suggestum,  dont  Éros,  une  torche 
à  la  main,  monte  les  degrés  pour  lui  faire  subir  le  sup- 
plice que  les  anciens  nommaient  candelx,  lampades  ou 
faces 2. 

XIV.  Bibliographie  '.  —  Achelis(II.),  Acta  SS.  Nerei 
et  Achillei,  dans  Texl  und  Vntersuchung,  in  8n,  Leipzig, 
1893.  —  Alasia  (B.),  Alti  autentici  di  alcuni  sanii  mar- 
tiri,  scelti  e  tradolli,  2  vol.  in-12,  Torino,  1803.  — 
Amelineau  (E.),  Les  Actes  des  martyrs  de  l'Église  copte, 
in-8",  Paris,  1890;  Monuments  pour  servir  à  l'histoire 
de  l'Egypte  chrétienne  au  iv  et  au  v*  siècle,  in-4°, 
Paris,  18S9;  Un  document  copte  du  XIIIe  siècle  :  martyre 
de  Jean  de  Panidjàil,  in-8°,  Paris,  1887.  —  Assémani 
(S.  E.),  Acta  sanctorvm  martyrum  orientalium  et  occi- 
dentalium  in  duas  parles  distributa,  adeesserun l  acta 
S.  Simeonis  Slytilœ,  omnia  nunc  primwn  e  bibliotlieca 

'  Lafaye,  L'amour  incendiaire,  dans  les  Mélanges  d'arcliéo- 
logie  et  d'histoire  de  l'Ecole  française  de  Rome.  1890,  p.  59,  et 
Mélanges  G.-B.  De  Rossi,  in-8%  Paris,  1892,  p.  243;  E.  Le  Blant, 
Les  peisécuteurs  et  les  martyrs,  p.  289.  —  «Cabinet  de  Ville- 
menon,  Biblioth.  nationale,  me.  du  fonds  français,  n. 
fol.  201;  cf.   E.  Le  Blant,  750  inscriptions  de  pierres  gravées 


apostolica  vaticana  prodeunt ;  St.  Et.  Assemam  chal- 
daicuni  textum  recensait,  notis  l'ocalibus  animavil 
latine  verlit,  admonitionibus  perpetuisqve  adnolalio- 
nibus  illush'avit,  in-fol..  Rornae,  1748,  2  parties.  —  Au- 
cher  (J.-B.),  Vies  de  tous  les  sainis  du  calendrier  armé- 
nien, avec  des  notes  (en  arménien),  12  vol.  in-lol.,  et 
in-8",  Venise,  1810-1814,  grav.  -  Baluze  (F.),  Miscella- 
nea,l  vol.  in-8°,  Parisiis,  1078-1715;  édit.  Mansi,  4  vol. 
in-fol.,  1761-1764.  —  Basset  (R.),  Les  apocryphes  éthio- 
piens, in-8",  Paris,  1893.  —  Bedjan  (P.),  Acta  marty- 
rum et  sanctorum,  in-8",  Parisiis,  1890 sq.,  encours  de 
publication.  — Budge,  The  contendings  of  the  Apostles. 
The  elhiopic  texts  non:  fini  edited,  ivilh  an  english 
translation,  in-4°,  London,  1899;  The  lires  of  Mabà 
Sëyôn  and  Gabra  Krëstôs;  the  elhiopic  texts  edited 
wilh  an  english  translation,  in-4",  l.ondon,  1899.  — 
Bollnndus  (.T.),  Acta  sanctorum  quotquol  loto  orbe  co- 
luntur,  rel  a  calholicis  scriploribus  celebrantur;  quse 
ex  lalinis  et  graecis  aliarumque  gentium  antiguis  mo- 
numentis  collegit,  digessit,  notis  illustravit  Joannes 
Bollandus,  societatis  Jesu,  theologus,  servatâ  primi- 
genià  scriptorum  phrasi,  in-fol.,  Antverpiœ,  1643.  [Pour 
la  description  de  chacun  des  volumes  suivants,  voyez  : 
Bibliothèque  des  écrivains  de  la  Compagnie  de  Jésus, 
par  A.  de  Backer  et  Ch.  Sommervogel,  in-fol.,  Paris, 
1869  t.  i,  p  687  sq.]  Les  Analecla  bollandiana  se 
publient  à  Bruxelles  depuis  1882,  in-S°,  et  forment  un 
volume  chaque  année.  —  Combefis  (Fr.).  Illustrium 
Christi  martyrum  lecli  triumphi,  veluslis  Gnvcorum 
monumenlis  consignati,  ex  III  antiquiss.  reg.  Lulet. 
biblioth.  mss.  produxit,  latine  reddidit,  strictim  notis 
illustravit,-  in-8",  Parisiis,  1660;  Cliristi  martyrum 
lecta  trias,  Ihjacinllius  Amastrcnsis,  Bacchus  et  Elias, 
novi  martyres  agarenico  pridem  mucrone  stiblati,  gr. 
et  lai.  cum  nolis,  in-8°,  Parisiis,  1666.  —  Cureton 
(W.),  Ancienl  syrùu  nts  relative  to  the  earliest 

Establishment  of  christianity  in  Edessaand  thencigh- 
bouring  coun tries,  from  the  year  of  our  Lord's  As- 
cension lo  the  begimning  <»/  the  fourth  century;  disco- 
vered,  edited  and  annoted,  in-4°,  London,  1864;  His- 
tory  of  the  martyrs  of  Palaestina,  in-4°,  London,  1861. 

—  Conybeare,  27ie  apology  and  acts  of  Apollonius  and 
others  monuments  of  early  christianity,  in-8",  2e  édit., 
London,  1896.  —  Drouet  de  Mauperluy,  Les  véritables 
Actes  des  martyrs  recueillis,  revus  et  corrigés  sur 
plusieurs  anciens  manuscrits,  sous  le  titre  de  Acta 
primorum  martyrum  sincera  et  sclecta,  par  D.  Thierry 
llninart,  et  traduits  en  français,  2  vol.  in-8°,  Paris, 
1708;  2  vol.  in-12,  1739;  2  vol.  in-8",  Besancon,  1818; 
3  vol.  in-12,  Lyon,  1818;  3  vol.  in-8»,  Paris,  1825.  - 
Fraalz  (F.  W.),  Lcidensgcschichte  der  Mârtyrer  aus 
der  ersten  chrisllichen  .lalirhunderten,  fret  nach  déni- 
lateinischen  von  Humait  bearbeilet,  2  vol.  gr.  in-8°, 
Klagenfurt,  1785;  2  vol.  in-8",  2e  édit.,    Augsburg,  1805. 

—  Fuenles  (P.),  Las  aclas  verdaderas  de  lot  niàr- 
tires...  public...  por...  Teod.  Iluinart...,  nueva  éd. 
en  castellano  aunient.  con  las  aclas  de  Otros  santos 
niârtires  espanoles  é  ilustr.  con  la  traduccion  de 
la...  obra  de  los  tormentos  de  los  mdi  lires...  /w... 
Ant.  Galonio,  3  vol.,  in-4' ,  Madrid.  1814,  00  grav.  — 
Fuentes  (F.),  Las  Actas  de  los  mar lires  de!  enstia- 
nismo,    Iraducido    del    latin    con    nueva»    adicumes, 

in-8«,   Madrid,   1864.  G (S.).  Gli   alti    dei  nmrliri 

raccolti,  scelti  e  illustrait  da  Teod.  Buinarl,  rrcali  in 
volgare,  4  vol.  in-16,  Milano,  1859.  —  Guéranger  (P.), 
Les  Actes  des  martyrs  depuis  l'origine  de  l'Eglise 
chrétienne  jusqu'à  nos  temps,  traduits  et  publies  par 

médites  ou  peu  connues,  in-4»,  Paris,  1896.  p.  64.  n.  171.  —  »Pnns 
la  présente  bibliographie  on  a  omis  un  très  grand  n.  mlnili-  Mus; 
les  uns  renvoient  à  des  travaux  d'une  médiocre  valent  iu-i.  ni|ue, 
d'autres  à  des  recherches  circonscrites  par  un  cuit,  l.al  s.ms 
jer  les  uns  ni  les  autres,  il  était  impossible  d  Vu  k-nii  t  uipte 
dans  cette  bibliographie  qu'ils  eussent  démesurément  étendue. 


445 


ACTES   DES    MARTYRS   —   ACTIO 


446 


les...  bénédictins  de  la  congrégation  de  France,  4  vol. 
in-S",  Paris,  1853-1863;  4  vol.  in-8",  Paris-Poitiers,  1879. 
—  Guidi,  Gli  aUi  apocrifl  degli  apostoli  nei  lesti  copti, 
arabi  ed  ethiopici,  in-8°,  Firenze,  1808;  La  leltera  di 
Simeone,  vescovo  di  Beith-Arsham,  sopra  i  martiri 
Omeriti,  dans  les  Mcmorie  délia  realc  accadcmia  dei 
Lincei,  anno  1881,  t.  VII,  p.  471.  —  llotlmann  (G.), 
Auszûge  ans  syrischen  Akten  persicher  Mùrlyrer, 
in-8",  Leipzig,  1880.  —  Hyvernat  (11.1.  Les  Actes  des 
martyrs  de  l'Egypte,  tirés  des  manuscrits  coptes  de 
la  bibliothèque  vaticane  et  du  musée  Borgia.  Texte 
copte  et  traduction  française  avec  introduction  et 
commentaire,  in-4°,  Paris  (Rome),  1880.  —  Klette  (E.  T.), 
Der  Process  und  die  Acla  S.  Apollonii,  in-8°,  Leipzig, 
1S97.  —  Lagrange  (F.),  Choix  des  Actes  des  martyrs 
d'Orient,  traduits  pour  la  première  fois  en  français 
sur  la  traduction  latine  des  mss.  syriaques  d'Etienne 
Evode  Assémani,  in-12,  Paris,  1852;  in-8\  Tours, 
1871.  —  Langlois  (V.),  Collection  des  historiens  an- 
ciens et  modernes  de  l'Arménie,  publiée  en  fran- 
çais... avec  le  concours  des  membres  de  l'académie  ar- 
ménienne de  Saint-Lazare  de  Venise  et  des  principaux 
arménistes  français  et  étrangers,  2  vol.  gr.  in-8°,  Paris, 
1867-1809.  —  Leclercq  (IL),  Les  martyrs,  recueil  de 
pièces  authentiques  sur  les  martyrs,  depuis  les  origines 
du  christianisme  jusqu'au  XXe  siècle,  in-12,  Paris,  1902, 
en  cours  de  publication.  —  Le  Sueur  (N.),  Les  vies  de 
plusieurs  saints  martyrs,  evesques  et  religieux  des 
premiers  siècles,  escrites  en  grec  par  des  anciens 
auteurs  ecclésiastiques  et  traduites  en  français,  in-8°, 
Paris,  1600.  —  Lucchini  (F.  M.),  Atli  sinceri  de'  primi 
martiri  délia  Chiesa  callolica,  4  vol.  in-4»,  Rome,  1777- 
1779.  —  Magistris  (S.  a),  Acla  marlyrum  ad  Ostia 
Tiberina  ex  codice  rcg.  bibiioth.  Taurinensis,  in-fol., 
Bomœ,  1795.  —  Mœsinger  (G.),  Acla  SS.  Martyrum 
Edessenorum  Sarbellii,  Barsimali,  Gurise,  etc.,  in-8", 
Œniponti,  1874.  —  Pereira  (Esteves  lr.  M.),  Vida  do 
abba  Samuel  do  Mosteiro  de  Kalamon,  vcrsào  etiopica, 
in-8u,  Lisboa,  1894;  Vida  do  abba  Daniel,  versdo  ethio- 
pica,  in-8°,  Lisboa,  1897.  —  Ralnnani  (E.),  Acla  SS.  Con- 
fessorum  Gurise  et  Schamonœ...  exarata  syriaca  lin- 
gua  a  Thcophilo  Edesseno  anno  Chrisli  297  nunc  ad- 
jecta  lalinaversione  primusedit  illustralque  J.  Ephrem 
TI-Rahmani,  pairiarclia  Anliochiee  Syrorum,  gr.  in-8°, 
Romoe,1899.  —  Robinson  (Arm.),  The  Passion  of  S.  Per- 
pétua, newly  eclitcd  from  Ihems.  voith  an  introduction 
and  notes,  suivent  les  Actes  des  martyrs  scillitains, 
dans  Texts  and  studies,  in-8°,  Cambridge,  1891,  t.  i, 
l'ase.  2;  The  Acts  of  the  Scitlitan  marlyrs.'The  original 
latin  text  together  with  the  greek  version  and  the 
laler  latin  recensions.]  —  Rossini  (C.),  Catalogo  dei 
nomi  proprii  di  luogi  dell'  Ethiopia,  conlcnuti  nci 
testi  gi'ized  amharin  /inora  publicali,  in-8°,  Firenze, 
1894.  —  Ruinart  Th.),  Acla  primorum  martyrum  sin- 
cera  et  sclecta,  ex  libris  cum  editis,  tum  manu  scriptis 
collecta,  erula  vel  emendata,  nolisquc  et  observationi- 
bus  illustrata,  his  prœmillilur  prwfatio  geneiulis,  in 
qua  refellitur  dissertalio  XI  Cyprianica  Henrici  Dod- 
welli  de  paucitate  martyrum,  in-4°,  Parisiis,  1689;  ed. 
altéra  recognila,  emendata  et  aucta,  in-fol.,  Amstelo- 
dami,  1713;  accedunt  Acla  SS.  Firnn  et  Rustici,  gr. 
in-tol.,  Veronai,  1731  ;  ed.  Bcru-Galura,  3  vol.  in-8°,  Au- 
gustœ  Vindelicorum,  1802-1803  ;  ed.  novis  curis  quam 
emendaliss.  rec.,  gr.  in-8",  Ratisbonœ,  1859.  —  S....  (F. 
X.)  und  S....  (B.),  Echteund  ausgewùhlte  Acten  der  er- 
sten  Màrlyrer,  nach  den  ùllesten  Ausgaben  und  lland- 
schriften  kritisch  gesammelt  und  beleuchtet,  mit  einer 


'  Epist.,  cviii  (al.  uv),  n.  8,  P.  L.,  t.  xxxm,  col.  203.  —  «  Bo- 
na,  Rerum  hturgicarum,  éd.  Sala,  Turin,  1747,  t.  i,  p.  23-25; 
t.  m,  p.  243  sq.  —  3  In  Leone  II,  P.  L.,  t.  cxxvm,  col.  847.  — 
*Gélasien,  dans  Thomasi-Vezzosi,  Opéra,  t.  VI,  p.  221.  —  5  Ibid., 
p.  224.  —  «  Ibid.,  p.  421  ;  et.  encore,  224. 226,  521,  etc.  —  »  Régula 


allgemeinen  polemischen  Einleitung,  nus  dem  Latein 
von  Theodor.  Ruinart  ûberselzt...,  7  vol.  in-S°,  Wien, 
1832-1836.  —  ■  Siméon  Logothète  dit  le  Métaphraste, 
^■jy.£(ôv  XofOÔktù'j  tci'j  Mïta^paTToy  -rà  e,jpi'7xô(ji.cva  uïvt2, 
3  vol.  in-8°,  de  la  P.  G.,  t.  cxv-cxvi.  —  Stirius  (L.), 
VitSB  sanclornm  ab  Aloysio  Lipomanno  olini  con- 
scriplse,  0  vol.  in-fol.,  Colonia?  Agrippinaj,  1570;  l'édi- 
tion la  plus  correcte  est  la  suivante  :  12  tomes  en 
7  vol.  in-fol.,  Colonia?  Agrippinae,  1618.  —  Violet  (B.), 
Die  Palâstinensischcn  Màrlyrer  des  Eusebius  von  Cae- 
sarea,  dans  Texte  und  Vntersuchungen,  in-8°,  Leip- 
zig, 1895  t.  xiv,  lasc.  4.  —  Viteau  (J.),  De  Eusebii 
Cœsariensis  du])lici  opusculo  lUpi  t5>v  èv  IlaXaurTivï) 
(j.ap7'jpYi<rivTa>v,  in-8",  Paris,  1S93;  La  fin  perdue  des 
Martyrs  de  Palestine,  dans  les  Comptes  rendus  du 
troisième  congrès  international  des  savants  catholiques, 
('(Bruxelles,  in-8°,  Paris,  1895;  Passions  des  saints  Eca- 
terine  et  Pierre  d'Alexandrie  Barbara  et  Amysia,  pu- 
bliées d'après  les  mss.  grecs  de  IJaris  et  de  Borne  avec 
un  choix  de  variantes  et  une  traduction  latine,  gr. 
in-8",  Paris,  1897.  —  Zingerle  (P.),  Aechte  Acten  heil. 
Mùrlyrer  des  Morgenlatules,  aus  déni  Syrischen  ùber- 
setzt,*2vo\.  gr.  in-8»,  Innsbruck,  1836.  —  Zoëga  (G.),  Ca- 
lalogus  codicum  copticorutn  manu  scriplorum  qui  in 
museo  Borgiano,  Velilris  adservanlur ,  auclore  Géorgie 
Zoëga,  Dano.  Opus  posthumum,  in  fol.,  Roma?,  1810. 

H.  Leclercq. 
ACTES  DES  SAHNTS.  Voir  Hagiographie. 

ACTIO.  —  I.  Sens  il u  mot.  IL  La  formule  lnfrà 
actionem. 

I.  Sens  du  mot.  —  Ce  mot  employé  plus  précisément 
en  liturgie  pour  désigner  le  canon  du  la  messe,  semble 
avoir  été  appliqué  autrefois  à  la  messe  tout  entière,  no- 
tamment par  saint  Augustin  qui  dit  en  ce  sens  :  tolum 
Muni  agendi  ordineni  queni  universa  ver  orbem  servat 
Ecclesia  '  ;  le  9e  canon  du  concile  de  Cartbage  (a.  390)  se 
sert  aussi  d'agenda  pour  désigner  la  rnesse  :  Ab  universis 
episcopis  dictum  est  :  quisquis  presbyter  inconsulto 
episcopo  AGENDAM  (et  non  le  pluriel  neutre  agenda, 
comme  avait  à  tort  proposé  Schlestrate),  in  quolibet 
loco  voluerit  celebrare,  ipse  honori  suo  contrarius 
existit'*,  ainsi  que  le  Liber  pontificalis  :ne  anniversitas 
(Mauri  episcopï)  aut  agenda  celebrclur3.  Enfin,  dans 
les  anciens  sacramentaires,  on  trouve  des  titres  comme 
ceux-ci  :  In  natale  sancloruni  sive  in  agenda  mortuo- 
»'wm4,  ou  In  agenda  plurimorum*,  ou  Pro  salule  vivo- 
rum  vel  agenda  morluoi-um^,  qui  désignent  probable- 
ment tout  l'office,  comme  dans  la  règle  de  saint  Benoit, 
où  nous  lisons  agenda  malutina  vel  vesperlina1. 

Au  IXe  siècle,  Amalaire  nous  donne  l'explication  exacte 
du  terme  :  Habemus  scriptum  in  quod.am  sacramen- 
tario  quod  officia  morluorum  AGENDA  sunt  circa  ter- 
liam  diem,  septimam,  et  trigesimam*.  Mais  le  mot  se 
précisa  bientôt  et  désigna  spécialement  le  canon.  Actio, 
nous  dit  Walalrid  Strabon,  au  mémo  siècle,  dicitur  ipse 
canon,  quia  in  eo  sacramenta  conficiuntur  dominica9, 
et  l'auteur  ancien  d'une  histoire  de  Trêves  :  Jussus  est 
missani  celebrare  et  canonem  qui  sécréta  vel  ACTIO  di- 
citur, sicut  cetera,  excelsa  voce  decantarelu.  Enfin,  les 
mêmes  sacramentaires  portent  encore  ce  titre  :  Actio 
nuptialis,  qui  désigne  non  toute  la  messe  nuptiale, 
comme  le  dit  Ménard,  mais,  selon  la  remarque  de  Du 
Cange,  le  canon  de  cette  messe  qui  contient  des  prières 
spéciales  pour  les  époux11.  Gerbert  a  édité  dans  un  ma- 
nuscrit ancien  de  saint  Biaise  un  petit  traité  De  actione 
missarum  12. 


.S.  Benedicti,  c.  xm.  —  *  De  offre,  eccles.,  1.  IV,  c.  xlh,  P.  L., 
t.  cv,  cul.  1258.  —  »  De  rébus  eccles.,  c.  xxu,  P.  L.,  t.  exiv,  col. 
950.  —  ">  D'Achéry, Spicilegium,  t.  xil.  Cl.  Tnomasi,  loc.  cit.,  p.  172. 

—  "Du  Cange,  Glussariurn  médise  et  inftiux  latin.,  au  mot  Actio. 

—  ,4Gerbert,  Monumentu  liturgiœ  alemannic3e,L  n, p.  293,299. 


447 


ACTJO 


4iS 


Quant  à  l'origine  et  au  sens  de  ce  mot,  les  liturgistes 
n'ont  pas  toujours  été  d'accord,  llonorius  d'Aulun  le 
prend  au  sens  juridique,  quia  missa  est  causa  populi 
cum  Deo1;  et  dom  de  Vert  l'entend  au  sens  de  sacrilice, 
en  faisant  remarquer  que  agere  ou  facere  sont  pris  dans 
l'Écriture  pour  sacrifier  :  Facere  unum  pro  peccalo  et 
alterum  in  liolocausto,  Levit.,  xv,  15,  ou  :  Facictis  liir- 
cum  propeccato,  Lev.,  xxin.  19,  et  Facere  Pasclia,  pour 
immolare  pasclia-,  Bona  avait,  du  reste,  adopté  le  même 
sens  et  apporté  à  L'appui  beaucoup  d'exemples  tirés  des 
classiques  ou  des  auteurs  ecclésiastiques3.  Mais  le  sens 
donné  ci-dessus  par  Strabon  est  à  la  fois  le  plus  simple 
et  le  plus  obvie. 

II.  La.  formule  lxfra  ACTionem.  —  Une  autre  ques- 
tion se  pose  après  celle  d'étymologie.  Où  commence 
Y  Actio?  Le  Missale  Francorum  et  le  Gélasien  donnent 
ce  titre  :  C.an<»t  actionis,  et  tout  de  suite  après  Sursum 
corda  et  la  préface;  tel  est,  pour  eux,  le  commencement 
du  canon,  et,  pour  le  dire  en  passant,  celui  de  la  prélace, 
comme  le  font  remarquer  Thomasi  et  Ménard,  et  non 
le  Dominus  vobiscu.ni1>.  Le  mol  Actio  est  tombé  en  dé- 
suétude et  a  été  remplacé  dans  les  missels  par  les  mots 
canon  missœ.  qui  sont,  maintenant  placés  après  le  San- 
ctus,  et  avant  le  Te  igitur.  Cependant,  le  terme  lYAclïo 
s'est  conservé  dans  cette  rubrique  Inj'ra  aclionem,  que 
nous  lisons  après  le  mémento  des  vivants  et  qui  sert  en 
quelque  sorte  de  titre  à  la  prière  Communicant les. 
Quoique  les  liturgistes  ne  semblent  pas  y  avoir  jusqu'ici 
attacbé  d'importance,  on  nous  permettra  de  nous  y  ar- 
rêter un  moment;  ces  remarques,  quelque  minutieuses 
qu'elles  paraissent,  peuvent  servir  à  éclairer  sur  certains 
points  l'histoire  encore  obscure  de  la  formation  du  canon 
de  la  messe  et  de  la  classilication  des  sacramentaires. 
Il  nous  suffira  de  rappeler  ici  que  c'est  sur  le  seul  indice 
de  la  différence  entre  les  titres  de  Contestatio  et  de 
Praefalio  qu'un  ingénieux  critique  est  parvenu  à  distin- 
guer, dans  le  sacramentaire  de  Bobbio,  deux  couches 
liturgiques  bien  distinctes  '. 

Pour  notre  litre  lu/  m  aclionem,  le  sens  n'est  pas  dou- 
teux, c'est  durant  l'action  que  doit  se  dire  l'oraison 
Communicantes,  encore  que  le  sens  classique  de  infrà 
ne  soit  pas  synonyme  de  intrù;  mais  d'assez  bonne  heure 
au  moyen  âge,  on  confondit  les  deux  termes,  et  beaucoup 
de  manuscrits  portent  intrù  actionern,  qui  est,  philolo- 
giquement,  plus  exact.  A  cette  place,  dans  le  canon,  la 
rubrique  parait  inutile,  à  première  vue,  puisque  cette 
oraison  est  à  sa  place  naturelle.  Cependant,  si  l'on  se 
rappelle  que  dans  certaines  circonstances,  à  la  vérité, 
assez  rares  maintenant,  le  prélre  doit  aller  chercher  au 
delà  du  canon  un  communicantes  particulier  à  une  autre 
place  (après  la  préface  de  la  Nativité,  après  celle  de 
l'Epiphanie,  après  celle  de  Pâques,  après  celle  de  l'Ascen- 
sion, et  après  celle  de  la  Pentecôte),  on  comprend  dans 
l'occurrence  l'utilité  et  la  portée  de  l'indication.  Ainsi 
cette  rubrique  nous  ramené  à  une  époque  où  le  canon 
était  plus  généralement  appelé  Action,  et  où  les  formules 
du  Communicantes  presque  aussi  nombreuses  que  les  col- 
lectes, les  secrètes,  les  posteommunions  ou  les  prélaces, 
étaient  situées  avec  elles  en  dehors  du  canon;  il  fallait, 
dès  lors,  faire  attention  à  les  réciter  à  leur  place  infrà 
actionern. 

Ceci  posé,  interrogeons  les  anciens  manuscrits  litur- 
giques, qui  nous  donneront  de  nouvelles   indications. 

1  L.  I,  c.  vin.  Cf.  Vu  Cange,  ibid.,  au  mol  Actio,  3.  —  *Dofri 
Cl.  de  Vert,  Explication  simple,  littérale  el  histeriq 

montes,  Paris,  1720.  t.  iv,  p.  183.  —  aBona-Sala,  tue.  cit.,  t.  m, 
p.  243  sq.  —  «Thomasi,  toc.  cit.,  p.  172,  365.  Cf.  Ménard,  P.  L., 
t.  i.xxvm,  col.  277  ;  Gerbert,  Monumenta  veteria  liturt/ix 
ulemannicx,  typis  San-Blasianis,  1777,  t.  i,  p.  232,  note  2.  — 
s  Paléographie  musicale,  t.  v,  p.  98  sq. —  •Gerbert,  Monu- 
menta, etc.,  t.  I.  Voyez  p.  85,  90,  91,  103,  127,  227,  228,  257,  259, 
207,  270,  273,  275,  280,  etc.  -  "  /'./...  t.  i.xxvm,  col.  214,  215.  224, 
£25,  201,  202,  etc.  —  »  Ménard,  (oc.  cil..  P.  L.,  t  lxxvii»  col.  277. 


D'abord  la  place  de  la  rubrique,  au  lieu  de  désigner  tou- 
jours le  communicantes, comme  dans  nos  missels  actuel?, 
varie  assez  souvent  et  même,  dune  façon  plus  générale, 
elle  est  placée  avant  le  liane  igitur.  Ainsi  dans  le  Sacra- 
mentarium  triplex  publié  par  Gerbert,  nous  la  trouvons 
au  moins  une  quinzaine  de  lois  à  cette  place6;  dans  le 
sacramentaire  publié  par  dom  Ménard,  à  peu  près  aussi 
souvent1,  si  bien  que  celui-ci  remarque,  à  propos  de  la 
messe  d'Illyricus,  que  Y  infrà  aclionem  devrait  être  dans 
ce  manuscrit  avant  le  Hanc  etiam  oblationem,  au  lieu 
d'être  avant  le  mémento  des  vivants8;  ce  qui,  du  reste. 
n'est  pas  exact,  car  une  catégorie  de  manuscrits  le  met 
à  cette  place;  par  exemple,  le  Gélasien  avec  cette  ru- 
brique suggestive  :  INFRA  ACTlONEMubi  dicit:  Mémento, 
Domine,  famulorum  famularumque  tuarum,  qui  ele- 
ctos  tuos  suscepturi  sunt  ad  sanclam  gratiam  bapHsmi 
lui,  et  omnium  circumstantium.  Et  tacis.  Et  recitantur 
nomma  iirorum  et  mulieilim,  qui  ipsos  infat 
suscepturi  sont.  Et  tuba*.  Quorum  tibi  fides  cogn., 
el  aussitôt  après  :  Item  infra  actionern.  Hanc  igitur 
oblationem.  Puis,  après  cette  prière,  on  récite  les  noms 
des  élus9.  Dans  un  autre  sacramentaire,  l'ordre  d*es  prières 
du  canon  est  bouleversé  :  après  Hanc  igitur  oblationem, 
on  a  :  super  diptyçha,  Mémento  des  morts10,  plus  loin, 
on  lit:  Infrà  actionern.  Mémento,  Domine,  etc.". 

Un  vieux  manuscrit  ambrosien,  au  jeudi  saint,  porte 
la  rubrique  Infrac  après  la  prélace,  et  tout  de  suite 
Communicantes;  cl  à  la  veille  de  la  Pentecôte,  In  Fri 
après  la  préface,  immédiatement  suivi  de  Hanc  igitur  i2  : 
une  lacune  du  même  manuscrit,  suppléée  par  un  nu 
imprimé  très  ancien,  porte  après  la  préface  Infra  ca- 
nonem,  Hanc  igitur**.  Mais  les  anciens  sacramentaire- 
grégoriens,  combinés  par  |Thomasi,  nous  donnent  des 
rubriques  plus  curieuses  :  après  les  antiennes  ad  o\]e- 
rendum,  Infra  ACTIONEM.  Emitte  angeluni  tuuni, 
Domine,  dignare  sancli/icare  corpus  et  sanguinem 
tuumnos  (quos?)  frangimus...  C'est  ici  une  prière  di 
fraction  u.  Plus  loin,  nous  lisons  :  J.srn  t  ACTIONEM.  Hoc 
corpus,  qui  est  donne  plusieurs  fois15;  puis,  au  samedi 
saint  :  Antequam  dicat  pax  Donnai,  incipit  INFRA 
ACTIONEM.  Hic  est  Agnus  gui  de  cazla,  etc.,  et  post 
compléta  INFBACTIONB  dicit  Pax  Domini  sit,  etc   lb. 

Si  bien  que  dans  ces  derniers  cas,  il  semble  qu 
V Infrà  actionern  soit  devenu  par  assonnance  le  titre 
d'une  prière  de  traction,  in  fractions.  Dans  tous  les 
cas,  ces  variétés  sont  curieuses  à  étudier.  L'infrà  aclio- 
nem, dans  une  autre  catégorie  de  manuscrits,  reprend 
la  place  qu'elle  occupe  actuellement  avant  le  Commun. - 
contes11.  Ailleurs,  nous  lisons -Item  infrà  aclionem  qui 
hac  die  antequam  trader etur,  accepit  PANSU  ts  sois 
SANCTIS  MAJilBUS,  etc.18,  et  [dus  loin  :  Infrà  actionern 
ut  supra19,  et  encore  lnfra  aclionem  alia'-u;  ici  la  ru- 
brique est  devenue  un  vrai  titre,  comme  on  disait  . 
fatio,  on  offertorium. 

Ce  ne  sont  la  que  quelques  observations  d'où  l'on  ne 
peut  encore  conclure  grand'chose.  11  laut  attendre,  pour 
les  compléter,  que  les  manuscrits  liturgiques  aient  été 
édités  avec  le  soin  minutieux  qu'ils  réclament;  ©  - 
riantes,  étudiées  d'une  laçon  méthodique,  prendront  aloi  s 
une  autre  importance  el  permettront  des  classements 
qui,  aujourd'hui,  laisseraient  place  à  trop  d'arbitraire. 

Pour  la  rubrique  qui  nous  occupe,  faut-il  aller  plus 
loin,  et  dire  qu'elle  apporte  son   modeste  con/irmatur 

—  "Thomasi,  loc.  cit.,  p.  2','  lique  dans  C 

cit.,  t.  I,  p.  248.  —  "Gerbert,  loc.  cit.,  t.  I,  p.  318.  Même  interver- 
sion dan-  Ménard,  P.  / ...  t.  lxxviii,  ci  1.  215.  —  "  RridL,  c.  I.  34t<. 

—  "Auctarium  Solesmense,  in-s-,  Solesmes,  1900,  p.  <. 
"Ibid.,  p.  191.  —  "Thomas!,  t.  V,  p.  la  '—  "Ibid.,  p.  76,  81; 
cf.  p.  67.  —  "Thomasi,  ibid',  p.  96.  —  "  Gerbert.  loc.  cit.,  p.  4, 
6,  10,  17,  72,  73,  etc.  —  "  Ibid..  p.  72.  On  remarquera  la  variante 
très  caractéristique,  hac  die  antequam  paterelur  au  lion  du  qt/i 
p>  idie.  t'.f.  Paléographie  musicale,  i.  v,  p.  60.  —  "Ibid.,  p  248. 
249.  —  "Ibid.,  p.  SU. 


449 


ACTIO 


AD   BESTIAS 


450 


à  l'opinion  qui  a  déplacé  le  mémento  des  vivants  et  ce- 
lui des  morts  dans  la  liturgie  romaine,  pour  les  trans- 
porter avant  la  prélace,  comme  dans  les  liturgies  galli- 
canes1? Cette  conclusion  nous  paraîtrait  prématurée. 
Ce  que  Ton  peut  avancer  avec  moins  d'hésitation,  c'est 
que  des  laits  de  ce  genre  nous  permettent  d'entrevoir, 
au  delà  de  la  période  des  sacramentaires  même  les  plus 
anciens,  un  état  liturgique  dans  lequel,  les  prières  n'étant 
pas  encore  groupées  en  un  volume,  le  célébrant  n'avait 
à  sa  disposition,  en  dehors  des  livres  de  la  Bible,  que 
quelques  formulaires  mobiles, comme  les  diptyques,  les 
prières  litaniques,  des  bénédictions,  des  prières  ad 
eomplenditm,  et  quelques  autres  que  l'on  pouvait  ré- 
citer à  tel  ou  tel  moment  durant  l'action,  ce  qui  expli- 
querait la  variété  des  titres  et  les  changements  de  place 
que  nous  avons  constatés.  F.  Cabrol. 

ACTIO  (GRATIARUM).  Voir  Ad  complenda. 

AD  ACCEDENTES.  Voir  Communion. 

AD  BESTIAS.  —  I.  Introduction  des  chasses  d'ani- 
maux dans  l'amphithéâtre.  II.  La  condamnation  ad  be- 
stias.  III.  Chrétiens  condamnés  et  épargnés.  IV.  Senti- 
ments des  païens  et  des  chrétiens.  V.  Les  monuments 
figurés.  Détails  du  supplice.  VI.  Les  venalores.  VIL  Les 
pilse. 

I.  Introduction  des  chasses  d'animaux  dans  l'am- 
phithéâtre. —  La  première  chasse  d'animaux  connue, 
à  Rome,  y  lut  donnée  l'an  568  de  sa  londation  (168  avant 
J.-C.)  par  Marcus  Fulvius  Nobilior2;  toutetois  l'usage 
de  donner  des  condamnés  à  dévorer  aux  bêtes  féroces 
était  plus  ancien,  mais  ce  fut  vers  le  temps  de  l'empire 
qu'il  devint  l'occasion  de  magnificences  et  de  spectacles 
longuement  préparés.  Le  personnel  affecté  à  ces  repré- 
sentations n'était  pas  moins  méprisé  que  les  gladia- 
teurs eux-mêmes;  il  se  recrulait^au  moyen  d'engage- 
ments volontaires,  ou  bien  dans  les  familles  de  bestiaires 
à  la  disposition  desquelles  était  affectée  une  des  quatre 
écoles  impériales  bâties  par  Domitien.  Cependant  le 
nom  de  bestiaires  s'appliquait  de  préférence  aux  con- 
damnés, le  nom  de  venatores  à  une  classe  moins  mépri- 
sée et  mieux  armée  de  combattants.  L'équipe  de  bes- 
tiaires comprenait  les  archers,  sagitlarii  3,  les  laurocen- 
tse  et  les  taurarii'*,  les  succursores  ou  successores,  qui 
tenaient,  l'emploi  des  picadors  ">. 

Le  combat  d'animaux  précédait  d'ordinaire  les  autres 
|eux;  il  commençait  dès  l'aurore6  et  il  arrivait  parfois 
qne  la  venatio  n'était  pas  terminée  à  la  cinquième  heure 
du  jour.  A  mesure  que  Rome  étendait  sa  puissance, 
elle  se  faisait  envoyer  des  animaux  rares  en  plus  grand 
nombre.  Lors  des  jeux  donnés  par  Scipion  Nasica  et 
P.  Lentulus,  on  vit  soixante-trois  animaux  d'Afrique,  pan- 
thères, léopards,  quarante  ours  et  plusieurs  éléphants;  aux 
fêtes  de  Scaurus  (58  av.  J.-C.)  on  vit  le  crocodile  etl'hippo- 

*  Paléographie  musicale,  in-4*,  Solesmes.  1900,  t.  v.  p.  76  sq., 
116  sq.  —  *Tite  Live,  1.  XXXIX,  c.  xxn  ;  P.  L.  Hunderup,  De 
danmatione  chrisliaiiorum  ad  bestias,  in-4%  Hafniœ,  1706,  réim- 
primé dans  J.  C.  Martini,  Thésaurus  dissertationum,  in-12,  Norin- 
hcrgoe,  1767,  t.  m,  parsl,  p.  63-89;  S.  Lintrup,  Du  B^f  ■<>;■"'/>.  Pau- 
Ima  e  1  Corinth.,xv,  coin.  32,  disquisitio  critico-historica,  in-4', 
llafniae,  1695.  —  3Mommsen,  Inscr.  regn.  Neapol.,  m-tol.,  Lipsias, 
1  S52,  n.  737.  —  *  [bid.,  n.  2377,  2378.  —  SG.  Henzen,  dans  Dis- 
sertaz.  dell.  pontij.  accad.  rom.  di  arch.,  1852.  t.  xa,  p.  151. 
—  •  Suétone,  Claud.,  c.  xxxiv  :  Bestiariis...  adeo  delectabatur 
ut  etiain  prima  luce  ad  spectaculum  descenderet ;  Lucien, 
Toxaris,  c.  LVIII.  —  7  Dion,  Hist.,  1.  LXVI,  c.  xxv.  —  8  Ibid., 
i.  LXVIII,  c.  xv.  —  «  Digest.,  1.  XXXIX,  tit.  IV,  16,  n.  7.  — 
10  Symmaque,  Epist.,  v,  c.  i.x,  lxii.  —  "  Liber  pontificalis, 
éd't.  Duchesne,  Marcellus,  in-4*,  Paris,  1884.  t.  i,  p.  xcix-c, 
165.  Ce  trait  est  douteux  en  ce  qui  concerne  Marcel;  De  Rossi, 
Inscr.  christ,  urbis  Bornée,  in-tol.,  Romœ,  1888,  t.  H,  p.  62, 
103,  138,  et  Borna  sotterranea,  in-Iol.,  Roma,lS67,  t.  II,  p.  204- 
205.  La  Passio  S.  Marcelli  donne  le  même  luit;  Acta  sanut., 

dict.  d'arcii.  ciirét. 


potame;  aux  véneries  de  Pompée  (55  av.  J.-C.)  un  go- 
rille ('?),  le  rhinocéros,  le  lynx;  aux  véneries  de  César 
(46  av.  J.-C.)  la  girafe;  quelques  années  après  (11  av. 
J.-C.)  le  tigre.  Lors  des  fêtes  de  cinq  jours  données  par 
Pompée,  on  vit  figurer  600  lions;  les  fêtes  de  cent  jour3 
célébrées  par  Titus  furent  prétexte  au  massacre  de 
9000  animaux  ~,  et,  vingt-cinq  années  plus  tard,  à  l'occa- 
sion du  second  triomphe  de  ïrajan  (106  ap.  J.-C),  les 
fêtes  qui  durèrent  quatre  mois  coûtèrent  la  vie  à 
11000  animaux8.  L'Afrique  avait  été  longtemps  le  pour 
voyeur  attitré  des  renationes,  mais,  à  l'époque  où  les 
chasses  y  devinrent  moins  fructueuses,  les  contrées 
asiatiques  demeurèrent  inépuisables.  A  la  frontière  de 
l'empire  était  établi  un  octroi  qui  percevait  un  droit  sur 
les  animaux  destinés  aux  spectacles,  notamment  les 
lions,  les  panthères  et  les  léopards  9.  Symmaque  parle 
d'un  droit  d'entrée  de  2  1/2  pour  100  sur  les  ours,  dont 
les  sénateurs  étaient  exempts  10.  La  possession  des  élé- 
phants était  le  privilège  exclusif  des  empereurs.  Au- 
rélien  fut  le  premier  à  en  avoir  un  avant  son  élévation, 
en  quoi  l'on  vit  un  pronostic  de  sa  grandeur  future. 
L'inventaire  de  la  ménagerie  impériale,  à  Rome,  sous 
Gordien  III,  signale  la  présence  de  32  éléphants,  10  élans, 
10  tigres,  60  lions,  30  léopards  apprivoisés,  10  hyènes, 
1  rhinocéros,  1  hippopotame,  10  maîtres  lions,  10  girafes, 
20  onagres,  40  chevaux  sauvages,  d'autres  encore  qui 
furent  tous  employés  par  l'empereur  chrétien  Philippe, 
lors  des  jeux  millénaires  de  Rome  en  l'année  248.  L'en- 
tretien de  ces  animaux  réclamait  un  nombreux  person- 
nel, dans  lequel  on  rencontre  des  condamnés.  Le  Liber 
pontificalis  mentionne  la  mort  d'un  pape  employé  dans 
une  ménagerie  impériale  par  ordre  de  Maxence",  et 
Suétone  rapporte  qu'en  un  temps  où  la  viande  était  très 
chère,  Caligula  lit  donner  des  criminels  en  pâture  aux 
bêtes  de  sa  ménagerie  12. 

Les  animaux  qui  figuraient  dans  les  jeux  étaient  par- 
fois couverts  de  larges  écharpes  bariolées,  de  plaques 
en  métal  {bracleœ),  de  feuilles  d'or;  il  arriva  même 
qu'on  les  peignit  en  couleur.  Les  textes  et  les  monu- 
ments13 nous  les  montrent  accommodés  d'étrange 
sorte  :  des  bœufs  peints  en  blanc  u,  des  moutons 
couleur  de  pourpre  ou  d'écarlate  15,  des  autruches 
teintes  avec  du  cinabre  16,  des  lions  dont  la  crinière  a 
été  dorée  1\ 

La  datio  ad  bestias  parait  avoir  eu  sa  réglementation. 
Elle  revenait  à  des  anniversaires  fixes,  tels  que  les  na- 
talitia  des  princes,  les  jeux  solennels  des  villes.  La  ve- 
natio était  inscrite  au  programme  et  devait  s'exécuter 
à  son  rang,  sans  empiéter  sur  les  autres  ieux;  ainsi  nous 
l'apprend  le  Martyrium  Polycarpi.  Lorsque  le  héraut 
eut  proclamé  que  Polycarpe  s'avouait  chrétien,  la  fuule 
cria  à  l'asiarque  de  faire  lâcher  un  lion,  mais  Philippe 
répondit  :  «  Cela  n'est  plus  possible,  les  jeux  d'animaux 
sont  terminés  ls,  »  et  le  peuple  n'insista  pas. 

IL    La   condamnation    ad  bestias.   —    Les  jeux  de 

januar.  t.  u,  p.  9;  P.  Allard,  Hist.  des  persèc,  t.  v,  p.  124,  137. 
Cette  peine  de  la  servitude  dans  les  ménageries  impériales  lut 
prononcée  ailleurs,  Eusébe,  De  martyrib.  Palxst.,  12,  P.  G., 
t.  XX,  col.  1511.  —  1!  Suétone,  Caligula,  c.  xxvu.  —  13G.  Hen- 
zen, dans  Annali  dell'  lstituto,  1840,  p.  20,  et  Dissertaz.  dell 
pontifie  accad.  di  arch.,  1852,  planches.  Un  sarcophage  chrétien 
de  Tipasa  nous  montre  deux  lions  ornés  de  bandeaux  pour  une 
venatio,  ci.  Mclang.  d'arch.  et  d'hist.,  1894,  pi.  vin.  —  uHist. 
August.,  Gallieni  duo,  c.  vin  :  Processerunt  etiam  altrinsecus 
centuni  albi  boves  cornibus  auro  iugatis  et  dorsualibus  seri- 
cis  discoloribus  prxfulgentes ;  Juvénal,  Sat.,  x,  vs.  65  :...  Dite 
in  Capitolia  magnum  cretatumque  bovem.  —  15  Pline,  Hist. 
nat.,  1.  VIII,  c.  cxcvn.  —  ,3Hist.  August.,  Gordianitres,  c.  III  : 
Struthiones  Mauri  miniati  ccc.  —  *'  Sénèque,  Epist.,  xu,  6  : 
Alites  leo  aurata  juba  mittitur... aliter  incultus  ...hic...  prx- 
fertur  illi  languido  et  bracteato  ;  De  benef.,  1. 1,  c.  v;,  §  3  :  Ne  in 
victimis  quidem,  licet  opimx  sint,  auroque  prxfulgecnt.  — 
<«  Ma,  ii/rium  Pohjcarpi,  c.  xu,  éd.  F.  X.  Funk,  dans  Opéra. 
Pair,  aposc,  in-8",  Tubingo:,  1887,  t.  i,  p.  296. 

I.  -  15 


451 


AD   BESTIAS 


4£2 


l'amphithéâtre  comptaient,  parmi  les  représentations 
préférées  du  public,  le  combat  des  hèles  féroces.  Deux 
catégories  d'individus  étaient  appelées  à  y  prendre  part  : 
les  gladiateurs  et  les  condamnés.  Pour  les  premiers,  le 
danger  était  grand  sans  doute,  mais  les  textes  et  les 
monuments  antiques  nous  les  montrent  souvent  entourés 
des  victimes  qu'ils  avaient  tuées1;  pour  les  autres,  la 
mort  était  presque  certaine.  Certains  condamnés  trou- 
vaient dans  le  terrible  jeu  qu'on  leur  imposait  une  porte 
de  salut,  ainsi  que  le  reconnaît  un  texte  ancien  qui 
présente  la  datio  ad  beslias  comme  inférieure  en  gra- 
vité au  summum  supplicium  :  Quicumque  nummos 
aureos  partim  raserinl ,  partira  tinxerint  vel  finxerint, 
si  quidem  libcri  sunt  ad  beslias  dari,  si  servi,  sumnio 
supplicia  af/ici  debent  -.  La  datio  ad  beslias  était  la 
peine  appliquée  aux  parricides3,  aux  assassins4,  aux 
séditieux'1;  les  prisonniers  de  guerre  y  étaient  con- 
damnés, car  nous  voyons  que  ce  fut  le  sort  du  ïioïen 
Maricus  G,  des  deux  rois  francs  que  Constantin  fit  dé- 
chirer sous  ses  yeux7  et  d'autres  vaincus8.  Pour  cette 
catégorie,  la  datio  ad  beslias  cessait  d'être  une  peine 
moins  cruelle  que  la  décollation,  au  contraire,  elle  en 
était  une  aggravation  :  Judices  publicis  legibus  ser- 
vienies  majoris  criminis  reos  bestiis  subigi  (/nain 
gladio  perculi  jubenl''.  Parfois,  semble-t-il,  la  condam- 
nation était  improvisée  :  Mullitudo  qux  ad  speclaeuhint 
confluxerat,  lit-on  dans  la  Passion  de  sainte  Marciana, 
martyre  à  Césarée  de  Maurétanie,  cœpil  cla/niare  )'J 
Marciana  martyr  objiceretur  ad  feras.  Ligaiur  ad 
stipilem  devola  Christi  virgo  "'.  Ces  exigences  de  la 
foule  étaient  assez  fréquentes,  le  cri  :  Chrisliani  ad 
leoncm  retentissait  soudain  dans  l'amphithéâtre  comme 
en  témoignent  Teiiullien  ",  saint  Cyprien  '-'.  Pontius  le 
diacre  |:|  et  Eusèbe  ' '. 

Il  arrivait  parfois  que  les  bêles  dédaignaient  le  con- 
damné. Pris  dans  un  combat,  .Maricus  fut  exposé  aux 
bêtes.  «  Comme  elles  tardaient  à  le  dévorer,  raconte  Ta- 
cite, le  stupide  vulgaire  le  croyait  déjà  invulnérable  : 

Vilellius    le  fil    tuer   SOUS  ses   \eiix  16.    »    Les  documents 

chrétiens  rapportent  des  faits  analogues  :  o  J'espère,  écrit 

saint  Ignace  aux  Humains,  les  rencontrer  |  les  bêtes)  dans 
de  lionnes  dispositions;  au  besoin  je  les  flatterai  de  la 
main,  pour  qu'elles  me  dévorent  sur-le-champ,  et  qu'elles 
ne  fassent  pas  comme  pour  certains,  qu'elles  ont  craint 
de  toucher10.  »  L'auteur  de  la  Passion  de  sainte  Perpétue 
rapporte  qu'un  ours  lancé  sur  saint  Saturas  ne  voulut 
point  sortir  de  sa  cage  17.  La  Passion  de  sainte  .Marciana 
nous  apprend  que  la  vierge  fut  exposée  dan--  le  cirque, 
liée  à  un  poteau,  et  qu'un  lion  lâché  s'approcha  d'elle, 
se  dressa,  lui  mit  les  grillés  sur  la  poitrine,  puis,  l'ayant 
flairée,  odoratus,  la  laissa  sans  lui  faire  de  mal  ;  quelques 
instants  après  elle  fut  blessée  par  un  taureau  et  achevée 
par  un  léopard.  Il  est  curieux  de  rapprocher  le  texte  de 
cette  Passion  de  l'hymne  consacrée  à  la  sainte  par  le  bré- 
viaire mozarabe. 

Dimissus  est  le o  ferocissi-    Léo  perewritpercitus 
mus  qui  cuin  magno  tmpetu    Adoratoros  vert 

•Nous  rappelons  pour  mémoire  l'importante  dissertation  de 
{;.  Henzen,  Explicatio  mus/ri  in  viUa  Burghesiana  asservait, 
quo  certamina  amphitheatri  reprmsentata  extant,  dene  lu  - 
sertaxioni  délia pontifteia  accademia  romana  <ii  archeologia, 

iri-V,  1852,  t.  XII,  p.  73-157,  et  les  planches  annexées  à  ce  mémoire  ; 
Mongez,  Mémoires  sur  1rs  animaux  promenés  ou  tués  dans  1rs 
cirques,  dans  Mémoir.  de  l'Institut.,  1828,  t.  x,  p.  360  sq.  — 
'Dirjest.,  1.  XLVIII,  tit.  x.  Cf.  Pillel.  Étude  sur  lu  «  damnatio 
(Ul  hestius  »,  in-8-,  Lille.  1902,  p.  5  sq.  —  *  Du/est.,  1.  XLVIII, 
lit.  ix  :  Parricidu...  bestiis  objicitur.  Cf.  Cicéron,  Pro  Sexto 

Hoscio,   26.  —  *  Di'/esl.,  1.   XLVIII,  tit.  VIII  :  Salent  bestiis  SUb- 

jici.  —  *  Digcst.,  1.  XLVIII,  tit.  xix  :  Jiesiiis  objiciuntur.  — 
"Tacite,     Ilist.,    1.   Il,    C.    I.xi    :    Feris    ObjeclUS.  'Eutrop., 

Hist.,  1.   X,  c.  m   :   Bestiis  objecit.  —  "Ainni.  Marcel!.,   lier. 
gestar.,  1.  XIV,  c.  n  :  lu  amphitheatrali  spectaculo  feris  pree- 
dutrieibus  objecti  sunt.   —  °  s.  August.,  Contra   Faustum, 
XXII,  c.  i.xxix,  P.  L.,  t.  xi.ii,  col.  453.  —  ">  Acta  s.  Mordante, 


veniens    erectas    marins    tu  Non  comesturus  virginem 

puellx  pectus  imposuit;  san-  Taurus  deliinc  prosiliens, 
ctum  martyris  corpits  odora- 
tus, eam  ultra  non  contigit. 

Acta  S.  Marcianx,  §  G,  Lorenzana",     Breviarnm 

(tans  Acta  sanct.,  januar.  gothicum,    in-lol.,   Matriti, 

t.  I,  p.  569.  1775,  p.  cclviii. 

III.  Chrétiens  condamnés  et  éparcjnés.  —  Parmi 
les  premiers  chrétiens,  le  fait  d'être  épargné  par  les 
fauves  ne  parait  pas  avoir  été  tenu,  d'ordinaire,  pour  la 
marque  d'une  protection  surnaturelle;  vers  le  IVe  siècle 
au  contraire  cela  ne  faisait  plus  de  doute.  Les  livres 
mêmes  d'Eusèbe  nous  en  lournissent  la  preuve.  Deux 
textes  différents  et  distants  de  plus  d'un  siècle  men- 
tionnent le  même  fait;  or,  pour  l'auteur  de  la  lettre  des 
Églises  de  Lyon  et  de  Vienne  —  peut-être   saint  Irénée 

—  le  fait  passe  sans  commentaires,  tandis  que,  dans  le 
récit  de  la  persécution  de  Dioclétien,  Eusèbe  ne  doute 
pas  qu'il  ne  porte  la  inarque  d'une  intervention  divine18. 

Deux  documents  d'une  valeur  moins  grande  que  ceux 
que  nous  venons  de  rappeler  constatent  des  faits  plus 
étranges,  mais  qui,  néanmoins,  s'accordent  dans  l'en- 
semble avec  ce  que  nous  apprennent  les  textes  les  plus 
autorisés.  On  lit  dans  les  Actes  de  sainte  Thècle  que  la 
jeune  fille  fut  séparée  de  Tryphéna  et  dépouillée  de  ses 
vêtements.  Elle  se  ceignit  d'un  voile  et  fut  poussée  dans 
le  stade.  D'abord  on  lança  contre  elle  des  lions  et  des 
ours;  mais  une  lionne  courut  vers  Thécla  et  se  coucha 
à  ses  pieds,  la  caressa  doucement  de  sa  langue  et  lui 
lécha  les  pieds.  A  cette  vue  les  femmes  jetèrent  un  cri. 
Un  ours  s'approcha;  la  lionne  s'élança  sur  lui  et  le  dé- 
chira. Un  lion  survint,  il  appartenait  à  un  maître  qui 
l'avait  accoutumé  a  >e  nourrir  de  chair  humaine;  la 
lionne  le  saisit  et  combattit  longtemps  contre  lui,  jus- 
qu'à ce  qu'enfin  tous  deux  expirèrent  dans  la  lutte.  On 
lâcha  ensuite  un  grand  nombre  de  bêtes  sauvages,  et 
Thécla  restait  debout,  immobile  au  milieu  du  cirque;  les 
mains  élevées  vers  le  ciel,  elle  priait19.  Un  trait  sem- 
blable se  trouve  dans  les  Actes  des  saints  Probe,  Ta- 
raque  et  Andronic.  Les  martyrs  étaient  si  brisés  par  la 
torture  qu'une  escouade  de  soldats  requit  une  équipe  de 
portefaix  pour  apporter  les  saints  dans  l'amphithéâtre 
au  milieu  duquel  on  les  jeta.  A  ce  moment  on  lâcha  les 
bêtes,  mais  aucune  d'elles  ne  toucha  le  corps  des  mar- 
tyrs. On  fit  alors  sortir  un  ours  qui  venait  de  tuer  trois 
gladiateurs;  l'ours  s'approcha  des  martyrs,  vint  à  saint  An- 
dronic contre  lequel  il  s'accroupit  et  lécha  le  sang  qui  sor- 
tait de  ses  blessures.  Andronic,  sa  tête  sur  l'ours,  l'a 
du  mieux  qu'il  put,  mais  ce  fut  en  vain  ;  le  président 
des  jeux  fit  tuer  l'ours  sur  place.  Une  lionne  refusa  de 
même  de  tuer  les  victimes,  il  fallut  les  faire  égorger  *°. 

Strabon  mentionne  un  exemple  d'une  datio  ad  be- 
slias donnée  en  spectacle.  Vn  brigand  nommé'  Sauras 
fut  placé'  sur  un  échafaud  dans  le  forum;  tout  à  coup 
les  planches  se  séparèrent  et  il  tomba  dans  les  c 
des  bêtes  féroces  -'. 

IV.  Sentiments  des  païens  et  des  chrétiens.  —  Ces 

5,  dans  Acta  sanet..  januar.  t.  I.  p.  569.  Cf.  E.  Le  niant.  /  es 
Actes  des  martyrs,  in-4»,  Paris,  1882,  p.  30,  -188.  —  "  Apologct.. 
c.  ni.,  !..  P.  /...  t.  i,  cet.  513,  603;  De  exhortât,  castitotis,  c.  XII, 
/'.  /..,' t.  n.  col.  '.176.  —  <-  Epiât.,  i.v.  Ad  CorneHumfi,  P.  /...t.  m. 
cet.  880.  —  "  Vita  et  Passio  Cypriarti,  7,  /'.  L..  t.  m.  col.  1517. 

—  "Ht« t.  eecl.,  1.  IV,  c.  xv,  /'.  (,'..  t.  xx.  cet.  3,"»;;.  —  '»Tacitc. 
Hist.,  1.  II,  c.  i.xi,  trad.  Burnouf,  in-12,  Paris,  1878.  p.    .77. 
"S.lgnnee.Fpist.ml  Homanos.  c.  v.cdit.  F.  X.  Funk.dans  Opéra 

Patr.apost.,  in-8*,  Tubingœ,  is«7.  p.  218.  —  »  Passto  S.  Per- 

petux.  1'.'.  édit.  A.  Robinson,  dans  Texts  and  studiee,  ln-8*,  Cam- 

.  1891,   t.    I,  p.  90.  —  '»  Ilist.  eeel..  1.   V,   0,  l;   I.   Vlll. 

i,    /'.  <;..  t.  xx.  col.    V25,  757.  —  '»  Grabe,   Spicilegium 

SS.   l'atrutn  et  hxrcticorion.  in-,8-,  Oxonii.  1896,  t.   i.  p.  98  s.j. 

Cf.  s.  Ambroise,  De  virginibus,  1.  il.  c.  m.  /'.  /...  t.  xvi.  c 

— *•  Passio  SS.  Probi,  Tarachi  et  .\>uln>niei.  10,  dans  ituinart, 

imcera,  ln-4*,  Parisiis,  1689,  p.  J88  sq.       -'  Strabi  Q,  t.  VI. 

c.  n,  C. 


AD   BESTIAS 


454 


sortes  d'exécutions  étaient  réellement  des  jeux  pour  les 
spectateurs  païens.  Apulée  nous  le  montre  bien  en  ra- 
contant le  supplice  d'une  vile  créature,  rilis  aliqtm  quœ 
propter  multiforme  scelus  bestiis  crat  damnala1.  Les 
jeux  se  donnaient  alors  dans  l'amphithéâtre  de  Corinthe 
où,  vers  la  fin  d'une  somptueuse  pantomime  mytholo- 
gique, la  malheureuse  est  extraite  de  sa  prison  et  livrée 
aux  bestiaires.  Dans  l'éblouissement  de  tant  de  pompe, 
le  peuple  n'avait  pas  oublié  sa  proie,  il  la  réclamait, 
impatient,  sans  pudeur  comme  sans  pitié.  Tel  se  montre 
à  nous  Martial,  qui,  assistant  au  supplice  d'un  con- 
damné, prit  son  temps  d'observer  que  le  «  sang  ruisselait 
de  ses  membres  palpitants  et  déchirés,  et  que  nulle 
place  sur  son  corps  n'en  rappelait  plus  la  l'orme  »  : 

Vivebant  laceri  membris  stillantibus  ortus, 
lnque  omni  misquam  corpore  corpus  eral. 

La  victime  humaine  n'intéressait  pas  beaucoup  plus 
les  spectateurs  que  les  animaux  rares  qui  faisaient  par- 
tic  du  Indus  ferarunx.  Des  tessons  de  Paris  et  de  Wes- 
terndorl'  nous  montrent  des  cerls  et  des  daims  mêlés 
aux  lions;  c'était  bien  en  effet  ce  qui  se  passait  en  réa- 
lité et  les  condamnées  jouaient  vraiment  leur  rôle  de 
pilœ  lorsque  les  fauves  venaient  faire  tomber  sur  elles 
la  lureur  que  l'agilité  des  cerfs  ou  des  daims  les  empê- 
chait de  satisfaire  sur  ces  animaux.  La  mosaïque 
Borghèse  nous  montre  ainsi  une  véritable  mêlée  dans 
laquelle  se  trouvent  un  élan,  un  sanglier,  un  taureau, 
une  antilope,  une  autruche,  une  hyène  et  un  lion-.  A 
moins  que  l'homme  ne  se  fût  rendu  célèbre  par  ses  for- 
laits,  il  ne  comptait  guère  plus  qu'un  de  ces  animaux, 
souvent  moins.  Les  textes  ne  nous  disent  nulle  part  que 
le  peuple,  ému  de  pitié,  fit  délivrer  un  de  ces  malheu- 
reux; ses  sentiments  étaient  bien  différents.  Un  jour, 
un  lion,  qu'un  esclave  avait  dressé  à  dévorer  les  hommes, 
lit  tant  d'honneur  à  son  maître  que  de  tous  cotés  on 
demanda  pour  celui-ci  l'affranchissement  3.  Tous  les  an- 
ciens sont  d'accord  à  rendre  témoignage  de  la  passion 
générale  pour  les  jeux  et  les  venaliones,  et  la  répu- 
gnance qu'y  témoignaient  les  chrétiens  commença  la 
réaction  contre  ces  horreurs  :  a  Nous  ne  pouvons  souffrir 
la  vue  d'un  homme  que  l'on  fait  souffrir,  même  juste- 
ment, écrivait  Athénagore.  Qui  ne  se  porte  avec  empresse- 
ment aux  spectacles  de  gladiateurs  et  de  bêtes,  princi- 
palement quand  c'est  vous  qui  les  donnez?  Eh  bien,  nous 
avons  renoncé  à  ces  spectacles,  croyant  qu'il  n'y  a  guère  de 
différence  entre  regarder  un  meurtre  et  le  commettre1.  » 

V.  Les  monuments  figurés.  Détails  du  supplice.  — 
Nous  possédons  une  précieuse  représentation  d'une 
tauromachie  dans  un  fragment  de  vase  en  terre  rouge 
à  reliefs  découvert  avec  d'autres  débris  à  Reims,  à  la 
losse  Jean-Fat,  en  1883.  «  Sous  un  cordon  formant  une 
ligne  chevronnée  surmonté  d'une  ornementation  en 
lorme  de  lambrequins,  un  taureau  jette  en  l'air  deux 
hommes,  dont  les  mains  sont  liées  derrière  le  dos,  et 
qui  sont  vêtus  seulement  d'un  pagne  soutenu  par  une 

1  Apulée,  Metamorph.,  1.   X,   c.  xxm-X'xvii  et  xxxiv-xxxv, 

(Mit.  Hildebrand,  in-8°,  Lipsioe,  1842,  p.  721-731,  748-751.  Gi- 
céron,  Epist.,  1.  VIII,  epist.  i  :  Qux  potest  esse  homini  poli- 
tico  delectatio,  cum  homo  imbecillis  a  valentissima  bestia 
lanietur?  —  !  G.  Henzen,  dans  Atti  dell'  accademia  ponti- 
lirin  di  archeologia,  t.  XII,  pi.  v.  Cf.  à  Pompéi,  W.  Helbig, 
W'indgemàlde  der  von  Vesuv  verschùtteten  Stàdte  Campa- 
niens,  in-8%  Leipzig,  1868,  n.  1517-1519.  —  3  E.  Renan,  Marc- 
Aurèle,  in-8%  Paris,  1882,  p.  31.  —  *  Athénagore,  Legatio,  35, 
P.  G.,  t.  vi,  col.  969.  On  trouve  la  même  pensée  exprimée  dans 
le  texte  latin  de  la  Passion  de  sainte  Perpétue  :  au  moment  où  les 
martyrs  vont  être  égorgés,  la  toute  suit  des  yeux  le  1er  homicide, 
l 'assio SS.  Perpet.  et  Felicit., 20,  édit.  A.  Robinson,  dans  Textsand 
■•■in, lies,  in-8%  Cambridge,  1891,  t.  i,  p.  92.  —  5A.  Nicaise,  Frag- 
ments  de  vases  avec  représentation  des  combats  du  cirque, 
ilans  le  Bull.  arch.  du  Comité  des  trav.  iiist.,  1896,  p.  45.  Les 
représentations  de  combats  de  l'amphithéâtre  sont  parmi  les  plus 
uéquentes  dans  les  vestiges  des  monuments  figurés  de  l'antiquité, 


bande  d'étoffe  passant  sur  l'épaule  droite.  L'une  des  vic- 
times est  enlevée  la  tête  en  bas;  l'autre  dans  la  position 
d'une  personne  à  demi  couchée.  Le  taureau  montre  un 
garrot  vigoureux  et  parait  avoir  conscience  de  la  (ôrce 
qu'il  déploie  en  jonglant  avec  ses  victimes.  A  gauche, 


87.  —  Condamnés  aux  bêtes.  Fragment  de  vase  trouvé  à  Reims. 

D'après  le   Bullet.    du   Comité  des  travaux  historiques  ; 

Archéologie,  1896,  p.  47. 

on  voit  apparaître  des  branches  revêtues  de  feuilles  à 
leur  extrémité5.  »  La  victime  placée  à  gauche  dans  la 
poterie  de  Reims  se  trouve  dans  la  posture  que  décrit  la 
Passion  de  sainte  Perpétue  qui,  y  est-il  dit  :  Jacla  est, 
et  concidit  in  lumbosb  (iig.  87). 

Parmi  les  nombreux  fragments  de  poteries  romaines, 
de  la  classe  dite  d'Arezzo  ou  samiennes,  trouvés  en  1807 
près  de  Westerndorf  (Ravière)  et  publiés  d'une  manière 
peu  satisfaisante  par  .1.  von  Stichaner7,  se  trouvait  un 
tesson  qui  n'a  pu  être  retrouvé  dans  les  collections  de 
Vilislorisches  Yerein  von  Obcrbayern,  mais  d'autres 
fragments  sortis  des  mêmes  moules  et  plus  complets  y 
ont  été  reconnus8.  «  Un  de  ces  fragments,  écrit  M.  La- 
faye,  représente  un  homme  nu,  attaché,  les  mains  der- 
rière le  dos,  contre  un  poteau  dont  l'extrémité  apparaît 
au-dessus  de  ses  épaules;  sur  la  gauche  un  ours  prend 
son  élan  pour  le  dévorer.  Le  décor  du  vase  ne  comportait 
que  ces  deux  ligures,  répétées  plusieurs  lois  de  distance 
en  distance.  On  aperçoit  sur  la  droite  l'arrière-train  de 
l'ours,  seul  reste  d'une  seconde  empreinte  9.  Ailleurs,  le 
centre  de  la  scène  est  occupé  par  un  homme  dont  l'atti- 
tude est  identique  à  celle  du  précédent.  Sur  la  gauche 
s'avance  un  lion;  à  droite  bondit  un  animal  dans  lequel 
on  peut,  avec  une  égale  vraisemblance,  reconnaître  une 
lionne,  un  tigre,  un  léopard  ou  une  panthère  10  (fig.  88).  » 

cf.  G.  Lacour-Gayet,  Graffiti  figurés  du  temple  d'Antonin  et  de 
Faustine  au  forum  romain,  in-8%  Paris,  1881,  p.  16;  G.  Perrot, 
Les  vases  d'or  de  Vafio.  dans  le  Bull,  de  corr.  hellénique. 
t.  xvi,  1891,  p.  493-537,  pi.  xii,  xm-xv.  —  «  Passio  SS.  Perpet. 
et  Felicit.,  20,  édit.  Robinson,  dans  Texts  and  studies,  in-8%  Cam- 
bridge, 1891,  t.  i,  p.  90.  —  7  Sammlung  rômischer  Denkmâler 
in  Baiern,  lierausgegeben  von  der  kôniglichen  Akademie  der 
Wissensch.  zu  Mùnchen,  in-4%  Munchen,  1808,  avec  atlas  in- 
lol.  intitulé  Abbildungen.  —  8G.  Lataye,  Criminels  livrés  aux 
bêtes,  dans  les  Mém.  de  la  Soc.  nat.  des  antiq.  de  France,  1892, 
p.  97  sq.  —  9  J.  von  Stichaner,  loc.  cit.,  Abbildungen,  pi.  i,  n.  1. 
—  10G.  Lataye,  loc.  cit.,  p.  101.  Ce  type  ne  ligure  pas  dans  l'atlas 
de  Stichaner;  on  peut  cependant  comparer  pi.  v,  n.  3.  Les  touilles 
de  Westerndort,  ci.  Stichaner,  Abbildungen,  pi.  XI,  et  celles  de 
Paris,  ci.  Grivaud  de  la  Vincelle,  Antiquités  gauloises  et  ro- 
maines recueillies  dans  les  jardins  du  Palais  du  Sénat,  dans 
la  Bévue  archéologique,  1892,  t.  xx,  p.  335,  347,  ont  rendu  les 
débris  des  moules. 


455 


AD   BESTIAS 


456 


Une  autre  série  de  poteries  que  nous  allons  énumérer 
présente  un  intérêt  particulier  pour  l'histoire  des  mar- 
tyrs chré  iens.  Un  tesson  conservé  au  musée  de  Tours 


88.  —  Condamné  aux  bûtes. 

Fragment  découpe.  D'après  Sammlung  derrôm.  Denkmàler 

in  Baiern;  Abbild.,  pi.  m. 

(n.  1G7  du  catalogue)  représente  une  femme  nue,  les 
cheveux  llottant  sur  les  épaules,  les  mains  attachées  sur 
le  dos.  A  droite  se  voient  le  mufle  et  les  deux  pattes  de 
devant  d'un  lion,  la  gueule  ouverte,  lancé  sur  la  victime; 


89.  —  Femme  exposée  aux  bêtes. 
Fragment  de  vase  au  Musée  de  Tours.  D'après  les  Mém 
la  Soc.  nat.  des  Antiq.  de  France,  1892,  p.  103. 


de 


à  gauche  un  trépied;  dans  le  champ,  des  brandi 
feuillage  et  une  palme.  La  rencontre  du  trépied  el  de 
la  palme  nous  porterait  à  voir  là  une  allusion  à  une 
martyre  chrétienne,  peut-être  sainte  Blandine,  s'il  ne 
fallait  être  très  réservé  dans  ce  genre  d'identification  '. 
Un  autre  tesson  conservé  au  musée  Carnavalet  a  été 
trouvé  à   Paris,  en  1865,  sur  l'emplacement  actuel  de 

1  La  répugnance  des  chrétiens  à  représenter  les  scènes  de  mar- 
tyre n'est  pas  aussi  absolue  que  l'a  pi  nsé  B.  Le  niant.  Etude  sui- 
tes sarcophages  d'Arles,  in-foK,  Taris,  1878,  p.  44.  —  *G.  La- 
faye,  toc.  cit.,  p.  103-10'i.  Ce  second  tesson  a  été  publié  dans  /  es 
mondes,  1865,  t.  vu,  p.  350.  Voyez  [A.  de  Longpérier],  En 
lion  universelle  de  1867.  Catalogue  noierai.  Histoire  du  tra- 
vail, in-8%  Paris,  18G7,  p.  74,  Fiance,  n.  1036,  1037.  —  »M.  de  Vil- 
lenoisy,  dans  Bulletins  de  la  Soc.  ndt.  i>,'s  a,, ta}. 


l'École  des  mines.  Il  devait  oflrir  quatre  répétitions  du 
même  sujet,  deux  seulement  se  sont  conservées  dans 
le  lragment  subsistant;  on  y  voit  une  femme  nue.  de- 


90.  —  Femme  exposée  aux  bêtes. 
Fragment  de  vase  du  Musée  Carnavalet.  D'après  l'original. 

bout,  garrottée,  assaillie  de  chaque  coté  par  un  lion;  le 
champ  est  rempli  par  une  composition  qui  n'a  pas  de 
rapport  avec  le  motit  principal2. 

Lnfin,  le  musée  de  Saint-Germain-en-Laye  possède 
trois  figures  appartenant  à  la  série  de  monuments  que 
nous  étudions3. 

On  a  justement  fait  observer  que  les  sujets  que  nous 
avons  décrits  ne  peuvent  représenter  ni  Marsyas,  ni 
Andromède. 

Un  curieux  médaillon  de  terre  cuite4,  remontant  au 
iitc  ou  au  IVe  siècle,  découvert  à  Lyon  en  1885,  dan*  les 
touilles  du  quartier  de  Trion  (voy.  Actes  des  mautyks, 
col.4i3et  fig.  86),  représente  le  supplice  du  petit  dieu 
Kros.  La  scène  se  divise  en  deux  registres.  Dans  le 
registre  inférieur,  on  voit  un  cortège  composé  d'un 
Amour  tenant  le  rôle  de  l'huissier,  mais  dont  il  ne  n  ste 
plus  qu'une  aile,  le  dieu  Éros  les  mains  lices  sur  le  dos, 
un  gardien  qui  parait  tenir  le  condamné  pour  l'empê- 
cher de  luir,  enfin  deux  petits  amours  portent  sur  un 
brancard  les  armes  d'L'ros,  son  carquois,  son  arc,  ses 
torches,  La  partie  supérieure  du  médaillon  comprend  la 
scène  principale.  Elle  représente  L'exécution  de  la  s  a- 
lence.  Le  condamné  est  debout  sur  une  estrade,  adossé 
et  lié  par  les  mains  à  un  poteau,  tandis  que  quatre 
Amours  sont  chargés  de  l'exécution.  Le  bourreau  a  pris 
place  sur  l'estrade,  et  il  vient  de  couper  les  ailes  d'I  i 
le  valetdu  bourreau  placé  au  bas  de  la  petite  échelle  qui 
donne  accès  à  l'estrade  semble,  par  son  geste,  indiquer 
que  tout  est  prêt,  un  second  valet  juché  sur  la  cavea  ouv  re 
la  trappe  aux  animaux,  deux  colombes,  qui  vont  s'élancer 
sur  le  condamné.  A  la  partie  supérieure  du  médaillon, 
on  voit  une  assemblée;  vers  le  personnage  central  semble 
s'acheminer  par  un  degré  en  charpente  le  dernier  valet 
du  bourreau,  mais  un  geste  impérieux  le  relient. 

Si  nous  dépouillons  ce  gracieux  sujet  des  attributs 
mythologiques,  il  nous  reste  une  Mine  de  supplice  sui- 
vant tout  l'appareil  en  usage  dans  l'empire  romain.  Les 
lois  condamnaient  les  incendiaires  au  supplice  du  leu6, 
toutefois,  les  incendiaires  de  la  dernière  catégorie  pou- 
vaient être  exposes  aux  beies  :  Qui  data  opéra  incimêate 
incendium  fecerint,  dit  Ulpien,  si  humilions  looo  *"it 
bestiis objici  soient'.  A  cette ca  ijoutaientcelles 

séance  du  31  niai  189  '  v  .Minier  el  1'.  Dissard,  Trion,  in-S*. 

Lyon,  1886,  i  G    Laraye,  L'Amour  incendiaire,  dans 

Mèlang.d'arch.etd'hisl.,  1890,  t.  x.  p.  60  sq.  et  pi.  i.C.i.  Me:  i 
./.-/;.  De  Hossi,  ui-s  ,  Paris,  1892,  i     160         Ni  us  n'avons  b 
jusqu'ici  .oie allusli  n  a  la  noutUatii  m  pratiquée  but  les  condam- 
nés, mais  seulemenl  a  des  tortures  préliminaires.  —  "G.  Laraye, 
dans  Vélang.  iTarch.  et  d.Mst.,  1890,  i    - 
1.  XLVil.  tii.  i\.  12.  Q.  Martial,  ''-  sj     taculia»  l.  VII. 


Loi 


AD   BESTIAS 


458 


que  la  loi  et  le  bon  plaisir  voulaient  y  joindre.  Les  plus 
beaux  condamnés  des  provinces  étaient  mis  à  part  et 
dirigés  sur  Rome  '  pour  servir  au  divertissement  du 
peuple;  ce  tut  le  cas  de  saint  Ignace  d'Antioche2. 

Le  spectacle  commençait  par  un  défilé  (pompa),  que 
mentionne  la  Passion  de  sainte  Perpétue3;  ensuite 
le  condamné  était  amené  sur  la  plate-lorme  (suggcslus, 
pulpitum,  calasta)  4  et  attacbé  au  poteau 5  (palus, 
slipes),  appelé  quelquefois  du  nom  de  crux9.  Une  lampe 
qui  peut  être  du  11e  siècle  de  notre  ère  et  un  fragment 
de  poterie1  nous  montrent  le  condamné  ainsi  élevé  et 
attaché.  D'après  le  médaillon  de  Trion,  il  serait  possible 
que  la  victime  portât  sur  la  poitrine  un  écriteau  indi- 
quant le  crime  dont  elle  s'est  rendue  coupable,  mais 
c'est  peut-être  là  une  disposition  n'ayant  rien  de  spécial 
au  supplice  que  nous  étudions,  car  deux  textes  chré- 
tiens du  11e  siècle,  la  Lettre  de  l'Église  de  Lyon  et  le 
Martyrium  Tlteclies,  nous  disent  que  l'on  attacha  sur 
Attale  un  écriteau  portant  ces  mots:  HIC  EST  ATTALVS 
CHRISTIAN  VS'1  et  sur  Thècle  :  'H  8s  arda  ^v  tîjc  àiteve- 
xOsia/K  aùrrjç  ypa^c.  IEPOXYAIA10. 

A  l'extrémité  de  l'arène,  se  trouve  la  cavea  contenant 
les  bêtes  féroces'11.  «  En  général,  les  botes  féroces  sor- 
taient directement  des  souterrains  de  l'amphithéâtre  par 
des  trappes  que  l'on  ouvrait  subitement;  mais  quelque- 
lois  on  traînait  les  cages  jusque  dans  l'arène,  et  il  devait 
en  être  ainsi  surtout  lorsqu'au  lieu  d'une  chasse  con- 


91.  —  Daniel  parmi  les  lions. 

Peinture  de  la  catacombe  de  Dumitille. 

D'après  le  Bulicttino  di  archeologia  cristiana,  1865,  p.  42. 

duite  par  des  gens  armés  (vcnilio)  on  donnait  en  spec- 
tacle à  la  foule  un  malheureux  sans  délense  livré  pieds 
et  poings  liés  à  la  voracité  des  animaux;  ceux-ci,  conte- 
nus pendant  de  longues  journées  dans  l'étroite  prison 
où  on  les  avait  amenés  de  leurs  déserts,  devaient  s'élan- 
cer avec  beaucoup  plus  d'impétuosité  que  quand  on  les 
lâchait  en  grand  nombre  hors  des  souterrains12.  »  Outre 

•Si  ejus  roboris  vel  artiflcii  sint  ut  digne  populo  romano 
exhiber i  possint,  Digest.,  1.  XLVIII,  tit.  xix,  31.  Cette  coutume 
ne  commença  d'être  abolie  que  par  Antonin.  —  *E.  Renan,  Les 
évangiles,  in-8" ,  Paris,  1877,  p.  487.  —  zPassio  SS.  Perpetuse  et 
Felicit.,  8,  éd.  Robinson,  dans  Texts  and  studies,  in-8%  Cambridge, 
1891,  t.  r,  p.  86,  88.  Ct.  Friedlànder,  Die  Spiele,  dans  J.  Mar- 
quardt,  Handbuch  der  rôm.  Alterth.,  in-8%  Leipzig,  1871-1882, 
t.  VI,  p.  561;  E.  Renan,  Marc-Aurèle,  in-8%  Paris,  1882,  p.  323, 
note  3.  —  *Ci.  Otto  Jahn,  dans  Berichte  iiber  die  Verhandlun- 
gen  der  kônigl.  sàchs.  Gesellsch.  d.  Wiss.  zu  Leipzig,  1851, 
p.  153  et  pi.  v.  —  5Ct.  Actes  des  martyrs,  col.  428.  —  «Cicéron, 
In  Verr.,  act.  v,  S  5,  [10,  11;  cf.  §  6,  12;  Dion  Cassius,  Hist. 
rom.,  1.  XLIX,  xxu.  —  'Fig.  75,  76.  —  "Sur  la  date  de  ce  docu- 
ment, voyez  W.  Ramsay,  The  Church  in  the  roman  empire 
be/ore  A.  D.  170,  in-8%  London,  1893,  p.  375.  —  "Eusèbe,  Hist. 
eccl.,  1.  V,  c.  i,   P.  G.,  t.  xx,  col.  425.   —   <°  E.  Le  Riant,  Les 


les  monuments  que  nous  avons  cités,  nous  pouvons  dans 
une  certaine  mesure  rattacher  à  notre  sujet  une  classe 
de  représentations  très  nombreuses  dans  l'art  chrétien  pri- 
mitif, nous  voulons  parler  de  Daniel  parmi  les  lions.  On 
s'explique  plus  facilement  la  nudité  complète  adoptée  par 
les  artistes  anciens  pour  le  type  de  Daniel  en  se  rappelant 
que  les  condamnés  étaient  livrés  sans  autres  vêtements 
que  le  Stagna.  Une  peinture  de  la  catacombe  de  Doml- 
tille  représente  Daniel  nu,  sur  un  suggestum  semblable 
à  ceux  des  médaillons  que  nous  avons  cités13  (fig.  91). 

VI.  Les  venatores.  —  C'est  le  venator  qui  lançait 
la  bête  fauve  vers  l'échafaud.  Lucien  fait  raconter  prit- 
un  personnage  qu'il  a  vu  dans  l'amphithéâtre  «  des 
fauves  piqués  avec  des  traits,  poursuivis  par  des  chiens 
et  lancés  sur  des  hommes  enchaînés  qui  étaient  sans 
doute  des  criminels  »  :  s(opà>u.çv  (fypia  y.aTaxovnÇôneva  v.a'i 
•J7tb  y.uvdiv  Sttoy.ô'u.eva  xai  ère'  àvôp<Ô7rou;  8e8st).évouç 
àï>téu.sva  xaxovp-fo'jç  Tivàç,  'i>ç  £c-/.âÇou.sv  '*. 

Alin  d'attiror  l'attention  de  l'animal,  on  prescrivait 
parfois  aux  condamnés  de  les  irriter,  l'ordre  en  fut 
ilonné  à  des  martyrs  :  t<3v  tepôiv  àôXviTtov  yuu.vtov  ë<TTa>T<ov 
■/.a't  raî;  X^17'  xaTatreiôvTiov,  êîik  te  crcpàç  aùro-jç  ètv.ittio)- 
i/.svtov  to-jto  yàp  a-JTOt;  èxsÀeûeTO  7rpâTTeiv  ls.  «  Les  saints 
athlètes  debout  et  nus  agitaient  les  mains  pour  irriter 
les  animaux  ainsi  qu'on  le  leur  avait  ordonné.  »  Ce  lut 
dans  ce  rôle  que  mourut  un  martyr  nommé  Alexandre  '6. 

Le  condamné  lié  au  poteau  n'était  pas  seul  exposé. 
Quelquefois  la  béte  féroce,  prise  d'un  caprice,  au  lieu 
de  se  diriger  vers  le  condamné,  fondait  sur  le  venator. 
Ce  malheureux,  malgré  son  agilité,  périssait  parfois; 
deux  textes  de  l'antiquité  chrétienne  en  témoignent.  On 
lit,  en  effet,  dans  la  Passion  de  sainte  Perpétue  :  Cum 
apro  subministraretur,  vcnalor  polius,  qui  illum  apro 
subministraverat,  subfossus  ab  eadem  bestia,  posl  dies 
muneris  obiil11;  et  dans  Eusèbe  :  tûv  Gïjpccov  ètù  toùç 
à'XXouç,  Scroi  Sï]7ro-j0ev  É'EtoOsv  èp£6io"u.oïi;  Ttap<op[j.(i)v  a-jxà, 
çîpou.évcov...  ['llyptiouivo;  ô  -aOpo;]  to-j;  aXXouç  Ttôv 
k'5u6îv  •rcpoo-tivTu>v  toîç  -/Joauiv  êi;  tôv  aépa  piitiwv  Siscr- 
-àpaTtev,  ïju.iOvnraç  ai'psaôac  -/.aTaXirccov  18.  Parlois  les  ani- 
maux se  jetèrent  sur  les  infidèles  qui  les  excitaient 
contre  nous.  On  vit  un  taureau  déchirer  et  lancer  en 
l'air  ces  infidèles  qu'il-  abandonna  à  demi  morts.  Tan- 
dis que  ces  infortunés  périssaient  de  la  sorte,  les  martyrs 
devenaient  presque  familiers  avec  ce  genre  de  supplice. 
On  lit  dans  la  Passion  de  sainte  Perpétue  :  «  Celui  qui  a 
dit  :  «  Demandez  et  vous  recevrez,  »  accorda  à  chacun  le 
genre  de  mort  qu'il  avait  souhaité,  car,  quand  ils  cau- 
saient ensemble  de  la  manière  dont  ils  eussent  voulu 
mourir,  Saturninus  souhaitait  d'être  exposé  à  toutes  les 
bètes  afin  que  sa  couronne  fût  plus  glorieuse.  Et  il  arriva 
qu'à  l'ouverture  des  jeux  Revocatus  et  lui  furent  atta- 
qués par  un  léopard;  ils  lurent  ensuite,  sur  l'estrade, 
déchirés  par  un  ours.  Salurus  avait  pour  l'ours  la  plus 
vive  horreur,  aussi  espérait-il  déjà  que  d'un  coup  de 
dent  le  léopard  lui  enlèverait  la  vie.  Pour  clore  les  jeux, 
on  l'exposa  à  un  léopard  qui,  d'un  coup  de  dent,  le  couvrit 
de  sang  :  «  Il  est  bien  lavé,  le  voilà  sauvé!  il  est  bien 
«lavé!  »  cria  la  loule,  par  allusion  au  baptême19.  «  Un 

persécuteurs  et  les  martyrs,  in-8%  Paris,  1893,  p.  15.  Cf.  Crabe, 
Spicileg.  SS.  Patrum,  in-8%  Oxonii,  1714,  t.  i,  p.  108,  ct  Marc, 
xv,  26.  —  "Horace,  Ars  poet.,  vs.  473;  Suétone,  Caligula,  27; 
Pline,  Hist.  nat.,  1.  Vin,  c.  xvn.  —  "G.  Lafaye,  dans  Mélang. 
d'arch.  et  d'hist.,  1890,  t.  x,  p.  85.  Ci.  Vopiscus,  Probus,  c.  xix. 

—  "De  Rossi,  Bull,  di  arch.  crist.,  1865,  p.  42.  Cf.  Sammlung 
der  rôm.  Denkm.  in  Baiern,  1808,  pi.  x,  reproduisant  un  Irag- 
ment  de  poterie  trouvé  en  1808,  près  de  Pfiïnzen,  en  Ravière,  et 
qui  représente,  attachés  à  des  poteaux,  des  hommes  nus  que  des 
ours  vont  dévorer,  et  qui  tiennent  probablement  le  rôle  de  Laureoli. 

—  ,4Lucien,  Toxaris,  c.  us.  —  ,sEusèbe,  Hist.  eccl.,  1.  VIII, 
c.  vu,  P.  G.,  t.  xx,  col.  757.  —  '«Acta  S.  Alexandri,  7,  clans 
Acta  sanct.,  21  sept.  —  •'  Acta  SS.  Perpétuée  et  Felicit.,  19, 
éd.  A.  Robinson,  loc.  cit.,  t.  i,  p.  90.  —  IS  Eusèbe,  Hist.  eccl., 
loc.  cit.  —  i*  Acta  SS.  Perpetuse  et  Felicit.,  19,  21,  éd.  A.  Ro- 
binson, loc.  cit.,  t.  I,  p.  88,  92. 


459 


AD    EESÏIAS 


400 


jeune  garçon  dp  douze  ans  nommé  Germanicus  était 
déjà  dans  l'amphithéâtre  que  le  proconsul  l'adjurait  en- 
core de  prendre  pitié  de  lui-même;  l'entant  voyant  la 
bête  marcha  droit  à  elle  et  la  frappa;  afin,  écrit  un 
contemporain,  de  sortir  plus  tôt  de  ce  monde  pervers  '. 
VII.  Les  pilas.  —  Pour  exciter  la  fureur  des  ani- 
maux et  protéger  les  combattants,  on  employait,  à  Rome 
du  moins,  des  mannequins  bourrés  de  paille  ou  de 
chiffons  et  vêtus  d'habits  qui  leur  donnaient  une  appa- 
rence humaine.  Ces  mannequins  s'appelaient  à  Rome 
pilas  et  chez  les  Grecs  Tauptâpioi  ou  Taupoy.âOaTTîat; 
«  de  là  est  venue  l'expression  :  hommes  de  paille,  ho- 
mines  feneos,  pour  désigner  des  personnages  subal- 
ternes destinés  a  recevoir  les  coups  en  lieu  et  place  de 
personnages  plus  importants2.  »  Toute  une  classe  de 
victimes  humaines  était  destinée  à  tenir  le  rôle  de  pilœ, 
c'étaient  les  femmes  condamnées  pour  adultère,  à  pro- 
pos desquelles  Pétrone  a  écrit  : 

Magis  Ma  matella  digna  fuit  quarn  taurus  jactaret  3. 

Par  une  conséquence  des  voies  d'exception  adoptées 
à  l'égard  des  chrétiens,  des  vierges,  des  matrones  irré- 
prochables furent  condamnées  à  ce  supplice.  La  lettre 
de  l'Église  de  Lyon  rapporte  le  martyre  de  sainte  Blan- 
dine  en  des  termes  qui  ne  laissent  aucun  doute.  La 
chrétienne  fut  enveloppée  dans  un  filet  et  exposée  au 
taureau,  qui  la  lança  en  l'air  plusieurs  fois  avec  ses 
cornes4.  Même  spectacle  à  Carthage.  Sainte  Perpétue 
et  sainte  Félicité  sont  enveloppées  nues  dans  des  filets; 
sur  le  désir  du  peuple,  on  leur  donne  un  vêtement  et 
on  les  expose  de  nouveau  à  l'animal5. 

Un  fragment  de  vase  antique  nous  représente  une 
femme  dans  le  rôle  de  pila.  On  y  voit  deux  bestiaires 
qui  combattent  l'un  un  sanglier,  l'autre  un  ours,  tandis 
qu'un  taureau  se  précipite  sur  une  femme  dont  les 
formes  incertaines  paraissent  plutôt  convenir  à  un 
mannequin  qu'à  une  personne  vivante6. 

11  semble  que  les  anciens  aient  pratiqué  un  raffine- 
ment de  cruauté  à  l'égard  de  ceux  qu'on  livrait  aux 
bêtes,  objecti  ad  bestias,  en  les  blessant  à  l'avance7. 

1!  nous  reste  à  parler  d'un  monument  peu  connu  dont 
l'importance-  justifiera  les  détails  dans  lesquels  nous 
allons  entrer  à  son  sujet.  Les  colonnes  de  marbre  cipo- 
lin  qui  formaient  le  portique  du  temple  d'Antonin  ri 
deFaustine8  n'ont  été  déblayées  dans  toute  leur  hauteur 
que  depuis  1876  et  ce  n'est  qu'alors  et  en  regardant  de 
très  prés  les  colonnes  et  leurs  bases  qu'un  savant  fran- 
çais '■'  découvrit  des  représentations  et  des  inscriptions 
tracées  à  la  pointe,  de  l'espèce  de  celles  qu'on  nomme 
communément  graffiti.  L'auteur  de  ces  petites  ligures 
n'ayant  à  sa  disposition  qu'un  style  a  dû,  afin  de  vaincre 
la  résistance  de  la  pierre,  tracer  d'abord  un  pointillé 
très  menu  suivant  le  contour  qu'il  voulait  suivre;  cille 
opération  terminée,  il  fit  courir  sur  tout  ce  trace  un 
trait  continu,  éprouvant  d'autant  moins  de  résistance 
que  les  colonnes  avaient  probablement  été  atteintes  par 
le  grand  incendie  qui  ravagea  toute  cette  partie  du  Fo- 
rum s0,|s  le  replie  de  Commode;  «  le  marbre,  sous  celle 
action  dévastatrice,  dut  acquérir  une  friabilité  relative 
que  l'on  peut  constater  aujourd'hui,   et   qu'il    ne   faut 


•  Martyrium  Polycarpt,  3,  dans  F.  X.  Funk,  Opéra  Patr. 
apOSt.,  in-8",  Tubinga>,  1887,  t.  I,  p.  280.  —  SK.  Beurliei ,  Les 
courses  de  taureau. r  chez  les  Grecs  et  les  Romains,  dans 
Mcm.  de  la  Soc.  des  antiq.  de  Fronce,  1887,  p.  80  sq.  —  *Saty- 
ricon,  45.  —  *  Eusèbc,  Hist.  eccl.,  1.  V,  c.  i,  P.  G.,  t.  xx,  col. 
429.  —  5  Passio  SS.  Pcrpet.  et  Felicit.,  90,  édit,  A.  Roblnson, 
loc.  cit..  t.  i,  p.  90.  —  "Cl.  M.  Grivaud  de  la  vincello.  Arts  et 
métiers  des  anciens,  représentés  par  les  monuments,  in-fol., 
Paris,  1819,  pi,  lxxx,  n.  7.  —  'Georgi,  De  iniraculis  S.  ColUtM, 
in-'r,  ltomae,  1793,  p.  Lxxxm.  —  'Aujourd'hui  l'église  S.  Lorenzo 
in  Miranda.  —  9G.  Lacour-Gayot,  Graffiti  figurés  du  te 
d'Antonin  et  de  Faustine,  dans  Mcluug.  d'wch.  et  d'hist.  publ. 
par  l'École  franc,  de  Home,  1881,  t.  I.  Cl.  B.   Broderick,  dans 


peut-être  pas  attribuer  uniquement  à  un  enfouissement 
de  plusieurs  siècles  10.  »  Parmi  les  graffiti  on  relève  tout 
un  ensemble  de  monuments  chrétiens  :  le  chrismon 
flanqué  de  00  A,  qui,  ainsi  que  nous  l'avons  lait  obser- 
ver ailleurs11,  oiïre  un  exemple  de  l'interversion  des 
lettres  symboliques  et  appartient  par  conséquent  à  la 
période  la  plus  ancienne,  la  paléographie  de  l'CO  con- 
firme cette  observation  l2  ;  une  autre  colonne  «  tapissée  » 
de  graffiti  olfre  une  croix  grecque,  et  on  sait  que  l'appa- 
rition de  ce  symbole  est  tardive13.  D'autres  colonnes 
laissent  lire  :  EVTICIAN[e],  et  encore  :  WMimMWimm. 
qu'il  taut  restituer  wufasj,  formule  dont  la  concision 
rappelle  les  plus  anciens  lituli  chrétiens.  M.  Lacour- 
Gayet  croit  devoir  reporter  ces  graffiti  à  la  limite  du 
IVe  et  du  Ve  siècle,  nous  les  reportons  assez  volontiers 
un  siècle  plus  tôt.  Cette  date  nous  importe  à  cause  du 
sujet,  ou  plutôt  de  l'un  des  sujets  gravés  sur  la  troisième 
colonne  en  parlant  de  la  gauche.  Xous  avons  ici  une 
scène  à  quatre  personnages  qui  tire  un  vif  intérêt  des 
formules  et  des  symboles  chrétiens  qui  l'environnent  et 
que  nous  venons  de  décrire  :  «  Un  gladiateur  nu  (hau- 
teur 13  centimètres),  au  cou  fort,  aux  membres  ro- 
bustes, vigoureusement  campé  sur  les  jarrets,  cherche 
à  se  défendre  de  l'étreinte  d'un  tigre,  ou  d'une  pan- 
thère, reconnaissable  à  la  forme  allongée  de  son  corps  ; 
la  bête  l'a  saisi  et  le  mord  à  la  hanche  gauche.  Au-des- 
sus, une  grande  Victoire  (17  centimètres),  aux  ailes 
éployées,  la  tête  peut-être  couronnée  de  laurier,  et  dont 
la  tunique,  par  de  beaux  plis  harmonieux,  fait  songer 
aux  tuniques  des  Bacchantes  sur  les  bas-reliefs  el  sur 
les  vases  grecs,  semble  voler  vers  lui  comme  pour  le 
couronner  de  sa  main  droite  étendue  u.  A  côté  de  cha- 
cune de  ces  deux  figures  d'un  beau  mouvement  et  qui 
paraissent  d'un  sens  très  clair,  se  dressent  deux  person- 
nages d'un  dessin  beaucoup  plus  imparlait  et  d'une  in- 
telligence plus  difficile  :  en  lias,  une  femme  nue  (14 cent.), 
dont  les  proportions  ont  été  grossièrement  reproduites, 
au  moins  pourla  partie  inférieure  du  corps;  en  haut  un 
personnage  vêtu  de  la  toge  1 17  cent.),  on  aperçoit  jus- 
qu'au-dessous des  genoux  les  plis  de  la  toge  en  partie 
relevée,  succincta,  et  ramassée  sur  le  bras  gauche1'.  •> 
Il  nous  semble  que  les  textes  anciens  que  nous  avons 
cites  plus  haut  donnent  à  celte  représentation  son  sens 
véritable.  Le  registre  intérieur  représente  une  temme 
faisant  le  rôle  de  pila;  le  fauve  qu'on  a  lancé  contre 
elle  la  dédaigne  et  se  jette  sur  le  bestiarius.  Celui-ci  est 
représenté  entièrement  nu,  ce  qui  est  conforme  i  un 
médaillon  de  terre  cuite  représentant  un  bestiaire  ai- 
guillonnant le  lion  (6g.  76)  et  a  ce  que  nous  savons 
que  tel  élail  en  effet  leur  armement  qui  ne  consistait 
qu'en  bandages  sur  les  bras  et  les  jambes  et  en  une 
courte  épée.  La  scène  représentée  esl  un  commentaire 
animé  des  textes  de  la  Passion  de  sainte  Perpétue  et  de 
l'historien  Eusèbe  cités  plus  haut,  qui  mentionnent 
bi'sliarii  assaillis  et  tués  par  les  fauves.  Le  registre  >u- 
périeur  nous  montre  un  personnage  ailé  couronnant 
une  femme  ,6  dont  une  large  écharpe  couvre  en  partie 
la  nullité.  Si  notre  interprétation  est  admise,  la  Yii 
ne  saurait  décerner  une  couronne  à  un  bestiaire  qui, 
d'ailleurs,  n'esl  rien  moins  que  vainqueur  pour  l'insl  Mil  ; 


Nuovo  bull.  diarch.crist.,  1892,  p.  15-51, don I  les  înti 
nous  paraissent  inacceptables.  '"  llùii..  p.  3.  —  "Voyei  *  B, 
col.  12.  — '*  Nous  ne  croyons  pas  forcer  l'antiquité  de  ce 
symbole  en  faisant  remonter  les  exemplaires  portant  x  i  li 
deuxième  moitié  du  rtP  siècle.  —  "Aucun  monument  daté  De 
lournit  ce  symbole  avant  l'an  -400,  cf.  De  Rossi,  De  titul.  christ. 

Carthaginiensibue,ésBsSpieil.  Sotestn.,  in-'r,  t'arisiis.isiô.t.  iv, 
p.  527.  —  '*«  Une  grande  partie  de  cette  figure  n'est  Indiquée  (JUS 
par  un  pointillé  très  lin  ;  ce  qui  explique  l'imperfection  de  [tout 

production.  La  tète  est  à  peine  visible  sur  l'original  :  elle  a  du 
grattée  après  coup.  »  G.   Lacour-tiavet.  toc.  Cit.,  p.  8,  note  1.  — 
l»G,  LaCOUT-Gavet,  loc.  cit..  p.  8.  —  '"Ce  point  ne  laisse  pas    ' 

douteux,  mais îetat  iagraflUo  rend  la  certitude  impossible. 


AGI 


AD   BESTIAS 


AD   COMF1. ENDUM 


4G2 


il  ne  peut  non  plus  s'agir  de  couronner  la  pila  si  celle- 
ci  est  une  adultère,  au  contraire,  le  geste  de  la  pila 
nous  parait  être  celui  de  forante,  geste  que  sainte 
Blandine  avait  lors  de  son  exposition  aux  bêtes1  et  qui 
se  retrouve  dans  le  registre  supérieur  clans  le  couron- 
nement de  la  martyre  qu'il  eût  été  malséant  de  repré- 
senter dans  le  ciel  entièrement  nue;  le  dessinateur  ro- 
main a  imité  sur  ce  point  celui  qui  à  Carthage  cou- 
vrait d'une  large  draperie  la  nudité  de  sainte  Perpélne 
qui  avait  été  réelle  dans  l'amphithéâtre.  Voy.   iig.  84. 


92.  —  Grafftto  représentant  une  pila. 
D'après  les  Mélanr/es  d'archéologie  et  d'histoire  de  l'École 
de  Borne,  1881,  pi.  vu,  n.  1. 

Un  trop  grand  nombre  d'épitaphes  nous  représentent 
les  fidèles  morts  dans  le  Christ  dans  celte  attitude 
«  orante  »  pour  que  ce  point  soulève  des  difficultés.  Si 
donc  la  date  que  nous  avons  fixée  approximativement  à 
ces  graffiti  d'après  l'épigraphie  nous  place  à  l'époque 
des  persécutions,  nous  aurions  ici  une  scène  de  martyre 
et  la  technique  vient  renforcer  les  arguments  que 
nous  avons  tirés  de  la  paléographie  et  de  l'archéologie  : 
«  Bien  qu'il  soit  impossible  d'assigner  avec  précision 
une  date  à  notre  graffito,  dit  M.  Lacour-Gayet,  peut-être 
pourrait-on  le  placer  vers  la  fin  des  Antonins;  la  main 
qui  a  tracé  ces  lignes  naïves  savait  évidemment  encore 
dessiner.  Après  le  milieu  du  IIIe  siècle,  on  aura  quelque 
peine  à  retrouver  des  traces  de  ce  talent,  si  mesquin 
qu'il  soit;  l'homme  qui  a  dessiné  cette  Victoire  avait 
certainement  le  sentiment  de  l'art  antique;  il  reprodui- 
sait peut-être  dans  ses  traits  généraux   une  statue  cé- 

1  Eusèbe,  Hist.  eccl.,\.  VIII,  c.  vu,  P.  /..,  t.  xx,  col.  757,  montre 
un  jeune  homme  debout,  nu,  sans  liens,  les  bras  en  croix  dans  l'am- 
phithéâtre. —  "G.  Lacour-Gayet,  toc. cit. .p. 9.  —  3Passio  .S.  Perpé- 
tua;, dans  Ruinart,  Acta  sincera,  in-4°,Parisiis,  1689,  p.  91.  —  *P. 
L.,  t.  LXVI,  col.  444  ;  cl.  col.  448.  —  »  P.  L.,  t.  xxxn,  col.  1449  ;  et. 


lèbre  2.  »  C'est  de  cette  Victoire  ailée  qu'il  nous  reste  à 
dire  quelques  mots.  Nous  ne  croyons  pas  qu'on  puisse  y 
voir  une  figure  angélique,  l'art  des  chrétiens  ne  fournit 
aucun  type  d'ange  à  cette  haute  antiquité,  les  ailes  pa- 
raissenttardivement  dans  l'iconographie,  il  s'agirait  donc 
bien  d'une  Victoire  qui  couronne  la  martyre,  ce  qui  peut 
être  éclairé  par  la  Passion  de  sainte  Perpétue,  qui  reçut 
du  laniste  une  palme  accordée  à  son  triomphe 3.  Les 
premiers  chrétiens  étaient  si  familiers  avec  le  symbo- 
lisme païen  qu'ils  n'étaient  pas  gens  à  s'effaroucher 
d'une  Victoire  couronnant  une  martyre,  eux  qui  adop- 
taient Mercure  Criophore,  Psyché  et  P>os,  Orphée,  la 
colombe  de  Vénus  pour  symboliser  les  types  et  les  pen- 
sées les  plus  chastes  de  l'enseignement  chrétien.  Notre 
graffito  serait  donc  un  ouvrage  de  la  limite  du  IIe  au 
IIIe  siècle  représentant  une  martyre  épargnée  un  instant 
par  le  lauve,  reçue  et  couronnée  ensuite  dans  le  ciel. 

H.  Leclercq. 

AD  COMPLENDUM  ou  ACTION  DE  GRACES. 
—  I.  Fonction.  II.  Oraisons,  chez  les  juifs,  en  Orient,  en 
Occident,  Liturgie  romaine. 

I.  La  fonction.  —  C'est  le  titre  générique  donné  à  la 
dernière  fonction  d'un  office,  une  ou  plusieurs  oraisons 
accompagnées  de  versets  du  diacre  et  du  célébrant. 

Ad  complendum  figure  comme  fifre  de  l'oraison  que 
nous  nommons  post-communion,  ainsi  que  pour  celle 
des  vêpres  et  autres  offices  dans  les  sacramentaires  gré- 
goriens; dans  la  règle  liturgique  monastique  de  saint 
Benoit,  nous  avons  :  canlicum  de  Evangelio,  Ixtania, 
et  complétant  eut  4  ;  dans  celle  attribuée  à  saint  Augus- 
tin, nous  avons  un  terme  plus  précis  :  responsurius, 
leclio,  et  completorium  <>;  un  certain  nombre  de  messes 
gallicanes  donnent  aux  dernières  oraisons  le  nom  de  con- 
summatio  missse6;  enfin  la  dernière  formule  diaconale 
de  la  liturgie  mozarabe  porte  :  Solemnia  compléta  sunt. 

Toutefois,  en  des  documents  plus  anciens,  c'est  le 
terme  A'aclion  de  grâces  qui  prévaut,  aussi  bien  pour 
la  messe  que  pour  les  autres  offices.  Pour  l'Occident, 
saint  Augustin  :  quibus  peractis,  et  pariicipalo  tanto 
Sacramenlo,  gratiarum  actio  cuncla  concluait1.  Pour 
l'Orient,  les  Constitutiones  ap<istoliciBs  et  la  Didaché. 

L'ad  complendum  ou  gratiarum  actio  est  suivie  du 
renvoi  des  fidèles  :  missa,  missse,  dirnissorium. 

Le  schéma  général  en  est  : 

Proclamation  du  diacre; 

Oraison  de  remerciement; 

Oraison  de  bénédiction  sur  le  peuple  incliné,  t'.yr,  -r\^ 
xeçaXoxXtiTfac,  précédée  de  l'invitation  du  diacre  à  s'incli- 
ner, et  accompagnée  d'une  autre  à  bénir  Dieu. 

On  sollicite  d'en  haut,  en  cette  seconde  partie  de  la 
fonction,  la  bénédiction  de  la  droite  de  Dieu  sur  les 
fidèles  inclinés  qui  le  bénissent  ici-bas. 

IL  Oraisons.  —  /.  chez  les  juifs.  —  Comme,  aux  di- 
vers offices,  l'action  de  grâces  a  été  copiée  sur  celle  de 
la  synaxe  eucharistique,  ce  n'est  que  de  cette  dernière 
que  nous  nous  occuperons  ici. 

Nous  sommes  précieusement  documentés  sur  ses  ori- 
gines et  son  développement,  puisqu'elle  forme  un  des 
chapitres  de  la  At8ayrn  qu'on  fait  remonter  au  1"  siècle9. 
Sa  rédaction  nous  reporte  à  l'âge  primitif  où  les  agapes 
se  confondaient  encore  avec  la  liturgie. 

Mais  il  convient  de  remarquer  que  tout  cela  a  dû  être 
emprunté  à  la  liturgie  juive,  qui  en  conserve  encoiv  les 
traits  à  la  fin  des  offices,  et  dans  laquelle  on  remarque 
le  sens  et  jusqu'à  l'expression  de  la  première  et  de  la 
seconde  version  de  la  Didaché,  et  des  post-communions 
ordinaires  des  différentes  liturgies. 

Voici,  en  exemple,  la  traduction  partielle  des  prières 

t.  lxvi,  col.  995.  —  «  P.  L.,  t.  lxxii,  col.  232,  259,  les  messes  domi- 
nicales du  premier  sacramentaire  et  la  messe  quotidienne  de  celui 
de  Bobbio.  — '  Epist.,  cxlix,  P.  L..  t.  xxxm,  col.  637.  —  "  L.  VII 
et  1.  VIH,  c.  xi,  xxxvn,  XXXVIII,  xxnix,  P.  G.,  1. 1,  col.  1110  sq. 
—  »  Doctrina  duodeciw  apostolorum,  éd.  Funk,  Tùbingen,  1887. 


4C3 


AD   COMPLEXDUM 


m 


quotidiennes  de  la  fin  du  Schachrith  dans  le  rit  oriental 
français1.  Apres  les  psaumes  qui  forment  encore  le  fonds 
de  l'office  des  Laudes  dans  tous  les  rits  chrétiens,  et 
l'hymne,  il  y  a  une  première  prière  d'action  de  grâces  : 
a  C'est  toi,  6  Eternel,  qui,  par  ta  miséricorde,  éclaires  la 
terre  et  ses  habitants;  c'est  toi  dont  la  bonté  renouvelle 
chaque  jour  les  merveilles  de  la  création.  Que  tes 
œuvres  sont  immenses,  Seigneur...  la  terre  est  comblée 
de  tes  biens.  Dieu  de  l'univers,  nous  invoquons  ta 
miséricorde...  tu  es  la  source  de  notre  force,  le  bouclier 
de  notre  den-nse,  le  rocher  ae  notre  salut,  le  protecteur 
de  notre  existence.  Sois  loué,  Seigneur,  par  la  gloire  de 
tes  œuvres,  et  glorifié  par  les  lumières  de  la  création.  » 

Oraison  de  bénédiction  : 

«  Seigneur  notre  Dieu,  tu  nous  as  toujours  aimés  avac 
tendresse,  tu  nous  as  montré  ta  pitié,  nous  avons  éprouvé 
ta  paternelle  miséricorde.  0  notre  Père,  notre  Roi,  au 
nom  de  nos  saints  patriarches  qui  t'obéissaient  avec 
tant  de  confiance,  au  nom  de  nos  Pères,  auxquels  tu  as 
enseigné  tes  lois  immortelles,  favorise-nous  et  dirige  nos 
pensées.  0  Père  plein  de  bonté,  fais  germer  dans  nos 
cœurs  le  désir  d'apprendre  et  de  comprendre  l'espritde  ta 
loi,  de  l'enseigner  et  de  la  pratiquer  avec  amour.  Éclaire 
nos  yeux  sur  ta  sainte  doctrine,  attache  nos  cœurs  à  tes 
commandements...  car  tu  es  le  Dieu  de  secours...  Sois 
loué,  Éternel,  qui  as  élu  avec  amour  ton  peuple  Israël.  » 

Puis  la  formule  Schéma  Israël  et  la  réponse  :  «  Béni 
soit  â  jamais  le  nom  de  son  règne  glorieux,  »  ensuite  le 
rappel  de  la  loi  et  les  bénédictions  et  prières  de  renvoi. 
Cf.  également  entre  autres,  p.  685  sq.,  pour  le  carac- 
tère réciproque  de  bénédiction. 

//.  en  ORIENT.  —  Voici  maintenant  le  texte  de  la  Di- 
daché.  auquel  nous  suppléons  les  titres. 

Rubrique  : 

l.(Éd.Funk,p.29.)MsTàSÈ       Après  être  rassasiés,  ren- 

tô  èy.iùï]'7Ûr,vai  o'jtoj;  E-Jyapt-    dez  ainsi  grâces  : 

Tï"|<jaTE- 

Oraison  d'action  de  grâces  générale. 

2.      'E'j/apt<TToO[j.lv     soi,        Nous  te  rendons  grâces, 


Tï<xT£p  ayt£,  v7tsp  to'j  aytou 
ovôjxatôç  <tov,  oj  xaTEaxrj- 
vutoç  êv  xaî;  xapôt'at;  r)(l.ûv, 
y.a't  ir.lp  tîjç  yv(ôo~£<i>;  xa't 
tucteio;  xai    aûavaata;,    r,; 


Père  saint,  à  cause  de  ton 
saint  nom  que  tu  as  fait 
habiter  en  nos  cœurs,  il  à 
cause  de  la  science  et  de  la 
foi  et  de  l'immortalité,  qui 


ÈYvcjpicaçrjjjùv  otà  T»jo-oûtov  tu  nous  as  fait  connaître  par 
itatîo;  cou,  ero't  r\  ôôlja  eïç  ton  (ils  Jésus;  à  toi  gloire 
toù:  alûvocç.  dans  les  siècles. 


es  pour  la  communion. 

Toi,  Seigneur  tout-puis- 
sant, tuas  créé  toutes  choses 
à  cause  de  ton  nom  ;  tu  ;r» 
donné  aux  hommes  pour 
leur  usage  la  nourriture  el 
le  breuvage,  afin  qu'ils  te 
rendent  grâces;  lu  non-  as 
dispensé  la  nourriture  spi- 
rituelle avec  le  breuvage 
et  la  vie  éternelle  :  par  ton 
lils  non--  te  rendons  grâces 
pour  toutes  ces  choses,  car 
lu  es  puissant,  à  toi  la 
gloire  dans  les  siècles. 

Oraison  de  bénédiction  sur  le  peuple. 

5.  Mv/jdOrïri,  xùptE,  rr,;  Souviens-toi,  Seigneur, 
ÈxxX/)(Jta{  cro'j  toù  p -Jo-ao-Oat    de  ton  église,  pour  la  déli- 

*  Prières  d'un  cœur  Israélite,  livre  (fofflees...  publié  par  la 
Société  consistoriale  des  bons  livres,  5'  édit.,  p.  84-35,  Paris,  Kauf- 
mann,  s.  d.  ;  la  première  édition  est  de  1S'iK.  —  -  A  In  place  de 


Oraison  d'action  de  grâ< 

3-1.  E\J  6crx7TOTa  navTO- 
xpàrop,  È'y.TtTa;  Ta  TtâvTa 
é'vexev  toû  àvôu-axô;  o-ccj, 
Tpofc'v  te  y.a't  TioTÔv  k'Stoxa; 
to:;  avôpo'moi;  Et;  àicôlavffiv 
t'va  coi  E'jyapio-T-^craxjiv,  ï)u.ïv 
ci  è/apiato  7rv£\;u.aTixïiv  Tpo- 
çïiv  xai  ttotÔv  xa'i  Çoiyjv  àto>- 
vtov  5tà  toù  7iat8ô;  o"o'j  itpô 
nâvcbiy  s-J/_apccrToC[xÉv  <rot, 
ôti  ô'jvaTÔ;  eI,  co't  rj  ô<5?a  s!; 
tou;  a'uovaç. 


vrer  de  tout  mil,  et  la 
rendre  parfaite  dans  ton 
amour,  et  rassemble-la 
des  quatre  vents,  après 
l'avoir  sanctifiée,  dans  ton 
royaume,  que  tu  lui  as  pré- 
paré ;  car  à  toi  est  la  puis- 
sance et  la  gloire  dans  les 
siècles. 

Formules  de  bénédiction  des  fidèles  ayant  disparu  avec 
les  charismes  ;  elles  paraissent  avoir  été  diaconales, 
avec  réponse  des  assistants. 

•  6.  'E).6ÉTwy_ip;;xa'n;aps/.-        Que    la    grâce  vienne    et 


a-jTY|V  ixtzo  xcavTo;  Ttovyjpou, 
xa\  ■zz\î.iû>aa.i  aÙTï)v  èv  r?) 
afâ.~/\  to'j,  y.a't  o-uva^ov  auT^v 
aTtb  tojv  TSO"<râpa>v  àvép-to'/, 
Trjv  âytao-ÔEtcav,  s't;  tï)v  a^v 
Paat),e!av,YÎv  vj-oep-ao-a;  a-JT/j. 
ÔTt  croù"  èffTtv  y)  S-Jvap.t;  xa:  rj 
56li  eîç  toù;  a'twva;. 


6éto)  6  xotulo;  o'jto;*  'Qcavvà 
Toi  ùt<î>  Aaot'8. 

Et  te;  âytô;  èartv  Èpy_£o-9<j>, 
£i  Tt;  o'jx  Ëorc,  p.ïTavoctTO)- 
Mapâv  à6à  àu.r,v. 


que  ce  monde  s'éloigne 
Hosanna  au  fils  de  David. 
Si  quelqu'un  est  saint 
qu'il  s'approche,  sinon, 
qu'il  fasse  pénitence:  Marau- 
atha.  Amen. 


Rubrique  : 

Tôt;  Se  7rpo?T)Tai;  È-tTOÉ-  Laissez  les  prophètes 
tcste  eÙYtxpcareïv,  ô'o-a  BÉXou-  rendre  grâces  autant  qu'ils 
dtv.  voudront. 

Dans  le  livre  VII  des  Constitutions  apostoliques,  qui 
est  une  version  moins  ancienne  de  la  AtSayr,,  la  sépara- 
tion des  agapes  de  la  cène  eucharistique  a  fait  modifier 
les  termes  de  l'action  de  grâces2  :  la  communion  sacra- 
mentelle est  plus  nettement  spécifiée.  Les  lormules  se 
suivent  toutes  sans  être  interrompues  par  les  doxologie-. 
toutefois  avant  \vrr\efi-qtv  (souviens-toi)  on  rencontre  de 
nouveau  un  long  rappel  de  ce  que  Jésus  a  fait  pour  nous. 

û    0eô;   Ttôv    âytwv    xa\       Dieu  de  nos  pères  saints 


Td)V     aytwv 
ap.£U.7TT(ji>V       TTaTÉpCriV       r,jj.<iiv, 

'Aêpaàp.  xa't  T<77.àxxa\  Ta- 

y.tôô,  T(i)V  TCIOT&V  BoÛXtûV  0~0U, 

6  Swvarb;  0eo:,  ô  tcittô;  xa't 
à'/.r|9tvô;  y.a't  à'1/îoor,;  àv  Ta:: 
È~ayy£>  ''a'.;-  6  ■nzon-îi'/.'x; 
irci  yf,;  'Injffoîiv  tov  Xpto"TÔv 
«70V  avOpwTcot;.  ^'j/avaTTpa- 
çr,vat  tb;  Sv6pwnov,  0îôv 
ovta    ).ôyov    xa't    avOpwrcov, 


et  sans  taute,  Abraham, 
Isaac  et  Jacob,  tes  fidèles 
serviteurs;  Dieu  puissant, 
fidèle,  véridique  et  non 
trompeur  en  tes  promes- 
ses; qui  as  envoyé  sur  terre 
aux  hommes  Jésus-Christ 
pour  qu'il  y  conversai  en 
homme,  tout  en  étanl  Verbe 
de  Dieu  et  homme,  et  arra- 
y.a't  r»jv  icXàvi]v  -aôppt^ov  chat  radicalement  l'erreur; 
àveXsîv  a-JTÔ;  xa't  vOv  ôt'  toi  donc  maintenant,  par 
aÙTo-J  p.vr,o-6»)Tt,  x.  t.  ).  lui  souviens-toi,  etc. 

La  dernière  rubrique  est  modifiée  :  ce  ne  sont  plus 
les  prophètes,  mais  les  prêtres  qui  rendent  grâces 

Dans  la  liturgie  du  1.  VIII,  l'ordonnance  de  l;i  fonc- 
tion est  complète  et  régulière;  la  proclamation  du  diacre 
lorme  un  petit  discours  analogue  à  ceux  donnés  a  cet 
endroit  par  les  liturgies  gallicanes. 

MsTa).aëdvT£;    toO    T'.ixto-J         Ayant     reçu    le    précieux 


Ttop.aTor,  xat  xou  Ttp.to-J 
atpaTo;  toô  Xpicrcoû,  £'jy.a- 
pio"Tr,o"u)p.Ev  :m  xataÇtùxiavTi 

r,|iâ;  p£TaÀao=:v  Tf.iv  iyùov 
a-JToO  |AUOTT)pitov,  y.a;.  rcapa- 
KaX£<rco|tev  u.t,  e!;  xpï[xa, 
à).).'  Et;  TWTriptav  r,u.tv 
••svsiTÛat,  e!;  tdféXstav  i/-j- 
•fifi  xa't  riioaaTo;.  il;  ç-jÀa- 
xf,v  E'jTEScta;.  s:;  à'^ETiv 
ipapTtiov,  Et;  ^d)r,v  to'j  \ii'i- 
Xovto;  a'tùvo;. 


Corps   el    le    précieux    -  ing 

du  Christ,  rendons  gr  ices 

à  celui  cpii  a  daigné  nous 
rendre  participants  de  ses 
saints  mystères,  et  deman- 
dons-lui qu'ils  ne  nous 
soienl  pas  [imputés]  à  crime, 
mais  ,i  salut,  pour  la  santé 
de  l'âme  e1  <lu  corps,  pour 
la  conservation  de  la  pi  ' 
pour  la  rémission  îles  pè- 
ches, pour  la  vie  du  siècle 
à  venir. 


tjoor.i  -s  «»;(tu  as  donné  aux  hommes),  etc..  on  a  »«>  vd;»ov,  et  tu 
as  planté  ta  loi  en  nés  âmes,  el  tu  as  disposé  ti  ul  cela  peur  les 
iiei)iiiie~.  pour  la  Buntptio.       '  P.  (■'..  t-  i.  eoL  1 1 10. 


4G5 


AD   COMPLENDUM 


4^ 


Cette  invitation  est  suivie,  ainsi  que  dans  les  autres 
liturgies  d'Orient  qui  en  ont  de  semblables,  des  petites 
lormules  qui  terminent  d'ordinaire  les  eîpvjviy.a  dits  par 
le  diacre. 

Nous  suivons  le  texte  de  Funk,  op.  cit.  C'est  évidem- 
ment une  pensée  analogue  à  celles  des  oraisons  primi- 
tives qui  a  inspiré  l'antique  chant  dont  la  liturgie  mila- 
naise a  fait  une  antienne  de  communion  d'un  dimanche 
après  l'Epiphanie,  et  qu'on  chante  depuis  quelques 
années  en  plusieurs  églises  pour  la  bénédiction  du  saint 
sacrement. 

Te    laudamus,    Domine        Nous  te  louons,  Seigneur 

omnipotens,  qui  sedes  su-  tout-puissant,    qui     sièges 

per  cherubim  et  seraphim ,  sur    les    chérubins    et    les 

qucni   benedicunt    angeli,  séraphins,    que    bénissent 

archangeli,etlaudantpro-  les    anges,  les    archanges, 

phelse  et  apostoli.  Te  lau-  et  que  louent  les  prophètes 

damus,    Domine,   orando,  et    les    apôtres.    Nous    te 

qui  venisti  peccata  solven-  louons,  Seigneur,  en  priant, 

do,    te    deprecamur    ma-  toi  qui  en  venant  nous  as 

gnum  redemptorem,  quem  délivrés  du  péché.  Nous  te 

pater   misit  ovium   pastu-  prions,  grand  Rédempteur, 

rem;  tu  es  Chrislus  Dorni-  que  le  Père  a  envoyé  comme 

nus  Salvator,  qui  de  Maria  pasteur  des  brebis;   tu  es 

Virgine  es  natus  ;  hune  sa-  le  Christ  Seigneur  Sauveur, 

crosanctum     calicem     su-  né  de  la  vierge  Marie;  nous 

mentes,  ab  omni  cutpa  li-  qui  prenons  ce  très  saint 

bera  nos  semper.  (Ct.   Le  calice ,     délivre-nous     tou- 

Te  Deum.)  jours  de  toute  faute. 

Pour  revenir  à  l'Orient,  le  pontifical  de  Sérapion 
manque  (nous  le  dirons  à  propos  de  Vad  pacem)  des 
proclamations  diaconales,  mais  les  deux  oraisons  essen- 
tielles s'y  trouvent,  n.  4  et  6,  séparées  par  la  bénédiction 
de  l'huile  et  de  l'eau. 

Voici  deux  oraisons  d'action  de  grâces  extrêmement 
inleressantes  :  la  première,  dont  on  retrouve  le  sens  et 
les  termes  dans  la  liturgie  de  Jérusalem  (dite  de  saint 
Jacques),  figure  dansla  liturgie  syriaque  attribuée  à  saint 
Jules,  pape  de  Rome  (!)  :  Grattai  agimus  tibi,  Domine 
Deus  nos  ter.,  .ut  hœc  communia  sacramcnlalis  prosit 
nobis  ad  propitiationem ,  ad  obscrvalionem  mandata-  ' 
rum  tuorum  sanclorum,  et  ad  tutamen  deliclorum  '  ; 
—  l'autre  est  celle  de  la  liturgie  solennelle  des  nesto- 
riens  :  Corpus  tuum',  Domine,  virum  quod  comedimus, 
cl  sanguis  luus  pur  us  quem  bibimus,  ne  sit  nobis  Do- 
mine, in  nocumentum  aut  infirmitatem,  sed  ad  expia- 
tionem  delictorum  et  remissionem  peccaloruoi2. 

Les  liturgies  actuelles  ont  plus  ou  moins  les  mêmes 
traits. 

m.  EN  occident.  —  Dans  les  Gaules,  comme  en 
Orient,  l'action  de  grâces  est  précédée  d'une  formule 
invitatoire,  prsefatio  post  Eucharistiam  :  Cseli  cibo  sagi- 
nati,  et  poculo  seterni  calieis  recreati,  fralres  carissimi, 
Domino  Deo  nostro  laudes  et  gralias  indesinenter  aga- 
mus,  pelentes  ut  qui  sacrum  coi-pus  Domini  nostri 
Jesu  Chris  li  spiritaliter  suuipsimus,  exuti  a  carnalibus 
vitiis,  spirilales  effici  mereamur3.  Suit  l'oraison. 

Dans  l'Espagne  mozarabe  (ainsi  qu'en  Italie),  la  prœ- 
fatio  n'apparaît  pas,  mais  l'oraison  s'y  trouve  :  Corpus 
Domini  Jesu  Chrisli  quod  suscepimus,  et  sanguis  ejus 
quem  polavimus  adlisereat  visceribus  noslris,  œterne 
omnipotens  Deus,  ut  non  veniat  nobis  ad  judicium, 
nec  ad  condemnalionem  :  sed  proficiat  ad  salutem  et 
ad  remedium  animarum  noslrarum  in  vitam  seter- 
nam'>.  Or,  cette  oraison  est  la  même  que  celle  de  la  li- 
turgie nestorienne  donnée  plus  haut,  sauf  Vadheereat 
visceribus  nostris,  qui  forme  précisément  la  caractéris- 

1  Renaudot,  Liturg.  orient,  coll.,  in-4°,  Francofurti,  1847,  t.  n, 
p.  233.  Cl.  Swainson,  The  greek  liturgies,  1884,  in-4%  Cam- 
bridge, p.  68,  86.  —  =  Ibid.',  p.  634.  —  »1«  sacr.  Noël,  P.  L., 
t.  lxxii,  col.  229  -   *P.  t.,  t.  lxxxv,  col.  5G7  b.  —  5Cf.  1"  sacr., 


tique  d'une  prière  gallicane  qui  a  pénétré  dans  la  litur- 
gie romaine,  quotidienne  et  actuelle3. 

Pour  la  liturgie  romaine  quotidienne  ancienne,  qui 
s'est  éparpillée  en  diverses  messes,  elle  nous  est  donnée 
par  les  sacramentaires  gallicans  et  celtiques  avec  les 
deux  oraisons  suivantes  d'actions  de  grâces  6  : 

Quos  cselesti,  Domine,  dono  satiasli  :  prsesta  qusesu- 
mus;  ut  a  nostris  mundemur  occultis;  et  ab  hostium 
liberemur  insidiis. 

Gratias  tibi  agimus,  Domine  sancle  Pater,  omnipo- 
tens œterne  Deus,  qui  nos  corporis  et  sanguinis  Chrisli 
Filii  tui  communione  saliasti,  tuamque  misericordiam 
humiliter  postulamus  :  ut  hoc  tuum,  Domine,  sacra- 
mentum,  non  sit  nobis  reatus  ad  pœnam,  sed  fiât  in- 
lercessio  salutaris  ad  veniam;  sit  ablulio  scelerum,  sit 
forlitudo  fragilium,  sit  contra  omni  a  mundi  pericula 
firmamentîtm  ;  hœc  nos  communio,  Domine,  purget  a 
crimine,  et  cœlestis  gaudii  tribuat  esse  participes. 

Or,  cette  seconde  oraison,  donnée  par  certains  ma- 
nuscrits comme  étant  de  saint  Augustin,  et  par  les  litur- 
gies susvisées  comme  romaine,  a  le  même  début  et  en 
partie  les  mêmes  termes  que  celle  de  la  liturgie  jacobite 
de  saint  Jules  de  Rome,  et  en  partie  dérive  évidemment 
du  MôTaÀaêdvTE;  des  Consl.  apost.  ou  d'une  source  ana- 
logue. 

Elle  est  restée  longtemps  en  usage  et  figure  encore  au 
Missel  romain  parmi  les  prières  ad  libitum,  mais  mo- 
difiée, sous  le  nom  de  saint  Thomas  d'Aquin  '. 

La  première  oraison  d'action  de  grâces  est  appelée, 
dans  les  sacramentaires  romains  gélasiens,  post  com- 
munionem,  dans  les  grégoriens  et  le  supplément  d'AI- 
cuin,  ad  complendum ;  la  seconde,  dans  les  gélasiens, 
Benedictio  super  populum  (1.  III,  à  la  fin),  dans  les 
autres,  super  ou  ad  populum,  mais  elle  ne  figure  pas 
à  toutes  les  messes;  dans  ce  cas,  on  devait  puiser  parmi 
les  communes.  Il  en  devait  être  de  même  pour  la  plu- 
part des  messes  gallicanes,  et  sans  doute  aussi  pour 
les  mozarabes,  dont  le  recueil  ne  donne  aucune  oraison 
de  ce  genre,  sans  doute  parce  que  l'on  puisait  dans 
une  messe  cotidiana,  maintenant  disparue.  Voy.  SuPEa 
populum  (oraison). 

Comme  nous  le  faisons  remarquer  pour  l'oraison 
ad  pacem,  les  messes  gallicanes,  pour  les  mêmes  orai- 
sons, ont  emprunté  souvent  la  clôture  de  la  liturgie 
aux  messes  romaines  et  milanaises,  mais,  ayant  con- 
servé la  position  des  deux  oraisons  sans  s'occuper  de 
leur  sens,  la  post  communionem  y  joue  alors  le  rôle 
de  la  prsefatio,  et  le  super  populum  celui  de  l'item  coU 
lectio  ou  véritable  post-communion. 

Les  messes  gallicanes  ayant  une  prsefatio  post  eu- 
charistiam sont  :  1er  sacram.,  vigile  et  jour  de  Noël, 
Circoncision,  Epiphanie,  les  messes  dominicales,  sauf 
la  4e;  2e  sacram.,  S.  Germain,  tradition  du  symbole, 
jeudi  saint;  toutes  les  messes  du  fragment  de  Mone. 

Les  autres  messes  ou  n'ont  rien,  ou  ont  une  tormule 
romaine.  On  a  pu  remarquer  que  le  Gratias  agimus 
de  la  liturgie  quotidienne  n'a  pas  le  sens  bénédictional 
d'imposition  des  mains;  cela  tient  précisément  à  ce  que 
ce  n'était  pas  la  liturgie  publique  solennelle.  Voici,  pour 
celle-ci,  la  première  oraison  super  populum  de  la  série 
commune  du  sacramentaire  gélasien  de  Thomasi,  où  se 
trouve  admirablement  marqué  le  caractère  de  récipro- 
cité des  bénédictions  :  Domine  sancte  Pater,  omnipo- 
tens œterne  Deus,  de  abundantia  misericordiœ  tuse 
famulos  et  famulas  tuas  prœsta  locupleles,  prsesta  se- 
curos,  ut  confirmali  benedictionibus  tuis,  abundent  in 
omni  gratiarum  actione,  teque  perpétua  exultatione 
benedicant. 


4-  miss,  domin.,  P.  L.,  t.  lxxii,  col.  315,  ct  Missale  romanum, 
canon  missœ,  aux  ablutions.  —  °  V.  Paléographie  musicale, 
t.  v,  toc.  cit.  —  'Cf.  dom  Mailéne,  De  antiq.  Ecclesix  ritibus 
t.  I,  p.  629,  638. 


4G7 


AD  COMPLENDUM 


AD  METALLA 


4G8 


Après  l'oraison  sur  le  peuple  incliné,  le  diacre  dit  à 
Rome,  Benedicamus  Domino,  i?  Deo  gratins  :  en  Orient, 
on  chante  le  verset  Sit  nomen  Domini,  etc. 

Enfin,  la  fonction  de  l'action  de  grâces  se  complète 
par  une  antienne  après  la  communion  ',  la  plus  usitée 
est  le  verset  psalmique  :  Bepletum  est  gaudio  os  no- 
strum,  etc.  (mozarabe  en  carême,  alexandrine,  etc.). 

Dans  la  liturgie  romaine  actuelle,  la  proclamation  du 
diacre  a  disparu,  mais  les  deux  oraisons,  VHumiliate 
capita,  le  Benedicamus,  sont  restés  aux  messes  fériales 
de  carême.  Enfin,  le  Sit  nomen  Domini  est  dit  par 
l'évêque,  mais  après  le  dimissorium. 

A.  Gastoué. 

AD  METALLA.  La  condamnation  ad  metalla,  c'est- 
à-dire  le  travail  dans  les  mines,  tut  une  des  plus  ter- 
ribles parmi  celles  que  l'on  appliqua  à  la  répression 
du  crime  de  christianisme;  Callistrate  la  qualifie  de 
proxima  morti,  à  peine  moins  cruelle  que  la  mort-.  Les 
condamnés  de  droit  public  et  les  esclaves  fournissaient 
le  personnel  employé  aux  travaux,  mais  l'arbitraire  des 
empereurs  y  condamna  quelquefois  des  personnages 
illustres  3.  Plusieurs  témoignages  contemporains  nous 
apprennent  que  les  confesseurs  de  la  foi  y  furent  en- 
voyés à  différentes  reprises  pendant  l'époque  des  persé- 
cutions et  même  plus  tard. 

Si  l'on  se  reporte  à  une  pièce  qui  contient  quelques 
traits  dignes  d'attention,  le  Martyrium  Clemenlis,  on  y 
lit  que  vers  le  commencement  du  IIe  siècle  l'évêque  de 
Rome,  Clément,  fut  déporté  au  delà  du  Pont-Luxin. 
dans  une  ville  de  Chersonèse  *.  A  son  arrivée,  il  y  ren- 
contra deux  mille  chrétiens  condamnés  depuis  longtemps 
à  l'extraction  du  marbre.  Il  est  imprudent,  en  l'absence 
de  toute  indication  positive,  de  fixer  une  date.  Cependant, 
le  répit  accordé  aux  chrétiens  par  Nerva  ne  permettant 
pas  de  placer  sous  son  règne  ces  condamnations  ad  mé- 
tallo, il  n'y  a  d'autre  moyen  que  de  les  faire  remonter  à 
la  persécution  de  Domitien.  Sans  doute  Nerva.  affirme 
Dion,  rappela  tous  les  exilés  du  règne  précédent,  mais 
les  forçats  n'y  furent  sans  doute  pas  compris,  peut-être 
parce  que  leur  labeur  profilait  à  l'État  •.  Quoi  qu'il  en 
soit,  la  duréede  leur  condamnation  était  celle  prévue  par 
la  loi,  sauf  modification  apportée  par  le  juge;  elle 
était  de  dix  années6.  Le  premier  texte  historique  que 
nous  possédions  sur  ce  sujet  est  la  lettre  dans  laquelle 
l'évêque  de  Corinthe,  Denys,  remercie  le  pape  Soter  et 
l'Église  romaine  de  leurs  aumônes  pour  les  frères  con- 
damnés aux  mines,  àos).çof;  -jTiâçyjrjavi  èv  u.sTi).).oi;  7. 
Ce  lait,  rapproché  de  celui  du  règne  de  Commode  qui 
sera  mentionné  plus  loin,  montre  que  la  condamnation 
aux  mines  fut  employée  sous  Marc-Aurèle.  La  condam- 
nation aux  mines  était  prononcée,  à  Rome,  par  le  prx- 
(ectus  Urbis*,  dans  les  provinces,  par  le  proconsul,  ce 

1  II  ne  faut  pas  la  confondre  avec  l'antienne  de  communion  que 
les  rubriques  prescrivent  pendant  la  communion  dos  Qdèli 
■J  Callisti 'atus,  De  cognitionibus  lib.  VI.  dans  Digcst.  Justin., 
XLYUI,  xix,  38;  G.  Arnold,  Historia  christianorum  ad  metalla 
damnatorum,  dans  Historia  sapientiss  ri  etultitim  collecta  << 
Clir.  Thomasio,  in-12,  Halae  Magdeburgicas,  s.  d.,  t.  m,  p.  1 18-179; 
nous  citerons  la  dissertation  d'après  ce  recueil.  —  a  Suétone,  Cali- 
gula,  XX  VII  ; Pline, Epist.,  x,  66-68; Paul, Sententisr,  1.  V.til.  \i\, 
Dr  sacrilegis.  —  'Maptùpiov  toî  ifiou  ffiulj|uvnc  T.àr.a  'Pu|U)(,  dans 

Cotelier,  S.  Barnabss  et  aliorum  pp,  apost.  scripta,  In-fol  , 
1672,  p.  828-836.  En  ce  qui  concerne  la  condamnation  ad  metalla 
de  saint  Jean  à  Patmos,  cf.  G.  Arnold,  loc.  cit.,  p.  115.  —  »Cf,  P. 
Allard,  Hist.  des  perséc,  in-8-,  Paris,  1885-1890,  t.  i,  p.  100  sq. 
Cf.  infra  la  distinction  de  la  liturgie  de  Milan  entre  :  in  metallis 
et  in '  c.riliis  constitutif.  —  "Modestin.  ait  DigeSt.,   XXVIII,  M\. 

23.  —  'Eusèbe,  llist.  ceci .  IV.  xxm,  1'.  G.,  t.  xx.  col.  388 
'Digeste,  xi.viii,  xix,  s.  n.  5.  Cf.  Ulpien,  l-  VI,  n.  «  :  De  officia 
prsesidis;  Digest.,  1.  1,  lit.  xvm.  •  Cypr.,  Epist.,  lxxvii, 
/'.  J..,  t.  iv,  col.  427  sq.—  ">  H>i,)..  Epist.,  i.xxvn.  —  "  loid., 
Epist.,  lxxviii,  /'.  /,.,  t.  iv,  col.  434;  i.xxix,  /'.  /...  t.  iv,  col. 
435;  i.xxx.  /'./,..  t.  iv,  col.  436  '«Eusèbe,  De  mort.  Pahsst., 
vu,  vin,  /'.  <.'..  t.  xx.  col.  l'tsi  sq.  --  '* Philosophumena,  tx. 
2,  P.  tî.t  t.  xvi,  col.  3382.  —  "TertuUien,  Apotoo.,  xu,  /'.   /... 


qui  arriva  en  Afrique  sous  Valérien.  Les  condamnations 
qui  eurent  lieu  alors  (257)  envoyèrent  aux  mines 
d'Afrique  des  groupes  de  chrétiens  avec  lesquels  l'évêque 
de  Carthage,  exilé  lui-même  à  Curube,  se  mit  aussitôt 
en  relations  épistolaires,  adressant  à  ses  anciens  fidèles, 
par  des  intermédiaires  sûrs,  des  encouragements  et  des 
secours9.  Une  lettre  qu'il  leur  adressa  porte  la  suscrip- 
tion  suivante  :  «  A  Nemesianus,  Félix,  Lueius,  un  autre 
Félix,  Litteus,  Polianus,  Victor,  Jader,  Dativus,  mes 
collègues  dans  l'épiscopat,  et  aussi  à  mes  collègues  dans 
la  prêtrise,  et  aux  diacres,  et  à  tous  les  autres  fidèles 
qui,  dans  les  mines,  rendent  témoignage  à  Dieu  le  Père 
tout-puissant  et  à  Jésus-Christ,  notre  Seigneur,  notre 
Dieu,  notre  protecteur10.  »  Nous  avons  encore  trois  ré- 
ponses qui  lui  lurent  faites  par  ces  pauvres  gens.  Ce 
sont  des  pièces  remplies  de  dignité  et  tout  à  fait  simples 
et  modérées  de  ton  ".  Sous  le  règne  de  Maxence  nous 
voyons  parmi  les  martyrs  dont  Eusèbe  avait  recueilli  les 
actes12,  d'autres  chrétiens  condamnés  aux  mines.  Sous 
Commode,  travaillaient  dans  les  mines  de  Sardaigne  des 
chrétiens  dont  la  concubine  de  l'empereur  se  fit  accor- 
der la  grâce  u;  parmi  eux  se  trouvait  peut-être  le  pape 
Pontien,  dont  on  rapporta  les  restes,  et  le  futur  pape 
Calliste. 

Ces  quelques  textes,  auxquels  on  pourrait  en  ajouter 
plusieurs  autres  u,  montrent  que  la  condamnation  aux 
mines  fut  appliquée  presque  sans  relâche  aux  chrétiens. 

Il  existe  encore  aujourd'hui  un  grand  nombre  d>-  re- 
liques  de  ces  «  martyrs  »  ' ■' ;  ce  sont  les  matériaux  ex- 
traits par  eux  des  gisements  minéraux  de  la  Grèce,  de 
la  Sardaigne,  de  l'Afrique  et  de  l'Asie  et  qui  vinrent 
s'entasser  dans  les  emporta  de  Rome  et  des  grandes 
\  illes  de  l'empire  ";. 

Dans  le  droit  criminel  romain  la  condamnation  ad 
metalla  s'entendait  de  toute  espèce  de  mine,  pierre, 
minerai  métallique  ou  autres;  la  seule  différence  qui 
existait  entre  la  condamnation  in  metallum  et  m  opus 
metalli  se  trouvait  dans  le  poids  des  chaînes,  plus  lourd 
dans  le  premier  cas  '",  celui  par  exemple  des  chrétiens 
d'Afrique  sons  Valérien,  Avant  d'être  descendus  dans  la 
mine,  les  condamnés  étaient  passibles  d'autres  peines. 
Kn  257,  en  Afrique,  on  les  battit  de  verges18  et  on  les 
marqua  au  front  l:i,  on  leur  riva  aux  pieds  des  entraves'-0 
qui  probablement,  comme  pour  les  esclaves  des 
chiourmes  les  plus  sévères,  étaient  Jointes  par  une  courte 
chaîne  remontant  entourer  les  reins  du  condamné  -1 
et  tendant  tonte  évasion  impossible.  En  '.M*! .  en  Pales- 
tine, on  raffina  encore.  Silvain,  prêtre  de  Gaza,  el 
compagnons  ne  partirent  pour  les  mines  qu'après  avoir 

eu    les    nerfs    d'un    des    jarrets   brûlés    au    fer   rou_ 
d'autres  subirent  une  mutilation  outrageante1*.  L'anaée 
suivante,  le  proconsul  Firmilien  de  Césarée  vit  arriver 

t.  i,  col.  396;  Victor  de  Vite,  Hist.  persec.  Vandal.,  1.  V,  c.  xix, 
/'.  /...  t.  i.xvnt,  col.  257;  Eusèbe,  De  r,i<i  Constantin*,  n,  32, 
/'.  <-'.,  t.  xx.  col.  1009.  ,5Cypr.,  Epist.,  i.xxvu  :...  in  métallo 
constitutis,  martyribus  Dei  Patris...,  P.  /...  t.  or,  col.  427.  — 
'•  P.  K.  Visconti,  Quinquennio  lapidario  deW  escavazioni 
ostiensi.  Si  aggiungono  le  iscrizioni  délia  rocca  tFOstia 
—  "  Ulpien,  au  Digest.,  xi.viii.  xt\.  s.  a.  ff.  '«Cypr  ,  Epist., 
i.xxvn,  P.  /..,  t.  i\ ,  col.  Vis  Cf.  Piaule,  Captivi,  sets  m. 

haie  ibis  porra  in  latomiot  lapidariOS,  Ihi  'f  S  otii 

lapidem  effodiant,  Nisi  quotidiantis  sesgui  opus  confeceris, 
SexçentO  plago  nometl  unlrlni-  tibi.  Les  Ariens  et  les  Vandales 
tirent  de  même  plus  tard,  cf.  Ci.  Arnold,  loc.  cit.,  p.  144.  —  "  PoB- 
tius,  Vira  Cypriani,  1.  P.  /...  t.  m,  col.  1547.  —  "Cypr..  Epist., 
i  xwu,  P.  I...  t.  t\ .  col.  128.        -"'  Plai  !: 

Injicite  imii-  maniais  mastigue ;  Ub\  ponderosas  crasses  ca- 
ptai compedes  Inde  ibis  porro  in  latomias  lapidarias ;  emra- 
bitur  :  fiam  noetu  nervo  vinctus  custodibitur,  fntorcUv  sui> 
terra  lapides  exintet...  Même  traitement  pour  les  chrétiens,  cf. 
G.  Arnold,  loc.  cit.,  p.  lit  sq.  ** Eusèbe,  De  mort.  PO 
\u.  /'.  (.'..  t.  XX,  Col,  1484,  On  .Minait  parmi  ces  mutilés  Paul 
di  Néo-Césarée,  Papbnuce  qui  siégi  a  à  Nicée,  Silvanus  et  quel 
autres.  Cf.  G.  Arnold,  toc.  cit.,  p.  147  ^.  —  nlbid.,  vu,  1'  6., 
t.  xx.  col.  1484. 


4C0 


AD    METALLA 


470 


un  convoi,  «  la  catène,  »  envoyé  dos  mines  de  porphyre 
de  la  Thébaïde  aux  mines  de  cuivre  de  la  Palestine. 
A  leur  passage  à  Césarée,Firmilien  lit  brûleries  jointures 
du  pied  gauche,  et,  pour  se  conformer,  dit-il,  à  un  ordre 
de  l'empereur,  il  fit  crever  à  tous  l'œil  droit  avec  un  poi- 
gnard, puis  on  cautérisa  au  1er  rouge  les  orbites  vidées. 
Le  convoi  continua  alors  sa  route  vers  sa  nouvelle  des- 
tination. Ils  étaient  quatre-vingt-dix-sept  hommes  avec 
leurs  femmes  et  leurs  enfants1.  Des  fidèles  de  Césarée 
subirent  le  même  traitement  2.  En  Egypte,  on  tortura  les 
prisonniers  dans  l'intérieur  des  mines,  ensuite  on  les  ra- 
mena au  jour  et  on  les  envoya  en  cet  état  renforcer  les 
mineurs  de  Palestine  et  ceux  de  Cilicie3. 

Dans  certains  puits  de  mine  le  supplice  parait  s'être 
peu  prolongé,  la  mort  survenait  au  bout  de  quelques 
jours.  Les  mines  de  la  Palestine  semblent  avoir  été 
les  plus  effrayantes  de  toutes.  Nous  savons  qu'il  existait 
des  mines  en  Chersonèse,  en  Cilicie,  en  Palestine,  dans 
la  Thébaïde,  en  Egypte,  en  Afrique,  en  Sardaigne,  où 
furent  descendus  des  chrétiens.  Il  est  tout  à  fait  pro- 
bable que  les  mines  d'Espagne  reeurent  des  contingents 
de  «  frères  ».  Dans  les  mines  on  trouvait  tantôt  le 
marbre,  comme  en  Chersonèse,  tantôt  le  cuivre,  comme 
à  Pha-nos,  ou  l'or  et  l'argent,  comme  à  Sigus,  ou 
le  plomb  à  l'état  de  galène  argentifère,  comme  à  Li- 
narès. 

Parfois  des  groupes  nombreux  de  fidèles  s'y  trouvaient 
réunis.  Le  Martyrivm  Clemenlis  parle  de  deux  mille  per- 
sonnes, à  Sigus  nous  voyons  trois  groupes4,  qui  peut-être 
travaillent  dans  des  puits  peu  éloignés  les  uns  des  autres. 
Il  serait  possible  que  ce  lut  pour  prévenir  des  révoltes 
qu'on  multipliait  les  précautions  et  les  traitements  bar- 
bares. Il  est  probable  qu'à  chaque  persécution  les  vic- 
times étaient  d'abord  odieusement  maltraitées,  mais 
qu'on  se  relâchait  un  peu  avec  le  temps  de  ces  sévérités. 
La  correspondance  de  saint  Cyprien  ne  nous  renseigne 
que  sur  les  premiers  temps  de  ces  incarcérations,  et  les 
détails  sont  répugnants  à  entendre.  On  avait  entassé  les 
sexes  et  confondu  l'âge  et  le  rang,  en  sorte  que  les 
évèques,  les  vieillards,  les  prêtres  se  trouvaient  pêle- 
mêle  avec  des  jeunes  filles,  des  entants  a  dans  une  obs- 
curité moite  que  ne  dissipait  pas  la  fumée  des  torches  °. 
Les  confesseurs  recevaient  une  portion  de  pain  insuffi- 
sante 7,  point  de  vêtements  8  ;  pour  dormir,  ils  s'étendaient 
sur  le  sol9;  pas  de  bains10,  et  surtout  nul  moyen  de  cé- 
lébrer le  sacrifice  ".  Un  texte  de  Diodore  de  Sicile  nous 
dépeint  la  vie  des  condamnés  :  «  Beaucoup,  dit-il,  sont 
morts  dans  ces  lieux  de  la  grandeur  des  souffrances. 
Ils  n'ont  aucun  repos  et  subissent  l'existence  la  plus 
malheureuse.  La  vigueur  physique  et  la  force  d'âme  de 
quelques-uns  leur  permettent  de  supporter  un  plus  long 
supplice,  la  mort  y  est  plus  aimable  que  la  vie,  travail- 
lant sans  relâche,  .jour  et  nuit,  sans  possibilité  de  fuir. 
La  garde  est  composée  de  soldats  barbares,  parlant  des 


'  Eusèbe,  De  martyribus  Palxst.,  vnt,  P.  G.,  t.  xx,  col.  1488. 

—  tIbid.  —  3Ibid.  —  *Cypr.,  Epist..  LXXVlu,  P.  L.,  t.  iv, 
col.  434;  i.xxix,  P.  L.,  t.  iv,  col.  435;  lxxx,  P.  L.,  t.  lv, 
col.  436.  Cf.  H.  Fournel,  Richesse  minérale  de  l'Algérie,  in-4% 
Paris,  1849,  t.  i,  p.  270-271.  —  5/d.,  Epist.,  lxxvn,  P.  L.,  t.  IV, 
col.  429.  —  6  Epist.,  lxxviii,  P.  L.,  t.  iv,  col.  434.  Cf.  G.  Arnold, 
loc.  cit.,  p.  150  sq.  —  '  Epist.,  lxxvii,  P.  L.,  t.  iv,  col.  429. 

—  8  Ibid.  —  9  Ibid.  —  '<>  Ibid.  —  "  Ibid.  —  1!  Diodore,  'Afx«">ioT., 
1.  V.  Ci.  G.  Arnold,  loc.  cit.,  p.  139.  —  ,3Ulpien,  Ad  Digest., 
XLVHI,  xix,  8,  §  8.  Ct.  G.  Arnold,  loc.  cit.,  p.  125.  Ancien- 
nement en  Egypte  on  condamnait  à  ce  supplice  les  prisonniers 
de  guerre.  Les  condamnés  de  droit  commun  étaient  des  scé- 
lérats, voleurs,  violateurs  de  tombes,  sacrilèges.  Ct.  G.  Arnold, 
loc.  cit.,  p.  130  sq.  —  f*G.  Arnold,  loc.  cit.,  p.  130  sq.,  132  sq. 

—  ,sCypr.,  loc.  cit.,  lxxvii,  P.  L.,  t.  IV,  col.  429.  —  "Le  Blant, 
Les  persécuteurs  et  les  martyrs,  p.  51  sq.  —  ,1  Eusèbe, 
Hi8t.  eccl,  1.  V,  c.  i,  P.  G.,  t.  xx,  col.  432.  —  '«De  Rossi, 
Roma  solterrajtea,  in-4",  Roma,  1867,  t.  H,  p.  59-61.  — 
"Epist.,  lxxvii.  P.  L.,  t.  iv,  col.  427.  Il  a  d'ailleurs  une  ten- 
dance  à  accorder  ce  titre.  Voy.   Epist.,    i.xvii,  P.   L,,   t.   iv, 


idiomes  inconnus,  en  sorte  que  pas  un  d'entre  eux,  ac- 
cessible à  la  corruption,  ne  peut  être  gagné  par  l'argent 
ou  par  l'amour  12.  » 

La  condamnation  aux  mines  frappait  les  femmes 
comme  les  hommes,  la  formule  qui  leur  était  appliquée 
in  minislerium  metallicorum i  3  n'influait  pas  sur  les  con- 
séquences légales  de  la  peine.  Celle-ci  entraînait  la 
mort,  civile  u  et  par  conséquent  l'esclavage.  De  là,  outre 
les  sévices  extraordinaires,  la  rasure  de  la  moitié  de  la 
tête  ls.  Quant  à  la  légalité  de  cette  peine  à  l'égard  des 
chrétiens,  elle  ne  faisait  difficulté  pour  personne  10. 

L'Église  agissait  d'une  manière  analogue  lorsqu'elle 
conférait  à  ces  confesseurs  le  titre  de  martyrs  par  anti- 
cipation, comme  si  on  eût  marqué  par  là  qu'il  n'y  avait 
plus  rien  en  eux  de  terrestre.  On  sait  que  les  martyrs 
de  Lyon  (177)  refusaient  énergiquement  de  recevoir  ce 
titre  de  martyrs11;  à  Rome,  sa  concession  faisait  l'ob- 
jet d'une  enquête18;  à  Carthage,  saint  Cyprien  appelle 
déjà  les  condamnés  aux  mines  des  martyrs  t9  :  in  me- 
tailis  constiliitis,  martyribus  Dei  Palris.  Sans  doute, 
ils  n'avaient  pas  versé  leur  sang  dans  la  cœsura  ou  le 
puteus  20,  mais  la  mort  en  exil,  en  prison  ou  par  suite 
des  tourments  éprouvés  pour  la  foi  fut  tenue  de  très 
bonne  heure  dans  l'Eglise  pour  un  titre  suffisant  à  la 
qualification  de  martyr21. 

La  liturgie  de  Milan  a  conservé  une  prière  :  pro  fra- 
tribus  in  carceribus,  in  vinculis,  in  metallis,  in  exiliis 
conslitutis  22.  Le  Missale  gothicum  possède  une  oraison 
pro  exulibus  qui  contient  ces  paroles  ;  Unianimes 
(sic),  et  unius  corporis  in  spiritu  Dei...  deprecemur  pro 
fratibus  et  sororibus  nostris  caylivilatibus  elongatis, 
carceribus  detenlis,  metallis  deputatis,  etc.  *3.  Les 
anciennes  liturgies  ont  quelques  autres  allusions  de 
même  genre,  et  dans  la  litanie  que  l'on  retrouve  si  sou- 
vent en  liturgie  l'invocation  pro  captivis  est,  la  plupart 
du  temps,  une  allusion  au  martyre  ad  metalla.  Voyez 
Litanies. 

L'importance  de  certains  centres  d'exploitation  mi- 
nière sous  l'empire  est  incontestable.  Il  semble  que  les 
mines  aient  réclamé  un  personnel  administratif  considé- 
rable; mais  il  n'entre  pas  dans  les  limites  de  ce  travail  d'en- 
treprendre des  recherches  dans  ce  sens  2+.  Nous  nous  bor- 
nons à  reproduire  une  inscription  chrétienne  des  mines 
de  Simittu  (SIMITTV  aux  i=r  et  n«  siècles,  SIMITTHVS 
et  SIM1THVS  au  ive)  «. 


S 


OFFINVE 

NTAADIO 

TIMO 

a]  VG  .£  NL 

INRI 
i]  DIBVS  «I 
Of/icina  inventa  a  Diotimo  Aug.  nostri  liberto...  26. 


col.  427  passim;  De  Rossi,  Bull,  di  arch.  crist.,  1874,  p.  107.  — 
20  Offlcina,  puteus  ;  dans  les  carrières  de  marbre,  csesura.  Cf. 
De  Rossi,  Bull.,  1868,  p.  23;  1879,  p.  55,  56.  —  «  Ansaldi, 
De  martyribus  sine  sanguine  adversus  Doduvellum  in  qua 
et  nonnulla  Romani  martyrologii  loca  ab  criminationibus 
Bselii  vindicantur,  in-12,  Milan,  1744,  p.  44  sq.  —  "Mozzoni, 
Tav.  di  storia  eccl.,  sec.  n,  note  53.  —  "Muratori,  Liturgia 
romana,  in-fol.,  Venetiis,  1748,  t.  Il,  p.  585.  —  "De  Rossi, 
Bull.,  1868,  p.  24;  Delattre,  Inscriptions  de  Chemtou  (Simit- 
tu), Tunisie,  dans  la  Rev.  arch.,  avril,  juill.  1881,  mai,  octobre 
1882.  —  "Delattre,  loc.  cit.,  octob.  1882,  p.  244;  R.  Cagnat, 
Lettre  à  M.  Perrot,  dans  la  Revue  archéol.,  novembre  1883.  — 
!8  De  Rossi,  Bull.,1883,  p.  82,  et  Delattre,  op.  cit.  Remarquons  que 
dès  cette  époque  la  mine  s'appauvrissait  :  Minus  de  e/fossis  et  fa- 
tigatis  montibus  eruuntur  marmorum  crustse,  écrit  saint  Cy- 
prien à  Démétrius,  3,  P.  L.,  t.  IV,  col.  565;  on  cherchait  des  gise- 
ments nouveaux,  comme  le  prouve  notre  inscription.  Cf.  Toutain, 
dans  l'Association  française  pour  l'avancement  des  sciences, 
in-8%  Tunis,  1896,  t.  n,  p.  792  ;  S.  GselJ,  dans  Mélang.  d'arch.  et 
d'hist.,  1898,  t.  xviii,  p.  105. 


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AD   METALLA 


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Cette  modeste  inscription  a  pu  causer  quelque  ioie  au 
chrétien  inconnu  qui  l'aura  lue,  vers  le  me  siècle  de 
notre  ère.  Cette  affirmation  de  la  loi  dans  les  souterrains 
où  vivaient  les  chrétiens  a  pu  donner  naissance  à  des 
monuments  plus  importants,  mais  aucun  indice  n'en  a 
été  retrouvé  jusqu'à  ce  jour.  On  lit  dans  le  Martyrium 
Clenienlis  que  peu  après  son  arrivée  en  Chersonèse  le 
saint  homme  fit  beaucoup  de  conversions,  renversa  les 
temples  des  dieux,  abattit  les  bois  sacrés  et  bâtit  un 
grand  nombre  d'églises.  Ceci  parait  en  contradiction  avec 
les  traitements  qui  ont  été  énumérés,  mais,  nous  l'avons 
élit,  ces  brutalités  n'avaient  qu'un  temps,  les  gardiens  se 
relâchaient  ou  s'attendrissaient  un  peu.  Nous  savons  que 
la  construction  de  lieux  de  prières  parles  condamnés  aux 
mines  [n'était  pas  un  fait  extrêmement  rare1,  et  ceci 
nous  autorise  à  penser  que  les  condamnés  ont  dû  par- 
lois  obtenir  un  adoucissement  de  peine  et  prendre  leur 
part  dune  vie  à  laquelle  nous  initie  un  document  épi- 
graphique  du  I«  siècle,  découvert  en  Portugal  en  1871) 
dans  le  melallum  Vipascense  2  (Aljustrel,  province 
d'Alentejo,  district  de  Beja).  Nous  n'entrerons  ici  que 
dans  le  détail  de  ce  qui  peut  s'appliquer  aux  condamnés 
ad  metalla. 

Autour  d'un  puits  de  mines  se  formait  une  aggloméra- 
tion plus  ou  moins  considérable.  C'était  cette  population 
de  gagne-petit  qui  se  retrouve  partout  où  un  groupe 
stationne  quelque  temps.  Sous  la  république,  l'exploi- 
teur des  mines  était  entièrement  libre  dans  les  provinces, 
et  le  pouvoir  central  parait  s'être  occupé  fort  peu  du  ré- 
gime intérieur  des  mines  et  des  conditions  économiques 
de  ceux  qui  y  vivaient  et  de  ceux  qui  en  vivaient.  Sous 
l'empire,  un  mouvement  continu  de  concentration  se 
produit  au  protit  des  empereurs3.  Depuis  cette  époque 
on  observe  un  contrôle  sévère  de  la  part  du  fisc  4  sur  ses 
fermiers.  A  partir  du  11e  siècle,  cela  même  ne  suffit 
plus,  on  tend  à  substituer  partout  l'exploitation  par  l'État 
à  la  location.  Ceci  explique  comment  et  pourquoi  on  y 
envoyait  des  fournées  de  condamnés  politiques.  Les  mines 
étaient  dirigées  par  un  procurator  Csesaris  seconde''  d'un 
nombreux  personnel  :  subprocurator,  commentariensis 
(=  secrétaire),  tabularius  (=  comptable),  dispcnsalor 
(=  intendant),  arcarius  (=  caissier)  '•>.  En  outre,  il  avait 
auprès  de  lui  ce  que  nous  appelons  aujourd'hui  des  «  in- 
génieurs »  °,  un  tribumts  militum  ou  un  centurion  qui 
présidait  aux  fouilles  7,  enlin  une  garde  de  soldats,  ou  du 
moins  un  officier,  pour  maintenir  la  discipline  parmi  les 
condamnés 8,  dont  le  nombre  s'élevait  parfois  à  deux 
mille'-'.  Les  mines  appartenant  au  lise  étaient  affermées 
en  tout  ou  en  pailie  par  le  procurator  metalloruni,  dont 
le  conii.it  liait  ratifié  par  l'empereur10,  à  un  conductor 
qui  pouvait  être  tenu  de  prendre  toujours  l'État  pour 
premier  acquéreur".  Le  rôle  du  conductor  u'esl  guère 
que  celui  d'un  fermier  d'impôts  qui  perçoit  des  redevances 


'Eusèbe,  Demartyribus  Palastinm,  XHi,  P.  G.,  t.  xx, col.  1518. 
—  *  La  table  de  bronze  d' Aljustrel,  rapport  adressé  oar  Aug, 
SoromenhO,  in-8%  Lisbonne.  1877,  12  p.;  CI).  Giraud,  dans  le 
Journal  des  Savants,  avril  ]S77,  p.  240  sq.  :  Bruns,  dans  Zeit- 
sehrift  fur Rechtsgeschichte, i87S,t.xm,p.3n2sq.  ;G.Wtlmanns, 
dans  Zeitschrift  fur  Bergrecht,  1878,  t.  xix,  p.  217  gq.;  .1.  Flach, 
La  table  de  bronza  d'AIjustrel,  étude  sur  l'administration 
îles  mines  au  i"  siècle  de  notre  ère,  dans  la  Xouv.  rev.  du  droit 
hist.  fr.  et  étranger,  1878,  p.  2(19,  645,  et  tirage  ;i  part,  1879, 
70  p.  ;  G.  Bloch,  dans  la  Ilev.  archéolog.,  1879,t .  XXXVIII,  p.  58  sq.; 
Dmeste,  dans  Séances  et  truc,  de  l'Acad.  des  se.  mor.  et  pol., 
1879,  t.  XI,  p.  441  sq.;  E.  Caillenitr,  clans  la  Ilev.  critique.  1880, 
p.  185  sq.;  C.  Re,  dans  Archiviç  giuridico,  1879,  t.  xxiu.  p.  327 
sq.  ;  Kstacio  da  Veiga,  A  tabula  de  bronze  de  Aljustrel.  lida,  dc- 
duzida  c  comentada  em  1876,  in-8%  Lisboa,  1880,  71  pp.  :  E.  Ro- 
driguez  de  Berlanga,  Hispanise  anteromanœ  syntagma,  Ma- 
aga,  1881-1884,  p.  625  sq.  ;  E.  Hùbner  et  Mommsen,  dans  Ephe- 
meris  epigraphica,  t.  m,  fasc.  3;J.  JF.  Binder,  Die  Bergwerke 
im  rômischen  Staatshaushalte,  ln-8%  Zurich,  1880-1881  : 
C.  G.  Dietericn,  Beitriige  tur  Kenntniss  des  rômischen  Staats- 
piichtersystems,  in-8%  Leipzig,  1877;  G.  Demelius,  Zur  Erklà- 


et  tient  la  place  d'un  publicain  :  lii  qui  satinas  et  creli- 
/odinas  et  metalla  liaient  publicanorum  loco  sunt12. 
L'État,  s'attribuant  le  monopole  de  tous  les  métiers 
qu'attire  la  vie  courante  d'une  population,  louait  les  pro- 
lessions  de  cordonnier,  de  coifleur,  de  foulon  à  ceux  qui 
voulaient  les  exercer  et,  en  retour,  il  interdisait,  sous 
peine  d'amende  ou  de  confiscation,  l'installation  d'une 
maison  taisant  à  l'un  de  ses  métiers  une  concurrence 
quelconque. 

Outre  les  professions  de  cordonnier,  de  coiffeur,  de 
foulon,  le  fisc  affermait  celles  de  commissaire-priseur 
(auctionator),  de  crieur  public  {prseco),  de  maître  des 
bains  publics  (balneator).  Ces  lermiers  sont  soumis  à  un 
tarii  qui  se  rapproché  assez  de  ce  que  nous  voyons  de 
nos  jours.  L 'auctionator  et  le  prœco  sont  payés  propor- 
tionnellement à  la  valeur  des  objets  vendus,  le  balneator 
établit  ses  prix  d'après  le  sexe;  en  outre  il  ne  peut  rien 
réclamer  des  enfants,  des  soldats,  des  employés,  etc. 
L'établissement  doit  être  ouvert  à  des  heures  détermi- 
nées soit  du  jour,  soit  de  la  nuit.  L'eau  froide  doit  cou- 
ler à  profusion,  l'eau  chaude  doit  s'élever  à  un  niveau 
déterminé.  Chaque  mois  les  chaudrons  seront  lavés, 
nettoyés,  graissés.  Le  cordonnier  doit  avoir  toujours  un 
assortiment  de  chaussures  et  de  clous.  Le  coiffeur  doit 
avoir  des  garçons  perruquiers. 

Cette  situation  est  assez  digne  d'attention,  car,  outre 
que  les  chrétiens  ont  vécu  sous  ce  régime,  nous  y  voyons, 
dit  excellement  M.  Flach,  qu'à  «  sa  naissance,  le  mono- 
pole se  présenta  sous  l'aspect  le  plus  séduisant.  Il  sem- 
blait le  moyen  de  tout  concilier,  ou  plutôt  de  porter  à 
sa  plus  haute  puissance  le  soin  des  intérêts  du  fisc.  En 
écartant  la  crainte  de  toute  concurrence,  il  attirait  les 
artisans  dont  on  avait  besoin,  et,  en  même  temps  qu'il 
constituait  pour  le  fisc  une  source  nouvelle  de  revenus, 
il  lui  permettait,  au  moyen  d'une  stricte  réglementa- 
tion, de  préserver  les  habitants  (ses  contribuables,  ne 
l'oublions  pas)  des  prétentions  exagérées  que  les  divers 
fournisseurs  n'auraient  pas  manqué  d'avoir. 

«  Il  semble  naturel  d'admettre,  après  les  observations 
que  la  lecture  de  l'inscription  vient  de  nous  suggérer, 
qu'il,  devait  y  avoir  autant  de  fermiers  que  de  profes- 
sions distinctes  soumises  au  monopole  13  ». 

Un  chapitre  déclare  les  maîtres  d'école  affranchis  des 
charges  que  le  procurator  impose  aux  habitants.  Ludi 
magittros  a  procuroUore  metallorum  immunes  esse. 

Les  textes  si  peu  nombreux  qui  nous  restent  touchant 
la  présence  des  chrétiens  dans  les  mines  gagnent  à  ces 
recherches,  bien  que  celles-ci  ne  semblent  s'y  rapporter 
que  d'une  manière  indirecte.  Mais  l'accroissement  continu 
du  nombre  des  chrétiens  dans  l'empire  ne  permet  pas 
de  douter  que,  outre  les  condamnés,  il  y  eût  des  fidèles 
parmi  les  colonies  établies  autour  des  mines.  La  charité 
est  ingénieuse  et  la  pensée  de  procurer  quelques  soula- 


rungder  lex  metalli  Vipascensis, dans Zeitsefrift  der  Saviqny- 
stiftung,i883,  t.  iv,p.S3sq.  ;  E.Hubncr,  '  \rp.  inscr.  lut.  (s  '  % 
1892,  t.  ii,  p.  788-802, n.  5181.  — »J.Marquardt,JWmiscAc  Si 

verwaltumj.  ln-8»,  Leipzig,  1885,  t.  il,  p.  252;  O  Hirschleld. 
Untersuchungen  auf  dem  Gebiete  der  rômischen  Venvul- 
tungsgeschichte,  in-8%  Berlin,  1877,  t.  I,  p.  73-74.  a.  J.  Flach, 
toc.  cit.,  p.  274  sq.  —  *  Même  chose  pour  la  r-es  privata.  — 
"  Hirschfcld,  loc.  cit.,  p.  84-85,  note.  —  •Marquardt,  loc.  oit., 
p,  256.  —  '  Letronne,  Recueil  des  inscr.  grecques  et  latines  de 
C  Egypte,  In-**,  Pans,  1840-1842,  t.  i.  p.  429,  453;  J.  Bruno, 
Iscrizioni  dei  marmi  grezzi,  dans  les  Annali  detV  Inst.,  1810, 
n.  237-258.-     »]ii  Christiani  condannati  aile  MM 

dei  marmi  nei  secoli  délie  persecuzioni,  dans  Bull,  di  arch. 
criât.,  1868,  p.  21:  Ma\  Bûdinger,  (  Mersuchungen  zur  ram 
haisenjeschichte,  in-8%  Leipzig,  1S70,  t.  m,  p,  321  sq.  —  •  Franz. 
Corp.  inscr.  arme,  t.  m,  p.  321,  col.  1;  Paul  le  Silent.,  Descr. 
S.  Sophi.T.  vs.  826 sq.,  in-loL.Parisiis,  1670.  —  '"Digest..  I.  I,  tit. 
\i\.  Si  :  De  officio  procur.  Cmsar.  —  "  Hirschfëld,  loc  cit., 
p.  83.  --  '-tJaius.  au  Digest..  1.  XXXIX,'  tit.  iv,  13  :  De  publica- 
nis  et  r  ■  'i:i.  ;  cf.  au  /)/  /  ■■-'.'  ,  I.  III.  lit.  IV,  Quoà  eujuseumque 
univers.  —  ,s  J.  Flach.  foc.  cit.,  ]>■  27'.»;  lUitns,  loc.  cit.,  p,  378. 


473 


AD  METALLA 


AD  PACEM 


474 


gements,  ou  d'apercevoir  les  confesseurs,  dut  attirer  les 
trères  un  peu  partout. 

Nous  ne  devons  pas  omettre  un  récit  concernant  les 
forçats  chrétiens  de  la  mine  de  cuivre  de  Phamos  en  Pa- 
lestine. A  la  fin  de  l'année  309  on  accorda  quelque  adou- 
cissement aux  détenus;  ils  purent,  en  dehors  des  heures 
de  travail,  s'assembler,  prier  et  construire  même  des 
oratoires  '.  Ce  devait  être  un  étrange  spectacle  que  ces 
églises  improvisées,  où  ne  se  rencontraient  que  des 
borgnes  et  des  boiteux,  et  où  des  voix  brisées  par  la  fa- 
tigue, enrouées  par  la  longue  humidité  des  souterrains, 
chantaient  avec  une  ferveur  surhumaine  les  louanges  de 
Dieu  !  Ces  pauvres  gens  avaient  trois  évêques,  Silvain, 
jadis  prêtre  à  Gaza,  leur  compagnon  depuis  deux  ans, 
et  deux  Égyptiens,  Pelée  et  Nil,  beaucoup  de  prêtres, 
des  clercs,  un  lecteur,  Égyptien  lui  aussi,  nommé  Jean. 
C'était  un  aveugle  à  qui  les  bourreaux  avaient  néanmoins 
brûlé  les  yeux  afin  qu'il  ne  perdit  pas  une  souffrance; 
on  raconte  qu'il  savait  de  mémoire  tous  les  livres  saints. 
Dans  les  réunions  des  forçats,  Jean  remplissait  sa  Jonc- 
tion et  il  avait  cette  coquetterie  de  prendre  l'attitude  et 
le  son  de  voix  de  celui  qui  tient  un  livre  ouvert.  Eusèbe 
le  vit  ainsi.  Un  rapport  à  l'empereur  Maximin  touchant 
ces  laits  tut  suivi  de  l'ordre  de  disperser  les  pauvres 
frères  :  on  en  fit  plusieurs  troupes  qu'on  mit  en  marche 
vers  Chypre,  vers  le  Liban,  vers  d'autres  mines  de  Pales- 
tine. Quatre  confesseurs,  tenus  pour  dangereux,  à  cause 
de  leur  influence,  Nil,  Pelée,  un  prêtre  (Hélio?),  un  laïque, 
Patermuthios,  turent  envoyés  au  général  commandant  les 
légions  en  Palestine  :  celui-ci  les  fit  brûler.  Les  vieil- 
lards, les  malingres,  ceux  que  les  mutilations  rendaient 
impropres  à  un  déplacement,  furent  gardés  à  part.  Jean 
était  parmi  eux  ainsi  que  l'évêque  Silvain  devenu  impo- 
tent. Ne  pouvant  rien  faire,  ils  ieùnaient  et  priaient,  ils 
étaient  trente-neuf,  on  leur  coupa  la  tête  à  tous  le  même 
jour.  Parmi  les  condamnés  ad  melalla  de  la  mine  de 
Phœnos2,  tous  n'étaient  pas  de  la  même  communion; 
les  uns  suivaient  Pierre  d'Alexandrie,  d'autres  avaient 
pris  parti  pour  le  schismatique  Mélèce  de  Lycopolis.  Il 
semble  résulter  des  inlormations  que  nous  ont  transmises 
saint  Épiphane  et  Photius  que  Patermuthios  était  de  la 
communion  de  Pierre,  tandis  que  les  évêques  Pelée  et 
Nil  et  le  prêtre  Élie  étaient  du  parti  de  Mélèce3. 

Les  mines  de  Phœnos  revirent  des  confesseurs  sous  le 
règne  de  Constance  et  de  Valens.  Vers  356,  les  ariens 
s'emparèrent  du  sous-diacre  Eutychios,  fidèle  à  la  con- 
substantialité  du  Verbe  et  partisan  d'Athanase;  après 
l'avoir  battu,  ils  l'envoyèrent  à  Phœnos  qu'il  n'atteignit 
pas,  la  mort  l'ayant  délivré.  Plus  tard  encore,  sous 
l'épiscopat  de  saint  Pierre  d'Alexandrie,  successeur 
d'Athanase  (373),  plusieurs  catholiques  lurent  envoyés 
aux  mines  de  Palestine,  d'autres  aux  mines  de  la  Pro  ■ 
connèse  (îles  de  Marmara).*  A  Phœnos,  on  envoya  les 
rejoindre  un  diacre  de  Rome  qui  avait  apporté  à  l'évê- 
que Pierre  les  lettres  du  pape  de  Rome*. 

E.    Le  Blant   a  classé  parmi   les   Monuments   anti- 

*  Eusèbe,  De  martyrib.  Palœst.,  xm,  P.  G.,  t.  >:>:,  col.  1513  sq. 
Les  textes  juridiques  nous  apprennent  que  les  condamnés  ad  me- 
talla  restaient  toujours  passibles  de  mort.  Cf.  G.  Arnold,  loc.  cit., 
p.  139.  —  !  S.  Vaille,  Les  martyrs  de  Phounon,  dans  les  Échos 
d'Orient,  1898-1899, p.  66-70.  Cl.  hagrange,  Phounon,dans\aRevue 
biblique,  1898,  p.  114.  —  3S.  Épiphane,  Contra  htereses,  i.xvm, 
P.  G.,  t.  xlii,  col.  84  sq.  ;  Photius,  Bibl.,  cod.  118,  P.  G., 
t.  cm,  col.  397.  —  «Théodoret,  Hist.  ecrl.,  1.  IV,  c.  xix,  P.  G., 
t.  lxxxii,  col.  1177.  Pour  ces  martyrs  et  d'autres  de  la  persé- 
cution vandale  en  Afrique,  cf.  Arnold,  loc.  cit.,  p.  124.  Aux 
metalla  connus  il  taut  probablement  ajouter  Aïn-Smara,  dans  la 
prov.  de  Constantine  pour  les  chrétiens  de  Numidie,  ci.  E.  Le 
Blant,  Comptes  rendus  de  l'Acad.  des  inscr.,  19  octob.  1894, 
p.  345,  et,  suivant  la  nature  du  minerai,  il  taut  supposer  une  ag- 
gravation de  peine  résultant  du  travail  imposé  aux  équipes  de 
sulphurarii  et  de  calcarii.  Sur  les  mines  et  carrières  de  la  Tuni- 
sie dans  l'antiquité,  ci.  R.  Cagnat,  dans  la  Revue  générale  des 
teienecs,  30  novembre  1896,  p.  1051-1056;  H.  Toutain,  bote  sur 


ques  relatifs  aux  affaires  criminelles  un  bloc  de  grés 
orné  d'un  bas-reliel,  de  L'étal  duquel  on  peut  iuger 
par  ce  trait  >  :  Un  ingénieur  de  la  société  minière  qui  ex- 
ploite les  mines  de  Linarés  (Andalousie),  vit  des  lavan- 
dières trotter  leur  linge  sur  une  pierre  trouvée  la  veille 
à  Palazuelos  et  qu'elles  avaient  apportée  au  ruisseau  à 
cruse  des  aspérités  qui  les  aidaient  à  savonner.  Cette 
pierre  lut  retirée  et  déposée  au  bureau  de  la  société  des 
mines.  Le  bas-relief  représente  des  hommes  en  marche, 
munis  des  outils  de  mineurs.  On  distingue  encore  neui 
personnages  debout,  dont  cinq  au  premier  plan,  mar- 
chant de  front":  Le  vêtement  se  compose,  semble-t-il, 
d'une  blouse  courte  formant  de  gros  plis  à  la  ceinture 
Au-dessous  dépasse  un  tablier  qui  fait  le  tour  du  corps. 
Les  jambes  paraissent  couvertes  jusque  vers  le  bas  d'un 
pantalon  étroit.  Le  premier  mineur  est  d'une  taille  dis- 
proportionnée à  celle  de  ses  compagnons,  peut-être  nVst- 
ce  qu'un  souci  de  perspective.  Il  porte  sur  l'épaule  gau- 
che une  masse,  et  à  bout  de  bras,  dans  la  main  droite, 
un  objet  que"  l'on  croit  être  un  vase  contenant  l'huile 
destinée  à  l'éclairage  de  la  mine  (fig.  70). 

On  ne  connaît  pas  d'autre  représentation  antique  de 
condamnés  aux  mines;  les  seuls  monuments  qui  puissent 
être  rappelés  ici  appartiennent  déjà  au  moyen  âge6  par 
leur  date. 

M.  De  Rossi  croit  pouvoir  rapporter  à  un  chrétien  con- 
damné aux  mines  un  verre  gravé  trouvé  par  Boldetti 
dans  une  catacombe  de  la  voie  Appienne  ou  de  la  voie 
Ardéatine  et  qui  représente  un  adolescent,  la  tête  rasée 
et  le  front  portant  la  marque  des  condamnés,  mais  celle-ci 
est  modifiée  en  une  croix  équilatérale,  le  condamné  porte 
une  corde  autour  du  cou.  Autour  de  ce  petit  sujet  une  lé- 
gende triomphale  "  :  LIBER  NICA,  Libre  [et]  Victorieux, 
(fig.  73). 

On  trouvera  une  statistique  des  mines  de  l'empire 
dans  la  dissertation  de  Biaise  Garololo(Z)e  antiquis  auri. 
argenti,  slanni,  xris,  ferri,  plumbique  fodinis  Blasii 
Caryophili  opusculum,  in-4°  [1757],  xx-152  p.)  qu'il 
faut  compléter  avec  les  inscriptions  et  les  monnaies; 
G.  Daubrée,  Aperçu  historique  sur  l'exploitation  des 
mines  dans  la  Gaule,  in-8°,  Paris,  1881;  Robert  Mowat. 
Eclaircissements  sur  les  monnaies  des  mines,  dans  la 
Revue  de  numismatique,  189i,  p.  373-416. 

H.  Leci.ercq. 

AD  PACEM.  —  I.  Fonction.  IL  Bénédiction.  III.  Orai- 
sons en  Gaule,  en  Espagne,  en  Orient.  IV.  Formules  di- 
verses en  Espagne,  en  Orient;  Liturgie  romaine. 

I.  La  fonction.  —  Comme  tous  les  actes  rituels,  la 
fonction  ad  pacem  présente,  suivant  la  liturgie  où  elle 
se  trouve,  avec  une  matière  très  simple  —  l'union  des 
membres  de  l'assemblée  chrétienne  symbolisée  par  le 
baiser  de  paix  —  une  forme  pouvant  être  très  compli- 
quée. Le  schéma  complet  en  est  : 

Proclamation  du  diacre; 

Bénédictions  sur  le  peuple  par  le  célébrant; 

Oraison,  soit  secrète,  soit  à  haute  voix; 

la.  métallurgie  et  l'exploitation  des  mines  au  vr  siècle,  en 
Italie,  dans  le  Bull,  de  la  Soc.  des  antiq.  de  France,  1898, 
p.  1138-45;  H.  Saladin,  dans  les  Archiv.  des  missions  scienlil-, 
1892,  t.  il,  p.  385;  R.  Cagnat,  Rapport,  dans  les  Archiv.  des  mis- 
sions scientif.,  1885,  p.  101  sq.  ;  H.  Fournel,  Richesse  minérale 
de  l'Algérie,  in-4",  Paris,  1849,  t.  1,  p.  290  sq.  ;  J.  Marquardt,  R<>- 
mische  Staatsverwaltung,  in-8°,  Leipzig,  1876,  t.  Il,  p.  252  sq. 
Pour  d'autres  envois  aux  mines,  et  le  site  géographique  de  Simittu, 
et.  H.  Leclercq,  Les  martyrs,  in-12,  Paris,  1903,  t.  n,  pré;.  Pour 
les  mines  du  Laurion  et  les  inscriptions  chrétiennes  relevées  par 
Diehl  et  Radet,  cf.  American  journal  of  archa  ology,  1887,  t.  m, 
p.  176;  J.  J.  Binder,  Laurion,  die  aitische  Bergwcrke  ins  Al- 
terthum,  in-8",  Laibach,  1895.  —  8  Daubrée,  Bas-relief  trouvé  à 
Linarés  (Espagne)  représentant  des  mineurs  antiques  en  tenue 
de  travail,  dans  la  Revue  archéologique,  1882.  t.  IV,  p.  19::.  - 
°Fr.  Wey,  Rome,  descriptions  et  souvent:  s,  in-4",  Paris,  1k7.".. 
p.  127.  —  'Boldetti,  Osservazioni,  in-fol.,  Roma,  1720,  p.  GO;  I  le 
Rossi,  Bullett.,  1868,  p.  25.  Ci.  G.  Arnold,  loc.  cit.,  p.  145  sq. 


£75 


AD    PACEM 


476 


Formule  dite  par  ceux  qui  donnent  et  reçoivent  la  paix  ; 

Chant  pendant  l'osculum. 

La  plus  ancienne  mention  du  baiser  de  paix  litur- 
gique se  trouve  dans  la  première  Apologie  de  Justin  '  : 
àX).r,).o'j;  (piX/ju-axt  àTiraÇôu.EÔa.  Cette  fonction  avait  lieu 
avant  la  prière   eucharistique  (secrète-préface-canon) 2. 

En  Occident,  une  partie  de  l'Italie  a  sûrement  pos- 
sédé ce  baiser  de  paix,  dont  il  reste,  dans  la  liturgie 
milanaise,  le  pacem  Itabete  du  commencement  de  l'offer- 
toire :  au  début  du  Ve  siècle,  cette  position  est  l'objet 
d'une  réglementation  de  la  part  d'Innocent  Ier  dans  sa 
lettre  à  Decentius  d'Eugubium  :  Pacem  igilitr  asseris, 
dit  le  pape,  anle  confecta  mysteria  quosdam  popidis 
imperare,  vel  sibi  inler  se  saccrdoles  tradere,  cum  posl 
oninia,  quse  aperire  non  debeo,  pax  sit  necessamo  indi- 
cenda,  per  quant  conslet populum  ad  omnia,quas  inmy- 
steriis  aguntur  atque  in  ecclesia  célébrait tur,  prsebuisse 
cousensum,  ac  finita  esse  pacis  conciudentis  signacitlo 
demonstrentur  3,  que  nous  traduisons  ainsi  :  «  Tu  rap- 
portes que  certains  ordonnent  la  paix  au  peuple  avant 
la  confection  des  mystères,  ou  que  les  prêtres  se  la 
donnent  entre  eux,  alors  qu'après  toutes  les  choses  que 
je  ne  dois  pas  révéler  la  paix  doit  être  nécessairement 
prononcée,  pour  qu'il  conste  par  là  que  le  peuple  a 
donné  son  consentement  à  toit  ce  qu'on  a  fait  dans  les 
mystères  et  célébré  dans  l'église,  et  qu'ainsi  le  signe  de 
la  paix  conclue  en  marque  l'achèvement.  »  Si  nous  compre- 
nons bien,  le  pape  ne  défend  pas,  pour  les  églises  qui  en 
avaient  la  coutume,  la  paix  d'avant  «  les  mystères  ».  mais 
ordonne  celle  qu'on  donne  après,  avant  la  communion. 

L'Église  de  Milan  s'est  conformée  a  cette  pratique, 
puisque,  avec  la  paix  de  l'offertoire,  elle  offre  encore  celle 
qui  suit  l'embolisme  du  Pater,  comme  dans  la  liturgie 
romaine.  Voyez  Baiser  de  paix. 

II.  Bénédiction.  —  Cette  deuxième  position  de  la 
paix  est  mentionnée  à  la  même  époque  par  saint  Augus- 
tin, pour  l'Eglise  d'Afrique  :  Pont  ipsam  (l'oraison  do- 
minicale) dicitur  Pax  vobiscum,  et  osculanlur  se  cltri- 
stiani  in  osculo  sanctn'1.  Ce  n'est  pas  que  le  docteur 
ignore  les  grandes  bénédictions  super  populum  dites  à 
cet  endroit  :  il  en  fait  souvent  mention,  mais  il  ne  parait 
pas  les  rattacher  ad  pacem.  La  formule  qu'il  donne  est 
à  rapprocher  du  Pax  Domini  sit  semper  vobiscum, 
usité  à  Home;  de  la  bénédiction  milanaise  Pax  et  com- 
îmmicatio  Domini  N.  J.  C.  sit  semper  vobiscum;  du 
texte  donné  par  saint  Germain  pour  la  liturgie  gallicane 
de  Paris  :  PAX,  fides  et  caritas,  et  comnmnicatio  cor- 
poris  et  sanguinU  domim  su  semper  vobiscum-'. 

Mais  cette  dernière  formule,  dite  seulement  par  les 
simples  prêtres  (les  évèques  imposant  ici  les  mains  avec 
de  plus  longues  bénédictions),  ne  parait  pas  avoir  été 
suivie  d'un  baiser  de  paix,  saint  Germain  ne  mention- 
nant que  celui  de  l'offertoire,  après  l'oraison  post  no- 
inina  :  pacem  autem  ideot'.hristimutuoproferuiit  (ib.). 

Dans  la  seule  messe  gallicane  qui  donne  une  formule 
de  bénédiction  pour  la  paix  de  l'offertoire,  c'est  Pax 
Domini  sit  6.  Cela  laisserait  soupçonner  qu'il  y  a  eu 
('■change  entre  les  formules  qui  ont  environné  l'une  et 
l'autre  positions  delà  paix;  or,  ily  en  a  d'autres  traces 

Ainsi  on  trouve  à  la  fois  à  ces  deux  endroits  Habcte 


*  P.  G.,  t.  vi,  col.  428.  —  «Le  c.  vu,  n.  2,  de  la  Hiérarchie 
ecclésiastique  de  Denys  1  Aréopagite  mentionne  le  baiser  de  paix 
donné  au  délunt  après  un  renvoi  de  catéchumènes,  mais  est-ce  dans 
une  liturgie  eucharistique?  Dans  tous  les  cas  la  date  de  ces  ou- 
vrages est,  on  le  sait,  très  postérieure.  —  3P.  I...  t.  xx,  col.  551. 

—  'Serm.,  c.cxxvn,  P.  L.,t  \\\  vin.  cul.  1101.  —  *P.L.,t  i.xxn, 
col.  94.  —  •  Mone,  Lateinische  und  griechieehe  Messen,  in-4" 
Franttfurt,  1850,  p.  27,  vr  messe,  ou  P.  L-,  t.  cxxxvin,  ml.  874. 

—  'Cf.  Miss,  ambi'os.  ;  miss,  mozarabe;  les  anciennes  liturgies  par- 
ticulières, par  exemple  dans  Mari. ■ne.  Dr  mit.  Eccl.  rit.,  t.  1,  p.  'i  II!. 
565,  584,  023,  etc.,  ou  P.  /..,  t.  i.vm,  col.  563;  t.  LXX1V,  col. 
918  a;  t.  cxxxvin,  col.  1332  d;  t.  eu,  col.  936  b.  —  »  P.  /... 
t  lxxii,  col.  376.  -  *P.  G.,  t.  i,  col.  736.  —  ,0Ce  c.  VI,  m  i  est 


vinculum  pacis  et  charilatis  ut  apti  silis  sacrosanctis 
mysteriis  Dei,  et  Pax  Chris  H  et  Ecclesise  abundel  in 
cordibus  nostris'1,  dit  par  le  célébrant  au  diacre  en  lui 
donnant  le  baiser.  Ce  même  texte  est  aussi  prescrit  dans 
les  missels  de  Salisbury  (cf.  dom  Martène)  pour  le  baiser 
de  paix  donné  par  le  célébrant  à  ses  assistants  en  arri- 
vant à  l'autel,  d'après  la  rubrique  des  anciens  Ordines. 

Ainsi  encore,  la  benediclio  qui  suit  le  Pater,  à  la 
messe  pascale  de  la  VIe  férié,  dans  le  premier  sacra- 
mentaire  gallican  8,  et  qu'on  retrouve  pour  les  messes 
quotidiennes  dans  les  bénédictions  usitées  jusqu'au 
xvie  siècle,  est  celle  prescrite  pour  la  paix  de  l'oflertoire 
par  le  1.  II,  c.  lvii,  des  Constitutions  apostoliques9  et  ré- 
pétée à  la  liturgie  du  I.  VIII.  C'est  la  bénédiction  si 
connue  prescrite  par  les  Nombres,  VI,  24  '"  :  Que  le  Sei- 
gneur le  (nous)  bénisse  et  te  (nous)  garde;  que  le  Sei- 
gneur tourne  son  visage,  etc. 

III.  Oraisons.  —  /.  en  gaule.  —  Bien  que,  dans  l'ex- 
position de  la  messe  citée  plus  haut,  l'évêque  de  Paris  ne 
parle  pas  d'une  oraison  ad  pacem,  nous  en  trouvons 
dans  la  plupart  des  inesses  gallicanes  qui  nous  sont  par- 
venues. Cependant,  toutes  les  oraisons  qui  figurent  sous 
ce  titre  sont  loin  d'être  toujours  spéciales  à  ces  messes 
et  sont  fréquemment  des  super  sindonem  et  sui>er 
oblata  des  messes  romaines  et  milanaises.  Cela  a  dû  se 
faire  au  moment  où  ces  dernières  liturgies  influèrent 
sur  les  Gaules,  à  dater  du  Ve  siècle  (?). 

Voici  les  messes  gallicanes  qui  ont  une  oraison  ad 
pacem  particulière  :  1er  sacramentaire  (gallogothique 
de Thomasi  ;  sacram. d'Autan  de  Ducbesne)  :  Noël,  Jacques 
et  .Lan,  Circoncision,  Epiphanie,  Assomption.  Clément, 
Saturnin.  André,  Eulalic,  Conversion  de  saint  Paul, 
Chaire  de  saint  Pierre,  commencement  du  Carême, 
messe  déjeune  n.  23.  tradition  du  Symbole,  Jeudi  saint, 
Vigile  de  Pâques,  ive  et  Ve  fériés  pascales.  Invention  de 
la  Croix,  .lean,  Bogalions.  Syniphorien.  Maurice,  Léger, 
un  confesseur.  Martin,  messes  dominicales.  2e  sacra- 
mentaire relus}  :  Saint  Germain  d'Auxerre.  3"  sacramen- 
taire (de  Bobbïo)  :  2"  messe  de  l'Avent,  Noël.  Jacques  et 
.lean,  Circoncision,  Epiphanie,  Conversion  de  saint  Paul, 
3e  messe  de  jeûne,  tradition  du  Symbole,  Jeudi  Saint, 
2e  messe  pascale,  pour  les  martyrs,  confesseurs,  vierges, 
pour  le  célébrant,  messe  tmmimoda,  messes  domini- 
cales,  pour    le    prince,   pour   les   défunts.    Toutes    tes 

sses  du  fragment  de  Mone  qui  sont  complètes  ;  ce  sont 

des  messes  dominicales  ". 

Il  faut  remarquer  que  les  messes  ci-dessus  communes 
aux  deux  sacramentaires  ont  souvent  Vad  pacem  com- 
mune Dans  toutes  les  autres  messes,  on  a  fait  des  em- 
prunts à  d'autres  liturgies,  comme  il  est  dit  plus  haut,  ou 
des  imitations,  ou  même  le  titre  ad  pacem  est  remplacé 
par  sécréta  ou  super  munera: deuxième  sacramentaire, 
de  Pâques  aux  Bogations;  troisième,  à  l'Assomption,  à 
la  quatrième  messe  de  jeûne,  etc.  IJ. 

Cela  provient  de  ce  que,  au  moment  où  les  messes  dont 
ces  oraisons  foui  partie  furent  introduites  en  Gaule,  leur 

position  les  lit  purement  et  simplement  adapter  au  même 
endroit  que  les  ad  purent  des  liturgies  île  ce  |>a\^.  avec 
lesquelles  cependant  elles  n'ont  de  commun  ni  le  sens, 

ni  la  fonction  '*.  Cependant,  la  transition  a  pu  être  facile. 


une  instruction  liturgique,  marque  déjà,  v.  27  :  Invocabvntaue 
nomen  meum  super  (Uii  s  Israël,  et  ego  benedicam  ets;  1 1 

là  tout  le  sens  des  super  populum.  —  "  Nous  ne  parlons  pas  du 
Missate  Frauroriau.  qui  n'est  qu'un  fragment  de  sacramentaire 
romain  adapté  à  l'usage  d'une  Église  de  l'Ouest,  et  négligeons  les 
autres  fragments,  trop  peu  importants,  donnés  par  Mai  et  Bunsen. 
—  '*Voir  ce  dépouillement  dans  Paléographie  musicale,  t.  \, 
p.  97-100.  —  l3  Rapprocher  en  passant  l'unifie  supf  simiotietu 
de  Milan,  avec  l'oraison  n  du  voile  «  de  plusieurs  liturgies  orien- 
tales, avec  la  suite  donnée  pour  la  dédicace  par  certains  sacra- 
mentaires  français,  comme  celui  qui  passa  a  Non  an  toi»  (Bfbl.  nat. 
Par.,  ms.  '«t..  Î2$f),  l.  oratio  post  relation  attare;  2, ad  missas, 
alia  oratio,  super  oblata.  1   E 


477 


AD  PAGEM  —  AD  POPULUM 


478 


En  effet,  la  collcctio  ad  pacem  demande,  en  général,  à 
Dieu,  sa  paix,  la  paix  avec  nos  frères,  et  que  le  baiser 
ne  soit  pas  un  vain  symbole  ;  mais  souvent  elle  renferme 
une  mention,  une  idée  d'adaptation  au  sacrifice  :  lnla- 
bere  in  animas  nostras,  omnipolens  seterne  Deus,  et 
lempla  quœ  lapis  angularis  tuus  exstruxit,  ingredere  ; 
ut  Majestati  [tuse]  ftostias  prœparatas,  per  ipsuni  tibi 
possimus  offere,  qui  mnctam  constituât  et  pacem  nobis 
propitiatus  induisit,  II  miss,  domin.  1er  sacr. 

Quand  le  rapprocliement  n'était  pas  praticable,  on 
ajoutait  un  ou  plusieurs  membres  de  pbrase  à  l'oraison 
romaine  (gélasienne  ?)  :  Da  nobis  qusesumus,  Domine, 
utfsicut  adoranda  Filii  lui  nalalilia  celebraturi,  ab 
hodiernis  vigiliis  in  conl'essione  tui  nominis,  prseveni- 
ntus  ;  sic  ejus  munera  capiamus  sempilerna  :  et  diri- 
gere  dignare  angelum  pacis,  qui  oscula  nostra  puris 
senslbus  inligala  connectai,  nosque  tibi  ab  omnibus 
peccatorum  maculis  expurgatos  adjungal  '. 

il.  EN  ESPAGNE.  —  La  liturgie  mozarabe,  bien  plus 
uniforme,  possède  pour  chaque  messe  une  oraison  ad 
pacem  de  même  caractère  que  dans  les  antiques  messes 
gallicanes.  En  voici  des  exemples  :  Deus,  qui  lionorem 
pristinum  reddidisli  per  crucis  opprobrium  :  quibus 
noluisti  mortis  inferre  supplicium  :...  sit  in  oculis  tuis 
acceptabile  quod  offerimus,  sit  salubre  quod  poscimus  : 
quo  per  sanguinem  crucis  tuse,  in  pace  tua,  spe  soli- 
dati,  vivamus  (lundi  de  Pâques)2. 

...  concordia  in  nobis  vigeat  carilalis,  ut  hoc  sacri- 
fie i  uni  laudis  placabili  pielatc  suscipiatur  (ven- 
dredi de  Pâques). 

...  ut  ad  hujus  deleclabilis  mensee  cselestis  epidas  in- 
vitati  :  dono  pacis  selerne  in  hoc  paschali  mereamur 
■convivio  recreari  (Ve  dim.  après  Pâques). 

Dans  cette  liturgie  Yoralio  ad  pacem  tient  le  qua- 
trième rang  parmi  les  prières  de  l'offertoire,  ce  qui  est 
confirmé  par  le  témoignage  d'Isidore  de  Séville  3,  et  de 
ÏExpositio  missse  anonyme  insérée  dans  la  collection 
d'Hittorp  et  reproduite  dans  la  Bibliotheca  Vêlera  Pa- 
t>-umi. 

IV.  Formules  diverses.  —  /.  EN  Espagne.  —  Le  ca- 
non i  du  concile  de  Compostelle  de  1056  nous  donne  la 
proclamation  diaconale  Inter  vos  pacem  iradile  5,  sans 
que  nous  sachions  si  elle  se  rapporte  au  baiser  de  paix  ro- 
main d'avant  la  communion  ou  à  celui  de  l'offertoire,  car 
le  Missale  mixlum  en  a  plusieurs  autres,  mais  pas  celle- 
là.  Parmi  elles,  se  trouve  le  Gratia  Dei  Palris,  etc.  c, 
qui  figure  aussi  à  peu  près  au  même  endroit  (comme 
formule  introductive  à  la  préface)  dans  les  liturgies 
grecques.  Pendant  le  baiser  de  paix,  le  chœur  chante  le 
répons  ad  pacem,  formé  des  paroles  Pacem  meam  do 
vobis,  etc. 7,  avec  la  doxologie  Gloria  et  honor. 

il.  EN  orient.  —  Il  est  très  remarquable  précisément 
que  le  chant  ad  pacem,  et  le  sens  de  la  formule  ut 
apti  silis  sacrosanclis  mysleriis  Dei  (cf.  plus  haut  Ha- 
bete  vinculum)  se  retrouvent  en  Orient,  dans  la  liturgie 
arménienne,  dont  voici  les  deux  formules  correspon- 
dantes : 

Le  diacre  :  «  Saluez-vous  mutuellement  par  le  baiser 

1  Vig.  nat.,  P.  L.,  t.  LXXII,  col.  224.  Cf.  Walafrid  Slrabon,  De 
reb.  eccl.,  c.  xxn,  P.  L.,  t.  exiv,  col.  946  :  Et  Galliarum  eccle- 
six  suis  orationibus  (celles  de  saint  Gélase)  utebantur,  quœ 
adhuc  amultis  habentur ,  et  quia  tam  incertis  auctoribtts  multa 
vulebantur  inserta,  et  sensus  ïntegritatem,  etc.  —  -  P.  L., 
t.  i.xxxv,  coi.  490.  —  3  De  Eccl.  off.,  t.  I,  p.  15,  P.  L.,  t.  lxxxiii, 
col.  752.  —  *T.  xiii,  p.  746.  —  5  Mansi,  Concilia,  t.  xix,  col.  856.  — 
c  II  Cor.,  xiii,  13,  qui  suit,  remarquons-le,  v,  12  :  Salutate  invicem 
in  osculosancto.  Salutant  vos  omnes  sancti.  —  7Joa.,  xiv,  27.  — 
"  Traduction  d'Ecknialian,  Les  chants  de  la  liturgie  arménienne, 
in-8',  Leipzig  et  Vienne,  1896,  p.  16.  —  °  Constit.  apost.,  I.  II,  c.  liv 
et  lvii  ;  1.  VIII,  c.  xi,  P.  G.,  t.  i,  col.  718,  736, 1089-1090;  cf.  Testa- 
mentum  d.  n.  J.  C,  e.  xxxv,  in-8*,  Mayence,  1899,  p.  37  sq.  — 
'"Catech.,  xiii,  Mystag.,  5,  P. G.,  t.xxxm.col.  1111.  —  "G.Wob- 
i<CTmin,Altclirist  licite  liturgische  Stïtcke  ans  den  Kirchen  JEgtjp- 
■tens,  in-8%  Leipzig,  1899.  Ce  précieux  document  donne  bien  vers  le    I 


do  paix,    et  vous,   qui  n'êtes  pas  aptes  a  participer  au    ) 
mystère  divin,  retirez-vous  aux  portes  et  priez.  » 

Le  chœur  :  «  Le  Christ  se  manifesta  parmi  nous  :    * 
l'Etre  par  essence,  Dieu,  a  élevé  ici  son  palais  (cf.  la    ' 
collecte  gallicane  Inlabere),  la  voix  annonçant  la  paix  a 
retenti,  le  baiser  de  paix  a  été  ordonné;  l'inimitié  a  été 
dissipée,  et  la  charité  a  pénétré  partout8.  » 

Il  n'y  a  pas  trace  d'oraison  ad  pacem  ni  de  bénédiction, 
et  le  renvoi  des  non-communiants,  qui  est  ici  joint  à  la 
formule  de  paix,  en  est  partout  ailleurs  séparé,  bien  qulon 
le  trouve  mentionné  soit  avant,  soit  après  ». 

Pour  les  autres  liturgies  orientales  et  grecques,  saint 
Cyrille  de  Jérusalem  ne  mentionne  que  la  proclamation 
diaconale:  àXXï)Xou;  iTtoX/xfitxs  et  àXXr)Xou;  à(T7ra^ôp.s6a10- 
Vers  le  même  temps,  le  Teslamenlum  syriaque,  loc.cit., 
dit  seulement  :  Antequam  episcopus  vel  presbyter 
offerat,  populus  dei  sibi  invicem  pacem.  Trad.  de 
Ma1'  Rahmani.  La  liturgie  de  Sérapion11,  qui  ne  donne, 
il  est  vrai,  aucune  rubrique  ni  proclamation  diaconale, 
n'a  rien  qui  concerne  la  paix,  bien  que  toutes  les 
liturgies  alexandrines  et  dérivées  soient  abondamment 
pourvues  d'ev^X,  to0  ào-naa-u.o0  12.  Rapprochement  inat- 
tendu, il  faut  aller,  dans  le  pontifical  de  Sérapion,  entre 
le  Pater  et  la  communion,  pour  y  trouver  des  béné- 
dictions analogues  à  celle  du  Pax  Domini  en  Occident13. 
Saint  Jean  Chrysostome,  après  une  allusion  à  la  pro- 
clamation de  la  paix,  donne  seulement  comme  béné- 
diction 'EipYJv'1  Trâcriv14,  cola  constitue  encore  simple- 
ment cette  fonction  dans  les  liturgies  byzantines. 

Les  liturgies  syriennes  ont  ou  n'ont  pas  l'oraison  ad 
pacem,  suivant  qu'elles  se  rattachent  au  type  alexandrin 
ou  au  type  byzantin  et  même  occidental13.  Mais  cepen- 
dant leur  prototype,  la  liturgie  des  1.  II  et  VIII  des 
Const.  apost.  (loc.  cit.),  a  une  fonction  ad  pacem  déve- 
loppée, avec  proclamation  diaconale,  bénédiction  et 
oraison;  nous  avons  plus  haut  fait  mention  de  la  béné- 
diction, voici  l'oraison  : 

— oxrov  tciv  Xaôv  o-o'j,  K-jpt-,  xat  s.vkôyrfîov  tt(v  y.Xï)povo- 
■xiav  0"OU,  r|V  i-/.zr\aio,  xai  TTEpis7tonr|<Ta>  Toi  Tiuioi  aidait  xoO 
ypictoO  oo-j,  xai  ÈxâXE<ra;  (3x<7t'Xctov  c£pâxs'j[j.a,  xat  eôvo; 
âytov.  Sauve  ton  peuple,  Seigneur,  et  bénis  ton  héritage, 
que  tu  as  racheté  et  fortifié  par  le  précieux  sang  de 
ton  Christ,  et  appelé  à  être  sacerdoce  royal  et  nation 
sainte. 

m.  liturgie  ROMAINE.  —  Dans  la  liturgie  romaine 
actuelle,  à  la  paix  de  la  communion,  la  proclamation  du 
diacre  a  disparu,  mais  la  bénédiction  Pax  Domini  est 
restée;  l'Agnus  Dei....  dona  nobis  pacem,  et  la  prière 
Domine  Jesu  Chrisle,  qui  dixisti  sont  bien  un  chant  et 
une  oraison  ad  pacem. 

Pour  la  paix  de  l'offertoire,  il  en  est  resté  en  plu- 
sieurs églises  de  France  l'usage  que,  lorsque  les  fidèles 
ou  les  confréries  présentent  du  pain  à  bénir  et  offrent 
des  cierges  ou  des  pièces  de  monnaie,  le  célébrant  leur 
fait  baiser  l'instrumentum  pacis,  en  disant  à  chacun  : 
Pax  Iccum.  A.  Gastoué. 

AD  POPULUM.  Voir  Super  populum. 

même  endroit  des  prières  et  des  bénédictions  sur  le  peuple,  mais 
les  unes,  n.  xxvi,  sont  en  réalité  un  post  nomina  :  yjtH.iv  t^ni  -Ji. 
dvo'tKTa  £■/  £i'5'/..;.  '»>';;,  inscris  nos  noms  au  livre  de  vie,  cf.  J.  Words- 
worth,  BisUop  Sarapion's  Praycr-Book,  in-12,  London,  1899, 
p.  65,  et  les  autres  sont  analogues  à  celles  que  donne  le  1.  VIII, 
c.  vi  sq.,  des  Const.  apost.,  au  début  de  l'offertoire,  et  dont 
nous  retrouvons  le  sens  à  la  deuxième  oraison  gallicane,  qui  n'a 
pas  du  tout  la  teneur  de  l'alia  oratio  mozarabe,  mais  bien  d'une 
super  populum.  —  ,2Swainson,  The  greek  liturgies,  in-8%  Lon- 
don, 1884  ;  cf.  p.  18-19, 244, 335,  389-390.  —  «N.3, p.  7.  —  "m,  Hom. 
In  Epist.  ad  Coloss.,  P.  G.,  t.  lxii,  col.  323.  —  ,5Renaudot,  Lit.  vet. 
coll.,  t.  n,  p.  126, 134,145, 155.  etc.;  Howard,  The  Christian*  of  St. 
Thomas,  in-8",  Oxford  and  London,  1864,  p.  222.  etc.  Il  y  aurait 
en  effet  à  rapprocher  les  oraisons  de  celles  de  ces  liturgies  qui 
sont  de  type  court,  des  oraisons  gallicanes  et  de  celles  qui  figurent 
dans  les  anciens  ordinaires  des  messes  occidentales. 


47D 


AD    SANCÏUS 


4S> 


AD  SANCTOS.  —  I.  La  sépulture  et  la  seconde 
vie.  II.  La  sépulture  et  le  dogme  de  la  résurrection. 
111.  Les  saints  protecteurs.  IV.  Les  sépultures  des  Papes. 

I.  La  sépulture  et  la  seconde  vie.  —  Il  est  inutile 
de  rappeler  les  rites  graves  et  compliqués  que  l'antiquité 
avait  consacrés  à  la  sépulture  '  ;  néanmoins  ces  rites 
témoignaient  d'une  pensée,  jadis  très  haute,  mais  sin- 
gulièrement déformée  vers  le  temps  où  le  christianisme 
eut  à  relaire  les  croyances  de  l'humanité.  Les  anciens 
pensaient  que  l'àme  du  défunt  subit  un  jugement  et 
reçoit  un  châtiment  ou  une  récompense  selon  l'arrêt 
auquel  aura  donné  lieu  l'examen  de  sa  vie.  Cette  doctrine 
était  à  peu  près  devenue  méconnaissable  sous  la  mul- 
titude d'imaginations  dont  on  l'avait  ornée;  néanmoins 
des  monuments  datés  des  derniers  temps  de  la  répu- 
blique romaine  et  des  commencements  de  J'empire  nous 
lont  voir  que  la  préoccupation  de  Vau-dclà  n'avait  pas 
quitté  tous  les  esprits.  Cette  préoccupaiion  avait  cou- 
tume de  se  traduire  par  le  soin  du  tombeau.  Pour  ces 
hommes,  il  ne  faisait  pas  de  doute  que  le  corps 
laissé  sans  tombeau  ou  arraché  de  celui  qui  lui  avait  été 
attribué,  ne  pouvait  jouir  de  la  félicité  promise;  son 
âme  errante  voltigeait  sans  relâche  et  sans  fin.  Pour 
remédier  à  cette  fâcheuse  condition,  on  avait  entouré  la 
législation  funéraire  d'une  crainte  mystérieuse  qui  pro- 
tégea longtemps  efficacement  le  repos  des  morts.  Cepen- 
dant, vers  le  temps  d'Auguste  et  de  Néron,  on  voit  appa- 
raître parmi  les  hommes  de  lettres  la  tendance  à  se 
passer  de  la  sépulture  sans  la  moindre  appréhension  2. 
Mais  il  fallut  plusieurs  siècles  encore  pour  que  le  peuple 
envisageât  cette  perspective  avec  une  égale  indifférence. 
Au  Ve  siècle,  saint  Augustin  observe  que  l'opinion  con- 
traire est  encore  répandue,  opinio  utcumque  vulgata3. 
Parmi  les  griefs  adressés  à  la  religion  chrétienne,  après 
la  prise  de  Rome,  en  410,  est  celui  d'avoir  irrité  les  dieux 
de  l'empire,  qui,  en  abandonnant  Rome,  l'avaient  livrée 
à  ces  horreurs  au  cours  desquelles  un  grand  nombre  de 
cadavres  n'avaient  pas  reçu  la  sépulture  *.  .Nous  ne 
voyons  pas  que  l'enseignement  de  l'Église  ait  varié  ou 
hésité  sur  cette  question.  Ceux  qui  distribuaient  sa  doc- 
trine comme  ceux  qui  s'efforçaient  de  s'y  conformer 
dans  la  pratique  parlaient  et  agissaient  d'accord  avec  la 
pensée  exprimée  plus  tard  par  saint  Augustin  :  curât io 
funebris,  conditio  sepullurœ,  pompa  exsequiarum ,  ma- 
gis  sunt  vivorum  solatia  quant  subsidia  ■niorluorum. 
Cependant  la  croyance  païenne  sur  ce  point  particulier 
fut  une  de  celles  qui  persistèrent  le  plus  longtemps, 
mais  teintée  d'une  sorte  de  tendre  dévotion,  à  tel  point 
qu'on  ne  la  reconnaît  qu'à  peine  ainsi  édulcorée  et  défi- 
gurée. L'enceinte  des  villes,  celle  de  Rome  principale- 
ment, ne  devait  pas  contenir  la  sépulture  des  cadavres8. 
Sous  les  empereurs,  la  recrudescence  de  piété  qui  si- 
gnala le  11e  et  le  Ur>  siècles  put  motiver  les  disposi- 
tions prises  par  une  loi  d'Hadrien  dont  les  motifs  nous 
sont  inconnus  °,  et  que  renouvelèrent  Dioclétien  et 
Maximien,  en  290,  dans  le  but,  disent-ils,  de  garder  la 
ville  de  toute  souillure7.  Une  loi  de  381  ne  s'exprime 
pas  autrement  :  Omnia  quœ  supra  lerram  urnis  étatisa 

1  Voy.  Daremberg-Saglio,  Dictionnaire  des  antiquités  grec- 
ques et  romaines,  t.  n,  p.  1367,  art.  Funus ;  Fustel  de 
Coulanges,  La  cité  antique,  in-12,  Paris,  4895,  p.  7-20.  —  *  Vir- 
gile, Aineid.,  n,  646;  Lucain,  Pharsal. ,  vil,  723,  819;  Pétrone, 
Satiric,  cxvj  Sénèque,  Epist.,  xr.n.  Cf.  S.Augustin,  De  civ. 
Dci,  1.  I,  c.  xn,  P.  L.,  t.  xi. i,  col.  26 sq.  —  3De  curapro  mortuis, 
§  3.  Pour  ce  traité  souvent  cité  au  cours  de  cette  dissertation, 
voy.  P.  L.,  t.  xi.,  col.  591-611.  —  «  S.  Augustin,  De  civil.  Dei.,  1.  I, 
c.  xn,  xiii,  P.  L.,  t.  xi.i,  col.  26,  27  sq.  —  s  Ch.  Giraud, 
Histoire  du  droit  romain  ou  introduction  historique  à  l'étude 
de  celte  législation,  in-8",  Paris,  1842,  p.  498;  Julius  Paullus, 
Tteeeptarum  sententlarum,  1.  i,  tit.  xxi,  §  2.  —  'Digeste, 
1.  XLVII,  tit.  xn,  §  5  :  De  sepulcliris  violatis,  Corpus  iuris, 
in-4%  Berolini,  1877.  a.  Gothofredus,  Ad  Cod.  Theod.,  t.  m, 
p.  160.  Vers  le  même  temps  YOncirocrilicon  d'Artcmidore  : 
1.   I,  c.   lvi,  nifî  ijùvuv,  éd.  P.eill,  t.  I,  p.  8i.  —  '  Cod.   Just., 


vel  sarcofagis  corpora  delinenlur,  extra  urbem  de- 
lata  ponantur,  ut  humanitatis  instar  exhibeant,  et 
relinquant  incolarum  domicilio  sanctitatent$.  Il  faut 
remarquer  que  cette  loi,  dont  le  motif  était  direc- 
tement en  opposition  avec  la  doctrine  de  l'Église, 
lut  signée  par  trois  empereurs  chrétiens,  ce  qui  té- 
moigne assez  que  le  sentiment  qui  persistait  de  la  sorte 
était  le  même  qui  avait  inspiré  les  précédentes  prohi- 
bitions 9. 

Les  origines  de  cette  angoisse  chez  les  anciens,  tou- 
chant le  changement  de  vie,  dont  la  mort  était  le  signal, 
nous  conduisent  à  l'époque  la  plus  lointaine  que  les 
documents  profanes  nous  permettent  d'entrevoir.  L'an- 
tiquité n'exemptait  de  cette  anxiété  que  de  rares  privilé- 
giés pour  lesquels  s'ouvrait  le  séjour  du  ciel;  les  autres, 
réduits  à  vivre  près  des  hommes  et  sous  la  terre,  gar- 
daient leurs  besoins  et  le  tombeau  où  on  les  entérinait 
était  véritablement  un  lieu  de  séjour,  marqué  —  par 
une  pratique  qui  a  duré  jusqu'à  nos  jours  —  au  nom  de 
celui  qui  l'habitait.  Celui  qui  n'avait  pas  reçu  la  sépul- 
ture était  un  éternel  vagabond  dont  la  condition  parais- 
sait le  plus  effroyable  des  tourments  10.  Elphénor  ",  P.i- 
trocle12,  Palinure  l3,  Crassus1*,  Architas13  erraient  sans 
repos.  Suétone  raconte  que  jusqu'au  jour  où  les  derniers 
devoirs  furent  rendus  à  Caligula  des  bruits  inconnus 
terrifièrent  ceux  qui  se  trouvaient  dans  la  maison  où 
il  avait  péri 16.  Plante  n,  Pline  '8  et  l'incrédule  Lucien  l9 
parlent  de  fantômes  en  quête  de  tombeaux.  Sur  ce 
point,  la  Grèce  et  Rome  avaient  les  mêmes  croyances. 
On  ne  pardonna  pas,  à  Atbènes,  aux  généraux  vain- 
queurs du  combat  des  Arginuses  de  n'avoir  pas  donné 
la  sépulture  aux  morts  -°,  et  on  excusa  Chabrias  d'avoir 
négligé  de  tirer  avantage  d'un  succès  militaire,  à  cause 
du  motif  de  piété  funèbre  qui  l'avait  guidé21.  Les  Juils 
avaient  éprouvé  une  égale  horreur  pour  une  condition 
si  triste.  Joachim22  et  Jézabel23,  dévorés  par  les  bêtes, 
avaient  reçu  le  plus  effroyable  châtiment;  saint  Etienne 
n'avait  dû  sa  sépulture  qu'au  courage  de  quelques  fui 
sepelierunt  Stephanum  viri  timorati  -'*. 

La  manducation  par  les  bêtes  paraissait  la  plus  irré- 
médiable destinée;  ceci  donnait  aux  voyages  en  mer. 
les  moyens  de  transport  rendaient  longs  et  périlleux, 
quelque  chose  de  particulièrement   inquiétant.  Etre   la 
pâture   îles  poissons   paraissait  à  tous  une  chose  hor- 
rible. Ovide  s'écrie  pendant  une  tempête  :  «  Je  ne  crains 
pas  de  périr;  mais  je  crains  la  lin  terrible  qui  nie 
nace.  Que  j'échappe  au  naufrage  et  je  saluerai  la  mort 
comme  un  bienfait.  On  se  console  du  inoins,  en  expirant, 
d'abandonner  son  corps  à  la  terre,  de  laisser  ses  n 
à  qui  vous  aime,  d'espérer  un  sépulcre  et  de  ne  pas  èti  e 
ieté  en  pâture  aux  monstres  de  la  mer23.  »  En  pareil].' 
circonstance,  l'équipage  devenait  féroce,  ainsi  qu'on  le 
voit  dans  le  livre  des  Actes  des  Apôtres26.  Le  naufrage 
de  Satyrus,  Irère  de  saint  Ambroise,  eut  pour  résultat 
de  hâter  le  moment  de  son  baptême.  Synésius  ra. 
que, pendant  un  moment  où  le  navire  sur  lequel  il 
monté  menaçait  de  s'enfoncer,  «  quelqu'un  s'écrie  qu  il 
faut  se  mettre  au  cou  le  peu  d'or  que  l'on  peut  avoii 

I.  III,  tit.  xi.iv,  1.  12.  —  «  Cod.  Theod.,  I.  IX.  tit.  xvn,  6, 
éd.  Ritter,  t.  m,  p.  159.  —  9  E.  Le  Blant.  Inscriptions  chré- 
tiennes de  la  Gaule  antérieures  au  vin'  siècle,  in-4*,  Paris, 
1856-1865.  —  <* Virgile,  A£neid.,  VI,  315-383.  Cf.  Tertullien,  De 
anima,  c.  lvi,  P.  L.,  t.  Il,  col.  745.  —  "  Oi/t/ss..  xi,  73.  — 
'-  lliad..  xxin,  71.  —  "Virgile,  op.  cit..  VI,  337.  —  '»  Lucain. 
Pharsal..  i,  11  ;  vm,  392,  393.  —  l5  Horace,  Od.,  i.  28.  —  ">  Sué- 
tone, Calig.,  i  îx.  —  •'Plaute,  Mostelt.,  Il,  n,  'i97.  —  ««Pline, 
Epist.,  vu,  7.  —  ,9Lucien,  Philopseud.,  xxxi.  -  J0  Xénophon, 
HeUen.,  1.  vu.  —  «'  Diodore,  XV,  xxxv.  CL  Ê.  Kgger,  Observa- 
tions sur  un  fragment  oratoire  en  langue  grecque,  dans  la 
Itev.  archéol.,  1862.  —  "  Jérémic,  xxu,  18;  xxxii,  30.  —  '■  I\  H 

ix,  10.  —  "Act.,  vin,  2;  Epist.  S.  Luciani\le  révélation»  cot  - 
poris  Stephani  martyris  primi.  3.  Ci.  S.  Augu-lin,  Opéra. 
t.  vu,  appendix,  P.  L.,  t.  SOI,  col.  807  sq.  —  "  Ovide,  Trist.,  I, 

II,  51-56.  —  *»Act.,  XXVII,  15  sq. 


4SI 


AD   SANCÏOS 


£S2 


obéit,  chacun  s'attache  l'or  ou  les  objets  de  prix  :  les 
temmes  se  préparent  et  distribuent  des  cordonnets  à  qui 
en  manque.  C'est  un  usage  qui  a  sa  raison  d'être.  Le 
cadavre  du  naulragé  doit  porter  avec  lui  le  prix  de  sa 
sépulture.  Celui  qui  rencontre  le  corps  sur  le  rivage  et 
profite  de  cette  trouvaille  redoutera  la  colère  céleste  s'il 
ne  rend  à  qui  l'a  enrichi  une  faible  part  de  ce  qu'il  en  a 
reçu1.  »  Alciphron  représente  des  gens  qui  ont  aperçu 
les  signes  d'une  tempête  :  «  Attendons,  dit  l'un  d'eux, 
que  la  tempête  se  calme  et  que  le  ciel  redevienne  serein; 
nous  irons  visiter  la  grève,  et,  si  les  vagues  y  ont  jeté  le 
corps  de  quelque  naulragé,  nous  l'ensevelirons  suivant 
les  rites.  Immédiate  ou  non  la  récompense  d'un  tel 
acte  de  piété  est  certaine;  sans  parler  des  objets  de  va- 
leur qu'on  espère  rencontrer  et  recueillir,  le  sentiment 
du  devoir  accompli  satisfait  et  relève  les  cœurs  2.  »  Cette 
lin  des  noyés  était  pour  tous  un  objet  d'horreur;  quel- 
ques-uns pensaient  que  leur  âme  devait  périr  avec  eux, 
d'autres  préféraient  s'enlever  la  vie  avec  leur  épée,  afin 
que  leur  Ame  n'allât  pas  captive  au  fond  de  la  mer3,  où, 
d'ailleurs,  étant  de  feu,  elle  devait  bientôt  s'éteindre 
misérablement  *.  C'étaient  là  les  terreurs  qui  faisaient 
frissonner  encore  les  âmes  au  \'e  siècle  de  notre  ère, 
elles  étaient  si  réelles  que  le  droit  romain  se  laissa  par- 
lois  attendrir  sur  le  sort  des  criminels  et  des  traîtres 
dont  le  corps  aurait  dû  être  privé  du  repos  de  la 
tombe  5. 
II.  La  sépulture  et  le  dogme  de  la  résurrection. 

—  Les  fidèles  partageaient  sur  trop  de  poinls  les  idées 
«le  leurs  contemporains  pour  se  défaire,  en  devenant 
chrétiens,  de  toutes  les  habitudes  de  leur  esprit.  C'était 
le  privilège  de  quelques  âmes  très  fortes  et  très  éclai- 
rées de  se  mettre  au-dessus  des  préoccupations  de  leur 
sépulture.  Saint  Augustin  proposait  les  martyrs  de  Lyon 
en  exemple  6,  mais  on  pouvait  en  citer  quelques  autres  : 
saint  Ignace  souhaitait  que  les  bêtes  ne  laissassent  rien 
subsister  de  son  corps  7,  saint  Pione  d'Antioche  se  ré- 
jouissait de  mourir  afin  que,  par  son  exemple,  le  peu- 
ple crût  à  la  résurrection  des  corps  8.  Car  c'était  ce 
dogme  qui  se  trouvait  mis  en  question  par  les  résistan- 
ces des  chrétiens  et  les  objections  des  gentils.  Ceux-ci, 
sachant  la  faiblesse  d'un  certain  nombre  de  fidèles, 
multipliaient  les  rigueurs  après  la  mort  des  martyrs  : 
leurs  corps  étaient  abandonnés  aux  chiens  et  aux  bêtes 
dé  proie,  ou  bien  engloutis  dans  les  rivières  et  dans  la 
rner,  ou  encore  brûlés  et  le?  cendres  jetées  au  vent 9. 

*  Synesius,  Epist.,  iv,  Fratri  Evoptio,  P.  G.,  t.  lxvi,  col.  1333. 

—  !  Alciphron,  Epist.,  x,  éd.  Bergler,  in-8',  Leipzig,  1715-1718, 
t.  I,  p.  55-56.  —  3  Synesius,  loc.  cit.,  P.  G.,  t.  lxvi,  col.  1333.  — 
*  Servius,  In  JEneid.,  I,  98.  Cf.  Properce,  Elegiœ,  1.  III,  VI,  9  ; 
Amhologiagrxca,  Sepulchralia,  n.  265  sq.  —  s  Digeste,  XL VIII, 
xxiv,  De  cadaveribus  punitorum  ;  Paul,  Sentent.,  I,  xxi,  16 

—  °  De  cura  pro  mortuis,  10.  —  ''Epist.  ad  Romanos,  dans 
Funk,  Opéra  Patrum  apostolicorum,  in-8°,  Tubingœ,  1887, 
t.  I,  p.  60  sq.  —  %Passio  S.  Pionii.,  21,  Ruinait,  Acta  sine,  1689, 
p.  137.  —  9Tertullien,. 4 polog.,  xxxvn.P.  L.,t.  i,  col.  461  ;  Eusèbe, 
Hist.  eccl.,  V,  i,  P.  G.,  t.  xx,  col.  408  sq.  ;  Prudence,  Periste- 
phan.  hymn.  vr,  S.  Fructuosi,  v.  136;  S.  Augustin,  De  cura 
pro  mortuis,  8,  10;  Surius,  Vitx  sanctorum  ab  Aloysio  Li- 
pomanno  olim  conscriptx,  in-fol.,  Colonise  Agrippinae,  1570; 
in-lol.,  ibid.,  1618,  7  janv.,  S.  Lucianus;  20  janv.,  S.  Sebas- 
tianus;  9  mars,  xl  martyres;  7  mai,  SS.  Alexander  et  Anto- 
nina;8sept.,  S.  Hadrianus;  Ruinait,  Acta  jirimoruin  marty- 
rum  sincera  et  selecta;  pour  les  différentes  éditions,  voyez  la 
bibliographie  de  la  dissertation  Actksdes  martyrs,  col.  445;  Pas- 
sio  S.  Satwnini,  5;  S.  Claudii  et  soc,  5;  S.  Pionii,  21.  —  ,0Rui- 
nart,  Epistola  ecclesiurum  Viennens.  et  Lugdunens.,  n.  xvi.  Cf. 
Passio  Saturnini,  16.  — "Acta  S.  Torpetis,  dans  (Acta  sanct., 
maiit.  iv,  p.  9;  Surius,  Acta  S.  Eustraiii, 3  dteemb.  ;  Acta  S.  Men- 
nse,  11  novemb. ;  Acta  S.  Sabini,  13  mars.  —  '-  Acta  S.  Fortu- 
natx  ;  dans  Acta  sanct.,  t.  VI,  p.  455;  Surius,  Acta  SS.  Victoris 
et  Corunx,  14  mai.  —  1S  S.  Augustin,  De  cura  pro  mortuis,  12. 

—  "Epist.,  il.  P.  L.,  t.  iv,  col.  233.  a.  Boldetti,  Osservazioni 
sopra  i  cimiterj  de'  santi  martin  ...  di  Roma,  in-fol.,  Roma, 
1720,  p.  233.  C'est  une  des  premières  fonctions  établies  dans 
l'Église.  Voy.  Act.,  v,  6, 10.  —  "Eusèbe,  Hist.  eccl.,  V,  i,  P  G., 

dict.  d'arch.  chrét. 


A  Lyon,  le  but  avoué  des  païens  était  d'empêcher  le 
culte  des  reliques  par  les  survivants  et  la  résurrection 
des  martyrs  ,0.  Les  actes  des  martyrs  montrent  assez 
exactement  l'état  d'esprit  des  fidèles  dans  cette  question. 
Un  grand  nombre  s'alarment  au  sujet  du  sort  qui  attend 
les  cadavres.  Les  uns  chargent  leurs  amis  ou  les  assis- 
tants d'ensevelir  leur  corps  ",  d'autres  prennent  ce  soin 
en  payant  d'avance  le  bourreau  12,  ou  bien  ils  apparais- 
sent après  leur  mort  pour  réclamer  ce  service  des  fidè- 
les13. C'était  un  devoir  strict  pour  certains  membres  de 
la  hiérarchie  de  veiller  à  ce  que  les  frères  reçussent 
la  sépulture,  nous  apprend  saint  Cyprien  '*.  La  lettre 
des  églises  de  Vienne  et  de  Lyon  et  le  récit  du  mar- 
tyre de  saint  Polycarpe  nous  font  entendre  les  regrets 
des  fidèles  frustrés,  par  l'acharnement  des  païens, 
de  la  consolation  de  recueillir  les  corps  des"  saints15; 
on  pourrait  en  recueillir  beaucoup  d'autres  exemples  16. 
Cet  état  d'esprit  se  trouve  dans  une  classe  de  monu- 
ments trop  longtemps  négligée  par  les  historiens  et 
qui  traduit  plus  fidèlement  que  toute  autre  la  psycholo- 
gie et  l'état  des  consciences  sur  les  questions  qui 
préoccupèrent  ces  générations  disparues.  Une  inscrip- 
tion du  musée  Giovio,  à  Côme,  est  fort  importante  à  ce 
point  de  vue;  elle  date  de  la  fin  du  vie  siècle  : 

ADIVRO  VVS  OMNES  XPÏANI  ET  TE 
CVSTVDE  BEATI  IVLIANI    P  DO  ET  P  TRE 
MENDA  DIE  IVDICII  VT  HVNC  SEPVLCRVM 
15  NVNQ  VAM  VLLO  TEMPORE  VIOLETVR 

SED  COSERVE'I  VSQVE  AD  FINEM  MVND1 
VT  POSIM  SINE  IMPED1MENTO  IN  Vil  A 
REDIRE  CVM  VENERIT  QVI  IVD1CATVRVS 
EST  VI VOS  ET  MORTVOS 


Les  plus  anciens  écrits  de  la  littérature  chrétienne  18 
montrent  d'ailleurs  que  la  doctrine  de  la  résurrection 
des  corps  a  été  l'occasion  de  difficultés  toujours  renou- 
velées 19. 

Le  nombre  des  traités  que  les  Pères  durent  consacrer 
à  sa  défense  prouve  l'ardeur  de  la  controverse  de  part 
et  d'autre20.  Sans  doute  les  vieilles  tables  perdaient  cha- 
que jour  du  terrain,  mais  les  objections  seiaisaient 
scientifiques.  «  Un  homme  pressé  par  la  faim  a  mangé 
la  chair  d'un  de  ses  semblables;  cette  chair  qu'il  s'est 
assimilée,  à  qui  reviendra-t-elle,  à  lui,  ou  bien  au  mort 

t.  xx,  col.  408  sq.;  Marlyrium  Polycarpi,  n.  XVII,  éd.  Funli, 
in-8*,  Tubingae,  1887,  p.  300  sq.  —  <"S.  Augustin,  De  cura,  10.  Cf. 
P.  Aringhi,  Roma  subterranea  novissima,  in  qua  post  Ant.  Ro- 
sium,  Joa.  Severanum  et  célèbres  alios  scriptores,  antiqua 
christianorum  et  prœcrpue  marlyrum  ccemeteria,  tituli,  moni- 
menta,  epitaphia,  inscriptïones  ac  nobiliorum  sanctorum  se- 
pa'.chra  VI  libris  illuslrantur,  in-lol.,  Romoe,  1651;  in-fol., 
1.  1,  c.  XI  sq.,  Paris,  1659,  t.  i,  p.  36  sq.  ;  Acta  sanct.,  maii 
t.  vi,  p.  13;  octob.  t.  xti,  p.  469.  —  ,7  Corpus  inscriptionum 
lut  inarum,  t.  v,  n.  5415.  Les  lignes  en  caractères  ordinaires  ne 
se  trouvent  que  dans  la  copie  de  Borsieri,  Cod.  Paris.,  8957, 
fol.  16  «  ex  Fulvio  Peregrino  ».  La  copie  de  Peiresc,  qui  vit 
l'inscription  entière,  diffère  un  peu  de  celle  donnée  ici.  Cf.  E.  Le 
Blant,  Les  martyrs  chrétiens  et  les  supplices  destructeurs 
du  corps,  dans  la  Rev.  archèol.,  1874,  t  xxviu,  178-193,  et 
dans  Les  persécuteurs  et  les  martyrs,  in-8",  Paris,  1893;  Cf. 
aussi  la  Rev.  de  l'art  chrétien, \&J2,  p.  125.  —  18Act.,  xvu,  32; 
xxvi,  24;  I  Cor.,  xv,  12-21;  II  ïim.,  ni,  18.  —  ,9S.  Cyrille  Hie- 
rosol.,  Catecli.,  xvm,  1,  P,  G.,  t.  xxxm,  col.  1017;  E.  Le  Blant, 
D'un  argument  des  premiers  siècles  contre  te  dogme  de  la 
résurrection,  dans  la  Revue  de  l'art  chrétien,  1862.  Voy.  Achaïe, 
col.  338  sq.  —  «Tatien,  6,  P.  G-,  t.  VI,  col.  818;  Athénagore,  De 
resurrect.,  IV,  P.  G.,  t.  vi,  col.  981  ;  S.  Irénée,  Adv.  hier.,  v,  3, 
P.  G.,  t.  vu,  col.  1128  sq.  ;  Tertullien,  De  came  Christi,  xv, 
P.  L.,  t.  H,  col.  779:  S.  Paulin  de  Noie,  Poem.  xxxv,  vs.  270  sq., 
P.  L.,  t.  lxi,  col.  682;  Grégoire  de  Tours.  Ilistoria  Franc,  x, 
13,  dans  les  Monumenta  Germanise  :  B.  Krusch,  Scriptores 
rerum  merovingicarum,  in-4°,  IIannovera3,  1885,  t.  i,  p.  419: 
De  gloria  martyrum,  i,  95  dans  B.  Krusch,  loc  cit.,  t.  I, 
p.  952,  etc. 

L  -  dG 


4S3 


AD   SANCTOS 


484 


dont  elle  formait  d'abord  la  substance?  »  Et  saint  Augus- 
tin, voyantquecesobjeclions  troublaient  plusieurs  fidèles, 
se  plaignait  avec  amertume  que  leur  foi  fût  infirme  ',  il 
eût  voulu  que  tous  répondissent,  avec  leurs  docteurs,  qu'il 
n'y  a  pas  de  merveille  plus  grande  à  reconstruire  qu'à 
créer  2.  C'était  aussi  l'enseignement  de  la  liturgie3. 

Toute  l'objection  se  résumait  ainsi.  Le  corps  et  l'âme 
du  chrétien  sont  l'objet  d'une  sentence  dont  ils  doivent 
('•prouver  les  effets  sans  être  jamais  séparés,  mais,  si  le 
corps  ne  peut  se  réunir  à  l'âme  parce  qu'il  a  été  détruit. 
celle-ci  sera  donc  exclue  à  jamais  de  la  béatitude  céleste  4. 
L'objection  était  d'une  gravité  dont  nous  ne  pouvons 
nous  rendre  compte  ;  un  texte  de  Lactance,  mis  en  lu- 
mière par  Edm.  Le  Blant,  nous  aide  à  la  mieux  enten- 
dre :  «  Si  le  Seigneur  a  accepté,  dit-il,  le  supplice  de  la 
mise  en  croix,  c'est  que  son  corps  devait  rester  entier 
et  que  la  mort,  sous  celle  forme,  ne  mettait  pas  obsta- 
cle à  sa  résurrection  '■>  ;  »  ut  integrum  corpus  ejus 
conservarelur,  quum  die  tertio  resurgere  ab  inferis 
oporlebat.  On  voit  combien  était  juste  la  remarque 
d'Origène,  d'après  qui  l'intelligence  du  mystère  de  la  ré- 
surrection des  corps  exige  une  culture  de  l'esprit  qui 
n'appartient  qu'au  petit  nombre  6.  La  difficulté  aboutis- 
sait à  des  objections  d'une  simplicité  enfantine  et  bien 
«•lignes  des  rustiques  campagnards  du  temps  de  la  déca- 
dence romaine.  «  Les  enfants  non  venus  à  terme  renaî- 
tront-Us comme  les  autres?  Sera-t-on  tous  de  même 
taille,  tous  également  maigres  ou  corpulents?  Revien- 
dra-t-on  pour  la  vie  éternelle  avec  ses  imperfections 
pbysiques,  ses  cicatrices,  comme  le  Cbrist  sorti  du  tom- 
beau avec  les  marques  de  ses  plaies?  Retrouverons-nous 
nos  cheveux,  en  accomplissement  de  cette  parole  :  Ca- 
pillus  capitis  vestri  non  peribit  "?  »  Les  hérétiques 
venaient  brouiller  un  peu  plus  des  notions  déjà  diffici- 
les à  faire  bien  entendre.  Théodore,  évéque  d'Égine,  et 
Eutychès  contribuèrent  pour  une  large  part  à  obscurcir 
les  subtilités  où  les  chrétiens  orientaux  s'enfonçaient 
de  plus  en  plus  8.  Ces  objections  faites  au  dogme  de  la 
résurrection  étaient  si  spécieuses  que  Tertullien9  et 
saint  Grégoire  le  Grand  10  avouent  en  avoir  été  touchés. 
Partout  on  retrouve  la  dispute  préoccupant  les  évéques, 
saint  Jean  Chrysostome  ",  Grégoire  de  Tours  12,  et,  bien 
plus  tard,  au  xie  siècle,  Jonas  d'Orléans  13.  La  principale 
objection  était  toujours  tirée  de  la  difficulté  de  recon- 
stituer les  éléments  d'un  corps  anéanti  '*.  Grégoire  de 
Tours  a  laissé  le  très  curieux  récit  d'une  controverse 
qu'il  engagea  contre  un  prêtre  gaulois  infecté,  dit-il.  de 
l'hérésie  sadducéenne. 

c  Des  os  réduits  en  poudre  peuvent-ils  donc  recevoir 
de  nouveau  l'existence  et  former  un  homme  vivant? 
disait  le  prêtre. 

u  —  Certes,  répondit  Grégoire,  nous  croyons  que  Dieu 
ressuscitera  sans  peine  le  cadavre  tombé  en  poudre  et 
divisé  par  le  vent  sur  la  terre  et  les  eaux. 
«  —  Vous  vous  trompez,  reprend  L'incrédule,  et  vous  sou- 

1  De  civ.  Dei.  t,  35,  P.  L.,  I.  xi.i.  col.  40;  A.  Beugnot,  Histoire 
de  la  destruction  du  paganisme  en  Occident,  in-8",  Paris,  1835, 
t.  u,  p.  105-106.  —  *  Athénagore,  De  resurrect.,  m,  P.  G.,  t.  vi, 
col.  981;  Grégoire  de  Tours,  toc.  cit.  —  3  Muratori,  Liturgia  ro- 
rnana  vetus  tria  Sacramrntaria  complectens,  in-lol..  Ycnctiis, 
1748,  t.  u,  p.  356.  —  *  Tertullien,  Apolog..  xi.vui.  P.  L..  t.  i. 
col.  591;  S.  Jean  Chrysostome,  Hotnil.,  xxxix,  In  epist.  I  ad 
Cor.,  3,  P.  G.,  t.  lxi,  col.  336.—  5  Lactance.  Inatit.  divin., 
TV.  xxvi,  P.  t.,  t.  VI,  col.  529.  —  «  Contr.  Ùels.,  1-  V,  56,  P.  G., 
t.  XI,  col.  1269.  —  'S.  Augustin,  De  civ.  Dei,  xxu,  12,  P.  / ...  t.  xi.i, 
col.  775.  Cl.  Liber  de  promissionibus  et  prxdiçtionibua  Dei, 
para  IV,  c.  xvm  (dans  l'appendice  des  çtuvrea  de  s.  Pi 
d'Aquitaine),  P.  /...  t.  i.i,  col.  830.  »  Grégoire  de  Tours,  De 
glor.  mort.,  i,  95,  dans  B.  Krusch,  toc.  cit.,  t.  i,  p.  552;  Bulteau, 
Dialogues  de  saint  Grégoire  /<■  Grand,  in-12,  Paris.  1689,  préf., 
p.  i.xxvu,  etc.  Cf.  Procopc,  Bell,  persic  in-tol.,  Paris,  1661- 
1663, L  I,  c.  xu.  —  ■Tertullien,  Apolog.,  xvm,  P.  /...  t,  I,  col 
—  ««S.  Grégoire  le  Grand,  llotnil.  in  evang.,  II,  XXVI,  \1.  P.  L.. 

i.xxvi,  col.  1203.  —  «  S.  Jean  Chrysostome,  Itom.,  iv,  In  c)i.  I 


tenez  une  grande  erreur  avec  de  séduisantes  paroles, 
lorsque  vous  dites  que  l'homme  dévoré  par  les  bêtes, 
englouti  dans  les  flots,  mangé  par  les  poissons,  dispersé 
par  le  courant  des  eaux,  détruit  parla  putrélaction  dans 
le  sein  de  la  terre,  sera  ressuscité  un  jour13.  » 

C'est  le  caractère  commun  à  plusieurs  objections  fai- 
tes à  la  religion  chrétienne  que,  toujours  réfutées,  on 
les  reproduit  sans  cesse  presque  sans  aucun  change- 
ment. On  s'imagine  parfois  que,  longtemps  assoupies,  ces 
thèses  ne  sont  reprises  qu'à  de  longs  siècles  d'inter- 
valle; ceci  n'est  pas  exact,  ces  objections  subsistent,  mais 
dans  des  documents  où  on  ne  les  cherche  pas  avec  assez 
d'insistance  et  assez  d'habileté. 

Chez  certains  chrétiens  le  manque  de  sépulture 
avait  inspiré  des  craintes  différentes  et  plus  graves  en- 
core, car  on  avait  adapté  l'erreur  païenne  à  une  part 
de  vérité  incontestable,  la  rémunération  des  âmes  dans 
le  sein  de  Dieu.  Il  ne  manquait  pas  de  fidèles  pour 
croire  que  La  récompense  promise  était  différée  (voir 
Liturgies  iinkr  aires)  jusqu'à  la  consommation  des 
siècles.  C'est  du  moins  ce  qu'on  peut  conclure  de  textes 
comme   celui-ci  ; 

HIC  DALMATA  CR 
ISTI  MORTE  REDEM 
TVS  QVIISCET  IN  PA 
CE  ET  DIEM  FVTVRI 
5     IVDICII  INTERCEDE 
NTEBVS  SANCTIS  L 
AETVS  SPECTIT. 

«  Confiant  dans  l'intercession  des  saints,  Dalmate  16, 
joyeux,  attend  le  jugement  futur.  »  Et  l'on  ne  pouvait 
s'empêcher  de  songer  que  ce  bonheur  attendu  était  à  la 
merci  de  la  violation  d'un  tombeau. 

Cette  sorte  de  compénétration  du  sens  chrétien  et  de 
données  païennes  dans  un  point  particulier  n'a  rien  qui 
puisse  nous  surprendre.  S'il  y  eut  alors  une  i  question 
des  classiques  »,  elle  était  résolue  dans  l'esprit  des  con- 
temporains avant  d'avoir  été  posée.  Les  hommes  de  ce 
temps,  nous  parlons  des  fidèles,  dont  l'esprit  avait  été 
cultivé,  étaient  remplis  de  la  culture  profane  et  ne  par- 
venaient qu'à  grand'peine  à  s'en  défaire.  Certains  n'y 
visaient  pas  <",  d'autres  combattaient  bruyamment  ces  ré- 
miniscences IS,  dans  l'ensemble  on  s'en  accommodait1*. 
Ce  qui  est  beaucoup  plus  rare  que  ces  récriminations, 
c'est  La  demande  de  ces  pénitents  d'Egypte  qui  souhaitent 
que  leur  corps  soit  sans  sépulture,  jeté  dans  les  fleuves 
ou  livré  à  la  voracité  des  chiens  et  des  loups  '-u.  C'était 
là  un  sort  réservé  aux  derniers  des  hommes  et  dont 
nous  trouvons  la  mention  dans  les  inscriptions,  mais 
toujours  avec  la  l'orme  de  malédiction  attachée  à  la  non- 
sépulture  : 


INSEPVL 
TVS  IACEAT  NON  RE 
SVRGATiŒW^*' 

ad  Cor.,  6,  P.  G.,  t.  LXI,  col.  38.  —  <«  Grégoire  do  Tours.  Hist. 
Fru)>c.  x.  18,  dans  1>.  Krusch,  loc.  cit.,  t.  i,  p.  419.  —  "I  nas  An- 
rolianensis,  Ur  ntst.  I,ii,\.  1.  III,  c.  XVI,  P.  L.,  t.  CVI,  col.  265.  CI. 
Samso.  Apotogeticus.  1.  II.  praef.,  4,  dans  Florez,  La  EspaHa 
sagrada  o  Ihcatro  geographico-liistorico  de  lu  Iglesia  de  Espa- 
M-'r.  Madrid,  1747-1836,  t.  xi,  p.  879.  —  '»  Talion.  Adv. 
Grœcu.<.  6,  P.  G.,  '  vi,  col.  sis  -  ■"Grégoire  do  Tours,  Hist. 
Franc,  x,  13,  dans  B.  Krusch,  toc.  cit.,  t.  i.  p.  419.  —  '«  Le 
Blant,  Inscriptions  chrétiennes  de  la  Gaule,  in-'»",  Paris.  1856- 
1865,ii  178.  Cf.  n.  162,  167,  168,  170  b  "Grégoire  de  Tours, 
Hist.  Francorutn,  pra-i.,  dans  B.  Krusch,  loc.  rit.,  t.  i,  p.  31. 

—  "Jérôme,  Ei>i.-<i.,  xxu.  Ad  Eustochium,  30,  P.  L.,  t.  xxu, 
col  410:  Cassien,  Collalio,  XIV,  c.  xu,  /'.  /...  t.  xi.ix.  col.  974. 

—  '"G.  Boissier,  La  fin  du  paganisme,  in-8,  Paris,  1891,  passiro: 
E.  Le  Blant,  Manuel  d'épigraphie  chrétienne  d'après  les  marbres 
de  Ui  Gaule,  in-8*,  Paris.  1s,;u.  p.  IT'i  sq.  —  "S.  Jean  l'.limaque, 
Seal,  grad.,  v,  'J-J  el  28,  P.  G.,  t.  lxxxv  m,  col.  7t>4  sq.  —  «'  Busio, 

r  sôtterranea,  opéra  post.  compila  e  disposita  da  Giov. 
Severani  da  S.Scverino,  in-tol.,  Roma,  1632,  p   136. 


485 


AD   SANCTOS 


4SG 


Ici.  on  le  voit,  il  ne  s'agit  plus  de  l'impossibilité  de 
reconstituer  le  corps  dont  les  éléments  ont  été  disper- 
sés, mais  seulement  du  détriment  qui  résulte  pour 
l'homme  par  le  fait  du  défaut  de  sépulture.  On  pourrait 
former  un  recueil  d'une  certaine  étendue  avec  les  seules 
inscriptions  de  cette  classe.  Rien  n'était  plus  ordinaire 
dans  l'antiquité  que  l'inhumation  du  défunt  avec  des 
armes,  des  bijoux,  un  mobilier  funéraire  destiné  à  four- 
nir aux  exigences  de  sa  vie  d'outre-tombe.  Il  en  résulta 
une  véritable  corporation  de  «  violateurs  de  tombeaux  »  *, 
à  l'adresse  desquels  on  multiplia  les  menaces,  voir  Aber- 
cius,  col.  81,  et  les  analhèmes.  Voir  Anathème.  Ces 
textes  sont  très  connus,  mais  nous  ne  pouvons  nous  dis- 
penser d'en  citer  quelques-uns;  ils  semblent  menacer  le 
criminel  de  la  peine  du  talion  : 
SI  QVIS  HVNC  SEPVLCHRVM  VIOLAVE 

•  RIT  PARTEM  HABEAT  CVM  IVDA  TRADITOREM 
ET  IN  DIE  IVDICII  NON  RESVRGAT 2 

Cet  emploi  des  exécrations  dans  le  cas  particulier  de 
la  violation  des  tombeaux  est  tellement  général  et  telle- 
ment invétéré  qu'il  s'en  présente  des  exemples  sur  toute 
l'étendue  du  monde  romain  depuis  le  ve  siècle  jusqu'au 
delà  de  la  limite  chronologique  de  cette  dissertation. 
Les  lois  civiles  et  les  lois  ecclésiastiques  ne  purent  rien 
contre  ce  débordement  de  colère  3.  Ces  formules  mena- 
r.mtis  étaient  un  emprunt  à  l'antiquité  profane.  Citons 
quelques  exemples  : 

AD  IFEROS  NON  RECIPIATVR  » 

ILLI-DEOS-IRATOS-QVOS-OMNIS'COLVNT- 

QVI  VIOLAVERIT  SIVE  IMMVTAVERIT  DEOS  SEN- 
TIAT  IRATOS  6 

QVISQVIS  El  LAESIT  AVT  NOCVIT  SEVERAE  INME- 
RENTI  DOMINE  SOL  TIBI  COMMENDO  TV  IN- 
DICES EIVS  MORTEM" 

Cette  formule  prend  un  singulier  développement  chez 
les  chrétiens  (à  cause,  sans  doute,  de  la  croyance  à  la 
vie  future  dont  le  monde  païen  se  lormail  une  concep- 
tion très  différente). 

si  guis  hune  sepulchram  violaveril]  HABEAT  PARTEM 
CVM  GEZI8 

HABEANT  PARTE  CVM  IVDA  » 

CVM  IVDA  GEMITVS  EXPERIETVR  INOPS  « 

ABEAT  INQVISITIONEM  ANTE  TRIBVNAL  DEI" 

ANTE  TRIBVNAL  DÏÏTnrT'2 

ANTE  TRIBVNAL  AETERNI  IVDICIS^ 

SET  Eli  NATEMA" 

•  S.  Grégoire  de  Nazianze,  P.  G.,  t.  xxxvui,  col.  99-130.  — 

*  A.  Gori,  lnscriptiones  anliqux  grxcx  et  romarue,  qu.se  exstant 
>»  Etru-rix  urhibus,  3  vol.  in-4",  Florentiaj,  1727, 1734, 1743,  t.  m, 
p.  100.  —  3  A.  Lupi,  Dissertatio  et  animadversiones  ad  nuper 
invent  ut»  Severx  martyr  is  epitaphium,  in-fol.,  Panormi,  1734, 
p.  34.  —  *  J.  Spon,  Miscellatiea  cruditx  antiquitutis,  in-lol.,  Lug- 
duni,  1685,  p.  23.  —  5  .1.  Gruter,  Corpus  inscriplionuni  ex  re- 
censions et  cum  annotationibus  Grxvii,  in-fol.,  Amstelodami, 
1707,  p.  dcccxxvi,  n.  7.  —  6  O.  Jalm,  Spécimen  epigraphicum 
m  memoriam  Kcllermanni,  in-8",  Leipzig,  1842,  p.  28,  68.  — 
1  F.  de'  Ficoroni,  La  bolla  d'oro,  de'  fanciulli  nobiti  romani,  e 
i/uflta  de'  libertini  ed  altre  singularita  spettanti  a'  mausolei 
nuovamcnte  scoperti,  spiegate  e  divise  in  due  parti,  in-4", 
Rome,  1732,  p.  38.  —  8  Muratori,  Novus  thésaurus  veterum  in- 
scriptionam  in  prsecipuis  enrinndem  cotlectionibus  hactenus 
prxtermissarum,  in-lol.,  Mediulani,  1739-1742,  p.  mdcccxcix, 
11.  7.  —  «Doni,  lnscriptiones  antiqux  cum  notis,  edMit  Go- 
nus,  in-fol.,  Florentiee,  1731,  class.  XX,  n.  27.  —  "  Doni,  loc.  cit., 

I  lass.  xx,  n.  55.  —  "  J.  Gruter,  Corp.  inscript.,  p.  mlxii,  n.  1. 
—  ''Muratori,   Thés,  veter.  inscr.,  p.  mdcccclxviii,  n.  4. — 

II  Id.,  ibid.,  p.  ccccxxix,  n.  2.  —  MGazzera,  Délie  isaizioni 
cristiane  antiche  del  l'iemonte  discorso,  in-4",  Torino,  1849, 
p.  55.  —  15  Gazzera,  loc.  cit.,  p.  47.  —  ,0  Muratori,  Thés,  veter. 


IRAM  Dl  INCVR-ET  ANATHEMAT  SE»5 
HABEAT  ANATHEMA  AD  CCCXVIII  PAT  i« 

CD  ABEAT  ANATEMA  A  IVDA  SI  QVIS  ALTERVM 
OMINE  SVPER  ME  POSVERI  ANATHCMA  ABCAS 
DA  TRICENTI  DECE[m  et  o]CTO  PATRIARCHE 
QVI  CHANONCS  CSPOSVERVN  CT  DA  "SCÂ~XPI 
QVATVOR  CVGVAN[9]EIIA'" 

ANATHEMA  SIT  ADCCCLXXI  »« 

SITES  INCVRRAT  IN  TIPO  SAFFIRE  ET  [anani-] 

AE  QVI  EVM  LOCVM  SINE  PARENTIS  APERVE- 
RIT  !» 

QVI  A  HOC  HOSSA  REMOVIT  ANATLMA  SIT  20 

AN  AE  0CAHCHC  cpOGùC  MOI  AIZE  COI  TO  $0)C 
O  OE  xOAION  ACOCH21 

Nous  rapprocherons  du  témoignage  de  Jonas  d'Or- 
léans, cité  plus  haut,  un  dernier  texte  '  épigraphique, 
appartenant  au  Xe  siècle  : 

+PETRVS  INDIGNV 
S  PRESBITER  TT  PA 
MATHII  JOÏiïS  ET  PA 
VLI  DEPCHOR  OMS  V 
5  T  NVLLVS  VIOLET 
HVC  SEPVLCRVM 
ET  QVI  PRESVMSERI 
T  IN  DIEM  IVDICII 
NON  RESVRGAT  22 

Il  est  vrai,  comme  on  en  a  fait  la  remarque2',  que  ce 
texte  peut  se  rapporter  au  Psaume  1,  5  :  Jilco  non  résur- 
gent impii  in  /udicio,  que  les  Pères  expliquent  d'une 
manière  conforme  au  dogme  de  la  résurrection;  en 
tous  cas  le  texte  de  Lactance  et  celui  du  prêtre  dont 
parle  Grégoire  de  Tours  ne  peuvent  supporter  une  autre 
explication  que  celle  qui  en  a  été  donnée. 

Un  mot  des  plus  fréquents  de  l'épigraphie  chrétienne 
est  celui  de  DOMVS  AETERNA  que  les  gentils  inscri- 
vaient sur  les  tombeaux.  C'est  un  nouveau  témoignage 
de  la  lutte  doctrinale  livrée  entre  les  deux  cultes  sur 
cette  question  de  la  résurrection  des  corps.  Nous  trou- 
vons deux  textes,  l'un  païen,  l'autre  chrétien,  qui  com- 
mentent fort  bien  les  formules  susdites.  Le  titulus  païen 
se  termine  par  ces  mots  :  DOMVS -AETERNA  •  EST. 
HIC-SVMSITVS-HIC-EROSEMPER24,  tandis  que 
le  titulus  chrétien  a  remplacé  le  mot  depositio  par  ceux- 
ci  :  TEMPORALIS  TIBI  DATA  REQVETIO  «.  Nos 
pères  s'y  prirent  d'une  autre  manière  encore  pour  obte- 
nir le  respect  de  leur  sépulture.  Par  une  fiction  légale 
assez  singulière,  ils  réglaient  d'avance  la  solution  d'un 

inscr.,  p.  mdcccclv,  n.  1.  —  n  Jacuzio,  De  epigrammate  SS. 
Bonusx  et  Mennx,  in-4*,  Romae,  1758,  p.  53  sq.  —  18S.  Maffei, 
Muséum  Veronense,  in-fol.,  Veronae,  1749,  p.  359.  —  A1  A.  Lupi, 
loc.  cit.,  p.  24.  —  so  E.  Le  Blant.  Inscr.  chrét.  de  la  Gaule, 
n.  13.  —  *'  Raoul  Rochette,  Deuxième  mémoire  sur  les  antiquités 
chrétiennes  des  catacombes.  Pierres  sépulcrales  envisagées 
sous  le  double  rapport  des  formules  et  des  symboles  funérai- 
res, dans  les  Mémoires  de  l'Académie  des  inscriptions,  1838, 
t.  xiu,  p.  228.  Voy.  encore  Oderici,  Sylloge  veterum  inscriptio- 
num, in-4»,  Romae,  1705,  p.  256;  De  Rossi,  lnscriptiones  chri- 
stianx urbis  Romœ  septimo  sxculo  antiquiores,  in-iol.,  Romie, 
1857-1861,  t.  1,  p.  515,  568;  E.  Hûbner,  lnscriptiones  Hispanix 
christianx,  gr.  in-4",  Berolini,  1871,  n.  29;  Mai,  Scriptorum 
veterum  nova  collectio.  in-4\  Romce,  1831,  t.  v,  lnscriptiones 
christianx,  p.  411,  n.  8.  —  "  Oderici,  Sylloge  veterum  inscriptio- 
num, p.  352.  —  î3E.  Le  Blant,  D'un  argument  des  premiers 
siècles  de  notre  ère  contre  le  dogme  de  la  résurrection,  dans  la 
Revue  de  l'art  chrétien,  1862,  p.  124,  note.  —  '-*  Olivieri,  Mar- 
mora  pisaurensia  notis  illustrata,  in-fol-,  Pisauri,  17;i8,  p.  33.  Gt. 
A.  Audullent,  Sur  un  groupe  d'inscr.  de  Pcmiaria  (Tlemcen),  dans 
les  Met.  d'arcti.  etd'hist.,  t.  xn,  suppl.,  1892,  p.  127-135;  Sauvage, 
dans  le  Bull,  de  la  soc.  des  antiq.  de  France,  1879,  p.  120-123.  — 
25  Marini,  Alti  e  mon.  de'  fr.  Arvali,  in-4",  Roma,  1795,  p.  266. 


4S7 


AD   SANCTOS 


488 


cas  hypothétique  et  leur  décision  était  valable,  nous  par- 
lons de  la  lixalion  d'amendes  imposées  à  ceux  qui  détrui- 
raient la  tombe.  Il  y  a  dans  cet  usage  l'indice  de  la  per- 
sistance des  idées  antiques  sur  le  sort  des  ombres  misé- 
rables qui  errent  sur  les  bords  du  Styx  '  ;  et  comme 
tous  les  usages  antiques  qui  ne  sont  pas  manilestement 
contraires  à  la  foi  ou  à  la  morale,  nous  les  voyons  sub- 
sister pendant  un  temps  plus  ou  moins  long  dans  le 
christianisme.  Un  pays  nous  fournit  ce  que  Rome  même 
ne  peut  nous  ollrir,  une  série  de  tombeaux  chrétiens, 
antérieurs  à  Dioclétien,  élevés  à  ciel  ouvert.  La  Phry- 
gie  présente  donc  les  exemples  suivants  : 

'Pcou.a:a>v  ttXfUt'cp  Or,<T£i  6i?y0.'.a  "/p'JTÎ.  K.T.X.  2,  Iliéro- 
polis,  fin  du  11e  siècle; 

oôxre:  elç  TbTa;j.Eîov...  3.  ApaméeCibotos,  en  l'année  C5G; 

ô^cei  tg>  ieptoràTw  Ttxu.S!u)...  A,  Apamée  Cibotos; 

Sôxtei  et;  tôv  çp;rr*ov... 5.  Apamée  Cibotos,  en  l'année 
347; 

e'kjosoei  Esc  xr,v  IvJaEvfiov  fScrj}.-/]-/  zpocTi[Aou  '/.âpiv  [8ï)- 
veJpta....]  6,  Euménie; 

8r,<T£t  etç  t'o  tëpwraTov  Taasïov  ',  Apamée  Cibotos: 

8^(7Ei  îç  t'o  TaaEÏov  Tcpoare:u.o'j  8ï)vdcpia  9'  8,  Euménie. 

La  muleta  sepulcralis  avait  donc  un  effet  juridique. 
Le  juge  la  prenait  pour  base  d'évaluation  au  cas  de  la 
violation  de  sépulture,  car  la  loi  prescrivait  d'apprécier 
la  gravité  de  l'outrage,  le  dommage  causé  au  sépulcre, 
l'audace  du  profanateur,  le  profit  qu'il  a  retiré  de  son 
crime  9.  Sanctionnée  par  l'autorité  du  préteur,  la  vo- 
lonté du  mort  devenait  donc  ainsi  loi  pénale. 

Trois  fragments  d'épitapbe  trouvés  à  Platée  (Béotie) 
nous  offrent  une  mention  d'un  état  d'esprit  analogue 
qu'il  importe  de  signaler  à  cause  du  tour  général  de  la 
composition.  Cette  petite  pièce,  dont  la  langue  et  la 
métrique  sont  d'ailleurs  déplorables,  offre  d'incontes- 
tables réminiscences  homériques  qui  s'expliquent  aisé- 
ment par  des  emprunts  à  un  formulaire  de  lapicide, 
mais  qui  ne  laissent  pas  de  montrer  à  quelle  source  on 
a  pu  prendre  les  expressions  ri;  ffûXvjo'ev,  «ç  uT/.ectsv  qui 
rappellent  la  forme  môme  des  imprécations  païennes 
contre  les  violateurs  de  sépultures  : 

a)  Tîjafie  izi.-çi\ç  tocço;  o<tûe  çiXoÇevov  svtoç  Èipy(s), 
-/puiTï)v  ^xEîmavrçv,  xp(s);TO-ova   'AXxivôVj* 
(jer)  Xâ6/-,ç  [xoyÉwv,  EÎ7usp  ov[o?]ij[ai]  xp(e)'a  xaTE7r(£)iye[, 
àXX'  evtxpo[t6]sv  avfotjîov,  oOsv  6Jpa  armait  tgjôe. 
1i)  [Eï  ■:]>.;  poJ>ETat  àv[oi]:[ae],  p^fti];  È7râvti>Gïv  à[vo(Çr,,] 

<rr][jLa  yàp  oOrw  TEruxT[ai],  7ipôaOEv  àv[oi]yô'u.E[vov]. 
c)  Tcç   ID.aTatav  G'ïkrj<te(v) ;  -ri;  (o'Xectev  ôpu.ov  à [71] i vrai [v] 
i2xE7iTiavr,v  7t)  [ov<ri]a[v],  sjtXôUivov  xai  çi/ô/pit:g[v], 
O'jvexev  ev  itapaS(E)i«Tu)  <tjv  àOavât'Hj  Xâys  xXrjpo[v] 

a-Jx»)  xa't  ■n6[nn,  0;  t]o[vS]e  u-u  xâçov 
êff[X]b;  [ Tk'i)  Jôjiopoç,  <j?tX6[7TT]oXe; 10. 

«  ...Si  l'on  ravage,  si  l'on  détruit  Platée  (que  l'on 
respecte  le  tombeau  de?)  la  riche  Sceptiané,  la  femme 

•  F.  Cumont,  Les  inscript,  chrét.  de  l'Asie  Mineure,  dans  les 
Mélanges  de  l'École  française  de  Home,  1895,  p.  207.  26s.  Cf. 
E.  Le  Blant,  L'épigraphie  chrétienne  en  Gaule  et  dans  l'Afrique 
romaine,  in-8°,  Paris.  1890,  p.  52;  C.  Bayct,  De  titulis  Atticst 
christianis  antiquissimie,  in-8*,  Lutetiœ Parisiorum,  1878,  p.  52; 
Ottn  Hlrschfeld,  Zur  Gesch.  des  Christenthums  in  Lugdunum 
vvr  Constantin,  dans  les  Sitzungxberichte  der  kôniglich  preus- 
sisclten  Akaitcmie  der  Wissenschaftetl  :u  Berlin,  1895,  p.  20, 
n.  2;  G.  Marin i,  Iscrizioni  antiche  délie  ville  e  de  palazzi  Albani, 
in-'i°.  Roma,  1785,  p.  73-77;  Cod.  Theod.,  1.  IX,  tit.  xvn,  1  et  4, 
S.  Maffel,  Muséum  Veronense,  p.  364,  n.  1;  J.  Orclli,  Fnscriplio- 
num  lalinarum  selectarum  umplissima  eollectio,  in-8*,  Turlci, 
1828-1856,  n.  4393,  4432;  R.  Fahrelti,  Inscriptionum  antiquarum, 
qun'  in  œdibus  palcrnis  asservantur -,  explicatio,  in-fol..  Il 
1702,t.  1,  p.309;t.  n,  p.  175,190,  253,  etc.  Voir  ABERCII  IS 
*  L.  Dnchesne,  dans  les  Mélanges  de  l'Ecole  française  de  Rome, 
in-8«,  Rome,  1895.  p.  157,  168.  —  3  Bulletin  de  corresp.  hellé- 
nique, t.  XVII,  p.  24S.  —  *  Revue  des  études  grecques,  t.  11,  p,  36. 
—  "  Ibid.,  t.  11,  p.  35.  —  •  Le  Bas  et  Waddington,  Voyage  archéo- 


hospitalière,  aimée  du  Christ,  qui  a  obtenu  le  paradis 
avec  les  immortels...  » 

III.  Les  saints  protecteurs.  —  Le  souci  de  se  donner 
un  protecteur  pour  l'éventualité  toujours  menaçante 
d'être  rejeté  de  son  tombeau  lut  peut-être  le  mobile 
principal  qui  contribua  à  l'expansion  d'une  coutume 
dans  laquelle  il  faut  voir  chez  les  uns  un  calcul  pour  se 
procurer  une  sauvegarde,  chez  d'autres  un  acte  de  piété 
fervente  et  désintéressée.  On  parlera  ailleurs  de  ce  qui  a 
trait  aux  cimetières  (voir  Cimetière),  et  des  différents 
modes  d'inhumation  pour  les  fidèles,  il  ne  sera  question 
ici  que  de  l'usage  qu'eurent  nos  pères  de  faire  placer 
leur  sépulture  à  proximité  des  corps  saints  et  des  mar- 
tyrs. Deux  documents  nous  apprennent  le  motil  de  cette 
recherche,  nous  les  rapprochons  l'un  de  l'autre  parce 
qu'on  ne  peut  douter  que  celui  de  Trêves  ne  soit  inspiré 
ad  verbuin  par  celui  de  Turin. 

Et  in  corpore  nos  vivantes  custodiunt  [martyres]  et 
de  corpore  recedentes  excipiunt,  hic  ne  peccatorum  nos 
labes  adsumat,  ibi  ne  inferni  horror  invadat.  Nam 
ideo  hoc  a  majoribus  provisum  est  ut  sanclorum  ossi- 
bus  noslra  corpora  sociemus,  ut  dum  illos  Tartarus  me- 
tuit,  nos  pœna  non  tangat,  dum  illis  Chris  tus  illuminât, 
nobis  tenebrarum  caligo  diffitgiat11. 

VRSINIANO   SVBDIACONO    SVB    HOC    TVMVLO 

[OSSA 

QVIESCVNT  Ja    QVI   MERVIT    SANCTORVM   SO- 

i[CIARI  SEPVLCRI  (s) 

QVEM    NEC     TARTARUS     FVRENS     NEC    PŒNA 

[S/EVA  NOCEBI  [•) 
HVNC    TITVLVM    POSVIT    LVPVLA    DVLCISSIMA 

[CONIVX 
5    RVKD-  VIXIT  ANNIS-XXXIII'S 


Saint  Ambroise  exprime  une  semblable  confiance  : 
Habeo  plane  pignus  meum,    quod   nulla   mihi  } 
grinatio  possit  avcllerc;  habeo  quas  compleclar  reh- 
quias;  habeo  tumulum  quem  corpore    tegam,  liabeo 
sepulcrum  super  qnod  jaceam  ;  et  commendabUioi 
Deo  futurum  esse  mè  credani,  quod  supra  sancti 
poris  ossa  quiescam  13. 

On  trouve   la    preuve  d'une   préoccupation   analogue 
dans  d'autres  sépultures  célèbres.  Avitus  fut  enten 
Brioude,  aux  pieds  de  saint  Julien  '»,  sainte   Kustelle, 
tout  proche  du  tombeau  de  saint  Eutrope  15. 

La  plus  illustre  des  sépultures  en  ce  genre  fut  celle 
de  sainte  Paule  appliquée  à  la  crèche  de  Bethléhem  "  et 
qui  rappelle  une  épitaphe  que  nous  crojons  pouwn- 
attribuer  au  in*  siècle  : 

SOLVS  DEVS  ANIMAM  TVAM 
DEFENDAD  ALEXANDRE»' 


logique  en  Grèce  et  en  Asie  Mineure,  gr.  in-4',  Paris,  t.  ni. 
n.  740.  —  'Corpi  grascar.,  n.    3968.  —  'Journal 

<>1  hellenic  sludits.  t.  IV,  p.  400.  —  'Cod.  Theod.,  1.  IX,  tit-  xix, 
De  sepulchro  violato,  §  8.  Ci.  Daniel  Lacombe,  Le  droit  itiné- 
raire à  Home,  in-8*,  Paris,  1886,  p.  190-210.  —  ">G.  Dittei 
ger,  Inscript,  grmete,  dans  Corp.  inscr.  grtec.,  Berolini,  1892, 
t.  1,  n.  1686-1688.  CI.  F.  Decoarme,  lnscript.  ined.  de  H 
dans  les  Archiv.  des  miss,  scientif.,  1'  série,  t.  m,  p.  507,  n.  15.  — 
"  Maxime  de  Turin,  Homil..  i.xxxi,  In  tint.  SS.  Taurinorum 
mem.,  P.  L.,  t.  lvii,  col  VJT,  128.  —  l!E.  Le  Blant,  Inscr.  chrét. 
de  la  Gaule,  n.  293.  —  ,s  S.  Ambra  stu  fratrie  sut 

Satyri,  P.  L.,  t.  xvi.  col.  1352.  —  "  Grégoire  de  Tours,  Hist. 
Franc,  n,  11,  dans  les  Monum.  Germanise,  1.  1,  B.  Krusch,  Script, 
rerum  merovingicurum,  in-'r,  Hann, >vei:c.  1NN\  p.  79.  —  ,%Acta 
sanct.,  april.  t.  lu,  p.  735.  —  "S.  Jérôme,  Vtto  Paulm,  dans  Acla 
«met.,  jannar.  t.  m,  Cel.  3:17.  —  "Perret,  Les  catacoml: 
Home  :  architecture,  peintures  murales,  inscriptions,  figures 
et  symboles  de  pierres  sépulcrales,  etc.,  des  cimetières  des 
premiers  chrétiens,  in-fol.,  Paris,  1853-1856,  l.  v,  pL  LXXV, 


489 


AD   SANCÏOS 


490 


Une  épitaphe  de  la  Viennoise,  de  l'année  315,  servira 
à  la  lois  de  texte  et  de  commentaire  à  la  coutume  que 
nous  étudions,  tellement  elle  est  catégorique  : 

PANTAGATVS  FRAGILEM  VITAE  CVM    LINQVERIT 

[VSVM 
MALLVIT  HIC  PROPRIAE  CORPVS   COMMITTERE 

[TERRAE 
QVAM  PRECIBVS  QVAESISSE  SOLVM-SI    MAGNA 

[PATRONIS 
MARTYRIBVS  QVAERENDA  QVIESSANCTISSIMVS 

[ECCE 
CVM     SOCIIS     PARIBVSQVE     SVIS     VINCENTIVS 

[AMBIT 
HOS  ADITOS-SERVATQVE  DOMVM  DOMINVMQVE 

[TVETVR 
A     TENEBRIS  •  LVMEN     PRAEBENS     DE     LVMINE 

[VERO  a 

«  ...Panthagathus,  en  quittant  cette  fragile  existence, 
n'a  pas  voulu  solliciter  un  lieu  de  sépulture;  il  a  confié 
son  corps  à  cette  terre  qui  lui  appartient.  C'est  sous  la 
protection  des  martyrs  qu'il  faut  chercher  un  repos 
éternel;  le  très  saint  Vincent,  les  saints  ses  compagnons 
et  ses  égaux,  veillent  sur  cette  enceinte;  ils  gardent 
l'édifice  et  repoussent  les  ténèbres  en  répandant  un 
rayon  de  vraie  lumière  '.  » 

Dès  le  temps  des  persécutions,  la  pensée  de  l'enseve- 
lissement auprès  des  saints  commence  à  se  faire  jour. 
En  Afrique,  une  nécropole  chrétienne  se  forma  autour 
de  la  tombe  de  saint  Cyprien,  au  bord  de  la  route  de 
Mappala  2.  Saint  Ambroise  composa  l'épi taphe  qui  de- 
vait marquer  la  sépulture  de  son  frère  Satyre  dans  la 
crypte  et  à  gauche  du  martyr  saint  Nazaire  : 

VRANIO  SATYRO  SVPREMVM  FRATER  HONOREM 
MARTYRIS  AD  LAEVAM  DETVLIT  AMBROSIVS 
HAEC    MERITI     MERCES     AT    SACRI     SANGVINIS 

[HVMOR 
FINITIMAS  PENETRANS  ABLVAT  EXVVIAS^ 

Saint  Paulin  fit  transporter  le  corps  de  son  jeune  fils, 
Celsus, près  des  martyrsde  Complule (Alcala, en  Espagne). 

Que  m  Complutensi  mandavimus  in  urbe,  propinquis 
Conjunctum  tumuli  foncière  martyribus, 

Ut  de  vicino  sanctorum  sanguine  ducat, 

Qui  nostras  Mo  purget  sanguine  animas  *•  ! 

«  Nous  l'avons  envoyé  dans  la  ville  de  Complute,  pour 
qu'il  y  soit  associé  aux  martyrs  par  l'alliance  du  tom- 
beau, afin  que  dans  le  voisinage  du  sang  des  saints,  il 
puise  cette  vertu  qui  purifie  nos  âmes  comme  le  feu.  » 

Saint  Grégoire  de  Nazianzc  composa  un  grand  nombrs 
A'  Epigrammala  de  style  épigraphique  6  ;  nous  rappelle- 
rons ceux  qu'il  consacra  à  ses  parents,  Grégoire  de  Sasime 
et  Nonne. 

a)  Tei-ove;  £-ju,îv£oit£,  xa\  èv  y.oXTtoKTi  èl/oiOî 
Màprjps;  •ijj.S'uipoi;  a'tj.a  to  rpr,yopiorj. 


•E.  Le  Blant,  Inscr.  chrét.  de  la  Garde,  n.  492.  —  5C.-A.  La- 
vigerio,  De  l'utilité  d'une  mission  archéologique  permanente 
a  Carthage,  p.  47.  Cl.  Act.  S.  Maximiliani,  dans  Ruinart,  Acta 
tincera,  in-V,  Paris,  1689,  p.  311.  —  3Gruter,  loc.  cit.,  p.  mclxvii, 
ri.  2;  De  Rossi,  Inscr.  christ  urb.  nom.,  in-iol.,  1888,  t.  II,  p.  162, 
B.  :>:  Bull,  di  arch.  crist.,  1863,  p.  5;  1875,  p.  24.  —  *S.  Paulin, 
Pu 'in.,  xxv,  vs.  605  sq.,  P.  h.,  t.  LXI,  col.  689.  —  5Muratori,  Anec- 
dota  greeca, qu;c  exmss.codd.nunc  primumeruit,  latinodonat 
notis  et  disquisitionibus  auget,  in-4',  Patavii,  1709,  p.  44,  61,  91  ; 
R.  Cagnat,  dans  le  Bull,  archéol.  du  Comité  des  Irav.  his(.,  1891, 
p.  523,  n.  118.  —  e  Cf.  les  planches  de  Bosio,  Roma  sotterranea, 
in-iol.,  Roma,  1632;  De  Rossi,  Roma  sotte>-r.,  pi.,  et  Bull,  di  arch. 
crist.,  passim,  et  1863,  p.  2.  —  '  E.  Le  Blant,  Inscr.  chrét.  de  la 
-,  t.  i,  p.  432,  note  1,  et  n.  293.  354,  492.  —  8  E.  Le  Blant,  loc. 
cil.,  t.  i,  p.  432,  note  1;  t.  il,  p.  581,  et  le  Bulletin  monumental, 


•'.  .Martyrs  qui  êtes  tout  proche,  soyez  favorables  et  re- 
cevez dans  votre  sein  les  parents  de  Grégoire.  » 

(b  *i"uxr|  u.£v  TZTîp6g.aatx  7rpô;  oùpavôv  vîXu0£  Nôvvr,;, 
S(.i(xa  S'àp',  ix.  vyjoO  Màprjcri  7rap6£jj.£0a. 
Màpnjp£;  àXX'  ijtcooï/_CI£  6-joç  |A£fa,  tyjv  itoXv[.i.oj(8ov 
Sâpxa,  y.a\  v\).i-£oo<.z  a;.'[ia<7iv  iano\).i'rt]v. 

«  L'àme  de  Nonna  s'est  envolée  vers  le  ciel  et  nous 
apportons  son  corps  dans  le  voisinage  des  martyrs.  Dai- 
gnez recevoir  cette  illustre  oblation,  ô  martyrs,  ce  corps 
exténué  et  associé  à  votre  sang.  » 

Ce  qui  s'était  produit  à  Carthage,  dans  une  arca  à 
ciel  ouvert,  autour  du  tombeau  de  saint  Cyprien,  se 
produisait  ailleurs,  dans  les  catacombes  et  dans  les 
églises.  Une  épitaphe  récemment  découverte  en  Alrique, 
à  Aïn  el  Bab,  en  témoigne  : 

...]hENOVAI[... 
...pEDERAT  DATVSf... 
...]NS  AD  SANCTOS[... 
...|POS-VIXIT-M-X-V[... 
...|VII 

Cette  dévotion  intempestive  a  amené  la  destruction 
de  plusieurs  fresques  par  suite  des  entaillements  pra- 
tiqués pour  se  procurer  un  locidus1'  (fig.  93).  Par  une 
sorte  d'émulation  enfantine,  c'était  à  qui  serait  placé 
le  plus  près  de  la  tombe  vénérée.  A  mesure  que  l'on 
s'en  rapproche  les  sépultures  s'accumulent7;  le  même 
fait  s'observe  à  l'égard  de  l'autel,  qui,  on  le  sait,  ren- 
fermait toujours  quelques  reliques  des  saints  8.  Parfois, 
dans  le  chœur,  les  tombes  des  fidèles  s'étagent  sur  deux 
ou  trois  rangs  9  (fig.  94),  fait  qu'il  importe  de  noter,  puis- 
qu'il montre  l'ardeur  de  cette  dévotion,  assez  puissante 
pour  faire  surmonter  les  préjugés  antiques  sur  la  super- 
position des  cadavres.  Les  épitaphes  et  les  écrits  con- 
temporains fournissent  de  nombreux  exemples  :  FINI 
TIMAS  EXVVIASio.  —  PENITVS  CONFINE  SEPVL- 
CRO  1J  —  Supra  sancli  corporis  ossa12  —  Juxta  specum 
Domini13  — Juxta  corpus  sanctum1*  — Ad  pedes  mar- 
tyris,:>.  Parfois  même  les  fidèles  firent  construire  des 
églises  pour  y  être  ensevelis  'G. 

Ce  serait  sortir  des  limites  d'une  dissertation  que 
d'étudier  les  plans  des  cimetières  souterrains,  la  date  de 
leurs  développements  coïncidant  avec  la  déposition  dans 
telle  région  d'un  martyr  illustre,  et  de  continuer  ce 
travail  minutieux  sur  les  agglomérations  cimétériales 
postérieures  à  la  paix  de  l'Eglise.  Ces  recherches,  sur  les- 
quelles nous  reviendrons,  ne  pourront  manquer  d'éclairer 
les  plus  anciens  «  communs  »  liturgiques,  ceux  des  mar- 
tyrs et  des  apôtres,  en  localisant  par  régions  les  for- 
mules épigraphiques,  témoins  d'une  liturgie  dont  ils  sont 
pour  nous  les  trop  rares  incunables.  L'histoire  du  culte 
des  saints  trouvera  aussi  dans  celte  étude  les  éclaircis- 
sements qu'une  enquête  longue  et  exacte  peut  seule 
fournir. 


t.  xxii,  p.  591.  —  »  E.  Le  Blant,  Inscr.  chrét.  de  la  Gaule,  t.  n, 
p.  581.  —  "J.  Gruter,  Corpus,  p.  mclxvii,  n.  2.  —  u  Ibid., 
p.  mclxvii,  n.  14.  —  ,SS.  Ambroise,  De  excessu  Satyri,  P.  L., 
t.  xvi,  p.  1352.  —  ,s  S.  Jérôme,  Vita  Paulx,  dans  Acta  sanct., 
januar.  t.  ni,  col.  337.  —  '*  Baronius,  Annales,  anno  278,  S  3, 
p.  261.  —  "Grégoire  de  Tours,  Hist.  Franc,  n,  11,  dans  les  Mo- 
numenta  Germaniœ,  B.  Krusch,  loc.  cit.,  p.  79.  —  l0E.  Le  Blant, 
Inscr.  chrét.  de  la  Gaule,  t.  n,  p.  227,  607.  Cf.  pour  l'inscrip- 
tion de  Ratisbonne  :  Ebner,  Die  àltesten  Denkmaler  der  Christen- 
thums  in  Regensburg,  dans  la  Rômische  Quartalsclirift,  1892, 
t.  vi,  p.  153-179,  pi.  ix  ;  J.  Becker,  dans  les  Jahrbïichcr  des  Ve- 
reins  von  Alterthumsfreunden  im  Rhcinlandr,  t.  XXVI,  p.  168- 
170;  Analecta  bollandiana,  1895,  t.  xiv,  p.  211;  Eabretti,  In- 
scriptiones  domeslic.v,  cl.  x,  n.  478;  Bulletlino  archeologico 
napolitano,  in-4*,  Napoli,  juin-juill.  1853,  p.  15. 


491 


AD   SANCTOS 


402 


Mentions  épigraphiques  de  la  litmitlatio  ad  snnctos. 
§  I.  Rome. 

IN  CRVPTA  NOBA  RETRO  SANCTVS > 

DVLCIS  ANIMA  MANET  HIC  POLOCRONI  IN  LOCO 

SANCTO^ 
AD  SANCTVM  PETRVM  APOSTOLVM  a 
PARAVERVNT  SIBI  LOCVM  AT  IPPOLITV* 
LVCIVS  VRBANVS  HVIC  (sanctœ  Cœcilix)  PONTIFI- 

CES  SOCIANTVR5 
SERPENTIVS      EMIT      LOC[n]M...     AD     SANCTVM 

C[o]RNELIVM6 


in   hoc  sanclo  ET   RELIGIOSO    LOCO   POSITA  EST 

LICINIA'" 
SANCTORVMQVE     CVPIS     CARA     REQVIESCERE 

TERRAI 
MARTYRIS     AD      FRONTEM      RECVBENT      QVAE 

MEMBRA  SEPVLCRO  " 
AVXI LIANTE  LOCO  NAZARIVS....BE AT ILATERIBVS 

TVTVM  REDDVNT  2» 
SANCTORVM       GREMIIS       COMMENDAT       MARIA 

CORPVS2' 
REQVIESCVNT  MEMBRA  SACRATO  PRO  MERITIS 

DEVOTA  LOCO" 


93.  — Tombeaux  taillés  'lans  une  fresque   D'après  De  Rossi,  Roma  sotterranea,  t.  fil,  pi.  fi. 


HVIC  SANCTO  LOCO  SEPVLTVS' 

GAVDIOSA  DEPOSITA  IN  BASILICA  DOMINI    FELI- 

CIS« 
inlra  tua]  SANCTE  POSVERVNT  LIMINA  MARTYR  9 
ELEGI  SANCTI  IANITOR  ESSE  LOCI  "> 
KATEOAIMHN  IC  TO  ATEION  MAPTYPIN  '« 
EN0AAE      nAYAEINA       KEITA      MAKAPCON       ENI 

XGOPGO'2 

§  II.  Hors  de  Rome,  en  Italie. 

LOCVM IN  ORATORIV  SANCTI  ALEXANDRIE 

CVIVS    CORPVS    PRO     FORIBVS    MARTYRORVM 

CVM  LOCVLO  SVO  '* 
TALESEPVLCHRVM  SANCTA  BEATORVM  MERITO 

VICINIA  PRAESTAT'- 
l-HOC-SANCTORVM-LOCO-REQVIESCITPISINIO'6 

1  M.  A.  Boldctti,  Ossci'vazioni  sopra  i  cifMterj  de*  santi  mar- 
tiri  ed  antichi  cristiani  di  Roma,  in-lol.,  Roma,  1720,  p.  58.  — 

*  Ibid;  p.  58.  —  3P.  Aringlii,  Roma  subtcrranea,  t.  I,  p.  204.  — 

*  G.  Marchi,  Monumenli  délie  arti  cristiane  primitive  nclla 
metropott  del  cristianismo  désignait  ed  illustrati,  in-4-,  Roma, 
1844,  t.  i,  p.  150. —  *  A.  Mai,  Scriptorum  veteruni  nova  colle- 
rlw,  in-4-,  Roma?,  1831,  t.  V,  p.  46,  n.  1.  —  «De  Rossl,  Roma  soit.. 
t.  i,  pi.  xxvm,  n.  2.  —  7G.  Marin),  Atti  e  monumenti  de"  fratelli 
Arvali,  in-4',  Roma,  1795,  t.  n.  p,  505.  — "P.  Armghi,  loc.  eit., 
t.  i,  p.  214.  —  «ne  Rosai,  Bulletin  d'areh.  chrét.,  1876,  i>.  30,  éd. 
française.  —  >"  De  ltossi,  Bullettino,  1864,  p.  33.  —  "  A.  Lupi, 
Epitaph.  Sever.  mart.,  p.  34.  —  '•  Aringlii,  loc.  cit..  i.  i.  p,  122-193. 
—  ,3A  Tibur  :  Lupi,  Bpit.  Set»,  mort.,  p.  24,  "Ai  latane  :  Mttra- 
tori,  Xov.  thés,  inscr.,  p.  mi  Mxvi.n.  4.  —  lsA  Aquilee  :  Mommsen, 


g  III.  En  Gaule  : 

SANCTIS  QVAE  SOCIATA  IACET  23 

QVI  MERVIT  SANCTORVM  SOCIARI  SEPVLCP-      " 

QVIESCENTI  IN  PACE  MART[t/]RIBVS  SOCIATAE  ■'- 

SOCI[a«]A  m[artyribu]S** 

POSITV  EST  AD  SANCTOS- 

SANCTIS....  SOCIANDE  PATRONIS*» 

ANTE  PEDES  MARTINI  M 

AD  SANCTVM  MARTYRE-" 

i  IV.  lui  Espagne  : 
MALVI  ABERE  SACRVM  LOCVM  ■•' 

§  V.  En  Dalmatie  : 

On  ne  rencontre  qu'à  Salone    -.  en  Daims  ! 

exemplaire  unique,  une  mention  qui  constitue  une  sort* 

Corp.  inscr.  lat.,  t.  v.  n.  Ifi7s.  —  >«  ,\  Aquilée  :  Mommsen.  • 

lot.,  t.  v,  n.  1686.  —  "A  Vérone  :  M 
p.  clxxix.  —'•A  Milan  :  Gruter.  Corpus,  p.  mi.v.  n.  6  i  Mi- 

lan :  Gruter,  loc.  cil.,  p.  mi  \ .  n.  6.  —  '"A  verceil  :  Gauera,  ta  r. 
criât,  del  Piemonte,  p.  110.  —  -'  A  VerceH  :  Ibid..  p. 97.  —UA  Ver- 
ceil :  Ibid.,  p.  96.  —  toLe  Blant,  Inscr.  chrét.  de  la  Gault .  t.  I, 
p.  472.  -  "  Ibid.,  t.  i.  p.  472.  -  »  Ibid.,  p.  173.      ■'  V  id    | 
—  "Ibid.,  n.  41.  -  -*  Ibid.,  n   557.  —  '■'  Ibid..  n.  1S4.  -  "•  l>-..i  , 
n.  528.  —  3' Hùbner.   Inecr.  Hisp.  christ.,   in-4*.  Berolini.   1871, 
n.  158.      ~-  Bulic,  dansle  Bull,  di  arch.  ettoria  ttalmate 
lato,  1884,  t.  vu,  p.   114.  n.  56,  cf.  p.  148;  I  atal.,  p.  273,  n.49:  Je- 
lie.  i  huis  la  Un  m.  (Junrtalsch.  fur  <  hriStl.  AHerthumskundt 
Rom.,  1891,  t.  v.  p.  25,  DOt.  1  :  De  Rossi,  ilan;-  le  llnll.  di  arch 
ria  dalmatp,  t.  vm,  p.  iv  scr.  lat.,  t.  m,  suppl.,  n 


49C 


AD   SANGTOS 


494 


de  pelit  raffinement  dans  l'ordre  d'idées  que  nous  élu- 
dions : 

ARCELLAM 

WIIHI  CONDEDI-  AD  MEDIANVS 

MARTYRES   J0^ 

qu'il  faut  lire:  arculam  milti  condidi  admedianos  mar- 
tyres. C'est  une  demande  d'ensevelissement,  non  dans  une 
région  quelconque  de  l'église,  mais  dans  la  partie  centrale, 
dans  l'abside  qui  inarque  le  milieu  de  l'édifice  la  partie 
où  se  trouvaient  déposées  les  reliques  les  plus  illustres. 
Enfin  une  autre  inscription  découverte  il  y  a  peu 


tum)  dÇuniinï)  n(ostri)  Graliani  Aug(uslï]  III  et  Equir 
ti(i)  v(iri)  c(larissimi). 

CONSTANTI  CONIVX  PARVORVM 
MATER  HONORIA  DVLCIBVS 
EXIMIE  CARISSIMA  SEMPER  ET  VNA 
CONPLES  TERDENOS  QVAE  VITAM 
5   VIXERIT  ANNOS  MARTYRIBVS 

ADSCITA  CLVET  CVL  PARVVLA  CON 
TRA  RAPTA  PRIVS  PRAESTAT  TVMV 

Ll  CONSORTIA  DVLCIS 
DEPOSITA  VII  KAL  APRILES 


94.  —  Cercueils  superposés.  D'après  E.  Le  Blant,  Eludes  sur  les  sarcophages  d'Arles,  pi.  36. 


d'années,  dans  la  même  ville,  achève  de  nous  faire  voir 
la  popularité  dans  tout  le  monde  romain  d'une  croyance 
si  consolante  et  nous  révèle,  en  même  temps  qu'une 
belle  formule  :  marlyribus  adscita,  un  titidus  impor- 
tant pour  les  fastes  proconsulaires  de  l'Afrique.  Con- 
stantius  mourut  le  G  juillet  375  et  Honoria  sa  femme,  le 
20  mars. 

DEPOSI  TVS  CONSTANT 
IVS  V-  C  EX  PROCONSVL 
E  AFRICAE  DIE  PRID  NO 
NIVL  POST  CONSDNGRA 
5  TIANI  AVG-  III  ET  E 
QVITI  VC 

Depositus  Constanlius  v(ir)  c(larissimus),  exprocon- 
sule  Afrirœ,  die  pridie  non  (as)  Jul(ias)  posl  cons(tila- 

1  Bull,  di  arch.  ester,  dalmata,  1884,  t.  Vu,  p.  84,  n.  6;  Héron 
de  Vill'efbsse,  dans  Bullet.  trimest.  des  antiq.  africaines,  1884, 
p.  357,  n.  019.  Dans  le  titulus  les  deux  inscriptions  sont  en  regard 


Conslanti(i)  conjux  parvorum  mater  Honoria, 
Dulcibus  exiniie  carissima  semper  et  una, 
Comptes  ter  denos  quœ  vitam  vixerit  annos. 
Marlyribus  adscita  cluet,  cu[ï\  parvula  contra 
Rapla  privs  prwslat  lumuli  consortia  didiis 
Deposila  VII  kalendas  apriles1. 


La  plupart  de  ces  inscriptions  sont  postérieures  à  la 
paix  de  l'Eglise,  époque  à  laquelle  le  goût  de  l'enseve- 
lissement auprès  des  corps  saints  se  développa  beau- 
coup à  cause  des  facilités  qu'offraient  les  nécropoles 
nouvelles.  Comme  il  semble  que  tout  ce  qui  touche  au 
christianisme  de  l'empereur  Constantin  doive  garder 
quelque  air  d'incertitude,  Eusèbe  et  saint  Chrysostome 
sont  en  contradiction  au  sujet  de  la  sépulture   de  ce 

l'une  de  l'autre.  Voy.  encore  une  inscription  de  Tanagre  en  Béotie, 
v-vi'  siècle,  publiée  par  L.  Duchesne,  Inscription  chrétien/te  de 
Tanagre,  dans  le  Bull,  decorresp.  hellénique,  1879,  t.  III,  p.  144. 


495 


AD   SANCTOS 


4CG 


,/L'inci'  qui  voulut,  dit  Eusèbe  ',  être  enseveli  à  Constan- 
linople  au  milieu  des  douze  monuments  qu'il  avait  lait 
élever  aux  saints  apôtres,  ne  doutant  pas  qu'il  n'en 
reçût  un  grand  secours.  Saint  Chrysoslome  -  dit  de  son 
coté  que  le  tombeau  était  placé  dans  le  vestibule  de  la 
basilique,  ce  que  le  savant  Valois  expliqued'une  transla- 
tion du  corpsdans  le  portique  construit  postérieurement, 
opérée  par  l'ordre  de  quoiqu'un  de  ses  successeurs. 

L'usage  que  nous  étudions  se  pratiqua  tort  au  delà  de 
l'époque  qui  marque  la  limite  de  ce  travail.  Un  diplôme 
de  Clovis  (653)  contient  la  mention  suivante  :  in  quo 
eciam  loco  genctorcs  noslri  Don  mus  Dagoberlhus  et 


itlum  mi]HC  FELICIS  HABET  DOMVS  ALMA  BEATI 
algue   ila  par  lo]N[g\OS  SVSCEPTVM  POSSIDET 

[ANNOS 

5  palromispl]AC\TO  LAETATVR  IN  HOSPITE  FELIX 

sic    protec]TVS      ERIT      IVVENIS      SVB      IVDICE 

[CHRISTO 
cum   tuba    terri]    BILIS    SONITV    CONCVSSERIT 

[ORBEM 
humanœque    ani]MAE     RVRSVM     IN     SVA    VASA 

[REDIBVNT 
felici  merilo]  HIC  SOCIABITVR  ANTE  TRI  [bunal 
lOinlerea]   IN   GREMIO  AB R AH AM [cum  pace  quiescit 


Cj.  —  Graffite  sur  une  dalle  trouvée  dans  le  cimetière  ostiieni  D'après  le  Bullettino  di  archeologia  cristiana,  1880,  pi.  3. 


Damna  Nanthechildis  videntur  requiescere  ut  per  inler- 
cessionem  Sanclorum  illorum  in  cadesti  lïegno  cum 
omnibus  Sanctis  mereanl  particepari  et  vitam  mternnm 
percipere3.  Les  personnages  visés  ici  sont  le  pseudo- 
aréopagite  et  ses  compagnons,  patrons  de  Paris*.  On 
trouve  des  documents  portant  des  mentions  analogues 
dans  un  grand  nombre  de  chroniques  anciennes3. 

Un  examen  trop  rapide  des  formules  que  nous  venons 
de  transcrire  laisserait  penser  qu'il  n'existe  entre  elles 
que  dos  variantes  sans  importance.  Plusieurs  touchent 
cependant  à  une  doctrine  chère  à  l'antiquité  chrétienne, 
celle  du  secours  que  l'âme  recevait  des  saints  lors  de  sa 
comparution  devant  Dieu6.  Il  nous  reste  de  cette 
croyance  plusieurs  monuments  remarquables.  Nous 
avons  parlé  ailleurs  d'un  graffilo  représentant  un  défunt 
entre  ses  deux  protecteurs  ',  on  peut  en  rapprocher  le 
groupe  de  la  Vierge  dans  le  sarcophage  d'Adelphia. 
Voir  Adki.piiia.  Nous  citerons  ici  l'inscription  célèbre  de 
Cynegius  (probablement  composée  par  saint  Paulin  de 
Noie)8,  dont  la  sépulture  fut  l'occasion  du  traité  de  saint 
Augustin  :  De  cura  gerenda  vro  mortuis.  Un  fragment 
en  a  été  retrouvé  clans  le  cimetière  de  Cimitile,  à  Noie  9  : 

exegit  t[ITAM  FLORENTE  CINEGIVS  AEVO 
et  lxlu\S    SANCTA    PLACIDAE     REQVIESCIT    IN 

[AVLA 

1  Eusèbe,  Vita  Constantini,  1.  IV,  c.  l.\,  P.  G.,  t.  \\,  col.  1209. 
—  *  S.  Jean  Chrysostome,  Homil.,  xxvi,  In  epist.  n  ad  Corinth., 
P.  G.,  t.  lxi,  col.  575.  —  sfT.  Marini,  ;  papiri  diptomatici  rac- 
colti  cd  illustrati,  in-iol.,  Rouia,  1805,  p.  99.  —  'E.  Le  Blant, 
Inscr.  chrét.  de  la  Gaule,  n.  201.  —  5  L.  d'Acher; .  Spicilegium, 
t.  il,  p.  359,  476,  et  t.  in,  p.  303,  le  testament  de  Perpétuus  (qui 
esl  .ipocrypho).  — °  CI  H.  Rosweyde,  note  de  la  page  847  à  l'édi- 
tion de  S.  Paulin,  Antw.,  1G22;  P.  de  Guussainvillc,  Vindicte  dia- 


D'autres  textes  confirment  cette  doctrine  : 
A  Verceil  »°  : 

IN  XPÔ  VIVENS  AVXILIANTE  LOCO  [BEATI 

NA[z]ARIVS     NAMQVE      PARITER      VICTORQVE 
LATERIBVS     TVTVM      REDDVNT      MERITISQVE 

[CORONANT 
O  FELIX  GEMINO  MERVIT  QVI  MARTYRE  DVCI 
10AD  DEVM  MELIOR[e]  VIA  REQVIEMQVE  MERERI 

A  Rome  '  '  : 

PRO  VITAE  SVAE 

to>-]TIMONIVM  SANCTI  MARTYRES 

APVD  DEVM  ET>£ 
ERVNT  ADVOCATI 

Enfin,  quelques  inscriptions  étendent  cette  protection 
au  corps  et  à  l'âme  : 

MARTYRIBVS      DOMINI      ANIMAM      CORPVSQVE 

TVENDO'2 
COMMENDANS    SANCTIS    ANIMAM    CORPVSQVE 

FOVENDVM  la 

Peut-être  y  a-t-il  ici  un  dernier  écho  des  polémiques  sur 
la  résurrection  des  corps.  Nos  pères  ne  comptaient  pas 

logorum  S.  Gregorii  pape,  in-12,  Paris,  1705.  —  'De  Rossi, 
Bull,  rtiarch.crist..  1880,  pi.  tu.  -  si',.  Marini,  I  |    244.  — 

'Mommsen,  Inscript,  teg.  Neapol.  latinse,  in-fol.,  Lipsise.  1RS, 
n.  2075;  Corp.  inscr.  lai.,  t.  x,  n.  1370.  Los  sup]  léments  sont  de 
J.-B.  De  Rossi.  —  '•Bru  rcelleei,  in-s 

race,  1872, p.  319,  n.  135;  Mommsen,  Corp,  inscr.  lat.,  t.  v,n. 6739. 
—  "  DeRosal,  Bull,  di  arch.  criât.,  18t54,  p.  34.  —  «Gazzera. 
crist.  dcl  Piemonte,  in-'i\  Torino,  IS'iO,  p.  80.  —  "  Item,  p.  103. 


497 


AD   SANCïOS 


498 


seulement,  en  obtenant  l'ensevelissement  auprès  îles 
saints,  s'assurer  leur  protection;  c'était  une  sorte  de 
société  qu'ils  formaient  avec  eux  et  qu'ils  espéraient 
continuer  dans  le  ciel.  Théodoret  raconte  que  saint 
Jacques  rassembla  les  reliques  des  martyrs  voulant  vivre 
ici-bas  dans  leur  compagnie  et  ressusciter  avec  eux1. 
On  retrouve  celte  préoccupation  sur  une  épitaphe  de  la 
Viennoise"2  : 

RESVRRECTVRVS  CVM 
SANCTIS 

et  sur  une  inscription  d'Espagne  3  : 

[TVENDVM 
TVNERE  PERFVNCTVM  SANCTIS  COMMENDO 
VT  CVM    FLAMMA  VORAX    VENIET    COMBVRERE 

[TERRAS 
COETIBVS  SANCTORVM    MERITO  SOCIATVS   RE- 

[SVRGAM 

Nous  rapprocherons  de  ces  textes  celui  d'antiques  orai- 
sons :  Ut  quum  dies  ille  resurrectionis  ac  remunera- 
tionis  advenerit...  non  cum  inipiis  et  peccatoribus,  sed 
cutn  sanctis  et  eleclis  luis  eos  adstare  prsecipias  4. 

Propitiare,  Domine,  supplicationibus  nos  tris  pro 
anima  et  spiritu  famali  lui  III.,  cujus  hodie  anima 
dies  agitur,  pro  qua  tibi  offerimus  sacrificium  laudis, 
ut  eam  sanctorum  luorimi  consortio  sociare  digneris  5. 

Dans  son  traité  :  De  cura  gerenda  pro  mortuis,  saint 
Augustin  taisait  remarquer  à  plusieurs  reprises  que  la 
sépulture  dans  le  voisinage  d'un  corps  saint  est  inutile 
si  les  survivants  ne  lont  pas  à  Dieu  des  prières  lerventes 
pour  le  détunt6.  Saint  Maxime  de  Turin  enseigne  la 
même  doctrine  '.  On  en  trouve  comme  le  retentissement 
dans  cette  épitaphe  romaine  8  : 

[PIORVM 
n]\L  IVVAT  IMMO  GRAVAT  TVMVLIS  HAERERE 
SANCTORVM  MERITIS  OPTIMA  VITA  PROPE  EST 
co]RPORE  NON  OPVS  EST  ANIMA  TENDAMVS  AD 

[ILLOS 
q]VAE    BENE    SALVA    POTEST    CORPORIS    ESSE 

[SALVS 

Le  levé  topographique  du  sol  des  anciennes  basiliques 
démontre  que  la  place  était  vraiment  prise  d'assaut. 
Cela  tient  à  une  idée  qui  se  répandit  que  le  fait  de  la 
sépulture  ad  sanctos  rachetait  les  péchés  d'une  vie  dis- 
sipée. De  graves  paroles  comme  celles  de  l'archidiacre 
Sabinus  que  nous  venons  de  citer,  demeuraient  sans 
écho.  L'exemple  cependant  tombait  de  haut.  Le  pape  Da- 
mase  se  relusa  la  consolation  de  reposer  auprès  du  tom- 
beau des  saints 9  : 

[DERE  MEMBRA 
HIC  EGO  DAMASVS  FATEOR  VOLVI  MEA  CON- 
SED  CINERES  TIMVI   SANCTOS  VEXARE  PIORVM 

Les  chrétiens  s'inquiétaient  peu  de  ces  leçons.  En 
381,  une  loi  de  Gratien,  Valentinien  et  Théodose  déten- 
dit d'ensevelir  dans  les  temples  des  apôtres  et  des  mar- 
tyrs 10.  Ce  n'était  que  la  remise  en  vigueur  des  anciennes 
lois  tombées  en  désuétude,  d'abord  au  profit  de  quelques 
citoyens  illustres  de  la  Home  ancienne  ",  plus  lard  en 

*  Rosweyde,  Vitse  Patrum,  1.  IX,  c.  xxt,  P.  L.,  t.  lxxiv,  col.  91 
Pliiloth.,  c.  xxi,  P.  G.,  t.  LXXXil,  col.  1293  sq.  —  2E.  Le  Blanl, 
inscr.  chrét.  de  la  Gaule,  n.  419.  —  ■'  E.  Hûbner,  inscr. 
hisp.  christ.,  n.  158.  —  *  Missale  mixtum  mozarab.,  P.  L., 
t.  i.xxxv,  col.  1032  —  5D.  Ménard,  Liber  sacramentorum,  dans 
S.  Gregorii  Magni,  Overa,  Super  oblata,  P.  L.,  t.  lxxviii, 
col.  217.  —  «S.Augustin,  De  euro,  etc.,  6,  7,  22,  P.  L.,  t.  xl, 
col.  596,  597,  609.  —  'S.  Maxime  de  Turin,  tiomil.  m  natal. 
SS.  Taurinensium,  P.  L.,  t.  i.vu,  col.  430.  —  "  De  Rossi, 
Bull,  di  arch.  crist.,  1864,  p.  33.  —  '  Carm.,  xxxm.  P.  L., 
t.  xiii,  col.  408.  —  10  L.  II,  cod.  De  sacrosanctis  Ecclesiis.  — 
"  Dion  Cassius,  Hist.  Rom.,  l.'XLIX,  vil.  —  <5E.  Le  Blant,  Inscr. 
chrét.  de  la  Gaule,  t.  Il,  p.  221.  —  '3  Grégoire  de  Tours.  Vite 
Patrum,  1.  XVII,  c.  iv,  P.  L.,  t.  t.xxi,  col.  1082.  —  "G.  Depping, 


faveur  des  saints.  «  A  Trêves,  dit  E.  Le  Blant12,  trois 
tombes  gardaient  les  portes  et  repoussaient  les  fléaux 
de  l'enier  ' 3  ;  à  Tours,  la  châsse  de  saint  Martin  '*  ;  Rome 
et  Nantes  confiaient  leur  salut  aux  princes  des  Apôtres  '■> 
et  Nisibe  n'appartint  aux  barbares  qu'en  perdant  le 
corps  de  saint  .Jacques  10.  » 

A  Guelma  {Calania),  dans  la  Numidie  proconsulaire, 
on  comptait  également  sur  la  protection  des  martyrs11  : 

5    .     .     .     PATRICI        SOLOMON-      INSTITUTION. 

[NEMO 

EXPVGNARE     VALEVIT      DEFENSIO      MARTIR- 

[TVET[w]R  POSTICIVS  IPSE 

CLEMENS    ET    VINCENTIVS    MARTIR-CVSTOD. 

[IN[(]ROITVM  IPSV 

Des  fidèles  confondaient  le  patronage  de  la  cité  avec 
la  sauvegarde  ue  leur  propre  sépulture.  Un  prêtre, 
nommé  Silvius,  bâtit  à  Ivrée  une  église  dans  laquelle 
il  se  fit  inhumer  auprès  de  sainte's  reliques,  que  l'on 
suppose  être  celles  des  saints  Sabinus,  Tégulus  et  Bessus, 
anciens  patrons  de  la  ville.  Sur  la  tombe  on  lisait18  : 

MARTYRIBVS     DOMINI    ANIMAE    CORPVSQUE 

[TVENDO 
GRATIA  COMMENDANS   TVMVLO  REQVIESCIT 

[IN  ISTO 
SILVIVS      HIC      PLENO      CVNCTIS      DILECTVS 

[AMORE 
PRESBITER  AETERNAE    QVAERENS  PRAEMIA 

[VITAE 
5     HOC  PROPRIO   SVMPTV    DIVINO   MVNERE    Dl- 

[GNVS 
AEDIFICAVIT     OPVS     SANCTORVM     PIGNORA 

[CONDENS 
PRAESIDIO    MAGNO    PATRIAM    POPVLVMQVE 

[FIDELEM 
MVNIVIT    TANTIS    FIRMANS  CVSTODIBVS  VR- 

[BEM 

La  législation  nous  montre  combien  peu  lurent  obser- 
vées les  délenses  laites  par  le  pouvoir  civil  et  par  les 
autorités  ecclésiastiques.  La  promulgation  périodique  de 
nouvelles  lois  reproduisant  les  mêmes  dispositions  le 
prouve  suffisamment.  Un  canon  du  VIe  concile  de  Car- 
tilage rouvrit  peut-être  la  porte  à  des  abus  en  exigeant  qu'à 
l'avenir  toutes  les  églises  possédassent  des  reliques  : 
El  omnino  nulla  memoria  martyrum  probabiliter  ac- 
cepletur  nisi  aut  ibi  corpus  aul  alignée  cerise  reliquix 
sint19.  Il  fallut  bientôt  parer  aux  conséquences  de  cette 
discipline.  Un  concile  de  Drague  prescrit  l'établissement 
d'un  cimetière  autour  de  la  basilique  afin  d'éviter  les 
empiétements  que  n'arrêtait  même  pas  la  sainteté  de 
l'autel  :  Corpora  anliguitus  in  ecclesia  scpulta,  nequa- 
quam  jjrojicianlur,  sed  pavimenlo  desuper  f'aclo,  nutlo 
lumidorum  vestigio  apparente,  ecclcsiec  reverenlia  con- 
servelur.  Ubi  vero  lioc  pro  mullitudine  cadaverum 
difficile  sit  facere,  locus  ille  cœmelcrium  et  pohjan- 
drium  habealur,  ablato  inde  altari,  et  constituto  ubi 
religiose  sacri/icium  Deo  valeat  offerri 20.  Un  concile  de 

Les  expéditions  des  Normands,  in-8%  Paris,  1844,  p.  75.  —  "Pro- 
cope,  De  bello  gothico,  1. 1,  c.  xxm  ;  1.  II,  c.  iv  ;  Fortunat,  Miscell., 
m,  vu,  P.  L.,  t.  lxxxviii,  col.  126.  —  '"Gennade,  De  illustr.  viris 
libellus,  c.  i,  P.  L.,  t.  lviii,  col.  10G2.  —  "  Corp.  inscr.  t.  vm, 
n.  5352;  L.  Rénier,  Inscr.  de  l'Algérie,  n.  2746;  E.  Le  Blant, 
Inscr.  chrét.  de  la  Gaule,  t.  n,  p.  429;  Gazzera,  lscr.  crist.  del 
Piemonte,  p.  80.  Cl.  S.  Augustin,  De  civit.  Dei,  1.  I,  c.  i,  P.  L., 
t.  xli,  col.  14;  Prudence,  Peristeph.,  hymn.  xiv,  P.  L.,  t.  LX, 
col.  593  sq.  ;  S.  Maxime  de  Turin,  Homil.  m  nat.  SS.  Jaurinen- 
sium,  P.  L.,  t.  LV1I,  col.  430.  —  18  Gazzera,  loc.  cit.,  p.  80.  — 
"'  Can.  14,  an.  398;  Labbe,  Concilia,  in-iol..  Paris,  1672,  t.  n, 
col.  128.  Ci.  Hétélé,  Histoire  des  conciles,  trad.  Helarc,  in-8", 
Paris,  1869,  t.  n,  p.  262.  —  *>  Can.  17,  an.  895  dans  Labbe,  Con- 
cilia, t.  IX,  col.  450. 


499 


AD   SANCTOS 


300 


Tribur  s'exprime  de  rrième  e1  un  cation  d'un  concile 
dont  le  lieu  ne  peut  être  identifié  est  ainsi  conçu  :  Ut 
altariaalibi  eonsecrari  non  debeant,  vint  in  /lis  lànlum 
ecclesiis  ubi  corpora  sepulta  sint1.  Malheureusement 
ces  décisions  si  catégoriques  n'étaient  pas  observées  ou 
ne  l'étaient  que  peu  de  temps.  Les  canons  sont  remplis 
de  prescriptions  sur  la  matière.  A  Auxcrre  on  interdit 
rinhumation  dans  les  baptistères'-.  A  Nantes  on  renou- 
velle les  dispositions  prescrites  à  Drague3.  Le  VIe  con- 
cile d'Arles  cherche  à  raviver  l'antique  législation  :  ut 
de  sepeliendis  in  basilicis  mortuis  Ma  constilutio  ser- 
vetur,  r/uœ  ab  antiquis  Patribus  conslituta  est  *.  La 
même  année,  le  concile  de  .Maycnce  :  nutlus  mortuus 
infra  ecclcsiant  sepeliatur,  nisi  episcopi  aut  ubbates, 
aut  digni  prcsbyteri,  aut  fidèles  laici^.  A  la  fin  de  ce 
siècle,  le  canon  déjà  cité  du  concile  de  Tribur  :  Secun- 
dum  stalula  sancioruni  Patrum  et  expérimenta  mi- 
raculorum ,  prohibenius  et  prwcipimus  ut  deinceps 
nullus  laicns  in  ccclesia  sepeliatur6. 

La  législation  civile  fut  obligée  à  de  semblables  rap- 
pels. L'une  et  l'autre  s'appuient  sur  l'antique  coutume 
romaine  qui  exclut  les  cadavres  de  l'enceinte  des  villes  \ 
car  les  conciles  prétendent,  assimiler  les  privilèges  des 
églises  à  ceux  des  cités  d'autrefois.  Les  prohibitions 
n'obtinrent  qu'un  médiocre  résultat";  cependant  l'in- 
terdiction portée  par  la  loi  de  381  amena  une  diminu- 
tion assez  considérable  du  nombre  des  sépultures  ad 
sanctos.  Une  inscription  romaine  de  382  est  ainsi 
libellée  »  : 

JA   IN    DOM   CVLTRIX 
NVTRIVIT 
]VIS 

amatrix  pau]PEnORVN\ 
qùm  pro  tnnta\N\ER\TA  ACCEPIT 
sepulcrum  'inlra   /]IMINA  SANTORVM 

wmsmmm  accepit 

quod  niulti  cuphi\m  ET  RARI  ACCIPIVNT 
Antonio  et  s]VAGRIO  COS 

Cette  inscription  ne  nous  apprend  pas  seulement  qu'à 
Rome,  les  concessions  étaient  rares10,  nous  y  voyons  en 
outre  le  motif  sur  lequel  on  excusa  un  grand  nombre 
de  concessions  de  tolérance  : 

PONTIFICIS      SANCTI     REQVIESCVNT     MEMBRA 

SACRATO  PRO  MERITIS  DEVOTA  LOCO  " 
...REDDI    MERCEDEM   MERITIS   SEDES  CVI    PRO- 

XIMA  SANCTIS  MARTYRIBVS  CONCESSA  U 
CORPORIS    HANC    REQVIEM    MERVIT    PRO    MV- 

NERE  VITAE" 
QVAE  ANNIS  N- VIII   ABSENTIA  VIRGINI  SVI  SVAM 

CASTITATEM  CVSTODIVIT  VNDE  IN  HOC  LOCO 

SANCTO  DEPOSITA  EST'* 


1  Neandei'.  Canonea  apostolorwm  et  conciliorinn,t.  ri,  p.  259. 
—  * Conc.  Autissiuitor.,  ran.  14, an.  578, dans  Labbe,  Concilia,  t.  v, 
col.  959.  —  *Conc.  Nannet.,  can.  6  dans  Labbc,  Concilia,  t.  rx, 
col.  70.  —  *Conc. An-lot.,  VI.  .-an.  21,  an. |M3,  dans  Labbc,  Concilia, 
t.  vu,  col.  12)8.  —  »  Conc.  Vogunt.,  can.  52,  an.  813,  dans  Labbe, 
Concilia,  t.  vu,  col.  1252.  Infra  pour  intra  est  fréquent  dans  la 
décadence.  —  "Conc.  Tribut:,  can.  17.  an.  895 dans  Labbc.  Con- 
cilia, t.  ix,  col,  450.  Pour  le  maintien  des  prohibitions,  cf.  Baluze, 
Regum  Francorunt  capitularia,  in-fol.,  Parisils,  1780,  t.  i, 
col.  504;  Capitul.,  I.  an.  si:i,  c.  \\,  t.  i,  col.  731  sq.j  Capitul.  I, 
c.  ci.m,  dans  Baluze,  Miscellanea,  t.  H,  p.  99;  Capitul.,  Il, 
Theodulfl  epiécopl  Aurélia.,  et  Goàr,  Euchologion,  p.  523;  Iies- 
ponsiones  rëv.  patriarch.  Theodori.  —  '  Cod.  Theod.,  1.  IX. 
lit  xvu,  B;  éd.  Ritter,  t.  ni.  p.  159,  et  Conc.  Bracar.,  can.  184 
an.  563,  dans  Labbc,  Concilia,  t.  v,  col.  842.  —  8  Imper.  Leonis 
Constit.  novell.r.  lui.  —  "  De  Rossi,  tnècr.  christ,  urb.  floni.. 
in-fol.,  Romœ,  I86Î,  t.  I,  ri.  819,  p.  142.  cf.  J.  Attegranza,  De  se- 
pulcris  christiànorutn  in  iedibus  sacris,  in-4',  Mediolani,  1771, 
passim.  —  '"Concessions  papales  relatives  à  Saînt-Pierrè,  voy.  Dlo- 


Iieux  inscriptions  immédiatement  postérieures  à  la 
loi  de  381  mentionnent  l'achat  pur  et  simple  de  la  sé- 
pulture : 


LOCVM  IN  BASILIC  ALVA  EMI  ■ ■"■ 
LOCVM  EMIT  ...PASCASIO  EPC 


anno  391. 
6,  anno  31*7 


Néanmoins  il  semble  que  les  concessions  aient  été 
l'objet  d'un  contrôle  de  la  part  de  l'autorité  ecclésias- 
tique : 

LOCVMCONCESSVMAPAPAHORMISDAi",annûr.-26 
LOCVM   CONCESSVM   SIBI    ET   POSTERIS  EIVS  A 

BEATISSIMO  PAPA  IOANNE  18,  anno  563 
[locus  quem  se]B\B\  A  DIVITE  [praeposito  corn]  PARA- 

VERVNT  »*. 

Quant  aux  églises  nouvelles,  le  fondateur  était  libre 
d'y  interdire  les  ensevelissements  à  l'égard  des  catégo- 
ries de  chrétiens  à  qui  les  canons  les  concédaient.  Ceci 
explique  les  usages  opposés  qu'on  remarque  d'une  église 
à  l'autre.  Ainsi,  à  Ravenne.  l'église  Saint-Vital  ne  pou- 
vait recevoir  que  les  corps  des  évêques,  suivant  l'inscrip- 
tion que  le  fondateur  Ecclesius  fit  graver  sur  les  portes 
de  bronze  20  : 

DVM 
HOSQVOQVEPERPETVAMANDAVITLEGETENEN- 
HIS  NVLLI  LICEAT  CONDERE   MEMBRA  LOCIS 
SED     QVOD      PONTIFICVM     CONSTANT     MONV- 

MENTA  PRIORVM 
FAS  SIBI  SIT  TANTVM  PONERE  SED  SIMILES- 

A  Pérouse,  Sallustius  Salvinus  fit  inscrire  sur  la  ba- 
silique qu'il  avait  l'ait  construire  2i  : 

MEMMIVS  SALLVSTIVS 
SALVINVS  DIANIVS  VS 
BASILICAM  SANCTORV- 
ANGELORVM  FECIT  IN 
5     QVASEPELIRI  NON  LICET 

Saint  Fulgence  fut," dit-on,  le  premier  qui  y  fut  •  nse- 

Une  inscription  d'Espagne  montre  le  fondateur  si  fai- 
sant enterrer  dans  l'église  qu'il  a  construite23  : 

IN  HVNC  TV 
MVLVM  REQVI 
ESCIT  CORPVS 
BALESARI FA 
5     MVLl"XPÎ  CONDI 
TORI  HVIVS  BASE 
LICE... 

Cette'rigueur,  dont  on  commença  à  se  relâcher  fort 
vers  le  vu*  siècle  j;.  était  justifiée  par  des  abus  regret- 

nysius,  Sacrarum  Vaticansc  yptarurtl  tnonumenta, 

in-fol.,  Rome,  1828,  pi.  XXV,  n.  2:  l)c  Rossi,  luscr.  christ,  urb. 
Rom., t.  i,  p.  173,  192,  iu7,  498,  197,504,507,515,524,533,541 
555,  564,  568,  etc.  —  "  Gazzera,  foi    .  ci  ist.  <tcl  Piemonte,  p. 
<*lbid.,  p.  101.  —  "Ibid.,  p.  103.  —  "Oc  Hossi,  Roma  sott.,  t.  m, 
pi.  xxiv-xxv.  n.  4,  Cf.  Bullett.,  1875,  p.  26.  —  "De  Rossi,  I 
christ,  u.  Rom.,  t.  i,  n.  395;  Bull,  diarch.  crist.,  1874,  p.  H 

—  '"De  Rossi.  Inacript.,  n.  142;  Baluze,  Capitul..  t.  I.  col.  ' 
Capitula  Heraldi  Turonensis,  n.  i  xxvii,  t.  u.  col.  625;  Miscell., 
t.  il,  p.  99;  Capitul..  II.   Theodulfl  Aurelianensis,  réprouvant 
les  ventes  comme  compromettantes  pour  les  Ames  et  pour  les 

es.  —  "  Ibid..  n.  989.      ■•  Ibid.,  a.  1096.  -  '"  Ibid.,  n 

—  "  G.  Marin),  Papiri  diplomatici,  p.  288,  note  21.  —  *<  Yermi- 
glioli,  Letmtiche  iscrizioni  perugine,  in-4  i  t.  H, 
p.  U2.  —  "  G.  Marini,  Popiri  diplotn.,  p.  -t.  — 
-<K.  Hubner,  friser.  Hisp.  christ.,  n.  99;  E.  Le  Blant,  La 

tion  du  vase  de  sang,  in-8*,  Taris.  [859,  p.  80-32.  -      • 

De  christiana  Ecclesix  prima?,  médite  et  novissimse  yilitia, 

in-8'.  Neapoli,  I7S2,  t.  u.  p. 


501 


AD   SANCTOS 


502 


tables.  Ce  n'est  pas  le  lieu  de  discuter  ce  qu'il  y  eut 
d'historiquement  vrai  dans  les  récits  terribles  qu'on  fit 
circuler  vers  ce  temps-là,  comme  pour  suppléer  aux  exé- 
crations d'autrefois  devenues  banales  à  force  d'être  répé- 
tées. Mais  on  y  verra,  à  tout  le  moins,  le  témoignage  de 
l'état  des  esprits  et.  des  dangers  auxquels  ces  livres  de 
Grégoire  de  Tours,  de  Grégoire  le  Grand,  de  Fortunat 
et  des  autres  avaient  pour  but  de  faire  l'ace.  Deux  nonnes 
ensevelies  dans  une  église  étaient  mortes  sous  la  menace 
d'excommunication  et  chaque  jour,  quand  le  diacre 
appelait  les  fidèles  à  la  communion,  leur  vieille  nourrice 
les  voyait  sortir  de  leur  tombeau  et  quitter  l'église1. 
Une  autre  lerame,  vierge  consacrée  à  Dieu,  fut  ense- 
velie, quoique  indigne,  auprès  des  saints,  et  le  sacris- 
tain la  crut  voir  en  songe  traînée  devant  l'autel  et  à 
demi  consumée  par  les  flammes  2.  Un  mauvais  chré- 
tien est  rejeté  après  sa  mort  hors  du  temple  de  Saint- 
Vincent  ;t.  Saint  Faustin  de  llrescia  fait  lui-même  la 
police  de  sa  basilique4.  Un  indigne  est  brûlé  dans  sa 
tombe  par  un  feu  mystérieux,  on  ne  retrouve  que  ses 
vêtements  5.  A  Milan,  pendant  la  nuit  qui  suit  l'inhu- 
mation d'un  débauché,  on  entend  le  bruit  d'une  lutte, 
les  bedeaux  accourent  et  voient  deux  esprits  (!)  liant 
les  pieds  du  cadavre  qui  hurle  de  frayeur,  puis  ils  l'em- 
portent. Le  lendemain  la  tombe  fut  trouvée  vide  et  le 
corps  dans  une  autre  sépulture6.  Sans  doute  ces  récits 
sont  bien  extraordinaires,  plus  d'un  pourrait  s'expli- 
quer par  les  fréquentes  violations  de  tombeaux  prati- 
quées par  d'ingénieux  coquins,  mais  nous  n'avons  pas 
à  discuter  ici,  encore  une  fois,  la  valeur  de  ces  lé- 
gendes, c'est  le  double  fait  des  inhumations  injustifiées 
et  des  moyens  pris  pour  y  remédier  qui  nous  occupe 
seul. 

A  côté  de  ces  récits,  il  faut  rappeler  des  témoignages 
de  dévotion  véritable.  Clovis  dit  à  saint  Germer:  Pete 
quod  vis  ex  meis  facultatibus  et  servi  mei  ambulent 
tecion.  Dixit  aulern  S.  Gcrmerins  :  Niltil  peto,  domine 
rex,  de  tuis  facultatibus  ;  sed  tantum  ut  miki  dones  in 
lerritorio  Tolosano  quantum  mea  obumbrare  potesl 
chlamys  cum  domino  noslro  B.  Salurnino,  ut  sub 
ala  ipsius  meum  requiescat  corpusculum.  Ipsum  enim 
post  Dominum  cœlestem  habere.  desidero  adjutorem 
et defensorem  in  Tolosano  comitalu'. 

Quelquefois  l'humilité  interdisait  à  des  âmes  fort 
saintes  de  revendiquer  leur  droit;  nous  avons  cité 
l'exemple  de  saint  Damase,  rapprochons-en  celui  de 
saint  Ephrem,  bien  que  l'écrit  qui  contient  ce  rensei- 
gnement ne  soit  pas  à  l'abri  de  graves  soupçons  8. 
Grégoire  de  Tours  voulut  que  son  tombeau  fût  foulé 
aux  pieds  par  les  passants9;  des  fidèles  demandaient 
à  être  ensevelis  sous  les  gouttières  des  églises  dans 
lesquelles  ils  ne  se  jugeaient  pas  dignes  d'être  intro- 
duits10; on  pourrait  citer  un  grand  nombre  d'autres 
exemples. 

Un  nouvel  attrait,  pour  un  grand  nombre  de  fidèles, 
était  d'avoir  part  aux  prières  liturgiques  qui  stipulaient 
la  mémoire  de  ceux  qui  étaient  inhumés  dans  l'église  li. 


1  S.  Grégoire  le  Grand,  Dialog.,  h,  23,  P.  t.,  t.  lxvi, 
col.  178.  —  *  Ibid.,  iv,  51,  P.  L.,  t.  lxxvii,  col.  412.  —  »  Gré- 
goire de  Tours,  Degloria  martyrum,  c.  lxxxix,  dansB.  Krusch, 
Scriptores  rerum  meroving.,  in-4%  Hannoverœ,  1885,  t.  i, 
p.  547.  —  *  S.  Grégoire  le  Grand,  Dial.,  IV,  52,  P.  L.,  t.  lxxvii, 
col.  413.  —  5  Ibid.,  IV,  54,  P.  L.,  t.  i.xxvii,  col.  416.  —  6  Ibid., 
IV,  53,  P.  L.,  t.  lxxvii,  col.  413.  —  7  Acta  sanct.,  maii  t.  m, 
p.  593.  —  8  S.  Éphrem,  Testamentum  ;  Opéra  grasc.  lat.,  in- 
fol.,  Roma?,  1732-1746,  t.  n,  p.  233.  —  »  S.  Grégoire  de  Tours, 
Vita,  26,  P.  L.,  t.  lxxi,  col.  128.  —  10  Muratori,  Thésau- 
rus, p.  mdcclxx,  n.  2;  Grégoire  de  Tours,  Hist.  Franc,  VIII, 
x,  dans  B.  Krusch,  t.  i,  p.  331  ;  Gallia  christiana,  in-tol.,  Pa- 
ris, 1715  sq.,  t.  xi,  Instrumenta,  col.  224;  Acta  sanct.,  sept. 
t.  i,  p.  264;  Dudo,  De  moribus  et  actis  primorum  Norman- 
nix  ducum,  1.  DU,  dans  A.  Duchesne,  Historise  Normannorum 
êcriptores,  in-iol.,  Paris,  1619,  p.  157  ;  W.  Malmesbury,  De  ge- 


C'était  à  des  laïques  dont  la  piété  et  la  charité  avaient 
l'ait  l'édification  de  l'Église  que  l'on  accordait  le  plus 
joyeusement  ce  privilège  dont  la  concession  dépendait 
de  l'évoque  12. 

AGRIPINVS  FAMVLVS  XPI  CÔM-CIVITATIS  EPS 
HOC  ORATORIVM  SCTAE  IVSTINAE  MARTYRIS 
ANNO  X  ORDINATIONIS  SVAE  A  FONDAMENTIS 
FABRICAVIT  ET  SEPOLTVRAS  IBI  ORDENAVIT 

etc.  13.  «  Ceux-là,  faisait-on  dire  à  la  protomartyre  sainte 
Thècle.  ceux-là  seuls  doivent  recevoir  cet  honneur  qui 
vivent  en  Dieu  après  la  mort  et  sont  dignes  de  reposer 
clans  la  maison  et  sous  le  toit  des  martyrs14.  » 

Nous  voyons  en  Gaule  des  chrétiens  tenant  un  rang 
considérable  obligés  de  solliciter  humblement  une  place 
auprès  des  saints.  Pour  s'épargner  ce  que  de  tout  temps 
les  hommes  ont  eu  peine  à  accepter,  c'est-à-dire  la  dé- 
pendance, plusieurs  préféraient  se  construire  un  oratoire 
où  ils  seraient  sûrs  de  reposer  parmi  les  reliques  des 
saints  qu'ils  y  auraient  fait  transporter  1S.  Nous  ne  vou- 
lons pas  entrer  ici  dans  l'étude  des  lieux  les  plus  qua- 
lifiés par  les  reliques  qu'ils  abritaient,  elle  appartient  à 
l'histoire  des  pèlerinages  Voir  Pèlerinage.  A  Toulouse, 
à  Clermont,  à  Vienne,  à  Vaison,  à  Arles,  on  trouve  des 
faits  dignes  d'attention  :  nous  noterons  seulement  une 
épitaphe  de  l'église  de  Lyon,  la  plus  ancienne  de  l'Oc- 
cident après  Rome. 


10 


FLAVIVS  FLORI 
EX  TRIBVNIS  QVI  VIXIT 
ANNIS  OCTOCINTA  ET 
SEPTIM  MILITAVI  ANN 
TRICINTA  ET  NOVEM  POSITV 
EST  AD  SANCTOS  ET  PRO 
BATVS  ANNORVM  DECIM 
ET  OCTO  HIC  COMMEMO 
RAiHH  SANTA  IN  ECLES 
LVCDVNENSI  A 
ID  CALENDAS  AVG  ^. 


On  sait  la  discussion  passionnée  que  souleva  «  la  ques- 
tion du  vase  de  sang  ».  Voir  Ampoule.  Nous  devons  y 
l'aire  allusion  pour  rappeler  l'ingénieuse  solution  que 
proposa  E.  Le  Blant,  que  nous  citons  textuellement  : 
«  Conservé  pieusement,  le  sang  versé  par  les  martyrs 
gardait  et  sanctifiait  les  demeures;  mais  la  vie  du  chré- 
tien s'étend  au  delà  du  tombeau,  et,  ce  patronage  d'un 
moment,  plus  d'un  voulut  se  l'assurer  pour  toujours.  De 
là  l'ardent  désir  de  reposer  près  des  saints,  ou  du  moins 
dans  les  basiliques.  Devant  les  interdictions  renaissantes, 
la  foi  fut  ingénieuse  à  appeler  autrement  sur  les  morts 
la  protection  céleste.  Quelques-uns  bâtirent  des  sanc- 
tuaires pour  s'y  préparer  une  tombe;  on  couvrit  les 
cadavres  du  voile  de  l'autel il  ;  des  restes  vénérés  furent 
placés  auprès  d'eux ls,  et  dans  le  sépulcre  môme,  de  l'eau 


stis  pontifleum  Anglorum,  1.  III  :  De  episcopis  Lindisfarnensi- 
bus  et  Dunelmensibus,  dans  Savile,  Rerum  Anglicarum  scri- 
ptores post  Bedam,  in-tol.,  Londini,  1596;  in-fol.,  Francofurti, 
1601,  p.  277.  —  "  Muratori,  Liturgia  romana  vêtus,  in-tol., 
Venetiis,  1748,  t.  l,  p.  761,  Sacram.  Gelasianum ;  t.  n,  p.  223, 
Sacram.  Gregorianum.  —  l5Dionysius,  Sacrarum  Vaticanse 
Basilicx  cryptarum  monumenta,  p.  53;  Marini,  Papiri  diplo- 
matici,  in-fol.,  Roma,  1805,  p.  131,  283.  —  ,3  Rovelli,  Storia  di 
Como,  in-4\  Milano,  1789,  t.  i,  p.  374.  —  "  S.  Basile  de  Séleucie, 
De  miraculis  S.  ThecUe,  1.  II,  c.  xv,  P.  G.,  t.  LXXXV,  col.  592. 
—  ,SE.  Le  Blant,  ïnscr.  chrét.  de  la  Gaule,  n.  492.  — 
«•  E.  Le  Blant,  lue.  cit.,  n.  41.  —  "  Concilium  Clarom.  I, 
can.  3  et  7;  Conc.  Autissiodorense,  can.  12.  —  ,8  Ocli>,  lli- 
storia  translations  S.  Mauri;  Acta  sanct.,  jan.  t.  i,  p.  1056, 
Cf.  Mabillon,  Prx/atio  in  i  sxc.  Bened.,  §  60,  in-fol.,  Paiisiis, 
1668-1701. 


503 


AD   SANCTOS 


504 


bénite1,  des  croix2,  des  livres  saints3,  des  hosties4-, 
des  reliques8  vinrent  garder  le  fidèle  endormi.  Trois 
fidèles  préparèrent  eux-mêmes  leurs  tombes  au  milieu 
des  reliques  protectrices.  Ainsi  firent,  je  crois  le  recon- 
naître, les  chrétiens  de  la  ville  éternelle.  Ces  membres 
déchirés,  recueillis  avec  tant  d'amour,  ces  ampoules  où 
se  renfermaient  les  reliques  et  l'eau  bénite  sont  venus 
garder  leurs  couches  mortuaires6.  » 

Les  abus  que  nous  avons  signalés  n'entament  pas  la 
valeur  du  principe  dont  l'application  donna  lieu  à 
une  sorte  de  superstitieuse  confiance.  La  pensée  théo- 
logique  sur  laquelle  était  fondée  cette  pratique  de  l'en- 
sevelissement auprès  des  saints  est  demeurée,  malgré 
quelques  obscurcissements,  assez  nette  pour  être  aujour- 
d'hui encore  facilement  reconnaissable  clans  les  textes. 
Le  dogme  de  la  communion  des  saints  reçoit  de  l'usage 
qui  fait  le  sujet  de  cette  dissertation  une  confirmation 
et  un  éclaircissement  particuliers.  Les  épitaphes  les 
plus  catégoriques  paraissent  être  au  nombre  des  plus 
anciennes;  elles  sont  sans  doute  plus  concises  que  nous 
ne  le  voudrions,  trop  concises  même,  car  elles  ne  sont 
plus  que  des  ruines,  «  mais  le  rôle  des  archéologues,  a-t-on 
dit  très  justement,  est  de  reconstruire  avec  des  ruines7.  » 

Ici  comme  presque  dans  tous  les  sujets  concernant  les 
antiquités  chrétiennes,  nous  devons  distinguer  entre  la 
doctrine  telle  que  la  distribuent  les  docteurs  et  la  doc- 
trine telle  que  les  fidèles  l'interprètent.  Parmi  les  Pères 
les  plus  anciens,  saint  Ignace  écrit  :  'A-pi^Tou  ûu,ûv 
cb  èu.ôv  7tveù(j.a,  oô  h.ôvo'V  vQv,  à).).à  v.t\  orav  0eoO 
inuxi^M  8;  saint  Cyprien  :  Si  guis  islinc  nostrwm  prior 
divinae  dignationis  celeritate  prœcesserit,  perseveret 
apud  Dominum  nostra  dileclio,  pro  fratribus  et  soro- 
ribus  noslris  apud  miscricordiam  Patris  non  ci'sset 
oratio^.  Avec  le  IVe  siècle  les  témoignages,  sur  ce  point 
comme  sur  tant  d'autres,  deviennent  très  nombreux. 
Dans  sa  Catrchrse  .XXIIIe  saint  Cyrille  de  Jérusalem 
s'exprime  ainsi  :  Iv.ta  [J.vï)|j.oveûo|xev  xat  xâ>v  7ipox£xot- 
[/.-(■, al vwv ,  îrpÛTOV  ivaTpiap'/ûv ,  irpoçr,Tûv  ,  a7ro<nô'/.(ov, 
(lapT-Jpojv,  ozm;  6  0eô;  TaT;  s-j-/aï;  aviTùv  xai  Tzçti- 
fciai;  7ipoc-£é:r(T-a!  r,'iwi  tt,v  'Ar^:-) 10.  Saint  Augustin  mul- 
tiplie les  enseignements.  «  C'est,  dit-il,  par  les  bien- 
laits  qu'ils  nous  font  que  nous  constatons  l'intérêt  que 
les  martyrs  nous  portent  >  '  ;  »  et  ailleurs  :  «  A  l'autel, 
nous  ne  faisons  pas  mémoire  des  martyrs  de  la  même 
manière  que  nous  le  faisons  pour  les  autres  fidèles  qui 
reposent  en  p%ix;  nous  ne  prions  pas  pour  eux  :  bien 
plus,  nous  leur  demandons  de  prier  pour  nous  '-'.  » 

Les  monuments  techniques  de  la  liturgie  déposent 
dans  le  même  sens  :  Orationcs  connu,  et  benedictiones 
eorum,  et  pax  eorum  et  carilas  Dci  sint  nobiscum  in 
ssecula  sœculcrumi3.  Une  fresque  du  cimetière  de  Domi- 
tille  représente  sainte  Pétronille  introduisant  une  dé- 
funte  dans  le  paradis.  Ce  morceau,  qui  parait  être  de 
la  fin  du  i\  siècle  ou  du  commencement  du  siècle  sui- 
vant, symbolise   très  exactement   la    tradition   la   plus 


1  Boslo,  rtuma  aott.,  p.  20;  A.  Lupi,  Dissertazioni,  lettere  ed 
altre  opérette;  in-4°,  Faenza,  1785,  t.  i,  p.  70-77.  —  SP.  Aringbi, 
ïioma  subt.,  1. 1,  p.  94,  95  ;  E.  Le  Riant,  Inscr.  chrét.  de  ta  Gaule, 
in-4",  Paris,  1850-1805,  t.  i,  p.  289,  397.  —  «  Morcelli,  Kalen- 
iarium  Ecclcsix  Constantinopolitanx  dcccc  armorum  vêtu- 
state  insinue,  primitifs  editum  comtnentariis  illustratum,  in-4*, 
Romai,  1788,  t.  i,  p.  231  ;  Monachus  Engolismensis  S.  Eparchii, 
vita  Caroli  Magni,  c.  xxiv,  dons  Ducbesne,  Ilistor.  Normann. 
scriptores,  t.  n.  p.  87;  Acta.  sanct.,  niait.,  t.  m,  col.  138. 
CI.  Manillon,  Act.  S.  O.  B.,  s;ec.  m,  prœf.,  n.  78:  Bosio,  Itoma 
sotterr.,  p.  105.  —  'Mabillon,  Liturgia  gallicana,  in-4",  Parisiie, 
1685,  1.  I,  c.  ix,  13;  1.  111,  13;  Conc.  Carth.  III,  an.  397,  cail,  6; 
Cuite.  Autissiod.,  an.  580.  can.  12;  Conc.  Qtiiuixe.it.,  an.  691, 
can.  83;  Acta  sanct.,  mart.  t.  m,  p,  123.  —  "Sozomène,  llisi. 
les.,  1.  IX,  c.  n,  P.  C,  t.  i.xvn,  col,  1597;  Surius,  il  déc., 
t.  vi,  p.  959;  Acta  satict.,  aug.  t.  iv,  p.  324.  —  "  Ë.  Le  Blant, 
La  question  du  vase  de  sang,  1859,  p.  30-33.  —  'Héron  de 
Villofosse,  Discours  aux  funérailles  de  M.  Le  Blant,  dans  les 
Mélanges  de  l'École  française  de  Rome,  in-81,  Rome,  1897.  — 


antique  sur  l'accueil  que  les  âmes  saintes  faisaient  à 
celles  des  fidèles  au  moment  où  celles-ci  quittaient  le 
corps.  Une  épitaphe  romaine  porte  en  effet  : 

PAVLO  FILIO  MERENT1  IN  PA 

CEM  TE  SVSCIPIAN  OMNIVM  ISPIRI 

TA  SANCTORVM  QVI  VIXIT  ANNOS-II-DIES-N.L  »« 

D'autres  mentionnent  cette  compagnie  des  saints; 
toutes  sont  antérieures  à  la  paix  de  l'Église  : 

LEOPARDVM    IN    PACEM    CVM    SPIRITA   SANCTA 

ACCEPTVM  is 
REFRIGERA  CVM  SPIRITA  SANCTAis 
ACCEPTA  EST  AD  SPIRITA  SANCTAH 

Sous  une  forme  d'une  admirable  vivacité,  deux  in- 
scriptions nous  donnent  des  formules  analogues  :  une  à 
Aquilée  i  PERGENS  AD  IVSTOS  ET  ELICIOS  (i.  e., 
electos)  >8;  l'autre  à  Lyon  :  A  TERRA  AD  MARTYRES'». 
On  retrouve  l'indication  de  l'accueil  lait  aux  âmes  par 
les  martyrs  dans  un  poème  de  saint  Grégoire  de  Na- 
zianze  : 

Mipxupg;  à),X'  VTtôSeyQe  9-joî  [isya,  ttjv  7to),ju.o/6ov 
£âp/.a,  xal  ûu.£iipot;  oiÏ\i.xijïj  ÉTiroyivYjv  i0 

«  Accueillez,  martyrs,  cette  insigne  victime,  cette 
chair  mortifiée  et  associée  à  votre  sang.  » 

Ces  derniers  mots  sous  la  plume  du  grand  théolo- 
gien, sont  dignes  d'attention.  Dans  les  vers  qui  suivent, 
il  parle  de  la  contiguité  qui  existe  entre  le  tombeau  de 
Nonne  et  celui  des  martyrs;  il  faut  donc  probablement 
entendre  cette  association  au  sang  des  martyrs,  au  sens 
spirituel,  d'une  association  de  mérites  acquis  parle  mar- 
tyre et  par  la  mortification.  C'est  presque  la  même  pensée 
qu'on  retrouve  dans  l'épitaphe  de  Satyrus  par  saint 
Ambroise  et  dans  celle  de  Celsus  par  son  père  saint 
Paulin  de  Noie  :  Hœc  meriti  (Tierces  ut  sacri  sanguinis 
humor,  Finilimas  penetrans  abluat  exurias21.  Inno- 
cuisque  pares  merilis,  peccala  parentum  Infantes 
caslis  vincile  suffragiis i2 .  La  croyance  au  dogme  de  la 
communion  des  saints  se  trouve  donc  établie  par  les  témoi- 
gnages de  reconnaissance  pour  les  bienfaits  attendus  ou 
reçus,  grâce  à  l'intercession  des  amis  de  Dieu.  Les  an- 
ciennes liturgies  avaient  consacré  cette  croyance  dans 
les  formules  qu'elles  faisaient  réciter  en  la  fête  des  mar- 
tyrs :  Tribue  (Domine)  tuoruin  intercessione  sancto- 
rum  marlyrum  caris  nostris  qui  in  Chris to  dorrniunt 
refrigerium  in  regione  vivorum,  ou  bien  encore  en 
la  fête  des  saints  Corneille  et  Cyprien  :  beatorum  mar- 
tyruni...  Corneliel  Cypriani. ..  nos  tibi Domine commen- 
det  oratio,  ut  caris  noslris  qui  in  Christo  dorrniunt  re- 
frigeria  xterna  concédas-3.  Une  des  messes  palimpsestes 
de  Mone,  qui  ne  peut  être  raisonnablement  ahaii 

»S.  Ignace,  Epist.  ad  Trallianos,  xm.  dans  I'.-X.  Funk,  Opéra 
patr.  apost.,  In-8*,  Tubinga»,  1887,  p.  218.  —  «S.  Cyprien,  Epist., 
i.vu.  P.  /..,  t.  m,  col.  863.—  I0S.  Cyrille  de  Jérusalem,  Catcch., 
XXXIII,  Mystagog.,  v,  c.  ix,  P.  G.,  t.  xxxm.col.  1110;  Acta  S. 
Ma  eimi,  u,  dans  Ruinart,  Acta  sincera.  —  "  S.  Augustin.  De 
cura  pro  mortuis  gerenda,  19,  20,  21.  P.  L..  t.  xi.,  ooL  006, 
607.  —  '*S.  Augustin.  Tract.,  lxxiy,  In  Evang.S.  Johannis, 
P.  L.,  t.  xxxv,  col.  1847.  —  "Renaud.it.  Liturgim  Orientatium. 
in-4',  Parisiis,  1715,  t.  i.  p.  510.  Ci  Muratori,  Lilurgica  ro- 
niana  vetus,  t.  !,  col.  596  —  "  De  Rossi,  Hall,  di  arch.  crist  , 
1875,  p.  19.  —  "R.  Fabietti,  Inscript,  di  574,  n.  i  \\i. 

—  "  De  Rossi,  Inscr.  christ,  urb.  Rom.,  t.  I,  p.  23,  n.  17.  — 
"Corp.  inscr.  lat..  t.  V,  n.  1086.  —  '*  G.  Marchi,  Illustrazione 
d'una  lapide  cristiana  Aqta1  16.  —  •■■E.  Le 

Blant,  Inscr.  chret.  de  in  Gaule,  n.  58.  —  "Muratori, 

i,  Neapoli,  1776,  p.  10, 34,  12.  —  «'Oruter,  toc.  cit., 

p.  nui  xvn,  n.  2.  —  "  S.  Paulin,  Poem  .  xxxv.  De  obilu  I 
pueri,  vs.  613-614.  —  MMabiUon,  De  liturgia  gallic,  in-4»,  Pari- 
Siis,  1085,  p.  27S,  289;  cf.  p.  218,  224,  220.  253,  270,  272. 


5C5 


AD   SANCTOS 


506 


après  l'époque  des  persécutions1,  contient  une  collecte 
posl  nomina  ainsi  libellée  :  sanclorum  tuorum  nos 
gloriosa  mérita  ne  in  po:na[m]  veniamus  creusent; 
de func lorum  fideliiim  anmiœ,  quaa  beatitudinem  gau-. 
dent,  nobis  opitulenlur ;  qu.se  consolationcs  indigent  ec- 
elesiie  precibus  absolvanlur'2. 
L'épigraphie  est  à  peine  moins  claire. 

PETRVS  ET  PANCARA  BOTV  POSVENT  MARTVRE 

FELICITATI3 
SANCTIS  MARTYRIBVS  PAPRO   ET  MAVROLEONI 

DOMINIS  VOTVM  REDD* 

SANCTOS  SILVANO  VOTVM  POSVIT  CLADIVS  EV- 

TYCHES  CVM  COIVGEM  ET  FILIOS» 

Une  épitaphe  du  cimetière  de  Commodille  complète 
ce  que  nous  avons  dit  sur  l'intercession  des  saints  en 
faveur  des  fidèles  qui  ne  sont  pas  encore  délivrés  de 
leurs  péchés.  Il  s'agit  d'un  enfant  que  son  jeune  âge 
mettait  à  l'abri  de  toute  oliense  lormelle  6  : 


£AA<plN  OIC  MNIAN  £X£TAI 
AIONVCIN  £IC  MNIAN  £X£TAI 

••••ÔTIA    PETITE....    ET    PRO    PARENTE... .[et  pro[ 
FRATRIBVS  E[/]VS...  VIBAN[«]  CVN  BONO'' 

Les  martyrs  n'étaient  pas  seuls  l'objet  de  ces  demandes, 
on  s'adressa  aussi  à  ceux  que  l'on  avait  perdus  : 

ROGES  PRO  NOBIS  QVIA  SCIMVS  TE  IN  -j"8 

ORO  SCIO  NAMQVE  BEATAM  a 

PETE  PRO  FILMS  TVIS<° 

PETE  PRO  CELSINV  CONIVGEN  i> 

PETAT  PRO  NOBIS  12 

PETAS  P(r)0  NO(&js)  " 

PETE  PRO  EOSi* 

EYXOY  YTTEP  HMOONis 

CARVSORAT[o]  DOMINVM  TV[m]M  QVOD  [>#olNON 

MEREOR   VNITER  DOMINVM|| RE  PRESTES 

IN  ORATIONIS  TVIS  VT  POSSIT  AMARTIAS 
MEAS  [IN(dM)LGERE»s 


96.  —  Inscription  de  Procula.  D'après  A.  de  Boissieu,  Inscrip.  ant;  ae  Lyon,  p.  5V7. 


Euse]B\VS  INFANS  PER  AETATEM  SENE  PECCA 
to  acc]EDENS  AD  SANCTORVM    LOCVM  IN  PA 
ce  gwiJESCIT 

Ainsi  pour  ce  petit  innocent  la  compagnie  des  saints 
ne  subira  aucun  retard;  sa  béatitude  est  affirmée,  pour 
la  lui  obtenir  il  n'est  nul  besoin  de  prières.  Ce  monu- 
ment nous  aide  ainsi  à  donner  toute  sa  valeur  à  un 
groupe  nombreux  d'inscriptions  lapidaires  et  de  pros- 
cynèmes  sollicitant  avec  instance  l'intervention  des 
saints  : 

SANTE  SVSTE  IN  MENTE  HABEAS  IN  HORATIONES 

AVRELIV  REPENTINV 
MARCIANVM     SVCCESSVM      SEVERVM      SPIRITA 

SANCTA   IN    MENTE   HAVETE   ET  OMNES  FRA- 

TRES  NOSTROS 
[Petite spirit] A  SANCTA  VT  VERECVNDVS  CVM  SVIS 
BENE  NAVIGET 

'  De  Rossi,  Bull,  di  arck.  crist.,  1875,  p.  21.  —  *  Mone,  Latei- 
nisclie  und  griechiesche  Messen,  aus  dern  zweiten  bis  sechsten 
Jahrh.  herausg.,  in-4",  Frankturt  am  Main.  1850,  p.  22.  —  3Ode- 
rici,  Syltuge  veterum  inscriptionum,  in-4",  Romoe,  1765,  p.  268. 

—  *  Munum.  Eccl.  lit.,  t.  i,  n.  3073.  —  ■  G.  Marini,  Atti  dei  frat. 
Arvali,  t.  n,  p.  405.  —  "  De  Rossi,  Bull,  di  areh.  crist.,  1875,  p.  27. 

—  'De  Rossi,  Borna  sotterr.,  t.  n,  p.  17,  18,  382,  383,   385,  386. 

—  *  Marini,  Arvali,  t.  n,  p.  362,  pi.  ;  ci.  p.  295,  note  12.  — 
•Marini,  Arvali,  p.  266.  —  ,0  Oderici,  Sylloge,  p.  262.  —  "  Ibid., 
p.  263.  —  ''-Ibid.,  p.  343.  —  "Aringhi,  Borna  subt.,  t.  I,  p.  305; 


Ce  sont  là  néanmoins  des  exceptions,  car  c'est  aux 
martyrs  et  plus  tard  à  d'illustres  patrons  locaux  que 
s'adressent  ordinairement  les  hommages  et  les  suppli- 
cations. 

DOMINA   BASSILLA   COMMANDAMVS   TIBI   CRES- 

CENTINVS  ET  MICINA  FILIA  NOSTRA^ 
CONMANDO  BASSILA  INNOCENTIA  GEMELLM* 
SERENVS    FLENS    DEPRECOR    IPSE[deww]....    ET 

BEATA(m)    BASILLA(m)VT    VOBIS    PRO    M(eK- 

tis)...  19 
SANCTE   LAVRENTI   SVSCEPTA(m  /î)ABETO    [ANI- 

MA(m  eius)20 
SANCTI     PETRE    MARCELLINE    SVSCIPITE    VES- 

TRVM  ALVMNVM21 


Une  épitaphe  de  la  Viennoise,  qui  appartient  à  la  fin 
du  VIe  siècle,  %ssocie  la  mention  du  secours  prêté  par 

Oderici,  toc.  cit.,  p.  344.  —  "Oderici,  Sylloge,  p.  344.  —,sCorp. 
inscr.  grxc,  n.  9545. —  ,6De  Rossi,  Borna  sotterr.,  t.  m,  p.  '2'i5. 
Cl.  Marini,  Arvali,  p.  266;  Mai,  Script,  vet.  nov.  coll.,  t.  v, 
p.  402,  8;  Marangoni,  Acta  sancti  Victorini,\t.  90,  119;  Boldetti, 
Osscrvazioni,  p.  418,  490;  De  Rossi,  Ibid.,  t.  n,  p.  276,  277;  Corp. 
inscr.  gra?c.,n.9673;  E.  Le  Blant,  Inscr.  chrét.  de  la  Gaule,  1. 1, 
n.  4.  —  "  Jucuzio,  De  epigram.  SS.  Bonusx  et  Mennx,  in-4', 
Romse,  1758,  p.  51.  —  ">  Boldetti,  Osservazioni,  p.  463.  —  "'Bo- 
sio,  Borna  soit.,  p.  560.  —  !0  Mommsen,  Inscr.  regn.  Neapol., 
n.  6736.  —  S1  Davanzati,  Notiz.  d.  basilicadi  S.  Prassede,  p.  211. 


507 


AD   SANCTOS 


508 


le  martyr  au  défunt  à  l'anniversaire  liturgique" de  sa 
fête  : 

SED    MARTER    BAVDELIVS    PER    PASSIONIS    DIE 
[DNO  DVLCEM   SVVM  COMMENDAT  ALVMNVIvT 

«  Le  martyr  Baudelius,  par  la  vertu  du  jour  de  sa  pas- 
sion, recommande  au  Très-Haut  son  serviteur  bien- 
aimé.  » 

On  conclura  aisément  de  ce  qui  précède  que  le  souci 
de  l'éternité  a  grandement  préoccupé  les  fidèles  pour 
leur  propre  compte  et  pour  le  compte  de  ceux  qu'ils 
avaient  aimés  et  connus.  Les  esprits  vraiment  solides  de 
ces  siècles  déjà  bien  éloignés  se  laissent  encore  recon- 
naître par  la  modération  qu'ils  surent  mettre  dans 
l'expression  de  leur  confiance.  La  sépulture  auprès  du 
corps  des  saints  ne  leur  apparaissait  pas  comme  une 
panacée  morale  d'un  effet  infaillible,  aussi  s'efforçaient- 
ils  demêriterle  secours  de  cette  protection.  Bien  plus,  à 
la  prière  des  saints  ils  joignirent  la  leur  et  ce  l'ut  en- 
core ici  la  communion  des  saints.  On  parlera  ailleurs 
avec  le  détail  nécsssah'e  de  la  prière  pour  les  morts,  nous 
nous  bornerons  donc  à  réunir  ici  quelques  textes  au 
point  de  vue  particulier  qui  a  fait  l'objet  de  cette  dis- 
sertation. 

«  L'avantage  que  les  défunts  retirent  du  voisinage  des 
martyrs,  dit  saint  Augustin,  consiste  uniquement  dans 
les  prières  plus  ferventes  que  les  fidèles  adressent  à 
Dieu  en  leur  faveur-,  «Plus  loin,  résumant  la  discussion 
il  conclut  ainsi  :  «  Ne  croyons  donc  pas  pouvoir  être 
utiles  aux  défunts  que  nous  voulons  soulager,  autrement 
que  par  les  supplications  solennelles  du  sacrifice  de 
l'autel  et  du  sacrifice  de  nos  prières  et  de  nos  aumônes  3.  » 
Comme  ce  Père  en  fait  la  remarque,  la  coutume  de 
prier  pour  les  morts  était,  de  son  temps,  universelle; 
l'Église  en  avait  réglé  la  place  parmi  les  prières  du  prêtre 
pendant  le  sacrifice  *.  Cette  intercession  se  rattache  étroi- 
tement au  dogme  de  la  communion  des  saints,  si  l'on 
observe  avec  le  même  docteur  que  le  sacrifice  est  offert 
à  Dieu  par  son  Fils  qui  consent  à  ce  que  la  mémoire 
de  ses  saints  y  soit  rappelée  chaque  jour.  Ici  encore 
nous  laissons  de  côté  les  textes  patristiques  pour  nous 
en  tenir  à  d'autres  moins  connus.  L'épigraphie  sert  à 
tous  d'interprète  et  d'abord  elle  prèle  la  parole  an 
défunts  : 

ONNS      QVI     IN      HANC    AVLAM    DEI     ORATIONE 

[ORATEPRME  PECCATORE* 
ROGO    VOS    ONNS    QVI    HINC    TRANSITIS    ORAE 

[PRO  ME<s 
ROGO  VOS  HOMNES   QVI   LEGITIS  HORATE   PRO 

[ME  PECCATORE1 

Puis  ce  sont  les  vivants  qui  réclament  es  prières  pour 
leurs  défunts  : 

MERVIT  TITVLVM  INSCRIBI  VT  QVISQVIS  DE 
FRATRIBVS  LEGERIT  ROGET  DEV  VT  SANCTO 
ET  INNOCENTE  SPIRITO  AD  DEVM  SUSCI- 
[PIATVR8 

OBTESTOR  VOS  OMNES  QVI  HAEC  LECTVRI 
ESTIS  VT  PRO  REQVIE  ILLIVS  ORARE  NON 
[DESINATIS9 

• 

Nous  avons  vu  ainsi  l'Eglise  triomphante,  l'Église 
souffrante  et  l'Église  militante  s'accorder  sur  un  point 
de  foi  et  l'on  ne  saurait  récuser  la  sincérité  des  témoins 
que  nous  avons  entendus. 

C'est  encore  un  témoin  que   ces  anciennes  liturgies 

'  f.e  filant,  luxer,  chrét.  de  la  Gaule,  t.  n,  q.  tus.  —  «s.  Au- 
gustin, De  cura  pro  mortuis,  t>,  7,  /•   /..,  i.  m.,  col.  596  sq 
»  ibid.,  22,  P.  /-.t.  jo.,  COL609.  -  *Ibid.,  3,  P.  L.,t  XL,  col.  596. 
—  'Jncuzio,  De  epigrammate  SS.  Bonusx  et  Mc>m;r,  p.  14.  — 


dont  le  formulaire  a  conservé  l'indication  de  la  mention 
des  délunts  pendant  le  sacrifice  :  Pust  nomina,  super 
diptycha  10. 

IV.  Les  sépultures  :u:«  PAPES.  —  Les  proportions 
que  prendrait  un  catalogue  des  sépultures  ad  sanctos 
ne  permettent  pas  de  songer  à  l'insérer  à  cette  place. 
Nous  nous  bornerons  à  donner  ce  catalogue  en  ce  qui 
Concerne  les  papes,  jusqu'à  la  paix  de  l'Église,  d'après 
le  Liber  ponlificalis. 


Petrus 


42-G7 


Linus 

G7-S1. 

Cletus 

Sl-93. 

Clemcns 

93-103 

Anacletus 

103-110 

Evaristus  110-117 

Alexander  117-120. 

Sixtus  -1-27, 

Telesphorus  1-27-138. 

Hygiuus  130-1 1-2. 

Piusl  142-150. 

Anicetu:  150-1G2. 


Soter 


1G2-171. 


Eleuthcrius  171-185. 

Victor  185-197. 

Zcpbyrinus  197-21."). 

Callixtus  2I.V222. 

Urk.nus  I  222-230. 

Pontianus  230-235. 

Antberos  235. 

Fabianus  $6-24,9. 

Cornélius  250. 

Lucius  251. 

Stephanus  1  959-257. 

Sixtus  11  957-259. 


Sepultus  est  Via  Aurélia,  juxta 
Palatium  Neroniauum,  in  Ya- 
ticano. 

Sepultus  est  juxta  corpus  Beati 
Pétri,  in  Vaticano. 

Sepultus  est  juxta  corpus  Beati 
Pétri,  in  Vaticano. 

Sepultus  est  (in  Chersonesi?). 

Sepultus  est  juxta  corpus  Beati 
Pétri,  in  Vaticano. 

Sepultus  est  juxta  corpus  Beati 
Pétri,  in  Vaticano. 

Sepultus  est  Via  Nomentana,  ubi 
decollatus  est,  ab  urbe  non 
longe,  milliario  VIL 

Sepultus  est  juxta  corpu;  Beati 
Pétri,  in  Vaticano. 

Sepultus  est  juxta  corpus  Beati 
Pétri,  in  Vaticano. 

Sepultus  est  juxta  corpus  Beati 
Pétri,  in  Vaticano. 

Sepultus  est  juxta  corpus  Beati 
Pétri,  in  Vaticano. 

Sepultus  est  in  Cœmeterio  Cal- 
lixti, Via  Appia  (?)  [al.  in  Va- 
ticano]. 

Sepultus  est  in  cœmeterio  Cal- 
lixti,  Via  Appia  (?)  [al.  in  Va- 
ticano]. 

Sepultus  est  juxta  corpus  Beati 
Pétri,  in  Vaticano. 

Sepultus  est  juxta  corpus  Beati 
Pétri,  in  Vaticano. 

Sepultus  est  in  cœmeterio  suo 
juxla  cœmet.  Callixti,  Via 
Appia.  (On  sait  que  cette  sé- 
pulture était  auprès  de  la 
tombe   de  sainte  Cécile.) 

Sepultus  est  in  cœmeterio  Cale- 
podii,  Via  Aurélia. 

Sepultus  est  in  cœmeterio  Pra> 
têxtati,  Via  Appia. 

Defunctus  in  Sardinia,  quem  B. 
Fabianussepelivit  in  cœmeterio 
Callixti. 

Sepultus  est  in  cœmeterio  Cal- 
lixti, Via  Appia. 

Sepultus  est  in  cœmeterio  Cal- 
l:xti,  Via  Appia. 

Sepultus  est  in  crypta,  juxta  cop- 
meterium  Callixti,  in  praedio 
Lucinte. 

Sepultus  est  in  cœmeterio  Cal- 
lixti, Via  Appia. 

Sepultus  est  in  cœmeterio  Cal- 
lixti, Via  Appia. 

Sepultus  esl  m  cœmeterio  Cal- 
lixti, Via  Appia. 


'  Ibid.,  p.  14.  —  'Muratori,  Xov.  thés,  inscr.,  p.  UCMUCXTI,  n.  17. 
—  'Oderici,  Sj/lloge,  \>.  265.  —  *E.  Hubner,  Inscr  Map.  christ., 
n.'2'i8.  —  l0G.M.Toun'et,£'n<((ii7'/:;r.  sur  un  traité  tir  S.  A  uy  Ut- 
tin,  dans  la  /ter.  archêol. ,  1X7S,  nouv.  série,  t.  v,  p.  140-155, 2S1--296. 


509 


AD   SANCTOS 


ADAM   ET   EVE 


510 


Dionysius  259-2G9. 

TVlix  I  2G9-275. 

Eutychianus  275-283. 

Caius  283-290. 

Marcellinus  290-303. 

Marcelin*  303-309. 

Eusebius  309-311. 

Melchiades  311-314. 


Scpullus   est  in  cœmeterio  Cal- 

lixli,  Via  Appia. 
Fecit   basilicam   in   Via   Aurélia 

ubi  sepultus  est,   milliario  II 

ab  Uilic 
Sepul tus  est  in  cœmeterio  Cal  lixti, 

Via  Appia. 
Sepultus  est  in  cœmeterio  Cal- 

lixti.  Via  Appia. 
Sepultus  est  in  cœmeterio  Pris- 

cilloe. 
Sepultus  est  in  cœmeterio  Pris- 

cillœ. 
Sepultus   est  in  cœmeterio  Cal- 

lixti,  in  crypta. 
Sepultus  est  in  cœmeterio  Cal- 

lixti,  in  crypta. 


Priscille  remontant  à  la  moitié  environ  du  111e  siècle  '. 
On  ne  peut  taire  remonter  les  plus  anciens  parmi  eux 
plus  haut  que  la  fin  du  111e  siècle. 

La  plupart  des  artistes  ont  choisi  le  moment  où  Adam 
et  Eve  sont  tentés;  mais  la  liberté  que  l'on  prenait  alors 
avec  l'histoire  les  a  portés  à  réunir  plusieurs  moments 
en  un  seul.  C'est  ainsi  que  la  présence  du  serpent,  la 
manducation  du  fruit,  le  premier  mouvement  de  honte 
sont  confondus,  et  à  vrai  dire,  il  y  aurait  peu  de  profit 
à  essayer  ici  un  classement.  On  trouve  l'histoire  de  la 
chute  sur  des  monuments  très  divers  :  sarcophages, 
verres  gravés,  lampes  (fig.  97). 

Nous  n'avons  rencontré  que  peu  de  scènes  dans  les- 
quelles Adam  et  Eve  soient  encore  dans  l'état  d'inno- 
cence, ce  qui  peut  s'expliquer  par  le  progrès  qu'avait 
déjà  fait  la  pudeur  dans  la  société  chrétienne2  à  l'époque 
qui  nous  fournit  les  plus  anciennes  représentations.  Nos 


97.  —  La  tentation  d'Adam  et  Eve  sur  un  sarcophage  au  musée  de  Toulouse.  D'après  une  photographie. 


On  pourrait  continuer  cette  liste,  il  suffit  de  rappe- 
1er  que  Pie  IX  demanda  dans  son  testament  l'honneur 
et  le  secours  de  la  tumulatio  ad  sanctum  Laurenlium. 

II.  Leçlercq. 

ADAM  ET  EVE.  —  I.  Dans  l'art  chrétien  primitif. 
IL  Dans  la  liturgie.  III.  Dans  la  littérature.  IV.  Testa- 
ment d'Adam.  V.  Liber  Ada»ii. 

I.  Art  chrétien.  —  La  représentation  de  nos  premiers 
parents  est  très  fréquente  dans  les  monuments  de  l'an- 
tiquité chrétienne,  et  néanmoins  peu  variée  dans  la  dis- 
position du  groupe  ou  dans  les  rapprochements  symbo- 
liques qu'il  provoque.  Martigny  attribue  à  cette  re- 
présentation une  portée  polémique.  Il  estime  qu'elle 
servait  à  enseigner  contre  les  doctrines  répandues  par 
les  gnostiques  que  l'homme  fut  créé  complet  et  non  pas 
comme  nn  ver.  Il  n'est  pas  douteux  que  le  personnage 
d'Adam  lut  violemment  attaqué  par  l'hérétique  Tatien 
(tin  du  11e  siècle),  mais  les  monuments  qui  le  représentent 
ie>  sont  pas  contemporains  de  cette  dispute.  Parmi  les 
monuments  de  Home,  la  plus  ancienne  représentation 
de  ce  sujet  consiste  en   une  fresque  de  la  catacombe  de 

1  .1.  Wilpert,  Fractio  pajlis,  in-i",  Paris,  1896,  p.  47,  note  1.  — 
5  Revoit,  Architecture  romane,  in-fol.,  Patï6,  1873,  t.  i,  p.  17.  A 
la  chapelle  Saint-Gabriel,  près  Tarascon  (ix*  siècle).  Eve  se  cache 
li  ,'orge  avec  la  main  droite.  —  3S.  d'Agincourt,  Recueil  rie  frag- 
menta de  scul])ture  antique  en  terre  cuite,  in-i",  Paris,  1814, 


[  parents  couvrent  leur  nudité  parfois  avec  la  main,  par- 
fois avec  les  deux  mains  ou  avec  une  feuille,  d'arbre. 
L'essence  de  l'arbre  est  fort  variée,  si  tant  est  qu'on  puisse 
toujours  la  reconnaître  sous  le  travail  grossier  de  l'ar- 
tisan et  les  injures  du  temps.  La  théorie  philosophique 
des  «  milieux  »  trouve  ici  son  application.  Didron  a  ob- 
servé en  eiretque  l'essence  de  l'arbre  varie  suivant  les 
zones  agricoles.  En  Normandie,  on  trouve  la  pomme;  en 
Bourgogne,  le  raisin;  ailleurs,  les  cerises.  C'est  là  une 
manière  qui  n'a  rien  de  moderne  et  on  peut  penser  que 
les  monuments  de  l'antiquité  furent  l'occasion  des 
mêmes  libertés.  D'Agincourt  signale  une  lampe  antique 
sur  laquelle  Eve  était  représentée  cherchant  un  voile  '*. 
Bientôt  s'introduisit  le  symbolisme.  Un  sarcophage 
d'Arles  représente  un  mouton  aux  pieds  de  la  femme  4  ; 
celui  de  Junius  Bassus  5  complète  l'indication  symbo- 
lique en  plaçant  à  côté  d'Adam  une  gerbe  d'épis,  allu- 
sion à  la  loi  du  travail  imposée  après  la  désobéissance. 
Ailleurs,  on  voit  un  jeune  homme  —  le  Christ  —  pré- 
sentant aux  coupables  la  gerbe  et  le  mouton6. 
De  très  bonne  heure  se  manifeste  la  tendance  à  trans- 

pl.  xxiv,  u,  2.  —  'E.  Le  Blant,  Sarcophages  chrétiens  antiques 
tle  la  ville  d'Arles,  in-lol.,  Paris,  1878,  n.  37,  pi.  XX,  fig.  2  et 
p.  34  sq.  —  'Bottaii,  Sculture  e  pitture  sagre  estratte  (ici  ci- 
miteri  di  Homo,  in-lol.,  Ronia,  1737,  pi.  xv.  —  B  De  Rossi,  Bull, 
di  arcli.  crisl.,  1805,  p.  69.  Ct.  Bottari,  loc.cU.,  pi.  M,  excv. 


511 


ADAM    ET    ÈYE 


512 


former  le  fait  historique  on  «  moralité  ».  Un  verre  publié 
par  Buonarolti  '  montre  Eve  ornée  de  colliers  et  de  bra- 
celets; il  faut  y  voir  sans  doute  une  condamnation  de 
ces  bijoux  et  de  ces  parures  qui  provoquèrent  souvent 
les  plaintes  des  Pères  de  l'Église.  Ce  ne  sont  là,  il  faut 
bien  le  dire,  que  des  conjectures. 

Les  plus  magnifiques  sarcophages  contenaient  ordi- 
nairement cette  scène  de  la  chute  de  nos  premiers  pa- 
rents, mais  traitée  avec  plus  ou  moins  de  talent  suivant 
l'habileté  technique  des  artistes;  le  thème  conserve 
presque  dans  tous  les  cas  sa  monotonie.  Les  composi- 
tions les  plus  remarquables  dans  lesquelles  est  entré  le 
groupe  qui  nous  occupe  sont  : 

1°  Bas-relief.  —  Une  pierre  annulaire  qui  représente 
le  serpent  tenant  le  fruit  dans  sa  bouche,  tandis  qu'A- 
dam et  Eve  s'agenouillent  et  s'inclinent  profondément 
devant  un  personnage  qui  semble  vouloir  les  relever  et 


tement;  cependant  Adam  emporte  une  houe  sur  1  épaule 
(fig.  98). 

4°  Bronze.  —  11  est  curieux  de  retrouver  exactement 
la  scène  précédente  sur  la  porte  de  bronze  du  dôme  de 
Pise,  ouvrage  de  Bonnano  (vers  1171);  touteiois,  la  pos- 
ture de  l'ange  est  plus  vive  encore  dans  le  dernier  mo- 
nument (fig.  99). 

5°  Coupe.  —  Une  patère  de  bronze  antique  qui  repré- 
sente Adam  et  Eve  mangeant  le  fruit  détendu  et  an-des- 
sous une  image  criophore,  probablement  le  bon  Pasteur, 
qui  serait  un  symbole  du  Christ  retrouvant  la  brebis 
humaine  ". 

6"  Miniatures.  —Un  feuillet  de  la  bible  de  Charles  le  Gros 
conservée  à  Saint-Pau  1-liors-lcs-Murs  et  exécutée  par  Ingo- 
bère  nous  offre  l'histoire  entière  d'Adam  et  Eve  depuis  la 
création  d'Adam  jusqu'à  leur  vie  de  travail  hors  de  l'Eden. 

Cette  composition,  ainsi   que  toutes  celles  de  ce  ma- 


98.  —  Fragment  d'un  collïet  représentant  Adam  et  Eve  chassés  du  Paradis  terrestre. 
Pesaro,  Musée  Oliveriano.  D'après  une  photographie. 


qui  appuie  ses  pieds  sur  l'r/0'j;,  symbole  dont  la  signi- 
fication n'est  pas  douteuse  '-. 

Le  goût  du  symbole  dont  nous  parlons  se  soutint, 
malgré  l'infériorité  d'exécution  avec  laquelle  on  le  ren- 
dait. L'ignorance  des  artisans,  qui  peut  se  dissimuler 
dans  les  vêtements,  parait  dans  toute  sa  profondeur 
lorsqu'ils  traitent  le  nu.  Certains  ouvrages,  comme  la 
coupe  de  Podgoritza,  sont  à  ce  point  de  vue  des  documents 
de  l'histoire  de  l'art  et  de  la  civilisation  à  son  plus  bas 
degrés  (flg.  ioo). 

'2°  Pierre  gravée.  —  Un  nicolo  antique  de  la  collection 
du  British  Muséum  représente  Adam  et  Eve  de  chaque 
coté  de  l'arbre  *. 

3°  Ivoires.  —  Un  coffret  d'ivoire  conservé  à  Darmstadt 
représente  Adam  et  Eve  chassés  de  l'Eden.  Ce  sujet  a 
été  souvent  traité  principalement  parles  Byzantins-',  avec 
la  liberté  d'interprétation  coutumière  aux  artistes  chré- 
tiens. La  plupart  de  ces  ivoires  portent  inscrite  la  ques- 
tion posée  par  Dieu  à  Adam  :  AAAM  IIOT  El,  «  Adam, 
où  es-tu  6?j>  Une  cassette  (musée  Oliveriani  à  Pésaro) 
montre  Adam  et  Eve  chassés  par  l'ange  et  sans  aucun  vè- 

*  P.  Buonarotti,  Osservazioni  sopra  alcuni  frammenti  de' 
vasi  anticln  iti  vetro  ornati  di  figure  trovati  net  cimiteri  di 
Ruina,  in-4*,  Kirenze,  1716,  p.  8,  pi.  i,  fig.  2.  —  ■  Buonarotti,  loc. 
cit.,  pi.  I,  fig.  1.  —  3  De  Rossi,  Bull,  di  arcli.  crist.,  1874, 
pi.  XI,  et  1877,  pi.  V-VI.  —  *  ().  M.  Dalton,  Catalogue  of  early 
Christian  antiquities  of  tlie.  llritisli  Museuni,  in-4',  London, 
1901,  p.  7,  pi.  I,  n.  42.  —  "•Gïa'vrn,  Adamo  et  Eva  SUi  eufanetti 
d'avorio  Oyzantiiii,  dans  L'ai  u  ,  1899,  t.  u,  fasc.  8-10.   -   'A. 


nuscrit  paraissent  dériver  d'une  source  commune  à  cette 
bible  et  à  celle  de  Charles  le  Chauve  exécutée  par  l'école 
de  Tours,  mais  la  barbarie  de  l'exécution  s'est  grande- 
ment accrue  dans  le  manuscrit  de  Saint-l'aul-hors-les- 
Murs.  Les  détails  sont  simplifiés  ou  manquent  tout  à 
fait;  l'ange  qui  assiste  à  la  création  d'Adam,  la  surprise 
du  groupe  par  Dieu  avant  que  l'homme  et  la  femme  se 
soient  couverts  de  feuilles  sont  omis. 

II.  Litirgie.  —  Le  culte  d'Adam  présente  peu  d'inté- 
rêt. Il  se  réduit  d'ailleurs  a  un  minimum.  Une  simple 
mention  dans  les  calendriers,  on  bien  une  citation  dans 
les  compositions  lyriques  de  I  !  que'';  pour  les 
liturgies  occidentales,  quelques  allusions  dans  des  an- 
tiennes, des  répons  et  des  lectures.  Les  plus  importantes 
de  ces  dernières  sont  :  l;i  première  leçon  du  samedi 
saint,  et  la  lecture  dv  l.i  Genèse  au  commencement  du 
carême  ou  à  la  septuagésime, 

III.  Littérature.  —  Le  Codex  Nazarteus,  dont  les 
hymnes  alphabétiques  avaient  attiré  l'attention  du  car- 
dinal Pitra8,  a  été  traduit  en  français  par  Tempestini  et 
publié  dans  la  Troisième  encyclopédie  llicologiquc  de 

Venhiri,    Storia  deliarte   italiana,  in-8*.   Milano,   1002,    t.    n, 
p.  G0D  sq.  —  '  Martigny,  Dictionnaire  des  antiquités 
tiennes,  au  mot  Adam  et  Eve.  —  •  Ntlles,  Kalendarium  ma- 
nuale,  in-8%  Œniponte,  1897,  t.  n.  Index,  au  mol  N.  Adam.  — 
0  Pi  Ira,   Hymnograpliie  de  I 1  nue,  ln-8*,  Paris. 

Codex  Nataneus,  liber  Adami  appeUatus,  sy 
Criptus,  lathwquc  redditus  a  M.  Norberg,  3  vol.  in-4*,  L^ndiai 
Gothorum,  lsiô-1816. 


51Î 


ADAM    ET   EVE 


:u 


Migiie  '.  On  trouve  à  la  suite  un  résumé  du  manuscrit 
du  musée  Borgia  contenant  le  Divan  des  Mendaïtes  2; 
Le  livre  de  la  pénitence  ou  du  combat  d'Adam  3  ;  Le 
combat  d'Adam  et  d'Eve  qu'ils  eurent  à  soutenir  après 
leur  expulsion  du  jardin  et  piendant  leur  séjour  dans 
la  caverne  des  trésors,  selon  l'ordre  du  Seigneur,  leur 
créateur  4.  —  Nous  avons  parlé  du  Codex  Nazaréens  et 
du  Testament  ou  Livre  de  la  pénitence.  Le  Combat 
d'Adam  n'est  connu  que  par  une  version  éthiopienne, 
traduite  en  allemand  s  et  en  anglais0.  C'est  un  recueil 
tout  rempli  des  imaginations  orientales  s'exereant  sur 
un  théine  assez  large,  car  on  y  a  tait  accueil  aux  autres 
patriarches.  On  sait  que  ces  sortes  de  compositions 
n'oflrent  d'intérêt  généralement  que  par  les  points  de 
contact  qu'elles  ont  avec  d'autres  écrits  du  même 
genre  ou  avec  dos  pièces  plus  sérieuses.  Le  Combat 
d'Adam  est  totalement  indépendant  du    Livre  d'Hé- 


Adx  et  Evse  publiée  par  W.  Meyer9;  la  AtaOr,xo  t<5v 
tcpioto7ia<xct<.>v  signalée  par  Anastase  le  Sinaïte  dans  son 
commentaire  de  \'Hexaméron">.  Il  a  existé  un  fragment 
grec  de  l'Apocalypse  dont  nous  trouvons  la  mention  sui- 
vante dans  l'épitre  de  Pseudo  Barnabe,  n.  10,  ©uica  tû 
0eci>  xapoia  (TUVTetptjXjjLSVï)'  6<7|j.T|  eùwSi'aç  râ  xvipta  xapîisc 
8o?àïou<7a  tôv  nsnXaxÔTa  aÙT^v.  Le  ms.  de  Constantinople 
porte  en  marge  :  ^aXp..  N'  xàt  iv  «■reonaÀ-j^et  'ASip.. 
Voy.  Irénée,  Contr.  Hier.,  IV,  xvii,  3;  Clément,  Pœdag., 
nr,  12  (éd.  Polter,  p.  30(5),  et  Strom.,  Il,  18  (même  éd., 
p.  470)  n.  —  Une  ancienne  version  slave  12.  —  Les  Armé- 
niens ont  un  livre  intitulé  La  Pénitence  d'Adam.  —  La 
Narratio  Zosimi  sera  classée  avec  d'autres  écrits,  nous 
la  rappelons  ici  à  cause  de  quelques  emprunts  curieux 
qu'elle  contient  ,3. 

IV.  Testament  d'Adam.  —  Le  livre  qui  porte  ce  titre, 
réduit  à  quelques  fragments,  fait  partie  d'un  ouvrage 


00.  —  Tentation,  chute  d  Adam  et  Eve  »t  leur  sortie  du  paradis  représente  sur  la  porte  de  bronze  du  dôme  de  Pise. 

D'après  une  photographie. 


woe/i  et  du  Livre  des  Jubilés.  Dillmann  croit  que 
l'original  était  arabe.  On  peut  lui  donner  pour  lieu  d'ori- 
gine l'Egypte  et  pour  date  le  Ve  ou  VIe  siècle.  —  A.  Har- 
nack  et  C.  Schmidt  ont  publié  un  fragment  copte  d'une 
Apocalypse  de  Moyse  et  Adam.  C'est  un  morceau  de  peu 
d'importance1.  —  Parmi  les  Apocalypses  apocryphai 
de  Tischendorl  s  se  trouve  un  Livre  d'Adam  et  un  Moïse 
sous  ce  titre  :  Ai^-f^ciç  xoù  TtoXiTeia  'ASàu.  xai  Eù'a;  tûv 
7ïptoT07iXàaTa>v  à7Toxa).ucp0sî<7a  7tapà  0soO  Mcovot)  tô>  6spâ- 
TtovTt  aûtoO,  ore  tàç  TtXâxa;  to0  vôu.ou  t?,;  &;a0v:lxri<;  sx 
/Eipbc  xuptou  èôsÇa-ro,  oiSayOsU  ûjrb  tou  àpy_afyi\o\t 
Mi-/arjX.  C'est  un  ouvrage  qui  paraît  tout  juif  d'inspira- 
tion. —  Puis  viennent  le  Livre  des  filles  d'Adam,  con- 
damné par  le   décret  De  libris  non  recipiendis ;   Vita 

1  Dictionnaire  des  apocryphes,  t.  I,  col.  1-284.  —  s  Tbid.,  col. 
283-289.  —  *Ibid.,  col.  290-2'J7.  —  *  Ibid.,  col.  298-388.  —  =  Dill- 
mann, Das  christliche  Adambicch  des  Morgenlandes,  aus 
detn  Athiopisclien  mit  Bemerkungen  ûbersetzt,  dans  Jahr- 
bïicher  d.  biblischen  Wissenschaft,  in-8",  Gôttingen,  1853,  t.  v, 
p.  1-114.  —  °  The  Book  of  Adam  and  Eve  also  called  the  conflict 
of  Adam  and  Eve  tvitli  Satan,  a  book  of  the  early  eastern 
Church  translated  from  the  Ethiopie,  ivith  notes  by  S.  C.  Ma- 
lan,  in-8",  London,  1882;  Arn.  Breymann,  Adam  und  Eva, 
in-8%  Wollenbuttel,  1893.  —  '  Dans  les  Sitzungsberichte  d. 
kônigl.  Pr.  Akademie  d.  Wissenschaften,  1891,  p.  1045  sq.  — 
8  In-8%  Leipzig,  1866,  p.  1-23,  et  Ceriani,  Monumcnta  sacra  et 
profana,  in-4°,  Mediolani,  1868,  t.  v,  part.  1,  p.  21  sq.  — 
'  Abhandl.  d.  Mùnch.  Akad.,  philos.-  philol.  KL,  1878,      xiv. 

DICT.  D'ARCII.  CIIRÉT. 


plus  étendu,  d'origine  gnostique,  qui  a  joui  de  quelque 
faveur  dans  différents  cercles  chrétiens  des  premiers 
siècles  •*.  Le  titre  de  cet  écrit  est  douteux,  il  pourrait  se 
faire  que  le  même  ouvrage  ait  été  désigné  sous  les  noms 
de  Pénitence,  d'Apocalypse  et  de  Testament.  Le  décret 
dit  gélasien  (milieu  du  VIe  siècle)  désigne  cet  apocryphe 
comme  il  suit:  Liber  qui  appellalur  Pœnitentia  Adse, 
apocryphusvi;  saint  Épiphane  mentionne  des  Apoca- 
lypses d'Adam16  ;  les  Constitutions  apostoliques  con- 
damnent un  livre  attribué  à  Adam  et  empreint  de  gnos- 
ticisme  ";  enfin  le  Syncelle  18  et  Cedrenus  19  disent  avoir 
mis  à  profit  deux  ouvrages  intitulés  la  Vie  d'Adam  et 
la  Petite  Genèse.  Or  les  détails  qu'ils  y  ont  puisés  sur 
la  «  pénitence  »  et  sur  les  «  révélations  »  d'Adam  se  re- 

Cf.  Meyer,  Lutwin's  Adam  und  Eve,  dans  Litterarischer  Verein 
de  Stuttgart,  1881,  t.  cuil.  —  ">P.  G.,  t.  lxxxix,  col.  967.  — 
"  R.  James,  Apocrypha  anecdota,  in-8",  Oxford,  1893,  p.  145.  — 
'-  Jagic,  dans  Denkschr.  d.  k.  Akademie  d.  Wissensch.,  phitos.- 
historische  Cl.,  Vienne,  1893,  t.  xlii,  p.  1-104.  —  ia  R.  James,  toc. 
cit.,  p.  86  sq.  —  ,4  Assemani,  Bibl.  orient.,  in-tol.,  Romae,  1719. 
t.  m  a,  p.  282;  E.  Renan,  Fragments  du  livre  gnostique  intitula- 
Apocalypse  d'Adam  ou  Pénitence  d'Adam  ou  Testament 
d'Adam,  dans  le  Journal  asiatique,  nov.-déc.  1853,  p.  427-471. 
—  ,5Erwin  Preuschen,  Kûrzere  Texte  zur  Gescli.  der  alten 
Kirche  u.  des  Kanons,  in-8°,  Freiburg,  1893,  p.  154.  —  "'  S.  Épi- 
phane, Adv.  hxres.,  XXVI,  8,  P.  G.,  t.  xli,  col.  341.  —  »  Ccnst. 
apostol.,  1.  VI,  c.  xvi,  P.  G.,  1. 1,  col.  953.  —  '«Cedrenus,  Si  voit; 
;  nu;  i«iv,  éd.  Fabroz,  in-lol.,  Parisiis,  1647,  p.  10.  —  ls  Item,  p.  9. 


I. 


17 


515 


ADAM    ET   EVE 


516 


trouvent  trait  pour  trait  dans  les  fragments  syriaques 
contenus  clans  les  mss.  58  et  404  du  Vatican. 

Cependant  la  Vie  d'Adam  et  la  Petite  Genèse  ne  sont 
eux- mêmes  que  des  remaniements  de  seconde  main  du 
livre  mentionné  par  Épiphane  et  pseudo-Gélase  sous  les 


# 


100.  —  Adam  et  Eve  représentés  sur  la  coupe  de  Podgoritza. 
D'après  le  Bullettino  di  archeologia  cristiana,  1877,  pi.  5. 

litres  d'.-l pocalypse  et  de  Pénitence  d'Adam  dans  les- 
quels Lalilie,  llardouin  et  Fabricius  ne  voyaient  qu'un 
même  ouvrage  :  pénitence  (peravota)  eUre'reîalions  (àito- 
/.7>j'V.:).  Ces  doux  termes  semblent  avoir  été  synonymes, 
observe  justement  Renan.  Ceci  expliquerait  les  Péni- 
tences d'Origène,  de  saint  Cyprien,  de  .larnnès  et  Mam- 
bré'.Dans  le  Testament  des  XII  patriarches  -  et  dans 
la  Pislis  Snpltia,  le  mot  u.sT<ivoea  a  ce  sens  de  révélation. 
Le  nom  de  Testament  parait  avoir  été  abandonné  d'as- 
sez bonne  beure  ;  on  retint  ceux  de  Pénitence  et  i'Apo- 
calypse.  Toutefois  ces  titres  doivent  s'entendre  assez  lar- 
gement puisque  les  fragments  donnés  par  Cedrenus 
comme  extraits  de  l'Apocalypse  se  retrouvent  presque 
les  mêmes  dans  les  mss.  syriaques  sous  le  titre  de  Tes- 
tament  d'Adam.  Dans  les  dernières  annéesdu  vr  siècle 
(vers  .")(.l()i.  raconte  la  Chronique  de  Samuel  d'Ani,  des 
Syriens  introduisirent  leurs  taux  livres  en  Arménie  après 
les  avoir  traduits  dans  la  langue  de  ce  pa\s  ;.  Parmi 
ces  livres  se  trouvaient  la  Pénitence  d'Adam  et  la  Dia- 
théké  ou  Testament. 

Il  parait  que  les  fragmenta  syriaques  qui  nous 
restent  appartiennent  à  des  époques  différentes;  les  deux 
premiers  seraient  les  plus  anciens.  Quel  que  soit  leur 
xrai  titre,  ces  morceaux  n'ont  aucun  rapport  avec  les 
traditions  en  vogue  au  moyen  âge  sur  la  pénitence  et  la 
morl  d'Adam;  ils  se  rattachent  au  cycle  du  saint  Graal 
et  ultérieurement  à  VÉvangile  d'Eve  mentionné  par 
saint  Kpipbane  *.  Les  fragments  liturgiques  dont  nous 
transcrivons  ici  la  traduction  sont  relatifs  à  la  division 
des  heures  du  jour  et  de  la  nuit.  On  y  voit  clairement 
l'influence  des  idées  île  la  Perse  sur  le gnosticisme  dans 
la  division  mystique  du  temps,  division  qui  rappelle 
celle  qui  sert  de  base  aux  Jeschts  Sadés  et  au  Sirovaé. 
Ces  rapprochements  pourraient  en  suggérer  d'autres 
entre  les  Vadjs  et  les  Tavids  qu'on  trouve  à  la  suite  des 
■lest/tts  Sadés  et  les  prières  liturgiques  contenues  dans 
le  mis.  syriaque  n.  '217  de  la  bibliothèque  du  Vatican    . 

On  retrouve  dans  les  Constitutions  apostoliques  '■  des 
Coptes  quelques  \esii-es  qui  insinuent  plus  qu'ils  ne 
prouvent  un  point  de  contact  avec  les  fragments  qui 
font  l'objet  de  ces  observations.  Les  étoiles,  le-  arbres, 
les  eaux  y  ont,  eux  aussi,  leurs  heures  d'adoration,  et  il 

1  E.  Preuscben,  /or.  cit.,  p.  154.  -  -  Ituhen.  c.  n.  P.  G.,  t.  u.- 
col.  1040.  :|  Mss.  arménien  de  la  Bibl.  Nationale,  n.  96  I 
v  :  Renan,  loc.  cit..  p.  430.  note  5.  —  *  Renan,  toc  cit.,  p.  434, 
noie  2.  -  :'  Fol.  99,  212,  etc.  —  *  The  apostolical  constitutions... 
in  coptic,  tvith  an  eiu/lish  translation  by  11.  Tattam,  ui-S1, 
Lontlon,  1648.  ■  -  :  L.  VIII,  c.  xxxiv.  /'.  <;..  t.  i,  col.   Il 


se  pourrait  que  tout  cela  eût  quelque  rapport  avec  le 
Cantique  des  trois  Hébreux  :  Benedicite  omnia  opéra. 
Enfin  ces  idées  se  retrouvent  dans  les  Constitutions 
apostoliques  grecques' ,  mais  sous  une  forme  assez  dilîe- 
rente.  Il  paraît  évident  que  nous  avons  dans  les  fragments 
étudiés  ici  une  adaptation  gnostique  de  la  division, 
probablement  apostolique  8,  des  heures  canoniques. 

Premier  fragment.  —Heures  de  la  nuit'. 

Première  heure  de  la  nuit.  C'est  l'heure  de  l'adoration  des 
démons;  durant  tout  le  temps  que  durent  leurs  adorations,  ils 
cessent  de  faire  le  mal  et  de  nuire  à  l'homme,  parce  que  la  force 
cachée  du  Créateur  de  l'univers  les  retient. 

Deuxième  heure.  C'est  l'heure  de  l'adoration  des  poissons  et 
de  tous  les  reptiles  qui  sont  dans  la  mer. 

Troisième  heure.  Adoration  des  abimes  inférieurs  et  de  la 
lumière  qui  est  dans  les  abimes,  et  de  la  lumière  inférieure,  que 
l'homme  ne  saurait  si  nder  ,0. 

Quatrième  heure.  Trisagion  des  Séraphins.  Avant  mon  péché, 
j'entendais  à  cette  heure,  ù  mon  fils,  le  bruit  de  leurs  ailes  dans 
le  paradis;  car  les  séraphins  avaient  coutume  de  battre  des  ailes 
en  rendant  un  son  harmonieux  dans  le  temple  consacré  à  leur 
culte.  Mais  depuis  que  j'eus  péché  et  transgressé  l'ordre  de  Dieu, 
je  cessai  de  les  voir  et  d'entendre  leur  bruit  ainsi  qu'il  était 
juste. 

Cinquième  heure.  Adoration  des  eaux  qui  sont  au-dessus  des 
cicux.  A  cette  heure,  ô  mon  fils  Seth,  nous  entendions,  moi  et  les 
anges,  le  bruit  des  grandes  vagues,  élevant  leur  vi  ix  )  our  rendre 
gloire  à  Dieu,  à  cause  du  signe  caché  de  Dieu  qui  les  agite. 

Sixième  heure.  Assemblage  de  nuées  et  grande  terreur  reli- 
gieuse qui  marque  le  milieu  de  la  nuit. 

Septième  heure.  Repos  des  puissances  et  de  toutes  les  natures 
pendant  que  les  eaux  dorment;  et  à  cette  heure,  si  l'on  j  rend  de 
l'eau,  que  le  prêtre  de  Dieu  y  mêle  de  l'huile  sainte  et  oigne  de 
cette  huile  ceux  qui  souffrent  et  ne  dorment  pas,  ceux-ci  sont 
guéris  ". 

Huitième  heure.  Actions  de  grâces  rendues  à  Dieu  pour  1 1 
duction  des  herbes  et  des  graines,  au  moment  où  la  ros 
ciel  descend  sur  elles. 

Neuvième  heure.  Service  des  anges  qui  se  tiennent 
trùne  de  la  Grandeur. 

Dixième  heure.  Adoration  dos  hommes;  la  porte  du  ciel 
s'ouvre,  afin  d'y  laisser  entrer  les  Prières  de  tout  ce  qui  vit  :  elles 
se  prosternent,  puis  elles  sortent.  A  cette  heure,  tout  ce  que 
l'homme  demande  à  Dieu  lui  est  accordé,  au  moment  où  les  séra- 
I  bina  battent  des  ailes  et  où  le  coq  chante. 

Onzième  heure.  Grande  joie  dans  toute  la  terre,  au  moment  où 
le  soleil  monte  du  paradis  du  Dieu  vivant  sur  la  création,  et  se 
lève  sur  l'univers. 

Douzième  heure.  Attente  et   profond  silence  parmi  tous  les 
ordres  de  lumières  et  d  e  prits,  jusqu'à  ce  que  les  prêtres  aient 
placé  des  parfums  devant  Dieu  :  puis  tous  les  ordres  et  tout' 
puissances  du  ciel  se  séparent. 

Voilà  pour  les  heures  de  la  nuit. 

Deuxième  fragment.  —  Maintenant  les  heures  du  jour. 

Première  heure  du  jour.  Prière  des  êtres  cèles 

Deuxième  heure.  Prière  des  anges. 

Troisième  heure.  Adoration  des  oiseaux. 

Quatrième  heure.  Adoration  des  animaux  terrestres 

Cinquième  heure.  Adoration  des  êtres  qui  sont  au-dessus  des 
cieux. 

Sixième  heure.  Adoration  des  chérubins,  qui  prient  pour  les 
péchés  des  lu  mu 

Septième  heure.  Entrée  et  sortie  devant  Dieu.  Les  Prières  de 
tous  les  êtres  vivants  entrent,  se  prosternent  et  sortent. 

Huitième  lieu:  D   de  la  lumière  et  des  eaux. 

Neuvième  heure.  Prii  ges  qui  se  tiennent  devant  le 

trône  de  la  Grandeur. 

Dixième  heure.  Inspectii  n  des  eaux  :  le  Saint-Esprit  <!•■■ 
et  plane  sur  les  eaux  et  les  sources.  Et  si  l'Esprit  du  Seigneur  ne 
descendait  pas  et  ne  planait  pas  ainsi  sur  les  eaux  elles  souives. 
le  genre  humain  serait  perdu  et  les  démons  feraient  périr  d'un 
regard  tous  ceux  qu'ils  vomiraient.  Et  si  à  cette  heure  on  prend 
de  l'eau  et  que  le  prêtre  di  Dieu  )  mêle  de  l'huile  sainte 
oigne  les  malades,  ceux-ci  recouvrent  immédiatement  la  santé. 


*  Acte  apost.,  m.  1  et  passim.  —  •  Le  tus.  arabe  r,?,  Bibl. 
nat.,  donne  les  noms  mystiques  des  heures  du  jour  et  de  la 
nuit.  —  ,0  »  Kt  à  cette  heure  il  n'est  possible  a  personne  de 
parler.   ■  Us.-  59.  —  "  Ct.  Tattam.  Const.  ttpostoU,  p 

pi  -   d'une  cérémonie  analogue   qui   doit   se  faire  au  chant 
du  coq. 


517 


ADAM    ET    EVE 


51 S 


Onzième  heure.  Joies  et  transports  dos  justes  '. 

Douzième  heure,  qui  est  celle  du  soir.  —  Prière  des  hommes 
A  la  Volonté  bienveillante  qui  réside  devant  Dieu,  seigneur  de 
toutes  choses. 

La  conjecture  de  Renan  sur  les  sources  des  fragments 


est  confirmée  par  ce  passage  de  Cedrenus2  :  'Aoau,  tû 
sijaxotnoiTTài  Eue*  u.îTavor,<7a;  iyiut  Si'  a.KOY.&'kjtye.tùÇ  tï 
irsp\  tûv  sypriyôpiov  xai...  Aux  textes  syriaque  et  arabe 
il  faut  joindre  un  texte  grec3  qui  donne  le  wyOôfj.spov 
sous  le    nom  de    'AuoXXam'ou  p.a6r|u.arcx.oû.  Nous  n'en 


101.  —  Histoire  d'Adam  et  Eve  ;  miniature  de  la  Bible  de  Charles  le  Gros. 
Rume,  Bibl.  du  monastère  de  Saint-Paul-hors-les-murs.  D'après  une  photographie. 


•  Ce  passage  est  fort  différent  dans  l'arabe  et  présente  en  cette 
langue  un  sens  beaucoup  plus  clair  :  A.  la  dixième  heure,  prière 
des  eaux  ;  et  à  cette  heure,  le  Saint-Esprit  agite  ses  ailes  et  plane 
sur  les  eaux,  les  sanctifie  et  en  chasse  les  démons  ;  et  si,  tous  les 
jours,  à  cette  heure,  le  Saint-Esprit  ne  planait  pas  sur  les  eaux, 
tons  ceux  qui  en  boiraient  périraient,  par  suite  de  l'action  mal- 
faisante des  démons.  Et  si,  à  cette  heure,  on  prend  de  l'eau,  et  que 
l'un  des  prêtres  de  Dieu  y  mêle  de  l'huile  sainte  et  en  oigne  les 


malades  et  ceux  qui  sont  possédés  d'esprits  impurs,  ils  sont  gué- 
ris immédiatement.  «  C'est  ici  qu'il  faut  rapprocher  ce  passage 
d'une  formule  déprécatoire  des  Elchasaïtes  :  'ISoù  |»«jiûfo(i«i  -■>■> 

oipavôv  xai  t'o  ô'Swp  xat  Ta  nveûfXOETR  ~.'i.  ay.a  /«•-  To'j;  !f[yi\o»i  Tf^  roi- 
(TEU/ij;  \aX    xb    fXacov   xa'i    tô    ctXa;  xa;    tV]v    -,t,;...    S.    Épiphane,    AdV. 

hxres.,  xix,  n.  1,  P.  G.,  t.  xli,  col.  261.  »  Renan,  toc.  cit.,  p  4M 
(11).  —  -  Cedrenus,  toc.  cit.,  1. 1,  c.  xli,  —  J  Ma.  2  419  de  la  Bibl. 

nationale,  tonds  gr.,  toi.  247  b. 


519 


ADAM   ET   EVE   —   ADDÉE   ET   MARIS   (LITURGIE   D') 


520 


donnerons  ici  que  ce  qui  a  trait  à  l'onction  :  X; èv 

yj    â[àv]  avBpurrcoç  apir)  3T13  (vépov)  -/.où   (xiÇ»i    u-exà    àytov 

ÈXat'ou,  7râv  otans  (vôirr)U,a)  taxât  xoù  6aiu.ov<ôvTaç  xaOaîpei 
xai  Sa:'u.ovaç  àTieXaûvei  '  ;  et  aux  heures  de  la  nuit  : 
VII.   iâv   «ç   av6pù)7roi;  xaOapôç  âpTrctTv)  3113  (vépov)  xeù 

j3â),Xei  oùtô  ô  iepeùc  xoù  |iî|^  u.ST'èXa;'ou  xoù  aYicto-Y)  a-jTo 
v.x'i  à>e£'Vo  àn'ocj-rô  àaOev-Ti  àypu7tvo-jvTa,  7iapïu6ù  tt|; 
vocou  à'na).XaY''i<T£Tai  2. 

V.  JL,JS  liber  adami.  —Il  contient  une  liste  des  sectes  qui 
appartiennent  à  chacune  des  planètes  ;  plusieurs  d'entre 
elles  se  rattachent  au  christianisme,  parce  qu'elles  bap- 
tisent au  nom  du  Père,  du  Fils  et  du  Saint-Esprit  et 
honorent  la  croix,  mais  à  ces  rites  se  mêlent  les  plus 
abominables  pratiques.  Sylvestre  de  Sacy  a  donné 
de  ce  livre  une  longue  étude  dans  laquelle  il  faisait 
«  connaître  le  fruit  de  quelques  recherches  qui  étaient, 
dit-il,  demeurées  depuis  sept  ans  dans  mon  porteteuille 
et  qui  pourraient  être  perdues  si  .je  n'avais  profité  de 
cette  occasion  pour  les  publier  » 3.  Nous  y  emprun- 
tons plusieurs  détails  qui  vont  au  sujet  de  ce  diction- 
naire. 

Les  sabéens  ont  défense  de  rendre  un  culte  aux 
images.  Le  Liber  Adanii  recommande  fortement  le  ma- 
riage aux  Mendaïtes  et  leur  prescrit  d'éviter  les  per- 
sonnes de  l'un  et  l'autre  sexe  qui  gardent  la  continence  *. 
Ils  ont  permission  de  manger  la  chair  des  animaux,  des 
poissons  et  des  oiseaux;  mactate,  lavate,  expurgate, 
emundate,  coquile  et  fusis  precibus  édite.  Les  naza- 
réens se  doivent  oindre,  aux  approches  de  la  mort,  avec 
de  l'huile  pure.  Faute  de  cette  purification  les  âmes  no 
parviennent  au  séjour  de  la  lumière  qu'après  une  dé- 
tention et  un  supplice  de  soixante  et  un  coups  5  dont  on 
se  préserve  par  soixante  et  une  prières  6.  Dans  le  séjour 
de  la  lumière  on  boit  le  vin  que  produisent  les  vignes 
qui  y  croissent 7. 

Les  nazaréens  prient  trois  fois  le  jour,  après  le  lever 
du  soleil,  à  la  septième  heure  et  au  coucher  du  soleil  8; 
ils  doivent  faire  l'aumône  et  prêcher9;  en  outre,  ils  se 
réunissent  dans  le  temple  au  lever  du  soleil,  le  premier 
jour  de  la  semaine,  et  leurs  adorations  sont  réglées  dans 
un  certain  ordre,  ils  y  conduisent  leur  famille  avec  eux 
et  lont  baptiser  leurs  petits  enfants  dans  le  Jourdain  en 
choisissant  pour  cette  cérémonie  le  premier  jour  de  la 
semaine.  IL  Leci.lrcq. 

ADDÉE  ET  MARIS  (LITURGIE  D').  -  I.  Histoire. 
11.  Exposé.  III.  Particularités. 

I.  Histoire.  —  Cette  liturgie  est  la  liturgie  normale 
des  nestoriens,  et  la  seule  employée  par  les  Chaldéens 
unis;  elle  porte  le  nom  de  liturgie  des  «  saints  Apôtres  >-, 
parce  que  les  nestoriens  regardent  Addée  et  Maris 
comme  les  apôtres  de  leur  pays.  D'après  leurs  traditions 
Addée,  en  syriaque  «  Addai  »  (Thaddée),  et  ses  deux  dis- 
ciples Adi  et  Maris  auraient  évangélisé  la  Mésopotamie 
et  fondé  cette  Eglise.  Ces  traditions  ont  été  recueillies, 
quant  à  leur  substance,  parEusèbe  t0;  d'après  son  récit, 
le  toparque  d'Édesse,  Abgar,  Urkkama,  «  le  unir.  »  atteint 
d'une  grave  maladie  et  ayant  entendu  parler  des  mira- 
cles opérés  par  le  Sauveur,  lui  aurait  écrit  pour  le 
{nier  de  venir  le  guérir;  le  Sauveur  lui  aurait  promis 
par  lettre  de  lui  envoyer  quelqu'un.  Après  sa  mort,  sa 
résurrection  et  son  ascension,  l'apôtre  Thomas  aurait 
envoyé  Thaddée  (Addai),  un  des  soixante-douze  disciples, 
afin  d'accomplir  la  promesse  laite  par  le  Sauveur.  Thad- 
dée se  serait  donc  rendu  à  Edesse  et  y  aurait  converti 
le  roi  et  presque  tous  ses  sujets.  C'est  pour  ce  mot  il  que 

1  rj-  James,  Apocrypha  anecdota,  in-8%  Oxford,  1893,  p.  141. 
—  -Util.,  p.  143.  —  ■  S.  (le  Sacy,  dans  le  Journal  des  savants, 
n.  de  juin  et  novembre  1819,  mars  1820.  —  'Norberg,  lue.  cit., 
t.  I,  p.  127.  —  »/Wd.,  t.  n,  p.  281.  —  "Ibid.,  t.  il.  p.  273.  — 
1 1bitl.  —  «  Ihi,l  ,  t.  II,  p.  79.  —  °lbid.,  t.  Il,  p.  77.  —  "'II.  F...  I. 
XUI,  P.  G.,  t.  xx,  col.  120-129.  —  "  Cf.  G.  Philipps,  La  doctrine 


les  chrétiens  de  la  Mésopotamie  attribuent  leur  liturgie 
à  Addée  et  Maris,  comme  les  Syriens  attribuent  la  leur 
à  Jacques,  premier  évêque  de  Jérusalem,  et  les  Égyptiens 
la  leur  à  Marc,  l'évangéliste;  aussi  l'intitulent-ils  :  Lilur- 
gia  beatorum  Apostolorum  composita  a  S.  Adseo  et 
S.  Mari  Oricntalium  doctoribus.  La  critique  moderne 
a  montré  que  toutes  ces  traditions  découlent  de  la  Doc- 
trine d'Adaï;  c'est  à  ce  document  qu'Eusèbe  a  puisé 
son  récit.  La  Doctrine  d'Adaï  ne  peut  être  prise  comme 
base  d'un  argument  sérieux,  parce  qu'elle  ne  remonte 
pas  au  delà  de  250,  si  elle  n'est  pas  postérieure,  comme 
le  veulent  certains  critiques;  un  écrit  si  tardif,  avec  des 
parties  totalement  supposées,  ne  permet  pas  d'asseoir 
une  conclusion  historique  ;  l'apostolat  d'Addée  en  Mé- 
sopotamie reste  donc  un  fait  douteux".  Cependant  le 
christianisme  pénétra  d'assez  bonne  heure  en  Mésopo- 
tamie; Sozomène  dit  que  la  ville  d'Édesse  fut  gagnée  au 
christianisme  dès  le  commencement  :...àp/f,6=v  -avô-- 
u.ei  -/peo-TiaviÇsiv  eXa^sv  rfit  tj  ieqXeç,  xtà.  '-;  s'il  n'est 
pas  nécessaire  de  prendre  ce  renseignement  à  la  lettre, 
il  est  certain,  en  tout  cas,  que  vers  le  milieu  du  IIe  siè- 
cle le  roi  Abgar  VIII  (179-216)  est  chrétien.  —  La  tra- 
dition nestorienne  attribue  au  patriarche  Jésuyab  III, 
vers  le  commencement  du  VIIe  siècle,  la  fixation  défini- 
tive de  la  liturgie  dans  la  forme  abrégée  où  nous  la  pré- 
sente le  texte  attribué  aux  saints  Addée  et  Maris. 

II.  Exposé.  —  La  liturgie  d'Addée  et  Maris  se  divise, 
comme  toutes  les  liturgies,  en  deux  parties  :  la  pre- 
mière préparatoire  (TrpouapaTv.îvxTrtxr, );  la  seconde 
pourrait  être  appelée  essentielle.  Nous  exposerons  les 
traits  principaux  de  cette  liturgie  en  faisant  observer 
que  les  manuscrits  contiennent  quelques  variantes. 

;re  partie.  —  1°  Depuis  le  commencement  jusqu'aux 
leçons  de  l'Écriture.  —  On  commence  par  la  récitation 
de  l'hymne  angélique  :  Gloria  in  excelsis  Deo,  suivi  du 
Pater  nosler  qui  es  in  cselis;  puis  on  récite  l'oraison  : 
Robora,  Domine  et  Deus  noster,  injirmitatem  nostrarn 
per  mïsericordiam  luam,  etc.,  et,  les  jours  ordinaires, 
la  louange  de  la  Trinité;  Adoretur,  glorificetur,  laudr- 
lnr,  exaltetttr  et  benedicatur  in  cxlo  et  in  terra  no- 
men  adorandum  et  gloriusum  Trinitalis  tum,  semprr 
gloriose  Domine  omnium,  ainsi  que  le  Psaume  xiv  : 
Domine,  quis  habitabit  in  tabernaculo  tuo,  etc.. 
son  canon;  après  cela,  on  récite  d'autres  oraisons,  puis 
la  prière  de  l'encens  :  Referemus  hymnum  Trinitati 
tua  gloriosœ,  Pater,  Ftli  et  Spiritus  sancte  ;  enfin 
la  communion  des  saints  :  Tu  Domine,  rere  es  suscila- 
lor  corporum  nostrorum,  etc. 

2°  Depuis  les  leçons  de  l'js.criture  jusqu'à  l'évomgile. 
—  Lorsqu'on  lit  des  leçons  de  l'Écriture,  on  récite  .li- 
verses  oraisons;  en  premier  lieu  le  Trisagion  :Sanptus, 
laudandus,  polens,  immorlalis,  etc.  A  la  lecture  de 
l'Epitre  (ad  Apostolum),  on  récite  l'oraison  :  Illumina 
nobis,  Domine  et  Deus  noster,  motus  cogitationum 
nostrarum,  etc.  La  liturgie  de  l'Église  syrienne  du  Ma- 
labar n'a  rien  touchant  la  lecture  de  l'Épltre, 

3*  Depuis  l'évangile  jusqu'à  la  sortie  de»  catéchu- 
mènes. —  Le  prêtre  salue  et  encense  l'Évangile,  et  re- 
cite devant  l'autel  l'oraison  :  Te  germen  prseclarum 
Patris  lui,  etc.;  puis  il  se  rend  à  l'ambon  précédé  de 
cérolëcaires  et  lit  l'Évangile  à  haute  voix;  après  la  lec- 
ture de  l'Évangile  on  récite  l'oraison  :  Te  Domine,  Drus 
polens,  deprecamur  ri  rogamus,  etc.  Les  diacres  disent 
alors  :  Inclinait1  capita  restra;  puis  le  prêtre  dit  se- 
crètement  sur  le  gradin  (B^aa)11  l'oraison:  Dommr 
Deus  omnipotens,  tua  est  Ecdesia  sancta  catholica, 
etc.;  après  les  mots;  et  super  populum  islum,  qurm 

d'Adfi'i,  Lob^ms,  1836;  Tixeront,  /.es  origines  tir  FEglise 
d'Eiicsse,  in-8*,  Paris,  1888;  Ducbesne,  dans  le  Bulletin  critupje, 
1889,  p.  41-48;  Funk,  Histoire  de  l'L>jlise.  tr.ul.  Bemmer, 
in-12.  1"  édit..  Paris,  s.  d.,  t.  I.  p.  M,  5'i.  —  "  Hist.  eccl.,  VI,  i. 
P.  G.,  t.  i.xxvn,  col.  1288.  —  '»Cf.  L.  Ctagnet,  Dictionnaire 
grec-français  des  votas  liturgiques,  in-s  ,  Paris,  1886,  p.  M  -~ 


m 


ADDÉE   ET   MARIS    (LITURGIE    D') 


522 


eh-g;sii  libi,  il  élève  la  voix  et  continue  :  El  da  nohis 
per  clemeuiiam  tuam,etc. 

>  4°  Depuis  la  sortie  des  catéchumènes  jusqu'à  l'offer- 
toire. —  Les  diacres  montent  alors  à  l'autel  et  s'écrient  : 
(Jik  non  nrirpit  baplismiim  [discedal].  Ce  rite,  qui  est 
encore  conservé  dans  les  livres  liturgiques,  n'est  plus 
en  vigueur. 

.")  Depuis  l'offertoire  jusqu'au  canon..  —  Le  prêtre 
commence  alors  le  Répons  des  mystères;  c'est  ici  que 
commence  la  Missa  fidelium  des  anciens.  Pendant  ce 
temps  le  sacristain  apporte  sur  l'autel  le  disque  et  le 
calice;  le  prêtre  place  ses  mains  en  forme  de  croix  et 
dit  :  Offerimus  laudem  Trinitali  tuas  gloriosm  omni 
ton  pore  et  in  sœcula.  Il  conlinue  :  Chris  tus  qui  immo- 
latus  est  pro  sainte  nostra,  etc.  ;  il  ajoute  enfin  :  Impo- 
nantur  mysteria  prseclara,  sancta  et  vivifica  super  ai- 
tare  Domini  polentis,  usque  ad  ejus  advenlum,  in  sœ- 
cula.  Amen  l. 

11e  partie.  —  C'est  la  plus  importante  ;  elle  porte 
dans  les  livres  liturgiques  le  nom  d'Anaphora  et  cor- 
respond à  notre  canon. 

1°  Depuis  ORATE  FRATRES  jusqu'à  la  PRÉFACE.  —  Le 
prêtre  s'approche  de  l'autel  pour  célébrer:  il  s'incline 
trois  fois  devant  l'autel,  dont  il  baise  le  milieu,  le  côté 
droit  et  le  côté  gauche;  il  s'incline  de  nouveau  vers  le 
haut  de  l'autel  et  récite  l'oraison  :  Benedic,  Domine. 
Orate  pro  me,  Patres,  fratres  et  Domini  mei,ut  Deus 
det  milii,  etc.  ;  les  assistants  répondent  :  Chris  lus  e.rau- 
diat  oralionestuas,gralumque  liabcal  sacrificiumtu  um , 
Etc.;  alors  il  s'incline  vers  la  partie  inférieure  de  l'au- 
tel, prononce  la  même  prière  et  on  répond  de  la  même 
manière;  il  s'incline  du  côté  de  l'autel  et  dit  :  Deus  om- 
nium Dominus  sil  cwni  omnibus  nobis  per  gratiam 
suam  et  miserationes,  in  sœcula.  Amen;  ensuite  il 
s'incline  vers  le  diacre  qui  est  à  sa  gauche  et  dit  :  Deus 
omnium  Dominus  confirmet  rerba  tua,  etc.;  puis  il 
s'incline  vers  l'autel  et  dit  secrètement  :  Domine  et 
Deus  nosler,  ne  aspicias  ad  mullitudinem  pecnatorum 
nostrorum,  etc.;  il  se  relève  et  dit  aussi  secrètement  : 
Confitemur  Domine  et  Deus  nosler  divitias  abundan- 
les  gratiae  tuœ  erga  nos,  etc.;  à  la  fin  de  cette  oraison 
il  dit  le  canon  :  Et  refercmus  libi  laudem,  gloriam, 
itiitfessionem  et  adorationem,  nunc  et  semper,  et  in 
sœcula  sœculorum ;  il  fait  le  signe  de  [la  croix,  et  l'on 
répond  :  amen  ;  à  ce  moment  on  se  donne  mutuellement 
la  paix,  et  l'on  récite  la  prière  catholique,  c'est-à-dire 
pour  toute  espèce  de  personnes.  Le  diacre  dit  alors  : 
Confiteamur,  rogemus  et  deprecamur ;  le  prêtre  récite 
deux  autres  oraisons:  Domine  Deus  potens,adjuva  im- 
becillitatem  meam,  etc.,  et  :  Domine  et  Deus  nosler, 
coerce  cogitaliones  meas,  etc.;  le  diacre  ayant  dit  :  Vi- 
gtlatiter  et  attente,  le  prêtre  se  lève  et  découvre  les 
mystères  (=  le  pain  et  le  calice),  en  enlevant  le  grand 
voile:  il  bénit  l'encens  et  dit  à  haute  voix  le  canon  : 
Gratia  Domini  nostri  Jesu  Christi  et  caritas  Dei  Patris 
et  communicatio  Spiritus  Sancti  sit  cum  omnibus  no- 
bis, nunc,  etc.  ;  puis  il  lait  le  signe  de  la  croix  sur  les 
mystères  et  l'on  répond  :  amen-, 

2°  Depuis  la  préface  jusqu'à  ïe  pic  lèse.  —  Le  prêtre 
dit  :  Sursum  sint  mentes  vestrœ;  on  répond  :  Sunl  ad 
le  Deus  Abraham,  Isaac  et  Israël,  rex  gloriose;  le 
prêtre  alors  pose  l'encens  et  récite  la  Préface,  en  partie 
en  haute  voix,  en  partie  secrètement, après  cela  il  s'incline 
il  récite  en  secret  l'Oraison  :  El  cum  illis  Poleslalibus 
coelestibus  confitemur  libi,  etc.,  il  lait  alors  le  signe  de  la 
croix  sur  les  mystères,  et  l'on  répond  :  Amen.  —  Le 
diacre  dit  alors  :  In  menlibus  veslris.  Orate  pacem 
nobiscum ;  le  prêtre  incliné  dit  secrètement  l'oraison  : 
Domine  Deus  potens,  s'uscipe  liane  oblationem,  pro 
omni  Ecclesia  sancta  catholica,  et  pro  omnibus  Patri- 

1  Cl.  Renaudut,  Liturgiarum  orientaliutn  collectio,  in-4% 
Francoiorti,  1847,  t.  il,  p.  578-580.  —  «Renaudot,  op.  cit.,  t.  Il, 


bus  plis  cl  justis,  qui  placili  fuerunt  libi,  et  pro  omni- 
bus prophelis  et  Aposlolis,  et  pro  omnibus  martyribus 
et  con  f essor  ibus,  et  pro  omnibus  lugenlibus,  angu- 
stialis  et  œgrotis,  et  pro  omnibus  necessilatem  et  vexa- 
lionem  patientibus,  et  pro  omnibus  infirmis  et  oppressis 
et  pro  omnibus  defunctis,  qui  a  nobis  separali  migra- 
verunt  :  tum  pro  omnibus  qui  pelunt  orationem  ab 
infirmilate  nostra,  et  pro  me  peccatore  humili  et 
infirmo,  etc.  ;  après,  étant  incliné,  il  dit  l'Oraison  : 
Tu  Domine  pbr  miserationes  tuas  multas  et  inenar- 
rabiles  3,  etc. 

3°  Depuis  l'ÉPia.ÈSE  jusqu'à  :  QUI  pridie  QVAM 
pateretur.  —  L'épiclèse  est,  à  proprement  parler,  la 
continuation  de  l'oraison  précédente  :  Et  veniat,  Do- 
mine, Spiritus  tuus  sanctus,  et  requiescat  super  oblatio- 
nem hanc  servorum  tuorum,  quant  offerunt,  et  eam 
benedicat  et  sanclificet,  ut  sit  nobis  Domine  ad  propi- 
liniiunem  delictorum,  et  remissionem  peccatorum, 
spemque  magnam  resurreclionis  a  mortuis,  el  ad  vilam 
noram  in  regno  cozlorum,  cum  omnibus  qui  placili 
fuerunt  corani  eo,  etc.;  suit  le  canon  :  Referentes  hym- 
num,  honorent  confessionem  et  adorationem  nomini 
luo  sancto  vivo  et  vivi/icanti,  nunc  et  semper,  et  in 
sœcula  sœculorum.  Le  prêtre  fait  alors  le  signe  de  la 
croix  sur  les  mystères,  et  l'on  répond  :  Amen;  il  s'incline, 
et  baise  l'autel  au  milieu,  à  droite  et  à  gauche,  puis  il 
récite  l'oraison  :  Christe,  pax  superiorum  et  tranquil- 
litas  magna  inferiorum,  etc.  ;  ensuite  il  s'encense  lui- 
même,  et  les  mystères;  puis  il  prend  le  pain  des  deux 
mains,  et  élevant  les  yeux  en  haut  il  dit  :  Laus  nomini 
tuo  sancto,  Domine  Jesu  Christe,  et  adoratio  majestali 
tuse  semper  et  in  sœcida.  Amen.  Panis  enim  vivus  est 
et  vivificans  qui  descendit  de  cœlis,  el  dal  vitam 
miindo  universo,  quem  qui  edunt  non  moriuntur ;  et 
qui  illum  recipiunt  per  illuni  salvanlur,  nec  corru- 
piinnem  sentiunl,  et  vivunt  per  illuni  in  setemum: 
laque  es  anlidolus  morlalilalis  nostrœ,  et  resurrectio 
lotius  figmcnli  nostri^. 

4°  Depuis  :  qui  pridie  quam  pateretur  jusqu'à  la 
fraction  du  corps.  —  Le  prêtre  s'apprête  à  rompre 
l'hostie  et  dit  :  Accedimus,  Domine,  cum  fide  vera  fran- 
gimusqtie  cum  confessione,  et  signamus  per  misericor- 
diam  luam,  corpus  et  sangidnem  vivificatoris  nostri 
Jesu  Christi,  in  nomine  Patris,  el  Filii,  et  Spiritus 
Sancti;  puis,  il  rompt  l'hostie  en  deux  parties;  il  dépose 
sur  la  patène  la  partie  qu'il  a  dans  la  main  gauche,  et 
avec  celle  qu'il  a  dans  la  main  droite  il  signe  le  calice 
en  disant  :  Signatur  sanguis  preliosus  corpore  sancto 
Donnni  Jesu  Christi  :  In  nomine  Patris  el  Filii  et  Spi- 
ritus sancti,  in  sœcula;  il  la  trempe  alors  dans  le  calice 
jusqu'au  milieu  et  en  signe  le  corps,  qui  est  dans  la  pa- 
tène en  disant  :  Signatur  corpus  sanctum  sanguine 
propitiatoris  Domini  nostri  Jesu  Christi  :  In  nomine 
Palris,  et  Filii,  et  Spiritus  sancti,  in  sœcula;  il  unit 
ensuite  les  deux  parties,  et  récite  l'Oraison  :  Divisa  sunl 
sanctificata,  compléta,  perfecta,  unita  et  contmixla 
mysteria  hœc  prœclara,  sancta,  vivificanlia  et  divina 
unum  cun)  altcro,  in  nomine  adorando  et  glorioso  Trini- 
laîis  tuœ,  gloriose  Pater,  Fili  et  Spiriltis  sancte,  ut  sint 
nobis  in  propitialionem  delictorum,  et  remissionem 
peccatorum,  in  spem  quoque  magnam  resurreclionis 
a  mortuis,  et  vitœ  novœ  in  regno  cœlorum,  nobis  el 
Ecclesiœ  sanctœ  Christi  Domini  nostri,  islic  et  in  qua- 
cumque  regione,  nunc  et  semper,  et  in  ssecula  sœculo- 
rum.  Ensuite  il  fait  avec  le  .pouce  droit'une  fissure  dans 
l'hostie,  de  façon  à  ce  que  le  sang  y  pénètre;  il  jette  une 
partie  dans  le  calice,  fait  la  génuflexion,  se  lève  et  récite 
l'oraison  :  Gloria  tibi  Domine  Jesu  Christe,  etc.  ;  il  trace 
sur  son  front  le  signe  de  la  croix5. 

5°  Depuis  la  fraction  du  corps  jusqu'à  la  fin.  —  Le 

p.  581-583.  —  a  Renaudot,  op.  cit.,  t.  H,  p.  583-586.  —  »  Renaudot, 
op.  cit.,  t.  Il,  p.  586-587.  —  'Renaudot,  op.  cit.,  t.  H,  p.  588-589. 


523 


ADDÉE   ET   MARIS    (LITURGIE   D')  —   ADELPHIA 


prêtre  commence  à  rompre  le  corps  et  dit  :  Propiliare, 
Domine,  per  ctementiam  tua/m  peccalis  et  insipientiis 
scrvorum  tuorum,  et  sanctifica  labia  nostra  per  gra- 
tinai tuani,  ut  dent  fruclus  glorix  et  tandis  divinilati 
lux,  cum  omnibus  sanctis  tuis  in  regno  tuo.  Il  élève  la 
voix  et  continue  :  Et  fac  nos  dignos,  Domine  Deus  no- 
ster,  ut  perpétua  absque  macula,  coram.  te  consistamus 
cum  corde  puro,  facie  aperta  et  cum  fiducia  quœ  a  te 
est  miscricorditer  nobis  data;  et  omnes  paritcr  invo- 
cemus  te  et  sic  dicamus  :  Pater  xoster,  etc.;  les 
assistants  disent  aussi  :  Pater  noster.  Après  s'être 
signé,  le  prêtre  dit  :  Sancta  sanctis  decet  in  perfectionne  ; 
on  répond  :  TJnus  Pater  sanctus  ;  unus  Filius  sanctus  ; 
unus  Spirilus  sanctus.  Gloria  Palri,  et  Filio,  et  Spiri- 
tui  sancto  in  seecula  sseculorum  :  Ames.  Le  diacre 
apporte  alors  le  calice  pour  la  communion,  et  dit  :  Pre- 
cemur  pacem  nobiscum;  le  prêtre  dit  :  Gratia  Spi- 
rilus sancti  sit  lecum,  nobiscum  et  cum  suscipientibus 
illum ;  il  rend  le  calice  au  diacre;  celui-ci  dit  :  Benedic 
Domine;  le  prêtre  répond  :  Donum  gratim  vivificatorh 
et  Domini  noslri  Jesu  Christi  compleatur,  in  miseratio- 
nibus,  cum  omnibus.  Le  diacre  distribue  alors  la  com- 
munion pendant  qu'on  dit  le  répons  :  Fratres,  suscipile 
corpus  Filii,  clamât  Ecclesia;  et  bibite  caliceni  ejus 
cum  fi  de  in  regni  domo.  Le  prêtre  termine  par  la  prière 
de  louange  et  d'action  de  grâces  et  la  bénédiction'. 

III.  Particularités.  —  La  liturgie  des  saints  Addée 
et  Maris  contient  quelques  particularités  qu'il  est  néces- 
saire de  connaître  :  1°  la  grande  supplication,  ou 
Mémento,  occupe  une  place  particulière;  au  lieu  de 
suivre  l'épiclèse,  elle  est  placée  avant  et  rattachée  immé- 
diatement à  la  commémoration  du  Christ  ou  anamnèse; 
2°  le  pain  et  le.  calice  sont  recouverts  chacun  d'un  voile; 
ils  sont  en  outre  recouverts  tous  deux  par  un  grand  voile 
appelé  par  les  syriens  Anaphora-;  3°  à  la  préface  on 
emploie  l'encens;  4°  il  y  a  deux  fractions  de  l'hostie  :  la 
première,  en  deux  parties  seulement,  représente  les  bles- 
sures et  les  meurtrissures  du  corps  de  Jésus-Christ  au 
temps  de  sa  passion;  l'autre  en  plusieurs  parcelles  pour 
la  distribution  de  la  communion  aux  fidèles;  cette  com- 
munion se  fait  sous  les  deux  espèces3.    V.  Ermoni. 

ADDEXTRATOR.   Cencius  Camerarius  définit  en 

ces  termes  la  fonction  des  addexlratores  :  Papalis  Mi- 
trœ  dclatores;  quia  ipsi  ad  papse  derteram  incedebani 
quando  cquitabat  ad  visilandam  aliquam  ecclesiam  >. 
Ce  terme,  outre  sa  signification  particulière,  s'appliquait 
encore  à  tous  ceux  indistinctement  qui  escortaient  un 
dignitaire  en  marchant  à  sa  droite.  Cencius  Camerarius 
dit  en  elfet  :  Deinde  duo  de  majoribus  cardinalibus 
addexlrant  usque  ad  altare  5.  Le  cérémonial  ambrosien 
publié  par  Puricelli  contient  cette  prescription  au 
dimanche  des  Rameaux  :  Unus  egregius  miles  de  génère 


«Renaudut,  op.  cit.,  t.  n,  p.  589-591.  —  J<:i.  Clugnet,  Diction- 
naire g rec- français  des  noms  liturgiques,  p.  11.  —  3Ouue  les 
ouvrages  cités  au  cours  de  l'article,  cf.  Probst,  Liturgie  der 
drei  ersten  Jahrhunderten,  in-8',  Tubingue,  -1870,  p.  395;  Ici., 
Liturgie  des  vierten  Jahrhunderts,  in-8',  Munster.  1893,  p.  30s, 
309;  Liturgia  SS.  apostolorum  Adœi  et  Maris,  publiée  à  la  mis- 
sion anglicane  d'Ourmiah  en  1892;  Brightman,  Liturgies  eaatern 
and  western,  Oxford,  1896, 1. 1,  p.  247  (traduction  anglais!  i;  L.  Du- 
chesne.  Origines  du  culte  chrétien,  2'  édit.,  in-8",  Paris,  1898, 
p.  68,  09.  —  *Du  Cange.  Gtossarium  med.  et  inf.  latinitatis, 
in-V,  Niort,  1884,  t.  I,  p.  73,  à  ce  mot.  —  ^Ibid..  p.  72,  au  mot 
addextrare.  —  6  Puricelli,  De  monum.  basilic;/'  ambrosiante, 
in-4*,  Milan,  1645,  p.  57,  n.  52.  Cf.  Zaccaria,  Onomasticon,  in-V, 
Faventi;e,  1787,  p.  7,  à  ce  mot.  —  ''Liber  pontiftealis,  éd.  Du- 
chesnr,  in-4-,  Paris,  1884,  t.  n,  p.  302,  308.  —  •  Beroldus  sive 
Ecclesi.T  ambrosianiB  mediolanensis  kalendarium  et  ordines, 
éd.  Magistretti,  in-8%  Mediolani,  1894.  —  »E.  Le  Blant,  Élude  sur 
les  sarcophages  chrétiens  antiques  de  In  cille  d'Arles,  in-fol., 
Paris,  1888,  p.  37.  —  l0Sac.  Isidoro  Cai'ini,  Su  d'una  nuova  iscri- 
zione  rinvenuta  nella  cutacombe  di  Siracusa  (lettre  au  profess. 
Salvat.   Cusa),   Palermo,  19  juin  1872;  Saverio   Cavallari,   Sul 


Rhodensium  eleganlcr  indutus  cum  chirolecis  in  mani- 
bus  de  caméra  Ponlificis  sumptis  dexlrat,  et  duc'tl 
eum  per  frœnum  6.  Le  Liber  ponlificalls  dans  la  notice 
du  pape  Pascal  II  (1099-1118)  nous  parle  de  la  sequens 
familia,  dans  laquelle  il  ne  peut  guère  être  question  des 
addextratores,  corporation  palatine  dont  le  rôle  était 
d'escorter  le  pape  à  droite  et  à  gauche  dans  les  proces- 
sions "  et  qui  ne  semble  pas  avoir  fait  partie  de  la  garde 
pontificale  appelée  tantôt  familia,  tantôt  veredarii.  Be- 
rold  dans  ses  Ordines  de  l'église  de  Milan  n'en  parle 
pas  8. 

ADELPHIA  (Culte  des  morts).  Un  sarcophage  dé- 
couvert en  juin  1872,  dans  la  catacombe  de  saint  Jean 
à  Syracuse  est  digne  d'intérêt  à  plusieurs  titres.  Ce  sar- 
cophage est  remarquable  non  seulement  à  cause  des 
nombreuses  figures  qui  s'y  retrouvent  et  de  leur  décora- 
tion polychrome 9,  mais  encore  à  cause  d'une  représen- 
tation inconnue  jusqu'à  ce  jour  (fig.  102). 

Le  sarcophage  présente  l'imago  chjpcata  surmontée 
d'un  cartouche  dans  lequel  on  lit  : 

IC  ADELFIA  C  F 
POSITA  COMPAR 
BALERI  COMITIS 
[H]ic  Adelfia,  c{larissima)  f{eminà),  posita  compar 
Baleri{i)  comitis. 

C'est  un  monument  du  Ve  siècle.  Son  importance  lui 
a  valu  d'être  souvent  étudié  10  et  nous  aurons  nous-mê- 
mes à  le  rappeler  souvent.  Le  médaillon  ne  donne  lieu  à 
aucune  observation,  car  c'est  à  tort  qu'on  a  voulu  y  voir 
une  allusion  à  un  épisode  de  la  vie  d  Adelphia  et  de  Va- 
lerius.  Cette  image  ne  s'écarte  en  aucune  manière  du  type 
consacré  dont  on  trouve  des  exemples  en  Italie  ' l  et  en 
Gaule12.  Ce  médaillon  est  accosté  des  images  de  Moïse  et 
Abraham  dont  nous  avons  expliqué  ailleurs  la  présence 
constante  en  cet  endroit.  Voy.  Abraham,  col.  115.  Une 
préoccupation  exagérée  de  symbolisme  a  voulu  y  faire 
découvrir  des  allusions  aux  vertus  domestiques  des  deux 
époux  qui  auraient  donc  pratiqué  le  devoir  et  la  rési- 
gnation. Ce  sont  là  de  pures  imaginations.  Dans  le  même 
ordre  d'idées  on  s'est  ingénié  à  découvrir  un  système 
de  symbolisme  total  dans  ce  sarcophage;  tous  les 
groupes  devaient,  pensait-on,  concourir  à  une  thèse 
d'ensemble.  Cette  opinion  ne  repose  sur  aucun  texte, 
nous  savons,  au  contraire,  que  les  sculpteurs  des  tombes 
chrétiennes  se  préoccupaient  beaucoup  moins  du  sym- 
bolisme, auquel  ils  étaient  plus  ou  moins  initiés,  que  de 
l'ordonnance  symétrique  de  leurs  compositions  lJ. 

Le  couvercle  du  sarcophage  est  un  peu  plus  court  que 
la  tombe,  le  cartouche  qui  contient  l'inscription  ne  se 
trouve  pas  au  milieu  par  rapport  à  l'imago  clypeata, 
enfin  le  couvercle  et  le  sarcophage  répètent  une  même 


sarcofago  ritrovato  nelle  catacombe  di  Siracusa,  1872;  l<i- 
doro  Carini,  Annotazioni  sul  sarcofago  rinvenuto  m  Sira- 
cusa, dans  Bullettino  délia  Commissione  di  antichità  e  belle 
arti  di  Sicilia,  n.  5,  août  1872,  |1  \i;  Ciuseppe  Pitié,  Lettere 
siciliane,  exUait  de  Bivista  europea,  octobre  1872;  Antonio 
Salinas,  dans  Bassegna  archeologicu  siciliana,  août  1872.  | 
De  Rossi,  Bullettino  di  archeolog.  cristiana,  1872.  p.  82-83;  Fil. 
Matranga,  Sul  sarcofago  rinvenuto  nelle  cataco>nbe  di  Sira- 
cusa. nov.  et  décemh.  1N72:  Vincenzo  di  Giovanni, dans  Giornale 

cilia  offiziule.  h  nov.  1K72:  F.  Lantier,  Sut  sarcofagi 
perto  in  Sien,  usa,  ln-8  .  Is7;i;  Héron  de  Villefosse,  Sarcophage 
chrétien   i/  dans  la  Gazette   archéologique,  1877, 

p,  157-168,  pi.  25;  E.  Le  Blant.  La  Vierge  au  ciel  représentée  sur 
un  sarcophage  antique,  dans  la  Ri  rue,  t  xxiv, 

1877,  p.  353  sq.,  pi.  x.xill;  Mauceri,  Guida  di  Siracusa,  in-12.  Si- 
racusa. ls;>7.  ■  "  Rutlari.  Seulturc  c  jntlurc,  in-fol.,  Renia,  17. 17. 
]1  xu\.  i.xxxiv.  ixx.xix.  cxxxvn;  De  Rossi,  Bull,  di  arc 
crist..  1865.  n.  9.  p.  69;  Martigny.  Dict.,  au  mot  Sarcoph: 
p.  597.  —  "MUlin,  Voyage  dans  les  départements  du  midi  de 
la  France,  in-8-,  Paris.  1MI.  atlas,  pi.  iwn.  n  1  et  4.  —  "E. 
Le  Blant,  dans  le  Journal  officiel  du  18  juillet  1877,  p.  5283. 


ADELPITIA 


scène,  l'adoration  des  mages,  avec  cette  différence,  il  est 
vrai,  que  dans  l'un  le  Christ  est  au  maillot,  dans  l'autre, 
nous  le  voyons  sorti  de  la  première  entance  ' .  Ces  faits 
donnent  lieu  de  douter  si  le  couvercle  était  destiné  au 
sarcophage;  cette  question  n'a  pu  être  encore  résolue. 
La  représentation  dont  le  sarcophage  d'Adelphia  nous 
offre  un  exemplaire  unique  occupe  la  partie  gauche  du 
couvercle.  On  y  voit  la  scène  suivante  :  une  femme  voi- 
lée occupe  une  chaise  élevée,  elle  repose  les  pieds  sur 
un  tabouret.  A  droite  et  à  gauche,  des  femmes  debout 
l'entourent,  une  quatrième,  assise  à  terre,  regarde  le 
personnage  principal  et  joint  les  mains.  Toutes  sont  voi- 
lées. Un  groupe  s'approche  de  celui-ci;  il  se  compose  de 
trois  femmes  dont  l'une  est-  dirigée  par  les  autres  vers 
la  dame  assise  sur  la  chaise  haute.  E.  Le  Riant,  à  qui 
bous  empruntons  l'explication  de  celle  partie  du  monu- 
ment, voit  dans  la  figure  principale,  le  personnage  de 
la  Vierge  signalé  par  l'usage  du  tabouret  —  scabellum 


d'autres  nomment,  suivant  leur  dévotion  ou  celle  de 
leurs  compatriotes,  les  saintes  Euphémie,  Eugénie,  Ca- 
sarie  et  beaucoup  d'autres  vierges.  Les  femmes  illustres 
de  l'Ancien  Testament  y  sont  admises,  ce  sont  :  Sara, 
Rebecca,  Rachel,  Lia,  Suzanne  puis  encore  Anne,  sa 
propre  mère,  Marthe  et  Marie,  les  Maries  de  l'Évangile, 
Elisabeth  8.  La  liste  ne  paraît  pas  avoir  été  jamais  ter- 
mée.  Saint  Jérôme9  et  saint  Jean  Chrysostome  l0  y  in- 
scrivent les  saintes  femmes  qu'ils  ont  connues,  vierges, 
veuves  ou  épouses. 

Rien  ne  s'oppose  donc  à  ce  qu'on  voie  dans  ce  sujet 
une  défunte  introduite  près  de  la  Vierge  par  les  saintes 
compagnes.de  Marie.  Plusieurs  monuments  offrent  des 
sujets  analogues  à  celui-ci.  Les  anciens  fidèles  croyaient 
que  l'âme  était  présentée  à  son  iuge  par  ses  saints  pro- 
tecteurs, principalement  par  les  saints  apôtres  Pierre  et 
Paul".  Un  graffite  sur  marbre  représente  une  défunte 
escortée  des  saints  qui  doivent  répondre  d'elle  devant 


102. 


Sarcophage  chrétien  du  musée  de  Syracuse.  D'après  une  photographie. 


—  qui  constitue  un  signe  honorilique  2  et  qui  se  retrouve 
ailleurs  sous  les  pieds  de  la  Mère  de  Jésus  3.  Le  scabellum 
est,  à  plus  forte  raison,  donné  au  Christ  lui  même  jusque 
dans  les  représentations  où  il  parait  comme  Dieu  4.  On 
pourrait  supposer  ici  une  analogie  et  chercher»  à  l'ap- 
puyer sur  de  solides  raisons.  Nous  savons  par  un  grand 
nombre  de  textes  que  les  anciens  groupaient  volontiers 
autour  de  la  Vierge  quelques  personnages  que  leur  sexe 
et  leur  sainteté  faisaient  paraître  plus  dignes  de  jouir 
de  la  familiarité  de  la  mère  de  Dieu. 

Les  écrits  des  Pères  peuvent  nous  aider  à  reconstituer 
ce  groupe.  C'est  d'abord  la  prophétesse  Anne  que  Blé- 
silla  dit  rencontrer  dans  l'entourage  de  Marie  5.  Saint 
Ambroise  y  introduit  sainte  Agnès f',  et  saint  Martin 
raconte  avoir  vu  Agnès  et  Thècle  auprès   de  Marie 7, 

'Cf.  Eunèbe,  Chronic.  annis  Doniini,  3  et  4,  P.  G.,  t.  xix; 
col.  531.  —  «Pausanias,  vuf,  37;  Le  Normand  et  de  Witte,  Élite 
des  monuments  céramographiques,  4  vol.  in-4\  Paris,  1837- 
1861,  t.  m,  pi.  ix  ;  Bosio,  Huma  sotterranea,  in-fol.,  Roma,  1632, 
p.  45;  E.  LeBlant, Étude* sur  les  sarcophages  d'Arles,  pi.  v,  x. 

—  3Bottari,  Roma  sotterranea,  in-tol.,  Koma,  1737,  t.  I,  pi. 
XXXVIII  et  xl;  J.  Ciampini,  Votera  monimenta,  in-fol.,  Rornse, 
1690,  t.  H,  pi.  xxvn  ;  Deville,  Description  d'un  bas-relief  en 
ivoire,  dans  les  Mémoires  de  la  Société  des  antiquaires  de  Nor- 
mandie, II-  série,  t.  iv  ;  De  Rossi,  Bull,  di  arch.  crist.,  1865,  p.  69  ; 
C.  Bayet,  Mémoire  sur  l'ambon  conservé  à  Salonique,  dans  les 
Archives  des  missions,  nouv.  sér.,  t.  ni,  p.  480.  —  *  Bottari,  loc. 
at.,  t.    î,  pi.  iv  et  xv  ;  Garrucci,   Yetri,  in-tol.,  Roma,  1868, 


Dieu.  Ce  fragment  décorait  la  partie  inférieure  d'un 
titulus  de  la  iin  du  me  ou  du  ive  siècle  trouvé  au  cime- 
tière Ostrien.  Il  nous  offre  un  sujet  analogue  à  celui 
du  sarcophage  d'Adelphia;  une  défunte  est  introduite 
par  les  saints  protecteurs  dans  le  paradis.  Aucun  in- 
dice ne  permet  de  soupçonner  quels  sont  les  saints 
représentés,  mais  une  particularité  tout  à  fait  remar- 
quable est  la  lampe  que  tient  à  la  main  le  sa'nt  placé 
à  droite  de  la  défunte.  C'est  à  un  texte  africain  qu'il 
faut  demander  l'explication  de  ce  détail.  On  lit  dans  les 
Actes  des  martyrs  de  Carthage,  en  259,  Montanus,  Lucius 
et  leurs  compagnons,  le  récit  d'une  vision  accordée  à 
l'un  d'eux,  Renus  :  Reno,  qui  fiobiscum  fuerat.  sonino 
apprelienso,  ostensum  est  ei  produci  singulos;  quibus 
prodeunlibus   lucemse  singulx  prseferebanluv  :  eu  jus 


pi.  xvin,  fig.  4;  E.  Le  Blant,  Étude  sur  les  sarcophages  df Arles, 
pi.  v.  —  5S.  Jérôme,  Epist.,  xxxix,Ad  Paulamde  obitu  Blesillx 
filise,  6,  P.  L.,  t.  xxi,  col.  472.  —  6  S.  Ambroise,  De  institutione 
virginis,  113,  P.  L.,  t.  xvi,  col.  348.  —  7  Sulpice  Sévère,  Dial., 
il,  13,  P.  L.,  t.  xx,  col.  210.  Cf.  Nicetas  Paphlago,  In  lau- 
dem  S.  Protomartyris  et  Apostoli  Theclœ,  dans  Combefis, 
Grseco  latinx  biblothecx  auctarium,  in-tol.,  Parisiis,  1648,  t.  i, 
p.  461.  — 8  Passio  S.  Heliconis,  20  dans  les  Acta  sanct,  raaii  t.  vi, 
p.  743.  —  '■>  S.  Jérôme,  Epitaph.  Paulœ  ;  Epist..  XXII.  Ad  Eusto- 
chium,P.L.,  t.  xxii,  col.  395  sq.—  ">  S.  Jean  Chrysostome.  Epist., 
H,  Ad  Olympiadem,  3,  4,  P.  G.,  t.  lu,  col.  559  sq.  —  "  Garrucci, 
Storia  del  arte  cristiana  nei  primi  otto  secoli  dalla  Chiesa, 
in-fol.,  Prato,  1873,  t.  Il,  p.  116. 


527 


ADELPHIA    —    ADJURATION 


528 


autem  lucerna  non  prsecesserat,  nec  ipse  procedebal. 
Et  cum  processis'semus  nos  cuni  lucernis  nostris  ex- 
pergefaclus  est.  Et  ut  nobis  retulit,  lœtali  sumus 
fidentes  nos  cum  Christo  ambulare,  qui  est  lucerna 
pedibus  nostris  et  qui  est  senno  scilicet  Dei  '. 

Cette  opinion  a  laissé  après  elle  de  nombreux  té- 
moignages qui  nous  apprennent  que  Veneranda  a  été 
accueillie  par  sainte  Pétronille 2,  que  les  «  Champs 
Élysées  »  ont  acclamé  l'entrée  du  chrétien  Marinus  3, 
que  les  saints  se  rendirent  au-devant  de  saint  Félix  de 
Noie  i,  enfin  saint  Ambroise  rappelle  que  les  anges  et 
Marie  elle-même  avec  le  chœur  des  vierges  se  réjouissent 
à  l'entrée  des  chastes  filles  qui  pénètrent  dans  le  ciel. 
Quantis  Ma  (Maria)  virginibus  occurret...  q use  pompa 
Ma,  quanta  angelorum  Iselitia  plaudenlium,  quod  ha- 
bitare  mereatur  in  cselo,  quse  cœlesti  vila  vixit  in  sse- 
culo.  Tum  etiam  Maria  tympanum  sumens,  choros 
virginales  excitabit  cantantes  Domino,  quod  per  mare 
sseculi  sine  ssecularibus  fluctibus  transierunt  5.  On  voit 
par  cette  dernière  phrase  que  la  sœur  de  Moyse  conserve 
sa  fonction  d'autrefois  dans  cette  assemblée. 

Un  dernier  texte,  paraît  être  le  commentaire  de  nStre 
marbre.  Grégoire  dit  en  parlant  de  sainte  Radegonde  : 
Et  scimus  quidem  te  choris  sanclaruni  virginum  et 
Dei  paradiso  esse  conjunclam  6. 

E.  Le  Blant  rapproche  de  cette  représentalion  un  autre 
monument  dans  lequel  il  croit  reconnaître  une  scène  de 
même  nature7;  mais  cette  interprétation  parait  moins 
l'ondée  que  la  précédente  8.  II.  Leclercq. 

ADJURATION.  -  I.  Texte.  II.  Paléographie.  III.  Ori- 
gine. IV.  Autres  formules. 

Le  monument  dont  on  va  lire  la  traduction  a  été  dé- 
couvert en  juin  1890  dans  la  nécropole  d'Hadrumète,  en 
Afrique.  Il  vient  enrichir  une  série,  déjà  assez  nombreuse, 
de  pièces  analogues,  niais  il  s'en  distingue  par  son  ori- 
gine probablement  chrétienne.  Il  consiste  en  un  feuillet 
de  plomb  presque  intact  et  qu'on  a  pu  déchiffrer,  malgré 
quelques  trous  pris  dans  l'épaisseur  de  ce  feuillet,  lin 
peut  reporter  ce  monument  au  ni'  siècle  après  Jésus- 
Christ. 

I.  Tkxte.  —  Le  texte  de  cette  adjuration  a  été  souvent 
reproduit9,  nous  donnons  ici  la  traduction  française 
d'après  A.  Maspéro  : 

«  .le  t'adjure,  esprit  déinonien  ici  gisant,  par  le  nom 
sacré,  Aôth,  Abaôth,  le  dieu  d'Abraham  et  l'Iaô  d'Isaac, 
Aôth,  Abaôth,  le  dieu  d'Israël,  h'coute  le  nom  précieux, 
redoutable  et  grand,  et  va-t'en  vers  Urbanus  qui  a  en- 
fanté Urbana,  et  le  mène  à  Domitiana  qu'a  enfantée  Can- 
dida,  amoureux,  affolé,  ne  dormant  plus,  par  affection 
pour  elle  et  par  désir,  se  languissant  d'elle  pour  qu'elle 
revienne  en  sa  maison  à  lui  et  soit  sa  compagne. 

«  Je  t'adjure  par  le  grand  dieu,  l'éternel  et  plus 
qu'éternel  et  maître  de  tout,  le  suprême  des  dieux  su- 
prêmes; je  t'adjure  par  celui  qui  a  fondé  le  ciel  et  la 
mer;  je  t'adjure  par  celui  qui  a  mis  les  justes  à  part,  je 
t'adjure  par  celui  qui  a  divisé  la  mer  de  sa  verge. 
d'amener  et  de  joindre  Urbanus  qu'a  enfanté  Urbana  à 
Domitiana  qu'a  enfantée  Candida,  amoureux,  torturé,  ne 

1  Pussio  SS.  Montant,  Lucci,  5,  dans  Ruinait,  Acta  sincei'a, 
in-4-,  Parisiis,  1689,  p.  234.  Cf.  De  Rossi,  Bull,  di  arch.  crist.,  1880, 
p.  66  sq.,  pi.  m.  —  «De  Rossi.  Bull,  di  arch.  crist..  1863,  p.  79; 
1875,  pi.  I.  —  "E.  Le  Blant.  Inscr.  chrét.  de  lu  Gaule,  n.  657,  421. 
—  *  Paulin  de  Noie,  De  S.  Felice,  Natale,  vi,  vs.  139  sq.,  P.  /... 
t.  i.xi,  col.  493.  —  5  S.  Ambroise,  De  virginibus,  l.  II,  c.  n,  16,  17, 
P.  L.,  t.  xvi,  col.  211.  —  6Gtég.  de  Tours,  De  glor.  confess.,  c.  c.vi. 
Cf.  S.  Jérôme,  Epist.,  i.x,  Epitaph.  Xepotiani.,  P.  L.,  t.  xxii. 
col.  589  sq.  -  'E.  Le  Blant,  loc.  cit.,  pi.  xxv  et  p.  358.  Cf.  Lasi- 
nio,  Baccolta  di  sarcofagi  dei  Campo  santo  di  Pisa.  pi  xi.  et 
p.  12,  13,  P.  L-,  t.  xxi,  col.  905  sq.  —  »  Voyez  Le  Riant,  Étude  sui- 
tes sarcophages  d'Arles,  p.  13,  22,  28,  36,  37,  58.  pL  XXXI,  xxxv, 
XXXVI.  —  'Zingerlé,  dans  Philologas,  Zeitschri/'t  fur  dos  cioan'S- 
che  Altcrthum,  in-8°,  Shilling,  1894,  t.  un,  p.  344;  Maspéro,  Nou- 
velle «  tabella  devotionis  »  découverte  à  Hadrumète.  p.  lui  sq. 


dormant  plus  par  désir  pour  elle  et  par  amour,  afin 
qu'il  la  mène  compagne  en  sa  maison  à  lui. 

«  Je  t'adjure  par  celui  qui  a  fait  que  la  mule  ne  mette 
point  bas;  je  t'adjure  par  celui  qui  a  séparé  la  lumière 
de  l'obscurité;  je  t'adjure  par  celui  qui  réduit  les  rochers 
en  poudre;  je  t'adjure  par  celui  qui  a  fracassé  les  mon- 
tagnes; je  t'adjure  par  celui  qui  maintient  la  terre  sur 
ses  fondements;  je  t'adjure  par  le  saint  nom  qu'on  ne 
dit  pas  dans  le  sanctuaire;  —  je  le  prononcerai  et  les 
démons  se  dresseront  frappés  de  stupeur  et  d'effroi,  — 
d'amener  et  de  joindre  comme  époux  Urbanus  qu'a  en- 
fanté Urbana  à  Domitiana  qu'a  enfantée  Candida,  amou- 
reux et  se  languissant  d'elle,  tôt,  vite. 

«  Je  t'adjure  par  celui  qui  a  fait  le  [grand]  luminaire 
et  les  astres  dans  le  ciel  par  un  [simple]  ordre  de  voix, 
si  bien  qu'ils  sont  visibles  à  tous  les  hommes;  je  t'adjure 
par  celui  qui  a  secoué  le  monde  entier,  qui  décapite  et 
met  en  ébullition  les  montagnes,  qui  rend  la  terre 
tremblante  et  en  renouvelle  les  habitants;  je  t'adjure 
par  celui  qui  a  fait  des  siynes  dans  le  ciel  et  sur  terre 
e!  sur  mer,  —  d'amener  et  de  joindre  comme  époux 
Urbanus  qu'a  enfanté  Urbana  à  Domitiana  qu'a  enfantée 
Candida,  amoureux  d'elle  et  ne  dormant  plus  par  désir 
d'elle,  se  languissant  d'elle  et  lui  demandant  de  revenir 
clans  sa  maison  et  d'être  sa  compagne. 

n  Je  t'adjure  par  le  dieu  grand,  éternel,  maître  de  tout, 
que  redoutent  les  monts  et  les  bois- dans  le  monde  entier, 
par  qui  le  lion  lâche  sa  proie,  par  qui  les  montagnes 
tremblent  et  la  terre  et  la  mer,  à  qui  chacun  devient 
semblable  que  possède  la  crainte  du  Seigneur  éternel. 
immortel,  qui  voit  tout,  hait  le  pervers,  sait  tout  ce  qui 
se  produit  de  bien  et  de  mal  par  la  mer,  par  les  fleuves, 
par  les  montagnes  et  la  terre.  Aoth,  Abaoth.  le  dieu 
d'Abraham  et  l'Iaô  d'Isaac,  Iaô,  Aôth,  Abaôth.  dieu 
d'Israël;  amené,  juins  Urbanus  qu'a  enfanté  Urbana  à 
Domitiana  qu'a  enfantée  Candida,  amoureux  affolé,  tor- 
turé par  l'affection,  par  l'amour,  par  le  désir  de  Domi- 
tiana qu'a  enfantée  Candida:  joins-les  par  le  mariage  et 
l'amour  pour  qu'ils  vivent  ensemble  tout  le  temps  de  leur 
vie;  fais  qu'il  lui  soit  soumis  d'amour  comme  un  esclave, 
ne  désirant  aucune,  ni  femme,  ni  fille,  mais  qu'il  n'ait 
que  Domitiana  qu'a  enfantée  Candida  pour  compagne 
pendant  tout  le  temps  de  leur  vie,  tôt,  tôt.  vile,  vite.  » 

IL  Paléographie.  —  On  reconnaît  deux  mains  diffé- 
rentes dans  l'incision.  Le  corps  de  la  pièce  est  en  grec, 
les  caractères  en  sont  fort  lisibles.  Les  lignes  1",  4e  et 
5"  ont  été  ajoutées  après  coup  et  le  grec  y  est  écrit  en 
lettres  latines  cursives.  On  verra  en  se  reportant  à  l'ori- 
ginal (fig.  103)  l'aspect  tout  à  fait  insolite  des  sept  pre- 
mières lignes. 

L'espace  laissé  libre  à  la  première  ligne  par  le  pre- 
mier scribe  était  destiné  à  recevoir  l'incision  des  noms 
des  esprits  que  choisirait  Domitiana  :  de  même,  à  la  qua- 
trième ligne,  l'intervalle  laissé  libre  entre  la  dernière 
lettre  de  METAAOY  et  le  trait  vertical  marqué  en  re- 
gard était  réservé  à  l'inscription  du  nom  mystique  con- 
venable à  l'esprit  qui  aurait  été  choisi.  Le  scribe  reprit 
a  cet  endroit.ee  qui  suit  KAlAIONAYTONrTPOCTHN. 
Il  s'aperçut  alors  qn  il  avait  oublié  la  mention  du  nom 

et  pi.  vi  dans  de  la  Blanchère,  Collections  du  Musée  Alaoui, 
\"  série;  G.  Deissmann,  Bibelstudien.  llcitragc,  zumeist  ans 
den  Papgri  und  Inschriften,  zur  Gescliichte  der  Sprache.  des 
Schrifttums  und  der  Bcligion  des  liellenistichett  Judentums 
und  des  Vrchristentums,  in-8*,  Marburg,  1895,  et  dans  Bible  stn- 
dfes,  in-4',  Edinburgh,  1890;  in-8%  1901,  p.  273  sq.  de  l'édit.  nngl. 
et  p.  26  de  ledit,  allem.  Cf.  Hilgenfeld,  dans  Berl.  Philologisch? 
Wochenschrift,  in-4*. Berlin,  1896, t.  xvi,  p.  647  sq.;  R.  W'uenscli, 
(Unis  Corpus  inscriptionuni  atticarum,  Appendlx,  in-tol.,  Bero- 
lini,  1897,  p.  xvu  sq.;  L.  Blau,  Das  nlljiidis,he  /.aubrrwesen, 
iii-s-,  Strassburg,  1898,  p.  96  sq.;  F.  Hiller,  dans  Sttzungsberichtc 
derBerliner  Akademie  der  Wissenscliaften,  in-8#,  Berlin,  1898, 
p.  586;  Schurer,  GescMchtS  des  jiidischen  Volkes  in>  Zcitalter 
Jean  Christi,  in-8%  Leipzig,  3-  éd.,  t.  m,  p,  298  sq.  ;  dom  Cabrol  et 
dom  Leden  »    \fonwnenta  liturgica.  t.  i.  n.  4353. 


Dict.   d'Archéolocie. 


LETOUZEY   ET  ANÉ,  éditeurs. 


«"  s'  V4' 


W«* 


MMi 


as 


Cf.i 


f  m 


&m 


ù?  #É 


'.'.* 


FORMULE    D'ADJURATION 

ÉCRITE    SUR    UNE    FEUILLE     DE    PLOMB,     DECOUVERTE    A    II,\')RUMETE    EN     1 89O 


529 


ADJURATION 


530 


et  de  la  filiation  de  sa  cliente,  mention  qui  commençait 
également  par  xa\,  d'où  la  confusion.  Aussitôt,  il  voulut 
réparer  sa  faute  et,  lui  ou  quelque  autre,  traça  dans  le 
vide  destiné  à  recevoir  le  nom  mystique  la  mention  ou- 
bliée, mais  comme  cette  mention  était  trop  longue  pour 
l'espace  libre,  on  commença  à  hauteur  de  la  cinquième 
ligne  en  relevant  les  caractères  afin  de  ramener  les  der- 
niers mots  à  la  place  qui  leur  était  destinée. 

Ces  deux  lignes  sont  de  fort  mauvais  latin  et  ne  font 
pas  regretter  qu'on  n'en  ait  pas  plus,  at  diphtongue 
est  rendue  deux  fois  par  ae  (daemonion,  cae);  l'a  de 
irveûpia  est  écrit  n;  orbanon  pour  oùpSavôv;  elhecn  pour 
k'tExev,  il  faut  remarquer  ici  la  suppression  de  l's  final, 
on  trouve  d'autres  exemples  en  Afrique  de  cette  ortho- 
graphe phonétique;  enfin  un  cas  d'iotacisme  simenon 
pour  xe£u.evov.  La  forme  'Aopa.ii  est  aussi  à  noter,  nous 
la  retrouvons  dans  le  Papyrus  Lugd.,  J.  384,  IX,  dans 
cette  formule  :  Aëpaav,  t'ov  Iirax,  t'ov  Iaxxwêi1,  et  en- 
core dans  le  Codex  Evangel.  B.  (Bircii)  :  Agpaav2,  Iaxou 
est  probablement  une  corruption  de  Itraxo-j  qui  déjà, 
chez  Flavius  Joseph,  est  grécisé  en  "Ia-axoç.  Il  est  moins 
facile  d'y  voir  une  corruption  de  Iaxovê3.  Quant  à  toO 
Iupau.a  c'est  une  corruption  de  Iapaï)X.  C'est  donc  ici  la 
formule  biblique  presque  inaltérée  que  mentionne  Ori- 
gène  vers  le  temps  où  put  être  gravée  notre  inscription  : 
xa'i  ààv  uèv  6  xaXàiv  <i  6  ôpxoiv  6vo[*âÇir)  Oeôv  'Agpaàu.  xa'i 
6sov  Iuaàx  xa\  ôebv  'Iaxàië  xâSe  Tivà  Ttoc^aat  av  r^oi  Sià 
ty|v  to'jtiov  <pû<riv  ï|  xa'i  ôvvau.iv  avrâiv  xal  8at|i.ôv(ov 
vixwjjiévwv  xat  CnroTaTTopivaiv  T(i>  XiyovTt  Taûta4. 

III.  Origine.  —  Il  n'y  a  pas  d'apparence  que  si  cette 
formule  avait  été  écrite  par  un  juif  ou  pour  un  juif,  elle 
eût  été  estropiée  de  telle  façon;  en  outre,  il  faut  remar- 
quer que  nulle  expression  ne  rappelle  les  dieux  des  gen- 
tils, mais  au  contraire,  il  n'y  a  pas  un  seul  passage  qui 
ne  puisse  être  rapproché  d'un  passage  des  Livres  saints. 
Ces  considérations  jointes  à  cette  série  de  tâtonnements, 
'A(Ô9,  'Aëao>9,  'Iâxo-j,  'Agpaav.  'I<rpâ|j.a,  nous  paraissent 
indiquer  assez  clairement  une  production  sortie  d'un  mi- 
lieu judaïsant.  Nous  avons  probablement  à  faire  à  une 
formule  venue  d'Alexandrie  où  se  donnèrent  rendez-vous 
pendant  des  siècles  tant  de  magiciens  que  la  Syrie  produi- 
sait en  si  grand  nombre  et  répandait  sur  tout  l'empire. 

Il  ne  faut  pas  trop  s'alarmer  de  voir  une  chrétienne 
en  cette  affaire,  car  outre  que  de  tous  temps  il  y  a  eu  des 
personnes  religieuses  fort  peu  conséquentes  avec  les 
maximes  morales  de  leur  foi,  il  est  assez  probable  que 
cette  Domitiana  était  esclave  comme  le  mot  <r-j[j.êto;  pa- 
rait l'insinuer,  et  les  gens  de  cette  condition  n'étaient 
généralement  pas  assez  délicats  pour  comprendre  ce  que 
leurs  expressions  avaient  de  grossier  et  même  de  dégoû- 
tant. Ils  apportaient  le  plus  souvent  dans  la  religion  le 
vice  de  leur  mauvaise  éducation  et  de  leur  ignorance, 
niais  cette  adjuration  pouvait  bien  ne  pas  surprendre 
Domitiana  habituée  à  en  voir  employer  de  semblables 
autour  d'elle.  Peut-être  même  croyait-elle  avoir  fait  une 
chose  fort  adroite  d'éviter  si  soigneusement  toute  men- 
tion idolàtrique  et  il  est  possible  que,  de  bonne  foi,  elle 
ait  pensé  à  adresser  une  prière  fort  agréable   à   Dieu. 

1  A.  Dieterich,  Fleckeisen's  lalirb.,  suppl.,  xvi,  810.  —  *Luc, 
m.  34.  —  *Papyr.  Lond.  cxxi,  649;Bibl.  nat,  Papyr.Par.SS2i; 
Wessely,  Griechtiacher  Zaubcrpapyrus,  Novm  papyri  ma- 
gicx,  in-4°,  Vindobonae,  1893.  Voy.  A.-L.  Delattre,  dans  le  Bulletin 
de  correspondance  hellénique,  t.  xn,  1888,  p.  300;  Corp.  inscr. 
Int.,  t.  vin,  suppl.  1,  n.  12511.  —  *  Contr.  Cels.,  1.  Y,  c.  xi.v,  édit. 
Lommatschz,  t.  xix,  p.  250.  Cf.  W.  Baudissin,  Studien,  Leipzig, 
in-8%  1,193;  R.  Heim,  Incantamenta  magica  grseca  latina, 
in-8-,  Lipsiae,  1892;  Fleckeisen's  Jahrb.  suppl.,  xix,  1893,  p.  522 
sq.  :  G.  Anricli,  Das  antilce  Mysterienwesen  in  seinem  Einfluss 
{tuf  das  Chnstentum,  in-8%  Gôttingen,  1894,  p.  96.  —  5  Rev.  ar- 
théol.,  1888,  t.  xn,  p.  157  sq.  —  "R.W'uensch,  dans  Corp.  inscr. 
attic,  Appendix,  prêt'.,  p.  xv  sq.  ;  Miss  Macdonald,  Inscriptions 
relating  to  sorcery  in  Cyprus,  dans  Proceedings  of  the  So- 
ciety of  biblical  archaeology,  1890,  p.  160  sq.  ;  cf.  p.  174,  n.  1.  — 
'  Cod.  Theod.,   1.  IX,  tit.  xvi,  3,  De  maleficiis  <**  msthema- 


C'est  qu'il  ne  faut  pas  étudier  l'histoire  avec  nos  idées  et 
celles  de  ceux  qui  nous  entourent;  les  hommes  des  pre- 
miers siècles,  fussent-ils  de  grands  chrétiens,  tenaient 
des  discours  qui  nous  paraissent  fort  libres  :  saint  Cy- 
prien  parlait  aux  vierges  comme  on  le  ferait  de  nos  jours 
à  des  repenties,  et  les  rites  liturgiques,  celui  du  bap- 
tême en  particulier,  traduisaient  avec  une  grande  fran- 
chise ce  que  nous  nous  contentons  de  symboliser  au- 
jourd'hui avec  une  extrême  réserve.  C'est  que  le  christia- 
nisme n'est  pas  venu  à  bout  tout  de  suite  de  rapprendre 
la  pudeur  à  l'humanité. 

Cette  adjuration  nous  intéresse  d'ailleurs  à  d'autres 
titres.  Nous  ne  savons  pas  l'usage  que  fit  Domitiana  de 
son  feuillet  magique,  mais  il  y  a  lieu  de  penser  qu'elle 
se  conforma  sur  ce  point  à  la  pratique  de  ses  compa- 
triotes. L'adjuration  à  l'esprit  demonien  gisant  ici  ne 
laisse  d'ailleurs  presque  aucun  doute,  le  feuillet  dut  être 
déposé  dans  un  tombeau.  En  Egypte,  où  cette  pratique 
était  fort  répandue,  on  choisissait  de  préférence  la  tombe 
d'une  personne  assassinée  ou  morte  prématurément.  Le 
P.  Delattre  en  a  trouvé  en  Afrique  qui  témoignent  des 
mêmes  superstitions.  Elles  étaient,  dit-il,  «  fixées  aux 
parois  du  cippe  à  l'aide  d'un  clou  de  cuivre  qui  en  trans- 
perçait tous  les  plis.  Une  de  ces  lamelles  nos  repliée 
semblait  avoir  été  déposée  à  dessein  sur  deux  crânes 
peut-être  deux  tètes  de  décapités,  car  ils  n'appartenaient 
pas  à  des  corps  incinérés  et  nous  n'avons  pu  trouver  à 
côté  des  traces  de  squelettes  ■'.  » 

Ceci  s'explique  par  une  croyance  commune  aux  Orien- 
taux, d'après  laquelle  l'âme  qui  n'a  pas,  pour  une  raison 
quelconque,  accompli  sur  terre  le  nombre  d'années  qui 
lui  avait  été  fixé,  doij.  compléter  ce  nombre  par  un  sé- 
jour^ soit  dans  le  tombeau,  soit  aux  environs  du  tombeau. 
On  avait  bien  des  raisons  de  penser  qu'une  mort  vio- 
lente, suicide,  condamnation  capitale,  n'avait  pas  dû 
coïncider  avec  le  compte  d'années  dévolu  au  défunt;  en 
outre,  par  suite  de  ce  séjour  forcé,  on  avait  l'esprit 
presque  sous  la  main.  Certaines  formules  nous  sont  par- 
venues dans  lesquelles  on  énumére  toutes  les  catégories 
des  esprits  6.  C'était,  pensait-on,  une  précaution  indis- 
pensable à  prendre  si  l'on  voulait  éviter  que  l'esprit  se 
dérobât  à  l'adjuration  sous  prétexte  qu'il  n'y  était  pas 
désigné  nominalement.  Dans  la  formule  de  Domitiana 
cette  énumération  a  été  omise,  parce  qu'elle  avait  sans 
doute  connu  l'esprit  gisant,  Sataôviov  uvrJfia  to  ëv8a6c 
v.ît[j.ôvov,  ainsi  elle  ne  courait  pas  de  risque  qu'il  ne  fût 
pas  désigné  dans  la  mention. 

La  législation  des  empereurs  chrétiens  sur  l'abus  cri- 
minel qui  nous  occupe  leur  fait  honneur.  Constantin 
porta  une  loi  en  321  qui  réglait  la  peine  à  infliger  à 
ceux  qui  faisaient  métier  d'attirer  à  la  luxure  les  cœurs 
restés  chastes  7.  Une  loi  de  Gratien,  Valentinien  et  Théo- 
dose fut  rendue  en  381  contre  ceux  qui,  par  leurs  se- 
crets, empoisonnent  l'esprit  et  le  corps8,  une  autre  en 
384,  enfin  .lustinien  s'occupe  de  :  de  venenis  ad  vilœ 
inleriiumvel  mentis  alienationem9,  et  l'empereur  Léon  : 
de  rébus,  quse  furorem  excitant.  Le  plus  instructif  des 
documents  similaires  est  une  constitution  du  même  em- 

ticis.  Cf.  O.  Hirschfeld,  De  incantamentis  et  devinctionibus 
amatoriis  apud  Grœcos  Romanosque,  in-8°,  Regimonti  Prusso- 
rum,  1863.  Pareille  sauvegarde  était  d'ailleurs  accordée  dès  le 
temps  du  Haut-Empire,  ainsi  qu'on  peut  le  voir  dans  Paul,  Sen- 
tent., 1.  V,  tit.  xxviii,  14.  Les  Pères  de  l'Église  apportent  leur 
part  de  renseignement.  Saint  Jean  Chrysostome  cite  et  détaille  les 
charmes,  breuvages,  libations  et  autres  amatoria.  Homil.,  xxnc, 
In  Epist.  ad  Roman.,  4,  P.  G.,  t.  lx,  col.  626  sq.  Saint  Augustin 
fut  accusé  d'avoir  glissé  dans  le  pain  des  eulogies  quelque  phil- 
tre amoureux,  Contra  Petilian.,  1.  III,  c.  xvi,  P.  L.,  t.  xlhi, 
col.  357;  enfin,  saint  Hilarion,  au  dire  de  saint  Jérôme,  avait  eu 
à  guérir  une  jeune  fille  d'une  passion  désordonnée  provoquée  par 
l'incantation  d'un  magicien  qui  avait  enfoui  sous  le  seuil  de  sa 
porte  des  plaques  de  cuivre  couvertes  de  signes  cabalistiques. 
S.  Jérôme,  Vita  S.  Hilarionis,  c.  xxi,  P.  L.,  t.  xxiu,  col.  39.  — 
*Cod.  Theod.,  1.  IX,  tit.  xxxvm,  6,  7.  —  »  Novell.,  CXV,  c.  IV,  5. 


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ADJURATION 


032 


pcreur  Léon  intitulée  :  de  incantatoruni nœrui,  et  dont 
nous  citons  les  principaux  passages  :  hvJ  vero  pro- 
ntulgatam  a  veteribus  legislatoribus  legem  considé- 
rons, quse  modo  guident  iucan  tantentunt  ntalum  râla 
id  punit,  modo  vero  illud  adntiltit,  guippe  non  e.r 
nlentio  proposito  ntalum  demonstratum,  sed  sua  na- 
tura  ntalitiant  producens,  ni  sterguilinia  ntalos  odo- 
reSf  Mis  legislatoribus  repreliensioni  esse  non  dixerim, 
sed  ne  guis  legem  viluperel,  guse  viluperationem  in  se 
habet,  eant  ex  legum  fundo  exstirpandam  puto... 
Sane  si  guis  ontnino  incanlantentis  usus  deprehensus 
fuerit  s'tve  curationem  corporis  valetudinis,  sire  de- 
pulsionem  damni  a  frugibus  prselendal,  is  apostata- 
rum  pœnam  subiens,  supremum  suppliciant  susli- 
neat  ' . 

IV.  Autres  formules.  —  Ce  document  dont  le  chris- 
tianisme ne  nous  parait  pas  douteux  pourrait  bien  n'être 
que  le  premier  d'une  série  que  les  fouilles  sans  cesse 
poursuivies  sur  le  sol  de  l'Afrique  romaine  augmenteront 
probablement.  On  possède  déjà  un  grand  nombre  de  ces 
adjurations  dont  le  caractère  païen  est  indiscutable.  Un 
seul  cimetière  tunisien  a  fourni  une  quarantaine  de  for- 
mules. L'une  d'elles  est  du  plus  rare  intérêt.  Elle  a  pour 
auteurs  les  cochers  d'une  faction  du  cirque  désignant 
nominativement  aux  puissances  infernales  et  vouant  à 
toutes  sortes  d'accidents  les  cochers  et  les  chevaux  de  la 
faction  opposée.  Au  milieu  de  la  tablette  se  trouve  un  plan 
du  parterre  du  cirque  et  des  cachots  2  (fig.  10i). 

Ces  tablettes  offrent  parfois  des  noms  de  génies  em- 
pruntés aux  traditions  judaïques.  Par  exemple  :  ["E]tc 
ÈÊopy.t'sO)  ip-â;  xnà  toO  èicâv[to]  ïoO  oùpavou  BsoO,  toC 
xaO/]|J-évov  Ê7c\  TÔV  Xepou6t,  ô  S'.opinxc  ty]-/  YÏjv  xa\  y/opio-aç 
rrçv  OâXaoo-av,  'Iaù>  'Aëpiaù>  'Apëaôtaù)  Daôai.j  'Aîtovàt, 
xt>..3.  Nous  pourrions  rapporter  d'autres  formules,  une. 
entre  autres,  qui  offre  avec  celle  de  Domitiana  plu- 
sieurs traits  communs  *,  et  dont  l'auteur  était  dévot  non 
au  Dire  des  chrétiens  mais  au  panthéon  égyptien.  Nous 
nous  bornerons  à  adopter  la  conclusion  évidente  de  M.  Mi- 
chel Bréal  :  «  Un  certain  air  d'uniformité  montre  qu'il 
existait  comme  un  rituel  d'exécration5.  »  Il  pourrait  se 
faire  que  ce  soit  à  un  grimoire  de  ce  genre  que  Celse 
lasse  allusion  dans  un  passage  célèbre  sur  les  livres  des 
chrétiens,  passage  que  nous  ne  connaissons  que  par  Ori- 
gène. 

Quoi  qu'il  en  soit  de  cette  conjecture,  l'adjuration  de 
Domitiana  offre  d'autres  sujets  d'étude,  C'est  d'abord 
l'exacte  concordance  des  attributs  qu'il  confère  à  Dieu 
avec  ceux  que  mentionnent  les  Livres  saints  :  &  Sex^upira; 
to'j;  £'j(7£êeîç,  6  StaaTr,<ra;  t/,v  piS&ov  Èv  ttj  SaXâwrr]  et 
encore  :  ô  xeuvtÇwv  rcàvra;  to-j;  KOCTOtxoûvtaç.  D'autres 
emprunts  tels  que  la  mention  du  dieu  d'Abraham, 
d'Isaac  et  d'Israël  ne  peuvent  avoir  qu'une  origine  juive, 
de  même  dans  une  tablette  de  Cumes  nous  trouvons 
'loi'.),  à  Pouzzoles  nous  trouvons  SaSxùO,  2aëaù6  âyiov 
ovofia  'Iouo  'll>,  et  Mr/av;  à  Cartilage  'Iàu>.  'la/,. 
'Iaxo-jë  'Iaîco;  dans  un  papyrus  :  ô  êitî  ri  Xîpo-joi 
xaÔv^Evoç 6,  ce  qui  est  la  formule  même  d'une  tablette 
d'adjuration  xocto:  xoO  èîtàvu)  toO  ovpavoù  6so-j  toO  xaôr,- 
(J.É-/OV  i«\  tiôv  Xepouêi  *,  à  Chypre  :  ô  eywv  xb  aîGépiov 
pOTi'Xetov  ...Èv  ojpavf.)   'Iàa>  xa'i  t'o  CtiÔ  ~[fp...  'Idc<.>  N . 

Ces  formules  offrent  une  particularité  dont  n'esl 
pas  exempte  celle  de  Domitiana.  Les  langues  grecque  et 
latine  y  sont  mélangées;  quelquefois  le  grec  est  écrit  en 
caractères  latins  ou  bien  le  latin  en  caractères  grecs,  mais 
c'est  là  une  étude  que  nous  ne  voulons  pas  entreprendre 
ici ,J . 

l'.n  terminant  nous  ferons  observer  combien  la  morale 

•  Constitua,  i.xv.  —  *  F.  Buecheler,  dans  Mus.  ïthen.  1886, 
t.  xi.i,  p.  t60:  Corp.  inscr.  lat.,t  vm.suppl.I,  n.  12504;  et.  n.  12508- 
12511.  —  'Corp.  inscr.  lat..  t.  vin.  suppl.  n.  12511.  — *  De  la  Blan- 
chèiv.  Collections  du  Musée  Alaoui,  1890,  p.59,  pi.  iv.  —  'Bréal, 
«  Tabella  devotionis  i  delà  nécropole  romaine  d'Adrumète,  dans 
Collections  du  Musée  A  laoui,  p.  62.  —  "Wessely,  Ephesia  gratn- 


de  Domitiana  diffère  de  celle  de  ses  compatriotes  Scp- 
tirna,  fille  d'Amœna, et  Successa.Ces  deux  femmes  s'ex- 
priment à  peu  près  comme  la  chrétienne.  Septirna  de- 


LATOR 


V0LP-N 
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S  I  D  r  R  rVS         B 

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B  P  AXXÔA  ©  C 

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KIC-CÔOAAHi         MHA:m 
H/60YH6MH  v 

eCTÀBAHl  O 

'XciToAr  n 

f)  hv\o  wqWtç  c  o  m  v/- A  — 

j-oyoj-vTDG"e  N6A5 

*  UOJ«fT-INPU  CeNTVR. 
£<5esAOVgR£-P65n  NT  :  .    - 


104.  —  Invocation  au  démon  malfaisant. 
D'après  le  Corpus  iiisrriptioitum  latinarum,  t.  vin.  r.    12504. 

mande  que  Sexlilius  ne  dorme  plus  et  soit  consumé 
d'amour  pour  elle,  qu'il  en  perde  le  repos  et  la  p 
que  la  passion  brûle  tous  »'■>  membres;  Successa  dit  de 
son  côté  :  qu'il  brûle,  qu'il  soit  consume  d'amour  el  de  de- 
sir10.  Domitiana,  au  contraire,  sont;1'  formellement  au 
mariage  :  ÇeOÇov  a-jxo'j;  yiu';»  xai  ;ç.(dti   ffW|xêco0vTa;  SXu 

Ce  qu'il  importe  d'étudier  ce  n'est  pas  seulement  les 
faits  eux-mêmes,  mais  les  doctrines  courantes,  l'état 
desprit  qu'elles  impliquent  cheï  les  contemporains; 
l'archéologie  n'est  qu'un  moyen  de  voir  plus  avant  et 
plus  clair  dans  l'histoire,  et  l'histoire  ne  se  compose  pas 
seulement  de  faits  positila  mais  de  tout  cet  immense  et 
mystérieux  bagage  que  l'esprit  de  chaque  homme  porte 
en  soi.  «  Tout  ce  qui  est  conlorme  à  la  conscience,  tut- 
elle involontairement  faussée,  esf  digne  d'une  sympa- 
thique attention.  Des  rites  superstitieux  ont  pu  Servir  de 
matière  à  la  bonne  volonté.  Il  arrive  que  dans  l'aefc  par- 
ticulier et  dans  le  symbole  uni,  l'intention  porte  au  delà 
du  symbole  et  de  l'acte;  en  sorte  que.  s'acquittanl  î 
(pion  sait,  faute  de  mieux,  l'on  demeure  ouvert,  prêt, 

iiiiiiu.  .v.: :;.  pap.  Par.  700.  Cf.  Wuenscb,  dans  Corp.  b 
Append.,  passim.  —  'Corp.  inscr.  Int..  t.  vnt,  snppl.  n.  12511, 
vs.  23.  —  'Corp.  inscr.  attic,  app.,  p.  xviu.  Col.  2.  lign.  46.  — 
•  Cf.  WordBwojrthjJVojmente  and  spécimens  of  early  latin,  p.230, 

486; Bréal,  loc. cit., p. 60 sq. Cf.  Wt B      l.loc. 

cit.,  p.  68  sq.  ;  Delattre,  dans  la  f  I.,186E  l   mi.  i    1 V  ï. 


523 


[ADJURATION 


534 


docile  à  toute  plus  complète  vérité  :  agir,  selon  qu'on  a 
de  lumière  et  de  force,  sans  borner  la  générosité  et 
l'ampleur  du  désir,  voilà  la  disposition  d'une  volonté 
droite  '.  » 

La  formule  de  celte  adjuration  est  la  plus  ancienne 
de  la  littérature  chrétienne  pour  le  cas  particulier  où 
elle  est  employée.  Le  traité  Adrersus  hœreses-  de  saint 
Irénée,  grâce  à  sa  diffusion,  dut  aider  à  répandre  le 
goût  de  ces  formules  et  d'autres  analogues  dont  il  existe 
un  choix  d'un  médiocre  intérêt  dans  les  Codices  orien- 
tales du  Vatican  classés  par  Maï  3  et  par  Assemani*. 

'OpxiÇto  ce  xbv  u.eTaypacpôfj.Evov  tô  JJtëXiov  to'jto,  xaxà 
toû  xvpcou  r|(/.ûv  'Iy)(7o0  Xptaxoû,  xoù  /axa  ttjç  ev86?0'J 
7rapo'J7['a;  avxoO  r\z  ëp'/sTou  xpîvai  Çiovxa;  xai  vexpoù;,  iva 
àvTtSâÀriç  o  (j.eTeypa<J/(i),  xa'c  xaxopOdWr,;  auxb  7tpbç  xô  àvxc- 
Ypaçov  xaûxo,  Sôev  u.EX£Ypâi{«>)  è7rt(j.e),(oç,  xat  xbv  opxov 
xoOxov  ou.ot'(oç  p.zttxypâtyrlz,  xai  (j^uetç  èv  xd>  àvxiYpâ<pa>. 

Adjuro  te,  qui  transcripseris  hune  librum,  per  Domi- 
num  nostrum  Jesuni  Cltrisluni  et  per  gloriosum  ejas 
adcenlum,  inquo  judicaturm  est  vivos  et  mortuos;  ul 
conféras  quod  transcripseris,  et  diligenter  emendes  ad 
exemplar  ex  quo  transcripsisli  :  utque  adjarationeni 
islam  simililer  exscribas,  et  codici  tuo  inseras. 

On  trouve  parmi  les  inscriptions  récemment  décou- 
verts de  Salone  une  formule  d'adjuration. 

An  no  430. 
HIC  REQVIESCIT  IN  PACE  DVION  ANCILLA  BA 
LENTES  ESPONSA  DEXTRI  DEPOSITA  EST  III 
IDVS  SEPTB-CONSVLATV  D  N  THEODOSIO 
AVGXIII  ET  VALENTINIANO  AG  BES  CC  SS  ADIV 
RO  PER  DEVM  ET  PER  LEGES  CRESTEANOR- 
VT  QVICVMQVE  EXTRANEVS  VOLVERIT  AL 
TERVM  CORPVS  PONERE  VOLVERIT  DET 
ECLISIE     CATOLICE     S  A  L  •  A  V  R  •  I  I  I 

Hic  requiescit  in  pace  Duion(a)  ancilla  Balent(i)s 
sponsa  Dextri.  Deposita  est  III  Idus  sept(em)b(ris)  con- 
sulatu  d.  n.  Theodosio  Aug.  XIII  et  Valcnliniano  A(u)- 
g(uslo)  b{ï)s  [il  faut  corriger  en  tertium]  c(on)s(ulibus). 
Adjuro  per  Deum  et  per  leges  Cltristianorum  ut  qui- 
cumque  extraneus  voluerit  allerum  corpus  ponere  [vo- 
luerit]  det  E(c)cl(c)4(a)e  Cat(h)olic(a)e  Sal{onitanse) 
aur(ï)  (unciasf)  très  \ 

La  formule  d'adjuration  contenue  dans  cette  épi- 
taphe  mérite  une  attention  particulière.  L'usage  des  ad- 
jurations a  été  fréquent  parmi  les  chrétiens  soucieux 
de  protéger  le  repos  de  leur  tombe.  Nous  grouperons 
ici  quelques  formules  : 

ADIVRO  VOS  PER  CHRISTVM  NE  MIHI  AB  ALIQVO 
VIOLENTIA  FIAT  ET  NE  SEPVLCRVM  MEVM 
VIOLETUR6. 

CONIVRAT  PER  DIEM  TREMENDI  IVDICII  NEQVS 
HOC  ALIQVANDO  AUDEAT  VIOLARE  SEPVL- 
CRVM i 

(...per  i)VDICIVM  VOS  CONIVR(o),  VT  NI  QVI(s) 
SEPOLTVRA(w)  MEA(m)  VIOLETS. 

ADIVRO  BOS  OMNES  POS(0  ME  BENTV(ros...  ne 
quis  /i)VNC  TVMVLVM  VIOLARI  PERMITTAT 
ETSI  (quisviolauerit.. .)CHRISTI  EBENIAT  EIS  COT 
EST  IN  PSALMV  CVIII  (=109)9. 

1  Blondel,  L'action,  in-8",  1893,  p.  375.  —  !S.  Irénée,  Adv. 
hxres.,  à  la  fin,  P.  G.,  t.  vu,  col.  1225.  —  3  Script,  vet.  nova  coll., 
passim.  —  iBiblioth.  orientalis,  passim.  —  5Bulic,  dans  Bullet- 
tino  di  archeologia  e  storia  Dalmata,  Spalato,  1891,  t.  XII,  p.  145  ; 
R.  Cagnat,  àansluRev.archéol.,  1892,  série  III,  t.  xix,  n.  32,  p.  304; 
G.  Gatti,  Iscrizione  salonitana,  dans  A.  de  Waal,  Archàologische 
Ehrenyabe  zu  De  Rossi's  lxx  Geburtslage,  in-4%  Roma,  1892, 
p.  180;  P.  Sticotti,  Bericht  itber  einen  Ausflug  nach  Liburnien 
und  Dalmatien,  dans  ArcMol.-epigraph.  Mittheilungenaus  Oes- 
terreich,  1893,  t.  xvi,  p.  153,  n.  23.  —  "De  Rossi,  Inscript,  christ. 
uvb.  Boni.,  in-tol.,  Roma;,  1861,  t.  i,  752,  Titulus  de  L'année  451. 
—  ''Corp.  iriser,  lat.,  t.  x,  u.  178,  Titulus  de  l'année  528  ;  cf.  lbid., 


nAPANTEAACO  TE  EN  ONOMATI  KAI  ME2EITAEI 
©Y  MHTE  EN  TAIZ  2TOAII  MHTE  EN  TCO 
KHTTCO  TTYEAON  H  ECOMA  TE0HNAI  io. 

On  pourrait  ajouter  à  ces  formules  celles  qui  ont  mo- 
déré l'expression  et  adopté  rogo  au  lieu  de  adjuro  ", 
mais  l'intérêt  principal  de  l'épitaphe  de  Salone  est  dans 
la  mention  des  leges  cltristianorum,  au  nom  des- 
quelles la  défunte  réclame  le  respect  de  son  tombeau. 
Une  inscription  trouvée  à  Ancône,  en  1879,  porte  une 
mention  analogue  : 

+  + 

FL.  EVfclNTIVS  VETERANVS 
BENE  MERITVS  FECI 
SEPVLCRVM*  IN  RE 
MEA  VBI  REQVIESCAM 
5  SI  QVIS  VIOLENTVS  VOLV  , 
ERIT  ESSE  ET  CONTRA  LEGES 
TEMPTAVERIT  DET  FISCI 
VIRIBVS  AVRI  LIBRÂ  VNÂ 
LEGE     ET      RECEDE     A-^CO 

Il  n'est  pas  douteux  que  FI.  Eventius  ne  fasse  appel 
aux  lois  civiles,  qui  en  effet  prenaient  la  défense  des 
tombeaux,  mais  le  cas  de  Duiona  est  différent  :  c'est  de 
la  communauté  chrétienne  qu'elle  se  réclame  et  à  sa 
jurisprudence  qu'elle  fait  appel.  Une  autre  épitaphe  de 
Salone,  de  l'année  382,  va  nous  aider  à  préciser  celte 
indication  l-  : 

SI  QIS  SVPER  HVNC  CORPVS  ALIVM 
CORPVS  PONERE  VOLVERET  IN 
FERET  ECLESIAE  ARGENTI  P « 
FL  THEODOTVS  CVRATOR-  REIP 
5  PEREGRINVM  FILIVM  IN  LEGE 
SANCTA  CHRISTIANA  COLLO 
CABI  EVM      •      DEPOSTIO 

DOMMIONIS    •    DIE    •     III    •    KAL    ■    DE 
ENBRIS     CON    ANTONIO 

Les  deux  épitaphes  sont  du  même  lieu  et  séparées 
seulement  par  un  demi-siècle,  l'une  et  l'autre  font  allu- 
sion à  une  institution  identique  et  imposent  au  violateur 
des  tombes  une  amende  au  profit  de  l'Église  de  Salone; 
il  semble  donc  évident  que  cette  Église  était  constituée 
en  possession  des  cadavres  qui  y  étaient  enterrés,  elle 
avait  à  en  assurer  l'inviolabilité,  mais  aussi  elle  faisait 
valoir  en  cas  de  crime  ses  droits  de  propriétaire  lésé. 
C'était  au  clergé  lui-même,  semble-t-il,  que  l'appel  du 
défunt  ou  de  sa  famille  était  adressé  et,  dans  un  temps 
plus  ancien  peut-être,  à  la  communauté  entière.  C'est  du 
moins  ce  que  plusieurs  inscriptions  nous  permettent  de 
supposer  :  ROGO  •  ET-PETO-  OMNEM  -CLERVM  ET- 
CVNCTA-  FRATERNITATEM-  VT-NVLLVS  DE  •  GE- 
NERE •  VEL  •  ALIQVIS  •  INHAC  .  SEPVLTVRA  PONA- 
TVR'3  _  PETIMVS  OMNEM  CLERVM  ET  CVNCTA 
FRATERNITATEM  VT  NVLLVS  DE  GENERE  NOS- 
TRO  VELALIQVIS  IN  HAC  SEPVLTVRA  PONATVR  i* 

-  SEPVLCRVM  MEVM  CONMENDO  (5  C\Vl[tath). 
CON(cordiensis).B(cverendissimo).CLE  RO'S— ....VIVO 
ARCAM  SIBI  COPARABIT  SI  QVIS  ILAM  VOLERET 
APERIRE  DABIT  IN   FISCO  AVRI  VN  V   EX  ET   IPS 

n.  179.  — 8  lbid.,  n.  1193,  Titulus  de  l'année  558.  — 8  lbid.,  n.  761. 

—  i0  Corp.  inscr.  grvec,  t.  iv,  n.  9546.  —  "  Corp.  inscr.  lat., 
t.  v,  n.  7793,  7795;  t.  ix,  n.  2437;  J.  Fiorelli,  dans  les  Notizie  degli 
scavi,  1879,  t.  iv,  p.  108;  Corp.  inscr.  lat.,  t.  ix,  n.  5900.  Les 
lignes  5  et  6  donnent  les  lettres  L  E  en  un  seul  caractère  lié.  — 
"M.  Glavinié,  dans  Centralcotnmiss.,  1875,  p.  XL  vu;  F.  Bulic. 
Inscriptiones  quse  in  Museo  archxologico  Salonitano  Spalati 
asservantur,  in-8%  Spalato,  1886,  p.  258,  n.  108;  Mommsen, 
Epkem.  epigraphica,  t.  h,  n.  553;  De  Rossi,  Bull,  di  arch. 
crist.,  1878,  p.  106;  Corp.  inscr.  lat.,  t.  in,  n.  9508.  —  ,3  Corpus 
inscriptionum  latinarum,  t.  v,  n.  2305.  —  iiIbid.,  t.  m, 
n.  8738.  —  »«  lbid.,  t.  m,  n.  8715. 


ADJURATION 


ADON   (SAINT 


53G 


ARCA  IN  ECLESIE  COMDAV  -  PETO  A  BOBIS 
FRA.TRES-BÔNIPER  VNVM-DEVM-NE-QUIS  VII- 
TITE.LO    MOlES(tet)    POS(t)    MOR(f«m)    [mearn]0- 

-    PETO    BOS    FRATRES    NE    QVIS    ALIVM 3. 

Tantôt  on  imposait,  à  Salone,  l'amende  au  profit  de 
la  cité*,  tantôt  au  profit  de  l'Église5  nominativement 
désignée  6. 

L'emploi  d'une  formule  de  prières  est  remarquable,  car 
les  anciens  chrétiens,  en  pareil  cas,  préféraient  un  ana- 
thème.  Cela  tient  à  ce  que  le  dogme  de  l'enfer  donnait 
à  leurs  menaces  une  valeur  qu'un  Tartare  problématique 
avait  depuis  longtemps  compromis  parmi  les  païens. 
Les  inscriptions  païennes  contiennent  un  grand  nombre 
de  ces  formules  de  prières  7  ;  parmi  les  chrétiennes  on  en 
cite  plusieurs8;  nous  nous  bornons  à  l'une  d'elles  qui  par 
le  mot  coniuro  appartient  au  sujet  de  cette  note  °. 

10 SED    CONIVRO    VOSPER 

TREMENDVM   DIEM   IVDICII  VT  HANC  SEPVL- 
NVLLI  VIOLENT  [TVRAM 

Une  inscription  de  Côme  (fin  du  vie  siècle)  déjà  citée 
dans  une  autre  dissertation  contient  une  adjuration  trop 
remarquable  pour  être  omise  : 

ADIVRO  VOS  OMNES  XPIANI 

[ET  TE  CVSTODE   BEATi 

IVLIANI   PER   DO  ET  PER   TREMENDA   DIE 

IVDICII  VT]HVNC   SEPVLCR[VM   VIOLARI 

NVNQVAM   PERMITTATIS  SED  CONSERVETio- 

VSQVE  AD  FINEM   MVNDI  VT  POSIM 

SINE   IMPEDIMENTO   IN   VITA  REDIRE 

CVM   VENERIT  OVI   IVDICATVRVS   EST  VIVOS 

ET   MORTVOS]  >" 

Voir  aussi  le  mot  Exorcisme. 

H.  Leci.ercq 

ADMINICULATOR.  Ce  fonctionnaire,  d'époque 
postérieure,  venait  après  les  membres  de  la  hiérarchie 
officielle.  Sa  charge  consistait  à  prendre  soin  des 
veuves,  des  orphelins,  des  pauvres";  elle  est  devenue 
celle  d'advocatus  pauperum  dans  la  suite  des  temps. 


ADMONITIO.  Voir  Monitio. 

ADON  (Saint).  —  I.  Biographie.  IL  Écrits 
tyrologe.  IV.  Derniers  résultats. 


III.  Mar- 


'  Corp.  insc.  lut.,  t.  m,  n.  8747.  —  -ibitl.,  t.  VI,  n.  8987.  — 
1  Md.,  t.  m,  n.  2509.  —  •  Ibid.,  t.  m.  n.  2631,  2632,  8742,  8869, 
9259,  9507,  9533,  9670,  et  les  fragments  n.  2628,  2633,  2635,  9667, 
9668.  —  *lbid.,  t.  m,  n.  2666,  6399,9508,  95C9,  9585,  9597,  9661, 
9663,  9664.  Pour  l'inscription  de  Trau,  cf.  Corp.  inscr.  lat.,  t.  m. 
n.2704;  DeRossi,  Bull,  di  arch.crist.,  1874,  p.  139.  Un  grand  nom 
bre  de  fragments  laissent  l'attribution  douteuse,  Corp.  inscr.  lat., 
t.  m,  n.  9087,  9114,  9453,  9454,  9503,  9526,  9541,  9565,  9568,  9580, 
9604,  9618,  9622,  0663,  9073-9683.  Le  n.  9672  parait  offrir  une  par- 
ticularité unique,  si  toutefois  la  restitution  des  éditeurs  est  fondée 
siquis  cor(pus  aliud  super  ponere  v)oluerit,  pena  (lare  tiebebit 
[heredi  (?)]  meo  argenli  librus  quinq...  —  "  Corp.  inscr.  lat.. 
t.  ni,  n.  2654,  9535,  9665,  avec  la  note  de  G.  Gatti,  dans  A.  De 
Waal,  Archàoloy.  Ehrengabe  zu  De  Bossi,  in-4\  Borna,  1892, 
p.  292,  note  2.  —  'Gruter,  Inserii'ti,  use  totius  orbis  ro- 

ui uni  in  absolutissimum  corpus  redacttB  olim  auspiciis  josephi 
Scaligeri  et  Marci  Veteeri  tndustria  union  et  diligentia  ./uni 
tiruteri  ;  nunc  curis  seoutuUe  eiusttem  Grtiteri  et  notis 
Marquardi  Gudii  emcndalir  et  tulnilis  a'neis  a  Boissardo 
con f'ectis  illustrais*,  denuo  cura  viri  summi  Joannis  Georgii 
Grœvii  recensitte.  Accedunt  udnotationuni  appemtix  et  in- 
dices xxr  emendati  et  locupletuti  ut  et  Ttronis  Ciceronis  l.ib.et 
Seneca  nette,  in-fol.,  AmstelGedunii.  17(17,  t.  n,  p.  995,  n.  4;  p.  1035, 
n.  11;  A.  Gori,  Inscriptio)ies  antiqux  grxcx  et  rotnanx  qum 
exstant  in  Etrurix  urbibue,  in-i-,  Florcntise,  1727,  t.  m.  p.  136; 
Morcelli,  Opéra  epigr.,  in-4%  Patavii,  1819,  1. 1,  p.  169;  Reineeius, 
Syntagnia  inscriptionum  anti-Quorum,  in-tol.,  Ltpslœ,  1682, 
classis  xii,  n.  60;  Gruter,  loc.  cit.,  p.  75'i,  n.  16;  tfarlni,  Iscritioni 


I.  Biographie.  —  Saint  Adon  naquit  vers  le  commen- 
cement du  IXe  siècle;  on  place  communément  son  lieu 
de  naissance  dans  le  Gàtinais,  au  diocèse  de  Sens,  bien 
que  la  chose  ne  soit  pas  absolument  certaine  12.  Étant 
encore  jeune,  il  fut  présenté  par  ses  parents  au  monas- 
tère de  Ferrières,  de  l'ordre  de  saint  Benoit,  où  il  parait 
avoir  été  reçu  par  l'abbé  Sigulf;  au  témoignage  de  saint 
Loup,  il  s'y  distingua  parmi  ses  condisciples  par  son 
grand  amour  pour  l'étude;  c'est  là  qu'il  fit  profession  de 
la  vie  monastique.  Quelque  temps  après  sa  profession, 
Mercuare,  abbé  de  Prurn  de  829  à  853,  le  demanda  pour 
son  monastère  à  Loup  de  Ferrières;  les  deux  monastères 
entretenaient  ensemble  les  plus  cordiales  relations;  le 
vœu  de  Mercuare  fut  exaucé.  Adon  demeura  quelque 
temps  à  Prùm,  mais  il  ne  tarda  pas  à  subir  les  persécu- 
tions de  certains  envieux;  pour  s'y  soustraire,  il  se  ren- 
dit à  Borne  afin  d'y  visiter  la  maison  du  Prince  des 
Apôtres,  et  donner  libre  cours  à  sa  dévotion.  Après  être 
demeuré  à  Borne  à  peu  près  cinq  ans,  il  se  rendit  à  Ba- 
venne,  et  profita  de  son  séjour  pour  copier  un  manus- 
crit contenant  les  passions  des  saints  martyrs,  dont  il 
sera  question  plus  loin.  De  Bavenne  il  se  rendit  à  Lyon,  qui 
avait  alors  pour  archevêque  saint  Bémy.  Celui-ci  reçut 
Adon  avec  bienveillance  et,  ayant  apprécié  ses  vertus 
et  sa  science,  il  songea  à  le  retenir  auprès  de  lui  et  à" 
l'attacher  à  son  Église;  il  réussit  dans  son  pieux  projet 
et  confia  au  zèle  d'Adon  l'église  de  Saint-Bomain.  Sur 
ces  entrefaites,  l'archevêque  de  Vienne  en  Dauphiné, 
Algimar,  étant  mort,  les  fidèles  de  cette  Église  deman- 
dèrent Adon  pour  pasteur.  Le  saint  moine  monta  donc 
sur  le  siège  de  Vienne,  vers  le  mois  de  septembre  de 
l'an  860.  La  dignité  épiscopale  ne  changea  rien  à  son 
genre  de  vie;  dans  sa  nouvelle  charge  il  continua  de  pra- 
tiquer les  vertus  qu'il  avait  pratiquées  dans  le  cloître, 
notamment  l'humilité.  H  ne  tarda  pas  à  montrer  sa  fer- 
meté pour  maintenir  l'observance  des  canons  et  lois  ecclé- 
siastiques; il  s'éleva  avec  une  grande  énergie  contre  le 
divorce  du  roi  Lothaire  avec  Teutberge,  et  eut  à  ce  sujet 
une  correspondance  avec  les  papes  Nicolas  I"  et  Adrien  1 1 
ainsi  qu'avec  les  empereurs  Charles  le  Chauve  et  Louis 
le  Germanique;  ces  quatre  personnages  avaient  pour 
lui  la  plus  grande  estime.  Le  pape  Nicolas  lui  écrivit 
plusieurs  lettres1-1.  Adon  tint  à  Vienne  plusieurs  synodes 
dans  le  but  de  rétablir  la  discipline  ecclésiastique  et  de 
régler  ce  qui  concerne  l'office  divin;  malheureusement 
les  Actes  de  ees  synodes  se  sont  perdus;  il  ne  nous  reste 
qu'un  fragment  des  Actes  de  celui  de  870.  Le  saint  arche- 


antiche  délie  ville  e  de'  palazzi  Albani,  in-4-,  Ronia.  LÎ85, 
p.  83;  R.  Fabl'etti,  Inscriptionum  untiquarum.  fUB  m  stdi- 
bus  paternis  asservantur,  expHcatio,  in-tol.,  Rome,  1703, 
p.  21  ;  Annali  lett.  ifltalia,  1. 1,  part.  2,  p.  30.  "Biunati,  Wussri 
Kircheriani  inacriptionee,  in-8%  Mediolani,  1837,  p.  108;  E.  Le 
Blant,  Inscr.  ehret.  'le  lu  Gaule.  in-4\  Paris,  1856-186."),  n.  207.  — 
"Reinesius,  Syntagma,  classie  xx.  n.  135.  —  ,0E.  Le  Blant,  L'épi- 
graphie  chrétienne  en  Gaule  et  dans  V Afrique  romaine,  in-8-, 
Paris,  1890,  p.  55.  Pour  les  formules  propres  aux  Germain-.  ■•' 
Weinbold,  Die  altdeutscben  Ycrwunsclnmgsformebi,  dans  les 
sitzungsberichte  dur  kOnigl.  preuseisch.  Akari.  '1er  Wiseensek. 
zu  Berlin,  in-8%  Berlin.  1895,  p.  667  sq.,  et  pour  d'autre*  m  u 
classées,  et.  Wachsmuth  dans  Rhetnisehe  Muséum  fur  Philo- 
logie, Freiburg  a.  M..  1846,  (.  xvm.  p.  589;  J.  Merkel,  Vebei 

sogciuinnlen  Sepulcralm  ni.  !■  n .  ln-8%  (iuttin^en,  1893;  Kulinei:. 

Feuerzauber,iuD.sRhein.Mu8.,t.  XLix.p.  38;  Newton,  .1  Ma 
g)  iiiscuveries  at  Halica  .nies  and  Brunchidm,  in->>  . 

London,  1863.  L'ouvrage  capital   sur  cotte  matière  es 
dice  de  R.  Wuensch  au  Corpus  inscriptionum  atticarum 
Appendix  continens  de/lxiorwn  tabeilas  i»  AUioa  n 
reportas,  in-tol..  Berollni,  1897,  de  xxxu-52  p.  —  "  nu  l 

Glossarium  med.  cl  i»i/.  lutinilutis.  iu-'i".  Ni.  rt,  1884,  t.  1, 

à  ce  mot.  Ct.  A.  Zaccaria,  Onomasticon,  in-4\  Faventte,  1787, 

p.  8,  à  ce  mot;  WeUer  et  Welte,  Kirchenlexicon,  in-8\  Freil 

Im  Breisgau,  1885,  t.  ix.  col.  1297.  —  "<:i.  Mabillon,  i 

ord.  S.  Bened..  t.  vi.  Slogium  historicum,  n.  ti.  /'.  /..,  t   Cxxm, 

col.  12.  —  ,3ct.  Labbe,  Concilia,  in-tol.,  Paris,  1671, t. vi,  col.  406- 

457,  515,  563-507. 


ADON    (SAINT) 


533 


vëque  mourut  le  1G  décembre  875,  Agé  d'à  peu  pree 
76  an».  L'Eglise  de  Vienne  célèbre  sa  fête  le  jour  même 
de  sa  mort  '. 

II.  ÉCRITS.  —  Saint  Adon  composa  plusieurs  ouvrages  : 
1°  une  Chronique  divisée  en  six  époques  :  depuis  l'ori- 
gine du  monde  jusqu'au  déluge;  depuis  le  déluge  jusqu'à 
la  naissance  d'Abraham;  depuis  Abraham  jusqu'à  David; 
depuis  David  jusqu'à  la  déportation  des  Juifs  à  Babylone; 
depuis  la  déportation  des  Juiis  à  Babylone  jusqu'à  Jésus- 
Christ;  depuis  Jésus-Christ  jusqu'à  la  fin  du  monde2; 
Mabillon  J  pense  que  la  dernière  partie  de  cet  ouvrage, 
celle  qui  mentionne  la  division  du  royaume  faite  par  le 
roi  Louis  entre  ses  fils4,  est  d'un  autre  auteur;  2°  une 
Refonte  de  la  Passion  de  saint  Desiderius,  évèque  de 
Vienne,  mis  à  mort  comme  adversaire  de  Brunehaut5; 
la  préface  nous  apprend  que  cette  retouche  tut  exécutée 
en  870;  3°  la  Vie  de  saint  Theuderius,  qui  avait  fondé, 
au  VIe  siècle,  un  monastère  près  de  Vienne  ;  cette  vie  est 
adressée  aux  moines  de  l'abbaye  de  ce  nom  °  ;  4°  enfin 
un  Martyrologe  dont  il  faut  nous  occuper  de  façon 
toute  particulière. 

III.  Maktyrologe  d'Adon.  —  1°  But.  —  Adon  lui-même, 
dans  la  courte  préface  au  Vêtus  romanum  marlyrolo- 
gium,  nous  indique  les  motifs  qui  le  portèrent  à  entre- 
prendre cette  œuvre  :  il  se  proposa  en  premier  lieu  de 
combler  une  lacune,  sur  le  conseil  de  saints  person- 
nages; l'ancien  martyrologe  de  Bède,  développé  par 
Plorus,  diacre  de  Lyon,  vers  830,  contenait  certains  jours 
vacants,  c'est-à-dire  certains  jours  qui  ne  portaient  aucun 
nom  de  saint;  il  voulut,  en  second  lieu,  développer  les 
anciennes  notices  déjà  contenues  dans  les  anciens  mar- 
tyrologes; il  s'était  donné  la  peine  de  réunir  beaucoup 
de  manuscrits  de  passions,  ou  des  Passionnaires  :  au 
moyen  de  ces  matériaux  il  songea  à  écrire  plus  longue- 
ment et  plus  simplement  les  notices  des  saints,  afin 
d'édifier  ceux  de  ses  frères  qui  manquaient  d'instruction. 
Son  but  lut  donc  de  compléter  et  de  développer  l'ancien 
martyrologe  :  Primum  fuit  imperium  et  jussio  sancto- 
rum virorum,  ut  supplerentur  dics  qui  absque  nomi- 
nibus  martyrum  in  Marlyrologio  (quod  venerabilis 
Flori  studio  in  labore  domini  Bedse  accreverat  )  tantum 
notati  erant.  Deinde  collecti  undecunque  passionum 
codices  animuin  in  tantum  suscilaverunt,  ut  non  solum 
prxterilas  dieruni  festivilates,  verum  et  aliorum,  qui 
per  totum  annum  ibi  notatim  positi  erant,  lalius  et 
paido  apertius  describerem,  infirmioribus  fratribus  et 
minus  légère  valentibus  serviens,  ad  laudeni  omnipo- 
tentis  Dei ;  ut  in  menioriis  martyrum  haberent  com- 
pendiosam  leelionem,  atque  in  parvo  codicillo  quod 
multo  labore  alii  per  plures  codices  exquirunl1 . 

2°  Sources.  —  Saint  Adon  nous  déclare  que,  pour  noter 
les  vies  des  martyrs  qui  se  trouvaient  sans  ordre  dans 
les  anciens  calendriers,  il  s'est  servi  d'un  vieux  marty- 
rologe envoyé  par  un  pontife  de  Rome  à  un  évêque 
d'Aquilée,  que  lui-même  avait  transcrit  durant  son 
séjour  à  Ravenne  :  Huic  operi,  ut  dics  martyrum  ve- 
rissime  notarentur,  qui  confusi  in  Kalendis  (=  Kalen- 
dariis)  satis  inveniri  soient,  adjuvit  venerabile  et 
peranliquum  Marlyrologium  ab  urbe  Roma  Aquileiam 
cuidam  sancto  episcopo  a  Pontifice  Romano  dire- 
ctum,et  mihi poslmodum  a  quodam  religioso  fratreali- 
quot  diebus  prœstitum.  Quod  ego  diligenti  cura  trans- 
criptum,  positus  apud  Ravennam,  in  capile  lut  jus 
operis  ponendum  putavi  8.  Ce  martyrologe  ancien  fut 
découvert  dans  un  manuscrit  de  l'abbaye  Pantaléon  à 
Cologne   et  édité  par   le  jésuite  H.   Rosweyd9,  qui  lui 

1  Cf.  Mabillon,  Elogium  Itistoricum,  n.  7-25,  P.  h.,  t.  cxxm, 
col.  t2-18;  Kraus,  Histoire  de  l'Église,  trad.  franc,  par  Godet  et 
Verschaffel,  t.  u,  p.  214.  Voyez  l'article  Adon  dans  le  Diction- 
naire de  théologie  catliolique  de  Vacant-Mangenot,  t.  I,  col.  401- 
402.  —  °-P.  L.,  t.  cxxm,  col.  23-138.  —  30p.  cit.,  n.  31,  col.  20. 
—  'P.  L„  t.  CXXIII,  col.  138.  —  6 p.  L.,  t.  cxxm,  col.  435-442.  — 
•P.  L.,  t.  cxxm,  col.  443-450.  —  'P.  L.,  t.  cxxm,  col.  143.  — 


donna  le  titre  de  :  Velus  romanum.  Cette  publication 
souleva  quelques  discussions  parmi  les  savants;  certains 
érudits  allèrent  même  jusqu'à  contester  l'identité  de  ce 
martyrologe  avec  celui  utilisé  par  Adon.  Sollier  étudia 
la  question  à  fond  et  montra  que  le  Vêtus  romanum 
édité  par  H.  Rosweyd,  et  que  lui-même  appelle  Par- 
vum  romanum,  est  en  réalité  un  apographe  de  celui 
qu'Adon  copia  à  Ravenne  et  plaça  en  tête  de  son  marty- 
rologe10. Cette  thèse,  à  laquelle  s'est  rallié  De  Rossi, 
peut  être  regardée  comme  certaine  :  Martyrologium 
vero,  dit  l'éminent  archéologue  romain,  quod  Sollerio 
duce  Romanum  parvum  appellamus,  totum  Ado  in 
suun:  transfudit.  ld  anliquitus  habitum  esse  tanquam 
vere  Romanum,  id  est  Romse  confectum  sseculo  tx, 
reperlo  insigni  codice  cœnobii  Sangallensis  n.  454,  lu- 
culenter  demonstravi  in  Roma  sotterranea,  lom.  il, 
pp.  xxviu  et  seqq.  ".On  voit  donc  que,  dans  l'ordre 
chronologique,  le  martyrologe  d'Adon  est  postérieur  au 
Vêtus  romanum  et  à  celui  de  Bède-Florus,  et  dépend 
des  deux  à  la  fois. 

3°  Caractère.  —  L'œuvre  d'Adon  n'est  pas  un  marty- 
rologe au  sens  strict  du  mot,  mais  une  compilation,  un 
recueil  de  Vies  de  saints.  Le  P.  De  Smedt  l'a  bien  carac- 
térisée :  Celebrior  in  hoc  génère  scribendi  extitit  Ado, 
archiepiscopus  Viennensii  in  Gallia  (obiit  an.  875), 
eufus  opus  potius  Colleclio  Vilar um  sanctorum  quam 
marlyrologium  dicendum  est11.  De  Rossi  l'apprécie  de 
la  même  façon  :  Ado,  archiepiscopus  Viennensis,  eodem 
tempore  quo  Rabanus,  cuius  tamen  opus  ignorant, 
insigne  marlyrologium  historicum  confecit;  adhibitis 
Aclis  sanctorum  undecumque  collectis,  quorum  epilo- 
mas  singulis  diebus,  locis  suis,  inseruit  diligenter. 
Hœc  acta  ab  Adone  undecunque  collecta,  ut  ipsemet 
in  prsefatione  testalur,  in  codicem  opinor  relata  velad 
Adonis  exemplum  in  id  genus  syllogem  postea  inslitu- 
lam  sunt  ordinata.  Nam  in  membrana  sseculi  fere  xi, 
inter  fragmenta  exsecta  a  veteribus  libris  in  bibliotheca 
Basileensi,  repperi  paginant  e  kalendario  nescio  cuius 
ecclesise  exhibentem  mensem  decembrem,  in  en  m  s 
averso   folio  legitur  :  aviso  vis  Ad  legendvm   vriÀs 

VEL  PASSIONES  SCÔRV  QVORV  IN  ANTERIORI  PAGINA  NO- 
MINA  taxavim(us)  ANIMVM  APPVLERIT.  NOVERIT  NON 
SINE  CAVSA  NVNC  EADË  ITERATO  RECAPITVLARl.  11)1  NAQ. 
IVXTA  ORDINEM  KALENDARII.  DIE  NATALICII  SVI.  SIN- 
GVLA  LEGITIME  ET  ORDINABILITER  OCCVPANT.  HIC  AV'IÏÏ 
SEPIVS    INTERCISA   SCDM  QVOD    EX    DIVERSIS     VNDECTù. 

collectis  exe.mplarib(us),  -["•  inIvalla  13.  —  Que 
cette  collection  soit  ou  ne  soit  pas  l'œuvre  d'Adon,  elle 
n'en  définit  pas  moins  le  caractère  de  son  martyro- 
loge. 

4°  Autorité.  —  On  ne  peut  pas  attacher  une  autorité 
absolue  au  martyrologe  d'Adon.  Comme  nous  venons  de 
le  montrer,  ce  martyrologe  dépend  du  Vêtus  romanum. 
Or  ce  dernier  contient,  d'après  De  Rossi,  beaucoup 
d'imperfections  parce  que  son  auteur,  dans  la  fixation 
des  fêtes,  s'est  souvent  écarté  des  anciens  calendriers, 
s'appuyant  sur  des  témoignages  historiques  qu'on  regar- 
dait de  son  temps  comme  valables.  C'est  une  des  causes 
des  imperfections  du  martyrologe  d'Adon.  De  Rossi  con- 
clut en  disant  que  les  altérations  des  anciens  calendriers 
se  sont  glissées  même  dans  les  tables  philocaliennes  et 
hiéronymiennes,  et  ont  ainsi  acquis  une  certaine  auto- 
rité par  l'usage  liturgique.  Mais  il  n'en  reste  pas  moins 
vrai  que  dans  les  recherches  historiques  la  principale 
autorité  appartiendra   toujours  aux  monuments  de  la 

8 P.  L.,  t.  cxxm,  col.  144.  —  "Cf.  Épitre  dédicatoire  à  Paul  V, 
P.  L.,  t.  cxxm,  col.  139-142.  —  '"Prolégomènes  au  martyrologe 
d'Usuard,  c.  n,  P.  L.,  t.  cxxm,  col.  495-531.  —  "  Martyrologium 
hieronymianum,  édité  par  De  Rossi  et  Duchesne,  dans  Acta 
sanct. ,novembr.  t.  n,  part.l,in-iol., Bruxelles,  1894, Proleg.  p.  xxu. 
—  '-  Introductio  ad  histor.  ecclesiast.,  in-8°,  Gand,  1876,  p.  138- 
139.  —  ,3  Proleg.  au  Martyrologium  hieronymianum,  p.  xxu. 


539 


ADON    (SAINT)    —   ADORATION 


r»40 


tradition  primitive1.  Le  martyrologe  d'Adon  marque 
cependant  un  certain  progrès;  un  de  ses  principaux 
mérites,  c'est  d'avoir  mis  de  l'ordre  dans  les  listes  des 
anciens  calendriers  et  de  s'être  par  là  substitué  à  eiiN, 
car  on  ne  sait  pas  si  le  Vêtus  romanum,  qui  était  bien 
mieux  ordonné  que  les  anciens  documents,  avait  été  à 
Rome  substitué  aux  anciens  calendriers  et  aux  anciennes 
tables  martyrologiques  qui,  dans  le  cours  des  siècles, 
étaient  devenues  d'une  confusion  inextricable.  Sous  ce 
rapport  on  peut  dire  que  l'œuvre  d'Adon  marque  une 
nouvelle  époque  dans  l'histoire  des  marlyrologes. 

5°  Influence.  —  Le  martyrologe  d'Adon  a  servi  de  mo- 
dèle à  tous  ceux  qui  l'ont  suivi.  Tous  les  martyrologes 
qui  sont  venus  après  sont  conçus  sur  le  même  plan  et 
ont  adopté  la  même  disposition  -. 

IV.  Derniers  résultats.  —  Les  travaux  sur  les  mar- 
tyrologes ont  été  récemment  complétés  par  un  mémoire 
de  H.  Achelis  qui  se  présente  comme  étude  d'ensemble  :i 
et  dans  lequel  sont  surtout  étudiés  la  genèse  et  le 
développement  des  martyrologes.  A  propos  de  saint  Jé- 
rôme, de  Bède,  de  Florus*  de  Raban,  d'Usuard,  et  des 
mots  Calendriers  et  Martyrologes,  il  y  aura  lieu  de  re- 
venir sur  ces  questions  et  peut-être  de  reviser  un  certain 
nombre  des  jugements  émis  par  le  savant  allemand. 
Cette  discussion  ne  saurait  s'ouvrir  au  sujet  de  l'un  des 
moins  originaux  et  des  plus  récents  compilateurs  de 
martyrologes.  Disons  simplement  qu'au  sujet  d'Adon 
Achelis  se  contente  d'adopter  sans  les  contrôler  l'opinion 
de  Mar  Duchesne  et  de  De  Rossi.  Il  lait  dériver  tous  les 
martyrologes  du  moyen  âge  du  martyrologe  hiéronymien, 
qui  se  diviserait  en  deux  courants  :  d'une  part  :  Bède, 
Florus,  "Wandelbert,  Rhaban,  Notker;  de  l'autre  :  le 
Martyrologium  romanum  parvum,  Adon,  Usuard,  et 
enfin  Baronius  4.  On  comprendra  mieux  par  les  études 
que  nous  annonçons  quelle  place  exacte  occupe  Adon  et 
quel  lut  son  genre  de  travail.  Y.  ErmOM. 

ADORATION.  —  I.  Formes  d'adoralio.  IL  Culte 
impérial.  III.  Les  adorabiles. 

1.  Formes  d'adoiiaiïo.  —  L'adoration  est  un  hommage 
rituel  rendu  à  Dieu  seul,  à  qui  il  est  dû.  En  ce  sons  strict 
il  s'agit  de  la  Xarpei'a  seulement,  mais  il  a  une  portée  sur- 
tout théologique.  La  cérémonie  de  l'adoration  est  exprimée 
parle  mot  TCpoTX'jvïjai;,  adoratio,  qui  a,  chez  les  grecs,  le 
sens  de  prostration  et,  chez  les  latins,  celui  de  geste  delà 
main  qu'on  porte  à  la  bouche  pour  envoyer  un  baiser6. 

Le  coté  archéologique  de  l'adoration  sera  traité  ail- 
leurs (voir  GESTES  ET  ATTITUDES  DE  LA  PRIÈRE)  et  le  CÔlé 
historique  n'offre  d'intérêt  qu'au  point  de  vue  du  rap- 
port qui  s'établit  entre  l'adoration  rendue  à  Dieu  et  celle 
que  revendiquaient  les  empereurs.  De  très  bonne  heure 
les  Actes  des  martyrs  nous  montrent  le  sens  que  les  chré- 
tiens attachaient  à  l'adoration  qu'ils  réservaient  à  Dieu 
seul,  se  refusant  à  celle  de  l'empereur  et  de  ses  dieux  >. 


•  Roma  sotterranea.  t.  ir,  p.  xxvm  sq.  Cf.  De  Smedt,  toc. 
cit.,  p.  137.  —  «De  Rossi,  op.  cit.  Outre  les  ouvrages  cités  au 
cours  de  l'article,  cf.  Ceillicr,  Histoire  générale  des  auteurs  sa- 

L5  in-4-,  Paris,  1858-1865,  t.  XII,  p.  619-622;  Ziegell 
Histor.  rei  literaris-  0.  S.  Benedicti.  4  in-fol.,  Augsbourg,  1764, 
t.  in,  p.  86-88;  Ebert,  Histoire  générale  de  la  littératv 
moyen  âge,  trad.  Aymeiïc,  Paris,  1884,  t.  il,  p.  420-423;  Bàumer, 
Geschichte  des  Breviers,  dans  Katholik,  de  Mayence,  1889- 
1891,  p.  469,  n.  6.  —  'II.  Achelis,  Die  Martijrologien,  ihre  Ges- 
chichte  und  ihr  Wert  iintersucht,  in-8%  Berlin,  1900,  p.  2'i7  — 
*  Cf.  The  Journal  of  tlieological  studies,  in-8*,  London,  1901,  t.  il, 
)i.  447  sq.  —  5  Voyez  le  graffito  du  Palatin  ;  R.  Garrucci,  Il  croci- 
fisso  graffito  in  casa  dei  Cesari,  in-8%  Roma,  1857;  E.  Le  Blant, 
Les  sarcophages  chrétiens  de  la  ville  d'Arles,  in-fol.,  Paris.  1878, 
pi,  xiv.  —  "  Ruinart,  Acta  sincera.  in-4*,  Parisiis,  1689,  pas-im: 
J.  Otto,  Corpus  apologetarum  christianorum  sseculi  secundi, 
in-s'.  fenae,  1879,  t.  ni,  p.  266-278.  —  'S.  Justin,  Apolog.  r,  [7, 
/'.  G.,  t.  vi,  col.  353.  —  »  Eusèbe,  De  vite  Constantini,  I.  IV, 
c.  i.xxi,  P.  G.,  t.  xx,  col,  1225.  —  "Jean  le  Jeûneur,  Pœniten- 
liule,  P.  G.,  t.  Lxxxvm,  col.  1904.  —  l0 Brightmann,  Litu 


L'adoration  rendue  à  Jésus  s'adressait  à  un  Dieu, 
comme  Justin  eut  occasion  de  le  iaire  observer  aux 
païens1.  On  a  traité  ailleurs  de.  l'accusation  obscène 
portée  contre  les  chrétiens  d'adorer  les  virilia  du  pon- 
tife. Voir  Accusations,  col.  275. 

L'acte  principal  d'adoration  était  le  sacrifice  de  la 
rnesse  qu'Eusèbe  nomme  Xa-cpsîa,  lorsqu'il  raconte  qu'on 
le  célébra  aux  funérailles  de  Constantin  8. 

Dans  la  langue  liturgique  grecque  npo<Txûv)]<Tt<;  a  un 
sens  spécial  et  distinct  de  jASTavoia.  La  itpoc-x-jvr.ir:;  est 
une  inclination  de  la  tète  et  du  haut  du  corps,  suivie  du 
signe  de  la  croix,  fait  avec  les  trois  premiers  doigts  de  la 
main  droite.  Ce  rite  est  imposé  aux  femmes  soumises  à 
la  pénitence9,  à  l'exclusion  de  la  |j.£Tiivota.  Encorefaut- 
il  distinguer  dans  la  p.et(xvoia  deux  rites.  La  (xs-dcvoia 
proprement  dite  consiste  à  plier  les  genoux  et  en  se 
soutenant  sur  les  articulations  des  doigts  et  à  toucher  la 
terre  du  front;  quanta  la  Lisrâvoia  dont  le  rite  ne  diffère 
pas  de  celui  de  la  -rrpo<7x-Jvrç<j-i;,  on  lui  donne  le  nom  de 
7rpoiT%uv7]u.a. 

Celui  qui  accomplit  l'un  ou  l'autre  de  ces  rites  récite 
une  invocation  au  moment  où  il  fait  le  signe  de  la 
croix.  L'Euchologe  indique  celle-ci  à  plusieurs  reprises  : 
'O  0îb;  'ù.arsbr,''.  [j.oi  T<î>  àuapTtoXû  -/.ai  âXsi]<rov  u-.  Cette 
pratique  était  déjà  en  usage  au  moyen  âge.  Dans  la 
liturgie  de  saint  Jean  Chrysostome,  le  mot  npoox-jviiw; 
est  quelquefois  pris  dans  le  sens  d'adoration  due  à 
Dieu10  :  oti  TrpÉTiei  trot  uâaa  So'Ea  tiu,t]  xa'i  Tcpo<Tx-Jvr)<n; 
T'ô  ITaTp'i  y.a'i  t<ô  Yî<î>  xac  tm  àyiiù  nv£Ju.aTt  viv  y. ai 
as'i  xa'i  si;  to\j;  aitiiva;  tmv  aid>va>v. 
De  même  dans  la  liturgie  de  saint  Jacques  ". 
11.  Culte  impérial.  —Une  des  formes  les  plus  per- 
sistantes de  la  religion  antique  fut  le  culte  des  empe- 
reurs. Pendant  les  siècles  où  régnent  les  princes  païens 
cette  adoralio  subit  des  vicissitudes  dont  le  récit  a  été 
fait  avec  le  développement  qu'il  comporte  et  la  compé- 
lence  qu'il  exige1'-.  On  n'a  pas  à  s'y  attarder  ici.  Quand 
Constantin  entra  dans  Rome,  en  313.  le  Sénat  lui  dédia 
untemple.  c'étaitla  dernière  fois  que  cette  cérémonie  s'ac- 
complissait et  elle  semble  avoir  eu  peu  d'éclat '■*.  L'impossi- 
bilité de  toute  transaction,  en  l'espèce,  avec  les  principes 
du  christianisme  peut  induire  à  penser  qu'une  suppres- 
sion radicale  et  soudaine  intervint.  Il  n'en  lut  pas  ainsi. 
Certaines  formes,  des  gestes  adoptés  par  l'étiquette  fu- 
rent maintenus.  Nous  croyons  indispensable  d'entrer  ici 
dans  quelques  détails  dont  l'ignorance  pourrait  induire 
plusieurs  personnes  à  antidater  des  textes  qui  paraissent 
peu  compatibles  avec  le  rigoureux  monothéisme  des  chré- 
tiens. La  foi  aux  divinités  impériales  avait  été  tellement 
ébranlée  par  tout  ce  que  l'on  avait  vu  que  les  mots  les 
plus  expressifs  en  ce  genre  avaient  perdu  à  peu  prés  toute 
valeur.  Constantin  continua  de  recevoir  l'appellation  de 
Nwnen  et  il  lui  est  arrivé  de  se  l'appliquer  à  lui-même '*  ; 
les  autres  titres  en  usage  pour  exprimer  la  divinité  '•  et 


eastern  and  western,  in-8",  1896.  1. 1,  p.  317.  —  "  Ibid.,  t.  I,  p.  75. 
Sur  l'adoration  voyez  W.  Marriott,  The  testimony  of  the  cota- 
<  and  of  Otlier  monuments  of  Christian  art  front  the 
second  to  the  eighteenth  century  ooncerning  questions  o/  doo- 
rrine  nou)  disputed  in  the  Church,  in-12,  London,  187m.  p,  191 
sq.  (§i,  icfo«ûv<i*tc,  and  adaratic  in  classical  use;%  n.  Ut 
the  term  in  the  Holg  Scripture  ;  §  m,  Use  of  :jm;.iTi;  in 
early  Christian  writers;§iv,  Change  in  the  usage  of  «;mi»»».«h 
rire.  650  A.  D.).  —  "E.  Beurlier,  Le  culte  impérial,  son  histoire 
et  son  organisation  depuis  Auguste  jusqu'il  Justinien,  In-8", 
Paris,  1891.  —  "De  Rossi,  Bull,  di  arch.  crist.,  1867,  p.  67.  Q 
Aurelius  Victor,  De  Cresar..  c.  XL,n.  2Bi  —  "Cod.  Just.,  De  Justin, 
rod.  conflrm..  2,  Symmaque,  Relatâmes,  6,  7.  n.  85,  27.  29,  34, 
43, etc.;  Corv.  inscr.  lof.,  t.  h.  u.  2203-2205,  1106;  t.  vm.  n.  1016, 
1179,  1633,  7006,  7011,  8324.  8932;  t.  îx.  n.  318;  t.  x,  n.  287,  1246, 
1656,  etc.  —  "  Corp.  inscr.  lat.,  t.  ix,  n.  1 16  ;  Corp.  inscr.  grre, 
n.  1523;  Symmaque,  ReJatfoi  -  18,  24,  27.  33,  35,  etc.; 

Cod,   Theôd.,  vi.  xui:  Cod,  Just.,  1.   xv,  2;  Autnenticss  seu 
Xovetkv,  LU.  LIX:  S.  Lien.  Epiât.,   XI,  LV,  etc.,  P.   /...   t.  uv, 
T.  857. 


541 


ADORATION 


542 


le  titre  d'éternel  '  se  trouvent  fréquemment  auprès  de 
son  nom.  Ces  llagorneries  et  d'autres  encore 2  pa- 
raissent de  plus  en  plus  rares  avec  le  temps3;  elles 
déplaisent  même  à  quelques  païens  *.  L'acloratio  pro- 
prement dite  cessa  d'être  rendue,  mais  on  continua  à 
s'agenouiller  devant  le  prince  et  à  baiser  la  pourpre  5. 
Un  baiser  de  la  bouche  constituait  une  sorte  de  consé- 
cration 6.  On  ne  voit  pas,  s'il  faut  en  croire  Philostorge, 
comment  les  respects  des  chrétiens  pour  les  images  im- 
périales différaient  de  Vadoratio  des  païens.  Ils  offrent 
de  l'encens  à  la  statue  de  Constantin,  font  des  illumina- 
tions, récitent  des  prières  en  son  honneur.  Ka\  ty)v 
KcovtrcavTtvou  ety.dva  tytv  èir\  toû  7top<p-jpoû  xt'ovoç  îcrca- 
fiivrjv,  Bvxjî'ai;  ts  iXâaxe<?9ac,  Xu^voxacai;  xa\  8yu,i*u,oi<xi 
ttjiàv,  xai  vjyâz  npovkyuv  ûtç,  ôëoi 1.  En  425,  Théodose  II 
détendit  d'adorer  ses  statues,  mais,  les  manifestations 
extérieures  paraissent  n'avoir  changé  qu'à  la  longue  8. 

Quand  au  culte  des  empereurs  défunts,  on  peut  dire 
qu'il  n'en  restait  plus  rien,  le  titre  de  Divus  n'avait 
plus  l'importance  d'autrefois,  lorsque  le  Sénat  discutait 
les  titres  de  l'empereur  défunt  à  la  divinité  9;  c'était 
maintenant  une  désignation  honorifique  que  tous  les  cé- 
sars recevaient.  Constantin10,  Constant",  Constance12, 
Julien13,  Jovien11,  Valentinien  Ier  18  et  Gratien16  en 
turent  pourvus.  La  ferveur  de  Gratien  le  porta  à  abolir 
les  rites  païens,  mais  l'usage  se  maintint17  et  Théodosc 
lui-même  reçut  le  titre  de  Divus  qui  reparaîtra  pour  la 
dernière  fois  avec  l'empereur  Anastase  18. 

Il  en  fut  de  ce  mot  comme  du  sigle  D.M.,  il  avait 
perdu  toute  signification.  On  le  trouve  appliqué  aux 
empereurs  païens  comme  aux  chrétiens  dans  les  inscrip- 
tions 19,  les  codes20,  les  écrivains  ecclésiastiques21.  Ré- 
duite à  une  formalité  purement  administrative,  à  tel 
point  qu'un  empereur  comme  Gratien  n'eut  pas  de 
répugnance  à  faire  accorder  l'apothéose  à  son  père  Va- 
lentinien 22,  la  consécration  n'avait  plus  de  signification 
idolàtrique  que  pour  quelques  païens  instruits  et  attardés 

1  Corp.  inscr.  lat.,  t.  Il,  n.  2203,  2205  ;  t.  vin,  n.  8480, 10222, 10272  ; 
t.  ix,  n.  417,  2206;  Corp.  inscr.  gr.,  t.  u,  n.  3467;  t.  ni,  4350, 
4430  :  t.  iv,  n.  8610,  8646  ;  Symmaque,  Relationes ,  2,  3,  6,  14,  29, 
46;  Cod.  Theod..  X,  xxn,  3;  Cod.  Justin.,  XI,  X,  10,  n.  2.  —  !Au- 
sone,  Gratiarum  actio  dicta  domino  Gratiano,  l,  1  ;  Corp. 
inscr.  Iat.,\.  Y,  n.  8972;  Digeste,  1.  IV,  xviii,  12.  —  3Corp. 
inscr.  lat.,  t.  vm.  n.  1781  ;  Bull,  de  l'acad.  d'Hippone,  t.  xix, 
p.  26.  —  *Ammien  Marcellin,  xv,  1.  — 5  Ibid.,  xxi,  9;  Cod. 
Theod.,  VI,  xxiv,  3  et  4;  VII,  i,  7;  VIII,  vu,  16;  XII,  i,  70; 
Cod.  Justin.,  XII,  xxix,  2;  S.  Léon,  Epist.,  lxiii,  lxiv,  P.  L., 
t.  liv,  col.  877.  —  «Pacatus,  Paneg.  Theod.,  xx,  édit.  J.  Schef- 
fer,  1668;  Mamertin,  Gratiar.  act.  Julian.,  xxvm,  édit.  W.  Jae- 
ger,  1779.  —  '  Philostorge,  Hist.,  n,  18".  P.  G.,  t.  lxv,  col.  480. 
Cf.  S.  Jérôme,  In  Daniel.,  m,  18,  P.  L.,  t.  xxv,  col.  507;  S.  Ara- 
broise,  Hexameron,  vi,  57,  P.  L.,  t.  xiv,  col.  281  ;  S.  Jean  Da- 
mascène,  Oratio  de  imaginibus,  m,  41,  P.  G.,  t.  xciv,  col.  1356; 
Cod.  Theod.,  XIII,  IV,  4;  VIII,  XI,  4;  XV,  vu,  12;  J.  Hardouin, 
Concilia,  t.  iv,  col.  337.  —  8  Socratc,  Hist.  eccl.,  1.  VI,  c.  xvm, 
P.  G.,  t.  lxvii,  col.  716;  Sozomène,  Hist.  eccl.,  1.  VIII,  c.  xx. 
P.  G.,  t.  lxvii,  col.  1568.  —  »  Tacite,  Annal.,  I,  73.  Cf.  R.  Mowat, 
La  Domus  divina  et  les  Divi,  dans  la  Bévue  épigraphique, 
1886.  —  «>Corp.  inscr.  lat.,  t.  n,  n.  4742;  t.  VI,  n.  1151,  1152; 
t.  x.  n.  1125;  H.  Cohen,  Description  des  monnaies  de  larépu- 
blique  romaine,  Paris,  1880-1893,  t.  vu,  p.  231,  318;  Eutrope, 
x.  8;  Symmaque,  Belat., 40,  etc.;  Cod.  Theod.,  VI,  rv,  17;  Nov. 
de  Marcien,  III,  IV,  lois  d'Anthemius,  3.  —  H  Symmaque,  Belat., 
40.  —  "Symmaque,  Belat.,  3,  34,  40;  Eutrope,  x,  15.  —  ,3De 
Rossi,  Inscr.  christ,  urb.  Bom.,  in-fol.,  Romoe,  1857-1861,  t.  i, 
p.  164;  Symmaque,  Belat.,  40;  Eutrope,  x,  16;  Corp.  inscr. 
lat.,  t.  i,  p.  355;  Cod.  Theod.,  VI,  iv,  7.  —  "Corp.  inscr. 
lat.,  t.  vi,  n.  1729;  De  Rossi,  loc.  cit.,  p.  172. 174,  175;  Marucchi, 
Descript.  du  Forum,  p.  106;  Symmaque,  Prima  laud.  in  Valen- 
tinian.,  i,  9;  Cod.  Theod.,  II,  xn,  2;  V,  xm,  14;  VII,  iv,  12; 
Vin,  m,  1;  XI,  xiv,  1;  XII,  I,  60;  XIV,  xxi,  1;  XV,  i,  11;  Cod. 
Just.,  III,  xi.,  2;  VII,  lxii,24;  VIII,  xi,  5;  X,  xxvi,  1  et  2  etc.; 
Eutrope,  x,  18.  —  "Ausone,  Gratiar.  actio  (loin.  Gratian.; 
Symmaque,  Belat..  14.  21,  27,  33;  Novell,  de  Marcien,  III,  vi; 
Novell,  de  Justinien,  LXXXIX,  xu.  —  <»Vegèce,  De  re  milit., 
1,  20;  Symmaque,  Belat.,  34  et  40;  et.  3,  4,  28,  41;  Novell,  de 
Marcien,  III,  vi;  Novell,  de  Justinien,  LXXXIX,  xu;  Mosaïque 


TVLIVS 
ADEODA 
TVS    SACER 
DOTALISVO 
5     TVM  COMP 


dans  le  passé21.  L'empereur  seul  la  recevait  et  il  appar- 
tenait à  son  successeur  de  la  solliciter  du  Sénat  suivant 
un  usage  qui  parait  s'être  maintenu  jusqu'à  Théodose2*. 
Le  rite  antique  de  l'apothéose,  le  bûcher  du  sommet 
duquel  on  faisait  envoler  un  aigle,  fut  probablement 
abandonné  de  très  bonne  heure;  il  n'y  a  pas  d'apparence 
qu'on  l'ait  pratiqué  pour  les  funérailles  de  Constantin  25. 
Un  seul  vestige  demeura,  la  célébration  du  dies  natalis. 
Les  traces  s'en  retrouvent  dans  l'inscription  de  Con- 
stance Ier26)  dans  le  calendrier  philocalien  rédigé  entre 
3i0  et  350  et  remanié  avant  361  21,  dans  le  laterculus  de 
l'olemius  Silvius  qui  est  de  448  28. 

Le  culte  des  empereurs  se  continua  dans  les  provinces, 
mais  il  perdit  ce  qui  lui  donnait  son  caractère  essentiel  : 
les  sacrifices  lurent  abolis,  on  conserva  les  jeux;  mais 
ceci  n'est  plus  de  notre  sujet.  Le  culte  municipal  eut  le 
même  sort  avec  des  péripéties  différentes20.  Cependant 
une  trace  du  passé  subsistait,  car  les  jeux  avaient,  sous 
la  présidence  des  sacerdotes  provincim  et  des  /lamines 
municipaux,  quelque  parenté  avec  l'idolâtrie.  Les  chré- 
tiens ne  surent  pas  résister  à  l'attrait  de  ces  charges 
de  ilamines  qui  étaient  les  prêtres  des  empereurs  30. 
Saint  Ambroise  signale  leur  faiblesse31  et  Salvien  les 
condamne,  principalement  ceux  de  l'Afrique  où  le  mal 
était  plus  grand,  avec  sa  rudesse  ordinaire  :l2.  Les  dona- 
tistes  paraissent  avoir  brigué  le  sacerdoce  provincial33, 
ils  ne  turent  pas  les  seuls 34,  :         .^  ,/j 

^     A  ^  CD   ^ 

ASTIVS  MVSTE 

LVS  fTpp  CRISTI 
ANVS  VIXIT  AN 
5     NIS  LXXII    QVIEVIT  <îll, 
ID  DECEM 
BRES  ANNO 
Mil  D  N  REGIS 
ILDIRIX 

de  Ravenne.  —  ''Corp.  inscr.  lat.,  t.  VI,  n.  1730,  1731,  1783; 
Ephem.  epigr.,  t.  m,  p.  292  ;  De  Rossi,  Inscr.  christ,  urb.  Bom., 
t.  I,  p.  338  ;  S.  Léon,  Epist.,  c,  P.  L.,  t.  L,  v,  col.  970  ;  Mosaïque  de 
Ravenne.  — ,8  Cf.  Beurlier,  loc.  cit.,  p.  330  sq.  — ,0  De  Rossi,  Inscr. 
christ,  urb.  Bom.,  t.  i,  n.  164,  172,  174,  175,  767  ;  Corp.  inscr. 
lat.,  t.  xi,  n.  2583;  H.  Cohen,  Monnaies  imp.,  t.  vu,  p.  318.  — 
20  Divus  Adrianus  :  Nov .  de  Valentinien,  II,  iv  ;  Cod.  Just.,  I,  xvn. 
2, 18;  Divas  mémorise  Vespasianus,  Nov.  Just.,  GUI,  prsef.  Diva? 
mémorise  Alexander,  Nov.  Just.,  XXII,  xxvii,  xlv,  xi.vi;  Divus 
Marcus,  Cod.  Just.,  VU,  II,  15.  Cf.  Digest.,  XIV,  n,  9;  XL,  vm,  2; 
XVI,  rv;L,  VI,  5.  —  «  Grégoire  de  Tours,  Hist.  Francor.,  H,  8,  P. 
L.,  t.  lxxi,  col.  201.  Cf.  H.  Rubeus,  Historia  Bavennalum,  1.  X, 
p.  85,  in-fol.,  Venetiis,  157;  Miintz,  The  lost  mosaics  of  Ravenna, 
dans  Ayner.  journal of  archeology ,  1. 1,  p.  2.  —  "Ausone,  Gratia- 
rum actio  Gratiano  Aug.,  2, 7.  Cf.  Eutrope,  x,  18.  —  "Symmaque, 
Belat.,  3,  W,  41  ;Eumène,Pa)!P<7)/r.  Const.,1.—  s*Muratori,iVoiius 
thésaurus  vet.  inscriptionum,  in-fol.,  Mediolani,  1739,  n.  cclxv, 
4.  Cf.  De  Rossi,  Inscr.  christ,  urb.  Bom.,  1. 1,  p.  338.  —  "  J.  Eckhel, 
Doctr.  nummorum  velerum,  in-4',  Vindobonse,  1792  sq.,  t.  vm, 
p.  473;  De  Rossi,  Inscr.  christ.,  t.  i,p.337.  Cf.  Eusèbe,  Vita  Con- 
staniini,  IV,  70,  P.  G.,  t.  xx,  col.  1224.  —  2S  Corp.  inscr.  lat.,  t.  i, 
p.  356.  —  "  Md.,  p.  354,  356.  —  ss  Ibid.,  p.  333  b.  —  S9  Beurlier, 
loc.  cit.,  p.  290-300.  —  3°  Cod.  Theod.,  XU,  i,  112  (en  385).  Cf. 
Hardouin,  Concilia,  can.  60  et  61, 1. 1,  col.  898;  De  Rossi,  Bullet., 
1878,  p.  28  sq.  —  31  S.  Ambroise,  Epist.,  xvn,  P.  L.,  t.  XVI, 
col.  1002.  —  3î  Salvien,  De  gubernatione  Dei,  vm,  2,  3,  P.  L., 
t.  lui,  col.  154.  —  33  Cod.  Theod.,  XVI,  v,  52,  54.  Ci.  C.  PaUu  de 
Lessert,  Les  assemblées  provinciales  d'Afrique,  in-8",  Paris, 
1884,  p.  333,  336;  P.  Guiraud,  Les  assemblées  provinciales  dans 
l'empire  romain,  in-8°,  Paris,  1887,  p.  251,  n.  1.  —  34  Corp.  inscr. 
lat.,  t.  vm,  n.  8348,  10516.  Cf.  O.  Hirschfeld,  dans  Annal,  del 
Instituto  archeologico  di  Borna,  1886,  p.  69;  De  Rossi,  Bullet- 
tino  di  archeologia  cristiana,  1868,  p.  34-40;  1878,  p.  26;  Bévue 
archéologique,  juillet,  1878,  p.  9  ;  Bévue  de  philologie,  1879.  Le 
flaminat  perpétuel  ne  dérogeait  pas  à  la  règle  au  flaminat  an- 
nuel. Cette  perpétuité,  en  usage  principalement  en  Atrique,  était 
purement  honorifique  et  devint  même  héréditaire.  Ci.  De  Rossi, 
Bull.,  1878,  p.  25  sq.  ;  Desjardins,  dans  la  Revue  de  philologie, 
t.  m,  p.  55  sq.;  Duchesne,  dans  Mélanges  Renier,  in-8%  Paris, 
1887,  p.  165  sq. 


543 


ADORATION 


544 


Le  mal  était  assez  général  pour  avoir  laissé  des  traces 
en  Afrique,  en  Gaule,  en  Espagne.  Une  lettre  du  pape 
Innocent  Ier  le  signale  en  ces  termes  :  Neque  de  cu- 
rialibus  aliquem  venire  ad  ecclesiasticum  ordinem 
posse  qui  post  baplismum  rel  coronati  fuerint  vel  sa- 
cerdotium  quod  dieitur  sustiuuerint,  et  editiones  publi- 
cas  celebraverint  ' .  Le  texte  le  plus  grave  pour  cette 
question  est  antérieur  à  ceux  que  nous  venons  de  rappe- 
ler; il  appartient  aux  décrets  disciplinaires  du  fameux 
concile  espagnol  tenu  à  Elvire  (Illiberis)  vers  l'an  300. 
L'étude  n'en  est  plus  à  faire  aujourd'hui  -.  Le  concile  porta 
quelques  décrets,  entre  autres  ceux-ci  :  1°  les  flamines 
qui  auraient  sacrifié  sont  excommuniés  sans  rémission 
(can.  2);  2°  ceux  qui,  sans  sacrifice,  ont  donné  des  jeux  pu- 
blics, peuvent  être  réconciliés  à  l'article  de  la  mort,  pourvu 
qu'ils  aient  fait  pénitence  et  que  leur  faute  n'ait  pas  été 
réitérée  (can.  3);  3°  en  pareil  cas,  les  (lamines  catéchu- 
mènes ne  seront,  admis  au  baptême  qu'après  trois  ans 
d'épreuve  (can.  4);  4°  les  (lamines  qui  ont  porté  la  cou- 
ronne, insigne  de  leur  sacerdoce,  mais  en  s'abstenant 
de  sacrifier  ou  même  de  contribuer  aux  frais  du  culte, 
peuvent  être  réconciliés  au  bout  de  deux  ans.  A  l'époque 
où  ces  canons  furent  portés,  c'est-à-dire  avant  la  persé- 
cution de  Dioclétien,  le  pouvoir  central  se  montrait  fort 
accommodant  pour  les  susceptibilités  des  chrétiens,  qui 
pouvaient  accepter  les  fonctions  de  gouverneur  de  pro- 
vince et  se  dispenser  d'offrir  des  sacrifices;  en  outre,  le 
(lamine  pouvait  esquiver  l'obligation  des  jeux,  que 
l'Église  devait  presque  toujours  condamner,  puisque  les 
combats  de  gladiateurs  et  les  spectacles  immoraux  en 
composaient  le  programme  ordinaire;  on  pouvait  offrir 
à  leur  place  à  ses  concitoyens  un  travail  d'utilité  publique, 
une  basilique,  un  pont,  un  tracé  de  route,  une  répara- 
tion d'aqueduc  ou  bien  encore  un  repas  public  ou,  plus 
simplement,  une  distribution  en  espèces. 

Les  chefs  ecclésiastiques  paraissent  avoir  pris  moins 
facilement  leur  parti  de  la  persistance  du  culte  impé- 
rial. Les  évêques  justement  choqués  d'avoir  à  commu- 
niquer avec  le  gouvernement  par  l'intermédiaire  des 
sacerdotes  provinciœ,  obtinrent  d'IIonorius  l'autori- 
sation de  communiquer  directement  avec  les  bu- 
reaux impériaux,  nous  dirions  aujourd'hui  les  «  minis- 
tères »  -1. 

Cette  persist;  nce  du  culte  impérial  se  fonde  sur 
d'autres  raisons  qu'un  sentiment  de  piété  disparu  depuis 
longtemps.  L'usage  de  rendre  l'adoration  à  la  pourpre 
impériale  et  aux  images  des  princes  fut  peut-être  plus 
responsable  de  l'état  de  conscience  du  peuple  que  les 
honneurs  divins  accordés  aux  empereurs  défunts.  L'ado- 
ration de  la  pourpre  était  réglée  par  un  cérémonial 
rigoureux.  Celui  de  Constantin  Porphyrogénètr  suffit  à 
donner  l'idée  de  l'étiquette  byzantine  sur  ce  point  parti- 
culier4, étiquette  qui  ne  disparaîtra  qu'au  jour  de  ren- 
trée de  Mahomet  11  à  Constantinople.  La  lecture  des  lois 
impériales  et  l'adoration  des  images  des  empereurs  nous 
font  assister  à  une  curieuse  évolution  dont  nous  n»vons 
qu'à  résumer  ici  l'histoire  récemment  faite". 


i  .1.  Ilonlnuin,  Concilia,  1. 1,  wl.  1021  ;  Innocent  I,  Epist.,  xxm, 
fi.  —  -  l.  Duchesne,  Le  ooneUe  tï Elvire  et  te  ftaminm  chré- 
tiens, dans  Mélanges  Renier,  B87,  p.  158-474.  —  *J,  Harduuin. 
Concil.,  can.  97,  t.  I,  cul.  819;  Cod.  Th  od.,  XVI,  n,  38.  — 
*Voy.  c.  xi.iv  sq.,  Observation  m  promotiune  nobilist 
Curopalatœ,  etc.,  P.  G.,  t.  exil,  col.  479  sq.  ;  c.  i.xxxvn  sq.. 
col.  707  sq.  ;  cf.  col.  704,  not.  22;  col.  756,  n.  39.  —  »  E.  Beurlier. 
Les  vestiges  du  culte  impérial  à  Byzance  et  la  querelle  des 
Iconoclastes,  dans  Compte  rendu  du  Congrès  scientifique  in- 
ternational des  catholiques,  in-8",  Paris,  1891,  tirage  à  part.  p.  5 
sq.  —  *Cod.  Just.  De  Just.cod.  confirm.,  2,  etc.,  Novell,  de  Just., 
XIX,  XXI,  XXXI,  XXXIX.  Xl.lll,  LU,  MX.  l.X,  XC,  XC.III,  etc. 
—  'Du  Cange,  Glossarium  médise  et  infimse  lalinitatis,  au  me  t 
Sacra  et  Gloss.  medix  et  infimse  gnreitatis,  au  mot  Eàxjov.  — 
•S.  Jérôme,  In  Daniel.,  m,  18.  P.  L.,  t.  xxv,  col.  507.Cf.  S.  Am- 
broise,  Hexameron,  vi,  57,  P.  /..,  t.  xtv,  col.  281.  —  "Philostorgc, 


Ce  qui  touchait  à  la  personne  des  empereurs  se  res- 
sentait de  l'adoration  qu'on  leur  rendait.  Les  divers  ser- 
vices portent  le  nom  de  sacrée  largiliones,  sacras  cogni- 
liones,  sacrum  palatium.  A  plus  forte  raison  la  loi 
qui  émanait  de  l'empereur  était  sacrée.  On  disait  en 
parlant  d'elle  sacra  lex,  sacra  jussio,  ôîia  tr/i-Jn;  ", 
plus  tard,  quand  l'adjectif  sacra  devint  un  substantif 
désignant  l'édit,  on  renforça  l'expression  et  l'on  dit  de  la 
loi  :  Sei'oc  a&Y.pu  '. 

Mais  ce  fut  principalement  l'adoration  des  images 
qui  fit  perdre  toute  mesure.  Dès  le  IVe  siècle  la  série 
des  témoignages  commence  et  se  poursuit  pendant  les 
siècles  suivants  presque  sans  interruption  8.  Philostorge 
accuse  les  habitants  de  Constantinople  de  brûler  de 
l'encens  devant  la  statue  de  Constantin  et  de  le  prier 
ainsi  qu'ils  feraient  à  Dieu  9.  Nous  voyons  dans  la 
Nolitia  dignitatum  l'appareil  employé  pour  présenter 
à  l'adoration  les  images  impériales.  Le  portrait  du 
prince  est  placé  sur  une  table  carrée,  autour  de  lui 
brûlent  quatre  cierges  placés  sur  des  flambeaux10.  Ce 
spectacle  provoquait  dans  le  peuple  une  piété  si  vive 
qu'une  loi  de  Théodose  et  de  Valentinien  (425)  •'  rappelle 
les  adorateurs  à  la  modération  dans  l'avilissement.  M  n-, 
ce  fut  en  vain  12. 

On  alla  plus  loin  et  la  confusion  devint  complète 
quand  on  vit  le  Christ  revêtu  des  insignes  impériaux  et 
l'empereur  placé  cùte  à  côte  avec  la  mère  de  Dieu  et  les 
saints  13.  C'était  faire  rejaillir  sur  eux  le  culte  réservé  a 
l'empereur,  aussi,  d'assez  bonne  heure,  commence-t-on 
à  rendre  aux  images  du  Christ,  de  la  ôeotoxo;  et  du  s 
saints  représentés  sans  l'empereur,  les  mêmes  honneurs 
qu'on  leur  adressait  au  titre  de  leur  voisinage  impérial. 
Les  gens  de  sens  ne  s'y  trompaient  pas  :  «  Si  les  images 
des  princes  terrestres  sont  vénérées  parce  que  le  Christ 
lui-même  a  daigné  honorer  l'image  de  César,  à  combien 
plus  forte  raison,  devons-nous  honorer  l'image  du 
Christ  lui-même  '*.  »  Et  encore  :  «  Les  rois  sont  mortels 
et  souvent  impies  et  pécheurs,  cependant  leurs  images 
sont  adorées...  de  même  et  à  plus  forte  raison  les  images 
du  Sauveur13.  «Comme  l'art  byzantin  était  alors  principa- 
lement pratiqué  dans  les  monastères16  où  la  dévotion  au 
Christ,  à  sa  mère  et  aux  saints  était  ordinairement  très 
profonde,  on  s'explique  le  développement  que  prit  la 
production  des  images  et  les  abus  qui  en  résultèrent 
et  servirent  de  prétexte  à  la  persécution  des  icono- 
clastes. Mais  tandis  qu'on  faisait  une  recherche  81 
des  images  du  Christ  et  des  saints,  relies  de  l'empereur 
continuaient  à  recevoir  l'adoration  l7.  La  première 
querelle  des  iconoclastes  se  termina  en  Orient  au  synode 
de  Nicée  (787).  On  y  proclama  que  la  npoaxi}vi}<rM 
permise  à  l'égard  des  images  et  la  Xaipeia  réservée  à 
Dieu  seul  18. 

Cette  décision  des  Pères  de  Nicée,  commentée  et  glo- 
sée par  les  théologiens  de  Charlemagne,  fournit  la  ma- 
tière  des    Livres  carolins.  où   l'adoration   orientât 
accablée  de  tous  les  anathèmes.  Mais  en  Occident.  L'ado- 
ration impériale  ne  fournit  rien  d'analogue  à  l'évolution 


Hisi  .  n.  17,   /'.  G.,  t.  lxv,   eoL  'i80.  Cf.  Chronicon  Pascale. 
ami.  830.  —   '•'  Notit.  dign.,  Pars  Or.,  c.   m,  (édit.  Bceckine. 
p.  12),  Pars  Occid..  c.  u  (ibid.,  p.  S).  Cf.  S.  Jean  Clin 
Opera,  P.  G.,  t.  Lix,  col.  650.  —  "  Cod.  77e  e,/..  XIII.  iv.  i 
Just.,  I,  xxiv,  2.  —  '='       -  Htst.  ecd.,   \i.   18,    / 

t.  Lxvit.  ool,  716;  Sa»  mène,  vin,  20,  I'.  <-'.,  t.  lxvii.  col. 
—  i»G.  Schlumberper,  Xicéphore  Phocas,  in-8',    Paris. 
p.  311.   V.<-J.    V.i:i,    184,   539;    La    Yi'rge,  le  Christ  et   les  latMts 
sur  les  sceaux  byzantins,  dans  les  Mémoires  de  lu  S 
antiquaires  de  France,  t.xi.iv.  -    "Nicéphore  ConsU,  Antirrlw- 
ticus  III  adv.  Const.    Copron.,  60,  P.   G.,   t.   c,    col.   485.  - 
"S.  Jean  Damascène,  De  imagin.,  orat  m.  il.  /'.  G.,  t    \ 
col.  1356.  —  ««C.Bayet,  Recherches  pour  servir  à  l 'ht-toire  de  la 
peinture  et  de  la  sculpture  chrétien*, rs  en   Orient,   avant  l,i 
querelle  des  Iconoclastes,  in-8-,  Paris,  1879,  p.  135.  —  "  Beur- 
lier, loc.  cit.,  p.  8.  —  '•  J.  Hardouin,  Concilia,  t.  iv,  col.  435. 


Wô 


ADORATION 


ADULTÈRE 


546 


que  nous  avons  observée  en  Orient,  nous  aurons  occa- 
sion d'en  reparler  ailleurs.  Voir  Images  '. 

L'adoralio  horaruni.  —  Elle  consistait  dans  un  certain 
nombre  de  génuflexions  dont  les  pénitents  devaient  s'ac- 
quitter heure  par  heure2. 

III.  Les  adorabiles.  —  Xotons  un  trait  qui  nie 
semble  n'avoir  pas  encore  été  relevé.  La  liturgie  pré- 
sente de  nos  jours  encore  un  rite  assez  insolite.  A  la 
inesse,  le  sous-diacre,  après  avoir  apporté  les  instruments 
du  sacrifice  sur  l'autel  et  les  avoir  remis  au  diacre,  étend 
sur  l'autel  un  coin  du  voile  humerai  dont  on  vient  de 
le  draper,  le  diacre  y  dépose  la  patène  que  le  sous-diacre 
enveloppe  dans  ce  voile  et  tient  de  cette  manière  pen- 
dant quelque  temps  3.  L'usage  de  recevoir  les  objets  d'un 
caractère  religieux  les  mains  couvertes  de  son  vêtement 
est  d'origine  antique.  «  Un  certain  jour  de  fête,  raconte 
Ammien  Marcellin,  Julien  lit  introduire  auprès  de  lui 
des  agenles  in  rébus  pour  leur  remettre  une  somme 
«l'argent.  Au  lieu  de  présenter  le  pan  de  sa  chlamyde, 
comme  le  veut  l'étiquette,  l'un  de  ces  hommes  tendit 
les  deux  mains  et  l'empereur  dit  :  «  Les  orientes  in 
rébus  savent  bien  comment  on  prend,  ils  ne  savent  pas 
comment  on  reçoit4.  »  Ce  trait  se  rapporte  au  cérémo- 
nial institué  par  Dioclétien  5;  qui,  tirant  les  consé- 
quences de  la  doctrine  de  la  divinité  des  empereurs, 
assimila  aux  choses  sacrées  celles  qui  émanaient  de 
l'empereur  et  prescrivit  pour  les  unes  et  les  autres  le 
même  cérémonial.  On  en  rencontre  d'autres  traces.  Un 
tlisque  d'argent  trouvé  en  Espagne  ligure  un  person- 
nage recevant,  les  mains  couvertes  de  son  vêtement,  un 
objet  que  lui  donne  l'empereur  Théodose  6.  Enfin  dans 
les  actes  des  saints  Sergius  et  Bacchus,  on  voit  pendant 
l'audience  remettre  au  juge  une  lettre  impériale,  celui- 
ci  se  lève  et  la  reçoit  dans  un  pan  de  sa  chlamyde  '.  Ces 
sortes  de  lettres  sont  qualifiées  plus  tard,  vers  435, 
d'adorabiles 8.  L'antiquité  chrétienne  offre  d'innom- 
brables exemples  f'e  ce  rite,  dans  les  textes  et  les  monu- 
ments. Dans  l'antique  légende  de  sainte  Dorothée,  nous 
voyons  que  la  martyre  est  accostée  par  un  enfant  qui 
iui  apportait  du  paradis  trois  pommes  et  trois  roses 
qu'il  tenait  sur  un  linge  °.  Les  mosaïques,  les  sarco- 
phages multiplient  les  preuves  de  ce  rite.  Les  anges  et 
les  bienheureux  portant  des  couronnes,  saint  Pierre 
recevant  les  cleis,  les  papes  recevant  le  pallium  ,0.  Gré- 
goire de  Tours  raconte  qu'étant  «  venu  au  tombeau  de 
saint  Nizier,  le  diacre  Agiulfe  voulut  rapporter  un  sou- 
venir de  sa  visite  à  ce  monument  vénéré;  ce  lut  dans 
ses  mains  couvertes  d'un  voile  qu'il  reçut  du  prêtre 
quelques  brins  de  la  jonchée  de  verdure  dont  les  fidèles 
couvraient  le  sépulcre  du  saint  évèque  »  ".  Trois  sarco- 
phages de  la  Gaule,  à  Arles,  à  Narbonne,  à  Saint- 
Maximin,  représentent  deux  apôtres  présentant  à. lésus  12, 
l'un  les  pains,  l'autre  les  poissons,  symbole  de  l'eu- 
charistie, qu'ils  portent,  les  mains  enveloppées  dans  un 
pan  de  leur  pallium.  Enfin,  nous  rappellerons  Tarci- 

1  Bcurlicr,  loc.  cit.,  %  il,  p.  9-16.  —  SE.  Martine,  Anecdota, 
1.  iv,  col.  20,  In  can.  hibern.  —  3  11  est  utile  de  faire  observer 
à  ce  sujet  que  la  patène  doit  être  tenue  non  dans  la  main  nue  et 
couverte  du  voile,  mais  avec  la  main  voilée,  «  parce  que  les 
acolytes,  qui  autrefois  la  gardaient  jusqu'au  milieu  du  canon,  dit 
<lom  de  Vert,  ne  pouvaient  toucher  les  vases  sacrés.  »  Cl.  de 
Vert,  Explication  simple,  littérale  et  historique  des  cérémo- 
nies de  l'Église,  in-12,  Paris,  1713,  t.  ni,  p.  227  et  note  1.  — 
♦Ammien  Marcellin,  XVI,  v-xi.  Cf.  Le  Blant,  Les  Actes  des 
martyrs,  in-V,  Paris,  1882,  p.  111,  103;  Études  sur  les  sarco- 
phages chrétiens  de  la  ville  d'Arles,  p.  20.  —  5Aurelius  Victor, 
wxix;  Eutrope,  IX,  XXVI ;  Ammien  Marcellin,  XV,  v.  —  "Cahier, 
Curiosités  mystérieuses,  p.  60.  Ci.  R.  Garrucei,  /  piombi  anti- 
chi,  pi.  IV,  n.  G  et  p.  55.  —  '  Acta  SS.  Sergii  ef'Bacchi,  13 
ilans  Acta  sanct.,  7  octob.  —  * Synodicon  adversus  trayœdiam 
lrenxi.  c.  clxxxiv,  dans  Mansi,  Concilia,  t.  v,  p.  961.  —  9  Acta  S. 
Dorothei  et  Theophili,  10-13,  dans  Acta  sanct.,  6  févr.  —  ,0  J. 
<;iampini,  Vetera  monimenta,  in  quibus  prœcipiie  musiva 
opéra...   illustrantur,  in-fol.,  Romrc,  1600;  R.  Garrucei,  Sto- 

LICT.  D'AflCH.   CIIRÉT. 


sius  portant  l'eucharistie  et  abordé  par  les  païens  :  «  Que 
caches-tu  dans  le  pli  de  ta  robe?  »  Ces  simples  rappro- 
chements invitent  une  fois  de  plus  à  chercher  les  ori- 
gines d'un  grand  nombre  de  rites  liturgiques  dans  ces 
usages  similaires  des  anciens.  H.  Leclercq. 

ADSTANTES.  On  lit  dans  une  oraison  Post  pri- 
die  de  la  liturgie  mozarabe  (ferla  11  Pasc/ie  ad  mis- 
sam)  : Deferalur  in  ista  solennia  Spiritus  tuus  Sanctus 
qui  tam  adstantis  quant  offerentis  populi  et  oblata  pa- 
riler  et  vola  sancti/icel l3.  La  signification  précise  de  ce 
terme  dans  la  langue  liturgique  mérite  d'être  fixée. 
Comme  le  l'ait  justement  remarquer  l'éditeur  à  propos 
de  ce  passage,  il  ne  s'agit  pas  des  adstantes  ou  consis- 
tentes  qui  faisaient  partie  des  pénitents  et  par  là  même 
étaient  exclus  du  sacrifice.  Voyez  Pénitents.  Il  est 
évident  qu'ici,  au  contraire,  il  est  question  de  fidèles  qui 
assistent  au  sacrifice,  mais  qui,  cependant,  n'offrent  pas 
le  pain  et  le  vin  et,  par  suite,  ne  communient  pas.  Ceci 
nous  ramène  à  une  époque  où  la  discipline  ecclésias- 
tique admet  à  l'assistance  du  sacrifice  ceux  qui  ne  com- 
muniaient pas,  c'est-à-dire  à  une  date  postérieure  au  com- 
mencement du  VIe  siècle.  Jusque-là,  en  effet,  sauf  des  ex- 
ceptions dont  la  cause  est  connue,  tous  les  fidèles  pré- 
sents à  la  messe  communient,  les  autres  quittent 
l'Eglise  après  les  lectures.  Quand  le  nombre  de  ceux 
qui  s'abstenaient  augmenta,  les  évêques  et  les  conciles 
durent  adoucir  la  discipline  et  permettre  aux  non  offe- 
rentes  d'assister  au  sacrifice. 

Le  texte  que  nous  avons  cité  en  commençant  est  donc 
daté, dans  une  certaine  mesure,  c'est-à-dire  qu'on  ne  peut 
le  faire  remonter  au  delà  du  VIe  siècle.  Il  est  aussi,  par 
le  fait  même,  une  preuve  que  dans  le  langage  litur- 
gique un  sens  spécial  s'attache  aux  mots  adstantes  et 
u/jerentes,  de  même  qu'au  terme  accedentes.  Voyez 
Communion.  F.  Cabrol. 

ADULTÈRE.  --  I.  Définition.  II.  Caractère.  III.  Lé- 
gislation. IV.  L'adultère  et  la  discipline  pénitentielle 
de  l'Église  primitive.  V.  Bibliographie. 

I.  Définition.  —  «  L'adultère  est  la  violation  de  la  foi 
conjugale,  inwntionnellement  consommée  par  un  com- 
merce charnel,  entre  deux  personnes  de  sexe  différent- 
dont  l'une  au  moins  est  mariée  u.  » 

II.  Caractère.  —  Les  anciens  ne  punissaient  pas 
l'adultère  commis  par  l'époux  :  1°  parce  qu'il  n'entraî- 
nait pas  de  graves  conséquences  sur  la  formation  de  la 
famille;  2°  à  cause  de  la  situation  privilégiée  q*ae  taisait 
au  mari  la  patria  pote^la§,  situation  telle  que,  dans 
l'ancien  droit,  il  n'aurait  pu  être  condamné  que  par  lui- 
même  dans  le  juslicium  ''omesticum.  Le  droit  romain 
recevait  l'accusation  d'adultère  contre  la  fiancée  1S;  cette 
partie  de  la  jurisprudence  est  tombée  en  désuétude  u;  de 
même,  il  n'y  a  pas  adultère  après  la  dissolution  du 
mariage.  Enfin,  l'intention  coupable  est,  dans  toutes  les 

ria  dell'arte  cristiana.  c.  XX.  in-fol..  Prato,  1873,  t.  I,  p.  146 
sq.  :  Délie  mani  velate;ti.  Alemanni,  De  parielinis  Latera- 
nensibus  a...  Franc,  card.  Darbvrinio  restilutis,  dissertatio 
hislorica,  in-4°,  Romœ,  1625;  Bottari,  Scultura  e  pitture  sagre 
extraite  dei  cimiteri  di  Homa,  pubblicate  già  dagli  autori  delta 
ltoma  sotterranea  ed'ora  nuovamcntc  date  in  luce  colle  spie- 
gazioni,  in-fol.,  Roma,  1737;  Le  Blant,  Sarcoph.  d'Arles,  loc.  cit. 
—  "  Vitse  Patrum,  c.  vin,  6,  P.  L.,  t.  lxxi,  col.  1045.  —  "De 
Rossi,  Borna  sotterr.,  t.  i,  p.  323,  349.  —  "  P.  L.,  t.  lxxxv, 
col.  491.  —  "  V.  Sieye,  Traité  sur  l'adultère  considéré  au  point 
de  vue  historique  et  juridique  chez  les  peuples  de  l'antiquité, 
à  Home,  dans  le  droit  canon  et  clans  la  législation  française, 
in-8%  Paris,  1875.  Cf.  Digest.,  1.  XLVI1I,  tit.  v,  6,  1,  la  distinction 
entre  adulterium  et  ?0ofà.  —  "  Digest.,  1.  XLVIII,  tit.  v,  13,  3  : 
Divi  Severus  et  Antoninus  rescripserunt,  etiam  in  spansa 
hoc  idem  vindicandum  :  quia  neque  matrimonium  quale- 
cunque,  nec  spem  matrimonii  violare  permiltitur.  —  '"Four- 
nel,  Traité  de  l'adultère  considéré  dans  l'ordre  judiciaire, 
in-12,  Paris,  1778  (et  1783),  p.  8. 

I.  -  18 


547 


ADULTERE 


545 


législations,  un  élément  nécessaire  pour  l'acte  d'adul- 
tère1. 

III.  Législation.  —  Dans  l'antiquité  l'adultère  est 
étroitement  lié  à  la  prostitution  sacrée  que  permettaient 
et  ordonnaient  même,  dans  certains  cas,  la  religion  et 
les  coutumes  de  l'hospitalité  2.  Au  début  de  l'ère  chré- 
tienne la  corruption  du  monde  était  grande,  néanmoins 
le  libertinage  des  Orientaux  dépassait  l'imagination  des 
Grecs.  Malgré  les  prescriptions  sévères  de  leur  code  *, 
les  Juifs  avaient  suivi  le  courant  et  Selden  rapporte  un 
texte  de  la  Mischna  qui  accorde  aux  rois  dix-huit  concu- 
bines4. Un  siècle  et  demi  avant  Jésus-Christ  le  temple 
de  Jérusalem  était  un  des  lieux  du  commerce  des  pros- 
tituées; peut-être  l'indignation  témoignée  par  Jésus  aux 
marchands  de  colombes  s'expliquerait-elle  par  le  fait 
que  ces  volatiles  dédiés  à  Vénus  étaient  mis  en  vente  en 
ce  lieu  pour  fournir  aux  offrandes  des  amants.  Chez  les 
Juifs  la  procédure  d'adultère  commençait  devant  le  tri- 
bunal du  lieu  dn  délit  et  du  domicile  des  parties,  elle 
était  transmise  au  Sanhédrin  qui  jugeait  en  dernier 
ressort1'.  L'action  en  adultère  n'appartenait  jamais  à  la 
iiinme  contre  le  mari.  Le  trait  caractéristique  de  la  pro- 
cédure était  ce  qu'on  appelait  «  l'épreuve  des  eaux 
amères  »  qui  cessa  d'être  pratiquée  vers  le  début  de 
notre  ère.  La  triple  influence  judaïque,  grecque  et 
romaine  qui  s'exerça  sur  les  institutions  naissantes  du 
christianisme  fut  en  l'espèce  assez  mitigée,  par  suite  de 
la  gravité  de  la  question  au  point  de  vue  de  la  morale; 
aussi  entrevoit-on  d'assez  bonne  heure  les  positions 
intransigeantes  de  la  discipline  ecclésiastique0.  A  la  lin 
de  la  République  romaine  la  corruption  des  meeur» 
dépassait  toute  mesure,  à  Rome.  Les  femmes  du  ranjj 
le  plus  élevé  comptaient  leurs  années  par  le  nombre  de 
leurs  maris";  ers  désordres  n'avaient  pu  être  arrêtés 
ni  même  modérés  par  une  loi  célèbre  portée  par  Auguste 
l'an  737  de  Rome,  la  1er  Julio,  de  adulteriis  coercendvi*. 
Cette  loi  servit  de  fondement  à  toute  la  législation  pos- 
térieure sur  la  matière;  il  y  a  donc  lieu  d'entrer  à  son 
sujet  dans  quelques  détails,  puisque  par  tant  de  points 
cette  législation  se  retrouve  dans  tes  monuments  et  les 
rites  dont  elle  a  souvent  inspiré  la  rigueur,  principale- 
ment dans  t'exonaologèse. 

La  lex  Julia,  qui  fut  désignée  aussi  sous  le  nom  de 
Ir.r  de  adulteriis,  abrogeait  la  législation  antérieure.  La 
loi  ne  punissait  ni  l'infidélité  de  la  fiancée',  ni  celle 
de  l'esclave  unie  par  le  contuberniuni  à  un  homme  (te 
sa  classe  :  Inter  libéras  tantum  personas  adultérin** 

stlipruuire  passas  te.r  .1  tilin   Inrnni   liabet ;  i/uod  milan 

ad  serras  pertmel,  ei  legis  Aquilm  aclio  facile  tenebit, 
et  injuriarum  quoque  competil  :  ver  erit  deneganda 
prœtorha  quoque  aetio  de  servo  corrupto  :  nec  profiler 
ptures.ae tiens» parcendum  erit  in  Itujusmod,  criniine 
reo  u\  S'il  s'agit  d'une  concubine,  vire  conjux,  comme 
l'appellent  les  testes  anciens,  elle  peut  être  accusée  jure 
e.rt,  **'fi  par  sou  mari,  à  condition  qu'elle  n'ait  pas 
perdu  le  titre  de  matrone  in  concubinatu  se  dando,  ce 
qui  serait  le  cas  d'une  affranchie  devenue  concubine  de 
son  patron  '.'.  La  conjux  avait  nue  situation  particulière  ; 
elle  pouvait,  ingénue  ou  elarissime,  se  soustraire  à  révo- 
cation de  son  crime  d'adultère  en  justice  en  se  faisant 

•Coins  au  Digest.,  I.  XLVITI,  tit.  v,  4.'!;  SalvittS  JuUmnuS 
responéU  :  /Juin  adutterium  [inquit]  shic  dolo  malu  non  com- 
■iiitttitiir  :  (/iwwjiii/iii  dicendum,  ne  is,  qui  adret  eam  extege 
repudiittom  non  rssc,  dulo  mole  committat.  —  *CI.  P.  Ru*  ur, 
Ilistuirr  <ir  in  pn  stitutien  et  de  la  débauche  chez  tous  1rs  peu- 
ples du  monde,  ht-8»,  Paris,  1854-1 854;  Debray,  Ilist  de  ta  pros- 
tituticm  et  <ir  in  débauche  ehe%  tous  1rs  peuple*  du  globe  depuis 
("antiquité,  iii-'i-,  Paris,  1880 ;  Esmeirv,  Ledétil  d'aduttère  à  Honte, 

dans  la  .Xone.  lier,   dit   lirait  fr.  et  rlinnjrr,   1878,  ]i.  1,   887.  - 
:1Lev.,  xx,  -10  sq.  —  4SeMen,  tjxor  tbraica,  sru  de  nuptiis  et 
divortiis  e.r  jurr  nnli,  in-V,  Lnuiliiii.  1646,  p.  1,8.  —  *>  V.  Sieye, 
Toc.  cit.,  p.  32.  —  °J.  A.  w.  Neamter,  History  of  the  plantxng 

tm<t  trnininij  o(  tlte  e/iristui»   Church   Inj  the  Apostles,  in-1'2, 

I3olin,  1851,  p.  246-249.  257,  201.  —  'Cl.  Tacite,  Annotes,  I.  I,  c. 


inscrire  par  les  édiles  en  qualité  de  prostituée.  Sous  le 
règne  de  Tibère  et  le  consulat  de  M.  Julius  Silanus  et 
L.  Norbanus  Flaccus,  le  sénat,  dit  Tacite,  rendit  contre 
les  dissolutions  des  femmes,  plusieurs  décrets  sévères. 
La  profession  de  courtisane  fut  interdite  à  celles  qui 
auraient  pour  aïeul,  pour  père  ou  pour  mari,  un  cheva- 
lier romain.  Vistilia,  née  d'une  lamille  prétorienne, 
venait  en  eflet  de  déclarer  sa  prostitution  chez  les  édiles 
d'après  un  usage  de  nps  ancêtres,  qui  croyaient  la 
lemme  impudique  assez  punie  par  l'aveu  public  de  sa 
honte.  Titidius  Labeo,  mari  de  Vistilia,  lut  recherché 
pour  n'avoir  pas  appelé,  sur  une  épouse  manifestement 
coupable,  la  vengeance  de  la  loi.  Il  répondit  que  les, 
soixante  jours  accordés  pour  se  consulter  n'étaient  pas 
révolus;  et  le  sénat  crut  taire  assez  en  envoyant  Vistilia 
cacher  son  ignominie  dans  l'île  de  Sériphe  12. 

Le  fondement  de  la  distinction  que  fait  la  lex  Julio 
entre  la  poursuite  du  mari  ou  de  la  femme  repose  sur 
la  qualité  de  complice  pour  celui-ci  et  non  de  mari. 
sur  la  qualité  d'épouse  pour  celle-là. 

La  loi  punit  également  celui  qui  a  conseillé  l'adultei 
et  celui  qui  l'a  commis  :  qui  suasit  et  qui  inlulit  '■'■.  et 
même  celui  qui  reçoit  des  coupables  la  mission  d'ache- 
ter leur   impunité1*.    Elle  veut   que  le    mari  oatrag 
sévisse  :  Adulterum  in  domo  deprehensuni  dimiserit  '••_ 
cependant  elle  accorde  un  droit  plus  absolu  encore  au 
père  adoptit  ou  naturel.  Le  mari  peut  tuer  sa  femme  et 
le   complice  à  condition  que  celui-ci   soit  de  condition 
infime,  telle  que  :  mime,  letw,  esclave  ou  affranchi  et 
qu'il  ait  surpris  tes  coupables  dans  sa  propre  maison1''. 
S'il  fait  erâee  de  la  vie,  il  peut  retenir  le  complice  pen 
ilanl  vin^t  heures  leslmnhv  rei  causa  '"  et  la  femme  doit 
être  chassée  en  déclarant  le  tout  au  préteur  ayant  juri- 
diction. Si,  dans  un  mouvement  d'emportement,  le  mari 
tue  sa  femme  surprise  ailleurs  que  dans  sa  maison,  i. 
sera  jugé   avec  indulgence,  quia  hoc  impalientia  jusl 
dotons  admisit  filise**.  Les  droits  du   père  sont  plu» 
étendus,  ce  qui  ne  laisse  pas  d'être  digne  d'attention  ru 
la  situation  que  le  mariage  faisait  à  la  femme  à  qui  i 
constituait  une  seconde  naissance  en  la  faisant  doréna- 
vant  lille  de  son   mari,  filiic  loco,  disent   le»  juriscon- 
sultes1*. Par  une  dérogation  grave  à  cette  disposition  Pau! 
écrit  que  te  deuxième  chef  de  la  lex  Julia  :  permittitui 
palri,  tiuii  adoptivo  quant  natwali,  adulterum  ■ 

/dut,  eujnsrunujue  dii/ni loi is.   dnmi   sn.e  rrl  generi  SU 
de/  reliensiun  sini    itume  '.    Le  père  doit   fina- 

les deux  coupables;  mais  il  ne  peut  le  l'aire  que  s'il  le» 
surprend  sv  î'pTVi  dans  sa  propre  maison  ou  dans  celle 
de  son  gendre,  l'injure  faite  par  l'épouse  étant  alors 
jugée  comme  aggravée  par  le  choix  du  lieu.  11  ne  peut 
1 1 1  •■  i-  l'un  et  épargner  l'autre,  il  doit  les  mettre  à  mort 
prope  uno  ictu  et  une  impetu...  esquaM  ira  advenus 
utrunique  suntpta  -1 . 

La  i.  mine  condamnée  sur  le  chef  d'adultère  perd  I  i 
moitié  de  sa  dot,  le  tiers  de  ses  biens  et  doit  être  relé- 
guée dans  une  île*2.  Le  complice  perd  la  moitié  île  s 
fortune  et  on  le  relègue  dan»  une  antre  Ile*3.  L'un  et 
l'autre  sont  frappés  de  diverses  incapacités  :  la  femmi 
ne  pourra  contracter  désormais  que  le  coneubinatus  **, 
le  poil  de  la  stola  des  matrones  lui  est  interdit,  celui  du 

i  ni  :  I.  TV.  c.  xxxix  :  I.  XI, c.  wvi  ;  1.  Mil,  c.  xui.  xi.v.  -    •  /) 
I    XI.V11I.  tu .  v  ,Q  >,<o..\\\i.       ■•  Di./est.A.  M. VIII 

tit   v,  té,  8.  i  elle  ili»i  osition  date  d  \ut.  nin.  —  •°fli- 

geel  .  I    Xi.vni.  tit.  v,  6.  -  "  Digest.,  I.  XL.vm,  tit.  v,  I 
i  T  cite,  Aninit..  1.  Il,  c.  i.xxxv.  ci.  Suétone,  Tiber.,  c.  \\\\ 
A    Matlhieus,  De  criminitms.  c.   xi.vm,  3  ir-'r.  Colonie,   ITJT 
p.  361  sq.  -  '»  Dinest..  1.  M.V1II.  tit.  v,  t'J.       •  '  bngest.,  I.  XI.VIII. 
Ut    V,  14.  —   <»  Dojest..  I.  XI.VIII,  tit.   v,  19;  l'aul.  Sentent.,  til 
wvi.  8  :  [si]  non  stntun  dimiserit.  reum  tenocmtl 
/  l,n  uit.  —  ">  Dioest..  I.  XI.VIII.  tit.  v,  24.  —  "  Paul.  .s.  i 

tit  wvi,  ;(.  —  "*  Ihnt..  v.  —  ''•  i  ust.  t  de  Cotdanges,  la  eu- 

tique,  in-1'2.  Taris,  1S'.>5,  p.  47.  —  «Tau'.  t    wvi,  1. 

-    ■'  Digest.,  1.  XI.VIII.  tit.  v.  28.  —  «Paul,  Sentent.,  tit.  \ 
M.  _  «;{,„(.  _  *^ Digest.,  1.  XXV.  tit.  vu,  l.  2 


549 


ADULTÈRE 


550 


la  toga  des  courtisanes  imposé;  le  complice  ne  pourra 
être  ni  témoin',  ni  soldat2.  Quelques  autres  disposi- 
tions accessoires  turent  prises  relativement  aux  biens3 
et  à  la  forme  de  la  répudiation4.  Sous  Tibère,  l'accu- 
sation d'adultère  portée  contre  Apuleia  Varilia,  petite- 
nièce  d'Auguste,  donna  lieu  à  une  innovation.  Varilia, 
dit  Tacite,  fut  reléguée  par  le  tribunal  de  famille,  judi- 
cium  domesticum,  à  deux  cents  milles  de  Rome5. 

La  lex  Julia  eut  à  subir  de  la  part  des  empereurs, 
depuis  Auguste  jusqu'à  Constantin,  plusieurs  modifica- 
tions. Constantin  restreignit  le  droit  d'accusation  et 
augmenta  la  peine.  L'épouse  coupable  fut  passible  de 
l'exil  et  même  de  la  peine  de  mort;  son  complice  devait 
être  décapité  s'il  était  de  condition  libre,  brûlé  s'il  était 
esclave6;  celui-ci  pouvait  obtenir  l'impunité  en  dénon- 
çant sa  complice.  Cette  législation  fut  aggravée  en  339 
par  les  fils  de  Constantin  qui  interdirent  l'appel  7  contre 
la  sentence  et  portèrent  contre  les  adultères  la  peine 
réservée  aux  parricides.  Sous  Théodose  on  conduisait 
publiquement  les  coupables  dans  un  lieu  de  prostitution  8, 
et  cet  empereur  prescrivit  de  hâter  l'instruction  des 
procès  en  adultère,  sans  égard  à  la  prescription  civile 
et  à  la  compétence  du  Forum.  Une  loi  du  même  empereur 
assimile  à  l'adultère  le  mariage  d'une  chrétienne  avec 
un  juif9  et  la  peine  de  mort  s'ensuit10;  il  est  vrai  que 
sous  Majorien  on  revint  au  texte  de  la  lex  Julia  et  on 
s'en  tint  à  l'exil.  Justinien  modifia  la  lex  Julia,  imposant 
au  mari  la  formalité  de  l'inscription  et  ne  lui  permettant 
la  répudiation  que  si  l'épouse  était  condamnée  ;  dans  le 
cas  où  elle  était  absoute  il  était  soumis  à  la  peine  qui 
eut  trappe  la  ternme  coupable  et  celle-ci  regagnait  sa 
dot  ainsi  que  la  donation  ante  nuptias. 

L'influence  du  christianisme  tendit  à  appliquer  au 
mari  coupable  d'adultère  une  pénalité  à  laquelle  il 
n'avait  aucun  droit  d'être  soustrait;  il  devint  donc  pas- 
sible de  la  peine  de  mort  et,  dans  le  cas  seulement  où 
il  aurait  des  ascendants  jusqu'au  troisième  degré,  la 
confiscation  des  biens  lui  fut  epargné.e.  En  même  temps 
la  législation  se  montre  moins  sévère  à  l'égard  de 
l'épouse  qui  sera  désormais  cloîtrée  pendant  deux  ans. 
Si,  après  ce  laps  de  temps,  son  mari  ne  la  reprend  pas 
dans  sa  maison,  le  mariage  est  considéré  comme  rompu, 
la  femme  sera  rasée  et  cloîtrée  pour  le  reste  de  ses 
jours;  on  donnera  au  monastère  ce  qui  reste  de  son  bien 
après  que  le  mari  aura  prélevé  la  dot  et  une  somme 
égale  à  un  tiers  de  la  dot.  Dans  le  cas  où  l'adultère 
aurait  des  ascendants,  ceux-ci  gardent  un  tiers  de  la 
dot;  si  elle  a  des  descendants,  ils  en  gardent  les  deux 
tiers.  On  n'a  pas  de  preuves  solides  que  la  femme  dût 
recevoir  le  supplice  des  verges  avant  son  emprisonne- 
ment dans  le  cloître. 

Saint  Jean  Chrysostome  nous  apprend  q,ue  de  son 
temps  on  se  montrait  dans  la  pratique  plus  indulgent 
que  la  loi  ne  le  permettait,  on  s'en  tenait  généralement 
à  la  prison  u.  On  s'était  également  relâché  à  l'égard  du 
mari  meurtrier  de  sa  femme  qui  n'était  guère  con- 
damné qu'à  la  relégation12.  En  ce  qui  concerne  l'adul- 
tère commis  avec  une  esclave  la  législation  ne  le  recon- 
naissait pas  encore,  ce  n'était  là  de  la  part  du  maître 
qu'un  emploi  de  ses  biens,  partant  il  n'était  pas  punis- 
sable de  ce  chef13.  Une  loi  de  Constantin  avait  d'ailleurs 
consacré  cette  disposition  toute  païenne^14.  Entre  cette 
loi,  datée  de  l'année  331,  et  la  législation  en  vigueur  un 
siècle  plus  tard,  une  autre  loi  a  ilù  intervenir  que  nous 

'Digest.,  1.  XXVIII,  Ut.  I,  20,  G;  Cuil.  Just.,  1.  IV,  tit.  xx.  — 
1  Digest.,  1.  III,  tit.  il,  2,  3  :  De  his  qui  notantur  infamia.  — 
«Paul,  Sentent.,  1.  n,  tit.  xxi,  2.  —  * Digest.,  1.  XXIV,  tit.  Il  : 
De  divortiis  et  repudiis.  —  "Tacite,  Annal.,  1.  II,  c.  l.  Cf.  Fres- 
quet,  Du  tribunal  de  famille  chez  les  Romains,  dans  la  Revue 
historique  du  droit,  1885,  t.  I,  p.  125  sq.  —  •  Cod.  Justin.,  1.  IX, 
tit.  xi  :  De  mulieribus,  qux  se  propriis  servis  junxerunt.  — 
"*Cod.  Justin.,  1.  VII,  tit.  lxv  :  Quorum  appellationes  non  re- 
eipiuntur.  —  «Socrate,  Hist.  eccl.,  1.  V,  c.  xvm,  P.  G.,  t.  lxxvii, 


ne  connaissons  pas  mais  qui  devait  différer  assez  peu 
de  la  loi  d'Honorius  en  421 l3,  laquelle  est  postérieure  à 
plusieurs  textes  de  saint  Jean  Chrysostome  qui  nous 
apprennent  une  des  dispositions  de  cette  loi  dont  il  ne 
reste  rien  dans  le  code.  La  femme  répudiée  pour  son 
crime,  nous  apprend-il,  perd  toute  sa  dot;  si  au  contrain' 
l'adultère  est  le  fait  du  mari,  l'épouse  emporte  sa  dona- 
lio  propter  nuptias  16. 

Quelques  autres  dispositions  furent  apportées  dans  I.) 
suite.  On  renvoya  à  l'évoque  la  charge  de  prononcer  la 
condamnation  à  mort  contre  les  adultères  qui  avaient 
consommé  leur  crime  dans  une  église.  L'empereur  Léon 
le  Philosophe  décréta  que  les  coupables  auraient  le  ne/. 
coupé  et  le  mariage  leur  fut  à  jamais  interdit.  Une  nou- 
velle mitigation  fut  apportée  à  la  claustration  forcée  en 
ce  que  le  séjour  de  plus  de  deux  ans  cessa  d'entraîner 
la  rupture,  et  l'épouse  reléguée  put  être  reprise  indéfi- 
niment. Le  père  conservait  néanmoins  son  antique  droit 
de  mettre  à  mort  sa  fille,  droit  qui  fut  enlevé  au  mari 
à  qui  on  abandonnait  la  dot  et  qui  pouvait  désormais 
ne  pas  répudier  sa  femme  adultère  sans  encourir  le 
titre  de  Icno. 

Les  divers  textes  législatifs  des  peuples  d'origine  ger- 
manique ne  s'occupèrent  guère  de  l'adultère  que  pour 
porter  quelques  pénalités  assez  rigoureuses.  Les  France 
n'avaient  qu'une  seule  épouse  et  le  lien  conjugal  était 
parmi  eux  indissoluble,  néanmoins  on  admettait  la  pré- 
sence des  concubines  afin  de  suppléer  à  la  stérilité  de 
l'épouse11.  Chez  eux,  comme  à  Rome,  le  crime  d'adul- 
tère relevait  du  tribunal  domestique.  Les  anciennes  lois 
ont  conservé  le  prix  des  compensations  tarifées  par  les 
barbares  en  réparation  des  outrages  faits  à  la  morale.  On 
y  observe  une  gradation  selon  la  gravité  du  dommage  ,8. 
Chez  les  Ripuaires  l'amende  fixée  pour  l'adultère  con- 
sommé est  de  40  deniers,  elle  est  de  200  sols  dans  la  loi 
salique.  La  loi  des  Ripuaires  autorise  te  mari  qui  sur- 
prend les  coupables  en  flagrant  délit  à  prendre  contre 
eux  une  vengeance  barbare.  Le  décret  de  Reccarède 
porte  que  la  femme  de  naissance  libre  qui  se  prostitue 
et  sera  surprise  en  ilagrant  délit  sera  fustigée  de  trois 
cents  coups  de  fouet  en  public  et  chassée  de  la  ville 
dont  l'entrée  lui  sera  interdite.  Si  elle  rompt  son  ban 
elle  recevra  deux  cents  coups  de  fouet  et  on  la  placera  en 
servage  chez  un  homme  pauvre  à  qui  il  sera  recommandé 
de  la  mener  durement  et  de  l'empêcher  de  reparaître 
dans  la  ville. 

Un  capitulaire  de  l'an  630  règle  les  compensations 
attribuablesau  mari.  Pour  l'adultère  consommé:  KiOécus; 
pour  l'adultère  non  consommé,  12  écus;  en  outre  le 
complice  tué  pendant  le  délit  ne  sera  pas  vengé  par  la 
loi.  Un  autre  capitulaire  de  l'an  805  décide  que  l'adul- 
tère, homme  ou  femme,  perdra  son  rang  et  ses  droits 
cl  sera  mis  en  prison  en  attendant  le  jour  de  la  pénitence 
publique.  L'accusation  était  publique,  mais  .elle  devait 
être  soutenue  par  l'accusateur  obligé  de  faire  la  preuve 
judiciaire  par  la  croix,  l'eau  bouillante,  le  ter  chaud,  le 
combat.  H.  Leclkrcq. 

IV.  L'ADULTÈRE  ET  LA  DISCIPLINE  PÉNITENT1ELLE  DE 
l'Eglise  primitive.  —  Les  Pères  des  premiers  siècles 
s'accordent  à  stigmatiser  l'adultère  comme  un  crime 
des  plus  graves.  Clément  Romain19  le  qualifie  de  crime 
détestable,  u.u<7ïpâv  lAoïydav,  et  Hermas,  Hippolyte,  saint 
Innocent  Ier,  Origène,  saint  Cyprien,  saint  Augustin, 
les  Pères  du  concile  d'Elvire  (vers  300).  saint  Pacien,  les 

col.  012;  Nicéphnre,  Hist.  ceci.,  1.  XII,  c.  xs.lt,  P.  G.,  t.  cxi.vr. 
Cul.  813.  —  »  Cod.  Justin.,  1.  I,  tit.  IX,  6.  —  'OAmmicn  Maicellin, 
Hist.  rom.,  1.  XXVIII,  ci.  —  "Serm.,  iv,  De  Anna,  P.  G.,  t.  liv, 
cul.  664.  -  «  Digest.,  1.  XXIX.  tit.  v,  3,  3.  —  13S.  Jean  Chrysos- 
tnme,  De  libello  repudii,  P.  G.,  t.  LI,  col.  214.  —  "Cod.  Theod., 
I.  III,  tit.  xvi,  1.  —  <*Ibid.,  1.  III,  tit.  xvi,  2.  —  ">S.  Jean  Chrys.,  De 
libello  repudii,  P.  G.,  t.  LI,  col.  219.  —  "Rec.  des  hisior.  des 
Gaules,  t.  a,  p.  224.  —  <8  Fournel,  Tr.  de  l'adultère,  c.  III,  in-12, 
Paris,  1778.  —  <»7  Ep.  ad  Cor.,  c.  xxx,  P.  G.,  t  I,  col.  2C9. 


ADULTÈRE 


552 


Pères  grecs,  notamment  saint  Basile  et  saint  Grégoire 
deNysse,  pour  ne  citer  que  quelques  noms  parmi  les  plus 
éminents.  tiennent  un  langage  semblable  dans  des  textes 
que  nous  aurons  l'occasion  de  reproduire  plus  loin. 

Cependant,  bien  que  les  évêques  fussent  unanimes  à 
décider  qu'il  ne  pouvait  y  avoir,  pour  un  tel  crime,  de 
châtiment  trop  sévère,  leur  accord  cessa  dès  qu'il  fallut 
déterminer  la  peine  qu'il  convenait  de  lui  appliquer. 
A  cet  égard,  il  y  a  un  texte  de  saint  Cyprien  qui  domine 
et  éclaire,  selon  nous,  toute  la  question  ;  nous  le  cite- 
rons ici  en  entier  :  Et  qu'idem  apud  anlecessores  no- 
slros  quidam  de  cpiscopis  istic  in  provincia  nostra 
dandam  pacem  {pacem  équivaut  à  veniam)  mœchis 
non  putaverunt,  et  in  totum  pwnitentia:  locum  contra 
adulteria  clauserunt,  non  tamen  a  coepiscoporum  suo- 
rum  collegio  recesserunt,  aut  catholicœ  Ecclesiœ  uni- 
latem  vel  duritise  vel  censurée  suse  obstinationc  rupe- 
runt;  ut  quia  apud  alios  adulteris  pax  dabatur,  qui 
non  dabat  de  Ecclesia  scpararetur.  Manente  concordiec 
idnculo  et  persévérante  catholicse  Ecclesise  individuo 
sacramenlo,  action  suum  disponit  et  dirigit  unus- 
quisque  episcopus,  rationem  proposili  sui  Domino 
i  edditurusK  Cette  lettre  est  de  l'année  251.  Cyprien  y 
déclare  nettement  que  la  pénitence  à  appliquer  aux 
adultères  est  une  question  de  pure  discipline  que  chaque 
évêque  a  le  droit  de  trancher  selon  sa  conscience,  sans 
avoir  à  rendre  compte  de  sa  décision  à  d'autres  qu'à 
Dieu,  pourvu  qu'il  ne  rompe  pas  le  lien  de  la  concorde 
et  l'unité  sacrée  de  l'Église  catholique.  Il  atteste  même 
qu'avant  lui  il  y  a  eu  en  Afrique  des  évèques  qui  réin- 
sèrent absolument  d'admettre  les  adultères  à  la  péni- 
tence, et  qui  n'en  restèrent  pas  moins  dans  L'unité  de 
I  Eglise  catholique.  Ce  point  est  à  retenir.  C'est  qu'en 
effet  la  discipline  pénitentielle  qui  regarde  l'adultère 
a  varié  non  seulement  selon  les  lieux,  mais  encore  selon 
les  temps,  dans  l'espace  de  trois  siècles.  Il  parait  bien 
que  l'incestueux  de  Corinthe2,  quoi  qu'en  pense  Ter- 
tullien3,  obtint  le  pardon  de  sa  faute  et  fut  réconcilié 
avec  l'Église4.  Saint  Ignace  d'Antioche  (f  107)  donne  à 
entendre1»  que  tous  les  pécheurs  pénitents,  oo-ot  u.£ta- 
vof,<javT£ç,  doivent  être  reçus  dans  l'Église,  par  consé- 
quent, les  adultères  aussi  bien  que  les  autres.  Nous 
retrouvons  le  même  enseignement  dans  l'épitre  que 
saint  Denys  de  Corinthe  (vers  180)  adressait  aux  Amas- 
1  riens  :  après  leur  avoir  parlé  du  mariage  et  de  la 
chasteté,  il  ajoute  qu'il  faut  recevoir  dans  l'Eglise  tous 
ceux  qui  sont  tombés  en  quelque  faute,  même  grave, 
fût-ce  l'hérésie,  pourvu  qu'  «  ils  se  convertissent  entiè- 
rement! :  Toùç  1%  oîa;  6'ojv  à7to7tTa)T£a);  :r\  7i).r,|/.!js).eia;, 
eTte  (j.àv  atpETtxr);  itXâviri;  ènuTTpéjovTî;  SeEio-jaOa-.  t.ç,q<j- 
TcttTEi  c.  A  Rome,  Hermas,  vers  140,  semble  indiquer 
pareillement  que  la  femme  adultère  qui  fait  pénitence 
doit  obtenir  son  pardon,  au  moins  une  fois". 

Cependant,  vers  la  fin  du  nç  siècle,  une  discipline 
plus  sévère  vint  à  prévaloir  dans  l'Église,  disons,  si  l'on 
veut,  dans  plusieurs  Eglises,  par  exemple,  en  Afrique  et 
à  Rome.  Saint  Cyprien  nous  dit  que  quelques-uns  de 
ses  prédécesseurs  exclurent  absolument  les  adultères 
«le  la  pénitence.  Tertullien  nous  signale  un  autre  régime; 
celui-ci  n'exclut  pas  les  adultères  de  la  pénitence,  mais 
il  leur  reluse  la  réconciliation,  même  à  l'article  de  la 
mort8.  Origène  est  partisan  de  la  même  discipline  vers 
'233,  et  comme  Tertullien  il  en  appelle  à  saint  Jean9 
pour  prouver  que  les  évèques  qui  remettent  le  péché 
d'adultère  et  réconcilient  les  coupables  avec  l'Église 
outrepassent  leur  pouvoir  sacerdotal.  'Ovx  o'iô  o-<.>; 
tavtoC;  Ttvs;   imxpé<\iuv~i;  rà  vîtèp  tt,v  UpaT:xr,v  i::'av... 

'  Ep.,  x,  Ad  Antonianum.  c.  xxi,  P.  G.,  t.  tu,  col.  SU. — 
•I  Cor.,  V,  5.  —  3  De  pudicilui,  c.  xm,  /'  L.,  t.  H,  col.  1003.  — 
MI  Cor.,  n,  5-11.  —  5Ep.  ad  Philadetph.,  c.  m,  P.  G.,  t.  y, 
col.  821.  —  •  Euseb.,  Hist.  eccles.,  1.  IV,  c.  xxm,  P.  G.,  t.  xx, 
ni.  385.  —  'Mandat.,  IV,  ci,  P.  G., t.  il,  col.  919.  —  •  De  ptfdi- 
tiûa,  c.  l-m  et  passim,  P.  L.,  t.  n,  col.  980  sq.  —  M  Joa.,  v,  lu. 


ayxou<Itv  '■'?  c-jvajj.Evoî...  p.oi/sia;  te  xoti  -opvEia;  aç le- 
vai10. A  entendre  Tertullien,  Rome  même  traitait  les 
adultères  avec  cette  étonnante  sévérité,  et  Calliste  (217- 
222)  aurait  été  le  premier  pape  du  IIIe  siècle  qui  aurait 
fait  fléchir  à  cet  égard  la  discipline  pénitentielle11.  Hip- 
polyte  tient  un  langage  semblable  et  s'élève  avec  force 
contre  le  relâchement  qu'une  pareille  mesure  introduit 
dans  l'Église  :  repôiio:  (KaXXioro?)  -à  Tipô;  ta;  7)5ovdc;  rot; 
àv8paj7ro!Ç  £7revdï)crE,  XÉfaiv  7râTiv  Û7i'  a-j-roCi  àçiEaOai  <i(J.ap- 
Ti'a;1 2.On  a  nié  que  l'Église  romaine  ai  t  jamais  appliqué  aux 
adultères  une  discipline  aussi  rigoureuse,  sous  prétexte 
que  le  fait  n'est  attesté  que  par  Tertullien  et  Hippolyte. 
Mais  un  grand  pape,  saint  Innocent  I",  confirme  leur 
attestation  dans  sa  fameuse  consultation  à  Exupère  de 
Toulouse  (20  février  405)  :  comme  celui-ci  lui  demandait 
quelle  conduite  il  devait  tenir  vis-à-vis  des  fidèles  qui, 
adonnés  toute  leur  vie  à  l'incontinence  et  aux  voluptés, 
sollicitaient  sur  leur  lit  de  mort  tout  ensemble  la  péni- 
tence et  la  réconciliation  de  la  communion,  Innocent 
répond  :  «  Il  y  a  à  cet  égard  une  double  observance  : 
la  première  plus  dure,  la  seconde  plus  douce  et  tem- 
pérée de  miséricorde.  La  première  coutume  voulait 
qu'on  leur  accordât  la  pénitence,  mais  qu'on  leurretusàt 
la  communion.  C'était  le  temps  des  fréquentes  persé- 
cutions, et  il  y  avait  lieu  de  craindre  que  l'admission 
facile  à  la  communion,  qui  leur  assurait  la  réconciliation, 
ne  fut  pas  une  sauvegarde  contre  le  danger  d'une  chute. 
C'est  pourquoi  on  refusait  justement  la  communion  aux 
lapsi,  tout  en  leur  accordant  la  pénitence,  afin  de  ne 
pas  leur  refuser  absolument  tout.  Cette  rémission  plus 
sévère  était  une  nécessité  du  temps.  Mais  lorsque  Notre- 
Scigneur  eut  rendu  aux  siens  la  paix  de  l'Église  et  que 
tout  danger  eut  disparu,  il  plut  (à  nos  prédécesseurs) 
d'accorder,  en  vue  de  la  miséricorde  divine,  à  ceux  qui 
allaient  mourir,  la  communion  comme  une  sorte  de 
viatique,  afin  de  ne  pas  paraître  imiter  la  rigueur  et  la 
dureté  de  l'hérétique  Novatien,  qui  leur  refusait  le  par- 
don. Accordez  donc  tout  ensemble  la  pénitence  et  une 
dernière  communion,  afin  que  ces  hommes,  pénitents 
même  à  leur  dernière  heure,  échappent  à  la  mort  éter- 
nelle par  la  miséricorde  de  notre  Sauveur13.  » 

On  remarquera  que  la  question  de  l'évéque  de  Tou- 
louse ne  regardait  que  les  incontinents  et  les  adultères, 
et  que  la  réponse  d'Innocent  vise  surtout  les  lapsi.  C'est 
que  dans  sa  pensée,  évidemment,  le  même  régime  de 
sévérité  s'appliquait  jadis  aux  deux  catégories  de  cou- 
pables. Origène  et  Tertullien14  le  disent  formellement.  Il 
n'y  a  donc  pas  lieu  de  contester  que  les  adultères  aient 
été  exclus  de  la  réconciliation  à  Rome  avant  le  pon- 
tificat de  Calliste.  Il  semble  que  le  même  régime  ait  été 
en  vigueur  en  Gaule  à  la  lin  du  il»  siècle.  Saint  Irénée 
nous  parle.de  certaines  pécheresses  coupables  d'adul- 
tère et  nous  apprend  que  plusieurs  d'entre  elles  ont 
fait  pénitence,  mais  ne  dit  pas  qu'elles  soient  rentrées 
dans  l'Eglise  • 5.  Il  laisse  au  contraire  entendre  que  l'une 
d'elles  n'y  est  jamais  rentrée  :  -bi  ixr.xv-x  ypovov  éÇou.o- 
Xoyo-JtiÉvT]  oieté/ete  16.  Son  texte,  cependant,  n'est  peut- 
être  pas  tout  à  fait  décisif,  mais  l'usage  de  Home  et  de 
l'Afrique  suffit  pour  en  fixer  le  sens.  On  ne  peut  guère 
douter  que  l'Espagne  ait  adopté  de  bonne  heure  la  disci- 
pline qui  excluait  à  jamais  de  la  réconciliation  les  adul- 
tères. En  tout  cas,  vers  300,  le  concile  d'Elvire  déclare 
qu'on  ne  peut  les  admettre  à  la  communion,  même  à 
l'article  de  la  mort  :  plaïuit  eoa  nec  in  fine  accipere 
cominuiiii»iemi'!.  Enfin,  on  retrouve  ce  régime  jusque 
dans  la  Phrygie,  la  Paphlagonie,  et  en  d'autres  pro- 
vinces voisines,  vers  250.  Il  est  vrai  qu'en  ces  régions 

—  ,0De  oralione,  c.  xxvm,  /'.  (.'..  t.  xi,  col.  à'.?.'.  —  "  De  pudi- 
ciiiu.  c.  i,  P.  t.,  t.  n,  col.  981.  —  '*  Phitosophumcna,  1.  IX, 
c.  XII,  P.  G.,  t.  xvi,  col.  3385.  —  "  Ep  ad  Exsuperium,  c.  u, 
P.  L.,  t.  XX,  col.  499.  —  •«  Loc.  cit.  —  «  Hmres.,  1.  I,  c.  xill,7,P.fi., 
t.  vu,  col.  592.  —  "Hxres.,  1.  I,  c.  XIII,  3,  P.  G..  I.  vu.  col.  588. 

—  "Can   7  et  8,  dans  Mansi,  Concilia,  nouvelle  édit.,  t.  il,  p.  7. 


ADULTÈRE 


AFFRANCHISSEMENT 


Î54 


certains  évêqucs  admettent  à  la  pénitence  et  à  la  récon- 
ciliation les  fidèles  coupables  d'adultère.  Mais  d'autres 
ne  leur  accordent  que  la  pénitence,  et,  pour  le  reste, 
s'en  rapportent  à  Dieu,  qui  «  seul  a  le  pouvoir  de 
remettre  un  si  grand  péché  ».  Cette  mesure,  disent-ils, 
a  l'avantage  de  retenir  les  fidèles  dans  le  devoir  et  dans 
la  pratique  de  la  vertu1.  Question  dogmatique  à  part, 
il  reste  acquis  que  nombre  d'Églises,  pendant  une  cer- 
taine période  qui  a  dû  varier  selon  les  pays,  ont  refusé 
la  réconciliation  aux  adultères,  tout  en  leur  accordant 
la  pénitence. 

Le  pape  Calliste  (217-222)  a  changé  cette  discipline 
par  son  fameux  décret  que  l'érudition  moderne2  a 
essayé  de  reconstituer  :  Ego  et  mechim  et  fornicalionis 
delicta  pœnitentia  functis  dimitto3.La  principale  rai- 
son qu'il  allègue  en  faveur  de  sa  décision,  c'est  que  la 
pénitence  ecclésiastique  doit  porter  ses  fruits,  et  que  le 
fruit  de  la  pénitence,  c'est  la  venia,  c'est-à-dire  la 
«  paix  »,  la  «  réconciliation  »  avec  l'Église,  la  «  commu- 
nion »  *.  La  théorie  fut  vite  accueillie  en  Afrique,  mal- 
gré Tertullien,  car  saint  Cyprien  reprend  l'argument  de 
Calliste  à  peu  près  dans  les  mêmes  termes  dans  son  épitre 
à  Antonianus  :  Dum  fructus  pœnitentix  (renia:)  interci- 
pilur,  pœnitentia  ipsa  tollitur6.  Origène  lui-même,  si 
intransigeant  dans  son  traité  De  oralione,  comme  nous 
l'avons  marqué  ci-dessus,  est  plus  tolérant  dans  son 
traité  contre  Celse,  composé  vers  250  selon  Bardenhe- 
wer;  il  admet  tous  les  pécheurs,  même  ceux  qui  sont 
tombés  dans  l'incontinence  (y  compris  sans  doute  les 
adultères),  à  la  réconciliation,  après  une  épreuve  prolon- 
gée :  ojTot  SI  (ô;  àiTo).!i>).ÔTa;  v.ai  TeâvrjxdTocç  T(i>  Qîw  toÙ; 
\iiz'  àuôXyîiaî  r{  tivo;  àtÔTrcrj  vsv.v.su.Évo'j;,  toç  vexpoù; 
itev9oû<n,  xa'i  <I>;  êx  vsxpûv  àvatrrâvca;,  êâv  a?;ô'Aoyov 
èi/8s;|ovTat  [j.STaooX-rçv,  -/pôvu  ir).et'ovc  tmv  -/.oct'  àp/à; 
et<7aY9(Juvrov  uarspov  ttotc  ïrooGLEviac  s:;  o"Jôctj.;av  ap/T,v 
Y.cù  7rpoi7Ta(7;av  tti;  Às-fouiv^;  'ExxXvuTtaç  toù  0eoO  jtara- 
/éyovTî;  to'j;  <f>6i<ravTa;,  fAîTct  to  TtpcureXrjX'jôÉvac  tô>  >.dy<;>, 
sTtTacxÉvai c.  Si  le  régime  de  la  sévérité  demeura  plus 
longtemps  en  vigueur  en  Espagne,  il  fut  vivement  com- 
battu par  saint  Pacien,  évèque  de  Barcelone  (ive  siècle) 
dans  son  épitre  m  à  Sempronianus  7.  Le  pape  Corneille 
le  poursuivit  également  dans  la  Phrygie  et  les  régions 
avoisinantes,  dès  le  milieu  du  m0  siècle8.  Bref,  les  ad- 
versaires de  la  discipline  préconisée  par  Calliste  ne  se 
soutinrent  qu'en  formant  une  secte  à  laquelle  Novatien, 
héritier  du  montanisme,  donna  son  nom,  en  250.  Cette 
secte  avait  encore  ses  partisans  au  IVe  siècle,  comme  le 
prouve  le  traité  De  pœnitentia  de  saint  Ambroise,  et  la 
lettre  de  saint  Pacien  à  Sempronianus  que  nous  avons 
citée.  Mais  elle  finit  par  tomber  dans  le  discrédit,  et  dans 
toutes  les  églises  les  fidèles  coupables  d'adultère  ob- 
tinrent leur  réconciliation  après  une  pénitence  plus  ou 
moins  prolongée.  En  Asie  Mineure,  où  florissait  le  ré- 
gime des  stages  pénitentiels,  l'adultère  était  soumis  par 
les  canons  à  quinze  années  de  pénitence  publique,  quatre 
ans  dans  la  station  des  Pleurants,  cinq  ans  dans  celle 
des  Écoutants,  quatre  ans  parmi  les  Agenouillés,  deux 
ans  parmi  les  Assistants 9.  L'adultère  secret  de  la  femme 

*  Socrate,  Hist.  eccles.,  1.  IV.  c.  xxvm,  P.  G.,  t.  lxvii,  col. 
537.  —  SE.  Rolft's,  Das  Indulgenz-Edict  des  rômischen  Bischofs 
Katlist,  dans  Texte  und  Untersuchungen ,  1893,  t.  XI,  p.  3.  — 
'Tertullien,  De  pudicitia,  c.  I,  P.  L.,  t.  il,  col.  981.  —  'Tertullien, 
De  pudicitia,  c.  m,  P.  L.,  t.  n,  col.  986.  —  5C.  xxix,  P.  L.y  t.  m, 
col.  794;  et.  c.  xxvii-xxviii,  ibid.,  col.  793.  —  °  Contra  Celsurn, 
1.  III,  c.  li,  P.  G.,  t.  xi,  col.  987.  —  '  C.  i,  P.  /...  t.  xiii, 
col.  1063.  — 'Socratc,  Hist.  eccles.,  1.  IV,  c.  xxviu,  toc.  cit.  — 
,J  Basile,  Epist.  canon.  211.  cah.  58,  P.  G.,  t.  xxxn,  col.  797. 
—  10  Basile,  Epist.  canonica  199,  can.  34,  ibid.,  col.  728.  — 
11 E.  Biot,  De  l'abolition  de  l'esclavage  en  Occident,  in-8% 
Paris,  1840,  p.  313;  J.  Yanoski,  De  l'abolition  de  l'esclavage  en 
Occident,  in-8%  Paris,  1842;  Laitier,  Suppi-ession  de  l'esclavage 
par  le  christianisme,  dans  le  Correspondant,  1852,  t.  xxx, 
p.  577-606;  J.  Denis,  Histoire  des  théories  et  des  idées  morales 
dans  l'antiquité,  2  in-8",  Paris.  1856;  F.  Guizot,  Essai  sur  l'his- 


est  puni  moins  rigoureusement,  afin  qu'on  ne  puisse 
conclure  de  la  pénitence  à  la  nature  de  la  faute;  son 
crime  est  expié  dans  la  classe  des  Assistants 10.  Dans  les 
pays  qui  ne  connaissent  pas  le  régime  des  stages  péni- 
tentiels (et  c'est  la  grande  majorité  des  Églises),  la  durée 
de  la  pénitence  pour  l'expiation  de  l'adultère  est  fixe*- 
par  l'évêque  ou  par  le  prêtre  pénitencier. 

Nous  n'avons  pas  à  nous  occuper  ici  des  époux  cou- 
pables qui,  après  une  première  réconciliation,  retom- 
baient dans  un  nouveau  crime  d'adultère.  On  verra  ail- 
leurs quel  traitement  fut  appliqué  aux  relaps  dans 
l'Église  primitive. 

Bibliographie.  —  Petau,  De  pœnitentix  veleve  ir 
Ecclesia  ratione  Dialriba,  1022,  dans  Opus  de  theolo- 
gicis  dogmalibus,  Bar-le-Duc,  1870,  t.  vm,  p.  407  sq.; 
De  pœnitentia  et  réconcilia  tione  veteris  Ecclesix  mo- 
ribus  recepta  diatriba,  1633,  ibid.,  p.  677  sq.  (ce  se- 
cond ouvrage  est  sur  quelques  points  en  contradiction 
avec  le  premier);  Morin,  De  adntinistratione  sacra- 
menti  pœnitentix,  1.  IX,  in-fol.,  Anluerpico,  1682;  Har- 
nack,  Gescliichte  der  altchristlichen  Literalur,  in-8°. 
Leipzig,  1893,  t.  i,  lasc.  2,  p.  603;  Roi  Ils,  Das  hidul- 
gcnz-Edict  des  rômischen  Bischofs  Kallisl,  1893,  dans 
Texte  und  Untersuchungen,  t.  XI,  fasc.  3;  Funk,  Zur 
altchristlichen  Bussdisciplin,  dans  Kirchengeschicht- 
Uche  Abhandluhgen  und  Untersuchungen,  in-8°,  Pa- 
derborn,  1897,  t.  i,  p.  155;  Vacandard,  dans  la  Revue  du 
Clergé  français,  t.  xxi,  p.  28  sq.  ;  t.  xxiv,  p.  134  sq.,  241 
.-.([.;  La  pénitence  publique  dans  l'Eglise  primitive, 
in-16,  Paris,  1903,  p.  25  sq.  ;  Tunnel,  dans  la  Renie 
d'histoire  et  de  littérature  religieuses,  t.  v,  p.  205  sq. 

E.  Vacandard. 

AOViGILDUM.  Voir  Laudes. 

ADVOCATUS.  Voir  Defexsor. 
ADYTUS.  Voir  Chœur. 
AEDITU1.  Voir  Portiers 
AER.  Voir  Voiles  eucharistique 
AETOS.  Voir  Aigle. 

AFFRANCHISSEMENT.  -  I.  L'affranchi.  IL  La 

manumissio.  III.  Modes  de  manamissio.  IV.  Modes  pri- 
vés de  manumissio.  V.  L'affranchissement  et  les  inva- 
sions. VI.  L'aflranchissement  in  sacrosanctis  ecclesiis. 
VII.  L'affranchissement  per  hantradam.  VIII.  L'affran- 
chissement par  testament  et  autres  modes  d'affranchis- 
sements. IX.  Distinctions  entre  affranchis.  X.  Condition 
des  affranchis.  XL  Bibliographie. 

Entre  toutes  les  questions  que  les  jurisconsultes  et  les 
historiens  ont  tenté  d'éclairer,  celle  des  rapports  du 
christianisme  avec  la  législation  de  l'esclavage  aura  été 
l'une  des  plus  étudiées  et  il  ne  se  trouve  presque  aucun 
travail  qui  n'ait  subordonné  à  la  polémique  le  simple 
souci  de  l'histoire  ".  Nous  citerons  comme  exception  le 

toire  de  France,  in-12,  Paris,  1823,  p.  448;  G.  d'Espinay,  De 
l'influence  du  droit  canon  sur  la  législation  française,  in-8". 
Toulouse,  1856,  p.  27-34;  Ch.  Giraud,  Essai  sur  l'histoire  du 
droit  français,  in-8»,  Paris,  1845,  t.  I,  p.  374;  R.  Troplong.  D<> 
l'influence  du  christianisme  sur  la  législation  des  Romains, 
in-12,  Paris,  1866,  p.  157-164;  E.  Havet,  Le  christianisme  et  ses 
origines,  in-8",  Paris,  1871;  H.  Wallon.  Histoire  de  l'esclavage 
dans  l'antiquité,  in-8%  Paris,  1879,  t.  III,  p.  465;  P.  Allard,  Les 
esclaves  chrétiens,  in-12,  Paris,  1900;  C.  Accarias,  Précis  de 
droit  romain,  3*  édit-,  in-8",  Paris.  1867-1873,  t.  i,  p.  97  sq.  ; 
Lrening,  Geschichtc  des  Kirchenreclits,  t.  i,  p.  323,  573;  t.  Il, 
p.  229;  M.  Fournier,  Les  affranchissements  du  V  au  xtu'  siècle, 
dans  la  Revue  historique,  1883,  p.  1-58;  Essai  sur  la  forme  et 
les  effets  de  l'affranchissement  dans  le  droit  gallo-franc,  dans 
la  Bibl.  de  l'école  des  hautes  études,  fasc.  60,  1885.  Cl.  Fustel  de 
Coulanges,  Œuvres  complètes,  in-8%  Paris,  1891,  passim 


AFFRANCHISSEMENT 


556 


travail  de  H.  Lemonnier  '.  L'histoire  de  la  formation  de 
la-  condition  civile  n'a  p:i.s  suivi  une  marche  régulière- 
ment progressive  dans  tous  les  siècles  et  dans  tous  les 
pays.  On  voit,  de  nos  jours  encore,  des  peuples  dont 
l'affranchissement  n'est  pas  un  lait  accompli,  et  le  d.jsir 
d'y  aider  a  l'ait  imaginer  bien  des  systèmes  et  entrainé 
à  beaucoup  d'erreurs.  Il  semble  qu'il  ne  soit  pas  beau- 
(Oii])  moins  difficile  de  garder  un  parfait  désintéresse- 
ment à  l'égard  de  l'affranchissement  des  peuples  dans 
!es  temps  qui  nous  ont  précédés. 

La  législation  romaine,  comme  tous  les  produits  de 
l'homme,  a  subi  des  modifications;  cependant,  dans 
tout  le  cours  de  l'évolution  sociale  dont  elle  rédigea  des 
formules  à  des  dates  diverses,  elle  apparaît  préoccupée 
de  maintenir  ses  traditions  typiques  jusque  dans  le  dé- 
tail. De  là  une  gène,  une  lenteur,  une  timidité,  une 
maladresse  enfin  dont  les  lois  et  les  institutions  modi- 
fiées portent  la  trace  -. 

Il  faut  avoir  cette  remarque  présente  à  l'esprit  au 
cours  de  cette  étude. 

I.  Laffranchi.  —  Le  monde  antique  ne  connaissait 
que  deux  classes  d'hommes  :  les  esclaves,  servi,  et  les 
hommes  libres,  liberi.  Ceux-ci  formaient  à  leur  tour  deux 
classes  d'hommes  libres,  ceux  qui  l'ont  toujours  été,  in- 
gemti,  et  ceux  qui  ont  passé  par  l'esclavage,  liberti  ou  ii- 
bertini.  L'affranchissement  était  le  seul  mode  légal  de 
laisser  de  la  servitude  à  la  liberté0;  en  règle  générale  il 
était  accordé  à  la  suite  d'une  solennité  qu'on  appelle 
allranchissement,  manumitsioK  L'ingénu  tombé  en  ser- 
vitude pour  d'autres  causes  que  celles  que  prévoit  le 
droit  civil  ne  pouvait  perdre  sa  liberté  originaire  3;  ainsi 
il  pouvait  vivre  in  servitute,  victime  d'une  erreur  ou 
d'un  crime;  son  prétendu  maitre ne  pouvait  l'affranchir, 
i  mamtmissio  ne  trouvait  pas  sur  lui  matière  à  s'exer- 
cer. 

IL  La  maxvmissiq.  —  i<  L'usage  est  que  les  maîtres 
affranchissent  leurs  esclaves  en  toute  circonstance,  à  tel 
point  que  l'affranchissement  peut  avoir  lieu,  même  au 
passage  du  magistrat,  par  exemple  lorsque  le  préteur,  le 
proconsul  ou  le  président  de  la  province  se  rendent  au 
bain  ou  au  théâtre6.  » 

La  maituntissio  ne  produit  d'effet  qu'à  la  double  con- 
dition d'émaner  du  propriétaire  foncier  de  l'esclave  et 
d'être  accomplie  suivant  des  rites  prévus.  Cette  seconde 
condition  disparait  l'an  671  ou  672  de  Rome  par  l'effet 
de  la  loi  Julia  Xorbana;  néanmoins,  le  respect  des  types 
traditionnels  lui  garde  une  quasi-existence  en  ce  sens 
que  le  moiiumissns  affranchi  sans  solennité  demeurait 
dans  une  condition  inférieure;  il  était  libre  mais  n'avait 
pas  le  droit  de  cité.  Ceci  dura  jusqu'au  temps  de  Justi- 
nien. 

III.  MODES  I>f.  MANDJlIS6iO.  —  L'introduction  d'un 
esclave  dans  l'État  intéresse  tous  les  hommes  libres; 
c'est  pourquoi  la  mauitnnssio  n'est  réalisée  qui;  si  la 
volonté  du  peuple  s'accommode  du  dessein  généreux  du 
maître  de  l'esclave.  Ainsi  donc  toute  manuttiisstn  ne 
sera  rendue  efficace  que  par  l'adoption  de  l'un  des  modes 

4  H.  Lemonnier,  Etude  historique  sur  lu  condition  privée  des 
affranchit  aux  trois  premiers  siècles  de  t'empire  remam,  in-s  , 

Paris,  1887,  p.  25-28.  —  *Voa  Ibering,  L'esprit  du  droit  romain 
dans  les  diverses  phases  de  son  développement,  trad.  O.  de 
Meulensere,  1877,  t.  !,  p.  328-330.  — 3  Exception  faite  pour  les 
captifs  redevenus  libres  et  jouissant  du  Jus  posUimitiii,  Digest., 
1.  XLIX,  tit.  xv,  10  :  De  capt.  Pour  le  droit  de  Justinion  et  les 
nouvelles  exceptions,  Cod.  Justin.,  XII,  xxxiv:  Qui  miiit.  poss., 
Nov.    c.    XVII  :    Quomodo    servus    ordinari    pussit,    aitt  ail- 

scriptitius.  —  'Toute  ntatutmisgM  ne  donnait  pas  la  liberté: 
('..  Accarias,  Précis,  p.  82,  mie  :;.  —  :'  Institut.,  1.  I,  tit.  iv  :  De 
ingenuis;  Paul,  Sentent.,  I.  V,  tit.  i,  2.  —  "Institut.,  1.  I,  tit.  V  : 
De  liturtinis  ;  Gains,  Institut,  connu..  1.  I,  x\.  —  ■  J.  Cinin- 
pini,  Yetera  inonimenta,  in  quibus  pnveipue  inusica  opéra 
sacrarum  projanaruiuque  wxlium  structura...  iUustrnntur,\n- 
fol.,Romae,  1690,  pi.  XXJli;  De  Rossi,  Huit,  di  areli.  crest.,  1871, 
p,  47,  —  'Cf.  C.  Accarias,  toc.  cf..  p.  09  .-j.  —*C.  Accarias, 


d'affranchissement  prévus,  per  vindiclam,per  censum, 
per  testamentum. 

4°  L'affranchissement  per  vindictam  est  une  fiction 
légale.  Un  maître  qui  veut  faire  affranchir  son  esclave 
se  fait  actionner  en  justice  par  un  tiers  qui  affirme  la 
liberté  de  l'esclave  et  lui  impose  la  lance  en  bois,  sym- 
bole de  la  propriété7.  Le  maitre  interrogé  par  le  ma- 
gistrat déclare  qu'il  ne  revendique  pas,  ou  bien  encore 
garde  le  silence.  Alors  le  magistrat  prononce  Vaddictio, 
l'esclave  est  libre  8. 

Cet  artifice  était  préféré  aux  deux  autres  modes  d'af- 
franchissement comme  plus  pratique  et  plus  avanta- 
geux. 

2"  L'affranchissement  ceiisu  n'était  réalisable  que  tous 
les  cinq  ans,  puisque  tel  était  l'intervalle  entre  deux  cens 
successifs.  Il  était  inconnu  dans  les  provinces;  à  Rome 
même  il  tomba  en  désuétude  sous  l'empire.  Ses  effets 
donnaient  lieu  à  controverse  entre  les  jurisconsultes.  En 
effet,  l'esclave  s'allait  taire  inscrire,  par  ordre  du  maitre, 
sur  les  registres  du  cens,  à  titre  de  citoyen  romain;  il 
s'agissait  de  savoir  si  la  liberté  lui  était  acquise  par 
l'effet  immédiat  de  cette  inscription  ou  seulement  après 
la  clôture  du  lustre. 

Ce  mode  d'affranchissement  fut  remplacé  sous  Cons- 
tantin par  l'affranchissement  in  sacrosanctis  ecclesiis. 
«  Rien  avant  ce  prince,  c'était  un  usage  des  chrétiens 
de  déclarer  dans  l'église,  en  présence  du  peuple  et  de 
l'évèque,  leur  volonté  d'affranchir  tel  esclave.  Mais  cette 
manifestation  de  la  volonté,  toute  solennelle  qu'elle  était, 
ne  pouvait  avoir  d'autre  résultat  que  de  donner  à  l'es- 
clave une  liberté  de  fait;  il  vivait  in  libertate  sans  être 
devenu  légalement  libre.  Constantin,  érigeant  cet  usage 
en  un  mode  régulier  d'affranchissement,  l'assimila 
quant  à  ses  effets  aux  autres  modes  reconnus  par  le 
droit  ancien  °.  » 

Ce  fut  par  l'effet  de  ce  respect  superstitieux  pour  les 
traditions  que  le  droit  romain  s'accommoda  assez  vite 
d'une  modification  fort  grave  en  principe,  mais  habile- 
ment dissimulée.  L'évèque  tint  la  place  du  magistral, 
l'assemblée  des  fidèles  remplaça  le  peuple;  cependant 
ces  fonctionnaires  improvises  en  prirent  assez  libre- 
ment avec  la  tradition.  On  choisit  de  préférence  les  di- 
manches, les  féles  qui  suspendaient  les  procédures  ordi- 
naires, plus  particulièrement  la  fête  de  Pâques10. 

L'acte  dressé  en  pareil  cas  remplaçait  l'ancien  instru- 
ment uni  manumissionis.  Il  parait  avoir  été  obligatoire". 
En  tète,  on  mentionnait  les  trois  lois  de  Constantin  sur 
la  matière12.  Saint  Augustin  fait  allusion  à  ce  mode 
d'affranchissement  lorsqu'il  dit  :  Sereiim  tuum  manu- 
nul  tendu, n  manu  ducts  in  ecclesiatn.  Fit  silenlium  ; 
libellas  Utue  recitatur,  ont  fit  desideru  tut  pi-osecutio. 
Dicis  te  tenmm  numumittere,  fnad  tibi  in  omnibus 
tervaverit  fidetn.  Une.  diligis,  hoc  honoras,  hoc  douas 
pnenào  libertmtu  ,s. 

Dans  un  autre  discours,  saint  Augustin  raconte  qu'un 
diacre  d'Hippone.  avant  de  devenir  clerc,  avait,  sur  se- 
économies,  acheté  trois  esclaves;  [dus  tard,  n'ayant  plus 

loc.  cit.,  p.  101-102;  trois  lois  de  Constantin  :  1*  Cod.  Just.,  1.  I, 
lit.   Mil,  1;  2'  en  316,  Cod.  .lest..  1.  I,  tit    un,  1;  3*   en  3-21. 

C,.,/.  The,„l..  1.  IV.  tu.  vil,  1.  —  '°  C-./.  Jus!..  1.  III,  tit.  xil  :  De 
feriis;  (.'ci'.  Just..  1.  I,  tit.  xin  :  De  las  qui  in  BcotawMê  manu- 
mittuntur;  Heuchaïul,  Examen  d  une  opinion  de  Jacques  Gode- 
l'roi  sur  les  af)  raniliissernents  il.  s  esclaves  <iui  se  taisaient  dans 
l.-s  ei/lises.  ilims  les  Mon.  Je  Cacud.  des  inscr.  et  bellcs-lell   >f. 

1789,  t.  xl,  p.  11940;  J.  Roder,  De  more  veterum  toemi  di 

enclos   in    fcstis,   in-V,    i"psal;e,    17(17,    p.   14.   Cf.    P.   Foucarl. 

\i.  maire  sur  Paffrtmchiaeement  ia  par  forme  m 

vente  à  une  dicinitc,  d'après  les  inscriptions  de  Delpltes.  in-8\ 
Paris,  1867.  —  "  Cod.  Just.,  1. 1,  tit.  Xlll  :  De  h, s  qui  in  Ercl.,  1  : 
h.tcrpouatur  scriplura  in  i/ua  ipsi  rice  test  m  m  signet,  an- 
née 316.  -  "SMUttèna,  Ilist.  ceci..  1.  I,  c.  i\,  P.  C...  t.  i.xvu.  col. 
ss,  -,,.  i  s.,  kagastin,  Serin.,  xxi,  6,  P.  /...  t.  xxxviu.  col.  1  te. 
Ct,  R.  A.  Van  Heotn,  De  tnanuniissiombus  M  sacr.  ecclesiis, 
in-V,  Traj.  ad   lUi.,  DI  p. 


£57 


AFFRANCHISSEMENT 


rien  à  donTet"  aux  pauvres,  il  donna  la  liberté  à  ces  trois 
serviteurs  et  les  fit  affranchir  par  devant  l'évêque1. 

L'affranchissement  in  sacrosanctis  ecclesiis  lut  assi- 
milé depuis  316  jusqu'en  321  à  la  manurnissio  non  so- 
lennelle; une  loi  de  321  déclara  que  les  esclaves  ainsi 
affranchis  seraient  citoyens  comme  si  on  avait  employé 
à  leur  égard  la  solennité  des  formes  légales.  Nous  avons 
dans  les  oeuvres  d'Ennodiusune  formule  prononcée  dans 
une  assemblée  chrétienne  par  devant  l'évêque.  Ennodius 
est  probablement  l'auteur  ùecepetitorium  ainsi  conçu  : 
<(  Je  veux  être  pour  mon  esclave,  dit  le  maître,  ce  que 
je  souhaite  que  Dieu  soit  pour  moi.  C'est  pourquoi  je 
prie  Votre  Béatitude  d'accorder  le  droit  de  cité  romaine 
à  Gérontius,  dont  j'ai  apprécié  la  fidélité,  la  vertu,  l'hon- 
nêteté. Je  veux  être  moins  l'auteur  que  le  témoin  de  cet 
affranchissement.  La  manière  dont  il  m'a  servi  fait  voir 
qu'il  n'a  pas  une  nature  servile;  je  ne  lui  octroie  pas 
Sa  liberté,  je  la  lui  rends  plutôt.  Avant  de  posséder  le 
nom  de  libre,  il  l'a  mérité.  Je  lui  remets  donc  les  ser- 
vices qu'il  me  devait  et  je  lui  restitue  la  liberté,  dont 
il  s'est  montré  digrte  par  sa  vie.  Je  demande  à  cette 
assemblée  que,  par  l'action  de  l'Église,  il  soit  relevé  de 
toute  infériorité,  et  puisse  jouir  à  jamais  du  droit  de 
cité  romaine  et  du  pécule  que  je  lui  laisse  sans  en  rien 
diminuer.  11  serait  inique  de  lui  retirer  quelque  chose 
de  la  petite  fortune  amassée  par  lui;  je  promets,  au 
contraire,  de  l'augmenter  plus  tard  par  mes  libéralités  2.  » 
On  ne  saurait  méconnaître  au  milieu  de  celte  prolixité 
un  sentiment  d'exquise  courtoisie  à  l'égard  de  l'affran- 
chi et  une  gravité  de  forme  substituée  à  l'antique  rituel 
un  peu  badin  avec  la  vïndicta  et  la  vertigo,  un  soufflet 
et  une  pirouette.  Cujas  rapporte  une  inscription  placée 
au-dessus  de  l'une  des  portes  de  la  cathédrale  d'Orvieto; 
on  y  lisait  ceci,  dit-il  :  EX  B£N£FICIO  S+  P£R  IOAN- 
N£M  GPISCOPVM  £T  P£R  ALB£RTVM  S+  CASA- 
NATVM  FACTVS  EST  LIB£R  L£MTB£RTVS  T£ST£ 
HAC  SANCTA  ECCLESIA^. 

L'antiquité  païenne  avait  connu  et  pratiqué  le  mode 
d'affranchissement  des  esclaves  par  forme  de  vente  à 
une  divinité4,  «  mais  il  faut  le  reconnaître,  ces  affran- 
chissements n'ont  été  inspirés  ni  par  une  idée  morale, 
ni  par  un  sentiment  religieux.  Ce  genre  d'affranchisse- 
ment n'est  pas  particulier  à  Apollon;  on  a  retrouvé  des 
actes  analogues  dans  les  temples  d'Esculape  à  Sitiris  et 
à  Elatée,  de  Sérapis  à  Chéronée,  à  Tithorée,  à  Coronée; 
de  Bacchus  à  Naupacte,  de  Minerve  Poliade  à  Daulis  et 
même  de  Vénus  Syrienne  à  Phiscis  comme  le  montre 
une  inscription  récemment  découverte  en  Étolie  :;.  C'était 
la  divinité  de  chaque  ville  dont  le  temple  servait  à  ces 
affranchissements  6.  »  Un  contrat  véritable  interve- 
nait entre  le  dieu  et  le  vendeur  qui  lui  donnait  ses 
esclaves  trop  vieux  pour  servir  ou  trop  jeunes  pour 
être  utiles;  si  l'esclave  était  dans  la  force  de  l'âge,  le 
maître  stipulait  quelques  conditions  qui  n'étaient  qu'à 
son  avantage.  Les  esclaves  préféraient  beaucoup  le  ser- 
vice des  dieux  à  celui  des  hommes,  cependant  cette  pra- 
tique fut  toujours  localisée  à  Delphes  et  dans  les  contrées 
voisines;  ainsi  ces  affranchissements,  quel  qu'en  fût  le 
nombre,  ne  pouvaient  amener  l'extinction  de  l'esclavage. 
Pour  mieux  sentir  ce  qui  a  manqué  à  ces  actes  d'affran- 
chissement et  ce  qui  les  a  rendus  stériles  pour  le  pro- 
grès de  l'humanité,  qu  on  les  compare  à  un  acte  d'affran- 
chissement de  l'époque  chrétienne  (354  après  Jésus- 
Christ),  retrouvé  sur  un  papyrus  de  la  Haute-Egypte. 

'S.  Augustin,  .S'en)!.,'  cclvi,  P.  L.,  t.  xxxix,  col.  1576.  — 
'Ennodius,  Petitorinm  quo  absolutus  est  Gérontius  puer  Aga- 
piti,  P.  L.,  t.  lxiii,  col.  258.  —  3  Cujas,  Notx  ad  libros  quatuor 
Institut.  Justiniani,  édit.  Fabrot,  in-lol.,  Parisiis,  1658.  Ct. 
M.  Fournier,  Essai,  p.  79.  —  -»P.  Foucart,  Mémoire  sur  Caffran- 
■chissement  des  esclaves  par  forme  de  vente  à  une  divinité, 
d'après  les  inscriptions  de  Delphes,  dans  les  Archives  des 
missions  scientifiques,  II*  série,  t.  m,  p.  375  sq.  —  5Bazin.  Mé- 
moire sur  {Etolie,  dans  les  Archives  des  missiuns  scientifiques, 


Cet  affranchissement,  sous  forme  de  déclaration  adressée 
aux  esclaves,  est  ainsi  conçu  : 

'Ouo^ofài  âv.o-jirito;  y.a:  aùOatpItto;  xat  àu.£Tavo7iTu>ç  àçi- 

[vtévat  Ou.â; 
à).î,oO£po\jç...y.aT'    t\>sl&lxi    tov    îrave}er,{Mivo;    ©eo-j...xai 

[av6'  ûv 
èvï8î£?(oiî0ï  (J.ol  xarà  jjpôvov  sùvoc'aç  -/.a".  <7Topyr,ç  sti  te  xai 

[•jitïjpeffîaç 
...xoù   U.T)   èËîorai  8è  ji/flôevi   Tàiv    Èu,<ôv  x).ï)povâu.u>v  ânai; 

àvn^iyeiv  Va'J  Tayrir)  ttj  vjrsitit'.-x  îispi  ■".ïjôsvàç  y-atà  (j-r^éva 

[TpÔ7IOV. 

«  Je  déclare  volontairement,  de  mon  plein  gré  et  sans 
regret,  que  je  vous  rends  la  liberté...  par  piété  envers 
le  Dieu  plein  de  miséricorde...  et  par  reconnaissance 
pour  la  bonne  volonté  que  vous  m'avez  toujours  mon- 
trée, pour  votre  affection  et  vos  services...  et  qu'il  ne  soit 
permis  à  aucun  de  mes  héritiers  de  s'opposer  à  cet  acte 
de  piété  à  l'égard  d'aucun  de  vous  et  d'aucune  façon  7.  » 

3°  L'affranchissement  per  teslamentum  avait  lieu  di- 
rectement ou  par  fidéicommis.  Ces  deux  formes  diffé- 
raient entre  elles  profondément,  car  la  liberté  directe  ne 
pouvait  être  donnée  par  le  testateur  qu'à  son  esclave;  la 
liberté  fideicommissaire  pouvait  être  donnée  même  à 
l'esclave  d'autrui;  l'héritier  avait  la  charge  de  l'acheter 
et  de  l'affranchir;  s'il  n'y  réussissait  pas,  le  droit  clas- 
sique tenait  le  fidéicommis  pour  éleint.  Justinien  lui 
laisse  vigueur  jusqu'au  jour  où  l'héritier  pourra  s'ac- 
quitter de  sa  commission. 

«  L'affranchissement  peut,  dans  une  certaine  mesure, 
être  comparé  à  la  procréation.  L'esclave  devenu  libre 
lient  de  son  maître  non  pas  l'existence  physique,  mais 
la  vie  civile.  Chose  lout  à  l'heure,  il  est  devenu  homme 
par  le  bienfait  de  son  maître;  en  ce  sens,  il  est  l'œuvre 
du  patron  8.  »  Il  lui  emprunte  le  nom  9,  Vorigo  10,  le  do- 
micile11 et,  dans  une  certaine  mesure,  la  généalogie. 

IV.  Modes  privés  de  manuuissio.  —  1°  Per  cpislolam . 

—  Le  maître  se  trouvant  loin  de  son  esclave  lui  écrivait 
qu'il  lui  permettait  de  vivre  désormais  en  liberté. 

2°  Jnter  amicos.  —  Simple  déclaration  du  maître  de- 
vant témoins.  L'empire  vit  apporter  à  ces  dispositions  un 
grand  nombre  de  modifications;  plusieurs  furent  intro- 
duites par  pur  privilège  et  on  ne  saurait  en  dresser  ici 
la  trop  longue  liste.  Parmi  les  plus  dignes  d'attention, 
il  faut  signaler  une  loi  de  321  (Constantin)  qui  accorde 
au  clerc  le  droit  d'affranchir  son  esclave  et  d'en  faire 
un  citoyen  romain,  même  en  dehors  de  l'assemblée  des 
fidèles  et  de  toute  solennité  légale. 

La  législation  de  Justinien  amena  plusieurs  réformes 
importantes.  Elle  laissa  subsister  les  affranchissements 
viudicta,  in  sacrosanctis  ecclesiis  et  testamento.  Dans 
deux  cas,  enrôlement  de  l'esclave  dans  l'armée  ou  en- 
trée dans  la  cléricature,  le  maître  conférait  l'ingénuité. 
Plus  tard,  Justinien  effaça  complètement  l'infériorité 
sociale  des  aflranchis.  En  définitive,  à  la  dernière  épo- 
que du  droit  romain,  il  ne  reste  plus  rien,  en  l'espèce, 
des  prescriptions  du  droit  classique.  Tous  reçoivent  le 
droit  de  cit«,  l'âge  de  trente  ans  n'est  plus  requis  pour  le 
libertus,  la  manurnissio  est  ou  n'est  pas  solennelle.  C'était 
un  bouleversement.  L'esclave,  par  l'acte  particulier  du 
maître,  sans  l'intervention  de  la  cité,  devenait  citoyen  l2. 

Dans  les  lois  de  Valentinien,  de  Théodose  et  de  Justi- 
nien la  tendance  à  multiplier  les  causes  de  libération  ne 

nouv.  série,  t.  I,  1804;  P.  Dccharme,  Recueil  iTinseriptions 
inédites  de  Béotic,  dans  les  Archives  des  miss,  scieutif.,  nouv. 
série,  t.  m,  1866,  p.  486  sq.  —  "  P.  Foucart,  lac.  cit.,  p.  417.  — 
1  P.  Foucart,  loc.  cit.,  p.  419  sq.  —  »  C.  Accarias,  loc.  cit.,  p.  104. 

—  "Tertullien,  De  resurr.  carnis,  57,  P.  L.,  t.  Il,  col.  927.  — 
10  C.  Accarias,  loc.  cit.,  p.  90,  note  3.  —  "  Digest.,  1.  L,  tit.  I  :  Ad 
municipalem,  3-6.  —  12Cf.  W.  A.  Loon,  Eleutheria,  sive  de  tna- 
num.  servorum,  passim;  de  Burigny,  Sur  les  affranchis,  dans 
les  Mém.  de  l'acad.  des  inscriptions,  1774,  t.  xxxvn,  p.  513-340. 


550 


AFFRANCHISSEMENT 


r""-v 


se  dissimule  plus.  L'esclave  mutilé  —  quelque  prétexte 
qu'on  invoquât  — était  libéré  '.  L'esclave  délateur  fut  lui 
aussi  libéré,  au  moins  dans  certains  cas,  ou  bien  si  la 
délation  tombait  sur  un  païen  -.  L'esclave  circoncis  par 
un  juif  devenait  libre,  l'esclave  d'un  hérétique  devenait 
libre  en  se  convertissant '.  Il  semble,  en  parcourant  cette 
législation,  que  ses  auteurs  n'aient  que  bien  peu  songé 
aux  règles  éternelles  de  l'équité. 

En  ce  qui  regardait  l'entrée  dans  la  cléricature  ou 
dans  la  vie  monastique,  la  libération  souffrit  longtemps 
des  difficultés4;  on  finit  par  où  l'on  aurait  dû  commencer, 
en  prescrivant  l'autorisation  préalable  du  maître  de 
l'esclave;  mais  il  arriva  que  des  maîtres  introduisirent 
leurs  esclaves  dans  l'Église  et  les  firent  promouvoir  aux 
ordres  sans  renoncer  à  leurs  droits  afin  de  tirer  bénéfice 
de  la  part  double  (sportula)  qui  était  attribuée  dans  les 
distributions  publiques  aux  membres  du  clergé,  à  partir 
d'un  certain  degré  de  la  hiérarchie5. 

Justinien  régla  que  l'esclave  et  l'homme  libre  qui 
entraient  dans  un  monastère  devaient}'  subir  un  noviciat 
de  trois  ans.  «  Si  un  maître,  dit  la  Novelle,  vient  récla- 
mer comme  son*  esclave  le  novice  qui  est  dans  le  monas- 
tère depuis  moins  de  trois  ans,  le  supérieur  doit  exiger 
du  réclamant  la  preuve  que  le  novice  est  esclave,  et  qu'il 
a  pris  la  fuite  après  avoir  commis  quelque  délit,  et  si  le 
maître  fait  cette  preuve,  l'esclave  doit  lui  être  rendu. 
Mais  si  aucun  délit  n'est  prouvé,  bien  qu'il  soit  certain 
que  le  novice  était  esclave;  si,  au  contraire,  il  est  établi 
par  d'autres  témoins  que  sa  vie,  dans  la  maison  de  son 
maître,  avait  été  pure  et  honorable,  et  si  dans  le  monas- 
tère sa  conduite  a  été  bonne,  il  doit  y  être  conservé,  en- 
core que  le  délai  de  trois  ans  ne  soit  pas  expiré,  et 
après  ce  délai  il  peut  être  admis  à  la  profession  monas- 
tique6. »  Rendu,  il  ne  pouvait  être  châtié.  L'esclave 
devenait  libre  et  ingénu  par  l'ordination,  sur  le  consen- 
tement exprimé  ou  tacite  de  son  maître;  mais  si  ce  der- 
nier avait  ignoré  l'ordination,  il  avait  le  droit  de  récla- 
mer son  bien  pendant  le  délai  d'un  an.  Ce  délai  écoulé, 
l'ordination  avait  son  plein  ell'et,  l'esclave  était  libéré". 
Si  l'ancien  esclave  renonçait  à  la  vie  monastique  ou  clé- 
ricale, il  pouvait  être  réduit  à  son  ancien  état8. 

Le  vieil  édifice  juridique  est  à  peine  reconnaissante. 
Les  lois  anciennes  ne  sont  plus  guère  alléguées  quand 
elles  ne  sont  pas  rapportées.  Justinien  acheva  cette  trans- 
formation en  affranchissant  une  multitude  d'hommes 
souvent  indignes,  presque  toujours  incapables  de  la 
liberté.  Il  semblait  que  l'antique  grandeur  de  Rome  ne 
dût  périr  que  par  les  coups  que  depuis  cinq  cents  ans 
ses  empereurs  lui  portaient.  Cette  invasion  servile  acheva 
de  compromettre  les  destinées  de  l'empire. 

On  substituait  à  la  raison  écrite  la  sensibilité.  Justi- 
nien ne  cherchait  plus  qu'à  affranchir  le  plus  grand 
nombre  possible  d'esclaves  :  «  Il  établissait  à  ce  propos, 
dit  M.  Wallon,  une  sorte  d'enchères  :  celui  qui  pro- 
mettait, les  deltes  (du  testateur)  une  fois  payées  le  plus 
d'affranchissements,  emportait  l'adjudication  °.  » 

Les  graves  modifications  apportées  par  Justinien  à  la 

'  Cod.  Just.,  I.  IV,  lit.  xi. u  :  De  eunuchis.  —  e  Cod.  Just., 
1.  VII,  tit.  xiii  :  l'rn  quibus  rausis  servi  pro  prxmio  libert.  ac- 
cipiunt  :  dénonciation  des  crimes  de  musse  monnaie,  rapt,  dé- 
sertion. —  3  Coil.  Ju.it..  1.  I,  tit.  x  :  Ne  christianum  mancipium 
liœrct.  habeat,  année  417.  —  *  S.  Grégoire  de  Nazianze,  Ejùst.. 
i.xxix,  P.  G.,  t.  xxxvn,  col.  149  sq.  Cf.  Conctt.  Chalcedon., 
ann.  451,  can.4,  dans  J.  Hardouin,  Concilia,  t.  Il,  col.  603 
Just.,  1.  II,  tit.  m,  38;  S.  Basile,  Regulor  fusius  tractatœ,  11, 
P.  G.,  t.  xxxi,  col.  9ï7;  S.  August.,  De  opère  mtmachor.,  x\u. 
P.  L.,  t.  xi.,  col.  668.  —  *  Cod.  Just..  1.  I.  tit.  m.  Dr  episco- 
pis,  37,  1,  et  38.  •-  'Novell.,  v.  tit.  u,  1;  Flodoard,  Hist.  Il<-- 
vtrnsis,  1.  III,  c.  vu,  P.  1...  t.  cxxxv,  col.  147.  —  '  Justin, 
CWIII,  xvn  :  Quomodo  serons  ordinari  i>ossit.  <mt  adscripti- 
tius.  -  •  MweK.,  V  et  CXXHI,  xvn.  —''Cod.  Just.,  1.  VII,  lit.  n, 
15  :  De  testamentaria  manumissione:  H.  Wallon,  Histoire  de 
l'esclavage,  t.  m,  p.  423.  Le  concile  de  Rome,  tenu  par  S.  Gré- 
goire en  595,  aggravait  encore  ces  dispositions  en  taisant  de  l'en- 


jurisprudence  étaient,  au  contraire,  d'une  sagesse  incon- 
testable. «  Il  accomplissait  pour  les  affranchis  ce  qu'au- 
trefois Caracalla  avait  décrété  pour  les  hommes  libres- 
de  l'empire  :  le  nom  de  citoyen  fut  partout,  dans  les 
actes  particuliers  et  dans  les  lois,  substitué  à  celui  de 
latin.  Justinien  concéda  même  de  plein  droit  et  par  une 
mesure  générale  aux  affranchis  la  faveur  de  porter  l'an- 
neau d'or  et  cette  grâce  de  la  réhabilitation,  que  les- 
princes  s'étaient  réservé  d'accorder  exceptionnellement 
et  par  privilège.  S'il  y  avait  encore  des  esclaves,  ii 
n'y  avait  donc  plus  d'affranchis  :  tous  étaient  ingénus,  et 
le  prince  voulait  leur  en  assurer  les  droits,  sans  suppri- 
mer d'ailleurs  ceux  du  patronage  :  car,  pour  encourager 
à  la  libération  des  esclaves,  il  ne  devait  point  anéantir 
les  avantages  que  l'intérêt  des  maîtres  pouvait  encore  s'y 
ménager.  Et  ainsi,  quand  il  reproduit  les  lois  anciennes 
sur  les  devoirs  des  affranchis,  quand  il  règle  le  partage 
de  leur  succession,  il  ne  dément  pas  le  travail  entier  de 
sa  législation  et  tous  les  efforts  de  son  règne;  il  est  en- 
core fidèle  à  cette  règle  d'Ulpien  qu'il  rappelle  ailleurs 
à  ses  ministres  pour  la  faire  appliquer  â  son  propre  do- 
inaine  :  «  qu'une  question  d'argent  ne  doit  point  nuire 
à  la  cause  de  la  liberté  10.  » 

V.  L'affranchissement  et  les  invasions.  —  Il  est 
évident  que  les  grands  mouvements  de  peuples,  connus 
généralement  sous  le  nom  d'invasions  des  barbares  et  de 
grande  invasion,  ont  amené  depuis  le  commencement  du 
V  siècle  plusieurs  modifications  sociales  et  économiques 
très  importantes  et  durables.  Parmi  ces  modifications 
l'affranchissement  semble  ne  devoir  tenir  qu'une  place 
effacée.  Ce  qui  va  se  produire,  sur  ce  point  particulier, 
ne  différera  pas  essentiellement  de  ce  que  l'on  a  vu  se 
produire  â  l'époque  qui  précède.  Les  textes  le  prouvent. 
Certaines  formules  graves,  comme  sont  les  titres  57-G3 
de  la  loi  des  Ripuaires,  ne  sont  qu'une  intercalation  tar- 
dive de  la  première  moitié  du  VU"  siècle  u  dont  nous  trou- 
vons l'inspiration  et  les  sources  elles-mêmes  dans  la 
législation  canonique  des  conciles.  Les  lois  particulières 
des  Burgondes,  dis  Wisigoths,  des  Lombards  ne  con- 
tiennent que  des  textes  morcelés  et  dont  la  mise  en 
œuvre  réclame  la  plus  rare  prudence;  ce  ne  sont  d'ail- 
leurs que  les  «  coutumiers  »  du  temps.  Au  contraire, 
les  capitulaires  ont  une  portée  plus  haute;  mais  leur 
influence  dure  peu13.  Les  canons  des  conciles,  comme 
tous  les  textes  législatifs,  doivent  être  soumis  à  une  cri- 
tique d'une  nature  particulière.  Il  laut  s'assurer  dans 
quelle  mesure  ils  furent  exécutés,  ce  que  l'on  jugera 
d'après  le  retour  plus  ou  moins  fréquent  des  dispositions 
qu'ils  édictent;  alors  on  pourra  conclure,  avec  quelque 
chance  do  vérité,  que  les  canons  le  plus  souvent  renou- 
velés représentent  le  mieux  l'état  opposé  à  la  réaliti 
faits.  Il  faut  prêter  moins  d'attention  aux  formules.  Ce- 
formes  de  chancellerie  n'appartiennent  qu'à  l'histoire 
mentale  de  quelques  particuliers.  Leur  répétition  pendant 
des  siècles  est  affaire  de  vogue  d'abord,  de  routine  ensuite. 

On  ne  s'attardera  pas  ici  aux  considérants  invoqués 
pour  expliquer  tel  ou  tel  acte  d'affranchissement11;  ces 

trée  dans  la  vie  monastique  une  cause  de  liberté,  sans  autre 
recours  au  consentement  des  maîtres.  —  10H.  Wallon,  Hist.  de 
l'esclavage  dans  l'antiquité,  t.  ni,  p.  425.  —  "  H.  Sobm,  I  ■- 
ber  die  Entstehvng  der  lex  ripuaria,  dans  Zeitschrift  fur 
Rechtsgeschichte,  t.  v,  p.  380;  Schroedor,  Die  Franken  m  I 
ihr  Redit,  dans  Savigng  Stiftung,  18S  I  «Thêve- 

nin,  Lex  et  Capitula,  dans  Mélanges  publiés  par  VÉcoU:  des 
s-Etudes,  in-8-,  Parte*  1879.  —  ,SE.  de  Rosière,  For- 
mules, n.  i.xii.  i.xm,  i  xvi,  i.xxvi:  Arttusic.  I.  aan.  441,  can.  7, 
dans  Labbc,  Concilia,  t.  m,  col.  1M8;  Agath.,  ann.  506,  can.  29, 
ibid., t. rv.coL  1881  ;AweL  V,  ann.  541,  can.  7.  ibid., t.  v, col.  390; 
S.  Grégoire  le  Grand,  Epist..  \i.  12,  P.  Ci..  1. 1  xxvu,  col.  803  ;K.  de 
Roziére,  loc.  cit.,  n.  i.xix.  i.xm.  i  \\\\ .  i  \xx\  ni,  i.xxxix,  xcv  : 
ViM  .S.  Bathildis,  dans  lire,  des  hist.  d  ni,  p.  573; 

Yita  S.  Eptadii,  ibid..  t.  m,  p.  381;  Vita  S.  Uauri,  ibid.,  t. m 
p.  ',17:  Vita  S.  Romarici,  ibid.,  t.  m,  p,  495;  L.  d'Àchery, 
Spicilcgium,  t.  v,  p.  51. Cf.  M.  Fournier,  loc.  cit.,  p.  11-12,  uoles- 


AFFRANCHISSEMENT 


sortes  d'arguments  relèvent  du  sentiment  plus  que  de 
l'histoire  i. 

Le  fait  économique  et  social  le  plus  grave  dans  l'his- 
toire des  origines  du  christianisme  fut  l'attitude  qu'il 
eut  à  prendre  dans  la  question  de  l'esclavage.  Les  cou- 
rants d'idées  qui  emportaient  certains  esprits  et  certains 
groupes  ne  paraissent  pas  les  avoir  jamais  amenés  à 
aborder  cette  question  sous  une  forme  aussi  précise  que 
lorsque  le  débat  s'ouvrit,  il  y  a  quarante  ans,  en  Amé- 
rique. Nul  ne  peut  prévoir  ce  qui  fût  sorti  d'un  mouve- 
ment dirigé  par  un  Yindex  ou  un  Sertorius  chrétien. 
De  très  bonne  heure  un  cas  fut  posé;  l'apôtre  saint 
Paul  le  résolut  par  la  négative.  L'esclave  fugitif  fut 
renvoyé  à  son  maître;  les  tempéraments  introduits 
dans  le  traitement  fait  à  Onésime  sont  purement  acci- 
dentels. Afin  de  ne  pas  aggraver  une  situation  déjà  tort 
précaire,  les  chefs  des  Églises  paraissent  généralement 
chercher  une  conciliation  entre  le  respect  de  ce  qui 
existe  et  la  charité  à  l'égard  de  ceux  qui  en  sont  les  vic- 
times. Les  Constitutions  apostoliques  et  saint  Ignate 
d'Antioche  montrent  que  l'on  employait  une  partie  des 
biens  offerts  aux  églises  en  rachat  d'esclaves2.  A  Rome, 
on  pratiqua  quelquefois  des  substitutions.  «  Nous  avons 
connu  beaucoup  des  nôtres,  disait  dans  les  dernières 
années  du  Ier  siècle  le  pape  saint  Clément,  qui  se  sont 
jetés  d'eux-mêmes  dans  les  chaînes  pour  en  racheter 
d'autres.  Beaucoup  se  sont  donnés  eux-mêmes  en  escla- 
vage et  ont  nourri  les  pauvres  du  prix  de  leur  vente3.  » 
Sainte  Nonna  4,  qui  fut  la  mère  de  saint  Grégoire  de 
Nazianze,  souhaitait  d'être  vendue  pour  venir  au  se- 
cours des  misérables;  saint  Pierre  le  Collecteur  se  fit 
vendre5;  saint  Sérapion  fut  vendu  à  des  rnimes6;  saint 
Paulin  de  Noie  se  donna  à  la  place  d'un  jeune  gar- 
çon1. Une  inscription  que  nous  croyons  pouvoir  pla- 
cer vers  la  fin  du  111e  siècle  mentionne  un  coureur 
qui  reçut  le  titre  de  son  affranchissement  sur  son  lit 
de  mort. 

ZONISVS  CVRSOR  QVI  CVCVR 
RIT  OPERE  MAXIME  QVI  CVCVR 
RIT  ANNIS  S  ET  MENSIS  Mil 
QVI  VIXIT  IN  IVVENTVTE 
i     SVA  ANNIS  XXI 

QVI  DECESSIT  DIE  MAN[»]M  E  S  (si  onis)  8 

A  côté  de  ces  faits  incontestables,  il  faut  faire  une 
place  à  d'autres  taits  d'une  valeur  historique  moins  biin 
garantie,  mais  que  l'on  ne  saurait  passer  sous  silence- 
Si  nous  faisons  usage  ici  de  quelques  Actes  des  martyrs 
que  l'on  ne  saurait  classer  parmi  les  Actes  sincères, 
c'est  que  ces  pièces  contiennent  fréquemment  des 
faits  véridiques  au  moins  pour  le  fonds,  car  le  détail 
a  été  trop  souvent  maltraité  par  les  scribes  du  moyen 
âge 9.   Nous    avons  de    nombreux    récits    d'affranchis- 

*  M.  Fournier,  Les  affranchissements  du  :■'  et  du  vT  siècle, 
in-8%  Paris,  1883,  58  p.  —  *  Const.  apost.,  1.  IV,  c.  ix,  P.  G., 
I  f,  col.  821  ;  S.  Ignace,  Ad  Polgcarp.,  c.  ix;  Ad  Smyrnacos,  6, 
dans  Opéra  Pa.tr.  Apostol.,  éd.  Funk,  in-8%  Tubingse,  1887,  t.  I, 
p.  238,  248.  —  3  s.  Clément,  Epist.  t,  ad  Corinthiôs,  55.  dans 
Opéra  Patr.  Apost.,  éd.  Funk,  t.  i,  p.  128.  —  *  S.  Grégoire  de 
Nazianze,  Orat.,  xviu,  In  patrem,  21,  P.  G.,  t.  xxxv,  col.  1009. 
a  Vita  S.  Joannis  Eleemosynarii,  dans  Acta  sanct.,  januar. 
t.  n,  p.  505.  —  eH.  Wallon,  Hist.  de  l'esclavage,  t.  m,  p.  387.  — 
'S.  Grégoire  le  Grand,  Dial.,  1.  III,  c.  I,  P.  L.,  t.  lxxvii.  col.  216 
sq.  —  8  Muratori,  Novus  thés,  inscr.  veter.,  in-fol.,  Mcdiolani, 
1742,  t.  iv,  append.,  p.  mmxi.ti,  n.  7.  —  °Voy.  l'art.  Actes  des 
martyrs,  col.  3S8.  —  ">  Acta  S.  Alexandri,  dans  Acta  sanct., 
maii  t.  I,  p.  371.  —  u  Acta  S.  Sebastiani,  dans  Acta  sanct., 
januar.  t.  n,  p.  275.  Cf.  P.  Allard,  Les  dernières  persécutions 
du  m'  siècle,  2'  éd.,  p.  308-310.  —  '-  Vita  S.  Eudoxix,  dans 
Acta  sanct.,  inart.  t.  i,  p.  1G.  —  "Acta  S.  Pantaleonis,  dans 
Acta  sanct.,  julii  t.  VI,  p.  412.  —  "Acta  SS.  Cantii,  Cantiani 
et  GantianilUn,  dans  Acta  sanct.,  maii  t.  vu,  p.  421.  —  '^Acta 
S.  Culliopi,  dans  Acta  sa)ict.,  april.  t.  i,  p.  C58;  Acta  SS.  Juan- 


sements  en  masse.  Hermès  affranchit  douze  cent  cin- 
quante esclaves  le  jour  de  Pâques  10;  Chromatius,  pré- 
fet de  Rome,  affranchit  quatorze  cents  esclaves11; 
Eudoxie  12,  Pantaléon  13,  Cantius,  Cantianus  et  Cantia- 
nilla  u,  plusieurs  autres,  tiennent  une  conduite  sem- 
blable15. Nous  avons  hâte  de  faire  usage  de  pièces  ab- 
solument certaines;  Mélanie  la  Jeune  affranchit  en  un 
seul  jour  huit  mille  esclaves16.  Un  souffle  de  charité 
avait  passé  sur  les  âmes,  on  s'apitoyait  sur  le  malheur 
des  esclaves  et  on  y  remédiait;  mais,  plus  prévoyants  que 
la  loi,  les  particuliers  s'ingénièrent  à  ménager  la  tran- 
sition de  la  servitude  à  la  liberté. 

Les  gentils  pratiquaient  quelquefois  dans  de  grandes 
proportions  l'affranchissement  de  leurs  esclaves,  le  cas 
le  plus  tréquent  est  celui  de  l'affranchissement  par  tes- 
tament; l'esclave,  sauf  disposition  expresse  du  testateur, 
n'emportait  pas  son  pécule  avec  lui.  Il  en  résultait  une 
situation  pire  quelquefois  que  la  servitude  :  c'était  la 
misère  et  les  désordres  qu'elle  entraîne.  Les  documents 
que  nous  citions  plus  haut  mentionnent  l'abandon  du 
pécule  par  le  maître  chrétien17,  ou  bien  encore  une 
distribution  extraordinaire  en  faveur  de  l'affranchi18; 
c'est  son  viaticum  19.  Saint  Jean  Chrysostome  voyait  plus 
loin  et  plus  juste  lorsqu'il  donnait  le  conseil  de  taire 
apprendre  un  métier  aux  esclaves  avant  de  les  affranchir2. 
A  mesure  que  les  dangers  de  l'empire  allaient  croissant, 
invasions  partielles,  razzias  sur  les  Irontières,  on  s'efforça 
de  sauver  les  malheureux  réduits  en  esclavage.  Le  droit 
classique  avait  des  dispositions  spéciales  à  l'égard  de 
ceux  qui  tombaient  aux  mains  de  l'ennemi,  mais  dans 
l'énorme  bouleversement  du  Ve  siècle  et  des  siècles  sui- 
vants, c'était  à  la  spontanéité  des  individus  et  des  asso- 
ciations qu'était  abandonné  pratiquement  le  soin  de 
rendre  les  captifs  à  la  libelle. 

Certaines  provinces  avaient  vu  des  régions  dévastées, 
des  villages  détruits,  les  chrétiens  emmenés.  Beaucoup 
ne  reparurent  jamais21.  On  vivait  sous  le  coup  d'appré- 
hensions souvent  trop  fondées  22,  mais  cela  développa  le 
sentiment  de  solidarité  affectueuse  qui  unissait  les 
communautés  entre  elles23.  Ces  laits  n'ont  pas  été  res- 
treints à  une  province  ou  à  quelques  provinces  de 
l'empire;  c'est  tout  le  monde  romain  qui  en  Jit  la  dou- 
loureuse expérience21.  Les  Goths,  les  Perses,  les  Huns, 
les  Mèdes,  les  Sarrasins,  les  Slaves,  les  Francs,  les 
Allemands,  les  Danois,  les  Vandales,  les  Avares  se 
ruaient  sur  l'empire23.  «  Trop  heureux  l'homme  qui,  en 
ce  temps  de  misère,  n'est  pas  réduit  en  esclavage  2G.  » 
Tous  les  écrivains  du  temps  parlent  de  cette  situation 
en  des  termes  auxquels  il  est  difficile  de  ne  pas  accorder 
créance.  Sans  doute  les  contemporains  sont  souvent 
assez  mal  renseignés,  mais  on  peut  cependant  recevoir 
leur  témoignage  en  ce  qui  regarde  leur  propre  pays.  La 
captivité  reparait  dans  tous  ces  textes  :  «  En  Orient  et 
en  Occident,  dit  saint  Jérôme,  les  évoques  sont  laits 

nis  et  Pauli,  dans  Acta  sanct.,  jun.  t.  vu,  p.  34;  Acta,  S.  2e- 
nonis,  dans  Acta  sanct.,  jun.  t.  v,  p.  405;  Acta  S.  Georgii, 
dans  Acta  sanct.,  april.  t.  ni,  p.  119.  Cf.  P.  Allard,  Les  esclaves 
chrétiens,  in-12,  Paris,  1900,  p.  338-339.  —  »8  P.  Allard,  Esclaves, 
serfs  et  mainmortables,  in-12,  Paris,  1884,  p.  131.  —  17  Acta 
S.  Calliopi,  dans  Acta.  sanct.,  april.  t.  i,  p.  658.  —  ,8  Vita  S.  Eu- 
doxix, dans  Acta  sanct.,  mart.  1. 1,  p.  16.  —  ,0  S.  Jean  Chrysos- 
tome, Homil.,  xvi,  In  Epist.  lad  Titn.,2,  P.  G.,  t.  util, col.  589. 

—  20Id.,  Homil.,  In  I  ad  Cor.,  xl,  5,  P.  G.,  t.  lxi,  col.  353. 

—  21  Disputatio  Archclaï  cum  Mancte,  P.  G.,  t.  x,  col.  1429 
sq.  Peut-être  Clément  d'Alexandrie  lui-même  lut-il  de  ce  nombre; 
on  perd  sa  trace  vers  l'an  202.  —  2î  ActaSS.  Jacubi  et  Mariant, 
dans  Ruinart,  Acta  sincera,  in-Iol.,  Veronœ,  1731,  p.  193  sq.  — 
23  Clément  d'Alexandrie,  Stromata,  1.  II,  c.  xvin,  P.  G.,  t.  vm, 
col.  1028  sq.  S.  Cyprien,  Epist.,  lx,  P.  L.,  t.  iv,  col.  370  sq.  — 
21  S.  Augustin,  Epist.,  exi,  1,  Ad  Victorianum,  P.  L-,  t.  xxxm, 
col.  422;  S.Jérôme,  Epist.,  lx,  16,  Ad  Heliodorum,  P.  L.,  t.  xxn, 
col.  600.  —  »  Ct.  E.  Le  Blant,  Inscr.  chrét.  de  la  Gaule,  in-4\ 
Paris,  1865,  t.  n,  p.  285  sq.  —  2S  S.  Jérôme,  Epist.,  cxxv,  20,  Ad 
Rusiicum  ;  Epist.,  lx,  16,  Ad  Heliodorum,  P.  L.,  t.  :.«:n,col.  600. 


AFFRANCHISSEMENT 


:ci 


prisonniers,  les  populations  entraînées  par  troupeaux  '.  » 
«  Partout,  ajoute  saint  Ambroise,  les  captifs  tendent  les 
mains  vers  nous,  et  leur  nonobre  suffirait  presque  â 
peupler  une  province  2.  »  11  ne  fallait  plus  rien  attendre 
de  la  valeur  militaire  des  empereurs  3.  La  charité  se  fit 
ingénieuse  pour  le  soulagement  de  ces  maux.  Des  chré- 
tiens instituèrent  les  captifs  pour  héritiers,  consacrant 
toute  leur  fortune  à  leur  rachat*.  Les  associations  ne 
voulurent  pas  rester  en  retard;  elles  aliénèrent  leurs 
biens5  et  firent  jeter  à  la  fonte  leurs  vases  sacrés6;  on 
trouve  chez  les  païens  des  extrémités  analogues;  Zosime 
raconte  que  pour  racheter  Rome  assiégée  on  fit  fondre, 
parmi  d'autres  idoles,  la  statue  d'or  de  la  Victoire  7.  Mais 
dans  tous  ces  cas  l'affranchissement  juridique  n'est  guère 
pratiqué,  il  s'agit  d'une  chose  nouvelle  et  différente  :  le 
rachat  des  captifs.  Voy.  Captifs.  Ce  fut  cependant  sous 
l'empire  de  la  même  préoccupation  que  les  chrétiens  se 
parèrent  comme  d'un  titre  de  leur  bienfaisance  à  l'égard 
<les  esclaves  ou  à  l'égard  des  prisonniers.  On  trouve  sur 
les  épitaphes,  en  regard  de  la  formule  suivante  : 

CAPTIVOS  OPIBVS  VINCLIS  LAXAVIT  INIQVIS» 

<l'autres  formules  analogues. Deux  monuments  de  Briord, 
<lans  la  Viennoise,  mentionnent  l'affranchissement  par 
testament.  La  première  donne  la  liste  des  esclaves 
affranchis  par  le  défunt  : 

HIC  REQV  [iescit] 
VIR  VENER  [abilis  Manne] 
LEVBVS  QVI  VIXIT  AN  [lœ] 
MENSIS  VI  DIES  XIII  IN  VMA  [ne] 
5     TATE  ET  BONITATE  MORI 
BVS  ET  CONVERSATIONE 
CLARVS  OBIIT  IN  PACE  DIE 
III  IDVS  FEBRVAR1AS  BOETIO 
VERO  CLARISSIMV  CONSVLE 
10     RELIQVIT  LIBERTVS  ID  EST 

SCVPILIONE 

GERONTIVM 

BALDAREDVM 

LEVVERA 
15  OROVELDA  IDELONE' 

L'autre  épitaphe  est  une  des  plus  intéressantes  parmi 
celles  de  la  Gaule;  la  formule  réliqv,it  libertiim  est 
identique  à  celle  du  marbre  transcrit  ci-dessus,  et  la 
mention  pro  rectemplionem  smimte  suœ  résout  une  con- 
troverse célèbre  touchant  le  «<  remède  des  âmes  que  les 
épitapfaes  modernes  des  catholiques  souhaitent  aux 
•défunts  »  io.  Voici  la  conclusion  de  cette  épitaphe  : 

HIC  RELIQVIT 
LEVERTO  PVERO 
NOMINE  MANNONE 
PRO  REDEMPTIONEM 
ANIMAE  SVAE 

Le  bas-relief  d'un  sarcophage  de  s. doue  (Dalmalie) 
appartient  au  même  ordre  d'idées,  mais  il  est  plus  ancien 

«  P.  L.,  t.  xxu,  col.  600.  —  !S.  Ambroise.  De  Offic  ministr.. 
l.  II,  c.  xv,  70,  P.  L.,  t.  xvi,  col.  129.  Cf.  Ennodius,  Vita  /?.  £.pi- 
phatiii,  P.  L.,  t.  lxiii,  col.  225;  S.  Grégoire  lo  Grand.  In  E: 
homil.  il,  C,  n.  22,  P.  L-,  t.  i.wvi,  roi.  1010.  —  s  Priai  bc,  Exœrpto 
tic  legatioiiiium  gentiuta  adBomemot,  cm:  Prooope,  \necd.. 
I.  XXII,  c.  vin.  —  «  Cod.  Juet.,  1.  F,  tit.  ni.  88.  Conc.  Vbtfe- 
eonense II  (ann. 585), dans  Labbe,  Concilia,  t.  v.  <..).  981.  —  'S. 
Ambroise,  De  ofjiciis,  1.  II,  c.  w,  xwin,  /'.  /...  t.  wi,  eol.  120 
sq.,  148  sq.  ;  Socrate,  Hist.  eccl.,  VII,  x\i.  P.  G.,  t.  lxvii. 
■col.  781  sq.  —  1Zozime,  V,  41.  —  »  E.  Le  Blant,  Irisrr.  ciiret.  de  la 
Gaule,  t.  h,  n.  543.  —  *  Ibid.,  n.  379.  Ci.  Formula-  Turorumeee, 
12;  Btturwenses,  9;  Senonicae,  1;  Merkeliansr,  14:  lÀnden 
brogianx,  10.  Pour  l'édition  des  formules  nous  renvoyons  nue 
fois  pour  toutes  à  la  bibliographie  placée  a  la  lin  do  celle  di--i  i  - 
talion.  —  <"  Ibid.,  n.  374.  Cl.  J.  Spon,  La  politique  du  clergé  de 
France,  p.  167;  E.  Le  Blant,  Aspstue  à  mie  lettre  du  ];t  jan- 
vier 1680,  dans  Je  Correspondant,  25  juin  1858.—  "Alb.  Dament, 


(fig.  105).  Nos  inscriptions  sont  du  Ve  siècle";  celui-ci  est 
antérieur  à  la  paix  de  l'Église.  Il  représente  deux  époux 
debout  aux  côtés  du  bon  Pasteur  et  entourés  d'un  grand 
nombre  d'hommes  et  de  femmes  de  taille  moins  élevée 
les  regards  tournés  vers  les  époux.  E.  Le  Blant  voit  là 
des  affranchis  par  testament  qui  assistent  leurs  anciens 
maîtres  au  moment  de  leur  comparution  devant  Dieu  ". 
Nous  retrouvons  la  même  mention  dans  les  lormules 12; 
on  affranchit,  mais  le  plus  souvent  sous  l'influence 
d'une  préoccupation  qu'ignorait  le  monde  antique  : 
«  au  nom  du  Seigneur,  afin  que,  quand  je  sortirai  de 
cette  vie  et  que  mon  âme  paraîtra  au  tribunal  du  Christ, 
ie  mérite  d'obtenir  miséricorde.  »  Une  autre  coutume 
fut  d'affranchir  à  l'occasion  de  la  mort  de  quelque  parent 
ou  ami,  afin  d'attirer  sur  son  âme  la  miséricorde  de 
Dieu.  Une  inscription  romaine  apprend  que  lors  des 
funérailles  d'une  eniant  son  père  et  sa  mère  affranchirent 
sept  esclaves  13  ; 

SECVNDVS-ET  RVFINAFILIAEDVLCISSIME-HVNC 
VNVSSCRITVRAINTRANNOS-VII-MNOMISIMVST 
AM-CARITATEM-IFILIA-SIN-NA-HI-K-S 

En  Angleterre,  un  concile  tenu  en  816  à  Celchyfe 
ordonne  d'affranchir  tous  les  esclaves  anglais  d'un 
évéque  à  la  mort  de  celui-ci;  en  outre,  il  prescrit  a 
chaque  évéque  et  abbé  de  libérer  lui-même  trois  esclaves 
et  de  les  munir  d'un  vialicum  >4. 

La  législation  canonique  concernant  les  affranchisse- 
ments contient  plusieurs  décrets  qui  ne  participent  pas 
de  la  générosité  inconsidérée  qu'on  remarque  dans  Les 
dispositions  du  droit  civil.  L'aflranchissemcnt  amenait 
pour  le  propriétaire  une  perturbation  financière  plus  ou 
moins  importante,  mais  qu'il  était  d'une  sage  adminis- 
tration de  prévoir.  Les  églises,  ayant  une  existence  beau- 
coup plus  longue  que  l'existence  ordinaire  de  l'individu, 
étaient  astreintes  à  une  prévoyance  qui  envisageât  non 
seulement  les  conséquences  de  l'affranchissement  sur 
l'état  de  leur  patrimoine  présent,  mais  par  rapport  à 
l'accomplissement  de  leurs  devoirs  permanents  de 
charité  à  l'égard  des  malheureux,  l'n  concile  de  Sévillc 
(590)  défendit  donc  aux  prêtres  de  disposer  du  bien  qui 
ne  leur  appartenait  pas  par  l'affranchissement  des 
esclaves  de  l'église,  à  moins  qu'ils  ne  donnassent  une 
compensation  prise  sur  leur  propre  patrimoine  1S.  Le 
quatrième  (633) 16  et  le  neuvième  (655)  'i  conciles  de 
Tolède,  et  le  concile  de  Mérida  (666) ls  confirmèrent  ces 
dispositions.  Un  canon  d'Epaone  (517)  réprima  la  ten- 
dance de  quelques  abbés  à  exploiter  le  labeur  des 
moines  en  déridant  que  l'on  ne  pouvait  allranchir  les 
est  -laves  d'une  terre  pour  ajouter  une  tâche  nouvelle  au 
labeur  des  moines  ,9. 

Les  églises  entendaient  affranchir  à  bon  escient  leurs 
esclaves  et  ne  consentaient  à  recevoir  le  fait  accompli 
que  dans  le  cas  où  une  compensation  leur  permettait 
d'exercer  dans  la  suite,  comme  par  le  passé,  le  bien 
qu'elle  avait  pour  mission  de  répandre  afin  desaiisuire 
à  la  volonté  de  ceux  qui  les  lui  avaienl  abandonnée. 

dans  la  Revue  archéolog.,  février  1872,  p.  119-121;  Mémoires 
île  la  Société  nationale  des  antiquaires  d*  France,  1872.  p.  185 
sq.  ;  E.  Le  Blant,  dans  les  Mémoire»  de  l'Académie  des  inscrip- 
tions et  beUee-lettrea,  1*  avril  ist.î,  et  dans  le  Journal  officiel, 
22  avril,  i>.  2720:  1..  .teiir.  Dm  eeetnetirimm  mm  Motuwtirine 
zti  Salona  und  der  dortige  .Sarho/ag  der  Gmbh  Ilirten.  d;in~ 
ftômische  Quartalscliiift,  IBM,  p.  B66-Sd3;  A.  l'orate.  L'ar, 
logie  chrt  tienne,  in-12.  Paris,  1888,  ;l  ^rJ  sq.  —  '-  E.  de  lW.iei  e. 
Formulée,  n.  i.xn.  i  xxxm.  --  "Boldetti,  Ottervanoni  mtmra 

asnti    martiri    ed    antiehi    eristiani  di  II- 
in-toL,  H. .ma,  1380,  p.  386;  De  Bossi,  Bull,  di  arch.  crist..  1834, 
"Labbe,  C rfUo,t.  vu,  ool.  1688.  —  **Oonc.  llnïpml.  I. 

«an.  1,  «laiis  1,,-ililie.  Concilia,  t   V,  col    158  c.'Ioleta- 

nuni  IV.  e.-iii.  7o,  ibid.,  t.  V.  Col.  1704.  —  "  I  'inum  IX. 

.an.  12.  ibid..  L  IV,  col.  451.  --  "Conc.  hmcritaintm,  can.  80, 
Und.,  i.  \i.  eol.  498.  —  ej  c,,,,.-,  Epaonense,  can.  s,  Jajis  .Manu, 
Cotte,  atitfl.  cuil.,  t.  vin,  cel.  500. 


-y^o» 


AFFRANCHISSEMENT 


5GG 


L'affranchissement  devait  être  fait  par  un  clerc  pour 
tout  esclave  ou  sert  appartenant  à  un  domaine  d'église1; 
le  bénéficiaire,  tabularius,  ne  laissait  pas  de  retenir  cer- 
taines obligations,  telles  que  la  professio  de  condition 
d'aflranchi  renouvelée  à  certaines  époques  entre  les 
mains  de  l'évêque  ou  du  clerc  dont  on  dépendait  2.  Il 
semble  qu'on  saisisse  ici  le  trait  d'union  entre  les  hom- 
mages de  l'affranchi  pour  son  maître  aux  temps  antiques 
et  les  redevances  de  la  féodalité. 

Les  affranchis  ecclésiastiques  semblent  avoir  été  en 
butte  à  l'hostilité  des  tribunaux  ordinaires  ;)  ;  c'est  pour 
compenser  cette  infériorité  que  l'Eglise  revendiquait  la 
defensio  de  ses  affranchis.  Le  principe  de  la  protection 
fut  énoncé,  semble-t-il,  pour  la  première  fois  dans  le 
premier  concile  d'Orange  (441) 4;  on  le  trouve  rappelé  à 
Arles  (452) :;,  à  Agde  (50(5)6,  à  Orléans  (549)',  à  Màcon 


montrent.  Le  testament  de  Désiré,  évoque  de  Cahors, 
s'exprime  ainsi  Libcros  vcro  meos  libi  matri  ccclesise 
tuoque  adcocato  successori  nieo  commendo.  Semper 
quœso  virtute  sanclilalis  tua;  ab  insidiis  quorumcum- 
que  defensentur,  ut  sub  tuo  se  patrocinio  se  perrenire 
gaudeant*-.  Le  testament  de  saint  Rémi  dit  de  même  : 
H  os  tolos  quos  Uberos  esse  jubés,  fili  fratris  mci,  Lupc, 
sacerdotali  aucloritate  defensabis  i3. 

Le  patronage14  cependant  parait  excessif  sur  différents 
points  :  c'est  lorsqu'il  s'introduit  jusqu'au  loyer  de 
l'affranchi;  mais  ce  qui  nous  parait  choquant  aujour- 
d'hui ne  surprenait  personne  en  ce  temps  ;  avant  de 
blâmer  trop  haut,  il  faut  se  dire  que  ce  qui  nous  parait 
à  l'heure  présente  le  dernier  mot  de  la  liberté  et  du 
droit  fera  peut-être  sourire  quelques  générations  aprts 
nous. 


i.j.  —  Sarcophage  du  Musée  de  Spalato.  D'après  une  photographie. 


(585)8,  à  Paris  (015)9,  à  Reims  (030).  Cette  defensio  avait 
été  reçue  par  le  droit  civil.  La  loi  des  Ripuaires10  et  la 
Conslilutio  Clotarii  (015)  "  sont  d'accord  avec  le  droit 
canonique.  Nous  citerons  cette  loi,  qui  résume  assez  bien 
ta  situation  à  laquelle  on  s'était  arrêté  :  Libertos  cujus- 
rumque  ingenuorum  a  sacerdotibus  juxta  textus 
rharlarum  ingenuitatis  suai  defensandos,  nec  absque 
prsesenlia  episcopi  aut  praipositi  ecclesise  esse  judican- 
iios  vel  ad  publicum  revocandos  (cas.  7).  —  Quod  si  cau- 
sant inter  personam  publicam  et  homines  ecclesiae  ste- 
ie>nt,  parité»'  ab  utraque  parte  prœposili  ecclesiarum 
et  judex  publicus  in  audientia  publica  positi  ea 
debeant  judicare  (can.  5). 

Cette  defensio,  ou  patronage,  a  semblé  moins  redou- 
table aux  contemporains  qu'aux  historiens  postérieurs, 
et,  comme  nous  en  trouvons  la  mention  dans  des  pièces 
étrangères  à  la  langue  juridique,  nous  pouvons  croire 
qu'elle  leur  paraissait  telle  que  ces  documents  nous  la 

1  Le.T  ripuaria,  lviii,  3,  dans  Bouquet,  liée,  des  histor.  des 
Gaules,  t.  IV, p.  234  sq.  —  ■  Conc.  Toletanwn  IV,  can.  70 (anno633), 
dans  Labbe,  Concilia,  t.  v,  col.  1703.  —  3Conc.  Maiisconcnse, 
can.  7  (585),  dans  Labbe,  Concilia,  t.  v,  col.  981.  Cf.  Agobard,  De 
dispensatione  ecclesiastic.  rerum,  c.  xiv,  P.  L.,  t.  civ,  col.  236. 
—  *Conc.  Arausicanum  1  (ann.  441),  can.  7,  dans  Labbe,  Conci- 
lia, '..  ;::,  col.  1448. —  *Conc.  Arelatense  II,  can. 33;  dans  Mansi, 
Conc.  ampl.  coll.,  t.  vu,  col.  882.  —  «Conc.  Agathense,  can.  29, 
dans  Mansi,  ibid.,  t.  vm,  col.  330.  —  '  Conc.  Aurelianense  V, 
<an.  7,  dans  Mansi,  ibid.,  t.  IX,  col.  130.  —  *  Conc.  Matisco- 
nense  II,  can.  16,  dans  Labbe,  Concilia,  t.  v,  col.  981  sq.  —  °  Conc 


En  ce  qui  concerne  le  mariage  du  tabularius,  il  avait 
toute  liberté,  sauf  les  conditions  mises  à  certaines 
unions  que  l'on  voulait  ne  pas  favoriser.  Ces  impedi- 
menta se  trouvent  d'abord  dans  la  législation  canonique13 
d'où  ils  passent  dans  le  droit  civil16.  D'après  la  loi  des 
Ripuaires  :  1"  le  tabularius  qui  épouse  une  serve 
devient  serf;  2°  s'il  épouse  une  serve  ripuaire,  ses  en- 
fants seuls  deviendront  esclaves;  3°  s'il  épouse  une 
ripuaire  ingénue,  ou  si  une  tabidaria  épouse  un  ripuaire 
ingénu,  les  enfants  suivront  la  pire  condition. 

On  retrouve  des  prescriptions  analogues  dans  la  loi 
des  Wisigoths17. 

Relativement  à  la  puissance  paternelle,  le  sixième 
concile  de  Tolède  porte  le  grave  canon  suivant  :  Eteni-m 
decet  ut  là  quorum  parentes  litulum  libertatis  de 
familiis  ecclesisi  perceperunt,  intra  ecclesiam  cm  obse- 
qirium  debent,  causa  ei'uditionis  enutriantur.  Con- 
temptus  quippe  est  palrottorum,  si  ipsis  neglectis  aliis 

Parisiensc,  can.  5,  dans  Mansi,  Conc.  ampl.  coll.,  t.  x,  col.  540. 

—  ,aLea:  ripuaria,  lviii,  1,  dans  Bouquet,  liée,  des  hist.  des 
Gaules,  t.  IV,  p.  234  sq.  —  "  Constit.  Clotarii,  c.  vu.  Cl.  Sohm, 
foc.  cit.,  p.  440;  P.  Rotli,  Feudalitàt  und  Unterthanenverband, 
in-8%  Weimar,  1863,  p.  301  ;  M.  Fournier,  toc.  cit.,  p.  24,  25.  — 
•-J.-M.  Pardessus,  Dtplomata,  t.  H,  p.  101.  —  ,3  Ibid.,  t.  I, 
p.  118.  —  1»Sur  le  paUonage.  Voy.  ce  mot.  —  "Conc.  Tolela- 
num  IX,  ann.  655,  can.  13,  dans  Labbe,  Concilia,  t.  VI.  col.  451. 

—  *«  Leoc  ripuaria,  lviii,  9-14,  dans  Bouquet,  Hec.  des  histor. 
des  Gaules,  t.  iv,  p.  23i  sq.  —  "Lefles  Wisigothorum,  v,  1, 
7,17. 


CC7 


AFFRANCHISSEMENT 


ad  educandum  delur  progenies  manionissomtm.  lla- 
que  censcmus  ut  sive  siti  nati  prsejudicio,  ab  episcopis 
habeantur  in  doctrina  obsequitim,quatenus  et  Mi  debi- 
lum  reddant  famulatum,  et  nullutn  paliantur  suse 
ittgenuitatis  dclrimenlum.  Eos  vero  qui  aliter  quant 
scntentia  nostra  decrevit  agere  tentaverint,  invitos 
jubemus  ab  episcopis  ad  hoc  ipsuni  reduci ;  quod  si 
forte  parentes  eorum  eos  ponti/icibus  suis  dare  con- 
tcmpserint  et  alios  sibi  patronos  adoplaverint,  ingra- 
torum  [eriantur  loge  libertorum*. 

Un  mode  d'affranchissement  dont  il  n'y  a  que  fort  peu 
de  chose  à  dire  est  l'affranchissement  dans  le  cirque. 
Un  document  de  valeur  très  médiocre,  les  Actes  de 
sainte  Marciana,  martyre  d'Afrique,  relate  un  de  ces 
cas  d'affranchissement  :  Primo  mane,  cum  gladiatores 
de  more  ornuti  de  ludo  descendercnt  in  arenam... 
gladiator  Me,  noniine  Flammeus,  ex  spectanlium  pa- 
pulorum  vocibas  de  more  accipiens  libertatem  2.  Ceci 
est  un  trait  antique  dont  on  trouve  d'autres  exemples 
dans  Suétone3,  Dion  Cassius4,  Suidas5,  le  Digeste  et  le 
Code.  Les  empereurs  Tibère  et  Hadrien6,  devant  lesquels 
s'étaient  produites  de  ces  clameurs,  ne  les  avaient  pas 
eues  pour  agréables.  Marc-Aurèle  et  Septime-Sévère 
annulèrent  les  affranchissements  obtenus  de  la  sorte. 
Paul7  est  partisan  de  cette  rigueur;  mais  la  répétition 
même  de  ces  dispositions  témoigne  qu'on  en  tenait  peu 
de  compte  et  que  l'abus  se  soutenait. 

Il  existait,  chez  les  Germains,  une  classe  d'affranchis; 
mais  Tacite  a  négligé  de  nous  instruire  à  leur  sujet  : 
c  Les  affranchis,  dit-il,  ne  sont  pas  fort  au-dessus  des 
esclaves8,  »  c'est  que,  en  effet,  il  se  trouvait  une  classe 
d'affranchis  inférieurs  ;  mais  un  autre  mode  d'affran- 
chissement mettait  ses  bénéficiaires  au  niveau  des 
hommes  libres.  Ils  portaient  le  nom  germanique  de 
lidi  que  nous  retrouvons  dans  les  documents  postérieurs 
aux  invasions.  Toutefois,  les  affranchis  inférieurs,  ceux 
qui  occupaient  une  position  intermédiaire  entre  la  ser- 
vitude et  la  liberté,  doivent  avoir  été  les  plus  nombreux. 
Leur  condition  se  maintint  fort  tard  sans  changement. 
Au  vin0  siècle,  chez  les  Saxons,  il  était  encore  interdit 
à  cette  soi'te  d'affranchis  d'épouser  1rs  (emmes  libres, 
au  même  titre  que  le  mariage  avec  une  affranchie  était 
interdit  à  l'esclave9. 

«  L'affranchissement  avait  doue  été  une  pratique  aussi 
germanique  que  romaine;  il  n'y  avait  pas  de  motif  pour 
qu'elle  ne  se  continuât  pas   après   1rs  invasions40.    » 


'Cotte.  Toletanum  VI,  ann.  038, can.  10,  dans  Labbe,  Concilia. 
t.  v,  col.  17'i0.  —  -  Art,*  S.  Marcianw,  5,  dans  Actasanct.,  9  janv. 
Cf.  E.  Le  Blant,  Les  Actes  des  martyrs,  in-4%  Paris,  -1882,  n.  67. 

—  'Suétone,  Tiber.,  xi.vu.  —  *Dion,  Tiber.,  XI.  —  5  Suidas,  au 
Mot  TiS-fi-,;.  —"Dion,  Hadrianus,  xvi.  —  '  De  lus  qui  a  non  do- 
mino mannmissi  sunt,  Cod.  Just.,  1.  VII,  tit.  x:  Digest.,  1.  XI.. 
tit.  ix.  —  "Tacite,  Ger mania,  25;  Fustel  de  Coulanges,  Recherches 
sur  cette  question  :  Les  Germains  connaissaient-ils  la  propriété 
des  terres'.'  dans  Recherches  sur  quelques  problèmes  d'his- 
toire,  in-8",  Paris,  1NK5,  p.  209.  —  "Pertz,  Scriptores  rerum  ger- 
manicarum,  in-tol.,  Hannoveraj,  1830,  t.  il,  p.  673:  Translatio 
S.  Alexandri  auctorib.  Ruodolpho  et  Meginharto.  Cf.  Nithard, 
Historiœ,  1.  IV.  o.  u  ;  Hucbald,  Yita  .S.  Lebuiui,  dans  Pertz, 
loc.  cit.,  t.  il,  p.  361.  —  ,0Fustel  de  Coulanges,  Histoire  des 
institutions  politiques  de  l'ancienne  France,  in-8%  Paris,  1891, 
t.  iv,  p.  304.  —  "Formula;  Senonicse,  43.  — '*Lex  Wisigotho- 
rum,  tit.  v,  c.  IV,  16;  Lex  Dajuwariorum,  tit.  XV,  c.  vil. 
,3M.  Fournier.  tssai,  p.  :s  sq.,  dont  nous  adoptons  le  classement. 

—  ,4Paul  Diacre,  Hist.  Langobard.,  i,  13,  /'.  L.,  t.  xcv,  roi.  450; 
Nithard,  De  dissensione  flliorum  Ludovici  pti,  i.iv,  /'.  /  . 
t.  cxvi,  col.  45  sq.  —  "Grégoire  do  Tours,  Hist.  franc,  I.  lit. 
c.  xv ;  I.  VI,  r.  xvn;  1.  VII,  c.  XLV1  ;  1.  VIII,  o.  xxvi;  1.  X.  e.  \\  . 
P.  L.,  t.  i.xxi,  cl.  254  sq.,  388  sq.,  446,  465,  544  sq.  —  "E.  do 
Rozière,  Formules,  u.  i.xxix,  i.xxx.  Cf.  Grégoire  de  Tours,  Hist. 
franc.,  1.  VI,  c.  xxm,  P.  /..,  t.  i.xxi,  col.  392;  Marculle,  Formai.. 
1.  I,  c.  xxxix,  P.  L.,  t.  i.xxxvn.  col.  734;  1.  il.  <-.  i.u.  ibid., 
col.  756.  —  "Cod.  Just.,  1.  III,  tit.  xu  :  de feriis,  8.  ami.  392; 
Testam.  Bertramni. dans  Pardessus,  Diptomata,  t.  i,  p. 213.  — 
••J.-M.  Pardessus,  loc.  cit.,  t.  i.  p. 213;  Conc.  Emerit.,  ami.  060, 


L'affranchissement  par  rachat  dépendait  entièrement  de 
la  volonté  du  maître  par  la  raison  qu'en  droit  strict  le 
pécule  lui  appartenait,  c'est  ce  que  dit  la  carta  redemptio- 
nalis  :  «  Comme  tu  m'as  toujours  bien  servi,  en  consi- 
dération de  ta  fidélité,  j'ai  résolu  de  te  permettre  de  te 
racheter  de  mon  service,  et  tu  t'en  es  racheté;  tu  m'as 
donné  tel  nombre  de  deniers  d'argent  ou  de  sous  d'or, 
somme  convenue;  en  conséquence,  je  fais  écrire  cette 
lettre  de  rachat,  afin  que  tu  sois  libre  à  perpétuité11.  > 
Parfois  l'esclave  se  servait  d'un  tiers  à  qui  il  rembour- 
sait sur  son  pécule  le  prix  de  l'allranchissement 12. 

L'histoire  des  affranchissements  se  distingue  diffici- 
lement à  travers  les  documents.  On  peut  cependant 
essayer  d'indiquer  quelques  traits  principaux  :  1°  soit 
pour  l'affranchissement  volontaire;  i"  soit  pour  l'affran- 
chissement de  plein  droit13. 

1°  Affranchissement  volontaire.  —  Pour  combattre1* 
pour  former  une  garde  personnelle15;  à  l'occasion  de  la 
naissance  des  princes16,  ou  des  fêtes  solennelles17;  pour 
se  ménager  la  miséricorde  de  Dieu18;  par  reconnais- 
sance ou  par  bienveillance  • 9  ;  pour  aplanir  les  différences 
de  condition  dans  les  familles-0;  par  le  rachat  à  l'aide 
du  pécule  personnel21;  à  l'expiration  d'un  engagement 
servile  à  terme  et  libération  d'office  des  esclaves  chré- 
tiens d'un  maître  païen22;  enfin,  tous  les  cas  que  la  vie 
pratique  peut  présenter23,  et,  dans  une  classe  spéciale, 
les  affranchissements  en  vue  de  la  cléricature24. 

2°  Affranchissement  de  plein  droit.  —  A  la  suite  d'un 
préjudice  grave  causé  à  l'esclave  ou  aux  siens  par  son 
maître85;  pour  certains  services  publics26;  dans  le  ri- 
de l'esclavage  chez  un  juif,  il  existait  une  législation 
spéciale  dont  plusieurs  clauses  constituaient  pour  le 
maître  une  mise  hors  la  loi,  sauf  quelques  adoucis- 
sements dont  on  trouve  la  trace  dans  divers  textes. 

Je  ne  crois  pas,  malgré  l'autorité  de  quelques  auteurs. 
que  l'on  doive  compter  comme  affranchissement  la 
restitution  de  la  liberté  volontairement  perdue,  ni 
l'emploi  de  la  prescription27. 

Autres  formes  d'affranchissement.  —  11  reste  à  indi- 
quer les  formes  d'affranchissement  dans  le  droit  _ 
main,  car  de  l'emploi  de  l'une  ou  l'autre  d'entre  elles 
résultaient  des  différences  notables  dans  la  condition 
des  affranchis.  L'affranchissement  per  denarium  (ja- 
<  lu  nie  denario,  excusso  denario)  était  chez  les  Francs  le 
mode  ordinaire  de  l'affranchissement.  Il  exigeait  la  pré- 
dit   roi  et   peut-être   même,   à   l'origine,  l'inter- 


i  an   19-21,  d  t.  vi.  col.  498.  Cf.  Formula  Titrant  ■ 

n.  12;  Bitui  9;  Senonicw,  n.  1  ;  Merkelianœ,  n.  1',; 

.  n.  10.  —  '"E.  d"  Rozière,  Formules,  n.  lxi. 
XCIX,  c;  Grégoire  do  Tours,  Hist.  franc.,  1.  III,  c.  XV,  1'.   I 
t.  î.xxi,  col.  254  sq.;   Marculfe,   1.   II.  c.   xxxm  :  Pro  respectu 
fi.i-i  et  servitii  lui,  l\  /...  t.  i.xxxvn.  col.  7'iK.  --  »E.  do  i;  - 
VUle8,  n.  oiv  (VI"  s.);  n.  CI  (vin    -  mgo- 

bard.  Rotharis,  c.  ccxxm;  Leges  Langobard.  Liutprand, 
e.  cxvi;  Walter,  Corpus,  t.  u,  p.  34  :  FormubB  Merkelianœ, 
n.  xxxi. —  !'  Lex  Ripuaria,  fit.  i.vm,  c.  i  mm, 

tit.  xi.  o.  n;  Lex  Bajuuiariorum,  tit.  xv.  c.  vu;  Walter,  Cor- 
pus, tit.  n.  p.  34;  E.  de  Rozière,  Formules,  n.  lxxxix,  i.x, 
xciv.  —  "K.  de  Rozière,  Formules.  D.  xi.vii-i.u;  Cône.  Mali*- 
con.  I,  ann.  581,  can.  16,  dans  Labbe.  Concilia,  t.  v,  col.  961.  -- 
saCi.  M.  Fournier,  foc.  cit.,  p.  C.  —  «*  Coue.  Aurel,  I.  ann.  511, 
J,  dans  Labbe,  Concilia,^  iv,  col.  1404;  Auref.  V,  541, can. 6, 
ibid.,  t.  v,  col.  380;  Tolet,  IV,  633,  can.  73.  ibid.,  t.  v.  col.  1704; 
Emerit  666,  can.  20,  ibid,.  t.  vi, col.  496;  K.  de  Ro 

Formules,  n.  î.xx-i.xxvi  <ix*  siècle)  ;  lî.  Guérard,  Polyptique 
d'Irminon.  t.  i,  p.  975,  document  de  823;  Formula  îierke- 
lianm,  xi  i\  ;  Senonenses,  n,  îx.  —  "Cod.  Justin.,  i.  vu,  tit. 
xiii  ;  Cod.  Theod.,  I.  VU,  fit.  xmii;  1.  IV  m.  xxi.  —  "Leges 
Wisigoth  .  fil.  vu,  e.  VI,  1  ;  lit.  mi.  c.  u,  l 'i  :  Edictum  Theod 
19.  —  i:  Leges  Wisigoth.,  tit.  xu.  c.  n,  12-14;  tit.  xn,  c.  m,  12, 
i6,i8;\Conc.Matisc.,  ann.  581, can.  16,  dans  Labbe,  t  v  col.  967: 
Meldens.,  can.  73;  Tolet.  1Y.  can.  65;  Aurel.  ///et  l\  .  can.  1:1 
et  10.  ci.  Eusèbe,  l'ito  Constant.,  1.  IV.  c.  xxvu.  /'.  c.  i  x\ 
coi.  11  ne.  Hist,  eccf.,  i.  iv,  c.  xvn,  /'.  <;.,  u  lxxvo, 

c.  I.  1161     i  ;  '•'     ■  des  hist.  de;  Gaules,  t.  VI,  p   I 


3C9 


AFFRANCHISSEMENT 


570 


vention  du  peuple.  Ce  mode  répondait  à  l'affranchis- 
sement romain  par  l'empereur1,  par  un  consul2,  ou 
par  un  gouverneur  de  province3.  Ce  qui  caractérise  ce 
mode  d  aflïanchissement,  l'emploi  du  denier  dans  la 
main  de  l'esclave  que  le  maître  secoue  afin  de  faire 
sauter  le  denier  (jactante  [pour  jactato]  denario),  est 
spécial  aux  rois  mérovingiens.  Rien  de  semblable  chez 
les  Burgondes,  chez  les  Goths,  chez  les  Lombards,  les 
Alamans,  les  Saxons,  les  Bavarois  ;  c'est  donc  par  les 
Mérovingiens  et  les  Carolingiens  qu'il  s'est  répandu  plus 
tard  dans  l'Italie  et  dans  la  Germanie.  L'antiquité  de 
cette  forme  n'est  pas  prouvée;  elle  essaie  de  se  rattacher 
à  la  loi  salique,  mais  rien  n'est  aussi  douteux*.  Elle 
apparaît  en  631,  et  semble  jouir  de  sa  plus  grande  vogue 
sous  les  Carolingiens5.  On  voit  des  évêques6,  saint  Éloi 
entre  autres",  en  faire  usage.  Nous  retrouvons  dans  ce 
mode  d'affranchissement  ce  qu'offrait  le  droit  romain 
dans  la  manumissio.  La  présence  du  représentant  offi- 
ciel de  l'État,  —  préteur  ou  roi,  —  celle  du  maître,  celle 
de  l'esclave  —  la  rédaction  d'un  acte  écrit  constatait 
l'affranchissement.  Ici,  comme  à  Rome,  c'est  le  maître 
qui  affranchit,  mais  son  action  ne  s'exerce  que  dans  la 
mesure  où  l'État  reçoit  l'homme  libre  qu'on  lui  donne. 
Un  tel  affranchissement  est  complet  et  irrévocable. 

VI.  L'affranchissement  /.v  sacrosanctis  eccleïii/. 
—  Il  ne  diffère  pas,  dans  la  loi  des  Ripuaires,  de  ce 
qu'il  était  dans  le  droit  romain';  c'est  d'ailleurs  «  con- 
formément à  la  Constitution  de  l'empereur  Constantin  n 
que  l'on  prétend  agir9.  La  formule  à  laquelle  nous  lai- 
sons  allusion  parle  d'affranchissement  par  la  vindicte. 
C'est  une  expression  qui  ne  répond  à  rien  en  l'espèce; 
il  n'y  a  ici  ni  tribunal,  ni  procès  fictif  :  c<  Mais  ces  for- 
mules, dit  M.  Fustel  de  Coulanges,  sont  composées  d'élé- 
ments divers,  souvent  disparates,  et  les  hommes  qui  les 
écrivaient  d'âge  en  âge  ne  se  préoccupaient  pas  du  vrai 
sens  de  chaque  ligne.  Les  premiers  qui  avaient  rédigé 
la  lormule  d'affranchissement  dans  l'église  avaient  appa- 
remment copié  en  partie  la  formule  de  la  vindicte.  Leur 
erreur  même  a  une  grande  signification.  Elle  nous 
montre  que  la  vindicte  devant  le  juge  disparait  de  la 
pratique  et  qu'elle  fait  place  à  l'affranchissement 
devant  l'évêque10.  » 

VII.  L'affranchissement  per  hantradam.  —  La  loi 
des  Francs  Chamaves  règle  un  mode  d'affranchissement 
qu'on  ne  retrouve  nulle  part  ailleurs  :  ...Quiper  hantra- 
dam11 hominem  ingenuum  dimittere  voluerit,  in  loco 
qui  dicitur  Sanction  sua  manu  duodecirra  ipsum  inge- 
nuum dimittere  faciat  '-.  Celui  qui  voudra  affranchir  un 
esclave,  par  le  mode  appelé  lianlrada,  le  fera  mettre  en 
liberté  en  jurant,  lui  douzième,  dans  le  lieu  appelé  le  Lieu 

*Cod.  Justi,,. .  !  VII.  tit.  x;  cf.  1.  Vit,  fit.  Il  et  1.  VII,  tit.  I, 
e.  4.  —  *Paul,  au  Digcst..  I.  XL,  tit.  i.  4;  Ulpien,  ibid.,  tit.  xl, 
2,  5,  et  1,  6;  Cassiodoie,  Epistolœ,  1.  VI,  1.  —  3Caius,  au  Di- 
gest.,  1.  XL,  tit.  Il,  7;  Paul,  ibid.,  1.  XL,  tit.  Il,  17;  Cod.  Just., 
1.  VII,  tit.  i,  14;  1.  VII,  tit.  x,  7.  —  *Lex  Salica.  XXVI,  2.  — 
•Fustel  de  Coulanges,  toc.  cit.,  t.  IV,  p.  309.  Cf.  Bouquet,  Re- 
cueil des  hisC.  des  Gaules,  t.  IX,  p.  360,  440;  Goldast.  Rerum 
alamannic.  script.,  t.  Il,  p.  27;  Muratori,  Antiq.  italicse,  t.  i, 
p.  847,  850  et  alibi.  —  Formules  :  Sangallenses,  addit.,  n.  2; 
Zeumer,  loc.  cit.,  p.  434;  Merkelianse,  n.  40,  Senonicx,  n. 
42;  Neugart,  Codex  diplomaticus  Alemannix  et  Burgundix 
transjuranx,  2  in-i%  1791,  n.  440  (de  886),  658  (de  906).  — 
•Marculfe,  Formul..  i,  22,  P.  L.,  t.  lxxxvii,  col.  713.  —  '  Vita 
Eligii,  1.  I,  c.  x,  P.  L..  t.  i.xxxvh,  col.  487  sq.  —  "Lex  Ripuaria, 
tit.  lviii,  c.  i;  cf.  Lex  romana  Burgund.,  tit.  m.  —  'Formulx 
Senvnicx,  n.  2  et  3.  —  ,0 Fustel  de  Coulanges,  loc.  cit.,  t.  IV, 
p.  314  sq.  Cf.  R.  A.  van  Beem,  De  manutnissionibus  in  sacro- 
sanctis ecclesiis,  in-4",  Trajecti  ad  Rhenum,  1756,  92  p.  :  Bou- 
chaud,  Examen  d'une  opinion  de  Jacques  Godefroi  sur  les 
affranchissements  des  esclaves  qui  se  faisaient  dans  les  églises, 
dans  les  Mémoires  de  VAcad.  des  inscr.  et  belles-lettres,  1780, 
t.  xl,  i,  p.  119-123.  —  "  Per  liandradam,  ms.  de  Metz;  per  Itan- 
dradum,  ms.  de  Xavarre.  —  ^Xotitia  vel  eommemoratio  de  illa 
euua  qux  se  ad  Amorem  i  Ilamarland)  habet  av.  publié  par  Ba- 
luze,  Capitulare  tertium  annl  oceexm,  comme  capilulaire,  ce 


saint.  Ce  texte  donne  lieu  à  quelques  difficultés;  il  faut 
chercher  ce  qu'il  présente  de  certain.  Le  mode  d'affran- 
chissement per  hantradam  ne  peut  éliminer  cette  part 
qui,  dans  un  acte  intéressant  à  la  fois  l'individu  et  la 
société,  appartient  à  l'autorité  publique,  l'État  pouvant 
seul  faire  d'un  esclave  un  homme  libre.  C'est  ce  qu'in- 
dique le  texte  de  la  loi  lorsqu'il  dit  :  ipsum  ingenuum 
DIMITTERE  FACIAT  ;  le  maître  n'affranchit  pas;  il  fait 
affranchir,  ou.  si  l'on  veut,  il  provoque  l'allranchisse- 
ment.  En  outre,  ce  mode  d'affranchissement  re'quiert  un 
serment  solennel  prêté  avec  onze  cojurateurs;  or,  le 
cas  le  plus  ordinaire13  montre  l'office  des  cojurateurs 
confirmant  le  serment  judiciaire. 

Nous  pourrions  déjà  présumer  que  l'affranchissement 
per  hantradam  est  un  acte  réservé  à  l'État;  qu'en  outre, 
c'est  un  acte  judiciaire;  un  autre  texte  nous  invite  à  le 
penser.  L'article  qui  précède  immédiatement  celui  que 
nous  avons  cité  est  ainsi  formulé  :  Si  guis  hominem 
ingenuum  ad  servitium  requirit,  cum  duodecim  honii- 
nibus  de  suis  proximis  parentibus  in  sanctis  juret  et 
se  ingenuum  esse  faciat,  aut  in  servitium  codât1*.  Si 
quelqu'un  réclame  un  homme  libre  comme  son  esclave, 
celui-ci  devra  jurer  sur  les  saints  avec  douze  hommes 
de  ses  proches  parents,  et  ainsi  il  se  fera  reconnaître 
pour  libre;  sinon  il  tombera  en  servitude. 

L'exact  parallélisme  de  cet  article  avec  celui  qui  fait 
l'objet  de  cette  recherche  induit  à  croire  que  s  dans 
l'un  et  l'autre  le  mot  faciat  est  employé  pour  exprimer 
le  lait  de  provoquer,  par  une  formalité  légale,  une  sen- 
tence que  l'autorité  judiciaire,  moyennant  cette  forma- 
lité, ne  peut  refuser.  L'affranchissement  per  hantradam 
parait  donc  avoir  été  une  procédure  judiciaire,  abou- 
tissant à  faire  déclarer  la  liberté  de  l'affranchi  par  une 
sentence  du  tribunal1'  ».  Il  n'est  pas  aisé  de  faire 
l'accord  sur  ces  questions  et  peut-être  faut-il  s'en 
réjouir  si  la  dispute  amène  enfin  une  explication  défi- 
nitive, quelle  qu'elle  soit. 

Cette  opinion  n'a  pas  été  accueillie  par  M.  Fustel  de 
Coulanges  qui  voit  dans  le  «  prétendu  •>  affranchissement 
per  hantradam  un  affranchissement  dans  f  église  d'une 
forme  particulière,  sans  carta,  mais  en  présence  de 
onze  témoins  touchant  de  la  main  l'autel10.  C'est  l'opi- 
nion soutenue  par  Eichhorn17,  et  à  laquelle  Guérardis 
opposait  d'ingénieux  rapprochements  avec  l'affranchis- 
sement lombard  per  quartam  manum19  et  la  7nanu- 
missio  per  manum  des  Bavarois  i0.  Enfin  Pertz  proposa 
d'assimiler  l'affranchissement  per  hantradam  à  l'affran- 
chissement per  denarium'21. 

VIII.  L'affranchissement  par  testament.  —  Il  *assa 
chez  les  Germains   après    les   invasions  --.    Un   grand 

texte  parait  être  en  réalité  la  loi  euua  des  Chamaves.  habitant  les 
bouches  du  Rhin,  et  dater  des  premières  années  du  ix'  siècle.  Cf. 
E.  Gaupp,  Lex  Francorum  Cliamavorum,  oder  das  vermeint- 
liche  Xantener  Gaurecht,  in-8",  Breslau,  1855;  Sohm,  Die  Fràn- 
Icische  Reichs-und  Gerichtsverfassung  (Die  Altdeulsche  Reichs- 
tind  Gerichtsverfassung),  1871, 1. 1,  p.  580.  —  13R.  Sohm.  loc. cit. 
On  relève  trois  ou  quatre  cas,  en  cinq  siècles,  de  l'emploi  de  coju- 
rateurs dans  le  serment  promissoire,  p.  578-579.  —  itXotitia...,  x. 
—  ,5J.  Havet,  L'affranchissement  <i  per  liantradam  s,  dans  la 
Xouv.  revue  historique  du  droit  français  et  étranger,  1877, 
p.  657;  sur  la  Lex  Chamavorum,  voy.  Gaupp,  trad.  Laboulaye, 
dans  la  Revue  historique  du  droit  français,  in-8*,  Paris, 
1855,  p.  417;  H.  Froidevaux,  Études  sur  la  i  Lex  dicta  Fran- 
corum Chamavorum  a,  in-8%  Paris,  1891.  —  '«Fustel  de  Cou- 
langes, loc.  cit.,  t.  iv,  p.  315,  note  1.  —  ''  K.  Eichhorn.  Deut. 
Staats  und  Rechtsgeschiclde,  1843,  t.  I,  p.  335.  —  ,8B.  Guéiard, 
Pohjptique  d'Inninon,  1844,  p.  370.  —  19 De  même  J.  Grimm, 
Deutsch.  Rechtsalterthumer,  1880,  p.  332.  —  l»  Lex  Bajuwa- 
riorum,  t.  iv,  édît.  de  Merkel,  dans  Pertz,  Monum.  germ.  hist., 
in-fol.,  Hannovera,  1863,  t.  m.Leges,  p.  257  sq.  —  -'  G.  Pertz, dans 
\bhandl.  der  Berlin.  Akademie,  1846,  p.  418.  —  "Lex  romana 
Burgundionum,  tit.  m:  Lex  Wisigothorum.  tit.  V,  c.  vn,  1  ; 
Concil.  Matiscon.  II,  ann.  585,  can.  7,  dans  LabLe.  Concilia,  t.  v, 
col.  981  ;  Conc.  A  relat.  II,  ann.  452.  can.  22,  ibid.,  t.  vm,  col.  330; 
Conc.  ArausiC,  ann.  4M.  c.  vu,  ibid-,  t.  in,  col.  144S. 


571 


AFFRANCHISSEMENT 


572 


nombre  de  testaments  montrent  cet  usage  en  vigueur  '. 
Saint  Remy  s'exprime  ainsi  :  Je  veux  que  Enia  et  le 
plus  jeune  de  ses  fils,  nommé  Monulf,  soient  libres... 
Babrimodus  et  sa  femme  Mora  resteront  serfs;  mais 
leur  fils  Manachaire  sera  libre...  J'ordonne  que  Car- 
tusio  et  Auliatena  soient  désormais  libres2.  » 

Les  testaments  d'Éloi  et  de  Bertramn  l'ont  mention 
d'un  autre  mode  d'affranchissement  par  lettre,  per  car- 
lulam.  Ce  mode  était  dépourvu  de  toute  solennité  et  il 
devint  très  fréquent3;  un  capitulaire  de  803 ;  montre 
qu'il  était  devenu  un  mode  légal5.  On  le  trouve  répandu 
partout,  dans  l'Anjou,  en  Auvergne,  à  Cologne,  chez  les 
Alamans6.  Les  maîtres  prenaient  occasion  des  fêtes 
liturgiques  pour  accorder  la  carlula  à  quelques  esclaves7. 
Nous  connaissons  un  cas  où  cet  affranchissement  per 
t'pistolam  est  confirmé  dans  le  testament,  ce  qui  parait 
donner  à  cette  forme  une  valeur  plus  grande8.  En 
outre,  on  y  confirmait  des  affranchissements  faits  par 
les  ancêtres9. 

L'affranchissement  per  sagittam  ou  per  arma  se  se- 
rait effectué  d'une  manière  analogue  aux  affranchisse- 
ments per  gladium  et  per  cultellum. 

L'affranchissement  per  gnrathinx,  per  impans  et  per 
manum.  Cette  forme  est  trop  longuement  décrite  dans 
l'édit  de  Rotharis  pour  faire  l'objet  de  difficulté,  si  tou- 
tefois le  mot  garathinx  était  clair,  mais  il  ne  l'est  pas. 
On  a  conjecturé  que  ce  mode  consistait  dans  une  décla- 
ration solennelle  de  la  part  du  manumixsor  et  dans  la 
tradition  de  la  personne  affranchie  dans  les  mains  d'un 
liers  qui  l'affranchissait  réellement  devant  témoins.  Le 
mode  per  impana  idest  in  ration  régis  marquerait  que 
dans  un  cas  l'acte  se  passait  devant  l'assemblée  et  des 
témoins  et  dans  l'autre  devant  le  roi.  Le  mode  per  ■ma- 
num se  retrouve  dans  le  droit  lombard,  franc,  bavarois. 
burgonde  et  dans  le  mode  romain  in  sacrosaticlis  eccle- 
siis.  Ceci  peut  s'entendre,  croyons-nous,  d'après  cette 
interprétation  que  «  l'affranchissement  in  eccleaia  »  s'ef- 
fectuait par  la  tradition  du  manumisstis  dans  les  mains 
du  prêtre  (chez  les  Germains,  ces  modes  d'affranchisse- 
ment n'étaient,  avec  des  variantes,  que  des  formes  de  tra- 
dition) 10,  et  que  la  tradition  s'appelait  per  manu,  per 
■manum,  etc. 

IX  Distinction  des  affhanciiis. ■—  On  distinguait  les 
affranchis  par  le  mode  de  leur  afranehisse ut.  L'af- 
franchi devant  le  roi  s'appelait,  toute  sa  vie,  denarialù 
ou  denaiiatus11.  L'affranchi  par  tablettes  lues  à  l'église 
ou  par  testament,  tabvlarms  '-'.  On  trouve  aussi  pour  les 
affranchis  à  l'église  cerarii,  allusion  au  cierge  qu'ils  te- 
naient à  la  main  au  moment  de  l'affranchissement l3  ou 

'H  faut  écarter  celui  de  Pcrpotnus,  475;  cf.  J.  Havet,  Œuvres, 
in-8",  Paris,  189C,  t.  i,  p.  21.  Testament  de  Perpetuua.  Voy. 
Cuncil.  Arelat.  Il,  ann.  452.  cm]  iS,  dans  J.  Sirmood,  Concilia. 
t.  r,  p.  107  ;  Testant.  Bemegii,  ami.  533,  dans  J.  Pardessus,  Dt- 
ptomata,  t.  î,  p,  lis;  Ca>8arii  Arrtat.,  ann.  542,  ibid  .  p.  130; 
Aredii,  ann.  572,  ibid.,  p.  180;  llertramni,  ann.  615.  ibid.,  p.  197- 
213 ;  Burgundofori,  ann.  632,  ibid.,  t.  u.  p.  17;  Deaiderii  Co- 
riurcensis,  ans.  663,  ibid.,  p.  101;  Idonx  filii,  ann.  690,  ibid., 
p,  212;  Irmirue  ubbotiss.r,  ann.  698,  ibid.,  p.  954  ;  Ernrintmdia, 
ann.  700,  Uni/.,  p.  257;  Widrrmli,  ann.  721.  ibul.,  p.  324;  A66o- 
nis,  ann.  7S0,  ibid.,  p.  371,  378;  Tutonis  de  Campeltioio-,  ann. 
777,  dans  A.  Kitmagalli,  Cudicc  diplomatico  San  Ambrvsiano, 
1805,  p.  57;  Peredii  Lucensis,  ann.  77S,  dans  Murât,  ri,  Antiq. 
Italiae,  t.  i,  p.  876;  Optimaiis  citftMdam,  ann.  813,  dans  D.  Vais- 
sette,  Ilist.  du  'Languedoc,  t.  i.  Preuves,  n.  18;  Everardi, 
ann.  837,  dans  J.  Ilcineccius,  Antiquilates  germanica?,  t.  m. 
p.  19,  et  Du  Gange,  Gloesarium,  an  mot  Monmiiiaaiff.  -  '  ÎV- 
stam.  Honigii,  loc.  cit.  —  3Grégnire  de  Tours,  lli.it.  franc.,  ix, 
36,  P.  L.,  t.  i_\xi,  col.  505.  Cl.  1 istamentum  Eiigii,  dans  Par- 
dessus, Diplomata,  t.  Il,  p.  11, et  llertramni,  t.  I,  p.  213;  l.cxRur- 
nundionum.  tit.  i.xxxvm  ;  Clone  Mutiscon  .//,  ann.  585,  can.  7. 
dans  I.abbe,  Concilia,  t.  V,  cet.  98t.  —  'Capital.,  art.  7,  dan*  A. 
Boretius,  Die  Capitularien  im  l.angobardcnreich,  Halle,  1864, 
iïi-8",  p.  114.  —  *Addit.  ad  leg.  Uajuwariorum,  art.  6,  dans  11.  - 
retins,  loc.  Cit.,  p.  158.  —  »  Furniulx  Andegavenses,  n.  20;  Ar- 
vernenscs,  u    4,  Uituricenses,  n.  8;  MarcuUc,  Formul.,  1.  II, 


bien  à  la  redevance  en  cire  imposée  à  la  plupart  d'entre 
eux.  L'affranchi  par  lettre  s'appelait  epistolarius  ou  car- 
tularius  '*. 

Il  ne  parait  pas  qu'on  ait  fait  aucune  recherche  — 
combien  impossible  d'ailleurs  —  de  la  race  de  l'esclave 
pour  laire  choix  du  mode  d'affranchissement  à  lui  appli- 
quer, et  la  loi  ripuaire  prononce  qu'un  même  esclave 
peut  être  successivement  l'objet  des  deux  modes  d'aflran- 
chissement  les  plus  opposés;  il  serait  civis  romanus 
sans  "préjudice  de  devenir  denarialis  »5.  L'affranchi  tire 
sa  nationalité  non  de  sa  race  ou  de  celle  de  son  maitre  l8, 
mais  de  la  sorte  d'affranchissement  qui  lui  a  été  con- 
férée. 

X.  Condition  des  affranchis.  —  Nous  devons  faire 
observer  ici  un  nouveau  point  de  contact  entre  la  cou- 
tume romaine  et  la  coutume  mérovingienne  consistant 
dans  l'inégalité  fondamentale  entre  les  hommes  libres  et 
les  affranchis.  Le  Wcrgeld,  ou  compensation  due  pour 
l'homme  libre  et  pour  l'affranchi,  diffère17  : 


WERGELD 

Loi:, 

Dé 

["homme  libre 

De 

l'alTian   'n 

Pe 

l'enclave 

Loi  des  Alamans. 
Loi  des  Bavarois. 

160  Sun-. 

ICO  sous. 

80  sous. 
40  sous. 

40  sous. 
20  sous. 

A  quelque  fortune  qu'il  s'élève,  il  portera  la  tache  ori- 
ginelle. Le  Wergeld  du  comte  né  libre  est  de  (KX)  sous, 
celui  du  comte  affranchi  de  300  sous  ,8.  Même  proportion 
pour  l'ecclésiastique,  fùt-il  diacre,  prêtre  ou  évèque  : 
Si  quis  clericum  interfèrent,  juxta  qnod  natirilns 
ejus  f uerit,  ita  coniponatur1*.  Rien  ne  change  avec 
Charlemagne  :  Si  presbyter  natus  est  liber,  triplice 
compositione  secundum  legcm  suam  fiât  composi- 
lits  *°. 

L'affranchi  était  soumis  au  patronage  (voyez  ce  mot), 
sauf  dans  le  cas  où  il  était  ttenartalis  ou  ciris  romanus, 
auquel  cas  l'affranchi  n'était  désormais  attaché  à  l'égard 
de  son  ancien  maitre  par  aucun  lien  de  dépendance,  et 
cependant  il  restait  inférieur  à  ceux  qui  étaient  nés 
libres  '-'. 

S'il  n'appartenait  pas  à  l'une  de  ces  deux  catégories, 
l'affranchi  était  soumis  par  les  clauses  de  l'acte  même 

c.  xxxn.   xxxiv,  va,   I'.  J...  t.   ixxxyii,  col.  747,  748;  S 
nicx,  n.1  ;  Merkelianse,  n.  13. 14.  —  ;  Testamentunn  Rcrtramm. 
dans  J.  Pardessus,  t.   I,  p.  213  :   lllos  vero  quoi   pro  si' 

ntalibusper  epistolaarelexavi.  —  *J.  r  Diplo- 

mata, n.  257,  'il  3,  ViO.  —  "  Testamentum  Abbonis.  dans  J.  Pardon- 
sus,  t.  il.  p.  371.  —  '°  Fournier.  Fssai,  p.  66.  —  "  Lac  Ripuai  i  . 
tit.  lxi,  c.  m;  tit.  l.xiv  (mss.   II),  c.  Il;  Capitularc  laji  Ripua- 
ri.v  udditum,  ann.  803,  art.  0;  dans  lîoivtius.  loc.  cit.,  p.  118.  — 
l*Lex  Ripuaria,  tic  Lviu.  c.  i,  n,  IV,  V,  vin,  îx.  xi\.  —  "liiv- 

■  I"  'l'ours,  llist.  franc  .  1.  X,  c.  ix,  /'.  / .  .  r.  i  \\i.  o 
sq.  —  '*  Dccrctitm    Vei  mcl'Unae  Pippini.  dans  H.  retins,  Capi- 
tttimria  Hcnum    Francuriim,  art   20,  p.   41  ;  Ctipitulare   Aqin* 
ijruncnsr,  art.   6,  dans   Boretius.  loc.  cit.,  p.  171;  H.  Guérard. 
Polypt.  d'Irniinon.  proies;.,   t    l,   p.   377.  —  '^Kustel  de  Cou- 
lantes, loc.  cit.,  t.  iv,  p.  31S-322,  l.cx  Ilipuaria.  tit.  LXI, C.  I,  m 
—  "  Leœ  Ilipuaria,  tit.   uxi,    c.    i,  ni.  --   "  l.c.r  Ripuaria. 
tiL  i.xi,  c.  I,  n  ;  l.ex  dicta  Chaniavorum,  c.  Iii-v;  l.c.r  II 
tliorum,  tit.  vin,  c.  iv,  xvi;  l.c.r  liujuwai  ioruni,  tit.  m,  c.  xiu; 
tit.  iv,  c.  xi  ;  tit.  v,  c.  xviu  ;  tit.  vu,  c.  I,  x.  —  "  Lex  Ripuaria, 
tit.  cm,  c    l-n;  Lex  dicta  Clwinavoriim,  c.  vil.  —  "  Lrx  Ili- 
puaria, codices  B,  tit.  xxxvui,  c.  v.  —  *>  Caroli  niagni   e;i- 
stola  ad  Pippinuni,  dans  Braquet,  loe.Ctt.,t  v,  p.  620:  l  I  • 
inannoriim  (éd.  Perlz),   tit.  XI,  c.  I;  l.c.r  Rajuwariorinn.  tit.  I. 
c.  vui,  ix.  Cl.  .7.  Mavet.  Œuvres,  t.  II.  Ihi  sens  du  mot  '  ro- 
main »  dans  /<.•<   /lis  [raiiqucs,  p.  7.  —  w  Capital.,  ann.  803, 
art.  9,  dans  lloietius,  p.  118 


573 


AFFRANCHISSEMENT 


574 


d'affranchissement  à  des  obligations  déterminées ',  soit 
à  l'égard  de  son  ancien  maître  devenu  son  patron  et  de 
ses  héritiers  et  arrière-héritiers  à  perpétuité,  soil  à 
l'égard  de  l'église  ou  de  la  fondation  à  laquelle  le  maître 
.1  cédé  ses  droits  de  patronage.  On  trouve,  par  consé- 
quent, des  clauses  dans  le  genre  de  celles-ci  :  redevance 
en  nature -,  journées  de  travail  pendant  le  cours  do 
1  année,  en  nombre  fixé3,  soin  d'assurer  un  service  v, 
paiement  d'une  rente  (impensio) 3.  Ceux-ci  étaient  donc 
vraisemblablement  les  affranchis  tributaires  par  opposi- 
tion aux  denariales  et  aux  cives  romani.  Nulle  part  on  ne 
voit  qu'ils  reçussent  la  faculté  de  tester,  le  patron  gar- 
dant ses  droits  éventuels  sur  la  succession  de  l'affranchi. 

La  condition  d'affranchi  était  héréditaire  G. 

Il  est  une  catégorie  d'affranchis  que  nous  trouvons  dé- 
signée 7  sous  le  nom  de  lassi,  luili,  lidi  8. 

Le  lite  est  un  ancien  esclave  affranchi  dont  la  situa- 
tion est  analogue  sur  plusieurs  points  à  celle  du  liber- 
/îis9  sans  qu'on  puisse  soutenir  l'absolue  identité. 

Les  affranchis  ecclcsiastici  étaient  d'anciens  esclaves 
ou  descendants  d'esclaves  appartenant  à  une  église10 
dont  ils  étaient  les  serviteurs. 

Une  dernière  catégorie  est  celle  des  homines  regii, 
.-ifiranchis  du  roi  qu'il  ne  faut  pas  confondre  avec  les 
denariales.  C'est  que  le  regins  n'est  affranchi  que  dans 
la  mesure  où  peut  l'être  l'esclave  d'un  particulier,  les 
regii  avaient  toutefois  un  privilège  :  leur  wergeld  était 
égal  à  celui  d'un  civis  romanus. 

XL  Bibliographie.  —  D'Achery  (L.),  Spicilegium, 
13  in-4°,  Parisiis,  1655-67.  —  Allard  (P.),  Les  esclaves 
chrétiens  depuis  les  premiers  temps  de  l'Eglise  jusqu'à 
la  fin  de  la  domination  romaine  en  Occident,  in-8°, 
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Regum  irancorum  capitularia,  2  vol.  in-fo».,  Parisiis, 
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Biot  (E.),  De  l'abolition  de  l'esclavage  en  Occident, 
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diunen  nach  den  Volksrcchten,  in-8°,  Berlin,  1874.  — 
Bouchaud  (M.),  Examen  d'une  opinion  de  Jacques  Go- 
defroi,  sur  les  affranchissements  des  esclaves  qui  se 
faisaient  dans  les  églises,  dnns  Mém.  de  l'Acad.  desinscr. 
<•(  bel.-let.,  1780,  t.  XL,  p.  119-123.  —  Bouquet  (Dom), 
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chen  und  germanischen  Urkunde,  in-8°,  Berlin,  1880. 
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de  l'état  des  affranchis,  dans  Mém.  de  l'Acad.  desinscr. 
et  bel.-let.  1774.  t.  xxxvn.  p.  313-340.  —  Campana  (H.), 
Elude  historique  sur  le  colonat  elle  servage,  in-8°,  Bor- 
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loche,  in-4»,  Paris,  1859.  —  Cartulaire  de  Brioude,  Liber 
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in-4°,  Clermont,  1863.  —  Cartulairede  l'abbaye  de  Fli- 
nes,  publié  par  E.  llautcœur,  2  vol.  in-4°,  Lille-Paris, 
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publié  par  de  l'Épi  nois  et  L.Merlet,  3  in-4°,  Chartres,  1862- 
1865.  —  Cartulaire  de  Notre-Dame  de  Paris,  publié  par 

4  Lex  Wis;gothorum,  tit.  v,  c.  vu,  xiv;  Lex  Langobardorum, 
Rotliaris,  e.  ccxxiv;  dans  Pardessus,  Diplomata,  t.  I,  p.  213; 
t.  H,  p.  212  ;  Marculfe,  Formul.,  II,  xvu  ;  Edictum  Chlolarii, 
ann.  614,  art  7.  Ct.  Fustel  de  Coulanges,  lue.  cit.,  t.  îv,  334  sq. 
notes.  —  *  Testam.  Bertramni,  dans  J.  Pardessus,  t.  i,  p.  214.  — 
3  Testam.  Erminetrudis,  ibid.,  t.  n,  p.  257.  —  *  Ibid.  —  5  Test. 
Abbonis,  dans  Pardessus,  loc.  cit.,  t.  n,  p.  371,  375.  —  6  Marculfe, 
Formulœ,  t.  il,  17;  Testam.  Bertramni;  J.  Pardessus,  Diplo- 
mata, t.  i,  p;  213;  E.  de  Rozière,  loc.  cit.,  n.  69;  Testam.  Abbo- 
tiis,  dans  J.  Pardessus,  Diplomata,  t.  Il,  p.  375.  —  '  Lex  salica, 


B.  Guérard,  3  in-4",  Paris,  1850.  —Cartulaire  de  Saint- 
André-le-Bas,  à  Vienne,  publié  par  U.  Chevalier,  in-8°, 
Grenoble,  1873.  —  Carlulaire  de  l'abbaye  de  Saint- 
Chaffre-du-Monastier,  publié  par  U.  Chevalier,  in-8°, 
Montbéliard,  1891.  —  Carlulaire  de  Saint-Berlin,  pu- 
blié par  B.  Guérard,  in-4°,  Paris,  1841.  —  Cartxdairede 
Saint-Père  de  Chartres,  publié  par  B.  Guérard,  2  in-4» 
Paris,  1841.  —  Cartulaire  de  Saint-Vincent  de  Mâcon, 
publié  par  Ragut,  in-4°,  Mâcon,  1864.  —  Cartulaire  de 
Saitxillanges,  publié  par  M.  Doniol,  in-4",  Paris,  1864. 

—  Cartulaire  de  Savigny,  publié  par  M.  Bernard,  in-40, 
Paris,  1853.  —  Cartulaire  de  Redon,  publié  par  A.  de 
Courson,  in-4°,  Paris,  1863.  —  Cartulaire  général  de 
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sur  l'histoire  du  droit  d'appel,  in-8°,  Paris,  1881  ;  Essai 
sur  les  formes  et  les  effets  de  l'affranchissement  dans 
le  droit  gallo-franc,  in-8°,  Paris,  1885;  Les  affranchis- 
sements du  vc  au  XIIIe  siècle  :  influence  de  l'Église,  de 
la  royauté  et  des  particuliers  sur  la  condition  des  af- 
franchis, dans  la  Revue  historique,  1883,  t.  xxi,  p.  1-58. 

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ques problèmes  d'histoire,  in-8°,  Paris,  1889,  p.  209  ; 
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Iradam,  dans  la  Nouv.  Rev.  hist.  de  droit  français. 
1877;  Sur  V  «  Homo  romanus  »,  dans  la  Remie  histo- 
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rei  und  Christfmthum  in-8°,  Tubingen,  1864.  —  Inama- 
Sternegg,  Deutsche  Witischaf'tsgeschichte  bis  zur 
Schlusse  der  Karolingerperiode,  in-8°,  Leipzig,  1879.  — 

tit.  xxvi;  Lex  Ripuaria,  tit.  lxii,  c.  i;  Lex  Atetmannorum, 
tit.  xcv;  Charta  Pippini,  ann.  706,  dans  J.  Pardessus,  t.  n. 
p.  273;  Charta  Caroli,  ann.  722,  ibid.,  t.  n,  p.  334.  —  "Nithard. 

1.  IV,  S  2.  P.  L.,  t.  cxvi,  col.  70  sq.  —  "Boos,  Die  Liten  und  Al- 
dionen  nach  den  Volksrechten,  1874;  J.  Havet,  Œuvres,  t.  Il, 
p.  4;  Fustel  de  Coulanges,  loc.  cit.,  t.  iv,  p.  342.  —  ,0 Lex  Ri- 
puaria, x,  12;  xiv,  1;  xvm,  3;  xix,  2;  xx.  2;  xxn;  lviii,  1. 

2,  11,  13;  lxv,  2.  Capitularia  Caroli  ffagni,  rv,  3;  v,  8,  210. 
Testam.  Remegii,  dans  J.  Pardessus.  Diplom.,  t.  I,  p.  86;  Fustel 
de  Coulanges,  loc.  cit.,  t.  IV,  p.  344. 


)75 


AFFRANCHISSEMENT  —   AFRIQUE 


57G 


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—  Zœpfl  (H.),  Die  Eva  Chamavorum,  in-8">,  1858; 
Deutsche  Bechtsgeschiehte,  in-8»,  1872. 

En  raison  de  nombreuses  rélerences  aux  «.  Formules  » 
et  pour  dispenser  de  recourir  à  la  bibliographie  de  ce 
mot,  nous  ajoutons  ici  quelques  références  ayant  rapport 
à  cette  littérature. 

E.  de  Bozière,  Formulée.  Andegavenses,  publiées 
d'après  le  ms.  de  Weingarten.  actuellement  à  Fxdde, 
in-8»,  Paris,  1844;  Formules  inédites  publiées  d'après 
un  ms.  de  la  bibliothèque  deSaint-Gall,  dans  \aBibl.  de 
l'Éc.  des  Chartes,  c.  iv,  in-8»,  1853,  c.  n,  1851,  504-526: 
463-483;  Formules  inédites  publiées  d'après  un  ms.  de 
la  bibl.  de  Strasbourg,  dans  rec.  cité,  Formules  wi- 
sigothiques  inédiles,  publiées  d'après  un  ms.  de  la 
bibliothèque  de  Madrid,  in-8°,  Paris,  1854;  Formules 
inédites  publiées  d'après  un  ms.  de  la  biblioth.  roy.  de 
Munich,  dans  la  Bec.  hist.  du  droit,  1858,  t.  IV,  74-84; 
Formidcs  inédites  publiées  par  deux  mss.  des  bibl. 
roy.  de  Munich  et  de  Copenhague,  dans  rec.  cité,  1859, 
t.  v,  1-65;  Becueil  général  des  Formules  usitées  dayis 
l'empire  des  Francs,  du  Ve  au  xs  siècle,  in-8°,  Paris, 
I8Ô9-1861-1871.  —  Zeumer  (K.),  Formulas  Merowingici 
et  Karolini  mvi,  dans  Monumenta  Germanise  historica, 
t.  v,  Leges,  in-4»,  Hannoveroc,  1882-1886. 

Pour  les  anciennes  dénominations  :  Dictati,  Linden- 
brogianas,  Senonicœ,  Mcrkelianœ,  etc.;  cl.  A'ora  collec- 
tif Formularum,  ex  veter.  codd.  mss.  eruta,  in  unutn 
collecta,  nunc  primum  édita,  dans  Baluzius  (Sieph.), 
Capitularia  regum  Francorum,  2  in-fol.,  Paris,  1677, 
t.  il,  p.  557-580',  591-638.  509-5Ô6.  495-508,  639-680,  433- 
468,  467-494.  H.  Leci.ercq. 

AFFUSION.  Voir  Baptême. 

AFRIQUE.  —  Cet  article  comprendra  cinq  grandes 
divisions  :  I.  Géographie  et  histoire.  II.  La  liturgie  ante- 
nicéenne.  III.  La  liturgie  postnicéenne.  IV.  L'archéo- 
logie. V.  La  philologie. 

I.  AFRIQUE.  —  GÉOGRAPHIE  ET  HISTOIRE.  —  I.  Géo- 
graphie. IL  Introduction  et  expansion  du  christianisme. 
111.  La  primatie  de  Carthage  et  les  circonscriptions  ec- 
clésiastiques. IV.  Décadence  de  l'Église  d'Afrique.  V. 
Époque  byzantine.  VI.  Épisode  final. 

1.  Géographie.  —  L'expression  géographique  d'  i<  Afri- 
que romaine  »  indiquait  chez  les  anciens  la  région  du 
litioral  méditerranéen  comprise  entre  la  Cyrénalque,  à 
l'Est,  et  le  fleuve  Ampsaga  (le  Bumn>el).à  l'Ouest;  le  reste 
du  littoral,  vers  l'Occident,  portait  le  nom  de  Maurétanie. 
Lorsque  Borne  substitua  sa  domination  à  celle  de  Car- 
thage, elle  rencontra  de  la  part  des  peuplades  indigènes 
des  résistances  acharnées  et  sans  cesse  renaissantes  qui 
lui  disputèrent  non  seulement  le  territoire,  mais  chacun 
de  ces  progrès  qui  constituent  une  civilisation]  «le  là 
cette  persistance  d'un  certain  type  irréductible  qui  se 
retrouve  mêlé  à  presque  toutes  les  directions  de  l'œuvre 
romaine  et  que  l'on  a  pris  l'habitude  de  désigner  du 
nom  d'  «  africain  >\  encore  qu'il  soit  plutôt  numide,  ber- 
bère et  punique.  Il  y  a  lieu  de  tenir  compte  de  cet 
élément  dans  l'étude  des  institutions  et  des  faits  pondant 
toute  la  durée  de  l'Église  d'Afrique. 

Nous  n'avons  pas  à  rappeler  les  phases  de  rétablisse- 
ment de  la  puissance  romaine  en  Afrique  à  une  époque  où 
le  christianisme  n'y  avait  pas  été  introduit  et  dont,  dans 
tous  les  cas,  nous  n'avons  gardé  aucune  trace.  A  l'époque  OÙ 
l'occupation  fut  complète,  le  sens  du  mot  «  Afrique  »  prit 
une  extension  plus  large  encore  que  par  le  passé  et  com- 
prit tout  le  littoral,  depuis  la  Cyrénaïque  jusqu'à  l'Océan. 

L'Afrique  était  divisée  dès  le  inc  siècle  en  trois  pro- 
vinces :  1°  la  Proconsulaire  ou  Afrique  proprement 
dite  qui  comprenait  la  Byzacène  et  la  Tripolitaine:  -J-  la 
Numidie;  3>   la  Maurétanie.  Au  iv°  siècle,  Dioctétien 


577 


AFRIQUE    (HISTOIRE    ET   TOPOGRAPHIE   DE  L') 


578 


imposa  une  nouvelle  répartition  administrative  qui 
demeura  en  vigueur  à  l'époque  des  Vandales  et  sous  la 
domination  byzantine. 

Il  n'est  pas  aisé  de  délimiter  les  frontières  ecclésias- 
tiques de  l'Église  d'Afrique  '  ;  sans  doute  ici,  comme  pres- 
que partout  ailleurs,  le  christianisme  marchait  dans  le 
sillon  tracé  par  l'administration  romaine,  adaptant  ses 
circonscriptions  aux  divisions  provinciales;  néanmoins 
il  faut  faire  la  part  de  cet  esprit  d'apostolat,  inhérent  au 
christianisme,  qui  entraînait  ses  adeptes  et  bientôt  sa 
hiérarchie  dans  des  directions  que  la  civilisation  romaine 
n'avait  pas  abordées.  Car  il  s'en  faut  que  cette  civili- 
sation ait  conquis  tout  le  pays  de  l'Atlas.  La  Maurétanie 
garda  toujours  quelque  chose  d'indépendant;  la  région 
montagneuse  à  l'ouest  de  l'Aurès  et  les  plateaux  qui 
dominent  le  Tell  ne  devinrent  guère  romains.  Des  tribus 
berbères  et  maures,  à  l'égard  desquelles  Rome  se  con- 
tentait d'une  alliance  avec  leurs  cheiks  nationaux,  cou- 
raient dans  l'immense  plaine  du  Tell;  les  hauts  plateaux, 
le  Sahara  et  tout  l'ouest  de  l'Atlas,  c'est-à-dire  la  Tin- 
gitane,  étaient  occupés  par  les  Gétules,  qui  descendaient 
jusqu'à  la  côte  tantôt  pour  le  commerce,  tantôt  pour  le 
pillage.  Au  dire  de  Tertullien,  quelques  tribus  gétules 
avaient  entendu  annoncer  l'Évangile  avant  le  commen- 
cement du  m6  siècle  2.  «  L'évangélisation  de  cette  fron- 
tière n'a  pas  d'histoire  distincte  de  celle  de  l'évangélisation 
de  l'Afrique  en  général.  On  ne  connaît  aucun  apôtre  des 
Maures;  on  ne  trouve  nulle  part  une  Église,  une  orga- 
nisation ecclésiastique  spéciale  à  ce  peuple.  Le  chris- 
tianisme s'y  est  infiltré  de  proche  en  proche,  comme 
dans  la  province  elle-même;  les  évêchés  se  sont  fondés 
au  milieu  des  groupes  de  population,  à  une  distance 
plus  ou  moins  grande  vers  l'intérieur.  Mais  c'est  tou- 
jours l'Église  d'Afrique3.  » 

II.  Introduction  et  expansion  du  christianisme.  — 
L'Église  d'Afrique  entre  dans  l'histoire  en  l'année  180 
avec  deux  groupes  de  martyrs,  l'un  à  Scilli  *,  l'autre  à 
Madaure5.  Quelques  années  plus  tard,  on  voit  par  les 
écrits  de  Tertullien  que  le  christianisme  avait  fort  pros- 
péré, puisqu'il  avait  franchi  la  frontière  de  l'empire  et 
poussait  ses  conquêtes  chez  les  Gétules  et  chez  les 
Maures,  peuplades  répandues  au  sud  et  au  sud-est  de 
l'Aurès.  Il  semble  qu'après  les  deux  faits  de  persécution 
relevés  en  l'année  180  une  longue  accalmie  ait  favorisé 
le  développement  des  communautés6;  ce  n'est  que  pen- 
dant les  années  -198  à  200  (ou  201)  que  nous  sommes 
avertis  de  nouvelles  violences.  A  Carthage  7,  on  vit  alors 
charjue  jour  plusieurs  chrétiens  jugés  et  mis  à  mort, 
outre  les  violences  populaires  contre  les  propriétés 8,  les 

*  Nous  ne  pouvons  qu'indiquer  ici  quelques  ouvrages  dans  les- 
quels on  trouvera  les  textes  connus  depuis  longtemps  concernant 
l'Église  d'Afrique,  on  sait  quelles  modifications  l'épigraphie  et 
l'archéologie  ont  apportées  depuis  cinquante  ans  à  ces  U'avaux  : 
Emmanuel  de  Schelstrate,  Ecclesia  africana  sub  primate 
Carthaginiensi.  Opus  continens  Dissertationes  quatuor,  in 
quarum  prima  agitur  de  exordio  africanse  Ecclesise,  eiusque 
notifia  et  rcgimine  sub  primate  carthaginiensi  non  autoce- 
phalo  :  in  secunda  de  flde  et  rilibus  africana:  Ecclesise  uti  a 
romana  mtauatis  ita  in  eadem  consonis  :  in  tertia  Conciliis 
Africse,  cum  variis  eorum  editionibus,  notis  ac  scholiis.  In 
quarta  de  successione  episcoporum  carthaginiensium  et 
variis  africanse  Ecclesise  incrementis  et  decreiuentis,  usque  ad 
eius  interitum  sseculo  vm,  per  irruptiones  Sarracenorum  in- 
troductum  et  hue  usque  continuatum,  in-12,  Parisiis,  1679 
S.  A.  Morcelli,  Africa  christiana,  3  vol.  in-4*,  Brixîaî,  1816-1817 
Fr.  Mùnter,  Primordia  Ecclesix  africanse,  in-4*,  Hamiae,  1829 
Cel.  Cavedoni,  Memorie  dell'  antica  Chiesa  africana  desunte 
delV  Africa  cristiana  di  Ste/ano  Antonio  Morcelli,  dans 
Memorie  di  religione,  scienze  e  letteratura  di  Modena, 
II-  série,  t.  vin,  p.  305-365;  t.  ix,  p.  5-51,  225-272;  t.  x,  p.  5-30, 
185-248;  [J.  Caliier  S.  J.,]  Souvenirs  de  l'ancienne  Église  d'A- 
frique, ouvrage  traduit,  en  partie,  de  l'italien  [de  Col.  Cave- 
doni], par  un  Père  de  la  C"  de  Jésus,  in-12,  Paris,  s.  d.  ;  plus 
récemment  ont  paru  :  A.  Toulotte,  Géographie  de  l'Afrique 
chrétienne,  4  vol.  in-8-,  Rennes    et   Montreuil-sur-Mer,  1894; 

DICT.   D'ARCH.   CIIRÉT. 


agressions  contre  les  fidèles  isolés.  Chaque  jour  quelque 
assemblée  chrétienne  dénoncée  par  un  traître  était  en- 
vahie et  pillée9,  les  cimetières  furent  violés10.  Tertullien, 
à  qui  nous  devons  ces  indications,  n'y  a  ajouté  ni  un 
nom,  ni  un  chiffre,  cependant  la  haine  et  l'acharnement 
qui  paraissent  chez  les  païens  font  supposer  l'existence 
d'une  Église  déjà  puissante  et  nombreuse.  Ce  que  nous 
avons  de  plus  précis  est  un  texte  célèbre  qu'on  ne  saurait 
omettre  de  citer.  S'adressant  à  la  population  païenne, 
Tertullien  lui  dit  :  «  Sans  prendre  les  armes,  sans  nous 
révolter,  nous  pourrions  vous  combattre,  simplement  en 
nous  séparant  de  vous;  car,  si  cette  multitude  d'hommes 
vous  eût  quittés  pour  se  retirer  dans  quelque  contrée 
éloignée,  la  perte  de  tant  de  citoyens  de  tout  état  aurait 
décrié  votre  gouvernement  et  vous  eût  assez  punis  : 
vous  auriez  été  effrayés  du  silence  de  votre  solitude,  du 
silence,  de  l'étonnement  du  monde,  qui  aurait  paru 
comme  mort;  vous  auriez  cherché  à  qui  commander;  il 
vous  serait  resté  plus  d'ennemis  que  de  citoyens.  A  pré- 
sent, la  multitude  des  chrétiens  fait  que  vos  ennemis  pa- 
raissent le  petit  nombre...  Nous  ne  sommes  que  d'hier  et 
nous  remplissons  tout,  vos  villes,  vos  îles,  vos  châteaux, 
vos  bourgades,  vos  conseils,  vos  camps,  vos  tribus,  V03 
décuries,  le  palais,  le  sénat,  le  forum11.  »  L'  «Apologé- 
tique »  fut  écrite  vers  l'année  200  12;  le  livre  «  A  Sca- 
pula  »,  qui  est  de  l'année  212  13,  nous  donne  des  chiffres: 
«  Que  ferez-vous,  demande  encore  Tertullien,  de  tant  de 
milliers  d'hommes  de  tout  sexe,  de  tout  âge,  de  tout 
rang,  qui  s'offriront  à  vos  coups?  Qu'il  faudra  de 
bûchers  et  de  glaives  !  Que  souffrira  Carthage  que  vous 
devrez  décimer1*!  »  Il  dit  encore  que  «  dans  chaque 
ville  plus  de  la  moitié  des  habitants  sont  chrétiens  »  lî>, 
et  il  y  avait  dans  l'Afrique  romaine  16  plusieurs  centaines 
de  villes  dont  quelques-unes  très  peuplées.  Malgré  l'ha- 
bituelle exagération  des  paroles  de  Tertullien,  son  témoi- 
gnage est,  en  l'espèce,  très  recevable;  il  écrit  dans  le 
pays  même,  il  parle  de  la  situation  présente,  il  semble 
donc  tenu  à  observer  quelque  précision  dans  ses  éva- 
luations; en  outre,  à  en  juger  d'après  ce  qu'il  a  écrit  du 
développement  du  christianisme  dans  d'autres  pays,  il 
parait  avoir  sur  ce  point  quelque  exactitude  17.  Les  mo- 
numents ne  nous  permettent  pas  de  vérifier  le  degré  de 
cette  exactitude.  Si  la  période  préconstantinienne  a 
fourni  un  certain  nombre  d'épitaphes,  elles  sont  en 
trop  petite  quantité  pour  procurer  les  éléments  d'une 
démonstration  l8,  et  nous  croyons  qu'on  doit  s'abstenir 
d'attribuer  à  des  sépultures  chrétiennes,  violées  ou  dé- 
saffectées, toute  une  catégorie  de  marbres  funéraires 
d'où  les  formules  païennes  sont  absentes.  On  ignore 

F.  Ferrère,  La  situation  religieuse  de  l'Afrique  romaine 
depuis  la  fin  du  iv  siècle  jusqu'à  l'invasion  des  Vandales  (429), 
m-S",  Paris,  1897  ;  A.  Schwartze,  Untersuchungen  ùber  die 
Entwickelung  der  afrikanischen  Kirche,  in-8%  Gottingen,  1892. 

—  tAdv.  Judœos,  c.  vu,  P.  L-,  t.  II,  col.  650.  —  3L.  Duchesne, 
Églises  séparées,  in-12,  Paris,  1S96,  p.  286.  —  *Voy.  Actes  des 
martyrs,  col.  373.  —  5  Epist.  xvi  inter  Augustinianas,  P.  L., 
t.  xxxiii,  col.  82.  —  «Tertullien,  Ad  Scapulam,  n.  iv,  P.  L., 
t.  n,  col.  781.  —  'Tertullien,  Exhort.  ad  martyres,  1-6,  P.  L., 
t.  I,  col.  691  sq.  —  •  Tertullien,  Apologet-,  c.  xxxvn,  P.  L., 
t.  I,  col.  524  sq.  —  8  Ibid.,  c.  vu,  P.  L.,  t.  i,  col.  358  sq.  — 
">lbid.,  c.  xxxvn,  P.  L.,  1. 1,  col.  525  sq.  —  "  Ibid.,  c.  xxxvn, 
P.  L.,  1. 1,  col.  525  sq.  —  l4Dom  Cabrol  et  dom  Leclercq,  Monum. 
Ecoles,  lilurg.,  in-4*,  Parisiis,  1902, 1. 1,  praef.,  p.  cxciv;  P.  Mon- 
ceaux, Chronologie  des  œuvres  de  Tertullien,  dans  la  Revue 
de  philologie,  1898,  t.  xxn,  p.  77,  adopte  la  date  197.  —  *3Dom 
Cabrol  et  dom  Leclercq,  loc.  cit.,  p.  exiv  ;  P.  Monceaux,  loc. 
cit.,  p.  77.  —  "Tertullien,  Ad  Scapulam,  c.  v,  P.  L.,  t.  H, 
col.  7S3.  —  "Ibid.  —  f6Nous  entendons  sous  ce  nom  la  région 
limitée  au  nord  par  la  Méditerranée,  à  l'ouest  par  l'Atlantique, 
au  sud  et  à  l'est  par  le  Sahara,  ce  que  les  Arabes  désignent  sous 
le  nom  de  Djezirat  el-Magbreb.  C.  Tissot,  Géographie  comparée 
de  la  province  romaine  d'Afrique,  2  in-4',  Paris,  1884,  1. 1,  p.  1. 

—  *'  P.  Mury,  Le  nombre  des  chrétiens  de  Néron  à  Commode, 
dans  la  Rev.  des  quest.  hist.,  1877,  t.  xxu,  p.  522.  —  <«  Dom  Ca- 
brol et  dom  Leclercq,  op.  cit.,  t.  I,  n.  2808  sq.  et  p.  157. 

I.  -  19 


579 


AFRIQUE   (HISTOIRE   ET   TOPOGRAPHIE    DE   L') 


580 


également  les  directions  suivies  par  ceux  qui  portèrent 
le  christianisme  dans  les  cités  de  l'intérieur.  On  signale 
une  épitaphe  chrétienne  datant  de  l'année  238,  à  Tipasa 
en  Maurétanie1,  l'existence  de  domaines  funéraires  pos- 
sédés par  les  chrétiens  à  Carthage,  à  Cirta,  à  Aptonge,  à 
Césarée  de  Maurétanie2.  Aucun  texte  ancien  ne  nous 
apprend  vers  quelle  époque  le  christianisme  avait  été 
introduit  en  Afrique,  ni  sur  quel  point  il  tenta  ses  pre- 
mières conquêtes.  Dans  sa  controverse  avec  Pétilien, 
saint  Augustin  reconnaît  que  cette  introduction  fut 
assez  tardive.  Ad  Africain  enim  post  modum  evange- 
lium  venit,  disait  Pétilien,  et  ideo  nusquam  litterarum 
scriptum  est  Africam  credidisse.  Saint  Augustin  n'y 
contredit  guère  :  Nonnullse  etiam  barbarie  naliones 
post  Africam  crediderunt,unde  cerlum  fit  Africam  in 
ordine  credendi  non  esse  novissimam  3.  Nous  ne  savons 
pas  non  plus  quels  furent  les  premiers  apôtres  de 
l'Afrique  ni  d'où  ils  venaient.  Si  les  rapports  entre 
Rome  et  l'Afrique  étaient  fréquents,  l'importance  gran- 
dissante de  Carthage,  dès  son  relèvement  par  Jules 
César,  laisse  croire  que  les  relations  de  commerce  avec 
le  Levant  purent  y  conduire  ceux  qui  prêchèrent 
l'Évangile  les  premiers.  On  parlait  dans  les  villes  de  la 
côte  plusieurs  langues,  le  latin,  le  grec,  les  idiomes  indi- 
gènes, ce  qui  fait  autant  de  raisons  pour  nous  détour- 
ner d'attribuer  à  telle  ou  telle  Église  l'honneur  d'avoir 
envoyé  des  apôtres  à  l'Afrique.  Les  passages  de  Tertul- 
lien  et  de  saint  Cyprien  concernant  les  liens  qui  unissent 
entre  elles  les  Églises  de  Rome  et  d'Afrique  ne  prouvent 
que  l'heureux  accord  qui  existait  entre  elles  et  la  dé- 
férence que  l'on  rendait  à  la  primauté  de  Rome  *\ 
Historiquement,  les  textes  ne  disent  rien  de  plus;  il  faut 
s'en  tenir  à  ce  qu'ils  nous  apprennent5.  Ce  fut  donc, 
semble-t-il,  un  mouvement  de  conversions  assez  vive- 
ment mené  qui  fonda  l'Église  d'Afrique.  Nous  trouvons 
un  indice  du  progrès  rapide  de  ces  conversions  dans  les 
considérants  de  l'édit  de  persécution  de  l'année  202,  dont 
Spartien  a  ainsi  résumé  le  texte  :  In  itinere  Palxslinis 
plurimajura  fundavit  [Severus],  Judseos  fieri  sub  gravi 
pœnavetuit, item  etiam  de  christianis  sanxit.  C'est  donc 
la  propagande,  c'est-à-dire,  d'une  part  le  prosélytisme, 
d'autre  part  l'évangélisation,  que  l'on  veut  frapper  ;  il  sem- 
ble que  dès  cette  date  on  ne  puisse  plus  songer  à  entamer 
la  lutte  avec  la  masse  des  chrétiens  convertis.  Nous  ne 
savons  d'après  quelles  approximations  Mûnter  a  cru  pou- 
voir adopter  pour  l'Afrique  romaine,  au  début  du  ni*  siè- 
cle, une  population  chrétienne  de  cent  mille  âmes  ;  aucun 
texte  n'appuie  ou  n'infirme  ce  calcul 6.  Les  lois  sont  faites 
d'après  une  situation  donnée,  on  peut  donc  présumer 
que  l'édit  de  202  témoigne  de  la  profonde  inquiétude  qui 
s'était  alors  emparée  du  législateur  voyant  les  institu- 
tions païennes  menacées:  obsessam  vociferantur  civita- 
tem 7.  Il  faut,  à  mesure  qu'on  s'éloigne  des  premières 
origines,   faire    la  place  plus  large    aux  chrétiens   de 

4  Corp.  inscr.  lat.,  t.  vui,  n.  9289.  —  *  Acta  proconsularia 
S.  Cypriani,  c.  v, dans  Ruinart,  Acta  sincera,  in-4\Parisiis,  1689, 
p.  219;  Passio  SS.  Montant,  Leucii,  etc., ibid., p. 233 sq.  ;Baluze, 
Miscetlanea,  in-fol.,  Lucse,  1761. 1. 1,  p.  20  :  Gesta  purgationis  Fe- 
licis/p.  24  :  Gesta  purgationis  Cseciliani.  Corp.  inscr.  lat.,  t.  vin, 
n.  9585.  —  3S.  Augustin,  Contra  donalietasepist..  c.  x\\,  P.  L., 
t.  xlui,  col.  419;  F.  Mùnter,  Primordia  Ecclesix  africanzc .  in-V, 
Hafniie,  1829,  p.  8-9.  —  *Cf.  A.  Harnack,  Ueber  verlorene  Briefe 
und  Actenstucke  die  sich  aus  der  Cyprianischen  Briefsamm- 
lung  ermitteln  lassen,  in-8*,  Leipzig,  1902.  — 'Nous  omettons 
les  rares  légendes  sur  l'apostolat  de  saint  Pierre  en  Afrique.  Cf. 
P.  Monceaux,  Hist.  de  la  littérature  chrétienne  en  Afrique,  in-8% 
Paris,  1901,  t.  i,  p.  4,  note  4,  et  Mùnter,  loc.  cit.,  c.  m,  p.  6,  7. 
Les  textes  de  Tertullien,  De  prxscriptionibus,  c.  xxxu,  P.  L., 
t.  n.  col.  52  sq.  :  Ecclesias  ab  apostolis  haud  conditas,  tamen  in 
eadem  flde  conspirantes,  non  minus  apostolicas  deputandas  ' 
esse  pro  consanguinitate  dortrin.v,  etc.  xxi,  P.  L.,  t.  n,  col.  38: 
commwiicamus  cum  Ecclesiis  ajiostolicis  quod  nulla  doctrina 
diversa  (est),  semblent  peu  favorables  à  une  prédication  aposto- 
lique; celui-ci  est  plus  décisif  ;  Per  Grsectam  et  quasdam  Bar- 
burias  ejus  plures  Ecclesix  virgincs  suas  abscondunt.  Est  et 


naissance,  puisque  la  propagande  est  ainsi  combattue, 
et  que  cette  Église  ne  laisse  pas  de  se  soutenir  et  de 
s'étendre;  il  faut  encore  admettre  que  d'assez  bonne 
heure  on  trouve  des  communautés  non  seulement  dans 
la  Proconsulaire,  mais  jusqu'en  Numidie  et  en  Mauréta- 
nie, les  magistrats  de  ces  provinces,  proconsul,  légat  et 
procurateur  sont  d'accord  pour  réprimer  les  fidèles; 
enfin  la  passion  des  saintes  Perpétue  et  Félicité  nous 
fait  voir  l'existence  de  groupes  catéchétiques  et  d'une 
hiérarchie  bien  complète  comptant  un  évèque,  un  prêtre 
catéchiste,  des  diacres,  des  fidèles,  des  catéchumènes, 
des  services  organisés  et  fonctionnant  régulièrement 
pour  porter  du  secours  aux  prisonniers,  enfin  des  chré- 
tiens un  peu  turbulents  et  assez  nombreux  pour  que  leur 
sortie  des  églises  fasse  songer  à  la  cohue  qui  entoure  le 
cirque  à  l'heure  où  les  spectacles  sont  achevés. 

Le  Liber  ad  Scapulam  nous  apprend  que  parmi  les 
fidèles  se  trouvaient  «  des  chevaliers  et  des  dames  ro- 
maines, nobles  comme  [le  proconsul],  peut-être  ses  plus 
proches  parents  et  ses  amis  les  plus  intimes  » 8,  dont  le 
courage  dans  les  supplices  provoquait  un  mouvement 
continuer  de  conversions.  Nous  en  trouvons  deux  témoi- 
gnages qu'il  est  utile  de  rapprocher:  «  Rien  des  hommes, 
écrit  Tertullien,  frappés  de  notre  courageuse  constance, 
se  prennent  à  s'enquérir  d'une  si  admirable  patience, 
et,  sitôt  qu'ils  connaissent  la  vérité,  ils  sont  des  nôtres  et 
marchent  dans  nosvoies  9.  »  Un  demi-siècle  plus  tard, 
l'auteur  d'un  traité  attribué  à  saint  Cyprien  et  qui  parait 
être  de  son  temps  écrit  de  son  côté  :  «  Lorsque  des 
mains  cruelles  torturaient  les  membres  du  saint,  lors- 
que le  bourreau  lui  déchirait  les  chairs  sans  pouvoir 
abattre  sa  constance,  j'ai  entendu  parler  les  assistants. 
L'un  disait:  C'est  une  grande  chose  et  dont  je  me  trouble 
fort  que  de  voir  maîtriser  ainsi  la  douleur.  D'autres  re- 
prenaient: Cet  homme  doit  avoir  des  enfants,  car  une 
épouse  est  assise  à  son  foyer  et  cependant  l'amour  des 
siens  est  impuissant  à  le  lléchir.  Il  faudra  pénétrer  et 
connaître  le  mystère  qui  fait  sa  force  l0.  »La  période  qui 
s'étend  de  l'année  198  à  l'année  212  paraît  avoir  été  si- 
gnalée par  plusieurs  persécutions  et  les  documents  s'ac- 
cordent à  parler  de  nombreux  martyrs  ",  parmi  lesquels 
les  uns  furent  torturés  avant  le  jugement 1J,  d'autres  re- 
légués dans  les  îles13,  d'autres  décapités1*,  d'autres  encore 
livrés  aux  bètes 15  ;  il  y  en  eut  qu'on  fit  déchirer  avec  des 
crocs  de  fer16;  il  y  en  eut  de  brûlés17,  de  crucifiés18, 
une  chrétienne  fut  violée19,  des  fidèles  furent  pourchassés 
à  coups  de  pierre  et  leur?  maisons  brûlées*0,  quelques- 
uns  se  cachèrent  ou  s'exilèrent21. 

La  littérature  exceptionnellement  conservée  de  l'Église 
d'Afrique  nous  fournit,  à  partir  de  cette  époque,  les  bases 
d'une  évaluation  plus  précise.  Le  I"  concile  de  Car- 
thage,tenu  par  Agrippinus  (218  à  222) 22,  réunit  dix-huit 
évèques  de  Numidie;  au  III*  concile  de  Carthage,  saint 
Cyprien  sera  entouré  de  quatre-vingt-sept  évèques  venus 

sub  hoc  cxlo  (scil.  Africanu)  institutum  istud  alicubi,  ne  qui 
gcntilitati  Grxcanicse  aut  Barbarie  consuetudinem  illam 
adscribat.  Sed  easego  Ecclesias proposui,  quas  et  ipsi  Apostoli 
et  apostolici  viri  condiderunt,  et  puto.  ante  qui>sdam,  [lus 
récentes,  sans  aucun  doute,  et  qu'il  ne  nomme  pas.  De  virgin. 
velandis,  c.  H,  P.  L.,  t  n,  col.  938.  —  *F.  Mùnter,  loc.  cit., 
c.  v,  p.  24.  Ce  chiffre  parait  vraisemblable,  quoique  peut-être  un 
peu  grossi,  à  B.  Aube,  L'Église  d'Afrique  et  ses  pren 
épreuves  sous  le  règne  de  Septimc-Sévère,  dans  la  Revue  his- 
torique, 1S79,  t.  Xi,  p.  246.  —  '  Tertullien,  Apotoget.,  c.  I.  P.  I.., 
t.  i,  col.  310.  —  «Teftullien,  AdScapulam,  c.  v,  P.  L..  1. 1.  col.  7S3. 

—  »  Ibid.,  P.  L.,  t.  i,  col.  783.  —  <">  Ps.-Cyprien,  Liber  de  laude 
mattyrii,  15,  P.  L.,  t.  iv,  col.  S26.  --  "  Passio  S.  Perpétua-,  13, 
dans  Ruinart,  Acta  sincera,  In-V,  Parisiis,  16S9,  p.  92.  —  ^Ter- 
tullien, Apologet.,  c.  xn,  P.  L..  t.  i,  col.  392  sq.  —  "Ibid.  — 
i»  ih,d.  —  '•  Ibid.  —  »•  Ibid.  —  «'  Ibid.  —  <•  Ibid.  —  '•  Ibid..  c.  L. 
P.  /  ..  t.  i,  col.  508  sq.  —  î0  Ibid..c.  xxxvn,  P.  L..  t.  I,  col.  524  sq. 

—  *'  Tertullien,  De  fvga.  c.  v,  P.  L.,  t.  n,  cl.  129.  —  "MorccUi 
donne  la  date  198,  Mùnter,  215,  nous  suivons  celle  de  C.  Htf.lè. 
Conciliengeschichte,  in-8-,  Freiburg,  1855.  t.  i.  p.  48  sq.  ;  trad. 
franc,  par  Goschler  et  Delarc,  Paris,  1S69,  1. 1,  p.  53  sq. 


581 


AFRIQUE    (HISTOIRE    ET    TOPOGRAPHIE    DE    L') 


582 


de  la  Proconsulaire,  de  la  Numidie  et  de  la  Maurétanie. 
Ces  conciles  d'Afrique  avaient  à  gouverner  une  Église 
turbulente,  sans  doute,  mais  qui  savait,  à  ses  heures, 
faire  preuve  de  la  plus  sage  modération.  S'il  convenait 
à  Tertullien  de  dire  que  la  persécution  est  l'état  normal 
pour  le  chrétien,  il  devait  reconnaître  que  les  chrétiens 
i  faisaient  grand  cas  de  la  paix,  se  prêtaient,  dans  la  me- 
sure du  possible,  à  la  prolonger  par  des  concessions  lé- 
gitimes. Cette  disposition  à  reculer  eut  toutetois  des 
suites  regrettables.  Beaucoup  de  chrétiens  avaient  pu 
croire  que  toute  persécution  serait  évitée  désormais  à 
l'aide  de  ces  compromis,  ils  étaient  si  bien  déshabitués 
de  l'idée  de  lutte  et  de  souffrance  que  la  persécution  de 
Dèce  fut  l'occasion  d'un  grand  nombre  d'apostasies;  il  y 
eut  telle  communauté  qui,  l'évêque  en  tête,  comme  à 
Saturnum,  monta  au  temple  des  dieux  pour  y  sacrifier. 
Malgré  tant  de  chutes,  il  restait  assez  de  fidèles  pour  que 
l'évêque  de  Carthage  dût  les  prévenir  de  ne  venir  qu'en 
petit  nombre  et  non  par  masses  visiter  les  prisonniers, 
tamen  caute  hoc  et  non  glomeratim  née  per  multitu- 
dinem  simul  junctam  1.  Nous  savons  qu'il  y  eut  des 
groupes  de  bannis,  l'un  d'eux  comptait  65  personnes;  de 
plus,  au  retour  d'exil  de  l'évêque  Cyprien,  il  ordonna 
une  quête  parmi  les  chrétiens  de  Carthage  pour  venir  en 
aide  au  rachat  des  fidèles  enlevés  par  les  tribus  nu- 
mides; on  recueillit  cent  mille  sesterces2,  environ 
25000  francs  de  notre  monnaie,  somme  qui  laisse  entre- 
voir une  communauté  nombreuse  et  opulente. 

Le  péril  où  la  querelle  des  libellatici  jeta  l'Église 
d'Afrique  résultait  en  grande  partie  non  des  dispositions, 
mais  de  la  multitude  de  ces  pécheurs.  Ils  iormaient  un 
groupe  d'une  telle  importance  qu'ils  purent  songer  à 
lutter  avec  les  chefs  de  la  hiérarchie  ecclésiastique  que 
soutenaient  cependant  des  communautés  encore  nom- 
breuses,quoique  réduites  parla  persécution,  l'exil,  l'hé- 
résie3. On  trouve  à  cette  époque  un  groupe  de  martyrs 
appelé  la  massa  candida  qui  aurait  compté  plus  de  153 
chrétiens  au  dire  de  saint  Augustin4,  et  le  biographe  de 
saint  Cyprien  nous  apprend  que,  pendant  la  nuit  qui  pré- 
céda l'exécution  de  leur  évêque,  les  chrétiens  s'étaient 
portés  en  foule  à  sa  demeure  s.  Ce  n'est  pas  seulement 
dans  la  Proconsulaire  que  nous  recueillons  des  témoi- 
gnages sur  le  grand  nombre  des  chrétiens.   Les  Actes 

'S. Cyprien,  Epist.,  IV,  P.  L.,  t.  iv,  col.  235 sq.  —  s  S.  Cyprien, 
Epist.,  lx,  P.  L.,  t.  iv,  col.  370.  —  3  S.  Cyprien,  Epist.,  lxxiii, 
P.  L.,  t.  m,  col.  1155  sq.  L'évêque  de  Carthage  parle  dans  cette 
lettre  de  milliers  d'hérétiques.  —  'P.  Monceaux,  dans  la  Revue 
archéologique,  1900.  p.  404  sq.:  S.  Augustin,  Enarratio  in  psalm. 
xux,  n.  9,  P.  L.,  t.  xxxvi,  col.  571  ;  Prudence,  Peristeph.,  hymn. 
xm,  v.  83,  P.  L.,  t.  XL,  col.  577.  —  5  Acta  proconsularia,  5,  dans 
Ruinait,  Acta sincera,  in-4%  Parisiis,  1689.  p.  218.  —  6  Voy.  col.  414 
sq.  —  7  Passio  SS.  Jacubi  et  Mariant,  12,  dans  Ruinait,  loc.  cit., 
p.  231.  —  8  Le  texte  connu  de  Tertullien  :  De  prsescript  liœret., 
c.  xxxvi,  P.  L.,  t.  il,  col.  58,  rapproché  du  même  traité,  c.  xx, 
ne  pourra  rien  dire  de  plus  que  si  d'autres  textes,  qui  restent  à 
découvrir,  le  disent  eux-mêmes.  Ci.  Miinter,  loc.  cit.,  p.  10.  — 
'  S.  Augustin,  Epist.,  xlih,  7,  P.  L.,  t.  xxxm,  col.  163:  Erat 
etiam  (Carlhago)  transmarinis  vicina  regionibus  et  fama 
celeberrima  nobilis:  unde  non  mediocris  utique  auctoritas 
habeat  episcopum,  qui  posset  non  curare  multitwUnem  ini- 
micorum  quum  sevideret  et  Romanas Ecclesix,  inquasemper 
apostolicx  cathedrœ  viguit  principatiis,  et  ceteris  terris, 
unde  evangelium  ad  ipsam  Africam  venit,  per  communica- 
turias  literas  esse  conjunctum...  Dans  YAltercatio  cum  Pas- 
centio  ariano,  on  lit  au  contraire  :  Si  enim  licet  dicere  non 
golum  barbarie  lingua  sua,  sed  etiam  romanis:  siliora  armen, 
quod  interpretatur :  Domine  miserere  1  cur  non  liceret  in 
conduis  Patrum,  in  ipsa  terra  Grxcorum,  unde  ubique  de- 
stinata  est  fides,  lingua  propria  liomousion  confiteri,  quod 
est  Patris  et  Filii  et  Spiritus  Sancti  una  substantia?  P.  L., 
t.  xxxin,  col.  1038  sq.  Mùnter,  à  qui  nous  empruntons  ce  texte,  le 
■fait  suivre  de  cet  autre,  plus  clair  encore,  mais  dont  il  ne  donne  pas 
l'origine:  Addamus,  dit-il,  convicium  ejusdem  Augustini  in 
donatistarum  sectam  quarn  accusât  :  ut  pr/ecisam  ab  illa  ra- 

D1CE  ECCLESIARUM  ORIENTALIUM,  UNDE  EVANGELIUM  IN  AFRICAM 

venit.  F.  Munter,  Primordta  Ecclesix  ajricatix,  in-8%  Haf- 


des  saints  Jacques  et  Marien  martyrisés  près  de  Cirla6 
nous  disent  que  le  bourreau  se  trouva  embarrassé  de  la 
grande  multitude  qu'il  avait  à  frapper7.  Il  semble  que 
ce  soit  sous  l'épiscopat  de  saint  Cyprien  qu'ait  surgi  la 
première  idée  des  origines  de  l'Église  d'Afrique.  Jusque- 
là,  et  nous  n'avons  que  les  écrits  de  Tertullien  pour  nous 
instruire,  on  ne  parait  pas  avoir  songé  à  autre  chose 
qu'à  établir  qu'on  dépendait  du  siège  de  Rome  pour  la 
doctrine  seulement  et  la  hiérarchie  ecclésiastique8; 
saint  Cyprien  parle  au  contraire  de  l'Église  de  Rome 
qu'il  qualifie  de  radix  et  matrix,msiis  c'est  pour  l'Eglise 
entière,  Ecclesix  catholicse,  qu'il  la  reconnaît  telle;  or 
il  est  clair  que  nul  ne  pouvait  attribuer  à  l'Église  de 
Rome  la  fondation  de  celle  d'Antioche,  par  exemple;  les 
termes  de  radix  et  matrix  ne  peuvent  donc  être  pris  au 
sens  qu'une  lecture  hâtive  du  texte  leur  a  fait  donner. 
Ce  n'est  que  chez  saint  Augustin  que  la  question  est 
résolue,  mais  un  peu  tardivement,  il  faut  le  reconnaître; 
cependant  le  texte  ne  laisse  place  à  aucune  ambiguïté9. 

A  partir  de  la  mort  de  saint  Cyprien  les  documents 
chrétiens  deviennent  rares  et  trop  brefs  pour  que  nous 
puissions  en  tirer  parti  dans  notre  recherche. 

III.  La.  primatie  de  Carthage  et  les  circonscrip- 
tions ecclésiastiques.  —  Sous  Dioclétien  eut  lieu  une 
nouvelle  division  administrative  de  l'empire.  Voici  ses 
dispositions  concernant  l'Alrique  :  1°  La  Cyrénaïque, 
rattachée  au  diocèse  d'Orient,  pourvue  d'un  gouverneur 
particulier.!  2°  Le  diocèse  d'Alrique  comprenant  :  a.  la 
Tripolitaine  depuis  la  Cyrénaïque  jusqu'au  lac  Triton; 

b.  la  Byzacène  ou  Valérie,  du  lac  Triton  jusqu'à  Ilorréa; 

c.  l'Afrique  propre,  d'Horréa  à  Tabarka;  d.  la  Numidie, 
divisée  en  Numidie  Cirtéenne  (avec  Cirta)  et  Numidie 
Militaire  (chef-lieu  Lambèse),  de  Tabarka  à  l'Amsaga; 
e.  la  Maurétanie  Sitilienne  (chef-lieu  Sitifis),de  l'Amsaga 
à  Saldœ;  f.  la  Maurétanie  Césaréenne  (chef-lieu  Cesareae), 
de  Saldœ  à  la  Malva  (Moulouïa).  Le  gouvernement  civil 
de  chaque  province  était  remis  au  prœses  relevant  du 
vicaire  d'Afrique;  le  gouvernement  militaire  apparte- 
nait aux  prscposili  limitum  soumis  au  comte  d' Afrique, 
3°  La  Maurétanie  Tingitane  mt  rattachée  au  diocèse 
d'Espagne  et  commandée  par  un  cornes  Tingitanse  rele- 
vant directement  du  magisler  peditum,  à  Rome10.  Le 
morcellement  des  commandements H  résultantde  la  sub- 
niai, 1829,  p.  12.  Il  est  assez  remarquable  que  dans  la  lettre  du 
pape  Innocent  à  Decentius  de  Guhbio  on  ne  réclame  pour  Rome 
que  l'honneur  d'avoir  établi  les  Eglises  en  Afrique,  mais  non  la 
foi  ;  la  lettre  du  pape  saint  Grégoire  I"  à  l'évêque  de  Carthage, 
Dominique, est  plus  décisive  encore  :  «  Sachant  fort  bien,  dit-il,  où 
l'épiscopat  de  vos  Églises  a  pris  son  point  de  départ,  vous  avez 
raison  de  chérir  notre  chaire  apostolique,  d'y  recourir  comme  à 
la  source  de  votre  ministère  et  de  vous  y  tenir  constamment  unis 
par  une  affection  bien  justifiée.  »  Epist.,  1.  VIII,  n.  33,  P.  L., 
t.  lxxvh,  col.  934  sq.  Ce  qui  est  plus  clair  que  tout,  ce  sont  les 
paroles  de  saint  Cyprien  désignant  l'Église  de  Rome  par  ces 
mots:  Ecclesla  principalis  unde  unitas  sacerdotalis  orta  est. 
Epist.,  lv,  P.  t.,  t.  m,  col.  845.  —  ,0  Lactance,  De  riwrtib. 
persecut.,  c.  vu,  P.  L.,  t.  vu,  col.  204  sq.  Cf.  TiUemont,  Hist. 
lies  empereurs,  in-4",  Paris,  1723,  t.  iv,  p.  57;  Morcelli,  Africa 
christiana,  in-4%  Brixiae,  1816,  t.  i,  p.  23  ;  Naudet,  Des  change- 
ments opérés  dans  toutes  les  parties  de  l'empire  romain,  in-8% 
Paris,  1817,  t.  I,  p.  294.  —  "H.  Fournel,  Les  Berbères.  Étude  sur 
la  conquête  de  l'Afrique  par  les  A  rabes,  in-4",  Paris,  1875,  t.  I, 
p.  61  ;  Mommsen,  dans  Corp.  insc.  lat.,  t.  vin,  introduct.,  p.  xvii- 
xvin;  C.  Tissot,  Géographie  comparée  de  l'Afrique  romaine, 
in-4%  Paris,  1886,  t.  n,  p.  42;  Pallu  de  Lessort,  Fastes  de  la 
Numidie  sous  la  domination  romaine,  in-8%  Paris,  1888,  p.  173  ; 
C.  Jullian,  dans  les  Mélang.  d'arch.  et  d'Iiist.  de  l'école  fran- 
çaise de  Rome,  1882,  t.  n,  p.  85,  86,  identifie  Tabia  avec  Zabia, 
cf.  Corp.  inscr.  lat.,  t.  vm,  p.  750;  Revue  archéol.,  t.  xiv,  p.  393, 
et  Recueil  de  Constantine,  1888,  t.  xxv,  p.  171;  G.  Ilenzcn, 
Annali  di  corrispondenza  archeologica,  1860,  p.  30;  F.  Fer- 
rère,  La  situation  religieuse  de  l'Afrique  romaine  depuis  la 
fin  il  n  iv  siècle  jusqu'à  l'invasion  de»  Barbares  (42!)),  in-8% 
Paris,  1S'J7,  p.  3  sq.  ;  L.  Renier,  Rev.  des  inscr.  de  l'Algérie, 
n.  1847,  et  Corp.  mscr.  lat.,  t.  VIII,  n.  4764,  7003,  7007  ;  G.  Goyau, 
dans  les  Mélang.  d'arch.  et  d'hist-,  1893,  p.  251  sq.,  277. 


583 


AFRIQUE   (HISTOIRE   ET   TOPOGRAPHIE    DE   L') 


584 


division  des  provinces  fut  probablement  une  mesure  prise 
en  prévision  des  rôves  d'ambition  qu'une  trop  grande 
puissance  pouvait  faire  naître  dans  l'esprit  de  ceux  qui 
l'exerçaient. 

Nous  constatons  en  Afrique  ce  qui  s'est  produit  dans 
le  reste  de  l'empire  :  les  circonscriptions  religieuses  se 
sont  modelées  sur  les  circonscriptions  civiles1,  sauf 
quelques  cas  assez  rares;  exception  faite  toutefois  pour 
la  Tingitane  qui,  au  point  de  vue  ecclésiastique,  fut 
réunie  à  la  Maurétanie  Césaréenne.  Ces  conditions 
s'expliquent  par  le  développement  rapide  du  mouve- 
ment de  conversions  au  christianisme  qui  suivit  celle  de 
Constantin.  Auparavant  l'expansion  se  faisait  individuel- 
lement et  rien  ne  provoquait  à  l'adoption  d'un  système 
hiérarchique  nécessairement  très  vaste  et  très  compli- 
qué. Vers  le  milieu  du  me  siècle,  saint  Cyprien  ne  con- 
naît en  Afrique  qu'une  seule  province  ecclésiastique  en 
face  des  trois  provinces  civiles  :  Latius  fusa  est  nostra 
provincia,  habet  enim  Numidiam  et  Mauretaniam 
sibi  cnhserenles  * .  Un  demi-siècle  plus  tard,  lôrs  de  la 
répartition  par  Dioclétien,  la  Maurétanie  Sitifienne 
prend  une  existence  civile  propre  et  néanmoins  elle  ne 
sera  détachée  de  la  Numidie,  au  point  de  vue  ecclésias- 
tique, que  beaucoup  plus  tard,  en  393.  Ce  n'est  qu'alors 
qu'elle  obtient  un  primat  et  la  dignité  de  circonscrip- 
tion. 

Les  six  provinces  ecclésiastiques  eurent  chacune  res- 
pectivement pour  métropole:  la  Proconsulaire,  Carthage; 
la  Numidie,  Cirta;  la  Byzacène,  Hadrumète;  la  Tripo- 
litaine,  Tripoli;  la  Maurétanie  Sitifienne,  Sétif;  la 
Maurétanie  Césarienne,  Césarée.  La  multitude  de  sièges 
épiscopaux  qui  existait  en  Afrique  ne  faisait  que  rendre 
plus  important  le  siège  primatial  de  Carthage  auquel  on 
s'ellorçait  de  maintenir  sa  grande  situation  en  face  du 
pape  de  Rome.  Les  primats  de  chaque  province  étaient 
d'assez  modestes  personnages,  nullement  en  état  de 
balancer  le  chef  de  l'Église  d'Afrique  qui  devait  son 
prestige,  dit  saint  Augustin,  à  la  célébrité  de  sa  ville 
épiscopale  et  à  ses  communications  fréquentes  avec 
la  capitale  du  monde  3.  Les  cinq  primats  provin- 
ciaux étaient  le  plus  ordinairement  des  vieillards,  que 
l'ancienneté  et  non  le  talent  ou  la  vertu  avait  élevés 
à  la  primatie  4.  11  en  résultait  que  les  titres  de  pri- 
mats provinciaux  n'étaient  attachés  à  aucun  siège  en 
particulier. 

Le  lien  lus  étroit  qui  attachait  l'Église  de  Carthage  à 
celle  de  Rome  n'était  douteux  pour  personne  3,  malgré 
l'attitude  très  indépendante  —  quelquelois  même  jus- 
qu'à  la  résistance  ouverte  —  de  son  clergé  à  l'égard  du 
pape8.  Des  textes  bien  connus  et  souvent  cités  de  saint 
Augustin,  de  saint  Cyprien,  et  même,  dans  une  cer- 
taine mesure,  les  attaques  de  Tertullien,  établissent 
cette  prépondérance  de  l'Église  romaine  à  l'égard  de 
l'Afrique.  Cependant  un  ensemble  de  circonstances 
avait  contribué  à  grandir  le  primat  de  Carthage  aux 
yeux  de  toute  l'Église  d'Afrique  et  les  titulaires  ne  pa- 
raissent avoir  rien  fait,  à  notre  connaissance,  du  moins, 
pour  tempérer  cette  tendance  à  augmenter  l'inlluence 
de  l'évéque  de  Carthage  même  parfois  au  détriment  de 
l'évéque  de  Rome.  L'un  d'eux  disait  qu'il  portait  le  far- 
deau de  toutes  les  Églises  d'Afrique  7.  Le  primat  visitait 

1  Pour  la  Gaule  notamment  comparer  Fustclde  Cuulanges,  His- 
toire des  instit.  polit,  de  l'anc.  France,  in-8%  Paris,  1891,  t.  I, 
passim,  avec  L.  Duchesne,  Les  fastes  épiscopaux  de  la  Gaule, 
n-8\  Paris,  1804.  —  «S.  Cyprien,  Epist.,  KLV.P.  L.,t.  m,  col. 733. 
—  SS.  August.,  Epist.,  m. ni,  c.  vil,  P.  /..,  t.  xxxm,  col.  tG;t.  Cf. 
Labbe,  Concilia,  in-fol.,  Parisiis,  1671,  t.  iv,  col.  1620  sq.; 
C.  Dielil,  Histoire  de  la  domination  byzant.  en  Afrique,  in-8\ 
Paris,  1896,  p.  411.— *  S.  Léon,  Epist.,\u,P.L.,  t.UV,col.645sq. 
Cf.  S.  Grégoire,  Epist.,  i.xxiv,  P.  L.,  t.  LXXVH,  col.  528.  Ce  pape 
voulut  imposer  tes  sièges  piimatiaux  fixes  et  les  élections  prima- 
tiales;  Murcelli,  Africa  cliristiana,  in-lol.,  Romac,  181o\t.  i,  p.  83; 
Toulotte,  Gèogr.  de  l'Afrique  chrétienne,  in-8* ,  Paris,  1892,  t.  i, 


les  provinces  tous  les  ans  et  principalement  à  l'ap- 
proche des  conciles.  Loin  de  s'en  indisposer,  ses  collè- 
gues réclamaient  son  passage  dans  leurs  Églises;  c'était 
lui,  pensait-on,  qui  soutenait  les  Églises;  aussi  ses  pou- 
voirs étaient-ils  assez  étendus.  Il  avait  le  droit  de  choisir 
un  prêtre  d'un  diocèse  étranger  au  sien  et  de  l'ordonner 
évéque,  ou  bien  il  pouvait  imposer  à  un  diocèse  la  mu- 
tation d'un  clerc  dans  un  autre  diocèse.  C'était  lui  qui 
convoquait  les  conciles  de  l'Afrique  entière,  qui  ratifiait 
les  ordinations  épiscopales,  qui  signait  au  nom  de  tous 
les  lettres  synodales,  lui  enfin  qui,  un  an  à  l'avance, 
fixait  le  jour  de  la  célébration  de  la  fête  de  Pâques.  Les 
clercs  eurent  néanmoins  dans  la  suite  la  faculté  d'adres* 
ser  leurs  appels  au  concile  général  d'Afrique. 

Quand  on  voit  la  laçon  dont  saint  Cyprien  exerçait  les 
droits  de  sa  charge  dans  son  Église,  on  y  constate  l'exis- 
tence, au  moins  transitoire,  d'une  sorte  de  régime  re- 
présentatif, mais  il  se  peut  que  la  modération  apportée 
par  cet  évéque  n'ait  pas  toujours  été  imitée  par  ses  suc- 
cesseurs; ainsi  la  primatie  dégénéra  parfois  en  une 
sorte  de  patriarcat  indépendant  dont  les  sentences 
étaient  sans  appel  ;  c'est  contre  un  tel  état  de  choses  ou 
contre  la  possibilité  de  son  retour  qu'ont  été  portés  des 
décrets  tels  que  le  canon  17  du  XVIe  concile  de  Car- 
thage. Les  primats  provinciaux  apparaissent  au  ivc  siècle. 
La  lettre  de  Constantin  (314)  au  proconsul  d'Afrique 
pourrait  y  faire  allusion,  au  moins  en  ce  qui  regarde  la 
Tripolitaine  et  une  des  Maurétanies.  La  Byzacène  avait 
certainement  un  primat  en  349.  En  393,  le  synode 
dllippone  pourvoit  d'un  primat  la  Maurétanie  Sitifienne. 
Enfin,  tout  au  début  du  ive  siècle,  Secundus  Tigisitanus 
avait  présidé  le  concile  de  Cirta  (305)  et  il  est  probable 
que  c'était  à  titre  de  primat  provincial. 

Cette  constitution  ecclésiastique  fut  à  peine  modifiée. 
Le  nombre  des  sièges  épiscopaux,  subitement  accru  au 
IVe  siècle,  demeura  stationnaire.  Les  listes  épiscopales 
africaines  comptent  parmi  les  plus  précieux  documents 
historiques  de  ce  pays,  mais  elles  ont  subi  le  sort  de 
tant  d'autres  pièces  :  altérées  d'abord  par  les  copistes, 
elles  ont  été  dans  la  suite  mal  interprétées  par  les 
commentateurs;  cependant,  il  faut  bien  se  garder  d'en 
faire  un  trop  sévère  reproche  à  ces  derniers.  L'explora- 
tion scientifique  de  l'Afrique  a  permis  de  reviser  un 
certain  nombre  de  noms  d'hommes  et  de  lieux,  comme 
d'identifier  plusieurs  sièges  épiscopaux,  grâce  à  l'épigra- 
phie.  Le  P.  Hardouin,  allies  Dupin,  Morcelli  ont  fait 
tout  ce  qu'ils  pouvaient  faire  en  leur  temps;  il  serait 
prématuré  de  tenter  ici  un  classement  des  anciens 
évéchés  d'Afrique,  ainsi  que  nous  l'ont  démontré  nos 
recherches  entreprises  dans  ce  but. 

Un  manuscrit  de  saint  Cjprien,  jadis  à  Vérone,  perdu 
aujourd'hui,  donnait  des  notes  intéressantes  à  la  suite 
des  noms  des  évèques  qui  prirent  part  au  concile  de 
Carthage  au  mois  de  septembre  256 8.  Ces  notes  indi- 
quent le  sort  d'un  certain  nombre  de  ces  évéques,  en 
regard  du  nom  desquels  on  lit  soit  :  confessai:  soit  : 
martyr,  soit  la  mention  :  in  pace.  Dans  les  trois  cas  on 
trouve  une  claire  mentien  du  lieu  de  déposition  du 
martyr  :  1°  positus  in  Tertulli;  2°  in  novis  areis  posi- 
tus;  3°  in  Faasti  positus.  Cette  dernière  indication  se 
rapporte  au  cimetière  de  Faustus,  à  Carthage,  sur  lequel 


p.  58.  —  B  Innocent  I",  Epist.,  I,  ad  Décent.,  2,  P.  L.,  t.  XX, 
2.  —  •  Cf .  Chapman,  The  holy  see  and  pelagianismus, 
dans  Dublin  Review,  t.  cxx,  p.  88-112;  t.  r.xxi.p.41-60;  Id.,  Apia- 
rius.  dans  la  même  revue,  t.  cxxix,  p.  98-122;  S.  Augustine  and 
lus  anglican  critics,  dans  la  même  revue,  juillet  1S90,  p.  89- 
109,  et  Anal,  bolland.,  1891,  t.  x,  p.  488.  —  >  L.  de  Mas-Latrie, 
L'episcopus  Gumnitanus  et  la  primauté  de  l'évéque  de  Car- 
thage, dans  la  Biblioth.  de  l'Ecole  des  chartes,  1883,  p.  72  sq.  ; 
IV  Monceaux,  Chronologie  des  œuvres  de  saint  Cyprien  et  des 
premiers  conciles  africains  du  temps,  dans  la  Revue  de  phi- 
lologie. 1000,  t.  xxrv,  p.  333.  —  •Merçati,  dans  Studi  e  docu' 
menti  di  storia  e  dirilto,  1S98,  t.  xix,  p.  345  sq. 


585 


AFRIQUE    (HISTOIRE   ET   TOPOGRAPHIE   DE   L°) 


583 


s'élevait  une  basilique  que  mentionnent  plusieurs  textes  '. 
«  Quant  à  l'indication  in  novis  areis,  elle  nous  donne, 
dit  M.  Gsell,  la  clet  de  l'expression  énigmatique  basilica 
norarum,  nom  d'une  autre  basilique  de  Carthagé  2  :  il 
faut  sous-entendre  arearuvi3.  Il  est  à  croire  que  le 
cimetière  ou  la  basilique  de  Tertullus  se  trouvait  aussi 
à  Carthagé  :  on  n'en  a  aucune  autre  mention4.  » 

Une  autre  liste  épiscopale,  celle  des  évêques  catho- 
liques de  484,  présente,  à  la  suite  de  quatre-vingt-huit 
évéques,  la  formule  prbt  que  Tillemont  et  Schôntelder 
expliquent  par  periit  en  l'appliquant  aux  évêques  qui 
apostasièrent5.  Cette  interprétation  n'est  pas  fondée6,  il 
iaut  lire  sans  hésitation  probatus  ',  comme  le  prouve 
cette  note  qui  termine  la  liste  :  ex  quibus  perïerunt 
oclogintaocto.  Ces  évêques  étaient  morts,  probablement 
en  exil,  au  moment  où  la  notice  fut  rédigée8. 

Les  canons  de  l'Église  d'Atrique  témoignent  de  la 
jalousie  avec  laquelle  elle  garda  ses  privilèges,  et  portent 
parfois  même  la  trace  d'une  volonté  arrêtée  d'entraver 
la  liberté  d'un  recours  à  Rome.  Un  prêtre  excommunié, 
fût-il  réintégré  par  «  un  jugement  d'outre-mer  », 
demeure  exclu  du  clergé  d'Afrique;  bien  plus,  lorsque 
les  prêtres,  diacres  ou  clercs,  croiront  avoir  à  se  plaindre 
du  jugement  rendu  par  leur  évèque,  ils  pourront,  avec 
le  consentement  de  ce  dernier,  s'adresser  aux  évêques 
voisins,  qui  prendront  connaissance  du  différend.  S'ils 
veulent  en  appeler  de  nouveau,  ce  sera  devant  leur  pri- 
mat ou  devant  le  concile  d'Afrique  que  la  cause  sera 
évoquée,  mais  quiconque  fera  appel  à  un  tribunal 
d'outre-mer  doit  être  exclu  de  la  communion  dans  l'in- 
térieur de  l'Afrique.  Ce  n'était  d'ailleurs  que  l'extension 
au  bas  clergé  d'une  mesure  qui  avait  atteint  depuis 
longtemps  les  évêques,  au  moins  sous  la  forme  des 
obstacles  accumulés  sur  leur  chemin  dès  que,  sans  le 
consentement  du  primat  d'Afrique,  ceux-ci  songaient  à 
faire  le  voyage  de  Rome.  En  droit,  les  évêques  pou- 
vaient s'adresser  au  pape,  et  il  semble  qu'en  fait  on 
s'y  soit  résigné  à  cause  de  l'amoindrissement  que 
les  rivalités  intérieures  avaient  infligé  au  siège  de  Car- 
thagé. 

Si  l'on  a  égard  au  nombre  et  à  l'importance  des  évè- 
chés  en  Afrique,  on  se  rendra  compte  aisément  de  ce  que 
cette  province  offrait  de  chances  de  succès  à  une  erreur 
dogmatique  assez  subtile  pour  plaire  à  l'esprit  ingénieux 
des  Africains.  Cette  erreur  s'introduisant  et  s'implantant 
ne  fit  pas  que  deux  partis  :  il  y  eut  des  ramifications, 
des  partis  dans  les  partis,  et  il  ne  s'en  trouvait  pas  qui 
n'eût  quelques  évêques  pour  le  conduire.  Libellatiques, 
novatiens,  donatistes,  ariens,  circoncellions,  pélagiens, 
semi-pélagiens,  conçurent  presque  tous  l'établissement 
et  le  progrès  de  leur  secte  au  moyen  d'une  organisation 
ecclésiastique  :  cette  circonstance  tut  des  plus  funestes, 
en  ce  qu'elle  ravalait  l'antique  Église  africaine  à  n  être 
qu'une  secte  plus  ancienne  et,  dans  nombre  de  localités, 
moins  prospère  que  les  sectes  rivales;  elle  divisait  en 
outre  les  fidèles  sur  les  questions  fondamentales  de  la 
foi  et  de  la  discipline,  en  un  temps  où  une  autorité 
incontestée  eût  seule  pu  ramener  l'unité  et  où  cette 
autorité  émiettée  entre  les  mains  de  tant  d'évêques  s'atta- 
ehait  beaucoup  moins  à  la  dignité  hiérarchique  d'un 
primat  ou  d'un  concile  national  qu'au  mérite  personnel 

1  S.  Augustin,  Sertn.,  exi  et  cclxi,  P.  L.,  t.  xxxvm,  col.  641, 
1202  ;  Victor  de  Vite,  Hist.  pers.  Vandal.,  1.  I,  c.  xxv  ;  1.  n, 
c.  xviii,  xlvii-l  ;  1.  UI,  c.  xxxiv,  P.  L.,  t.  lviii,  col.  192,  207, 
216,  246;  De  Rossi  et  Ducbesne,  Martyrol.  hieronym.,  in-iol., 
BruxeUis,  1894,  die  xv  julii,  p.  83;  Mansi,  Conc.  ampl.  coll., 
t.  iv,  col.  378,  402,  447;  Hardouin,  Acta  concil.,  in-fol.,  Parisiis, 
170. ,  t.  h,  col.  1154.  Cf.  S.  Gsell,  dans  les  Mèlang.  d'arch.  et 
d'hist.,  1901,  t.  xxi,  p.  207.  —  *  S.  Augustin,  Serm.,  xiv,  et  Bre- 
viculus  collationis  cum  donatistis,  1.  111,  c.  xxv,  P.  L.,  t.  xliii, 
col.  650;  Victor  de  Vite,  Hist.  persec.  Vandal.,  1. 1,  c.  xxv.  —  3  «  n 
Iaut  probablement  sous-entendre  aussi  arearum  dans  l'expression 
basilica  maiorum.  »  Gsell,  dans  les  Mèlang.  d'arch.  et  d'hist., 


—  ou  au  génie  —  d'un  Cypricn,  d'un  Fulgonce  ou  d'un 
Augustin. 

IV.  Décadence  de  l'Église  d'Afrique.  —  Cette  mul- 
titude d'évêchés  avait  produit  un  véritable  éparpillement 
de  la  hiérarchie  et  le  pape  de  Rome  s'en  préoccupa. 
On  s'explique  facilement,  à  l'aide  de  pareils  textes,  la 
difficulté  où  l'on  était  de  maintenir  la  discipline  dans 
un  clergé  si  nombreux  et  si  dispersé.  Les  nombreux  con- 
ciles assemblés  dans  l'Église  d'Afrique  la  montrent  pro- 
fondément divisée  par  les  questions  de  discipline  et  de 
dogme.  Le  donatisme  9  et  le  pélagianisme  y  firent  des 
ravages  profonds,  l'arianisme,  le  manichéisme,  le  semi- 
pélagianisme  n'y  furent  pas  moins  redoutables.  Le  récit 
de  ces  luttes  est  celui  de  l'affaiblissement  progressif  de 
l'Église  d'Afrique  jusqu'au  jour  de  son  épuisement  et  de 
sa  disparition  :  il  n'appartient  pas  à  l'ordre  de  recherches 
de  ce  dictionnaire;  on  le  trouvera  d'ailleurs  traité  avec 
détail,  sinon  toujours  avec  une  pleine  compétence,  dans 
plusieurs  histoires  spéciales10;  nous  nous  en  tiendrons 
à  l'indispensable  pour  éclairer  nos  recherches  ulté- 
rieures sur  la  liturgie  et  l'archéologie.  Ce  qu'on  ne  doit 
pas  manquer  d'observer  avant  de  quitter  ce  sujet,  c'est 
la  part  considérable  et  à  certains  ér.  .ds  prépondérante 
prise  par  l'Afrique  dans  le  développement  du  christia- 
nisme en  Occident.  Saint  Cyprien  a  été  le  collaborateur 
et,  sur  plusieurs  points,  l'initiateur  des  papes  de  Rome, 
dans  la  constitution  de  la  discipline  intérieure  du  chris- 
tianisme; saint  Augustin  a  donné  pour  l'avenir  à  l'Église 
catholique  la  direction  intellectuelle  sur  plusieurs  ques- 
tions théologiques,  enfin  «  ce  furent  principalement  des 
Africains,  apologistes  célèbres  ou  traducteurs  ignorés  de 
l'Écriture  sainte,  qui  imposèrent  le  latin  comme  langue 
officielle  aux  Églises  d'Occident.  A  cette  époque,  et  à 
cette  époque  seulement,  l'Afrique  du  Nord  a  joué  un 
rôle  prépondérant  dans  l'histoire  du  monde  »  u.  La  dé- 
monstration en  sera  faite  d'une  façon  spéciale  pour  le 
latin  liturgique  dans  l'article  Afrique  [Liturgie). 

Cependant  l'introduction  du  christianisme  en  Afrique 
y  fut  en  un  sens  l'occasion  qui  précipita  la  déchéance 
de  ce  pays.  D'abord  des  persécutions,  conduites  avec 
une  extrême  rigueur,  commencèrent  d'épuiser  la  partie 
la  plus  saine  de  la  population;  l'hostilité  domestique 
et  civique  se  traduisait  par  des  dénonciations,  des 
émeutes,  puis  vinrent  les  hérésies,  lapsi,  traditeurs,  sur- 
tout donatistes  et  pélagiens,  qui  rendirent  odieux  à 
beaucoup  d'hommes  paisibles  le  séjour  de  l'Afrique;  un 
mouvement  d'émigration  était  créé  qui  dépeupla  lente- 
ment et  sûrement  les  villes  jadis  florissantes  que  la  dis- 
parition de  la  vie  municipale  avait  condamnées  12. 

Il  s'en  faut  d'ailleurs  que  tous  les  chrétiens  de  ces 
temps  se  montrassent  dignes  de  leur  religion.  Saint  Au- 
gustin reprochait  à  ceux  de  Carthagé  de  partager  les 
festins  qui  suivaient  les  sacrifices  dans  les  temples  des 
divinités  païennes,  mais  on  lui  répondait  :  «  Nous 
mangeons  dans  le  temple  du  Génie  de  Carthagé,  ce  n'est 
qu'une  pierre,  »  et  cette  persistance  des  usages  et  des 
pratiques  du  polythéisme  parmi  les  chrétiens  de  Ca* 
thage,  principalement  dans  le  temple  d'Astarté,  est  au- 
jourd'hui établie  '3.  Il  en  résultait  que  les  païens  ne  s'ex- 
pliquaient plus  les  avances  du  clergé  à  leur  endroit; 
aux  sollicitations  qui  leur  étaient  adressées  ils  répon- 


t  xx,  p.  120;  t.  xxi,  p.  207.  —  *S.  Gsell,  op.  cit.,  t.  xxi,  p.  207. 
—  5  Schonfelder,  De  Victore  Vitensi  episcopo,  in-8%  Breslau, 
1899.  —  «  Mèlang.  d'arch.  et  d'hist.,  t.  xiv,  p.  318,  n.  1.  —  '  Tou- 
lotte.  Géographie  de  [Afrique  chrétienne,  in-8%  Montreuil,  1894, 
Byzacène,  p.  33,  Numidie,  p.  38,  Maurétanies,  p.  31.  —  BS. 
Gsetl,  dans  les  Mèlang.  d'arch.  et  d'hist.,  1901,  t.  xxi,  p.  209.  — 
°Voyez  L.  Duchesne,  Le  dossier  du  donatisme,  dans  les  Mèlang. 
d'arch.  et  d'hist.,  1890,  t.  x,  p.  589-650.  —  ,0  Cf.  U.  Chevalier, 
Répertoire,  au  mot  Afrique.  —  "  S.  Gsell,  Chronique  archéol. 
afric,  dans  les  Mèl.  d'arch.  et  d'hist.,  1900,  t.  xx,  p.  100.  — 
14  J.  Toutain,  Les  cités  romaines  de  la  Tunisie,  in-8*,  Paris,  1896, 
p.  371  sq.  —  i3  Revue  africaine,  avril  1857,  p.  265. 


5S7 


AFRIQUE    (HISTOIRE    ET    TOPOGRAPHIE   DE   L') 


588 


uaient  :  Quare  nos  relinquannis  deos  quos  christiani 
nobiscum  colunt  ',  et  Salvien  de  Marseille  écrivait  à  ce 
sujet  un  siècle  plus  tard  :  Habcbant  intra  muros  pa- 
trios  inlestinum  scelus,  cselestem  illum  scilicet  Afro- 
rum  dsemonem  dico...  Quis  ergo  illi  idolo  non  initia- 
tus,  qui  non  a  stirpe  ipsa,  jorsitan  et  nativitate  devo- 
tusf  Nec  loquar  de  hominibus  sicut  vila  ila  etiam 
professione  ac  vocabulo  paganis  et  qui  sicut  profani 
erant  errore,  sic  nomine.  Tolerabilior  quippe  est  et 
minus  nefaria  genlilitas  in  hominibus  professionis 
suse  :  illud  perniciosius  ac  scelestius,  quod  multi  eoruni 
qui  proj essionem  Chrisli  dicaverant,  mente  idolis  ser- 
viebant.  Quis  enini  non  illorum  qui  christiani  appella- 
bantur,  cselestem  illum,  aut  post  Chrislum  adoravit, 
aut  quod  est  pejus,  multo  anle  quam  Christum  f  Quis 
non,  dsemoniorum  sacrificiorum  nidore  plenus,  divinse 
domus  limen  inlroiit  et  cum  fetore  ipsorum  dsemo- 
num  Chrisli  allare  conscendit?  Ecce  quse  Afroi~um  et 
maxime  nobilissimorum  fides;  quse  relligio,  quœ 
christianitas  fuit 2. 

Il  ne  faut  pas  croire  que  tous  les  chrétiens  fussent 
déchus  à  ce  point,  mais  les  documents  sont  trop  pré- 
cis et  trop  concordants  touchant  cette  décadence  pour 
être  mis  en  doute.  Saint  Augustin  rapporte  que  le  tau- 
bourg  de  Mappalia,  à  Carthage,  lieu  de  sépulture  de  saint 
Cyprion,  était  devenu  un  quartier  bruyant  et  assez  mal 
famé  :  Jstum  lam  sanclum  locum  ubijacet  tam  sancti 
martyris  corpus,  invaserat  peslilenlia  et  pelulantia 
sallatorum.  Per  tolani  nocteni  canlabantur  nefaria  3. 
Le  culte  des  martyrs  était  en  eflet  parfois  l'occasion 
d'abus  grossiers,  à  tel  point  que  les  femmes  honnêtes 
hésitaient  à  se  rendre  aux  offices  et  les  païens  en  ti- 
raient parti  :  «  Pourquoi  abandonner  Jupiter  pour  se 
prosterner  devant  un  Mygdon,  un  Nampharao?  »  disait 
Maxime  de  Mndaure4,  et  le  manichéen  Faustus  ajou- 
tait :  «  Vos  idoles,  à  vous  chrétiens,  ce  sont  les  martyrs, 
vous  leur  rendez  un  culte  semblable.  C'est  aussi  par  du 
vin  et  des  viandes  que  vous  apaisez  les  ombres  des 
morts5.  » 

Ces  abus  étaient  tellement  invétérés  que  saint  Augus- 
tin courut  quelque  péril  pour  s'y  être  opposé6.  Il  nous 
apprend  que  c'étaient  de  véritables  banquets  qui  avaient 
lieu  sous  prétexte  d'honorer  les  martyrs,  lorsqu'il  dit  au 
peuple  réuni  le  21  janvier  à  l'occasion  de  la  fête  de  plu- 
sieurs martyrs  d'Espagne  :  «  Les  martyrs  ont  horreur 
de  vos  bouteilles,  de  vos  poêles  à  frire,  de  vos  ivrogne- 
ries 7.  »  Ajoutons  que  ces  abus  n'étaient  pas  particuliers 
à  l'Afrique,  car  son  peuple  lui  objectait  le  même  usage 
journellement  pratiqué  dans  l'église  de  Saint-Pierre  de 
Rome8. 

Ces  réunions  peu  édifiantes  se  tenaient  non  seulement 
au  tombeau  des  martyrs,  mais  dans  des  lieux  pourvus 
d'ossements  que  l'on  faisait  passer  pour  ceux  des  saints. 
Des  imposteurs  s'étaient  livrés  à  cette  lucrative  super- 
cherie d'enterrer  des  restes  humains  dans  un  lieu 
écarté  où  ils  allaient  les  déterrer  sur  une  prétendue 
inspiration  du  ciel'J.  Jusque  dans  la  ville  épiscopale  de 
6aint  Augustin  l'abus  des  festins  funéraires  s'était  im- 

'  A.  Judas,  Sur  dix-neuf  inscriptions  numidico-puniques,  dé- 
couvertes ù  Constantine,  dans  Y  Annuaire  de  la  soc.  archcol.  de 
lu  }iruv.  de  Cunstaiitiite,  1861,  t.  v,  p.  100,  cite  ce  texte  sans  réfé- 
rence. —  s  Salvien,  De  provuleittia  Dei,  1.  VIII,  n.  2,  P.  L.,  t.  Lin, 
col.  154.  —  3S.  Augustin,  Serm.,  ccclv,  n.  4,  P.  I...  t.  xxxix, 
col.  1571  sq.  Cf.  P.  Monceaux,  Le  tombeau  et  les  basiliques  de 
saint  Cyprienà  Carthage,  dans  la  Revue  <rrc/icci<.,190l,  t.  xxxix, 
p.  183-201.  —  «S.Augustin,  Epist.,  xvi,  2,  P.  I...  t.  xxxn,  col.  82.  — 
"S.Augustin,  Conlr.  Faustum,  l.XX,  c.  xxi.P.  L.,  t.xj.il,col.384. 
—  "M  isla  civitate  (très  probablement  Carthage),  fralres  met, 
nonne  experti  sumus,  quod  recordatur  sanctitas  vestra, 
quanto  periculo  noslro  de  ista  basilica  ebriositates  Kcpulsril 
Dcusf  nonne  seditione  carnalium  pêne  mergebatur  nobiscum 
navis?  Serm.,  cclii,  c.  xliv,  P.  L.,  t.  xxxvin,  cul.  1174.  —  "  Odc- 
runt  martyres  lagenas  vestras,  oderuut  martyres  sartagenas 
vesti-as,  oderunt  martyres  ebrietates  vesti'as.  Serm.,  cclxxiii, 


planté  et  il  fallut  à  l'évèque  trois  jours  de  controverse 
et  une  intraitable  résolution  pour  venir  à  bout  de  cet 
usage  dans  sa  basilique  l0.  Le  jour  des  calendes  de  jan- 
vier continua  d'être  célébré  comme  au  temps  du  paga- 
nisme, car  il  semble  que  depuis  la  fin  des  persécutions 
païens  et  chrétiens,  certains  chrétiens  du  moins,  aient 
vécu  en  bon  accord  :  Nunc  ista  mala  quse  tanquam  * 
summa  et  extrema  creduntur,  dit  saint  Augustin, 
ulrique  genti  et  utrique  regno,  et  Christi  scilicet  et 
diaboli,  videnius  esse  communia...  Inter  quse  tamen 
mala  adhuc  usquequaque  frequentantur  luxuriosa- 
convivia,  fervet  ebriosilas,  avarilia  grassatur,  perstre- 
punt  lascivi  cantus,  organa,  tibise,  lyrse,  citharse,  tes- 
serse,  multa  et  varia  gênera  sonorum  atque  ludo- 
rum  '  * . 

Le  christianisme  en  Afrique  se  mourait  de  cette  cor- 
ruption, et  Salvien  espéra  peut-être  que  les  Barbares 
chargés  par  Dieu  de  châtier  tant  de  crimes  allaient 
délivrer  le  monde  du  spectacle  de  cette  Afrique  avilie  li 
et  remplacer  tant  d'impudicité  par  les  chastes  vertus 
qu'on  leur  reconnaissait;  mais  cet  espoir  fut  déçu. 
Les  Vandales  apportèrent  en  Afrique  cette  pureté  de 
mœurs  dont  parlent  Tacite  et  Salvien  et  les  débuts  pro- 
mirent tout  ce  que  la  suite  ne  tint  pas,  car  le  vaincu 
assimila  le  vainqueur  et  Procope  décrit  ainsi  '.es  enva- 
hisseurs après  leur  solide  établissement  :  «  Parmi  les 
peuples  dont  nous  avons  entendu  parler,  il  n'y  en  a  pas 
de  plus  sensuel  que  les  Vandales.  Depuis  qu'ils  ont 
occupé  l'Afrique,  ils  prennent  des  bains  tous  les  jours 
et  garnissent  leurs  tables  de  ce  que  la  terre  et  la  mer 
produisent  de  plus  délicat  et  de  plus  recherché.  L'or 
brille  en  quantité  sur  leurs  habits.  Ils  passent  leur 
temps  aux  théâtres,  aux  cirques,  à  d'autres  divertisse- 
ments et  surtout  à  la  chasse.  On  trouve  aussi  chez  eux 
lorce  danseurs,  force  mimes  et  tout  ce  qui  chez  les 
hommes  peut  flatter  les  oreilles  et  les  yeux.  La  plupart 
d'entre  eux  demeurent  dans  des  iardins  bien  arrosés  et 
riches  en  arbres.  Des  repas,  des  intrigues  d'amours, 
voilà  leur  principale  aftaire  ,3.  »  Ainsi  l'Afrique  chré- 
tienne demeura  non  moins  célèbre  par  les  vices  que 
par  les  vertus  de  ses  habitants14. 

V.  Époque  byzantine.  —  Les  derniers  temps  de  la 
domination  des  Vandales  furent  moins  durs  à  l'Église 
d'Afrique  que  toute  la  période  qui  s'étend  depuis  l'inva- 
sion jusqu'au  règne  de  Hildéric.  Après  la  persécution 
ouverte  et  sanglante  on  considérait  la  tolérance  comme 
une  faveur  tandis  qu'elle  n'était  qu'un  droit.  Cependant 
les  évèques  purent  recommencer  à  tenir  des  conciles  à 
Junca  et  Sufes  en  524 '5,  à  Carthage  en  525 1C;  mais  ce 
dernier  concile  peut  donner  quelque  idée  des  ravages 
produits  et  des  besoins  à  pourvoir;  sur  cent  quatre- 
vingts  sièges  épiscopaux  que  comptait  la  province 
proconsulaire,  on  ne  trouva  au  concile  que  quarante- 
huit  évéques17  et  presque  tous  venaient  de  la  même 
région,  celle  de  la  presqu'ile  du  cap  Bon  et  de  ses 
environs;  tout  le  reste  du  pays  était  presque  délaissé  et 
trop  souvent  les  rares  prélats  se  trouvaient  divi 
entre  eux  par  des  questions  de  préséance  et  de  juridic- 

c.  vin,  P.  L.,  t.  xxxvm.  cul.  1251.  —  *  Et  quoniam  de  basilica 
beati apostoli  Pétri quotidianatvinolenUm  proferebantur  e.rem- 
pla.  dixi...  Epist.,  xxix,  ad  Alypium,  P.  L.,  t.   xxxiti.  col.  119. 

—  "S.  Augustin,  Serm.,  cccxvin.  P.  L.,  t.  xxxvm,  col.  1437  sq. 

—  ,0S.  Augustin,  Epist.,  xxix,  P.  /...  t  xxxiii,  col.  114  sq.  — 
"S.  Augustin,  Epist.,  cxcix.  c.  xi.  n.  ;>7,  /'.  L..  t  XXXIII,  col.  198; 
cl.  c.  vin,  n.  22.  23;  Salvien.  De  gu)>ernatione  Dei,  1.  VII, 
r  \vi,  P.  L..  t.  un,  col.  149  sq.  —  ■*  Salvien,  De  gubernat.  Dei, 
1.  V11I,  P.  L..  t.  lui.  col.  151  sq.  —  "Procope,  De  bello  Vanda- 
lico,  1.  Il,  c.  vi.  — "Schultze,  Geschiclile  des  Vntergangs  des 
griechish-runiischen  Heidenthums,  in-S-  Leipzig,  1892,  L  n, 
p.  1C5.  —  "Labbe,  Concilia,  in-lol.,  Parisiie,  KÏ71,  U  iv,  col.  18S7< 
1628.  —  «"Labbe,  op.  cit.,  t.  iv,  col.  1628  sq.  —  "  Ibid..  t.  iv, 
col.A&iOs(\.Cf  .Tou]Me,Géographie  de  l' A  frique  chrétienne.!»  \n-8', 
Paris,  1892-1894;  de  Mas-Latrie,  Ancien*  évéi  Ma  de  X Afrique 
septentrionale,  dans  le  Bull,  de  corresp.  africaine,  1886,  p.  85-89. 


589 


AFRIQUE    (HISTOIRE   ET   TOPOGRAPHIE   DE    L'; 


590 


lion  i,  lorsque  de  plus  graves  divergences  ne  les  sépa- 
raient pas. 

C'était  de  cet  état  d'humiliation'2  et  de  misère3  que 
Justinien  allait  tenter  de  tirer  l'Église  d'Afrique.  Nous 
ne  pouvons  pas  dire  malheureusement  tout  ce  qui  fut 
fait,  car  les  textes  nous  manquent;  si  nous  en  jugeons 
par  la  Proconsulaire,  nous  voyons  que  les  sièges  vacants 
au  concile  de  525  ont  pour  la  plupart  retrouvé  des 
représentants  au  concile  de  646 4;  mais  la  Byzacène 
n'était  pas  représentée  en  525  5  :  nous  ne  pouvons  juger 
des  progrès  accomplis  en  646  6,  et  la  Numidie  7,  ainsi  que 
la  Tripolitaine 8,  s'étaient  bornées  en  525  à  envoyer 
quelques  délégués  de  l'épiscopat  de  ces  provinces.  Si 
donc  la  statistique  précise  est  impossible,  nous  pouvons 
présumer  qu'un  mouvement  sérieux  et  général  de 
réoccupation  des  sièges  épiscopaux  se  produisit  dès  le 
début  de  la  période  byzantine  ;  au  concile  de  Carthage, 
tenu  en  534,  nous  voyons  assister  deux  cent  vingt  évo- 
ques9. Carthage,  en  effet,  conservait  sa  grande  situation 
primatiale  de  jadis;  elle  regagnait  même  le  terrain 
inévitablement  perdu  pendant  le  désarroi  d'une  persé- 
cution; dès  le  retour  des  byzantins  le  siège  métropolitain 
tut  confirmé  dans  tous  ses  privilèges  par  le  pape  et  par 
l'empereur10  :  on  parait  d'ailleurs  avoir  voulu  innover 
le  moins  possible;  il  se  pourrait  cependant  que  la  Tingi- 
tane,  représentée  au  vne  siècle  dans  un  concile  de 
Carthage,  ait  été  rattachée  dès  cette  époque  à  l'Atrique 
ecclésiastique  de  même  qu'on  l'y  rattachait  alors  au 
point  de  vue  administratif11.  Cependant  la  domination 
byzantine  ne  paraît  pas  avoir  ramené  l'unité  de  l'ancienne 
Église  d'Afrique.  A  lire  de  près  les  documents,  et  en 
particulier  les  pièces  conciliaires,  on  voit  bien  men- 
tionner la  présence  à  Carthage  des  évêques  de  la  Pro- 
consulaire, de  la  Byzacène  et  de  la  Numidie,  ceux  de  la 
Tripolitaine  (peu  nombreux  il  est  vrai  et  proche  voisins 
de  la  Byzacène)  et  des  Maurétanies  manquent.  C'est 
pour  les  évêques  maurétaniens  principalement  que  le 
fait  est  important;  or  ni  aux  assemblées  de  534  et  de  550, 
ni  au  concile  de  553  l'empereur  ne  fait  mention  d'eux. 
Nous  savons  d'autre  part  que  pendant  une  certaine 
période,  qui  n'est  pas  antérieure  à  l'année  455,  le  pape 
saint  Léon  Ier,  qui  avait  pris  la  direction  supérieure  des 
Églises  de  Maurétanie,  y  introduisit  le  comput  romain 
de  447  et,  une  fois  cet  usage  pascal  établi  dans  des  pro- 
vinces maintenant  détachées  de  la  primatie  de  Carthage 
et  restées  romaines,  il  s'y  maintint  pendant  un  temps 
indéterminé  que  les  inscriptions  nous  apprendront 
peut-être  quelque  jour  12.  Ce  qui  n'est  pas  douteux,  c'est 
que  les  Maurétanies  recouvrèrent  à  l'époque  des  Vandales 
leur  indépendance  et  leur  autonomie  politique.  Procope 
nous  apprend  que  sous  le  roi  Gunthamund  les  Maures 
poussèrent  les  Vandales  devant  eux  depuis  Gibraltar 
jusqu'à  Cherchell13;  il  va  même  jusqu'à  dire  que,  vers 
ce  temps,  la  plus  grande  partie  de  l'Afrique  échappa 
aux  Vandales;  le  littoral  que  les  barbares  avaient  exclu- 
sivement occupé  était  donc  perdu  et  le  Sersou  redevint 


*  Labbe,  op.  cit.,  t.  iv,  col.  1630-1632,  1642,  1644.  —  -  Ibid.,  t.  IV, 
col.  1755.  —  3  Novell.,  XXXVII,  dans  Corp.  juris,  édit.  Galisset, 
in-4%  Parisiis,  1836.  Nous  croyons  utile  de  citer  ce  texte  impor- 
tant :  Venerabilem  Ecclesiam,  etc.  Ab  arianis  ablata  capiunto, 
sibique  habento  Ecclesise  Africse  :  ut  tamen  publicas  pro  Mis 
pensiones  conférant,  ab  iisdem  acceptis  immobilibus  a  nemine 
lœâendis.  Hœreticus  non  baptizato,  ad  rempubl.  non  accedito; 
catechumenum  non  circitmcidito.  Nulla  omnino  hxresis 
domum  aut  locurn  orationis  habeto.  Carthaginiensis  Ecclesia 
privilégia  obtineto,  qux  in  universum  de  omnibus  dicta  sunt 
ecclesiis  in  codice.  Qui  ad  carthaginiensem  Ecclesiam  confu- 
gerit,  is  impunitatem  habeto,  nisi  homicidium,  aut  raptum 
virginis,  aut  vim  in  Christianum  admiserit.  Ecclesiis  Africse 
ab  aliquo  pro  sua  ipsius  salute  oblata,  a  nemine  prorsus 
auferuntur.  Hoc  ipse  generaliter  de  omnibus  Ecclesiis  accipito. 
—  *  Labbe,  Concilia,  t.  iv,  col.  1640  sq.  ;  t.  vi,  col.  147  sq  —  *Ibid., 
t.  iv,  col.  1633.  —  «  Ibid.,  t.  vi,  col.  135-136.  —  '  Ibid.,  t.  iv, 
col.  1640;  t.  v  (concile  de  553,  auquel  assistèrent  les  délégués 


indépendant,  en  admettant  qu'il  ait  jamais  cessé  de 
l'être.  Ce  qui  peut  nous  aider  à  éclairer  un  peu  les 
destinées  des  Églises  des  Maurétanies,  c'est  que  ces  pro- 
vinces furent  alors  gouvernées  par  une  dynastie  indi- 
gène catholique.  On  ne  saurait  fixer  la  date  de  son 
avènement  ni  celle  de  sa  chute;  mais  on  sait  qu'elle 
compta  parmi  ses  princes  ce  Cabaon  qui  fut  vainqueur 
du  roi  Trasamund  dans  la  Tripolitaine  1+  et  appuya  son 
gouvernement  sur  le  parti  catholique  de  ses  États.  Cette 
dynastie  aura  pu,  vassale  des  Romains,  régner  jusqu'à 
l'invasion  vandale,  et,  alliée  des  Byzantins,  durer 
jusqu'au  temps  de  l'invasion  arabe16.  On  n'en  saurait 
dire  plus  pour  le  moment,  mais  c'est  déjà  quelque  chose 
«  d'avoir  pu  entrevoir  dans  la  Maurétanie  Césarienne 
un  grand  îlot  catholique  et  romain  entre  les  Vandales 
ariens  et  les  nomades  païens  de  Gétulie.  Il  conserve, 
sans  être  soumis  aux  empereurs  de  Constantinople,  les 
restes  de  la  civilisation  passée,  sous  une  dynastie  indi- 
gène »16.  Les  maux  de  toutes  sortes  qui  avaient  fondu 
sur  ces  provinces  en  avaient  probablement  fort  réduit 
les  Églises.  En  484,  la  Sitifienne  compte  quarante-quatre 
sièges  épiscopaux  et  la  Césarienne  cent  vingt-six.  En  525, 
ces  provinces  ne  peuvent  envoyer  à  Carthage  plus  qu'un 
représentant;  nous  ne  savons  rien  de  plus  sur  elles 
pendant  tout  le  règne  de  Justinien17. 

Le  règne  de  Justinien  marque  cependant  une  période 
assez  triste  pour  l'Église  d'Afrique,  à  cause  de  la  part 
que  le  clergé  lut  appelé  à  prendre  dans  l'affaire  des 
Trois-Chapitres.  Tandis  que  l'épiscopat  de  la  province 
entière  perdait  son  temps  en  démêlés  théologiques  sans 
issue,  qu'une  autre  partie  prévariquait  à  ses  devoirs,  le 
chet  illustre  de  l'Église  de  Rome,  saint  Grégoire  Ier, 
s'eflorçait  de  substituer  à  la  discipline  énervée  l'esprit  de 
direction  prudente  qui  assurait  le  maintien  des  tradi- 
tions ecclésiastiques.  Le  pape  employa  en  Alrique  des 
hommes  qui  contribuèrent  puissamment  à  grandir  le 
prestige  de  l'Église  de  Rome  aux  dépens  des  vieilles 
idées  d'indépendance  en  matière  de  discipline  dont  nous 
avons  parlé.  Le  notaire  Hilarus,  administrateur  des  pa- 
trimoines de  l'Église  romaine,  fut  une  sorte  de  légat 
pontifical  surveillant  les  prélats  et  le  leur  laissant  savoir, 
leur  adressant  les  réprimandes  du  pape  et  ses  instruc- 
tions, provoquant  la  réunion  des  conciles.  Ce  personnage 
était  secondé  par  le  métropolitain  de  Carthage,  Domi- 
nique, dont  la  vertu  éminente,  le  dévouement  et  la  défé- 
rence absolue  à  l'Église  de  Rome  étaient  assez  profonds 
pour  qu'il  consentit  à  laisser  un  simple  évêque  de  Nu- 
midie prendre  une  situation  hors  de  pair  dans  l'épisco- 
pat africain.  «  Par  ces  hommes,  écrit  M.  Diehl,  Grégoire 
rétablit  en  Afrique  l'unité,  la  concorde,  la  discipline  ec- 
clésiastique. De  toutes  parts,  les  Églises  se  tournaient 
vers  Rome;  entre  les  évêques  du  diocèse  africain  et  la 
cour  pontificale,  c'était  un  constant  échange  de  lettres  et 
de  mandataires  :  c'est  au  pape  que  s'adressait  quiconque 
avait  une  plainte  à  faire,  une  injustice  à  dénoncer;  c'est 
à  son  tribunal  qu'étaient  cités  les  évêques  accusés  ou 

de  la  Numidie),  col.  417-418,  581-583.  —  »  Ibid.,  t.  iv,  col.  1640 
sq.  Les  Maurétanies  Sitifienne  et  Césarienne  se  dérobent  à  toute 
investigation;  la  Tingitane  n'a  aucun  de  ses  évêques  dans  la  Noti- 
tia  de  484.  —  °  Ibid.,  t.  iv,  col.  1755.  Ajoutez  un  fragment  de  liste 
conciliaire  qui  parait  être  du  vir  siècle,  publié  dans  Byzantinische 
Zeitschrift,  t.  II,  p.  26,  31-32,  34.  —  '«P.  L.,  t.  lxvi,  col.  45. 
—  "  Gelzer,  Notitia  episcoporum,  dans  Byzantinische  Zeit- 
schrift, t.  n,  p.  33-34.  —  "L.  Duchesne,  Note  sur  une  inscription 
mauritanienne  de  l'année  480,  dans  le  Bull.  arch.  du  comité 
des  trav.  hist.,  1892,  p.  314-316,  —  "Procope,  De  bello  vavda- 
lico,  1.  n,  c.  x.  —  "Procope,  De  bello  vandalico,  1.  I,  c.  Vin.  — 
15  R.  de  la  Blanchère,  Voyage  d'études  dans  la  Maurétanie 
Césarienne,  dans  les  Archives  des  miss,  scientif,  1883,  p.  01- 
97.  —  "Ibid.,  p.  99.  Mephanias  et  son  fils  Massonas  (très  pro- 
bablement le  même  que  Masuna)  mentionnés  par  Procope  sont 
probablement  de  cette  dynastie.  —  "  C.  Diehl,  Afrique  byzan- 
tine, histoire  de  la  dayr>in,'ition  byzantine  en  Afrique,  in-8% 
Paris,  1896,  p.  M& 


591 


AFRIQUE    (LITURGIE   ANTÉNICÉENNE   DE   L') 


592 


coupables  :  bref  aucune  décision  importante  ne  se  pre- 
nait sans  son  assentiment,  et  Grégoire  félicitait  à  juste 
titre  Dominique  de  Carthage  du  soin  qu'il  apportait  en 
toute  circonstance  à  consulter  respectueusement  le 
siège  apostolique1.  » 

VI.  Épisode  final.  —  Ce  regain  de  vigueur  dura  peu 
de  temps.  Les  Arabes  ayant  conquis  l'Egypte  commen- 
cèrent à  se  porter  sur  les  frontières  de  l'Afrique;  en  642 
ils  avaient  occupé  Barca  et  la  Cyrénaïque;  en  643  ils 
s'emparèrent  de  la  portion  orientale  de  la  Tripolitaine, 
Tripoli  fut  prise  d'assaut,  Sabrata  pillée.  En  647,  le  khalif 
Othman  autorisa  Abdallah  ibn  Sand  à  attaquer,  à  la  tête 
d'une  armée  de  20000  hommes,  la  province  d'Afrique; 
son  armée,  victorieuse  à  Sbeitla  (647),  commença  à  se 
répandre  en  Byzacène;  on  acheta  sa  retraite  à  prix 
d'or.  Cela  procura  quelques  années  de  répit.  L'Église 
d'Afrique  parut  alors  pour  la  dernière  fois,  et  ce  fut 
tout  à  son  honneur.  Les  populations,  passionnément 
attachées  à  l'orthodoxie,  s'intéressaient  peu  à  l'empereur 
de  Byzance;  elles  ne  songeaient  qu'à  soutenir  le  pape 
Martin  Ier  rentré  en  lutte  ouverte  avec  Constantinople; 
aussi  ceux  de  leurs  évêques  qui  vinrent  siéger  au  concile 
de  Latran  et  souscrivirent  à  la  lettre  qui  sommait  l'empe- 
reur d'abjurer  l'hérésie  répondaient-ils  bien  au  senti- 
ment public  et  c'était  en  vérité  non  seulement  à  ces 
évêques,  mais  aux  habitants  de  la  province  d'Afrique 
tout  entière  que  s'appliquait  l'hommage  rendu  par  le 
pape  aux  «  hérauts  de  la  vérité  »  et  aux  gardiens  de 
l'orthodoxie.  Les  quarante  dernières  années  du  VIIe  siècle 
marquèrent  la  chute  successive  de  lambeaux  de  l'Afrique 
byzantine  sous  la  domination  arabe.  La  population  ber- 
bère qui  semblait  sérieusement  entamée  par  le  catho- 
licisme passa  à  l'islam  en  très  peu  de  temps  et  comme 
naturellement;  la  conversion  était  récompensée  par  la 
participation  du  butin.  Quant  à  l'Église  d'Afrique,  sa 
décadence  fut  prompte.  «  Tout  d'abord,  écrit  C.  Dielil, 
les  vainqueurs  avaient  permis  aux  populations  chré- 
tiennes de  continuer  à  pratiquer  leur  culte,  sous  con- 
dition de  payer  une  taxe  déterminée;  et  pourtant,  dès 
ce  moment,  soit  pour  conserver  la  possession  de  leurs 
biens,  soit  pour  échapper  aux  mauvais  traitements, 
beaucoup  de  fidèles  avaient  embrassé  l'islamisme,  et, 
comme  le  dit  un  historien,  une  masse  d'églises  avaient 
été  transformées  en  mosquées.  Vers  717,  le  khalife 
Omar  II  retira  aux  catholiques  leurs  privilèges;  ils 
durent  se  convertir  ou  quitter  le  pays.  Beaucoup  émi- 
grèrent,  s'en  allèrent  en  Italie,  en  Gaule,  jusqu'au  fond 
de  la  Germanie;  un  plus  grand  nombre  abjura;  et  moins 
d'un  demi-siècle  après  la  conquête,  l'Église  d'Afrique, 
jadis  si  illustre,  était  pour  ainsi  dire  réduite  à  rien-.  » 

H.  Lkclercq. 

II.  AFRIQUE.  —  i  LITURGIE  ANTÉNICÉENNE.  — 
1.  Travaux.  IL  Sources.  III.  Le  cycle  chrétien.  IV.  Fê- 
tes des  martyrs  et  culte  des  morts.  V.  Dimanche,  sta- 
tions, semaine  chrétienne.  VI.  Heures  de  la  prière. 
VIL  Assemblée  chrétienne.  VIII.  L'agape.  IX.  Eucha- 
ristie, messe.  X.  Litanie.  XL  Baptême  et  confirma- 
tion. XII.  Pénitence.  XIII.  Mariage.  XIV.  Hiérarchie. 
XV.  Exorcisines.  XVI.  Langue  liturgique  et  formulaire. 

1  C.  Diehl,  op.  cit ,  p.  510.  —  «C.  Diehl,  op.  cit.,  p.  591  sq.  Cf. 
M.  Caudel,  Les  premières  invasions  arabes  dans  l'Afrique  du 
Nord  (651-718),  dans  le  Journal  asiatique,  IX*  série,  t.  xm,  p.  103- 
155,  189-237,  385-422;  t.  XI v,  p.  50-87, 187-222.  —  »  Liturgica  lati- 
ttorum,  2  vol.  in-4%  Coloniœ  Agrippinae,  1571.  —  »  E.rplication 
de  la  messe,  Paris,  1777,  t.  m,  p.  131  sq.  —  5  The  antiquilies  of 
Vie  Christian  Church,  Œuvres  complètes,  Oxford,  1855,  t.  I  sq.  — 
•  The  liturgy  and  ritual  of  the  antenicene  Church,  in-8%  Loti- 
don,  1897.  —  '  Les  origines  du  culte  chrétien,  2'  éd.  —  •  Ana- 
lecta  antenictpna,  in-8*,  Lond.,  1854,  t.  m,  p.  237-242;  Gerbert, 
Vêtus  liturgia  alemannica,  1776,  t.  I,  p.  63.  —  'Liturgie  der  drei 
erslen  christl.  Jahr.,  in-8\  Tubingen,  1870.  —  ,0  De  apostolicis 
netnon  antiquis  Ecclesise  OiXidentalis  liturgiis,  in-8*,  Augustes 
Vindclicorum,  1786.  —  "  E.  Stheleslrate,  De  ftde  et  ritibus  Eccle- 
sur  africanm,  dans  Antiquilile*  Ecclesix,  in-fol.,  Romx,  1692; 


XVII.  Règles  de  foi.  XVIII.  La  croix,  gestes  litur- 
giques. 

I.  Travaux.  —  Quand  on  veut  étudier  la  liturgie  ro- 
maine, la  liturgie  ambrosienne,  la  liturgie  mo/.arabe, 
les  liturgies  gallicanes  ou  même  la  liturgie  celtique, 
la  liturgie  grecque  et  les  liturgies  orientales,  on  peut 
recourir  aux  livres  qui  ont  servi  ou  servent  encore  dans 
ces  Églises,  tout  au  moins  à  des  fragments  assez  consi- 
dérables qui  nous  donnent  une  base  d'appréciation  plus 
ou  moins  large  pour  l'histoire  liturgique.  En  Afrique 
nous  n'avons  rien  de  tel.  Des  livres  liturgiques,  s'il  y 
en  a  eu,  il  ne  reste  rien,  du  moins  on  n'a  rien  encore 
trouvé.  On  n'a  même  pas  essayé  jusqu'ici  un  système  de 
reconstitution  d'après  les  textes  des  auteurs.  La  destruc- 
tion de  ces  documents  s'expliquerait  assez  parles  causes 
ordinaires  qui  ont  rendu  partout  si  rapide  la  disparition 
des  livres  liturgiques,  dès  qu'ils  n'ont  plus  été  en  usage, 
et  de  plus  par  le  triste  état  dans  lequel  a  été  plongée 
cette  Eglise  à  la  suite  des  invasions  vandales  et  musul- 
manes. Aussi  dans  les  ouvrages  sur  la  liturgie,  l'Alrique 
est-elle  à  peine  mentionnée.  Pamelius  ne  donne  qu'un 
petit  nombre  de  textes3;  Le  Brun  ne  s'y  arrête  pas4; 
Bingham,  suivant  son  plan  plus  logique  qu'historique 
ou  géographique,  ne  distingue  pas  les  rites  africains  de 
ceux  des  autres  Églises 5  ;  Warren  suit,  à  peu  de  chose 
près,  la  même  méthode0;  M9r  Duchesne  s'applique  sur- 
tout, d'après  son  plan,  à  des  liturgies  d'une  époque  pos- 
térieure7; quant  à  Bunsen,  c'est  à  peine  si  l'on  peut 
prendre  au  sérieux  son  titre  Liturgia  Africana,  où  il 
ne  cite  guère  qu'une  vingtaine  de  textes.  Gerbert  s'était 
contenté  de  moins  encore  8.  Probst  a  réuni  un  certain 
nombre  de  citations  toujours  utiles  à  consulter,  mais  qui 
visent  plus  la  question  de  la  réalité  du  sacrifice  et  du 
sacerdoce  et  d'autres  questions  dogmatiques  que  la  li- 
turgie proprement  dite  9;  Krazer  ne  donne  qu'un  court 
aperçu  l0;  nous  citons  pour  mémoire  Schelestrate,  Gran- 
colas,  Morcelli,  Cavedoni,  Cahier11;  Mone  est  peut-être 
le  seul  qui,  à  propos  de  ses  messes  latines  et  grecques, 
ait  tenté  un  vrai  travail  sur  la  liturgie  africaine,  mais 
il  est  encore  très  incomplet  et  son  étude  est  du  reste 
déparée  par  des  erreurs  qui  trahissent  l'incompétence 
en  ces  matières  d'un  paléographe  de  grand  mérite  12. 

Il  y  a  lieu  de  chercher  à  combler  cette  lacune  dans  la 
mesure  du  possible,  car  la  liturgie  africaine  est  de  pre- 
mière importance.  Si  elle  ne  possède  aucun  document 
liturgique  proprement  dit,  elle  est  la  plus  ancienne 
liturgie  latine  dont  on  peut  essayer  la  restitution,  gr.ice 
aux  allusions  de  ses  écrivains;  dès  la  fin  du  il"  siècle 
une  foule  d'usages  alricains  sont  en  effet  attestés  par 
des  textes  d'une  authenticité  incontestable.  Il  faut 
même  dire  que  c'est  la  plus  antique  des  liturgies  latines, 
car  il  est  établi  que  sa  langue  liturgique  était  le  latin 
alors  que  l'Église  romaine  parlait  encore  grec.  Peut-être 
même  arrivera-t-on  à  démontrer  un  jour,  quand  les 
études  philologiques  sur  le  latin  africain  seront  plus 
avancées,  qu'il  y  faut  chercher  les  plus  anciennes  ori- 
gines de  la  langue  liturgique  latine.  De  plus  la  parenté 
liturgique  entre  l'Afrique  et  Rome,  à  un  moment  où 
l'histoire  de  la  liturgie  romaine  est  plongée  dans  l'obs- 

Grancolas,  L'ancien  sacramentaire  de  l'Église,  1. 1,  Les  ancienne* 
liturgies,  in-8',  Paris,  1704;  Morcelli,  Africa  chistifina,  3  in-4', 
Brixias,  1816;  G.  Cavedoni,  dont  les  articles,  dispersés  dans  Me- 
morie  dt  Modena,  et  dans  diverses  revues  italiennes,  ont  été 
traduits,  arrangés,  commentés  par  le  P.  Cahier,  dans  les  Souvenirs 
de  Cane.  Église  d'Afrique,  par  un  père  de  la  Compagnie  de  Jésus, 
in-8',  Paris,  s.  d.  Cf.  aussi  art.  précédent,  col.  576  sq.  —  '*  / 
nische  u.  griechitch»  Messen  ans  tient  zweiten  (us  ftccltslen 
Jahr.,  in-8-,  FranMui  t  am  Main,  1850.  On  ignore  généralement 
que  ce  mémoire  difficile  à  trouver  a  été  traduit  en  français  dans  la 
Revue  catholique  de  Lotirait),  année  1850-1851,  t.  vin,  p.  149- 
151, 197-208,  iKi-238,  288-299;  les  documents  qu'il  cite  sont  repro- 
duits dans  P.  L.,  t.  cxxxvui,  col.  855  sq.  Comme  exemple  de  ses 
méprises,  les  stations  de  la  leria  IV-  et  de  la  teria  VI*  sont  don- 
nées comme  correspondant  au  jeudi  et  au  samedi,  loc.  rit.,  p.  83» 


593 


AFRIQUE    (LITURGIE    ANTÉNICÉENNE   DE   L' 


594 


curité  la  plus  profonde,  nous  permet  de  projeter  sur 
cette  dernière  quelques  rayons. 

II.  Sources.  —  Un  travail  complet  sur  cette  liturgie 
dépasserait  de  beaucoup  le  cadre  de  ce  dictionnaire. 
Mais  on  ne^'étonnera  pas  cependant  que  nous  lui  don- 
nions quelque  développement  et  que  nous  réunissions 
ici  les  matériaux  les  plus  importants,  sans  nous  attar- 
der à  tirer  les  conclusions. 

Pour  la  période  anténicéenne  nous  possédons  les  ou- 
vrages de  Tertullien  et  ceux  de  saint  Cyprien.  Commo- 
dien,  si  l'on  veut  y  ajouter  Minucius  Félix,  Arnobe,  et 
même  Lactance,  comme  africains,  ne  nous  fournissent 
relativement  que  peu  de  textes.  Mais,  quant  aux  deux 
premiers,  leur  activité  littéraire  a  été  incessante.  Ter- 
tullien surtout  a  touché  un  peu  à  tous  les  sujets,  prière, 
jeûnes,  assemblées  et  réunions,  vierges  et  veuves, 
mœurs  des  chrétiens,  etc.  Sa  tournure  d'esprit  aussi 
bien  que  ses  procédés  littéraires  le  portent  à  chaque 
instant  à  citer  des  traits  de  mœurs,  à  faire  des  allu- 
sions tirées  de  la  vie  pratique.  Aucun  auteur  de  l'an- 
tiquité ne  fournit  autant  de  renseignements  sur  la  litur- 
gie. Saint  Cyprien  et  lui  sont  des  témoins  oculaires  et, 
on  peut  le  dire,  officiels,  leur  témoignage  peut  donc  être 
accepté  en  toute  sécurité.  A  ces  différents  témoins  de  la 
liturgie  africaine,  il  faut  ajouter  quelques  textes  précieux 
d'actes  des  martyrs,  d'une  authenticité  incontestable,  et 
quelques  inscriptions  rares  pour  l'Afrique  antéconstan- 
tinienne,  mais  nombreuses  après  cette  époque.  Les  con- 
ciles de  cette  période  se  rapportent  à  peu  près  exclusive- 
ment à  la  question  des  lapsi  et  à  celle  des  rebaptisants 
et  ne  fournissent  que  peu  d'éléments  pour  la  liturgie  '. 

III.  Le  cycle  chrétien.  —  A  l'origine  il  n'y  a  pas  de 
cycle  chrétien,  d'année  liturgique.  Les  chrétiens  gardè- 
rent leur  année  civile,  juive  pour  les  convertis  juifs, 
grecque  ou  romaine  pour  les  convertis  de  la  gentilité. 
Pour  avoir  une  idée  juste  de  la  genèse  liturgique,  il  faut 
bannir  de  son  esprit  tout  ce  qui  ressemblerait  à  un  cycle 
chrétien.  Tout  se  réduisait  au  sacrifice,  à  la  cène,  qui  est 
vraiment  le  noyau  de  toute  la  liturgie  chrétienne,  et  à  la 
réunion  synaxaire  où  on  lisait  les  livres  saints,  où  l'on 
chantait  des  psaumes,  et  où  l'on  prêchait.  Cette  réunion 
se  terminait  d'ordinaire  par  la  cène,  ce  qui  fait  que  de 
bonne  heure  réunion  synaxaire  et  cène  eucharistique  se 
soudèrent  pour  ne  faire  qu'un  tout,  la  messe,  où  l'on  dis- 
tingue encore  fort  bien  aujourd'hui  les  deux  parties, 
avant-messe  et  sacrifice  2.  Cette  réunion  pouvait  se  célé- 
brer en  tout  lieu  et  à  n'importe  quel  jour  de  la  semaine. 
Elle  s'attacha  bientôt  spécialement,  par  suitederaisonsque 
nous  étudierons  ailleurs  (voir  Dimanche)  au  lendemain  du 
sabbat,  qui  devint  le  jour  du  Seigneur  et,  pour  les  chré- 
tiens, remplaça  le  sabbat.  Le  dimanche  revenait  ainsi 
chaque  semaine,  pour  rappeler  la  résurrection  du  Christ; 
ou  plutôt,  car  tous  ces  événements  se  réunissaient  en 
quelque  sorte  en  une  fête  synthétique,  la  pâque  ou  le 
dimanche  fondit  d'abord  en  un  seul  souvenir  la  cène, 
la  passion,  la  mort  et  la  résurrection  du  Christ;  il  fut 
en  réalité  le  premier  pas  dans  la  voie  de  la  formation 
d'une  année  chrétienne;  c'était  la  pâque  hebdomadaire, 
si  l'on  peut  dire.  Ainsi  la  naissance  du  dimanche  est 
antérieure  à  la  semaine  chrétienne  et  la  semaine  chré- 
tienne antérieure  à  l'année  chrétienne.  Par  une  consé- 
quence toute  naturelle  la  pâque  hebdomadaire  devint  la 
pâque  annuelle,  le  jour  octave  devint  jour  anniversaire. 
La  pâque  se  développa,  s'agrandit  en  quelque  sorte,  s'an- 

*  Cf.  Mansi,  Concilia,  t.  i,  col.  734,  864  sq.,  900  sq.  Ces  docu- 
ments sont  aussi  réunis  dans  P.  L.,  t.  m,  col.  1043  sq.  —  «Cf.  dom 
Cabrol  et  dom  Leclercq,  Monumenta  Ecclesise  liturgica,  t.  1, 
p.  lxxxhi  sq.  —  3 Tertullien,  De  idol.,  14,  P.  L.,  t.  i,  col.  759.  — 
'Tertullien,  Adv.  Marc,  IV,  12,  P.  L.,  t.  II,  col.  413.  —  5  Testim. 
adv.  Jud.,  I,  c.  xvi,  P.  L.,  t.  iv,  col.  714.  —  8  Tertullien,  De  orat., 
23,  P.  L.,  1. 1,  col.  1298.  —  'Tertullien,  Dejejunio,  14,  P.  L.,t.  n, 
col.  1024.  —  *De  idol.,  c.  xiv,  P.  L.,  t.  i,  col.  759.  —«Tertullien, 
De  orat.,  23,  P.  L.,  1. 1,  col.  1298.  —  ">  Ad  uxor,  n,  4,  P.  L.,  t.  i, 


nexa  un  temps  de  pénitence  comme  préparation,  et, 
comme  complément,  un  temps  de  joie,  une  longue  fête  de 
cinquante  jours,  jusqu'à  la  Pentecôte  qui  en  est  une  dé- 
pendance; peu  à  peu  l'année  tout  entière  s'orienta  vers  la 
pâque;  l'année  ecclésiastique  était  créée.  En  même  temps 
quelques  anniversaires  de  martyrs  commençaient  à  s'in- 
scrire au  nouveau  calendrier.  A  partir  de  ce  moment  les 
conjectures  tont  place  aux  textes  positifs,  et  c'est  cet 
état  de  choses  que  nous  décrivent  les  écrivains  africains. 

Nous  savons  par  eux  que  le  culte  et  le  calendrier  juifs 
en  Afrique  sont  définitivement  abandonnés  :  Nobis 
quibus  sabbata  extranea  sunt  et  neomeniœ  et  feriœ  a 
Deo  aliquando  dilectse  3,  nous  dit  Tertullien,  et  ailleurs  : 
Per  Jesum  nunc  quoque  concussum  est  sabbalum^. 
Saint  Cyprien  lui  fait  écho  :  le  sacrifice  ancien  a  cédé  la 
place  à  un  nouveau  sacrifice6.  Cependant  le  jour  du 
sabbat  conserve  encore  quelques-uns  de  ses  privilèges 
pour  certains  fidèles  qui  prétendent  que  ce  jour-là, 
comme  le  dimanche,  on  ne  doit  pas  fléchir  les  genoux  6. 
La  pâque  se  célèbre  au  premier  mois.  Durant  l'espace 
de  cinquante  jours  on  prie  debout  et  toute  pénitence 
est  bannie  :  Cur  pascha  celebramus  annuo  circulo  in 
merise  primo  '?  Cur  quinquaginta  exinde  diebus  in  omni 
exsultatione  decurrimus  f  Cur...jejuniis  parasceven  di- 
camus1'!  Excerpe  singidas  sollemnilates  nationum  et 
in  ordinem  tere,  pentecosten  implore  non  poterunts. 
Nos  vero,  sicut  accepimus,  solo  die  Dominico  resurre- 
ctionis  non  abistotantum  (genuflexione),sed  omni  anxie- 
tatis  habitu  et  officio  cavere  debemus.  Tantumdem  et 
spatio  pentecosles  quse  eadem  ex^ultationis  sollemni- 
tate  dispungimus.  Caeterum  omni  die  quis  dubitet  pro- 
sternere  se  Deo,  vel  prima  saltem  oratione  qua  lucem 
ingredimur  9 . 

La  nuit  de  pâque  se  passe  en  veilles  et  en  prières. 
La  passion  répond  au  premier  jour  des  azymes  10. 

La  fête  de  Noël  ne  parait  pas  encore  observée  à  cette 
époque.  Un  écrit,  peut-être  africain,  à  tout  le  moins  ita- 
lien, le  livre  de  Paschacomputus,  du  milieu  du  m0  siècle, 
en  est  encore  à  croire  que  le  Christ  est  né  le  28  mars  ". 

IV.  Fêtes  des  martyrs  et  culte  des  morts.  —  Les  an- 
niversaires de  la  mort  des  confesseurs  et  des  martyrs, 
dont  les  fidèles  prennent  soigneusement  date  pour 
faire  des  services  commémoratifs,  ébauchent  déjà  le 
cycle  des  saints  dans  l'année  liturgique.  Denique,  etdies 
eorum  (confessorum  in  carcere  defunctorum),  dit  saint 
Cyprien,  quibus  excedunt,  adnotate,  ut  commernora- 
liones  eorum  inter  memorias  martyrum  celebrare pos- 
simus...,  et  celebrentur  hic  a  nobis  oblationes  et  sacri- 
ficia  ob  commemoraliones  eorum  quœ  cilo  vobiscum, 
Domino  prolegente,  celebrabimus i2...  Sacri/icia  pro 
fis  (martyribus)  semper,  ut  meministis,  offerimus  quo- 
liens  martyrum  passiones  et  anniversaria  commemo- 
ratione  celebramus13.  Ils  sont  ensevelis  sous  l'autel, 
sed  et  intérim  sub  altare  martyrum  animas  placidum 
quiescunt  '*. 

Les  inscriptions  anténicéennes  nous  fournissent  une 
autre  preuve  du  culte  des  martyrs.  L'épitaphe  suivante, 
qui  contient  un  bel  éloge  des  martyrs,  provient  de  Sétif: 

[SONS 
MARTIRIB  SANCTIS  PROMISSA  COLONICVS  IN- 
SOLViT  VOTA  SVA  L/ETVS  CVM  CONIVGE  CARA 
HIC  SITVS  EST  IVSTVS  HIC  ATQVE  DECVRIVS  VNA 
QVI  BENE  CONFESSI  VICERVNT  ARMA  MALIGNA 
PR/EM IAVICTORESCRISTI  MER  VER  E  CORON  AMi» 

col.  1407;  Adv.  Jud.,  8,  P.  L.,  t.  n,  col.  656.  —  "  Dans  les  édit, 
de  S.  Cyprien,  Hartel,  Corpus  script,  eccles.  lot.,  t.  m,  p.  267. 
Saint  Augustin  reprochera  aux  donatistes  de  ne  pas  l'observer, 
Serm.,  ccn,  P.  L.,  t.  xxxni,  col.  1033.  —  «  Epist.,  xxvm,  n.  2, 
P.  L.,  t.  iv,  col.  337.  —  «a  Epist.,  xxxiv,  n.  3,  loc.  cit.,  col.  331.  — 
"Scorpiace,  c.  xn,  P.  L.,  t.  n,  col.  170.  —  i5De  Rossi,  Bullett. 
di  arch.  crist.,  1875,  p.  171  ;  1876,  pi.  III,  n.  1  (cf.  p.  59)  ;  Corp. 
inscripl.  latin.,  t.  vin,  n.  8641  ;  P.  AUard,  Hist.  des  perséc,  t.  IV 
p.  430  ;  dom  Cabrol  et  dom  Leclercq,  op.  cit.,  t.  i,  n.  2809. 


595 


AFRIQUE    (LITURGIE   ANTÉNIGÉENNE   DE   L' 


59» 


Le  monument  des  martyrs  de  Milève  est  justement  cé- 
lèbre parmi  les  épigraphistes. 

TERTIV  IDVS  $  IVNIAS  AEPOSI 

TIO  CRVORIS  SANCTORVM  MARTVRVM 

QVI   SVNT  PASSI   SVB   PR/ESIDE    FLORO   IN    CIV 

ITATE  MILETANA  IN  DIEBVS  TVRIFI 

CATIONIS  INTER  QVIBVS  HIC  INNOC 

m  zTwmmMmmcz  in  pkzwmmm 


Dern.  lig.  :  inter  quibus  hic  (cruor)  innocentis  Flece  (ou 
Tecle)  in  pace  ' . 
Citons  encore  les  deux  épitaphes  de  Cirta  : 


I 


I 


NOMI 

NA  MAR 

TVRVM 

NIVALIS 

MATRONE 

SALVI  NA 

TALIS  NONV  IDVS 

NOVEMBRES  2 


NOMINA 

MARTV 
ROY-NIVALIS 
MATRONE 

SALVI 
FORTVNATV 
QVOT  PROMISIT 

FECIT3 


On  aime  à  choisir  une  place  de  sépulture  auprès  d'un 
martyr*  (voir  Ad  sanctos,  col.  488  sq.)  ;  leurs  reliques 
sont  précieusement  gardées.  On  fait  même  des  pèleri- 
nages à  leurs  tombes  et  l'on  y  fait  brûler  des  cierges  et 
des  flambeaux  6.  On  leur  dédie  des  mensa,  sorte  de 
tables  de  pierres  sur  lesquelles  on  fait  aux  pauvres  des 
donations  de  pain  ou  d'autres  mets. 

MENSA 

FELICIS5 

GINIS-MARI 

DEDICAVERVT 

ANVS  ET  CONSTANT» 

Mensam[artyrum  (?)]  feliciss[imorum...  Mig\ginis, 
Mari[a]e  f[ecerunt  et]  dedicaverun^t...]anus  et  Constan- 
[tia'!]6.  Voir  Agapes. 

Nous  avons  parlé  du  culte  des  martyrs  avant  celui  des 
morts,  parce  que  le  premier  se  rattache  à  la  question 
du  cycle,  mais  en  réalité  le  culte  des  morts  lui  est  an- 
térieur, et  lui  sert,  en  quelque  sorte,  d'introducteur.  Ils 
restent,  d'ailleurs,  étroitement  unis  et  la  formule  du  mé- 
mento des  morts  dans  la  plupart  des  liturgies  en  de- 
meure la  preuve.  Tous  les  fidèles  qui  sont  morts  dans 
le  Seigneur  sont  auprès  de  Dieu,  dans  le  sein  d'Abraham  ; 
on  reste  en  communion  avec  eux;  leurs  corps  sont  em- 
baumés et  confiés  à  la  sépulture;  cette  charge  incombe 
à  certains  chrétiens  :  corpora  medicata  condimentis 
sepultura  mausoleis .  et  monumentis  sequestrantur... 
corpora  marlyrum  aut  cxterorum  si  non  sepeliantiir, 
grande  periculum  imminet  eis  quibus  incitmbit  hoc 
opus1.  On  garde  leur  souvenir,  leurs  noms  sont  écrits 
auprès  de  Dieu,  adhibe  sororum  nostrarvm  exempta, 
quorum  nomina  pênes  Dominum*,  belle  formule  qui 
va  se  répercuter  d'âge  en  âge  sur  les  diptyques,  dans  les 
oraisons,  dans  les  inscriptions  et  dans  les  martyrologes. 

•  Héron  de  Villefosse,  Rapport  sur  une  mission  archéol.  en 
Algérie,  1815;  De  Rossi,  Bull,  di  arch.  crist.,  1875,  p.  103,  177; 
1876,  p.  59  sq.  ;  Willmans,  dans  Corp.  inscr.  latin.,  t.  vin,  n.  6700; 
Le  Blant,  dans  le  Journal  des  savants,  mai  1882;  Actes  des 
Martyrs,  p.  266;  dans  les  Lettres  chrétiennes,  t.  v,  p.  255;  dom 
Cabrol  et  dom  Leclercq,  loc.  cit.,  n.  2816.  —  *  De  Rossi,  llitll.  di 
arch.  crist.,  1875,  pi.  xn;  P.  AUard,  Hist.  des  perséc.,  t.  IV, 
p.  42!);  Corp.  inscr.  latin.,  t.  vin,  n.  5664;  dom  Cabrol  et  dom 
Leclercq,  loc.  cit.,  n.  2817.  —  3Dom  Cabrol  et  dom  Leclercq,  loc. 
cit.,  n.  2818.  —  »  Acta  S.  Maximitiani.  Cf.  dom  Cabrol  et  dom 
Leclercq,  Monumenla  Ecclesise  liturgica, t.  i,  n.  4008.  —  *Acta 
S.  Cypriani,  n.  5.  Cf.  dom  Cabrol  et  dom  Leclercq,  loc.  cit.,  n.  3995, 
3996;  Cahier,  loc.  cit.,  p.  328,  367.  —  6  Gsell,  dans  le  Recueil  de  la 
Soc.  arch.  de  la  prov.  de  Constantiné,  t.  xxvi,  1890-1891,  p.  268, 
n.  318,  et  dans  le  Bull,  archéol.  du  comité  des  travaux  histor.. 
1899,  p.  457,  note  3.  —  'Cyprien,  Epist.,  n,  3,  P.  L.,  t.  iv,  col.  233. 
—  •  Ad  uxor.,  1.  I,  n.  4,  P.  L.,  t.  i,  col.  1392.  Sur  la  foi-mule 


On  emploie  l'encens  à  leur  sépulture,  nobis  ad  solatia 
sepulturge  usui  sunt  (thura) 9  ;  scient  sabsei  pluris  et  ca- 
rioris  suas  merces  christianis  sepeliendis  profligari, 
quam  diis  fumigandis  10. 

On  prie  pour  les  morts,  pro  anima  ejus  orat,  et  re- 
frigerium  intérim  adpostulat  ei  et  in  prima  resurre- 
ctione  consortium,  autres  formules  que  nous  retrouvons 
aussi  à  peu  près  littéralement  dans  la  liturgie  funéraire11; 
on  offre  le  sacrifice  à  l'anniversaire  de  la  mort,  offert 
annuis  diebus  dormitionis  ejus  i2...pro  dormitione  ejus 
apud  vos  fiât  oblatio,  aut  deprecatio  aliqua  nomine 
ejus  in  Ecclesia  frequentetur  13.  Pro  cujus  spiritu  po- 
stulas, pro  qua  oblationes  annuas  reddis...,  in  oratione 
commémoras,  offeres,  et  commendabis  per  sacerdolem 
et  ascendet  sacrificium  tuumxi.  Oblationes  pro  defun- 
clis,  pro  nalaliliis,  annua  die  facimus  15.  Perpétue  dans 
sa  prison  prie  pour  son  frère  Dinocrate  mort  :  Vt  co- 
gnovi  me  stalim  dignam  esse,  et  pro  eo  petere  debere. 
Ut  cœpi  pro  ipso  orationem  facere  multum,  et  inge- 
miscere  ad  Dominum.  Confidebam  profuturam  oratio- 
nem meam  labori  ejus  et  orabam  pro  eo  omnibus  die- 
bus... feci  pro  Mo  orationem  die  ac  nocte  gemens  et 
lacrymans  ut  mihi  donaretur  16. 

Ceux  qui  sont  indignes  sont  privés  de  ces  prières  et 
leur  nom  même  n'est  pas  prononcé  dans  la  prière  du 
prêtre  à  l'autel,  neque  enim  apud  allare  Dei  meretur 
nominari  in  sacerdotum  prece  qui  ab  altari  sacerdotes 
et  ministros  noluit  avocari 17.  Il  ne  faut  pas  pleurer  les 
morts  qui  meurent  dans  le  Seigneur,  ni  prendre  des  vête- 
ments noirs,  car  dans  le  ciel  ils  ont  revêtu  des  ornements 
blancs,  «  ils  vivent  auprès  de  Dieu  »,  quos  vivere  apud 
Dettm  dicimus  18.  En  Afrique  les  morts  étaient  déposés 
dans  des  cimetières  en  plein  air  ou  arese;  là  même  ils 
n'étaient  pas  en  repos,  car  la  fureur  des  païens  venait 
partois  les  troubler  dans  leur  sommeil,  nec  mortuis  par- 
cunt  christianis,  quin  illos  de  requie  sepulturse,  de  asylo 
quodammorlis19;  cum  de  areis  sepulturarumnostrarum 
adclamassenl:areaenonsint;areseipsontmnonfueriint2[J. 

L'inscription  suivante  trouvée  à  Césarée  de  Mauri- 
tanie, et  qui  appartient  à  la  seconde  moitié  du  IIIe  siè- 
cle, prouve  l'existence  d'une  area  ou  cimetière,  avec 
une  cella  ou  lieu  de  réunion  pour  les  frères  et  que  le 
propriétaire  a  donnée  à  la  «  sainte  Église;»  ce  monument, 
brisé  pendant  les  persécutions,  fut  restauré  plus  tard, 
comme  l'indique  la  dernière  ligne  de  l'inscription  : 

AREAM  AT  SEPVLCRA  CVLTOR  VERBI  CONTVLIT 
[ET  CELLAM  STRVXIT  SVIS  CVNCTIS  SVMPTIBVS 
ECCLESIAE    SANCTAE    HANC     RELIQVIT    MEMO- 

[RIAM 

SALVETE    FRATRES    PVRO  CORDE    ET  SIMPLICI 

EVELPIVS  VOS  SATOS   SANCTO  SPIRITV 

ECCLESIA  FRATRVM  HVNC  RESTITVIT  TITVLVM- 

[M-A-I-SEVERIANI  C-V-  EX  ING.  ASTERI 

Lig.  6  :  Ecclesia  fratrum  hune  restituit  titulum  mar- 
moreum  anno  primo  Severiani  clarissimi  viri  Ex  in- 
genio  Asteri-'.  Voir  Agapes. 

quorum  nomen  Deus  scit,  cf.  l'article  Actes  des  martyrs, 
CoL  410,  et  Le  Blant,  Inscr.  chrét.  de  la  Gaule,  n.  563;  Monu- 
ntnita  Ecclesiœ  liturgica,  préface,  p.  160.  —  "  De  idol.,  c.  xi,  P. 
I...  t.  I,  col.  752.  —  «•  Apologet.,  c.  xi.li,  P.  L.,  t.  I,  col.  558.  — 
" Demonogam.,c. x,P.  /..,  t. n,  col.  992.  —  IJ/bid.  —  l3Cyprien, 
Epist.,  lxvi,  n.  1,  2,  P.  L.,  t.  IV,  col.  411.  —  "De  exhort.  ca- 
stit.,  c.  xi,  P.  L.,  t.  n,  col.  97Ô.  —  "  De  Cor.,  3,  P.  LA.  n,  col.  99. 
—  "Acta,  n.  vu.  Cf.  Monumenta  Ecclesi.v  liturgica,  n.  3962, 
3963,3964,3978.  —  "C\\<r.  Epist..  i.xw  tue.  cit.  -'»Demortalit., 
c.  XX,  P.  L.,  t.  iv,  col.  618;  cl.  E;>.,i.xvn.  n.  5,  ibid..  t.  m.  col.  1023; 
Commod.,  Instr.,  1.  II,  n.  32  :  Filios  non  lugendos,  Corpus  script, 
eccles.,  Vindob.,  t.  xv,  p.  103.  —  '*Apol.,c.  wxvii.  P.  L.,  1. 1,  col. 
524.  —  ,uAd  Scapul.,  n.  3,  loc.  cit..  t.  I,  col.  779.  —  •'  L.  Renier. 
Insc.  chrét.  de  C  Algérie,  n.  4025;  De  Rossi.  Bull,  di  arch.  crist., 
1864,  p.  28;  Corpus  inscript,  latin.,  t.  vin,  n.  9589;  P.  AUard, 
dans  les  Lettres  chrét.,  t.  n,  p.  73;  et  Hist.  des  persécutions, 
L  n,  p.  87  ;  dom  Cabrol  et  dom  Leclercq,  op.  cit.,  1. 1,  n.  2808. 


507 


AFRIQUE    (LITURGIE   ANTÉNICÉENNE   DE   L') 


593 


Sur  la  tombe  des  morls  on  met  des  inscriptions  qui 
rappellent  leur  toi  en  Dieu  et  au  Christ  : 


isPES  $  IN  DEO  È<- 
La  suivante  est  sur  une  bague 


IN  DEO  VIVAS2 


4M'AR 

SI 

TE 

IN 

DE 

OV 

IAS 

Ai-site  in  Deo  vivas.  3 

VIBAS  IN  DEO 
GAVDE  SEMPER* 

Une  autre  est  Ja  touchante  prière  d'une  mère  : 
M1FILI-MATER-ROGAT-VT-ME 
AD-TE-RECIPIAS-  [P-Q]  (?)  5 

L'lv  pace  revient  naturellement  ici  comme  dans  les 
plus  anciens  monuments  de  l'épigraphie  chrétienne, 
sous  des  formes  diverses  : 

)RIA  VENANANTI 

)l  VICATI  VSIN-PACE 

VICXIT  ANN  Venanlius  in  vace1. 

MINVS  XV 
AISCESSIT  IN  Vtm 
CES 

On  en  retrouvera  plusieurs  autres  exemples  dans  la 
dissertation  De  titulis  Carthaginiensibus  par  dom  Vitra 
et  De  Rossi8.  Comme  le  fait  remarquer  ce  dernier,  Vin 
pace,  qui,  à  Rome  et  presque  partout,  a  le  sens  de  in 
pace  (obiit),  a  en  Afrique  le  sens  de  in  pace  (vixit).  On 
trouve  du  reste  assez  fréquemment  dans  cette  province 
la  lormule  entière  IN  PACE  VIXIT,  qui  est  au  contraire 
très  rare  à  Rome9.  Mais  la  plupart  des  inscriptions  dont 
il  est  question  dans  la  dissertation  citée  appartiennent 
au  ive  siècle  ou  à  l'époque  postérieure  et  nous  en  parle- 
rons à  propos  de  la  liturgie  post-nicéenne,  cf.  fig.  106. 

Nous  citerons  cependant  la  suivante  qui  est  d'un 
grand  intérêt  et  dont  le  formulaire  remonte  certaine- 
ment au  me  siècle.  Son  origine  africaine  ne  fait  pas  de 
doute,  après  les  ingénieuses  restaurations  de  De  Rossi, 
encore  qu'elle  ait  été  trouvée  à  Rome. 

MAGVSPVER  INNOCENS 
ESSEIAMINTER  INNOCENTISCOEPISTI 
QVAMSTAVILESTIVIHAECVITAEST 
QVAMTELETVMEXCIPETMATERECLESIADEOC 
MVNDOREVERTENTEM  •  COMPREMATVRPECTO- 

GEMITVS-STRVATVRFLETVSOCVLORVM%^ 

Magus  puer  innocens  esse  jam  inter  innocentis  (sic) 
cœpisti  quam  stavilestivi  (isla  vile  tibi?)  fisse  vita  est. 
Quam  te  letum  excipet  Mater  ecclesia  de  hoc  mundo  re- 
vertentem.  Comprematur  pectorum  gemitus.  Strualur 
fletus  oculorum  10. 

Les  formules  sont  tirées  de  saint  Cyprien  chez  qui  on 
lit  :  quam  vos  laeta  excipit  mater  ecclesia  de  prselio 

«  Corpus  inscript,  latin.,  t.  vin,  n.  5265.  Cf.  dom  Cabrol  et 
dom  Leclercq,  Monumenta  Ecclesiœ  liturgica,  t.  I,  n.  2819.  — 
'Pitra,  Spicil.  Solesm.,  t.  iv  :  De  titulis  Carthagin.,  p.  499; 
Corpus  inscript,  lat.,  t.  vm,  n.  104758;  dom  Cabrol  et  dom  Le- 
clercq, loc.  cit.,  n.  2821  et  2824.  —  3  Waille  et  P.  Gauckler, 
Inscriptions  inédites  de  Cherchel,  dans  la  Revue  archéol.,  1891, 
m*  série,  t.  xvn,  p.  146,  n.  13;  dom  Cabrol  et  dom  Leclercq,  loc. 
cit.,  n.  4353.  —  *  Corpus  inscript,  lat-,  t.  vm,  n.  10550;  dom 
Cabrol  et  dom  Leclercq,  loc.  cit.,  n.  2822.  —  5  Lenormant,  dans 
Cahier  et  Martin,  Mélanges  d'archéol.,  t.  IV,  p.  125,  note  ;  dom 
Cabrol  et  dom  Leclercq,  loc.  cit.,  n.  2812.  Pour  les  lettres  P.  Q., 
et  le  christianisme  de  l'inscription,  cf.  Mérimée,  Voyage  dans  le 


revertcnles,  De  lapsis,  c.  il,  et  encore  :  comprimatur 
pectorum  gemitus,  strualur  fletus  oculorum.  lbid., 
c.  xvi.    L'inscription   permet  du  reste  de  corriger  le» 


106.  —  L'in  pace  sur  une  tombe  africaine. 
D'après  Pitra,  Spicilegium  Solesmense,  t.  iv,  p.  501. 

manuscrits  qui  portaient  :  statuatur,  lequel  n'avait  pas 
de  sens.  La  phrase  Quam  te  letum  excipet,  etc.,  est 
restée  dans  le  formulaire  funéraire  et  nous  en  avons 
déjà  cité  un  autre  exemple11. 

V.  Dimanche;  semaine  chrétienne;  stations.  — 
Chaque  dimanche,  il  faut  le  redire,  est  une  fête  :  Nani 
ethnicis  semel  annuus  dies,  quisque  festus  est  :  tibi 
octavus  quisque  dies1-.  Jeûner  ce  jour-là,  ou  adorer  à 
genoux  est  considéré  comme  défendu13;  c'est  le  jour  du 
Seigneur,  Dominicus  diesli.  Il  y  a  réunion  de  nuit,  vigile 
et  célébration  de  l'eucharistie  15. 

La  semaine  chrétienne,  en  dehors  du  dimanche,  au- 
quel elle  doit  sa  naissance,  est  consacrée  par  deux  jours, 
le  mercredi  et  le  vendredi,  jours  de  jeûne  et  de  péni- 
tence, jours  de  prière,  appelés  jours  de  station.  On  ne 
les  considère  cependant  pas  comme  d'origine  aposto- 
lique, et  quelques  chrétiens  moins  fervents  voudraient 
s'en  débarrasser  ou  même  les  faire  passer  pour  des 
rigueurs  purement  montanistes,  sans  racines  dans  la 
tradition;  dans  tous  les  cas  ils  ne  voudraient  pas  pro- 
longer le  jeûne  au  delà  de  none  (3  heures  de  l'après- 
midi).  Ce  qui  parait  très  vraisemblable,  comme  nous 
l'avons  dit,  c'est  que  l'institution  liturgique  de  ces 
deux  jours  est  postérieure  au  dimanche;  la  station  du 
vendredi  est  un  souvenir  de  la  passion  et  probablement 
un  dédoublement  de  la  pàque  dominicale  qui  enlerme 
primitivement  l'idée  de  la  passion  et  de  la  résurrec- 
tion. Quant  au  mercredi,  on  n'en  voit  pas  trop  l'ori- 
gine; à  moins  qu'il  n'y  faille  y  chercher  une  autre  allu- 
sion à  Ja  passion,  la  trahison  de  Judas;  peut  être  sa 
situation  au  centre  de  la  semaine,  lui  a-t-elle  seule  valu 
son  privilège.  Ces  stations  sont  déjà  indiquées  dans  la 
Didaché  et  les  documents  anciens.  Tertullien  y  insiste  : 

midi  de  la  France,  p.  292.  —  8  Corpus  inscript,  latin.,  t.  vin, 
n.  9821  ;  dom  Cabrol  et  dom  Leclercq,  loc.  cit.,  n.  2814.  —  '  Waille 
et  P.  Gauckler,  lnscript.  inéd.  de  Cherchel,  dans  la  Revue  or* 
chéol.,  t.  xvn,  1891,  p.  134,  n.  70.  —  8  Pitra,  Spicil.  Solesm., 
t.  IV,  p.  501.  —  8  De  titulis  Carthagin.,  p.  511,  512,  dans  Spicil. 
Solesm.,  L  iv.  —  ,0  lbid-,  p.  535,  536.  Cette  inscription  a  été 
donnée  aussi  par  Guasco,  Inscr.  num.,  t.  m,  p.  138;  Adami,  Del 
culto  dovuto  ai  santi  martiri,  p.  111  ;  Le  Blant,  Inscr.  chrét. 
de  la  Gaule,  t.  i,  p.  93.  —  «  Cf.  Acclamations,  col.  253.  — 
<!  Tertullien,  De  idol.,  14,  P.  L.,  t.  I,  col.  759.  —  ,3  Id.,  De 
cor.,  3,  P.  L.,  t.  n,  col.  99.  —  ,l  lbid.,  3  et  11,  loc.  cit.,  col.  99 
et  112.  —  "  Ad  uxor.,  !.  II  n.  4,  P.  L.,  t.  i,  col.  1407. 


599 


AFRIQUE    (LITURGIE   ANTÉNICÉENNE  DE  L*) 


GOO 


Stationes  nostras  ut  indignas,  quasdam  vero  in  sérum 
ctnstitulas,  novitatis  nomine  incusant,  hoc  quoque  mu- 
nus  et  ex  arbitrio  abeundum  esse  dicentes,  et  non  ultro 
nonam  detinendum,  de  suo  scilicet  more1.  D'autres,  au 
contraire,  par  une  rigueur  malentendue,  croient  devoir 
ce  jour-là  s'abstenir  de  recevoir  le  corps  du  Christ. 
Tertullien  s'en  indigne  à  bon  droit.  Ergo  devotum  Deo 
obsequium  eucharislia  resolvit'?  an  magis  Deo  obli- 
gat?  Nonne  solemnior  erit  stalio  tua  si  et  ad  aram 
Dei  steteris?  Du  reste  il  y  a  moyen  de  tout  concilier, 
et,  si  l'on  craint  que  la  communion  ne  rompe  le 
jeune,  on  pourra  réserver  l'eucharistie  jusqu'à  l'heure 
où  il  est  terminé  :  accepto  corpore  Domini  et  reser- 
vato,  utrumque  salvum  est,  et  participalio  sacrificii  et 
executio  officii 2.  Ces  jours-là  on  prie  toujours  à  genoux, 
jejuniis  aulem  et  slalionibus  nulla  oratio  sine  genu, 
et  reliquo  liumilitatis  more  celebranda  est 3.  On  observe 
les  stations  et  les  autres  jeûnes  avec  plus  de  rigueur, 
quand  il  y  a  menace  de  persécution  4. 

Cette  organisation  liturgique  parait  bien  rudimen- 
taire  :  la  passion,  la  (été  de  pàque  et  sa  préparation,  le 
cinquantenaire  sacré,  les  dimanches,  les  jours  de  sta- 
tion sur  semaine,  quelques  anniversaires  de  martyrs  et 
des  défunts  de  la  famille,  et  c'est  tout.  Mais  cette  pénurie 
n'est  qu'apparente;  jamais  peut-être  la  vie  de  prière  n'a 
été  plus  intense.  Les  fidèles  se  considèrent  comme 
obligés  de  prier  sans  cesse  :  Nulla  hora  excipitur  chri- 
slianis  quominus  fréquenter  ac  semper  Deus  debeat 
adorari...  inslenms  per  tolum  diem  precibus  et  ore- 
mus...  nec  noclibus  ab  oralione  cessemus*. 

VI.  Heures  de  prière.  —  Quelques  heures  dans  la 
journée  sont  cependant  déjà  consacrées  d'une  façon  plus 
spéciale  à  la  prière,  celles  de  tierce,  de  sexte  et  de 
none6,  heures  apostoliques,  déjà  assignées  à  la  prière 
chez  les  juifs  7.  Elles  sont  marquées  du  sceau  de  la  Tri- 
nité». 

De  plus,  on  priera  le  matin  et  le  soir,  quand  la 
lumière  parait,  et  quand  elle  se  retire,  ingressu  lucis  et 
noclis  9.  Le  matin  est  aussi  l'heure  de  la  résurrection 
que  l'on  célèbre  par  la  prière  10.  Il  convient  encore  aux 
fidèles  de  prier  avant  le  repas  et  avant  le  bain  u. 

Ces  heures  canoniales  n'ont  encore  qu'un  caractère 
privé.  Comme  prière  publique  on  ne  connaît  que  la 
vigile  de  nuit,  et  les  prières  qui  accompagnent  l'eucha- 
ristie et  l'agape. 

La  prière  a  dès  lors  un  caractère  très  catholique, 
universel;  il  ne  faut  pas  prier  seulement  pour  soi,  il 
laut  prier  pour  tout  le  peuple  :  unusquisque  oret  Deum 
non  pro  se  lanlum  sed  pro  omnibus  fralribus...  ora- 
tione  communi  et  concordi  prece  oranles  pro  omni- 
bus li...  Publicuest  nobis  et  communis  oratio  ;  et  quando 
oramus,  non  pro  uno  sed  pro  toto  pomdo  oramus  13.  On 
fait  dans  ses  prières  mention  des  frères,  des  amis,  de 
son  évéque  :  Memnres  mei  sitis,  dit  saint  Cyprien  aux 
fidèles,  ut  inter  magnas  atque  dMnas  cogilationes 
veslras  nos  quoque  animo  ac  mente  volvalis,  simque  in 
precibus  et  orationibus  veslris  u.  Voyez  §  x. 

VIL  Assemblée  chrétienne.  —  Nous  trouvons  dans 
les  textes  airicains  d'assez  nombreux  détails  sur  l'assem- 
blée chrétienne.  Elle  se  tient  vers  le  milieu  de  la  nuit, 
avant  l'aurore;  on  l'appelle  cœtus  antelucanus  ^,convo- 
catio  noclurna.  Lactance  l'appelle  pervigilia,  et  la 
compare  à  la  fin  du  monde16.  Ce  sont  les  diacres-qui 
convoquent,  indiquent  le  jour  et  l'heure;  réunions  lur- 

•  Dejejunio,  2,  10,  13,  P.  L.,  t.  Il,  col.  1007,  1016,  1023.  — 
«  De  orat.,  19,  P.  L.,  t.  i,  col.  1287.  —  3  De  orat.,  13  et  23,  P.  L., 
t.  I,  col.  1271,  1299.  —  *£>e  funa,  1,  P.  L.,  t.  H,  col.  124-125.  — 
6  Cyprien,  De  orat.  dont.,  c.  x\xvr,  P.  L.,  t.  iv,  col.  562.  — 
•Tertullien,  Dejejunio,  c.  x,  P.  L.,  t.  u,  col.  1017.  —  'Tertullien, 
De  oralione,  c.  xxv,  P.  L.,  t.  i.col.  1300.  —  "Cypr.,  De  orat.  dom., 
c.  xxxiv,  P.  L.,  t.  iv,  col.  559.  —  'Tertullien,  De  orat.,  c.  xxv, 
P.L.,  t.  i,  col.  1301.  —  "De  orat.  riomhi.,  <•  xxxv,  ibid.,  col.  560. 
—  "Tertullien,  De  orat.,  XXV,  ibid.,  col.  1301.  —  "Cyprien,  Epist., 


tives,  car  la  femme  chrétienne,  mariée  à  un  époux  païen, 
sera  obligée  d'avoir  recours  à  des  ruses  pour  ne  pas 
éveiller  les  soupçons  de  son  mari 17.  On  cherche  à  se 
cacher,  à  éviter  les  yeux  des  païens.  Cependant  ceux-ci 
veillent  et  ils  arrivent  à  découvrir  l'heure  et  le  lieu  des 
réunions  et  assiègent  les  fidèles,  scitis  et  dies  conven- 
tuum  nostrorum,itaque  et  obsidemur  et  opprimamur 
et  in  ipsis  arcanis  congregationibus  detinemur 18.  Ils  se 
figurent  que  les  chrétiens  ne  se  cachent  dans  ces  réu- 
nions que  pour  commettre  des  crimes  infâmes,  l'homi- 
cide, l'adultère,  l'inceste.  Minucius  Félix,  dont  l'ouvrage 
est,  on  peut  le  dire,  en  partie  africain,  puisque  quelques- 
uns  de  ses  interlocuteurs  au  moins  appartiennent  a 
cette  province,  nous  en  donne  le  témoignage19. 

En  réalité  ces  réunions  ont  pour  objet  la  lecture  de  la 
Bible,  le  chant  des  psaumes;  on  y  écoute  l'allocution 
du  président,  on  y  fait  la  prière,  probablement  celle 
dans  laquelle  les  fidèles  exposent  leurs  requêtes,  les 
oraisons  litaniques,  prout  scripturx  leguntur,  aut 
psalmi  canunlur,  aut  allocutiones  proferuntur,  aut 
pelitiones  delegantur,  et  dans  ce  texte  si  précis  et  si 
détaillé  Tertullien  nous  donne  la  description  exacte 
de  la  vigile  en  dehors  du  sacrifice  eucharistique  dont 
il  parlera  plus  loin20.  Ailleurs  il  ajoute  quelques  traits 
à  cette  description  :  Coimus  in  cozlum  et  ad  congrega- 
lionem  ut  ad  Deum  quasi  manufacla,  precalionibus 
ambiamus...  Oramus  pro  imperaloribus ,  pro  ministe- 
riis  eorum  ac  potcslatibus,  pro  statu  sseculi,  pro  re- 
rum  quiète,  pro  mora  finis.  Cogimur  ad  litterarum 
divinarum  commemoralionem,  si  quid  prsesentium 
temporum  qualitas  aut  prxmoverc  cogit,  aut  reco- 
gnoscere.  Ainsi  déjà  on  ne  se  contente  pas  de  lire  les 
Écritures  à  la  suite,  on  choisit  les  passages  selon  les 
temps  et  les  circonstances.  On  fait  des  exhortations,  on 
juge  les  délits  et  l'on  punit  les  coupables  s'il  en  est 
besoin,  on  les  sépare  de  la  communion  des  fidèles  : 
Ibidem  etiam  exhorlationes,  castigationes  et  censura 
dirina.  Nam  et  judicatur  magno  cum  pondère...  si 
quis  ita  deliquerit  ut  a  communicatione  oralionis  et 
conventus  et  omnis  sancti  commercii  relegetur. 

L'assemblée  est  présidée  par  les  anciens  :  Président 
probaii  quique  seniores,  honorent  istum  non  prelio  sed 
testimonio  adepli.  On  fait  une  collecte  mensuelle  pour 
la  caisse  commune  :  Modicum  unusquisque  stipem 
menstrua  die,  vel  quum  velil  et  si  modo  relit  el  si 
modo  possit,  adponit;  nam  nemo  compellilur,  sed 
sponte  confert.  Les  fonds  de  cette  caisse,  arca,  servent 
à  nourrir  les  pauvres,  à  les  ensevelir,  à  secourir  les 
orphelins  et  les  jeunes  filles  dans  le  besoin,  à  soutenir 
les  naufragés,  ceux  qui  travaillent  dans  les  mines,  in 
metallis,  condamnés  pour  la  foi  chrétienne  à  ce  dur 
labeur,  ou  relégués  dans  les  îles  ou  dans  les  prisons.  La 
réunion  se  termine  par  une  agape  comme  nous  le 
dirons  tout  à  l'heure21.  On  lit  dans  cette  assemblée  les 
lettres  des  frères,  ou  des  évoques22.  Ailleurs,  cet  éton- 
nant esprit,  qui  semble  avoir  eu  des  clartés  sur  tout, 
relève  le  côté  esthétique  de  ces  réunions,  un  aspect 
qu'il  a  peut-être  été  le  seul  à  entrevoir  à  son  époque. 
Pour  le  chrétien  ces  assemblées  remplacent  les  émo- 
tions du  cirque  et  du  théâtre,  elles  sont  une  compensa- 
tion, spectacula  christianorum  sancta,  perpétua,  gra- 
tuita  :  in  bis  tibi  ludos  circenses  interpretare,  cursus 
sseculi  intucre,  tempora  labentia,  spalia  dinumera, 
mêlas  consummationis  expecta,  socictalcs  ecclesiaruni 

vu,  n.  3,  7,  8,  P.  L.,  t.  iv,  col.  250  sq.  —  "  De  orat.  dom.,  c.  vm, 
P.  /..,  t.  îv,  col.  541.  —  "Epist.,  xv,  4,  ibid.,  col.  274;  cf. 
col.  344  sq.,  402.  —  "Tertullien,  Apolog.,  2,  P.  L.,  t  i,  col.  321; 
De  cor.,  3,  P.  L.,  t.  u,  col.  99.  —  "Ad  ti.ror.,  2,  4,  P.  L.,  L  I, 
col.  1407.  Cf.  Lactance,  Instit.,  7,  19,  P.  L.,  t.  vi.  col.  "<>:.  — 
"  Ibid.  —  "Ad  nationes,  I,  7,  P.  L.,  t.  i,  col.  639.  —  '»  Octa- 
vius,  c.  ix,  P.  L.,  t.  m,  col.  271.  —  »•  De  anima,  c.  ix,  P.  L., 
t.  u,  col.  701.  -  «'  Tertullien  Apolog.,  c.  xxxix,  P.  L.,  L  i,  col.  533: 
—  "Cypr.,  Epilt.,  xi.ii,  2,  P.  L.,  t.  III,  col.  727. 


601 


AFRIQUE    (LITURGIE   ANTÉNICÉENNE    DE   L'] 


602 


défende,  ad  signum  Dei  suscitare,  ad  tubam  angeli 
erigere,  ad  martyrii  palmam  gloriare.  Si  scenicm  do- 
ctrinal délectant,  satis  nobis  litterarimi  est,  satis  ver- 
suuni  est,  satis  senlentiarum,  satis  etiam  canticorum, 
satis  vocum;  nec  fabulse,  sed  veritates;  nec  strophee, 
sed  simplicité/ tes  ' 

Les  livres  lus  à  l'assemblée,  Ancien  ou  Nouveau  Testa- 
ment appelés  Codices  sacri,  peut-être  libri  deifici,  sont 
sous  la  garde  des  évêques  et  des  prêtres.  Il  en  est  ques- 
tion plusieurs  fois  dans  des  actes  très  authentiques  de 
martyrs  africains,  car  dans  la  persécution  de  Dioclétien 
on  ordonna  aux  évêques  et  aux  prêtres  de  les  livrer, 
parfois  sous  peine  de  mort.  Ainsi  dans  les  actes  de  saint 
Félix  de  Tubiaca  (edictum  propositum  est...  principi- 
bus  et  magistratibus)  ut  libros  deificos  peterent  de 
manu  episcorum  et  presby terorum...  Magnilianus  cu- 
rator  dixit  :  Libros  deificos  habetis  ?  Aper  dixit  :  Habe- 
mus.  Magnilianus  curator  dixit  :  Date  illos  igni  aduri. 
Tune  Aper  :  Episcopus  noster  apud  se  illos  habet2.  Il 
n'est  pas  question,  explicitement  au  moins,  d'autres 
livres  liturgiques. 

VIII.  L'agape.  —  L'agape  qui  termine  parfois  la  réu- 
nion indique  par  son  nom  même  ce  qu'elle  est,  id  voca- 
tur,  quod  dileclio  pênes  grsecos  est.  C'est  un  lestin  oll'ert 
aux  frères  pauvres  par  les  plus  riches  de  la  commu- 
nauté. Une  douce  gaieté  y  est  de  mise,  mais  tout  désordre 
en  est  banni;  elle  commence  par  la  prière, editur  quan- 
tum esurientes  capiunt,  bibilur  quantum  pudicis  est 
utile.  A  la  fin  du  repas  on  invite  ceux  qui  en  sont  capables 
à  chanter  quelque  pièce  empruntée  aux  Écritures  saintes, 
ou  bien  quelque  cantique  composé  pour  la  circonstance 
ut  quisque  de  scripturis  sanctis  vel  de  proprio  ingenio 
potest  provocalur  in  médium  Deo  canere,  hinc  proba- 
tur  quomodo  biberit.  La  réunion  se  termine  par  la 
prière  3.  Cette  agape  se  célèbre  même  parfois  en  prison, 
parles  soins  de  l'Église,  pour  la  consolation  des  martyrs 
qui  y  sont  détenus4.  C'est  ce  qui  eut  lieu  pour  les  saintes 
Perpétue  et  Félicité  et  leurs  compagnons  ;  le  repas  libre 
qui  était  le  dernier  repas  des  condamnés,  devint  une 
agape,  pridie  quoque  cum  Ma  cœna  ultima,  quam  libé- 
rant vocant,  quantum  in  ipsis  erat,  non  cœnam  libe- 
ram,  sed  agapen,  cœnarent 5  Plus  tard,  le  même  Ter- 
tullien  qui  nous  a  tracé  de  l'agape  cette  peinture  idyl- 
lique nous  parle  des  désordres  qu'elle  entraînait, 
portrait  exagéré  sans  doute,  car  il  est  à  ce  moment 
montaniste,  mais  dont  bien  des  traits  doivent  être  vrais, 
car  nous  retrouvons  les  mêmes  plaintes  chez  d'autres 
écrivains  du  même  temps  6. 

Saint  Cyprien  ne  nous  parle  de  l'agape  qu'une  fois,  si 
nous  nous  trompons,  ce  qui  tendrait  à  prouver  que 
déjà  l'Église,  par  suite  de  ces  excès  mêmes,  ne  favorisait 
pas  la  fréquence  de  ces  festins;  bientôt  du  reste  elle  les 
abolira  complètement1. 

Les  distributions  aux  pauvres  sur  les  mensse  marty- 
rum  se  rattachent  peut-être  aussi  par  un  lien  plus  ou 
moins  étroit  à  l'agape.  Voir  au  §  IV,  Culte  des  martyrs, 
et  l'article  Agapes. 

IX.  Eucharistie  et  messe.  —  La  réunion  eucharis- 
tique a  une  tout  autre  importance.  Elle  a  lieu  aussi  avant 
l'aurore,  antelucanis  cselibus8.  Notons  que  d'après  les 
expressions  de  Tertullien  elle  ne  semble  pas  faire  un 
tout  indivisible  avec  cette  partie  de  la  messe  que  nous 
appelons  aujourd'hui  l'avant-messe  ou  messe  des  caté- 

1  De  spect.,  c.  xxix,  P.  L.,  t.  I,  col.  735.  —  -  Cf.  dom  Cabrol  et 
uom  Leclercq,  Monumenta  Ecclesix  liturgica,  t.  I,  n.  4013,  4014, 
4015,  4018,  et  aussi  n.  3937,  3944,  3949,  3955.  —  3  Tertullien,  Apo- 
log.,  c.  xxxrx,  P.  L.,  t.  i,  col.  539.  —  *  Ad  Martyr.,  2,  P.  L.,  t.  I, 
col.  696.  —  5  Edit  Ruinart,  n.  XVII.  Ct.  dom  Cabrol  et  dom  Le- 
clercq, Monumenta  Ecclesiœ  liturgica,  t.  i,  n.  3985.  —  °  De  ie- 
jurtio,  c.  xvii,  P.  L.,  t.  il,  col.  1029.  —  7  Cyprien,  Te&im.  adv. 
Jud.,  1.  III,  c.  XIII,  P.  L.,  t.  iv,  col.  762  sq.  —  «Tertullien,  De 
cor.,  3,  P.  L.,  t.  n,  col.  99.  Cf.  Cyprien,  Epist.,  lxiii,  n.  16,  P.  L'., 
1.  iv,  col.  393.  —  "Cf.  Les  origines  de  la  messe  et  le  canon 


chumènes,  ce  qui  favorise  l'hypothèse  présentée  ailleurs 
de  la  séparation  de  ces  deux  parties,  et  sur  laquelle  nous 
reviendrons9.  Les  catéchumènes  n'assistent  pas  au  sacri- 
fice et  Tertullien  blâme  les  hérétiques  qui  ne  gardent  pas 
ces  règles,  quis  (apud  eos)  catechumenus,  quis  fidelis 
incertus  est  ;  pariter  adeunt,  pariter  orant,  sanctum  ca- 
nibus  etporcis  margaritas,  licet  non  veras  jactabunt 10. 

Le  sacrement  de  l'eucharistie  est  accompli  sous  la 
forme  du  pain  et  du  vin,  avec  les  paroles  prononcées 
par  le  Christ  lui-même  :  Corpus  Christi  in  pane  censetur 
hoc  est  corpus  meum  '  '  ;  sic  enim  Deus  in  evangelio  quo- 
que vestro  (celui  de  Marcion)  revelavit,  panem  corpus 
suum  appellans  ut  et  hinc  jam  eum  intelligas  corporis 
sui  figuram  panis  dédisse12;  acceptum  panem  et  di- 
stributum  discipulis  corpus  illum  suum  fecit,  hoc.  est 
corpus  meum  dicendo,  id  est  figura  corporis  mei.  Figura 
autem  non  fuisset,  nisi  verilalis  esset  corpus...  cur 
autem  panem  corpus  suum  appellat13"! 

Du  temps  de  saint  Cyprien  certains  évêques,  oubliant 
les  traditions  apostoliques,  croyaient  pouvoir  faire  le 
sacrifice  avec  de  l'eau  au  lieu  du  vin.  L'évêque  de  Car- 
thage  proteste  vivement  contre  cet  abus;  il  écrit  aux 
évêques  pour  leur  rappeler  les  prescriptions  antiques. 
Quamquam  sciam,  dit-il,  episcopos  plurimos,  ecclesiis 
dominicis  in  toto  mundo  divina  dignatione  propositos, 
evangeliese  veritatis  ac  dominicœ  tradilionis  tenere 
rationem,  nec  ab  eo  quod  christus  magister  et  prœce- 
pit  et  gessit  humana  et  novella  institulione  decedere; 
tamen  quoniam  quidam  vel  ignoranter  vel  simpliciler, 
in  calice  dominico  sanctificando  et  plebi  minislrando 
non  hoc  faciunt  quod  Jésus  Christus  Dominus  et  Deus 
noster,  sacrifiai  hujus  auclor  et  doctor  fecit  et  docuit, 
religiosum  pariter  ac  necessarium  duxi  lias  ad  vos 
litteras  facere;  ut  si  qui  in  isto  errore  adhuc  tenetur, 
verilalis  luce  perspecla,  ad  radicem  atquc  originem 
Iraditionis  dominicam  reverlatur  >4...  admonilos  autem 
nos  scias  ut  in  calice  o/ferendo  dominica  traditio  serve- 
lur  neque  aliud  fiât  a  nobis  quam  quod  Dominus  prior 
jecit  ut  calix  qui  in  commemorationem  ejus  offertur, 
mistus  vino  offerratur.  Nam  cum  dicat  Christus  :  ego 
sum  vitis  vera,  sanguis  Christi  non  aqua  est  utique, 
sed  vinum  is.  Il  faut,  comme  le  grand-prêtre  Melchisé- 
dech,  qui  a  préfiguré  le  sacrifice  du  Christ,  ollrir  le  pain 
et  le  vin;  l'eau  est  pour  le  baptême,  mais  non  pour  le 
sacrifice16.  On  a  vu  non  sans  raison  une  allusion  à  la 
préface  dans  ces  mots  de  Tertullien  :  Benedici  Deum 
omni  loco  ac  tempore  coniecel...  cum  Ma  angelorum 
circumstanlia  non  cessant  dicere  sanclus,  sanclus, 
sanctus11.  Saint  Cyprien,  comme  nous  le  verrons  plus 
loin,  nous  cite  le  dialogue  de  la  préface. 

Ajoutons  aux  textes  que  nous  venons  de  donner  et  qui 
sont  à  rapprocher  des  expressions  mêmes  du  canon  ro- 
main un  certain  nombre  d'autres  passages  précieux  pour 
l'histoire  de  ce  canon.  Cyprien  revient  en  un  autre  endroit 
sur  l'allusion  à  Melchisédech  :  Quis  magis  sacevdos  Dei 
summi  quam  Dominus  noster  Jésus  Christus  qui  sa- 
crificium  Deo  Patri  obtulit  hoc  idem  quod  Melchisé- 
dech obtulerat,  id  est  panem  et  vinum  l8.  Tertullien  y 
avait  déjà  fait  allusion  19.  Saint  Cyprien  nous  dit  encore 
que  l'on  fait  mention  de  la  passion  et  de  la  résurrection, 
passionis  ejus  mentionem  in  sacrificiis  omnibus  faci- 
mus  20.  Nos  autem  resurrectionem  Domini  mane  cele- 
bramus2i.  On  peut  sans  trop  de  témérité  rapprocher 

romain,  dans  la  Revue  du  clergé  français,  15  août  et  1"  sept. 
1900,  p.  573  sq.  —  «>  De  prœscr.,  c.  xu,  P.  L.,  t.  u,  col.  68.  — 
"De  orat.,  c.  vt,  P.  L.,  t.  n,  col.  1263.  —  '2 Adv.  Marcion., 
1.  III,  c.  xix,  P.  L.,  t.  n,  col.  376.  —  "Ibid.,  1.  IV,  c.  xi-,  loc.  cit., 
col.  492.  —  ^Cyprien,  Epist.,  lxiii,  1,  P.  L.,  t.  iv,  col.  384.  — 
"Ibid.,  n.  2,  loc.  cit.,  col.  385.  —  16  Ibid.,  n.  5,  6,  7,  8,  loc.  cit., 
col.  389.  —"De  orat.,  c.  m,  P.  L.,  t.  i,  col.  1258.  —  >*Epist., 
lxiii,  n.  4,  P.  L.,  t.  iv,  col.  3S7  ;  cf.  col.  339.  —  <°  Adv.  Jud.,  c.  n, 
P.  L.,  t.  n,  col.  640.  —  2° Epist.,  lxiii,  n.  17,  loc.  cit.,  col.  3'.is. 
-  21  Ibid.,  n.  16,  loc.  cit.,  col.  398. 


603 


AFRIQUE    (LITURGIE    ANTËNICÉENNE   DE   L') 


604 


ces  textes  de  l'anamnèse  du  canon  romain  :  unde  et  me- 
mores...  tam  bealse  passionis,  necnon  et  ab  inferis 
ressurrectionis...  munera  quod  tibi  obtulit  summus 
sacerdos  tuus  Melchisedech.  Probst  retrouve  dans  ces 
paroles  :  preces  in  conspectu  ejus,  un  souvenir  de 
celles-ci  :  m  conspectu  divinœ  majestatis  ejus.  Enfin 
oramus  et  petimus,  ut  precem  pro  omnium  salute 
faciamus,  sont  à  rapprocher  de  pro  nostra  omniumque 
salute  ' . 

Il  y  a  certainement  un  autre  rapprochement  à  faire 
entre  le  prologue  romain  du  Pater  à  la  messe  :  Oremus. 
Prseceptis  salutaribus  nwniti,  etc.,  et  les  textes  africains 
qui  nous  parlent  de  cette  prière  comme  de  la  légitima 
oratio  2,  qui  nous  disent  avec  Tertullien  ;  Memoria  prse- 
ceptorum  viam  oralionibus  sternunt 3  et  surtout  avec 
saint  Cyprien  en  termes  presque  identiques  :  Qui  (Domi- 
nus)  inter  caetera  salutaria  sua  monila  et  prsecepta 
divina  quibus  populo  suo  consulit  ad  salutem  etiam 
orandi  ipse  formam  dédit,  ipse  quid  precaremur  mo- 
nuit  et  instruxiti. 

Tertullien  nous  avait  donné  les  paroles  de  la  consé- 
cration du  pain;  saint  Cyprien  à  propos  de  la  discussion 
sur  les  éléments  du  sacrifice  nous  cite  les  paroles  de 
la  consécration  du  vin  :  Calicem  sub  die  passionis  acci- 
piens  (Christus)  benedixit  et  dédit  discipulis  suisdicens: 
Bibite  ex  hoc  omnes.  Hic  est  enim  sanguis  novi  testa- 
nienti,  qui  pro  mulùs  effundetur  in  remissionem  pec- 
calorum.  Qua  in  parte  invenimus  calicem  mislum 
fuisse  quem  Dominus  obtulit  et  vinum  fuisse  quod 
sanguinem  dixit.  Ainsi  le  sang  du  Christ  n'est  pas 
offert  si  le  vin  manque5.  Et  l'apôtre  ajoute  :  Quoties- 
cumque  biberinms  in  commemorationem  Domini  hoc 
faciamus  quod  fecit  et  Dominus.  Offrir  de  l'eau  seule 
dans  le  calice  est  donc  contraire  à  la  discipline  évangé- 
lique  et  apostolique  6. 

Cependant  on  mêle  de  l'eau  au  vin  dans  le  calice 
pour  la  consécration,  et  cette  eau  représente  les  fidèles 
qui  s'unissent  ainsi  au  sacrifice  du  Christ".  On  pos- 
sède des  calices  sur  lesquels  est  gravée  l'image  du  Pas- 
teur8. 

On  reçoit  l'eucharistie  sous  les  deux  espèces,  c'est  le 
diacre  qui  offre  le  calice  aux  assistants;  mais  le  Christ 
est  tout  entier  sous  l'espèce  du  pain;  on  recevait  l'eucha- 
ristie dans  ses  mains,  on  la  recevait  seulement  de  la 
main  de  ceux  qui  présidaient,  et  on  l'emportait  dans  sa 
maison.  On  ne  l'emportait  que  sous  l'espèce  du  pain9. 
Saint  Cyprien  raconte  le  fait.d'une  femme  qui  avait  reçu 
le  corps  du  Seigneur  avec  des  mains  impures;  elle  l'em- 
porta chez  elle  dans  un  coffret,  mais,  quand  elle  voulut 
manger  le  saint  du  Seigneur,  elle  ne  trouva  plus  que 
des  cendres  10.  Cette  nourriture  divine  se  prend  à  jeun; 
«  que  pensera  le  mari  païen  d'une  femme  chrétienne, 
dit  Tertullien,  en  la  voyant  prendre  secrètement  cette 
nourriture  avant  toute  autre  "?  »  On  reçoit  cette  eucha- 
ristie avec  crainte  et  révérence;  laisser  tomber  à  terre 
quelques  parcelles  du  pain,  ou  quelques  gouttes  du 
calice,  est  considéré  comme  un  malheur  12.  On  la  reçoit 
chaque  jour,  surtout  quand  la  persécution  menace  : 
Gravior  nuncet  ferocior  pugna  imminet  adquam...pa- 
rare  se  debeant  milites  Chrisli,  considérantes  ideirco 
se  cottidie  calicem  sanguinis  bibere,  ut  possinl  et  ipsi 
propler  Cltristum  sanguinem  fundere13 ;  sacerdotes  qui 

'  Probst,  Liturgie  der  drei  ersten  christ.  Jahr.,p.  227  ;  Cyprien, 
De  or.  dom.,  c.  xvn,  P.  1..,  t.  îv,  col.  548.  —  *  Mone,  Die  o/ri- 
kanische  Messe,  lateinische  u.  griechisclie  Messe,  p.  80.  —  3De 
oratione,  c.  x;  Mone,  loc.  cit.,  p.  82.  —  *  De  orat.  dominica, 
c.  il,  P.  L.,  t.  IV,  col.  537.  —  '■Epist.,  lxiii,  9,  10,  11,  loc.  cit., 
col.  392  sq.  —  «  Ibid.,  et  sq.  —  ' Ibid.,  n.  13,  loc.  cit.,  col.  395  sq. 
-  "  De  pudicitia,  c.  x,  P.  L.,  t.  n,  col.  1053.  —  »  Tert.,  De 
ror.,  3,  P.  L.,  t.  Il,  col.  99;  De  idol.,  7;  Cyprien,  De  lapsis.  J, 
9,15,  10,25;  cf.  Epist.,  i.vi,  9,  /'.  L.,  t.  iv,  col.  307;  De  bono 
ntiœ,  c.  xiv.  —  '"De  tapsis,  20,  P.  L.,  t.  iv,  col.  501.  — 
"Ad  uxor.,  Il,  5,  P.  L.,  t.  I,  col.  1408.  —  '« De  cor.,  3,  P.  L., 


sacrificia  Dei  cottidie  celebramus,  hostias  Deo  et  victv- 
mas  prœparemus  u.  Une  faute  grave  nous  prive  de  cette 
communion  au  corps  du  Christ,  qui  in  Christo  sumus 
et  eucharistiam  cottidie  ad  cibum  salutis  accipimus, 
intercedente  aliquo  graviore  delicto,  dum  abstenti  et 
non  communicantes  a  cœlesti  pane  prohibemur,  a 
Christi  corpore  separemur^. 

C'est  le  lieu  de  parler  du  baiser  de  paix  qui  dans  la 
masse  africaine  est  rattaché  au  Pater.  Il  est  appelé  le 
signaculum  oralionis,  et  l'on  sait  que  le  terme  oratio 
désigne  par  excellence  le  Pater,  signacidum  pacis  quod 
est  signaculum  orationis  16.  Quelques-uns  étaient  d'avis 
de  le  supprimer  les  jours  de  jeûne,  mais  Tertullien 
s'élève  avec  vivacité  contre  cette  pratique.  Le  baiser  de 
paix  n'est  cependant  pas  employé  exclusivement  à  la 
messe,  et  ceci  est  un  point  important  à  noter,  car  il  nous 
semble  qu'on  a  généralement  attaché  à  cette  cérémonie 
une  importance  beaucoup  trop  grande  comme  caracté- 
ristique de  la  messe.  En  réalité,  Tertullien  nous  dit  qu'M 
n'y  a  pas  de  prière  complète  sans  ce  rite,  pas  d'office, 
pas  de  sacrifice  sans  la  paix17;  tout  au  plus  faut-il  le 
retrancher  le  jour  de  pàque  (vendredi  saint),  qui  est  un 
jeûne  public18.  Comment  un  mari  païen  souffrira-t-il 
que  sa  lemme  chrétienne  donne  le  baiser  à  un  irère  13  ? 
Saint  Cyprien  semble  parler  aussi  du  baiser  de  paix  que 
l'on  donne  au  baptême  20. 

Nous  avons  remarqué  ailleurs  que  Tertullien,  quand  il 
reproche  aux  hérétiques  de  n'observer  aucune  règle 
pour  le  sacrifice  et  de  laisser  approcher  même  les  païens, 
s'exprime  en  des  termes  qui  semblent  une  allusion  aux 
paroles  du  diacre  sancta  sanctis  :  etiam  ethnici,  dit-il, 
si  super vener in t,  sanctum  canibus  et  porcis  margarilas 
licet  non  veras  jactabunt 21. 

Il  y  a  renvoi  du  peuple  à  la  fin  de  la  messe  Dimis- 
sus  a  dominica...  post  transacta  solemnia  dimissa 
plèbe  ™. 

Ce  n'est  pas  sans  raison  que  l'on  a  essayé  de  tirer  de 
la  vision  de  sainte  Perpétue  quelques  traits  qui  pa- 
raissent bien  s'appliquer  à  la  messe;  on  entend  retentir 
le  chant  :  Agios,  agios,  agios,  sine  cessa tione.  Au  mi- 
lieu de  l'assemblée  est  assis  un  vieillard  aux  cheveux 
blancs  comme  la  neige,  ci  préside;  à  droite  et  à  gauche 
sont  vingt-quatre  vieillards  qui  lui  font  cortège.  Perpé- 
tue et  ses  compagnons  se  tiennent  debout  et  se  donnent 
la  paix,  et  sainte  Perpétue  répond  :  Deo  gratias.  Elle 
reçoit  les  mains  jointes  la  nourriture  que  lui  présente 
le  Pasteur,  et  tous  répondent  Amen  23.  Tertullien  nous 
dit  aussi  que  l'on  répond  Amen  en  recevant  la  commu- 
nion 24. 

X.  Litanie.  —  Il  est  une  autre  prière  récitée  d'ordi- 
naire à  la  messe,  et  qui  est  d'une  grande  importance, 
car  on  la  retrouve  avec  des  modifications  purement  acci- 
dentelles d;ins  la  plupart  des  liturgies;  c'est  la  litanie, 
une  des  formules  liturgiques  les  plus  antiques.  Voir 
Litanie.  Elle  est  une  sorte  de  nucleus  autour  duquel 
se  sont  développées  bien  des  prières.  On  y  prie  pour 
l'église,  pour  ï'évêque,  pour  les  prêtres  et  les  autres 
ordres;  on  peut  dire  que  c'est  la  prière  universelle. 
Nous  la  voyons  se  transmettre  et  se  transformer  d'âge 
en  âge  jusqu'à  nos  jours.  Un  texte  important  de  Ter- 
tullien nous  permet  de  nous  la  représenter  à  peu  près 
dans  sa  forme  primitive  :    Vêtus  quidem  oratio  et  ab 

t.  11,  col.  99;  Testini.  adv.  Jud.,  1.  m,  c.  xciv,  P.  /..,  t.  iv, 
col.  804.  —  '«Cyprien,  Epist.,  lvi,  1,  loc.  cit.,  col.  359  sq.  — 
"  Epist.,  uv,  3.  P.  1...  t.  111,  col.  88'*.  —  "S.  Cyprien,  De  orat. 
domin.,  c.  xviu,  P.  L-,  t.  iv,  col.  549.  —  '•Tertullien,  De  ora- 
tione. 10,  14  et  18,  P.  L.,  t.  1,  col.  1281.  Cf.  Mone,  loc.  cit., 
p.  81.  —  "  Ibid.,  col.  1282.  -  ■•  lri,l..  col.  1284.  —  '•  Ad  u-ror., 
1.  II.  c.  IV,  P.  L.,  t.  1.  col.  1407.  —  «Cyprien.  Epist.,  nx.  4, 
/'.  /  ,,  1.  m.  coi  1059  sq.  —  "  De  prxscr  .  c.  \i  1.  P.  I...  t.  11, 
col.  68.  —  **  Dratiima,  c.  i\.  P.  /...  1.  11.  c.  1.  701.  —  "Cf.  The 
passion  of  S.  Perpétua,  dans  Texts  and  studies,  Cambridge, 
1891,n.4ctl2,p.68et80.  —  "X»eaoect..c.XXV,  P.  L.,tl,OOl 


€05 


AFRIQUE    (LITURGIE   ANTINIGÉENNE    DE   L') 


606 


ignibus,  et  a  bestiis  et  ab  inedia  liberabat  et  tamen 
non  a  Christo  acceperat  formam...  quanto  amplius 
oralur  oratio  christianorum. . .  non  esurientibus  rusti- 
corum  prandium  transfert...  sed  patientes,  et  senlientes 
et  dolentes  sufferentia  instruit,  virlute  ampliat  gra- 
tiani...  sed  et  rétro  oratio  plagas  irrogabat...  nunc 
vero  oratio  justitise  oninem  iram  Dei  avertit,  pro  ini- 
micis  excubat,  pro  persequentibus  supplicat...  nihil 
novit  nisi  defunctorum  animas  de  ipso  mortis  itinere 
vocare,  débiles  reformare,  segros  remediare,  dsemo- 
niacos  expiare,  claustra  carceris  aperire,  vincula  in- 
norentium  solvere.  Eadem  diluit  delicta,  tentationes 
repellit,  persecutiones  exstinguit,  pusillanimes  conso- 
latur,  magnanimos  oblectat,  peregrinantes  deducit, 
fluctus  miligat,  latrones  obstupefacit,  alit  pauperes, 
régit  divites,  lapsos  erigit,  cadentes  suspendit,  slantes 
continet  l. 

On  peut  accorder  que  la  prière  pour  les  césars,  qui 
n'est  mentionnée  ici  qu'implicitement,  pro  inimicis, 
pro  persequentibus,  faisait  aussi  partie  de  la  prière  li- 
tanique;  il  en  est  du  reste  question  plusieurs  fois  dans 
Tertullien.  Nos  enim  pro  salute  imperatorum  invoca- 
mus  Deum  verum,  Deum  vivum.  Precantes  sumus 
omnes  semper  pro  omnibus  imper atoribus,  vilam  Mis 
prolixam,  imperium  securum,  domum  tutam,  exerci- 
tus  fortes,  senatum  fidelem,  populum  probum,  orbem 
quietnm,  et  quxcumque  hominis  et  Csesaris  vota  sunt 2. 
Sed  eliam  nominatim  atque  manifeste  :  Orate,  inquit, 
pro  regibus  et  pro  principibus,  ut  omnia  tranquilla 
sint  vobis  3.  Voici  d'un  autre  côté  la  réponse  de  saint 
Cyprien  dans  ses  Actes  proconsulaires  :  nullos  alios 
deos  novi  nisi  unum  et  verum  Deum,  qui  fecit  cmlurn 
et  terram,  mare  et  quœ  sunt  in  eis  omnia.  Huic  Deo 
nos  christiani  deservimus ;  hune  deprecamur,  diebus 
ac  noctibus,  pro  nobis  et  pro  omnibus  hominibus  et 
pro  incvlumitate  ipsorum  imperatorum  4. 

Rien  ne  nous  serait  plus  facile  que  de  faire  ici  des 
rapprochements  avec  d'autres  liturgies.  Nous  nous  bor- 
nons à  deux  liturgies  latines  dont  l'origine  est  fort  an- 
cienne. Quant  à  la  liturgie  romaine,  la  prière  litanique 
du  vendredi  saint  et  celle  du  samedi  sont  trop  connues 
pour  qu'il  soit  utile  de  les  citer  ici. 

Tertullien 5.  Liturgie  mozarabe      Liturgie  ambrosien- 

à  la  messe.  ne  à  la  messe. 

Oraisons  d'uffer-         Oraison    sur     les 
toire.  oblata. 

Oratio...  pro  ini-  Ecclesiam     san-        Oraison    pour    le 

micis  excubat,  pro  ctam      eatholicam     prêtre. 

persequentibus  in  orationibus    in        Oraison  pour  l'ÉS- 

supplicat...      nihil  mente  habeamus*...     glise. 

novit  nisi  defuncto-  Oraison  pour  tous 

rum  animas  de  ipso  les  fidèles  vivants  et 

mortis  itinere  vo-  Omnes      lapsos,     morts. 

care,  débiles  refor-  ca,)livos,    inflimos        Les  missels   ma- 

mare,  xgros  reme-  atque  peregrinos in    nuscrits  et  imprimés 

diare,  dsemoniacos  mente  habeamus...     avant  saint  Charles 

expiare,     claustra  mettent  ici  plusieurs 

carceris      aperire,  oraisons    ad   bene- 

vincula     innocen-  placitum: 
tium  solvere... 

Eadem    pusilla-  Quia  tu  es   vita        Pro  inimicis. 

nimes  consolatur ,  vivorum,    sanitas        Pro     familiari- 

...peregrinantes  de-  infirmorum,  ac  re-     bus. 

*  De  erat.,  29,  P.  L.,  t.  i,  col.  1303.  A  rapprocher  de  la  descrip- 
tion des  litanies  dans  saint  Cyprien  (voir  l'essai  de  restitution 
dans  Probst,  loc.  cit.,  p.  222,  223),  et  des  deux  textes  de  Tertullien 
sur  les  prières  dans  l'assemblée,  plus  haut,  col.  600.  —  -  Apolog., 
c.  xxx,  P.  L.,  t.  i,  col.  504.  —  3Ibid.,  c.  xxxi;  cf.  Ad  Scapul., 
1,  2,  loc.  cit.,  t.  i,  col.  775  sq.  —  *  Dom  Cabrol  et  dom  Lcclercq, 
Monumenta  Ecclesise  liturgica,  1. 1,  n.  3991.  —  5  De  orat.,  loc. 
cit.  —  '  Remarquons  cette  expression  qui  semble  venir  aussi  en 
droite  ligne  de  Tertullien  et  de  l'épigraphie  primitive.  Cf.  plus 
loin  §  XVI,  Exorcisme.  —  'Dom  Cagin,  Paléographie  musicale, 
Solesmes,  1896,  t.  v,  p.  74  sq.  —  8  Probst,  loc.  cit.,  p.  202,  227,  229. 
—  'Tertullien,  De  idol.,  c.  xxiv,  P.  L.,  t.  I,  col.  774;  De  bapt., 
C  xx,  loc.  cit.,  col.  1332;  De  spect.,  c.  IV,  13,  24,  P.  L.,  t.  I, 


ducit...  alit  paupe-  quies  omnium  flde-  Pro.tribulatione. 

res,   régit    divites,  lium  defunctorum  Pro  in/irmo. 

lapsos  erigit,caden-  in   seterna    ssecula  Pro  iter  agenti- 

tes  suspendit...  sxculorum.  bus,  etc. 

Il  faut  remarquer  ici  que  la  liturgie  ambrosienne  em- 
ploie après  ces  oraisons  l'oraison  romaine  :  Suscipe 
sancta  Trinitas  hanc  oblationem,  etc.  Elle  en  fait  en 
somme  une  oraison  super  nomina.  Or  ceci  est  impor- 
tant. Ce  n'est  pas  le  lieu  de  s'étendre  sur  ce  sujet,  mais 
nous  trouvons  dans  les  liturgies  plusieurs  variantes  de 
l'oraison  Suscipe  sancta  Trinitas  avec  l'énumération 
des  noms,  comme  une  véritable  oraison  super  nomina. 
La  messe  romaine  aurait  donc  encore  actuellement,  dans 
cette  oraison,  abrégée  et  arrangée,  un  vestige  de  l'orai- 
son super  nomina.  De  ce  fait  donc,  une  des  grandes 
divergences  que  l'on  a  remarquées  entre  la  liturgie  ro- 
maine et  les  liturgies  latines  disparaîtrait,  et  serait  con- 
firmée du  même  coup  l'hypothèse  ingénieuse  et  hardie 
qui  a  ramené  les  mémento  du  centre  du  canon  à  l'offer- 
toire 7. 

Quant  à  la  place  qu'occupent  les  litanies  dans  la  litur- 
gie d'Afrique,  Probst  prétend,  un  peu  hâtivement  selon 
nous,  qu'elles  étaient  recitées  entre  le  trisagion  et  la 
consécration  ou  l'épiclèse,  c'est-à-dire  à  peu  près  à  la 
place  où  se  trouvent  aujourd'hui  au  canon  romain  le 
mémento  des  vivants  et  celui  des  morts,  qui  ne  sont  au 
fond  que  des  prières  litaniques 8.  Dans  les  textes  de 
Tertullien  cités  ci-dessus  (§  VIII,  Assemblée  chrétienne), 
Oramus  pro  imper alonbus,  etc.,  et  prout  Scripturse 
leguntur,  etc.,  la  litanie  semble  au  contraire  accompa- 
gner la  lecture  de  l'Écriture  et  faire  partie  de  la  vigile, 
plutôt  que  de  la'  cène  proprement  dite. 

XI.  Baptême.  —  Plus  nombreux  encore  sont  les  ren- 
seignements que  nous  avons  sur  le  baptême  africain. 
Cette  question  sera  traitée  avec  tous  ses  développements 
à  l'article  Baptême.  Notons  simplement  quelques  parti- 
cularités. On  s'y  prépare  en  apprenant  les  éléments  de 
la  i„i  chrétienne,  par  des  prières  plus  Iréquentes,  des 
oraisons  à  genoux,  des  veilles,  des  jeûnes,  par  la  confes- 
sion de  ses  péchés;  celui  qui  demande  le  baptême  doit 
renoncer  au  monde  et  au  démon;  d'après  les  différents 
passages  de  Tertullien  et  de  Cyprien  où  il  en  est  question, 
on  peut  reconstituer  à  peu  près  sûrement  la  formule  en 
ces  termes  :  Abrenuntio  diabolo,  et  pompse,  et  angelis 
ejus  et  sssculo  9.  Le  baptême  peut  être  donné  aux  en- 
fants, et  dans  ce  cas  les  parrains  répondent  pour  eux. 
Tertullien  est  peu  favorable  à  ce  baptême,  mais  saint 
Cyprien  au  contraire  ne  veut  pas  que  les  enfants  soient 
hustrés  de  cette  grâce10.  Toute  eau  peut  servir  à  bap- 
tiser :  ideoque  nulla  distinctio  est,  mari  quis  aul  sta- 
gno,  flumine  an  fonte,  lacu  an  alveo  diluatur,  nec  quid- 
quam  refert  inter  eos  quos  Joannis  in  Jordane  et  quos 
Petrus  in  Tiberi  linxit ix.  C'est  dans  l'eau  que  nous  re- 
naissons à  l'image  du  Christ,  notre  maître,  le  poisson, 
1X0  TS  :nos  discipulisecundumïX&TN  nostrumJesum 
Christum  m  aqua  nascimur 12  (fig.  107  et  108).  Ce  bap- 
tême est  appelé  couramment  le  baptême  in  nomine 
Christii3,  mais  la  formule  est  celle  employée  par  le 
Christ  même  :  In  nomine  Patris  et  Filii  et  Spirilus 
sancti  u.  D  faut  donner  du  reste  cette  description  précise 
du  rite  :  ut  a  baptismate  ingrediar,  aquam  adiluri, 

col.  709,  720,  731  ;  De  cultu  fxmin.,  1. 1,  c.  il,  P.  L.,  t  i,  col.  1418 
sq.;  Cyprien,  Epist.,  vi,  5,  P.  L.,  t  IV,  col.  244.  —  ,0 Tertullien, 
De  bapt.,  18,  P.  L.,  t,  i,  col.  1330;  Cyprien,  De  lapais,  c.  ix;  cf. 
Epist.,  lix,  2,  P.  L.,  t.  iv,  col.  487;  t.  ni,  col.  1050.  —  "  De 
baptismo,  c.  IV,  P.  L.,  t.  I,  col.  1311.  —  ^Ibid.,  col.  1306. 
Cf.  Hagioglypta  sive  picturse  et  sculpturse  sacra:  antiquiores 
explicalse  a  Joanne  l'Heureux,  edidit  Garrucci,  Lutetiae  Pa- 
risiorum,  1856,  in-8°,  et  De  Rossi,  dans  le  t.  m  du  Spicilegium 
Solesmense  :  De  christianis  monumentis  IX6ÏN  exhibentibus, 
p.  545  sq.  —  <  =  Cyprien,  Epist.,  lxxiv,  5.  P.  L.,  t.  m,  col.  1177. 
—  "Tertullien,  De  baptismo,  c.  vi,  13,  P.  L.,  col.  1314,  1323; 
Adv.  Prax.,  c.  xxvi,  P.  L.,  t.  n,  col.  213;  Cyprien, Epist.,  xxu, 
3,  P.  L.  t.  iv,  col.  293. 


607 


AFRIQUE    (LITURGIE    ANTÉNICÉENNE    DE   L') 


608 


ibidem,  sed  et  ali  quanto  prius  in  Ecclesia  sub  antis- 
titis  manu  contestamur  nos  renuntiare  diabolo, etpom- 
<pm  et  angelis  ejus:.  dehinc  ter  mergitamur,  amplius 
a/ii/wid  respondentes,  quam  Dominus  in  Evangelio 
delerminavit.  Inde  suscepti,  lactis  etmellis  concordiam 


107.  —  Poissons  représentant  les  fidèles. 

D'après  Garrucci,  Hagioglypta  sive  picturx  et  sculpturx  soerse, 

1856,  p.  7. 

prsegustamus  ;  exque  ea  die,  lavacro  collidiano  per  to- 
tam  liebdomadam  abstinemus  l. 

Le  droit   de   donner   le    baptême    revient  d'abord  à 
l'évoque  :  Jus  habet  summus  sacerdos,  id  est  episcopus. 


108.  —  Poisson  près  du  Pasteur. 

D'après  Garrucci,  Hagioglypta  sive  pictune  et  sculpturse  sacra?, 

1856,  p.  1. 

Dehinc  presbytens  et  diaconls...  alioquin  ctiam  laicis 
jus  est  2.  On  peut  l'administrer  en  tout  temps,  mais 
l'époque  la  plus  convenable  est  celle  de  Pâques  ù  la  Pente- 
côte, diem  baptisnw  solemniorem  Pascha  prxstat,  cum 
et  passio  Domini  in  qua  tinguimur,  adimpleta  est... 
Exinde  Pentecostes  ordinandis  lavacris  latissimum 
spatium  est...  Cietcrum  omnis  dies  Domini  est,  omnis 
hora,  omne  tempus  habile  baptisnw3.  Aussitôt  après 
l'immersion,  le  baptisé  reçoit  le  corps  et  le  sang  du  Sei- 
gneur, exinde  opimitate  Dominici  corporis  vescitur,  eu- 
charistia  scilicet  ...  sic  baptizatis  et  Spiritum  sanction 
consecutis  ad  bibendum  calicem  Doniini  pervenitur  K 
L'onctionetl'imposition  des  mainsquidonnentle  Saint- 
Esprit  suivent  le  baptême  :  Dehinc  manus  imponitur 
per  b"nedictionem  advocans  et  invitans  Spiritum  san- 
ctum*... Nunc  quoque  apud  nos  geritur,  ut  qui  in  ec- 
clesia baptizantur  prxposilis  ecclesix  offerantur,  et 
per  nostram  orationem  ac  manus  impositioneni  Spiri- 
tum sanctum  consequantur  et  signaculo  dominico  con- 
summentur  6...  m  ejusdem  Chrisli  nomine  illic  et 
manus  baptizato  imponitur  ad  accipiendum  Spiritum 
sanctum,  cur  eadeni  ejusdem  majestas  nominis  non 


«  Dp.  cor.,  c.  m,  P.  L.,  t.  il,  col.  99.  —  «  Tertullien,  De  bapt., 
17,  P.  L.,  t.  h,  col.  132.  -  *lbid.,  169,  P.  L.,  t.  n,  col.  1831.  — 
'De  pudic.,  c.  ix,  P.  L.,  t.  H,  col.  105;  Cyprien,  Ep.,  lxiu,  8, 
P.  L.,  t.  iv,  col.  391.  —  'Tertullien,  De  bapt.,  8,  P.  L.,  t.  n, 
col.  1316.  —  •  Cyprien,  Ep.,  lxxiii,  9,  P.  L.,  t.  m.  col.  lieo! 
—  '  Id.,  Ep..  lxxiv,  5,  P.  L„  t.  m,  col.  1177.  —  •  De  Pudic,  1, 


prsevalet  in  manus  impositione  quam  valuisse  conten- 
dunt  in  baptismi  significatione"?  Num  si  potest  quis 
extra  Ecclesiam  natus,  templum  Dei  fieri,  cur  non 
possit  super  templum  et  Spiritus  sanctus  infundi  ?  Qui 
enim  peccatis  in  baplismo  impositis  sanctificalus  est 
et  in  novum  hominem  spiritualiter  reformatus  ad 
accipiendum  Spiritum  sanctum  idoneus  factus  est 1. 
Saint  Cyprien,  comme  on  le  sait,  croyait  et  enseignait, 
à  tort,  qu'il  fallait  rebaptiser  ceux  qui  ont  été  baptisés 
hors  de  l'Église.  Il  ne  parvint  pas  à  faire  prévaloir  cette 
opinion;  mais  en  s'exprimant  comme  il  le  fait  dans  le 
texte  précédent,  il  distingue  avec  une  netteté  parfaite 
le  sacrement  du  baptême  du  sacrement  qui  donne  le 
Saint-Esprit. 

Ajoutons  comme  dernières  particularités,  que  le  bap- 
tême est  appelé  presque  toujours  par  Tertullien  lava- 
crum,  le  bain,  et  spécialement  lavacrum  regenerationis 
et  aussi  tingere  et  tinctio,  qui  ne  se  trouvent  que  trè3 
rarement  dans  les  documents  liturgiques  de  Rome  ou 
des  Gaules,  mais  plus  fréquemment  dans  la  mozarabe8; 
que  l'on  donnait  aux  nouveaux  baptisés  un  anneau,  quo 
fidei  pactionem  interrogatus  obsignat^;  que  l'onction 
accompagne  le  baptême,  exinde  egressi  de  lavacro  per- 
ungimur10,  ainsi  que  le  baiser  ". 

XII.  Pénitence.  —  Après  le  baptême  et  l'eucharistie, 
c'est  sur  la  pénitence  que  nous  avons  le  plus  de  rensei- 
gnements; nous  résumons  le  sujet  car  il  sera  traité  ail- 
leurs avec  plus  d'étendue  (voir  Pénitence)  ;  la  disci- 
pline africaine  ne  parait  guère,  du  reste,  s'éloigner  sur 
ce  point  de  la  discipline  commune.  Quand  il  parle  de  la 
pénitence,  Tertullien  nous  dit  qu'elle  donne  le  pardon 
à  tous  les  péchés,  Omnibus  ergo  delictis  seu  carne,  seu 
spirilu,  seu  facto,  seu  voluntate,  commissis,  qui  pœ- 
nam  per  judicium  destinavit,  idem  et  veniam  per  pœ- 
nitentiam  spopondit 12.  Plus  tard,  devenu  montaniste,  il 
's'éleva  au  contraire  contre  l'indulgence  du  pape,  mais 
ses  invectives  contre  Calliste  sont  elles-mêmes  fort  in- 
structives, car  elles  sont  une  description  de  la  pénitence 
telle  qu'elle  était  exercée  à  Rome.  On  voit  que  le  péni- 
tent public,  pour  obtenir  son  pardon,  arrive  au  milieu 
de  l'assemblée,  vêtu  d'un  cilice,  couvert  de  cendrés,  en 
signe  de  repentir,  dans  un  appareil  lugubre.  Il  se  pros- 
terne devant  les  veuvrs  et  les  prêtres;  il  saisit  la  frange 
de  leurs  vêtements,  baise  la  trace  de  leurs  pas,  les  prend 
par  les  genoux;  pendant  ce  temps  l'évèque  exhorte  les 
fidèles  à  se  montrer  cléments,  il  leur  raconte  la  para- 
bole de  la  brebis  perdue  l3.  Il  semble  que  les  mêmes 
rites  existaient  en  Afrique,  car  Tertullien  nous  en  parle 
comme  d'usages  connus,  in  sacco  et  in  cinere  inhorres- 
cunt,  eodem  fletu  gemiscunt,  eisdem  precibus  ambiunt, 
eisdemgenibus  exorant,  eamdem  invocant  malrem  u... 
Cum  te  ad  fratrum  genibus  prolendis,  Christum  con- 
treclas...  jEque  illi  cum  super  te  lacrymas  agunt, 
Christus  patitnr,  Cltristus  Patrem  deprecaturii.  Cy- 
prien va  nous  les  décrire  à  son  tour. 

En  effet,  une  autre  circonstance  donna  lieu  dans  cette 
Église  à  des  controverses  qui  éclairent  la  question  de  la 
pénitence.  Durant  la  persécution  de  Dèce  un  grand 
nombre  de  chrétiens  apostasièrent.  Après  la  persécu- 
tion ces  lapsi  voulurent  rentrer  dans  l'Église,  sans  une 
pénitence  suffisante.  Voir  Liiiellatiques.  Saint  Cyprien 
dans  ses  lettres  fixe  les  conditions  auxquelles  on  pourra 
les  recevoir  :  Ante  expiala  delicta,  ante  exomologe- 
sim  factam  eriminis,  ante  purgalam  conscientiam 
sacrificio  et  manu  sacerdotis  16...  Quam  mulli  cotluiie 
pœnitenliam  non  agentes,  nec  delicti  sui  comeientiam 


P.  L.,  t.  H,  col.  1032.  —  '\lbid.,  9,  P.  /...  t.  Il,  col  1051.  - 
,0 Tertullien,  De  bapt.,  7,  P.  L.,  t.  i.  col.  1315.  —  "Cyprien,  Ep.. 
LIX,  4,  P.  L.,  t.  m,  col.  1052  sq.  —  «De  pœnit.,  i,P.  L.,  t.  i, 
col.  1343.  —  '«De  pudic,  13,  P.  L.,  t.  n.  col.  1056.  —  "Ibid..  », 
P.  /-.,  t.  il,  col.  1040.  —  "De  pœnit..  10,  P.  L.,  t  l,  col.  loùti 
—  "De  lapsis,  16,  P.  L.,  t.  iv,  col.  493. 


609 


AFRIQUE   (LITURGIE   ANTÉNICÉENNE   DE   L'} 


610 


confi tentes1...  dum  admitti  confessio  ejus  potest,dum 
satisfactio  et  remissio  per  sacerdutes  apud  Dominum 
grata  est2...  iejuniis,  fletibus,  planctibus  iram  {Do- 
mini)  placemus 3...  jacere  et  prostemere  se  Deo  debent 
orare  oportet  impensius,  et  rogare,  diem  luctu  transi- 
gere,  vigiliis  noctes  ac  fletibus  ducere,  tempus  omne 
lacrymosis  lamentationibus  occupare,  stratos  solo 
adhserere,  cineri,  in  cilicio  et  sordibus  volutari,  etc.  4. 
Il  nous  dit  aussi  que  l'évêque  et  ses  prêtres  imposaient 
les  mains  au  pénitent,  cum  in  minoribus  peccatis 
agant  peccatores  pœnitentiani  justo  tempore,  et  secun- 
dum  disciplinée  ordinem  ad  exomologesim  venient,  et 
per  manus  impositionem  episcopi  et  cleri  jus  commu- 
nicationis  accipiant...  nunc  nonduni  restituta  Eccle- 
sise ipsius  pace,  ad  r.ommunicationem  admittunlur  et 
offertur  nomine  eorum,  et  nondurn  pœnitenlia  acta, 
nondum  exomologesi  facta,  nondum  manu  eis  ab 
episcopo  et  clero  imposita,  euchavislia  Mis  datur  5. 
Ceux  qui  revenaient  de  l'hérésie  à  la  véritable  Eglise 
recevaient  aussi  l'imposition  des  mains,  nos  quogue ,ho~ 
die  observamus...si poslmodum  {quiad  hsereticos  trans- 
férant) peccato  suo  cognito  e>t  errore  digeslo,  ad  veri- 
talem  et  matricem  redeant  satis  sit  in  pœnitentiani 
manum  imponere^...  lllos  (apostatas)  aportet,  cum 
redeunt,  acta  pœnitenlia  per  manus  impositionem 
solam  recipi  et  in  ovile  unde  erraverant,  a  pas- 
tore  restitui1.  Ce  rite  est  resté  dans  la  liturgie.  Cer- 
tains auteurs  prétendent  même  y  voir  le  rite  de  la 
confirmation.  Mais  c'est  là  une  question  compliquée 
que  nous  n'avons  pas  à  traiter  ici.  Voir  Absolution, 
col.  199,  Abjuratjon,  col.  98,  et  Hérétiques  (B.éconci- 
liation  des). 

Nous  pouvons  encore,  d'après  les  textes  africains,  re- 
constituer a  peu  près  les  formules  de  pénitence  alors 
usitées  :  convertamur  ad  Dominum  mente  iota,  et  pœ- 
nitentiani criminis  veris  doloi'ibus  exprimantes,  Dei 
misericordiam  deprecemur  * . . .  Preces  ipsas  ad  vos 
prius  convertimus,  e  quibus  Deum  pro  vobis  ut  mise- 
reatur  oramus  9. 

XIII.  Mariage.  —  On  connaît  sur  le  mariage  le  texte 
de  Tertullien  devenu  banal  à  force  d'être  cité  :  Unde 
suffîciamus  ad  enarrandum  felicilalem  hujus  malri- 
monii  [christiani)  quod  Ecclesia  conciliât  et  confirmât 
oblatio  et  obsignat  benedictio,  angeli  renunliant,  Pater 
rato  habet,  etc. 10.  Ailleurs  il  parle  encore  de  la  béné- 
diction :  Non  quidem  abnuimus  conjunctionem  viri  ac 
feminse  benedictam  a  Domino ii,  et  des  tables  nuptiales, 
numquid  tabulas  nuptiales  de  Mo  apud  tribunal  Do- 
mini  proferemus  12  ? 

XIV.  Hiérarchie.  — Le  service  liturgique  est  présidé, 
comme  Tertullien  nous  l'a  déjà  appris,  par  des  hommes 
éprouvés,  seniores,  qui  n'ont  pas  acquis  cette  charge  à 
prix  d'or,  mais  par  le  témoignage  que  les  frères  leur 
rendent13.  Les  noms  d'évêque,  de  prêtre,  de  diacre 
sont  à  cette  époque  d'un  usage  déjà  ancien.  Il  se  sert 
de  ces  termes  et  de  quelques  autres  qui  désignent  les 
diverses  classes  :  Quid  ergo  si  episcopus,  si  diaconus, 
si  vidua,  si  virgo,  si  doclor,  si  eliam  martyr  lapsus  a 
régula  fueril  u.  Ce  docteur  dont  il  fait  ici  mention,  il 
en  donne  plus  loin  la  définition  :  est  ulique  frater  ali- 


'  De  lapsis,  c.  xxvi;  cf.  c.  xxvm,  P.  L.,t.  iv,  col.  501.  —  -Ibid., 
c.  xxix  ;  cf.  Epist.,  lu,  11, 17,  P.  L.,  t.  ni,  col.  882  sq.  ;  lxiv,  5, 
t.  rv,  col.  405.  —  zDe  lapsis,  c.  xxix-xxx,  toc.  cit.,  col.  504  sq.  — 
*  De  lapsis,  c.  xxxv-xxxvi,  toc.  cit.,  col.  507  sq.  —  5  Epist.,  IX,  2, 
P.  L.,  t.  IV,  col.  237.  Ci.  aussi  Epist.,  X,  1,  4,  loc.  cit.,  col.  260  sq.  ; 
Epist. ,  xi,  2;  xii,  1;  xm,  2;  liv,  1,  loc.  cit.,  t.  m,  col.  880  sq.  — 
6 Epist.,  lxxi,  2,  P.  L.,  t.  IV,  col.  422.  —  ''Epist.,  lxxiv,  12,  P.  L., 
t.  ni,  col.  1184.  —  8  De  lapsis,  c.  xxix,  P.  L.,  t.  iv,  col.  503._ 

—  9Poid.,  c.  xxxii,  loc.  cit.,  col.  505  sq.  —  t0Ad  uxor.,  1.  II, 
c.  IX.  P.  L.,  t.  I,  col.  1415.  —  »  lbid.,  1.  I,  c.  m,  loc.  cit.,  col.  1389. 

—  ' -Ibid., l.n.c.  m,  loc.  cit.,  col.  1405.  —  i3Apol.,  c.xxxix,  P.L., 
t.  i.  col.  531  sq.  —  "  De  prsescr.,  c.  ni,  P.  /..,  t.  II,  col.  16 sq.  — 
"Ibid-, loc.  cit.,  col.  31  sq.  —  16Ce  cor.,  9,  loc.  cit.    col.  108.  — 

DICT.   D'ARCH.   CHRÉT. 


guis  doclor  gratia  scientise  donalus  13.  Quis  denique, 
dit-il  ailleurs,  patriarches,  quis  prophètes,  quis  lévites, 
aul  sacerdos,  aut  archon,  quis  vel  postea  apostolus, 
aut  evangelisator,  aut  episcopus  invenilur  coronatus  16. 
A  quibus  postulas?...  ab  episcopo  monogamo,  a  pres- 
bijteris  et  diaconis  ejusdem  sacramenti,  a  viduis  )7?  Il 
reconnaît  un  certain  nombre  d'Eglises  qu'il  appelle  apos- 
toliques, qui  conservent  la  chaire  dans  laquelle  prési- 
dèrent les  apôtres,  et  ont  gardé  par  suite  avec  plus  de 
soin  leur  tradition,  percurre  ecclesias  aposlolicas,  apud 
quas  ipsse  adhuc  cathedrse  apostolorum  suis  locis  pré- 
sident 18.  L'Église  de  Rome  est  une  de  ces  églises  et  il 
reconnaît,  même  sous  une  forme  irrévérencieuse,  l'im- 
portance de  son  évêque  :  Pontifex  maximus,  quod  est 
episcopus  episcoporum  edicit  :ego...  Hoc  in  ecclesia  le- 
gitur,  et  in  ecclesia  promitur19.  Saint  Cyprien  insistera 
sur  cette  unité  de  l'Église  et  sur  ce  pouvoir  des  évêques, 
successeurs  des  apôtres  :  unam  cathedram  constituit... 
ut  una  Christi  ecclesia  et  cathedra  una  monstretur20. 
Episcopi  qui  in  ecclesia  prœsidemus...  Episcopatus 
unus  est,  cujus  a  singulis  in  solidum  pars  lenetur21. 
Aux  diacres  qui  paraissent  avoir  usurpé  certains  droits, 
il  rappelle  leur  origine  :  Meminisse  aulem  diaconi 
debent  quoniam  apostolos,  id  est  episcopos  et  prseposi- 
tos  Dominus  clegit,  diaconos  autem,  post  ascensum 
Domini  in  cselos  apostolos  sibi  constituerunt  episcopa- 
tus sui  et  Ecclesise  ministros  22.  Tous  les  pasteurs  sont 
choisis  et  consacrés  par  une  ordination  :  Non  iste,  dit- 
il  à  propos  du  pape  Corneille,  ad  episcopatum  subito 
pervenit,  sed  per  omnia  Ecclesise  officia  promolus  et 
in  divinis  administrationibus  Dominum  ssepe  prome- 
ritus,  ad  sacerdotii  sublime  fastigium  cunclis  religio- 
nis  gradibus  ascendil 23...  Non  nisi  in  Ecclesia  prsepo- 
silis  et  evangelica  legeac  dominica  ordinalione  funda- 
tis  licere  baptizare  et  remissam  peccalorum  dare 2*. 
Cornélius  a  été  élu  de  la  façon  suivante  à  Rome,  le  locus 
Pétri  :  Factus  est  episcopus  a  plurimis  collegis  nostris 
qui  tune  in  urbe  Roma  aderant,  qui  ad  nos  litteras  ho- 
norificas  et  laudabiles  et  testimonio  suse  prœdicalionis 
illustres  de  ejus  ordinatione  miserunt.  Factus  est  au- 
tem Cornélius  episcopus  de  Dei  et  Chrisli  ejus  judicio 
de  clericorum  psene  omnium  testimonio,  de  plebis 
quse  tune  adfuit  suffragio  et  de  sacerdotum  antiquo- 
rum et  bonorum  virorum  collegio  :  cum  nemo  ante  se 
factus  esset,  cum  Fabiani  locus,  id  est  cum  locus  Pétri 
et  gradus  cathedrse  sacerdolalis  vacaret2S.  Celui-là 
n'est-il  pas  évêque  qui  a  été  tait  évêque  par  seize  co- 
évêques26?  Aussi  Dieu  préside-t-il  à  ces  ordinations:  Tu 
exislimes  sacerdotes  Dei  sine  conscientia  ejus  in  Eccle- 
sia ordinari 27  ? 

Ces  degrés  il  nous  les  énumère  au  courant  de  ses 
lettres.  En  dehors  des  évoques,  des  prêtres  et  des 
diacres,  episcopi,  presbyteri,  diacones2s,  on  voit  cités 
dans  sa  correspondance  Heremiam  hypodiaconum,  Lu- 
cianum  et  Amantium  acolythos  29,  un  exorciste  et  un 
lecteur,  prsesente  de  clero  et  exorcista  et  lecture  30.  Il 
y  a  même  une  charge,  tombée  plus  tard  en  désuétude, 
de  doctor  audientiuni.  Fecisse  me  sciatis,  écrit-il  à 
son  clergé,  lectorem  Saturum  et  hypodiaconum  Opla- 
tum  confessorem,  quos  jam  pridem  communi  consilio 


" Demonog.,  11,  loc.  cit.,  col.  993.  —  "De prsescr., c.  xxxvi,  loc. 
cit.,  col.  58.  —  "Depudic.,1,  loc.  cit.,  col.  1032.  Cf.  E.  Rolfis,  Dos 
Indulgenz-Edict,  dans  Texte  u.  Unlers.,  1893,  t.  xi,  part.  3,  pas- 
sim.  —  "De  unitate  Ecclesise,  c.  rv,  P.  L.,  t.  rv,  col.  515.  —  '-'  De 
unitate,  c.  v,  toc.  cit.,  col.  516.  Sur  l'auliusnticité  de  ce  texte,  cf. 
J.  Chapman,  dans  la  Rev.  bénédictine.  1902.  p.  246;  p.  356;  1903, 
p.  26  sq.  —  «-  Epist.,  lxv.  3,  P.  /...  t.  i  v.  col.  408.  —  !»  Epist.,  LU, 
7,  8,  P.  L.,  t.  m,  col.  793.  —  ««  Epist..  i.xxiu.  7.  P.  L.,  t.  m,  col. 
1159.  —  «  Epist..  LU,  8:  cf.  9  et  lxv,  1.  P.  /..,  t.  iv,  col.  406.  — 
-ô  Epis:.,Lll,2i,  P.  L.,  t.  m.  col.  815;  cf.  I.lil.l.  —  -'' Epist.,  lxix,  1, 
P.  L.,  t.  iv.  col.  413.  —  "  Epist.,  lxxxu,  2,  P.  L.,  L  ni,  col.  1086. 

—  "Epist.,  lxxviii,  3(Inter  Cyprianicas).  P.  L.,  t.  iv,  col.  434. 

—  30  Epist.,  xvi  (Inter  Cyprianicas),  P.  L.,  t.  iv,  col.  276. 


I.  -  20 


Cil 


AFRIQUE    (LITURGIE   ANTÉNICÉENNE   DE   L') 


612 


clero  pro.r.imos  fecerantus,  quart  do  aut  Saturo  die  Pas- 
chse  semel  atque  iterum  lectionem  dedimus,  aut  modo 
cum  presbyteris  doctoribus  lectores  diligenter  probare- 
mus,  Oplatum  inter  lectores  doctorem  audientium 
constiluimus,  examinantes  an  congruerent  Mis  ortinia 
quse  esse  délièrent  in  Us  qui  ad  clerum  parabantur1. 
Commodien,  de  son  côté,  dans  son  rude  langage  poé- 
tique, trace  les  devoirs  du  lecteur  en  des  termes  que 
l'on  pourrait  rapprocher  de  l'admonition  de  l'évêque 
aux  ordinations  :  Lectores  moneo  quosdam  cognoscere 
tantum,  etc.  2. 

Cette  fonction  du  lecteur  étant  toute  liturgique,  il  ne 
sera  pas  inutile  d'insister  sur  l'importance  que  lui 
donne  Cyprien  :  merebatur  talis  clericse  ordinationis 
ulteriores  gradus  et  incrementa  majora,  non  de  annis 
suis  sed  de  merilis  sestimandus,  sed  intérim  placuit 
ut  ab  officia  lectionis  incipiat,  quia,  et  nihilmagis  con- 
gruit  voci  quse  Deum  gloriosa  prœdicatione  confessa 
est,  quant,  celebra.nd.is  divinis  lectionibus  personare  ; 
post  verba  svblimia  qum  Christi  martyrium  prolocuta 
sunt,  Evangelium  Christi  légère,  unde  martyres 
fittnt;  ad  pulpitum  post  catastam  venire,  illic  fuisse 
conspiatum  gentilium  multitudini;  hic  a  fratribus 
conspici,  illic  audititm  esse  cummiraculo  circumstan- 
tis  populi,  hic  cum  gaudio  fraternitatis  audiri.  Hune 
igitur,  fralres  dileclissimi,ame  et  a  collegis  qui  prse- 
sentes  adorant  ordinatum  sciatis2.  Dominico  legit  in- 
térim nobis,  id  est  auspicalus  est  pacem  diim  dédira1 
lectionem  *.  Dans  une  autre  lettre  il  parle  presque  dans 
les  mêmes  termes  de  ce  pulpitum,  id  est  tribunal 
Ecclesim,  sur  lequel  monte  le  lecteur  d'où  il  est  vu  par 
tout  le  peuple,  d'où  il  lit  l'Évangile  dont  il  a  suivi  les 
préceptes  les  plus  difficiles.  Et  pendant  qu'il  lit  l'Évan- 
gile, il  invile  le  peuple  à  imiter  la  toi  du  lecteur1'. 

Les  expressions  qu'il  emploie  pour  décrire  cette  fonc- 
tion et  les  instructions  qu'il  donne  à  ces  clercs  sont  en 
relation  évidente  avec  le  tormulaire  dont  se  sert  encore 
l'Église  romaine. 


SAINT  CYPRIEN 

Vox     divinis      lectionibus 

personare...  tum  evangelica 
lectio  de  ore  eius  nuditur,  le- 
ctoris  fidem  quisque  audierit 

imitetur 

in  loci  allions  celsitato  subnixus, 
H  plebi  universse  pro  honoris 
sui  clarilnte  conspiriius  légat 
prxrëptti  et  evangelium  Bi- 
nant qute  fortiter  ac  / 
sequitttr...  hic  a  fratribus 
ci...  hiccum  gaudiofra- 
temitatisaudiri...oportebat  lu- 
cernani  super  candelabrumponi, 
undfi  omnibus  luceat.  et  in  al- 
tiore  loco  constitui,  ubi  ah 
omni  circumstante  conspecti, 
videntibvis  prœbeant,  etc.  '. 


PONTIFICAL  ROMAIN 

f.rrtorem  siguidem  oportet 
tegere  ea  quse  pr.vdicot...  stu- 
dete  igitur  verba  Dei,  videliret 
lectiones  sucras...  proferre... 
mitent  ore  legitis,  rorde 
credatis,  atque  opère complea- 
tis,  quatenus  auditoresvestros 
verbo  pariter  et  exemplo  ve- 
stro  docere  possitis.  ldeoqnc 
dum  legitis  in  alto  loco  F>cle- 
si;e  stetls...  ut  al'  omnibus  au- 
diamini...  quatenus  cunctis  u 
quihus  audimini  et  videmitii 
cxlestis  vitse.  formant  prxbeu- 
Us...  Luceat  lux  vestra  coram 
hominibus...  lumen  q\ 
spirituals  moribus  pnebeant. 
Pontificale  Romanum,  De  </>■- 
dinatione  lectoris,  de  m 
tione  acoh/tlti. 


A  cette  époque  les  lecteurs  paraissaient  suffire  à  tout, 
aux  lectures  de  l'Ancien  et  du  Nouveau  Testament,  y 
compris  même  la  lecture  de  l'Évangile.  Plus  tard,  soua 
saint  Augustin,  il  sera  question  de  chantres,  el  di  grands 
changements  se  produisent  dans  la  psalmodie  et  les  lec- 
tures7.   Mais,  pour  le   moment,    les    chants  semblent 

1  Epist..  XXIV,  /'.  I..,\.  îv,  cul.  396.  —  -  Instruit. A.  II,  C.  XXV] 
Dominai, dans  Corpus  script,  latin.,  Vienne,  1887, t.  XV, p. 96.  — 
Epist..  xxxiii,  2,  P.  t.,  t.  iv.  col.  328.  —  *  Ibid.  —  »  Epist.. 
xx.xiv,  4,  P.  I...  t.  iv.  col.  :fol  sq.  —  "Epist..  xxxiii.  S;  xxxiv, 
4,  5,  /'.  L.,  t.  IV.  col.  331  sq.  —  '  Voyez  AFRIQUE  (.Liturgie  post- 
nicéenne). —  "Commodien,  htstruct..  I  U.c.  xxxv.  vs.5.6.  Corpus 
script.  lutin.,  1887,  t.  xv,  p.  106.  —  »  /?;>.,  v,  4,  P.  L..  t.  IV.  roi.  340, 
—  ,0  Ep.,  lit.  1,  P.  L.,  t.  m.  col  787.  —  "Ep..  xxwi,  5j  et 
lu,  5,  et  xxxiii,  1.  P.  t.,  t.  iv,  col.  326  sq.  —  "Dcjejuniu.  c.  xm, 


réservés  pour  l'agape  et  vraisemblablement  pour  les 
acclamations  comme  Amen  ou  Alléluia  ou  Agios,  pour 
les  hymnes  et  les  psaumes  du  service  liturgique.  Peut- 
être  même  des  expressions  que  nous  avons  citées,  cele- 
brandis  divinis  lectionibus,  divinis  lectionibus  perso- 
nare, lectionibus  resonantibus,  pourra-t-on  conclure 
que  ces  leçons  sont  déjà  chantées  sur  un  récitatif.  Com- 
modien compare  la  voix  des  lecteurs  à  la  trompette  : 

Buccina  prseconum  clamât  lectore  legente 
Ut  pateant  aures,  et  tu  magis  obstruis  Mas; 
Luxaris  labia,  quibus  ingemiseere  debes*. 

Les  prêtres  et  les  diacres  entourent  l'évêque  dont  ils- 
lorment  le  conseil  :  Quando  a  primordio  episcopatus 
mei  statuerim  nihil  sine  consilio  vestro  et  sine  con- 
sensu  plebis  mex  privalim  sententia  gerere°...concor- 
dia  collegii  sacerdotalis ,0...  Collatione  consiliorum 
cum  episcopis,  presbyteris,  diaconis,  confessoribus  pa- 
riter ac  stantibus  laïcis  factali.  Tertullien  parle  même 
déjà  des  conciles  où  sont  traitées  les  affaires  çrénérales 
de  l'Église  :  Aguntur  prœterea  per  Grœcias  illa.certis 
in  locis  concilia  ex  universis  ecclesiis  per  quœ  etaltiora 
quseque  in  commune  tractantur  et  ipsa  reprxscntalio 
totius  nominis  christiani  magna  veneratione  cele- 
bratur  12. 

Nous  ne  parlerons  pas  ici  des  vierges  et  des  veuves 
qui  constituaient  aussi  une  classe  à  part  dans  l'Église. 
Il  ne  semble  pas  du  reste  que  cette  institution  ait  eu 
en  Afrique  des  caractères  particuliers.  Voir  Vierges, 
Veuves. 

XV.  Exorcismes.  —  Il  faut  donner  une  place  aux 
exorcismes  dont  l'importance  est  si  grande  aux  trois  pre- 
miers siècles.  Cependant  rien  de  bien  spécial  à  noter 
ici.  Terlullien  dans  des  paroles  souvent  citSes  parle  de 
la  puissance  extraordinaire  des  chrétiens  pour  com- 
mander aux  démons,  véritable  défi  porté  au  magistrat 
d'appeler  un  chrétien  pour  guérir  un  possédé.  Il  lait 
allusion  à  une  formule  qui  parait  être  in  nomine  Christi, 
et  à  l'exsufllalion  13;  il  emploie  le  mot  exoreizare,  exor- 
cisants, qui  est  resté  dans  la  langue  liturgique  u.  Saint 
Cyprien  nous  donne  la  formule  lit  tamen  (dœnwnes) 
adfurati  per  Deum  verum  nobis  staiim  cedunt  et 
fatenlur  et  de  obsessis  corporibus  e.rire  cogunlur.  Le 
Deum  verum  est  resté  dans  plusieurs  exorcismes 
de  la  liturgie  romaine  (exorcisme  du  sel  par  exemple) ,5. 
On  a  vu  plus  haut  qu'il  nommait  le*  exon  istes  dans  les 
degrés  de  la  hiérarchie;  il  nous  dit  qu'ils  chaasenl  le 
démon,  per  c.rorcislas  voce  httmana  et  polestate  dirina 
flagellatur  et  uratur  et  torqueotur  diabolus16.  Nous 
avons  rencontré  pour  le  baptême  les  formules  de  renon- 
ciation au  démon. 

Nous  ne  citerons  que  pour  mémoire  le  fameux  exor- 
cisme écrit  sur  une  feuille  de  plomb,  découvert  récem- 
ment dans  la  nécropole  d'IIadrumèfo.  et  qui  date  pro- 
bablement du  m«  siècle  : 

'OpxfÇto  ers,  8aiu.6V.ov  7rvs'ju.a.  tô  kvOaosy.ecp.evov,  ™  ovô- 

fpan  Ttô  &r(b>.  'Au>0. 
'A6[a(o]0,   tôv    Qebv  toû    'ASpaàv   /.a\  tov    'Iâ<.>  tôv  toû 

f'Iiy.u'j.   'lato.  etc. 

La  formule,  d'origine  probablement  chrétienne,  con- 
tient des  éléments  superstitieux  el  trahit  une  main  igno- 
rante et  grossière;  on  ne  saurait  la  <  onsidérer  comme 
une  prière  officielle11. 

/'.  / ...  t.  u.  -  .  tt.  Da  testim. 

u>iiiii;r.A:    Id  Scop.,C  n,  />.  /..  t.  [,  col.  779.  —  "Detdot..  1t. 

P.  I...  t.  i.rut  754  :  Da  cor  .  a.  Il,  P.  I .,  t.  u.  eoL  tt2.  —  <°Qut>d 
iiioiii  tlii  hou  sittt.  c.  vu,  cf.  Ad  Demetr.,  c,  xv.  /'  /  .  t.  n 

>» Epist..  i.xxvi,  15,  /'.  /..,  t.  m.  col.  L198.— "Cl. Adjura- 
tion, col.  527  sq.,  où  l'on  trouvera  lo  texte  complet  et  une  reproduc- 
tion; de  la  HlaiH'liï'ie.  Collection  du  musée  Àhu'ut,  Paris,  ' 
p.t01s(].oti>l.  vi;  Revue  archcol..  ÎS'.M,  t.  xxi.p.  :«17  sq.  ;  dom C*. 
brol  et  dom  Leclercq,  ilIonMmeiifn  Ecclesim  liturgicu .  1. 1,  n.  4353  b. 


313 


AFRIQUE    (LITURGIE   ANTÉNICÉENNE   DE   L') 


614 


XVI.  Langue  liturgique,  formules.  —  "Une  étude 
approfondie  sur  ce  sujet  est  encore  à  taire,  mais  elle  ne 
serait  pas  à  sa  place  ici.  Nous  devons  cependant  réunir 
quelques  données  essentielles.  Il  ne  faut  pas  oublier, 
comme  nous  l'avons  déjà  dit,  que,  par  la  langue,  la 
liturgie  africaine  est  la  plus  ancienne  liturgie  latine. 
SA  l'époque  de  Tertullien,  et  même  on  pourrait  presque 
dire  à  celle  de  saint  Cyprien,  la  liturgie  de  Rome  est  en- 
core grecque.  Il  est  donc  assez  probable  que.  le  formu- 
laire africain  a  exercé  son  influence  sur  la  formation  de 
la  langue  liturgique  de  l'Église  romaine,  et  d'une  façon 
générale  sur  toutes  les  liturgies  latines.  De  même  donc 
que  pour  les  versions  latines  de  la  Bible,  l'Afrique  tient 
le  premier  rang,  il  serait  convenable  de  lui  donner  aussi, 
parmi  les  liturgies  latines,  la  même  place,  au  moins 
chronologiquement.  Nous  avons  marqué  au  passage 
quelques  exemples;  donnons-en  un  autre  qui  nous  est 
suggéré  par  le  R.  P.  dom  P.  d-e  Puniet. 

S. Cyprien,  De  oratione  dom.,  Gélasien,  dans  Thomasi.  t.  VI, 
c.  xit.  p.  48. 

Sanctificetur  nomen  tuum.  Sanctiflcetur,  etc.  Id  est  non 
Non  quod  optemus  Deo  ut  quod  Deus  nostris  sanctiflca- 
sanctiflcetur  orationibus  no-  tionibusquisemperestsanctus 
stris...  (le  vrai  texte  sanctiflcetur  ora- 

sed  quod  petamus  ab  eo  ut  tionibus  est  restitué  par  le  Gal- 
nomen  ejus  sanctiflcetur  in  licanum  Vêtus), sed  petimus  ut 
nobis...  nomen    ejus  sanctiflcetur    in 

Rogamus  ut  qui  in  baptis-  nobis  ut  qui  in  baptismate  ejus 
mate  sanctiflcati  sumus  in  eo  sanctificamur  in  eo  quod  esse 
quod  esse  ccepimus  perseve-  incepimus  perseveremus  (les 
remus.  antres  textes  gallicans  et  géla- 

siens  ont  la  vraie  leçon  coepi- 
mus). 
Tertullien,  Cyprien,  Gélasien,  dans 

De  oratione,  De  or.  dom.,  Thomasi,  loc.  cit., 

c.  v.  c.  xiii.  p.  49. 

Adveniat  regnum       Adveniat,     etc.  Adveniat,    etc. 

tuum.  Veniitt  quo-  Nam  Deus  quando  Deus  namque  no- 
que  regnum  tuum...  nonregnatautapud  ster  quando  non  reg- 
Nam  Deus  quando  eum  quando  inci-  nat  maxime  cujus 
non  régnât  ...aut  pit  quod  et  semper  regnum  est  immor- 
regnum  Dei...  ad  fuit  et  esse  non  desi-  taie?  sed  quia  dici- 
consummationem  nit...  nostrum  reg- 
txculi  lendat.  num    petimus    ad- 

venive a  Deo  nobis 
repromissum  Chri- 
eti  sanguine  et  pas- 
sione  qusesitum. 


musveviat  regnum 
tuum,  nostrum  reg- 
num petimus  adve- 
nirea  Deonobispro- 
missum  Christi  san- 
guine et  passione 
qusesitum. 
Tertullien,  Gela,  ien. 

De  oratione,  c.  vin.  dans  Thomasi,  loc.  cit.,  p.  49. 

Ne  nos  inducas  in  tentatio-  Et  ne  nos,  etc.,  i.  e.  ne  nos 
nem,  id  est,  ne  nos  patiaris  in-  patiaris  induci  ab  eo  qui  tentât 
iuci  ab  eo  utique  qui  tentât,    pravitatis  auctore,  nam  dici. 


exterum  absit  ut  Dominus 
tentare  videatur...  diaboliest... 
Malitia...  hune  locum  poste- 
rionbus  confirmât  :  orate  ne 
tentemini. 

Cyprien,  De  oratione,  c.  xvn. 


.ut  qui  adhuc  sunt  prima 


scriptura  :  Deus  enim  intenta- 
lormalorum  est,  Diabolus  vero 
est  îentatvr  ad  quem  evincen- 
dum  Dominus  dicit  :  vigilate 
et  orate  ne  intretis  in  tenta- 
tionem. 

Gélasien,  1"  oraison  de  la 
2"  messe  des  scrutins  au  iv  dlm. 
de  carême;  ci.  Muratori,  p.  526. 
Omrtipotems  semp.  Deus..., 
nativitate  terreni  incipiunt  Multiplica...  ut  qui  sunt  gene- 
esse  cxlestes  ex  aqua  et  spiritu  ratione  terreni,  fiant  regene- 
nati.  ratione  cxlestes. 

1  II  nous  semble  que  c'est  surtout  dans  la  liturgie  mozarabe  que 
l'on  trouverait  des  traces  nombreuses  à' africanismes.  Nous  en 
avons  relevé  déjà  quelques-uns  au  passage,  mais  la  question  de 
parenté  entre  ces  deux  liturgies  est  encore  de  celles  que  l'on  ne 
peut  traiter  en  un  article.  —  *  De  unit.  Ecclesix,  c.  xvn,  P.  L., 
t.  rv,  col.  529.  —  *  Epist.  ad  Cypr.,  c.  x,  P.  L.,  t.  m,  col.  1213, 
—  *  De  spect.  c.  XXV,  P.  L.,  t.  I,  col.  732.  —  *  De  oratione,  27, 
P.  L.,  t.  i,  col.  1301.  —  •  Commodien,  Carmen  Apol.,  v,  840. 
Corpus  script,  latin.,  1887,  t.  xv,  p.  169.  —  '  Tertullien,  De  spec- 
tac.,  c.  xxv,  P.  L.,  t.  i,  col.  783;  cf.  Adv.  Hermog.,  c.  II,  P.  L., 


Ce  dernier  exemple  est  d'autant  plus  intéressant  que 
le  texte  de  saint  Cyprien,  qui  évidemment  a  servi  d'ins- 
piration au  thème  liturgique  gélasien,  a  subi  une  petite 
transformation  pour  être  plié  aux  règles  d'une  compo- 
sition symétrique  et  antithétique,  bien  familière  à  la 
liturgie  romaine  : 

ut  qui  sunt  generatione  terreni 

fiant  régénérations  cxlestes. 

N'oublions  pas  cependant  de  remarquer  que  les  for- 
mules africaines  que  nous  citons  comme  liturgiques 
n'ont  pas  une  valeur  absolue;  elles  sont  généralement 
improvisées  et  libres,  comme  toute  la  liturgie  à  cette 
époque,  sauf  quelques  acclamations  et  quelques  formules 
déjà  arrêtées;  néanmoins  le  thème  de  l'improvisation 
liturgique  est  fixé  par  certaines  règles  et  dans  certaines 
circonstances.  Saint  Cyprien  se  plaint  des  hérétiques 
qui  osent  :  constituera  aliud  aitare,  pacem  alleram 
illicilis  vocibus  facere  '•>.  Firmilien,  son  contemporain, 
parle  d'une  sorte  de  prophétesse  qui  prétendait  célébrer 
les  mystères  et  improviser  une  prière,  d'ailleurs  remar- 
quable, mais  qui  ne  ressemblait  pas  à  l'invocation  ordi- 
naire, etiam  hoc  fréquenter  ausa  est,  ut  invocatione 
non  contentptibili  sanctificare  se  panem  et  eucliari- 
stiam  facere  simularet,  et  sacrificium  Domino  non 
sine  sacramento  solilee  prsedicationis  offert 3. 

Nous  retrouvons,  cela  va  sans  dire,  les  acclamations 
Amen11-  et  Alléluia  :  subjungere  in,  orationibus  alléluia 
soient  et  hoc  genus  psalmos,  quorum  clausulis  respon- 
deant,  qui  simul  sunt 5.  Cette  réponse  à  certains  psau- 
mes (probablement  ceux  qui  en  hébreu  comportent  ce 
genre  de  réponse),  par  des  clausules,  est  à  noter  ici,  car 
c'est  le  plus  ancien  témoignage,  si  je  ne  me  trompe,  au 
moins  parmi  les  témoignages  parfaitement  clairs,  précis 
et  authentiques,  qui  nous  indique  quelle  est  la  véritable 
origine  du  répons.  L'in  nomine  Christi  reparait  aussi, 
pour  l'onction  ou  la  bénédiction. 

Et  signo  signât  populum  in  nomine  Christi9. 

La  finale  E!ç  aioivc.i;  àrr'a'côivoi;,  de  sxculo  in  sseculum 
et  insevo  eevorum,  à  rapprocher  sans  doute  duper  omnia 
ssecula  secculorum  des  psaumes,  est  citée  aussi  par  Ter- 
tullien1. Il  y  faut  ajouter  les  doxologies  :  Gloria  in 
tsecula  sseculorum^,  Dominus  cui  sit  honor  et  virtus  in 
ssecula  sœculomm  9,  Deus  cui  sit  honor,  gloria,  claritas, 
dignilas,  potes  tas  nunc  et  insœcula  sseculorum .  Amen10  ; 
pax  et  gralia  a  Domino  nostro  Jesu  redundet  'i.  Notons 
encore  dans  Tertullien  :  Dominus  meus  unusest,  Deus 
omnipotens  et  seternus12,  pax  huic  domui13,  Deus 
regnavit  a  ligno  '+. 

Les  Actes  des  martyrs  africains,  d'une  incontestable 
authenticité,  nous  fournissent  encore  des  formules 
comme  les  suivantes  :  Dominum  imperatorem  regum 
et  omnium  genlium  15,  Dominum  Deum  meum  colo  et 
adoro  qui  fecit  cœlum  et  terram,  mare  et  omnia  quœ 
in  eis  simf16,  Deo  omnipotenti  gratias  agimus...  Deo 
gratias  et  laudes,  qui  nos  pro  suo  nomine  ad  gloriosam 
passionem  perducere  dignalus  estn.  Domine  Deus, 
cx.li  et  terrée,  Jesu  Christe,  tibi  cervicem  meam  ad 
viclimam  flecto,  qui  permanes  in  œtemum,  cui  est  cla- 
ritas in  magnificentia  in  sœcula  sseculorum.  Amen  1S. 
In  nomine  lue,  Christe  Dei  fili,  libéra  servos  tuos1*. 
Deus  miserere...  libéra  servos  tuos  de  captivitate  hujus 
sseculi...  nec  suf/icio  libi  gratias  agere...  Domine  Jet 

t.  il,  col.  323.  —  *Ad  martyres,  c.  m,  P.  L.,  t.  i,  col.  697.  —  'De 
ovat..  c.  xxrx.  P.  L.,  t.  i,  col.  1304.  —  **  Ad  uxor.,  1.  I,  c.  i,  P. 
L.,  t.  i.  col.  1387.  —  "  De  virg.  vel.,  c.  xvu,  P.  L..  t.  n,  col.  962. 

—  "Apolog.,  c.  xxxiv,  P.  L.,  L  I,  col.  512.  —  ,3  De  orat.,  26, 
P.  L.,  t.  i,  col.  1301.  —  '*  Adv.  Jud.,  c  x,  P.  L.,  t  n,  col.  668.  — 
"  Ex  act.  mart.  Scillitanorum,  dans  Texts  and  Studies,  t.  i, 
n.  2,  p.  112.  —  <•  Ibid.; cf.  Monumenta Ecclesix  liturg.,  L  i,  n.  3950. 

—  'i Monumenta  Eccl.  liturg.,  t.  i,  n.  3591  sq.  —  '•  Ex  mar- 
tyrio  sancti  Felicis,  n.  6,  ibid.,  n.  4017.  —  *•  Ex  martyrio  SS. 
Saturnini,  Dativi  et  soc,  u.  5,  ibid.,  n.  4021. 


615 


AFRIQUE    (LITURGIE   ANTÉNICÉENNE   DE   L') 


616 


Christe...  tu  es  spes  nostra,  tu  es  spes  christiano7*um... 
Deus  altissime,  Deus  omnipotens.  Tibi  laudes  pro  no- 
mine  tuo  reddimus,  Domine  Deus  omnipotens...  0 
Christe  Domine,  non  confundar. . .  Rogo  Christe,  subveni 
Christe,  serva  animani  meam,  exaudi  me.  Gratias  tibi 
ago, Deus... Rogo,  Christe,  miserere...  Dei  fili  subveni1. 
On  remarquera  que  dans  ces  derniers  exemples  la  prière 
est  adressée  directement  au  Christ  lui-même;  taDdis 
que  l'on  considérait  comme  une  sorte  de  loi  liturgique 
que  la  prière  fût  toujours  adressée  à  Dieu  le  Père  par 
le  Christ,  au  moins  dans  la  prière  officielle.  Elle  a  été 
formulée  par  un  concile  de  Carthage,  sans  parler  des 
autres  textes;  mais  elle  admettait  dès  lors  des  excep- 
tions; ce  qui  ne  rend  que  plus  intéressants  les  exemples 
cités.  Quum  altari  adsislitur,  semper  ad  Patrem  diri- 
gatur  oralio  2. 

Mais  il  faut  revenir  à  saint  Cyprien  chez  qui  nous 
recueillons  de  vraies  prières  d'une  forme  ample  et  ora- 
toire; nous  ferons  même  remarquer,  dans  quelques-uns 
des  cas  que  nous  citons,  les  premiers  exemples  de  cette 
prose  rythmée,  rimée  et  cadencée,  de  ce  cursus  qui  se 
retrouve  dans  les  autres  liturgies  latines,  et  qui  est 
devenu  surtout  la  caractéristique  de  la  liturgie  romaine. 
Si  l'on  ne  veut  pas  le  reconnaître  comme  le  créateur  du 
style  liturgique  latin,  Cyprien  lui  a  du  moins  fourni 
quelques-unes  de  ses  formes  principales  :  Deum  pro 
vobis  ut  misereatur  oramus  3.  Id  petimus  et  rogamus 
ut  qui  in  baptismo  sanclificati  sumus,  in  eo  quod  esse 
cœpimus  perseveremus  i.  Oramus  et  petimus  ut  precem 
pro  omnium  sainte  faciamus*.  Saeerdos  ante  oratio- 
nem  prsefatione  prœmissa  parai  fralrum  mentes  di- 
cendo  sursum  corda,  ut  dum  respondet  plebs  habemus 
ad  Dominum,  etc.  6.  Cette  dernière  formule  est  à  rap- 
procher de  celle  de  Comrnodien, 

Sacerd,  s  Domini  cum  sursum  corda  prxccpit 
in  prece  fienda  ut  fiant  silentia  vestra, 
limpide  respondis1... 

et  permet  de  conjecturer,  comme  Thomasi  l'avait 
pressenti,  il  est  vrai  d'après  des  documents  bien  tar- 
difs, que  ces  paroles  sont  le  commencement  de  la 
préface  et  que  le  Dominus  vobiscvm  n'en  (ail  pas  pri- 
mitivement partie8.  Mais  il  faut  ajouter  qu'il  y  fut 
ajouté,  à  tout  le  moins,  de  très  bonne  heure. 

Oramus  et  petimus  ut  super  nos  lux  denuo  reniai, 
Christi  precamur  advenlum  lucis  œlernse  graliam 
prœbiturum 9.  Ceci  est  une  prière  pour  le  prochain  avè- 
nement que  l'on  retrouve  dans  Tertullien  et  plus  an- 
ciennement encore,  dans  la  Atîay/Ji  Tàiv  'A7to<7to'/wv  10. 
Illic  apostolorum  gloriosus  chorus,  illic  prophetarum 
exultantium  numerus,  illic  marlyrum  innumerabilis 
populus,  paroles  conservées  dans  le  Te  Deum  *'.  Fa- 
ciat  autem  Deus  qui  omnia  prœstat  sperantibus  in  se, 
ut  omnes  nos  in  his  operibus  (caritalis  erga  proximum 
et  defunctos)  inveniamur  12.  Oramus  Dominum  ut  vos 
saltem  quos  et  in  fide  et  in  virlutc  stare  cognovimus, 
tutos  quoque  in  posterum  perdivinam  miseriçordiam 
salulemus  13.  Rogcmus  pacem  maturius  redcli,  cilo  la- 
tebris  nostris  et  periculis  subveniri,  impleri  qum  fa- 
mulis  suis  Dominus  dignalur  ostendere,  redintegra- 
tionem  Ecclesiee  suœ,  securilalem  salutis  noslrse,  post 
pluvias  serenitatem,  post  tenebras  lucem,  post  procel- 

*  Ex  mart.  SS.  Saturnini  Dativi  et  soc,  n.  G,  7,  8,  10,  etc. 
Cf.  autres  exemples  dans  Monumenta  Eccl.  liturgica,  t.  i,  n.  4033, 
4034, 4039, 4042.  —  «  Concil.  Carlhag.  III  (397),  can.  24.  —  ^  ibid., 
32,  P.  L.,  col.  506.  —  *  De  orat.  dom.,  c.  xn,  P.  L.,  t.  îv,  col.  544. 
— 5  Ibid.,  c.  xvii,  P.  L.,  col.  518.  —  '  Ibid.,  c.  xxxi,  P.  L.,  col.  557. 
—  ''Instruct.,  1.  II,  c.  xxxv,  vs.  12-17,  Corpus  script,  latin., 
Vienne,  1887,  t.  xv,  p.  107.  —  •  Voir  Actio,  col.  446.  —  'De orat. 
dominica,  c.  xxxv,  P.  L.,  t  iv,  col.  560.  —  '«Voir  Acclama- 
tions, col.  258.  —  "  De  mortalitate,  26,  P.  L.,t.  ni,  col.  624.  — 
•«  Epist.,  il,  P.  L.,  t.  iv,  col.  233.  —  >2  Epist.,  v,  1,  P.  L.,  L  iv, 


las  et  turbines  placidam  lenitatem,  pia  patemse  dïle- 
ctionis  auxilia,  divinae  majestatis  solita  magnalia, 
quibus  et  persequentium  blasphemia  retundalur  et 
lapsorum  pœnitentia  reformetur,  et  fortis  et  stabilis 
perseverantum  fiducia  gtorietur^.  In  Deo  Pâtre  perpé- 
tuant salulem1*.  Intérim  quod  ostenditur  fiai,  ut  cum 
gratiarum  actione  suscipiamus  hoc  Dei  munus,  spe^ 
rantes  de  misericordia  Domini  ejusmodi  ornamenta 
complura,  ut  redinlegrato  Ecclesiee  suœ  robore,  tam 
mites  et  humiles  facial  in  consensus  nostri  honore  flo- 
rere  i6 .  Egisse  nos  étagère  fratres  carissimi,  maximas 
gratias  sine  cessatione  profitemur  Deo  Patri  omni- 
potenti  et  Christo  ejus  Domino  et  Deo  nostro  Salva- 
tori  quod  sic  Ecclesia  divinitus  prolegatur,  ut  unitas 
ejus  et  sanclitas  non  jugiter,  nec  in  totum  perfidise 
et  herelicse  pravitalis  deslinalione  vitietur  ,1.  Remar- 
quons cette  phrase  :  Magnus  illic  nos  charorum 
numerus  exspectat.  Le  charus  appliqué  comme  quali- 
ficatif à  nos  morts  est  resté  longtemps  dans  les  liturgies 
latines  18. 

Oramus  et  deprecamur  Deum,  quem  provocare  illi 
et  exarcerbare  non  desinunt,  ut  eorum  corda  mites- 
cant,  ut  furore  deposito  ad  sanitatem  mentis  redeant... 
etmagis  pétant  fundipro  se  preces  alque  oraliones  19... 
Deo  Patri  et  Christo  filio  ejus  Domino  nostro  gratias 
agere  et  orare  pariter  ac  petere,  ut  qui  perfectus  est 
alque  perficiens,  cuslodiat  et  perficiat  in  vobis  confes- 
sionis  vestm  gloriosam  coronam  20.  Dei  Patris  omni- 
potenlis  et  Jesu  Christi  Domini  nostri  et  Dei  conscrva- 
toris  nostri  seternam  salutem2*.  Petite  impcnsius  et 
rogale  ut  confessionem  omnium  nostrum  dignatio  di- 
vina  consummet,  ut  de  istis  tenebris  et  laqueis  mundi 
nos  quoque  vobiscum  inlegros  et  gloriosos  Deus  libérât, 
ut  qui  hic  caritatis  et  pacis  vinculo  copulati  contra 
haereticorum  injurias  et  pressuras  genlilium  simul 
stelimus,  pariter  in  regnis  çxleslibus  gaudcamus iî. 
Quod  ut  consummelur  in  vobis,  adsiduis  orali  nibus 
Dominum  deprecamur,  ut  iniliis  ad  summa  pergen- 
tibus,  quos  confiteri  fecit,  facial  et  coronari 23.  Les 
deux  formules  suivantes  ne  sont  pas  de  saint  Cyprien 
mais  de  ses  correspondants,  elles  ont  du  reste  même 
caractère  et  même  inspiration  :  Rogamus  ut  Deum  et 
Cliristum  et  angelos  in  omnibus  actibus  nostris  habea- 
mus  fautorcs  '-*.  Deo  Patri  omnipotenti  per  Christum 
eius  gratias  cgimus  et  agimus  quod  sic  conlorlati  cl 
corroborati  sumus  per  tuam  allocutionem,  pelentes  de 
animi  tui  candore  ut  nos  adsiduis  orationibus  tuis 
in  mente  habere  digneris,  ut  confessionem  vcstram  et 
noslram  quam  Dominus  in  nobis  confeive  dignatus 
est,  suppléât™.  Nous  attirons  l'attention  sur  celte  for- 
mule in  mente  habere,  déjà  employée  par  Tertullien, 
qui  se  retrouve  en  Espagne  dans  les  Actes  de  saint 
Fructueux,  à  Rome  daus  les  graffites  sur  les  murs  des 
catacombes  et  dans  les  inscriptions  anténicéennes,  et 
comme  nous  l'avons  dit  plus  baut,  dans  la  liturgie  mo- 
zarabe 26. 

Voici  chez  Tertullien  une  formule  de  bénédiction  : 
omnis  benedictio  inter  nos  summum  sit  disciplinée  et 
conversationis  sacramentum.  Benedicat  te  Deus,  tam 
facile  pronuntias  quam  christiano  necesse  est21.  Il 
semble  aussi,  d'après  le  texte  de  Comrnodien  cité  plus 
haut,  qu'au  moment  des  lectures  dans  l'église  le  lecteur 
crie  qu'on  se  taise  et  qu'on  écoute  **. 

col.  -237.  —  "Epist.,  vu.  S,  loc.  cit.,  col.  2Ô0,  2ôl.  —  '■ Epist.,  vm, 
1,  loc.  cit.,  col.  251.  —  «•  Epist.,  xxxv.toc.  cit.,  col.  334.  —  *■  Epist., 
XL  vu,  1,  P.  /..,  t.  m,  col.  754.  —  <*De  mortalit.,  c.  xxvi,  P.  /...  t.  iv, 
col.  624.  —  "Epist.,  lv,  19.  P.  L.,  t.  m,  col.  853.  —  "Epist..  lvui, 
4,  loc.  cit.,  col.  1007.  —  •■  Epist.,  i.xxvu,  i,loc.  cit.,  t  iv,  coi  427. 
—  "Ibid.,  col.  432.  —  "Epist.,  lxxxi,  4,  loc.  cit..  col.  441.  — 
î4J?pisr.,LXXVin,  lnterCyprian.,3,  loc.  cit., col  434.  —  ,s Epist., 
i.xxx,  loc.  cit.,  col.  437.  —  "Tertullien,  Ad  u.vor.,  L  U.c.  iv, 
P.  L..  t.  I,  col.  1407.  —  n  De  lestimonio  aninur,  c.  n.  P.  L.,  L  i, 
col.  684.  —  "  Comrnodien,  Instruct.,  c.  xxxv,  vs.  5.  7. 


617 


AFRIQUE    (LITURGIE   ANTÉNICÉENNE   DE   L'] 


013 


XVII.  Règle  de  foi.  —  11  est  une  autre  formule  à  la- 
quelle nous  trouvons  en  Afrique  de  très  fréquentes  allu- 
sions, c'est  la  régula  fidei,  sorte  de  symbole,  récité  au 
baptême  et  sans  doute  dans  d'autres  circonstances  : 
Régula  est  autem  fidei  ut  jam  hinc  quid  defendamus 
profileamur,  Ma  scilicet  qua  credilur  unum  omnino 
Deum  esse,  nec  alium  prœter  mundi  conditorem  ;  qui 
universa  de  nihilo produxerit,  per  verbum  suum  primo 
omnium  emissum;  id  Verbum  Filium  ejus  appellatum , 
in  nominc  Dei  varie  visum  a  patriarchis,  in  prophelis 
semper  auditum,  postremo  delatum  ex  spiritu  Patris 
Dei  et  virtute  in  virginem  Mariât)},  carnent  factum 
in  utero  ejus,  et  ex  ea  nalum  egisse  Jesum  Christum; 
exinde  prsedicasse  novam  legem  et  novam  promissio- 
nem  regni  cselorum;  vir tûtes  fecisse;  fixum  cruci, 
ter  lia  die  resurrexisse  ;  in  cselum  ereptum  sedisse  ad 
dexteram  Patris  ;  misisse  vicariam  vim  Spirilus  sancti, 
qui  credenles  agat,  venlurum  cum  claritale,  ad  su- 
mendos  sanctos  in  vitse  xternx  et  promissorum  ceele- 
stium  frucluum,  et  ad  profanas  adjudicandos  igni 
perpetuo,  Jacla  ulriusque  parti»  resuscitatione  cum 
carnis  reslilulionei.  Cette  règle  de  roi,  selon  lui,  vient 
des  apôtres  et  existe  la  même  partout.  Il  la  répète 
sous  trois  formes  dans  ses  ouvrages  2.  Voir  Symboles 
DE  foi.  Nous  nous  contenterons  de  donner  ici  le  schéma 
du  symbole  africain  relevé  par  Burn  3  : 


tiennes,  savent  qu'ils   adorent  la  croix  qui  crucis  nos 
religiosos  putat,  consecraneus  nosler  erW . 

Tertullien,  qui  dans  ce  texte  nous  parle  du  culte  de 
la  croix,  ne  pouvait  manquer  de  taire  allusion  au  geste 
liturgique  qui  consiste  à  imprimer  la  croix  sur  notre 
corps.  Il  nous  apprend  en  effet  que  le  signe  de  la  croix 
est  très  fréquent,  ad  omnem  progressum ,  alque  pro- 
motum,  ad  omnem  aditum  et  exitum,  ad  calciatum, 
ad  lavacra,  ad  mensas,  ad  lumina,  ad  cubilia,  ad  se- 
dilia  quœcumque  nos  conversalio  exercet,  frontem 
crucis  signaculo  terimus  8.  Il  se  demande  comment  la 
femme  chrétienne,  mariée  à  un  païen,  pourra,  sans  être 
vue  de  son  mari,  marquer  de  ce  signe  son  lit  ou  son 
corps  9.  C'est  le  signe  du  Tau  dont  il  est  question  dans 
Ezéchiel  et  que  portent  les  fidèles,  signum  T&u  in  fron- 
tibus  virorum.  Jpsa  eut  enim  liltera  grœcorum  Tau, 
nustra  autem  T,  specics  crucis  quant  portendebat  fu- 
turam  in  frontibus  nostris  10.  Il  paraît  bien,  d'après  ces 
expressions,  que  ce  geste  liturgique  consistait  en  un 
signe  fait  sur  le  front  ou  sur  l'objet  que  l'on  voulait  en 
quelque  sorte  consacrer.  C'est  aussi  ce  qu'exprime  saint 
Cjprien,  in  hoc  signo  crucis  salus  sit  omnibus  qui  in 
frontibus  nolenlur11,  et  ailleurs  il  parle  de  ce  frons 
cum  signo  Dei  purai2.  Ce  culte  pour  la  croix  est  con- 
firmé par  les  monuments  épigraphiques  mis  au  jour 
par  le  cardinal  Pitra,  et  au  sujet  desquels  De  Rossi  a 


Credendi  in  unicum  Dcum 
omnipotentem 

niundi  conditorem  et  Filium 
ejus  secum  Christus 

natum  Maria   ex  Yirgine. 


Crucifixum  sub  Pontio  Pi- 
lato 

tertia  die  resuscitatum  a 
mortuis, 

receptnm  in  cxlis, 

sedentem  nunc  ad  dexteram 
Patris. 

Venturum  judicare  vivos  et 
mortuos. 

Per  carnis  etiam  resurre- 
ctionem. 

(De  vir  g.  vel.,  1.) 


Creditur  unum   Deum  esse         Unum  Deum  novit  creato- 
nec  alium  prœter  mundi  con-     rem  universitatis, 
ditorem  qui... 

Filium  ejus...  et  Christum  Jesum  ex  vir- 

gine  Maria  Filium  Dei  crea- 
toris, 

delatum  ex  spiritu  Patris 
Dei  et  virtute  in  Virginem 
Mariant 

...ex  ea  natum,  fixum  cruci, 

tertia  die  resurrexisse, 

in  cxlos  ereptum 

sedere  ad  dexteram  Patris. 

Venturum... ad  profanes  ju- 
dicandos, 
cum  carnis  restitutione.  et    carnis   resurrectioncr.i. 


Unicum.  Deum  credimus. 


Filium  Dei...  Jesum,  Chri- 
stum... ex  ea  (virgine)  natum 

passum  nuncmortuumetse- 
pultum  et  resuscitatum  et  in 
cxlo  resumptum  sedere  ad 
dexteram  Patris,  venturum 
judicare  vivos  et  mortuos. 


(De  prxscr.,  13.) 


(Ibid.,  36.) 


(Adv.  Prax..  2.) 


XVII!.  La  croix;  gestes  liturgiques.  —  Nous  ne 
pouvons  songer  dans  les  limites  d'un  article,  à  être 
complet,  cependant  il  nous  faut  citer  encore  quelques 
faits  intéressants.  On  sait  que  les  païens,  trompés  par  le 
mystère  dont  s'entouraient  les  chrétiens,  se  représen- 
taient ce  culte  sous  les  couleurs  les  plus  étranges;  mais 
ces  expressions  mêmes  nous  révèlent  parfois  l'existence 
d'une  pratique  ignorée.  Quelques-uns  croient  que  les 
chrétiens  adorent  une  tête  d'âne4;  on  colporte  dans  les 
rues  de  Carthage  des  caricatures  ridicules  avec  des  ins- 
criptions comme  celle-ci  :  Deus  Christianorum  Ono- 
koitès,  un  Dieu  avec  des  oreilles  d'àne.  le  pied  fourchu, 
couvert  d'une  toge  et  portant  un  livre  5.  D'autres  pen- 
sent qu'ils  adorent  le  soleil,  peut-être  à  cause  de  l'habi- 
tude des  chrétiens  de  se  tourner  pour  prier  vers  l'orient 6. 
Certains  même,  plus  au  courant   des  croyances  chré- 

1  De  prxscr.,  c.  xm,  P.  L.,  t  H,  col.  30.  Pour  les  autres  ré- 
gulée fidei  dans  Tertullien,  cf.  De  prxscr.,  c.  xxxvi,  P.  L.,  t.  n, 
col.  60  ;  De  Virg.  vel.,  c.  I,  toc.  cit.,  col.  937  ;  Adv.  Praxeam,  2, 
col.  179.  Cf.  tes  règles  de  foi  données  par  saint  Cyprien,  Ep., 
lxxiii,4,5,P.  L.,  t.  m,  col.  1-158  ;Ep.,  lxxvi,7,  loc.  cit.,  col.  1191. 
—  «Voir  le  tableau  et  De  prxscr.,  c.  XX,  xxi,  xxvi,  xxxvn, 
loc.  cit.,  col.  36  sq.  —  3  A.  E.  Burn,  An  introduction  to  the 
Creeds  and  to  the  Te  Deum,  in-8°,  London,  1899,  p.  50  sq.  — 
*Apol.,  c.  xvi,  P.  L.,  t.  i,  col.  429.  —  5  Ibid.,  c.  xvi.  Cf.  Ad 
nationes,  1.  I,  c.  xiv,  P.  L.,  t.  i,  col.  651.  —  °  Apol.,  c.  xvi,  loc. 


remarqué  que  c'est  sur  les  monuments  figurés  d'Afrique 
que  paraît  pour  la  première  fois  la  croix  dans  son  aus 
tère  nudité  qu'aucun  ornement  ne  vient  dissimuler  n\ 
parer '3  (fig.  109  et  110). 

C'est  encore  par  dévotion  à  la  croix  de  Jésus  que  les 
chrétiens  prient  les  bras  en  croix.  Christiani  manibus 
expansis  quia  innocuis,  capite  nudo  quia  non  et^ubes- 
cimusli;  nos  vero  non  atlollimus  tantum,  sed  etiam 
expandimus  e  Dominica  passione  modulatum  et  oran- 
tes  confitemur  Christo  15  ;  ne  ipsis  quidem  manibus 
sublintius  elatis,  sed  temperate  ae  probe  elatis,  ne 
vullu  quidem  in  audaciam  erecto  16;  orant  pecudes  et 
feree...  sed  et  aves  nunc  exsurgentes  erigunlur  ad  cse- 
lum et  alarum  crucem  pro  manibus  extendunt ll. 

On  prie  debout  ou  à  genoux,  et  Tertullien  réprimande 
ceux   qui  s'asseyent,  item   quod,    assignata  oratione, 

cit.  ;  Ad  nat.,  1.  I,  c.  xm,  loc.  cit.,  col.  650.  —  '  Ibid.,  c.  xvi,  loc. 
cit.  —  «De  cor.,  n.  3,  P.  L.,  t.  ir,  col.  99.  —  «Ad  uxor.,  1.  II, 
c.  v,  P.  h.,  t.  il,  col.  1407  sq.  —  «  Adv.  Marc,  1.  III,  n.  22,  P.  L., 
t.  il,  col.  381.  —  *«  Testimonium  adversus  Judwos,  1.  II,  c.  xxii, 
P.  L.,  t.  IV,  col.  745.  —  >*De  lapsis,  c.  il,  P.  L.,  t.  IV,  col.  480. 
—  ,3  Card.  Pitra,  Spicilegium  Solesmense,  t.  rv,  p.  502-517.  — 
>lApologeticus,  c.  xxx,  P.  L.,  t.  i,  col.  503.  —  "  Tertuflien,  De 
oratione,  14,  P.  L.,  t  i,  col.  1273.  —  '«Ibid.,  17,  loc.  cit. 
col.  1278.  Cf.  De  spectaculis,  25;  De  idolatria,  7.  —  M  De  ora~ 
tione,  29,  loc.  cit.,  col.  1304. 


619 


AFRIQUE    (LITURGIE   POST-NICÉENNE   DE   L') 


620 


«ssidendi  mes  est  quïbusdam,  non  perspicio  rationeni 
nisi  si  Hernias  ille,  cujus  scriptura  fere  pastor  inserv- 
bitur,  transacta  oratione  non  leclum  assedisset,  veruni 
aliud  quid  fecisset,  id  quodque  ad  observationem  vin- 
dicaremus.  Utique  non  simpliciter  enim  et  nunc  posi- 
tum  est  :  Cum  adorassem  et  assedissem  super  lectum 


109.  —  Pierres  de  tombeaux  antiques  trouvées  à  Garthage. 
D'après  Pitra,  Spicilegium  Solesmense,  t.  iv,  p.  502. 

ad  ordinem  narrationis,  non  ad  instar  disciplinas  ' . 
Mais  quelques-uns  s'abstiennent  de  se  mettre  à  genoux, 
de  genu  quoque  ponendo  varietatem  observationis  pa- 
titur  oralio  per  pauculos  quosdam  qui  sabbato  absti- 


?,,  ^-  ;  ■-  --  :-«i?<-rg-J»- 


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irinriiiii ]  Wfriflf'-'fiiiîi i IT"**  '  '   i     ^ 


110.  —  Pierres  oe  tombeaux  antiques  trouvées  a  Car' 
D'après  Pitra,  Spicilegium  Solesmense,  t.  iv,  p.  517. 

nent  genibus2.  Pour  le  dimanche  et  le  temps  pascal, 
la  pratique  de  ne  pas  se  mettre  à  genoux  est  générale, 
die  Dominico  jejunium  nef  as  ducimus,  vel  de  geniculis 
adorare.  Eadem  immunilate  a  die  pasclix  in  Penlc- 
costen  usque  gaudentvs  :i. 

Se  frapper  la  poitrine  est  un  geste  employé  comme 
signe  de  contrition  : 

Veniati  fundere  preces 
aut  pulsare  domum  stomachi  pro  delicto  diurno1. 

Après  Constantin  nous  verrons  la  liturgie  africaine 
recevoir  de  grands  développements,  tout  en  gardant  soi- 
gneusement les  éléments  originels  que  nous"  venons 
d'étudier.  F.  Cabrol. 

<Deorat.,  16,  P.  L.,  t.  i,  cl.  1275.  —  *  Ibid.,  23,  toc.  cit., 
col.  1298.  —  3De  cor.,  3,  P.  L.,  t.  u,  col.  99.  Pour  la  prière  a 
genoux,  les  bras  en  croix,  la  prière  avec  les  mains  croisées,  cf. 
encore  Monumenta  Ecclesur  liturgica,  t.  i,  n.  3995,  3996,  etc.  — 
*Commodien,  Instruct..  c.  xxxv,  vs.  3,  4.  —  «Ballerini,  Opéra 
S  Leo.iis.  P.  L.,  t.  lvi,  col.  879.  Cf.  Hefele,  Hist.  des  Conciles, 
trad.  Delarc,  t.  n,  p.  253,  254:  l'abbé  Malnory,  Saint  Césaire 
d'Arles,  503-543,  in-8%  Paris,  1894,  p.  vu  et  50.  —  °E.  Le  Blant, 


III.  AFRIQUE  (LITURGIE  POST-NICÉENNE  DE  L').  — 

I.  Sources.  II.  Année  ecclésiastique,  fêtes  des  martyrs, 
calendrier.  III.  Litanies  et  diptyques.  IV.  Dédicace  des 
églises.  V.  La  messe  en  Afrique  du  rve  au  VF  siècle,  lec- 
tures, graduel,  alléluia,  offrandes,  prières  litaniques, 
prières  du  canon,  Pater,  baiser  de  paix,  communion. 
VI.  Les  heures  canoniales,  le  chant  liturgique  et  la  psal- 
modie. VIL  Les  sacrements,  baptême,  confirmation,  ma- 
riage, etc.  VIII.  Hiérarchie.  IX.  Prière  pour  les  morts. 
X.  Acclamations.  XI.  Gestes  liturgiques.  XII.  Oraisons, 
doxologies,  formules.  XIII.  Recueils  liturgiques  et  livres. 
XIV.  Conclusion. 

I.  Sources.  —  Le  rve  siècle  est  pour  toute  la  liturgie 
chrétienne  le  commencement  d'une  époque  nouvelle.  A 
vrai  dire  elle  n'avait  jamais  été  considérée  comme  une 
institution  parvenue  à  maturité  et  à  laquelle  il  ne  fallait' 
pas  toucher.  En  dehors  de  quelques  formes  essentielles, 
comme  certains  rites  de  l'eucharistie  et  du  baptême, 
tout  le  reste  variait,  s'accroissait  et  se  transformait  sans 
cesse.  Mais  après  l'édit  de  Milan,  par  suite  de  la  liberté 
laissée  au  développement  du  culte,  de  l'introduction  dans 
l'Église,  par  ce  fait,  d'un  nombre  considérable  de  con- 
vertis, et  pour  plusieurs  autres  raisons  sociales  et  reli- 
gieuses, des  modifications  plus  importantes  encore  s'in- 
troduisent dans  le  culte  chrétien.  La  liturgie  va  donc  se 
transformer  selon  des  lois  nouvelles,  on  pourra  le  cons- 
tater presque  à  toutes  les  lignes  de  cette  histoire.  Pour 
cette  période  comme  pour  la  précédente,  la  liturgie 
d'Afrique  est  encore  la  seule  des  liturgies  latines  dont 
l'histoire  s'appuie  sur  des  textes  contemporains  assez 
nombreux  pour  permettre  une  reconstitution  un  peu 
complète. 

Comme  témoin  de  cette  période  nous  avons  surtout 
saint  Augustin  dont  l'activité  littéraire  s'étend  de  380 
à  430.  Dans  le  nombre  considérable  de  ses  ouvrages, 
il  n'en  est  aucun  qui,  à  proprement  parler,  ait  directe- 
ment pour  objet  la  liturgie,  mais  il  en  est  peu  où  l'on  ne 
puisse  trouver  quelque  renseignement.  Les  sermons 
surtout  nous  lournissent  la  mine  la  plus  abondante  de 
détails  précis  et  sûrs  pour  la  liturgie.  Ce  travail,  qui  n'a 
jamais  encore  été  tenté,  ne  peut  l'être  avec  tous  ses  déve- 
loppements à  cette  place,  mais  nous  en  donnerons  cepen- 
dant les  lignes  essentielles. 

En  dehors  de  saint  Augustin,  nous  trouvons  quelques 
textes  liturgiques  parfois  importants  dans  les  écrivains 
de  la  province  africaine,  Optât,  Marins  Victorinus,  Ful- 
gence  de  Ruspe,  Arnobe,  Tichonius,  Victor  de  Vile,  Fa- 
cundus,  Fulgence  Ferrand,  etc.,  qui  sont  édités  dans 
toutes  les  bibliothèques  des  Pères.  Il  y  faut  ajouter  Vere- 
cundus,  un  auteur  du  V  siècle,  mis  au  jour  par  dom 
Pitra  dans  le  Spicilegium  S  lesmense,  t.  iv,  et  les  con- 
ciles d'Afrique  de  cette  période.  Bien  entendu,  nous  ne 
nous  servons  pas  des  Actes  du  concile  dit  IVe  de  Car- 
thage.  qui  contiennent  de  très  intéressantes  prescriptions 
liturgiques,  mais  qui  ne  sont  pas  d'origine  africaine. 
Les  Ballerini  l'avaient  déjà  prouvé;  Maassen  a  démontré 
en  outre  que  cette  collection  de  canons  est  d'origine 
gallicane,  et  enlin  M.  Malnory  a  précisé  encore  en  les 
attribuant  à  saint  Césaire  d'Arles*. 

Les  inscriptions  africaines, fort  peu  nombreuses  avant 
le  IVe  siècle,  vont  se  multipliant,  et  quelques-unes  sont 
de  première  importance  pour  notre  sujet,  comme  l'ont 
démontré  Le  Blant,  De  Rossi,  le  cardinal  Pitra  et  le  car- 
dinal Lavigerie  6. 

II.  Année  ecclésiastique,  iètes  des  martyrs,  cuxn- 

a  propos  du  volume  vnr  du  Corpus  inser.  latin.  (Tnêcripi  - 
Afnc.T  lutour,  IBM),  dans  le  Journal  des  savants,  1888,  p.  886- 
309:  le  rnème,  Vépigraphia  chrétienne  en  Gaule  et  dans 
l  Afrique  romaine,  Paris.  1890,  in-81  ;  Mgr  Lavigerie,  De  Cvtilité 
d'une  mission  archéologique  permanente  à  Carthage,  lettre  à 
M.  e  secrétaire  de  l'Académie  '1rs  inscriptions  et  bettee-teNras, 
avril  1881;  Titra  et  De  Rossi,  De  tltulis  christiania  Corthogi- 
niensibus,  dans  Spicilegium  Solesmense,  t.  iv,  p.  497-539. 


mi 


AFRIQUE    (LITURGIE    POST-NICÉENNE   DE   L') 


G22 


crier.  —  Du  IIIe  siècle  au  rve,  do  Cyprien  à  Augustin,  une 
grande  étape  a  été  parcourue  et  de  nouvelles  fêtes  se  sont 
ajoutées  au  calendrier.  Celles  de  Pâques  et  de  la  Pentecôte 
avec  le  carême  ont  conservé  toute  leur  importance. 
Saint  Augustin  y  tait  de  fréquentes  allusions  dans  ses 
sermons.  Le  texte  du  psaume  hsecdies  quam  fecit  Domi- 
nus,  eoniltemus  et  Isetemur  in  ea,  et  ['alléluia  en  sont  les 
caractéristiques1.  Valleluia  est  répété  pendant  les  cin- 
quante jours  qui  suivent  et  qui  forment  avec  Pâques  '  une 
fête  continue,  d'où  tout  jeûne  est  banni 2.  Les  moines  eux- 
mêmes  quittent  leur  solitude  pour  venir  célébrer  cette  fête3. 

Le  carême  est  décrit  avec  beaucoup  de  précision.  Il 
consiste  en  une  période  de  quarante  jours  consacrés  au 
jeûne,  à  la  pénitence,  à  la  prière,  à  la  lecture  et  aux 
œuvres  de  charité4,  à  l'exception  des  dimanches  qui 
conservent  leur  caractère  de  joie.  Il  est  important  de 
remarquer  que  pour  saint  Augustin,  le  carême  commen- 
i  mit  exactement  quarante  jours  avant  Pâques,  le  nombre 
des  jours  de  jeûne  doit  être  diminué  de  tous  les  diman- 
ches qui  se  rencontrent  dans  ce  temps  5.  La  semaine 
sainte  et  surtout  le  vendredi  et  le  samedi  saints  sont 
marqués  d'un  caractère  plus  solennel  encore  et  consa- 
crés presque  entièrement  aux  offices  de  l'Église  6. 

Aux  fêtes  de  la  passion,  de  la  mort  et  de  la  résurrec- 
tion du  Christ,  se  sont  ajoutées  les  fêtes  de  la  naissance 
•et  de  la  manifestation  7.  L'Epiphanie  est  ici  distinguée 
très  nettement  de  Noël  et  rappelle  l'adoration  des  mages, 
la  manifestation  du  Messie  aux  gentils.  Plusieurs  ser- 
mons de  saint  Augustin  sont  consacrés  à  la  célébrer8. 

L'Ascension  est  fêtée,  dit  saint  Augustin,  toto  orbe 
terrarum;  il  la  met  sur  le  pied  des  grandes  solennités 
de  Pâques,  de  Pentecôte,  de  Noël.  Il  semble  considérer 
ces  fêtes  connue  d'institution  apostolique.  Il  ignore  évi- 
demment qu'elles  étaient  inconnues  de  Tertullien  et  de 
saint  Cyprien;  pour  l'une  d'elles,  l'Ascension,  il  parait 
démontré  que  son  institution  était  toute  récente  à 
l'époque  d'Augustin  n. 

La  Pentecôte  a  sa  vigile  solennelle  10. 

Le  premier  des  calendes  de  janvier,  commencement 
de  l'année  civile,  était  consacré  par  des  fêtes  païennes 
très  populaires.  En  Afrique,  comme  dans  d'autres  pro- 
vinces, il  était  bien  difficile  d'en  détourner  les  chrétiens. 
Pour  protester  contre  la  licence  et  les  orgies  de  ces  fêtes, 
on  institua  un  jeûne  qui  est  observé,  dit  saint  Augustin, 
in  universum  mundum  ii.  Peu  à  peu  la  fête  chrétienne, 
comme  en  beaucoup  d'autres  cas,  finit  par  supplanter  la 
lëte  païenne,  et  il  ne  resta  plus  de  cette  dernière  que 
quelques  innocents  souvenirs,  comme  les  souhaits  et  les 
étrennes. 

Les  commémoraisons  des  martyrs,  déjà  célébrées  au 
siècle  précédent,  deviennent  à  partir  de  la  lin  du  rvc  des 
fêtes  de  plus  en  plus  solennelles,  des  solemnia  ou  solem- 

1  Sermon.,  ccxxv,  P.  L.,  t.  xxxvm,  col.  1098.  —  -Sermon., 
cxxv,  loc.  cit.,  col.  696;  Sermon.,  ccx,  ccxliii,  cciji,  ccliv, 
cclv,  etc.,  col.  1049  sq.  Cf.  Epist.,  xxxvi,  P.  L.,  t.  xxxin,  col.  144. 

—  3  Epist.,  ccxiv,  ccxv,  P.  L.,  t.  xxxm,  col.  970.  —  *  Sur  le 
carême  et  les  fêtes  de  la  semaine  sainte  et  de  Pâques,  il  faut  lire 
surtout  Epist.,  lv,  Ad  Januarium,  P.  L.,  t.  xxxm,  col.  204  sq. 

—  5 Sermon.,  cev,  P.  L.,  t.  xxxvm,  col.  1039;  Sermon.,  cxxv, 
ccrx,  ccx,  toc.  cit.,  col.  696,  1046,  1047.  —  "Sermon.,  ccx.vm, 
ccxix,  ccxxi,  P.  L.,  t.  xxxvm,  col.  1084  sq.  —  7  Sermon., 
clxxxiv,  clxxxv,  clxxxvi,  CLXxxviii,  clxxxix,  etc.,  P.  L., 
t.  xxxvm,  col.  995  sq.,  et  t.  xlvi,  col.  981.  —  "Sermon.,  cxcix- 
cciv,  P.  L.,  t.  xxxvm,  col.  1026  sq.  —  9  Sermon.,  xevi,  P.  L., 
t.  xxxvm,  col.  586;  cclxii,  ibid.,  col.  1208;  Epist.,  liv,  P.  L., 
t.  Lxxxni,  col.  200.  Cf.  Paléographie  musicale,  t.  v,  p.  102.  — 
10  Sermon.,  ceux,  cclxvi,  P.  L.,  t.  xxxvm,  col.  1225,  1234.  — 
"  Sermon.,  cxcvm,  P.  L.,  t.  xxxvm,  col.  1024.  —  '*  Sermon., 
EU,  P.  L.,  t.  xlvi.  col.  979;  xin,  loc.  cit.,  col.  856;  ccxxxxv, 
t.  xxxvm,  col.  1293  etc.  —  <3  Sermon.,  m,  P.  L.,  t.  xlvi,  P.  L., 
col.  979.  —  "  In  psalm.  eu,  P.  L.,  t.  xxxvii,  col.  1317.  — 
"Sermon.,  cclxxx,  P.  L.,  t.  xxxvm,  loc.  cit.,  col.  1283.  — 
18  Sermon.,  ccxcv,  P.  L.,  t.  xxxvm,  col.  1352.  —  "In  psalm. 
lxuxviii,  t.  xxxvii,  col.  1130.  —  l*  Sermon.,  cclxxvi,  P.  L., 
t.  xxxvm,  col.   1257.  —  «•  Sermon.,  cccli,  P.  L.,  t.  xxxix, 


nilates,  ou  festivitales,  comme  on  les  appelle.  Elles 
sont  précédées  déjeunes  et  de  vigiles,  c'est-à-dire  d'un 
office  de  nuit.  On  leur  donne  encore  le  nom  de  natale 
ou  natalitia  ou  anniversaria,  parce  qu'elles  arrivent  une 
fois  par  an,  memoria  ou  patrocinia  la .  Les  termes  qui 
annoncent  la  fête  sont  les  mêmes  à  peu  près  dont  nous 
nous  servons  encore  dans  la  liturgie  romaine  :  femina- 
ruin  marlyrum  Guburbitanarum  solenmitatem  hodie 
celebramus. ..;...  nalalilia  celebramus12;  quorum  memo- 
riam  hodie  celebramus  li;  solemnitates  eorum  devotis- 
sime celebramus  l$  ;  diem  festum  celebramus ,6  ;  quorum 
nalalitia  celebramus  sanguinem  suum...  fuderunt*1; 
quse  provincia...  non  gaudel  celebrare  martyrem^. 

Quelquefois  même,  surtout  lorsque  la  fête  était  célé- 
brée de  nuit  sur  le  tombeau  ou  Memoria  d'un  martyr, 
elle  dégénérait  en  orgie,  et  saint  Augustin,  à  la  suite 
d'autres  évêques,  est  obligé  de  protester  vivement  contre 
ces  excès.  Cur  te  nalalitia  {marlyrum)  conviviis  lurpi- 
bus  celebrare  delectat,  et  eoruno  vitam  sequi  honestis 
moribus  non  delectat 19. 

Notons,  parmi  les  principales  fêtes,  celle  de  saint  Cy- 
prien, sanctissimus,  solemnissimus  dies 20,  que  l'on  célè- 
bre à  son  tombeau,  sed  quoniam  perendino  die,  id  est 
quarla  sabbati,  non  possumus  ad  mensam  Cypriani 
convenire  quia  festivitas  est  sanctorum  marlyrum; 
crastino  die  ad  ipsam  mensam  conveniamus  21  ;  la  fête 
de  saint  Etienne  au  26  décembre  au  lendemain  de  la 
naissance  du  Christ22;  la  fête  des  saints  Innocents23; 
saint  Jean-Baptiste,  très  solennellement  honoré  à  deux 
reprises,  une  lois  à  l'anniversaire  de  sa  naissance,  une 
autre  fois  à  celui  de  sa  mort,  et  dont  la  fête  supplante 
une  vieille  solennité  païenne  avec  les  feux  de  joie  et  des 
réjouissances  de  toute  sorte24;  la  fête,  très  solennelle 
aussi,  des  apôtres  saint  Pierre  et  saint  Paul,  qu'il  célè- 
bre en  plusieurs  sermons  éloquents23;  la  fête  des  Macha- 
bées  2G  ;  celle  de  saint  Laurent 21  ;  celle  de  saint  Vincent, 
le  martyr  espagnol,  dont  il  dit  :  quse  hodie  regio,  quseve 
provincia  ulla,  quousque  vel  romanum  imperium  vel 
chrislianum  nomen  extenditur  natalem  non  gaudet 
celebrare  Vincenlii  28  ;  les  martyrs  milanais  saints  Ger- 
vais  et  Protais  M. 

L'épigraphie  nous  a  conservé  aussi  le  souvenir  de 
mémorise  et  d'autels  consacrés  aux  martyrs  ou  d'épi- 
taphes.  Nous  ne  citerons  que  les  suivants  ■ 

1»  MEMORIA  BEATISSIMO 
RVM  MARTYRVM  ID  EST 
ROGATI  MATENIE  NASS 
El  MAXIM/E  QVEM  PRI 
MOSVS  CAMBVS  GENITO 
RES  DEDICAVERVNT  PAS 

SI  XII  KAL  NOVM  $  CCXC  PROV  3" 

col.  1548;  Sermon.,  xm,  P.  L.,  t.  xlvi,  col.  S57.  Cf.  Epist.,  xxil, 
xxix,  P.  L.,  t.  xxxm,  col.  91, 115;  De  civit.  Dei,  1.  VIII,  c.  xxvn, 
P.  L.,  t.  xli,  col.  255  ;  Contra  Faustum,  ibid.,  t.  xlii,  col.  385. 
— 20 Sermon., cccix-cccxm,  P.L.,t.xxxvm,col.l412sq.  —  "In 
psalm.  lxxx,  P.  L.,  t.  xxxvn,  col.  1046.  Cf.  Epist.,  cli,  P.  L., 
t.  xxxvm,  col.  648.  Cf.  Afrique  (Archéologie),  col.  061.  —  --Ser- 
mon., cccxv,  P.  L.,  t.  xxxvm,  col.  1426.  —  S3  De  libero  ar- 
bit.,  1.  m,  c.  xxiii,  P.  L.,  t.  xxxii,  col.  1304.  —  «  Sermon., 
cc.LXXViii,  ccclxxx  (avecquelquesdoutes  sur  l'authenticité),  P.  L., 
t.  xxxix,  col.  1675;  vm,  P.  L-,  t.  xlvi,  col.  991  sq.  ;  cf.  Sermon., 
cclxxxviii-ccxc,  ccxcn,  ccxciii,  P.  L.,  t.  xxxvm,  col.  1302 
sq.  —  «Sêî-w  on.,  ccxcv,  ccxcvm,  ccxcix,  P.  L.,  t.  xxxvm, 
col.  1343  sq.  —  !li  Sermon.,  ecc,  P.  L.,  t.  xxxvm,  col.  1379.  — 
î7  Sermon.,  ccciv,  P.  L.,  t.  xxxvm,  col.  1395.  —  S8  Sermon., 
cclxxvi,  P.  L.,  t.  xxxvm,  col.  1257.  —  -9  Sermon.,  cclxxxvi, 
P.  L.,  t.  xxxvm,  coL  1299;  Confessiones,  P.  L.,  t.  xxxii,  col.  770. 
Cf.  A.  Toulotte  :  Le  culte  des  saints  Sébastien,  Laurent,  etc.,  aux 
V  et  vr  siècles,  dans  les  provinces  africaines,  etc.  ;  Le  culte  de 
saint  Etienne  en  Afrique  et  à  Borne,  les  deux  articles  dans  Nuovo 
bullettino  di  arch.  crist.,  1902,  p.  205-217.  —  '"Troupel,  dans  le 
Bull.  d'Oran,  1882,  n.  11,  p.  124;  n.  12,  p.  2;  et  1883,  il.  57,  p.  210; 
Héron  de  Villelosse,  dans  le  Bull,  épigr.  de  la  Gaule,  t.  n,  1882 
p.  149;  S.  Schmidt,  dans  Ephem  etiir.  t,  v  1884,  p.  479,  n.  1041. 


623 


AFRIQUE    (LITURGIE   POST-NICÉENNE   DE   L') 


G24 


3» 


111.  —  Ciboiïum  '. 
D'après  le  Ballet,  d'archéologie,  1877,  pi.  vm. 


112.  —  Mensa  d'un  martyr. 

Louvre.  Sollc  des  antiquités  chrétiennes1.  D'après  l'original 

4°  [INSONS 

MARTIRIB  SANCTIS  PROMISSA  COLONICVS 
SOLVIT  VOTA  S  VA  LAETVS  CVM  CONI VGE  CAR  A 
HIC  SITVS  EST  IVSTVS  HIC  ATQ  DECVRIVS  VNA 
QVI    BENE    CONFESSI    VICERVNT    ARMA    MA- 

[LIGNA 
5     PRAEMIA  VICTORESCHRISTI  MERVERE  CORO 

[NAM  3 
5»  HIC  MM   SCOR 

STEFANI  ET 
LAVRENTI 
LVLIANI 
5     POSSVY 
XII  rU.  APRL 
ABORI  ET 
SCÏ  STEFANI 

Hic  m[e\n>(oriœ)  s(an)c(t)or(um)  Stefani  et  Laurenli 
[et]  Lvliani  pos(itee)  su[nt]  xn  K{a)l(endas)  Apr(i)l(es) 
[N\abori  et  s(an)c(t)i  Stefani**. 

Une  inscription  de  Cirta,  justement  célèbre,  nous  ra- 
mène la  formule  déjà  signalée  dans  Tci  tullien,  formule 
de  martyrologe  ou  de  diptyques  : 

+  llll-NON-SEPT-PASSIONE  MARTVR 
ORVM  HORTENSIVM  MARIANI    ET 
IACOBI  DATI  IAPIN  RVSTICI  CRISPI 
TATI  METTVNI  BICTORIS  SILBANI  EGIP 

5     Tll   SCTÏM   MEMORAMINI  INCONSPECTV  DNI 
CVARVM  NOMINA  SCIT  IS  QVI  FECIT  fND  XV  « 


'  Bosredon,  dans  le  Recueil  de  Constantine,  1876-1877,  p.  380; 
De  Rossi,  Bull,  di  archeol.  crist.,  1877,  p.  97,  pi.  8;  Corpus 
inscript,  latin.,  t.  vm,  n.  10693.  —  «  De  Rossi,  Bull,  di  archeol. 
crist.,  1888-1889,  p.  97,  note  1  ;  Audollent  et  Letaille,  dans  les 
Mélanges  d'arch.  et  d'hist.,  t.  x,  p.  530,  n.  97;  Corpus  inscript, 
latin.,  t.  vin,  n.  16660.  —  »De  Rossi,  Bullett.  di  archeol.  crist.. 
1875,  p.  171  ;  1876,  pi.  3,  n.  1  et  p.  59;  Goyt.  dans  la  Bévue  de  Cons- 
tantine, 1876-1877,  p.  346  ;  Corpus  inscript,  latin.,  t.  vm,  n.  8631. 
—  «Rerbrugger,  dans  la  Bévue  afric,  t.  m,  p.  104;  Corpus  in- 
teript.  latin.,  t.  vm,  n.  8632.  —  •  Voir  col.  595.  Pour  les  variantes, 
cf.  Carette,  dans  les  Mémoire»  de  l'Acad.  des  inscr.  et  belles- 


Plus  intéressante  encore  est  la  suivante,  qui  semble 
aussi  une  page  de  martyrologe  ou  peut-être  de  dip- 
tyques (fig.  13). 


//    T  R 

*S  Afc~t*I  B1CΰR  M*  ROMANVS  û'C^PTR»! 
'FElfRSqii  TTO  TR  FEK'  CI/^CF  EK  *  <,  R  (,R  1 
FEKRÇATZ     AONATS"M*  TU1BERT5   FqCSCREê 

Nive   ptmi  Roqa  c«nirozarVz  rrKARiA  bvûa 

AOHATIN2    MARICX2   BUOR  '  MVR1  *  FV<ON   K.A 
Ai?  »N    kONAÂ7   BONIFATÙ   NATAMC2   BIC'TRIAH 
NATAMCV     IINV    CjAV?IOV    RoMANV   1 
£C    HoMtNA  JN°MIMA    N°I2    PAtTIA    SI 


INVKVs/ 
1HC,VK| 


113.  —  Catalogue  de  martyrs. 
D'après  le  Corpus  inscript,  latin.,  t.  vm,  n.  16396. 

Lig.  -1.? 

Lig.  2...  n{us)lv(ibnnus)  m(ilitum)  Fo[rtensium]  Be- 
ne7i[ul\us. 

Lig.  3  ..  Abdi(a);  Bictor  m(artyrf);  Romanus  d(ia) 
c{onu)s  p(resby)t(e)ros  (ou  Petros?.) 

Lig.  4.  Fel(ix)  :  Bog(a)t(u)s...  tr{ibunus?);  Fel(ix); 
Cin(namus?)  ;  Fel(ix];  Gr(e)g(o)ri[us], 

Lig.  5.  Fel(ix);  R(o)ga[tu]s ;  Donat(n)s  m(artyr)  »i(os- 
ter?);  Liber(a)tus ;  F(eli)c(u)l(u)s ;  Cre(s)conius. 

Lig.  6.  P(ater)ni?;  Rog(atu)s  Contvosar(i)us  (contro- 
versarius,  De  Rossi)  (nom  de  femme?) 

Lig.  7.  Vonati(a)n(u)s ;  Maricl(u)s,  Bi(ct)or  M(a?) 
ari;  Fuzon;  Kadizon(9). 

Lig.  8.  Dona(t)u(s)  ;  Bonifati(u)s,  Natalic(v)s ;  Bic- 
t(o)rian(ns). 

Lig.  9.  Natalic(u)s  ;  Tinu(s)  Gauzio(s)u(s),  Romanu(sy 
lmdus. 

Lig.  10.  (Ha)ec  nomina  in  omilia  ;  no(min)is  patria 
singul(a)  6. 

Dans  le  même  genre.  l'Eglise  de  Carlhage  nous  offre 
un  document  plus  complet,  c'est  le  calendrier  décou- 
vert par  Mabillon  et  qui  représente  la  liste  des  martyrs 
fêtés  par  l'Église  catholique  de  Carthage  au  commence- 
ment du  vie  siècle;  c'est  le  plus  ancien  calendrier 
connu  ;  il  parait  avoir  été  versé  dans  le  martyrologe  dit 
hiéronymien,  avec  d'autres  listes  de  saints  africains; 
celles-ci  proviennent  sans  doute  de  catalogues  de  diverses 
Églises  africaines,  hypothèse  de  M9r  Duchesne  dans  son 
édition  du  Marturologium  hieronymianum,  p.  lxxxii, 
combattue  par  Âchelis,  Die  Martyrologien,  ihre  Ges- 
chichte  und  ilir  Werth  T,  mais  reprise  et  appuyée  par 
Gsell 8.  Nous  n'avons  pas  à  reprendre  cette  discussion 
ici.  Voir  Calendriers.  Il  nous  suffit  de  renvoyer  à  ces 
documents  africains  comme  aux  pièces  martjrologiques 
les  plus  curieuses  des  liturgies  latines.  Voir  aussi  le  §  iv, 
Dédicaces. 

Un  autre  point  intéressant  à  noter  pour  le  culte  des 
martyrs  en  Afrique,  c'est  la  prescription  du  canon  36 
du  IIIe  concile  de  Carthage  en  397  qui  permet  «  le  jour 
de  la  commémoraison  des  martyrs,  de  lire  leurs  actes  à 
l'église  »  (à  la  première  partie  de  la   messe) 9.  L'Église 

lettres,  1843,  série  II',  t.  I,  p.  214;  Delamare,  Explor.  scientii'. 
de  l'Algérie,  in-fol.,  Paris,  1850.  pi.  136,  n.  1  ;  Renier,  Recueil  de» 
inscr.  d'Algérie,  n.  2145;  Corpus  inscr.  latin.,  t.  vm,  n.  7924; 
Aube,  L'Église  et  l'État  dans  la  seconde  moitié  du  ir  siècle, 
p.  406.  Cf.  aussi  Actes  des  mahtybs,  col.  416.  —  *  Corpus  inscr. 
lalvi.,  t.  vm,  n.  16396.  —  'Dans  Abhandl.  der  kônigl.  Gcsell. 
der  Wissensch.  zuGôttingen  [1900],  t.  m,  n.  3.  —  •  Gsell,  Chro- 
nique arch.  africaine,  dans  les  Mél.  d'arch  et  d'hist.  de  CÈcole 
franc,  de  Borne  (1891).  t.  xxi,  p.  207-209.  Cf.  Duchesne,  dans  Bull. 
di  arch.  crist. ,1900,  t.  vu,  p.  81.  —  «Mansi,  Concilia,  t.  m,  col.  916- 
930.  Cf.  Héfélé,  Hist.  des  conciles,  trad.  Delarc,  t.  245  n,  p.,  261. 


625 


AFRIQUE    (LITURGIE   POST-NICÉENNE   DE   L') 


d'Afrique  était  plus  riche  qu'aucune  autre  en  fait  d'actes 
des  martyrs,  actes  authentiques  et  de  première  valeur. 
Voir  Actes  des  martyrs,  col.  379  sq.  Ce  t'ait  liturgique, 
à  certain  point  de  vue,  paraît  une  innovation  dans  le 
système  des  lectures. 

III.  Litanies  et  diptyques.  —  Martyrologes  et  dip- 
tyques sont  étroitement  apparentés  dans  la  liturgie  pri- 
mitive. Les  inscriptions  que  nous  avons  citées  précé- 
demment semblent  tenir  également  de  l'un  et  de  l'autre. 
D'intéressantes  particularités  que  nous  recueillons  dans 
saint  Augustin  nous  rendront  le  fait  plus  évident  encore. 
On  sait  que  sur  ces  diptyques  les  martyrs  sont  invoqués  à 
part,  et  l'on  ne  prie  pas  pour  eux,  tandis  que  les  défunts 
sont  nommés  aussi  à  leur  tour,  mais  on  prie  pour  eux. 
Vnde,  dit  saint  Augustin  quod  norunt  fidèles  distincti  a 
defunctis  loco  suo  martyres  recitantur  necpro  eisora- 
tur  sed  eorum  orationibus  Ecclesia  commendatur l .  Et 
ailleurs  :  Quod  fidèles  noverunt,  cum  martyres  eo  loco 
recitantur  ad  allare  Dei,  ubi  non  pro  ipsis  oretur,  pro 
cœteris  autem  convnierr  oratis  defunctis  or atur-.  Saint 
Augustin  insiste  sur  cette  distinction  essentielle  pour 
lui  :  Ideo  proillis  (martyribus)  Ecclesia  non  orat.  Pro 
aliis  fidelibus  defunctis  oratur,  pro  martyribus  autem 
non  oratur...  sed  eorum  potius  orationibus  se  com- 
mendat  Ecclesia3...  Perhibet  enim  prxclarissimum  te- 
stimonium  ecclesiastica  auctorilas  in  qua  fidelibus 
notum  est,  quo  loco  martyres  et  quo  defunctse  sancli- 
moniales  ad  altaris  sacramenta  recitantur1'.  Enfin  nous 
savons  que  l'on  récite  une  série  de  noms  de  vingt 
martyrs  et  ces  martyrs  sont  honorés  par  les  fidèles 
d'un  culte  particulier5.  Les  paroles  suivantes  pourraient 
faire  supposer  que  la  mémoire  des  morts  se  faisait  du- 
rant les  prières  du  canon,  et  se  rattachait  d'assez 
près  à  la  communion  :  Neque  enim  plorum  animse 
morluorum  separantur  ab  Ecclesia  (scilicet  separantur 
ab  animis  martyrum?).  Alioquin  nec  ad  allare  Dei 
fieret  eorum  memoria  in  communicatione  corporis 
Chris ti6.  Leurs  reliques  sont  honorées,  on  les  porte  en 
procession,  on  les  place  sous  l'autel,  cependant  on  ne  les 
honore  pas  comme  des  dieux,  mais  comme  des  hommes1. 

Grâce  à  certains  rapprochements  de  textes  nous  arri- 
vons à  reconstituer  presque  entièrement  la  prière  lita- 
nique  africaine,  qui,  elle  aussi,  est  en  relation  avec  les 
diptyques.  L'Église,  dans  ces  oraisons,  prie  donc  pour  les 
rois  et  pour  tous  ceux  qui  sont  constitués  en  dignité8. 
Elle  prie  par  la  bouche  suppliante  des  prêtres  non  seu- 
lement pour  les  fidèles,  mais  pour  les  infidèles  afin 
qu'ils  croient;  elle  prie  pour  ses  ennemis9,  pour  ceux 
qui  ne  veulent  pas  croire  ut  Deus  operetur  in  Mis  et 
velle  10,  ut  aperiat  Dominus  Mis  sensum  et  intelligant 
scripturas  •  ' .  A  ces  textes  de  saint  Augustin,  il  faut  ajouter 
ceux-ci  :  orat  ut  increduli  credant...  ut  credentes  per- 
sévèrent...\Oravimus]pro  infidelibus  inimicisut  crede- 
rent...Daillis,  Domine,  in  teperseverareusqueinfinem. 
Amen...  Audis  sacerdotem  Dei  ad  allare  exhortantem 
populum  Dei  orare  pro  incredulis  ut  eos  Deus  concer- 
tât ad  fidem,  et  pro  catechumenis  ut  eis  desiderium  re- 
generationis  inspiret  et  pro  fidelibus,  ut  in  eo,  quod  esse 
cœperunt,  ejus  munere persévèrent,  vel  ipsum  (sacerdo- 
tem) clara  voce  orantem,  ut  incredulas  génies  ad  fidem 
suam  venire compellat,...  non respondebis  Amen  '*. 

Ces  diverses  oraisons  sont  précédées  d'une  exhortation 
ou  sorte  de  prologue,  comme  nos  oraisons  litaniques  du 
vendredi  saint,  qui  présentent  du  reste  de  grandes  ana- 

'  Sermon.,  ccxcvii,  P.  L.,  t.  y-xvm,  col.  1360.  —  «  Ser- 
mon., eux,  ibid.,  col.  868.  —  3  Sermon.,  cclxxxv,  ibid., 
col.  1295.  Ct.  Sermon.,  cclxxxiv,  ibid.,  col.  1291.  —  «  De  sancta 
virginitate,  c.  xj.v,  n.  46,  P.  L.,  t.  XL,  col.  423.  —  »  Sermon., 
cccxxv,  P.  L.,  t.  xxxviit,  col.  1448.  —"De  civit.  Dei,  1.  XX, 
c. ix ;  1.  XXII,  c.  vin,  P.  L.,  t.  xli,  col.  764  sq.  —  ''De  civit.  Dei, 
toc.  cit.,  col.  772.  Cf.  Sermon.,  cccxvm,  P.  L.,  t.  xxxvm, 
col.  1438.  —  ■  De  civit.  Dei,  1.  XIX,  c.  xxvi,  P.  L.,  t.  xli,  col.  656. 
—  •  Contra  Julian.,  1.  VI,  c.  xli,  P.  L.,  t.  xlv,  col.  1606,  et  t.  xi.iv, 


logies  avec  les  litanies  africaines,  encore  que  les  formules 
que  nous  venons  de  citer  portent  un  caractère  africain 
très  prononcé,  nous  dirions  presque  un  caractère 
augustinien  ". 

Il  y  a  des  prières  pour  demander  la  pluie,  numquid 
non  ab  Mo  et  hodic  et  lieri  ct  nudiustertius  pluviam 
petimus  •  *. 

IV.  Dédicace  des  églises.  —  La  dédicace  des  églises, 
par  le  rite  de  la  déposition  des  reliques  qui  eo  est  le 
centre  dans  certaines  liturgies,  est  liée  au. culte  des 
martyrs  et  par  suite  à  celui  des  morts.  L'autel  est  une 
tombe  où  repose  un  martyr.  C'est  pourquoi  nous  traitons 
à  cette  place  du  rite  de  la  dédicace. 

L'Église  en  Afrique  est  appelée  dominicum  ou  basi- 
lica,  dominicum  au  temps  de  saint  Cyprien,  basilica 
est  le  terme  dont  se  sert  d'ordinaire  saint  Augustin  :s. 

Saint  Optât  reproche  aux  donatistes  d'avoir  exorcisé 
et  lavé  avec  de  Veau  salée  les  murailles  des  églises 
catholiques.  Cette  désécration  semble  bien  être  la  con- 
trefaçon d'une  cérémonie  chrétienne  de  la  dédicace,  dans 
laquelle  on  lave  d'eau  bénite  et  de  sel  les  murs  de 
l'église.  D'autant  plus  qu'à  cette  occasion  saint  Optât  pro- 
nonce cette  apostrophe  de  l'eau,  conservée  dans  la  litur- 
gie romaine: 

Saint  Optât.  Préface  romaine 

de  la  bénédiction  des  fonts. 

O  aqna...  super  quani  ...  Creatura  aqux...  cit- 
ante ipsos  natales  mundi  jus  (Dei)  spirilus  super  te 
sanctus  Spirilus  fereba-  ferebatûr...  Cui  (Deus)  ta 
tur...  qum  lavasii  terrant,  totam  terram  lavare  prœ- 
Oaqua  quse  sub  Moxjse,  ut  cepit.  Qui  te  in  deserto 
naturalem  amaritudinem  amaram,  suavitate  indila, 
perderesindulcatalignotot  fecit  esse  potabilem,  et  si- 
populorum  pectora  suavis-  tienti  populo  de  pelra  pro- 
simis  hauslibus  satiasti,  duxit. 
etc.  »*. 

On  verra  aussi  (Cf.  Messe,  col.  634)  que  l'autel  con- 
tient des  reliques  des  martyrs,  comme  au  rite  romain,  qui 
diffère  en  cela  du  milanais.  Saint  Augustin  nous  dira  plus 
loin  qu'on  se  sert  du  signe  de  la  croix  pour  la  consé- 
cration des  autels,  la  dédicace  des  basiliques  et  la  bé- 
nédiction des  baptistères. 

L'épigraphie  africaine  nous  fournit  aussi  sur  ce  point 
un  supplément  intéressant.  Elle  nous  donne  des  titres 
des  invocations  et  des  acclamations  dont  plusieurs  sont 
restés  dans  la  liturgie  de  la  dédicace  romaine.  Voici 
l'inscription  trouvée  à  Turca: 

[PEREGRINIS  ET  P... 
HEC     PORTA     DOMVS     EST     ECRESIE     PATENS 


ALIMENTIS    QVE    PARVIS 


■rjàr  ni 


MIS   ANG. 


H(a)ec  porta  domus  est  ec(cl)esi(a)e,  patens  peregrinis 
et  p[auperibusf]  alimentisque  parvis  nimis  ang[usto 
adituf]  » 


DDIE    t      CRIS 
T  I    FECI  T      a  v 

/Ideo   DaTvsN 


D(omuni)  D(ei)  e[t]  Crisli  fecit  Adcodatus**. 

col.  744.  Cf.  De  bono  persev.,  toc.  cit.,  t.  xlv,  col.  1031.  —  ,0  De 
prœdest.,  P.  L.,  t.  xliv,  col.  972.  —  «  Epist.,  clxxxv,  P.  L., 
t.  xxxiii,  col.  793.  —  «  De  dono  persev.,  c.  vu,  xxm  ;  Epist., 
ccxvn,  Ad  Vital.,  P.  L.,  t.  xlv,  col.  1002, 1031,  et  t.  xxxm, 
col.  978.  —  •«  Epist.,  ccxvn,  P.  /..,  t.  xxxm,  col.  978,  988.  — 
«  Sermon.,  lvh,  P.  L.,  t.  xxxvm,  col.  387.  —  •»  Mone,  Latei- 
nische  u.  griechische  Messen,  p.  88-89.  —  ">  De  schismate  Do- 
nat.,  1.  VI,  c.  vi,  P.  L.,  t.  xi,  col.  1078.  —  «  Corpus  inscr, 
latin.,  t.  vin,  n.  839.  —  *•  Ibid.,  n.  992. 


•627 


AFRIQUE    (LITURGIE    POST-NICÉENNE   DE   L') 


028 


Cet  autre  s'est  contenté  du  mot  ECCLESIA  SANCTA, 
présenté  dans  tous  les  sens  par  un  jeu  de  combinaisons 
•qui  parait  bien  un  peu  puéril  '  : 


A 

1 

S 

E 

L 

C 

E 

C 

L 

E 

S 

1 

A 

1 

S 

E 

L 

C 

E 

A 

E 

C 

L 

E 

S 

1 

S 

E 

L 

C 

E 

A 

T 

A 

E 

C 

L 

E 

S 

E 

L 

C 

E 

A 

T 

C 

T 

A 

E 

C 

L 

E 

L 

C 

E 

A 

T 

C 

N 

C 

T 

A 

E 

C 

L 

C 

E 

A 

T 

C 

N 

A 

N 

C  T 

A 

E 

C 

E 

A 

T 

C 

N 

A 

s 

A 

N 

C 

T 

A 

E 

C 

E 

A 

T 

C 

N 

A 

N 

C 

T 

A 

E 

C 

L 

C 

E 

A 

T 

C 

N 

C 

T 

A 

E 

C 

L 

E 

L 

C 

E 

A 

T 

C 

T 

A 

E 

C 

L 

E 

S 

E 

L 

C 

E 

A 

T 

A 

E 

C 

L 

E 

S 

1 

S 

E 

L 

C 

E 

A 

E 

C 

L 

E 

S 

1 

A 

1 

S 

E 

L 

C 

E 

C 

L 

E 

S 

1 

A 

10 


IN  NOMINE  DNI  Dl  N  ATQUE 

SALBATORIS  ihv  XPIc? 

TEMPORIB  BIR1  BEATISSIMIc? 
FAVSTINI  ERSCIMEC  MVNITIO  FVNV 
MASTICANA  EX  VNTO  PROPRIO  FECIT 

In  nomine  D(omi)ni  D(e)i  n(ostri)  atque  salbatoris 
Jh(es)u  Chr(ist)i  Tempor(ib(us)  biri  (viri)  bealissimi 
Fauslini  e\p](i)sc(op)i,  [ha^cf  Munitio  Fun[d\umasti- 
cana  exun[t\o  (ex  sumptu?)  proprio  fecit2. 

Vin  nomine  Domini  aique  Salvatoris  est  usité  plus 
d'une  fois  dans  le  latin  liturgique  d'Afrique.  L'Hic  exau- 
dietur  omnis  qui  vocat  nomen  Domini  de  la  suivante 
rappelle  des  oraisons  et  antiennes  de  la  dédicace  ro- 
maine, quelques  variantes  sont  discutées;  nous  suivons 
la  lecture  de  De  Rossi  : 

^  HC  DOMVS   Dl   NOS(tri)  xqi   HC  AVITATIO   SPS 

[SCI   P\aracleli 
+  HC  MEMORIA  BEATI  MARTIRIS  DEI  CONSVLTI 

pi  aei  wmm. 

+  HC  EXAVDIETVR   OMNIS  QÏ  INVOCAT  NOMEN 
.      [DNI  Dl  OMNIPOT[e«tis 

-]--  VR    HOMO    MIRA    RIS  DÔ~   IVBANTE    MELIORA 

[videvis  a  mm  xi» 

Autres  formules  à  noter  : 


ARAM  DEO 
SANCTO  AETERNQ* 


'  Moniteur  algérien,  4  oct.  1843  ;  A.  Berbrugger,  dans  la  Revue 
africaine,  t.  I,  p.  429;  Delaporte,  ibid.,  t.  XII,  p.  146;  Prévost,  dans 
la  Revue  archéol.,  1847,  pi.  78;  L.  Renier,  Rec.  des  inscr.  rom. 
d'Algérie,  in-fol.,  Paris,  1855,  n.  3703;  Corpusinscr.  latin.,  t.  vin, 
n.  9710.  —  *  Luc  de  Bosredon,  dans  le  Recueil  de  Constantine, 
1873-1874,  pi.  in,6,  et  p.  67  ;  Héron  de  Villelosse,  dans  les  Arch.  des 
musions  sciera <y.,  1875,  p.  494,  n.  228  ;  Corpus  inscr.  latin.,  t.  vm, 
1..2079.  Autre  exemple  de  Vin  Nomine  Christi  Domini  et  Salva- 
toris nostri,  dans  Gsell,  Les  monuments  antiques  de  l'A  Igérie, 
t.  n,  Édifices  du  culte  chrétien,  p.  161  et  alibi.  —  s  Poulie,  dans 
le  Rec.  de  Constantine,  1871-1872,  p.  421;  Bosredon,  ibid.,  1876- 

1877,  p.  378  ;  Corpusinscr.  latin.,  t.  vm,  n.  2220,  et  addition,  p.  948, 
et  supplément,  n.  17614,  17714;  De  Rossi.  Bull,  di  archeol.  crist., 

1878,  p.  8;  Gatti,  ibid.,  1884-1885,  p.  37  ;  De  Rossi,  La  capsella  ar- 
gentea  africana,  in-fol.,  Rome,  1889,  p.  17.  —  *  Moniteur  algérien, 
4  oct.  1843;  Revue  afric,  p.  430;  Pontier,  Souvenirs  d'Algérie, 
1850,  p.  70;  Corpus  inscr.  latin.,  t.  vm,  n.  9704.  —  »  Farges, 
dans  le  Bull,  de  VAcad.  d'Hipponc,  t.  xvur,  p.  31  ;  De  Rossi,  Bull, 
di  archeol.  crist.,  1877,  p.  97  sq.  ;  Gatti.  ibid.,  1K8'j-1885,  p.  36  sq. 
—  «  Farges,  dans  le  Bull,  de  l'Acad.  d'Hipponc,  t.  xvm,  p.  122; 
DeRossi,  La  capsella  argentea,  p.  30;  Corpus  inscript,  latin., 
t.  vm,  n.  17608.  —  '  Reboud,  dans  la  Revue  africaine,  1869, 
t.  ix,  p.  271;  Corpus  inscr.  latin.,  t.  vm,  n.  5176.  —  «Poulie, 


2e  HIC  E  [si  dom 

VS  [Dei  hic 
MEMO   [rix 
APOSTOL[or.  et 
5     BEATI   EMERI 
Tl  GLORIOSI 
CONSVLTI 

Lig.  4.  Apostolorum  (scil.  Pétri  et  Pauli). 
Lig.  7  Consulti  (id  est  Jurisconsulte^. 

3» 

HIC  EST  MEMORIA  SANCTORUM 

^  PRIMI  ET  QVINTASie  ^      /A    ___ 


Sur  une  tuile  d'église,  cette  marque  de  fabrique: 

ECCLESI 
AxF^   TOLI 
/K     EX  OFI 


BEATAM 
A  M       CA 
CAM 
NA  FORT 


rICI 
UNATIANP 


La  suivante  nous  prouve  qu'il  y  avait,  dans  les  églises 
d'Afrique  comme  dans  celles  de  Milan,  un  cancel  oour 
les  vierges  : 


Virginum  canc(elli)b(onis)  6(<?ne)8. 

Notons  encore  ces  titres  ou  invocations  :  Domus  Dei 
perfecla9,  domus  oralionis  celebratui  (sic) ,0,  pax  in- 
tranti  (islam)  januani  (pax  et  reme)antin,  in  mente 
habeas...  servum  Dei...  Deo  vivas1-,  hic  domus  oratio- 
nis13;  sur  un  fronton  d'église  trouvé  à  Philippeville  et 
du  ivc  siècle,  on  lit  cette  longue  inscription  : 

Magna  quod  adsurgunt  sacris  fasligia  tcrlis. 

Quai  dédit  officiis  sollicitude  piis; 
Martyi'is  ecclesiam  venerando  nomine  Dignse 

Nobilis  autistes  perpeluusque  pater 
Navigius  posuit  Crisli  legisque  minister 

Suspiciant  cuncti  religionis  opns  '*. 

On  en  trouvera  quelques  autres  exemples  dans  les 
deux  mémoires  de  M.  Gsell 15. 


dans  le  Recueil  de  Constantine.  t.  xxv,  p.  412:  Papier,  dans 
les  Comptes  rendus  de  l'Acad.  rf'Hippone,1888,  p.  cxx  ;  Audollent 
et  Letaille,  dans  les  Méi.  d'arch.  etd'hist.,i.  x.  p.  506,  n.  77.  Q.  S. 
Ambroise,  De  lapsu  virg.,  c.  vi,  n.  24,  P.  L..  t.  xvt,  col.  390* 

—  •  Dewulf,  dans  le  Recueil  de  Constantine,  1867,  p.  233  ;  Cor- 
pus inscript,  latin.,  t.  vm,  n.  4792.  —  *" Corpus  inscript,  latin., 
t.  vm,  n.  8429.  —  '■  Moniteur  algérien,  déc  1845;  Berbrugger, 
dans  Akhbar,  22  janv.  1846,  et  Revue  africaine.  L  v,  p.  366; 
M«*  Dupuch,  Mandement  du  carême,  1846;  Renier,  Recueil 
des  inscr.  rom.  de  l'Algérie,  n.  4058;  Rossi,  Bull,  di  archeol. 
crist.,  1878,  p.  32;  Co>-pus  inscr.  latin.,  t.  vm,  n.  9271.  —  «Ber- 
brugger, dans  la  Revue  africaine,  t.  xit,  p.  144;  Prévost,  dans 
la  Revue  archéol.,  1847,  p.  664,  pi.  78;  Renier.  Recueil,  etc., 
loc.  cit.  ;  Corpus  inscri/it.  latin.,  t.  vm,n.  9708.  Pour  la  formule 
In  mente  habeas  que  nous  retrouvons  ici,  voir  plus  haut,  ooL 

—  '3  Bull,  de  correspondance  alrirainr,  1885,  p.  223,  n.  923; 
Corpus  inscript,  latin.,  t.  vm,  n.  11444.  — '»Gouilly,  dans  le 
Bull,  de  corresp.  afric.  t.  m.  n.  1885,  p.  .">29;  Le  niant,  dans  le 
Bulletin  du  Comité,  lfv-V,  p.  371  :  Papier,  dans  le  Bull,  de  rAc. 
d'Hippone,  1886,  p.  128;  De  Rossi,  Bull,  di  arch.  crist.,  1886, 
p.  26;  J.  Schmidt,  dans  les  Ephem.  epigr.,  1892,  t.  vit,  p.  138, 
n.  445;  Corpus  inscript,  latin.,  t.  vm,  n.  10913.  —  ".!••■'  dei 
II'  congresso  di  archeol.  crist.,  in-4*,  Roma,  1902,  p.  195  sq. 


629 


AFRIQUE    (LITURGIE   POST-NICÉENNE   DE   L'ï 


630 


Nous  donnons  la  suivante  à  cause  des  accents  qui 
sont  rares  en  épigraphie,  et  à  cause  de  la  formule  : 

IN-  ATRI-  DOMINI 
DEF  QVI  EST  SERMONI 
DONATVS  ET  NAVIS 
IVS  FECÈRVNT  CEDI 
5    ÉNSÈS  PÈCKATORES 
Lig.  1,   2.  In  Patri  Domini  Dei,  c'est-à-dire,  selon 
l'interprétation  de  De  Rossi,  acceptée  par  Mommsen  : 
In  nomine  patris  domini  Dei  qui  est  sermoni  (XôfOi, 
cf.  Tertullien,  Adv.  Prax.,  5). 

Lig.  3-5.  Donalus  et  Navigius  fecerunt  cedienses 
(trouvé  à  Cédia),  peccalores  i. 

Un  très  curieux  monument  judéo-chrétien,  qui  appar- 
tient peut-être  à  la  période  anténicéenne  et  que  nous 
avons  donné  dans  nos  Monumcnla  liturgica,  t.  I, 
n.  4168,  sera  reproduit  plus  loin.  Voy.  Afrique  (Archéo- 
logie). 

Enfin  nous  citons  encore  deux  dédicaces,  l'une  au 
nom  d'une  relique  de  la  vraie  croix,  l'autre  au  nom  des 
reliques  de  saint  Laurent: 

DSANCTO  LIGNO  CRVCIS  CHRISTI  SALVATORIS 

[ADLATO 
ADQ-  HIC  SITO  FLAVIVS  NVVEL-  EX  PRAEPOSITIS- 

[EQITV 
M    ARMICERORVM    VVNIOR    FILIVS    SATVRNINI 

[VIRI 
PERFECTISSIMI     EX    COMITIBVS    ET    COLLCIAL 

[HONESTISSIMA 
E  FEMINAE  PRIMEPOS   ELVRI  LACONIQ  BASILI- 

[CAM  VOTO 
PROMISSAMADQOBLATAMCVMCONIVGENONNI 
CA  AC  SVIS  OMNIBVS  DEDICAVIT 

De  sancto  ligno  crucis  Christi  salvaloris  adlato  atque 
hic  sito  Flavius  Nuvel  ex  prœpositis  eq(u)itum  arrtii- 
gerorum  (i)unior(um),  films  Saturnini  viri  perfectis- 
simi  ex  comitibus  et  Col(i)cia(e)  (?)  honeslissimœ  feminse 
pr(o  n)epos  Ecluri  Laconi  (?)  basilicam  volo  promissam 
adque  oblatam  cum  coniuge  Nonnica  ac  suis  omnibus 
dedicavit  2. 

IN  HOC  LOCO  SANCTO  DEPOSI 
T/E  SVNT  RELIQVIAE  SANCTI 


LAVRENTI  MARTIRIS  DIE  III  MN 


AVG  CONS  HERCVLANI  V   C 
5     DIE  DOMN  DEDICANTE  LAVRENTIO 

VVS  P  MOR  DOM  AN  PCCCCXIII.  AMEN 
Ligne  6.  v(iro)  v(enerabili)  s(anctissimo)  3? 

La  question  de  la  forme  et  de  la  disposition  des 
églises  alricaines  sera  reprise  et  étudiée  plus  en  détail 
dans  l'article  Afrique  (Ar-chéologie),  mais  nous  donne- 
rons ici  néanmoins  un  plan  de  basilique  africaine  pour 
éclairer  l'étude  des  cérémonies  liturgiques  et  pour  mon- 
trer que  sur  ce  point  aussi,  pour  l'architecture  et  la 
disposition  intérieure  de  l'église,  il  n'y  a  pas  de  diffé- 
rence essentielle  entre  Rome  et  l'Afrique  (fig.  114). 

Longueur  totale  32  mètres,  largeur  14m20.  En  avant 
un  vestibule  de  2m80  occupe  toute  la  largeur;  les  portes 
du  vestibule  sont  latérales.  La  basilique  a  trois  portes. 

•  Dewulf,  dans  le  Recueil  de  Constantine,  1867,  p.  218  ;  De  Rossi, 
Bull,  di  arch.,  1879,  p.  162;  Corpus  inscript,  latin.,  t.  vin, 
n.  2309,  et  addit,  p.  950.  —  !  Kenaudot,  Tableau  du  royaume 
d'Alger,  éd.  1830,  p.  13 ;  Hiïbner,  dans  Hermès,  t.  n,  p.  154  ;  Cor- 
pus  inscript,  latin.,  t.  vm,  n.  9255.  —  3Leclercq,  dans  la  Revue 
archéol.,  1850,  t.  vu,  p.  369;  Revue  africaine,  1857,  t.  I,  p.  220; 
Renier,  Recueil  des  inscr.  rom.  d'Algérien.  3431;  de  Buck, 
<lans  les  Précis  liistoriques,  Bruxelles,  1854,  t.  v,  p.  470  sq.  ; 


Le  chœur  est  profond  de  4m90.  L'abside  est  plus  élevée 
que  le  reste  de  l'église.  A  droite  et  à  gauche  on  voit  la 


114.  —  Plan  de  la  basilique  d'Henchir. 
D'après  Gsell,  Monum.  ant.  ae  l'Algérie,  t.  Il,  p.  172. 

trace  de  deux  sacristies*.  La  disposition  est  à  peu  de 
chose  près  celle  des  basiliques  romaines,  avec  l'autel  au 
centre  du  chœur,  l'ambon  et  le  presbyterium.  Le 
même  auteur  donne  un  grand  nombre  d'autres  basi- 
liques qui  appartiennent  au  même  type,  mais  quelques- 
unes  sont  beaucoup  plus  grandioses,  par  exemple  la 
magnifique  basilique  de  Tébessa  5.  Nous  donnons  aussi 
les  ruines  de  la  basilique  de  Sainte-Salsa  6  (fig.  115). 

La  vue  est  prise  du  fond  de  la  basilique,  faisant  face 
à  l'entrée.  On  en  pourra  lire  la  description  détaillée 
dans  le  beau  livre  de  M.  Gsell  qui  l'a  fouillée. 

V.  La  messe  en  Afrique  du  ive  a.u  vie  siècle.  —  Elle 
est  quotidienne  "  et  se  dit  le  matin,  ante  prandium  8. 
Elle  ne  peut  être  offerte  ni  pour  ceux  qui  sont  morts 
sans  baptême,  ni  pour  ceux  qui  sont  séparés  de  l'Église; 
c'est  dire  qu'elle  ne  peut  être  célébrée  que  pour  les 
fidèles  vivants  ou  morts9. 

1°  Lectures  et  graduel.  —  Pour  les  diverses  parties  de  la 
messe,  nous  avons  malheureusement  trop  peu  de  détails; 
cependant  nous  recueillons  quelques  notes  du  plus  haut 
intérêt.  La  messe  est  nettement  divisée  en  deux  parties; 
la  première  comprend  des  chants,  des  lectures  et  une 
exhortation,  après  laquelle  on  renvoie  les  catéchumènes 
et  tous  ceux  qui  ne  sont  pas  baptisés,  fil  missa  cate- 
chunienorum 10.  Il  y  a  plusieurs  lectures,  dont  la  der- 

De  Rossi,  Inscr.  christ,  urbis  Romse,  1. 1,  p.  v  ;  Corpus  inscript, 
latin.,  t.  vm,  n.  8630.  —  •»  a.  Gsell,  loc.  cit.,  t.  n,  p.  170, 171. 
Comparez  avec  les  plans  donnés  par  C.  Enlart,  Manuel  d'archéo- 
logie française,  t.  I,  p.  117  sq. —*R)id., p.  267.  —  «Voyez  le  plan 
de  cette  église,  fig.  135.  —  '  Epist.,  ccxxvm,  P.  L.,  t.  xxxm, 
col.  1016.  —  *Sermon.,  cxxvui,  P.  L.,  t.  xxxvm,  col.  716.  —  9De 
anima.  1.  ni,  xu,  18,  P.  L.,  t.  xliv,  col.  520  ;  ibid.,  col.  481,  482, 
501,  502.  —  ">  Sermon.,  xlix,  P.  L.,  t.  xxxvm,  col.  324. 


G31 


AFRIQUE    (LITURGIE    P0ST-N1CÉENNE    DE   L') 


632 


nière  est  celle  du  saint  évangile1  :  Dominus  noster  J.  C. 
tribus  modis  intelligitur  et  nominatur,  quando  pra;- 
dicalur  siveper  legem  et  propbetas,  sive  per  episto- 
LAS  apostolicas,  sive  per  fidem  rerum  gestarum  quas 
in  evangelio  cognoscinivs 2.  Lcgis  propeetam,  evak- 
GELIUM,  apostolum  3,  ou  encore  :  apostolum  audivimus, 
psalnium  audivimus,  evangclium  audivimus  consonant 
omnes  divinse  lecliones  ^ .  Hoc  de  apostolica  lectione 
percepimus,  deinde  cantavimus  psalmum,  post  hsec 
evangclica  leclio,  has  TRES  lectiones  pertractemus^. 
Mais  clans  ces  deux  derniers  cas,  il  faut  interpréter  : 
aposlulus  ou  apostolica  lectio,  la  lecture  de  l'épitre, 
.  psalnvus,  le  psaume  chanté,  graduel  ou  trait,  evange- 


dans  l'Écriture  des  lectures  en  rapport  avec  l'objet  de  la 
fête;  lecture  de  l'Ancien  Testament,  lecture  des  épitres 
apostoliques  et  de  l'évangile  sont  mises  en  relation,  et  le 
psaume  chanté  est  lui-même  mis  en  rapport  avec  ces 
leçons.  Ceci  représente  évidemment  l'office  à  l'état  par- 
fait, et  souvent  on  dut  s'écarter  de  la  règle.  Mais  il  n'est 
pas  inutile  de  constater  quelle  est  la  forme  idéale  vers 
laquelle  doit  tendre  la  composition  liturgique.  On  re- 
trouve encore  assez  souvent  dans  nos  plus  vieux  offices 
cette  coïncidence  de  la  leçon,  de  l'épitre,  de  l'évangile, 
des  parties  chantées,  graduel  ou  trait,  s'accordant  har- 
monieusement avec  le  but  de  la  fête.  Parfois  le  psaume 
chanté  fait  suite  à  la  leçon  (voyez  par  exemple  au  mis- 


115.  —  Ruines  de  la  basilique  de  Sainte-Salsa  à  Tipa*a.  D'après  Gsell,  Monuments  antiques  de  V Algérie,  t.  n.  p.  Kl 


lica  lectio,  l'évangile.  Il  les  appelle  du  même  nom,  has 
très  lectiones,  quoique  pour  nous  cela  ne  fasse  en  réa- 
lité que  deux  lectures.  Malgré  ces  expressions  et  autres 
semblables,  le  fait  de  trois  lectures  à  l'avant-messe, 
évangile  compris,  du  temps  de  saint  Augustin,  ne  semble 
pas  contestable  et  doit  être  noté  avec  soin.  Il  ressort 
aussi  de  là  qu'entre  la  lecture  de  l'épitre  et  celle  de 
l'évangile,  se  place  un  psaume  chanté  (voir  Chant), 
qui  répond  à  notre  graduel,  au  psalmellus  milanais  et 
au  psallenda  mozarabe.  Voir  Lectures. 

Il  paraît  aussi,  d'après  les  expressions  employées  par 
saint  Augustin  ici  et  dans  plusieurs  autres  passages  de 
ses  écrits,  qu'il  y  a  connexion  d'ordinaire  entre  les  lec- 
tures et  les  psaumes  chantés  :  c'est  la  leçon  qui  condi- 
tionne le  psaume;  la  leçon  elle-même  est  conditionnée 
par  la  fête  ou  par  telle  circonstance  particulière.  La 
genèse  d'un  office  paraît  donc  s'établir  ainsi  :  on  choisit 

'  Sermon.,  xi.ix,  toc.  cit.,  col.  320.  —  *  Sermon.,  cccxli,  P.  L., 
t.  xxxix,  col.  1493.  —  3  Sermon.,  XL,  P.  L.,  t.  xxxvm,  col.  245; 
Cf.  Sermon.,  xxxn,  xxxm,  xlvi;  sur  les  trois  lectures,  loc.  cit„ 


sel  romain,  le  trait  qui  suit  In  4e  prophétie,  au  samedi 
saint,  et  celui  qui  suit  la  8e,  et  le  cantique  Benedictus 
qui  suit  la  leçon  de  Daniel  au  samedi  des  quatre-'emps). 
Remarquons  enfin  que  ce  psaume  est  un  répons;  un 
chantre  le  chante  avec  quelques  inflexions,  audivimus 
psalmum,  lectionem,  et  le  peuple  répond,  respondimus*. 

Ces  lectures  de  la  messe  sont  soigneusement  sur- 
veillées par  l'autorité  ecclésiastique.  Un  concile  de  Car- 
thage,  en  397,  donne  une  liste  des  livres  «  que  l'on  doit 
lire  dans  l'église  sous  le  titre  de  divines  Écritures  ».  Ce 
canon  est  semblable  à  celui  dont  nous  nous  servons 
encore  aujourd'hui.  On  proscrit  les  autres  livres,  mais 
on  permet,  comme  nous  l'avons  dit,  la  lecture  des  Actes 
des  martyrs  au  jour  de  leur  fête  7. 

2°  Alléluia.  —  Le  chant  de  l'amen  et  de  Valleluia, 
acclamations  dont  l'usage  est  déjà  ancien,  prend  un 
nouveau  développement  :  habent  (hsereses)  amen  et  al- 


p.  196  sq.  —  *  Sermon.,  ci.xv,  P.  L..  t.  xxxvm,  col,  IK&  — 
•  Sermon.,  ci.xxvi,  P.  L.,  t  xxxvm,  col.  96a  —  *  Pali-oaraphia 
musicale  t.  v.  p.  30-32.  —  'Mansi,  Concilia,  t.  m.  col.  924. 


633 


AFRIQUE   (LITURGIE   POST-NICEENNE  DE   L'j 


034 


teluia  nostrum  ' .  Nonsonis  transcuntibus  dicemus  amen 
et  alléluia'2.  L'alleluia  est  même  chanté  solennellement 
par  un  lecteur  avec  des  modulations,  témoin  le  fait  sui- 
vant bien  souvent  cité  :  Lector  unus  jam  pulpito  si- 
stens,  alleluiatim  melos  canebal,  quo  tempore  sagilla 
in  gutture  jaculatus,  cadente  de  manibus  codice,  mor- 
tuus  post  cecidit  ipse3.  C'est  le  chant  consacré  à  cer- 
taines époques  :  Est  alléluia  et  bis  alléluia  quod  nobis 
cantare  cerlo  tempore  solemniter  moris  est,  secundum 
ecclesise  antiquam  traditionem,  neque  enim  et  hoc  sine 
sacramento  cerlis  diebus  cantamus  alléluia^.  On  le 
chante  tous  les  dimanches,  et  aussi  pendant  le  temps 
pascal,  omnibus  diebus  dominicis  alléluia  canta- 
tur"°. 

Plus  la  foule  des  fidèles  augmentait,  plus  il  devenait 
nécessaire  de  développer  les  cérémonies  si  simples  de  la 
première  période,  plus  aussi  on  désirait  donner  de  so- 
lennité aux  offices.  Pendant  que  le  clergé  se  rendait  à 
l'autel  au  commencement  de  la  messe  on  eut  l'idée  de 
chanter  un  psaume,  ce  fut  le  psaume  d'introït;  pendant 
que  les  fidèles  défilaient  pour  apporter  leur  offrande  à 
l'autel,  on  chanta  aussi  un  autre  psaume,  ou  offertoire; 
enfin  on  introduisait  le  chant  d'un  troisième  psaume 
pendant  la  communion.  Les  deux  derniers  changements 
se  firent  vers  l'époque  de  saint  Augustin.  Mos  erat  ut 
hymni  ad  altare  dicerentur  de  psalmorum  libro  sive 
unie  oblalionem,  sive  cum  dis tribueretur  populo  quod 
fuisset  oblalum  6. 

Ces  chants  ont  donc  une  origine  toute  différente  de 
celle  du  répons  ou  du  graduel  et  du  trait,  qui  font  corps 
avec  une  lecture  précédente.  Ils  ne  se  rattachent  à  rien, 
ils  ont  un  caractère  adventice,  ils  n'ont  primitivement 
aucun  lien  avec  l'office  du  jour.  Pour  l'offertoire  on  choi- 
sira un  psaume  qui  fait  allusion  aux  offrandes  présentées 
au  temple;  pour  la  communion,  on  chanlera  d'ordinaire 
le  psaume  xxxm  avec  le  verset  caractéristique  gustale  et 
videte  quoniam  suacis  est  Dominus.  Ce  n'est  que  plus 
tard  que  ces  chants  furent  mis  en  relation  avec  la  fête, 
•et  encore  les  livres  liturgiques,  même  les  moins  an- 
tiques, portent-ils  les  traces  de  la  différence  entre  les 
deux  séries  de  chanK  si  l'on  veut  y  regarder. 

3°  Offrande.  —  Les  catéchumènes,  les  pénitents  ou 
les  gentils,  s'il  s'en  trouvait,  devaient  se  retirer  après 
les  lectures.  La  seconde  partie  de  la  messe  était  si  net- 
tement distinguée  de  la  première  qu'elle  se  célébrait 
dans  une  autre  église,  comme  c'était  aussi  la  coutume  à 
Jérusalem  vers  la  même  époque1.  C'est  ce  que  nous 
pouvons  conclure  des  paroles  suivantes  :  hsec...  pro 
exhortatione  sufficiant,  dit-il  à  la  lin  d'un  sermon, 
quoniam  dics  pauci  sunt,  et  adliuc  nobis  in  majore 
basilica  restant  quse  aganius  cum  charitale  vestra  8. 

En  réalité,  cette  seconde  partie  qui  forme  un  tout 
distinct,  est  le  sacrifice  proprement  dit.  Voici  un  texte 
précieux  qui  nous  décrit  l'ensemble  du  rite  :  Precaliones 
facimus  in  celebralione  sacramentorum  anlequam 
illud  quod  est  in  Domini  mensa  incipiat  benedici  :  ora- 
tiones  cum  benedicitur  et  sanctificatur  et  ad  disty'i- 
buendum  comminuitur ,  quam  totam  petilionem  fere 
ernnis  ecclesia  dominica  oralione  concluait. ..  Interpel- 
lationes  autem  sive  ut  veslri  codices  habent,  poslula- 
tiones  fiunt,  cum  populus  benedicitur.  Tune  enim 
antistites,  velut  advocati,  susceptos  sicos  per  manus 
impositionem  misericordissimse  offerunt  potestati. 
Quibus  peraclis  et  parlicipato  tanto  sacramento  gra- 

'  Sermon.,  xxxvn,  n.  27,  P.  L.,  t.  xxxvm,  col.  233.  —  *  Ser- 
mon., cccLxii,  n.  29,  P.  L.,  t.  xxxix,  col.  1632.  —  "Victorde  Vite, 
Depersec.  Vanc!al.,l.  XIII,  P.  L.,  t.  i.vm,  col.  197.  —  iIn  Psalm. 
evi,  P.  L.,  t.  xxxvu,  col.  1419.  —  "  Ep.  ad  Jan.,  P.  L.,  t.  xxxiu, 
col.  213.  —  «Retract.,  1.  II,  c.  xi,  P.  L.,  t.  xlii,  col.  634.  Saint 
Augustin  lut  même  obligé  d'écrire  un  livre  (aujourd'hui  perdu) 
pour  justifier  cette  pratique.  Retract.,  1.  n,  c.  xvn.  —  '  Pere- 
grinatio  Silvix,  éd.  Gamurrini,  in-4-,  1887,  p.  86,  87.  —  »  Ser- 
mon., cccxxv,  P.  L.,  t.  xxxvm,  ccl.  1449.  —  »Epist.,  lix,  Ad 


tiarum  actio  cuncta  concluait,  quam  in  his  eliam  ver- 
bis  ultimem  commendavit  aposlolus  9. 

De  ce  texte,  le  suivant  est  à  rapprocher  :  Tenetis  sa- 
cramentum  ordine  suo.  Primo  post  oratinnem  (la  lita- 
nie et  la  prière  qui  la  suit)  admonemini  SURSUM  babere 
cor.  Cum  dicitur  sursum  coR,respondetis  : babemus  ab 
domixum,  et  ne  hoc  ipsum,  quod  cor  habelis  sursum 
ad  Dominum,  tribualis  viribus  vestris,  meritis  vestris, 
laboribus  vestris,  ...  ideo  sequilur  episcopus  vel  pres- 
byter  qui  offert  et  dicit  :  GRATIAS  AGAMUS  domino  deo 
nostro  —  et  vos  attestamini  :  dignum  et  justum  est 
dicentes...  JDeinde  post  sanctificationem  sacrifiai 
Dei,  dicimus  oralionem  dominicam,  post  ipsam  dici- 
tur :  pax  vobiscum,  et  osculantur  se  christiani  in 
osculo  sancto.  Pacis  signum  est,  sicut  ostendunt  labia. 
fiât  in  conscientia.  Magna  ergo  sacramenla  10. 

Bunsen  établit  d'après  cela  un  schéma  de  la  messe 
africaine  au  ve  ou  au  vie  siècle,  que  l'on  peut  accepter 
et  qu'il  rapproche  du  rite  alexandrin  : 

Oblalio  populi. 

Oralio  oblationis  :  munda  tibi...  cum  prece  preca- 
toria. 

Prsefatio  :  sursum  corda,  etc. 

Laudes  :  Vere  dignum.  Agios. 

Sanclificalio  sacrificii  (prœmissis  verbis  inslilu- 
tionis). 

Osculum  pacis. 

Benedictio  popidi  (interpellalio)  sacerdote  populum 
Deo  offerente. 

Communio. 

Graliarum  actio  *'. 

L'offrande  est  faite  par  les  fidèles,  reçue  par  l'évêquc 
et  placée  sur  l'autel  sicut  moris  est,  redditurus  susc 
salulis  (la  santé  lui  avait  été  miraculeusement  rendue) 
oblalionem  Domino,  quam  episcopus  accipiens  altari 
imposuili2.  Oblaliones  quse  in  allari  consecrenlur 
offerte.  Erubescere  débet  homo  idoneus  si  de  oblalione 
aliéna  communicaveriti3. 

L'autel  est  une  table,  mensa,  cœna  ;  on  dit  couram- 
ment mensa  Cypriani,  non  quia  ibi  unquam  Cypria- 
nus  epulatus,  sed  quia  ibi  est  immolatus,  ...  paravit 
liane  mensam...  in  qua  sacrificium  Deo,  cui  ipse 
oblatus  est,  offeralur1*-.  Il  est  souvent  fait  de  bois;  on 
le  recouvre  de  linges.  C'est  l'autel  de  Dieu,  qui  porte 
les  membres  du  Christ,  sur  lequel  descend  le  Saint- 
Espril,  quid  enim  est  allare  nisi  sedes  corporis  et  san- 
guinis  Christiio.  Cependant  les  autels  de  pierres  ne  sont 
pas  rares  (voir  plusieurs  exemples  dans  Afrique  [Ar- 
chéologie, autels\),  ces  autels  renferment  des  reliques  de 
martyrs;  en  dehors  des  laits  cités  à  cet  endroit,  nous 
produirons  la  découverte  toute  récente  à  N'gaous  (dé- 
partement de  Constantine)  d'un  autel  contenant  trois 
vases  et  un  curieux  coffret  dans  lesquels  étaient  placées 
les  reliques,  comme  l'indique  l'inscription  : 

In  nomine  Palris  et  Filii  et  Spirilus  Sancti  positx 
sunt  memoriœ  sancti  Jidiani  et  Laurentii  cum  sociis 
suis  per  manus  Beati  Columelis  episcopi  sanctœ  Ec- 
clesise NicU  ensis,  islias  plebis  per  inslanliam  Donati 
presbyteri,  imperante  Tiberio  anno  V  indictione  XI1J 
sub  die  norias  octobres  16. 

Ne  faut-il  pas  voir  une  allusion  à  l'une  ou  l'autre  des 
prières  de  l'offrande  romaine,  offerimus  tibi,  Domine, 
calicem  salutaris,  ou  suscipiat  Dominus  sacrificium,  ou 
quelque   autre  de  même  genre,  dans    ces    paroles  de 

Paulin,  (alias  cxlix),  P.  L.,  t.  xxxm,  col.  636  sq.  —  ">  Sermon., 
vi,  P.  L.,  t.  xlvi,  col.  835,  836;  Sermon.,  ccxxxvn.  Cl.  Mone, 
Lateinische  u.  griechische  Messen,  Die  afrikanische  ilesse, 
p.  94.  —  <<  Bunsen,  toc.  cit.,  p.  242.  —  "Victor  de  Vite,  1.  n, 
c.  xvii,  P.  L.,  t.  lviii,  col.  217.  —  "Sermon.,  cclxv,  P.  L., 
t.  xxxix,  col.  223S.  —  <*S.  Augustin,  Sermon.,  cccx,  P.  L., 
t.  xxxvm,  col.  1413.  —  ,5S.  Optât,  loc.  cit.,  1.  VI,  c.  i,  P.  L.,  t.  xi, 
col.  1065.  -  ieDelattre,  dans  L'écho  d'Hippone,  15  déc.  1902, 
p.  8,  9. 


635 


AFRIQUE    (LITURGIE   POST-NICÉENNE   DE   L') 


636 


saint  Augustin  :  Quis  enim  anlistilum  in  locts  sancto- 
rum  corporum  assistens  altari,  aliquando  dixit  :  offe- 
rimus  tibi,  Petre,  aut  Paule,  aut  Cypriane?  sed  quod 
offertur,  offer\ur  Deo  qui  martyres  coronavil,  apud 
memorias  eorum  quos  coronavit  ',  qui  sont  dans  tous 
les  cas  à  rapprocher  de  ces  autres  paroles  :  Mi  (les 
païens),  talibus  diis  suis  et  templa  aedificaverunt,  et 
statuerunt  aras,  et  sacerdoles  instituerunt,  et  sacrifi- 
cia  fecerunt  :nos  autem  marlyribus  nostris  non  templa 
sicut  diis,  sed  memorias  sicut  hominibus  mortuis,  quo- 
rum apud  Di'.um  vivunl  spiritus,  fabricamus  :  nec  ibi 
erigimus  allaria,  in  quibus  sacrificemus  martyribus, 
sed  uni  Deo  et  martyrum  et  nostro  :  ad  quod  sacri- 
ficium,  sicut  domines  Bei,  qui  mundum  in  ejus  con- 
fessione  vicerunt,  suo  loco  et  ordine  nominantur ;  non 
tamen  a  sacerdole  qui  sacrificat,  invocanlur  ■ . 

Saint  Augustin  fait  souvent  allusion  au  dialogue  qui 
précède  la  préface,  nous  en  avons  déjà  cité  un  exemple 
(voir  col.  634)  ;  Mone  en  a  réuni  plusieurs  :  Audis 
quotidie,  homo  fidelis,  sursum  cor...  sursum  enim  cor 
liabere  debemus,  sed  ad  Dominum...  Et  respondes  : 
habemus  ad  Dominum...  Post  salulalionem  quam  nos- 
tis,  id  est,  Dominus  vobiscum,  audistis  :  Sursum  cor3. 

4°  Prières  du  canon.  —  Le  corps  même  de  la  messe, 
ce  que  nous  appelons  le  canon,  est  nommé  aclio  en  Afri- 
que, agenda,  quœ  aguntur.  Le  mot  semble  passé  de  l'Afri- 
que aux  liturgies  gallicanes  et  même  à  la  romaine,  qui 
garde  la  rubrique  Infra  actionem.  Voir  Actio,  col.  446. 

On  ne  s'attend  pas  à  trouver  ici  un  texte  tant  soit  peu 
complet  du  canon  africain.  C'est  un  sujet  sur  lequel  les 
écrivains  de  cette  époque  se  taisent  généralement,  et 
quand  ils  en  parlent,  c'est  avec  des  réticences  comprises 
seulement  des  fidèles  agnoscit  qui  fidelis  est,  qui  autem 
calechumenus  est  ignorât  4  ;  nnrunt  fidèles  quid  dicam, 
norunl  Chrislum  in  fractione panis  ;  non  oportel  ut  hoc 
memoremus  projeter catechumenos; /ideles  lamen  agnos- 
cunt°;  sacramentum  ftdelium  agnoscunt  fidèles;  au- 
dientes  autem  (les  catéchumènes),  quid  aliud  quam  au- 
diunte;paralajam  co'.na...  quam sciunt  fidèles-  ;  nuptias 
filii  régis  ejusque  convivium  norunt  omnes  fidèles  8. 

Toutefois,  malgré  cette  règle  du  silence  sur  les  mys- 
tères sacrés,  il  est  fait  des  allusions  discrètes  aux  prières 
du  canon  :  ipse  est  sanguis  qui  pro  mullis  efj'usus  est 
in  remissioncm  peccatorum9 ;  noster  aulem  panis  et 
calix...  non  quilibct  sed  certa  consecratiune  myslicus 
fit  nobis,  non  nascitur l0  ;  Muni...  prece  mystica  conse- 
cralum  rite  sumintus...  in  menwriam  pro  nubis  Do- 
miniez passionisl]  ;  et  inde  (après  la  préface)  qux 
aguntur...  ut  accedente  verbo  fiât  corpus  et  sanguis 
Christi...  adde  verbum  et  fit  sacramenlum.  Ad  hoc  di- 
citis  Amen...  Amen  dicere  subscribere  est.  Amen  la- 
tine interprelatitr  verum12.  Il  est  fait  ici  allusion, 
comme  on  le  voit,  à  la  coutume  des  fidèles  de  répondre 
à  la  fin  des  prières  du  canon  Vamen  qui  était  l'acte  de 
foi,  l'adhésion  aux  prières  du  prêtre. 

On  admet  assez  généralement  que  la  liturgie  afri- 
caine, notamment  la  messe,  est  étroitement  affiliée  à  la 
liturgie  romaine.  Un  texte  de  saint  Optât  qui  a  rapport 
à  l'oblation  rappelle  en  effet  une  formule  du  canon 
romain  : 

Quis  dubitel  vos  illud  le-  Canon  romain. 
gilimum    in    sacramcnlo- 

rwn    mtjsterio    prselcrire  Hxcsarrificia...  qux  tibi 

nonposse?  Offerrc  vos  Deo  (clementissime  Pater)  offe- 

'  Contra  Ftiustion.  P.  L.,  t.  .\ur,  col  084.  —'De  mit.  Dei, 
..  XXJI,  c.  X,  P.  L.,  t.  XU,  col.  772.  —  «Mone,  loc.  cit.. 
p.  93,  notes.  —  *  Sermon.,  ccxxxn,  P.  I...  t.  xxxvm,  col.  1111; 
Sermon.,  ccxxxrv,  P.  L.,  t.  xxxvm,  col.  1116.  —  *  Sermon., 
cccvit,  /'.  /,..  t.  xxxvm,  col.  1407.  —  •  Sermon.,  cxxxi,  /'  / 
t.  xxxvm,  col.  729.  —  '  Se)-mon..  cxh,  P.  L.,  t.  xxxvm,  col. 
643.  —  ".Sermon.,  xc,  P.  L.,  t.  xxxvm,  col.  559.  —  "Sermon., 
nxxxiv,  /'.  /..,  i.  xxxvm,  col.  745.  —  "Contra  Faust.,  P.  L., 


dicitis  pro  Ecclesia  qtt se  una    rimus    pro    Ecclesia    tua 
est  :  hoc  ipsum  mendacii    sancta      catholica...     totc 
pars  est,  unam   te  vocare,    orbe   terrarum...  adunare 
de    qua   feceris  duas.    Et    digneris... 
offerre  vos  dicitis  pro  una 
Ecclesia  qux    sit    in   toto 
terrarum  orbe  diffusa  ls. 

Mais  par  contre  un  autre  Africain,  Marius  Victorinus, 
contemporain  de  saint  Augustin,  nous  donne  ce  texte 
curieux  dans  son  explication  de  Tite,  il,  14,  populum 
■rcspiouo-tov,  sicuti  et  in  oblatione  dicitur  :  munda  tibi 
populum  circumvitalem,  œmulatorem  bonorum  ope- 
rum  circa  tuam  substantiam  venientem  •'. 

De  même  le  texte  de  saint  Fulgence  ne  suit  que  de 
loin  la  trame  générale  du  canon  romain  : 

Cum  tempore  sacrifiai  comment  or  a  tionem  mortis 
ejus  faciamus,  charitatem  nobis  tribui  per  adventum 
S.  Spiritus  poslulamus  :  hoc  suppliciter  exoranles  ut 
per  ipsam  charitatem  qua  pro  nobis  Christus  crucifigi 
dignatus  est,  nos  quoque,  gralia  S.  Spiritus  accepta, 
mundum  crucifixum  habere  et  mundo  crucifigi  possi- 
mus  :  imitantesque  Domini  nostri  mortem,  sicut 
Christus  quod  mortuus  est  peccalo  mortuus  est  semel, 
quod  aulem  vivit,  vivit  Deo,etiam  nos  in  novilate  vitse 
ambulemus,  et  munere  charitatis  accepto,  moriamur 
peccato  et  vivamus  Deo...  Hoc  autem  quod  petimus,  id 
est  ut  in  Pâtre  et  Filio  unum  simus,  per  unilatem 
gralise  spiritualité)'  accipimus  15. 

Ces  textes  s'inspirent  de  près  d'un  texte  liturgique 
d'anamnèse  et  que  l'on  peut  reconstituer  à  peu  près 
ainsi,  à  l'aide  d'un  autre  passage  de  saint  Optât  : 

Anpmnèse  et  épi- 
clèse    africaine,   re- 
constituées   d'après 
S.  Optât.  saint  Fulgence.  Anamnèse  romaine. 

Quid    enim    tam        Commémorantes  Undeetmemores, 
sacrilegum    quam     pn3aionem  D.  JV.  J.  Domitte,nos...ejus- 
allaria  Dei  in  qui-     C.    lOStulamxs   ut  dem    Christi    Filii 
bus  et  vos  ahquan-    charitas  nobis  tri-  tui  Domini  nostrt 
do  obtulistis  f'ran-     buatur  per  adven-  tam   beatx  passio- 
gere...    in    quibus     tum     S.    Spiritus,  nis.necnon  et  ab  in- 
vota populietmem-     suppliciter  exoran-  fit  isresunectionis, 
bra  Christi  portata     tes  Deum  omnipo-  s<'d  et  in  cselos  glo- 
sunt.quo  Deusom-     tentem   ut  per  ip-  riosseascensionis... 
nipotens  invocatus     sam       charitatem  Quelques     formules 
sit.  quo  postulalus     qua       pro      nobis  placent  ici  la  Pente- 
descendit   Spiritus     Christus    crucifigi  côte  ou  avènement 
sanctus,     unde     a     dignatus    est,    nos  ohi  S.  Esprit, comme- 
tnultispignussalu-     mtoque,  gratta    S.  le    canon    africain: 
lisseterme.ettutela     Spiritus      accepta,  le  reste  de  la  prièro 
fldei.  et  spes  resur-     mundum        cruci-  suit  une  autre  mai  - 
rectionis     accepta    fi.rum  habeamus  et  che,  et   on  n"y   re- 
cst...  '*.                                 >iu       crucifigi  trouve  plus  que  des 
possimus:  imttan-  analogies    d'e.vpres- 
tes  Domini  nostri  sions  comme  :  sup- 
J.    C.    mortem,  ut  plices      te      roga- 
sicut  Christus  quod  mus,  supplices  ro- 
mortuus    est    pec-  gamus  ac  petimus, 
cato    mortuus    est  suppliciter exoran- 
semel,  quod  autem  "».  etc. 
vivit.     vivit     Deo. 
etiatrt  nos  in  novitate  vitx  ambulemus,  et  munere  charitatis 
accepto,  moriamur  peccato  et  vivamus  Deo...  Hoc  petimus  ut 
in  Pâtre  et  Filio  unum  simus,  quod  per  unitatem  gratix  spi- 
rilualiter  accipimus. 

5"  Pater.  —  Le  Pater,  nous  l'avons  déjà  vu,  termine 
toutes  ces  prières  du  canon  et  sa  place,  qui  a  tant  d'im- 

t.  xlii,  col.  379.  —  "  De  Trinit.,  ibid.,  t.  xi.n.  col.  874.  — 
"Sermon,  iv,  ibitl..  t.  xlvi,  col.  836.  —  •'  Contra  Parmen., 
1.  n.  Cf.  Palmer,  Prim.  lit.,  t.  t,  p.  137.  —  "  Adv.  Arian..  1.  1. 
c.  xxx,  P.  t...  t.  vin,  col.  1063.  —  1!  Fragmentum,  xxvni, 
/'.  /..,  t.  i.xv.  cl.  789.  Ci.  Ad  Monimum.  I.  II.  c.  vi,  P.  L., 
t.  lxv,  col.  184,  188,  et  plusieurs  autres  passages  où  Fulgence 
expose  sa  doctrine  sur  l'épiclèse.  —  '«  S.  Optât,  De  schismate 
donat.,  1.  VI,  c.  i,  P  L.,  t.  xi,  col.  1064. 


637 


AFRIQUE    (LITURGIE    POST-NICÉENNE   DE   L') 


G38 


portanee  dans  l'histoire  de  la  messe,  est  assignée  d'une 
façon  précise  :  Deinde  (c'est-à-dire  après  les  prières 
du  canon,  precibus  sanclis),  dicitur  dominica  oratio... 
guare  anle  dicitur  quam  accipiatur  corpus  et  sanguis 
C/iristi?  quia...  si  aliqua  contracta  sunt  de  hujus  mundi 
tentatione...  tergitur  dominica  oratione;  ut  securi  ac 
cedat.ius.  Post  hoc  dicitur  Pax  vobiscum  i. 

Une  autre  phrase  de  saint  Augustin,  quod  audemus 
quotidie  dicere  :  adveniat  regnum  tuum,  rappelle  le 
prologue  romain  du  Pater  :  Audemus  dicere  2. 

6»  Baiser  de  paix.  —  On  a  aussi  attaché  à  la  place  du 
baiser  de  paix  une  grande  importance  pour  la  classifi- 
cation des  liturgies;  dans  la  liturgie  alricaine  il  est, 
nous  l'avons  dit,  à  la  fin  du  canon,  post  hoc  dicitur  Pac 
vobiscum.  Magnum  sacramentum  osculum  pacis  3. 
Cette  place  lui  est  assignée  logiquement  pour  deux  rai- 
sons, parce  que  la  clause  du  Pater  et  dimitte  nobis 
sicut  et  nos  dimittimus  entraîne  naturellement  le  signe 
de  la  paix,  et  aussi  parce  que  l'union  dans  la  mandu- 
cation  d'un  même  pain  céleste,  suppose  la  paix  avec 
les  frères  qui  reçoivent  la  même  eucharistie;  ailleurs 
nous  lisons  :  cujus  natalitia  lanta  celebratione  fre- 
quentabatis,  cui  pacis  osculum  inter  sacramenta  co- 
pulabalis,  in  cujus  manibus  eucharistiam  ponebalis1». 
Ici  le  baiser  de  paix  est  rattaché  nettement  à  l'eucha- 
ristie, comme  il  l'est  encore  dans  la  liturgie  romaine. 

7°  Communion.  —  Mais  c'est  la  communion,  sujet 
essentiellement  pratique  pour  un  prédicateur,  sur  la- 
quelle saint  Augustin  revient  le  plus  souvent  :  les 
fidèles  s'approchent  de  l'autel,  jusqu'au  cancel  où  le 
corps  et  le  sang  du  Christ  leur  sont  distribués  :  fidèles 
ad  altare  accedentes  corpus  et  sanguinem  Chnsti  su- 
mentes  5;  l'expression  dont  se  sert  le  plus  souvent  saint 
Augustin  et  qui  paraît  être  devenue  l'expression  litur- 
gique consacrée  est  celle-ci  :  accedere  ad  mensam  do- 
minicam,  ou  accedentes  ad  altare,  comme  dans  un  des 
textes  précédents  :  omnes  qui  acceditis  ad  mensam  do- 
minicam...  accessurus  ad  mensam  Domini  6;  mémento 
apostolum...  ut  securus  accédas1  ;  ad  mensam  Domini 
accesserunl  et  sanguinem  quem  smvientes  fuderunt, 
credentes  biberunt s  ;  ad  mensam  acceditis,  accedamus 
ad  mensam  Domini9  ;  accedistis  ad  mensam  potentis; 
nostis  fidèles  ad  quam  mensam  10.  Le  mot  est  resté 
dans  la  liturgie  et  les  plus  anciens  sacramentaires  ap- 
pellent les  oraisons  de  communion,  les  oraisons  ad 
accedentes,  nouvelle  preuve  de  cette  influence  de  l'Afri- 
que sur  les  liturgies  latines. 

Il  semble  aussi  qu'il  se  serve  des  paroles  mêmes  du 
prêtre  quand  il  dit  :  accipile  et  édite  corpus  Christi  et 
potate  sanguinem  Christi*1. 

On  ne  communie  pas  seulement  à  Pâques  et  aux  fêtes, 
saint  Augustin  voudrait  que  l'on  communiât  chaque 
jour  :  propter  natalem  Cypriani  (multitudo)  bibit  san- 
guinem Christi 12;  eucharistiam  tuam  quolidianum 
cibum  l3,  in  isto  pane  nostro  quotidiano  u. 

En  recevant  la  communion,  on  répond  Amen  :  Amen 
respondelis  et  respondendo  subscribitis  ,5  ;  sanguinem 
(ejus)  accepistis,  dicitis  Amen*6.  Cet  Amen,  employé 
dans  d'autres  cas  comme  réponse  à  une  bénédiction, 

'Sermon.,  vi,  P.  L.,  t.  xlvi.  col.  Sot;.  —  -Sermon., ex, 5.  P.  L., 
t.  xxxvhi,  col.  641.  —  '  Sermon.,  vi,  P.  L..  t.  xlvi,  col.  836.  — 
*  Contra  litt.  Petit. .  P.  L,  t.  xi.ni,  col. 277.  —  *  Sermon.,  lvi,  P.  L., 
t.  xxxvm,  col.  384.  —  «  Sermon.,  xc,  P.  L..  t.  xxxvm,  col.  561, 
565.  —  ''Sermon.,  clxiv,  P.  L.,  t.  xxxvm.  col.  899.  —  'Sermon., 
lxxvii,  P.  L.,  t.  xxxvm,  col.  485.  —  "Sermon.,  cxxxii,  P.  L., 
t.  xxxvm,  col.  735.  —  ,e  Sermon.,  cccxxxn,  P.  L.,  t.  xxxvm, 
col.  1462.  —  "Sermon.,  ni,  Adinfantes,  P.  L.,t.  xlvi,  col.  827.  — 
'-Sermon.,  m, P.  L.,t.  xlvi. col. 828.  —  <3Sermon.,  cclxx,P.L., 
L  xxxvm,  col.  1413.—  "  Sermon.,  lviii,  P.L.,  t.  xxxvm,  col.  395. 

—  '*  Sermon.,  lvi,  P.  L.,  t.  xxxvm,  col.  381.  Cf.  d'autres  textes 
cités  par  Mone,  loc.  cit.,  p.  96.  —  "Sermon.,  cclxxii,  P.  L., 
t.  xxxvm,  col.  1247.  —  ''Sermon.,  clxxxi,  P.  L.,  t.xxxvm,  col. 
983.  —  '»Fragm.,  m,  P.  L.,  t.  xxxix, col.1721.  — ,9/6i(f.,  col.1721. 

—  "In  psatm.  txxxvi,  P.  L.,  t.  xxxvn,  col.  1099.  Cf.  Sermon., 


sans  doute  à  la  bénédiction  de  la  messe,  garde  pour 
lui  le  même  sens  :  Dej endamus  et  nos  et  vos  ne  et 
nos  sine  causa  benedicanius  et  vos  sine  causa,  amen 
subscribatis.  Fralres  mei,  amen  vestrum  subscriptio 
vestra  est,  consensio  vestra  est,  adstipulatio  vestra 
est*"*. 

Il  cite  même  ici  la  formule  d'une  bénédiction  qu'il 
donne  à  son  peuple  :  Auditis  me,  credo,  fratres  mei, 
quando  dico  :  Conversi  ad  Dominum  benedicamus 
nomen  ejus,  det  nobis  perseverare  in  mandatis  suis, 
ambulare  in  via  recta  eruditionis  suse,  placere  Mi  in 
omni  opère  bono,  et  caetera  lalia**. 

L'antienne  tirée  pour  la  communion  du  ps.  xxxm 
est  d'un  usage  quasi  universel  dans  les  liturgies;  il  faut 
ajouter  aux  témoignages  déjà  réunis  celui  de  saint 
Augustin,  qui  fait  en  même  temps  allusion  à  la  loi  de 
l'arcane  :  hoc  est  corpus  meum  ;  hic  est  sanguis.  Hoc 
in  evangelio  legebatis  vel  audiebalis,  sed  hanc  eucha- 
ristiam esse  nesciebatis.  Nunc  vero  aspersi  corde  in 
conscienlia  pura  et  loti  corpore  aqua  munda,  accedile 
ad  eum  et  illuminanini  19. 

VI.  Les  heures  canoniales,  le  chant  liturgique  et 
la  psalmodie.  —  Le  système  des  heures  canoniales  a  peu 
changé  depuis  saint  Cyprien.  Il  y  a  une  prière  de  nuit 
ou  vigile,  si  modo  pugnamus  contra  nos  et  vigilamus  in 
his  luminaribus  et  solemnitas  ista  dat  nobis  animum 
vigilandi t0. 

L'acclamation  est  déjà  un  chant.  Valleluia,  par 
exemple,  est  devenu  l'une  des  pièces  principales  du 
chant  liturgique.  Voyez  Alléluia,  col.  632.  Des  psaumes 
ou  des  versets  de  psaumes  sont  chantés  fréquemment 
et  les  allusions  à  cet  usage  sont  si  nombreuses  qu'il  faut 
forcément  ici  en  éliminer  une  partie.  Voici,  dans  l'ordre 
alphabétique,  un  certain  nombre  de  psaumes  ou  de  ver- 
sets de  psaumes  que  l'on  chantait  au  temps  de  saint 
Augustin.  Il  nous  semble  qu'il  est  utile  de  les  noter  ici, 
car  ils  peuvent  mettre  sur  la  voie  d'identifications  pré- 
cieuses pour  l'histoire  du  chant  ecclésiastique  et  dfr 
i'antiphonaire  : 

Aestateni  et  ver  tu  plasmasti21. 

Averte  faciem  tuam  a  peccalis  22. 

Beatus  homo  quem  tu  erudieris  23. 

Cor  mundum  créa  in  me  Deus2i. 

Deo  subjicielur  anima  mea2$. 

Deus  manifeste  veniet 26. 

Dirigatur,  Domine,  oratio  mea  27. 

Emendabit  me  justus  28. 

Exaudi  me  in  tua  justitia 29. 

Exsultate  justi  in  Domino30. 

Exsurge  Domine3*. 

Hœc  est  dies  quam  fecit  Dominus32. 

In  omnem  terram  exivit  sonus  eorum  3Î. 

Judica  me  Deus  et  discerne  34. 

Lsetamini  in  Domino  35. 

Lseletur  cor36. 

Laudabo  Dominum  in  vita  mea  31. 

Omnis  consummationis  vidi  finem3*. 

Ostende  nobis,  Domine39. 

cxvi,  P.  L.,  t.  xxxix,  col.  1977,  Sermon.,  x,  P.  L.,  t.xxxix,  aol. 
1760.  —  "Sermon.,  cxxxv,  P.  L.,t.  xxxvm,  col.  748.—  "Sermon., 
xix, P. L.,  t.xxxvm,  col.  132.  —  "Sermon., liu,  P.  L.,  t. xxxvm, 
col.  825.  —  "Sermon.,  xx,  P.  L.,  t.  xxxvm,  col.  137.  —  "Ser- 
mon., cclxxxiii,  P.  L.,  t.  xxxvm,  col.  1286.  —  "Sermon.,  xvin, 
P.  L.,  t.  xxxvm,  col.  128.  — !1  Sermon.,  cccxlii,  P.  L.,  t  xxxix, 
col.  1501.  —  "  Sermon.,  cclxvi,  P.  L.,  t.  xxxvm,  col.  1225.  — 
-"Sermon.,  clxx,  P.  /..,  t.  xxxvm,  col.  930.  —  M Sermon., |xxi, 
P.  L.,  t.  xlvi,  col.  908.  —  =»  Sermon.,  ex,  P.  L.,  t.  xxxvm,  col.  639. 
—  3»  Sermon.,  ccxxx,  P.  L.,  t.  xxxvm,  col.  1103.  —  33  Sermon., 
ccxcix,P.  L.,  t.  xxxvni,  col.  1367.—  ** Sermon.,  cccxxvu,  P.L., 
t.  xxxvm,  col.  1450.  —  ^Sermon.,  cccxxxv,  P.  L.,  t.  xxxvm,  col. 
1470.  —  3»  Sermon.,  xxvm,  P.  L.,  t.  xxxvm,  col.  182.  —  31  Ser- 
mon., xxm,  P.  L.  t.  xlvi,  col.  917.  —  **  Sermon.,  ccclviii,  P.  L.r 
t.  xxxix,  col.  1588.  —  »•  Sermon.,  clxiii,  P.  L.,  t.  xxxvm, col.891. 


639 


AFRIQUE    (LITURGIE   POST-NICÉENNE   DE   L'J 


6d0 


Pretiosa  est  in  conspectu  Domini  '. 
Speravi  in  misericordia  2. 
Tibi  derelictus  est  pauper  3. 

Toutes  ces  pièces  sont  des  antiennes  ou  des  répons 
comme  l'indiquent  ces  termes  :  Inde  una  voce  conve- 
nantes Deo  cantamus  ;  consona  pariter  voce  cantamus  ; 
oravimus  enim  cantando  et  orando  cantavimus,  audi- 
vinius  et  cantavimus;  in  psalmo  modo  audislis;  cum 
psalmus  cantaretur  audivimus  ;  ou  d'une  manière  qui 
indique  encore  plus  explicitement  la  nature  des  chants  : 
audivimus,  concorditerque  respondimus  et  Deo  nostro 
consona  voce  cantavimus;  de  quibus  (apostolis)  audi- 
vimus et  cantavimus,  non  possumus  dicere  non  audi- 
vimus, quando  modo  cantavimus,  sicut  audivimus 
et  cantando  respondimus;  ad  hymnos  audiendos  et 
canendos ;  vox  pœnitentis...  quibus  psallenti  respon- 
dimus, neque  enim  nos  islum  psalmum  cantandum 
lectori  iniperavimus  ;  hoc  enim  justus  arbilror  ut 
conventus  ecclesiastici  non  fraudentur  etiam  psalmi 
hujus  intelligentia  cujus  ut  aliorum  delectari  assolent 
cantilena^. 

Remarquons  encore,  en  dehors  des  psaumes,  une 
allusion  au  chant  du  cantique  de  Moïse  :  Deus  fidelis 
in  quo  non  est  iniqidtas,  Deut.,  xxxn,  45,  une  autre 
au  chant  des  hymnes  de  saint  Ambroise  6  et  aux  hymnes 
hérétiques  des  priscillianistes  1. 

Verecundus,  que  nous  avons  déjà  cité,  enrichit  i'histoire 
de  la  liturgie  africaine  d'un  élément  très  précieux. 
Nous  savons  par  lui  qu'il  existait  en  dehors  des  psaumes, 
et  présentant  avec  eux  de  grandes  analogies,  une  collec- 
tion de  cantiques,  qui  auraient  été  recueillis  à  part  et 
édités  par  Esdras  (?),  et  que  d'ordinaire  on  joignait  au 
livre  des  psaumes;  on  les  chantait  de  la  même  manière, 
ut  eodem  sono  cantuque  psallantur,  quo  soient  ipsi 
quoque  psalmi  cantari 8.  L'Eglise  d'Afrique  usait  de  cette 
collection  qui  était  ainsi  composée  : 

Cantique  de  Moïse  dans  l'Exode  ; 

Camique  de  Moïse  dans  les  Nombres,  qui  n'est  pas  en 
usage  dans  la  psalmodie  ecclésiastique,  parce  qu'il  est 
trop  court: 

Cantique  de  Moïse  au  Deutéronomst  ; 

Cantique  de  Débora; 

Cantique  de  Jérémie,  Mémento.   Domine; 

Cantique  d'Azarias,  Benedictus  es  Domine  Deus 
patrum  noslrorum; 

Cantique  d'Ezéchiel,  Ego  dixi  in  altitiidine  dierr.tn 
meorum  ; 

Cantique  d'Habacuc,  Spïendor  ejus  sicut  lumen  erit  ; 

Oratio  Manasse  (apocryphe)  ; 

Cantique  de  Jonas  (caractéristique  de  la  psalmodie 
ambrosienne). 

La  collection  grecque  du  iv«  siècle  n'a  pas  le  cantique 
de  Débora,  mais  elle  a  en  plus  le  cantique  d'Anne  et  elle 
concorde  pour  le  reste  avec  Verecundus;  la  collection 
romaine  est  à  peu  près  la  même  que  la  grecque.  Voir 
Cantiques. 

1  Sermon.,  cccvi,  P.  L.,  t.  xxxvm,  col.  1400  ;  cf.  col.  1454  et 
passim.  —  'Sermon.,  xxn,  P.  L.,  t.  xlvi,  col.  915.  —  3 Ser- 
mon., xiv,  P.  L.,  t.  xxxvih,  col.  111.  —  *  Ibid.  Mêmes  réfé- 
rences que  pour  tous  les  psaumes  qui  précèdent  —  'Sermon., 
Ccclxih.P.  L.,t.  xxxix,  col.  1638.  —  •  De  natur.  et  grat.,  l.LXIII, 
lxxi  v,  P.  L.,  t.  xi. iv,  col.  284  ;  Confessiones,  P.  L.,  L  xxxn,  col.  777. 

—  '  Epist.,  ccxxxvu,  P.  L.,  t.  xxxin,  col.  1034, 1035.  —  •  Pitra, 
Spicil.  Solesm.,  t.  îv,  p.  1.  Saint  Hilaire  parle  du  reste  déjà 
de  ros  cantiques,  Prsef.   in  Psalm.,    P.   L.,  t.    IX,  col.  234  sq. 

—  •  Co  pus  itiscript.  latin.,  t.  vm,  n.  462.  —  ,0Cagnat  et  Saladin, 
Noies  d'archéol.  tunis.,  p.  20;  Clément,  dans  le  Bull.  d'Oran, 
1884,  p.  216  ;  J.  Schmidt,  dans  Ephem.  epigr.,  1884,  t.  v,  p.  520.  — 
11  Renier,  Recueil,  etc.,  n.  3239;  Lucas,  dans  le  Rec.  de  Con- 
stant., 1871-1872,  p.  421;  Corpus  inscript,  latin.,  t. vin.  n.  2218. 

—  "Lavoignat  et  Pouydraguin,  dans  le  Bulletin  du  Comité,  1888, 
p.  178;  Corpus  inscript,  latin.,  t.  vin,  n.  11269.  —  "Bull,  épigr. 
dl  la  Gaule,  1883,  t.  ni,  p.  202;  Bull.  d'Oran,  1884,  pi.  vu,  cf. 


L'épigraphie  africaine  nous  conserve  aussi  plusieurs 
formules  liturgiques,  ou  des  textes  des  psaumes  et  de 
l'Écriture  sainte,  probablement  les  plus  usités  en  liturgie. 


GLORIA  IN  EXCEL 
SIS  ÂÔ  ET  IN  TE 
C5RRA   PAS  (5 


^  HOMINIS 

^%  BONE  BOLV  p 
MTATISio 


f 


Fide  in  Deu  (sic)  et  ambula,  si  Deus  pro  nobis  guis 
adversvs  nosil.  Exaudi  Deus  orationem  meam  auribus 
percipe  berba  (sic)  oris  meii2. 

La  suivante,  trouvée  àTabarka,a  presque  l'allure  d'une 
oraison: 


DOMINVS 

D[e]VS  NOSTER»» 


(Ancre  ou  vaisseau) 
CASTVLA  •  P 
VELLA  ■  ANN 
XL-VIII-REDD 
VI-IDVS.  MAR 
TIAS-PROPER 
ANS-KASTITA 
TIS  •  S  V  M  E 
RE  PREMI 
A  •  DIGNA  • 
M  E  R  V  I  T 
I  N  M  AR  Cl  B 
ILE  CORONA 
PERSEVERA 
NTIBVS-TRIB 
VET-DEVS-GR 
ATIA-  INPACE 
Une    brebis    (?) 


Castula  puella ann(orum) XLViu redd(idit  [spiritum]) 
VI  idus  Martias,  properans  kastitatis  sumere  prenua 
digna.  Meruit  inmarc[esc]ibile(m)  corona(m).  Perseve- 
rantibtts  trijuel  Deus  gratia(m)  inpace1*. 

Un  verset  de  psaume,  un  texte  d'Ecriture  sainte,  con- 
stituent, nous  t'avons  dit,  une  acclamation  liturgique; 
acclamations  et  versets  ont  la  même  origine.  Voir  Ac- 
clamations, col.  254.  L'épigraphie  africaine  nous  en 
fournit  de  nombreux  exemples,  dont  plusieurs  sont  con- 
servés dans  la  liturgie  romaine. 

Dicsvitxbreviabuntur1*  ;  Exsurge  Domine  Deus  exal- 
tetur  mamts  lua[6;  Respice et  exaudi  me  Domine  Deus 
meus1':  Exa'abo  te,  Domine,  quia  suscepisti  wie18;  Et 
nonjucundasti  inimicos  meos  super  me19  ;  Salutem  ac 
cipiani  et  nonien  Domini  invocaboi0 ;  adferle  Domina 
mundum  sacri/icium,  adferte  Domino  patrise  gen- 
tium2i  ;  in  Deo  sperabo  non  timebo  qtiid  milii  facial 
!ivmo~:;  Si  Deus  pro  nobis,  niliil  milii  décrit'23. 

VII.  Les  sacrements.  —  Le  signe  delà  croix;  qui  fait 
partie  de  la  plupart  des  sacrements,  est  ainsi  décrit:  quod 
signum  nisi  adhibeatur  sive  frontibus  credentium,  sire 
ipsi  aquae  ex  qua  regeneranlur,  sive  oleo  quo  chris- 
mate  ungunlur,  sive  sacrifteio  quo  aluntur,  nihil  eorum 

p.  128  sq.  :  J.  Schmidt,  dans  Ephem.  epigr.,  1884,  t.  v,  p.  425, 
n.  824.  —  "Annotes  de  Constantine,  1860-1861,  p.  252;  Corpus 
inscr.  latin.,  t.  vm,  n.  2051.  —  "  Bévue  africaine,  t.  xxi,  p.  319; 
Corpus  insci-ipt.  latin.,  t.  vm,  n.  8397.  —  "Delamare,  Explora- 
tion scientifique  de  l'Algérie,  pi.  84,  n.  3;  Renier,  Recueil,  etc., 
n.  3428;  Corpus  inscript,  latin.,  t.  vm,  n.  8621.  —  "Renier,  Re- 
cueil, etc.,  n.  3457,  Corpus  i»script.  Iati>i.,  t.  vm,  n.  8622.  — 
"Héron  deVillefosse,  dansla7teuueo>r/uv/..  187C,  t.xxxi.p. 209; 
Corpus  inso-ipt.  latin-,  t.  vin,  n.  8423.  —  '"Renier,  Recueil,  etc., 
n.  3429;  Corpus  inscript,  latin.,  t.  vm,  n.  8C24.  —"Poulie,  dans 
le  Recueil  de  Constantine,  1873-1874,  p.  '•>''.  —  •'  Bosred<n,  dans 
le  Recueil  de  Constantin-.  1S7S.  p.  8;  Corpus  inscript.  Uitin., 
t.  vm,  n.  10656.  —  "  Papier,  dans  les  Comptes  rendus  de  l  Acad. 
d'Hippone,  1888,  p.  exix.  n.  1  ;  Poulie,  dans  le  Recueil  de  Cons- 
tantine. t.  \\v,  p.  413;  Corpus  inscript,  latin.,  t.  vm,  n.  18742. 
—  «>1  -  la  Bull,  'le  l'Acad.  d'Hippone,  t.  xvm.  p.  123; 

Corpus  inscript,  latin.,  t.  vm.  n.  17610. 


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7>JCT.   D'AP.CH.  CHI1ÉT. 


L—  21 


643 


AFRIQUE    (LITURGIE    POST-NICÉENNE   DE   L') 


644 


rite  perficiuntur  '  ;  une  autre  description  générale  est 
donnée  en  ces  termes:  deprecantem  vel  super  aquam 
baptismi,  vel  super  oleum,  vel  super  eucharistiam,  vel 
super  capita  eorum  quibus  manus  imponitur2. 

Citons  encore  comme  descriptions  générales  ces  deux 
textes  importants  de  Victor  de  Vite  :  Non  psallatis,  neque 
oretis,  neque  ordinetis,  aut  aliquem  reconciliare  prx- 
sumatis3...  Qui  nobis  (sacerdotes)  pœnitentiœ  munvs 
collaturi  sunt  et  reconcilialionis  indulgentia,  a  quibus 
divini  sacrificii  ritus,  qui  nos  solemnibus  orationibus 
sepulluri  sunt1'. 

L'épigraphie  nous  fournit  un  précieux  monument  qui 
semble  aussi  se  rapporter  aux  sacrements  et  les  réunit 
dans  une  sorte  de  sjnthèse  (fig.  116). 

Ce  vase  de  plomb,  auquel  nous  ne  pouvons  consacrer 
une  longue  description,  a  été  trouvé  en  Tunisie;  l'in- 
scription ANTAHEATE,  etc.,  est  le  texte  du  psaume, 
haurielis  aquas  in  gaudio,  usité  dans  la  liturgie  du 
baptême  et  aussi  dans  celle  de  l'eau  bénite.  C'est  à  la 
première  destination  (seau  baptismal)  que  parait  consacré 
ce  vase.  Les  paons  auprès  du  vase  semblent  représenter, 
selon  De  Rossi,  l'eucharistie;  les  cerfs  se  désaltérant  aux 
quatre  fleuves  du  paradis  désignent  d'ordinaire,  dans  le 
langage  symbolique,  le  sacrement  du  baptême;  l'orante 
et  le  pasteur,  la  victoire  avec  une  couronne  et  la  palme, 
semblent  .mssi  des  symboles  parlants  qui  rappellent  la 
prière,  les  martyrs,  et  le  Christ,  pasteur  des  fidèles. 
Quant  aux  symboles  païens  qui  sont  sur  ce  vase,  comme 
le  Silène,  la  divinité  locale  de  Carthage  (orante?),  la 
néréide,  ils  ont  du  être  mis  là  par  symétrie3. 

La  question  du  baptême  africain  sera  traitée  à  part. 
Voir  Baptême.  Nous  donnerons  simplement  ici  les  in- 
scriptions de  deux  baptistères.  Voir  Baptistères;  voir 
aussi  IV.  Archéologie. 

IC  OFICINA  LAVRI   PLVR 

A  FACIAS  ET  MELIO 

RA  EDIFIAIS  SI   DEVS  PR 

OBIS  QVIS   CONTRA   NOS 
S   NOMEN   DEVS  SCIT  BO 
VIT  CVM   SVIS 


FISON 
TIGRIS  EV 
10  FRATES 

Lig.   3.  edif(ice)s.   Lig.   4.    (o)nobis.   Lig.   5.  (cuj)us. 
Lig.  (i.  (tn)rii(so)lrit.  Lig.  7.  g(eo)n6. 
A  Tipasa,  près  du  baptistère  : 

SI-QVIS-VT-VIVAT 
QVAERITADDIS 
CERE-SEMPER- 
HIC  LAVETVR 
AQVA-ET-VIDEAT 
CAELEST  (ta  régna?) 

La   confirmation   avec   l'imposition    des    mains,    une 
prièreet  l'onction,  est  nettement  distinguée  du  baptême. 

1  Tract.  inJoh.,  P.L.,  t.  xxxv,  col.  1950.  —  'Debapt.  contra 
Donat.,P  L.,  t.  xliii,  col.  190.  —  3  Victor  de  Vite,  Depersec.  van- 
dal.,  P.  L.,  t.  i.vm,  col.  240.  —  ■»  lhi,L,  cul  212.  —  »  De  Rossi, 
Bull,  di  archeol.  criât.,  1867,  p.  77  et  la  planche;  Le  Blant,  dans 
le  Bull,  des  antiq.  île  France,  1867,  p.  143;  Corpus  inscript. 
latin.,  t.  vin,  n.  10484 '  ;  Pératé,  L'archéologie  chrél..  p. 
A  rapprocher  peut-être  du  vase  baptismal  publié  par  le  P.  De- 
lauïe,  Un  pèlerinage  auxruines  de  Carthage,  Lyon.  1902,  p.  4,"> 
—  "Héron  de  Villefosse,  dans  les  Comptes  rendus  de  l'Académie 
des  inscr.  et  beltes-letlrcs,  1883,  t.  xi,  p.  189;  Gagnât,  ibid., 
p.  119;  Corpus  inscr.  latin.,  t.  vm,  n.  11133  ;  Ephëm.  epigr.. 
t.  v,  n.  1166;  t.  vu,  ,n.  28.  Cf.  de  Vogué,  Les  Églises  de  1 
Sainte,  p.  111,  pi.  v,  fig.  3;  une  inscription  à  rapprocher  do  celle- 
ci.  —  "  Gavault,  dans  la  Bévue  africain»,  1883;  de  la  Hlaii- 
chère,  dans  le  Bull,  de  corresp.  a/ rie,  1884,  p.  162;  Poinssot,  dan- 
le  Bull.  d'Or  an,  188'i,  p.  3t:i:  .1.  Schmidt,  dans  Ephem,  epigr., 
18ttL  l.  v,  p.  562,  n.  1304.  —  *Serm.,  cn.xix,  P.  L.,  t.  xxxvm, 


Haecitaque  distinclio  inter  acceptionem  baptismi  et  ac- 
ceptionem  Spirilus  sancti  satis  nos  instruit,  ne  habere 
hos  conlinuo  spiritum  sanctum  putemus  quos  habere 
baptismum  non  negamus*...  unctos  ejus  chrismate*... 
mystico  Mo  chrismate  consecratis  10.  Orabant  quippe 
(apostoli)  utveniret  in  eos  quibus  manum  imponebant, 
non  ipsi  eum  dabant.  Quem  morem  in  suis  pr&positis 
etiam  nunc servat  Ecclesia...  inqua  (ecclesia)  preecipue 
baptizati  accipiunt  Spiritum  Sanctum11.  Comme  nous 
l'avons  dit  plus  haut  (col.  199),  la  réconciliation  des  héré- 
tiques a  été,  à  tort  ou  à  raison,  rapprochée  de  la  confir- 
mation. Saint  Fulgence  nous  dit  à  cette  occasion:  cum 
compuncti  corde...  revertuntur,  non  in  eis  iteratur  ba- 
ptisma...  sed  per  impositionem  manuum  Ecclesix  re~ 
conciliantur  12. 

Nous  avons  déjà  parlé  de  l'eucharistie;  pour  la  péni- 
tence-, nous  renvoyons  aussi  à  cet  article,  cette  insti- 
tution n'ayant  pas  en  Afrique  de  caractères  bien  parti- 
culiers. Voyez  Pénitence.  Cependant  nous  noterons  ici 
que  la  prière  apocryphe  de  Manassé  parait  avoir  été 
employée  pour  le  rituel  de  la  pénitence,  ainsi  qu'en  té- 
moigne un  évêque  africain  du  Ve  siècle,  Verecundus  13. 
Cet  apocryphe  s'est  glissé  aussi  dans  un  répons  de  la 
liturgie  romaine  et  dans  l'eucologe  grecu. 

Les  allusions  au  mariage  comme  sacrement  et  à  la 
virginité  sont  beaucoup  plus  fréquentes  dans  saint 
Augustin.  Il  exalte  la  virginité,  établit  contre  Julien  qu'elle 
est  un  état  plus  parfait  que  le  mariage 15  et  parle  souvent 
dans  ses  lettres  de  la  cérémonie  du  voile  et  de  la  consé- 
cration des  vierges  16.  Voir  Vierges. 

Mais  il  défend  aussi  le  mariage  comme  sacrement, 
nuptise  quippe  habent  ordinem  suum  et  benedictionem 
m,  bonumque  suum  n.  Il  parle  de  la  bénédiction 
nuptiale,  des  tabulée  matrimoniales,  et  des  autres  céré- 
monies qui  se  rapportent  au  mariage18. 

L'inscription  suivante,  qui  a  été  trouvée  à  Carthage, 
«  semble  provenir  d'une  ordonnance  impériale  ou  d'un 
jugement  épiscopal  réglementant  certaines  questions  de 
mariage  19  :  » 


1ISSIMORVM  PATRIARCHARVMET  VNI\ 
liPA   SANCTITATE   VNDE  CVM    DIV   DISCEP- 

[TARE« 
iitIMVS    DISPOSITIONEM    SANCTAE    MFMO- 

[RIAMI 

iHRE    VEL    PASCERE    NE    QVE   PVBLICE   NE- 

[QVE  APVT   SVOM 

6     HtDINARVM   NON  ACCEDANT  SET    QVONIAM 


■A    HONORIFICENTIA    COMMEMORARE    ET 

[PRMI 
5IMVS    SED    QVIA    RES    TAM    GRAVISSIMA 

[APIR«I 
VEAPPLLIATVRPROTOGAMIAADEQVEPRI- 

(MASH2 
«IONEM    VENIRE    AVSVS   FVERIT    QVI   VIN- 

[DICA^iJ 

col.  1236.  —  'De  civit.  Dei,  P.  L..  t.  xli.  col.  517,  532.  —  "Ibi.l.. 
col.  543.  —  «  De  Trinitate,  P.  L.,  t.  xui.  col.  1093.  —  "  De  T>  i- 
nitate,  P.  L..  t.  lxv,  col.  506.  —  "  Ct.  Pitra,  Spicil.  Sott 
t.  iv,  p.  99.  —  '*  Ct.  doin  F.  Cabrol,  La  prière  antique,  p.  391- 
392;  dom  Cabrol  et  dom  Leclercq,  Monum.  Eccl.  lilurg.,  in-4', 
Parisils,  1902,  t.  i.  pr.rt..  p.  i  xxi.  —  '»  De  nuptiis  et  a 
P.  L.,  t  xi. iv,  col.  416;  Contra  Julian.,  I'.  L..  t.  xi.iv.  cul.  723. 
724.—  "Eius!..  ii.xwvm,  P.  /...  t.  xxxtu,  coL  849  aq.;  Epiât., 
ccxi,  ibid.,  col.  959;  De  sanetu  uirginitate,  P.  I...  t  \i  . 
col.  400  sq.  —  "Contra  Julian.,  P.  /..  t.  xi.iv.  col.  708.  717, 
720,  731  sq,  ;cf.  col.  616,  037.  673-701  :  De  pecc.  orig., L  WMII. 
c  xi. n.  P.  /...  t.  xi. i\.  col.  404,  'uni.  et  toul  le  traité  De  nuptiis 
cup.,  P.  /...  t.  xi  iv,  col.  421  sq,  —  "  Epist..  i.xxxiv  bis, 
mwwii.  /'.  /..  i.  xxxiii,  col.  790,844;  Serm.,  Ll,  <  iawiii, 
i  i  \\\\  m.  .  i  i  \\  in.  ici  xxviii.  c,  cxxxil,  /'.  /  ..  I.xxxviu,  coL 
346,  901, 1125,  1233,  1272,  1463.  -  "A.  1  Maître,  dans  le  Bull 
arch.  du  Comité  des  trav.  hist.,  1900,  p.  CEI  I 


645 


AFRIQUE   (LITURGIE   POST-NICÉENNE   DE   U) 


646, 


10     «2WMQVE  MODO  IVBANDOS  ESSE  PVTABE- 

[rint  o« 

iHIS   PROMISIT   IPSE   VQS   EIDEM    MERCEDI 

[PARTI» 
H1VE  DIE  NVPTIARVM  QVARTA  IERIA  IIANTUi 

Ce  fragment  si  intéressant  paraît  dater  de  la  première 
moitié  du  ve  siècle.  «  Il  est  difficile,  pense  Mgr  Toulotte, 
de  ne  pas  mettre  cette  inscription  en  relation  avec  la 
question  du  mariage  des  patriarches  tant  de  fois  sou- 
levée par  les  manichéens  et  autres  hérétiques  contre  la 
doctrine  catholique  et  si  vigoureusement  défendue  par 
saint  Augustin  *•  » 

VIII.  Hiérarchie.  —  La  hiérarchie  des  ordres  était  déjà 
établie,  pour  la  période  anténicéenne,  par  le  témoignage 
de  saint  Cyprien.  Peu  de  modifications  sesont  introduites 
dans  l'âge  suivant;  on  retrouve  chez  saint  Augustin  des 
allusions  aux  lecteurs2,  aux  sous-diacres,  aux  diacres3, 
aux  prêtres  et  aux  évêques,  à  l'ordination,  au  caractère 
ineffaçable  imprimé  par  ce  sacrement 4,  mais  rien  qui 
soit  de  nature  à  nous  éclairer  beaucoup  sur  la  partie 
vraiment  liturgique  de  ces  fonctions.  Parmi  les  lecteurs 
qui  s'acquittent  aussi  du  rôle  de  chantres,  il  y  a  de 
jeunes  enfants,  leclores  inj'antuli...  una  degunt,  simul 
vescuntur,  pariter  psallunt 5. 

A  l'époque  de  la  persécution  vandale,  on  compte  à 
Carthage  cinq  cents  membres  du  clergé;  l'archidiacre  est 
nommé  à  la  même  époque,  secundus  in  officio  mini- 
strorum  s. 

Les  inscriptions  d'Afrique  viennent  confirmer  et  com- 
pléter nos  renseignements  sur  ce  point.  Nous  citerons 
deux  épitaphes  remarquables  de  lecteurs  à  Carthage  : 

La  première  porte  les  caractères  des  inscriptions 
du  îv*  siècle. 

)fr        DEVSDEDIT 

jt  LECTOR      ¥= 

[in]PA[ceP  |j&     J 

La  seconde  semblerait  indiquer,  ce  qui  est  un  fait 
Qouveau,  que  Carthage  comme  Rome  était  divisée  en 
régions  au  point  de  vue  religieux  administratif  et  que  les 
lecteurs  appartenaient  à  l'une  ou  l'autre  région.  Nous  la 
rapprochons  d'une  troisième  qui  rend  l'hypothèse  plus 
probable  encore. 

+  MENA  LECT-REG-QVH1» 
FIDELIS   IN  PACE  VIXIT 
ANNOS  XXXCII  DP  ÏD      é 
i]ND  PRIMA  0 

Lig.  1.  —  lect[or)  reg{ioné)  qu(arta)  vel  qu{inta)  *. 

DEVS  INPA 
CE       R  S 

Lig.  2.  —  rcgione  secunda. 

Nous  trouvons  dans  la  même  province  ou  dans  les  pro- 
vinces environnantes  des  épitaphes  de  vierges  (virgo 
sacra,  ou  sanctimonalis),  de  veuves,  de  simples  fidèles, 

*  A.  Delattre,  dans  le  Bulletin  archéologique  du  Comité  des 
travaux  historiques,  1900,  p.  cxci.  —  *  Epist.,  i.xni,  P.  L., 
t.  xxxin,  col.  232;  ccix,  ibid.,  col.  954.  —  3Serm.,  ccclxxxh, 
P.  L.,  t.  xxxix,  col.  1685;  Epist.,  cxxvi,  P.  L.,  t  xxxm,  coL  478. 
-  *  Epist.,  clxxxv,  P.  L.,  L  xxxm,  col.  812,  813.  —  'Victor  de 
Vite,  De  persec.  Vand.,  I.  V,  c.  IX  et  X,  P.  L.,  t.  lviu,  col.  246, 
248.  —  «  Ibid.,  col.  500,  847.  —  'De  Rossi,  Pull,  di  archeol.  crist., 
1884-1885,  p.  46;  Delattre,  dans  Les  missions  catholiques,  1886, 
p.  79,  102,  137;  Corpus  inscr.  latin.,  t.  vm,  n.  13422.  —  «a. 
Hinschius,  System  des  kath.  Kirchenrechts,  t.  I,  p.  322,  377; 
Harnack,  Die  Quellen  der  sogenannten  apostolischen  Kirchen- 
"rdnung,  Leipzig,  1886,  p.  100  sq.  ;  Delattre,  dans  le  Recueil  de 
Constantine,  t  xxiv,  p.  46,  n.  24;  a.  t.  xxv,  p.  338.  Corpus 
inscr.  latin.,  t.  vm,  n.  13423, 13881.  —  •Delattre.  dans  le  Re- 


de  clercs,  d'acolythes,  de   sous-diacres,  de  diacres;  dt 
prêtres,  d'archidiacres,  d'évêques. 

\»  fidel}\5  IN  PACE  VIX[tt 

vi]RGO  SC  IN  PACE 
Lig.  2.  S(a)C(ro)» 

2*  Quodvult?]  DEVS 

V\RG[ofi]  DELIS  IN  PAC[el  •» 


FIDEL(is  inpace 
BIDVATA-EST-AN[nos 
VIIIM-VI-D-...H. 


NEMINEM  VEBERE 

MO 

Tl   ME 

INVIUiE 

ODLA 
H      IN 

(  A|co, 

BOR 
RES 

VRGE 

SE»? 

3» 


i* 


CASTHE  SANIIMONIALEV 
XIT  ANIS  xxx<; 

Neminem  debere  mo(r)ti  m(ese)  invide(n)do  labor[are\ 
Et  [tu]  in  (Christo)  resurges  Eg[o]  Castlie  (='casta) 
sanctimoniale  (is)  V(i)xit  annis  XXXVI 12. 

5°  ADEODATA  F\[delis  inpace 

CY  [prianus]  FIDELIS  [inpace 
MMMmmm.  f\\VZ\.\  [s  inpace1* 

6°  +  80NATVS 

CLERICVS 
VIXIT  ANN 
OS  VIMI  REQVI 
6     EBIT  IN  PACE 
S?S.  III   ID 
APRILES 

Lig  6.  SP!.III(= 'sm6  diem  nonum)  ou  plutôt  Sôs.lll 
l=sub  diem  terlium)  u 


7" 


10 


BAEBIA  SA 

TVRNINA 

EXEMPLVM 

SANCTIMO 

NIAiHTONI 

GALHHIRELI 

GIOSE  PIE 

CASTEQVE 

VIX-ANN-XX 

MENIUXlilXVI 

H-  S-  E»s 


8° 


+  VALERIVS  INNO 
CENTI  VIXI  ANN  LXI 

QVI  FVIT  SVdC 

NON  OCT  Ll  INDC 

X  P.S  + 


Valerius  Innocentons)  vixi(t)  ann(is)  LXI,  qui  fuit 
su(b)d(ia)c(onus)  non  (is)  oct(obribus)  et  ind(i)c(tione)X 
p(ositu)sil. 

9°  CYPRIAN  [us  pdel]  IS  IN  PACE 

NOVELLA  FIDELIS  IN  PACE  DPÇ  ID  OCTOB 
GLORIOSV[s]  ACOLVTVS  IN  PACE  ». 

cueil  de  Constantine,  t.  xxiv,  p.  58,  n.  82;  Corpus  inscr.  la- 
tin., t.  vm,  n.  13429.  —  <0  Delattre,  loc.  cit.,  t.  xxv,  p.  321, 
n.  308;  Corpus  inscr.  latin.,  t.  vm,  n.  13432.  —  *•  Delattre,  loc. 
cit.,  t.  xxv,  col.  291,  n.  172  ;  Corpus  inscr.  latin.,  t.  vm,  n.  13427. 
—  "  Bosredon,  dans  le  Recueil  de  Constantine,  1876-1877, 
t.  xvr,  p.  403,  n.  1  ;  Corpus  inscr.  latin.,  t.  vm,  n.  10689.  — 
,3Delattre,  loc.  cit.,  t.  xxv,  col.  322,  n.  313;  Corpus  inscr.  latin*, 
t.  vm,  n.  13439.  —  u  Province  de  Cirta,  cf.  Poulie,  dans  le  Re- 
cueil de  Constantine,  t.  xxn,  p.  288,  n.  5  6  ;  Corpus  inscr.  la- 
tin., t.  vm,  n.  19671.  —  ">  A  Hanschir  Nebhana,  cf.  A.  Berbrugger, 
dans  la  Revue  n  .';.,  t.  u,  p.  23;  Corpus  inscr.  latin.,  L  viu, 
n.  78.  —  **  Corpus  inscr.  latin.,  t  vin,  n.  452.  —  «'  Delattre,  loc. 
cit.,  t.  xxrv,  p.  45,  n.  21;  Cornus  inscriptionum  latinarum, 
t  vm.  n.  13426. 


647 


AFRIQUE   (LITURGIE   POST-NICÉENNE   DE   L") 


648 


10» 


!!• 


GENERO[sm]S  DIACONV[s» 
MAXftr»us  rfi]ACON[«s. 
FORTV[na<ws  inno]CENS  IN  PA[ce* 


VS  DIACONVS  IN 
VLVS  FIDELIS  IN  PACE 


12°  Une  couronne  brisée 


THEODOR 
VS  ARCCD 


Lig.  2-3,  archidiaconus  4. 

ESBITER  \H\pa 
CE  VIXIT  AN 
NIS  XXXVI  MEN 
SES  IIIIB 

14»    ROMANVS  EPISCO[pws 
IN  PACE-D-XI-K 
RUSTICVS  EPISCOPVS  IN  PACE  D-K-l 
EXITIOSVS  EPCP 
IN  PC-DP 
GUI  KL  DC- 

Romanus  ëpisco(pus)  in   pace  d(epositus)  xi  K(alen- 

[das)... 
Rusticus  episcopus  in  pac[e)  d(epositus)  K(alendis)I... 
Exitiosus  ep(is)c(o)p(us)   in  p(a)c(e)  d{e)p(ositus)   vm 
K(a)l(endas)  d[e)c(embres). 

Le  titre  d'Exitiosus  a  été  gravé  postérieurement 
entre  celui  des  deux  évêques  Romanus  et  Rusticus6. 

Nous  citerons  encore  pour  un  évèque  les  deux  inscrip- 
tions suivantes,  la  première  trouvée  à  Tanaramusa  Castra, 
qui  est  digne  d'attention;  la  seconde  à  Mactaris  : 


iHILTIS  EXILIIÏ 
PROBATVS    ET    FIDEI 
CATHOLIC/E  ADSER 

TOR    DIGNVS    INVENTVS 
IMPLEVIT  IN  EPISCOPATV 
ÂN-XVIIIMIID-XII-ET  OCCI 
SUS  EST  IN   BELLO  MAVRO 
RVM  ET  SEPVLTVS  EST  DIE 
VI-ID-MAIAS  P  CCCCLVI 

6  lig.  an(nos)  xvm  nt(enses)  II  d(ies)  XII. 

9  lig.  VI  id(us)  Maias  {annu)  p(rovincix)  cccclviI. 

'  Delattre,  dans  le  Recueil  de  Constantine,  t.  xxiv,  p.  44. 
n.  17  ;  Corpus  inscr.  latin.,  t.  vm,  n.  13416.  —  *  Delattre,  loc. 
cit.,  p.  44,  n.  18;  Corpus  inscr.  latin.,  t.  vm,  n.  13417. 
—  3  Delattre,  loc.  cit.,  t.  xxv,  p.  284,  n.  155;  Corpus  inscr. 
latin.,  t.  vm,  n.  13418.  —  *  Wilmanns,  dans  Corpus  inscr. 
latin.,  t.  vm,  n.  58  a  (province  de  Byzacène).  —  "  Berbrugger, 
dans  la  Revue  africaine,  t.  m,  p.  74;  Corpus  inscr.  latin., 
t.  vm,  n.  2014  (à  Theneste).  —  °  Berbrugger,  dans  la  Revue  afri- 
caine, t.  I,  p.  391,  et  Revue  archéol.,  t.  VII,  p.  747;  Guérin, 
Voyage  archéol.  dans  la  régence  de  Tunis,  Paris,  1862,  t.  u, 
p.  277,  n.  474;  Wilmanns,  dans  Corpus  inscr.  latin.,  t.  vm, 
n.  879.  —  'Berbrugger,  dans  la  Revue  africaine,  t.  i,  p.  52; 
t.  X,  p.  354;  Catalogue  du  musée  d'Alger,  p.  79,  n.  194;  Renier, 
Recueil  des  inscr.  rom.  de  l'Algérie,  in-fol.,  Paris,  1855,  n.  3675; 
Corpus  inscr.  latin.,  t.  vm,  n.  9286.  —  »  Héron  de  Villefosse, 
dans  le  Bull,  des  antiq.  africaines,  1884,  p.  366,  n.  635;  Bull,  des 
antiq.  de  France,  1885,  p.  105;  Letaille,  dans  le  Bull,  épigr.  de 
la  Gaule,  L  VI,  p  88;  Corpus  inscr.  latin.,  t.  vin,  n.  11893.  — 


OLIM  DO  DIGNVS 

HIC  inTvmv  Lo 

IACET  EPISC-GER 
6     MANVS  IN  EPISCV1 
AN-XII§lM-XDtI«XIIII  « 

IX.  Prière  pour  les  morts.  —  La  prière  pour  les 
morts,  déjà  en  honneur  au  siècle  précédent,  prend  dans 
l'Église  d'Afrique  de  nouveaux  développements.  Un  petit 
traité  de  saint  Augustin  De  cura  pro  mortuis,  vers  421, 
serait  à  commenter  tout  entier.  Il  est  consacré  à  éclairer 
la  piété  des  fidèles  en  leur  montrant  qu'il  ne  suffit  pas 
de  se  faire  enterrer  auprès  des  saints  (voir  Ad  sanctos), 
mais  qu'il  est  plus  important  de  bien  vivre;  il  démontre 
que  les  martyrs  intercèdent  pour  nous,  il  atteste  qu'il 
faut  prier  pour  les  morts,  comme  le  l'ait  toute  l'Église. 
G. -M.  Tourret  a  donné  sur  ce  traité  de  saint  Augustin 
un  travail  épigraphique  des  plus  intéressants,  qui  dé- 
montre une  fois  de  plus  l'importance  de  l'épigraphie 
pour  nos  études  liturgiques9. 

Saint  Augustin  revient  plusieurs  fois  dans  ses  autres 
ouvrages  sur  la  prière  pour  les  morts,  sur  l'oblation  du 
sacrifice,  adhibeal  quoque  unusquisque  pro  charis  suis 
(le  terme  est  à  noter,  car  il  a  été  conservé  longtemps 
dans  les  liturgies  funéraires  10);  cum  ergo  sacrificia  sive 
altaris  pro  baptizatis  defunclis  omnibus  offeruntur  "  ; 
nain  pro  defunclis  quibusdam  vel  ipsius  Ecclesiee  vel 
quorundam  piorum exauditur  or atioi2.  On  célèbre  leurs 
anniversaires,  Quando  celebramus  dies  fratrum  de- 
functorum,  in  mente  habere  debemus... i3.  Il  nous  dé- 
crit l'embaumement,  la  pompe  funèbre,  les  rites,  sed 
forle  cum  mortuus  plangitur,  cum  funus  curatur, 
cum  exsequia  prxparantur,  cum  effertur,  cum  itur, 
cum  sepelitur".  A  propos  de  la  mort  de  sa  mère,  il 
nous  montre  Évodius  prenant  le  psautier  des  mains  de 
l'enfant  que  ses  pleurs  empêchent  de  chanter  et 
chantant  lui-même  le  psaume  c,  auquel  tous  ceux  qui 
sont  présents  répondent  par  le  verset  :  Misericordiam 
et  judicium  cantabo  tibi,  Domine.  On  offre  le  sa- 
crifice de  la  messe  pour  la  défunte,  on  pose  le  cadavre 
auprès  du  sépulcre  avec  des  prières,  sictit  illic  fieri 
soletli. 

Mais  c'est  surtout  dans  l'épigraphie  qu'il  faut  chercher 
les  formules  de  la  liturgie  funéraire.  Nous  en  citerons 
quelques-unes  :  Qui  in  Deo  con/idit  semp.  vivet,  ACO  ,6; 
Spes  in  me  17,  oralionibus  santorum  (sic)  perducet  Do- 
minus  i9;precessit  nos  in  pace  et  discessit  in  pace  " ,  qui 
rappellent  le  qui  nos  prxcesserunt  cum  signo  fidei 
et  dormiunt  in  somno  pacis,  du  canon  romain;  Lux 
telerna  mors  mea  inDeomeo;  Mane,  Domine,  injanuis 
nostris 20  ;  Dormit  in  pace;  in  Deo  vivas,  que  l'on  trouve 
fréquemment  et  dont  nous  donnons  aussi  un  exemple 
ci-dessous,  ainsi  que  du  precessit  in  pace.  Nous  lisons 
encore  :  requiescil  i»  pace  21  ;  in  pace  bixit  (vixit) i2  ;  in 

'P.  L.,  t.  XL,  col.  591  sq.  G. -M.  Tourret,  Étude  épigraphique 
sur  un  traité  de  saint  Augustin,  dans  la  Revue  archéol.,  1878, 
t.  xxxv,  p.  140-155,  281-298.  —  ,0  Cl.  plus  haut  Liturgie  anté- 
nicéenne,  col.  616.  —  "De  vm  Dulcilii  gu.vst.,  P.  L.,  t.  XL, 
col.  158,  cf.  Enchir.,  c.  ex.  P.  I...  t.  m  .  col.  283.  —  '•  De  civit. 
Dei,  l.  XXI.  c.  xxiv,  /'.  L.,  t.  xi.i,  col.  737,  7o8.  —  "Serm., 
clxxiii,  P.  L.,  t.  xxxvm,  col.  937.  —  >'Serm.,  ccclxi.  P.  L., 
t.  xxxix,  col.  1001;  cf.  clxxii,  P.  L.,  L  xxxvm,  col  936,937; 
clxxvii,  ibid.,  col.  937.  —  <*Confessiones,  1.  IX,  c.  XII.  P.  L., 
t.  xxxii,  col.  776,  777.  —  ■•  Pellissier,  dans  la  Rev.  archéol., 
1848,  p.  305,  413;  Corpus  inscr.  latin.,  t.  vm,  n.  1247.  —  "Renier, 
Recueil  des  inscr.  rom.  de  l'Algérie,  n.  3245;  Poulie,  dana 
le  Recueil  de  Constantine,  1871-1872,  p.  422;  Corpus  inscr, 
lutin.,  t.  vm,  n.  2215.  —  "Revue  africaine,  t.  vi.  p.  463. 
d'après  L'observateur  de  Blida ;  Corpus  inscr.  latin.,  t.  vm, 
n.  9285.  —  "Corpus  inscr.  latin.,  t.  vm,  n.  9821,  <l  ReMM 
archéol.,  t.  iv,  p.  662.  —  "  Corpus  inscr.  latin.,  t.  vm,  D.  11643. 
—  "  Ibid.,  n.  983.  —  "  Ibid.,  a.  984. 


649 


AFRIQUE    (LITURGIE    POST-NIGÉENNE   DE   L') 


650 


Crislo  (loreal1;  hic  pax  Clirisli  mterna  moretur2;  in 
nomine  Domini  Salvaloris  Ulpiana  cum  suis,  Chri- 
stojubenle  perfecit3. 

En  voici  quelques  autres  reproduites  dans  leur  inté- 
grité : 


I» 


2« 


40 


IN  DEO  — [-3    Iva(«c)' 

BONE  MEMO 

RIAEROZONI- 

MEDICI-VIXIT- 

ANNIS-LXX-DIES- 
5     XX-PRECESSIT 

\nos]  IN  PACE 

XÇ  (kal  maias) 

PR  CCC  CX<;iH. 

GAIA-VIRO  D\ul 
10  CISSIMO-FECIT 

MI-FILI-MATER-ROGAT-VT-ME 
AD-TE-RECIPIAS-PP  Q«. 

b.  m.r)o  GATA-VI- 
xit.]  aNNIS-llll- 

va  xi-&.  111  esi 

dor  MIT  IN  PACE? 


Parmi  les  suivantes,  la  première,  qui  mérite  d'attirer 
l'attention  des  archéologues,  signifie  peut-être  que  la 
défunte  mourut  le  jour  de  son  baptême  : 

lo  D  M  S 

I  I  I  I  A  I  I  I 
PAVLINA  VA 
XXIII  H  S  E 


KA 

RISSIMAE  FE 
SOLA  IN  TERRIS 
10     OMNIBVS  VNO 
EODEMQ-INDIE 
VITAM  ADEP 
TA  FVNCTA 
QVEST 

Lig.  2  (Titi)a  (Titi  Fil)ia.  Lig.  3  v{ivit)  a[nnos). 
Lig.  4  h(ic)  s(ita)  e(st).  Lig.  7  sq  (conjugi?)  karissimœ. 

1  De  Rossi,  Bullet.  di  arch.  crist.,  1878,  p.  22,  pi.  3;  cf.  Atti 
délia  pont.  Accad.  di  archeol.  fév.  1886,  p.  25.  —  *  Corpus 
inscr.  latin.,  t.  vnt,  n.  10947.  —  3  Renier,  Recueil  des  inscr. 
rom.de  l'Algérie,  n.  3848;  Corpus  inscr.  latin.,  t.  vin,  n.  9703. 
—  *  Renier,  Recueil  des  inscr.  rom.  de  l'Algérie,  n.  1673.  — 
*  Gay,  dans  la  Revue  africaine,  t.  xu,  p.  400;  Corpus  inscr. 
latin.,  t.  vin,  n.  9693.  Cf.  encore  la  formule  precessit  nos  in 
pace,  Corpus  inscr.  latin.,  n.  9713,  9715.  —  eGuyon,  dans  le 
Moniteur  algérien,  10  août  1843  ;  Berbrugger,  dans  la  Revue 
africaine,  t.  11,  n.  96;  Renier,  Recueil  des  inscr.  rom.  de  l'Al- 
gérie, n.  3864;  Corpus  inscr.  latin.,  t.  vin,  n.  9691.  Sur  le  carac- 
tère chrétien  de  cette  épitaphe,  voir  Lenormant,  dans  Cahier  et 
Martin,  Mélanges  d'archéologie,  d'histoire  et  de  littérature, 
4  vol.  in-tol.,  Paris,  1847-1856,  t.  m,  p.  125,  note.  —  7  Les  lettres 
soulignées  dans  l'inscription  ont  maintenant  disparu.  Cf.  Vercoutre, 
dans  la  Revue  archéol.,  série  III,  t.  x,  p.  183;  Corpus  inscr. 
latin.,  t.  vin,  n.  11085.  —  •  Farges,  dans  les  Comptes  rendus 


fe(cit)  sola  in    terris  omnibus  uno  eodemque  in  die 
vitam  adepta  functaque  est 8. 


2» 


PAÏENNE  VIVAS  CVM  TVIS  ^ 

INE  VIVE  El  VIDE  %  %  SPES  >£ 

I 
IN  DEO  ^ 


Lig.  2  in  (a)c{ternum)  9, 

3»  DEDITI  XPI  VMBRIVS  FELIX  MAC 

FECIT  VOTVM  REDDIDIT  DO  PRECA 
TVR  PRO  SVIS  PECCATIS  ALVT 
FICETVR  A-P.  CCCIX  etSIII 

Lig.  1  Dedili  Christi  (?)  Umbrius  felix  mac(gisler?) 
Lig.  2  fecit  votuni  rcddidit  d(e)o,  precatur 
Lig.  3  pro  suis  peccatis  (s)alvificeturi0. 
Les  expressions  qui  se  rencontrent  souvent  sur  les 
tombes,  Hic  requicscit,  hic  requiebit,  et  autres  sem- 
blables   (par  exemple,   Corpus    inscr.   latin.,   t.    vm, 
n.  9709)  sont  peut-être  à  rapprocher  de  ce  répons,  qui 
dans  les  recueils  anciens  est  marqué  pour  l'office  funé- 
raire :  Hsec  requies  mea  in  sseculum  sseculi,  hic  habi- 
tabo  quoniam  elegi  eam. 

X.  Acclamations.  —  Outre  les  acclamations  litur- 
giques, Amen,  Alléluia,  Dominus  vobiscum,  Sursum 
corda,  dont  nous  avons  déjà  parlé  pour  la  messe,  et  qui, 
en  dehors  même  du  sacrifice,  sont  d'un  usage  fréquent n, 
nous  en  recueillons  un  certain  nombre  d'autres  Deo  vi- 
ras, Deo  vivalis,  Deo  gralias,  Deo  laudes  12. 

Pendant  les  sermons  le  peuple  acclame  fréquemment 
soit  en  criant  l'un  ou  l'autre  de  ces  mots,  soit  en  termi- 
nant le  texte  scripturaire  commencé  par  le  prédicateur; 
parfois  il  est  invité  par  le  prédicateur  lui-même  à 
acclamer  :  Clamant  qui  noverint  quod  sequitur i3  ;  qui 
acclamastis  intellexistis  u;  modo  audistis  et  clamas tis ; 
unde  omnes  acclamastis  :  nisi  quia  Dominus,  etc. 1S. 

Les  inscriptions  font  écho  à  saint  Augustin.  Dans  la 
suivante  Y  Amen  est  employé  avec  le  monogramme  du 
Christ. 

+    +    + 

HIC     RE 

QVIEBIT 

PETRVS 

6  INNOCENS 

FIDELIS 

IN      XPO 

VIXIT  AN 

NIS  VIII  AS 

10         Xllll-  IN  PACE 

-P  A  -P  ME  -P  N>« 

de  VAcad.  d'Hippone,  1888,  p.  xliii  ;  Corpus  inscr.  latin.,  t.  vm, 
n.  16674.  —  »  Bulletin  du  Comité,  1887,  p.  110,  n.  381  ;  Corpus 
inscr.  latin.,  t.  vm,  n.  17460.  —  l0Demaeght,  dans  le  Bulletin 
d'Oran,  1884,  p.  290,  n.  583;  J.  Schmidt,  dans  les  Ephem.  epigr., 
1884,  t.  v,  p.564,  n.  1309.  —  »  Serm.,  cccxxxiv.P.  L.,  t.  xxxvm, 
col.  1469;  Contra  Faustum,  P.  L.,  t.  xlii,  col.  313;  Serm., 
ccclxii,  P.  L.,  t.  xxxix,  col.  1632;  cccxcv,  ibid.,  col.  1716,  etc. 
—  liDe  civitate  Dei,  1.  XXII,  c.  vm,  P.  L.,  t.  xu,  col.  770; 
Epist.,  ccv.  P.  L.,  t.  xxxm,  col.  949;  Epist.,  ccxv,  ibid. 
col.  974;  Epist.,  ccxxii,  ccxxiv,  ibid.,  col.  1000,  1002;  Epist., 
ccxlvii,  ccxlix,  ibid.,  col.  1064, 1065,  etc.  —  ,:>Serm.,  cclxxxix, 
P.  L.,  t.  xxxvm,  col.  1312.  —  "Serm.,  vi,  P.  L.,  t.  xlvi, 
col.  989.  —  "Serm.,  cxxi,  P.  L.,  t.  xxxvm,  col.  679;  eu. 
ibid.,  co\.  819;  De  Epist.  Johannis  adPorth.,  P.  L.,  t.  xxxv, 
col.  2034,  2003,  2016,  etc.  —  "Poulie,  dans  le  Recueil  de  Cons- 
tantine,  1875,  p.  395;  Corpus  inscriptiouum  latinorum,  t.  vm, 
n.  5492. 


651 


AFRIQUE    (LITURGIE   POST-NICÉENNE   DE   L') 


652 


Voici  d'antres  acclamations  liturgiques  : 

1»         IN   NOMINE   DOMINI  SALVATORIS 
SANCTO  VITALIANO  EPISCOPO 

VLPIANA  CVM  SVIS 
CHRISTO  IVBENTE  PERFEC1T» 


2» 


3° 


IC   SEDES  SANCTI 

IC  RECISIO  CAVSE 

IC  IN  CRISTO  FLOREAT* 


4» 


AOM1NL   REL<*ICEM£ 

1  > 

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1  . 

S- 

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s 

- 

11. 

DEO  GRATIAS»» 

12° 

de]VS  NOB!SCUM«2 

A  ICJ 

13» 

c?[OMINE-SALVO]s  foc" 

14» 

A  ©  CO  DEI  ED  CR[is«i'* 

15» 

^      PROTEGE      ^ 

S*                        o 

g        GLORIOSUM        % 

IN   NOM   DOM 
ZEPELVTTA 

[iJANVARIA* 

(une  porté) 15 

Domine,  re[sp]ice   me,  Domine    da  mihi    luna(m) 
bona(m),  d'après  De  Rossi 3. 

5°        D  A    -£  G>  M      S 

HANC  MEMORIA  QVAM  FECIT  FL  EVSTASIVS  ET 
[IVLIA  CRESCENTINA  VXOR 
EIVS  IN  NOMINE  DEI   ET  CRISTI   EIVS  PRO  TEM- 

fPORE  SVI 
DEPOSITIONE  EORUMAD  PERFECTVM  DEDICATV 
EST  DIE  IDVS  MARTIAS  ANNO  PROVINCIE 
FILIVS  SIIMANLM6  [CCCXLMV 


6» 


1* 


DIVO  CLAVD  [w 

VIVAS  IN  DE06 

DEO  LA  8«  c/]o(»ii)NI((a)VDES 

VDESi  CA(n)A(mus) 

TAS  s 


X 


SPES-INDOET.CHRISTO-EI  [ws]« 

1  (Renier,  Recueil  des  inscr.  rom.,  n.  3848;  Corpus  inscr. 
latin.,  t.  vin,  n.  9703.  —  >  Bosredon,  dans  le  Recueil  de  Con- 
stantine,  1876, 1877,  p.  380;  Masqueray,  dans  la  Revue  africaine, 
t.  xxii,  p.  468  ;  De  Rossi,  Bull,  di  archeol.  crise,  1878,  p.  22, 
pi.  3  ;  Corpus,  inscr.  latin.,  t.  vm,  n.  10701-17617.  —  3  Poulie, 
dans  le  Recueil  de  Constantine,  1878,  y.  422;  Corpus  inscr.  lat., 
t.  vm,  n.  10905.  —  *  Espérandieu,  dans  les  Comptes  rendus  de 
l'Acad.  d'Hippone,  1883,  fasc.  8,  p.  14;  J.  Schmidt,  dans  Ephem. 
epigr.,  1884,  t.  v,  p.  360,  n.  591.  —  8Goyt,  dans  le  Recueil  de 
Constantine,  t.  xxn,  p.  148,  n.  38  ;  Schmidt,  dans  Ephem. 
epigr.,  1884,  t.  v,  p.  456,  n.  944.  —  «A  Carthage.  La  première 
ligne  est  plus  antique;  c'est  une  ancienne  pierre  païenne  dont  on 
s'est  servi  pour  un  chrétien,  Humberliana,  t.  v,  n.  196;  Pitra, 
Spicil.  Solesm.,  1. 1,  p. 7;  Corpus  inscr.  latin.,  t.  vm,  n.  1015.  — 
•"De  Rossi,  Bull,  di  arch.  christ.,  1875,  pi.  XII,  n.  1  et  p.  174; 
Corpus  inscr.  latin.,  t.  vm,  n.  2046.  Cf.  la  même  acclamation, 
ibid.,  t.  vm,  n.  2223, 17718, 17732, 17768  ;  cette  acclamation  devint 
donatiste  et  fut  opposée  par  les  schismatiques  au  Deo  gratias  des 
catholiques.  L'une  de  ces  inscriptions  fut  trouvée  en  effet  à  Bagaï, 
une  des  capitales  des  donatiûtes.  Cf.  Audollent  et  Letaille,  dans  les 
Mélanges  d'archéol.  et  d'hist.,  t.  x,  p.  510,  n.  81.  —  •  Rothmann, 
Reise  nach  Carean,  dans  Lud.  Schlœzer,  Briefwechscl  meist 
historischen  und  politischen  Inhalts,  in-8",  Gdttingen,  1780, 1. 1, 
p.  337  sq.  Cf.  Corpus  inscr.  latin.,  t.  vm,  n.  10689.  —  •  Renier, 
Recucildes  inscr.  rom.  de  l'Algérie,  n.  3240  ;  Corpus  inscr.  latin., 
t.  vm,  n.  2219.  —  ,0  Héron  de  Villefosse,  dans  les  Archives  des 
missions  scientifiques,  1875,  p.  458,  n.  143;  Corpus  inscript,  la- 
tin., t  vm,  n.  2272.  —  "  Héron  de  Villefosse,  loc.  cit.,  p.  451  ;  De 
Rossi,  Bullet.  di  arch.  enst.,  1875,  p.  174;  Corpus  inscr.  latin., 
t.  vm, n.  2046,  2308.  —  "Cf.  Revue  de  Constantine,  1865,  p.  160; 
Corpus  inscr.  latin.,  t.  vm,  n.  2448.  —  IS  Renier,  dans  le  Recueil 


10°    FLABIVS  ABVS  DOME 

STICVS  IN   NOMINE   PATRIS  ET  FILII 
DONI   MVNTANI  QVOD  PROMI 
SIT  COMPLEVIT 

À^oo  (sic) 
1  lig.  Flavius  avus  Domesticus  ,0. 


16» 


17» 


fê 


%, 


\ér      SPES  $  IN   DEO"     %h 
AOMINE   IVBA   NOS»" 


Notons  encore,  sur  les  inscriptions  des  mêmes  régions, 
des  acclamations  comme  celles-ci:  Semper  pax^,  Deo 
sanctissimo  selerno  l9,  in  Deo  vivas  ou  vibas  -°,in  nomine 
Dei  omnipolenlis  et  Christi salvatoris nostri2i ,  in  Patri 
(sic)  Domini  Dei  qui  est  sermoni  donatus  et  naviguis  fe- 
cerunt  cedienses  (sic)  peckalores  (sic) 22.  Deo  laus  et  glo- 
ria23  jmullosannos bibat (vivat-*) ;  innomine Christi2*. 


FIDE   IN    DEV   ET  AMBVLA 


SI   DEVS  PRO  NOBIS  QVIS  ADVERSVS   NOS 


P 


«0 


PAX   DEI   PATRiS" 


IN   HOC  SI    ^ 
PER  VI  ^ 


^3    GNVM   SEM 
^    NCES28 


des  inscr.  rom.  de  l'Algérie,  n.  1659;  Corpus  inscr.  latin.,  t.  vm, 
n.  4488.  —  "Dewull,  dans  le  Recueil  de  Constantine,  1867, 
p.  237;  Corpus  inscr.  latin.,  t.  vm,  n.  4770  et  addit.  p.  957.  — 
"Renier,  Recueil  des  inscr.  rom.  de  r  Algérie,  n.  3258;  Corpu» 
inscr.  latin.,  t.  vm,  n.  4787.  —  ">  Reboud,  dans  le  Recueil  de 
Constantine,  1875,  p.  49.  —  ,7  Payen,  dans  le  Recueil  de  Cons- 
tantine, 1864,  p.  96,  1870,  p.  307  ;  Fi -raud.  loc.  cit.,  1871-1872, 
p.  307;  Corpus  inscr.  latin.,  t.  vm,  n.  8S25.  —  '«  Prévost,  dans 
la  Revue  archéol.,  1847,  pi.  78;  Renier,  Recueil,  etc.,  n.  3702; 
Berbrugger,  dans-  la  Revue  africaine,  t.  i,  p.  429;  Corpus 
latin.,  t.  vm,  n.  9712.  —  *»  Le  Blani,  dans  le  Journal  des  savants, 
1882,  p.  295  eq.  ;  Corpus  inscr.  latin.,  n.  9716.  —  M  Bosredon, 
dans  le  Recueil  de  Constantine,  1878,  p.  30;  ci.  PiUa.  Spicil.  So- 
lesm., t.  iv,  p.  499.  —  Sl  Poulie,  dans  le  Recueil  de  Constantine 
1878,  p.  360  ;  Corpus  inscr.  latin.,  t.  vm,  n.  10787.  —  "  Dewulf, 
dans  le  Recueil  de  Constantine,  1867,  p.  218;  De  Rossi,  Bullet. 
di  arch.  crist.,  1879,  p.  162.  Cf.  Bulletin  de  corresp.  afric,  1883, 
p.  327.  —  «3  Rousset,  dans  le  Bull,  de  corr.  afric,  1884,  p.  315; 
J.  Schmidt,  dans  Ephem.  epigr.,  1*92.  t.  vm,  p.  105,  n.  334.  — 
•»  Roy,  dans  le  Bullet.  dOran,  1884,  p.  218,  n.  505:  J.  Schmidt, 
dans  Ephem.  epigr.,  1884,  t.  v,  p.  547,  n.  1200.  —  ■  Espéran- 
dieu, dans  les  Comptes  r-mdus  de  V Académie  d'Hippone,  1883, 
lasc.  8,  p.  15;  J.  Schmidt,  dans  kphem.  epigr.,  1884,  t.  v, 
p.  360,  n.  592.  —  ,0  Renier,  Recueil  des  inscript,  rom.  de  t'Ai 
gérie,  n.  3239;  Lucas,  dans  le  Recueil  de  Constantine,  1871- 
1872,  p.  421;  Corpus  inscr.  latin-,  t.  vm,  n.  2218.  —  «  Gué- 
rin,  Voyage  archéolog.  à  la  régence  de  Tunis,  L  n,  p.  34.  n.  214; 
Corpus  inscr.  latin.,  t.  vm,  n.  1214.  —  **C.  Borgia,  In  Borgia- 
nis  Leydensibus,  t.  iv,  n.  14,  et  In  Humbertianis,  t.  v,  n.  196. 
Cl.  Pitra,  Spicil.  Solesm.,  t.  n*,  p.  503,  505  sq.  ;  Guérin,  loc.  cit., 
t  u,  p.  6b,  n.  246;  Corpus  inscr.  latin.,  t.  vm,  n.  17C7. 


153 


AFRIQUE    (LITURGIE   POST-NICÉENNE   DE   L'j 


654 


A  rapprocher  de  ces  deux  inscriptions  la  suivante  : 

m  h]OC  SIGNVIVI  VINCiMVS  INIMICfos1 

■et  celle  donnée  par  le  cardinal  Pitra  et  expliquée  par  De 
Rossi,  et  que  ce  dernier  considère  comme  une  acclama- 
tion très  rare: 

IN   HOC         SIGNUM 
SEM  +  PER 
VI    '    VigfH 

c-MLvmi      m 

XI.  Gestes  liturgiques.  —  Dans  une  contrée  comme 
l'Airique  qui  a  peut-être  été  la  première  à  employer  sur 
ses  monuments  la  croix  toute  seule  et  saris  ornement 
(voir  plus  haut  col.  619),  le  signe  de  croix  déjà  en  grand 
honneur  du  temps  de  Tertullien  (voir  col.  618)  conti- 
nue à  être  employé  fréquemment.  Nous  avons  déjà  cité 
les  deux  textes  éloquents  dans  lesquels  saint  Augustin 
nous  décrit  ce  signe  devenu  en  quelque  sorte  le  centre 
de  tous  les  rites  et  de  tous  les  mystères,  baptême,  onc- 
tion, sacerdoce,  dédicace  des  basiliques,  consécration 
des  autels  et  des  baptistères  (voir  col.  640).  Il  n'est  pas 
encore  dessiné  à  la  manière  actuelle,  mais,  comme  à 
l'époque  précédente,  on  se  contente  de  tracer  une  croix 
sur  le  front  ou  sur  le  cœur  avec  ces  mots:  in  nomme 
Jesu  Christi,  comme  l'indiquent  les  expressions  sui- 
vantes :  signum  crucis  tibi  in  fronte  depingitur 3,  in 
ipsa  fronte...  collocavimus,  ea  in  fronte  signentur  *. 
Voyez  Signe  de  la  croix. 

Comme  signe  de  contrition,  on  se  frappe  la  poitrine; 
il  n'est  pas  de  geste  qui  soit  mentionné  plus  fréquem- 
ment dans  les  œuvres  de  saint  Augustin.  On  se  frappe 
la  poitrine  aux  mots  du  Pater:  dimitte  nobis  débita  no- 
slra*,  à  certains  textes  de  l'Évangile  ou  des  Livres  saints 
qui  rappellent  la  pénitence;  quelquelois  même  on  se 
frappe  à  con Ire-temps.  Plusieurs  lois  saint  Augustin 
rappelle  à  ses  auditeurs  que  ce  n'est  pas  le  lieu  de  le 
faire  lorsque  le  lecteur  a  lu  un  texte  comme  celui-ci  : 
confiteor  tibi  Pater6 ;  ou  celui-ci:  nominavi  fornica- 
tores,  audlvi  quia  pectora  tuludistis1  ;  d'autres  fois,  au 
contraire,  il  les  y  invite8  et  se  frappe  lui-même  la  poi- 
trine, peccator  sum,  vobiscum  pectus  tundo9.  On  ex- 
prime parfois  son  repentir  d'une  façon  plus  vive  encore, 
genua  figere,  frontem  terrx  concutere 10,  surgis  et  oras 
et  genu  figis  et  fronte  terram  per cutis  u . 

Le  défunt  Quodvultdeus  est  représenté  (fig.  117),  sur 
l'épitaphe  que  nous  donnons,  dans  l'attitude  de  la  prière, 
telle  qu'elle  était  décrite  déjà  par  Tertullien12.  Il  y  a  eu 
en  effet  peu  de  changements  à  ce  point  de  vue  dans  la 
liturgie  africaine  et  saint  Augustin  témoigne  en  faveur 
des  mêmes  usages.  On  se  tient  debout  pour  la  prière  et 
pour  entendre  la  parole  de  Dieu13.  Parfois  aussi  l'on 
s'agenouille  et  l'on  se  prosterne  :  Inde,  ad  orationem 
ingressi  simius  :  ubi  nobis  ex  more  genua  figentibus 
atque  incumbenlibus  terrse,  Me  se  ita  projecit,  tan- 
quam  fuisset  aliquo  graviter  impellente  prostratus]  et 
cœpit  orare  "*.  Du  reste  dans  sa  réponse  à  Simplicianus 
Quo  situ  corporis  orandum,  il  laisse  une  grande  liberté 
pour  la  prière  ls. 

XII.  Doxologies  et  formules.  —  Nous  rencontrons 
dans  saint  Augustin  des  doxologies  comme  les  suivantes  : 


»  Bull,  du  comité,  1887,  p.  107,  n.  361  ;  Reboud,  dans  le  Re- 
cueil de  Constantine,  t.  xxii,  p.  48;  De  Rossi,  La  capsella 
argentea  africana,  p.  32;  Corpus  inscr.  latin.,  t.  vm, 
n.  17580.  —  2Pitra,  Spic.  Solesm.,  t.  rv,  p.  503:  De  Rossi,  ibid., 
p.  517;  Corpus  inscript,  latin.,  t.  vin,  n.  1106.  Cf.  autre  inscrip- 
tion de  même  genre,  Delattre,  dans  le  Bulletin  épigr.  de  la 
Gaule,  t.  vi,  p.  91,  n.  379;  Corpus  inscr.  latin.,  t.  vm, 
n.  14117.  — 3  Serm.,  xvn,  P.  L.,  t.  xlvi,  col.  880.  —  *  Fragment., 
P.  L.,  t.  xxxrx,  col.  1724,  1729.  —  '■Serm.,  cccLxxxvm,  P.  L., 
t.  xxxrx,  col.  1790;  cl.  cccli,  P.  L.,  t.  xxix,  col.  1541.  — 
*Serm.,  xxix,  lxvii,  P.  L.,  t.  xxxvm,  col.  431,434.  —  ' Serm., 
■cccxxxn,  P.  L.,  t.  xxxvm,  col.  463.  —  «  Serm.,  xvn,  P.  L., 


Qui  cum  Pâtre  et  Spiritu  Sancto  vivit  et  régnât  Dent 
pro  nobis  crucifixus  et  ressuscitatus  in  ssecula  sœculo- 
rum.  Amen  16.  Quia  tues  summa  intelligentia,  essenlia 
summa,  vita  summa,  Pater,  Filius  et  Spirilus  San- 
ctus,  imitas  triplex,  infinita  et  sine  fine,  unus  Beus  in 
ssecula  sœculorum.  Amen11.  Per  Dominum  noslmm 
Jesum  Chrislum  cui  est  honor  et  qloria  et  polestas,  una 


—y 

El 

1, 

Œtfi/Sï 

*SESTm%l 

rabM  miras 
:  iT3ncsîSî?A  m  MWâ\ 


117.  —  Attitude  liturgique  de  la  prière. 
D'après  Corpus  inscriptionum  latinarum,  t.  vm,  n.  2000,  2013: 

cum  Deo  Pâtre  omnipotente  et  cum  Spiritu  Sancto 
nunc  et  semper  et  per  omnia  smcula  sœculorum, 
AmeniS,  avec  la  variante  :  cui  est  honor  et  regnum  et 
summa  potestas  19. 

Saint  Augustin,  qui  nous  a  fourni  déjà  tant  de  for- 
mules et  de  renseignements  sur  la  liturgie,  nous  montre, 
en  plusieurs  passages  de  ses  œuvres,  comment  on 
priait  à  son  époque.  Les  passages  des  psaumes  et  des 
Livres  saints  viennent  comme  naturellement  à  son  appel, 
se  placer  sous  sa  plume  et  se  mêlent  à  ses  accents  per- 
sonnels. Ainsi,  à  propos  de  la  mort  de  sa  mère,  il  prie 
ainsi  :  Ergo  itaque,  laus  mea  et  vita  mea,  Deus  cordis 
mei...tibi  gaudens  grattas  ago...  Dimitte  illi  et  lu  dé- 
bita sua  {Matth.,  vi,  12),  si  qua  etiam  contraxit  per  toi 
annos  post  aquam  salulis.  Dimitte,  Domine,  dimitte, 
obsecro,  ne  intres  cum  ea  in  judicium  (Ps.,  cxlii,  2). 
Superexaltet  misericordia  judicium  (Jac,  il,  13),  quo- 
niam  eloquia  tua  vera  sunt,  et  promisisti  misericor- 
diam  miseticordibus  (Matth.,  v,  7),  quod  ut  essent  tu 
dedisti  eis,  qui  misereberis  cui  misertus  eris,  et  mise- 
ricordiam  prsestabis  cui  misericors  fueris  (Ex.,  xxxm, 
19;  Rom.,  ix,  15) 20.  Il  faudrait  citer  aussi  tout  son  psaume 
abécédaire  contra  partem  Donati,  psaume  rythmé  et 
rimé  : 

Omnes  qui  gaudetis  de  pace,  modo  verum  judicate 
Abundanliapeccatorum  solet  fratres  conturbare,  etc. 2|. 


t.  xlvi,  col.  880.  —  'Serm.,  cxxxv,  P.  L.,  t.  xxxvm,  col.  749. 
—  ">  Serm.,  ccxi,  P.  L.,  t.  xxxvm,  col.  1057.  —  "  Serm., 
cccxi,  P.  L.,  t.  xxxvm,  col.  1419.  —  **  Corpus  inscr.  latin., 
t.  vm,  n.  2009-2013.  —  ,3  De  cathechiz.  rudibus,  P.  L.,  t.  xl, 
coL  324.  Cf.  De  oral.,  P.  L.,  t.  xlvh,  col.  1125.  —  "  De  civit. 
Dei,  1.  XXII,  c.  vm,  P.  L.,  t.  xli,  col.  762.  —  "De  diversis 
quxstionibus  ad  Simplicianum,  qua;st.  îv,  P.  t.,  t.  xl, 
col.  144, 145.  —  ,s  Serm.,  m,  P.  L.,  t.  xlvii,  col.  llo  .  —  "  So- 
liloq.,  P.  L.,  t.  xlvii,  col.  1150.  —  ">Serm.,  vm,  P.  L.,  t.  xlvi, 
col.  997.  —  «>Serm.,  x,  P.  L.,  t.  xlvi,  col.  1004.  —  *<>Confes- 
siones,  1.  IX,  c.  xm,  P.  L.,  t.  xxxn,  col.  778.  —  *'  P.  U., 
t.  xliii,  col.  23  sq. 


655 


AFRIQUE    (LITURGIE   POST-NICÉENNE   DE   L') 


656 


Plusieurs  de  ses  sermons  sont  terminés  par  cette  for- 
mule qui  a  l'allure  d'une  oraison  liturgiaue  :  Conversi 
ad  Dominum  Deum  Palrem  omnipotentem ,  puro  corde 
ex,  quantum  potest  parvitas  nostra,  maximas  alque 
veras  gratias  agamus ;  precantes  toto  animo  singula- 
rem  mansuetudinem  ejus,  ut  preces  nostras  in  benepla- 
cito  suo  exaudire  dignelvr;  inimicum  quoque  a  no- 
stris  actibus  et  cogitationibus  suavirtute  expellat,  nobis 
multiplicet  fidem ,  menlem  gubernet,  spiriluales  cogi- 
taliones  concédât,  et  ad  bealiludinem  suam  perdu- 
cat  per  Jesum  Christum  Filium-  ejus.  Amen  '. 

Dans  un  auteur  africain  déjà  cité,  Verecundus,  nous 
trouvons  une  oraison  qu'il  faut  recueillir  précieusement 
car  elle  est  d'une  forme  liturgique  achevée  :  Illumina, 
Domine,  nostri  cordis  obtutus,  ut  quse  digna  sunt  vi- 
deamus,  quse  autem  indigna,  vilemus  2. 

Malgré  cette  liberté  d'improvisation  il  existe  des 
règles  qui  excluent  certaines  formules  :  Bene  nosti, 
dit  Fulgence  de  Ruspe,  nonnunquam  dici  :  Per  sacer- 
âotem  œternum  Filium  tuum  D.  N.  J.  C...  sed  in  con- 
clusion orationis  :  Per  J.  C.  F.  T.  D.  N.  dicimus;  per 
Spirilum  vero  Sanctum  nullatenus  dicimus...  Dicimus 
Deo  Patri:clui  tecum  vivit  et  régnât,  ostenditur  Palris 
et  Filii  una  non  est  persona,  cum  vero  in  unilate  Spi- 
ritus  Sancti  dicimus,  unam  naluram  Spiritus  Sancli 
cum  Pâtre  Filioque  monstramus3.  Nous  avons  là  une 
formule  toujours  usitée  dans  la  liturgie  romaine  :  Qui 
cum  Pâtre  et  Filio  vivit  et  régnai  in  unitale  Spiritus 
Sancti. 

Le  NI»  concile  de  Carthage  (an.  397,  can.  24)  insiste 
sur  la  nécessité  d'une  règle  en  matière  de  doxologie  : 
ut  nemo  in  precibus  vel  Patrem  pro  Filio,  vel  Filium 
pro  Paire  nominet.  Et  quum  altari  adsistitur,  semper 
ad  Patrem  dingatur  oratio^.  D'après  la  coutume  de 
prier  la  plus  ancienne  dans  l'Église  on  s'adressait  au 
Père  par  le  Fils,  on  offrait  à  Dieu  le  Père  tout-puis- 
sant per  Filium  b.  Les  ariens  tirèrent  avantage  de  ces 
formules  pour  s'efforcer  de  démontrer  l'inégalité  dans 
la  Trinité.  Fulgence  est  obligé  de  leur  prouver  que  le 
sacrifice  n'est  pas  offert  seulement  au  Père,  mais  à 
toute  la  Trinité  :  ltaque  nos  dicimus  sacri/icium  non 
soli  Palri  sed  simul  unum  Patri  Filioque  offerri,... 
sacri/icium  illud  esse  acceptabile  Deo  quod  commu- 
niter  Palri  et  Filio  supplex  offert  fidelium  devotio... 
Si  qui  vero  catholici  fidèles,  hujus  sacramenti  nunc 
usque  videbantur  ignari,  deinceps  scire  debent  omnc 
cujuslibet  honorificienlise  et  sacrificii  salutaris  obsc- 
quium  et  Patri  et  Filio  et  Spirilui  Sanclo,  hoc  est 
Sanctrn  Trinitati  ab  Ecclesia  catliolica  pariter  exhiberi. 
Neque  enim  prmjudicium  Filio  vel  Sayicto  Spiritm 
comparalur,  dum  ad  Palris  personam  precatio  ab 
offerente  rtingitur*.  Grancolas  croit  pouvoir  induire 
de  ce  passage  une  allusion  à  des  prières  africaines  du 
genre  de  celles  qui,  dans  la  liturgie  romaine,  commen- 
cent par  ces  paroles  :  Suscipe,  sancle  Pater,  siisc>ve, 
sancta  Trinitas  1. 

XIII.  Livres  liturgiques  et  recueils.  —  Il  parait 
évident,  d'après  ce  qui  précède,  qu'il  régnait  une  certaine 
liberté  d'improvisation  pour  les  formules.  Mais,  d'un 
autre  côté,  quelques-unes  étaient  éliminées.  On  sentait 
la  nécessité  d'établir  des  règles  d'orthodoxie.  Le  canon 
du  IIIe  concile  de  Carthage  que  nous  avons  cité,  après 
avoir  proscrit  certaines  expressions,  ajoute  :  et  qui- 
cumque  sibi  preces  aliunde  describit,  non  eis  utatur, 
nisi  prius  ea  cum  instructioribus  fralribus  contulerit. 
Le  concile  de  Milève  est  plus  explicite  encore  :  Placuit 
enim...  ut  preces,  vel  orationcs  seu  niissx,  quse  pro- 
batse  fuerint  in  concilio,  sive  prsefationes,  sire  com- 


'Serm.,  clxxxiii,  ex,  etc.,  P.  L.,  t.  xxxvm,  col.  991  —  'Spi- 
cil.  Solesm.,  t.  iv,  p.  48.  —*Epist., xiv,  Fulg.  Rusp.,  P.  L., t.  l\\  , 
col.  424,  426.  —  *  Concil.  Carth.  III,  can.  24  (an.  397),  Mansi, 
Concilia,  t.  w,  col.  884.  —  »  Cf.  la  Prière  de  Polycarpe,  dans  les  Mo- 


mendaliones,  seu  manus  impositiones,  ab  omnibus 
celebrentur.  Nec  alise  omnino  dicantur  in  ecclesia, 
nisi  quse  a  prudentioribus  tractatse  vel  comprobatst 
in  synodo  fuerunt.  ne  forte  aliquid  contra  fidem, 
vel  per  ignoran  liant,  vel  per  unius  studium  sit  com- 
positum*. 

Il  y  a  donc  des  formules  consacrées  et  arrêtées.  Saint 
Augustin  les  donne  couramment;  saint  Optât  et  saint 
Fulgence  les  citent  aux  hérétiques  de  leur  temps.  Les 
conciles  recommandent  qu'on  ne  s'en  écarte  pas.  Le 
canon  précédent  est  fort  intéressant,  car  il  prouve  qu'il 
existe  dès  cette  époque  de  vrais  recueils  liturgiques, 
contenant  les  preces,  orationes  seu  missse,  termes  sous 
lesquels  on  reconnaîtra  facilement  les  prières  lita- 
niques,  des  préfaces,  des  cêmmendationes  seu  manus 
impositiones  qui  sont  probablement  les  bénédictions 
épiscopales  à  la  fin  de  la  messe.  Ce  renseignement  est 
peut-être  à  rapprocher  de  celui  de  Gennade  qui  nous 
parle  d'un  Africain  Visconius  ou  Vocontius,  auteur  d'un 
livre  des  sacrements 9.  Il  y  avait  aussi  des  diptyques, 
comme  nous  le  constations  déjà  pour  la  période  précé- 
dente, ou  recueil  de  noms  qu'on  lisait  à  l'offrande,  et 
des  listes  de  martyrs,  premier  noyau  d'un  martyrologe 
africain. 

Grâce  à  ces  textes,  on  peut  donc  se  représenter  l'état 
des  livres  liturgiques  à  une  époque  qui  ne  nous  a  laissé 
aucun  manuscrit  ou  livre  liturgique,  puisque  les  plus 
anciens  représentants  des  liturgies  latines  ne  remon- 
tent pas  au  delà  du  vne  ou  tout  au  plus  du  vie  siècle,  la 
question  d'une  plus  haute  antiquité  restant  jusqu'ici 
réservée. 

Et  ces  faits  nous  permettent  de  nous  rendre  mieux 
compte  de  la  composition  interne  des  plus  vieux  sacra- 
mentaires  qui  ont  toujours  l'aspect  de  compilations  faites 
sans  beaucoup  de  suite  ni  de  logique.  Ce  sont  en  général 
des  recueils  factices,  où  l'on  a  réuni  ces  oraisons,  ces 
préfaces,  ces  bénédictions,  et  où  l'on  retrouve  les 
anciens  titres  super  nomina,  infra  actionem,  benedi- 
ctiones,  etc. 

En  debors  de  ces  recueils  de  formules  liturgiques,  il 
y  avait  sans  doute  aussi  des  lectionnaires,  des  codices 
sacri  ou  livres  de  l'Écriture  pour  l'usage  liturgique.  Ils 
étaient  divisés  en  leçons,  car  les  textes  que  nous  avons 
cités  désignent  toujours  ces  lectures  sous  le  nom  de 
lectiones. 

Verecundus  nous  a  attesté  l'existence  d'un  livre  de 
cantiques  sacrés,  tirés  de  la  Bible,  que  l'on  chantait 
comme  les  psaumes. 

Si  l'on  ajoute  à  ces  livres  quelques  actes  de  martyrs 
africains,  on  aura  toute  la  collection  des  recueils  dont 
on  se  servit  sans  doute  à  cette  date  dans  l'Église  d'Afrique 
pour  la  liturgie. 

XIV.  Conclusion.  —  Nous  ne  nous  faisons  pas  l'illu- 
sion de  croire  que  nous  avons  épuisé  le  sujet  si  com- 
plexe et  si  étendu  qui  fait  la  matière  de  cet  article.  Il 
faudra  reprendre  cette  étude  de  la  liturgie  africaine, 
pousser  plus  loin  la  comparaison  avec  les  autres  litur- 
gies latines,  dresser  le  lectionnaire,  étudier  le  glossaire 
liturgique,  etc.  ;  il  n'est  guère  de  point  dans  ce  travail 
qui  ne  puisse  être  repris  et  traité  avec  tout  le  détail  de 
démonstration  qu'il  comporte.  Il  semble  que  ce  soit  du 
reste  le  sort  des  questions  liturgiques,  de  celles  même 
qui  paraissent  les  plus  minimes,  de  révéler  à  chaque  ins- 
tant à  l'investigateur  des  points  de  vue  nouveau*.  U  y  a  là 
un  vaste  champ  ouvert  aux  recherches;  on  comprendra 
qu'il  ne  nous  était  pas  possible  de  nous  y  engar.  r; 
nous  avons  dépassé  déjà,  craignons-nous,  les  bornes 
d'un  article.  Nous  n'avons  voulu,  en  tout  cas,  que  met- 

numentaEcclesixltturgica.i.i.yi.xwiv.—  'AdVonimum^.U. 
c.  in-v, P.  L-,  t. lxv, col.  180, 183, 184.  — 1  Grancolas,  loc.  cit.,  1. 1. 
p.  297.'—  *  Concil.  Milevit.  /(402),  Mansi,  ConcH.,  t.  iv,  col.  83C 
sq.  —'De  script,  eccles.,  c.  lxwiii,  P.  L.,  t.  lviii,  col.  1103. 


657 


AFRIQUE    (ARCHÉOLOGIE   DE;  L') 


658 


tre  à  la  disposition  du  lecteur  les  matériaux  les  plus 
importants. 

Pour  les  mêmes  raisons,  nous  nous  abstiendrons  de 
tirer  des  conclusions,  qui  seraient  prématurées  pour  la 
plupart.  Une  chose  certaine,  c'est  que  comme  liturgie 
latine,  et  s'exprimant  en  latin,  la  liturgie  d'Afrique  a  la 
priorité,  même  sur  Rome,  qui  parlait  grec  à  l'époque 
primitive,  et  ceci  seul  constitue  une  différence  capitale. 
Tire-t-elle  néanmoins  son  origine  de  la  liturgie  romaine, 
comme  on  le  dit  si  souvent,  c'est  ce  qu'on  ne  peut  dé- 
montrer directement.  Nous  disons  directement,  parce 
que  pour  faire  cette  preuve  il  semble  qu'il  faudrait 
connaître  la  liturgie  romaine  à  une  époque  où  elle  est 
plongée  encore  dans  l'obscurité;  mais  si  d'autre  part, 
comme  il  parait  démontré,  c'est  l'Église  de  Rome  qui  a 
fondé  celle  d'Afrique,  il  est  évident  que  ses  mission- 
naires, en  même  temps  que  leur  évangile  et  leur  sym- 
bole, auront  porté  avec  eux  ces  rites  et  ces  prières,  si 
rudimentaires  qu'on  les  suppose,  qui  forment  la  liturgie 
primitive. 

Quand  même  le  fait  de  relations  fréquentes  entre 
Rome  et  Carthage  ne  rendrak  pas  fort  probable  l'hypo- 
thèse d'influence  réciproque  entre  les  deux  liturgies, 
nous  avons  relevé  un  certain  nombre  de  laits  qui  éta- 
blissent cette  parenté.  Mais  il  ne  faudrait  pas  chercher, 
comme  on  l'a  tenté,  à  prouver  que  Rome  et  l'Afrique 
n'ont  qu'une  même  liturgie  au  sens  étroit  du  mot.  On 
ne  doit  jamais  oublier  qu'à  cette  époque  la  liberté  litur- 
gique était  grande,  et  sauf  sur  quelques  points  essen- 
tiels, l'initiative  personnelle  et  l'improvisation  se  don- 
naient libre  carrière.  Les  rites  pas  plus  que  les  formules 
n'étaient  invariables. 

Il  n'est  pas  contestable  non  plus,  qu'au  moins  au  temps 
de  saint  Augustin,  l'Afrique  emprunta  des  rites  à 
l'Église  de  Milan.  Elle-même  semble  avoir  exercé  son 
influence  directement  ou  indirectement  sur  les  liturgies 
gallicanes,  surtout  sur  la  mozarabe.  Il  y  eut  donc  échan- 
ges entre  toutes  ces  liturgies.  L'africaine,  même  dans 
l'état  fragmentaire  où  elle  nous  est  parvenue,  présente 
de  nombreux  traits  de  ressemblance  avec  elles;  elle 
rentre  bien  dans  la  famille  des  liturgies  latines,  et  si  la 
présente  étude  peut  aider  à  définir  un  peu  mieux  les 
caractères  généraux  et  les  différences  de  ces  liturgies, 
ce  sera  son  principal  mérite. 

XV.  Bibliographie.  —  On  trouvera,  au  début  de  cet 
article  et  dans  les  notes,  la  bibliographie  du  sujet;  sur 
chacune  des  questions  traitées  dans  ce  travail,  on  pourra 
du  reste  se  reporter  aux  articles  correspondants,  Litanies, 
Liturgies  funéraires,  Canon,  Anamnèse,  Baptême,  Péni- 
tence, etc.,  où  les  questions  sont  traitées  dans  leur  en- 
semble et  qui  donneront  un  supplément  d'information. 
Un  volume  des  Monumenta  Ecclesise  lilurgica  don- 
nera le  dépouillement  méthodique  et  complet  pour  la 
liturgie  de  tous  les  Africains  et  de  toutes  les  inscriptions 
liturgiques.  Voir  aussi  l'article  Augustin,  et  F.  Probst, 
Die  afrikanische  Liturgie,  hauptsàchlich  nach  den 
Schriften  des  h.  Augustinus,  dans  Liturgie  des  vierten 
Jahrhunderts  u.  deren  Reform,  in-8°,  Munster,  1893, 
p.  272.  Dans  les  Atti  del  II"  Congreso  internazionale  di 
archeologia  cristiana,  Roma,  4990,  in-4°,  Roma,  1902, 
on  trouvera  encore  quelques  allusions  archéologiques  à 
notre  sujet,  notamment  la  dissertation  de  0.  Grandidier, 
sur  Deux  monuments  funéraires,  p.  51-79,  et  les  notes 
du  P.  Delattre,  sur  la  Croix  africaine  et  sur  Carthage, 
p.  179,  185.  Sur  le  prétendu  IVe  concile  de  Carthage,  voir 
Peters,  Les  prétendus  404  canons  du  IVe  concile  de  Car- 
thage, 398,  dans  Comptes  rendus  du  Congrès  scienti- 
fique des  catholiques,  1894,  p.  220.  F.  Cabrol. 

'S.  Gsell,  Les  monuments  antiques  de  l'Algérie,  in-8°,  Paris, 
1901,  t.  n,  p.  115.  Aucun  ouvrage  ne  peut  rivaliser  avec  celui-ci 
pour  l'abondance  des  renseignements  et  la  précision  scientifique  ; 
néanmoins,  quoique  en  y  revenant  sans  cesse,  nous  pourrons  nous 
séparer  de  lui  sur  quelques  points  ou  bien  ajouter  quelques  détails 


IV.  AFRIQUE  (ARCHÉOLOGIE  DE  L').  —I.  Destination 
et  multitude  des  édifices  religieux.  II.  Les  mémorise  mar- 
tyrum.  1IL  Temples  païens  transformés  et  matériaux  de 
remploi.  IV.  Orientation,  plan,  ordonnance.  V.  Atrium.. 
VI.  Portique  et  vestibule.  VIL  Presbyterium.  VIII.  Ab- 
side. IX.  Édifices  à  une  seule  nef.  X.  Chapelles  tréflées, 
XL  Influences  subies  par  l'architecture  religieuse  en 
Afrique.  XII.  Vestiges  dans  les  constructions  arabes. 
XIII.  Basilique  de  Tigzirt.  XIV.  Tipasa  :  Chapelle 
d'Alexandre.  XV.  Tipasa  :  Basilique  de  Sainte-Salsa. 
XVI.  Haouch  Khima-Mta  Darraouïa.  XVII.  Damous  el 
Karita.  XVIII.  Lambèse.  XIX.  Malifou.  XX.  Tebessa. 
XXI.  Baptistère.  XXII.  Crvpte-baptistère.  XXIII.  Vase  à 
ablutions.  XXIV.  Autel.  XXV.  Mosaïques.  XXVI.  Fres- 
ques et  Peintures.  XXVII.  Terres  cuites.  XXVIII.  Plâtres 
ouvragés.  XXIX.  Bas-relief.  XXX.  Sarcophages.  l°.Jarres 
en  terre  cuite,  2°  Cuves  en  marbre.  XXXI.  Lampes. 
XXXII.  Poteries.  XXXIH.  Ex-voto.  XXXIV.  Fonderie. 
XXXV.  Sigillographie.  XXXVI.  Climatologie  de  l'Afrique 
ancienne.  XXXVII.  Le CaputAfricœ.  XXXVIII.  Les  juife. 

I.  Destination  et  multitude  des  ébifices  religieux. 
—  L'exploration  scientifique  de  l'Algérie  et  de  la  Tunisie 
par  les  érudits  et  les  sociétés  savantes  sous  le  patronage 
de  la  France,  poursuivie  presque  sans  interruption  sur 
tous  les  points  successivement  de  l'ancienne  province 
romaine,  a  procuré  à  l'archéologie  des  documents  plus 
nombreux  et  plus  complets  que  pour  presque  aucune 
autre  région  du  monde  antique.  Les  débris  des  civilisa- 
tions indigènes  et  ceux  qui  appartiennent  à  la  période 
phénicienne  n'entrent  pas  dans  le  cadre  des  études  de 
ce  Dictionnaire,  nous  n'avons  donc  à  réunir  des  notions 
aussi  précises  et  aussi  abondantes  que  ie  comporte  le 
présent  recueil  que  pour  la  période  chrétienne;  ce  sont 
principalement  les  monuments  religieux  qui  attireront 
notre  attention.  Ces  monuments  sont  très  nombreux  et 
la  plupart  d'entre  eux  ont  beaucoup  souffert;  leur  pré- 
sence n'est  parfois  signalée  que  par  l'aspect  tourmenté 
du  sol  qui  recouvre  leurs  ruines.  Des  fouilles  habilement 
conduites  sur  l'emplacement  de  quelques-unes  de  ces 
ruines  laissent  présager  les  richesses  documentaires 
que  fourniraient,  à  coup  sûr,  des  investigations  éten- 
dues et  méthodiques,  car  ces  édifices  n'ont  eu  à  souffrir 
que  la  ruine  et  non  la  mutilation  qui,  sous  prétexte  de 
remaniement,  a  dénaturé  au  moyen  âge  un  si  grand 
nombre  de  temples  contemporains  des  premiers  siècles 
du  christianisme.  «  Renonçant  à  toute  classification  rai- 
sonnée,  nous  avons  adopté  l'ordre  alphabétique,  écrit  à 
ce  sujet  M.  S.  Gsell.  Il  parait  impossible,  du  moins  à 
l'heure  actuelle,  de  constituer  divers  groupes,  présentant 
un  ensemble  de  caractères  nettement  distincts,  qui  per- 
mettraient de  les  attribuer  à  diverses  écoles.  D'autre 
part,  on  ne  saurait  prendre  la  chronologie  pour  base 
d'un  classement,  car  il  n'y  a  en  Algérie  qu'un  très  petit 
nombre  d'édifices  chrétiens  qui  puissent  être  datés,  soit 
d'une  manière  exacte,  soit  approximativement1.  » 

Les  édifices  religieux  se  ressentent  en  Afrique  du 
caractère  commun  aux  monuments  des  villes  antiques; 
ils  sont  entassés  sur  un  espace  étroit,  gênés  parfois  les 
uns  par  les  autres,  et  les  rivalités  religieuses  si  ardentes 
en  Afrique  ont  multiplié  les  égHses,  les  basiliques,  le» 
oratoires  dans  un  étrange  désordre,  si  nous  devions  les 
juger  avec  les  habitudes  d'alignement  de  nos  villes  mo- 
dernes. La  raison  qui  a  pu,  en  certains  cas,  provoquer 
ces  constructions  engagées  les  unes  dans  les  autres  fut 
le  désir  d'approcher  le  plus  près  possible  du  sol  qui  ren- 
fermait le  corps  d'un  martyr,  la  pensée  de  braver  jusque 
dans  leur  temple  les  dissidents  hérétiques  ou  ortho- 
doxes. Saint  Augustin  rapporte  que  dans  sa  ville  épis- 

à  ceux  qu'il  donne,  n'ayant  pu,  à  cause  de  la  date  de  sa  publica- 
tion, faire  usage  des  notions  qu'il  contient  qu'après  avoir  entière- 
ment rédigé  la  présente  dissertation.  Partout  où  nos  recherche» 
gardaient  trace  de  lacunes,  c'est  à  l'aide  de  ce  précieux  instru- 
ment de  u-avail  que  nous  les  avons  comblées. 


659 


AFRIQUE    (ARCHÉOLOGIE   DE   L') 


660 


copale  en  entendait  d'une  église  à  l'autre  —  catholique 
et  donatiste  —  les  chants1.  C'est  surtout  en  Numidie 
que  la  rivalité  s'affirma  sous  cel  aspect  monumental;  de 
simples  bourgades,  Henchir  el  Azreg 2,  Kherbet  Bou 
AddoulTen  •1,  Henchir  Bou  Takremalène  *,  Henchir  Sef- 
fan5,  Kherbet  Selmi 6,  Henchir  Teniet  el  Kebch1,  pos- 
sèdent les  ruines  de  plusieurs  basiliques  qu'on  peut 
légitimement  soupçonner  d'avoir  servi  aux  fidèles  de  com- 
munions différentes.  Il  arrivait  que,  dans  les  localités 
où  ils  n'étaient  pas  en  force  pour  enlever  aux  orthodoxes 
la  basilique  existante,  les  donatistes  construisaient  une 
église  :  c'est  ce  que  marque  saint  Optât  de  Milève  lors- 
qu'il reproche  aux  hérétiques  l'érection  de  basiliques 
non  nécessaires  :  basilicas  non  necessarias  8  ;  mais  nous 
voyons  à  Cirta  la  basilique  des  catholiques  prise  par  les 
hérétiques  et  l'empereur  Constantin  accorder  aux  catho- 
liques un  immeuble  qu'il  possédait  dans  la  ville,  à  l'effet 
d'y  construire  une  nouvelle  église  aux  frais  du  fisc9. 
Ces  églises  occupaient  sur  l'emplacement  des  villes  an- 
ciennes des  positions  souvent  excentriques;  dans  un 
grand  nombre  de  localités  les  ruines  n'ont  pas  été  rele- 
vées, comme  on  pourrait  s'y  attendre,  au  centre  de  l'ag- 
glomération, mais  à  la  lisière  des  villes;  on  en  a  des 
exemples  à  Djemila,  à  Ksar  Sbéhi,  à  Matifou,  à  Mdaou- 
rouch,  à  Taksebt,  à  Tebessa.à  Tigzirt,  à  Tipasa  10.  Cette 
circonstance  se  retrouve  ailleurs  encore,  en  Italie,  en 
Gaule;  on  trouve  même  à  Kherbet-Guidra  une  église 
construite  en  dehors  du  rempart11;  il  n'y  a  pas  lieu 
d'en  être  surpris,  si  on  tient  compte  des  difficultés  qu'on 
pouvait  rencontrer  alors  comme  de  nos  jours  dés  qu'il 
s'agissait  de  construire  un  édifice  nouveau  dans  des 
villes  qui,  comme  Tipasa,  comptaient  deux  églises,  deux 
basiliques,  deux  chapelles  cémétériales;  comme  Tigzirt, 
qui  avait  pour  sa  part  deux  églises,  une  chapelle  et  un 
sanctuaire  élevé  sur  le  cimetière;  comme  Timgad  enfin, 
pourvu  de  deux  églises  et  trois  chapelles. 

Aucun  édifice  religieux  de  l'Alrique  n'appartient  d'une 
manière  certaine  à  la  période  antérieure  à  la  paix  de 
l'Église  (313),  bien  qu'il  soit  vraisemblable  que  les  églises 
les  plus  anciennes  qui  nous  sont  connues  aient  été  cons- 
truites sur  l'emplacement  des  oratoires  qui  abritèrent 
les  premiers  fidèles  de  chaque  ville.  Nous  ne  devons 
pas  négliger  à  ce  propos  quelques  rares  indications  que 
les  textes  anciens  nous  fournissent.  A  Constantine, 
en  303,  lorsque  éclata  la  persécution  de  Dioclétien,  les 
frères  se  réunissaient  dans  une  maison  :  donvus  m  qua 
clirisliani  converti ebant 12,  qui  lut  confisquée.  L'installa- 
tion comportait  une  bibliothèque  et  une  salle  à  manger, 
Irii-Unium.  Cette  domus  était  en  réalité  une  église, 
puisque  nous  apprenons  qu'en  mars  305,  «  les  basiliques 

1  S.  Augustin,  Epist.,  xxix,  c.  XI,  P.  L.,  t.  xxxiu,  col.  119 sq.  — 
»  Giaillot  et  Gsell,  dans  les  Mélang.  d'arch.  et  d'hist.,  1894,  t.  xiv, 
p..  47.  fig.  M,  12.  —  *&  Gsell,  Recherches  archéol.  en  Algérie, 
in-8°,  Paris,  1893,  p.  180,  184,  186,  fig.  26-34;  p.  186  sq.,  fig.  35-40. 
—  'Giaillot  et  Gsell,  loc.  cit.,  p.  576-578,  fig.  28-30.  —  *Ibid., 
p. 59-60,  fig.  16  ;  p.  61-62,  fig.  17.  —  •  S.  Gsell,  Recherches  archéol. 
en  Algérie,  p.  243  sq.,  fig.  S5-86;  p.  243,  fig.  83.  —  ■>  Giaillot  et 
Gsell,  loc.  cit.,  p.  57,  fig.  15.  —  «  S.  Optât.  De  schismate  dona- 
tistarum,  1.  III,  c.  i,  P.  L.,  t.  xi,  col.  9K7.  —  «S.  Optât,  Opéra, 
«dit.  Ziwsa,  in-8%  Vindobonae,  1893,  p.  215  ;  Lettre  de  Constantin, 
ruinée  330,  Corp.  scnpt.  eccl.  lat.,  L  xxvi.  Pour  se  rendre  compte 
des  causes  de  destruction  des  églises,  cf.  S.  Optât,  De  schismate 
donatislarum,  L  II,  c.  xvm,  P.  L.,  t.  XI,  col.  969  sq.  On  y  lit  le 
récit  de  la  prise  d'assaut  par  les  donatistes  de  l'église  de  Lemellef, 
au  sud-ouest  de  Sétil,  sous  l'empereur  Julien.  —  ,0S.  Gsell,  Les 
monuments  antiques  de  l'Algérie,  t.  H,  p.  117,  note  1.  —  "  Bro- 
chin,  dans  le  Bull,  archéol.  du  Comité  des  travaux  hist.,  1888, 
p.  426-429,  pi.  xiii.  —  "S.  Optât,  dans  Corp.  script,  eccles  latin., 
in-8",  Vindobonae,  1893,  t.  xxvi,  appendix,  p.  187.  —  «3  S.  Optât,  De 
schismate  donatistarum ,  1. 1,  c.  xiv,  P.  L.,  t.  XI,  col.  912;  S.  Au- 
gustin, Contra  Cresconium,  1.  III,  c.  xxvu,  P.  L.,  t.  xliii, 
col.  510  sq.  —  i4S.  Optât,  dans  Corp.  script,  eccles.  latin.,  t.  XX vi, 
p.  194,  lig.25.—  <5S.  Optât,  ibid.,  p.  194,lig.27.  —  "S. Optât,  ibid., 
p.  193,  lig.  24-25  :  in  basilica  apud  Constantinam,  indication  dans 
laquelle  M.  Gsell  voit  non  sans  vraisemblance  la  domus  in  qua 


n'ayant  pas  encore  été  restituées,  »  les  évêques  venus  à 
Cirta  se  réunirent  dans  une  maison  particulière  13;  néan- 
moins les  chrétiens  avaient  encore  certains  lieux  d'as- 
semblée à  leur  disposition,  puisque,  à  la  même  date,  on 
procéda  à  une  élection  épiscopale  dans  un  local  ainsi 
désigné  :  in  area  martyrum**,  in  casa  maiore1*.  On  sait 
que  area  désignait  les  cimetières,  c'était  donc  dans  un 
bâtiment  élevé  en  pareil  lieu,  sur  les  restes  d'un  martyr, 
qu'avait  été  transportée  la  chaire  épiscopale  ;  quand 
cessa  la  persécution,  on  réintégra  l'ancienne  église16. 

Les  expressions  maior,minor,  se  rencontrent  souvent 
en  Alrique  pour  servir  à  désigner  les  églises.  A  Carthage 
la  basilica  maior  contenait  les  corps  des  saintes  Perpé- 
tue et  Félicité,  à  Césarée  de  Maurétanie  nous  savons  que 
saint  Augustin  prêcha  in  ecclesia  maiori,  au  mois  de 
septembre  418 17.  Hippone  comptait  aussi  sa  basilica 
maior1*  ou  basilica  Paris*9  dont  le  secrelarium  était 
assez  spacieux  pour  qu'on  y  pût  tenir  un  concile  en 
393 20;  en  outre  on  y  trouvait  la  basilica  Leontiana  21,  la 
basilica  ad  octo  martyres  construite  sous  l'épiscopatde 
saint  Augustin22,  la  chapelle  adviginti  martyres23,  la 
memoria  sancti  Theogenis  '2i,  enfin  la  basilique  des  do- 
natistes ïs.  Outre  ces  édifices,  saint  Augustin  mentionne 
aux  environs  de  sa  ville  épiscopale  une  memoria  mar- 
tyrum  située  dans  la  banlieue  d'Hippone 26,  une  cha- 
pelle dédiée  à  saint  Gervais  et  saint  Protais,  à  une  tren- 
taine de  milles21;  un  oratoire  :  orationum  locus, 
contenant  de  la  terre  du  Saint-Sépulcre,  à  Fussala,  à 
40  milles'8;  une  basilica,  à  Hasna29;  une  ecclesia  à 
Audurus  30,  et  il  semble  que  la  nomenclature  pourrait 
être  prolongée  31.  Carthage  n'était  pas  moins  largement 
pourvue  d'églises  chrétiennes.  On  y  comptait,  outre  la 
basilica  major  que  nous  avons  mentionnée,  la  basilique 
de  ResiUula,  celle  dédiée  à  Faustus  et  la  basilica  nova- 
rvm  arearum;  des  églises  étaient  consacrées  à  la  mé- 
moire des  martyres  Scillitani,  à  Celerina,  à  saint 
Agileus,  à  saint  Pierre,  à  la  Théotokos,  à  saint  Paul; 
enfin  parmi  les  plus  notoires  se  trouvaient  les  basi- 
liques de  saint  Cyprien.  L'importance  du  culte  de  ce 
martyr  en  Afrique  et  même  dans  le  reste  de  l'Occident 
donna  aux  édifices  qui  lui  étaient  dédiés  dans  sa  ville 
épiscopale  un  intérêt  particulier.  Saint  Cyprien  n'avait 
pas  été  enterré  sur  le  lieu  même  de  son  martyre. 
Immédiatement  après  le  supplice,  le  corps  fut  transporté 
de  l'Ager  Sexli3'2  dans  une  maison  voisine,  afin  de  le 
soustraire  à  la  curiosité  des  païens33;  pendant  la  nuit 
les  restes  du  martyr  furent  transportés  «  aux  Afese  de 
Macrobius  Candidianus  le  procurateur,  qui  sont  situées 
sur  la  Via  Mappaliensk,  près  des  Piscines  »'*.  Tous 
ces  lieux 35  ont  pu  être  identifiés  aujourd'hui  avec  une 

ch)istiani  convenicbant.  —  " De  gratis  cu,n  Emerito,  P.  L., 
t.  xi. ni,  col.  697.  Ct.  Contra  Gaudentium,  I,  xv,  P.  L.,  t.  xliii, 
col.  712  sq.  ;  Possidius,  Vita  S.  Augustini,  c.  xiv.  P.  L.,  t.  xxxn, 
col  45.  —  "S.  Augustin.  Si  xv,  1,  P.  L.,  t.  xxxvm. 

coL  1447  sq.;  Cl.  CCLVUI,  1,  cl.  i  194.  —  '"S.  Augustin,  Epist., 
ccxin,  P.  L.,  t.  xxxviii,  col.  1060.  —  "Mansi,  Concil.  ampliss. 
coll.,  t.  m,  col.  850;  t.  iv,  col.  481.  —  *'S.  Augustin,  Serm.,  CCLX, 
cci.xii,  P.  L..  t.  xxxvm,  col.  1201, 1207.  —  «S.  Augustin.  Serm., 
ccclvi,  10.  P.  L.,  t.  xxxix,  cul.  1578.  —  "S.  Augustin,  De civit. 
Dei,  1.  XXtl.  c.  vm,  9,  P.  L.,  t.  xi.i.  col.  765;  Serm.,  cxi.vin, 
CCCXXV,  P.  L  ,  t.  xxxvm,  col.  799, 1447.  —  "  S.  Augustin,  Serm., 
cclxxiii,  7,  P.  L-,  t.  xxxvm,  col.  1251.  —  "  S.  Augustin.  Epist., 
xxix,  11,  P.  L.,\~  xxxui,  col.  119.  —  »  S.  Augustin,  Decivit.  Dei, 
1.  XXII.  c.  vm,  19,  P.  L..  t.  xi.i,  ool.  768.  —  -  Ibid.,  1.  XXII, 
c.  vm,  7,  P.  L.,  t.  xli,  col.  705.  —  «  Ibid.,  1.  XX11,  c.  vm,  6,  P. 
L.,  t.  xn,  col.  764.  —  *»  Epist.,  xxix,  12,  P.  L.,  t.  xxxm,  col.  102. 
—  "De  civit.  Dei,  1.  XXII.  c.  vm,  15,  P.  L.,  t.  xi.i,  col.  767.  — 
3'  Epist.,  cxxxix,  2.  P.l...  t.  xxxi il.  col.  535.  —  "Acta  Cy priant, 
5.  dans  Buinart.  Acta  surn-a,  in-4*,  Parisiis.  1689,  p.  219.  — 
33 Ibid.  —  "Ibid.  Cf.  Victor  de  Vite,  Hist.  persec.  Vandal.,  1.  I, 
c.  v.  xvi,  P.  L.,  t.  Lviii,  col.  1S7.  —  3»P.  Monceaux,  dans  la.  Revue 
archéol.,  1901,  t  xxxix.  p.  1 83-201.  Cf.  A.-L.  Delattre,  dans  le 
Costnos,  7  décembre  1889,  p.  19;  E.  Babelon,  Carthage,  in-12. 
Paris,  1896,  p.  148;  E.  de  Sainte-Marie,  Mission  à  Carthage, 
in-8',  Paris,  1884,  p.  35. 


601 


AFRIQUE    (ARCHÉOLOGIE   DE   L') 


662 


précision  suffisante.  Aux  Arese  de  Macrobius  comme 
à  ÏAger  Sexti  se  tinrent  des  réunions  liturgiques. 
«  Saint  Augustin  parle  tantôt  du  tombeau  proprement 
dit,  de  l'endroit  où  reposait  le  corps,  tantôt  d'un  autel 
qui  existait  à  ÏAger  Sexti,  et  qu'on  appelait  la  niensa 
Cypriani  »  '  et  où  se  célébraient  des  offices  liturgiques; 
par  ailleurs  nous  savons  que  l'évéque  d'Hippone  lit  en- 
tendre trois  sermons  in  nalali  Cypriani  martyris  dans 
le  lieu  où  reposait  le  corps  du  martyr  et  sur  lequel 
s'élevait  un  autel.  Saint  Cyprien  avait  donc  trois  édifices 
dédiés  à  sa  mémoire  à  Cartilage  :  la  basilique  des 
Mappales  et  celle  de  ÏAger  Sexti,  situées  toutes  deux 
hors  les  murs,  enfin  un  sanctuaire  dans  l'enceinte  de  la 
ville  dont  nous  parlent  saint  Augustin  et  Procope; 
celle-ci  élait  située  près  de  la  mer,  dans  le  voisinage  du 
port,  et  sainte  Monique  y  passa  en  prière  la  nuit  pen- 
dant laquelle  son  fils  s'embarquait  à  son  insu  pour 
l'Italie  2.  Outre  les  églises  dont  l'origine  s'explique  par 
la  présence  d'une  communauté  chrétienne,  l'Afrique 
possédait  d'autres  édifices,  en  assez  grand  nombre, 
destinés  à  commémorer  les  martyrs  et  à  abriter  leurs 
reliques;  on  les  désignait  ordinairement  sous  le  nom 
de  mémorise  martyrum.  Il  vint  un  moment  où  cette 
dévotion  tourna  à  l'abus,  les  édicules  et  les  basiliques 
se  multiplièrent,  on  en  rencontra  en  tous  lieux,  en 
rase  campagne,  le  long  des  routes,  et  la  plupart  ne  con- 
tenaient aucune  relique,  ne  se  rapportaient  à  aucun 
épisode  de  la  vie  des  martyrs.  Le  canon  34e  du  con- 
cile tenu  à  Carthago  en  438  régla  ce  point  de  disci- 
pline :  Item  placuit,  ut  allaria  quse  passim  per 
agros  aut  vias,  tamquam  mémorise  martyrum ,  consti- 
tuuntur,  in  quibus  nullum  corpus  aut  relliquise  mar- 
tyrum condilsc  probanlur,  ab  episcopis,  qui  eisdeni 
lotis  prœsunt,  si  fieri  potest,  evertantur.  Si  aulem  hoc 
propter  tumultus  populares  non  sinitur,  plcbes  lamen 
admoneantur,  ne  Ma  loca  fréquentent,  ut  qui  recte 
sapiunt,  nulla  ibi  superstitione  devincti  teneatur.  Et 
omnino  nulla  memoria  martyrum  probabiliter  acce- 
pteur, nisi  aut  ibi  corpus,  aut  aliquse  certse  relli- 
quse  sint,  aut  ubi  origo  alicujus  habitationis,  vel 
possessionis,  vel  passionis  fidelissima  origine  tradi- 
tur.  Nam  quse  per  somma  et  inanes  quasi  revelatio- 
nes  quorumlibet  hominum  ubique  constituuntur  al- 
laria, omnimode  reprobenlur3.  Nous  connaissons  les 
ruines  de  plusieurs  de  ces  mémorise.  A  Ain  Ghorab  (ré- 
gion de  Tébessa)  il  a  existé  un  édifice  dont  l'inscription 
dédicatoire  mentionne  le  fait  qu'elle  était  placée  sous  la 
protection  des  saints  apôtres  Pierre  et  Paul  *. 

4  P.  Monceaux,  Le  tombeau  et  les  basiliques  de  saint  Cyprien, 
&  Carlhage,  dans  la  Revue  archéologique,  1901,  t.  xxxix,  p.  189. 

—  *S.  Augustin,  Confessiones,  1.  V,  c.  vm,  15,  P.  L.,  t.  xxxn, 
col.  712  sq.  ;  Procope,  Vandal.,  1.  I,  c.  XXI.  Cf.  P.  Monceaux,  loc. 
cit.,  p.  198-201.  —  3Mansi,  Conc.  coll.  ampliss.,  t.  ni,  col.  971; 
cf.  t.  iv,  p.  494.  —  *  Masqueray,  dans  la  Revue  africaine,  1878, 
t.  xxii,  p.  465-466;  de  Bo6iedon,  dans  le  Recueil  de  la  Soc. 
arch.  de  la  prov.  de  Constantine,  1876-1877,  t.  xvm,  p.  378- 
380;  De  Rossi,  Bullet.  di  arch.  crist.,  1878,  p.  7-20;  Corp. 
inscr.  latin.,  t.  vm,  n.  10707-10709,  17615.  Sur  la  disposition  de 
cette  inscription  sur  «  un  seul  grand  arceau,  jeté  à  l'entrée 
d'une  abside  »,  cl.  S.  Gsell,  Les  monum.  antiq.  de  l'Algérie, 
t.  n,  p.  159,  note  4.  L'inscription  est  copiée  sur  une  inscription 
métrique  de  Rome  de  la  première  moitié  du  v  siècle;  De  Ros^i, 
Inscr.  christ,  urb.  Romse,  in-fol.,  Roinœ,  1888,  t.  il,  p.  48,  110. 

—  BCorp.  inscr.  latin.,  t.  vm,  n.  222  (p.  948),  17614:  De  Rossi, 
La  capsella  arg.  afric,  in-fol.,  Roma,  1889,  p.  17.  — •  Corp. 
inscr.  latin.,  t  vm,  n.  17715;  De  Rossi,  loc.  cit.,  p.  17.  —  'De 
Rossi,  loc.  cit.,  p.  30.  —  8  De  Rossi,  Bull,  di  arch.  crist.,  1877, 
p.  97-107,  pi.  vm  ;  H.  Holtzinger,  Die  altchristlische  Archi- 
tektur,  in-8%  Stuttgart,  18S9,  p.  140,  243,  note  2,  245,  fig.  175;  A. 
Schwarze,  Untersuchungen  ùber  die  Entwicklung  der  afrikan- 
ischen  Kirche,  in-8%  Gôttingen,  1892,  pi.  n  ;  F.  X.  Kraus,  Ges- 
€hichte  der  christlichen  Kunst,  in-4%  Freiburg-im-B.,  1895,  1. 1. 
p-  373,  fig.  309;  Corp.  inscr.  latin.,  t.  vin,  n.  10693  ;  V.  Schultze, 
Ârchàologie  der  altchristlichen  Kunst,  in-8",  Miinchen,  1895, 
P-  123;  S.  Gsell,  Les  monum.  antiq.  de  l'Algérie,  t.  il,  p.  229  sq. 


CEDE  PRIVS  NOMEN  [ho]VITATI  CEDE  VETVSTAS 
REGIA  LETANT[e]R  VOTA  DICARE  LIBET 
HAEC  PETRI  PAVLIQVE  SEDES  CRISTO  LIBENTE 

[RESVRGIT 
VNVfm  g]VES[o  po]RES   VNVM    DVO  [sumit]£   MV- 

[NVS  +  AECLESIAM 
VNVS  H[ow,]OR    CELEBRER  quos  /i]ABET    VNA   Fl- 

[DES  +  DONil» 
[pr]ESB[yteri  <a]MEN  HIC  0[pus  est  ET  CVRA  PRO- 

[banti  +  i\srmm 

Dans  la  même  localité  se  trouvait  une  chapelle  con- 
tenant les  reliques  de  saint  Emeritus 5  ;  au  djebel  Djaffa 
(au  sud  de  Kenchela)  uie  memoria  en  l'honneur  des 
apôtres6;  une  autre  à  Kherba  (près  de  Duperré,  dans  la 
vallée  du  Chélif)  que  les  gens  de  la  contrée  désignaient 
sous  le  nom  de  tabernaculum, 7  ;  une  autre  encore  à 
Henchir  Megroun8;  à  Orléansville  on  a  signalé,  à  un 
kilomètre  environ  de  la  basilique  de  Reparatus,  au 
milieu  d'un  cimetière  chrétien,  «  les  restes  de  deux 
espèces  de  chapelles  ou  oratoires  »9  dont  il  ne  subsiste 
rien,  et  sur  la  rive  gauche  du  Chélif  on  a  retrouvé  les 
indices  de  l'existence  d'une  memoria  apostolorum  qui 
pouvait  dater  de  la  fin  du  IVe  siècle  ou  du  commence- 
ment du  siècle  suivant |0. 

AUUIUI 

ISSIMO  AEi 
dIVM   DIXIT  C 
wie»io]RIA  APOSTOLORVM 
pel\R\   ET  PAVLI-PASSA 

I-NON-MAI-ANn 
jwJBENTE   DEO   ET  XPo 
^Tcnix 

Ce  grand  nombre  de  mémorise  apostolorum  épar- 
gnées par  la  destruction  nous  permet  de  juger  à  queV 
point  la  dévotion  aux  apôtres  était  répandue  en  Afrique  "; 
mais  ces  édifices  ne  sont  pas  les  seuls  qne  nous  puis- 
sions citer  :  à  Guelma,  on  trouvait  une  chapelle  dédiée 
à  saint  Etienne12;  le  même  saint  avait  à  Hippone  une 
chapelle  formant  un  bâtiment  distinct  de  la  basilica 
maiori3;  et  une  autre  encore  à  Mechta  el  Bir  (région 
de  Sétif)  u.  A  Matifou,  on  a  rencontré  une  dédicace  d'une 
basilique  contenant  une  relique  de  la  vraie  Croix i:>,  la 
paléographie  fait  remonter  ce  titulus  à  la  On  du  ive  siècle 
ou  au  commencement  du  Ve,  mais  l'identification  des 
lieux  où-elle  a  été  trouvée  n'a  pu  être  faite  16.  Le  culte 
de  la  Croix  a  été  également  très  répandu  en  Afrique  17. 


—  8  Moniteur  algérien,  n.  du  14  octobre  1843;  Amati,  Viaygioda 
Milano  in  Africa,  p.  376-380;  Azéma  de  Montgravier,  dans  la 
Revue  de  bibliographie  analytique,  1844,  p.  52.  —  10A.  Ber- 
brugger,  dans  la  Revue  africaine,  t.  I,  p.  434;  t.  iv,  p.  113,  114; 
L.  Renier,  Recueil  des  inscr.  romaines  de  l'Algérie,  in-4% 
Paris,  1855,  n.  3706;  Corp.  inscr.  latin.,  t.  vm,  n.  9714.  Voyez 
le  n.  9715  qui  mentionne  l'inhumation  aput  (sancto)s  apostolos 
petru  et  (paulu).  L'inscription  n.  9714  a  fait  l'objet  d'un  intéres- 
sant commentaire  de  E.  Le  Blant,  dans  le  Journal  des  savants, 
1882,  p.  306.  —  u  P.  Monceaux,  Hist.  de  la  littérat.  chrét. 
d'Afrique,  in-8%  Paris,  1901,  t.  i,  p.  4,  note  4;  Corp.  inscr.  la- 
tin., t.  vm,  n.  9714-9716,  10693,  10707, 17714, 17715, 17746,  18656, 
20600,  21496;  A.  Schwarze,  Untersuchungen  ùber  die  aussere 
Entwicklung  der  afrikanischen  Kirche  mit  besonderer  Ver- 
wertung  der  archàologischen  Funde,  in-8%  Gbttingen,  1892, 
p.  103.  Sur  ces  •lnounùEra  en  Orient,  cf.  Sozomène,  Hist.  eccl., 
1.  VIII,  c.  xvn,  P.  G.,  t.  lxvii,  col.  1560;  Acta  sanct.,  jun.  t.  IV, 
p.  325  ;  L.  Duchesne,  dans  le  Bull,  de  corresp.  hellén.,  1878, 
p.  292  sq.  —  12S.  Augustin,  De  civit.  Dei,  1.  XXII.  c.  vm,  12, 13, 
P.  L.,  t.  xli,  col.  776.  —  ,3S.  Augustin,  De  civit.  Dei,  I.  XX, 
c.  vm,  xxii,  P.  L.,  t.  xli,  col.  670  sq.,  694;  Serm.,  cccxvm, 
P.  L.,  t.  xxxviu,  col.  1438  sq.;  Serm.,  cccxix,  P.  L., 
t.  xxxvm,  col.  1440;  Serm.,  ccclvi,  P.  L.,  t.  xxxix,  col.  1574. 

—  '*De  Rossi,  Bull,  di  arch.  crist.,  1878,  p.  25;  S.  Gsell, 
Monum.  antiq.  de  l'Algérie,  t.  n,  p.  228,  n.  84.  —  ,s  Corp. 
inscr.  latin.,  t.  vm,  n.  9255.  —  ,<s  S.  Gsell,  loc.  cit.,  t.  n,  p.  227, 
n.  79.  —  "  Mélanges  d'archéol.  et  d'hist.,  1890,  t.  x,  p.  440. 


€63 


AFRIQUE    (ARCHÉOLOGIE   DE   L') 


664 


Saint  Augustin  nous  a  conservé  le  récit  circonstancié  de 
l'origine  de  la  memoria  élevée  à  Fussala,  à  40  milles 
d'Hippone,  pour  y  recevoir  quelques  parcelles  de  la  terre 
rapportée  du  Saint-Sépulcre  '  ;  on  peut  citer  encore 
d'autres  mémorise,  mais  sur  le  caractère  desquelles  il  y 
a  lieu  de  garder  quelque  incertitude2;  à  Henchir  Tagh- 
taght,  près  de  Khenchela,  on  retrouve  dans  un  sanctuaire 
chrétien  les  noms  des  saints  apôtres  et  de  saint  Emeri- 
tus  associés  dans  un  même  hommage3,  nous  les  avions 
déjà  rencontrés  jouissant  chacun  d'un  sanctuaire  dans 
une  même  localité,  à  Ain  Ghorab4.  Parfois  ces  édifices 
présentent,  au  seul  titre  de  leur  emplacement,  une 
grande  importance,  par  exemple  la  basilique  de  Tipasa 
élevée  sur  le  lieu  même  du  martyre  de  sainte  Salsa  pré- 
cipitée du  haut  de  la  falaise  dans  la  mer5. 

Il  n'est  pas  rare  que  les  basiliques  importantes  soient 
pourvues  d'une  salle  à  abside  dans  laquelle  on  peut  voir 
des  mémorise  destinées  à  renfermer  les  reliques  d'un 
martyr  dont  le  culte  demeurait  bien  distinct  de  celui  du 
personnage  auquel  la  basilique  était  dédiée  :  c'est  le  cas 
à  Tébessa6,  à  Morsott  7,  à  Timgad8.  Nous  n'avons 
aucun  exemple  certain  que  ces  oratoires  aient  été  le 
noyau  des  basiliques  qui  les  auraient  englobées,  mais  ici 
comme  sur  un  grand  nombre  de  questions  il  ne  faut  pas 
escompter  les  informations  que  l'avenir  tient  en  réserve. 
Enfin,  il  faut  mentionner  les  oratoires  privés,  placés  à 
l'intérieur  des  maisons  ou  dans  les  monastères9;  parmi 
ceux  de  cette  seconde  catégorie  il  semble  possible  de 
nommer  l'oratoire  ou  la  memoria  en  forme  de  chapelle 
tréllée  à  Tébessa10  et  la  chapelle  contre  le  rempart  de 
l'est".  Si  on  tient  compte  du  nombre  de  siècles  qui  nous 
séparent  de  l'époque  où  exista  l'Église  d'Afrique,  si  on 
y  ajoute  les  malheurs  qui  l'ont  accablée  et  enfin  ruinée 
complètement,  les  causes  de  destruction  physique  qui  se 
sont  exercées  à  loisir  et  le  concours  qu'y  ont  apporté  les 
violences  des  donatistes,  des  Vandales,  des  Arabes,  l'ex- 
ploitation séculaire  des  matériaux  pour  servir  aux 
besoins  des  colons  nomades,  l'incurie  et  souvent  même 
le  mauvais  vouloir  des  administrations  locales  depuis  la 
conquête  française12,  on  devra  reconnaître  que  le  nombre 
de  monuments  que  nous  avons  aujourd'hui  sous  nos 
yeux  témoigne  d'une  prospérité  matérielle  et  d'une  ri- 
chesse archéologique  exceptionnelles  en  Afrique  à 
l'époque  qui  fait  l'objet  de  notre  recherche.  Parmi  les 
conclusions  qu'on  en  peut  tirer  légitimement,  c'est 
d'abord  celle-ci,  que  l'Eglise  d'Airique  a  joui  d'une  vita- 
lité intense  et  qu'elle  a  tourné  en  partie  sa  pié^é  vers  le 
culte  des  martyrs;  saint  Augustin  nous  le  laissait  entre- 

•S.  Augustin,  De  civit.  Dei,  1.  XXH,  c.  vni,  6,  P.  L.,  t.  xi.i, 
col. 764.  —  1 A  Henchir  et  Begucur,  S.  Gsell,  loc.  cit.,  t.  a,  p.  175, 
n.  211;  dans  la  banlieue  d  Hippone,  S.  Augustin,  De  civit.  Dei, 
l.  XX11,  c.  vin,  19,  P.  L.,  t.  xli,  col.  768;  à  la  villa  Victoriana, 
près  de  cette  même  ville  d'Hippone,  S.  Augustin,  De  civit.  Dei, 
1.  XXII,  c.  viii,  7,  P.  L.,  t.  xli,  col.  765;  près  de  la  Sbikra  (à 
l'est  de  Khenchela),  Bull.  arch.  du  comité  clés  trav.  hist.,  1894, 
p.  87,  n.  12;  à  Ain  Begueur,  S.  Gsell,  op.  cit.,  t.  n,  p.  160,  n.  5  ; 
à  Ain  Turk,  S.  Gsell,  op.  ctt.,  t.  n,  p.  161,  n.  7;  à  Bir-Fradj, 
S.  Gsell,  up.  cit.,  t.  n,  p.  182,  n.  31  ;  à  Peiigotville,  S.  Gsell,  op. 
cit.,  t.  n,  p.  248,  n.  105.  —  'Farges,  dans  le  Bull,  de  l'Acad. 
d'Hippone,  t.  xvin,  p.  31-32;  Corp.  inscr.  latin.,  t.  vm.  n.  17714. 

—  «S.  Gsell,  Munum.  antiq.  de  l'Algérie,  t.  n,  p.  159 aq.  — 
8  Ibid.,  t.  n,  p.  318,  fig.  147.  Cf.  L.  Duchesne,  dans  les  Comptes 
rendus  de  l'Acad.  des  inscript.,  séance  du  14  mars  1890,  p.  116; 
Le  monde,  4  avril  1890  ;  Bull,  critique,  1890,  p.  125.  —  •  S.  Gsell, 
op.  cit.,  t.  n,  p.  319,  note  2,  observe  avec  raison  que  ces  ora- 
toires pourraient  bien  n'avoir  été  que  les  consignatoria,  dans  les- 
quels les  néophytes  se  rendaient  après  le  baptême.  —  'S.  Gsell, 
op.  cit.,  t.  H,  p.  231,  n.91.  — 8S.  Gsell,  op.  cit.,  t.  n,  p.  309,  n.  152. 

—  "S.  Augustin,  Epiât.,  ccxi,  7,  P.  L.,  t.  xxxin,  col.  960.  — 
10 S.  Gsell,  Monum.  antiq.  de  l'Algérie,  t.  Il,  p.  118,  note  6.  Ce 
qui  semble  enlever  les  derniers  doutes  est  la  présence  d'un  autel. 

—  «  Ibid.,  p.  290,  flg.  136.  —  ,!J.  Schmidt,  Bapport  à  l'Académie 
royale  des  sciences  de  Berlin.  Cf.  Bull,  de  corresp.  africaine, 
1882,  t.  i,  p.  399  sq.  —  ,aS.  Augustin,  Epist.,  i.xxvn,  3,  P.  L.. 
•    xxxui,  col.  269.  —  ,4P.  Monceaux,  Le  tombeau  et  les  basi- 


voiret  il  n'exagérait  en  aucune  manière  en  disant:  Num- 
quid  non  et  Africa  martyrum  corporibus  plena  est13? 
II.  Les  memorim  martyrum.  —  Mais,  quand  il  s'agit 
de  l'antiquité,  il  faut  se  garder  d'introduire  des  classe- 
ments trop  rigoureux;  les  fidèles  d'Airique  ont  gardé 
dans  la  pratique  une  certaine  liberté  dont  il  reste  à  dire 
quelque  chose.  Nous  avons  vu  que  la  présence  du  tom- 
beau de  saint  Cyprien  n'excluait  pas  la  célébration  de  la 
liturgie14,  le  même  fait  se  passait  ailleurs;  à  Fussala, 
près  d'Hippone,  la  memoria  construite  pour  recevoir  la 
terre  du  Saint-Sépulcre  était  destinée  à  servir  en  même 
temps  au  culte  ordinaire'5;  parfois  même,  ce  qui  peut 
surprendre  un  peu  plus,  les  mémorise  abritaient  tout  à 
la  fois  les  reliques  des  martyrs  et  les  restes  des  fidèles; 
c'était  le  cas  à  Orléansville  1C,  peut-être  aussi  à  RoufTach, 
où  l'on  a  trouvé,  à  une  soixantaine  de  mètres  d'un  édi- 
fice construit  dans  un  cimetière,  une  inscription  qui 
indique  qu'un  défunt  nommé  Innocens  fut  enseveli  au- 
près du  sang  des  martyrs  de  Milève11.  A  Sidi  Ferruch, 
près  d'Alger,  on  a  trouvé  une  inscription  témoignant  que 
sur  le  tombeau  d'un  chrétien  fut  élevée  une  memoria 
en  l'honneur  d'un  martyr,  peut-être  saint  Laurent18  : 

hic  rfowit»]ONOSTROPLACENSSABI,N A  BEATO 
?lauren]T\0  MARTIRI  VOTVM  REDDIDIT  COM- 

i0  (PLETO 

œdi/ic]\0   DIE  Xllll   KALIVL   0     HIC    EST    IA- 

f~  [NVARI 

fil]U  EIVS  MEMORIA  QVI  VIXIT  ANNXLVII  M-V 

5    quies]C\J  IN  PACE  VI  ANN  PROVINC-CCCXHI1 

LVCISI^MMWOSTVLAVIT'""' 


Si  les  mémorise  pouvaient  recevoir  les  fidèles  pour 
l'assemblée  liturgique,  il  parait  en  avoir  été  de  même  à 
l'égard  des  églises  dont  la  destination  primitive  s'accom- 
moda de  bonne  heure  à  abriter  non  seulement  l'assem- 
blée des  fidèles,  mais  les  reliques  des  martyrs.  Ce  n'était 
d'ailleurs  qu'une  question  de  quantité,  pour  ainsi  dire, 
car  un  des  usages  les  plus  antiques19  associait  l'établis- 
sement d'un  lieu  officiel  de  prières  à  la  présence  des 
reliques  des  martyrs,  et  d'une  part  l'aversion  témoignée 
par  les  premiers  chrétiens  pour  la  division  des  re- 
liques20, d'autre  part  des  faits  qui  nous  sont  connus 
en  pleine  lumière  d'histoire21,  laissent  entrevoir  la  cou- 
tume primitive  de  disposer  l'autel  sur  les  corps  entiers 
des  martyrs.  On  peut  supposer  qu'il  en  fut  ainsi  en 
Afrique  à  Gouéa  (région  de  Médéa)22,  à  Henchir  el  Ham- 
mam, au  sud  de  Guelma 23,  à  Morsott,  au  nord  de 
Tébessa14,  à  Mouzaïaville  sur  l'emplacement  d'une  basi- 

liques  de  saint  Cyprien  à  Carthage,  dans  la  Bévue  archéo- 
logique, 1901,  t.  xxxix,  p.  189.  —  "S.  Augustin,  De  civit.  Dei, 
1.  XXII,  c.  vm,  6,  P.  L.,  t.  xli,  col.  764.  —  "S.  Gsell,  op.  cit., 
t.  Il,  p.  241.  —  "Ibid.,  t.  Il,  p.  251  ;  De  Bossi,  Bull,  di  arch. 
crist.,  1875,  p.  163-167,  177;  1876,  p.  59-63,  pi.  m,  fig.  2;  Corpus 
inscr.  latin.,  t.  vin,  n.  6700,  19353;  S.  Gsell,  dans  le  Bull, 
arch.  du  Comité  des  trav.  hist.,  1899,  p.  452-453.  Voir  Am- 
poules. —  *•  .l/o»i if eur  algérien,  décembre  1845;  de  Caussade, 
dans  les  Mém.  de  la  Soc.  arcUéol.  de  VOrléanais,  1851,  L  i, 
p.  286,  note;  A.  Berbrugger,  dans  YAkbbar,  22  janvier  1846; 
A.  Berbrugger,  dans  la  Itevue  africaine,  t.  v,  p.  356;  Dupuch, 
Mandement  pour  le  carême  de  1846  ;  L.  Renier,  Becucil  des 
inscr.  rom.de  l'Algérie,  n.  4058;  De  Rossi,  Bull,  di  arch.  crist., 
1878,  p.  32:  Co-v.  inscr.  latin.,  t.  vm,  n.  9271.  Cette  mosaïque 
date  de  la  seconde  moitié  du  v  siècle.  A  ers  quelques  e\cni|  les 
S.  Gsell,  Monum.  antiq.  de  l'Algérie,  t.  Il,  p.  119,  note  6.  ajouta 
«  probablement  aussi  Mélanges  d'arch.  et  d'hist.,  t.  XV,  IMG, 
p.  51,  n.  10,  à  Périgotville,  l'épitaphe  d'une  femme  qui  fecit  sibi 
ipsa  sana  sanctorum  mensam  e'  qui  se  lit  enterrer  auprès  de 
cette  inensa  i.  —  *•  Peut-être  doit-il  être  permis  d'y  voir  une 
première  allusion  dans  le  texte  de  la  liturgie  asiate  rapportée  par 
saint  Jean  :  Vidi  sub  altarc  Dei  animas  interfectorum,  Apoc, 
vi,  9.  —  " Passio  S.  F?-uctuosi,  n.  6,  dans  Ruinart,  Acfa  stn- 
cera,  in-4-,  Parisiis,  168t<.  d.  223.  —  »'  S.  Ambroise,  Epist..  xxii, 
P.  L.,  t.  xvi.  col,  HXi2  sq.  —  "S.  Gsell,  Montait,  antiq.  de  l'Al- 
I.  ii.  p.  198  —  "Ibid.,  t.  Il,  p.  210,  n.  62.  —  ««  Ibid., 
t   ii   p.  2S4,  n.  m 


665 


AFRIQUE    (ARCHÉOLOGIE    DE    L') 


666 


lique  aujourd'hui  disparue,  au  fond  de  laquelle  s'ouvrait 
une  abside  à  laquelle  donnait  accès  un  escalier  de  trois 
marches;  «  sous  cette  abside  ont  été  trouvés  des  tom- 
beaux en  briques  renfermant  des  ossements.  A  l'entour 
régne  une  enceinte  de  tombes  doubles,  empilées  les 
unes  sur  les  autres*.  »  A  Orléansville  existait  sous 
l'abside  «  un  caveau  d'assez  grandes  dimensions  dans 
lequel  ont  été  trouvés  deux  cercueils  vides  » 2.  Ce  qui 
semble  plus  décisif,  c'est  la  présence  de  tombes  dans  la 
chapelle  d'Alexandre,  à  Tipasa  (fig.  118).  «  Au  fond  de  la 
nef,  à  l'est    s'élève  une  sorte  d'estrade  à  laquelle  on 


118.  —  Chapelle  d'Alexandre  à  Tipasa. 

D'après  Fr.  Wieland.  Ein  Ausfluch  ins  altchristliche  Afrika, 

p.  186. 

montait  par  deux  petits  escaliers.  Elle  est  en  majeure 
partie  constituée  par  neuf  sarcophages  de  pierre,  ali- 
gnés et  orientés  de  l'ouest  à  l'est,  les  têtes  étant  placées 
à  l'occident.  Par-dessus,  on  avait  établi  une  mosaïque, 
aujourd'hui  presque  complètement  détruite;  un  cancel 
en  pierre,  découpé  à  jour,  bordait  cette  estrade  du  coté 
do  la  nel.  La  grande  inscription  commémorative  qui  a 
été  tracée  sur  la  mosaïque  du  vaisseau  central,  en  avant 
dos  escaliers,  nous  apprend  que  ces  tombeaux  sont  ceux 
des  justi  priores  :  selon  une  remarque  de  Ma'  Duchesne, 
les  «  justes  »  dont  il  est  ici  question  étaient  peut-être 

•  Poiille,  dans  le  Ree.  de  la  Soc.  ireh.  de  la  prov.  de  Constan- 
tine,  187b,  i.  xix,  p.  345.  —  'Prévost,  Jans  la  llev  arcliéolog., 
1848,  t.  IV,  p.  659-664;  t.  v,  p.  372-374;  1352,  t.  vill,  p.  566-571  ; 
S.  Gsell,  op.  cit.,  t.  u,  p.  237.  —  -S.  Gsell,  op  cit..  t.  Il,  p.  335sq. 
—  4G.  Boissier,  dans  les  Comptes  rendus  de  l'Acad  des  tnscr., 
1899,  séance  du  12  mai  ;  S.  Rcinach,  dans  la  Revue  archèol., 
1899.  III-  série,  t.  xxxv,  p.  162;  S.  Gsell,  dans  les  M él  darch.  et 
dhisl.,  1900,  t.  xx,  p.  141;  1901,  t.  xxi,  p  236,  note  2;  Kabre, 
dans  le  llullctin  d'Oran,  1900,  p.  399-408.  —  •  S.  Gsell.  op.  cit., 
t.  Il,  p.  t'J2  sq.  Cette  basilique  a  disparu  on  1844.  -  •  fbid.,  t.  il. 


d'anciens  évéques de  Tipasa.  Auparavant,  dit  l'inscription, 
leurs  sépultures  n'étaientpasvisibles;  l'évéque  Alexandre 
fit  construire  la  chapelle  pour  les  abriter  : 

[CORO 
NVNC  LVCE  PRAEFVLGENT  SVBNIXI  ALTARE  DE- 
COLLECTAMQVE  SVAM  GAVDENT  FLORERE  CO- 

•       [RONAM 

«  Il  ne  reste  aucune  trace  de  cet  autel,  dressé  sur 
l'estrade;  il  a  pu  être  en  bois3.  »  A  Benian,  l'ancienne 
A  la  Miliaria  (province  d'Oran),  la  basilique  comportait 
une  crypte  contemporaine  du  reste  de  l'édifice  qui  n'a 
pu  être  élevé  qu'entre  les  années  434  et  439.  La  crypte 
est  située  sous  l'abside  dont  elle  adopte  la  forme  semi- 
circulaire  mais  avec  des  dimensions  moindres.  Au  mi- 
lieu de  la  courbe  que  décrit  le  mur  se  voit  encore  le 
cadre  d'une  fenêtre  placée  à  lm20  au-dessus  du  sol.  Cette 
fenêtre  était  pourvue  d'une  grille  fixe  et  d'un  volet  à 
tabatière  permettant  de  regarder  dans  un  caveau,  situé 
derrière  la  crypte  et  occupant  le  milieu  d'une  série  de 
sept  tombeaux  dont  plusieurs  sont  antérieurs  à  l'église 
et  dans  lesquels  furent  déposés  les  corps  de  divers  ecclé- 
siastiques, évêques,  prêtres,  religieuses,  morts  eutre422 
et  446.  Au  milieu  se  trouvait  la  sépulture  de  la  sœur  de 
l'évéque  donatiste  A'Aquœ  Sirenses,  une  religieuse  du 
nom  de  Robba,  tuée  en  434  par  ceux  que  l'inscription 
qualifie  de  «  traditeurs  »  et  vénérée  en  qualité  de  mar- 
tyre4. On  venait  vénérer  dans  la  crypte  les  restes  que  la 
fcnestella  confessionis  permettait  d'apercevoir.  L'ins- 
cription ne  laisse  plus  de  doute  sur  ce  point  : 

MEM-ROBBE  SACRE  DEI  GERMANA 
HONORIIlilIQVE  SIRENEPSI  CEDE- 
TRADIUHIIViliXÂ  A  MERVIT  DIGNI 
TATE  MARIIRIVIXIT  ANNIS  L-  ET  RED 
5     DID-IT  SPiVIDIE-SII-KALAPRILESPRoCCCXCV 

Mem(oria)  Robb(a)e,  sacr(a)e  Dei  [ancillœ],  gernia- 
na(e)  Honor[ali  A\qu(a)e  Siren(sis)  ep(i)s(cop)i,  c(a)ede 
lradi[torum\  v[e]xata  meruit  dignitate(m)  martiri(i)t 
vixit  annis  L  et  reddidit  sp(iritu)m  die  VIII  Kal(en- 
das)  Apriles,  [anno]  pro(vinciœ)  cccxcv  (—  434  après 
J.-C). 

III.  Temples  païens  transformés  et  matériaux  de 
remploi.  —  Nous  rencontrons  en  Afrique  quelques 
exemples,  en  très  petit  nombre,  de  désaffectation  d'édi- 
fices païens  dans  l'enceinte  desquels  auraient  été  instal- 
lées des  églises  chrétiennes.  A  Cirta,  les  fidèles  utili- 
sèrent le  soubassement  du  Temple  du  Capitole  et  u,ne 
partie  des  murs  de  la  cella,  non  sans  remanier  profon- 
dément l'aspect  de  l'édifice;  l'orientation  en  fut  modifiée, 
la  nouvelle  façade  fut  placée  au  nord-ouest,  ce  qui  obligea 
à  construire  un  escalier,  le  soubassement  ayant  de  ce  côté 
4m31  de  hauteur.  Les  murs  de  l'ancien  temple  étant 
détruits  à  partir  d'une  certaine  hauteur,  on  le  releva  avec 
des  matériaux  de  remploi  tirés  de  côté  et  d'autre  3.  Il 
semble  que  la  même  adaptation  ait  eu  lieu  à  Tébessa  à 
l'époque  byzantine6,  à  Lambèse7;  à  Tigzirt,  le  chevet 
occupe  peut-être  l'emplacement  d'un  sanctuaire  jadis 
dédié  à  Saturne  8.  A  Tipasa,  la  passion  de  sainte  Salsa 
nous  apprend  que  l'église  élevée  en  l'honneur  de  cette 
martyre  remplaça  une  synagogue  qui,  elle-même,  avait 
succédé  à  un*  temple  païen;  mais  il  n'est  pas  vraisem- 

p.  121.  —  '  Ibid.,  t.  u,  p.  219;  Poulie,  dans  le  Recueil  de  la  Soc. 
arcli.  de  la  prov.  de  Constantine,  1882,  t.  xxn,  p.  400;  Corp. 
inscr.  latin.,  t.  vm,  n.  18488.  —  "S.  Gsell,  op.  cit.,  t.  u,  p.  294, 
n.  146.  En  Afrique,  comme  ailleurs,  les  temples  païens  eurent 
généralement  peu  à  souffrir  des  lois  portées  par  les  empereurs 
du  iv  siècle.  Eux-mêmes  se  firent  les  tuteurs  des  édifices  contre 
lesquels  ils  poussaient  les  chrétiens,  Cod.  Theod.,  XVI,  x,  18.  Cf. 
S.  Augustin.  Serm.,  clxiii,  2,  P.  L.,  t.  xxxvm,  col.  889  sq.; 
Epist.,  ccxxxn,  3,  P.  L.,  t.  xxxii,  col.  1025  sq.  ;  Mansi,  Conc. 
ampliss.  coll.,  t.  m,  col.  766,  can.  58. 


667 


AFRIQUE   (ARCHÉOLOGIE   DE   L") 


668 


blable  que  l'édifice  ait  été  approprié  à  sa  nouvelle  desti- 
nation, les  matériaux  seuls  auront  servi1.  Nous  avons 
eu  l'occasion  de  montrer,  à  propos  des  édifices  religieux 
de  l'Achaïe  2,  combien  les  chrétiens  prenaient  goût  à  ce 
mode  de  construction  à  l'aide  de  matériaux  arrachés  à 
d'anciens  édifices,  il  n'en  allait  pas  autrement  en  Afrique. 
Saint  Augustin  rapporte  qu'un  prêtre  de  son  diocèse, 
I.eporius,  ayant  un  hôpital  à  faire  construire,  acheta  une 
maison  «  qu'il  pensait  devoir  lui  être  utile  à  cause  des 
pierres  »  3.  Les  ruines  confirment  ce  que  nous  révèlent 
ces  paroles  sur  le  peu  de  respect  qu'on  porta  aux  mo- 
numents de  la  vénérable  antiquité.  Les  édifices  furent 
traités  comme  des  carrières,  ceci  explique  pourquoi  les 
assises  en  pierres  de  grand  appareil  sont  tellement 
rares*;  on  en  trouve  à  Tébessa5,  à  Tipasa  6,  à  Taoura, 
région  de  Souk-Ahras1;  parfois  une  partie  seulement 
de  l'édifice  a  été  construite  de  la  sorte,  par  exemple,  à 
Tigzirt,  le  milieu  de  la  façade8;  à  Announa,  la  façade 
et  l'abside9;  à  Guesseria,  la  façade  d'une  petite  cha- 
pelle ou  baptistère10;  à  Henchir  el  Hamman,  l'ab- 
side "  ;  à  Kherbet  Guidra,  les  angles  l2  ;  à  Tipasa,  le  bas 
des  murs13.  Ce  ne  sont  là,  on  le  voit,  que  des  excep- 
tions. L'architecture  africaine,  disposant  principalement 
de  retailles  et  de  matériaux  de  remploi,  a  adopté  ordi- 
nairement la  bâtisse  en  blocage  avec  chaînes  en  pierres 
de  taille  variant  de  distance  entre  0m80  et  2  mètres  ;  on 
trouve  parfois  des  poudingues  de  maçonnerie,  mais 
l'emploi  de  la  brique  est  tout  à  fait  exceptionnel. 
L'épaisseur  moyenne  des  murs  est  de  0m50-5"2  avec  ren- 
forcement à  l'abside.  On  trouve  cependant  des  basiliques 
d'épaisseur  plus  grande  :  à  Khamissa,  lm30  à  lm50u;  à 
Perigotville,  \  piètre16;  à  Segnia,  au  nord-ouest  d'Ain 
Beida,  2-501";  à  Timgad,  1"  chapelle,  1-201':  2«  cha- 
pelle, 0mS518.  L'origine  chrétienne  de  la  basilique  de 
Tébessa  est  aussi  assurée  que  celle  des  basiliques  du 
Kef  (Tunisie),  tant  pour  celle  de  l'intérieur  rio  la  ville 
que  pour  celle  du  cimetière,  et,  malgré  l'intérêt  que  l'oa 
aurait  à  retrouver  —  s'il  y  en  a  eu  —  des  basiliques  ju- 
diciaires païennes  en  Afrique,  ces  monuments  doivent 
servir  simplement  à  l'histoire  de  l'art  chrétien19.  Il 
semble  bien  en  effet  qu'il  y  ait  eu  une  diflérence  essen- 
tielle de  plan  entre  celui  des  basiliques  païennes  dont 
les  substructionset  les  descriptions  nous  sont  parvenues 
et  le  plan  des  basiliques  chrétiennes;  à  tel  point  qu'on 
regarde  aujourd'hui  comme  très  douteux  que  ces  der- 
nières procèdent  en  droite  ligne  des  basiliques  judi- 
ciaires des  Romains. 

IV.  Orientation,  plan,  ordonnance.  —  Il  ne  parait 
pas  que  l'on  se  soit  préoccupé  de  l'aspect  de  l'édifice,  sa 
commodité  important  seule.  Saint  Augustin  s'exprime 
sur  ce  point  d'une  manière  intéressante  :  Sicut  in  (a- 
bricis  manufaclis,cum  eleganter  et  magnifiée  conslru- 
unlur,  corporalis  noster  mulcetur  aspeclus;  ita  cum 
lapides  vivi,  corda  fidelium  charitalis  vinculo  conlinen- 
lur,  décor  est  domus  Dei,  et  locus  tabervaculi  clanta- 
tis  ejus.  Disette  ergo  quod  amare  debetis  ut  an/are 
possilis.  Qui  enim  diligit  decorem  domus  Dei,  non  est 
dubium  (juia  ecclesiam  diligit  :  non  in  labre  f'aclis 
parie  l  Unis  et  teclis,  non  in  ni  tore  marmonna  et  la- 
qnearibus  aureis ;  sed  in  hominibus  firlelibus,  sanctis, 
Deum  diligentibus  ex  toto  corde  suo,  etc.  20.  On    ne 

1  Calalogus  codicum  liagiograpliicuram  qui  asservantur  in 
Bibliutheca  nationali  Purisiensi,  ediderunt  hagiographi  Bol- 
landiani,  in-8%  Bruxellis,  1889,  t.  i,  p.  346,  S  3.  —  «Col.  332.  — 
3  S.  Augustin,  Serm.,  ccci.vi,  -10,  P.  L.,  t.  xxxix.  col.  1574.  - 
*  S.  Gsell,  op.  cit.,  t.  h,  p.  122.  —  »/6trf..  p.  266.  —  •  Ibid.,  p.  325. 

—  Ubid.,  p.  264.  —  'Ibid.,  p.  294.  —  »lbid.,  p.  165.  —  "Ihid., 
p.  204.  —  "  Ibid.,  p.  210.  —  "Ibid.,  p.  206.  —  "Ibid.,  p.  319. 

—  "Ibid.,  p.  215.  —  "Ibid.,  p.  248.  —  "Ibid.,  p.  253.  — 
17  Ibid.,  p.  314.  —  "ftiii.,  p.  314.  —  "Bull,  archéol.  du  co- 
mité des  trav.  hist.,  1884,  p.  160,  176.  —  "S.  Augustin.  Serm., 
XV,  I,  P.  L-,  t.  xxxviu,  col.  116.  —  «  S.  Augustin,  Quœst.  in 
Hcptatc.uclium,  il,  177,  5,  P.  L.,  t.  xxxiv,  col.  659.  —  «  Depuis 
la  basilique  d'Orléansville,  à  l'époque  de  Constantin,  jusqu'à  la 


saurait  moins  encourager  le  goût  artistique,  et,  si  ces  pa- 
roles ont  exactement  répondu  à  l'état  d'esprit  généraL 
on  ne  peut  plus  s'étonner  de  la  médiocrité  ordinaire  des 
édifices  religieux.  Us  se  distinguent  d'abord  par  la  mo- 
notonie du  type  basilical  :  oblongam  habeat  quadratu- 
rani,  dit  encore  saint  Augustin,  lateribus  longioribus, 
brevioribus  frontibus,  sicut  plerseque  basilicm  consti- 
tuuntur21;  ils  sont  orientés  vers  le  levant,  et,  pendant/ 
toute  la  période  de  plus  de  trois  siècles  qui  renferme) 
l'activité  monumentale  de  l'Église  d'Afrique,  cette  règle 
n'est  que  très  rarement  mise  en  oubli21;  divers  faits 
prouvent  qu'on  attachait  de  l'importance  à  son  observa- 
lion  :  à  Cirta,  ainsi  que  nous  l'avons  dit,  on  s'engagea 
dans  de  grands  travaux  pour  que  le  temple  du  Capitole, 
transformé  en  église,  fût  orienté  au  levant23;  à  Tipasa 
on  s'imposa  une  disposition  gênante  afin  de  s'en  tenir  à 
la  coutume24.  Au  point  de  vue  architectural  tous  ces 
édifices  appartiennent  à  deux  catégories  suivant  qu'ils 
comportent  une  seule  nef  ou  plusieurs  nefs.  Dans  ce 
dernier  cas  le  rectangle  se  trouve  sectionné  en  vaisseaux 
parallèles  plus  ou  moins  étroits  :  ce  sont  les  nets,  ainsi 
que  nous  les  nommons  ordinairement;  à  Orléansville, 
on  en  compte  cinq;  dans  la  grande  basilique  de  Tipasa, 
sept;  et  il  arrive  dans  ce  dernier  édifice  qu'à  une  basse 
époque,  la  solidité  paraissant  menacée  par  la  largeur  de 
la  nef  centrale,  on  la  subdivise  alors  en  trois  nefs  nou- 
velles au  moyen  de  deux  colonnades;  dans  la  basilique 
de  Sainte-Salsa  et  à  Tigzirt  on  a  de  même  fait  cinq  nefs 
avec  les  trois  existant  primitivement,  lorsque  l'incendie 
ayant  atteint  les  poutres  oblige  de  les  raccourcir  et 
qu'on  ne  peut  ou  qu'on  ne  veut  plus  les  remplacer  par 
des  matériaux  de  même  longueur.  Le  type  primitif  et 
persévérant  de  la  basilique  de  cette  catégorie  est  la  di- 
vision sur  trois  nefs,  c'est  lui  que  nous  retrouvons  en 
pleine  période  byzantine  à  Dar-el-Kous,  au  Kef  et  à 
Haïdra".  La  nef  centrale  est  plus  large  d'un  tiers  envi- 
ron ou  du  double  que  les  nefs  latérales,  qui.  séparées  par 
des  colonnes  ou  par  des  piliers,  sont  presque  partout 
égales  en  longueur26.  On  trouve  cependant  quelques 
basiliques  dans  lesquelles  la  nef  centrale  a  reçu  un  dé- 
veloppement plus  grand  encore  27.  On  ne  peut  s'expliquer 
que  par  une  hâte  extrême  ou  une  indiflérence  singu- 
lière quelques  détails  choquants,  auxquels  il  eût  été 
aisé  de  remédier.  Les  matériaux  de  remploi  dont  on 
faisait  usage  différaient  presque  de  l'un  à  l'autre,  il  en 
résultait  un  disparate  auquel  on  parait  n'avoir  pas  pris 
garde.  Tantôt  des  chapiteaux  doriques  servent  de  bases 
comme  à  Guelma  28,  tantôt  on  rectifie  la  hauteur  des 
colonnes  en  variant  celle  des  dosserets  de  0m35  à 
0m50  centimètres.  «  Fort  souvent,  cependant,  observe 
M.  Gsell,  surtout  dans  le  pays  de  Sélif  et  dans  la  N'u- 
midie  occidentale,  les  colonnes  ont  été  faites  exprès 
pour  les  sanctuaires29,  »  ce  qui  peut  s'expliquer  par  la 
proximité  des  gisements  du  iMOJ'HMr  numidicus30.  Les 
colonnades  du  vaisseau  central  supportent  des  arcades 
par-dessus  lesquelles  se  dresse  un  mur  percé  de  fenêtres31 
dont  la  hauteur  ne  rious  est  pas  connue,  aucun  édifice 
religieux  d'Afrique  ne  nous  ayant  été  conservé  jusqu'au 
faite.  La  toiture  était  en  dos  d'âne  et  en  bois  sur  la  net 
centrale,  des  toits  en  pente  abritaient  les  bas-côtés;  ce- 
pendant il   est  possible  que  quelques  collatéraux  aient 

construction  de  la  chapelle  de  Timjad  (milieu  du  vu'  siècle),  od 
ne  peut  citer  que  peu  d'exemples  de  dérogation  à  cette  règle. 
Voir  ces  exceptions  dans  S.  Gsell.  op.  cit..  t.  n,  p.  124.  —  **S. 
Gsell,  Monum.  ant.  de  t Algérie,  t.  n.  p.  194.  —  "Le  mur 
du  rempart  vient  presque  obstruer  l'entrée  de  la  basilique  de 
Sainte-Salsa.  —  "Ch.  Diehl.  Histoire  de  ta  domination  by- 
zantine en  Afrique,  in*.  Paris,  1S96,  p.  424.  —  «•  S.  Gsell. 
op.  cit.,  t.  n,  p.  126,  note  1.  —  "■'■  Ibid..  p.  125.  note  4.  — 
"■'Ibid.,  p.  201  sq.  —  «•  ibid..  p.  127.  —  "H,  Journef,  Ri- 
chesse nihiérale  de  l'Algérie,  in-4\  Paris,  18'iî>.  p.  270  sq.  — 
;!1  Ecce  videmus  columnas  quibus  stmt  superpoeiti  parietee, 
lit-on  dans  un  sermon  attribué  à  tort  à  saint  Augustin,  P.  L., 
t.  m. vi,  col.  1003. 


6G9 


AFRIQUE    (ARCHEOLOGIE   DE   V) 


670 


été  surmontés  de  terrasses  '  :  on  s'expliquerait  plus  faci- 
lement alors  un  texte  de  Victor  de  Vite  parlant  d'une 
église  africaine  assaillie  par  les  Vandales  et  des  fidèles 
tués  près  de  l'autel  par  les  hérétiques  qui,  escaladant 
les  toits  des  bas-côtés,  lancent  leurs  flèches  par  les  fe- 
nêtres de  la  nef  :  teela  conscendunt  et  per  fenestras 
ecclcsise  sagittas  spargunt* ;  ou  bien,  plus  simplement 
encore,  ont-ils  gravi  les  toits  en  pente  douce  et  se  sont- 
ils  juchés  sur  l'appui  des  fenêtres  de  la  nef.  Saint  Optât 
nous  parle  de  l'église  de  Lemellef  couverte  en  char- 
pente et  en  tuiles,  il  s'agit  de  violences  des  donatistes 
sous  l'empereur  Julien  :  Concurrerunt  ad  castellum 
LerMellense  :  ubi  cum  contra  importunitatem  suam 
vidèrent  basiticam  clausam,  prsesentes  jusserunt  co- 
mités suos,  ut  ascenderent  culmina,  midarent  tecta, 
jactarent  tegulas  :  imperia  eorum  sine  mora  compléta 
sunt;  et  cum  allare  defenderent  diaconi  catholici, 
legulis  plurimi  cruentali  sunt,  duo  occisi  sunt 3.  Le 
plus  souvent  le  peu  d'épaisseur  des  murs  imposait 
l'adoption  du  toit  en  charpente,  mais  rien  ne  s'oppose  à 
ce  que  dans  les  édifices  pourvus  de  murs  très  épais  on 
ait  adopté  un  système  de  voûtes  en  blocage  ou  en  tubes 
d'argile;  on  n'en  a  aucun  exemple  en  Algérie,  au 
contraire  en  Tunisie  plusieurs  églises  étaient  voûtées. 
Dans  quelques  basiliques  nous  voyons  introduire,  posté- 
rieurement à  la  construction,  des  tribunes  sur  les  bas- 
côtés;  l'usage  doit  s'être  introduit  en  Atrique  vers  le 
Ve  siècle  car,  à  Tigzirt,  cette  disposition  fait  partie  du 
plan  primitif  de  la  construction,  qui  peut  remonter  au 
Ve  siècle4,  tandis  qu'à  Tipasa,  dans  la  basilique  de 
Sainte-Salsa8,  et  à  Matifou  6  les  tribunes  datent  du  re- 
maniement subi  par  ces  édifices  au  Ve  ou  au  vie  siècle; 
«  l'aménagement  de  ces  galeries  nous  échappe  complè- 
tement à  Matifou  et  à  Orléansville".  »  Dans  ces  deux 
villes  et  à  Tipasa  les  escaliers  qui  donnent  accès  à  ces 
tribunes  sont  placés  à  l'intérieur  de  l'édifice,  à  Tebessa 
et  à  Tigzirt  ils  sont  extérieurs,  mais  à  Tigzirt  il  n'y  en  a 
qu'un  seul  :  il  faut  donc  qu'une  galerie  courant  le  long 
du  mur  de  la  façade  ait  relié  les  deux  galeries  collaté- 
rales. 

L'entrée  principale  est  prise  d'ordinaire  dans  la  façade 
et  donne  accès  dans  la  nef  principale;  peut-être  n'était- 
elle  ouverte  qu'à  certains  jours  où  la  foule  était  consi- 
dérable, car  elle  est  souvent  flanquée  de  deux  portes 
s'ouvrant  soit  sur  la  nef  comme  à  Morsott8,  à  Tigzirt9, 
soit  sur  les  bas-côtés  comme  à  Henchir  el  Atech  10,  à 
Kherbet  Bou  Addoufen11,  à  Kherbet  Guidra  12,  à  Te- 
bessa 13.  Il  ne  manque  pas  d'exemples  où  la  porte  d'en- 
trée principale  est  remplacée  ou  suppléée  par  des  portes 
latérales;  nous  trouvons  des  portes  latérales  à  Ain 
Zirara 1-*,  à  Castiglione  lr>,  à  Constantine  )6,  à  Henchir 
el  Hammam  '",  à  Matifou  18.  Ces  portes  latérales  con- 
duisaient soit  à  l'extérieur,  c'est  le  cas  à  Tipasa,  soit 
dans  le  baptistère,  ainsi  qu'à  Matilou,  soit  dans  quelque 
annexe,  comme  à  Tébessa.  Ailleurs,  à  Djémila19,  à 
Khamissa  20,  à  Orléansville  21  (voir  fig.  50),  à  Tigzirt  22, 
l'entrée  principale  fait  défaut,  on  pénètre  dans  l'église 
par  les  baies  latérales  (fig.  119). 

La  lumière  devait  être  distribuée  en  quantité  suffisante 
dans  les  édifices  religieux  par  plusieurs  rangées  de  fe- 
nêtres. Les  deux  murs  supérieurs  de  la  nei  en  étaient 
pourvus,  ainsi  que  les  murs  des  bas-côtés23.  Dans  l'église 
de  Sainte-Salsa,  à  Tipasa,  ces  lenêtres  étaient  placées  à 
2m65  au-dessus  du  'sol  et  mesuraient  en  moyenne  0m60 
de  hauteur  sur  0m53  de  largeur.  Toutes  ces  ouvertures, 
aussi  bien  celles  des  bas-côtés  que  celles  des  murs  supé- 

1  Par  exemple,  dans  la  chapelle  d'Alexandre,  à  Tipasa.  —  -  Vic- 
tor de  Vite,  Histuria  persec.  vandalicse,  I,  xni,  P.  L.,  t.  lviii, 
col.  194.  —  3S.  Optât,  De  schismate  donatistarum,\.  II,  c.  xviu, 
P.  L.,  t.  XI,  col.  969.  —  'P.  Gavault,  Étude  sur  les  ruines 
romaines  de  Tigzirt,  1897,  p.  62  sq.  ;  S.  Gsell,  Monum.  antiq. 
de  l'Algérie,  t.  H,  p.  296  sq.  —  »  Ibid.,  p.  328.  —  «  Ibid.,  p.  226. 
—  ''Ibid.,  p.  131.  —  »Ibid.,  p.  232.  —  •  Ibid.,  p.  294.  —  *» Ibid., 


rieurs  de  la  nef,  étaient  garnies  de  plaques  de  pierre 
découpées  à  jour  s'encastrant  dans  des  feuillures.  Plu- 


119.  —  Chapelle  de  Tigzirt. 

D'après  S.  Gsell,  Monuments  antiques  de  V  Algérie. 

t.  m,  p.  105,  fig.  139. 

sieurs  débris  de  ces  ajours  ont  été  retrouvés,  d'autres- 
ont  été  relevés  à  Cherchel21. 

V.  Atrium.  —  L'existence  d'une  église  imposait  la 
construction  de  plusieurs  locaux  et  l'adoption  de  telles 
dispositions  consacrées  qui  se  retrouvent  généralement 
partout,  sauf  les  modifications  de  détails  suivant  les  pays 
et  les  coutumes  locales.  L'aménagement  d'un  emplace- 
ment qui,  sous  le  nom  de  narthex  ou  d'atrium,  servait 
comme  de  vestibule  à  l'église  remonte  aux  premiers 
essais  de  l'architecture  religieuse  du  christianisme.  En 
Afrique,  ['atrium  paraît  assez  rare;  on  ne  le  trouve  avec 
certitude  qu'à  Tébessa  et  à  Henchir  Tikoubaï.  Dans  cette 
dernière,  Vatrium  consiste  en  une  grande  cour  carrée 
entourée  d'un  quadruple  portique  de  douze  colonnes25 
(fig-  -120). 

A  Tébessa  (voir  fig.  13),  Vatrium  était  également  une 
cour  carrée  bordée  de  portiques  que  soutenaient  des 
colonnes  prises  à  des  édifices  anciens  et  oflrant  quelque 
bigarrure  de  style:  bases,  fûts  et  chapiteaux  diffèrent  de 
hauteur,  de  style,  de  forme.  Chaque  entre-colonnement 
est  occupé  par  une  base  attique  en  pierre,  dont  le  socle 
très  élevé  servait  sans  doute  à  porter  soit  un  vase,  soit 
un  objet  d'ornement;  cette  disposition  est  omise  dans 
l'axe  des  deux  portes  principales  de  l'atrium  et  de  la 

p.  171.  —  "Ibid.,  p.  184.  —  ^Ibid.,  p.  206.  —  "Ibid.  p.  268, 
289.  Peut-être  aussi  à  Henchir  Mechta  Si  Salah  et  à  Sériana.  — 
"Ibid.,  p.  161.  —  "Ibid.,  p.  187.  —  )0  Ibid.,  p.  193.  —  "  Ibid., 
p.  210.  —  >*Ibid.,  p.  225.  —  ,9  Ibid.,  p.  195.  —  *aIbid.,  p.  215. 
—  "  Ibid.,  p.  238.  —  e2  Ibid.,  p.  305.  —  -3  A  Taoura,  ci.  S.  Gsell, 
ibid., p.  264 ;  à  Tipasa,  ibid.,  p.  329.  —  "  Ibid.,  p.  190.  —  "Ibid., 
p.  307. 


671 


AFRIQUE   (ARCHÉOLOGIE   DE   L') 


G72 


basilique.   L'atrium    de  Tébessa  offrait  au  centre  une 
vasque  ou  grande  cuve  monolithe  de  2m25  de  côté  et  de 


il       m 


Si 


sus 


120.  —  Atrium  d'Henchir  Tikoubaï. 

'D'après  S.  Gsell,  Monuments  antiques  de  f  Algérie, 

t.  il,  p.  307,  flg.  141. 

0m70  de  hauteur,  servant  aux  ablutions  des  fidèles;  la 
cuvolte  a  la  forme  d'un  trèfle  à  quatre  feuilles,  une  grille 
l'entourait;  on  voit  encore  le  conduit  qui  permettait  de 
la  vider,  mais  il  n'y  a  pas  de  conduit  pour  amener  l'eau: 
il  fallait  remplir  la  vasque  à  la  main1.  On  a  retrouvé  à 
Zoui  (région  des  Kenchela2)  une  petite  vasque  servant 
sans  doute  au  même  usage,  et  à  Djémila  3  le  rebord 
sculpté  d'un  objet  semblable;  on  y  voit  représentés 
Daniel  parmi  les  lions,  deux  scènes  du  déluge  et  un  pas- 
teur gardant  son  troupeau. 

VI.  Portique  et  vestibule.  —  L'atrium  est  parfois 
remplacé  par  un  simple  portique  régnant  sur  la  façade 
et  dont  le  toit  incliné  était  soutenu  par  des  piliers  ou  par 
des  colonnes.  A  Aïn-Tamda,  région  d'Aumale,  ce  por- 
tique mesure  en  proiondeur  3m80;  à  El-Hamiet,  région 
deSétif  (fig.  l'il),  la  proiondeur  du  portique  est  de  2m20  et 


* 


J 


Q 


□ 


121.  —  Portique  et  vestibule  d'El-Hamlet 

D'après  S.  Gsell,  Monuments  antiques  de  l'Algérie, 

t.  il,  p.  209,  flg.  125. 

en  avant  de  celui-ci  se  trouvait  un  vestibule  rectangulaire, 
profond  de  7m60,  large  de  7ro30,  constitué  par  deux 
murs  latéraux  pleins  et  deux  piliers  alignés  sur  le  front 
à  l'extrémité  des  murs. 

On  retrouve  un  portique  à  Timedou,  région  du  Hodna, 
et  à  Saintc-Salsa  de  Tipasa,  mais  on  n'a  trouvé  que  sous 
le  portique  de  Bénian  la  trace  de  quelques  ensevelisse- 

«S.  Gsell,  Monum.  antiq.  de  l'Algérie,  t.  H,  p.  2CS.  —  "Ibid.. 
p.  341.  —  *!bid.,  p.  197.  —  *  Ibid.,  p.  176.  —  »/Jnd.,  p.  135, 
note  4.  —  *  On  trouve  aussi  des  églises  entourées  d'une  enceinte 
défensive  de  basse  époque,  à  Tébcssa,  à  Henchir  el  Begueur,  à 


ments:  les  épitaphes  d'un  diacre  et  d'un  évêque  y  ont 
été  relevées4.  Ailleurs,  lé  portique  était  remplacé  par  un 
vestibule  clos  de  murs;  nous  rencontrons  ces  construc- 
tions dans  un  très  grand  nombre  d'églises  5;  dans  la  plu- 
part des  cas  les  vestibules  n'ont  qu'une  seule  porte  :  on 
en  signale  deux  à  Morsott,  et  trois  à  Kherbet  Guidra; 
tantôt  l'entrée  était  de  face,  tantôt  latérale.  Il  est  pos- 
sible qu'une  pensée  belliqueuse  ait  inspiré  cette  dispo- 
sition. Le  vestibule  ainsi  fermé  présentait  une  première 
ligne  de  défense  qui  pouvait  suffire,  devant  des  assail- 
lants peu  nombreux  ou  peu  résolus,  à  protéger  la  basi- 
lique. Nous  voyons  à  Morsott  un  vestibule  divisé  en  trois 


122.  —  Vestibule  de  Morsott. 

D'après  S.  Gsell,  Monuments  antiques  de  VAlgérie, 

t.  Il,  p.  232,  fig.  130. 

salles,  et  l'on  se  demande  si  les  salles  de  droite  et 
de  gauche  ne  seraient  pas  les  bases  de  deux  tourelles 
(fig.  122). 

A  Lambèse  nous  avons,  semble-t-il,  une  disposition 
plus  caractéristique  encore,  ce  qu'en  termes  de  po- 
liorcétique  on  nomme  une  «  crémaillère  »6  Voir 
fig.  139. 

Nous  trouvons  à  Sidi  Embarek,  à  l'ouest  de  Sétif,  le 
type  plus  commun  du  vestibule  fermé.  Celui-ci  abrite  le 
porche  et  forme  un  réduit  rectangulaire  de  4m25  de  lar- 
geur sur  2m70  de  protondeur  (fig.  123). 


123.  —  Vestibule  de  Sidi-Embarek. 

D'après  S.  Gsell,  Monuments  antiques  de  l'Algérie, 

t.  il,  p.  257,  fig.  133. 

VII.  PrESBYTBRIUU.  —  Le  rang  accordé  au  clergé  dans 
la  hiérarchie  chrétienne  et  plus  encore  le  rôle  qu'il  jouait 
dans  l'accomplissement  des  rites  invitaient  à  le  séparer 
du  peuple  et  à  le  grouper  le  plus  près  possible  de  l'au- 
Icl  ;  dés  lors  une  partie  de  l'église  lui  fut  attribuée  excln- 
Bivemenl  et  reçu!  le  nom  de  presbyterium.  C'est  le  plus 
souvent  la  portion  extrême  du  rectangle  formé  par 
les  murs  de  l'église.  Dans  quelques  édifices  on  s'en  est 
tenu  là,  par  exemple  à  Henchir  elAtech  où  l'on  a  di 
un  mur  à  4  mètres  en  avant  du  fond  de  la  chapelle  :  la 
>allc  ainsi  formée  communique  avec  la  partie  destinée 
au  peuple,  quadratum  populi,  par  une  baie  large  de 
■1  "::<)".  Une  petite  chapelle  de  Timgad,  datant  de  la  fin 
de  l'époque  byzantine  (vue  siècle  environ),  nous  offre 
un  bon  spécimen  de  la  disposition  dont  nous  parlons 
(fig.  124). 

Une  partie  de  la  restitution  de  ce  plan  est  conjecto- 

Kl  Ksour  lues  de  Tébessa.  A  Bénian  l'enceinte  était  peut-én 
lei'icui  e  a  la  construction  de  l'édifice.  S.  Gsell,  op.  cit.,  t.  u,  p.  149. 
—  'S.  Gsoll,  liecherches  archéologiques  en  Algérie,  in-8*,  Paria, 
1893,  p.  806,  fig.  50. 


673 


AFRIQUE    (ARCHÉOLOGIE   DE    L') 


674 


raie1.  En  ce  qui  nous  concerne,  le  presby  terium  est 
complet;  c'est  une  salle  rectangulaire  dans  laquelle  De- 
lamare  découvrit  dans  l'angle  nord  une  petite  caisse 
faite  en  tuiles  renfermant  beaucoup  d'ossements  dispo- 


124.  —  Presbyterium  de  Tin  gad. 

D'après  S.  Gsell,  Monuments  antiques  de  l'Algérie, 

t.  il,  p.  315,  flg.  146. 

ses  par  lits  avec  ordre;  il  est  possible  que  ces  ossements 
soient  ceux  des  martyrs  sur  lesquels  reposait  l'autel,  les 
chrétiens  après  les  avoir  retirés  de  leur  place  connue  les 
auront  cachés  dans  ce  coin  afin  de  les  soustraire  à  la 
profanation.  Voir  G  dans  le  plan  (fig.  124). 

La  disposition  que  nous  venons  de  signaler  est  excep- 
tionnelle; ordinairement  le  presby  terium  n'est  séparé  de 
la  nef  par  aucun  obstacle;  il  affecte  des  lignes  très  di- 
verses, tantôt  carré  ou  rectangulaire  comme  à  Henchir 
A.ourir  (région  de  Batna2),  à  Henchir  el  Azreg,  au  nord 
de  î'Aurès3,  à  Henchir  el  Beïda*,  à  Henchir  bou  Takre- 
matène5  et  dans  bien  d'autres  localités6.  «  Il  faut  ajouter 
que,  dans  certains  édifices,  une  abside  semi-circulaire 
peut  avoir  été  établie  à  l'intérieur  du  cadre  carré;  cons- 


12ô.  —  Abside  presbyterium  de  Biar  el  Kherba. 

D'après  S.  Gsell,  Monuments  antiques  de  l'Algérie, 

t.  il,  p.  180,  fig.  119. 

truite  en  matériaux  plus  légers  que  le  cadre,  elle  n'au- 
rait laissé  aucune  trace7.  » 

VIII.  Abside.  —On  trouveaussi  l'abside, mais  elle  prend 
une  forme  spéciale.  Nous  voyons  s'avancer  deux  murs 
latéraux  et,  au  moment  de  fermer  le  sommet  du  paral- 

<S.  Gsell,  Monuments  antiq.  de  l'Algérie,  in-8-,  Paris,  1901, 
t.  n,  p.  315  sq.  La  porte  prise  dans  le  latéral  gauche  est  récente, 
l'entrée  primitive  n'est  pas  encore  reconnue.  —  «Graillot  et 
S.  Gsell,  dans  les  Mélang.  d'arch.  et  d'hist.,  1894,  t.  xiv,  p.  553. 
—  3  Ibid.,  p.  47,  fig.  12  ;  J.  X.  Kraus,  Geschichte  der  christlichen 
Kunst,  in-4%  Freiburg,  1895,  t.  i,  p.  275,  fig.  214.  —  «Graillotet 
S.  Gsell,  dans  les  Mélang.  d'arch.  et  d'hist.,  1894,  t.  xjv,  p.  64- 

DICT.  D'ARCH.  CHRÉT. 


lélogramme,  la  ligne  droite  s'infléchit  et  se  courbe  de 
manière  à  former  un  espace  arrondi.  Ces  sortes  d'ab- 
sides peuvent  être  très  profondes,  comme  l'exige  d'ailleurs 
leur  destination  de  presbyterium.  A  Aïn  Tamda  (région 
d'Aumale)nous  trouvons  une  abside  profonde  de  6  mètres8  ; 
à  Biar  el  Kherba  (fig.  125),  entre  Sétif  et  Batna,  7">2fJ9; 
à  Henchir  el  Hammam,  au  sud  de  Guelma,  5m30;  ces 
absides  et  d'autres  en  assez  grand  nombre1  "ne  sont  pas 
flanquées  d'une  sacristie,  quoique  cette  dernière  disposi- 
tion soit  plus  commune;  nous  la  trouvons  à  Henchir  bou 
Takrematène11,  à  Kherbet  Fraïm12,à  Henchir  Mafouna. 


126.  —  Abside  presbyterium  flanquée  de  sacristies  à  Henchir  el 
Atech.  D'après  S.  Gsell,  Monuments  antiques  de  l'Algérie, 
t.  n,  p.  171,  fig.  116. 

à  l'ouest  de  Batna13;  à  Timedout,  région  du  Hodnau. 
Avec  deux  sacristies  nous  pouvons  citer  la  basilique 
d'Henchir  el  Atech  (fig.  126),  entre  Sétif  et  Batna15;  à 
Henchir  el  Azreg,  au  nord  de  l'Aurés16;  à  Kherbet  bou 
Addoufen17  et  dans  plus  de  vingt  autres  édifices18.  On 
trouve  aussi  des  absides  enfermées  dans  un  cadre  recti- 
ligne;  ce  type,  qui  se  rencontre  en  Afrique  dès  le  temps 
du  Haut-Empire,  n'y  aura  pas  de  déclin:  on  le  retrouve 
dans  les  dernières  constructions  byzantines,  mais  alors 
il  pouvait  n'être  que  l'effet  de  la  précipitation  et  de 
l'inhabileté.  Ces  sortes  d'absides  sont,  comme  celles  que 
nous  avons  déjà  énumérées,  parfois  isolées,  et  c'est  le  cas 


127.  —  Abside  d'Announa. 

D'après  S.  Gsell,  Monuments  antiques  de  l'Algérie, 

t.  H,  p.  166,  fig.  114. 

à  Announa  (fig.  127):  cette  abside  est  partie  en  blocage, 
partie  en  pierres  de  taille  mal  ajustées;  elle  est  voûtée 
en  cul-de-four  et  surélevée  de  0m31,  on  y  monte  par 
une  marche.  La  baie  est  de  3m70,  tandis  que  le  diamètre 
de  la  salle  est  de  5  mètres;  on  y  voit  encore  cinq  gradins 

65.  —  «  Ibid.,  p.  578,  fig.  30.  —  «  S.  Gsell,  Monum.  antiq.  de 
l'Algérie,  in-8-,  Paris,  1901,  t.  H,  p.  137,  note  2.  —  '  Ibid.  — 
*Ibid.,  p.  161.  —  'Ibid.,  p.  179.  —  <»  Ibid,  p.  137,  n.  4.  —  "  Ibid., 
p.  186.  —  «  Ibid.,  p.  197.  —  •»  Ibid.,  p.  221.  —  "  Ibid.,  p.  308.  - 
"Ibid.,  p.  171.  —  "Ibid.,  p.  172.  —  "Ibid.,  p.  184.  —  *» Ibid., 
p.  137,  note  4,  et,  pour  ce  qui  a  trait  généralement  aux  sacristies, 
ibid.,  t.  n,  p.  141-142.  (Voy.  Sacristie.) 

I. -22 


675 


AFRIQUE   (ARCHÉOLOGIE   DE   L') 


676 


de  pierre  disposés  en  amphithéâtre,  les  quatre  premiers 
ont  une  hauteur  de  0m20,  le  cinquième  est  haut  deOm41. 
Une  interruption  dans  le  quatrième  degré  marque  la 
place  d'un  bloc  quadrangulaire  qui  supportait  la  chaire 
épiscopale1.  On  trouve  un  autre  exemple  d'abside  en- 
cadrée et  isolée  à  Guelma2.  A  Timgad,  une  petite  cha- 
pelle située  à  60  mètres  environ  au  sud-ouest  du  Capi- 
tale offre  une  abside  semblable,  mais  flanquée  d'une 
sacristie3;  à  Bénian  nous  trouvons  deux  sacristies4,  à 
Gouéa6,  à  Khamissa6  également;  enfin  à  Morsott 
nous  voyons  une  abside  flanquée  de  quatre  sacristies7. 
Signalons  enfin  les  absides  à  pans  coupés,  si  rares 
qu'elles  n'ont  droit  qu'à  une  rapide  mention.  A  Cirta, 
une  chapelle  byzantine  n'a  de  pans  coupés  qu'à  l'exté- 
rieur8; à  Tigzirt,  le  mur  est  pentagonal  au  dedans 
comme  au  dehors  (fig.  119).  Nous  trouvons  pendant  la 
période  byzantine  l'église  du  Dar-el-Kous,  au  Kef  (Tu- 
nisie) (fig.  128):  l'abside  présente  une  disposition  parti- 


•128.  —  Le  Dar-el-Kous,  au  Kef. 
D'après  Ch.  Dielil,  L'Afrique  byzantine,  p.  424,  fig.  69. 

culière  avec  ses  cinq  niches  demi-circulaires  accostées 
par  des  colonnes:  «  ces  niches  ne  sont  pas  arrêtées  dans 
leur  partie  supérieure  par  une  arcade  et  une  voûte  en 
cul-de-four,  mais  la  voûte  demi-sphérique  qui  forme 
l'abside,  au  lieu  d'être  une  surface  continue,  est  une 
coupole  à  côtes  creuses  dont  chaque  côté,  à  la  naissance 
delà  coupole,  a  pour  section  le  plan  de  la  niche.  Cette 
disposition  d'abside  est  absolument  analogue  aux  voù- 


*  S.  Gsell,  Monum.  antiq.  de  l'Algérie,  p.  169.  —  -  Ihid., 
p.  201;  Grellois,  dans  les  Mémoires  de  l'Académie  de  Metz, 
1851-1852,  t.  xxxiii,  1"  partie,  p.  282.  —  3S.  Gsell,  Monum.  an- 
tiq. de  l'Algérie,  t.  il,  p.  313,  fig.  145.  —  *  Ibid.,  p.  176,  fig.  117. 
—  *lbid.,  p.  19<J,  fig.  122.  —  »Ibid.,  p.  ?1F,  3g.  127.  —  Vbid., 
p.  232,  fig.  130.  —  *  Ibid.,  p.  193.  —  »  H.  Saladi'n,  Rapport  sur  une 
mission  en  Tunisie,  dans  les  Archives  des  missions  scioiti- 
fiques,  1887,  III'  série,  t.  xm,  p.  206-207.  Cl.  S.  Gsell.  Édifices 
chrétiens  d'Ammaedera  dans  Atti  del  II'  congresso  interna- 
zionale  di  arch.  crist.,  in-4\  Roma,  1902,  p.  232,  fig.  3.  —  '•  Car- 
ton, Découvertes  archéologiques  et  épigraphiques  faites  en  Tu- 
nisie, ro-8",  Paris.  1895,  p.   281-284.  —  "  S.  Gsell,  Recherches 


tes  de  certaines  petites  églises  de  Constantinople,  voûtes 
en  coupoles  à  côtes  reposant  sur  un  tambour  à  côtes. 
Ici,  c'est  une  semblable  disposition;  mais,  au  lieu  d'avoir 
un  tambour  à  côtes  et  une  coupole  soutenus  par  des 
pendentifs,  nous  avons  la  moitié  seulement  de  ce  motif 
appliqué  à  une  abside9.  »  A  Sidi-Abdallah-Melliti  nous 
trouvons  un  exemple  de  coupole  sur  pendentifs 10.  On 
peut  rattacher  à  ce  système  architectonique,  au  moins 
comme  inspiration,  les  chapelles  tréflées  adaptées  dans 
la  suite  en  absides  trichores, comme  c'est  le  cas  à  Kher- 
bet  el  Addoufen,  lorsque  la  chapelle  primitive  reçut  l'ad- 
dition d'un  édifice  à  trois  nefs  auquel  elle  servit  désor- 
mais de  presbijleriumli.  Le  goût  des  absidioles  a  laissé 
sa  trace  à  Matifou,  dans  la  basilique  reconstruite  à  l'épo- 
que byzantine;  on  traça  alors  des  lobes  sur  l'ancienne 
abside  et  ces  absidioles  furent  ornées  de  mosaïques  re- 
présentant des  conques12.  L'abside  était  ordinairement 
voûtée  en  cul-de-four:  on  n'a  pas  d'exemple  de  l'emploi 
d'une  toiture;  on  accédait  au  presbyterium  ou  à  l'abside 
par  un  escalier  unique,  comme  à  Kherbet  Guidra13,  à 
Lambèse  '*,  à  Ouled-Alga 15,  à  Sidi  Mabrouk 16  ;  ou  bien  par 
deux  petits  escaliers  disposés  à  droite  et  à  gauche  de  la 
baie,  comme  à  Bénian11,  à  Matifou18,  à  Morsott19,  et 
dans  plusieurs  autres  églises.  «  Une  colonnade  simple20 
ou  double21,  formant  un  heureux  motif  de  décoration, 
barrait  quelquefois  le  devant  du  presbyterium  ;  les  co- 
lonnes étaient  surmontées  soit  d'une  série  d'arcades, 
soit  probablement  d'une  architrave.  Ailleurs,  l'ouverture 
était  rétrécie  par  des  murs  ou  peut-être  simplement  par 
des  murettes  basses  22;  on  a  aussi  constaté  à  cette  place 
l'existence  de  barrières  ou  de  grilles  23.  L'abside  était 
éclairée  par  les  baies  prises  dans  le  reste  de  l'église  : 
on  n'a  pas  de  preuves  de  l'existence  de  fenêtres  dans 
l'abside,  mais  on  a  la  preuve  de  leur  non-existence  à 
Announa  (fig.  127),  et  à  Sainte-Salsa  de  Tipasa.  On  trouve 
des  contre-absides  sur  le  côté  qui  fait  face  au  presbyte- 
rium dans  les  églises  de  Matifou2*,  Orléansville25 
(fig.  50)  et  la  chapelle  d'Alexandre  à  Tipasa  (fig.  118) 26. 
Toutes  trois  sont  des  additions  au  plan  primitil;  elles 
pourraient  dater,  à  Tipasa,  du  début  du  îv  siècle;  à  Or- 
léansville, de  l'an  475;  à  Matitou,  de  la  période  byzan- 
tine; on  y  avait  inhumé  des  personnages  signalés. 

IX.  Édifices  a  une  seule  nef.  —  Les  édifices  à  une 
seule  nef  ont  généralement  peu  d'importance,  sauf  à  Bir 
ben  Zireg,  entre  Sétif  et  Batna,  dont  la  longueur  est  de 
23m30  et  la  largeur  6m862",  à  El-Ksour,  au  nord-ouest 
de  Tébessa,  qui  mesure  20m40  sur  7m2528,  à  Henchir 
Tabia,  au  nord  de  l'Aurès,  dont  les  dimensions  sont:  en 
longueur  30  mètres,  en  largeur  8  mètres29.  Ce--  édi! 
sont  rectangulaires  et  pourvus  d'une  abside  sur  l'un  des 
petits  côtés;  la  construction  n'offre  aucune  particularité 
notable30;  l'entrée  n'est  prise  sur  les  murs  latéraux  que 
toui  à  lait  exceptionnellement,  par  exemple  à  Announa, 
à  Henchir  Guesseria. 

X.  Chapelles  tréflées.  —  Les  chapelles  I reliées  ne 
diffèrent  guère  des  cellx  trichorx  dont  nous  avons 
parlé  ailleurs.  Yoy.  Abside,  col.  186.  A  Agueinmouni 
Oubekkar,  en  kabylie,  nous  nous  trouvons  probablement 
dans  une  memoria  (fig.  129).  L'édilice  est  élevé  au  som- 
met d'un  mamelon,  la  terrasse  sur  laquelle  il  est  bâti 
est  bordée  au  nord,  à  l'est  et  à  l'ouest  par  une  ligne  de 


archcol.  en  Algérie,  in-S',  Paris,  1893,  p.  179, 18  1-184,  i  ..  25.  — 
''S.  Gsell,  Monuments  antiques  de  l'Algérie,  in-8*.  ! 
t.  il,   p.  226,  fig.  129.  —  "Ibid.,  p.  208,  sur*  98.  — 

14  Ibid.,  p.  219.  —  "Ibid.,  p.  244.  —  »•  Ibid..  p.  259,  surélévation 
0-40.  —  "Ibid.,  p.  177,  surélévation  1*50,  hauteur  anormal 
cessitée  par  l'existence  de  la  crypte.  —  "Ibid..  p.  223,  sm 
ti.iii  0"95.  —  '■'  Uni.,  p.  233.  surélévation  1  mètre.  —  "  A  Bénian 
et  à  Tigzirt.  —  :|  A  Tigzirt  dans  la  grande  basilique.  —  "A  Ain 
Tanida,  à  Announa, à  Guesseria,  à  Henchir  Seflan.  —  îJS.  Gseï 
cit.,  t.  Il,  p.  140.  —  »  Ibid..  p.  224.  —  "  Ibid.,  p.  23S.  —  -  l 
•    —  *:  Ibid.,  p.  181.  —  «•  Ibid.,  p.  217.  —  »  Ibid.,  p. 
—  "Ibid.,  p.  151  sa.. 


677 


AFRIQUE    (ARCHÉOLOGIE   DE    L') 


678 


blocs  non  taillés.  La  chapelle  mesure  en  longueur  6m50,  en 
largeur  5m60  dans  sa  partie  rectangulaire,  sur  trois  faces 
de  laquelle  ont  été  bâties  des  absides.  Au  centre  se 
trouve  une  sépulture  recouverte  d'un  carrelage  et  en- 
tourée de  quatre  colonnes1. 


D3rKXStjCSG& 


129.  —  Chapelle  tréflée  d\Aguemounni  Oubekkar. 
D'après  S.  Gsell,  Monum.  ont.  de  l'Algérie,  t.  )i,  p.  158,  fig.  113. 

XI.  Influences  subies  par  l'architecture  religieuse 
en  Afrique.  —  L'époque  la  plus  favorable  aux  construc- 
tions monumentales  en  Afrique  fut  celle  des  Antonins 
et  des  empereurs  syriens  (96-235  apr.  .T.-C),  pendant 
laquelle  l'architecture  ne  laisse  pas  de  montrer  une 
certaine  indépendance  des  traditions  romaines  et  la 
sculpture  fait  preuve  d'une  habileté  technique  très  réelle, 
ainsi  qu'on  peut  s'en  convaincre  par  l'étude  des  chapi- 
teaux des  temples  de  Sbeïtla,  des  softites  des  architraves 
et  des  corniches  de  ces  temples  et  des  mêmes  parties 
dans  l'arc  de  Septime  Sévère  à  Haïdra.  La  période 
d'un  siècle  environ,  d'Alexandre  Sévère  à  Constantin 
(225-323),  nous  faitassister  à  une  décadence  rapide  suivie 
d'une  renaissance  artistique  coïncidant  avec  l'établisse- 
ment officiel  du  christianisme  dans  l'empire2.  «  Les 
monuments  élevés  pendant  cette  période,  [dite]  période 
latine,  sont  remarquables  par  l'emploi  traditionnel  des 
formes  de  l'architecture  classique,  joint  à  un  soin 
extrême  dans  l'appareil  des  constructions3.  »  Cette 
renaissance  est  brusquement  interrompue  par  l'invasion 
vandale  (420)  qui  entraîne  une  misère  matérielle  et  une 
pénurie  d'artistes  et  d'ouvriers  romains  telle  que  «  les 
monuments  de  cette  époque  nous  offrent,  avec  de  nom- 
breuses réminiscences  classiques  dues  à  l'influence  des 
monuments  encore  debout  ou  des  fragments  existants, 
un  art  d'un  caractère  tout  particulier  qui,  par  certaines 
interprétations  de  l'ornementation  végétale  ou  conven- 
tionnelle, offre  plus  d'une  analogie  avec  nos  monuments 
mérovingiens  ou  romans  » 4.  Malgré  les  nombreuses 
attaches  de  l'Église  d'Afrique  avec  Rome,  dit  M.  Gsell, 
les  édifices  religieux  n'ont  pas  été  copiés  sur  ceux  de  la 
capitale  du  monde  latin,  où  l'en  trouve  des  transepts  et, 
plus  fréquemment  encore,  des  alria,  où  les  absides  ne 
sont  pas  enfermées  dans  des  cadres,  où  les  sacristies 
flanquant  l'abside  sont  l'exception  de  même  que  les  ves- 
tibules clos  par  des  murs.  Les  monuments  chrétiens  de 

1  S.  Gsell,  op.  cit.,  t.  n,  p.  158;  de  Vigneral,  Ruines  romaines 
delà  Kàbylie  duDjurdura,  in-8%  Paris,  1SB8,  p.  89,  pi.  xiv,  fig.  1. 
—  'Voyez  particulièrement  les  monuments  chrétiens  de  Haïdra  et 
Henchir-Goubeul  ;  H.  Saladin,  Rapport  de  i  882-85,  dans  les  Archiv. 
des  miss,  scient.,  1887,  p.  223.  —  3H.  Saladin,  Rapport  de  1885, 
dans  les  Nouv.  archiv.  des  miss,  scient.,  t.  n,  1892,  p.  379.  — 
4H.  Saladin,  loc.  cit.,  p.  379.  «  Crypte  de  Jouarre.  J.  Gailhabaud, 
L'architecture  du  vi'  au  xvr  siècle,  in-4%  Paris,  1850-1858,  t.  ni. 
Comparer  aussi  le  chapiteau  mérovingien  provenant  de  l'église 
Saint-Vincent  (actuellement  Saint-Germain-des-Prés)  qui  est  au 
musée  chrétien  du  Louvre,  avec  celui  dessiné  à  Bir-Oum-Ali.  H.  Sa- 
ladin, Rapport  de  i882-83,  dans  les  Archiv.  des  miss,  scient., 
1887,  Bg.  266.  »  —  B  H.  Saladin,  loc.  cit.,  n.  541  sq.  —  6  S.  Gsell, 
Monum.  antiq.  de  l'Algérie,  in-8%  Paris,  1901,  t.  n,  p.  120.  — 


l'Afrique  du  Nord  ressemblent  beaucoup  plus  à  ceux  de 
la  Syrie  et  de  l'Egypte  qu'à  ceux  de  Rome. 

La  période  byzantine  (depuis  533)  substitua  dans  tous 
les  centres  de  population  un  peu  importants  le  goût 
oriental  à  celui  qui  avait  inspiré  les  écoles  indigènes.  A 
cette  époque  se  rattachent  un  certain  nombre  de  cons- 
tructions et  surtout  une  grande  quantité  de  chapiteaux 
sculptés.  Ce  qui  est  arrivé  jusqu'à  nous  a  échappe  à  la 
dévastation  systématique  exercée  par  les  Berbères  et  à 
l'invasion  des  Arabes. 

Les  investigations  faites  en  Tunisie  tendent  à  «  confir- 
mer, dit  H.  Saladin,  la  réalité  de  la  conception  que  nous 
nous  étions  faite  de  l'évolution  de  l'art  architectural  à  la 
lin  de  l'Empire  romain.  Au  moment  où  le  christianisme 
fut  officiellement  reconnu,  les  traditions  d'art  dans  l'Em- 
pire romain  s'étaient  unifiées  et  codifiées  depuis  long- 
temps. Les  mêmes  exigences  du  nouveau  culte  agirent 
de  la  même  façon  sur  les  éléments  essentiels  des  tradi- 
tions architecturales,  et  de  l'unité  des  programmes  et  de 
leurs  exigences  partout  les  mêmes,  naquirent  un  certain 
nombre   de  types  d'édifices  qui  formèrent  en  quelque 
sorte  un  patrimoine  commun  dans  lequel  tous  les  archi- 
tectes chrétiens  puisèrent  leurs  inspirations.  Aux  pays 
pauvres  en  bois  de  construction,  les  voûtes  en  briques 
ou  en  poterie   triomphèrent  des  autres  formes.   Dans 
les  contrées  aux  grands  matériaux  les  voûtes  d'appa- 
reil,   les    grands    berceaux,    ou    les    arcs    supportant 
des  dallages  furent  les  éléments  constitutifs  de  l'école 
si  ingénieuse  du    Haouràn.    Partout   enfin    où    le  bois 
existait  encore  en  quantité  suffisante,  la  basilique  per- 
sista avec  ses  nefs  terminées  par  des  absides  plus  ou 
moins  riches.  C'est  généralement  le  cas  en  Tunisie,  à 
l'époque  antérieure  à  la  conquête  musulmane  »  s.  Il  faut 
ici  distinguer  entre  la   Tunisie  et   l'Algérie.    Le   vaste 
territoire  de  la  Numidie  et  des  Maurétanies  n'a,  semble- 
t-il,  jamais  connu  le  type  basilical  byzantin  à  coupole 
centrale,  aucun  exemple  jusqu'à  ce  jour  n'en  peut  être 
cité G  et  ceci  s'accorde  assez  bien  avec  ce  que  nous  savons 
des  difficultés  que  rencontra  à  s'étendre  l'administration 
byzantine  qui,  en  dehors  de  son  établissement  dans  la 
Proconsuiaire,  ne  posséda  jamais  qu'une  étroite  bande 
de  terre  le  long  du  littoral  méditerranéen.  La  Tunisie 
posséda  au  contraire  quelques  belles  églises  byzantines. 
«  Dès  le  premier  tiers  du  vie  siècle,  la  fin  de  la  persé- 
cution vandale  avait  amené  en  Afrique  un  grand  mou- 
vement   de    constructions    religieuses 7  ;    la    conquête 
byzantine  donna  à  ce  mouvement  un  nouvel  essor3.  » 
Aujourd'hui  encore,  il  est  aisé  de  retrouver  un  peu  par- 
tout les  traces  de  cette  activité  due  principalement  à 
l'impulsion  de  l'empereur  .lustinien.  A  Cartilage,  il  fit 
bâtir  les  basiliques  de  Sainte-Prirne  et  de  la  Théotokos, 
tandis  qu'on  remaniait  et  ornait  d'après  le  goût  du  temps 
la  basilique  plus  ancienne  de  Damous-el-Karita9.   Pro- 
cope  rapporte  que  l'empereur  fît  élever  à  Leptis  Magna, 
en  Tripolitaine,  cinq  églises,  dont  une  fut  dédiée  à  la 
Théotokos10  ;  une  autre  à  Septem11,  une  à  Sabra  ta12.  A  Thé- 
lepte  13,  à  Kasrin  u.  à  Haïdra  13,  on  a  relevé  des  débris  ou 
bien  signalé  d'anciens    édifiées  chrétiens.   «  A   Bordj- 
Massaoudi  (Thacia),  un  chapiteau  et  de  beaux  fragments 
de  sculpture  ont  été  retrouvés,  appartenant  évidemment 

1  De  Rossi,  La  capsella  argentea  africana,  in-fol.,  Pioma,  1889, 
p.  12,  13-14,  32;  cf.  Corp.  inscr.  lat.,  t  vin,  n.  10706,  17609; 
Bull,  di  arch.  crist.,  1878,  p.  12,  14  sq.  —  «C.  Diehl,  L'Afrique 
byzantine,  in-8%  Paris,  1896,  p.  420;  R.  de  la  JBlanchOre,  dan* 
les  Archiv.  des  miss,  scienlif.,  1883,  p.  84.  —  9  Bull.  arch.  du 
Comité  des  trav.  hist.,  1886,  p.  224-237  ;  A.  Delattre,  Archéolo- 
gie chrétienne  à  Carthage,  in-S',  Paris,  1886,  p.  15-16;  P. 
Gauckler,  L'archéologie  de  la  Tunisie,  in-8%  Paris,  1876, 
p.  48-49.  —  "Procope,  De  xdiftciis,  in-8%  Bonn,  1833-1838, 
p.  336.  —  "  Ibid.,  p.  343.  —  1!  Ibid.,  p.  337.  —  13C.  Diehl,  Rap- 
port sur  deux  missions  dans  l'Afrique  du  Nord,  dans  les  Nouv. 
arch.  desmiss,  scient.,  t.  IV,  p.  342  sq,  —  "H.  Saladin,  Rapport 
sur  une  mission  en  Tunisie,  dans  les  Archiv.  des  miss,  scient., 
1887,  IIP  série,  t.  xm,  p.  160.  —  "Ibid.,  p.  174-175. 


679 


AFRIQUE    (ARCHÉOLOGIE   DE   L') 


680 


à  un  monumer.t  religieux  de  l'époque  byzantine1;  de 
même  à  la  Kessera 2,  à  lladjeb-el-Aioun  au  sud-ouest 
de  Kairouan,  à  Bou-Ficha,  à  Lorbeuss3,  à  Henchir- 
Maatria4,  à  Sidi-Abdallah-Melliti5,  à  Tabarka6,  des 
inscriptions  ou  des  ruines  attestent  la  construction 
d'édifices  sacrés  datant  du  temps  de  Justinien.  En  Numi- 
die,  Thibilis  (Announa)  a  une  curieuse  église  1  ;  à  Timgad, 
une  chapelle  s'élève  au  milieu  de  l'enceinte  de  la  forte- 
resse byzantine 8  ;  Bagaï  conserve  les  débris  d'une 
église  et  des  fragments  de  sculpture  appartenant  au 
vie  siècle  9.  Ailleurs,  à  El-Hassi,  près  d'Aïn-Beida,  à 
Guelma,  à  Testour,  des  édifices  religieux  s'élèvent  pour 
abriter  les  reliques  des  martyrs10;  et  jusque  dans  les 
villages  perdus  dans  les  déchirures  du  plateau  des 
Nememchas,  à  Aîn  Ghorab,  à  Aïn-Seggar,  à  Aïn-Sultan  ", 
ailleurs  encore12,  des  inscriptions  ou  des  monuments 
nous  prouvent  l'ardeur  qu'apportèrent  les  fidèles  à  res- 
taurer ou  à  bâtir  les  sanctuaires  de  leur  religion.  Le 
même  zèle  se  retrouve  dans  les  rares  cités  que  Byzance 
occupait  sur  les  côtes  de  la  Maurétanie  césarienne;  la 
basilique  de  Sainte-Salsa,  à  Tipasa13,  parait  avoir  été 
reconstruite  à  l'époque  de  la  domination  grecque  14. 

Ces  édifices  ont  presque  tous  conservé  intacte  l'in- 
fluence latine  dans  leur  plan  général,  mais  les  modes 
byzantines  se  font  jour  dans  la  disposition  de  l'abside. 
Dans  les  basiliques  de  Haïdra  et  de  Dar-el-Kous  au  Kef 
nous  voyons  une  abside  dans  laquelle  des  niches  ont  été 
creusées15.  Une  inscription  gravée  sur  un  cippe  trouvé 
non  loin  de  l'emplacement  d'un  ancien  édifice  chrétien 
nous  donne  quelques  utiles  détails  sur  la  construction  de 
l'église  de  Henchir  Zerdan  dont  les  frais  avaient  été 
supportés  par  les  cotisations  des  fidèles  des  bourgades 
environnantes  : 

VENVSIANENSES 

INITIAVERVNT 

wmm^  VCRIONENSES 
5   colvwinas-v.de 

derunt  cvzabe 

tenses      dede 

rvnt       colvm 

nas  •  m  •  o  m  n  e  s 
10   apsida        stra 

vervnt       p  l  v  s 

cvzabe  te    ses 

ornavervntro 

gatvs  presbiter 
15    et  emilivs   zacon 

edificavervnt 

/£o[.<>'/7(icam)??]  no[vam?]  Venusiasenses  initiave- 
runt ;  [M  ?]ucrionenses  columnas  V  dederunt;  Guzabc- 

*  H.  Saladin,  ibid.,  p.  211-212,  et  2*  Rapport  sur  une  mission 
en  Tunisie,  dans  les  Nouv.  archiv.  des  miss.,  t.  I,  1897,  p.  552- 
553.—  *Corp.  inscr.  lat.,  t.  vin,  n.  706;  L;.  Duchesne,  dans  R.  de 
la  Blanchère,  Collections  du  musée  Alaoui,  in-4*,  Paris,  1890, 
t.  h  c.  iv.  —  *  Bull.  arch.  du  Comité  des  trav.  hist.,  1884,  p.  160. 

—  *  Archives  des  missions  scient.,  t.  xrv,  p.  97.  —  "Carton,  Dé- 
couvertes archéol.  et  épigr.  faites  en  Tunisie,  in-8\  Paris,  1895, 
p.  281-284.  —  6  Archiv.  des  missions  scient.,  t.  ix,  p.  162,  167. 

—  '  Bull.  arch.  du  Comité  des  trav.  hist.,  1892,  p.  521  ;  C.  Dichl, 
Rapport  sur  deux  miss.,  dans  les  Nouv.  arch.  des  miss, 
scient.,  t.  IV,  p.  368-370.  —  "A.  Ballu,  Rapport  sur  les  travaux 
de  fouilles  et  consolidation  des  ruines  de  Timgad,  dans  le  Jour- 
nal officiel,  du  4  juin  1896,  p.  3123.  —  »G.  Diehl,  Rapport,  lor. 
Cit.,  p.  322-323.  —  "Corp.  inscrip.  lat.,  t.  vm,  n.  18656,  14902; 
L.  Duchesne,  dans  le  Bull,  de  la  Soc.  des  antiq.  de  France, 
1893,  p.  238-241.  Cf.  De  Rossi,  La  capsella  argentea  africana, 
in-fol.,  Roma,  1889,  p.  16,  31;  Bull.  arch.  du  Comité  des  trav. 
hist.,  1889,  p.  136-137.  —  "De  Rossi,  Bull,  di  arch.  cn.it.. 
1878,  p.  19-20,  22-24,  117.  —  1!  Duchesne,  loc.  cit.;  Corp. 
inscr.  lat.,  t.  vm,  n.  10642.  —  "Comptes  rendus  de  l'Acad. 
des  inscr.,  1892,  p.  246-247;  S.  Gsell,  Recherclies  archéol.  en 
Algérie,  in-«*,  Paris,  1893,  p.  66-72.  —  "C.  Diehl,  L'Afrique  by- 
CCtnCNM,  in-8%  Paris,  1896,  p.  422  sq.  —  ,BH.  Saladin,  Rapport, 
daus  les  Archiv.  de»  miss,  scient-,  1887,  IIP  série,  t.  xin,  p.  206- 


tenses  dederunt  columnas  VI;  omncs  apsida  straverunt; 
plus  Gîizabete(n)ses  ornaverunt ;  Rogatus  presbiler  et 
(A)cmilius  zacon[us)  (a)edificaverunt 16 . 

XII.  Vestiges  dans  les  constructions  arabes.  —  A 
ce  que  les  textes  et  les  monuments  nous  apprennent  sur 
l'architecture  romaine  et  byzantine  en  Afrique17,  il  faut 
ajouter  les  renseignements  que  nous  pouvons  tirer  des 
habitudes  séculaires  des  Arabes  de  cette  contrée  ;  ceux- 
ci  ont  en  effet  construit  un  assez  grand  nombre  d'ou- 
vrages d'après  les  procédés  qu'ils  ont  vus  en  usage  et  on 
retrouve  jusque  dans  leurs  mosquées  le  type  lointain 
des  basiliques  18. 11  faut  en  outre  tenir  compte  des  désaf- 
fectations de  basiliques  chrétiennes  dont  la  mosquée  de 
Lorbeuss  (Tunisie)  offre  un  exemple.  Il  ne  subsiste  de 
l'édifice  chrétien  que  quelques  murs  et  les  constructions 
souterraines19.  Le  long  de  la  cote  orientale,  à  Sfax,  à 
Mahedia,  à  Lamta,  à  Monaslir,  surtout  à  Sousse,  les  ves- 
tiges de  monuments  chrétiens  sont  partout  employés 
dans  les  constructions  arabes,  «  des  colonnes  de  marbre, 
des  consoles,  des  chapiteaux  d'un  pur  style  byzantin, 
d'un  travail  et  d'une  conservation  admirables,  qui  pro- 
viennent sans  nul  doute  des  édifices  chrétiens  du 
vie  siècle 20.  Parfois  même,  dans  quelque  mosquée,  dans 
quelque  bâtisse  musulmane,  se  cachent  des  restes  mieux 
conservés  encore  de  quelque  ancienne  église;  à  Sousse, 
au  milieu  des  souks,  on  voit  ainsi  une  petite  chapelle 
couverte  d'une  coupole  à  côtes  creuses  portée  sur  un 
plan  carré;  quatre  niches  en  cul-de-lour  occupent  les 
angles  et  l'ensemble  paraît  bien  dater  de  l'époque  grecque. 
Dans  l'intérieur  du  pays,  les  ruines  des  grandes  villes  nous 
ont  également  conservé  quelques  monuments  de  cette 
période 21.  »  Nous  possédons  une  liste  arabe,  datée  proba- 
blement du  xvie  siècle  et  citant  les  endroits  vénérés  du 
Djebel  Nefousa  22.  C'est,  dit  l'éditeur,  «  une  sorte  de  guide 
des  pèlerins  qui  s'y  rendent  pour  visiter  les  oratoires, 
les  sanctuaires,  les  mosquées  et  les  lieux  consacrés  par 
le  souvenir  d'un  saint.  Il  rappelle,  par  sa  composition, 
les  listes  composées  au  commencement  du  moyen  âge 
pour  les  pèlerins  chrétiens  qui  allaient  visiter  la  Pales- 
tine :  l'Itinéraire  de  Bordeaux  à  Jérusalem,  le  De  locis 
sanctis  de  Paula  et  d'Eustochium,  la  Relation  d'Arculphe, 
l'Itinéraire  de  Willibald,  etc.  On  remarquera  que  dans 
cette  énumération,  un  certain  nombre  d'endroits  por- 
tent encore  le  nom  d'église  (à^t^'xS) ;  il  s'agit  évi- 
demment d'anciennes  églises  transformées  en  mosquées 
et  où  une  exploration  archéologique  aurait  chance  de 
faire  des  trouvailles  :  la  tradition  rapporte  d'ailleurs  que 
les  Nefousa  étaient  chrétiens  ■*.  »  Ces  sanctuaires,  dési- 
gnés sous  le  nom  d'églises,  sont  au  nombre  de  huit  : 
n.  16,  Forsatà;  n.  31,  El  Djezirah;  n.  44,  Boghtourah; 
n.   48,   Tin    Betin;    n.    50,    Ar'erem    en    Imân   devant 

207.  Sur  cette  basilique  de  Dar-el-Kous,  cf.  Coynptes  rendus 
de  l'Acad.  des  inscr.,  1896,  p.  588 ;Giudicelli, .Foui/tes  pratiquas 
dans  la  basilique  de  Dar-el-Kous,  au  Kef,  in-8%  Tunis,  1897; 
P.  Gauckler,  L'archéologie  de  la  Tunisie,  in-8*,  1896,  p.  49; 
Revue  générale  des  sciences,  30  novembre  1896,  p.  967;  Sala- 
din. dans  les  Nouvelles  archiv.  des  miss,  scient.,  t.  n,  p.  556- 
558;  C.  Diehl,  L'Afrique  byzantine,  in-8*,  Paris,  1896,  p.  422 
sq.  —  «"GraillotetS.  Gsell,  dans  les  Mélang.  d'archéol.  et  d'Itist., 
1894,  t.  xiv,  p.  24,  n.  78;  Toulotte,  Géographie  de  l'Afrique 
chrét.  :  Numidie,  in-8',  Montreuil-sur-Mer,  1892.  p.  151;  S.  Gsell, 
Monum.  antiq.  de  l'Algérie,  in-8*,  Paris,  1901,  t.  Il,  p.  341.  — 
11  Carton,  Les  caractères  de  l'architecture  de  l'Afrique  romaine, 
mémoire  lu  au  congrès  archéologique  de  Tournai,  1896.  —  '•  Sala- 
din, dans  ['Association  franc  aise  pour  l'avancement  des  sciences, 
Tunis,  1896,  t.  n,  p.  799.  —  "Bull,  archéol.  du  comité  des  tra- 
vaux historiques  et  scientifiques,  18S4,  p.  160.  —  "Saladin,  Rap- 
port  sur  une  mission  en  Tunisie,  dans  les  Archives  des  miss, 
scient.,  1887,  IIP  série,  t.  xm,  p.  4, 10.  _1 ,  29-81,  224.  —  *'  C.  Diehl, 
L'Afrique  byzantine,  in-8*,  Paris,  1896,  p.  421;  et.  C.  Diehl,  Rap- 
portsur  deux  missions  dans  l'Afrique  du  Nord,  dans  les  Xou- 
vell.  archiv.  des  miss,  scient.,  t.  iv,  p.  342-343.  —  "  R.  Basset) 
actuaires  du  djebel  Nefousa,  dans  le  Journal  asiatique, 
1899,  IX-  série,  t.  xm,  p.  423  sq.  ;  t.  xiv,  p.  88-120.  —  "  R.  Basset, 
lue.  cit.,  t.  xm,  p.  426. 


681 


AFRIQUE    (ARCHÉOLOGIE   DE    V) 


682 


Abdilân;  n.  58,  Temezda;  n.  76,  Taoukit;  n.  94,  Masin. 
L'une  de  ces  églises,  celle  du  Ksar  de  Temezda  (district 
deFosato),  est  appelée  Tahouarit-Tomokrant,  c'est-à-dire 
la  «  grande  mosquée  apostolique  ».  «  On  y  voit,  dit  un 
auteur  berbère,  des  piliers  portant  des  inscriptions 
incompréhensibles  et  les  t'olba  racontent  qu'elles  sont 
dues  à  des  populations  païennes  antérieures  à  Moham- 
med '.  »  Deux  autres  églises  de  la  même  région  portent 
également  le  nom  d'apostoliques  2. 

Notre  remarque  a  d'ailleurs  une  portée  générale  et  ne 
se  borne  pas  aux  seules  constructions  d'églises.  Les  ger- 
mes d'art  proto-roman  déposés  en  Afrique  n'y  ont  jamais 
entièrement  péri.  «  Dans  l'art  rudimentaire  des  Kabyles 
d'aujourd'hui,  on  retrouve  avec  évidence  les  motifs 
chers  aux  décorateurs  du  ve  siècle.  Le  répertoire  de  ces 
derniers  ne  s'est  pas  enrichi,  loin  de  là;  mais  la  tradi- 
tion n'en  est  que  plus  visible,  car  ils  se  sont  tenus  aux 
motifs  essentiels.  Les  maisons  kabyles  cubiques  et  blan- 
chies à  la  chaux,  couvertes  de  tuiles  rouges  disposées 
sur  un  toit  à  deux  pentes,  avec  leurs  fenêtres  carrées  et 
leurs  portes  en  plein  cintre,  sont  donc  l'exacte  reproduc- 
tion des  maisons  rurales  de  l'époque  romaine.  De  même, 
les  carrés,  les  rosaces,  les  croix,  les  treillis  qui  ornent 


Ce  sont  d'abord  les  séparations  des  nefs.  Les  basiliques 
chrétiennes  offrent  :  1°  —  et  c'est  le  cas  le  plus  fréquent 
—  la  colonne  simple  ;  2°  les  piliers  carrés,  c'est  le  cas  à 
Orléansville  (basilique  de  Reparatus)  et  à  Tipasa  (basi- 
lique de  Salsa  et  basilique  principale)  ;  3°  les  colonnes 
adossées  aux  piliers,  c'est  le  cas  à  Thelepte  et  à  Theveste 8  ; 
4°  enfin,  les  doubles  colonnes,  et  c'est  le  cas  à  Timgad, 
à  Satafis9,  à  Tigzirt.  La  portée  étant  assez  grande  à 
Tigzirt,  l'architecte  a  craint  de  la  voir  fléchir  et  lui  a 
donné  huit  gros  piliers  en  pierre  de  taille  pour  la  soute- 
nir, quatre  dans  la  façade,  deux  dans  la  nef,  deux  en 
avant  de  l'abside;  cette  disposition  n'est  pas  sans  exemple: 
la  basilique  de  Saint-Clément  à  Rome  offre  le  même 
nombre  de  travées  et  le  même  artifice  que  celle  de  Tig- 
zirt10. L'accès  de  l'abside,  ménagé  par  deux  escaliers  de 
quatre  marches  chacun,  présente  trois  travées  portées  par 
huit  colonnes  deux  à  deux,  la  travée  du  milieu  étant  plus 
large  que  les  autres,  et  rappelle  la  colonnade  placée  jadis 
sur  le  devant  de  l'abside  de  Saint-Pierre  de  Rome1  ';  l'icono- 
stase des  églises  grecques  n'en  est  que  le  développement 12. 

«  Au  milieu  de  l'abside,  chose  fort  rare  en  Afrique, 
s'élevait  l'autel,  sans  doute  en  bois13,  car  aucune  trace 
n'en  est  restée  u;  son  emplacement  nous  est  certifié  par 


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i30.  —  Dosserets  sculptés  de  Tigzirt.  D'après  Gavault,  Éludes  sur  ics  ruines  de  Tigzirt,  p.  30,  fig.  1,  4,  6,  8,  et  p.  31,  Dg.  3. 


les  bois  sculptés  sont  les  mêmes  que  l'on  retrouve  dans 
tous  les  monuments  de  l'époque  chrétienne».  » 

XIII.  Tigzirt.  —  Tigzirt  est  le  nom  moderne  de  l'an- 
cienne ville  romaine  de  Rusuccuru  *.  C'est  de  cette  ville 
qu'était  originaire  sainte  Marcienne,  martyre  à  Césarée»; 
en  outre,  plusieurs  de  ses  évêques  nous  sont  connus.  Les 
textes  nous  montrent  que  le  christianisme  fut  assez 
répandu  à  Rusuccuru  pour  fournir  deux  partis,  l'un 
catholique,  l'autre  donatiste;  l'inspection  des  ruines  du 
municipe  conduit  d'ailleurs  aux  mêmes  conclusions, 
puisque  l'on  y  a  déjà  relevé  l'existence  de  quatre  églises 
t  dont  une  peut  compter  parmi  les  plus  grandes  et  les 
plus  belles  de  l'Afrique  du  Nord  »«;  malheureusement 
deux  de  ces  basiliques  ont  disparu  depuis  la  construction 
du  village  français.  La  basilique  principale  de  Tigzirt  a 
fait  l'objet  d'une  étude  approfondie  à  laquelle  nous 
devons  renvoyer',  nous  nous  bornerons  à  signaler  les 
particularités  principales  de  l'édifice. 


1  R.  Basset,  loc.  cit.,  t.xiv,  p.  91.  Le  djebel  Nefousa,  trad.  Ca- 
lassanti  Motylinski.danslaB^/of/i.rfe  l'École  des  lettres  d'Algeri 
fasc.  22,  p.  93;  cf.  S.  Gsell,  dans  les  Mélang.  d'arch.  et  d'hist., 
1900,  t.  xx,  p.  110.  —  '  Le  djebel  Nefousa,  fasc.  22,  p.  74  ,75, 
cf.  Gsell,  dans  les  Mélang.  d'arch.  et  d'hist.,  1900,  t.  xx,  p.  110; 

—  *  P.  Gavault,  Élude  sur  les  ruines  romaines  de  Tigzirt 
1897,  p.  83.  —  'Cette  identification,  combattue  par  Cat,  Essai 
sur  la  province  de  Mai  "Tétanie  césarienne,  in-8%  Paris,  1891, 
p.  100-102,  est  adoptée  \  Y  les  éditeurs  du  Corpus  inscr.  lat., 
t.  VIII,  n.  8995;  Pallu  de  Lessert,  dans  le  Bulletin  des  Anti- 
quaires de  France,  1889,  p.  176,  n.  1  ;  p.  178,  n.  6  ;  P.  Gavault, 
dans  le  Bull.  arch.  du  Comité  des  trav.  hist.,  1894,  p.  279, 
n.  4;  Étude  sur  les  ruines  romaines  de  Tigzirt,  1897,  p.  1.  Cf. 
Fr.  Wieland,  Ein  Ausflug  ins  altchristliche Afrika,  in-12,  Stutt- 
gart, 19Q0,  p.  170-177.—  »  Acta  sanct.,  9  janv.,  t.  i,  p.  569.—  •  P. 
Gavault,  Étude  sur  les  ruines  romaines  de  Tigzirt,  1897,  p.  2. 

—  'P.  Gavault,  Étude  sur  les  ruines  romaines  de  Tigzirt,  1897, 
p.  134.  —  •  Annuaire  de  la  Soc.  arch.  de  la  prov.  de  Constan- 
tine,  1860,  pi.  v  ;  Bull,  archéol.  du  Comité  des  trav.  hist.,  1885, 
p.  137.  —  •  Mélang.  d'arch.  et  d'hist.,   1895,  t.  xv,  p.  38.  Ct 


quatre  colonnes  demeurées  en  place,  dont  deux 
intactes13,  »  destinées  à  soutenir  le  ciborium.  On  a  en 
outre  trouvé  dans  l'abside  un  fragment  sculpté  en 
marbre  qui  pourrait  avoir  été  l'un  des  pieds  du  siège  de 
l'évêque.  De  chaque  côté  de  l'abside  sont  deux  pièces  à 
peu  près  carrées  ayant  servi  de  sacristies  ;  on  y  accède 
par  des  portes  ménagées  dans  l'abside,  sur  le  linteau 
desquelles  se  voient  trois  trous  de  scellement  fort  petits 
où  se  plaçaient  les  crochets  servant  à  soutenir  le  rideau 
qui  masquait  la  porte. 

«  Peu  de  monuments  de  cette  époque,  écrit  P.  Gavault, 
ont  donné  une  aussi  riche  moisson  de  sculptures  archi- 
tectoniques.  Nous  évaluons  à  deux  cents  le  nombre  des 
pierres  décorées  que  contenait  l'édifice.  Cette  abondante 
décoration  se  répartissait  sur  quatre  sortes  de  membres 
d'architecture  :  les  chapiteaux,  les  dosserets,  les  arcs 
triangulaires  et  les  corniches.  Les  troisièmes  ont  tous  été 
spécialement  taillés  pour  l'église;  il  en  est  de  même  de 

S.  Gsell,  Recherches  archéol.  en  Algérie,  in-8%  Paris,  1893,  p.  14, 
note  3;  Dehio  et  von  Bezold,  Die  kirchliche  Baukunst  des  Abend- 
landes,  in-8%  Stuttgart,  1884,  p.  104;  S.  Gsell,  M onum.  antiq. 
de  l'Algérie,  in-8%  Paris,  1901,  t.  h,  p.  127-128.  Les  piliers  qua- 
drangulaires  étaient  plus  faciles  à  tailler  lorsqu'on  ne  pouvait  s* 
procurer  les  colonnes  de  quelque  édifice  païen;  on  en  trouve  dans 
un  grand  nombre  de  basiliques  depuis  le  milieu  du  iv  siècle,  par 
exemple  à  Henchir  el  Azreg,  à  Bénian,  à  Biar  el  Kherba,  à  Kher- 
bet  bou  Addoufen,  à  Henchir  Djardia,  à  Henchir  Gouraï,  à  Henchir 
Guesses  et  dans  plus  de  dix  autres  basiliques.  On  se  contentait  de 
superposer  les  moellons  équarris  ;  cependant,  à  Biar  el  Kherba,  à 
Henchir  Gouraï  et  à  l'Oued  R'zel  les  piliers  sont  monolithes  ;  aux 
Hassnaoua  on  trouve  des  piliers  octogonaux,  à  Ksar  Tala  des 
piliers  alternant  avec  des  colonnes.  —  ,0E.  Corroyer,  L'architec- 
ture romane,  in-8%  Paris,  1888,  fig.  58.  —  "  H.  Holtzlnger,  DU 
altchristliche  Architektur  in  systematischer  Darstellung,  in-8% 
Stuttgart,  1889,  p.  155.  —  ,SP.  Gavault,  loc.  cit.,  p.  15.  —  '*  !>• 
Rossi,  Roma  sotterranea,  in-fol.,  Roma,  1877,  t.  ni,  p.  654.  — 
<*S.  Gsell,  Recherches  archéologiques  en  Algérie,  iû-8,f  Paris, 
1893,  p.  29.  —  "P.  Gavault,  loc.  cit.,  p.  16. 


683 


AFRIQUE    (ARCHÉOLOGIE   DE    L') 


684 


la  pïuparl  des  seconds;  parmi  les  premiers  et  les  der- 
niers, il  faut  distinguer  ceux  qui  sont  des  remplois  '.  » 
Si  insignifiantes  que  fussent  les  préoccupations  artis- 
tiques à  Tigzirt  on  y  trouve  néanmoins  les  ordres  dorique, 
ionique  et  corinthien,  seul  le  composite  classique 
manque;  il  n'eut  d'ailleurs  jamais  de  vogue  en  Afrique, 
où  on  lui  préféra  l'ionique,  ce  qui  peut  s'expliquer  par 
la  persistance  de  l'influence  phénicienne.  L'art  punique 
n'avait  guère  connu  d'autre  type  que  l'ionique,  et  l'art 
chrétien,  tout  local  et  tout  populaire,  malgré  ses  réminis- 
cences syriennes,  adopta  naturellement  une  manifesta- 
tion esthétique  qui  régnait  encore  en  Maurétanie  lorsque 
le  christianisme  y  fut  introduit. 

Parmi  les  ruines  de  la  basilique  on  trouve  «  deux 
séries  de  pierres  d'une  forme  insolite,  sur  lesquelles 
semble  s'être  porté  tout  l'effort  de  la  décoration  sculptu- 
rale »  ».  Ces  pierres  sont  les  «  dosserets  »,  c'est-à-dire 
des  pierres  mesurant  généralement  1  mètre  de  long  et 
(K30  de  large;  la  hauteur  varie  de  0œ35  à  0™50  et  la 
face  sculptée  se  trouve  sur  un  des  petits  côtés  formant 
un  parement  oblique  et  incliné  en  avant  de  10  à 
20  degrés.  On  rencontre  fréquemment  ces  pierres  dans 


La  sculpture  des  dosserets  de  Tigzirt  offre  un  certaiD 
intérêt  pour  la  symbolique. 

On  trouve  :  1»  le  monogramme  accosté  de  deux  co- 
lombes (fig.  130)  ;  2»  l'image  d'un  homme  qui  semble 
monté  sur  un  âne  rétif  qu'il  s'évertue  à  faire  avancer  à 
force  de  coups  de  bâton  :  c'est  probablement  une  repré- 
sentation de  l'épisode  du  prophète  Balaam  (fig.  131,1)  î 
3°  un  édicule  formé  de  trois  colonnes  réunies  par  des 
arcades  et  un  fronton,  au  milieu  duquel  est  posée  une 
colombe.  P.  Gavault  rapproche  très  heureusement  de 
cette  sculpture  un  texte  de  Tertullien  :  Nostrœ  columbse 
domus  simplex,  in  editis  semper  et  apertis  et  ad 
lucem  '  (fig.  130,2);  4°  les  poissons  rappellent  un  autre 
texte  du  même  auteur  :  Nos  pisciculi  secundum  îyôjv , 
(fig.  130,3);  5°  le  lion  et  le  lièvre  réunis  sont  peut-être 
une  allusion  à  la  parole  de  saint  Pierre  :  Vigilate,  quia 
adversarius  vester  tanquam  leo  rugiens  circuit  quserent 
quem  devoret  '  (fig.  131,3);  le  lièvre,  symbole  de  la  vigi- 
lance, car  il  est  réputé  dormir  les  yeux  ouverts,  repré- 
senterait ici  le  chrétien  menacé  par  Satan;  6°  Daniel 
dans  la  fosse  aux  lions  est  représenté  nu,  sur  un  autre 
dosseret  il  est  vêtu  d'une   tunique  tombant  jusqu'aux 


131.  —  Dosserets  sculptés  de  Tigzirt.  Musée  du  Louvre. 


les  monuments  chrétiens  de  l'Algérie  et  de  la  Tunisie  3, 
mais  leur  rôle  dans  la  construction  était  resté  un  mys- 
tère ;  cependant,  malgré  la  différence  des  formes,  le 
dosseret  byzantin  aurait  dû,  semble-t-il,  mettre  sur  la 
voie  d'une  explication4;  c'est  à  l'occasion  de  la  basilique 
de  Tigzirt  que  cette  explication  devait  être  donnée.  Le 
dosseret  joue  dans  l'architecture  chrétienne  un  rôle 
analogue  à  celui  du  coussinet  sur  lequel  les  Grecs 
faisaient  reposer  l'architrave.  Ce  rôle  consiste  donc  à 
mieux  asseoir  sur  le  chapiteau  le  poids  de  l'arc,  et  la 
destination  exacte  du  dosseret  est  de  recevoir  «  des 
retombées  d'arcades,  soit  sur  des  pilastres,  soit  sur  des 
murs,  soit  enfin  sur  de  simples  colonnes  jumelées  ;  la 
retombée  se  faisant,  en  règle  générale,  non  pas  sur  la 
face  antérieure,  mais  sur  la  ou  les  faces  latérales  » B. 
Un  fait  curieux  à  noter  à  ce  propos,  parce  qu'il  nous 
montre  la  pénurie  des  matériaux  de  construction  à  cette 
époque,  c'est  la  variation  de  la  hauteur  des  dosserets,  qui 
oscille  entre  0'»3ô  et  0m50.  Ceci  s'explique  parce  qu'on  se 
servait  de  cette  pièce  pour  compenser  les  différences  qui 
existaient,  entre  les  colonnes  ou  les  chapiteaux  amenés  de 
divers  édifices  et  présentant  rarement  la  même  hauteur. 

1  P.  Gavault.  loc.  cit..  p.  18,  20.  —  s  Ibid.,  p.  25.  —  J  H. -A.  De- 
lamare,  dans  Exploration  scientifique  de  l'Algérie  1840  à  1845, 
Archéologie,  in-fol.,  Paris,  1850,  pi.  59,  ûg.  3;  A.  Ravoisié,  Explora- 
tion scientifique  de  l'A  tgérie,  Beaux-arts,  architecture  et  sculp- 
ture, in-fol.,  Paris,  1846,  t.  I,  pi.  56,  fig.  5  ;  H.  Saladin,  dans  les 
Archives  des  missions  Scientifique*,  111*  série,  t.  un,  fig.  203, 
213,  244,  246,  251,  256,  260;  nouvelle  série,  t.  î,  Ûg.  3t.  —  *  De 
Rossi,  La  capsella  argentea  africana,  in-fol,  Roma,  1889,  p.  8 
et  pi.  ni,  n.  6,  a  le  premier  saisi  le  rapport  qui  existe  entre  un 
dosseret  d'Ain  BeTda  et  les  dosserets  byzantins.  -  'P.  Gavault, 
loc.  cit.,  p.  26.  Six  dosserets  ont  été  retrouvés  en  place  à  Tigzirt, 


pieds  (fig.  130,4)  ;  7°  et  8°  up  fragment  représente  un  qua- 
drupède ailé,  un  autre  fragment  porte  l'aigle,  un  débris 
très  mutilé  montre  la  tète  et  les  pieds  d'un  lion:  î  est 
possible  que  cette  série  représentât  les  symboles  des 
quatre  évangélistes  (fig.  131,  2,  et  130.  5). 

La  basilique  offrait  une  autre  combinaison  architecto- 
nique  aussi  rare  que  disgracieuse  ;  nous  voulons  parler 
des  frontons  (fig.  132),  c'est-à-dire  d'arcs  triangulaires  des- 
tin.'s  à  soutenir  des  colonnes.  «C'est  là,  dit  P.  Gavault,  un 
renversement  hardi  et  complet  de  l'ordre  classique,  qui 
bouleverse  de  fond  en  comble,  on  peut  le  dire  sans 
métaphore,  toute  l'esthétique  architecturale  des  Grecs. 
Ceux-ci  faisaient  porter  leurs  frontons  sur  des  colonnes  •. 
nos  Africains  imaginent  de  faire  porter  les  colonnes  sur 
des  frontons.  Tentative  audacieuse,  nous  le  répétons, 
mais  plus  bizarre  encore,  et  qui  n'a  eu  d'ailleurs  aucun 
succès  en  Occident,  si  toutefois  elle  y  a  été  connue  9.  » 
Une  des  pierres  formant  fronton  nous  montre,  à  l'époque 
de  la  construction  de  l'église,  une  coupe  de  l'édifiée  lui- 
même  et  nous  y  voyons  le  rôle  des  frontons  ^lig.  133*. 

On  ne  voit  pas  que  ces  frontons  aient  été  encastrer 
dans  des  murs  comme  cela  s'est  pratiqué  jusque  vers 


un  à  Taksebt.  enfin  les  fouilles  ont  rendu  o  un  ensemble  tombé 
d'un  seul  bloc  où  le  dosseret  était  à  sa  place  entre  le  chapiteau 
et  le  sommier  de  l'arc  ».  Ibid..  p.  29.  CS.  S.  Gsell,  \ote  sur 
quatre  consoles  chrétiennes  trouvées  à  ^forsott.  dans  le  BulL 
arch.  du  Comité  des  trav.  hist.,  1901,  p.  158,  159.  fig.  1-4.  — 
*  Adrersus  Valentinianum ,  c.  m,  P.  L.,  t.  n.  col.  580.  — 
1  De  baptismo,  c.  I,  P.  L.,  t.  I,  col.  1306.  —  •  I  Pet.,  v,  8. 
On  en  rapprochera  un  lion  dévorant  un  lièvre,  sculpture  pro- 
venant de  l'ile  Barbe.  Bull.  arch.  du  Comité  des  trav.  hist.. 
180-2.  p.  MO,  fig.  10.  —  »  P.  Gavault,  toc.  cit.,  p.  39;  cf.  p.  "3, 
fig.  14. 


685 


AFRIQUE    (ARCHÉOLOGIE   DE   L') 


686 


l'an  -1000  en  France  et  en  Allemagne,  ainsi  que  nous  le 
voyons  dans  le  célèbre  baptistère  de  Saint-Jean  à  Poi- 


132.  —  Frontons. 

D'après  Gavault,  Études  sur  les  ruines  romaines  de  Tigzirt, 

p.  73,  fig.  15. 

tiers  (vie  ou  vne  siècle)1,  à  l'abbaye  de  Lorsch,  près 
Heidelberg  (vine  siècle) 2,  sur  le  clocher  de  Saint- 
Front  de  Périgueux  (xe  siècle) 3,  à  Saint-Géneroux  dans 
les  Deux-Sèvres  4  et  dans  l'église  de  Montmille,  près  de 
Beauvais  (xie  siècle),  «  un  des  derniers  souvenirs,  dit 
Lenoir,  de  ces  frontons  mérovingiens  s.  »  La  basilique 
de  Tigzirt  doit,  en  résumé,  avoir  été  construite  entre  le 
milieu  du  ve  siècle  et  les  premières  années  du  vie,  proba- 
blement sur  l'emplacement  d'un  sanctuaire  de  Saturne 
dont  les  matériaux  ont  été  réemployés  (fig.  134) 6.  Les 
collatéraux  étaient  surmontés  de  tribunes  communiquant 
entre  elles  par  une  galerie  transversale  établie  derrière 
la  taçade.  L'accès  des  tribunes  était  ménagé  au  moyen 
d'un  escalier  construit  entre  le  mur  du  Nord  et  le  bap- 
tistère. Ces  tribunes  étaient  bordées  du  côté  de  la  nef 
par  une  double  rangée  de  supports,  piliers  pour  la 
rangée  intérieure,  colonnes  ou  demi-colonnes  adossées 
aux  piliers  pour  la  rangée  vue  de  la  net.  Ces  tribunes 
offraient  quelques  dispositions  originales  7.  Comme  on  y 
accédait  par  un  escalier  construit  en  dehors  de  l'édifice, 
il  est  probable  que  la  communication  entre  les  tribunes 
était  établie  au  moyen  d'une  galerie  transversale  der- 
rière la  façade  et  surplombant  un  vestibule  intérieur 
qui  occupait  la  première  baie  et  présentait  un  front  de 
deux  colonnes  du  côté  de  la  basilique.  L'édifice  subit 
divers  remaniements  dont  rendent  compte  les  traits 
croisés  de  notre  plan.  Lors  d'une  reconstruction  par- 
tielle de  l'édifice  on  établit  dans  le  quadratum  populi  à 

'  A.  Lenoir,  Architecture  monastique,  in-4°,  Paris,  1852-1856, 
t.  n,  p.  50,  fig.  336;  Enlart,  Manuel  d'architecture  fançaise, 
in-8-,  Paris,  1902.  —  s  Lenoir,  op.  cit.,  t.  I,  p.  69,  fig.  41.  —  3  E. 
Corroyer,  L'architecture  romane,  in-8%  Paris,  1888,  fig.  54.  — 
«A.  Lenoir,  loc.  cit.,  t.  n,  p.  51,  fig.  337.  —  »/6id.,  p.  55, 
fig.  341.  —  o  P.  Gavault,  loc.  cit.,  p.  88  ;  S.  Gsell,  Les  monuments 
antiques  de  l'Algérie,  in-8»,  Paris,  1901,  t.  Il,  p.  294,  n.  146;  Fr. 
Wieland,  Ein  Ausflug  ins  altchristliche  Africa,  in-8",  Stuttgart, 
1900.  p.  172-177.  —  'S.  Gsell,  loc.  cit.,  t.  n,  p.  298 sa.  —  »J.-B. 


hauteur  des  piles  en  pierre  de  taille  une  nouvelle  façade 
percée  de  trois  baies  et  donnant  accès  dans  la  nef  et 
dans  les  collatéraux  ;  en  outre  la  nef  fut  isolée  au 
moyen  de  murs  élevés  dans  l'axe  des  colonnades  et  la 
nef  elle-même  fut  encombrée  de  deux  rangées  de  piliers 
et  de  colonnes  destinés,  selon  toute  vraisemblance,  à 
recevoir  les  nouvelles  poutres  insuffisantes  pour  soutenir 
une  portée  de  9  mètres.  On  fit  encore  quelques  autres 
modifications  et  on  y  employa  les  matériaux  provenant 
de  la  partie  antérieure  de  la  basilique  désormais 
condamnée  à  disparaître.  Rien  ne  laisse  supposer  qu'on 
rejoignit  les  tribunes  des  collatéraux  par  une  disposition 
analogue  à  celle  de  la  première  basilique,  peut-être  en 
avait-on  abandonné  l'usage  faute  de  sécurité. 

XIV.  Tipasa.  — 1.  Chapelle  d'Alexandre.—  Tipasa,  en 
Maurétanie,  s'étendait  le  long  de  la  mer  sur  trois  pro- 
montoires rocheux;  chacun  portait  une  église  chré- 
tienne. Sur  la  colline  de  l'est  se  trouvait  la  basilique 
dédiée  à  sainte  Salsa,  sur  la  colline  de  l'ouest  s'élevait 
une  basilique  funéraire  dont  l'enceinte  présente  un 
pentagone  irrégulier  auquel  on  a  ajouté,  sur  la  face 
ouest,  une  sorte  d'abside  ou  d'hémicycle 8.  Nous  ne  décri- 
rons pas  la  fabrica  de  cette  basilique,  mais  nous  y  relè- 
verons quelques  particularités.  Tout  le  sanctuaire  ou 
bêma  adossé  au  mur  du  bas  de  l'église  est  supporté  par 
une  sorte  de  dallage  que  forment  les  couvercles  de  neuf 
tombes  remplissant  toute  la  largeur  du  bêma  par-dessus 
lesquels  est  étendue  une  couche  de  béton  qui  sert  de  sup- 
port à  la  mosaïque.  Ces  tombeaux  nous  sont  clairement 
décrits  dans  une  inscription  en  mosaïque  qui  occupe  la 
nef  centrale  à  hauteur  du  cinquième  pilier.  On  y  lit  ceci  : 
HIC    VBI   TAM    CLARIS    LAVDANTVR    MOENIA 

[TECTIS 
CVLMINA  QVOD  NITENT   SANCTAQVE   ALTA- 

[RIA  CERNIS 
NON  OPVS  EST  PROCERVM  SETTANTI   GLO- 

[RIA  FACTI 
ALEXANDRI  RECTORIS   OVAT   PER    SAECULA 

[NOMEN 
5    CVIVS    HONORIFICOS    FAMA    OSTENDENTE 

[LABORES 
IVSTOS  IN  PVLCRHAM  SEDEM  GAVDENT  LO- 
UASSE PRIORES 
QVOS    DIVTVRNA    QVIES    FALLEBAT    POSSE 

[VIDERI 
NVNC  LVCE  PRAEFVLGENT  SVBNIXI  ALTARE 

[DECORO 
COLLECTAMQVE   SVAWI    GAVDENT   FLORERE 

[CORONAM 
10     ANIMO   QVOD   SOLLERS    IMPLEVIT    CVSTOS 

[HONESTVS 

VNDIQfwe]  VISENDI  STVDIO    CRHISTIANA  AE- 

[TAS  CIRCVMFVSA  VENIT 

LIMINAQVE   SANCTA  PEDIBVS  CONTINGERE 

[LAETA 

OMNIS   SACRA    CANENS    SACRAMENTO   MA- 

[NVS  PORRIGERE  GAVDENS 

Ces  treize  hexamètres  nous  apprennent  que  l'évêque 
Alexandre  fit  construire  la  basilique  pour  y  donner  la 
sépulture  à  certains  justes  anciens,  iusti  priores,  qu'il  a 
cru  devoir  glorifier  en  élevant  un  autel  sur  leurs  tom- 
beaux. Il  ne  peut  s'agir  d'un  groupe  de  martyrs,  car  les 
différences  qui  existent  entre  les  sarcophages  indiquent 

SHiDî-^érand,  La  basilique  de  Tipasa,  dans  le  Bull.  arch.  du 
uomité  des  crav.  hist.,  1892,  p.  466  et  pi.  xxxn-xxxiu;  reproduit 
dans  le  Bulletin  de  la  société  diocésaine  d'archéologie  d'Alger, 
1895,  t.  i,  p.  1-32  ;  L.  Duchesne,  dans  les  Comptes  rendus  de 
l'Acad.  des  inscr.,  séance  du  28  juillet  1892,  p.  80  sq.,  111-114; 
De  Rossi,  Bull,  di  arch.  crist.,  1894,  p.  90  sq.;  S.  Gsell,  dans 
les  Mélang.  d'arch.  et  d'hist.,  1894,  t.  xrv,  p.  389-392  ;  Fr.  Wie- 
land, Ein  Ausflug  ins  alschristliehe  Afrika,  in-12,  Stuttgart, 
1900,  p.  186-189. 


687 


AFRIQUE   (ARCHÉOLOGIE  DE  L') 


688 


que  ces  justes  ont  été  ensevelis  à  diverses  époques,  Une 
inscription  mosaïque  dont  il  ne  restait  que  quelques 
cubes  désagrégés  et  qui  se  trouvait  en  avant  du  bêma 
contenait  peut-être  les  noms  des  personnages  ensevelis, 
il  ne  subsiste  que  le  début  de  la  troisième  ligne,  ainsi 
conçu  : 

SANCTV[s  i4/]EXAND[er]... 

M0r  Duchesne  *  propose  de  voir  dans  ces  justi  priores 
les  prédécesseurs  de  l'évëque  Alexandre  sur  le  siège  de 
Tipasa,  néanmoins,  il  est  permis  de  songer  à  un  culte 
liturgique  rendu  à  des  coniesseurs,  ce  qui,  dès  cette 
époque,  —  la  construction  de  la  basilique  devant  se  pla- 
cer très  probablement  avant  l'année  428,  —  serait  le 
plus  ancien  exemple  de  l'édification  d'un  sanctuaire  sur 
le  tombeau  des  saints  non  martyrs;  la  première  opinion 
nous  semble  cependant  mieux  [ondée.  Les  trois  derniers 
vers  de  l'inscription  iont  allusion  à  l'usage  du  chant  des 
Psaumes  pendant  la  célébration  du  sacrifice  omnis 
(chrisliana  rnlas)  sacra  canens,  et  à  la  réception  de 
l'eucharistie  dans  la  main.  Ce  rite  primitif  s'était  con- 
servé à  Tipasa  avec,  celui  de  recevoir  la  communion  de- 
bout, c'est  ce  que  démontre  la   hauteur  du  cancel  qui 


XV..  Tipasa.  —  2.  Basilique  de  Sainte-Salsa.  —  La 
passion  de  sainte  Salsa,  martyre  à  Tipasa,  que  deux 
manuscrits  nous  ont  conservée  2,  donne  des  détails 
«  d'un  grand  intérêt  pour  la  topographie  et  l'histoire  de 
ce  point  de  la  côte  d'Afrique  »  3.  La  jeune  sainte  fut  en- 
terrée en  dehors  du  rempart4,  sur  l'emplacement  où 
s'éleva  une  basilique  en  son  honneur,  au  point  culmi- 
nant de  la  colline,  à  300  mètres  des  murailles  de  la  ville, 
en  face  du  port  antique  5.  Cette  basilique  mesure,  par 
suite  d'un  allongement  postérieur 6,  30m60  de  longueur 
sur  15m06  de  largeur,  mais  elle  était  primitivement 
carrée  (15m12  x  15m06),  et  l'on  peut  voir  aisément  sur 
la  face  septentrionale  l'endroit  où  le  mur  de  la  basi- 
lique vint  prolonger  celui  de  la  chapelle  primitive.  Le 
premier  édifice,  élevé  presque  immédiatement  après  le 
martyre  de  sainte  Salsa,  est  appelé  par  le  rédacteur  de  la 
passion  brève  admodum  tabemaculum  7.  C'était  une 
chapelle  pourvue  d'une  abside  à  l'est  avec  une  nef  et 
deux  bas-côtés  séparés  par  des  piliers  carrés  comme 
dans  la  basilique  de  Réparatus  à  Orléansville.  Elle  lut 
construite  sur  un  emplacement  occupé  en  partie  par  des 
citernes  et  des  tombes,  l'une  de  celles-ci  fut  respectée 
et  se  trouva  désormais  presque  au  milieu  de  la  nef  cen- 


433. 


Frontons  représentés  sur  un  dosseret  de  Tigzirt.  Musée  du  Louvre. 


séparait  le  sanctuaire  de  la  nef  et  mesurait  lm65  au- 
dessus  du  niveau  de  la  nef. 

Une  autre  inscription,  placée  devant  la  porte  princi- 
pale, devait  être  tournée  vers  le  bas-côté  afin  d'être  lue 
facilement  par  ceux  qui  entraient  : 


CLAVSVLA 

IVSTITIAE         EST 

MARTYRIVM 

VOTIS 

OPTARE 

HABES   ET  ALIAM   SIMILEM  AE 

LEMOSINAM 

VIRIBUS 

FACERE 

Clausula  juslitise  est  marlyrium  votis  optare  :  liabes 
et  aliam  similem,  œlemosinam  viribus  facere. 

La  chapelle  qui  renfermait  diverses  épitaphes,  en  par- 
ticulier celle  du  fondateur,  est  un  spécimen  intéressant 
des  édifices  funéraires  en  Afrique. 

L.  Duchesne,  dans  les  Comptes  rendus  de  VAcad.  des  inscr., 
■éance  du  18  mars  1892.  —  *Catalogus  codicum  hagiographico- 
rum  latinorum  antiquiorum  sxculo  xvi,  qui  asservantur  in  bi- 
bliot.  nat.  Paris.,  in-8°,  Bruxellis,  1889,  t  I,  p.  344  sq.  ;  cf.  p.  334. 
n.  12.  —  SL.  Duchesne,  dans  les  Comptes  rendus  de  VAcad.  des 
inscr.,  séance  du  14  mars  1890,  p.  116  ;  cf.  Le  Monde,  4  avril  1890  ; 
Bull,  crit.,  1890,  p.  125  ;  J.  Toutain,  Fouilles  de  M.  Gsell  à  Tipasa, 
La  basilique  de  Sainte-Salsa,  dans  les  Mélang.  d'arch  et 
d'hist.,  1891,  t.  xi,  p.  179-185;  S.  Gsell,  Recherches  archéolog.  en 
Algérie,  in-8',  Paris,  1893,  p.  1-76.  —  *  S.  Gsell,  loc.  cit.,  p.  4, 
note  5:  p.  5,  flg.  1.  —  "Mouchez,  Instructions  nautiques  sur 
Us  côtes  de  l'Algérie,  in-8',  Paris,  1879,  p.  109.  —  «S.  Gsell,  loc. 
cit.,  p.  12,  40  sq.  Cf.  Leclerc,  dans  la  Revue  archéol.,  1851,  t.  vil, 
p.  557,  pi  151,  flg.  2;  Duchesne,  dans  les  Précis  historiques, 
in-8',  Bruxelles,  1890,  p.  523  sq.  ;  S.  Gsell,  Recherches  archéol.  en 
Algérie,  in-8*,  Paris,  1893,  p.  1-76,  pi.  i-vn;  Id.,  Guide   ar- 


trale.  C'était  un  sarcophage  en  pierre,  trois  bornes  pla- 
cées derrière  lui  et,  devant  lui,  un  cippe  en  forme  de 
caisson,  le  socle  rectangulaire  de  2n,3i  de  longueur  sur 
lm70  de  largeur;  il  est  revêtu  de  marbres  et  de  décora- 
tions empruntées  à  un  édifice  plus  ancien.  On  a  trouvé 
dans  le  cippe  des  monnaies  de  Constantin  Ier  et  sur  le 
cippe  l'inscription  suivante  qui  parait  se  rapporter  à 
une    tante    de   la    martyre,    morte    avant   celle-ci,  et 


païenne 


10 


P     D  D  M 

FABIAE    SALSE    MATRI 
SANCTETRARISSIM>E 
ET  INCOMPARABILI 
QVAE  VIXIT.ANN  LXIII 
Mil  DXXVM  H.VII1I-  OB 
MERITA  EIVS.  TITVLVM 
FETF-ETN-AEDVCATRICI 
SVEQCONSTABILITOSREI 
FECER» 


chéologique  des  environs  d'Alger,  p.  127-144;  Fr.  Wieland,  Ein 
Ausflug  ins  Afrika,  in-8*,  Stuttgart.  1900,  p.  189-195;  Dessau, 
dans  Archaologischer  Anzeiger,  1900,  p.  153;  S.  Gsell,  dans 
les  Mélang.  d'arch.  et  d'hist.,  1901.  t  xxi,  p.  233-235;  Id., 
Monum.  antiq.  de  rAlgéric,  in-8',  Paris,  1901,  t.  II.  p.  323  sq. 

i  Catalogus  codicum   hagiugraphicorum  latinorum,  t  I, 

p.  351,  §  12;  p.  353,  §  13.  —  •  S.  Gsell,  dans  les  Mélanges  d'arch- 
et d'hist.,  1891,  t.  xi,  p.  182;  il  donne  à  la  5*  ligne  lxii;  R.  Ca- 
gnat,  dans  la  Revue  archéol.,  1891,  t.  xvn,  p.  416,  n.  99; 
S.  Gsell,  Recherches  archéol.  en  Algérie,  p.  18.  Dessau.  dans 
Archaologischer  Anzeiger,  1900,  p.  153,  voit  dans  Fabia  Salsa  la 
sainte  elle-même  qui  serait  devenue  par  la  légende  vierge  et  mar- 
tyre Or  cela  ne  serait  possible  que  si  l'inscription  avait  été  ca- 
chée par  le  massit  de  maçonnerie  portant  la  table  d'autel,  mais 
c'est  le  contraire  qui  est  probable.  Ci.  S.  Gsell,  dans  les  Mélang. 
d'arch.  et  d'hist.,  1901,  t  xxi,  p.  233  sq. 


689 


AFRIQUE    (ARCHÉOLOGIE   DE    L') 


690 


D(e)d(icatum)  m(emorise)  Fabise  Salse  matri  sanct(œ) 
et  rarissintee  et  incomparabili.  qux.  vixit  ann(is)  lxiii, 
m(ensibus)  il,  d(iebus)  xxvn,  h(oris)  vmi,  ob  méri- 
ta ejus  titulum  f(ilii)  et  f(ilix)  et  n(epotes)  xduca 
trici  sueq{ué)  constabililos  (=  constabilitrici)  rei  fece- 
r(unt). 

C'est,  croit-on,  dans  le  sarcophage  de  Fabia  Salsa,  qui 
n'est  pas  antérieur  au  début  du  ive  siècle,  que  fat  d'abord 
déposé  le  corps  de  sa  jeune  parente;  en  tous  cas  on  res- 
pecta la  maçonnerie  du  tombeau  en  construisant  l'église 
mais  on  s'arrangea  pour  masquer  celui-ci  entièrement. 
Le  sujet  représenté  sur  le  bas-relief  était  la  visite  de 


flancs  des  piliers  les  plus  rapprochés  du  fond  on  voit, 
à  une  hauteur  moyenne  de  lm80,  des  trous  rectangu- 
laires où  entraient  des  barres  qui  ont  pu  servir  de  sup- 
port à  des  rideaux,  d'autres  trous  percés  plus  bas  feraient 
croire  à  l'existence  d'une  balustrade  isolant  la  nef.  L'ab- 
side, qui  appartient  au  plan  primitif,  n'offre  aucune  dis- 
position particulière,  sa  voûte  en  cul-de-four  était  ap- 
pareillée (fig.  135). 

On  hésite  à  préciser  la  place  qu'occupait  le  tombeau 
de  sainte  Salsa  et  l'autel  qui  étaient  réunis,  ainsi  que 
nous  le  dit  l'inscription  que  nous  allons  citer  :  Munera 
qux  cernis  quo  sancta  allaria  fidgent...  M[artyr]  hic 


135.  —  Basilique  de  Sainte-Salsa,  à  Tlpasa. 
D'après  S.  Gsell,  Monum.  ant.  de  l'Algérie,  t.  h,  p.  324,  Cg.  150. 


134.  —  Grande  basilique  de  Tigzirt.  D'après  S.  Gsell, 
Monum.  ant.  de  l'Algérie,  t.  n,  p.  295,  Cg.  135. 


Séléné  à  Endymion,  et  le  style  indique  le  me  siècle.  Ce 
sarcophage  a  été  pulvérisé  avec  une  incroyable  pas- 
sion '  ;  les  débris  reposaient  parfois,  quand  ils  furent 
relevés,  sur  ceux  de  la  toiture  et  des  claveaux  des  piliers, 
ce  qui  indique  que  le  sarcophage  n'était  pas  placé  sur 
le  sol,  mais  sur  le  socle  de  maçonnerie  entouré  d'une 
grille  de  métal.  De  la  chapelle  primitive  rien  n'est  as- 
suré que  les  dimensions,  car  les  aménagements  peuvent 
dater  de  l'époque  de  la  transformation  en  basilique.  On 
dut  alors  supprimer  le  mur  de  la  façade  reportée  a 
15ra48  en  avant,  celle-ci  fut  précédée  d'un  portique. 
L'ordonnance  primitive  fut  respectée,  une  colonnade 
séparant  les  trois  vaisseaux  fut  prolongée  ainsi  que  les 
rangées  de  piliers.  On  éleva  alors  des  tribunes  sur  les 
bas-côtés,  à   une   hauteur   de  4m20  environ.  Dans  les 

'  S.  Gsell,  Recherches  archéologiques  en  Algérie,  p.  33-38. 
Cf.  0.  Grandidier,  Deux  monuments  funéraires  à  Tipasa,  dans 


est  Salsa.  L'auteur  de  la  passion  de  la  sainte  parle 
de  la  scxna  sepulcri  que  Firmus  frappa  d'un  coup 
de  lance  vers  372,  le  mot  scœna  désigne  le  front  du 
tombeau  qui  dépassait  donc  le  sol.  Il  est  probable  qu'à 
l'époque  où  eut  lieu  l'agrandissement  on  opéra  une 
translation  des  restes  de  la  martyre,  et  c'est  sur  le  der- 
nier emplacement  qu'elle  occupa  qu'on  éleva  le  socle  de 
2m3i  sur  lm70  dont  nous  avons  parlé.  Ce  socle  est  en 
eflet  postérieur  au  pavement  en  mosaïque  sur  lequel  il 
a  été  simplement  posé,  en  outre  il  est  entouré  d'une 
clôture  qui  mesure  5m65  de  long  sur4m94  de  large. 

Vers  la  hauteur  des  quatrièmes  piliers  à  partir  de 
l'abside  se  trouvait  dans  la  nef  un  cancel  ajouré,  en  pierre 
dont  il  reste  des  fragments.  Voir  Cancel.  Le  sol  de 
l'église  est  occupé  par  un  très  grand  nombre  de  tombes. 

Atti  del  H'  congresso  di  archeologia  cristiana,  in-4",  Roma, 
1902,  p.  51-67. 


691 


AFRIQUE    (ARCHÉOLOGIE   DE    L') 


692 


L'église  avait  un  pavement  en  mosaïque  dans  toute  la 
nef  centrale  et  jusque  sous  le  socle.  Dans  un  grand  ca- 
dre carré  de  2m25  de  côté,  situé  en  avant  de  l'abside,  à 
gauche,  on  lit  encore  cette  inscription  : 


MVNERA  QVAE  CERNIS  QVO 
SANCTA  ALTARIA  FVLGENT 
VBORQINESTCVRA 
IENTI-CREDITVM 
)ET  PERFICERE  MVN«S 
1IC  EST  SALSA  DVLCIOR 
NECTARE  SEMPER.QVAE  MERVIT 
CAELO  SEMPER  HABITARE  BEATA 
RECIPROCVM  SANCTOHHiDENS 
10     KitNVS  INPERTIRE  POTEN^ 


ERI 
TVMQ.EIVSCELORVM  REGNO  PROUfiT 

Mimera  qusp  cernis  quo  sancla  altaria  fulgent. 
[His  optus  l]aborq(ue)  inest  cura[que  Pot]enti, 
Credilum  [sibi  qui  gau]det  perficere  munus. 
M[arlyr]  hic  est  Salsa  dulcior  nectare  semper, 
Quas  meruit  csclo  semper  habitare  beala.  [Icntio, 

Reciprocurn  sancto  [gau]dens  [mu]nus  imperlire  Po- 
[M\eritumq{uë)  eius  c(o)elorum  regno  pro[£>avi]£  >. 

La  basilique  de  Sainte-Salsa  a  subi  plusieurs  rema- 
niements. Au  Ve  siècle  l'évêque  Potenlius  décora  l'autel 
avec  richesse  et  fit  faire  le  pavement  en  mosaïque  dans 
la  nef2.  Au  siècle  suivant,  et  probablement  sous  le  rè- 
gne d'Hildéric,  en  523,  lorsque  le  culte  catholique  cessa 
d'être  persécuté,  l'église  fut  doublée  dans  le  sens  de  la 
longueur,  on  construisit  sur  les  bas-côtés  des  galeries  su- 
périeures, limitées  du  coté  de  la  nef  par  des  colonnes,  et 
devant  la  nouvelle  façade  on  établit  un  narthex.  «  La  date 
indiquée  pour  ces  modifications  se  fonde  sur  le  style 
des  colonnes,  sur  les  formules  des  inscriptions  funé- 
raires en  mosaïques  retrouvées  dans  le  narthex,  enfin 
sur  l'existence  même  de  ces  galeries  supérieures  qui 
n'apparaissent  guère  en  Occident  avant  le  vie  siècle  3.  » 
A  l'époque  de  la  domination  byzantine,  nouvelles  trans- 
formations. «  Dans  la  nef  centrale  on  établit  en  avant 
des  piliers  une  double  colonnade,  absolument  barbare, 
laite  sans  aucun  souci  de  la  mosaïque,  ni  des  tombes 
antérieures,  ni  de  la  grille  qui  entourait  le  socle  4.  »  Les 
colonnes  ne  sont  même  pas  alignées.  Plus  tard  encore, 
un  incendie  dont  les  traces  sont  restées  visibles,  détrui- 
sit l'édifice;  on  entoura  alors  la  partie  de  la  nef  où  se 
trouvent  le  socle  et  le  sarcophage  d'un  mur  grossier 
dans  la  construction  duquel  on  fit  entrer  des  matériaux 
de  toute  sorte,  la  plupart  enlevés  à  l'église  elle-même. 
La  première  invasion  arabe  détruisit  l'église,  une  se- 
conde invasion  en  détruisit  les  ruines  et  des  gourbis 
s'installèrent  sur  son  emplacement. 

A  quelques  mètres  au  sud  de  l'église  se  trouve  un 
édifice  du  ive  siècle  ou  du  début  du  Ve,  qui  a  servi  de 
iieu  de  sépulture,  bien  que  ce  ne  dût  pas  être  sa  desti- 
nation première,  il  portait  l'inscription  suivante  : 

DEDE 'ROMISSA Q\ 

CITINN MINE   CRIST ITRA 

Dede  (—dedi)  promissa  [ re]qu(ies)cit  in  n(o)- 

mine  C(h)risl{i)...  (in)tra  Salsa  (<?)...*>. 

«  S.  Gsell,  dans  les  Mélanges  d'arch.  et  d'Iiist.,  1891,  t.  xi, 
p.  181,  fig.;  A.  Geffroy,  dans  les  Comptes  rendus  de  l'Acad. 
des  inscr.,  1891,  p.  193;  Revue  de  l'art  chrétien,  1891,  p.  506;  De 
Rossi,  Bull,  di  arch.  crist.,  1891,  p.  24;  R.  Gagnât,  dans  la  Re- 
vuearchéol.,  1891,  t.  xvii,  p.  416,  n.  98;  S.  Gsell,  Recherches  ar- 
chéologiques en  Algérie,  in-8°,  Paris.  1893,  pi.  v,  p.  23;  Dessau, 
dans  Archàologisclier  Anzeiger,  1900,  p.  153;  S.  Gsell,  dans  les 
Mélanges  d'arch.  et  d'hist.,  1901,  t.  xxi,  p.  233  sq.  Si  on  admet 
que  l'inscription  est  contemporaine  de  Potentius,  il  faut  lire  pro- 
bubit  au  lieu  le  probavit,  à  la  dernière  ligne.  —  *  Vers  450.  Il  se 
courrait  Qu'on  dut  identifier  cet  évoque  avec  l'évêque  Potentius 


XVI.  Haouch  Khima-Mta-Darraoi:ïa.  —  La  petite 
église  chrétienne  de  cette  localité,  située  dans  la  région 
de  Thelepte  Fériana  (Tunisie),  est  au  point  de  vue  de 
l'art  chrétien  une  des  plus  intéressantes  que  l'Afrique 
puisse  nous  offrir,  elle  paraît  «  par  son  exécution  pu- 
rement romaine  remonter  à  la  première  époque  de 
l'existence  officielle  du  christianisme,  c'est-à-dire  à  la 


di 


136.  —  Église  d'Haouch  Khima-Mta-Darraouïa. 

D'après  les  Archives  des  missions  scientifiques,  1887,  t.  xm. 

p.  137,  fig.  240. 

seconde  partie  du  iv«  siècle  »c.  Cette  église  étant  loin  de 
toute  route  fréquentée  n'a  pas  été  démolie  pierre  à 
pierre  par  les  Arabes,  elle  est  précédée  d'un  portique 
et  d'un  parvis  rectangulaire.  L'édifice  mesure  ù  l'inté- 
rieur 6m57  de  long  sur  7m68  de  large,  il  se  termine  par 
une  abside  en  cul-de-four  presque  intacte.  La  cons- 
truction est  en  pierres  de  grand  appareil,  la  voûte  est 
une  voûte  d'arête  de  blocage.  Nous  donnons  ici  le  plan 
de  cette  église  et  un  essai  de  restitution  de  M.  H.  Sa- 
ladin  (fig.  136  et  137). 

XVII.  Damous-el-Karita.  —  Parmi  1rs  églises  chré- 
tiennes de  Carthage  dont  le  souvenir  et  le  nom  nous 
sont  parvenus  il  s'en  trouvait  une  sur  le  lieu  du  martyre 

qui  fut  chargé  vers  446,  par  le  pape  Won  le  Grand,  de  faire  une 
enquête  sur  les  élections  épiscopales  lie  la  Maurétanie  césarienne. 
De  Rossi,  Bull,  di  arch.  crist.,  1891,  p.  26.  —  SS.  Gsell,  dans 
les  Comptes  rendus  de  l'Acad.  des  inscr.,  séance  du  29  juillet 
1892.  p.  242  sq.  —  *  Ibid.  —  "S.  Gsell,  dans  les  Mèlavg,  d'arch. 
et  d'hist.,  1891,  t.  xi,  p.  184;  Recherches  archéol.  en  Algérie, 
p.  75;  Monutn.  antiq.  de  rAlgérie,  t.  Il,  p.  331-H3  *.  —«H.  Sala- 
din,  Rapport  sur  une  mission  faite  en  Tunisie.  1882-1883, 
dans  les  Archiv.  des  missions  scientifiques.  1887,  t.  xm,  p.  138; 
S.  Gsell,  Édifices  clirétiens  de  Tltelepte,  dans  Atti  del  Il'congr 
nitcrn.  di  arch.  crist.,  in-4',  Roma,  1902,  p.  195-224. 


693 


AFRIQUE    (ARCHÉOLOGIE   DE    L*l 


604 


de  saint  Cyprien,  une  autre  sur  son  tombeau,  une  autre 
au  bord  de  la  mer,  dans  laquelle  sainte  Monique  aliali 


de  quatre  colonnes,  taillées  avec  le  stylobale  et  le  cha- 
piteau clans  des  monolithes  tle  marbre  gris.  Le  cancel 


137.  —  Restitution  de  l'Eglise  d'Haouch  Khima-Mta-Darraouïa. 

D'après  les  Archives  des  missions  scientifiques,  1887, 

t.  xiii,  p.  138,  fig.  242. 

prier1;  la  Basilica  maior  renfermait  les  corps  des 
saintes  Perpétue  et  Félicité,  une  autre  église  portait  le 
nom  de  Restituta  et  l'on  croit  même  avoir  retrouvé  «a 
fragment  de  son  titre  contenant  les  lettres  2  : 

r  |  EST  |  ituta. 

Deux  autres  églises  portaient  les  vocables  de  Faustus 
et  de  Novarum  arearum.  En  outre,  on  trouvait  des 
églises  dédiées  aux  martyrs  Scillitains,  à  Célérina,  à 
saint  Agileus,  à  saint  Pierre,  dans  la  VIe  région;  à  saint 
Paul,  à  la  Mère  de  Dieu,  dans  le  palais;  et  quelques 
autres  encore.  Une  de  ces  basiliques  fut  retrouvée 
en  1878,  sur  le  lieu  appelé  Damous-el-Karita,  à  250  pas 
des  anciens  remparts,  et  la  découverte  fut  annoncée 
en  1881  par  le  cardinal  Lavigerie  3.  Après  des  fouilles 
méthodiques  on  parvint  à  reconquérir  tout  l'espace  an- 
ciennement occupé  par  l'église*  (fig.  138). 

Le  monument  se  divise  en  trois  parties  :  l°au  milieu, 
la  basilique;  2°  à  gauche,  l'atrium  semi-circulaire 
pourvu  du  trichorum  et  du  nymphseum;  3°  à  droite,  le 
baptistère  dans  une  seconde  basiliquecontiguëàla  basi- 
lique centrale. 

1°  La  basilique  forme  un  parallélogramme  de  65  mètres 
de  longueur  sur  45  mètres  de  largeur.  A  l'extrémité  se 
trouve  une  abside.  L'aire  rectangulaire  est  divisée  en  neuf 
nefs  séparées  par  huit  rangées  de  douze  piliers.  La  nef 
principale  mesure  12m80  d'axe  en  axe  des  colonnes. 
Outre  l'abside  qui  tient  la  place  ordinaire  à  cette  cons- 
truction dans  les  monuments  chrétiens,  on  en  voit  une 
autre,  inscrite  à  in  première,  et  ces  deux  absides  con- 
centriques rappellent  celles  du  Xenodochiwn  de  Pam- 
machius  à  Porto. 

Enfin  à  l'extrémité  est  du  transept  se  trouve  encore 
une  abside,  celle-ci  fermée  par  un  iconostase  composé 

'  Cf.  P.  Monceaux,  Le  tombeau  et  les  basiliques  de  S.  Cyprien, 
à  CartYiage,  dans  la  Rev.  archiol.,  19U1,  t.  xxxix,  p.  183-201.  — 
*Corp.  inscr.  lat.,t. vm,n.  1404"1;A. Schwarze,  Untersuchungen 
ùber  die  àussere  Entwickelung  der  afrikanischen  Kirche  mit  be- 
sonderer  Verwertung  der  archàologischen  Funde,  in-8%  Gôttin- 
gen,  1892,  p.  40.  —  aCard.  A.  Lavigerie,  De  Futilité  d'une  mis- 
sion archéologique  permanente  à  Carlhage,  in-8%  Alger,  1881, 
p.  50  sq.  —  *  A.-L.  Delattre,  Basilique  de  Damous-eUKarita,Car- 
thage,  1892,  in-8%  Constantine,  1892, 17  p.  et  1  pi.;  La  basilique 
de  Damous-el-Karita,  dans  le  Recueil  de»  notices  et  mémoires 


138.  —  Basilique  de  Damous-el-Karita. 
D'après  Delattre,  Basilique  de  Damous-el-Karita,  1892. 

de  l'iconostase  était  formé  de  panneaux  de  marbre  blanc 
décorés,  d'un  côté,  de  la  croix  latine  paltée,  de  l'autre 
côté,  du  monogramme  du  Christ. 

de  la  Société  archéologique  de  Constantine,  1S90-1S91,  t.  xxvi, 
p.  185-202  ;  S.  Gsetl,  dans  les  Mélang.  d'arch.  et  d'hisl.,  1900, 
t.  xx,  p.  118;  1901,  t.  xxi,  p.  211,  note  2,  à  propos  de  l'identifica- 
tion proposée  dans  le  Nhovo  bullettino  di  arch.  cristiana,  1898, 
t.  IV,  p.  219-226  ;  Fr.  Wieland,  Ein  Ausftug  ins  altchristliche 
Afrika,  in-12,  Stuttgart,  1900,  p.  24-36,  et  pi.  p.  27.  G.  Stuhlfauth, 
Bernerkungen  von  einer  christlich-archàologischen  Studien- 
reise  nach  Malta  und  Nord-Afrika,  dans  Mittheilungen  des 
k.  deutsch.  archàol.  Instituts,  ROmischa  AbtteUung,  1898, 
p.  275-304. 


AFRIQUE    (ARCHÉOLOGIE   DE   L') 


696 


Au  centre  du  transept  et  de  la  nef  principale  se  trou- 
vait le  ciborium  supporté  par  des  colonnes  de  marbre 
vert  dont  la  base  et  le  chapiteau  sont  de  marbre  blanc. 
Un  caveau  funéraire  se  trouve  creusé  contre  un  des 
quatre  gros  piliers  du  centre  de  la  basilique,  d'autres 
excavations  ne  paraissent  être  que  des  citernes  romaines 
antérieures  à  l'élévation  de  la  basilique;  elles  parais- 
sent avoir  servi  de  remise  à  des  matériaux  provenant 
des  mosaïques  détruites. 

2°  L'atrium  ou  area  semi-circulaire,  à  ciel  ouvert, 
était  entouré  par  une  colonnade  formant  galerie  cou- 
verte. Au  sommet  de  la  courbe  l'enceinte  donne  accès  à 
un  trichorum  qui  paraît  avoir  renfermé  trois  tombeaux. 
L'absidiole  du  milieu  a  gardé  les  traces  d'un  sarcophage  à 
strigiles  qui  y  fut  primitivement  placé.  Suivant  De  Rossi, 
il  y  aurait  eu  à  cet  endroit  une  mensa  martyrum,  le 
tombeau  d'un  martyr.  La  voûte  du  trichorum  est  ornée 
de  mosaïques,  les  parois  ont  reçu  les  graffiti  des  visi- 
teurs. Au  centre  de  l'atrium  on  a  retrouvé  la  base  du 
nymphœum  ainsi  que  les  trous  dans  lesquels  se  pla- 
çaient les  montants  du  cancel  qui  l'entourait. 

3°  Le  baptistère  mesure  35m75  de  longueur  sur  24m55 
de  largeur.  Les  fonts  se  trouvent  au  centre,  on  y  accède, 
sur  deux  de  leurs  côtés,  par  trois  degrés.  Plusieurs  locaux 
assez  étroits  communiquent  directement  avec  la  basilique 
du  baptistère,  c'étaient  probablement  des  chambres  qui 
servaient  de  vestiaire.  A  l'angle  sud-ouest  se  trouve  un 
oratoire  très  exigu,  mais  qui  néanmoins  est  pourvu 
d'une  abside  avec  les  deux  niches  entaillées  et  les 
deux  armoires  à  droite  et  à  gauche  destinées  à  ren- 
fermer les  saintes  huiles,  les  vases,  les  linges  et  les 
livres  liturgiques  nécessaires  à  l'administration  du  sa- 
crement. 

D'autres  constructions,  situées  au  sud-est  de  la  basi- 
lique, devaient  servir  à  l'habitation  du  clergé. 

Les  inscriptions  trouvées  dans  la  basilique  seront 
étudiées  ailleurs.  Les  bas-reliefs  y  sont  nombreux,  on  les 
compte  par  centaines.  Une  des  figures  les  plus  fréquentes 
est  celle  du  Bon  Pasteur.  On  trouve  aussi  Eve  après  le 
péché,  le  Christ  portant  le  scrinium,  le  miracle  de  la 
multiplication  des  pains,  le  reniement  de  saint  Pierre, 
l'adoration  des  mages. 

XVIII.  Lambèse.  —  Nous  connaissons  par  saint  Cy- 
prien  l'existence  d'un  évéché  à  Lambèse  et  nous  savons 
que  c'est  dans  cette  ville  que  se  réunit  le  concile  de  240 
qui  condamna  l'hérétique  Privatus1.  A  partir  de  ce 
moment  la  communauté  de  Lambèse  rentre  dans  l'oubli 2; 
néanmoins  elle  n'a  pas  laissé  de  se  soutenir,  ainsi  qu'en 
témoignent  les  ruines  récemment  découvertes  d'une 
basilique  chrétienne  de  basse  époque  située  à  1 500  mètres 
au  nord-est  du  camp,  dans  la  nécropole  romaine 3 
(fig.  140).  La  petite  basilique  de  Lambèse  est  orientée  du 
nord-est  au  sud-ouest,  elle  mesure:  longueur20  mètres, 
largeur  par  devant  11">75,  largeur  par  derrière  12m50. 
L'épaisseur  du  mur  d'enceinte  est  de  0m60  sauf  au  che- 
vet. A  cet  endroit  et  sur  une  longueur  de  5ro50  environ 
l'épaisseur  du  mur  ne  dépasse  pas  0ro50,  cette  partie  sert 
d'abside,  elle  n'est  cependant  qu'une  saillie  d'un  mètre 
environ  dont  les  extrémités  sont  rattachées  par  deux 
quarts  de  cercle  au  reste  de  l'enceinte.  Une  partie  de 
cet  édifice  formait  une  sorte  de  caveau  funéraire  occu- 
pant le  cinquième  de  la  longueur  à  partir  du  chevet.  Un 
mur  de  0m50  ferme  ce  caveau  que  subdivisent  deux 
autres  murs  transversaux  amorcés  aux  coins  arrondis 

'S.  Cypricn,  Epist.,  xi.vi,  10,  7».  t.,  t.  m,  col.  836,  et  Mansi, 
Concil.  ampl.  coll.,  t.  I,  col.  787.  —  'En  ce  qui  concerne  les 
saints  Jacques  et  Marien  que  l'on  a  cru  longtemps  avoir  soullert 
le  martyre  à  Lambèse,  voir  Actes  des  martyrs,  col.  414.  Cette 
opinion  se  retrouve  néanmoins  dans  Besnier,  Inscript,  et  monu- 
ments de  Lambèse  et  des  environs,  dans  les  Mélanges  d'arch. 
et  d'hist.,  1898,  t.  xvm,  p.  470-472.  Elle  a  d'ailleurs  été  reprise  et 
défendue  récemment  par  S.  Gsell  dans  \b  Recueil  de  ConstanUne, 
t.  xxx,  p.  212  sq.,  qui  s'efforce  de  prouver  que  l'inscription  com- 


de  l'abside.  Les  deux  petits  compartiments  sont  à  peu 
près  carrés,  2m50  x  2m50,  le  compartiment  central  est 


139.  —  Petite  basilique  de  Lambèse. 
D'après  les  Mélanges  d'archéologie  et  [d'histoire,  1898,  p.  471 

irrégulier,  ses  murs  ontOm50  et  1  mètre  et  il  a  été  jadis 
en  communication  avec  les  deux  réduits,  mais  l'un  d'eux 
seulement  a  été  conservé,  l'autre  est  complètement 
clos.  , 

Le  sol  de  ces  caveaux  est  briqueté  et  presque  tout 
entier  couvert  de  sépultures,  on  y  a  recueilli  divers 
fragments  en  mauvais  état  de  conservation,  poteries, 
lampes,  monnaies;  le  caveau  central  renferme  deux 
tombeaux  accolés  bien  conservés,  recouverts  de  tuiles 
de  0m60  de  côté  sans  autre  ornementation  que  des 
stries  tracées  à  la  main.  Les  tombes  mesurent  lm  80  de 
longueur,  lm05  de  largeur  aux  pieds,  et  lm20  de  lar- 
geur à  la  tête  *.  A  droite  et  à  gauche  s'élevaient  les 
deux  petites  colonnettes  destinées  à  supporter  le  cibo- 
rium qui  ombrageait  l'autel  placé  au-dessus  des  tombes 
dans  lesquelles  on  retrouva  des  ossements  intacts  et  en 
place. 

Le  reste  de  la  basilique  comportait  trois  nefs  tracées 
par  des  colonnes  dont  l'emplacement  a  été  reconnu.  Ces 
colonnes  ont  été  dans  la  suite  reliées  entre  elles  par  une 
grossière  maçonnerie  (ce  sont  les  m  s  en  clair  sur  le 
plan,  fig.  139).  Cela  formait  une  sorte  de  petit  fort 
dans  lequel  on  pouvait  songer  à  se  réfugier  et  à  se  dé- 
fendre en  cas  d'invasion.  Des  pierres  disposées  en  forme 
d'escalier  conduisent  au  niveau  du  mur  du  fond;  un 
autre  escalier,  mais  plus  petit,  a  été  établi  le  long  du 

mémorative  (Corp.  inscr.  lat.,  t.  vin,  n.  7924)  se  trouvait  où 
elle  est  placée,  par  suite  d'une  fausse  interprétation  du  passage 
des  Actes  et  que  les  martyrs  furent  exécutés  à  Lambèse.  Cl.  Un 
missionnaire  d'Afrique,  dans  Nuovo  bull.  d'arch.  crist.,  1898, 
i  iy,  p.  212sq.  ;  S.  Gsell,  Monum.  antiq.de  l'Algérie,  t.  n,  p.  '-21, 
note  1.  —  *  Besnier,  loc.  cit.  —  *  Voir  Nuovo  bull.  </i  arch. 
criai,  18%,  t.  iv,  p.  212-218;  Mèlang.  di  arch.  et  d'hxsr..  1900, 
l.  xx,  p.  133;  Fr.  Wieland.Ein  Ausflug  ins  altchristliclie  Afrika, 
in-12,  Stuttgart,  1900,  p.  137-141. 


"697 


AFRIQUE   (ARCHÉOLOGIE   DE    V) 


698 


mur  du  sud.  Les  deux  premières  colonnes  sont  reliées 
par  une  dalle  de  pierre,  de  même  que  deux  colonnes 
situées  à  lm50  en  avant  de  celles-ci. 

L'ouverture  centrale  de  la  face  sud-est  a  été  bouchée; 
peut-être  la  ligne  de  pierres  en  équerre  qui  se  projette 
au  dehors  est-elle  le  reste  d'une  sorte  de  petit  redan  des- 
tiné à  la  défense  de  l'entrée.  Le  sol  des  nefs  a  été  bou- 
leversé, le  pavage  en  briques  et  les  tombes  n'ont  pas  été 
épargnés,  quelques  objets  épars  rencontrés  çà  et  là  ont 
un  médiocre  intérêt.  Des  pièces  de  monnaies  en  cuivre 
datent  du  règne  de  Valens  et  de  Valentinien.  Parmi  les 
fragments  de  lampes  on  a  retrouvé  un  chandelier  à 
sept  branches,  un  autre  fragment  représente  un  person- 


140.  —  Basilique  de  Matifou. 

D'après  le  Ballet,  archéolog.  du  Comité  des  travaux  hisior., 

1900,  p.  134,  fig.  3. 

nage  debout,  ailé,  vêtu  de  la  tunique  courte,  la  main 
droite  levée,  la  gauche  baissée,  et  deux  personnages  plus 
petits  à  ses  pieds,  à  droite  et  à  gauche. 

XIX.  Matifou.  —  Des  fouilles  entreprises  à  Rusguniae 
—  cap  Matifou,  près  d'Alger  (nov.  1899-févr.  1900)  — 
ont  permis  l'étude  d'une  basilique  chrétienne  ruinée  par 
les  Vandales  et  relevée  à  l'époque  de  la  domination 
byzantine  (fig.  140).  Nous  ne  noterons  ici  que  quelques 
particularités  architectoniques  de  l'édifice1.  La  voûte 
de  l'abside  montre  l'emploi  a'un  procédé  qui  se  retrouve 
dans  les  thermes  de  Feriana.  De  grandes  jarres  remplies 
de  cailloux  et  de  mortier,  ce  dernier  dans  la  proportion 
de  2  pour  1  des  matériaux  employés,  étaient  disposées  à 

*  H.  Chardon,  Fouilles  de  Rusgunise,  dans  le  Bull.  arch. 
du  Comité  des  trav.  hist.,  1900,  p.  129-151,  et  fig.  2,  3;  Id., 
dans  le  Bull,  de  la  société  de  géographie  d'Alger,  1900,  p.  157- 
184;  Grandidier,  Une  basilique  chrétienne  à  Rusgunise,  dans 
la  Semaine  religieuse  du  diocèse  d'Alger,  1900,  t.  i,  et  in-8% 
Alger,  1900;  S.  Gsell,  Monum.  antiq.  de  l'Algérie,  in-8%  Paris, 
4901,  t.  il,  p.  222  sq.  —  *  Héron  de  Villelosse,  dans  les  Comptes 


la  commande  des  formes  de  la  partie  à  construire; 
l'intervalle  qui  séparait  les  amphores  était  rempli  par 
un  pouddingue  de  maçonnerie  semblable  à  celui  qui  rem- 
plissait les  amphores.  Au  fur  et  à  mesure  du  travail 
celles-ci  étaient  rangées  par  couches  successives.  Lors 
de  la  réédification  de  la  basilique  on  fit  entrer  dans  la 
construction. tous  les  matériaux  qui  tombèrent  sous  la 
main.  L'ancienne  basilique  comptait  trois  nefs,  la  nou- 
velle en  eut  cinq,  ce  qui  était  imposé  généralement  à 
cette  époque  par  la  retaille  des  poutres  rompues  ou 
brûlées  nécessitant  des  travées  moins  larges.  On  fit  de 
même  en  réparant  la  basilique  principale  de  Tigzirt  et 
celle  de  Sainte-Salsa,  à  Tipasa. 

L'abside  présente  un  agencement  rare  en  Afrique  et 
qni  parait  dater  de  la  reconstruction  de  l'édifice  2;  les 
absidioles  sont  au  nombre  de  trois  et  non  de  cinq, 
car  ce  qui  donnerait  lieu  de  croire  à  ce  nombre  est 
un  simple  arrondi.  L'axe  de  l'abside  est  incliné  à 
droite  de  quelques  degrés  sur  l'axe  de  la  basilique,  ce 
qui  n'est  pas  sans  exemple  ;  aussi  peut-on  y  voir  l'in- 
tention de  symboliser  l'inclinaison  de  la  tête  du  Christ 
crucifié. 

Le  baptistère  est  placé  à  gauche  de  la  basilique  en  M, 
il  est  séparé  par  un  couloir,  M,  du  tepidarium,  F,  où 
les  néophytes  allaient  se  réchauffer  en  sortant  de  la 
piscine  baptismale. 

A  droite  et  à  gauche  du  presbyterium  on  voit  des  ves- 
tiges de  sacristies;  il  parait  problable  que,  primitive- 
ment, ces  locaux  n'avaient  pas  la  forme  courbe  que 
présente  leur  mur  de  fond.  La  sacristie  de  droite,  mise 
en  communication  avec  l'abside  par  une  baie,  était  le 
diaconicum;  la  sacristie  de  gauche,  servant  de  salle 
d'offrandes,  était  probablement  de  plain-pied  avec  le  col- 
latéral sur  lequel  elle  avait  une  issue.  La  date  de  la  pre- 
mière construction  de  l'église  ainsi  que  celle  de  sa  ruine 
ne  nous  sont  pas  connues;  une  épitaphe  en  mosaïque 
d'une  enfant  trouvée  sur  le  pavement  nous  apprend  que 
le  père  de  celle-ci,  un  nommé  Mauricius,  maître  de  la 
milice,  entreprit  la  restauration  de  l'édifice  depuis 
longtemps  ruiné  : 


+  MEM  CONSTANTINAE  FILIAE  DOM- 
GL-  MAVRICI  MAG-ML  QVI  EDIFICIA 
CIRCVMLAPSA-DIV-IN-HANC-SCA-BASI 
LICA  RESTAVRAVIT  DEPOSITA  EST  IN 
5     PACE  -ANN-III-DIE-KL-NOBR-IND  Vllll 


+  Mem(oria)  Constanlinse,  filise  dom(ni)  gl(oriosi?) 
Maurici,mag(istrï)  m(i)l(itum),  qui  (a)edificia  circum- 
lapsa  diu  in  ha[u]c  s(an)c(l)a  basilica  restauravit.  De- 
posila  est  in  pace,  ann(o)  III ,  die  k(a)l(endas)  nob 
(emb)res,  ind(ictione)  VllH*. 

Cette  restauration  date  de  l'époque  byzantine  ;  elle 
témoigne  de  l'appauvrissement  général  à  Matifou  comme 
en  tant  d'autres  lieux.  Le  manque  de  matériaux  a  imposé 
le  rétrécissement  de  la  nef  primitive,  large  de  8m60,  et 
qui  fut  réduite  de  moitié  afin  de  pouvoir  utiliser  les 
poutres  retaillées.  L'église  eut  alors  cinq  nefs  divisées 
par  des  piliers  rectangulaires  (1  mètre  X  0m50)  simple- 
ment posés  s'"r  la  mosaïque;  en  outre,  la  nouvelle  église 
eut  des  tribunes,  mais  on  ignore  si  elles  s'étendaient  sur 
tout  le  collatéral  ou  bien  sur  le  vaisseau  le  plus  rap- 
proché de  chaque  côté  de  la  nef  principale. 

XX.  Tébessa..  —  Parmi  les  basiliques  chrétiennes  les 
plus  dignes  d'attention  et  dont  nous  ne  pouvons  que 
signaler  ici  l'importance  nous  nommerons  Tébessa  sur 

rendus  de  l'Acad,  des  inscr.  (séance  du  9  février  1900),  p.  40  sq. 
L'abside  parait  avoir  été  d'abord  de  forme  semi-circulaire;  aussi 
les  mots  :  qux  coeunt  latere  ex  utroque décentes ,  de  l'inscription 
mosaïque  placée  en  avant  de  l'abside,  ne  semblent  pas  pouvoir 
être  appliqués  aux  absidioles,  qui  sont  d'ailleurs  postérieures  à 
la  dédicace  de  la  net.  —  3  Héron  de  Villefosse,  loc.  cit.  ;  H.  Char- 
don,  loc.  cit.,  p.  146. 


699 


AFRIQUE   (ARCHÉOLOGIE    DE    L'; 


700 


laquelle  les  archéologues  ont  présenté  des  conclusions 
parfois  bien  opposées1.  Nous  nous  en  tiendrons  donc  à 
l'exposé  de  ce  qui  parait  incontestable  (voir  fig.  13)  : 
1°  La  basilique  proprement  dite  (avec  son  abside  et  ses 
sacristies),  l'atrium  et  l'escalier  qui  la  précède,  la  cha- 
pelle tréflée,  flanquée  de  quatra  salles  carrées,  sont 
du  IVe  siècle;  la  destination  primitive  de  la  basilique 
était  donc  chrétienne.  Dès  cette  époque  les  bas-côtés  ont 
dû  être  surmontés  de  tribunes2,  «  car  autrement,  dit 
M.  Gsell,  qui  a  fait  de  cette  basilique  une  étude  atten- 
tive, l'intérieur  eût  été  trop  bas.  C'est  donc  très  proba- 
blement du  ive  siècle  qu'il  faut  dater  les  dosserets 
sculptés  que  l'on  a  trouvés  dans  les  fouilles  et  qui  comp- 
tent, avec  ceux  de  Tigzirt3,  parmi  les  restes  les  plus 


par  des  corbeaux  de  moindres  dimensions  i.  Outre  que 
cette  disposition  eût  été  fort  disgracieuse,  les  fouilles  da 
Tigzirt  nous  montrent  avec  évidence  qu'ils  reposaient 
sur  les  colonnes  des  tribunes  et  supportaient  des 
arcades5.  On  ne  voit  pas  où  se  trouvaient  les  esca- 
liers conduisant  aux  tribunes  dans  cette  première  pé- 
riode °.  » 

2°  A  l'époque  postérieure  appartient  l'ensemble  consti- 
tué par  la  place  qui  fait  face  à  l'escalier  et  les  portes 
monumentales  du  nord-est  et  du  nord-ouest,  les  portiques 
qui  relient  ces  portes,  les  deux  extrémités  de  l'escalier 
et  la  grande  salle  à  l'ouest  de  la  place  dans  laquelle  on 
a  retrouvé  une  installation  complète  pour  les  chevaux. 
Cette  adaptation  de  la  salle  en  écurie  parait  tardive,  en 


■141.  —  Vue  du  chœur  et  de  l'abside  de  la  basilique  de  T<  I 
D'après  Frz.  Wieland,  Ein  A  usflug  ins  altchristliclie  Afrika,  in-12,  Stuttgart,  1900,  p.  89. 


curieux  de  l'ancien  art  chrétien  en  Afrique.  Ces  dosse- 
rets ne  servaient  pas,  comme  on  l'a  pensé,  à  soutenir  la 
charpente  apparente  du  toit  et  ils  n'étaient  pas  portés 

'  Mémoires  de  la  Soc.  des  antiq.  de  France,  1844,  t.  xvii, 
p.  17  (plan  intitulé  :  «  Ruines  d'un  temple  romain  »);  Lenoir, 
Architecture  monastique,  2  vol.  in-4",  Paris,  1802,  t.  Il,  p.  481- 
488  ;  Moll,  dans  l'Annuaire  de  la  Soc.  arch.  de  la  prov.  de  Cons- 
tontine,  1860-1861,  p.  209-213;  Girol,  dans  le  Recueil  de  la  Soc. 
arch.  de  la  prov.  de  Constantine,  18G6,  t.  X,  p.  186-213;  Seriziat, 
même  revue,  1868,  t.  XII,  p.  473-477;  Clarinval,  même  revue,  1870, 
t.  xiv,  p.  005-611  ;  de  Laurière,  dans  Rivista  archeologica  délia 
provincia  di  Como,  1874,  fasc.  6,  p.  20-27  ;  Playfair,  Travels  m  the 
foolstcps  of  Bruce  in  Algeria  and  Tunis,  in-4%  London,  1S77, 
p.  109-112;  A.  Hytrek,  dans  Bull,  di  arch.  crist.,  1882,  p.  90,  94- 
95,  loi  ;  Graham,  Remains  of  the  roman  occupation  of  North 
Africa.  dans  Transactions  of  the  royal  hislituteof  britixh  ar- 
chitecte, 1886,  nouv.  série,  t.  II,  p.  22,  plan;  Méquesse,  dans  la 
Revue  africaine,  1886,  t.  xxx,  p.  477-484;  Sériziat,  dans  le  Bull, 
de  l'académie  d'Hippone,  1886,  t.  xxii,  p.  43-46;  Audollent,  dans 
les  Mélang.  d'arch.  et  d'hist.,  1890,  t.  x,  p.  516;  A.  Ballu,  2e- 
bessa,  Lambèse,  Timgad,  in-8%  Paris,  1891,  p.  15-20,  pi.  iv-xm  ; 
Cli.  Diebl,  Rapport  sur  deux  missions  dans  l'Afrique  du  Nord, 
dans  les  Nouvelles  archives  des  missions,  1893,  t.  iv,  p.  331- 


tous  cas  elle  a  succédé  à  une  autre  disposition  dont  on 
retrouve  les  amorces  des  divisions  le  long  du  mur  de 
l'est.  La  destination  de  la  grande  place  n'est  pas  cer- 

332;  M.,  L'Afrique  byzantine,-  in-8*,  Paris,   1896,  p.  4S 
pi.  xi;  C.  Duprat,  Monographie  de  la  basilique  i 
dans  le  Rec.  de  la  Soc.  arch.  de  la  prov.  de  Constantine 
1890.  t.  xxx,  p.  1-87;  A.  Ballu,  Le  monastère  byzantin  de    1  ■- 
bessa,  in-fol..  Paris,  1897;  S.  Gsell,  dans  les  tiélang.  d'arch.  et 
d'hist.,  1898,  t.  xvin,  p.  120  sq.  ;  1899,  t.  xix.  p.  73-75  ;  1900,  t.  x\, 
p.  130;  Un  missionnaire  des  Pères  blancs,  La  basilique  de  Thé- 
veste  et  le  l'emple  de  Jérusalem,  dans  Nuovo  bull.  di  arch. 
Criât.,  1899,  p.  51-63;  Fr.  Wieland,  Eïn  Ausftug  ins  aitchrist 
Afrika,  in-12,  Stuttgart,  1900,  p.  S3  99;  Ch.  Dichl,  Justinien  et 
la  civilisation  byzantine  <tu  rr siècle,  in-V,  Paris.  1901,  i 
fig.  170;  S.  Gsell,  Monum.  antiq.  de  l'Algérie.  in-S\  Paris,  1901, 
t.  il,  p.  265-291.  —  *  «  A  Rome,  les  plus  anciens  exemples  des 
tribunes  au-dessus  des  bas-cotés  datent  de  la  lin  du  VT  siècle,  niais 
en  Orient  comme  en  Afrique,  cette  disposition  se  rencontre  Uu 
plus  tôt;  voir   P.  Gavault,  Étude  sur   les  ruines  de   Tigznt. 
p.  65.  »  Gsell,  dans  les  Mélang.  d'arch.  et  d'Iiisl..  1898,  t.  xvm, 
p.  122.  —  'Gavault,  loc.  cit.,  p.  25  sq.  —  'A.   Hall 
Lambèse,  Timgad,  in-8*,  Paris,  1894,  p.  19.  —  '  Gavault,  loc.  cit., 
p.  29,  et  lig.  à  la  p.  73.  —  *  Gsell,  loc.  cit.,  p.  Itt 


701 


AFRIQUE    (ARCHÉOLOGIE    DE   L'] 


702 


taine  :  était-ce  un  marché?  un  cimetière?  ou  simplement 
un  jardin  divisé  en  quatre  compartiments?  Cette  der- 
nière hypothèse,  la  plus  simple,  est  peut-être  la  meilleure. 
Cet  ensemble  est  disposé  suivant  un  axe  différent  de 
celui  du  premier  ensemble. 

3°  Le  baptistère  (à  l'est  de  l'atrium),  la  salle  située  au 
nord  de  la  chapelle  tréllée  et  en  communication  avec 
elle,  les  cages  d'escalier  construites  devant  l'atrium,  enfin 
les  chambres  appliquées  contre  trois  des  côtes  de  la  basi- 
lique, exception  faite  pour  celles  qui  sont  situées  du 
côté  du  perron  de  l'atrium  entre  la  cage  de  l'escalier  et 
le  portique,  toutes  ces  constructions  appartiennent  à 
une  troisième  époque.  C'est  vers  le  même  temps  que 
M.  Gsell  fait  dater  l'enceinte  fortifiée  .  «  On  la  croit  byzan- 
tine, ajoute-t-il,  ce  qui  ne  me  parait  pas  incontestable  : 
le  mode  de  construction  n'est  pas  celui  que  les  Byzantins 
employèrent  généralement  dans  leurs  ouvrages  militaires 
en  Alrique1.  » 

4°  Postérieurement  à  la  construction  de  l'enceinte  se 
place  celle  de  la  petite  église  située  au  nord-est  de  la 


saïque  nous  donne  la  date  de  la  pose  des  fondations, 
21  novembre  324,  année  280  de  l'ère  provinciale  : 

PRO 

CCLXXX-ET-V-XII-KAL 

DEC    ■    EIVS     •     BASILICAE 

FVNDAMENTA  POSITA 

5  svnt  et  vmmmmmmmtK 

P  R  O  V  •  C  C  L  X  X«l§ilII««l  N 
MENTE  HABEASiUHIA 
SERVVM  DEIIHf|i]  N 
DEO  VIVAS3 

Prévost,  de  la  relation  duquel  sont  tributaires  toutes 
les  descriptions*,  ajoute  que  de  petits  bâtiments,  sacris- 
ties ou  habitations,  étaient  adossés  au  mur  postérieur  de 
l'église;  l'une  de  ces  pièces  parait  avoir  été  une  salle  de 
bains. 

La  disposition  adoptée  à  Orléansville  a  dû  être  aban- 
donnée de  bonne  heure,  car  nous  ne  la  retrouvons  plus 
dans  les  édifices,  tous  postérieurs  à  la  basilique  de  Repa- 


142.  —  Baptistère  d'El-Kantara.  D'après  de  la  Blanchère,  Collection  du  Musée  Alaouï,  1890,  fasc.  1,  p.  56. 


chapelle  tréflée  et  dont  l'abside  est  insérée  entre  deux 
contreforts  (fig.  141). 

L'importance  exceptionnelle  de  ce  monument  ne  se 
prête  guère  à  une  description  sommaire,  on  en  traitera 
ailleurs  avec  le  développement  et  la  précision  qu'il  com- 
porte. Voir  Monastère. 

XXI.  Baptistères.  —  Il  semble  qu'à  aucune  époque 
la  disposition  des  baptistères  ait  fait  l'objet  d'une  régle- 
mentation. Leur  emplacement  et  leur  ordonnance  pa- 
raissent laissés  au  goût  du  clergé  ou  du  donateur  ou  à 
l'ingéniosité  de  l'architecte.  Parlais  le  baptistère  est  in- 
stallé dans  l'église  même,  c'est  le  cas  à  Orléansville  où 
il  semble  que  primitivement  les  lonts  baptismaux  fussent 
établis  sur  l'emplacement  occupé  plus  tard  par  la  contre- 
abside  et  le  tombeau  de  l'évêque  Reparatus.  La  présence 
de  deux  canaux,  venant  d'un  réservoir  et  passant  contre 
le  mur,  rend  cette  hypothèse  très  vraisemblable2;  elle  est 
d'autant  plus  cligne  d'attention  que  le  pavement  en  mo- 


1  S.  Gsell,  loc.  cit.,  p.  123  sq.  —  s  Prévost,  dans  la  Bévue 
archéol.,  1848,  t.  iv,  p.  059-664.  —  3  Moniteur  algérien, 
14  octob.  1843;  Akhbar,  19  octob.  1843;  A.  Berbrugger,  dans 
la  Revue  africaine,  1856-1857,  t.  i,  p.  428-429;  1868,  t.  xn, 
p.  144-147  ;  Prévost,  dans  la  Revue  archéol.,  1848,  t.  iv,  p.  664, 
fig.  78  ;  Pontier,  Souvenirs  d'Algérie,  in-8%  Orléansville,  1850, 
p.  69  ;  L.  Renier,  Recueil  des  inscr.  roin.  de  l'Algérie,  in-fol., 
Paris,  1S55,  n.  3700;  Corp.  inscr.  lut.,  t.  vin,  n.  9708.  Cf. 
Ant.-Ad.  Dupuch,  Fastes  sacrés  de  l'Algérie  chrétienne,  in-8°, 
Bordeaux,  1848-1850,  t.  iv,  p.  431-433;  Ibos,  Notice  sur  la  mo- 
saïque d' Orléansville,  in-8°,  Alger,  1895.  —  '  Les  ruines,  décou- 
vertes en  1843,  ont  été  enfouies  de  nouveau;  elles  se  trouvent 
sous  l'emplacement  actuel  de  la  place  du  marché.  —  s  S.  Gsell, 
Monum.antiq.de  l'Algérie,  in-8%  Paris,  1901,  t.  n,p.l98,  fig.  122. 
—  *  P.  Gavault,  Etude  sur  les  ruines  romaines  de  Tigzïrt, 


ratus.  Nous  parlons  avec  détail  du  baptistère  de  Casti- 
glione  (voir  plus  loin,  n.  XXII)  ;  à  Gouéa,  région  de  Mé- 
déa,  le  baptistère  était  établi  dans  une  salle  à  droite  de 
l'abside  parallèlement  à  la  sacristie  5.  Dans  le  cas  le  plus 
ordinaire  le  baptistère  est  un  édifice  distinct  et  séparé  de 
l'église,  mais  peu  éloigné  d'elle.  Suivant  les  ressources 
locales  ou  la  prévoyance  des  fondateurs  le  baptistère  est 
flanqué  de  diverses  salles  qui  ont  servi  de  consignaloria 
ou  de  tepidaria.  A  Morsott  et  à  Tipasa  les  consignaloria 
étaient  pourvus  d'une  abside,  c'était  dans  ces  salles  que 
les  néophytes  recevaient  le  sacrement  de  confirmation; 
on  trouve  aussi  des  tepidaria  où  ils  pouvaient  aller  se 
réchaufler  et  reprendre  leurs  vêtements. 

Plusieurs  baptistères  d'Afrique  se  sont  conservés  d'une 
manière  suffisante  pour  nous  permettre  quelques  obser- 
vations positives  au  sujet  de  ces  édicules.  La  forme  cru- 
ciale à  branches  arrondies,  qui  est  celle  du  baptistère  de 
Tigzirt  (fig.  134) 6,  est  étroitement  apparentée  avec  les 


1897,  p.  89  et  fig.  1  de  la  p.  7;  A.-L.  Delattre,  Basilique  de  Da- 
mous-el-Karita,  Carthage,  1892,  in-8",  Constantine,  1892,  pi.  Pour 
les  chapelles  et  absides  tréflées  eu  Afrique  :  Carthage,  cf.  A.  De- 
lattre, dans  le  Rec.  de  la  Soc.  arch.  de  la  prov.  de  Constantine, 
1890-1891,  t.  xxvi,  pi.  i;  Zaouïa  de  Sidi-Moham  med-el-Gebioui, 
et.  Saladin,  dans  les  Archiv.  dos  missions  scient.,  IIP  série,  t.  xm, 
p.  34,  fig.  41;Fernana,  près  de  Souk-el-Arba,  cf.  J.  Toutain,  dans 
le  Bull.  arch.  du  Comité  des  trav.  hisl.,  1882,  p.  175,  pi.  xvm; 
Rec.  de  la  soc.  arch.  de  la  prov.  de  Constantine,  1870.  t.  xiv, 
pi.  Viu;  Tébessa,  Ibid.,  1882,  t.  xxu,  pi.  xvm,  n.  5;  Aguem- 
moun-Oubekkar,  cf.  de  Vigneral,  Ruinps  romaines  de  l'Algérie 
Kabylie :  du  Djurdura,  in-8%  Paris,  1808,  p.  89,  pi.  xiv,  fig.  15; 
Kherbet-bou-Addouten,  au  sud-esl,  de  Sétil,  cf.  S.  Gsell,  Re- 
cherches archéologiques  en  Algérie,  in-8%  Paris,  1893,  p.  179, 
Se.  25. 


703 


AFRIQUE    (ARCHÉOLOGIE   DE   L') 


704 


baptistères  trèfles  de  Damous-el-Karita,  à  Carthage,  et  de 
Tébessa  (fig.  13  )  '.  Cette  disposition  se  retrouve  en 
Lycie  2,  d'où  elle  pourrait  bien  être  originaire,  et  à  Cas- 
tiglione,  entre  Alger  et  Tipasa  3,  à  El-Kantara,  dans  l'île 
de  Djerba4;  enfin  en  Gaule  s.  Cette  forme  de  croix  à 
branches  recourbées  est  d'ailleurs  un  des  ornements  les 
plus  fréquents  en  Afrique  G. 

Le  baptistère  d'El-Kantara  (l'ancienne  Meninx)  (fig.142), 
dans  l'ile  de  Djerba,  est  un  ouvrage  fait  au  moyen  de 
matériaux  de  remploi  :  huit  pièces  de  marbre  blanc  dont 
quatre  se  plaçant  en  croix,  les  quatre  autres  se  contour- 
nant. «  Le  tout  était  évidemment  emboîté  dans  une 
maçonnerie.  Ces  morceaux  sont  fort  gros  :  le  plus  petit 
n'a  pas  loin  d'un  demi-mètre  cube,  le  plus  grand  a  tout 
près  d'un  mètre.  Il  est  probable  que  cet  ensemble,  avec 
le  blocage  qui  le  complétait,  était  placé,  dans  le  baptis- 
tère d'où  il  provient,  soit  au  ra^  du  dallage,  comme  c'est 
le  cas  ordinaire,  soit  avec  une  saillie  égale  à  une  marche. 
Dans  chacun  des  quatre  grands  blocs  qui  constituent  la 
cuve  même,  est  évidée  une  descente  de  trois  degrés7.  » 

Le  baptistère  de  Tébessa,  dont  nous  donnons  un  plan 
et  une  vue  (fig.  143  et  144),  n'est  pas  le  local  destiné  à 


r 


143.  —  Plan  du  baptistère  de  Tébessa. 

D'après  S.  Gsell,  Monuments  antiques  de  l'Algérie, 

t.  Il,  p.  430,  fig.  135. 

cet  usage  dans  la  construction  primitive  ;  il  appartient 
à  la  troisième  époque  des  remaniements.  Le  baptistère, 
pendant  la  première  époque,  a  pu  être  placé  dans  la 
salle  tréflée,  laquelle  aurait  été  pourvue  d'une  piscine 
centrale,  piscine  remplacée  plus  tard  par  un  autel.  Cette 
disposition  est  assez  probable  si  on  considère  que  la 
salle  trétlée  est  de  la  première  époque  et  que  la  même 
forme  se  retrouve  à  Tigzirt;  quoi  qu'il  en  soit,  le  baptis- 
tère d'époque  postérieure  est  appliqué  contre  Yatrium 
dans  lequel  on  a  pratiqué  une  baie  pour  lui  donner  accès. 

*  C.  Duprat,  Monographie  de  la  basilique  de  Tébessa,  dans 
le  Recueil  de  Constantine,  t.  xxx,  pi.  en  regard  de  la  page  59. 
Voyez  la  même  disposition  à  Rome,  chapelles  de  Saint-Sixte, 
Sainte-Sotère,  Sainte-Symphorose  (voir  Abside,  col.  186),  Bull, 
archéol.  du  Comité  des  trav.  hist.,  18i»3,  p.  8.  —  !V.  Schultze, 
Arcliàologie  der  altchristlichen  Kunst,  in-8-,  Mùnchen,  1895, 
p.  77.  —  8Grandidier,  Élude  sur  la  basilique  de  Castiglione 
entre  Alger  et  Tipasa,  dans  le  Bulletin  de  la  Société  d'ar- 
chéulogie  du  diocèse  d'Alger,  1895,  t.  i,  p.  112.  —  *  R.  de  la  Blan- 
chère,  Collections  du  musée  Alaouï,  in-4%  Paris,  1890,  p.  52. 
—  B  Grégoire  de  Tours,  De  gloria  martyrum,  1.  I,  c.  xxiv, 
P.  L.,  t.  lxxi,  col.  725.  —  "  Dans  les  mosaïques  en  particulier.  Cf. 
Annuaire  de  la  soc.  arch.  de  la  prov.  de  Constantine,  1860-1861 , 
pi.  m  ;  Recueil  de  la  Soc.  arch.  de  la  prov.  de  Constantine,  1866, 
t.  x,  pi.  xxvii  ;  Revue  africaine,  1883,  t.  xxvii,  pi.  I,  à  l'article 
de  la  page  400;  Bull.  arch.  du  comité  des  trav.  hist.,  1886, 
pi.  iv,  p.  122;  Archives  des  missions  scient.,  III- série,  t.  xm, 
p.  65,  107;  H. -A.  Delamare,  Exploration  scient,  de  l'Algérie, 


Le  sol  y  est  en  contre-bas  de  0m50,  l'on  y  descend  par 
trois  marches.  La  salle,  précédée  d'un  vestibule,  mesure 
4m80  sur  3m90;  elle  contient  une  piscine  circulaire  dont 
le  fond  ne  mesure  que  0m85  de  diamètre,  dans  laquelle 
on  descend  par  trois  degrés  circulaires.  Bassin  et  marches 
sont  revêtus  de  béton,  une  grille  devait  régner  autour 
de  l'orifice  de  la  cuve. 

Des  fonts  baptismaux  trouvés  dans  une  basilique  chré- 
tienne à  Sainte-Marie  du  Zit,  au  sud-est  de  Zaghouan, 
forment  une  croix  aux  branches  arrondies  8.  L'une  de 
ces  branches  était  fermée  à  l'aide  d'un  devant  de  sar- 
cophage païen  faisant  fonction  de  balustrade  et  repré- 
sentant les  Trois  Grâces  et  les  Quatre  Saisons  en  bas- 
relief.  Il  est  probable  que  cette  clôture  était  le  lieu  où  se 
plaçait  l'évëque.  On  remarque  qu'on  a  trouvé  des  fonts 
baptismaux  de  même  forme  à  El-Kantara  9  et  même  en 
Espagne,  à  Burguillos  10. 

A  Vasampus  (?)  au  nord  de  Tébessa,  nous  trouvons  des 
fonts  de  forme  carrée  u;  à  Rusgunise  (cap  Matifou) ,2, 
darfs  une  intéressante  basilique,  la  piscine  est  rectan- 
gulaire; à  Rusuccuru  (Tigzirt),  elle  est  ronde13.  Cette 
dernière  est  suffisamment  conservée  pour  nous  fournir 
quelques  renseignements  certains.  La  hauteur  extérieure 
de  la  cuve  est  d'au  moins  0m45,  le  diamètre  mesure 
lm80;  tout  l'intérieur  est  cimenté.  L'eau  y  était  apportée, 
car  la  seule  conduite  existante  sert  à  vider  le  bassin.  On 
descend  trois  degrés  pour  atteindre  le  fond  de  la  piscine, 
et  toutes  ces  dispositions  sont  semblables  à  celles  adoptées 
à  Tipasa  G.  A  l'extérieur  on  remarque  une  sorte  d'estrade 
en  béton  qui  permettait  d'atteindre  au  niveau  du  rebord 
de  la  cuve  sans  être  dans  l'obligation  de  l'enjamber.  Le 
bassin  est  flanqué  de  quatre  colonnes  (diamètre  0m33) 
qui  devaient  supporter  une  architrave  à  laquelle  on 
accrochait  probablement  les  rideaux  qui  cachaient  la 
nudité  des  néophytes  aux  regards  indiscrets  '*. 

Les  baptistères  de  la  province  Proconsulaire  bâtis  à 
l'époque  byzantine  nous  montrent  que  les  architectes  afri- 
cains de  ce  temps  ne  s'astreignaient  pas  à  l'imitation 
servile  des  modèles  grecs  ou  romains,  mais  qu'ils  réus- 
sissaient, en  modifiant  les  types  en  vogue,  à  faire  preuve 
d'une  réelle  originalité.  Sur  onze  baptistères  relevés 
jusqu'ici  dans  celte  province,  quatre  seulement,  dont 
trois  à  Carthage  même,  reproduisent  servilement  les 
types  byzantins  '•■. 

Les  fouilles  opérées  dans  la  basilique  de  Dermech, 
terrain  Ben-Attar,  à  Carthage,  nous  ont  rendu  un  débris 
du  mobilier  du  baptistère  de  cette  église;  il  a  été  trouvé 
près  de  la  citerne  gauche  de  l'autel  et  consiste  en  «  une 
petite  vasque  en  marbre  blanc,  calotte  sphérique  accostée 
de  quatre  oreillons,  l'un  réservé  pour  le  bec  de  la 
cuvetle,  les  trois  autres  portant  les  trois  premières 
lettres  de  l'alphabet  A,  B,  C  »  ".  Afin  de  comprendre  l'im- 
portance de  cet  objet,  il  faut  se  reporter  à  ce  que  nous 
avons  dit  au  sujet  d'un  vase  trouvé  à  Carthage,  ayant 
fait  partie  d'un  mobilier  de  baptistère  et  portant  ces  mêmes 
lettres  A,  B,  C.  Voir  Abécédaire,  col.  53. 

in-fol.,  Paris,  1850,  pi.  11.  —  '  R.  de  la  Blanchère,  Collections  du 
musée  Alaouï,  in-4-,  Paris,  1890,  p.  51  sq.  —  •  P.  Gauckler,  dans 
les  Comptes  rendus  de  la  marche  du  service  des  antiquités 
en  i891,  in-8*,  Tunis,  1898,  p.  7;  Comptes  rendus  de  l'Acad. 
des  inscr.,  1898,  p.  643.  —  •  La  Blanchère  et  Gauckler,  Catalogue 
du  musée  Alaouï,  p.  51.  —  l8  Rolelin  de  la  real  Academia  de  la 
Historia,  1S98,  t.  xxxn.  p.  359.  —  "  Mélang.  d'arch.  et  d'hist., 
1901,  t.  xxi,  p.  225.  —  <!  Uélang.  d'arch.  et  d'hist.,  1901,  t.  xxt, 
p.  233.  —  ,3S.  Gsell,  Mélang.  d'arch.  et  d'hist.,  t.  xiv,  p.  366. 
C'est  le  cas  le  plus  fréquent,  cf.  S.  Gsell,  Afonum.  antiq.  de  l'Al- 
gérie, t.  h,  p.  153,  note  2.  —  "P.  Gavault,  Essai  sur  les  ruines 
romaines  de  Tigzirt,  1897,  p.  69;  S.  Gsell,  Monum.  atttiq.  de 
l'Algérie,  in-8*,  Paris,  1901,  t.  n,  p.  303.  —  «»  Communication 
de  P.  Gauckler  à  l'Académie  des  inscript.  Cf.  L.  Dorer, 
Bulletin  mensuel,  dans  la  Revue  archéol.,  1901,  t.  xxxix, 
p.  428.  —  ,0  P.  Gauckler,  Notes  d'épigraphie  latine  en  Tunisie, 
dans  le  Rult.  arch.  du  Comité  des  trav.  hist.,  1901,  p.  130, 
n.  28. 


705 


AFRIQUE    (ARCHÉOLOGIE   DE    L'] 


706 


XXII.  Crypte-baptistère.  —  Le  village  de  Castigiione 
(44  kil.  à  l'ouest  d'Alger,  24  kil.  500  à  l'est  de  Tipasa) 
est  élevé  sur  un  bourg  antique l  dont  les  ruines  ont 
presque  entièrement  disparu.  La  basilique  chrétienne 
n'offre  guère  d'intérêt  que  par  sa  crypte  creusée  dans  le 
tuf  au-dessous  de  l'abside  et  des  sacristies  *.  Elle  repro- 
duit exactement  la  disposition  et  les  dimensions  des 
constructions  qu'elle  supporte.  Cette  crypte  et  celle  de 
Bénian  sont,  jusqu'à  ce  jour,  les  seuls  exemplaires 
connus  dans  les  édifices  chrétiens  d'Afrique3,  car  à 
Kherbet-bou-Addoufen  on  n'a  affaire  qu'à  une  sorte  de 
catacombe*.  Cette  crypte  a  servi  jadis  de  baptistère; 
«  au  milieu  de  la  salle  centrale,  M.  Grandidier  a  constaté 


fouilles  de  Tigzirt.  Dans  notre  église,  les  deux  pièces 
latérales  de  la  crypte  étaient  évidemment  des  dépen- 
dances de  la  salle  où  l'on  baptisait;  c'est  là  sans  doute 
que  les  catéchumènes  se  dépouillaient  de  leurs  vête- 
ments1. »  La  construction  de  la  basilique  paraît  remonter 
au  Ve  siècle  (fig.  145). 

L'abside  de  l'église  supérieure  est  surélevée  de  2m10 
et  revêtue  d'une  couche  de  béton,  elle  est  profonde  de 
6  mètres,  et,  si  elle  était  flanquée  de  sacristie,  elle  ne  fai- 
sait pas  saillie  sur  le  parallélogramme  de  la  basilique. 
En  avant  de  l'abside  deux  massifs  de  blocage  empiétaient 
sur  la  nef8  et  flanquaient  un  passage  couvert  qui  con- 
duisait au  moyen  de  quelques  marches  clans  une  salle 


144.  —  Vue  du  baptistère  de  Tébessa.  D'après  une  photographie  du  Service  des  monuments  hist^iiqu 
S.  Gsell,  Monuments  antiques  de  l'Algérie,  t.  n,  p.  282. 


l'existence  d'une  construction  en  pierres  de  taille  délimi- 
tant une  cuve  en  forme  de  croix  aux  branches  arrondies. 
Ce  sont  là,  sans  nul  doute,  les  fonts  baptismaux.  On  voit 
une  cuve  de  forme  analogue  au  musée  de  Tunis;  elle  a 
été  trouvée  dans  l'île  de  Djerba  5.  Grégoire  de  Tours  en 
décrit 6  une  semblable  :  Piscina  est  apvd  Osen  campum 
(en  Lusitanie)  anlirjtiitus  sculpta  et  ex  marmore  varia 
in  nwduni  crucis  miro  composila  opère.  Cette  forme 
pouvait  être  donnée  au  baptistère  lui-même;  tel  était 
celui  que  P.  Gavault  a  tout  récemment  trouvé  dans  les 

1  A.  Berbrugger,  dans  la  Revue  africaine,  1861,  t.  v,  p.  361.  — 
♦Outre  la  partie  taillée,  il  y  a  aussi  une  partie  en  maçonnerie.  Il 
ne  taut  pas  compter  au  nombre  des  cryptes  les  souterrains  funé- 
raires d'OrléansviUe  et  de  Gouéa,  simples  caveaux  ménagés, 
semble-t-il,  dans  le  soubassement  du  presbyterium.  S.  Gsell, 
Monuments  antiques  de  l'Algérie,  in-8%  Paris,  1901,  t.  Il,  p.  144 
et  note  2.  —  SM.  Bertrand,  Note  sur  la  basilique  de  Castigiione, 
dans  le  Bull.  arch.  du  Comité  des  trav.  hist.,  1896,  p.  140; 
Grandidier,  dans  le  Bulletin  de  la  Soc.  d'archéol.  du  diocèse 
d'Alger,  1900,  t.  i,  p.  99-116.  —  *  Cf.  S.  GseU,  Recherches 
archéologiques  en  Algérie,  in-8°,  Paris,  1893,  p.  181  :  i  Le  sou- 

DICT.  d'arcii.  CIinÉT. 


souterraine  au  centre  de  laquelle  se  trouve  une  piscine 
baptismale  consistant  en  un  massif  carré  de  maçonnerie 
de  2m15  de  côté  et  s'élevant  à  0m30  au-dessus  du  sol  ;  le 
diamètre  de  la  cuve  est  de  lm10  et  la  profondeur  0m70. 
On  y  descend  par  quatre  petits  escaliers,  deux  arrondis 
et  deux  rectangulaires,  formant  une  croix.  La  piscine  se 
remplissait  à  la  main,  mais  le  conduit  d'évidement  de  l'eau 
existe  encore.  De  chaque  côté  de  la  salle  se  trouvent 
deux  salles  :  l'usage  de  celle  de  gauche  n'est  indiqué 
d'aucune  manière;  celle  de  droite,  qui  communique  avec 

terrain,  creusé  dans  le  tuf,  a  au  moins  60  mètres  de  long  ;  la 
largeur  est  d'environ  2  mètres.  De  chaque  côté  sont  creusées 
dans  la  muraille  des  cases  «  en  forme  de  mangeoires  de  che- 
«  val  »,  dans  lesquelles  ont  été  déposés  les  morts.  Il  y  en  a  plu- 
sieurs rangées  superposées.  Le  devant  de  ces  cases  était  fermé 
par  des  briques.  »  —  5B.  de  la  Blanchère,  Collections  du  mu- 
sée Alaouï,  in-4%  Paris,  -1890.  p.  51-52.  —  "De  gloria  marty- 
rum,  1.  I,  c.  xxiv,  P.  L.,  t.  lxxi,  col.  725.  —  7  M.  Bertrand,  loc. 
cit.,  p.  141.  —  8A  chaque  extrémité  se  trouvaient  les  petits  esca- 
liers en  bois  donnant  accès  à  l'abside  et  marqués  en  pointillé  sur 
le  plan. 

I.  -Ï3 


707 


AFRIQUE   (ARCHEOLOGIE   DE   L'} 


708 


le  bas-côté  droit  par  un  escalier,  a  pu  servir  de  consigna- 
torium,  car  on  y  voit  encore  une  petite  niche  semi-circu- 
laire qui  a  pu  servir  à  recevoir  les  ustensiles  du  culte; 


145.  —  Crypte-baptistère  de  Castiglione. 

D'après  S.  Gsell,  Monuments  antiques  de  l'Algérie, 

t.  h,  p.  188,  fig.  120. 

en  outre  on  a  trouvé  jadis  en  cet  endroit  un  bloc  de 
pierre,  creusé  d'une  cavité  carrée,  dont  le  couvercle 
s'insérait  dans  les  feuillures  :  peut-être  était-ce  le  réci- 
pient des  saintes  huiles. 

XXIII.  Vase  a  ablutions.  —  A  ce  que  nous  venons  de 
dire  sur  les  églises  d'Afrique  nous  devons  ajouter  la 
description  d'un  monument  qui  parait  être  la  vasque 
de  l'une  de  ces  fontaines  {cantharns,  phialsc),  que  l'on 
plaçait  jadis  au  centre  de  l'atrium  qui  précédait  l'église. 
Voir  Ablutions.  Ce  fragment  a  été  rapporté  des  environs 
de  Zaghouan,  en  1889  ;  il  est  en  pierre  très  dure  et  offre 
l'aspect  d'une  table  qui  a  dû  mesurer  en  longueur  0m80 
sur  0m65  de  largeur  et  0m15  d'épaisseur.  Le  centre  est 
creusé  en  forme  de  cuvette  d'environ  0m42  de  diamètre. 
L'alimentation  de  cette  cuvette  pouvait  se  faire  au 
moyen  d'un  jet  d'eau,  mais  le  fragment  ne  comprend  pas 
cette  partie.  Aux  angles  existaient  des  cavités  destinées 
probablement  à  recevoir  des  colonnes  supportant  une 
petite  coupole  qui  devait  recouvrir  la  fontaine;  «  ce  se- 
rait, dit  Mor  Duchesne  ' ,  en  petit  une  disposition  analogue 
à  celle  du  cantharus  de  Saint-Pierre  de  Rome,  et  dont  il 
nous  reste  quelques  descriptions  et  même  un  dessin  2.  » 

Sur  la  tranche  on  lit  cette  inscription  fréquente  en 
Afrique  (fig.  146)  : 

GLORIA  IN   EX(ce!sis  Deo) 

XXIV.  Autel.  —  On  employait  en  Afrique  les  autels 
en  bois  et  les  autels  en  pierre.  11  ne  reste  sur  les  pre- 
miers que   le  témoignage  des  auteurs  contemporains3, 

endant  on  a  trouvé  dans  la  basilique  de  Tébessa  le 
cadre  de  pierre  qui  portait  l'autel  en  bois.  Dans  un 
espace  circonscrit  par  une  clôture  de  dalles,  on  voit,  à 
3m10  de  l'abside,  un  cadre  rectangulaire  affleurant  le 
sol.  Il  mesure  4m20  de  longueur  sur  3m60  de  largeur; 
Formé  de  deux  rangées  juxtaposées  de  pierres  de  taille, 
lesdimensionsdu  champ  sont  2m40  surlm40. D'autres  ves- 
tiges d'autels,  mais  ceux-ci  en  pierre,  ont  été  trouvés  à 
Henchir  cl  Begueur  (voir  plus  haut),  à  Kherba  *,  à  Kherbet 
el  Ousfane 5,  à  Sériana  où  une  dalle  présente  une  ca- 

•  L.  Duchesne,  Cuvette  de  fontaine  et  jambage  d'autel,  dans 
H.  de  la  Blanchère,  Collections  du  musée  Alaouï,  in-4\  Paris, 
1890,  p.  45.  —  «De  Rossi,  Bullettino  di  arch.  crist.,  1881,  pi.  v, 
n.  1  ;  le  Liber  pontiflealis,  édit.  L.  Duchesne,  in-4*,  Paris,  1834, 
t.  i,  p.  266,  note  23.  —  »S.  Optât,  De  schism.  donatist ,  1.  II, 
c.  xxi;  1.  VI,  c.  I,  P.  L.,  t.  xi,  col.  976,  1063;  S.  Augustin, 
Contra  Cresconium,  1.  III,  c.  xlvÎi,  P.  /..,  t.  xlui,  col.  524  ; 


vite  rectangulaire  (0m33  de  :long,  0m22  de  large.  0m035 
de  profondeur)  qui  renfermait  sans  doute  un  reliquaire 
et  que  surmontait  la  table  d'autel  en  bois  ;  à  El  Touel, 


;■/'    a-'-'"""0-:.-.  '\\  •; 

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—  Vasque  servant  aux  ablutions. 
D'après  R.  de  la  Blanchère,  Collections  du  musée  Alaouï, 
pi.  m,  n.  -J,  3. 

au  sud  de  Biskra,  l'autel  était  construit  en  galets  6,  au 
centre  de  la  maçonnerie  se  trouvait  un  bloc  de  travertin 
(0m87  +  0m53)  creusé  en  auge  et  contenant  des  re- 
liques dans  un  vase  d'argile;  à  Zoui,  dans  la  région  de 
Kenchela,  on  a  trouvé  dans  la  basilique  une  large  dalle 
percée  à  son  centre  d'une  ouverture  carrée,  à  côl 
cette  dalle  on  a  déterré  une  inscription  perlant  la  li-!i 
des  noms  des  saints  dont  l'autel  contenait  quelques  re- 
liques1. 

Nous  pourrions  citer  bien  d'autres  exemples.  La  table 
de  l'autel  recouvrait  tantôt  un  coffre  contenant  de- 
liques,  comme  à  Aïn  Zirara,  à  Biar  Haddada,  à  Guelma. 
à  Sériana,  a  Kl  Toual,  à  Sétif,  à  Sidi  Ferruch  ;  tantôt  des 
coffres  contenant  des  reliques,  c'est  le  cas  à  Lambèse.  à 
Tipasa,  dans  la  basilique  de  Sainte-Salsa  et  dans  la 
chapelle  d'Alexandre:  a  Gouéa,  à  Henchir  el  Hammam, 
à  Mrakhib  Thala,  à  Orléansville. 

Une  particularité  assez  notable  que  nous  rencontrons 
plusieurs  fois  en  Afrique,  c'est  l'emplacement  de  l'autel 

Epist.,  ci.xxxv.  n.  27,  P.  I...  t.  xxxiii.  col.  805;  Collât.  Carthag. 
anno  4ii  habita.  P.  L.,  t.  xi,  col.  1316.  —  *De  Rossi.  Lacap- 
sella  argenlea  a/ricana,  in-fol.,  Roma,  1889,  p.  30.  —  i Graille* 
et  S.  Gsell,  dans  les  Mélang.  cTarch.  et  dhitt..  1894.  t.  xiv, 
p.  571-574;  S.  Gsell,  Monum.  antiq.  de  FAIgérie,  in-8\  Paris, 
1901,  t.  n,  p.  247.  —  «S.  Gsell,  op.  cit.,  t.  n,  p.  338.  —  ''Corp. 
inscr.  lat.,  L  vin,  n.  17653. 


709 


AFRIQUE   (ARCHÉOLOGIE   DE   L') 


710 


dans  les  basiliques.  A  Thelepte,  il  existe  trois  églises 
jans  lesquelles  l'autel  se  trouvait  à  quelques  mètres  en 
avant  de  l'abside  '  :à  5  mètres  dans  la  \™  (36  mètres 
de  longueur),  à  2ra60  dans  la  2e  (18  mètres  de  lon- 
gueur), à  2  mètres  dans  la  3e  (25  mètres  de  longueur). 

Dans  la  grande  basilique  de  Carthage  (Damous-el- 
Karita)  l'autel  se  trouve  presque  au  milieu  de  l'édifice  à 
24  mètres  en  avant  de  l'abside  2.  Disposition  semblable 
probablement  à  Sertei  3,  où  l'autel  est  à  8  ou  9  mètres 
en  avant  de  l'abside.  Dans  la  chapelle  d'Alexandre  à 
Tipasa,  l'autel  ne  se  trouvait  pas  dans  l'abside,  mais 
i  l'opposé  sur  un  bêma  ou  estrade,  adossé  au  mur  du 
bas  de  l'église  et  qui,  à  cause  de  son  élévation,  était 
désigné,  dans  l'inscription  dédicatoire,  par  le  mot  :  cul- 
mina*. 

A  Tigzirt,  au  contraire,  l'autel  était  au  milieu  de  l'ab- 
side 5  ;  à  Aguemmoum-Oubekkar  (Kabylie),  à  l'entrée  de 
l'abside  tréflée  6. 

On  voit  que  l'usage  était  plutôt  favorable  à  l'isolement 
de  l'autel  ainsi  que  l'insinue  cette  parole  de  saint  Au- 
gustin :  Mensa  Christi  est  Ma  in  medio  constituta  1. 
Voir  Autel. 

Une  pierre  trouvée  dans  l'amphithéâtre  de  Carthage, 
marquée  d'une  croix  et  présentant  un  godet  circulaire 
de  0ra08  de  diamètre,  parait  bien  être  une  pierre  d'autel 
improvisé 8.  A  Ouled-Aglatt  (aujourd'hui  Lecourbe),  à 
2  kilomètres  de  la  route  qui  relie  Tazmalt  à  Bou-Sada, 
se  trouvent  les  ruines  d'une  ville  romaine  ayant  possédé 
une  basilique  chrétienne  sans  grand  intérêt.  Dans 
l'abside  cependant  se  voient  deux  dalles  perpendiculai- 
rement dressées  sur  le  sol  et  qui  supportent  une  autre 
dalle  de  grès  jaune,  placée  horizontalement  ;  c'est  l'antique 
autel  9.  A  Zana,  l'ancienne  Diana  Veteranorum,  «  ville 
la  plus  forte  de  la  contrée,  »  dit  Moula  Ahmed  10,  on 
trouve,  derrière  le  fortin  bâti  autour  de  l'arc  de  triomphe, 
une  église  en  forme  de  basilique  dont  l'autel  porte  une 
croix  inonogrammatique  ". 

Nous  reproduisons  ici  un  précieux  monument 
d'Afrique  provenant  de  la  basilique  de  Henchir-el- 
Begueur,  région  de  Tebessa  :  une  table  de  pierre  carrée 
ayant  servi  d'autel  et  portant  au  centre  une  cavité  qui 
n'est  autre  que  le  loculus  des  reliques.  Sur  la  tranche 
de  cette  table  se  lit  cette  inscription  : 

MEMORIA 
VACTIMO 
NTANI 

Ce  saint  Montanus  est  le  célèbre  martyr  dont  nous 
possédons  les  Actes,  qui  mourut  à  Carthage  en  259 12. 

La  table  mesure  un  mètre  sur  chacun  de  ses  côtés, 
elle  a  0m24  d'épaisseur.  Le  loculus  cylindrique  a  0m09 
de  profondeur  et  0m25  de  diamètre,  son  couvercle  carré 
n'a  pas  été  retrouvé  (fig.  147). 

La  découverte  de  la  petite  basilique  de  Aïn-Zirara  (à 
8  kilomètres  dAïn-Beida,  en  Numidie,  entre  Tébessa  et 

*  Pedoya,  Lavoignat  et  de  Pouydraguin,  dans  le  Bull,  archéol. 
du  Comité  des  trav.  hist.,  1885,  p.  142,  148-149;  1S88,  p.  178. 
Même  fait  à  El-Toual,  au  sud  de  Biskra,  cf.  Massie,  dans  le  Rec. 
de  la  Soc.  arch.  de  la  prov.  de  Constantine,  1882,  t.  xxil,  p.  4C9. 
—  -  A.-L.  Delattre,  dans  le  Bec.  de  la  Soc.  arch..  de  la  prov.  de 
Constantine,  1890-1891,  t.  xxvi,  p.  186,  pi.  —  3  S.  Gsell,  La 
basilique  de  Sertei,  dans  les  Mélanges  G  -B.  De  Bossi,  in-8% 
Paris,  1892,  p.  353,  et  Recherches  arch.  en  Algérie,  in-8%  Paris, 
1893.  p.  29.  —  *  J.-B.  Saint-Gérand,  La  basilique  de  Tipasa,  dans 
le  Bull.  arch.  du  Comité  des  trav.  hist.,  1892,  p.  475-477; 
L.  Duchesne,  dans  les  Comptes  rendus  de  l'Acad.  des  inscr., 
1892,  p.  80  sq.  —  5  S.  Gsell,  Becherches  arch.  en  Algérie,  p.  28, 
note  1.  —  °C.  de  Vigncral,  Ruines  romaines  de  l'Algérie;  Ka- 
bylie du  Djurdura,  in-8%  Paris,  1868,  p.  89,  et  pi.  xiv,  fig.  1.  — 
'S.  Augustin,  Serin.,  cxxxn,  c.  I,  P.  t.,  t.  xxxvm,  col.  735.  — 
•A.  Delattre,  rouilles  de  l'amphithéâtre  de  Carthage  (1896-1897), 
dans  les  Mém.  de  la  Soc.  des  antiq.  de  France,  1896,  p.  187. 
Voyez  encore  une  pierredans  laquelle  on  a  creusé  sept  cavités.  Ca- 


Constantine)  a  permis  d'éclairer  plusieurs  points  concer- 
nant l'aménagement  de  l'autel  des  basiliques.  Une  fouille 
opérée  à  l'angle  septentrional  de  l'édifice  fit  découvrir 
à  lm50  de  profondeur  une  pierre  rectangulaire  mesu- 


147.  —  Table-autel  à  Henchir-el-Begueur. 

D'après  le  Bulletin  de  la  Société  des  antiquaires  de  France, 

1880,  p.  270. 

rant  f>38  de  long  sur  0m32  de  large  et  O20  de  hau- 
teur. Une  cavité  ovale  avait  été  pratiquée  au  centre  de 
la/ace  supérieure  de  la  pierre,  elle  mesurait  0m30  sur 
0m15  et  on  y  avait  déposé  un  coffret  d'argent  de  forme 
ovale  qui  avait  dû,  à  en  juger  par  les  débris  accumulés 
dans  la  cavité,  être  enfermé  dans  une  boite  en  bois 
munie  de  deux  charnières  d'argent  et  d'un  crochet  de 
même  métal,  servant  d'étui  à  la  cassette  13  (fig.  148). 

«  L'orifice  de  la  cavité  et  presque  toute  la  surface  de 
la  pierre  étaient  recouverts  par  une  dalle  en  pierre  de  peu 
d'épaisseur.  Au-dessus  de  cette  dalle  était  construit,  se- 
lon les  dimensions  de  la  pierre  rectangulaire,  comme 
un  tombeau  dont  les  quatre  faces  étaient  formées  par 
quatre  autres  dalles  jointes  et  placées  debout^.  »  La  dé- 
couverte des  petits  pilastres  du  cancel  (hermulse) "  à 

gnat,  dans  les  Archivez  des  miss,  scientif.,  1885,  p.  17,  n.  20.  — 

9  A.  Milhavet.  Note  sur  les  ruines  du  village  de  Lecourbe,  dans 
le  Bull.  arch.  du  Comité  des  trav.  hist.,  1898,  p.  360  sq.  — 

10  Ragot,  dans  le  Rec.  de  la  Soc.  arch.  de  la  prov.  de  Constan- 
tine, 1873-1874,  p.  226.  —  »  Ch.  Diehl,  dans  Nouvelles  archives 
des  missions  scientif.,  1893,  t.  iv,  p.  302,  fig.  —  «-De  Bosiedon, 
dans  les  Mém.  de  la  Soc.  arch.  de  la  prov.  de  Constantine.  t  m, 
p.  22  ;  De  Rossi,  Bull,  di  arch.  crist.,  1880,  p.  74,  pi.  iv  ;  Héron  de 
Villeiosse,  dans  le  Bull,  de  la  Soc.  des  antiq.  de  France,  18S0, 
p.  270  sq.  ;  Corpus  inscr.  lat.,  t.  vm,  n.  10665,  17607;  la  lecture 
Vacti  Montini  ne  fait  plus  de  difficulté,  il  faut  lire  Sancti.  (.1  De 
P.ossi,  loc.  cit.  —  13De  P.ossi,  Lacapsella  argentea,  in-lol.,  Rorna, 
1S89,  36  p.  et  III  pi.,  traduct.  J.  de  Laurière,  La  capsella  d'argent 
africaine,  dansle  Bull,  monumental,  1889,  p.  315-397.Ct.  De  Rossi, 
Bull,  di  arch.  crist.,  1887,  p.  118-129.  —  '*  De  Rossi,  op.  cil.,  p.  10, 
êitant  une  description  de  visu  de  M«'  Toulotte.  —  ,5De  Rossi, 
Roma  sotterr.,  in-fol.,  Roma,  1877,  t.  ni,  p.  439;  H.  Holtzinger, 
Kunsthistorische  Studien,  in-8%  Tubiugen,  1886,  p.  43  sq. 


741 


AFRIQUE    (ARCHÉOLOGIE   DE   L') 


712 


l'endroit  où  se  trouvaient  l'abside  et  le  loculus  des  reliques 
invite  à  croire  que  la  cassette  aux  reliques  a  été  trouvée 
dans  le  bêma  (chœur)  et  le  sanctuaire,  c'est-à-dire  à 


tanie  Césaréenne.  C'est  une  table  d'autel  en  pierre  cal- 
caire mesurant  1»25  de  largeur,  lm12  sur  les  petits' 
côtés,  0m15  d'épaisseur.  Elle   porte  une   bordure   d'un 


148.  —  La  capsella  argcntea  africana.  D'apiès  une  pliotograpnie. 


l'emplacement  môme  de  l'autel.  Les  dimensions  de  la 
cassette  sont  :  0»16  de  longueur,  0m08  de  largeur, 
0m10  de  hauteur,  avec  le  couvercle.  Le  petit  coffre  formé 
de  quatre  dalles  placées  verticalement  en  carré  était 
donc  superposé  à  la  cassette  contenant  les  reliques; 
c'est  dans  ce  coffre  que  les  fidèles  déposaient  les  linges 
(braiidra)  et  autres  objets  de  dévotion  qu'ils  voulaient 
faire  toucher  au  sépulcre  vénéré  (fig.  149).  «  Pour  ce 
rite,  dit  De  Rossi,  était  appropriée  la  petite  fenêtre  ouverte 
sur  la  face  ou  dans  le  soubassement  de  l'autel,  et  qui 
permettait  de  plonger  le  regard  et  le  bras  dans  la  ca- 
taracta,  ou  simplement  dans  le  vide  qui  séparait  le  sé- 
pulcre inférieur  de  la  table  supérieure  '.  »  Il  est  possible 
cependant  que  le  coffre  en  question  ait  servi  à  abriter 
des  reliques,  peut-être  celles  quYnumérait  une  inscrip- 
tion dont  on  a  trouvé  les  débris  vers  le  milieu  de  la 
basilique  ■. 

A  ces  quelques  monuments  nous  ajouterons  celui  qui 
fut  découvert  entre  Oppidum  et  Tigaras  dans  la  Mauré- 

'  De  Rossi,  La  capsella,  p.  10;  Iloma  solterr.,  t.  m,  p.  425  sq.  ; 
Bull,  di  arch.  crist.,  18S7,  p.  102  sq.  ;  G.  Rohault  de  Fleury,  La 
messe,  in-4",  Paris,  1883,  t.  i,  pi.  xxvi  sq.  «  Un  authentique  de 
plomb  a  été  décuuvert  en  Mauritanie  Sétifienne  dans  une  cassette 
de  terre  cuite,  renfermée  de  la  môme  manière  que  notre  cap- 
pella d'argant,  sous  une  pierre  carrée  (table  d'autel).  >  De  Rossi, 


relief  peu  marqué  et  près  des  deux  bords  des  grands- 
côtés  on  lit •  : 


POSTVLATTIBVS  A  CREATURE  DEO  ET  £   ME 
MOR1A  SArCTORVM  PETRI   ET    PAVLI  DESIDE 
R#E  ONESTA    AARE  CVM   GRATIA 


PL"RONIANVS  CASS1VS  ET  PATRÎCIVS  CVM   SVIS 
IN  HOC  TABERNACVLO  PRO  SVA  PRECE  POSVERVNT 


Postulaiitibus  bénéficia  a  créature  Dca  cl    Cliristo 

La  capsella,  p.  10.  Cf.  Poulie,  dans  le  liée,  de  la  Soc.  arch.  de 
la  prov.  de  Constantme,  1873-74,  t  xvi,  p.  411  ;  Corp.  inscr. 
lat.,  t.  vin,  n.  8731.  —  «De  Rossi,  La  capsella,  p.  15,  pi.  m  ;  Rous- 
set,  dans  le  Bull,  de  corresp.  africaine,  1884,  p.  315;  Ephem. 
epigr.,  t.  vu,  n.  334;  Corp.  inscr.  lat.,  t.  vm,  n.  17746.  —  '  D» 
Rossi,  La  capiella  argentea  africana,  in-fol.,  Roma,  1889,  p.  30. 


713 


AFRIQUE    (ARCHÉOLOGIE   DE   V) 


714 


memoria(m)  sanctoritm  Pétri  et  Pauli  desiderante 
(H)onesta  mettre  cum  Gratia  sorore  ?  Petronianus, 
Cassius  et  Putricius  in  hoc  tabernaculo  pro  sua  prece 
posuerunt. 

«  Dans  le  milieu  de  la  table,  écrit  De  Rossi,  il  n'y  a  pas 
de  creux  pour  y  déposer  la  memoria  sanctorum  Pétri 


■>* 


fit 


;.v 


149.  —  Cassette  à  reliques  et  coûi'et  à  brandea. 
D'après  De  Rossi,  La  capsella  argenlea  africana,  pi.  m,  n.  8. 

et  Pauli,  qui  doit  avoir  été  mise  ou  dans  un  loculus 
dans  le  support  de  l'autel,  ou  sous  son  sol,  dans  un 
petit  sépulcre,  comme  celui  de  la  capsella  d'Aïn  Zirara. 
Sur  la  face  du  support,  ou  sur  la  face  de  l'autel,  doit 
avoir  été  pratiquée  la  fenestella  confessionis  '.  Le  tout 


'III  -IH^USrj;   y/A^'SSM$JlZ~n 


150.  —  Fenestella  d'Aïn-Fakroum. 
D'après  l'original.  Musée  du  Louvre. 

était  couvert  par  le  tabernacle,  entouré  de  colonnes,  et 
peut-être  les  entre-colonnernents  étaient-ils  garnis  de 
transennes 2.   L'épigraphe,    exemple  nouveau   du    fait, 

4  o  On  voit  des  exemples  remarquables  de  loculi  et  de  leurs 
fenestellse  dans  des  supports  d'autels,  dans  E.  Rohault  de 
Fleury,  La  messe,  in-4°,  Paris,  1883,  pi.  xxvm  sq.  (cf.  Bull,  di 
arch.  crist.,  1877,  p.  99  sq.  ;  1878,  p.  37  sq.);  H.  Holtzinger, 
Handbuch  der  altchristlichen  Architektur,  in-8*,  Stuttgart, 
1889,  p.  130  sq.  Cf.  Pulgher,  Relazione  di  scavi  net  duomo  di 
Pola,  dans  Atti  delta  Soc.  Istriana  di  arch.,  1884,  pi.  XII. 
Pour  les  fenestellse  à  la  place  de  l'autel  et  du  loculus  des  reliques 
sous  sa  base,  cf.  Nesbitt,  On  the  churches  at  Roma  earlier 
than  H50,  dans  Archseologia,  t.  xl,  p.  157  sq.  ;  R.  Garrucci, 
Storia  delV  arte  cristiana,  in-fol.,  Prato,  1872  sq.,  pi.  413; 
Holtzinger,  op.  cit.,  p.  122  sq.  »  De  Rossi,  La  capsella,  p.  31, 
notel.  Pour  l'Afrique  citons  Rénian,  cf.  S.  Gsell,  Monum.  antiq. 
de  l'A  tgérie.  —  *  Cf.  la  représentation  exacte  de  semblables  ta- 
bernacles entourés  de  transennse,  dans  Bull,  di  arch.  crist , 
1869,  p.  49,  et  la  fenestella  confessionis  du  tombeau  de  la  mar- 
tyre donatiste  d'Alamiliaria,  Robba,  G.  Roissier,  dans  les  Comptes 


nomme  tabernaculum  l'ensemble  du  monument  dans 
lequel  [fut  déposée]  la  memoria  des  apôtres.  Un  curieux 
spécimen  d'une  très  petite  fenestella  à  deux  baies, 
adaptée  à  la  façade  du  petit  loculus  d'une  capsella,  a  été 
découvert  en  Numidie,  à  Aïn-Fakroum  (fig.  150),  entre 
Constantine  et  Ain  Beida3.  La  double  arcade  est  percée 
à  jour,  alin  que  l'on  pût  y  introduire  les  mains  et  dépo- 
ser les  linges  dans  le  vide  au-dessus  du  loculus  de  la 
capsella.  Signalons-en  une  autre  à  Satafis  dans  une  ba- 
silique chrétienne'*  (fiç.  151).  La  paléographie  de  l'épi- 


151  .  —  Fenestella  de  Satafis. 

D'après  les  Mélanges  d'archéologie  et  d'histoire  de  l'École 

de  Rome,  1895,  t.  xv,  p.  41,  fig.  3. 

graphe  est  du  vie  siècle5.  »  Ajoutons  que  la  memoria 
il'un  autel  pouvait  être  transférée  dans  un  autre  autel 
comme  nous  l'apprend  une  inscription  de  Calama 
(Guelma)  : 

+  HIC 

MEMORIA 

PRISTINI 

ALTARIS  +6 

La  place  des  reliques  dans  l'autel,  le  loculus  ou 
«  tombeau  »  était  variable.  A  Henchir  el  Begueur  et  à 
Zaoui  le  loculus  est  creusé  dans  la  table  de  l'autel; 
ailleurs,  l'autel  repose  sur  le  coffre  contenant  les  re- 
liques (voir  col .  708)  ;  ailleurs  encore,  à  Chabet  Medabouah 
par  exemple,  le  loculus  parait  avoir  été  ménagé  dans  le 
pied  de  l'autel 7.  Il  n'est  pas  rare  de  trouver  une  inscrip- 
tion donnant  le  détail  des  reliques  contenues  dans  le  lo- 
culus; tantôt  cette  inscription  se  lit  sur  la  table  même8, 
tantôt  sur  le  pied  9,  tantôt  sur  un  jambage  ou  sur  une 

rendus  de  l'Acad.  des  inscr.,  1899,  p.  276  sq.  —  »  Cette  pierre  a 
été  décrite  par  Poulie  dans  le  Rec.  de  la  Soc.  arch.  de  la  prov. 
de  Constantine,  1888-89,  t.  xxv,  p.  413;  elle  est  aujourd'hui  au 
musée  du  Louvre,  et  mesure  en  largeur  0-215,  en  hauteur 
0-215,  en  épaisseur  0-OQb  ;  en  hauteur  des  baies  sous  les  arcs  : 
0-105,  en  largeur  0"06.  Cf.  Corp.  inscr.  lat.,  t.  vin,  n.  18742.  — 
4 S.  Gsell,  Satafis  (Perigotville)  et  Thamalla  (Tocqueville),  dans 
les  Mélang.  d'arch.  et  d'hist.,  1895,  t.  xv,  p.  41,  flg.  3.  —  5De 
Rossi,  La  capsella,  p.  30.  —  *  Reboud,  dans  le  Rec.  de  la  Soc. 
arch.  de  la  prov.  de  Constantine,  t.  xxn,  p.  48;  R.  Cagnat,  In- 
script, inédites  d'Afrique  extraites  des  papiers  de  Léon  Renier, 
dans  le  Bull,  archéol.  du  Comité  des  trav.  hist.,  1887,  p.  105;  De 
Rossi,  La  capsella,  p.  32.  —  '  Sergent,  dans  le  Rec.  de  la  Soc.  de 
la  prov.  de  Constantine,  1879-1880,  t.  xx,  p.  79;  De  Rossi,  La 
capsella  argent,  afric,  p.  30;  Corp.  inscr.  lat.,  t.  vm,  n.  19414; 
S.  Gsell,  Monum.  antiq.  de  l'Algérie,  t.  il,  p.  189.  —  'Corp. 
inscr.  lat.,  t.  vm,  n.  10665, 17607.  —  9  Ibid.,  t.  vm,  n.  19414. 


715 


AFRIQUE   (ARCHÉOLOGIE   DE   L') 


716 


pierre  placée  à  peu  de  distance1.  Une  pierre  trouvée  à 
Guelma  mentionne  non  seulement  les  reliques,  mais 
encore  la  nappe  qui  recouvrait  l'autel  : 

+  SVB  HEC  SACRO 
SCÔ  BELAMINE  ALTA 
RIS  SVNT  MEMORIAE 


SCOR  MASSAE  CANDI 
DAE  SCI  HESIDORI 

PVERORV 

ROMANI 


SCOR  TRIV 

SCI  MARTINI  SCl 


XXV.  Mosaïques.  —  L'art  de  la  mosaïque  a  pris  en 
Afrique  un  immense  développement  et  un  très  grand 
nombre  d'échantillons  de  ses  produits  nous  sont  parve- 
nus. «  La  mosaïque  romaine  d'Afrique  se  transtorme 
constamment  du  i«  siècle  de  notre  ère  au  vie,  suivant 
une  loi  qu'on  peut  énoncer  ainsi  :  elle  va  du  réalisme 
au  symbolisme,  du  concret  à  l'abstrait,  du  décor  vivant 
au  décor  géométrique  3.  »  Ce  qui  revient  à  dire  que  «  les 
mosaïstes,  qui  étaient  d'abord  presque  des  artistes,  sont 
devenus  de  plus  en  plus  de  simples  manœuvres,  fort 
indifférents  à  l'étude  de  la  nature,  et  que,  sachant  de 
moins  en  moins  dessiner,  ils  ont  été  amenés  à  éviter 
de  plus  en  plus  les  représentations  de  personnages  et 
le  décor  vivant,  pour  taire  dans  leurs  œuvres  une  place 
toujours  grandissante  à  des  motifs  ornementaux  d'une 
exécution  facile  »  *. 

L'école  des  mosaïstes  de  Sousse  eut  une  période  très 
florissante  et  beaucoup  de  ses  ouvrages  sont  aujourd'hui 
sous  nos  yeux &,  par  exemple  la  villa  de  Sorothus6,  le 
Virgile  entre  les  muses  Clio  et  Melpomène  "'.  Mais  nous 
ne  pouvons  entreprendre  ici  sur  le  domaine  de  l'anti- 
quité profane;  les  mosaïques  chrétiennes  d'ailleurs  ne 
font  pas  défaut.  Les  fouilles  exécutées  à  Tbabraca 
(aujourd'hui  Tabarka)  en  1890  ont  amené  au  jour  un 
grand  nombre  de  tombes  chrétiennes  à  couvercles  re- 
vêtus de  mosaïques8,  conservées  au  musée  du  Bardo,  à 
Tunis.  Les  sujets  représentés  se  ramènent  à  trois  types 
principaux  :  1°  l'orant  entre  deux  flambeaux  allumés; 
2°  le  calice  où  se  désaltèrent  paons  et  colombes;  3°  les 
animaux  divers,  oiseaux,  agneaux,  poissons  parmi  les 
fleurs  accompagnant  parfois  le  défunt  représenté  dans 
l'attitude  de  la  prière9.  Ces  mosaïques  sont  tout  à  fait 
médiocres  et  ne  peuvent  être  datées  plus  haut  que  le 
v«  siècle,   cependant  l'exactitude  avec  laquelle  les  dé- 

1  Aïoum  Berichl,  Corp.  inscr.  lat.,t.  viu.n.  18656,  cf.  Bull.arch. 
du  Comité  des  trav.  hist.,  1896,  p.  234,  n.  40;  Kherbet  Ma  et 
Abiod,  cf.  Cagnat,  dans  le  Bull.  arch.  du  Comité  des  trav.  hist.; 

1895,  p.  319  ;  Mechta  el  Bir,  ci.  De  Rossi,  Bull,  di  arch.  crist.,  1878. 
p.  25  ;  Meslong,  cf.  S.  Gscll,  dans  le  Bull.  arch.  du  Comité  des  trav. 
hist.,  1899,  p.  454  sq.  ;  Rouffach,  cf.  De  Rossi,  Bull,  di  arch.  crist-, 
1875,  p.  163-167, 177;  1876,  p.  59-63,  pi.  m,  fig.  2;  Corp.  inscr.  lat., 
t.  vin,  n.  6700, 19353;  S.  Gsell,  loc.  cit.,  1899,  p.  452  sq.  ;  Sétif, 
ci.  Corp.  inscr.  lat..  t.  vin,  n.  8630, 8632;  De  Rossi,  La  capsella. 
p.  16;  Zoui,  Corp.  inscr.  lat.,  t.  vin,  n.  17653.  —  «De  Rossi,  Bull, 
di  arch.  crist.,  1894,  p.  39.  —  3P.  Gauckler,  dans  l'Association 
française  pour  l'avancement  des  sciences,  Tunis,  1896,  t.  i, 
p.  278,  et  dans  la  revue  A  travers  le  monde,  1896,  p.  329-332,  fig. 
—  *S.  Gsell,  dans  les  Mélanges  d'arch.  et  d'hist.,  1898,  t.  xvm, 
p.  94-95.  —  "Hannezo,  dans  l'Assoc.  franc,  pour  l'av.  des  sciences, 
Tunis,  1896,  t.  n.  p.  816;  R.  de  la  Blanchère,  dans  le  Bull,  ar- 
chcol.  du  Comité  des  trav.  hist.,  1888,  pi.  vi,  et  H.  de  Villelosse, 
Mosaïques  récemment  découvertes  en  Afrique,  dans  le  Bull, 
des  antiq.  afric,  1887,  p.  373  sq.  —  "R.  de  la  Blanchère,  dans 
les  Collections  du  musée  Alaouï,  in-4*,  Paris,  1890,  p.  16  sq.  — 
'P.  Gauckler,  dans  les  Comptes  rendus  de  l'Acad.  des  inscr., 

1896,  p.  578,  et  Mosaïques  trouvées  par  le  capitaine  Dupont 
dans  les  travaux  de  construction  du  nouvel  arsenal  de  Sousse, 
dans  la  Revue  archéologique,  1897,  t  il,  p.  8-22,  pi.  ix-xii;  Fon- 
dation Eugène  Piot  :  Monuments  Piot,  in-4*,  Paris,  1897.  t.  rv  : 
Le  domaine  des  Laberii  à  Uthina,  p.  177-219,  233-246,  pi.  xx. 
11  iaut  citer  encore  la  belle  mosaïque  des  cinq  esclaves  triclinarii 


tails  du  costume  sont  rendus  ne  laisse  pas  d'avoir  son 
intérêt. 
Sousse,  Tbabraca  et  Oudna  ont  fourni  les  plus  riches- 


152.  —  Tombe  en  mosaïque  de  Dardanius. 

D'après  de  la  Blanchère,  Tombes  en  mosaïque  de  lhabraca, 

pi.  I,  n.  1. 

séries  de  mosaïques  ,0.  Les  mosaïques  de  Thabraca  pro- 
viennent de  deux  cimetières  peu  éloignés  de  la  basi- 

trouvée  à  Carthage.  S.  Reinach,  dans  le  Bull.  arch.  du  Comité 
des  trav.  hist.,  1889,  p.  356  sq.,  pi.  ix.  —  *Ce  mode  de  sarco- 
phages est  fréquent  en  Afrique.  Cf.,  à  Carthage  :  Corp.  inscr.  lat  , 
t.  vin,  n.  13418, 13462,  13543.  13743,  13751,  13786,  13813.  14129. 
14144,  14168,14171,  14175,14184,  14185,14214,  14222,  14227,  14229, 
14235, 14251  ;  G.  Rohault  de  Fleury.  La  messe,  in-8%  Paris,  1883. 
t  IV,  p.  68,  pi.  cclxxv  ;  à  Utique  :  Corp.  inscr.  lat.,  L  vin, 
n.  14326  ;  Robault  de  Fleury,  loc.  cit.  ;  à  Sousse  :  Corp.  inscr. 
lat..  t.  vin,  n.  11149;  à  Lamta  :  ibid.,  n.  11117  sq.  :  à  Hanschir- 
Bcni-Hassen  :  ibid.,  n.  11134;  à  Sta*  :  ibid-,  n.  11077  sq.  ;  à  Tha- 
braca :  ibid..  n.  17385  sq.,  Comptes  rendus  de  l'Acad.  des  inscr. r 
1890,  p.  129,  330;  à  Constantine  :  Corp.  inscr.  lat..  t.  vin,  p.  620, 
n.  e;  à  Tébessa,  Corp.  inscr.  lat.,  n.  2009-2013;  à  Sétil  :  Compte» 
rendus  de  l'acad.  d'Hippone,  t.  xxm,  1888. p.  lxix,  n.  xxn  ;  Reç. 
de  la  Soc.  arch.  de  la  prov.  de  Constantine,  1890-1891.  t.  xxvi, 
p.  358;  à  Sertei  :  Bull.  arch.  du  Comité  des  trav.  hist.,  1888, 
p.  428,  434,  pi.  xin  ;  à  Orléansville  :  Corpus  inscriptionum 
latinarum,  t.  vin,  n.  9709,  9713;  à  Tenès  :  Ibid.,  n.  9963,  9694. 
—  »R.  de  la  Blanchère,  Tombes  en  mosàique  de  Thabraca, 
in-8',  Paris,  1897,  p.  1-18.  Pour  les  mosaïques  de  la  chapelle  de 
Cherchel,  près  de  la  porte  de  Tenès,  cf.  Waille  et  Chipiez,  dans  la 
Revue  de  Vart  ancien  et  moderne,  1897,  1. 1,  p.  343-346;  J.  Tou- 
tain,  Fouilles  et  explorations  à  Tabarka  et  aux  environs,  dan» 
le  Bull.  arch.  du  Comité  des  trav.  hist.,  1892,  p.  193  sq.  —  «"R. 
de  la  Blanchère  et  P.  Gauckler,  Catalogue  des  musées  et  collée- 
tions  archéologiques  de  l'Algérie  etdela  Tunisie,  Musée  Alaoui  ■ 
in-8*,  Paris,  1879. 


717 


AFRIQIUE   (ARCHEOLOGIE   DE   L*) 


718 


lique  chrétienne  *,  elles  sont  l'œuvre  d'ouvriers  de  pro- 
vince et,  à  ce  titre,  elles  présentent  un  intérêt  particu- 
lier, «  travail  courant  et  ordinaire,  sans  prétention  au 
grand  art,  et  auquel  on  tenait  assez  peu  pour  ne  pas 
craindre,  d'abord  de  le  laisser  exposé  aux  intempéries, 
ensuite  de  le  cacher,  de  le  salir,  de  le  ruiner2.  »   Le 


153.  —  Tombe  en  mosaïque  de  Haostina. 

D'après  de  la  Blanchère,  Tombes  en  mosaïque  de  Thabraca, 

pi.  I,  n.  6. 

musée  du  Bardo  à  Carthage  «  possède  encore  une 
douzaine  d'autres  mosaïques  extraites  de  divers  cimetières, 
particulièrement  de  celui  de  Taparura  (Sfax)  3,  de  celui 
de  Leptiminus  (Lamta)4,  de  celui  de  Thélepte  (Fé- 
riana)5.  La  série  que  ces  pièces  forment  avec  nos 
tombes  de  Thabraca  conduit  sûrement  depuis  le  premier 
âge  chrétien  jusqu'aux  derniers  temps  de  la  domination 
byzantine  »  6. 

La  technique  sera  étudiée  ailleurs  (voir  Mosaïques), 
nous  ne  relèverons  ici  que  ce  qui  a  trait  aux  particularités 
locales.  La  facture  des  différentes  pièces  accuse  une 
décadence  croissante;  à  Lamta,  on  avait  conservé  les 
solides  traditions  de    dessin  de  l'école  d'Hadrumète 7, 


1  R.  de  la  Blanchère,  Tombes  en  mosaïques  de  Thabraca, 
1897,  p.  3  sq.  —  «  Ibid.,  p.  5.  —  3R.  de  la  Blanchère,  Catalogue 
iu  musée  Alaouï,  n.  29-32.  —  *  Ibid.,  n.  33-38.  —  *  Ibid.,  s.  28. 


traditions  q»i  ne  se  retrouvent  plus,  même  dans  les 
meilleurs  morceaux  de  Thabraca,  ceux  du  petit  enclos 
voisin  de  la  basilique,  lequel  offre  des  tombes  entière- 
ment décorées,  tandis  que  ceux  du  second  cimetière 
sont  absolument  barbares  et  ne  recouvrent  plus  qu'une 
partie  de  la  tombe. 

Les  mosaïques  de  l'enclos  ont  encore  le  décor  vivant, 
on  y  voit  l'orant  debout,  entre  deux  flambeaux  allumés 
et  quelques  ornements  variés  :  monogramme,  couronne, 
colombes,  c'est  l'ancienne  tradition  des  tombes  mosaï- 
ques de  Sfax;  dans  le  second  cimetière,  on  ne  rencontre 
plus  guère   que  le  décor  géométrique  et  non  vivant, 


154.  —  ïumbe  en  mosaïque  de  Lollianus. 

D'après  de  la  Blanchère,  Tombes  en  mosaïque  de  Thabraca, 

pi.  H,  n.  12. 

l'orant  est  remplacé  par  le  calice  où  s'abreuvent  des 
paons,  des  colombes.  Enfin,  un  groupe  assez  important 
emploie  exclusivement  la  flore  et  la  faune  combinées 
avec  les  symboles  chrétiens  d'une  façon  tsop  malhabile 
pour  être  encore  agréable.  On  observe  aussi,  à  mesure 
que  les  temps  se  rapprochent,  la  disparition  des  flam- 
beaux. La  tombe  de  Dardanius  (fig.  152)  et  celle  de  Lol- 
lianus (fig.  154)  fournissent  le  type  de  deux  périodes 
de  cette  décadence.  Si  grossière  que  soit  l'exécution,  il 
n'est  pas  impossible  que  l'ouvrier  ait  eu  quelque  in- 
tention iconique,  car  il  est  remarquable  que  toutes  les 
physionomies  diffèrent  et  offrent  un  caractère  très 
personnel,   en  outre  le  sexe  et  l'âge    concordent  tou- 

—  «R.  de  la  Blanchère,  Tombes  en  mosaïques  de  Thabraca, 
p.  5.  —  '  R.  de  la  Blanchère,  Co  action  du  musée  Alaouï,  in-4\ 
Pari»,  1890,  p.  31-32. 


719 


AFRIQUE   (ARCHEOLOGIE   DE   L') 


720 


jours   parfaitement   entre   l'épitaphe  et  la  représenta- 
tion. 

Un  point  important  à  signaler  pour  le  symbolisme, 
o  c'est  l'équivalence  voulue  du  grand  cratère  ou  calice  et 
de  l'orant.  Ils  ne  se  trouvent  jamais  ensemble;  ils 
occupent  la  même  place,  au-dessous  de  l'épitaphe  et  du 
chrisme;  les  colombes  se  posent  sur  les  épaules  de  l'un 
comme  sur  les  bords  de  l'autre.  C'est  donc  bien  le  fidèle 
qui,  ici,  comme  dans  beaucoup  d'autres  exemples, 
représente  le  vas  Christi1.  » 


155.  —  Tombeau  en  mosaïque  de  Félix. 

D"après  de  la  Blanchère,  Tombes  en  mosaïque  de  Thabraca, 

pi.  il,  n.  11. 

11  est  presque  impossible  de  rien  dire  de  certain  sur 
l'âge  de  ces  mosaïques;  divers  indices  un  pou  vagues 
indiquent  le  IVe  et  le  Ve  siècle.  La  tombe  de  Dardanius 
(fig.  15'2)  serait  parmi  les  plus  anciennes 2  ;  celle  de  Cas- 
tula,  religieuse  de  l'un  des  deux  monastères  de  Tha- 
braca 3,  est  un  très  précieux  spécimen  de  la  persistance 

*  R.  de  la  Blanchère,  Tombes  en  mosaïque  de  Thabraca, 
p.  7.  Dans  les  Collections  du  musée  Alaouï  on  trouvera,  pi.  vu, 
p.  118.  une  vue  intéressante  de  la  tombe  de  Dardanius  pendant 
les  fouilles.  —  'Le  P.  Delattre  rapporte  au  V*  siècle  la  tombe 
de  Cresconia,  Bull,  des  antiq.  africaines,  1885,  pi.  m,  p.  8 
sq.  ;  ci.  aussi  pi.  iv  ;  Héron  de  Villetosse,  dans  la  Bévue  de 
T 'Afrique  française,  fasc.  32  (1887),  pi.  vi,  1;  Corp.  inscr. 
•at.,  t.  VIII,  n.  17387,  17390.  —  'Victor  de  Vite,  Hist.  persec. 
Vandal.,  1.  I,  c.  x,  P.  L.,  t.  lviii,  col.  194.  —  *  Bull,  épigr. 
<le  la  Gaule,  1883,  t.  i:i,  p.  202;  Bull,  des  antiq.  africaines, 
1.   vu,  1884,  y.  128  sq.  et  pi.  Vil  ;  Tliedenat,  d'après  Rebora, 


du  plus  ancien  symbolisme,  le  navire  et  l'agneau*.  La 
formule  de  l'épitaphe  nous  paraît  avoir  une  importance 
liturgique  assez  considérable  et  il  est  permis  d'espérer 
que  des  fouilles  entreprises  au  pied  de  la  colline  du 
Bordj,  où  cette  tombe  a  été  relevée,  fourniraient  quelques 
indications  sur  le  monastère  que  gouvernait  sa  in  te  Maxime 
vers  le  milieu  du  v°  siècle  et  qui  était  peu  éloigné  du 
monastère  des  hommes  (fig.  157). 
L'épitaphe  de  Pélagius  n'est  pas  moins  ancienne  et 


150.  —  Tombe  en  mosaïque  de  Cresconia. 

D'après  le  Bulletin  des  antiquités  africaines,  1887, 

pi.  VI. 

nous  offre  la  représentation  d'un  évèque  (V)  priant  debout 
dans  la  chaire  épiscopale*. 

La  paléographie  des  inscriptions  mosaïques  est  d'un 
faible  secours  pour  déterminer  l'antiquité  du  travail,  car 
les  lettres  anguleuses  du  style  classique  sont  plus  faciles 
à  reproduire  avec  les  cubes  que  ne  le  seraient  les  formes 


dans  lo  Bull,  de  la  Société  des  antiquaires  de  France,  1883, 
t.  xi.iv,  p.  243;  Héron  de  Villefosso,  dans  la  Revue  de  l'Afrique 
française,  fasc.  32,  1887,  pi.  vm;  Corp.  inscr.  lat.,  t.  vm, 
n.  17380.  —  »  Victor  do  Vite,  Hist.  pers.  Vandal.,  1.  I,  c.  x, 
P.  L.,  t.  i.vm,  col.  195.  A  Tebessa  le  monastère  des  femmes 
et  celui  des  hommes  étaient  également  très  rapprochés.  —  •  Bull, 
épigr.  de  la  Gaule,  1883,  t.  m,  p.  202;  Bull,  des  antiq.  afri- 
caines, 1884,  t.  vu,  pi.  vi,  p.  [28;  Thédenat,  d'après  Rebora, 
loc.  cit.,  1883,  t.  xliv,  p.  2i2;  Biar,  dans  le  Bull,  de  l'acad. 
d'Hippone,  t.  xix,  p.  xxxvi  ;  Héron  de  Villefosse,  loc.  cit., 
pi.  vu;  Corp.  inscr.  lat.,  t.  vm,  n.  17389. 


721 


AFRIQUE   (ARCHEOLOGIE  DE  L') 


722 


tordues  de  l'onciale  et  des  écritures  de  décadence.  La 
langue  et  l'orthographe  n'en  disent  pas  beaucoup  plus, 
nous  retrouverons  toutes  les  confusions  ordinaires  aux 
lapicides  illettrés.  Les  formules  n  apprennent  rien  non 
plus  de  positif.  Le  chrisme  pourrait  fournir  une  indica- 


157.  —  Tombe  en  mosaïque  de  Castula. 
D'après  la  Revue  de  l'Afrique  française,  1887,  pi.  vm. 

tion  précise,  mais  outre  qu'il  a  disparu  dans  les  tombes 
du  second  cimetière,  celles  de  l'enclos  sur  lesquelles 
nous  le  relevons  ne  sont  certainement  pas  contempo- 
raines des  débuts  de  ce  monogramme.  Voir  ACO,  col.  12, 
et  Monogramme.  Les  vêtements  sont  ceux  en  usage  dans 

1  Voyez  Bec.  de  la  Soc.  archéol.  de  la  prov.  de  Constantine, 
1868,  t.  xn,  pi.  i,  n,  m,  iv.  —  *  Moniteur  algérien,  4  octo- 
bre 1843;  A.  Berbrugger,  dans  la  Revue  africaine,  t.  i,  p.  429; 
t  .xn,  p.  144;  Prévost,  dans  la  Revue  archéol.,  1847,  p.  664,  pi.  78; 
Pontier,  Souvenirs  de  l'Algérie,  in-8%  Orléansville,  1850,  p.  69  ;, 
Léon  Rénier,  Recueil  des  inscr  rom.  de  l'Algérie,  in-fol.,  Pa- 
ris, 1855,  n.  3700;  Corp.  inscr.  lat.,  t.  vm,  n.  9708.  «  L'iden- 
tification d'Orléansville  ou  El-Asnam  avec  le  Castellum  Tingitii 
est  devenue  absolument  certaine,  »  A.-L.  Delattre,  Communica- 
tion dans  le  BuU.  des  antiq.  africaines,  1888,  t.  vi,  p.  241.  — 
'Corp.  inscr.  lat.,  t.  vm,  n.  8344-8348.  Cf.  au  sujet  des  fonctions 
exercées  par  ces  personnages,  De  Rossi,  Bull,  di  arch.  crist., 
1878,  p.  31-36;  Pallu  de  Lessert,  dans  le  Bull,  des  antiq.  afric, 
1884,  t.  n,  p.  333  sq.  ;  S.  Gsell,  Monum.  antiq.  de  l'Algérie, 
in-8°,  Paris,  1901,  t.  il,  p.  196.  —  *Corp.  inscr.  lat.,  t.  vm, 
n.  2335.  --  »  S.  Gsell,  Monum.  antiq.  de  l'Algérie,  t.  n,  p.  207.  — 
'Ibid.,  t.  n,  p.  255.  —  ilbid.,  t.  n,  p.  256;  Corp.  inscr.  lat., 
t.  VUl,  a.  8629.  —  «S.  Gsell,  op.  cit.,  t.  il,  p.  300.  —  »D.  Cabrol 


l'empire  du  iv«  au  vi°  siècle,  nous  les  décrirons  ailleurs. 
Voir  Vêtements. 

Nous  savons  que  les  chrétiens,  par  un  sentiment  de 
respect,  s'abstenaient  ordinairement  de  représenter 
Dieu  sur  le  sol  des  édifices,  mais  ils  multipliaient  son 
image  sur  les  parois  et  sur  la  conque  de  l'abside.  En 
Afrique,  ces  vastes  compositions  murales  nous  sont 
signalées  par  les  auteurs,  mais  il  ne  nous  en  est  par- 
venu que  des  débris  méconnaissables,  principalement 
dans  la  basilique  de  Tébessa  dont,  au  contraire,  le 
pavage  a  été  retrouvé  presque  intact1.  Ces  ouvrages, 
dans  lesquels  on  voit  se  modifier  l'ancienne  technique 
par  l'adoption  des  incrustations  à  base  d'émail  mélan- 
gées aux  cubes  de  marbre,  sont  souvent  dignes  d'intérêt. 
On  trouve  à  Orléansville  la  plus  ancienne  inscription 
chrétienne  en  mosaïque  à  date  certaine  et  elle  nous 
lournit  l'époque  de  la  construction  de  la  basilique  de 
cette  ville,  qui  est  l'année  324  (année  280  de  l'ère  pro- 
vinciale'2). Voir  col.  702. 

Un  grand  nombre  d'églises  sont  pavées  de  mosaïques, 
c'est  particulièrement  à  l'abside  qu'on  prodiguait  cette 
décoration,  il  n'est  pas  rare  de  trouver  la  nef  principale 
et  même  toute  la  surface  du  sol  recouverte  de  mosaïque. 
Nous  pouvons  citer  Aïn  Zirara,  Bénian,  Cherchel, 
Constantine,  Djemila,  Henchir-Guesseria,  Kherbet  Gui- 
dra,  Kherba,  Matifou,  Morsott,  Orléansville,  Sériana, 
Sétif,  Sidi  Ferruch,  Sidi  Mabrouk,  Taksebt,  Tébessa, 
ïénès,  Tigzirt,  Timgad,  Tipasa.  Parfois  ces  mosaïques 
nous  fournissent  d'intéressantes  particularités  sur  les 
usages  des  communautés.  A  Djemila,  la  mosaïque  conte- 
nait dans  cinq  médaillons  les  noms  des  donateurs  qui 
se  cotisèrent  pour  fournir  cette  décoration  3  ;  de  même 
dans  d'autres  localités,  à  Henchir-Guesseria  4,  à  Kher- 
bet Guidra5,  à  Sériana6,  à  Sétif7,  à  Tigzirt8,  et  dans  la 
synagogue  de  Naron9.  «  Tantôt  les  donateurs  s'enten- 
daient pour  faire  achever  l'ouvrage  en  une  fois10; 
tantôt  le  travail  était  exécuté  au  fur  et  à  mesure  que  les 
donations  permettaient  de  l'entreprendre,  et  les  divers 
panneaux  qui  venaient  s'ajouter  les  uns  aux  autres  se  rac- 
cordaient tant  bien  que  mal  il.  «Dans  quelques  absides  la 
mosaïque  tapissait  les  parois  verticales,  par  exemple  à 
Tigzirt  et  à  Tébessa. 

Toutes  ces  mosaïques  offrent  des  motifs  ornementaux 
longtemps  et  généralement  employés  en  Afrique  ,a.  Par 
exemple  les  étoiles  formées  par  la  combinaison  de  deux 
carrés  tressés  se  rencontrent  à  Orléansville  (vers  32'i)  13et 
â  Tigzirt  (début  ou  milieu  du  vi"  siècle)  14,  les  tresses 
dans  des  carrés,  les  bandes  de  triangles  à  Tipasa,  dans 
la  basilique  d'Alexandre  (fin  du  iv*  ou  commencement 
du  Ve  siècle)16;  les  carrés  à  peltes,  les  croix  natlées  à 
Tipasa,  dans  la  basilique  de  Sainte-Salsa  (ve  siècle)  16,les 
guirlandes-cadres  de  Tipasa,  de  Tigzirt  et  de  Constan- 
tine ». 

Nous  ne  nous  arrêterons  pas  aux  mosaïques  de  la 
grande  basilique  de  Tigzirt  dont  il  ne  reste  plus  un 
ensemble,  mais  seulement  quelques  détails  :  trois  navi- 

et  D.  Lcclorcq,  Monum.  Eccl.  niurg.,  in-4%  Parisils,  1902,  t.  I, 
n.  4168.  —  ,0A  Djemila.  Peut-être  à  Henchir  Zerdan  :  omnes 
absida  straverunt,  mais  il  n'est  pas  sûr  qu'il  s'agisse  d'une  mo- 
saïque. —  "  S.  Gsell,  op.  cit.,  t.  Il,  p.  156.  Cf.  E.  Muntz,  Études 
iconographiques  et  archéologiques,  in-12,  Paris,  1888,  p.  7  sq. 

—  "Héron  de  Villefosse,  Mosaïques  récemment  découvertes 
en  Afrique,  dans  le  Bull,  des  antiq.  afric,  1887,  lasc.  32, 
p.  399,  et  Bull,  de  la  Soc.  des  antiq.  de  France,  1884,  p.  304  sq. 

—  *sIbos,  Notice  sur  la  mosaïque  d'Orléansville,  in-8",  Alger, 
1895,  planche.  —  ,4P.  Gavault,  Étude  sur  les  ruines  romaines 
de  Tigzirt,  1897,  p.  64  et  pi.  I.  —  "Mosaïque  inédite.  — 
"S.  Gsell,  Recherches  archéol.  en  Algérie,  in-8',  Paris,  1893, 
pi.  v,  p.  22;  A.  Ravoisié,  Exploration  scient,  de  l'Algérie, 
in-tol.,  Paris,  1846,  t.  n,  pi.  34.  —  "P.  Gavault,  dans  la  Re- 
vue africaine,  t.  xxvn,  p.  400  et  pi.;  Saint-Gérand,  dans  la 
Bull.  arch.  du  Comité  des  trav.  hist.,  1892,  p.  466-484- 
Annuaire  de  la  Soc.  arch.  de  la  prov.  de  Constantine,  1862, 
t.  xi,  pi. 


723 


AFRIQUE    (ARCHÉOLOGIE   DE   L') 


724 


res1,  quelques  animaux,  des  inscriptions  malheureu- 
sement tort  endommagées. 

Une  très  curieuse  mosaïque  de  l'hypogée  de  Praecilius 
(ve  siècle)  représente,  au  fond  d'une  piscine  circulaire, 
un  vivier  où  se  jouent  des  poissons  de  toute  espèce  : 
anguille,  brochet,  pageot,  bonite,  langouste,  crevette. 
L'observation  est  excellente,  sauf  pour  la  langouste.  Cette 
mosaïque  est  en  partie  détruite,  elle  mesure  0m48  de 
diamètre.  Il  est  impossible  d'y  voir  une  allusion  au 
symbole  du  poisson  parmi  les  chrétiens2. 

En  1880,  on  découvrit  sous  l'emplacement  de  l'autel 
de  la  basilique  de  Tébessa  une  mosaïque  désignée  com- 
munément sous  le  nom  de  Pierre  sacrée  de  Tébessa. 
C'est  une  dalle  en  pierre  de  0m50  de  côté,  dont  une  des 
faces  porte  une  mosaïque  admirablement  conservée 
représentant  une  abside  vue  de  face  avec  dôme  percé 
d'une  ouverture  circulaire  à  sa  partie  supérieure,  «  ce 
dôme  est  côtelé  et  chacune  des  arêtes  aboutit  à  l'inter- 
section d'une  série  de  dentelures  faisant  le  tour  de 
l'abside.  Deux  colonnes  se  dressent  de  chaque  côté  de 
ce  sanctuaire  et  cinq  marches,  figurées  par  des  lignes 
de  cubes  de  couleurs  dégradées,  permettent  d'y  accéder. 
Au  milieu  du  dessin  et  se  détachant  sur  le  fond  sombre 
de  l'abside,  brille  le  monogramme  du  Christ  en  émaux 
dorés,  accosté  de  V alpha  et  de  l'oméga.  Au-dessus  de  la 
lettre  p  est  enchâssée  une  belle  gemme  bleue;  -enfin,  aux 
deux  coins  supérieurs,  sont  placées  deux  croix  latines 
blanches  sur  fond  rouge  3.  » 

Parmi  tant  d'autres,  signalons  encore  une  mosaïque 
à  Furni  (Henchir  Msaâdin),  dans  un  mausolée,  repré- 
sentant Daniel  parmi  les  lions  *  ;  même  représentation 
dans  un  caveau  funéraire  chrétien  à  Bordj-el-Youdi 
(Tunisie),  où  le  prophète  est  entouré  de  quatre  lions5. 
Ce  caveau  contenait  sur  chaque  face  du  pentagone 
deux  arcosolia  placés  symétriquement  dans  des  niches 
arquées.  Ces  tombes  étaient  toutes,  sauf  une,  recouvertes 
de  mosaïques  à  la  façon  des  tombes  de  Tabarka  et  de 
Carthage. 

La  superficie  couverte  par  les  pavements  en  mosaïque 
était  parfois  considérable:  dans  la  mosaïque  de  Rusgu- 
niae  cette  superficie  est  de  700  mètres  carrés6. 

C'est  parmi  les  mosaïques  que  nous  classerons  les 
scènes  représentées  sur  les  parois  elliptiques  de  la  cas- 
sette d'argent  d'Ain  Zirara  dont  voici  la  description  : 
Le  signum  Christi  est  planté  sur  le  rocher  d'où  s'écou^ 
lent  quatre  sources  auxquelles  un  cerf  et  une  biche 
viennent  se  désaltérer.  Deux  palmiers  symbolisant  la 
Palestine  et  la  Terre  promise  encadrent  la  scène.  Sur  kl 
paroi  opposée  les  extrémités  du  sujet  sont  remplies  par 
deux  édilices  d'où  sortent  des  brebis  qui  convergent  vers 
l'Agneau  de  Dieu,  lequel  se  tient  au  milieu,  debout,  et 
derrière  lui  se  dresse  la  croix  latine1.  Les  deux  édifices 

'P.  Gavault,  loc.  cit.,  p.  41-57,  pi.  i,  h;  p.  50,  fig.  12;  p.  56, 
fig.  13;  il  subsiste  aussi  un  fragment  d'une  représentation  du 
sacrifice  d'Abraham,  p.  45,  fig.  11.  La  dégradation  de  la  mosaïque 
est  due,  en  grande  partie,  à  la  mauvaise  labrication  du  béton.  — 
4Cherl)onneau,  dans  l'Annuaire  de  la  Soc.  arch.  de  la  prov. 
de  Constantme,  1863,  t.  vu,  p.  262  et  pi.  xm.  Pour  ce  qui  a  trait 
à  l'hypogée  de  Praecilius,  voir  ï'Annua?re  de  1856,  et  Léon  Rénier, 
dans  le  Journal  de  l'instruction  publique,  t.  xxiv,  n.  52,  30  juin 
1855  Dans  la  mosaïque  d'Hadjeb-el-Aïoun,  on  voit  poissons  et 
colombes.  Cf.  E.  Le  Blant,  Sur  quelques  carreaux  en  terre  cuite, 
dans  la  Hev.  arch-,  1893,  nr  série,  t.  xxil,  p.  279,  fig.  6.  Mosaïque 
avec  poissons  à  Rusgunix,  H.  Chardon,  dans  le  Bull.  arch.  du 
Comité  des  trav.  hist.,  1900,  pi.  v.  Même  sujet  dans  la  basilique 
de  Sertei,  S.  Gsell,  Note  sur  la  basilique  de  Sertei  (Maurétanie 
Sétiflennc),  dans  les  Mélanges  G.-B.  De  Rossi,  in-8*,  Paris, 
1892,  p.  345-300.  Vivier  poissonneux  à  Tipasa,  dans  la  basilique 
d'Alexandre,  J.-B.  Saint-Gérand,  Une  basilique  funéraire  à 
Tipasa,  dans  le  Bull.  arch.  du  Comité  des  trav.  hist.,  1892,  p.  470 
et  pi.  xxxm.  Cf.  P.  Gavault,  dans  la  Revue  africaine,  sept.- 
oct.  1883.  —  3Ch.  Duprat,  Monographie  de  la  basilique  de  Té- 
bessa, dans  le  Rec.  de  la  Soc.  arch.  de  la  prov.  de  Constantine, 
1897,  t  xxx,  p.  41.  —  *  Héron  de  VHlefosse,  dans  les  Mem  d<*  lu 
Société  des  antiq.  de  France,  séances  des  30  mars,  6  avril, 


représentent  Jérusalem  et  Bethléhem 8.  «  Si  nous  recom- 
posons l'une  sous  l'autre  les  deux  faces  des  parois  ellip- 
tiques de  la  cassette,  écrit  De  Rossi,  et  si  nous  complétons- 
les  scènes,  réduftes  par  suite  du  manque  d'espace,  nous 
aurons  dans  son  entier  la  disposition  et  la  représenta- 
tion d'une  mosaïque  absidale,  composition  dont  aucun 
autre  exemple  et  aucune  trace  n'avaient  apparu  jusqu'à 
présent  en  Afrique9.  » 

XXVI.  Fresques  et  peintures.  —  Les  bouleversements 
nombreux  que  les  guerres  et  les  invasions  ont  infligés  à 
l'Afrique  expliquent  la  pauvreté  de  cette  classe  de  docu- 
ments. Ce  n'est  qu'en  1895  que  l'on  découvrit  une  fres- 
que chrétienne,  dans  le  style  des  catacombes,  sur  les 
parois  d'une  chapelle  souterraine  sur  le  flanc  su<i  est  de 
la  coHine  de  Saint-Louis,  à  Carthage.  Sous  l'arcade  du 
fond  de  la  salle  rectangulaire  «  on  voit  l'image  d'un  saint 
dont  la  tête  est  nimbée.  Ce  personnage  parait  être  un 
évêque.  Il  est  vêtu  d'une  tunique  blanche  ornée  du  cla- 
vus  de  couleur  brune  et  de  calliculœ.  Il  porte  de  plus  un 
manteau  brun.  La  main  droite  semble  bénir.  A  sa  droite 
(à  gauche  du  visiteur)  il  y  a  trace  de  trois  autres  per- 
sonnages. Le  plus  rapproché  du  saint  était  à  peu  près 
de  même  grandeur.  Les  mains  paraissent  jointes.  Le  bras 
gauche  qui  se  voit  dans  cette  fresque  est  orné  de  brace- 
lets. Les  deux  dernières  ligures  sont  beaucoup  plus  pe- 
tites. L'une  parait  représenter  un  fidèle  qui  porte  de  la 
main  droite  un  objet  double  comme  les  lames  de  ciseaux r 
l'autre  semble  être  un  ange.  Heureusement  que  la  par- 
tie la  moins  détériorée  de  cette  fresque  est  celle  qu'oc- 
cupe le  personnage  principal.  Les  traits  du  visage  ont 
conservé  une  expression  énergique...  Cette  peinture 
murale  parait  romaine  et  non  byzantine.  Le  personnage 
qui  nous  apparaît  ainsi  dans  cette  chapelle  souterraine, 
voisine  du  palais  proconsulaire  et  des  prisons  de  Car- 
Iliade,  représente  peut-être  saint  Cyprien.  Mais  on  ne 
peut  faire  que  des  conjectures  à  ce  sujet  »10. 

Faut-il  rapprocher  cette  scène  du  récit  de  la  vision 
que  le  même  saint  Cyprien  fit  à  Pontius?  Nous  ne  pou- 
vons l'affirmer,  quelques  traits  cependant  paraissent 
s'accorder  assez  si  Ton  tient  compte  de  la  licence  ordi- 
naire aux  artistes  chrétiens  primitifs  dans  l'interprétation 
des  textes11.  Les  trois  personnages  groupés  pourraient 
être  le  juge  avec  ses  assesseurs12,  les  ciseaux  tenus  par 
un  fidèle  de  petite  taille  pourraient  rappeler  le  geste  de- 
l'ange  à  saint  Cyprien  signifiant  que  le  fil  de  sa  vie  était 
coupé,  peut-être  enfin  la  petite  taille  du  fidèle  serait-elle 
une  allusion  aux  enfants  prophètes  dont  parle  r'évèque 
de  Carthage.  Voici  le  récit  de  Pontius  le  diacre:  «  Le 
premier  jour  que  nous  passâmes  à  Curube  (car  la  ten- 
dresse de  sa  charité  avait  daigné  me  choisir,  entre  ceux 
qui  composaient  sa  maison,  pour  partager  volontaire- 
ment avec  lui  son  exil  ;  et  plût  à  Dieu  que  j'eusse  pu 

27  avril  1898;  R.  Cagnat,  dans  le  Bulletin  critique,  1898,  p.  358, 
359,  378.  —  »P.  Gauckler,  Note  sur  la  découverte  d'un  caveau 
funér.  chrét.,  dans  le  Bull.  arch.  du  Comité  des  trav.  hist.,  1898, 
p.  335  sq.  Cf.  Bull,  de  la  Soc.  des  antiq.  de  France,  1894.  p.  69  sq. 
et  pi.  —  •  H  Chardon,  Fouilles  de  Rusguniw,  dans  le  Bull.  arch. 
du  Comité  des  trav.  hist ,  1900,  p.  140.  Cf.  Héron  de  Villefosse  et 
de  Vogué,  dans  les  Comptes  rendus  de  l'Acad  des  inscr.,  1890, 
p.  178.  —  '  Les  brebis  sont  au  nombre  de  quatre  de  chaque  côté, 
mais  la  convexité  de  la  cassette  ne  permet  pas  de  représenter 
celles  qui  ne  font  que  sortir  de  l'édicule.  —  •  n  faut  noter  la  res- 
*semblance  de  ces  édicules  avec  le  lampadaire  de  bronze  en  Rirme  do 
basilique  ajouré.  Cf.  De  Rossi,  Bull,  di  arch.  crist.,  1866,  p.  15. 16; 
A.  Darcel  et  A.  Basilewsky,  Collection  Basilewsky.  Catalogue 
raisonné  précédé  d'un  essai  sur  les  arts  industriels  du  f  au 
xvr  siècle,  in-fol.,  Paris.  1877,  n.  37,  p.  48,  pi.  iv.  —  »  De  Rossi, 
La  capsella  argentea  africana,  in-fol.,  Roma,  1889,  p.  22.  — 
10  A.  Delattre,  Lettre  du  29  avril  1895  à  Knrico  Stevenson,  Ipo- 
geo  con  affreschi  sacri  scoperto  a  Cartagine  (Africa).  dan» 
Nuovo  bull.  di  arch.  crist.,  1895,  p.  M6  sq.  :  A.  Delaâtre,  L'an- 
tique chapelle  souterraine  de  la  colline  de  Saint-Louis,  in-8* 
Paris,  1896.  —  "  Voir  Abraham  (Sacrifick  n"),  col  112.  —  '«Cf. 
E.  Le  Blant,  Les  persécuteurs  et  les  martyrs,  in-8*,  Paris,  1893, 
p.  280. 


725 


AFRIQUE   (ARCHÉOLOGIE   DE   L') 


726 


partager  son  martyre!):  «  Je  n'étais  pas  encore  tout  à  fait 
t  endormi,  me  dit-il,  lorsque  nrapparut  un  jeune  homme 
«  détaille  extraordinaire;  il  me  conduisit  au  prétoire  et 
«  me  présenta  au  proconsul,  qui  était  assis  sur  son  tribu- 
«  nal.  Celui-ci  m'eut  à  peine  vu  qu'il  se  mit  aussitôt  à 
«  tracer  sur  une  tablette  une  sentence  que  je  ne  pouvais 
«  connaître;  car  il  ne  m'avait  pas  l'ait  subir  l'interrogatoire 
«  accoutumé.  Mais  le  jeune  homme  qui  se  tenait  debout 
a  derrière  lui,  par  une  indiscrète  curiosité,  lut  tout  ce  qui 
«  avait  été  écrit:  et  parce  que  de  la  place  où  il  était  il  ne 
«  pouvait  me  parlerai  m'en  expliqua  le  contenu  parsignes. 
«  En  eflet,  étendant  la  mainetfigurantlalamed'unglaive, 
«  il  imita  le  coup  ordinaire  du  bourreau  sur  sa  victime. 
«  Ainsi  il  m'indiquait,  comme  s'il  me  l'eût  dit,  ce  qu'il 
«  voulait  me  faire  entendre.  Je  compris  que  la  sentence 
«  de  mon  martyre  allait  s'exécuter1.  » 

M.  Héron  de  Villefosse  préfère  y  voir  une  représen- 
tation du  Christ  avec  deux  saints2  et  E.  Stevenson  sous- 
crit à  ce  jugement a.  Les  autres  personnages  seraient 
des  anges  ou  des  fidèles  en  adoration,  peut-être  les  do- 
nateurs de  la  fresque4.  La  personne  richement  vêtue  et 
munie  d'une  couronne  est  sans  aucun  doute  l'image 
d'un  saint.  Le  P.  Delattre  voit  dans  les  saints  représentés 
sur  cette  fresque  trois  martyrs  de  Carthage,  l'évêque 
saint  Cyprien  et  les  saintes  femmes  Perpétue  et  Félicité, 
et  dans  le  lieu  lui-même,  non  un  caveau  funéraire,  puis- 
qu'il se  trouve  à  l'intérieur  de  la  ville5,  mais  un  ancien 
cachot  où  furent  enfermés  des  martyrs.  Cette  opinion 
est  d'autant  plus  probable  que  la  chapelle  a  été  jadis  un 
lieu  fréquenté  par  les  fidèles  qui  ont  criblé  les  murailles 
du  corridor  de  graffites  et  de  monogrammes.  Ces  mono- 
grammes sont  de  la  forme  la  plus  ancienne,  voisine 
assurément  des  temps  qui  suivirent  la  paix  de  l'Église. 
Nous  savons,  il  est  vrai,  que  les  prisons  de  Carthage 
n'étaient  pas  situées  sur  le  lieu  où  fut  établie  cette  cha- 
pelle, mais  la  passion  des  saintes  Perpétue  et  Félicité 
nous  apprend  par  ailleurs  que  les  inculpées  furent  aus- 
sitôt après  leur  arrestation  mises  en  surveillance  soit 
dans  leur  propre  maison,  soit  dans  celle  d'un  magistrat, 
jusqu'à  leur  transfert  dans  les  prisons.  Il  se  peut  que  la 
chapelle  souterraine  de  la  colline  Saint-Louis  fût  élevée 
sur  l'emplacement  d'un  de  ces  lieux  de  demi-détention 
que  les  anciens  appelaient  custodia  libéra  ou  privata6. 

A  Périgotville,  l'ancienne  Satafis,  on  a  constaté  l'exis- 
tence de  fresques  sur  les  parois  d'une  église  en  ruines,  ces 
fresques  «  tombèrent  aussitôt  au  contact  de  l'air.  Elles 
représentaient  de  larges  feuilles  de  vigne  rouges  et 
brunes  sur  fond  noir  et  blanc  »8.  A  droite  de  l'entrée 
on  voit  quelques  traces,  à  peine  distinctes,  de  peintures 
anciennes.  On  a  trouvé  en  outre  des  traces  de  peintures 
dans  un  hypogée  creusé  dans  le  roc  au  bord  de  la  mer, 

'  Pontius,  Vita  et  Passio  Cypriani,  12,  dans  Ruinart,  Acta 
êincera,  in-4",  Parisiis,  1689,  p.  211.  —  'Héron  de  Villetosse, 
dans  le  Bull,  de  la  Soc.  des  antiq.  de  France,  1895,  p.  159-160.  — 
SE.  Stevenson,  dans  Nuovo  bull.  di  arch.  crist.,  1896,  p.  94-97. 
—  *  H  est  intéressant  de  comparer  cette  fresque  avec  une  de  celles 
qui  ont  été  découvertes  dans  la  maison  des  saints  Jean  et  Paul, 
au  Cœlius.  P.  Germano  di  San  Stanislao,  La  casa  celimontana 
dei  SS.  Giovanni  e  Paolo,  in-8%  Roma,  1894,  p.  320  sq.,  cf.  p.  252  ; 
A.  Dufourcq,  Etude  sur  les  Gesta  martyrum  romains,  in-8% 
Paris.  1900,  pi.  n,  p.  151.  —  6  Voir  Ad  sanctos,  col.  499.  — 
«  Cf.  Digest.,  1.  XLVIII,  tit.  vm,  1,  12,  14;  FI.  Josèphe,  Ant. 
jud.,  1.  XVIII,  c.  vi  ;  Passio  S.  Montani,  3,  dans  Ruinart,  Acta 
•tnc,  in-4°,  Parisiis,  1689,  p.  233;  Acta  S.  Felicis  Tubiacensis, 
3,  ibid.,  p.  377;  Rambaud,  Le  droit  criminel  dans  les  Actes 
des  Martyrs,  in-8%  Lyon,  1885,  p.  30  ;  Pio  Franchi  di  Cavalieri, 
La  passio  SS.  Perpétuas  et  Felicitatis,  dans  Romische  Quar- 
talschrift,  Roma,  1896,  p.  15,  16.  —  '  Vincent,  dans  la  Revue 
africaine,  1877,  t.  xxi,  p.  320  sq.  ;  Poulie,  dans  le  Rec.  de  la  Soc. 
arch.  de  laprov.  de  Constantine,  1876-1877,  t.  xvm,  p.  574-575; 
S.  Gsell,  Satafis  (Périgotville)  et  Thamalla  (Tocqueville),  dans 
les  Mélanges  d'arch.  et  d'hist.,  1895,  t.  xv,  p.  38-41,  Dg.  1  ;  le 
même,  Monuments  antiq.  de  l'Algérie,  in-8%  Paris,  1901,  t.  Il, 
p.  248.  —  8  P.  Gavault,  dans  la  Revue  africaine,  1883,  t.  xxvn, 
p.  321  sq.  —  »  S.  Augustin,  Serm.,  cccxvi,  5,  P.  L.,  t.  xxxvm, 


à  Tipasa,  malheureusement  leur  état  de  détérioration 
ne  permet  pas  d'en  tirer  profit  9.  Saint  Augustin  parle 
incidemment  dans  quelques  passages  de  ses  écrits  de 
peintures  qui  existaient  de  son  temps;  il  signale  une 
peinture,  sans  doute  murale,  représentant  la  mort  de 
saint  Etienne,  mais  on  ignore  dans  quelle  chapelle  ou 
basilique  elle  se  voyait,  car  rien  ne  prouve  que  le  ser- 
mon ait  été  prononcé  dans  la  chapelle  de  Saint-Étienne, 
à  Hippone i0.  Il  mentionne  encore  une  peinture  représen- 
tant le  Christ  et  ses  apôtres11  et  le  sacrifice  d'Abraham 
totlocispictumi2,  ailleurs  il  se  plaint  des  excès  auxquels1 
se  portait  le  culte  de  quelques  chrétiens  à  l'égard  des 
images  peintes. 

XXVII.  Terres  cuites.  —  Une  série  de  carreaux  his- 
toriés en  terre  cuite  trouvée  en  Tunisie  a  rappelé  l'at- 
tention sur  ces  productions  grossières  qui  paraissent 
entouies  en  grand  nombre  dans  le  sol  de  l'Afrique  ro- 
maine 13.  La  spécialité  de  cette  industrie  ne  doit  pas 
être  bornée  à  cette  province,  car  des  pièces  analogues 
sont  sorties  du  sol  dans  le  Bas-Poitou  et  dans  le 
pays  de  Retz,  à  Vertou,  Rezé  et  Luçon  u;  mais  le 
contingent  nouveau  et  considérable  fourni  par  la  Tuni- 
sie a  périmé  les  conclusions  fondées  sur  quelques  rares 
exemplaires  des  musées  de  Nantes  et  de  Saint-Ger- 
main 16. 

Les  types  découverts  ont  été  classés  provisoirement 
par  R.  de  la  Blanchère  :  1°  rosaces;  2»  rosaces  à  légende; 
3°  animaux;  4°  hommes;  5°  sujets  bibliques;  6°  sujets 
proianes.  Entre  tous  les  spécimens,  plusieurs  nous  inté- 
ressent particulièrement:  ce  sont:  1°  un  carreau  portant 
une  rosace  inscrite  dans  un  médaillon  perlé  de  chaque 
côté  duquel  s'élèvent  des  colonnes  torses;  en  haut  et  en 
bas  on  lit  cette  inscription  (fig.  158): 

>ï<   SCT  ffiARIA 
AvHBAnOS   ^ 

La  paléographie  d<  l'inscription  ne  semble  pas  per- 
mettre de  la  faire  remonter  au  delà  du  vie  siècle.  Au  mo- 
ment de  la  découverte,  plusieurs  carreaux  adhéraient 
encore  aux  murs  de  la  basilique  qu'ils  décoraient.  Les 
carreaux  représentant  des  animaux  paraissent  inspirés 
par  la  symbolique  chrétienne.  On  trouve  fréquemment 
le  lion  (leo  de  tribu  Judai6)  dans  des  attitudes  variées, 
le  cerf  passant  (sicut  cervus  desiderat  ad  fontes  aqua- 
rum11),  les  paons18. 

Parmi  les  sujets  bibliques  nous  trouvons:  1°  Adam  et 
Eve  séparés  par  l'arbre  sur  lequel  s'enroule  le  serpent; 
les  personnages  sont  nimbés.  —  2°  Le  sacrifice  d'Abra- 
ham. Le  patriarche  est  vêtu  d'une  longue  robe,  son  fils 
est  nu  et  déjà  agenouillé  devant  lui,  la  main  de  l'ange 

col.  1434.  —  10  S.  Augustin,  De  consensu  evangelistarum,  1.  I, 
c.  x,  P.  L.,  t.  xxxiv,  col.  1049.  —  »'  S.  Augustin,  Contra  Fau- 
stum,  1.  XXII,  c.  Lxxm,  P.  L.,  t.  xlii,  col.  446.  —  «S.  Au- 
gustin, De  moribus  Ecclesist  catholicse,  1.  I,  c.  xxxiv,  P.  L., 
t.  xxxu,  col.  1342.  —  13P.  de  Witte,  dans  la  Revue  archéol., 
1845,  p.  27;  Leemans,  dans  Nederlandsche  Staatscourant . 
11  févr.  1845  ;  R.  de  la  Rlanchère,  Carreaux  de  terre  cuite  à 
figures  découverts  en  Afrique,  dans  la  Revue  archéol.,  1888, 
t.  XI,  p.  302  sq.  ;  E.  Le  Blant,  dans  les  Comptes  rendus  de 
l'Acad.  des  inscr.,  1893,  t.  XXI,  p.  219  sq.,et  Revue  archéol., 
1893,  t.  H,  p.  273  sq.  ;  De  Rossi,  Bull,  di  arch.  crist.,  1884-1885, 
p.  54;  Bull,  archéol.  du  Comité  des  trav.  hist.,  1894,  p.  292; 
Hannezo,  dans  le  Bull,  du  Comité,  1894,  p.  308.  —  <*B.  Fillon, 
L'art  de  terre  chez  les  Poitevins,  suivi  d'une  étude  sur  l'an- 
cienneté de  la  fabrication  du  verre  en  Poitou,  in-4%  Niort, 
1864,  p.  41,  giav.;  Salomon  Reinach,  Catalogue  du  musée  de 
Saint-Germain-en-Laye,  in-12,  Paris,  p.  94.  —  1S  Héron  de  Vil- 
lefosse, dans  le  Bull,  de  la  Société  des  antiq.  de  France,  1884. 
p.  170-173  et  fig.  ;  De  Rossi,  Bull,  di  arch.  cristiana,  1884-1885, 
p.  53-54,  pi.  m;  Sal.  Reinach,  dans  le  Bull,  archéol.  du  Comité 
des  travaux  historiques,  1884-1885,  p.  327,  pi.  vm;  Audollent, 
Mission  épigr.  en  Algérie,  dans  les  Mélang.  d'arch.  et  d'hist., 
1890,  t.  x,  p.  528.  —  '"R.  de  la  Blanchère,  loc.  cit.,  n.  14-19.  — 
*'  Ibid.,  n.  22-29.  —  ,8  Ibid.,  n.  31. 


727 


AFRIQUE    (ARCHÉOLOGIE   DE   L') 


728 


va  saisir  le  bras  levé  et  le  bélier  attend1.  Au-dessus, 
dans  la  bordure,  on  lit  ces  caractères  à  rebours: 

3ASIT  3MAFiaA  + 
Abra(ha)m  et  lsa(a)c 

circonstance  qui  donnerait  à  penser  que  nous  avons  ici 
un  moule  au  lieu  d'une  empreinte  (fig.  159).  —  3°  Un 
autre  carreau,  brisé,  représente  le  même  sujet,  traité 
sans  dillérence  notable.  —  4°  Jonas  rejeté  par  le  monstre 
marin,  qui  est  représenté  sous  la  forme  d'un  quadrupède 
à  la  robe  mouclietée  et  pourvu  de  longues  oreilles3.  — 
5°  Le  Christ  entre  deux  apôtres  nimbés  multipliant  les 
pains  et  les  poissons.  —  6°  Saint  Pierre  nimbé  recevant 
une  clef  des  mains  du  Christ.  —  7°  La  Samaritaine  de- 
vant le  Christ  nimbé,  portant  une  longue  croix,  tandis 
que  la  femme  tient  de  la  main  droite  la  corde  à  laquelle 
est  atlaché  le  vase  qu'elle  tire  du  puils.  —  8°  Enfin  un 


158.  —  Carreau  historié  en  terre  cuite. 
D'après  la  Revue  archéologique,  1888,  p.  307,  fij 


i:î. 


fragment  sur  lequel  on  voit  un  cheval  à  coté  duquel  se 
trouve  un  personnage  nu,  les  bras  réunis  au-dessus  de 
la  tête,  un  personnage  vêtu  semble  offrir  un  récipient 
contenant  de  la  nourriture  à  l'animal,  tandis  qu'un  troi- 
sième individu  agenouillé  se  livre  à  quelque  travail 
sous  le  ventre  de  l'animal.  Le  sujet  représente  Pégase 
soigné  par  les  nymphes*. 

Ajoutons  à  ces  représentations  celles  de  carreaux 
conservés  dans  les  musées  d'Europe:  1°  à  La  Haye: 
l'histoire  de  Suzanne  et  le  chrisme;  2°  dans  le  pays  de 
Retz:  Adam  et  Eve  au  pied  de  l'arbre  et  quelques  autres 
sujets  non  bibliques. 

Au  revers  des  carreaux  on  voit  des  faisceaux  de  stries 
qui  ne  laissent  aucun  doute  sur  l'origine  chrétienne  de 
ces  monuments5  (fig.  1G0). 

Une  autre  pièce  fut  trouvée  en  1862,  à  Mouzaïaville, 
l'ancienne  Tanaramusa:  c'est  un  carreau  de  terre  cuite 


*  S.  Reinach,  Notice  sur  deux  briques  estampées  provenant 
4e  Kasrin,  dans  le  Bull,  arcliéol.  du  Comité  des  trav.  hist., 
,  1885,  p.  327  et  pi.  vin  ;  Héron  de  Villefosse,  dans  le  Bull,  de  la 
Soc.  des  antiq.  de  France,  1884,  p.  170.  —  »  E.  Le  Blant,  toc. 
cit.,  p.  220.  —  >  De  la  Blanchère,  toc.  cit.,  n.  35.  —  *  E.  Le  Blant, 
Sur  quelques  carreaux  de  terre  cuite  nouvellement  découverts 
en  Tunisie,  dans  la  Revue  archèol.,  1893,  ni"  série,  t.  xxu,  p.  273; 
Clermont-Ganneau,  Lettre  sur  un  carreau  de  terre  cuite  décou- 
vert en  Tunisie,  dans  les  Comptes  rendus  de  l'Acad.  des  inscr., 
1888,  p.  368-370.  —  »  Voy.  le  Bull.  arch.  du  Comité  des  trav.  Mat., 


d'une  extrême  finesse  mesurant  0m45  de  long  sur  0m37 
de  large,  y  compris  les  rebords.  Sur  chacun  de  ces  re- 
bords se  voient  des  groupes  de  trois  figures  en  relief 
parfaitement  conservées  et  identiques.  Au  milieu  du 
rebord  supérieur  se  trouve  un  enfant  qui  tient  à  la  main 
un  emblème  ayant  la  forme  d'Y.  Au  milieu  du  carreau  on 
voit  deux  guerriers  la  lance  à  la  main,  prêts  à  sauter  u 


159.  —  Carreau  historié  en  terre  cuite. 
D'après  la  Bévue  archéologique,  1888,  pi.  xi-xii. 

selle,  une  urne  les  sépare  au-dessous  de  laquelle  on  lit: 
ORATIONI6VSSANTORVMPERDVCETDOMINVS6. 
Il  n'est  pas  douteux  que  ces  produits  soient  de  fabri- 
cation africaine.  La   fragilité  de  la  matière  ne  permet 


160.  —  Revers  de  carreaux. 
D'après  la  Bévue  archéologique,  1888,  p.  819. 

guère  l'exportation  ni  même  un  transport  à  trop  longue 
distance,  mais  nous  ignorons  le  nom  de  l'officine  d'où 
sont  sortis  ces  objets.  Peut-être  les  explorations  nous 
l'apprendront-elles  dans  la  suite,  comme  elles  nous  ont 
l'ait  connaître  l'officine  de  Oudna,  dont  le  matériel  a  été 
retrouvé  lors  des  fouilles  exécutées  dans  les  thermes  des 
Laberii.  Cette  officine  avait  été  installée  en  ce  lieu  au 
ve  ou  au  vie  siècle,  on  a  recueilli  îles  cachets,  dos  for- 
mes, des  moules  et  un  grand  nombre  de  fragments  de 
poteries  déjà  estampillés  de  la  croix,  du  monogramme, 
de  la  palme,  de  la  rose,  du  calice,  ou  bien  de  la  colombe, 
du  lièvre,  de  l'agneau7. 

1890,  p.  179,  fig.  9  et  10.  Même  marque  à  Tipasa,  cf.  Saint-Gé- 
rand,  dans  le  Bull.  arch.  du  Comité  des  trav.  hist.,  1892,  p.  469, 
fig.  2;  à  Rusguniœ,  Bull.  arch.  du  Comité  des  trav.  hist., 
1900,  p.  136.  —  •  L'observateur  de  Blidah,  cf.  A.  Berbrugger, 
dans  la  Bévue  africaine,  1862,  t  VI,  p.  643;  Bévue  des  études 
grecques.  1900,  t.  xill,  p.  226.  --  '  Mélang.  d'arch.  et  d'hist., 
1898.  t.  xviii.  p.  101-102;  1899,  t.  XIX,  p.  61-62;  A.-L.  Delattre, 
La  Croix,  dans  Atti  dcl  11'  congresso  internazionale  d'archeo- 
logia  crisliana  tenuto  in  Borna  neli  aprile  i9O0,  in-4*,  Rom*. 
1902,  p.  186. 


729 


AFRIQUE   (ARCHÉOLOGIE   DE  L') 


730 


La  plupart  des  carreaux  en  terre  cuite  trouvés  en 
Afrique  appartiennent,  pour  le  style  et  la  facture,  à 
l'époque  et  à  la  technique  de  ceux  que  nous  avons  décrits, 
provenant  des  basiliques  de  Kasrine  et  de  Dou-Ficha  '. 
Ceux  que  l'on  a  retrouvés  dans  la  basilique  d'Hadjeb-el- 
Aïoun  (Tunisie)  ajoutent  quelques  types  à  ceux  que  nous 
connaissions  déjà  :  1°  Adam  et  Eve,  dans  le  Paradis,  des 
deux  côtés  de  l'arbre  sur  lequel  est  enroulé  le  serpent»; 
2°  saint  Pierre  recevant  une  clef  des  mains  du  Christ»; 
3«  la  multiplication  des  pains  et  des  poissons  par  le 
Christ  entouré  de  deux  apôtres  nimbés  comme  lui  «  ;  4°  le 
sacrifice  d'Abraham;  ou  +  ABRAM  +  YSAC6;5»  la  Sama- 
ritaine écoutant  le  Christ  qui  porte  une  longue  croix», 
6»  Daniel  parmi  les  lions  ;  on  lit  AANIEr  et  sur  un  autre; 
fragment  SCS  (sqncius). 

Tous  ces  types  reproduisent  les  deux  montants  servant 
de  cadre  des  carreaux  de  Kasrin.  Citons  encore  des  car- 
reaux estampés,  représentant  Abraham,  et  d'autres  sujets 
bibliques,  trouvés  au  Kef  '  ;  enfin  un  plat  en  terre  rouge, 
de  fabrication  chrétienne,  trouvé  à  Tipasa,  montrant 
deux  personnages  estampés  portant  une  croix». 

XXVIII.  Plâtres  ouvragés.  —  Dans  l'une  des  basi- 
liques de  Morsott  (figv  161),  ancienne  Vazampus,  on  a 


ICI.  —  Abside  de  la  basilique  de  Morsott. 
D'après  Gsell,  Monurn.  antiq.  de  l'Algérie,  t.  II,  p.  232. 

trouvé  dans  l'abside  aux  points  inarqués  C,  C,C,  dans  le 
dessin  ci-dessus,  trois  magnifiques  consoles  qui  devaient 
être  fixées  deux  à  deux  dans  les  parois  de  l'hémicycle. 
Leur  destination  est  inconnue,  ces  consoles  sont  en 
pierre  dure,  «  d'un  fini  remarquable  et  artistement  fouil- 
lées9, »  elles  ont  une  décoration  de  feuilles  d'acanthe  et 
présentaient,  lorsqu'elles  étaient  en  place,  hors  du  mur 
de  l'abside,  une  saillie  d'au  moins  80  centimètres  et  une 
largeur  de  50  centimètres,  elles  étaient  munies  d'une 
queue  qui  permettait  de  les  emboîter.  Les  parois  de 
l'abside  étaient  en  outre  ornées  d'une  luxuriante  décora- 
tion en  plâtres  appliqués  sur  brique  d'un  travail  soigné. 
«  Ils  représentent  des  bandeaux  de  torsades  en  forme  de 
gourmettes,  de  branches  de  lierre,  de  coeurs  entourés 
de  flamme,  de  trèfles  découpés,  de  rosaces  avec  rayons 
rectilignes  ou  en  double  courbure,  de  cœurs  nus,  c'est- 
à-dire  en  forme  de  pique  de  nos  cartes  à  jouer,  de 
losanges,  de  cercles  évidés  et  dans  la  circonférence  des- 
quels quatre  dents  de  loups  figurent  entre  leurs  vides 
une  croix  grecque,  etc.,  etc.  Toute  cette  décoration  était 
fixée  et  courait  dans  tous  les  sens  sur  les  parois  et  le 
dôme  de  l'abside.  Elle  ne  Darait  pas  avoir  été  peinte 10.  » 


*  Hannezo,  L.  Molins  et  A.  Laurent,  Notes  sur  une  basilique 
chrétienne  découverte  à  Hadjeb-el-Aïoun  (Tunisie),  dans  le 
Bull.  arch.  du  Comité  des  trav.  hist.,  1894,  p.  286-294;  E.  Le 
Blant,  Sur  quelques  carreaux  en  terre  cuite  nouvellement  dé- 
couverts en  Tunisie,  dans  la  Rev.  archéol-,  1893,  ni*  série,  t.  xxn, 
p.  273  sq.  On  a  trouvé  les  mêmes  types  à  Bordj-el-Youdi  ;  cf. 
P.  Gauckler,  dans  le  Bull.  arch.  du  Comité  des  trav.  hist. 
1898,  p.  337.  —  *  Rev.  archéol.,  1893,  m-  série,  t.  xxu,  p.  274, 
Cg.  1.  —  »  Ibid.,  p.  276,  fig.  3.  —  *  Ibid.,  p.  275,  fig.  2.  —  *lbid., 
p.  277,  fig.  4.  —  «Ibid.,  p.  278,  fig.  5.  —  >  H.  Saladin,  dans  les 
Archiv.  des  miss,  scientif.,  1887,  t.  xm,  p.  215.  —  'S.  Gsell, 
dans  les  Mélang.  d'arch.  et  d'hist.,  1894,  t.  xiv,  p.  449,  fig.  61  ; 
Cf.  P.  Gauckler,  dans  le  Bull.  arch.  du  Comité  des  trav.  hist., 


Une  deuxième  basilique  parallèle  à  la  première  et 
située  à  60  mètres  de  dislance  présente  les  mêmes  par- 
ticularités'd'ornementation,  mais  avec  plus  de  richesse 
encore11;  une  particularité  digne  d'être  notée,  c'est  la 
présence  d'inscriptions  moulées  parmi  ces  ornements 
divers,  cœurs,  feuilles  de  lierre  qui  se  retrouvent  ici; 
sans  doute  on  écrivait  ainsi  des  sentences,  des  devises 
destinées  à  l'édification  des  fidèles. 

XXIX.  Bas-relief.  —  Parmi  les  antiquités  chrétiennes 
de  l'Afrique,  la  sculpture  en  bas-relief  est  représentée 
par  un  débris  du  plus  haut  intérêt  qui  nous  montre  la 
Vierge  assise  tenant  l'enfant  Jésus  sur  ses  genoux.  La 
mutilation  de  la  sculpture  laisse  distinguer  néanmoins 
l'aile  et  les  pieds  d'un  ange  debout  devant  la  Vierge, 
tandis  que  derrière  elle  un  simple  vestige  d'une  main 
ouverte  témoigne  de  la  présence  d'un  autre  personnage 
debout.  M.  Héron  de  Villefosse 12  a  vu  dans  ce  fragment 
une  représentation  de  l'Adoration  des  Mages  et  son  in- 
terprétation a  été  acceptée  et  fortifiée  par  De  Rossi13 
(fig.  162). 

Nous  aurons  l'occasion  de  revenir  sur  ce  sujet  (voir 
Mages  [Adoration  des],  aussi  ne  relèverons-nous  ici 
que  ce  qui  a  trait  à  la  technique  du  bas-relief.  La  disposi- 
tion du  groupe  principal  se  retrouve  fréquemment  sur 
les  sarcophages  du  ive  et  du  Ve  siècle.  «  Le  style  du  frag- 
ment de  Carthage,  autant  qu'on  peut  en  juger,  écrit  De 
Rossi,  nous  parait  appartenir  à  la  première  période  de 
la  sculpture  des  sarcophages  chrétiens  du  ive  siècle;  et 
certainement  ce  n'est  pas  celui  des  sarcophages  de  Ra- 
venne  et  du  pays  vénitien  au  temps  de  l'exarchat  byzantin 
et  de  l'office  du  marbrier  Daniel  et  de  son  école.  Quand 
nous  aurons  une  lionne  série  de  dessins  des  sarcophages 
de  l'Afrique  et  de  leurs  fragments,  nous  pourrons  mieux 
juger  du  développement  et  des  phases  de  cet  art  dans 
l'Afrique  chrétienne.  Ce  que  nous  en  connaissons  jus- 
qu'ici nous  apprend  que,  sauf  les  particularités  locales 
des  formes  des  cuves  sépulcrales  et  la  spécialité  de 
quelques  types,  qu'il  est  inutile  d'indiquer,  le  choix  des 
sujets  bibliques,  la  manière  de  les  représenter,  ainsi 
que  le  style  de  la  sculpture  ne  varient  pas  beaucoup  de 
l'Afrique  à  l'Italie  et  à  Rome.  C'est  pourquoi  il  est  certain 
que  le  fragment  dont  nous  parlons  appartient  à  la  pé- 
riode que  j'appellerai  romaine  ou  latine  des  cuves  sé- 
pulcrales ornées  de  reliefs,  et  non  pas  à  la  période  italo- 
byzantine  ou  de  Ravenne.  » 

XXX.  Sarcophages.  —  1°  Jarres  en  terre-cuite.  — 
Parmi  les  modes  d'ensevelissement  en  usage  en  Afrique 
nous  devons  signaler  celui  dont  on  a  rencontré  plusieurs 
exemples  en  Byzacène,  aux  environs  de  Taparura  (Sfax). 
Le  docteur  Vercoutre  décrit  ainsi  l'opération  :  «  Soit  un 
cadavre  d'enfant  à  ensevelir  :  on  prenait  une  grande 
jarre  (certaines  ont  dû  avoir  un  mètre  de  haut  et  plus) 
et  on  la  brisait  en  deux  parties...  la  cassure  étant  per- 
pendiculaire au  grand  axe,  ou  encore  on  la  sciait...;  on 
y  faisait  entrer  le  corps,  et  l'on  rejoignait  les  deux  parties 
de  la  jarre,  que  l'on  couchait  horizontalement  sur  le  sol 
en  la  calant  avec  des  pierres  pour  l'empêcher  de  rouler; 
ensuite  on  assurait,  autant  que  possible,  la  fermeture 
hermétique,  en  plaçant,  aux  points  inexacts  de  jonction... 
de  la  terre,  des  pierres  ou  des  débris  de  poterie;  le  col 


1892,  p.  119.  —  »  Ch.  Vars,  Inscriptions  inédites  de  la  province 
de  Constantine  pour  l'année  1899,  dans  le  Rec.  de  la  Soc. 
archéol.  de  Constantine,  1899,  t.  xxxm,  p.  398.  —  <°  Ibid.,  p.  399. 
—  u  Ibid.,  p.  406  sq.  Cf.  S.  Gsell,  Monum.  antiq.  de  l'Algérie, 
in-8%  Paris,  1901,  t.  H,  p.  233,  235.  —  <s  Héron  de  Villefosse, 
Fouilles  du  cimetière  chrétien  et  de  la  basilique  de  Damous- 
el-Karita,  à  Carthage,  dans  le  Bull.  arch.  du  Comité  des  trav. 
hist.,  1886,  p.  220  sq.,  et  pi.  xn.  —  lsDe  Rossi,  Area  cimiteriale 
con  portici  ed  annessa  basilica  scoperte  in  Cartagine,  dans  le 
Bull,  di  arch.  cristiana,  1884-1885,  p.  49-52,  et  pi.  i,  h.  Cf. 
J.  Liell,  Die  Darstellungen  der  allerseligsten  Jungfrau  und 
Gottesgebàrerin  Maria,  in-8",  Fieiburg  im  Breisgau,  1887, 
p.  279  sq.,  fig.  56. 


731 


AFRIQUE    (ARCHÉOLOGIE   DE   L') 


732 


de  la  jarre  avait  été  préalablement  fermé  par  un  bouchon 
de  ciment.  Si  le  corps  était  celui  d'un  adulte,  une  seule 
jarre...  était  trop  petite  pour  le  contenir;  dans  ce  cas, 
entre  la  partie  inférieure  et  la  partie  supérieure  de  la 
jarre  brisée  ou  sciée,  on  plaçait  une  ou  plusieurs  panses 
de  jarres.  Le  sarcophage  était  alors  constitué  par  trois 
ou  quatre  parties  emboîtées,  donnant  l'apparence  d'une 
jarre  entière...  (fig.  163). 

a  Assez  souvent,  au-dessus  de  la  jarre-sarcophage,  on 
disposait  un  toit  pour  la  protéger;  ce  toit  était  constitué 
par  de  grandes  tuiles,  qui,  placées  obliquement  le  long 
des  parois  de  la  jarre  et  s'appuyant  sur  elles,  se  tou- 
chaient par  leur  extrémité  supérieure  (fig.  164). 

c  ...  Nous  avons  vu,  dans  un  seul  cas,  un  sarcophage 


parfois  la  forme  d'un  prisme  triangulaire,  et  alors 
tapissée  a  l'intérieur  de  grandes  tuiles  disposées  en 
arête,  cavité  contenant  le  corps  étendu  horizontalement 
sur  le  dos,  sans  mobilier  funéraire.  Ces  tombes,  ordinai- 
rement sans  aucun  ornement...  sont  souvent  recouver- 
tes par  un  bétonnage  cimenté  supportant  horizontale- 
ment tantôt  une  inscription  en  mosaïque,  tantôt  une 
inscription  sur  marbre  •.  —  B.  Cercueils-auges,  en  pierre 
tendre,  avec  couvercle  un  peu  bombé,  sans  inscription, 
et  contenant  plusieurs  corps;  rares.  —  C.  Sépultures  en 
jarres,  avec  ou  sans  toit  de  tuiles,...  nous  avons  vu  une 
seule  de  ces  jarres-sarcophages  ayant  un  toit  de  tuiles 
placées  horizontalement  au-dessus  de  la  jarre...  Plusieurs 
jarres  sont  noyées  dans  une  grossière  maçonnerie.  Ces 

> 


162.  —  Fragment  de  bas-relief  représentant  l'adoration  des  mage:. 
D'après  Bull,  di  archcol.  crist.,  1884-1S85,  pi.  II. 


{de  petit  enfant)  formé  par  l'emboîtement  de  deux  extré- 
mités inférieures  de  jarres,  de  telle  sorte  que  le  sarco- 
phage avait  la  forme  d'un  gros  œuf  à  deux  extrémités 
pointues...  Toute  la  plaine...  doit  former  une  vaste  né- 
cropole à  fleur  du  sol. 

«  On  mit  àjour,  ajoute  le  même  auteur,  nombre  de  débris 
<jui  se  classent  en  trois  catégories  :  A.  Tombes  constituées 
par  des  caissons  ou  massifs  en  mauvaise  maçonnerie 
circonscrivant  une  étroite  cavité  parfois  oblongue  et 
ayant  contenu  alors  un  cercueil  en  planches,  mais  ayaml 


'  La  plupart  des  inscriptions  trouvées  jusqu'à  ce  jour  sont  chré- 
tiennes, la  seule  païenne  rencontrée  (Corp.  inscr.  lat.,  t.  vm. 
n.  1107G)  pourrait  ne  pas  provenir  de  cette  nécropole.  —  »V«r>> 
«outre,  La  nécropole  de  Sfax  et  les  sépultures  en  jarres,  dans 
la  Revue  archéologique,  III*  série,  t.  x,  p.  28  sq.  Cf.  Coynptes 
rendus  de  l'Académie  des  inscr.,  1837,  p.  50  sq.;  1899,  p.  10  sq.  ; 
R.  de  la  Blanchère,  dans  le  Bulletin  du  Comité  arch.  des  trav. 
hist..  1888,  p.  154;  Corp.  inscr.  lat  ,  t.  vm,  suppl.,  pars  1, 
n.  11076;  D.  Carton.  La  nécropole  de  Bulla  Regia,  dans  le  Bull, 
archéol.  du  Comité  des  trav.  hist.,  1890,  p.  149  sq  ,  p.  178-181  ; 
G.  Hannezo  etL.  Fémétiaux,  Note  sur  la  nécropole  chrétienne 
de  Sfax,  dans  le  Bull.  arch.  du  Comité  des  trav.  hist.,  1900, 
p.  150  sq.  —  *À  Carthage,  cf.  A.  Delattre,  dans  le  Bull.  arch.  du 


trois  catégories...  sont...  contemporaines,  [car]...  toutes 
ces  sépultures  sont  au  même  niveau.  Quoique  mélangées 
les  unes  aux  autres,  sans  ordre,  [ellesl  sont  orientées 
dans  le  même  sens  (est-ouest)  et...  le  cadavre  est  place 
constamment  la  tête  à  l'ouest.  Aucune  des  médaille» 
trouvées  aux  environs  des  sépultures  ne  remonte  au 
delà  de  Dioclétien;  la  grande  majorité...  est,  de  Cons- 
tantin '-'.  » 

Les  tombes  à  ampbores  sont  fréquentes  en  Afrique 
depuis  l'époque  punique  jusqu'à  l'époque  chrétienne3; 


Comité  des  trav.  Mat.,  18S6,  p.  227;  R.  de  la  Blanchère,  Collec- 
tions du  musée  Alaoui,  in-4*,  Paris.  1S90,  p.  111;  à  Sfax,  cf. 
Vercoutre,  loc.  cit.  ;  à  Salakta.  cf.  G.  Hannezo.  dans  le  Rec.  de  la 
Soc.  arch.  de  laprov.  de  Constantine,  1892.  t.  xxvi.  p.  286;  à 
Zarzis,  cf.  Étenaud,  dans  le  Bull.  arch.  du  Comité  des  trav.  hift., 
18S7,  p.  449;  à  Lamta,  cf.  H.  Saladin.  dans  les  Archives  des 
miss,  scient.,  série  III,  t.  xm,  1887,  p.  15:  à  Kulla-Regia.  cf.  Car- 
ton, (t>c.  cit.,  et  Rev.  archéol-,  t.  xv,  1890,  p.  25;  dans  l'oasis  de 
Liouah,  dans  le  Zabif.  et.  A.  Delattre.  dans  le  Rec.  de  la  Soc. 
arch.  de  la  prov.  de  Constantine,  1888-1889.  i  xxv.  p.  271:  i 
Biskra,  à  Stora,  à  PhilippeviUe,  à  Chéraga  près  d'Alger,  cf.  A.  d« 
Mortillet  et  Topinard.  dans  le  Bull,  de  la  Svc.  d'anthropologie 
de  Paria,  série  IV,  1888,  t.  xi,  p.  720  sq. 


733 


AFRIQUE    (ARCH-ÉOLOGIE   DE   L') 


734 


on  en  rencontre  en  dehors  de  l'Afrique,  en  Sar- 
daigne1,  dans  le  midi  de  la  France2,  en  Ligurie3,  en 
Corse  *. 

2»  Cuves  en  marbre.  —  A  Cherchel,  on  a  découvert 
un  sarcophage  d'époque  assez  basse,  mais  intéressant 
néanmoins  s.  Il  mesure  1»>20  de  long  sur  0-32  de  large  et 


163.  —  Sépulture  en  jarre. 
D'après  Corpus  inscriplionum  latinarum,  t.  vm,  n.  11076. 

représente  les  trois  Hébreux  dans  la  fournaise  et  l'Ado- 
ration des  mages.  Ces  deux  scènes  présentent  une. par- 
ticularité qu'il  y  a  lieu  de  relever.  Dans  le  premier  sujet, 
l'addition  d'un  bourreau  qui  alimente  le  brasier  ;  dans  le 
second  sujet,  un  des  mages  élève  la  main  droite  et  pro- 
nonce évidemment  quelques  paroles,  tandis  que  ses 
compagnons  demeurent  en  silence;  un  personnage  se 
tient  debout  à  côté  de  la  Vierge,  et  ce  doit  être  saint 
Joseph6.  Au  second   plan,   derrière  les  mages  on  voit 


164.  —  Sépulture  en  jarre  couverte  d'un  toit. 
D'après  Corpus  inscript,  lat-,  t.  vin,  n.  11076. 

trois  chameaux.  Bien  qu'on  ignore  la  provenance  de 
ce  morceau  de  sculpture,  il  est  bon  de  faire  observer 
que  le  canon  symbolique  chrétien  s'était  imposé  en 
Afrique,  car  ces  deux  scènes  «  se  retrouvent  ailleurs 
mises  en  pendant.  On  s'accorde  à  reconnaître  dans  ce 
rapprochement  une  sorte  de  confusion,  d'identification 
symbolique  et  voulue  entre  deux  groupes  de  personnages 
abandonnant  l'idolâtrie  pour  la  foi  »7. 

*  Dans  Notizie  degïi  scavi,  1881,  p.  30;  1892,  p.  216.  —  -K.  Le 
Blant,  L'épigraphie  chrétienne  en  Gaule  et  dans  l'Afrique 
romaine,  in-8",  Paris,  1890,  p.  31.  —  3  Issel,  dans  Bullett.  di 
paleontologia  italiana,  1885,  t.  XI,  p.  109-110,  pi.  IX,  fig.  7,  8. 
—  *  A.  de  Longpérier,  Jarres  cylindriques  trouvées  en  Corse, 
fermées  des  deux  bouts,  et  renfermant  un  cadavre  placé 
dans  le  vase  de  terre  avant  la  cuisson,  dans  les  Comptes 
rendus  de  la  S'  session  du  Congrès  international  d'anthropo- 
logie et  d'archéologie  préhistoriques,  Paris,  1867,  p.  160.  — 
»  V.  Waille,  dans  la  Revue  archéologique,  1890,  p.  214,  pi.  ; 
A.'Audollent,  Mission  épigraphique  en  Algérie,  dans  les  Mélang. 
d'arch.  et  d'hist.,  1890,  t.  x,  p.  406,  fig.  —  «  Cf.  De  Rossi,  Bull. 
di  arch.  crist.,  1884-1885,  p.  49-52.  —  7  E.  Le  Blant,  Les  sar- 
cophages chrétiens  de  la  Gaule,  p.  146,  pi.  xxxvi,  fig.  2.  Voyez 
un  sarcophage  trouvé  à  Collo  et  reproduit  dans  \' Annuaire  de  la 
Soc.  arch.  de  Constantine,  1855,  t.  m,  pi.  10  et  p.  182  :  «  Bas- 
relief  énigmatique.  »  —  8Ch.  Duprat,  Monographie  de  la  basi- 
lique de  Têbessa,  dans  le  Rec.  de  la  Soc.  arch.  de  la  prov.  de 
Constantine,  t.  xxx,  1897,  p.  39.  Pour  les  sarcophages  chrétiens 
d'Afrique,  cf.  Héron  de  ViUefosse,  dans  le  Bull,  archéol.  du  Co- 
mité des  trav.  historiques,  1898,  p.  clx;  il  faut  ajouter  à  sa  liste 
le  sarcophage  signalé  par  S.  Gsell,  dans  le  Bull.  arch.  du  Comité, 
séance  de  juin  1889,  et  un  autre  trouvé  jadis  par  Delamare  à 
Batna  et  représentant  deux  poissons  et  un  calice,  cf.  Mèrn.  de  la 
Société  des  antiquaires  de  France,  t.  xxi,  pi.  l,  fig.  16.  — 
•Bull,  di  archeol.  crist.,  1887,  p.  124.  Cf.  F.  X.  Kraus,  Ges- 


Un  sarcophage  découvert  dans  la  chapelle  tréflée  de 
Tébessa  et  qui  sert  aujourd'hui  d'autel  à  l'église  repré- 
sente trois  figures  allégoriques  placées  chacune  entre 
deux  ilambeaux  allumés,  vêtues  de  robes  amples;  celle 
de  droite,  une  femme,  relève  son  manteau  et  tient  en 
main  le  volumen  ;  celle  de  gauche,  un  adolescent,  tient 
les  mains  écartées  du  corps  dans  l'attitude  de  la  prière 
ou  de  l'acclamation  ;  le  troisième  personnage,  une 
femme,  est  représenté  assis,  levant  le  bras  gauche  et  ten- 
dant la  main  droite8.  «  La  figure  centrale,  dit  M.  Gsell, 
représente  certainement  Rome,  comme  l'a  du  reste  vu 
De  Rossi9.  Rome  est  assise,  en  costume  d'Amazone  et 
casquée  selon  la  tradition  païenne;  mais,  au  lieu  d'une 
arme  ou  d'un  globe,  elle  tient  un  calice.  La  figure  de 
droite  est  coiffée  à  l'africaine  :  peut-être  représente- 
t-elle  l'Église  d'Afrique,  ou  l'Église  de  Théveste.  Quant  à 
forant  de  gauche,  je  ne  saurais  émettre  aucune  hypo- 
thèse sérieuse  à  son  sujet.  Il  semble  que  ce  soit  un 
homme,  et  non  une  femme  ;  faut-il  y  voir  simplement  une 
image  du  défunt?  En  tous  cas  ce  sarcophage  très  curieux 
est,  pour  ainsi  dire,  un  acte  d'orthodoxie,  une  affirma- 
tion des  liens  indissolubles  qui  unissaient  les  catho- 
liques de  Théveste  à  l'Église  de  Rome 10.  »  Ce  sarcophage 
peut  dater  du  Ve  siècle  ou  de  la  fin  du  ive  siècle.  Un 
autre  sarcophage  fut  découvert  au  coin  sud  de  Y  atrium 
de  la  basilique.  C'est  un  ouvrage  païen,  d'une  facture 
médiocre,  qui  a  servi  d'abreuvoir  dans  la  suite  des  temps. 
La  cuve  seule  existé  et  mesure  2m23  de  longueur  sur 
0m65  de  largeur  et  0m75  de  hauteur.  Il  représente 
Mnémosyne  entourée  de  ses  neuf  filles,  les  Muses.  La 
face  latérale  droite  représente  Apollon11,  l'autre  Athéné. 
Un  sarcophage  de  chrétien  de  Tipasa  montre  le  Christ 
assis  entouré  de  quatre  adolescents  portant  les  insignes 
des  quatre  saisons  :  le  Printemps  une  corbeille  de  ileurs, 
l'Été  une  gerbe  d'épis  et  une  faucille,  l'Automne  une 
grappe  de  raisin,  l'Hiver  une  houe  sur  l'épaule  et  des 
canards  dans  la  main  droite.  A  l'une  des  extrémités 
Moïse  fait  jaillir  l'eau  du  rocher,  l'autre  extrémité 
manque1'2. 

Un  sarcophage  chrétien  trouvé  à  Tipasa13  (fig.  165) 
peut  être  daté  de  la  première  moitié  du  IVe  siècle.  Il 
représente  le  bon  Pasteur,  sujet  des  plus  fréquents 
en  Afrique  u,  et  à  l'extrémité  de  la  cuve  un  lion  dévo- 
rant une  gazelle,  symbole  de  la  puissance  de  la  mort. 
Ces  lions  sont  intéressants  à  un  autre  titre;  on  re- 
marquera qu'ils  sont  parés  d'un  vêtement  orné;  ce 
sont  donc  les  lions  d'une  venatio.  Voir  Ad  bestias, 
col.  450. 
Les  sarcophages  actuellement  connus  et  classés  sont 

chichte  der  christlichen  Kunst,  in-8",  Freiburg,  1895,  t.  I,  p.  250  : 
Recueil  de  la  Soc.  arch.  de  la  prov.  de  Constantine,  18IT0,  t.  xiv, 
pi.  ix  et  x;  Tour  du  Monde,  1880,  t.  Il,  p.  10.  —  ,0S.  Gsell,  dans 
les  Mélang.  d'arch.  etd'hist.,i90i,t.  XXI,  p.  211,  note  2. — "S.Rei- 
nach,  Sarcophage  de  Tébessa,  dans  le  Bull.  arch.  du  Comité 
des  trav.  hist.,  1891,  p.  159  sq.,  pi.  xiv  et  xv  ;  C.  Duprat,  Rec. 
de  laSoc.  arch.  de  la  prov.  de  Constantine,  1897,  t.  xxx,  p.  52, 
la  planche  en  regard.  —  12S.  Reinach,  Monuments  chrétiens  de 
Tipasa,  dans  le  Bull.  arch.  du  Comité  des  trav.  hist.,  1893, 
p.  129,  pi.  xill  ;  S.  Gsell,  dans  les  Mél.  d'arch.  et  d'hist.,  1894, 
t.  xiv,  p.  445,  pi.  IX.  Cf.  H.  de  ViUefosse,  dans  la  Gazette  archéo- 
logique, 1879,  p.  148  sq.  ;  R.  Cagnat,  Une  mosaïque  de  Carthage 
représentant  les  mois  et  les  saisons,  dans  les  Mém.  de  la  Soc. 
des  antiq.  de  France,  1896,  p.  251  sq.  —  •*  L'illustration, 
1874,  t.  lxiv,  p.  156,  fig.  ;  Cherbonneau  (communiqué  par  A.  de 
Montaiglon),  dans  la  Revue  des  sociétés  savantes,  V*  série,  1873, 
t.  IX,  planche  à  la  page  123.  —  •*  Héron  de  ViUefosse,  dans  les 
Archives  des  missions,  série  III,  1875,  t.  H,  p.  408;  Doublet, 
dans  la  Revue  africaine,  1892,  t.  xxxvi,  p.  395,  n.  4  ;  A.  De- 
lattre  dans  Les  missions  catholiques,  1882,  t.  xiv,  p.  114; 
1886,  t.  xviii,  p.  150;  E.  Le  Blant,  dans  les  Comptes  rendus  de 
l'Acad.  des  inscr.,  1888,  p.  47;  Ravoisié,  Exploration  de  l'Algé- 
rie, archéologie,  in-fol.,  Paris,  1846,  t.  m,  pi.  44,  fig.  il.  Cf. 
A.  Dupuch,  Essai  sur  l'Algérie  chrétienne,  in-8*.  Bordeaux, 
1848,  p.  204;  ci.  S.  Gsell,  dans  les  Mél.  d'arch.  et  d'hist.,  1894, 
t.  xiv,  p.  444,  notes  4,  5. 


735 


AFRIQUE   (ARCHÉOLOGIE   DE   L') 


736 


au  nombre  de  seize  pour  l'Algérie  et  de  trente-six  pour 
la  Tunisie  '. 

XXXI.  Lampes.  —  Les  lampes  trouvées  en  Afrique 
sont  en  nombre  considérable,  à  tel  point  qu'on  a  tenté 
d'en  écrire  l'histoire.  La  lampe  phénicienne  antérieure 
à  noire  ère  est  une  sorte  de  soucoupe  en  terre  rouge 
grossière  repliée  en  trois  endroits  de  façon  à  former 
deux  becsa.  La  fabrication  romaine  antérieure  à  notre 
ère  fournit  des  produits  bien  supérieurs,  la  légèreté  et 
la  ténuité  de  l'argile  sont  remarquables,  la  forme  est 
modifiée,  elle  est  circulaire  et  le  bec  forme  appendice; 
cette  lampe  n'a  pas  d'anses.  Dès  cette  époque  on  com- 
mence à  appliquer  un  médaillon  central  peu  orné,  ce 
n'est  que  vers  le  Ier  et  le  11e  siècles  de  notre  ère  que  les 
lampes  en  Afrique  reçoivent  l'anneau  et  que  la  décora- 
tion se  complique  par  l'introduction  du  dessin  vivant. 
Dès  la  fin  du  Ier  siècle  on  trouve  le  petit  trou-entaille 
voisin  du  bec  destiné  uniquement  à  l'aération,  puisque 
le  poinçon  à  l'aide  duquel  on  faisait  avancer  la  mèche  se 
trouvait  toujours  dans  le  trou  central.  Ces  lampes  sont 


Le  P.  Delattre  a  établi  une  sorte  de  Corpus  des  lam- 
pes chrétiennes  d'après  environ  un  millier  de  variétés. 
Le  classement  adopté  est  basé  sur  le  motif  de  décoration. 
Voici  ce  classement  qui  doit  permettre  d'ajouter  indéfi- 
niment les  trouvailles  rentrant  dans  chaque  catégorie  : 
1,  le  poisson;  2,  lé  lion;  3,  le  cerf;  4,  le  cheval;  5,  le 
lièvre;  6,  l'agneau;  7,  animaux  divers;  8,  le  pélican; 
9,  la  colombe;  10,  le  coq;  11,  le  paon;  12,  l'aigle;  13,  le 
phénix;  14,  oiseaux  divers;  15,  le  cèdre;  16,  le  palmier: 
17,  la  vigne;  18,  Heurs  et  arbustes;  19,  la  coquille; 
20,  la  rosace;  21,  le  vase;  22,  les  chandeliers  à  cinq, 

six  et  sept  branches;  23,  la  lettre  I(ï)<toO;);  24,  )£; 
25,  ^C;  26,  *;  27,  -f;  28,  4";  29,  +  ;  30,  la  croix  ornée 
d'agneaux;  31,  la  croix  surmontée  de  la  colombe;  32,  la 
croix  sous  un  ciborium  ;  33-34,  le  carré  et  le  cercle  ; 
35,  personnages  de  l'Ancien  Testament;  36,  Notre-Sei- 
gneur  Jésus-Christ;  37,  divers  personnages;  38,  disques 
réflecteurs;  39,  marques  qui  se  lisent  au-dessous  des 
lampes. 


165.  —  Sarcophage  chrétien  trouvé  à  Tipasa. 
D'après  les  Mélanges  d'archéologie  et  d'histoire  de  l'École  franc,  de  Borne,  1894,  pi.  vm. 


façonnées  à  l'aide  d'un  moule  en  bronze  auquel  on 
substitua  vers  le  m«-ive  siècle  le  moule  en  plâtre;  la 
terre  employée  à  cette  époque  a  une  teinte  grisâtre. 

La  forme  et  la  matière  des  lampes  chrétiennes  sont 
généralement  distinctes  de  celtes  dont  on  taisait  usage 
dans  les  officines  païennes.  La  forme  s'allonge  et  l'argile 
est  rouge.  On  fabrique  ces  lampes  à  l'aide  de  deux 
moules,  l'un  pour  le  dessous,  l'autre  pour  le  dessus, 
l'anneau  disparaît,  on  le  remplace  par  une  queue  un 
peu  relevée,  non  forée  et  émoussée  à  son  extrémilé. 
Nous  ignorons  les  noms  des  potiers  chrétiens,  et  l'his- 
torien des  lampes  d'Afrique  estime  que  l'anonymat  d'une 
lampe  est  un  indice  sérieux  en  faveur  de  son  origine 
chrétienne;  mais  le  critère  vraiment  certain  est  lors- 
qu'on reconnaît  que  le  sujet  emblématique  a  été  rapporté 
et  appliqué  sur  le  disque  supérieur,  «  néanmoins  une 
lampe  peut  appartenir  à  l'âge  chrétien  sans  présenter 
cette  particularité  :!.  » 

•  Héron  de  Villefosse,  dans  le  Bulletin  arch.  du  Comité  des 
trav.  hist.,  1898,  p.  r.i.iv  sq.  Cf.  J.  Poinssot,  Sarcophage  en 
marbre  blanc  à  Bou-Djelida,  Tunisie,  dans  le  Bullet.  des  ant. 
afric,  1882,  t.  i,  p.  294,  11g.  1.  -  s  Gf .  Bec.  de  la  Soc.  arch.  de 
la  prov.  de  Constantine,  1879-1880,  pi.  vil.  —  3  De  CardaiUac, 
Histoire  de  la  lampe  antique  en  Afrique,  dans  le  Bull,  de  la  Soc. 
arch.  d'Oran,  1890,  f>.  251  sq.  Cf.  A.-L.  Delattre,  Lampes  chré- 
tiennes de  Cartltage,  dans  la  Bévue  de  l'art  chrétien,  1890, 
p.  134  sq.  ;  1891,  p.  39  sq..  596  sq.  ;  R.  Cagnat,  Bull,  arcliéol.  du 
Com.  des  trav.  hist.,  1891,  p.  578  sq.  —  'Ibiil.,  p.  579.  —  BOn  a 
trouvé  des  lampes  avec  cette  formule  à  Fonka,  Tipasa,  Cherchel, 


A  ce  classement  nous  ajouterons  la  description  de 
quelques  types  plus  dignes  d'attention*.  A  Cherchel  (Cé- 
sarée  de  Maurétanie)  on  a  mis  à  jour  une  série  de  lampes 
à  anse  non  forée  présentant  la  répétition  d'une  curieux 
formule  d'appel  à  la  bourse  du  passant B  : 


EMITE  LVCERNAS 
LVCERNAS    CoLATAS 
S3NOOI   SAIAIOO 


COLLATAS  AB  ASSE 
(DE  OFINA  ASS  ENI 
SANH33VI  3IIM3 


Une  autre  lampe  de  grand  module  offre  le  mono- 
gramme du  Christ  entouré  d'une  double  auréole  où  se 
déroule  cette  inscription  : 

EME  BONO  TVMH-ARI 
Eme  bono(m)  tu(te)lari(um). 

«  Achetez  un  bon  gardien,  à  la  fois  contre  les  ténèbres 
et  contre  l'esprit  malin6.  » 

Gouraya.  Cf.  Corp.  inscr.  lot.,  t.  vm,  n.  10478,  1,  c  et  e ;  de 
Cardaillac,  Bull,  trimestr.  de  géogr.  et  darch.  d'Oran,  1890. 
t.  x,  p.  304,  fig.  57;  p.  305,  fig.  58"  V.  Waille  et  P.  Gauckltr, 
dans  la  Bev.  archéol.,  1891,  t.  xvn,  p.  138,  n.  3;  S.  Gsell,  Re- 
clierches  arcliéol.,  in-8*,  Paris.  1893,  p.  61,  n.  1,  2:  p.  62,  n.  3-8 
—  •  V.  Waille,  Inscript,  sur  poterie  et  sur  marbre,  découverte! 
à  Cherchel,  dans  le  Bull.  arch.  du  Comité  des  trav.  hist.,  1893 
p.  133-134,  n.  14-17.  L'inscription  :  Emitc  lucernas  colatas  al 
esse,  se  retrouve  à  Cherchel.  Cf.  V.  Waille,  Bapport  sur  in 
fouiUes  faites  à  Cherchel  en  1894-1895,  dans  le  Bull.  arch.  iu 
Comité  des  trav  hist.,  1895,  p.  59,  n.  4. 


737 


AFRIQUE   (ARCHÉOLOGIE   DE   L') 


738 


Une  belle  formule  : 

DONATO  COR  MAGISTRO  VITA 

«  Donnez  votre  cœur  au  maître  de  la  vie,  »  rectilie  la 
lecture  fautive  de  De  Rossi  :  Vita  Donalo  coromagistro, 
«  Vive  Donatus  le  coroplaste1.  » 

Une  lampe  de  Musti  montre  le  Christ  accosté  de  deux 
anges  et  tenant  la  croix;  il  foule  aux  pieds  l'aspic,  le 
basilic,  le  dragon  et  le  lion  2.  Une  autre  lampe,  trouvée 
à  Carthage,  représente  le  Christ  piétinant  le  serpent 
maudit  et  le  chandelier  à  sept  branches  renversé,  sym- 
bole du  culte  judaïque  3,  c'était  peut-être  une  interpré- 


166.  —  Lampe  trouvée  à  Cartilage. 

D'après  les  Mémoires  de  la  Soc.  nat.  des  antiquaires 

de  France,  1896,  p.  247. 

tation  de  cette  parole  de  l'Eglise  à  la  Synagogue  :  Eccc 
sub  pedibus  meis  purptwala  quondam  regina  versaris  * 
(fig.  166). 

Un  fragment  de  lampe  trouvé  à  Carthage  ne  consiste 
plus  que  dans  la  zone  circulaire  qui  entoure  ordinaire- 
ment le  sujet  principal  et  celte  partie,  au  lieu  de  pré- 
senter comme  à  l'ordinaire  des  motifs  de  décoration 
symbolique  ou  géométrique,  nous  fait  voir  des  médail- 
lons circulaires  reproduisant  alternativement  la  face  et 


1  R.  Cagnat,  dans  le  Bull.  arch.  du  Comité  des  trav.  hist., 
1895,  p.  59,  note  1;  De  Rossi,  Bull,  di  arch.  crist.,  1877,  p.  142, 
note  3.  —  -  P.  Gauckler,  Rapport  épigrapkique  sur  les  décou- 
vertes faites  en  Tunisie,  dans  le  Bull.  arch.  du  Comité  des 
trav.  hist-,  1897,  p.  453.  —  3E.  Le  Blant,  La  controverse  des 
chrétiens  et  des  juifs  aux  premiers  siècles  de  l'Église,  dans 
les  Mém.  de  la  Soc.  des  antiq.  de  France,  1896, p.  249  et  pi.  de 
la  page  247.  On  sait  combien  le  chandelier  est  fréquent  sur  les 
épitaphes  juives.  Corp.  inscr.  grxc,  t.  iv,  n.  9901,  9903,  9907, 
9910,  9912,  9914,  9916,  9917,  9919-9921,  9923,  9926.  A  Venouse, 
Corp.  inscr.  lat.,  t.  IX,  n.  6199,  6204,  6212.  6219,  6221,  6224 
6225  623S.  A  Carthage,  cimetière  juit  de  Gaju<irt,  Corp.  tmer. 
lat.-   t.   vin,   n.  14102,  J4104;  E.  Le  Blam.   Inscriptions  chré- 

DICT.  D'ARCH.  Ciip.i-t. 


le  revers  d'une  monnaie  romaine  à  l'efligie  de  Théo- 
dose II.  «  Cette  monnaie  imprimée  en  relief  sur  la 
lampe  de  Carthage  a  dû  y  être  reproduite  par  le  potier  à 
l'aide  d'un  moule  de  terre  cuite  que  la   monnaie  elle- 


167.  —  Tube  en  terre  cuite. 
D'après  les  Archives  des  miss,  scientif.,  t.  XIH,  p.  35,  fig.  44. 

même  avait  servi  à  façonner.  On  ne  peut,  en  effet, 
s'arrêter  à  la  pensée  que  le  potier  aurait  eu  en  main  le 
coin  d'un  atelier  monétaire5.  » 

Outre  ces  lampes,  il  en  existait  d'autres,  de  grandes 
dimensions,   à  l'usage  des  basiliques,   ayant  la  forme 


1C8.  —  Voûte  avec  tubes  en  Terre  cuite. 

D'après  les  Archives  des  miss,  scientifiques,  1887, 

t.  XIII,  p.  118,  fig.  210. 


d'une  barque  et  garnies  de  plusieurs  becs,  huit  générale- 
ment. La  partie  médiane  est  garnie  de  deux  anneaux  de 
suspension.  Le  musée  du  Bardo,  à  Tunis,  en  possède 
plusieurs  exemplaires,  provenant  en  partie  de  la  basilique 
de  Dermech   à  Carthage0.  Nous  décrirons   ailleirs  la 


tiennes  de  la  Gaule,  in-4»,  Paris,  1856-1865,  t.  n,  n.  621,  et  Nou- 
veau recueil,  in-4\  Paris,  1892,  n.  284  a,  292.  —  *Dialogus  de 
altercatiane  Ecclesix  et  Synagogse,  P.  L.,  t.  xlii,  col.  1132; 
E.  Le  Blant,  De  quelques  lampes  chrétiennes  découvertes  à 
Carthage,  dans  les  Comptes  rendus  de  l'Acad.  des  inscript., 
1S88,  p.  445  sq.  —  5  A.  Delattre,  Un  fragment  de  lampe  chré- 
tienne, dans  le  Bull.  arch.  du  Comité  des  trav.  /u'st.,1897,  p.  288. 
Voir  aussi  E.  Delorme,  Note  sur  une  lampe  antique,  dans  la 
Bev.  archéol.,  1901,  t.  xxxvin,  p.  24  sq.  et  fig.  1,  et  deux  au- 
tres exemplaires  de  poteries  avec  impression  de  types  moné- 
taires dans  <e  Bull,  de  :n  Suc.  des  antiq.  le  France,  1884, 
p  129  sq.  —  "  p.Gauckier,  dans  ia  Bull.  arch.  du  comité  de* 
i    trav.  ms(. . 1901. -j.  135-13K. 

I.  —  24 


739 


AFRIQUE   (ARCHÉOLOGIE   DE   L') 


740 


lampe-basilique  trouvée  en  Afrique.  Voir  Lampes  '. 
XXXII.  Poteries.  —  A  Oudna,  on  a  recueilli  dans  les 
déblais  des  Thermes  «  plus  de  300  estampilles  entières, 
sur  fonds  de  plats  et  de  patères,  sans  compter  d'innom- 
brables tessons  plus  ou  moins  endommagés.  Ces  estam- 
pilles ont  un  caractère  chrétien  nettement  accusé.  Elles 
représentent  le  chrisme  avec  la  boucle  tournée  tantôt  à 
droite,  tantôt  à  gauche,  et  plus  ou  moins  orné,  accom- 
pagné ou  non  de  l'a  et  de  l'w  ;  les  diverses  formes  de  la 
croix,  surtout  la  croix  latine  et  la  croix  grecque,  simple, 
gemmée,  divisée  en  triangles  et  en  losanges,  ornée  de 
palmettes,  puis  la  croix  gammée  ou  swatiska  inscrite 
dans  un  carré  ;  dix  types  différents  de  colombes,  plusieurs 
coqs,  trois  types  différents  de  l'agneau,  deux  du  lièvre 
courant,  des  rosaces  à  six  ou  à  huit  pétales,  des  fleurons 
et  des  palmettes  variées,  des  calices  seuls  ou  réunis,  qua- 
tre par  quatre,  autour  d'un  cercle  central.  Enfin  d'autres 
marques  de  fantaisie,  plus  difficiles  à  caractériser  » 2. 


calement  deux  bandes  brodées.  La  femme  applique  la 
main  gauche  sur  la  poitrine  et  la  main  droite  sur  le 
ventre  dont  la  saillie  est  fortement  marquée.  Plusieurs 
statuettes  chrétiennes  du  musée  de  Carthage  offrent  la 
même  particularité  qui  donne  lieu  de  penser  que  ces 
petits  objets  servaient  d'ex-voto  pour  les  femmes  chré- 
tiennes à  l'occasion  de  leurs  grossesses6. 

XXXIV.  Fonderie.  —  1.  Seau  en  plomb.  —  Un  vase- 
en  plomb  orné  de  symboles  trouvé  en  Tunisie  a  été  longue- 
ment décrit  par  De  Rossi 7.  Nous  n'aurons  qu'à  rappeler, 
d'après  lui,  ce  qui  a  trait  à  la  technique  de  cet  objet;  ce 
qui  concerne  son  usage  liturgique  a  été  traité  ailleurs. 
Voir  Eau  bénite;  voir  aussi  Afrique,  Liturgie,  col.  643. 
Le  vase  a  la  forme  d'un  seau  elliptique  sur  lequel  on  a 
soudé  une  longue  bande  de  même  métal  rehaussée  de 
figures  et  d'inscriptions;  on  ne  voit  aucune  trace  de 
poignées  ou  d'anses  pour  saisir  le  vase.  L'inscription  est 
enfermée  dans  un  cartouche  à  queues  d'aronde,  sa  pa- 


169.  —  Vase  en  plomb  de  Carthage  (voir  fig.  116). 
D'après  le  Bulletin  d'archéologie  chrétienne,  18G7,  pi.  vm. 


Nous  signalerons  en  outre  parmi  les  poteries  les 
matériaux  entrant  dans  la  construction  des  voûtes.  Dans 
un  grand  nombre  de  ruines  on  constate  l'existence  de 
voûtes  formées  au  moyen  d'une  carapace  de  tubes  en 
poterie,  emboîtés  les  uns  dans  les  autres  et  revêtus  de 
mortier8.  La  voûte  de  la  crypte  de  la  basilique  de  Casti- 
glione  ëtail  faite  «  avec  des  moellons,  des  amphores,  des 
tubes  eu  argile,  emboîtés,  enfin  d'autres  éléments  en 
tcirc  cuite  qui  ont  la  forme  d'obus  »4.  A  Sbeitla  se 
trouvent  deux  églises  dont  «  les  voûtes  étaient  construi- 
tes au  moyen  de  petites  bouteilles  de  terre  cuite  de 
0"'15  de  long  et  0'"06  de  diamètre  »  5.  Le  même  système 
est  employé  à  Sidi-Mohammed-el-Gebioni,  où  se  voit 
une  chapelle  musulmane  sur  une  construction  antique, 
el  encore  m  Kef,  à  Sbeitla,  à  Fériana.  à  Haïdra  (fig.  167 
et   168). 

XXXIII.  Kx-voto.  —  Une  curieuse  statuette  en  terre 
cuite  trouvée  à  Oudna  représente  une  femme  debout, 
vêtue  d'une  longue  robe  sur  laquelle  se  détachent  verti- 

'  De  Iîo.ssi,  dans  le  Bull,  di  arch.  crist..  1866.  p.  lé.  Qg.  1,  2, 
et  p.  16;  1880,  p.  150.  A.  Daroel  et  B.  Baauewsky,  Collection  Ba- 
eilewsky.  Catalogue  raisonné  précédé  d'un  essai  sur  les  arts 
industriel*,  du  i"  au  xvr  siècle,  in-fol.,  Paris,  1874,  pi.  iv.  — 
*P,  Gauekier,  Itapport  épigraphigue  sur  (m  découvertes  archéo- 
logiques en  Tunisie,  dans  le  Bull.  arch.  du  Comité  des  trav. 
Iiisi.,  1WI7,  p,  456,  pi.  vm  et  ix.  —  3  S.  Gsell,  Montait,  snttf. 
de  V Algérie,  in-8',  Paris,  1901.  t.  il,  p.  139.  —  'Ibid.,  t.  n, 
p.  188.  —  »H.  Saladin,  Rapport  sur  une  mission  faite  en  Tu- 


léographie  ne  permet  pas  de  le  faire  descendre  après 

IV  (in  le  v  siècle  et  la  technique  des  ligures  se  rap- 
porte également  à  cette  époque  (lig.  169).  L'inscription 
esl  ainsi  libellée  : 

ANTAHCAT£  YAGÛP  MCT  eYOPOCYNHC 

l'ui-i/  île  l'eau  avec  joie.  » 
Cette  formule  est  empruntée  an  prophète  [sale  :  Kvt&if- 
rji-.i  GSiop  \i.i-'  sùçpoo-jvrjç  s  el  se  retrouve  fréquemment 
sur  les  vases  à  eau  bénite  de  fabrication  byzantine''. 
L'emploi  de  la  langue  grecque  dans  une  province  aussi 
exclusivement  latine  a  lieu  de  surprendre,  aussi  De  Rossi 
a  cru  devoir  faire  sortir  ce  vase  d'une  officine  de  la  Cy- 
rénaïque,  province  de  langue  grecque,  mais  en  rela- 
tions d'affaires  assidues  avec  l'Afrique  proconsulaire.  La 
décoration  du  vase  comporte  un  encadrement  compose 
de  l'inscription  et  de  trois  bandelettes  couvertes  de 
pampre  et  de  grappes  de  raisins.  Les  deux  extrémités 
île  I  inscription  aflleurent  deux  pelits  rectangles  repré- 

tusie  de  nov.  i8S2  à  avril  i883,  dans  les  Arch.  des  mte. 
soient.,  1887,  t.  xm,  p.  92.  —  »P.  Gauekier,  Rapport  ipiara- 

l'Iuque  sur  les  découverte»  faites  eu  Tunisie,  dans  le  Bull. 
arch.  du  Comité  des  tTOV.  hist.,  1897,  p.  457.  —  'De  Hossi,  Bull. 
di  arch.  crist.,  1867,  p.  77  sq.  Cl.  A.  Peraté,  L'archéologie  chré- 
tienne. in-8%  Paris,  ls'i-J.  p.  -JOS;  Garrucci.  Storia  delCorte  cris- 
liana.  in-fol.,  Prato,  187:!.  t.  vi,  p.  33,  pi.  VJs.  «  [gala,  \ii,  3.  Le 
ms.  Vaticanus,  porte  :  fcrdjiran.  — BPaciaiidi.  De  mort*  tmti- 
quorum  balneis,  t'n-4\  Rom»,  1758,  p.  160  sq.,  pi.  iv. 


741 


AFRIQUE    (ARCHÉOLOGIE   DE   L'] 


742 


sentant,  l'un,  deux  paons  buvant  dans  le  col  d'un  vase, 
l'autre,  une  Néréide  assise  sur  l'hippocampe,  auprès  de 
la  tête  de  celui-ci  se  voit  une  conque  marine,  auprès  de 
la  tête  un  dauphin.  La  partie  centrale  de  la  décoration 
comprend  des  sujets  qui,  bien  que  séparés,  ne  laissent 
pas  de  concourir,  d'après  De  Rossi,  à  une  interprétation 
unique.  11  s'agit  ici  d'allusion  au  martyre  de  sainte  Per- 
pétue qui,  dans  une  vision,  se  vit  changée  soudain  en 
gladiateur.  Elle  nous  raconte  qu'elle  combattit  en  cet 
état  où  l'un  des  cartouches  du  seau  nous  la  représente 
et  qu'elle  remporta  la  victoire,  signifiée  par  la  couronne 
qu'elle  élève  de  la  main  droite.  A  ce  combat  se  rapporte 
le  personnage  ailé,  d'une  taille  plus  élevée  que  les  au- 
tres; vir  quidam  mirx  magniludinis  ',  portant  une 
palme  :  ferens...  ramuni  viridem  2  qu'il  donnera  à  la 
martyre.  Aux  deux  extrémités,  des  cartouches  portant 
des  arbres  se  rapportent  au  viridarium  dont  parlait 
Saturus  en  racontant  sa  vision  écrite  par  Perpétue,  en- 
fin un  cartouche  représente  le  bon  Pasteur  et  fait  allu- 


touches  extrêmes  représentent,  à  gauche,  deux  cerfs  se 
désaltérant  au  pied  d'un  monticule  surmonté  de  la  croix 
et  arrosé  par  les  quatre  fleuves  ;  à  droite,  le  même  su- 
jet, mais  l'un  des  cerfs  est  remplacé  par  un  agneau.  Ce 
sujet  symbolique  ne  permet  pas  de  faire  remonter  la  fa- 
brication du  seau  de  plomb  avant  le  IVe  siècle;  c'est 
donc  du  ive  au  Ve  siècle  qu'il  doit  être  daté.  Nous  ne 
pouvons  accepter  l'interprétation  de  De  Rossi;  en  ce  qui 
concerne  l'orante  il  faut  y  voir  une  déesse  phénicienne 
et  l'ensemble  fortuit  des  sujets  n'est  probablement  que 
l'utilisation  faite  par  un  marchand  de  divers  sujets  or- 
nementés qu'il  avait  en  magasin  et  qu'il  a  appliqués  sans 
discernement  pour  garnir  la  panse  du  seau  B. 

2.  Moule.  —  Deux  petits  blocs  en  marbre  blanc  trou- 
vés à  Carthage  sont  creusés  de  manière  qu'en  répan- 
dant un  métal  en  fusion  dans  le  canal  qui  aflleure  l'ex- 
trémité des  découpures  on  obtienne  une  figure  qui 
munie  de  son  anneau  pouvait  être  portée  suspendue  au 
cou  (Mg.  170). 

XXXV.  Sigillographie.  —  «  Chaque  hiver,  lorsque, 
par  le  gros  temps,  les  vagues  déferlent  avec  violence, 
remuant  et  lavant  le  sable  sur  tel  point  du  rivage,  il  se 
fait  un  triage  qui  amène  à  la  surface  de  minuscules 
morceaux  d'or  ouvré.  Ce  même  sable  aurifère  renferme 
des  milliers  de  morceaux  de  plomb...,  les  plus  intéres- 
sants, au  nombre  de  plusieurs  centaines  se  présentent 
sous  la  forme  de  tessères  (peut-être  des  plombs  de 
douane)  ayant  reçu  l'empreinte  d'un  sceau  7.  »  Parmi 
ces  derniers  objets  se  trouve  un  plomb  de  bulle  de 
l'époque  byzantine  (fig.  171).  C'est  un  sceau  épiscopa! 


170.  —  Moule. 
D'après  Bull,  di  archeologia  cristiatia,  1891,  pi.  îx,  n.  5. 

sion  à  la  première  vision  de  la  sainte  :  vidi  spatium 
horli  imntensum  et...  hominem  canum,  in  habitu 
Pastoris  3.  Un  dernier  cartouche  représenterait  la  sainte 
en  orante,  symbole  consacré  pour  exprimer  l'âme  en- 
trée dans  la  béatitude.  Dans  la  série  inférieure  des  car- 
touches nous  remarquons  plusieurs  animaux,  l'un  d'eux 
pris  dans  l'attitude  du  bond  en  avant  parait  être  un 
ours,  ce  qui  s'appliquerait  à  ce  passage  de  la  passion  : 
Salurninus...  et  Revocatus  leopardum  experli  etiam 
super  pulpilum  ab  urso  vexati  suntlt;  les  deux  car- 

'  Passio  S.  Perpétuai,  10,  dans  Ruinart,  Acta  sincera,  in-41, 
Parisiis,  1689,  p.  91.  -  -Ibid.  —  3  Ibid.,  4,  loc.  cit.,  p.  87.  — 
*  Ibid.,  19,  loc.  cit.,  p.  95.  Les  quatre  cartouches  du  centre 
représentent  un  silène  ivre  et  trois  venationes  d'animaux.  Il  est 
douteux  que  ces  sujets  se  rapportent  à  la  passion  de  sainte  Per- 
pétue. —  "Cette  figure  de  pseudo-orante  se  trouve  sur  les  mon- 
naies de  Carthage  dès  le  temps  de  Dioctétien.  Cf.  J.  Eckhel, 
Doctrina  nummorum  veterum,  in-4%  Vindobonae,  1700,  t.  vin, 
p.  11  ;  Friedlander,  Die  Miinzen  der  Vandalen,  in-8*,  Leipzig, 
1849,  pi.  i  ;  E.  Le  Blant.  dans  les  Mélang.  d'arch.  et  d'hist.,  1883, 
t.  m,  p.  445  sq.,  pi.  x;  Bull.  trim.  de  corresp.  africaine,  18S4, 
p.  318.  —  «  A.  Delattre,  dans  le  Cosmos,  2  octobre  1889,  et  la 
Revue  de  l'art  chrétien,  1890,  p.  129.  Cf.  De  Rossi,  Bull,  di  arch. 
crist.,  1891,  p.  146  et  pi.  ix,  n.  4,  5.  —  'A.  Delattre,  Note  sur  le 
table  aurifère  de  la  mer  et  sur  une  collection  de  plombs  avec 
inscriptions  trouvés  à  Carthage,  dans  le  Bull.  arch.  du  Co- 


in. —  Sceau  de  l'évêque  Victorianus. 

D'après  le  Bullet.  archéol.  du  Comité  des  travaux  historiques 

1898,  p.  163. 

sur  le  revers  duquel  on  peut  lire  Victo[r]ianu[s]  ep[is]- 
c[opu]s.  Ce  sceau  ne  peut  avoir  appartenu  qu'à  Victo- 
rien, évêque  d'Uzalis,  aujourd'hui  El-Alia,  «  localité  que 
l'on  aperçoit  de  Carthage  au  loin  sur  la  montagne  dans 
la  direction  de  Bizerte.  »  8  Ce  prélat  assista  au  concile 
de  Latran  en  649. 

Les  bulles  de  plomb  des  évêques  de  Carthage  ai 
vne  siècle  et  même  de  quelques  autres  personnages 
d'Afrique  portent  généralement  au  revers  l'image  de  la 
Vierge  avec  Jésus  dans  ses  bras9. 

XXXVI.  Climatologie  de  l'Afrique  ancienne.  —  Il 
n'est  pas  sans  intérêt  pour  nous  de  connaître  les  con- 
ditions climatériques  de  l'Afrique  ancienne10;  car  si, 

mité  des  trav.  hist.,  1898,  p.  160  sq.  et  pi.  n.  —  ''Ibid.,  p.  163. 
—  9  Munter,  Epist.  de  duobus  vet.  eccl.  monumentis,  dan9 
Antiq.  Abhandlungen.  de  Copenhague,  1816,  p.  75  sq.,  pi.  I,  n.  4; 
Rec.  de  la  Soc.  arch.  de  la  prov.  de  Constantine,  t.  xx,  pi.  xvm, 
n.  8;  De  Rossi,  Bull,  di  arch.  crist ,  1881,  p.  115;  1887,  p.  132.  — 
,0M.  R.  du  Coudray  de  la  Blanchère,  L'aménagement  de  l'eau 
et  l'installation  rurale  dans  l'Afrique  ancienne,  dans  les  Nouv 
arch.  des  miss,  scient.,  in-8°,  Paris,  1895,  t.  vu;  Bourde,  Rap- 
port sur  les  cultures  fruitières,  et  en  particulier  sur  la  culture 
de  l'olivier  dans  le  centre  de  la  Tunisie,  in-8",  Tunis,  1893 
C.  Carton,  Climatologie  et  agriculture  de  l'Afrique  ancienne 
dans  le  Bull,  de  l'Acad.'d'Hippone,  t.  xxvii,  p.  1-45,  et  Varia 
lions  du  régime  des  eaux  dans  l'A  frique  du  Nord,  dans  les  A  n 
nales  de  la  Soc.  géol.  du  Nord,  t.  xxiv,  1896,  p.  29-47  ;  S.  Gsell 
dans  les  Mélang.  d'archéol.  et  d'hist.,  1896,  t.  xvi,  p.  466  sq.  ;  J 
Péroche,  dans  Ann.  de  la  Soc.  géol.  du  Nord,  t.  xxrv,  1896,  p.  69-72 


743 


AFRIQUE    (ARCHEOLOGIE   DE   L') 


744 


d'une  manière  générale,  il  est  vrai  que  la  production 
d'une  région  demeure  presque  invariable  pendant  des 
siècles  -,  certaines  modilications  ne  laissent  pas  de  se  pro- 
duire sous  l'action  de  causes  que  nous  n'avons  pas  à  re- 
chercher. C'est  pour  prévenir  les  conséquences  de  la  civi- 
lisation que  les  Romains  avaient  multiplié  en  Afrique  les 
travaux  hydrauliques,  car  l'expansion  de  la  population  a 
pour  résultat  de  modifier  sensiblement  les  conditions 
météréologiques  d'une  contrée  dans  laquelle  le  déboi- 
sement est  régulièrement  opéré  pour  permettre  l'éta- 
blissement des  colons,  et  par  déboisement  il  faut  en- 
tendre les  broussailles  et  les  vergers  comme  les  forêts. 
Ce  déboisement  systématique  a  donc  eu  pour  consé- 
quence en  Afrique  le  ruissellement  plus  rapide  de  l'eau 
de  pluie  que  n'arrêtaient  plus  les  feuilles,  les  racines, 
les  touffes  d'herbes  et  la  terre  que  soutenaient  les  ar- 
bres. La  pluie  tombe  d'une  manière  fort  inégale  sur  les 
diverses  provinces,  aussi  les  Romains  avaient-ils  entre- 
pris d'obvier  à  cette  répartition,  suivant  en  cela  l'exem- 
ple que  les  rois  numides  leur  avaient  laissé.  Pas  une 
goûte  d'eau  tombant  sur  cette  terre  n'était  perdue;  des 
canaux  la  recueillaient,  la  transmettaient  et  la  condui- 
saient sur  les  parties  arides  du  sol;  aussi  peut-on  dire 
que  tant  qu'on  prit  soin  d'entretenir  ces  travaux,  la 
prospérité  et  les  conditions  de  la  vie  physique  ne  chan- 
gèrent que  dans  une  faible  mesure,  mais  le  déboisement 
amena  un  changement  assez  notable  depuis  qu'on  lais- 
sait glisser  l'eau  sur  le  sol  au  lieu  de  l'y  introduire  ;  il 
amena  un  abaissement  de  la  nappe  souterraine.  Cette 
corrélation  entre  l'action  des  forêts  et  l'humidité  de 
l'air  2  amenait  un  dessèchement  du  pays  qui  ne  pou- 
vait qu'influer  sur  le  tempérament  de  ses  habitants; 
c'est  à  ce  point  de  vue  qu'elle  nous  intéresse,  nous  ai- 
dant à  mieux  comprendre  l'état  économique  de  l'Afrique 
dans  l'antiquité.  Nous  savons  d'ailleurs,  par  l'état  des 
ruines  relevées  aujourd'hui,  que  certaines  régions  dé- 
pourvues d'eau  n'ont  guère  vu  jadis  les  colons.  On  en 
trouve  la  démonstration  sensible  dans  le  pays  situé  au 
sud  et  au  sud-est  de  Kairouan.  Le  régime  des  eaux  y  a 
été  totalement  négligé,  on  n'y  rencontre  ni  aqueducs, 
ni  barrages,  ni  aménagement  quelconque,  mais  seule- 
ment des  bassins,  des  réservoirs,  des  citernes  destinés 
à  recevoir  la  provision  d'eau  pluviale  indispensable  à  la 
vie.  A  mesure  qu'on  s'éloigne  du  littoral,  les  zones  se 
succèdent  de  plus  en  plus  stériles  et  désertes.  Les  Ro- 
mains se  sont  groupés  sur  le  littoral,  vers  l'ouest  on  ne 
rencontre  déjà  plus  que  des  villages,  plus  loin,  des 
fermes  isolées  et  quelques  forts  de  défense,  enfin  les 
habitations  disparaissent,  on  ne  voit  plus  guère  que  des 
mausolées  de  type  punique  ou  romain,  des  citernes; 
c'est  ici  que  vécurent  les  nomades.  Ces  observations 
sont  capitales  pour  la  recherche  des  directions  de.  l'ex- 
pansion du  christianisme  en  Afrique3. 
XXXVII.  Le  CAPVT  Arnir.E.  —  On  trouvait  à  Rome 


'  Taine,  Philosophie  de  l'art,  in-12,  Paris,  s.  d.,  t.  I,  p.  11; 
Littré,  Études  sur  les  Barbares  et  le  moyen  âge,  in-8',  Paris, 
18G7,  p.  109.  —  «Carton,  Revue  tunisienne,  1896,  t.  m,  p.  87-94; 
Carton,  La  restauration  de  l'Afrique  du  Nord,  dans  le  Compte 
rendudu  congres  international  colonial,  1897,  Ul-8*,  Bruxelles, 
1898,  p.  28;  Drappier,  Enquête  sur  les  installations  hydrau- 
liques romaines  en  Tunisie,  in-8',  Tunis,  1899,  1900,  ajoutons 
que  cette  opinion  n'est  pas  adoptée  par  tous  les  météréologues. 
Cf.  Ed.  Cat,  Essai  sur  la  province  romaine  de  Mauritanie 
Césarienne,  in-8",  Paris,  1891.  —  3Blanclict,  dans  l'Association 
française  pour  l'avancement  des  sciences,  Tunis,  1896,  t  il 
P.  807  sq.  —  *G.  Paris,  VAppendix  Prvbi,  dans  les  Mélanges 
Renier,  Biblioth.  de  l'Ecole  des  hautes-études,  in-tol.,  Paris, 
1887,  p.  301  sq.  Cf.  l'édition  récente  de  VV.  Heraiis,  dans  Archiv 
fur  lateinische  Lexikographie,  1899,  t.  xi,  p.  301-341;  S.  Gsell, 
dan9  les  Mélang.  d'arch.  et  d'hist.,  1900,  t.  xx,  p.  107,  et  le  Bull. 
arch.  du  Comité  des  trav.  histor.,  1899,  p.  456.  —  8  Vico  et 
non  vice;  dans  les  indications  topographiques  on  emploie  l'ablatil 
vico.  —  * Becker,  Handbuch  der  rom.  Alterthùmer,  in-8',  Leip- 
zig, 1844,  t.  i,  p.  508;  II.  Jordan,  Topographie  der  Stadt  Rom., 


dans  la  deuxième  région  une  rue  qui  portait  le  nom  de 
vicus  Capitis  Africx  et  que  par  suite  d'un  usage  popu- 
laire on  appelait  couramment  vicus  Caput  Africx.  Un 
des  morceaux  placés  à  la  suite  de  VArs  fli'ior  de  Vale- 
rius  Probus  dans  le  manuscrit  latin  n.  16  de  la  biblio- 
thèque impériale  de  Vienne  (p.  197)  présente  une  liste 
de  graphies  vicieuses  mises  en  regard  des  formes  cor- 
rectes; ce  morceau,  qui  est  probablement,  d'origine 
africaine,  se  distingue  par  sa  richesse  des  listes  ana- 
logues, aussi  est-il  spécialement  connu  et  Diez,  Seel- 
mann,  P.  Meyer,  G.  Paris*  l'ont  spécialement  mis  à 
profit.  On  lit  clans  ce  document  la  remarque  suivante  : 

Vico  5  Capitis  Africx      non  vico  Caput  Africx. 

L'existence  de  cette  rue,  qui  devait  probablement  son 
nom  à  un  busto  représentant  l'Afrique,  nous  çst  attestée 
par  d'autres  documents  6.  Les  inscriptions  apportent 
leur  part  de  lumière,  et  c'est  ainsi  que  nous  apprenons 
l'existence  dans  la  «  rue  de  la  Tête  d'Afrique  »  d'un 
psedagogium  destiné  à  l'instruction  des  jeunes  esclaves 
du  palais  impérial  ',  Ce  psedagogium  était  situé  sur  la 
pente  ouest  du  Palatin;  ce  n'était  pas  le  psedagogium 
des  pages  encore  à  l'école,  mais  des  pages  déjà  de  ser- 
vice. La  maison  d'éducation,  le  véritable  psedagogium 
était  situé  entre  le  temple  de  Claude  et  l'église  S.  Tom- 
maso  in  Formis,  à  coté  de  l'arc  de  Dolabella,  sur  le 
Cœlius8.  Les  élèves  portaient  le  titre  de  Caput  afri- 
censes;  l'un  d'eux,  qui  était  chrétien,  nous  intéresse 
particulièrement  à  cause  des  fonctions  ecclésiastiques 
qu'il  remplissait  et  dont  nous  n'avons  qu'une  autre 
mention  outre  celle-ci  : 

ALEXANDER 
AVGG  .     SER  .     FECIT 
SE   BIVO-MARCO-  FILIO 
DVLCISIMO-  CAPVTA 
5     FRICESI-QVI.DEPVTA 
BATVR    INTER    BESTITO 
RESQVIVIXIT.AN.NIS 
XVIII-  MENSIBV-  Vllll 
DIEBVV.PETOABOBIS 
10     FRA. TRES-BONI. PER 
VNVM-DEVM-NE-QVIS 

post  UiO'mmmmmm 

Cet  établissement  nous  est  encore  connu  par  une 
liste  de  professeurs  :  pxdagogi  pucrorum  a  Capite 
Africx  10,  et  quelques  noms  isolés  ".  Becker  et  J.  Mar- 
quardt|2ne  font  pas  remonter  cette  école  avant  le  régne 
de  Caracalln,  mais  Cavedoni ,3  cite  le  tituba  d'un  nomme 
M.  Ulpius  Agathonicus,  pmdagogus  a  Caput  Africx  qui 
remonterait  au  règne  de  ïrajan,  et  après  Visconti  '*•  et 
Léon  Renier  ls  nous  croyons  devoir  placer  à  la  fin  du 


in-8*,  Berlin,  188Ô,  t.  n.  p.  588;  Grogorovius,  Geschichte  drr 
Stadt  Rom  im  Mittelalter,  [n-8',  Stuttgart,  1859-1873,  t.  v.  p.  627. 

En  18i2,  des  fouilles,  pratiquées  à  Pompoi,  firent  découvrir  doux 
figures  colossales  peintes  en  buste,  l'Afrique  et  Cartilage  ou  Clique. 
!..  Vinet,  dans  Daremberg-Saglio,  Dict.  des  antiq.  gr.  et  rom., 
au  mot  Afriea.  —  'J,  Marquardt,  Das  Privatleben  der  Romer, 
in-8",  Leipzig,  1879,  p.  156;  Orelli,  Inscr.  latinx,  in-8*,  Turici, 
1828,  u.  2685,  2934,  2935;  Corp.  inscr.  lat.,  t.  v,  n.  1039:  Phila- 
grypno  Aug.  vcm.  ex  Kap.  afriexs.  —  *G.  Gatti,  Del  Caput 
Africx  nella  seconda  regione  di  Roma,  in-8*,  Borna,  1882.  Cf.  A. 
de  la  Blanchcrc,  dans  le  Bull,  de  coi  >esp.  afric,  1882.  L  i,  p.  402 
sq.  —•Orelli,  loc.  cit.,n.  G371  ;  n.  Cabrol et  D.  Lecloïoq,  il^- 
num.  Eccles.  liturg.,  in-V,  Paris,  1902,  t.  l,  n.  3446.  Cf.  pour 
la  seconde  mention  au  mot  Acoi.ytuf..  col.  351.  — ,0  Ibid., 
n.  2934.  —  "  Ibid.,  n.  2685,  2935.  -  "Loc.  cit.  —  "  Bullettitut 
dell'  Istituto  archeologico  Romano,  1S50.  p.  160.  —  "  Atti  délie 
Accad.  rom.  di  arch.,  t.  vi,  p.  43.  —  l5L.  Renier,  dans  L.  Per- 
ret, Catacombes  de  Rome,  in-fol.,  Pnris,  1852,  I.  vi,  p.  170  sq.; 
De  Bossi,  Roma  sotterranea,  in-fol..  Borna,  1864,  t.  I,  p.  107;  E. 
Le  Blant,  Inscr.  chrét.  de  la  Gaule,  in-V,  Paris,  1856, 1 1,  p.  120. 


745 


AFRIQUE    (ARCHÉOLOGIE    DE   L') 


746 


11e  siècle,  sous  Marc-Aurèlc  ou  Commode,  l'épitaphe  du 
■oestitor  Alexandre. 

XXXVIII.  Les  juifs.  —  Parmi  les  monuments  laissés 
par  les  juifs  en  Afrique  on  ne  saurait  oublier  un  cime- 
tière situé  entre  Marsa  et  Gamart  dont  on  avait  attribué 
les  tombes  à  l'ancienne  population  punique,  mais  qui 
n'est  pas  plus  ancien  que  l'époque  des  empereurs  '.  Ce 
cimetière  n'avait  qu'une  médiocre  importance  et  les 
inscriptions  qu'on  en  a  retirées  n'ajoutent  guère  à  ce  que 
nous  savons  sur  la  communauté  juive  de  Cartbage  ;  elles 
sont,  pour  la  majeure  partie,  gravées  sur  le  marbre, 
cependant  quelques-unes  sont  peintes  en  rouge  2. 

La  nécropole  juive  de  Carthage  se  trouvait  prise  dans 
la  montagne  de  Gamart,  elle  était  peu  étendue,  le  nombre 
de  ses  caveaux  ne  dépassait  pas  deux  cents.  Ces  caveaux 
étaient  creusés  dans  le  calcaire,  sur  le  modèle  de  ce  qui 
se  pratiquait  en  Palestine.  L'entrée  de  la  nécropole  était 
très  simple  et  large  seulement  de  0ra90,  lermée  par  une 
dalle  de  pierre  ou  bien  par  des  moellons.  Les  chambres 
funéraires  avaient  leurs  parois  percées  de  loculi,  c'étaient 
des  niches  en  forme  de  fours  au  nombre  de  quinze  ou 
dix-sept  par  chambre,  rarement  plus.  Le  plafond  et  les 
parois  sont  enduits  de  stuc  blanc.  Au-dessus  des  niches 
on  lit  encore  quelques  inscriptions  en  latin,  peintes  en 
rouge  ou  simples  graflites.  On  voit  aussi  sur  quelques 
caveaux  des  peintures  :  rinceaux,  ceps  de  vigne,  génies 
ailés,  buste,  vendangeur,  cavalier,  etc.  ;  l'ornementation 
et  la  répartition  des  sujets  présentent  quelque  analogie 
avec  les  peintures  connues,  notamment  celle  de  la  Voie 
latine.  Aucun  mobilier  dans  les  sépultures. 

La  seule  particularité  notable  est  l'emploi  fréquent3 
de  la  formule  caractéristique  des  épitaphes  chrétiennes  : 
m  pace.  Les  noms  propres  paraissent  avoir  subi  l'in- 
lluence  du  milieu  ambiant;  on  trouve  Sérapion  (?)  '•, 
Gaius 6,  Sidonius6,  Macido7,  Colomba1*,  Alexander9, 
Aster10,  Sabira".  Le  chandelier  à  sept  branches  ne  se 
trouve  représenté  que  deux  fois  l2,  il  est  accompagné  une 
fois  seulement  des  deux  insignes  le  lulâb  et  Vethrog  13. 
Clermont-Ganneau  et  Renan  '*  avaient  pensé  reconnaître 
les  mêmes  objets  de  chaque  côté  de  l'un  des  candélabres 
de  la  mosaïque  découverte  dans  la  synagogue  de  Naro 
(aujourd'hui  Hamnâm-Lif),  mais  c'étaient  Vethrog  et  le 

1  A.  Delattre,  cité  par  de  Vogué,  dans  la  Revue  archéologique, 
série  III,  1889,  t.  xm,  p.  178  sq.  ;  E.  de  Sainte-Marie,  Mission  à 
Carthage,  in-8%  Paris,  1884;  A.  Delattre,  Gamart  ou  la  nécro- 
pole juive  de  Carthage,  in-8%  Lyon,  1895,  51  p.  Sur  les  établis- 
sements des  Juifs  en  Afrique,  cf.  Talmud  de  Jérusalem,  traité 
Schebuth,  fol.  36  ;  traité  Kedoschim,  fol.  61,  col.  111  ;  Talmud  de 
Babylone,  traité  Berachott,  fol.  29  a;  traité  Menachott,  fol.  110a; 
Cazes,  Essai  sur  l'histoire  des  Israélites  de  Tunisie,  depuis 
les  temps  les  plus  reculés  jusqu'à  l'établissement  du  protec- 
torat de  la  France  en  Tunisie,  in-8%  Paris,  1888;  Lapie,  Les 
civilisations  tunisiennes,  in-8°,  Paris,  1898,  p.  52-60,  123-135, 
164-170,  220-226  ;  Isaac  Bloch,  Inscriptions  tumulaires  des 
anciens  cimetières  Israélites  d'Alger,  in-8%  Alger,  1888  ;  Wahl, 
L'Algérie,  in-8%  Paris,  1889,  p.  214  sq.  ;  P.  Monceaux,  Hist.  litt. 
de  l'Afrique  chrét.,  in-8%  Paris,  1901,  t.  I,  p.  8,  9.  Nous  connais- 
sons l'existence  d'une  synagogue  à  Volubilis  (Maroc),  cf.  Ph.  Ber- 
ger, dans  le  Bull.  arch.  du  Comité  des  trav.  hist-,  1892,  p.  64 
sq.  ;  une  autre  à  Sétif,  cf.  Corp.  inscr.  lat.,  t.  vm,  n.  8499, 
o.  8423;  une  colonie  juive  à  Auzia,  cf.  Corp.  inscr.  lat., 
t.  vm,  n.  20760;  une  autre  à  Tipasa,  cf.  S.  Gsell,  dans  les  Mél. 
d'arch.  et  d'hist.,  1894,  t.  xiv,  p.  304;  une  enfin  à  Césarée  de 
Muurétanie,  cf.  S.  Gsell,  Cherchel,  Tipasa,  in-8%  Alger,  1896,  p.  25. 
De  plus,  Ibn-Khaldoun  donne  une  longue  liste  de  tribus  berbères  de 
Tripoli  et  du  Maroc  qui  observaient  les  rites  du  judaïsme.  Hist. 
des  Berbères,  trad.  de  Slane,  in-8%  Alger,  1855,  t.  m,  p.  208.  — 
*R.  Cagnat  et  J.  Schmidt,  dans  le  Corp.  inscr.  lat.,  t.  vin, 
suppl..  part.  1,  n.  14097-14114.  Cf.  A.  Delattre,  dans  le  Cosmos, 
1888,  fasc.  167,  p.  16  sq.,  et  1890,  fasc.  258,  p.  132.  Ajouter  Hnscrip- 
tion  n.  14191  du  t.  vm  du  Corp.  inscr.  lat.  —  3  Corp.  inscr.  lat., 
t.  vm,  n.  14099  b,  c;  14101  b,  c;  14102,  14104,  14106,  14108 
(14113?).  Cf.  R.  Garrucci,  Cimetero  degli  antichi  ebrei  scoperto 
recentemente  in  vigna  Bandanini,  in-8%  Roma,  1862,  p.  30  sq.  ; 
D.  Cabrol  et  D.  Leclercq,  Monumenta'  Ecclesiœ  liturgica,  in-4% 
Parisiis,  1902,  t.  I,  prsef.,  p.  cxxxix.   —  *  Corp.  inscr.   lat., 


schophar,  c'est-à-dire  la  corne  donl  on  fait  usage  chez 
les  Juifs  pour  annoncer  le  nouvel  an,  ainsi  que  l'a 
démontré  E.  Schiirer  par  le  rapprochement  d'autres 
monuments'3.  L'édifice  dans  lequel  se  trouvait  la  mo- 
saïque ne  paraît  pas  avoir  jamais  dû  être  à  l'usage  d'une 
communauté  chrétienne.  Les  églises  présentent  toujours 
le  ciborium  et  le  presbylevium  au  fond,  et  (sauf  une 
exception)  dans  l'axe  de  la  salle  16,  ce  qui  n'est  pas  le  cas 
à  Naro  :  ainsi  tout  concourt  à  y  faire  voir  l'existence 
d'une  synagogue.  Nous  ne  pouvons  cependant  accorder  aux 
termes  synagoga  et  archisynagogi  de  l'inscription  l'im- 
portance que  réclament  pour  eux  A.  Harnack  n  et  E.  Schii- 
rer18,  car  nous  avons  montré  ailleurs19  que  les  chrétiens 
des  premiers  siècles  ne  repoussaient  pas  les  termes  ju- 
daïques avec  la  même  énergie  qu'ils  y  mirent  plus  tard. 
La  mosaïque  de  Naro  est  digne  d'une  attention  parti- 
culière, non  pas  tant  à  cause  de  son  parfait  état  de  con- 
servation et  de  sa  grandeur  que  des  symboles  qu'on  y  ren- 
contre 20.  Ces  symboles  sont  de  telle  nature  qu'ils  ont  fait 
hésiter  longtemps  sur  l'origine,  soit  juive,  soit  chrétienne, 
du  monument;  les  fouilles  qui  ont  dégagé  entièrement  les 
restes  de  l'édifice  ne  révèlent  pas  avec  certitude  la  destina- 
tion chrétienne  primitive  et  il  me  semble  préférable  d'y 
voir  une  synagogue.  Divers  indices  utilisés  d'abord  en 
faveur  de  l'attribution  chrétienne  doivent  faire  retour  à 
l'antiquité  judaïque.  Vethrog  et  \esc/wphar  dans  lesquels 
on  avait  pensé  reconnaître  l'A  et  l'û,  lettres  qui,  à  la 
rigueur,  pourraient  ne  pas  répugner  au  judaïsme21,  sont 
hors  de  question  aujourd'hui.  Le  panier  contenant  des 
pains  ne  présente  aucune  des  particularités  attachées  à 
ce  symbole  dans  les  représentations  eucharistiques  et  le 
panier  contenant  des  fruits  se  retrouve  sur  des  mon- 
naies juives 22  où  il  rappelle  probablement  les  corbeilles 
dans  lesquelles  on  apportait  triomphalement  les  pré- 
mices, les  biccourim  23.  Le  caractère  chrétien  si  connu  du 
poisson  Çv/Jlûç)  semble  plus  décisif,  cependant  quelques 
rares  monuments  juifs  font  usage  de  cet  emblème  qu'on 
retrouve  sur  les  monnaies  juives 24,  sur  une  pâte  de  verre 
du  Cabinet  des  médailles  de  Paris23,  sur  une  très 
ancienne  Bible  juive26,  enfin  sur  les  peintures  antiques 
formant  plafond  de  la  catacombe  juive  de  la  vigna  Ran- 
danini27;  ces  mêmes  peintures  nous  montrent  aussi  le 

t.  vm,  n.  14100.  —  5  Ibid.,  n.  14099.  —  »Ibid.,n.  14106.  — 
'  Ibid.,  n.  14102.  —  «  Ibid.,  n.  14098.  —  »  Ibid.,  n.  14097.  —  <»  Ibid.. 
n.  14099.  —  "  Ibid.,  n.  14105.  —  «  Ibid.,  n.  14102,  14104,  cf. 
n.  14191.  —  t3Ibid.,  n.  14104.  Cf.  Delattre,  dans  le  Cosmos,  1888, 
fasc.  167,  p.  16;  de  Vogué,  dans  la  Revue  archéol.,  t.  xm, 
p.  181.  —  UE.  Renan,  dans  la  Revue  archéolog.,  18s3,  p.  156  sq.; 
1884,  p.  275;  Comptes  rendus  de  l'Acad.  des  inscr.,  1883,  p.  19 
—  "Corp.  inscr.  grsec,  t.  iv,  n.  9903  ;  Inscr.  regni  Neapolitani. 
in-fol.,  Lipsiae,  1852,  n.  6727.  Sur  l'usage  du  schopluir,  cf.  Tal- 
mud, Misclina,  tr.  Rosch  haschana.3-i,  et  S.  Jean  Chrysostome, 
Orat.  adv.  Judseos,  I,  1  ;  iv,  7,  P.  G.,  t.  xlviii.  col.  848  sq.,  881 
sq.  —  "E.  Renan,  La  mosaïque  de  Hammâm-Lif,  nouvelles 
observations,  dans  la  Rev.  archéol.,  1884,  p.  275.  —  "A.  Har- 
nack, Hermse  Pastor,  Ad  mandatum,  xi,  8,  in-8%  Lipsiae,  1877, 
p.  119.  —  "  E.  Schiirer,  Die  Gemeinde  verfassung  der  Juden 
in  Rom  in  der  Kaiserzeit,  in-8%  Leipzig,  1876,  p.  25  sq.  —  ,9D. 
Cabrol  et  D.  Leclercq,  Monum  Eccl.  lit.,  t.  I,  praef.,  p.  XII.  — 
80  De  Rossi,  dans  les  Archives  de  l'Orient  latin,  t.  ns  p.  452  ; 
Gazette  archéol.,  1883,  chroniques,  p.  9,  14.  Pour  le  christia- 
nisme du  monument,  cf.  L.  de  Mas-Latrie,  dans  la  Biblioth.  de 
l'École  des  chartes,  1883,  p.  72  ;  Revue  archéolog.,  1883,  t.  I, 
p.  234;  Relations  et  commerce  de  l'Afrique  septentrionale, 
Paris,  1886,  p.  26;  R.  de  la  Blanchère,  Le  musée  Alaouï,  in-4% 
Paris,  1897,  p.  15-18  ;  R.  Cagnat,  P.  Gauckler,  E.  Sadoux,  Les 
monuments  historiques  de  la  Tunisie,  t.  i:  Les  temples  païens 
in-8%  Paris,  1898,  p.  152  sq.  —  «'  D.  Kaufmann,  Etudes  d'archéo- 
logie juive,  dans  la  Revue  des  études  juives,  1886,  t.  xm,  p.  44. 
Cf.  S.  Reinach,  même  revue,  t.  xm,  p.  217,  220.  —  »•  A.  Lévy. 
Geschichte  der  jïcdischen  Mùnzen,  p.  48-138,  note  1.  Cf.  D.  Kaut- 
mann,  loc.  cit.,  p.  50.—  "  D.  Kaufmann,  loc.  cit.,  p.  50.  — 
!t  Ibid.,  p.  50.  —  «» Gazette  archéologique,  t.  i,  p.  116.  —  «G. 
Schlumberger,  dans  la  Revue  archéologique,  nouv.  série,  1883, 
t.  I,  p.  227.  —  "R.  Garrucci,  Stoiia  deli  arte  cristiana,  in-lol., 
Prato,  1872  sq.,  t.  vi,  p.  156  et  pi.  489. 


747 


AFRIQUE    (LANGUES   PARLÉES   EN) 


748 


paon,  auquel  il  serait  d'ailleurs  impossible  d'attribuer 
un  symbolisme  exclusivement  chrétien.  En  ce  qui  con- 
cerne le  chandelier  à  sept  branches  (voir  ce  mot),  il 
n'est  pas  contestable  que  ce  symbole  se  rencontre  sur  des 
monuments  chrétiens  ',  mais  nous  ne  pensons  pas  que 
les  chrétiens  se  soient  toujours  interdit  de  le  représenter 
sur  leurs  monuments.  Le  texte  de  l'inscription  est  d'ail- 
leurs fort  clair  : 

SANCTA  SINAGOGA  NARON  PRO  SA 
LVTEM   SVAM  ANCILLA  TVA  IVLIA 

NA-|-  DE  SVO  PROPIVM   TESELAVIT 

Sancta(m)  s(y)nagoga(m)  Naron(ilanam)  pro  salute 
sua  ancilla  tua  Julia  Na[ronitana]  de  suo  proprio  tes- 
telavit. 

La  deuxième  inscription,  qui  se  trouve  sur  le  seuil  qui 
conduit  du  portique  à  la  salle  principale  est  ainsi 
conçue  : 

ASTERIVS   FILIVS  RVS 

TICI  ARCOSINAGOGI 

MARGARITA  RIDDEI  PAR 

TEM   PORTICI  TESSELAVIT 

Elle  se  peut  lire:  Asterius  /ilius  Rustici  arcosynagogi, 
margarilari  d\omus\  dei,  partem  portici  tesselavit. 
Enfin  la  troisième  inscription  : 


ISTRV 
MENTA 
SERVI 
5    TVINA 
RITANVS 


ISTRU 

MENTA 

SERVI 

TVIANA 

RONI 


provient  d'une  petite  salle  dans  laquelle  étaient  peut-être 
enfermés  les  rouleaux  de  la  Loi2.        H.  Leclercq. 

IV.    AFRIQUE   (LANGUES    PARLÉES  EN).    —    I.    Les 

langues  parlées  en  Afrique.  Le  latin.  II.  Le  grec.  III.  Le 
punique  et  le  libyque.  IV.  La  langue  ecclésiastique.  V. 
Les  lettres  et  traités  de  saint  Cyprien.  VI.  Les  sermons 
de  saint  Augustin.  VII.  L'histoire  de  Victor  de  Vite.  VIII. 
Prosodie.  Allitération,  assonance,  rime.  IX.  Commodien 
et  Verecundus.  X.  Dracontius.  XI.  Epigraphie  mé- 
trique. XII.  Bibliographie. 

I.  Les  langues  parlées  en  Afrique.  Le  latin.  — 
L'exploration  scientifique  par  la  France  des  provinces 
qui  formaient  l'Afrique  romaine  a  été  conduite  avec  une 
méthode  si  rigoureuse  et  d'après  un  plan  si  étendu  qu'il 
est  possible  aujourd'hui  de  grouper  un  certain  nombre  de 
faits  d'après  lesquels  on  peut  se  faire  une  idée  à  peu 
près  distincte  de  la  civilisation  et  des  coutumes  des  chré- 
tiens d'Afrique.  Malheureusement  la  question  du  latin 
parlé  en  Afrique  demeure  assez  obscure,  et  on  ne  peut 
dire  encore  dans  quelle  proportion  la  langue  apportée 
d'Italie  dans  la  banlieue  d'Utique  résista  ou  s'abandonna 
à  l'action  latente  des  idiomes  sémitiques,  le  punique  et 
le  libyque.  Tout  d'abord  nous  ignorons  jusqu'aux  élé- 
ments d'une  statistique  partageant  ceux  qui  parlaient 
des  vieux  idiomes  du  pays  et  ceux  qui  parlaient  latin  ; 

4E.  Le  Blant,  La  controverse  des  chrétiens  et  des  juifs  aux 
premiers  siècles  de  l'Eglise,  dans  les  Métn.  de  la  Soc.  des 
antiq.  de  France,  1896,  p.  247.  Cf.  S.  Reinach,  dans  la  Revue 
des  études  juives,  t.  xin,  p.  219;  A.  Delattre,  Lampes  chré- 
tiennes de  Cartilage,  in-4%  Lyon,  1880,  p.  38.  — 'Revue  archéo- 
logique, 1884,  III*  série,  t.  ni,  pi.  vu  et  vm,  et  plan  p.  274;  Revue 
des  études  juives,  1886,  t.  un,  p.  48-49,  planche.  Cf.  Journal 
officiel  tunisien,  1"  mars  1883,  29  mars  1883  ;  Le  monde,  11  mai 
1883  ;  R.  Mowat,  Communication  à  la  Société  nat.  des  antiq.  de 
France,  séance  du  3  juin  1891.  —  3  Serm.,  clxvii,  4,  P.  L., 
t.  xxxvm,  col.  910.  A  Fussala,  il  était  nécessaire  que  l'évèque 
parlât  le  punique,  cf.  S.  Augustin,  Epist.,  ccix,  3,  P.  L-,  t.  xxxm, 
col.  953.  A  Hippone,  cf.  S.  Augustin,  Confess.,  1.  I,  c.  xiv,  P.  L., 
t.  xxxii,  col.  671;  Epist.  lxxxiv,  2,  P.  L.,  t.  xxxm,  col.  294, 
avec  les  observations  de  G.  Boissier,  dans  le  Journal  des  savants, 


nous  savons  simplement  que  vers  le  début  du  Ve  siècle 
il  restait  encore  des  christiani  punici,  puisque  saint 
Augustin  cite  complaisamment  une  définition  qu'ils  don- 
nent du  baptême  et  à  laquelle  il  trouve  une  saveur  évan- 
gélique3.  Mais  ce  groupe  n'était  déjà  plus  qu'une  infime 
minorité  et  tout  nous  invite  à  croire  que  ce  fut  en  grec 
et  en  latin  que  le  christianisme  fut  prêché  en  Afrique; 
les  chrétiens  de  ce  pays  n'eurent  à  leur  disposition  que  le 
texte  grec  des  Septante,  la  version  dite  Itala,  et  peut- 
être  des  traductions  fragmentaires  qui  ne  nous  sont  pas 
parvenues.  Si  le  latin  des  écrivains  d'origine  africaine 
a  paru  ressentir  l'effet  d'infiltrations  indigènes,  il  reste 
plus  facile  de  déterminer  les  défauts  que  cette  littérature 
a  de  commun  avec  toutes  les  autres  provinces  de  l'em- 
pire que  de  préciser  ceux  qui  lui  sont  spéciaux*.  Quoi- 
que, depuis  l'antiquité,  on  se  soit  appliqué  à  cette  re- 
cherche 5  elle  n'est  guère  avancée  aujourd'hui  et  si  elle 
doit  donner  un  jour  des  résultats  positifs  ils  ne  pourront 
être  acquis  que  par  des  monographies  philologiques  6. 
Il  ne  semble  pas  prématuré  toutefois  de  faire  les  obser- 
vations qui  suivent.  La  langue  latine  dut  être  en  Afri- 
que, comme  dans  les  autres  provinces  de  l'empire,  la 
langue  officielle  imposée  avec  une  certaine  ostentation 
par  l'administration  :  Opéra  data  est,  dit  saint  Augustin, 
ut  imperiosa  civitas  non  solum  jugum,  verum  etiam 
linguam  suam  domitis  gentibus  imponeref .  Toutefois 
cette  exigence  ne  dépassait  pas  le  cercle  toujours  assez 
restreint  de  ceux  qui  doivent  régler  leur  façon  d'agir 
d'après  les  volontés  du  pouvoir;  le  sermo  plebeius,  vul- 
garis,  cottidianus  ne  subit  que  lentement  l'infiltration 
de  la  langue  classique  et  cette  infiltration  eut  lieu  nrin- 
cipalement  par  l'éducation  de  la  jeunesse  que  la  passion 
de  ce  temps  précipitait  vers  les  écoles,  très  nombreuses 
en  Afrique.  Au  temps  de  la  jeunesse  de  saint  Augustin, 
le  très  insignifiant  municipe  de  Thagaste  possédait  une 
école  où  l'enfant  reçut  les  premières  leçons,  on  l'envoya 
ensuite  à  Madaure,  enfin  à  Carthage  et  beaucoup  d'étu- 
diants allaient  même  dans  les  écoles  de  Rome.  Une  loi 
de  Valentinien  nous  apprend  qu'ils  étaient  nombreux 
et  turbulents  dans  cette  ville  et  ordonne  que  s'ils  abusent 
des  théâtres  et  des  festins  nocturnes,  «  si,  en  un  mot.  ils 
ne  se  conduisent  pas  comme  l'exige  la  dignité  des  études 
libérales,  »on  les  embarque  au  plus  vite  pour  leur  pa\ss. 
Ces  générations  d'hommes  instruits  ont  dû  puissamment 
aider  l'administration  romaine  à  refouler  les  partisane 
du  sermo  vulgaris  dansj'obscurité.  Ces  jeunes  lettrés, 
précisément  afin  de  faire  montre  de  leur  science,  ont 
pris  à  tâche  d'employer  des  mots  recherchés  qu'une  éru- 
dition, mieux  préparée  de  nos  jours  qu'elle  ne  l'était 
jadis,  a  pu  restituer  à  ses  légitimes  inventeurs9  et  ce 
sont  ces  jeunes  lettrés,  Apulée,  saint  Cyprien,  Arnobe, 
Lactance,  saint  Augustin  qui,  rhéteurs  de  profession, 
ont  constitué  le  fond  caractéristique  de  la  littérature  afri- 
caine, littérature  très  romaine,  d'ailleurs,  puisqu'  «  une 
loi  impériale  ferme  la  porte  de  l'Afrique  aux  exilés,  parce 
qu'ils  y  auraient  trouvé  les  habitudes,  les  plaisirs  et  le 
langage  de  Rome  »10.  Après  tant  d'essais  infructueux 
pour  dresser  un  catalogue  des  termes  relevant  certaine- 
ment de  Yafricitas  nous  nous  bornerons  à  en  signaler 

1895,  p.  37,  note  1,  et  p.  38.  —  *  Cf.  G.  Boissier,  toc.  cit.,  p.  38; 
E.  Misset,  dans  les  Letti-es  chrétiennes,  1881-1882,  t.  m,  p.  456; 
Aymeric,  même  revue,  1882-1883,  t.  IV,  p.  255;  Éludes  sur  la 
latinité  des  Pères  africains,  dans  les  Lettres  chrétiennrs,  1880, 
t.  I,  p.  249-257.  —  »  a.  G.  Boissier,  toc.  cit. ,  p.  38.  —  •  A.  Ré- 
gnier, La  latinité  des  sermons  de  saint  Augustin,  in-8',  Paris. 
1886;  L.  Bayard,  Le  latin  de  saint  Cyprien,  in-8\  Paris,  MB. 
—  '  S.  Augustin,  De  civitate  Dei,  1  XIX,  c.  vu,  P.  L.,  t  xu, 
col.  634.  Cf.  Plutarque,  Cato,  c.  xn  ;  Suétone.  Clauditi*.  c  xvl  — 
•  Cod.  Theodos.,  1.  XIV,  tit.  ix,  1.  —  •  Voyez  les  références  de 
la  note  2  et  pour  l'influence  hellénique  sur  Apulée.  Tertullien, 
Minucius,  G.  Boissier,  L'Afrique  romaine,  in-12.  Paris,  1901. 
p.  293,  n.  1,  et  sur  la  lutte  de  l'école  et  de  la  tamille  contre  les 
patois,  p.  294.  —  ,0  Poujoulat,  Histoire  de  saint  Augustin,  in-8". 
Tours,  1866,  introd.,  p.  24. 


749 


AFRIQUE    (LANGUES   PARLEES   EN) 


750 


quelques-uns  qui  paraissent  plus  assurément  africains. 

lllud  eliam  quod  non  auferre  possumus  de  ore  can- 
tanlium  populorum»  super  ipsuni  flomet sanclificatio 
mea.  Nihil  profecto  sentenlise.  detrahit  :  auditor  ta- 
■men  peritïor  mollet  hmc  corrigi,  ut  non  flomet,  sed 
jlorebit  diceretur1. 

Unde  plerumque  loquendi  consaetudo  vulgaris  uti- 
lior  est  signi/icandis  rébus  quam  integrilas  litterala. 
Malleni  quippe  cum  barbarismo  dici  «  non  est  abscondi- 
«  tum  a  te  ossvm  mcurn  »  quam  ut  ideo  esset  minus 
apertum,  quia  magis  latinum  est...  cur  pietalis  docto- 
rempigeat  imperilis  loquentem  OSSUM  potius  quam  os 
dicei  e 2  ? 

Quod  susum  vis  facere  deum  et  te  iusum3;  qua  su- 
sum,  ivsum convertunt'*. 

Les  «  africanismes  »  semblent  se  réduire  à  n'être 
plus  que  des  phénomènes  au  lieu  de  constituer  un  idiome 
complet.  Ce  qui  parait  donc  vraisemblable,  c'est  que  le 
latin  classique  et  officiel  ne  se  laissa  guère  pénétrer  par 
les  patois  africains  qu'il  poussa  devant  lui  à  mesure  que 
la  civilisation  romaine  s'étendait.  Du  temps  d'Apulée,  on 
parlait  un  si  mauvais  latin  à  Madaure,  que  cet  écrivain 
lut  forcé  de  rapprendre  la  langue  quand  il  vint  à  Rome; 
deux  siècles  plus  lard  on  s'y  était,  au  contraire,  si  bien 
latinisé  que  les  noms  puniques  sonnaient  d'une  façon 
étrange  aux  oreilles  de  Maxime,  grammairien  de  Ma- 
daure: diis  hominibusque  odiosa  nomina,  dit-il  à  leur 
sujet5  en  s'adressant  à  saint  Augustin,  qui,  de  son  côté, 
nous  apprend  que  tout  le  monde  autour  de  lui  parle 
latin  et  qu'un  enfant  n'a  besoin  que  de  l'écouter  pour 
l'apprendre6.  Le  christianisme  devint  un  puissant  véhi- 
cule de  la  langue  latine. A  défaut  de  livres  liturgiques  qui 
ont  tous  disparu,  au  moins  jusqu'à  ce  jour,  les  traités 
catéchétiques  des  Pères  ne  nous  sont  parvenus  qu'en 
latin;  de  plus,  les  inscriptions  qui  ornaient  les  églises, 
frontons  de  marbre  ou  pavements  de  mosaïque,  pré- 
sentent presque  exclusivement  le  latin.  Sans  doute,  il 
fallait  faire  effort  pour  être  entendu;  saint  Augustin 
commet  volontairement  des  fautes  de  grammaire  et  em- 
ploie des  mots  incorrects,  aimant  mieux,  dit-il,  mécon- 
tenter les  savants  que  d'être  incompris  de  ses  auditeurs, 
et  l'ensemble  des  inscriptions  chrétiennes  et  païennes 
des  derniers  siècles  de  l'empire  nous  prouve  que  les 
-gens  de  la  condition  la  plus  modeste  choisissaient  pour 
leur  tombe  une  épitaphe  latine  ;  en  effet,  les  tituli  dans 
l'idiome  indigène  sont  si  rares  qu'ils  méritent  à  peine 
une  mention.  «  Si  les  inscriptions,  observe  justement 
G.  Boissier,  étaient  d'une  correction  irréprochable,  on 
pourrait  supposer  qu'elles  n'ont  été  rédigées  que  par 
des  lettrés  de  profession  et  qu'au-dessous  d'eux  on 
ne  comprenait  que  les  idiomes  du  pays.  Les  impro- 
priétés de  termes,  les  erreurs  de  grammaire,  les  solé- 
cismes  et  les  barbarismes,  qu'on  y  rencontre  presque 
à  chaque  ligne,  nous  montrent  que  nous  avons  affaire 
à  des  ignorants,  qu'ils  parlent  mal  latin,  mais  qu'au 
inoins  ils  le  parlent.  Il  faut  donc  croire  que  les  Africains 
ont  fini  par  se  rendre  maîtres  d'une  langue  qui  leur 
était  d'abord  étrangère,  puisqu'ils  s'en  servent  pour 
exprimer  les  sentiments  qui  leur  tiennent  le  plus7.  » 
Enfin  si  les  «  africanismes  »  se  sont  trouvés  faire  partie 
de  la  langue  classique  on  peut  en  dire  autant  des  termes 
barbares.  Il  n'y  avait  pas  deux  façons  de  parler  mal  le 

*  S.  Augustin,  De  doctrina  christiana,  1.  II,  c.  xm,  20,  P.  L., 
t.  xxxiv,  col.  45.  — s  S.  Augustin,  De  civitate  Dei,  1.  III,  c.  vu,  avec 
les  observations  qu'y  joint  J.  Aymeric,  dans  Les  lettres  chré- 
tiennes, t.  i,  p.  255.  —  3  S.  Augustin,  In  Johannem,  tr.  VIII, 
P.  L.,  t.  xxxv,  col.  1450  sq.  —  *Tertull.,  De  prsescript.,  c.  xxn, 
P.  L.,  t  n,  col.  39;  en  ce  qui  concerne  l'Appendix  Probi,  recueil 
de  locutions  africaines  vicieuses,  voir  le  Caput  Africx,  col.  744.  — 
*S.  Augustin,  Epist.,  xvi,  P.  L.,  t.  xxxi,  col.  82.  -  -  •  Confes- 
sions, 1.  I,  c.  xiv,  P.  L.,  t.  xxxii,  col.  671.  -  '  G.  Boissier, 
L'Afrique  romaine,  in-12,  Paris,  1901,  p.  344  sq.  8  J.  Aymeric, 
Origine  africaine   du  Codex  lugdunensis,   dans  Les  lettres 


latin,  mais  une  seule  qui  se  retrouve  dans  toutes  les 
provinces;  l'Alrique,  l'Espagne,  la  Gaule,  l'Italie  et 
Rome  même  commettent  des  fautes  semblables  et  sur  ce 
point  encore  Va/ricitas  ne  nous  donne  rien  do  positif. 
«  Où  est  le  latin  vulgaire  qui  soit  différent  du  latin  de 
l'Église  d'Afrique  ?  Dans  toutes  les  provinces  de  l'empire, 
le  latin  fut  la  langue  du  peuple  romain,  la  langue  de  la 
maison,  de  la  famille,  du  marché,  de  la  rue,  de  l'atelier 
et  des  camps.  Mais  pourquoi  parler  donc  du  latin  afri- 
cain? Le  voici:  cette  langue  commune  à  toutes  les  pro- 
vinces devint  d'abord,  en  Afrique,  la  langue  écrite  et  la 
langue  de  la  littérature.  A  Rome,  en  Italie  et  dans  les 
autres  provinces,  elle  fut  seulement  parlée  et  n'eut  pas 
de  littérature.  L'Afrique  seule  eut  des  Tertullien,  des 
Cyprien,  des  Augustin.  Voilà  pourquoi  il  est  permis  de 
prononcer  le  nom  de  latin  africain  et  d'appuyer  cette 
dénomination  sur  le  caractère  spécial  de  ces  grands 
écrivains,  mais  non  sur  la  langue  elle-même.  A  supposer 
même  qu'il  existe  des  expressions  introuvables  ailleurs 
qu'en  Afrique,  on  ne  devrait  encore  rien  conclure.  Ne 
pourrait-on  pas,  peut-être,  en  trouver  qui  soient  exclu- 
sivement propres  à  un  Italien,  à  Plaute,  Térence  ou  Pé- 
trone? En  conclura-t-on  qu'il  y  a  un  latin  italien8?  » 

Il  faut  bien  se  garder  de  vouloir  imposer  à  Yafricitas 
des  caractères  tranchés,  une  chronologie,  des  limites 
géographiques,  un  développement  régulier  qui  n'ont  pas 
de  fondements  dans  les  faits.  D'autre  part,  on  ne  doit 
pas  être  surpris  outre  mesure  de  relever  des  formes  ap- 
parentées tant  pour  la  syntaxe  que  pour  le  style  entre 
des  auteurs  d'un  africanisme  assuré  et  des  écrivains 
appartenant  à  des  provinces  soustraites  à  l'influence  et 
à  la  pénétration  littéraire  de  l'Afrique,  car  il  laut  tenir 
compte  des  affinités  naturelles  qui  expliquent  l'adoption 
servile  jusqu'au  pastiche  de  procédés  rencontrés  chez 
tel  auteur  dont  la  lecture  a  plu.  Outre  les  locutions  ré- 
gnantes que  leur  rencontre  sur  un  point  déterminé 
permet  de  dater  et  de  localiser  approximativement,  il 
est  un  côté  qui  échappe  à  tout  contrôle.  Nous  ignorerons 
toujours  les  migrations  des  manuscrits  et  des  individus, 
nous  voulons  peut-être  trop  souvent  rendre  raison  de  la 
présence  de  telle  ou  telle  forme  à  telle  date,  en  tel  lieu, 
nous  en  tirons  des  conclusions  générales  qui  visent  le 
dialecte  d'une  province  entière  alors  que  nous  n'avons 
affaire  qu'à  un  témoin  isolé.  Rien  de  surprenant  qu'un 
écrivain,  obligé  par  ses  fonctions  cléricales  dans  le  plus 
grand  nombre  de  cas,  d'employer  un  langage  accessible 
à  la  foule,  adopte  telle  tournure  vulgaire,  l'àvttitTwo'iç 
par  exemple,  et  laissant  à  sa  plume  les  mêmes  licences 
qu'à  sa  parole  nous  en  garde  des  exemples  plus  ou 
moins  fréquents;  si  ces  tournures  se  retrouvent  en  plu- 
sieurs provinces  à  l'état  sporadique  nul  ne  s'en  étonnera 
parmi  ceux  qui  savent  la  part  qu'il  faut  faire  aux  dépla- 
cements lointains  et  prolongés  dans  la  vie  des  anciens. 
Pendant  plusieurs  siècles  l'empire  envoya  ses  vétérans 
s'établir  dans  les  régions  qu'il  lui  convenait  de  peupler, 
c'est  ainsi  que  des  hommes  qui  avaient  appartenu  à  la 
légion  cantonnée  à  Lambèse  pouvaient  après  des  années 
de  séjour  en  Afrique  se  retirer  sur  les  bords  du  Rhin 
ou  du  Danube,  car  ne  l'oublions  pas,  c'est  de  l'apport 
des  individus  qu'il  s'agit  dans  cet  aspect  de  la  question. 
Comment  se  laisser  surprendre  par  la  rencontre  en 
Gaule  d'un  solécisme  essentiellemint  africain  9,  l'emploi 


chrétiennes,  t.  iv,  p.  255.  —  9  F.  Ferrère,  Langue  et  style  de 
Victor  de  Vita,  dans  la  /tenue  de  philologie,  1901,  t.  xxv,  p.  112, 
signale  cette  tournure  dans  E.  Le  Blant,  Inscr.  chret.  de  la  Gaule, 
in-4-,  Paris,  1856-1865,  t.  I,  p.  163  :  PETIVIT  VT  FIDEL1S  DE 
SAECVLO  RECESSISSET.  «  J'ai  rencontré,  dit-il,  cette  construc- 
tion à  chaque  page,  dans  Arnobe,  Optât  de  Milève,  Victor  de 
Vite.  Zink  la  signale  dans  son  étude  sur  Der  Mytholog  Fulgen- 
tius.  Ein  Beitrag  z>ir  romischen  Litteraturgeschichte  uni 
zur  Grammatik  des  afrikanischen  Lateins,  in-4%  Wùrzburg, 
1867,  p.  47.  Cf.  P.  Monceaux,  Les  Africains,  in-12,  Paris,  1894, 
p.  111.  » 


751 


AFRIQUE    (LANGUES   PARLÉES   EN] 


iVZ 


du  plus-que-parfaît  du  subjonctif,  après  la  conjonction 
ut,  au  lieu  du  plus-que-parfait?  Sans  doute,  l'argument 
peut  s'appliquer  à  des  cas  particuliers  en  si  grand  nombre 
qu'il  semble  se  dérober  à  la  discussion,  mais  on  ne  peut 
nier  que  dans  une  enquête  où  les  pièces  sont  souvent 
uniques  il  soit  raisonnable  d'invoquer  les  cas  particuliers. 

Prétendre  s'élever  de  ces  constatations  minutieuses  à 
des  conclusions  serait  prématuré.  «  Les  recherches 
d'épigraphie,  de  critique  verbale,  de  métrique,  les  études 
«ur  le  vocabulaire  d'un  auteur  ou  d'une  période  litté- 
raire, sont  autant  de  sources  d'informations  qui  doivent 
fournir  à  la  philologie  comparée  leur  contingent  de  faits 
et  de  renseignements1.  » 

C'est  également  une  erreur,  croyons-nous,  de  préten- 
dre retrouver  les  caractéristiques  du  latin  d'Afrique 
dans  les  ouvrages  d'apparat  des  littérateurs  africains. 
Ceux-ci  ont  subi,  beaucoup  plus  que  toute  autre  influence, 
celle  des  vieux  écrivains,  Plaute,  Caton,  d'autres  encore. 
La  production  littéraire  est  d'ailleurs  très  intermittente 
en  Afrique.  Si  on  en  excepte  les  Actes  des  martyrs  qui 
te  présentent  avec  assez  de  régularité  pendant  le  ni»  siècle, 
mais  qui  peuvent  être  comptés  difficilement  parmi  les 
monuments  de  la  langue,  à  cause  de  leur  brièveté,  de 
tfétroitesse  du  cercle  de  sujets  qu'ils  traitent  et  des  for- 
mules toutes  faites  qu'ils  contiennent,  il  faut  passer  de 
Tertullien  à  saint  Cyprien  et  Commodien,  de  ceux-ci  à 
Lactance  etArnobe,  dont  l'africanisme  est  bien  mélangé 
d'éléments  étrangers,  pour  Lactance  surtout;  entre  l'avè- 
nement de  Constantin  et  celui  de  Valentinien  toute  la 
littérature  est  contenue  dans  quatre  productions  hagio- 
graphiques, toutes  les  quatre  de  mains  donatistes;  c'est 
ainsi  qu'on  arrive,  avec  ces  longs  intervalles,  à  saint 
Optât  d'où  il  faudra  franchir  encore  un  espace  de  temps 
assez  considérable  pour  atteindre  l'œuvre  de  saint  Au- 
gustin. Un  grand  nombre  de  causes  sont  intervenues 
pouir  créer  une  langue  factice  où  l'on  a  hâtivement  re- 
connu des  africanismes;  il  faut,  avant  d'en  venir  à  cette 
extrémité,  élaguer  des  compositions  tous  les  termes 
empruntés  à  la  rhétorique,  à  la  littérature  grecque,  aux 
locutions  populaires  communes  à  Rome  et  à  l'Afrique, 
à  la  lecture  de  la  Bible  dont  la  traduction  était  remplie 
de  tournures  hébraïques  et  non  puniques2.  Il  y  a  donc 
peu  à  prendre  dans  le  bagage  littéraire  proprement  dit 
et  pas  beaucoup  plus  peut-être  dans  l'épigraphie,  car  les 
conditions  dans  lesquelles  se  gravaient  les  inscriptions 
nous  montrent  que  les  leçons  curieuses  que  nous  four- 
nit cette  classe  de  textes  sont  imputables  au  manque 
d'instruction  des  ouvriers  lapicides,  et  il  serait  hasar- 
deux d'étendre  leur  langage  à  la  classe  moyenne  et  d'en 
rien  conclure  avec  trop  d'assurance  sur  les  africanismes 
de  la  langue.  Ce  que  les  inscriptions  peuvent  surtout 
nous  apprendre,  à  ce  point  de  vue,  en  dehors  des  fautes 
d'orthographe  évidemment  attribuables  aux  ouvriers, 
c'est  la  prononciation  d'une  classe  nombreuse  d'hommes 
parmi  lesquels  nous  ne  pouvons  faire  le  départ  de  ceux 
qui  élaient  africains  de  race  et   des   étrangers   venus 

1  Bopp,  Grammaire  comparée,  trad.  M.  Brcal,  5  vol.  gr.  in-8', 
Paris,  1866,  Introduction,  p.  vu.  —  -  W.  Kroll,  Dus  afrikanische 
Latein,  dans  Rheinisches  Muséum,  1897,  t.  lu,  p.  569-590.  Cf. 
G.  Boissier,  L'Afrique  romaine,  in-12,  Paris,  1901,  p.  267  sq.  ; 
Journal  des  savants,  1895,  p.  35  sq,  ;  S.  Gsell,  Mélanges 
d"arch.  et  d'Iiist.,  1898,  t.  xvm,  p.  94;  Geyer,  dans  Jahres- 
bericht  ûber  die  Fortscliritte  der  classischcn  Alterthumsu'is- 
senschaft  von  Bursian,  1898,  t.  xcvin,  p.  75-103,  donne  la  bi- 
bliographie des  travaux  parus  depuis  1891  jusqu'à  1897  sur 
Vafricitas.  —  3Audoilent,  De  l'orthographe  des  lapicides  car- 
thaginois, dans  la  Revue  de  philologie,  1898,  t.  XXII,  p.  213-222. 
Ce  très  judicieux  travail  ne  dispense  pas  de  recourir  aux  auteurs 
qui  l'ont  précédé.  K.  Sittl,  Die  lokalen  Verschiedenheiten  der 
lateinischen  Sprache  mit  besonderer  Berucksichtigung  des 
afrikanischen  Lateins,  in-8°,  Erlangen,  1882;  C.  W.  Mœller, 
Titulorum  a/ricanorum  orthographia,  in-8%  Greifswald,  1875; 
M.  Hoffmann,  Index  grammaticus  ad  Africse  provinciarum 
Tripolitanœ  Byzacensc  Proconsularis  titulos  latinos,   forme 


s'établir  dans  le  pays  et  estropiant  la  langue  qu'ils  en- 
tendaient parler 3  :  aussi  reste-t-il  douteux  que  la  mor- 
phologie et  la  syntaxe  dialectales  africaines  soient  jamais 
absolument  éclaircies  et  fixées. 

Voici  quelques  particularités  que  suggère  la  compa- 
raison des  tituli  chrétiens  : 

1°  Omission  de  la  consonne  finale,  principalement  »)* 
et  s  :  CENTU,  Corp.  inscr.  lat.,  t.  vm,  n.  1246;  CO- 
MITU,  n.  10515;  DEU.  2218;  DIE,  2011;  PETRU.  9715; 
QUARTU,  2011;  SEPTE,  8639;  -  LABORIBO.  4354; 
SANCTORII,  n.  18656; 

2°  Omission  de  la  consonne  initiale  li  :  1°  au  début  IC, 
n.  2011, 8638, 8639,  10701  ;  ORA,  n.  672, 2013, 9461, 10542; 
2»  dans  le  corps  du  mot  :  CRISTUS,  2535; 

3»  Confusion  de  o  et  u  :  LABORIBO,  n.  4354;  VO- 
LONTATIS,  n.  10642; 

4»  Redoublement  de  l'w  :  FRATRUUM,  n.  9585; 

5»  Substitution  de  ex  à  x  :  INSTRUCXIT,  n.  10035; 
VICXIT,  n.  684,  748,  9751,  11121; 

6°  Assimilation  des  prépositions:  ADLATUS.  n.  9255; 
CONPARATUS,  n.  8275;  INP(ERATOR),  n.  4354; 

7»  Confusion  de  m  avec  e  :  MAEMORIA,  n.  8643; 
PIAETAS,  n.  684;  EBO  (pour  œvo),  n.  684;  MEMORIE, 
n.  11064,  11079;  PACAE,  n.  11120; 

8°  Omission  de  la  lettre  redoublée  :VIXITANISTRES. 
n.  8637;  ANOS,  ANIS,  n.  457,  684,  748;  DISCESIT. 
n.  9866;  ECLESIA,  n.  839,  2311;  OFICINA,  n.  11133; 

9°  Confusion  de  b  et  v  :  1°  b  pour  v  :  ABBENA, 
n.  5353;  EBUM,  n.  684;  ABUS,  n.  2272;  IUBARE, 
n.  4799,  8825;  MILITAVIT,  n.  5229;  NOBEMBRES, 
n.  2010,  2011,  9869;  PROBIDENTIA,  n.  2095a";  QUIE- 
BIT,  n.  451,  5263;  SALBATOR,  n.  2079;  SERBUS. 
n.  5489;  UIBAS,  n.  10550,  10711;  BICTORIA,  n.  7923, 
BIXIT,  n.  56,  57,  457,  670,  984,  1100,  1769.  9808.  2»  v 
pour  b  :  VONE,  n.  10640;  VALEVIT,  n.  5352; 

10"  Emploi  de  c  pour  qu  :  CESQUET,  n.  1091;  RE- 
CIEVIT,  n.  459; 

11°  Confusion  de  dett  .-ED.  n.  4770;  QUOT.  n.5665; 

12°  Formation  irrégulière  du  pluriel  :  GENERES  (de 
gêner),  n.  7928; 

13°  Adjonction  de  la  consonne  muette  h  :  HAC,  n.4799; 

—  après  la  lettre  c  :  DIACHONUS,  n.  1389;  —  après 
la  lettre  t  :  CASTHE,  n.  10689»«; 

14»  Adjonction  de  la  voyelle  i  :  ISPIRITO,  n.  8191; 

15»  Redoublement  de  la  voyelle  i  :  IPSIIUS,  n.  8610, 

16°  Emploi  de  e  pour  te:  MEMORE.  n.  2009. 

17»  Confusion  de  n  et  m  :  NOBENBRES,  n.  2011. 

18°  Omission  de  n  :  TRASMARINUS,  n.  8638. 

19°  Emploi  de  SERMO  au  lieu  de  VERBUM.n.  17759. 

II.  Le  grec.  —  Le  grec  était  parlé  à  Carthage,  notam- 
ment par  la  population  chrétienne  v.  Le  texte  latin  de  la 
Passion  de  sainte  Perpétue  contient  un  certain  nombre 
de  mots  grecs,  en  outre  elle  nous  montre  cette  sainte 
s'entretenant  en  grec  avec  son  évêque.  Vers  le  même 
temps,  Tertullien  traita  d'abord  en  grec  plusieurs  des 
sujets   qu'il  reprit  ensuite  en  latin  5  et  on  a  pu  croire 

le  t.  i  des  Dissert,  philol.  Argent,  selectx,  in-8',  Argentorato, 
1879;  B.  Kuebler,  Die  latein.  Spraclie  auf  afrik.  lnschriften, 
dans  Arc/itu  fur  latein.  Lexik.  und  Grammatik,  1892,  t.  vm, 
p.  161-202.  —  •  L.  Duchesne,  En  quelle  langue  ont  été  écrits  les 
actes  des  saintes  Perpétue  et  Félicité,  dans  les  Comptes  rendus 
de  l'Acad.  des  tnscr.,1891,  séance  du  23  janvier,  p.  4t.  Sur  toute 
cette  question  du  grec  et  des  idiomes  indigènes,  cf.  W.  Bernhardy, 
Grundriss  der  rômischen  Lilteratur,  in-8',  Halle,  1850,  note  5S. 

—  «Ci.  A.  Harnack,  Die  gricchische  Uebersetzung  der  Apolo- 
geticus  Tertutlian's,  dans  Texte  und  Untersuchungen,  in-8". 
Leipzig,  1892,  t.  vm,  fasc.  4,  p.  1-37.  Sur  De  speetneutis,  De 
baptismo,  De  velandis  virginibus,  De  corona  militis,  d'abord 
écrits  en  grec  et  traduits  en  latin  par  Tertullien,  cf.  W,  S.  Teuffel, 
Hist.  de  la  littér.  mmaine,  trad.  Bonnard  et  Pierson,  in-*, 
Paris,  1883,  t.  m,  p.  63.  n.  1;  C.  P.  Caspari,  Om  Tertull.  grieske 
Skrifler,  dans  Foi  handlinger  in  Verdensk.  Selsk.  i  Christiania, 
1875,  p.  403  sq.  ;  A.  Harnack,  Geschichte  der  altchristl.  L.itei-atur, 
in-8-,  Leipzig,  1893,  t.  i,  p.  673  sq. 


753 


AFRIQUE    (LANGUES   PARLÉES   EN) 


754 


que  les  Actes  des  martyrs  scillitnins,  notre  plus  ancien 
texte  chrétien  en  Afrique,  et  la  Passion  de  sainte  Perpé- 
tue avaient  été  écrits  d'abord  en  grec '.  Ce  n'est  pas  à  Car- 
tilage seulement  que  l'usage  du  grec  était  répandu,  mais 
encore  à  Leptis  magna,  à  Oea,  à  Cirta,  ainsi  qu'en  té- 
moignent les  inscriptions  2.  Pudentilla,  la  femme  d'Apu- 
lée, était  originaire  d'Oea  et  écrivaiteouramment  le  grec; 
Septime  Sévère,  né  à  Leplis  magna,  savait  celte  langue; 
il  était,  dit  Spartien  :  grsecis  litteris  erudilissimvs  J.  Les 
écoles  enseignaient  à  lire  les  ouvrages  d'Homère,  d'Es- 
chyle, de  Démosthène,  de  Platon  et  nous  savons  par 
saint  Augustin  que  jusqu'au  IVe  siècle  une  partie  consi- 
dérable de  la  population  chrétienne  parlait  cette  langue, 
puisque,  de  son  temps,  il  regrettait  que  la  version 
latine  des  Septante  ne  fût  pas  encore  achevée4.  A  Car- 
tilage, le  grec  s'était  répandu  dans  les  basses  classes, 
«  il  faut  cependant  ajouter  que  l'usage  du  grec,  comme 
langue  populaire,  ne  se  répandit  pas  dans  l'intérieur  du 
pays.  Il  resta  circonscrit  dans  quelques  ports,  à  Car- 
thaga,  à  Hadrumète  et  sur  les  rivages  des  Syrtes, 
c'est-à-dire  partout  où  l'influence  de  l'Orient  hellé- 
nique pouvait  s'exercer,  soit  grâce  à  l'importation  d'es- 
claves venus  d'Asie,  soit  à  la  faveur  des  relations  ma- 
ritimes et  commerciales.  Loin  de  la  côte,  il  n'a  été 
jusau'à  présent  trouvé  en  Tunisie  que  très  peu  d'ins- 
criptions grecques  antérieures  à  l'occupation  byzan- 
tine 5.  » 

III.  Le  punique  et  le  libyque.  —  L'idiome  vraiment 
populaire  demeura  longtemps  le  punique  et  le  libyque. 
Aucune  œuvre  littéraire  composée  en  ces  patois  locaux 
ne  nous  est  parvenue,  néanmoins  l'épigraphie  témoigne 
la  persistance  du  vieux  langage  à  Maktar,  à  Masculula, 
à  Thugga,  à  Simitthu,  à  Mididi 6.  Les  classes  élevées  ne 
dédaignaient  pas  d'ailleurs  la  pratique  d'un  idiome  na- 
tional. Septime  Sévère  était,  parait-il,  fort  disert  en 
cette  langue,  les  sermons  de  saint  Augustin  nous  font 
connaître  à  quel  point  elle  était  encore  répandue  dans 
les  campagnes  de  la  Numidie.  Un  texte  d'Apulée  indique 
assez  clairement  que  «  dans  l'Afrique  romaine  les  jeunes 
gens  apprenaient  le  latin  sur  les  bancs  de  l'école  ;  c'était 
la  langue  noble,  celle  de  la  bonne  société.  Le  peuple,  au 
contraire,  les  ignorants,  les  gens  sans  instruction  et 
sans  éducation,  s'exprimaient  dans  l'ancien  idiome  du 
pays  »'.  L'idiome  libyque  ou  berbère  a  persisté,  mais 
nous  sommes  mal  renseignés  à  son  sujet.  Il  s'est  con- 
servé jusqu'à  nos  jours  presque  sans  altération  parmi 
plusieurs  tribus  du  Sahara  et  peut-être  fut-il  refoulé  par 
le  latin  et  le  néo-punique  dans  les  districts  montagneux 
et  peu  accessibles,  en  particulier  dans  le  massif  qui  sé- 
pare la  Tunisie  de  l'Algérie.  Quant  au  punique  il  n'a 
pas  disparu,  mais  il  s'est  fondu  lors  des  invasions  arabes 
dans  la  langue  des  conquérants.  Les  aflinités  très  étroites 
qui  existaient  entre  ces  deux  idiomes  d'origine  sémitique 
expliquent  sans  peine  cette  fusion;  on  le  comprendra 
mieux  en  comparant  les  noms  de  nombre  dans  les  deux 
langues  : 

*  Armit.  Robinson,  The  passion  of  Perpétua,  dans  Texts  and 
Sturiics,  in-8*,  Cambridge,  1891,  t.  i,  p.  47  sq.  Cette  opinion  avait 
été  émise  par  MM.  Harris  et  Gifford  à  la  suite  de  la  découverte 
du  texte  grec  dans  la  bibliothèque  du  patriarcat  grec  de  Jérusalem, 
elle  a  été  pleinement  adoptée  par  A.  Harnack,  dans  Theologische 
Literaturzeilung,  1890,  p.  423.  —  -Corp.  inscr.  lut.,  t.  vm, 
n.  1003,  1005-1007,  1007-,  10997,  10998,  12487,  12493,  et  les  ta- 
bellse  devotionis,  n.  12508-12511.  —  3  Spartien,  Severus,  1.  Cf. 
Corp.  inscr.  lat.,  t.  VIII,  n.  15,  16.  —  *  S.  Augustin,  Epist., 
Lxxi,  2,  3,  P.  L.,  t.  XXXIII,  col.  241,  242.  —  5J.  Toutain,  Les 
cités  romaines  de  la  Tunisie,  in-80,  Paris,  1896,  p.  200.  In- 
scriptions grecques  :  à  Cherc-hel,  Ephem.  epigr.,t.  v,  n.  1036, 
1037  :  à  Kerbet-Zemmouri,  près  de  Kroubs,  B.  Cagnat,  Inscript, 
inédites  extraites  des  papiers  de  Léon  Rénier,  dans  le  Bull, 
archèol.  du  Comité  des  trav.  hist.,  1887,  p.  121,  n.  760;  à  Sidi- 
Brahim,  Ephem.  epigr.,t.  vn,n.  315;  auKef,  Ephem. epigr.,  t.  v, 
n.  634;  à  Lamta,  R.  Cagnat,  dans  les  Archiv.  des  miss,  scientif., 
1S85,  p.  117,  n.  15,;  à  Haïdra,  R.  Cagnat,  dans  la  même  revue, 


NOMBRES  PUNIQUE 

1 ahed 

4 arba 

5 hams{a) 

7 sba 

10 asar 


ARABE  MODERNE 

ouahed 

arba 

kltamsa 

sala 

acheva 


Parmi  les  derniers  et  les  plus  célèbres  partisans  de  la 
langue  punique  il  faut  citer  les  Circoncellions,  qui  ne 
pouvaient  communiquer  avec  les  évèques  donatistes 
qu'au  moyen  d'un  interprète8.  Le  libyque,  que  nous 
appelons  aujourd'hui  le  berbère,  est  presque  totalement 
ignoré  des  écrivains  de  l'Afrique,  à  l'exception  de  saint 
Augustin  qui  en  dit  quelques  mots  et  traite  cette  langue 
comme  un  idiome  à  l'usage  des  tribus  barbares.  Dès  le 
règne  de  Massinissa,  le  libyque  avait  vu  consommer  sa 
déchéance  au  profit  du  punique  et,  fait  curieux,  les 
annales  mêmes  du  peuple  berbère  n'ont  pas  été  écrites 
dans  sa  langue,  mais  en  punique  par  Hiempsal,  en  grec 
par  Juba,  en  arabe  par  Ïbn-Khaldoup.  Les  progrès  de  la 
langue  punique  en  Numidie  n'y  effacèrent  cependant 
pas  le  souvenir  du  libyque  dont  on  a  retrouvé  des  mo- 
numents épigraphiques  en  assez  grand  nombre  autour 
de  Cirta  qui  fut  le  centre  du  royaume  de  Massinissa. 
D'autres  ont  été  relevés  dans  la  vallée  de  la  Cheffia  à 
quelques  lieues  d'Hippone,  «  presque  tous  ont  tenu  à 
faire  graver  sous  leur  épitaphe  latine  une  inscription 
libyque.  Il  semble  qu'il  est  facile  d'expliquer  ce  qui  se 
passait  alors  par  ce  que  nous  voyons  sous  nos  yeux.  A 
partir  de  Massinissa,  beaucoup  de  Numides  parlèrent  à 
la  fois  le  libyque  et  le  punique,  comme  leurs  descen- 
dants usent  de  l'arabe  et  du  berbère,  puis  le  latin  vint 
par-dessus,  comme  aujourd'hui  le  français,  et  il  eut  sa 
place  entre  les  deux  autres  langues,  sans  les  faire  tout 
à  fait  oublier 9.  »  Toutefois,  remarquons-le  bien,  le  pu- 
nique offrait  quelque  chose  de  tenace  chez  ceux  qui 
l'avaient  pratiqué  ou  qui  en  avaient  subi  l'influence,  qui 
aide  à  comprendre  le  rôle  qu'on  lui  a  accordé.  Il  semble 
bien  mériter  la  qualification  que  lui  donne  saint. lérôme  : 
stridor  puniese  linguœ10...  lorsqu'on  apprend  de  Spar- 
tien que  Septime  Sévère  avait  gardé  dans  son  langage 
quelque  chose  d'africain,  Afvum  guiddam,  et  que  la 
sœur  de  cet  empereur  ayant  continué  d'habiter  Leptis, 
ville  de  la  Tripolitaine  restée  phénicienne,  quitta  sa  cité 
pour  Rome  après  l'élévation  de  Sévère,  mais  elle  parlait 
un  tel  jargon  qu'on  la  renvoya  chez  elle  au  grand  regret 
de  la  cour  qui  s'en  amusait  fort  ",  soror  sua  vix  latine 
logvensut  de  Ma  multum  impevator  erubesceret. 

IV.  La  langue  ecclésiastique.  —  La  principale  diffi 
culte  est  de  saisir  le  point  de  départ  du  latin  chrétien. 
Faut-il  prendre  ce  point  de  départ  dans  les  anciennes 
versions  faites  sur  le  grec  :  Ilala,  épitre  de  Clément  Ro- 
main, de  pseudo-Rarnabé,  d'Ignace,  de  Polycarpe,  du 
«  Pasteur  »  d'Hermas,  d'Irénée,  de  la  Chronique  d'Hip- 
polyte  (liber  gencrationis  et  Barbants  Scaligeri),  d'Ana- 
tolius,  de  la  Didaché,  de  l'évangile  de  Thomas,  du  canon 

p.  112,  n.  228;  à  Tébessa,  Audollent,  dans  les  Mél.  d'archéol.  et 
d'hist.,  1890,  t.  x,  p.  532,  n.  99.  —  «  Corp.  inscr.  latin.,  t.  vm, 
n.  5209,  5216-5218,  5220,  5225,  17317,  17319,  17320.  —  '  Toutain, 
loc.  cit.,  p.  202.  —  8  Tillemont,  Mém.  hist.  eccl.,  in-4°,  Bruxelles, 
1731,  t.  vi,  p.  38,  col.  2.  Cf.  H.  Fournel.  Les  Berbères.  Études 
sur  la  conquête  de  l'Afrique,  in-4",  Paris,  1875.  t.  I,  p.  64  : 
«  Un  passage  de  saint  Augustin  (Epist.,  cvm,  Ad  Macrobium, 
c.  v,  n.  14,  P.  L.,  t.  xxxni,  col.  414)  a  fait  dire  que  ces  fana- 
tiques furieux  —  les  Circoncellions  —  n'entendaient  que  la  langue 
punique  :  j'admets  qu'en  effet  ces  paysans  entendaient  le  punique, 
mais  je  n'en  suis  pas  moins  convaincu  que  c'étaient  des  Berbères, 
qui,  par  leur  contact  prolongé  avec  les  Carthaginois,  parlaient 
la  langue  de  ceux-ci.  »  —  "G.  Boissier,  L'Afrique  romaine,  in- 
12, Paris,  1901,  p.  350.  —  ,0S.  Jérôme,  Epist.,  cxxx,  Ad  Deme- 
triudem,  n.  5,  P.  L.,  t.  xxn,  col.  1109.  —  "Spartien,  Seve- 
rus, c.  xv.  Voyez  Corpus  inscriptionum  latinorum,  t.  vin,  p.  2  ; 
R.  Basset,  Études  sur  les  dialectes  berbères,  in-8%  Alger,  1894, 
n.  7,  15,  16. 


755 


AFRIQUE   (LANGUES   PARLÉES   EN) 


756 


de  Muratori,  d'Origène'.  Entre  tous  ces  ouvrages  l'in- 
fluence de  la  Bible  est  considérable,  nous  n'oserions 
dire  qu'elle  est  prépondérante,  les  faits  ne  permeltent 
pas  encore  de  l'affirmer.  Assurément  il  faut  se  garder 
de  confondre  le  latin  biblique  et  le  latin  chrétien  2,  mais 
c'est  dans  cette  distinction  que  la  difficulté  principale 
survient,  car  les  premières  traces  de  latin  chrétien  appa- 
raissent dans  la  version  Ilala  et  la  question  est  de  savoir 
dans  quelle  mesure  elle  a  influé  sur  le  style  des  auteurs 
chrétiens  tout  pénétrés  de  la  littérature  profane  par  leur 
éducation  de  jeunesse,  puis,  soudain,  plongés  par  la  fer- 
veur de  leur  conversion  dans  l'étude  d»s  livres  saints, 
souvent  même  de  la  lettre  de  ces  livres.  Tel  est  en  effet 
le  cas  de  ïertullien,  de  saint  Cyprien,de  saint  Augustin. 
Nous  avons  essayé  de  préparer  un  moyen  d'éclairer  cette 
question  en  établissant  une  confrontation  perpétuelle  de 
la  version  du  livre  le  plus  connu  et  le  mieux  su  de  la 
Bible,  le  psautier,  telle  que  itous  la  fournissent  d'une 
part  les  écrits  des  Africains,  d'autre  part  les  ouvrages 
des  Occidentaux  3.  Nous  ne  pouvons  faire  plus  que  si- 
gnaler cette  source,  à  tout  le  moins  de  conjectures,  les 
limites  de  notre  travail  ne  nous  permettant  pas  d'en 
entreprendre  ici  la  mise  en  œuvre. 

Dans  la  recherche  souvent  entreprise  de  la  termino- 
logie introduite  par  le  christianisme,  il  semble  qu'il 
faille  se  réduire  à  un  très  petit  nombre  de  mots4,  aussi 
n'est-ce  pas  dans  cette  direction,  comme  on  pourrait  être 
tenté  de  le  croire,  qu'on  doit  aborder  le  problème.  Il 
faut  ici  entreprendre  une  statistique  sur  chaque  mot,  le 
noter  à  son  apparition,  le  suivre  dans  tous  les  docu- 
ments dont  la  date,  le  lieu  d'origine  et,  quand  elle  est 
possible,  la  filiation  auront  été  préalablement  détermi- 
nés. Ici  encore  nous  ne  pouvons  que  marquer  la  voie; 
le  travail  de  G.  Koffmane,  Gescliir/iledes  Kirc/ienlateins, 
«st  un  des  guides  les  plus  sûrs  dont  on  puisse  se  munir 
pour  y  marcher  avec  profit.  Une  semblable  recherche 
ne  comporte  pas  les  résumés,  nous  n'entreprendrons 
pas  d'en  faire  à  cette  place. 

Parmi  les  auteurs  qui  paraissent  inviter  à  l'étude 
philologique  de  leurs  écrits,  Tertullien  est  un  des  plus 
ardus,  mais  il  sembl*  que  l'on  lui  ait  prêté  plus  d'inno- 
vations qu'il  n'en  a  faites.  «  Sous  le  rapport  de  la  com- 
position des  mots,  dit  Benan,  Tertullien  n'a  rien  in- 
venté; il  n'a  fait  que  jeter  des  termes  nouveaux,  créés 
par  son  génie,  dans  le  moule  spécial  de  la  langue  vul- 
gaire et  ce  moule  était  celui  d'Apulée,  de  Caton,  de  Pé- 
trone, de  Plaute,  de  Varron,  de  Vitruve,  etc.,  etc.,  surtout 
celui  de  la  version  llala  s.  »  Quant  à  son  style  il  «  présen- 
tera le  phénomène  littéraire  le  plus  étrange  :  un  mé- 
lange inouï  de  talent,  de  fausseté  d'esprit,  d'éloquence 
et  de  mauvais  goût  »  ».  Le  même  critique  lui  refuse  le 
titre  de  grand  écrivain,  mais  ce  jugement  nous  'paraît 
beaucoup  moins  motivé  que  celui  de  son  dernier  histo- 
rien, M.  Paul  Monceaux,  qui  reconnaît  et  apprécie  mieux, 
selon  nous,  son  génie  littéraire  7. 

Tertullien  a  les  habitudes  de  la  composition  classique. 
11  expose  la  question,  réfute  ce  qu'il  juge  erreur,  pro- 
clame ce  qu'il  estime  vérité  et  poursuit  se  démonstration, 
absolvant  et  condamnant  tour  à  tour  au  nom  des  prin- 

*  M.  Schanz,  Geschichte  der  romischen  Literatur  bis  :um 
Gesetzgebungswerk  des  Kaiseis  Justinian,  t.  m  :  Die  Zeit  vont 
Hadrian  (117  n.  Chr.)  bis  auf  Constantin  (324  n.  Chr.),  in-8% 
Mùnchen,  1896,  p.  204  sq.  Nous  n'entrons  pas  ici  dans  le  détail 
bibliographique  assez  étendu  de  plusieurs  de  ces  écrits,  tels  que 
l'Itala,  le  canon  de  Muratori,  etc.  —  *G.  Koffmane,  Geschichte 
des  Kirchenlateins,  in-8",  Breslau,  1879,  t.  i,  p.  2-3.  Cf.  J.  Ayme- 
ric,  dans  Les  lettres  chrétiennes,  1881,  t.  n.  p.  469  sq.  — 
*D.  CabroletD.  Leclercq,  M on uni.  eccles.  liturg.,  in-4%  Parisiis, 
1902,  t.  i,  p.  clxiu-clxxxiv.  Sur  la  question  de  la  Bible  en 
Afrique,  cf.  P.  Monceaux,  Hist.  de  la  liltér.  chret.  d'Afrique, 
in-8%  Paris,  1900,  t.  i.  —  *J.  Koffmane,  loc.  cit.,  t.  i,  p.  3-4; 
J.  Aymeric,  Notes  sur  le  vocabulaire  de  Tertullien,  dans  Les 
lettres  chrétiennes,  1881,  t.  h,  p.  447  ;  E.  Misset,  dans  la  mémo 
revue,  t.  m,  p.  456  sq.;  J.  Aymeric,  Études  sur  la  latinité  des 


cipes  qu'il  a  posés,  et  ne  discute  pas.  Comme  toute  son 
œuvre,  celle  du  moins  que  nous  possédons,  est  par-des- 
sus tout  polémiste,  on  doit  s'attendre  à  une  certaine 
force  de  langage.  Pour  y  suffire,  Tertullien  se  fait  un 
style  très  personnel,  comme  d'un  homme  qui  veut 
qu'on  le  lise.  Ce  style  tient  à  son  tempérament  et  à  son 
milieu.  Il  emprunte  presque  sans  démarquer  et  prend 
son  bien  où  il  le  trouve,  chez  Apulée  surtout.  Il  pra- 
tique l'art  pour  l'image,  pour  le  beau  littéraire,  au 
moins  autant  que  pour  la  vérité.  Sa  langue  est  laite  du 
latin  des  rhéteurs,  de  celui  du  peuple,  et  du  grec;  à 
cela  il  ajoute  tout  ce  qui  s'entend  de  son  temps  et  peut 
servir  à  sa  démonstration,  mots  techniques,  néolo- 
gismes,  mots  vulgaires,  il  accepte  tout,  et  lorsque, 
malgré  cela,  il  en  manque,  sur-le-champ  il  improvise  un 
mot  nouveau,  on  le  croirait  du  moins.  Il  n'est  pas  aisé 
de  dire  où  en  était  le  latin  chrétien  avant  lui,  et  il  n'est 
pas  très  prudent  par  conséquent  de  lui  rien  attribuer 
en  propre.  Il  est  possible  qu'il  ait  rajeuni  de  vieux 
mots,  qu'il  en  ait  composé  d'autres  d'une  manière  tout 
à  fait  régulière  d'après  les  règles  de  l'analogie;  est-ce  lui 
qui  a  inauguré  les  verbes  en  hâte  calqués  sur  les  verbes 
grecs  en  ïÇetv,  lui  qui  a  augmenté  le  nombre  des  ad- 
verbes, altéré  le  sens  de  certaines  prépositions  et  qui 
doit  être  tenu  pour  responsable  de  quelques  autres 
violences  grammaticales?  Tout  cela  est  possible,  mais 
rien  de  tout  cela  n'est  assuré.  Ce  qui  est  bien  à  lui,  mais 
non  pas  à  lui  seul,  c'est  l'emphase  :  accumulation  de 
termes  équivalents  :  maie  ac  pessime.  magistri  et  prœ- 
positi,  accouplement  de  mots  synonymes  régis  l'un  par 
l'autre  :  fvstitise  innocenlia,  (ides  obtequii;  abus  du 
pluriel  des  mots  abstraits  :  concatenaliones  temporum, 
simplicitates,  enormitates  ;  comparatifs  et  superlatifs 
renforcés  :  extremius,  extremissimi,  magis  proxima. 
Chez  Tertullien  donc,  vocabulaire  et  syntaxe  sont  égale- 
ment accueillants  aux  nouveautés.  Ce  style  ardu,  souvent 
obscur  et  bientôt  fatigant  avec  son  intarissable  llux 
de  mots  éclatants,  d'images  brutales,  de  pensées  trop 
rapprochées  par  une  logique  sans  trêve,  ces  pamphlets 
haletants  faits  pour  être  mis  en  harangue,  ont  malgré  la 
logique  qui  les  inspire  quelque  chose  de  disloqué  dans 
l'exécution,  une  précision  de  termes  qui  ne  laisse  aucun 
repos  à  l'esprit  du  lecteur  et  qui  remplace  la  conviction 
par  la  surprise,  une  rapidité  de  diction  qui  laisse  des 
inconnues  dans  la  phrase  et  lorce  parfois  à  interrompre 
l'auteur  pour  reprendre  dans  l'énigme  de  sa  parole  la 
suite  de  sa  pensée. 

V.  Les  lettres  et  traités  de  saint  Cyprien.  —  L'his- 
toire de  la  langue  parlée  en  Afrique  au  ni"  siècle  est 
exceptionnellement  documentée.  Outre  les  écrits  de  Ter- 
tullien nous  avons  une  pièce  d'un  caractère  tout  parti- 
culier, écrite  sans  apparat  par  une  toute  jeune  femme 
de  22  ans,  matrone  illustre  sous  le  nom  de  Vibia  Perpé- 
tua. Le  journal  qu'elle  écrivit  pendant  la  durée  de  son 
emprisonnement  est  un  document  plein  d'intérêt;  un  de 
ses  compagnons  de  captivité,  Saturus.  écrivait  lui  aussi 
quelques  notes  et  le  style  des  deux  martyrs  offre  une 
ressemblance  notable.  Tous  deux  ont  gardé  le  souvenir 
de  leurs  lectures  et  leur  pensée  prendra  l'expression 

Pères  africains,  même  revue,  t.  i.  p.  248  sq.  —  *  J.  Aymerk. 
loc.  cit.,  t.  H,  p.  448.  Cf.  P.  Lallemand,  Quelque*  iho.'s  </«  voca- 
bulaire de  Tertullien,  même  revue,  t.  n,  p.  307  sq.  ;  P.  Lingen, 
Deusu  prsppositionum  Tertullianeo,  in-4%  Monasterii,  1869-1870; 
.1.  Schmidt,  De  latinitate  Tertulliani.  in-8*,  Erlangen,  1870; 
G.  R.  Hauschild,  Die  Grimdsiit;e  %md  Mittel  der  Sprachbildung 
bei  Tsrtullhm,  in-4%  Lipsia:,  1876;  in-4\  1881  ;  J.  P.  Condamin. 
De  Q.  S.  F.  Tertulliano  vex.  relig.  patr.  et  prircipuo  apud 
latino?  christ,  hnguae  artifice,  in-8',  Barri-Ducis.  1877.  (X  .1  II. 
Olivier,  dans  les  Annal,  du  monde  religieux,  1878,  t.  u.  p.  390- 
394-5  ;  P.  Lallemand,  dans  Les  lettres  chrétiennes,  t.  n,  p.  307  sq.  ; 
J.  Aymeric,  même  revue,  t.  Il,  p.  446  sq.  —  •  Renan,  Marc  A  urcle, 
in-8%  Paris,  1883,  p.  456.  Cf.  A.  Ebert,  Gesch.  der  altcnrifll.  Lite- 
ratur,  in-8*,  Leipzig,  1874,  t.  I,  p.  32-54.  —  'Paul  Monceaux,  Hist. 
de  la  littér.  chrùt.  d'Afrique,  in-8%  Paris,  1900,  t  i,  p.  4C0-461. 


757 


AFRIQUE    (LANGUES   PARLÉES   EN] 


758 


même  qu'ils  ont  rencontrée  dans  les  livres  qu'ils  ont 
lus  '.  Ce  qui  est  caractéristique  du  style  de  Saturus  c'est 
la  pauvreté  de.la  narration  qu'interrompt  sans  cesse  la 
copule  et;  en  voici  un  exemple  pris  au  hasard  :  et  ve- 
nimus  prope  locum,  cuius  loci  parietcs  taies  erant, 
quasi  de  luce  xdificati;  et  ante  osliiim  loci  illius  an- 
geli  quattuor  stabant,  qui  introeuntës  vestierunt  slolas 
candidas,  et  introivimus,  ET  audivimus  vocemunitam 
dicentem  :  Agios,  agios,  agios,  sine  cessatione ;  et  vi- 
dimus  in  eodem  loco  sedentem  quasi  hominem  canum, 
niveos  habentem  capillos,  et  vultu  juvenili;  cujus 
pedes  non  vidimus  et  in  dextra  et  sinistra  seniores 
qualluor  et post  illos  ceteri  seniores  complures  stabant, 
ET  introeuntës  cum  admiratione  stetimus  ante  thronum: 
et  quattuor  angeli  sublevaverunt  nos  :  et  osculati 
sumus  Muni  ET  de  manu  sua  traiecit  nobis  in  faciem, 
ET  ceteri  seniores  dixerunt  nobis  :  Sternus  ET  stetimus 
et  pacem  fecimus  et  dixerunt  nobis  seniores  :  Ite  ET 
ludite  et  dixit  Perpétuas,  Habes  quod  vis,  ET  dixit 
mihi... 2.  Le  style  de  Perpétue  n'en  diffère  guère  : 
Post  dies  paucos,  dum  universi  oramus,  subito  média 
oratione  profecta  est  mihi  vox  et  nominavi  Dino- 
cratem  :  et  obstupui  quod  numquammihi  in  mentem 
venisset  nisi  tune;  et  dolui  commemorata,  casus  eius, 
et  cognovi  me  statim  dignam  esse  et  pro  eo  petere 
debere  ET  cœpi  de  ipso  oralionem  facere  multum  ET 
ingemiscere  ad  Dominum3.  Ce  latin  diffère  «  beaucoup 
de  la  langue  familière  à  l'époque  classique,  ce  qui  n'a 
rien  de  surprenant,  dit  M.  Bayard,  mais  aussi  du  latin 
d'ouvrages  soignés  écrits  par  des  Africains,  comme  Mi- 
nucius  Félix,  à  peu  près  à  la  même  époque.  Dans  le 
chapitre  premier  de  la  Passio,  pour  nous  borner  à 
celui-là,  on  rencontre  non  seulement  un  assez  grand 
nombre  de  mots  grecs,  mais  des  expressions  insolites, 
•comme  su fferenlia  pour  patientia,  inquit  pour  inquam, 
commanducans  pour  nianducans  cum,  desub pour sub: 
une  syntaxe  où  l'analogie  du  grec,  peut-être  même  du 
punique,  amène  des  constructions  nouvelles  :  me  clama- 
vit  (ÈxiXe<TSv  u.e),  me  cria,  m'appela,  non  me  nocebit 
(où  [i>ï  |xé  jiXdt'*'*))'  motus  in  hoc  verbo  pour  motus  hoc 
verbo;  enfin  des'  mots  dont  le  sens  n'est  plus  le  même  : 
affectio  pour  amor,  EÙo-îtXayxv!ai  commeatas  pour  li- 
ber tas,  exterminare  pour  perdere,  refrigerare  pour 
consolari,  sustinere  pour  exspectare,ipse  pour  idem,  etc. 
Cette  langue  familière  était  apparemment  celle  de  la 
bonne  société  à  Carthage,  et  dans  les  villes  voisines;  au 
temps  de  sa  jeunesse,  Cyprien  en  a  subi  l'influence;  il 
y  en  a  quelques  traces  dans  ses  écrits,  mais  son  édu- 
cation littéraire  lui  a  fait  éviter  tout  ce  qui  s'écartait  par 
trop  de  la  langue  des  écrivains  vraiment  romains  »4. 
Cyprien  reçut  une  éducation  littéraire  soignée,  son  style 
garde  des  réminiscences  des  auteurs  expliqués  dans  sa 
jeunesse,  Cicéron,  Horace,  Ovide,  Sénèque,  Lucain, 
Pline,  etc.  Tout  cela  formait  une  syntaxe  un  peu  hété- 
roclite, mais  dans  laquelle  en  somme  le  bon  l'emportait 
beaucoup  sur  le  mauvais.  Le  style  de  saint  Cyprien  est 
tout  encombré  des  artifices  mis  à  la  mode  par  Apulée 
et  adoptés  avec  empressement  par  son  école. 

On  a  remarqué  que  la  graphie  de  saint  Cyprien  nous 
fournit  quelques  exemples  des  prononciations  usitées  en 
Afrique,  par  exemple  :  susum  pour  sursum,  promisca 
pour  promiscua.  Tout  ce  qui  a  trait  à  la  phonétique  de 
cet  auteur  présente  peu  de  traits  remarquables,  il  semble 
que  les  préférences  orthographiques  ont  subi  avec  une 
médiocre  résistance  les  préoccupations  étymologiques 
plus  ou  moins  fondées,  toutefois  l'étymologie  elle-même 
cède  du  terrain  devant  la  prononciation  qui  impose  des 
formes  telles  que  cludo,   malivolus,  optuli,  promisca, 


'  Voir  Actes  des  martyrs,  col.  418.  —  s  Passio  S.  Perpétuas, 
o.  12,  dans  Texts  and  Studies,  in-8%  Cambridge,  1891,  p.  80.  — 
» /6ïd.,  n.  7,  toc.  cit.,  p.  72.  —  *L-  Bayard,  Le  latin  de  saint 
Cyprien,  in-8%  Paris,  1902,  p.  xvm.  —  *lbid.,  p.  15.  —  'Ibid., 


susum*.  Au  moment  où  les  besoins  de  sa  charge  de- 
mandent à  l'évêque  de  Carthage  de  traiter  le  dogme 
chrétien,  un  grand  nombre  de  néologismes  sont  créés 
dont  il  pourra  se  servir,  mais  il  ne  s'en  contentera  pas 
toujours  et  «  fréquemment,  pour  obtenir  des  effets  fon- 
dés sur  le  son,  sur  la  rime,  le  rythme,  etc.  »,  il  emploie, 
de  préférence  à  tel  autre,  tel  suffixe  de  dérivation  rare, 
ou  même  crée  des  mots  nouveaux  donnant  le  résultat 
cherché  6.  Saint  Cyprien  n'a  guère  créé  plus  d'une 
soixantaine  de  mots,  à  moins  qu'il  s'en  trouve  parmi  eux 
qu'-il  a  notés  dans  ses  écrits  où  nous  les  rencontrons 
pour  la  première  fois  sans  que  néanmoins  il  en  soit 
l'auteur.  Ces  mots  appartiennent  au  vocabulaire  profane 
ou  au  vocabulaire  religieux.  On  pourra  voir  dans  l'étude 
récente  de  M.  L.  Bayard  sur  le  latin  de  saint  Cyprien 
ce  «  que  l'attention  patiente  peut  tirer  des  lumières  de 
quelques  mots  en  apparence  peu  remarquables  pour 
l'éclaircissement  de  la  terminologie  théologique  d'une 
t'poque  »  7.  L'histoire  du  dogme  comme  celle  de  la  liturgie 
sont  tributaires  au  premier  chef  de  ces  minutieuses 
déterminations.  Nous  aurons  fréquemment  l'occasion  de 
revenir  sur  ces  questions  que  nous  nous  bornons  à 
effleurer  ici. 

Le  style  de  saint  Cyprien  offre  un  grand  nombre 
d'exemples  de  l'allitération  et  de  la  rime.  Nous  le  voyons 
parfois  écarter  d'une  citation  les  mots  qui  ne  formaient 
pas  une  allitération  dans  le  modèle  pour  en  adopter 
d'autres  qui  se  prêteront  à  l'artitice.  Minucius  Félix 
écrit  :  nos  qui  non  babitv  sapientiam,  sed  mente 
prœferimus,  et  Cyprien  corrige  :  nec  vestitu  sapientiam 
sed  veritate prœferimus 8.  La  rime  est  au  plus  haut  de- 
gré caractéristique  du  style  de  saint  Cyprien,  en  voici 
un  admirable  exemple  : 

Doleo,  fratres,  doleo  vobiscum  nec  mihi  ad  leniendos  dolores  meos. 
integritas  propria  et  sanitas  privata  blanditur, 
quando  plus  pastor  in  gregis  sui  vulnere  vulneretur, 
cum  singulis  pectus  meum  copulo, 
maeroris  et  funeris  pondéra  luctuosa  participo 
cum  plangentibus  plango, 
cum  deflentibus  defleo, 
cum  jacentibus  jacere  me  credo, 
jaculis  illis  grassantis  inimici  mea  simul  membra  percussa  sunt, 
saevientes  gladii  per  mea  viscera  transierunt, 
inmunis  et  liber  a  persecutionis  in  cursu  fuisse  non potest antmt'S, 
in  prostratis  fratribus  et  me  prostravit  adfectus  ». 

Souvent  il  se  satisfait  avec  la  symétrie  des  membres 
de  phrases  ou  de  phrases  scandées  par  la  rime  «  qu'on 
rencontre  à  chaque  pas  »;  dans  certains  traités  elle 
règne  le  long  des  chapitres  entiers  et  répète  jusqu'à 
trois  ou  quatre  fois  et  plus  la  même  rime  et  le  même 
groupement  symétrique.  Il  parle  de  la  patience  : 

quae  iram  tempérât, 
quas  linguam  frenat, 
quae  mentem  gubernat, 
pacem  custodit, 
disciplinam  régit, 
libidinis  impetum  frangit, 
tumoris  violentiam  comprimit, 
incendium  simulatis  extinguit  **. 

«  Autant  et  plus  que  par  la  rime,  l'évêque  de  Carthage 
cherche  à  flatter  l'oreille  par  la  disposition  mesurée  et 
rythmée  des  mots  dans  les  clausules  et  à  la  fin  des  phrases 
ou  des  membres  de  phrase.  Les  observances  auxquelles 
cette  recherche  donne  lieu  sont  certainement  une  des 
parties  les  plus  intéressantes  de  son  art11.  »  Les  règles 
qu'il  observe  sont  très  strictes.  Le  passage  suivant  en 
montre  l'application  :  Idcirco  et  in  columba  venit  Spi- 
rïtûs  sànctùs,  simplex  animal  et  laetum  est,  non  folle 

p.  16.  —  ''Ibid.,  p.  169-202.  —  »  Ibid.,  p.  293.  —  9S.  Cyprien,  De 
lapsis.  vin,  P.  L.,  t.  iv,  col.  486.  —  10Id.,  De  bono  patientise, 
xx,  P.  L.,  t.  iv,  col.  659.  —  "  L.  Bayard,  Le  latin  de  S.  Cy- 
prien, in-8%  Paris,  1902,  p.  298. 


759 


AFRIQUE    (LANGUES   PARLÉES   EN) 


7G0 


ârnârûm,  non  môrsibûs  sâevùm;  non  unguiuni  laccra- 
tiôrië  vwlèiilùm;  huspilia  huniânâ  dlltgërë,  unius 
domus  consortium  nôssë  :  curn  générant  simul  fillôs 
ëdërè,  cuni  commeant,  volalibas  invïcëm  côhâerèrè ; 
conimuni  conversatwne  vitam  suâm  dëgërë,  oris  osculo 
conrordiam  pâcïs  âgnôscërë,  legem  circa  omnia  una- 
niiuiiâiis  implêre,  haec  est  in  ecclesia  noscèndâ  slniptl- 
cîtùs,  Usée  càrïtâs  ôbtïnêndâ,  ut  e^lumbas  dilectio  fra- 
ternilàus  imïiëtûr  ut  mansuelui^o  et  lenitas  agnis  et 
avions  ôei/uêlur1.  Le  style  et  la  langue  de  saint  Cyprien 
sont  sans  cesse  commandés  par  les  exigences  de  sa  mé- 
trique, à  tel  point  que  pour  n'y  pas  déroger  il  se  résigne 
à  introduire  des  mots  inutiles.  Cette  préoccupation  du 
style  domine  sans  cesse  saint  Cyprien,  elle  influe  sur  sa 
langue  et  lui  enlève  une  part  de  sa  valeur  documentaire 
(sur  son  style  liturgique,  voir  Liturgie,  col.  615)  en  tant 
que  témoin  de  la  langue  parlée  en  Afrique. 

VI.  Les  sermons  de  saint  Augustin.  —  L'activité  litté- 
raire de  saint  Augustin  s'étend  de  380  environ  à  430;  ses 
écrits  ont  des  destinations  bien  marquées,  l'érudition 
pure,  —  autant  qu'on  peut  parler  de  l'érudition  quand  il 
s'agit  des  Pères  de  l'Église,  —  la  théologie  d'école,  la  polé- 
mique, la  philosophie,  la  morale  sociale  et  domestique 
déterminent  les  directions  principales  de  son  activité 
scientifique  et  littéraire.  La  catégorie  qui  nous  intéresse 
spécialement  dans  ses  écrits  est  celle  dans  laquelle 
l'évèque  africain  remplit  sa  charge  de  docteur  des 
fidèles  d'Hippone.  Il  importe  toutefois  «  de  préciser  et 
de  bien  reconnaître  de  quelle  façon  et  jusqu'à  quel 
point  une  œuvre  littéraire  comme  les  sermons  de  saint 
Augustini  peut  nous  donner  une  idée  du  langage  du 
peuple  à  cette  époque,  si  elle  a  pu  favoriser  son  déve- 
loppement et  préparer  son  triomphe  définitif. 

«  Pour  ce  qui  est  de  l'emploi  des  mots,  les  emprunts 
faits  à  la  langue  vulgaire  y  sont  vraisemblablement  assez 
nombreux.  Mais  ils  ne  sont  faits  qu'à  bon  escient.  Non 
seulement  les  termes  classiques  (qui  forment  la  très 
grande  majorité)  ne  sont  jamais  altérés  dans  leurs 
formes,  mais  ceux  qui  ne  sont  pas  classiques  seraient 
presque  toujours  dignes  de  l'être  par  la  régularité  de 
leur  dérivation. 

«  Une  chose  qui  fait  bien  roir  le  souci  qu'avait  Au- 
gustin de  conserver  aux  mots  leur  forme  correcte,  c'est 
le  soin  qu'il  prend  de  s'excuser,  de  donner  ses  raisons, 
lorsqu'il  lui  arrive  par  hasard  de  se  permettre  un  petit 
barbarisme  pour  se  mieux  faire  comprendre  de  ses  au- 
diteurs. Il  cite  comme  fautifs  quelques  termes  qui 
étaient  en  usage  de  son  temps,  tels  que  dolus  pour 
dolur;  il  avait  peine  à  empêcher  le  peuple  d'employer, 
dans  le  chant  d'un  psaume,  la  forme  de  futur  effloriet i  ; 
enlin,  voici  une  phrase  qui  montre  bien  la  différence 
qu'il  faisait  entre  le  latin  proprement  dit  et  la  langue 
vulgaire  :  Quod  vulgo  dicitur  ossum,  latine  os  dicitur3. 

«  Il  est  donc  fort  probable  que  les  sermons  n'ont 
guère  contribué  au  triomphe  des  formes  populaires  que 
saint  Augustin  employait  très  rarement  et  à  regret,  dont 
il  combattait  même  l'introduction  dans  le  langage  des 
fidèles.  Ce  n'est  pas  là  qu'il  faut  chercher  des  éléments 
pour  étudier  la  phonétique  de  la  lingua  rustica  »  *. 

Ce  qui   nous   intéresse   particulièrement  dans   cette 

*  S.  Cyprien,  De  calhol.  eccl.  unit.,  ix,  P.  L.,  t.  iv,  col.  522.  — 
«H.  Schuchardt,  Der  Vokalismus  des  Vulgàrlateins,  in-8*, 
Leipzig,  18U6,  p.  98.  —  8  S.  Augustin,  Enarratio  in  psulm. 
cxxxvm,  20,  P.  L.,  t.  XXXVIII,  col.  1796.  —  *Ad.  Régnier,  De  la 
latinité  des  sermons  de  saint  Augustin,  in-8*,  Paris,  1886, 
intrud.,  p.  vm  sq.  —  "Rbnsch,  Itala  und  Vulgata,  in-8",  Mar- 
burg,  1869,  introd.  passim,  fait  remarquer  que  l'Evangile  se 
prêchait  partout  dans  la  langue  des  pauvres,  mais  il  ne  faut  pas 
abuser  des  distinctions  et  confondre  le  langage  dépourvu  de 
préoccupations  grammaticales  avec  des  patois  ou  un  «  argot  • 
intelligibles  à  des  groupes  d'initiés.  Dans  fa  prédication  de  l'Évan- 
gile aucun  document  ne  permet  jusqu'ici  de  soupçonner  l'emploi 
de  ces  dialectes  dégénérés  et  exclusifs,  dès  lors  il  ne  s'agit  plus 
que  de  syntaxe  et  de  style,  la  langue  des  pauvres  et  celle  des  riches 


recherche  c'est  moins  les  particularités  de  langage  dans 
le  détail  desquelles  il  ne  nous  est  pas  possible  d'entrer, 
que  le  diapason  intellectuel  qui  règle  lesjapports  entre 
l'évèque  et  ses  fidèles.  Si  on  étudie  l'œuvre  totale  de  saint 
Augustin  on  croit  pouvoir  définir  son  tempérament  lit- 
téraire :  un  po  te-logicien.  Dans  ses  Serniones  ad  po- 
puluni  il  mélange  la  force  et  la  grâce  et,  dans  l'abandon 
du  genre,  il  atleint  parfois  la  sécheresse  et  l'afféterie. 
Quant  à  la  hauteur  théologique  à  laquelle  l'évèque 
s'élève  dans  un  grand  nombre  de  ses  sermons,  il  importe 
de  faire  la  remarque  qu'on  ne  sait  absolument  rien  dans 
la  plupart  des  cas  sur  la  composition  de  ses  auditoires6, 
les  paroles  qui  le  désignent  sont  vagues,  les  reproches 
qu'on  lui  adresse  peuvent  frapper  les  gens  du  peuple 
comme  la  bonne  société.  Ce  qui  a  pu  induire  en  erreur, 
c'est  que  la  langue  des  sermons  est  souvent  familière, 
il  ne  s'ensuit  pas  qu'elle  soit  «  populaire  »  au  sens 
scientifique  de  ce  mot. 

La  trame  littéraire  de  la  langue  que  parle  saint  Au- 
gustin est  classique,  c'est-à-dire  qu'elle  offre  cette  rigi- 
dité de  formules  et  fait  usage  de  ce  vocabulaire  restreint 
dont  on  s'écartait  de  plus  en  plus,  comme  pour  hâter 
d'autant  la  décadence;  ce  qui  pourrait  induire  en  erreur 
c'est  l'emploi  de  termes  appartenant  à  la  langue  ar- 
chaïque transmis  pendant  des  générations  par  les  classes 
qui  n'écrivent  pas,  et  revenant  à  la  surface  à  l'époque 
où  les  auteurs  polis  ne  sont  plus  seuls  à  nous  faire  en- 
tendre la  langue  latine.  Les  mots  employés  par  les 
auteurs  archaïques  reparaissent  en  assez  grand  nombre 
dans  les  sermons  de  saint  Augustin  6. 

lncantare  se  retrouve  dans  la  loi  des  XII  tables;  cor- 
datus,  dans  Ennius  ;  luminare,  dans  Caton;  amalricc. 
deliranientani.  litigium,  multiloquium,  speclahix, 
falsidicus,  macilenlus,  milleni,  multiloijuus,  tantillus, 
confabulari,  constalnlire,  eradicare,  magnipendere, 
purpware,  propitiare,  condigne,  medullitus,  veraciter, 
dans  Plaute;  pœntiudo,  dans  Pacuvius;  deambulatio, 
proslitutio,  magnipendere  dans  Térence, 

Il  faut  tenir  moins  de  compte  probablement  des 
apports  purement  helléniques  dans  les  sermons  de  saint 
Augustin,  mal  disposé  pour  cette  langue,  que  d'ailleurs 
il  ne  savait  guère7.  Diverses  causes  concouraient  à  faci- 
liter l'invasion  des  mots  grecs  dans  la  langue  latine, 
mais  ce  n'étaient  pas  là  des  héllénismes.  Ces  mots  de- 
meuraient pour  ainsi  dire  «  dépareillés  s,  les  uns  demeu- 
raient invariables,  d'autres  perdaient  tous  leurs  sens  à 
l'exception  d'un  seul,  plusieurs  conservaient  la  trans- 
cription en  caractères  grecs;  aussi,  dans  la  plupart 
des  cas,  ce  n'est  pas  à  ces  mots  stérilisés  que  la  langue 
ecclésiastique  fait  ses  emprunts,  elle  s'adresse  directe- 
ment à  la  langue  originale,  c'est  chez  elle  seule  qu'elle 
trouvera  le  sens  plein,  c'est  d'ailleurs  dans  les  pays  de 
langue  grecque  que  la  religion  fait  ses  débuts  et  se 
trouve  obligée  de  satisiaire  aux  besoins  de  son  dogme  et 
de  sa  liturgie;  au  moment  où  elle  aborde  les  terres  la- 
tines toute  l'ossature  terminologique  est  arrêtée  et  dres- 
sée, il  ne  s'agit  dans  la  plupart  des  cas  que  d'une  ques- 
tion de  désinence,  simple  passeport  des  mots  mis  à 
l'usage  de  la  foule.  Le  service  que  le  grec  avait  rendu 
au  latin  à  l'époque  où  l'on  commença  de  philosopher  en 

est  substantiellement  la  morne.  L'auditoire  auquel  s'adressait 
saint  Augustin  a  été  décrit  par  J.  Vérin,  Sancti  Attgustini  au- 
ditores.se.  de  Afrorum  cltristinnorum  eirca  Aug.  ingenio  ae 
nwribus,  in-8*.  Parisiis,  lf  70;  A.  Degert,  Quid  ad  mures  inge- 
niaque  Afrorum  cognoscenda  conférant  sancti  Augustini 
sermones,  in-8',  Lutetiœ  Parisiorum,  1894.  —  "  Ad.  Régnier,  loc. 
cit.,  p.  10.  —  'S.  Augustin,  Confes.,  I.  I.  C.  xiv  :  Car  ergu  grse- 
cam  etiam  grammatiaim  oderam  talia  cantnntemf  P.  L., 
t.  xxxii,  col.  671.  ci  Cette  répugnance  de  saint  Augustin  est  ici  d'un 
grand  intérêt.  On  est  en  droit  d'en  conclure  que  la  plupart  des 
tournures  grecques  qu'il  emploie  ne  lui  sont  pas  particulières, 
mais  étaient  déjà  passées  dans  l'usage  du  temps  où  H  écrivait.  > 
Ad.  Régnier,  La  latinité  des  sermons  de  taint  Augustin, 
in-8\  Palis,  1886,  p.  87  sq. 


761 


AFRIQUE   (LANGUES   PARLEES   EN] 


702 


cette  langue1,  il  le  rendit  également  à  la  langue  ecclé- 
siastique qui  avait  à  suflire  aux  termes  abstraits  d'une 
théologie  complète.  Saint  Augustin,  par  le  nombre  de 
sujets  qu'il  traita  et  la  pénétration  qu'il  y  apporta,  fut 
amené  à  faire  usage  des  termes  abstraits  plus  qu'aucun 
autre  avant  lui.  Quand  il  s'agit  du  vieux  matériel  latin, 
il  est  peu  maltraité  dès  qu'on  est  en  droit  de  lui  appli- 
quer les  règles  générales,  mais  en  ce  cas  les  néologismes 
pullulent  :  adorator,  affirmator,  intelleclor,  falsidicus, 
beati/icus  sont  parfaitement  réguliers,  mais  ils  ne  pa- 
raissent guère  autre  chose  que  des  innovations  étrangères 
au  génie  de  la  langue  par  ce  seul  fait  qu'elles  se  pro- 
duisent en  un  temps  et  dans  un  milieu  qui  n'ont  pas 
qualité  pour  créer  des  éléments  nouveaux  et  enrichir  la 
langue. 

Il  semble  qu'un  large  parti  pris  philologique  ait  gou- 
verné la  langue  de  saint  Augustin:  prendre  son  bien  où 
il  le  trouve.  Il  fera  subir  ensuite  aux  mots  l'examen  qu'il 
jugera  convenable,  les  accueillera  on  les  repoussera, 
ajoutant,  retranchant,  livrant  la  langue  à  ce  pourquoi 
elle  semble  faite,  c'est-à-dire  à  exprimer  la  pensée, 
toute  pensée  ;  ignorant  en  littérature  i  art  pour  l'art. 
Pour  dix  pages  de  grand  style  il  aura  un  volume  entier 
médiocre,  diffus,  peu  soigné,  mais  ces  digressions,  cette 
maladresse  seront  employées  à  éclaircir  des  questions 
assez  obscures  de  théologie  ou  de  psychologie  et  les  dix 
pages  seront  parmi  les  plus  éloquentes  et  les  plus  pro- 
fondes de  l'esprit  humain.  Dans  ses  sermons  il  entend 
bien  avoir  la  langue  entière  à  son  service,  les  mots  tech- 
niques ne  lui  échappent  même  pas2,  les  termes  religieux3, 
les  termes  positifs4,  les  noms  abstraits5  subissent  une 
atteinte  qui  les  fera  dévier  pour  toujours  dans  la  langue 
ecclésiastique.  Dans  un  grand  nombre  de  cas  on  saisit 
les  tours  qui  conduiront  aux  langues  romanes:  exem- 
pïwwi6,  quseslio  7,  supplicium*,  spirilus9,  préludent  à 
leur  évolution  ;  certaines  locutions  apparaissent  telles 
que  nous  les  employons  encore:  «  savoir  par  cœur,  » 
verbum  quud  corde  gestamus10,  le  pronom  indéterminé 
«  on  »  se  fait  pressentir  dans  cette  phrase:  Quando... 
prœlium  tentationis  itifertur  homini, jejunandwm estil. 
Nous  pourrions  prolonger  longtemps  ce  catalogue,  tel 
quel  cependant  il  montrera  la  part  à  faire  aux  change- 
ments de  signiiication  des  mots  dans  la  transformation 
du  latin. 

Nous  pensons  qu'il  faut  se  montrer  très  circonspect 
avant  d'imputer  à  saint  Augustin  certaines  particularités 
dites  «  de  llexion  »,  peu  nombreuses  d'ailleurs  et  dans 
lesquelles  on  est  souvent  plus  porté  à  mettre  en  doute  la 
science  grammaticale  d'un  copiste  que  le  goût  d'un  rhé- 
teur impénitent.  Une  édition  critique  pourra  seule  auto- 
riser sur  ce  point  des  observations  ne  laissant  qu'un 
minimum  à  la  conjecture.  II  ne  faut  pas  trop  invoquer 
ce  mot:  melius  est  ut  reprehendant  nos  grammatici 


Sur  l'existence  de  tournures  et  l'absence  d'expressions  servant 
&  énoncer  les  idées  abstraites  pour  lesquelles  les  Romains  des 
meilleurs  temps  avaient  de  la  répugnance,  cf.  M.  Bréal,  Excur- 
sions pédagogiques,  p.  35.  Cf.  Ad.  Régnier,  loc.  cit.,  p.  89.  — 
*  S.  Augustin,  Serm.,  ccni,  2,  P.  L.,  t.  xxxviu,  col.  1036  : 
reus,  «  défendeur,  »  devient  «  coupable  »;  Serm.,  ccxi,  2; 
P.  L.,  t.  xxxviii,  col.  1055  :  reatus,  «  l'état  de  défendeur,  »  de- 
vient «  la  culpabilité  »  ;  Serm.,  cxcvn,  1,  P.  L.,  t.  xxxvm, 
col.  1021;  Serm.,  cxcvm,  1,  P.'  L-,  t.  xxxvm,  col.  1024: 
gentes,  «  les  peuples,  »  devenant  «  les  n»n-juifs  ».  —  3  Serm., 
cccxxxv,  P.  L.,  t.  xxxvm,  col.  1447  sq.  :  tartarus  devient  sy- 
nonyme de  infernus.  —  *  Serm.,  xlvii,  11,  P.  L.,  t.  xxxvm, 
col.  301  :  sedificare  dans  le  sens  religieux  d'  «  édifier  »;  Serm., 
ccxlvii,  2,  P.  L.,  t.  xxxvm,  col.  1157:  œdifleatio,  même  sens; 
Serm.,  cccliv,  6,  P.  L.,  t.  xxxix,  col.  1516  :  inflatio,  de- 
vient «  orgueil  ».  —  5  Serm.,  cxx,  3,  4,  P.  L.,  t.  xxxvm, 
col.  444:  adversitas  dans  le  sens  latin  de  res  adversx,  Serm., 
xxxiv,  1,  P.  /,.,  t.  xxxvm,  col.  210:  factura  «ignifiant  non 
«  l'action  de  faire  »,  mais  «  ce  qui  a  été  fait  ».  —  •  Serm.,  i, 
5,  P.  L.,  t.  xxxvm,  col.  25  sq.  :  Taliurn  locutionum  innu- 
mera  exempta.  —  '  Serm.,  II,  2,  P.  L.,  t.    xx.wni,  col.  28  : 


quam  non  intelligant  populi 12,  ce  sont  là  des  paroles 
qui  ne  remplacent  pas  les  faits  et  les  faits,  nous  le  répé- 
tons, ne  sont  pas  suffisamment  éclaircis.  Ce  qui  a  trait  à 
la  syntaxe  nous  entraînerait  dans  un  détail  infini;  d'ail- 
leurs, chez  saint  Augustin,  l'emploi  du  nominatif  ne 
présente  pas  d'anomalie,  pour  les  autres  cas,  on  trou- 
verait des  exemples  dans  les  meilleurs  auteurs.  Ces  ir- 
régularités, dont  plusieurs,  chez  lui,  sont  passées  à  l'état 
d'habitude,  sont  dues  quelquefois  à  l'influence  de  l'hé- 
breu (influence  directe  et  qui  tient  à  l'usage  des  traduc- 
tions de  la  Bible)  et  bien  plus  souvent  à  celle  du  latin 
populaire,  sensible  surtout  dans  la  syntaxe  des  ser- 
mons13 L'emploi  des  prépositions  ab,  ad,  apud,cumi!> 
offre  plus  de  pnrticularités  intéressantes,  au  contraire  la 
préposition  de  se  montre  déjà  envahissante  quoique 
saint  Augustin  écrive  au  seuil  d'une  décadence  et  ne  soit 
en  aucune  manière  gêné  par  les  cas  de  la  langue  clas- 
sique. 

VII.  L'histoire  de  Victor  de  Vite.  —  L'ouvrage  prin- 
cipal de  Victor  de  Vite,  YHistoria  persecutionis  Vanda- 
licœ,  a  été  écrite  vers  l'année  489.  La  destination  de  cet 
écrit  virulent  nous  apprend  assez  quelle  langue  il  emploie, 
c'est  celle  de  la  foule,  et,  à  ce  titre,  YHistoria  peut  être 
classée  parmi  les  narrations  légendaires  de  la  décadence 
latine.  Ses  lecteurs  sont  ceux  qui  prennent  intérêt  aux 
miracula  et  aux  actes  des  martyrs  falsifiés  qui  com- 
mencent à  pulluler  en  Occident;  la  langue  classique  y 
est  totalement  étrangère,  au  moins  comme  préoccu- 
pation. 

Les  locutions  archaïques  que  nous  avons  relevées  dans 
les  sermons  de  saint  Augustin  reparaissent  sous  un 
aspect  plus  curieux  encore  dans  Victor  de  Vite;  on 
trouve  chez  celui-ci  la  confusion  des  genres  des  noms 
assez  peu  différente  de  ce  que  nous  trouvons  dans  les 
plus  anciens  documents  de  la  langue.  Tantôt  le  neutre 
est  employé  pour  le  masculin  :  cubilem  exsilii 15  ;  majo- 
rem  opprobrium16  ;  naturalem  officium11  ;senilem  ad- 
tereret  corpus1*;  tantôt  le  masculin  pour  le  neutre  : 
thesawrum  quod  invenerat  haberent  commwiem19; 
quoddam  ligni  truncum10;  tantôt  le  misculin  pour  le 
féminin:  intexti  radices2i.  Cette  confusion,  générale  au 
ive  siècle22,  remontait  à  l'époque  classique  qui  avait 
admis  des  substantifs  à  deux  genres  :  baculum  et  bacu- 
lus,  dies  prseclarus  et  prœclara;  peut-être  pour  quel- 
ques-uns d'entre  eux  n'était-ce  qu'une  survivance  de  leur 
dualité  dans  la  langue  populaire  qui  dut  les  conserver 
tels  quels.  Il  est  possible  que  certaines  confusions  des 
déclinaisons  et  du  genre  des  noms  se  soient  introduites 
dans  la  langue  par  suite  de  l'extension  arbitraire  de  cet 
usage  archaïque;  on  lit  dans  Victor  de  Vite:  in  Ellada 
pour  in  Ellade*3;  examina,  neutre  pluriel  de  la  troisième 
déclinaison,  devient  un  féminin  singulier  de  la  première 
déclinaison  examina,  se 2*  ;  ou  bien  encore  la  deuxième 


Non  sibi  fecit  qusestionem.  —  •  Serm.,  ccxxm,  2,  P.  L., 
t.  xxxvm,  col.  1093  :  Plana  est  vita  hxc  supplicis.  —  •  Serm., 
ccx,  5,  P.  L.,  t.  xxxvm,  col.  1050  :  Non  ebrpore  sed  spiritu; 
Serm.,  cxcvin,  3,  P.  L.,  t.  xxxvm,  col.  1026  :  Spiritus 
enim  seductoree  gaudet  seductis.  —  ••  Serm.,  clxxxvh,  3, 
P.  L.,  t.  xxxvm,  col.  1002.  —  «<  Serm.,  ccx,  2,  P.  L., 
t.  xxxvm,  col.  1049.  Sur  ce  point  cf.  Ad.  Régnier,  La  latinité  des 
sermons  de  saint  Augustin,  in-8\  Paris,  1886,  p.  21-24,  26  sq. 
Sur  toutes  ces  questions,  cf.  G.  Koffmane,  Geschichte  des  Kir- 
chenlateins,  in-8-,  lireslau,  1879,  t.  i,  passim.  —  '*  Enarratio 
in  ps.  cxxivut,  n.  20,  P.  L.,  t.  xxxvn,  col.  1796.  —  ,3  Ad.  Ré- 
gnier, loc.  cit.,  p.  41  sq.  Cf.  Sittl,  Lokale  Verschiedenheiten  der 
lateinisclien  Sprache,  in-8",  Erlangen,  1882.  —  "  Ad.  Régnier, 
loc.  cit.,  p.  50-53.  —  "Victor  de  Vite,  Hist.  persec.  Vatidal.,  1.  III, 
c.  xliv,  dans  Corp.  script,  lat.  eccles.,  in-8%  Vindobonae,  1881, 
t.  vu.  —  "Ibid.,  1.  I,  c.  xliv.  —  ^  Ibid.,  1.  II,  c.  xxxn.  — 
"  Ibid.,  1.  III,  c.  xliii.  —  <•  Ibid..  1.  I,  c.  xxxh.  -  «•  Ibid., 
1.  II,  c.  xxvii.  — ''Ibid.,  1.  I,  c.  xlvi.  —  "Aypell,  De  génère 
neutro  intereunte  in  lingua  lalina,  in-8*,  Erlangen,  1883, 
p.  79.  —  •»  Hist.  persecutionis  Vandalicse,  1.  I,  c.  li.  — 
-lIbid.,  1.  I,  c.  xjciu. 


763 


AFRIQUE   (LANGUES   PARLÉES   EN) 


764 


et  la  quatrième  déclinaison  sont  confondues.  Les  verbes 
présentent  la  même  particularité,  l'actif  et  le  passif  per- 
sistent dans  un  grand  nombre  de  cas;  formes  et  conju- 
gaisons subissent  toutes  les  violences.  On  lit  dans  Victor: 
sortirez,  lucraverunt2,  partiboz,  mentires^,  glo- 
riares,  lamentare6,  siccaverant  =  siccatse  fuerant1. 
Les  verbes  composés  sont  employés,  semble-t-il,  sans 
raison  particulière: 

enecare%  —  neutre, 
pervidere 9  =  videre, 
comprnniittere11*  =  promittere  ; 

par  contre: 

firmare  ' 4  =  confirmare, 
hgare12  =  colligare  =  alligare, 
carpere13  =  discerpere; 

les  prépositions  paraissent  prises  sans  discernement 
comme  si  elles  avaient  perdu  toute  valeur  : 

convenire1^  =  evenire, 
respicere  ' 5  =  suscipere, 
adurere1^  =  comburere, 
agnoscere11  —  cognoscere, 


aspirare  ' 


insptrare, 


conspicere1*  =  adspicere, 
adterere20  =  conlerere. 

De  telles  altérations  ne  s'exercent  pas  sur  une  langue 
sans  lui  faire  subir  une  transformation  plus  ou  moins 
radicale  dans  la  signification  des  mots.  Dans  le  désarroi 
où  jette  un  peuple  l'invasion  soudaine  de  son  territoire 
on  s'explique  que  les  écrivains  aient  surtout  la  préoc- 
cupation d'être  entendus  ;  plus  leurs  ouvrages  sont  ce 
qu'on  appelle  des  «  écrits  de  circonstance  »  plus  il  faut 
s'attendre  à  y  rencontrer  l'excès  d'un  mal  qu'ils  aggra- 
vent parla  préoccupation  où  ils  sont  de  donner  des  écrits 
qui,  en  demeurant  intelligibles  à  leurs  contemporains, 
établissent  ou  soutiennent  la  réputation  littéraire  de 
l'auteur;  d'où  une  aggravation  dont  le  départ  est 
impossible  à  faire,  mais  dont  il  faut  tenir  grand 
compte  néanmoins.  Toutes  les  circonstances  de  milieu 
influent  sur  cette  déformation  de  la  langue:  en  ce  temps 
d'invasions  et  de  tueries  de  peuple  à  peuple,  exercitus 
perd  son  vieux  sens  d'  «  armée  »  et  signifie  «  nation  »  ; 
c'est  bien  en  effet  la  «  nation  armée  »  des  V;undales  qui 
a  envahi  l'Afrique;  les  polémiques  théologiques  sur  la 
grâce,  la  chute  de  l'homme,  l'état  de  nature  ont  familia- 
risé le  récit  qui  ouvre  la  Genèse  et  en  appelant  le  démon, 
serpent,  anguis,  on  pourra  être  désormais  entendu  de 
tous.  Nous  ne  citerons  que  quelques  exemples  de  ces 
altérations  de  mots  et  de  ces  transmissions  de  sens  : 

aggcr  publicité-*  =  via  publica. 
argumenttwi 22  =  ars,  fraus. 
aula  venerabilis23  =  ecclesia. 
confusio2''  =  pudor. 
conlinenlia2""  =  «  le  contenu,  ». 
corona26  =  marlyrium. 
funus  27  =  cadaver. 
gralulatio  28  =  gaudium. 
passio29  =  niorbus. 
plebs30  =  laid. 


«  Victor  de  Vite,  Hist.  persec.  Vand.,  1.  I,  c.  xxxi.  —  «  lbid.. 
V  I,  c.  xxxvi.  —  3  lbid.,  1.  II,  c.  wxi.  —  ^  lbid.,  1.  Il,  c.  XXXVI, 

—  tlbid.,  1.  III,  c.  i.i.  —  elbid.,  1.  III,  c.  lxiv.  —  •  lbid.,  1.  III, 
c.  L,  lvi.  —  8  lbid.,  1.  I,  c.  ix.  —  »  lbid.,  1.  I,  c.  xxvn.  — 
••  lbid.,  1.  II,  c.  XLi.  —  »  lbid.,  1.  I,  c.  xxm.  —  •«  lbid,  1.  I, 
c.  xxxvn ;  1.  II,  c.  xiv.  —  ,s lbid.,  1.  I,  c.  xxwii.  —  «*  lbid., 
1.  I,  c.  XI.  —  "  lbid.,  1.  I,  c.  xi.ni.  —  <«  lbid.,  1.  II,  c.  xvi. 

—  «'  lbid.,  1.  II,  c.  xxxix,  XLi-xi.m.  —  <•  lbid.,  !.  II,  c.  i.xxvn. 

—  ••  Jbid.,  1.  m,  c.  xl.  —  "  Ibid.,\.  III,  c.  xliii.  —  »•  lbid., 
1.  II,  c.  xxxvi.  —  "lbid.,  1.  II,  c.  xlv.  —  "lbid.,  passim.  — 
"lbid.,  1.  II,  c.  Ll.  —  "lbid.,  1.  III,  c.  vu.  —  "lbid.,  I.  I, 
c.  l.  —  "lbid.,  1.  III,  c.  lvhi.  —  "lbid.,  1.  I,    c.  x\xv.  — 


promulgatio31  =  decretum. 
sacerdos :'2  =  episcopus. 
titulus  33  =  dignitas. 
accipere 34  =  intelligere. 
credere3'6  =  velle. 
cubitare36  =  concumbere. 
delegare 31  =  imperare. 
indicare39  =  narrare. 
prœsumere39  =  rapere. 
proponere''u  —jubere. 

Les  adjectifs,  les  pronoms,  les  conjonctions  sont  ainsi 
treités.  «  Toute  distinction  entre  Me,  hic  et  iste  a  dis- 
paru; le  pronom  ille  joue  absolument  en  quelques  pas- 
sages le  rôle  de  notre  article41.  »  La  syntaxe  de  Victor  de 
Vite  lui  appartient  d'une  manière  plus  personnelle  et  à  ce 
titre  ne  nous  intéresse  pas  au  même  degré  que  son  voca- 
bulaire; de  même  son  style  si  recherché  appartient  de 
droit  à  l'étude  de  l'humanisme  et  des  traditions  clas- 
siques dans  les  écoles  du  christianisme.  Voir  Écoles. 

«  Pour  me  résumer,  confusion  des  genres  des  noms  et 
des  formes  des  verbes,  changement  de  signification  des- 
mots, désarroi  dans  la  syntaxe,  ignorance  ou  abandon 
des  règles  les  plus  générales  de  l'accord  classique  : 
d'autre  part,  à  côté  de  ce  dédain  de  la  grammaire,  re- 
cherche de  l'effet  oratoire  ou  poétique,  par  l'abus  des 
abstractions,  des  synonymes,  des  métaphores,  des  tours 
et  des  termes  empruntés  à  la  poésie:  voilà  ce  que  l'on 
remarque  à  toutes  les  pages  du  livre  de  Victor  et  voilà  le 
latin  d'Afrique42.  » 

VIII.  Prosodie.  Allitération,  assonance,  rime.  — 
Les  Africains  pourraient  fournir  la  matière  d'une  longue 
étude  sur  l'allitéralion,  l'assonance  et  la  rime43.  Tertul- 
lien,  le  premier  en  date  parmi  les  auteurs  chrétiens 
apportequelquesformesnouvelles,si  lantesl  qu'on  puisse 
parler  ainsi  alors  que  tant  d'oeuvres  littéraires  plus  an- 
ciennes ne  nous  sont  pas  parvenues.  Nous  trouvons 
chez  lui:  victus  instructus,  carti  soli,  nuraculisoraculis, 
spectaculum  spiraculwn,  /Inclus  flains,  rillum  filum, 
nominis  hominis,  >  afin  urbem  orbem  destinée  à  une 
longue  fortune.  Son  œuvre  fourmille  d'exemples  eu  ce 
genre:  jluxih  f&Hli,captivusadoplivus,petulantem  adu- 
lantem,potioris  notions,  sonora  canora.  Ce  besoin  de  ca- 
dence réparait  dans  ses  traductions.  On  lit  dans  la  Ge- 
nèse (l,  2)  :  tolm  uâ-bohu,  dans  la  Vulgale:  maiiis  et 
cacua.  dans  Terlul  lien  :  invisibiliset  iucn>iipiisita^i .  Saint 
Cyprien  parle  une  langue  plus  châtiée  que  Tertollien  et 
montre  peu  de  goût  pour  ces  amusements  littéraires; 
on  trouve  chez  lui  des  assonances  telles  que  divilim,  de- 
licise,  mais  elles  ne  l'étaient  p:is  alors,  car' le/  disparais 
s, lit  dans  le  zézaiement,  on  prononçait  dwitiat,  comme 
zaboius,  zaconus  pour  chabolus,  diaconus;  Arnohe  ne 
parait  non  plus  faire  usage  de  ces  petits  artifices,  l'ai 
contre  saint  Augustin  en  fait  un  usage  constant:  fitSUra 
et  scissura  ;  forte  vel  sorte;  mm  poeta  sedproplieta.  Déjà 
Tertulli&n  avait  changé  ricins  cl  vestitus  mi  vu  lus  et 
instructus, saint  Augustin  améliore  et  dit  victus  ci  atm- 
ctus.  On  trouve  chet  lui:  astutus  et  acutus;  impudente* 
algue  imprudenter  ;  dura  el  dira  ;  concordions  consor- 
libus,  les  verbes  lui  fournissent  pareille  matière:  mta- 
rerenonheerere  ;  Umgit  atqueangil  ;  funditur  tunditur; 

"lbid.,  I.  III,  c.  xi.iv.  —  "Tbiti.,  1.  Il,  c.  mi.  —  "lbid., 
1.  III,  c.  Xlii.  —  31  lbid.,  t.  I,  c.  V,  x,  XVIII;  I.  II.  c.  vi.  — 
33  lbid.,  1.  III,  c.  xiii.  —  "lbid.,  I.  Il,  c.  i.xxvni.  »  lbid., 
1.  I,  c.  xxx.  —  M  lbid..  1.  I,  c.  nxxi.  -  «  lbid.,  1.  I.  c.  XXX\  n 
—  "lbid.,  1.  II,  c.  xlix.  —  M  lbid  .,  1.  III,  c.  vin.  —  *°  lbid., 
1.  lu.  c.  vu.  —  "  1.  Ferrère,  La  langue  et  le  style  dt  Victor 
de  Vite,  dans  la  Bévue  de  philologie,  1001,  p.  121.  —  *•  lbid.. 
p.  335.  —  *•  E.  Wolfflin,  Der  Reim  un  l.nleinisehen.  dan» 
Archiv  fur  lateinische  l.eodkograpliie,  1881,  t.  i,  p.  SOI  sq.  CI 
Hopf.  Allitération,  Assonunz,  Reim  in  der  Bibel,  in-8',  Er- 
langen,  1883,  p.  8  sq.  —  "Tertullieo,  De  baptismo,  c.  m,  P.  L., 
t.  i,  col.  1310. 


765 


AFRIQUE    (LANGUES   PARLÉES   EN) 


768 


sculpilur  scribitur;  legitur  agitur  :  cantatur  saltatur. 
C'est  surtout  dans  les  sermons  et  dans  les  lettres  qu'il 
a  prodigué  ces  jeux  d'esprit  *. 

Parfois  le  procédé  se  fait  plus  compliqué.  Voici 
d'abord  Tertullien: 

et  tune  prophetis  concionantibus 

et  nunc  lectionibus  resonantibus*; 

de  vicinorum  criminum  nexu 

de  propinquorum  scelerum  complexu3; 

non  ex  srminis  limo 

non  ex  concupiscentix  fimo  *  ; 

et  montium  scapulss  decurrendo 

et  fontium  venss  cavillando 8  ; 

canales  non  odoro 

cancellos  non  adoro*; 

Dans  une  autre  catégorie  d'exemples  on  peut  citer: 

nec  trâdi  magie  potuisset  quam  invâdi1 
non  quia  elephantus,  sed  quia  Phidias  tantus* 
tôt  pernicies  quot  et  species  ; 
toi  dolores  quot  et  colores9. 

Dans  ses  sermons  saint  Augustin  se  montre  plus 
accommodant  encore  que  Tertullien  sur  le  choix  de  ces 
fantaisies  littéraires  : 

frange  lunim  et  fac  fortunam  '•. 

nemo  est  donis  dei  beatus, 

qui  donanti  exstitit  ingratus  ". 

non,  ut  post  divortium  adultéra  revocetur, 

sed  ut  post  Christi  consortium  adultéra  non  vocetwr  ". 

mandatum,  non  dàtum,  sed  naturn'3. 

qui  ambulabat  iacet, 

qui  loquebatur  lacet  '*. 

Tout  cela  sent  l'exercice  et  on  pourrait  en  dire  à  juste 
titre,  que  de  semblables  ouvrages  révèlent  plutôt  la 
subtilité  de  l'esprit  que  la  protondeur,  verborum  certa- 
mini,  nonrerum  examini. 

Cette  préoccupation  soutenue  de  l'assonance  et  les 
timides  essais  de  rime  sur  une  poésie  qui  y  répugnait 
nous  appai-iissont  avec  plus  d'évidence  en  Afrique  à 
raison  de  l'abondance  et  de  la  conservation  exception- 
nelle de  sa  littérature,  il  e»t  utile  néanmoins  d'en  re- 
cueillir le  témoignage.  On  prend  ainsi  sur  le  vif  un  des 
agents  principaux  de  l'évolution  littéraire  amenée  et 
hâtée  par  le  christianisme,  et  c'est  à  tort  que  l'on  né- 
glige l'action  profonde  exercée  par  les  habitudes  du 
culte  à  ces  origines  de  la  religion  nouvelle.  Les  fidèles 
participaient  à  la  célébration  de  ce  culte  par  leur  pré- 
sence, par  la  communion  et  par  le  chant.  Un  répertoire 
leur  était  imposé,  ils  avaient,  comme  dans  la  tragédie 
antique,  une  fonction  chorale  à  remplir.  La  célèbre 
lettre  de  Pline  le  laisse  entrevoir;  voilà  pourquoi  en 
même  temps  que  l'unité  essentielle  des  rites  s'impo- 
saient des  variantes  locales  et  régionales  suivant  que  ce 
peuple  prenait  part  à  l'oflice  célébré  en  l'honneur  d'un 
patron,  d'un  martyr,  d'une  nécessité  quelconque  d'ori- 
gine locale  ou  régionale.  Heydler  l'a  parfaitement  re- 
connu en  disant  que  le  chant  d'Église  est  en  même 
temps   le  chant  du  peuple  :  Das  kirchenlied  isl  auch 

'  E.  Wôllflin,  loc.  cit.,  p.  363;  Die  meisten  Beispiele  fallen 
auf  die  Predigten  und  Briefe.  —  *  Tertullien,  Apolog.,  c.  xxn, 
P.  L.,  t.  i,  col.  467.  —  *ld.,  De  pudicitia,  c.  v.  P.  L.,  t.  h, 
col.  1040.  —  *  Ibid.,  c.  vi,  P.  L.,  t.  Il,  col.  1043.  —  "  Id.,  De  pallio, 
c.  h,  P.  L.,  t.  il,  col.  1088.  —  °  Ibid.,  c.  v,  P.  L.,  t.  h,  col.  1102. 

—  7Id.,  Adv.  Marcionem,  1.  IV,  n.  XL,  P.  L.,  t.  n,  col.  491. 

—  «Id..  De  resurr.  carnis,  c.  v,  P.  L.,  t.  h,  col.  849.  —  9Id., 
Scorpiace,  c.  i,  P.  L.,  t.  n,  col.  143.  —  ,0S.  Augustin,  De  dis- 
cipl.  christ.,  1.  VIII,  P.  L.,  t.  XL,  col.  674.  —  «  Id.,  De  bono  vi- 
duitatis,  c.  xvi,  P.  L.,  t.  xl,  col.  443.  —  "Id.,  De  conjug.  adult., 
1.  II,  c.  ix,  P.  L.,  t.  xl,  col.  476.  —  >3  S.  Augustin,  Sertn.,  cxl, 
6,  P.  L.,  t.  xxxvm,  col.  775.  —  "  Sermon.,  clxxih,  3,  P.  L., 
t.  xxxviii,  col.  939.  —  "Heydler,  Ueber  das  Wesen  und  die 
Anfdnge  der  christlichen  Kirchenlieder,  p.  4.  Cf.  Edélestand 
du  Méril,  Poésies  populaires,  in-8%  Paris,  1843,  p.  23,  note  1. — 
'•  Renan,  Marc  Auréte.  in-8%  Paris,  1883,  p.  439,  note  2;  p.  445, 
note  3;  Rubens  Duval,   La  littérature  syriaque,  in-12,   Paris. 


Volkslied  15.  Cette  compénétration  des  refrains  popu- 
laires et  du  chant  ecclésiastique  a  une  grande  impor- 
tance dans  l'histoire  des  origines  de  la  plupart  des 
Églises.  C'est  par  le  chant  que  l'on  venait  à  bout  d'intro- 
duire certaines  vérités  parmi  les  fidèles,  on  peut  s'en 
convaincre  en  voyant  Bardesanes,  saint  Éphrem  ,6,  Paul 
de  Samosate17  altérer  les  chants  d'église  ou  en  compo- 
ser de  nouveaux  afin  d'amener  le  peuple  à  leur  doc- 
trine; peut-être  Arius  fit-il  de  même  18,  le  psaume  com- 
posé par  saint  Augustin  contra  partem  Donati  n'avait 
pas  d'autre  but 13. 

On  sait  le  goût  prononcé  de  saint  Augustin  pour  le» 
jeux  de  mots 20,  il  faut  rappeler  les  jeux  de  sons  qui  ne 
lui  plaisaient  pas  moins,  «  effets  d'harmonies  cherchés 
soit  dans  la  répétition  du  même  mot,  soit  dans  l'asso- 
nance, l'allitération  ou  la  rime,  soit  dans  une  certaine 
similitude  de  plusieurs  membres  de  phrases  •*.  »  En  voici 
quelques  exemples  :  Audisti,  agnovisti,  didicisti,  te- 
nuisti,  fecisti  -2.  Dignatus  est  illum  virum  vocare  erran- 
tem,  mundare  sordentem,  formate  credentem,  docere 
obedientem,  regere  docentem,  adjuvare  pugnanlem, 
coronare  vincentem  '23.  Invalidus  infantilibus  membrit, 
involutus  infantilibus  pannis  24.  Voici  un  exemple  digne 
d'attention  parce  qu'il  nous  montre  sur  le  vif  le  rhéteur 
au  fait  des  délicatesses  de  la  langue  et  des  finesses  de 
métier  :  Vigilat  iste,  mentibus  piis  fervens  et  luces- 
cens  ;  vigilat  Me,  dentibus  suis  frendens  et  tabescens  25. 
Nous  avons  ici  deux  phrases  comptant  même  nombre 
de  syllabes,  même  nombre  de  mots  égaux  deux  à  deux 
en  longueur,  rime  de  ckaque  mot  avec  son  correspon- 
dant, quantité  pareille  : 

Vïgïlât  ïstë  mêntïbûs  pïîs  fêrvëns  et  lûcêscêns, 
Vïgïlàt  ïllë  dëntïbûs  suis  frêndëm  et  lâbèscëns. 

Sans  doute  ce  n'était  là  rien  de  très  nouveau,  Lucilius, 
Plaute,  Térence,  Ennius,  Lucrèce  et  Cicéron  et  Tite-Live 
eux-mêmes  s'étaient  distraits  à  de  pareils  jeux  de  sons*6. 
Malheureusement  ce  genre  de  licence  est  sans  consé- 
quence aux  beaux  jours  d'une  littérature,  il  est  perni- 
cieux à  son  déclin  et  précipite  la  décadence.  Commo- 
dien,  dont  le  guasi-versus  paraissait  tout  permettre,  a 
écrit  tel  acrostiche  dont  tous  les  vers  finissent  par  la 
même  lettre.  La  dernière  pièce  des  Instructiones  se 
compose  de  vingt-six  vers  uniformément  terminés  par 
la  voyelle  o.  La  pièce  il,  8,  intitulée  Pmnitentibus,  ait 
compose  de  treize  vers  terminés  par  un  e21. 

Psenitens  es  factus  :  noctibus  diebusque  precare, 
Attamen  a  matre  noli  discedere  longe, 
Et  tibi  misericors  poterit  Altissimus  esse, 
Non  fiet  in  vacuum  confusio  culpse  proinde, 
In  reatu  tuo  sorde  manifesta  deflere, 
Tu  si  vulnus  habes  altum,  medicumque  requirs, 
Et  tamen  in  pesnis  poteris  tua  damna  lenire. 
Namque  fatebor  enim  unum  me  ex  vobis  adess* 
Terroremque  item  quondam  sensisse  ruinse. 
Idcirco  commoneo  vulneratos  cautius  ire, 
Barbam  [atque]  comam  fœdare  in  pulvere  terrm 
Volutarique  saccis  etpetere  summo  de  Rege, 
Subvenire  tibi,  ne  pereas  forte  de  plèbe  *». 

1899,  p.  246.  —  «  Eusèbe,  Hist.  eccl.,  1.  VII,  c.  xxx,  P.  L.,  L  XX, 

col.  713.  —  "Socrates,  Hist.  eccl.,  1.  VI,  c.  vm;  Sozomène,  Mit. 
eccl.,  1.  VIII,  c.  vm,  P.  G.,  t.  lxvii,  col.  689,  1536.  —  "P.  L., 
t.  xliii,  col.  23  sq.  —  ,0  Ad.  Régnier,  De  la  latinité  des  sermons 
de  saint  Augustin,  in-8%  Paris,  1886.  p.  115-118.  —  »  Ibid., 
p.  121.  —  "  Serm.,  clxiv,  6,  P.  L.,  t.  xxxvui,  col.  898.  — 
**Serm.,  cccxn,  6,  P.  L.,  t.  xxxvm,  col.  1422.  —  "Sertit*, 
ce,  1,  P.  L.,  t.  xxxvm,  col.  1029.  —  nSerm.,  ccxnc,  P.  L., 
t.  xxxvm,  col.  1088.  —  ••  E.  Wolflin,  Ueber  die  allitterisrenden 
Verbindungen  der  lateinischen  Sprache,  dans  Sitzungsberichte 
der  philos. -philol.  und  hist.  Klasse  der  k.  bayer.  Akad.  d. 
Wis.,  1881,  t.  n,  p.  1  sq.  —  «'E.  Wolfftin,  Der  Reim  im  latei- 
nischen, dans  Archiv  fur  lateinische  Lexikographie,  1884, 
p.  350  sq.;  L.  Havet,  Une  correction  au  texte  de  Commodien, 
dans  la  Revue  de  philologie,  1887,  t.  xi,  p.  45,  note  i. —  *•  Com- 
modien, dans  Instructiones,  1.  H,  c.  vm;  Dombart,  Corp.  script, 
eccl.  latin.,  in-8%  Vindobonse,  1887,  p.  66  sq. 


7G7 


AFRIQUE    (LANGUES   PARLÉES  EN) 


7G8 


Cette  fantaisie,  introduisant  la  rime  dans  une  poésie 
où  elle  n'avait  que  faire,  ne  laissa  pas  de  jouir  du  succès 
et  saint  Augustin  s'y  astreignit  : 

Omnes  qui  gaudetis  de  pace,  modo  verum  judicate, 
Abundantia  peccatorum  solet  fratres  conturbare  : 
Propter  hoc  Dominus  noster  voluit  nos  prxmonere, 
Comparans  regnum  cloxrum  reticulo  misso  in  mare, 
Congreganti  multos  pièces,  omne  gémis,  hinc  et  inde. 
Quos  curn  trahissent  ad  liltus,  tune  cœperunt  separare  : 
Bonos  in  vasa  miserunt;  reliquos  malos,  in  mare  '. 

Ce  chant  que  l'évèque  d'Hippone  avait  fait  par  strophes 
suivant  l'ordre  des  lettres  de  l'alphabet  de  A  à  "V  était 
destiné  à  être  répété  par  les  fidèles2,  dont  l'acrostiche 
aiderait  la  mémoire;  seul  le  refrain  :  Omnes,  etc.,  était 
excepté  de  l'acrostiche.  «  Ces  poèmes  alphabétiques,  dit 
très  justement  Edélestand  du  Méril 3,  étaient  probable- 
ment imités  de  l'hébreu4.  La  chanson  de  saint  Augus- 
tin prouve  d'ailleurs  que  cette  forme  était  déjà  popu- 
laire à  la  fin  du  ive  siècle,  et  une  prédilection  aussi 
étrangère  à  l'esprit  de  la  langue  latine  et  à  toutes  les 
habitudes  littéraires  n'aurait  pu  s'établir  sans  l'inlluence 
que  le  rythme  des  psaumes  devait  naturellement  exercer 
sur  l'esprit  des  premiers  chrétiens.  Cette  forme  se  re- 
trouve chez  tous  les  peuples  de  la  chrétienté,  et  à  des 
époques  si  dilférentes,  qu'on  ne  peut  l'attribuer  à  des 
caprices  individuels,  ni  à  des  influences  passagères.  » 
Tous  les  vers  de  ce  psaume  ont  seize  syllabes  divisées 
en  deux  hémistiches  égaux;  l'i  et  Vu  suivis  d'une 
voyelle  sont  considérés  tantôt  comme  voyelles,  tantôt 
comme  consonnes  suivant  les  exigences  du  rythme  ; 
l'élision  a  toujours  lieu,  à  moins  que  les  deux  voyelles 
soient  séparées  par  la  pause  de  l'acrostiche.  Tous  les 
couplets  ont  seize  stiques,  excepté  les  3«,4«  et  6e  couplets 
qui  n'ont  que  dix  stiques. 

L'introduction  de  la  rime  dans  l'hymnog/aphie  chré- 
tienne parait  donc  pouvoir  être  attribuée  aux  écrivains 
africains.  Sans  doute  ils  ne  l'inventèrent  pas.  Dans  les 
vers  d'Ennius  les  rimes  ne  sont  pas  rares  5  et  on  trouve 
dans  Ovide  6  et  Lucain  "  quelques  consonnes  finales.  On 
a  compté  que  sur  12  914  vers  de  Virgile  il  y  en  avait  924 
qui  étaient  léonins.  «  Probablement,  comme  la  rime  ne 
portait  pas  sur  une  syllabe  accentuée,  elle  passait  presque 
inaperçue,  mais  l'autorité  des  meilleurs  critiques  oblige 
d'y  voir  au  moins  des  négligences,  excepté  dans  les  vers 
pentamètres,  où  elle  rendait  la  césure  plus  sensible  8.  » 
On  ne  peut  séparer  l'histoire  de  cette  décadence  poétique 
de  l'histoire  de  la  musique,  l'emploi  systématique  de  la 
rime  paraissant  coïncider  avec  l'affaiblissement  du 
rythme  lorsque  précisément  l'intervention  croissante  de 
la  musique9  dans  la  célébration  du  culte  exigeait  qu'il 
fût  plus  fortement  marqué.  L'acrostiche  monorime  de 
Commodien  est  en  quelque  sorte  dépareillé  dans  le  long 
poème  dont  il  fait  partie,  il  n'y  joue  qu'un  rôle  acces- 

*  S.  Augustin,  Psalmus  contra  partent  Donati,  P.  L., 
t.  xi.tu,  col.  23  sq.  ;  W.  Meyer,  Ueber  den  Ursprung  der  latei- 
nischen  und  griechischen  rhytlumschen  Poésie,  dans  Abhandl. 
der  philos. -philol.  Classe  der  bayer.  Akad.  d.  Wiss.,  t.  xvn, 
1"  partie.  —  *S.  Augustin,  Retractationes,  i.  î,  c.  XX,  P.  L., 
t.  xxxti,  col.  617.  Volens  etiam,  dit-il,  causam  donatistarum 
ad  ipsiics  humillimi  vulgi  et  omnino  imperitorum  atque  idio- 
tarum  notifiant  pervenire  et  eorum  quantum  fleri  posset  per 
nos  inhxrere  mémorise  psalmum  qui  eis  cantaretur  per 
latinas  Hueras  feci,  sed  usque  ad  v  litteram.  Taies  aulemabe- 
cedarios  appellant.  —  P.teseos  popularis  ante  sxculum  duo- 
decimutn  latine  decantatx  reliquias  sedulo  collegit,  e  manu- 
scriptis  exaravit  et  in  corpus  primum  digessit  Edélestand  du 
Méril;  Poésies  populaires  latines  antérieures  au  xn'  siècle, 
in-8",  Paris,  1843,  p.  121,  note.  —  »K.  du  Méril,  Essai  philoso- 
phique sur  la  versification,  in-8\  Paris,  1841,  p.  51,  note  4; 
Alvar  de  Cordoue,  Indiculus  luminosus,  dans  Flores,  Espana 
sagrada,  in-4%  Madrid,  1754-1879,  t.  xi,  p.  274;  F.  Koster,  Die 
Pialmen  nach  ihrer  strophischer  Anordnung,  in-8*,  Kônigsberg, 
1837,  p.  xxm;  Beda  le  dit  même  en  termes  positifs,  Hist.  eccl., 
1.  IV,  c.  x.\,  P.  L.,  t.  xcv,  col.  204.  —  "Ennius,  Opéra,  édit. 
Hessel,  p.   237-238.    —  «Ovide,    Mttamorph.,  i.   VI,    v.  639; 


soire,  mais  enfin  la  rime  est  introduite.  Tandis  qu'elle 
se  fait  adopter  en  Gaule,  à  Milan,  à  Rome,  elle  se  main- 
tient en  Afrique  comme  nous  le  voyons  dans  les  poèmes 
attribués  à  Tertullien  et  qui  paraissent  des  compositions 
africaines  du  ive  siècle  lù  : 

Quis  mihi  ruricolas  aptabit  carminé  Musas, 
Et  verni  (s?)  roseas  titulabit  fiuribus  auras, 
JEstivxque  graves  maturet  messis  aristas? 
Quis  dabit  et  tumidas  aulumni  vitibus  uvnsT 
Quisve  hiemi  placidas  semper  lau-labit  olivas 
Recludetque  ipsis  renovatas  fontibus  undas? 

Ce  serait  toutefois  se  faire  une  idée  inexacte  de  con- 
sidérer exclusivement  les  poètes  chrétiens  pour  se  faire 
une  idée  de  la  poétique  en  Afrique.  La  compénétration 
des  deux  sociétés,  païenne  et  chrétienne,  était  si  étroite 
qu'il  y  a  lieu  de  rappeler  au  moins  les  contemporains 
de  Commodien  et  de  Verecundus  dont  nous  allons  par- 
ler. A  la  fin  du  me  siècle  vivait  le  métricien  Terentianus, 
originaire  de  la  Maurétanie  et  auteur  d'un  traité  inti- 
tulé :  De  litteris,  syllabis,  metris,  remarquable  par  la 
facilité  avec  laquelle  Terentianus  manie  les  mètres  les 
plus  divers,  glyconiques,  sotadéens,  tétramètres,  tro- 
chaïques,  hexamètres  dactyliques  H. 

IX.  Commodien  et  Verecundus.  —  Parmi  les  écrivains 
chrétiens  d'Afrique  on  rencontre  deux  poètes  populaires 
dont  les  rimes  ont  provoqué  de  nos  jours  des  éludes 
approfondies  dans  l'espoir  d'y  trouver  des  lumières  sur 
la  phonétique  et  la  rythmique  des  langues  néo-latines. 
La  versification  classique  des  Latins  ne  reproduisait  pas 
exactement  celle  des  Grecs,  ses  représentants  les  plus 
distingués  se  trouvent  à  mi-chemin  entre  l'antique  ver- 
sification grecque  fondée  sur  la  quantité  et  la  métrique 
latine  à  qui  l'accent  sert  de  pivot12.  Cette  tendance  ryth- 
mique s'affirme  dès  le  il*  siècle  et  au  siècle  suivant,  «  on 
trouve  nombre  de  vers  qui  sont  considérés  comme  mé- 
triques et  dans  lesquels  pourtant  la  quantité  classique  est 
régulièrement  violée13.  »  Chez  Commodien  la  facture  de 
l'hexamètre  semble  parfois  tenir  du  hasard,  ce  n'est 
qu'à  l'instant  de  fermer  le  vers  que  l'écrivain  se  rap- 
pelle l'exigeance  du  rythme;  mais  l'étude  de  ses  écrits 
témoigne  d'une  réelle  préoccupation  poétique,  tout  au 
moins  du  dessein  arrêté  de  mettre  ses  vers  sur  des  pieds 
bien  déterminés. 

Une  étude  attentive  des  poèmes  de  Commodien  montre 
qui  l'écrivain  reproduit,  aux  derniers  pieds  de  ses  \n<.  la 
distribution  classique  des  mots  et  des  accents,  sans 
s'occuper  de  la  quantité,  toutefois  il  ne  remplace  pas 
une  brève  classique  par  une  tonique  longue.  Les  premiers 
vers  des  Instructiones  nous  le  font  voir  préoccupé 
d'imiter  la  disposition  des  syllabes  et  des  accents  dans 
le  vers  classique  : 

Prima  prxfàlio  nôstra  viâm  errânti  demônstrat", 
Réspectùmque  bonwn,  cum  vénerit  sdecuti  meta, 

1.  VIII,  v.  441;  1.  XIV,  v.  411;  1.  XV.  v.  160.  —  'Lucain, 
Pharsalia,  1.  V,  v.  442  sq.,  639-640,  660-661.  —  «  Edélestand 
du  Méril,  Poésies  populaires,  i'n-8',  1843,  p.  81,  note  1.  — 
u  S.  Augustin,  Confess.,  1.  X,  c.  XXXIII,  P.  L.,  t.  xxxn, 
col.  799  sq.  —  <°P.  L.,  t.  Il,  col.  1107  sq.  Cf.  A.  Harnark, 
Geschichte  der  aitchristlichen  Littcratur,  in-8*,  Leipzig,  1893, 
t.  i,  p.  675.  —  "  W.  S.  TeufTel,  Hist.  de  la  littérature  ro- 
moine,  trad.  Bonnard-Pierson,  in-8-,  Paris,  1883,  t.  m,  p.  107. 
—  1SL.  Vernier,  Élude  sur  la  versification  populaire  des  Ro- 
mains de  l'époque  classique,  in-8',  Besançon,  1889.  —  "L.  Ver- 
nier, La  versification  latine  populaire  en  Afrique:  Commodien 
et  Verecundus,  dans  la  Revue  de  philologie,  1891,  t.  xv,  p.  14, 
117-130.  Cf.  Hanssen,  De  arte  metrioa  Commudiani,  dans 
Rheinisches  Muséum,  t.  xxxvm,  p.  222;  w.  Meyer,  Anfang 
und  Ursprung  der  lateinischen  und  griechischen  n/thmischen 
Dichtung,  dans  Abhandlung.  der  bayer.  Akadcmie,  1885, 
p.  24sq.;G.  Boissier,  Commodien,  dans  les  Mélanges  Renier,  in-8\ 
Paris,  1887,  p.  51  sq.  ;  L'Afrique  romains,  in-12,  Paris.  1901. 
p.  302.  —  ''Commodien,  Instruct.,  1.  I,  prsf.,  v.  1  sq.,  dans 
Corp.  script,  eccl.  latin.,  in-8",  Vindobona»,  1887,  t.  xv,  p,  5.  ivm- 
bart  omet  le  mot  prima  qui  est  donné  par  le  mis.  de  Cheltenhmn. 
n.  i 895,  et  par  Lndwig. 


769 


AFRIQUE   (LANGUES   PARLÉES   EN) 


no 


AêtertMm  fleri,  quod  discrédunt  inscia  corda. 

Égo  similitér  errâvi  témpore  mûlto 

Fana  proséquendà,  paréntibus  insciis  ipsis. 

Cette  pratique  sou;Tre  des  exceptions  dans  Commodien, 
aussi,  on  se  demande  si,  pour  lui,  un  mot  donné  avait 
bien  le  nombre  de  syllabes  qui  nous  est  indiqué  par 
l'écriture  et  s'il  portait  l'accent  à  la  place  même  où  le 
mettent  les  grammairiens.  Ajoutons  que  Commodien 
n'est  pas  seul  dans  son  cas.  Les  écrivains  ses  contem- 
porains qui  employèrent  la  forme  métrique  nous 
montrent,  trop  fréquemment  pour  qu'elles  ne  soient 
pas  leur  fait,  des  fautes  de  quantité  qui  ne  peuvent  et, 
selon  nous,  qui  ne  doivent  s'expliquer  que  par  les 
usages  de  leur  temps,  par  la  prononciation  usuelle. 

C'était  à  cette  époque  une  habitude  tolérée  d'ôter  un 
temps  à  la  syllabe  voisine  de  la  tonique.  Était-elle 
longue,  on  l'abrégeait;  était-elle  brève,  elle  cessait  de 
compter  comme  syllabe,  le  mot  se  trouvait  ainsi  réduit 
de  la  valeur  d'une  brève  ou  d'un  temps.  En  voici  des 
exemples  : 

Après  la  tonique,  disparition  d'une  longue  dans  un 
vers  : 

Festinavitque  diês  obdùcere  sidéra  noctis* 

Avant  la  tonique  : 

quem  régio  nûlla  capiébat* 

et  encore  : 

Inimicis  etiâm  qui  jubét  alimenta  prœbére3 

il  y  a  même  suppression  d'une'  longue  dans  le  vers  : 

Majestatémque  canûnt  et  se  sub  figura  fatigant* 

On  trouve  de  même  chez  un  compatriote,  Vere- 
cundus  : 

Cognitor  antiquus  certa  majestate  dierum* 

La  langue  populaire  admettait  aussi  le  changement 
d'accent,  ce  qui  permettait  de  réduire  les  mots  d'un 
temps;  ainsi  on  accentuait  vâlidius  à  cause  de  vàlidus 
et  on  en  venait  à  prononcer  vùldius  en  supprimant  la 
brève  devenue  voisine  de  l'accent,  de  même  on  disait 
surpite  pour  sùrripite,  de  même  enfin  on  pourrait 
scander  ce  vers  : 

Et  Samariàm  caperét,  verbiim  priusquâm  loquerétur6 

en  élidant  i,  ou  bien  en  tenant  iam  pour  une  seule 
syllabe. 

Chez  "Verecundus  nous  voyons  le  changement  d'accent 
coïncider  avec  l'abréviation  d'une  longue  : 

Oceani  magni  cumulos  superavëre  fluctus 
Telluremque  simul  tenebrosus  consùmit  ardor  ' 

et  dans  les  mots  d'origine  étrangère  l'abréviation  de  la 
pénultième  est  de  règle,  c'est  donc  parfaitement  régulier 
à  Commodien  d'écrire  ces  fins  de  vers  : 


prâebere  laudes*; 
aûgere  quâerunt9; 
de  radiée  Jésse  ">; 
per  prôphetam  Ain  os"; 


'  Commodien,  Carmen  apologet.,  vs.  418  (422,  édit.  de  Dom- 
bart) ;  le  ms.  de  Cheltenharn,  n.  12261,  porte  la  leçon  inducere, 
cependant  obdùcere  est  reçu  par  Pitra,  Spicil.  Solesm.,  in-4°,  Pa- 
risiis,  1852,  t.  I,  p.  33  ;  par  H.  Rœnsch,  dans  Zeitschrift  fur  die 
historische  Theolog.,  1872,  p.  163  sq.,  et  par  E.  Ludwig,  Corn- 
mod.  opéra,  in-8",  Lipsiœ,  1877,  vs.  418.  —  2  Commodien,  Carmen 
apologet.,  vs.  120.  Dombart  a  la  leçon  :  capebat.  —  3  Instr.  II, 
§  20,  vs.  14.  —  *  Instr.  I,  §  17,  vs.  5.  —  »  Verecundus,  De  satis- 
factione  pœnitentiœ,  vs.  197,  dans  Pitra,  Spic.  Solesm.,  in-V. 
Parisiis,  1858,  t.  IV,  p.  143.  —  "  Carmen  apologet.,  vs.  410,  p.  141, 
—  'Verecundus,  loc.  cit.,  vs.  58, 154,  dans  Pitra,  loc.  cit.,  t.  iv? 
p.  139,  142.  —  s  Commod.,  Carm.  apolog.,  vs.  37,  p.  118.  — 
»Ibid.,  vs.  607,  p.  154.  —  ,0  Ibid.,  vis.  291,  p.  134.  —  "  Ibid., 
vs.  423,  p.  142.  —  •*  Vernier,  loc.  cit.,  p.  14  sq.,  117  sq.  — 
13  Commod.,  Instr.,  I,  §  38,  vs.  2.  —  '*  Commod.,  Instr.,  II, 
§7,  vs.  11.  —  <5  Verecundus,  Exhortatio  pœnitendi,  vs.  42, 

DICT.    D'ARCII.   CHRKT. 


Toute  l'œuvre  poétique  de  Commodien  a  été  étudiée 
avec  cette  érudite  patience  12  que  nous  ne  pouvons 
imiter,  vu  l'espace  dont  nous  disposons.  Le  rapproche- 
ment établi  entre  les  écrits  de  Commodien  et  les  inscri- 
ptions est  fort  instructif.  Nous  savons  que  l'accentuation 
triginla  était  une  faute  vulgaire  ;  c'était  l'habitude  de 
glisser  faiblement  sur  Vn  qui  l'avait  introduite  ;  Com- 
modien et  les  inscriptions  l'omettent  et  ce  n'est  pas  une 
simple  fantaisie  de  leur  part,  mais  le  résultat  d'altéra- 
tions que  les  grammairiens  n'ont  pas  notées  à  mesure 
qu'elles  se  produisaient.  Venu  à  l'heure  où  la  langue 
latine,  par  suite  des  apports  trop  considérables  et  des 
fréquents  néologismes  que  lui  imposaient  des  popula- 
tions nouvellement  réunies  à  l'empire,  subissait  une 
sorte  de  fermentation,  Commodien  hésite,  retouche  sa 
langue,  ses  vers  changent  plusieurs  fois  de  conjugaison 
et  par  suite  de  quantité;  or  le  grammairien  Probus  en- 
seigne, et  les  poètes  chrétiens  prouvent  son  dire,  que  l'i 
pénultième  s'allonge  dans  la  langue  populaire,  dans  les 
formes  erimus,  erilis.  Nous  voyons  donc  Commodien  et 
Verecundus  écrire  : 


exherédes  eritis  13  ; 
peccâre  nolite  '*; 
vivéndo  displicet'*. 


Les  Jnstructiones  de  Commodien  paraissent  être  de 
l'année  238,  le  Carmen  apologelicum  leur  serait  pos- 
térieur de  dix  ou  douze  ans  et  la  langue  est  identique 
dans  ces  deux  poèmes10,  cependant  le  Carmen  apologe- 
ticuni  dénote  quelque  progrès  dans  la  versification,  en 
ce  sens  qu'on  y  rencontre  un  nombre  relativement  plus 
grand  d'hexamètres  corrects.  Commodien  est  le  principal 
représentant  en  Afrique  d'un  genre  prosodique  que 
Gennadius  qualifie  en  ces  termes  :  scripsit  mediocri 
semnone  quasi  versu  librum  adversus  paganos  il.  Les 
quasi  versus  furent  souvent  employés  par  les  rimeurs 
africains  et  nous  en  trouvons  un  exemple  assez  inat- 
tendu dans  une  lettre  écrite  pai  les  martyrs  de  Carthage, 
Lucius  et  Montan,  mis  à  mort  sous  Valérien  en  259  ou 
260.  Voici  le  texte  de  leur  lettre  :  Si  nos  invitant  Justin 
promissa  prœmia,  si  terret  injuslis  psena  praidicta,  si 
cum  Christo  esse  et  regnare  cupimus,  qum  ad  Chrislum 
et  ad  regnum  ducant  illa  faciamus  1S. 

On  peut  ramener  sans  violence  cette  phrase  aux 
quatre  hexamètres  suivants  : 

Si  nos  invitant  promissa  pnemia  justis, 
Si  terret  injustis  pœna  prœdicta  (gehennœ), 
Si  cum  Ctiristo  esse  et  (semper)  regnare  cupimus, 
Quae  ad  Christum  et  regnum  ducant,  illa  faciamus  ". 
• 
Le  quasi  versus  n'était  pas,  ainsi  qu'on  l'a  pensé,  une 
spécialité  littéraire  de  l'Afrique.  On  le  trouve  dans  plu- 
sieurs inscriptions  romaines  du  Ier  et  du  IIe  siècle20,  et 
même  dans  deux  inscriptions  chrétiennes  du  cimelière 
de  Calliste21.  Le  quasi  versus  est  difficilement  réductible 
à  un  système  prosodique,  ce  qui  se  comprend  sans  peine 
puisque   ceux   qui   l'employaient  ignoraient  les   règles 
classiques  pour  la  plupart;  si,  parfois,  on  rencontre  des 

dans  Pitra,  loc.  cit.,  p.  133.  Cet  ouvrage  parait  être  de  date 
plus  récente.  Cf.  G.  Meyer,  dans  Abhandlungen  der  le.  bayer. 
Akacl.  der  Wiss.,  Mùnchen,  1885,  t.  XVK,  part.  2,  p.  4:31  sq.  — 
>«W.  S.  Teuffel,  loc.  cit.,  t.  m,  p.  87,  S  1  ;  Pitra,  loc.  cit..  t.  i, 
prœf.,  p.  xvm,  §  26;  A.  Ebert,  dans  Abhandlungen  der  philol.- 
histor.  Classe  der  sâchs.  Gesellsch.  der  Wissensch.,  t.  v, 
p.  414,  419  ;  B.  Dombart,  dans  Corp.  script,  eccl.  lutin.,  t.  xv, 
praef.,  p.  m.  —  17  Gennadius,  De  script,  eccl-,  c.  xv,  édit.  E.  Cu- 
shing  Richardon,  in-8%  Leipzig,  1896,  p.  67.  —  ls  Passio  SS.  Lucii 
et  Montani,  11,  dans  Ruinart,  Acta  sincera,  in-4",  Parisiis, 
1689.  p.  237.  —  '"DeRossi,  Inscr.  christ,  urb.  Romœ,  in-fol.,  Ro- 
mas,  1888,  t.  n,  procem.,  p.  xxxn.  —  *°  G.  Henzen,  dans  Bull.  delV 
Istit-,  1863,  p.  9,  et  Corp.  inscr.  Int.,  t.  iv,  n.  17130  ;  Lanciani, 
dans  Bull.  arch.  comm.,  1880,  p.  140,  et  Ephcm.  epigr.,  t.  iv, 
p.  346,  n.  946.  —  2I  De  Rossi,  Inscr.  christ,  urb.  Romse,  t.  i, 
prxf.,  p.  cxv,  et  Roma  sotterranea,  t.  m,  p.  45- 18,  556. 


1. 


25 


771 


AFRIQUE   (LANGUES   PARLEES    EN 


772 


vers  métriques  mélangés  aux  vers  rythmiques1,  il  ne 
faut  pas  se  hâter  d'en  faire  honneur  aux  versificateurs 
populaires,  car  les  carmina  de  ce  temps  offrent  presque 
tous  le  témoignage  de  réminiscences  introduites  presque 
sans  modification  dans  le  poème.  Commodien  a  particu- 
lièrement fait  usage  de  cet  artifice  littéraire.  En  ce  qui 
concerne  l'Écriture  sainte  il  parait  s'être  contenté  de  la 
citer  d'après  les  Teslimonia  de  saint  Cyprien  2  ;  il  a  uti- 
lisé également  les  autres  écrits  de  saint  Cyprien3,  ceux 
de  Tertullien  et  de  Minucius  '*,  d'Hermas  5  et  de 
Théophile6;  mais  c'est  surtout  aux  poètes,  à  Horace,  à 
Lucrèce,  à  Virgile  et  parfois  il  a  très  probablement  uti- 
lisé Cicéron,  Ovide  et  Tibulle  7,. 

«  Le  défaut  essentiel  des  vers  de  Commodien  c'est 
S'être  l'imitation  de  l'inimitable.  C'est  le  moule  classique 
rempli  d'éléments  populaires,  qui  n'arrivent  plus  à  s'y 
bien  conformer  ;  c'est  le  mètre  des  Grecs,  calqué  dans 
une  prosodie  désormais  impuissante  à  la  reproduire.  On 
aligne  des  suites  de  syllabes  qui  ne  sont  pas  des  rythmes, 
qui  souvent  ont  cessé  d'être  des  vers.  On  garde  pourtant 
quelque  chose  des  classiques;  on  reproduit  la  disposi- 
tion des  syllabes,  et  surtout  on  imite  toujours  ce  qu'il 
y  a  de  plus  latin  dans  les  vers  latins,  ceux  dont  le  sen- 
timent persiste  encore  malgré  les  changements  de  la 
langue,  la  distribution  des  accents  s.  » 

X.  Dracontius.  —  Mais  l'Afrique  n'a  pas  produit  en 
fait  de  poésie  que  le  quasi  versus.  Elle  eut  un  véritable 
poète  dans  les  dernières  années  du  Ve  siècle,  ce  fut  Dra- 
contius qui  après  des  débuts  dépourvus  de  tout  mérite 
s'éleva  soudain,  sous  le  coup  d'une  disgrâce  terrible,  à 
la  véritable  poésie.  Jeté  en  prison  pour  quelques  petits 
vers  trouvés  séditieux,  battu,  ruiné,  abandonné,  il  écri- 
vit une  Salisfactio  ad  regeni  qui  ne  lui  obtint  pas  son 
pardon;  ce  fut  alors  qu'il  entreprit  le  Carmen  de  Deo, 
consacré  à  louer  la  miséricorde  du  Seigneur.  Ces  deux 
œuvres  ont  un  réel  mérite.  On  ne  saurait  en  choisir  de 
preuve  meilleure  que  le  passage  détaché  de  son  poème 
par  un  lettré  délicat  : 

205  Agmina  te  astiorum,  te  signa  et  sidéra  laudant, 

200  Auctorcm  confessa  suum;  te  fulmen  adorât, 

207  Te  tonitruus  hicmesque  tremunt;  te  stagna,  pa]udc>. 

213  Voce  sua  laudant,  te  nubila  crassa  coruscant. 

217  Ter  te  fetat  humus,  per  te,  Deus,  herba  virescit, 

21N  Ki  ondescunt  silvae,  spirat  flos,  germinat  arbor. 

222  Te  fera,  te  pisces,  pecudes,  armenta,  volucres, 

223  Turba  cerastarum  laudant,  genus  omne  veneni 
22ï  Sibilat  ore  fero  Imgua  vibrante  tnsulca  : 

226  Aucttu cm  \  ita:  gaudet  stridore  ruiuaci 

227  Materies  laudarc  necis  9. 

«  11  n'y  a  pas  à  en  douter,  écrit  G.  Roissier,  celui  qui 
était  capable  de  porter  sans  faiblir  une  période  si  large, 
si  ample,  d'un  si  grand  souille;  celui  qui  a  su  retrouver 
par  intervalles  la  vigueur  ou  la  grâce  du  vieil  hexamètri 
latin,  était  vraiment  un  poète10.  »  Dracontius  n'est  pas 
seulement  l'auteur  du  Carmen  et  de  la  Satisfaclio,  mais 
ses  épopées  traitent  (les  sujets  empruntés  à  la  mythologie 
et  VOrestis  Tragœdia  a  été  écrite  probablement  par 
quelque  familier  du  poète. 

XI.  ÉPIGRAPHIE  MÉTRIQUE.  —  L'expansion  rapide  de  la 

*  Voyez  la  distinction  dans  Si/lloge  Circumpadanse  et  Subal- 
pin:r,  De  Roasi,  Inscr.  christ.,  t.  tl,  p.  169-170,  et  proœm., 
p.  xxmv.  —  -h.  Dorobart,  dans  Zcitschrift  fur  wiasensch.  Théo- 
logie, I.  xxn,  p.  374  sq.  —  'Voyez  la  chronologie  des  écrite  de 
saint  Cyprien,  1).  Cabrai  et  D.  Leclercq,  Monvm.  Ecoles,  liturg., 
in-<ip,  Parisiis,  1908,  t.  i,  p.  c.xciv  sq.  Cf.  P.  Monceaux,  Chro- 
nologie des  œuvres  de  saint  Cyprien  et  des  conciles  n/ricains 
du  temps,  dans  la  Revue  de  philologie,  1900,  t.  XXIV,  p.  333-350. 

—  *B.  Dombart,  Commodiani  opéra,  dans  Cor/K  script,  eccl. 
Vindob.,  in-S*,  Vindobomr,  1&N7,  t.  XV,  praef..  p.  m,  note  5.  — 
'A.  Harnaok,  dans  Theologisclie  Literaturzeitmuj.  1N76,  p.  51  sq. 

—  "Th./.ahn,  Porschungen  zur  Geschichte  des  neutestament- 
lichen  Kanons.  in-8*,  Erlangen,  1881-1884,  t.  n,  p.  301  sq.  : 
t.  ni,  p.  259.  —  1B.  Dombart,  loc.  cit..  prœf.,  p.  m-vii  :  De 
fonlil/us  Commodiani.  — "Vcrnier,  loc.  cit.,  p.  83.  —  9  Carmen 


poésie  populaire  fut  amenée  par  diverses  causes  dont 
plusieurs  nous  sont  connues,  celle-ci  entre  autres,  dont 
saint  Augustin  nous  rend  compte  lorsque,  écrivant  con- 
tre les  donatistes,  il  crut  devoir  se  servir  des  rythmes- 
populaires  afin  d'éviter  l'emploi  des  mots  peu  usités  et 
de  rebuter  ses  lecteurs  11.'L'épigraphie  africaine  nous 
offre  de  nombreux  exemples  de  la  versification  populaire, 
et  cette  circonstance  ajoute  encore  à  la  difficulté  de 
déterminer  la  série  de  ces  pièces,  car  «  quand  les  au- 
teurs d'inscriptions  les  ont  rédigées  en  hexamètres  dac- 
tyliques  ou  en  distiques  élégiaques,  il  est  toujours  facile 
de  s'apercevoir  que  l'on  a  affaire  à  des  vers,  et  à  quelle 
sorte  de  vers,  si  grossiers  qu'ils  soient.  Il  en  va  autre- 
ment quand  il  s'agit  des  autres  mètres,  et  notamment 
des  vers  iambiques;  Cicéron  nous  dit  que  souvent  ils 
naissaient  d'eux-mêmes  dans  la  conversation12;  aussi 
peut-on  se  demander,  en  présence  de  certaines  inscrip- 
tions, où  sont  alignés  des  iambes,  si  l'on  doit  y  recon- 
naître des  vers  ;  l'embarras  augmente  quand  on  a  à 
classer  des  textes  d'origine  populaire,  provenant  d'une 
basse  époque  où  la  métrique  a  été  défigurée  par  des 
licences  extrêmes,  souvent  attribuables  à  la  prédomi- 
nance de  l'accent  tonique  sur  la  quantité  »  13. 

Contrairement  à  ce  qui  se  passe  pour  les  inscriptions 
païennes,  celles  des  chrétiens  d'Atrique  n'ont  donné 
jusqu'à  ce  jour  qu'un  nombre  relativement  minime  de 
pièces  métriques,  il  sera  donc  nécessaire  de  laire  usage 
des  indications  que  nous  fournissent  les  marbres  païens. 
Ici  comme  dans  l'œuvre  de  Commodien  c'est  le  quasi 
versus  qui  domine,  c'est-à-dire  le  langage  populaire. 
D'une  manière  générale  les  accents  ont  conservé  leur 
place  et  on  continue  d'observer  la  distinction  des  temps 
forts  et  des  temps  faibles,  c'est  tout  ce  qui  subsiste  de 
la  versification  classique14.  Le  souvenir  ou  la  lecture 
des  anciens  suffisaient  d'ailleurs  à  maintenir  quelque 
chose  du  passé,  on  s'y  conforma  dans  la  distribution  des 
syllabes  dans  les  pieds  et  les  accents  mais  en  s'abstenant 
de  mettre  une  longue  tonique  là  où  les  anciens  mettaient 
une  brève; cela  ne  donnait  qu'une  illusion  de  l'ancienne 
rythmique,  mais  on  s'en  contentait.  Ce  qui  donne  son 
principal  intérêt  à  l'étude  prosodique  des  inscriptions, 
c'est  que  les  tapicides  avaient  devant  les  yeux,  nous  le 
savons,  des  modèles  métriques,  ainsi  «  les  fautes  qu'ils 
commettent  contre  la  prosodie  classique  montrent  leur 
degré  d'instruction,  et  mesurent  pour  ainsi  dire  la  part 
de  la  prosodie  populaire,  autrement  dit  du  laiiL 
usuel.  Ces  diverses  phases  de  l'imitation  en  font  très 
lii  n  ressortir  le  caractère  général;  elles  permettent  de 
saisir  sur  le  fait  l'origine  et  le  développement  a  ses  di- 
vers degrés  de  la   versification  populaire  qui  se  greffe 

peu  a  peu   sur  le  vieil  arbre  Classique 

Un  premier  sujet  de  perturbation  vient  de  la  substitu- 
tion inintelligente  d'un  nom  propre  à  un  autre,  ou  bien 
du  nombre  d'années10,  toutefois  il  n'est  pas  impossible 
que  dans  quelques  cas  on  eût  fait  usage  d'expressions 
qui  rachetaient  l'erreur  commise;  c'est  ainsi  «lue  pour 
XL  on  prononçait  peut-être  quadranta  au  lieu  de  qua- 
draginta.  Ouelquelbis  un  lapicide  aux  abois  substi- 
tuait à  un  pentamètre  un  hexamètre  '■  malgré  la  métri- 

»,  L  II.  VS.  205-227,  /'.  /...  t.  i  X.  col.  7S7  sq.  —  <«G.  Boissier, 
L'Afrique  romaine,  p.  312.  Cf.  C.  Kossberg,  In  Dracoutii  car- 
mina minora  et  lh-estis  qux  vocatur  tragœdiam  observatioties 
calice.  m-12*,  Stadae,  1878;  Id..  Mnterialcn  zu  einetn  Com- 
mentar  Ùber  die  Orestis  tragœdia  des  Dracontius,  in-8*.  Hil- 
desheim.  1888.  —  "S.  Augustin,  Betract.,  1.  I.  c.  *.x.  P.  L., 
i  \xxii,  cul.  617.  —  '•  Cicéron,  De  orat.,  c.  lv  :  SenarU  propter 
similitudini  fectisunt,  ut  noununquam 

ri.r  m  lus  numéros  et  versus  intelligi  possit.  —  "'G.  Lafaye, 
dans  la  Rente  de  pluld..  ls'.H..  I.  xx.  p.  202.  —  '•  L.  Vcrnier.  /  M 
inscript,  métriques  de  V Afrique  roin..  dans  la  Bev.  archéol., 
1891,  t,  xviu.  |i.  371  8<J.  —  |*/Wd.,  p.  373.  —  "Corp.  inscr.  lat., 
t.  vin,  n.  412,  1523.  Voir  AJBERCIUS,  col.  70.  —  '"  Corp.  inscr. 
Int..  i.  vin,  n.  1523,  vs.  12,  et  n.  7228,  vs.  i.  On  trouve  un  penta- 
mètre inséré  dans  une  série  d'hexamèUes,  ioiJ.,  n.  2756. 


773 


AFRIQUE    (LANGUES   PARLÉES   EN) 


774 


que  de  toute  la  pièce,  ou  bien  il  estropiait  le  vers  par 
l'omission  d'un  mot,  d'ailleurs  nécessaire  au  sens1. 

L'épitaphe  de  L.  Praecilius  Fortunatus  de  Cirta  pré- 
sente un  sujet  intéressant  : 

Hic  ego,  qui  toceo,  versibus  mea  vita  demonstro, 
Lùccm  clâram  frûitits  et  tempora  summa. 
Praecilius,  Cirténsi  laré,  argentàriam  exibui  ârtem. 
Fycles  in  me  mira  fuit  et  Veritas  ômnis. 
5    Omni(s)bus  cômmunis  ego  ;  cui  non  ubique  misertus. 
Risus  liixurià[m]  sempér  fruitus  cum  câris  amicis. 
Tàlem  pôst  obitûm  Valeriâe  non  invèni  pudicse 
Vitam  cum  potui  gratam  habui  cum  conjuge  sancta. 
Natales  honéste  meôs  centûm  celebravi  felices. 
10    At  venit suprema  diés,  ut  spiritus  inania  membrareliquit. 
Titttlos  quôs  legis  vivus  mese  morti  paravi. 
Ut  voluit  fortûna,  nunquâm  me  deséruit  ipsa. 
Séquimini  taies  ;  hic  vos  exspecto  :  venitx  *. 

Les  vers  3,  6,  8,  9,  10  ont  un  pied  de  trop.  La  scan- 
sion du  premier  vers  est  impossible  si  on  ne  le  trans- 
forme ainsi  : 

Hic  ego,  qui  taceo,  meam  versibus  vitam  demonstro 

Le  vers  2  est  mal  coupé.  Au  vers  3  argentàriam,  au 
vers  7  Valeriœ  forment  quatre  et  trois  syllabes  par  suite 
de  l'iotacisme  africain.  Au  vers  10,  il  fallait  prononcer 
spirtus;  au  vers  12  nunquam  n'est  pas  accent  ié.  Les 
vers  2-13  donnent  l'acrostiche  :  L.  P.  Fortunalus. 

Parfois,  quand  l'insertion  d'un  nom  propre  embarrasse, 
on  l'intercale  entre  les  vers  sans  qu'il  en  fasse  partie  au 
point  de  vue  de  la  mesure;  voici  l'artifice  : 

•     QVOT  DEDIT  IT  REPETIT  NATVRANON 
IA     PECCAT  ■  DICERE     NE     PIGEAT 

PSITT!  -OPTAT!- 


MOLLITER 


OSSA 


C  V  B  E  N  T  s. 


ce  qu'il  faut  lire  ainsi  : 

Quoi  dédit,  il  repetit  natura  non  quia  peccat 

P-SITTI-OPTATI 

Dicere  ne  pigcat  :  molliter  ossa  cubent. 

On  trouve  rarement  les  vers  mêlés  de  prose,  mais  le 
fait  n'est  pas  sans  exemple.  On  rencontre  aussi  des 
inscriptions  rédigées  dans  un  mètre  différent  de  l'hexa- 
mètre. Ce  sont  des  vers  rythmiques,  le  phérécratéen  dont 
le  spondée  initial  peut  être  remplacé  par  l'anapeste4. 

Alfenô  Fortunâto 
Visas  dicere  somno 
Liber  Pâter  bimatus, 
Jovis  e  fulmine  natus, 
Basis  hanc  novationem 
Génio  dômus  sàcrandam. 
Vôtum  déo  dicàvi 
Prâef(ectûs)  ipse  câstris 
Ades  ergô  cum  Panisco 
Memor  hoc  munere  nostro 
Natis  sospite  maire; 
Fâcias  videre  Romam 
Dominis  munere,  honore, 
Màctum  côronatûmque. 

Les  numéros  647  et  682  du  Corpus  nous  montrent  un 
lapicide  reproduisant  quelques  vers  de  son  voisin  mais 
en  changeant  les  noms  propres  et  les  noms  de  nombre, 
ainsi  XXX  devient  XIV,  simul  est  ajouté  à  une  phrase. 

Le  numéro  647  qui  parait  être  le  plus  correct  des  deux 
exemples  contient  plusieurs  fautes  notables,  des  irrégu- 
larités, à  tout  le  moins  des  bizarreries  dues  à  l'inadver- 
tance et  plus  encore  à  l'ignorance.  Ces  quelques  exem- 

1  Corpus  inscr.  lat.,  t.  vin,  n.  7228.  Pour  tout  ce  qui  a  trait  à 
l'altération  des  modèles  dont  les  lapicides  faisaient  usage,  cf.  E. 
Le  Blant,  Sur  les  graveurs  des  inscriptions  antiques,  in-8°,  Pa- 
ris, 1859,  et  R.  Cagnat,  Sur  les  manuels  professionnels  des 
graveurs  d'inscriptions  romaines,  dans  la  Rev.  de  philologie, 
1889,  p.  51-65.  — s  Corp.  inscr.  lat.,  t.  vin,  n.  7156.  W.  S.  Teuf- 
fel,  Histoire  de  la  littérature  romaine,  in-8%  Paris,  1883,  t.  m, 


pies  tendent  à  confirmer  ce  fait  que  le  quasi-versus 
populaire  conserva  du  vers  élégiaque  le  rapport  des 
accents  et  du  temps  fort  ;  le  reste  est  négligeable. 

Nous  avons  eu  occasion  de  faire  remarquer  les 
emprunts  de  Commodien  au  répertoire  classique. 

Les  textes  épigraphiques  appartenant  à  la  métrique 
ne  sont  pas  restés  indemnes  de  ces  emprunts. 

Le  Corpus  inscriptionum  lalinarum  en  contient  plu- 
sieurs exemples.  A  Aïn-Ghorab,  en  Numidie,  on  s'inspi- 
rait principalement  d'inscriptions  romaines5,  lesquelles 
n'étaient  d'ailleurs  pas  beaucoup  plus  correctes.  Outre 
les  vers  rythmiques  les  inscriptions  nous  ont  conservé 
un  exemple  unique  de  vers  sénaires  ou  iambiques  à 
Césarée  de  Maurétanie  dus  à  un  poète  d'ailleurs  inconnu 
qui  a  pris  soin  de  signer  son  ouvrage  :  ex  ingenio 
Asterii. 

Aream  at  sepulchra  cultor  Verbi  contulit 
Et  cellarn  struxit  suis  cunctis  sumptibus  : 
Eclesise  sanctx  hanc  reliquit  memoriam. 
Salvete,  fratres  puro  corde  et  simplici, 
Evelpius  vos  sa[lu]to  sancto  spiritu. 
Eclesia  fratrum  liunc  restituit  titulum*. 

XII.  Bibliographie.  —  Nous  ne  donnerons  ici  que  les 
titres  de  quelques  travaux  pouvant  aider  à  des  recher- 
ches plus  étendues  :  H.  Kretschmann,  De  latinitate 
L.  Apulaei  Madaurensis,  in-8°,  Kônigsberg,  1865;  — 
M.  Zink,  Der  Mytholog  Fulgentius.  Ein  Beitrag  zur 
rôrnischen  Litleraturgeschichte  und  zur  Grammatik 
des  afrikanischen  Lateins,  in-4",  Wûrzburg,  1867  ;  — 
P.  Langen,  De  usu  prsepositionum  Tertullianeo,  in-8°, 
Monasterii,  1869;  —  F.  J.  Schmidt,  De  latinitate  Tertul- 
UanC,  in-8°,  Erlangen,  1870  ;  —  H.  Koziol,  Der  Stil  des 
Apuleus;  ein  Beitrag  zur  Kenntniss  der  sogen.  afri- 
kanisch.  Latinilâl,  in-8°,  Wien,  1872  ;  —  C.  G.  Mœller, 
Titulorum  africanorum  orthographiant  conrposuit 
C.  G.  M.,  in-8°,  Gryphiswaldise,  1875;  —  H.  Rônsch,  Itala 
und  Vulgata,  in-8°,  Marburg,  1875;  —  G.  R.  Hauschild, 
Die  Grundsâtze  und  Mittel  der  Wortbildung  bei  Ter- 
lullien,  in-4°,  t.  i,  Leipzig,  1876;  t.  n,  Frankfurt,  1881; 

—  Kellner,  Die  spracldichen  Eigenthumlichketten  Ter- 
lulliens,  dans  Tùbing.  Theol.  Quartalschr. ,1876,  t.  lviii, 
p.  229-251;  —  J.-P.  Condamin,  De  Q.  S.  F.  Tertidliaho 
vexatse  religionis  patrono  et  prsecipuo  apud  latinos 
christianse  linguse  artifice,  in-8°,  Barri  Ducis,  1877  ;  — 
F.  J.  Schmidt,  Commentatio  de  nominum  verbalium  in 
tor  et  trix  desinenlium  apud  Tertullianum  copia  ac  vi, 
in-8°,  Erlangen,  1878  ;  —  M.  Hoffmann,  Index  grammait- 
iiini  ad  Africse  provinciarum  Tripolitanse,  Byzacense, 
Proconsularis,  titulos  latinos,  in-8°,  Argentorati,  1878;  — 
Studemund,  dans  Zeitschrift  fur  ôstr.  Gyninas.,  1878; 

—  G.  Wilmanns  et  Mommsen,  dans  Corp.  inscr.  lat., 
t.  vin,  p.  1108  sq.  ;  —  G.  Koffmane,  Geschichte  der  Kir- 
chenlateins,  in  -8°,  Breslau,  1879;  — J.  Aymeric,  Notes 
sur  le  vocabulaire  de  Tertullien,  dans  Les  Lettres  chré- 
tiennes, t.  H,  p.  446-448;  —  Noël  Valois,  La  latinité  de 
saint  Cyprien,  cf.  Les  Lettres  chrétiennes,  t.  v,  p.  476  ; 

—  E.  Wollilin,  Ueber  die  allitterietenden  Verbindungen 
der  latein.  Sprache,  dans  Sitzungsb.  der  philos. -philol. 
und  histor.  Klasse  des  Akad.  zu  Munchen,  1881,  t.  H, 
p.  1  sq.  ;  —  F.  Haussen,  De  arte  metrica  Commodiani, 
in-4°,  Argentorati,  1881  ;  —  E.  Wôllflin,  Der  Reint  im  La- 
teinischen,  dans  Archiv  fur  latein.  Lexikogr.,  1884,  t.  i, 
p.  361  sq.  ;  —  A.  Régnier,  De  la  latinité  des  sermons  de 
saint  Augustin,  in-8°,  Paris,  1886;  —  Le  Provost,  Étude 
philologique  et  littéraire  sur  saint  Cyprien,  in-8°,  Paris, 
1889;  — VanderVliet,  Studia ecclesiaslica ; Tcrtullianus, 

p.  88,  §  5,  en  a  fait  la  remarque  :  «  On  [y]  retrouve,  dit-il,  ce  même 
mélange  de  vers  acrostiches,  de  prosodie  et  de  métrique  barbare.  » 

—  *Ibid.,  n.  7759,  cf.  n.  683.  —  *  Ibid.,  n.  2632,  cf.  n.  241.  — 
5  Ibid.,  t.  vm,  n.  10707,  10708.  —  6  Ibid.,  n.  9585.  Cf.  P.  Monceaux, 
dans  le  Bull,  de  la  Soc.  des  antiq.  de  France,  1901,  p.  250-253; 
Id.,  Hist.  de  la  littér.  chrét.  d'Afrique,  t.  il,  p.  125-129;  S.  GseU, 
dans  les  Mélang.  d'arch.  et  d'hist.,  1902,  t.  xxu,  p.  342,  note  5. 


775 


AFRIQUE    (LANGUES   PARLÉES   EN)    —   AGAPE 


776 


in-8°.  Lugduni  Batavorum,  1891;  —  L.  Vernier,  Les  in- 
scriptions mélriquesdel'  Afrique  romaine,  dans  la  Revue 
archéol.,  1891,  t.  xvm,  p.  371  sq.  ;  La  versification  popu- 
laire en  Afrique  :  Commodien  et  Verecundus,  dans  la  Re- 
vue de  philologie,  1891,  t.  xv,  p.  14, 117;  —  Bernh.Kûbler, 
Die  lateinische  Sprache  auf  afrikanischen  Inschriften, 
dans  Archiv  fur  lateinische  Lexikographie  und  Gram- 
malik,  1892,  t.  vm,  p.  161-202;  —  Watson,  The  style  and 
language  of  St.  Cyprian,  in-8°,  Oxford,  1896;  —  H.  Holl, 
Terlullian  als  Schrtfsteller,  dans  Preuss.  Jahrbuch,  1896, 
p.  262;  —  Happe,  De  sermone  Terlullianeo  qusest.  seleclse, 
in-8",  Marburgi,  1897;  —  A.  Audollent,  L'orthographe  des 
lapicides  carthaginois,  in-8°,  Paris,  1898;  —  Olcott,  Stu- 
dies  in  the  word  formation  of  the  latin  inscriptions, 
in-8°,  Rome,  1898;  —  Goetz,  Der  dite  Anfang  und  die 
Ursprungform  von  Cyprian' s  Schrift  ad  Donatum, 
in-8°,  Leipzig,  1899;  —  Mercati,  D'alcuni  nuovi  sussidi 
per  la  crilica  del  teslo  di  S.  Cipriano,  in-8°,  Roma, 
1899  :  —  F.  Ferrère,  La  langue  et  le  style  de  Victor  de 
Vite,  dans  la  Rev.  de  philol.,  1901,  p.  121;  —  L.  Bayard, 
Le  latin  de  saint  Cyprien,  in-8°,  Paris,  1902. 

H.  Leclercq. 

VI.    AFRIQUE  (ÉPIGRAPHIE    DE   L')      Voir  BVZACÈNE, 

Mai'béianie,  Nimidie,  Trocoksilaibe. 

AGAPE.  —  I.  Les  repas  funèbres.  IL  Le  dernier 
repas  de  Jésus.  III.  Le  repas  appelé  «  agape  »  à  l'époque 
apostolique.  IV.  Ce  qu'a  pu  être  l'agape  primitive. 
V.  L'agape  au  IIe  siècle,  textes  grecs.  VI.  La  fresque  de 
la  Capella  greca.  VIL  L'agape  au  il*  siècle,  textes  latins. 
VIII.  L'agape  au  nc  siècle,  textesdisciplinaires.  IX.  Lieux 
de  réunion  pour  l'agape.  X.  Collège  d'agape.  XL  Origines 
du  culte  des  martyrs  et  l'agape.  XII.  Déchéance  défini- 
tive de  l'agape.  XIII.  Les  tables  d'agape.  XIV.  Les  calices 
des  agapes.  XV.  Le  formulaire  de  l'agape.  XVI.  Le  rituel 
de  l'agape,  XVII.  La  représentation  du  banquet  des  élus 
et  de  l'agape. 

I.  Les  repas  funèbres.  —  Les  anciens  célébraient  en 
l'honneur  de  leurs  défunts  des  repas  funèbres  auxquels 
ils  donnaient  les  noms  de  TtipiSeravov,  expatrie  Seîtivov, 
compotatio,  silicerniuni,  cœna  noremdialis  '.  Dans  leur 
pensée,  ce  repas  était  une  offrande.  Nous  touchons  ici  à 
l'un  des  rites  les  plus  universels,  les  plus  graves  et  les 
plus  obscurs  de  l'antiquité  classique  et  de  l'antiquité 
chrétienne;  nous  entrerons  à  son  sujet  dans  des  détails 
circonstanciés  afin  de  mettre  en  lumière  l'enchaînement 
des  institutions  de  la  Grèce  et  de  Rome  avec  celles  qui 
font  l'objet  direct  de  notre  recherche. 

Les  premiers  vestiges  de  croyances  des  populations 
primitives  nous  apprennent  que  jamais  la  race  indo- 
européenne n'a  pensé  que  la  vie  de  l'homme  se  bornât  à 
la  courte  période  de  temps  qu'il  passe  sur  la  terre.  A 
une  première  vie  en  succédait  une  autre  que  la  mort  et 
une  série  d'épreuves  plus  ou  moins  compliquées  sépa- 
raient en  les  reliant.  Les  premiers  qui  réfléchirent  à  ce 
sujet  présentèrent  aux  peuples  diverses  théories,  accom- 
modées aux  superstitions  régnantes  et  aux  conditions 
locales  de  l'existence.  En  un  temps  difficile  à  déterminer 
avec  précision,  mais  en  tous  cas  postérieur  aux  hymnes 

'Tacite,  Annal,  1.  VI,  c.  v;  A.  Dumont,  Mélangea  d' archéol. 
et  d'épigraphie,  édit.  llomolle,  in-8",  Paris,  1892,  p.  69-101; 
i>.  Reinach,  Manuel  île  philologie,  in-8*,  Paris,  1883,  t.  il.  p.  71- 
52;  Gardner,  dans  Journal  of  lielleuic  studies,  1884,  p.  105  sq.  ; 
V.  Furtweengler,  La  collection  Sabouroff.  Monuments  de  l'art 
p-ec,  in-fol.,  Berlin,  1882,  introd.,  p.  25  sq.,  pi.  x\\-x\xiu  avec 
leurs  notices;  Pottier-Reinach,  Nécropole  de  Wyrina,  in-V, 
Paris,  1887,  p.  152-153,  437-442;  Girard,  L'Asclépiéion  /l'Athènes, 
in-8°,  Paris,  1881,  p.  103  sq.  ;  C.  Schmidt,  De  variis  cœn.r  funebris 
appcltativiiibus,  in-4%  Lipsiœ,  1693.  —  «Cicéron,  Tusculan.,\.  I, 
xvi  :  Suli  terra  censebant  reliquat»  vitam  agi  mortuorum.  Cf. 
fc'ustel  de  Coulanges,  La  cité  antique,  in-12,  Paris,  1900,  p.  7  sq. 
—  'Virgile,  Mnexd-,  1.  III,  vs.  67  :  Animamque  sepulcro  con- 
dimus.  —  *  Virgile,  toc.  cif.;Ovide,  Fasti,  1.  V.vs.  'i.M  :  Tumulc 
fraterna»  condidit  umbras, -Pline,  Epist.,l  VII,  xxvn  :  mânes 


des  Védas,  les  Aryas  de  l'Orient  se  rangèrent  à  la 
croyance  en  la  métempsycose,  tandis  que  les  populations 
hellènes  et  italiotes  adoptaient  une  opinion  qui  envoyait 
les  âmes  vivre  sous  la  terre  2  ;  on  pensa  même  que  l'union 
de  l'âme  et  du  corps  se  prolongeait,  indissoluble,  jus- 
qu'au tombeau3.  Virgile,  Ovide,  Pline  le  Jeune,  dégagés 
pour  eux-mêmes  de  ces  croyances,  ne  laissent  pas  de  faire 
usage  d'expressions  significatives  qu'ils  empruntaient 
au  langage  dans  lequel  s'étaient  fixées  les  idées  antiques  *. 
Tous  les  rites  funèbres  témoignent  de  la  persistance  de 
cette  croyance  plus  ou  moins  vague  à  mesure  que  les 
mœurs  anciennes  se  font  plus  rares.  L'épigraphie  offre 
par  milliers  les  formules  que  les  écrivains  ont  enregis- 
trées :  René  sit.  —  Heine  situs  est.  —  Sit  tibi  terra 
levis,  et  tant  d'autres5.  Il  ne  faut  pas  chercher  d'autre 
raison  que  cette  croyance  à  l'usage  d'ensevelir  avec  le 
mort  tout  ce  qui  doit  servir  à  sa  vie  d'outre-tombe:  des 
armes,  des  vêtements,  des  vases;  bien  plus  on  lui  cons- 
tituait une  maison,  des  esclaves,  des  chevaux,  une  mai- 
tresse",  on  lui  servait  des  repas,  à  des  époques  fixes  on  ré- 
pandait du  vin  sur  la  tombe  et  on  y  déposait  des  aliments. 

A  cette  croyance  primitive  s'adapta  tout  ce  qui  eut 
trait  à  la  nécessité  de  la  sépulture.  La  seconde  vie  était 
une  sorte  d'installation  souterraine  dont  il  appartenait 
aux  vivants  de  ménager  la  jouissance  aux  morts.  «  Ce 
n'était  pas  pour  l'étalage  de  la  douleur  qu'on  accom- 
plissait la  cérémonie  funèbre,  c'était  pour  le  repos  et  le 
bonheur  du  mort7.  »  L'accomplissement  même  de  ces 
rites  funéraires  traditionnels  importait  grandement  au 
défunt  à  qui  un  simple  enfouissement  dans  la  terre 
n'eût  procuré  que  la  vie  errante  et  douloureuse  des 
ombres  en  peine  8.  Ceci  n'est  pas  un  cas  isolé,  puisque 
Plaute  rapporte  l'histoire  d'un  revenant  dont  l'âme  errait 
misérable  parce  que  son  corps  n'avait  pas  été  enterré 
suivant  les  rites  9.  On  voit  par  là  quelle  importance  y 
devaient  attacher  les  anciens,  puisque  faute  de  les  rem- 
plir les  âmes  ne  pouvaient  être  fixées  et  enfermées  dans 
le  tombeau. 

L'omission  des  rites  équivalait  donc  à  la  privation  de 
sépulture  et  celle-ci  nous  représente,  par  les  craintes  et 
les  précautions  qu'elle  provoquait,  la  croyance  vraiment 
primitive  de  l'humanité;  croyance  qui  parvint  à  se 
maintenir  malgré  les  dénégations  des  philosophes  et 
les  fictions  des  poètes.  L'être  humain  poursuivait  donc 
dans  le  tombeau  une  vie  mystérieuse  el  les  siens  avaient 
l'obligation  de  lui  fournir  dans  sa  demeure  éternelle  ce 
qui  était  nécessaire  à  son  entretien;  aussi,  à  des  jours 
déterminés,  la  famille  apportait  au  défunt  un  repas  des- 
tiné à  lui  seul,  c'était  lis  maniant  jura*0.  Malgré  la 
transformation  profonde  des  croyances  vers  les  pre- 
miers temps  de  l'empire,  l'usage  se  maintint  longtemps. 
Ovide  et  Virgile  décrivent  le  rite  de  ce  repas  funéraire  : 

Hic  duo  rite  mero  libans  carchesia  Tiarcho 

Fundit  humi,  duo  lacté  novo,  duo  sanguine  sacro 

Purpureisque  jacit  flores  ac  talta  futur  : 

Salve,  sancte  parens,  animseque  umbrxque  paWrMjp". 

Est  honor  et  tumulte;  animas  placate  patentas. 
...  Et  sparsœ  fruges  parcaque  mica  solis 
Inque  mero  mellita  ceres  vtolxque  solutx    '. 

rite  conditi.  —  »  Une  recension  épigraphique  n'apprendrait  rien  de 
plus  que  la  formule  presque  toujours  Pour  les  autours, 

voir  Iliade,  1.  XXIII,  vs.  JJ 1  ;  Eurii  Ï79  :  K»ij« 

„,zfcj  --     ,  Si irvius,  Ad  Mneid.,  II.  vs.  040:111.  V6 

XI,  vs  97;  Ovide,  Fasti,  1.  IV,  vs.  8Ô2;  Metamorph,,\.\,  vs.  62; 

.Invénal,  Satyr.,  1.  VU,  vs.  207;Martial,  Epigr.,  i,  vs.79;  v.  vs.35; 
IX,  vs.  30.  —  •  Fustel  de  Coulanges.  loc.  cit.,  p.  9.  —  7  Ibid., 
p.  10;  Iliade,  1.  XXII,  vs.  358;  Odyssée.  1.  XI,  vs.  73.  —  «Ce 
fut  le  cas  de  Caligula  enterré  hâtivement,  sans  que  les  rites  eussent 
été  observés;  aussi,  observe  Suétone  :  saris  constat,  priusquam 
id  fieret,  hortorum  custodes  umbris  inquietatos...  ttullam 
noctem  sine  aliquo  terrore  transactam.  Caligula,  c.  lix.  — 
»  Plaute,  Mostellaria,  III,  vs.  2.  —  ,0Cicéron,  De  legibus, 
II.  xxu.  —  "  Virgile,  .Eneid.,  1.  V,  vs.  77-81.  —  ••  Ovide,  Fasti, 
1.  II,  vs.  535-542. 


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AGAPE 


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Tacite  '  et  Tertullien  parlent  de  cette  coutume  encore 
pratiquée  de  leur  temps  2.  «  On  se  tromperait  fort,  si  l'on 
croyait  que  ce  repas  funèbre  n'était  qu'une  sorte  de 
commémoration.  La  nourriture  que  la  famille  apportait 
était  réellement  pour  le  mort,  exclusivement  pour  lui. 
Ce  qui  le  prouve,  c'est  que  le  lait  et  le  vin  étaient  ré- 
pandus sur  la  terre  du  tombeau;  qu'un  trou  était  creusé 
pour  faire  parvenir  les  aliments  solides  jusqu'au  mort; 
que,  si  l'on  immolait  une  victime,  toutes  les  chairs  en 
étaient  brûlées  pour  qu'aucun  vivant  n'en  eût  sa  part; 
que  l'on  prononçait  certaines  formules  consacrées  pour 
convier  le  mort  à  manger  et  à  boire;  que,  si  la  famille 
entière  assistait  à  ce  repas,  encore  ne  touchait-elle  pas 
aux  mets;  qu'enfin,  en  se  retirant,  on  avait  grand  soin 
de  laisser  un  peu  de  lait  et  quelques  gâteaux  dans  des 
vases,  et  qu'il  y  avait  une  grande  impiété  à  ce  qu'un 
vivant  touchât  à  cette  petite  provision  destinée  aux 
besoins  du  mort3.  »  Les  monuments  céramographiques 
renferment  une  classe  de  vases  d'origine  athénienne  du 
plus  grand  intérêt  pour  nous.  Ce  sont  des  lécythes  à 
fond  blanc  et  à  dessins  au  trait  représentant  presque 
tous  la  même  scène.  Des  jeunes  filles  apportent  à  un 
tombeau  les  offrandes  destinées  au  mort;  elles  ornent  le 
monument  de  bandelettes,  le  couvrent  de  fruits,  font  des 
libations;  des  jeunes  hommes  les  aident,  des  vieillards 
assistent  à  la  scène*.  A  ces  lécythes  athéniens  on  peut 
joindre  les  stèles  funéraires  :  entre  les  uns  et  les  autres 
la  parenté  est  évidente,  nous  avons  ici  une  scène  inspi- 
rée par  l'usage  des  vexûaia  ou  banquets  funèbres.  Rien 
n'était  plus  fréquent  que  l'accomplissement  de  ce  rite 
dans  l'antiquité:  «  A  chaque  jour,  à  chaque  heure,  le  Grec 
voyait  autour  de  lui  se  célébrer  des  banquets  funèbres. 
Aucune  cérémonie  des  cultes  modernes  n'est  plus  fré- 
quente, plus  quotidienne  que  ne  l'était  chez  les  anciens, 
et  en  particulier  en  Attique,  dans  les  Cyclades,  en 
Thraceet  sur  les  côtes  méridionales  de  l'Asie  Mineure  5, 
l'habitude  des  festins  sur  les  tombeaux6.  »  «  Si  étrange 
que  le  banquet  puisse  paraître,  il  semblait  naturel  à  la 
race  grecque,  car  cette  race  n'y  a  jamais  renoncé.  On 
célèbre  encore  aujourd'hui  dans  toute  la  Grèce  et  tous 
les  jours  le  repas  en  l'honneur  des  morts,  repas  sacré 
accompagné  de  formules  pieuses,  composé  de  blé 
bouilli,  de  grenades  et  de  raisin,  et  qui  n'a  aucun  rap- 
port avec  les  banquets  qui  suivent  quelquefois  les  funé- 
railles en  Occident.  L'Église  orthodoxe  l'a  longtemps  com- 
battu, puis  a  fini  par  l'admettre  en  le  sanctifiant.  Les 
principes  d'une  religion  nouvelle  n'ont  pu  détruire  un 
usage  qui  est  la  négation  des  idées  chrétiennes1.  » 

Le  banquet  funèbre  ne  s'en  tint  pas  toujours  à  son 
type  primitif.  Si  nous  voulons  compléter  l'histoire  de 
ses  transformations  nous  avons  pour  nous  instruire  les 
monuments  de  l'Étrurie  qui  sont  en  rapport  évident 
avec  ceux  qui  proviennent  de  la  région  méridionale  de 
l'Asie  Mineure,  et  ce  n'est  pas  seulement  les  bas-reliefs 
étrusques,  mais  les  nécropoles  de  ce  même  pays  qui 
nous  montrent  avec  évidence  combien  les  repas  funèbres 
y  étaient  d'un  fréquent  usage  et  quel  luxe  on  y  appor- 
tait. Puisqu'il  se  donnait  en  l'honneur  du  mort  il  avait 
lieu  dans  le  caveau  même,  mais  lorsque  l'on  eut  aban- 
donné l'usage  antique  qui  faisait  du  banquet  le  repas  du 

'Tacite,  Hist.,  1.  II,  c.  xcv.  —  'Tertullien,  De  resurrect.  car- 
nis,  I,  P.  h.,  t.  Il,  col.  841  :  Defunctis  parentant  quos  escam 
desiderare  prœsumant  ;  De  testimonio  animx,  c.  IV,  P.  L.,  t.  I, 
col.  687  :  Defunctos  vocat  securos,  si  quando  extra  portam  cum 
obsoniis  et  matteis  parentas  ad  busta  recedis.  —  3Fustel  de 
Coulanges,  La  cité  antique,  p.  13  sq.  —  *A.  Dûment,  Mélanges 
à'archéol.  et  d'èpigr.,  in-8%  Paris,  1892,  p.  84.  —  s  Et  aussi  en 
Étruiio,   cf.    A.    Dumont,    loc.  cit.,  p.   85.  —  »  Ibid.,  p.  85  sq. 

—  '  Ibid.,  p.  86.  —  8  Bullettino  delV   Istituto,  1873,  p.  98-101. 

—  'G.  Dennis,  The  cities  and  cemeteries  of  Etruria,  2  vol. 
in-8%  London,  1878,  t.  II,  p.  317.  —  ">  Monumenli  delV  IsMuto, 
1. 1,  pi.  xxxii  ;  t.  ix,  pi.  xm-xv.  —  <«  Martha,  Art  étrusque,  in-8-, 
Paris,  1889,  p.  412.  —  "Ibid.,  p.  384  sq.  —  <3  Bull.  deW  Isti- 
tuto, 1834,  p.  97  sq.  —  "Canina,  Etruria  marittima,   in-fol., 


défunt  à  l'exclusion  de  tousautres,  lorsque  la  compagnie 
fut  devenue  trop  nombreuse  pour  trouver  place  tout 
entière  dans  l'hypogée  on  commença  adresser  des  tables 
au  dehors;  beaucoup  de  fresques  nous  font  voir  les  con- 
vives à  l'ombrage  des  arbres8,  sous  une  tente9,  ou  bien 
sous  une  tonnelle  10,  ou  encore  devant  la  façade  du  tom- 
beau enguirlandé  pour  la  circonstance  ".  Tantôt  on  ne 
voit  qu'un  seul  lit,  tantôt  deux,  tantôt  un  triclinium  li; 
dans  une  peinture  de  Cervetri,on  voit  neuf  lits  et  dix-huit 
invités  13,  et  peut-être  dans  ce  dernier  cas  le  banquet  se 
donnait-il  pour  plusieurs  défunts  à  la  fois,  car  la  scène 
se  développe  le  long  de  la  paroi  dans  laquelle  ont  été 
taillés  les  loculi1^.  Quelquefois  les  femmes  sont  séparées 
des  hommes,  le  plus  souvent  elles  y  sont  mêlées. 
Tous  portent  de  riches  habits,  sont  couronnés  de  ileurs, 
mangent,  boivent,  causent,  regardent  les  jeux.  AOrvieto, 
à  Volterraon  a  trouvé  des  détritus  de  tout  genre,  du  bois 
carbonisé,desosde  chèvre  et  de  volatiles15.  Ces  banquet» 
furent  d'abord  célébrés  le  jour  des  funérailles,  dans  la 
suite  on  les  renouvelait  à  des  dates  fixes,  neuf  jours16, 
un  an  après  la  mort 17,  et  afin  de  procurer  au  défunt  le 
secours  d'une  sorte  de  banquet  perpétuel  on  en  faisait 
peindre  ou  sculpter  auprès  de  lui  les  scènes  principales. 
Plusieurs  monuments  figurés,  entre  autres  un  sarco- 
phage de  Cltiusi,  montrent  rapprochés  l'appareil  du  sa- 
crifice et  celui  du  banquet  qui  doit  le  suivre  18,  d'où  il 
semble  que  la  frugalité  ait  été  bannie  d'assez  bonne 
heure;  une  fresque  nous  fait  voir  les  apprêts  d'un  de 
ces  banquets  où  l'on  mangera  volaille,  gibier,  un  lièvre, 
des  perdrix,  un  chevreuil,  divers  quartiers  de  viande  et 
un  bœuf  entier19;  un  bas-relief  de  Pérouse  montre  les 
animaux  conduits  au  sacrifice  et  destinés  au  repas,  c'est 
deux  béliers  et  deux  bœufs20.  L'Egypte  a  célébré  elle 
aussi  les  repas  funéraires.  Dans  une  des  grandes  ins- 
criptions de  Deni-Hassan,  Khnoumhotpou  parle  ainsi  : 
«  Je  fis  fleurir  le  nom  de  mon  père,  construisant  ses 
chapelles  de  Ka,  je  transportai  ses  statues  au  temple  de 
la  ville,  je  leur  octroyai  leurs  offrandes  de  pains,  li- 
queurs, eau,  viande  pure,  je  choisis  un  prêtre  de  Ka,  et 
je  le  constituai  maitre  de  champs  et  de  serfs,  je  décré- 
tai ses  repas  funéraires  à  toutes  les  fêtes  du  cimetière, 
à  la  fête  du  nouvel  an,  à  la  fête  du  commencement  de 
l'année,  à  la  fête  de  la  grande  année,  à  la  fête  de  la  petite 
année,  à  la  fête  du  bout  de  l'an,  à  la  Grande  Fête, à  la 
fête  du  grand  feu,  à  la  fête  du  petit  feu,  à  la  fête  des  cinq 
jours  épagomènes,  à  la  fête  de  la  rentrée  des  grains  (?), 
aux  douze  fêtes  du  mois,  aux  douze  fêtes  du  demi-mois, 
à  toutes  les  fêtes  des  vivants  et  des  morts.  Que  si  le  prêtre 
de  Ka  ou  quelque  autre  individu  y  trouble  rien,  qu'il 
cesse  d'être,  que  son  fils  ne  soit  pas  en  sa  place  al.  » 

Il  n'existe  presque  pas  de  peuple  ancien  qui  n'ait 
adopté  le  banquet  funèbre  et  chez  qui  on  ne  retrouve 
la  signification  primitive  plus  ou  moins  altérée;  c'est  ainsi 
que  les  documents  ne  nous  permettent  pas  toujours  de 
préciser  le  moment  auquel  ce  repas  funéraire  dévie  assez 
de  l'esprit  de  son  institution  pour  n'être  plus  considéré 
que  comme  un  repas  liturgique  en  l'honneur  des  dieux. 
S'il  faut  en  croire  Aristote  2i  et  Strabon  23,  Lacédémone 
emprunta  à  la  Crète  ses  o-ujctTia  dont  on  retrouve 
l'équivalent  à  Athènes  où  les  Seïirva  çuXE-rtxà,  8ï|u.oTixà, 

Roma,  1846-1851,  pi.  LXIII,  lxiv.  —  ,5F.  Inghirami,  Monum. 
etrusc,  in-4",  Fiesole,  1821-1826,  t.  iv,  p.  90;  Nulizie  degli 
scavi,  1887,  p.  349  sq.  —  '"Tacite,  Annal.,  1.  VI,  c.  v.  —  17Ovide, 
Fasti,  1.  II,  vs.  617.  —  18Helbig,  dans  Annali  del  Istituto,  1864, 
p.  28;  Daremberg-Saglio,  Diclionn.  des  antiquités,  flg.  3355.  — 
'"Conestabile,  Pitture  murali,  in-4°,  Firenze,  1865,  pi.  v.  — 
20Conestabile,  Monumenti  di  Perugia  etrusca  eromana,  in-fol., 
Perugia,  1870,  pi.  xxxix.  Même  représentation  en  Egypte  :  cf. 
G.  Perrot  et  Ch.  Chipiez,  Histoire  de  l'art  dans  l'antiquité,  in-4", 
Paris,  1882,  t.  I,  p.  145,  fig.  91;  Maspéro,  Études  sur  quelque» 
peintures  funéraires,  dans  le  Journal  asiatique,  mai-juin  1880, 
p.  387  sq.  —  S1  Maspéro,  dans  le  Recueil  de  travaux  sur  l'ar- 
chéul.  égyptienne,  t.  i,  p.  164.  —  "Aristote,  Politica,  1.  H, 
c.  ix-x.  —  "Slrabon,  Geogr.,  1.  X. 


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AGAPE 


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çpatptxà  et  ôpYEtuvixà  étaient  très  fréquents1.  On  les 
retrouve  à  Carthage  :  aveant-a.  tùW  èTocipiôiv  7uapairAïjffia 
toîç  çiSt-rtoi;2.  L'éloignement  que  les  Juifs  témoignaient 
pour  les  usages  des  Gentils  semble  faire  place  ici  à  une 
coutume  identique.  Après  la  mort  d'Abner  et  ses  funé- 
railles, David  prononce  une  sorte  d'élégie;  une  multi- 
tude se  trouvait  rassemblée  en  ce  lieu  pour  le  banquet 
funèbre,  mais  David,  en  signe  de  deuil,  le  fit  tarder 
jusqu'après  le  coucher  du  soleil 3.  L'usage  est  claire- 
ment décrit  par  Jérémie;  parmi  les  marques  ordinaires 
de  respect  accordées  aux  morts  il  cite  la  fraction  du 
pain  avec  celui  qui  pleure  le  défunt4.  C'était  aux  amis 
qu'incombait  ce  soin  du  repas  dans  lequel  on  appor- 
tait des  mets  recherchés  et  des  vins  choisis5.  C'est, 
semble-t-il,  le  silicernium  des  Gentils.  Peut-être  l'adop- 
tion de  ce  rite  datait-il  de  la  captivité,  car  rien  n'est  plus 
favorable  à  l'introduction  des  pratiques  étrangères  dans 
une  nation  qu'une  longue  dispersion  de  ses  membres 
chez  les  peuples  lointains.  Nous  voyons  dans  le  livre  de 
Tobie  que  le  vieillard  ordonne  à  son  fils  de  porter  du 
pain  et  du  vin  sur  la  sépulture  du  juste  6,  ce  qui  est  pré- 
cisément la  scène  que  nous  font  voir  les  lécythes  athé- 
niens que  nous  avons  décrits  plus  haut.  La  coutume  des 
banquets  funèbres  se  retrouve  doncsur  un  grand  nombre 
de  points  du  périple  de  la  Méditerranée  où  nous  verrons 
aborder  les  colonies  chrétiennes.  L'Italie,  la  Grèce, 
l'Asie  Mineure,  la  Palestine,  l'Afrique,  l'Egypte  s'accor- 
dent à  reproduire  les  traits  essentiels  d'une  institution 
primitive  consistant  à  célébrer  un  rite  funéraire  au 
tombeau  du  défunt;  à  l'origine  ce  rite  consiste  en  un 
repas  servi  au  défunt,  mais  par  suite  de  l'évolution  des 
coutumes  cette  réunion  perd  de  sa  sobriété  primitive  et 
se  transforme  en  un  repas  copieux  auquel  prennent 
part  les  invités  admis  à  la  commémoraison  du  mort; 
parfois  même  ce  banquet  funèbre  dégénère  de  ses  ori- 
gines au  point  de  se  confondre  avec  les  repas  célébrés 
en  l'honneur  des  dieux  '.  Vers  le  Ier  siècle  de  notre  ère 
cependant,  grâce  à  la  persistance  des  anciennes  mœurs, 
le  banquet  funèbre  se  retrouve  encore  sur  nombre 
de  points  avec  sa  signification,  sinon  avec  ses  rites 
primitifs;  chez  les  Juifs  en  particulier  se  conservait  le 
rite  du  «  pain  des  douleurs  »,  D'iiN  DnS.  et  du  «  calice  de 

consolation  »,  n'on;n  Dis8.   Un   témoignage  formel    de 

Flavius  Josèphe  nous  garantit  l'existence  des  banquets 
collectifs  dans  les  colonies  juives  de  la  Diaspora,  elles 
tenaient  de  Jules  César  l'autorisation  expresse  de  former 
des  thiases  et  de  se  réunir  pour  des  repas  fraternels. 
Taio;  Kat'irap...  [xdvovç  toutouç  ojx  Èxa>X'j<T£v  O'jte 
yvpr,(j.aTa  txuvsiscpêpeiv  oute  <ruv8Et7rva  7totetv  9. 

II.  Le  dernier  repas  de  Jésus.  —  Il  y  aura  avantage 
pour  nous  à  grouper  les  récits  les  plus  anciens  relatant 
le  repas  qui  fait  l'objet  de  notre  recherche.  Le  premier 
en  date  est  incontestablement  la  dernière  cène,  en  voici 
la  relation  ordonnée  sur  le  protévangilede  saint  Marc  10. 
Voir  col.  781-782. 

'  Athénée,  ûnitvoffoB«rr<<;,  1.  V,  c.  h.  —  'Aristote,  Polittca.'l,  XI. 
—  MI  Reg.,  m,  32.  —  *  Jerem.,  xvi,  7;  cf.  Ezech.,  xxiv,  17.  — 
6J.  Buxtorf,  Synagoga  judaica,  c.  xxxv,  in-8%  Basileœ,  1682.  — 
4  Tobie,  IV,  18.  Cf.  E.  Cosquin,  Le  livre  de  Tobie  et  l'histoire  du 
sage  Akibar,  dans  la  Bévue  biblique,  1899,  t.  vin,  p.  ^0-82.  — 
1  On  ne  laisse  pas  cependant  d'entrevoir  les  phases  de  cette  évo- 
lution. Le  banquet  funèbre  célébré  au  début  en  l'honneur  de  tel 
ou  tel  défunt  a  perdu  nécessairement  son  caractère  lorsque  le 
défunt  était  divinisé  après  sa  mort.  —  *  Nous  ne  ferons  pas  usage 
dans  cet  exposé  des  textes  de  Philon  et  de  Flavius  Josèphe  con- 
cernant les  thérapeutes  et  les  esséniens,  puisqu'il  ne  s'agit  dans 
ces  sectes  que  de  repas  faits  en  commun  sans  aucune  pensée 
funéraire,  du  moins  d'après  ce  que  les  textes  nous  apprennent.  — 
•Josèphe,  Ant.  jud.,  1.  XIV,  c.  x,  8.  —  <•  Allan  Menties,  The 
earliest  Gospel.  A  historical  study  of  the  Gospel  according  to 
Marte,  in-8-,  London,  1901  ;  A.  Wright,  A  synopsis  of  the  Gospels 
in  greek  after  the  Westcott  and  Hort  text,  in-V,  London,  1896, 
p.  84.  —  "  Nous  omettons  I  Cor.,  XI,  23-25,  qui  n'ajoute  aucun  trait 


Si  nous  complétons  ces  récits  les  uns  par  les  autres11, 
nous  pouvons  reconnaître  à  ce  repas  solennel  les  carac- 
tères suivants  :  Il  s'agit  du  souper  pascal  célébré  suivant 
le  rite  du  temps,  lequel  comportait  quelques  modifica- 
tions au  rituel  primitif;  il  a  lieu  le  soir  et  les  con- 
vives sont  couchés.  Vers  la  fin  de  ce  repas  liturgique  le 
président  introduit  un  épisode  nouveau  qu'il  adapte  au 
rite  de  la  quatrième  coupe  et  il  prescrit  à  l'assemblée 
de  renouveler  ce  qui  vient  de  se  passer  lorsqu'il  ne  sera 
plus  au  milieu  d'elle12;  on  chante  ensuite  l'hymne  or- 
dinaire et  on  quitte  la  salle.  Voilà,  réduit  à  ses  éléments 
essentiels,  le  type  du  repas  que  les  assistants  devront 
reproduire  dans  leurs  réunions.  Mais  quel  est  ce  repas, 
sera-ce  le  souper  pascal  ou  bien  le  rite  attaché  à  la 
quatrième  coupe  et  la  consécration  du  pain?  Remarquons 
qu'en  présentant  la  coupe,  Jésus  dit  :  to-jto  tcoieïts, 
£<jâxi(  èàv  mvr|TE,  eiç  tr,v  Èp.r,v  avâ|i.vï]mv,  «  Toutes  les 
fois  que  vous  la  boirez,  faites  ceci  en  mémoire  de  moi .» 
S'il  s'agissait  de  la  coupe  pascale  il  est  évident  que  la 
célébration  de  l'eucharistie  serait  réduite  par  les  termes 
mêmes  de  son  institution  à  n'être  célébrée  qu'une  fois  l'an- 
née, or  nous  voyons  par  les  premiers  chapitres  du  livre 
des  Actes  des  apôtres  que  la  fraction  du  pain  se  célébrait 
très  fréquemment,  peut-être  quotidiennement13,  dès  les 
jours  qui  suivirent  la  Pentecôte;  et  il  piraît  difficile  de 
croire  que  moins  de  deux  mois  après  l'institution  —  et 
en  un  temps  où  les  paroles  en  étaient  bien  connues 
puisque  saint  Luc  et  saint  Paul  les  recueilleront—  on  s'en 
fut  si  ouvertement  écarté.  Il  n'a  donc  pu  s'agir  de  re- 
nouveler l'eucharistie,  en  tant  que  repas  pascal,  avec 
une  telle  fréquence;  d'ailleurs,  en  dehors  du  jour  qui 
lui  était  attribué,  le  souper  pascal  perdait  toute  signifi- 
cation et  la  manducation  de  l'agneau,  du  charoseth  et 
des  herbes  amères  eût  été  quelque  chose  d'analogue 
tout  au  plus  à  une  «  messe  blanche  »,  encore  que  nul 
indice  n'autorise  à  supposer  qu'un  Juif  se  fût  permis  de 
reproduire  dans  le  courant  de  l'année  les  rites  du  souper 
pascal,  à  plus  forte  raison  qu'on  eût  trouvé  parmi  des 
milliers  de  convertis,  dans  les  maisons  desquels  se  cé- 
lébrait l'eucharistie,  assez  de  liberté  d'esprit  pour  con- 
sentir à  une  cérémonie  si  étrangement  contraire  aux 
idées  reçues  I*. 

Il  faut,  pensons-nous,  écarter  l'hypothèse  d'un  renou- 
vellement quotidien,  ou  peu  s'en  faut,  du  rite  pascal 
servant  d'introduction  à  la  consécration  de  l'eucharistie. 
D'autre  part  le  rituel  pascal  offre  une  progression  eucho- 
logique  que  nous  retrouvons  exactement  dans  le  type 
liturgique  clémentin  13.  11  y  a  dans  ce  fait  une  indication 
trop  grave  pourètre  négligée;  sa  démonstration,  qui  sera 
faite  ailleurs  avec  le  développement  qu'elle  comporte 
(voir  Eucharistie),  nous  fournit  la  conclusion  suivante: 
Le  souper  pascal  a  inspiré  les  formules  qui  précèdent 
et  préparent  la  célébration  de  l'eucharistie  dans  le  type 
le  plus  antique  qui  nous  soit  parvenu  de  ces  formules. 

Si  haut  qu'on  fasse  remonter  le  type  liturgique  clé- 
mentin, il  est  impossible  de  le  relier  par  une  tradition 

au  récit.  —  "  Luc,  xxu,  19;  I  Cor.,  XI,  23,  25.  —  ,s  Act.,  n,  45.  — 
"»G.  H. Box,  The  jetvish  antécédents  o/the Eucharist,  dans  The 
journal  of  theological  studies,  1902,  t.  ui,  p.  3."<7  sq.  L'auteur 
propose  U'ès  ingénieusement  de  voir  dans  le  dernier  repas  de 
Jésus  le  Kiddûsh  hebdomadaire  du  sabbat.  Cette  explication 
avait  déjà  été  présentée  par  Foxley,  dans  Contemporary  He- 
view,  févr.  1899;  par  F.  Spitta.  ZurGeschichte  und  l.itteratur 
der  Urchristvntums  in-^\  Oôttiogeo,  1893,  p.  247;  et  par  Drews, 
dans  Hauck-Herzog,  Real-Encycloputlir,  t.  v.  p.  5tS,  au  mot 
Eucharistie.  Voir  une  solide  discussion  par  J.  C  Lambert,  The 
passover  and  the  Lords  supper,  dans  The  journal  of  theologi- 
cal studies,  t.  IV,  p.  184-193,  et  la  suggestive  théorie  de  M.  Power, 
S.  J.,  The  ang laj ewish calendar  far  every  day  in  the  G< « 
in-12,  London,  1902.  —  "Monum.  Eccl.  titiinj..  in-V,  Parisiis, 
1902.  t.  I,  pr.i  I  .  p.  xix-xxm.  Nous  serions  di.nc  actuellement 
disposée  à  admettre  que  la  partie  rituelle  proprement  dite  du 
souper  avait  été  délaissée,  mais  que  les  formules  avaient  été  ac- 
cueillies et  ont  formé  la  trame  primitive  du  sacrifice  eucharistique. 


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AGAPE 


784 


textuelle  au  formulaire  indiqué  par  les  paroles  du  livre 
des  Actes:  xax'r|u.spav  te  7ipo(ncapT£pojvT£;  6p.o8up.a8bv 
ev  tu  îepài,  xX&vtsç  ts  xax'  ocxov  apTOv,  p.ETEXàp.ëavov 
Tpoçr)ç  Èv  ayaXXioc<TEi  xat  à?îXÔT/)Ti  xapSi'aç,  aivoûvTEç  tôv 
6eôv  ',  «  ils  continuaient  d'aller  tous  les  jours  avec 
union  d'esprit  dans  le  temple,  et  rompant  le  pain  tantôt 
dans  une  maison,  tantôt  dans  l'autre,  ils  prenaient  leur 
nourriture  avec  joie  et  simplicité  de  cœur,  louant  Dieu.  » 
Il  paraîtrait  donc  qu'un  formulaire  a  enisté  transmettant 
et  conservant  une  adaptation  au  christianisme  des  for- 
mules du  souper  pascal.  Dans  l'intervalle,  ce  rituel  juif 
se  sera  chargé  d'additions,  telles  que  l'avant-messe,  dont 
nous  n'avons  pas  à  rechercher  ici  l'origine  -  ;  mais  en- 
tre le  formulaire  juif  et  le  type  liturgique  clémentin,  si 
large  que  soit  l'hiatus,  nous  ne  sommes  pas  entièrement 
dépourvus  de  documents  qui  nous  permettent  d'entre- 
voir quelque  chose  de  l'évolution  parcourue  par  le  sou- 
per pascal  célébré  par  le  Christ  jusqu'à  son  aboutisse- 
ment au  canon  de  la  messe. 

Afin  de  préciser  autant  que  possible  notre  pensée, 
nous  dirons  donc  que,  en  introduisant  le  rite  eucharis- 
tique dans  le  souper  pascal,  Jésus  abolissait  celui-ci  et 
lui  substituait  une  institution  absolument  nouvelle  dont 
les  conditions  d'existence  étaient  incompatibles  avec 
celles  du  rite  pascal  juif.  Néanmoins  celui-ci  faisait  par- 
tie d'un  ensemble  euchologique  qui  se  trouvait  avoir 
servi  de  cadre  au  premier  repas  eucharistique;  dès  lors 
on  pressent  l'inclination  que  devaient  avoir  les  convives 
à  retenir  toute  cette  partie  euchologique  qui  les  aidait  en 
quelque  sorte  à  reconstituer  les  alentours  du  moment 
solennel  de  l'institution  de  l'eucharistie.  L'incomparable 
supériorité  du  sacrifice  eucharistique  d'une  part  et  l'im- 
possibilité de  réitérer  chaque  fois  le  rite  pascal  juif 
d'autre  part,  concouraient  à  conserver  le  développement 
euchologique  et  à  faire  délaisser  les  rites. 

III.  LE  RKPAS  APPELÉ  «  AGAPE  »  A  L'ÉPOQUE  APOSTO- 
LIQUE. —  Le  premier  document  est  le  texte  qui  vient 
■l'être  cité  et  dans  lequel  nous  apprenons  que  la  fraction 
du  pain  était  accompagnée  d'un  repas  et  de  louanges 
adressées  à  Dieu.  L'imprécision  de  ces  détails  ne  laisse 
pas  de  montrer  une  réunion  reproduisant  tous  les  ca- 
ractères essentiels  du  souper  pascal.  Repas,  communion 
(eucharistique),  louanges  divines.  Quelques  lignes  plus 
haut  nous  avions  une  allusion,  moins  claire,  il  est  vrai, 
aux   mêmes    circonstances  :  ^jo-av  8é  7rpc<<7xapT£po0vTE;; 

Tr,  ÔlSïJT/j  TCÔV  aTTOCTÔXlOV    Xai  TT|    xotvcovca    xai    Tr,    xXâo'Ei 

toû  à'prcij  xai  xacç  TzpooE\iy_<xïç  •',  «  ils  persévéraient  dans 
la  doctrine  des  apôtres,  dans  les  réunions,  la  fraction  du 
pain  et  la  prière.  »  Le  terme  xoivtovc'a  est  trop  vague 
pour  désigner  un  acte  déterminé,  son  sens  littéral  est  : 
communication,  et  on  ne  peut  de  ce  terme  tirer  ou 
exclure  l'idée  d'un  repas  pris  en  commun4,  mais  seu- 
lement d'un  acte  ou  d'un  état  distinct  de  la  fraction  du 
Dain.   Cela  ne  suffit  pas,  selon  nous,   pjur  étayer  ou 


'  Act.,  Il,  46  —  *D.CabroletD.  Leclcrcq,  loc.  cit.,  p.  Lxxxmsq.  ; 
L.  Duchesne.  Origines  du  culte  chrétien,  in-8',  Paris,  1898,  p.  45 
6(|.;  J.  Ilermann  et  Em.  Renan,  Essai  sur  l'origine  du  culte 
chrétien  dans  ses  rapports  avec  le  judàisme,  in-8',  Paris,  1886. 
—  8  Act.,  Il,  42.  — *  A.  Robinson,  dans  Hastings,  Dictionary  uf 
the  Hihle,  au  mot  Communion,  s'exprime  ainsi  sur  wamt:  «  it 
is  usod  in  relation  to  the  Christian  society  to  express  the  idea  of  the 
fellowship  in  which  it  is  united  and  the  acts  of  fellowship  in  which 
the  idea  is  realised.  i>Th.  Harnack,  Der  christliclw  Gemeindgot- 
tesdienst  im  apostolischen  und  altkatholischen  Zeitalter,  in-8', 
Erlangen,  1854,  p.  78  sq.,  se  refuse  à  voir  dans  Act.,  Il,  42,  une  des- 
cription liturgique;  il  interprète  mvuvfa  ausens  de  <ru|iSiWts,  coha- 
bitation mariage.  F.  Probst,  Liturgie  der  drei  ersten  Jahrhun- 
ilerte,  in-8",  Tùbingen,  1870,  p.  23,  entend  nnmia  du  repas  en 
commun  qui  accompagnait  la  SiSagr,  et  la  prière.  —  "Luc,  1,3.  — 
'Act..  xx.  7, 11.  —  7  ICor.,  xi,  18.  a  L'apôtre  distingue  tout  d'abord 
deux  genres  de  réunion,  écrit  M.  Jean  Réville  :  1' vuvipx°p><"»  ftpâv 
iv  t<j  îxxXr,»;»  (y.  18)  ;  2*  uuviç/onivuï  Ici  t6  aùifc  (y.  20)  ;  la  première  a 
pour  objet  l'instruction  et  l'édification  mutuelles,  les  délibérations 
sur  les  affaires  communes  ;  il  s'y  produit  des  dissensions,  des  con- 


ébranler  un  fait  historique.  Ncus  écarterons  donc  Act.,  n, 
42,  de  la  série  des  témoignages  historiques.  Resterait  à 
savoir  la  nature  du  repas  désigné  par  les  mots  :  p.sTaXàjA- 
êavov  Tpoçïiç,  du  verset  46e.  Nous  l'ignorons  et  il  est 
superflu  de  conjecturer.  Nous  avons  placé  ce  texte  en 
premier  lieu,  bien  que  nous  n'ayons  à  son  sujet  aucune 
note  chronologique,  parce  que  sa  place  dans  le  récit  des 
Actes  semble  le  faire  rapporter  aux  années  de  début  ; 
connaissant  par  ailleurs  le  goût  de  l'auteur  des  Actes 
pour  les  chronologies  exactes  5,on  est  fondé  à  croire  qu'il 
a  enregistré  ici  soit  ce  que  ses  souvenirs  personnels, 
soit  ce  que  de  bons  mémoires  lui  avaient  appris.  Le 
deuxième  récit  que  nous  rencontrons  dans  l'ordre  de 
nos  recherches  concerne  le  séjour  de  saint  Paul  à  Troas, 
probablement  en  l'année  58;  c'est  la  même  année  que 
se  place  la  Irc  épitre  aux  Corinthiens  qui  contient  d'im- 
portants détails  pour  notre  sujet.  Voici  ce  qui  se  passa  à 
Troas  :  'Ev  SI  Tr)  [uà  tcôv  actêoâ-tiri  o"-Jvr|yp.Év(ov  f,u,b>v 
xXia-at  ap~ov  ô  IlajXoç  SteXlyeTO  aùtoï;,  uiXXiov  gÇiévai  T*) 
ÈTia-jpiov,  TtapÉTeivév  te  tov  Xôyov  pi/pc  u.so~ovuxtîou... 
xat  xXâ(ja;-rbv  aptovxai  vE'j(râ|XEvoç,  è?  "txavâv  te  optX^aai 
av_pi  otùyïjç,  oÛtw;  JÇîjXôev  6.  «  Le  premier  jour  de  la  se- 
maine nous  nous  assemblâmes  pour  rompre  le  pain,  et 
Paul,  qui  le  lendemain  s'en  devait  aller,  entretint  les 
disciples  et  son  discours  dura  jusqu'à  minuit,...  il  rom- 
pit le  pain,  en  goûta,  et  ayant  parlé  encore  aux  disciples 
jusqu'au  point  du  jour,  il  partit.  »  Ce  texte  ne  parle 
que  de  la  fraction  du  pain  sans  faire  aucune  allusion  au 
souper:  avait-il  lieu  néanmoins9  Nul  n'est  en  mesure  de 
le  dire;  il  laut  remarquer  que  la  réunion  a  lieu  le  soir, 
ce  qui  la  rattache  au  souper  eucharistique  de  la  der- 
nière cène;  en  outre,  dès  cette  époque  on  a  rompu  avec 
la  coutume  judaïque  de  réserver  les  assemblées  au  jour 
du  sabbat;  en  admettant  que  ce  jour  fût  encore  dans 
les  principaux  groupes  chrétiens  jour  de  synaxe  eucha- 
ristie, nous  voyons  qu'il  n'était  plus  le  seul.  La  lettre 
adressée  par  saint  Paul  aux  fidèles  de  Corinthe  ne  laisse 
guère  de  place  à  l'interprétation,  le  texte  suffit  à  tout  : 
IIptôTov  piv  yàp  o-uvEp-/op.Év(i>v  ûuuôv  Èv  ÈxxXir)o-t'i  "  ;  la  réu- 
nion des  chrétiens  a  donc  lieu  dans  un  local  affecté  spé- 
cialement à  cet  usage:  est-ce  un  lieu  unique  ou  bien 
y  a-t-il  plusieurs  de  ces  «  églises  »,  le  fait  importe  peu  ; 
<ruvEpxop.Évd)v  ouv  -Jp.div  àiri  tô  aJTÔ  o-jx  ecttiv  xuptaxbv 
ÔEÎitvov  çayEïv  É'xaaTo;  yàpTÔ  iGiovôe?ir/ov  irpoXauaivïi  £•/ 
T(ô  çayeïv,  xai  8;  p.kv  tteivî,  o;  6è  |xe8jsi.  Mtj  yàp  o!x:a; 
oGx  e-/ets  Et?  t'o  ècrfjtEtv  xa\  itivEivJ  t\  rîje.  èxxXri<j:a;  toj 
ÛeoO  xaTaçpovEÎTE,  xai  xaTaio-y.ûvsTE  tov;  (jlt)  E/ovta;... 
iÔitte,  àÔEXçoi  U.OU,  o-WEpyo'u.Evot  e!(  xô  çayEÏv  aXXr/oj; 
èxSÉxEaOE"  eï  tiç  ueivï,  év  oi'xio  ècôiétio,  îva  ur)  e!;  xptaa 
o-wépxv^fjs8.  «  De  vous  assembler  comme  vous  faites,  ce 
n'est  plus  la  cène  du  Seigneur,  car  chacun  emporte  son 
souper;  de  sorte  que  quelques-uns  n'ont  rien  à  manger 
pendant  que  les  autres  font  grande  chère.  Ne  pouvez- 
vous  pas  boire  et  manger  dans  vos  maisons?  ou  mépri- 


flits  entre  les  doctrines,  les  tendances  diverses  qui  régnent  dans 
l'Église  (y.  18, 19).  La  seconde  est  une  réuni,  n  plus  intime,  où  les 
frères  et  les  sœurs  prennent  leurs  repas  en  commun.  Il  est  possible 
que  ce  soit  dans  un  local  différent,  de  même  que  beaucoup  d'asso- 
ciations religieuses  grecques  avaient  des  salles  spéciales  attenant  à 
leur  sanctuaire,  appelées  Siav5vi<  ou  çu*.t;tt,çi*  ;  mais  rien  n'oblige  à 
admettre  cette  distinction  de  local.  Dans  I  Cor.,  xrv,  'J3.  la  morne 
expression  iuv<j(wtat  f-i  ri  «J-o  désigne  le  local  ou  se  pn  duisent  les 
phi  in. mènes  de  glossolalie,  c'est-à-dire  le  local  des  réunions  reli- 
gieuses. »  Les  origines  de  Vépiscopat,  in-8*,  Paris.  1894,  p.  117. 
—  ■ICor.,  xi,  18,20-22,  33,  34.  La  traduction  française  du  P. 
Amelotte,  adoptée  par  l'Assemblée  du  clergé  de  France,  traduit 
npo'/.BiiSàvii  x.t.v..  par  ces  mots  I  hacun  apporte  son  souper  et  le 
prend  sans  attendre  personne.  Cette  traduction  est  acceptée  par 
un  grand  nombre  de  commentateurs.  Nous  ne  nous  arrêterons  pas 
à  l'opinion  du  D'  Gardner  sur  l'influence  fascinatrice  exercée  par 
les  mystères  d'Eleusis  sur  saint  Paul  pendant  son  I  nlhe. 

P,  Gardner,  The  origin  of  the  Lords  supper,  in-8',  London, 
1893  ;  il  a  été  réfuté  suffisamment  par  Cheetham  :  The  tnysterics, 
pagan  und  Christian,  in-8',  London,  1897. 


785 


AGAPE 


786 


sez-vous  l'Église  de  Dieu?  ou  voulez-vous  faire  rougir 
ceux  qui  n'ont  rien?...  »  L'npôlre  décrit  alors  l'institu- 
tion de  l'eucharistie  par  la  consécration  du  pain  et  du 
calice  dont  la  réception  indigne  eo traîne  condamnation, 
il  continue  «  C'est  pourquoi,  mes  frères,  lorsque  vous 
vous  assemble,  'ins  l'église  pour  manger,  attendez-vous 
les  uns  les  autres;  et  si  quelqu'un  est  pressé  par  la  faim 
qu'il  mange  au  logis.  » 

Nous  devons  tirer  de  ce  texte  les  conclusions  disci- 
plinaires qui  suivent:  Il  y  a  :  1"  faculté  pour  tous  de 
manger  avant  de  se  rendre  à  l'assemblée  ;  2°  obligation 
pour  tous  lorsqu'ils  s'assemblent  de  se  trouver  dans  la 
condition  requise  à  la  célébration  de  la  coma  du  Sei- 
gneur; 3°  condition  qui  consiste  à  attendre  pour  manger 
son  souper  l'arrivée  du  reste  des  membres  de  la  commu- 
nauté; 4°  d'où  l'impossibilité  pour  ceux-ci,  si  la  condition 
n'est  pas  observée,  de  prendre  part  à  la  cœna  puisqu'ils 
n'ont  rien  à  manger  ;  5°  concession  faite  aux  allâmes  de 
prendre  un  acompte  avant  de  quitter  leur  maison.  En 
conséquence  l'assemblée  chrétienne  redeviendra  la  cène 
du  Seigneur  lorsque  chacun  apportant  son  souper,  le 
prendra  après  que  tous  étant  réunis  on  sera  assuré  qu'il 
ne  se  trouve  pas  quelques  frères  n'ayant  rien  à  manger 

Il  ne  semble  pas  que  le  texte  que  nous  éludions  ne 
s'applique  qu'à  l'eucharistie  exclusivement,  puisque  saint 
Paul  écrit:  «  De  vous  assembler  comme  vous  faites  ce 
n'est  plus  la  cène  du  Seigneur,  car  chacun  apporte  son 
souper  et  le  prend  sans  attendre  personne  '  ;  »  or  on  ne 
saurait  dire  que  la  cène  consiste  à  manger  les  mets  ap- 
portés après  que  tous  sont  arrivés,  en  ce  cas  chacun 
apporterait  donc  l'eucharistie.  Mais  si  chacun  apporte 
l'eucharistie,  c'est-à-dire  le  pain  et  le  vin  de  l'oblation. 
qu'il  consomme  sans  plus  attendre,  alors,  ou  bien  il  anti- 
cipe sur  la  consécration  et  il  n'y  a  pas  eucharistie,  ou 
bien  il  attend  qu'elle  soit  prononcée,  et  en  ce  cas  ceux 
qui  la  consomment  à  ce  moment  font  la  communion  et 
on  ne  saurait  leur  demander  d'attendre  plus  longtemps. 
Il  s'agit  donc  ici,  selon  nous,  d'un  souper  où  chacun, 
sauf  les  frères  trop  pauvres,  apportait  sa  quote-part;  ce 
souper  comportait  le  boire  en  le  manger  en  telle  quantité 
qu'on  pût  s'y  enivrer  —  y.où  oç  jxèv  icecvS,  o;  cï  [ie6-jet  — 
et  il  se  faisait  dans  l'église;  on  ne  devait  le  commencer 
qu'après  que  tous  les  fidèles  étaient  réunis  et  pourvus 
de  vivres.  Aller  au  delà  n'est  pas  pure  conjecture;  les 
textes  que  nous  citerons  plus  loin,  quoique  appartenant 
à  une  époque  moins  reculée,  nous  montrent  dans 
l'Église  la  pratique  très  répandue  d'un  souper  semi- 
liturgique  pris  en  commun  et  dont  la  loi  fondamentale 
est  l'égalité  de  traitement  entre  les  convives  et  la  fruga- 
lité des  mets  qu'on  y  prend;  il  est  permis  de  croire  que 
cette  interprétation  d'une  coutume  plus  ancienne  gar- 
dait encore  quelques  traits  primitifs. 

A  Corinthe  comme  à  Jérusalem  nous  voyons  fonction- 
ner une  institution  comportant  deux  actes  distincts,  un 
repas  en  commun  et  une  communion  eucharistique.  Une 
autre  phrase  de  la  même  lettre  aux  Corinthiens  va  peut- 
être  nous  fournir  une  preuve  nouvelle  de  ce  souper 
en  nous  révélantlecaractèredesréunionseucharistiques. 
Observons  d'abord  que  le  texte  Act.,  Il,  42,  tendrait  plutôt 
à  insinuer  un  banquet  xoivuvt'a  et  que  le  texte  Act.,  xx,  7, 
11,  ne  le  mentionne  pas  et  ne  le  nie  pas:  il  n'en  dit  rien  ; 
des  lors  il  nous  reste  Act.,  n,  4G,  qui  ne  nous  apprend 
rien  sur  le  caractère  ou  la  tendance  des  réunions  litur- 
giques à  Jérusalem  et  I  Cor.,  xi,  18  sq.,  qui  nous  parle 
avec  détail  de  ces  réunions  à  Corinthe,  mais  qui,  isolé 
de  tout  autre  récit  anecdotique,  se  trouve  être  unique  et 
ne  peut,  par  conséquent,  être  utilisé  qu'avec  les  plus 

1  On  ne  s'expliquerait  guère  que  l'apôtre  dise  que  si  quelqu'un 
a  trop  grand'faim  pour  attendre  l'heure  de  l'assemblée  il  peut  man- 
ger au  logis  en  attendant  ce  souper,  car  en  aucun  temps  l'eucha- 
ristie proprement  dite  n'a  pu  être  considérée  comme  un  aliment 
suffisant  pour  apaiser  la  faim  de  ceux  qui  avaient  la  force  d'attendre 
jusqu'à  ce  moment.  Cf.  F.  X.  Funk.  dans  la  Revue  d'hist.  eccl.,  1903, 


expresses  réserves.  Or  nous  lisons  que  Jésus,  tandis  qu'il 
instituait  l'eucharistie,  dit  ces  paroles  :  àraxi;  yàp  £àv 
âcrOiTiTe  tov  àprov  toûtov  xatTÔ  TtOTvip;ov  Ttiviyce,  tov  Odcva^ov 
:(.•-  i\.niw>  ycaTayyéXXsTE,  ct/pt  oj  'ùA-r\'1,  «  car  toutes  les 
fois  que  vous  mangerez  ce  pain  et  que  vous  boirez  ce 
calice,  vous  annoncerez  la  mort  du  Seigneur,  jusqu'à 
ce  qu'il  vienne.  »  Voici  donc  le  caractère  des  assemblées 
chrétiennes  dans  ht  pensée  de  Celui  qui  les  a  instituées; 
ce  sont  des  commémoraisons  funèbres  du  fondateur.  Il 
a  choisi  lui-même  le  mode  employé  très  généralement 
de  son  temps,  nous  l'avons  montré,  le  banquet  funèbre, 
pour  grouper  ceux  qui  sont  demeurés  fidèles  à  Celui  qui 
n'est  plus  parmi  eux.  Nous  aurions  donc  ici  une  forte 
raison  de  voir,  sans  écarter  l'idée  de  la  pàque  dans  les 
réunions  décrites  plus  haut,  un  véritable  banquet  funèbre 
comprenant  un  repas  frugal  et  profane  et  un  repas  sacré 
qui  était  véritablement  le  but  de  la  réunion,  la  réception 
du  corps  et  du  sang  fie  Jésus  faite  «  en  mémoire  de  Lui  », 
î!;  tv]v  è;j.r|V  àvà|xv/]aiv  3,  et  annonçant  sa  mort,  tov  Oâvoctov 
zaTayyÉXXsTE4. 

Il  faut  bien  se  garder  d'attacher  une  idée  de  tristesse 
au  souper  eucharistique  tel  que  nous  croyons  pouvoir 
l'envisager,  comme  banquet  funèbre.  La  mort  n'offrait 
pas  aux  chrétiens  les  pensées  lugubres  qu'elle  éveillait 
chez  les  païens5;  loin  d'en  repousser  l'image  ils  en  sou- 
haitaient la  réalité  afin  d'être  plus  tôt  réunis  au  Christ. 
Du  reste  le  côté  mélancolique  de  cette  commémoraison 
de  la  passion  du  Christ  était  compensé  par  le  reflet 
joyeux  qu'y  mettait  le  souvenir  de  la  résurrection  et 
l'une  et  l'autre  devenaient  inséparables  comme  nous  pou- 
vons en  juger  par  la  substitution  du  dimanche  au  sab- 
bat. L'assemblée  chrétienne,  ainsi  que  nous  l'avons  dit. 
se  tenait  vers  le  soir  et  se  prolongeait  fort  avant  dans 
la  nuit,  le  souper,  la  prédication,  la  prière,  la  fraction 
du  matin  demandaient  de  longues  heures;  commencée 
le  samedi,  alors  que  les  souvenirs  pouvaient  se  reporter 
sur  le  sabbat  qui  suivit  la  mort  de  Jésus,  la  cérémonie 
s'achevait  le  dimanche,  à  l'aurore,  c'est-à-dire  au  jour 
et  à  l'heure  qu'avait  glorifiés  la  résurrection  du  Christ, 
et  ici  encore  le  rapprochement  s'imposait.  Le  banquet 
funèbre  eucharistique  annonçait  donc  bien  «  la  mort  du. 
Sauveur  jusqu'à  ce  qu'il  vienne  ».  La  pensée  de  Jésus 
avait  été  bien  comprise.  Nous  pouvons  rapporter  ici  à 
titre  de  curiosité  une  hymne  qui  a,  dit-on,  été  chantée 
par  le  Christ  et  ses  disciples  lors  du  souper  pascal  ;  s'il 
en  était  ainsi  il  serait  assez  probable  que  celte  pièce  aura 
trouvé  place  parfois  dans  le  banquet  funèbre  eucharis- 
tique6. Saint  Augustin  rapporte  que  les  Priscilliens 
attribuaient  au  Sauveur  cette  composition,  Hymnus 
sane,  quem  dxcunl  esse  Don  Uni  nostri  Jesu  Christi,... 
in  scripturis  solet  apocryphis  inveniri.  Habes  verba 
eorum  ita  posita  :  «  Hymnus  Doniini  quem  dixit  secrète 
sanclis  apostolis  discipulis  quia scriptum  est  in  evange- 
lio:  flymno  diclo  adscendit  in  montem,  et  qui  in  ca- 
none  non  est  positus,  propter  eos,  qui  secundum  se  sen- 
liunt  et  non  secundum  spirituni  et  veritatem  Dei,  eo, 
quod  scriptum  est  :  sacramentum  régis  bonuni  est 
abscondere  ;  opéra  auteni  Dei  revelare  honori/icum 
est.  »  In  isto  hymno  cantalur  et  dicitur; 

Solvere  volo  et  solvi  volo, 

Salvare  volo  et  salvari  volo, 

Generari  volo  et  generare  volo, 

Cantare  volo  et  cantari  volo, 

Ornare  volo  et  ornari  volo, 

Luccrna  sum  tibi,  ille  qui  me  vides, 

Janua  sum.  tibi,  quicunque  me  puisas, 

Qui  villes  quod  ago,  tace  opéra  mea,  etc.  '. 

Verbo  illusi  cuncta  et  non  sum  iliasus  in  totum. 

p.  7  sq.  —  2I  Cor.,  XI,  26.  —  3  I  Cor.,  XI,  25.  —  '  I  Cor.,  XI,  26.  — 
»  A.  de  Ridder,  De  l'idée  de  la  mort  en  Grèce  à  l'époque  classique, 
in-8%  Paris,  1896.  —  "Nous  citons  cette  pièce  à  cause  de  son  attesta- 
tion antique,  mais  sans  prétendre  écarter  les  psaumes  cxm,  CXVIII, 
qui  paraissent  avoir  eu  leur  place  dans  le  rituel  pascal.  —  '  S.  Augus- 
tin, F.pist, ccxxxvn,  ad  Ceretium.P.  L..t.  xxxm, col.  10344038. 


181 


AGAPE 


788 


Nous  avons  une  version  grecque  de  cette  hymne  plus 
complète  que  la  précédente.  Elle  faisait  partie  du  dia- 
logue intitulé  :  AtâX£!;i;  'IovSafou  xai  XpioxiavoG  et  elle 
fut  lue  devant  les  Pères  du  IIe  concile  de  Nicée  par  le 
diacre  Épiphane,  mandataire  de  l'évêque  Thomas,  de 
Sardaigne  *  : 

IIp\v  Si  <mX).7)<p8r|vai  aùxôv  ûtcÔ  xâiv  àv<5(j.o)v  xai  Ûtcô 
<xv<5p.ou  oçea);  vo|jlo6exou(i.évu>v  'Iouêac'uv  (Tuyayayù>v  7râvxa; 
Ti(iâÇ  É'çy).  IIpiv  (ae  Èxeivoiç  TrapaooSîjvai  v|xvt|0-0[iev  xbv 
TtaxÉpa  xal  oûxu>;  i|éX6a>u.ev  liti  xb  ixpoxEi[j.Evov.  KeXeûaa; 
ouv  T|p.iv  yûpov  7roir](jai  aTtoxpaxoûvxwv  xàç  àXXiiXwv  yeïpaç, 
âv  p.iau>  Se  aùxô;  yE^ôpiEvoç  ËXeyE  xb  'A(j.t)v,  ÉTraxouExÉ  (xov- 
"Hp£axo  oùv  vpLveïv  xa'i  Xéyeiv 

AdÇa  soi,  nârsp 

xai  Yi|xeï;  xuxXeuovxeç  èTnr)xovou.Ev  avx<î>  xb,  'Ap.7]v. 

AoÇa  (roi,  AoyE 

Ab!;a  <rot,  x°<pi;"  'A(iT|v. 

Aô£a  trot,  xb  IlvEj|j.a-   'Au.tjv. 

Aô£a  «roi,  âyiE, 

A6£a  <rov  ttj  Sd^-   'A|xt|v, 

'Aivoûp-év  (7t,   Ilàxep 

'Euj(ap[(TTOÛ(j:Év    (701,     Cfâ);, 

'Ev  tô  ctx(5to{  O'Jx  oïxeï"   'A(Ar,v 
'Eip'  <p  6ê  EÙx«pt<rxoOp.£v,  Xévo) 
2a>6r)vai  6ÉX<i)  xai  <7tô<7ai  6éX(o-  'A[iT|v, 
AuÔTJvai  OeXii)  xai  Xûo-ai  ÔÉXw  'Ajjltiv. 
Tpwôîivai  8éXa)  xai  xpûiffat  6ÉXur    'Apurçv. 
«bàyEiv  6éXa>  xai  ppuO^va'.  8éXw  'A(i-^v. 
'Axoueiv  SÉXio  xai  àxo'j£cr6ai  6ÈXw  'A|A»jv. 
Nor|6î)vai  6ÉXu),  voûç  u>v  ôXo;-    'A|j.T|V 
AoOo-ao-Ôai  BàXto  xal  Xoueiv  6éXuv   'Ap.rçv. 

'H   x<*Plî  X°P£^£' 

'AviX-rjirai  OÉXa>  ôpy^a-aoilE  Tràvxe;-   'Ap.Y|v. 

©pr)VT|<Tai  6ÉX10  xO'|/ao6E  TtâvxEc-  'Ap.T|V 

•xai   (iEÔ'ÊTEpa.    Taûxa,   àyaTtryroi,   x0?6'-"3,8»    V-^'    'iM-wv    o 
Kûpioç,  èÇrjXÔÊ,  xai  TjfUîç  (i><77tEp  ixXavr)0£vxE;. 

«  Avant  que  Jésus  fut  arrêté  par  les  impies  et  par  les 
Juifs  qui  reçoivent  la  loi  de  Satan,  il  nous  réunit  tous  et 
dit:  Avant  que  je  leur  sois  livré  chantons  une  hymne 
au  Père,  nous  irons  ensuite.  Alors  il  nous  fit  former  le 
cercle,  nous  tenant  par  la  main,  lui  était  au  milieu  et 
disait:  Amen,  obéissez-moi;  et  il  commença  l'hymne; 
Gloire  à  toi,  Père,  et  nous  qui  l'entourions  lui  répon- 
dions :  Amen.  —  Gloire  â  toi,  Verbe  ;  gloire  à  toi,  grâce. 
Amen.  —  Gloire  à  toi,  Esprit;  gloire  à  toi,  saint  ;  gloire 
à  ta  gloire.  Amen.  —  Nous  te  louons,  Père  ;  nous  te 
rendons  grâce,  lumière  en  qui  les  ténèbres  ne  demeu- 
rent pas.  Amen.  —  De  celui  de  qui  nous  rendons  grâce, 
je  parle:  être  sauvé  je  veux,  et  sauver  je  veux.  Amen. 
—  Etre  délivré  je  veux,  et  délivrer  je  veux.  Amen.  — 
Être  blessé  je  veux,  et  blesser  je  veux.  Amen.  —  Naitre 

*  Hardouin,  Concilia,  in-fol.,  Parisiis,  1715.  t.  IV,  p.  298  ;  Mansi, 
Concil.  ampl.  coll.,  t.  xm,  col.  169.  Cf.  J.  G.  Morlin,  De  origine 
agaparum  vet.  Christ.,  dans  Volbeding,  Thés,  comment.,  in-8\ 
Lipsiae,  1849,  t.  n,  p.  189-190  ;  Th.  Zahn,  Acta  Joannis,  in-8-,  Er- 
langen,  1882,  p.  220-221  ;  P.  Batiffol,  dans  le  Dictionnaire  de  la 
Bible,  au  mot  Actes  apocr.  des  apôtres,  1. 1,  col.  160:  a  on  dirait  un 
hymne  orphique.  »  —  *  Jud.,  1. 12.  Le  codex  Alexandnnus  et  le  co- 
dex Ephrsemi  donnent  la  leçon  4*<zt«-;  au  lieu  de  d-d-an.  néan- 
moins cette  dernière  leçon  a  prévalu  ;  cf.  B.  Weiss.  Die  katholischcn 
Briefe.  Texlkritische  Unlersuchungen  und  Textherstellung, 
in-8-,  Leipzig,  1892,  p.  226  ;  Alford,  The  Greek  Testament,  in-8\ 
London,  1862,  t.  IV,  p.  536;  E.  Nestlé,  Xovum  testam .  grsece ,  in-18, 
Stuttgart,  1898,  p.  610;  Fr.  Brandscheid,  Nov.  test.  gr.  et  lot.,  in-18, 
Friburgi,  1901,  2'  part.  p.  656;  R.  Edw.  Hayes  Plumptre,  dans 
Dictionary  of  Christian  atUiquities,  au  mot  Agape,  t.  i,  p.  40: 
«  The  balance  of  textual  authority  incline  in  favour  of  Ifina^  ra- 
ther  than  anime;  ;  »  A.  Plummer,  The  expositor's  bible.  The  gê- 
nerai episttes  of  St.  James  and  St.  Jude,  in-12,  London,  1899, 
p.  427  :  «  We  hâve  hère  iv  Tar;  ivdtiai;...  niX4ti<  ;  but  in  II  Pet.,  il, 
13,  ntiXai...  iv  t«î;  àri-ra:;  (with  àvizan  as  a  various  reading  pro- 
bably  taken  from  this  passage)  ;  »  R.  Ch.  Bigg,  A  critical  and  exe- 
getical  commentar  onthe  epistles  ofSl.  Peter  and  St.  Jude,  in-S', 


je  veux,  et  engendrer  je  veux.  Amen.  —  Manger  je  veux, 
et  être  nourri  je  veux.  Amen.  —  tntendre  je  veux,  et 
être  entendu  je  veux.  Amen.  —  Être  [compris  je  veux, 
étant  tout  entier  intelligence.  Amen.  —  Ltre  lavé  je  veux, 
et  laver  je  veux.  Amen.  —  La  Grâce  est  notre  chorège  : 
chanter  je  veux;  dansez  en  chœur,  tous!  Amen.  —  Je 
veux  être  pleuré,  pleurez  tous.  Amen.  —  Je  suis  ta  lu- 
mière, toi  qui  me  vois.  —  Je  suis  ta  porte,  toi  qui  me 
heurtes.  —  Toi  qui  vois  ce  que  je  fais,  tais  mes  actions.  — 
J'ai  plaisanté  sur  tout  et  je  n'ai  été  plaisanté  en  rien.  » 

Le  dernier  texte  que  nous  rencontrons  parmi  les  écrits 
des  apôtres  ayant  trait  au  souper  tunèbre  eucharistique 
est  l'épitre  de  saint  .lude  à  laquelle  on  peut  attribuer  la 
date  de  l'année  b5.  L'apôtre  y  dénonce  certains  fidèles 
relâchés  qui  suivent,  dit-il,  la  voie  de  Caïn,  l'égarement 
de  lialaam.  la  révolte  de  Coré:  ils  sont,  ajoute-t-il,  des 
écueils  dans  vos  agapes,  faisant  impudemment  bonne 
chère,  se  repaissant  eux-mêmes:  oùxoi  e'io-iv  ol  êv  xaï; 
ayàîiatî  ù|A<ôv  (77tiXà8E;  o-'jvev(oxovu.£voc,  açoëio;  éauxoù; 
Ttoiuat'vovTE;2.  La  dépendance  que  l'on  a  cru  trouver  entre 
ce  texte  et  celui  de  II  Pet.,  II,  13,  ne  suffit  pas  à  altérer  la 
lecture  àyàuai;  et  à  entamer  le  sens  du  texte  dont  elle 
fait  partie.  Elle  n'a  d'ailleurs  qu'une  importance  secon- 
daire, puisque  les  destinataires  de  l'épitre  ne  sont  pas 
connus3,  et  qu'elle  signale  un  désordre  nettement  décrit 
par  la  lettre  à  l'Église  de  Corinthe  et  confirme  ce  que 
celle-ci  nous  apprenait,  à  savoir  que  moins  de  trente  an- 
nées après  la  première  prédication  du  christianisme 
une  de  ses  pratiques  semblait  prêter  par  sa  nature  même 
à  de  graves  abus;  lors  des  réunions  des  fidèles  il  se 
trouvait  à  Corinthe  et  ailleurs  des  chrétiens  transfor- 
mant le  repas  funèbre  eucharistique  en  un  souper 
luxueux  et  bruyant,  se  souciant  assez  peu  des  frères  pour 
commencer  le  banquet  sans  les  attendre  et  consommer 
eux-mêmes  tous  leurs  vivres.  Ce  que  notre  dernier  texte 
nous  apprend  de  plus  intéressant,  c'est  lu  nom  que,  dès 
lors,  on  donnait  au  repas  de  corps  qui  précédait  la  con- 
sécration eucharistique  ;  ce  n'est  ni  le  sih  •emium  ni  le 
«  sussite  »  ni  le  souper  orgéonique,  le  nom  adopté  était 
des  plus  heureux,  on  appela  ces  soupers  fraternels  des 
«  agapes  »,  d'un  mot  grec  qui  voulait  dire  «  affection  s. 

IV.  Ce  qu'a  pu  être  l'acape  primitive.  —  Il  est  remar- 
quable que  l'agape,  malgré  la  sainteté  de  son  origine  et 
l'éminente  vertu  de  tant  de  chrétiens  de  ce  temps,  nous 
apparaisse  dans  deux  textes  qui  nous  la  signalent  et  la 
décrivent  sur  trois  qui  nous  en  parlent,  comme  déjà 
atteinte  par  de  graves  abus;  il  n'y  a  pas  lieu  toutefois 
d'en  montrer  de  la  surprise  si  on  considère  que  l'insti- 
tution offrait  beaucoup  de  points  de  ressemblance  avec 
les  institutions  analogues  du  monde  antique.  Parmi 
ceux  qui  prenaient  part  à  l'agape  il  n'était  presque  per- 
sonne qui  n'ait  fait  partie  des  éranes  ou  thiases  dont 
chaque  ville  ou   peu    s'en   faut  était  pourvue*,    de  là 

Edimbourg,  1901 ,  p.  333  :  «  &Tà,«,<  is  undoubtedly  the  right  reading.  > 
—  *  Peut-être  la  lettre  était-elle  k  destination  d'une  Église  de  Sy- 
rie, c'est  du  moins  l'hypothèse  la  plus  recevable  en  l'état  de  la 
critique.  —  »R«ss,  Inscr.  grspe.  inédite,  in-4\  Naupliae,  1834, 
lasc.  2.  n  282.  291,  292;  Hamilton,  Researches  in  Asia  Minor, 
Pontus  and  Armenia,  in-4',  London,  1842,  t.  Il,  n.  301  ;  Corp. 
inscr.  grxc.,1.  I,  n.  120,  126  ;  Nd|»os  if«v[i<r]Tiv.   —  [Mr,]Si«'<  Hi<m. 

i-ftllvai  n";  tt,v  <rt|ivoTaTrtv  ffjvoSov  T«»  ipaviffTo«v  npiv  a*  oott|Aa«TvlT]  lï 
f«rctv  â[*vjb;  «ai  iùffi6T,(  val  ày[aft]d;'  Soxi^aÇtTw  Si  o  wpoerctTT;  xaï  • 
ipjupavKTTT,;  xai  ô  -paf*(i«Tiù;  xaï  oî  Tauiat  xaï  <rù*$ixoi,  t.  II,  n.  2525  0, 

2562;  Rhangabé,  Antiquités  helléniques,  in-4\  Athènes,  1842, 
n.  811;  'Eo»£n  pr,  lutt/nx  «ixoùt  «iio>  toù  ipd[.]ou.  it,  «r,  tivi 
<up.6t,:  r,  Std  «i[vtscj  f,  S.*  »ltvu«v  4io>.ii5«i!vai  ;  G.  Hemen,  In- 
script, antiq.  ampliss.  coll.,  ln-8*,  Tunci.  1856,  n.  6062  ;  Revue 
archéoL,  nov.  1864,  p.  397  sq.,  460  sq.  :  juin  1865,  p.  451-452, 
497  sq.;  sept.  1865.  p.  214  sq.  ;  Digeste,  1.  XLVIII.  tit.  xxn.  De 
coll.  et  corp.,  4;  Pline,  Epist.,  x,  93,  94.  Pans  la  seule  Ile  de 
Rhodes  il  y  eut  jusqu'à  dix-neuf  de  ces  confréries.  C.  Wescher, 
dans  la  Rev.  archeol.,  déc.  1864.  p.  460  sq.  ;  à  Éphèse,  le  palais 
Impérial  en  comptait  cinq.  Corp.  inscr.  kit.,  t.  m.  n.  6077.  l'ne 
bonne  étude  sur  les  associations  religieuses  antiques  se  lit  dans 
G.  Boissier,  La  religion  romaine,  in-8*,  Paris,  1874,  t.  Il,  p.  277-342. 


789 


AGAPE 


790 


une  tendance  à  transporter  dans  Ja  réunion  chrétienne 
des  habitudes  prises  dans  les  confréries  païennes  '. 
C'est  d'après  cette  analogie  des  institutions  que  nous 
pouvons  tenter  de  ressaisir  quelques  traits  de  l'agape 
chrétienne  primitive  ;  il  faut  se  montrer  néanmoins  ici 
très  réservé,  nous  ne  présentons  aucun  de  ces  traits 
•comme  ayant  fait  historiquement  partie  des  soupers  des 
fidèles,  mais  à  défaut  de  la  certitude,  ils  offrent  une 
vraisemblance  dont  il  appartient  à  chacun  d'être  juge. 
Les  confréries  grecques  étaient  encore  au  début  de 
notre  ère  des  associations  estimables  et  prospères,  pour- 
vues d'une  administration  et  d'un  corps  de  dignitaires, 
les  «  clérotes»,xXrîp<oToc,d'où  le  «  clergé  «chrétien,  xXripoç, 
peut  avoir  tiré  son  nom.  Les  dignitaires  avaient  un  prési- 
dentélu  et  tous  ensemble  discutaient  les  titres  d'admission 
des  récipiendaires  de  qui  on  exigeait  «  sainteté,  piété, 
bonté  »  -.  Les  sociétaires,  hommes  et  femmes,  avaient 
-des  réunions  absolument  secrètes,  un  règlement  sévère 
y  maintenait  l'ordre 3  ;  ils  célébraient  ensemble  certaines 
fêtes  par  des  banquets  où  régnait  la  cordialité4.  Ces  as- 
sociations trouvaient  une  grande  faveur  dans  les  classes 
déshéritées  parmi  lesquelles  elles  se  recrutaient  prin- 
cipalement s  et  auxquelles  elles  servaient  de  famille; 
mais  les  patriciens  montraient  peu  de  goût  pour  les  con- 


*  Il  ne  faut  pas  juger  de  l'agape  d'après  les  collegia  un  peu 
dégénérés,  mais  d'après  les  collegia  irréprochables,  car  toute 
nouvelle  confrérie  prétend  bien  bannir  les  abus  qui  se  passent  ail- 
leurs, dans  les  autres  confréries.  Ce  sont  ces  abus,  introduits 
■dans  les  collèges  d'agapes  comme  dans  les  autres,  par  le  fait  des 
sociétaires  peu  scrupuleux,  qui  provoquent  les  admonestations  des 
apôtres  saint  Paul  et  saint  Jude;  il  est  clair  néanmoins  que  ces 
réprimandes  sont  purement  locales  et  n'atteignent  pas  l'institution. 
On  peut  leur  comparer  les  textes  suivants  qui  montrent  également 
les  abus  de  ces  collèges  et  nous  mettent  sur  la  voie  de  ceux  qui 
troublaient  les  agapes.  Aulu-Gelle,  Noctes  attiese,  1.  II,  c.  xxvi  : 
Jurare  apud  consules  verbis  conceptis  non  amplius  in  singu- 
las  cœnas  esse  facturas  quam  centus  vicenosque  seris  prxter 
olus  et  far  et  vinum...  neque  argenti  in  convivio  plus  pondo 
quam  libras  centumillaturos.  Varron,  De  re  rustica,  m,  2-16: 
Quotus  enim  quisque  est  annus  quo  non  videas  epulum  aut 
triumphum  aut  collegia  non  epulari,  qux  nunc  innumerabi- 
lem  incendunt  an/ionam.  Sed  propter  luxuriam,  inquit,  quo- 
dani  modo  epulum  cotidianum  est  intra  januas  Romx.  Citons 
encore  l'inscription  d'Alburnus  en  Pannonie,  Corp.  inscr.  lat., 
t.  m,  p.  924  :  Descriptum  et  recognitum  fractura  ex  libello  qui 
propositus  erat  Alb[urno]  majori  ad  statione[m]Resculiinquo 
scriptum  erat  id  quod  in[fra]  scriptum  est.  Arternidorus 
Appolloni  magister  collegi  Jovis  Cerneni  et  Valerius  Niconis 
et  Offias  Monofili,  qu\a]estores  collegi  ejusdem  posito  hoc  libello 
publiée  testantur  :  ex  collegio  supra  s[cripto]  ubi  erant  ho[mi- 
nes]  uni.  ex  eis  non  plus  remansisse  ad  Alb[urnum]  quam 
h[omines\  xvu ;  Julium  Juli  quoque  commagistrum  suum  ex 
die  maqisteri  sui  non  accessisse  ad  Alburnum  neq[ue]  in  col- 
legio :  seque  eis  qui  prxsentes  fuerunt,  rationem  reddidisse  ; 
et  si  quid  eorum  \h]abuerat  reddidisset  sive  funeribus  et  cau- 
tionem  suam  in  qua  eis  caverat  recepisset,  modo  que  autem 
neque  funeraticio  sufficerent  neque  loculum  [h]aberet  neque 
quisquam  tam  magno  lempore  diebus  quibus  legi  [se.  collegiï\ 
continetur,  convenire  voluerint  aut  conferre  funeraticia  sive 
munera  :  se  que  \id]  circo  per  hune  libellum  publiée  testantur 
[testari]  ut  si  quis  defunctus  fuerit  ne  putet  se  collegium  [h]a- 
bere  aut  ab  eis  aliquem  petilionem  funeris  habiturum.  Pro- 
positus Alb\ur>w]  majori  V.  Idus  Febr.  Imp.  L.  Aur[elius] 
Vero  m  et  quadrato  es.  Actum  Alb[urno]  majori.  Philon,  In 
Flaccum,  47,  se  plaint  des  thiases  d'Alexandrie  dans  lesquels  il 
note  des  abus  analogues  à  ceux  de  Corinthe.  Aristote,  Ethiq. 
à  Nicomaque,  1.  VIII,  ix,  7,  observe  qu'un  grand  nombre  se  font 
introduire  dans  les  thiases  pour  se  procurer  des  plaisirs.  Cl.  Ins- 
cript, de  Lanuvium,  Corp.  inscr.  lat-,  t.  xiv,  n.  2112.  —  tCorp. 
inscr.  grxc,  t.  i,  n.  126.  Cf.  Bévue  archéol.,  sept.  1865,  p.  216; 
P.  Foucart,  Des  associations  relig.  chez  les  Grecs,  in-8%  Paris, 
1873,  p.  146,  202;  J.  F.  Keating,  The  Agape,  in-12,  London, 
1901,  p.  7  ;  Liebenam,  Gesch.  der  Rômischen  Vereinswesen, 
in-8%  Leipzig,  1890,  p.  171,  note.  —  3  C.  Wescher,  dans  les  Ar- 
chives des  miss,  scient.,  II*  série,  t.  i,  p.  432  ;  Rev.  archéol., 
sept.  1865,  p.  221-222  ;  Corp.  inscr. grxc,  t.  n,  n.  2271,  lignesl3-14  ; 
J.  Reville,  Les  premières  communautés pauliniennes  ont-elles 
été  des  ér ânes  ou  des  synagogues?  dans  les  Origines  de  l'épis- 


fréries6  et  l'État  romain  se  préoccupa  surtout  d'entra- 
ver leur  développement.  Un  décret  porté,  semble-t-il, 
sous  Auguste,  régla  le  nouveau  droit  d'association.  Dé- 
sormais les  collegia  ne  pouvaient  subsister  qu'à  la  con- 
dition d'être  exclusivement  funéraires  7.  Malgré  ces  me- 
sures oppressives  ils  regorgaient  d'associés,  esclaves8, 
vétérans9,  gens  de  peu10.  L'égalité  y  régnait  entre  les 
personnes  libres,  les  affranchis  et  les  esclaves",  les 
femmes  y  étaient  en  grand  nombre  '-.  Les  réunions  de  la 
confrérie  étaient  un  délassement  pour  ces  pauvres  gens, 
mais  les  repas  surtout  leur  étaient  une  joie  sans  mé- 
lange. L'inscription  de  Lanuvium  nous  initie  aux  petits 
détails  de  ces  fêtes,  fixées  à  certains  jours  de  fête  patro- 
nale et  aux  anniversaires  de  quelques  confrères  bien- 
faisants 13.  Chacun  apportait  sa  quote-part;  un  des  con- 
frères, parmi  ceux  qui  jouissaient  de  quelque  aisance, 
fournissait  à  tour  de  rôle  les  accessoires  du  souper, 
savoir  les  lits,  la  vaisselle,  le  pain,  le  vin,  les  sardines, 
l'eau  chaude14.  Afin  de  garder  au  souper  son  caractère 
amical  il  était  interdit  d'y  traiter  d'aucune  affaire  rela- 
tive au  collège  15  et  toute  parole  désagréable  était  punie 
d'une  amende  16.  Il  faut  croire  que  le  type  des  associa- 
tions et  des  réunions  différait  assez  peu  de  celui  des 
éranes  ou  thiases  puisque  Lucien,  toujours  si  bien  in- 


copat,  in-8%  Paris,  1894,  p.  180  sq.  Au  i"  siècle  de  notre  ère 
les  distinctions  entre  thiases  et  éranes  avaient  disparu.  Cf.  G. 
Heinrici,Die  Christengemeinde  Kurinlhs  unddie  religiôsen  Ge- 
nossenschaften  der  Griechen,  dans  Zeitschrift  fur  wissen- 
schaftl.  Théologie,  1876,  p.  465  sq.  ;  Id.,  Zur  Gcschichle  der 
Anfànge  paulinischer  Gemeinden,  même  revue,  1877,  p.  89 
sq.  ;  Id.,  Das  erste  Sendschreiben  des  Apostel  Paulus  an  die 
Coritithcr,  in-8%  Berlin,  1880;  E.  Hatch,  The  organisation 
of  the  early  Christian  Churches,  in-8',  London,  1881,  p.  29; 
H.  Weingarten,  Die  Umwandlung  der  ursprunglichenGemein- 
deorganisation  zur  katholischen  Kirehe,  dans  Von  Sybel's 
historische  Zeitschrift,  1881,  p.  441  sq.  Les  thiases  qui  n'avaient 
pas  un  caractère  national  étaient  ouverts  à  tous  :  «  L'admission,  et 
l'admission  sur  le  pied  d'égalité,  d'étrangers  de  toute  condition, 
libres  on  non,  était  une  condition  nécessaire  de  la  prospérité,  de 
la  vie  même  des  thiases,  de  ceux  du  moins  dont  le  culte  s'adres- 
sait à  quelqu'une  des  grandes  divinités  de  l'Orient.  Il  fallait  bien 
qu'ils  s'ouvrissent  à  la  foule  des  métèques  et  des  esclaves  d'origine 
barbare,  qui  sans  cela  se  seraient  trouvés  sans  dieux  et  sans  culte.  » 
M.  Clerc,  Les  métèques  athéniens,  in-8',  Paris,  1893,  p.  126.  Sur 
la  participation  des  femmes  aux  thiases,  cf.  Foucart,  loc.  cit., 
p.  10,  21,148  sq.  ;  C.  Wescher,  dans  la  Revue  archéol.,  1865, 
p.  226.  —  'Aristote,  Morale  à  Nicomaque,  VIII,  ix  ;  Plutarque, 
Quest.  grecques,  n.  44.  —  'Rapprochez  ce  que  dit  saint  Paul, 
I  Cor.,xi,  21  :  quelques-uns  n'ont  rien  à  manger  (pour  l'agape),  pen- 
dant que  les  autres  font  grande  chère.  —  8  Dion  Cassius,  Hist. 
rom.,  I.  LU,  c.  xxxvi  ;  1.  LX,  c.  vi.  —  ,'  Kaput  ex  S.  C.  P.  R. 
Quibus  coïre,  convenire,  collegiumque  habere  liceat .Qui stipem 
menstruam  conferre  volent  in  funera,  ii  in  collegium  coeant, 
neque  sub  specie  ejus  coltegit  nisi  semel  in  merise  coeant  con- 
ferendi  causa  unde  defuncti  sepeliantur.  Inscription  de  Lanu- 
vium, 1"  colonne,  lignes  10-13,  dans  Mommsen,  De  collegiis  et 
sodaliciis  Romanorum,  Kiliae,  1843,  p.  81-82,  et  Orelli,  loc.  cit., 
n.  6086;  Digeste,  1.  XLVII,  tit.  xxn,  1.  Parfois  les  collèges 
demeuraient  ilticita  et  passibles  des  peines  édictées  par  la  loi, 
mais  il  dépendait  des  magistrats  de  les  leur  appliquer.  Cf.  P.  Wil- 
lems,  Les  élections  municipales  à  Pompéi,  in-8*,  Paris,  1887.  — 
8  Inscr.  de  Lanuvium,  2"  colonne,  lignes  3,  7  ;  Digeste,  1.  XLVTI, 
tit.  xxii,  3.  —  'Digeste,  1.  XLVII,  tit.  xi,  2.  —  <"  Digeste,  1.  XLVII, 
tit.  xxn,  1,  3.  —  "  Heuzey,  Mission  archéol.  en  Macédoine, 
in-8%  Paris,  p.  71  sq.  ;  Orelli,  Inscr.  latin.,  in-8%  Turici,  1S28, 
n.  4093.  —  <s  Orelli,  loc.  cit.,  n.  2409;  Melchiori  e  Visconti,  Silloge 
d'iscrizioni  antiche  inédite,  in-8%  Roma,  1823,  p.  6.  —  1S  Inscr. 
de  Lanuvium,  2"  colonne,  lignes  11-13;  Orelli,  loc.  cit.,n.  4420.  — 
"Inscr.  de  Lanuvium,  1"  colonne,  lignes  3-9,  21;  2-  colonne, 
lig.  7-17  ;  Mommsen,  Inscr.  regni  neapol-,  in-fol.,  Lipsias,  1852, 
n.  2559;  G.  Marini,  Atti  e  monumenti  de  fratelli  Arvali,  in-4% 
Roma,  1795,  p.  398;  Muratori,  Thés,  inscr.  vet.,  in-fol.,  Medioiani, 
1739,  p.  ccccxci,  n.  7;  Mommsen,  De  colleg.  et  soda!.  Romanor., 
p.  109  sq.,  113.  —  15Inscr.  de  Lanuvium,  2"  col.,  lignes  24-25;  Pla- 
cuit  si  quis  quid  quxri  aut  referre  volfit  in  conventu  référât, 
ut  quieti  et  hilares...  epulemur.  —  ,e  Ibid.,  2'  col.,  lignes  26-29  : 
Si  quis  in  opprobrium  aller  alterius  dixerit  aut  tumultuatua 
fuerit,  ei  multa  esto. 


791 


AGAPE 


792 


formé,  appelle  le  président  des  Églises  chrétiennes  le 
thiasarque,  ûca^âp-/';?1-  Les  collegia  chrétiens  prirent- 
ils  dès  la  première  heure  la  charge  de  procurer  une 
sépulture  aux  associés,  nous  ne  saurions  le  dire.  «  De 
Rossi,  qui  n'est  pas  suspect  de  l'aire  des  concessions  aux 
ennemis  du  christianisme,  reconnaît  que  les  premiers 
chrétiens  ont  dû  profiter  avec  empressement  de  la  tolé- 
rance accordée  aux  collèges  funéraires.  C'était  pour 
eux  un  moyen  si  simple  de  désarmer  la  loi  et  de  protéger 
leurs  tombes,  qu'ils  ne  devaient  pas  hésiter  à  s'en  ser- 
vir; mais  pour  être  confondus  avec  les  collèges  et  jouir 
des  mêlées  droits,  il  fallait  cherchera  leur  ressembler2.» 
La  malveillance  peu  déguisée  du  pouvoir  central  à  l'égard 
des  confréries  peut  les  y  avoir  amenés;  les  difficultés 
que  l'on  accumulait  depuis  deux  siècles  devant  l'inva- 
sion des  superstitions  étrangères3  se  multipliaient  de- 
puis Auguste  ;  les  autorisations  accordées  aux  confréries 
possédant  une  caisse  et  ayant  un  autre  but  que  la  sépul- 
ture des  confrères  se  faisaient  si  rares  et  si  restrictives4 
qu'il  ne  paraît  pas  croyable  que  les  Se-nva  àyaTCTixà 
aient  échappé  à  la  loi  commune,  sauf,  peut-être,  quel- 
ques rares  exceptions,  car,  remarquons-le,  l'agape  reli- 
gieuse constituait  un  délit  prévu,  puisque  le  prétexte  de 
religion  et  d'accomplissement  de  vœux  était  formelle- 
ment indiqué  comme  délictueux3,  délit  qui,  pour  celui 
qui  a  provoqué  l'agape,  ne  sera  pas  moindre  que  la  lèse- 
majesté  6.  Si  on  bravait  la  loi  on  s'exposait  à  ne  pou- 
voir faire  l'agape  faute  d'un  local  pour  la  confrérie. 
Claude  n'avait-il  pas  été  jusqu'à  fermer  les  cabarets  où 
les  confrères  se  réunissaient,  jusqu'à  interdire  les  petits 
restaurants  où  les  pauvres  gens  trouvaient  à  bon  marché 
de  l'eau  chaude  et  du  bouilli  et  une  salle  pour  leur 
souper7? 

Quoi  qu'il  en  soit  dé  ces  conditions  accidentelles  et 
des  résolutions  qu'elles  inspirèrent,  il  demeure  que 
l'agape  fut  le  puissant  véhicule  qui  aida  et  soutint  dans 
une  large  mesure  l'essor  du  christianisme  naissant.  En 
s'adressant  à  tous,  en  leur  ouvrant  des  asiles  où  ils  pus- 
sent converser,  manger  et  prier  ensemble,  l'institution 
de  l'agape  répondait  à  l'éternel  besoin  du  sentiment  re- 
ligieux dans  l'homme;  elle  lui  offrait  tout  à  la  fois  un 
objet  de  tendresse  et  un  sujet  de  consolation:  des  frères 
et  des  réunions.  Pour  l'homme  de  basse  condition  qui 
savait  que  l'État  n'aime  personne  et  qui  n'avait  guère 
de  famille,  il  rencontrait  une  petite  société  fondée  sur 
l'affection  réciproque,  il  savait  qui  aimer  et  se  savait 
aimé.  Pour  lui,  c'était  la  joie,  et  la  joie  c'est  souvent  la 
vie,  l'effort,  le  triomphe.  A  première  vue,  les  ressem- 
blances seules  nous  frappent  entre  les  collèges  funé- 
raires et  les  associations  des  agapes,  mais  il  faut  recon- 
naître que  les  collèges  manquaient  du  sentiment  reli- 

*  Lucien,  Peregrinus,  11.  Celse  dit  de  son  côté  :  8i«ofiw  'lr,»o:  ; 
Origène,  Contr.  Cclsum,  I.  III,  c.  xxm,  1'.  G.,  t.  xi,  col.  945.  Cf. 
K.  J.  Neumann,  dans  les  Jahrbiicher  fur  protestantische  Théo- 
logie, 1885,  t.  xi,  p.  123  sq.  —  *  G.  Boissier,  La  religion  ro- 
maine, in-8",  Paris,  1874,  t.  il,  p.  338.  —  »Tite  Live,  1.  XXXIX, 
c.  xv-vi.  Cf.  J.-F.  Keating,  Roman  législation  on  collegia  and 
sodalicia  and  Us  bearing  on  the  history  of  the  agapé,  dans 
The  Agapé,  in-12,  London,  1901,  p.  180  sq.  -  »  Digeste,  1.  XLVTI, 
lit.  xxn,  en  entier;  Inscr.  de  Lanuvium,  1"  col.,  lign.  10-13; 
Marini,  Atti  e  monum.  de  frat.  Arvali,  in-4%  Romae,  1795, 
p.  552;  Muratori,  loc.  cit.,  p.  dxx,  n.  3;  Orelli,  loc.  cit., 
n.  4075,  4115,  cf.  1567,  2797,  3140,  3913;  Henzen,  loc.  cit.,  n.  6633, 
6745;  Mommsen,  De  colleg.  et  social.,  p.  80  sq.  —  *  Digeste, 
1.  XLVII,  tit.  XI,  2.  —  •  Digeste,  1.  XLVII,  tit.  XXII,  2;  1.  XLYI1I, 
tit.  iv,  Ad  Leg.  Juli.  majest.,  1.  —  '  Dion  Cassius,  Hist.  roin., 
1.  LX,  n.  6.  Remarquons  encore  que  les  scholx  ou  locaux  de  réu- 
nion des  collèges  étaient  en  général  construites  en  forme  d'hémi- 
cycle et  que  les  oratoires  bâtis  au-dessus  des  catacombes  avaient 
cette  forme.  De  Rossi,  Bull,  di  arch.  crist-,  1864,  p.  25  sq.  — 
*  Pour  pseudo-Barnabe  qui  date  probablement  de  96-98,  D.  Ca- 
brol  et  D.  Leclercq,  Monum.  Eccl.  liturg.,  in-4°,  Parisiis,  1902, 
t.  I,  praef.,  p.  Cl-xxxv,  il  n'en  saurait  être  question;  quant  à 
l'épitie  de  Clément  Romain,  on  a  tenté  en  vain  d'y  introduire  une 
allusion  à  l'agape.  J.  B.  Lightloot,  The  apostolic  Fathers,  part.  I, 


gieux  indispensable  à  l'accomplissement  des  grands 
desseins,  sentiment  qui,  avec  les  éléments  d'une  autre 
nature,  donna  au  christianisme  l'élan  et  la  puissance 
de  renouveler  le  monde. 

V.  L'ah-ape  au  ii<  siècle.  —  Textes  grecs.—  Avant  la  fin 
du  Ier  siècle  nous  trouvons  trois  documents  chrétiens, 
dont  deux  ne  contiennent  rien  qui  ait  trait  à  l'institution 
de  l'agape  8  ;  un  seul,  la  Didachè,  semble  offrir  un  pas- 
sage se  rapportant  à  notre  recherche9.  La  liturgie 
eucharistique  contenue  dans  les  chapitres  ix-x  de  cet 
écrit  donne  le  texte  de  trois  prières.  Les  deux  premières 
formules  sont  précédées  de  la  mention  que  voici  :  Ilepi 
Se  T%  e'jy_apio-t!a;,  outco;  vjyjxpimrfizxf  Tipoitov  Trspi  toû 
irorripiou.  E'j/ocpt<7ToOu.év  <so:,  nâisp  rlu.djv...  Ilept  ôè  toO 
x).â<ru.aToç-E-J-/'api!7To-ju.ev  «roi,  irà-rep  ^u-côv  10...  «  Pour  ce 
qui  est  de  l'eucharistie,  vous  rendrez  grâce  ainsi  ;  d'abord 
sur  le  calice  :  Nous  te  rendons  grâce,  ô  notre  Père..., 
ensuite  sur  le  pain  :  Nous  te  rendons  grâce,  ô  notre 
Père...»  Ni  l'une  ni  l'autre  formule  ne  permet  de  supposer 
que  la  consécration  du  pain  et  du  vin  soit  faite  à  ce  mo- 
ment11. Les  mots  £J/apicrrr,(Ta-:c,  t-J/apiTTO-juiv  n'ont  au- 
cune valeur  pour  désigner  un  temps  passé  à  l'exclusion 
d'un  temps  à  venir;  «  rendre  grâce  »  s'applique  égale- 
ment avant  et  après  la  consécration  des  éléments.  Au 
début  de  l'anaphore  dans  la  liturgie  des  Constitutions 
apostoliques  le  président  de  l'assemblée  prononce  ces 
paroles  :  Ev/apiTTrl<T(ou.ev  t<ô  Kvipsu  qui  font  partie  du 
dialogue  de  la  préface.  Après  ces  deux  formules  vient 
une  mention  qui  concerne  clairement  le  temps  qui  suit 
le  repas  :  pstà  aï  t'o  iu.it).-r,(r6r,va'. 12;  «  après  vous  être 
rassasiés.  »  Quelques-uns  ont  cru  trouver  dans  cette 
phrase  une  mention  de  l'agape,  puisque,  disaient-ils, 
elle  introduit  une  troisième  oraison  alors  que  les  deux 
formules  précédentes  suffisaient  à  l'action  de  grâce  pour 
la  communion  du  corps  et  du  sang  de  Jésus-Christ.  Si 
on  compare  la  troisième  formule  aux  deux  précédentes 
on  sera  frappé  de  rencontrer  dans  cette  dernière  la 
mention  très  claire  de  la  communion  :  j|u.ïv  «  i/api7u> 

RVEUUaTlXT|V    TOOSr,'/    KSI    7TOTOV    y.y:    Çû)T|V     slcôvlOV    Slà    ToG 

TrxtSôç  tou13;  en  outre  la  rubrique  :  «  après  vous  être 
rassasiés  »  sépare  les  deux  premières  actions  de  grâce  de 
la  troisième,  marquant  entre  elles  la  place  de  la  fraction 
du  pain  et  de  la  réception  de  l'eucharistie.  Les  termes 
mêmes  que  nous  venons  de  citer  imposent  l'idée  du 
corps  et  du  sang  du  Christ  à  l'exclusion  d'une  nourri- 
ture quelconque,  fût-elle  bénie,  comme  serait  celle  de 
l'agape  :  «  Tu  as  daigné  nous  accorder  la  nourriture 
spirituelle  et  le  breuvage  de  la  vie  éternelle  par  toD 
fils  '*.  »  Un  autre  passage  du  même  document  a  été  in- 
voqué en  témoignage  de  l'agape  :  xsA  7tî;  irpoçr,-:/;; 
ôpt'ïtov  TpâTCÎav  èv   Tr/£-ju.aTc,  oj   çâyeTït  in'  aur»);,  et  8e 

in-8«,  London,  1890,  t.  Il,  p.  134,  note  8;  Hofling,  Die  Lehre  der 
attester»  Kirchc  vom  Opfer,  in-8',  Brlangen,  1851,  p.  8  sq.; 
J.F.  Keating,  The  Agapé,  p.  52  sq.  ;  P.  Batiffol,  Études  d'histoire 
et  de  théologie  positive,  in-12,  Paris,  1902,  p.  286  sq.  —  «La 
date  du  document  oscille  entre  les  vingt  dernières  années  du 
I"  siècle.  D.  Cabrol  et  D.  Leclercq,  loc.  cit.,  1. 1,  prsef.,  p.  clxxxv. 
—  ">  Doctrina  duodecim  apustolorum,  dans  Opéra  patr.  apost., 
édit.  F.  X.  Funk,  in-8-,  Tubingen,  1887,  t.  i,  p.  Cl-viu,  CLX.  — 
"  F.  X.  Funk,  loc.cit.,  p.  eux,  note,  écrit  au  sujet  du  mot  i  jjwfintat,  à 
la  fin  du  cli.  IX  :  distincte  elemerUa  consecrata  désignât  ;  il  serait 
préférable  de  dire  consecranda,  car  il  est  clair  que  la  prohibition  de 
l'eucharistie  à  l'égard  des  non-baptisés  ne  peut  être  mise  en  ques- 
tion et,  par  ailleurs,  on  ne  saurait  dire  que  les  oblations  pussent 
être  consommées  entre  la  prière  d'offrande  et  la  consécration.  Il 
faut  donc,  croyons-nons,  entendre  la  prohibition  non  comme 
applicable  dans  le  présent,  mais  dan.-'  le  temps  futur  :  «  Que  per- 
sonne ne  mange  ni  ne  boive  de  votre  eucharistie  »  quand  elle 
aura  été  consacrée.  —  '*  F.  E.  Biïghtman,  Liturgies  eastern  and 
western,  in-8*,  Oxford,  1896,  p.  14.  —  "  Doctrina  duodecim 
apostolorum,  n.  x,  dans  Opéra  patr.  apost.,  édit.  F.  X.  Funk, 
t.  I,  p.  CLX,  J.  F.  Keating,  The  Agapé,  p.  53,  et  G.  H.  Box,  dans 
The  journal  of  thcological  étudies,  t.  m.  p.  369,  entendent  le 
ixiT*  Tfc  l|»^«tl|««i,  «  after  having  partaken  the  Agape.  •  — 
"JWd.,  p.  clxii. 


793 


AGAPE 


794 


fx.T|Y£  typjSonpoyrpriz  tari*.  Le  sens  général  de  ce  texte 
tort  obscur  parait  bien  être  celui-ci  :  «  Si  un  prophète 
parlant  au  nom  de  l'Esprit-Saint  ordonne  de  dresser 
une  table,  on  y  servira  les  pauvres,  mais  le  prophète  ne 
mangera  rien,  de  peur  de  paraître  penser  à  lui-même  ; 
sinon,  on  le  tiendra  pour  un  faux  prophète2.  »  Rien  ne 
permet  d'introduire  l'idée  de  l'agape  dans  ces  paroles. 

De  l'absence  de  toute  mention  de  l'agape  dans  ces  do- 
cuments et  dans  plusieurs  autres,  nous  nous  garderons 
de  conclure  à  sa  non-existence.  Cette  sorte  d'arguments 
négatifs  exige  non  seulement  le  silence  de  tel  ou  tel  do- 
cument, mais  le  silence  de  tous.  Il  n'en  est  pas  ainsi 
pour  l'institution  de  l'agape;  l'omission  de  Clément  et 
de  la  Didachè  à  son  endroit  n'est  pas  plus  probante 
que  peut  l'être  le  silence  de  deux  écrits  sur  tout  autre 
sujet,  si  on  veut  bien  tenir  compte  des  inconnues  que 
laisse  en  suspens  la  multitude  des  Scripta  deperdita. 
Si  l'agape,  comme  nous  avons  tenté  de  l'établir,  avait 
une  existence  légalement  reconnue,  elle  n'était  ni  plus 
ni  moins  qu'un  repas  de  corps  sur  lequel  il  n'y  avait 
pas  lieu  de  parler  et  de  revenir  sans  cesse  ;  elle  était 
sans  comparaison,  au  regard  des  docteurs  du  christia- 
nisme, avec  son  appendice  mystérieux  et  divin,  la  man- 
ducation  du  corps  et  du  sang  du  Christ,  qui  provoquait 
au  contraire  et  presque  exclusivement  l'attention  et 
l'enseignement.  La  coutume  liturgique  dont  témoigne 
la  Didachè  avait  adopté  l'agape  eucharistique  hebdoma- 
daire. Nous  avons  vu  que  dès  le  temps  des  courses  aposto- 
liques de  saint  Paul,  lors  de  son  passage  à  Troas  3,  il  se 
manifestait  une  tendance  à  faire  glisser  le  repas  sacra- 
mentel du  sabbat  au  dimanche;  au  temps  de  la  Didachc 
c'est  désormais  un  fait  accompli 4  :  xaxâ  xuptaxriv  8è 
x'jpîou  (Tuva^OsvTEç  -/.).à(7aT£  apxov  -/.ai  e'Jyapir?xr|(7aTS. 

Les  lettres  de  saint  Ignace  d'Antioche  font  un  emploi 
fréquent  du  mot  agapé,  vingt-huit  fois  en  tout;  un  de 
ces  passages  est  d'une  clarté  qui  ne  laisse  rien  à  désirer 
et  nous  apprend  que  dans  le  cercle  des  Eglises  asiates 
avec  lesquelles  correspond  l'évêque  trois  fonctions  litur- 
giques requéraient  absolument  la  présence  de  l'évêque 
ou  de  son  délégué  :  c'étaient  l'eucharistie,  le  baptême 
et  l'agape.  Voici  le  texte  :  Mï]Seïç  x^P'?  êTtiffxômou  ti 
irpa<r<T£T<«>  tcôv  àvyjxdvTtùv  ti;  tï)v  âxxXr)o-tav.  èxetvr]  peêai'a 
eù/apcarta  riyeicôa)  •/)  inzb  tov  £7U(7xo7rov  o-jaa,  r)  û>  àv 
avxôç  eirirpé']/?).  otiou  âv  çpavr|  ô  STn'axoTroç,  èy.eï  10  TÙ,r\boç, 
ë'ara),  (Stnrep  ditou  av  v}  Xpiarôc;  'Lja-oûç,  èxeî  r\  xaOoXcxr] 
ÉxxXvja-ia"  oùx  èÇôv  è<7Ttv  x^pUtoû  èiuaxo'iïou  oû'te  paun'Çetv 
oû'xe  àya7rr|V  tcoisïv"  âXX'  0  av  ixsïvoc;  ôox[u.â<jY],  to'jto  xai 
tô>  0sà>  eOâpsorov,  i'va  âa-îpaXèç  v\  xai  pÉëaiov  itâv  0 
npâuffEte6.  «  Que  personne  ne  fasse  sans  le  concours  de 
l'évêque  rien  de  ce  qui  concerne  l'Église.  L'eucharistie 
présidée  par  l'évêque  ou  par  son  délégué  sera  réputée 
valide.  Que  l'Église  soit  groupée  autour  de  son  évèque 
de  même  que  l'Église  universelle  est  groupée  autour  du 
Christ  Jésus.  Il  n'est  pas  permis  en  l'absence  de  l'évêque 
soit  de  baptiser  soit  de  faire  Vagapè,  mais  ce  qu'il  aura 
approuvé  sera  agréable  à  Dieu,  et  sûr  et  valide  tout 
ce  qui  sera  fait.  »  Nous  avons  ici  trois  termes  dillé- 

'  Doctr.  duodec.  apost. ,n.  XI,  p.  clxvi.  P.  Sabatier,  La  Dida- 
chè ou  renseignement  des  douze  apôtres,  in-8°,  Paris,  1885,  qui 
souhaite  démontrer  que  0  notre  document  suit  ici  la  coutume 
juive  d  (p.  103),  a  interverti  l'ordre  des  mots  de  l'original  dans  sa 
traduction,  faisant  passer  «  le  boire  »  avant  «  le  manger  spiri- 
tuels »  (p.  56),  ce  qui  devient  en  effet  conforme  à  la  coutume 
juive.  La  mention  de  la  vie  éternelle  obtenue  par  la  réception  du 
corps  du  Seigneur  rappelle  Jean,  VI,  55,  56  :  «  Celui  qui  mange 
ma  chair  et  qui  boit  mon  sang  a  la  vie  éternelle;  car  ma  chair 
est  véritablement  nourriture  et  mon  sang  véritablement  breuvage;  » 
quant  au  mot  iiuttaiattyiicii,  il  n'entraîne  pas  l'idée  d'un  repas 
copieux,  puisque  nous  le  retrouvons  dans  saint  Jean,  VI,  12,  après 
le  récit  de  la  multiplication  des  pains  :  wç  5è  tvn:^ff<h)rav  ; 
«  après  qu'ils  furent  rassasiés.  »  —  s  Ibid.,  p.  CLXVI,  note.  — 
3Act.,  xx,  7, 11.  —  *  Doctr.  duodec.  apost.,  c.  xiv,  dans  Opéra 
patr.  apost.,  t.  i,  p.  clxi.  Rapprochez  de  ce  texte  celui  de  l'Apo- 
calypse, sortie  vers  93-96  des  mêmes  parages  que  la  Didachè,  et 


I  rents  répondant  à  trois  actions  distinctes  :  eùxapiort'a, 
£ia7iT!ÇEiv,  àyân/iv  tioieÏv.  Au  risque  de  s'engager  dans 
quelques  embarras  il  faut  toujours  commencer  par 
prendre  les  mots  ut  sonant.  «  Présider  l'eucharistie  » 
et  «  faire  Vagapè  »  pourraient  bien  différer  de  sens  autant 
que  de  son.  Si  l'un  était  l'autre,  c'était  à  saint  Ignace 
de  ne  pas  parler  de  l'un  et  de  l'autre,  car  de  prétendre 
que  Vagapè  c'est  l'eucharistie,  c'est  ce  qu'il  faudrait 
préalablement  démontrer.  S'il  y  a  imprudence  à  inter- 
préter un  écrivain  autrement  que  par  lui-même,  ce  n'est 
pas  à  l'interpolateur  des  épitres  ignatiennes,  vivant  au 
IVe  siècle,  que  nous  pourrons  demander  ce  qu'il  faut 
entendre  par  le  mot  agapè.  C'est  donc  à  un  autre  écrit 
du  même  auteur  que  nous  demandons  un  éclaircisse- 
ment sur  le  sens  de  agapè;  or  nous  lisons  dans  son 
épitre  à  la  communauté  de  Rome  :  apxov  QsoG  ôéXto  0 
sartv  aàpÇ  'Iï)<to0  Xpto-Toij,...  xa\  ir<5u.a  6éXa>  tô  aïu.a 
a-jToO  8  èuxtv  àyàitTi  à'çOaproç 6.  «  Je  veux  le  pain  de 
Dieu  qui  est  la  chair  de  Jésus-Christ  et  je  veux  en  breu- 
vage son  sang,  qui  est  Vagapè  incorruptible  ;  »  il  existe 
alors  vraisemblablement  une  agapè  corruptible  et  c'est 
celle  que  doit  faire  l'évêque  d'après  ce  que  nous  a 
appris  le  premier  texte  que  nous  avons  cité.  On  s'est 
demandé  si  cette  agape  était  alors  jointe  à  l'eucharistie 
ou  si  elle  avait  cessé  de  l'être.  Nous  l'ignorons  et  nul 
n'est  en  état  de  le  dire;  car  on  ne  saurait  conclure  à  une 
discipline  du  rapprochement  lait  par  quelques  textes 
tels  que  Act.,  n,  46;  I  Cor.,  xi,  "18-34,  de  l'agape  et  de 
la  manducation  eucharistique  qui  offraient  l'analogie 
d'actions  extérieurement  semblables.  Les  renseigne- 
ments que  nous  possédons  sont  trop  peu  explicites  sur 
ce  point  particulier  pour  qu'on  doive  en  tirer  autre  chose 
que  des  présomptions.  En  outre,  rien  n'autorise  sur  la 
base  de  quelques  textes  visant  l'usage  de  Jérusalem, 
celui  de  Corinthe,  celui  de  Smyrne  et  peut-être  celui 
d'une  Église  syrienne,  à  invoquer  une  discipline  géné- 
rale. Dispersés  à  ce  point  et  distants  les  uns  des  autres 
par  beaucoup  d'années,  ils  ne  nous  autorisent  à  rien 
autre  chose  sinon  à  conclure  que  dans  les  Églises  de 
Jérusalem,  de  Corinthe,  de  Smyrne  et  quelque  autre 
encore,  les  fidèles  avaient  coutume  à  diverses  époques 
du  Ier  siècle  de  célébrer  outre  le  banquet  eucharistique 
un  autre  repas  fraternel  dont  nous  avons  relevé  les 
principaux  traits  au  cours  de  la  dissertation  qui  pré- 
cède. Les  épitres  d'Ignace  d'Antioche  se  placent  entre 
les  années  107-117 7,  et  c'est  maintenant  un  document  con- 
temporain que  nous  trouvons  à  étudier,  la  lettre  écrite 
d'Amisus  8  en  Bithynie  par  le  légat  impérial  Plinius  Se- 
cundus  à  l'empereur  Trajan,  dans  l'automne  de  l'an  112  9. 
A  la  suite  de  dénonciations  anonymes,  Pline  ayant 
fait  arrêter  des  habitants  de  la  province  qui  lui  étaient 
déférés  en  qualité  de  chrétiens,  commença  leur  interro- 
gatoire. Bien  que  la  nature  délictueuse  du  chef  d'accu- 
sation ne  lui  parût  pas  établie  il  fit  mourir  un  certain 
nombre  de  ceux  qui  s'avouaient  chrétiens.  Parmi  les 
inculpés  il  se  trouva  des  apostats  et  des  païens  qui 
n'avaient  jamais  cessé  de  l'être,  on  les  renvoya  après 

qui  fait  mention  de  la  liturgie  dominicale.  Apoc,  1, 10.  On  pourrait 
même  croire  que,  dès  les  dernières  années  du  I"  siècle,  ce  point 
de  discipline  était  réglé  a  car  Dieu,  écrit  Clément  Romain,  a  com- 
mandé de  ne  pas  célébrer  les  sacrifices  et  les  cérémonies  du 
culte  selon  le  caprice  et  irrégulièrement,  mais  à  des  temps  et  des 

heures  déterminés  »,  xi;  tî  ufosioçiç  *<a  ItiToufféaç  'iT.mltXaiai, 
-/aï  ojx  eÏxtj  Vj  ètéxtwç  i-niXiuciw  yÎve<7Ôki,  à/.).*  û»p [ff^'v otç  xatoo"î  *Œt  «uçatç. 
/  ad  Corinth.,  c.  XL,  dans  Opéra  patr.  apost.,  édit.  F.  X.  Funk, 
t.  I,  p.  110.  —  B  S.  Ignace,  Epist.  ad  Smyrn.,  n.  vin,  dans  Light- 
foot,  Apostolic  Fathers,  part.  II,  t.  11,  sect.  1,  p.  309  sq.  —  "  Id., 
Epist.  ad  Rom.,  n.  vm,  dans  Lightfoot,  loc.  cit.,  p.  227.  -'D.  Ca- 
brol  et  D.  Leclercq,  Monum.  Eccl.  liturg.,  t.  1,  praîi.,p.  Clxxxv. 
—  8  Aujourd'hui  Samsoun,  sur  la  mer  Noire.  —  '  Nous  n'avons  pas 
à  rappeler  ici  la  bibliographie  étendue  provoquée  par  la  question 
de  l'authenticité  de  cette  lettre,  authenticité  dont  personne  ne  doute 
plus  aujourd'hui.  Cf.  H.  Leclercq,  Les  martyrs,  in-12,  Paris, 
1902,  t.  1,  p.  40,  58. 


795 


AGAPE 


796 


un  sacrifice  auquel  ils  s'associèrent;  un  autre  groupe 
d'apostats  sacrifia  également,  mais  fit  les  aveux  sui- 
vants :  Adftrmabant  auteni  hanc  fuisse  summam  vel 
culpse  sv.se  vel  erroris,  quod  essenl  soliti  stalo  die  ante 
iucem  convenire  carmenque  Christo  quasi  deo  dicere 
secum  invicem,  seque  sacrum ento  non  in  scelus  aliquod 
obslringere  sed  ne  furta,  ne  latrocinia,  ne  adulleria 
commilterent, ne  /idem  f allèrent,  ne  depositum  appel- 
lali  abnegarent  :  quibus  peractis  moreni  sibi  disce- 
dendi  fuisse  rursus  coeundi  ad  capiendum  cibum  pro- 
miscuum  tamen  et  innoxium,  quod  ipsum  facere 
dédisse  post  ediclum  rneum  quo  secundum  mandata 
tua  hetœrias  esse  vétueram*.  La  commission  de  Pline 
en  qualité  de  légat  impérial  en  Bithynie  ne  peut  être 
antidatée  au  17  septembre  111 2,  la  suppression  des 
«  hétéries  »  est  postérieure  à  cette  date;  ainsi  donc, 
lors  du  procès  d'Amisus,  il  y  avait  moins  d'une  année 
qu'on  subissait  le  nouvel  état  de  choses,  car,  à  partir  du 
jour  où  les  confréries  avaient  été  dissoutes  celles  des 
chrétiens  avaient  cessé  leurs  réunions  devenues  délic- 
tueuses. Or  de  quelle  réunion  s'agit-il,  car  le  texte  en 
désigne  deux  espèces  difiérentes?  L'une  tenue  à  jour  fixe, 
stato  die3,  à  l'aube,  que  remplissent  des  chants  adressés 
au  Christ  en  sa  qualité  de  Dieu  et  des  engagements  solen- 
nels pris  par  les  sociétaires.  Cette  première  réunion  a  dû 
disparaître,  car  elle  est  prohibée  formellement  :  Sub  prse- 
textu  religionis,  vel  sub  specie  solvendi  voti,  cœtus  ïlli- 
citos  nec  a  veteranis  tentare  oportet 4 .  La  réunion  malu- 
tinale  était  doublement  délictueuse,  ayant  pour  objet  des 
cérémonies  religieuses  et  l'accomplissement  de  vœux  en 
commun.  Une  seconde  réunion,  dont  on  ne  nous  dit  pas 
le  moment,  assemblait  les  confrères  pour  un  repas  dans 
lequel  on  se  contentait  d'une  «  nourriture  ordinaire  et 
parfaitement  innocente  ».  S'agit-il  ici  d'une  agape  avec  ou 
sans  l'eucharistie?  Aucun  indice  ne  permet  de  le  dire. 
L'agape  fut-elle  seule  supprimée  avec  l'hétérie  et  la  com- 
munion reportée  à  un  autre  moment?  Nous  l'ignorons5. 
Il  ne  fallait  pas  songer  en  tous  cas  à  la  transporter  à  la 
réunion  matinale  que  son  caractère  délictueux  avait  f;iit 
supprimer.  Tout  ce  qu'on  peut  tirer  de  plus  du  texte  pour 
ou  contre  l'agape  est  du  domaine  de  la  conjecture. 
La  première  Apologie  de  saint  Justin  publiée  à  Rome 

1  Pline,  Epist.,  1.  X,  xcvi.  —  s  Dierauer,  dans  Bùdinger,  Uuter- 
suchunge»  zur  romischeu  Kaieergeschichte,  in-8%  Lei]  u. 
1808,  t.  i,  p.  113,  126,  note  2;  Mommsen,  dans  V Hermès,  1808, 
t.  m,  p.  55  sq.  ;  M  ,  Étude  sur  Pline  le  Jeune,  trad.  Morel,  dans 
la  llibliuth.  de  l'Ecole  des  hautes  études,  187:>.  Fasc.  15,  p.  25- 
30,  70-73;  Noël  Desvergers,  dans  les  Comptes  rendus  de  l'Acad. 
des  iriser.,  1866,  p.  83-84;  E.  Renan,  Origines  du  christianisme, 
in-8°,  Paris,  1H77,  t.  V,  p.  471-472.  —  3  Est-ce  à  dire  le  jour  du 
dimanche?  Aucun  texte  formel  ne  permet  de  le  dire;  cf.  les  con- 
jectures de  .1.  H.  ISoluner,  De  stato  die  chrisiiannrum,  dans 
Dissertât,  ju ris  écries.,  in-12,  Lipshe,  1711,  p.  5  sq.  ;  J.  H.  Bar- 
tels,  De  stato  die  veterum  chrisiiannrum  ad  Plin.,  X,  07,  in-4", 
Vitembergae,  1727.  —  'Digeste,  1.  XLYII,  tit.  xi,  2.  W.  Ramsay, 
The  Church  in  the  roman  empire  before  A.  D.  170.  in-8",  Lon- 
don,  1893,  p.  213  sq.,  pense  que  les  chrétiens  n'ont  pas  renonce  aux 
réunions  matinales,  car  la  réunion  pour  le  repas  commun  consti- 
tuait seul  la  sodalitas.  Le  texte  du  Digeste  nous  paraît  Infirmer 
cette  opinion.  Delaunay,  L'Église  chrétienne  devant  la  législation 
romaine  à  la  fin  du  r"  siècle,  dans  les  Comptes  rendus  de 
l'Acad.  des  inscr.,  1879,  p.  30-64;  A.  de  Celeuneer,  Essai  sur  la 
vie  et  le  règne  de  Septime  Sévère,  in-8%  Bruxelles,  1880,  p.  224. 
—  "On  ne  saurait  invoquer  l'heure,  probablement  nocturne,  delà 
réunion  pour  en  exclure  la  célébration  île  l'eucharistie  et  réserver 
\c  cilius  promiscuus  et  innoxius  à  l'agape,  car  l'usage  de  com- 
munier après  lo  repas  du  soir  se  rencontre  en  Egypte,  au  V*  siècle. 
Sozomèno,  Hist.  ceci.,  I.  V,  c.  xxu,  P.  G.,  t.  i.xvu,  col.  135  sq.; 
Socrate,  Hist.  eccl..  I.  Vil,  c.  xix,  P.  G.,  t.  lxvii,  col.  1478.  — 
*D.  Culirol  et  D.  Leclercq.  Monum.  Eccl.  liturg.,  t.  I,  pra-f.. 
p.  ci.xxxvi.  -•  'F.  X.  Eunk,  dans  la  Revue  d'hist.  eccl.,  1903, 
p.  10.—  'Monum.  Eccl.  liturg.,  I.l.prtef.,  p.  clxxxvi.  — »  Opéra 
•patr.  apost.,  «dit.  F.  X.  Kunk.  in-8%  Tubingen,  1887,  t.  1.  p.  318. 
-- '"Minucius  Félix.  Octavtus,  c  ix,  P.  t.,  t.  ni,  col.  272.  - 
"  F  Ce:-.,  su,  21.  —  "  La  question  était  résolue  affirmativement  et 
définitivement  s'il  avait  empLivé  ■>■.:'■■>.  ou  mémo  ■-!(«{»«,  Clément 


vers  152-153  6  décrit  les  réunions  chrétiennes.  Apparem- 
ment l'auteur  n'y  défend  que  ce  qui  est  attaqué,  c'est 
pour  cela  qu'il  expose  en  détail  toute  la  liturgie  de 
l'eucharistie  sur  laquelle  des  réticences  calculées  avaient 
répandu  une  apparence  de  mystère,  vite  interprétée  de 
la  manière  la  plus  défavorable  aux  initiés.  De  ce  que  le 
rite  eucharistique  est  seul  décrit  faut-il  en  conclure 
qu'il  existât  seul?  Le  procédé  serait  logique  si  Justin 
avait  écrit  un  sacramentaire  à  la  place  d'une  apologie. 
Dès  lors  prenons  ce  qu'il  nons  donne  et  tenons-nous-y. 
Le  silence  de  saint  Irénée  n'est  pas  plus  démonstratif. 
Son  ouvrage  a  une  portée  polémique  que  le  titre  et  le 
contenu  justifient,  ce  n'est  pas  une  exposition  didactique 
de  la  discipline  chrétienne.  L'auteur,  dit-on,  fait  ce  que 
bon  lui  semble;  n'y  ajoutons  rien".  Avant  de  quitter  le 
ne  siècle  nous  croyons  pouvoir  mentionner  un  document 
dont  la  date  oscille  entre  150  et  300,  nous  l'avons  ailleurs 
rapporté  à  l'an  160  8,  nous  ne  voyons  pas  de  raison 
d'abandonner  cette  date.  Il  s'agit  de  l'écrit  intitulé 
Epilre  à  Diognète  qui  parait  être  sortie  d'une  Église  de 
la  Grèce.  L'auteur  expose  que  les  chrétiens  ne  diffèrent 
guère  des  autres  citoyens,  sauf  toutefois  que  leurs 
femmes  ne  se  font  pas  avorter;  «  ils  partagent  la  même 
table,  mais  ils  ne  partagent  pas  le  même  lit,  »  TpàusÇav 
xocvt)v  uapaTiSevTai,  à'AX'  oj  xofrnv9.  Il  est  manifeste 
qu'il  y  a  ici  une  allusion  aux  accusations  de  débauche 
infâme  portées  contre  les  chrétiens.  Voir  Accusations, 
col.  275.  Le  fait  signalé  est  ainsi  rapporté  par  un  païen  : 
«  Dans  un  jour  solennel,  tous  se  rendent  au  banquet 
avec  leurs  enfants,  leurs  femmes  et  leurs  sœurs;  là, 
après  un  long  repas,  lorsque  les  vins  dont  ils  sont  eni- 
vrés commencent  à  exciter  en  eux  les  feux  de  la 
débauche  tu,  ils  éteignent  la  lumière  et  s'unissent  au 
hasard,  au  milieu  des  ténèbres,  par  d'horribles  embras- 
sements.  »  Le  banquet  en  question  parait  identique  à 
celui  auquel  VEpitre  à  Diognète  fait  allusion  et  d'autre 
part  il  offre  une  circonstance  qui  rappelle  la  lettre  de 
saint  Paul  aux  Corinthiens;  tels  convives  boivent  jusqu'à 
l'ivresse  :  3;  6s  uitei",  ce  qui  n'est  d'aucune  applica- 
tion à  la  gorgée  de  vin  de  l'eucharistie.  Il  y  a  dans  l'ap- 
position de  TpârceÇa  et  de  xoi'tï)  une  intention  qu'il 
semble  malaisé  de  ne  pas  reconnaître  l2.  Le  fait  de  rece- 

d'Alexandrie  peut  être  difficilement  invoqué  comme  témoin  d'une 
institution  qui  tient  au  sens  précis  que  l'on  donne  à  un  mot.  1!  voit 
un  abus  dans  l'emploi  du  mot  agape  pour  désigner  cette  nourri- 
ture qui  soutient  notre  vie  corporelle,  il  déplore  qu'on  fasse  rejail- 
lir sur  l'institution  salutaire  du  Christ  nmfctsi  fjyovroû  \iye\i  on  ne 
sait  quel  relent  de  viande  et  de  sauce.  Clément  d'Alexandrie, 
Ptedag.,  I.  II,  ci,  P.  G.,  t.  vm,  col.  384.  Il  est  impossible,  dit-il.  de 
donner  le  nom  d'agapes  à  ces  réunions  qui  se  font  dons  le  seul 
but  de  prendre  du  plaisir,  soupers,  diners,  festins  et  tout  ce  qu'on 
appelle  avec  raison  des  assemblées.  A  rien  de  tout  cela  le 
Seigneur  n'a  donné  le  nom  d'agapes.  Et  Clément  cite  à  ce  propos 
les  textes  dé  l'Écriture  qui  mentionnent  ces  sortes  de  réunions  toutes 
profani  S.  Ibid.,  P.  G.,  t.  vin,  col.  386.  Voici  les  textes  qu'il  cite  : 
Quando  fueris  invitatusad  nuptias,  Luc,  xiv,  8;  Quando  ffeoe- 
ris  prandium  nul  cœnam,  Luc,  XIV,  12;  Quando  feceria  epttlutn 
l'uni  iiiendicos.  Luc,  XIV,  13;  Homo  quidam  fecil  COenam 
gnam.  Luc,  xiv,  16.  Après  un  éloge  de  la  sobriété  dans  les  repas 

il  CQUClut  :  k-'v.T.ri  ai  x<~.  ovTt  hcoufâviô;  It-a  t&o=ïi,  loTÎavt^  Xoftmi,  l'agape 

est  une  nourriture  céleste,  un  festin  raisonnable.  P.  (.'..  t  \iu. 
eoL  385.  Il  semble  donc  que  Clément  envisage  l'agape  comme  un 
repas  bien  caractérisé  avec  lequel  on  doit  éviter" de  confondre  les 
réunions  joyeuses  et  d'intention  purement  profanes;  il  pm 
contre  cette  confusion  ;  mais  il  est  difficile  de  trouver  rien  de  plus 
précis  dans  le  langage  de  cet  écrivain  ami  letton.  Dana 

un  autre  passage,  le  même  auteur  reproi  be  •■  la  secte  des  carpo- 
cratiena  les  débauches  infimes  qui  souillaient  leurs  réunions  litur- 
giques, car,  dit-il,  je  ne  saurais  appeler  leurs  assemblées  du  nom 
d'agapes:  O'j  ?4j  frr&itqv  ifc»in*«  ^w;t  -r.v  o-jviXnm  jj-:.;.  .  Clément 
d  \l  v.  Strvm..  1.  111,  c  il,  />.  G'.,  t.  \ m,  1110.  On  trouvera  dans 
.1.  1'.  Kealing,  The  Agape,  in-12,  London,  1901,  une  longue  étude, 
p.  78-93.  sur  les  textes  de  Clément  susceptibles  d'être  rapportés  t 
l'agape,  nous  ne  croyons  pas  que  le  langage  employé  par  le  docteur 
:.iii m  puisse  autoriser  des  conclusions  fondées  sur  ce  qu'il  ex- 
prime. 1'.  X.Eunk,  loc.  cit.,  p.  18,  admet  que  Clément  parle  de  l'agape. 


797 


AGAPE 


798 


voir  la  communion  debout,  dans  la  main  droite,  à  côté 
les  uns  des  autres,  n'implique  en  aucune  façon  l'idée  de 
coucher  ensuite  dans  le  même  lit,  tandis  que  cette  idée 
est  naturellement  appelée  si  à  la  place  de  la  communion 
debout  on  entend  Tpâireïaxoîvïj  de  la  posture  qu'on  avait 
sur  les  lits  servant  aux  repas  où  l'on  se  couchait  les 
uns  à  côté  des  autres.  L'emploi  du  mot  TpiTrsîct  étant 
unique  dans  YÉpître  à  Biognète  il  serait  oiseux  de 
chercher  s'il  s'appliquait  dans  la  pensée  de  l'écrivain  à 
la  table  des  agapes  ou  à  la  table  eucharistique,  il  reste 
donc  qu'il  déclare  que  les  chrétiens  se  couchent  à  côté 
les  uns  des  autres  pour  manger,  mais  non  pour  dor- 
mir. Un  autre  monument  nous  fournira  le  supplément 
de  clarté  que  nous  voudrions  trouver  dans  ces  pa- 
roles. 

VI.  La  fresque  de  la  capella  grec  a.  —  Nous  vou- 
lons parler  d'une  fresque  de  la  Capella  greca  du  cime- 
tière de  Sainte-Priscille,  découverte  en  1893,  connue 
sous  le  nom  Fractio  panis  et  figurant  le  miracle  de  la 
multiplication  des  pains  sous  la  forme  d'un  repas  auquel 
prennent  part  sept  convives  dont  une  femme.  Six  des 
convives  sont  couchés  sur  le  lectus  triclinaris  en  forme 
de  demi-cercle,  tandis  que  le  septième  est  assis  sur  un 
escabeau  bas.  Celui-ci  préside  la  réunion.  C'est  pour 
cette  raison  qu'il  parait,  par  une  faute  de  perspective, 
reposer  les  pieds  sur  la  zpâimZ'x;  il  a  à  ses  pieds  deux 
assiettes  contenant  l'une  deux  poissons,  l'autre  cinq 
pains  et  en  outre  un  calice;  sept  paniers  dont  trois  à 
l'extrémité  de  droite  et  quatre  à  l'extrémité  de  gauche 
complètent  le  symbolisme  (fig.  172).  Il  est  manifeste  que 
nous  avons  ici  une  allusion  au  miracle  de  la  multipli- 
cation des  cinq  pains  et  des  deux  poissons  au  moyen 
desquels  le  Seigneur  rassasia  une  grande  foule  de  peuple 
à  tel  point  qu'on  put  recueillir  les  restes  du  repas  dans 
des  paniers.  Dès  la  plus  haute  antiquité  cet  épisode  fut 
considéré  comme  la  préfiguration  de  l'eucharistie.  Saint 
Jean  en  a  peut-être  voulu  indiquer  le  rapport  lorsqu'il  a 
fait  suivre  le  récit  du  miracle  de  la  multiplication  par  la 
discussion  si  vive  et  si  claire  dans  laquelle  Notre- 
Seigneur  annonçait  à  ses  contradicteurs  l'institution 
future  de  l'eucharistie  '.  Origène  fait  observer  que  le 
repas  miraculeux  fut  précédé  de  la  guérison  des  ma- 
lades et  il  rappelle  à  ce  propos  que  cela  s'est  fait  afin 
que  «  ceux-ci  puissent,  en  bonne  santé,  prendre  les 
pains  bénis,  les  malades  ne  pouvant  pas  recevoir  les 
pains  bénis  par  Jésus.  Considérons  ensuite,  dit-il,  que, 
si  quelqu'un  est  malade,  il  doit  s'appliquer  ces  paroles  : 
Que  l'homme  s'examine  soi-même  à  fond,  et  qu'il  mange 
ensuite  de  ce  pain,  etc.  Mais  il  arrive  que  ceux-là,  les 
malades,  ne  les  observent  pas  et  prennent  du  pain  et 
du  calice  de  Notre-Seigneur;  il  s'ensuit  qu'ils  de- 
viennent faibles  et  malades  et  meurent,  vaincus  pour 
ainsi  dire  par  la  force  du  pain  :  Kal  Ttpâitov  y  s  i-riprjo-ov, 
Sic,  (j-ÉXXtov  Toû;  rîjç  E-JXoyia;  aprouç  SiSôvai  toïç  paOïiTatç, 
tva  7tapa8û><n  toï;  ô'/Xoiç,  èôepâuEUdE  roùç  àppwarouç,  t'va 
bytâwttt  xSivzt^ç  zikoyitLt  lUTaXâêwc iv  apTcdv'où  l'àp  S'jvavtai 
o'i  etc  appaiar&s  -/topr|c7at  touç  ttjç  T/îhoû  euXoytaç  aptouç. 
'AXXà  xai  iiv  tcç,  6sov  àxoûstv  toO-  Aoxip.aΣT<i>  ce  exaaro; 
Éavrôv  xcù  ctjtio;  c<j9cétco  ex  toO  ap-rou,  x.t.X.,  to'Jtiov  p.Èv 
(j.t)  xaxaxo'jT,,  <î>;  êw/s  Sï  (jLETaXap.oâvY|  aptou  Kupiou,  xai 
TOTïjpLOu  a-JTO'j,  àffÔEvr);  Ti  appo)(7"oç  Yt'vETai,  r\  xai  Èx  tûO, 
iv '  otjtùjç  eîtcco,  xapoûaOat  iiiib  TÎjç  toî   àpxou  ôvjvâp.£co; 

1  Joa.,  vi,  passim.  —  *  Origène,  Comm.,  in  Matth.,  I,x,  §  25, 
P.  G.,  t.  xin,  col.  902  sq.  —  3S.  Ambroise,  De  virginit.,  1.  III, 
c.  i,  P.  L.,  t.  xvi,  col.  219  sq.  —  lIbid.  —  5S.  Cyrille,  Cateches.. 
xxii  (mystay.,  iv),  2,  P.  G.,  t.  xxxm,  col.  1098.  Cf.  S.  Cyprien. 
Epist.,  lxiii,  12,  P.  L.,  t.  IV,  col.  383  :  Quam  vero  perversum 
est  quamque  contrarium,  eum  Dominus  in  nuptiis  de  aqua 
vinum  (ecerit,  nos  de  vino  aquam  faciamus,  cum  sacramen- 
turn  quoque  rei  illius  admonere  et  instruere  nos  debeat,  ut 
in  sacrificiis  Dominicis  vinum  potius  offeramus.  —  8J.  Wil- 
pert,  Fractio  panis.  La  plus  ancienne  représentation  du  sa- 
crifice eucharistique  à  la  Capella  greca,  in-4°,  Paris,  1896,  p.  11, 


xoificijxEvo; 2.  Il  n'est  donc  pas  douteux  que  pour  Origène 
et  pour  son  auditoire  les  pains  multipliés  par  Jésus  ne 
soient  le  symbole  de  la  communion  des  fidèles  et  ce 
rapprochement  ne  réclame  de  sa  part  aucune  explica- 
tion, c'est  donc  une  chose  admise  en  son  temps.  Un 
siècle  plus  tard  nous  retrouvons  la  même  pensée  expri- 
mée par  le  pape  Libère,  lors  de  la  vêture  religieuse  de 
sainte  Marcelline,  sœur  de  saint  Ambroise.  Parlant  du 
Christ,  il  dit  :  Hic  est,  qui  quinque  panibus  et  duobus 
piscibus  quattuor  millia  populi  in  deserto  pavit.  Plu- 
res  potiiit,si  plures  jam  tune  qui  pascerentur  fuissent. 
Benique  ad  tuas  nuptias  plures  vocavit  :  sed  jam  non 
panis  ex  hordeo,  sed  corpus  ministratur  e  cselo  3. 

Le  même  texte  interprète  au  sens  de  l'eucharistie  le 
miracle  des  noces  de  Cana  immédiatement  avant  les  pa- 
roles que  nous  venons  de  rapporter  :  Hic  est  qui  roga- 
tus  ad  nuptias  aquam  in  vina  convertit'';  or  saint 
Cyrille  de  Jérusalem  entend  lui  aussi  ce  dernier  miracle 
comme  symbolique  de  la  transsubstantiation  :  Tb  {iôwp 
uorÈ  Et;  oevov  jAETaëÉoXrixïv,  oîxEiVv  ouacm,  Èv  Kavâ  Tf|Ç 
raXiXaiaç'  xat  oùx  tx^iômazô;  Èittiv,  otvov  p.=TaëaXà>v  elç 
aîu.a 5.  «  Le  Christ  changea  jadis  à  Cana  de  Galilée 
l'eau  en  vin,  qui  a  une  affinité  avec  le  sang.  Ne  devons- 
nous  pas  croire  qu'il  a  changé  le  vin  en  son  sang?  »  et 
c'est  en  se  fondant  sur  ce  qui  s'était  passé  à  Cana  que 
saint  Cyprien  combattait  l'erreur  des  encratites  qui 
remplaçaient  par  l'eau  le  vin  du  sacrifice. 

Les  monuments  figurés  ne  sont  pas  moins  précieux 
pour  témoigner  de  la  pensée  des  anciens.  Deux  fresques 
du  IIIe  siècle  de  Yarcoso/ium  d'une  des  cryptes  dt  la 
catacombe  des  Saints-Pierre-et-Marcellin,  nous  mon- 
trent à  gauche  la  multiplication  des  pains,  à  droite  le 
changement  de  l'eau  en  vin;  la  manière  dont  la  com- 
position est  traitée  en  fait  deux  répliques6.  Une 
pyxide  en  ivoire  trouvée  à  Cartilage,  qui  a  servi  jadis  de 
réserve  eucharistique  pour  quelque  chrétien,  nous 
montre  le  Christ  assis  bénissant  les  pains  et  les  pois- 
sons que  lui  présentent  deux  apôtres,  tandis  que  de 
chaque  côté  de  cette  scène  d'autres  personnages  s'éloignent 
portant  distribuer  à  la  foule  la  nourriture  miraculeuse- 
ment multipliée  '.  Ici  encore  la  multiplication  des  pains 
est  symbolique  de  la  communion  des  fidèles,  car,  comme 
le  dit  saint  Ambroise  :  In  apostolorum  ministerio  fu- 
Lura  divisio  dominici  corporis  sanguinisque  preemitti- 
turi.  Une  peinture  d'une  catacombe  découverte  à 
Alexandrie  il  y  a  un  demi-siècle  et  qui  peut  remonter 
au  ve  siècle 6  occupait  la  frise  de  l'abside  d'une  petite 
basilique  souterraine,  au-dessus  de  l'autel  où  le  sacri- 
fice était  célébré.  Cette  fresque  comprend  trois  sujets 
que  séparent  des  arbres.  Au  centre,  la  multiplication 
des  pains  et  des  poissons  par  le  Christ  à  qui  Pierre  et 
André  présentent  les  vivres,  tandis  que  réunissant  deux 
moments  distincts  dans  un  même  cadre,  l'artiste  a  re- 
présenté aux  pieds  du  Sauveur  les  douze  corbeilles  qui 
furent  remplies  des  débris  du  repas.  La  scène  de  droite 
laissait  voir  un  repas,  on  y  pouvait  lire  encore  ces 
mots  : 

TAC  CYAOriAC  TOY  x7 
eCOIONTCC 

«  Ceux  qui  mangent  les  eulogies  du  Christ.  » 

note  4.  Id.,  La  Fractio  panis  rappresentaia  in  affresco  cimi- 
teriale  délia  prima  meta  det  sec.  n,  dans  Memorie  dull  Accad. 
pontif.  di  archeol.,  1894,  pi.  vi.  —  ''De  Rossi,  Bull,  di  arch. 
crist.,  1891,  pi.  iv-v,  p.  47  sq.  —  8  S.  Ambroise,  Expos,  in  Lucam, 
L  VI,  P.  L.,  t.  xv,  col.  1G91.  —  »  C.  Wescher,  dans  les  Archives 
des  missions  scientifiques,  t.  1, 1"  livraison  ;  De  Rossi,  Bull,  di 
arch.  crist.,  1865,  p.  57;  J.  Wilpert,  loc.  cit.,  p.  10,  note  2;  l'in- 
curie a  laissé  périr  cette  catacombe  et  tout  ce  quelle  renfermait, 
c'est  d'ailleurs  le  sort  des  antiquités  de  la  ville  d'Alexandrie  de 
n'être  mises  au  jour  que  pour  être  détruites.  Cf.  Néroutsos  bey, 
L'ancienne  Alexandrie,  in-8°,  Paris,  1888. 


801 


AGAPE 


802 


La  scène  de  gauche  laissait  voir  aussi  un  autre  repas 
dont  l'identification  n'était  pas  douteuse,  car  on  lisait 
auprès  des  personnages  les  inscriptions  suivantes  :  IC 
(Jésus),  H  ATIA  MAPIA  (la  sainte  Marie),  17AIAIA  (les 
serviteurs);  c'était  donc  une  représentation  des  noces 
de  Cana  et  la  place  choisie,  au-dessus  de  l'autel,  pour 
cette  iresque  dispense  de  s'arrêter  à  un  rapprochement 
symbolique  évident  pour  tous.  Si  enfin  on  cherche  à 
Rome  même  et  parmi  les  monuments  les  moins  éloignés 
par  leur  date  de  la  célèbre  Fractio  partis  on  ne  peut 
manquer  de  mentionner  les  «  chambres  des  Sacre- 
ments »  du  cimetière  de  Saint-Callixte,  où  l'on  ren- 
contre précisément  parmi  les  scènes  eucharistiques  le 
repas  miraculeux  de  la  multitude. 

De  la  fresque  que  nous  étudions  nous  devons  conclure 
1»  qu'à  Rome,  au  n*  siècle,  l'idée  d'un  repas  était  étroi- 
tement associée  à  l'idée  de  la  célébration  de  l'eucha- 
ristie; 2°  que  les  personnages  couchés  sur  notre  fresque, 
ne  pouvant  faire  la  communion  en  cette  posture,  repré- 
sentent les  convives  célébrant  le  repas  de  l'agape  présidé, 
ainsi  que  l'exige  saint  Ignace  d'Antioche,  par  l'évêque 
à  qui  il  appartient  de  faire  aussi  l'eucharistie;  3°  que, 
vers  le  temps  où  la  fresque  fut  faite,  la  célébration  de 
l'eucharistie  était  jointe  à  l'agape  et  l'une  et  l'autre 
étaient  figurées  par  le  miracle  de  la  multiplication  des 
pains1  dont  le  symbolisme  nous  permet  seul  de  recon- 
naître ici  une  agape  suivie  de  l'eucharistie  au  lieu  d'un 
simple  banquet  funèbre. 

VII.  L'agape  au  IIe  siècle.  —  Textes  latins.  —  Les 
derniers  textes  que  nous  pouvons  rapporter  au  IIe  siècle 
nous  sont  fournis  par  Minucius  Félix  et  Tertullien. 
Minucius  écrit  :  Convivia  non  tantum  pudica  colimus, 
sed  et  sobria  :  nec  enim  indulgemus  epulis  aut  convi- 
vium  mero  ducimus.  «  Nous  observons  dans  nos  repas 
et  la  pudeur  et  la  sobriété;  en  effet,  nous  évitons  l'abus 
des  mets  et  celui  du  vin.  »  On  ne  saurait  tirer  autre  chose 
de  ce  texte  sinon  un  aveu  de  l'existence  des  repas  dans 
lesquels  on  mangeait  les  uns  à  côté  des  autres  sans  que 
la  pudeur  la  plus  sourcilleuse  put  s'alarmer,  quant  aux 
mets  ils  se  composaient  de  viande  et  de  vin  en  quantité 
modérée  2.  A  lire  de  près  les  deux  accusations  énoncées 
contre  les  chrétiens  par  Cécilius,  l'interlocuteur  de 
Minucius  Félix,  on  reconnaît  deux  courants  calomnieux 
bien  distincts  :  1°  l'inceste  d'Œdipe,  consommé  à  la 
suite  d'un  repas  copieux  et  à  la  faveur  des  ténèbres3; 
2°  le  festin  de  Thyeste.  Voici  en  quoi  il  consiste  :  On 
présente  un  enfant  couvert  de  pâte  à  celui  qui  doit  être 
initié,  lequel  frappe  l'enfant  à  coups  de  couteau,  le 
sang  jaillit,  les  initiés  le  lèchent  et  se  partagent  les 
membres  palpitants  de  la  victime.  Dans  l'inceste  d'Œdipe 
le  fait  essentiel  qui  a  servi  de  thème  est  un  repas  en 
commun,  xpim^a  xoîvï],  ainsi  que  s'exprime  l'auteur  de 
YEpilre  à  Diognète  ;  dans  le  repas  de  Thyeste  le  fait 
essentiel  est  une  communion  à  la  chair  et  au  sang  de  la 
victime  dissimulée  sous  le  voile  du  pain.  Nous  avons 
bien  ici  les  deux  courants  calomnieux  s'attachant  l'un  à 
l'agape,  l'autre  à  l'eucharistie  ;  nous  allons  retrouver  la 
distinction  dans  Tertullien.  Dans  son  Apologétique,  Ter- 
tullien consacre  les  chapitres  vn-ix  à  réfuter  l'accusation 

'S.  Paulin,  Epist.,  xm,  P.  L.,  t.  lxi,  col.  213,  fournit  un  texte 
intéressant  en  ce  qu'il  montre  qu'une  scène  d'agapes  suggérait  au 
spectateur  le  souvenir  de  la  multiplication  des  pains.  Minucius 
Félix,  Octavius,  c.  xxxi,  P.  L.,  t.  m,  col.  351  ;  F.  X.  Funk,  dans 
la  Revue  d'hist.  ecclés.,  1903,  p.  10,  traduit  nec  indulgemus 
epulis,  par  ce  les  banquets  ne  sont  pas  en  honneur  parmi  nous  », 
ou  bien  «  nous  ne  sommes  pas  passionnés  pour  la  bonne  chère  ». 
M.  C.  Callewœrt  propose  de  comparer  Octavius,c.  xxxi,  à  Octavius, 
c.  ix. et  de  rapprocher  de  même  les  chapitres  xxxvm  et  xxxix  en 
faisant  ressortir  les  expressions  parallèles,  Revue  des  quest.  hist., 
1903,  1"  avril,  p.  664.  —  *La  restriction  porte  non  sur  les  mets 
et  sur  le  vin,  mais  sur  l'abus  qu'on  en  ferait;  s'il  en  était  autre- 
ment et  que  le  texte  entraînât  l'exclusion  des  mets  pour  mieux 
exclure  l'agape,  il  entraînerait  encore  l'exclusion  du  vin  et  dès 
lors   exclurait   l'eucharistie.  —  8  Voir    col.   274.    —  *  Digeste, 

DICT.   D'ARCH.   CHRÉT. 


des  festins  de  Thyeste  et  des  promiscuités  infâmes  qui 
les  suivraient,  il  ne  reviendra  plus  désormais  sur  l'eucha- 
ristie, mais  il  nous  donnera  des  détails  circonstanciés 
sur  les  sodalicia  chrétiens  et  sur  leurs  occupations.  Les 
sociétaires  usant  de  la  liberté  accordée  par  la  loi  se 
réunissaient  pour  des  prières,  des  lectures,  des 
exhortations;  mais  aussi  pour  veiller  à  l'observation  de 
la  discipline  et  prononcer  au  besoin  l'exclusion  des 
confrères  indignes.  Conformément  à  ce  que  prescrivait 
la  loi i  et  à  ce  que  nous  voyons  se  pratiquer  dans  le 
collège  funéraire  de  Lanuvium 6,  ces  pauvres  gens 
mettaient  chaque  mois  leur  denier  dans  le  tronc  com- 
mun et  bien  que  rien  ne  les  y  forçât,  mais  l'argent  ainsi 
recueilli  a  une  destination  bien  déterminée  :  «  il  n'est 
employé  qu'à  nourrir  et  à  enterrer  les  pauvres,  les 
orphelins  sans  biens,  les  domestiques  cassés  de  vieil- 
lesse, les  naufragés.  S'il  y  a  des  chrétiens  condamnés 
aux  mines,  détenus  en  prison,  ou  relégués  dans  les  îles 
uniquement  pour  la  cause  de  Dieu,  ils  y  sont  entretenus 
par  la  religion  qu'ils  ont  confessée6.  »  Surtout  rien 
n'était  distrait  de  la  caisse  au  profit  des  repas  de  corps, 
car  il  fallait  garder,  extérieurement  du  moins  et  devant 
la  loi,  l'attitude  de  collège  funéraire  et  la  cotisation 
mensuelle  ;  «  c'est  un  dépôt  de  piété,  dit  en  effet  Ter- 
tullien, qu'on  ne  dissipe  pas  en  repas  et  en  rasades,  » 
inde  non  epulis  nec  potaculis  dispensatur1.  Il  est  clair 
que  l'emploi  des  fonds  procurés  par  la  cotisation  men- 
suelle, tel  que  Tertullien  l'explique  dans  son  Apologé- 
tique, dépasse  de  beaucoup  la  destination  spéciale  d'un 
collège  funéraire  ;  mais  nous  savons  que  l'État  romain, 
débordé  par  les  innombrables  associations  qui  couvraient 
l'empire,  s'en  tenait  aux  apparences  devant  son  impuis- 
sance à  enrayer  l'immense  développement  des  collèges. 
Quant  à  la  fréquence  des  réunions  il  est  probable  qu'il 
en  était  de  même  que  pour  l'emploi  de  la  caisse  de  la 
confrérie.  Il  arrivait  en  temps  de  persécution  que  chaque 
jour  quelque  assemblée  chrétienne  dénoncée  par  un 
traître  était  envahie  et  pillée8.  De  quelles  réunions 
s'agit-il  ici9?  Probablement  de  réunions  extra-légales, 
simples  tolérances  auxquelles  on  peut,  avec  quelque 
vraisemblance,  rapporter  telles  occupations  incompa- 
tibles avec  les  attributions  du  collège  funéraire,  les  repas 
de  corps  par  exemple  qu'alimentaient  des  fonds,  dons  en 
argent,  ou  en  nai'.e,  «ur  la  réunion  et  l'emploi  desquels 
l'État  ne  pouvait  rien  savoir.  Ce  qu'étaient  ces  repas  de 
corps,  Tertullien  nous  le  dit  :  «  Pour  les  chrétiens,  il 
n'est  pas  étonnant  que  s'aimant  si  tendrement  ils  aient 
des  soupers  communs.  On  cherche  à  décrier  nos  soupers, 
non  seulement  comme  criminels,  mais  comme  trop 
somptueux...  on  ne  parle  que  des  repas  [de  solo  t7°iclinio) 
des  chrétiens.  Leur  nom  seul  montre  quel  en  est  le 
motif;  on  les  appelle  d'un  mot  qui  chez  les  Grecs  veut 
dire  dilection  (id  vocalur  quod  dilectio  pênes  grsecos). 
Quoi  qu'ils  puissent  coûter,  c'est  un  bénéfice  d'en  faire 
les  frais  au  nom  de  la  religion,  car  nous  soulageons  les 
pauvres  par  ce  moyen...  Vous  voyez  à  quel  point  est 
honorable  le  motif  de  nos  soupers,  appréciez  l'ordre  qui 
y  règne,  et  comment  ils  peuvent  être  des  œuvres  de 
religion.  On  n'y  souffre  rien  de  vil  et  d'immodeste,  on  ne 

1.  XLVU,  tit.  xxii,  1.  Permittitur  tenuioribus  stipem  men- 
struam  conferre,  dum  tamen  semel  in  mense  coeant,  ne  sut 
prseteœtu  hujusmodi  illicitum  collegium  coeant.  —  'Inscript. 
de  Lanuvium,  1"  colonne, lignes  10-13  :  Qui  stipem  menstruam 
conferre  votent  in  funera,  ii  in  collegium  coeant,  neque  sut 
specie  ejus  collegi  nisi  semel  in  mense  coeant  conferendi 
causa  unde  defuncti  sepeliantur,  dans  Mommsen,  De  colle- 
giis  et  sodaliciis  Romanorum,  in-8%  Kiliaî,  1843.  —  °  Tertullien, 
Apolog.,  c.  xxxix,  P.  L.,  t.  i,  col.  533.  —  >  Ibid.,  P.  L.,  1. 1,  col. 
533.  —  »  Ibid.,  c.  vu,  P.  L.,  t.  i,  col.  358  sq.  —  »  Ibid.,  c.  xxxix, 
P.  L.,  t.  1,  col.  541.  Il  n'est  pas  impossible  que  la  phrase  qui 
suit  :  Hsec  coitio,  etc.,  soit  employée  à  deux  fins.  Elle  répond  cer- 
tainement à  la  phrase  du  début  :  Coimus,  etc.,  mais  elle  pour- 
rait avoir  eu  aussi  dans  la  pensée  de  l'auteur  le  sens  d'une- 
riposte  brutale  à  des  accusations  ignobles. 

I.  -2G 


803 


AGAPE 


804 


se  met  à  table  (non  prius  discumbitur)  qu'après  une 
prière  à  Dieu;  on  mange  à  la  mesure  de  sa  faim,  on 
boit  dans  la  mesure  convenable  aux  gens  pudiques  ;  on 
se  rassasie  comme  il  convient  à  qui  n'oublie  pas  que 
même  pendant  la  nuit  on  a  Dieu  à  adorer,  on  converse 
comme  qui  sait  que  Dieu  écoute.  Après  qu'on  s'est  lavé 
les  mains,  et  qu'on  a  allumé  les  flambeaux,  quiconque 
pouvant  chanter,  soit  d'après  les  saintes  Écritures,  soit 
d'inspiration,  est  invité  à  le  faire  au  milieu  de  tous  et 
l'on  peut  juger  alors  comment  il  a  bu.  Le  repas  iinit 
comme  il  a  commencé,  par  la  prière.  On  se  sépare  non 
pour  faire  du  désordre,  commettre  des  insolences,  des 
meurtres,  mais  avec  modestie,  avec  pudeur  :  comme 
gens  qui  ont  soupe  de  discipline  plutôt  que  de  bonne 
chère  '.  »  Et  Tertullien  conclut  :  Hsec  coitio  christia- 
norum. 

Ayant  fini  dès  le  chapitre  i£  avec  l'accusation  des 
festins  de  Thyeste,  il  met  ici  à  néant  c»-lle  des  promis- 
cuités infâmes;  pour  cela  il  expose  avec  détail  l'agape 
qui  fournit  matière  à  l'accusation  et  afin  qu'on  ne  s'y 
trompe  pas  on  relève  ces  mots  triclinium,  discumbere, 
caractéristiques  exclusivement  de  l'agape,  enfin  le  mot 
lui-même  que  nous  avons  vu  dans  l'épître  de  saint  Jude. 

Indépendamment  de  cette  observation  le  texte  ne  peut 
s'appliquer  qu'à  l'agape,  car  la  posture  des  convives  que 
nous  venons  de  signaler  et  diverses  observations  ne 
laissent  aucune  ambiguité  à  cet  égard.  «  Quoi  qu'il  puisse 
en  coûter,  »  or  la  dépense  de  l'eucharistie  est  insigni- 
fiante :  «  on  mange  à  la  mesure  de  sa  faim,  »  est  incom- 
patible avec  la  bouchée  de  pain  eucharistique  2  ;  «  qui- 
conque peut  chanter...  et  l'on  peut  juger  alors  comme 
il  a  bu,  »  ceci  est  déraisonnable  s'il  ne  s'agit  que  de  la 
gorgée  de  vin  eucharistique. 

C'est  toujours  une  entreprise  périlleuse  de  faire  voir 
sous  le  sens  littéral  des  mots  un  sens  symbolique  qui 
fût  le  seul  véritable  ;  il  faudrait  pour  y  réussir  aux 
dépens  du  texte  que  nous  venons  de  citer  une  démons- 
tration, qu'aucune  affirmation,  pour  autorisée  qu'elle 
soit,  ne  saurait  suppléer. 

Nous  pouvons  maintenant  déduire  le  rituel  del';;gape, 
en  Afrique,  à  la  lin  du  11e  siècle.  1»  Prière  préliminaire, 
une  manière  de  benedicite.  —  2°  Les  convives  prennent 
place  sur  les  lits.  —  3°  Repas  pendant  lequel  on  s'en- 
tretient de  choses  pieuses,  fabulantur  ut  qui  sciant 
Deum  audire.  —  4°  Lavabo.  —  5°  On  éclaire  la  salle. 
—  6°  Chant  de  psaumes  ou  d'hymnes  improvisés.  — 
7°  Prière  finale.  —  8°  Départ.  Rien  n'indique  l'heure  du 
repas,  mais  il  est  à  peine  douteux  qu'il  se  fasse  à  la 
tombée  du  jour,  puisqu'on  apporte  les  flambeaux  au 
moment  où  on  l'achève  3  et  que  les  confrères,  en  se 
retirant,  évitent  ce  genre  de  désordres  qui  régnent  dans 
les  grandes  villes  comme  Carthage,  principalement  la 
nuit.  On  ne  trouve  aucune  mention  de  l'euclkanstie  qui. 


4  On  voudra  bien  nous  permettre  de  ne  pas  entendre  ceci  de  la 
faim  spirituelle  ;  nous  faisons  de  l'histoire,  tenons-nous-y.  —  !  Lo 
texte  que  nous  venons  de  citer  renferme-t-il  la  mention  d'une  distri- 
bution de  vivres  faite  aux  pauvres  dans  ces  paroles  :  inopes  quos- 
que  refrigerio  isto  juvamus,  nous  n'oserions  l'affirmer,  car  ces 
paroles  peuvent  ne  viser  que  les  seuls  convives  prenant  part  au 
repas  et  on  n'y  trouve  aucune  trace  do  l'institution  mentionne*  par 
saint  Justin  à  Rome,  d'après  lequel  a  l'issue  de  la  célébration  de 
l'eucharistie  se  plaçait  une  distribution  faite  aux  pauvres.  £,  Justin, 
Apolog.,  I,  c.  lxvh,  P.  G.,  t.  vi,  col.  429.  L'usage  des  distributions 
D'est  pas  mis  en  question,  mais  c'est  leur  nature  et  leur  moment. 
—  3  De  là  probablement  l'heure  des  réunions  variait  suivant  la 
saison;  on  trouve  de  même  dans  la  règle  monastique  de  saint 
Benoit  des  heures  variées  afin  qno  le  repas  se  iasse  toujours  à  la 
lueur  du  Jour.  —  *S.  Cyprien,  Epiât.,  uni,  15  :  Omnis  religionis 
etverilalis  disciplina  subvertitur,  nisi  quod  spiritualité)-  prxci- 
pitur  fidélité---  reservetur  niai,  si  M  sacrificiis  matuttnis  hoc 
quis  veretur  ne  ver  saporem  vini  redoleat  sanguinem  Christi, 
P.  L.,  t.  iv,  col.  397.  Pour  ectto  constatation  il  est  possible 
qu'on  employât  le  vieil  usage  du  Baiser.  Cf.  TarroUien.  Apolog., 
t.  VI,  P.  L..  .  I,  col.  353,  354.  F.  X.  Funk,  dans  la  Hevue  d'hiat. 


â  cette  époque,  en  Afrique,  ou  du  moins  à  Carthage, 
devait  être  séparée  de  l'agape  et  avoir  lieu  le  matin, 
car  nous  lisons  que  certains  chrétiens  redoutaient  que 
l'odeur  du  vin  ne  révélât  leur  réception  matinale  de 
l'eucharistie*. 

Les  mentions  de  l'agape  et  de  l'eucharistie  sont 
fréquentes  chez  Tertullien,  nous  les  avons  recueillies 
dans  un  autre  travail 5,  nous  nous  bornerons  à  éclairer 
quelques-unes  plus  importantes  pour  notre  sujet.  Dans 
son  Exhortatio  ad  martyres,  Tertullien  nous  apprend 
que  dans  le  séjour  de  la  prison  l'esprit  profite  plus 
que  la  chair  ne  perd,  celle-ci  d'ailleurs,  grâce  à  la  pré- 
voyance de  l'Eglise,  reçoit  son  dû,  l'agape  des  frères  ♦. 
Cependant  cette  portion  n'eût  pas  suffi  aux  prisonniers', 
car  l'agape,  encore  qu'on  y  mangeât,  dit  Tertullien,  «  à 
la  mesure  de  sa  faim,  »  n'était  qu'un  repas;  aussi  les 
fidèles  riches  pourvoyaient  à  augmenter  la  ration  que 
l'Église  faisait  parvenir  à  ses  enfants  *  :  Inter  carnis-  ali- 
menta, benedicti  martyres  designati,  quae  vobis  et 
domina  mater  Ecclesia  de  uberibus  suis,  et  singuli 
fratres  de  opibus  suis  propiis  in  carcerem  submini- 
strant  '.  Nous  avons,  précisément  à  l'époque  où  vécut 
Tertullien,  un  exemple  historique  de  ce  fait.  Une  cou- 
tume accordait  aux  gladiateurs  et  aux  bestiaires,  la 
veille  du  combat,  la  consolation  d'une  suprême  orgie, 
c'était  ce  qu'on  appelait  «  le  repas  libre  »,  cœna  libéra, 
le  peuple  y  pouvait  assister.  Il  en  fut  ainsi  dans  la 
soirée  du  6  mars  203,  à  la  prison  de  Carthage.  On  avait 
accordé  aux  martyrs  du  lendemain,  Perpétue,  Félicité, 
et  leurs  compagnons,  la  permission  de  faire  le  repa9 
libre,  mais  ceux-ci  le  transformèrent  en  agape  :  Priait 
quoque  cum  Ma  cœna  ultima,  quant  liberam  vocant, 
quantum  in  ipsis  erat,  noncœnam  liberam,  sed  agapen 
ccenarent10.  C'était  peut-être  la  sportule  apportée  de  la 
réunion  chrétienne  qu'ils  mangèrent  à  ce  moment. 

Dans  un  pamphlet  de  Tertullien  postérieur  à  son  aban- 
don de  l'Église  catholique,  il  reprochait  aux  fidèles  de 
ne  pas  observer  les  jeûnes  avec  la  rigueur  qu'y  mettait 
la  secte  montaniste.  Son  réquisitoire  l'amcnt»  à  reprocher 
à  ses  anciens  coreligionnaires  des  usages  qu'il  avait 
jadis  recommandés.  Il  en  est  ainsi  des  agapes  qu'il 
qualifie  en  ces  termes  :  Apud  te  agape  in  cacabis 
fervet,  fides  in  culinis  calet,  spes  in  ferculis  jacelli.  11 
continue  l'énumération  des  désordres  vrais  ou  prétendus 
et  joue  sur  le  mot  agape.  Sed  major  his  est  agape  '* 
quia  per  hanc  adolescentes  tui  cum  sororibus  dormiunt. 
Appendices  scilicet  gulee,  lascivia  alque  luxuria.  Nous 
voilà  revenus  à  la  conception  calomnieuse  de  l'agape 
fondée  sur  la  célébration  d'un  repas  et  la  posture  cou- 
chée des  convives  :  à  tel  point  qu'on  pourrait  redire  à 
Tertullien  le  mot  de  YEpitre  à  Diognète  sur  les  chré- 
tiens :  a  Ils  partagent  la  même  table,  mais  ne  partagent 
pas  le  même  lit,  »  TpôneÇav    xoivvyv  TrapaT-Oevxai,    &ÏX' 


eccl.,  1903.  p.  18,  admet  aussi  que  l'agape  avait  lieu  le  soir  el 
l'eucharistie  le  matin.  —  »  Cf.  D.  Cabrol  et  D.  Leclercq,  Monum. 
Eccl.  liturg.,  in-4*.  Parisiis,  1902,  t.  I,  p.  159-173.  —  «Tertullien, 
Ad  martyres,  n.  2,  P.  L.,  t.  i,  col.  696.  —  'Nous  savons  pai 
d'autres  documents  que  par  motif  d'avarice  il  arrivait  fréquem- 
ment que  les  prisonniers  fussent  réduits  à  une  portion  tout  à  fait 
insuffisante  :  Pussio  S.  Perpetux,  n.  xvi,  dans  Ruinart,  Acta 
sincera,  in-4\  Parisiis,  1689,  p.  93.  Rapprochei  la  Pa*sio  S.  Mon- 
tant, n.  vu,  ibid.,  p.  235,  où  les  martyrs  ne  reçoivent  qu'une 
ration  de  «  solon  »  ;  enfin  nous  apprenons  par  la  correspondance 
de  saint  Cyprien  que  plusieurs  frères  moururent  de  faim  en  pris.  n. 

—  »  C'était  un  usage  admis  que  les  prisonniers  reçussent  des  vivres  et 
«les  douceurs  de  leurs  parents  et  amis.  Cf.  Passio  S.  Piunii,  n.  11, 
ibid  ,  p.  130.  —  "Tertullien,  Ad  martyres,  n.  1,  P.  L.,  t.  2,  col.  681, 

—  ">  Pansio  S.  Perpétuée,  n.  17,  dans  Texts  and  studies,  t,  I, 
1891,  p.  86,  et  la  version  grecque  s'exprime  ainsi  :   'AUX  x«l   «»• 

■M-.ài  cti  th  fa/a-ttjv  ixiïvo  SiTnvov,  ô*ip  tirJôtpo*  ô>o;xc*owarv,  £»•»  0« 
!o'  mlKftT(  oJx  iXiû8*fov   ài~vov  àiX*  &vù-i]i»  îcmàXouv  ?>;  ft&c5v  r«pf>T;ffi«. 

ï'oid.,  p.  87.  —  4I  Tertullien,  De  jejunio,  n.  xvn,  P.  L.,  t  n, 
col.  1029.  —  4,I  Cor.,  xm,  13.  Renan  lit  :  Sed  nnxjoris  est  agape 
quia...  ÎJarc-Awèle,  in-8*,  Paris,  1883,  p.  519,  note  3. 


805 


AGAPE 


806 


«ûzoîTiiv1.  Signalons  un  nouveau  trait  commun  entre 
la  discipline  des  collèges  d'agapes  et  celle  des  sodalicia 
païens.  Tertullien  marque  la  double  gratification  ou 
ration  accordée  aux  présidents  2  et  nous  trouvons  dans 
un  collège  les  présidents  se  qualifiant  de  magislri 
sesquiplares,  magistrats  à  deux  parts  et  demie3. 

"VIII.  L'agape  au  IIe  siècle.  —  Textes  disciplinaires.  — 
Nous  ne  pouvons  songer  à  discuter  ici  la  date  la  plus 
probable  à  laquelle  on  puisse  attribuer  les  anciens  écrits 
liturgiques  dans  lesquels  l'institution  de  l'agape  parait 
visée  et  réglementée.  En  première  ligne  ^rmi  ces  écrits 
se  présentent  les  Constitutions  apostoliques  ;  nous  n'en 
ferons  pas  usage  et  en  voici  la  raison  :  les  Constitu- 
tions apostoliques  sont  une  compilation  de  documents 
d'origines  et  de  dates  différentes  mis  à  profit  par  un 
rédacteur  qui  ne  s'est  pas  fait  mute  d'interpoler  les 
tentes.  Nous  pouvons  nous  faire  une  idée  de  la  liberté 
dont  il  a  usé  en  le  prenant  sur  le  fait  dans  l'édition 
interpolée  par  lui  des  Épitres  de  saint  Ignace  d'An- 
tioche  : 


Lettre  aux  Smyrniotes, vm* 


Édition  interpolée5. 


otto'j  œv  cpav/j  6  eirtaxoitoç,  otco'j  av  cpav?)  6  étticxquo;, 

Izsï  tô  7r).r,6oç  k'cra)-  waTrsp  Èxst  t'o  7t).ï,9oç  é'<tt«i>"  (ucnrep 

•Sttou  av  v)  XpcTTÔç  'Iï]<to0ç,  oîtou     à    Xptarôç,     itâtra    Y) 

Ixe;    ■!]    y.a6oXcx.Yj    EX%Vq,fffa.  oùpâvtoç  (Tipaxià  Tcapsarï)xsv 

Oùx    ÈEôv    Èittiv    Xt»ptç   ToO  toc  àpycarpaT^yto  tï)?   8uvâ- 

&m<tx(5iiov     ovte      paru-iÇEiv  [ieuç    KupÉou    xai    8iavo(j.eï 

O'jtî  àyâTtïjv  t^oieïv'  rcâo-r,?  voï]-;r|î   <p'JO"E(oç.    Oùx 
èÇôv    scmv    yifùpli  toO    èni- 

«TXÔTIO'J     0UT6     pa7CTl'ÇetV    OUTE 

wpo<TtpÉpeiv  oute  8u<na  Ttpoc- 

XùpiÇsiV  O'JTS  So^V  E7riTE),£ÏV. 

On  voit  par  ce  seul  exemple  qu'il  est  impossible  d'uti- 
liser les  indications  fournies  par  les  Constitutions 
jusqu'à  ce  que  le  texte  ait  reçu,  par  la  critique  des 
sources,  une  valeur  historique  définitive.  A  défaut  de  ce 
texte  nous  a^ons  un  de  ceux  dont  le  faussaire  a  fait  usage 
pour  sa  compilation.  C'est  un  document  intitulé 
Canons  d'Hippohjte,  dans  lequel  les  critiques  les  plus 
autorisés  proposent  «  de  voir  une  œuvre  synodale  de 
l'Église  romaine  des  environs  de  l'an  195  »  6.  C'est  un 
document  de  premier  ordre  ;  «  sauf  quelques  retouches 
faciles  à  reconnaître,  les  38  canons  concordent  admira- 
blement avec  ce  que  nous  savons  de  l'organisation  de  la 
discipline,  de  la  liturgie  en  vigueur  au  commencement 
du  IIIe  siècle,  à  Rome  et  en  Afrique7.  »  Les  canons  dits 
d'Hippolyte  représentent  l'agape  comme  un  repas  dont 
ils  nous  donnent  le  règlement  détaillé  : 

Canon  32,  n.  164.  Si  agape  fit  vel  cœna  ab  aliquo 
pauperibus  paratur  xvpiaxv) 8  tempore  accensus  lu- 
cernée,  prsesente  episcopo  surgat  diaconus  ad  accen- 
dendum.  165.  Episcopus  autem  oret  super  eos  et  eum, 
qui  invilavit  illos.  106.  Et  necessaria  est  pauperibus 
EJ/apiaTta,  quse  est  in  initio  missee.  167.  Missos  autem 
faciat  eos,  ut  separatim  recédant,  antequam  tenebree 
oboriantur.  168.  Psalmos  recitent  antequani  recédant. 

Canon  33,  n.  169.  Si  fit  àva[mj<rtç  pro  Us  qui  de- 
funrti  sunl,  primum  antequam  consideant  mysteria 
■sumant ;  neque  lanien  die  prima.  170.  Post  oblationem 
distribuatur  eis  panis  È|op-/.ccru.oû,  antequam  consi- 
deant. 172.  Non  sedeat  cum  eis  aliquis  catechumenus 
in  agapis  xuptaxaïç.  173.  Edant  bibanlque  ad  saliela- 

'  Epist.  ad  Diognet..  dans  Opéra  ■pair,  apost...  édit.  F.  X.  Ftink, 
in-8',Tubingen,  1887, 1. 1.  p. 318.—  «Tertullien,  Dejejunio,n. xvii, 
P  L..  t.  n,  col.  1029.  —  3  Orelli,  Inscr.  lat.,  in-8»,  Turici,  1828, 
».  7181.  —  '  J.-B.  Lightfoot,  Apostolic  Falhers,  t.  n,  sect.  1, 
p.  310.  —  *  Ibid.,  sect.  2,  p.  808.  Sur  les  «  Constitutions  apos- 
toliques »,  cf.  F.  X.  Funk,  Die  apos'olischen  Konstitutionen. 
Bine  literar-hsistorisake  Untersucbnnq.  in-12.  Rottenburg,  1891, 
p.  281-356;  L.  Duchesne,  dans  le  Bull',  crit..  1892,  t.  xitu  p.  81; 
H.  Achelis,   dans  Theoloq.    Lileraturz.,   1892,  t.   xvn,  p.  493; 


tem,  neque  vero  ad  ebrietatem ;  sed  in  divina  preesen- 
tia  cum  laude  Dei. 

Canon  34,  n.  174.  Ne  quis  multum  loquatur  neve 
clamet,  ne  forte  vos  irrideant,  neve  sint  scandait} 
hominibus,  ita  ut  in  contumeliam  vertatur  qui  vos  in 
vitavit  cum  appareat,  vos  a  bono  ordine  aberrare.  175. 
Sed  polius  invitent  eum  constanter  et  totam  familiam 
ejus  et  videatur  modestia  uniuscujusque  nostrum  et 
oblinealur  magna  dignitas  exemplis  Mis,  qux  in  no- 
bis  conspiciuntur.  176.  Oret  autem  quisque,  ut  sancti 
introeanl  sub  tectum  ejus;  dicit  enim  salvator  noster  : 
Vos  estis  sal  terrée.  177.  Quando  autem  episcopus  ser- 
mocinatur  sedens,  ceteri  lucrum  habebunt  neque  ipse 
sine  lucro  erit.  178.  Si  autem  absente  episcopo  pres- 
byter  adest,  omnes  ad  eum  convertanlur,  quia  ipse- 
superior  est  ceteris  in  Deo,  honorentque  eum  sicut 
honoratur  episcopus,  neve  contumaciter  illi  adversen- 
lur.  179.  Ipse  vero  distribuât  panem  È^opxio-u.oû,  ante- 
quam consideant,  ut  Deus  agapen  eorum  prœservet  a 
timoré  inimici  utque  surgant  salvi  in  pace. 

Canon  35,  n.  180.  Diaconus  in  agape  absente  presby- 
tero  vicem  gerat  presbyteri  quantum  perlinet  aa  ora- 
tionem  et  frac tionem panis,  quem  invitatis  distribuât. 
181.  Laico  autem  non  convenit  ut  signet  panem,  sed 
tanlummodo  frangat,  nihil  prseterea  faciat  182.  Si  cle- 
ricus  omnino  non  adest,  quilibet  suam  partem  come- 
dat  cum  gratiarum  actione,  ut  videant  gentes  mores 
vestros  cum  invidia.  183.  Si  quis  viduis  cœnam  parare 
vult,  curet,  ut  habeant  cœnam  et  ut  dimittantur  ante- 
quam sol  occidat.  184.  Si  vero  sunt  multae,  caveatur, 
ne  fiât  confusio  neve  impediantur,  quominus  ante  ves- 
peram  dimittantur.  185.  Unicuique  autem  earum  tri- 
buatur  sufficiens  cibus  potusque.  Sed  abeant,  ante- 
quam nox  advesperascat. 

L'agape  que  nous  venons  de  décrire  offre  un  caractère 
que  nous  avons  signalé  dans  d'autres  documents  :  les 
convives  pourront  manger  et  boire  suivant  la  nécessité 
de  chacun.  Ainsi  que  le  prescrivait  saint  Ignace  d'An- 
tioche  aux  Smyrniotes,  l'agape  est  présidée  par  l'évêque; 
d'autre  part  elle  nous  apparaît,  comme  dans  la  description 
deTertullien, encadrée  par  un  rituel  de  prières  et  de  chants, 
et  se  célèbre  à  la  même  heure,  vers  la  tombée  du  jour. 
L'intérêt  principal  de  la  description  donnée  par  les 
canons  réside  dans  deux  mentions  trop  brèves  :  exclu- 
sion formelle  des  catéchumènes  de  l'agape  ;  distribution 
au  commencement  du  repas  par  le  président,  évèque, 
prêtre,  diacre  ou  laïque,  du  pain  dit  «  de  l'exorcisme  ». 
L'admission  des  fidèles  exclusivement  au  repas  de 
l'agape  donne  lieu  de  penser  que  la  réunion  comporte 
une  partie  liturgique  ;  en  l'état  des  documents  on  ne 
saurait  dire  rien  de  plus.  Quant  à  la  nature  «  du  pain 
de  l'exorcisme  »,  on  est  réduit  à  des  conjectures;  il  est 
nécessaire  de  remarquer  que  ce  pain  paraît  avoir  droit 
à  la  qualification  qu'il  porte  dès  avant  la  réunion,  car  il 
est  dit  que  l'évêque  ou  le  prêtre  le  distribuent  aux 
convives,  mais  il  n'est  fait  nulle  mention  d'une  béné- 
diction prononcée  sur  ce  pain;  bien  plus,  un  diacre  et 
même  un  laïque  suffisent  à  cette  distribution,  ce  dernier 
toutefois  ne  pourra  faire  le  signe  de  croix  sur  le  pain, 
mais  il  devra  le  rompre  de  suite.  On  voit  que  si  la 
qualification  de  «  pain  de  l'exorcisme  »  était  attachée  à 
une  cérémonie  qui  ouvre  l'agape,  le  pain  distribué  par 
un  laïque  ne  remplirait  pas  la  condition,  dès  lors  il  n'y 
aurait  pas  agape  ou  bien  il  y  aurait  agape  incomplète.  Il 

P.  Batilïol,  dans  la  Revue  historique,  1894,  t.  UV,  p.  144  ;  F.  E. 
Brightman,  Liturgies  eastern  and  western,  in-3%  Oxford,  1896, 
t.  i,  introd.,  p.  xvnsq.  —  "P.  Batiffol,  La  littérature  grecque, 
in-12,  Paris,  1897,  p.  159.  G.  Morin,  Revue  bénédictine,  1900, 
p.  241  sq.,  donne  aax  canons  d'Hippolyte  une  origine  égyptienne. 
—  'L.  Duchesne,  dans  le  Bull,  cru.,  1891,  t.  XII,  p.  41.  —  »  P. 
Batiffol,  dans  le  Dictionn.  de  théologie,  de  Vacant,  au  mot 
Agape,  t.  i,  col.  553.  Le  texte  dit  fautivement  xuçtaxij  pour 
xuçiaxç. 


807 


AGAPE 


803 


semble  donc  légitime  de  conclure  que  le  «  pain  de 
l'exorcisme  »  tenait  son  nom  d'une  bénédiction  reçue 
dans  une  cérémonie  antécédente  ;  peut-être  était-ce  une 
eulogie  bénie  à  la  messe  le  matin  ou  dans  les  jours 
précédents.  Une  autre  observation  concerne  le  rite  men- 
tionné de  la  fraction  de  ce  pain  avant  sa  distribution. 
Ni  l'évèque,  ni  le  prêtre  ne  paraissent  faire  cette 
fraction,  mais  peut-être  n'avons-nous  ici  qu'une  omis- 
sion ;  ce  qui  est  le  plus  important  pour  nous  c'est  la 
mention  de  la  fractio  panis  par  un  diacre  et  même  par 
un  laïque  pourvu  qu'il  préside  l'assemblée  *.  Ce  terme 
de  fractio  panis  que  l'on  a  cru  réservé  à  l'eucharistie 
dans  l'antiquité 2  s'appliquait  donc  à  un  rite  qu'un 
laïque  pouvait  accomplir 3.  Était-ce  simplement'  par 
analogie  entre  ce  rite  et  celui  par  lequel  l'évèque  con- 
sacrait le  corps  du  Christ?  C'est  possible,  nous  dirons 
même  que  c'est  probable,  et  nous  en  donnerons  pour 
raison  l'exclusion  des  catéchumènes  que  nous  signalions 
plus  haut.  Si  on  admet  que  l'agape  décrite  par  les 
canons  d'Hippolyte  s'ouvre  par  un  rite  calqué  sur  celui 
de  l'eucharistie,  cette  exclusion  s'explique,  elle  s'impose 
même:  en  outre  nous  n'aurons  pas  ici  une  eucharistie, 
mais  simplement  ce  que  nous  appellerions  aujourd'hui 
une  messe  blanche.  Peut-être  la  fractio  panis  dont  nous 
avons  parlé  plus  haut  (col.  797  et  fig.  172)  représente-t-elle 
une  agape  avec  le  «  pain  de  l'exorcisme  »  ;  l'analogie 
avec  le  rite  eucharistique  pourrait  expliquer  en  pareil 
cas  la  présence  du  calice  et  des  pains  avec  la  posture 
couchée  des  convives,  posture  incompatible  avec  la 
réception  du  sacrement. 

L'agape  serait  donc  devenue  un  mémorial  de  l'eucha- 
ristie, mémorial  elle-même  de  la  mort  du  Christ. 

Nous  mentionnerons  trois  autres  sources  disciplinaires, 
moins  importantes  assurément  que  les  Canons  d'Hip- 
polyte, mais  qu'il  est  néanmoins  utile  de  connaître.  Ce 
sont  :  1°  La  Constitution  apostolique  égyptienne  :  A'; 
ciaïayoc:  ai  8iâ  K/.-f^i.v/xo;  scaï  xavôveç  exx^i)0~iao*Tixol  tffiv 
àyior/  aTrooràXuiv  4  ;  opuscule  d'origine  égyptienne  qu'on 
peut  attribuer  à  la  fin  du  ine  siècle.  —  2°  La  Didascalie 
ou  doctrine  des  douze  apôtres  et  des  saiiits  disciples 
de  Notre  Sauveur  6,  ouvrage  écrit  primitivement  en  grec 
vers  la  première  moitié  du  m8  siècle  et  dont  la  version 
syriaque,  qui  porte  les  marques  de  rajeunissement,  peut 
dater  de  la  seconde  moitié  du  même  siècle.  —  A"  Le 
Testament  de  Notre-Seigneur  Jésus-Christ  qui  ne  pa- 
rait pas  antérieur  au  milieu  du  iv  siècle  c.  Ces  textes, 


'  H.  Achelis,  Die  Canones  Hippolyti,  dans  Texte  und  Unter- 
such.,  in-8\  Leipzig,  189-1,  p.  105-111.  —  SJ.  Wilpert,  La  Fractio 
panis  rappresentata  in  affresco  cimiteriale  delta  primametà 
del  sec.  u,  in-4%  Roma,  1894,  p.  9  :  «  Ora  l'antichità  non  conosce 
che  una  sola  fractio  payas,  cioè  la  Hturgica,  la  quale  précède  la 
communione.  »  —  3La  fresque  romaine  que  nous  reprodu 
(fig.  172)  n'autorise  pas  à  déterminer  le  caractère  dont  est 
revêtu  le  président  :  elle  s'accorde  sur  ce  point  avec  le  texte  des 
canons  en  ce  qu'elle  laisse  supposer  un  évêque,  ainsi  que  le 
veulent  la  Didaché  et  saint  Ignace,  ou  bien  un  simple  it  président 
des  frères  »,  ainsi  que  le  veut  saint  Justin,  on  enfin  le  senior  qui 
prxsidet  dont  parle  Tertullien.  —  iCod.  Vindobon.  iiist.  gr.rc.. 
U5,  d'après  lequel  l'opuscule  a  été  publié  pu  Pitra,  Juris  eccl. 
grzee.  Iiist.  et  monum.,  in-4%  Romae,  18G4,  t.  I,  p.  75;  A.  Ilil- 
genfeld,  Novum  Testant,  extra  canonem  receptum,  in-8  , 
Leipzig,  1884,  p.  111  ;  A.  Harnack,  Gesch.  der  altchristl.  Li- 
teratur,  in-8*,  Leipzig,  1893,  t.  I,  p.  4M  ;  t  n,  p.  532;  le  même, 
Die  Quellen  der  soyenannten  apostolischen  Kirchenordnung, 
in-8",  Leipzig,  188b  ;  L.  Duchesne,  dans  le  Jhill.  critique, 
t.  vu,  p.  361.  La  partie  liturgique  est  reproduite  dans  D.  Ca- 
brol  et  D.  Leclercq,  Monum.  Eccl.  liturg.,  in-4",  Paris,  1902, 
t  l,  n.  2533-2549.  Le  texte  grec  que  nous  citons  est  l'ouvrage  de 
P.  de  Lagarde-Boetticher  dans  Bunsen,  Analecta  antenicxna, 
in-8",  Londini,  185'i,  t.  II,  p.  401  sq.  L'original  copte  dont  il  s'est 
servi  pour  reconstituer  le  texte  grec  ofTrait  d'assez  sérieuses 
difficultés,  cf.  toc.  cit.,  p.  40,  et  présentait  de  notables  différences 
avec  le  texte  thébain  publié  par  H.  Tattam,  Apostolic  constitu- 
tions in  Coptic,  in-8*,  London,  1848.  —  "  Cod.  Sangerman. 
tyr.  38,  du  i.v  ou  x'  siècle,  publié  dans  une  traduction  grecque 


que  leur  étendue  ne  nous  permet  pas  de  transcrire,  ne 
modifient  aucun  des  résultats  auxquels  nous  sommes 
parvenus1. 

IX.  Lieux  de  réunion  pour  l'agape.  —  Avant  de 
quitter  le  IIe  siècle  nous  voulons  mentionner  des  textes 
épigraphiques  qui  peuvent  avoir  quelque  rapport  avec 
notre  recherche.  La  compénétration  évidente  entre  les 
usages  des  collèges  funéraires  et  ceux  des  collèges  d'a- 
gapes nous  donne  lieu  de  penser  que  l'agape  a  pu  être 
célébrée  parfois  dans  des  hypogées  chrétiens.  Les  hypo- 
gées construits  sous  l'empire  offrent  généralement  deux 
étages,  l'inférieur  destiné  aux  inhumations,  le  supérieur 
servant  aux  réunions  familiales  et  aux  banquets  funè- 
bres. L'épigraphie  païenne  met  cet  usage  en  pleine 
lumière;  une  pierre  de  Pouzzoles  s'exprime  ainsi  : 
CVBICVLVM  SVPERIOREM  AD  CONFREQVEN- 
TANDAM  MEMORIAM  QVIESCENTI VM  s.  c'est  b'en 
ici  le  CVBICVLVM  MEMORIAE  que  nous  trouvons  dans 
une  inscription0  et  que  mentionne  et  décrit  le  célèbre 
testament  de  Bàle  :  [Ccllam  quant]  sedi/icavi  mémorise, 
perfici  volo  ad  exemplar  quod  cledi,  ita  ut  exedra  sit 
eo,  in  qua  statua  sedens  ponatur  marmorea  ex  lapidé 
quant  optumo  transmarino...  Lectica  fiât  sub  exedra 
et  II  sitbsellia  ad  duo  latera  ex  lapide  transmarino. 
Strattti  ibi  sit  quod  slernatur  per  eos  dies,  quibus  cella 
mémorise  aperielur...  araque  ponatur  ante  id  œdifi- 
cium  ex  lapide  lunensi...  in  qua  ossa  mea  reponantur. 
Cludaturque  id  œdi/icium  lapide  lunensi,  ita  ut  facile 
aperiri  et  denuo  cludi  possit 10.  Une  inscription  men- 
tionne un  cubicnlum  pourvu  d'un  solarium,  sorte  de 
terrasse  couverte  au  sommet  de  l'édicule  où  l'on  célébrait 
le  banquet  funèbre  : 

D-     M 
AVRELIVS- VITTALIO-HANC 
MEMORIAM-CVM  -SOLARIO- 
ET  CVVICVLO-A  SOLO  ■  FECIT 
SIBI-ET-AELIAE-SOFIADI-CONIVGI  etc.*'. 

D'autres  lituli  sont  plus  explicites  encore;  une  in- 
scription trouvée  à  Rome  sur  la  sépulture  d'un  ménage 
africain  s'adresse  aux  parents  et  amis  des  défunN  : 
AMICI  ET  PARENTES  HABEATIS  DEOS  PROPI- 
TIOS  SALVI  HVCAD  ALOGIAM  VENIATIS  HILARES 
CVM  OMNIBVS12;  l'épigraphe  du  collège  d'L'sculape  .'t 
d'Hvgie  est  ainsi  libellée  :  LOCVM  AEDICVLAE  CVM 
PERGVLA    ET   SOLARIVM    TECTVM    IVNCTVM    IN 


par  P.  de  Lagarde-Bcetticher,  Analecta  antenic.vna,  in-8*,  Lon- 
dini, 1854,  t.  n,  p.  45  sq.  Cf.  S.  Munck,  dans  Cureton,  Coiyas 
i  ,,alianum,  in-8-,  London,  lsV.>,  p.  342.  Une  version  latine  de 
cet  écrit  a  été  trouvée  sur  un  ms.  palimpseste  de  Vérone,  elle 
peut  remonter  au  l\"  siècle.  E.  llauler.  lune  tateinische  Palim- 
psestiibersetzung  der  Didasc.  apost.,  in-8-,  Wien,  1890;  le 
même,  Didascalix  apostotorum  fragmenta  veronensia  latina. 
Accédant  qui  dicuntur  apostol.  et  ecclestastici  canones,  in-s-, 
Leipzig,  1900.  —  "Ignat.  Epbr.  Rahmani,  Testamentum  Donnai 
nostriJesu  Christi,  in-'r,  Moguntite,  1899.  Cf.  H.  Achelis,  dan» 
Theoloy.  Literatttrzeituny,  26  décembre  1899  ;  Church  quar- 
terty  review,  janvier  et  avril  1900; Colltns,  dans  The  Guardian, 
0  décembre  1899.  —'Bunsen,  Analecta  anteniceena,  t.  n, 
p.  469  sq. ;  E.  Hauler,  Didascalise  apostotorum,  p.  113  sq., 
n.  i.xxv-lxxvi;  J.  E.  Rahmani,    Testamentv  1.  I, 

c.  xxxii,  p.  77;  1.  II,  c.  xi,  xiii,  p.  133,  135.  —  "De  Petra,  dans 
Giornaledegli  scavi  di  Pompa,  lai'.'.  1. 1.  p.  242.  —  »R.  Fabretti, 
i,.<riij>t.antiq.quxin  KdUntBptttei  intur,  expUcatie, 

in-fol.,  Romae,  1699,  p.  103,  n.  240.  —  ,0De  Rossi,  Bull,  di  or,  h. 
1868, p.  48, 94  sq.  ;  1864,  p.  26  sq.;  E.  Hubner,  dans  Anmili 
dell'  Istit.  di  corrisp.  arch.,  1864,  p.  205  sq.  —  *'  De  Rossi,  Roma 
sottermnea,  in-fol.,  Roma,  1877,  t.  ni,  p.  89.  Disposition  anal. une 
ui-Callixte  où  la  basilique  supérieure,  probablement  détruite 
pendant  la  persécution  de  Dioctétien,  <i<  \  ait  ser\  ir  île  salle  de  ban- 
quets; dans  la  suite  elle  devint  la  basilique  de  Saint-Sixte  II  et  de 
Sainte-Cécile.  —  "  Bull,  dell'  Istit.  di  corrisp.  archeol.,  1858, 
p.  116;  De  Rossi,  toc.  cit..  t.  m,  p.  475  :  «  Alogia  fu  dette  il  conxito, 
Iterd:  e  dall"  essore  state  l>-  funebrl  mlogie  célébrais 
nei  terrazzi,  salaria,  parcui  derivato  il  volgare  loggia,  bal  vue.  • 


809 


AGAPE 


810 


QVO  POPVLVS  COLLEGII  EPVLETVR  l.  A  cet  effet 
on  construisait  une  perguîa  en  maçonnerie,  recouverte 
de  fresques,  et  on  lui  donnait  parfois  la  forme  d'un  véri- 
table triclhiium.  Tel  fut  le  triclinium  chrétien  bâti  en 
avant  du  vestibule  du  cimetière  de  Domitille  avec  le 
réduit  qui  lui  est  annexé  contenant  un  puits  et  une  fon- 
taine. Il  s'agit  ici  d'une  véritable  schola  sodalium  sem- 
blable à  celles  des  sodalicia  païennes  destinées  aux  ban- 
quets funéraires;  ses  proportions,  observe  De  Rossi,  sont 
considérables,  parce  que,  au  moment  où  cette  schola  fut 
bâtie,  il  ne  s'agissait  plus  des  convives  peu  nombreux 
d'une  seule  famille,  mais  de  ceux  d'une  confrérie  éten- 
due 2.  Or  cette  schola  se  trouve  accolée  à  l'entrée  même 
du  cimetière. 

Au  jugement  de  De  Rossi,  qui  invoquée  ce  sujet  l'ana- 
logie des  monuments  païens,  la  disposition  de  l'hypogée 
juif  de  la  vigna  Randanini  et  les  inscriptions  des  con- 
fréries païennes,  il  ne  peut  y  avoir  l'ombre  d'une 
hésitation   sur   la   destination    de   ce    local  :   «    l'atrio 


on  les  désignait  sous  le  nom  de  scholse.  La  schola  du 
collegium  Siluani,  contiguë  au  cimetière  de  Callixle, 
était  une  belle  salle  de  forme  ronde1;  celle  des  sodales 
Serrenses,  près  de  la  voie  Nomentane,  pouvait  contenir 
cinquante  convives  commodément  assis8.  Si  la  confrérie 
était  trop  pauvre  elle  se  réunissait  au  cabaret 9,  mais 
d'ordinaire  elle  trouvait  un  bienfaiteur  qui  loumissait 
un  local  pour  ses  réunions  l0  : 


C       •       H    E  D    V 

L   E    1    V  S 

IANVARIVS       Q         Q 

A   R    A    M            S 

0   D   A    L   1 

B  V  S    •    S  VI  S     ■ 

SERRE 

N    •    S  1  B  V  S    • 

D  O  N  V  Wl 

POS  VI  T       ET 

LO  C  V  M 

SCHOLE    IPSE   ACQVISIVIT 

«  Suivant  les  pays,  le  local  portait  des  noms  diffé- 
rents11; »en  Atrique,  une  célèbre  inscription  chrétienne 


173.  —  Plan  de  la  Schola  sodalium  christianorum,  de  l'hypogée  de  Domitille.  D'après  Bullel.  di  arch.  crist.,  "1865.  p.  96. 
A.  Vestibule  de  l'hypogée  adossé  à  un  renflement  du  sol  qui  a  été  aplani  dans  ce  but3.  Le  vestibule  primitif  était  orné  d'un  beau 
revêtement  de  briques  et  couronné  d'une  corniche.  Au-dessus  de  la  porte  de  l'hypogée,  à  hauteur  de  la  corniche  était  posée  l'in- 
scription. Ce  vestibule  est  de  la  meilleure  époque  de»  constructions  impériales*,  mais  il  a  été  abîmé  sur  ses  deux  côtés  par  des 
constructions  postérieures  en  tui.  —  B.  E.  Cette  salle  est  certainement  antérieure  à  la  paix  de  l'Église,  car  elle  commande  l'entrée 
de  la  chambre  D  dont  les  peintures  ne  peuvent  être  reportées  au  delà  du  nr  siècle.  Autour  de  la  salle  court  une  banquette1  qui 
s'interrompt  devant  l'entrée  de  la  chambre  D  et  du  réduit  F,  tous  deux  contemporains  par  conséquent  de  la  construction.  Au 
milieu  du  réduit  F  se  trouve  un  puits;  on  voit  encore  sur  les  parois  latérales  les  chambranles  en  travertin  supportant  la  poulie  qui 
soutenait  le  seau  à  puiser;  à  droite  un  réservoir  apporte  l'eau  à  la  vasque  G;  à  côté  de  la  vasque,  une  niche  a  été  taillée  dans  la 
muraille  afin  qu'on  y  déposât  les  vases  et  autres  ustensiles. 


eostruito  innanzi  al  cemetero  di  Domitilla  è  una  schola 
ad  uso  principalmente  di  triclinio  per  le  agapi  sacre  6  » 
(fig.  173  et  174). 
Lorsque  les  tnclinia  étaient  la  propriété  d'un  collegium 

'R.  Fabretti,  loc.  cit.,  p.  724,  n.  443;  Orelli,  Inscr.  lat.  antiq., 
in-8%  Turici,  1828,  n.  2417;  G.  Boissier,  La  religion  romaine, 
in-8*,  Paris,  1874,  t.  n,  p.  298.  Voyez  la  représentation  de  ces 
pei'gulse,  trichilx,  triclix  avec  leur  puits  ombragé  d'une  ton- 
nelle, dans  Campana,  Di  due  sepolcri  romani  del  secolo  di 
Augusto  scoperti  tra  la  latina  ht  l'Appia,  in-4",  Roma,  1840. 

—  *  De  Rossi,  Bull,  di  arch.  crist.,  1805,  p.  97.  —  3  Notons  une 
disposition  semblable  à  la  sépulture  des  Nason,  taillée  dans  la 
roche  vive  sur  la  voie  Flaminienne;  cette  disposition  n'est  pas 
rare  dans  les  constructions  importantes  de  l'époque  romaine;  on 
taille  de  même  souvent  dans  une  colline,  afin  d'asseoir  à  moins 
de  frais  une  partie  des  gradins  des  amphithéâtres  (voir  ce  mot). 

—  *Le  f.tyle  en  est  plus  antique  et  plus  pur  que  celui  de  la  façade 
de  la  crypte  de  Saint-Janvier  au  cimetière  de  Prétextât,  ouvrage 


de  Césarée  de  Maurétanie  nous  montre  un  bienfaiteur 
construisant  à  ses  frais  une  cella  mémorise  jointe  à  l'hy- 
pogée, mais  ici  l'hypogée  est  une  area  à  ciel  ouvert  et 
la   cella   aura   servi  aux  banquets  funèbres.   Il   est  à 

qui  date  de  l'époque  de  Marc-Aurèle.  Cf.  De  Rossi,  Bull,  di 
arch.  crist.,  1863,  p.  20.  —  *C.  L.  Visconti,  dans  Antiali  dell' 
Istit.  de  corrisp.  arch.,  1868,  p  387,  décrit  le  local  des  réunions 
des  sodales  Serrenses  près  de  la  voie  Nomentane.  Il  y  a  observé 
une  banquette  établie  dans  les  mêmes  conditions  :  a  in  essa  re- 
gnava  intorno  un  sedile  continuo,  dipinto  di  color  rosso  cupo.  b  — 
»  De  Rossi,  Bull,  di  arch.  crist.,  1865,  p.  97.  —  '  De  Rossi, 
Roma  sotterranea,  t.  ni,  p.  475.  —  8  C.  L.  Visconti.  dans  Annati 
del  Istit.  di  corrisp.  archeol.,  1868,  p.  387.  —  "Dion,  HUl. 
rom.,  1.  LX,  c.  vi.  —  ,0P.  E.  Visconti,  dans  Oiornale  di  Borna, 
9  juin  1864 ;  De  Rossi,  Bull,  di  arch.  crist.,  1864,  p.  57  ;  Le  même, 
Roma  sotterr.,  t.  m,  p.  475;  C.  L.  Visconti,  dans  Annali  dell' 
Istit.  di  corrisp.  arch.,  1868,  p.  387.  —  "  G.  Boissier,  La  religion 
romaine,  in-8%  Paris,  1874,  t  n,  p.  297. 


811 


AGAPE 


812 


remarquer  que  la  colla,  et  1res  probablement  aussi 
Yarca.  sont  remises  à  l'Église  locale  qui  pourra  ains 
surveiller  les  agapes  funéraires  qu'on  y  fera  sous  la  pré- 
sidence des  membres  du  clergé.  L'inscription  se  place 
entre  les  années  258  à  304  (lig.  '175)  '. 

L'épigraphie  romaine  ne  nous  fournit  aucune  attesta- 
tion d'une  cclla  ou  d'une  schola  d'agapes  aussi  explicite 
que  l'inscription  dédicatoire  de  Césarée  de  Maurétanie. 
Deux  d'entre  les  plus  anciens  liluli  chrétiens  méritent 
cependant  d'être  rapportés  à  cause  des  rapports  qu'olfrent 
leurs  formules  avec  celles  des  liluli  païens  mentionnant 


Cette  formule  est  absolument  nouvelle  dans  l'épigra- 
phie antique  où  on  ne  rencontre  nulle  part  l'exclusion 
funéraire  portée  au  nom  d'un  dissentiment  religieux, 
pas  plus  que  la  communion  entre  fidèles  d'une  secte 
n'est  un  titre  à  l'admission  d'un  coreligionnaire  dans 
un  tombeau  étranger.  La  relligio  n'était  pour  un  païen 
que  le  sentiment  religieux,  non  la  foi  religieuse  à  telle 
ou  telle  forme  de  croyance  et  de  culte.  Religio  mea 
ne  pourrait  être  que  le  fait  d'un  Juif  ou  d'un  chrétien, 
les  uns  et  les  autres  professant,  on  le  sait,  une  pro- 
fonde horreur  pour  la  promiscuité  du  cadavre  des  in- 


174.  —  Vue  de  la  Schola  sodalium  chnstianorum  de  l'hypogée  de  Domitille,  servant  de  salle  d'agapes. 
D'après  Bullet.  di  arch.  crist.,  1865,  p.  96. 


la  fondation  d'un  cubiculum  pourvu  d'une  annexe  pour 
les  banquets  funéraires2. 


10 


M  O  N  V  M 

E  N  T  V  M 

V  A  L  E  R  1        M 

ERCVRI 

ET     IVLITTES 

1  V  Ll  A  N 

IET      QVINTILIES 

VERECVNDESL1 

BERTIS     • 

.IBERTABVSQUE 

POSTE 

R  ISQVE 

EOR  V  M 

IV  T    RELIGIONE 

M     PERTINENTES 

MEAM 

HOC    A 

MPLIVS 

IN     CIRCVITVM 

Cl  RCA 

MONVMENTVM 

LATI 

LONGI 

PER      PEDES      BINOS 

QVOD 

PERTIN 

ET      AT 

1  P  S  V  M 

M  O  N  V 

MENT 

1  A.  Berbrugger,  dans  la  Revue  africaine,  1856,  t.  i,  p.  110, 
n.  4;  p.  462;  Catalogue  du  musée  d'Alger,  in-8",  Alger,  p.  66, 
n.  166;  L.  Renier,  Recueil  des  inscr.  rom.  de  V Algérie,  in-'r, 
Paris,  1855,  n.  4025;  De  Rossi,  Bull,  di  arch.  crist.,  1864, 
p.  28;  Wilmanns,  dans  Corp.  inscr.  lat.,  t.  vin,  n.  9589;  Ba- 
bington,  dans  Dictionary  of  christ,  antiq.,  au  mot  Ini- 
tions ;  P.  Allard,  dans  Les  lettres  chrétiennes,  t.  il,  p.  73;  De 
Rossi,  Roma  sotterranea,  t.  i,  p.  107;  D.  Cabrol  et  D.  Leclerco,. 
Monum.  Eccl.  liturg.,  in-4%  Paris,  1902,  t.  I,  n.  2808.  Pour 
l'expression  cella  memorim,  cf.  le  Testament  de  Bàle,  que  nous 


fidèles;  il  n'est  pas  aisé  de  se  décider  en  faveur  de  l'un 
(Nt  de  l'autre,  cependant  De  Rossi  termine  la  longue  étude 
qu'il  consacre  à  l'inscription  en  disant  :  «  Mi  sembra 
perôprobabfle  essere  epigrafe  cristiana*.  »  Nous  aurions 
donc  ici  une  inscription  que  sa  paléographie  place 
vers  la  seconde  moitié  du  n«  siècle  et  son  texte  un 
peu  plus  tôt,  sous  les  Flaviens  peut-être,  Xerva,  ou 
Trajan.  Valérius  Mercurius  ouvrait  un  hypogée  à  tous 
ses  coreligionnaires  parents  et  affranchis  et  à  leur  ascen- 
dance; ce  que  nous  avons  dit  de  l'analogie  des  u* 
païens  avec  les  chrétiens  donne  lieu  de  penser  que 
l'hypogée  contenait  une  salle  destinée  à  la  célébration 
du  banquet  des  agapes. 

Une  autre  inscription  presque  aussi  antique  que  la 
précédente  et  trouvée  en  1853  au  cimetière  de  Domitille 

avons  rit.1  plus  haut.  La  ligne  5  de  l'insmrti.n  prend  le  supplé- 
ment •  itatat  et  se  lit  ainsi  :  Evelpius  vos  (salutat)  tatoê  sancto 
SpiritU.  La  ligne  6  :  Ec{c)lfsi<i  fratrun,  hune  l uittfMÏ  titulum 
m[armofeum]  a[nno]  r  (i.  e.  primo)  Sevniani  cQarieaitat)  ivi), 
Cf.  col.  774.  —  !De  Rossi,  Rull.  di  arch.  crist..  1866,  p.  37,  54, 
92;  Corpus tnscrtptfomwi  terwarwn,  t.  vi,  n.  10418  ;D.  t.abrol 
etD.  Leclercq,  Monument*  Becteste  liturgica.  in-4\  Parisiis, 
1902,  t.  i,  praef.,  p  exi  iv,  n.  43».  Cette  insori]  n,n  a  «Hé  trou- 
vée dans  la  villa  Patriii.  —  3De  Rossi,  Bull,  di  arch.  crist, 
1865,  p.  95. 


813 


AGAPE 


814 


mentionne  l'attribution  d'un  hypogée  à  un  groupe  de 
fidèles,  et  ici  encore  la  supposition  est  permise  d'une 
pergula  ou  d'un  trielinium  attenant  à  l'hypogée  '. 

M  CS  A  N  T  O  N  I 
VSPRESTVTV 
S  CS  F  E  C  I  T  CS  Y  P  O 
GEVSIBI£5ETCf 
5  SVISPFIDENTI 
BVS    IN    DOMINO 

La  formule  se  rencontre  encore  à  l'extrême  limite  de 
la  période  des  persécutions,  alors  même  que  peut-être 
l'institution  funéraire  était  privée  de  son  trielinium,  de 
sessodales;  en  tous  cas  nous  n'en  voyons  aucune  trace  dans 


sait  la  répugnance  des  anciens  pour  la  fosse  commune, 
le  putieulus  3;  c'est  ce  qui  explique  1  extension  prise  par 
les  collèges  funéraires  qui  assuraient  à  leurs  sociétaires 
la  consolation  de  penser  qu'ils  reposeraient  après  leur 
mort  dans  le  columbarium  et  auraient  chacun  leur 
plaque  de  marbre  où  leur  nom  serait  gravé*.  C'est  un 
pareil  bienfait  que  Valérius  Mercurius  et  M.  Antonius 
Restutus  procuraient  à  leurs  esclaves  et  clients  appar- 
tenant comme  eux  au  christianisme,  mais  la  situation 
légale  ne  permettant  pas  la  fondation  d'un  collegium 
fune.ralicium  christianorum,  les  hypogées  destinés  à  la 
sépulture  des  fidèles  ne  portèrent  aucune  mention  lais- 
sant soupçonner  l'existence  d'un  collège,  ni  les  mots 
collegium,  cubiculum,  schola,  pergula,  ni  rien  de  ce 


ÎIAMATSEPVlJCFRACVirORV^RBtC 
GELLAM  SUYITSVIS  C  VN€TÏ|  SVf 

ESÂNCÏMHÀMCRELiWft 
AIRES  PVROlE* 


l  fi 


^EVELPIVSVOSSATOSANCTÔSÇIRI 


DUNGA.STFR1- 


Inscription  de  la  cella  d'agapes,  à  Césarée  de  Maurétanie.  Musée  d'Alger.  D'après  une  photographie  de  M.  Gsell. 


la  précieuse  inscription  du  diacre  Sévère  qui  mentionne 
néanmoins  les  deux  chambres  : 

Cubiculum  duplex  cum  arcisoliis  et  luminare 
Jussu  p(a)p(m)  sui  Marcelli  diaconus  iste 
Severus  fecit,  mansionem  in  pace  quietam 
Sibi  suisque  memor,  etc.  -. 

Ces  deux  inscriptions,  contemporaines,  ou  peu  s'en 
faut,  de  l'état  de  choses  signalé  par  Pline  à  Trajan,  tirent 
en  grande  partie  leur  intérêt  de  leur  imprécision.  On 

«De  Rossi,  Roma  sotterr.,  t.  I,  p.  109,  188;  D.  Cabrol  et 
D.  Leclercq,  loc.  cit.,  t.  i,  prasf.,  p.  CXLV,  n.  2860;  De  Rossi, 
Bull,  di  arch.  crist.,  1865,  p.  95.  —  'De  Rossi,  Inscr.  christ, 
urb.  Romx,  in-fol.,  Romee,  1861,  p.  cxv  :  cubiculum  duplex 
exeunte  sxculo  tertio  vel  ineunte  quarto  a  Severo  diacono 
excisum  exornatumque  esse  inscriptio  testatur.  —  3  Horace, 
Satyr.,  1.  I,  vm,  vs.  8  sq.  —  *Pour  les  plus  malheureux,  ceux 
dont  le  maître  faisait  jeter  le  corps  dans  les  puticuli,  ils  sa- 
vaient du  moins  que  quelques  amis  leur  feraient  «  des  funérailles 
imaginaires  »,  comme  il  est  dit  dans  l'inscription  de  Lanu- 
vium,  1"  colonne,  lignes  24,  25,  32.  —  5  Aringhi,  Roma  sotterr., 
in-fol.,  Lutetiaî  Parisiorum,  1659,  t.  i,  p.  D24;  t.  n,  p.  625;  Bol- 
detti,  Osservazioni,  in-fol.,  Roma,  1720,  p.  232;  Mabillon,  Iter 
italicum,  in-4°,  Lutetiae  Parisiorum,  t.  i,  p.  135  ;  Fletwood,  Syl- 
loge  inscript,  antiq.,  in-8°,  Londini,  1691  ;  A.  Zaccaria,  Storia 
letter.  d'italia,  in-8",  Modena,  1751,  t.  n,  p.  406,  407;  t.  xit,  p.  410; 
le  même,  De  veterum  inscript,  usu  in  rébus  theologicis,  c.  m, 
in-4%  Venetiis,  1761  ;  Mamachi,  Orig.  cnmst.,  in-4',  Roma?,  1749, 
1. 1,  p.  433;  in-4",  Romœ,  1846,  t.  I,  p.  432;  Georgi,  Ad  martyrol. 
Adonis,  in-fol.,  Roma,  1745,  L  n,  p.  486;  Lami,  De  eruditione 
apostolorum,  in-4*,  Florentiœ,  1733,  p.  221  ;  Orsi,  Stor.  eccl., 
in-8%  Ferrare,  1746,  t.  n,  p.  101  ;  Marini,  dans  Mai,  Script,  veter. 
nova  coll.,  in-4-,  Romœ,  1831,  t.  v,  p.  361,  n.  4,  et  p.  469  pour  les 
lectures  de  Doni  ;  Ch.  Kortholt,  De  persecutionibus  Ecclesiae  sub 
imperatoribus  ethnicis  deque  veterum  christianorum  crucia- 
tibus  tractatus,  in-4%  Kiloni,  1689,  p.  209;  Greppo,  Trois  mé- 
moires sur  l'hist.  ecclés.,  in-8',  Paris,  1840,  3'  mémoire,  p.  242; 
Cruice,  Hist.  de  l'Église  de  Rome  sous  les  pontificats  de  S.  Vic- 
tor, de  S.  Zéphyrin  et  de  S.  Calliste,  de  l'an  i92  à  l'an  22  U,  un 
tiède  avant  le  concile  de  Nicée,  in-8',  Paris,  1856,  p.  192;  Lettre 


qui  pouvait  donner  l'éveil  sur  les  réunions  et  les  repas 
des  sociétaires  secrets  dans  la  salle  annexe  de  l'hypogée. 
Nous  avons  donc  ici  une  étape  sur  le  stade  franchi  par 
le  banquet  funèbre  jusqu'à  sa  constitution  en  collège 
funéraire,  c'est  la  confrérie  secrète  tenant  les  réunions 
de  ses  affiliés  dans  des  locaux  qui  n'étaient  pas,  semble- 
t-il,  à  l'abri  des  irruptions  de  la  police.  Nous  citerons 
à  ce  sujet,  quoiqu'en  l'entourant  des  plus  extrêmes  ré- 
serves3, une  inscription  dans  laquelle  nous  trouvons 
signalée  une  réunion  illégale  soudain  dispersée  par  la 

de  J.-B.  De  Rossi  à  M'",  vicaire  général  du  diocèse  de  Reims, 
sur  le  martyre  de  saint  Venerius,  dans  la  Revue  archéulug., 
1856,  t.  xin,  p.  146  sq.  ;  Renan,  Origines  du  christianisme,  in-8°, 
Paris,  1879,  t.  VI,  p.  293,  note  1;  L.  Rénier,  dans  L.  Perret,  Le» 
catacombes  de  Rome,  in-fol.,  Paris,  1852,  t.  vi,  p.  73;  W.  H.  Wi- 
throw,  Catacombs  of  Rome,  in-8%  London,  1876,  p.  77;  D.  Ca- 
brol et  D.  Leclercq,  Monum.  Ecoles.  Htwro/.,  in-4",  Parisiis,  1902, 
t.  I,  prœt.,  p.  cxxxn,  n.  3364.  Nous  ne  saurions  rien  dire  au  delà 
pour  cette  inscription,  sinon  qu'elle  est  douteuse.  On  l'a  suspec- 
tée à  raison  des  symboles,  mais  la  palme  et  la  croix  sont  antiques  ; 
quant  au  chrismon,  sa  présence  sur  une  épitaphe  de  la  galerie 
des  Acilii  dans  la  catacombe  de  Priscille,  qu'on  ne  peut  faire  des- 
cendre après  le  début  du  nr  siècle  au  plus  tard,  résoudrait  les 
objections  qu'on  avait  élevées.  Cf.  J.  Wilpert,  Fractio  panis,  in-4% 
Paris,  1896,  p.  47.  Quant  à  l'époque  de  l'inscription  nous  ne  pou- 
vons que  répéter  ce  que  nous  avons  écrit  ailleurs  :  «  Au  sujet  de 
la  mention  d' Antonin,  je  crois  qu'il  faut  l'entendre  ici  de  Sévère 
Antonin,  car  on  sait  que  cet  empereur  entra  par  une  adoption  fic- 
tive dans  la  postérité  de  Marc-Aurèle,  quinze  ans  après  la  mort 
de  celui-ci.  Reportée  à  cette  époque,  je  trouve  un  rapprochement 
qui  ne  laisse  pas  que  de  retenir  l'attention  entre  ce  témoignage  de 
l'insécurité  des  catacombes  et  deux  textes  qui  se  rapportent  à  la 
persécution  de  Sévère  Antonin.  Tertullien  écrit  :  Quotidie  obside- 
mur,  quotidie  prodimur,  ne  in  ipsis  plurimum  cœiibus  et 
congregationibus  nostris  opprimimur,  Apolog.,  c.  vu,  P.  L., 
t.  I,  col.  359;  Scitis  et  dies  conventuum  nostrorum,  itaque  et 
obsidemur  et  opprimimur  et  in  ipsis  arcanis  congregationi- 
bus detinemur.  Ad  nationes,  1.  I,  c.  vu,  P.  L..  t.  i,  col.  639.  » 
Cf.  D.  Cabrol  et  D.  Leclercq,  lue.  cit.,  t.  i,  prœf.,  p.  cmkxii. 
note  1. 


€15 


AGAPE 


816 


justice  qui  s'empara  d'un  des  assistants  à  qui  il  en  coûta 
la  vie.  Il  est  l'ait  mention  des  occupations  des  affiliés  en 
ces  termes  :  0  tempora  infausta  quïbus  inter  SACHA  et 
vota  ne  in  cavernis  quidem  salvari  possimus.  Voilà  bien, 
semble-t-il,  le  caractère  délictueux  prévu  et  formellement 
indiqué  parmi  les  circonstances  qui  mettent  une  réu- 
nion sous  le  coup  de  la  loi  :  Sub  prsetexlu  nEUGiùNis, 
vel  sub  specie  solvendi  voti,  cœtus  illicitos  ncc  a  vete- 
ranis  tentare  oporlet*.  S'agit-il  en  définitive  de  l'eu- 
charistie et  des  agapes?  on  peut  le  soutenir  si  on  se 
rappelle  que  la  réunion  décrite  par  Tertullien,  et  dans 
laquelle  nous  avons  cru  reconnaître  le  banquet  des 
agapes,  comporte  une  sorte  de  conseil  de  discipline 
qui  prononce  au  besoin  l'exclusion  des  confrères  indi- 
gnes. 


ALEXANDER  MORTVS  NON  EST  SED  VIVIT  SV- 

[PER  AS 
TRA    ET    CORPVS   ID    HOC    TVMVLO    QVIESCIT 

[VITAM 
EXPLEVIT  CVM  ANTONINO  IMP-QVI  VBI  MVL- 

[TVM  BENE 
FITII  ANTEVENIRE  PREVIDERET  PRO   GRA-  , 

[TIA  ODIVM  & 
REDDIT  GENVA  ENIM   FLETENS  VERO  DEO  fft, 

[SACRIFICA      ^ 
TVRVS    AD    SVPPLICIA    DVCITVR    O    TEMPORA 

[INFAVSTA 
QVIBVS  INTER  SACRA  ET  VOTA  NE  IN  CAVER- 

[NIS  QVIDEM 
SALVARI  POSSIMVS  QVID  MISERIVS   VITA  SED 

[QVID  MISERIVS  IN 
MORTE  AVM  AB  AMICIS  ET  PARENTIBVS  SEPE- 

[LIRI 
NEQVEANT  TANDEM  IN  CAELO  CORVSCAT 
VIXIT  OVI  VIXIT  IV-XTEM.  [PARVM 


l 


X.  Collège  d'agapes.  —  Une  stèle  de  pierre  dure, 
haute  de  0m58,  large  de  0m29,  trouvée  à  Fano  (Fanum 
tortunœ),  nous  fournit  la  précieuse  indication  d'un 
collcgium  chrétien  célébrant  son  repas  de  corps  avec 
régularité  : 

L    O   C   •   S   E    P   • 

CONVICTOR 

QVIVNA  EPVLO 

VESCI  SOLENT 
5     IN  FR-PHlilNAGR 

P-XX 

Loc(us)  sep(ullurœ)   [collegii]   convie tor(urn)  qui  uno 

epulo  vesci  soient. 
In  fr(onte)  p(edes)...  in  agro  p(edes)  viginti2. 

De  Rossi  estime  avec  raison  que  les  collèges  païens 
n'avaient  aucun  besoin  de  dissimuler  leurs  associations 


'  Digeste,  1.  XLVII,  tit.  XI,  2.  —  '-  Muratoiï,  Novus  thés.  vet. 
inscript.,  p.  ccccxr-i,  n.  7;  S.  Maffei,  Muséum  Yeronense, 
in-fol.,  Veronœ,  1749,  p.  362,  n.  10;  J.  C.  Orelli,  Inscript, 
latin,  sélect,  ampliss.  coll.,  in-8%  Turici,  1828,  t.  Il,  p.  231, 
n.  4073  ;  Corp.  inscr.  lat.,  t.  xi,  n.  6244.  Cette  dernière  édi- 
tion supprime,  à  la  ligne  6*,  les  chiffres  xx  ;  M.  Armellini,  Lc- 
zioni  di  archeologia  cristiana,  in-8%  Romae,  1898,  p.  357.  — 
'De  Rossi,  Bull,  di  arch.  crist.,  1804,  p.  62.  —  *G.  Boissier,  La 
lettre  de  Pline  au  sujet  des  chrétiens,  dans  la  Revue  archéol.. 
1876,  t.  xxxi,  p.  119  sq.  De  cette  ingénieuse  reconstitution  de 
l'édit  primitif  de  persécution  (ci.  Actes  des  martyrs,  col.  417) 
rapprocher  la  réponse  ordinaire  :  Christianus  sum,  qui  est  à 
elle  seule  l'aveu  de  la  culpabilité  et  la  résistance  à  la  loi  :  Chri- 
stiani  non  sint.  Cf.  De  Rossi,  Bull,  di  arch.  crist.,  1865,  p.  94.  — 
—  5  Paléographie  musicale,  in-4",  Solesme,  1896,  t.  v,  p.  55.  — 
*  Tertullien,  De  corona,  c.  m,  P.  L.,  t.  Il,  col.  78-79.  —  '  Ibid., 
cf.  Tertullien,  De  exhortât,  castitatis,  c.  xi,  P.  L.,  1. 11,  col.  975: 
Et  jam  receptœ  apud  Deum,  pro  cujus  spiritu  postules,  pro 
•quo  oblationes  annuas  reddas.  — 8  Epist.  Eccl.  Lugdun.,  xvn, 
dans  Ruinait,  Acta  sincera,  in-4%  Paris,  1689,  p.  57  :  Les  con- 


au  moyen  d'une  périphrase  3,  tandis  que  c'était  une 
question  de  prudence  élémentaire  de  la  part  des  chré- 
tiens de  cacher  leur  nom  véritable  sous  un  régime  qui 
faisait  du  nom  même  de  chrétien  un  acte  délictueux  : 
nomen  in  causa  est1'. 

XI.  Oricines  du  culte  des  martyrs  et  l'agape.  —  Les 
réunions  liturgiques  destinées  à  commémorer  la  mort 
du  Christ  et  sa  résurrection  nous  ont  fait  voir  aux  ori- 
gines du  culte  chrétien  l'influence  active  des  rites  lu- 
nèbres.  L'impossibilité  de  réitérer  quotidiennement  ou 
hebdomadairement  le  repas  pascal  et  la  dignité  toute 
nouvelle  que  la  consécration  de  l'eucharistie  donnait 
désormais  à  ce  repas  concouraient  à  faire  du  sacrifice 
le  mémorial  exclusif  de  la  passion,  de  la  mort  et  de  la 
résurrection  du  Christ,  mémorial  vraiment  funéraire, 
ainsi  que  ne  permet  guère  d'en  douter  le  récit  histo- 
rique qui  introduit  la  partie  la  plus  solennelle  du  sacri- 
fice et  qui  se  trouve  être  en  même  temps  la  partie  essen- 
tielle puisqu'elle  contient  les  paroles  de  l'institution 
sacramentelle.  Or  nous  avons  sur  ce  point  l'unanimité; 
aucune  liturgie  ne  s'est  dégagée  du  mémorial  funéraire  5. 
Mais  nous  touchons  ici  à  une  extension  nouvelle  de 
l'institution,  extension  qui,  au  dire  de  Tertullien,  se 
rattacherait  à  des  traditions  demeurées  en  usage  dans 
l'Eglise  de  temps  immémorial  :  Si  nulla  Scriptura  de- 
lerminavit,  cerle  consuetudo  corroboravit,  quse  sine 
dubio  de  traditione  manavit 6  ;  et  il  énumère  ces  rites 
traditionnels  qui  sont  :  le  baptême,  l'eucharistie,  obla- 
tiones pro  defunctis,  pro  nataliliis  annua  die  faci- 
nius 7.  Ainsi  donc,  dès  la  fin  du  IIe  siècle,  on  assimile 
au  rite  eucharistique  la  célébration  des  commémora- 
tions funèbres  et  des  anniversaires.  Il  est  difficile  de  ne 
pas  être  frappé  de  cette  analogie  entre  le  sacrifice  mé- 
morial de  la  mort  du  Christ  et  les  oblations  annuelles 
en  mémoire  des  défunts.  Tertullien  ne  fait  aucune 
distinction  parmi  ces  défunts  et  cependant  on  est  en 
droit  de  conjecturer  que  l'oblation  ne  s'étendit  d'abord 
qu'à  ceux  dont  la  mort  rappelait  celle  du  Christ,  dont 
ils  complétaient  la  passion  par  leur  propre  martyre  et 
dont  ils  partageaient  le  titre8.  Un  intime  rapproche- 
ment s'était  opéré  dès  la  fin  du  Ier  siècle  entre  la  com- 
mémoraison  du  Christ  et  celle  des  martyrs  :  l'autel  du 
sacrifice  eucharistique  leur  était  commun  désormais;  le 
corps  du  Christ  se  consacrait  sur  la  pierre  qui  contenait 
les  reliques  de  ses  témoins  sanglants  :  eïSov  CnoxaTo) 
toj  8'jaiao"Cï|piou  tôç  <J/UY.à;  tùjv  Èo-çafU-Evuv  8ià  tbv  Xoyov 
toO  fleoG  xa\  8ià  ty)v  jiaprjpt'av  rtv  sfyov9;  «  je  vis  sur 
l'autel  les  âmes  de  ceux  qui  avaient  souffert  la  mort 
pour  la  parole  de  Dieu  et  pour  le  témoignage  qu'ils 
avaient  en  eux-mêmes.  »  Cette  opinion  est  celle  de  saint 
Maxime  de  Turin  10  :  Convenienter  igitur,  dit-il,  et 
quasi  pro  quodam  consortio  ibi  martyribus  sepultura 
décréta  est,  ubi  mors  Domini  quotidie  celebratur,  sicut 
ipse  ait  :  Quoliescumque  hxc  feceritis,  mortem  meatn 

fesseurs  a  n'osaient  s'attribuer  le  titre  de  martyrs,  ne  permettaient 
pas  même  qu'un  leur  donnât  ce  nom.  Si  quelqu'un  des  fidèles,  soit 
par  lettre,  soit  de  vive  voix,  les  appelait  ainsi,  ils  le  reprenaient 
vivement.  Ce  titre  de  martyr,  ils  le  réservaient  particulièrement 
au  Christ  ».  Même  préoccupation  de  tirer  la  ressemblance  enU-e 
le  martyre  du  Christ  et  celui  de  saint  Polycarpe  :  «  Presque  tout 
ce  qui  a  précédé  (son  martyre)  est  arrivé  afin  que  Dieu  eut  occa- 
sion de  nous  témoigner  combien  ce  martyre  était  en  coniormilé 
avec  l'Évangile.  »  E.  Le  Blant,  Les  persécuteurs  et  les  martyr», 
in-8\  Paris,  1893,  p.  235  :  «  L'imiter  (le  Seigneur)  dans  sa  vie. 
comme  dans  son  sacrifice,  était  pour  (les  martyrs)  un  suprême 
honneur.  Vénérés,  salués  entre  tous  ceux-là  qui  mouraient  comme 
le  Maître  :  saint  Pierre,  sainte  Blandine  qui,  liée  à  un  poteau 
du  cirque  et  priant  les  bras  étendus,  sembla  aux  assistants  l'image 
du  Christ  lui-même;  saint  Théodule,  crucifié  comme  lui;  saint 
Calliope  expirant  sur  la  croix  au  jour  et  à  l'heure  même  où  le  Sau- 
veur avait  autrefois  rendu  rime.  Si  dans  l'histoire  d'un  martyre 
il  est  quelque  trait  rappelant  le  drame  dénoué  au  Calvaire,  les 
fidèles  se  hâtent  de  le  noter.  »  —  «Apoc,  vi,  9.  —  ,0S.  Maxim» 
de  Turin,  Sermon.,  lxxvh,  P.  L.,  t.  lvii,  col.  690. 


817 


AGAPE 


818 


annuntiabilis  donec  veniam.  Scilicet  ut  qui  propter 
niortem  ejus  mortui  fuerunt,  sacramenli  ejus  mysterio 
quiescant.  Non  inmerito,  inquam,  velut  consortio 
quodam  illic  occisi  est  tumulus  constitutus,  ubioccisionis 
dominicse  membra  ponuntur;  ut  qitos  cum  Chrislo 
unius  passionis  causa  devinxerat,  unius  etiam  loci  re- 
ligio  copularet.  Le  traité  De  aleatoribus  qu'on  peut 
faire  dater  du  début  du  m"  siècle1  associe  sur  l'autel  le 
Christ,  les  anges  et  les  martyrs  :  Esto  potius  non  alea- 
tor  sed  christianus,  pecuniam  luam  adsistente  Chrislo 
spectanlibus  angelis  et  marlyribus  prsesentibus  super 
niensam  dominicam  sparge2.  Nous  pouvons  donc 
tenir  pour  prouvé  que  le  culte  des  martyrs  a  dépendu 
dans  une  certaine  mesure  de  la  place  donnée  à  leurs 
reliques  dès  la  plus  haute  antiquité,  toutefois  il  faut 
bien  se  garder  de  croire  que  cette  contusion  se  soit 
prolongée.  De  très  bonne  heure  les  martyrs  eurent  leur 
commémoraison  particulière;  les  Actes  de  saint  Poly- 
carpe,  écrits  en  l'année  155,  ne  laissent  pas  de  doute  sur 
ce  point  :  OÔTtoç  xe  ï]u.eï;  ûorepov  avsXôu.evoi  ta  Tcu.ia>T£pa 
XiOcov  TroXuTeXtov  y.a\  8oxtu.(ÔT6pa  \rnip  xpuaiov  ôorà  av.oû 
cfa:s6é[xe6a,  ô'itou  xa\  àxô>.ou0ov  tjv.  "Ev8a  to;  Suvatov  Yif-ïv 
auvayoïAÉvoi;  âv  àYaXXiâffci  xai  x*pà  irapéÇei  à  xûptoç  im- 
TeXeiv  ty|V  toû  [iapTupfou  aû-uoû  rjuipav  fevsÔXtov,  et';  te 
ttjv  T<3v  7ipor)8Xr|xÔTa)V  u.v:rç(ju]v  xat  tôW  u.sXXo'vctov  uaxrtolv 
te  xa\  lToiu.a<riav  3.  «  Nous  recueillîmes  les  ossements, 
plus  précieux  que  les  pierreries  et  plus  purs  que  l'or,  et 
les  déposâmes  en  un  endroit  convenable,  disent  les 
témoins  oculaires  du  martyre.  Ici,  autant  que  possible, 
nous  nous  réunirons  et  le  Seigneur  nous  donnera  de 
célébrer  l'anniversaire  de  son  martyre  en  exultation  et 
joie,  afin  de  renouveler  la  mémoire  de  ceux  qui  ont  déjà 
combattu,  d'inspirer  aux  survivants  un  stimulant  et  de 
les  laire  s'apprêter  à  subir  le  même  combat.  »  Un  siècle 
plus  tard  cet  anniversaire  de  saint  Polycarpe  était  célé- 
bré à  Smyrne  par  une  vigile  et  peut-être  par  une  agape  ; 
nous  en  trouvons  le  témoignage  dans  les  Actes  de  saint 
Pionius,  prêtre  de  Smyrne  :  Cum  ante  diem  quam  na- 
talis  Polycarpi  adveniret  (Pionius)  cum  Sabina  et  As- 
clepiade  dévolus  insisteret  jejuniis,  vidit  in  somnis 
sequenti  die  esse  capiendum...  Facta  igitur  oratione 
sollemni,  cum  die  sabbato  sanctum  panem  et  aquam 
dégustassent 4.  Aucun  indice  ne  permet  de  faire  de 
Pionius  un  hérétique  aquarien,  on  peut  donc  soupçonner 
non  sans  raison  qu'il  s'agit  ici  d'une  agape.  A  la  même 
époque  nous  trouvons  en  Afrique  l'usage  de  célébrer  le 
sacrifice  à  l'anniversaire  des  martyrs  :  Sacrificia  pro  eis 
semper,  ut  meministis,  offerimus  quoties  martyrum 
passiones  et  dies  anniversaria  commemoratione  cele- 
bramus°;  et  encore  :  Denique  et  dies  eorum  quibus 
etccedunt  annolate,  ut  commemoratione  eorum  inter 
memorias  martyrum  celebrare  possimus  :  quanquam 
Tertullus...  scripscrit  etscribat  ac  signi/icet  milii  dies, 
quibus  in  carcere  beati  fratres  nostri  ad  inwwrtali- 
tatem  gloriosœ  mortis  excitu  transeunt,  et  celebrentur 
hic  a  nobis  oblationes  et  sacrificia  ob  commemorationes 
eorum,  quse  citovobiscum,  Domino  prolegenle  celebra- 
bimus*.  C'est  exactement  l'institution  signalée  parTer- 
tullien  qui  se  continue;  mais  la  célébration  de  l'eucha- 
ristie se  doublait  maintenant  de  cérémonies  qui  ne  nous 
sont  décrites  qu'au  moment  où  elles  étaient  complète- 
ment dégénérées.  A  Carthage  en  particulier,  le  culte  de 
saint  Cyprien  avait  donné  naissance  à  des  réunions  dans 

'A.  Harnack,  Der  pseudocyprianische  Tractât  «  De  Aleato- 
ribus  »,  dans  Texte  und  Untersuck.,  in-8%  Leipzig,  1888,  t.  i, 
fasc.  1.  —  «  Corp.  script,  eccl.  lat.,  in-8',  Vindobonœ,  1870,  t.  I, 
pars  3,  p.  103.  — 3  Martyrium  Polycarpi,  c.  xvm,  dans  F.  X. 
Funk,  Opéra  pair,  apost.,  t.  I,  p.  302.  —  *  Passio  S.  Pionii, 
n.  2, 3,  dans  Acta  sanct.,  febr.  1. 1,  p.  40.  —  B  S.  Cyprien,  Epist., 
ixxiv,  n.  3,  P.  L.,  t.  iv,  col.  323.  —  8  Ibid.,  xxxvn,  n.  2,  P.  L., 
t.  iv,  col.  328  sq.  —  'S.  Augustin,  Sermon.,  cccxi,  5,  P.  L., 
t.  xxxvm,  col.  1415.  —  »  Ibid.  —  "S.  Augustin,  Epist.,  xvi, 
2,  P.L.,  t.  xxxii,  col.  62.  —  ,0S-  Augustin,  Contr.  Faustum, 


lesquelles  il  est  aisé  de  ressaisir  la  trace  de  l'institu- 
tion primitive  de  l'agape  sous  sa  forme  de  banquet  fu- 
nèbre. Les  Carthaginois  avaient  pris  peu  à  peu  l'habi- 
tude d'aller,  le  soir,  danser  et  chanter  autour  du  tombeau 
de  saint  Cyprien.  C'était  pour  les  véritables  fidèles  un 
sujet  de  scandale  et  de  tristesse;  afin  de  venir  à  bout  de 
cet  abus,  l'évêque  de  Carthage,  Aurélius,  institua  auprès 
du  tombeau  des  «  veillées  »,  c'est-à-dire  une  sorte  de 
garde  d'honneur  dont  la  présence  entravait  les  ébats 
des  danseurs  et  les  contraignit  bientôt  à  chercher  abri 
ailleurs.  Ce  fut  depuis  ce  temps,  rapporte  saint  Augustin, 
que  l'on  célébra  les  vigiles  en  ce  lieu 7  qui,  «  il  y  a 
quelques  années,  avait  été  envahi  par  l'effronterie  des 
danseurs.  Pendant  toute  la  nuit;  on  chantait  ici  des 
chansons  criminelles,  et,  en  chantant,  l'on  dansait8.  » 

Contrairement  à  ce  qui  se  voit  pour  la  plupart  des 
institutions,  celle  de  l'agape  semble  n'avoir  pas  eu  ses 
périodes  alternatives  de  ferveur  et  de  décadence.  Dès  la 
première  heure  et  pendant  toute  la  durée  de  son  exis- 
tence, la  célébration  recueillie  de  l'agape  a  sa  contre-partie 
dans  la  célébration  bruyante  et  même  scandaleuse. 
L'abus  sortait  régulièrement  de  l'usage.  C'est  principa- 
lement en  Afrique  que  nous  trouvons  les  indications 
les  plus  précieuses  sur  l'agape  au  iv*  siècle.  La  célébra- 
tion du  culte  des  martyrs  y  était  l'occasion  de  désordres 
si  grossiers  que  les  femmes  honnêtes  hésitaient  à  se 
rendre  aux  offices  et  les  païens  en  tiraient  cette  objection 
contre  ceux  qui  les  pressaient  de  se  convertir  :  «  Pour- 
quoi abandonner  JupiUr  pour  se  prosterner  devant  un 
Mygdon,  un  Namphamo  ?  »  disait  Maxime  de  Madaure  9  ; 
et  le  manichéen  Faustus  ajoutait  :  «  Vos  idoles,  à  vous 
chrétiens,  ce  sont  les  martyrs,  vous  leur  rendez  un  culte 
semblable.  C'est  aussi  par  du  vin  et  des  viandes  que 
vous  apaisez  les  ombres  des  morts  10.  »  On  ne  pouvait 
plus  nettement  rattacher  l'agape  à  l'antique  coutume 
du  banquet  funèbre.  D'ailleurs  les  contemporains  ne 
faisaient  pas  difficulté  de  le  reconnaître  et  de  s'en 
applaudir. 

Plusieurs  textes  des  Pères  nous  invitent  à  penser  que 
l'organisation  d'agapes  en  l'honneur  des  martyrs  fut  le 
résultat  d'une  prévoyance  que  saint  Grégoire  Ier  explique 
ainsi,  en  autorisant  des  agapes  au  jour  de  la  dédicace 
des  églises  pour  les  Anglais  récemment  convertis  :  Boves 
soient  in  sacrificio  Dœmonum  multos  occidere.  Débet 
his  etiam  hac  de  re  aliqua  solemnitas  immutari,  ut 
die  Dedicalionis,  vel  natalitio  sanctorum  martyrum, 
quorum  reliquise  illic  ponuntur,  tabernacula  sibi  circa 
easdem  ecclesias,  qux  ex  fanis  commutatse  sunt,  de 
ramis  arborum  faciant,et  religiosis  conviviis  célèbrent*  * . 
Saint  Paulin  de  Noie  écrit  de  son  côté  : 

...  Ignoscenda  tamen  puto  talia  parvis 
Gaudia  qux  ducunt  epulis  :  quia  mentibus  error 
Irrepit  rudibus,  nec  lantx  conscia  culpx 
Simplicitas  pietate  cadit  (caret)  maie  credula  sanctos 
Perfusis  halante  mero  gaudere  sepulcris  '*. 

Nous  avons  eu  déjà  occasion  de  remarquer  que 
l'Église  n'avait  témoigné  aucune  espèce  de  répugnance 
pour  ces  transitions  et  c'est  presque  à  chaque  institu- 
tion du  christianisme  que  nous  trouvons  ainsi  un  pro- 
totype profane  que  la  psychologie  inviterait  à  pressentir 
si  l'histoire  ne  le  montrait  avec  évidence13.  «  A  l'aide 
d'une  pratique    ancienne,    dont   la    religion    nouvelle 

1.  XX,  c.  xxi,  P.  L.,  t.  xlii,  col.  384  :  Sacrificia  paganorum 
non  vertimus  in  agapas,  sed  sacriflcium  illud  intelleximus  : 
Misericordiam  volo  quam  sacriflcium.  Agapx  enim  nostrse 
pauperes  pascunt  sive  frugibus  sive  carnibus,  quas  vos  Mani- 
chxi  ut  tenebrarum  principis  opus  damnatis.  C'est  une  dis- 
tinction, rien  de  plus,  pour  dire  que  c'est  bien  les  rites  païens 
qu'on  a  transportés  dans  le  christianisme,  mais  avec  une  nouvelle 
direction  d'intention.  —  "  S.  Grégoire,  Epist.,  1.  XI,  IXXh  P.  L., 
t.  i.xxvii,  col.  1215.  —  <«S.  Paulin  Nol.,  Natal.,  IX,  vs.  563-567, 
P.  I...  t.  lxi,  col.  661.  —  ,3Voir  Abrasax,  col.  135. 


819 


AGAPE 


820 


s'était  bornée  à  changer  l'objet  et  à  purifier  l'intention, 
le  peuple,  toujours  esclave  de  ses  anciennes  habitudes, 
toujours  sensible  aux  impressions  matérielles  et  aux 
jouissances  physiques,  se  laissait  tout  doucement  attirer 
du  culte  païen  des  mânes  au  culte  chrétien  des  martyrs. 
Dans  cette  heureuse  transition  d'un  système  à  l'autre, 
des  festins  célébrés  sur  des  tombeaux  servaient  à  la  fois 
de  lien  avec  l'ancien  ordre  de  choses  et  d'appât  pour  le 
nouveau;  et  les  chrétiens  les  plus  éclairés,  entre  lesquels 
le  premier  rang  est  dû  sans  contredit  à  saint  Augustin1, 
pouvaient  s'applaudir  de  cette  espèce  de  douce  surprise 
et  de  contrainte  innocente,  exercée  au  profit  de  leur 
croyance  sur  les  souvenirs  mêmes  et  sur  les  habitudes 
du  paganisme2.  »  Ces  repas,  lorsqu'ils  se  célébraient 
avec  la  décence  convenable  et  la  charité  que  leur  nom 
même  impliquait,  étaient  d'ailleurs  un  moyen  de  faire 
connaître  la  religion  chrétienne  à  ceux  des  assistants 
qui  ne  la  pratiquaient  pas  encore,  c'est  du  moins  ce 
que  nous  apprend  saint  Augustin,  au  dire  duquel  les 
pauvres  qui  avaient  pris  part  à  ces  agapes  en  qualité  de 
convives  s'en  retournaient  chez  eux  prosélytes  3. 

Nous  avons  pu  juger  par  des  exemples  de  ce  qu'était 
l'agape  recueillie  et  l'agape  scandaleuse,  nous  pouvons 
même  retrouver  la  description  des  mets  qui  se  consom- 
maient dans  les  unes  et  dans  les  autres.  Saint  Augustin 
nous  apprend  que  le  peuple  s'était  réuni  dans  l'église 
le  2!  janvier  à  l'occasion  de  la  fête  de  plusieurs  martyrs 
qu'on  célébrait  en  buvant  des  vins  et  en  mangeant  des 
fritures  *  ;  le  même  écrivain  nous  montre  sainte  Monique, 
sa  mère,  à  son  arrivée  à  Milan,  se  disposant  à  visiter 
les  «  mémoires  des  saints  »  ou  les  «  mémoires  des 
défunts  ».  Ignorant  les  coutumes  de  l'endroit,  elle  s'y 
rend  «  ainsi  qu'elle  faisait  en  Afrique  »,  portant  dans  un 
panier  les  provisions  de  rigueur  à  manger  et  à  distri- 
buer: canistrum  cum  solemnibus  epidis  prseguslan<lis 
atque  largiendis,  c'était  du  vin,  du  pain  et  de  la  bouillie 
de  farine.  Mais  déjà  en  Italie  ces  modestes  agapes  avaient 
été  condamnées.  Le  portier  de  la  basilique  interdit  à 
sainte  Monique  de  donner  suite  à  son  dessein,  car  l'évêque 
de  Milan,  Ambroise,  a  interdit  ces  pratiques  qui  servaient 
d'occasion  aux  désordres  et  ressemblaient  trop  aux  paren- 
talia  des  païens  :  quia  illa  quasi  parentalia  superslitioni 
gentilium  essent  simillimr  r\  Il  est  probable  que  les 
désordres  dont  saint  Ambroise  interdisait  le  retour  dans 
son  Église  étaient  de  la  même  nature  que  ceux  qui  pa- 
raissaient justifier  à  leurs  propres  yeux  ceux  des  fidèles 
de  Carthage  parce  qu'ils  se  passaient  dans  la  basilique 
de  Saint-Pierre  à  Rome  :  de  basilica  beati  apostoli  Pétri 
quotïdwnœ  vinolentise  proferebantur  exempla 6.  La 
suppression  de  l'abus  des  banquets  funèbres  sur  la 
tombe  des  martyrs  souleva  dans  certaines  Églises  les 
plus  graves  difficultés.  Saint  Augustin,  écrivant  en  392  à 
l'évêque  de  Carthage,  lui  signalait  l'usage  de  célébrer 

«  S.  Augustin,  De  civit.  Dei,  1.  Mil,  c.  xxvn,  P.  L.,  t.  xxxu, 
col.  383;  Confess.,  1.  VI,  c.  II,  P.  L.,  t.  xxxu,  col.  719  sq.  — 
*  Raoul-Rochette,  Premier  mémoire  sur  les  antiquités  chré- 
tiennes. Peintures  des  Catacombes,  dans  les  Mém.  de  i'Acad. 
des  inscr.,  t.  xm,  p.  137.  —  SS.  Augustin,  Contr.  Faustum, 
1.  XX,  c.  xx,  P.  L.,  t.  xlii,  col.  383  ;  Ps.-Origène,  In  Job  com- 
mentar.,  1.  m,  P.  G.,  t.  xvii,  col.  505  sq.  -  'S.  Augustin, 
Sermon.,  cclxxiii,  c.  vin,  P.  L.,  t.  xxxvm,  col.  1251  :  Oderunt 
martyres  lagenas  vestras,  oderunt  martyres  sartagimas  ve- 
stras,  oderunt  martyres  sobrietates  vestras.  Il  faut  rattacher 
peut-être  à  ces  réjouissances  l'origine  des  foires  qui  bientôt  ajoutè- 
rent encore  à  la  multitude  et  au  désordre  :  Ad  natale  sanctl  Cy- 
priani,  écrit  Cassiodore,  religiosissime  vénérant  peragendum, 
mercimoniisque  suis  faciem  civitatis  ornandam.  Cassiodore, 
Variar.  epist.,  1.  VIII,  epist.  xxxm,  P.  L.,  t.  i.xix,  col.  764. 
•S.  Augustin,  Confessioncs,  1.  VI,  c.  H,  P.  L.,  t.  xxxu,  col.  719. 

—  •  S.  Augustin,  Epist.,  xxix,  10,  ad  Alypium,  P.  L.,  t.  xxxm, 
col.  119.  —  'S.  Augustin,  Epist.,  xxn,  P.  L.,  t.  xxxm,  col.  92. 

—  •  Ps.-Cyprien,  De  duplici  martyrio,  n.  xxv,  P.  L.,  t.  IV, 
col.  975.  Temulentia  adeo  communis  est  Africse  nostrx,  ut 
propenwdum  non  habeant  pro  crimine.  Annon  videmus  ad 
martyrum  memorias  christianum  a  cliristiano  cogi  ad  ebrie- 


dans  les  cimetières  des  beuveries  et  des  festins  déréglés, 
in  cœmeteriis  ebrietates  et  luxuriosa  convivia  non  so- 
lum  honores  martyrum  a  carnali  et  imperita  plèbe 
credi  soient,  sed  etiam  solatia  mortuoi-um  7  ;  car  il 
semble  qu'à  cette  époque  non  seulement  on  célébrait  la 
mémoire  des  martyrs  par  l'ivresse  s,  mais  l'usage  s'était 
introduit  de  célébrer  par  des  réunions  liturgiques  le 
souvenir  des  parents  que  i'on  avait  perdus  :  «  Réunissez- 
vous  dans  les  cimetières,  disent  les  Constitutions  aposto- 
liques, lisez-y  l'Écriture  sainte  et  chantez  des  psaumes 
en  l'honneur  des  martyrs  déposés  en  ces  lieux  et  de 
tous  les  saints  décédés  de  ce  siècle,  ainsi  que  de  vos 
frères  qui  se  sont  endormis  dans  le  Seigneur.  Célébrez 
l'antitype  du  corps  royal  du  Christ,  l'agréable  eucharis- 
tie, dans  les  églises  et  dans  les  cimetières9.  »  Ceci 
expliquerait  comment  l'abus  avait  pris  une  telle  exten- 
sion; l'Italie  presque  entière  et  toutes  les  Églises  trans- 
marines l'avaient  supprimé  grâce  au  zèle  des  évêques 
lorsque  l'Afrique  les  imita  vers  la  fin  du  IVe  siècle;  mais 
ici  la  pratique  de  ces  banquets  était  quotidienne  :  Co- 
messationes  enim  et  ebrietates  ita  concessse  et  licitm 
putantur,  ut  in  honorent  etiam  beatissimorum  mar- 
tyrum, non  solum  per  dies  solemnes...  sed  etiam  quo- 
tidie  celebrentur^;  les  martyria,  les  églises  en  étaieni 
souillées  "  et  saint  Augustin  proposait  de  les  remplacer 
par  des  oblationes  pro  spiritibus  dormientium  super 
ipsas  memorias  i2. 

XII.     DÉCHÉANCE    DÉFINITIVE     DE     L'AGAPE.    —     On     ne 

saurait  affirmer  sur  la  foi  de  deux  textes  peu  explicites  '* 
que  les  abus  signalés  en  Afrique  se  soient  reproduits  à 
Rome  et  en  Italie.  Dans  une  lettre  qui  date  de  384,  saint 
Jérôme  raconte  que  les  veuves  chrétiennes  de  Rome 
mettaient  dans  leurs  aumônes  une  ostentation  très 
déplacée  :  cum  ad  agapeti  rocaverint,  prseco  conduci- 
tur  14.  Faut-il  en  conclure  qu'à  ce  moment  le  terme 
«  agape  »  était  devenu  à  Rome  synonyme  d'aumône,  on 
en  peut  douter  lorsqu'on  voit  quelques  années  plus  tard, 
en  397,  un  banquet  funèbre  organisé  sous  ce  nom  en 
faveur  des  pauvres  dans  la  basilique  de  Saint-Pierre,  par 
Pammachius  en  l'honneur  de  sa  défunte  femme  Pau- 
lina  l*.  Saint  Paulin,  qui  en  fait  un  récit  trop  redondant, 
a  vu  celte  agape  comme  il  lui  a  plu  de  la  voir,  cleemosy- 
nam  animee  infundens  16.  La  foule  encombrait  la  basi- 
lique et  l'atrium  et  mangeait  sur  place  les  vivres  qu'on 
lui  distribuait  en  abondance  :  video  congregatos  ita  di- 
stincte per  accubitus  ordinari  etpro/luis  omnes  saturari 
cibis  ".  Quelque  nom  qu'on  donne  à  ce  banquet  funèbre, 
nous  voyons  par  son  exemple  qu'il  ne  faut  pas  trop  vou- 
loir faire  l'histoire  d'après  les  textes  disciplinaires,  ou 
bien,  si  on  fait  usage  de  ces  derniers,  il  faut  que  ce  soit 
pour  introduire  comme  permanents  les  abus  qu'ils  con- 
damnent et  dont  ils  ont  semblé  rendre  le  retour  impos- 
sible; laissons  donc  toujours  une  marge  chronologique 

tatem;  S.  Augustin,  Contr.  Faust.,  1.  XX,  c.  xxi,  P.  L.,  L  xlii, 
col.  384  :  Qui  se  in  memoriis  martyrum  inebriant,  quomodo  a 
nobis  approbari  possuntf  —  '  Constit.  apost.,  1.  VI,  c.  xvn, 
P.  G.,  t.  i,  col.  987  sq.  —  ,0S.  Augustin,  Epist.,  xxn,  3,  P.  L., 
t.  xxxm,  col.  91.  —  "  Ibid.  —  <•-  Ibid.,  P.  L..  t.  xxxm,  col.  92. 

—  "S.  Augustin.  Epist.,  xxix,  10.  P.  L  .  t  xxxm.  col.  119; 
Confessiones,  1.  VI,  c.  Il,  P.  L.,  t.  xxxu,  col.  719  sq.  Cf.  S.  Pau- 
lin,, Carm.,  xh,  in  S.  Felicem,  vs.  319-320,  P.  L.,  t.  lxj, 
col.  562.  —  «»S.  Jérôme,  Epist.,  xxn.  32,  P.  L..  t.  x\n.  col.  418. 

—  »»  S.  Paulin,  Epist.,  xm,  P.  L.,  t.  LXI,  col.  213  sq.  — 
"Ibid.  Rien  ne  nous  apprend  positivement  l'intention  de  Pamma- 
chius en  organisant  ce  repas.  —  ''  Ibid..  cf.  P.  L.,  t.  LXI,  col.  847, 
note  35.  Remarquons  que  cette  agape  suggère  à  saint  Paulin  un 
rapprochement  avec  le  miracle  de  la  maltiplicatioo  des  pains  :  ut 
ante  oculos  evangelicx  benedictionis  uberlas,  eorumque  popu- 
lorum  imago  verset ur,  quos  quiuquc  panibus  et  duobus  pisci- 
btis  panis  ipse  vertu  et  aquze  vivx  piscis  Cliristus  etrplevit. 
1'.  L.,  t.  lxi,  col.  213.  Si  ce  texte  n'était  à  une  distance  de  plus  de 
deux  siècles  de  la  fresque  de  la  Fractio  panis  nous  n'hésiterions 
pas  à  l'invi>quer  pour  restituer  à  la  scène  représentée  le  carac- 
tère exclusif  d'agape  au  sens  où  les  canons  d'Hippolyte  la  décri- 
vent. 


821 


AGAPE 


bien  large  qui  donnera  à  ces  abus  le  temps  de  dispa- 
raître peu  à  peu  ;  il  est  vraisemblable  que  nous  serons 
alors  plus  prés  de  la  vérité  que  si  armés  d'un  texte  nous 
prétendions  supprimer  absolument  à  jour  fixe  tel  ou  tel 
usage  invétéré,  fût-il  bien  et  dûment  condamné  par  ce 
texte  et  d'autres  encore.  Le  30e  canon  du  IIIe  concile  de 
Oarthage  s'exprime  ainsi  :  «  Que  personne,  ni  évêque,  ni 
clercs,  ne  lusse  de  repas  dans  les  églises,  à  moins  que, 
d'aventure,  ils  n'aient  à  réconforter  des  voyageurs1.  » 
Avec  ce  texte  nous  quittons  les  témoignages  occiden- 
taux2. En  Orient  nous  trouvons  peu  de  chose;  d'ail- 
leurs on  reconnaîtra  que  cette  fin  de  l'agape  n'offre  qu'un 
médiocre  intérêt.  Saint  Jean  Chrysostome  mentionne 
les  repas  de  corps  à  l'époque  apostolique  sans  faire  allu- 
sion à  l'usage  de  l'Église  de  Constantinople  en  son 
temps  3.  On  n'a  aucun  fondement  pour  interpréter  au 
sens  d'agape  ce  que  l'empereur  Julien  dit  de  la  charité 
que  témoignent  les  chrétiens  envers  les  pauvres  que 
l'indifférence  des  prêtres  païens  met  au  désespoir.  Ce 
que  Julien  qualifie  d'agape  n'a  rien  de  liturgique  et 
paraît  être  un  simple  repas  préparé  à  des  malheureux 
par  des  hommes  compatissants;  au  contraire  nous  re- 
trouvons le  banquet  funèbre  tel  que  nous  l'avons  vu  en 
Afrique,  en  Asie  Mineure  ou  en  Syrie,  dans  les  lieux  sanc- 
tifiés par  le  tombeau  d'un  martyr.  A  en  croire  saint  Jean 
Chrysostome,  rarement  porté  à  une  telle  indulgence,  tout 
se  passe  d'une  manière  pleine  d'édification  dans  ces  pè- 
lerinages. La  messe  dite,  les  dévotions  terminées,  chacun 
ira  se  délasser  aux  environs  du  mavtyrium,  qui  sous  une 
vigne,  qui  sous  un 'figuier,  sous  l'œil  du  martyr  qui 
veille  à  ce  que  les  saints  exercices  ne  dégénèrent  pas  en 
péchés4.  Au  contraire,  nous  apprend  saint  Grégoire  de 
Nazianze,  tout  ne  se  passait  pas  avec  cette  décence  et  le 
repas  tournait  souvent  aux  excès  :  MaprjpoiAat,  à6Xôi>opoc 
xai  (jiâpTUpe;,  vêpiv  êBtjxkv  -ctixàç  ifj.Exépa;  oî  cpùoyaaTo- 
piôou.  °. 

L'agape  était  encore  l'objet  de  quelques  essais  de  rè- 
glements en  Asie  Mineure.  Le  concile  de  Laodicée,  en 
Phrygie,  tenu  vers  l'an  363,  défend  par  son  canon  27e 
aux  clercs  et  aux  laïques  conviés  à  l'agape  d'emporter  des 
parts  dans  leurs  maisons,  ce  qui  serait  en  contravention 
avec  les    règlements    ecclésiastiques  °  ;    le     canon   28e 
défend  «  de  faire  ce  qu'on  appelle  les  agapes  dans  les 
basiliques  ou  dans  les  églises,  de  manger  dans  la  maison 
de  Dieu  et  d'y  dresser  des  tables  »;  Sti  où   Se;  iv  toîç 
xvpiaxoïç  r,  ev  i«tç  è-/.-/.X?)0"taiî  xù(  Xsyofiéva;  àyârcaç  7toieïv 
/.al  èv  rai  oï/.a>  to-j  Oeoû  ecÔisiv  xcà  axxo-jëtra  orpcovvÛEiv  1. 
A  la  même  époque  et  dans  les  mêmes  parages  le  concile 
de  Gangres  en  Galatie  (560-570?)  porte  le   canon  sui- 
vant :   «   Si  quelqu'un  méprise  ceux    qui    par  religion 
font  des  agapes  et  qui  pour  honorer  le  Seigneur  y  invi- 
tent les  frères,  et  s'il  refuse  de  prendre  part  à  ces  invita- 
tions par  mépris  de  cette  pratique,  qu'il  soit  anathème  :  » 
Et  tiç  xaTaçpovoi'ï]  tùSv   èx  ttiutecoç  àyàira;  tohouvtwv  xal 
8ià  tiu.ï)V  xupt'ou  o-uyxaXoùvrtov  touç  àSsXçoùç,  xal  \i.r\  èOÉXot 
xoivwvcïv  xaïç   xXt|0-eo-i,    ôià  tô   è;E'JteXi^e:v  tô  ycvôjjiEvov, 
àvâÔEaa  ï(j~.u>  °.  Malheureusement  ces  textes  sont  trop 
isolés  pour  qu'on  puisse  faire  autre  chose  que  de  les 
citer;  un  texte  disciplinaire  ou  législatif  signale  presque 
toujours  un  abus,  car  la  loi  réprime  plus  qu'elle  ne  pré- 


1  Mansi,  Concil.  ampliss.  coll.,  t.  m,  col.  885.  —  »  Citons 
encore  cependant  un  témoignage  de  la  persistance  des  banquets 
funèbres  fourni  par  le  II"  concile  d'Orléans  (541).  Ne  quis  in 
ecclesia  yotum  suum  cantando,  bibendo,  vet  lasciviendo  exsol- 
vat;  quia  Deus  talibus  votis  irritatur  potius  quam  placetur. 
Conc.  Aurel.  II,  can.  12,  Mansi,  loc.  cit.,  t.  vm,  col,  837.  — 
*  S.  Jean  Chrysostome,  Homil.,  xxvil,  inCorinth.,  P.  G.,  t. lxi, 
col.  223  sq.;  cf.  Homil.,  xxii,  P.  G.,  t.  lxi,  col.  181  ;  J.  F.  Kea- 
ting,  The  Agapé,  in-12,  London,  1901,  p.  141  sq.  —  *  Homil.,  iv 
in  sanct.  Julian.,  P.  G.,  t.  xlix,  col.  669  sq.  —  6  Carmina,\.ll, 
8ect.  n,  n.  29,  P.  G.,  t.  xxvm,  col.  99;  cf.  1.  II,  sect.  n,  n.  27, 
P.  G.,  t.  xxxviii,  c.  97.  —  •  Mansi,  Conc.  ampl.  coll.,  t.  n, 
col.570 '  Ibid.—  *Ibid.,  t.  u,  col.  1101.—  "Théodoret,  Hist. 


voit;  dans  quelle  mesure  l'abus  était-il  parvenu  à  dé- 
former l'usage,  rien  ne  nous  permet  de  le  dire.  C'est 
dans  les  mêmes  conditions  que  se  présentent  quelques 
autres  attestations.  Théodoret  rapporte  qu'à  Antioche  on 
ne  se  bornait  pas  à  envahir  l'église  pour  y  célébrer  un 
repas  trop  bruyant,  on  s'y  livrait  ensuite  à  la  danse9; 
ailleurs  il  avance  que  les  fêtes  païennes  font  place  aux 
solennités  des  martyrs  Pierre  et  Paul,  Thomas,  Serge, 
Marcel,  Léonce,  Pantéleemon,  Antonin,  Maurice,  et 
d'autres  encore;  à  la  pompe  immodeste  d'autrefois  suc- 
cèdent des  fêtes  recueillies,  sobres,  sans  excès  de  jeux  et 
de  rires,  mais  remplies  par  le  chant  des  hymnes,  l'au- 
dition de  la  parole  de  Dieu  et  les  prières  attendries  10. 
Nulle  trace  d'agapes.  Il  n'en  est  pas  plus  question  dans 
un  texte  de  Socrates  (vers  440)  qui  signale,  chez  «  les 
Égyptiens  voisins  d'Alexandrie  et  chez  les  habitants  de 
la  Thébaïde  »,  l'usage  d'une  synaxe  le  samedi  et  «  d'y 
participer  aux  mystères  d'une  manière  non  conforme  à 
la  coutume  des  chrétiens  :  après  avoir  mangé  et  s'être 
repus,  quand  vient  le  soir  ils  font  l'oblation  et  commu- 
nient '*.  »  Sozomène,  qui  reproduit  ce  passage,  n'y  laisse 
aucune  ambiguïté  :  «  Chez  les  Égyptiens,  dit-il,  en 
beaucoup  de  villes  et  de  villages,  contrairement  à  l'usage 
universel,  on  se  réunit  le  soir  du  samedi  après  le  repas 
pour  participer  aux  mystères  »  '-.  Nulle  trace  d'agape. 

Nous  citerons  un  dernier  témoignage  dont  l'époque 
peut  difficilement  être  précisée.  Un  auteur  que  l'on  s'est 
habitué  à  désigner  sous  le  nom  d'Eusèbe  d'Alexandrie" 
et  dont  nous  possédons  quelques  sermons  qui  ne  sont 
pas  antérieurs  au  Ve  siècle  ni  postérieurs  au  vir2,  a  con- 
sacré deux  homélies  à  la  commémoration  des  martyrs  : 
itepl  [ivet'aç  âyîwv  et  aux  repas  qui  se  donnaient  à  cette 
occasion,  Tispi  èo-Otâo-scoç.  La  première  s'ouvre  par  cette 
objection  :  Un  jour  qu'on  célébrait  dans  la  ville  la  fête 
des  saints,  Alexandre  vint  trouver  Eusèbe  et  lui  dit  :  «  A 
quoi  bon,  quel  besoin  les  saints  ont-ils  de  nous  mainte- 
nant qu'ils  viventen  Dieu  u?»  Eusèbe,  là-dessus,  explique 
à  son  interlocuteur  qu'on  célèbre  les  fêtes  des  saints  par 
des  prières  et  des  hymnes  afin  de  les  intéresser  à  pré- 
senter nos  requêtes  à  Dieu.  Ceux  qui  célèbrent  ces  fêtes 
y  doivent  apporter  un  grand  soin  et  une  piété  vive;  il 
faut  que  ceux  qui  tiennent  alors  table  ouverte  forcent 
leurs  hôtes  à  s'y  asseoir,  considérant  qu'ils  reçoivent  les 
martyrs  eux-mêmes,  et  il  n'y  a  pas  lieu  de  douter  qu'il 
en  soit  ainsi  et  qu'à  festoyer  les  pauvres  en  pareille  cir- 
constance ce  soit  les  martyrs  que  l'on  festoie.  Quant  à 
ceux  qui  vont  assister  à  ces  repas  ils  doivent  célébrer  la 
vigile,  malheureusement  la  plupart  sont  à  la  recherche 
d'un  bon  dîner  et  provoquent  des  désordres,  tandis  que 
d'autres  s'assoient  et  ne  prêtent  aucune  attention  à  la 
lecture  de  l'Écriture  sainte  et  aux  psaumes;  au  contraire 
ils  aiguisent  leur  langue,  causent,  rient  et  s'amusent 
jusqu'à  ce  qu'ils  roulent  ivres-morts  et  demeurent  ainsi 
jusqu'au  jour;  oubien  s'ils  se  lèvent  c'est  pour  applau- 
dir des  représentations  théâtrales,  crier  contre  ceux  qui 
voudraient  prier.  Tandis  qu'à  l'intérieur  le  prêtre  prie 
pour  eux  et  consacre  le  corps  du  Christ,  ils  se  dissipent 
en  dehors. 

Dans  la  seconde  homélie,  l'orateur  recommande  aux 
convives  de  se  contenter  de  ce  qu'on  leur  donne  et  de 


eccl.,  1.  III,  c.  xxn,  P.  G.,  t.  lxxxii,  col.  1120.  —  <°  Théodoret, 
Grzec.  affect.  curalio,  serm,  vm,  P.  G.,  t.  i.xxxiii,  col.  luJ3. 

—  "Socrates,  Hist.  eccl.,  1.  V,  c.  xxn,  P.  G.,  t.  lxvii,  col.  63a 

—  "Sozomène,  Hist.  eccl.,  1.  VII,  c.  xix,  P.  G.,  t.  lxvii,  col.  1477. 

—  "L'identification  d'Eusèbe  d'Alexandrie  avec  Eusèbe  d'Émèse 
proposée  par  G.  Augusti,  Eusebii  Emeseni  qux  supersunt  opus- 
cula  grœca,  in-8°,  Elberfeldi,  1829,  est  réfutéepar  Mai,  Bibliotheca 
nova,  in-4",  Romae,  1852,  t.  n,  p.  499.  Sar  Eusèbe  d'Alexandrie,  cf. 
J.  C.  Thilo,  Ueber  die  Schriften  des  Eusebius  von  Alexandrien 
und  des  Eusebius  von  Emisa,  ein  kritisches  Sendschreiben, 
in-8%  Halle,  1832  ;  O.  Bardenhewer,  Patrologie,  in-8",  Freiburg  im 
B.,1894,  p.  344;  D.Ceillier,  Hist.  gén.  des  auteurs  ecclés.,  in-4*, 
Paris,  1861,  t.  vm,  p.  383  sq.  —  1*P.  G.,  t.  lxxxxi.  col.  357  sq. 


823 


AGAPE 


824 


f/Gwercier.  Vous  n'êtes  pas  venus  pour  manger,  dit  il, 
mais  pour  prier.  Si  on  vous  a  invités  c'est  pure  bonté, 
on  n'y  était  pas  tenu.  Beaucoup  réclament  cependant  : 
Pourquoi  nous  inviter,  disent-ils,  pour  nous  traiter  de 
la  sorte?  Nous  sommes  gens  de  qualité.  EtÉlie  ne  l'était- 
il  pas  autant  que  vous,  cependant  il  s'accommodait  d'un 
pain  cuit  sous  la  cendre,  vous  n'êtes  pas  satisfaits  avec 
du  pain  et  du  vin  et  vous  ose/,  exiger  plus  que  ce  qui  est 
offert.  Suivez  la  maxime  de  saint  Paul  :  Si  quelqu'un  a 
faim,  qu'il  mange  chez  lui  et  n'importune  pas  le  voisin. 
Il  arrive  souvent  qu'un  brave  homme,  mais  pas  riche, 
veut  célébrer  la  fêle  des  saints  et  il  offre  des  eulogies 
(siAo-fîa;)  suivant  ses  moyens.  Vous  qui  êtes  riches,  vous 
accoure/,  espérant  des  merveilles  et  méprisant  ce  qu'on 
vous  offre  '. 

XIII.  Les  tables  d'agapes.  —  Plus  qu'aucune  autre 
contrée  l'Afrique  romaine  a  rendu  des  monuments 
assez  reconnaissables  pour  fournir  à  l'étude  de  l'anti- 
quité des  notions  certaines.  On  a  retrouvé  à  Matifou, 
l'ancienne  Rusguniir,  près  d'Alger,  parmi  les  ruines  de 
la  basilique  (fig;.  176),  une  table  d'agapes.  Pendant  les 


176.  —  Table  d'agapes  au  nr  siècle. 

D'après  le  Bullct.  archéol.  du  Comité  des  travaux  historiques, 

1900,  p.  147,  fig.  4. 

fouilles  do  novembre  1899-février  1900,  on  découvrit, 
parmi  les  substructions  d'une  basilique  antérieure  pou- 
vant remonter  au  iue  siècle,  un  «  bloc  de  maçonnerie 
semi-cylindrique  de  lm30  de  largeur,  et  de  0m  70  de 
hauteur,  surmonté  d'une  sorte  de  cuvette  peu  profonde 
en  ciment  très  dur.  La  surface  de  cette  cuvette  était 
polie  et  bordée  d'une  feuillure  de  0m07  de  hauteur. 
Les  cailloux  roulés  qui  servent  d'assise  à  la  mosaïque 
recouvraient  entièrement  cet  édicule.  Le  bloc  entier, 
jusqu'à  la  tablette  de  ciment,  était  entouré  d'un  mur 
s'adaptant  exactement  aux  formes  extérieures.  La  ma- 
çonnerie de  ce  mur  était  composée  de  pierres  plates 
reliées  entre  elles  par  un  mortier  assez  friable  de  cou- 
leur rouge.  Le  tout  s'appuyait  sur  une  sellellc  de  même 
nature.  La  feuillure  émergeait  seule  au-dessus  du  mur 
d'enveloppe.  Cette  construction  n'était  autre  chose 
qu'une  table  d'agapes,  mensa,  en  usage  dans  les  premiers 
siècles  du  christianisme  »2. 

A  Tipasa,  on  a  retrouvé  deux  tables  d'agapes.  A 
quelques  mètres  au  sud  de  la  basilique  de  Sainte-Salsa, 
se  voit  un  bâtiment  encore  bien  conservé  3  fouillé  depuis 
peu  d'années.  Il  se  compose  d'un  couloir  long  de  10"'- 20 
et  de  largeur  inégale;  d'une  abside  bâtie  entièrement  en 
blocage,  parois  et  voûte,  et  éclairée  par  trois  petites  fe- 
nêtres; d'une  grande  salle  de  10"' 20  sur  6""  20  dont  le 

•P.  G.,  t.  lxxxvi,  col.  364  sq.  —  SH.  Chardon,  Fouilles  de 
Busgunix,  dans  le  Bull,  arcli.  du  Comité  des  trav.  hist.,  1900, 
p.  147,  fig._  4;  S.  Gsell  adopte  cette  opinion,  Monuments  antiques 
de  l'Algérie,  in-8%  Paris,  1901,  t.  il,  p.  222-223.  Cf.  II.  Chardon, 
dans  le  Bull,  de  la  Société  de  géogr.  d'Alger,  1900,  p.  107-184; 
Grandidier,  Une  basilique  chrCtiennc  à  Busgunix,  in-8\  Alger, 
1900.  —  3  S.  Gsell,  lue.  cit.,  pi.  xciv.  —  '  Profondeur  (Ms.  — 
•  <r  La  face  verticale  de  l'est,  qui  n'est  séparée  du  mur  de  la  salle 
que  par  un  espace  de  quelques  centimètres,  est  pourtant  iccou- 
verte,  comme  les  autres  faces,  d'un  enduit  de  mortier:  or,  il  eut 
été  impossible  d'étendre  cet  enduit  si  le  mur  en  question  avait 
déjà  existé.  »  S.  Gsell,  loc.  cit.,  p.  333.  La  basilique  de  Sainte-Salsa 
étant  de  la  première  moitié  du  iv*  siècle,  on  peut  attribuer  la  table 


sol  est  bétonné.  On  y  a  trouvé  des  sarcophages,  mais  ne 
outre  on  remarque  «  dans  la  partie  orientale  un  grand, 
massif  trapézoïdal  en  maçonnerie,  recouvert  de  mortier; 
il  mesure  de  3m60  de  longueur  et  2m85  de  largeur  sur 
le  côté  principal;  la  hauteur  niaxima  est  de  Ôm73.  La 
surface  supérieure  n'est  point  plane,  mais  elle  s'incline 
dans  la  direction  dos  bords;  au  nord,  elle  présente  un 
grand  creux  à  fond  uni1,  qui  avait  sans  doute  la  forme 
d'un  hémicycle.  Cette  petite  construction  est  une  table 
d'agapes  :  les  convives,  accoudés,  s'allongeaient  autour  de 
la  partie  creuse,  dans  laquelle  on  plaçait  les  mets.  Elle 
parait  être  plus  ancienne  que  la  salle s.  A  une  date  posté- 
rieure, une  tombe  fut  établie  vers  le  milieu  de  la  table, 
qui  avait  cessé  d'être  utilisée  pour  des  repas  »  6. 

La  chapelle  funéraire  de  l'évêque  Alexandre,  à  Ti- 
pasa 1,  qui  semble  dater  de  la  fin  du  IVe  siècle  ou  du 
commencement  du  V,  présente  à  droite  de  la  nef,  entre 
deux  piliers,  un  monument  «  qui  était  sans  doute  une 
table  d'agapes  (tig.  177).  C'est  un  massif  en  maçonnerie, 
presque  semi-circulaire,  mesurant  3m  35  de  diamètre  el 
0m  70  de  hauteur  maxima.  Il  est  revêtu  d'une  couche  de 
mortier.  Comme  la  table  analogue  retrouvée  près  de  la 
basilique  de  Sainte-Salsa,  la  surlace  supérieure  s'incline 
vers  les  bords.  Elle  offre  au  milieu  un  creux  semi-cir- 
culaire d'un  mètre  de  diamètre,  à  fond  plat  (profon- 
deur 0m  18).  Plus  tard,  on  encastra  dans  ce  massif,  vers 
une  de  ses  extrémités,  un  petit  sarcophage  d*enfant,  donl 
l'épitaphe  sur  mosaïque  occupa  l'intérieur  du  creui 
central  »  8. 

Cette  dernière  table  d'agapes  a  d'autant  plus  d'im- 
portance à  nos  yeux  qu'elle  se  trouve  dans  un  édifice 
dont  la  destination  ne  peut  faire  l'objet  d'un  doute.  La 
chapelle  funéraire  fut  construite  par  l'évêque  Alexandre 
pour  abriter  neuf  tombeaux  de  personnages  dont  la 
dignité  ou  la  sainteté  était  si  bien  avérée  qu'on  éleva 
l'autel  par-dessus  leurs  sarcophages  et  qu'on  les  quali- 
liait  de  jusli  priores.  Il  semble  que  nous  trouvions  dans 
cet  exemple  un  témoignage  définitif  de  l'existence  des 
agapes,  du  lieu  où  elles  se  célébraient  et  en  l'honneur 
de  quels  personnages.  L'inscription  en  mosaïque,  tracée 
par  ordre  d'Alexandre  rappelle  que  les  sépultures  au- 
paravant n'étaient  pas  visibles  et  qu'un  concours  de 
peuple  de  tout  âge  se  faisait  maintenant  à  la  chapelle, 
tous  y  prenaient  part  aux  chants  et  on  recevait  l'eucha- 
ristie dans  la  main  suivant  le  rite  liturgique.  Voilà 
donc  un  édifice  funéraire  servant  aux  banquets  des 
fidèles  et  installé  dans  ce  but,  dans  lequel  on  célèbre  la 
liturgie  et  qui  est  en  même  temps  un  lieu  de  pèleri- 
nage. L'inscription  qui  nous  apprend  ces  faits  mesure 
5m50  sur  2>"  00,  elle  occupe  presque  toute  la  largeur  de 
la  nef  centrale  au  pied  du  suggestion  qui  portait  l'autel  : 

HIC   VBI    TAM   CLARIS    LAVDANTVR    MOENIA 

[TECTIS 
CVLMINA    QVOD   NITENT  SANCTAQVE    ALTA- 

[RIA  CERNIS 
NON  OPVS  EST  PROCERVMSETTANTI  GLORIA 

[FACTI 
ALEXANDRI   RECTORIS  OVAT  PER    SAECVLA 

[NOMEN 

d'agapes  au  siècle  précédent  —  e  S.  Gsell,  loc.  cit.,  t.  n,  p.  333. 
«  Cet  édifice  a  servi  de  lieu  de  sépulture,  mais  telle  n'était  pas 
évidemment  sa  destination  première.  11  faut  y  voir  une  annexe  du 
sanctuaire  de  Salsa  :  nous  ne  saurions  préciser  davantage.  »  — 
*L.  Duclicsne,  dans  les  Comptes  rendus  de  l'Acad.  des  inscr., 
1892,  p.  111-114;  Saint-Oérand.  dans  le  Bull.  arch.  tu  Comité  des 
irav.  hist.,  1892,  p.  4G0-474,  pi.  xxMi-xxxiu,  réimprimé  dans  le 
Bul'..  de  lu  Société  diocésaine  d'archéologie  d'Alger,  1895,  t.  I, 
p.  1-32;  De  Rossi,  Bull,  di  arch.  crist.,  1894,  p.  90-94  ;  S.  Gsell, 
dans  les  miang.  d'arch.  et  d'hist  .  1894,  t.  xiv,  p.  389-392;  F. 
Wiclanil.  Ein  Ausflug  lus  ultchristliche  Afrika,  in-12,  Stuttgart, 
1900,  p.  18C-189;  S.  Gsell,  f.es  monuments  antiquesde  l'Algirie, 
t.  il,  p.  334,  llg.  151.  —  >  Ibid.,  t.  il,  p.  336  sq. 


825 

5 


AGAPE 


826 


CVIVS    HONORIFICOS     FAMA     OSTENDENTE 

[LABORES 

IVSTOS  IN  PVLCRHAM  SEDEM  GAVDENT  LC- 

[CASSE  PRIORES 
QVOS    DIVTVRNA    QVIES    FALLEBAT    POSSE 

[VIDERI 
NVNC  LVCE  PRAEFVLGENT  SVBNIXI  ALTARE 

[DECORO 
COLLECTAMQVE    SVAM    GAVDENT   FLORERE 

[CORONAM 
10     ANIMO    QVOD    SOLLERS    IMPLEVIT    CVSTOS 

[HONESTVS 

VNDIQ[«c]      VISENDI      STVDIO      CRHISTIANA 

[AETAS  CIRCVMFVSA  VENIT 

LIMINAQVE   SANCTA   PEDIBVS  CONTINGERE 

[LAETA 

OMNIS  SACRACANENS  SACRAMENTO  MANVS 

[PORRIGERE  GAVDENS' 

L'épigraphie  africaine  a  fourni  à  clic  seule  une  im- 
portante série  de  tables  d'agapes;  mais  ici  encore  il 


MEMORI/€  /ELI/E  SECVNDVL>E 
FVNERI  MV[J]TA    QVID(t>)M    CONDIGNA    IAM   Ml  SI- 

[MVS  OMNES 
INSVPER   AR(a)EQV(e)   DEPOS!T(a)E  SECVNDVL/E 

[MATRI(s) 
LAPIDEAM  PLACVIT  NOBIS  ATPONERE  MENSAM 
IN    QVA    MAGNA    EIVS    MEMORANTES    PLVRIMA 

[FACTA 
DVM  CIBI  PONVNTVR   CALICESQ(uc)  £[t]  COPER- 

T/E3 
VVLNVS    VT   SANETVR    NOS   ROD(ens)  PECTORE 

[S/EVVM 
LIBENTERFABVL(«  iDVM  SERA  RED(d)IMVS  HORA 
CAST/E  MATRI  BONAE  LAVDESQ(we)  VETVLA  DOR- 

[MIT 
IPSA  O  NVTRIT*  IACES  ET  SOBRI/E  B  SEMPER 
\'(ixit)  A(nm's)  LXXV.  A(wwo)  P{rovincix)  CCLX 
STATVLENIA  IVLIA  FECIT 

Les  tables  d'agapes  cl  les  textes  littéraires  nous  font 
comprendre  ce  que  les  Africains  appelaient  mensae. 


177.  —  La  UiLle  d'ugnj  es  ae  la  chapelle  funéraire  d' Alexandre,  a  Tipasa. 
D'après  une  photographie  de  S.  Gsell,  dans  Monuments  antiques  de  V Algérie,  t.  n,  pi.  xcv. 


importe  de  rattacher  l'usage  chrétien  ù  un  usage  qui 
l'avait  prélédé.  Une  inscription  de  Salafis  (Maurétanie 
Sitifienne)  de  l'an  299  de  notre  ère  mentionne  la  fon- 
dation d'un  banquet  funéraire  à  la  mémoire  d'une 
païenne J. 


4  J.-B.  Saint-Gérand,  La  basilique  de  Tipasa,  dans  le  Bull, 
arch.  du  Comité  des  trav.  hist-,  1892,  p.  472  sq.;  L.  Ducliesnc, 
dans  les  Comptes  rendus  de  l'Acad.  des  inscr.,  1892,  séances  du 
18  mars  et  du  28  juillet  ;  De  Rossi  ;  Bull,  di  arch.  crist.,  1894, 
p.  91.  Le  vers  11"  réunit  deux  hémistiches  virgiliens.  —  »S,  Gsell, 
dans  les  Mélang.  d'arch.  et  d'hist.,  1895,  t.  xv,  p.  49,  n.  7.  — 


De  précieux  textes  de  saint  Augustin  nous  donnent 
quelques  détails  sur  la  rtiensa  Cypriam*  qui  existait  à 
l'Ager  Sexti  où  avait  été  mis  à  mort  l'évéque  de  Car- 
thage7.  Il  dit  dans  un  de  ses  sermons  pour  l'anniver- 
saire de  Cyprien  :  «  Vivant,  il  a  gouverné  l'Église  de 

3  Copertx,  c'est  notre  mot  français  «  couverts  ».  —  *  Lire  nu- 
trix.  —  5Lire  sobria.  —  c  S.  Augustin,'  Sei-m.,  xm,  cccv, 
cccx,  2,  P.  L.,  t.  xxxvnr,  col.  107,  1397,  141S;  Enarr.  in 
Psalm.  lxxx,  4,  23,  P.  L.,  t.  xxxvn,  col.  1035,  1046.  —  ^  Acta 
S.  Cypriani,  5,  dans  Ruinart,  Acta  sine,  in-4°,  Parisiis,  1689, 
p.  218. 


82" 


AGAPE 


828 


Cartilage;  par  sa  mort,  il  l'a  honorée.  C'est  là  qu'il  a 
exercé  son  épiscopat,  c'est  là  qu'il  a  consommé  son 
martyre.  En  ce  lieu  même,  où  il  a  déposé  les  dépouilles 
de  sa  chair,  une  cruelle  multitude  s'assemblait  alors, 
pour  verser  le  sang  de  Cyprien  par  haine  du  Christ;  en 
ce  lieu,  aujourd'hui  s'assemble  une  multitude  recueillie, 
qui  à  cause  de  l'anniversaire  de  Cyprien  boit  le  sang  du 
Christ.  Enfin,  comme  vous  le  savez,  vous  tous  qui  con- 
naissez Cartilage,  dans  ce  lieu  même  a  été  construite 
une  mensa  consacrée  à  Dieu;  et  pourtant  on  l'appelle 
la  mensa  Cypriani.  Non  pas  que  Cyprien  ait  jamais 
banqueté  en  cet  endroit,  mais  parce  qu'il  y  a  été  immolé. 
Par  son  sacrifice  même,  il  a  préparé  cette  mensa,  non 
pour  y  nourrir  personne  ou  s'y  nourrir,  mais  afin  qu'on 
y  offrit  le  sacrifice  à  Dieu,  à  ce  Dieu  à  qui  lui-même 
s'est  offert.  Mais  cette  mensa,  qui  est  consacrée  à  Dieu, 
est  appelée  aussi  la  mensa  Cypriani;  en  voici  la  raison. 
De  même  qu'elle  est  entourée  maintenant  par  les 
fidèles,  de  même  alors,  Cyprien  y  était  entouré  par  les 
persécuteurs.  Là  où  maintenant  cette  mensa  est  hono- 
rée par  des  prières  amies,  là  Cyprien  était  foulé  aux 
pieds  par  des  ennemis  en  fureur.  Enfin,  là  où  cette 
mensa  se  dresse,  là  succomba  Cyprien  '.  »  La  mensa  Cy- 
priani était  donc  un  véritable  autel2,  où  se  célébrait 
le  sacrifice  et  où  le  peuple  y  prenait  part  dans  la  com- 
munion. Les  réunions  devaient  y  être  assez  fréquentes, 
puisque  saint  Augustin  y  prêcha  trois  fois  au  moins  3  à 
des  jours  différents  de  l'anniversaire  ou  Cypriana  qui 
était  l'occasion  d'une  réunion  liturgique  *.  Il  est  pro- 
bable qu'une  cella  s'élevait  au-dessus  de  la  mensa  ci 
on  peut  en  conclure  que  dès  le  IVe  siècle  la  cella  qui 
abritait  la  mensa  Cypriani  servait  de  lieu  de  réunion 
aux  fidèles,  encore  qu'elle  ne  fût  peut-être  pas  alors  une 
église  proprement  dite.  On  ne  saurait  mettre  en  doute 
que  Carthage  ait  possédé  le  tombeau  de  saint  Cyprien 
sur  lequel  s'élevait  un  autel5  et  auprès  duquei,  comme 
à  la  mensa,  se  célébrait  l'anniversaire.  Certaines  coïnci- 
dences inviteraient  même  à  identifier  le  tombeau  et  la 
mensa  en  un  seul  monument,  on  y  a  opposé  deux  textes 
dont  le  témoignage  donnerait  lieu  de  penser  que  le 
coi'ps  était  resté  aux  Mappales  et  que  la  mensa  ne  re- 
couvrait que  des  reliques.  Un  de  ces  textes  ne  peut 
prouver  ce  qu'on  lui  veut  faire  dire6,  l'autre,  celui  de 
Victor  de  Vite,  distingue,  à  la  fin  du  v«  siècle,  la  basili- 
que élevée  à  l'endroit  où  C\prien  a  versé  son  sang 
d'une  autre  basilique  où  a  été  enseveli  son  corps,  au 
lieu  dit  les  Mappales' ,  c'est  bien  le  lieu  où.  au  témoi- 
gnage des  Actes,  le  corps  fut  transporté  dans  la  nuit 
qui  suivit  l'exécution,  mais  Victor  de  Vite  ne  dit  pas  que 
le  tombeau  se  trouvât  en  ce  lieu  au  temps  où  il  écri- 
vait et  saint  Augustin  ne  nous  apprend  pas  non  plus 
si  de  son  temps  le  corps  était  encore  aux  Mappales, 
mais  seulement  que  la  mensa  se  trouvait  au  lieu  du 
martyre. 
Les  tables  d'agapes  forment  une  série  des  plus  inté- 

1  s.  Augustin,  Serin.,  cccx,  2,  P.  L.,  t.  xxxvm,  col.  1413. 
Cf.  P.  Monceaux,  Le  tombeau  et  les  basiliques  de  saint  Cyprien 
à  Carthage,  dans  la  Iîev  archéol.,  1901,  t.  xxxix,  p.  190.  — 
e  S.  Augustin,  Sermones  inediti,  xiv,  5  :  Non  eninx  aram  consti- 
tuirnus,  tanquam  Deo,  Cypriano;  sed  Deo  vero  aram  fecimus 
Cyprianum,  P.  ],.,  t.  xi.vi,  col.  SG2.  —  8 S.  Augustin,  £ 
xiu,  ccev.  P.  L.  t.  xxxvui,  col.  107,  1307;  Enarr,  m 
Psalm.  lxxx,  4,  23,  P.  L..  t.  xxxvu,  col.  1035,  1046.  —  «S.  Au- 
gustin, Serm.,  cccx,  2.  P.  L.,  t.  xxxvm,  col.  1413.  —  5S.  Au- 
gustin, Servi.,  cccxi,  5,  P.  L.,  t.  xxxvm,  eol.  1415;  Serm., 
cccxn,  6,  P.  L.,  t.  xxxvm,  col.  1422;  Sewm.,  cccxiu,  5,  P.  L., 
t  xxxvm,  col.  1424.  —  CP.  Monceaux,  toc.  cit.,  p.  193,  cite  un 
passage  du  De  miraeulis  sancti  Stephani,  écrit  en  420  par  un 
clerc  d'Uzalis,  OÙ  l'on  voit  une  matrone  guérie  miraculeusement  se 
rendre  aux  Mappales,"  le  jour  de  Pâques,  pour  s'acquitter  d'un 
vœu  fait  à  saint  Cyprien.  P.  X..,  t.  xli,  col.  RiS.  «  Ce  texte,  dit 
M.  Monceaux,  semble  bien  prouver  qu'au  commencement  du 
v  siècle,  le  corps  de  saint  Cyprien  était  encore  aux  Mappates  » 
Cette  conclusion  parait  peu  fondée  si  on  relit  ce  que  dit  suint  Gré- 


ressantes  à  laquelle  nous  ne  pouvons  à  regret  accorder 
qu'un  commentaire  restreint.  La  plus  célèbre  parmi  les 
niensee  a  été  trouvée  près  de  Tixter,  entre  Sétif  et  Alger, 
à  Oied  oum  Lahdam8;  elle  est  déposée  aujourd'hui  au 
musée  chrétien  du  Louvre  (fig.  178). 


è  \\  S 


,0Y 


QVfV 


■■•e'JCfrl-VClWO^I 

.  .rJEIir'igf/x  0  rH\  ^OW  jVJi  Ê  MAI  ^  fc  STC,  m-S'-V 

'■  I/VLO.  Sfe&'li  \  P  ■£'TiU£TPAV.LU,Of\fr{l 
..   |NA^M%I^AyiÛAJJLklJ"lùOY 


178.  —  Table  d'agapes  trouvée  près  de  Tixter. 
D'après  l'original,  Musée  du  Louvre,  n.  3023. 

Voici  la  lecture  de  cette  inscription.  Le  texte  primitif 
parait  avoir  été  constitué  ;iinsi  :  1»  un  cercle  central  en 
relief  inscrivant  le  chrismon  et  les  mots  memoria 
sa{n)cta.  —  2°  l'inscription  suivante  sur  sept  lignes  : 
De  ter(r)a  promis(sï)onis,  xibe  (=ubi)  nains  est  C(h)ri- 
stus;  apostoli  Pétri  et  Pauli;  nomina  m(a)rturu{»i) 
Datiani,  Donatiani,  Cipriani,  Nemes(s)ant,  Cil(t)ini, 
et  Victo[r\ia[i]s.  An(n)o provi[nc(iœ)l]  >vcentirigestimo). 
—  3°  sur  la  tranche  antérieure,  les  noms  des  donataires  : 
Posuit  Benenalus  et  Pequaria.  La  date  est  celle  de 
l'année  359. 

Plus  tard  eut  lieu  l'addition  suivante  à  droite  et  à 
gauche  du  cercle  : 

Vicierai i  -  f         \  septimuid 
[  J  us  septmr 

Miggin         / 

et  JJabula  et  de  lignu  crucis 

La  pierre  mesure  lm30  de  long  sur  l»30  de  large,  sa 

destination  ne  fait  pas   de  doute.    L'inscription   tracée 

goire  I"  sur  les  miracles  que  les  saints  opèrent  en  d(  s  lieux  u 
leurs  corps  ne  reposent  pas,  mais  où  se  c<  nserve  leur  souvenir, 
Dialogor.,  1.  II,  c.  xxxvm,  P.  L.,  t.  lxvi,  col.  202.  —  'Victor 
de  Vite,  Hist.  persec.  Vandal.,  1.  I,  c.  v.  P.  L.,  t.  i.vm, 
col.  187.  —  "L.  Duchesne,  dans  les  Comptes  rendus  de  l'.' 
des  iriser.,  1889,  p.   417;  A.  Audollent.    I  bique 

en  Algérie,  dans  U's  Mékmg.  d'arch.  et  d'hist.,  1880,  t.  x,  p.  MO 
sq.  et  fig.  p.  441;  Bulletin  *  s  1890,  p.  313,  fig.,  R.  Ga- 

gnât, dans  L'année  épigrapliiquc,  1S90,  n.  114;  S.  Gsell,  dans 
le  Bull.  arch.  du  Comité  des  trav.  hist..  1899,  p.  4T>5-458;  le 
même,  dans  1rs  Uèlang.  d'arch.  et  d'hist.,  1901,  t  XXI,  p.  981  :  «J'ai 
Indiqué  qu  il  convient  sans  doute  de  lire  ainsi  les  additions  qui  c  ni 
a  début:  Yictorinus,septimu(ni)idussept(epv<li)ri,cs); 
Miggin  idu(s);  et  Dabula  [=  Zabulla]  et  de  tigno  crucis.  •  Le 
(  s  de  quelques  inscription»  cluet.  d'Afrique, 

dans  le  Bulletin  archéologique  du  Comité  des  traeau.r  histo- 

I,  1899,  p.  455  sq.  Cf.  R.  Poulie,  dans  le  Recueil  de  t 
ciêtê  archéologique  de  la  province  de  Constautine,  1890-l^Jl. 
t.  XXVI,  p.  370-373. 


829 


AGAPE 


830 


sur  la  tranche  antérieure  montre  que  la  pierre  devait 
être  posée  à  plat,  ainsi  donc  le  cercle  en  relief  était 
destiné  à  recevoir  une  écuelle;  c'est  en  effet  la  disposi- 
tion qu'offrent  deux  mensse  de  Aïn-el-Ksar,  aux  abords 
duDjebel-Sdin»  : 


M  E  N  SA  M 

mm 

&  FELICIS-NA 

FILI 

IN    MENTI 

VICTOR  E  PRB-  CVMOMN  BVSSVISQVIFECERVNT 

Mensa  m[artyrum?]...  F(e)licis,  Na...  In  ment[e 
habeas?]  Victore(m)  pr(es)b(y terum)  cum  omn\\ibus 
suis  qui  fecerunt. 

L'autre  mensa  est  ainsi  libellée  2  : 

MENSA 
FELICIS 

GINIS-MARMiE 
DEDICAVERV 
5     ANVS  ET  CONSTA 

Mensam  [martyrum?]  feliciss[imorum...  Mig]ginis, 

Mari[a]e  f[ecerunt  et]  dedicaverun[t ]anus  et   Con- 

*tan[tia?] 

Une  dalle  trouvée  à  Duperré  (Oppidum  novum)  et 
qui  était  posée  sur  les  reliques  de  plusieurs  saints  offre 
deux  cavités  en  forme  d'écuelles  3  : 


^_^        FIORAS        — . 

O  I  o 

5     TIPASI  MAR 
Cl/E  ET  CESALI/E 

Les  agapes  ont  fait  l'objet  de  stipulations  analogues  à 
ce  que  nous  appelons  «  fondations  perpétuelles  »  ;  on 
en  trouve  un  témoignage  à  Aïn-Kabira,  au  nord  de 
Sétif*  : 

FLORE  BONE  M 

EMORIE  CON 

IVGI  QVETVS 

MARITVS  MNSAM 
6     PERPETVAM  POSV 

IT  QVAE  VICSIT  AN 

NIS  LX  DECESSIT  O 

CTAV-  KAL  MARTIAS 

ANNO  PROVINCIAE 
10  CCCX 


D'autres  niensse  portaient  des  représentations  de 
plats,  soit  en  creux,  soit  en  relief,  symboles  des  repas 
funèbres  accomplis  sur  les  sépultures.  La  pierre  sui- 
vante a  été  trouvée  à  Mdaourouch,  l'ancienne  Madaure; 
on  ne  peut  la   faire  dater  au   delà  du  ive  siècle.   Elle 


'S.  Gsell,  Recherches  archéologiques  en  Algérie,  in-8%  Paris, 
1893,  p.  2G9,  n.  319;  A.  Poulie,  dans  le  Rec.  de  la  Soc.  arch.  de 
la  prov.  de  Constantine,  1890-1891,  t.  xxvi,  p.  370.  —  *S.  Gsell, 
loc.  cit.,  p.  268,  n.  318;  le  même,  dans  le  Rull.  arch.  du  Comité 
des  trav.  hist.,  1899,  p.  457,  note  3.  «  On  avait  peut-être  l'inten- 
tion de  creuser  une  cavité  semblable  à  droite  (à  celle  qui  se  voit 
à  gauche),  car  l'espace  correspondant  au  trou  de  gauche  a  été 
laissé  vide  par  le  graveur.  »  S.  Gsell,  loc.  cit.,  p.  457,  note  1.  — 
*Bull.  arch.  du  Comité  des  trav.  hist.,  1S97,  p.  573,  n.  47.  — 
'A.  Audollent,  dans  les  Comptes  rendus  de  l'Acad.  des  inscr., 
1890,  p.  239.  La  date  est  celle  du  22  ou  du  23  février  349.  —  »  Héron 
de  Villefosse,  dans  les  Archiv.  des  missions  scientifiques,  1874, 
p.  489,  n.  221,  et  note  de  E.  Le  Blant  qui  pr<~vise  la  lecture  sui- 
vante, lig.  .1  :  pater  liabes  innocenciœ,  ibid.,  p.  490;  S.  Gsell, 


porte  dans  les  angles  de  droite  la  palme  et  ia  phiala, 

dans  les  angles  de  gauche  deux  patères  6. 


IP$  AM 
FELIX  PATER  HABES 
DIGNA       TVAE       PREMIA 
UliUiOPTIMA  CUM  RESONAT 
PERPETUO  NOMINE   FAMA   PRE 
CONIUMQ    TUM    MERITO    COMMU 
ilJORE  PHIR  PER  BENIGNA  TIBIQ 
I    PECTORA    DUM 
NDO   CUNTIS  AMO 
^IPONIANUS 
Q      FELIX      UIX     AN 
LXXIIII 


I  p(er)  [Christum]  a(d)  m(artyres) 
Félix,  paler,  habes  digna  tuse  pr(a)emia  vi[tœ], 

Optima  cum  resonat  perpetuo  nomine  fama, 
Pr(a)econiumq(ue)   tu(u)m    merito  communi  ore[pro- 

Per  benigna  tibi  q [batu]r 

Pectora  dum ando  cun(c)tis  amo[rem\ 

[Pomjponianus,  q(ui)  felix  vixit  att(nis)  LXXIIII 

XIV.  Les  calices  des  agapes.  —  Les  basiliques  rui- 
nées de  l'Algérie  nous  ont  fourni  un  autre  souvenir  des 
agapes.  A  Morsott,  au  nord  de  Tébessa,  l'abside  d'une 
grande  église  était  flanquée  de  plusieurs  salles.  «  Deux 
d'entre  elles,  placées  à  l'extrémité  des  bas-côtés,  com- 
muniquent avec  ces  vaisseaux  et  avec  l'abside.  Dans 
celle  de  gauche,  on  a  recueilli  une  quantité  considé- 
rable de  débris  de  calices  en  verre  (vases  à  pied  élevé, 
sans  anses)  qui  servaient  probablement  aux  agapes.  Le 
poids  de  ces  débris  dépassait  4  kilogrammes  c  »  (fig.  179). 

Cette  classe  d'objets  est  représentée  par  un  très  grand 
nombre  d'exemplaires  trouvés  dans  les  catacombes 
romaines.  Une  dissertation  spéciale  devant  leur  être 
accordée  nous  ne  signalerons  ici  que  quelques  types 
remarquables.  Un  fond  de  coupe  qui  a  dû  être  à 
l'usage  d'un  chrétien  ayant  comme  nom  Victor  lui  ser- 
vait annuellement  le  jour  du  natale  de  saint  Laurent 
pour  la  célébration  de  l'agape  en  l'honneur  du  martyr; 
on  lit  encore  cette  devise  :  Victor  vivas  (=bibas),  in 
nomine  Laure(n)ti(ï)  ;  Victor,  bois  au  nom  de  Laurent1 
(lig.  180). 

Un  autre  fond  de  coupe  a  pu  servir  aux  agapes  de 
saint  Laurent  et  à  celles  de  saint  Cyprien  dont  les  noms 
sont  écrits  dans  le  champ  du  fond  de  coupe.  La  légende 
montre  que  l'on  y  a  conservé  la  pensée  inspiratrice  des 
agapes,  elle  contient  une  interpellation  adressée  à  l'âme 
du  défunt  à  qui  elle  souhaite  de  vivre  joyeux  avec  les 
siens,  elle  qui  se  désaltère  sans  trêve  dans  la  paix  de 
Dieu  »  (fig.  181). 

Il  ne  nous  semble  pas  douteux  que  la  plupart  des  de- 
vises écrites  sur  les  coupes  reproduisent  des  acclama- 
tions liturgiques  que  les  convives  poussaient  en  l'hon- 
neur des  défunts  et  pour  leur  soulagement. 

La  répétition  et  les  variantes  que  nous  offrent  plusieurs 
formules  semblent  mettre  ce  fait  hors  de  doute.  Pour 


dans  le  Bull,  du  Comité  des  trav.  hist.,  1896,  p.  178,  n.  59,  qui 
interprète  la  1"  ligne  :  /  per  Christum  ad  meliora  ;  à  ce  dernier 
mot  nous  substituons  martyres.  La  raison  qu'il  s'agit  d'une  table 
d'agapes  nous  y  pousse  moins  que  cet  hémistiche  deCommodien: 
Sircfrigerare  cupis  animam,  ad  martyres  i!  Instruct.,\.  TJ, 
c.  xvti,  vs.  19,  dans  Corp.  script,  lat.,  in-8*,  Vindobonœ,  1887, 
t.  xv,  p.82.  —  'S.  Gsell,  Monuments  antiques  de  l'Algérie,  t.  n, 
p.  234. —  'P.  Buonarotti,  Osservazioni  sopra  a!cuni  frammenti 
di  vasi.  antichi  di  vetro  ornati  di  figure,  trovati  ne'  cimiteri  di 
Roma,  in-4°,Firenze,1716,  pi.  xrx,  n.  2;  D.  Cabi-o!  et  D.  Leclercq, 
Monum.Eccl.  liturg.,  m-4',  Parisiis,  1902,  t.  i,n.3758.  —  •  Ibid., 
pi.  xx,  n.  2;  D.  Cabrol  et  D.  Leclercq,  toc.  cit.,  t.  I,  n.  3532.  Cf. 
De  Rossi,  Bull,  di  arch.crist. ,1873,  p.  126  et  pi.  x,n.  2,  un  fond 
do  coupe  qui  a  pu  servir  à  des  agapes  funéraires. 


$31 


AGAPE 


832 


s'expliquer  l'inspiration  de  ces  acclamations  funéraires, 
si  bien  ù  leur  place  dans  un  banquet  funèbre,  il  faut  se 
faire  une  idée  exacte  du  sens  que  les  chrétiens  des  pre- 


170.  —  Salle  où  se  conservaient  les  calices  d'agapes  à  Morsott. 

D'après  Gsell,  Monuments  antiques  de  l'Algérie. 

t.  n,  p.  232,  fig.  130. 

miers  siècles  donnaient  à  ces  mots  bibere,  propinare, 
refrigerium. 

X"V.  Le  formulaire  de  l'agape.  —  Toute  l'antiquité 
chrétienne  était  pénétrée  de  l'idée  du  repas  céleste  des 


180.  —  Coupe  servant  aux  agapes  de  saint  Laurent. 
D'après  Garrucci,  Storia  dell'  arte  cristiana,  pi.  -180. 

élus,  et  ici  encore  nous  saisissons  peut-être  une  trace 
d'influence  ou  de  pénétration  juive.  Le  IVe  livre  d'Ksdras, 
qu'on  peut  dater  avec  vraisemblance  de  l'an  97  de  notre 
ère  *  et  dont  l'inlluence  fut  si  profonde  sur  les  origines 
liturgiques  du  christianisme2,  fait  allusion  à  ce  ban- 
quet3 :  Surgite  et  state  et  vidcle  numerum  signato- 
rum  in  convivio  DominH.  Les  Actes  des  martyrs  de 
Pergame  sous  Marc-Aurèle,  Carpos,  Papylos  et  Agatho- 

*E.  Renan,  Origines  du  christianisme.  Index  général,  in-8*, 
Paris,  1883,  p.  284.  —  *D.  Cabrol  et  D.  Leclercq,  Monum.  Eccl. 
liturg.,  in-4',  Parisiis,  1902,  t.  I,  praef.,  p.  lxxxi.  —  »  TV  Esd., 
n,  38.  —  *R  L.  Bensly,  The  fourth  Book  of  Ezra  ;  the  latin 
version  eilited  from  the  niss.,  dans  Texts  and  studies,  in-8*, 
Cambridge,  1895,  t.  ni,  fasc.  1'.  Le  cod.  Sangermanensis,  au- 
jourd'hui Biblioth.  nationale,  fonds  latin,  n.  H504-H505,  donne 
et  state,  tandis  que  le  cod.  Ambianensis  (Biblioth.  commu- 
nale d'Amiens,  n.  iO),  donne  instate.  —  •  B.  Aube,  dans  la  Bévue 
archéologique,  décembre  1881,  p.  348  sq.;  le  même,  L'Église  et 
TÉlat  dans  la  seconde  moitié  du  ni'  siècle,  in-12,  Paris,  1885, 
p.  499  sq.  —  'Renaudot,  Lilurgiarum  orientalium  collectio, 


nicé  nous  montrent  cette  femme  s'éenant  :  «  J'ai  aperçu 
moi  aussi  le  glorieux  festin,  il  faut  que  je  m'y  associe 
et  y  prenne  part  :  t'o  ap:<rtov  toCto  è[io\  7\toi\î.&o\a.f  Set 


Ojv   u.s  u=Ta/.aoo-j'7av  çocyeiv  tov  e/Oo;ovi  opicrov 


Les 


liturgies   orientales   contiennent  des   expressions  ana- 


181.  —  Coupe  servant  aux  agapes  de  saint  Cyprlen 

et  de  saint  Laurent. 

D'après  Garrucci,  Storia  dell'  arte  cristiana,  pi.  189. 

logues  :  Dignos  effice  convivio  tito  beato 6  ;  Vocati 
ad  convivium  7 ;  Fac  eos  invitatos  esse  ad  convivium 
tuum  8. 

L'épigraphie  funéraire  offre  des  mentions  qui  se 
rapprochent  des  formules"  que  les  verres  gravés  nous 
vont  faire  connaître.  Une  inscription  de  i'snnée  307 
contient  l'acclamation  :  Anima  dvlcis  pie  zeses* 
(fig.  182)  : 


anima 


A 

'TAB 

falSdfk^ 


W\^ 


182.  —  Inscription  romaine. 

D'après  De  Rossi,  Inscrijitiones  Christian»  urbis  Forme, 

t.  i,  p.  30,  n.  29. 

On  trouve  encore  cette  acclamation  au  cimetière  de 
Calliste  :  tv.i  |v  &tû>,  bois  en  Dieu10,  allusion  évidente 
à  l'agape  divine,  car  il  ne  peut  s'agir  ici  d'une  invitation 
à  boire  adressée  aux  survivants  comme  c'est  peut-être 
le  cas  pour  les  coupes  de  verre. 

C'est  dans  le  même  ordre  d'idées,   mais  dégagé  de 

in-4-,  Parisiis,  1715-1716,  t.  ir,  p.  164.  —  '  Ibid.,  t.  il,  p.  196.  — 
"  Ibid.,  t.  H,  p.  520.  —  «De  Rossi,  Inscr.  christ,  urb.  Rom», 
in-fol.,  Borna:,  1857-1861,  t.  i,  p.  30,  n.  29.  Ce  n'est  d'ailleurs  pas 
un  exemplaire  unique.  Cf.  Muratori,  Thés.  vet.  inscr.,  in-fol., 
Mediolani,  1735,  p.  mcmxxii.  n.  3;  De  Rossi,  Bull,  di  arch. 
crist.,  1882,  p.  125,  note  7.  Anima  dulcis,  que  nous  avons  déjà 
rencontré  sur  les  acclamations  des  coupes  de  verre,  se  retrouve 
sur  un  sarcophage  représentant  un  banquet  à  Avignon.  E.  Le 
Blant,  Les  sarcophages  de  la  Gaule,  in-fol.,  Paris,  1886,  p.  27, 
n.  39;  Sarcoph.  d'Arles,  in-lol.,  Paris,  1878,  p.  xxxvi.  —  ,0  De 
Rossi,  Borna  solterr., in-fol.,  Roma,  1867,  t  il, p. 272, 326, pi.  xlvu- 

XLV11I,    p.    t. 


833 


AGAPE 


834 


toute  réalité  matérielle,  que  saint  Augustin  écrira  au 
sujet  de  son  défunt  ami  Nebridius  :  Jam  ponit  spiri- 
tuelle  os  ad   fonteni  tuwni  (Domine)    et    bibit    quan- 


NApocm-eNec- 

F 


183.  —  Inscription  romaine. 
D'après  De  Rossi,  Roma  sotterranea,  t.  n,  pi.  xlvii-xlviii,  n.  7. 

tum  potest  sapienliam  pro  aviditate  sua  sine  fine 
felix  '. 

Le  refrigerium  prenait  souvent  la  signification  de 
festin  ou  d'un  lieu  de  bien-être.  La  Passio  de  sainte 
Perpétue  emploie  sept  fois  ce  mot  avec  le  sens  d'un 
allégement  dans  les  souffrances,  d'un  repas  2.  L'épigra- 
phie  s'exprime  de  même:DEVS  REFRIGERET  SPIRI- 
TVM  TVVM  3;  ANTONIA  ANIMA  DVLCIS  TIBI  DEVS 
REFRIGERET*;  le  sacramentaire  dit  de  Gélase  offre 
les  formules  suivantes  :  Ut  digneris  dare  ex  locum  re- 
frigerii  5;  Dona  omnibus  quorum  corpora  requies- 
cunt,  refrigerii  sedem*. 

Ceci  aidera  à  comprendre  le  formulaire  suivant  dont 
nous  ne  prétendons  pas  rétablir  l'ordre  primitif  : 

DIGNITAS  AMICORVM  PIE  ZESES  CVM  TVISOMNI- 

BVS  BIBE  ET  PROPINA'' 
[:%]NITAS  AMICORVM   [ptJE   ZES[es  cum   tuis  om- 

nib]VS  BIBAS8 
DIGNITAS  AMICORVM  VIVAS  CVM  TVIS  FELICITER 

ZESES» 
DIGNITAS  AMICORVM  VIVAS  CVM  TVIS  FELICITER 

PIE»tiI§io 
DIGNITAS  AMICORVM  VIVAS  CVM  TVIS  ZESES  " 
DIGNITAS  AMICORVM  VI  VAS  CVM  TVIS  FELICITERA 
DIGNITAS  AMICORVM  VIVASIM  PACE  DEIZESES'' 

De  ce  souvenir  donné  «  au  plus  digne  des  amis  »  et 
qu'on  pouvait  varier  un  peu  nous  pouvons  rapprocher 
d'autres  formules  dont  la  répétition  n'est  guère  moins 
fréquente  : 

HILARIS     VIVAS    CVM    TVIS    FELICITER    SEMPER 

REFRIGERIS  IM  PACE  DEI  '• 
HILARIS    [vivas]   CVM    TVIS    OMNIBVS   FELICITER 

SEMPER  IM  PACE  DEI  ^ 
HILARIS   [vivas  cu]M    TVIS    OMNIBV[s]    FELICITER 

SEMPER  IM  PACE  DEI  »s 
HILARIS  CVM  TVIS  PIE  ZESES  IN  DEO  ^ 
ANIMA  DVLCIS  PIE  ZESES  IN  DEO  <» 
DVLCIS  ANIMA  PIE  ZESES  VIVAS  " 
CVM  TVOS  OMNES  ELARES  PIE  ZESES2*) 
PIE  ZESES  CVM   DONATAsi 
P\[izeses  /u'i]ARES  OMNES  22 

lS.  Augustin,  Confessiones,  I,  IX,  c.  m,  P.  L.,  t.  xxxir, col.  765. 

—  *  Passio  S.  Perpétuas,  dans  Texts  and  Studies,  in-8°,  Cam- 
bridge, -1891,  t.  I.fasc.  2,  p.6i,  lign.  8,  16;  p.  75,  lign.5, 16;  p.  82, 
ligne 8;  p.  86,  lign. 1,5. — ?  A.  Lupi,  Dissert,  etanimadv.  ad.nu- 
per  inventum  Severm  epitaphium,  in-4%  Panormi,  1734,  p.  137- 

—  '  Boldetti,  Osservazioni  sopra  i  cimiteri  dei  santi  martiri, 
in-fol.,  Roma,  1720,  p,  418.  —  s  Muratori,  Liturgia  romana  vêtus, 
in-fol.,  Mediolani,  1748,  t.  I,  col.  749.  —  *  Ibid.,  t.  I,  col.  760.— 
'  D.  Cabrol  et  D.  Leclercq,  Monum.  Eccl.  liturg.,  t.  1,  n.  3589,  cf. 
n.  3738.  —  "  /tx'rf.,  n.  3586.  Cf.  Eck,  Le  cimetière  gallo-romain 
de  Vermand,Aans  le    Bull,  nrcli.  du  Com.  detrav.  hist.,  1887, 

DICT.   D'ARCH.   CHRÉT. 


D'autres  acclamations  sont  tout  à  fait  rapides  :  ius 
ïrjffatç,  Çï)ffaTO,  rists  Çsitsts,  Çene;,  tus  Çete;  -3  et  on  y  re- 
connaît sous  le  vêtement  latin  la  langue  grecque  en 
usage  à  Rome  jusqu'au  milieu  du  IIIe  siècle.  On  trouve 
encore  des  textes  bibliques  ;  (in  pa)ce  Dei  ze[ses]2v; 
ïeis;  bibas23  et  plus  simplement  :  Vivatis,  vibalis, 
bibile,  bibalis-6.  Parfois  on  se  borne  à  crier  un  seul 
nom  :  Cris  tu  Zesus,  Zesus  Criuslus,  Maria2'1,  et  ce  der- 
nier nom  est  aussi  associé  à  celui  des-  princes  des 
apôtres  :  Maria,  Paulus,  Petrits 28.  Les  noms  de  ces 
derniers  sont  parmi  ceux  qui  reviennent  le  plus  fré- 
quemment29, les  saints  romains  reparaissent  aussi 
plusieurs  fois,  mais  l'identilication  de  plusieurs  d'entre 
eux  entraînerait  dans  un  long  commentaire. 

XVI.  Le  rituel  de  l'agape.  —  Ces  acclamations  ne 
sont  pas  tout  ce  qui  nous  reste  de  certain  dans  l'antique 
rituel  de  l'agape;  cependant  on  peut  être  surpris  qu'une 
institution  dont  nous  avons  constaté  l'existence  en  un 
grand  nombre  de  lieux  et  pendant  plusieurs  siècles 
n'ait  laissé  que  peu  de  traces  dans  la  liturgie.  Si  on  se 
reporte  au  texte  disciplinaire  le  plus  ancien  que  nous 
ayons  invoqué,  les  Canons  d'Hippolyte,  nous  ne  pou- 
vons nous  dissimuler  que  le  rituel  de  l'agape  offrait 
une  analogie  frappante  avec  une  partie  du  sacrifice 
eucharistique  puisqu'il  comportait  une  fractio  panis  que 
nous  ne  pouvons  que  mentionner  par  son  nom  très  sug- 
gestif sans  préjuger  de  son  contenu.  Observons  toute- 
fois que  cette  fraclio  panis  est  à  tel  point  essentielle  à 
la  célébration  de  l'agape  qu'en  l'absence  de  l'évëque  et 
du  prêtre,  le  diacre  ou  le  laïque  qui  préside  ne  devra 
pas  l'omettre,  pur  simulacre  cependant  puisque  dans  le 
cas  où  c'est  le  laïque  qui  fait  la  fractio,  il  ne  pourra  pas 
la  bénir,  mais  simulacre  indispensable.  Si  nous  ne  nous 
abusons,  cette  remarque  invite  à  resserrer  beaucoup  les 
liens  de  ressemblance,  peut-être  même  de  parallélisme 
plus  ou  moins  exact  entre  le  rituel  de  l'agape  et  le  ri- 
tuel de  l'eucharistie  qui  se  seraient  développées  l'une 
et  l'autre  autour  d'un  même  point  central  identique  et 
immuable. 

Tommasi  a  publié  un  Libellus  orationum  et  precum, 
appelé  plus  ordinairement  Oralionalc  par  les  anciens 
auteurs,  dont  la  troisième  partie  concerne  les  offices 
quotidiens.  L'éditeur  y  a  ajouté  des  formules  concer- 
nant différentes  nécessités  et  tirées  de  divers  manuscrits 
dont  il  ne  donne  malheureusement  pas  un  signalement 
précis.  Les  pièces  qui  nous  intéresssent,  concernant 
l'agape,  sont  certainement  d'origine  romaine  : 

ORATIO  AD  agapen  PAVPERVM.  —  Da  Domine  fa- 
mulo  tuo  111.  sperata  suffragia  oblinere,  ut  qui  tuospau- 
peres  vel  tuas  Ecclesias  memoravit,  sanctorum  omnium 
simul  et  beati  martyris  lui  Laurenlii  mereatur  consor- 
tia,  cujusnunc  estexempla  smiius,  Per. 

ITEM  PRO  HIS  QV>t  AOAPElf  FACIVNT.  PR/EFATIO.  — 
Oremus  dilectissimi  nobis  omnipotentem  Deumpro  filio 
nostro  111.  qui  recollens  divina  mandata  dejuslis  labori- 
bus  suis  victum  indigenlibus  subministrat,  qualenus 
hsec  devotio  ipsius  sicut  nobis  est  necessaria,  ila  sil  Deo 
semper  accepta.  Per  Dominum  Jesum  Christian  filium 
suum  qui  cum  eo  vivit  et  régnât  Deus,  etc. 

ITEM  ALI  a.  —  Sanctum  ac  venerabilem  retribulorem 
bonorum  operum ,  Dominum  deprecemur  pro  filio  nos- 
tro 111.  qui  de  suis  juslis  laboribus  victum  indigen- 

p.  187,195.  —  •  C.  Cabrol  et  L.  Leclercq,  op.  cit.,  n.  3000.  cf. 
n.  3710.  —  "Ibid.,  n.3590.—  "Ibid.,  n.  3592.  — ».  Ibid.,  n.  3561. 

-  u  Ibid.,  n.  3562.  -  »  Ibid.,  n.  3532.  —  >6  Ibid.,  n.  3533.  — 
"Ibid.,  n.  3614.  —  "  Ibid.,  n.  3554.  —  >•  Ibid.  ,n.  3555,  cf.  3728, 
3729,  3744.  —  '•  Ibid.,  a.  3569.  cf.  n.  3709.  -  »•  Ibid.,  n.  3639.  — 
"Ibid.,  n.  3692.  —  "  Ibid.,  n,  3687.  —  •'  Ibid.,  n.  3530,  3538, 
3539,  3544,  3565.  Cf.  De  Rossi,  Bull,  di  arcli.  crist.,  1882. 
pi.  vin  et  p.  135.  —  •*  D.  Cabrol,  et  D.  Leclercq,  op.  cit  n.  3529. 

—  "Ibid.,  n.  3545.  —  »  Ibid.,  n.  3540-g542,  3546.  —  "Ibid.. 
u.  3563,  3564,  3570.  -  «  Ibid.,  n.  3567,3568.  —  "Ibid.,  il.  3574, 
J576,  3580,  3583,'  3587-3589,  etc.,  etc. 


1. 


27. 


835 


AGAPE 


836 


tibus  administrât  ut  Dominus  cxlestis  sua  miscricor- 
dia  terrenam  eleemosijnam  compenset  et  spiritales 
diviùias  largiatur,  tribu  a  t  ei  magna  pro  parvis,  pro 
terrenis  cselestia,  pro  temporalibus  sempiternel.  Per 
Dominum  nostrum  Jesum  Chris tum  Filium  suum  qui 
cum  eo  vivit  et  régnât  Deus,  etc. 

oratio.  —  Deus  gui  post  baptismi  sacramenlum  se- 
cundam  abhitioneni  peccatorum  eleemosynis  indidisti, 
respice  propilius  super  famulum  tuum  111.  pro  cujus 
operibus  tibi  gratiœ  rcferunlur,  fac  eum  prœniio  bea- 
lum  quem  fecisti  pietate  devotum.  Per. 

Deus  qui  homini  ad  tuam  imaginent  facto  etiam 
spiritalem  alimoniam  prœparasti,  concède  fdio  noslro 
fantulo  luo  111.  qui  in  pauperes  tuos  tua  séminal  dona 
ut  vertus  melat  suorum  operum  fruclus  et  largitatis 
hodiernse  compensalio  istius  perpétua  conferalur  reci- 


pauperes  tuos  hxc  operelur.  Per  Dominum  nostrum*. 
XVII.  La.  représentation  du  banquet  des  élus  et 
de  l' agape.  —  Nous  mentionnons  sans  nous  y  arrêter 
une  opinion  qui  a  prétendu  attribuer  le  litre  d'agape 
aux  repas  que  les  anciens  donnaient  à  l'occasion  du 
mariage;  rien  n'autorise  dans  les  textes  cette  dénomina- 
tion. De  ce  qu'un  dîner  ait  été  préparé  aux  convives  on 
ne  saurait  en  conclure  qu'il  ait  le  moindre  rapport  avec 
la  pensée  inspiratrice  des  repas  auxquels  seuls  convient 
le  nom  d'agape,  alors  même  qu'ils  eurent  dégénéré  de 
leur  rituel  primitif.  Les  représentations  de  repas  et  de 
banquets  n'ont  été  l'objet  que  d'une  vogue  un  peu  ca- 
pricieuse parmi  les  artistes  qui  décorèrent  les  cata- 
combes. Outre  la  scène  de  la  fractio  panis  de  la  Ca- 
pella  greva  que  nous  avons  décrite  on  ne  trouve  guère 
ces  suiets  en  dehors  des  Quatre  cimetières  de  Domitille, 


184.  —  Scène  de  banquet. 
D'après  Bullettino  di  archeologia  cristiana,  1882,  pi.  v. 


piatque  pro  parvis  magna  pro  terrenis  cœlestia  pro 
temporalibus  sempiterna.  Per. 

sécréta.  —  Deus,  qui  Vuorum  corda  fidelium  per 
cleemosynam  dixisli  posse  mundari:  prtesta,  quxsu- 
mus,ut  hujus  consortiis  Sacramenli  ut  ad  conscient,;/ 
suas  f rue  tum  non  gravare  studeant  miser  os,  sed  juvare. 
Per. 

INFRA  ACTION  EU.  —  liane  igiltir  oblationem,  Domine, 
famuli  tui  111.,  quam  tibi  offert  ob  juslis  eleemosynis 
suis,  quod  in  pauperes  tuos  operatur,  plavatiis  susei- 
pias  deprecamur.  Dm  quo  majeslali  tum  supplices  fun- 
dimus  preces;  ut  ad/icias  ci  tempera  oitse  :  ut  per 
limita  curricula  annorum  Ixtus  tibi  in  pauperes  tues 
hxc  operelur;  atque  anima  tibi  vola  persolvat.  Per 
Chris  tum.  Quant  oblationem. 

post  commun.  —  Omnipotens  sempilerne  Deus,  res- 
pice  propilius  super  hunv  famulum  tuum  111..  qui  in 
pauperes  tuos  operatur  :  virtute  custodi,  potestate 
luearis:ut  per  mulla  curricula  annorum  Iselus  tibi  in 

'Tommasi,  Opéra,  édit.  Vezzosi,  in-4",  noms,  17Ï7.  t.  n.  p.  5.VJ. 
La  première  formule  est  annotée  d'un  G  que  l'éditeur  nous  dit  repré- 
senter S.  Gregorii  sacramentum  preecipue  ex  mss.  codicibus. 
Toutes  les  formules  suivantes  sont  annotées  H,  ce  qui  renvoie  à 
lïomiwse  Ecclesise  librum  sacratnentorum  ex  antiquiore  mxti- 
tuto  quem  Gelasianum  dicebanl.  Pameliup,  Liturgicon  Ecclesite 
lalhue.  in-8-,  Colonia?  Agrippinse,  1571,  t.  Il,  p.  384,  donne  notre 
première  formule  sous  le  litre  Oratio  ail  agapen  pauperum  sans 


de  Callixte,  de  Sainte-Agnès  et  des  Saints-Marcellin-el 
Pierre.  Au  cimetière  de  Domitille  il  ne  s'a-it  que  d'un 
repas  (oomm.  du  n°  siècle);  au  cimetière  de  Callixte  les 
quatre  banquets  (fin  du  ii'-comm.  du  nr  siècle)  parais- 
sent contemporains  du  pape  Callixte  lui-même.  A  Sainte- 
Agnès,  le  banquet  >lrs  cinq  femmes  est  de  la  seconde 
moitié  du  IIP  Biècle;  celui  des  sept  convives  immédia- 
tement postérieur  à  la  paix  de  l'Église.  Dans  la  cata- 
combe  des  Saints-Marcellin-et-Pierre  on  a  trouve  no 
repas  et  neuf  banquets.  Ces  dix  ouvrages  ont  été  exé- 
cutés entre  la  seconde  moitié  du  nr  siècle  et  le  com- 
mencement du  ive,  sauf  un  seul  qui  pourrait  être 
reporté  dans  la  première  moitié  du  IV  siècle.  Ces  sujets 
doivent  être  classés  sous  plusieurs  types  différents. 
D'abord  les  banquets  comptant  sept  personnages,  tous 
du  sexe  masculin, et  des  corbeilles  contenant  des  pain-. 
C'est  ici  une  représentation  de  la  cène  du  Seigneur,  car 
on  sait  que  les  artistes  embarrassés  de  peindre  les 
douze  apôtres  dans  un  champ  restreint  se  contentaient 

autre  changement  que  N  à  la  place  de  III.  Cf.  Aiirkv  iat 
col.  164.  Le  sacramentaire  gélasien  contient  dans  sa  IIP  partie, 
|  \i.vm  :  Orationee pro his qui  agape  faciunt,  les  oraisons  Uan- 
scrites  ici,  sauf  la  première;  par  contre  il  donne  une 
une  oraison  infra  OCtionem  que  Tommasi  a  supprimées.  Ytura- 
tori,  lAturgia  romaxa  uetus,  tn-foL,  Venetiis,  r  -  ~is- 

719.  Le  sacramentaire  dit  grégorien  contient  notre  première  for- 
mule. Muratori,  loo»  rit..  I.  Il,  cl.  385. 


837 


AGAPE 


838 


de  six  d'entre  eux.  Voir  Agneau.  Un  autre  type  moins 
uniforme  offre  des  convives,  hommes,  femmes,  entants, 
groupés  autour  d'une  table  frugalement  servie.  Tous  les 
anciens  explorateurs  des  catacombes  avaient  vu  dans 
«es  banquets  une  agape  jusqu'à  ce  que  l'on  ait  proposé 
d'en  faire  un  symbole  du  festin  céleste  l.  Une  particula- 
rité semblait  devoir  mettre  sur  la  voie  de  l'identifica- 
tion. Au-dessus  de  la  tète  de  deux  femmes  qui  servent 
les  convives  on  lit  les  devises  suivantes  : 

Irène  da  calda        —  Agape  m'iscc  mi 
Irène  porge  calda  —  Agape  misce  nobis 
Irène  misée  —  Agape  da  calda 

Irène  misce  —  Agape  porge  calda 

Ces  peintures  décorent  des  arcosalia  ou  des  cubicules 
du  cimetière  des  Saints-Marcellin-et-Pierre 2.  Polidori 
conjecture  que  Irène  et  Agape  ne  sont  pas  les  noms 
symboliques  donnés  pour  la  circonstance  à  des  convives 
et  destinés  à  rappeler  ainsi  la  haute  inspiration  du  fes- 
tin, mais  que  les  deux  femmes  auxquelles  ils  s'appliquent 
représentent  deux  caractères  essentiels  du  bonheur  des 
élus  dans  le  ciel,  la  paix  et  V  amour3.  On  pourrait  objecter 
que  s'il  en  est  ainsi  les  attributions  de  l'une  et  de  l'autre 
doivent  être  invariables,  puisque  dans  le  ciel  toutes 
choses  demeurent  et  ne  varient  plus;  nous  ajouterons 
que  sur  une  des  fresques  4  une  des  devises  parait  s'ap- 
pliquer non  à  l'amour,  mais  à  une  femme  du  nom 
d'Agape,  car  l'inscription  porte  des  0  retournés,  ce 
qui  dans  certains  cas  sert  à  désigner  un  personnage  fé- 
minin. Sans  prêter  à  cette  remarque  plus  de  portée 
qu'il  ne  convient,  nous  ne  pouvions  l'omettre;  mais 
nous  allons  chercher  dans  un  monument  à  peu  près 
contemporain  quelques  lumières  plus  vives  sur  notre 
série  de  banquets,  nous  voulons  parler  du  tombeau 
de  Vincentius  et  de  Vibia,  adorateurs  de  Sabazius,  re- 
trouvé dans*  le  cimetière  de  Prétextât5.  Un  des  arco- 
solia  nous  offre  la  représentation  de  deux  banquets 
distincts  et  d'une  intention  bien  différente  sur  laquelle 
les  inscriptions  ne  laissent  pas  de  doute  possible.  L'un 
des  banquets  représente  un  repas  funèbre  célébré 
par  les  survivants,  qualifiés  septem  pii  sacerdotes.  La 
salle  est  embellie  de  ces  guirlandes  de  fleurs  que  nous 
avons  vues  sur  les  lécythes  athéniens,  les  convives 
étendus  sur  un  aïy\>.<x;  un  repas  composé  d'une  volaille, 
d'un  lièvre,  d'un  pâté,  d'un  poisson  leur  est  servi 
(fig.  185). 

Faisant  pendant  à  cette  scène,  Pluton  enlève  une  jeune 
femme  nommée  Vibia  et  l'emporte  aux  enfers  :  Abreplio 
Vibies  et  discensio.  Entre  les  deux  sujets  se  développe 
la  scène  du  jugement  de  Vibia,  enfin  un  dernier  tableau 
occupant  le  mur  du  fond  complète  le  sujet.  Nous  passons 
du  tribunal  dans  le  paradis,  l'àme^le  Vibia  est  introduite 
dans  le  séjour  des  bienheureux  par  son  bon  ange,  angé- 
lus bonus,  un  bel  adolescent  portant  une  couronne  d'or 
et  tenant  une  couronne  de  fleurs  à  la  main.  Aucun 
doute  ici  encore,  car  l'inscription  nous  avertit  :  Inductio 
Vibies,  angélus  bonus.  Ce  paradis  consiste  en  une  cam- 

1  De  Rossi,  Borna  sotterr.,  t.  Il,  p.  247;  L.  Lefort,  Les  sr.ènes 
de  banquets  peintes  dans  les  catacombes  romaines  et  notam- 
ment dans  celle  des  SS.  Marcellin  et  Pierre,  dans  Etudes  sur 
les  monuments  primitifs  de  la  peinture  en  Italie,  in-12,  Paris, 

1835,  p.  143  sq.  —  «  L.  Lefort,  Étude  sur  les  monuments  primi- 
tifs de  la  peinture  en  Italie,  in-12,  Paris,  1885,  p.  64  sq.,  n.  77- 
82.  —  3L.  Polidori,  Dei  conviti  efpgiati  a  sitnbolo  nei  monu- 
menti  cristani,  dans  L'amico  cattolico,  1844,  Milano,  t.  vu, 
p  390;  t.  vm,  p.  174,  262.  —  *  De  Rossi,  Bull,  di  arch.  crisl., 
1882,  pi.  v.  —  6G.  Bottari,  Sculture  e  pilture  sagre,  in-fol., 
Roma,  1737,  t.  m,  p.  110,  218;  Raoul-Rochelte,  Mémoire  sur 
les  antiquités  chrétiennes,  dans  les  Mém.  de  VAcad  des  inscr., 

1836,  t.  xiii,  p.  147,  158;  R.  Garrucci,  Les  mystères  du  syncré- 
tisme phrygien  dans  les  catacombes  romaines  de  Prétextât, 
dans  Cahier  et  Martin,  Mélanges  d'archéologie,  in-4%  Paris,  1856, 
"t.  IV,  p.  1  sq.;  R.  Garrucci,  Storia  dell'  arte  cristiana,  in-fol., 
Prato,  1873,  t.  vi,  pi.  494,  p.  171.  Le  même,   Tre  sepolcri  con 


pagne  couverte  de  fleurs  et  ombragée  d'arbres,  qui  rap- 
pelle la  description  faite  dans  les  Actes  de  sainte  Per- 


185.  —  Banquet  funèbre  de  Vincentius. 
D'après  Garrucci,  Storia  dell'  arte  cristiana,  pi.  494. 

pétue  6.  Vibia  y  est  reçue  et  admise  au  banquet  des 
élus  qui  sont,  eux  aussi,  sortis  du  jugement  avec  bon- 
heur :  Bonorum  judicio  judicali;  ils  étaient  cinq  con- 
vives et  ont  fait  place  à  Vibia  qui  occupe  la  place 
d'honneur,  et  porte  la  couronne  de  roses  que  son  bon 
ange  a  dû  lui  remettre  (fig.  186). 

«  L'analogia  del  predetto  dipinto  dei  cultori  dei  mis- 
teri  Sabazzi  con  i  simili  dei  Cristiani  è  manifesta,  »  dit 
à  ce  sujet  De  Rossi  ".  Il  n'est  pas  possible  en  effet  de  ne 
pas  se  souvenir  que  Sabazius  est  le  titre  de  Bacchus-Soleil 
et  que  les  adorateurs  de  Mithra-Soleil  imitaient  servile- 
ment plusieurs  rites  du  christianisme  au  dire  de  Ter- 
tullien  :  A  diabolo  scilicel  cujus  sunt  parles  interver- 
tendi  veritatem  qui  ipsas  quoque  res  sacramentontm 
divinorum  idoloritm  mysteriis  semulalur*. 

Nous  avons  donc  bien  maintenant  le  sens  du  banquet 
funèbre.  Celui  que  célèbrent  les  survivants  répond  à  celui 
que  les  élus  célèbrent  dans  le  paradis;  remarquons  que 
si  celui  des  élus  est  plus  sobre  on  y  retrouve  en  partie 
le»  mêmes  mets,  et  en  particulier  le  poisson.  L'agape  a 
donc  été  un  véritable  symbole  du  festin  céleste  des  élus. 
Il  existe  entre  eux  une  exacte  relation  dont  nous  avons 
un  témoignage  si  clair  qu'il  suffit  à  lui  seul  à  donner  le 
sens  de  l'agape  chrétienne  e<  ce  sens  est  tout  proche, 
ainsi  que  nous  l'avons  montré  au  début  de  cette  disser- 
tation, d'une  pensée  de  commémoration  funèbre  et  de 
résurrection  dans  la  gloire;  nous  avons  ici  un  souvenir 
accordé  au  défunt  en  même  'temps  qu'un  symbole  de 
l'état  nouveau  de  l'élu.  Les  Actes  des  saints  Jacques  et 
Marien  martyrisés  en  259 9  rapportent  les  paroles  de 
saint  Jacques  :  Ad  martyrum  beatorum  pergo  convi- 
vium.  Namista  nocle  Agapiuni  nostruniia  videbam... 

pitture  ed  iscrizioni  appartenenti  aile  superstizioni  pagane 
del  Bacco  Sabazio  e  del  Persidico  Mitra,  In-4%  Napoli,  1852; 
C.  M.  Kaufmann,  Das  Mahl  der  Vibia  in  der  synkretistichen 
Katàkombe  an  der  appischen  Strasse,  dans  Forschunyen,  in-4% 
Mainz,  1900,  t.  I,  p.  107.  —  6  Passio  S.  Perpetuœ,  n.  xi,  dans 
Texts  and  studies,  in-8%  Cambridge,  1891,  p.  78  :  factuni  est 
nobis  spatium  grande,  quod  taie  fuit  quasi  viridarium,  arbores 
habens  rosx  et  ornne  genus  flores.  Altitudo  arborum  erat  in 
modum  cypressi,  quorum  folia  canebant  sine  cessatione. 
Comparez  à  cette  description  la  fresque  des  Cinque  santi  dans  le 
paradis,  dans  De  Rossi,  Roma  sott.,  t.  m,  pi.  Mi.  —  '  De  Rossi, 
Bull,  di  arch.  crist.,  1882,  p.  123.  —  «Tertullien,  De  prsescript., 
c.  XL,  P.  L.,  t.  Il,  col.  29.  —  9  Sur  ces  Actes  dunt  nous  avons  parlé 
avec  détail,  voir  Actes  des  Martyrs,  col.  414,  et  Pio  Franchi  de' 
Cavalieri,  La  Passio  SS.  Mariani  et  Jacobi,  dans  S'.udi  e  testi, 
l'.oma,  1900.  —  '"C'est  le  nom  d'un  martyr  mis  à  mort  peu  de 
temps  auparavant. 


839 


AGAPE 


840 


sollemne  quoddam  et  Isetilise  plénum  celebrare  convi- 
vium.  Quo  cum  ego  et  Marianus  quasi  ad  AGAPEN, 
spiritu  dileoiionis  et  caritatis  raperemur,  adeucurrit 
nobis  obvius  puer,  quem  conslabat  esse  alterum  ex 
geminis  anle  triduum  cum  maire  passis,  eprona  rosea 
collo  circumdalus1  et  in  manu  dextra  palmam  viri- 
dissimam  prœferens  :  Et  quid  properalis?  inquit  : 
gaudete  et  exultate,  cras  nobiscum  et  ipsi  cœna- 
bitis  2. 

Le  festin  des  élus  apparaît  dès  les  origines  de  l'art 
chiétien.  Au  fond  du  grand  ambulacre  de  la  catacombe 
de  Domitille,  se  voit  une  fresque  qui  remonte  à  la  fin 
du  Ie1'  ou  au  commencement  du  IIe  siècle. 

De  Rossi  y  voit  avec  raison  un  banquet  céleste,  avec 
cette  réserve  toutefois  que  son  interprétation  pourra  être 
partiellement  modifiée,  mais  non  substantiellement  con- 
tredite3. Il  ajoute  que  le  caractère  de  la  composition, 


SA.NCT0S,  col.  489),  affirmée  avec  cette  fermeté,  à  Rome, 
en  un  temps  où  nous  voyons  que  cette  conviction  était 
assez  peu  accueillie  pour  que  saint  Ignace  d'Antioche 
crût  devoir  en  parler  avec  une  particulière  insis- 
tance *. 

Il  faut  franchir  un  intervalle  de  cent  cinquante  ans 
au  minimum,  pour  arriver  à  un  autre  banquet,  celui  de 
Sainte-Agnès.  Ici  l'allusion  au  banquet  céleste  n'est  pas 
douteuse  dans  cette  représentation  des  vierges  sages 
admises  au  séjour  du  Christ5;  une  fresque  contempo- 
raine de  celle-ci,  au  cimetière  des  Saints-Marcellin-et- 
Pierre,  représenterait  également  un  banquet  d'élus6,  à 
moins  qu'il  faille  y  voir  le  prototype  des  six  scènes  dont 
nous  allons  parler;  en  effet,  à  droite  et  à  gauche  de  la 
composition  se  voient  deux  femmes  debout  qui  bientôt 
vont  quitter  l'anonyme  et  afficher  en  toutes  lettres  leurs 
noms  et  leurs  fonctions. 


18G.  —  Banquet  céleste  de  Vibia. 
D'après  Garrucci,  Storia  dell'  arte  cris'.iana,  pi.  494. 


son  ordonnance  artistique  rappelant  les  banquets  funè- 
bres des  stèles  grecques  témoignent  du  caractère  archaï- 
que de  la  peinture.  C'est  cette  considération  qui  nous  por- 
terait à  laisser  absolument  dans  le  doute  s'il  s'agit  ici 
du  banquet  funèbre  des  survivants  ou  du  repas  céleste 
des  élus  reçus  dans  le  ciel.  Aucun  caractère  ne  permet 
de  rien  affirmer  avec  certitude.  L'époque  très  reculée 
de  la  peinture  nous  fait  hésiter  un  peu  à  y  voir  la  grave 
question  de  la  résurrection  des  corps,  objet  de  tant  de 
résistances  de  la   part  îles  premiers  chrétiens  (voir  Ad 

1  Nouveau  trait  ù  rapprocher  des  élus  du  festin  de  Vibia 
dans  le  paradis.  —  'Possio  SS.  Jacobi  et  Mariant,  n.  xi,  dans 
Ruinait,  Aela  rincera,  in-'r,  Parisiis,  1689,  p.  230.  —  8De  Rossi, 
hall,  di  arch.  crist.,  1865,  p.  i&;  C.  M.  Kaulmann,  Die  Dar- 
stellungen  des  himmlischen  Gastmahles,  dans  forschu 
in-4".  Mairiz,  1900,  t.  i,  p.  10'*  sq.  —  *  S.  Iynace.  Epist.  ad  llo- 
manos,  IV,  n.  2,  dans  Opéra  patr.  apost.,  édit.,  F.  X.  Funk, 
in-8  ,  Tubingcn,  1887,  t.  I,  p.  21G  :  MïXXgv  *o~i.a.i.s.tcti.-.t  -i  Orçoiu,  Vva 
îlot  twcoî  YtvttvTOCl  xat  uujoev  ï«:cc'/.îrwîi  T«>v  toj  ffwtiaTÔç  Ltou...  tôt: 
efforce  [jiaOrçT/,;    à/.r.Or.ç    xoù  XpioroB,     oti  oiStv    t&   ffwttû   lioj  g    xûtjao; 

F&k«v.  —  5  Cubicule  3*  de  Bosio.  Bottari,  Sculture  e  pitture  sa- 
cre, in-tol.,  Borna,  1737,  t.  m,  pL  e.xi.vm  et  c.xux  ;  Séroux  d'Agin- 
tourt,  Histoire  de  l'art  par  les  monuments,  in-fol.,  Paris, 
1. 1,  pi.  xn,  n.  10;  L.  Perret,  l.i -s  catacombes  de  Home,  in-fol., 
Paris,  1852,  t.  il,  pi.  xxxix  à  Xl.u  inclus;  R.  Garrucci,  Storia  dell' 
arte  cristiana,  in-fol..  Prato,  1873,  pi.  84,  n.  2;  !..  Leiort,  Étude 
surlesmonum.  vrim.de  la  peinture  en  Italie,  p.47,  n.48;  | 
—  "Cubicule  0  de  Bosio.  Bottari,  loc.  cit.,  t.  II,  pi.  evi  ;  Garrucci. 
toc.  cit.,  pi.  45,  n.  1  ;  L.  Leiort,  loc.  cit.,  p.  4â,  n.  41  ;  p.  150.  — 


Sur  les  six  banquets  que  nous  étudions,  quatre  seule- 
ment peuvent  être  utilisés;  les  deux  autres  sont  tellement 
ruines  qu'on  doit  se  borner  à  les  mentionner  ".  Calui  que 
Bosio  vit  et  publia  est  fort  inexactement  reproduit;  il  a 
introduit  sur  la  table  an  agneau  à  la  place  d'un  pois- 
muis.  Nous  donnons  ici  la  reproduction  de  ces  pein- 
tures qui  mettront  toutes  les  pièces  du  débat  entre  les 
mains  du  lecteur  »  (fisf  18».  187-190). 

Avant  de  prendre  parti  et  de  faire  de  Irène  et 
Agape  des  convives  de   l'agape  ainsi  que  l'enseignait 

'■  Ils  i  nt  été  découverts  un  par  Bosio,  deux  en  1S.M  par  Pc  RoEa) 
trois  entre  1880  el  I882parle  même  arche'  h  gue.Cf.L.  Leiort,  Chro- 
nologie des  peintur)  *< les  catacombes  romaines,  àansla  Revue ar- 
chéologique,  septembre-décembre  1880.  —  «De Rossi,  Dechnstie* 
nis  monwnentis  iifc*  exliibentibus,  dans  Spicilegium  Soles- 
mense,  in-'r,  l'arisiis,  1856,  t.  m,  p.  ô69  sq.  — «Nousdi  niions  ici  I* 
bibliographie  delà  fig.  188, afin  de  permettre  le  ra]  al  avec 

[    les  représentations  inexactes  qui  en  existent  :   i  o  sot- 

terr.,  p.  391  ;  Aringhi,  lioma  subterr..  t.  n,  p.  1 19;  Bottari,  loe. 
fit.,  pi.  cxxvn;  d'Agincourt,  loc.  cit..  pi.  vi    n.  5;  R.  Garrucci, 

1  loc.  cit.,  pi.  56,  n.  1,  2;  De  Rossi.  Huit,  di  arch.  crist.,  1882, 
pi,  m;  Martigny,  Diet.  desantin.,  2-  édit., p. 699.  Pour  lafig.189, 
cf.  d'Agincourt,  loc.  cit.,  pi.  ix,  n.  I">:  R.  Garrucci,  toe.  cit.,  pi.  56, 

I  n.  3,  4,  5;  De  Rossi,  loc.  cit.,  pi.  IV  .  Pour  la  lig.  190,  cf.  De  Rossi, 
Bull,  di  arch.  crtst.,  1882  pi.  VI.  <'..  Clir.  Gcbauer,  De  Caldx 
etcaldi  apud  veteres  potu,  ln-4\  Lipsiac.  1721  ;  Raoul-Rocbett», 
dans  les  JftmotrM  de  (Mcaue  -  '  xm,  p.  1*2, 

144;  T.  Roller,  Les  catacombes  de  Rome,  in-tol.,  Paris,  1881,  t.  u, 
pi,  i.iii,  n.  1,  2. 


841 


AGAPE 


842 


Rosio,  ou  bien  des  figures  symboliques  de  «  l'institution 
même  des  agapes  destinées  à  entretenir  la  paix  et  la 
charité  parmi  les  fidèles  »',  ou  enfin  les  chrétiennes 
reposant  dans  le  tombeau,  suivant  l'opinion  dePolidori, 
il  importe  d'observer  que  leurs  attributions  varient, 
tantôt  c'est  Irène  qui  donne  l'eau  chaude,  tantôt  c'est 
Agape  et  réciproquement  lorsqu'il  s'agit  de  verser  à 
boire2.  C'est  là  une  indication  qu'on  ne  saurait  négli- 
ger; en  outre  on  remarquera  que  nul  symbole  dans  les 
types  des  servantes  du  festin  ne  requiert  de  leur  appli- 
quer les  noms  d'Agape  et  d'Irène,  car  ni  l'une  ni  l'autre 
n'offrent  rien  de  particulier,  bien  plus  le  personnage 
désigné  par  AGAPE  parait  plutôt  avoir  le  type  masculin, 
ce  qui  pour  la  figure  184  est  en  contradiction  avec  l'ob- 
servation que  nous  avons  faite  sur  les  Q  retournés  mar- 
quant un  personnage  féminin.  On  le  voit,  l'interpréta- 


Fabretti  donne  celui-ci  : 

IRENE  AGAPE  COC  INCOMPARABIU.V.ANN- 
R-IVI-XXX-MEC-FECIT  ANN-XIIIM-XI 
QVE  DM  IN  PACE  DX  KAL  IAN  s 

Enfin  une  épitaphe  trouvée  au  cimetière  de  Saint- 
Hermès  nous  montre  un  père  rédigeant  une  épitaphe  à 
ses  deux  filles  mortes  en  bas  âge6. 

AGAPE. QVAE-VIXIT- 

ANN  >  V  >  M  f-  ll-DIEB  >  XXI  * 

IRENE-QVAE-VIXIT-ANN-III  * 

M-VII-DIEB  f-  V  > 
IVLIVS-VRBANVS  f-  PATER  > 

FECIT*      H— > 


■187.  —  Scène  de  banquet. 
D'après  Bullettino  di  archeologia  cristiana,  -1865,  p.  42,  n.  3. 


tion  des  deux  figures  représentant  la  paix  et  la  charité 
n'est  pas  aussi  aisée  qu'on  le  croit  ni  aussi  définitive 
qu'on  le  dit.  Ajoutons  une  dernière  remarque.  Les  noms 
d'Agape  et  d'Irène,  dans  lesquels  on  croit  voir  une  ren- 
contre trop  lortuite  pour  n'être  pas  voulue,  se  trou- 
vaient parfois  réunis  dans  une  même  famille  et  portés 
par  deux  sœurs.  C'est  ce  qui  se  voit  dans  les  Actes  de 
trois  sœurs  martyres  à  ïhessaloniquc  en  l'année  304. 
L'auteur  du  prologuey  explique  symboliquement  les  noms 
quelles  portaient  :  Agape  méritait  d'être  appelée  ainsi 
par  sa  charité;  Chionie  était  vraiment  comparable  par  sa 
pureté  à  la  neige,  /ttôv  ;  Irène  portait  bien  son  nom  à  cause 
de  son  esprit  pacifique  3.  Muratori  a  publié  le  texte  sui- 
vant : 

AGAPE  ET  RVSTICA  ET  ERENE 

FECERVNT  SIBI  LOCVM 

TRISOMVM  <■ 

1  Raoul-Rochette,  Tableau  des  catacombes,  in-12,  Paris,  1837, 
p.  142.  —  *De  Rossi,  Bull,  di  arch.  crise,  1882,  p.  129  :  «  Mis- 
cere  divenne  sinonimo  di  infondere  il  vino  :  le  epigrafi  di  bic- 
chieri  di  vetro  dicono  indiflerentemente  impie  me,  misceme;  » 
A.Weerth,  dans  Jahrbùcher  d.  Vereins  v.  Alterthumsfreunden 
im  Rheinlande  ,1881,  t.  lxxi,  p.  114.  —  3Acta  SS.  Agapes,  Chio- 
nise,  [renés,  n.  2,  dans  Ruinart,  Acta  sincera,  in-4%  Parisiis, 
1689,  p.  421  sq.  —  *  Muratori,  Novus  thesaurusveterum  inscrip- 


Pour  nous,  nous  serions  plus  disposé  à  ne  voir  au- 
cun rapport  entre  les  devises  et  les  soi-disant  servantes 
pour  qui  cette  fonction  n'est  d'ailleurs  rien  moins  que 
prouvée.  Les  banquets  de  la  catacombe  des  Sainls- 
Pierre-et-Marcellin  seraient  des  allégories  de  la  félicité 
des  élus  dans  le  paradis,  allégories  dans  lesquelles  on 
aurait  rappelé  le  rapport  qui  existait  entre  ces  banquets 
célestes  et  les  agapes  funéraires  par  des  inscriptions 
empruntées  au  rituel  de  l'agape.  Un  dernier  trait  nous 
invite  à  reconnaître  cette  compénétration  des  deux 
scènes,  l'agape  et  le  banquet  des  élus,  dans  nos  iresques. 
On  remarquera  que  les  deux  personnages  placés  à  l'ex- 
trémité du  aiyfia  sont  tantôt  deux,  tantôt  trois  :  ce  sont 
des  jeunes  filles  ou  des  jeunes  garçons  et  ils  sont  assis 
sur  des  chaises  ou  bien  ils  servent  les  convives  couchés. 
Or,  c'est  là  ce  qui  convient  aux  jeunes  Romaines  et  aux 
jeunes  Romains  qui  s'asseyaient  à  l'extrémité  des  lits  de 

tionum,  in-iol.,  Mediolani,  1739,  p.  mdcccxxi,  n.  3,  répétée 
p.  mdcccclxx,  n.  10;  Boldetti,  Osservazioni,  p.  265.  —  3Fa- 
bretti,  Inscript,  antiq.  quse  in  œdibus  paternis  asservantur, 
explicalio  et  supplementum,  in-fol.,  Roma:,  1699,  p.  553,n.  37; 
Boldetti,  Osservazioni,  in-fol.,  Roma,  1720,  p.  55,  avec  des  cou- 
pures de  ligne  différentes  et  COI  au  lieu  de  COC,  D  au  lieu  de  DM, 
et  IANN  au  lieu  de  IAN.  —  «  Roller,  Les  catacombes  de  Rome 
in-lol.,  Paris,  1881,  t.  I,  pi.  x,  n.  27. 


843 


AGAPE 


844 


repos  '  où  se  plaçaient  leurs  parents2  à  qui  ils  servaient 
les  plats  du  festin  3.  La  reproduction  constante  de  ce 
trait  de  mœurs  semble  d'une  application  douteuse  s'il 
s'agit  d'un  repas  céleste,  elle  s'explique  plus  aisément 
si  les  artistes  ont  été  préoccupés  de  rappeler  tout  à  la 
fois  le  banquet  des  survivants  et  celui  des  élus.  La  pré- 
sence du  poisson  comme  mets  unique  ne  parait  pas 
pouvoir  s'appliquer  à  une  agape  funéraire;  il  est  tout  à 
lait  vraisemblable  qu'il  n'y  a  là  aucune  allusion  à  l'eu- 
charistie, mais  simplement  l'indication  que  les  élus 
jouissent  de  la  béatitude  autour  de  la  personne  du  Christ 
symbolisé  par  le  poisson  I-X-0-Y-I-4  dont  ils  se  rassa- 
siaient pour  l'éternité. 
L'agape  commencée  sur  la  terre  s'achevait  donc  dans 


souvenir,  à  des  soins  dont  l'expression  subit  une  défor- 
mation progressive  depuis  le  jour  où  les  survivants 
offraient  au  défunt  pour  son  usage  exclusif  des  vivres 
que  l'on  se. mit  dans  la  suite  à  manger  en  participation 
avec  lui,  mais  en  observant  toujours  un  rituel  caracté- 
ristique de  ces  banquets  funèbres.  Cette  coutume  uni- 
verselle contenait  une  part  d'inspiration  conforme  à  la 
doctrine  chrétienne,  puisqu'elle  enseignait  que  la  mort 
ne  détruit  pas  l'homme  tout  entier  et  pour  toujours 
mais  qu'elle  commence  une  vie  nouvelle  et  mystérieuse 
pour  laquelle  le  souvenir  et  le  secours  des  survivants 
ne  lui  sont  pas  inutiles.  La  réunion  dernière  du  Christ 
avec  ceux  qui  formaient  sa  famille  lui  fut  l'occasion 
de  leur  prescrire  de  ne  pas  omettre  ce  souvenir  enveis 


/?/ 


sft.  —  Peine  de  banquet. 
D'après  Bullettino  di  archeologia  crisliana,  1882,  pi.  UI. 


l'éternité,   c'est   le  vœu   qu'on 

lu 


lit  sur  plusieurs   tom- 


XIII 

■    CAL  ■ 

APRIL 

DP 

ERMOGENIA 

IN   fi 

CAPE 

LICINIVS    IVSTINAE 

CONIVGI    MERENTI 

A  G  P  m 


S/'.SINA    IN    AGAPE 


IV  •  STE       NOMEN 
TVM      IN     AGAPE 


Conclusions.  —  Dans  le  sujet  que  nous  avons  étudié 
un  fait  apparaît  incontestable  et  identique  à  ceux  que 
l'antiquité  chrétienne  offre  dans  la  plupart  des  directions 
suivant  lesquelles  on  s'efforce  de  l'éclairer;  ce  fait,  c'est 
le  caractère  sporadique  des  éléments  d'information  que 
nous  parvenons  à  recueillir  et  ce  serait  forcer  la  vérité 
que  prétendre  tirer  des  textes  disséminés  et  peu  nom- 
breux une  conclusion  d'ensemble  et  une  institution 
ecclésiastique  universelle.  Sous  cette  réserve,  qu'il  faut 
avoir  sans  cesse  présente  à  l'esprit,  nous  pouvons  entre- 
prendre de  résumer  les  vicissitudes  de  la  coutume  anti- 
que connue  sous  le  nom  d'agape. 

L'humanité  la  plus  reculée  a  pris  soin  de  la  vie  pos- 
thume des  morts.  Elle  a  pensé  qu'ils  avaient  droit  à  un 

1  Suétone,  Cluudius,  c.  xxxu  :  Adhibebat  uititii  etiue  et  libéras 
suvs  ctim  mûris  pucllisque  iiubilibus,  qui  more  veteri  ad 
fulcra  lecttirum  sedentes  vesceroitur.  —  '  Marini,  Atti  dey// 
fralelli  Arvali,  in-4",  Roma,  1795,  p.  535.  —  3J.  MarquanJt, 
Hômisch.  Alterth.,  in-8°,  Leipzig,  1H7i'>,  t.  v,  p.  91.  —  *  De  Roui, 
De  chrislianis  monumentis  i^Oi-.  eochibentibus,  in-4-,  Parisiis, 
1 85* i ,  p.  569.  Le  banquet  avec  le  poisson  se  retrouve  sur  les  sar- 
cophages. E.  Le  Blant,  Les  sarcophages  i  lu itic»s  de  laGaule, 


sa  mémoire.  Mais  ici  se  passèrent  des  choses  d'une  nou- 
veauté vraiment  divine  et  qui  ne  ressemblent  à  au 
des  rites  de  l'antique  banquet  funèbre. 

H  ne  faut  pas  songer  à  trouver  entre  celui-ci  et  l'insti- 
tution eucharistique  des  analogies  que  rien  ne  soutien- 
drait plus,  mais  il  faut  peut-être  reconnaître  dans  le 
repas  eucharistique  en  même  temps  qu'un  souvenir  de 
la  pàque,  un  mémorial  funéraire  qualifié  comme  tel  par 
son  fondateur  :  Toutes  les  fois  que  vous  mangeri  /  et 
que  vous  boirez  ce  calice,  vous  annoncerez,  la  mort  du 
Seigneur,  faites  ceci  en  mémoire  de  moi. 

Dès  l'époque  apostolique  nous  voyons  pratiquer  à  Corin- 
the,  probablement  à  Jérusalem  et  ailleurs  encore,  un  usage 
qui  dès  l'an  65  environ  est  déjà  pourvu  du  nom  d'à. 
qu'il  conservera  désormais.  Il  consiste  en  une  réunion 
au  cours  de  laquelle  se  place  un  repas;  nous  retrouvons 
cette  agape  substantiellement  dans  plu  Uses,  Bans 

que  rien  dans  les  textes  nous  autorise  à  en  faire  une  in- 
stitution générale  soumise  à  une  discipline  invariable. 
Pendant  une  période  qui  comprend  les  deui  premiers 
siècles,  noua  ignorons  si  elle  était  réunie  à  l'eucharistie, 
ou  bien  si  elle  en  était  séparée,  à  quels  juins,  à  quelles 
heures  on  la  célébrait;  mais  nous  savons  qu'on  \  devait 
manger  et  boire  avec  sobriété  et  que  les  convives  étaient 
couchés  sur  des  lits  sans  que  la  décence  put  s'en  alarmer. 
A  la  fin  du  nc  siècle,  à  Cartilage  et  probablement  aussi 

iii-fnl-,  t'ari-,    issu  p.  27,  n.  30.   pi.   IX,  fig.    I,  |  ncon- 

nue;  De  Itossi,  Bull,  di  arcU.  criât..  1882,  p.  IX)  sq.,  122.  pi.  I\, 
et  la  note  corrective  de  la  page  137.  —  ■  Marini,  /  papiri  diplo- 
mtitict.  in-fol.,Roma,1805,p.224.  Cf.Boldetti,Oajertia»om,  p.  371  : 
Marangoni,  .A cta  S.  Yictoriui,  in-4".  Roma,  1740,  p.  134;  Passionei, 
IserisUme  antichc,  in-lol.,  Luca,  1763,  p.  118,  n.  43:  De  ! 
Bull,  di  arch.  crist..  1*82,  p.  128;  D.  Cabrai  et  D.  Leclercq,  Mo- 
num.  Eccl.  liturg.,  in-4%  Parisiis,  1902,  t.  i.  n.  2938,  3843. 


845 


AGAPE 


846 


à  Rome,  l'agape  avait  lieu  avant  la  tombée  du  jour;  elle 
était  encadrée  par  un  rituel  de  prières  et  de  chants. 

Un  élément  nouveau  s'introduisit  comme  de  plein 
droit  dans  l'agape.  Le  culte  rendu  aux  martyrs  les  ayant 
associés  à  la  gloire  du  Christ,  aboutit  bientôt  à  des  com- 
mémoraisons  particulières  pour  lesquelles  on  ne  conçoit 


legranza  sopra  alcuni  sacri  monvmenli  anlichi  di. 
Milano,  in-4°,  Milano,  1757,  dissert.  VII,  p.  113-134;  — 
A.  Allen,  Christian  institutions,  in-8°,  Edinburgh,  1898, 
p.  522  sq.;  —  P.  Aringhi,  Roma  subterranea.  in-fol., 
Roma,  1651,  t.  h,  p.  599-608;  —  Augusti,  Handbuch  der 
cJirisll.  Archâol.,  Leipzig,  1836-1837,  t.  i,  p.  124  sq.;  — 


"IS9.  —  scène  de  nanrjuet. 
D'après  Bulleltino  di  archeologia  cristiana,  1885,  pi.  lv. 


pas  autre  chose  que  des  réunions  organisées  d'après  le 
type  de  celles  qui  servaient  à  la  commémoraison  du  Sau- 
veur, le  premier  martyr,  ainsi  qu'on  l'appelait.  Ces  réu- 
nions arrivent  à  ressembler  si  exactement  aux  banquets 
funèbres,  parentalia  des  païens,  que  c'est  tout  le  motif 
de  leur  interdiction.  L'agape  dominicale  devient  pendant 
ce  temps  de  plus  en  plus  indistincte,  les  textes  ne  nous 


P.  Batiffol,  Études  d'histoire  et  de  théologie  positive- 
in-12°,  Paris,  1902,  p.  277-311,  et  art.  Agape,  dans  le 
Dictionnaire  de  théologie  catholique,  t.  i,  col.  551  sq. 
—  J.  P.  Bender,  De  conviviis  Hcbraeorum  eveharisticis, 
in-4",  Bremœ,  170i;  —  C.  Bigg,  The  Christian  Plato- 
nisls  of  Alexandria,  in-8°,  Oxford,  1886,  p.  102  sq.  ;  — 
J.  Bingham,  Origines  ecclesiasticœ,  in-8».  Halle    1724- 


190.  —  Scène  de  banquet. 
D'après  Butlettino  di  archeologia  cristiana,  1S82,  pi.  vi. 


entretiennent  plus  que  de  l'agape  sanctorale  qui  nous 
offre  ce  curieux  phénomène  d'une  institution  retour- 
nant aux  mêmes  excès  d'où  on  l'avait  pour  un  temps 
tirée  en  l'associant  à  l'institution  la  plus  sublime  qui 
ait  été  faite  sur  la  terre  dans  le  cours  des  temps. 

Bibliographie.  —H.  Achelis,  Die âltesten  Quellendes 
orienlalischen  Kirchenrechts ,  dans  les  Texte  und  Unter- 
tuchungen,  t.  vi,  n.  4;  in-8°,  Leipzig,  1891,  p.  198-205; 
—  G.  Allegranza,  Spiegazione  e  riflessioni  del  P.  G.  Al- 


1738,  t.  vi,  p.  504-524;  —  J.  H.  Bôhmer,  De  coilionibus 
Christianorum  ad  capiendum  cibum,  dans  Dissert,  ju- 
ris  ecclesiastici  antiqui  ad  Plinkim  secundum  et  Ter- 
tullianum  genuinas  origines  praecipuarum  juris  eccle- 
siastici démons trant es,  in-8°,  Lipsiœ,  1714,  p.  223-296; 
—  J.  C.  Bohn,  Von  den  Liebesmahlen  der  ersten  Chris- 
ten,  in-8°,  Erfurt,  1762;  —  G.  Boissier,  Les  associations 
populaires,  dans  La  religion  romaine,  in-8",  1874,  t.  n, 
p.  267-342;  —  Boldetti,  Osservazioni  sopra  i   cimiter 


847 


AGAPE   —   AGATHE  i(SAINTE) 


848 


dei  Cristiani,  in-fol..  Roma,  "1720,  p.  41-50;  —  .T.  Bolduc, 
De  Ecclesia  post  legem,  liber  unus  anagogicus,  in-4°, 
Parisiis,  1630,  p.  89;  —  J.  Bona,  Rerum  liturgicarum 
libri  duo,  édit.  R.  Sala,  in-fol.,  Augustse  Taurinorum, 
1747,  t.  i,  p.  55  sq.  ;  —  A.  Bosio,  Roma  solterranea, 
in-lol.,  Roma,  1632,  p.  632-635;  —  Ph.  Buonarotti,  Os- 
servazioni  sopra  alcuni  frammenti  di  vasi  antichi  di 
vetro  ornati  di  figure  trovali  ne'  cimiteri  di  Roma, 
in-4»,  Firenze,  1716,  p.  113,  131;  —  Callewœrt,  dans  la 
Revue  des  questions  historiques,  1er  avril  1903,  p.  6C4; 

—  J.-B.  De  Rossi,  Roma  solterranea  cristiana,  in-fol., 
Roma,  1877,  t.  m,  p.  500;  Del  convito  cui  ministrano 
Irène  ed  Agape,  dans  Bull,  di  arch.  crist.,  1882,  p.  121 
sq.,  lasc.  1-2,  pi.  m-vi;  —  J.  Th.  F.  Drescher,  De  vete- 
runx  christianorum  agapis,  in-8»,  Giessœ,  1824  ;  réim- 
primé dans  J.  E.  Volbeding,  Thésaurus  commentalio- 
num  selcctorum,  in-8»,  Lipsise,  1847,  t.  n,  p.  197-218;  — 
A.  Duguet,  Des  anciennes  agapes,  in-4»,  Paris,  1745;  — 
J.  A.  Fabricius,  Bibliographia  anliquaria,  in-4°,  Ham- 
burgi,  1716  et  1760,  xi,  §  25,  p.  564,  cite  un  bon  nombre 
d'anciennes  dissertations;  —  Fred.  Faut,  Disscrtatio  de 
agapis,  in-4»,  Upsalse,  1805,  18C6;  —  P.  Foucart,  Des 
associations  religieuses  chez  les  Grecs,  thiases,  eranes, 
orgéons,  in-8°,  Paris,  1873;  —  W.  B.  Frankland,  The 
early  Eucharist  (A.  D.  30-180),  in-8»,  London,  1902, 
p.  126;  —  Freinsheim,  dans  Hisl.  cccles.  Christ.,  sec.  n, 
col.  620,  628;  sec.  m,  col.  724;  sec.  v,  col.  978;  —  J. 
Fronteau,  De  ç'.).oTr,<-;îa'.:  veteruin.  Epiistola  in  qua  ritus 
antiqui  sese  in  compolationibus  salutandi  tractanlur 
et  ad  illustrandam  divinse  Eucharisties  inslitutionem 
rmdla  affcruntur,  in-4»,  Parisiis,  1660,  p.  468-488;  — 
C.  Frùhaul,  De  agapis,  in-4»,  Zitt.,  1768;  —  F.  X.  Funk, 
dans  la  Revue  d  histoire  ecclésiastique,  15  janvier  1903; 

—  J.  G.  Hànzschel,  De  helseriis  veterum  christiano- 
rum, in-4°,  Lipsise,  1729;  —  C.  Hébert,  The  Lord's  sup- 
pcr  uninspired  leaching,  in-8°,  London,  1879;  —  J.  Hil- 
perl,  De  agapis,  in-4»,  Helmstadii,  1656;  —  Hoffmann, 
Die  Abendmahlsgedanken  Jesu  Christi,  in-8°,  Kônigs- 
berg,  1876,  p.  21  sq.;  —  J.  F.  Keating,  The  agape  and 
the  eucharist  in  the  early  Church,  in-8°,  London,  1901; 
cf.  Rassegna  Gregoriaua,  1903,  t.  Il,  p.  147;  —  A.  Kest- 
ner,  Die  Agape  oder  der  geheime  Welthund  d.  Chris- 
ten  von  Clemens  in  Rom  unter  Domitians  Regienmg 
gesliftet,  in-8»,  Iense,  1819;  —  C.  Korlholt,  Commenta- 
rius  in  epislolas  Plinii  et  Trajani  de  christianis  pri- 
msevis,  in-4°,  Kiloni,  1074;  —  C.  Korthold,  De  calum- 
niis  genlilium  invétérés  christianos,  c.  xvm,  in-4°,  Ki- 
loni, 1698, p.  157-172;  — C.  L'Empereur,  Talmudis babylo- 
nici  Codex  Middoth,  she  de  mensuris  templi,  hebr. 
cum  versione  et  comment.,  in-4°,  Lugd.  Batav.,  1630, 
p.  81  ;  —  "W.  Liebenam,  Zur  Geschichle  und  Organisa- 
tion des  rômischen  Vereinsivcsen,  in-8°,  Leipzig,  1890, 
p.  171  sq.  ;  —  T.  M.  Mamacbi,  De'  costumi  de'  primitivi 
cristiani,  libri  tre,  in-12,  Venczia,  1757,  t.  m,  p.  88-190; 
Origines  et  antiquitates  cccles.,  in-4°,  Homa\  1S46, 
t.  m,  p.  260  sq.;  —  S.  A.  Morcolli,  Agapoca  Michelia  et 
tesserae  pascliales,  in-8°,  Bononise,  1822;  —  J.  G.  Mer- 
lin, De  agapis  veterum  christianorum,  in-4°,  Lipsise, 
1730,  réimprimé  dans  Volbeding,  Thésaurus  commenta- 
lionum,  in-8»,  Lipsise,  18i7,  sous  le  titre  :  De  oriybie 
agaparum  veterum  christianorum,  t.  n,  p.  183-194  ;  — 
L.  A.  Muratori,  De  agapis  sublalis,  dans  ses  Anecdola 
grœca,  in-4»,  Palavii,  1709,  p.  241  sq.;  —  J.  J.  Oldccop, 
De  agapis,  in-4»,  Helmstadii,  1656;  —  L.  Paleotimus, 
Antiquilatum  sive  originum  ecclcs.  summa,  in-4°,  Vc- 
netiis,  1766,  p.  138-140;  — H.  C.  Poltzius,  Dissert,  hist.- 
theol.  in  qua  agapas  nascentis  Ecclesiee...  elucid.,  in-4», 
Rostochii,  1711;  —  F.  Probst,  Liturgie  der  drei  ersten 

'  Martyrologium  hieronymianurn,  éd.  De  riossi-Duchcsne, 
p.  17.  Le  marlyrol.  hiéron.  cite  encore  sainte  Agathe  le  12  juillet 
(p.  90),  le  25  juillet  (p.  96).  —  -  Kalendarium  Carthaginense, 
dans  Ruinart,  Acta  sincera  maityrum,  1G89,  p.  695.  —  3Mc- 


Jahrhunderte,  in-8°,  Tflbingen,  1870.  p.  64  sq.;  —  J.  N. 
Quistorp,  De  agapis,  in-4»,  Rostochii,  1711;  —  W.  Ram- 
say,  The  Church  in  the  roman  Empire  before  A.  D.  HO, 
in-8»,  London,  1893,  p.  219  sq.  ;  —  Raoul-Rochette,  Mé- 
moire sur  les  antiquités  chrétiennes,  dans  les  Mém.  de 
l'Acad.  des  inscr.,  1836,  t.  an,  p.  775;  —  J.  P.  Rese- 
nius,  De  agapis,  quarum  mentionem  Judas  v.  12  facit. 
i-n,  in-4»,  Hafnlse.  1600;  Le  môme,  Agapae  primo- 
rum  christianorum  usque-ad  ann.  J.-C.  30;  in-4»,  Haf- 
nise,  1601;  —  A.  H.  Sahmen,  De  Agapis,  in-4»,  Regio- 
monte,  1701;  —  A.  Santiclli,  De  priscorum  Christiano- 
rum synaxibus  extra  œdes  sacras,  in-8»,  Venetiis,  1770; 

—  T.  Schlegel,  De  agaparum  setate  apostolica,  in-8», 
Lipsise,  1756,  réimprimé  dans  Voldebing,  Thésaurus 
commentationum ,  in-8»,  Lipsise,  1847,  t.  n,  p.  170-182; 

—  C.  Schmidt,  De  variis  cœnm  funebris  appcllationibus, 
in-4»,  Lipsise,  1693;  —  J.  C.  Schubert,  De  agapis  vete- 
rum Judmorum,  in-4»,  Gorliczise,  1761;  —  C.  S.  Schurz- 
fleisch,  De  veteri  agaparum  ritu,  in-4°,  Lipsise,  1690  et 
1699;  —  J.  L.  Selvaggi,  Antiquit.  christ,  inslitulioncs, 
p.  87-90;  —  C.  Sonntag,  Ferise  céréales  christianorum , 
in-4°,  Altorfii,  1704;  —  W.  F.  Skene,  The  Lord's  supper 
and  the  passover  ritual.,  in-12»,  Edinburgh,  1891;  —  E. 
Stapfer,  La  Palestine  au  temps  de  Jésus-Christ,  in-8", 
Paris,  1886,  p.  323  sq.;  —  B.  Stolberg,  De  veterum 
christianorum  agapis,  in-4»,  Viteburgi.  1693;  —  J.  W. 
Stuck,  Antiquitates  convivalex  libri  III,  in-fol.,  1690, 
1.  I,  c.  xxxi,  p.  119  sq. ;  —  M.  Sund,  Agapae  veterum, 
in-4»,  Hafnix,  1727;  —  P.  J.  Tilemann  (dit  A.  Schenk),  De 
agapis,  in-8»,  Marburgi,  1693;  —  W.  C.  Troppaneger, 
De  epulis  veterum  christianorum  sepulcralibus,  in-4°, 
"Vitebergae,  1710;  —  J.  E.  Warren,  The  liturgy  and 
ritual  of  the  antenicene  Church,  in-12»,  London,  1897. 

H.  Leclercq. 
AGAPETES.  Voir  Subintroduct^:. 

AGATHE  (SA'MTS).  Sainte  Agathe  est  inscrite,  au 
5  février,  dans  les  plus  anciens  calendriers.  Le  Martyro- 
loge hiéronymien  indique,  à  cette  date,  son  martyre  à 
Catane  :  Nonas  Febr.  in  Sicilia  Catenas  passio  S.  Aga- 
tse  virginis*.  Le  Calendrier  de  Carthage  dit  hculement  : 
Nonas  Febr.  ranctœ  martyrit  Agatlitc-.  Ces  mentions 
suffisent  à  établir  la  célébrité  dont  Agathe  jouissait,  en 
dehors  de  la  Sicile,  au  vie  siècle. 

Peut-on  trouver  d'elle  une  mention  pin*  ancienne  11 
en  serait  ainsi,  si  l'hymne  écrite  en  son  honneur  par  un 
poète  du  nom  de  Damase  devait  être  attribuée  au  célèbre 
pape  du  IVe  siècle.  Mais  cette  attribution  est  inadmissible, 
comme  l'a  montré  Tillemont3.  De  Rossi  écrit  à  ce  sujet: 
«  Le  style  de  l'hymne  est  très  différent,  non  seulement  du 
style  de  Damase  dans  ses  poèmes  authentiques,  mais  en- 
core de  celui  des  autres  poètes  du  siècle  de  Damase  et  de 
Prudence.  Il  n'est  point  certain  que  la  fête  de  sainte 
Agathe  fût  solennellement  célébrée  à  Rome  au  temps  de 
Damase  :  cela  est  mémo  peu  probable.  Donc,  ou  un  second 
Damase,  distinct  du  pontife,  a  composé  ces  vers,  et  a  in- 
séré son  nom  dans  la  pièce;  ou  dans  l'hymne  ;i  sainte  Aga- 
the le  nom  de  Damase  fut  faussement  mis,  pour  donner  à 
celte  pièce  plus  d'autorité*.  »  De  Rossi  ajoute  que  le  nom 
de  Damase  n'est  pas  rare  au  moyen  âge  :  il  cite  plusieurs 
personnages  célèbres  qui  le  portèrent  à  cette  époque. 

La  plus  ancienne  mention  que  l'on  trouve,  à  Rom.', 
du  culte  de  sainte  Agathe  nous  ramène,  comme  le  Mar- 
tyrologe hiéronymien  et  le  Calendrier  carthaginois,  au 
commencement  du  VIe  siècle.  Le  Liber  pontifical» 
raconte  que  le  pape  Symmaque  (498-514)  construisit  à 
deux  milles  de  la  ville,  sur  la  voie  Aurélia,  une  basilique, 
avec  baptistère,  en  l'honneur  de  sainte  Agathe  :'.  A  la  lin 


moires  pour  servir  à  l'histoire  ecclésiastique  dis  sir  pre- 
miers siècles,  1695,  t.  ni,  note  1  sur  sainte  Agathe.  —  *  Bullettino 
di  archeologia  cristiana,  18R4-1885,  p.  17.  -  •  »  Le  Liber  poutifl- 
calis,  éd.  Duchesne,  t.  I.  p.  262,  267  note  30 


849 


AGATHE   (SAINTE 


AGAUNE 


850 


du  même  siècle,  le  pape  saint  Grégoire  le  Grand  (590- 
604),  voulant  consacrer  au  culte  catholique  une  église 
occupée  par  les  Goths  ariens,  porta  dans  celle-ci  des 
reliques  de  saint  Sébastien  et  de  sainte  Agathe1.  Il  se 
peut  que  les  rapports  étroits  quf  l'Église  romaine  entre- 
tenait alors  avec  la  Sicile,  à  cause  des  vastes  domaines 
qu'elle  y  possédait2,  aient  contribué  à  populariser  dans 
Rome  le  culte  de  la  martyre  de  Catane.  Sainte  Agathe 
est  du  petit  nombre  de  saintes  dont  le  nom  se  trouve 
au  canon  de  la  messe  et  dans  les  litanies  :  on  remar- 
quera qu'une  autre  martyre  de  Sicile,  Lucie,  partage  le 
même  honneur. 

Une  sainte  aussi  vénérée  ne  pouvait  manquer  d'avoir 
sa  Passion.  Malheureusement,  celle-ci  est  de  trop  basse 
époque  pour  qu'il  soit  possible  de  lui  attribuer  une 
valeur  historique.  On  la  possède  sous  trois  formes  :  des 
Actes  latins;  des  Actes  grecs;  d'autre  Actes  grecs,  que 
Bollandus  attribue  à  Métaphraste 3.  Ces  diverses  rédactions 
ne  diffèrent  que  par  quelques  détails,  et  paraissent  se 
rapporter  à  un  original  commun.  Mais  le  tour  à  la  fois 
romanesque  et  banal  du  récit  ne  permet  pas  d'attribuer 
à  cet  original  perdu  une  date  ancienne  et  une  véritable 
autorité,  Il  semble  possible,  cependant,  de  lui  emprun- 
ter une  indication,  qui,  par  elle-même,  est  vraisemblable. 
Les  trois  Actes  placent  le  martyre  d'Agathe  sous  Dèce; 
les  latins  précisent,  et  indiquent  le  troisième  consulat 
de  cet  empereur,  c'est-à-dire  l'année  251.  Un  détail  aussi 
exact  engage  à  préférer  cette  date  à  celle  de  Dioclétien 
que,  dans  son  De  virginibus,  22,  indique  saint  Adhelme 
(f  709),  suivi  par  le  Martyrologe  de  Bède. 

Tillemont,  qui  à  bon  droit  juge  sévèrement  les  Actes 
de  sainte  Agathe,  dit  cependant  qu'  «  ils  ne  sont  pas  de 
ceux  qui  méritent  d'estre  d'abord  entièrement  méprisés  », 
et  leur  reconnaît  «  quelque  chose  de  grave  et  de  beau  d. 
Il  est  possible,  en  effet,  d'entendre  un  écho  d'une  tradi- 
tion authentique  dans  une  partie  de  l'interrogatoire 
d'Agathe.  Ses  réponses  aux  questions  du  gouverneur  de 
Sicile  sont  très  belles.  «  Quelle  est  ta  condition?  lui  de- 
mande le  juge.  —  Je  suis  de  condition  libre  et  de  nais- 
sance noble  :*toute  ma  parenté  en  fait  foi.  —  Si  tu  es 
libre,  pourquoi  mènes-tu  la  vie  basse  d'une  esclave?  — 
Je  suis  servante  du  Christ,  et  par  là  de  condition  scr- 
vile.  —  Si  tu  étais  vraiment  libre,  tu  ne  t'humilierais 
pas  jusqu'à  prendre  le  titre  d'esclave.  —  La  souveraine 
noblesse  est  d'être  l'esclave  du  Christ.  »  Comme  nous 
l'avons  fait  remarquer  ailleurs,  ces  sentiments  et  ces 
paroles  sont  bien  des  chrétiens  de  ce  temps,  qui  se  plai- 
saient parfois  à  prendre  par  humilité  le  titre  et  la  ma- 
nière de  vivre  d'esclaves  4. 

Sainte  Agathe  fut  enterrée  à  Catane.  «  Dans  un  fau- 
bourg de  cette  ville,  appelé  Hybla  major,  il  y  avait,  dit 
De  Rossi,  des  cimetières  chrétiens,  avec  des  sépultures 
de  martyrs  illustres,  au  premier  rang  desquelles  était 
la  tombe  de  sainte  Agathe.  »  C'est  dans  cette  nécropole 
que  fut  découverte  l'épigraphe  si  curieuse  de  Nila  Flo- 
rentina,  pagana  nala,...  fidelis  fada,  qui,  dit  l'ins- 

1  Liber  pontiflealis,  p.  312, 313,  note  8.  —  S.  Grégoire  le  Grand, 
Dialog.,  ni,  30.  L'église  ainsi  purifiée  porte  aujourd'hui  le  nom  de 
«  Santa  Agata  dei  Goti  ».  Autres  églises  à  Rome  sous  le  vocable  de 
Sainte-Agathe  :  S.  Agata  de  Caballo;  S.  Agata  nel  Transtevcre; 
S.  Agata  ad  colles  jacentes;  S.  Agata  ad  caput  Africœ; 
S.  Agata  in  posterula;  S.  Agata  de  burgo.  Deux  seules,  Sainte- 
Agathe-des-Golhs  et  Sainte-Agathe  du  Transtévère,  existent  en- 
core. Armellini,  Le  chiese  di  Roma,  1887,  p.  101-105.  —  sCl. 
Grisar,  Roma  alla  fine  del  mondo  antico,  in-8",  Roma,  1899, 
t.  m,  p.  358  sq.  —  3Acta  sanct.,  jan.  t.  i,  p.  621.  —  »  Les  Esclaves 
chrétiens,  3"  éd.,  1900,  p.  243.  —  5  Bulletlino  di  archeologia  cris- 
tiana,  1868,  p.  75.  —  °  Bullettino  di  archeologia  cristiana,  1887, 
p.  86.  —  "  S.  Eucher,  Passio  S.  Mauricii  et  sociorum  ejus, 
dans  Ruinart,  Acta  sincera,  in-4%  Parisiis,  1689,  p.  291  ;  cf.  Nuovo 
bull.  di  arch.  crist.,  1899.  p.  71,  fig.  —  8  Sur  la  «  Passion  de 
saint  Maurice  et  ses  compagnons  »,  cf.  A.  Polthast,  Bibliotheca 
histurica  medii  xvi,  in-8",  Berlin,  1896,  t.  Il,  p.  1472  sq.,  en 
complétant  la  bibliographie  des  éditions  par  Br.  Krusch,  Scriptor. 


cription,  baptisée  à  l'âge  de  dix-huit  mois  et  vingt  jours, 
mourut  quatre  heures  après,  et  fut  déposée  pro  foribus 
martyrum* . 

Beaucoup  moins  authentique,  probablement,  est  l'épi- 
laphe  de  la  martyre  elle-même,  telle  que  la  rapportent 
ses  Actes.  Ils  racontent  qu'au  moment  où  la  tombe  allait 
être  lermée,  un  jeune  homme,  que  l'on  crut  être  un 
ange,  apporta  une  pierre  sur  laquelle  étaient  gravés 
les  mots  suivants  ;  Mentem  sanctam  spontaneam,  ho- 
norent Deo,  et  patriœ  liberationem.  Ces  paroles  devin- 
rent très  célèbres  au  moyen  âge  :  on  les  inscrivait  fré- 
quemment sur  les  cloches.  Une  de  celles  de  l'ancienne 
basilique  de  Saint-Pierre  de  Rome  les  portait.  Odon  de 
Châteauroux,  évêque  de  Tusculum,  a  consacré  tout  un 
sermon  (entre  4254  et  1269)  à  les  commenter,  mais  sans 
faire  allusion  à  la  coutume  de  les  graver  sur  les  cloches  6. 

On  sait  que,  d'après  les  Actes,  un  des  supplices  infli- 
gés à  la  martyre  fut  l'ablation  des  seins.  L'art  chrétien 
s'est  hardiment  inspiré  de  ce  détail,  vrai  ou  légendaire  : 
une  des  plus  belles  ligures  peintes  par  Flandrin  dans  la 
nef  de  l'église  Saint-Vincent  de  Paul,  à  Paris,  représente 
Agathe,  noblement  drapée,  portant  dans  un  plat  ses 
deux  seins. 

Bibliographie.  —  Bollandus,  Comm.  prœv'uts,  dans 
Acta  sanct.,  feb.  t.  i,  p.  599  sq.  ;  Tillemont,  Mémoires 
pour  servir  à  l'histoire  ecclésiastique  des  six  premiers 
siècles,  1695,  t.  in,  p.  109-414,  730-733;  Allard,  Histoire 
des  persécutions  pendant  la  première  moitié  du  in"  siè- 
cle, 2=  éd.,  1894,  p.  318-319;  Armellini,  Le  Chiese  di 
Roma,  1887,  p.  101-105. 

P.  Allard. 

AGAUNE.  —  I.  Origines.  IL  Les  documents.  III.  La 
fondation  de  saint  Sigismond.  IV.  La  laits  perennis.  V. 
La  châsse  mérovingienne  du  trésor. 

I.  Origines.  —  «  Agaune,  dit  un  évêque  de  Lyon,  est 
distant  de  la  ville  de  Genève  d'environ  soixante  milles; 
il  n'est  séparé  de  la  tétc  du  lac  Léman,  dans  lequel  se 
jette  le  Rhône,  que  par  une  distance  de  quatorze  milles. 
Ce  lieu  est  placé  dans  une  vallée  située  elle-même  au 
milieu  des  sommets  des  Alpes;  le  chemin  qui  y  conduit 
est  étroit,  escarpé  et  n'offre  au  voyageur  qu'un  passage 
difficile.  Car  le  Rhône,  minant  à  leur  base  les  rochers 
qui  forment  la  montagne,  laisse  à  peine  aux  passants  un 
chemin  praticable.  Mais  à  peine  a-t-on  franchi  et  dépassé 
les  gorges  du  défilé,  que  l'on  voit  s'ouvrir  tout  à  coup 
parmi  les  rochers  de  la  montagne  une  plaine  d'une  cer- 
taine largeur7.  »  Ce  lieu  est  devenu  célèbre  depuis 
qu'un  récit  dont  la  valeur  historique  demeure  toujours 
discuta'-'0,  a  placé  à  Agaune  l'épisode  du  massacre  d'une 
légion  entière  dans  les  premières  années  du  ive  siècle. 

Il  ne  rentre  pas  dans  les  limites  de  ces  recherches 
d'entreprendre  l'étude  du  fait  historique  ou  légendaire 
auquel  Agaune  doit  son  illustration,  néanmoins  il  est  si 
étroitement  lié  aux  destinées  archéologiques  et  litur- 
giques du  monastère  que  nous  ne  pouvions  le  passer 
entièrement  sous  silence  8. 


rer.  meroving.,  t.  m  :  Passiones  vitxque  sanctorum  œvi  mero- 
vingici  et  anliquiotum  aliquot,  in-4",  Hannoverœ,  1890,  p.  30; 
L.  Duchesne,  dans  le  Bulletin  critique,  11  décembre  1897, 
p.  487-488.  Pour  les  travaux  critiques  sur  le  texte,  A.  Potthast, 
toc.  cit.,  p.  1472-1474  ;  U.  Chevalier,  Répertoire  des  sources 
historiques,  Topo-bibliographie,  in-4",  Paris,  1877,  col.  1539  sq., 
et  Supplément,  in-4%  Paris,  1888,  col.  2738.  Pour  la  Vita  san- 
ctorum abbatum  Agaunensium,  A.  Potthast,  loc.  cit.,  t.  I, 
p.  603;  Br.  Krusch,  loc.  cit.,  p.  171;  le  même,  dans  Mélanges 
Julien  Havet,  in-8",  Paris,  1896,  p.  39-56  ;  Anatecta  bollandiana, 
1897,  t.  xvi,  p.  85  sq.  ;  P.  Bombant,  Saint  Maurice  d' Agaune 
en  Suisse  et  ses  fouilles,  dans  Nuovo  bullettino  di  archeologia 
cristiana,  1898,  p.  194  sq.;  1899,  p.  71  sq.,  p.  177  sq.  ;Alb.  Jahn,£»ie 
Geschichte  derBurgundionen  und  Burgundiens  bis  zum  Ende 
der  I.  Dynastie,  in-8",  Halle,  1874,  t.  II,  p.  286-324  ;  W.  Arndt, 
Kleine  Denkmàler  aus  der  Merovingerzeit,  in-8",  Hannover, 
1874,  p.  12-21  ;  Acta  sanct.,  novemb.  1. 1,  in-Iol.,  Bruxellis,  1887, 
p.  543  sq. 


851 


AGAUNE 


852 


Ce  n'est  que  dans  la  deuxième  moitié  du  ive  siècle 
qu'un  évêque  d'Octodurum,  Tiiéodore,  parait  s'être 
intéressé  aux  souvenirs  qui  se  seraient  attachés  à 
Agaune.  Théodore,  qui  souscrivit  aux  conciles  d'Aquilée 
(381)  et  de  Milan  (300)  et  mourut  l'année  suivante  (391), 
écrivit  à  son  collègue  de  Genève,  l'évèque  Isaac,  dont 
l'épiscopat  commence  en  389,  touchant  les  faits  attri- 
bués à  la  légion  thébéenne.  Si  l'on  s'en  rapporte  au 
récit  de  saint  Eucher  de  Lyon,  l'évèque  Théodore  avait 
élevé  une  basilique  aux  martyrs  :  «  Les  corps  des  bien- 
heureux martyrs  d' Agaune,  dit-il,  furent  révélés,  comme 
on  le  rapporte,  longtemps  après  le  massacre,  à  saint 
Théodore,  évêque  de  ce  lieu;  et  tandis  qu'il  faisait  cons- 
truire en  leur  honneur  une  basilique,  qui  adossée  à  un 
immense  rocher,  n'est  accessible  que  par  un  seul  côté, 
il  apparut  un  miracle,  etc.  '.  »  Aucun  élément  historique 
méritant  quelque  considération  ne  permet  de  préciser 
la  date  de  l'érection  de  cette  basilique,  pas  plus  que  le 
régime  clérical  ou  mon.istique  qui  lui  fut  imposé.  Le 
terme  de  «  basilique  »  nous  apprend  lui-même  peu  de 
chose  sur  l'importance  de  l'édifice.  Au  temps  où  écrivait 
l'évèque  Eucher,  basilica  avait  perdu  le  sens  exclusit  de 
la  langue  classique  et  ne  désignait  plus  les  monuments 
de  style  et  de  plan  presque  invariables  ainsi  qu'il  en 
était  avant  l'affectation  des  basiliques  judiciaires  à  la  célé- 
bration du  culte  chrétien.  Saint  Jérôme  recommande  à 
Lseta  de  ne  pas  laisser  sa  fdle  visiter  toute  seule  «  les 
basiliques  des  martyrs,  ni  les  églises  »  2.  C'est  le  même 
sens  qu'on  retrouve  clans  Sulpice-Sévère  pour  désigner 
les  trois  édilices  élevés  par  la  mère  de  Constantin,  à 
Jérusalem  '  et  dans  un  autre  passage  pour  indiquer  une 
église  dédiée  à  des  martyrs  hors  les  murs  d'une  ville  4. 
Si  on  s'en  tient  aux  écrits  des  contemporains  d'Eucher 
ou  de  ceux  qui  l'ont  précédé  et  suivi  d'une  ou  deux 
générations,  on  retrouve  l'emploi  du  mot  basilique  dans 
le  sens  bien  déterminé  que  nous  venons  de  lui  voir 
attribuer.  Saint  Avit  de  Vienne,  ayant  à  répondre  à  son 
suffragant  de  Grenoble  sur  la  conduite  à  tenir  à  l'égard 
des  édifices  religieux  détenus  parles  hérétiques,  fait  une 
distinction  très  nette  entre  «  basiliques  »  et  «  églises  ». 
«  Vous  me  demandez,  dit-il,  ce  qu'il  faut  faire  des  ora- 
toires ou  basiliques  des  hérétiques,  hœreticorum  ora- 
toria  sive  basilicœ.  La  question  est  aussi  difficile  à 
résoudre  pour  leurs  oratoires  privés  ou  petites  basiliques 
que  pour  leurs  églises,  de  oratoriis  vcl  basilicidis  priva- 
tis,  perinde  ut  de  ecclesiis  eorura  difficile  défini!" 
Une  telle  distinction  s'explique  peut-être  par  la  situation 
excentriquedestasUicaset  leurdestination.  Elevéesendes 
lieux  sanctifiés  par  un  épisode  elles  pouvaient  se  trouver, 
et  c'était  le  cas  à  Agaune,  en  dehors  des  voies  de  com- 
munication, partant  d'un  accès  difficile;  en  outre,  ne 
répondant  pas,  du  moins  au  moment  de  leur  fondation, 
aux  exigences  d'une  agglomération  urbaine  ou  même 
rurale,  elles  n'étaient  visitées  que  d'une  façon  intermit- 
tente, aux  jours  d'anniversaire,  de  pèlerinage;  il  n'en  al  la  il 
pas  tout  à  lait  ainsi  pour  les  églises  paroissiales  établies 
au  centre  d'un  groupe  dont  la  vie  chrétienne  était  orga- 
nisée en  vue  d'une  assistance  quotidienne  à  la  célébra- 
tion du  culte.  Par  d'autres  passages  d'Avit  on  voit  les 

*  Acia  sanct.,  sept.  t.  vi, p.  341,  n.202:Atvcro  beatissimorum 
martyrum  corpora  post  multos  passionis  annos  S.  Théodore/ 
hujus  loci  episcopo  revelata  traduntur.  In  quorum  honore 
cum  extrueretur  basilica,  quse  vastx  tune  adjecta  rupi,  unu 
tantum  latere  adelivis  jacebat,  sed  nunc,  jubi'nte  prœclaro 
meritis  Ambrosio  hujus  loci  abhate  denuo  xdifleata  biclivis 
esse  dignoscitur.  Cf.  E.  F.  Gelpke,  Kirchengeschichte  der 
Schweiz,  in-8%  Bcrn,  1856-1861,  t.  i,  p.  92-93.  —  *S.  Jérôme, 
Epist.,  Lvn,  ad  hxlam  :  Basilica»  martyrum  et  ecclesias  situ 
maire  non  adeat,  P.  L.,  t.  xxir,  col.  875.  —  3  Sulpice  Sévère, 
Hist.  sacr.,  1.  II  :  (Helena)  basilicam  in  loco  dominiez 
nis,  et  resurrectionis,  et  ascensionis,  constituit,  P.  /...  sx, 
col.  148.  —  *  Sulpice-Sévère,  Hist.  sacr.,  1.  II  :  In  basilica  mar- 
tyrum extra  oppidum  situ  (Constantius)  diversntus  est,  P.  L., 
t.  xx,  col.  150.  —  ">S.  Avit,  Epist.,  vi,  édit.  Chevalier,  Œuvres 


basiliques  disséminées  autour  de  la  cité  comme  autant 
de  fortins  avancés  :  Plus  hsec  basilicis,  quant  propu- 
gnaculis,  urbs  munitur  ;  cingitur  undique  tulamine 
sacrarum  œdium,...  et  ad  portarum  limina...  nisi 
sanctis  janitoribus  notyveni 'tur  6 .  Il  dit  encore  en  parlant 
des  Rogations  fondées  par  saint  Mamert  son  prédéces- 
seur :  Ad  basilicam,  qux  tune  mœnibus  viciniqr  erat 
civitalis,  orationem  primai  processionis  indicit1. 

Grégoire  de  Tours  confirme  ce  qui  parait  maintenant 
bien  clair,  la  distinction  entre  églises  et  basiliques,  ce 
dernier  nom  étant  affecté  aux  édifices  élevés  en  l'honneur 
des  martyrs  ou  en  dehors  des  agglomérations.  Citons 
quelques  exemples  :  «  Litorius  construisit  la  première 
église  dans  l'intérieur  de  la  ville  de  Tours,  et  ce  fut 
aussi  lui,  qui  de  la  maison  d'un  sénateur  Otla  première 
basilique*.  —  Namatius  bâtit  à  (Clerruont),  à  ses  frais, 
la  plus  ancienne  église  de  la  ville,  et  sa  femme  éleva 
dans  le  laubourg  la  basilique  de  Saint-Etienne  9.  »  — 
Ailleurs  l'évèque  de  Tours  énumérant  quelques  céré- 
monies liturgiques  en  usage  dans  sa  ville  épiscopale 
nous  apprend  qu'elles  ont  lieu  «  à  Noël,  dans  l'église; 
lors  de  la  nativité  de  saint  Jean-Baptiste,  dans  la  basi- 
lique de  Saint-Martin  ;  à  Pâques,  dans  l'église  ;  lors  du 
martyre  de  saint  Jean,  dans  la  basilique  du  baptistère  »  10. 
«  Le  roi  Cbildebert,  dit-il  encore,  distribua  tous  ses 
biens  aux  églises  et  aux  basiliques  des  saints  ".  »  Enfin 
il  s'accorde  avec  ce  que  saint  Avit  nous  apprend  en 
montrant  une  armée  envoyée  contre  le  Puy  en  Velay 
s'arrêtant  «  auprès  des  basiliques  voisines  »  12.  C'est 
d'après  ces  données  et  d'autres  encore  que  Adrien  de 
Valois  13  a  conclu  a  que  par  le  mot  basilica,  en  France, 
dans  le  vi»  et  le  vu»  siècle,  on  entendait  toujours  une 
église  de  moines.  Les  cathédrales  étaient  appelées 
ecclcsix,  les  paroisses  aussi  » u.  En  réduisant  à  une 
application  très  étendue  ce  que  cette  proposition  a  de 
trop  absolu  on  sera  plus  proche  de  la  vérité  et  on  verra 
ce  que  peut  signifier  exactement  la  phrase  de  l'évèque 
Eucher  au  sujet  de  la  construction  de  Théodore  à  Agaune. 
Il  est  médiocrement  utile  de  conjecturer  sur  le  i 
intérieur  du  groupe  de  prêtres  chargé*  par  l'évèque 
d'Octodurum  de  desservir  la  basilique  d'Agaune;  rien  ne 
permet  de  préférer  la  présence  des  moines  à  celle  du 
clergé  séculier,  ni  l'autorité  d'un  supérieur  religieux  à 
celle  de  l'évèque  du  lieu  ;  remarquons  toutefois  qu'avant 
l'année  391  il  est  bien  prématuré  d'introduire  des  moines 
en  Valais  alors  qu'on  les  connaissait  depuis  un  demi- 
siècle  seulement  à  Rome  et  à  Trêves,  à  moin-  que  la 
solitude  du  lieu  et  sa  célébrité  naissante  n'y  aient  attiré 
quelques  religieux.  Entre  ces  dernières  années  du 
iv«  siècle  et  le  milieu  du  v  ,  la  kisilique  de  Sainl-.Man 
d'Agaune  avait  conquis  une  réelle  notoriété.  Eucher  de 
Lyon,  dans  sa  lettre  à  Salvius  (435),  nous  apprend  que 
plusieurs,  «  de  lieux  et  de  provinces  divers,  offrent  en 
l'honneur  et  pour  le  service  des  saints  des  présents  d'or 
ou  d'argent  ou  d'autres  libéralités  »  «  et  cet  évêque 
Salvius  avait,  au  témoignage  du  même  document,  pri< 
à  cœur  le  développement  du  culte  des  martyrs  "  .  Peut- 
être  existait-il  dès  lors  des  pèlerinages  à  la  basilique  des 
martyrs,  il  est  difficile  de  croire  que  la  description  des 

complètes  de  S.  Avit,  in-8-,  Lyon.  1890,  i  133.  —  "S.  Avit. 
Fragm.  V,  P.  L.,  t.  lix,  col.  296.  Sur  les  saints,  protecteurs  des 
cités,  cf.  E.  Le  Blant.  dans  Comptée  rendtisde  FAcad.  desinsn-., 
1887,  p.  346.  —  1S.  Avit,  Homilia,  v,  édit.  Chevalier,  p.  296.  — 
•Grégoire  de  Tours,  Hist.  franc.,  1.  X,  c.  XXXI,  P.  L.,  t.  lxxi. 
col.  563.  —  "Ibid.,  1.  II,  c.  xvi,  xvii,  P.  L.,  t.  LXXI,  col.  214, 
215.  —  ">  Ibid..  1.  X,  c.  xxxi,  P  L.,  l.  XXXI,  col.  568.  -  "  Ibui., 
1.  III,  c.  x,  P.  L.,  t.  lxxi,  col.  250.  —  •«  Ibid.,  1  X.  C  xxv,  P.  L.. 
t.  i.xxi,  col.  557.  —  "Had.  de  Valois,  De  basilicis  quas  primi 
Francorum  reges  condiderunt.  in-8\  2  parties:  I.  Disceptatio 
de  basilicis,  in-8«,  Pariais,  L658;  II.  Dcfrnsio  disceptatione  de 
basilicis.  in-8-.  Paiïsiis,1660.  —  "Mabillon,  Ouvrages  poaCte- 
in-'i-,  Paris.  17'2i,  t.  m,  p.  355.  —  "  S.  Eucher,  Passio 
S.  Vnuricii  et  tocior.  ejus.  dans  Iluinart,  Acta  sincera,  ia-4% 
Parfaits,  1689,  p.  189.  —  «•  Ibid. 


853 


AGAUNE 


85  i 


lieux  donnée  par  Euehcr,  et  que  nous  avons  reproduite, 
ne  soit  pas  faite  de  visu;  la  vie  du  prêtre  saint  Mathu- 
rin  nous  apprend  qu'au  Ve  siècle,  l'évèque  de  Sens, 
Polycarpe,  faisant  son  pèlerinage  ad  limina,  s'arrêta  à 
Saint-Maurice  où  il  mourut i.  Un  abbé  de  Condat,  dont 
on  place  la  mort  vers  460,  saint  Romain,  se  rendait  en 
pèlerinage  à  Agaune,  mais  un  miracle  qu'il  fit  en  passant 
à  Genève  lui  attira  tant  de  marques  de  vénération  qu'il 
rentra  en  toute  bâte  dans  sa  maison  de  Condat  2.  Un 
fait  qui,  parmi  les  hommes  de  ce  temps-là  avait  un 
retentissement  considérable,  la  découverte  du  corps  d'un 
nouveau  Tbébéen  nommé  Innocent,  fut  l'occasion  d'une 
invention  solennelle  et  d'une  translation  faite  dans 
l'église  d'Agaune  par  Domitianus,  évoque  de  Genève, 
Gratus,  évèque  d'Aoste,  et  Protasius,  que  le  chroniqueur 
anonyme  de  la  fin  du  vin»  siècle  qualifie  episcopus 
hujus  loci,  ce  qu'on  ne  saurait  restreindre  au  sens  de 
l'établissement  d'Agaune  quel  qu'il  fût,  mais  qu'il  est 
meilleur  d'entendre  du  diocèse  dans  lequel  était  situé  cet 
établissement !. 

II.  Les  documents.  —  Celte  première  période  de 
l'abbaye  est  donc  profondément  obscure.  L'homélie  pro- 
noncée par  saint  Avit  lors  de  l'inauguration  de  la  laus 
perennis  à  Agaune,  semblerait  autoriser  par  son  titre 
même  la  conjecture  qui  place  à  Saint-Maurice  une 
première  fondation  monastique  remplacée  et  éclipsée 
par  celle  du  roi  Sigismond;  nous  dirons  plus  loin  les 
raisons  qui  nous  engagent  à  entendre  le  titre  en  ques- 
tion :  in  innoratione  monasterii,  d'une  «  innovation  » 
liturgique,  non  d'une  restauration  monastique.  Il  n'y 
aurait  cependant  pas  lieu  d'en  douter  si  on  prêtait  une 
valeur  historique  à  deux  documents  anciens,  la  Vila 
Severini  Acaunensis  et  VHistoria  abbalum  Acaunen- 
siam,  dont  les  auteurs  se  présentent  à  nous  en  qualité 
de  contemporains  des  temps  dont  nous  recherchons  ici 
les  vestiges.  La  Vila  Severini  4  a  été  décrite  au  début 
du  IXe  siècle  par  les  soins  de  l'archevêque  de  Sens, 
Magnus,  dans  le  diocèse  duquel  se  trouve  la  paroisse  de 
Caslrum  Nantonis  (Château-Landon)  b  dont  saint  Sé- 
verin  est  le  patron.  Cette  particularité  s'explique  par 
l'épisode  final  que  l'on  introduisit  dans  la  vie  du  person- 
nage. Son  mérite  était  si  répandu  que  le  roi  Clovis  étant 
tombé  malade  en  la  vingt-cinquième  année  de  son 
règne  (507),  manda  Séverin  d'Agaune,  que  le  médecin 
du  roi,  Tranquillinus,  recommandait  comme  un  excel- 
lent thaumaturge.  Séverin  reçoit  la  députation  du  roi 
îles  francs  et  se  met  en  route,  il  guérit  en  chemin 
l'évèque  de  Nevers,  Eulalius,  sourd-muet,  guérit  un 
lépreux  en  arrivant  à  Paris,  guérit  le  roi,  guérit  a  la 
cour  et  à  la  ville,  et  reprend  le  chemin  d'Agaune;  mais 
il  s'arrête,  malade,  à  Château-Landon  où  il  meurt.  Le 
biographe  de  Séverin,  qui  se  donne  le  nom  de  Faustus, 
nous  apprend  en  outre  que  le  saint  avait  été  jadis  élu 
abbé  parles  religieux  d'Agaune  :  Severinus...  crescenti- 

1  Acta  sanct.,  febr.  t.  n,  p.  545.  —  2  Acta  sanct.,  febr. 
t.  m,  p.  744  sq.  —  3Acta  sanct.,  sept.  t.  VI,  p.  348.  —  *  Acta 
sanct.,  tebr.  t.  n,  p.  547-550.  —  "Aujourd'hui  dans  le  départe- 
ment de  Seine-et-Marne.  —  6  De  vita  vel  actibus  S,  Severini, 
auctore  Fausto,  dans  Acta  sanct-,  tebr.  t.  n,  p.  547.  — '  Br. 
Krusch,  La  falsification  des  vies  de  saints  burgondes,  dans 
les  Mélanges  julien  Havet,  in-8%  Paris,  1895,  p.  39  sq.  —  8  Ana- 
lecta  bollandiana,  1897,  t.  xvi,  p.  85  :  «  La  démonstration  de 
M.  Krusch  me  paraît  convaincante.  »  —  9  Vita  sanctorum  abba- 
tum  Acaunensium,  édit.  Arndt,  dans  Kleine  Denkmàler  aus 
der  Merovingerzeit,  in-8°,  Hannover,  1874,  p.  12-21  ;  Acta  sanct., 
novemb.  t.  I,  p.  552-556:  Corp.  script,  eccles.  latin.,  in-8%  Vindo- 
bonas,  1894,  t.  xxxi  ;  Meyer  v.  Konau,  Zùr  Geschichte  von  S. 
Maurice.  Historia  abbatum  Acaunensium,  dans  Anzeiger  fur 
schweizriscke  Geschichte,  in-8%  Zurich,  1871,  t.  Il,  p.  37  ;  W.  Wat- 
tenbach,  Dcutschlands  GeschiclUsquellen,  in-8",  Berlin,  1893, 1. 1, 
p.  103.  —  ,0Br.  Krusch,  op.  cit.,  p.  48  sq.  —  "  Analecta  bollan- 
diana, 1897,  t.  xvi,  p.  86.  —  «s  Grégoire  de  Tours,  De  gloria 
tnartyrum,  1.  I,  c.  lxxv,  P.  L.,  t.  lxxi,  col.  770;  et.  Hist.  franc., 
I.  III,  c.  v,  P.  L.,  t.  lxxi,  col.  245.  Quant  au  texte  de  Hist. 
franc,  epitom.,  P.  L.,  t.  lxxi,  col.  589,  il  est  du  continuateur 


bitsannis  ad  Jioc  usqve  perductus  est, ut  in  sacrosancto 
Agaunensium  monaslerio,  ubi  sanctus  Mauritius,  prse- 
clarus  Christi  martyr,  corpore  quiescit,  abbas...  elige- 
retur6.  Il  y  aurait  donc  eu  un  monastère  et  un  abbé  à  Agaune 
en  507  si  le  biographe  a  lu, suivant  son  dire, un  écrit  composé 
par  Faustus,  disciple  de  Séverin  et  son  compagnon  pen- 
dant trente  ans.  Il  est  impossible  de  l'en  croire.  La 
Vila  Severini  est  un  tissu  d'inexactitudes,  de  contra- 
dictions et  de  falsifications  ainsi  que  l'a  démontré 
M.  Bruno  Krusch".  Il  n'y  a  rien  à  en  retenir  8.  La  Vita 
sanctorum  abbalum  Acaunensium  est,  elle  aussi,  sujette 
à  caution.  Elle  a  pour  auteur  un  moine  d'Agaune  qui  se 
présente  comme  contemporain  de  l'abbé  Achivus9.  C'est 
une  pièce  l'un  peu  disparate  dans  laquelle  on  trouve, 
outre  les  vies  des  premiers  abbés,  la  vie  de  Tranquiïïus, 
successeur  d'Acbivus,  les  épilaphes  des  trois  premiers 
abbés  et  un  écrit  en  quasi  versus  sur  un  certain  saint 
Probus  qui  avait  été  en  relations  avec  ces  abbés.  Un 
nommé  Pragmatius,  prêtre,  était  l'auteur  de  celte  com- 
position soi-disant  poétique;  se  trouvant  malheureuse- 
ment en  veine  il  a  entrepris  do  remanier  les  épitaphes 
de  ces  anciens  abbés.  Celle  de  Tranquillus  nous  est 
arrivée  à  travers  une  transcription  prosaïque  qui  laisse 
néanmoins  l'ancien  poème  reconnaissable, celle  d'Hymne- 
modus  est  en  prose  avec  additions  poétiques,  celle  d'Am- 
brosius  en  vers  élégiaques.  Mais  ces  épitaphes  ne  vont 
pas  sans  soulever  quelques  diflicultés,  il  existe  entre  elles 
une  contradiction  qu'on  ne  peut  pas  faire  peser  sur  le 
tituhts  d'Ambrosius  dont  la  versification  est  irrépro- 
chable; dès  lors  son  prédécesseur  Hymnemodus,  qui 
mourut  le  3  janvier  de  l'année  516,  aurait  eu  son  épi- 
tapbe  interpolée  puisqu'elle  nous  apprend  que  son  art 
dans  le  chant  des  psaumes  et  son  titre  d'abbé  ont  dû 
faire  de  lui  le  premier  abbé  après  la  construction  du 
monastère  par  Sigismond,  tandis  que  l'épitapbe  d'Am- 
brosius le  qualifie  de  premier  abbé  à  l'époque  de  l'in- 
troduction de  la  psalmodie  perpétuelle  10.  On  a  tenté 
d'accorder  ces  deux  textes  de  la  manière  suivante  : 
«  Hymnemodus  étant  mort  trois  mois  après  la  dédicace 
de  l'abbaye,  et  la  prélature  d'Ambroise  ayant  été  une 
époque  de  grande  prospérité  pour  l'abbaye,  le  souvenir 
du  premier  abbé  pouvait  —  surtout  pour  le  poète  qui 
écrivait  l'épi taphe  —  disparaître  devant  celui  de  son 
illustre  successeur11.  »  Peut-être  pourrait-on  ajouter  que 
l'abbatiat  d'Hymnemodus  et  celui  d'Ambrosius  ne  se 
succédèrent  pas  immédiatement  ;  rien  ne  le  prouve. 
Le  premier  abbé  mourut  en  516,  le  deuxième  entra  en 
charge  lors  de  l'introduction  de  la  laus  perennis  qu'un 
texte  de  Grégoire  de  Tours12  ne  permet  pas  de  faire 
inaugurer  avant  l'année  522,  après  l'assassinat  de  Sigeric , 
dont  elle  était  l'expiation.  Si  donc  on  admet  avec  Marius 
d'Avenches13  la  construction  d'Agaune  par  Sigismond 
en  l'année  515,  rien  ne  semble  s'opposer  à  ce  que  l'abbé 
Hymnemodus  soit  mort  le  3  janvier  516  u  et  que,  lors 

connu  sous  le  nom  de  Frédégaire.  Cf.  Acta  sanct.,  novembr.  t.  I, 
p.  547,  n.  76.  Toute  la  chronologie  du  P.  de  Smedt  est  commandée 
par  la  confiance  absolue  qu'il  a  en  la  contemporanéité  de  la  Vita 
abbatum  dont  l'étude  de  Br.  Krusch,  loc.  cit.,  recule  la  compo- 
sition de  plusieurs  siècles.  —  ,3Marii,  Chronicon,  dans  Bouquet, 
Recueil  des  historiens  des  Gaules,  in-fol.,  Paris,  1738,  t.  il, 
p.  14.  —  **  On  ne  saurait,  pensons-nous,  arguer  du  talent  attribué 
à  Hymnemodus  pour  la  psalmodie  ;  quelque  règle  qu'on  suivit  à 
Agaune  dans  la  période  qui  s'écoula  de  515  à  522,  on  peut  assu- 
rer sans  crainte  d'être  démenti  qu'on  y  célébrait  la  psalmodie;  le 
rapprochement  accidentel  de  l'introduction  d'une  psalmodie  par- 
ticulièrement solennelle  avec  le  nom  du  personnage  a  pu  donner 
lieu  à  une  interprétation  injustifiée  dans  les  faits,  car  Hymnemo- 
dus est  une  adaptation  tardive  d'un  nom  véritable  de  l'abbé  en  ques- 
tion :  «  Le  nom  d'Hymnemodus  est  une  déformation  d'Imemundus 
ou  Ememundus  (Binding,  Geschichte  des  Burgundisch-Rom. 
Kônigreichs,  in-8°,  Leipzig,  1868,  t.  I,  p.  386).  Guidé  par  la  con- 
sonance du  mot  allemand  avec  le  grec  hymnus  on  a  rattaché  ce 
nom  au  chant  des  psaumes  et  c'est  ainsi  que  l'Imemundus,  qui  se 
trouve  enterré  à  Acaunum  en  516,  est  devenu  le  premier  abbé 
Hymnemodus.  »  Br.  Krusch,  op.  cit.,  p.  49. 


855 


AGAUNE 


856 


de  la  grande  innovation  tentée  à  Agaune,  en  522  au 
moins,  un  abbé  du  nom  d'Ambrosius  ait  gouverné  le 
monastère.  Il  faut  enfin  observer  que  le  texte  «  un  peu 
nébuleux  »  de  son  épitaphe  laisse  à  résoudre  la  question 
de  savoir  si  son  entrée  en  charge  coïncida  avec  l'inau- 
guration de  la  laus  perennis  ou  bien  si  elle  remontait  à 
une  date  antérieure  : 

AMBROSIVS    GESTIS    CVI    CAELI    REGNA   PA- 

[TESCVNT 

HVIC      QVOQVE     PROMERVIT      MEMBRA 

[DONARE  SOLO 

PROTEGIT  HVNC   TELLVS  SANCTORVM  SAN- 

[GVINE    POLLENS 
QVEM     CAELI     MERITIS     CLARÏOR      AXIS 

[HABET 
5       SIC    PATER     OMNIPOTENS    QVOS     MVNDVM 

[TEMNERE    CERNIT 

IVIARTIRIBVS   VOLVIT    CONSOCIARE    SVIS 

ET    LICET    HOC    TEMPLVM    FVLGENTI    LVCE 

[CORVSCET 
HIC  QVOQVE   SVBLIMAT   CORPORE   TEM- 

fPLA    SVO 
QVEM  TEMPLVM  SERVASSE  FIDEI  VITAMQVE 

[FVTVRAM 
ÎÔ  PERPETVASSE     BONIS     GLORIA      CELSA 

[DOCET 
NAM     MERVIT     PRIMAM     ABBATIS     NOMINE 

[PALMAM 
CVM   SANCTIS   FRATRVM   COEPIT    AMICA 

[FIDES 
AVCTORIS   NOSTRI    LAVDEM    SINE    FINE   CA- 

[NENDAM 
PSALLERE       SVCCIDVO       PERPETVOQVE 

[CHORO 
15     HVNC     SI     MARTYRII     VIDISSENT     TEMPORA 

[IVSTVM 
POST    PRIMVM    VICTOR   ISTE   SECVNDVS 

[ERATi 

Voici  l'inscription  d'Enemodus  : 

Relictor  s.ecuu,  presdyter  sanctus,  Hymnehodus 

AURA,  SAXCTORUM  EXESlPLA  SECUTUS  LAUDABILI  VITA 
AD  LAUOBM  O.VKES  IUVITANSDEI  AUXILIO  EXEMPLOQUE 
SUO  VOTA  CANENTIUU  1UVANS,  LX.  POST  VIT.E  ANMJM 
CORPORE    REQUIESCIT    AGAUNO,   MERITOQUE  SANCTIS   L\ 

CjElesti  regno  conwnctus  est.  Omit  ter  no  Nos  as 
Januarias,  coksule  Petro. 

D'après  l'opinion  que  le  P.  de  Smcdt  s'était  formée, 
l'auteur  de  la  Vita  sanctorum  abbalum  Agaunensium 
étant  contemporain  de  l'abbé  Acliivus,  il  fallait  aban- 
donner l'assertion  de  Grégoire  de  Tours  et  relever  la 
date  de  la  laus  perennis  avant  522;  cette  conséquence 
ne  nous  parait  pas  fondée  depuis  que  nous  avons  dit 
l'imposture  par  laquelle  le  chroniqueur  du  vui»  siècle 
tente  de  se  faire  passer  pour  l'ami  qui  a  dû  refouler  ses 
larmes  afin  de  trouver  la  force  d'écrire  la  vie  d'Achivus2. 
L'épitaphe  que  l'on  vient  de  lire  est  trop  correcte  pour 
être  de  la  composition  de  Pragmalius,  mais  elle  seule 
pourrait  fournir  une  indication  chronologique  contre- 

'  E.  Egli,  Die  christlichen  Inscliriften  der  Sehweiz  von  4.-9. 
Jahrhundol,  dans  Mittheilungen  der  antiquarisclien  Gesells- 
chafl  fur  vaterlandische Alterlliùmer,iH3j,  t.  xxiv.p.  10, n.  5.  — 
*  Analecta  boUandiana,  -1896,  t.  xvn,  p.  86  :  «  De  tout  l'ensemble 
des  faits  allégués  par  M.  Kruscb,  il  reste  du  moins  ceci  —  et  sur 
ce  point  je  partage  son  opinion  —  que  la  Vita  sanclorum  abba- 
tum  Agaunensium  n'est  pas  l'ouvrage  d'un  contemporain.  »  — 
3  Ur.  Krusch,  La  fal^ificution  des  vies  de  saints  burgondes, 
p.  50.  La  Chronique  d'Agaune.aété  écrite  vin  330.  Cfi  J.  Gremaud, 
Origines  et  documents  de  l'abbayede  Saint-Maurice  a" Agaune, 
dans  le  Mémorial  de  Fribourg,  1857,  t.  iv,  p.  344  sq.  ;  E.  Aubert, 
l'résor  de  l'abbaye  de  Saint-Maurice  in-4%  Paris,  1872,  p.  207. 


disant  Grégoire  de  Tours  d'une  manière  valable,  elle  ne 
le  lait  pas. 

Si  nous  résumons  ce  que  nous  savons  d'incontestable 
sur  la  première  période  d'Agaune,  on  reconnaîtra  que  la 
conjecture  y  tient  souvent  la  place  de  la  certitude.  Le 
personnage  de  l'abbé  Sévcrin,  en  tout  ce  qui  touche  à  ses 
relations  avec  Agaune,  n'offre  aucune  valeur  historique. 
Au  moment  des  premières  libéralités  du  roi  Sigismond, 
nous  pouvons  entrevoir  un  personnage  nommé  Ene- 
modus,  mort  le  3  janvier  516,  à  qui  la  Vita  sanctorum 
abbatum  Acaunensium  s'est  donné  mission  de  com- 
poser une  vie  bien  complète  dont  le  détail  importe  peu 
si  on  considère  les  erreurs  grossières  que  contient  ce 
récit3.  A  Enemodus,  et  pendant  une  période  comprise 
entre  516  et  522,  succède  quelque  autre  abbé  dont  le  gou- 
vernement n'offrant  rien  de  considérable4  a  pu  laisser 
perdre  le  nom;  ou  bien  c'est  Ambrosius  qui,  lui  aussi, 
passe  les  six  premières  années  de  son  abbatial  dans  une 
sorte  de  médiocrité,  jusqu'au  moment  où  le  monastère 
prend  un  développement  subit  et  s'illustre  par  une 
innovation  sans  exemple  en  Occident. 

III.  LA.  FONDATION  DE  SAINT  SlGISMOND.  —  «Après  que 

Sigismond,  fils  du  roi  Gondebaud,  eut  abjuré  les  erreurs 
de  l'arianisme  pour  embrasser  la  foi  catholique,  il  s'ap- 
pliqua avec  zèle  à  servir  les  intérêts  de  la  religion.  Ce 
fut  alors  que  Maxime,  évêque  de  Genève,  engagea  Si- 
gismond à  chasser,  de  la  place  que  les  bienheureux 
martyrs  thébéens  avaient  rougie  des  taches  de  leur  il- 
lustre sang,  un  ramassis  d'habitants  vulgaires,  et  de  ra- 
mener en  ce  lieu,  sur  lequel  un  châtiment  atroce  avait 
jeté  tant  d'éclat,  une  population  respectable,  afin  que  les 
ténèbres  y  fissent  place  à  une  perpétuelle  lumière...  Un 
conseil  ayant  alors  été  tenu,  chacun  fut  d'avis,  par  l'ins- 
piration divine,  d'expulser  d'Agaune  toutes  les  femmes, 
ainsi  que  les  familles  laïques,  pour  y  installer  une  fa- 
mille de  Dieu,  c'est-à-dire  une  famille  de  moines  qui, 
imitant  jour  et  nuit  les  intelligences  célestes,  se  consa- 
creraient à  l'exécution  des  chants  divins5.  »  La  tonda- 
tion  de  cet  important  monastère  n'est  pas  demeurée 
inconnue  aux  contemporains.  Marius  d'Avenches  en  fixe 
L'érection  à  l'année 515  :  Florentioet  Anthemio  consuli- 
bus  momuterium  Acauno  a  rege  Sigismundo  eon- 
struetum  est6;  Grégoire  de  Tours  retarde  la  londation 
jusqu'après  la  mort  du  roi  Gondebaud  qui  arriva  en  516  : 
morluo  Gundebado  regnum  ejus  Sigismundus  filins 
cjusobtinuit,  monasteriumque  Agaunense  soUerli  cura 
cum  domibus  basilicisque  sedificavit  '■■  Après  le  meurtre 
de  son  file  Sigeric,  en  522,  le  roi  Sigismond  pris  de  re- 
mords ad  sanctos  Agaunenses  abiens,  per  multos  die* 
infleluetjejuniis  dur  ans,  veniani  precabatur;  psalten- 
tium  ibi  assiduum  instituais  Lwjditno  regressus  est*. 
L'auteur  de  la  vie  de  Sigismond  s'accorde  avec  l'.régoire 
de  Tours  pour  attribuer  l'origine  de  la  fondation  d'une 
psalmodie  perpétuelle  à  Agaune  au  besoin  d'expiation 
qui  tourmentait  le  roi,  Sigismundus  post  inlrrrmptum 
periniqux  consilium  conjugis  filiuni,compunclus  corde 
Agaumtm  dirigit  ibique...  pœnilcnliam  egit...  et  psal- 
lenthtm  cotidianum  inslituit9. 

Nous  possédons  encore  la  relation  de  l'assemblée 
tenue  à  Agaune  pour  y  décréter  les  innovations  et  dona- 
tions du  roi   Sij  tsmond,  c'est  une   très  longue  pièce, 

—  *  Tout  ce  que  dit  la  Vita  sanctorum  abbatum  Agaunensium, 
n.  4,  dans  Acta  sanct.,  nov.  t.  i,  p.  553,  du  choix  d'Ambrosius 
par  Enemodus,  est  une  manière  de  recoudre  les  vieilles  épitaphes 
do  l'abbavc  dont  l'écrivain  avait  le  texte  sous  les  yeux,  avec 
celui  d'L'nemodus  et  celui  d'Ambrosius.  —  *ll  atum 
Agaunensium,  ciléedans  la  Vita  S.  Siyismundi,  dans  Actasanct., 
mail  t.  i,  p  84.  —•  Marti,  Chronicon,  dans  Bouquet.  Hecueil  de» 
historiens  des  Gaules,  in-fol.,  Paris,  1738,  t.  n,  p.  14.  —  1Gré- 
•oire  de  Tours,  Hist.  Francor.,  1.  III,  c.  v,  P.  L.,  t.  i.xxi.  col.  244. 

—  *lbid.,  P.  L.,  t.  lxxi,  col.  2i5.  —  «Grégoire  de  Tours.  De 
gln-ia  martyrum,  1.  I,  c.  L\w,  P.  L-,  t.   lxxi,  col.  771.  a. 

l'iîa  6".  Sigismundi,  n.  6,  dans  Acta  sanct.,  maii  t.  I,  p.  S9. 


857 


AGAUNE 


858 


imprimée  plusieurs  fois,  non  sans  fautes  grossières  et 
d'inexplicables  variantes.  Nous  en  donnerons  la  partie 
concernant  le  régime  liturgique  nouvellement  inauguré 
dans  le  monastère  d'après  une  copie  du  xiie  siècle  ap- 
partenant au  chartrier  de  l'abbaye  *  : 

In  nomine  Domini  noslri  Jhesu  Christi.  Cum  regnaret 
inBurgundia  pius  rex  Sigismundus  féliciter,  convocatis 
sexaginta  2  episcopis  totidemque  comitibus,  pridie  Ka- 
lendas  maii,  venit  Agaunum,  quem  locum  sanctus  Mau- 
ricius  cum  suis  commilitonibus  preciosi  sui  sanguinis 
effusione  célèbrent  reddiderunt...  Inilo  consilio  [patres] 
ad  regem  dixcrunt  :  Visvm  est  nobis  bonum  esse  ut  cle- 
mentia  régis  basilicam  lantis  martyribus  dignam  de 
regiis  sumptibus  construere  precipiat  et  eorum  tan- 
tuni  corpora  quorum  nomina  nobis  coniperta  sunt,  id 
est  Mauricii,  Exuperii,  Gandidi,  Victoris,  infra  ambi- 
tum  ipsius  basilice  decenter  sepeliantur ;  reliqua  vero 
corpora  munilissimo  atque  aptissimo  sub  ipsa  basilica 
uno  congerantur  in  loco  et  sub  eximia  custodia  custo- 
des deputenlur,  ne  forte,  quod  absit,  falsatores  ex  eis 
furentur;  ibique  officium  psallendi  die  noctuque  in- 
desinenter  constituatur,  et  virum  sanctissimum  in 
omnibus  operibus  bonis  comprobatum  Ymnemodum 
in  ipso  loco  constituamus  abbatem,  quia  et  ipse 
accersitus  a  venerabilibus  episcopis  una  cum  san- 
clissimis  viris  Achivo,  Ambrosio,  Probo  et  ceteris  viris 
sanclissimis  ad  hoc  opus  suscipiendum  de  monasterio 
Granensi  venerat.  Una  cum  rege  omnibus  placuit 
consilium  islud.  Post  hsec  inter  se  agitabant  cum 
prœclaro  rege  Sigismvndo  episcopi  quam  regularis 
inslitucionis  normam  psallentibus  imponere  deberent, 
quia  propter  illud  institutum  psallentium  quod  ibidem 
constitutum est  et,  Deo  protegente,  usquein  perpetuum 
conservabitur,  non  potest  ut  cetera  monasteria  opéra 
exercere...  Conveniens  itaque  est  juxla  quod  supra- 
dictus  almus  paler  Ymnemodus  abbas  peritissimam 
vitam  gerit,  posteri  euni  imitentur  et  exemplum  san- 
ctilatis  eius  in  corde  meditentur  et  in  opère  cxerceant. 
Recle  michi  videtur  ut,  secundum  plenissimam  devo- 
tionem  doni  régis,  de  psallendi  inslitucionibus  fiant 
quinque  norme,  id  est  Granensis,  Insolana,  lurensis 
et  Meluensis  seu  donni  Probi  succedenles  sibi  officiis 
canonicis,  id  est  nocturnis  Malulinis,  Prima,  Secunda, 
lercia,  Sexla,  Nona,  Vespertina,  et  cum  pace  die 
nocluque  indesinenter  Domino  famulcntur.  His  vero 
diclis,  omnes  episcopi  conscnserunt ;  quibus  rex  ait: 
Jam  enim  de  psallendi  of/icio  desiderio  meo  satisfa- 
ctum  est;  quid  vobis  videtur  de  munificentiamonasterii 
exortacione  doctrine,  vel  qualiter  ipsi  monachi  vivere 
vel  cui  regxde  vel  institucioni  subjacere  debeant"?  Jam 
enim  supra  dictum  est  quia  ut  cetera  monasteria 
propter  institutum  psallencium  non  queunt  opéra 
exercere,  diligenter  cxaminate,  ut  ex  nostra  auctori- 


'  Gallia  christiana,  in-fol.,  Lutctios,  1636,  t.  iv,  p.  12;  2'  édit., 
in-fol.,  Parisiis,  1715,  t.  XIII,  Instrum.,  p.  421  ;  C.  Le  Laboureur, 
Les  Masvres  de  l'abbaye  royale  Les  Lyon,  in-4°,  Lyon, 
1665-1681,  p.  28;  Ph.  Labbe,  Sacrosancta  Concilia,  in-fol., 
Parisiis,  1671-1672,  t.  iv,  col.  1557  ;  Guillaume  Bérody,  alias  Sigis- 
mond  de  Sainct-Maurice,  Histoire  du  glorieux  saint  Sigismond 
martyr,  roy  de  Bourgogne,  in-4%  Lyon,  1666,  p.  375;  in-8%  Ge- 
nève, 1880,  p.  375;  Mansi,  Concil.  ampliss.  coll.,  t.  vm,  col.  531  ; 
S.  Bfriguet],  Concilium  Epaunense  assertione  clara  et  veri- 
dica  loco  suo  ac  proprio  fiœum  in  Epaunensi  parochia  Vallen- 
sium  seu  Epaunse  Agaunesium,  vulgo  Epenassex,  in-8%  Se- 
duni,  1741,  p.  71;  Acta  sanct-,  sept.  t.  VI,  p.  353;  Franc.  Pétri, 
Germania  canonico-augustiniana,  dans  Collect.  scriptorum 
rerum  historico-monaslico-ecclesiasticorum  variorum  reli- 
giosorum  ordinum,  in-iol.,  Ulmoe,  1756,  t.  m,  p.  69;  S.  Furrer, 
Urkunden  welche  Bezug  haben  auf  Wallis,  in-8%  Silten,  1852, 
p.  20;  J.  de  l'Isle,  Défense  de  la  vérité  du  martyre  de  la  légion 
thébéenne,  in-12,  Nancy,  1741,  p.  43  sq.;  P.  de  Rivaz,  Éclair- 
cissements sur  le  martyre  de  la  légion  thébéenne,  in-8%  Paris, 
177'J,  p.  127  sq.  ;  J.  Grémaud,  Origines  de  l'abbaye  de  Saint- 
Haurice  d'Agaune,  dans  le  Mémorial  de  Fi -ibourg,  1857,  t.  IV, 


latesit  munitum  et  manusnostre  fvrmitate  roboratum 
atque  sub  vinculo  anatematis  sit  obligatum.  Ad  hanc 
in I errogationem  venerabilis  vir  Vivenciolus  urbis  Lug- 
dunensis  archiepiscopus  una  cum  aliis  episcopis  dixe- 
runt  :  Optimum  nobis  videtur  ut  munificentiam  ad 
regem  habeant,  exortacionem  et  doctrinam  ad  sedem 
apostolicam.  Jam  enim  scimus  probatam  habere  dis- 
ciplinant et  sanctam  conversacionem  sanclum  virum 
Ymnemodum  quem  preesse  constituimus  monasterii 
hujus  officia;  ipsius  sequantur  exemplum  ad  omne 
opus  bonum;  omnes  ei  obediant  et  sine  preceptis 
ipsius  nichil  agalur;  omnia  communia  fiant  ;omni  die 
exeuntes  de  secunda  capitulum  agant;  cl  quidquid  a 
prioribus  ordinalunt  fuerit  juniores  sine  murmura- 
tione  adimpleant;  et  per  singulas  normas  singuli 
decani  constituantur  digni,  ut  abbas  diviso  pondère  de 
providenlia  eorum  sit  securus... 

L'authenticité  de  ce  document  est  loin  d'être  à  l'abri 
de  tout  soupçon.  Les  érudits  les  plus  qualifiés  ne  s'ac- 
cordent pas  à  son  sujet 3,  cependant  sa  chronologie  est 
très  fautive.  Il  semble  en  effet  que  le  synode  dont  il 
relate  les  actes  ait  été  convoqué  postérieurement  à  la 
mort  de  Sigéric  (522-523),  or  il  institue  abbé  cet  Ene- 
modus  dont  l'épitaphe  reporte  la  mort  en  516.  Si  on 
adopte  l'année  515  donnée  par  Marius  d'Avenches 
comme  étant  celle  des  premières  constructions  faites  à 
Agaune  par  ordre  du  roi  Sigismond  rien  ne  s'oppose  à 
ce  que,  à  la  suite  de  l'assertion  deux  fois  répétée  da 
Grégoire  de  Tours,  on  fixe  après  la  mort  de  Sigéric, 
en  522,  l'institution  de  la  laus  perennis.  Or  le  document 
que  nous  étudions  mentionne,  parmi  les  évoques  assem- 
blés en  522  pour  débattre  les  conditions  de  l'institution 
nouvelle,  Théodore,  évèque  du  Valais,  dont  le  successeur 
souscrit  au  concile  d'Epaone  dès  517.  Il  ne  nous  parait 
pas  douteux  qu'on  doive  accorder  à  une  indication  chro- 
nologique précise  de  Grégoire  de  Tours,  la  préférence 
sur  un  texte  anonyme  que  nous  avons  déjà  surpris  en 
flagrant  délit  d'erreur  sur  le  fait  de  la  mort  d'Enemo- 
dus  à  qui  il  accorde  une  survie  de  six  années  au  moins; 
dès  lors  il  semble  que  la  mise  en  scène  historique  rela- 
tée par  le  document  se  réduise  à  rien;  les  mentions 
concernant  les  propriétés  terriennes  ont  peut-être,  s'il 
est  possible,  moins  de  valeur  encore;  mais  les  détails 
liturgiques  que  nous  avons  transcrits  nous  paraissent 
être  la  partie  la  plus  résistante  de  cet  acte.  Nous  ne 
serions  pas  éloignés  d'y  voir  la  transcription  d'une  règle 
plus  ancienne  ou  plus  simplement  et  plus  exactement 
des  «  us  »  du  monastère  au  temps  de  son  éclat.  Cette  li- 
turgie ne  contient  rien  qui  provoque  la  défiance;  nous 
y  voyons  qu'à  Agaune  l'heure  de  laudes  était  dite 
prima  et  l'heure  de  prima  était  appelée  seconda;  en 
outre  Completorium  n'est  pas  mentionné. 

IV.  La  laus  perennis.  —  L'institution  de  la  psalmo- 


p.  327  sq..  337  sq.  ;  E.  Aubert,  Trésor  de  l'abbaye  de  Saint- 
Maurice  d'Agaune,  in-4%  Paris,  1872,  p.  203.  —  *Au  lieu  de 
sexaginta  (lx)  il  faut  peut-être  lire  novem  (ix),  il  est  vrai  que 
nous  sommes  ici  sur  le  terrain  de  l'improvisation  à  quelques  siècles 
de  distance  des  événements  qu'on  prétend  raconter.  —  aMabi!lon, 
Annales  Bened.,  1. 1,  in-iol.,  Paris,  1703-1739,  t.  i,  n.  71,  72,  et 
Pardessus,  Diplomata,  in-fol.,  Parisiis,  1769-1876,  t.  I,  proleg., 
p.  23,  66,  note  9;  E.  De  Rozière,  Recueil  général  des  for-mules, 
in-8",  Paris,  1861,  t.  il,  p.  729,  soutiennent  l'authenticité  d'une 
manière  générale.  E.  F.Gelpke,  Kirchengeschichte  der  Schweiz, 
in-8%  Bern,  1856,  t.  I,  p.  116  sq.;  A.  Jahn,  Die  Geschichte  der 
Burgundionem  und  Burgundiens  bis  zum  Ende  der  i.  Dy- 
nastie, in-8%  Halle,  1874,  t.  n,  p.  293-297,  note,  repoussent  cette 
authenticité.  Le  P.  de  Smedt  déclare  que  :  nunc  vero  invicte 
jam.  demonstratur  suppositio,  Acta  sanct.,  nov.  t.  i,  p.  547, 
n.  17.  Cf.  P.  de  Rivaz,  Éclaircissements  sur  le  martyre  de  la 
légion  thébéenne,  in-8%  Paris,  1779,  p.  127-145;  J.  Grémaud, 
dans  le  Mémorial  de  Fribourg,  1857,  t.  iv,  p.  334;  A.  Rilliet, 
Études  paléographiques,  in-4",  Genève,  1866,  p.  98,  note  2.  Nous 
exprimerons  notre  sentiment  en  citant  celui  de  Mabillon,  loc.  supr. 
cit.  :  Quod,  ut  genuinum  non  sit,  certe  antiquissimum  est. 


859 


AGAUNE 


860 


die  perpétuelle,  laus  perennis,  que  le  biographe  de 
Sigismond  appelle  imtsitatum  opus1,  ne  modifiait  pas 
le  cursus  officii  ;  l'innovation  respectait  la  constitution 
•de  la  psalmodie  existante  avec  ses  psaumes  et  ses  lec- 
tures, mais  elle  supprimait  désormais  toute  interruption 
entre  les  heures  canoniales.  C'est  pour  subvenir  aux 
nécessités  embarrassantes  qu'entraîne  la  co-existence 
en  un  même  lieu  de  plusieurs  groupes  dont  la  vie  et  les 
occupations  se  succèdent  avec  tant  de  régularité  que 
l'existence  y  est  comme  une  journée  perpétuelle  n'ayant 
pas  de  nuit,  qu'on  organisa  des  bandes,  lurnxse  ou  chœurs, 
chori,  qui  se  succédaient  jour  et  nuit  afin  que  la  prière 
ne  fût  pas  interrompue.  La  laus  perennis  était  alors  une 
chose  nouvelle  en  Occident,  mais  elle  fonctionnait  régu- 
lièrement en  Orient,  à  Constantinople,  dans  les  monas- 
tères des  acémètes2  (voir  ce  mot,  col.  307),  dont  le 
nom  était  d'accord  avec  la  règle  (àxot^Toi),  car,  au 
moyen  de  la  succession  incessante  des  chantres,  la 
psalmodie  ne  s'endormait  jamais  3.  Vers  460,  l'institution 
des  acémètes  avait  pris  un]  nouvel  éclat  à  la  suite  de  la 
fondation  d'un  monastère  de  cette  règle,  par  un  per- 
sonnage du  nom  de  Studius,  à  Constantinople.  Les  rap- 
ports qui  existaient  entre  le  royaume  de  Bourgogne  et 
l'Orient  de  même  qu'entre  les  Églises  des  deux  pays 
étaient  nuancés,  de  la  part  des  Occidentaux,  d'une  sorte 
de  subordination  politique  et  religieuse,  les  lettres  de 
saint  Avit  de  Vienne  au  patriarche  de  Constantinople4  et 
à  l'empereur  Anastase  de  la  part  du  roi  Sigismond  5  en 
rendent  bon  témoignage;  on  ne  saurait  dès  lors  répu- 
gner à  rattacher  ce  qui  fut  fait  à  Agaune  à  ce  qui  se 
pratiquait  à  Constantinople. 

La  date  la  plus  tardive  que  l'on  puisse  assignera  cette 
innovation  à  Agaune  étant  522-523  il  n'est  pas  possible, 
ainsi  qu'on  s'est  emplojé  à  le  démontrer6,  d'y  intro- 
duire la  règle  monastique  de  saint  Benoit  dès  cette 
époque.  Outre  que  cette  règle  ne  parait  pas  avoir  été 
codifiée  avant  l'année  529,  limite  a  mininta,  l'omission 
de  l'office  de  Compiles  que  nous  avons  relevée  dans  le 
document  connu  sous  le  nom  de  synode  d'Agaune.  in- 
vite, si  médiocre  autorité  qu'on  lui  concède,  à  chercher 
les  «  us  »  liturgiques  primitifs  d'Agaune  ailleurs  que 
dans  la  règle  de  saint  Benoit  qui  imposait  la  célébration 
de  Compiles.  La  règle  pratiquée  à  Agaune  semble  avoir 
été  la  règle  dite  de  «Tarnate  »que  le  Codex  regulamm 
cite  fréquemment  ".  Cette  opinion  d'abord  acceptée  par 
Mabillon  8  lui  parut  dans  la  suite  inacceptable  :  Verum, 
dit-il,  ut  sil  de  Tarnadis  Anlonini,  Tarnatense  mo- 
nasterium  idem  esse  cum  Agaunensi  inducere  animnm 
haudquaquam  possum.  Nusquam  enim  Agaunense 
monasleritlm  Tarnalense  appellalum  inventas,  sed 
ubiqnc  rel  Agaunense  vel  sancti  Mauricii.  Adeoque  si 
régula  Tarnalensis  Agaunensium  monaclwruni  gratia 
condila  fuisset,  non  Tarnalensis,  sed  a  vulgari  mona- 

*  Vita  s.  Sigismundi,  n.  6,  dans  Acta  sanct.,  maii  t.  I,  p.  89. 
—  *C.  A.  Burger,  De  acœtnetis,  in-4*,  Sehneeburgae,  1086.  — 
'Acta  sanct.,  jan.,  die  xv,  t.  il,  p.  306.  —  *S.  Avit,  Epist., 
vu:  Ut  prsecijntum  sacerdotem  jttsto  vos  desideriu  sititims... 
Custodite  traditam  vobis  etiam  super  nos  disciplinant... 
Expectal  occidentalis  Ecclesia  in  serntonibus  vestris  d* 
cselestis  oraculi.  —  5S.  Avit,  Epist.,  lxxxiii  :  Vester  qtlidem 
est  populus  meus,  sed  me  plus  servire  vobis  quant  itli  prœesse 
détectât;  cumque gentent  nostram  videamur  regere,  non  aliud 
nos  quant  milites  vestros  credintus  ordinare.  —  6  Arnold  Wion, 
Menant,  Bucelin,  Hérédia,  Cherté,  cf.  Acta  sanct.,  nov.  t.  i, 
p.  543,  n.  2  ;  p.  547,  n.  19.  —  '  S.  Benoit  d'Aniane,  Codex  regul., 
c.  xxvn  sq.,  P.  h.,  t.  cm,  col.  941  sq.  Cf.  Codex  régulai  iunt , 
édit.  M.  Brockie,  in-fol.,  August.  Vindelic,  1759,t.  r,  p.  180;  C.  Coin- 
tius,  Annales  ecclesiaslici  Francorunt,  in-fol.,  Parisiis,  1065,  ad 
ann.  536,  n.  200  sq.  —  «  Acta  sanct.  O.  S.  B.  in-fol.,  Parisiis, 
1608,  t.  i,  p.  xi  ot  p.  576,  note  b.  —'  Annal,  bened.,  in-fol.,  Pari- 
siis, 1703,  t.  i,  1.  I,  n.  73;  cf.  Append.,  il,  n.  5  (ibid.,  p.  678).  — 
'"Josias  Simler,  Valtesix  descriplionis  lib.  II,  et  de  Alpibus, 
in-8%  Turici,  1574;  in-24,  Lugd.  Batav.,  1633;  cf.  Acta  sanct., 
nov.  t.  1,  p.  547.  —  "  Voyez  les  textes  dans  Acta  sanct.,  nov. 


sterii  nomine  Agaunensis  fuisset  nuncupata  :  cum  e 
contrario  numquani  alto  nomine  quant  Tamatensis 
dicta  sit  in  Concordia  regularum,  apud  Sntaragdum, 
Trithemium,  aliosque  omnes  qui  eam  laudaruntQ. 
Mabillon  propose  ensuite  l'identification  de  «  Tarnate  » 
avec  les  localités  de  Ternay,  Ternan,  et  Terny  ;  peut-être 
ne  faut-il  pas  tant  s'écarter  si,  comme  l'avance  le  très 
érudit  Josias  Simler10,  Agaune  a  porté  très  ancienne- 
ment les  noms  de  Tamadee,  ou  Tarnaise. 

Le  texte  falsifié  du  synode  d'Agaune,  deux  passages  de 
Grégoire  de  Tours,  la  Passion  de  saint  Sigismond  et  la 
Passion  interpolée  des  martyrs  thébéens  contiennent 
diverses  indications  sur  la  discipline  psalmodique 
d'Agaune11.  L'un  de  ces  documents  que  nous  avons  cité 
plus  haut,  le  pseudo-synode  d'Agaune,  mentionne  cinq 
bandes,  quelques  manuscrits  écrivent  neuf,  entre  les- 
quelles était  établi  le  roulement.  D'après  le  texte  que 
nous  suivons,  ces  bandes  auraient  été  désignées  du  nom 
de  leur  monastère  d'origine  :  Grigny,  l'île  Barbe,  Condat, 
Melde.  Mabillon  observe  judicieusement  à  propos  de  ces 
bandes,  non  aliunde,  ut  quibusdam  placet,  adscitas, 
sed  ex  ipso  Agaunensi  monasterio  conflalas  i-.  Les  dis- 
tances considérables  qui  séparent  les  monastères  susdits 
de  celui  d'Agaune  nous  dispensent  d'insister  sur  ce 
point;  ce  qui  a  pu  donner  naissance  aux  appellations 
mentionnées  ci-dessus  c'est  le  choix  qui  avait  été  fait 
dans  ces  monastères  de  groupes  considérables  pour  venir 
s'établir  à  Agaune,  où  il  est  possible  que  ces  groupes 
soient  demeurés  distincts  et  se  soient  recrutés  sans  se 
confondre  avec  le  personnel  spécial  d'Agaune  et  les  autres 
bandes  leurs  collaboratrices.  Ce  qui  reste  d'un  peu  obscur 
au  sujet  de  la  laus  perennis  dans  les  textes  que  nous 
avons  rappelés  est  d'ailleurs  absolument  éclairci  par  les 
termes  de  l'épitaphe  de  l'abbé  Ambrosius  : 

Nam  mentit  primant  abbatis  nomine  pahnam, 
Cum  sanclis  fratrum  cœpit  arnica  fuies 

Auctoris  noslri  laudem  sine  fine  canendam 
Psallere  succiduo  perpetuoque  cltoro  iS. 

L'inauguration  de  la  laus  perennis  dans  la  basilique 
d'Agaune  fut  l'occasion  d'une  homélie  de  saint  Avit, 
i  vêque  de  Vienne.  On  n'en  possède  plus  que  deux  frag- 
ments, l'cxorde  et  la  péroraison,  et  son  titre  même  ne 
semble  pas  éclairer  la  question  de  savoir  si,  conformé- 
ment à  l'affirmation  de  Grégoire  de  Tours,  l'institution 
de  la  laus  perennis  est  d'une  époque  différente  de  celle 
de  l'agrandissement  du  monastère.  Voici  ce  titre  : 
[Dic]TA  IN  BASILICA  SCORVM  ACAVNENSIVM  IN 
INNOVATIONE  MONASTIRII  [ijPSIVS  VEL  PAS- 
SIONE  MARTYRVM.  L'exorde  qui  suit  ce  titre  se  rap- 
porte à  la  fête  dis  martyrs  et  ne  donne  aucun  éclaircis- 
sement  qui  permette  d'attribuer  l'homélie  à  la  dédicace 
du  monastère  ou  à  l'inauguration  de  la  règle  nouvelle; 

t.  I,  p.  548-549.  —  "Annal.  B&ted.,  I  I,  in-fol.,  Parisiis,  1703, 
t.  i,  n.  72.  —  ,3Ce  texte  soulève  une  dernière  difficulté  de  chro- 
nologie. La  Chronologica  séries  pritnoiu  n  abhatttm 
Agaunensium  du  ms.  Bruxcll.,  n.  8281a,  accorde  cinq  années 
d'abbatiatà  Ambrosius  qu  elle  fait  successeur  immédiat  dr  Enomo- 
dus  mort  le  3  janvier  516.  Ambrosius  devrait,  d'après  ce  calcul, 
être  mort  en  520  ou  521,  en  tous  cas  avant  l'institution  de  la  laus 
perennis  dont  son  épitaphe  le  représente  comme  le  créateur  a 
Agaune.  Il  n'est  pas  douteux  que,  si  la  Chronologica  séries  dé- 
pend de  la  Yita  saiictoruiit  ahbittttm  Agaunensium,  elle  entend 
ii  b  faire  succéder  immédiatement  Ambrosius  à  Enemodus,  mais 
en  ce  cas  elle  a  la  valeur  de  la  Yita,  c'est-à-dire  qu'elle  est  de  la 
lin  du  viir  siècle  ou  du  commencement  du  ix'  ;  si  la  Cln 
séries  représente  une  autre  source  d'informations  il  suffira  de  rap- 
peler les  paroles  du  P.  de  Smedt  pour  metue  en  début  toul  .irgu- 
ment  chronologique  que  l'on  prétendrait  tirer  de  cette  liste  contre 
l'institution  de  la  laus  perennis  en  522;  le  P.  de  Smedt  dit  en 
effet  :  Hos  abbates  si  nulla  interregna  sejunxerunt...  (Acta 
sanct.,  nov.  t.  i,  p.  557).  Ces  périodes  intérimaires  dont  la  Chro- 
nologica séries  ne  dit  rien  enlèvent  au  document  sa  portée  dans 
une  question  qui  tient  avant  tout  à  des  dates  précises  et  certaine». 


861 


AGAUNE 


862 


la  péroraison  est  heureusement  beaucoup  plus  explicite1. 
Ce  fragment  publié  incomplètement  par  le  P.  Sirmond, 


se   trouve    dans   la    copie   de   Jérôme    Bignon  d'après 
laquelle  nous  Talions  donner  2  : 


1°  Transcription* 


(fol.  8V]        cu[iu]s  aditus  nocte  non  claudetur  quia  non  habit  nocte  cuius  fores  sem[per 
p[a]ratas  iustis  patidas  impiis  inaccessas  non  alternant  claustra  sed  mérita 
cu[iu]s  fundamentum  Christus  est  fides  machina  muros  corona  margaritum  porta 
a[u]rum  platea  agnus  lucerna  choros  eclesia  cui  inter  diuinas  laudes  omnes  operis  ne 
5  ce[ssi]tate  seclusa  sola  erit  requies  sinceritas  actionis  multa  sunt  piissime  prseso[l 

in[tri]bunali  aliquibus  iunior  in  altario  omnium  prior  multa  sunt  inquam  operebus 
tu{is]  quibus  nos  actinus  gratias  debuisse  dicamus  ditati  donis  pauperis  uerbis 
per]cipitnus  magna  pauca  persoluimus  ornasti  eclesias  tuas,  gazarum  cum 
u]lo  [nu]mmero  populorum  struxisti  sumtibus  qux  munerebus  cumolaris  altari 
a]  nu[n]quam  quidem  contulemus  uerba  uirtuti  sed  cum  adprsesens  psalmison 
o]  sol[e)mne  peruentum  est  parum  puto  si  dicam  uerba  nostra  uicisti  hodie  insu 
p]er  [et  op]era  tua  quis  enim  NEgArit  interdum  tabernacolis  officiorum  mutacione  uac 
a[n]tebus  illud  yl[o]rios[um]  innouari  quo  semper  christianus  sonit  semper  Christus 
a]B[exit]  semper  auD[ia]tur  exteris  semper  uideatur  exaudiens  uos  nunc  hab 

s[x]coli  labor  ad  spem  perpetux  quietis  inuitat  quibus  occupatis  actione 
fE'Ji]ci  omne  peccandi  tempus  excludetur  a  quibus  quicquam  senislrwn 
g[es]sisse  laudabile  est  quod  non  dclectat  cxleste  si  nequeat  mundum 
q[ui]dem  fugetis  sed  orate  pro  mundo  excluso  a  uobis  sxcolo  cuius  actum 

uigelare  uestrum  cunctis  inuegelet  quo 
WMBMter  no]bis  institutione  tali  WMMWMMMMMMBMi 

(fol.  8r]     Gallia  nostra  floriscat  orbis  disiderit  quod  locus  inuexit  incipiatur 

hodie  et  diuotioni  xternitas  dignitas  regioni  laudantibus  in  prxsenli  [sxco 
lo  deo  laudaturis  pariter  in  futuro  renouet  magis  obilus  quam  terminet  ac[ti 
onern  recognuscatis  in  cxlo  quam  de  hac  tellore  portabitis  consuetudine[m 
5         prxmiorum  tantusque  perseuerantiam  uestram  honor  sequatur  ut  quo[D 

uobis  in  exercitio  erit  operis  hoc  soluatur  in  prxmio  pro  rctribucione  mer[cEdis 

FI[NIjT 


10 


15 


2°  Restitution 
(fol.  8™] 

...  Cuius  adilus  nocte  non  clauditur,  qui  non  habet 
nocte.w;  cujus  fores  semper  paratas,  justis  patulas, 
impiis  inaccessas  non  alternant  claustra,  sed  mérita; 
cujus  fundamentum  Christus  est,  fides  machina, 
murus  corona,  margaritum  porta,  aurum  platea, 
agnus  lucerna,  chorus  ecclesia;  cui  inter  divinas  lau- 
des, omnis  operis  necessitate  seclusa,  sola  erit  requies 
sinceritas  actionis.  Multa  sunt,  piissime  prxsid,  in 
tribunali  aliquibus  junior,  in  altario  omnium  prior, 
multa  sunt  inquam  IN  operibus  tuis,  quibus  nos  ha- 
ctenus  gratias  debuisse  dicamus  :  Dilali  donis,  paupe- 
res  verbis,  percepimus  magna,  pauca  persolvimus  ; 
ornasti  ecclesias  tuas  gazarum  cumulo,  numéro  popu- 


3°  Traduction 

«  Après  avoir,  écrit  A.  Rilliet  (dont  nous  donnons  la 
traduction),  on  ne  sait  à  quel  propos,  célébré  les  gloires 
et  les  lélicités  de  la  Jérusalem  céleste,  Avitus  s'adresse 
en  ces  termes  à  un  prince  qui  ne  peut  être  que  le  roi 
Sigismond  : 

«  O  très  pieux  souverain  qui,  pour  être  sur  le  trône 
plus  jeune  que  d'autres  princes,  n'en  es  pas  moins  le 
premier  de  tous  dans  ton  zèle  pour  les  autels,  il  y  a 
dans  ce  que  tu  as  accompli  bien  des  choses  qui  ont  dû, 
jusqu'à  présent,  nous  inspirer  une  vive  reconnaissance; 
comblés  de  bienfaits,  mais  pauvres  de  paroles,  nous  re- 
cevons de  grands  biens,  et  nous  y  répondons  mal.  Tu 
as  rempli  tes  églises  de  trésors  et  de  fidèles;  tu  as  con- 


1  Bibliothèque  nationale,  fonds  latin,  n.  8013,  fol.  7.  C'est  un 
recueil  des  homélies  de  saint  Avit  écrit  sur  papyrus  au  vr  siècle. 
A.  Rilliet,  Études  paléographiques  et  historiques  sur  des  pa- 
pyrus du  vi'  siècle,  in-4%  Genève,  1866,  p.  33  sq.  ;  L.  Delisle, 
Notice  sur  un  feuillet  de  papyrus  récemment  découvert  à  la 
Bibliothèque  impériale  relatif  à  la  basilique  que  Maxime, 
évêque  de  Genève,  substitua  vers  l'année  5i6  à  un  temple 
payen,  dans  les  Études  paléographiques  et  historiques  sur  des 
papyrus  du  vr  siècle  en  partie  inédits  ren fermant  des  homé- 
lies de  saint  Avit  et  des  écrits  de  saint  Augustin,  in-4",  Ge- 
nève, 1866,  p.  8  sq.  ;  Œuvres  complètes  de  saint  Avil,  évêque  de 
Vienne,  édit.  U.  Chevalier,  in-8%  Lyon,  1890,  p.  337-339;  Al- 
cimi  Ecdicii  Aviti  Opéra  quœ  supersunt,  édit.  R.  Peiper,  dans 
Monum.  Germanise  historica.  Auctores  antiquissimi,  in-4% 
Berolini,  1883,  t.  vi,  pars  posterior.  On  trouvera,  p.  xlii  sq.,  de 
la  préface  de  cette  édition,  une  étude  sur  la  prononciation  vulgaire 
d'après  les  papyrus  de  saint  Avit.  Pour  le  texte  des  papyrus  et 
leur  paléographie,  cf.  Mabillon,  De  re  diplomatica  supplernen- 
tum,  in-fol.,  Parisiis,  1704,  p.  10  et  fig.  ;  Nouveau  traité  de  di- 


plomatique, in-4%  1754,  t.  m,  p.  422,  reproduit  la  figure  donnée 
par  Mabillon;  Champollion-Figeac,  Charles  et  manuscrits  sur 
papyrus  de  la  bibliothèque  royale,  in-4°,  Paris.  1840,  pi.  xnr,  xvr, 
fol.  3',  3",  9',  9";  Natalis  de  Wailly,  Éléments  de  paléographie, 
in-4°,  Paris,  1838,  t.  n,  p.  288;  Silvestre,  Paléographie  univer- 
selle. Collection  de  fac-similé  d'écritures  de  tous  les  peuples  et 
de  tous  les  temps,  tirés  des  plus  authentiques  documents  de 
l'art  graphique,  in-fol.,  Paris,  1841,  pi.  clxiv;  W.  Wattenbach, 
Das  Schriftwesenin  Mittelalter,  in-8",  Leipzig,  1871,  p.  66  sq.  ; 
2"  édit.  1875,  p.  80  sq.  ;  L.  Delisle,  Le  Cabinet  des  manuscrits, 
in-4%  Paris,  1868,  t.  m,  p.  222  sq.,  pi.  XV,  1-3;  Bound  et  Thomp- 
son, The  palseographical  Society,  in-fol.,  London,  1873-1878, 
t.  i-viii,  pi.  lxviii;  Annales  de  philosophie  chrétienne,  série  V, 
t.  xv,  p.  426-447;  t.  xvi,  p.  82  sq.;  Bévue  critique,  1869,  n.  8, 
p.  119,  note  ;  L.  Delisle,  Notice  sur  un  feuillet  de  papyrus,  in-4% 
Genève,  1866,  pi.  1-4.  —  '  Le  fragment  vu'  de  Sirmond  s'arrête  à 
notre  ligne  12,  opéra  tua.  La  lecture  de  R.  Peiper  donne  le  long  de 
la  marge  gauche  quelques  lettres  de  plus  que  la  lecture  do 
Rilliet. 


S63 


AGAUNE 


864 


lorum ; struxisti  sumptibus,  quae  muneribus  cumulares 
altaria;  numquam  quidem  conlulimus  verba  virtuti, 
sed  cum  ad  prxsens  psalmisonuM  sollemne  perventum 
est,  parum  puto,  si  dicam  verba  nostra  :  vicisti  hodie 
insuper  et  opéra  tua.  Quis  enim  negarit  inlerdum  ta- 
bernaculis  offtciorum  mutatione  vacantibus  illud  glo- 
riosum  innovari,quo  semper  Chrislianus  sonel,  semper 
Christus  Babiret,  semper  audiatur  ceRNENs,  semper 
videatur  exaudiens.  Vos  nunc  habitaturos  hic.    .     .    . 

sœcoli  labor  ad  spem  perpetux  quie- 

tis  invitât,  quibus'  occupatis  actione  felici  omne  pec- 
candi  tempus  excluditur  ;  a  quibus  quidquiD  sinistrum 
cessisse  laudabile  est,  quod  non  détectât,  cselestes  si 
nequeat.  Mundum  quidem  fugitis,  sed  orate  pro 
mundo,  excluso  a  vobis  sœculo,  cuius  actum..,;  san- 
ctum  virgilare  vestrum  cunctis  invigilet,  quo.  .  .  . 
JUGiler  nobis  inslitulione  lali 

[fol.  8'°] 

Gallia  nostra  fîorescat;  orbis  desideret,  quod  locus 
invexit;  incipiatur  hodie  et  devotioni  evternitas  et 
dignitas  regioni,  laudantibus  in  prœsenti  sœcidodeUM, 
laudaturïs  pariter  in  futuro;  renovet  niagis  obitus 
quam  lerminet  actionem  ;  recognoscatis  in  cselo ,  quam 
de  hac  tellure  porlabitis  consueludinem  preemiorum, 
tantusque  perseverantiam  vestram  honor  sequalur,  ut, 
quod  vobis  in  exercilio  erit  operis,  hoc  solvalur  in 
prscmio  pro  relribulione  mercedis.  Finit. 

Les  passages  que  nous  avons  signalés  par  l'italique  et 
la  petite  capitale  ne  laissent  aucun  cloute  et  dispensent 
de  toute  démonstration.  Nous  savons  donc  que  la  psal- 
modie perpétuelle  fut  inaugurée  à  Agaune  le  jour  de  la 
fôte  de  saint  Maurice,  22  septembre,  de  l'année  522  pro- 
bablement '. 

L'archevêque  de  Vienne  présidait  la  cérémonie  en  sa 
qualité  de  métropolitain,  le  monastère  d'Agaune  appar- 
tenant au  diocèse  d'Octodurum  suffragant  de  Vienne. 
Parmi  les  contemporains  la  création  nouvelle  s'appelait 
familièrement  l'innovation  ou  l'institution  d'Agaune. 
Nous  sommes  malheureusement  moins  bien  renseignés 
sur  les  dispositions  pratiques  qui  durent  être  adoptées 
pour  subvenir  aux  exigences  de  la  charge  imposée  au 
monastère.  Les  quelques  indications  qu'on  peut  recueil- 
lir sur  ce  sujet  ne  nous  sont  venues  que  sous  forme  in- 
directe et  il  faut  en  pareil  cas  faire  toujours  une  part  à 
l'inexactitude.  On  peut  cependant  avancer  que  l'institu- 
tion d'Agaune  fut  le  prototype  de  fondations  similaires 
en  Gaule.  En  584,  le  roi  Gontran  inaugurait  dans  l'église 
de  Saint-Bénigne,  à  Dijon,  et  dans  le  monastère  de 
Saint-Marcel,  à  Châlons,  cet  ordo  psallendi  qui  in  loco 
SS.  Agaunensium  temporibus  Sigismundi  régis  ab 
Avito  et  cseteris  ponlificibus  illius  lemporis  institulus 
fuit  '.  En  634,  Dagobert  I«  introduisait  le  même  usage 
dans  le  monastère  de  Saint-Uenys-en-France  et  c'est 
encore,  au  témoignage  de  Clovis  II,  1'  «  institution 
d'Agaune  »  qui  avait  servi  de  type  :  Eo  ordine  ut,  sicut 
tempore  domini  geniloris  noslri  ibidem  (in  Scô  Diony- 
sio)  psallencius  per  turmas  fuit  institutus  vel  sicut  ad 
monasthirium  Si  Mauricii  Agaunis  die  nocteque  tene- 
tur,  iin  in  loco  ipso  celebretur'.  La  laus  perennis  fut 
pratiquée  encore  à  Luxeuil  en  Bourgogne,  à  Saint- 
Germain  de  Paris,  à  Saint-Médard  de  Soissons,  à  Saint- 
Biquier  dans  le  Ponthieu.  Ce  ne  fut  pas  seulement  les 
moines  qui  se  livrèrent  à  cette  liturgie  perpétuelle,  nous 
trouvons  la  laus  perennis  établie  dans  deux  monastères 
de    nonnes.    A    Remiremont    (Habendense),    dans    les 

«  Pour  la  discussion  de  cette  date,  cf.  A.  Hillict,  Étudc3  \>clèo- 
grapliiques,  in-4%  Genève,  1866,  p.  93  Bq.  —  :  Aimoin  ds  (locry. 
De  yestis  Francorum,  1.  III,  c.  i.xxx,  dcjis  Bouquet,  Recueil  de» 
historiens  des  Gaules,  in-fol.,  Piiris.  1738,  t.  ni,  p.  106. — 'Di- 
plôme de  Clovis  II,  22  juin  653,  dans  Ruinait,  Opéra  Oregorii  Tu- 
ronensis,  in-fol.,  Parisiis,  1699,  p.  1384,  P.  L.,  t.  lxxi,  col.  1198. 


struit  à  tes  frais  les  autels  que  tu  as  ensuite  enrichis  de 
tes  dons.  Jamais  nos  paroles  n'ont  été  à  la  hauteur  de 
tes  mérites,  mais  lorsque  nous  venons  à  la  solennelle 
psalmodie  d'aujourd'hui,  ce  serait  peu  dire  que  tu  sur- 
passes nos  louanges,  puisque  tu  surpasses  même  tes 
propres  œuvres. 

«  Qui  pourrait,  en  effet,  méconnaître  ce  qu'il  y  a  de 
glorieux  dans  cette  innovation,  grâce  à  laquelle,  tandis 
que,  pendant  les  intervalles  des  offices,  le  culte  cesse 
dans  les  autres  sanctuaires,  dans  celui-ci  la  voix  des 

CHRÉTIENS  RETENTIRA  PERPÉTUELLEMENT,  LE  CHRIST  SERA. 
PERPÉTUELLEMENT  CÉLÉBRÉ,  PERPÉTUELLEMENT   ENTENDU, 

et  paraîtra  vous  exaucer  perpétuellement  en  habitant 

désormais  parmi  vous Votre  travail 

en  ce  monde  vous  fait  goûter  l'espoir  du  repos  éternel  : 
occupés  d'une  œuvre  bénie  toute  occasion  de  pécher  vous 
est  ôtée...  Vous  fuyez  le  monde,  il  est  vrai,  mais  vous 
priez  pour  le  monde...  Que  votre  sainte  vigilance 
veille  pour  tous...  Par  une  telle  institution...  puisse 
cette  Gaule  qui  nous  est  chère  fleurir  et  prospérer  !  Que 
l'univers  envie  ce  que  ce  lieu  vient  d'inaugurer!  Qu'au- 
jourd'hui commence  l'éternité  pour  cette  œuvre  pieuse, 
et  pour  ce  pays  la  célébrité...  » 


Vosges,  saint  Romaric  fonda  en  C2ô  un  monastère  de 
femmes  dans  lequel,  dit  le  biographe  de  saint  Amatus, 
multis  virginibus  congregalis,  psallentium  per  septem 
turmas,  in  unaquaque  turma  duodenis  psallenlibus 
die  nocluque  jugiter,  instituit  '.  Vingt  ans  plus  tard  on 
trouvait  à  Laon  un  autre  monastère  de  nonnes,  fondé 
par  sainte  Salaberge,  suivant  la  même  règle  qu'à  Bemi- 
remont  et  à  Agaune  :  die  ac  nocte  psallendo  canonem 
Omnipotenli  personare  et,  juxta  egregium  prxdicato- 
rem  Paidum,  sine  intermissione  orare*. 

La  pratique  de  la  laus  perennis  survécut  à  son  aban- 
don par  le  monastère  qui  l'avait  pratiquée  le  premier. 
Introduite  dans  l'abbaye  de  Saint-Riquier  par  le  gendre 
de  Charlcmagne,  saint  Angilbert,  à  cette  époque  pré- 
cisément où  elle  achevait  de  périr  à  Agaune,  nous  pou- 
vons croire  que  les  prescriptions  imposées  au  vme  siècle 
différaient  assez  peu  de  celles  qui  provoquaient  trois 
siècles  auparavant  l'enthousiasme  de  saint  Avit.  C'est  à 
ce  titre  que  nous  transcrivons  ce  qui  a  trait  à  la  psal- 
modie perpétuelle  dans  la  règle  de  saint  Angilbert  6  : 

Tractare  cœpimus  qualiter  inDci  laudibus,  in  doclri- 
nis  diversis  et  canticis  spiritualibus,  Christo  oninipo- 
tenti  placere  valeamus.  Quapropler  trecentos  mona- 
chos  in  hoc  sancto  loco  regulariter  victuros  auxiliante 
Deo  constiluinuts  ...  Centum  etiam  pucros  scholis 
ertdiendos  sub  eodem  habitu  et  victu  statuimus,  qui, 
Fratribus  per  très  choros  divisis,  inauxilium  psallendi 
et  canendi  intersint  ...  Ea  autem  ratione  ipsi  chori 
très  in  divinis  laudibus  personabunt,  ut  omnes  horas 
canonicas  in  commune  simul  omnes  décantent.  Quibus 
decenter  expletis,  unius  cujusque  chori  tertia  pars 
ecclesiam  cxaat  et  corporis  nécessita libus  vel  aliis  uti- 
litatibus  inserviat,  certo  temporis  spatio  interveniente, 
ad  divinœ  taudis  munia  eclebranda  denuo  redeuntes... 
Quin  imo  omnes  unanimes  sacrificium  laudis  Domina 
omnipotenli,  pro  salute  gluriosi  met  Domini  Augusti 
Karoli,  proque  regni  e  jus  stabili  taie ,  continnadciotione 
jugiter  exhibeant. 

—  •  Aria  sanct.  O.  S.  B..  s«c.  H,  p.  133,  Vita  sanrti  Am.iii, 
n.  xx.  Cet  Amatus  avait  été  élevé  à  Agaune  et  se  trouvait  être  lit 
d'amitié  avec  Romaric.  Sur  l'expansion  de  la  laus  perennis  dans 
les  monastères  d'Occident,  cf.  Manillon,  Pr&fationes  in  Acta  sanct. 
O.S.B.,  in-4-,Tridenti,  172'»  ;  pr.-ef.2i  jn  saec.  IV,  n.  cciv  sq.  p.SSl- 
38C.  —  *Jbid.,  p.  423.  —  •  Aria  sa  net.  O.S.B.,  saîc.  IV,  par»  1»,  p.  47. 


AGAUNE 


866 


La  vie  de  saint  Angïlbert  précise  quelques  points  de 
•détail  :  Pras  omnibus  studuit  ut  divina  laus  et  sancto- 
rum  memoria  absque  ullo  interslitio  in  ecclesia  Sal- 
vatoris  indefesse  haberetur  :  ad  quod  rite  tenendum 
statuit  très  semper  esse  choros...  Et  omnes  guident 
horas  canonicas  très  chori  una  semper  concinebant  : 
quibus  finitis  pars  v.niuscujusque  chori  persislebat 
suo  loco  psallens  voce  mediocri:  cœ.teri  interea  relaxa- 
bant  usque  ad  prsefinitum  temporis  spatium ;  cumque 
là  se  omnibus  necessariis  relevassent,  adveniente  /iora 
redibant  ad  exercitium  divins?  laudis;  et  eodem  numéro 
quo  isti  redibant,  alii  ex  eodem  choro  exibanl...  Sic 
■ad  mensam,  sic  ad  lectos,  sic  ad  omnia  onini  tempore 
exibant,  ut  indeficiens  psalmodia  in  ecclesia  Salvatoris 
■omnia  tempore  permaneret1. 

Nous  ne  savons  jusqu'à  quel  point  est  exact  le  chiffre  de 
400  ou  900  religieux  qu'on  attribue  au  monastère  d'Agaune, 
mais  il  semble  que,  soit  par  suite  des  inconvénients  in- 
séparables d'une  telle  agglomération,  soit  par  suite  de 
la  pratique  liturgique  du  monastère,  la  décadence  s'y  soit 
vite  introduite.  Une  bulle  du  pape  Eugène  II  (821-827) 
constate,  en  accordant  des  privilèges  aux  chanoines  régu- 
liers établis  dans  l'abbaye,  que  l'on  avait  été  contraint 
d'en  chasser  les  moines  que  «  déshonoraient  d'infâmes 
et  déplorables  souillures  »  :  sicut  ante  noslri  predeces- 
sores  ejusdem  loci  monachos,  ita  nos  canonicos  quos, 
propulsis  monachis  nephanda  et  miserabili  sorde  pol- 
lutis,  in  eodem  loco  idem  gloriosissimus  rex  ordina- 
verat,  auclorilate  apostolice  sedis  decoremus  2. 11  semble 
d'ailleurs  que  partout  où  elle  avait  été  établie  la  laus 
perennis  ait  demandé  un  effort  surhumain  que,  à  me 
sure  qu'on  s'éloignait  de  la  ferveur  des  débuts,  les  géné- 
rations monastiques  se  lassaient  bientôt  de  fournir.  S'il 
faut  en  croire  les  doléances  des  chanoines  que  les 
princes  séculiers  substituaient  aux  moines  dégénérés, 
1'  k  institution  »  périssait  sous  le  poids  d'une  sorte  d'hé- 
bétement qu'elle  entraînait  à  sa  suite.  Les  chanoines 
de  Tours  s'expriment  ainsi  en  "s'adressant  à  Philippe  de 
Heinsberg,  archevêque  de  Cologne,  vers  1180  :  Mona- 
chis, vel  propter  inerliam,  vel  propter  frequentantium 
inquietudinem,  intègre  non  prosequentibus,  canonici  a 
principibus  terrai  substituti  sunt...  Et,  ad  teniperandum 
laborem  Muni  fastidiosum  et  intolerabilem ,  juges  Mm 
et  interminabiles  psallenlium  alternaliones  ad  cerlaset 
(h.ïcrelas, siculin aliis  fit  ecclesiis,  horas  dislinctaisunt3. 

Outre  les  deux  épitaphes  des  abbés  Enemoùus  et 
Ambrosius  nous  possédons  celles  des  autres  abbés.  Celle 
d'Achivus  est  en  partie  acrostiche  : 

AMORE  CHRISTI  FERV1DVS 

CASTVSQVE  SANCTVS  MORIBVS 

HEROS  ACHIVVS  PRAEIV1II 

IVRE  AETERNI  CANITVR 
5     VITAE  EXEMPLVM  NOBILE 

VIR  DEO  PLENVS  PROFERENS 

SVMMAM  PERFECTI  MVNER1S 

ABBA  ELECTVS  DOCVIT 

BENIGNA  QVIES  NVNC  VERVM 
10     BEATAE  LVCI  TRANSTVLIT 

AD  CAELVM  MITTENS  SPIRITVM 

MEMBRA  HIC  LIQVIT  FRATRIBVS 

ARTAVIT  CORPVS  CRVCIBVS 

MENTE   LEVAVIT  PONDERE 
15     SEMPER  QVEM  BLANDA  GAVDIO 

PROBO  CONIVNXIT  CARITAS*. 

'  Acta  sanctor.  0.  S.  B.,  scec.  iv,  pars  1',  p.  127.  —  *  G  allia 
christiana,  in-fol.,  Paris,  1715,  t.  XII,  Instrum.,  col.  425;  Historix 
patrise  monumenta,  chartarum,  in-fol.,  Augustœ  Taurinorum, 
1854,  t.  h,  col.  5;  J.  Gremaud,  Origines  de  l'abbaye  de  Saint- 
Maurice  d'Agaune,  dans  le  Mémorial  de  Fribourg,  1857,  t.  IV, 
p.  354.  —  »  Acta  sanct.  O.  S.  B.,  ssec.  iv,  pars  1*,  p.  173.  — 
*E.  Egli,  Eine  Grabschrift  ans  Agaunum,  dans  Anzeiger  fur 
schweiz.   Alterthumskunde,  1890,   p.  315  sq.  ;  le  même,  Die 

DICT.  D'ARCH.  CHRÉT. 


Voici  la  leçon  adoptée  par  le  P.  de  Smedt  :  Amore 
Chrisli  fervldus  |  Castusque,  sanclis  moribus,  \  lleris 
Achivusprœmii  |  Jure  œterni  canitur.  |  Vitjbexemplum 
nobilem  |  Vir  Deo  plenus  proferens,  \  Sanclurn  per- 
fecti  muneris  \  Abba  eleclus  docuit  :  \  Benigna  quies 
nunc  verum  |  Beatse  luci  transtulit.  \  Ad  cœlum  mit- 
tens  spirilum,  |  Mcmbra  hic  liquit  fralribus.  |  Artav'U 
corpus  crucibus,  |  Mente  levavift  pondère,  |  Semper 
quem  Manda  gaudio  |  Probo  conjunxit  caritas. 

L'acrostiche  ne  dépasse  pas  la  onzième  stique  et  nous 
donne  ACHIVVS  ABBA. 

L'épitaphe  de  l'abbé  Tranquillus  est  tout  ce  que  la 
Vila  primorum  abbatum  Agaunensium  nous  apprend 
à  son  égard;  on  y  trouve  une  rapide  allusion  au  chant 
des  psaumes  : 

Tranquillus  iste  mitis  sanctusque  sacerdos,  cui  claruit 
benigna  /ides  moribus  de  nomine  vila,  cum  meritis 
animani  sidéra  clara  tenent,  dum  fragilis  sœculi  tu- 
midos  évitât  honores,  vanaque  despiciens ,  domini  prse- 
cepta  secutiis,  ieiuniis  precibusque  psalmis  pemiansit 
honeslus,  et  insuper  leprosis  plus  addidit  servire  mi- 
nister;  humilis  ut  altam  possit  viam  mercari  salutis, 
cum  meritis- reddilur  mterni  régis  merces  promissa 
laborum,  praimiaquo  patent  iustis  rétribuante  Deo, 
quod  index  cœli  reelor  libralo  pondère  pensât,  lbi 
iam  probatus  gaudet  suscepta  mimera  Christi,  hono- 
ribus  ditatus  summis  possidet  cxleslia  dona,  et  cum 
vitali  redeunt  animai  cum  corpore  necti,  quandoque 
caro  recipit  surgens  post  funera  vitam,  sic  iterum  ut 
nova  rursus  ulanlur  sanguine  membra,  tune  rulilo 
décore  terris  regressus  lumine  fulgit.  LXXXVI  post 
vitsi  annum  corpore  requiescit  Agauno.  Obiil  pridie 
Idus  Deccmbris5. 

Une  autre  épitaphe  a  été  rendue  par  les  fouilles 
de  1894,  c'est  celle  de  Vultcherius,  évoque  de  Sion  et 
abbé  d'Agaune,  mort  en  875.  Elle  contient  deux  accla- 
mations dignes  d'intérêt  (fig.  191)  : 


Wi 


N£ MSeREREANI/m/lf^frW U T  V $ 
v!TCtïESn5EDVN£'feSF5>Ef        .1 
■  :  P  R.Tf'VM  Kt  IV  ";  '  W"  QVIF^ 
v.T;^N4  DO  NAElti  ',.  ELTto  ' 


A    JWv* 


191.  —  Inscription  de  Vultchnrius. 
D'après  Nuovo  bullettino  Ai  archeologia  cristiana,  1899,  p.  182. 

D(omi)ne  miserere   animée  famuli   lu(i)    Vultcherii 
Sedunc(n)sis  ep[i....]  a[bb(atis)]  qui  obiit  Vil  kl.  juni. 

christlichen  Inschrlften  der  Scliweiz  von  4.-9.  Jahrhundert, 
dans  Mittheilungen  der  antiquarischen  Gesellschaft  fur  vater- 
làndische  Alterthùmer,  1895,  t.  xxiv,  p.  11,  n.  6;  Ch.  de  Smedt, 
Vita  primorum  abbatum  Agaunensium,  n.  XIII,  dans  Acta 
sanct.,  novemb.  1. 1,  n-fol.,  Bruxelles,  1887,  p.  555.  —  °E.  Egli, Die 
christlichen  Inschriften,  dans  Mittheil.  der  antiquar.  Gesellsch. 
fur  vaterliindische  Alterthùmer,  1895,  t.  xxiv,  p.  13,  n.  7;  Ch. 
de  Smedt,  loc.  cit.,  dans  Acta  sanct.,  novemb.  t.  i,  1887,  p.  554. 

I.  -  2& 


867 


AGAUNE 


Requie(m)  eterna(m)  dona  ci  D(onu)ne  et  lux  perpé- 
tua) luceat  et.  Amen1. 

V.  La  châsse  mérovingienne  du  trésor.  —  La  châsse 
décorée  de  verroteries  cloisonnées  faisant  partie  du  trésor 
de  Saint-Maurice  est  un  des  morceaux  les  plus  précieux 
et  les  mieux  conservés  de  l'orfèvrerie  mérovingienne2 
(tig.  192).  Voici  ses  dimensions  : 

Mètre. 

Longueur 0,185 

Largeur  (dans  le  sens  d'épaisseur)  .  0,065 
Hauteur  totale,   du  bas  au  sommet 

du  cylindre 0,125 

Hauteur  de  la  partie  carrée 0,078 

Hauteur  de  la   partie  formant    toit 

jusqu'à  la  naissance  du  cylindre.  0,045 

Diamètre  du  cylindre 0,011 


«  camée  »  et  l'inscription  qui  méritent  notre  attention. 
Le  «  camée  »  n'en  est  pas  un,  c'est  un  simple  médaillon 
en  «  verre  filé  »  dont  voici  les  dimensions  : 

Mètre. 

Hauteur 0,036 

Largeur 0,026 

«  Sa  technique,  dit  M.  de  Mély  *,  est  des  plus  curieuses  ; 
j'ai  longuement  étudié  son  faire  et  je  crois  pouvoir  expli- 
quer comment  il  a  été  exécuté.  Ce  n'est  pas  une  pâte  de 
verre,  mais  du  verre  filé,  je  ne  saurais  trop  insister  sur 
ce  point.  Les  pâtes  de  verre  n'ont  rien  de  rare;  Millin 
nous  parle  des  camées  que  les  anciens  réussissaient  à 
imiter  par  l'application  de  deux  verres  de  couleur  et 
d'épaisseur  différentes,  auxquels  ils  faisaient  prendre  un 
commencement  de  fusion.  L'empreinte  surmoulée   en 


^^^^^^^t^S^^^^l^^^gSa^g^^g^jj 


192.  —  Châsse  mérovingienne  du  trésor  de  Saint-Maurice;  face  antérieure. 
D'après  une  photographie. 


Les  faces  antérieures  sont  entièrement  couvertes  de 
Verroteries  et  de  pâtes  de  verre  cloisonnées;  sur  ce  fond 
décoratif  on  a  serti  des  chatons  dans  lesquels  sont  logées 
des  pierres  précieuses  unies  ou  gravées  et  des  perles 
fines.  Les  f.ices  postérieures  et  Le  dessous  du  coffret  sont 
en  or  couvert  de  filigrane.  Les  planches  que  nous  don- 
nons de  ce  remarquable  objet  suppléeront  avec  avantage 
à  une  description.  La  face  postérieure  offre  une  inscrip- 
tion dont  chaque  lettre  est  enfermée  dans  un  des  carrés 
formés  par  le  filigrane,  l'inscription  est  tracée  en  biais 
en  pariant  de  l'angle  droit  supérieur  de  cette  face  du 
reliquaire.  La  technique  de  ce  coll'ret  offre  plusieurs 
détails   dignes  d'intérêt  '■'■.   mais  c'est  principalement  le 

1  P.  ]  Saint- if aurice  d'Agaune   en   S  •/    ses 

fouilles,  dans  Nuovo  bull.  di  arch.  erist.,  1899,  p.  182  sq.,  195; 
le  même,  V archevêque  subit  Vultchaire  et  iption 

funéraire;  le  tombeau  de  Nitonia  Avi  fouilles  de 

Saint-Maurice,  dans  le  Congrès  scienUf.  internat,  des  i 
liques.  Art  chrétien,  in-8»,  Fribourg,  1897,  p.  -19-37  ;  .Télic  croit 
cette  (lierre  de  la  lin  du  \nr  siècle  on  du  commencement  du 
i\"  giècli  i  ■  très  cientif.  internat,  des  cathol.,  p  8;  J.  Mi- 
chel, Les  fouilles  sur  l'emplacement  des  anciennes  basiliques 
de  Saint-Maurice,  in-8",  Fribourg,  lS'.)7:le  même.  I 
ti.'"    à  PhiStoire  de  l'abbaye  de  Saint-Maurice,  ln-8 


verre  d'une  couleur  était  ensuit  au  moufle,  sur 

une  petite  plaque  de  verre  d'une  autre  couleur.  Ici  rien 
de  pareil,  excepté  peut-être  l'aspect,  et  encore,  c'est  en 
l'examinant  de  bien  près  que  j'ai  pu  découvrir  la  diffé- 
rence d'exécution.  L'artiste,  car  il  n'y  a  pas  à  nier  que 
nous  no  soyons  en  présence  d'une  réelle  œuvre  d'art,  a 
commencé  par  étendre  sur  la  petite  plaque  de  verre  noir 
qui  lui  servait  île  fond  une  couche  de  verre  opalin,  fondai 
la  lampe,  indiquant  avec  de  grossiers  reliels  la  forme  de 
la  tète,  moins  le  nez.  la  bouche  et  le  menton,  il  a  ensuite 
préparé  les  cheveux  et  les  plis  grossiers  du  vêtement. 
Sur  cette  première  opération  il  a  dirigé  le  feu  de  sa 
lampe  qui  a  glacé  le  verre  opalin  seulement,  laissant  en 

1 1  oiœher  de  Fabbaye  de  Saint-Maurice  d'.\- 
gaune,  ln-8*,  Frtbonrg,  1900.  — *F.  de  Lasteyrie,  Mémoires  de 

C.    des    anliq.   de  France,  t.  XXVI,    p.  70;   Ch.  de   Linas, 

rcrie  mérovingienne,  l.cs  œuvres  de 
verroterie  cloisonnée,  in-S*.  Paris,  1864;  K.  Aubert.  Trésor  de 
l'abbaijedc  Saint-Maurice  d'Agaune, in-i', Paris,  1872, p.  141  sq  , 
pi.  xi-mi.  xm-xiv:  F.  de  Mély,  Visite  aux  trésors  de  Saint- 
Maurice  d'Agaune  et  de  Sion,  dans  le  Bull.  arch.  du  Cotnitc 
trav.  hist.,  1890,  p.  375-392.  —  3Cf.   E.  Aubert,  loc.  cit^ 

i    —  *F.  de  Mély,  loc.  cit.,  dans  le  Uull.  arch.  du  C 

a  trav.    hist.,  1890,  p.  880. 


869 


AGAUNE 


870 


place  tous  les  reliefs,  mais  en  amollissant  inégalement 
par  des  intensités  de  chaleur  volontaires  ces  détails  de 
second  plan.  Soudant  alors  un  filet  de  verre  au  front,  il 
a  d'un  fil  dessiné  le  nez  et  la  bouche,  figuré  l'œil  d'un 
point,  d'un  autre  point  marqué  le  menton,  tracé  les 
cheveux  du  chignon  dont  les  détails  sont  moins  flous  que 
ceux  du  sommet  de  la  tête.  Un  nouveau  coup  de  lampe, 
moins  violent  que  le  premier,  a  de  nouveau  soudé,  aplati 
et  parfondu  tou'es  ces  parties  nouvelles,  mais  en  leur 
laissant  déjà  un  certain  relief;  enlin  d'un  filet  de  verre 
soudé  au  sommet  du  front  H  a  tracé  le  contour  d'une 
coiffure,  qu'un  léger  coup  de  feu  a  fixé,  sans  modifier  la 
forme  du  boudin  du  filet.  C'est  ce  dernier  détail  qui  a 
tout  d'abord  attiré  mon  attention  :  une  pierre  gravée 
n'aurait  pas  eu  de  ces  creux  en  dessous,  ou  alors  l'arête 
eût  été  vive.  Pai  été  dès  lors  conduit  à  reconnaître  que  ce 


roue.  Ce  qui  sort  encore  ici  de  l'ordinaire,  c'est  que  la 
roue  du  lapidaire  n'a  rien  eu  à  faire,  le  camée  venant 
des  mains  du  verrier  est  resté  tel  que  le  feu  l'avait  glacé; 
la  meule  n'a  rien  eu  à  ébarber,  rien  à  diminuer;  le  tourèt. 
rien  à  creuser.  C'est  une  révélation  qui  pourra  peut-être 
faire  connaître  d'autres  pièces,  prises  pour  des  camées 
jusqu'à  présent,  et  montrer  sous  un  jour  nouveau  toute 
une  série  de  monuments,  compris  jusqu'ici  dans  la  glyp- 
tique et  qui  doivent  dès  lors  rentrer  dans  les  arts  du  feu. 
«  La  question  de  l'âge  de  cette  châsse  a  été  fort  dis- 
cutée :  les  documents  comparatifs  sont  rares,  les  monu- 
ments de  cette  époque  presque  introuvables.  Ce  cloison- 
nage de  verroteries  rouges  n'a  guère  de  similaire;  on 
discute  sur  l'épaisseur  des  cloisons,  sur  leur  disposition 
'curviligne,  on  veut  en  rapprocher  l'épée  et  les  fibules 
du  trésor  de  Pouan,  les  pièces  du  trésor  de  Chilpéric; 


193.  —  Châsse  mérovingienne  du  trésor  de  Saint-Maurice  ;  (ace  postérieure.' 
D'après  une  photographie. 


prétendu  camée  était  simplement  de  verre  filé  et  glacé  au 
feu,  ce  qui  est,  à  mon  sens,  beaucoup  plus  important  pour 
l'histoire  de  l'art  que  la  plus  belle  des  pierres  taillées. 
«  Ce  verre  opalin  n'est  en  résumé  autre  chose  que 
if  émail  blanc.  Mais  de  quelle  époque  date-t-il?  Certaine- 
ment le  travail  est  antique;  dès  l'origine,  il  a  été  placé 
sur  la  châsse  et  jamais  artiste  du  moyen  âge,  de  l'époque 
du  coffret,  n'aurait  produit  une  pièce  aussi  simple,  con- 
servant ainsi  un  aspect  qui  jusqu'à  ce  jour  a  trompé 
tous  ceux  qui  s'en  sont  occupés,  copie  faite,  haut  la 
main,  sans  retouches  possibles,  sans  repentirs,  d'un 
modèle  que  l'artiste  avait  devant  les  yeux.  De  ce  genre 
de  travail  je  n'ai  rencontré  qu'un  autre  exemple,  encore 
se  rapproche-t-il  bien  davantage  des  pâtes  de  verre, 
car  je  ne  puis  y  voir  que  quelques  retouches  au  filet  sur 
un  relief  de  verre  coulé  :  un  scarabée,  placé  sur  une 
momie  du  musée  Bernard  de  Lyon,  qui  me  parait  à 
certains  points  de  vue  l'ancêtre  du  camée  de  la  châsse 
mérovingienne  de  Saint-Maurice,  avec  cette  différence 
essentielle  cependant,  que  le  scarabée  ne  porte  aucune 
trace  d'art  en  lui-même,  puisqu'il  peut  se  reproduire  à 
l'infini  dans  le  moule  qui  a  été  coulé,  tandis  que  le  ca- 
mée est  une  œuvre  unique,  œuvre  d'un  arlisie  assis  devant 
sa  lampe  comme  le  graveur  en  pierres  fines  devant  sa 


le  doute  continue  à  régner.  Les  remarques  de  M.  d'Arbois 
de  Jubainville,  lues  aux  Antiquaires  de  France  en  1872, 
sont  certainement  la  note  la  plus  exacte  qui  ait  encore 
été  donnée  sur  l'inscription  qu'elle  porte  ',  et  que  voici  : 

T  £ 
V   D   E   R    I 
C  V   S   P  R  e    S 
B    I    T  €   R    .     I    NHO 
NVRÊS    .CI    M  A  V 
R    I    C    I     I    F    I    £  R    I 
IV    S    S    I    T    .    A  M  £  N 
N    O     RDOALAVS 
£  T    RI    H  L    .     INDIS 


ORDENARVNT 


FA    B     R    I    C  A  R  € 

V     N      .    D    I    H  O 

C     T     G    L    L  O 

F      I    C    £  R 

V    N  T 

«  Teudericvs  presbiler  in  honure  sci  Mawicii  fien 

'  D'Arbois  de  Jubainville,  dans  le  Bull,  de  la  Soc.  des  antiq. 
de  France,  1872,  t.  xxxm,  p.  103;. 


871 


AGAUNE   —   AGDE    (CONCILE   D'1 


872 


jussit.    Amen.    Nordoalaus    et    RUilindis    ordenarunt 
fabricare.  Uncliho  et  Ello  ficerunt  ' . 

«  La  compétence  de  M.  d'Arbois  de  Jubainville,  la  pré- 
cision de  son  étude,  la  rendent  impossible  à  résumer  et 
nous  font  un  devoir  de  la  reproduire  intégralement  : 

«  M.  Aubert  donne  la  description  détaillée  d'une 
châsse2  dont  l'inscription  avait  déjà  été  publiée  par 
M.  Le  Blant  ».  MM.  de  Lasteyrie  et  de  Linas,  dit  M.  Aubert, 
sont  unanimes  pour  fixer  à  l'époque  mérovingienne  la 
date  de  ce  monument.  Il  est,  je  crois,  possible  de  pré- 
ciser davantage.  Déjà  M.  'Wackernagel,  dans  l'Histoire 
du  ruyannie  des  Burgondes1'  de  M.  Bindig,  p.  343,  a 
affirmé  que  celte  châsse  était  postérieure  à  la  chute  du 
royaume  des  Burgondes.  Deux  des  qualre  noms  propres, 
d'origine  germanique,  contenus  dans  l'inscription,  pré- 
sentent un  caractère  qui  permet  de  leur  assigner  une 
date  relativement  récente  :  Rih-lindis,  L'ndiho.  Ces 
deux  noms  supposent  des  formes  plus  anciennes,  Rico- 
lindis,  Undico.  Le  c  de  Rico-lindis  et  d'Undico  s'est 
changé  en  ch  =  h,  vers  la  fin  de  la  période  mérovin- 
gienne. Dans  cinq  diplômes  originaux  des  années  710 
et  717,  le  nom  du  roi  Chilpéric  II  est  écrit  Chilperichvs 
au  lieu  de  Chilpericus  5.  Dans  une  inscription  de  Bevel- 
Tourtan,  le  hom  propre  A dica,  ou  mieux  Athica,  se  ter- 
mine par  le  même  suffixe  que  Vndiho  et  ce  suffixe  con- 
serve encore  la  gutturale  sourde  du  germanique  primitif0. 
L'inscription  de  Bevel-Tourtan  est  datée  de  563.  A  cette 
date,  la  substitution  de  la  spirante  ch,  h,  à  l'explosive  c, 
n'était  pas  encore  accomplie.  L'inscription  de  la  châsse 
de  Saint-Maurice  parait  donc  postérieure  à  563. 

«  Un  autre  nom  germanique  qui,  dans  celte  inscription, 
n'a  pas  un  caractère  archaïque,  c'est  Nordoalaus,  nom 
composé,  dont  le  second  terme  nous  semble  avoir  déjà 
perdu  deux  consonnes.  On  a  dû  dire  d'abord  Nordo- 
valahus.  Le  v  du  second  terme  a  été  conservé  par  Fré- 
ilégaire,  dans  le  nom  propre  Aeno-valavs' .  Ce  second 
terme  parait  identique  au  vieux  haut-allemand  :  Walah, 
étranger;  No?yJoalaus,  pour  Nordo- Valahtn,  signifierait 
<  étranger  venant  du  Nord  ».  Mais  les  formes  latines 
n'ont  pas  subi  l'influence  de  la  réforme  grammaticale 
imposée  par  Charlemagne  :  honure,  ficerunt,  appar- 
liennent  à  la  langue  du  VIIe  ou  du  vme  siècle.  » 

«  Nous  n'ajouterons,  pour  notre  part,  reprend  M.  de 
Mely,  qu'un  mot  à  cette  savante  dissertation,  c'est  que 
lout  à  côté,  à  Sion,  se  trouve  une  petite  châsse,  celle  de 
saint  Althée;  elle  ost  datée  de  7S0.  On  y  lit  le  mot  honore 
au  lieu  de  honure;  la  châsse  de  Saint-Maurice  est  donc 
plus  ancienne,  soit  du  vne  ou  du  VHI"  siècle.  Le  lieu 
d'origine  soulève  moins  de  difficultés;  tout  le  monde 
jusqu'à  présent  s'accorde  à  lui  reconnaître  une  origine 
hurgundo-germanique.  » 

VI.  Liturgie.  Voir  Iïobuio  (Sacramentaire  ije)8. 

H.  Leclercq. 

AGDE  (Concile  d').  —  I.  Date,  circonstances,  ob- 


jet. II.  Le  concile  d'Agde,  la   liturgie  gallicane   et  les 
mœurs  chrétiennes.  III.  Bibliographie. 

I.  Date,  circonstances,  objet.  —  Agde,  Agatha, civil as 
Agathensium,  urbs  Agathse,  ou  Agathensis,  chef-lieu  de 
pagus9,  cité  importante  de  la  Gaule  Narbonnaise,  par  sa 
situation  et  son  commerce,  semble  n'avoir  eu  un  évêque 
qu'assez  tard.  Le  premier  du  moins  dont  on  puisse  consta- 
ter, d'après  un  document  absolument  authentique,  l'exis- 
tence et  le  nom  est  Sophronius,  celui-là  même  sous  lequel 
se  tint  le  concile 10.  Mais,  ajoute  justement  M.  Longnon,  on 
peut  tirer  de  la  vie  de  saint  Sévère  la  preuve  que  Sophro- 
nius avait  eu  pour  le  moins  un  prédécesseur,  Beticus". 
Le  concile  qui  s'y  tinten  506,  peut  être  considéré  comme 
un  grand  événement  religieux  et  politique.  Après  une 
persécution  arienne,  Alaric  II,  roi  des  Visigoths  du  midi 
de  la  Gaule,  effrayé  par  la  conversion  de  Clovis  et  par  les 
progrès  de  l'idée  catholique  dans  ses  États,  sentit  le  besoin 
de  revenir  à  une  politique  plus  conciliante.  Il  autorisa 
donc  ce  concile  qui  avait  pour  but,  après  de  longues  crises, 
de  réorganiser  la  vie  religieuse  dans  le  royaume  visigoth. 

Il  eut  pour  président  le  fameux  évêque  d'Arles  saint 
Césaire  à  qui  revient,  d'après  Malnory,  l'honneur  de 
l'avoir  convoqué  '  -  ;  tous  les  évêques  du  royaume,  au 
nombre  de  vingt-quatre,  et  dix  prêtres  délégués  s'y  trou- 
vèrent réunis.  A  ce  point  de  vue  le  concile  d'Agde  a 
de  frappantes  analogies  avec  celui  d'Orléans  en  511 1:1. 
Mais  on  aurait  tort  d'y  voir  avec  Fauriel  la  préface  d'une 
conspiration  politique  avec  le  secret  dessein  chez  les 
évêques  d'appeler  Clovis  à  la  conquête  du  royaume 
d'Alaric14.  Bien  dans  les  textes  ne  justifie  une  pareille 
supposition,  encore  que  la  conduite  d'Alaric  dans  les  an- 
nées précédentes  ait  rendu  trop  naturelles  les  préférences 
des  catholiques  du  sud  de  la  Gaule.  On  a  pensé  que  la 
grande  fondation  monastique  de  saint  Sévère  à  Agde  ex- 
pliquait le  choix  de  cette  ville  comme  siège  du  concile; 
la  supposition  n'a  rien  que  de  vraisemblable,  encore  que 
l'importance  de  la  cité  au  sein  des  États  d'Alaric  eût  pu 
suffire  à  déterminer  ce  choix  lr'.  D'après  Malnory,  qui  ne 
parait  pas  tenir  compte  de  la  dissertation  de  E.  Thomas 
que  nous  citons,  ce  choix  aurait  été  dicté  par  la  posi- 
tion intermédiaire  d'Agde  entre  les  pays  arlésien  et 
aquitain,  les  Pères  s'y  trouvant  à  l'abri  de  la  surveillance 
des  ariens  l0.  Dans  tous  les  cas,  saint  Césaire  en  lut  l'âme 
et  le  concile  s'inspira  de  ce  que  l'abbé  Malnory  appelle 
«  la  discipline  artésienne  »  déjà  condensée  dans  les 
statuts1''.  Le  nom  de  quelques-uns  des  signataires  qui 
siégèrent  à  côté  de  Césaire  est  une  nouvelle  preuve  de 
l'importance  du  concile  et  un  précieux  indice  du  grou- 
pement géographique  et  ecclésiastique;  nous  Tie  citerons 
que  les  métropolitains  de  Bordeaux,  de  Bourges,  les 
évêques  de  Toulouse,  d'Agde,  de  Nîmes,  de  Rodez, 
d'Albi,  de  Cahors,  d'Aix,  d'Auch,  de  Lescar,  d'Oléron. 
de  Lodèvc,  de  Périgueux,  les  délégués  des  évêqui 
Narbonne,  de  Fréjus,  de  Tours,  etc. ,s.  Le  concile  régla 


1  F.  de  Lasteyrie,  Description  du  trésor  de  Guarrazar,  accom-    , 
pagnée  de  recherches  sur  toutes  les  questions  archcolugiques 
qui  s'y   rattachent,    in-4",   Paris,   1860,  p.   30,  104;  le  même,    , 
dans  les  Mémoires  de  la  Société  des  antiquaires  de  France, 
1859,  t.  XXVI,  p.  76;  Ch.  de  Linas,  Orfèvrerie  mérovingienne. 
Les  œuvres  de  saint  Élut  et  la  verroterie  cloisonnée,  in-8\ 
Paris,  1864,  p.   104,  105  ;'  E.  Le   Blant,  Recueil   des  inscript, 
chrét.   de   la  Gaule    antérieures  au  vur  siècle,  in-4°,  Paris, 
1856-1865,   t.    h,  p.  580,  n.  684,  pi.  xci,   n.  542;  E.   Egli,   Die 
christlichen  Inschriften  der  Schweiz,  dans  Mittheilungen  der 
u>,tiquarischen  Gcsellschaft,  1895,  t.  XXTV,  p.  li,  n.  S.  —  *E.  Au- 
bert, dans  les  Mémoires  de  la  Suc.  des  nntiq.  de  France,  1871,    • 
t.  xxxn,  D.   33  sq.  Ce  mémoire  est  antérieur  à   la  publication 
d'ensemble  dont  le  titre  a  été  donné  col.  868,  note  2.  —  s  Cf.  note  1. 
—  *E.  Binding,  Das  burgundisch-romanischc  KSnigreich  von    i 
443-55?,  in-4-,  Leipzig,  1868,  p.  343.  —  SJ.  Tardif,  Monument» 
historiques,  in-8°,  Paris,  1866,  n.  46-50.  —  "E.  Le  Blant,  op.  cit., 
t.    n,  p.   150,  n.  466  a.   Cf.  C.   Binding,    op.   cit.,  p.  348.  — 
'  D.  Bouquet,  Recueil  des  historiens  des  Gaules,  in-lol.,  Paris, 
1731),  t.  n,  p.  466.  —  "Cf.  A.  Gastouë,  Un  rituel  de  la  province 


de  Milan  du  a"  Siècle,  dan-    I  iregorUmo,  190;>,  t.  II, 

p.  246  sq.,  304  sq.  ;  Paléographie  musicale,  in-4  1896. 

t.  v,  p.  lo4,  160  sq.;  L.  Ducliesne,  Origines  du  culte  chrétien. 
in-8",  Paris.   1898,  p.  151.  —  9Cf.   Longnon,  Atlas  historique 
de  la    France,  in-4',    Paris,  1885.  p.  163.  —  ,0  M''  Ducliesne. 
Les  fastes  épiscopaux,  in-8«,  Paris,  1894,  t.  i,  p.  306.  --  •«  Lon- 
gnon, Géogr.  de  la  Gaule  au  \r  siècle,  in-4-,  1'  .  609. 
—  "Saint  Césaire  d'Arles,  in-8-,  Paris,  1894,  p.  62  sq.  —  '  I 
Kurth,  Cluvis,  2"  édition,  in-8-,  1901,  t.  II,  p.  54.  135.  Ct.  Arnold, 
Csesarius  von  Arelate,  p.  231,   note    736;    Malnory,  op.  cit., 
p.  114.  qui  présente  sur  quelques  poinU  des  divergences  d  B]  pré- 
dation avec  Kurth,  Clovis,  loc.  cit.,  p.  138.  —  "  l'ainkl.  Hist. 
de   la   Gaule   méridionale,    in-8-,   Taris,    1836,  t.  II,  p.  53.  — 
,SE.  Thomas,  Le  concile  d'Agde  en  506,  dans  les  Mémoire*  *  la 
Soc.  archéol,  de  Montpellier,  1854,  t  m,  p.  643;  tirage  a  part, 
in-4\  1854,  44  p.  —  "Loc.  cit.,  p.  67.  —  "Malnory,  op 
p.  62  sq.  —  "Simiond,   Concilia  Galiuc.   t.   I,   p.   170;   Mansi. 
Concilia,  t.  vm,  col.  319,  333  et  340;  Héfélc,  Hist.  il  - 
(trad.  Delarc),  t.  m,  p.  254.  Dom  Ceillier,  Hist.  des  auteurs 80 
2-  éd.,  1861,   t.   X,   p.  "36,  parle  à  tort  de  quatre-vingt-quatre. 


873 


AGDE   (CONCILE    D') 


874 


plusieurs  questions  sur  la  conduite  des  clercs,  leur  or- 
dination, l'excommunication,  les  biens  d'Eglise,  les  af- 
franchissements, la  pénitence  publique,  la  discipline 
monastique  et  la  liturgie.  Il  compte  en  réalité  quarante- 
sept  canons  authentiques,  quoiqu'on  lui  en  attribue  par- 
fois un  plus  grand  nombre  '.  Plusieurs  ont  passé  dans  le 
Corpus  juris  au  moyen  âge.  Laissant  de  côté  tout  ce  qui 
touche  au  droit  canon  ou  à  la  discipline  proprement  dite, 
nous  ne  nous  arrêterons  qu'aux  règlements  qui  présen- 
tent un  réel  intérêt  pour  la  liturgie  ou  l'histoire  des  an- 
tiquités chrétiennes. 

II.  Le  concile  d'Agde,  la  liturgie  gallicane  et  les 
mœurs  chrétiennes.  —  Le  deuxième  et  le  cinquième 
canons  condamnent  les  clercs  désobéissants  ou  voleurs  à 
la  communio  peregrina.  Les  archéologues,  les  litur- 
gistes,  les  canonistes  et  même  les  théologiens  ont  discuté 
longtemps  sur  le  sens  de  ce  terme,  déjà  employé  par  le 
concile  de  Riez  en  439  et  qui  le  sera  encore  au  concile 
de  Lérida  en  524.  Quelques-uns,  comme  Binius,  l'ont 
confondu  à  tort  avec  la  communia  laïca  -.  Marc-Antoine 
de  Dorninis,  dans  une  dissertation  :  Ad  canones  2  et  5 
concilii  Agathensis  et  itllimam  Llerdensis,  de  commu- 
nione  peregrina,  in-4°,  Parisiis,  1645,  croit  qu'il 
s'agit  ici  de  la  communion  donnée  après  tout  le  clergé, 
mais  avant  les  laïques.  Bellarmin  vivement  combattu  sur 
ce  point  par  Bona3,  et  quelques  autres  théologiens  avec 
lui,  ont  voulu  y  voir  la  communion  sous  une  seule  espèce, 
et  un  argument  en  faveur  de  la  pratique  actuelle;  pour 
d'autres,  il  s'agit  là  de  la  communion  retardée  jusqu'à 
l'heure  de  la  mort;  on  pourra  voir  dans  la  dissertation 
de  Bingham  le  résumé  de  quelques  opinions  aussi  extra- 
vagantes*. Ce  dernier,  qui  ne  fait  que  reprendre  la  thèse 
d'Albaspinœus,  de  Bona,  de  Sirmond,  de  Schlestratc,  de 
Petau  et  d'autres  archéologues  5.  nous  dit  qu'il  ne  faut  pas 
entendre  par  ce  terme  la  participation  à  l'eucharistie,  dont 
ces  clercs  étaient  privés  par  le  fait  de  leurs  fautes,  mais 
la  participation  ou  communio  aux  charités  et  aux  secours 
de  l'Église,  comme  on  les  accordait  aux  étrangers  pere- 
grini,  qui,  n'ayant  pas  de  lettres  de  recommandation, 
n'étaient  pas  admis  à  l'eucharistie,  mais  recevaient  les  re- 
cours dont  ils  avaient  besoin.  Voir  Litterte  cojimenda- 
titi/E.  Ce  sens  est  assez  généralement  adopté  aujourd'hui. 

Le  canon  12e  prescrit  le  jeune  tous  les  jours  pendant 
le  carême  y  compris  le  samedi,  et  à  la  seule  exception 
du  dimanche.  La  discipline  du  jeûne  pendant  le  carême 
a  varié  beaucoup  depuis  l'origine.  Au  VIe  siècle  on  était 
arrivé  à  peu  près  généralement  en  Occident  à  admettre 
quarante  jours  de  carême,  ce  qui  ne  signifiait  pas  tou- 
jours quarante  jours  de  jeûne,  et  dans  certaines  pro- 
vinces le  samedi,  aussi  bien  que  le  dimanche,  bénéficiait 
d'une  exception  comme  en  Orient,  soit  par  suite  des 
anciens  privilèges  du  jour  du  sabbat  dont  on  trouve  la 
trace  dans  la  liturgie  jusqu'au  VIe  ou  au  vu0  siècle,  soit 
à  cause  de  la  solennité  du  dimanche  qui  remontait  jus- 

'  Mansi,  t.  vm,  col.  337,  338.  —  «  Binius,  Notœ  ad  Concil. 
Llerdcnse,  dans  Labbe,  Concilia,  t.  IV,  col.  1617.  —  3  Rerum 
liturgicarum,  1.  II,  c.  xix,  n.  5.  —  *  The  Works  of  J.  Bingham, 
Oxford,  1855,  t.  II,  p.  108;  t.  v,  p.  408,  et  surtout  t.  VH,  p.  21-32, 
Of  the  punishment  called  communio  peregrina.  —'Voyez  la 
dissertation  de  Bingham,  et  la  bibliographie,  et  aussi  notre  article 
Communio  peregrina.  Cf.  Hétélé,  Hist.  des  Conciles,  trad. 
Delarc,  t.  III,  p.  255,  313.  —  »  Thomassin,  Traité  des  fûtes,  1697, 
p.  310  sq.  ;  dom  I.  de  l'Isle,  Hist.  dogmatique  et  morale  du 
jeune,  1741,  1.  II;  Linsemayr,  Kirchl.  Fasten  Disciplin,  1878. 
Cf.  les  arti:les  Carême  et  Samedi.  —  '  Ordo  Romanus  vu, 
P.  L.,  t.  Lxxvm,  col.  996-997;  Sacramentaire  gélasien, 
I,  35,  dans  Thomasi-Vezzosi,  Opéra,  t.  vi,  p.  44.  —  8  S.  Ambroise, 
Epist.,  XX,  P.  L.,  t.  xvi,  col.  103.  Ce  témoignage,  quoique 
certain,  paraissait  bien  un  peu  isolé,  mais  la  découverte  de  dom 
Germain  Morin  nous  permet  d'ajouter  à  saint  Ambroise  l'évan- 
gcliaire  d'Aquilée,  étroitement  apparenté  à  l'ambrosien  et  qui  a  la 
traditio  symboli,  au  dimanche  des  Bameaux,  L'Évangéliaire 
d'Aquilée,  dans  la  Revue  bénédictine,  1902,  p.  1  sq.  —«Cf.  Sa- 
crament.  de  Bergame,  K"  siècle,  dans  Auclarium  Solesm., 


qu'au  samedi.  Le  concile  réduit  le  samedi  au  rang  des 
autres  jours  de  la  semaine6. 

Le  13e  est  ainsi  conçu  :  Symbolum  etiam  placuit  ab 
omnibus  ecclesiis  una  die,  id  est  ante  oclo  dies  (var. 
oclavo  die  ante)  dominiese  resurreclionis,  publiée  in 
ecclesia  competentibus  tradi.  Cette  traditio  symboli 
lait  partie,  comme  on  sait,  de  la  discipline  du  catéchu- 
ménat  et  c'est  un  rite  important  dans  la  classification 
des  diverses  liturgies.  A  Rome  la  cérémonie  s'accom- 
plissait dans  la  semaine  qui  précédait  le  quatrième  di- 
manche de  carême7,  mais  à  Milan  c'était  d'abord  le 
dimanche  des  Rameaux  8,  plus  tard  ce  fut  le  samedi  avant 
ce  dimanche9  ;  chez  les  Mozarabes,  c'est  aussi  le  même 
dimanche10.  Le  concile  d'Agde,  en  fixant  le  dimanche  des 
Rameaux  pour  ce  rite,  reste  donc  dans  la  tradition  galli- 
cane dont  on  retrouve  encore  des  témoins  dans  saint  Ger- 
main de  Paris,  dans  le  sacramentaire  de  Bobbio,  dans  le 
Missalc  Gallicanum  vêtus,  dans  le  Missale  Gothicum  u . 

On  peut  se  demander  aussi  de  quel  symbole  il  s'agit 
dans  ce  canon,  celui  des  apôtres  ou  celui  de  Nicée?  Il 
est  incontestable  que  dans  toute  l'antiquité  c'est  le  sym- 
bole des  apôtres  qu'il  faut  entendre  sous  ces  termes  de 
traditio  symboli,  mais  au  commencement  du  W>  siècle 
la  question  peut  être  discutée.  Dom  de  Puniet,  dans  un 
savant  article  sur  La  liturgie  baptismale  en  Gaule 
avant  Charlemagne  12,  se  demande  à  propos  du  baptême 
de  Clovis  si  les  termes  employés  par  Grégoire  de  Tours 
pour  le  baptême  de  Clovis,  sacerdos...  cœpil  ei  insi- 
ratare  Deum  rerum  factorem  cseli  et  [ac]  terras  crede- 
rcln,  ne  rappelleraient  pas  plutôt  le  symbole  de  Nicée 
que  celui  des  apôtres.  Mais  il  semble  cependant  qu'en 
Gaule  au  moins,  le  symbole  de  Nicée  ne  remplaça  pour 
la  traditio  symboli  le  symbole  des  apôtres  d'une  façon 
un  peu  générale,  que  vers  le  vil"  ou  même  le  vm'  siècle, 
époque  postérieure  à  notre  concile14. 

Le  14e  a  trait  à  la  consécration  des  autels  et  s'exprime 
ainsi  :  Altaria  placuit  non  solum  unelione  chrismatis, 
sed  etiam  sacerdotali  benedictione  sacrari.  Ce  canon 
témoigne  d'un  rituel  très  rudimentaire  pour  la  consé- 
cration de  l'autel,  une  onction  du  chrême  et  la  bénédic- 
tion du  prêtre,  et  encore  semble-t-il  insinuer  que  jusque- 
là  on  se  contentait  parfois  de  la  seule  onction  du  chrême, 
mais  il  faut  constater  aussi  que  ce  canon  est  très  galli- 
can, car  la  liturgie  romaine  ne  connaîtra  que  bien  plus 
tard  la  cérémonie  du  chrême  dans  la  dédicace.  Le  texte 
suivant  de  Grégoire  de  Tours  est  d'accord  avec  le  canon 
du  concile  :  l'évèque  vient  le  matin  sanctifier  l'autel, 
Mane  vero  venientes  ad  cellulam,  allare  quod  erexe- 
ramus,  sanctificavimus  13.  Dans  la  dédicace  gallicane 
telle  qu'on  peut  la  reconstituer  par  des  livres  gallicans 
d'époque  un  peu  postérieure  (commentaire  de  Rerriy 
d'Auxerre,  ixe  siècle16,  Ordo  de  Vérone,  sacramentaire 
d'Angoulèrae,  fin  du  vme  siècle,  sacramentaire  de  Gel- 
lone,  même  époque,  Missale  Francorum),  la  cérémonie 

in-4°,  s.  1.  n.  d.,  p.  57;  Sacrament.  de  Biasca,  toi.  103.  Cf.  Ebner, 
Quellen  d.  Missale  Romanum,  1896,  p.  74;  Antiphon.  ambro- 
sien  (Londres,  British  Mus.,  add.  34  209,  foi.  218);  cf.  Paleogr. 
music,  t.  v.  —  "Cf.  Duchesne,  Origines  du  culte,  2*  édit.,  in-8", 
p.  307,  notel.  —  "S.  Germain,  Epist.  il,  P.  L.,  t.  lxxh,  col.  96; 
Sacram.  Bobiense,  Missale  Gallicanum  velus,  Missale  Gothi- 
cum, P.  L.,  t.  lxxii,  col.  487,  348,  263.  —  "Revue  des  questions 
Itistoriques,  oct.  1902,  p.  382  sq.  —  ,3Histor.  Francor.,  1.  II, 
c.  xxxi,  dans  Monumenta  Germanise,  Scriptores,  1883,  t.  r, 
p.  92,  93.  —  u  II  est  vrai  qu'en  Espagne  l'usage  du  symbole  de 
Nicée  serait  constaté,  d'après  Harnack,  dès  le  VIe  siècle,  mais 
Kattenbusch  le  conteste,  Das  apostolische  Symbol,  t.  Il,  p.  802; 
cf.  p.  296  sq.  et  t.  1,  p.  55,  note  4.  L'influence  des  usages  espa- 
gnols sur  le  concile  d  Agde  ne  parait  pas  prouvée,  au  moins  eu 
matière  liturgique.  Cf.  sur  cette  question  dom  de  Puniet,  La  litur- 
gie baptismale  en  Gaula,  dans  la  Rev.  des  quest.  hist.,  oct.  1902, 
p.  387  sq.  —  <5  De  glor.  Confess.,  c.  xx,  P.  L.,  t.  lxxi,  col.  842. 
—  «  Mercati  a  démontré  depuis  que  ce  prétendu  Bemy  d'Auxerre 
est  de  l'Yves  de  Chartres  tout  pur,  et  par  suite  du  xsi1  siècle.  Sturli 
e  testi,  c.  vu,  Antiohe  reliquie  êéturgiche,  Borne,  1902,  p.  9.    ' 


875 


AGDE    (CONCILE   Dv 


876 


est  déjà  plus  développée  '  ;  on  y  asperge  d'eau  bénite 
l'autel,  on  l'oint  d'huile  bénite,  on  y  fait  brûler  l'encens, 
mais  l'onction  de  l'autel  avec  le  chrême  et  la  bénédic- 
tion de  l'évèque  demeurent  bien  les  deux  rites  essentiels. 
La  prière  de  l'évèque  répond  aux  termes  sacerdotali 
benedictione  sacrari  du  canon  :  Bei  Patins  omnipoten- 
tes, dit  l'oraison  gallicane,  misericordiam  dilectissimi 
fratres,  deprecemur  ;  ut  hoc  altarium  sacrifions  spiri- 
tualibus  consecrandum,  vocis  nostrse  exorandus  officio 
prsesenti  benedictione  sanclificet ;  ut  ineo  semper  obla- 
tiones  famulorum  suorum  studio  suse  devotionis  impo- 
sitas  benedicere  et  sanctificare  dignetur,  etc. 2. 

Le  21e  canon  contient  un  règlement  pour  les  chapelles 
de  campagne  :  Si  quis  etiam  extra  parochias,  in  quibus 
legitimus  est  et  ordinarius  conventus,  oratorium  in 
agro  habere  voluerit;  reliquis  festivitatibus,  ut  ibi 
missas  teneal  propter  fatigationem  familise,  justa  or- 
dinatione  permit limus  :  Pascfia  vero,  natale  Bomini, 
epiphania,  ascensionem  Bomini,  pentecostem  et  nata- 
lem  S.  Joannis  Eaptistse,  vel  si  qui  maximi  dies  in 
festivitatibus  habenlur,  non  nisi  in  civitalibus  aut  in 
parochiis  teneant.  Clerici  vero,  si  qui  in  festivitatibus, 
quas  supra  diximus,  in  oratoriis,  nisi  jubente  aut  per- 
mittente  episcopo,  missas  facereaut  tenere  voluerint,  a 
communione  pellantur.  Ce  règlement  fixe  les  fêtes  prin- 
cipales observées  à  cette  date  dans  l'Église  gallicane  ;  il 
montre  la  sollicitude  des  évèques  à  maintenir  le  privilège 
de  l'église  de  la  cité  et  de  l'église  paroissiale  3.  Le  terme 
missas  tenere  aut  facere  courant  à  cette  époque  sera 
expliqué  à  p.opos  du  canon  suivant. 

Ce  canon,  le  30e,  est  surtout  intéressant  au  point  de 
vue  du  cursus  gallicanus  :  Et  quia  convenit  ordinem 
ccclesise  ab  omnibus  sequaliter  custodiri,  disent  les 
Pères,  studendum  est  ut  tient  ubique  fit,  et  pont  anti- 
phonas,  collectiones  per  ordinem  ab  episcopis  vel  pre- 
sbyteris  dicanlur ;  et  hymm  rtiatutini  vel  vespertini 
diebus  omnibus  decanlentur,  et  in  conclusione  matuti- 
norum  vel  vespertuiarum  missarum  post  hymnos  ca- 
pitella  de  psalmis  dicantur ;  et  plebs  collecta  oratiouc 
ad  vesperam  ab  episcopo  cum  benedictione  dimittatur. 
Il  importe  d'expliquer  les  termes  de  ce  canon  qui  d'or- 
dinaire n'a  pas  été  bien  compris,  même  par  les  éditeurs 
de  conciles4.  Les  anliphonse  désignent  ici  les  psaumes 
chantés  en  antiennes,  c'est-à-dire  probablement  à  deux 
chœurs.  Cette  méthode  tendait  de  plus  en  plus  à  sup- 
planter, sans  la  supprimer  complètement,  la  psalmodie 
responsoriale,  dans  laquelle  le  chantre  disait  le  psaume, 
tandis  que  le  chœur  répondait  5.  Lu  psalmodie  anti- 
phonée  doit  être  suivie  de  collectes  ou  oraisons  dites 
selon  l'ordre,  par  les  évêques  ou  par  les  prêtres.  Sur  ce 
point  le  concile  suit  la  vieille  tradition  orientale  décrite 
par  Cassien  et  par  Silvia,  et  attestée  par  certains  anciens 
psautiers  qui,  à  la  fin  de  chaque  psaume,  donnent  une 
collecte6.  Mais  il  semble  qu'elle  n'était  pas  suivie,  à 
cette  époque  au  moins,  à  Rome,  et  saint  Benoit  parait 
aussi  s'en  écarter  dans  sa  règle 7. 

Les  hymnimatutini  vel  vespertini  signifient,  comme 
dans  le  concile  de  Vannes  de  465,  canon  14,  les  laudes 
et  les  vêpres.  Ces  offices  seront  célébrés  quotidienne- 
ment dans  les  cathédrales.  Le  terme  missai  matutinœ 
vel  vespertinse  désigne  dans  la  langue  de  l'époque, 
comme  au  canon  21e,  toute  espèce  d'office,  qui  se  termi- 
nait par  la  missa  ou  dimissio,  renvoi  des  fidèles.  C'était 

*  Voir  la  restitution  de  la  dédicace  gallicane  dans  Duchesne, 
Origines  du  culte,  2<  éd.,  p.  394  sq.  — *  Duchesne,  toc.  cit., 
p.  398.  —  3  Imbart  de  la  Tour,  Les  paroisses  rurales,  in-S-,  Paris, 
1900,  p.  6  sq.  —  *Cf.  Ht'félé,  Conciles,  loc.  cit.,  p.  209.  —  »  Voir 
Antiennes,  Répons,  Psalmodie.  —  "Cassien, De  cœnob.  inslit., 
1.  II,  c.  vin  sq.  P.  L.,  t.  XJLIX,  col.  94  sq.  ;  Silviss  peregrinalio, 
éd.  Geyer,  Itinera  Hierosol.,  1898,  p.  71.  Thomasi  en  a  édité 
quelques-uns,  voir  notamment  Psalterium  cum  canticis  et  ora- 
tionibus,  dans  Thomasi-BianchiEi,  Opéra,  1. 1,  pars  2%  p.  139  sq.  — 
''Régula  S.  Benedïcti,  c.  IX  sq.  —  •Mabillun,  De  cursu  lialli- 


la  formule  usitée  même  dans  les  tribunaux  pour  ren- 
voyer le  peuple. 

Ce  texte  intéressant  prouve  encore  que  ces  deux  offices 
se  terminent  par  des  hymnes,  des  versets  et  une  oraison. 
Le  concile  d'Agde  se  sépare  encore  ici  de  la  tradition 
romaine  qui  n'admit  que  beaucoup  plus  tard  les  hymnes, 
de  celle  du  concile  de  Laodicée,  dont  le  59e  canon  pros- 
crit les  plebeios  psalmos,  et  du  \2°  canon  du  Ier  concile 
de  Braga,  qui  montre  le  même  rigorisme.  Mais  déjà  une 
autre  coutume  s'introduisait  qui  admettait,  à  côté  de 
l'Ancien  et  du  Nouveau  Testament,  des  compositions 
poétiques,  comme  la  liturgie  ambrosienne,  la  liturgie 
bénédictine,  le  IVe  concile  de  Tolède,  canon  12,  c^luide 
Tours,  canon  23  8. 

Il  faut  remarquer  encore  ici  la  place  de  l'hymne, 
chantée  après  la  psalmodie;  c'est  aussi  une  tradition 
antique.  Saint  Benoit,  à  peu  près  contemporain  du 
concile,  quand  il  veut  établir  le  cursus  bénédictin,  place 
l'hymne  au  commencement  des  heures,  et  avant  la 
psalmodie  pour  vigiles  (matines),  prime,  tierce,  sexte, 
none,  la  tradition  ne  s'étant  pas  encore  nettement  pro- 
noncée sur  ce  point.  Mais  pour  les  laudes  (matutinm)  et 
les  vêpres,  il  met  l'hymne  après  la  psalmodie9.  On  sent 
ici  encore  l'influence  de  saint  Césaire  qui  dans  sa  règle 
donne  aussi  cette  place  à  l'hymne10. 

L'hymne  est  suivie  des  capitella,  qu'il  ne  faut  pas  tra- 
duire par  capitule,  comme  on  l'a  fait,  ce  nom  étant  ré- 
servé aujourd'hui  aux  petites  leçons,  étymologiquement 
petits  chapitres,  qui  tiennent  lieu  des  longues  lectures 
à  certaines  heures.  Les  capitella  sont  ici  ce  que  nous 
appelons  les  versets  et  sont  en  effet  des  séries  de  courts 
versets  tirés  en  général  des  psaumes.  C'est  le  sens  que 
leur  donne  saint  Césaire  dans  sa  règle  ".  La  liturgie  ro- 
maine et  la  liturgie  bénédictine  sont  ici  d'accord  avec 
le  concile,  les  capitella  s'y  disaient  à  laudes  et  aux  vêpres, 
à  celte  place. 

Dans  le  choix  des  capitella,  le  concile  d'Agde  se  mon- 
tre plus  rigoureux,  et  exige  que  tous  soient  tirés  des 
psaumes;  c'est  aussi  la  tradition  des  bonnes  époques  li- 
turgiques. Mais  il  suffit  d'étudier  ces  collections  de  ver- 
sets pour  se  convaincre  qu'on  ne  fut  pas  toujours  aussi 
strict.  Voir  Versets. 

Enfin  les  capitella  sont  suivis  de  la  collecte,  après 
laquelle,  à  vêpres  an  moins,  l'évèque  renvoie  le  peuple 
après  l'avoir  bénit.  Cette  dernière  oraison  était  la  finale 
obligée  de  tous  les  offices  dans  l'antiquité;  il  n'est  guère 
de  tradition  qui  se  soit  plus  fermement  maintenue  et 
dont  on  trouve  plus  de  traces  dans  la  plupart  des  litur- 
gies. La  bénédiction  de  l'évèque  et  le  renvoi  des  fidèles 
sont  aussi  des  rites  antiques  que  nous  retrouvons  à  Jé- 
rusalem, au  ivc  siècle  avec  Sylvia  12,  dans  les  livres  litur- 
giques qui  ont  garde  des  collections  de  formules  de  bé- 
nédictions, dans  les  orationes  super  populum,  dans  les 
sermons  de  saint  Augustin,  peut-être  dans  ces  commen- 
daliones  seu  m  anus  impositiones  dont  parle  le  IIIe  con- 
cile de  Carthage.  Voir  Afrique  (Liturgie  d'),  col.  655, 
656.  Il  y  est  même  fait  une  allusion  très  claire  dans  la 
Vie  de  saint  Césaire  :  Factum  est  ut  quodanx  tempore 
quatuor  ei  episcopi  ad  occursum  venirent,  cum  qvi- 
bus  ad  lucernarium  (l'office  des  vêpres)  ad  basilicani 
sancti  Stephani  descendit.  Cumque  expleto  lucemario 
benedictionem  populo  dedisset l*  etc. 

L'ensemble  de  ces  canons  a  son  importance,  on  le  voit, 

cano,  §  2.  P.  L.,  t.  lxxh,  col.  394  sq.  —  '  Régula  S.  Benedicti, 
cap.  Mu,  xviii.  —  ">  Mabillon,  De  cursu  Gallicano,  P.  L., 
t.  lxxii,  col.  394  sq.  —  "  Régula.  S.  Czesarii,  P.  L.,  t.  i.wu, 
col.  1102.  Cf.  S.  Baumcr,  fin  Beitrag  z,  Erklarung  von  Litanix 
..  Missse,  dans  Sludien  u.  MiUheilungcn  ans  den  Benedik- 
tiner  u.  Cisterc.  Orden.  1886,  p.  285  sq.  —  '*  Geyer,  Itinera 
Hierosol,  loc  cit.,  p.  73.  —  ,a  Vite  S.  Cxsarii,  l.  11,  n.  xni, 
P.  L.,  t.  lxvii,  col.  1031.  Édit.  Bi-.  Krusch  dans  les  Mon.  Gcrm. 
—  "Script,  renon  Meroving.,  t.  ni,  1S9ti,  p.  490,  n.  lti.  Cf. 
Mebiilao.  De  cursu  Gallicano,  S  V,  P.   /..,  t.  i.xxn,  col.   4Û6. 


«77 


AGDE    (CONCILE   D')   —   AGNEAU 


878 


et  fixe  chronologiquement  quelques  poinls  dans  l'his- 
toire du  Cursus  gallicanus. 

Le  38e  canon  prescrit  aux  clercs  et  aux  moines  de  ne 
voyager  qu'avec  des  litterae  commendatiliae.  C'était  une 
discipline  très  ancienne,  qui  bien  observée,  eût  coupé 
court  aux  excès  et  aux  abus  des  moines  gyrovagucs,  une 
des  plaies  de  cette  époque  Voir  Gyrovagues,  Litter/e 
commendatitl*:.  Une  autre  prescription  du  même  ca- 
non concernait  les  anachorètes;  défense  est  faite  aux 
moines  de  se  séparer  de  la  communauté  et  de  se  bâtir 
des  cellules  à  part,  si  ce  n'est  lorsqu'ils  sont  d'une  vertu 
éprouvée  ou  bien  lorsqu'ils  sont  malades.  Ce  règlement, 
renouvelé  du  concile  de  Vannes  en  463,  canons  5,  6,  7 
et  8),  est  entré  dans  la  discipline  générale  de  l'Eglise  au 
moyen  âge  et  fut  inséré  au  décret  de  Gratien.  Il  s'éclaire 
singulièrement  par  l'étude  de  la  législation  monastique, 
qui  avait  à  combattre  les  abus  des  faux  anachorètes  ou 
sarabaïtes  (voir  ce  mot),  définissait  le  véritable  anacho- 
rète et  fixait  les  cas  dans  lesquels  un  moine  peut  se  sé- 
parer de  la  communauté  pour  vivre  de  la  vie  d'ermite. 
Le  canon  d'Agde  avait  évidemment  aussi  en  vue  ces  abus 
•et  s'exprime  presque  dans  les  mêmes  termes  que  la  régie 
contemporaine  de  saint  Benoit.  Voir  Ermites. 

III.  Bibliographie.  —  Pour  le  texte  du  concile,  c;. 
Mansi,  loc.  cit.  ;  Sirmond,  Concilia  Galliœ,  1. 1,  p.  175  sq.  ; 
Labbe,  Concilia,  t.  iv,  col.  '1380-1399;  Bouquet,  Recueil 
des  historiens  de  la  France,  t.  iv,  p.  102,  103;  dom 
Labat,  Concilia  Galliœ,  1789,  t.  i.  p.  777-SOi;  Coleti, 
Sacrosancla  concilia,  t.  v,  p.  5l9-5i2;  Hisl.  littér.  de 
la  France  [1735],  t.  m,  p.  40-48.  Pour  les  autres,  cf. 
Chevalier,  Topo-bibliographie,  au  mot  Agde.  On  sait 
que  Massen,  Concilia  xvi  Merovingici,  t.  i,  dans  Monu- 
tventa  Germanise  lustorica,  ne  commence  qu'à  l'an  511. 
Dans  le  Journal  of  thcological  studies,  1803,  t.  iv,  p.  431, 
432,  on  trouvera  des  renseignements  sur  un  manuscrit 
important  de  Saint-Pétersbourg  autrefois  au  collège  de 
Clermont,  contenant  le  texte  de  plusieurs  conciles,  no- 
tamment celui  d'Agde.  Maubon,  Les  livres  liturgiques 
du  diocèse  de  Montpellier,  dans  le  Congrès  de  la  Société 
bibliogr.,  in-8°,  Montpellier,  1895,  62  pages,  traite  de  la 
liturgie  de  ce  diocèse  depuis  le  concile  d'Agde.  Sur  la 
liturgie,  cf.  S.  Baumer,  Gcsch.  des  Breviers,  in-S°,  Frei- 
burg,  1895,  p.  153  et  262.  Sur  la  communia  peregrina, 
outre  les  auteurs  cités  au  courant  de  l'article,  voyez  llos- 
pinianus,  Historia  sacrament.,  1.  II,  c.  i,  in-fol.,  Tiguri, 
1598,  p.  24;  Bellarmin,  De  Euchar.,  1.  IV,  c.  xxiv,  Opéra, 
t.  m,  p.  750.  G.  Henao,  De  sacrificio  missse,  part.  III, 
disput.  XXVIII,  n.  49,  in-fol.,  Lugd.,  1655,  a  une  longue 
dissertation  sur  ce  sujet.  Cassander,  Opéra,  in-fol.,  Pari- 
siis,  1616,  De  sacra  communione  in  ulraque  specie, 
p.  1015;  Vossius,  Thés,  theolog.,  disp.  XXIII,  thés,  v, 
p.  516;  Sirmond,  Hislor.  pœnitcntiœ  publicœ,  cap.  ult., 
dans  Opusctda  varia,  Paris,  1675,  t.  m. 

F.  Cabrol. 

AGEND A.  VoirAcrio, col. 446 ou  Liturgies  funéraires. 

AGNEAU.— I.  Symbolisme  général.  II.  Symbolisme 
primitii.  III.  Agneau  muni  des  attributs  du  Bon-Pasteur. 
IV.  Agneau  sur  la  montagne.  V.  Variantes  du  type  pré- 
cédent. VI.  Agneau,  symbole  de  Moïse  et  de  Jésus-Christ. 
VII.  Agneau,  symbole  des  martyrs.  VIII.  Agneau,  sym- 
bole des  fidèles. 

I.  Symbolisme  général.  —  La  Bible  contient  des  al- 
lusions claires  et  fréquentes  au  symbolisme  de  l'Agneau i 
et  les  Pères  sont  explicites  à  son  sujet.  Toute  erreur 

«  Gen.,  iv,  4;  Exod.,  xn,  3;  xxix,  38-39;  Is.,  xvi,  1;  un,  7; 
Jer.,xi,  19.  —  *  Joa.,  i,  29.  a.  I  Petr.,  i,  19.  —  3  Hebr.,  xm, 
20.  Ci.  I  Petr.,  i,  11,  24.  —  *  Exod.,  xu,  3.  —  5  S.  Cypiïen,  Adv. 
Judxos,  1.  III,  c.  xv,  dans  Corp.  script,  latinor.  eccl.,  in-8»,  Vin- 
dobonae,  1866,  t.  t,  p.  80.  —  »  Joa.,  xxi,  16-17.  Ct.  Matth.,  x,  16; 
xxvi,  31;  Rom.,  vni,  36.  —  '  Bottari,  Sculture  e  pilture  sagre, 
in-fol.,  Rorna,  1737,  t.  ni,  p.  5.  Cf.  Martigny,  Étude  archéologique 
fur  l'agneau  et  le  Bon-Pasteur,  suivie  d'une  notice  sur  les 


d'interprétation  étaitd'ailleurs  rendue  impossible  depuis 
ces  paroles  de  saint  Jean-Baptiste:  Ecce  Agnus  Dci,  ecce 
qui  lollit  peccalum  mundi i,  que  devaient  populariser  les 
visions  de  l'Apocalypse  dans  lesquelles  l'Agneau  imma- 
culé et  immolé  est  plus  de  trente  fois  rappelé.  Des  écrits 
antérieurs  à  l'Apocalypse  et  d'une  intelligence  moins  diffi- 
cile avaient  déjà  laitle  rapprochement. On  lit  dans  l'Épitre 
aux  Hébreux  ces  paroles  très  claires  :  Deus  pacis  qui  eduxit 
de  mortuispastorem  magnum  ovium  in  sanguine  testa- 
menti  eeterni  Dominum  nostrum  Jesuni  Chrislum3. 
Les  anciens  paraissent  avoir  confondu  l'agneau,  la  bre- 
bis, le  mouton  qu'ils  ont  pris  indifféremment  pour  sym- 
boliser le  Christ  ou  les  fidèles;  c'est  ainsi  qu'un  même 
texte  des  Septante  souffre  des  traductions  différentes 
du  mot  7tpdoaTov.  On  lit  dans  l'Exode:  Xaêétoxiav  ëxacroç 
•jtpdSaTOv  xkt'oi'xouç  narptâiv,  é'y.auToq  îipdëaTov  xoct'oî- 
y.iav*,  ce  que  la  Vulgate  traduit:  Tollat  unusquisque 
agsum  per  famihas  et  domos  suas,  et  de  son  côlé  saint 
CypriemAccipiantsibisingidiovEMperdomostribuum, 
oveu  sine  vitio  perjeclum  masculum^.  Il  semble  ce- 
pendant que  la  distinction  ait  été  établie  par  le  Sauveur 
lui-même  qui  confia  à  saint  Pierre  la  charge  de  faire 
paître  ses  brebis  et  ses  agneaux6.  On  s'est  généralement 
accordé  à  reconnaître  les  apôtres  dans  les  brebis  et  les 
fidèles  dans  les  agneaux,  et  il  est  possible  que  ce  soi», 
d'après  cette  explication  qu'un  sculpteur  ait  représenté 
le  Christ  caressant  de  la  main  la  brebis  la  plus  rappro- 
chée de  lui,  marquant  par  ce  geste  le  privilège  de  la  pri- 
mauté accordée  à  saint  Pierre7.  Martigny  a  ingénieuse- 
ment observé8  que  le  fondement  de  la  distinction  faite 
entre  apôtres  et  fidèles  ou  brebis  et  agneaux,  repose  sur 
cette  circonstance  que  les  apôtres  pour  venir  au  Christ 
ne  doivent  pas  sortir  des  deux  cités  de  Jérusalem  et  de 
Bethléhem,  symboliques  du  judaïsme  et  de  la  gentilité, 
ainsi  que  nous  l'expliquons  plus  bas.  Dès  lors,  les  repré- 
sentations dans  lesquelles  sont  supprimés  les.portiques  de 
ces  deux  villes  doivent  avoir  eu  l'intention  de  représenter 
les  brebis,  c'est-à-dire  les  apôtres  venus  tous  sans  excep- 
tion du  judaïsme.  En  outre,  on  voit  dans  quelques  monu- 
ments les  douze  apôtres  en  personne  et  à  leurs  pieds  les 
douze  brebis  (Sarcophage  du  Latran,  n.  177) 9,  sans  que 
jamais  dans  ces  monuments  apparaissent  les  deux  por- 
tiques des  villes  typiques  (fig.  194).  Une  antique  inscrip- 
tion de  l'abside  de  Saint-Eusèbe  que  nous  a  conservée  la 
Sylloge  de  Pierre  Sabinus  nous  fait  voir  dans  les  brebis 
le  type  des  agneaux,  c'est-à-dire  l'Église  entière  10  : 

CRIMINA  QVI  TOLLIT  AGNI  DESIGNAT  IMAGO 
IVSTORVM    SPECIE    QVEM    VENERANTVR    OVES 

Les  textes,  il  faut  en  convenir,  sont  moins  clairs.  Clé- 
ment d'Alexandrie  commente  ainsi  la  parole  du  Sauveur: 
Paissez  mes  agneaux:  «  Quand  le  Sauveur  dit:  mes  petits 
agneaux,  il  veut  dire  des  enfants  bien  simples,  comme 
étant  de  leur  nature  non  des  hommes,  mais  des  agneaux 
et  des  brebis,  »  updSctTx  ovtaç  y.axà  yÉvoç11.  Saint  Au- 
gustin donne  aux  fidèles  le  nom  d'agneaux 12  sous  lequel 
il  comprend  les  catéchumènes  que  saint  Paulin  de  Noie 
semble  exclure,  réservant  le  titre  aux  seuls  baptisés13: 

Inde  parens  sacro  ducit  de  fonte  sacerdos 
Infantes  niveos  corpore,  corde,  Jiabitu; 

Circumdansque  rudes  feslis  altaribus  agnos, 
Cruda  salutiferis  imbuit  ora  cibis. 

Ilinc  senior  sociœ  congaudet  turba  catervx: 
Alléluia  novis  balai  ovile  choris. 

Agnus  Dci,  dans  les  Annales  de  l'Acad.  de  Mâcon,  t.  v,  1860, 
p.  82.  —  »  Martigny,  loc.  cit.,  p.  84.  —  °  Th.  Roller,  Les  cata- 
combes de  Rome,  in-fol.,  Paris,  1881,  1. 1,  pi.  xliii,  n.  2.  —  <°De 
Rossi,  Inscr.  christ,  urb.  Rom.,  in-fol.,  Romae,  1888,  p.  436,  n.  117. 
Sabinus  avait  mentionné  que  l'inscription  était  :  antiquiss.  litte- 
ris.  —  "Psedagog.,  1. 1,  c.  v,  P.  G.,  t.  vin,  col.  265.  —  ««S.  Au- 
gustin. De  doctrina  christiana,  1.  n,  c.  vi,  P.  L.,  t.  xxxir,  col.  33 
—  "Epist.,  xxxu,  ad  Sever.,  n.  5,  P.  L.,  t.  un,  col.  333. 


879 


AGNEAU 


880 


a  Alors  le  praire  tire  des  l'onls  sacrés  ces  enfants  aux- 
quels il  vient  de  donner  la  vie.  blancs  comme  l.i  neige 
dans  leur  corps,  dans  leur  cœur,  dans  leur  vêtement; 
et,  rangeant  autour  des  aulels  en  fête  ces  agneaux  nou- 


la  colombe  portant  le  rameau,  symbole  de  l'âme  entrée  in 
puce.  Une  pierre  moins  ancienne  trouvée  dans  l'abside 
de  la  basilique  souterraine  des  saints  Nérée,  Achillée  et 
Pétronille  offre  le  même  type8  (fig.  \%). 


194.  —  Sarcophage  du  Latran,  n.  177.  D'après  une  pnotographie  communiquée  par  M.  Marucchi 


veau-nés,  il  repait  leurs  bouches  pures  de  l'aliment  du 
salut.  Alors  la  troupe  des  anciens  accueille  avec  une  joie 
fraternelle  ces  nouvelles  recrues,  et,  au  sein  du  bercail, 
de  nouveaux  chœurs  s'associent  au  doux  bêlement  de 
l'alleluia.  » 

Ces  interprétations  n'étaient  cependant  pas  si  exclu- 
sives que  l'on  ne  puisse  trouver  chez  les  anciens  d'autres 
explications  du  symbole  de  l'agneau;  par  exemple,  saint 
Basile  de  Séleucie  nous  fait  entendre  ces  paroles  de 
Dieu  le  Père:  è(j.ôç  [j.ovoyevt|Ç  tbv  çopo'ju.evov  àgivôv  èiti- 
ciicei  t<5  udcôu,  mon  fils  unique,  que  l'agneau  représente, 
est  livré  à  la  mort  '.  Eusèbe  d'Alexandrie  s'exprime  ainsi  : 
6  7;eK[rrçv  TTpocfrjveYxe  tô  Ojp.a...  7rpo<TT|VEYX£  Tô  itpô6axov, 
ocra  et;  to  <rC>[j.a  aùiw  XoyîÇetgu  2,  saint  Pierre  Chryso- 
logue  :  Paslor  bonus  ovem  veniens  quserere  in  mun- 
dum,  in  utero  virginex  regionis  invenit 3,  et  il  con- 
tinue: venit  sux  nalivilalis  in  came,  et  in  crucem  le- 
vans  humeris  sux  imposuit  passionis,  ce  qui  semble 
s'appliquer  à  toute  une  série  de  représentations  de 
l'agneau  portant  la  croix.  Suivant  saint  Zenon,  l'agneau  re- 
présente la  nature  humaine  chargée  du  péché  :  Ex  hxdis 
humana  designabatur  caro  suis  onusta  peccatis  *.  Saint 
Ambroise  fit  représenter  dans  son  église  l'Agneau  de  la 
vision  de  Jérémie  et  inscrire  au-dessous  cette  devise  : 

HIC  EST  HIEREMIAS  SACRATVS  MATRIS  IN  ALVO 
HOSTIA  CVI    DOMINVS  SOEPE    MONSTRATVR  VT 

[AGNVS- 
II.  Symbolisme  primitif.  —  Toutefois  il  ne  semble  pas 
excessif  de  dire  que  le  symbolisme  primitif  de  l'agneau 
"fut  la  représentation  de  la  victime  expiatoire  des  péchés 
du  monde  et  du  sacrifice  accompli  sur  le  ment  Golgotha; 
c'est  ce  que  saint  Paulin  a  fort  exactement  exprimé  par 
ces  paroles: 

Sub  cruce  sanguinea  niveo  stat  Chris  lus  in  agno 
Agnus  innocuj  injusto  datus  hostia  letho6. 

Nous  possédons  un  très  précieux  monument  de  ce 
type  trouvé  dans  la  crypte  de  Lucine  au  cimetière  de 
Callixte  et  antérieur  à  la  paix  de  l'Église,  probablement 
de  la  première  partie  du  iip  siècle7  (fig.  195).  On  y  voit 
l'agneau  couché  au  pied  de  l'ancre  cruciforme  et  à  gauche 


1  Homil.,  vu,  in  Abraham,  P.  G.,  t.  lxxxv,   col.   112.    — 

•  Theodoret,  Dial.  III,  édit.  Schulze,  Halae,  1772,  t.  IV,  p.  228.  — 

•  Serm.,  clxix,  P.  L.,  t.  lu,  col.  641.  —  *  Tractatus,  1.  n, 
tr.  LV,  P.  L.,  t.  XI,  col.  510.  —  "G.  Allegranza,  Sacri  monwnenti 
antichi  di  Milano,  in-4*,  Milano,  1757, pi.  iv.  —  °  Epist.,  xxxn, 
ad  Sever.,  17.  P.  L.,  t.  lxi,  col.  339.  Il  est  presque  sans  exemple 
de  trouver  la  croix  remplacée  par  le  monogramme,  cependant  on 
peut  appliquer  &  ce  cas  les  paroles  de  saint  Paulin  :  eadem  crux... 


Cette  représentation  nous  met  sur  la  voie  de  la  pre- 
mière idée  que  les  chrétiens  attachèrent  au  symbole  de 


FAVSTINIANW 

VIT 


195.  —  Inscription  du  cimetière  de  Callixte. 
D'après  De  Rossi,  Roma  sotterranea,  t.  n,  pi.  xx,  n.  1. 

l'agneau,  qui  est  celle  de  la  victime  divine  entourée  de  l'ado- 
ration des  fidèles.  Le  sarcophage  d'Honorius,  à  Ravenne, 


1 


196.  —  Inscription  de  la  basilique  des  SS.  Nerée,  Achillée  et  Pé- 
tronille. D'après  Marucchi,  Éléments  d'archéologie,  t.  ir,  p.  113. 

oflre  une  nouvelle  et  heureuse  représentation  du  type9. 

Il  semble  que  le  témoignage  des  textes  et  celui  des 

monuments  s'accordent  à  nous  enseigner  que  les  plus 

eloquitur  dominum  tamquam  monogrammate  Clirislum.  Na- 
tale xi.  S.  Felicis,  v.  617,  618.  P.  L.,  t.  lxi,  col.  544.  Cf.  De  Rossi, 
Bull,  ili  arch.  crise,  1892,  p.  10.  —  '  De  Rossi,  Borna  tottetr.,  1. 1, 
pi.  xx.n.l.  —  «De  Rossi,  BkH.  diarch.  criât.,  1882.  p.  11.  La  res- 
titution de  la  croix  est  conjecturale.  Peut-être  était-elle  menogram- 
matique.  NltOVO  bull.  diarch.  crist..  1899,  p.  33-44;  0.  Marucchi, 
Éléments  d'arcU.  chrét.,  in-8%  Paris,  190  ',  p.  118.  -  "A-  VenturL 
Storia  dclf  arte  ital.,  in-8«,  Milano,  1901,  t.  I,  p.  216,  fig.  203. 


081 


AGNEAU 


882 


antiques  représentations  de  l'agneau  le  montraient  cou- 
ché. Au  temps  de  saint  Paulin  de  Noie  il  est  debout: 

STAT    CHRISTVS   AGNVS   VOX    PATRIS   C^LOTO- 

[NAT 

Le  type  de  l'agneau  couché  nous  est  offert  par  un 
raonument  des  plus  remarquables  qui  doit  compter 
parmi  les  plus  anciennes  inscriptions  de  la  Gaule  et 
qui  a  été  trouvé  à  Maguelonne  2.  La  simplicité  de  la 
formule  et  la  paléographie  permettent  de  faire  remon- 
ter ce  monument  au  in'  siècle.  La  pierre  nous  offre 
un  exemplaire  antique  de  la  représentation  de  l'agneau 
(«g.  197). 

Uu  vase  sacré,  patène  d'argent  ayant,  dit-on,  appar- 
tenu à  saint  Pierre  Chrysologue,  nous  montre  l'agneau 
couché  sur  l'autel ,  avec  cette  inscription  :  Q V  E  M  F  L  E  N  S 
TVNC  CARA  CRVCIS  AGNVS  FIXIT  IN  ARA  HOSTIA 
FIT  GENTIS  PRO  LABE  PARENTIS^.  Cette  repré- 
sentation est  le  véritable  commentaire  du  tanquam  oc- 
cisus  et  le  symbole  arrive  ici  presque  à  son  dernier  degré 
de  clarté.  Si  on  la  rapproche  des  vers  de  saint  Paulin  que 


III.  Agneau  muni  des  attributs  du  Borv-PASTEUK.  — 
Ce  type  est  parmi  les  plus  anciens  et,  pour  cette  rai- 
son, assez  rare.  Il  montre  l'agneau  passant,  bondissant 
ou  debout  et  immobile  devant  une  houlette  à  laquelle 
est  suspendu  le  vase  de  lait,  ou  bien  encore  portant  sur 
le  dos  ce  vase  symbolique6. 

La  pensée  a  été  ici  d'exprimer  la  double  fonction  du 
Christ  à  l'égard  des  fidèles,  celle  de  Pasteur  et  celle 
d'agneau  immolé.  On  lit  en  effet  sur  la  porte  de  Sainte- 
Pudentienne  :  IDEM  SVM  PASTOR  ET  AGNVS  ' 
(fig.  198).  Buonarotti  8  conjecture  que  l'agneau  repré- 
senté aux  quatre  angles  de  la  voûte  de  la  IX0  chambre 
du  cimetière  des  Saints-Marcellin-et-Pierre  (fig.  499) 
pourrait  rappeler  l'usage  antique  de  la  réserve  eucharis- 
tique qui,  gardée  dans  un  vase,  eût  été  ainsi  placée  sur 
un  agneau.  Il  n'est  pas  douteux  que  le  vase  représenté  ici 
soit  la  mulclra  ou  récipient  in  quo  mulgelur,  in  quo  coa- 
gidaliones  fiunt  9,  ce  qui  remet  en  mémoire  la  bouchée 
de  lail  caillé  que  le  Bon  Pasteur  donna  en  vision  à  sainte 
Perpétue  :  et  de  caseo,  qaod  mulgebat,  dédit  mihi  quasi 
buccellam^  et  qui  est  certainement  le  symbole  de  l'eu- 


197.  —  Inscription  trouvée  à  Maguelonne. D'après  un.e  photographie. 


n  >us  avons  cités  plus  haut4  on  peut  se  demander  si  le 
poète  n'a  pas  entendu  le  mot  crux  dans  le  sens  devenu 
commun  de  son  temps,  c'est-à-dire  le  lieu  où  le  Christ 
est  immolé,  par  conséquent  l'autel. 

Une  représentation  fréquente  mais  tardive  est  celle  de 
l'agneau  couché  ou  debout  sur  le  livre  scellé  de  sept 
sceaux5.  L'allusion  au  texte  de  l'Apocalypse  est  ici  évi- 
dente, mais  les  monuments  de  ce  type  sont  pour  la 
plupart  d'un  médiocre  intérêt. 


1  De  Rossi,  Inscr.  christ,  urb.  Rom.,  in-fol.,  Romae,  1888, 
t.  n,  p.  191,  n.  4,  et  le  commentaire  note  4.  Voyez  un  agneau  pas- 
sant, fragment  d'opus  sectile  marmoreum  de  Saint-Ambroise 
de  Milan,  dans  A.  Venturi,  Storia  dell'  arte  italiana,  in-8%  Mi- 
lano,  1901,  t.  i,  p.  51,  fig.  40  et  60.  —  *E.  Le  Blant,  L'épigra- 
phie  chrétienne  en  Gaule  et  dans  l'Afrique  romaine,  in-8% 
Paris,  1890,  p.  10,  pi.  n  ;  E.  Le  Blant,  Nouveau  recueil  des  inscr. 
de  la  Gaule  antérieures  au  viw  siècle,  in-4%  Paris,  1892,  p.  372, 
n.  324;  J.  Fabrège,  Histoire  de  Maguelonne,  in-4%  Paris,  1894, 
1. 1,  p.  31,  84,  fig.  ;D.  CabroletD.  Leclercq,  Monum.  Eccl.  liturg., 
in-4%  Paris,  1902,  n.  4171.  Un  marbre  de  Rome  qu'on  ne  peut 
dater  plus  tard  que  la  moitié  du  II"  siècle  nous  montre  l'agneau 
couché.  J.  Wilpert,  Fractio  panis,  in-4%  Paris,  1896,  pi.  xv,  n.  1. 
—  s  Sebastiano  Paoli,  De  patena  argentea  Foro-Corneliensi. 
dissert.,  in-4%  Neapoli,  1745;  Paciaudi,  De  cultu  sancti  Joannis 
Baptistœ,  in-4%  Romae,  1755,  p.  166,  note.  —  •  S.  Paulin,  Epist., 
xxxii,  17,  P.  L.,  L  lxi,  col.  339.  —  "Vettori,  Nummus  xreus 


charistie.  D'autres  textes  paraissent  favoriser  cette  conjec- 
ture, le  plus  clair  est  celui  de  saint  Zenon  de  Vérone  : 
Agnus... suum  lac  beatumvagitu  hiantibus  vestris  labris 
indulg enter  infudil  ii.  Une' peinture  du  cimetière  de 
Saint-Callixte  appartient  à  ce  groupe  symbolique  (fig.  200). 
Ce  type  symbolique  nous  offre  un  exemple  assez  no- 
table de  la  persistance  de  certaines  représentations.  Un 
pupitre  en  bois,  ayant  appartenu  à  sainte  Radegonde 
(f  587),  montre  un  agneau  sans  attribut  particulier  et 


veterum  christianorum  explicatus,  in-4%  Romse,  1737,  p.  68; 
Martigny,  dans  les  Annal,  de  l'acad.  de  Mâcon,  1862,  t.  v,  p.  67. 
—  "  Ai'inghi,  Roma  subterranea,  in-iol.,  Lutet.  Parisior.,  1659, 
t.  i,  p.  537;  t.  il,  p.  91;  R.  Garrucci,  Hagioglypta,  in-8%  Parisiis, 
1856,  p.  147,  251.  Il  se  pourrait  que  dans  certains  cas  on  se  soi 
trop  hâté  et  que  pedum  et  houlette  soient  simplement  le  capis  et 
le  lituus.  Il  faudrait  alors  restituer  ces  monuments  au  paganisme; 
c'est  le  cas  par  exemple  pour  une  lampe  publiée  par  Th.  Roller, 
Les  catacombes  de  Rome.  Histoire  de  l'art  et  de  la  croyance 
religieuse  pendant  les  premiers  siècles  du  christianisme,  in-tol., 
Paris,  1881, 1. 1,  pi.  xxvm,  n.  6.  —  '  Martigny,  dans  les  Annales 
de  l'Acad.  de  Mâcon,  t.  v,  1860,  p.  55.  —  »  Buonarotti,  Osserva- 
zioni,  in-4%  Firenze,  1716,  p.  33;  cf.  Martigny,  :p-  oit.,  p.  56; 
R  .lier,  op.  cit.,  t.  i,  pi.  xxxvil,  n.  7,  8.  —  •  Du  Gange,  Glossa- 
rium,  aux  mots  :  Mulctra,  mulctrale.  —  «>Passio  S.  terpetux, 
§  4,  dans  Ruinart,  Acta  sincera,  in-4%  Parisiis,  1689,  p.  87.  — 
»  S.  Zenon.  Tractatus.  1.  H,  tr.  LX11I,  P.  L.,  t.  xi,  col.  494. 


883 


AGNEAU 


884 


seulement  accompagné  d'arbres  ou  de  palmes1  (fig.  201). 

Le  sarcophage  de  Constance,  à  Ravenne,  offre  sur  une 

de  ses  faces  la  combinaison  de  l'agneau  nimbé  debout 

sur  le  roc  aux  quatre  ruisseaux  et  les  palmiers2.  C'est  de 


198.  —  Le  Bon  Pasteur. 
D'après  Bosio,  Borna  sotterranea,  t.  n,  pi.  XII,  fig.  1. 

ce   type   que  semble  procéder   celui  que  nous   allons 
décrire. 

IV.  Agneau  sur  la  montagne.  —  Dans  l'agneau  de- 
bout sur  un  monticule  d'où  s'échappent  quatre  ruis- 
seaux, nous  avons  vraisemblablement  l'interprétation 
de  ce  texte  :  El  vidi,  et  ecce  Agiius  stabat  super  mon- 
tem  Sion3;  les  ruisseaux  représentent  les  quatre  fleuves 
qui  sortaient  de  l'Éden  pour  arroser  les  quatre  parties 
du  monde4,  dans  lesquels  on  voyait  une  insinuation  des 
quatre  Évangiles  qui  portaient  au  monde  entier  la  grâce 
du  Christ5.  C'est  ainsi  que  l'évêque  de  Noie  interprétait 
les  figures  de  la  mosaïque  de  l'abside  de  la  basilique  de 
Saint-Félix  : 

Pelram  superstat  ipse  pelra  Ecclesise 
De  qua  sonori  quatuor  fontes  vieant 
Evangelistœ  viva  Cliristi  flumina  6. 

On  retrouve  dans  les  baptistères  antiques  la  même 
disposition  ou  du  moins  ki  même  préoccupation.  Le 
Liber  pontifîcalls  nous  apprend  que  Constantin  donna 
au  baptistère  du  Latran,  fondé  par  lui,  un  agneau  d'or, 
du  poids  de  trente  livres  :  In  labio  fontis  baplislcrii 
agnum  aureum  fundentem  aquam,  pens.  Ub.  xxx;ad 
dextram  agni,  Salvatorem  ex  argento  purissimo,  in 
pedibus  V,  pens.  Ub.  ci.xx;  in  leva  agni,  bealum  Jo- 
hannem  Baplistam  ex  argento,  in  pedibus  V,  tenentem 
tituluni  sbriptum  qui  lioc  liabet  :  Ecce  agnus  Dci,  ecce 
qui  tollil  peccala  mundi,  pens.  Ub.  cxxv1.  Ce  groupe 
faisait  face  probablement  à  l'escalier  par  lequel  on  des- 

i  P.  Durand,  Le  pupitre  de  sainte  Radegonde  conservé  dans 
Le  couvent  de  Sainte-Croix  de  Poitieis,  dans  les  Mélanges  d'ar- 
chèol.  de  C.  Cahier  et  A.  Martin,  in-4%  Paris,  1853,  t.  ni,  p.  157 
sq.  On  peut  rapprocher  de  ce  type  celui  de  l'agneau  broutant. 
De  Rossi,  Inscript,  christ,  urb.  Romse,  in-fol.,  Romre,  1861,  t.  i. 
p.  19,  n.  12,  inscription  de  l'année  278.  Voir  aussi  le  type  de 
l'agneau  paissant,  ibid.,  et  Th.  Roller,  Les  catacombes  de  Home, 
in-fol.,  Paris,  1881,  t.  i,  pi.  xxvm,  n.  5.  —  «Venturi,  Storia  dell' 
artc  italiana,  in-8",  Milano,  1901,  t.  I,  p.  217,  fig.  204.  —  3  Apoc, 
xiv,  1.  —  *Gen.,  xi,  10  sq.  —  "S.Cyprien,  Epist.,  lxxiii,  ad  .lu- 
batanum  :  Quibus  (evangeliis)  baptismi  gratia  salutaris  cietesti 
niiindatione  largitur,  P.  L.,  t.  m,  col.  1110.  — «S.  Paulin. 
Epist.,  xxxii,  ad  Severum,   §  10,  P.  L.,   t.   lxi,  col.  336.  Ci. 


cendait  dans  la  piscine.  Le  texte  ne  laisse  pas  entrevoir 
si  la  gerbe  d'eau  sortait  de  la  bouche  de  l'agneau  ou  du 
rocher  placé  sous  ses  pieds 8.  Tout  autour  de  la  piscine, 


199.  —  Agneau  portant  la  houlette  et  le  vase  a  lait, 

attributs  du  B.n  Pasteur. 
D'après  Aringhi,  Roma  Sotterranea,  pi.  I,  p.  537. 


sept  tètes  de  cerf  en  argent  fournissaient  autant  de 
gerbes9.  En  Afrique,  nous  trouvons  une  inscription 
ayant  appartenu  à  un  baptistère,  mentionnant  les  quatre 
lleuvcs  de  l'Éden  et  il  est  tout  à  lait  probable  que  la 
figure  de  l'agneau  et  des  ruisseaux  devait  se  trouver  non 
loin  de  cette  inscription. 

IC      OFICINA      LAVRI      PLVR 
A       FACIAS       ET       MELIO 
RA    EDIF[ice]S    SI     DEVS    PR 
[o]  NOBIS  QVIS  CONTRA  NOS 
5     [c«i]VS     NOMEN     DEVS     SCIT     BO 
[tu]M     S[o]LVIT     CVM     SVIS 
GfeolN 
FISON 
TIGRIS  EV 
10  FRATES'O 

Une  inscription  en  vers  léonins,  qui  ne  peut  être  anté- 
rieure au  XIe  siècle,  ornait  l'abside  de  Saint-Grégoire  ai' 

S.  Grég.  de  Nysse,  Orat.,  rv,  De  resurrectione.  P.  G.,  t.  xlvi, 
col.  684;  De  Rossi,  Itiscr.  christ,  urb.  Romse,  in-iol..Romae,  1888, 
t.  u,  p.  191  ;  Wickhoff,  Das  Apsismosatk  in  der  Basilika  rit  /•  h, 
Félix  zu  Wola.  dans  Mmische  Quartalschrift.  1889,  p.  15S  sq. 
—  7  Liber  pontiftcalis,  Silvester,  g  xm  (èdit.  Duchesne),  in-4", 
Paris,  1884,  p.  174.  —  •  Dans  les  bains  antiques  la  gerbe  sorUit 
fréquemment  d'un  mufle  d'animal,  panthère,  sanglier,  lion. 
Cf.  Daremberg-Saglio,  Diction»,  des  antiq.  gr.  et  rom.,  au  mot  : 
Balnevm,  fig.  745,  746;  E.  Le  Blant.  Les  sarcophages  de  la 
Gaule,  in-fol.,  Paris,  1886,  p.  40,  note  1.  —  »De  Rossi.  op.  cit., 
t.  n,  p.  240, 241,  n.  4  d .  —  ,0  Héron  de  VUlefosse,  dans  les  Compte» 
rendus  de  t'Acad.  des  inscr.,  1883,  t.  xi,  p.  189;  .1.  Scbmidt,  dan» 
Ephem.  epigr.,  1884,  t.  v,  p.  ;>17,  n.  1165;  1892,  t.  vu.  pi.  11.  n. 28. 


885 


AGNEAU 


886 


Célius,  la  voici  telle  que  nous  l'a  conservée  la  Sylloge  de 
Pierre  Sabinus  '  : 

AGNI  BISSENI  SVNT  DISCIPVLI  DVODENI 
PONTIFICEM  MAGNVM  MEDIVM  COGNOSCE  PER 

[AGNVM 
NE     SITIANT    AGNI     DANT     FLVMINA  QVATTVOR 

[AMNEN  2 
SANCTVS    SANCTORVM     MEDIO    STAT     DISCIPV- 

[LORVM 
Nous  rappellerons  encore  quelques  autres  inscriptions. 
Une  du  Latran  connue  par  la  seule  Sylloge  de  Verdun, 
et  antérieure  au  IXe  siècle  3  : 

[CENS 
PASTORVM  DOMINVS  SVB  AGNI  DECORE   NITES- 

On  ne  peut  songera  donner  le  catalogue  de  toutes  les 


fois  aux  gentils,  dans  la  personne  des  mages;  à  Bethlé- 
hem,  disait  saint  Augustin,  inchoata  est  fides  genlium  ■i. 
Il  n'est  pas  douteux  que  les  quatre  ruisseaux  n'aient 
toujours  été  considérés  comme  symboles  des  quatre 
Évangiles  apportant  le  baptême  aux  hommes.  C'est  évi- 
demment la  pensée  de  saint  Cyprien,  pensée  exprimée 
peut-être  avant  que  la  représentation  qui  nous  occupe 
existât,  mais  qui  la  commente  d'autant  mieux  qu'elle  a 
pu  aider  à  l'inspirer  :  Quotiescumque  autem  aqna  sola 
in  scripturis  sanclis  nominatur  baptisma  preedicatur, 
ut  apud  Esaiam,  xun,  18-21,  significari  videmus. 
Prsenuntiavit  illic  per  Prophetam  Deus,  quod  apud 
gantes  in  locis,  quœ  inaquosa  prius  fuissent,  flumina 
postmodum  redundarent  et  electum  genus  Dei,  id  est 
per  genevalionem  baptismi  filios  Dei  factos  ddaquarent. 
Item  denuo  prœcanitur  et  anle  vrsedicitur  Judxos  si 


200.  —  Peinture  du  cimetière  de  Saint-Callixte. 
D'après  De  Rossi,  Rama  sotterranea,  t.  ir,  pi.  xn,  %.  1. 


pièces  qui  reproduisent  avec  quelques  variantes  le  type 
que  nous  étudions,  bornons-nous  à  signaler  une  clos 
plus  célèbres  (fig.  202).  Buonarotti4  a  publié  un  fond  de 
coupe  divisé  en  deux  registres.  Dans  le  registre  supé- 
rieur on  voit  le  Sauveur  debout  sur  un  monticule  du 
sommet  duquel  découle  le  Jourdain.  Le  registre  inférieur 
offre  une  scène  souvent  reproduite  par  l'art  chrétien. 
Au  centre,  l'agneau  debout  sur  le  monticule  du  sommet 
duquel  découlent  quatre  ruisseaux,  à  droite  et  à  gauche 
trois  agneaux  tournés  vers  lui  et  sortant  de  deux  édicules 
désignés,  celui  de  droite  par  le  mot  BECLE  (=Bethl<:hem), 
celui  de  gauche  lERVSALE(m).  Jérusalem  et  Bethléhem 
représentent  ici  Juifs  et  gentils,  car  Jérusalem  était  le 
centre  religieux  du  judaïsme  et  ce  fut  à  Bethléhem  que  la 
révélation  d'une  religion  nouvelle  fut  faite  pour  la  première 

'De  Rossi,  Inscr.  christ,  urb.  Romx,  in-fol.,  Romae,  1888, 
t.  n,  p.  440  n.  140.  —  *Le  texte  porte  annem.  —  3  DeRossi,  loc. 
cit.,  p.  139,  n.  29.  —  *  F.  Ruonarotti,  Osservazioni  sopra  alcuni 
frammenti  di  vasi  antichi  di  vetro  ornati  di  figure,  trovati  nei 
cimiteri  di  Roma,  in-4%  Firenze,  1716,  pi.  vi,  1,  p.  40;  Boldetti, 
Osservazioni  sopra  i  cimiteri  de"  cristiani,  in-fol.,  Roma.  1720, 
p.  200,  n.  13;  R.  Garrucci,  Vetri  ornati  di  figure  in  oro  trovat. 
nei  cimiteri  dei  cristiani  primitivi  di  Roma,  in-fol.,  Roma,  1858, 


sitierint  cl  Christwm  quxsierinl  apud  nos  esse  pota- 
luvos,  id  est  baptismi  gratiam  consecuturos  :  si  siti- 
erint, inquit,  per  déserta  adducet  illos,  aquam  dépêtra 
producet  illis,  findetur  petra  et  fluet  aqua  et  bibet  plebs 
mea,  Esaias,  XLViu,  21.  Quod  in  Evangeho  adirnpletur 
quando  Christus  qui  est  petra  flnditur  ictu  lancese  in 
passione,qui  et  admonens  quidper  prophetam  sit  anle 
prsed.ictum,  clamât  et  dicit  :  siquis  sitit  ventât  et  bibat  : 
qui  crédit  inme  sicut  scriptura dicit,  flumina  de  ventre 
ejus  (luentaquse.  vïvse.  Joa.,  vu,  37-39 6.  A  l'autre  extré- 
mité de  l'époque  que  nous  étudions  nous  laissons  le  sym- 
bolisme de  cette  représentation  pleinement  constitué  : 

Fonlis  désignât  Salvator  iure  figurant 

De  quo  quadrifluis  decurrunt  flumina  rivis. 

pi.  x,  n.  8;  R.  Garrucci,  Hagioglypta,  in-8%  Parisiis,  1856,  p.  40, 
L.  Perret,  Les  catacombes  de  Rome,  in-fol.,  Paris,  1855,  t.  îv, 
pi.  xxx,  n.80.  Martigny,  Élude  archéologique  sur  l'agneau.  in-S* 
Paris,  1860,  p.  11  sq.,  avait  estimé  ce  type  comme  le  plus  ancien 
dans  la  symbolique  de  l'agneau;  il  a  abandonné  cette  opinion 
dans  son  Dictionnaire  des  anliq.  chrét.,  au  mot  Agneau.  — 
•-Serm.,  cci,  n.  1,  P.  L.,  t.  xxxnr,  coL  1031  —  aS.  Cyprieu, 
Epist.,  LXlll.  8,  P.  L.,  t.  iv,  col.  379. 


887 


AGNEAU 


888 


Quatuor  ut  quondam  nascenlis  origine  seecli 
Limpida  pcr  latuni  fluxerunt  /lumina  niundum, 
Qnse  rubros  flores  et  prala  virenlia  glebis 
Gurgitibus  pnris  et  glauco  rare  rigabant. 
Sic  doctrina  Dei  fluxit  de  fonte  quaterno 
Arida  divinis  irrorans  corda  scatebris  ' . 

11  n'est  presque  pas  de  matière  sur  laquelle  l'art  des 
chrétiens  se  soit  exercé  et  qui  ne  nous  oflre  la  compo- 
sition que  nous  décrivons.  La  cassette  d'argent  d'Ain  Za- 
rira  (voir  fig.  148)  nous  la  montre2  et  les  mosaïques  en 
multiplient  les  reproductions.  Il  n'est  pas  douteux  que  le 
fond  de  coupe  qui  nous  occupe  ne  soit  étroitement  lié 
avec  un  type  symbolique  presque  immuable  destiné  à 
rappeler  la  conversion  des  Juifs  et  des  gentils  et  leur 
entrée  dans  l'Église  du  Christ  par  le  baptême.  Or,  l'in- 
scription du  registre  inférieur  de  notre  fond  de  coupe 
portant  :  IERVSALE.  IORDANES-BECLE  nous  fait 
voir  le  sacrement  de  la  régénération  désigné  par  le  mot 
Jordunus;  il  y  a   ici  un  précieux  indice  d'un  antique 


201.  —  Pupitre  de  sainte  Radegonde. 
D'après  Cahier,  Mélanges  d'archéologie,  t.  m,  pi.  150. 


usage.  La  grande  habitude  de  comparer  ainsi  le  Jour- 
dain avec  le  baptême  avait  fait  qu'en  certains  lieux, 
on  désignait  la  fontaine  baptismale  du  nom  de  Jour- 
dain; nous  en  avons  plusieurs  exemples;  dans  Pru- 
dence : 

Durare  nos  taies  jubé 
Quales  remotis  sordibus 
Nitere  prideni  jusseras 
Jordane  linctos  flumine3. 

Dans  la  Vie  métrique  de  saint  Martin  par  Paulin  de 
Périgueux  : 

Ahera  poc.la  décent  hommes  Jordane  renatos*. 

Enfin,  le  patriarche  de  Jérusalem,  Sophronius  :  Sur- 
gens pretiosum  Jordanem  ingredere;  hoc  enim  nominc 
Alexandrini  sacri  baplisnialis  piscinam  significant, 
eo  quod  Christus  Dominas  noster  ad  purgalionem 
noslri  sit  in  Jordane  flumine  baplizatus^. 


1  S.  Aldhelmus,  Poema  de  aris  13.  M.  et  xn  apo.ttolis  dedicatis, 
xi,  P.  L.,  t.  lxxix,  col.  295.  —  «De  Rossi,  La  capsclla  argentea 
africaiia,  in-fol.,  Roma,  1889.  —  3  Cathemerinon,  hymn.  II,  vs.  61 
sq.,  /'.  L.,  t.  i.ix,  col.  791.  —  *  Vita  S.  Martini,  1.  IV,  vs.  253, 
P.  L.,  t.  lxi,  col.  1042.  —  "Sophronius,  De  miracut.  sanctorum 
Cyri  et  Ju)ian)iis,  dans  Mai,  Scriptorum  veterum  nova  colte- 
etio.  in-4",  Romoe,  1825-1838,  t.  x,  p.  436.  —  •  Florus,  Carmina, 


Une  antique  fresque  offrait  la  même  représentation 
et  le  diacre  Florus  nous  l'a  décrite  : 

...  Christus  Rex  prœsidet  altus. 
Circumstant  miris  animalia  mystica  formis 
Nocte  diequè  hymnis  triton  inclanianlia  numen; 
Adslat  apostolicus  pariter  chorus  ore  corusco, 
Cum  Clirislo  adveniet  certo  qui  lempore  iudex; 
Vivaque  Jérusalem  Agno  illustrante  refulgeyis, 
Quattuor  uno  agitât  paradisi  flumina  Jonle  H. 

Cette  composition  subit  avec  le  temps  des  complica- 
tions qui  paraissent  n'avoir  eu  pour  but  que  de  rendre 
plus  lacilement  intelligible  le  symbolisme  de  l'agneau. 
On  voit,  dans  les  sarcophages  d'époque  tardive  le  Christ 
dominant  l'agneau,  remettant  à  saint  Pierre  le  rotulus 
et  se  tournant  vers  saint  Paul  avec  un  geste  qui  exprime 
une  allocution  7.  «  Il  existe  entre  cette  action  du  Sauveur 
et  les  quatre  fleuves  une  corrélation  évidente  :  Jésus- 
Christ  confère  aux  deux  apôtres  la  mission  de  porter, 
l'un  aux  Juifs,  l'autre  aux  gentils,  la  parole  de   la  vie 


202.  —  Fond  de  coupe. 
D'après  Gamicci,  Vetri  ornati  di  figure,  pi.  x,  n.  b. 

éternelle  qui  jaillit  sous  ses  pieds  divins8.  »  Ces  apôtres 
tiennent  ici  la  place  des  édicules  désignés  par  les  noms 
de  Jérusalem  et  Bethléhem,  et  la  célèbre  mosaïque  de 
Sainte-Pudentienne,  qui  remplace  apôtres  et  édicules 
par  deux  personnages  féminins,  nous  donne  le  commen- 
taire de  ces  diverses  expressions  d'un  même  type  sym- 
bolique dans  deux  inscriptions,  l'une  correspondant  à 
Jérusalem,  à  saint  Pierre,  est  ainsi  conçue  :  ecclesia  ex 
circumeisione,  l'autre  correspondant  à  Bethléhem,  à 
s;unt  Paul  :  ecclesia  ex  gentibus.  Cette  interprétation 
est  à  peine  douteuse  si  on  considère  une  pierre  sépul- 
crale publiée  par  Marangoni9,  et  dans  laquelle  le  geste 
du  Christ  semble  indiquer  une  étoile  placée  au-dessus 
de  l'édicule  qui,  derrière  saint  Paul,  figure  Bethléhem; 
ici  l'étoile  rappelle  la  présence  des  Mages  et  la  voca- 
tion des  gentils  dont  saint  Paul  était  l'apôtre  (fig.  203). 
Une  autre  combinaison  du  symbole  apparaît  au 
iv»  siècle,  elle  introduit  au  pied  du  rocher  deux  cerfs  ou 
bien  un  cerf  et  un  agneau  qui  se  désaltèrent  aux  ruis- 
seaux. Ces  animaux  figuraient  les  catéchumènes  avides  de 


n.  vi,  P.  L.,  t.  CXIX,  col.  259.  —  '  Botta  ri,  Sculture  e  pitturt 
sagre,  in-lol.,  Roma,  1737,  pi.  xxi,  xxn,  alibi.  —  •  Martigny, 
Étud«  archéologique  sur  l'agneau  et  le  bon  pasteur,  suivie 
d'une  notice  sur  te*  Agnua  Dei.  dans  les  Annotée  de  l'acad.  de 
Macan,  t.  v,  1860,  p.  54  —  »  G.  Marangoni,  Acta  S.  Yictorini, 
in-4*.  Rom»,  lT-'tO.  p.  VJ;  piiMièe  de  nouveau  par  L.  Perret,  /.  I 
tnbee  de  Home,  in-fol.,  Paris,  VsVj,  t.  v,  pi.  ni. 


AGNEAU 


890 


recevoir  le  baptême  '  (fig.  204).  On  trouve  encore  l'agneau 
^t  le  paon  affrontés  sur  d'anciens  monuments  2  (fig.  205). 


cette    difficulté    d'une    manière    définitive    (fig.    206). 
Le  sculpteur  ne  se  sentant  pas  l'habileté  de  repré- 


5^^ 


203.  —  Pierre  sépulcrale" romaine. 
D'après  Perret,  Les  catacombes  de  Rome,  t. 


p.  3. 


Cependant  une  difficulté  subsiste  dans  le  type  complet 
que  nous  venons  de  décrire.  Pouvait-on  voir  la  repré- 
sentation des  apôtres  sous  l'inscription  Ecclesia  ex  genti- 


senter  douze  brebis  s'est  borné  à  six,  mais  il  double 
chacune  d'elles  en  gravant  au-dessus  du  groupe  de  droite  : 
PETRVS,  ANDREAS,  IACOVVS,  IOANNIS,  FIIIPVS, 


2Ci.  —  Peinture  du  IV  siècle. 
D'après  Bullettino  di  archeologia  cristiana,  1865,  p.  12. 


bus  et  le  nombre  réduit  de  douze  à  six  n'était-il  pas 
l'indice  d'une  intention  symbolique  différente?  La  décou- 
verte d'un  sarcophage  du  VIe  siècle  à  Salone  a  résolu 

1  Paciaudi,  De  sacris  balneis,  in-4°,  Rcmac,  1758,  p.  154;  Ciam- 
pixû,  Vêlera  monimenta,  in-fol.,  Romae,  1680,  t.  u,  p.  7,  pi.  m  cl  ; 
De  Rossi.  Bull,  di  arch.  crist.,  1865,  p.  12,  pi.  ;  cf.  1867,  p.  86. 
—  -  V.  Schuitze,  Archàologie  der  altchristlichen  Kvnst,  in-8". 
Miinchen,  1895,  p.  265;  Boldetti,  Osservazioni,  in-lol.,  Roma,  1720, 
p.  361;  Martigny,  loc.  cit.,  p.  91.  Une  mosaïque  trouvée  à  Car- 
tilage nous  montre  le  paon,  l'agneau  et  la  rose.  A.  Delattre,  dans 


BARTOLOMIXS  ;  et  au-dessus  du  groupe  de  gauche  . 
PAVLVS,  IACOVVS,  IIVEVS,  SIMON.  IOMAS, 
MAIIIVS  3.  Les  exemples  de  cette  réduction  du  nombre 

Les  Missions  oatlioliqu.es,  3  août  1883,  p.  369.  —  a  Bulic,  dans 
la  Bull,  di  archeol.  e  storia  Dalmata,  1885,  p.  52,  n.  162;  le 
même,  lnscriptiones  qux  in  museo  arclwologico  Salomtano 
Spalati  asservantur,  in-8°,  Spalati,  1886,  p.  250,  n.  58.  Dans  le 
premier  ouvrage  M"  Bulic  lisait  :  tadevs,  mottevs,  dans  le 
deuxième  :  iivivs,  maiievs.  Nous  suivons  ici  la  lecture  de  De 
Rossi  dans  Bullet.  di  arch.  crist.,  1891.  p.  120;  1892,  p.  7  sq. 


891 


AGNEAU 


892 


douze  au  nombre  six  ne  manquaient  pas  »,  mais  aucune 
n'avait  été  aussi  décisive  que  celle  du  marbre  de  Salone2. 


AEUABlCTORi 

KA'  PO^ViT- 

AVRELU  £ 

P  R  O    Ba  E  ' 


205.  —  Épitaphe  romaine. 
D'après  V.  Schultze,  Archâol.  der  altchristlichen  Kunst,  p.  265. 

Voir  Apôtres.  L'agneau  porte  autour  de  lui  l'inscription 
suivante  : 

fe]CCI  AC  NVS 

[D]EI«QVI  10L  LIT 

[pec]CATVM  SECVLI 

C'est  exactement  la  devise  qui  désignait  l'agneau  d'or 
dans  le  baptistère  du  Latran^. 
Les  sarcophages  de  la  Gaule  reproduisent  l'agneau  sur 


le  roc  au:  ?aux  jaHlissantes  s.  L'ambon  de  la  basilique 
Saint-Ambroise,  à  Milan,  nous  montre  Jésus  enseignant 
les  docteurs  et  un  agneau  à  ses  pieds  9. 

V.  Variantes  du  type  précèdent.  —  Une  catégorie  de 
monuments  ligures,  les  lampes,  nous  offre  la  repré- 
sentation de  l'agneau  ;  le  plus  souvent  il  est  montré  de 
flanc,  debout,  immobile,  ce  qui  peut  tenir  à  l'inhabileté 
des  graveurs  dans  un  module  aussi  resserré  que  celui 
de  ces  sortes  de  sujets  10. 

On  rencontre  fréquemment  une  théorie  d'agneaux  par- 
tagée en  deux  bandes  qui  s'acheminent  vers  le  centre  de 
la  composition  dont  le  sujet  est  variable.  Ces  agneaux 
sont  généralement  au  nombre  de  six  dans  chaque  bande 
et  représentent  les  apôtres  (fig.  207).  Ruffi  nous  a 
laissé  le  dessin  d'un  de  ces  monuments  qui  ornait 
l'église  Saint-Victor  de  Marseille  '»,  au  centre  se  trouvent 
quatre  livres  ouverts  représentant  les  quatre  évangiles 
et  par  ce  côté  nous  touchons  au  symbole  des  quatre 
fleuves. 

Un  autel  de  Marseille"  porte  sur  ses  deux  tranches 
les  principales  images  du  Christ  et  des  disciples. 

Ici  l'agneau  placé  au  centre  représente  le  Christ  et 
sous  ses  pieds  s'échappent  les  quatre  ruisseaux  symboli- 


\  h\  VWft  \  ce  ;„  sisJ^fù. 
IlSl)  mSS'MOKiowaSm  v*^ ;x 


_    o   ,.     -   X      ! 


IGAJj 


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206. —  Fragments  d'un  sarcophage  de  Salone.  D'après  Bulleitino  di  archeologia  crintiana,  1892.  pi.  t 


le  monticule.  L'un  d'eux  jadis  conservé  à  Jaint-Victor  de 
Marseille,  aujourd'hui  disparu,  décomposait  en  deux 
registres  une  scène  plus  souvent  combinée.  Le  registre 
inférieur  montre  l'agneau  sur  le  rocher  au  pied  duquel 
deux  cerfs  se  désaltèrent,  tandis  que  dans  le  registre 
supérieur  deux  groupes  de  trois  brebis  s'acheminent  vers 
le  monogramme  central;  le  groupe  de  droite  sort  d'un 
édicule  qui  doit  représenter  Jérusalem  ou  Bethléhem ,  il 
n'est  pas  douteux  qu'une  disposition  analogue  fût  adoptée 
pour  le  groupe  de  gauche*.  Nous  signalons  simplement 
les  sarcophages  de  Reims  5,  de  Marseille  B,  d'Aix  "  repré- 
sentant l'agneau  aux  pieds  du  Christ. monté  parfois  sur 

1  De  Rossi,  dans  Bull,  di  arch.  criât.,  1875  p.  143.  Cf.  Gar- 
rucci,  Vetri  ornati  di  figure  in  oro,  in-fol.,  Roma,  1858,  pi.  vi, 
1;  dans  la  2-  édition,  pi.  x,  8.  Dans  la  cassette  d'argent  d'Ain 
Zarira  le  nombre  des  brebis  est,  faute  d'espace,  réduit  à  huit. 
De  Rossi,  Bull,  di  arch.  crist.,  1887,  p.  121.  Une  amulaen  ar- 
gent conservée  à  la  bibliothèque  Vaticane  offre  d'un  côté  le  buste 
du  Sauveur  avec  quaU-e  bustes  d'apôtres,  de  l'autre  côté  l'agneau 
entre  quatre  agneaux  et  la  croix  entre  quatre  colombes.  Cf.  Gar- 
rucci,  Storia  delV  arte  crist.,  in-fol.,  Pratu,  1873,  t.  VI,  pi.  460, 
n.  1-4.  —  *  Ce  sarcophage  n'a  pas  été  mis  à  profit  par  G.  Ficker, 
Die  Darstellung  des  Apostels  in  der  altchristlichen  Kunst,  in-8*, 
Leipzig,  1887,  p.  150.  —  *  Liber  pontiflcalis,  édit.  Duchesne,  in-i°, 
Paris,  1884,  Silvester,  t.  I,  p.  174.  Surl'à;:ct;  'aiyopuvo*  :  peccatum 
sueculi,  cf.  De  Rossi,  dans  Bull,  di  arch.  crist.,  1892,  p.  15  sq.  — 
'E.  Le  Blant,  Les  sarcophages  de  la  Gaule,  in-fol.,  Paris,  1886, 
p.  36,  n.  5i),  cf.  p.  26,  n.  36,  et  sarcophages  :  n.  52,  p.  39,  pi.  xu. 
fig.  4;  n.  02,  p.  48;  Garrucci,  loc.  cit.,  pi.  327,  n.  2;  pL  328,  n.  1  ; 


ques.  Un  autel  trouvé  prés  d'Auriol  (Bouches-du-Rhône 
représente  sur  une  de  ses  tranches  douze  colombes, 
l'autre  douze  brebis  se  dirigeant  vers  le  monogramme 
cette  composition  se  serait  rattaché  selon  Lupi  un  graffite 
trouvé  en  1732  sur  un  loculus  du  cimetière  de  Prétextât 
dans  lequel  on  voyait  douze  fois  la  lettre  A  reproduite 
en  deux  groupes  de  six  lettres  de  chaque  côté  d'un  di  nîi- 
cercle  central.  Lupi  voyait  ici  les  douze  apôtres  et  le 
Christ  était  un  demi-cercle14;  il  rapprochait  de  ce 
monument  une  lame  de  bronze  trouvée  à  Sainte-Marie 
délia  Mentorella  où  les  douze  bustes  des  apôtres  entou- 
rent le  faldistorium  sur  lequel  est  posé  un  livre  ouvert; 

pi.  329.  n.  1  ;  pi.  341,  n.  1 .  2  :  pi.  342,  n.  1  :  cl.  355.  —  ■  Le  Blant,  loc. 
cit.,  n.  17,  p.  17.  *-  »  Ibid.,  n.  56,  p.  43,  pi.  xm.  —  «  Ibid.,  a 
p.  145,  pi.  m.  —  °  Ibid.,  n.  145.  —  °G.  Allegrania,  Sacri  mon- 
umenti  antichi  di  Milano,  in-V,  Milano.  1757,  pi.  iv.  —  ,0De 
Rossi,  Bull,  di  arch.  crist..  1867.  p.  11,  14  et  p.  12,  fig.  2.  —  "  Ruffi, 
Hist.  de  la  ville  de  Marseille,  in-fol.,  Marseille,  1096,  t.  n  (2-  édit.). 
p.  123  :  R.  Garrucci,  Storia  delV  arte  cristiana.  in-foL,  Prato,  lS7:î, 
t.  v,  p.  129  et  dI.  386.  n.  1  ;  E.  Le  Blant,  op.  cit..  n.  51,  D.  37. 
Même  sujet  sur  une  peinture,  cf.  De  Rossi.  Bull,  di  arch.  crist.. 
1884-1885,  p.  160,  ni.  xi-xu.  —  "  Le  Blant.  Inscr.  chrét.  de  la 
Gaule.  in-4\  Paris.  1856-1865,  t.  il,  n.  547.  —  "Barges,  Notice 
sur  autel  luituvie  orné  de  bas-relief.'!  et  d'inscriptions  lof) 
in-8%  Paria,  1861  :  Dassy.  dans  la  Bévue  de  l'art  chrétien,  t.  i. 
p.  456;  Grimmiard  de  Saint-Laurent,  Guide  de  rart  chrétien. 
in-8-,  Paris.  1878,  t.  n.  p.  62,  06,  67,  120.  —  ,4A.  Luni.  Disserte- 
in-4-,  Faenza.  17Kr>,  t.  i.  p.  f:60-264;  Bedi  nei  Saggi  di 
diss.  deW  accad.  di  Cortuna.  t.  n,  p.  117 


893 


AGNEAU 


894 


ce  motif  était  placé  sous  un  portique  avec  l'agneau  divin 
portant  la  croix  et  cette  devise  :  EGO  SVM  OSTIVM  ET 
OVILE  OVIVM.  Malheureusement  cette  interprétation 
n'est  pas  exacte.  Le  marbre  marqué  de  douze  A  est  une 
simple  tabula  lusoria  ' .  Un  bas-relief,  encastré  dans  le 
mur  extérieur  de  la  basilique  de  Saint-Marc  à  Venise,  et 
qai  peut  être  attribué  au  viie  siècle,  représente  les  douze 
agneaux  au-dessus  desquels  il  est  écrit  :  01  AT70C- 
TOAOI  2.  Dans  cette  série  de  représentations  l'agneau 
qui  remplace  le  Christ  est  ordinairement  de  plus  grande 
(aille  que  les  autres,  peut-être  en  avons-nous  la  raison 
dans  une  phrase  de  Clément  d'Alexandrie  :  'Au,vo; 
X£fi5[J-evoç  ouj(  âuXû;,  iva  jMfjttî  (uxpov  •JTtoXâër),  àXk'6 
pifaç  xal  pi-paroi;,  où  fjuxpbç  T"P  ô  T°ù  ®eoù,  à  aïptov 
tt)v  â[i.apTtav  toû  -x.oap.ov  3.  Saint  Avit  de  Vienne  voit 
dans  cette  composition  les  apôtres  au  moment  d'aller 


chrisme  est  placé  sur  le  dos  de  l'Agneau  ,8  et  une  sculp- 
ture à  Deïr-Sanbil  (Syrie  centrale)  décorant  la  façade 
d'une  maison  (fig.  208).  «  C'est  le  seul  exemple,  écrit 
M.  de  Vogué,  que  cette  région  nous  ait  fourni  de  la  repré- 
sentation sculptée  d'un  être  vivant.  Cette  maison,  selon 
toute  probabilité,  est  du  Ve  siècle  et  parait  d'ailleurs  avoir 
été  habitée  ou  bâtie  par  une  famille  qui  avait  un  goût 
spécial  pour  la  symbolique  chrétienne,  car  un  des  lin- 
teaux de  porte  renferme  des  ornements  où  il  est  bien 
difficile  de  ne  pas  reconnaître  d'un  côté  les  panes  decus- 
sati,  pains  marqués  d'une  croix,  et  de  l'autre  les  grappes 
de  raisin  qui  sur  les  monuments  primitifs  chrétiens 
figurent  les  espèces  eucharistiques  i9. 

Le  monument  le  plus  remarquable  de  cette  catégorie 
est  une  lampe  antique  en  forme  de  bélier,  allusion  évi- 
dente au  texte  de  l'Apocalypse  :  lucerna  ejus  est  Agnus  20. 


207.  —  Autel  de  Marseille.  D'après  une  photographie. 


répandre  l'Évangile,  ce  qui  n'est  pas  sans  rapport  avec 
ce  que  nous  avons  dit  des  quatre  fleuves  sortant  du 
rocher  : 

Inde  quaterterni  puris  quod  mentibus  agni 
Egerunt  toto  spargentes  semina  mundo* 

Un  sarcophage  d'Aix  et  un  de  Saint-Maximin  nous 
font  voir  l'agneau  dont  le  front  est  surmonté  d'une 
croix  6;  cet  insigne  paraît  avoir  commencé  à  être  em- 
ployé vers  la  fin  du  ive  siècle  »,  mais  il  l'a  été  avec 
bien  des  modifications,  c'est  ainsi  que  l'on  trouve  la 
croix  surmontée  d'une  colombe',  la  croix  monosfram- 

_P 
matique     ;    ,  la   croix   monogrammatique    accostée  de 
ACO  8,  le  monogramme  dans  un  cercle  ". 

On  rencontre  aussi  l'agneau  couronné  du  nimbe  cru- 
cifère", mais  ée  n'est  guère  avant  le  v«  siècle  que  le 
nimbe  employé  pour  les  images  du  Christ  dès  le  m»  et 
le  ive  siècle  »  est  adopté  pour  l'agneau  ;  le  plus  ancien 
exemplaire  qu'on  en  puisse  citer  est  celui  de  la  mosaïque 
du  baptistère  de  Saint-Jean  de  Latran,  exécutée  par  ordre 
du  pape  saint  Hilaire  en  462  '*.  Viennent  ensuite  celle 
des  Saints-Côme-et-Damien,  en  530  »,  celle  de  Saint- 
Vital,  à  Ravenne,  en  547  14.  Cette  dernière  est  digne  de 
remarque,  car  l'agneau  s'y  détache  sur  un  ciel  étoile. 
Voir  Étoiles.  Un  diptyque  de  Milan  montre  le  nimbe 
lauré»s;  il  est  probable,  bien  que  la  démonstration  en 
soit  peu  aisée,  que  le  nimbe  de  l'agneau  fut  d'abord 
simple;  ce  n'est  qu'ensuite  qu'on  introduisit  dans  le 
champ  une  croix  gemmée  "  qui  dans  la  première  moitié 
du  v«  siècle  ce  serait  transformée  en  nimbe  crucifère  ». 

Il  faut  signaler  en   outre  une   pierre   gravée  où  le 

«  De  Rossi,  Bull,  di  arch.  enst.,  1872,  p.  136.  —  *  De  Rossi 
Bull,  di  arch.  crist.,  1875,  p.  144.  -  3  Cité  sans  référence  par 
R.  Garrucci,  Storia  delV  arte  crist.,  in-fol.,  Prato,  1872,  t.  i, 
p.  235,  note  1.  —  ^  Ad  Fuscinam  sororem,  de  laudè  castitatis 
n.  401-402,  P.  L.,  t.  Lix,  col.  376.  -  »E.  Le  Blant,  Les  sarco- 
phages de  la  Gaule,  in-fol.,  Paris,  1886,  p.  145,  n  207  pi  lu 
n.  2  ;  p.  156,  n.  214,  pi.  zm,  a.  1.  -  «  R.  Garrucci,  loc.  '  cit.] 
t.  r,  p.  235.  —  >  Ibid.,  t.  vi,  pi.  472,  n.  2.  —  »  Ibid.,  t.  i  pi  58 
n.  1.  —  »Ibid.,  t.  v,  pi.  355,  n.  1;  cf.  t.  iv,  pi.  237  —  ^  ibid  ' 
t.  iv,  pi.  290;  t.  vi,  pi.  430,  n.  5;  cf.  t.  vi,  pi.  465,  n.  2,  et  t  iv' 
pi.  212,  213.  —  "Buonarotti,  Osservazioni  sopra  alcuni  vasi 
anUchi  di  vetro,  in-4%  Firenze,  1716,  pi.  rx,  xv,  xvn;  G  Ciam- 
pini,  De  sacris  sediftciis  a  Constant.  Magn.  construc'tis  in-fol 
Romae,  1693,  pi.  xxxn.  -  «  Giampini,  Vetera  monimenta,  in-fol  ' 
Romœ,  1690,  t.  i,  pi.  lxxiv-lxxv.  —  "Ibid.,  t.  n  pi  xvi  — 
"Ibid.,  t.  n,  pi.  xvm.  -  ««Bugati,  Memorie  storicho-critiche 
witorno  le  rehquie  di  S.  Celso  martire,  in-4%  Milano,  1782- 


La  tête  de  ce  bélier  est  surmontée  d'une  croix  sur 
laquelle  repose  une  colombe;  une  autre  croix  est  indi- 
quée sur  la  poitrine  de  l'agneau  21  (fig.  209).  11  n'est  pas 


208.  —  Sculpture  de  Deir-Sanbil. 
D'après  de  \ogùé,  Syrie  centrale,  p.  48. 

impossible  que  le  fabricant  de  cette  lampe  ait  pensé  à  la 
promesse  que  fit  le  Christ  à  ses  apôtres  de  leur  envoyer 
le  Saint-Esprit  après  que,  par  sa  mort,  il  serait  retourné 
au  ciel. 


cf.  Martigny,  dans  les  Annal,  de  Vacad.  de  Mâcon,  1862,  t  v, 
p.  60.  —  «  Ciampini,  op.  cit.,  t.  1,  pi.  xlvi.  —  «  Martigny,  loc. 
cit.,  p.  69  sq.  Pour  les  époques  des  modifications  subies  par  la 
chrisme,  voir  D&  Rossi,  De  titulis  christtanis  carthaginiensibus. 
dans  Pitra,  Spicileg.  Solesm.,  in-4%  Parisiis,  1858,  t.  IV,  p.  497. 

—  18R.  Garrucci,  Hagioglypta,  sive  pictural  et  sculptures  sa- 
crée antiquiores,  prsesertim  quee  Romm  reperiuntur  explicatse 
a  Johanne  L'Heureux,  Macario.  in-8%  Lutetiœ  Parisiorum, 
1856,  p.  222.  Une  bague  trouvée  à  Chouy  (Aisne)  montre  l'agneau 
portant  sur  le  dos  un  chrisme  étoile.  M.  Deloche,  Étude  historique 
et  archéologique  sur  les  anneaux  sigillaires  et  autres  des  pre- 
miers siècles  du  moyen  âge,  in-8%  Paris,  1900,  n.  cxxm  bis. 

—  18De  Vogué,  Syrie  centrale.  Architecture  civile  et  reli- 
gieuse, in-4%  Paris,  1865,  p.  92,  pi.  48,  n.  3.  —  2°Apoc,  XXI,  23. 

—  "  De  Lasteyrie,  dans  les  Mém.  de  la  Société  des  antiq.  de 
France,  t.  xxn,  pi.  v;  R.  Garrucci,  Hagioglypta,  in-8%  Parisiis, 
1850,  p.  46. 


895 


AGNEAU 


896 


Au  vc  siècle  saint  Paulin  écrit  au  sujet  de  ces  deux 
symboles,  l'agneau  et  la  croix  : 

Sanclam  fatenlur  crux  et  agnus  victimam1 

et  vers  le  même  temps  nous  trouvons  des  représenta- 
tions, plus  fréquentes  et  d'un  style  plus  lacile  à  dater, 


209.  —  Lampe  antique 

D'après  les  Mémoires  de  la  Société  des  antiquaires  ne  France, 

t.  XXII,  pi.  5. 

d'un  agneau  non  plu-  avec  la  croix  sur'  la  télé,  niais 
muni  d'une  croix  liastée  -'.  Un  des  cinq  médaillons  de  la 
porte  de  Sainte-Pudentienne  à  Rome  présente  ce  motif 
d'ornementation  avec  cette  inscription  :  HIC  AGNVS 
MVNDVM  RESTAVRAT  SANGVINE  LAPSVM  MOR- 
TVVS  ET  VIVVS  IDEM  SVM  PASTOR  ET  AGNVS.  Un 
bas-relief  publié  plusieurs  fois3  nous  montre  l'Agneau 
avec  la  croix  baslée  sur  l'épaule,  accompagné  d'une 
main  bénissant  à  la  manière  latine,  et  dans  un  encadre 
ment  semi-circulaire  celte  inscription  :  ECCE  AGNVS 
DEI  QVI  TOLLIT  PECCATA  MVNDI  MISERERE 
NOBIS. 

Peu  à  peu  1rs  deux  s\  mbolcs,  la  croix  Cl  l'agneau, 
subissent  une  sorte  de  com pénétration.  Dans  le  cours  du 
vi»  siècle  on  voit,  sur  une  mosaïque  de  l'abside  de  l'an- 
cienne basilique  Vaticane*,  l'agneau  debout  sur  un 
trône  orné  de  pierreries,  au  pied  de  la  croix  gemmée,  le 
liane  percé  et  laissant  couler  son  sang  dans  un  calice 
d'où  ce  sang  coule  en  cinq  ruisseaux,  allusion  aux  cinq 
plaies  de  Jésus,  pour  se  réunir  enfin  en  un  seul  fleuve. 

Vers  le  déclin  du  vic  siècle,  on  voit  l'agneau  peint  sur 

•S.  Paulin,  Epist.,  XXXII,,  10,  P.  I..,  t.  î.xt.  col.  330.  — 
*  Aringhi,  Iloma  sublerranea,  in-fol.,  l'arisiis,  16à9;  Ciampini, 
Vêlera  monimenta,  in-Iol.,  Hom;e,  1690,  t.  I,  p.  27.  —  a  G.  Ga- 
rampi,  De  nummo  argenteo  Denedicti  III...  appendix  vetc- 
rum  nionumentorum,  c.  v,  xm,  in-4°,  Ronue,  1749;  Paciaud^ 
De  sacris  chrxstianorum  balneis,  in-4%  Borna:,  1758,  p.  141.  — 
4  ciampini,  De  sacris  sedif.  à  Constant.  Magn.  constructis, 
in-fol.,  Rome,  1093,  pi.  xiu,  p.  45.  Cf.  G.  Bosio,  De  cruce 
triumphante,\.  VI,  c.  xn,  In-fol.,  Antwerpùe,  ItilT.  —  »Boi 
gia,  De  cruce  Vaticana,  in-4",  Bornas,  1779,  p.  127.  130.  Ci.  An- 
nuaire de  la  société  arcliéol.  de  Constantine,  t.  vi,  pi.  ix, 
n.  3,  poterie  représentant  l'agneau  sur  une  croix.  —  •Venturi, 
Storia  dell  arle  italiana,    in-8%  Milano,  1901,  t.   l,  p.  450  et 


la  croix  à  la  place  qu'occupera  bientôt  l'image  du  Christ. 
La  célèbre  croix  du  Vatican  étudiée  par  Borgia  montre 
à  la  croisée  des  bras  et  de  la  haste  un  agneau  nimbé 
tenant  une  croix,  le  Christ  n'y  est  encore  représenté 
qu'en  buste  et  dans  deux  médaillons  en  bas  et  en  haut 
de  la  croix  s.  Un  monument  non  moins  précierx,  les 
colonnes  antérieures  du  ciborium  de  Saint-Marc,  à  Ve- 
nise, nous  offre  pour  la  première  moitié  du  vi«  siècle 
une  représentation  si  curieuse  que  nous  ne  saurions 
omettre  de  la  donner  (fbj.  210J.  Contrairement  à  la  porte 


210.  —  Fragment  de  cil  i  rinm  de  Saint-Marc  à  Venise. 
D'après  une  photographie. 

de  Sainte-Sabine  nous  avons  ici  les  deux  larrons  cruci- 
fiés, mais  le  Christ  esl  remplacé  parl'agneau.  L'antiquité 
chrétienne  offre  peu  de  monuments  aussi  précieux  pour 
la  symbolique  et  d'une  interprétation  aussi  claire6. 

L'usage  de  représenter  la  personne  du  Sauveur  ayan\ 
définitivement  prévalu,"  l'agneau  ne  fut  pas  aussitôt 
abandonné.   La    croix   stationale   de   Velletri   avait  un 

n  au  au  revers  'f  de  même  la  croix  de  bronze  étudiée 
par  Lami8.  Cette  pratique  persista  jusque  vers  le  \  siè 
cle,  mais  le  décret  du  concile  in  Tnitlu'',  réprouvant  la 
représentation  di  l'agneau  comme  insuffisante  pour  ré- 
véler le  mystère, porta  à  l'ancien  t\pe  un  coup  décisif  !". 
du  moins  en  Orient.  Il  semble  que  ce  décret  ait  sus- 
cité, au  moins  à  Rome,  une  protestation.  Voyei  Ai, m  s 
Dei,  formule  liturgique.  Mais  à  partir  de  cette  époque 
la  destinée  de  ce  symbole  ne  rentre  plus  dans  h  limi- 
tes chronologiques  de  ce  travail  ". 

Nous  n'avons  pas  fait  usage  dans  celle  étude  d'une 
série  de  monuments  d'une  appréciation  difficile;  plu- 
ieurs  objets  du  Tesoro  Giancarlo  y>  <  -,s>  i  offrent  des 
représentations  symboliques  de  l'agneau  dont  nous  nd 
croyons  pas,  jusqu'à  plus  ample  information,  pouvoir 
faire  usage  comme  de  documents  authentiquée'*. 

fig.  261.  —  'Borgia,  De  cruce  veHtewa,  in-'r,  Ronue,  1790,  — 
•  Novelle litte*xtri  U  Pïren:  1766, t xx vin, col. 818.  —  'Conc. 
TruUanum,  can.  B3,  dans  Pitra,  Monum.  jv  in-4#. 

Bonite,  1868,  t.  n.  p.  62.  —  ">  J.  Gretzer,  De  cruce,  1.  II.  c.  xm. 
in-ful.,  tngotstadii,  1616  —  "  Voyez  pour  les  quelques  laits  | 
rieurs.  Martigny,  dans  les  Annales  de  CAcad.  de  Mûcon,  t,  V, 
1862,  p.  71  sq.  —  "Giancarlo  Bossi,  CommenH  sopra  suppcltel- 
tili  sacre  di  argento  ed  oro  appariaient!  ai  piimissimi  secoli 
délia  ('liicsa...  seconda  edizione  con  ngniunta  di  tavole  e  am- 
pliamente  di  diludazioni  degli  Bcrittori  Rossi,  Di  Carlo  e  De 
Vecclii  Pieralice.  in-fol.,  Borna,  1890;  R.  Cattaneo,  L'arcliitcttura 
in  Italia  ital  secolo  tv  al  mille  circa,  Venezia,  1888;  Rômische 
I887,p  272;1888, p. 86Bq.,148sq.,277  8q.;MSB, 


897 


ACNEAU 


898 


VI.  Agneau  symbole  de  Moïse  et  de  Jésus-Christ.  — 
L'agiieau  peut  symboliser  soit  le  Christ,  soit  les  apôtres, 
soit  les  prophètes,  soit  les  fidèles.  Nous  aurons  l'occa- 
sion de  rencontrer  plusieurs  applications  de  chacun 
de  ces  cas.  Un  célèbre  sarcophage,  celui  de  Junius 
Bassus  (f  358),  conservé  au  Vatican,  nous  offre  plusieurs 
compositions  de  l'agneau  qui  doivent  compter  au  nombre 
des  plus  originales  qui  nous  soient  parvenues  (fig.  211). 
Ce  sarcophage  nous  fait  voir  dans  le  vide  des  angles 
formés  par  des  arcatures  de  l'étage  inférieur  des  figures 
dont  se  compose  le  bas- relief  une  série  de  petits  sujets 
qui  représentent  '  :  1°  un  agneau  touchant  Lazare  du  bout 
d'une  verge  qu'il  tient  avec  la  patte;  2»  un  agneau 
recevant  les  tables  de  la  Loi  sur  le  Sinaï 2;  3°  un  agneau 


211.  —  Détails  du  sarcophage  de  Junius  Bassus. 
D'après  une  photographie. 

posant  l'un  de  ses  pieds  de  devant  sur  la  tête  d'un  autre 
agneau  à  demi  plongé  dans  l'eau;  une  colombe  domine 
la  scène  qui  rappelle  le  baptême  de  Jésus-Christ;  4°  la 
multiplication  des  pains  par  un  agneau  qui  touche  avec 

p.  66  sq.  ;  Fabio  Gori,  Sul  tesoro...  del  cav.  Giancarlo  Rossi, 
in-8",  Spoleto,  1892;  0.  Marucchi,  dans  YOsservatore  Bomano, 
17  marzo  1893;  Revue  de  l'art  chrétien,  1893,  t.  xxxvi,  p.  89-97, 
157,  520;  Rivista  storica  italiana,  1888,  t.  v,  p.  711;  G.  Rohault 
de  Fleury,  La  messe,  in-4%  Paris,  1889,  t.  vm,  p.  114,  pi.  653; 
Historich-politische  Blâtter,  1892,  t.  ex,  p.  907;  K.  Fbrrer  et 
G.  A.  Millier,  Kreuz  und  Kreuzigung  in  ihrer  Iiunstentuiicke- 
lung,  in-8%  Strassburg,  1894,  p.  21:  L.  Bruzza,  dans  Rcsoconto 
délie  conferenze  dei  cultori  di  archeolvgia  cristiana,  Roma, 
1882,  p.  227;  De  Rossi,  Bullettino  di  arch.  crist.,  1883,  p.  73  ; 
H.  Grisar,  S.  J.,  dans  Zeitschrift  fur  katholische  Théologie, 
Innsbruck,  1895,  t.  XIX,  p.  306-331  ;  Pio  Franchi  de'  Cavalieri,  dans 
la  Civiltà  cattolica,  1894,  t.  m,  p.  736;  Di  un  preteso  tesoro  cris- 
tiano  de'  primi  secoli,  studio  archeologico  di  H.  Grisar,  tra- 
duz.  ital.  di  P.  Franchi  de'  Cavalieri,  in-4%  Roma,  1895;  Un 
prétendu  trésor  sacré  des  premiers  siècles,  trad.  franc,  par  J. 
Vetter,  in-4%  Rome,  1895  ;  G.  C.  Rossi,  L'ultima  parola  ma  ne- 
cessarissima  sul  sacro  tesoro  Rossi,  rinforzante  la  storia 
dell'  antica  titurgica  dottrina,  in-8",  Roma,  1898.  —  '  Bottari, 
Pitture  et  sculture,  in-fol.,  Roma,  1737,  t.  i,  p.  46;  F.  Buonarotti, 

DICT.  d'ARCII.  CIIRL'T. 


une  verge  deux  cystes  remplis  de  pains;  5°  un  agnoau 
frappant  de  la  verge  un  rocher  d'où  s'échappe  une  gorbe 
d'eau  ;  6°  un  agneau  à  la  nage  qui  semble  en  guider  un 
autre  nageant  derrière  lui  ;  peut-être  est-ce  une  figure 
du  passage  de  la  mer  Rouge. 

VII.  Agneau  symbole  de  l'Église  et  des  martyrs.  — 
Une  pierre  annulaire  (fig.  212)  représente  l'agneau  portant 
le  chrisme  sur  le  dos  et  nimbé;  il  repose  sur  une  colonne 
qu'entourent  deux  agneaux  et  deux  colombes  3,  symbole 
des  pasteurs  et  des  fidèles  groupés  autour  de  la  pierre 
de  l'Église  :  petra  autem  erat  Christus*.  On  sait  que 
l'usage  de  donner  le  nimbe  à  l'agneau,  en  y  faisant  en- 
trer ou  en  omettant  le  monogramme,  a  été  en  vigueur 
pendant  tout  le  IVe  et  la  première  moitié  du  ve  siècle3. 

Un  fragment  de  coupe  en  verre  du  musée  Kircher  et 
publié  pour  la  première  fois  par  le  P.  Garrucci 6  présente 
un  dessin  très  délicat  du  Bon  Pasteur  portant  sur  ses 


212.  —  Tierre  annulaire.  D'après  Smith, 
Dic'.ionary  of  Christian  antiquities,  1. 1,  p.  718. 

épaules  la  brebis  égarée  ;  à  ses  côtés  deux  agneaux  sont 
peints  en  couleur  rouge  (fig.  213).  Il  n'est  pas  impossible 
que  l'artiste  ait  voulu  symboliser  ici  les  martyrs  revêtus 
de  rouge  comme  le  Christ  lui-même  au  jour  où  il 
triomphe  de  la  mort  et  de  ses  ennemis  :  SoO  èpuâpà  Ta 
iu.i-'.a  xal  rà  ivh'vy.tXTÛ.  <rou  <ô;  ànô  nar/;ToO  ).ï]v"oû '.  Pru- 
dence nous  dit  que  la  foi  couronne  de  Heurs  lae  martyrs 
et  les  revêt  de  la  pourpre  : 

Tune  fortes  socios  parla  pro  laude  coronat 
Floribus,  ardentique  jubet  vestirier  ostro  8. 

Osservazioni  sopra  alcuni  vasi  antichi  di  vetro,  in-4%  Firenze, 
1716,  p.  45;  Martigny,  dans  les  Annales  de  l'Acad.  de  Mâcon,  1860, 
t.  v,  p.  57  sq.  ;  R.  Garrucci,  Storia  dell'  arte  cristiana,  in-tol., 
Prato,  1873,  t.  i,  p.  234,  pi.  322,  n.  2.  Autre  représentation  de 
l'agneau  avec  une  corbeille  de  pains,  cf.  De  Rossi,  Insc.  christ, 
urb.  Romx,  in-fol,  Romae,  1888,  t.  h,  p.  429,  col.  1  ;  A.  de  Waal, 
Der  Sarkophag  des  Junius  Bassus  in  der  Grotten  von  S.  Pe- 
ter, in-4%  Rome,  1900.  —  2  Aringhi,  Roma  subterranea,  in-fol., 
Lutetise-Parisior.,  1659,  t.  II,  p.  482,  fait  remarquer,  d'après  saint 
Isidore,  qu'il  s'agit  ici  des  secondes  tables  données  à  Moïse,  Ta- 
bulas illse  (primse)  imaginem  demonstrabant  priscx  legis,  non 
post  longum  intervallum  pro  peccato  populo  cessantis.  Alise 
vero  ad  instar  priorum  iterato  incisx  novi  testamenti  liabuere 
figuram.  Istx  non  franguntur  ut  ostenderetur  novi  testamenti 
eloquia  remansura.  —  3  R.  Garrucci,  Hagioglypta,  in-8*,  Pari- 
siis,  1856,  p.  222,  224;  Martigny,  op.  cit.,  t.  v,  1860,  pi.  —  *  I  Cor., 
x,  4.  —  «  L.  Palustre,  dans  le  Bulletin  monumental,  1878, 
p.  260  sq.  —  •  R.  Garrucci,  Vetri  omati  di  figure  in  oro,  in- 
fol.,  Roma,  1858,  p.  20  et  pi.  vi,  n.  8.  —  'Isaïe,  lxiii.  —  •  Psy- 
Chom.,  vs.  38,  P.  L.,  t.  LX,  col.  24. 

1.  —  29 


899 


AGNEAU 


900 


Ailleurs  le  même  poète  nous  dit  à  propos  des  martyrs 
de  Saragosse  qu'ils  portent  des  vêtements  rouges  et  des 
vêtements  blancs. 

....  Chorus  unde  surgens 
Tendit  in  cselum  niveus  togatse 

NobUitcttis 
Lapsibus  nostris  veniam  precatur 
Turba,  quam  servat  procerum  creatrix 

Purpureorum  ' . 

Enfin  dans  l'hymne  à  saint  Vincent,  martyr,  il  dit 

Nunc  Angelorum  particeps 
Collucis  insigni  stola 
Quam  testis  indomabilis 
Rivis  cruoris  laveras  -. 

Une  inscription  de  l'abside  de  Saint-Celse,  qui  ne  parait 
pas  antérieure  au  xne  siècle,  nous  est  parvenue  dans  la 
seule  Sylloge  de  Pierre  Sabinus 3. 

QVOD     CERNIS     MIRIS     TEMPLVM     SPLENDERE 

[FIGVRIS 
ECCLESIAE  NATI  DIVINO  FONTE   RIGATI 
MARTYRIBVS    SANCTIS   STRVXERVNT   FVNDITVS 

[ISTIS 
VT  SIMVL  HIS  AGNIS  AGNI  SOCIENTVR   in  AVLIS 

VIII.  Agneau  symbole  des  fidèles.  —  Nous  connais- 
sons plusieurs  représentations  de  l'agneau  portant  dans 


213.  —  Fragment  de  coupe  de  van 
D'après  Garrucci,  Vetri  ornati  di  figure  in  oro,  pi.  6,  n.  8. 

la  bouche  une  couronne',  il  n'est  pas  douteux  qu'elles 
symbolisent  en  ce  cas  les  fidèles,  car  nous  avons  deux  fres- 
ques qui  nous  montrent  cette  fois  les  fidèles  eux-mêmes 
se  présentant  la  couronne  dans  les  mains  à  l'entrée  du 
paradis".  L'agneau  placé  auprès  des  enfants  est  le  sym- 
bole de  leur  innocence.  Nous  en  avons  un  monument 
précieux  dans  un  marbre  du  musée  Trivulce  à  Milan, 
qui  remonte  au  vi»  ou  au  vu*  siècle6. 
AfH  Saint  Nazaire  NAZA      ATHOYZ  Saint  Celse  KAI 


0 

avec  un 

PHOYZ    APNOZ          avec          AZ 

Y 

agneau 

0          O  YIOZ    un  agneau  OYZ 

Z 

APNOZ      TOY 

O  YIOZ 

GEOY 

GEOY 

La  mosaïque  de  Saint-Apollinaire  in  Nuovo,i  Ravenne 7, 
nous   représente    sainte    Agnès    escortée    d'un   agneau 

'  Péri  Steph.,  hymn.  iv,  vs.  74,  190.  P.  h.,  t.  lx,  col.  366,  376. 
—  «  Ibid.,  hymn.  v,  vs.  10,  P.  L.,  t.  i.x,  col.  378.  —  >De  Rossi, 
lnscr  christ  urb.  nom.,  in-fol.,  Rom»,  1888.  t.  Il,  p.  446,  n.  194. 
Il  ressort  de  ce  texte  que  l'on  voyait  les  saints  Celse  et  Julien  aux 
côtés  du  Christ  et  à  la  partie  inférieure  de  l'hémicycle  une  théorie 
d'agneaux.  —  »  R.  Garrucci,  Storia  dell"  arle  «ristiana,  in-f..l., 
Prato,  1873,  pi.  304,  n.  2.  —  »  Ibid.,  t.  il,  pi.  100,  n.  1,  2.  —  «  Bugati, 
Memoric  storiclio-critiche  intortw  le  reliquie  di  S.  Celso  mar- 
bre, in-4',  Milano,  1782.  frontispice  et  p.  79;  KinlilmlT,  dans  Corp. 
inscr.  grsec,  t.  IV,  n.  8966;  Mai,  Script,  veterum  nova  collectio, 
tn-4',  Rom»,  1831,  t.  v,  p.  53,  n.  1.  R.  Garrucci,  Storia  dell'  arte 
cristiatia,  t.  i,  p.  236,  note  1,  n'accû(ite  pas  la  locture  île  Bugati  : 


plus  éclatant  que  la  neige,  ainsi  que  s'expriment  ses 
actes  :  et  ad  dextram  cius  agnnm  slanlem  nive  candi- 
diorem  8. 

Un  peigne  trouvé  clans  une  très  ancienne  communauté 
chrétienne,  à  Chiusi  (Clusium),  nous  fournit  un  nouveau 
et  important  spécimen  de  l'agneau  et  de  la  couronne  9 
(fig.  '214).  Ce  petit  objet  peut  dater  du  tv=  siècle  ou  de 
la  première  moitié  du  V.  Une  face  représente  deux 
agneaux  accostant  une  couronne,  l'autre  face  deux  autres 
agneaux  accostant  un  siège  voilé-  sur  lequel  repose  non 
un  coussin,  ainsi  qu'on  en  a  un  exemple  l0,  mais  le  livre 
des  divines  Écritures,  ce  qui  d'ailleurs  se  retrouve  sur 


214.  —  Peigne  trouvé  a  Clusium. 
D'après  Bullettino  di  archeologia  cristiatia,  1886.  pi.  VI. 

d'autres  monuments  ".La  couronne  est  en  rapport  évi- 
dent avec  les  deux  représentations  que  nous  avons  citées 
plus  haut,  les  agneaux  symbolisent  les  fidèles  recevant  la 
couronne  de  justice  promise  à  leurs  mérites  '  -,  La  face  qui 
porte  une  cathedra  voilée,  marque  d'honneur  dans  l'an- 
tiquité 13,  accordée  particulièrement  aux  évêques  dispen- 
sateurs et  juges  de  la  doctrine  dans  l'Église  :  montrerait 
donc  ici  des  fidèles  représentant  l'Église  enseignée  rece- 
vant la  parole  de  Dieu,  et  l'ensemble  des  deux  compo- 
sitions pourrait  être  destiné  à  rappeler  que  la  docilité 
aux  enseignements  de  l'Église  procure  iiin  RdèsM  la 
vie  éternelle. 

J  àfvbî.  ;  u',b<  to3  6io3,  car  le  marbre  porte,  dit-il,  O  APNOnorC 
TOI'  9  V  qu'il  faut  lire  :  à  ipvnb;  nJ  e(io):.  Il  faut  en  outre  je  indu- 
ces  mOtS  :   «y^ouç    Na^ap^oyç,    «fijoyf;]    KatAmuç.  —   1  R.   GaiTUCfi. 

loc.  cit.,  t.  IV,  pi.  259.  —  •  jlctn  sanct..  21  janv.,  t  n,  col.  717. 
•  De  Rossi,  dans  le  Bull,  di  arch.  triât.,  1880,  pi.  vi.a,  b,  et  1881. 
p.  76  sq.;  Harbier  de  Montault,  dans  le  Bulletin  monumental,  188U. 
p.  664  sq.  ;  1881,  p.  744 sq.  —  <aBull.ili  arch.  i/in.<l.,  1872, 1 1.  vi. 
vm.  —  "  Ibid.,  p.  127  sq.  ;  Garnuvi,  Storia,  pi.  257,  n  2  —  "  D. 
U,.ssi,  dans  le  Bull,  di  arch.  crist.,  1881,  p.  81.  —  ,J  De  Rossi. 
Bull,  di  arch.  christ.,  1872,  p.  125  sq.  :  1Sl'v\  p.  68  sq.  ;  1881,  p.  82 
sq.  ;  Ruinart,  Acta  sincera,  in-4',  Parisns,  ltWJ,  p.  214:  S.  Pa- 
cien,  Epist.,  n,  ad  Sympron.,  3.  P.  1.  .  t.  xm.  col.  10f>9. 


904 


AGNEAU 


coa 


Nous  rencontrons  fréquemment  dans  l'épigraphie  des 
illusions  au  symbolisme  de  l'agneau  par  rapport  aux 
fidèles;  il  est  vraisemblable  que  ceux-ci  étaient  en  géné- 
ral beaucoup  moins  bien  informés  de  la  symbolique  que 
nous  ne  le  sommes  aujourd'hui,  ce  qui  explique  le  choix 
qu'ils  faisaient  d'un  type  que  sa  dignité  toute  divine 
semblait  devoir  soustraire  à  cette  nouvelle  application 
qu'on  en  fit  '  : 

IANVARIVS    INNOCENTISSIMVS 

IN   PACE 


I 


I 


Une  autre  publiée  par  Mai 2  : 

ROGATO    ET    AGAPITO    DVOBVS     FRATRIBVS 

[INNOCENTIBVS 
QUI  BICXERVNT  INTER  SE  ANNOS 
VII  BENE  CESQVENTIS    PARENTIS    FECE- 

[RVNT 

Une  pierre  du  IIe  ou  du  début  du  111e  siècle  trouvée 
dans  la  villa  Giustiniani,  à  Rome,  en  1727,  contient  un 


'Ev8â8ô  xêtp.[at]  Pps^oç  xoivoû  (Stdroco  au.oipoç» 
'HSt'ffTou  7tocT6po;  xai  u-rjTipo;  eOu.op<p['ï]ç, 
lJpa>TÔToxov,  èieTÈî,  ®tû>   |ie[iEXï)uévov  ï|8û, 
cH).tôitai(,  Xeuùv  (?)  fXuxepoùç  "/pï](ttoij;  TSTOXïjac, 
0eoO  tsxvov. 

On  rencontre  une  formule  encore  plus  caractéristique 
sur  un  lltulus  antique  conservé  au  Vatican*  : 

FLORENTIVS  FELIX 
AGNEGLVS  DEI 
Florentins,  felix  agnellus  Dei. 

Mais  la  plus  belle  formule  est  assurément  celle  d'un 
adolescent  de  quinze  ans 5  : 

LAVRENTIVS     INNOX    ANIMA     AGNVS 
SINE   MACVLA  QVI   DE   SECVLO 
RECESSIT  BIXIT  ANN   .  XV  .  MES 
*V  .  D  .  III 

Un  symbole  unique  a  été  trouvé  sur  une  épitaphe  de 
bonne  époque  découverte  dans  le  cimetière  de  Pris- 
cillee  (f|g.  215' 


215.  —  Épitaphe  découverte  dans  le  cimetière  de  Priscille.  D'après  Bultr-ttino  di  archeologia  cristiana,  1886,  pi.  VI. 


bel  éloge  d'enfant  surmonté  de  l'agneau  entre  deux  pois- 
sons; peut-être  la  formule  finale  est-elle  l'interprétation 
de  ce  symbole  0(e)o(û)  T(i)  K(vo)  N  :  enfant  de  Dieu3. 

EN0AAE  KEIME  BPEOOZ 
KOINOY  BIOTOIO  AMOI 
POZ  •  HAIITOY  TTATEPOI 
KAI  MHTEPOI  ETMOP<plHZ 
6     TTPG0TOTOKON   AIETEZ  ©ECU 
MEMEAHMENON   HAT  •  HAI 
OrTAIZ  AYnCON   TAYKEPOYZ 
XPHZTOYZ  TE  TOKHAZ 
G  O  •   T  K  N 

'  Bo*detti,  Osservazioni  sopra  i  cimiteri  cristiani,  In-fol., 
Roma,  1720,  p.  365.  —  *  A.  Mai,  Script,  vet.  nov.  coll.,  in-4*. 
l'.ompe,  1831,  t.  v,  p.  401,  n.  3;  cf.  p.  363,  n.  5;  l'agneau  entre  deux 
colombes.  —  3  Schopflin,  Alsatia  illustrata,  2  vol.  in-fol.,  Colma- 
riae,  1751,  t.  i,  p.  601;  Oberlin,  Muséum  Scliôpflini,  in-4',  Argen- 
torati,  1773,  p.  72.  —  *WeIcker,  Syllorj.  epigr.  grspcorum,  in-8#, 
Bonnae,  1828.  p.  115  ;  Raoul-Rochette,  dans  les  Mémoires  de  V Acad. 
des  insc,  t.  xm,  p.  129;  F.  Becker,  Die  DarstellungJesu  Christi 
unter  dem  Bilde  des  Fisches,  in-8°,  Breslau,  1806,  p.  78  sq.  ; 
Kircbhoff,  Corp.  inscr.  grxc,  t.  IV,  n.  9727  ;  D.  Cabrol  et  D.  Le- 
clercq,  Monum.  Ecoles,  liturg.,  in-4',  Paris,  1902,  t.  i,  n.  3296. 


Lignes  4-5:  dulcisse  peut-être  pour  dulcissimte  ;  en  ce 
cas,  au  lieu  de  sanctse,  il  faudrait  dulcisse  qiim. 

La  première  pensée  que  suggère  le  symbole  est  celui 
du  martyre,  mais  le  texte  épigraphique  ne  s'y  prête  pas; 
en  outre,  le  symbole  lui-même  que  De  Rossi  se  proposait 
de  publier  ne  l'a  pas  été,  que  nous  sachions:  il  est  donc 
difficile  de  rien  conjecturer  à  son  sujet.  Peut-être  y  a- 
t-il  ici  quelque  réminiscence  de  l'Apocalypse,  il  est  moins 
aisé  de  le  prouver  que  de  le  dire7. 

Une  des  plus  belles  formules  de  l'épigraphie  funéraire 
d'Afrique  est  celle  de  la  nonne  Castula  du  monastère  de 
Thabraca  dont  l'épitaphe  a  été  retrouvée  près  de  Bordj- 
Sidi-Messaoudi.  Elle  offre  l'image  de  l'agneau  et  du 
navire  comme  le  commentaire  animé  de  cette  belle 
phrase  :  properans  kastitatis  sumere  premia  digna. 

Cette  inscription  est  remarquable  à  bien  des  titres;  pour  sV°P" 
«us,  cf.  E.  Le  Blant,  Les  persécuteurs  et  les  martyrs,  c.  v, 
Le  culte  de  la  beauté  à  Vèpoque  des  Persécutions,  in-8',  Paris, 
1893,  p.  45  ;  pour  /,>t<toa(&  c'est  une  manière  de  dire  que  l'enfant 
était  né  un  dimanche,  jour  de  soleil.  Cf.  S.  Justin,  Apol.  I, 
P.  L.,  t.  vi,  col.  429.  —  5L.  Perret,  Les  catacombes  de  Borne, 
in-fol.,  Paris,  1852,  t.  v,  pi.  xm.  Cf.  L.  Renier,  Notes  aux 
inscriptions,  ibid.,  t.  vi,  p.  149,  et  Maitigny,  dans  les  Annal,  de 
l'Acad.  de  Mâcon,  t.  v,  1860,  p.  94.  —  «Boldetti,  Ossirvazioni, 
p.  408.  —  ,  De  Rossi,  dans  Bullett.  di  arch.  crist.,  1886,  p.  69, 
n.  75. 


903 


AGNEAU 


904 


On  sait  en  effet  que  le  navire  représentait  dans  la  sym- 
bolique primitive  le  cours  rapide  de  l'existence  '. 


10 


15 


CASTVLA • P 
VELLA  •  ANN 
XL  •  VIII  •  REDD 
VI  •  IDVS  •  MAP, 
TIAS;  PROPER 
ANS  •  KASTITA 
Tl  S  •  S  V  M  E 
RE  P  R  E  M  I 
A  .  D  I  G  N  A  . 
M  E  R  V  I  T  ■ 
INMARCESCIEJ 
ILE  CORONA 
PERSEVE  RA 
NTIBVS  •  TRIB 
VET-  DEVS-  GR 
ATIA  •  IN  PACE 


Castula  puella  ann{prum)  XLVII1.  Redd(idit  spiri- 
tuni)  VI  idus  Mar(tias)  properans  kastilatis  sumere 
premia  digna.  Meruit  inmarc[esr]ibile(m)  corona(m). 
Perseverantibus  tribuet  deus  gratia(m)  In  pace. 

Dans  l'Italie  centrale  nous  trouvons  deux  marbres 
représentant  la  croix  entourée  par  deux  agneaux.  C'est 


Une  peinture  allégorique,  trouvée  en  1845,  au  cime- 
tière de  Prétextât,   représente    un    agneau   entre  deux 


i 


n  > 


216.  —  Inscription  de  Lyon  du  v  eiècle. 
D'après  Boissieu,  Inscriptions  antiques  de  Lyon,  p.  594. 

loups.  Aucune  hésitation  n'est  possible  grâce  aux  inscrip- 
tions indiquant  que  l'artiste  a  représenté  Suzanne  entre 
les  vieillards  7  et  mettant  hors  de  doute  l'intention  que 
nous  venons  de  préciser  (fig.  217). 

Nous  trouvons  dans  une  inscription  d'Aix,  en  quasi 
versus,    une    mention   intéressante  d'un  jeune    enfant 


217.  —  Suzanne  et  les  vieillards.  D'après  Perret,  Les  catacombes  ae  nome,  t.  i.  pi.  lxxvih. 


d'abord  à  Narni  l'épitaphe  de  l'évèque  Cassius  mort  en 
558  'J,  ensuite  à  Otricoli,  sur  le  sépulcre  du  martyr  saint 
Victor 3.  Ailleurs  on  trouve  deux  agneaux  auprès  d'un 
vase  plein  de  fruits  et  d'épis  4. 

Une  inscription  de  Lyon,  duv  siècle,  d'une  exécution 
très  soignée,  représente  à  sa  partie  inférieure  un  vase 
d'où  sortent  des  épis  que  becquètent  des  colombes 
(fig.  216).  De  chaque  côté  viennent  ensuite  des  agneaux5. 

Il  est  tout  à  fait  probable  que  dans  ces  différents 
sujets  les  agneaux  représentaient  le  défunt  et  un  autre 
fidèle  destiné  à  partager  sa  tombe  dans  la  suite.  H 
parait  à  peine  douteux,  d'après  cette  application  aux 
fidèles  du  type  symbolique  de  l'agneau,  que  les  premiers 
chrétiens  y  ont  vu  une  allégorie  de  l'innocence  et  de  la 
douceur.  Quare  dictus  est  agnus?  dit  saint  Augustin, 
Propter  innocentiam  6. 

'  Rebora,  dans  te  Bull,  epigr.  de  la  Gaule,  1883,  t.  ni,  p.  202; 
Bull,  des  antiq.  afr.  (Oran),  1884,  p.  128,  pi.  vu;  Ttaédenat,  dans 
e  Bull,  de  la  Soc.  des  antiq.  de  France,  1883,  t.  xi.iv,  p.  243  ; 
J.  Schmidt,  dans  Epliem.  epigr.,  1884,  t.  v,  p.  425,  n.  824;  Hé- 
ron de  Villefosse,  dans  la  Bévue  de  l'Afrique  française,  fasc.  32. 
1887,  pi.  vin  ;  Corp.  inscr.  lat.,  t.  VIII,  n.  17386.  —  «F.  Labbe, 
Thésaurus  epitaphiorum  veterum  acrecentium,  in-8*.  Parisiis, 
1666,  p.  89;  G.  Eroli,  Miscellanea  Narnese,  Narni,  1858, 1. 1,  p.  280. 
—  3  Mai  Script,  vet.  nova  coll.,  in-4*,  Romœ,  1831,  t.  V,  p.  76. 


nommé  Dextrianus  qui  est  placé  parmi  les  agneaux  qui 
sont  à  la  droite  du  Christ8  : 

+  INDOLIS-HICIACIT-HE  +  V 
ECCE  SEPVLTVS 
CVNCTIS-KARVS  EXOSVS 
NONNISIMALIVOLIS 
+  DEXTRIANVSNOMINE 

VOCITATATVS  IN  VITA- 
NEC    INMERITO-NAM   TVO 

SICMVNERE-CRISTE- 
DEXTRISTIBI-NVNC-FIDE 

ADSISTIT-IN  AGNIS 
etc. 

Nous  ne  saurions  mieux  conclure  que  par  cette  For- 
mule qui  nous  montre  réunis  les  deux  courants  princi- 

n.  1.  Cf.  Ughelli,  Jtalia  sacra,  1C  in-fol.,  Venetiis,  1717-1722, 
t.  x,  p.  150;  De  Rossi,  dans  le  Bull,  di  arch.  crist.,  1871.  | 
note  1;  Ciampini,  Vetera  numimenta,  in-fol.,  Romœ,  1690,  t.  n, 
pi.  m.  —  *  Allegranza,  Sagri  monumenti  di  Milano,  in-4',  Milano, 
1757,  p.  41,  pi.  il.  —  *De  Boissieu,  Inscr.  antiq.  de  Lyon,  in-4", 
Lyon,  1846-1854,  p.  594.  —  •  S.  Augustin,  Sertn.,  iv,  n.  22,  P.  L., 
t.  xxxvm,  col.  45.  —  1L.  Perret,  Les  catacombes  de  Borne, 
in-fol.,  Paris,  1852,  t.  I,  pi.  î.xxviu.  —  »  E.  Le  Riant,  Inscr.  cltt\i. 
de  la  Gaule,  in-i\  Paris,  1856-18  >:>.  t.  u,  ; 


905 


AGNEAU  —  AGNÈS    (SAINTE) 


906 


paux    du   type  symbolique  que   nous   avons  étudié,  le 
Christ-agneau  entouré  des  fidèles  ses  agneaux. 

H.  Leclercq. 
AGNEAU  PASCAL.  L'euchologe  grec  contient  une 
bénédiction  spéciale  pour  l'agneau  pascal  '.  Le  prêtre 
dit  d'abord  les  prières  initiales  communes  à  tous  les 
offices  2,  puis  trois  fois  l'apolytikion  de  Pâques,  Xptorbç 
àvéoTY| 3,  enfin  une  oraison  où  il  rappelle  le  bélier  immolé 
par  Abrahan,  l'agneau  offert  par  A  bel  et  le  veau  gras  tué 
pour  le  retour  de  l'enfant  prodigue.  Dans  les  éditions 
imprimées,  la  rubrique  donne  un  titre  général  :  e-jy-/)  sic 
to  e\i\oyrl<j'xi  iSîTuaTa  xpe<3v  rr}  iyi'ot  y.a;  u.£vàXy)  xupiaxïj 
toO  Ildta-ya.  Mais  il  s'agit  bien  ici  principalement  de 
l'agneau.  Cf.  la  variante  citée  par  Goar  4  :  eîç  tô  eùXo-pio-at 
à[j.v<5v  xai  y.6ayov  xa'i  xpéa  tô  Ilâaya,  et  cette  autre  par 
Dmitriewskij 5  :  e.ùyr\  in\  toû  àjAvoC.  Une  autre  oraison, 
publiée  par  Goar6,  s'applique  non  à  l'agneau  lui-même, 
mais  à  ceux  qui  l'ollrent  :  îjyr,  ètù  toï;  irpoiçépouaiv  àu.vov. 
Aujourd'hui,  en  pays  grec  du  moins,  on  se  oontente 
d'apporter  à  l'église,  pour  les  faire  bénir,  un  quartier 
d'agneau,  avec  du  fromage,  mais  surtout  avec  des  œufs 
teints  en  rouge.  Voir  Œufs  de  Pauues.  Cf.  Nilles,  Kalen- 
darium  manuale  ulriusque  Ecclrsise,  2e  édit.,  t.  il, 
p.  326.  Rappelons,  à  titre  de  curiosité,  que  d'après  le 
xiie  ordo  romain,  le  pape  et  les  cardinaux  mangeaient 
l'agneau  pascal  au  chant  du  IlaT/ot  ïspôv,  un  des  plus 
beaux  tropaires  de  l'office  pascal  grec  7. 

S.   PÉTRIDÈS. 

AGNÈS  (Sainte).  —  I.  Le  cognomen.  IL  Les  ré- 
cits du  martyre.  III.  Les  sources.  IV.  La  passion.  V.  La 
légende  latine.  VI.  Époque  du  martyre.  VIL  Authenti- 
cité; monuments  du  culte.  VIII.  Les  églises.  IX.  Fouilles 
récentes.  X.  Bibliographie. 

I.  Le  cognomen.  —  Sainte  Agnès  est  une  des  plus  célè- 
bres martyres  romaines.  Elle  fait  partie  du  petit  nombre 
des  saints  commémorés  au  catalogue  de  la  Depositio 
martyrum,  document  du  milieu  du  rve  siècle 8.  La 
date  de  son  anniversaire,  21  janvier,  et  le  lieu  de  sa 
sépulture,  voie  Nomentane,  y  sont  ainsi  indiqués  :  XII 
Kal.  Febr.  Agnetis  Nomentanm.  Le  Martyrologe  hié- 
ronymien  rappelle  la  même  date,  et  indique  la  ville  de 
Rome,  sans  marquer  la  voie  :  Rome  XII  Kl.  Februarias 
■passio  Agnetis  virginis9.  Le  Calendrier  de  Carthage 
porte,  avec  indication  de  date,  mais  sans  indication  çle 
Meu  :  XII  Kal.  Febr.  sanctx  martyris  Agnes  i0. 

Agnes  est  la  traduction  de  l'adjectif  grec  âyvr,,  pure  u. 
Sur  les  verres  dorés,  où  la  martyre  est  souvent  repré- 
sentée, on  lit  :  Anne,  Annes,  Ane,  Ancne,  Agne12.  Dans 


*  EJjroXôftov  x»  néya,  Rome,  1873,  p.  349.  —  *  'ûço^oyiov,  Rome, 
1876,  p.  3.  —  3  IWrixooTàptov,  Rome,  1883,  p.  6.  —  *  Euchologium, 
Paris,  1647,  p.  713.  —  "  Opisanie  liturgitcheskij  rukopisei,  t.  h, 
EùxoMyia,  Kiev,  1901  (en  russe),  p.  256.  —  "Op.  cit.,  p.  714.  - 
'  DtvTY|«<rcàpn>v,  p.  12.  —  'Depositio  martyrum,  dans  Ruinart, 
Acta  primorum  martyrum  sincera  et  selecta,  1689,  p.  692.  — 
•  Martyrologium  hieronymianum,éd.  De  Rossi-Duchesne,  p.  11. 
—  ,0  Ruinart,  p.  695.  Sainte  Agnès  est  encore  marquée  au  Mar- 
^rologe  hiéronymien  les  27  et  28  janvier.  A  ce  dernier  jour, 
son  nom  est  accompagné  d'une  mention  singulière  :  Romse  sem 
Agnetis  virg.  de  nativ(itate).  Sur  cette  mention,  voir  Tillemont, 
Mémoires  pour  servir  à  Ihistoire  ecclésiastique,  1698,  t.  v, 
note  iv,  sur  sainte  Agnès;  Armellini,  Il  cimitero  di  S.  Agnese, 
in-8%  1880,  p.  49  ;  Le  Bourgeois,  Les  martyrs  de  Rome,  in-8°,  1897, 
p.  85-87.  Les  Grecs  ont  jusqu'à  trois  fêtes  de  sainte  Agnès  :  14  ou 
15  janvier,  21  janvier,  5  juillet;  voir  Le  Bourgeois,  op.  cit.,  p.  86, 
note  1.  —  "  Martigny,  Dict.  des  antiquités  chrétiennes,  art.  Noms, 
2*  éd.,  p.  510,  et  Kraus,  Reul-Encyk.  der  christl.  Allerthumer, 
art.  Namen,  t.  n,  p.  477,  me  paraissent  se  tromper,  en  dérivant 
Agnes  de  Agnus.  Saint  Jérôme  emploie  ù-prt,,  pure,  comme  épi- 
thète  :  «  iTv>i  vita  laudata  est.  »  Epist.  cxxx,  P.  L.,  t.  xxn,  col.  1123. 
C'est  dans  ce  sens  que  saint  Ambroise,  faisant  allusion  au  nom 
de  ces  martyres  dit  :  <a  Nomen  virginis  titulus  est  putlnris.  »  De 
virginibus,  r,  2,  P.  L.,  t.  xvi,  col.  200.  Cependant  saint  Augustin 
semble  combiner  les  deux  étymologies,  Serm.,  cclxxiii,  6,  P.  L., 
t.  xxxvm,  col.  1250.  —  "Garrucci,  Vetri  ornali  di  figure  in  oro 
trovati  v.ei  cimileri  di  ensliani  primitivi  di  Roma,  p.  137.  — 


les  inscriptions,  soit  monumentales,  soit  funéraires,  ce 
nom  se  décline  de  trois  manières  différentes  :  Agne  au 
nominatif13,  Agnes  au  génitif'14,  Agnen  à  l'accusatif15; 
ou  Agnes  au  nominatif,  Agnetis  au  génitif 16,  Agneli  au 
datif17,  etc.;  ou  encore  Agna,  Agne  1S.  Les  mêmes  va- 
riantes se  rencontrent  sous  la  plume  des  écrivains.  Saint 
Ambroise  dit:  Natalis  est  sanctie  Agnes  19;  et  Prudence  : 
Agnes  sepulcrum  -°.  L'accusatif  Agnen  est  employé  par 
saint  Ambroise21  et  par  saint  Augustin  22.  On  a  pensé  que 
le  génitif  Agnes  était  propre  aux  écrivains  du  IVe  siècle, 
et  Agnetis  aux  écrivains  postérieurs  :  la  remarque  n'est 
pas  tout  à  fait  exacte,  puisque  Agnetis  se  trouve  dans  le 
Férial  philocalien  de  354,  et  depositio  martyris  Agnes 
dans  le  Calendrier  de  Carthage,  qui  est  du  vie  siècle23. 

Agnès  paraît  avoir  été  le  cognomen  de  la  martyre. 
Bien  que  rare,  ce  cognomen  n'est  pas  sans  exemple 
dans  l'antiquité  :  on  le  rencontre  sur  plusieurs  épita- 
phes  païennes  2t.H  se  peut  que  ce  n'ait  pas  été  son  cog- 
nomen légal,  mais  un  simple  agnomen  baptismal,  de 
signification  symbolique,  comme  en  prenaient  quelque- 
fois les  premiers  chrétiens25.  Quoi  qu'il  en  soit,  ce  nom 
a  été  réellement  porté  dans  les  premiers  siècles  :  on 
trouve  au  cimetière  de  Calliste  la  tombe  d'une  Agnès, 
distincte  de  la  martyre26,  et  dans  la  catacombe  même  de 
sainte  Agnès  la  pierre  sépulcrale  d'une  Hagne,  qui  n'a 
de  commun  avec  elle  que  le  lieu  de  la  sépulture  et  le 
nom  -1. 

Mais  tous  les  efforts  tentés  pour  rattacher  Agnès  à 
l'une  des  familles  connues  de  l'aristocratie  romaine  28 
conduisent  à  des  hypothèses  absolument  dénuées  de 
preuves.  Une  seule  chose  est  certaine  :  l'existence  et  la 
grande  célébrité  de  la  vierge  martyre,  attestée  par  la  vé- 
nération que  lui  portaient  les  Romains,  et  par  les  récits 
que  donnent  de  sa  confession  et  de  son  supplice  des 
écrivains  du  iv»  siècle  aussi  considérables  que  saint  Am- 
broise, saint  Damase,  et  le  poète  Prudence. 

II.  Les  récits  du  martyre.  —  Ces  récits  soulèvent  une 
question  fort  intéressante.  Tous  racontent  des  circon- 
stances différentes  du  martyre  d'Agnès.  Doit-on  les  con- 
sidérer comme  étantl'écho  de  trois  traditions  divergentes, 
ou  seulement  comme  des  narrations  dont  chacune  est 
incomplète,  mais  dont  le  rapprochement  et  la  combi- 
naison permettent  de  reconstituer  l'histoire  d'Agnès? 

Saint  Ambroise  parle  d'elle  dans  le  traité  De  virgi- 
nibus, écrit  en  377  à  la  prière  de  sa  sœur  Marceline,  et 
dans  lequel  il  réunit,  en  trois  livres,  plusieurs  prédica- 
tions qui  avaient  la  virginité  pour  sujet.  C'est  bien  ora- 
torio modo  qu'il  célèbre  sainte  Agnès.  De  là,  peut-être, 

,s»  Agne  sanctissima,  »  Armellini,  Il  cimitero  di  S.  Agnese, 
p.  68  et  pi.  xni,  3.  —  u«  Depositio  Annes,  »  De  Rossi,  Roma 
sotterranex,  t.  n,  pi.  xlv,  68;  «  Templum  victricis  virginis 
Agnes,  »  De  Rossi,  Inscript,  christ,  urbis  Romsp,  t.  n,  p.  45.  — 
15  Ibid.  — '"«  Locus  Agnetis,  »  Bullettino  di  archeologia  cris- 
tiana,  1863,  p.  24,  32;  ci  In  honorem...  Agnetis,  »  Ed.  Le 
Blant,  Inscriptions  chrétiennes  de  la  Gaule,  t.  n,  n.  610,  p.  455. 
—  ,7«  Martyre(i)  Agneti.  »  Bull,  di  arch.  crist.,  1877,  p.  10.  — 
< 8  <c  Virginis  hocAgme  clauduntur  membra  sepulcro,  »  De  Rossi, 
Inscr.  christ.,  t.  n,  p.  62.  — ,8  S.  Ambroise,  De  virginibus,  i,  2, 
P.  L.,  t.  xvi,  col.  200.  —  î0Prudence,  PeriStephanôn,  xiv,  1,  éd. 
Dressel  p.  463.  —  !1  S.  Ambroise,  Epist.,  xxxii,  ad  Simplic,  P.  L., 
t.  xvi,  col.  1093.  —  n S.  Augustin,  Serm.,  cccliv,  P.  L.,  t.  xxxvm, 
col.  2039.  —  *3On  retrouve  Agnes  au  génitif  dans  des  documenta 
très  postérieurs:  Epitome  de  locis  SS.  martyrum  (vir  siècle), 
dans  De  Rossi,  Roma  sotterranea,  t.  i,  p.  178,  col.  iv;  Registr. 
Gregorii  II  (715-731),  dans  Jaflë,  Reg.  pont,  rom.,  2-  éd.,  n.  2215; 
notice  d'Hadrien  (772),  au  Liber  pontiftealis,  éd.  Duchesne,  t.  i, 
p.  511  ;  de  Léon  (795-816),  ibid.,  t.  n,  p.  30.  Dans  les  document» 
topographiques  des  vir-vnr  siècles,  publiés  par  De  Rossi,  les 
génitifs  Agnes,  Agnetis  et  Agnae  se  rencontrent,  Roma  sotter- 
ranea, t.  i,  p.  178-179.  —  2»  Citées  par  Bartolini,  Actes  du  mar- 
tyre de  sainte  Agnès,  trad.  française,  in-8%  1864,  p.  7-9.  —  "  Cf.  De 
Rossi,  Roma  sotterranea,  t.  I,  p.  315.  —  S6  Ibid.,  t.  il,  pi.  xlv, 
n.  68.  —  w  Nuovo  Bullettino  di  archeologia  cristiana,  1901, 
p.  223.  —  28  Bartolini,  Actes  du  martyre  de  sainte  Agnès 
p.  7-11;  Armellini,  Il  cimitero  di  S.  Agnese,  p.  49  sq. 


907 


AGNÈS   (SAINTE) 


908 


autant  que  du  vague  des  tradition?,  provient  le  caractère 
imprécis  de  la  narration  qu'il  fait  du  martyre  de  la 
vierge.  Trois  traits  distincts  en  ressortent  seulement. 
Le  premier  est  l'âge  de  la  victime  :  Hsec  duodecim  an- 
norum  niartyrium  fecisse  traditur.  Le  second  a  trait  à 
une  sollicitation  de  mariage,  dont  Agnès  aurait  été 
l'objet  :  Quanto  terrore  egit  carnifex  ut  timeretur, 
quantis  blanditiis  ut  suaderet,  quantorum  vota  ut  sibi 
ad  nnptias  perveniretl  La  réponse  prêtée  à  Agnès  se 
rapporte  aussi  à  cet  ordre  d'idées,  sans  que  l'on  puisse 
savoir  clairement  quel  était  le  prétendant  à  qui  fut  pré- 
féré l'Époux  divin.  At  Ma  :  Et  hsec  Sponsi  injuria  est 
expectare  placituram.  Qui  me  sibi  prior  elegit,  accipiet. 
Quid,  percussor,  moraris?  Pereat  corpus  quod  amari 
potesl  oculis  quibus  nolo.  Le  troisième  détail  regarde  le 
genre  de  mort.  Ambroise  montre  Agnès  mourant  déca- 
pitée :  Stetit,  oravit,  cervicem  inflexit.  Cemeres...  tre- 
pidare  percussoris  dexteram.  Et  enfin  le  saint  évêque, 
par  une  allusion  à  des  circonstances  qu'il  n'indique  pas 
clairement,  conclut  qu'Agnès  mourut  martyre  et  de  sa 
pudeur  et  de  sa  foi  :  Habetis  igitur  in  una  hoslia  duplex 
niartyrium,  pudoris  et  religionis  Et  virgo  permansit, 
et  niartyrium  obtinuit*. 

Damase,  le  pontife  poète,  qui  a  composé  en  vers  l'éloge 
de  tant  de  martyrs,  écrivit  aussi  celui  d'Agnès.  Les  vers 
qu'il  a  consacrés  à  la  sainte 2  nous  ont  été  conservés  non 
seulement,  comme  beaucoup  d'autres  de  ses  productions, 
par  des  copies  manuscrites,  mais  même  par  le  marbre 
original  sur  lequel  il  les  avait  fait  graver  :  celui-ci  a  été 
découvert  en  1728  dans  le  pavage  même  de  la  basilique 
de  Sainte-Agnès.  Voici  le  texte  du  poème  épigrapbique  : 

Fama  refert  sanctos  dudum  retulisse  parentes 
Agnen  cum  lugubres  cantus  tuba  concrepuiseet 
Nutricis  gremium  subito  liquisse  puellam 
Sponte  trucis  calcasse  minas  rabiemq.  tyranni 
Urere  cum  flammis  voluisset  nobile  corpus 
Viribus  immensum  parvis  superasse  limorem 
Nudaque  profusum  crinem  per  membra  dédisse 
Ne  Domini  templum  faciès  peritura  videret 
O  veneranda  mihi  sanctum  decus  aima  pudoris 
Ut  Damasi  precib.  faveas  precor  inclyta  martyr. 

«  La  renommée  rapporte  que  les  saints  parents  ont,  il 
y  a  longtemps,  raconté  qu'Agnès,  après  que  la  trompette 
eut  sonné  ses  lugubres  chants,  soudain  quitta,  jeune  fille, 
le  sein  de  sa  nourrice,  foula  spontanément  aux  pieds 
les  menaces  et  la  rage  du  cruel  tyran,  quand  il  voulut 
brûler  dans  les  flammes  son  noble  corps,  et,  nua,  couvrit 
ses  membres  de  sa  chevelure  répandue,  de  peur  qu'un 
œil  périssable  ne  vit  le  temple  du  Seigneur.  0  vénérée, 
ô  pure,  ô  sainte  gloire  de  la  pudeur,  écoute  favorablement 
les  prières  de  Damase,  je  t'en  prie,  noble  martyre.  » 

On  remarquera  que  ces  vers  sont  d'accord  avec  la  nar- 
ration de  saint  Ambroise  sur  un  point  :  le  jeune  âge  de 
la  martyre.  Damase  la  représente  «  quittant  le  sein  de 
sa  nourrice  »  :  on  sait  que,  au  moins  dans  les  maisons 
aristocratiques,  la  nourrice,  ordinairement  esclave  ou 
affranchie,  demeurait  jusqu'au  mariage,  quelquefois 
même  plus  tard3,  au  service  de  la  jeune  fille  qu'elle 
avait  élevée:  une  lettre  de  saint  Jérôme  et  une  loi  de 
Constantin  attestent  la  mauvaise  influence  morale  par- 
fois exercée  sur  celle-ci  par  Tancienne  nourrice  *.  La 
mention  de  la  nourrice  par  Damase  -<';iecorde  très  bien 
avec  l'âge  de  douze  ans  qu'Ambroisë  attribue  à  sainte 

4  S.  Ambroise,  De  virginibus,  I,  2,  P.  L.,  t.  \vi,  cul.  201.  — 
•DeRossi,  In$criptione8  christ  ianœ  urbis  Romte,  t.  n,  p.  45; 
Tbm,  Damasi  epigrammata,  1895,  p.  44.  —  *  Juvénal,  vi,  354.  — 
*S.  Jérôme,  Epist-,  uv,  ad  Furiam,  P.  L.,t.  xxu,  col.  551  ; 
Code  Théodosien,  IX,  xxiv,  1.  —  "Cf.  Pio  Franchi  de'  Cavalieii, 
S.  Agnese  nella  tradizione  e  nella  leggenda,  in-8%  1899,  p.  13. 
—  *  P.  L.,  t.  xvii,  col.  1249;  Dreves,  Aurelius  Ambrosius, 
der  Vater  des  Kirchengesanges,  in-8%  1893,  p.  69,  135.  —  '  Pio 
Franchi  de'  Cavalieri,  S.  Agnese,  p.  8-9.  Voir  en  sens  con- 
traire le  P.   Dreves,   dans   Zeilsrhri/t  fur   kotolische    'Dm- 


Agnès  :  je  ne  crois  pas  qu'il  y  ait  lieu  de  voir  ici  dans 
nutrix  un  synonyme  de  mater*. 

Mais,  en  dehors  du  jeune  âge,  aucune  des  circonstances 
rapportées  par  saint  Ambroise  ne  se  rencontre  dans 
saint  Damase,  comme  aucun  des  détails  donnés  par 
saint  Damase  ne  se  trouve  dans  le  récit  de  saint  Am- 
broise. Ni  le  reius  de  mariage,  ni  le  supplice  de  la  déca- 
pitation, ne  sont  mentionnés  par  Damase  :  en  revanche, 
Ambroise  ne  dit  rien  de  la  démarche  spontanée  d'Agnès 
quittant  sa  maison  et  les  soins  de  sa  nourrice  pour  se 
livrer  aux  persécuteurs,  du  supplice  du  feu,  de  la  nudité 
d'Agnès  couverte  par  le  manteau  de  ses  cheveux.  Mais 
la  plume  si  peu  souple  de  saint  Damase,  la  gaucherie 
habituelle  de  son  vers,  l'absence  de  clarté  de  ses  narra- 
tions, laissent  le  champ  ouvert  aux  hvpothèses  :  on  peut 
se  demander  si,  dans  sa  pensée,  le  feu  tut  le  supplice 
final  auquel  succomba  Agnès,  ou  seulement  une  forme 
de  la  torture,  ou  même  seulement  une  des  menaces  du 
persécuteur  :  on  peut  aussi  se  demander  si  c'est  à  ce 
moment  de  son  histoire,  ou  dans  quelque  autre  épisode 
auquel  Damase  ferait  ici  vaguement  allusion,  que  la 
sainte  se  serait  enveloppée  de  ses  cheveux.  Une  seule 
chose  est  évidente,  la  complète  divergence  des  détails 
donnés  par  l'évêque  de  Milan  et  par  le  pontife  romain, 
bien  que  tous  deux  fussent  contemporains. 

Nous  laissons  ici  de  côté  l'hymne  en  l'honneur  de  sainte 
Agnès,  attribuée  à  saint  Ambroise 6.  Cette  attribution 
n'est  pas  démontrée  :  la  pière.  littérairement  très  belle, 
semble  la  paraphrase  du  passage  du  De  virginibus  où 
il  est  question  de  la  sainte  :  il  s'y  rencontre  de  nom- 
breuses expressions  familières  à  saint  Ambroise  ;  mais, 
cela  même  indique  peut-être  qu'elle  est  due  à  un  imita- 
teur. Sur  un  point,  d'ailleurs,  l'hymne  paraît  s'écarter 
de  la  version  d'Ambroise  :  l'auteur  montre  Agnès,  déjà 
frappée  à  mort,  et  cherchant  à  tomber  avec  décence  : 
elle  se  couvre  même  le  visage  de  sa  main  :  il  pense  donc 
qu'elle  fut  égorgée,  tandis  qu'Ambroisë  raconte  qu'elle 
fut  décapitée.  Cette  préoccupation  d'une  mort  pudique, 
in  morte  vivebatpudor,  est  peut-être  inspirée  deDarnase. 
Une  autre  circonstance  ie  rappelle  plus  clairement  : 
l'auteur  de  l'hymne  dit,  comme  lui,  qu'Agnès  s'enfuit  de 
la  maison  paternelle,  détail  étranger  à  saint  Ambroise. 
On  peut  donc  se  demander  si,  au  lieu  d'être  de  ce  der- 
nier, cette  hymne  qui  est  certainement  antique,  ne 
serait  pas  un  premier  essai  de  conciliation  entre  la  tra- 
dition ambrosienne  et  la  tradition  dainasienne  7. 

Le  poète  espagnol  Prudence,  à  la  fin  du  îv*  siècle 
ou  tout  au  commencement  du  v«.  a  chanté  le  martyre 
d'Agnès.  Il  lui  consacre  une  des  plus  belles  pièces  du 
Péri  Slcphanon,  l'ode  XIV.  Celle-ci  a  été  composée  soit 
pendant,  soit  après  son  voyage  à  Rome.  Les  premier! 
vers  montrent  qu'il  a  vu  le  tombeau  de  la  sainte  :  il 
a  dû,  par  conséquent,  lire  Vepygrammm  tLitnn-un.  La 
similitude  de  queiqaai  expressions  (inartyris  itu  iyta ... 
tntx  tyrannus)  peut  en  être  une  réminiscence  •.  Mais  là 
se  bornent  les  emprunts  faits  par  Prudence  à  l'œuvre 
du  pape.  Sur  un  point,  il  s'accorde  avec  lui,  comme 
avec  saint  Ambroise  :  c'est  sur  l'âge  de  la  martyre  : 

Autnt  jmjali  ei.T  habilem  toro 
Primis  m  armie  forte  puellulam*. 

Les  mots  vix  habilem  toro  semblent  la  traduction  poé- 
tique des  douze  ans  que  saint  Ambroise  donne  à  Agnès, 

logie,  p.  xxv  (1901).  qui  persiste  à  voir  dans  l'hymne  une  œuvre 
authentique  de  saint  Ainluvise.  <,  11  ne  regarde  pas  comme 
inadmissible  que  le  saint,  mieux  informe,  se  soit  corrigé  lui- 
même  ;  et  puis  surtout  il  n'est  pas  frappé  au  même  point  que 
M.  Pio  Franchi  de  la  différence  des  deux  versions.  »  Analecla 
bollandiana,  1901,  t.  XX,  p.  474.  —  •  Cf.  Puech,  Prudence,  1888 
p,  122,  note  1.  Peut-être  aussi  dans  le  Mortis  gloria  libene 
de  Prudence  (xiv,  9)  devrait-on  reconnaître  un  souvenir  du 
sponte  de  Damase.  —  *  Péri  Stephanôn,  xiv,  10-11,  éd.  Dresselt 
I>.  464. 


909 


AGNÈS    (SAINTE: 


910 


puisque  la  douzième  année  était  pour  les  Romaines 
la  limite  extrême  de  l'âge  nubile  •  ;  et  le  primis  in 
annis  forte  puellulam  fait  penser  à  la  nutrix  dont 
parle  Damase.  Mais,  pour  tout  le  reste,  Prudence  tait 
les  indications  données  par  celui-ci.  11  ne  parle  ni  de  la 
fuite  de  la  maison  paternelle,  ni  du  feu  employé  comme 
torture  ou  supplice,  ni  de  la  chevelure  voilant  les 
membres  de  la  vierge.  Il  se  rattache,  au  contraire,  à  la 
tradition  suivie  par  Ambroise,  puisqu'il  montre  Agnès 
décapitée  : 

Uno  sub  ictu  nam  caput  amputât*. 

Mais  il  ne  fait  pas  allusion  à  un  refus  de  mariage,  que 
laisse  entrevoir  Ambroise;  et  il  introduit,  à  son  tour, 
dans  le  récit  un  épisode  dont  Ambroise  ne  fait  pas  men- 
tion, et  qui  n'est  pas,  explicitement  au  moins,  raconté 
par  Damase. 

Cet  épisode  est  l'ordre  donné  par  le  juge  d'exposer 
Agnès  dans  un  mauvais  lieu,  si  elle  ne  consent  pas  à 
adorer  Minerve  : 

Hanc  in  lupanar  tradere  pubiicum 
Certum  est,  ad  aram  ni  caput  applicet3. 

Il  n'est  pas  besoin  de  rappeler  les  exemples  nombreux 
de  cet  horrible  traitement.  Il  en  est  souvent  question  dans 
les  Passions  des  martyrs  4.  Tertullien  parle  de  chrétiennes 
condamnées  ad  lenonem  potins  quant  ad  leoneni  '■', 
montre  les  persécuteurs  s'efforçant  de  punir  les  femmes 
chrétiennes  par  les  souillures  plus  que  par  les  tortures, 
inquinamentis  potius  carnis  quant  tormentis,  afin  de 
leur  arracher  ce  qu'elles  préfèrent  à  la  vie  même,  id 
volens  eripere  quod  vitse  anteponunt,  c'est-à-dire  leur 
chasteté0.  Saint  Cyprien  dit  qu'en  temps  de  peste  les 
vierges  chrétiennes  mouraient  joyeuses,  parce  qu'elles 
n'avaient  plus  à  craindre  la  menace  du  lupanar:  exce- 
dunt  ecce  in  pace  tutœ  cum  gloria  sua  virgines...  cor- 
ruptelas  et  lupanaria  non  timentes 7 .  Parfois  les  con- 
damnées à  mort  devaient  subir  l'outrage  avant  le 
supplice  :  les  Actes  de  sainte  Thècle  la  montrent  sup- 
pliant qu'on  la  laisse  pure  jusqu'au  moment  d'être  dé- 
vorée par  les  bêtes,  i'va  à-pr)  u.et'v7)  ui^pt;  oJ  6/)piou.a-/ifa'') 8- 
Le  jeune  âge  même  ne  préservait  pas  de  l'infamie  : 
qu'on  se  rappelle  les  lilles  de  Séjan,  immaturse  puellœ, 
violées  par  le  bourreau  avant  d'être  étranglées  9.  La 
condamnation  d'Agnès  au  lupanar  peut  être  une  inven- 
tion du  poète,  de  même  que  quelques-uns  des  récits  de 
ce  genre  qui  se  rencontrent  dans  les  Passions  de  mar- 
tyrs peuvent  avoir  été  imaginés  par  leurs  rédacteurs; 
mais  cette  condamnation  peut  aussi  avoir  été  réelle  10,  car 
elle  était  dans  les  mœurs,  et  on  lui  trouve  de  nombreux 
précédents. 

Ce  qui  aurait  plus  de  chances  d'être  une  invention  du 
poète,  c'est  l'histoire  du  jeune  débauché  qui  ose  lever 
les  yeux  sur  Agnès,  de  l'oiseau  de  feu  qui  le  foudroie,  de 
la  vue  qui  lui  est  miraculeusement  rendue  à  la  prière 
de  la  vierge.  Prudence  rapporte  ici  une  tradition  popu- 
laire, sans  affirmer  :  sunt  qui  retttderint 1 1 ,  dit-il  en  re- 
latant la  guérison  du  malheureux  frappé  de  cécité.  Mais 
peut-être  l'épisode  du  lupanar  se  racontait-il  ailleurs  de 
façon  différente:  il  y  a  si  peu  de  suite  dans  les  récits  de 
Damase,  qu'on  pourrait  admettre    que  l'allusion  faite 

*  Voir  C.  Lécrivain,  art.  Matrimonium,  dans  le  Dictionnaire 
des  antiquités,  t.  ni,  p.  1658.  Exemple,  l'an  330,  d'une  chré- 
tienne mariée  avant  quatorze  ans;  De  Rossi, ■  Inscript,  christ, 
urbis  Ronue,  t.  I,  n.  37,  p.  36.  —  s  Péri  Steph.,  xiv.  89,  éd.  Dres- 
sel,  p.  467.  —  »  Ibid.,  25-26.  —  *  Tertullien,  Apol.,  50,  P.  L.,  ..  i, 
col.  565.  Voir  Allard,  Hist.  des  persécutions  pendant  les  deux  pre- 
miers siècles,  3*  éd.,  1903,  p.  232,  note  2.  —  5Tertullien,  Apol., 
50,  P.  L.,  t.  i,  col.  603.  —  uId.,  De  pudicitia,  1,  P.  L.,  t.  il, 
col.  1034.  —  7S.  Cyprien,  De  tnortalitate,  1,  éd.  liartel,  p,  306.  — 
*ActaS.  ThecUe,Zl,  Lipsius,  p.  255.  —  «Tacite,  Ann.,  v, 9;  Sué- 
tone, Tiberius,  61  ;  Dion  Cassius,  lviii,  11.  —  10E.  Le  Blant,  Les 
persécuteurs  et  les  martyrs,  1893,  p.  208,  entend  d'  «  une  épou- 


par  lui  aux  longs  cheveux  dont  Agnès  voila  sa  nudité  se 
rapporte  au  séjour  de  la  vierge  dans  le  mauvais  lieu, 
plutôt  qu'au  dépouillement  qui  aurait  précédé  pour  elle 
le  supplice  du  feu.  Le  ne  Domini  templum  fades  peri- 
lura  riileret  serait  le  pendant  du 

...  ne  petulantius 

Quisquam  verendum  conspiçeret  locum,i. 

III.  Les  sources.  —  La  question  se  pose  donc  ainsi,  au 
sujet  des  sources  de  l'histoire  d'Agnès  : 

Il  se  peut  que  les  trois  écrivains  du  ive  siècle  qui  la 
racontent  avec  de  notables  variantes  aient  puisé  à  des 
sources  diverses.  Saint  Ambroise  dit  qu'Agnès  fut  déca- 
pitée; saint  Damase  parle  du  martyre  par  le  feu;  Pru- 
dence fait  précéder  la  décapitation  de  l'exposition  au 
lupanar.  Saint  Ambroise  seul  fait  allusion  à  une  demande 
en  mariage  repoussée  par  Agnès;  saint  Damase  seul 
dit  qu'Agnès  quitta  la  maison  paternelle  pour  se  dénon- 
cer spontanément  au  persécuteur.  Ces  versions  parais- 
sent inconciliables  13. 

Mais  il  se  peut  aussi  que  chacun  des  trois  écrivains 
n'ait  rapporté  que  partiellement,  ne  nous  ait  présenté, 
en  quelque  sorte,  que  sous  un  aspect  fragmentaire  l'his- 
toire d'Agnès,  et  que  la  combinaison  de  leurs  récits  per- 
mette de  la  reconstituer.  Agnès  aurait  fui  la  maison  de 
ses  parents,  se  serait  présentée  d'elle-même  au  juge 
(Damase);  celui-ci,  ou  quelqu'un  de  son  entourage, 
l'aurait  pressée  de  se  marier  (Ambroise)  ;  pour  la  con- 
traindre, et  pour  lui  faire  abjurer  sa  foi,  on  l'aurait  me- 
nacée du  feu  (Damase);  la  constance  montrée  par  elle 
aurait  ensuite  décidé  le  juge  à  la  condamner  au  déshon- 
neur (Prudence);  ayant  réussi  à  préserver  de  toute 
atteinte  sa  chasteté  (Prudence,  peut-être  Damase),  elle 
aurait  enfin  été  décapitée  (Ambroise,  Prudence) I4. 

IV.  La  passion.  —  On  voit  quels  problèmes,  non  encore 
résolus,  soulèvent  les  textes  où  se  répercutent  les  tradi- 
tions qui  avaient  cours  au  ive  siècle.  Ce  que  l'on  peut  dire 
avec  assurance,  c'est  qu'Ambroise,  Damase  et  Prudence 
ont  pris  les  éléments  de  leurs  récits  dans  la  seule  tradi- 
tion orale.  Il  est  visible,  en  les  lisant,  qu'ils  n'ont  pas 
puisé  à  une  source  écrite.  L'absence  de  précision  des 
paroles  tout  oratoires  d'Ambroise  l'indique  assez,  et  plus 
clairement  encore  cette  phrase  sur  l'âge  de  la  martyre  : 
Hiec  duodecim  annorunt  martyrium  fecisse  traditur. 
Quant  à  Damase,  il  le  dit  en  propres  termes  :  c'est  du 
témoignage  déjà  ancien  que  la  renommée  prête  aux  pa- 
rents d'Agnès  qu'il  s'inspire  :  Fania  refert  sanctos  du- 
dum  retulisse  parentes.  Prudence  se  sert  de  formules 
analogues,  au  commencement  et  dans  le  cours  de  son 
poème  :  Aiunt...  sunt  qui  rettulerint.  Si  ces  écrivains 
avaient  eu  sous  les  yeux  d'anciens  Actes  de  sainte  Agnès, 
ils  auraient  probablement  employé  un  autre  langage. 

Après  eux,  s'inspirant  de  leurs  narrations,  les  ampli- 
fiant librement,  parait  un  récit  détaillé  du  martyre,  his- 
torique par  ce  qu'il  leur  emprunte,  légendaire  par  ce 
qu'il  y  ajoute. 

La  passion  de  sainte  Agnès  nous  est  venue  sous  trois 
formes  :  un  texte  latin,  une  imitation  grecque  de  celui- 
ci,  un  autre  texte  grec,  qui  en  est  indépendant. 

L'auteur  de  la  Passion  latine  prend  le  nom  d'Am- 
broise, soit  qu'il  veuille  se  faire  passer  pour  l'évëque  de 


vantable  alternative  laissée  aux  filles  chrétiennes  »  ce  texte,  que 
nous  n'avons  pas  encore  cité,  de  saint  Ambroise,  De  off.  ministr.,  î, 
41  :  «  Quid de  sancta  Agnes,  quae in duarum  maximarum rerum 
posita  periculo,  castitatis  et  salutis,  castitatem  protexit,  salu- 
tem  cum  immortalitate  commutavit?  »  —  "  Péri  Stephanùn, 
xiv,  57,  éd.  Dressel,  p.  466.  —  12  Péri  Stephanôn,  xiv,  41-42,  éd, 
Dressel,  p.  646.  —  ,3Dans  ce  sens,  Pio  Franchi  de'  Cavalieri,  S. 
Agnese  nelle  tradizione  e  nella  leggenda,  p.  1-26;  les  Analecta 
bollandiana,  1900,  t.  xix,  p.  17-27.  —  «*  Dans  ce  sens,  1698,  Tille- 
mont,  Mémoires  pour  servir  à  l'histoire  ecclésiastique,  t.  Hi,  art, 
sur  sainte  Agnès;  Allard,  La  persécution  de  Dioctétien,  2*  éd., 
1900, 1. 1.,  p.  4O0-W7;  I.e  Bourgeois,  Les  martyrs  de  Rome,  p.  33-59. 


911 


AGNÈS    (SAINTE) 


912 


Milan,  soit  que  le  nom  d'Ambroise  lui  appartienne  réel- 
lement :  mais  ni  son  style,  ni  son  récit,  ne  permettent 
de  l'identifier  avec  le  grand  docteur.  T[  prétend  avoir 
découvert  des  écrits  jusque-là  cachés,  in,  voluminibus 
abdilis,  qui  lui  auraient  fourni  les  éléments  de  sa  nar- 
ration. Cela  est,  de  toute  évidence,  une  fiction  littéraire  : 
on  reconnaît  tout  de  suite  que  le  pseudo-Ambroise 
s'est  borné  à  couvrir  d'une  broderie  légendaire  le  cane- 
vas que  lui  prêtaient  les  trois  écrivains  du  ive  siècle. 
C'est  ainsi  que,  là  où  ceux-ci  indiquaient  seulement  le 
jeune  âge  d'Agnès,  il  la  montre  fréquentant  les  écoles 
publiques.  Ambroise  a  fait  une  vague  allusion  à  des 
projets  de  mariage  :  le  passionnaire  dit  que  le  pré- 
tendant évincé  par  Agnès  était  le  fils  du  préfet  de  Rome. 
Avec  la  précision  que  les  auteurs  de  légendes  se  piquent 
d'introduire  dans  leurs  récits,  il  donne  le  nom  de  ce 
prétet,  Simpronius  :  l'inventeur  ici  se  trahit,  car  ce  nom 
ne  se  rencontre  pas  sur  la  liste  des  préfets  urbains.  Il  se 
met,  du  reste,  en  contradiction  avec  Damase,  quand  il 
montre  Agnès  dénoncée  par  un  parasite,  et  amenée  au 
tribunal  par  des  appariteurs  :  Damase  avait  dit  qu'elle 
se  dénonça  elle-même,  et  se  rendit  de  son  plein  gré 
devant  le  juge.  Après  avoir,  comme  l'indique  Prudence, 
raconté  que  le  magistrat  donna  le  choix  à  Agnès  ou  de 
sacrifier,  ou  d'être  condamnée  au  déshonneur  (mais  en 
substituant  au  sacrifice  à  l'honneur  de  Minerve,  dont 
parle  seulement  le  poète,  l'enrôlement  parmi  les  Vee- 
tales),  il  ajoute  qu'Agnès  fut  aussitôt  dépouillée  de  ses 
vêtements  et  conduite  en  cet  état,  précédée  d'un  héraut, 
jusqu'au  lupanar.  Là,  ses  cheveux  la  couvrirent  entière- 
ment :  mais,  de  plus,  un  ange  l'enveloppa  d'un  manteau 
de  lumière,  et  une  blanche  tunique  lui  fut  miraculeu- 
sement offerte.  Le  fils  du  préfet,  ayant  c«é  lever  les  yeux 
sur  elle,  tomba  mort.  Le  préfet  accourut,  accabla  Agnès 
de  reproches,  l'accusa  d'avoir  usé  de  maléfices.  L'ange, 
alors,  se  montra  de  nouveau,  et,  sur  la  prière  d'Agnès, 
ressuscita  le  jeune  homme.  Le  peuple  cria  à  la  magie. 
Le  préfet,  ne  voulant  plus  condamner  Agnès,  et  n'osant 
l'acquitter,  laissa  au  vicaire  Aspasius  le  soin  de  continuer 
le  procès.  Celui-ci  condamna  Agnès  au  bûcher  :  c'est  la 
version  de  Damase.  Mais  Agnès  fut  miraculeusement 
préservée  des  flammes.  Alors  le  vicaire  commanda 
d'égorger  Agnès  :  in  gutlur  ejus  gladium  mergi. 

Ce  court  résumé  montre  ce  que  le  passionnaire  fait 
des  traditions  recueillies  par  Ambroise,  Damase  et  Pru- 
dence, comment  il  les  concilie,  comment  il  les  modifie, 
ce  qu'il  y  ajoute,  en  quoi  il  s'en  écarte.  Le  caractère  de 
composition  factice,  et  le  procédé  même  de  l'auteur,  se 
trahissent  à  chaque  ligne.  Les  réminiscences  assez  con- 
fuses notées  par  les  trois  écrivains  deviennent,  sous 
la  plume  du  compilateur,  un  petit  roman  pieux,  bien 
ordonné,  et  propre  à  satisfaire  le  goût  du  public  pour 
le  merveilleux.  Outre  l'abondance  de  ce  merveilleux 
—  dont  les  écrits  hagiographiques  vraiment  anciens 
sont  au  contraire  si  sobres  —  d'autres  traits  dénotent 
ici  l'écrivain  de  basse  époque.  L'ordre  de  dépouiller 
Agnès  devant  le  tribunal,  et  de  la  conduire  nue  à 
travers  les  rues  de  la  ville,  est  invraisemblable1.  Les 
paroles  du  préfet  engageant  Agnès  à  s'enrôler  parmi  les 
Vestales  ne  peuvent  avoir  été  écrites  qu'à  une  époque  où 
l'on  n'avait  plus  une  idée  exacte  de  ces  prêtresses,  les- 
quelles durèrent  jusqu'en  39't  :  un  détail  analogue  se 
rencontre  dans  les  Actes  des  SS.  Nérée  et  Achillée,  qui 
sont  du  v«  siècle. 

C'est  bien  à  cette  époque  que  semble  aussi  avoir  été 
écrite  la  Passion  de  sainte  Agnès. 

En  effet,  l'homélie  composée  en  l'honneur  de  cette 
sainte,  par  saint  Maxime  de  Turin,  mort  après  165,  re- 


'  Ammien  Marcellin,  xxvni,  1  ;  cf.  Franchi  de'  Cavalieri,  p.  29, 
note  3.  —  *  Tillemont,  Mémoires  pour  servir  à  l'histoire  ecclè- 
tiaatique,  t.  v,  note  i  sur  sainte  Agnès.  —  3  Pio  Franchi  de' 
Cavalieri,  S.  Agnese  nelle  tradizione  e  nella  leaaenda,  appen- 


produit  non  seulement  les  détails  les  plus  caractéris- 
tiques de  la  légende  latine,  ceux  qui  ne  se  rencontrent 
point  dans  Ambroise,  Damase  ou  Prudence,  mais  en- 
core se  sert  souvent  des  expressions  mêmes  employées 
par  le  passionnaire.  A  moins  d'admettre,  comme  Tille- 
mont l'a  supposé  sans  preuves2,  que  cette  homélie  n'est 
pas  authentique,  on  ne  saurait  faire  descendre  la  Passion 
latine  de  sainte  Agnès  plus  bas  que  la  seconde  moitié  du 
Ve  siècle.  Le  travail  légendaire  d'où  elle  est  sortie  est 
postérieur  de  plus  d'un  demi-siècle  aux  témoignages  des 
trois  écrivains  du  ive  siècle  qui  en  ont  fourni  le  thème. 

Des  deux  Passions  grecques  que  nous  possédons,  l'une 
a  peu  d'intérêt,  puisqu'elle  n'est  que  la  traduction  de  la 
légende  latine3.  L'autre  est  beaucoup  plus  intéressante, 
parce  qu'elle  offre  un  récit  indépendant.  M.  Pio  Franchi  ■ 
de'  Cavalieri  Ta  publiée  le  premier,  d'après  deux  manus- 
crits, l'un  du  Vatican,  l'autre  du  patriarcat  grec  de  Jé- 
rusalem4. 

Cette  Passion  grecque  est  beaucoup  plus  courte  que 
la  légende  latine.  Elle  n'est  pas  attribuée  comme  celle-ci 
à  un  Ambroise.  Elle  en  diffère  sur  des  points  impor- 
tants. C'est  ainsi  qu'au  lieu  d'être  présentée  sous  les 
traits  d'une  enfant  de  douze  ans,  Agnès  nous  est  mon- 
trée comme  une  vierge  d'âge  mùr,  autour  de  laquelle 
s'assemblaient  les  matrones  romaines,  avides  d'entendre 
ses  leçons.  Dès  le  milieu  de  son  interrogatoire  le  juge  la 
fait  mettre  nue,  ce  qui  n'est  pas  dans  la  légende  latine, 
où  elle  n'est  dépouillée  de  ses  vêtements  qu'au  moment 
d'être  conduite  au  lupanar  ;  mais,  en  revanche,  la  Pas-ion 
grecque  lui  rend  une  tunique  à  ce  moment.  Les  scènes 
qui  se  passent  dans  le  mauvais  lieu  sont,  avec  quelque 
amplification,  imitées  de  Prudence.  Le  juge  fait  périr 
Agnès  par  le  feu,  contrairement  au  récit  de  ce  dernier 
et  de  la  légende  latine.  La  Passion  grecque  ne  donne 
pas  le  nom  du  juge,  ne  le  montre  point  passant  la  main 
à  son  vicaire,  et  ne  dit  pas  que  le  jeune  libertin  frappé 
de  mort  puis  ressuscité  soit  le  fils  du  préfet  de  Rome. 

Il  semble,  à  première  vue,  difficile  d'établir  une  dé- 
pendance entre  ces  deux  récits.  C'est  cependant  ce  qu'a 
cru  possible  M.  Franchi  de'  Cavalieri.  Il  pense  que  le 
texte  latin  est  une  amplification  du  texte  grec,  mais  que 
l'auteur  de  la  légende  latine  a  corrigé  ce  dernier  après 
avoir  lu  l'inscription  damasienne.  Malgré  les  raisons 
plausibles  dont  le  savant  critique  appuie  son  senti- 
ment, il  n'est  pas  impossible  de  renverser  l'hypothèse, 
et  de  voir  au  contraire  dans  la  Passion  grecque  un 
abrégé  de  la  Passion  latine  :  l'helléniste  aurait  ignore, 
sur  un  point  au  moins,  la  tradition  damasienne,  et 
donné  à  l'héroïne  un  âge  qui  lui  paraissait  rendre  plus 
vraisemblable  le  reste  du  récit.  Les  autres  variantes 
s'expliqueraient  par  la  liberté  que  prenaient,  vis-à-vis  de 
l'original  adapté  par  eux,  les  abréviateurs  comme  les 
amplificateurs  de  légendes.  La  question  reste  donc  ou- 
verte, et  il  serait  sans  doute  périlleux  de  se  montrer 
•rop  affirmatif  dans  un  sens  ou  dans  un  autre  :  je  ne 
puis  que  renvoyer,  sur  ce  point,  aux  prudente*  obser- 
vations des  Analecta  bollamtiniin  >. 

De  la  Passion  grecque  récemment  éditée  dépendent  la 
version  syriaque  depuis  longtemps  connue6  et  aussi  le 
texte  abrégé  inséré  dans  les  Menées  ' , 

V.  La  légende  latine.  —  La  Passion  grecque  se  ter- 
mine à  la  mort  d'Agnès  :  la  doxologie  qui  remplit  les. 
dernières  lignes  montre  bien  que  la  pièce  finit  là.  Au 
"contraire,  dans  la  légende  latine,  un  second  récit  -*■ 
grefle  sur  celui  du  martyre.  C'est  la  narration  de  la 
sépulture  d'Agnès  dans  un  hypogée  de  famille,  du  cou- 
cours  des  chrétiens  autour  de  son  tombeau,  d'une 
émeute    de  païens  dans  laquelle  périt  Emérentienne, 

dice  2,  p.  76-92.  —  *  Ibid.,  appendice  1,  p.  71-75.  —  »  Analecta  bol- 
landiana,  1900,  L  xix,  p.  227-228.  —  •  Assemani.  Acta  SS.  mar- 
tyrum  orientalium  et  occidentalium,  Rome,  1748,  t.  il,  p.  159- 
164.  —  'P.  G.,  t.  cxvn,  p.  524;  Acta  sanct.,  jan.  t.  m,  p.  X4. 


m  3 


AGNÈS  (sainte; 


014 


sœur  Je  lait  d'Agnès,  de  l'inhumation  d'Emérentienne 
dans  un  prsediolum  voisin  de  l'hypogée  d'Agnès,  de 
l'apparition  de  celle-ci  à  ses  parents,  de  la  guérison 
miraculeuse  de  Constantina,  fille  de  Constantin,  de  la 
construction  par  cet  empereur,  à  la  prière  de  sa  fille, 
d'une  basilique  sur  le  tombeau  de  la  martyre,  et  enfin 
de  la  construction  d'un  mausolée  pour  elle-même  par 
Constantina. 

Aucun  de  ces  faits  n'est  rappelé  dans  l'homélie  de 
saint  Maxime  de  Turin.  Il  y  a  lieu  de  croire  qu'il  ne  les 
a  pas  connus.  Cette  seconde  partie  de  la  Passion,  où  se 
montre  autant  de  précision  topographique  qu'il  y  en  a 
peu  dans  la  première,  sera  facilement,  malgré  les  res- 
semblances de  style,  jugée  d'un  autre  auteur  :  on  croira 
même  volontiers  qu'elle  a  été  rédigée  à  une  époque  très 
postérieure,  et  que  la  première  rédaction  de  la  Passion 
latine  se  terminait  au  martyre  de  la  sainte. 

VI.  Époque  du  martyre.  —  En  quel  temps  fut  marty- 
risée sainte  Agnès  ?  Rien  ne  permet  de  le  dire  avec  cer- 
titude. Plusieurs  critiques  placent  l'histoire  d'Agnès 
pendant  la  persécution  de  Valérien  (257-259).  Ils  tirent 
argument  dans  ce  sens  du  nom  d'Àspasius  Paternus, 
que  la  Passion  latine  donne  au  vicaire  du  préfet,  et  qui 
fut  porté  sous  Valérien  par  un  proconsul  d'Afrique, 
celui-là  même  qui,  en  257,  exila  saint  Cyprien1.  L'in- 
dice fourni  par  cette  similitude  de  noms  est  de  mince 
valeur.  Les  passionnaires  de  basse  époque  donnaient 
volontiers  aux  magistrats  qu'ils  mettaient  en  scène  des 
noms  portés  par  des  personnages  historiques1'.  Il  est 
facile  de  voir  que  l'Aspasius  Paternus  des  Actes  authen- 
tiques de  saint  Cyprien  et  l'Aspasius  Paternus  de  la 
Passion  de  sainte  Agnès  ne  peuvent  être  la  même  per- 
sonne. La  persécution  de  Valérien  étant  comprise  entre 
les  années  257  et  259,  il  faudrait,  pour  que  le  même 
Aspasius  ait  pu  condamner  saint  Cyprien  en  Afrique  et 
sainte  Agnès  à  Rome,  ou  que  du  proconsulat  d'Airique 
il  ait  été  nommé  au  vicariat  de  la  préfecture  urbaine, 
ce  qui  eût  renversé  l'ordre  des  magistratures,  ou  que  de 
ce  vicariat  il  fût  monté  directement  au  proconsulal 
d'Afrique,  ce  qui  n'a  pu  avoir  lieu.  D'ailleurs,  le  vicariat 
de  la  préfecture  urbaine  n'apparaît  pas  avant  Dioclétien. 
Il  faut  ajouter  que  la  condamnation  d'une  enfant  de 
douze  ans  au  déshonneur  et  à  la  mort  ne  rentre  dans 
aucun  des  cas  prévus  soit  par  l'édit  promulgué  par  Va- 
lérien en  257,  soit  par  l'édit  promulgué  par  le  même 
empereur  en  258.  Un  tel  acte  de  barbarie  conviendrait 
plutôt  aune  persécution  comme  celle  de  Dioclétien,  où 
l'on  vit  des  excès  de  toute  sorte,  et  qui  prit  quelquefois 
le  caractère  d'une  tuerie  en  masse. 

VII.  Authenticité;  monuments  du  culte.  —  On  voit  à 
quoi  se  réduit  l'incontestable  dans  l'histoire  d'Agnès. 
Si  l'on  écarte  les  détails  qui  ne  sont  que  vraisemblables, 
pour  s'en  tenir  seulement  à  ce  qui  est  certain,  on  reste 
en  présence  de  bien  peu  de  chose.  Ce  peu  de  chose,  ce- 
pendant, existe.  Il  y  a  des  points  sur  lesquels  la  tradition 
ancienne  ne  varie  pas.  L'un  de  ces  points  est  le  jeune 
âge  d'Agnès  :  Ambroise,  Damase,  Prudence,  sont  ici 
unanimes.  L'autre  est  le  péril  auquel  fut  exposée  sa 
chasteté  :  les  trois  écrivains  du  iv*  siècle  voient  en  elle 
une  martyre  de  la  pudeur  en  même  temps  que  de  la  foi  : 
les  détails  sont  plus  ou  moins  sûrs,  mais  l'indication  est 

«  Mazocchi,  Comm.in  marra,  neap.  Kalend.,  p.  920  ;  Armellini, 
M  cimitero  di  S.  Agnese,  p.  41  ;  Le  Bourgeois,  Les  martyrs  de 
Rome,  t.  i,  p.  20-32.  —  2  CI.  Ed.  Le  Blant,  Les  actes  des  martyrs, 
1882,  p.  27.  —  3  Une  petite  pierre  sépulcrale,  mesurant  0"'  66  sur 
0"33,  et  conservée  au  musée  de  Naples,  porte  :  AGNE  SAN- 
CT1SSIMA.  Voir  sa  reproduction  dans  Armellini,  Il  cimitero  di 
S.  Agnese,  t.  xiii,  n°  3,  et  dans  Wilpert,  Die  Gottgeweihten 
Jungfrauen,  1892,  pi.  v,  n°  8.  M.  Armellini  (p.  66)  y  reconnaît 
le  titulus  primitif  de  sainte  Agnès.  La  dimension  de  la  pierre 
semble  convenir  au  tombeau  d'un  tout  petit  enfant,  plutôt  qu'à 
celui  d'une  jeune  fille  de  douze  ans.  On  pourrait  admettre,  cepen- 
dant, que  la  pierre  qui  a  servi  à  fermer  le  loculus  catacombal 
était  plus  grande,  et  a  été  brisée  aux  deux  extrémités.  Mais  l'at- 


tout  à  fait  affirmative.  On  hésitera  davantage  à  définir 
le  genre  du  supplice,  bien  que  saint  Ambroise  et  Pru- 
dence concordent  ici,  et  que  Damase  ne  leur  soit  peut- 
être  contraire  qu'en  apparence.  Mais  ce  qui  éclate  à  tous 
les  yeux,  dans  une  lumière  devant  laquelle  s'évanouis- 
sent les  incertitudes  de  détail,  c'est  la  popularité  dont 
Agnès  jouit  à  Rome  au  IVe  siècle.  Cette  petite  fille,  sur 
laquelle  nous  savons  si  peu,  se  montre  à  nous  comme 
une  sainte  nationale  des  Romains,  comme  une  patronne 
de  leur  cité  : 

Conspectu  in  ipso  condila  turrium 
Servat  salutem  virgo  Quiritium, 

dit  Prudence,  qui  semble  peindre  Agnès  comme  une 
sentinelle  avancée,  veillant  à  la  sécurité  de  ses  conci- 
toyens, et,  de  sa  tombe,  qu'ils  apercevaient  du  haut  de 
leurs  remparts,  les  protégeant  contre  les  incursions  de 
l'ennemi. 

En  dehors  des  textes  du  poète,  de  saint  Ambroise  et 
de  Damase,  nombreux  sont  les  témoignages  de  la  dévo- 
tion du  ive  siècle  envers  la  jeune  martyre. 

Le  premier  est  son  tombeau  lui-même.  La  Depositio 
marlyrum  indique  celui-ci  sur  la  voie  Nomentane.  Au 
moment  où  ce  document  fut  rédigé,  c'est-à-dire  au 
milieu  du  ive  siècle,  un  cimetière  s'était  déjà  formé 
autour  de  la  sépulture  primitive  de  sainte  Agnès.  Plu- 
sieurs des  galeries  de  ce  cimetière  avaient  même  été  dé- 
truites pour  faire  place  à  la  basilique  semi-souterraine 
construite  au  niveau  du  second  étage  de  la  catacombe, 
de  manière  à  englober  la  tombe  de  la  martyre  3.  D'après 
le  Liber  ponti/icalis,  cette  basilique  fut  élevée  par 
l'ordre  du  premier  empereur  chrétien,  c'est-à-dire  avant 
337,  sur  la  demande  de  sa  fille  Constantina4,  probable- 
ment celle  qui  épousa  Annibalien,  puis  Gallus.  Une  ins- 
cription acrostiche,  qui  se  lisait  dans  l'abside  de  la  basi- 
lique avant  la  réfection  du  vne  siècle5,  la  donne  comme 
sa  fondatrice.  Cette  région  cémétériale  est  un  des  lieux 
constantiniens  de  Rome  :  tout  près  de  la  basilique  existe 
encore  le  charmant  édifice,  à  la  fois  mausolée  et  baptis- 
tère, où  Constantina  fut  enterrée  avec  sa  sœur  Hélène, 
femme  de  l'empereur  Julien6. 

On  voit  que  le  culte  de  sainte  Agnès  a  précédé  les  plus 
anciens  témoignages  écrits  qui  nous  soient  restés  sur 
elle.  Probablement  même  une  image  sculptée  de  la  mar- 
tyre, découverte  il  y  a  quelques  années,  est-elle  anté- 
rieure à  l'écrit  d'Ambroise,  aux  vers  de  Damase  et  de 
Prudence.  En  1884,  lors  de  travaux  exécutés  dans  la  ba- 
silique, on  trouva  une  plaque  do  marbre,  qui  avait  tait 
partie  delà  décoration  du  presbijterium,  et  formait  pro- 
bablement le  devant  de  l'autel  primilit.  Une  orantey  est 
sculptée  en  bas-relief,  jeune,  les  cheveux  rattachés  en 
nœud  au  sommet  de  la  tête  :  elle  porte  une  tunique  à 
larges  manches  et  une  dalmatique  tombant  jusqu'aux 
pieds.  Un  ancien  graffito,  revit  en  très  petites  lettres, 
près  de  la  tète,  porte  :  SCA  AGNES  7. 

Un  peu  plus  tard,  Agnès  apparaît  encore,  en  orante, 
sur  les  verres  à  ligures  dorées,  qui  ont  été  trouvés  en  assez  % 
grand  nombre  dans  les  catacombes8.  Après  les  deux 
saints  fondateurs  de  l'Église  romaine,  elle  est  le  person- 
nage le  plus  souvent  représenté  sur  ces  fragiles  monu- 
ments. On  l'y  voit  à  côté  de  la  Vierge  Marie,  ou  entre 

tribution  est  tout  à  fait  conjecturale.  —  *  Liber  ponti/icalis,  Sil- 
vester,  éd.  Duchesne,  t.  i,  p.  180.  —  5De  Rossi,  Inscriptiones 
christianse  urbis  Romx,  t.  n,  p.  44.  —  °  Ammien  Marcellin,  xxi, 
1.  Cf.  Allard,  Julien  l'Apostat,  in-8",  1903,  t.  n,  p.  32.  —  '  Bul- 
lettino  di  archeologia  cristianu,  1885,  p.  128;  Wilpert,  Die 
gottgeweihten  Jungfrauen,  pi.  n,  n"  2.  Ce  bas-relief  avait 
déjà  été  vu  par  Bosio,  et  édité  dans  sa  Roma  sotterranea, 
p.  249;  mais  on  y  avait  reconnu  à  tort  un  débris  de  sarcophage 
et,  faute  de  lire  le  graffito,  on  avait  pris  cette  orante  pour 
l'image  d'une  défunte  anonyme.  —  «Ganucci,  Vetri  ornati 
di  figure  in  oro  trovati  nei  cimiteri  dei  cristiani  primitivi  di 
Roma,  pi.  xxi,  5;  xxn,  1;  Storia  dell'  arte  cristiana,  pi.  301, 
n.  10. 


915 


AGNÈS    (SAINTE 


OdG 


saint  Pierre  et  saint  Paul,  entre  saint  Vincent  et  saint 
Hippolyte,  ou  plus  souvent  seule.  Un  verre  la  représente 
ayant  au  cou  un  riche  collier  :  une  sorte  d'écharpe,  posée 
sur  la  tunique,  est  rattachée  à  la  ceinture  par  une  large 
fibule.  Au-dessus  de  la  tête  est  écrit  :  ANGNE.  Il  se  peut 
que  ces  bijoux  soient  un  souvenir  d'un  passage  bien 
connu  de  la  Passion  latine,  où  il  est  question  des  orne- 
ments dont  l'époux  céleste  para  sa  fiancée.  Sur  le  même 
verre  se  reconnaît  un  souvenir  de  l'hymne  de  Prudence. 
Aux  pieds  d'Agnès  sont  représentées,  à  droite  et  à  gauche, 
deux  colombes  tournées  vers  elle,  et  portant  chacune 
dans  le  bec  une  couronne  qu'elles  semblent  lui  offrir  : 
c'est  la  traduction  plastique  des  vers  du  poète  : 

Duplex  coro»a  est  prsestita  martyri  : 
Intactum  ab  omni  macula  virginal, 
Mortis  deinde  florin  libéras1  : 

lesquels  ne  sont  eux-mêmes  que  la  paraphrase  du  mot  de 
saint  Ambroisesur  le  duplex  martyrium,  pudoris  et  re- 
ligionis,  qui  fit  la  gloire  d'Agnès. 
Au  VIe  et  au   vne   siècle,    c'est  clans    les    mosaïques 


218.  —  Fond  de  coupe. 
D'après  Garrueci,  Storiti  del  arte  cristiana,  pi.  801,  D.  10. 

qu'apparaît  l'image  de  sainte  Agnès.  A  Ravenne,  au- 
dessus  des  arcades  d'une  nef  de  Saint-Apollinaire-le- 
Jeune,  est  représentée  une  procession  de  saintes,  riche- 
ment vêtues,  et  portant  dans  leurs  mains  des  couronnes 
qu'elles  vont  offrira  Marie.  Aux  pieds  d'Agnès  se  voit  un 
petit  agneau,  la  tête  tournée  vers  elle  2.  Cela  semble  un 
souvenir  de  la  Passion  latine3.  Celle-ci  raconte  que, 
pendant  que  les  parents  de  la  martyre  veillaient  près 
de  son  tombeau,  ils  virent  un  chœur  de  vierges,  vêtues 
de  robes  tissées  d'or  :  parmi  elles  était  Agnès,  parée  de 
même,  à  la  droite  de  laquelle  se  tenait  un  agneau  plus 

*  Péri  Stephanôn,  xiv,  7-9,  Dressel,  p.  464.  —  *  Garrueci, 
Storia  delV  arte  cristiana,  pi.  ccxliv,  3;  ccxlv,  1,  2;  Bayet, 
L'art  byzantin,  p.  67.  —  3  A  moins  que  ce  détail  ne  soit  suggéré 
par  le  nom  même  de  la  martyre  :  Agnes  latine  agnam  signifl- 
cat,  grsece  castam.  S.  Augustin,  Serm.,  cclxxxiii,  6,  P.  h., 
t.  xxxvin,  col.  1250.  —  *Une  coutume  liturgique  romaine  rattache 
encore  l'agneau  au  souvenir  de  sainte  Agnès.  Chaque  année,  le 
21  janvier,  dans  sa  basilique  de  la  voie  Nomentane,  sont  bénits 
deux  agneaux  dont  la  laine  servira  à  la  confection  des  pallia  des- 
tinés aux  archevêques  ou  évèques  que  le  saint-siege  veut  hono- 
rer. Pendant  cette  bénédiction,  le  chœur  chante  une  antienne 
tirée  de  la  Passion  d'Agnès  :  Stans  a  dextris  ejus  agnus  nive 
candidior,  Christus  sibi  sponsam  consecravit  et  tnartyrem. 
Sur  les  détail*  de  cette  cérémonie,  voir  Le  Bourgeois.  Le»  mar- 


blanc  que  la  neige4.  Le  mosaïste  contemporain  de  .lus- 
tinien  a  peut-être  lait  allusion  à  ce  détail.  Un  siècle  plus 
tard,  c'est  un  autre  trait  de  la  Passion  latine  qui  est 
rappelé  dans  la  mosaïque  dont  le  pape  Honorius  fit  dé- 
corer la  basilique  romaine  d'Agnès.  La  sainte,  qui  res- 
semble à  une  impératrice  byzantine,  porte  une  tunique 
sur  laquelle  est  brodé  le  phénix,  symbole  d'immortalité; 
elle  est  debout  entre  Honorius  et  un  autre  pape,  peut- 
être  Symmaque.  Devant  elle  se  voient  deux  globes  de 
flammes.  L'allusion,  ici,  se  rapporte  au  récit  de  la  Pas- 
sion, d'après  lequel  le  feu  où  le  vicaire  Aspasius  fit  jeter 
Agnès  se  divisa  en  deux  parties,  de  manière  à  ne  pas 
la  toucher.  Près  des  globes  de  flammes,  le  mosaïste 
a  représenté  un  glaive  :  allusion  à  la  décapitation 
finale  \ 
VIII.  Les  églises.  —  Outre  la  magnifique   basilique 


■ 


TSIïISIiïsKI 


219.  —  Mosaïque  de  Saint-Apollinaire-le-Jeune  a  Ravenne. 
D'après  Bayet,  L'art  byzantin,  p.  67,  fig.  17. 

construite  au  iv  siècle,  réparée  au  vi-*;.  puis  au  \w", 
qui  garde  jusqu'à  nos  jours,  sur  la  voie  Nomentane,  le 
tombeau  de  la  sainte,  et  semble  comme  une  lkur  de 
marbre  poussée  de  sa  catacombe 8,  Rome  a  possédé 
plusieurs  églises  construites  en  l'honneur  d'Agnès. 
Deux  d'entre  elles,  S.  Agnes  in  Transtevere  eiS.Agnese 
ad  duo  fuma,  ont  disparu»  :  mais  celle  de  la  place  Na- 
vare,  S.  Agnese  in  Agone,  est  encore  debout,  à  l'endroit 

tyrs  de  Rome,  p.  90-91.  —  "De  Rossi,  Musaici  délie  cliest  di 
Roma  anteriori  al  secolo  xv,  in-fol.,  1S72,  sec.  vu,  fasc.  3-4. 
—  •  Sous  le  pape  Symmaque  ;  Liber  pontiflcalis,  éd.  Duchesne, 
t.  I,  p.  263,  268.  —  'Sous  le  pape  Honorius;  Liber  pontiflcalis, 
éd.  Duchesne,  t.  I,  p.  323-325.  —  Voir  les  diverses  inscription» 
mises  dans  la  basilique  par  Honorius;  De  Bossi,  Inscr.  christ. 
urbis  Romx,  t.  il,  p.  62,  89,  10'».  137.  —  »  Probablement  existait 
dès  le  v  siècle  un  monastère  de  femmes  dans  le  voisinage  de  la 
basilique.  Découverte,  pris  du  tombeau  de  la  sainte,  de  l't'pi- 
taphe  d'une  abbesse  (abbatissa)  morte  en  514  à  l'âge  de  quatre- 
vingt-cinq  ans.  Xuovo  bull.  di  arch.  crist.,  1901,  p.  298-300; 
H.  Leclercq,  Soie  sur  les  abbesies  dans  Vepigraphie  et  la 
liturgie,  dans  llassegna  Gregoriana.  1903,  p.  tO-15.  —  •Anuel- 
lini,  l.r  chiese  di  Roma,  p.  105. 


9-1 7 


AGNÈS    (SAINTE)  —  AGNÈS    (CIMETIÈRE    DE   SAINTE-) 


918 


même  où  s'élevaient  les  arcades  du  stade  de  Domitien. 
Au  témoignage  de  l'Itinéraire  d'Einsiedeln,  elle  existait 
dès  le  VIIe  siècle.  Au  XIe,  les  Mirabilia  urbis  Remise  la 
citent  comme  consacrant  le  lieu  même  du  martyre 
d'Agnès.  On  ne  saurait  dire  à  quelle  date  remonte  cette 
tradition,  car  Prudence  ne  nous  fournit,  dans  le  Péri 
Stephanôn,  aucune  indication  précise  de  lieu.  Mais  la 
situation  de  l'église,  rapprochée  de  l'incident  du  lupa- 
nar, lui  donne  assurément  quelque  vraisemblance.  La 
Passion  latine,  écrite  au  cours  du  ve  siècle,  c'est-à-dire 
à  une  époque  où  tout  souvenir  local  n'était  probable- 
ment pas  effacé,  place  in  theatrum  l'endroit  de  l'expo- 
sition, puis  du  supplice  d'Agnès.  On  sait  que  sous  les 
fomices  «des  stades,  des  cirques,  des  théâtres  de  Rome 
s'abritaient  toujours  de  mauvais  lieux  :  De  circo,  de 
tlieatro,  de  stadio...  merelrices  collegit,  dit  le  biographe 
d'Élagabale1.  L'existence  d'une  église  construite  préci- 
sément au-dessus  d'une  de  ces  fornices,  et  dédiée  à 
sainte  Agnès,  a  très  naturellement  porté  à  croire  qu'un 
des  endroits  infâmes  existant  sous  le  stade  dont  la  place 
Navone  occupe  aujourd'hui  le  lieu  vit  le  martyre 
d'Agnès.  Que  si  l'on  refuse  d'admettre  cette  hypothèse, 
parce  que  les  documents  anciens  ne  contiennent  pas 
trace  de  cette  «  localisation  »,  laquelle  apparaît  seule- 
ment sous  une  forme  précise  au  moyen  âge2,  on  devra 
supposer  que  dans  le  seul  but  de  sanctifier  un  empla- 
cement autrefois  souillé,  une  église  y  fut  élevée  sous  le 
vocable  de  la  chaste  martyre. 

IX.  Fouilles  récentes.  —  Des  fouilles  ont  été  exé- 
cutées, en  1901,  dans  la  basilique  de  la  voie  Nomentane 
par  les  chanoines  réguliers  de  Latran,  qui  ont  la  garde 
de  cette  basilique  et  de  son  cimetière.  Elles  ont  fait  re- 
trouver, entre  l'autel  et  l'abside,  des  tombes  du  ive  siècle, 
sépultures  ménagées  dans  le  voisinage  de  celle  de  la 
martyre,  après  la  construction  de  la  basilique;  puis,  au- 
dessous  du  niveau  des  galeries  cémétériales  démolies 
pour  édifier  celle-ci,  un  ambulacre  encore  intact,  conte- 
nant des  loculi  pour  la  plupart  fermés;  enfin  les  fonda- 
tions d'une  abside,  située  un  peu  en  dehors  du  plan  de 
l'abside  actuelle,  et  qui  pourrait  appartenir  à  l'édifice 
constantinien  3.  Un  autre  résultat  des  fouilles  a  été  la 
découverte,  dans  le  massif  de  maçonnerie  situé  au-des- 
sous de  l'autel,  d'une  châsse  d'argent  où  le  pape  Paul  V 
déposa,  en  1615,  des  ossements  vénérés  comme  ceux  de 
sainte  Agnès  et  de  sainte  Émérentienne  *. 

Ces  ossements  furent  reconnus,  en  1605,  par  le  cardi- 
nal Sfondrate.  Il  avait  trouvé,  sous  la  confession,  dans 
une  sorte  de  fosse  construite  en  forme  d'arche,  deux 
squelettes  posés  sur  une  tablette  de  marbre.  Dix  ans 
plus  tard,  le  pape  Paul  V  enferma  ces  restes  dans  une 
châsse,  qui  fut  placée  sous  le  soubassement  de  l'ancien 
autel.  C'est  cette  châsse  que  viennent  de  remettre  en 
lumière  les  fouilles  de  1901 5. 

On  s'est  demandé  si  elle  contient  les  reliques  authen- 
tiques des  deux  martyres 6.  Aucune  inscription  accom- 
pagnant les  corps  trouvés  en  1605  ne  permet  de  les 
identifier  avec  certitude.  Il  ne  parait  pas  résulter  des 
documents  anciens  qu'Agnès  et  Émérentienne  aient 
jamais  partagé  la  même  tombe.  Quand  le  pape  Hono- 
rius  (625-638),  après  avoir  lait  probablement  une  recon- 
naissance des  reliques7,  décora  d'ornements  d'argent  et 
d'un  dais  de  bronze  doré  le  tombeau  d'Agnès 8,  il  y  mit 
une  inscription  dans  laquelle  il  est  seulement  question 
de  celle-ci  :  Virginis  hoc  Agnse   claudimtur  membra 

•Lampride,  Elag.,  26.  —  «  Pio  Franchi  de'  Cavalieri,  S.  Agnese, 
p.  66.  —  8  Nuovo  bullettino  di  archeologia  cristiana,  1901, 
p.  223-224  ;  1902,  p.  133,  297.  —  *  Ibid.,  p.  297.  —  »  Cf.  Le  Bourgeois, 
Les  martyrs  de  Rome,  t.  i,  p.  123-126.  —  «Cf.  Franchi  de' Cava- 
lieri, S.  Agnese,  p.  19,  note  1.  —  "  «  .4  solo  ubi  requiescit  quetn 
undique  ornavit,  exquisivit...  »  Liber  pontiflcalis,  Honorius, 
éd.  Duchesne,  t.  i,  p.  323.  —  *  Ibid.  —  "De  Rossi,  Inscr.  christ., 
t.  h,  p.  62.  —  10  Voir  l'Itinéraire  de  Salzbourg,  VEpitome  de  locis 
sanct.  inart-,  la  Notifia  portarum,  viarum,  etc.  ;  De  Rossi,  Borna 


sepulcro'1.  Vers  la  même  époque,  les  itinéraires  des  pè- 
lerins constatent  qu'Agnès  reposait  seule,  sola,  dans  sa 
basilique,  et  Émérentienne  dans  une  crypte  d'un  cime- 
tière voisin  10.  Au  commencement  du  IXe  siècle,  le  pape 
Pascal  Ier  (817-824)  transporta  e  cymiteriis  seu  cryptis 
dans  l'église  de  Sainle-Praxéde  niulta  corpora  sancto- 
rum :  dans  la  longue  liste  qu'il  en  dressa,  et  qui  existe 
encore  dans  cette  église,  est  nommé  celui  d'une  Émé- 
rentienne ".  D'après  le  témoignage  de  Jean  Diacre,  le 
chef  de  sainte  Agnès  était  vénéré  en  1169  au  Sancta 
Sanctorum  près  du  Latran  12;  un  demi-siècle  plus  tard, 
le  pape  Honorius  III  (1216-1227)  l'enferma  dans  une  cas- 
sette d'argent,  encore  conservée  dans  ce  sanctuaire13. 
Or,  quoique  Bosio  dise  le  contraire,  la  relation  officielle, 
publiée  par  Boldetti,  suppose  que  les  squelettes  trouvés 
dans  la  basilique  avaient  tous  deux  leurs  tètes,  puisqu'il 
y  est  question  de  débris  en  or  et  de  restes  de  tissus  gisant 
prope  capitali.  Le  rapprochement  de  ces  divers  laits 
rend  difficile  d'affirmer,  au  moins  jusqu'à  nouvel  examen, 
que  ce  sont  bien  les  corps  des  deux  saintes  qui  furent 
retrouvés  au  xvue  siècle,  et  qui  ont  donné  lieu  de  nos 
jours  à  une  nouvelle  découverte  15. 

Sans  prétendre  porter  un  jugement  définitif,  nous  di- 
rons seulement  que  la  trouvaille  de  1605,  sur  laquelle 
les  récentes  fouilles  ont  rappelé  l'attention,  n'offre  pas 
d'indice  assez  sûr  pour  dissiper  l'obscurité  des  textes  et 
permettre  de  conclure  qu'Agnès  mourut  par  l'epée  plu- 
tôt que  par  le  feu. 

X.  Bibliographie.  —  Acta  sanctorum,  1643,  jan. 
t.  m,  p.  350-363.  —  Ruinart,  Aeta  primorum  martyrum 
sincera  et  selecta,  1689,  p.  505-508.  —  Assemani,  Acta 
sanctorum  martyrum  orientalium  et  occidenlalium , 
1748,  t.  n,  p.  148-149.  —  Tillemont,  Mémoires  pour  ser- 
vir à  l'histoire  ecclésiastù/iie  des  six  premiers  siècle*. 
1698,  t.  v,  p.  344-350,  723-725.  -  Martigny,  Notice  his- 
torique, liturgique  et  archéologique  sur  le  culte  de 
sainte  Agnès,  1847.  —  Barlolini,  Actes  du  martyre  de 
la  très  noble  vierge  romaine  sainte  Agnès,  trad.  fran- 
çaise, 1864.  —  Martigny,  art.  Agnès,  dans  Dictionnaire 
des  antiquités  chrétiennes,  2e  éd.,  1877,  p.  29-32.  —  Ar- 
mellini,  U  cimitero  di  S.  Agnese  nella  via  Nomentana, 
1880.  —  Kraus,  art.  Agnes,  dans  Real-Encyklopàdie  der 
christlichen  Àltert humer,  1882,  t.  i,  p.  27-29.  —  Allaid, 
La  persécution  de  Dioctétien  et  le  triomphe  de  l'Eglise, 
2=  éd.,  1900,  t.  i,  p.  399411.  —  Le  Bourgeois,  Les  mar- 
tyrs de  Rome,  1897.  t.  i,  p.  23-96.  —  Dulourcq,  Étude 
sur  les  Gesta  martyrum  romains,  1900,  p.  214-217.  — 
Pio  Franchi  de'  Cavalieri,  S.  Agnese  nella  tradizione  e 
nella  leggenda,  1899.  —  L.  de  Kerval,  Sainte  Agnès 
dans  la  légende  et  dans  l'histoire,  1901.  —  Marucchi, 
Les  catacombes  romaines,  1900,  p.  259-292.  —  Nuovo 
Bullettino  di  archeologia  cristiana,  1901,  p.  222-225; 
1902,  p.  127-133,  297-300. 

P.  Allard. 

AGNÈS  (Cimetière  de  Sainte-).  —  I.  Topogra- 
phie, géologie,  superficie.  II.  Origines.  III.  La  gens  Clo- 
dia.  IV.  Description  du  cimetière  :  1.  Région  primitive; 
2.  Deuxième  région;  3.  Troisième  région;  4.  Quatrième 
région;  5.  Le  mausolée  Constanlinien;  6.  Sainte-Agnès 
hors  les  murs  ;  7.  L'area  à  ciel  ouvert  ;  8.  Le  sarcophage 
de  sainte-  Constance. 

I.  Topographie,  géologie,  superficie.  —  A  l'époque 
la  plus  prospère  de  l'empire  un  grand  nombre  de  la- 
milles  nobles  possédaient  des  jardins  et  un   hypogée  le 

sotterranea,  1. 1,  p.  178, 179.  —  '  '  Duchesne.  Le  Liber  pontifîcalis, 
t.  n,  p.  54,  64,1.  5.  —  "De  eccl.  Later.,  dans  Mabillon,  ilf us.  ital., 
t.  n,  p.  573.  —  >*  P.L.,  t.  lxxviii,  n  il.  139.  —  l*Roma sotterranea, 
p.  621;  Osservazioni  sopra  i  cimituri,  p  026.  Le  texte  italien  de 
cette  relation  est  peut-être  plus  amphibologique  :  il  dit  :  o  tra  il 
posto  délia  testa  deU'  uno  edell'  altro  (oorpo).  »  —  ,5Cf.  Revue  d'his- 
toire ecclésiastique,  Louvain,  1902,  p.  1(168-1069.  Voir, dans  lesens 
opposé,  F.  Jubarru,  Le  martyre  de  sainte  Agnès  et  les  fouilles 
récentes,  dans  les  Études  religieuses,  1902,  t.  xen,  p.  145-156. 


910 


AGNÈS    (CIMETIÈRE   DE   SAINTE-) 


920 


long  de  la  route  qui  conduisait  à  Nomentum1.  Ce  fut 
sur  cette  voie  que  l'apôtre  Pierre  établit  son  premier 
centre  catéchétique2.  Saint  Paul  avait  exercé  son  mi- 
nistère près  de  ces  lieux  pendant  sa  détention,  aux 
castra  prsetoriana,  bâtis  par  Séjan,  près  de  la  via  No- 
mentana3.  De  très  bonne  heure  une  des  familles  possé- 
dant son  prsedium  funéraire  su»  la  via  Nomentana,  à 
proximité  de  l'Ostrianum,  ubi  Petrus  baptizabat,  aurait 
embrassé  le  christianisme;  malheureusement  il  n'est  pas 
possible  de  rattacher  ces  origines  conjecturales  aux  ori- 
gines historiques  du  cimetière  par  un  lien  bien  solide. 
Les  Actes  de  sainte  Agnès,  quoique  dépourvus  de  toute 
valeur4,  peuvent  être  cités  lorsqu'ils  nous  disent  que  les 
parents  de  la  martyre  possédaient  une  petite  propriété 
sur  la  via  Nomentana  :  Parentes  vero  ejus  cum  omni 
gaudio  abstulerunt  corpus  ejus  et  posuerunt  illud  id 
prsediolo  suo,  non  longe  ab  Urbe  in  via  qux  dicitur 
Numentana^,  et  à  propos  de  la  déposition  des  restes  de 
sainte  Émérentienne,  les  mêmes  Actes  rapportent  la 
même  chose  :  et  sepelierunt  illud  (corpus)  in  confinis 
agelli  beatissimse.  virginis  Agnetis*.  La  question  de  sa- 
voir en  quoi  consistait  ce  domaine  est  assez  obscure.  A 
quelle  époque  était-il  entré  dans  la  famille  de  la  jeune 
martyre?  Cette  famille  était-elle  chrétienne?  Autant 
d'interrogations  auxquelles  certains  trouveraient  ré- 
ponse :  nous  n'avons  pas  l'intention  de  les  imiter7.  On 
a  pensé  que  les  édits  de  Valérien  et  de  Dioclétien  portant 
confiscation  des  propriétés  ecclésiastiques  avaient  pu  at- 
teindre le  prœdium  de  la  famille  de  la  martyre  et  par 
une  ingénieuse  conjecture  celle-ci  se  trouvait  être  une 
descendante  des  Flavius;  mais  on  ne  saurait  dire  autre 
chose,  sinon  que  le  domaine  de  la  gens  Flavia  était  limi- 
trophe et  distinct  de  celui  des  parents  de  la  jeune  fille. 
Le  cimetière  de  Sainte-Agnès  se  trouve  à  une  profon- 
deur de  onze  mètres  sous  la  via  Nomentana,  taillé 
dans  un  sol  de  formation  volcanique,  de  cette  période 
que  les  géologues  nomment  pliocène.  Les  couches 
d'épaisseur  variable  sont  du  genre  pierreux,  semi-pier- 
reux, friable  et  granulaire.  Ce  cimetière  est,  en  compa- 
raison des  autres,  dans  un  état  de  conservation  excep- 
tionnelle :  les  ébouleinents  ont  été  rares,  les  loculi  sont 
demeurés  souvent  intacts,  les  squelettes  ont  gardé  leur 
première  position.  Un  grand  nombre  de  ceux-ci  sont 
saupoudrés  d'une  couche  de  chaux  blanche  qui  enve- 
loppe le  corps,  sur  lequel  se  voit  encore  l'empreinte  du 
suaire  qui  servit  à  l'ensevelir.  La  poussière  roussàtre  que 
l'on  remarque  sur  ces  squelettes  donne  une  belle  flamme 
et  une  odeur  caractérisée  d'aromates  :  c'est  un  eflet  des 


'  La  villa  de  Phaon,  l'affranchi  de  Néron,  était  située  entre  la 
voij  Salaria  et  la  voie  Nomentana,  vers  la  quatrième  borne  mil- 
liaire,  environ  une  lieue  et  demie,  sans  doute  un  peu  au  delà  de 
l'Arno,  entre  le  ponte  Nomentana  et  le  ponte  Salaro,  sur  la  via 
Patinaria.  Cf.  %.  Platner  et  C.  J.  Bunsen,  Beschreibung  der 
Stadt  Rom,  in-8%  Stuttgart,  1830,  t.  m,  2*  partie,  p.  455.  On  sait 
que  Néron  sortit  en  fugitif  par  la  porte  Colline,  et  Suétone,  iVe- 
ron,  48,  rapporte  qu'on  voulut  le  blottir  dans  une  excavation  de 
pouzzolane  comme  on  en  voit  beaucoup  dans  ces  parages.  D  est 
resté  un  souvenir  épigraphique  du  règne  de  Néron  sur  l'abaque 
d'un  chapiteau  composite  à  l'entrée  de  la  vigne  du  monastère  de 
Sainte-Agnès.  R.  Fabretti,  Inscript,  antiquar.,  quœ  in  sedib. 
patern.  asservantu; ,  explicatio,  in-fol.,  Rom»,  1702,  p.  721, 
n.  431;  F.  Ficoroni,  Piombi  anticlii,  in-4*,  Roma,  1740,  p.  15; 
Promis,  Gli  architecti  e  l'architeltura,  presso  i  Romani,  in-4', 
Torino,  1871,  p.  137;  Bruzza,  Iscrizioni  dei  marmi  grezzi,  in-8*, 
Roma,  1872,  p.  132-133.  —  «  De  Rossi,  Del  luogo  appellato  ad 
Capream,  presso  la  via  Nomentana,  dalV  età  arcaica  ai  primi 
secoli  cristiani,  dans  Bull,  délia  Co>nmiss.  arch.  comunale  di 
Roma,  1883,  p.  244-258;  Bull,  di  arch.  crist.,  1867,  p.  39;  1876, 
p.  150-153;  Armellini,  Scoperta  delà  cripta  di  S.  Emerentiana 
e  di  una  memoria  relativa  alla  caltedra  di  San  Pietro, 
in-8*,  Roma,  1877.  —  3  Act.,  xxvm,  16;  Suétone,  Tiberius, 
xxxvu;  Armellini  a  en  effet  découvert,  parmi  des  tombes 
païennes  répandues  sur  l'area  adjacente  à  la  basilique,  celle 
d'un  soldat  des  cohortes  prétoriennes.  —  *  Pio  Franchi  de'  Cava- 
li«ri,  S.  Agnese  nella  tradition»  e  nella  leggenda,  dans  flû- 


résidus  de  baume  et  d'autres  substances  odoriférantes  en 
usage  dès  le  IIe  siècle  pour  l'ensevelissement  des  chré- 
tiens, soit  comme  marque  d'honneur,  soit  comme  désin- 
fectant8. Le  cimetière  était  creusé  à  deux  niveaux  diffé- 
rents, le  plan  supérieur  a  été  presque  entièrement  bou- 
leversé et  détruit  lors  de  la  construction  de  la  basilique 
et  de  ses  annexes.  Trois  escaliers  donnent  accès  à  la 
catacombe,  deux  d'entre  eux  touchent  la  basilique,  le 
troisième  se  trouve  au  mausolée  de  sainte  Constance. 
Le  peu  d'étendue  du  cimetière  de  Sainte-Agnès  porte  à 
croire  qu'il  n'a  jamais  fait  partie  des  vingt-cinq  cime- 
tières auxquels  étaient  attachés  des  titres  presbytéraux; 
en  outre,  l'absence  de  locaux  destinés  aux  assemblées 
nombreuses  confirme  le  caractère  privé  qu'il  a,ura  tou- 
jours conservé  :  il  ne  sera  jamais  tombé  dans  le  do- 
maine administratif  de  l'Église  de  Rome,  ce  qui  lui  a 
permis  de  garder  le  nom  de  son  fondateur.  Rossi  juge 
que  le  cimetière  et  la  basilique  de  Sainte-Agnès  ont  dû 
faire  partie  de  la  quatrième  région  ecclésiastique  9. 

Si  l'on  s'en  rapporte  à  la  Passion  de  sainte  Agnès,  le 
corps  de  la  martyre  fut  inhumé  par  ses  parents  in  prse- 
diolo suo;  à  quelques  jours  de  là,  sa  sœur  de  lait,  Émé- 
rentienne, fut  inhumée  elle  aussi  in  confinio  agellf.  Ces- 
deux  désignations  agellus  et  preediolum  n'ont  proba- 
blement pas  été  inventées  par  l'un  des  scribes  qui  ont 
rédigé  la  Passion,  en  tous  cas  elles  ont  subsisté  long- 
temps; mais  leur  fortune  fut  moins  grande  que  celle  de 
quelques  autres  dénominations  telles  que  area,  cœme- 
terium.  Les  termes  agellus,  agellulus  semblent  avoir 
répondu  à  une  pensée  analogue  à  celle  qui,  dans  de 
nombreuses  épitaphes,  lait  désigner  le  domaine  funé- 
raire par  le  mot  hortulus;  l'un  et  l'autre  semblent  avoir 
un  parfum  rural,  le  voyage  de  la  mort  fait  penser  à  une 
retraite  à  la  campagne  :  IN  HORTVLIS  NOSTRIS 
SECESSIMVS  ■»,  ou  bien  :  IN  AGELLVLIS  MEIS 
SECESSI".Ce  serait  une  erreur  de  croire  que  Yagellut 
était  toujours  un  domaine  de  minime  étendue.  Une 
inscription  du  règne  de  Septime-Sévère  nous  permet  de 
prendre  une  idée  exacte  de  ce  qu'était  un  agellus  *2  : 

L  •  SEPTIMIVS  SEVERINVS  AVG  LIR 
FECIT  MVNIMENTVM  A  SOLO  CVM 
AGELLO  CONCLVSO  SIBI  ET  SVIS 
LIBERTIS  LIBERTABVSQVE  POSTERIS 
5  QVE  EORVM  HABET  AVTEM  AGELLVS 
CONCLVSVS  LATITI/E  P  LXXV 
LONGITIAE    P    CXXXVÏÏ- H  •  L*  E  •  N  •  H* 

mische  Quartalschrift,  dixième  supplément,  in-8*,  Roma,  1899. 
Cf.  Analecta  bollandiana,  1900,  t.  xrc,  p.  226-229.  —  »  Acta 
sanct.,  21  janv.,  350.  —  'Ibid.  —  'De  Rossi,  Bull,  di  arch. 
crist.,  1865,  p.  10,  a  signalé  entre  la  basilique  de  Sainte-Agnès 
et  le  mausolée  de  Sainte-Constance,  un  columbarium  païen  qui, 
dit-il,  se  trouvait  sans  doute  «  dentro  i  confini  dell'  agello  di 
S.  Agnese  e  di  sua  nobile  famiglia  t,  et  il  formulait  le  souhait  que 
les  épitaphes  du  columbarium  missent  sur  la  voie  du  nom  de  la 
gens  à  laquelle  appartenait  la  martyre.  —  8  Tertullien,  Apologet., 
c.  xlii,  P.  L.,  t.  I,  col.  558.  Si  Arabie  quxruntur,  scient  Sabiri, 
pluris  et  cariosis  suas  mer  ces  christiayiis  sepeliendis  profil- 
gari,  quamdiis  fumigandis.  Témoignage  identique  de  Prudence 
au  iv*  siècle;  Cathemerinon,  hymn.  x,  vs.  169-172,  P.  L.,  t.  lix, 
col.  888  :  Nos  tecta  fovebimus  ossa  ]|  Violis  et  fronde  frequenti 
||  Titulumque e  frigida  saxa  \\  Liquida spargemus  odore. — *De 
Rossi,  Roma  sotterranea,  t.  m,  p.  517,  cite  une  inscription  qui 
n'est  pas  antérieure  au  iv*  siècle  et  qui  fut  trouvée  dans  le  pavement 
de  la  basilique  de  Sainte-Agnès  ;  clic  mentionne  l'acolyte  Abundan- 
tius,  de  la  quatrième  région;  cf.  col.  8&i  :  L'épit&phe  du  sous-diacre 
Importunus,  découverte  en  1896,  confirme  cette  opinion.  —  '°  De 
Rossi,  loc.  cit.,  t.  I,  p.  109;  t.  ni.  p.  431.  — "Lanciani,  dans  Bull, 
delf  istit.  di  corrisp.  arch.,  1870,  p.  16-17  ;  De  Rossi,  loc.  cit.,  t.  m, 
p.  431  ;  M.  Armellini,  Il  cimitero  di  S.  Agnese,  p.  62.  —  '•  Mariai, 
Iscrizioni  anliche  délie  ville  de' palazzi  Albani,  in-4*,  Roma,  1785, 
p.  119;  Orelli,  Inscript,  latinar.  sélect,  atnpUss.  collectio,  in-8*, 
Turici.  1S2S,  t.  it,  n.  4561.  Vagellus  des  parents  il '  \  t  pai> 

lie  de  Vager  Velisci.  Cf.  De  Rossi,  Bull,  di  arch.  crist. ,it&2,p. 96. 


921 


AGNÈS    (CIMETIÈRE    DE   SAINTE-) 


922 


La  superficie  de  Yagellus  de  L.  Septimius  Severinus 
formait  un  rectangle  de  137  pieds  en  longueur  sur 
75  pieds  en  largeur.  Le  pied  romain  correspond  à  30  on 
34  centimètres,  suivant  qu'on  adopte  la  mesure  en  usage 
sous  Vespasien  ou  sous  Antonin  le  Pieux.  Si  on  prend 
la  mesure  du  temps  de  Vespasien,  Vagelius  mesurait 
45  mètres  en  longueur  sur  24  en  largueur;  avec  la  me- 
sure du  temps  d'Antonin  on  aura  41  mètres  sur  22  et  la 
contenance  en  mètres  carrés  sera  de  1 139  mètres  dans 
le  premier  cas  ou  924  dans  le  second.  Michel  De  Rossi 
a  calculé  qu'une  superlicie  de  125  pieds  carrés  pouvait 
contenir  un  développement  de  galeries  de  250  à  300  mè- 
tres à  chaque  plan,  soit  environ  700  ou  800  mètres  si  on 
creusait  à  trois  niveaux  dillérents  '.  Si  on  compare  ces 
chiffres  avec  ceux  que  donne  Yarea  de  l'hypogée  ar- 
chaïque, on  constate  que  Yagellus  des  parents  d'Agnès 
pouvait  mesurer  environ  45  mètres  en  longueur  et 
30  mètres  en  largeur,  c'est-à-dire,  à  peu  de  chose  près, 
les  mêmes  dimensions  que  Yagellus  de  L.  Septimius 
Severinus.  Y  a-t-il  là  une  simple  coïncidence  ou  bien 
une  indication  des  limites  ordinaires  des  agelli,  nous  ne 
saurions  le  dire.  Vagelius  était  probablement  pourvu 
d'une  clôture,  soit  une  muraille,  soit  une  palissade,  telle 
que  nous  la  fait  voir  une  fresque  d'un  arcosolium  du 
cimetière  de  Cyriaque  à  YAgru  Verano2.  Voir  Ame. 
L'usage  de  fermer  le  domaine  funéraire  par  une  clô- 
ture nous  est  révélé  par  d'autres  documents.  Une  ins- 
cription mutilée  trouvée  dans  les  murs  du  mausolée 
constantinien  se  rapporte  par  sa  paléographie  aux  pre- 
miers temps  de  l'empire.  Elle  est  ainsi  conçue  : 

UAPHIVMlî 
HVLO-INFT 
1  NOMENTA 
ÊE-LAEVA-C! 
i?TEM-A\ 

On  peut  suppléer  sans  crainte  d'erreur  les  mots  sui- 
vants :  \Cepol\aphium...  [via]  Nomenla[na]...  [part]e 
leeva.  M.  Armellini  conjecture  que  ce  marbre  a  pu  appar- 
lenirau  cenotaphium  sanctse  Agnelis,  situé  précisément 
sur  la  via  Nomentana,  parte  Iseva;  rien  n'est  venu  jus- 
qu'ici confirmer  ou  détruire  cette  hypothèse,  mais  il  ne 
paraît  pas  douteux  que  Yagellus  ait  été  exactement 
limité;  un  grand  nombre  d'inscriptions  païennes  men- 
tionnent les  mesures  des  domaines  :  in  fronte,  in  agro. 
Prudence  nous  apprend  que  le  cimetière  d'Hippolyte, 
près  de  Y  Agro  Verano,  avait  été  bien  délimité  3  ;  on  cons- 
tate un  usage  analogue  à  Pnlestrina  *,  et  probablement 
aussi  à  Reims  et  à  Trêves  5. 

La  construction  de  la  basilique  dédiée  à  sainte  Agnès 
entraîna  dans  Yagellus  les  mêmes  bouleversements  qui 

1  Michel  De  Rossi,  dans  Borna  sotterranea,  t.  i,  1'  partie,  p.  58. 
—  *  Séroux  d'Agincourt,  Histoire  de  l'art  par  les  monuments, 
In-fol.,  Paris,  1823,  Peinture,  pi.  ix,  n.  8;  De  Rossi,  Bull,  di  arch. 
crist.,  1876.  p.  145  sq.,  pi.  vin,  rx;  L.  Lefort,  Peintures  d'un  cubi- 
cule  dans  la  catacombe  de  Cyriaque,  dansla  Revue archéol.,  janv. 
1878,  p.  43  sq.,  réimprimé  dans  les  Études  sur  les  monuments  pri- 
mitifs de  la  peinture  en  Italie,  in-12,  Paris,  1885,  p.  217-221  ;  cf. 
ibid.,  p. 76,  n. 97.  —  'Prudence, Péri  Stephanôn, hymn.  xi,  vs.  151, 
P.  L.,  t.  LX,  col.  546  :  metando  eligitur  tumulo  locus;  De  Rossi, 
Borna  sotterr.,  t.  III,  p.  400.  —  *  Lors  de  la  découverte,  en  1864, 
de  la  basilique  cémétériale,  dans  laquelle  avait  été  enterré  saint 
Agapit,  un  fragment  a  laissé  lire  ces  mots  :  [posuit  ou  fUvit]... 
tumui.o  metas,  expression  qui  vise  l'opération  de  fixation  des 
limites  de  Vagelius.  De  Rossi,  Roma  sotterr.,  t.  m,  p.  400;  Sco- 
namiglio,  Delta  primitiva  basilica  del  mai-tire  S.  Agapito,  in-8% 
Roma,  1865,  p.  10;  O.  Marucchi,  Notizie  storiche  sul  martire 
S.  Agapito  prenestino,  in-8%  Roma,  1874,  p.  28;  Id.,  Belazione 
dci  lavuri  di  scavo  eseguiti  recentemente  nell'  antica  basilica 
d%  S.  Agapito  presso  Palestrina,  dans  Nuovo  bullettino  di  arch. 
crist.,  1899,  p.  233.  —  6  Inscriptions  en  lettres  dorées  que  fit  tra- 
cer Jovinus,  maître  de  la  milice,  entre  363  et  366  sur  le  fronton  de 
l'église  Sainte-Agricola  à  Reims,  fondée  par  lui  et  destinée  à  sa  sépul- 
ture; on  y  lisait  :  cohporis  hospitium  l^etus  metator  ador- 


se  produisaient  ailleurs.  Le  tombeau  primitif  delà  sainte 
fut  détruit,  mais  son  corps  ne  fut  pas  changé  de  place, 
il  demeura  près  de  l'escalier  principal  du  cimetière. 
Une  petite  plaque  de  marbre  blanc  (66  cent,  sur  33), 
conservée  au  musée  national  de  Naples  et  que  le  cata- 
logue mentionne  comme  provenant  de  la  collection 
Borgia,  à  Vellelri,  et  d'origine  sûrement  romaine,  a 
semblé  être  le  marbre  qui  ferma  le  tombeau  de  la  mar- 
tyre (fig.  220). 

On  a  objecté  les  dimensions  restreintes  du  titulus 
qui  indiqueraient  «  la  taille,  non  d'une  jeune  fille  de 
douze  ou  treize  ans,  mais  d'un  tout  petit  enfant6  ».  L'ob- 
jection tombe  complètement  si  on  rapproche  de  notre 
titulus  celui  d'une  tombe  du  cimetière  de  Lucine;  la 
dalle  qui  porte  le  nom  de  la  défunte,  ne  s'étant  pas 
trouvée  assez  longue,  a  été  encadrée  par  deux  autres 
dalles  plus  petites  qui  doublent  la  longueur  du  loculus 
tel  que  les  dimensions  de  l'épitaphe  auraient  pu  nous  le 
faire  soupçonner1.  Les  lettres  C  et  G  qui  sont  caracté- 
ristiques se  retrouvent  sur  un  fragment  et  sur  une  épi- 
taphe  du   cimetière  de  Sainte-Agnès 8.   L'épithète   san- 


TIS  S  IMiL 


220.  —  Épitaphe  supposée  de  Sainte  Agnès. 
D'après  Armellini,  Il  cimitero  di  S.  Agnese,  pi.  xm,  n.  3. 

ctissima  est  un  éloge  rarement  employé  par  les  lapicides 
chrétiens;  si  les  fidèles  furent  de  très  bonne  heure  appe- 
lés «  saints  »,  ce  titre  ne  tirait  pas  à  conséquence,  parce 
qu'il  s'applique  à  tous  les  frères  dans  le  Christ;  mais 
lorsqu'elle  fait  l'objet,  comme  c'est  ici  le  cas,  d'une  dé- 
termination particulière,  cette  qualification  paraît  avoir 
le  sens  que  nous  lui  attachons;  elle  désignerait  donc  un 
personnage  du  nom  d'Agnès,  pourvu  d'un  culte  public, 
enterré  au  cimetière  de  Sainte-Agnès.  Il  semble,  dès 
lors,  difficile  d'admettre  l'existence  d'une  autre  Agnès 
réunissant  ces  conditions,  et  nous  croyons  que,  sans 
rien  affirmer,  faute  de  faits  positifs,  on  peut  présumer 
que  le  titulus  en  question  est  bien  celui  du  caveau 
primitif  de  la  martyre. 

II.  Origines.  —  Le  cimetière  dit  de  Sainte-Agnès  était 
donc  situé  sur  la  via  Nomentana,  à  gauche  de  cette 
voie  et  à  deux  milles  environ  de  la  porta  Nomentana 
(porta  Pia),  à  peu  de  distance  de  YOstrianum  dont  U 
était  distinct,  bien  qu'ils  aient  pu,  à  une  certaine  épo- 
que, être  mis  en    communication    l'un    avec  l'autre9. 

nàt;  les  hexamètres  de  ce  titulus  furent  reproduits  à  Trêves,  sur 
l'oratoire  de  Saint-Euchaire,  par  l'évèque  Cyrille,  en  458.  Cf.  Lori- 
quet,  dans  la  Bévue  archéologique,  1860,  t.  i,  p.  147  ;  E.  Le  Blant, 
Inscript,  chrét.  de  la  Gaule,  in-4%  Paris,  1856-1865,  t.  I,  p.  337, 
343;  De  Rossi,  Borna  sotterr.,  t.  m,  p.  400.  —  «P.  AJlard,  Hist. 
des  persécutions,  t.  iv,  p.  387,  note  de  la  page  386.  —  7  De  Rossi, 
Roma  sotterranea,  in-fol.,  Roma,  1863,  t.  i,  pi.  xvm,  n.  1. 
Cf.  Bosio,  Borna  sotterranea,  in-fol.,  Roma,  1650,  p.  415.  —  8  Ar- 
mellini, loc.  cit.,  p.  69-70,  pi.  xm,  n.  1,  6;  le  même,  Die  neu- 
entdeckte  Fronseite  der  ursprunglichen  Altars  in  der  Basilica 
von  S.  Agnese  au  der  Via  Nomentana,  dans  Bômische  Quar- 
talschrift,  1889,  t.  m,  p.  65;  J.  Wilpert,  Die  gottgeweihten 
Jungfrauen  in  den  ersten  Jahrhunderten  der  Kirche  nach  den 
patristischen  Quellen  und  Grabdenkmalern  dargestellt,  in-4*, 
Freiburg-im-Br.,  1892,  p.  89,  pi.  v,  n.  8;  Joséfa  Bilczemskiego, 
Archeologia  chrzéécianska  wobec  historyi  koêciola  i  dogmatu, 
in-8-,  Krakow,  1890,  p.  125  sq.  —  «De  Rossi,  Bull,  di  arch. 
crist.,  1871,  p.  30-34;  M.  Armellini,  Scoperta  délia  cripta  di 
S.  Emerenziana  e  di  una  memoria  relativa  alla  cattedra  di 
S.  Petro  nel  cimitero  Ostriano,  in-8%  Roma,  1877.  Ces  deux 
cimetières  ont  même  été  longtemps  confondus  ;  cf.  M.  Armellini, 
Il  cimitero  Ostriano  erroneamente  chiamato  e  creduto  di  S. 
Agnese,  dans  II  cimitero  di  S.  Agnese,  in-8%  Roma.  1880,  p.  28-34 


923 


AGNÈS    (CIMETIÈRE   DE   SAINTE-) 


924 


L'orientation  étrange  de  la  basilique  (voir  le  plan)  sem- 
ble pouvoir  s'expliquer  par  le  choix  de  l'emplacement 
primitif  de  la  tombe  de  la  marlyre  :  en  outre,  la  confi- 
guration du  sol  à  cet  endroit  eût  rendu  presque  impos- 
sible l'érection  de  la  façade  de  la  basilique  face  à  la 
via  Nomentana,  qui  alors  se  trouvait  à  droite  de  son 
tracé  actuel1.  Le  cimetière  de  Sainte-Agnès  subit  le 
contre-coup  des  témoignages  de  piété  prodigués  à  la 
basilique,  on  l'abandonna  et  on  l'oublia.  Sous  le  pape 
Honorius  Ier  (625-640),  les  travaux  d'embellissement  faits 
à  la  basilique,  principalement  la  réfection  de  l'abside, 
obstruèrent  l'entrée  principale  de  la  catacombe.  L'infil- 
tration d'une  boue  très  légère  qui  se  produisit  dans  les 
galeries  voisines  de  cette  entrée,  finit  par  former  un 
obstacle  dont  l'extrême  résistance  interdit  l'accès  de  la 
catacombe.  Les  auteurs  des  Itineraria  du  vne  siècle  ne 
pénétrèrent  pas  dans  les  galeries  creusées  sous  la  basi- 
lique; toutefois  il  semble  qu'une  région  plus  éloignée  du 
même  cimetière  ait  été  visitée  jusqu'au  moyen  âge. 
Bosio  dit  avoir  vu  l'escalier  par  lequel  les  moines  des- 
cendaient dans  ce  souterrain  2,  et  Armellini  en  a  re- 
connu l'emplacement3.  A  l'époque  moderne  la  cata- 
combe fut  visitée,  ainsi  qu'en  témoignent  les  noms 
charbonnés  sur  les  parois,  par  Onofrio  Panvinio,  Anto- 
nio Bosio,  Marangoniet  quelques  autres  moins  célèbres. 
En  1767,  Gaetano  Marini  trouva  dans  la  catacombe  de 
Sainte-Agnès  deux  marbres  que  leur  paléographie  faisait 
remonter  au  IIe  siècle  du  christianisme4.  De  Rossi  avait 
cru  devoir  les  attribuer  au  cimetière  Oslrien5,  mais 
une  découverte  postérieure  a  permis  de  restituer  la  sé- 
pulture des  CLodius  Crescens  au  cimetière  de  Sainte- 
Agnès6.  Ces  épitaphes  font  partie  d'un  groupe  de  tiluli 
dont  la  paléographie,  du  type  classique,  est  d'une  rare 
beauté1;  on  pourrait  se  l'expliquer  par  l'aflectation  au 
cimetière  de  Sainte-Agnès  d'un  lapicide  exceptionnelle- 
ment habile  dans  son  art,  mais  il  y  a  plus.  Le  système 
onomastique  et  symbolique  et  le  style  épigraphique  sont 
si  nnciens  qu'on  se  trouve  dans  le  cas  d'hésiter  sur 
l'origine  chrétienne  de  certaines  épitaphes.  Plusieurs 
ne  portent  que  le  nomen  ou  le  cognomen  du  défunt  et 
rien  de  plus;  le  plus  grand  nombre  n'ajoute  que  ces 
simples  titres  :  filio,  fdix,  conjugi,  ou  bien  filio  dulcis- 
Mfllo,  filise  dulcissimse,  conjugi  duhissimse,  parentibus 
dulcissimis,  etc.,  et  une  ou  deux  fois  seulement  :  incom- 
parabili;  les  épitaphes  grecques  et  les  latines  usent  des 
mêmes  formules,  le  symbole  le  plus  fréquemment  em- 
ployé est  l'ancre.  Une  seule  fois  on  trouve  l'acclamation  : 
Vivas  en  Deo.  Tout  conspire  donc  à  faire  croire,  écrit 
De  Rossi,  que  cette  famille  avec  celle  des  tituli  peints 

'Bullett.  di  arch.  municipale,  1873,  p.  11b;  M.  Armellini,  Il 
cimitero  di  S.  Agnese,  in-8\  Roma,  1880,  p.  4.  —  'Bosio,  Borna 
sotterranea,  in-fol.,  Romae,  1632,  p.  412  :  «  E  per  quell'  adito  lo 
stesso  vi  sono  disceso  scbbene  poco  innanzl  ml  fu  permesso  peter 
camminare,  ritrovando  tutte  le  strade  ripieno  di  terra.  »  —  »  M.  Ar- 
mellini, /{  cimitero  di  S.  Agnese,  p.  9.  —  *  Marini,  Lettera  al 
Gaspare  Garatoni,  dans  le  Giornale  dei  litterati  di  Pisa,  1767, 
t.  vi,  p.  69.  —  *  De  Rossi,  Roma  sotterranea,  in-fol.,  Roma,  1863, 
t.  i,  p.  192.  —  •  M.  Armellini,  Il  cimitero  di  S.  Agnese,  p.  11.  — 
1  Les  inscriptions  de  cette  famille  sont  réunies  dans  le  musée  épi- 
graphique  du  Latran,  pilastre  xx,  n.  1-30;  l'appartenance  du  n.  27 
a  cette  famille  est  douteuse.  —  'De  Rossi,  Roma  sotterr.,  1. 1,  p.  192. 
—  •  Sur  le  mot  «  basilique  »,  voyez  col.  851.  —  ••  Liber  pontiflralis, 
Silvester,  edit.  Vignoli,  in-4*.  Romae,  1724,  t.  r,  p.  97.  —  «'  Un  autre 
exemple  de  ce  lait  est  signalé  par  De  Rossi,  Scoperte  nell'  are- 
naria  tra  icimiteri  di  Trasonee  dei  Giordani  sulla  via  Sala- 
ria nuova,  dans  le  Bull,  di  arch.  crist.,  1873,  p.  14.  Cette  pra- 
tique de  ne  pas  séparer  les  ossements  des  martyrs  fut  en  vigueur 
jusqu'au  temps  de  saint  Grégoire  I"  (590-604).  Voir  à  ce  sujet  la 
lettro  des  envoyés  du  pape  Hormisdas  à  leur  maître,  en  519,  dans 
laquelle  ils  lui  font  part  de  la  demando  du  comte,  depuis  empe- 
reur Justinien.  Celui-ci,  disent-ils,  basilicam  sanclorum  apuslo- 
lorum  (Pétri  et  Pauli),  constituit,  in  qua  desideratet  beati  Lau- 
rentii  martyris  reliquias  esse  et  sperat  ut  prtrdictorum  san- 
ftorum  rcliqaiaa  celeriter  concedatis.  Ceci, ajoutaient  les  légats, 
était  secundum  morem  Grsecorum.  mais  contraire  à  la  coutume 


au  minium  du  cimetière  de  Priscille,  est  antérieure  à  la 
rédaction  du  formulaire  épigraphique  chrétien  et  avoi- 
sine  les  plus  lointaines  origines  de  son  introduction  à 
Rome  8. 

La  basilique  de  Sainte-Agnès  se  trouve  au  nombre  de 
celles  que  l'auteur  du  Liber  pontificalis  appelle  sim- 
plement cœmcteria,  p.  ex.  :  Saint-Laurent  nell'  Agro 
Vcrano  ;  Saint-Paul  sull'  Ostiense;  Sainte-Pétronille 
sur  la  via  Ardeatina  et  plusieurs  autres  toutes  très 
antiques.  Simples  marlyria  au  temps  des  persécutions, 
ces  oratoires  presque  clandestins  prirent  rapidement,  à 
l'époque  de  Constantin,  le  type  et  la  splendeur  basili- 
cales9.  A  en  croire  le  Liber  pontificalis,  l'édilice  serait 
dû  à  la  libéralité  de  Constantin  10;  quoi  qu'il  en  soit,  le 
rapide  accroissement  du  culte  de  la  jeune  martyre  ne 
laisse  pas  de  doute  sur  l'antiquité  de  la  basilique,  qui 
dut  être  élevée  dès  les  premiers  temps  de  la  paix  de 
l'Église,  et,  précisément  à  cette  époque,  l'éloignetnent 
qu'éprouvaient  les  chrétiens  pour  toute  violation  de  la 
sépulture  des  martyrs  (car  la  pensée  de  les  honorer  en 
partageant  leurs  corps  semblait  encore  en  ce  temps  une 
profanation),  cette  répugnance,  disons-nous,  poussait  les 
chrétiens  à  élever  la  basilique  sur  l'emplacement  même 
du  tombeau.  Ce  respect  si  louable  a  eu  des  eflels  déplo- 
rables au  point  de  vue  archéologique,  en  amenant  la  dé- 
vastation des  sous-sols  dans  lesquels  s'enfoncèrent  les 
fondations11.  Les  travaux  entrepris  par  Mnriano  Armel- 
lini ont  fait  voir  dans  ïarea  située  devant  la  porte 
.principale  de  la  basilique,  du  coté  qui  regarde  la  via 
Salaria,  area  creusée  de  quelques  mètres  afin  de  fa- 
ciliter l'accès  de  la  basilique,  les  ambulacres  du  cime- 
tière rasés  jusqu'au  niveau  du  plan.  Pénétrant  par  un 
trou  sons  le  pavement  de  la  basilique  et  cheminant  entre 
les  sépultures  modernes  jusqu'au  massif  qui  contenait 
le  corps  de  la  martyre,  l'archéologue  vit  à  peu  de  dis- 
tance de  là  d'autres  traces  de  galeries  cémétëriales  et 
de  constructions  antérieures  à  la  basilique  et  les  parties 
antérieures  des  anciens  loculi  adhérents  au  tombeau  de 
sainte  Agnès.  En  1738,  les  ouvriers  occupés  à  la  réfec- 
tion du  pavement  de  la  basilique,  composé  en  grande 
partie  avec  les  tituli  enlevés  de  la  catacombe,  découvri- 
rent l'inscription  damasienne  consacrée  à  la  titulaire 
du  cimetière12  (fig.  221). 

L'original  est  un  exemplaire  achevé  du  type  épigra- 
phique  damasien,  sun  importance  historique  a  semblé 
considérable  et,  à  l'aide  de  témoignages  contemporains 
de  celui-ci,  ceux  de  saint  Ambroise  uet  de  Prudence  •*, 
on  s'est  cru  en  possession  de  détails  authentiques,  d'une 
justification  un  peu  laborieuse  peut-être,  mais  qui,  à 

du  siège  apostolique,  Epistolte  Romanorum  ponti/lcnm  a 
S.  Hilario  ad  l'clagium,  u,  edid.  A.  Thiel,  in-8»,  Bi nn>l>ergœ, 
1867,  p.  874;  cf.  De  Rossi,  Bull,  di  arch.  crist.,  1872,  p.  14  sq. 
Précisément  sous  Pelage  II,  prédécesseur  do  Grégoire  I",  nous 
avons  un  exemple  de  la  tendance  à  toucher  ces  corps  saints;  lors 
des  travaux  ordonnés  par  le  pape  pour  la  décoration  du  tombeau 
de  saint  Laurent  :  subito  sepulchntm  ipsius  ignuranter  a/>er- 
tum  est,  et  ii  qui  prsesenles  eranl  atque  laborabant  mumachi 
et  manxionarii  quia  corporis  ejusdem  martyris  viilcrunt; 
quo  quident  minime  tangere  prse*umpserant  omues  intra  d#- 
cem  rites  defuncti  sunt.  S.  Grégoire  I",  Epist.,  I.  IV,  ep.  xxx, 
P.  L.,  t.LXXvn,  col.  702.  —  "Marangoni,  De  autographo  hiscrip- 
tionis  S.  Damnsi  papte  in  S.  Agneiis  virginis  et  martyris  lau- 
deni,  ad  ejusdrm  sepulchrum  abeudem  olim  appvsitu  i»  basi- 
lica  eidem  dicata  Via  Nomentana,  prodigiose  détecta  nique  a 
nnbii  ab  immiofitivastationevindicato.  Dissertation  insérée  en 
appendice  dansât  c'a  S.  Victorini,  in-4*.  Romae.  1740,  p.  137;  Mal, 
Scriptor.vet.  nova  coll.,  in-V,  Romae.  1831,  t.  v,  p.  33;  Arniellni, 
/(  cim  itrro  di  S.  Agnese,in-8",  Roma,  1880,  p.  38,  pi.  x  vi  ;  De  Ui>sal, 
Inscript.  christ,  urb.  Romie,  in-fol.,  Rom»,  1888.  t.  Il,  pars  1, 
p.  45;  J.  V/ïïpcTt,  Die  golttjeweihten  Jungfrauem,io-bM.  Freil-iirg, 
1892,  p.  90,  pi.  IV,  U.  9.  Cette  inscription  est  fixée  malMQMt 
dans  l'escalier  de  la  porte  d'entréo  de  1  église  Saintr-Agm  »-tnm> 
lUH'llUliH  La  transcription  a  été  donnée  plu-  liant,  r.  I  •  7.  —  "8. 
Amliioise,  De  virgmibus,  1.  I,  c.  n,  P.  /,.,  t  xvi,  <vl  200.  — 
u  Prudence,  PeriSteplianôn,  hymn.  xiv,  P.  L.,t.  i.xvm.  col.  580. 


925 


AGNÈS    (CIMETIÈRE    DE   SATNTE-) 


926 


défaut  d'une  filiation  de  documents  écrits,  se  réclamaient 
des  traditions  locales.  Malheureusement,  dès  la  fin  du 
iv«  siècle,  il  courait  sur  la  martyre  des  récits  contradic- 
toires; à  partir  du  ve  siècle  «  nous  sommes  déjà  en  plein 
travail  de  la  légende,  et  les  récits  postérieurs  ne  font  que 
renchérir  sur  le  caractère  fantaisiste  des  précédents  »  '. 
III.  La  gens  Clodia.  —  Les  fouilles  de  Mariano 
Àrmellini  n'ont  rien  appris  de  certain  sur  la  gens  à  la- 
quelle appartenait  sainte  Agnès,  depuis  lors  aucun  texte 
n'est  venu  répondre  à  cette  question.  Quelques  indices 
ont  été  recueillis  dont  il  y  a  lieu  de  tenir  compte. 
D'abord  il  est  constaté  que  le  noyau  primitif  du  cime- 
tière coïncide  avec  remplacement  de  l'hypogée  gentilice, 
hypogée  dont  la  très  haute  antiquité  nous  reporte  jus- 
qu'aux premiers  temps  de  la  prédication  évangélique 
dans  Rome.  Ceci  pourrait  donner  lieu  de  penser  que  la 
conversion  de  la  gens  d'où  sortit  la  martyre  datait  de 
ces  premières  années,  alors  que  les  apôtres  Pierre  et 
Paul  exerçaient  leur  ministère  à  VOslvianum  et  aux 
castra  prœtoriana.  L'étude  de  l'hypogée  témoigne  de  sa 
destination  strictement  privée  et  familiale,  avec  ses  cor- 
ridors étroits,  le  manque  de  cubicules  et  ses  divers 
autres  signes  d'une  haute  antiquité.  Il  conserva  ce  ca- 
ractère alors  que  le  développement  de  la  communauté 
chrétienne  au  iir5  siècle  transformait  les  autres  prsedia 
funéraires  en  véritables  nécropoles.  Toutefois  il  faut nbser- 


dium.  Si  on  dresse  la  statistique  de  tous  les  gentilices 
relevés  dans  la  catacombe,  elle  donne  en  plus  grand 
nombre  les  Flavii,  les  Elit,  les  Ulpii,  les  Aurelii;  qui 
pour  la  majeure  partie  sont  dès  affranchis  de  domo 
Cœsaris  pendant  les  dernières  années  du  Ier  siècle  et  les 
premiers  temps  du  siècle  suivant.  Une  série,  moins 
nombreuse,  mais  d'une  plus  haute  antiquité,  puisqu'elle 
nous  conduit  aux  règnes  de  Claude  et  de  Néron,  porte  le 
gentilice  des  Clodii.  Cette  considération  est  moins  im- 
portante toutefois  que  le  fait  que  tous  ces  Elii,  ces 
Ulpii,  ces  Aurelii  n'offrent  aucune  preuve  de  parenté 
entre  ceux  qui  portent  le  même  gentilice,  tandis  que  nous 
trouvons  un  groupe  de  Clodii  au  nombre  de  trois  unis 
entre  eux  par  un  lien  de  parenté.  Ce  sont  ces  épitaphes 
que  Marini  avait  vues  en  place  formant  deux  loculi6  : 


CLODIA  *  ISPES  *  LIB  *  L  *  CLODI 

*  CRESCENTIS* 

L  *  CLODIVS  *  CRESCENS  f-  CLODI/C  #  VICTORI/E  > 
CONIVGI  *>    INCOIVIPARABILI  * 

Dans  son  commentaire  de  la  première  inscription,  De 
Rossi  écrivait  :  «  Unico  nel  suo  génère  tra  le  iscri/ioni 


WÂ  MAPvEFERTSANCTOSDVJDVMjrlETVlLISSEPARËNTJH? 

,  A  GNEJNJ  CVJVÏLVGVBRE  S  CANTVStT  VBAC  ONCREPVI S  SET 

^VTRICISGREMIVMSVBITOilQVISSEPVELLAjVf 

îSPONTETKVCISCALCASSEMïNASRABIEMQ*XYRA3Sr>fI 

VRERECVJVïFLAJVrATISVOrsaSSETNOEïLECORPVS 

'VIRIMNMEN  SVMPARVI S  SVPERAS  S  E  X  I JVTOREM 
'^4VDAQVEPPvOFVSVJVtCRIJVÉMPERMEMBRADEDISSE 
JSEJDOJVTlJNrlTEJVÎPLVATFACl[ESPEPvIXVRAVIE)ERET 
iOVENERANDAJVLlHISAJSTCTfVMDECVSAIJVIAPVDoRïS 
rTI3AiMASIPRECIBiFAVEASPRE  CORINCIATAMARTYR 


221.  —  Inscription  damasfenne.  D'après  une  photographie 


ver  que,  même  dans  les  hypogées  d'un  caractère  privé, 
on  est  exposé  à  rencontrer  des  défunts  étrangers  à  la 
famille  et  à  la  clientèle  du  propriétaire.  Une  épitaphe  de 
Pola  propose  à  tous  les  amis  du  défunt  de  venir  reposer 
auprès  de  lui  :  SIBI  ET  SVIS...  ET  AMICIS  CARIS 
MEIS  QVI  VOLENT  HOC  VENIRE  SVO  QVISQVE 
DIE  VENIANT  ET  REQVIESCANT  2;  une  autre  épi- 
taphe gravée  sur  l'hypogée  d'un  affranchi  d'Hadrien,  à 
Ostie.  présente  cette  formule  :  SIBI  ET  LIB[e»'Hs]...  ET 
MISERICORDIAE  3.  Amati  interprète  avec  raison  ce  mot 
misericordia  par  l'autorisation  d'ensevelir  par  miséri- 
corde dans  l'hypogée,  les  pauvres  et  les  voyageurs1. 
Dans  ces  conditions,  et  si  l'on  veut  bien  tenir  compte 
de  la  concision  du  style  épigrapbique  romain  à  cette 
époque,  on  reconnaîtra  quelles  difficultés  soulève  tout 
essai   de  conjecture  sur  la  gens  propriétaire  du  prœ- 

*  Analecta  bollandiana,  1900,  t.  xix,  p.  227.  —  *  Corp.  inscr. 
lat.,1.  v,  n.  182;  De  Rossi,  Borna  sotterr.,  t.  m,  p.  508.  — 
ïlbid.,  t.  m,  p.  508.  —  *  Amati,  dans  le  Giornale  arcadico  di 
scienze,  lettere  ed  arti,  t.  xxxix,  p.  223.  Sur  les  sentiments  de 
bonté  chez  les  païens,  cf.  E.  Egger,  Mémoires  d'hist.  ancienne 
et  de  philologie,  in-8%  Paris,  1803,  t.  xv;  G.  Perrot  et  Guillaume, 
E  rploration  archéologique  de  la  Galatie  et  de  la  Bithynie, 
ïrécutee  en  i86i,  in-fol.,  Paris,  1862,  p.  119;  Corpus  inscr.  lat.. 
t.  vin,  n.  7384.  En  ce  qui  concerne  l'inscription  de  l'affranchi 
d'Hadrien  on  pourrait  la  soupçonner  d'être  chrétienne  à  s'en  tenir 
à  la  formule  que  nous  citons  et  dont  il  faut  rapprocher  les  paroles 
de  Lactance  qui  réprimande  les  philosophes  qui  omnem  tollunt 
l/'Viefaciendi  misericordiam,  et  affirme  que  miséricordes  verc 
esse  solos  Chriitianos  auxquels  appartient  en  propre  maximum 


enstiane  di  Ruina  è  il  classico  titoletto  :  Clodia  Ispes 
liberla  L.  Clodii  Crescentis,  e  parrebbe  pagana  6.  »  Nous 
avons  ici  L.  Clodius  Crescens,  sa  femme  Clodia  Victoria 
et  leur  affranchie  Clodia  Ispes  à  laquelle  ils  accordèrent 
la  sépulture  dans  leur  hypogée.  Le  formulaire  ne  laisse 
pas  de  doute  sur  l'antiquité  des  épitaphes,  le  gentilice  des 
deux  époux,  Clodius,  n'appartient  pas,  comme  c'est  le 
cas  pour  un  grand  nombre  de  fidèles,  à  des  affranchis  de 
domo  Csesaris,  mais  à  une  gens  ingenua  dont  il  est  fait 
mention  à  plusieurs  reprises  dans  les  derniers  temps  de 
la  République.  Une  inscription  de  Brescia  7  et  une  autre 
d'Anagni R  mentionnent  un  Lucius  Clodius  Crescens  et  un 
Clodius  Crescentianus  qui  exerça  la  préture  municipale. 
Les  fouilles  ont  rendu  un  troisième  tilulus  que  sa 
paléographie  ne  permet  pas  de  faire  descendre  au  delà 
des  Antonins»  (fig.  222). 

pietati8  officium,  peregrinorutn  et  pauperum  sepullura.  Lac- 
tance,  Divin,  instit.,  1.  VI,  c.  x,  xu,  P.  L.,  t.  VI,  col. 666,  676.  — 
0  Marini,  Schede  Vaticane,  n.  120(1. 1207  ;  Giornale  dei  litterati  di 
Pisa,  1767,  t.  VI,  p.  70;  De  Rossi,  Borna  sotterr.,  L  i,  p.  192; 
Armellini,  H  cimitero  diS.  Agnese,  p.  11,  53.  —  "De  Rossi,  tac 
cit.,  t.  i,  p.  193.  Les  fouilles  de  1901-1002  nous  permettent  de 
rapprocher  de  cette  inscription  celle  de  Celius  Placidus  dans 
laquelle  est  mentionnée  la  condition  de  libvrius.  Cf.  A.  Bacci, 
Scavi  nel  cimitero  e  basilica  di  S.  Agnese,  dans  Nuovo  bull.  di 
arch.  enst.,  1902,  p.  130.  —  "  Giornale  arcadico  di  scienze,  littere 
cd  arti,  1819,  t.  IV,  p.  266;  M.  Armellini,  /(  cimitero  Ai  S.  Agnese, 
p.  54.  —  'Bull,  dell  Islituto  di  corresp.  arch.,  1859,  p.  49.  — 
"M.  Armellini,  Il  cimitero  di  S.  Agnese,  in-8«,  Roma,  1880, 
pi.  xi»  n.  4,  p.  55. 


927 


AGNÈS     CIMETIÈRE    DE    SAINTE-) 


928 


Ce  groupe  de  quatre  Clodii  est  le  plus  antique  de  tous 
ceux  qu'on  peut  former  avec  les  épitaphes  de  l'hypogée; 
c'e«t  une  raison  plausible  d'attribuer  à  la  gens  Clodia 
la  possession  et  la  création  du  domaine  funéraire  que 
nous  étudions.  La  présence  de  la  sépulture  d'une  affran- 
chie, Clodia  Ispes,  montre  que  les  Clodii  chrétiens 
étaient  de  condition  aisée;  elle  est  plus  remarquable 
encore  en  ce  qu'elle  nous  fait  toucher  une  époque  assez 
reculée  pour  que  les  mentions  concernant  la  position 
sociale  du  délunt  fussent  encore  inscrites  sur  les  tombes. 
Une  pieuse  susceptibilité  et  peut-être  le  souvenir  d'un 
avertissement  de  l'apôtre  saint  Paul »  devaient  bientôt 
faire  bannir  tout  ce  qui  rappelait  les  distinctions  de 
race  et  de  naissance  2.  Un  dernier  trait  vient  appuyer 
ces  conjectures.  Un  large  fragment  de  marbre,  employé 
au  IVe  siècle  en  guise  de  gradin,  provenait  du  columba- 
rium païen  des  Clodii  élevé  proche  de  l'hypogée  primi- 
tif et  incorporé  au  domaine  lorsque  la  branche  de  la 
gens  à  laquelle  appartenait  ce  columbarium  fut  conver- 


CLODIVS^  CRE 
S*CENT1ANVS 


222.  —  Epitaphe  de  Cl.  Crescentiunus. 
D'après  Armellini,  Il  cimitero  di  S.  Agnese,  pi.  xi,  n.  4. 

tie  au  christianisme.  Le  gradin  porte  une  epitaphe  en 
partie  détruite  d'après  laquelle  nous  voyons  qu'elle 
appartenait  à  une  tombe  élevée  à  Catellus  l'Iorus  par 
Clodia  Africana,  sa  mère-1.  De  tous  ces  indices  on  ne 
saurait  conclure  avec  certitude  que  la  martyre  Agnès 
appartenait  à  la  gens  Clodia,  mais  on  a  quelques  raisons 
de  le  supposer. 

IV.  Description  lu  cimetière.  —  Le  plan  que  nous 
donnons  (lig.  223)  permet  de  reconnaître  au  premier  as- 
pect l'emplacement  et  l'étendue  des  quatre  arase  dont  se 
compose  le  cimetière;  en  outre,  on  a  indique  lis  aré- 
naires,  ou  du  moins  ce  qui  subsiste  des  anciennes  aré- 
naires  qui  s'étendaient  jadis  entre  le  cimetière  Oslrien 
et  celui  de  Sainte-Agnès.  La  légende  qui  complète  le 
plan  indique  les  époques  successives  auxquelles  remon- 
tent les  quatre  arese,  nous  n'entrerons  donc  pas  à  ce 
sujet  dans  le  détail  minutieux  que  contient  l'étude  de 
M.  Armellini,  nous  ne  pouvons  taire  plus  que  de  noter 
quelques  particularités  et  quelques  inscriptions. 

/.  RÉGION  primitive,  IIe  siècle.  —  Cette  région  est 
représentée  sur  le  plan  par  un  tracé  bleu.  Par  une  sin- 
gularité qu'il  est  bon  de  noter,  cette  région  n'a  lourni 
aucune  peinture.  Les  premières  inscriptions  que  l'on 

'  Gai.,  m,  28  :  Oùx  t*i  'lo-jSaVoç  ojSè  "E'/./.r,v,  oix  tvt  £o3>.o;  oùSi 
J)i«0(lipo«.  où»  fvt  apnev  iaï  8i;\u.  —  *  E.  Le  Blant,  Manuel  d'épigra- 
phie  chrétienne  d'après  les  marbres  de  la  Gaule,  in-12,  Paris, 
1869,  p.  3-14.  —  »  M.  Armellini,  loc.  cit.,  p.  56,  326.  —  *  Armellini, 
Il  cimitero  di  S.  Agnese,  p.  84.  —  5  D.  Cabrol  et  D.  Leclercq, 
Munum.  Eccl.  liturg.,  in-4*,  Parislis,  1902,  t.  i,  n.  8300.  —  •  De 
Vogué,  Les  églises  de  la  Terre-Sainte,  in-4#,  Paris,  1860,  p.  125; 
De  ftossi,  Roma  sotlerranea,  1. 1,  p.  87  ;  M.  Armellini,  loc.  cit., 


rencontre  appartiennent  à  l'âge  de  début  du  formulaire 

épigraphique.  Nous  rencontrons  une  acclamation  litur- 
gique gravée  sur  une  plaque  de  lm08  de  longueur  : 

C5    0HAIKITA     P    MNHCOOIC    P  * 

Il  faut  entendre  ici  le  second  mot  comme  s'il  était  écrit 
;j-.r,(7Ûr,Ti,  mémento,  formule  fréquente  dans  la  liturgie 
funéraire  et  dont  les  exemples  ne  manquent  pas  : 
MNHCOH  O  OEOC  EYTENIHC,  Mémento  DeusEuge- 
nise;  MNHCOHC  IHCOIYC  O  KYPIOE  TEKNON,  Re- 
miniscatur  Jésus Dominus  filise ;  MNHCKECOE  AE  K Al 
HMON  EN  TAIC  ATIAIC  YMQN,  Mémento  nostri  in 
sanctis  'i. 

La  première  chapelle  que  l'on  rencontre  est  moins  un 
cubiculum  qu'une  grande  excavation  fermée  avec  une 
seule  pierre  et  qui  n'est  pas  sans  analogie  avec  celle  du  ci- 
metière de  Domitille  que  De  Rossi  a  qualifiée  de  «  cubiculo 
semitico  »  à  cause  des  points  de  ressemblance  qu'oflrait 
cette  sépulture  avec  celles  que  pratiquaient  les  Juifs  6. 
L'inscription  trouvée  auprès  de  cette  «  chambre  d  con- 
tient une  formule  jusqu'ici  unique  dans  l'épigraphic  fu- 
néraire des  chrétiens  :  honoris  causa;  aussi  n'est-il  pas 
douteux  que  nous  soyons  ici  en  présence  d'un  titulus 
digne  d'une  particulière  attention  : 

AVRELIO       •       SABI 
NO     •     CYRILLA     •     ONO 
RIS     CAVSE       .       POSV  • 
IT     •     CONIVGI     •     SVO  • 

5  BENEMERENTI 

A  la  période  antique  caractérisée  par  les  1  tria  nomina 
du  vieux  système  épigraphique  se  rapporte  l'inscripti.  n 
suivante  (fig.  224)  que  nous  reproduisons  à  titre  île  spé- 
cimen de  Fart  du  lapicide  attaché  à  l'hypogée  de  la  fa- 
mille de  sainte  Agnès  ». 

Ce  beau  tilulus  remonte  certainement  à  l'époque  des 
Antonins.  P.  jElius  Narcissus,  bien  qu'il  ne  soit  pas  de 
naissance  ingénue,  porte  les  trois  noms,  prenomen,  no- 
men  et  cognomen,  Aurélia  Phœbilla  ne  porte  que  le 
nomen  et  le  cognomen.  Il  est  impossible  de  ne  pas 
rapprocher  le  nom  servile  de  Narcissus  des  paroles  de 
saint  Paul  dans  l'Epitre  aux  Romains  :salutale  eos  qui 
sunl  ex  Narcissi  domo,  qui  sunt  in  Domino9,  c'est 
une  nouvelle  indication  en  faveur  de  la  haute  antiquité 
des  premières  sépultures  de  Varea.  Le  cubiculum  du- 
plex de  Fortunata  et  de  Domitianus  nous  donne  trois 
précieuses  inscriptions.  L'une  d'elles  nous  fait  connaitie 
un  membre  de  la  hiérarchie,  le  lecteur  Favor10.  Cette 
inscription  ferme  un  tombeau  encore  intact.  Plusieurs 
loculi  portaient  des  épitaphes  dont  le  christianisme  ne 
peut  être  affirmé  que  grâce  au  lieu  de  la  découverte;  ce 
sont  des  désignations  très  brèves  du  délunt  ou  de  la 
funte  par  son  nom,  sans  aucun  svinbole:  E-YNOI-KH  "  ; 
AELIAE  ISIDORE'*;  PAVLE  ";  BIKTCOP  <*;ASSIA-FE- 
LICISSIMA-SVCESSA'B;  EY<pPOo-YNH  •'  ;  ArAGCO- 
fTOVC  17.  Parlois  on  trouve  l'épithète  dulcissinuu,  dui- 
cissima  qui  appartient  à  la  plus  haute  antiquité  :  ABI- 
LIAEDOMNAEET-QVAE-AMMATI-DVLCISSIMAEi*; 
AVIANAE  FORTVNATAE  FIL-DVLC>9.  Une  epitaphe 
contient  l'antique  formule  païenne  vale  20  : 


p.  87,  pi.  I.  —  '  SI.  Armellini,  loc.  cit.,  p.  89.  —  •  Ibid.,  p.  96, 
—  •Rom.,  xvi,  11.  —  "Armellini,  loc.  cit.,  p.  104,  pi.  xi.  n.  1; 
De  Rossi,  Bull,  di  arch.  crist.,  1871,  p.  32;  D.  Cîbrol  et  D.  Lec- 
lercq, Monum.  Eccl.  liturg.,  t.  i,  n.  3099.  —  M  Eunice,  Armel- 
Uni,  loc.  cit.,  p.  108.  —  '*Ibid.,  p.  111.  —  "Ibid.,  p.  113  — 
''Ibid.,  p.  118.  -  "Ibid.,  p.  118.  —  ««  Ibid.,  p.  119.  —  *i  Ibid., 
p.  121.  —  «•  Ibid.,  p.  114.  —  ••  Ibid.,  p.  124,  et.  p.  139.  —  -Ibid.. 
p.  136. 


■5  ^  -5;  ^  %  <g  ^  <s 


DICT.    D  ARCH.    CHRET. 


30 


931 


AGNÈS    (CIMETIÈRE   DE   SAINTE-) 


932 


d'un  enfant  portait  l'épitaphe  suivante  peinte  au  mi- 
nium6 : 


Une  autre  doit  être  remarquée,  elle   est  ainsi  libel- 
lée '  : 

AVR-HELIODORVS-P  R  T 

Le  sigle  final  semble  au  premier  abord  devoir  être 
rendu  par  pr(esby)t(er) ,  mais  cette  interprétation 
serait  évidemment  fautive,  car  le  loculus  est  celui 
d'un  tout  jeune  enfant,  en  outre  le  nom  et  le  sigle 
offrent  une  différence  notable;  les  lettres  de  l'un  sont 
également  espacées,  tandis  que  les  lettres  du  sigle 
ont  entre  chacune  d'elles  un  espace  double.  Faut-il 
voir  ici  une  acclamation  connue  de  tous  et  qu'il 
suffisait  dès  lors  d'indiquer,  ce  n'est  pas  impossible;  |  Nous  terminerons  cette  rapide  énumération  par  une 
mais    nous   ne   trouvons   parmi  les    acclamations   les   (   statistique  des  loculi,  inscriptions  et  divers  objets  trou- 


SSIMO 
ilO 
iATER 
SPIRITVM  TVVM 
DEVS        REFRIGERET 


AVRELIA*  PHOEBILLA       *        ET  f> 
P*AELIVS  *   NARCI  S  S VS 


224.  —  Inscription  portant  les  tria  nomina. 
D'après  Armellini,  II  cimitero  di  Santa  Agnese,  pi.  xi,  n.  3. 


plus  archaïques  aucune  formule  qui  s'adapte  exacte- 
ment à  celle-ci 2  ;  on  a  proposé  :  pax  refrigerium 
tibi3;  on  pourrait  dire  aussi  :  palumba  refrigerium 
t.ibi,  la  colombe  étant  un  des  symboles  de  l'àme4. 
Un  loculus  ayant  contenu  le  corps  d'un  adulte  et  celui 


vés  dans  Varea  du  u*  siècle,  d'après  le  tableau  dressé 
par  M.  Armellini.  Les  numéros  affectés  aux  galeries 
sont  ceux  qui  sont  marqués  sur  le  plan,  les  numéros 
placés  sous  les  autres  colonnes  donnent  le  nombre 
d'objet  de  chaque  série  par  galerie. 


• 

INSCRIPTIONS    SUR 

GALERIES. 

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'M.  Armellini,  Il  cimitero  di  Santa  Agnese,  p.  138;  De 
Rossi,  Bull,  di  arch.  crist.,  1871,  p.  31,  n'admet  que  la  lecture 
presbyter  et  s'explique  les  dimensions  du  loeuhta  par  une 
translation  d'ossements  d'un  adulte  ou  bien  par  l'emploi  d'une 
épitaphe  retaillée  mais  provenant  de  la  sépulture  d'un  prêtre.  — 


•D.  Cabrol  et  D.  Leclercq,  ilonum.  Eccl.  liturg.,  ln-4",  Parlslis, 
1902,  t.  I,  prœf.,  p.  Cl-cvi.  —  30.  Marucchi,  Eléments  d'ar- 
chéologie chrétienne,  ln-8",  Paris,  1900,  t.  n,  p.  9M.  —  »  h.  Ca- 
brol  et  D.  Leclercq,  toc.  cit..  p.  eu  :  palumba  sintfeU.  —  *Ibid., 
a.  3050. 


933 


AGNÈS    (CIMETIÈRE    DE   SAINTE-) 


934 


//.    DEUXIÈME  RÉGION.  IIIe  SIECLH.   —  Cette  l'éyion  est 

représentée  sur  le  plan  par  un  tracé  noir  a  trait  plein, 
elle  est  peu  étendue  et  fut  en  partie  détruite  par  la 
construction  de  la  basilique.  Le  terrain  dans  lequel  est 
creusée  Yarea  est  extrêmement  friable.  Parmi  las 
objets  remarquables  que  cette  région  a  rendus,  sur  le 
rebord  d'un  loculus  se  trouvait  un  chrismon  dont  voici 
le  dessin  (fig.  225). 


225.  —  Chrismon. 
D'après  Armellini,  Hcimitero  di  Santa  Agtiesc 


pi.  xv. 


Nous  aurons  occasion  de  revenir  sur  ce  monogramme 
qui  n'est  pas  isolé  dans  l'art  des  chrétiens.  On  peut  le 


rapprocher  d'une  intaille  ornant  le  chaton  d'un  anneau 
de  cristal  donné  par  Bosio  qui  l'avait  trouvée  dans  les 
catacombes  ' .  La  lettre  sigma  qui  se  voit  au  côté  gauche 
du  chrismon  est  très  probablement  en  relation  avec  lui, 
il  faut  donc  lire  ainsi  Xpiaro'.,  Cûrcr^p,  «  Christ  Sauveur.  » 
Cette  forme  de  chrismon  se  retrouve  sur  deux  inscrip- 
tions grecques  de  Sicile,  sur  l'une  d'elles  on  lit  C-J-GO, 

sur  l'autre  %C  -.  Une  inscription  dont  il  ne  subsiste 
qu'un  fragment  est  ainsi  libellée  : 

VIVAS 
ETINDIE 
resurrectionis  a]  D  E  A  M 
cum  fiducia  ad  «n^uJNALCRISTI 

La  paléographie  de  l'inscription  est  celle  de  la 
deuxième  moitié  du  iue  siècle3.  11  est  possible  que  la 
formule  que  nous  restituons  ici  d'après  d'autres  épi- 
taphes  soit  inspirée  de  ces  paroles  des  épitres  de 
saint  Paul:  Omnes  stabimus  ante  tribunal  Christi*; 
Omnes  enini  nos  manifestari  oporlct  ante  tribunal 
Chrisli  5. 

Plusieurs  loculi  portent  les  sigies*  et  +  qui  se  rap- 
portent au  nom  du  Christ  et  à  son  supplice11;  on  ren- 
contre aussi  la  palme  assez  fréquemment,  ce  qui  indique 
non  la sépultured'un  martyr,  maiscelle  d'un  deceslideles 
dont  on  disait  alors  :  Palnias  in  manibiîs  habent  dum 
quolibet  modo  triumphant  de  antiquo  hosle  et  liujus 
sseculi  voluptatibus1.  Nous  trouvons  dans  cette  area 
quelques  belles  acclamations  :  IN  PHCE  +.  In  pace 
Chrisli»;  IVSTA  IN  PACE  a  ;  [i]N©,i» Christo (?)>»;  si- 
gnalons une  acclamation  dans  laquelle  la  formule  in 
pace  est  au  début  au  lieu  d'être  à  la  lin  de  l'acclama- 
tion :  IN  PACeoo  GORGONIVS  <<. 


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14 

•Bosio,  Roma  sotterranea,  {a-fol.,  Roma,  1632,  p.  656.  Voir 
Anneau  et  col.  14,  note  21.  —  îCorp.  insc.  grsec,  t.  iv, 
n.  9455,  9462,  9476,  9486,  9499;  Castelli,  Iscriz.  sic,  p.  263, 
n.  xxil ;  De  Rossi,  Bull,  di  arch.  crist.,  1872,  p.  83;  M.  Ar- 
mellini, Il  cimitero  di  S.  Agnese,  p.  160-162.  —  3  Ibid.,  p.  163 
sq.pl.  xiii,  n.  7.  —  'Rom.,  xiv,  10.  —  sll  Cor.,  v,  10.  Cf. 
Hebr.,  iv,  16  :  Adeamus  ergo  cum  fiducia  ad  thronum  gra- 


tis. —  «Armellini,  loc.  cit.,  p.  169,  179,  181,  182,  237,  285.  D 
faut  réserver  le  cas  où  ces  sigies  sont  numéraux  et  désignent 
des  galeries.  Ibid.,  p.  239.  —  7  Paul  Orose,  Fragm.  exposi- 
tionis  in  Apocalypsim,  dans  De  Magistris,  Acta  mart.  ad 
Ostia  Tiberina,  in-fol.,  Roma?,  1795,  p.  470.  —  *  Armellini, 
loc.  cit.,  p.  169.  —  >Md.,  p.  180.  —  ">  Ibid.,  p.  185.  —  «  Ibid., 
p.  186. 


935 


AGNÈS    (CIMETIÈRE   DE   SAINTE-j 


936 


;//.  troisième  région,  iv»  siècle.  —  Cette  région 
est  représentée  sur  le  plan  par  un  trait  double,  c'est 
celle  qui  offre  les  galeries  les  plus  développées  et  qui 
a  rendu  le  plus  grand  nombre  d'objets,  comme  on  pourra 
le  voir  dans  la  statistique  ci-dessous.  Parmi  les  inscrip- 
tions les  plus  remarquables  nous  signalerons  celle  du 
prêtre  Célérinus,  datée  de  l'an  381,  qui  contient  une 
belle  formule  '  : 


P  PRAESBYTER  HIC  SITVS  EST  CELERINVS  NOMINE 

[DIC  \tus 
CORPOREOS    RVMPENS  NEXVS   QVI    GAVDET    IN 

[ASTRIS 
DEP.  VIII.  KAL  •  IVN     FL-  SYAGRIO   ET    EVCHERIO 


On  a  retrouvé  également  l'épitaphe  de  la  sœur  de  ce 
piètre  : 

HEMILIANE  SE  VIVA  F[ecit 
SORORRRESBYTERI  •  CEL[erini* 

Un  fragment  trouvé  sous  l'escalier  qui  conduit  à 
l'area  contient  le  nom  du  Christ  écrit  dans  son  entier, 
chose  assez  rare  dans  l'épigraphie  chrétienne,  qui  prê- 
terait l'emploi  du  monogramme  : 

.     .     .     .vixil  anni] S  Mil  [mensibus].     . 

/eci]T    PATER    F[ilio   benemerenti?... 

....  in]CRISTO[ 3 

La  cubicule  dit  «  du  fossoyeur  »  a  donné  entre  autres 
inscriptions  un  fragment  sur  lequel  est  représenté  assez 
grossièrement  un  fossor  dans  l'exercice  de  sa  profession. 
Voir  Fossores  4.  Un  autre  fragment,  ou  plus  exacte- 
ment trois  fragments  appartenant  à  une  même  inscrip- 
tion paraissent  contenir  les  débris  d'une  laudatio  fune- 
bvis;  les  exemples,  on  le  sait,  en  sont  assez  rares  dans 
l'épigraphie  chrétienne  6.  Dansl'ambulacre  noté  2,39  sur 
notre  plan,  devant  le  cubicule  noté  40  fut  trouvé  un 
marbre  offrant  réunis  les  trois  symboles  du  poisson,  du 
pain  eucharistique  et  du  chrismon  6  (fig.  '226)  : 


226.  —  Épitaphe  portant  trois  symboles. 
D'après  Armellini,  Il  cimitero  di  Santa  Agnese,  pi.  xiv,  n.  B. 

Nous  nous  bornerons  à  rapprocher  cette  représenta- 
tion de  celle  qui  fut  trouvée  à  Modène,  en  1862  (fig.  26, 

v  'Muratori,  Nov.  Thés,  inscript.,  in-fol.,  Mediolani,  1739, 
p.  ccclxxxix,  n.  1;  le  même,  Antiquitates  medii  xvi,  in-Iol., 
t.  v,  p.  29;  H.  Clinton,  Fasti  romani,  in-8\  Oxonii,  1845-1850, 
t.  n,  198;  De  Rossi,  Inscript,  christ,  urb.  Romx,  in-fol.,  Romae, 
1857-1861,  t.  i,  n.  303,  p.  137;  Armellini,  Il  cimitero  di  S. 
Agnese,  p.  191,  386,  n.  xxv.  —  *  Ibid.,  p.  191.  —  3  Ibid.,  p.  192. 
—  'Ibid.,  pi.  xiv,  n.  3.  —  B  Ibid.,  p.  200.  —  »  Ibid.,  p.  201, 
pi.  xiv,  n.  6.  —  'De  Rossi,  Bull,  di  arch.  crist-,  1865,  p.  76; 
Corp.  inscr.  lat.,  t.  XI,  pars  1,  n.  943;  D.  Cabrol  et  D.  Leclercq, 
Monum.  Eccl.  liturg.,  in-4%  Parisiis,  1902,  t.  i,  n.  4174.  — 
8  Bull,  dell'  istit.  di  corrisp.  arch.,  1862,  p.  127.  —  «Armellini, 
loc.  cit.,  p.  204,  pi.  xiv,  n,  1.  —  ,0L.  Rénier,  Recueil  des  in- 
script, romaines  de  C Algérie,  ln-4*,  Paris,  1855,  n.  3702,  3703. 
De  même  en  Syrie,  Waddington  dans  Le  Bas,  Voyage  archéol. 


col.  84) '.  Il  faut  voir  peut-être  ici  une  nouvelle  expres- 
sion du  symbolisme  qui  montrait  les  fidèles  sous  la  forme 
de  pisciculi  se  rassasiant,  pendant  toute  l'éternité,  du 
Christ,  représenté  par  le  pain  crucifère.  Il  semble  en  effet 
que  le  pisciculus  de  notre  fragment  a  la  bouche  entr'ou- 
verte  en  se  dirigeant  vers  le  pain  et  dans  le  marbre  de 
Modène  le  pain  est  déjà  happé.  Un  autre  monument 
trouvé  à  Modène  en  1842  près  de  columbarium  di  For- 
migine  n'est  pas  non  plus  sans  rapport  avec  notre 
marbre.  Près  de  l'ourlet  d'un  vase  en  terre  on  voyait  deux 
poissons  qui,  la  bouche  ouverte,  se  dirigeaient  vers  le 

monogramme  x  8.  Le  marbre  du  cimetière  de  Sainte- 
Agnès  parait  dater  du  début  du  ive  siècle.  L'inscription 
suivante  appartient  certainement  au  siècle  précédent' 
(fig.  227). 

La  formule  vixit  in  pace  est  rare  dans  les  épitaphes 
cémétériales  romaines,  elle  est  fréquente  au  contraire 
en  Afrique  où  le  mot  pax  était  en  corrélation  de  sens 
avec  ecclesia  catholica  à  l'époque  des  controverses  les 
plus  ardentes  entre  orthodoxes  et  donatistes  10.  Le  mot 
rediit  rappelle  également  les  formules  africaines  peu 
différentes  :  recessit,  prsecessit,  reddidit.  Les  symboles 
placés  auprès  des  queues  d'aronde  sont  «  en  fonction  » 
l'un  de  l'autre;  le  cheval  passant  fait  allusion  dans  la 
symbolique  des  chrétiens  à  la  vie  terrestre  du  fidèle 
qui  fuit  avec  le  temps,  la  colombe  qui  se  désaltère  dans 
le  vase  montre  ce  fidèle  parvenu  dans  le  ciel  où  son 
âme  s'abreuve  et  se  nourrit  en  Dieu.  Une  sépulture 
porte  une  épitaphe  en  mosaïque  dont  les  cubes  sont  de 
trois  couleurs  différentes,  noirs,  blancs,  rouges.  Les 
inscriptions  de  ce  genre  sont  tout  à  fait  rares  dans  les 
catacombes  :  celle-ci  remonte  au  ive  siècle".  Non  loin 
de  là  fut  trouvé  un  monogramme  du  Christ,  taillé  à  jour 
dans  une  plaque  de  marbre  blanc12  (fig.  228).  De  Rossi  a 
fait  observer  que  ce  morceau,  d'un  remarquable  tra- 
vail, rappelait  par  sa  technique  les  reliefs  qui  ornaient 
les  parois  de  la  basilique  de  Junius  Bassus  sur  l'Esqui- 
lin  13.  Ce  genre  de  décoration  jouit  d'une  grande  vogue  à 
Rome  au  IVe  siècle;  le  mausolée  de  sainte  Constance, 
dont  nous  parlerons  plus  loin,  était  orné  de  ces  marbres 
découpés1*.  La  partie  ajourée  parait  avoir  été  remplie 
par  des  émaux  ou  des  verres  colorés  ainsi  que  per- 
mettent de  le  conjecturer  les  portions  pleines  entre  la 
courbe  du  p  la  hasle  droite  du  X  et  la  partie  fermée  de 
l'A.  Le  disque  monogrammatique  a  été  trouvé  en  deux 
fragments,  on  peut  lire  maintenant  l'acclamation  très 
rare  qui  orne  la  bande  extérieure  : 

IN  HOC  SIGNO  SIRICM5 

Nous  traiterons  ailleurs  (voir  Labarum),  avec  les  dé- 
tails indispensables,  de  ce  qui  a  trait  à  la  célèbre  for- 
mule :  In  hoc  signo  vinces,  mais  il  n'est  pas  douteux 
que  nous  en  avons  ici  une  réplique  : 

IN  HOC  SIGNO   M^   SIRICI  \vinces) 


Nous  omettons  un  certain  nombre  d'épitaphes  dans 
le  rapide  exposé  que  nous  fjisons  des  textes  épigra- 

en  Asie  Mineure,  in-fol.,  Paris,  1847.  t.  ni,  n.  2519.  Cf.  De 
Rossi,  Bull,  di  arch.  crist.,  1874,  p.  128.  —  "  Armellini.  toc.  cit., 
p.  213.  —  '*  Ibid.,  p.  214  sq.,  pi.  x.  —  ,s  De  Rossi,  Bull,  di  arch. 
crist.,  1872,  p.  32,  pi.  m,  reproduction  de  la  grandeur  de  l'objet. 
Ct.  Mélanges  d'arch.  et  d'hist.,  1894,  t.  xiv,  p.  377.  —  «»C.  Pro- 
mis, Vila  de  Francesco  di  Giorgio  Martini,  architetto  senesc, 
aggiuntovi  il  catalogo  dei  codici,  in-8*,  Torini,  1841  ;  cf.  Trat- 
tato  di  architettura  civile  e  mililare  di  Francesco  di  Giorgio 
Martini  architetto  senese  del  secolo  xv,  édit.  C.  Promis,  in-v. 
Torino,  1841,  p.  105.  —  "  M.  Armellini,  Cronachetta  mensunle 
délie  più  importanti  moderne  scoperte  neU/lSCieme  naturali. 
redatte  dal  prof.  Tito  Armellini,  juin  1875,  p.  92;  De  Rosm. 
Bull,  di  arch.  crist.,  1875,  p.  80  sq.,  pi.  VI ;  M.  Armellini,  11  c- 
mitero  di  S.  Agnese,  in-8-,  Roma,  18S-0,  p.  214,  pi.  x. 


937 


AGNÈS    (CIMETIÈRE   DE   SAINTE-) 


938 


phiques  rendus  par  la  catacombe,  nous  aurons  l'occa- 
sion d'utiliser  ces  tituli  an  cours  de  diverses  disserta- 
tions. Parmi  les  plus  remarquables  citons  celle-ci  qui 
se  rapporte,  non  à  l'époque  des  persécutions  comme  De 
Rossi  hésitait  à  le  croire,  mais  à  celle  où  les   fidèles 


sées  dans  le  tuf  et  parait  avoir  servi  de  lieu  de  réunion 
pour  les  réunions  liturgiques  dans  les  dernières  années 
qui  précédèrent  la  paix  de  l'Église.  Au  fond  de  la  crypte 
se  trouve  Y arcosolium  où  fut  enseveli  le  principal  per- 
sonnage, peut-être  le  titulaire,  dont  on  ne  peut  savoir  le 


MEUOK-1VN-V) 
|AV  1)1  «POOL  VDIREDII! 


227.  —  Inscription  du  m*  siècle. 
D'après  Armellini,  II  cimitero  di  Santa  Agnese,  pi.  xiv,  n.  1. 


affirmaient,  sous  l'empereur  arien  Constance,  leur  foi 
en  la  consubstantialité  du  Verbe  '  (fig.  229). 

Balentine  vivas  in  Deo  Chrislo.  Peut-être  faut-il  rap- 
porter à  ce  même  temps  et,  plus  précisément,  au  voyage 
à  Rome  de  saint  Athanase,l'épitaphe  d'une  enfant  morte 


228.  —  Monogramme  en  marbre. 
D'après  Armellini,  Il  cimitero  di  Santa  Agnese,  pi.  x. 

à  deux  ans  et  à  laquelle  on  a  donné  le  vocable  très  rare 
d'A  thanasia  2  : 

ATHANASIAE  VIRGINI  •  QVI  VIXIT  •  ANN 


Une  belle  chambre  à  laquelle  on  a  donné  le  nom  de 
t  cnbicule  de  Sabina  »  se  trouve  être  la  plus  vaste  du 
cimetière.  Elle  est  voûtée  et  ornée  de  six  colonnes  creu- 


nom  jadis  inscrit  sur  la  chaux  du  loculus;  il  ne  subsiste 
que  l'épitaphe  d'une  jeune  fille  recueillie  par  charité  et 
dont  il  avait  îdit  son  alumnie.  Voir  Alumm.  La  recon- 
naissance de  celle-ci  s'est  traduite  sous  une  forme  des 
plus  précieuses  pour  nous,  ainsi  que  nous  permet  d'en 
juger  son  épitaphe  : 

benemer]EHTi  SABINAE  ALVMNA[e  quse 
vix.    on[NP-M-XXVÔXLII   SVPER   PATRO[num 
DEC-  llll  •  IDVS 

Sabine  voulut  donc  être  ensevelie  au-dessus  de  la  se- 


BALENTINE    VI 
VAS    IN   DEO 

* 

229.  —  Épitaphe  anti-arienne. 
D'après  Armellini,  II  cimitero  di  Santa  Agnese,  p.  259. 

pulture  de  son  père  adoptif.  Nous  avons  montré  ailleurs 
(voir  Ad  sanctos,  col.  490)  la  répugnance  qu'éprouvaient 
les  chrétiens  pour  cette  superposition  des  corps  dans 
laquelle  beaucoup  voyaient  un  obstacle  apporté  à  la  ré- 
surrection future3. 

Sur  le  sol  de  la  chapelle  gisait  l'inscription  suivante  * 
(fig.  230). 

La  formule  :  qui  vixitin  pace  Christi,  ne  laisse  pas  de 
doute  sur  l'un  des  sens  de  cette  expression  in  face  que 

*  M.  Armellini,  llcimitero  di  S.  Agnese,  p.  259.  —  «  Ibid.,  p.  282. 
—  *lbid.,  p.  296.  —  *  Ibid.,  p.  296. 


939 


AGNÈS    (CIMETIÈRE    DE   SAINTE- 


940 


l'on  interprète  trop  généralement  du  repos  éternel;  il 
est  évident  qu'elle  doit  s'entendre  ici  de  la  vie  terrestre 
du  défunt  qui  s'est  écoulée  «  dans  la  paix  du  Christ  », 
c'est-à-dire  dans  la  communion  avec  son  Église.  Nous 


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230.  —  Épitaphe  de  la  fin  du  m*  siècle. 
D'après  Armellini,  Il  cirnitero  di  Santa  Agnese,  p.  296. 

avons  déjà  rencontré  cette  expression,  mais  vixit  in  pace 
était  moins  formel;  nous  ne  voyons  pas  qu'on  puisse  se 
dérober  à  la  formule  vixit  in  pace  Christi. 

Nous  avons  mentionné  plus  haut  l'existence  d'un 
arénaire  qui  se  dirige  vers  le  cimetière  Ostrien  et  dont 
l'origine  est  d'une  haute  antiquité;  son  existence  dès  le 


les  gentilices  démontrent  l'antiquité.  Le  tilulus  peut 
être  attribué  au  IIe  siècle  -  (fig.  231). 

L'intérêt  principal  du  titulus  est  moins  dans  l'ins- 
cription que  dans  le  médaillon  de  forme  hexagonale 
encastré  dans  la  partie  gauche  de  la  plaque  de  marbre. 
Ce  médaillon  est  composé  à  l'aide  de  pâtes  d'émaux  et 
de  divers  autres  matériaux  :  émaux  vert  et  azur,  plaqut  s 
et  lamelles  d'os  peint  en  différentes  teintes.  Il  n'existe 
aucun  autre  objet  dans  l'antiquité  chrétienne  et  dans 
l'antiquité  profane  qui  puisse  être  comparé  à  celui-ci 
pour  la  technique.  Nous  le  reproduisons  dans  la  gran- 
deur de  l'original  (fig.  232). 

Au  centre  se  voit  le  portrait  de  Ulpia  Sirica,  dont  la 
coiffure  est  assez  remarquable  :  les  nattes  ondulées  rap- 
pellent les  bustes  de  Crispine,  femme  de  Commode,  et 
de  Mammée,  mère  d'Alexandre  Sévère;  seul  le  chigncn 
sur  le  sommet  de  la  tête  est  vraiment  original;  c'est 
bien  le  vertex  lurritus  que  décrivent  saint  Paulin3  et 
Prudence4  et  qui  se  voit,  mais  moins  accusé,  sur  les 
bustes  d'Ottacilia  Severa.  Cette  coiffure  est  presque 
identique  à  celle  du  marbre  que  nous  donnons  plus 
loin  (fig.  233).  C'est  ce  que  Varron  appelle  le  tutulus. 

On  jugera  aisément  de  l'importance  de  Yarea  que 
nous  venons  de  décrire  par  la  statistique  qui  va  suivre. 
Le  nombre  des  types  appartenant  à  chaque  catégorie 
est  considérable  et  permet  de  se  faire  une  idée  exacte 
de  ce  qu'était  le  mobilier  funéraire  au  ivc  siècle. 


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ne  siècle  de  notre  ère  n'est  pas  douteuse;  il  ne  serait  pas 
impossible  que  cet  arénaire  fût  celui  dans  lequel  l'af- 
franchi Phaon  proposa  à  Néron  de  se  blottir1.  Cet  aré- 
naire a  servi  non  seulement  à  recevoir  les  terres  prove- 
nant des  galeries  céméteriales,  mais  même  des  sépultures. 
Un  des  tombeaux  est  encore  clos  avec  sa  plaque  de 
marbre.  Nous  reproduisons  ce  monument  dont  la  pa- 
léographie, le  style,  le  vieux  système  des  tria  nomina  et 

1  Suétone,  Nero,  c.  xx.vm  :  Ibi  hortante  eodem  Phaonte  ut 
Intérim  in  specum  egestm  arenee  concederet,  negavit  se  vivuvi 
8ub  terram  iturum.  —  *De  Rossi.  Roma  sotterr.,  t.  m,  p.  593; 


IV.  QUATRIÈME  RÉGION.  IV  ET  V  SIÈCLES.  —  Cette  ré- 
gion s'étend  entre  la  basilique  de  Sainte-Agnès  et  le 
tombeau  de  sainte  Constance.  Elle  contient  six  hypogées 
païens  qui  devinrent,  après  la  paix  de  l'Église,  propriété 
des  chrétiens  et  furent  réunis  à  la  catacombe.  Le  plus 
curieux  de  ces  colombaria  appartenait  au  collège  des 
Péanistes 5.  L'épigraphie  chrétienne  de  cette  région  offre 
peu  d'intérêt,  nous  donnerons  la  statistique  qui  réunit 

Armellini,  toc.  cit.,  p.  315  sq.,  pi.  vm  et  XI,  n.  2.  —  3S.  Paulin,  Epi- 
thal.  Juliani,  vs.  85-86,  P.  h.,  t.  lxi,  col.  635.  —  *  Prudence,  Psy- 
chotn.,  vs.  183,  P.  h.,  t.  lx,  col.  37.  —  «Armellini,  toc.  cit.,  p.  339. 


941 


AGNÈS    (CIMETIÈRE   DE   SAINTE-) 


942 


dans  ses  brèves  indications  ce  que  cette  partie  du  cime- 
tière peut  nous  fournir  de  renseignements  utiles. 


nent  une   grande  valeur;   il  n'est  guère    de   cimetière 
chrétien  qui  puisse  fournir  un  ensemble  aussi  complet, 


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Peigne. 

49,  50,  51, 

59.   .    . 

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Dé  en  os. 

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55.   .    . 

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Manche     cylindrique 
en  onyx. 

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Dent  de  bête  sauvage. 

61,64,65, 

66,  67. . 

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Colombe  en  os. 

5,  6,  7.   . 

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Dentde  bête  sauvage. 

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Perle  d'onyx. 

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0 

» 

19,20..    . 

46 

31 

15 

» 

» 

D 

B 

1 

» 

3 

B 

1 

» 

2 

„ 

2 

» 

1 

» 

B 

27,34..    . 

33 

29 

4 

b 

» 

2 

2 

2 

» 

2 

» 

» 

» 

» 

» 

» 

» 

s 

,) 

» 

35„34,38. 

66 

b 

b 

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» 

1 

» 

2 

» 

1 

» 

» 

» 

» 

1) 

» 

B 

» 

» 

» 

36, 26,  24, 

23.   .   . 

70 

s 

» 

» 

b 

s 

» 

» 

» 

b 

» 

» 

» 

B 

» 

» 

B 

B 

B 

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25.    .    .    . 

18 

s 

» 

» 

» 

» 

» 

3 

» 

» 

„ 

» 

» 

» 

» 

B 

B 

» 

B 

» 

23,16..   . 

69 

66 

3 

7 

» 

1 

,, 

» 

8 

» 

» 

,, 

B 

B 

1 

B 

B 

B 

B 

18,  17..    . 

62 

45 

17 

10 

B 

3 

» 

1 

2 

2 

» 

7 

1 

2 

» 

2 

1 

B 

B 

» 

S,  10.  .    . 

16 

7 

9 

3 

» 

2 

» 

8 

» 

5 

» 

4 

2 

9 

5 

B 

B 

B 

B 

B 

TOTAUX. . 

2879 

1858 

864 

583 

17 

90 

15 

139 

25 

94 

11 

144 

35 

110 

20 

33 

56 

47 

4 

17 

Les  statistiques  que  nous  venons  de  reproduire  sont   I   non  que  d'autres  cimetières  ne  soient  plus  riches,  mais 
toujours  susceptibles  d'être  complétées  sur  tel  ou  tel    |   l'exacte  proportion  entre  les  diverses  catégories  d'objets 


COIVQI  CAMSSlXUvrlFïClTlMPACE 


ftJ 


231.  —  Epitaphe  du  il'  siècle. 
D'après  Armellini,  Il  cimitero  di  Santa  Agnese,  pi.  XI,  n.  2. 


point,  néanmoins  l'état  de  conservation  et  les  conditions 
de  l'exploration  du  cimetière  de  Sainte-Agnès  leur  don- 


ne s'y  trouve  pas  au  même  degré,  à  cause  du  peu  de  soin 
qu'ont  pris  les  divers  explorateurs  pendant  des  siècles 


943 


AGNÈS    (CIMETIÈRE    DE    SAINTE-) 


944 


de  noter  les  objets  qu'ils  rencontraient.  Les  quatre 
arête  que  nous  avons  décrites  présentent  les  dimensions 
suivantes  : 


ARE.-E. 

SUPERFICIE 

en 

MÈTRES   CARRÉS. 

DÉVELpPPEMENT. 

I'- 
U- 
iv- 

l'OTAUX      .    . 

1  200 

5  075 
5  800 
4  400 

208.40 
272,89 
807,87 
314,35 

16  475 

1603,51 

Nous  n'avons  pu  mentionner  dans  ia  description  de> 
différentes  arese  plusieurs  inscriptions  dont  la  prove- 


consulaires  présentent  parfois  de  belles  formules  que 
nous  relèverons   rapidement  :   [armeo]    AM1CORVM  '. 

-  [virginitate  (?)]  M  HABENS  ANIMO  ET  CORPORE  *. 

-  IparlENTIS  (=  parentes)  ET  [ajMICI  VALETE3. 
Une  inscription  fragmentaire,  dont  la  date  peut  varier 
entre  les  années  294  et  360,  mais  dont  la  paléographie 
paraît  indiquer  la  fin  du  me  siècle,  contient  des  for- 
mules dignes  d'être  recueillies4. 

,|IN    DEVM  •  PR  •  KAL  ■  IVL  •  CONSTANTlj.    .    .    . 

.   VS  SEMPER   E1DES  MAISITAT  APVD  Ojeum.    . 

JSEDEM     PATRIS    STAT     DIGNVS     Dj 

.wjENTISCASTAE  ERAT  FAI^;}!J^j 

.   praJESCIENS    SIBI    PROV \ulit  sepulcrum  .    .    . 
.    .    .   .    TflS     FRVI     v\V\ 


iVTVj 


232.  —  Médaillon  composé  de  pâtes  d'émaux  et  de  lamelles  d'os  coloriées 
D'après  Armellini,  II  cimitero  di  Sa»ta  Agnese,  pi.  vm. 


nance  n'est  pas  douteuse,  mais  dont  les  anciens  collec- 
teurs n'ont  pas  toujours  précisé  exactement  le  lieu  de  la 
découverte.  Celles  de  ces  inscriptions  pourvues  de  dates 

1  M.  Armellini,  //  cimitero  di  S.  Agnese,  p.  380,  n.  5.  Cf.  Dr 
Rossi,  Inscript,  christ,  urb.  lîomx,  t.  i,  p.  150.  n.  339.  —  *IM. 
Armellini,  loc.  cit.,  p.  385,  n.  18;  Dp  P.nssi,  loc.  cil.,  p,  104,  n.  198 


Une  épitaphe  de  l'année  381-382  nous  parait  digne 
d'êlre  transcrite.  Un  fragment  seul  du  marbre  a  été  con- 
servé, mais  l'épitaphe  entière  a  été  relevée  dans  plusieurs 

—  *Garruoci,  Hagioglypta.  in-s-,  Parisiis,  1S56,  p.  109;  Armellini, 
loc.  cit..  p.  886,  n.  •>•>•,  De  Rossi,  toc.  cit.,  p  182,  n.  256.  -  '  De 
Rossi,  loc.  Cit.,  p.  521,  n.  1123;  Armellini,  loc.  cil.,  p.  383,  n   t'i 


945 


AGNÈS    (CIMETIÈRE   DE   SAINTE-) 


946 


manuscrits '.Nous  transcrivons  en  caractères  minuscules 
la  partie  conservée  par  les  seule  manuscrits  : 
Theodora  quaevixit  annos  xxi  m  vu 

D  XXIII  IN  PACE  EST  BISOMV 
AMPLIFICAM  SEQUITVR  VITAM   DVM  CASTA  AfRODITE 

[fecit  ad  astr 
a  viam  Christi  moDO  GAVDET   IN  AVLa  restitit 

[haeç  mundo 
5    sempkr  caelestia  qvaerens  optima  servatrix 

[legis  fideique 

MAGISTRA. dédit  egreGIAM  SANCTIS  PER  SECVLA 
[MENTEM  INDE  -f-  EXIMIOS  PARADISI 

régnât  odores.teM  PO  RE  CONTINVO  VERNANT 

[UBI  GRAMINA  rivis 
expectatque  Deum  sVPERAS  QVO   SVRGAT  AD 

[AVRAS    HOC   POSU1T    CORPUS   TUMULO 

mortalia  linquens  FVNDAVITQVE   LOCVM   CO- 
[NIVnx  EvAcfn'iis  ins]TAHS 
10  DEP  DIE 

ANTONIO  ET  b  SIACRIO  CONss 

Une  autre  épitaphe  métrique  trouvée  dans  le  même 
cimetière  présente  également  des  emprunts  à  l'ancienne 
poésie.  Les  dieux  de  l'Olympe  et  le  vieux  personnel  my- 
thologique firent  longtemps  partie  des  formulaires  ver- 
sifiés des  lapicides  chrétiens.  Le  poème  que  nous  allons 
transcrire  appartient  à  l'année  442  et  sa  correction  parfaite, 
ainsi  que  la  justesse  d'expression  et  le  goût  dont  il  fait 
preuve  inviteraient  volontiers  à  lui  chercher  une  inspi- 
ration ou  même  un  prototype  à  l'époque  classique.  Ces 
formes  ont  été  employées,  il  est  vrai,  au  ve  siècle  par  des 
rhéteurs  et  des  versificateurs  de  profession  tels  que  Si- 
doine Apollinaire,  Ennodius  de  Pavie  et  quelques  autres, 
mais  ils  ne  faisaient  qu'accommoder  des  modèles  plus  an- 
ciens. L'inscription,  trouvée  en  1603  à  Sainte-Constance, 
était  gravée  sur  un  sarcophage;  elle  a  été  souvent  repro- 
duite 2,  nous  aurons  l'occasion  d'y  revenir  plusieurs  lois. 
PEPITAFIVM  REMO  ET  ARCONTIAE  QVI  NATIONE 
[GALLA   GERMANI  FRATRES  S     + 

ADALTI   VNA  DIE  MORTVI  ET   PARITER   TVMV- 

[LATI  SVNT 
HAEC  TENET  VRNA  DVOS  SEXV  SED  DISPARE 

[FRATRES 

QVOS  VNO  LACHESIS  MERSIT  ACERBA  DIE 

5  ORA  PVER  DVBIAE  SIGNANS  LANVGINE  VESTIS 

VIX    HIEMES   LICVIT  CVI   GEMINASSE    NOVEM 

NEC   THALAMIS   LONGINQVA  SOROR  TRIETE- 

[RIDE  QVINTA 

TAENAREASCRVDO  FVNERE  VIDITAQVAS    ' 

ILLEREMILATIOFICTVMDESANGVINENOMEN 

10   SED    GALLOS  CLARO  GERMINE  TRAXIT  AVOS 

AST   HAEC  GRAIVGENAM  RESONANS  ARCON- 

[TIA  LINGVAM 
NOMINA  VIRGINEO  NON  TVLIT  APTA  CHORO 
DEPOSITI     NONIS    NOVEMB  •  CONSVL  ■  DIOS- 

CORI  \Fc- 

1  Ms.  Vatican.-Palat.,  n.  833,  fol.  82;  Ms.  Barberini,  xxxvm, 
100;  De  Rossi,  loc.  cit.,  p.  141,  n.  317;  Armellini,  loc.  cit.,  p.  387, 
n.  26.  —  sBiblioth.  nationale,  Suppl.  lat.,  n.  1418,  p.  18;  Fonds 
Dupuy,  n.  461,  p.  42;  Bosio,  Roma  sotterranea,  in-fol.,  Roma, 
1632,  p.  438;  Aringhi,  Roma  subterranea,  in-fol.,  Lutetiœ  Pari- 
siorum,  1659,  t.  il,  p.  176;  Reinesius,  Syntagma  inscriptionwn 
antiquarum ,  in-fol.,  Lipsioe,  1682,  cl.  xx,  n.  380;  R.  Fabretti,  In- 
scrip.  antiquar.  explicatio,  in-fol.,  Romse,  1702,  p.  112,  n.  277; 
Relandus,  Fasti  consulares,  in-8°,  Trajecti  Batavorum,  1715,  p.  616  ; 
Georgi,  Ad  Baronii  Annales,  an.  442,  in-fol.,  Romae,  1738,  t.  vu, 
p.  551;  Sirmond,  Opéra,  in-fol.,  Parisiis,  1696,  t.  I,  col,  1878;  Mu- 
ratori,  Novus  thésaurus  inscriptionum,  in-fol.,  Mediolani,  1739, 
p.  ccccvi,  n.  2  ;  P.  Labbe,  Thésaurus  epituphiorum  veterum 
<xc  recentfum  selectorum,  in-8°,  Parisiis,  1666, 1. 1,  p.  66  ;  Bur- 
mann,  Anthologia  veterwm  latinorum  epigrammatum  et  poe- 
matum,  in-4,,Amsteia3dami,1759,  t.  n,  p.  79;  Clinton,  Fasti  roma- 
ni, in-4-,  Oxouii,  1845-1850,  t.  h,  p.  202;  De  Rossi,  Inscript,  christ. 


Un  bas-relief  signalé  et  reproduit  par  iiosio  •  n'avait 
obtenu  qu'une  médiocre  attention  de  la  part  des  archéo- 
logues. Ce  marbre,  orné  de  pilastres  à  son  extrémité,  a 
l'ait  partie  de  la  balustrade  qui  entourait  l'autel  recou- 
vrant les  restes  de  sainte  Agnès;  l'honneur  de  cette  al- 
l  ribution  qui  n'est  pas  douteuse  revient  à  M.  O.  Marrucch  i. 
Au  centre  se  trouve  sculptée  en  relief  l'image  d'une 
toute  jeune  fille  en  orante,  portant  la  tunique  talaire  et 
les  cheveux  gracieusement  noués  sur  la  tête.  Il  y  aurait 
lieu  de  conjecturer  que  cette  gracieuse  figure  représente 
la  jeune  martyre,  on  n'en  peut  douter  après  avoir  lu  en 
caractères  minuscules  à  côté  de  la  tête  ces  deux  mots  : 

SS  ANNEAS 

Ce  bas-relief,  que  l'on  avait  tenu  jusqu'alors  pour  ano- 
nyme, paraît  appartenir  au  iv«  siècle  (fig.  233)  4. 


233.  —  Transenna  de  marbre  de  Sainte-Agnès. 
D'après  une  photographie. 

v.  le  mausolée constantiniex.  —  Ce  bel  édifice  cir- 
culaire a  été  pris  jusqu'à  notre  siècle  pour  un  temple 
païen  dédié  à  Bacchus  •>  à  cause  des  scènes  de  vendange 
qui  forment  une  partie  de  sa  décoration.  Vingt-quatre 
colonnes  accouplées  en  granit  soutiennent  le  dôme  qui 

urb.  Romx,  in-fol.,  Romse,  1857-1861, 1. 1,  p.  310,  n.  710  ;  M.  Ar- 
mellini,/£  cimitero  diS.  Agnese, \n-8°,  Roma,  1880,  p.  391, n.  38. 
—  3  Bosio,  Roma  sotterranea,  in-fol.,  Roma,  1632,  p.  429.  Bottari, 
Sculture  e  pitture,  in-fol.,  Roma,  1737,  t.  il,  pi.  cxxxvi;  M.  Ar- 
mellini, Die  neuentdeckte  Fronseite  der  ursprùnglichen  Altars 
in  der  Basilica  von  S.  Agnese  an  der  Via  Nomentana,  dans 
Rômische  Quartalschrift,  1889,  p.  59-65,  pi.  i  ;  A.  Venturi,  Storia 
deW  arte  italiana,  in-8",  Milano,  1901, 1. 1,  p.  449,  fig.  407,  p.  536, 
539.  On  peut  rapprocher  de  ce  type  les  verres  dorés  publiés  par 
L.  Perret.  Les  catacombes  de  Rome,  in-fol.,  Paris,  1855,  t.  iv, 
pi.  xxvi,  n.  41, 42;  pi.  xxvm,  n.  65  ;  pi.  xxxm,  n.  114  et  Boldetti, 
Osservazioni,  in-fol.,  Roma,  1720,  p.  194,  n.  3.  —  *De  Rossi, 
Bull,  di  arch.  crist.,  1884-1885,  p.  128, 1886,  p.  7.  —  5Bartolini, 
dans  Atti  dell'  Accademia  romana  diarcheologia.  t.  xn,  p.  313, 
le  même,  Atti  di  S.  Agnese,  p.  13  sq.  Cf.  Mélanges  G.-B.  de  Rossi, 
in-8°,  Roma,  1892,  p.  138;  Comptes  rendus  de  l'Acad.desinscript-, 
1898,  o.  63. 


AGNÈS    (CliMETIÈRE   DE   SAINTE-) 


046 


est  entièrement  revêtu  de  mosaïques  sur  lesquelles  nous 
renseignent  diverses  descriptions  manuscrites  et  quel- 
ques dessins  (lis;.  234). 


234. 


Plan  du  mausolée  de  Sainte-Constance 
D'après -Dehio. 


Au  premier  rang  se  trouve  un  manuscrit  de  Ferrare1 
restitué  par  De  Rossi  -  à  Pompeo  Ugonio.  Cet  archéolo- 
gue3, dont  l'écriture  offre  des  difficultés  de  lecture  pres- 
que insurmontables,  avait  consacré  les  lignes  suivantes 
aux  mosaïques  de  Sainte-Conslance.  Si  vede  che  fu  un 
tempio  anlico.  El  alcun  dicon  che  era  un  tempio  di 
Bacco.  Hoggidi  ancora  intero;  perche  e  un  tempio  tondo 
con  un  porlico  tondo  appogiato  sopra  colonne  numidi- 
che...  La  voila  del  porlico  e  lutta  à  musaico  con  figure 
bellissime  di  fanciulli  clie  sono  con  (?)  vile  et  uve*. 
Plus  loin  Ugonio  exprimait  son  avis  que  Sainte-Cons- 
tance avait  toujours  été  un  édifice  chrétien  s,  c'était 
également  l'opinion  de  son  ami  Antonio  Bosio6.  Dans 
le  manuscrit  de  Ferrare  il  est  revenu  sur  ce  sujet  et 
on  lit  au  folio  1103  ce  titre  :  Templum  S.  Constan- 
tin, via  Ntmientana.  C'est  une  minutieuse  description 

•Voici  sa  nuticc  au  catalogue  :  «  Peverati  (Angélus;.  -Uu. 
(N.  i6i.  N.  C.  6)  Inscrijitiones  et  monumenta  urbis  Romœ, 
fol.  autogr.  ined.  Di  quest'  opéra  vien  fatta  menzione  nelle  Na- 
vette letterarie  di  Venezia  delT  anno  1741,  al  n*  2,  sotto  il  di 
18  marzo.  Essa  perô  tal  quale  si  trova  è  molto  desordinata.  Poi 
ignoriamo  il  fondamente  a  coi  appogiato  il  P.  Miltarelli  s'indusse 
a  dir  guastallese  il  nostro  Peverati  nella  sua  Bibliotcca  di  Mu- 
rano,  p.  882.  Vedi  il  Verrosi,  di  Scrittori  Tcalini,  part.  2, 
pag.  176.  i  Cette  notice,  dit  E.  Muntz,  dans  la  Revue  arcliéol., 
1878,  t.  vi,  p.  355,  est  aussi  incomplète  qu'erronée.  —  '  Sur  la 
première  page  du  manuscrit  on  lit  cette  noie  :  «  Il  ch's.  Gio.  Bat- 
tista  De  Rossi  mi  scrive  da  Roma  16  agosto  1855,  che  il  présente 
ms.  è  autografo  di  Pompeo  Ugonio,  corne  ha  potute  verificare  con 
altre  opère  mss.  dello  stesso  Ugonio.  Antunelli,  bibliotecario, 
20  agosto  1855.  »  Cf.  De  Rossi,  [iiscript.  christ,  urb.  Rom.,  in- 
fol.,  Romae,  1857,  t.  i,  p.  xxni,  et  voir  aussi  p.  xvm-xix,  et  le 
même,  Roma  solterranea,  in-fol.,  Roma.  1867,  t.  i,  p.  19-20.  — 
Ml  est  l'auteur  de  :  Historia  délie  station  i  di  Roma,  che  si  cele- 
brano  laquadragesima,  in-fol.,  Roma,  1588.  —  *  Ms.  Barbcrini, 
xxxi,  45,  fol.  129.  —  »  Ibid.,  fol.  966.  —  •  Bosio,  Roma  solterra- 
nea, in-fol.,  Roma,  1632,  p.  419:  Alcun»  figure  eh»  ail'  abito 
nwstravano  essere  ccclcsiastiche.  — 'E.  Muntz,  dans  la  Revue 
archéol.,  1878,  t.  VI,  p.  358  sq.  —  »  Andréas  FulvilM,  Antiquita- 
tes  Urbis.   in-fol.,   Rom.-r,   1527,    p.  6;  Fabriclus,   Romanarum 


(fol.  1103-1110,  en  caractères  microscopiques)  des  mo- 
saïques de  la  coupole,  écrite,  ou  plutôt  sténographiée 
probablement  à  Sainte-Constance  même.  Cette  descrip- 
tion a  été  interprétée  et  éditée,  son  étendue  ne  nous 
permet  pas  de  la  reproduire  7.  L'opinion  de  Ugonio  et  de 
JSosio,  sur  le  caractère  primitivement  chrétien  de  Sainte- 
Constance,  ne  prévalut  pas.  Les  écrivains,  depuis  André 
Fulvius  8  se  partagent  et  le  plus  grand  nombre  adopte 
l'opinion  définitivement  abandonnée  depuis  le  travail 
de  Vitet9.  Le  caractère  chrétien  ressort  des  sujets  décrits 
par  Ugonio  pour  la  voûte  du  dôme  et  dans  les  absides 
par  la  représentation  symbolique  des  deux  Testaments, 
enfin  dans  la  voûte  annulaire,  les  Eros  et  les  Psychés, 
les  amours  occupés  à  la  vendange,  les  brebis  portant  la 
muleta  sont  de  nouveaux  symboles  dont  les  chrétiens 
ont  fait  un  fréquent  usage.  Voir  Agneau,  Ame. 

Un  manuscrit  de  la  bibliothèque  de  Saint-Marc  de 
Venise  10  contient  un  dessin  à  la  plume  qui  date  vraisem- 
blablement du  xvi»  siècle,  et  quoique  ce  croquis  ne  porte 
pas  de  titre  son  identification  est  aisée.  C'est  un  fragment 
de  la  mosaïque  de  la  coupole  de  Sainte-Constance".  H 
est  précieux,  parce  qu'il  permet  d'examiner  le  bien  fondé 
d'une  accusation  portée  par  Garrucci  contre  Pietro  San 
Bartoli  à  qui  nous  devons  une  gravure  de  cette  mosaïque 
d'après  un  dessin  conservé  à  l'Escurial  (fig.  -230).  Gar- 
rucci a  avancé  que  San  Bartoli  avait  introduit  dans  la 
planche  des  motifs  étrangers  au  dessin  original >2.  Le  cro- 
quis de  Saint-Marc  prouve,  en  ce  qui  concerne  le  motif 
principal,  cariatide  entourée  de  tigres  ou  de  lions,  quïl 
est  exactement  reproduit;  il  nous  apprend  en  outre  ce 
que  l'auteur  du  dessin  de  l'Escurial  n'avait  pu  recon- 
naître, à  savoir  que  les  «  télainons  s  de  la  figure  placée 
au-dessus  de  la  cariatide  étaient  pourvus  de  bras  et 
même  tenaient  des  cartouches  historiés  dont  les  sujets 
ne  nous  sont  malheureusement  pas  connus.  Le  même 
manuscrit  renferme  «  deux  autres  croquis  qui  nous  pa- 
raissent également  se  rapportera  Sainte-Constance.  L'un 
d'eux  nous  offre  la  coupe  d'un  dôme  richement  décoré. 
A  la  base  on  voit  six  cariatides,  chacune  flanquée  de 
deux  tigres  ou  de  deux  lions  et  surmontée  de  deux  dau- 
phins, absolument  comme  dans  le  croquis  reproduit  par 
notre  gravure  (lig.  '236).  Puis  viennent  dix-huit  figures 
disposées  par  groupe  de  trois.  Ces  groupes  sont  séparés 
les  uns  des  autres  par  des  compartiments  rectangulaires 
renfermant  des  «  storie  »;  ils  donnent  à  leur  tour  nais- 
sance à  des  rinceaux  qui  se  réunissent  au  sommet  du 
dôme.  Nul  doute  que  nous  n'ayons  là  une  nouvelle  re- 
présentation de  la  coupole  de  Sainte-Constance.  Il  est 
fort  probable  aussi  que  les  incrustations  de  marbre  figu- 
rées sur  un  autre  feuillet  du  même  recueil  sont  une 
copie  de  celles  de  Sainte-Conslance  »  t3. 

antiquitalum  libri  duo,  in-4',  Basileae,  1560,  p.  95;  Schraderus, 
Mon  umentorum  Italix  libri  IV,  in-fol.,  Helmstadii,  1592  p.  120  sq.; 
P.  Aringhi,  Roma  subterranea  christiana,  in-fol.,  Romae,  1651, 
t.  il,  p.  156,  les  croit  chrétiennes;  Nardini,  Roma  antica,  in-4', 
Roma,  1G06,  pense  de  même;  Ciampini,  De  sacris  xdiflciis  a 
Constantino  Magno  constructis  synopsis  historica.  in-fol., 
Roma,  1093,  p.  132-133,  tient  pour  l'opinion  favorable  au  temple  de 
Bacchus;  Dcsgodetz,  Edifices  antiques  de  Rome,  in-4',  Paris, 
1682,  p.  63.  —  "L.  Vitet,  Études  sur  l'histoire  de  l'art,  in-12, 
Paris,  1864,  t.  i,  p.  204-216,  298.  —  "Fonds  italien,  cl.  iv,  n.  149. 
Cest  un  recueil  de  dessins  d'architecture  représentant  presque 
tous  des  édifices  antiques,  suivi  dune  collection  de  plans  de  di- 
verses villes.  —  "  E.  Muntz,  Notes  sur  les  mosaïque»  chrétiennes 
de  l'Italie,  dans  la  Revue  archéologique,  1878,  t.  VI,  p.  353-367, 
I>1.  xi.  —  '*R.  Garrucci,  Storia  dell'  arte  cristiana,  in-fol..  Prau. 
1S73,  t.  iv,  p.  8.  —  "E.  Muntz,  toc.  cit.,  p,  354  sq.  Des  trao  •= 
d'une  décoration  de  ce  genre  ont  été  relevées  par  Cb.-Ed.  Isa- 
belle, Les  édifices  circulaires  et  les  dômes,  classés  par  ordie 
chronologique  et  considérés  sous  le  rapport  de  leur  disposa 
lion,  de  leurs  constructions  et  de  leurs  décorations,  in-fol..  Pa- 
i  is,  1855,  p.  81.  La  décoration  en  question  se  compose  d'ornements 
angles,  losanges,  d'oves,  de  consoles  et  de  vues 
d'édifices  d'une,  architecture  Tous  cee  types  repa- 

I  dans  les  compartiments  de  la  voûte  annulaire. 


9i0 


AGNÈS    (CIMETIÈRE    DE   SAINTE-) 


950 


Ce  dessin  confirme  donc  et  complète  ce  que  celui  de 
Francesco  d'Olanda  nous  avait  appris.  Mais  la  question 
est  plus  étendue  et  réclame  quelque  détail.  Le  dessin 
d'Olanda  conservé  à  l'Escurial  ne  représente  qu'un 
fragment  de  la  mosaïque  de  la  coupole,  quatre  compar- 
timents sur  douze;  on  peut  se  demander  sur  quels  té- 
moignages figurés  San  Bartoli  a  restitué  les  autres 
compartiments.  Ugonio,  Francesco  d'Olanda  et  San  Bar- 
toli sont  pleinement  d'accord  pour  les  compartiments, 
arcus,  8,  9,  JO,  11.  Pour  les  compartiments  qui  manquent 
dans  le  dessin  de  l'Escurial  les  descriptions  d'Ugonio, 
faites  de  visu,  cessent  de  s'accorder  avec  les  planches  de 
San  Bartoli,  faites  on  ne  sait  d'après  quelle  autorité  '. 


bois.  Dans  la  gravure  de  Bartoli  au  contraire  on  aper- 
çoit un  vieillard  ailé  s'échappant  d'une  tour  devant  la- 
quelle voltige  un  génie,  etc. 

«  Si  l'on  s'attache  au  caractère  même  des  figures,  on 
trouvera  qu'ici  encore  il  y  a  des  différences  fondamen- 
tales. Dans  les  croquis,  assez  informes,  qu'Ugonio  a 
joints  à  ses  notes,  les  personnages  ont  le  costume  et  les 
attributs  des  chrétiens;  dans  la  planche  de  Bartoli  ils 
ont  un  costume  de  fantaisie  et  ressemblent  le  plus  sou- 
vent à  des  divinités  païennes. 

«  Nous  avions  espéré  que  la  description  d'Ugonio  nous 
apprendrait  quelles  étaient  les  figures  représentées  dans 
les  cartouches  du  sommet  de  la  coupole,  ceux-là  mêmes 


235.  —  Dessin  de  Fr.  d'Olanda  conservé  à  l'Escurial  représentant  la  mosaïque  du  dôme  de  Sainte-Constance. 


t  Compartiment  n.  1  :  Ugonio  a  vu  très  distinctement 
une  scène  de  sacrifice  (un  taureau  placé  sur  un  autel), 
avec  de  nombreux  assistants  et  un  fond  d'architecture 
fort  riche.  Bartoli  au  contraire  nous  montre  deux  figures 
debout  dans  un  paysage.  «Compartiment  n.  2  :  D'après 
Ugonio,  on  voyait  un  homme  attaché  à  une  colonne; 
d'après  Bartoli,  une  femme  offrant  des  fleurs  à  deux 
hommes.  Compartiment  n.  3  :  D'après  Ugonio  ce  com- 
partiment contenait  une  scène  dans  laquelle  il  est  peut- 
être  permis  de  voir  le  sacrifice  de  Noé  :  un  vieillard  sor- 
tant d'un  édifice  et  devant  lui  un  homme  coupant  du 

1  Cest  ainsi  que  Bartoli  a  représenté  dans  un  compartiment 
un  homme  assis  auquel  on  présente  un  agneau,  tandis  que  le  troi- 
sième personnage  joue  du  violon  ;  or  le  violon  est  une  gerbe  et  la 
scène  représente  Caïn  et  Abel  offrant  les  prémices  de  leurs  biens. 
Cette  rectification,  d'abord  conjecturale,  du  P.  Garrucci  a  été  con- 
firmée par  la  description  d'Ugonio  dans  le  manuscrit  de  Ferrare. 
R.  Garrucci,  Storia  dell'  arle  cristiana,  in-fol.,  Prato,  1873,  t.  I, 
p  447-454.  —  =E.  Miintz,  dans  la  Bévue  archéol.,  1878,  t.  vi,p.364. 
—  3Memorie  di  varie  escavazioni  fatte  in  Roma  e  nei  luoghi 
suburbani  vivente  Pietro  Santé  Bartoli,  dans  C.  Fea,  Miscel 
ianea  filologica,  critica  e  antiquaria,  2  in-8\  Roma,  1790-1836, 


où  Bartoli  a  placé  des  satyres,  des  ménades  et  d'autres 
acteurs  du  cycle  bachique.  Mais  du  temps  d'Ugonio  cette 
partie  de  la  mosaïque  avait  presque  disparu.  On  ne  sera 
pas  loin  de  la  vérité  en  admettant  qu'elle  renlermait  des 
Psychés,  des  Éros,  comme  les  mosaïques  de  la  voûte 
annulaire.  Un  fait  certain,  c'est  que  Bartoli  n'a  pas 
inventé  ces  cartouches  :  le  croquis  de  la  bibliothèque  de 
Saint-Marc  est  d'accord  sur  ce  point  avec  le  témoignage 
d'Ugonio  pour  donner  raison  au  graveur  romain2.  » 

Ce  qui  subsiste  aujourd'hui  de  la  décoration  est  peu 
de  chose  3,  mais  cela  suffit  à  faire  juger  sa  richesse  *  de- 

t.  i,  p.  ccli.  L'inscription  suivante,  rapportée  par  Ciacconio,  Vtî.r 
pontiflcum,  in-fol.,  Romae,  1677,  t.  iv,  p.  418  ,fixe  la  date  des  mu- 
tilations :  Fabritius.  S.  R.  E.  Card.  Veralus    ||  templum. 

DIV.E.  CONSTANTlAE.  RUIN.E.  PROPINQUUM  ||  RESTAURAVIT.  ET 
ORNAVIT  ||  ANNO  DOMINI-  MDCXX.  Cf.  0.  Panvinio,  De  prx- 
stantia  basilicœ  S.  Pétri,  ms.  du  Vatican,  n.  6180,  fol.  278  v. 
—  *Ciampini,  Vetera  monimenta,  in-fol.,  Romae,  1699,  t.  il,  p.  2, 
pi.  i.  La  planche  sa  trouve  au  Cabinet  des  estampes,  elle  repro- 
duit la  coupole  intégralement;  dans  les  Vetera  monimenta  on 
n'a  que  la  moitié  de  la  composition;  Bellori,  Picturse  antiqux, 
in-tol.,  Roma?,  1819,  suppl.,  pi.  Il,  cf.  p.  85-86. 


951 


AGNÈS    (CIMETIÈRE   DE   SAINTE-) 


952 


meurée  presque  intacte  jusqu'aux  malencontreuses  res- 
taurations du  cardinal  Veralli  (1620)  et  de  Grégoire  XVI 
(1836)  * .  C'est  grâce  à  un  dessin  de  l'archéologue  Francesco 
d'Olanda2,  exécuté  vers  le  milieu  du  xvie  siècle,  et  aux 


236.  —  Détail  de  la  mosaïque  de  Sainte-Constance. 
D'après  la  Bévue  archéologique,  1878,  t.  vi,  pi.  xi. 

notes  de  Pompeo  Ugonio,  l'ami  de  Bosio.  à  la  suite 
d'une  visite  faite  au  mausolée  en  octobre  159i.  que  nous 
pouvons  décrire  ce  chef-d'œuvre  unique  de  l'art  archi- 
tectural des  chrétiens  dans  les  années  où  la  paix  de 
l'Église  leur  donnait  le  loisir  et  le  moyen  de  reprendre 
ou  d'interpréter  les  traditions  d'art  de  l'époque  classique. 

La  rotonde  tout  entière  était  revêtue  de  mosaïques 
et  d'incrustations  de  marbre,  ce  que  l'on  appelait  opus 
sectile  niarmoream.  Le  pavement  représentait  en  noir 
sur  blanc  ces  scènes  de  vendange  qui  furent  un  des 
motifs  favoris  de  l'art  constantinien.  Des  amours  joyeux 
bondissent  parmi  les  ceps,  foulent  le  raisin;  les  sarco- 
phages nous  offrent  quelques  bons  exemplaires  de  ce 
sujet,  malheureusement  ceux  de  plusieurs  membres  de 
la  famille  de  Constantin,  lourdes  cuves  en  porphyre  jadis 
placées  sous  la  voûte  du  mausolée,  sont  très  inférieurs 
comme  technique  à  ce  que  l'on  aurait  pu  espérer.  Le 
pavement  nous  montre  deux  petits  génies  dont  l'un 
monté  sur  un  âne,  des  oiseaux,  des  chalumeaux,  deux 
autels  parmi  les  pampres. 

«  Les  douze  arcades  appuyées  sur  les  colonnes  accou- 
plées qui  soutenaient  le  tambour  de  la  coupole  étaient 

1 E.  Plattner,  C.  Bunsen,  E.  Gehrard,  W.  Rdstell  und  L.  Ur- 
llchs,  Beschreibung  der  Stadt  liom,  in-8-,  Stuttgart,  1837,  t.  m, 
2*  part.,  p.  452.  —  *  Raczynski,  Dictionnaire  historique  artistique 


très  simplement  plaquées  de  marbre  blanc  veiné.  Le  tam- 
bour comprenait  deux  zones  séparées  par  une  corniche 
décorée  en  opus  sectile  marmoreum .  La  zone  inférieure 
portait  douze  tablettes  de  marbre  bordées  de  listels  et 
reliées  par  de  petits  pilastres,  des  consoles,  des  frises  en 
lamelles  de  marbre  multicolores  ;  la  zone  supérieure 
était  percée  de  douze  fenêtres  reliées  par  une  belle  déco- 
ration architectonique  d'ordre  ionien,  soutenant  une  cor- 
niche ornée  de  couples  de  dauphins  enlacés  à  des  tridents. 

«  De  cette  corniche  partait  la  grande  voûte  entiè- 
rement couverte  de  mosaïques  d'une  composition  aussi 
riche  et  harmonieuse  que  possible.  A  sa  base  on 
voyait  d'abord  une  nappe  d'eau  circulaire,  un  fleuve 
sans  fin  coupé  d'ilôts  et  de  barrages,  où  s'agitaient 
mille  scènes  gracieuses.  Tout  un  peuple  de  génies  en- 
fantins, aux  ailes  d'oiseaux,  s'y  jouait  sur  des  radeaux 
et  en  des  nacelles,  ramant,  péchant  les  poissons  à  la 
ligne  ou  au  filet,  harponnant  les  poulpes  luttant  avec 
les  canards  et  les  cygnes  qui  s'ébattaient,  qui  dormaient, 
qui  cherchaient  pâture  au  milieu  des  eaux.  On  n'eût 
rien  pu  trouver  qui  rappelât  de  façon  plus  exquise  la 
meilleure  époque  de  l'art  antique.  Mais  ce  qui  donnait 
ici  une  empreinte  chrétienne  à  ces  aimables  sujets,  si 
fréquents  dans  le  décor  des  villas  païennes  et  des  salles  de 
bains,  c'était  la  présence,  dans  la  partie  de  la  mosaïque 
qui  dominait  l'autel,  d'une  nacelle  avec  deux  personnages 
religieusement  vêtus  de  la  tunique  et  du  pallium,  assis 
à  la  proue,  et  un  troisième  au  gouvernail.  On  reconnaît, 
llottant  dans  ce  joli  décor  maritime,  la  nef  mystique  qui 
en  précise  le  sens  et  l'adapte  à  la  destination  du  splen- 
dide  édifice,  baptistère  en  même  lemps  que  mausolée. 

«  Douze  écueils,  divisant  à  intervalles  égaux  celte  pre- 
mière zone,  supportaient  de  larges  touffes  d'acanthe  d'où 
surgissaient  des  cariatides  noblement  drapées,  chacune 
d'elles  ayant  deux  tigres  à  ses  pieds.  De  leur  tête  et  de 
leurs  bras  elles  soulevaient  de  nouveaux  feuillages, 
entrelacés  avec  des  couples  de  dauphins;  ces  volutes 
de  feuillage,  symétriquement  rejointes,  formaient  douze 
élégants  berceaux  pour  encadrer  les  groupes  de  person- 
nages qui  se  mouvaient  sur  la  rive  du  fleuve.  Cependant 
au-dessus  des  premières  cariatides  de  nouvelles  touffes 
d'acanthe  s'enlr'ouvraient  pour  montrer  des  figures  fé- 
minines plus  petites,  réunies  trois  par  trois  et  portant 
de  leurs  mains  tendues  des  cartouches  où  se  dévelop- 
paient d'autres  scènes.  Enfin  les  gracieux  feuillages, 
sVlançant  encore  de  la  tête  des  femmes,  se  rejoignaient 
en  pavillons  au-dessus  des  cartouches,  et,  se  ramifiant 
en  volutes  de  plus  en  plus  étroites,  rejoignaient  le  cercle 
central  au  sommet  de  la  coupole. 

«  Que  signifiaient  ces  grandes  scènes  encadrées  par 
les  berceaux  de  feuillage,  et  que  contenaient  les  cartou- 
ches de  la  zone  supérieure?  Ugonio  n'a  pu  tout  distin- 
guer :  la  mosaïque  était  endommagée  en  plus  d'un 
endroit.  Mais  il  a  décrit  neuf  des  grandes  scènes,  parmi 
lesquelles  on  peutreconnaitreÉlie  contondant  les  prêtres 
de  Barri,  le  sacrifice  d'Abraham,  Tobic  et  le  poisson  mi- 
raculeux, les  vieillards  accusant  Suzanne,  le  jugement 
de  Daniel,  l'offrande  d'Abelet  de  Cain  et  Moïse  frappant 
le  rocher.  Les  cartouches  représentaient  des  scènes  plus 
petites,  des  figures  d'Éroset  de  Psychés,  selon  K.  Mûnt/. 
on  plutôt,  selon  De  Bossi,  des  tableaux  de  la  Loi  nouvelle, 
en  parallèle  avec  les  épisodes  de  l'ancienne  Loi.  La 
mosaïque  de  la  coupole  réunissait  donc,  selon  les  ex- 
pressions de  De  Bossi,  un  cycle  grandiose  d'images  bibli- 
ques, les  prophéties  et  l'histoire  sacrée  tout  ensemble, 
traduisant,  sur  cette  voûte  qui  abritait  la  piscine  régé- 
nératrice, les  enseignements  de  la  catéchèse  solennelle 
dont  le  baptême  était  précédé  3.  » 

La  voûte  en  berceau  ou  voûte  annulaire  est  divisée  en 

du  Portugal,  in-S-,  Paris,  1847,  p.  136-157;  Academùr,  Madrid, 
l.s77,  t.  i,  p.  139-140.  —  >A.  Pératô,  L'archéologie  chrétienne, 
in-8-,  Paris,  1892,  p.  190  sq. 


953 


AGNÈS    (CIMETIÈRE   DE   SAINTE- 


954 


onze  compartiments  (lig.  237)  à  fonds  gris  dont  plusieurs 
sont  du  même  modèle;  au  lieu  du  douzième  comparti- 
ment, devant  l'abside  du  fond,  une  petite  coupole  sur- 
montait l'autel.  Ces  compartiments  appartiennent  à 
quatre  séries  décoratives  :  1°  dessin  géométrique,  la 
croix  alternant  avec  les  rosaces  '  ;  2°  jonchée  de  fleurs 
et  de  palmettes  entremêlées  d'amphores,  de  cornes 
d'abondance,  de  corbeilles  et  d'oiseaux;  le  champ  est 
trop  chargé  et  l'impression  confuse  -;  3°  semis  régulier 
de  médaillons  circulaires  et  chantournés  qui  encadrent 
des  motifs  variés  :  Éros,  Psychés,  têtes  juvéniles  à  collier 


images  de  Constantine,  fille  de  Constantin,  et  du  césar 
Crispus6.  Le  champ  est  couvert  de  pampres  de  vignes, 
des  oiseaux  picorent,  des  amours  cueillent  le  raisin  en 
jouant,  bondissent  d'un  cep  à  l'autre,  c'est  la  récolte, 
puis  vient  la  rentrée  de  la  vendange  sur  un  chariot  attelé 
de  bœufs  aiguillonnés  par  un  amour,  enfin  le  pressoir 
consiste  en  une  simple  cuve  carrée  surmontée  d'un  toit 
en  pointe,  trois  amours  vignerons  foulent  le  raisin  dont 
le  jus  s'écoule  dans  les  amphores.  La  composition  est 
charmante,  le  dessin  spirituel  et  précis,  le  goût  irrépro- 
chable (fig.  238). 


'237.  —  Intérieur  du  mausolée  de  Sainte-Constance.  D'anrès  une  photographie. 


de  feuillages,  fleurons,  animaux3;  4°  deux  comparti- 
ments se  distinguent  par  leur  grâce  et  leur  originalité. 
Nous  y  retrouvons  des  scènes  de  vendange4.  Au  centre, 
un  buste  de  grandeur  naturelle  se  détache  sur  un  fond 
blanc;  dans  l'un  des  panneaux  le  buste  est  celui  d'une 
femme,  dans  l'autre  il  paraît  être  celui  d'un  jeune 
homme  et  l'on  a  conjecturé  que  ce  pourraient  être  les 

1  Venturi,  Storia  deW  arte  italiana,  in-8%  Milano,  1901,  t.  1, 
fig.  90-92,  p.  229-242.  —  *Ibid.,  fig.  93,  94.  —  *Ibid.,  fig.  97- 
100.  —  *  Ibid.,  fig.  95-96  ;  Vetera  monimetita,  in-fol.,  Romae, 
1699,  t.  il,  pi.  30;  Ch.-Ed.  Isabelle,  Les  édifices  circulaires,  in- 
fol.,  Paris,  1855,  pi.  xxxvn;  Photographie  de  la  collection  Par- 
ker, n.  1606.  Les  mosaïques  que  nous  étudions  sont  reproduites 
dans  R.  Garrucci,  Storia  dell  arte  crisliana,  in-fol.,  Prato, 
1877,  t.  IV,  pi.  204-207,  d'une  manière  fidèle,  mais  peu  soi- 
gnée. La  description  La  plus  complète  se  trouve  dans  Ch.-Ed.  Isa- 


Ces  mosaïques  sont  les  plus  anciennes  que  l'on  con- 
naisse dans  l'art  des  chrétiens.  Les  quinze  niches  taillées 
dans  le  mur  circulaire  étaient  ornées  de  mosaïques  à 
fond  blanc  où  se  détachaient  des  étoiles  de  couleur  vert 
sombre.  Dans  la  grande  niche  placée  en  face  de  l'entrée, 
au-dessus  de  l'endroit  où  était  le  sarcophage  de  sainte 
Constance,  on  a  relevé  parmi  ces  étoiles,  un  cercle  en- 
belle,  loc.  cit.,  p.  79-85,  pi.  xxxin  :  Plan  et  vues  de  la  fa- 
çade principale  et  de  la  façade  latérale  ;  pi.  xxxiv  :  Coupe, 
coupe  restaurée,  plan  restauré  ;  pi.  xxxvi  :  Vue  restaurée  ; 
pi.  xxxv  :  Tombeau  de  sainte  Constance;  détails  du  sarcophage  ; 
pi.  xxxvu  :  Mosaïque  de  la  voûte  annulaire  ;  détails  de  six 
compartiments  ;  cette  planche  est  en  couleurs.  —  bNibby,  Roiim 
nell  anno  MDCCCXXXV11I,  in-8',  Roma,  1839.  p.  542,  hésite 
entre  Hélène,  lemme  de  Julien,  et  Constantine,  femme  de 
Gallus. 


955 


AGNÈS    (OÏMETIÈRE   DE   SAINTE-) 


956 


fermant  le  monogramme  du  Christ1.  Ce  monogramme 
est  composé  au  mo\cn  de  cubes  de  cristal  doré,  dont 
l'usage  est  aussi  rare  au  ive  siècle  qu'il  devient  fréquent 
au  siècle  suivant. 

Les  mosaïques  des  absides  latérales  ont  été  attribuées 
au  IVe,  au  vne,  au  ixe  et  même  au  xiw  siècle  ;  il  n'est  pas 
douteux  qu'elles  soient  du  ivj  siècle  et  telle  est  l'opinion  de 
Barbet  de  Jouy,  Cavalcaselle,  Crovve,  De  Rossi,  E.  Mûntz, 
A.  Pératé.  La  conque  de  ces  grandes  niches  a  conservé 
jusqu'aujourd'hui  ce  décur.  L'abside  de  droite  repré- 
sente Dieu  le  Père  assis  au  milieu  d'un  bouquet  de 
palmiers  et  donnant  la  Loi  à  Moïse.  L'abside  de  gauche 


bleinent  mutilées  par  les  restaurations.  La  deuxième 
conque  nous  offre  le  prototype  d'un  grand  nombre 
d'absides  basilicales. 

Le  Christ  debout  sur  le  monticule  d'où  sortent  quatre 
fleuves  et  qu'entourent  les  agneaux  (voir  Agneau,  col.  889 
fig.  203)  ;  aux  extrémités  deux  cabanes  rappellent  Jérusa- 
lem et  Bethléhem.  Sur  le  volume  que  Jésus-Christ  remet 
à  saint  Pierre  on  lit  ces  mots  :  DOMINUS  PACEM 
DAT3.  Devant  .la  niche  qui  abritait  le  mausolée  de 
sainte  Constance  et  au-dessus  de  l'autel  une  petite  cou- 
pole, ainsi  que  nous  t'avons  dit,  avait  été  aménagée 
dans  la  voûte  annulaire.  Ugonio  nous  apprend  qu'elle 


238.  —  Mosaïque  de  l'un  des  compartiments  de  la  voûte  du  mausolée  de  Sainte-Constance. 
D'après  une  photographie. 


(fig.  239)  représente  saint  Pierre  recevant  du  Christ  la 
Loi  nouvelle;  saint  Paul,  présent  à  la  scène,  fait  le  geste 
de  l'acclamation  2.  Ces  deux  mosaïques  ont  été  abomina- 

•Armellini,  II  cimite>o  di  S.  Agnese,  p.  304;  C.  B.  Kuenstle, 
Dos  Mausoteum  von  S.  Costanza  uiul  seine  Mosaïken,  dans 
Romische  Quartalschrift,  1890,  t.  iv,  p.  12  sq.  ;  H.  Ficker. 
dans  Bull,  dell'  Instit.  germ.,  1888,  fasc.  iv;  1889,  fasc.  I. 
Cf.  American  Journal  of  archseology,  1889,  p.  225;  Davin. 
dans  la  Revue  de  l'art  chrétien,  1880,  p.  422  sq.  —  sOn  peut 
apercevoir  dans  notre  figure  237  l'emplacement  de  cette  mo- 
saïque par  rapport  à  l'édifice.  Sur  ces  mosaïques,  et.  E.  Muni/. 
dans  la  Bévue  archéologique,  1875,  t.  XI,  p.  273  sq.  Ciampini. 
De  sacris  xdificiis  a  Constantino  Magno  constructis  synopsis 
historica,  in-ful.,  Roms,  1693,  p.  131,  et  Furietti,  De  mitsivis, 
ad  SS.  Patrem  Benedictum  XfV,  in-4*.  Romae.  1752,  p.  60, 
admettent  que  ces  deux  mosaïques  sont  constantiniennes.  L.  Vitet, 
Études  sur  l'histoire  de  Vart,  in-12,  Paris,  1864,  t.  I,  p.  208,  dit  : 
«  Quant  aux  deux  absides,  les  attribuer  au  temps  de  Constantin 


était  ornée  d'une  composition  où  l'on  voyait,  d'un  côté, 
le  Christ  siégeant  parmi  les  apôtres  et  deux  femmes 
debout,  vêtues  de  robes  blanches;  de  l'autre,  l'agneau 

est  d'une  impossibilité  manifeste;  »  il  les  donne  comme  ouvrages 
du  vu*  ou  du  viip  siècle.  Labarte,  Histoire  des  arts  industriels. 
in-'f,  Paris,  1806,  t.  iv,  p.  212,  les  place  sous  Hadrien  I"  (772-798); 
.1.  Parker,  Mosaic  pictures  in  Rom  and  Ravenna,  in-81,  Oxford, 
1866,  p.  37,  adopte  la  même  limite;  Schnaase,  Geschichte  derbild. 
Kitnste,  in-8*,  Dùsseldorf,  1869,  t.  m,  p.  567,  propose  la  fin  du 
vr,  ou  le  commencement  du  vrr  siècle;  il  est  suivi  par  Raher, 
Km  Besuch  in  Ravenna, dans  Jahrbuch  fiir  Kunstwissentchaft, 
1868,  p.  303,  etparBurckhardt,  Der  Cicérone, m-8",  Lei|7.ig,  1869, 
2*  édit.,  p.  730.  Z.  Platner  et  Bunsen,  Beschreibung,  d*r  Stadt 
Rom,  in-8-,  Stuttgart,  1837,  t.  m, p. 453,  placent  les  mosaïques  sou» 
Alexandre  IV  (1251-1261).  —  "Garrucci,  Vetri  ornati  di  figure, 
in-fol.,  Borna,  1858,  p.  31,  et  Hagioglypta,  in-S-,  Paris,  1856, 
\  lit  :  Dominus  i.kof.m  dat.  De  Rossi  maintient  la  leçon  pa- 
.  i -m,  Bull,  di  arch.  orist.,  1808.  p.  'i4. 


957 


AGNÈS    (CIMETIÈRE   DE   SAINTE-) 


958 


de  Dieu,  entouré  de  vases  et  de  brebis,  devant  un  bel 
édifice.  Ces  mosaïques  ont  disparu  depuis  longtemps, 
mais  Ugonioa  fait  à  leur  propos  une  remarque  intéres- 
sante. La  mosaïque  de  Sainte-Constance,  dit-il,  offrait 
de  grandes  analogies  avec  la  célèbre  mosaïque  de  Sainte- 
Pudentienne1.  Son  témoignage  est  d'autant  plus  impor- 
tant qu'Ugonio  s'était  occupé  plusieurs  fois  de  cette  mo- 
saïque et  qu'il  l'avait  finalement  ramenée  du  ix«  siècle  - 
aux  premiers  temps  du  christianisme3.  «  Le  rapproche- 
ment qu'il  établit  doit  donc  être  pris  en  sérieuse  con- 
sidération et  on  ne  sera  pas  taxé  de  témérité  en  regar- 
dant avec  lui  la  mosaïque  absidale  de  Sainte-Constance 
comme  le  prototype  de  celle  de  Sainte-Pudentienne  *.  » 
Dans  la  mosaïque  de  la  coupole  il  faut  remarquer  la 


«  La  décoration  de  Sainte-Constance  fut  le  type  accom- 
pli d'une  époque  unique  pour  l'art,  la  Renaissance 
constantinienne.  En  un  même  moment  se  trouvèrent 
harmonieusement  fondues  la  tradition  antique  et  l'ins- 
piration des  catacombes  avec  le  génie  et  l'art  nou- 
veau '.  » 

vi.  SAiNTE-AGSES-iiORS-LES-MURS.  —  La  basilique  avait 
été  construite  sur  le  tombeau  même  de  sainte  Agnès,  au 
niveau  du  second  étage  de  la  catacombe  qui  fut  de  ce 
fait  gravement  endommagée.  Cette  fondation  se  trouve 
relatée  dans  les  Actes  apocryphes  de  sainte  Constance  et 
dans  une  inscription  acrostiche  qui  se  lisait  sur  l'abside 
de  la  basilique  élevée  à  sainte  Agnès  sur  la  voie  No- 
mentane  et  qui  nous  a  été  conservée  ainsi  que  les  vers 


"239.  —  Mosaïque  de  l'abside  de  droite. 
D'après  la  Revue  archéologique,  1875,  pi.  XXIII. 


ressemblance  qui  existe  entre  ce  morceau  et  les  mosaï- 
ques absidales  de  Sainte-Marie-Majeure  et  de  Saint-Jean- 
de-Latran;  cette  dernière  surtout  offre  la  répétition 
presque  textuelle  des  motifs  de  Sainte-Constance;  «  en- 
fants conduisant  une  barque,  —  jetant  des  filets,  — 
assis  sur  un  roc,  péchant  à  la  ligne  ;  —  puis  quelques 
variantes  légères,  non  moins  caractéristiques  :  à  Sainte - 
Constance,  un  des  génies  à  enfourché  un  cygne  et  na- 
vigue sur  cet  esquif  vivant;  à  Saint-Jean-de-Latran, 
l'oiseau  pourchassé  refuse  de  se  prêter  à  ce  service. 
On  voit  en  outre  abonder,  dans  les  deux  peintures,  les 
poissons,  les  monstres  marins5  et  toute  espèce  de  vola- 
tiles 6. 

'  Sur  cette  mosaïque,  cf.  L.  Lefort,  dans  la  Revue  archéolo- 
gique, 1874, 1. 1,  p.  96-100.  —  !P.  Ugonio,  Historia  délie  stationi, 
in-fol.,  Roma,  1588,  p.  164.  —  3De  Rossi,  Bull,  di  arch.  crist.. 
1867,  p.  51.  —  4E.  Miintz,  dans  la  Revue  archéologique,  1878, 
t.  VI,  p.  362.  —  B  A.  Valentini,  La  patriarcale  basilica  Latera- 
nense,  in-tol.,  Roma,  1837,  t.  i.  —  a  E.  Mûntz,  Notes  sur  les  mo- 
saïques chrétiennes  de  l'Italie.  Sainte-Constance  de  Rome,  dans 
la  Revue  archéol.,  1875,  t.  x,  p.  225  sq.  Il  faut  observer  que  la  mo- 
saïque du  Latran  a  pour  auteur  Jacques  Toniti,  au  xiii*  siècle. 


de  saint  Damase  sur  sainte  Agnès  à  la  fin  de  plusieurs 
manuscrits  de  Prudence.  A  partir  du  vne  siècle,  ces 
deux  inscriptions  ne  se  voient  plus  dans  les  sylloges  où 
les  voyageurs  notaient  les  inscriptions  lues  par  eux  à 
Rome.  Ceci  s'explique  par  le  fait  que  la  basilique  bâtie 
sous  Constantin  dans  la  forme  même  que  nous  lui 
voyons  aujourd'hui  a  été  plusieurs  fois  restaurée.  L'in- 
scription acrostiche  de  Constance  était  peinte  et  dès  le 
vi«  siècle  elle  avait  péri,  car  sous  le  pontificat  de  Sym- 
maque  (496-514),  l'abside,  qui  menaçait  ruine,  fut  re- 
construite8. A  qui  est-on  redevable  d'avoir  transcrit 
cette  pièce,  vers  le  commencement  du  vie  siècle,  à  la 
suite  du  Péri  Stcphanon,  on  l'ignore  9.  Un  ancien  ma- 

Vitet  et  Miintz  pensent  qu'il  se  sera  borné  à  conserver  la  composi- 
tion primitive,  les  nouveaux  arguments  apportés  par  Miintz  ren- 
dent cette  hypothèse  bien  voisine  de  la  certitude.  Cf.  Vitet,  Journal 
des  savants,  1863,  p.  501  ;  Études  sur  l'histoire  de  l'art,  in-12, 
Paris.  1864,  t.  I,  p.  298.  —  7  A.  Pératé,  L'archéologie  chrétienne, 
p.  197.  —  »  Liber  pontiflcalis,  Symmachus,  §  xii.  —  9Ce  ne  fut 
pas  en  tout  cas  Iso  magister,  car  le  ms.  Ambrosianus  D.  Sôsup., 
toi.  18,  du  vu'  siècle,  le  contient  déjà.  Le  ms.  de  Prudence  qu'an- 
nota le  consul  Rasilius  Mavortius  est  incomplet. 


959 


AGNÈS    (CIMETIÈRE    DE    SAINTE- 


969 


nuscrit  de  Saint-Germain  (n.  1309)  qui  date  du  VIIIe  siè- 
Je  i,  nous  le  donne  ainsi  : 

RequeRe—  ORDINë-  hISTORIe. 

Constantina  ilaquc  augusta  cum  essflt  prudentis- 
sima-  et  vehementer  litteris  mundialibus  erudita  hos 
versiculos  in  dedecalione  basilicœ  dictavit  et  super  ar- 
chwni  qui  basilicam  contenet  jusset  seribi  ita  ut  capita 
versuum  nomen  ejus  scribant  singulis  litteris  primis 
intentis  quibus  legitur  CONSTANTINAdô. 

CONSTANTINA   DEVM    VENERANS    CHRISTO- 

[QVE  DICATA 
OMNIBVSIMPENSISDEVOTAMENTEPARATIS 
NOMINE    DIVINO    M VLTVMQVE   CHRISTO    IU- 

[BANTE 
SACRAVI      TEMPLVM      VICTRICIS      VIRGINIS 

[AGNES 

5  TEMPLORVM  QVOD  VINCIT  OPVS  TERRENA- 

[QVE  CVNCTA 
AVREIQVE  RVTILANT  SVMMI  FASTIGIA  TECTI 
NOMEN  ENIMCHRISTICELEB'RATVR  SEDIBVS 

[ISTIS 
TARTAREA     SOLVS     POTVIT     QVI     VINCERE 

[MORTEM 
INVICTVSQVE  CAELO  SOLVS  FERRE   TRIVM- 

[PHVM 
10     NOMEN    ADDE    REFERENS    ET    CORPVS    ET 

[OMNIA  MEMBRA 
A   MORTIS   TENEBRIS  ET  CAECA  NOCTE    LE- 

[VATA 
DIGNVM  IGITVR  MVNVS  MARTYR  DEVOTAQVE 

[CHRISTO 
EX  OPIBVS    NOSTRIS    PER   SAECVLA   LONGA 

[TENEBIS 
OFELIXVIRGOMEMORANDINOMINISAGNES 

Nous  avons  des  témoins  épigraphiques  des  restaura- 
tions et  des  embellissements  faits  à  la  basilique  par 
le  pape  Honorius  Ier  (625-C38) 3,  qui  se  fit  représenter 
avec  le  pape  Symmaque  sur  la  mosaïque  absidale  de 
chaque  côté  de  la  jeune  martyre  et,  comme  le  disent  les 
deux  derniers  vers  que  nous  allons  transcrire,  le  pape 
Honorius,  revêtu  des  ornements  pontificaux,  offre  la  basi- 
que à  sainte  Agnès4  (fig.  240). 

Trois  syl loges  épigraphiques  ont  conservé  les  vers  qui 
se  lisent  sous  la  mosaïque  5. 

lsti  versiculi  scripti  sunl  in  ecclesia 
sanctae  Agnetis  in  illo  throno  ubi  pansât 
corpore. 

AVREA  CONCISIS  SVRGIT  PICTVRA  METALLIS 
ETCOMPLEXASIMVLCLAVDITVR  IPSA  DIES 

FONTIBVS  E  NIVEISCREDAS  AVRORA  SVBIRE 
CORREPTAS  NVBES  RVRIBVSARVA  RIGANS 

6  VEL  QVALEM  INTER  SIDERA  LVCEM  PROFE- 

[RET  IRIM 
PVRPVREVSQVE    PAVO   IPSE    COLORE    Nl- 

[TENS 
QVI    POTVIT    NOCTIS    VEL    LVCIS    REDDERE 

[FINEM 


*  De  Rossi  a  édité  ce  texte  dans  D.  Bartolini,  Atti  <li  S.  Agnese, 
in-4\  Borna,  1858,  p.  103,  104;  R.  Garrucci,  Storia  dell'  arte  cris- 
tiana,  in-fol.,  Prato,  1873,  t.  I,  p.  447,  448,  a  suivi  le  même  ma- 
nuscrit. Cf.  De  Rossi,  Inscript,  clirist.  urb.  Bomse,  in-fol.,  Etomse, 
1688,  t.  n,  pars  1,  p.  44  sq.  —  Ml  est  maniieste  que  ce  passade 
se  rapporte  au  texte  des  Actes  apocryphes  de  sainte  Agnes  dans 
lesquels  on  lit  :  Erat  ipsa  Constantin  regina  virgo  prudentis- 
siniu.  Constantia  est  ici  une  erreur  pour  Constantina.  Cf.  Bartolini, 
loc.  cit.,  p.  10;  De  Rossi,  Inscript,  christ,  urb.  Rom.,  t.  II,  p.  45. 
—  »Ibid.,  t.  il,  p.  62,  n.  5;  p.  63,  n.  6;  p.  104,  n.  37;  p.  137, 
n.  18;  p.  249,  n.  18.  —  *M.  Armellini,  /(  cimitero  di  S.  Agnese, 
p.  372.  —  "De  Rossi,  Inscript,  christ,  urb.  llomx.  t.  n,  pars  1. 
p.  104,  n.  36;  p.  137,  n.  17;  p.  249,  n.  19.  —  •  L'autel  actuel  est  mo- 


MARTYRVM  E  BVSTIS  HINC  REPPVLIT  ILLE 

[CHAOS 
SVRSVM  VERSA  NVTV   QVOD   CVNCTIS   CER- 

[NITVR  VSQVE 
10         PRAESVL    HONORIVS   HAEC    VOTA    DICATA 

[DEDIT 

VESTIBVS  ET  FACTIS  SIGNANTVR  ILLIVS  ORA 

EXCITAT  ASPECTV  LVCIDA  CORDA  GERENS. 

L'autel u  occupe  la  place  primitive  sur  le  tombeau  de 
la  martyre.  Vers  la  fin  du  iv*  siècle,  cet  autel  fut  décoré 
par  un  nommé  Potitus,  comme  on  le  voit  par  une  in- 
scription tracée  sur  un  reste  de  l'arehitrave  conservé  au 
musée  du  Capitule  '. 

Deux  autres  tilull  mentionnent  l'ornementation  de 
la  basilique  à  une  époque  postérieure.  Sur  l'abside  se 
trouvait  celle-ci  : 

VIRGINIS    AVLA    MICAT    VARIIS    DECORATA    ME- 

[TALLIS 
SEDPLVS  NAMQVE  NITET  MERITIS  FVLGENTIOR 

[AMPLIS8 

Celle-ci  se  rapporle  également  à  la  basilique  : 

[RIS 

INCLITA  VOTA  SVIS  ADQVIRVNT  PRAEMIA  LABO- 

DVM  PERFECTA  MICANT  MENTE  FIDE  MERITIS 

VIRGINIS    HOC    AGNAE    CLAVDVNTVR     MEMBRA 

[SEPVLCHRO 
QVAE  INCORRVPTA  TAMEN  VITA  SEPVLTA  TE- 

[NET 
HOC    OPVS   ARGENTO    COSTRVXIT   HONORIBVS 

[AMPLO 
MARTYRISETSANCTAEVIRGINISOBMERITVM9 

Sainte-Agnès-hors-les  murs  appartenait  à  la  Regio  IV, 
comme  en  témoigne  une  inscription  dont  Bosio  a  eu  un 
fragment  entre  les  mains10;  des  fouilles  faites  en  18% 
ont  confirmé  ce  point  de  topographie  par  l'épitaphe  sui- 
vante "  : 

+  LOCVS  IMPORTVNI  SVBDÏÂC  •  RËG  •  QVARTAE 

Les  fouilles  de  1901-1902  ont  amené  au  jour  un  frag- 
ment sculpté  représentant  l'apôtre  saint  Paul l-,  un  locu- 
lus  avec  cette  inscription  :  III  IDVS  NOBENBREIS 
DEPO  EMERENTI  IN  PAC  Ma*3,  un  autre  avec  ces 
mots  tracés  sur  la  chaux  Mil  NONAS  IN  PACE  ABIIT 
HAGNE  i*.  Le    rapprochement  des   nom^   d'Agnès   et 

Emerentius  est  à  tout  le  ins  curieux,  en  outre  les 

deux  épitaphes  ont  été  relevées  dans  une  galerie 
tiguè  à  la. sépulture  de  la  martyre.  Ces  mêmes  fouilles 
ont  fait  découvrir  une  inscription  faite  en  double  et  de 
dimensions  différentes  '  •. 

Ces  fouilles  ont  conduit  une  galerie  souterraine  qui  tra- 
verse l'abside  sous  l'autel  à  une  très  petite  distance  du 
tombeau  de  sainte  Agnès,  c'est  un  véritable  type  de  la  sé- 
pulture rétro  sanctos  (voir  Ad  SANCTOS,  col.  491)  ;  une  in- 
scription de  l'année  3 19  y  est  encore  à  sa  place  1G  (fig.  241). 

La  galerie  marquée  C  '  sur  la  coupe  ci-contre  se  trouve, 
on  le  voit,  à  peu  de  distance  de  la  sépulture  de  la  mar- 
tyre. Dans  «  le  massif  de  maçonnerie  »,  en  D'  on  a  pu 


derno.  —  :  M.  Armellini,  //  cimitero  di  s.  Agnese,  p.  375.  pi.  xnt 
n.  2.  —  8  De  llossi.  loc.  cit.  —  '•'  llml..  t.  n,  p.  63,  n.  5.  —  '"Nous 
avons  donné  cette  épitaphe  de  l'acolyte  Abundantius,  col.  351.  — 
"E.  Stevenson,  Scoperte  epigraftehe  n  S.  Agnese  fuori  la  mûri. 
dansNuovobull.  <ii  orch.  crise,  1896,  p.  189.  —  "G.  Wllpert, 
Prammento  d'ion1  lapide  cimiteriale  col  busto  iti  S.  Paolo,  dans 
la  même  revue,  1901,  p.  257,  pi.  îx.  -  "  o.  Maïucehi.  Scuvi  ne/.'a 
basilica  di  S.  Agnese,  dans  même  revue,  1901,  p.  224.  —  '*  Ibid., 
p.  '223.  —  ,5A.  Bacci,  Scari  nrl  cimitero  e  basilica  di  vS'. 
Agnese,  dans  même  revue,  1902,  p.  132.  Cf.  Armellini,  /;  cimi- 
tero di  S.  Agnese,  p.  394,  n.  51.  —  ">0.  Marucchi.  Scavi  nella 
basilica  di  S.  Agnese,  dans  Xuovo  bull.  di  arch.  crist..  1902, 
p.  223. 


961 


AGNÈS    (CIMETIÈRE   DE   SAINTE-) 


962 


.•evoir  l'urne  en  argent  contenant,  depuis  Paul  V,  les  re- 
liques de  sainte  Agnès  et  de  sainte  Émérentienne.  On 
a  reconnu  en  outre  l'existence  de  fondations  d'une  abside 
antérieure  à  l'abside  actuelle  ;  c'est  probablement  l'ab- 
side constantinienne  restaurée  par  le  pape  Symmaque. 
Le  12  décembre  1901,  on  découvrit  à  un  mètre  de 
profondeur  sous  le  pavé  du  chœur  de  la  basilique  une 


situé  auprès  de  la  basilique  de  Sainte-Agnès  et  nous 
permet  d'assigner  très  probablement  aux  années  d'ab- 
batiat  de  Séréna  la  restauration  de  l'abside  sous  Sym- 
maque (496-510).  On  a  voulu  voir  dans  l'inscription  de 
Constantina  Beum  venerans,  etc.,  que  nous  avons  citée 
plus  haut,  la  confirmation  des  Actes  très  médiocres  de 
sainte  Agnès,  lesquels  rapportent  que  Constantina  con- 


240.  —  Mosaïque  absidiale  de  la  basilique  de  Sainte-Agnès.  D'après  une  photographie. 


plaque  de  marbre  blanc  de  1  mètre  sur  0m75  portant 
l'inscription  suivante1  : 


-j-HIC  REQVIESCIT  IN  PACE 
SERCNA  ABBATISSA-SV- 
QUAE  VIXIT  ANNVS-PM  LXXXV 
DËP-ÇII-TrJ-MAI-SENATORE 
I    VCCONS- 


t 


t 


Hic  reqidescit  inpace  Serena  abbatissa  s[acra]  v[irgo] 
quse  vixit  annas p(lus)m(inus)  LXXXV.  Dep(osita)  VIII 
'ul(us)  mai.  Senatore  v(iro)  c(larissimo)  cons(ule). 

La  date  consulaire  est  l'année  514  et  le  consul,  Flavius 
Magnus  Aurelius  Cassiodorus,  Senator 2.  La  présence  d'un 
groupe  monastique  à  Sainte-Agnès-hors-les-murs,  dès 
l'année  514,  est  curieuse  à  plus  d'un  titre.  Elle  recule 
beaucoup  la  date  d'existence  du  monastère  de  vierges 

<  A.  Bacci,  Scavi  nella  basilica  di  S.  Agnese  sulla  via  Nomen- 
trtna,  dans  Nuovo  bull.  di  arch.  crist.,  1901,  p.  299;  le  même, 
Relazione  degli  scavi  eseguiti  in  S.  Agnese,  dans  Rômische 
Quartalschrift.  1902,  p.  51-58,  cf.  p.  56,  n.  13;  H.  Leclercq,  Note 
sur  les  abbesses  dans  Vépigraphie  et  la  liturgie,  dans  Rassegna 
Gregoriana,  1903,  t.  il,  p.  8;  .1.  P.  Kirsch,  Ausgrabungen  in  der 
basiltha  der  M.  Agnes  an  der  Via  Nomentana.  dans  Rômische 
Quartalschrift,  1902,  p.  78  sq.  —  sFontanini,  Biblioteca  delV  elo- 
quenzaitaliana,  in-4%  Venezia,  1755,  t.  tl,  p.  297,  invoquant  l'au- 
torité d'un  seul  manuscrit  de  Vérone,  avait  nié  que  le  nom  de  Sena- 
tor laissé  tout  seul  s'appliquât  à  Cassiodore,  car,  selon  lui,  il  fallait 
distinguer  deux  personnages  :  Cassiodorus,  au  nom  duquel,  di- 

D1CT.   D'ARC!!.   CHRÉT. 


sacra  sa  virginité  dans  le  monastère  de  Sainte-Agnès- 
hors-les-murs.  Assurément  la  formule  :  Christoque  di- 
cata,  ne  dit  rien  d'aussi  formel  et  les  Actes  n'ont,  en 
l'espèce,  aucune  valeur;  néanmoins  le  fait  de  la  décou- 
verte de  l'épitaphe  de  514  est  un  jalon  important  qui 
permet  de  rapprocher  les  origines  historiques  de  ce 
monastère  de  ses  origines  légendaires.  Nous  ne  croyons 
pas  que  l'âge  avancé  de  la  défunte  permette  de  conclure 
ni  même  d'insinuer  l'existence  ancienne  du  monastère 
où  elle  passa  sa  longue  vie;  c'est  en  elîet  une  question  de 
savoir  si  Séréna  avait  voué  la  virginité  dès  sa  jeunesse 
et  si  c'était  dans  le  monastère  même  où  elle  mourut. 

vu.  l'are  A  A  ciel  ouveiit.  —  Devant  le  mausolée  de 
sainte  Constance  a  existé  un  cimetière  à  ciel  ouvert  de 
forme  elliptique  dont  le  mur  d'enceinte  a  été  en  partie 
détruit.  Ce  cimetière,  qui  est  évidemment  postérieur  à  la 
paix  de  l'Église  est  peut-être  le  plus  ancien  à  Rome  parmi 
les  cimetières  chrétiens  à  ciel  ouvert3.  Voir  Area.  La 
destination  de  cet  emplacement  n'est  pas  douteuse.  On 

sait-il,  sont" portés  les  écrits  du  célèbre  consul,  et  Cassiodorius,  qui 
ne  devrait  pas  être  confondu  avec  lui.  Or,  le  ms.  en  question  porte 
trois  lois  la  lecture  Cassiodorius,  et  Joseph  di  Costanzo  a  confirmé 
l'identification  des  deux  personnages  en  un  seul  en  invoquant  la 
leçon  d'un  manuscritdu  Mont-Cassin  qui  porte  1  historia  tripartita, 
au  nom  de  Cassiodorii  senatoris.  J.  di  Costanzo,  Odeporico,  ms.  da 
la  bibl.  de  Saint-Paul,  p.  249.  Cf.  De  Rossi,  Inscript,  christ,  urb. 
Rornœ,  in-fol.,  Romae,  1857-1861,  t.  i,  p.  430.  Pour  les  noms  et 
prénoms  de  Cassiodore,  voir  S.  Maffei,  Opusculi  ecclesiastici, 
à  la  fin  de  la  Storia  theolog.,  in-fol.,  Trenta,  1742,  p.  182  sq.  — 
3  F.  Fea,  Varietà  di  notizie,  in-8°,  Roma,  s.  d.,  p.  169;  De  Ross», 
Roma  solterranea,  t.  m,  p.  394. 

I.  -31 


863  AGNÈS    (CIMETIÈRE   DE   SAINTE-)  904 

y  a  trouvé  des  sarcophages  chrétiens  en  marbre  ',  une    I    fut  ramené  à    Rome  (354).  Elle  avait  habité  sur  l.l  voie 
grandr  quantité  de  tombes,  des  fragments  d'inscriptions    |    Nomentane,   dans   le   Suburbanum   Constantini.   Celle 

qui   nous    intéresse    était-elle    vierge?  Peut-être  si  on 


et  des  monnaies  de  bronze  à  l'effigie  de  Constantin  2.  Les 


241.  -  Inscription  de  l'année  349. 
D'après  Armellini,  H  chuitero  di  S.  Agnese,  pi.  xm,  n.  2. 


lombes  y   étaient   protégées  par  un  toit  de  tuiles  sub 
teglata,  dit  une  inscription  3  : 

ÎLOCVSj 

OPP  \ortuni 
sub]  TEGLAjJa 

Mabillon  a  publié  une  inscription  de  ce  cimetière  qui 
offre  une  belle  formule  d'anathème  contre  la  violation 
des  tombeaux4  : 

MALE  PEREAT  INSEPVLTVS 
IACEAT  NON  RESVRGAT 
CVM  IVDA  PARTEM  HABEAT 
SI  QVIS  SEPVLCHRVM 
HUNC        VIOLAVERIT 

8"  Le  sarcophage  de  sainte  Constance.  —  La  princesse 
qui  a  donné  son  nom  au  mausolée  que  nous  décrivons 


prend  Cliristo  dicata  en  ce  sens,  mais  rien  n'y  oblige 
et  l'épithète  s'appliquerait  également  bien  à  une  veuve 
gardant  la  continence.  Peut-être  était-ce  une  fille  de  la 
Constantina  que  nous  venons  de  nommer,  peut-être 
une  fille  de  Constantin;  cette  question  ne  rentre  pas 
dans  le  cadre  de  nos  recherches  5.  Nous  devons  signaler 
le  sarcophage  de  porphyre  qui  contenait  le  corps  de 
sainte  Constance  et  demeura  dans  sa  niche  jusque  sous 
Paul  II  qui  le  lit  transférer  sur  la  «  piazza  di  S.  Marco  ». 
Rendu  par  Sixte  IV  à  son  antique  emplacement  il  lut 
repris  par  Pie  VI  en  1788  et  transféré  au  musée  du  Va- 
tican. C'est  encore  la  décoration  de  pampres  et  d'amours 
(fig.  243)  occupés  à  récolter  la  vendange  et  à  louler  les 
grappes,  mais  la  facture  est  lourde,  le  dessin  y  a 
perdu  toute  sa  légèreté  qu'un  ciseau  plus  habile  eut  su 
conserver.  On  a  découvert  à  Constantinople  et  on  con- 
serve dans  le  musée  de  cette  \ille  un  fragment  de  sar- 
cophage antique  identique  à  celui  de  sainte  Constance 


Abside  '■    Presèytérfum 


Autel 


Secti 


A 


__1 


A    M è± 


fdvement  aie  l'£ç//se 


Plan.duOmettëre  soi 

'■  Tuf  v, 

P/dn    du  C/nelitir?  


__ . 


242.  —  Coupe  de  la  galerie  souterraine,  près  du  tombeau  de  sainte  Agnès. 
D'après  Nuovo  bulleltino  di  archeologia  cristiana,  1901,  p.  297. 


et  élevé  la  basilique  de  Sainte-Agnès-hors-les-murs 
dont  nous  avons  parlé  n'est  pas  très  clairement  iden- 
tifiée. Il  a  existé  une  Constantina,  femme  d'Annibalien  et 
m  [in'  de  Constantin;  elle  mourut  en  Bithynieel  son  corps 

'M.  Armellini,  Il  chuitero  di  s.  Agnese,  p.  866.  —  'C.  Fea, 
dans  Atti  delV  Accad.  rotnana  d'archeoiogia,  i.  m.  p. 
«Armellini,  loc.  cit.,  p.  367.  Cf.  Roller,  Les  peii  cata- 

combes, in-fol.,  Paris,  1881,  t.  n,  pi.  î.xx  a,  n.  28;  De  Rossi, 
Huma  soterr.,  t.  i,  p.  216;  t.  m,  p.  43;(;  Rômieche  Quartalschrift, 
1901,  p.  41  :  ...  hOCVM  svb  teol.aia...  —  'Mabillon,  lier  llalicum. 
in-'f,  Parisiis,  1087,  p.  149.  —  "Cl.  L.  Duchcsne,  dans  le  Bulletin 
critique,  1892,  p.  142.  Le  baptistère  a  pu  servir  de  lieu  de  sé- 


jusque  d;m>  ses  détails.  Le  musée  d'Alexandrie  possède 
un  couvercle  de  sarcophage  en  porphyre  rouge  qui  ne 
diffère  du  couvercle  du  sarcophage  de  sainte  Constance 
que  par  de  légers  détails.  On   croit  pouvoir  inférer  de 

pulture.  Cet  usage  tourna  à  l'abus,  puisqu'un  canon  du  conci'.e 
d'.\u\  35    Inte   lit  cette  double  destination  donnée  aux 

édifice-  La  ferveur  chrétienne  porta  les  populations  voisines 
à  grouper  leurs  dernières  demeures  auprès  de  cette  sainte  sé- 
pulture ;  et  c'est  ainsi  que  se  trouva  lormé  en  avant  de  l'édifice 
le  Campo  Santo  (fig.  234),  que  quelques  profanes  ont  eu  le  tort  de 
prendre  pour  un  hippodrome.  »  Ch.-Ed.  Isabelle,  Les  édifices 
circulaires,  p.  79. 


965 


AGNÈS   (CIMETIÈRE   DE   SAINTE- 


AGNUS   DEI 


966 


là  que  notre  sarcophage  serait  un  travail  égyptien1.  Le 
sarcophage  de  sainte  Constance  est  très  intérieur  à  celui 
de  sainte  Hélène  auprès  duquel  il  est  conservé  au  Va- 
tican2. H.  Leclercq. 

AGNUS  DEI.  —  I.  VAgnus  Dei,  formule  liturgique. 
II.  VAgnus  Dei  pascal. 

I.  L'AGNUS  DEI,  FORMULE  LITURGIQUE.  —  L'Agi) us 
Dei  est  une  invocation  qui  se  trouve  aujourd'hui  dans 
la  messe  romaine,  à  la  fin  du  canon,  après  la  prière  : 
Hxc  conwiixtio  et.  consecratio,  etc.  Elle  est  répétée  deux 


ejus,  et  nomen  patris  ejus  scriptum  in  frontibus  suis. 
Apoc,  xii  et  xiii,  et.  v,  6,  8,  12,  13;  VI,  1, 16;  vu,  9, 10, 
14,  17;  xiv,  1,  4,  10;  xv,  3;  xvn,  14;  xix,  7,  9;  xxi,  9, 
14,  22,  23,  27;  xxn,  1,  3,  14;  II  Petr.,  u,  24.  Enfin  saint 
Jean-Baptiste  s'adresse  ainsi  au  Sauveur  :  Ecce  agnus 
Dei,  ecce  qui  tollit  peccatum  mundi.  Joa.,  i,  29. 
Il  suffit  de  remarquer,  sans  s'étendre,  autrement  sur  ce 
symbolisme  (voir  Agneau,  col.  877),  que  deux  idées  sont 
exprimées  ici  :  le  Messie  est  désigné  comme  l'agneau 
et  son  sang  efface  les  péchés.  Le  texte  de  VAgnus  Dei 
à  la  messe  n'est  guère  que  la  répétition  de  ces  formules 


'213.  —  Sarcophage  de  sainte  Constance.  D'après  une  photographie. 


fois  sous  la  forme  Agnus  Dei,  qui  tollis  peccata  mundi, 
miserere  nobis ;  la  troisième  fois,  on  remplace  ces  der- 
niers mots  par  ceux-ci  :  dona  nobis  pacem.  Cette  forme 
très  simple  est  inspirée  par  l'Écriture.  Isaïe  donne 
l'Agneau  sous  la  figure  du  Messie  dans  son  célèbre  cha- 
pitre lui,  où  il  décrit  les  souffrances  et  les  abaisse- 
ments du  Christ  :  Oblatus  est  quia  ipse  voluit,  et  non 
aperuit  os  suum;  sicut  ovis  ad  occisionem  ducetur,  et 
quasi  agnus  coram  tondente  se  obmutescet,  et  non 
aperiet  os  suum.  Cf.  xvi,  1,  Emitte  agnum,  Domine, 
dvminatorem  terrée;  Jer.,  il,  19.  Ego  quasi  agnus 
mansuelus,  etc. 

Mais  c'est  surtout  dans  l'Apocalypse  qu'il  est  question 
de  l'Agneau  :  Agnus  qui  occisus  est  ab  origine  mundi... 
Et  ecce  Agnus  stabat  supra  montent  Sion  et  cum  eo 
centum  quadragi?ita  quatuor  millia  habentes  nomen 

*  C'est  l'opinion  de  Strzygovvski,  Orient  oder  Rom,  c.  m, 
cf.  Revue  archéol.,  1903,  p.  104.  —  s  Venturi,  Storia  dell'  arte 


scripturaires,  sous  forme  de  prière.  La  plus  ancienne 
introduction  de  cette  invocation  dans  la  liturgie  est 
sans  doute  celle  qui  se  trouve  dans  l'hymne  très  antique 
du  Gloria  in  excelsis  et  qui  est  l'équivalent  à  peu  près 
de  celle  de  la  fin  du  canon;  elle  s'y  présente  sous  ces 
formes  diverses  : 


Codex  Alexandrinus, 
IV"  siècle. 

'0  àjxvîïç  ToC  0£o3  o 
utbç  toù  n«Tçb;  o  ctipwv 

uou. 


Gloria  romain  Bangor 

et  ambrosien.  (tradition    celtique). 

Agnus    Dei    qui  Agnus    Dei    qui 

tollis  peccata  mun-  tollis        peccatum 

di...   Qui  sedes  ad  mundi,      miserere 

dexteram     Patris,  nobis.  Même  version 
miserere  nobis. 


dans  le  missel  de 
Stowe,  le  Book  of 
hymns,  et  d'autres 
manuscrits  anglais3. 

italiana,  t.  i,  fig.  168,  171.  —  'Warren,  The  Antiphonary  of 
Bangor,  t.  u,  p.  31,  76,  77,  100. 


967 


AGNUS    DEI 


968 


La  messe  actuelle  de  saint  Jean  Chrysostome  porte  à 
la  fraction  ces  paroles  :  MzV.Znai  -/ai  Zt.ay.ipiZi-:a.i  o 
àpvb;  toO  @e.o\i  o  (jleXiÇôjjlevoî  xai  p/r,  Scaipouu,evoç,  etc.  '. 
Mais  dans  l'ancien  texte  (IXe  siècle)  ces  paroles  sont 
absentes 2.  La  liturgie  de  saint  Jacques  contient  égale- 
ment à  la  fraction  et  à  la  communion,  cette  formule  : 
"I8ou  (Neale,  Tetralogia,  p.  179,  donne  I6è)  6  ànvbe  toO 
©soû  (dans  Neale,  ibid.  :  6  vib;  toO  Ilarpoç),  6  aî'pwv  tyjv 
àuaptîav  toû  xôa[j.ou,  <T<pa-yia<T6eii;  ûicep  tïjç  toû  -xô<t|J.ou 
Ç«oriî  xat  (TtoTTjpc'ai;  3. 

L'acclamation  de  l\Agjit<s  Dei  à  la  fin  du  canon  ro- 
main diffère  assez  sensiblement  de  ces  deux  dernières 
liturgies,  mais  il  est  la  répétition  à  peu  près  exacte  de 
l'invocation  du  Gloiia.  L'introduction  de  cette  prière  à 
la  messe  porte  sa  date.  Il  est  raconté  au  Liber  ponlifi- 
calis  que  Sergius  Ier,  pape  en  687,  établit  que  pendant 
la  fraction  le  clergé  et  le  peuple  chanteraient  YAgnus 
Dei  :  Hic  staluit  ut  tempore  confractionis  dorninici 
corporis  Agnus  Dei  qui  tollis  peccata  mundi  miserere 
nobis  a  clero  et  a  populo  decantareturk.  Sa  notice 
porte  trace  de  plusieurs  autres  règlements  intéressants. 
Si  pour  les  premiers  siècles  ces  renseignements  litur- 
giques du  Liber  pontificalis  ne  sont  rien  moins  que 
sûrs,  il  n'y  a  aucune  raison  ici  de  les  mettre  en  doute. 
M9r  Duchesne  fait  remarquer,  après  Bona,  qu'il  est  pos- 
sible de  voir  dans  ce  décret  de  Sergius  une  protestation 
contre  le  canon  82  du  concile  in  Trullo  qui  détend  de 
représenter  le  Sauveur  sous  la  forme  symbolique  de 
l'Agneau  B.  Il  ne  faut  pas  oublier  que  la  messe  romaine, 
à  la  différence  de  plusieurs  autres  liturgies,  ne  contient 
plus  de  chant  pour  la  fraction,  probablement  depuis  les 
modifications  apportées  par  saint  Grégoire  à  cette  partie 
du  canon.  L'Agnus  Dei,  sans  être  proprement  une 
prière  de  fraction,  remplit  bien  cette  place  vide. 

Il  ne  fut  d'abord  chanté  ou  récité  qu'une  fois,  c'est 
plus  tard  que  s'établit  la  coutume  des  trois  répétitions, 
probablement  pour  remplir  le  temps  de  la  fraction  et 
de  [ la  communion.  Les  plus  anciens  manuscrits  qui 
mentionnent  cette  prière,  comme  nous  le  dirons  tout  à 
l'heure,  n'ont  qu'une  invocation;  "Walafride  Strabon  et 
Ainalaire  n'en  connaissent  qu'une  également  8.  Yves  de 
Chartres  nous  parle  de  trois  invocations,  et  déjà,  selon 
Martène,  on  les  trouverait  dans  des  manuscrits  de  l'an 
mille  1.  On  prit  aussi  l'habitude  de  remplacer  à  la  troi- 
sième invocation  le  miserere  nobis  par  le  doua  nobis 
pacem,  et  aux  messes  des  morts  par  le  dona  eis  re- 
quiem. Le  dona  nobis  pacem  attribué  à  tort  à  Jean  XXII 
ou  à  une  circonstance  miraculeuse,  est  certainement 
plus  ancien,  puisque  déjà  Beleth  et  Innocent  III  en 
parlent  au  xne  siècle.  Ce  dernier  dit  que  cette  addition 
est  une  prière  pour  mettre  fin  à  des  luttes  et  à  des  dé- 
Eordres  qui  menaçaient  la  paix  de  l'Église  8. 

Mvr  Duchesne  remarque  encore  que  ni  le  gélasien,  ni 
la  messe  romaine  du  missel  de  Bobbio.  ni  celle  de 
Stowe  ne  portent  trace  de  YAgnus9.  Noua  ne  le  trou- 
vons pas  davantage  dans  le  missel  mozarabe,  ni  dans 
l'ambrosien,  sauf,  nous  Le  dirons  tout  à  l'heure,  l'excep- 
tion des  messes  des  morts;  ;iinsi  il  n'est  pas  dans  les 
anciens  ordinaires  ambrosiens  publiés  dans  i'Auctarium 
Solesmense  10  ;  ni  dans  deux  expositions  anciennes  de 
la  messe,  l'une  tirée  d'un   manuscrit  du  ix«  siècle,  pu- 

4  Brightman,  Liturgies  eastern  and  western,  Oxford,  1896, 
p.  393.  —  'Brigtman,  Liturgies  eastern  and  western,  Oxtord, 
1895,  p.  341.  —  *Loc.  cit.,  p.  02.  —  'Liber  pontificalis,  éd.  Du- 
chesne, t.  I,  p.  381,  note  42;  cf.  Bona,  Rerum  liturgicarum,  éd. 
Sala,  in-lbl.,  Aug.  Taurin.,  t.  m,  p.  347  sq.  —  *  Loc.  cit.  — 
«Walafride,  De  rébus  ecclesiasticis.  c.  xxn,  }'.  I...  l.  cxrv, 
col.  750;  Amalaire,  De  ecclesiast.  OffXc,  1.  III.  c.  xxxui.  /'.  1..-. 
t.  CV,  col.  1153.  —  1  Martène,  De  anliq.  Eccles.  rit..  1.  t.  c  iv. 
a.  9,  éd.  Bassano,  1788,  t.  i,  p.  151  sq.  —  «Cf.  Lebrun,  /  xplica- 
tion  des  cérémonies  île  lu  messe,  éd.  Liège,  1777.  !  n,  p.  ,'i7ti  si). 
—  "Liber  pontificalis,  loc.  eir.  Cf.  Muratori,  Liturgia  romana, 
t.  i,  p.  098,  t.  ii,  p.  780;  Warrcn,  The  liturgy  o\  the  celtic 
Churchj  Oxford,  1881,  p.  242.  —  '°  Solesmis,  1900,  p.  95.  ci.  aussi 


bliées  par  Gerbert1*.  En  revanche  d'autres  expositions 
dans  des  manuscrits  du  Xe  siècle  contiennent  V Agnus 
Dei,  mais  une  seule  fois12.  Le  missel  de  Jumièges  le 
contient  aussi,  une  seule  fois,  après  le  Pax  Domini,  et 
avant  la  prière  :  Hsec  commixtio  13.  Enfin  il  faut  ajouter 
qu'il  n'est  pas  récité  le  vendredi  saint,  à  la  messe  des 
présanctiiiés,  ni  le  samedi  saint,  ce  qui  semble  bien  in- 
diquer que  son  introduction  à  la  messe  est  postérieure 
à  la  composition  de  celles-ci. 

Les  plus  anciens  manuscrits  grégoriens  publiés  par 
Ménard,Pamelius,  Muratori,  ont  YAgnus  une  seule  fois, 
après  le  Pax  Domini.  Ils  n'ont  pas  la  prière  Com- 
mixtio, si  bien  que  PAgnus  Dei  termine  le  canon.  La 
présence  de  cette  prière  dans  ces  documents  a  fait  croire 
à  quelques  liturgistes  que  V Agnus  Dei  de  la  messe  re- 
montait jusqu'à  saint  Grégoire  et  par  suite  était  très 
antérieur  à  Sergius1*;  mais  on  sait  aujourd'hui  que  si 
ces  livres  peuvent  être  appelés  grégoriens  dans  une 
certaine  mesure,  aucun  n'est  pur  de  toute  interpolation 
postérieure.  Cette  preuve  ne  suffirait  donc  pas  à  faire 
"  rejeter  la  mention  du  Liber  pontificalis.  La  messe 
d'Illyricus  n'a  pas  YAgnus  Dei. 

Si  nous  abordons  la  série  des  manuscrits  très  soi- 
gneusement dépouillés  par  Ebner,  nous  en  trouvons  un 
du  xie  siècle  qui  porte  encore  avant  YAgnus  Dei  la  men- 
tion du  Liber  pontificalis  :  Sergius  papa  statuit  ut  tem- 
pore confractionis,  etc.  1S.  L'Agnus  Dei  est  encore  dans 
un  manuscrit  du  IXe  siècle,  dans  deux  du  xe-xi«  siècle, 
dans  d'autres  des  XIe,  XIIe  et  xine  siècles16.  Il  est  géné- 
ralement dans  ces  manuscrits  immédiatement  après  le 
Pax  Domini  et  avant  la  prière  Hsec  commixtio,  tandis 
qu'aujourd'hui  il  est  après.  Les  exemples  en  sont  si 
nombreux.  qu'Ebner  a  pu  dire  que  l'on  peut  considérer 
YAgnus  Dei  dans  les  manuscrits  du  moyen  âge  comme 
la  conclusion  ordinaire  du  canon17.  Il  cite  aussi  toute 
une  classe  de  manuscrits  qui  après  la  prière  ont  une 
représentation  de  l'Agneau  de  Dieu,  sous  des  type^  di- 
vers. Parfois  il  est  accompagné  de  saint  Jean-Baptiste 
qui  désigne  du  doigt  le  Messie,  ce  qui  fait  de  L'image  un 
symbole  parlant18. 

Une  autre  série  de  documents  de  même  genre  a  été 
étudiée  par  Ehrensber<;er,  mais  outre  que  l'absence  de 
table  des  pièces  rend  les  recherches  difficiles,  l'auteur 
ne  parait  pas  s'être  préoccupé  dans  ses  dépouillements 
de  marquer  des  particularités  de  ce  genre  19. 

Pour  le  chant  de  YAgnus  Dei  il  en  sera  traité  dans 
un- article  à  part  sur  les  chants  communs  de  la  n 
Voir  Messf.  (Citant  . 

La  liturgie  ambrosienne,  avons-nous  dit,  ne  i'a  que 
pour  les  messes  des  morts,  sous  lorme  de  triple  invo- 
cation, comme  dans  la  messe  des  morts  romaine,  mais 
à  la  troisième  invocation  on  dit  :  dona  eis  requiem  sem- 
piternam  et  ktcum  indulgentite  cum  sanclis  tuis  in 
gloria  -°. 

Signalons  une  forme  amplifiée  comme  on  en  trouve- 
rait beaucoup  dans  le  bas  moyen  âge  ;  Agnus  Dei  qui 
tollis  peccata  mundi  crimina  tollis,  aspera  mollis, 
agnus  honoris,  miserere  nobis.  Agnus  /'ri,  q.  t.  p.  m., 
ruinera  sanas,  ardua  planas,  agnus  amorti,  miserere 
nobis.  Ignus  Dei,  q.  t.  p.  m.,  sordida  munda,  cuncta 
fecundas,  agnus  odoris,  dona  nobis  paceni  -'. 

P.  Lejay,  Bévue  dhist.  et  de  littér.,  1S97,  p.  184.  —  "  Mo- 
numtnta  lit.  Alem.,  t.  I,  p.  276,  337.  —  >*  Loc.  cit.. 
334.  —  '3  The  missal  of  Jumièges,  éd.  by  H.  A.  Wilson,  in-8% 
London,  1896,  p.  47.  —  "Bona,  loc.  cit.,  p.  348  sq.  Pellicia  sem- 
ble rapporter  cette  prière  au  iv  siècle  (!),  The  polity  of  the 
Christian  Church.  .  .  \.  ni.  Londun,  1883.  t.  Il,  p.  2'i7.  —  ,SA. 
Ebner,  Quellen  u  Forschungen  turGesch.  des  Missale  Kotna- 
mon  imMittelalter.  in-s  ,  Freib.  imBrejsg.,1896,  p. 273.  —  "Loc. 
cit.,  p.  273,  278,  281    281    292,.  293,  295,  14,  317,  8M. 

—  "  Loc.  cit.,  p.  *25.  -  "  Loc.  eu  .  p.  W8.  —  '"  l.ibri  Hturgici 
bibKothecsi  apostolicte  Vaticanse,  in-V.  Friburgi  Brisg.,  1890. 

—  J0  Voir  Veditio  typica  publiée  par  Ceriani  en  1902,  Milan,  au 
canon.  —  "  Bona,  lie,-,  liturg.,  loc.  cit.,  p 


9CD 


AGNUS    DEI 


970 


En  se  tournant  vers  le  peuple  pour  porter  la  commu- 
nion, le  prêtre  élevant  l'hostie  dit  encore  aujourd'hui  : 
Ecce  agnus  Dei,  ecce  qui  tollit  peccata  mundi.  Cette 
prière,  assez  semblable  à  celle  que  nous  avons  relevée 
dans  la  liturgie  de  saint  Jacques,  parait  cependant  d'in- 
troduction récente.  Dans  l'antiquité  on  disait  seulement 
en  donnant  la  communion  ces  paroles  :  Corpus  Christi, 
sanguis  Christi,  et  les  fidèles  répondaient  amen.  Voir 
Communion. 

Enfin  la  triple  invocation  est  devenue  aujourd'hui  la 
finale  obligée  de  toutes  les  litanies  usitées  dans  la  litur- 
gie romaine,  et  même  en  général  dans  toutes  les  litur- 
gies. Cette  coutume  n'est  pas  primitive;  la  plus  ancienne 
litanie  est  composée  surtout  du  Kyrie  eleison,  Christe 
eleison  (Domine,  miserere  nobis)  comme  réponse  à  des 
invocations.  Voir  Litanies.  Même  un  grand  nombre  de 
litanies  plus  récentes  ne  l'ont  pas,  telles  les  Litanies 
carolinse  du  ixe  siècle,  les  Litanise  arelatenses  i ,  telles 
encore  plusieurs  des  litanies  de  la  sainte  Vierge  éditées 
par  le  P.  de  Santi 2.  Mais  un  grand  nombre  d'autres 
la  donnent,  et  peu  à  peu  cela  devint  la  coutume  géné- 
rale3. F.  Cabrol. 


gny  cite  le  fait  d'un  Agnus  Dei  contemporain  de  saint 
Grégoire,  d'un  autre  du  vne  siècle  dans  le  tombeau  de 
Flavius  Clemens;  Benoît  XIV  parle  de  la  présence  d'un 
Agnus  Dei  dans  le  sacorphage  de  l'impératrice  Marie 
(ive  siècle)  6.  D'autres  citent  un  texte  du  Liber  pontifi- 
calis  qui  ferait  remonter  ce  rite  au  pape  Zozyme  (417-418). 
Pour  Hospinien  il  serait  un  emprunt  à  une  cérémonie 
païenne,  et  pour  Baronius,  une  imitation  des  bulles  d'or 
que  portaient  les  jeunes  Romains.  Mais  toutes  ces  hypo- 
thèses sont  arbitraires  et  les  exemples  que  l'on  cite  sont 
ou  apocryphes  ou  mal  interprétés7. 

Tout  ce  qu'on  peut  affirmer,  c'est  que  l'origine  en  est 
chrétienne  et  probablement  romaine;  mais  on  n'a  trouvé 
jusqu'ici  aucun  texte  antérieur  au  IXe  siècle.  Un  Ordo 
romanus  de  ce  temps  en  parle  clairement;  Amalaire  à 
la  même  époque  et  le  pseudo-Alcuin  y  font  aussi  allu- 
sion 8. 

Actuellement,  c'est-à-dire  d'après  un  cérémonial  qui 
remonte  au  xvie  siècle,  la  bénédiction  de  ces  objets  est 
faite  à  Rome  par  le  pape  au  commencement  de  son 
pontificat,  et  ensuite  tous  les  sept  ans  sous  une  forme 
solennelle.  Mais  il  y  a  aussi  une  bénédiction  privée  qui 


2'i'i. 


Agnus  Dei  de  Grégoire  XI.  D'après  une  photographie. 


II.  L'AGNUS  DEI  PASCAL.  —  Définition,  origine,  rite. 

Les  Agnus  Dei  étant  d'un  usage  postérieur  à  l'époque 
dont  nous  nous  occupons  dans  ce  dictionnaire  et  leur 
emploi  n'étant  pas  de  grande  importance  pour  l'histoire 
de  la  liturgie,  nous  n'en  parlerons  que  très  brièvement, 
renvoyant  aux  travaux  assez  nombreux  faits  sur  la  ma- 
tière et  notamment  à  l'article  récent  de  M.  Mangenot 
dans  le  Dictionnaire  de  théologie  catholique1',  qui,  à 
propos  de  ces  sacramentaux,  a  traité  la  question  archéo- 
togique  el  liturgique. 

En  résumé  on  désigne  sous  ce  nom  certaines  bulles 
ou  médaillons  de  cire  représentant  la  figure  de  l'agneau 
îm  .-tique  (en  général  l'agneau  couché,  ayant  auprès  de 
lui  la  croix  qui  indique  qu'il  s'agit  de  l'agneau  immolé). 

Pour  l'origine,  il  faut  renoncer,  semble-t-il,  à  celle  que 
quelques  archéologues  lui  avaient  donnée,  telle  par 
<  Minple  qu'elle  est  énoncée  dans  l'article  de  Martigny. 
Selon  cet  auteur  qui  se  fait  l'écho  de  plusieurs  anciens, 
V Agnus  Dei  aurait  pour  origine  la  coutume  de  quelques 
fidèles  qui  prenaient  au  samedi  saint  des  fragments  de 
cire  tombés  du  cierge  pascal,  pour  s'en  servir  comme  de 
préservatif  contre  le  démon,  et  en  ce  sens  Y  Agnus  Dei 
serait  contemporain  du  cierge  pascal  et  remonterait  au 
moins  au  i\e  siècle5  (voir  Cierge  pascal);  sous  la  forme 
de  médaillons  avec  l'Agneau,  il  daterait  du  vie.  Marti- 

1  P.  L.,  t.  cxxxviii,  col.  888,  891.  —  -  Les  litanies  de  la 
sainte  Vierge,  étude  historique  et  critique,  traduction  Boudinhon, 
Paris,  s.  d.  —  3Ct.  de  Santi,  Les  litanies,  etc.,  loc.  cit.,  et  P.  L., 
t.  cxxxviii,  col.  100;  t.  lxxx,  col.  411;  Gerbet,  Monumenta  li- 
turgies Alemanicx,  t.  n,  p.  34,  90,  122,  etc.  Les  plus  antiques 
litanies  paraissent  ne  donner  qu'une  invocation,  cf.  Book  of  Cerne, 
p.  212,  et  les  litanies  données  par  Alcuin,  P.  L.,  t.  ci,  col.  524.  — 


a  lieu  par  toute  fête,  ou  toute  circonstance  solennelle 
au  gré  du  pape,  lorsque  le  nombre  des  Agnus  Dei  est 
épuisé.  On  emploie  pour  cette  bénédiction  diverses  for- 
mules, avec  l'eau  bénite,  le  saint-chrème  et  le  baume. 

Avant  cette  date  le  rite  était  un  peu  différent.  Il  avait 
lieu  au  Latran  le  samedi  saint,  et  il  était  réservé  à  l'ar- 
chidiacre; les  Agnus  Dei  étaient  distribués  le  dimanche 
in  Albis  ou  le  samedi  avant  Quasimodo.  La  cérémonie 
ressemblait  beaucoup  alors  à  celle  de  la  bénédiction  des 
cierges  au  2  février.  Les  plus  anciens  Agnus  Dei  que 
l'on  connaisse  remontent  au  temps  de  Jean  XXII  et  de 
Grégoire  XI. 

Cette  dévotion  donna  lieu  à  des  abus.  On  fabriqua  de 
faux  Agnus  Dei  que  l'on  vendit.  On  connaîl  plusieurs 
bulles  qui  ont  pour  objet  la  condamnation  sévère  de 
toutes  ces  pratiques  et  qui  montrent  le  zèle  des  papes  * 
à  proscrire  le  commerce  des  choses  saintes. 

Pour  le  symbolisme  des  Agnus  Dei,  leur  distribution, 
et  leur  efficacité,  nous  renvoyons  aux  travaux  que  nous 
citons  dans  la  bibliographie,  notamment  à  l'article  de 
M.  Mangenot. 

La  matière  des  Agnus  Dei  est  la  cire,  mais  leur  gran- 
deur varie  de  3  à  20  centimètres,  la  forme  et  l'image 
qu'ils  représentent  varient  également.  Nous  en  donnons 
une  appartenant  au  musée  de  la  ville  de  Poitiers  qui 

*T.  i,  col.  605.  —  *  Dictionnaire  des  antiquités  chrétiennes, 
2'  éd.,  au  mot  Agnus  Dei,  p.  32.  Cf.  aussi  Thomasi,  Opéra,  édit. 
Vezzosi,  t.  vi,  p.  70,  note.  —  "Benoît  XIV,  De  serv.  Dei  beatif., 
Opéra,  éd.  Venise,  1767,  t.  iv,  p.  284.  —  7  Mangenot,  loc.  cit., 
col.  606;  Duchesne,  Liber  pontif.,  t.  i,  p.  87,  cxxxm.  —  "Manil- 
lon, Muséum  Italicum,  P.  L,  t.  lxxviii,  col.  960-961;  Amalaire, 
De  eccl.  offte,  P.  L.,  t.  evi,  col.  1033;  t  ci,  col.  1215. 


971 


AGNUS   DEI   —   AGOBARD 


972 


peut  être  considérée  comme  la  plus  ancienne  que  l'on 
connaisse;  c'est  VAgnus  Dei  de  Grégoire  XI,  en  1370 
(fig.  244). 

Outre  l'article  Agneau  et  les  Dictionnaires  Martigny 
et  Schmidt  (au  mot  Lanib),  Lichtenberger,  l'Encyclo- 
pédie des  sciences  religieuses,  le  Kirchenlexicon,  l'En- 
cyclopédie d'Herzog,  etc.,  nous  renvoyons  surtout,  avec 
les  réserves  indiquées  dans  le  présent  article,  aux  ou- 
vrages suivants  :  0.  Panvini,  De  baptismale  paschali, 
origine  et  ritu  consecrandi  Agnus  Dei,  in-8°,  Rome, 
1560;  2a  éd.,  Rome,  1656  avec  l'opuscule  de  Valerio,  De 
benedictione  Agnorum  Dei  a  Gregorio  XIV  summo 
ponti/ice,  anno  salutis  1591  primo  sui  ponlificatus  per- 
acta;  V.  Bonardo,  Discorso  intorno  ail'  origine,  anti- 
data e  virtu  degli  Agnus  Dei  di  cera  benedetli,  in-4°, 
Rome,  1586;  J.  Molanus,  Oratio  de  Agnus  Dei,  in-8°, 
Cologne,  1587,  reproduit  dans  Migne,  Theologiœ  cursus 
completus,  Paris,  1843,  t.  xxvn,  col.  423-454;  Gretser  et 
T.  Raynaud  ont  l'un  et  l'autre  une  dissertation  sur  ce 
sujet  dans  leurs  œuvres  complètes  ;  enfin  les  deux  études 
les  plus  considérables  dans  ces  derniers  temps  sont 
celles  de  Mar  Barbier  de  Montault,  Traité  liturgique, 
canonique  et  symbolique  des  Agnus  Dei,  dans  les  Ana- 
lecta  juris  ponti/icii,  1865,  col.  1475-1523,  et  Martigny, 
Dictionnaire  des  antiquités  chrét.,  2e  éd.,  v°  Agnus  Dei, 
et  à  part  plus  développé,  Notice  sur  les  Agnus  Dei,  à  la 
suite  de  l'Étude  archéologique  sur  l'Agneau  et  le  bon 
Pasteur,  Lyon,  1860;  Barbier  de  Montault,  Un  Agnus 
Dei  de  Grégoire  XI,  Poitiers,  1886.  Cf.  quelques  autres 
références  dans  Mangenot,  art.  cité,  col.  613.  Il  y  faut 
ajouter  un  article  de  Cozza-Luzzi  :  Sopra  un  antico 
stampo  di  Agnus  Dei.  Appunti  storico-critici,  dans 
Rôm.  Quartalschrift,  1893,  p.  263  sq.  La  figure  qu'il 
donne  de  l'agneau  porte  les  paroles  Agne  Dei  mise- 
rere mei  qui  crimina  tollis. 

La  bénédiction  d'un  agneau  le  samedi  saint  à  la  messe 
est  une  cérémonie  encore  usitée  dans  certaines  églises. 
On  amène  un  agneau  d'ans  l'église  au  moment  de  l'offer- 
toire et  on  le  bénit  avec  une  formule  spéciale  :  dans  la 
liturgie  romaine,  la  formule  est  au  rituel.  On  trouve 
cette  bénédiction  déjà  usitée  dans  les  églises  wisigo- 
thiques  d'Espagne  au  vne  siècle;  la  bénédiction  de 
l'Agneau  pascal  avait  lieu  le  dimanche  de  Pâques,  après 
la  messe  et  dans  le  preparatorium  ou  sacristie.  Cette 
dernière  circonstance  montre  une  fois  de  plus  la  gros- 
sière erreur  des  Grecs,  qui  allaient  jusqu'à  accuser  les 
Occidentaux  d'offrir  cet  agneau  sur  l'autel  en  même 
temps  que  le  corps  et  le  sang  du  Seigneur.  Plusieurs 
formules  de  cette  bénédiction  nous  ont  été  conservées 
dans  les  livres  de  la  liturgie  mozarabe.  Nous  en  connais- 
sons trois:  l'une  imprimée  dans  la  Missale  mixtum, 
P.  L.,  t.  lxxxv,  col.  477,  deux  autres  dans  le  Pontifical 
manuscrit  de  Silos  du  xie  siècle. 

AV.  Henry. 

AGOBARD.    —  I.   Biographie.   II.   Origine   de  ses 
ouvrages  liturgiques.  III.  Le  livre  De  divma  psalmodia. 
•  IV.  Le   livre  De  correctione  antiphonarii.  V.  Le  livre 
Contra  libros  quatuor  Amalarii  abbatis.  VI.  Autres  ou- 
vrages. VIL  Éditions.  VIII.  Bibliographie. 

I.  Biographie.  —  Agobard,  né  probablement  en  Espagne 
vers  769  ou  779,  élevé  à  Lyon  à  l'école  fondée  par  les 
archevêques  Adon  et  Leidrade,  fut  choisi  comme  choré- 
vêque  par  ce  dernier  en  808.  Il  lui  succéda  en  814,  fut 
très  mêlé  aux  affaires  de  son  temps,  épousa  fougueuse- 
ment la  cause  des  enfants  de  Louis  le  Débonnaire  contre 
leur  père,  ce  qui  lui  valut  deux  années  d'exil.  Réconcilié 
avec  Louis,  il  revint  à  Lyon  et  mourut  le  6  juin  840  en 
Saintonge  où  il  était  à  la  suite  de  l'empereur.  On  trou- 
vera de  plus  amples  détails  biographiques  dans  les  ou- 
vrages cités  à  la  fin  de  cet  article. 

Agobard  a  été  pendant  quelque  temps  à  Lyon  l'objet 
d'un  culte  religieux  que  l'Église  n'a  pas  ratifié.  Hensche- 
nius  lui  a   donné  place  dans  les  Acta  sanctorum  le 


6  juin.  De  son  temps  saint  Aguebaud,  nom  vulgaire  d'Ago- 
bard,  était  inscrit  dans  les  martyrologes  locaux,  et  le  bré- 
viaire de  Lyon  lui  a  consacré  jadis  un  office  à  neuf  leçons. 

IL  Origine  de  ses  ouvrages.  —  Agobard  n'est  pas 
sans  intérêt  au  point  de  vue  liturgique,  bien  que  ses 
ouvrages  soient  d'une  médiocre  richesse  documentaire. 
Il  a  eu  l'avantage  de  vivre  en  un  temps  où  la  liturgie 
était  une  question  d'État,  et  de  pouvoir,  à  propos  d  an- 
tiennes et  de  répons,  satisfaire  des  rancunes  politiques. 
Il  nous  permet  de  prendre  sur  le  vif  le  traitement 
appliqué  par  les  évêques  à  la  liturgie  romaine,  à  l'époque 
même  de  son  introduction  en  Gaule;  et,  il  faut  bien 
l'avouer,  la  méthode  d'Agobard,  qui  n'était  pas  une  ex- 
ception, ne  laisse  guère  d'espoir  de  retrouver  l'antipho- 
naire  grégorien  dans  sa  pureté  primitive. 

Jusqu'à  Pépin  le  Bref,  la  Gaule  avait  possédé  sa  liturgie 
propre  comme  les  Églises  mozarabe  et  milanaise.  Les 
fondateurs  de  la  dynastie  carolingienne  crurent  qu'ils 
ne  trouveraient  nulle  part  autant  de  force  que  dans  une 
union  étroite  avec  l'évêque  de  Borne,  et,  pour  la  resserrer, 
voulurent  que  l'unité  de  dogme  eût  son  expression  dans 
l'unité  de  culte.  Etienne  II  vint  en  France  en  754  pour 
sacrer  Pépin  et  son  fils.  Chrodegang  évêque  de  Metz, 
qui  était  allé  au-devant  de  lui,  tout  en  ramenant  le 
pontife,  rapporta  aussi  les  livres  romains;  ce  fut  l'ori- 
gine de  la  célèbre  école  de  chant  de  Metz. 

On  lira  ailleurs  l'historique  des  efforts  de  Pépin, 
Charlemagne  et  Louis  le  Débonnaire  pour  le  maintien 
de  leur  œuvre.  Voir  Alclin,  Amalaire,  Charlemagne, 
Gallicane  (Liturgie).  Il  fallut  plus  d'une  fois  retourner 
à  Rome  chercher  des  livres  authentiques  ;  malgré  cela,  en 
831,  il  n'y  avait  aucune  unité  entre  les  différentes  Eglises 
de  Gaule,  et  Amalaire  lui-même,  chargé  d'une  revision 
officielle  par  l'empereur,  ne  trouvait  rien  de  mieux  à 
faire  qu'une  compilation  des  usages  de  Rome  et  de  Metz, 
en  y  ajoutant  ses  propres  inventions;  il  avait  soin,  il  est 
vrai,  de  distinguer  ses  sources  par  différentes  lettres. 

C'est  à  cette  époque  qu'Agobard,  pour  la  part  prise  à 
la  révolte  des  fils  de  Louis  le  Débonnaire,  eut  à  subir 
son  exil  en  Italie.  L'empereur  trouva  bon,  pendant  son 
absence,  de  confier  à  Amalaire  une  mission  dans  l'Église 
de  Lyon.  Celui-ci  crut  l'occasion  favorable  d'introduire 
sa  réforme  de  l'antiphonaire,  mais  il  se  heurta  à  des 
résistances  obstinées,  en  particulier  celle  du  diacre 
Florus  qui  commença  la  lutte.  A  son  retour  de  l'exil 
Agobard  la  poursuivit;  ce  fut  l'origine  de  ses  traités  De 
divina  psalmodia  et  De  correctione  antiphonarii. 

III.  Le  livre  De  divina  PSALMODIA.  —  Le  livre  De 
divina  psalmodia  est  plutôt  une  lettre  qu'un  livre.  On 
peut  le  considérer  comme  la  préface  du  De  correciwtie 
antiphonarii.  Après  quelques  appellations  pittoresques  à 
l'adresse  d'un  anonyme  qui  n'est  autre  qu'Amalaire, 
Agobard  annonce  la  nécessité  où  il  se  trouve  de  réfoi  mer 
l'antiphonaire,  c'est-à-dire  de  revoir  et  améliorer  la  partie 
de  l'office  divin  exécutée  par  les  chantres  pendant  tout 
le  cours  de  l'année,  selon  les  listes  de  l'Eglise  de  Lyon. 
Suivent  les  principes  qui  présideront  à  cette  relonte  : 
rejet  de  ce  qu'il  appelle  les  psaumes  du  peuple  :  plebeios 
psahtios;  suppression  des  compositions  poétiques,  et 
enfin  exclusion  de  tout  ce  qui  n'est  pas  pur  extrait  de 
l'Écriture  sainte,  afin  de  rendre  l'office  aussi  semblable 
que  possible  à  la  messe  :  Sicut  in  dtebns  ad  ),iissas  NOM 
nisi  divina  generalitcr  eloquia  decantantur,  ita  et  m 
twctibus  ad  sacras  Deo  rigilias  exhibendas  eadem 
proculdvbio  lexdebeai  observari '. 

Le  pape  Grégoire  a  Rome  a  !;iit  des  retouches  i  la 
liturgie,  lui  n'a  qu'à  suivre  cet  exemple.  Agobard  oublie 
que  son  autorité  n'est  pas  égale  à  celle  du  pape,  et  que 
les  principes  de  saint  Grégoire  étaient  très  diflérents  des 
>iens.  Il  a  beau  citer  en  sa  faveur  une  série  de 
scripturaires  qui  parlent  de   tout  autre   chose,  il  n'en 

1  De  divina  psalmodia,  1'.  /..,  t.  <  IV,  c 


973 


AGOBARD 


974 


reste  pas  moins  associé  à  une  école  peu  recommandable. 
Disons  à  la  décharge  d'Agobard  qu'il  ne  pouvait  pas 
prévoir  le  parti  que  tirerait  l'hérésie,  surtout  le  protes- 
tantisme et  le  jansénisme,  de  son  grand  principe  de 
l'usage  exclusif  de  l'Écriture  sainte  dans  la  liturgie;  des 
conciles  avaient  opiné  dans  le  même  sens,  et,  comme  il 
le  dira  plus  loin,  de  saints  religieux  pensaient  comme 
lui;  il  est  regrettable  cependant  de  se  trouver,  même 
inconsciemment,  parmi  les  précurseurs  de  Luther,  Calvin 
et  Jansénius. 

Ceci  ne  doit  pas  nous  empêcher  de  noter  une  parole 
qui  jette  quelque  lumière  sur  la  manière  dont  on  traitait 
alors  les  livres  liturgiques.  Quod  si  prsediclus  calumnia- 
tor  humiliter  et  obedienter  pensare  studuisset,  nequa- 
quam  ad  tantam  deveniret  fatuilatem,  ut  verba  quo- 
rumlibel  hominum,  quorum  nec  nomina,  nec  sensum, 
nec  fidem  novit,  tanquam  divinas  Scripturas  dejen- 
deret *■... 

Quels  sont  les  compilateurs  liturgiques  dont  il  est  ici 
question?  On  aimerait  à  avoir  plus  de  renseignements. 
Agobard  peut  vouloir  désigner  tous  les  auteurs  des  tor- 
mules  non  scripturaires;  peut-être .  ne  vise-t-il  que  la 
légion  des  correcteurs  diocésains  du  temps,  qui  en 
quelques  années  neutralisaient  les  efforts  réunis  du  pape 
et  de  l'empereur  pour  arriver  à  l'unité. 

IV.  Le  livre  De  correctione  antipbonarii.  —  Le  livre 
De  correctione  antiphonarii,  quoique  plus  long  que  le 
précédent,  ne  dépasse  pas  les  limites  d'une  dissertation 
de  médiocre  étendue.  C'est  un  mandement  pastoral 
adressé  par  Agobard  à  ses  diocésains,  mais  spécialement 
dédié  aux  chantres  de  l'Église  de  Lyon.  Au  point  de  vue 
liturgique  c'est  le  plus  intéressant  des  ouvrages  de 
l'archevêque.  Pour  critiquer,  il  lui  laut  citer,  et  ses  cita- 
.  tions  nous  font  connaître  quelques-unes  des  pièces 
usitées  au  ixe  siècle.  La  thèse  de  l'emploi  exclusif  de 
l'Écriture  sainte  est  reprise  et  développée. 

Agobard  dit  qu'il  a  retranché  de  l'antiphonaire  des 
superlluités,  des  légèretés  et  même  des  choses  appro- 
chant du  mensonge  et  du  blasphème.  Donner  quelques 
exemples  de  ces  blasphèmes,  apporter  ensuite  un  certain 
nombre  d'autorités  pour  justifier  sa  manière  de  penser, 
c'est  toute  la  matière  du  livre  De  correctione  antipho- 
narii dont  nous  allons  noter  les  passages  intéressants. 

Ac  primwm  quale  illud  est  quod  in  vigilia  natalis 
Domini  in  choro  fidelium  et  fidelium  erudilorum 
cantabatur  :  «  Dum  ortus  fuerit  sol  de  cœlo,  videbitis 
Regera  regum  procedentem  a  Paire  tanquam  sponsum 
de  thalamo  suo 2.  »  L'un  des  désirs  d'Agobard  eût  été  de 
voir  :  procedentem  a  maire  au  lieu  de  paire;  cette  version 
se  trouve  du  reste  dans  l'antiphonaire  de  l'Église  romaine 
publié  par  Thomasi3;  mais  l'Église  n'a  pas  jugé  que 
l'antienne  fût  si  répréhensible,  puisqu'elle  la  conserve 
encore  au  bréviaire  romain4  avec  l'unique  modification 
de  dum  en  cum.  D'après  la  remarque  d'Agobard,  cette 
antienne  était  chantée  la  veille  de  Noël  ;  Amalaire  ajoute 
à  Benedictus ;  et  il  nous  dit  en  même  temps  qu'à  Rome 
elle  occupait  la  même  place  le  jour  de  la  Nativité5. 

Illud  etiam  responsorium  quod  in  eisdem  vigiliis  can- 
tabatur... «  De  Ma  occulta  habitatione  sua  egressus 
est  Filius  Dei,  descendit  visitare  et  consolare  omnes 
qui  eum  de  toto  corde  desiderabant  6.  » 

Ce  répons  a  disparu  de  la  liturgie  actuelle,  mais  on 
peut  le  lire  dans  les  anciens  responsoriaux  grégoriens 
publiés  par  les  mauristes1  et  par  Thomasi8,  à  la  place 
même  indiquée  par  Agobard,  c'est-à-dire  aux  matines  de 
la  vigile  de  Noël. 

'De  divina  psalmodia,  P.  L.,  t.  civ,  col.  327.  —  'De  cor- 
rect, antiph.,  c.  iv,  P.  L.,  t.  civ,  col.  33t.  —  3  Thomasi-Vezzosi, 
Opéra,  t.  jv,  p.  36.  —  *Ànt.  ad  Magn.,  1  Vêpres  de  Noël.  — 
5  De  ordine  antiph.,  c.  xv,  P.  L.,  t.  cv,  col.  1271.  —  *  De  cor- 
rect, antiph.,  c.  vi,  loc.  cit.,  col.  331.  —  '  Liber  responsalis, 
P.  L.,t.  Lxxvm,  col.  733.  —«Thomasi-Vezzosi,  Opéra,  t.  iv,  p.  183. 
—  'De  correct,  antiph.,  c.  vu,  loc.  cit.,  col.  331.  —  '"  1'.  L., 


L'archevêque  de  Lyon  cite  un  autre  répons  qui 
semble  avoir  été  chanté  avec  une  pompe  spéciale  en  la 
fête  même  de  Noël:  Considerentur  etiam  verba  alterius 
responsorii,  quod...  contra  morem  noctumi  of/icii  ab 
eminentiori  loco  pompatice  concrepabat  :  «  Descendit 
de  cselis  missus  ab  arce  Patris,  introivit  per  aurem 
Virginis  inregionemnostram,  indutus  stola  purpurea, 
et  exivit  per  auream  portam  lux  et  decus  universee 
fabriese  mundi*.  » 

On  aperçoit  des  traces  de  cette  pièce  dans  le  IV*  ré- 
pons du  Ier  nocturne  de  Noël,  au  bréviaire  monastique. 
Le  bréviaire  romain  l'a  perdue.  Le  responsorial  de 
saint  Grégoire  édité  par  les  bénédictins  de  Saint-Maur  10 
donne  le  même  texte  au  i«  nocturne  de  Noël.  L'anti- 
phonaire de  l'Église  romaine  publié  par  Thomasi  ' l  en 
présente  une  autre  version  au  n«  nocturne  de  Noël  ;  mais 
la  version  d'Agobard  se  retrouve  au  Ier  nocturne  dans  un 
autre  antiphonaire  '  -,  sauf  la  correction  per  uterum 
Virginis.  L'expression  per  aurem  Virginis  serait-elle 
une  erreur  de  transcription  comme  le  pense  Thomasi 13? 
Son  éditeur  Vezzosi  en  doute  l*.  Il  rapproche  ce  texte 
d'un  autre  répons  où  on  lisait  :  Ingressus  est  per  spten- 
didam  regionem,  aurem  Virginis,  visitare  palatium 
uterii&;  et  d'après  des  témoignages  apportés  par  Alla- 
tius16,  il  semblerait  que  cette  expression  était  courante 
chez  les  Pères  grecs  et  latins. 

Les  critiques  d'Agobard  sur  un  autre  répons  sont  plus 
fondées  :  Aliud  quoque  responsorium  de  ver  bis  Evan- 
gelii,sed  non  ordine  evangelico...  <.<  Tenebrse  factgs  sunt 
dum  crucifixissent  Jesum  Judsei  :et  circa  horam  nonam 
exclamavit  Jésus  voce  magna  :  Deus,  Deus,  ut  quid 
me  dereliquisti?  Tune  unus  ex  militibus  lancea  latus 
ejus  perforavit,et  inchnato  capite,  emisit  spiritum l1 .  » 

Ce  répons  est  encore  au  bréviaire  romain,  au  IIe  noc- 
turne du  vendredi  saint,  mais  sans  l'inversion  imposée 
ici  au  texte  évangélique.  Le  texte  critiqué  par  Agobard 
peut  se  lire  dans  le  responsorial  grégorien  18,  mais  l'in- 
version a  disparu  des  deux  antiphonaires  publiés  par 
Thomasi  19.  Le  manuscrit  d'Agobard  était  probablement 
fautif,  comme  celui  dont  use  Thomasi  au  tome  v  de  ses 
œuvres  :  le  même  répons  se  trouve  là  parmi  les  irnpro- 
pères  du  vendredi  saint  et  Thomasi  met  en  note  : 
Praeposuimus  hœc  verba  :  Et  inclinato  et...  subsequen- 
tibus,  ex  aliis  mss.  Cod  D,  cum  mendose  in  Cod  A.  nar- 
rationis  apertionis  lateris  Christi  postponantur  -° . 

On  trouve  au  missel  actuel,  au  XIXe  dimanche  après 
la  Pentecôte,  un  introït  singulier  qui  se  répète  le  jeudi 
de  la  troisième  semaine  de  Carême  :  Salus  populi  ego 
sum,  dicit  Dominus  :  de  quacumque  tribulatione  cla- 
niaverint  ad  me  exaudiam  eos  :  et  ero  illorum  Domi- 
nus in  perpetuum.  On  a  beaucoup  discuté  pour  savoir 
d'où  provient  cette  parole  mise  sur  les  lèvres  du 
Seigneur.  Le  missel  s'abstient  de  donner  une  réiérence  : 
si  l'on  ouvre  une  concordance  scripturaire  pour  suppléer 
à  son  silence,  c'est  en  vain  qu'on  cherche  un  texte  sacré 
qui  semble  pourtant  bien  annoncé  par  le  dicit  Dominus. 
Cette  curiosité  liturgique  presque  unique  aujourd'hui 
semble  avoir  été  moins  rare  autrefois;  Agobard  en  re- 
lève trois  exemples  qui  excitent  son  indignation  ;  pour 
lui  c'est  une  supercherie  sacrilège. 

Jam  vero  quanta  illa  sunt  vaticinia,  ut  ita  dictum 
sit,  falsa  in  çesponsoriis  et  antiphonariis  quse  quasi 
ex  voce  Domini  pronuntiantur,  cum  in  nullis  divinis 
Scripturis  reperiantur.  Ut  est:  «  Octava  décima  die  de- 
cimi  mensis  jejunabitis,  dicit  Dominus,  et  miltam  vo- 
bis  Salvatorem  et  propugnatorem  pro  vobis,  qui   vos 

t.  lxxviii,  col.  734.  —  "Thomasi-Vezzosi,  Opéra,  t.  iv,  p.  38.  — 
>sIbid.,  p.  185.  —  ,3 Thomasi-Vezzosi,  loc.  cit.,  noie.  —  "Ibid., 
note  de  Vezzosi.  —  15/n  proxima  hebdomada.  R.  Annuntiatum 
est.  Loc.  cit.,  p.  181.  —  10  Allatius,  De  ecclesiasticis  Grxcorum 
libris,  diss.  H,  1646,  p.  300.  —  "De  correct,  antiph.,  c.  VIII, 
loc.  cit.,  col.  332.  —  "P.  L.,  t.  lxxviii,  col.  766.  —  '»  Thomasi- 
Vezzosi,  Opéra,  t.  iv,  p.  92,  233.  —  '-"Ibi,'.,  t.  v,  p.  87. 


975 


AGOBARD 


976 


prsecedat  et  introducat  in  terrant  quavn  juravi  patri- 
bus  veslt'is.  »  Et  iterum  :  a  Coronam  gloriat  ponam  su- 
per caput  ejus,  dicit  Dominus,  et  induam  illum  stolam 
candidam,  quia  servavit  mandata  mea,  et  propter 
nomen  meum  effusus  est  sanguis  ejus  in  terra.  »  Et 
iterum  :  m  Sancti  estis,  dicit  Dominus,  multiplicabo 
numerum  vestrum  ut  oretis  pro  populo  meo  in  loco 
islo.  »  Et  multa  hujusmodi,  ridiculosa  et  fantastica. 

On  chercherait  en  vain  ces  pièces  dans  la  liturgie 
actuelle.  Thomasi 2  cite  le  premier  répons  :  Octava  décima, 
le  dimanche  le  plus  près  de  Noël,  mais  avec  une  correc- 
tion qui  s'impose  :  Vigesima  quarta  die  mensis.  On 
peut  le  lire  aussi  au  quatrième  dimanche  d'avent  dans 
le  responsorial  de  saint  Grégoire 3.  Une  remarque 
d'Amalaire  explique  l'erreur4  :  Notandum  quod  iste 
responsorius  canebatur  in  Galliis  octava  décima  die 
decimi  mensis.  Pro  quo  inveni  scriptum  in  Romano, 
vicesima  quarta  die  decimi  mensis  :  nec  non  et  de 
ipsa  interrogavi  apostolicum  Gregorium,  qui  respon- 
dit  :  Non  cantamus  octava  décima  die  decimi  mensis 
sed  vicesima  quarta  die.  On  peut  rapprocher  du  texte 
de  ce  répons:  Is.,  xix,  20;  Ex.,  xxm,  20;  Deut.,  xxxi,  7. 

L'antienne  Coronam  glorise  s'inspire  de  Ps.  xx,  4; 
Is.,  xxxiii, 5;  lxh,3;  Eccli.,  vi,  32;  Marc.,xvi,  5;  Prov., 
vu,  2. 

L'antienne  Sancli  estis  faisait  partie  du  commun  de 
plusieurs  martyrs.  Elle  est  dans  le  responsorial  de  saint 
Grégoire 5  et  dans  l'un  de  ceux  que  publie  Thomasi 6 .  On  y 
peut  voir  un  souvenir  de  II  Par.,  vi,  21  ;  III  Reg.,  vin,  30. 

La  suite  du  livre  De  correctione  antiphonarii  se  com- 
pose de  citations  destinées  à  justifier  les  idées  particu- 
lières d'Agobard  sur  le  chant  ecclésiastique  et  sur  les 
principes  qui  doivent  présider  à  la  constitution  de  la 
liturgie.  Ce  qu'ont  écrit  saint  Jérôme,  saint  Cyprien, 
saint  Augustin,  saint  Grégoire,  vaut  surtout  pour  leur 
temps,  mais  la  valeur  documentaire  de  ces  citations 
pour  le  IXe  siècle  est  nulle.  Agobard  s'en  sert  en  guise 
d'exemples,  de  prémisses,  et  comme  les  hommes  à  idées 
fixes,  il  en  tire  des  conclusions  beaucoup  plus  larges 
que  ne  le  comportent  les  exigences  de  la  logique. 

On  aura  un  spécimen  de  ses  procédés  dans  la  manière 
dont  il  traite  le  décret  bien  connu  de  saint  Grégoire 
établissant  qu'à  Rome  les  diacres  ne  chanteraient  plus 
que  l'Evangile,  et  que  les  psaumes  et  les  leçons  seraient 
exécutés  par  des  sous-diacres  ou  des  clercs  dans  les 
ordres  mineurs.  Il  commence  par  une  remarque  qui  a 
plus  de  valeur  que  tout  le  reste,  parce  qu'elle  nous 
donne  l'opinion  qu'on  avait  au  ix»  siècle  sur  la  pater- 
nité de  l'antiphonaire  :  Verum  quia  Gregorii  prsesidis 
nomen  titulus  prœfali  libelii  prmtendtt,  et  hinc  opi- 
nione  sumpla  patant  eum  quidam  a  beato  Grego- 
rio  Pontifice  et  illustrissimo  doctore  compositum .'... 
Suivent  le  décret  et  cette  conclusion  assez  inatten- 
due :  puisque  les  sous-diacres  ou  les  clercs  inférieurs 
sont  chargés  des  psaumes  et  des  lectures,  il  en  ré- 
sulte qu'au  temps  de  saint  Grégoire  on  chantait  les 
psaumes  dans  l'église,  et  qu'ils  formaient  comme  main- 
tenant encore  (au  temps  d'Agobard)  la  plus  grande  par- 
tie des  offices  divins  :  donc  saint  Grégoire  ne  peut  être 
l'auteur  du  reste.  Quel  dommage,  pour  la  verve  d'Ago- 
bard, que  le  raisonnement  ne  soit  pas  d'Amalaire  ! 
L'opinion  n'en  est  pas  moins  intéressanteçour  l'époque. 

L'archevêque  de  Lyon  n'était  pas  le  seul  de  son  temps, 
parait-il,  à  réclamer  l'usage  exclusif  de  l'Écriture  sainte 
dans  la  liturgie.  Quidam  religiosi  viri...  subjectis  sibi 
fratribus  prœceptum  taie  dederunt  :  Nullus  prsesumat 
responsoria  aut  anliphonas,  quœ  soient  aliqui  contpo- 

'  De  correct,  antiph.,  c.  ix,  toc.  cit.,  col.  333.  —  «Thomasi- 
Vezzosi,  Opéra,  t.  IV,  p.  179.  —  *P.L.,  t.  i.xxvm,  col.  730.  — 
'De  otdine  antiph..  c.  xi,  P.  L.,  t.  cv,  col.  1264.  —  'P.  I... 
t.  î.xxvui,  col.  823.  —  "  Thomasi-Vezzosi,  Opéra,  t.  IV,  p.  284.  — 
'De  correct,  antipli..  c.  xv,  toc.  cit.,  col.  336.  —  *  De  correct. 
antiph.,  c.  xvn,  loc.  cit.,  col.  337.  —  »  Ibid.,  c.  xviu.  —  ">  De 


sito  sono  pro  suo  libitu  non  ex  canonica  scriptura 
assumpta  canere  in  congregatione  ista,  vel  meditari, 
vel  dicere  8. 

Un  peu  plus  loin9,  il  nous  ouvre  quelques  horizons 
sur  la  composition  des  maîtrises  du  temps.  On  y  entrait 
dès  l'enfance;  c'étaient  de  véritables  écoles;  l'étude  du 
chant  en  supposait  bien  d'autres,  car  un  bon  chantre 
devait  être  au  courant  de  l'Écriture  sainte  et  de  toutes 
les  sciences  capables  de  l'éclairer.  Agobard  se  plaint 
justement  qu'on  oublie  ce  but  élevé  pour  consacrer  sa 
vie  entière  à  une  vaine  culture  de  la  voix  :  Ex  quibus 
quamplurimi  ab  ineunte  pueritia  usque  ad  senectutis 
canitiem  omnes  dies  vitse  suse  in  parando  et  confir- 
mando  cantu  expendunt  ....  ignari  fidei  suse,  inscii 
Scriplurarum  sanctarum  et  divines  intelligent!  se  inanes 
ac  vacui,  hoc  solum  sibi  sufficere  putant  :  et  ob  hoc 
etiam  venlosi  et  inflati  incedunt,  si  sonum  et  vocem 
decantationis  utcumque  addiscant,  et  in  numéro  can- 
torum  deputari  videantur.  Naturellement  c'est  le  dé- 
veloppement donné  à  la  liturgie  qui  est  cause  du  mal; 
aussi  notre  réformateur  désire-t-il  qu'on  revienne  à  ce 
qu'il  croit  être  la  simplicité  primitive  :  c'est-à-dire  la  . 
répétition  des  mêmes  formules. 

L'ouvrage  se  termine  par  un  petit  aperçu  sur  les 
livres  liturgiques  du  temps  :  on  y  trouve  le  Livre  des 
mystères,  appelé  ailleurs  Livre  des  sacrements  10,  le 
Livre  des  leçons,  et  enfin  le  Livre  de  l'office,  c'est-à-dire 
l'antiphonaire,  contenant  les  sacrés  offices  pendant  tout 
le  cours  de  l'année  ". 

V.  Le  livre  Contra  libros  IV  Amalarii  abbatis.  — 
Un  autre  ouvrage  d'Agobard  :  Contra  libros  quatuor 
Amalarii  abbatis,  semblerait  devoir  être  d'une  certaine 
importance  liturgique,  mais  il  témoigne  surtout  de  l'ani- 
mosité  de  l'archevêque  de  Lyon  contre  le  prêtre  de 
Metz.  C'est  avant  tout  la  censure  des  interprétations 
mystiques  d'Amalaire;  les  rares  détails  qu'il  cite,  il  les 
emprunte  à  son  adversaire;  naturellement,  l'intérêt  du 
livre  s'en  ressent;  on  peut  résumer  en  quelques  lignes 
les  renseignements  fournis  par  cet  ouvrage,  court  d'ail- 
leurs :  on  les  retrouvera  dans  le  De  ecclesiasticiis  offr- 
ais d'Amalaire.  Voir  Amalaire. 

Le  vu  des  Calendes  de  Mai  tombe  la  Litanie  majeure. 
Amalaire  12  remarque  que  ce  jour  est  intitulé  in  Lilania 
majore  et  non  pas  in  jcjunio;  qu'on  pourrait  prier  Dieu 
sans  interrompre  les  joies  pascales,  que  pourtant  il  est 
mieux  de  suivre  la  coutume  des  anciens.  Cette  conces- 
sion ne  désarme  pas  Agobard  qui  pousse  cette  exclam.i- 
tion  :  Dicit  namque  posse  fieri  litanias,  id  est,  Roga- 
tiones  sine  jejvnio  et  carnis  abstinentia,  quod  nunqunm 
dictum  est  neque  a  par  uni  sapientibus13.  Ce  qui  esl 
plus  intéressant,  c'est  de  retrouver  dans  la  citation 
d'Amalaire  pour  la  messe  de  la  Litanie  majeure  la  col- 
lecte, l'épitre  et  l'évangile  de  la  messe  que  nous  chantons 
encore  avec  un  offertoire  différent  :  Adjura  me  Domine 
Deus  meus;  salvum  me  fac  propter  misericordiam 
l iiam.  Qui  insurgunt  in  me ,  confundantur. 

Une  autre  citation  d'Amalaire  '  •  nous  fait  entrer  dans 
les  mœurs  du  temps  :  Solet  quseriinter  vulgares  quanto 
tempore  debeant  unctwnem  chrismatis  observare  in 
capile,  ut  non  laventur,  qui  accipiunt  manus  i», 
tionem,  absquo  tempore  baptisterii.  Autant  île  temps, 
répond-il,  qu'on  en  mot  à  célébrer  la  descente  du 
Saint-Esprit  sur  les  apôtres,  c'est-à-dire  sept  jours;  et  la 
citation  s'achève  par  l'explication  de  l'onction,  de  l'huile, 
et  du  baume. 

Ailleurs  l:>  mention  est  faite  d'un  répons  à  quatre  ver- 
sets, dont  l'un   est  :    In    medio   duorum   animaliuni 

tmaginibits,  c,  \\x,  loc.  cit..  col.  224.  —  "  De  correct,  antiph., 
c.  xi\,  toc.  cit.,  col.  338.  —  ''Deecclcs.  off.,\.  I.  c.  xxxvn,  P.  L., 
i  i  \ .  col.  1066.  —  >*Contra  libros  IV  Amalarii.  c.  I,  loc.  cil., 
col.  339.  —  '»  Amalaire,  De  ceci,  of/iciis.  1. 1,  c.  xi.;  Contra  I 
1 1  1  malarii,  c.  v.  loc.  cit..  col,  342.  —  "Amalaire.  De  ceci,  off  , 
1.  I,  c.  un;  Contra  libros  IV  Anial.,  c.  vin,  loc.  cit.,  o  ! 


977 


AGOBARD 


078 


cognosceris.  Quod  ita  Hieronymus  in  Habacuc.  On 
reconnaît  le  premier  trait  chanté  encore  de  nos  jours 
à  l'office  du  vendredi  saint  après  la  leçon  d'Osée.  Dans 
l'Antiphonaire  édité  par  Thomasi  au  tome  v  de  ses 
œuvres,  ce  trait  est  intitulé  :  Responsorium  gradale1, 
et  se  présente  avec  ses  quatre  versets  dont  le  premier 
est  bien  :  In  medio  duorum  animalium,  mais  avec  le 
changement  de  cognosceris  en  innotesceris,  version 
actuelle. 

Naturellement  dans  ces  quatre  versets  Amalaire  voit 
un  profond  mystère  qu'Agobard  ne  réussit  pas  à  décou- 
vrir. La  réflexion  d'Agobard  a  cela  de  bon  qu'elle  nous 
fait  sentir  le  besoin  d'une  congrégation  des  Rites  pour 
la  protection  de  la  liturgie,  surtout  si  on  se  rappelle  l'ina- 
nité des  efforts  impériaux  au  IXe  siècle  :  Homines  qui 
cantum  composuertml  ex  verbis  Scripturarum,  arbitrio 
suo  prout  illis  congruum  visum  est  fecerunt.  Et  per 
diversas  regiones  diversis  modis.  Non  Spiritu  Dei 
acti...  Et  ideo  si  homo  uni  responsoriô  quatuor  versus 
adjungit,  non  est  umbra  alicujus  œnigmatis,  sicutiste 
putat 2... 

Le  canon  de  la  Messe  est  assez  largement  représenté 
dans  les  œuvres  d'Agobard,  et  dans  ses  citations  d'Ama- 
laire.  Nous  allons  grouper  ici  tout  ce  qu'il  en  dit  :  Nunc 
de  Te  Igitur  dicendum  est...  Et  in  electorum  tuorum 
jubeas  grege  numerari3...  Nobis  quoque  peccato- 
ribus  *... 

Une  autre  remarque  peut,  être  intéressante  au  point 
de  vue  des  paroles  de  la  consécration  5  :  Sic...  apostolus 
accepit  a  Domino  et  tradidit  Ecclesim  :  quoniam 
Dorninus  noster  Jésus  Christus,  in  qua  nocte  trade- 
batur,  accepit  panem  et  gratias  agens,  fregil  et  dixit  : 
Hoc  est  corpus  meum  quod  pro  vobis  tradetur.  Hoc 
facile  in  meam  commemorationem .  Siniiliter  et  cali- 
cern,  postquam  cœnavit  dicens  :  Hic  calix  novum  tesla- 
mentum  est  in  meo  sanguine.  Hoc  facile  quotiescumque 
sumitis  in  meam  commemorationem.  Vnde  et  Eccle- 
sia  ex  traditione  apostulorum  his  verbis  consecrans 
nn/sterium  sacri  corporis  et  sanguinis  Domini,  dési- 
gnante)' dicit  Dominum  dixisse  apnstolis  :  «  Accipite 
et  manducate  ex  hoc  omnes.  Hoc  est  enim  corpus 
meum.  Simili  modo  et  postea  quam  cœnalum  est, 
accipiens  et  hune  prœclarum  calicem.  » 

Le  livre  contre  Amalaire  se  termine  par  une  nouvelle 
allusion  au  canon6  :  Mtare,  crux  Christi  est,  ab  eo 
loco  ubi  scriptum  est  in  canone  :  Vnde  et  memores 
siiri)us,usque  dum  involvilur  calix  de  sudario  diaconi. 
Nous  disons  maintenant  :  Vnde  et  memores  nos, 
servi  tui;  anciennement  la  version  était  un  peu  diffé- 
rente comme  l'indique  le  texte  précédent  qui  est  con- 
forme au  sacramentaire  grégorien  édité  par  D.  H.  Mé- 
nard  '  et  se  retrouve  dans  le  Missale  Francorum  8  et 
dans  le  sacramentaire  gélasien'J. 

Le  canon  de  la  messe  se  trouve  encore  incidemment 
mentionné  dans  un  autre  ouvrage  d'Agobard1'1.  Denique 
beatus  Pelagius  papa,  cum  quosdam  redarg  ueret  epi- 
scopos,  eo  quod  nomen  ejus  relicerent  in  actione  sacri 
myslerii,  id  est  in  snlcmniis  missarum,  in  principio 
scilicei,  ubi  dicere  solemus,  in  primis  quas  tibi  offeri- 
mus  pro  Ecclesia  tua  sancla  catholica,  quam  paci/i- 
care,  custodire,  adunare  et  regere  digneris  loto  orbe 
terrarum,  una  cum  famulo  luô  papa  nostro...  Voir 
Actio,  col.  446. 

VI.  Autres  ouvrages.  —  Quelques  courtes  remarques 
sur  les  autres  ouvrages  d'Agobard  achèveront  de  mon- 

'Tbomasi-Vezzosi,  Opéra,  t.  v,  p.  83.  —  *  Contra  librus  l  VAmal-, 
c.  ix,  loc.  cit.,  col.  344.  —  :iIbid.,  c.  xi;  Amalaire,  De  eccl.  off., 
1.  III,  c.  xxiii.  —  *Ibid.,  c.  xi;  Amalaire,  De  eccl.  off.,  1.  IV, 
c.  xxiv.  —  5  Contra  libros  IV  AmaL,  c.  xm,  loc.  cit.,  col.  347.  — 
6  Ibid.,  c.  xviii  ;  Amalaire,  De  eccl.  off.,  1.  IV,  c.  dern.  —  '•  P.  L., 
t.  lxxviii,  col.  27.  —  8  Tliomasi-Vezzosi,  Opéra,  t.  VI,  p.  366.  — 
"Ibid.,  p.  174.  —  10  De  comparatione  regiminis  ecclesiastici  et 
poKtici,  c.  h,  loc.  cit.,  col.  293.  —  «<  Adversus  legem  Gundobadi, 


trer  sa  valeur  liturgique.  On  peut  relever  un  petit 
nombre  d'extraits  du  Missel,  Cum...  intra  sacra  mis- 
sarum solemnia  fréquenter  deprecemur  Dominum, 
ut  tribuat  nobis  pro  amore  suo  prospéra  mundi  despi- 
cere,  et  nulla  ejus  adversa  formidare  ".La  même  cita- 
tion se  retrouve  dans  la  lettre  de  Grégoire  IV  insérée 
parmi  les  œuvres  d'Agobard12.  Quant  à  l'oraison  elle- 
même,  le  sacramentaire  grégorien  la  donne  à  la  fête  de 
saint  Sébastien13.  A  Lyon  on  devait  probablement  la 
repéter  plus  souvent;  c'est  ce  qu'indique  au  moins  le 
mot  fréquenter.  Actuellement  on  la  lit  au  Missel  en  la 
fête  de  saint  Hermès,  28  août,  et  à  celle  de  saint  Denys, 
9  octobre. 

La  prière  pour  l'empereur,  q'ui  est  encore  au  missel, 
le  vendredi  saint,  mais  qu'on  ne  dit  plus,  était  dès  lors 
en  vigueur  :  Sic  namque  orat  universalis  Ecclesia  in 
solemnibus  illis  orationibus  diebus  passionis  dominical 
pro  Imperatoribus  :  «  lit  Deus  illis  subjectas  facial 
barbaras  nat/Lones...  »  Dicitur'in  prœdictis  orationibus 
ubi  sacerdos  admonet  dicens  :  «  Oremus  et  pro  christia- 
nissimo  Imperatore  nostro,  ut  Deus  et  Dorninus  no- 
ster subditas  illi  facial  omnes  barbaras  nationes,  ad 
nostram  perpétuant  pacem^K.  » 

Une  citation  du  symbole  de  saint  Athanase  1S;  la  men- 
tion du  Gloria  patri  à  la  lin  des  psaumes,  des  antiennes 
et  des  répons  16;  c'est  à  peu  près  toute  la  contribution 
apportée  par  Agobard  à  l'identification  des  formules 
liturgiques. 

Par  ailleurs  on  sait  la  part  plutôt  malheureuse  qu'il 
prit  à  la  controverse  des  images.  Il  nous  apprend  en 
passant  que  des  tableaux  représentant  les  conciles  or- 
naient les  églises  17,  qu'il  appelle  Domos  basilicarum1* , 
et  que  quelques-uns  poussaient  le  culte  des  images 
jusqu'à  s'en  servir  comme  d'autels  :  lllud  vero  qua 
prsesumptione  fil,  ut  sine  basilica,  sine  altari,  absque 
sanctorum  reliquiis,  super  hujusmodi  figmenta  missae 
celebrentur  ", 

Quant  aux  actions  liturgiques,  Agobard  mentionne 
pour  le  dimanche  la  messe  solennelle,  les  prédications, 
les  offices  du  matin  et  du  soir  20  ;  l'onction  d'huile  pour 
les  malades  :  Melius  facerent,si...  ad  presbyteros  Eccle- 
sise  currerent,  ungendi  oleo  secundumprseceptum  evan- 
gelicum  et  apostolicum-'.  Il  fournit  enfin  en  témoin 
oculaire  d'une  scène  historique,  une  intéressante  des- 
cription de  la  pénitence  au  IXe  siècle.  Il  s'agit  de  la 
déposition  de  Louis  le  Débonnaire  :  Innotescitur  ei  lex 
et  ordo  publiese  pœnitnntise,  quam  non  renuit,  sed  ad 
omnia  annuit  ;  ac  demum  pervenit  in  ecclesiam  co- 
ram  cœtu  fidelium,  ante  altare  et  sepulcra  sanctorum. 
El  prostratus  super  cilicium,  bis  terque  quaterque  con- 
fessusin  omnibus  clara  voce  cum  abundanti  effusione 
lacrymarum,  depositis  armis  manu  propria,  et  ad  cre- 
pidinem  allaris  projectis,  suscepit  mente  compuncta 
pœnilentiam  publicam,  per  manuinn  episcopalium  im- 
positionem,  cum  psalmis  et  orationibus.  Sicque  depo- 
sito  habitu  prislino  et  assumpto  habitu  pœnitentis  22... 
De  tout  ce  qui  précède  on  peut  conclure  que  l'impor- 
tance liturgique  d'Agobard  est  très  secondaire  et  qu'on 
ne  saurait,  à  ce  point  de  vue,  le  comparer  à  ses  prédé- 
cesseurs ou  contemporains  Alcuin,  Amalaire,  Rhaban 
Maur.  La  réforme  qu'il  tenta  d'introduire  à  Lyon  lui 
survécut  peu,  et  il  n'y  a  guère  à  tirer  de  ses  ouvrages 
pour  la  liturgie  que  ce  que  nous  avons  résumé  dans  cet 
article. 
Mentionnons  à  titre  de  curiosité  un  don  fait  par  Ago- 

n.  ix,  loc.  cit.,  col.  119.  —  ''-  J.uc.  cit.,  col.  302.  —  <3P.L.,  t.  lxxviii, 
col.  42.  —  <*  Liber  pro  filiis  Ludovici  PU.  c.  m,  loc.  cit.,  col.  312. 

—  15Adv.  Fel.  Urg.,  c.  m,  loc.  cit.,  col.  35.  —  ,6  De  fldci  veritate, 
c.  vin,  loc.  cit.,  col.  273.  —  "  De  imag.,  c.  xxxn,  loc.  cit.,  col.  225. 

—  '»  De  dispens.  Eccl.  rerum,  c.  xvi,  loc.  cit.,  col.  237.  —  ,0  De 
imag.,  c.  xxxiv,  loc.  cit.,  col.  226.  — !0  De  insolentia  Judxorum, 
c.  v,  loc.  cit.,  col.  75.  -•  ■'  Ep.  ad  Bortholomieum,  c.  xii,  loc. 
cit.,  col.  184.  —  " Chartula  cul  Lotharium,  loc.  cit.,  col.  322. 


979 


AGOBARD 


AGRAPHA 


980 


bard  et  qui  est  parvenu  jusqu'à  nous  avec  une  mention 
sur  laquelle  on  reviendra  ailleurs.  Voir  Autel.  Le  plus 
ancien  manuscrit  de  Tertullien  est  connu  sous  le  nom 
de  Codex  Agobardinus,  il  comprend  204  feuillets  en 
onciale  minuscule  très  élégante.  On  lit  sur  le  feuillet  2e 
cette  inscription  en  caractères  romains  :  LIBER  OBLA- 
TVS  AD_ALTARE  SC"l  STEPHANI  EX  VOTO  AGO- 
BARDI EPI  '. 

VII.  Éditi'o^s.  —  La  première  est  celle  de  Papire 
Masson;  acccss.  2  epp.  Leidradi,  in-8°,  Paris,  1605.  — 
La  plus  importante  est  celle  de  Baluze,  2  vol.  in-8°, 
Paris,  1666.  Toutes  les  autres  grandes  collections  des 
Pères  parues  depuis  contiennent  aussi  les  œuvres  de 
notre  auteur  :  Gallandi?  t.  xui;  Margarin  de  la  Bigne, 
t.  ix ;  P.  L.,  t.  crv;  D.  Bouquet,  t.  VI. 

VIII.  Bibliographie.  —  Henschenius,  De  S.  Ago- 
bardo  ep.  Lugdunensi  dans  Acta  sanctorum,  6  jun., 
t.  i,  p.  748,  1695.  —  Histoire  littéraire  de  la  France, 
t.  IV,  p.  67-83.  —  Dom  Ceillier,  Histoire  générale  des 
auteurs  sacrés  ecclésiastiques,  Paris,  1752,  t.  xvn, 
p.  59-1-617;  2»  édit.,  Paris,  t.  xn,  p.  365-78,  1109-1110. 

—  Hundeshagen  (Car.  Bern.),  De  Agobardi  archiep. 
Lugdunensis  vita  et  scriptis  commenlalio  perlinens  ad 
historiam  ecclesiaticam  sec.  IX.  Pars  1%  Agobardi  vv- 
tam  continens,  in-8°,  Giessae,  1831.  —Ampère,  Histoire 
littéraire  de  la  France,  Paris,  1840,  t.  III,  p.  175-186.  — 
Macé,  De  Agobardi  arch.  Lugd.  vita  et  operibus  disse- 
ruit...,  in-8°,  Paris,  1846.  —  Bliigel,  De  Agobardi  arch. 
Lugd.  vita  et  scriptis  dissertalio,  in-4°,  Halse,  1865.  — 
Leist,  Ueber  die  theol.  Schriften  des  Bischof  Agobard 
von  Lyon,  Stendal,  1867.  —  P.  Chevallard,  L'Église  et 
l'Étal  en  France  au  IX"  siècle,  S.  Agobard  arch.  de 
Lyon,  sa  vie  et  ses  écrits,  in-8°,  Lyon,  1869.  —  Nicolas, 
Agobard  et  l'Église  franque  au  IXe  siècle,  dans  la  Rev. 
de  l'histoire  des  religions,  1881,  t.  m,  p.  54-71.  Voir  aussi 
Wattenbach,  Deutschlands  Geschichtsquellen,  1873, 1. 1, 
p.  159;  t.  il,  p.  371,  et  Dùmmler,  dans  Neue  Arclriv 
der  Gesellsch.  fur  ait.  deutsch.  Gesch.,  1879,  t.  iv,  p.  263- 
264.  —  T.  Fôrster,  Drei  Erzbischôfe  vor  tausend  Jaliren, 
Claudius  von  Turin,  Agobard  von  Lyon.  Hinkmar  von 
Reims.  Exn  Spiegelbild  fur  ihre  Epigo?ien  in  unsern 
Tagern,  in-8»,  Gùtersloh,  1873.  —  S.  F.  Marcks,  Die 
politisch-kirchliche  Wirksamkeit  des  Erzbischofs  Ago- 
bard von  Lyon,  mit  besonderer  Rùcksicht  auf  seine 
schrifstellerische  Thàtigkeit,  in-4°,  Viersen,  1888.  — 
Rob.  Enge,  De  Agobardi  archiep.  Lugdunen.  cum 
Judseis  contentione,  dissert,  inaug.,  35  p.,  in-fol.,  Fri- 
burgae,  1888.  —  Louis  Rozier,  Agobard  de  Lyon,  sa  vie 
et  ses  écrits,  in-8»,  64  p.,  Montauban,  1891.  —  Dom 
Guéranger,  Institutions  liturgiques,  2e  éd.,  1880,  t.  I, 
p.  246  sq.  —  The  Jewish  Encyclopedia,  1901,  1. 1,  p.  238. 

—  Kirchenlexikon,  1882,  t.  i,  col.  346  et  l'art.  Agobard, 
dans  le  Dictionnaire  de  théologie  catholique,  t.  I, 
col.  613.  Pour  plus  de  détails  cf.  Chevalier,  Répert.  des 
sources  historiques,  et  Pothast,  Bibliotheca  historica 
medii  sévi.  —  Varin,  Des  altérations  de  la  liturgie  gré- 
gorienne en  France, avant  le  XIIIe  siècle,  dans  les  Mém. 
de  l'Acad.  des  inscriptions  et  belles-lettres,  Sav.  étran- 
gers, série  I,  t.  n,  in-4°.  Molinier,  Les  sources  de  l'/iist. 
de  France,  t.  I,  p.  235.  E.  Debroise. 

AGRAPHA.  —  I.  Définition.  II.  Les  agrapha  litur- 
giques. III.  Bibliographie. 

I.  Définition.  —  Cette  expression  est  aujourd'hui  bien 
connue  de  tous  ceux  qui  s'occupent  des  études  scrip- 
turaires  ou  de  l'ancienne  littérature  chrétienne,  encore 

•Cf.  Ad.  Harnack,  Geschichte  der  altchrislliche  Litteratur, 
iu-8°,  Leipzig,  1893,  t.  I,  p.  668.  —  !  A.  Hesch,  Agrapha,  ausser- 
canortische  Evangelienfragmente,  dans  Texte  u.  Untersuclnn,- 
gen,  de  Harnack,  in-8'  de  xn-520  p.,  Leipzig,  1889,  t.  v,  fasc.  4, 

—  $  Die  Sprùche  Jesu  die  in  den  kanonischen  Evangelien 
nicht  ubeiliefert  sind,  dans  la  même  collection,  in-8'  de  vi-176. 
Leipzig,  1896,  t..xiv,  2'  fasc.  Cf.  du  même,  The  so-catled  Agrapha, 


qu'on  ne  trouve  pas  le  mot  dans  plusieurs  dictionnaires 
de  la  Bible.  Il  est  la  transcription  du  grec  "Aypaipjc, 
non  écrits,  ou  en  dehors  des  Écritures.  Strictement 
parlant,  il  désigne  des  paroles  ou  des  sentences  qui,  en 
dehors  des  Évangiles,  sont  attribuées  comme  authen- 
tiques à  N.-S.  Jésus-Christ.  Nous  disons  comme  authen- 
tiques parce  que  d'un  commun  accord-  on  élimine  du 
nombre  des  agrapha,  les  paroles  tirées  des  évangiles  ou 
autres  écrits  apocryphes  qui  n'ont  aucune  valeur.  On 
appelle  aussi  ces  maximes  des  >.oyia,  c'est-à-dire  oracles 
ou  apophtegmes.  Un  exemple  classique  est  celui  des 
Actes  des  Apôtres  :  Omnia  ostendi  vobis  (dans  un  dis- 
cours de  saint  Paul  aux  fidèles),  quoniam  sic  labo- 
rantes  oportet  suscipere  infirmos  ac  meminisse  verbi 
Domini  Jesu  quoniam  ipse  dixit:  «  Beatws  est  M  AGIS 
dare  quam  accipere  (Act.,  xx,  35).  »  Il  y  a  un  assez  grand 
nombre  de  ces  sentences  ou  Àoyia  attribuées  à  Jésus 
dans  les  auteurs  anciens  et  que  les  érudits  ont  collec- 
tionnées. Le  travail  le  plus  considérable  sur  ce  sujet 
est  celui  de  A.  Resch,  qui  n'a  pas  recueilli  moins  de 
cent  soixante-dix-sept  de  ces  maximes  ;  sur  le  nombre 
il  en  considère  cent  trois  comme  douteuses  et  apo- 
cryphes2. Cette  collection  a  été  soumise  à  un  nouvel 
examen  critique  par  James  Hardy  Ropes,  qui  ne  retient 
comme  authentiques  que  quatorze  de  ces  sentences  3, 
mais  ses  conclusions  ne  sont  pas  admises  par  tous  et  la 
discussion  reste  ouverte.  Le  sujet,  envisagé  à  ce  point 
de  vue,  appartient  du  reste  plus  à  la  science  biblique 
ou  théologique  qu'à  nos  études.  Nous  nous  contenterons 
de  renvoyer  aux  auteurs  qui  ont  spécialement  traité  ce 
sujet  (voir  la  Bibliographie)  et  à  ajouter  que  depuis 
les  études  de  Resch  et  de  Ropes,  un  document  de  pre- 
mière valeur  est  venu  enrichir  la  collection  d'un  cer- 
tain nombre  de  sentences  de  Jésus  qui  se  présentent 
comme  authentiques,  ce  sont  les  AOTIA  IHCOY  dé- 
couvertes sur  un  papyrus  et  publiées  par  R.  P.  Gren- 
fell  et  Arthur  S.  Hunt*. 

IL  Agrapha  LITURGIQUES.  —  Le  point  qui  nous  inté- 
resse, c'est  que  quelques-unes  de  ces  maximes  nous  sont 
aussi  conservées  dans  les  livres  liturgiques;  nous  ne  par- 
lons pas  de  la  Aiôay/,,  des  Constitutions  apostoliqu 
des  autres  documents  qui  ont  un  caractère  semi-liturgi- 
que, et  que  l'on  trouvera  du  reste  dépouillés  à  ce  point  de 
vue  dans  Resch  et  Ropes,  mais  des  livres  liturgiques  pro- 
prement dits.  Nous  voudrions  même,  puisque  aussi  bien 
c'est  la  première  fois  que  le  terme  est  introduit  en  litur- 
gie, qu'on  lui  donnât  une  extension  plus  grande  et  que 
l'on  désignât  souscetitre.  d'une  façon  générale,  toutes  les 
paroles  qui,  dans  la  liturgie,  sont  données  comme  scrip- 
turaires,  qu'elles  semblent  se  rapporter  à  l'Ancien  ou  au 
Nouveau  Testament,  comme  ce  fameux  introït  du  XIX- 
diinanche  après  la  Pentecôte  dans  la  liturgie  romaine  : 
Salus  populi  ego  sum,  nicir  DOUINOS:  de  quacumque 
tribulatione  clamaverint  ad  me  exaudiam  eus:  ei 
iUorum  Dominus  in  perpétuant.  Le  même  intiv 
répété  au  jeudi  de  la  troisième  semaine  de  carême.  Les 
mots:  dicit  Domina*,  semblent  indiquer  une  citation  de 
l'Écriture.  Or  ces  paroles  ne  se  trouvent  pas  dans  la 
Bible.  Agobard  déjà  de  son  temps  avait  relevé  quelques 
autres  pièces  liturgiques  données  aussi  comme  des 
paroles  du  Seigneur,  avec  le  dini  Dominas;  il  n'hésite 
pas  à  les  condamner  comme  des  supercheries,  imaginées 
tout  simplement  par  des  liturgistes  peu  scrupuleux  pour 
donner  plus  d'autorité  à  leurs  compositions6.  En  effet, 
il  existait  à  cette  époque  toute  une  école  qui  proscrivait 
dans  le  culte  divin,  contrairement  du  reste  aux  saines 

dans  The  américain  tournai  of  theology,  1897,  i.  1,  p.  75Î 
—  *  AciT.a  'I>,<ro0,  Sayings  of  our  Lord,  edited  by  B.  P.  Grenlell 
a.  A.  S.  Hunt,  in-8'  de  20  pages,  London,  1897.  Le  fameux  fra*- 
ment  des  évangiles  du  Fayoum  est  aussi  on  M-jwv.  O.  Harnack, 
Dos  Evangelien  fragment  VOfi  Fajjum,  dans  Texte  u.  Vl 
chungen,  t.  V,  fasc.  4,  p.  483-497  Vg<  bard,  De  corn 

antiphonariifP.  L.,  t.  crv,  col.  330 sq.  Ct.  Agobard.Siv,  ool 


981 


AGRAPHA 


982 


traditions  liturgiques,  tout  ce  qui  n'était  pas  tiré  de 
l'Écriture.  La  plupart  de  .ces  pièces  ont  disparu  de  la 
liturgie  actuelle,  mais  le  Salus  populi  y  est  resté,  et  les 
liturgies  anciennes  possèdent  aussi  quelques-uns  de  ces 
agrapha  qui  mériteraient  une  étude  de  détail,  et  qui 
constituent  une  classe  à  part.  En  attendant,  nous  signa- 
lons les  suivants: 

N°  1.  —  Un  missel  de  Cologne  (éd.  1847,  f.  xxi  rect.)  dans 
une  séquence  pour  l'Epiphanie,  contient  ces  paroles: 
Patris  etiani  insonuit  vox  pia,  veteris  oblita  scrmonis  : 
Penilet  me  fecisse  hominem  :  Vere  Filius  es  tu  meus 
mihi  placidus  (1.  placitus)  in  quo  sum  placatus,  hodie 
te,  mi  fili  genui.  Le  texte  scripturaire  porte  : 

Matth.,  m,  17.  Luc,  m,  22.  II  Petr.,  i,  17. 

Eleccevoxdecx-        Et  vox  de   cselo        Hic  est  filius  meus 
lis  dicens  :  Hic  est    facta  est  :  Tu  es  fi-     dilcctus,     in     quo 
filius  meus  dilectus,     lius  meus  dilcctus;    mihi     complacui  ; 
in  quo  mihi  com-     in    te     complacui     ipsum  audite. 
placui.  Cf.  xvii,  5:     mihi.  Cf.  IX,  35  :  Hic 
Hic  est  Filius  meus     est  Filius  meus  di- 
dilectus,  in  quo  mi-     lectus  :  ipsum  au- 
hi  bene  complacui  :     dite, 
ipsum  audite. 

La  séquence  du  missel  de  Cologne  représente,  on 
le  voit,  une  tradition  étrangère  au  texte  courant,  et  se 
rattache  à  une  famille  très  nombreuse  qui  contient 
Yego  hodie  genui  te,  au  lieu  de  Y  in  te  complacui.  En 
voici  quelques  exemples:  S.  Justin:  xai  tpcovr)..,  ul<5;  u.ov 
et  av,iyù>  <r/j(j.spov  yeysvv/jxâ  «te.1. 

Clément  d'Alexandrie  :  parcTiSouivo)  tû  xupt'to...  <p<i>vy|  : 
vlôç  u.ov  ei  <ru  ayaurjTô';,  Èyà>  o"7|U.îpov  ysyÉvv/jxâ  0"£2. 

Constit.  Apost.  :  çwvïjv  XÉytov  uîô;  u.ou  Et  <xû,  Èyw  arj  jxîpov 
yeyÉvvyjxâ  es3. 

Lactance:  Tune  vox  audila  de  cselo  est:  Filius  meus 
es  tu,  ego  hodie  genui  tei. 

Saint  Hilaire  :  Voce  lestante  de  cselo  :  Filius  meus  es 
tu,  ego  hodie  genui  te*. 

Saint  Augustin,  saint  Jérôme,  saint  Epiphane  et  plu- 
sieurs autres  sont  les  témoins  de  la  même  tradition. 
Resch  range  de  Xôytov  parmi  les  apocryphes  et  l'étudié 
en  détail  sous  le  n°  46. 

N°  2.  —  Dans  plusieurs  liturgies  orientales  on  trouve 
ce  ).ôy'.ov  :  ôaâxtç  yàp  av  iah'.-cfiz  TÔv  apxov  toûtov  xai  to 
7toiï|p'.ov  Toû-o  it'!v/;te,  tbv  Èy.ôv  Oâvatov  xaTayyéXXets  7.  La 
liturgie  dite  de  saint  Marc  porte  les  mêmes  paroles  avec 
l'addition...  xaTayyéXXETE,  xa\  tyjv  è^v  àvâaraffiv  xai 
àviXrj'Jnv  6|xoXoy£tTe,  cr/ptç  où  avÉ'Xôto8.  La  liturgie  d'An- 
tioche  a  la  variante:  xbv  Oàvaxov  toû  uîoG  to-j  àvôpoi'Trou 
xaTOtyyi).)>STc,  xai  t-^v  avâoradiv  auioû  ô(Ao).oy£ÏtE,  â'xP'î 
ou  e/Gï)9.  La  liturgie  de  saint  Jacques:  Quotiescumque 
enim  manducabitis  paneni  hune  et  calicem  istum  bi- 
belis,  mortem  meani  annuntiabitis  et  resurrectionem 
meam  confitebimini,  donec  veniami0.  La  liturgie  moza- 
rabe :  Quotiescumque  manducaveritis  panem  hune  et 
calicem  istum  biberilis, mortem  Domini  annuntiabitis, 
donec  veniet  in  claritatem  de  cselis11.  L'ambrosienne 
contient  ces  paroles  d'un  cachet  si  ancien  :  mandans 
quoque  et  dicens  ad  eos  :  hsec  quotiescumque  /eceritis 
in  meam  commemorationem  facietis  :  mortem  meam 
prsedicabilis,  resurrectionem  meam  annunciabitis,  ad- 
venlum  meum  sperabitis,  donec  iterum  de  cselis  ve- 


1  Dial.  contra  Tryph.,  c.  lxxxvih,  P.  L.,  t.  vi,  col.  688.  —  *  Clem . 
Al.  Pxdag.,  1.  I,  c.  vi,  P.  G.,  t.  vin,  col.  280.  —  3L.  II,  c.  xxxn, 
P.  G.,  t.  I,  col.  680.  —  *  Instit.  divin.,  1.  IV,  c.  XV,  P.  L.,  t.  vi, 
col.  491.  —  *De  Trinit.,  1.  VIII,  c.  XXV;  cf.  1.  XI,  c.  xvm  ; 
Comm.  in  Ps.,  tit.  h,  vs.  7,  c.  xxix  ;  Comm.  in  Matth.  (n,  6), 
P.  £.,  t.  x,  col.  254,  472  sq.  —  «Resch,  loc.  cit.,  p.  346-357.  — 
'Lit.  de  S.  Basile,  et.  Bunsen,  Anal,  ante  niesena,  t.  m,  p.  222. 
—  »Ct.  Bunsen,  loc.  cit.,  t.  m,  p.  117.  —  9  Loc.  cit.,  p.  185; 
Fabricius,  Cod.  apocr.  Nov.  Test.,  t.  m,  p.  81.  —  "Q.  Fabri- 
cius,  loc.  cit.,  p.  127;  Brightman,  Liturgies  eastern  and  wes- 
tern, t.  I,  p.  52.  —  '  <  Missale  Mozar.,  P.  L.,  t.  lxxv,  col.  117. 
Cf.  Probst,  Die  Liturgie  der  drei  ersten  Jahr.,    p.  288  sq.  ; 


niant  ad  vos.  Unde  et  memores,  etc. 12.  Il  est  possible 
que  ces  liturgies  représentent  la  tradition  des  constitu- 
tions apostoliques  :  ôo-àxtç  yàp  av  iaQii)TZ  xiv  apxov  xoOxov 
xai  xb  TtOTrjpiov  toûto  itt'v'/)T£  tbv  QâvaTov  tôv  èu.bv  xaray- 
yÉXÀETê,  a/ptç  av  é'X8(.)13.  On  peut  dire  que,  d'une  façon 
générale,  les  autres  liturgies,  dans  leur  anamnèse,  lont 
allusion  à  la  résurrection,  à  l'ascension,  parfois  à  la  des- 
cente aux  enlers  ou  au  dernier  avènement.  Voir  Ana- 
mnèse. Ce  Xéytov,  qui  tient  le  22e  rang  dans  la  collection 
Resch,  se  rapporte  à  ces  paroles  de  saint  Paul,  I  Cor.,  xi, 
26  :  Quotiescumque  enim  manducabitis  paneni  hune, 
et  calicem  bibelis,  mortem  Domini  annuntiabitis  donec 
veniat11*;  et  il  est  considéré  comme  authentique  par 
l'auteur. 

N°  3.  —  Ropes  discute  encore  sous  le  numéro  139  ce 
passage  de  saint  Paul  sur  l'Eucharistie,  qu'il  semble 
assez  disposé  à  considérer  comme  un  Xôytov  distinct  de 
celui  des  synoptiques  :  toûto  TrotstTE  eî;  xr|v  èut,v  àva;j.vr,- 
o-tv.  to'jto  itoisÏTS  ôo~âxt;  èàv  m'vïjTE  Et;  tï)v  £u.7|V  àvâ;xvr(<Ttv. 
I  Cor.,  xi,  24  13.  Mais  cette  question  n'intéresse  plus  que 
de  loin  la  liturgie  de  la  messe  et  sera  du  reste  traitée  à 
une  autre  place.  Voir  Consécration,  Messe. 

N°  4.  —  On  lit  aux  2es  vêpres  du  Commun  des  Apôtres, 
à  l'antienne  du  Magnificat,  ces  paroles  :  Eslote  fortes 
in  bello  et  pugnate  cum  anliquo  serpente  et  accipielis 
regnum  œternum,  dicit  Dominus.  Cette  maxime,  étudiée 
par  Ropes  sous  le  n.  127  des  Spriïc/te  Jesu,r\  semble 
inspirée  de  certaines  paroles  du  Nouveau  Testament  : 
fortes  /acti  sunt  in  bello,  Hebr.,  xi,  34;  serpens  anti- 
quus,  angeli  prseliabantur  cum  dracone  (Apoc,  xji,  9; 
xx,  2;  xii,  xni,  4;  œlemum  regnum,  II  Petr.,  i,  11.  Elles 
ne  constituent  donc  pas  un  '/.oyiov  proprement  dit,  et  il 
faudrait  les  ranger  dans  la  catégorie  des  antiennes  atta- 
quées par  Agobard  ,?.  Le  même  texte  se  trouve  dans  un 
vieux  recueil  anglais  :  Old  English  Homilies  and  Homi- 
letic  Treatises  of  the  twelfth  and  thirteenth  Centu- 
ries 18. 

N°  5.  —  On  lit  dans  le  Sacramentaire  léonien  une 
préface  ainsi  conçue  :  Vere  dignum...  Nihil  ergo  juvat 
(ras,  jubat)  eos  qui  dedecora  sua  notasque  non  cemunt 
et  quia  ipsi  se  non  vident  œstimant  nec  ab  aliis  se 
videri.  Cum  enim  idem  clamât  apostolus  quse  secun- 
dum  faciem  sunt  videle  (II  Cor.,  x,  7),  quemadmodum 
se  celare  posse  confidurd  qui  sicut  scriptum  (ms.  scrib- 
tum)  est  per  dulces  sermones  suos  seducentes  corda 
fallacia  (Rom.,  xvi,  18)  et  sieur  evangeuum  ait  xrum 
(cnRiSTVM)  in  cvbile  reqvireni es,  palam  manije- 
steque  déclarant  quid  et  dictis  exsequanlur  et  factis  19. 
Selon  M9r  Duchesne  cette  prélace  est,  ainsi  que  quelques 
autres  pièces  du  Léonien  (voyez  notamment  Feltoe,  loc. 
cit.,  p.  68),  dirigée  contre  les  laux  ascètes,  les  mauvais 
moines  ou  confesseurs;  il  en  reporte  la  composition 
vers  la  fin  ive  siècle  et  il  traduit  le  texte  :  ils  ont  beau 
tenir  des  discours  doucereux...  on  sait  que  c'est  surtout 
dans  le  lit  des  autres  qu'ils  vont  chercher  le  Christ  -°. 
Mais  quoi  qu'il  en  soit  des  intentions  de  l'auteur  de  ces 
préldces  assez  étranges,  ce  qui  nous  intéresse  dans 
l'espèce,  c'est  l'opinion  de  Ms>'  Batiffol  qui  attire  notre 
attention  sur  ces  paroles  de  notre  texte  :  Sicut  Evange- 
lium  ait,  Christum  in  cubile  requirentes.  Il  se  de- 
mande, non  sans  quelque  hésitation,  s'il  ne  faudrait  pas 

Brenner,  Geschichtliche  Darstellung  der  Verrichtung  nud 
Ausspendung  der  Sakrameiite  von  Christus  bis  auf  unsere 
Zeiten,  Bamberg,  1824,  t.  m,  p.  6  sq.  —  l2  Cf.  Missale  Ambros., 
éd.  typica,  1902,  p.  177.  —  '3  Constit.  Apost.,  1.  VIII,  xn;  ci. 
1.  Vn,  xxv,  P.  G.,  t.  i,  col.  1103.  —  '*  Resch,  loc.  cit.,  p.  105, 
cf.  p.  178-284,  Ct.  Bopes,  loc.  cit.,  p.  97.  —  ,iS  Ropes,  loc.  cit., 
p.  135.  —  '"  Loc.  cit.,  p.  121.  — ll  De  correctione  antipho- 
narii,  P.  L.,  t.  Civ,  col.  329-340.  —  18  Ed.  R.  Morris,  série  I, 
London,  1868  (Early  english  text  Society,  n.  34,  p.  151).  — 
10  Sacramentarium  Leonianum,  éd.  Feltoe,  p.  56-57.  Ci.  P.  L., 
t.  v,.  col.  65.  —  !0  Les  origines  du.  culte  chrétien,  2»  éd., 
p.  136. 


983 


AGRAPHA   —   AGRICOLES   (CLASSES) 


034 


y  chercher  un  agraphon,  «  ne  voyant  rien  qui  autorise 
à  taire  dépendre  le  Chrislum  in  cubile  requirentes 
d'aucun  texte  canonique  '.  »  Nous  serions  assez  disposé, 
pour  notre  part,  à  n'y  voir  qu'une  allusion  à  saint  Mat- 
thieu, xxiv,  23-26  :  Si  ergo  dixerint  vobis  :  Ecce  hic  est 
Chris  tus  aut  illic...  ecce  in  deserto  est,  ecce  IN  pene- 
tralibus  ('ISoù  àv  to\ç  TajAEÎoi;),  nolite  credere.  Ce  qui 
donne  un  sens  très  acceptable,  peu  différent  en  somme 
de  celui  de  MsrDuchesne;  comme  le  passage  n'est  qu'une 
allusion  au  texte  évangélique  et  non  une  traduction,  on 
comprend  la  substitution  du  cubile  aux  pêne tralibus. 

N°  6.  —  Si  l'on  accepte,  comme  nous  l'avons  proposé, 
de  ranger  en  liturgie  sous  le  nom  d' agrapha,  tous  les 
passages  donnés  comme  Écriture  sainte  et  qui  cepen- 
dant n'en  sont  pas,  il  faudrait  signaler,  par  exemple,  ce 
passage  du  sacramentaire  de  Bobbio  donné  comme 
épître  à  Tite,  mais  qui  contient  des  fragments  extra- 
scripturaires  : 

Timor  Domini  custodit  animamjusti,  et  spiritus  sa- 
pienlise  erudivit  illum .  Tenens  psalterium  et  cytharam, 
Iselatus  est  ad  voceni  organi.  Et  quia  didcis  fuit  in 
ore  ejus  decantatio  laudis;  ideoque  in  die  obitus  sui 
gavisus  est,  eo  quod  suscepit  illum  dexlera  Dei~. 

Ou  la  suivante  sous  le  titre  d'Epistola  ad  Colossenses  : 
Qui  custodiunt  prœcepta  Domini,  habent  vilam  eeter- 
nam;  et  qui  negant  mandata  ejus,  adquirunt  ruinam, 
et  in  hoc  secundam  mortem.  Prœceptum  Domini  hoc 
est  :  Non  perjuraberis,  etc.  Ut  sciatis  hoc  quia  opéra 
nostra  scriptum  est  in  hoc  libro,  in  commemoratione 
erit  in  die  judicii.  Ibi  nec  testes,  ibi  nec  pares,  ibi  nec 
per  munera  judicabitur  :  quia  non  est  melior  quam 
/ides,  veritas,  castilas,jejunium,  et  eleemosyna,  etc.3. 

Mais  ces  passages  et  d'autres  de  même  nature,  que 
l'on  trouve  un  peu  dans  toutes  les  liturgies,  formeraient 
dans  tous  les  cas  une  classe  à  part;  c'est  une  sorte  de 
combinaison  de  divers  passages  de  l'Écriture,  un  pro- 
cédé très  usité  en  liturgie,  et  il  faudrait  ranger  sous 
cette  rubrique  les  séries  de  répons  centonisés  et  collec- 
tionnés sous  certains  titres,  comme  De  Abraham,  De 
Joseph,  De  Josue,  De  beato  Job,  De  Tobia,  De  Es- 
dra,  etc.;  mais  cette  question  mérite  d'être  étudiée  à 
part.  Voir  Centonisatiox. 

Parfois  aussi  les  agraplia  se  présentent  sous  une 
autre  forme,  ce  sont  des  paroles,  souvent  des  paroles 
des  prophètes,  mises  dans  la  bouche  de  N.-S.  comme 
les  suivantes  : 

Insidiali  sunt  mfhi  adversarii  mei  magis  gratis,  lu 
Pater  sancle,  miserere  et  libéra  me.  Portatus  sum  ut 
agnus  innocens,  ad  victimam;  captus  ab  inimicis, 
ut  avis  in  muscipola. 

Aperuerunt  omnes  ora  sua  contra  me  :  dentibus 
fremuerunt,  quserentes  deglutire  me,  etc.  4. 

Ou  encore  les  suivantes  sous  forme  d'impropères  : 

Popule  meus  quid  tibi  feci?  Quia  eduxi  te  de  terra 
^Egypli  :  parasti  crucem  salvat07-i  luo,  etc.  5. 

Le  sacramentaire  de  Bobbio  contient  des  impropères 
sous  une  autre  forme  : 

Vide  Domine  humilitatem  meam  quia  erectus  est 
inimicus.  Miserere,  Pater  juste,  et  omnibus  indulgen- 
tiam  dona.  A  Pâtre  missus  veni  perditos  requirere  et 
Itosle  caplivatos  sanguine  redimere,  etc.  6. 

Nous  avons  d'autres  discours  du  Seigneur  dans  des 
livres  liturgiques,  mais  ces  pièces,  comme  le  Descendus 
ad  inferos,  appartiennent  nettement  à  la  littérature 
apocryphe7. 

Dans  tous  les  cas,  il  y  avait  quelque  utilité  à  signaler 
ces  passages  qui  nous  renseignent  sur  les  procédés  de 
la  composition  liturgique. 

III.  Bibliographie.  —  Le  mot  agrapha  n'a  pas  encore 

*  Christum  in  cubile,  question  à  M.  le  docteur  Alf.  Resch, 
dans  la  Revue  biblique,  3"  an.,  1894,  p.  435  sq.  —  sCf.  Mablllon, 
Missa  de  uno  confessore,  dans  Muséum  ilalicum,  t.  i,  p.  347.  — 


tout  à  fait  conquis  droit  de  cité  parmi  nous;  on  ne  le 
trouve  ni  dans  le  Dictionnaire  des  antiquités  chré- 
tinnes  de  Martigny,  ni  dans  le  Dictionnaire  de  la  Bible, 
de  Vigouroux  ou  de  Smith,  ni  dans  Real-Encyclopâ- 
die  de  Kraus,  ni  dans  Dictionary  of  Christian  antiqui- 
ties,  ni  dans  Jevoish  Encyclopedia,  ni  dans  Kirchen- 
lexicon,  ni  même  dans  les  deux  récents  dictionnaires 
anglais  de  la  Bible  :  Hastings,  Dictionary  of  the  Bible, 
in-4°,  Edimbourg,  1900;  Gheyne,  Encyclop.  Biblica, 
in-4°,  Londres,  1899. 

Mais  le  Dictionnaire  de  théologie  catholique  contient 
sur  le  sujet  un  article  de  M.  Mangenot.  Resch  et  Ropes 
que  nous  avons  cités  sont  pour  le  moment  les  deux 
ouvrages  principaux  sur  la  question  ;  Resch  en  particu- 
lier a  écrit,  §  2,  La  littérature  des  agrapha  8.  Cotelier  pa- 
rait le  premier  s'être  occupé  de  la  question  dans  ses  Eccle- 
sise  Grascse  Monumenta,  t.  i-m,  1677-1688.  Plusieurs 
érudits  l'ont  suivi.  Voici  la  liste  des  principaux  travaux  : 

S.  E.  Grabe,  Spicilegium  SS.  Patrum  ut  et  hsereti- 
corum  ssecidi  1,  il,  et  m,  2  vol.,  Oxon.,  1698;  éd.  2, 
1700;  J.  A.  Fabricius,  Codex  apocryphus  Novi  Tesla- 
menti,  Hamb.,  2e  édit.,  1719,  t.  ;i-m;  Lardner,  The  are- 
dibility  of  the  Gospel-history,  2e  éd.,  Londres,  1748; 
Kôrner,  De  sermonibus  Chrisli  âypiçoiç,  Lips.,  1776; 
M.  S.  Routh,  Reliquise  sacrse,  4  vol.,  Oxon.,  2e  éd.,  1849; 
Rud.  Hofmann,  Dos  Leben  Jesu  nach  den  Apokryphen, 
1851  ;  Rud.  Anger,  Synopsis  Evangeliorum  Matthei, 
Marci,  Lucm,  Leipzig.  1852  ;  Bunsen,  Analecta  ante- 
niernua,  Londres,  1856,  t.  i,  p.  29;  Wescott,  Introduction 
to  the  study  of  the  Gospels,  1881  ;  Hilgenfeld,  Novum 
Testamenlum  extra  canonem  receplum,  2*  éd.  Leipzig, 
1884;  Pick,  The  life  of  Jésus  according  extra-canoni- 
cal  sources,  New-York,  1887;  Jean  Lataix,  Une  nouvelle 
série  d'Agrapha,  dans  la  Revue  d'hist.  et  de  littér., 
1897,  t.  n,  p.  432-438,  cf.  aussi  p.  454,  455;  Nestlé,  Novi 
Testamenti  grseci  supplemenlum,  Leipzig,  1896,  p.  89- 
92,  Dicta  Salvaloris  agrapha;  Bardenhewer,  Gesch. 
(1er  altchr.  Literatur,  Freib.  i.  Br.,  1902,  t.  I,  p.  391. 

F.  Cabrol. 

AGUAMANILE.  Voir  Aquamanile. 

AGRICOLES  (CLASSES).  —  I.  Du  droit  de  pro- 
priété. IL  Le  domaine  rural.  III.  Le  domaine  rural  en 
Gaule.  IV.  La  culture  du  domaine.  V.  Les  «  serfs  casés  ». 
VI.  Les  affranchis.  VIL  Les  fermiers.  VIII.  Les  colons. 
IX.  Description  de  la  villa.  X.  Les  villages.  XI.  Le 
manse.  XII.  Le  dominium  et  les  tenures.  XIII.  Les 
tenanciers.  XIV.  Les  manants.  XV.  Les  colons.  XVI.  La 
villa.  XVII.  La  paroisse  rurale.  XVIII.  La  juridiction 
domaniale.  XIX.  Condition  d'assujettissement  des 
classes  agricoles.  XX.  Le  polyptyque  de  l'abbé  Irminon. 
XXI.  Le  capitulaire  De  villis.  XXII.  Monuments  figurés. 

Pour  comprendre  les  institutions  antiques  du  chris- 
tianisme il  est  nécessaire  d'accueillir  tous  les  renseigne- 
ments que  les  textes  nous  ont  conservés.  Afin  de  savoir 
comment  ces  institutions  se  sont  formées,  comment 
elles  se  sont  développées,  comment  elles  ont  donné  nais- 
sance à  un  état  de  choses  très  vaste  et  très  durable,  il 
est  indispensable  de  tenir  compte  de  toutes  les  condi- 
tions dans  lesquelles  s'est  opéré  ce  développement.  En 
tous  temps  et  en  tous  pays,  la  manière  dont  le  sol  était 
possédé  a  été  l'un  des  principaux  éléments  de  l'orga- 
nisme social,  du  progrès  moral  ri  de  l'expansion  reli- 
gieuse. Le  domaine  rural  et  la  vie  agricole  ont  été,  i 
l'époque  que  nous  étudions,  l'organe  le  plus  puissant  et 
le  plus  régulier  de  la  vie  sociaie.  «  Cest  là,  dit  Fustel 
de  Coulanges,  que  s'exécutait  presque  tout  le  travail  so- 
cial; là  s'élaboraient  la  richesse  et  la  force;  là  tendaient 
les  convoitises,  et  de  là  venait  la  force.  C'est  dans  l'in- 

"Ibid.,  p.  363.  —  '  Ibid.,  p.  310.  —  »  Missel  romain,  au  vendredi 
suint,  d'après  le  IV  Esd.,  I.  —  •  Muséum  Uni.,  loc.  cit.,  p.  31'.'  M{. 
—  '  27i<.>  Book  of  Cerne,  éd.  Kuypers,  p.  196.  —  *  Loc.  cit.,  p,  3. 


985 


AGRICOLES    (CLASSES) 


986 


térieur  de  ce  domaine  rural  que  se  rencontraient  les 
diverses  classes  d'hommes.  C'est  pour  la  terre  et  à  cause 
d'elle  que  surgissaient  les  grandes  inégalités.  »  Si  l'on 
veut  s'en  tenir  à  ce  qui  a  trait  aux  choses  ecclésias- 
tiques, on  reconnaîtra  que  les  biens  des  Églises  et  des 
monastères  n'ont  pas  été  régis  par  d'autres  institutions 
que  les  domaines  des  particuliers;  dès  lors  il  n'est  pas 
possible  de  ne  pas  accueillir  les  textes,  d'où  qu'ils  vien- 
nent, lorsqu'ils  représentent  une  part  d'explication  des 
problèmes  que  soulève  l'étude  des  documents  de  prove- 
nance ecclésiastique  et  monastique.  Clercs  et  moines 
n'ont  pas  fait  usage  d'un  droit  et  d'un  formulaire  ré- 
servés à  eux  seuls;  malgré  leurs  privilèges  nombreux 
et  exceptionnels  ils  relevaient  du  droit  commun.  Le 
domaine  ecclésiastique  était  un  composé  de  domaines 
particuliers  venus  presque  tous  par  donation,  quelques- 
uns  par  acquisition  et  par  échange;  or  ces  modes  d'ac- 
croissement s'exerçaient  sur  des  terres  laïques  en  un 
temps  où  la  propriété  laïque  était  légalement  et  forte- 
ment constituée.  L'Église  ou  le  monastère  étaient  tenus  à 
respecter  les  dispositions  générales  du  droit  concernant 
la  condition  des  personnes.  Il  en  résultait,  à  ce  point  de 
vue,  que  la  propriété  ecclésiastique  ne  différait  par 
aucun  caractère  essentiel  de  la  propriété  laïque  et  la 
population  agricole  qui  l'occupait  suivait  la  même  con- 
dition dans  l'une  et  dans  l'autre;  ainsi  les  textes  que 
nous  citerons  comme  ayant  trait  aux  usages  en  vigueur 
chez  les  particuliers  s'appliqueront  aux  usages  en  vi- 
gueur dans  les  terres  des  églises  et  des  monastères. 
Dans  la  présente  dissertation,  au  lieu  de  disperser  notre 
attention  sur  la  condition  des  classes  agricoles  dans 
toute  la  société  chrétienne,  nous  nous  bornerons  à  la 
Gaule  toute  seule,  ainsi  nous  pourrons  donner  des  faits 
nombreux  et  précis,  les  seuls  qui  autorisent  une  con- 
viction scientifique.  Il  est  nécessaire  de  remarquer  que 
les  conditions  de  la  société  rurale  pendant  la  durée  de 
l'empire  sont  analogues  à  celles  de  la  Gaule  dans  les 
autres  provinces;  à  partir  de  l'introduction  des  popula- 
tions germaniques,  ce  que  nous  observerons  en  Gaule  avec 
une  surabondance  de  documents  authentiques  diffère 
assez  peu  de  ce  qu'on  pourrait  observer  en  Germanie  et 
dans  l'île  de  Bretagne  et  même  en  Espagne.  Il  ne  faut 
pas  parler  de  l'Afrique,  qui  à  partir  de  l'invasion  van- 
dale vivra  plutôt  grâce  à  l'intarissable  fécondité  du  sol 
que  par  la  sagesse  des  dispositions  économiques;  les 
documents  de  ce  pays  appartiennent  d'ailleurs  à  la  po- 
lémique religieuse  plus  qu'à  l'économie  sociale.  Rome 
et  l'Halie  conserveront  plus  longtemps  le  régime  écono- 
mique de  l'empire,  nous  l'étudierons  ailleurs,  lorsque 
nous  aurons  à  parler  des  patrimoines  de  l'Église  ro- 
maine. Voir  Liber  censuum  et  Colonat.  Quant  au  monde 
oriental,  les  dissentiments  profonds  qui  le  séparèrent  de 

1  Gaius,  Instit.,  II,  vu  :  In  provinciali  solo  dominium  populi 
romani  est  vel  Cxsaris  ;  nos  autem  possessionem  tantum  vel 
usumfructum  habere  videmur.  Fustel  de  Coulanges,  Hist.  des 
institutions  polit,  de  l'anc.  France,  in-8%  Paris,  1889,  t.  iv,  p.  2, 
fait  observer  que  la  phrase  de  Gaius  est  une  explication  théo- 
rique, rien  de  plus.  Le  droit  de  posséder  en  pleine  propriété  était 
le  privilège  du  citoyen  romain;  mais  quand  ce  droit  fut  étendu  à 
tous,  la  distinction  entre  le  sol  italique  et  le  sol  provincial  n'en 
subsista  pas  moins;  des  lois  de  316  et  de  530  mentionnent  tantôt 
les  fundi  italici,  tantôt  les  fundi  provinciales;  il  est  vrai  que 
ces  lois  ont  pour  objet  de  supprimer  toute  distinction  de  fait 
entre  ces  terres.  Code  Théod.,  1.  VIII,  tit.  xn,  2;  Code  Justin., 
1.  V,  tit.  xni,  15;  1.  VIII,  tit.  xxxi.  -  *  Code  Justin.,  1.  VIII, 
tit.  xiii,  9,  loi  de  l'année  239;  Code  Justin.,  1.  III,  tit.  xu,  2,  loi 
de  l'année  331,  dans  laquelle  le  propriétaire  d'un  prsedium  in 
provincia  est  qualifié  dominus  ;  Code  Théod-,  1.  XII,  tit.  i,  33, 
constitution  de  l'année  342  dans  laquelle  on  parle  de  curiales  qui 
privato  dominio  possident.  Le  droit  romain  ne  fournit  aucun 
texte  que  l'on  puisse  invoquer  en  faveur  d'un  domaine  éminent 
sur  le  sol  réservé  à  l'État;  en  tous  cas  si  ce  domaine  a  existé,  et 
rien  ne  le  démontre,  il  n'en  était  plus  question  à  l'époque  qui 
nous  occupe.  Cette  théorie  du  dominium  suprême  de  l'État,  sou- 
tenue par  Ch.  Giraud,  Recherche  sur  le  droit  de  propriété  citez 


bonne  heure,  au  point  de  vue  religieux,  de  l'influence 
de  l'Église  romaine,  ne  le  disposaient  pas  à  recevoir  dans 
féconomie  sociale  les  inspirations  qu'il  contestait  ou 
repoussait  dans  l'ordre  dogmatique  et  disciplinaire. 
Nous  croyons  qu'on  pourrait,  plus  qu'on  ne  l'a  fait  jus- 
qu'ici, mettre  à  profit  les  règles  monastiques  afin  d'étu- 
dier les  conditions  matérielles  de  la  vie  rurale,  conditions 
qui  différaient  assez  peu  pour  le  tenancier  et  le  moine, 
attachés  tous  deux  à  la  culture  du  sol,  et  soumis  aux 
mêmes  fatigues  et  aux  mêmes  dangers,  mais  nous  ré- 
serverons cet  aspect  de  la  question  pour  le  traiter  en 
étudiant  les  établissements  monastiques.  Voir  Monas- 
tères et  Travail  manuel. 

I.  Du  droit  de  propriété.  —  Au  iv«  siècle,  la  distinc- 
tion qui  voulait  que  la  pleine  propriété,  dominium,  ap- 
partint, par  droit  de  conquête,  à  l'État  romain  et  que 
les  particuliers  ne  pussent  jouir  que  de  «  la  possession 
et  l'usutruit  »  ', cette  distinction,  disons-nous,  était  aban- 
donnée; les  codes  appliquent  désormais  le  terme  domi- 
nium même  à  la  propriété  provinciale'2.  Cette  propriété 
était  rigoureusement  délimitée  par  une  clôture  quelcon- 
que, bornes,  palissades,  etc.,  parfois  encore  surmontées 
de  distance  en  distance  de  bustes  d'Hermès,  les  her- 
mulxz,  qui  rappelaient  les  anciens  dieux  Termes  et  le 
caractère  religieux  de  la  propriété  dans  les  vieux  âges  ; 
ces  limites  étaient  inviolables  et  la  loi  punissait  leur 
violation,  quelle  que  fût  l'espèce  de  sol  dont  il  s'agit, 
terres  incultes  ou  terres  cultivées,  forêts  ou  pâquis4, 
eaux  courantes  enfin5.  Le  droit  de  propriété  atteignait 
le  sol  dans  ses  dernières  profondeurs,  il  s'exerçait  sur 
les  richesses  naturelles  et  sur  les  dépôts  qui  s'y  trou- 
vaient cachés6.  Le  propriétaire  était  tellement  maître  du 
sol,  que  la  construction  d'une  maison  par  un  autre  que 
lui  n'atteignait  pas  son  droit,  la  maison  devenait  sienne; 
par  contre  le  propriétaire  pouvait  se  dessaisir  de  l'usu- 
truit et  de  la  jouissance,  il  pouvait  encore  concéder  à 
un  tiers  la  possession  à  perpétuité  de  la  superficie,  le 
fonds  lui  demeurait.  Après  lui  la  propriété  se  transmet- 
tait à  son  fils  ou  à  son  plus  proche  parent,  elle  se  trans- 
mettait même  à  tous  ses  enfants,  fils  et  filles,  sans 
exception,  à  l'époque  qui  nous  occupe.  Cette  transmis- 
sion se  faisait  sans  la  participation  de  l'État,  car,  dit 
Pline  le  Jeune,  «  les  héritiers  n'auraient  pas  toléré 
qu'on  entamât  des  biens  auxquels  les  liens  du  sang  et 
du  culte  domestique  leur  donnaient  un  droit  absolu, 
des  biens  qui,  même  avant  le  décès  du  père,  leur  appar- 
tenaient déjà  et  dont  ils  étaient  comme  en  possession 
dès  leur  entrée  dans  la  vie7.  »  La  terre  pouvait  se  trans- 
mettre par  testament,  elle  pouvait  encore  s'aliéner  du 
vivant  du  propriétaire,  soit  par  vente,  soit  par  donation. 
Toutes  ces  opérations  avaient  été  beaucoup  facilitées  avec 
le  temps.  La  vente  et  la  donation  se  faisaientpar  la  simple 

les  Romains,  in-8«,  Aix,  1838,  p.  235,  237,  252  ;  le  même,  His- 
toire du  droit  français,  in-8%  Paris,  1846,  1. 1,  p.  151,  et  par  Acca- 
rias,  Précis  du  droit  romain,  in-8°,  Paris,  1872,  3"  édition,  t.  i, 
p.  483,  494;  4'  édit.,  p.  516,  527,  a  été  réfutée  par  Fustel  de  Cou- 
langes,  op.  cit.,  t.  IV,  p.  9  sq.  —  3  Digeste,  1.  XLII,  tit.  vin,  21; 
1.  XVIII,  tit.  i,  18;  Code  Théod.,  1.  II,  tit.  xxvi;  Code  Justin., 
1.  III,  tit.  xxxix,  3.  Sur  les  hermulx  cf.  De  Rossi,  Bull,  di  arch. 
crist.,  1876,  p.  145,  pi.  vm.  La  loi  permettait  au  propriétaire  de  con- 
traindre son  voisin  au  bornage,  qui  devait  être  fait  par  les  agri 
mensores.  Cf.  Digeste,  1.  X,  tit.  i;  Code  Théod.,  1.  II,  tit.  xxvi, 
Code  Justin.,  1.  III,  tit.  xxxix.  Sur  les  agrimensores,  Digeste, 
1.  II,  tit.  VI,  1-3;  Code  Théod.,  1.  II,  tit.  xxvi,  1  ;  Gromatici  ve- 
teres,  édit.  Ch.  Lachmann,  in-8%  Berlin,  1848,  p.  10,  24,  etc.  — 
*  Digeste,  1.  XIII,  tit.  vu,  18;  1.  L,  tit.  xv,  4;  Code  Théod.,  1.  IX, 
tit.  XLII,  7.  —  B  Digeste,  1.  XLIII,  tit.  xir,  1  ;  Flumina  quœdayn 
publica  sunt,  qusedam  non.  —  u  Malgré  la  tendance  de  l'État  à 
s'emparer  de  toutes  les  mines,  voir  Ad  metalla,  col.  471,  le 
particulier  n'était  pas  inhabile  à  en  posséder.  Digeste,  1.  XXVII, 
tit.  IX,  3  ;  l'usufruitier  pouvait  les  exploiter  comme  le  proprié- 
taire lui-même.  Digeste,  1.  VII,  tit.  i,  13;  1.  XXIV,  tit.  m,  7, 
§  13-14;  Tacite,  Annal.,  1.  VI,  19;  Corp.  inscr.  lat.,  t.  n, 
n.  3280  a.  —  ''Pline,  Panégyrique  de  Trajan,  n.  xxvu,  édit. 
Keil,  p.  346. 


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AGRICOLES    (CLASSES! 


988 


tradition,  avec  constatation  de  la  volonté  de  livrer  la 
terre1.  Pour  le  testament,  il  arrivait  d'ordinaire  qu'il 
était  présenté  aux  magistrats  municipaux  et  inscrit  sur 
le  registre  de  la  curie,  mais  ce  n'était  autre  chose  qu'une 
constatation  plus  solennelle  et  une  garantie  de  l'exécu- 
tion des  clauses  du  testament2.  Ces  trois  mutations  de 
la  propriété  pouvaient  être  exercées  non  seulement  au 
profit  des  particuliers,  mais  encore  des  corporations  re- 
connues aptes  à  posséder  le  sol.  «  Les  temples  étaient 
propriétaires  de  terres  nombreuses  3.  Les  villes  avaient 
chacune  un  domaine4.  Il  y  avait  enlin  le  domaine  de 
l'État  ou  du  prince.  Ce  qu'il  importe  de  noter,  c'est 
que,  pour  ces  communautés  ou  pour  ces  puissances,  le 
droit  de  propriété  ne  différait  pas  essentiellement  de  ce 
qu'il  était  pour  les  particuliers.  L'État,  les  villes,  les 
temples,  les  corporations  jouissaient  ou  disposaient  de 
leurs  terres  suivant  toutes  les  règles  qui  régissaient  la 
propriété  privée.  La  vente,  la  donation,  la  location 
s'opéraient  sur  ces  terres  comme  sur  toutes  les 
autres5.  »  Telle  était  la  réalisation  pratique  de  Yager 
privatus  au  ive  siècle6;  à  la  même  époque,  la  langue 
énonçait  le  droit  de  propriété  par  les  mots  dominium 
et  dominus1;  dominatio  se  trouve  dans  le  [Digeste 
avec  le  sens  de  droit  de  propriété 8.  Les  termes  pro- 
prietas,  proprietarius  se  rencontrent  9,  de  même  que 
possessio,  possessor  avec  le  sens  de  propriété  et  proprié- 
taire10; enfin  on  l'ait  aussi  usage  du  mot  potestas  ll. 

II.  Le  domaine  rural.  —  «  Après  avoir  constaté  le 
droit  de  propriété  sur  lu  terre,  il  faut  voir  comment  ce 
droit  s'exerçait.  Il  faut  chercher  ce  qu'était  le  domaine 
rural  chez  les  Romains,  en  quoi  il  consistait,  comment 
il  était  cultivé,  quelle  population  y  vivait 12.  » 

Le  domaine  rural  portait  les  noms  de  f'undus,  prse- 
dium,  ager,  mais  ces  mots  n'ont  pas  tous  exactement  la 
même  signification.  Les  deux  premiers  expriment  la 
pleine  propriété,  le  troisième  s'applique  de  préférence  à 
l'exploitation  rurale  et  n'a  pas  le  sens  restreint  de 
champ  que  nous  lui  donnons  trop  fréquemment.  «  Caton 
appelle  ager  une  propriété  de  100,  200,  240  arpents13. 
Varron  et  Columelle  emploient  le  mot  dans  le  même 
sens.  Pline  appelle  ses   grands  domaines  des  agri^. 

'■  Fnstitutes,  1.  II,  tit.  i,  40  :  Nihil  tam  conveniens  est  naturali 
sequitati  quam  voluntutem  domini,volentis  rem  suam  in  alium 
transferre,  ratam  liaberi,  et  ideo...  prwdia  qux  in  provinciis 
sunt,  itu  alienantur.  —  ■  La  terre  pouvait  encore  être  mise  en 
ange  et  hypothéquée  pour  garantir  le  paiement  d'une  dette.  — 

Digeste,  1.  XXXII,  tit.  xxxvm,  6;  1.  XXXIII,  tit.  i,  20;  Code 
Justin.,  1.  XI,  tit.  lxx  :  De  pr&diis  urbanis  et  rusticis  templo- 
riuii.  —  * I.e.r  Malacitana,  tit.  lxiii,  lxiv;  Lex  de  controver- 
sin  inter  Gennates  et  Viturios,  dans  Corp.  iriser,  lat.,  t.  v, 
n.  7740;  Wilmanns,  Exempt,  inscript.,  in-8*,  Berlin,  1873,  n.  872; 
Code  Justin.,  1.  XI,  lit.  i.xxi  :  De  lucatione  prxdiorum  civi- 
(iinn;  Code  Theod.,  1.  X,  tit.  ni,  1;  1.  XV,  tit.  I,  8;  Ammien 
Marcellin,  Hist.  rum.,  1.  XXV,  c.  iv;  Gromatici  veteres,  édit. 
Lachmann,  in-8*,  Berlin,  1S48,  p.  35-36.—  "Fustel  de  Coulanges, 
Hist.  des  instit.  polit,  de  l'anc.  France,  t.  iv,  p.  7-8.  Il  était  fait 
quelques  réserves  pour  le  droit  d'aliéner.  —  ePour  Vager  com- 
muais, communia,  eommuniones,  pro  indiviso,  compascua, 
qui  ne  se  rapporte  que  de  loin  au  régime  terrien  des  propriétés 
ecclésiastiques,  cf.  Fustel  de  Coulanges,  toc.  cit.,  t.  îv,  p.  8.  — 
'  Code  Justin.,  1.  VII.  tit.  xxv  :  Nullam  esse  differentiam  pati- 
mur  inter  dominus...  SU  pli'nissunus  et  légitimas  quisque 
dominas.  —  a  Digeste,  1.  XXIX,  tit.  Il,  78  :  Frater  qui  superest, 
cavere  débet  ne  qua  in  re  plus  sua  parte  dominationem  in- 
terponeret.  —  •  Avec  cette  nuance,  observe  Fustel  de  Coulanges, 
que  proprietas  s'opposait  d'ordinaire  à  usus  fructus;  Digeste, 
1.  VII,  tit,  i,  25,  72;  Gains,  Instit.,  coinm.  II,  §30-33;  Code  Justin., 
1.  IV,  tit.  xix,  4,  loi  de  l'année  222.  —  "Digeste,  1.  L,  tit.  xvi,  115. 
Sur  les  mots  possessio,  possessor,  cf.  Fustel  de  Coulanges,  toc. 
cit..  t.  iv,  p.  3,  note  5.  —  "  Digeste,  1.  L,  tit.  xvii,  58;  Institut., 
1.  II,  tit.  iv,  1,§4.  —  "Fustel  de  Coulanges,  loc.  cit.,  t.  iv,  p.  15.  — 
13  Caton,  De  rerustica,  c.  i,  x.  —  •*  Pline,  Epist.,  1.  III,  epist.  xix; 
1.  X,  epist.  ix.  De  même  Cicéron  parle  d'un  ager  qui  est  si  étendu 
qu'on  l'a  divisé  en  centuries  ;  pro  Tullio,  3  :  Est  in  eo  agro  cen- 
mria  qux  Populonia  nominatur.  —  "Paul,  au  Digeste,  1.  XVIII, 
tit.  î,  40,  emploie  dans  le  même  article  les  mots  ager  et  fundus 


Dans  le  langage  du  droit  ager  est  un  domaine13.  Un 
ager  ne  comprenait  pas  seulement  des  champs.  Caton 
parle  iVagri  qui  sont  en  vignes,  en  oliviers,  en  herbages, 
en  forêts.  Ulpien  nous  dit  que  sur  les  registres  du  ca- 
dastre chaque  ager  était  décrit,  c'est-à-dire  que  l'on  y 
marquait  ce  qui  était  en  vignes,  ce  qui  était  en  céréales, 
ce  qui  était  en  forêts  ou  en  prairies  16.  L'agellus  d'Au- 
sone,  Vager  de  Sidoine  comprennent  des  vignes,  des 
prairies,  des  forêts.  Quant  au  terme  villa,  il  ne  s'appli- 
qua d'abord  qu'à  la  maison  qui  s'élevait  sur  le  domaine 
et  où  le  maître  habitait;  mais  d'assez  bonne  heure  il 
s'étendit  au  domaine  tout  entier17.  Il  en  tut  de  même 
du  mot  corlis,  qui  n'avait  d'abord  désigné  qu'une  cour 
de  lerme  et  qui  au  Ve  siècle  désigna  un  domaine.  Nous 
voyons  un  personnage  de  ce  temps-là,  qui  possède  «  plu- 
sieurs cortes  très  riches  et  de  bon  produit,  contenant 
bois,  eaux  et  cours  d'eau,  moulins,  pêcheries,  chacune 
cultivée  par  quelques  centaines  d'esclaves  »  18.  «  hundus, 
prsedium,  ager,  villa,  cortis,  ces  termes  étaient  syno- 
nymes, et  c'est  une  chose  que  nous  devons  noter  pour 
la  suite  de  nos  études19.  » 

Chaque  domaine  rural  avait  un  nom  propre  :  Forma 
censuali  caret ur  ut  agri  sic  in  censum  referentur  : 
nomen  fundi  cujusque 20  ;  dans  les  clatfses  testamen- 
taires on  lit  des  mentions  analogues  à  celle-ci  :  Fundum 
7  rebatianum . . .  Fundum  Satrianum  dari  volo'2i;  une 
donation  du  temps  de  Domitien  est  ainsi  conçue  :  ... 
FVNDVM  IVNIANVM  ET  LOLLIANVM  ET  PERCEN- 
NIANVM  ET  STATVLEIANVM  SVOS  CVM  SVISVIL- 
LIS  F1NIBVSQVE  ATTRIBVIT  (scil.  Domitius)**. 
Plusieurs  documents  épigraphiques,  en  Cisalpine23,  en 
Campanie'-*  et  ailleurs25  énumèrent  des  propriétés  ru- 
rales parmi  lesquelles  il  s'en  trouve  d'une  superficie 
tout  à  fait  médiocre  et  qui  néanmoins  portent  chacune 
un  nom  '-•>.  Ces  détails  sont  d'une  grande  importance 
pour  la  reconstitution  des  anciennes  propriétés,  car  ces 
noms  de  terres  paraissent  avoir  été  immuables.  Parmi 
ceux  que  nous  connaissons,  aucun  n'a  été  emprunté  aux 
accidents  géographiques,  ni  à  l'agriculture  ;  saut  quelques 
cas  très  rares  où  ces  noms  sont  tirés  de  noms  de  peuples, 
comme  le  Laurent ianus  et  le  Tuscus  de  Pline,  ils  sont 

pour  désigner  un  même  domaine.  Au  Digeste,].  L,  tit.  xvi,  211  :  De 
signifteatione  verborum,  il  est  dit  expressément  qu'on  dt - 
par  le  mot  ager  toutes  les  terres  d'un  domaine.  Ager  est  syno- 
nyme de  fundus  au  Digeste,  1.  XVIII,  tit.  i,  40,  et  de  prsedium 
au  Code  Justin.,  1.  VI,  tit.  xxiv,  3,  loi  de  l'année  222.  —  ■■  Ulpien, 
au  Digeste,  1.  L,  tit.  xv,  4  :  Forma  censuali  cavetur  ut  agri  sic 
in  censum  referantur  :  arvum  quot  jugerum  sit...  vinea... 
pratum...  pascua...  silvx.  —  "  Villa  est  employé  dans  le  sens 
ancien  par  Caton,  Varron,  Columelle  ;  par  Ulpien,  Digeste.  1.  VIII, 
tit.  iv,  8;  Villa  fundi  accessio  est,  par  Pline  le  Jeune,  Epist., 
1.  111,  epist  xix.  Maison  le  trouve  aussi  employé  dans  le  sens  plus 
général  de  domaine.  Tacite,  Annales.  1.  III,  c.  i.m  :  Villarutn 
uifinila  spatia;  Pline,  Hist.  nat.,  1.  XXXII,  e.  xxv,  (S  :  Villas 
ac  suburbana  ;  Digeste.  1.  L,  tit.  xvi,  198  :  l'rxdia  qu.v  sunt  in 
villis;  Corp.  inscr.  lat.,  t.  x,  n.  1748:  villa  lvcvli.ana;  Stace, 
Silvx.  t.  II  :  Villa  Surrentina ;  Sidoine,  Epist.,  1.  I,  epist.  vi  : 
Excolere  villam,  édit.  Luetjohann,  p.  9.  —  '»  Aussi  un  certain 
Tertullus  possédait  18  cortes  en  Sicile.  Mabillon,  Acta  sanct.  O. 
S.  B.,  in-fol.,  Parisiis,  1668,  t.  I,  p.  52-53  :  Vita  l'Iaculi,  n.  xvi- 
xviii.  L'écrivain  nomme  la  cortis  Mirazanus,  la  cortis  Plaza- 
nus,  la  cortis  Calderaria.  la  cortis  l'etrosa,  etc.  Ibidem  :  Os- 
dit...  coi  tes  bonas  valde  et  magnas  cum  portubua  suis,  silns, 
aquis.  piseariis,  tnolendinis,  cum  servis  septem  millibus.  — 
19  Fustel  de  Coulanges,  Hist.  des  instit.  polit,  de  Fane.  France, 
in-8',  P;nis,  lss'.),  t.  iv,  n.  15  sq.  —  ï0  Digeste.  1.  L,  tit.  xv.  4. 
—  «  Digeste,  1.  XXXII,  tit.  xxv.  voyez  tout  le  titre  et  les  n.  38, 
41,78,  91;  1.  XXXIII.  tit.  1,19,  32,38:1.  XXXIII.  tit.  iv,  9,  18,  19, 
27.  —  "G.  Henzen,  Inscr.  latin,  sélect.,  in-8*,  Turici,  1856, 
n.  6085.  Voyez  rémunération  des  domaines  dans  Corp.  inscr. 
latin.,  t.  xi,  n.  3003.  —  "G.  Wilmanns.  Exempta  inscript,  lat., 
in-8*,  Berolini,  1873,  n.  2845.  —  «*  Mommsen,  Inscr.  regni  uea- 
politani,  in-Iol.,  Lipsiae,  1850,  n.  1354;  Corp.  inscr.  latin.,  t.  ix. 
n.  1455;  Wilmanns,  op.  cit..  n.  2844.  —  nCorp.  inscr.  Int.,  t.  x. 
n.  407.  —  "Parmi  ces  propriétés  il  en  est  dent  la  valeur  ne 
dépasse  pas  15000  et  même  BO00  sesteii 


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AGRICOLES    (CLASSES) 


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toujours  formés  par  un  nom  d'homme  qui  fournit  le 
radical,  auquel  on  ajoute  une  désinence  d'adjectif  qui 
marque  la  possession;  les  domaines  seront  donc  désignés 
ainsi  :  Manlianus,  Cornelianus,  Terentianm,  Sempro- 
nxanus,  Postumianensis,  villa  Surdiniana,  villa  Lucul- 
lana,  prxdium  HercnnianitmK  Ces  noms  n'étaient  pas 
ceux  des  propriétaires  actuels  puisque  les  inscriptions 
nous  apprennent  que  pour  l'établissement  d'un  aqueduc, 
Mummius  Niger,  propriétaire  de  la  villa  Calvisiana,  a  dû 
faire  traverser  V Antonianus  qui  appartient  à  Varron,  le 
Balbianus  qui  appartient  à  Ulceus  Commodus,  le  Volso- 
nianus  qui  appartient  à  Herennius  Polybius,  etc.2.  Ce 
nom  inamovible  de  la  terre  est  sans  aucun  doute  celui 
de  l'homme  qui  l'a  constituée  en  domaine  rural;  il  per- 
siste après  sa  mort,  après  que  ses  héritiers  ont  laissé  le 
domaine  sortir  de  leurs  mains.  Assurément  le  nouveau 
propriétaire  pourrait  imposer  un  nom  car  le  juriscon- 
sulte Pomponius  nous  dit  que  le  nom  du  domaine  dé- 
pend de  la  volonté  du  propriétaire  :  Nostra  deslinatione 
fundorum  nomino,  non  natura,  consliluantur3,  mais 
si  le  lait  n'est  pas  sans  exemple,  les  exemples  sont 
rares.  Cet  usage  se  conserva  pendant  toute  la  durée  de 
l'empire,  nous  en  voyons  la  trace  dans  les  lettres  de  Sym- 
niaque,  dans  celles  de  saint  Grégoire  Ier,  dans  les  chartes 
de  l'Église  de  Ravenne,  dans  le  Liber  pontificalis. 
«  Nous  devons  faire  grande  attention  à  cette  habitude 
qu'avait  la  société  romaine  d'attacher  à  chaque  propriété 
rurale  un  nom  propre.  Ce  nom  donna  au  domaine  une 
sorte  de  personnalité.  Il  en  lit  un  corps  bien  complet  en 
soi,  bien  distinct  de  ce  qui  n'était  pas  lui,  bien  indivi- 
duel. Sous  ce  nom  persistant,  l'unité  du  fundus  se 
maintenait  à  travers  les  générations.  L'inscription  de 
Véléia  jette  une  vive  lumière  sur  ce  côté  des  usages  ru- 
raux. Nous  y  voyons  plusieurs  propriétaires  qui  ont 
groupé  deux,  trois,  quatre  et  jusqu'à  sept  fundi;  ces 
propriétés  ne  se  confondent  pourtant  pas  en  un  seul 
domaine  :  chacune  d'elles  conserve  son  nom  distinct, 
ses  limites  et  pour  ainsi  dire  sa  vie  propre  *.  »  L'inté- 
grité du  domaine  se  trouvait  maintenue  même  dans  le 
cas  où  il  était  partagé,  car  le  droit  romain  n'imposait 
jamais  l'indivision;  cependant  l'usage  s'était  établi  de 
cette  indivision  dont  les  co-propriétaires  recevaient  cha- 
cun une  portia  ;  la  portio  se  transmettait  suivant  les 
mêmes  conditions  que  la  propriété  totale.  Cet  usage,  qui 
se  laisse  entrevoir  dans  quelques  inscriptions  de  l'époque 
impériale  5,  devient  fréquent  aux  VIe  et  VIIe  siècles  6.  Le 
fundus  demeurait  l'unité  de  propriété  foncière  et  ses 

1  Corp.  inscr.  lat.,  t.  IX,  n.  1455,  5845;  t.  x,  n.  407,  444,  1748, 
4734,  c\r.  —  *Orelli-Henzen,  lnscript.  latin,  sélect-,  n.  6634.  Cf. 
Corp.  inscr.  lat.,  t.  ix,  n.  1455;  G.  Wilmanns,  Exempta  inscr. 
latin.,  n.  95.  —  3 Digeste,  1.  XXX,  tit.  xxiv,  3.  —  *Fustel  de  Cou- 
langes,  op.  cit.,  t.  iv,  p.  20.  —  5  Wilmanns,  op.  cit.,  n.  696,  1845; 
Code  Justin.,  1.  IV,  tit.  m,  3.  —  6Fantuzzi,  Monumenli  Raven- 
nati,  in-4°,  Venezia,  1801,  p.  2,  4,  44,  64.  —  7  Cb.  Lécrivain,  Le 
partage  oncial  du  fundus  romain,  in-8*,  Rome,  1885;  Mommsen, 
Die  italische  Bodentlieiiung,  dans  Hermès,  1884.  h'uncia  ne  se 
trouve  pas  dans  les  lois,  mais  elle  paraît  dans  la  plupart  des  cou- 
tumes. Marini,  I  papiri  diplomatici,  in-fol.,  Roma,  1805,  n.  89  : 
Dono  quatuor  uncias  trium  fundorum.  ;  Fantuzzi,  loc.  cit.,  p.  4  : 
De  sex  unciis  fundi  ;  p.  5  :  sex  uncix  fundi  ;  p.  64  :  de  duobus 
unciis  et  scripulis  quatuor  in  fundo  Cassiano  ;p.  78  :  Donatis 
quam  fecit  Valeria,  id  est  sex  uncias  in  domibus,  mancipiis, 
viontibus,  silvis,  pascuis,  omnibusque  qux  ad  prœdictas  sex 
vncias  pertinent.  —  s  Fustel  de  Coulanges,  op.  cit.,  t.  iv, 
p.  22  sq.,  rappelle  ces  textes  de  Columelle,  de  Pline,  de  Tacite  et 
de  Sénèque  et  s'écarte  de  l'opinion  générale  qui  ierait  de  l'em- 
pire la  propriété  de  quelques  hommes.  Ces  textes,  auxquels  il  op- 
pose avec  raison  ceux  des  agrrmeKSores  Siculus  Flaccus,  Frontin, 
Hygin,  sont  trop  éloignés  du  IV  siècle  pour  que  nous  ayons  à  les 
transcrire  et  à  les  étudier;  notons  cependant  qu'en  regard  des 
phrases  sonoresdes  grands  littérateurs,  les  gens  demétierque  nous 
venons  de  rappeler  nous  disent  que  l'Italie  était  couverte  d'une 
population  serrée  de  petits  propriétaires,  densitas  possessorum. 
Gromatici  vcteres,  édit.  Lachmann,  p.  56,  et  sur  les  «  parcelles  » 
en  Italie,  ibidem,  p.  154,  155.  Le  cadastre  gravé  sur  des  plaques 
de  bronze  et  portant  le  plan,  les  dimensions  et  les  limites  de 


divisions  prirent  en  Italie  le  nom  d'unciœ:  elles  repré- 
sentaient le  douzième  du  domaine  et  on  les  vendait 
soit  séparément  soit  plusieurs  uncix  ensemble  7. 

Tous  ces  traits  s'appliqueront  à  la  propriété  ecclésias- 
tique, et  si  nous  nous  abstenons  de  le  laire  ici,  c'est  que 
le  détail  nous  entraînerait  trop  loin,  mais  il  suffit  d'avoir 
pratiqué  de  près  l'étude  des  anciens  cartulaires  pour 
voir  combien  de  questions  doivent  recevoir,  des  notions 
rassemblées  ici,  un  éclaircissement. 

Ce  que  nous  apprennent  les  chartes  anciennes  des 
dotations  laites  aux  Églises  et  aux  monastères  de  leurs 
vastes  propriétés  territoriales,  a  été  trop  souvent  rema- 
nié à  de  basses  époques,  en  vue  d'intérêts  très  humains, 
pour  qu'on  doive  prendre  à  la  lettre  ce  qui  est  dit  des 
étendues  immenses  des  biens  d'Église.  On  a  souvent 
étudié  les  latifundia,  et  à  l'aide  de  quelques  textes, 
toujours  les  mêmes,  on  s'est  tait  une  idée  d'une  exacti- 
tude très  relative  sur  les  propriétés  des  anciens8. 

Le  domaine  rural  paraît  généralement  peu  étendu. 
Caton  et  Varron  donnent  des  chiffres,  ils  parlent  de 
100,  200,  300  arpents  ;  les  inscriptions  de  Véléia  et  des 
Balbiani  supposent  des  propriétés  de  150  à  200  arpents; 
une  autre  inscription  trouvée  sur  le  territoire  de  Viterbe 
laisse  entrevoir  des  domaines  dont  la  superficie  serait, 
l'une  dans  l'autre,  de  soixante  hectares.  Ces  chiffres  s'ac- 
cordent assez  bien  avec  ce  que  nous  savons  du  nombre 
d'esclaves  requis  pour  l'entretien  d'une  propriété  de 
moyenne,  étendue;  suivant  Caton  et  Varron  il  faut  de 
douze  à  dix-huit  esclaves9,  et  l'agelius  d'Horace  récla- 
mait un  villicus,  cinq  métayers  et  huit  esclaves10.  A  ces 
modestes  domaines  on  oppose  les  latifundia.  Pline  le 
Jeune  écrit  qu'il  va  acheter  un  seul  domaine  3  millions 
de  sesterces11,  ce  qui  représenterait,  d'après  des  calculs 
approximatifs,  une  superficie  de  1500  arpents.  Il  semble 
cependant  que  la  petite  propriété  avait  une  tendance  à 
être  englobée;  l'inscription  de  Véléia  nous  montre 
300  propriétés  possédées  par  51  propriétaires,  tel  d'entre 
eux  en  a  10  ou  12  à  lui  seul.  En  effet,  la  spéculation 
effrénée  qui  se  faisait  sur  les  terres  éliminait  de  plus 
en  plus  les  colons;  en  un  siècle  les  cinq  sixièmes  des 
petits  propriétaires  disparurent.  On  observe  aussi  que 
tout  en  respectant  les  anciennes  dénominations,  les  nou- 
veaux maîtres  font  évaluer  tous  leurs  fundi  en  une  seule 
masse.  C'est  en  effet  le  mot  nouveau  qu'un  nouvel  usage 
a  introduit  :  la  masse,  massa,  signifie  un  groupe  de  do- 
maines, une  nouvelle  unité  rurale  l2.  Outre  cet  élément 
dans  la  constitution  de  la  grande  propriété  il  faut  noter 

toutes  les  propriétés  était  conservé  dans  les  archives  des  villes 
et  les  bureaux  du  palais  impérial;  il  n'en  est  rien  resté.  Gro- 
matici veteres,  p.  45-48,  51,  88,  111,  117,  121,  154;  Digeste, 
1.  XLVIII,  tit.  xiii,  8.  Quant  aux  registres  du  cens  qui  conte- 
naient le  nom  de  chaque  domaine,  avec  le  nombre  d'arpents,  la 
nature  du  terrain,  les  variétés  de  culture  et  le  nombre  de  culti- 
vateurs employés,  ils  ont  également  disparu.  Digeste,  1.  L,  tit.  xv, 
4  :  Forma  censuali  cavetur  ut  agrisic  in  censum  referantur  ; 
nomen  fundi  cujusque,  et  quos  duos  vicinos  proximos  habeat, 
et  arvum  quot  jugeritm  sit,  vinea  quot  vites  habeat,  oliva 
quot  jugerum.  —  »  Caton,  De  re  ruslica,  c.  t,  x,  xi  ;  Varron,  De 
re  rustica,  1. 1,  c.  xix.  —  l0  Horace,  Satires,  H,  7, 118.  —  «  Pline, 
Epist.,  1.  III.  epist.  xix  ;  cf.  1.  V,  epist.  vi,  où  il  décrit  son  domaine 
de  Tusci  qui  renferme  des  forêts,  des  plaines,  des  collines,  des 
champs  de  blé,  un  vignoble,  des  prairies.  —  '-  Corp.  inscript,  lat., 
t.  x,  n.  8076  :  C.onductrix  massse  Trapeianx  ;  Novelles  d'Anthe- 
mius,  tit.  m,  édit.  Haenel,  p.  349  :  Cxsiana  massa  Domninxillu- 
stri  feminx  restituatur  ;  Marini,  /  papiri  diplomatici,  in-fol., 
Roma,  1805,  n.  82,  diplôme  de  489  :  Certos  fundos  ex  corpore 
massae  Pyramitanx;  n.  86,  diplôme  de  553  :  massa  Firmidiana, 
Symmaque,  Epist.,  1.  X,  epist.  xli,  édit.  SeecU,  p.  302  :  massa 
Cxsariana  ;  Cassiodore,  Variarum,  1.  V,  epist.  xn.  Palentianatn 
massam  ;  1.  XII,  epist.  v,  conductores  massarutn ,  P.  L.,  t.  lxix, 
col.  653,  858  ;  S.  Grégoire  le  Grand,  Epist.,  1.  I,  xli  ;  1.  V,  xliv  ; 
1.  IX,  xxx  ;  1.  XIV,  xiv  :  massam  qux  Aquse  Salvix  nuncupatur, 
cum  omnibus  fundis  suis,  id  est,  Cella  Vinaria,  Antoniano- 
villa  Pertusa,  Cassiano,  Corneliano,  Thesselata,  cum  omni 
jure  suo  et  omnibus  ad  eam  perîinenlibus,  P.  L.,  t.  lxxvii, 
col.  494,  498  sq.,  774,  967,  1318. 


991 


AGRICOLES    (CLASSES) 


992 


l'importance  qu'eurent  au  début  de  l'empire  les  sallus, 
immenses  espaces  boisés,  d'une  culture  difficile,  d'une  va- 
leur insignifiante,  propriété  de  l'État  qui  y  plaça  des  colons. 
Certaines  villes  les  affermèrent  ainsi  que  des  particuliers. 
L'entreprise  était  grosse  de  risques,  Varron  la  déconseil- 
lait à  ceux  qui  n'avaient  pas  amplement  les  ressources 
indispensables  ;  JuliusFrontin,  d'autre  part,  nous  apprend 
que  l'on  y  laisait  fortune  lorsqu'il  décrit  un  de  ces  saltus 
mis  en  culture  :  «  il  appartient,  dit-il,  à  un  seul  propriétaire, 
il  est  pourtant  aussi  vaste  que  le  territoire  d'une  ville  '.  » 
III.  Lç  domaine  rural  en  Gaule.  —  La  conquête  ro- 
maine trouva  très  probablement  établi  en  Gaule  le  sys- 
tème du  domaine  rural  ou  fundus  2,  et  il  parait  vraisem- 
blable que  des  institutions  analogues  développaient  des 
habitudes  rurales  peu  différentes.  La  rapidité  avec  la- 
quelle la  Gaule  adopta  la  civilisation  des  vainqueurs  3  a 
laissé  sa  trace  dans  la  propriété  rurale.  Suivant  l'usage 
romain  la  villa  prit  un  nom  propre,  les  domaines  reçu- 
rent un  nom  d'homme,  du  moins  dans  un  grand  nom- 
bre de  cas.  Ausone  cite  la  villa  Pauliacus  et  la  villa 
Lucaniacus v,  Sidoine  en  possède  une  qu'il  nomme 
villa  Avitacus.  La  famille  Syagria  a  un  domaine  qu'on 
appelle  Taionnacus,  Consentius  possède  Yager  Octavia- 
nus,  Apollinaris  possède  Yager  Voroangus,  Ferréolus 
nomme  le  sien  Prusianus  '■>.  Les  chartes  mentionnent  en 
Gaule  les  domaines  d'Albiniacus,  Solemniacensis,  Flo- 
riacus,  Bertiniacus,  Latiniacus,  Victoriacus,  Pauliacus, 
Juliacus,  Attimiacus,  Cassiacus,  Gaviniacus,  Clipiacus; 
il  y  en  a  eu  plusieurs  centaines  de  cette  sorte.  Dans  leur 
loyalisme,  les  Gaulois  avaient  vite  abandonné  leur  an- 
cienne langue  pour  y  substituer  celle  de  Rome6,  plu- 
sieurs latinisaient  leur  propre  nom  et  on  reconnaît 
encore  le  radical  gaulois  primitif  sous  la  forme  latine 
dans  les  appellations  suivantes  qui,  passant  du  proprié- 
taire à  la  propriété,  ont  subi  une  nouvelle,  mais  légère 
déformation  pour  se  transformer  dans  les  noms  de  nos 
villages  actuels  :  Albinus  =  Aubigny,  Solemnis  =  So- 
lignac,  Florus  =  Fleury,  Bertimis  =  Bertignole,  Lati- 
nus  ou  Latinius  =  Lagny,  Victorius  =  Vitry,  Paulus 
=  Pouilly,  Julius  =  Juilly,  Allmius  =  Attigny,  Cas- 
sius  =  Chancy,  Gabinius  =  Gagny,  Clipius  =  Clichy, 
Il  y  a  ici  une  indication  qui  ne  doit  pas  être  négligée 
pour  la  formation  de  la  propriété  territoriale  ecclé- 
siastique. Non  qu'il  faille  appliquer  partout  aux  listes 
épiscopales  et  abbatiales  les  noms  fournis  par  les  char- 
triers,   mais  on  ne  saurait  se  dispenser  nulle  part  de 

1  Grqmatici  veteres,  édit.  Lachmann,  p.  53.  Rappelons  que  les 
villes  antiques  étaient  ordinairement  peu  étendues.  —  *  Fustel  de 
Coulanges,  dans  la  Revue  des  questions  historiques,  avril  1889; 
Ch.  Lécrivain,  dans  les  Annales  de  la  faculté  des  lettres  de  Bor- 
deaux, 1889.  Cf.  d'Arbois  de  Jubainville,  La  propriété  fotu 
en  Gaule,  dans  les  Comptes  rendus  de  l'Acad.  des  inscr.,  1887, 
p.  85-96 ;  F.  Viollet,  Caractère  collectif'  des  première*  pi. 
tés  immobilières,  dans  la  Dibl.  de  l'École  des  chartes,  1872, 
p.  455-504.  —  3  Fustel  de  Coulanges,  Hist.  des  instit.  polit,  de 
l'anc.  France.  in-8«,  Paris,  1891, 1. 1,  p.  96-191.  —  'Ausone,  Epiât., 
v,  vs.  16,  36,  édit.  Schenkt,  p.  163.  —  5  Sidoine  Apollinaire, 
Kpisl.,  H,  ix  ;  Vlll,  iv,  vm,  P.  L.,  t.  LVin,  col.  485,  592,  599.  — 
•Fustel  de  Coulanges,  De  la  disparition  de  la  langue  fin- 
ies Gaulois,  dans  l'Hist.  des  instit.  pal.  de  l'une.  France,  in-8'. 
Paris,  1891,  t.  i,  p.  125.  — 7  Ausone,  Idtjllia,  m  :  Agri  lus  centum 
colo  jugera;  vinea  centum  jugerions  eulitur,  prataque  dimi- 
dium;  silva  supra  duplum  quam  prata  et  vinea  et  arvum.  — 
•Sidoine  Apollinaire,  Epist.,  VIII,  vm,  P.  I...  t.  i.viu,  col.  599. 
—  9  Ibid.,  1.  VIII,  iv  :  Agris  aquisque,  rim-tis  alque  olii 
vestibule,  cawpo,  colle  amœnissimus,  P.  /..,  t.  i.vm,  col 
o  Le  mot  vestibtilum  désigne  lespace  qui,  à  partir  de  la  voie  pu- 
blique, donne  accès  à  la  maison.  »  Fustel  de  Coulanges,  op.  cit.. 
t.  îv,  p.  36.  —  10  Sid.  Apollinaire,  Epist.,  II,  n  :  Ager  ipse  dil- 
fusus  m  sylvis,  pictus  in  prali&,.\  i  ci  ri  tus  in  pascuis, 
storibus  peeuliosus.  P.  L.,  t.  LVin,  col.  473  sq.  —  "Ibid.,  II. 
IX  :  Inter  agros  OMHBnissimos  apud  huniauissimos  domi- 
nos Ferreolum  et  Apollinarem,  tempw  volupluoeissimum 
exegi.  Prmdiorum  us  jura  contermina,  domicilia  iricina, 
quibus  hiterjecta  gestatio  lassa!  peditem  nec  suf/ieit  equita- 
turo.  Colles  xdibus  superiores  exarcentur  vinilori  et  oKvitori, 


l'essayer  et  d'user  de  ce  nouveau  moyen  de  contrôle 
dans  la  confrontation  des  documents  anciens.  Cependant 
il  faut  observer  que  dans  la  Narbonnaise  et  dans  quel- 
ques territoires  voisins  de  la  frontière  du  nord-est  la 
régime  de  la  petite  propriété  était  en  vigueur  ;  dans  le 
reste  de  la  Gaule,  c'était  au  contraire  la  grande  et  la 
moyenne  propriété.  Mais  encore  qu'entendaient  les 
hommes  de  ce  temps  par  les  mots  de  petite,  moyenne 
et  grande  propriété?  Ausone  décrit  sa  propriété  patri- 
moniale dans  les  environs  de  Bazas,  il  l'appelle  villula, 
herediolum  :  c'est  donc  assurément  fort  peu  de  chose 
à  ses  yeux  et  il  faut  «  toute  la  modestie  de  ses  goûts  » 
pour  être  satisfait;  or,  cette  propriété  compte  200  ar- 
pents de  terre  en  labour,  100  arpents  de  vigne,  50  de 
prés  et  700  de  bois  "'.  Le  domaine  contenait  donc  1 050  ar- 
pents et  il  passait  pour  fort  peu  de  chose.  Sidoine  Apol- 
linaire décrit  lui  aussi  des  domaines  ruraux  qui  parais- 
sent tous  d'une  assez  grande  étendue.  Le  Taionnacus 
comprend  «  des  prés,  des  vignobles,  des  terres  de  la- 
bour »s;  l'Octavianus  renferme  «  des  champs,  des  vi- 
gnobles, des  bois  d'oliviers,  une  plaine,  une  colline 
l'Avitacus  «  s'étend  en  bois  et  en  prairies,  et  ses  her- 
bages nourrissent  force  troupeaux  »  10;  le  Voroangus  et  le 
Prusianus  sont  contigus,  néanmoins  l'espace  qui  sépare 
les  deux  habitations  est  trop  considérable  pour  être  par- 
couru à  pied;  «c'est  une  courte  promenade  à  cheval  '*;  î 
enfin,  vers  le  même  temps,  la  villa  Sparnacus  est  vendue 
pour  la  somme  énorme  de  5000  livres  pesant  d'argent,  ce 
qui  suppose  une  terre  très  vaste12.  Nous  ne  savons  rien 
de  plus  précis  sur  l'étendue  des  propriétés.  Fustel  de 
Coulanges  dit  que  son  «  impression  générale,  à  défaut 
d'affirmation,  est  que  les  grands  domaines  de  l'époque 
romaine  ne  dépassent  guère  l'étendue  qu'occupe  aujour- 
d'hui le  territoire  d'un  village.  Beaucoup  n'ont  que  celle 
de  nos  petits  hameaux.  Et  au-dessous  de  ceux-ci  il  exi-t<- 
encore  un  bon  nombre  de  propriétés  plus  petites  »  13. 

IV.  La  culture  du  domaine.  —  Nous  trouvons  dans 
les  dimensions  du  domaine  rural  la  raison  de  l'exis- 
tence d'une  classe  d'hommes  appelés  esclaves  ou  serfs, 
sewi.  Ceux-ci  appartenaient  au  propriétaire  (voir  Lsi  i  \- 
vi'.s).  qui  en  tirait  parti  pour  l'exploitation  de  son  do- 
maine. La  troupe  d'esclaves  affectée  à  ce  soin  composait 
ce  qu'on  nommait  alors  la  familia  rustiea  '  '•.  Les  rustici 
étaient  les  cultivateurs,  et  avec  eux,  à  la  campagne,  se 
trouvaient  des  urbani,  c'est-à-dire  des  esclaves  atta 
au  service  personnel  du  maître  ls.  Les  conditions  géné- 

/'.  L.,  t.  lviii,  col.  4S3  sq.  —  "  Testamentum  Rentigii, 
Pardessus,  Diplomata,  in-fol.,  Parisiis,  1842,  t.  i,  p.  BS 
tel  de  Coulanges,  loe.  cit.,  t.  IV,  p.  37.  Malgré  la  tendance  que 
nous  avons  notée  chez  les  propriétaires  à  ajouter  les  domaines 
contigus  au  leur  et  faire  leur  pré  carré,  il  existait  un  découpe- 
ment  du  sol  par  des  domaines  qu'ils  ne  pouvaient  ajouter  au  leur: 
en  pareil  cas,  les  grandes  familles  se  résignaient  à  posséder  leur 
domaine  entre  vingt,  trente,  quarante  lots  épars.  Ammien  ' 
cellin  parle  de  ces  patrimonia  Sparsa  per  orbem,el  nous  voyons 
de  très  bonne  heure,  dans  un  document  qui  mériterait  une  étude 
approfondie,  que  dès  les  premiers  temps  de  l'ordre  bénédictin,  saint 
Benoit  fut  mis  en  possession  d'un  domaine  territorial  de  cette  na- 
ture. Un  personnage  nommé  Tertullus  aurait  fait,  dit-on,  di  nati>ji 
à  l'abbé  du  Mont-Cassin  de  M  fundi  ou  villx  situées  en  Apulie. 
en  Campanie,  en  Ligurie  et  près  de   l'Adriatique:  en  outre,  il 
donna  18  curtes  en  Sicile.  Vita  S.  Placidi.  n.  16-18,  dans  U 
Ion,  Acta  sanct.  O.  S.  B.,  in-fol.,  Parisiis,  1668,  t.  i.  p.  52-53.  — 
"Il  tant  se  garder  de  croire  que  la  familia  urhnna  était,  par 
opposition  à  la  familia  rustiea.  confinée  à  la  ville  :  Urbana  fa- 
milia et  rustiea.  non  locosed  génère  diflinguitiir.  lison-- 
dans  le  Digeste,  1.  L,  tit.  xvi.  L66.  —  IS  Digeste.  I.  XXXII.  9\>  : 
Servi,  licet  in  prœdiis  rusticis  suit,  tomen  si  opus  rusticur 
fadunt,  urbani  cidrntur.   Ibid..  I.  XXX111.  i\.  'i.  $6  :   l'rbiea 
miuisteria  dicimus  et  qu<T  extra  urbem  nobis  mini^trare  con- 

,-unt.  Paul,  au  Digeste.  I.  XXX III.  vu.  18.  S  13:  Villa  m  i. 
cum  maticipiis  qrne  ibi  deputabunlur  urbanis  et  rusticis.  I,Y\- 
cessive  division  du  travail  entraînait  la  multitude  des  servi', 
il  y  avait  indécision  à  l'égard  dos  veneui 

les  miuisteria  urhnna.  et.  Paul,   Senti  ntlst,  111.  vi.  Si  71,  tantôt 
dans  la  familia  rustiea.  Digeste,  1.  XXXIII,  vu.  12,  S  1- 


oc; 


A.G1UC0LES    (CLASSES) 


994 


l'aies  du  travail  agricole  changèrent  peu.  Les  agronomes 

tels  que  Caton,  Saserna,  avaient  l';iit  le  calcul  d'où  il  res- 
sort que  chaque  esclave  avait  à  cultiver,  en  moyenne, 
(j  arpents  en  vignes  ou  8  arpents  en  labour.  Au  début  de 
la  période  impériale,  l'organisation  delà  familîa rustica 
présente  certains  traits  que  nous  retrouvons  quelques 
siècles  plus  tard  dans  les  règles  monastiques  réglant  le 
travail  journalier,  et  il  n'est  pas  impossible  que  les  «  dé- 
curies »  agricoles,  décuries  de  labours,  décuries  de  ber- 
gers, décuries  de  vignerons,  aient  inspiré  l'organisation 
par  «  décanies  »  des  moines  du  Cassin  au  VIe  siècle.  On 
voit  dans  la  règle  de  saint  Benoit  qu'une  des  peines  en- 
courues par  le  moine  Trappe  d'excommunication,  sera 
de  travailler  seul  '  ;  c'était  en  effet  le  vieil  usage  de  ne 
pas  laisser  de  travailleurs  isolés,  nous  dit  Columelle2. 
La  décurie  travaillait  en  commun,  nous  apprend-il 
encore3,  et  il  laut  peut-être  rapprocher  cette  disposition 
de  celle  par  laquelle  saint  Benoit  prescrivait  que  les 
frères  trop  éloignés  du  monastère  par  leur  travail  célé- 
brassent l'office  divin  aux  heures  prescrites4;  on  peut 
donc  conclure  de  ce  texte  que  le  domaine  était  parfois 
liés  étendu  et  que  des  groupes  de  travailleurs  y  étaient 
envoyés  en  nombre  suffisant  pour  rendre  possible  la  ré- 
citation des  heures  canoniales.  Ce  ne  sont  là  que  des 
conjectures,  mais  l'histoire  de  l'organisation  agricole  des 
monastères  est  à  faire  et  on  ne  peut  alteindre  la  certi- 
tude du  premier  coup.  Chaque  décurie  est  surveillée  et 
instruite  au  besoin  par  un  monitor,  c'est  le  decanus 
monastique;  mais  parmi  les  ruslici  on  compte  les  argi- 
culteurs  et  les  gens  de  métier,  meuniers,  boulangers, 
charrons,  maçons,  charpentiers,  forgerons,  foulons,  bref 
toutes  les  industries  indispensables  au  fonctionnement 
d'un  organisme  social  qui  doit  vivre  autant  que  possible 
sans  rien  acheter  au  dehors  ni  recourir  aux  étrangers. 
A  mesure  que  la  dépopulation  des  campagnes  va  gran- 
dissant, que  les  ruines  des  diverses  invasions  isolent  de 
plus  en  plus  les  domaines  comme  des  oasis  de  verdure 
parmi  une  région  dévastée,  ces  conditions  deviennent 
sans  cesse  plus  essentielles  à  la  vie  rurale.  Les  villes 
sont  éloignées,  les  villages  libres,  rares  ou  absents3; 
dès  lors  il  ne  faut  compter  que  sur  les  seules  ressources 
du  domaine  rural.  Les  traits  que  nous  relevons  entre 
l'organisation  de  celui-ci  et  l'organisation  du  monastère 
reparaissent  en  partie  dans  les  domaines  dépendant  des 
Eglises.  Sous  le  propriétaire  et  travaillant  pour  lui  seul, 
nous  voyons  des  hommes  que  sa  confiance  distingue  et 
destine  à  des  lonctions  qui  requièrent  une  intelligence 
ou  une  gravité  de  mœurs  éprouvées;  tels  sont  le  somme- 
lier6 et  l'économe7;  au-dessus  d'eux  l'intendant8.  Les 
uns  et  les  autres  reparaîtront  dans  le  domaine  monas- 
tique, parfois  sous  leur  ancien  nom  :  ccllarius,  dispen- 

1  S.  Benoit,  Régula,  c.  xxv.  —  s  Columelle,  De  re  rustica,  I,  IX  : 
A'e  singuli  neque  bini  saut,  quoniam  dispersi  non  facile  cu- 
stodiuntur.  —  a  Ibid.  :  Classes  non  majores  qunm  denûm 
Imiiiinum  faciendx,  quas  decurias  appellaverunt  antiqui  et 
maxime  probaver  une  quos  is  numeri  modus  in  opère  conrmo- 
dissime  custodiretur.  —  *  S.  Benoit,  Régula,  cl.  —  5  Le  village, 
au  sens  où  nous  entendons  ce  mot,  a  existé,  mais  ce  n'était  pas 
alors  l'agglomération  que  nous  voyons.  Le  pagtis  était  une  région, 
le  vicus  n  impliquait  aucune  id;e  rurale  oîtut  aussi  tivu  un 
pâté  de  maisons,  un  carrefour,  un  faubourg.  Le  village,  lorsqu'il 
existait,  n'avait  d'abord  aucune  existence  officielle  ;  en  dehors  de 
la  cité,  du  municipe,  du  domaine,  il  n'y  avait  nulle  place.  Ce  qui 
en  fait  tenait  lieu  de  nos  villages,  ce  qu'on  désignait  du  nom  va- 
gue de  vici,  c'étaient  les  groupes  d'habitations  rurales  que  les 
propriétaires  avaient  installés  sur  leurs  terres.  Outre  ces  vici  ser- 
viles,  il  y  a  eu  des  vici  libres,  c'est-à-dire  des  agglomérations  de 
petits  propriétaires,  vicaiti,  sorte  de  variété  descollegia.  Cf.  \VM- 
manns,  Exempta  inscript,  latin.,  in-8",  Berolini,  1873,  n.  2117, 
2247,  2282;  Corpus  inscr.  latin.,  t.  x,  n.  4830,  4831;  t.  v,  n.  5504, 
5505.  Mais  ce  groupe  ne  jouissait  pas,  lui  non  plus,  du  caractère 
officiel.  «  Si  vous  êtes  né  dans  un  vicus,  dit  Ulpien,  au  Digeste, 
1.  L,  tit.  I,  30,  vous  êtes  réputé  natif  de  la  ville  dont  ce  vicus 
lait  partie.  »  —  «Ulpien,  au  Digeste,  1.  XXXIII,  tit.  vu,  12,  §  9  : 
Cellarium  qûoque,  id  est  ideo  prœpositum  ut  rutiones  salvx 

D1CT.  u'arcii.  CIir.LT. 


saior;  quant  à  l'intendant,  villicits,  il  exerce  une  part 
du  pouvoir  exécutif:  Ne  crudelius  nul  remissius  agat 
cum  snbjectis,  recommande  Columelle9;  malgré  cela 
il  est  esclave  et  n'a  point  de  contrat,  il  peut  ressentir  de 
nouveau  l'humilité  de  la  condition  commune  dont  il  n'est 
pas  sorti  lu.  Comparez  ce  personnage  à  celui  qui  porte 
le  nom  de  prior  dans  la  règle  du  Mont-Cassin  au 
vie  siècle  :  les  différences  sont  peu  sensibles  et,  s'il  ne 
faut  pas  pousser  la  comparaison  sur  tous  les  points,  on 
peut  constater  que  Inorganisation  hiérarchique  du  do- 
maine rural  se  reflète  dans  la  constitution  de  la  hiérar- 
chie monastique;  l'une  et  l'autre  offrent  une  régularité; 
et  une  solidité  remarquables;  l'ordre  s'y  maintient  grâce 
à  des  mobiles  différents,  mais  à  une  discipline  identi- 
que exercée  ici  par  les  officiers  du  domaine,  là  par  les 
officiers  du  monastère.  Les  premiers  sont  sévères  jus- 
qu'à la  cruauté,  aussi  saint  Benoît  prévient  que  nul 
n'aura  le  droit  dans  le  monastère  de  réprimander  par 
des  coups  sans  l'autorisation  de  l'abbé  •  •  ;  c'est  bien  là  en 
effel  l'abus  qu'on  signale  dans  le  domaine  rural;  « 
esclaves  tremblent  de  peur  devant  Yaclor  et  le  silentia- 
rins  qui  les  accablent  de  punitions  et  de  coups,  nous  dit 
Salvien;  ils  sont  terrifiés  par  ces  surveillants,  qui  sont 
pourtant  des  esclaves  comme  eux,  et  contre  leur  dureté 
ils  vont  chercher  un  refuge  auprès  du  maître  12.  »  Cepen- 
dant le  régime  pénitentiaire  s'est  adouci.  Au  temps 
de  Columelle  et  de  Pline  nous  voyons  les  servi  vuicli 
et  le  terrible  ergaslulum  ;  à  l'époque  de  Salvien  ces 
peines  afilictives  ont  disparu,  on  ne  trouvaaucune  men- 
tion d'esclaves  ruraux  mis  aux  fers,  chez  les  auteurs  du 
ive  et  du  Ve  siècle;  de  même  cette  sévérité  est  absente 
du  code  pénal  de  saint  Benoit. 

Le  point  essentiel  sur  lequel  la  gestion  du  domaine 
rural  différait  de  la  gestion  du  domaine  monastique, 
c'est  que  l'une  tirait  un  rendement13,  l'autre  utilisait  des 
aptitudes.  Le  chef  du  domaine  s'occupait  peu  ou  pas  du 
tout,  à  son  gré,  du  développement  de  la  vie  morale  et  il 
arrivait  que,  d'une  manière  générale,  elle  s'affaissait  de 
plus  en  plus.  Bien  ne  la  soutenait,  ni  l'intérêt,  ni  cette 
sorte  d'attachement  que  l'homme  porte  à  l'œuvre  qu'il 
a  entreprise.  L'esclave  rural  n'avait  pas  de  personnalité 
et  ce  vice  le  poursuivait  pendant  sa  vie  entière.  Il  ni 
pouvait  pas  cultiver  un  champ  unique,  il  allait  au  gré 
du  décurion  tantôt  sur  un  point,  tantôt  sur  un  autre; 
ce  qu'il  avait  semé  un  autre  le  récollait.  Son  travail 
s'en  ressentait  :  à  étendue  égale,  le  propriétaire  antique 
était  obligé  d'entretenir  un  plus  grand  nombre  d'ou- 
vriers que  le  cultivateur  moderne.  Après  une  journée  de 
labeur  craintif,  mais  indolent,  le  ruslicus  rentrait  dans 
la  demeure  commune,  car  il  n'en  avait  pas  qui  ne  fût 
qu'à  lui  seul,  ce  qui  était  encore  la  condition  du  moine. 

sint;  Columelle,  XI  :  Ut  cibus  et  potio  sine  fraude  a  celtarlis  prte- 
beantur.  —  7  Digeste,  1.  XI,  tit.  m,  10  ;  Dominus  servnin  dis- 
pensatorem  manumisit,  postea  raliones  ab  eo  accepit.  Cf.  Corp 
inscr.  Int..  t.  v,  n.  91,  1034,  2883;  t.  x,  n.  1732,  1919, 1921,  45t)i, 
8059.  —  "Le  vitlicus,  qu'on  traduit  souvent  par  fermier.  — 
!l  De  re  rustica,  xi,  1.  — 10  Le  villicus  fait  partie  de  i'iustrumen- 
tum  fundi,  c'est-à-dire  de  la  garniture  humaine  du  domaine.  Son 
état  servile  n'est  pas  douteux.  Cf.  Fustel  de  Coulanges,  Hist.  des 
instit.  polit,  de  la  Gaule,  t.  iv,  p.  47,  n.  i.  —  "  Régula,  c.  lxx.  — 
14  Salvien,  De  gubernatione  Dei,  1.  IV,  c.  III,  édit.  Hahn,  in-8\  Be- 
rolini, 1877,  p.  38  :  Pavent  actores,  pavent  siientiarios,  pavent 
procuratores. ..  ab  omnibus  csedantur,  ab  omnibus  couterun- 
tur...  multi  servorum  ad  dominos  snos  confugiunt,  dum  con- 
servos  timent.  —  l3 Citons  deux  textes  qui  témoignent  en  faveur 
des  sentiments  que  quelques  propriétaires  portaient  aux  rustici  ; 
mais  il  faut  se  garder  d'en  conclure  que  ces  textes  de  deux  théo- 
riciens représentent  la  conduite  pratique  des  hommes  de  leur 
temps.  Columelle,  De  re  rustica,  I,  viii  :  In  sei-vis  lisec  prmeepta 
sunt  quœ  me  custodisse  nuit  pœnitet,  ut  rusticos  fatniliarus 
alloquerer  et  cum  comitute  lemiri,  perpetuum  laborem  eorum 
inlelligerem,  nonnunquam  eliain  jocarer  et  plus  ipsis  jocari 
permitterem.  Varron,  De  re  rustica,  1.  (,  c.  xvn  :  Servi...  honore 
aliquo  habendi  sutd...  Minus  se  putent  despici,  atque  aliquo 
n  umero  haberi  a  domino studiosiores  fteri  liberalius  tractando. 

I.  -32 


9C5 


AGRICOLES   (CLASSES) 


990 


V.  Les  «  serfs  casés  ».  —  A  une  époque  qu'il  n'est 
pas  possible  de  préciser,  une  légère  modification  se  pro- 
duisit dans  les  coutumes  en  vigueur  dans  le  domaine 
rural.  On  vit  des  propriétaires  concéder  à  tel  esclave  la 
culture  de  tel  lopin  de  terre  pendant  la  durée  de  sa  vie; 
à  son  corps  défendant  il  est  vrai,  et  c'est  là  ce  qui 
rendait  grave  cette  modification  légère  en  apparence 
seulement.  «  Par  là,  cette  parcelJe  du  domaine  s'est 
changée  en  une  tenure  et  cet  esclave  s'est  changé  en  un 
serf  de  la  glèbe1.  »  Cet  usage  de  ifaire  concession  à  un 
esclave  de  son  pécule  -  remontait  peut-être  jusqu'au 
temps  de  la  République.  Les  jurisconsultes  du  IIe  et  du 
IIIe  siècle  mentionnent  parlois  un  esclave  qui  cultive  un 
champ  à  son  compte,  en  payant  au  propriétaire  une  re- 
devance 3.  Ulpien  appelle  cet  esclave  un  quasi-fermier. 
En  elfet,  on  ne  saurait  dire  plus,  car  il  n'y  a  pas,  il  ne 
peut  pas  y  avoir  de  contrat  entre  son  maître  et  lui  ;  il 
n'a  pas  de  personne  morale,  mais  il  a  une  situation 
matérielle  bien  déterminée.  «  Le  jurisconsulte  Paul 
signale  aussi  l'esclave  qui  travaille  à  la  terre  pour  son 
compte  et  qui  paie  au  propriétaire  une  rente  déterminée 
à  l'avance4.  Cervidius  Scaevola  montre  un  esclave  qui  a 
eu  un  champ  à  cultiver  et  qui,  au  moment  de  la  mort 
de  son  maître,  est  en  retard  pour  le  paiement  de  la  re- 
devance6. Un  autre  jurisconsulte  signale   ci ne    une 

chose  assez  ordinaire  qu'un  propriétaire  loue  à  un  es- 
clave une  terre  à  cultiver  et  lui  donne  eu  même  temps 
des  bœufs  de  labour  6.  Il  ne  se  peut  agir  visiblement  d'un 
louage  régulier  et  formel  ;  le  droit  ne  l'admettrait  pas  '' .  » 
Si  on  veut  se  rendre  compte  de  la  grandeur  du  résultat 
obtenu  par  cette  concession  qui  a  pu  paraître  insigni- 
fiante au  début,  il  faut  voir  quel  nom  nouveau  les  ju- 
risconsultes vont  donner  à  celte  catégorie  d'hommes, 
car  ils  ne  sont  pas  encore  une  classe  distincte;  le  Code 
Théodosien  les  nommera-«  serf-  casés  .  </<<"/  sint  ca- 
sarii*,  parce  qu'ils  ont  maintenant  un  domicile  indivi- 
duel. 

VI.  Les  affranchis.  —  Outre  les  serfs,  le  domaine 
rural  comportait  une  population  nombreuse,  dont  la 
condition  peut  être  difficilement  précisée,  c'est  celle  des 
affranchis  ruraux  qui  paraissent  avoir  vécu  sur  le 
domaine  comme  sujets  du  propriétaire  du  sol.  On  n'en 
saurait  dire  plus  à  leur  égard;  ces  affranchis,  laboureurs 
pour  la  plupart,  travaillaient-ils  en  commun  avec  les 
esclaves?  Mais  comment  alors  dégager  leur  part  dans  le 
travail  impersonnel?  On  peut  supposer  que  le  maître 
donnait  à  l'affranchi  avec  sa  liberté  un  petit  lot  de  culture  ; 
rien  ne  nous  permettra  de  l'affirmer,  puisque  tous  les 
documents  ayant  trait  à  la  propriété  foncière  des  anciens 
ont  péri,  mais  deux  siècles  après  l'empire  romain  d'autres 
documents,  de  la  même  nature  que  ceux  qui  ont  péri, 
nous  font  voir  des  affranchis  qui  sont  tenanciers  île  père 
en  fils  depuis  plusieurs  générations. 

VIL  Les  fermiers.  —    Le  domaine  rural  offrait  les 

•  Fustel  de  Coulanges,  Hist.  des  instit.  polit,  de  Fane.  France, 
in-8\  Paris,  1H89,  t.  iv,  p.  52.  —  «Le  pécule  d'esclave  pouvait 
comprendre  de  l'argent  ou  des  meubles  ou  même  des  immeubles. 
Cf.  Ulpien,  au  Digeste,  l.  XXXIII,  tit.  viu,  6  :  Si  peculium  legetur 
et  sit  m  corporibus,  puta  fundi  vel  xdes  ;  Varron,  De  re  ruslico , 
I.  I,  c.  xvu  :  Danda  opéra  ut  habeant  peculium...  ut  peculiarr 
aliquid  in  fundo  pascant;  cf.  ibid.,  1.  I,  c.  u  :  Peculium  ser- 
vis, quibus  domini  dant  ut  pascant.  —  a  Ulpien,  au  Digeste. 
1.  XXXIII,  tit.  vu,  12,  §3  :  Qu&rilur  an  servus  qui  quasi  colonus 
in  agro  erat,  instrumenta  legato  cuntineatur.  —  *  Paul,  au 
Digeste,  1.  XXXIII,  tit.  vu,  18,  S  4  :  Cum  de  villico  quœreretur 
an  instrumenta  inesset,  et  dubitaretur,  Scxvola  respondit,  si 
non  pensionis  certa  quantitate,  sed  flde  dotninica  culeretur. 
deberi.  —  "Scoevola,  au  Digeste,  1.  XXXIII,  tit.  vu,  20  :  Qutesi- 
mm  est  an  Stichus  servus  qui  unum  ex  Ma  fundis  coluit  et 
reliquatus  est  amplam  summam...  legntario  debeatur.  — 
•Alfenus,  au  Digeste,  I.  XV,  tit.  m,  16  :  Quidam  fundum  colen- 
dum  servo  suo  locavit,  et  bnves  ei  dederat.  —  '  Fustel  de 
Coulanges,  op.  cit.,  t.  IV,  p.  53.  —  •  Code  Théodosien,  1.  IX, 
tit.  xlii,  7.  —  °  Il  semble  que  des  lois  aient  obligé  les  proprié- 
taires à  taire  appel  aux  cultivateurs  libres.  Varron,  De  re  rustica. 


moyens  de  gagner  leur  vie  à  une  classe  d'individus  dont 
nous  n'avons  pas  encore  parlé;  c'était  celle  des  fermiers, 
hommes  libres  louant  telle  parcelle  de  terre  du  soi 
d'autrui  pour  le  mettre  en  culture  9.  Le  contrat  qui  inter- 
venait, lex,  lex  localionis,  lex  conductionis  10,  réglait 
deux  clauses  essentielles,  concession  de  la  terre,  paye- 
ment d'une  redevance  annuelle  "  ;  les  baux  étaient  ordi- 
nairement réglés  pour  cinq  ans12,  mais  à  partir  du 
IVe  siècle  on  préféra  les  baux  à  long  terme. 

Le  lermier  portait  le  titre  de  conduclor  dans  les  docu- 
ments officiels,  mais  son  nom  usuel  était  colonus.  Nous 
en  voyons  établis  un  peu  sur  tous  les  domaines;  Horace 
a  dans  la  propriété  que  lui  donna  Mécène  huit  esclaves 
et  cinq  fermiers  '3;  Pline  parle  de  ses  fermiersvgens  très 
pauvres'*,  et  on  peut  l'en  croire  si  l'on  s'en  rapporte  au 
Digeste  qui  cite  cette  clause  habituelle  des  testaments  : 
on  lègue  tel  domaine  avec  l'arriéré  des  fermiers.  Cet 
arriéré  est  devenu  chose  si  régulière  que  pour  dédom- 
mager le  propriétaire  tout  le  bien  du  fermier  pourra 
être  pris  en  gage  I5.  Néanmoins  les  jurisconsultes  con- 
seillent de  se  montrer  indulgent  et  de  lui  accorder,  a 
l'occasion  des  mauvaises  récoltes,  un  dégrèvement  de 
fermage16;  mais  on  ne  les  écoute  pas  toujours.  Pline 
nous  parle  de  fermiers  réduits  à  l'impuissance  par  la 
saisie  de  leurs  animaux  et  des  instruments  aratoires  ". 
La  situation  des  fermiers  parait  généralement  assez 
misérable  et  sert  à  faire  comprendre  le  vœu  d'esclaves 
qui  souhaitent  n'être  pas  affranchis.  Le  contrat  de  louage 
a  subsisté  jusqu'à  l'époque  dite  des  invasions;  on  le 
trouve  mentionné  dans  des  lois  des  années  400  et  411  l8 
et  dans  divers  écrits  ayant  un  caractère  privé  ,s;  mais  à 
cette  époque  l'institution  achevait  de  disparaître  ou  plutôt 
de  se  fondre  dans  une  institution  dilférente  :  le  colonat. 

VIII.  Les  colons.  —  Nous  ne  pouvons  omettre  de  dire 
ici  quelques  mots  du  colonat,  nous  n'essaierons  que 
d'être  exact  et  bref20.  Le  terme  de  colonus  a  été  transféré 
du  fermier  au  colon  dont  la  condition  diffère  cependant, 
et  cette  translation  d'un  mot  nous  invite  à  penser  qu'en 
réalité  ce  ne  fut  pas  le  mot  qui  changea  de  sens,  mais  ce 
fut  l'individu  qui  changea  progressivement  sa  condition  ; 
il  était  libre  de  quitter  la  terre,  il  cessa  de  l'être,  mais 
on  ne  s'avisa  point  du  moment  où  le  changement  était 
fait  et  on  ne  pouvait  s'en  aviser,  car  cette  transformation 
se  fit  lentement,  insensiblement,  individuellement.  Le 
colon  était  homme  libre;  il  jouissait  de  ses  droits  civils, 
il  possédait  et  transmettait  son  bien  par  héritage  ou 
autrement.  Sa  tenure  ne  lui  appartient  pas,  mais  il  peut 
posséder  ailleurs  qu'en  sa  tenure21.  Son  infériorité,  son 
esclavage  pourrait-on  dire,  consiste  en  ce  point  qu'il  ne 
doit  ni  quitter  sa  terre,  ni  cesser  de  la  cultiver.  Les  lois 
lui  interdisent  de  s'en  éloigner  une  journée  :  non  ah 
agris  monientu  amoveri îs ;  le  législateur  a  défini  d'un 
mot  la  condition  du  colon  dans  l'institution  du  colonat  : 
le  colon.it  est  un  lien,  nexus  colonarius  21.  Lien  à  l'égard 

1. 1,  c.  xvu  :  Omnes  agri  colun'ur  hominibus  servis  aut  Uberis 
aut  utrisque.  —  '"Digeste,  1  MX,  tit.  II,  9,  -25,  20,  30,  61.  — 
"Le  prix  de  location  s'appelait  inerces,  chaque  paiement  ou 
terme  s'appelle  pensio.  —  "On  pouvait  louer  de  nouveau,  mais 
alors  d'année  en  année  seulement,  quoique  indéfiniment.  — 
"Horace,  Satyr.. II.  7  ;  Epiât.,  1, 14.  —  "  Pline,  Epiât.,  I.  X,  8.  — 
,5Gaius,  Institut. ,  comm,,  iv,  147;  Code  Justinien,  1.  IV,  tit.  i w  , 
5;  Institutes,  1.  IV,  tit.  VI, 7.  —  '•Ulpien,  au  Digeste,  1.  XIX.  tit.  u. 
15.  —  "Pline,  Epist..  1. 111, 19.  —  '•  Code  Théodosien,  1.  XI,  tit.  \ \. 
3;  1.  XVI,  tit.  v,  54  S  6,  6.  —  <»  Paulin,  Eueharistieon,  n.  538; 
Symmaque,  Epist.,  1.  IV,  î.xviu;  1.  IX,  LU.  —  "Le  colonat  a  fait 
l'objet  de  plusieurs  monographies  de  mérite.  Nous  résumons  ici 
les  idées  du  maître  illustre  auquel  ci>s  éludes  doivent  une  c 
et  un  charme  qu'elles  n'avaient  pas  connus  jusqu'alors.  Faste! 
de  Coulanges,  Recherches  sur  quelques  problèmes  d'histoire, 
in-8\  Paris,  1885,  p.  1-82;  Hist.  des  instit.  polit,  de  lune.  Frtmoe, 
t.  iv,  p.  68  sq.  —  »'  Code  Théodosien,  1.  V,  tit.  XI,  1  ;  1.  XII.  tit.  i, 
33.  —  "Code  Justinien.  1.  XI.  tit.  xi.vm,  15.  —  "Novelles  de 
Yalentinien.  XX\.  S  6,  édit.  Ilaiiel.  p.  227  :  I-'ilios  eurum  aut  colo- 

naris  nomine  autservos  ita  ut  illusntAuscolunariusteiteat,  hos 
conditio  sei  «itutis. 


997 


AGRICOLES    (CLASSES) 


398 


du  colon  et  à  l'égard  du  propriétaire  qui  ne  peut  évincer 
pas  plus  que  l'autre  ne  peut  partir.  Quelques  cas  excep- 
tionnels, et  qui  réclament  le  consentement  mutuel  des 
parties,  pourront  briser  ce  lien,  c'est  si  le  colon  se  fait 
prêtre  ou  soldat;  le  maître  s'y  oppose-t-il,  le  colon  de- 
meurera '.  Mais  le  maître  vendra  son  domaine  avec 
les  colons2  et  le  nouveau  propriétaire  ne  pourra  leur 
substituer  ses  gens  à  luia.  Jamais  lien  n'a  été  plus 
étroit  et  c'est  encore  cet  admirable  langue  juridique 
qui  l'exprimera  le  mieux  en  appelant  le  colon  membrum 
terrée.  Le  colon  ne  peut  épouser  une  femme  d'un  autre 
domaine,  sinon  deux  tiers  des  enfants  resteront  au 
domaine  du  père,  un  tiers  au  domaine  de  la  mère.  Ce 
qui  dill'érencie  le  colon  de  l'esclave  c'est  qu'il  est  culti- 
vateur et  cela  seulement.  Le  propriétaire  du  domaine  ne 
peut  l'obliger  à  aucun  autre  travail  qu'à  la  culture  du 
sol*.  «  l'our  son  travail  agricole,  le  colon  ne  feit  pas 
partie  d'un  groupe  qui  laboure  ou  qui  moissonne  sous 
les  ordres  d'un  monitor.  Nous  ne  trouvons  pas  de 
décuries  de  colons,  comme  nous  trouvions  des  décuries 
d'esclaves.  Le  colon  est  seul"  au  labour  et  seul  à  la 
moisson.  Il  ne  transporte  pas  non  plus  ses  bras  et  son 
travail  sur  telle  ou  telle  partie  du  domaine  qu'un  chef 
lui  indique  chaque  jour.  Il  a  son  lot  de  terre  et  il  le 
cultive  toute  l'année.  Il  laboure,  sème  et  récolte  à  la 
même  place.  Pour  la  culture  nous  n'apercevons  pas 
qu'on  lui  donne  des  ordres,  qu'on  le  dirige.  Vraisem- 
blaolement  il  cultive  à  sa  guise  et  sous  sa  responsabilité. 
Il  jouit  des  fruits.  Sans  doute,  il  doit  au  maître  une 
part  de  sa  récolle;  mais  le  reste  est  pour  lui.  Une  loi 
nous  montre  cet  homme  vendant  lui-même  ses  produits 
au  marché  de  la  ville  voisine  5.  »  Pouvait-on  le  transférer 
d'une  tenure  à  une  autre  tenure?  c'est  possible,  mais 
nous  l'ignorons,  il  a  pu  exister  sur  ce  point  des  usages 
différents  suivant  les  lieux,  mais  c'est  le  contraire  qui 
—  saut  les  cas  particuliers  —  parait  probable.  «  Le 
colon  est  un  tenancier  perpétuel6.  »  Quelles  sont  ses 
redevances?  Il  est  certain  que  les  lois  ne  les  ont  pas 
fixées,  mais  elles  existaient  et  l'on  peut  croire  que  c'était 
tantôt  en  argent,  tantôt  en  nature,  tantôt  en  journées 
de  corvée7.  Gomment  entreprendre  une  énumération 
de  ce  qui  n'avait  eu  ordinairement  pour  règle,  dans 
chaque  tenure,  que  la  convenance  des  parties?  Ce  qui 
était  général  et  immuable  c'étaient  les  conditions.  Elles 
ne  pouvaient  être  modifiées  que  sur  le  consentement 
du  propriétaire  et  du  colon,  l'un  des  deux  n'ayant  aucun 
moyen  d'amener  l'autre  par  contrainte  à  son  sentiment, 
on  s'en  tenait  donc  aux  conditions  primitives  qui  fondè- 
rent la  coutume  :  consueludo  prœdii*. 

Rustici  et  coloni  vivent  sur  la  même  terre,  distingués 
les  uns  des  autres,  mais  entremêlés.  Il  faut  malheureu- 
sement renoncer  à  posséder  cet  inventaire  cadastral  de 
l'empire  irrémédiablement  disparu  et  qui  nous  appren- 
drait tant  de  choses,  il  faut  donc  conjecturer  que  la 
part  du  maître  et  les  tenures  étaient  enchevêtrées  l'une 
dans  l'autre.  «Je  remarque  chez  un  jurisconsulte,  écrit 
Fustel  de  Coulanges,  que  la  troupe  des  esclaves  chas- 
seurs, venatores,  était  souvent  comptée  dans  la  familia 
urbana,  c'est-à-dire  parmi  les  esclaves  attachés  au 
service  personnel  du  maître.  On  peut  conclure  de  là 
que  les  bois  et  les  garennes  étaient  compris  aussi  dans 
In  terre  réservée.  Cela  aura  des  conséquences  dans 
l'avenir9.  » 

IX.  Description  de  la  villa..  —  L'indigence  de  docu- 
ments que  nous  avons  à  déplorer  en  ce  qui  a  trait  à 
l'inventaire    cadastral   est    presque   aussi    grande    par 

1  Code  Justinien,  1.  I,  tit.  m,  1G,  défond  au  colon  d'entrer  dons 
les  ordres  invito  agri  domino,  et  ibid.,  1.  I,  tit.  III,  3B  :  conti  « 
voluntatem  dominorum  fundoru.ni.  —  *  Code  Justinien,  1.  XI. 
tit.  XI.VIH,  7.  —  3Ibid.,  1.  XI,  tit.  lxiii,  7.  —  */br'd.,  1.  I,  tit.  m, 
16:  Ruralibus  obsequiis  fungatur  ;  Code  Théodosien,  1.  V,  tit.  iv. 
3  :  Nulli  liceat  eos  urbanis  obsequiis  addicere.  —  'Fustel  do 
Coulanges,  Hist.  des  instit.  polit.,  t.  IV,  p.  74  sq.  —  c  Ibid.,  t.  IV. 


rapport  à  la  description  du  domaine  rural.  Quelques 
mots  tombés  d'une  plume  distraite  peuvent  à  peine  être 
mis  à  profit  par  l'historien  pour  reconstituer  les  traits 
de  la  vie  domestique  du  ruslica  s  et  de  la  vie  familiale 
du  fermier  et  du  colon.  Apulée  signale  d'un  seul  mot 
les  casulse10  d'un  riche  domaine,  ce  sont  probablement 
!  les  demeures  des  colons.  Faut-il  accorder  aux  descrip- 
tions de  la  villa  rustique  par  Varron,  Columelle  et 
Vitruve  une  valeur  historique?  Si  l'on  a  égard  à  l'intérêt 
des  maîtres  et  à  la  persistance  des  coutumes  on  pourra 
croire  que  si  tous  les  traits  de  cette  description  ne  se 
trouvent  pas  réunis  dans  chaque  domaine  rural,  la 
plupart  d'entre  eux  s'appliquaient  ordinairement  à  la 
villa  ruslica  pendant  les  siècles  de  l'empire. 

La  villa  devait  contenir  un  nombre  suffisant  de  cellm, 
petites  chambres  à  l'usage  des  esclaves  situées,  autant 
que  possible,  au  midi.  Les  esclaves  paresseux  ou  indis- 
ciplinés étaient  relégués  dans  l'ergastule,  c'est-à-dire 
dans  le  sous-sol,  qui  n'était  pas  le  local  épouvantable 
que  les  descriptions  poétiques  en  ont  fait.  L'ergastule 
devait  être  éclairé  et  aéré  par  des  fenêtres  assez  nom- 
breuses «  pour  que  l'habitation  fût  saine  »,  tout  en  étant 
disposées  de  telle  sorte  qu'elles  rendissent  l'évasion 
impossible.  A  quelques  pas  du  logis  se  trouvaient  les 
étables  auxquelles  aliénaient  les  chambres  des  bouviers 
et  des  bergers.  Venaient  alors  les  granges  pour  le  blé  et 
le  foin,  les  celliers  au  vin,  les  celliers  à  l'huile,  les  gre- 
niers pour  les  fruits.  La  boulangerie  était  confiée  aux 
femmes,  ainsi  que  le  tissage  des  étoffes,  celles  qui 
étaient  employées  à  jeette  dernière  besogne  travaillaient 
en  commun  dans  le  gynseceum  ;  la  cuisine  devait  être 
vaste,  elle  occupait  un  bâtiment  spécial,  haut  de  pla- 
fond et  capable  de  «  servir  de  lieu  de  réunion  en  tous 
temps  à  la  domesticité  ».  Non  loin  de  là  était  le  bain 
des  esclaves  qui  pouvaient  en  profiter  aux  jours  fériés 
seulement,  il  faut  mentionner  encore  les  services  indis- 
pensables, le  moulin,  le  four,  le  pressoir  pour  le  vin,  le 
pressoir  pour  l'huile,  le  colombier;  enfin,  dans  un  do- 
maine bien  complet,  les  officines  des  gens  de  métier  : 
forge,  atelier  de  charronnage.  Tous  ces  locaux  étaient 
distribués  autour  d'un  vaste  espace  qu'on  appelait  chors, 
la  cour.  Bien  des  traits  de  cette  description  s'appliquent 
aux  domaines  ruraux  occupés  par  les  moines  et  il  serait 
profitable  d'entreprendre  l'étude  des  plus  anciennes 
régies  et  des  plans  ou  ruines  des  monastères  parallè- 
ment  à  celle  du  domaine  rural  des  particuliers.  Un  écri- 
vain du  IVe  siècle,  Palladius,  recommande  au  proprié- 
taire de  bâtir  la  villa  urbana  à  mi-côte  et  toujours  plus 
élevée  que  la  villa  ruslica.  Celle-ci  était  donc  en  bas 
de  la  colline  et  elle  pouvait  ressembler  assez  à  un  vil- 
lage tel  que  nous  sommes  habitués  à  le  voir  de  nos 
jours. 

Que  l'on  rapproche  encore  une  fois  ces  indications 
des  traits  épais  dans  les  règles  monastiques  et  l'on 
verra  combien  la  vie  du  moine  ressemble,  pour  les 
choses  matérielles,  à  celle  du  ruslicus.  Une  étude  minu- 
tieuse fera  l'objet  d'une  dissertation  différente  (voir 
Travail  manuel),  mais  il  sera  bon  d'indiquer  dès 
maintenant  quelque  chose  de  cette  ressemblance.  Pre- 
nons, par  exemple,  la  règle  de  saint  Benoit  qui  est  une 
des  plus  importantes  par  l'expansion  qu'elle  prit  d'assez 
bonne  heure.  Ce  grave  document  et  la  vie  de  son  au- 
teur, écrite  à  un  moment  où  l'on  n'avait  pu  s'écarter 
que  bien  peu  de  l'interprétation  pratique  de  cette  règle, 
nous  donnent  une  idée  à  pt'ine  différente  de  celle  que 
les  documents  que   nous   avons  utilisés  jusqu'ici  nous 

p.  76.  —  ''Code  Justinien,  1.  Xt.  tit.  r.rn,  i.  —  •  Ibid.,  1.  XI, 
tit.  XLVirr,  5.  Gomme  on  doit  s'y  attendre,  l'oppression,  quand  elle 
se  produisait,  allait  du  propriétaire  au  colon,  aussi  les  lois  ont- 
elles  prévu  le  cas  de  super  exactio.  Ibid.,  1.  XI,  tit.  i.,  1,  2.  — 
"Fustel  de  Coulanges,  op.  cit.,  t.  IV,  p.  84.  —  ,0 Apulée,  Meta- 
morph.,  vin  :  Nec  paucis  pererratis  casuliz,  ad  qvwtdam  vil- 
lam  possessoris  beati  perveniunt. 


999 


AGM1C0LES   (CLASSES) 


1000 


ont  permis  de  prendre  d'une  exploitation  rurale  :  Mo- 
nasterium  autem  (si  fierit  potest)  ila  débet  construi, 
ut  omnia  necessaria,  id  est,  aqua,  molendinum,  hor- 
tus,  pistrinum,  vel  artes  diverse  intra  monasterium 
exerceantur,  ut  non  sit  nécessitas  monachis  vagandi 
foras  '.  Voilà  bien  les  hommes  attachés  au  domaine;  il 
est  vrai  que  le  motif  donné  est  tout  surnaturel  :  quia 
omnino  non  expedi t  animabus  eorum  ;  mais  c'est  le 
principe  qu'on  maintient  quoique  pour  des  raisons  diffé- 
rentes. Ce  principe  de  l'appartenance  de'  l'individu  est 
dans  le  monastère  comme  dans  le  domaine  rural,  géné- 
rateur de  conséquences  graves.  Le  moine  qui  a  une 
aptitude  sera  employé  dans  sa  spécialité,  à  moins  qu'il 
plaise  à  l'abbé,  pour  des  raisons  spirituelles,  de  le  chan- 
ger de  besogne  et  de  lui  interdire  ses  anciens  travaux. 
Artifices  si  sunt  monasterio...  faciant  ipsas  artes,  si 
lamem  jusserit  abbas.  Quod  si  aliquis  ex  eis  cxtollitur 
pro  scientia  artis  suse,...  hic  lalis  evellatur  ah  ipsa 
arle  et  di.nuoper  eani  non  transeal'2.  Nous  ne  pouvons 
trouver  nulle  part  un  texte  plus  décisif  réglant  la  situa- 
tion que  celui  qui  conclut  rémunération  des  instru- 
mente de  l'art  spirituel.  Officina  vero,  ubi  liwc  omnia 
diligenter  operemur,  claustra  sunt  monasterii  et  stabi- 
litas  in  congregatione3.  La  situation  de  l'individu  dans 
le  monastère  est  la  même,  au  point  de  vue  civil,  que 
dans  le  domaine  rural  celle  du  seri'us  )~usticus  ;  on  la 
trouve  énoncée  en  peu  de  mots  tout  à  fait  clairs  :  nec 
corpora  sua,  nec  voluntates  licet  habere  in  propria 
potesta  *.  Encore  une  fois,  nous  n'essayons  pas  de  com- 
parer des  institutions,  nous  rapprochons  les  applications 
pratiques  d'un  même  principe  et  nous  voyons  de  quelle 
nécessité  est  l'étude  des  documents  et  des  situations  en 
apparence  les  moins  faites  pour  contribuer  à  l'étude  des 
monuments  ecclésiastiques.  L'étude  qu'on  pourrait  en- 
treprendre des  monuments  figurés  ne  serait  pas  beau- 
coup moins  fructueuse,  mais  elle  pourra  être  faite  ail- 
leurs. La  villa  romaine  et  la  curtis  méro\  indienne  sont 
les  prototypes  authentiques  du  cloître  monastique,  l'n 
dernier  trait  emprunté  à  la  vie  de  saint  Benoit  nous 
montre  quelle  idée  on  se  faisait  de  l'obligation  de  séjour 
dans  le  domaine  monastique.  Un  jeune  religieux  s'en- 
fuit du  monastère  pour  retourner  chez  ses  parents,  il  y 
meurt  en  arrivant  et  on  raconte  que  sa  tombe  lut  violée 
jusqu'au  moment  où  l'abbé  eut  pardonné  à  sa  dépouille  5. 
X.  Les  villages.  —  Même  lorsqu'on  adopte  l'opinion 
qui  voit  dans  l'entrée  des  barbares  en  Gaule  au  v  siè- 
cle, non  des  invasions  dans  le  sens  des  excès  de  tout 
genre  qu'éveille  ce  mol,  mais  une  occupation  presque 
amicale,  on  ne  peut  manquer  de  reconnaître  que  l'in- 
troduction de  masses  considérables  et  leur  établisse- 
ment provoqua  une  répartition  nouvelle  du  sol.  entraî- 
nant avec  elle  des  modifications  plus  ou  inoins  graves 
dans  la  condition  des  classes  attachées  à  la  culture  de  la 
terre. 


*  S.  Benoit,  Régula,  c.  lwi.  —  s  Ibid.,  c.  lvii.  —  *Ibid.,  c.  iv. 
—  *  Ibirl.,  c.  xxxiii.  —  5  Vita  S.  Bem-dicti.  c.  xxiv,  édit.  Cozza- 
Luzzi,  in-8",  Tusculani,  1880,  p.  127.  —  •  On  a  cru  pouvoir 
donner  dans  ce  document  une  valeur  nouvelle  au  mol  nlla. 
rien  ne  justifie  cette  interprétation,  qui  a  d'ailleurs  été  réduit*  à 
sa  juste  valeur  par  Fustel  de  Coulantes,  Hist.  des  mstit.  put.  de 
l'anc.  France,  in-8%  Paris,  1889,  t.  iv,  p.  202.  —  >  C'est  dans 
une  formule  d'Auvergne,  n.  6  :  in  vico  Mo,  in  uilla  Mu.  C.f. 
Fustel  de  Coulanges,  op.  cit.,  t.  iv,  p.  203.  —  'Pardessus,  01- 
plomata,  chartee,  aliaque  instrumenta  ad  res  galki-fvm 
spectanlia,  in-fol.,  Parisiis,  18'i2,  n.  241  :  Cliartu  Tltcudetvudix  : 
...  Dono...,  villa  qux  vocalnr  Mntrius...,  Villa  qum  eoguo- 
minatur  Patriago...,  ut  tenendi,  possidendi,  vendendi,  com- 
mulandi,  vel  quidquid  volueritis  faeieudi  liberum  in  aninihiis 
habeatif:  potestatem.  —  "La  démonstrath  n  ■  été  laite  |>ar  la  réu- 
nion d'un  très  grand  nombre  de  cas  isolés.  Cf.  Fustel  de  Cou- 
langes,  op.  cit.,  t.  iv,  p.  206.  —  ,0  Neugart,  Codex  diploma- 
ticus  Alemannix  et  Burgundise  transjuranx,  in-V,  San-Bla- 
sii,  1791,  n.  4,  10-13,  16,  etc.  ;  Codex  f.aio mttunwnnk  ahh.t- 
tUe   diplomatictut,   in-4%  Mannlieimii,  17GS,  n.   1,  6,  27,  'is.  .">:), 


A  l'heure  où  les  Germains  pénètrent  en  Gaule,  nous 
avons  reconnu  qu'il  n'existe  qu'un  petit  nombre  de  vil- 
lages et  que  ces  vici  sont  souvent  une  dépendance  du 
domaine  rural  d'un  particulier.  Que  va-t-il  advenir  de 
cet  état  de  choses?  Si  nous  faisons  appel  aux  textes, 
nous  voyons  que  la  loi  des  Burgondes  ne  contient  pas  une 
seule  fois  le  mot  qui  signifie  village,  viens;  plusieurs 
fois,  au  contraire,  nous  y  voyons  mentionnée  la  villa  en- 
tendue dans  le  sens  de  domaine  rural.  Il  en  est  de  même 
dans  la  loi  Salique;  viens  y  fait  défaut,  villa  reparait  à 
diverses  reprises  avec  le  sens  qu'a  ce  mot  dans  les  au- 
tres documents  contemporains  6.  Même  constatation  dans 
la  loi  des  Ripuaires,  aucune  mention  du  vicus,  mais  des 
dispositions  très  claires  concernant  la  villa.  Les  formu- 
les ne  sont  pas  moins  probantes;  elles  le  sont  plus  en- 
core peut-être,  puisqu'elles  distinguent  le  vtcus  de  la 
villa,  mais  surplus  de  cent  formules  relatives  au  trans- 
fert des  immeubles  par  donation,  vente  ou  testament,  on 
trouve  le  mot  viens  une  seule  fois,  tandis  que  villa  le- 
vient  sans  cesse1.  Aucune  charte  ne  mentionne  le  vil- 
lage, toutes  ont  trait  au  domaine,  et  ces  ventes  ou  do- 
nations mentionnent  en  faveur  du  nouveau  propriétaire 
«  le  plein  pouvoir  de  tenir,  posséder,  vendre,  échanger, 
faire  tout  ce  qu'on  voudra  »  8.  La  villa  que  nous  voyons 
être  l'unique  objet  des  transactions  est  donc  l'unité  ru- 
rale et  cela,  non  seulement  dans  le  centre  et  le  midi  de 
la  Gaule  où  l'invasion  germanique  a  été  moins  com- 
pacte, mais  jusque  dans  les  logions  du  nord  et  de  l'est  ' 
et  même  dans  les  pays  germaniques  10.  et  cette  villa  pré- 
sente les  mêmes  caractères  que  la  villa  gallo-romain  ; 
comme  elle,  nous  disent  les  chartes,  elle  contient  . 
champs,  des  vignes,  des  prés,  des  forêts,  des  pâturages: 
il  semble  même  que  les  conditions  des  personn  - 
n'aient  guère  été  modifiées,  car  le  propriétaire  vend  non 
seulement  la  terre,  mais  encore  s  les  esclaves  et  les  co- 
lons qui  y  sont  manants  ».  Les  documents  font  mention 
île  la  villa  alors  même  qu'ils  emploient  pour  la  dési- 
gner les  termes  de  prsedium  et  fundus;  on  rencontre 
aussi  le  mot  ager  qui  avait  perdu  sa  signification  primi- 
tive et  dont  on  faisait  usage  peur  marquer  soit  le  terrain. 
soit  les  constructions,  soit  l'un  et  l'autre  à  la  fois,  com- 
posant le  domaine  ".  Celui-ci  est  encore  désigné  sous  le 
nom  de  curtis  qui  est,  on  le  sait,  l'emplacement  :i\ 
chéri,  la  cour  dans  la  villa  gallo-romaine  ,2.  l'n  particu- 
lier donne  une  partie  de  sa  vu, -lis  de  Monhora.  dan- 
p.i\s  de  Trêves;  on  va  voir  que  c'est  bien  la  villa  an- 
cienne, celle  partie  Comprend  «  quatre  cents  journaux 
de  terre  arable,  le  tiers  d'une  forêt,  des  prés,  un  trou- 
peau de  porcs  avec  deux  porchers,  un  troupeau  de 
douze  bœufs  avec  deux  bouviers,  enfin,  sept  habitation- 
de  colons  avec  les  terres  que  chacun  d'eux  cultive 
Le  terme  locus  est  employé'  dans  plusieurs  chartes 
comme  synonyme  de  ri//a  '*,  de  même  le  mot  duniits  '•. 
Il  laui  n'accorder  qu'une  médiocre  conséqawnce  à  l'em- 

60,  etc.  ;  Zeuss,  Traditi  sque  Wizembwgei 

in-V,  Spirœ,  1842,  n.  3:1.   54,  87,  M.  55,  58,  B5,    etc.;  Dronke, 
Codas  dipliiiiiativuH  FutéenMa,  in-V.  Casael,  1850,  n.  9.  14,  M, 
u>,  etc.  —  "  Pardessus,  op.  cit.,   n.  186  :   fa  villa  seu 
Mbinaco.  Cl.  Hrid.,  n.  361.  Dans  un  acte  de  663,  ibul..  n 
la    terre    d'Klaiiacos  est    tantôt    aualiflée.   villa,  tantôt  ager.  i>n 
trouve  aussi  sous  le  mot   ager  la  description  du  domaine  rural. 
Pardessus,  op.  rit.,  n.  254;  Cedo  cesnumque  esse  m>U)  ug 
Solemniacensem,  cum  œdificiis,  colonis,  servis,  dominiit 
nets,  praxis,  eitvis,  eqais  aqaarunique  decursibus,  cum  m 

:no  et  Intègre   situ  statu.  Cf.    ibid.,   n.  1H0,    3ô8.  —   '    I 
dessus,  op.   Cit.,  n.   103  :  Dvno...  .  np  tus  Hvi, 

iiroua,  Caciisu.  Rubregio,   Communiaco...  quidquid  ad 
villas  aspicere  vnletur.  Cf.  Ibid,,  |  OS  I    p 

-us,  op.  cit..  n.  (B8  :  In  cuite  nvstra  MonmWO  donamus  tdd 
septem  hobas  et  septem  easetas  e\  îOO  diumales  de  terra  ara- 
turia  et  tertiam  portent  et  silvn  et  prii'a.  et  jnocarios  duos 
cum  pt'vcis  et  vacrarius  duos  eiim  /;'  vaccin.  —  '*  Pardi  - 
up,  vit.,  n.  300,  336,  461,  483.  —  ,5  Parle-sus.  op.  vit.,  t.  î, 
p.  138. 


10O1 


AGRICOLES    (CLASSES; 


1002 


ploi  des  diminutifs  que  prodiguent  les  documents  que 
nous  utilisons  ici.  «  Le  sens  exact  des  mots,  disait  ex- 
cellemment Fuslel  de  Coulanges,  ne  doit  pas  être  jugé 
sur  de  simples  apparences.  On  rencontre  souvent  les 
termes  villula,  villare,  loccllus,  agellus,  et  l'on  est 
d'abord  tenté  de  croire  qu'ils  désignent  une  très  petite 
propriété.  Cela  est  vrai  quelquefois.  Mais  le  plus  sou- 
vent, nous  les  trouvons  appliqués  à  de  grands  domaines, 
analogues  et  égaux  à  la  villa.  La  langue  de  ce  temps-là 
ne  se  piquait  pas  de  précision;  elle  visait  plutôt  à  l'élé- 
gance et  même  à  l'afféterie.  Loin  qu'elle  fût  simple  et 
rude,  comme  on  se  l'imagine  quelquefois,  elle  avait 
horreur  du  naturel.  Elle  recherchait  les  périodes  arron- 
dies, les  tours  singuliers.  Elle  allongeait  les  mots  poul- 
ies rendre  plus  gracieux  ;  elle  disait  lemda,  praediohmi, 
campellus,  vineola,  possesciuncula,  silrula,  sans  atta- 
cher à  ces  mots  un  autre  sens  qu'à  pr&dium,  campus, 
rinea  ou  situa.  On  disait  de  même  servi/lus,  mancipio- 
lum,  Dwnacliulus,  nwitasleriulum.  Bertramn  dans  son 
testament  désigne  la  même  propriété  par  les  mots  villa 
et  villula  l.  Ce  que  Léobébode  appelle  sa  terrula,  Mari- 
niacus,  renterme  «  maisons,  esclaves,  champs,  prés, 
«  torêts,  vignes  »  2.  Vagellus  Aucharianus,  dont  Césaire  a 
donné  une  partie  à  un  couvent,  comprend  130  arpents 
de  vigne,  145  arpents  de  terre  en  labour,  sans  compter 
le  reste3.  Le  tocellus  de  Fonlanido  que  lègue  Bertramn 
«  en  toute  son  intégrité,  avec  ses  vignes,  avec  ses  esclaves  i>, 
est  un  don  royal  qu'il  tient  de  la  générosité  de  Clotaire  II  ; 
et  ce  domaine  est  aujourd'hui  la  commune  de  Fontenay 
(Sarthe)  dont  la  superlicie  dépasse  1100  hectares4.  Le 
prsediolum  appelé  Novavilla  :i  est  aujourd'hui  le  terri- 
toire de  Neuville  (Indre-et-Loire)  6.  » 

On  ne  trouve  pas  moins  d'un  millier  de  fois  la  men- 
tion de  rillae  dans  les  chartes,  celle  de  vici  ne  se  ren- 
contre que  dix-sept  fois  et  une  élude  attentive  du 
texte  montre  que  ces  vici  ne  sont  pas  des  aggloméra- 
tions de  propriétaires  libres,  mais  les  dépendances  de 
domaines  particuliers7.  Il  est  possible  que  le  vicus  soit 
employé  dans  quelques  auteurs  pour  désigner  le  village, 
aiï^ens  mwlerne  de  ce  mot:  mais  rien  dans  ces  passa- 
ges ne  permet  de  conclure  à  la  condition  des  habitants 
du  vicus;  tel  est  le  cas  du  vicus  Pocilenus,  du  vicus 
Cabrias,  du  vicus  Vcellus,  du  vicus  Buisiacensis,  du 
vicus  Curbrias.  Parfois,  chez  Grégoire  de  Tours,  vicus 
a  le  sens  de  paroisse  ecclésiastique.  N'a-t-il  donc  existé 
que  quelques  villages  d'hommes  libres?  nous  l'ignore- 
rons probablement  toujours,  mais  ce  que  nous  savons 
avec  certitude,  c'est  que  les  vici  que  signalent  les  docu- 
ments ne  doivent  pas  être  pris  en  règle  générale  pour 
dr  pareils  villages.  Il  est  possible  que  la  distinction  pro- 
posée entre  les  vici  portant  un  nom  dérivé  du  nom  des 
propriétaires,  par  exemple  :  Silviacus,  Celciacus,  Gau- 
diaeus,  etc.,  et  les  vici  portant  des  noms  tels  qu'Am- 
basia',  Brivate,  Crovium,  Iciodorum,  Mantolomagus, 
Nemptodorum,  Bicomagus,  Tornomagus,  servent  à  dis- 
tinguer les  villages  d'hommes  libres  des  agglomérations 
serviles;  quoi  qu'il  en  soit,  «  cette  distinction  laite,  on 
arrive  à  cette  conclusion  que  les  vrais  villages  d'hommes 
libres  sont  fort  peu  nombreux  dans  nos  textes.  Je  n'ai 
réussi  à  en  trouver  qu'une  cinquantaine  au  plus,  contre 

1  Pardessus,  Diplomate/,  t.  i,  p.  202.  —  -  Ibicl.,  t.  n,  p.  143.  — 
»  Ibid.,  t.  i,  p.  106.  —  *  Ibid.,  t.  i,  p.  202.  —  5  Translata  S.  Bé- 
nédicte, édit.  de  Certain,  in-8\  Paris,  1858,  p.  10.  —  •>  Fustel  de 
Coulanges,  op.  cit.,  t.  iv,  p.  212  sq.  —  'Ibid.,  t.  iv,  p.  214  sq. 
—  *  Ibid.,  t.  iv,  p.  219.  On  trouve  dans  un  grand  nombre  de 
cliartes,  surtout  à  partir  de  la  fin  du  vir  siècle,  l'emploi  de  la 
proposition  in  devant  le  nom  de  la  cilla,  ce  qui  donne  lieu  de 
en  >ire  que  la  concession  ne  vise  qu'une  partie  de  la  villa.  Il 
nVn  est  rien,  à  moins  que  l'on  ne  trouve  en  même  temps  le 
mot  portio  ou  quelque  autre  de  celte  nature.  Dans  le  cas  le  plus 
ordinaire  in  s'est,  par  abus,  ajouté  comme  préfixe  au  nom  du 
domaine.  Ibid.,  t.  iv,  p.  234,  note  11.  —  "Fustel  de  Coulanges 
fournit  de  ce  t'ait  un  supplément  de  démonstration  dans  le  dé- 
tail duquel  nous  ne  pouvons  entrer,   mais  qu'il  y  a  lieu  de  si- 


plus  de  douze  cents  villse.  Telle  était,  semble-t-il,  la  pro- 
portion entre  les  villages  et  les  domaines8.»  Ces  villages 
si  peu  nombreux  semblent  appartenir  à  peine  à  notre 
recherche.  Ceux  qui  les  habitent  ne  nous  semblent 
guère  des  cultivateurs  et  tel  est  le  prestige  îles  mots  et 
du  milieu  dans  lequel  nous  vivons,  que  nous  concevons 
difficilement  un  village  qui  ne  soit  qu'un  petit  centre 
d'industrie  et  de  commerce.  Il  parait  bien  toutefois, 
qu'en  l'espèce,  il  en  lut  ainsi;  nulle  part  le  vicus  n'appa- 
raît comme  un  centre  de  culture.  Ainsi  donc  l'introduc- 
tion des  populations  germaniques,  aura  peu  modifié  9,  n 
somme,  la  répartition  du  sol  et  la  condition  des  classes 
agricoles  et  nous  trouvons  dans  la  permanence  sécu- 
laire des  noms  de  terre  depuis  l'époque  romaine  jus- 
qu'à nos  jours,  sauf  les  modifications  que  la  prononcia- 
tion y  apporta,  nous  trouvons  là  un  indice  qui  ne  doit 
pas  être  négligé  pour  l'étude  de  l'ancien  domaine  rural. 
Aux  anciennes  listes  de  domaines  voisins  les  uns  des 
autres  qui  nous  sont  parvenues  coïncident  généralement 
avec  assez  d'exactitude  les  noms  des  villages  limitrophes 
qui  ont  remplacé  les  domaines  et  occupent  aujourd'hui 
la  même  situation.  Ce  que  nous  avons  dit  de  la  condi- 
tion de  ceux  qui  étaient  attachés  à  la  culture  de  la  villa 
et  du  nombre  restreint  de  villages  libres  nous  montre 
que  le  domaine  rural  a  été,  vu  le  peu  d'importance  des 
villes  de  ce  temps  et  leur  petit  nombre  ,0,  le  séjour  de  la 
majeure  partie  de  la  population  et  cela  suffira  à  justi- 
fier les  développements  que  nous  donnons  à  cette  dis- 
sertation. L'ancien  domaine,  à  en  juger  par  ce  que  nous 
apprend  la  superposition  des  noms  modernes  sur  les 
noms  anciens,  était  souvent  considérable,  rarement  mi- 
nime. Si  nous  en  rencontrons  un  grand  nombre  qui  ne 
dépassent  pas  200  hectares  de  superlicie,  bien  d'autres 
vont  au  delà.  Le  testament  de  Bertramn  mentionne  six 
villse  qui  étaient  alors  et  qui  sont  demeurées  : 


Colonica  =  Coulaines 

Dolus  =  Dolon 

Campariacus  =  Chemiré 
Monciacus        =  Moncé 
Blaciacus         —  Blossac11 
Floriacus  =  Floirac 


:    381  hectares. 
:  2000       - 
:  1 100      - 
:    358       — 

:   953      - 


En  Bourgogne,  Amalgaire  et  sa  femme  Aquiline  pos- 
sèdent vingt-huit  propriétés;  dix-neuf  d'entre  elles  ont 
une  superficie  variant  entre  450  et  2600  hectares  : 


Besua 

=  Bèze 

:  2230  hectares. 

Tilerisc 

=  Til 

2611 

— 

'Yetusvinese 

—  Viévigne 

1342 

— 

Beria 

=  Beire 

:  1925 

— 

Yendovera 

—  Véronnes 

1532 

— 

Auxdiacus 

=  Oisilly 

595 

— 

Blaniacus 

=  Blagny 

756 

— 

Attiviacus 

=  Athée 

:    943 

— 

Noviliacus 

=  Neuilly 

:    457 

— 

Marcenniacut 

=  Marsannay 

:1282 

— 

Cocheiacus 

=  Couchey 

1269 

— 

Gibriacus 

=  Gevray 

2400 

— 

Caciacus 

=  Cessey 

1150  hectares,  etc 

gnaler.  Hist.  des  it/stit.  polit,  de  l'une.  France,  t.  IV,  p.  220  sq.  : 
1*  Le  nom  de  la  Villa.  En  voici  les  conclusions  :  «  Le  nom  du 
domaine  venait  donc,  le  plus  souvent,  d'un  nom  de  propriétaire. 
On  a  vu  plus  haut  que  c'était  l'usage  romain  (col.  989).  L'usage 
romain  se  continua  durant  l'époque  mérovingienne.  »  En  passant 
d'une  famille  ou  même  d'une  race  à  une  autre,  le  domaine  gar- 
dait son  nom.  «  Dans  la  vallée  du  Rhin,  la  plupart  des  noms  sont 
germaniques;  mais  il  n'est  nullement  certain  que  ces  noms  ger- 
maniques datent  des  invasions;  peut-être  sont -ils  plus  anciens.  1 
2"  La  permanence  du  domaine.  —  '"Nous  parlons  par  rapport  à 
ce  qui  se  passe  de  nos  jours,  où  les  agglomérations  urbaines 
telles  que  Lyon  et  Marseille  contiendraient  plusieurs  fois  Athènes 
et  sa  banlieue,  Lutèce  et  ses  faubourgs  en  leurs  temps  prospères. 
—  M  Près  de  Blaye. 


1003 


AGRICOLES    (CLASSES) 


1004 


Ces  chiffres  ne  sont  pas  sans  importance,  car  ils  sont 
le  point  de  départ  des  grandes  propriétés  foncières 
d'autrefois,  principalement  de  celles  des  églises  et  des 
monastères  qui,  n'étant  pas  sujettes  au  partage  et  peu 
accessibles  à  l'extinction  ou  à  la  confiscation,  se  sont 
développées  sans  cesse  et  ont  possédé  des  régions  en- 
tières et  des  populations  agricoles  considérables. 

XI.  Le  manse.  —  Nous  devons  encore  mentionner 
de  petites  enclaves  qui  représentent  entre  les  grands 
domaines  et  parfois  dans  le  domaine  rural  lui-même 
l'existence  de  la  petite  propriété.  Il  ne  faut  pas  confon- 
dre ces  propriétés  avec  les  portiones  ;  l'étude  des  for- 
mules ne  laisse  aucun  doute  sur  tous  ces  points  et  il 
semble  que  ces  petites  propriétés  ne  fussent  pas  deve- 
nues très  rares,  car  le  nombre  des  formules  qui  les  con- 
cernent est  assez  élevé.  Des  textes  du  VIe  et  du  vne  siècle 
nous  instruisent  suffisamment.  Aligarius  possède  un 
champ  dans  la  villa  Saponaria  '  ;  Arédius  donne  par  tes- 
tament à  un  monastère  cent  arpents  de  terre  à  prendre 
dans  sa  villa  Sisciacus  qu'il  lègue  à  un  autre  monastère, 
voilà  donc  une  nouvelle  petite  propriété  taillée  dans  le 
grand  domaine  2.Marculfe  nous  a  conservé  une  lorniule  qui 
prévoit  le  cas  où  le  propriétaire  d'un  domaine  rural 
donne  à  un  de  ses  serviteurs  un  lopin  de  terre  dans  son 
domaine  en  pleine  propriété  et  à  titre  héréditaire3.  Le 
formulaire  d'Anjou  contient  des  mentions  ainsi  conçues  : 
c  Je  vends  à  telle  personne  cette  vigne  ou  ce  champ  qui 
est  situé  sur  le  territoire  de  tel  ou  tel  saint4.  »  Ces 
expressions  indiquent  l'existence  d'enclaves  dans  les  do- 
maines des  monastères,  car  la  propriété  appartenait 
moralement  au  patron  du  monastère  ;  de  menu-  a  celte 
époque,  «  la  terre  d'une  église  »  ne  désigne  pas  un  dio- 
cèse, mais  les  villse  de  l'évêque5.  Quant  à  la  condition 
de  ces  petits  propriétaires  ruraux,  on  peut  aisément  la 
supposer  misérable  plutôt  que  prospère  à  partir  de 
l'entrée  des  Germains  dans  la  Gaule.  Dès  le  V  siècle 
en  effet  les  provinces  sont  sillonnées  par  des  bandes  de 
pillards  dont  les  dégâts,  facilement  réparables  pour  un 
riche  propriétaire,  entraînent  la  ruine  irrémissible  de 
celui  qui  n'a  que  son  champ  et  sa  maisonnette.  Que  l'on 
songe  à  la  multitude  de  peuples  et  d'envahisseurs  qui 
sillonnèrent  la  Gaule  en  tous  sens  depuis  le  v*  siècle 
jusqu'au  IXe,  eton  s'expliquera  que  le  formulaire  d'Anjou 
ait  enregistré  une  formule  pour  le  cas  suivanl  :  Une 
famille  de  personnes  libres  possède  un  petit  champ,  ou 
une  petite  vigne  dans  une  villa,  la  misère  les  réduit  à  se 
faire  esclaves  d'un  homme  riche  auquel  ils  livrent  à  la 
fois  leur  terre  et  leurs  personnes6.  Ces  petites  propriétés 
paraissent  avoir  porté  le  nom  de  «  manse  »,  hobfe. 
Chose  curieuse,  ces  parcelles  de  terre  n'étaient  généra- 
lement pas  exploitées  par  le  petit  propriétaire.  Le  manse 
peut  être  parfois  un  bien  assez  important;  en  ce  cas  on 
le  donne  «  avec  les  hommes  qui  y  habitent  ou  qui  y 
sont  attachés  »7.  Nous   voyons  trois  manses  dans  une 


'Pardessus,  Diplumata,  n.  49.  —  *  Ibitl.,  t.  i,  p.  137,  141.  — 
J  Marculfe,  Formula;,  1.  II,  n.  30,  (dit.  C.  Zeumer,  Formulai  me- 
rovtngici  et  karolini  srvi,  in-4",  Hannoverae,  1886,  p.  96  sq.  — 
4  Formulai  Andegavcnses,  n.  4  :  Ma  viniola  résidât  in  territu- 
rium  Sancti  illius,  in  fundo  illa  villa;  n.  8  :  Canipo...  et  est 
super  territurio  Sancti  illius;  n.  21  :  Campellum...  est  super 
territurio  Sancti  illius  in  villa  illa  ;  n.  22  :  Super  territuriutn 
Sancti  illius  in  villa  illa;  n.  40  :  In  fundo  illa  villa  super  ter- 
rilurium  Sancti  illius;  n.  54  :  Super  territuriutn  Sancti  illius 
in  fundo  illa  villa,  dans  Zeumer,  op.  cit.,  p.  6,  7,  11,  17,  23. 
Cf.  Fustel  de  Coulanges,  op.  cit.,  t.  iv,  p.  255.  —  'Pardessus, 
Ihplomata,  n.  238.  —  'Formulai  Andegavcnses,  n.  25,  dans 
Zeumer,  op.  cit.,  p.  12.  —  '  Formula}  Undenbrogianat,  n.  1-3, 
6,  7,  dans  Zeumer,  op.  cit.,  p.  266-268,  271.  Pardessus,  op.  cit., 
n.  396,  469,  473.  —  «Pardessus,  op.  cit.,  n.  396.  Cas  analogues 
aux  n.  469  et  473. —  'Chronicon  Besuenee,  édit.  Garnier,  in-8-, 
Paris,  p.  244.  —  i0  Formula;  Senonicx,  n.  29,  dans  Zeumer,  op. 
cit..  p.  197.  —  "Pardessus,  op.  cit.,  n.  536.  —  '"Zeumer,  op. 
cit..  in-4*.  Hannoverae,  1882,  n.  364:  Trado...  unam  hobam,  m 
tjun  nie  servait  luibitct,  cum  omnibus  fippendici&s  suis,  qniri- 


villa  et  quatre  dans  une  autre8,  ces  manses  ont  tous 
de  la  terre  de  labour,  des  prés  et  des  bois,  des  construc- 
tions et  des  esclaves;  on  nous  parle  même  «  d'un 
manse  d'une  grande  valeur  avec  ses  dépendances  »9.  Il 
en  est  de  moindres  et  de  minuscules,  si  toutelois  il  faut 
interpréter  les  lextes  au  sens  d'un  seul  cultivateur.  Deux 
tréres  se  partagent  une  succession  et  chacun  prend  o  un 
manse  que  tel  colon  habite  »  ,0.  Ce  colon  a-t-il  des 
esclaves?  Rien  ne  l'indique,  pas  plus  que  dans  les  textes 
suivants  :  Boronus  donne  «  le  manse  entier  que  tient  le 
colon  Bobo  »".  «  Dans  les  environs  de  l'abbaye  de 
Saiut-Gall  on  voit  souvent  des  propriétaires  laire  don  à 
cette  abbaye  «  d'une  hoba  où  habite  tel  serf  portant  tel 
«  nom,  avec  les  terres  qui  dépendent  de  cette  lioba  >  ' 2. 
Tous  les  cartulaires  de  la  vallée  du  Rhin  sont  remplis 
de  petites  donations  de  cette  sorte.  Il  en  est  de  même 
dans  le  bassin  de  l'Escaut  et  de  la  Meuse.  Bertilende, 
enToxandrie,  donnecinq  tenuresavec  leurs  cinq  familles 
d'esclaves13.  Engelbert  en  donne  trois  avec  trois  familles 
et,  dans  une  autre  villa,  une  seule  tenure  avec  un 
esclave  et  ses  enfants  14.  Quelquefois,  au  lieu  de  dire  qu'on 
donne  une  terre,  on  donne  l'esclave  ou  le  colon  qui  la 
cultive.  Charoinus  écrit  qu'il  donne  Sigimund  avec  sa 
Itoba  et  sa  femme,  Wulchaire  avec  sa  femme,  ses  enfants, 
sa  hoba  et  tout  son  avoir16.  Ainsi  font  Erlninus.  Ebroi- 
nus16  et  cent  attires  '".  » 

XII.  Le  QOMimcUM  et  j.es  tenures.  —  Depuis  la 
conquête  romaine  jusar  à  l'entrée  et  l'établissement  des 
barbares  sur  son  sol,  la  (laide  a  pratiqué  les  coutumes 
romaines  touchant  l'administration  du  domaine  rural. 
Ce  qui  s'y  est  passé  se  reproduisait,  théoriquement  du 
moins,  dans  le  reste  de  l'empire,  c'est-à-dire  que  l'an- 
cienne agronomie,  celle  de  Calon  et  de  Colurnelle,  per- 
dait du  terrain  et  que  la  culture  du  sol  par  lestiêcuries 
d'esclaves  tendait  à  l'aire  place  à  une  méthode  nouvelle 
suivant  laquelle  le  propriétaire  distribuait  sa  terre  en 
lots  d'importance  diverse  et  en  confiait  l'exploitation 
soit  à  un  esclave,  soit  à  un  affranchi,  soit  à  un  colon. 
Les  invasions  favorisèrent  cette  théorie,  partant  dévelop- 
pèrent son  application  qui  s'accordait  avec  les  usagi  s 
germanique^;  l'avenir  de  la  tenure  individuelle  était  dés 
lors  assuré  et  le  domaine  nous  apparaîtra  désormais 
nettement  distingué  en  deu\  parts  :  la  part  du  maître, 
dominicum,  celle  qui  entoure  son  habitation  et  qu'il 
lait  exploiter  sous  ses  yeux  par  un  villicusiS,  et  les  te- 
nures. Plusieurs  textes  nous  font  voir  la  distinction  du 
domaine  devenue  d'un  usage  général19;  a  l'extrême  li- 
mite des  temps  que  nous  étudions,  le  modèle  qui  semble 
avoir  été  donné  par  Charlemagne  pour  la  confection  ifi  - 
polytypques  indique  qu'on  enregistrera  d'abord  la  casa 
indonrinicata  avec  les  terres  qui  s'y  rattachent,  ensuite 
les  manses  qui  sont  aux  mains  des  tenanciers  2°,  et  i  ette 
prescription  semble  avoir  elé  mise  en  pratique-'.  La 
maison  du  maître  est  appelée  sala,  les  tenures,  easoia  --. 

quidotl  illam  hobam  excoli  débet,  n'diflciis,mancipiis,pascuis. 
silvis...  —  "Pardessus,  loc.  cit.,  n.  476,  cf.  n.  483.  —  '»  Ibid  . 
n.  485.  —  "ZeusB,  Traditiont  nesque  Wizenbui 

ses,  in-4\  Spirse,  1842.  n.  1.  —  "  Pardessus,  op.  cit.,  n    M" 

—  "Fustel  de  Coulanges,  op.  cit.,  t.  IV,  p.  261.       **G 
minicus,  terra  dominicata,  terra  indominicalis  re\  lennenl  sans 
cesse  dans  le  Polyptyque  de  l'abbc  Irminon,  edit.  B    Gui 
in-4\  Paris.  1844,  c  xvn,  l  :  casa  dominica;  c.  si,  1  :  culture 
dominicata;  c.  xxv,  8:  culturel  dominica;  c.  xi,  2;  xiîl,  1: 
xxv,  3  :  curtis  daminica;  c.  VI,  51  :  liortus  dominicus;  c.  vu, 
1  :  mansus  dotninicatus ;  c.  v,  1;  xxxi,  1  :  terra  dominicata; 
c.  vi,  3,53  ;  vinea  dominicata.  Les  mots  dominicatus  et 
minicutus  sont  synonymes  sans  aucun  doute  possible.  Cf.  Ibid., 
dominicains,  c.  u,  1;  m.  1;  vu.  1;  vm,  1  ;  x,  1  ;  XVI,  1:  r<ur 
indominicatus,  c.  in.  I.  I58,  'J7S:  xi,  1:  xn,2.  C'est  un  t 
exemple  des  emplois  bizarres  du  préfixe  m  icf,  col.  1001,  ■ 

—  ">E.  de  Pozière,  Recueil  général  <ics  formules, 
I859,  n.  225,  281,  cf.  u.  140,   ITT.  865,  'il'i.       s"li.  Gui 

ptyqvc  ctlrminon,  p.  299.  !1  Polyptyques  de  Saint-Rem  de 
s:il, m.  .1,'  s  .  .  <  v      .  Pardi  --n-.  /'  ' 


1005 


AGRICOLES   (CLASSES^ 


1006 


Cette  distribution  du  domaine  eu  deux  parts  n'était  pas 
affaire  momentanée,  elle  est  au  contraire  durable,  bien 
que  le  propriétaire  eût  pu  modifier  la  proportion  entre 
sa  part  et  celle  des  gens  attachés  à  son  domaine  à  titre 
de  tenanciers.  Nous  pouvons  citer  quelques  chifïres  qui 
nous  aideront  à  connaître  cette  proportion  entre  le  do- 
minicum  et  les  tenures. 


autant  de  conditions  qu'il  y  a  de  cas  distincts.  Tel  pro- 
priétaire introduit  des  clauses  indulgentes  à  l'égard  de 
tel  tenancier,  d'autres  clauses  moins  avantageuses  pour 
d'autres  tenanciers;  nulle  autre  raison  à  cela  que  celle 
qu'il  lui  a  plu  de  prendre  en  considération,  il  ne  nous 
en  dit  rien  et  nous  ne  connaissons  les  clauses  elles- 
mêmes  que  grâce  à  9on  testament.  Arédius,  grand  pro- 


ÎKJMAINES. 


Verrières  ' . 


Villeneuve-Saint-Georsies . 


DOMINICUM. 

'257  bonniers  de  terre  en  labour. 

95  arpents  de  vignes. 

60  arpents  de  pré. 
Une  grande  forêt. 

172  bonniers  de  terre  de  labour. 
91  arpents  de  vignes. 
160  arpents  de  pré. 
Une  grande  forêt. 


'  287  bonniers  de  terre  en  labour. 

Palaiseau  ^  m  arPents  de  v'gnes- 

■   •   ■   •    ï  loo  arpents  de  pré. 

\  Une  forêt. 


280  bonniers  de  terre  en  labour. 
200  arpents  de  vignes. 
1 17  arpents  de  pré. 


375  bonniers  de  terre  de  labour. 
255  arpents  de  vignes. 
340  arpents  de  pré. 


490  bonniers  de  terre  en  labour. 
178  arpents  de  vignes. 
100  arpents  de  pré. 


Ailleurs  cette  proportion  varie,  car  aucune  coutume 
générale  n'a  existé  sur  ce  point.  La  villa  Businiaca  con- 
tient un  dominicum  de  25  hectares  et  des  tenures  pou- 
vant former  100  ou  150  hectares.  Dans  la  villa  Madria  le 
dominicum  est  au  contraire  plus  étendu  et  les  tenures 
fort  réduites2.  Dans  les  documents  la  tenure  est  géné- 
ralement désignée  par  le  mot  mamus  servilis  qui  en- 
globe l'habitation  et  la  terre  qui  s'y  rattache.  Le  manse 
parait  avoir  été  de  peu  d'étendue.  Dans  le  domaine  de 
Palaiseau  chaque  manse  est  d'environ  5  hectares;  dans 
le  domaine  de  Morsang  environ  6  hectares,  tandis  que 
sur  le  domaine  de  Verrières  il  ne  dépasse  pas,  en 
moyenne,  4  hectares.  On  trouve  d'ailleurs  des  manses 
de  10,  12,  15  et  même  de  30  hectares,  mais  ce  sont  là 
cas  exceptionnels.  Rien  ne  prouve  que  dans  chaque  pays 
il  existât  une  contenance  réglementaire.  A  Verrières, 
tel  manse,  celui  du  colon  Godalric,  ne  tient  que  1  bon- 
nier  et  demi,  tandis  que  le  manse  du  colon  Theudold 
en  contient  6;  et  cette  différence  peut  s'aggraver  encore, 
car  on  cite  des  manses  de  1  et  2 bonniers  contre  d'autres 
manses  de  12  et  16  ou  davantage.  Le  manse  contenait 
différentes  cultures  :  terre  de  labour,  prés,  vignes,  ainsi 
l'existence  matérielle  du  tenancier  et  des  siens  se  trouve 
plus  assurée,  mais  son  travail  plus  pénible,  car  il  est 
rare  que  ces  cultures  puissent  être  d'un  seul  tenant. 

XIII.  Les  tenanciers.  —  Si  nous  voulons  rechercher 
dans  le  détail  la  situation  de  l'individu  dans  le  domaine 
rural  à  l'époque  qui  suit  la  domination  romaine  nous 
voyons  que  sa  condition  a  peu  changé.  Les  servi  ma- 
nenles,  mansuarii,  casait,  se  retrouvent  tels  que  nous 
les  avons  vus  et  entraînent  avec  eux  la  même  idéd  a'at- 
tache  au  sol  que  nous  avons  signalée.  Tous  cependant 
n'en  sont  pas  arrivés  à  celle  stabilité.  Un  document  de 
l'année  806  distingue  entre  «  les  serfs  casés  »  et  «  les 
serfs  non  casés  »,  mais  ces  derniers  tendent  à  réduire 
leur  nombre  de  plus  en  plus,  l'esclave  de  la  décurie  fait 
pla.;e  chaque  jour  au  tenancier.  Celui-ci  ne  subit  pas 
des  redevances  partout  les  mêmes,  car  aucune  règle  gé- 
nérale n'a  présidé  à  l'institution;  ce  qui  s'est  passéa  été 
tantôt  condescendance,  tantôt  exaction.  Il  y  a  ici  presque 

'  Verrières  et  Villeneuve-Saint-tieui'yes  appartenaient  à  l'abbaye 
de  Saint-Germain  dont  le  polyptyque,  rédigé  au  IX'  siècle,  décrit  un 
état  de  choses  plus  ancien.  Palaiseau  avait  tait  partie  du  domaine 
royal  dès  le  vi*  siècle,  mais  il  ne  semble  pas  qu'en  l'acquérant 
l'abbaye  y  ait  modifié  la  proportion  du  dominicum  et  des  tenures. 
Nous  voyons  ici  que  le  dominicum  possède  seul  la  forêt,  cependant 
il  n'est  pas  sans  exemple  qu'un  petit  lot  de  bois  ait  lait  partie  d'une 
tenure.  Polyptyque  de  l'abbé  Irminon,  c.  ix,  38,  47,  79,  83,  84;  on 
voit  un  colon  consacrer  un  bonnier  etdemi  à  planter  un  bois,  silva 


priétaire  dans  le  midi  de  la  Gaule,  détermine  comme  il 
suit  les  redevances  :  «  Je  lègue,  à  titre  d'esclaves,  Ursa- 
cius  avec  sa  femme  et  ses  fils  sous  cette  condition  qu'ils 
cultiveront  quatre  arpents  de  vigne  (sur  le  dominicum). 
Je  lègue  aux  moines,  en  même  temps  que  mon  domaine 
d'Ecideuil,  Parininius  avec  sa  femme  et  ses  enfants. 
I.éomer  avec  sa  femme  et  ses  enfants,  Armédius,  Rus- 
licus,  Claudius  avec  leurs  femmes  et  leurs  enfants:  eux 
aussi,  je  veux  qu'ils  cultivent  sur  la  terre  des  moines 
quatre  arpents  de  vigne:  leurs  femmes  paieront  chaque 
année  dix  deniers  d'argent;  on  n'exigera  d'eux  rien  de 
plus  en  aucun  temps...  Valentinianus  cultivera  quatre 
arpents  pour  les  moines  et  rien  de  plus.  Quant  à  leurs 
biens  particuliers,  c'est-à-dire  aux  petits  champs  et  aux 
petites  pièces  de  vigne  qu'ils  possèdent,  je  veux  qu'ils 
continuent  à  les  posséder,  sansque  personne  les  trouble, 
à  cette  condition  toutefois  qu'ils  ne  se  permettent  jamais 
ni  de  les  vendre  ni  de  les  aliéner.  Je  lègue  encore  au 
monastère  mes  esclaves  qu'on  appelle  esclaves  colo- 
naires  et  leur  redevance  annuelle  sera  d'un  tiers  de 
sou3.  »  Ces  conditions,  remarque  Fustel  de  Coulanges, 
sont  particulièrement  douces;  elles  ont  dû  être  peu 
communes  dans  le  reste  de  la  Gaule,  où  il  paraît  probable 
qu'on  a  combiné  les  deux  pratiques,  redevance  de  la 
tenure  et  travail  sur  le  dominicum.  C'est  du  moins  ce 
que  nous  voyons  clairement  dans  la  loi  des  Alamans  et 
dans  celle  des  Bavarois,  écrites  au  vir  siècle,  qui,  par 
l'influence  de  l'Église,  qui  recommandait  cette  législa- 
tion, fondèrent  des  règles  qui  s'établirent  presque  partout. 
Les  serfs  d'Église,  dit  la  loi  des  Alamans,  doivent  ren- 
dre le  tribut  ordinaire  de  leurs  tenures,  15  mesures  de 
bière,  un  porc  valant  un  tiers  de  sou,  80  livres  de  pain, 
5  poulets,  20  œufs.  Ils  laboureront  la  moitié  des  jours 
sur  leurs  terres,  l'autre  moitié  sur  le  dominicum.  La 
loi  des  Bavarois  dit  de  son  côté  que  le  sert  d'Église, 
doit  des  redevances  en  proportion  de  la  terre  qu'il  pos- 
sède. Il  travaille  trois  jours  sur  le  dominicain,  trois 
jours  pour  lui.  Si  le  propriétaire  lui  a  donné  des  bœufs 
ou  quelque  autre  chose,  il  fera  un  service  supplémentaire 
dans  la  mesure  <\\\  possible. 

novella.  Md.,  c.  IX,  135,  136,  138;  c.  xm,  2,  5,  17-19,  27,  43,  46, 
55,  87,  93,  94;  on  voit  aussi  des  taillis,  concidx  en  tenure.  Ibid., 
c.  IX,  88,  89,  91;  c.  XIII,  1,  9,  57,  76.  Les  tenanciers  pouvaient 
envoyer  dans  la  forêt  du  propriétaire,  contre  le  paiement  d'un 
droit  de  pastio,  un  certain  nombre  de  porcs,  4  ou  8  ou  davantage, 
nombre  toujours  limité.  Ci.  Fustel  de  Coulanges,  op.  cit.,  t.  IV, 
p.  429.  —  ^Polyptyque  de  l'abbé  Irminon,  p.  925,  926.  Ct.  Par- 
dessus, op.  cit.,  n.  451,  461,  464.  —  3  Testamentum  Aredii,  anno 
|   572,  dans  Pardessus,  Diplomata,  n.  180. 


îoo"; 


AGRICOLES    (CLASSES) 


L008 


La  condition  dos  tenures  d'Église  nous  est  assez  bien 
connue  grâce  à  quelques  polyptyques,  celui  de  l'abbaye 
de  Saint-Germain  particulièrement.  Ce  document,  rédigé 
au  début  du  IXe  siècle,  représente  non  la  fixation  d'un 
cens  nouveau,  mais  la  mise  par  écrit  de  conditions  plus 
anciennes,  quelques-unes  même  tout  à  lait  anciennes, 
qui  ont  parfois  été  réglées  par  le  propriétaire  primitif. 
De  là  leur  grande  diversité.  Le  serf  Leutbaire  n'a  pour 
son  manse  de  8  bcctares,  avec  une  petite  vigne  et  un 
petit  pré,  qu'une  redevance  de  3  poulets  et  15  œufs, 
tandis  qu'il  doit  la  culture  de  quatre  arpents  de  vigne 
dans  le  dominicitm,  des  mains-d'œuvre,  des  charrois, 
la  coupe  des  arbres,  en  outre  il  donnera  2  muids  de  vin 
en  échange  de  la  faculté  qu'on  lui  concède  d'envoyer 
ses  animaux  dans  la  forêt.  Le  serf  Maurus  n'a  que  2  à 
3  hectares  de  terre  arable,  deux  arpents  et  demi  de 
vigne  et  un  pré  et  sa  redevance  s'élève  à  quatre  muids 
de  vin,  3  poulets,  15  œufs,  2  setiers  de  graine  de  mou- 
tarde, en  outre  il  cultivera  huit  arpents  de  vigne  et  fera 
des  mains-d'œuvre,  des  labours,  des  charrois.  Sous  le 
nom  de  main-d'œuvre  on  peut  réclamer  bien  des  choses 
et,  en  général,  tout  travail  à  la  main,  battage  de  grain, 
sarclage  des  jardins,  fabrication  du  vin,  de  la  bière,  du 
pain,  réparation  des  bâtiments,  clôture  des  cours  ou  des 
prés.  Ceux  qui  arrivent  à  l'aisance  pourront  parfois  se 
racheter  des  conditions  de  la  lenure  par  une  somme 
d'argent.  Huit  serfs  occupant  huit  manses  se  sont  coti- 
sés afin  de  payer,  au  lieu  de  charrois,  deux  sous  huit 
deniers  et,  au  lieu  de  lin,  quatre  sous  et  demi.  Un  tra- 
vail de  statistique,  qu'il  n'y  a  pas  lieu  d'entreprendre 
ici,  ne  laisserait  pas  d'être  instructif,  mais  ces  sortes  de 
recherches  n'ont  guère  d'attrait  à  entreprendre  et  ce- 
pendant aucune  conclusion  d'ensemble  n'est  pas  possible 
tant  qu'elles  nous  font  défaut. 

La  femme  du  servus  casalits  a  échangé  elle  aussi  les 
devoirs  de  la  servitude  contre  des  redevances  détermi- 
nées, le  plus  souvent  c'est  le  tissage  d'une  pièce  d'étoffe, 
toile  ou  laine,  qui  a  d'ordinaire  huit  à  douze  aunes  de 
long  sur  deux  de  large1,  encore  peut-elle  se  racheter 
moyennant  6,  8  ou  12  deniers2. 

Les  enfants  ne  doivent  jamais  aucun  service;  ils 
aident  le  père  et  l'accroissement  de  la  famille  est  un 
gage  de  prospérité.  L'un  d'eux  succédera  au  père  dans  la 
tenure,  car,  bien  qu'aucun  document  ne  le  dise  formel- 
lement, tous  les  textes  laissent  voir  que  de  fait  la  tenure 
est  héréditaire,  à  tel  point  que  le  manse  peut  être  tenu 
par  une  veuve,  par  des  filles  à  défaut  d'héritier  mâle3. 
Un  moment  viendra  où  le  manse  du  tenancier,  don  gra- 
tuit et  révocable  à  l'origine,  portera  les  noms  d'hereditas, 
ttlotlium*,  termes  qui  signifient  patrimoine,  mais  le 
principe  subsiste  et  reparaît  de  temps  à  autre.  On  lit 
dans  le  registre  de  Prum  :  Si  quis  obierit,  optimum 
tjuod  habnit  seniori  datur,  reliqua  vero  cu»i  licëntia 
seniorit  diaponit  in  suos5.  Le  serf  pourra  vendre  sa 
terre  pourvu  que  ce  soit  à  un  autre  serf  du  même  maître, 
dit  la  loi  des  Wisigoths;  au  fond,  aux  yeux  du  maître,  il 
n'y  a  là  qu'une  mutation;  quant  à  la  vendre  à  un  homme 
libre  il  n'y  fallait  pas  songer  sans  l'agrément  du  pro- 

1  Polyptyque  de  l'ubbc  Intuition,  c.  \iu,  19;  c.  \\,  38. 
!  Ibid-,  c.  xxiu,  27;  c.  XXV,  6;  IScyistre  de  l'abbaye  de  Prum, dans 
H.  Bayer,  VrUundenbuch  zur  GeseMchte  der...  viittclrheini- 
sclten  Territorien,  in-8',  Coblenz,  1860.  n.  10,  21,  2:!.  82,  35.  41. 
45,  62,  105;  Codex  Laureshametutis  abbatim  dtptomalicus, 
in-V,  Manheimii,  1768,  n.  3671,  3681.  —  *  Polyptyque  d'Irminon. 
c.  i,  25;  c.  ix,  237;  c.  xn,  10,  11.  -    'Voir  .\i  i  i  i  Registre 

de  l'abbaye  de  Prum,  dans  Bayer,  loc.  cit.,  u.  55,  -  '  Hist.  des 
instit.  polit,  de  fane.  France,  t.  IV,  p.  387,  392.  —  'E.  do  Ro- 
zière.  Recueil  général  des  formules  du  v  au  .y*  siècle,  in-s  . 
Taris,  1850,  n.  128  :  Volumus  ni  ingenui  i/uos  fecimus...  supi  i 
ipsas  tenas  pro  ingenuis  commaneant,  et  atiubi  comma- 
ncudi  multam  habeant  poteetatetn.  ■  ■  *  Formula;  turonen- 
ses,  n.  26.  27,  dans  K.  de  Rosière,  op.  cit.,  a.  302,  'ili;  For- 
mulai Merkeliame,  n.  9,  dans  de  Rosière,  op.  cit.,  n.  271: 
Pardessus,  Diplomata,  a.  163,  137.  <X  t.  i,  p.  70;  t.  n   p.    185, 


priétaire,  et  il  semble  que  le  cas  n'ait  pas  été  prévu. 

«  L'homme  fut-il  plus  heureux  comme  serf  qu'il  n'avait 
été  comme  esclave?  se  demande  Fustel  de  Coulanges. 
Cela  me  parait  incontestable,  quoique  les  documents  ne 
le  disent  pas  ni  ne  puissent  le  dire.  Se  demande-t-on 
seulement  si  ce  serf  eut  à  travailler  moins  ou  davan- 
tage? Je  crois  plutôt  qu'il  travailla  plus  que  quand  il 
était  esclave.  Il  eut  à  cultiver  la  terre  du  maitre  et  la 
sienne.  Il  est  possible  que,  pour  beaucoup  de  ces 
hommes,  le  travail  ait  été  doublé.  Mais  toute  une 
moitié  de  ce  travail  fut  pour  eux;  ils  en  eurent  la  jouis- 
sance morale  et  les  fruits  matériels;  ils  y  mirent  leur 
cœur  et  en  reçurent  leur  récompense.  Je  croirais  vo- 
lontiers qu'aussi  longtemps  que  ce  serf  se  souvint  de 
la  servitude  antérieure  il  s'estima  heureux0.  » 

XIV.  Les  manans.  —  Les  servi  rustici  donnèrent  nais- 
sance à  une  classe  d'hommes  dont  il  est  nécessaire  de 
dire  quelques  mots.  Le  maitre  en  affranchissant  l'es- 
clave rural  lui  avait  imposé  de  demeurer  dans  son  do- 
inaine.  On  lit  dans  une  formule  :  «  Ceux  que  nous 
avons  affranchis  devront,  sous  le  nom  d'hommes  libres, 
rester  manans  sur  cette  terre,  et  ils  n'auront  jamais  le 
droit  de  s'établir  ailleurs7.  »  Cette  condition  explique 
plusieurs  cas  dans  lesquels  nous  voyons  un  propriétaire 
vendre  sa  terre  avec  les  serfs  et  les  affranchis  qu'elle 
contient8;  il  y  a  plus,  le  travail  de  ces  affranchis 
appartenait  au  propriétaire ''.mais  on  peul  présumer  qu'il 
s'agit  ici  d'un  rendement  prévu,  tout  ce  que  l'affranchi 
pouvait  tirer  de  plus  lui  appartenait,  car  la  terre  était 
son  bien,  la  garantie  et  «  la  confirmation  »  de  sa  liberté  ,0 
et  il  devait  dépendre  de  lui  d'y  faire  des  récoltes  plus 
fréquentes,  plus  abondantes,  plus  rélributives.  Ce  bien 
foncier  qu'on  leur  a  concédé  n'est  le  plus  souvent  qu'un 
usufruit1';  les  cas  de  pleine  propriété  sont  exception- 
nels12. L'affranchi  demeure  assez  voisin  de  l'esclave.  Il 
se  trouve  avoir  changé  de  maitre  sans  s'en  être  douté, 
et  ce  qui  peut  paraître  plus  périlleux  au  paysan  c'e-t 
que  c'est  sa  personne  et  aussi  son  bien  qu'on  a  transmis 
au  nouveau  maitre.  «  Je  veux  que  mes  affranchis,  les 
fils  de  Vualane,  avec  leurs  biens,  appartiennent  à  l'église 
que  je  fais  mon  héritière.  Je  donne  à  l'église  mon  affran- 
chie Fredberge  et  ses  petits-fils;  ils  sont  manans  dans 
ma  terre  de  Parelianus;  eux  et  leurs  biens  d'affranchis 
appartiendront  à  l'église1"'.  »  Le  même  document  nous 
apprend  comment  pouvait  se  faire  le  changement  du  serf 
en  affranchi,  sans  que  la  condition  fût  vraiment  modi- 
fiée :  •  Je  veux  que  l'esclave  Jocus,  qui  occupe  une  cul- 
ture de  colon,  soi!  affranchi  en  vertu  du  présent  testa- 
ment, et  qu'il  continue  à  tenir  la  même  culture  à  titre 
d'affranchi;  mais  qu'il  obéisse  au  monastère  que  je  i.n- 
héritier  du  domaine14.  »  Comme  le  serf,  l'affranchi 
aura  donc  des  redevances,  mais  elles  sont  fort  insigni- 
fiantes, du  moins  celles  que  nous  connaissons  par  le 
menu  '  .  el  -on  maii-e  ingénuile  constitue,  semble-t-il. 
une  situation  enviable  somme  toute,  n'était  l'obligation 
de  demeurer  attaché  à  la  terre  à  perpétuité  ;  obligation 

qui.  en  certaines  circonstances,  était  tyrannique,  par 
exemple  lorsque,  dan-  un  testament  île  Toi'.  Abbon.  pro- 

,:,;.  _  «Pardessus,  op.  cit.,  t.  n.  p.  185.  '"  lbi<< .  i.  n, 
p.  325.  Cf.  E.  de  Rosière,  op.  cit.,  n.  128.  —  "  K.  de  Rosière, 
op.  cit.,  n.  128  :  Dum  advivunî,  /»»•  teneant  et  post  eorum 
decessum  adecclesium  revert  ère  facian  t.-  "Grégoire  de  Tours. 
Hist.  Francorum.  I  III.  C  \\ .  /'  /..,  t.  i  XXI,  eol.  358  sq.  —  '*Te- 
stamentiim  Abbonis.  dan-  Pardessus,  •■/..  cit.,  t.  u,  p.  378  :  Voie 
utlibcrti  nostri,fUii  Yualane,cwm  nias  resquas  Ipti  Vualanx 
dedimus  ad  keredem  meam  ecclesiam  nspicianL  Dono liberta- 
tan  meam  FYerfoerjam  ...  cum  nepotibus...  qui  in  ParUUmo 
mature  videntur,  ut  libertica  eorum  n  ccefestam 

aapiciat  voloacjubeo.  ■* Testamentum  AbbonU,  dans  Par- 
dessus, op.  cit.,  t.  n,  p.  375  :  CoUmicas  terras...  quas  Joe 
cessione...  volo  ttt  ipse  per  testamentum  nostrum  libertus 
fiât  cl  ii  sas  colonicas  sub  nomme  libcrtiuitatis  habeat  et  ml 
lent  meam  sicut  Uberti  nostri  ospieiunt,  f ta  et  ipse  lacère 
■    i  |.  p.  372       -  I  ssus,  op.  cit..  I.   i.  p.  S3.  139. 


1CC0 


AGRICOLES    (CLASSES^ 


1P10 


priélaire  dans  le  sud-est  de  la  Gaule,  déclare  que,  pur 
suite  des  invasions,  un  grand  nombre  de  ses  affranchis 
ont  pris  la  fuite,  mais  il  donne  à  son  héritier  le  droit  de 
les  ramener  par  contrainte  sur  leurs  terres  ruinées1. 
On  voit  qu'il  s'agit  d'un  affranchissement  conditionnel 
et  en  effet,  si  l'affranchi  refuse  la  redevance,  le  maître 
pourra  le  ramener  en  servitude2.  La  loi  des  Lombards 
précise  bien  cette  situation  qui  lit  règle  en  Occident  : 
«  Si  un  homme  a  disposé  de  ses  biens  en  faveur  d'une 
église,  et  s'il  a  affranchi  des  familles  serves  qui  culti- 
vant ces  biens,  ces  affranchis  doivent  les  redevances  à 
I  --,'lise,  à  perpétuité,  telles  que  les  a  réglées  le  maître, 
et,  après  eux,  leurs  lils  et  les  Mis  de  leurs  lils'.  » 

XV.  Les  colons.  —  La  situation  du  colon  est  demeurée 
ce  qu'elle  était  sous  la  <b  m  nation  romaine  et  il  en 
résulte  que  le  lien  du  coton  a  la  terre  s'est  encore  ren- 
forcé, si  c'est  possible.  Les  familles  des  colons  se  sont 
transmis  la  tenure  en  sorte  que  peu  à  peu  celle-ci  a  pris 
le  nom  d'héritage4.  Kl  le  l'est  même  devenue  et  on  ne 
trouve  pas  trace  dans  les  textes  mérovingiens  que  le 
propriétaire  ait  dû  accorder  son  autorisation  à  la  trans- 
mission de  l'héritage.  La  tenure,  considérée  au  point  de 
vu.'  de  la  redevance  qu'elle  entraîne,  est  une  location 
il  fermage,  rien  autre  cho<e,  avec  cette  particularité  que 
la  redevance  consentie  une  t'ois  est  immuable.  Nous 
voyons  un  abbé  cité  en  justice  par  les  colons  du  domaine 
pour  avoir  voulu  augmenter  les  redevances,  cependant 
il  obtient  gain  de  cause  parce  qu'il  peut  prouver  que  les 
redevances  n'ont  pas  varié  depuis  un  siècle  s.  L'incon- 
vénient de  ce  système  était  grand,  car  les  tenures  pos- 
sédées depuis  peu  étaient  beaucoup  plus  onéreuses  que 
les  tenures  transmises  depuis  plusieurs  générations, 
la  valeur  du  numéraire  ayant  changé;  mais  cet  incon- 
vénient était  en  partie  compensé  par  la  rareté  persis- 
tante du  numéraire  qui  donnait  aux  transactions  en 
nature  un  cours  assez  ferme.  Fustel  de  Coulanges  a 
étudié  avec  sa  pénétration  ordinaire  les  charges  du 
colon;  nous  allons  le  suivre  de  près  à  un  moment  où 
va  se  dessiner  un  nouveau  trait  de  la  situation  maté- 
rielle des  classes  agricoles.  Nous  savons  à  quoi  nous  en 
tenir  pour  les  colons  des  domaines  ecclésiastiques 
d'après  la  loi  des  Bavarois  :  «  Le  colon  d'église,  y  est-il 
dit,  doit  d'abord  Vagrarium,  c'est-à-dire  que  s'il  récolle 
trente  boisseaux,  il  en  doit  trois,  ainsi  que  la  dixième 
partie  de  son  lin  et  du  miel  de  ses  ruches.  En  outre,  il 
doit  labourer,  semer  et  moissonner  sur  le  dominicum 
l'étendue  d'une  ansange.  c'est-à-dire  une  bande  de 
quarante  pieds  de  large  sur  quatre  cents  pieds  de  long. 
Il  doit  encore  planter  des  vignes,  les  labourer,  les  pro- 
vigner,  les  tailler  et  faire  la  vendange.  Il  doit  enfin  taire 
les  charrois  nécessaires,  fournil'  au  besoin  un  cheval  et 
contribuer  à  la  réparation  des  granges  et  écuries  du 
propriétaire6.  »  Les  dispositions  prescrites  par  la  loi 
des  Alamans  sont  moins  détaillées,  elles  laissent  entre- 
voir des  redevances,  un  travail  du  colon  sur  les  terres 
du  maître  et  l'obéissance  à  tous  ses  ordres7.  Les  poly- 
ptyques de  Saint-Germain,  de  Saint-Remi  et  de  l'abbaye 
de  Prum  nous  font  voir,  dans  le  détail  du  cas  particulier, 
la  situation  de  3000  lamilles  de  colons.  Les  manses 
paraissent  fort  inégaux  d'étendue,  mais  identiques 
comme  composition,  un  lot  de  terre  arable,  un  peu  de 


1  Pardessus,  op.  cit.  A.  H,  p.  378  :  Vbicumque  agentes  tnona- 
81  erii  eos  invenire  potuerint,  ut  liceutium  habeanl  in  contm 
V'-uQcare  àominalionem .  —  i  Ibid.,  t.  m,  p.  375.  —  3  Lex  Lav- 
■;  tbardorum,  Aistulph.  III,  12  :  Si  quis  res  suas  ordinaverit  et 
disoerit  cas  Itabere  loca  venerabilia,  ut  familias  per  quas  res 
ipstr  eoccoluntur,  libéras  esse  dïxerit,  m  i>,  ipsis  reljgiosis  loris 
redditutn  faciant  :  secundum  ipsius  statuta  reddant  omni  i» 
t  mporejuxta  damnent  sut  prseeeptionem  ipsi  et  filii  flliorum 
illorum.  Ct.  Fustel  de  Coulanges.  op.  cit.,  t.  IV,  p.  401.  —  *Jft°- 
racula  S.  Benedicti,  1.  I.  c.  xxxvn,  édit.  de  Certain,  in-8%  Paris. 
K"iS  :  Quidam  homo  eor  f'amilia  sancti  Benedicti  mansiuncu- 
lai     :t  levé  structura,  vimine  scilicet  ac  genesta,  super  liere- 


vigne,  un  petit  pré.  Nous  retrouvons  ici  les  variations 
considérables  entre  les  conditions  laites  aux  colons  d'un 
même  domaine.  Les  uns  paient  en  argent,  d'autres 
partie  en  argent,  partie  en  travail  et  fournitures;  le 
premier  cas  est  assez  rare,  parlois  le  colon  donne  une 
part  de  sa  récolte,  le  plus  souvent  il  va  travailler  sur 
la  terre  du  maître.  Il  n'est  pas  possible  d'entrer  dans 
le  détail  de  ces  obligations  variées  du  colon  à  l'égard 
du  propriétaire.  Nous  retrouvons  ici  les  usages  que  nous 
avons  relevés  ailleurs.  Tel  colon  acquitte  sa  redevance 
en  argent,  tel  autre'  en  nature,  tel  enfin  en  prestations 
individuelles.  Si  l'on  s'en  tient  aux  renseignements 
fournis  par  le  polyptyque  de  l'abbaye  de  Saint-Germain 
on  constate  des  redevances  extrêmement  faibles  dans 
la  plupart  des  cas,  et  très  inégales.  Un  colon  paie,  pour 
8  bonniers  de  terre,  :i  sous  chaque  année8,  un  autre 
pour  une  tenure  de  .">0  ares  environ,  paie  1  sou9;  un 
autre,  pour  1  hectare  et  demi,  paie  six  deniers10;  un 
autre,  pour  moins  d'un  hectare,  paie  4  sous  ".  Le  colon 
llildegaire  a  une  tenure  de  5  bonniers  de  terre  labou- 
rable, 1  arpent  de  vigne  et  1  arpent  de  pré,  il  paie 
annuellement  ','  sous  d'argent  et  cultive  0  perches  '-'  ;  un 
autre  tient  11  bonniers  pour  lesquels  il  doit  4  deniers. 
.">  boisseaux  d'avoine.  0  poulets,  en  outre  100  petites 
voliges  et  100  bardeaux  pour  la  réparation  des  toitures, 
enfin  la  façon  de  (i  perches,  des  mains-d'œuvre  et  des 
charrois11.  Le  colon  doit  souvent  donner  comme  rede- 
vance une  part  de  sa  propre  récolte,  vin,  lin,  ma't  pour 
faire  la  bière,  houblon,  inoutarde,  miel,  cire,  etc. 
Quant  au  service  personnel  sur  la  terre  du  propriétaire 
il  est  tantôt  fixé  à  l'avance,  tantôt  indéterminé,  les 
besoins  du  domaine  en  décideront.  "  Notons  bien,  fait 
observer  Fustel  de  Coulanges,  que  ces  paysans  ne  sont 
astreints  à  aucun  service  domestique.  Ils  ne  doivent 
rien  à  la  personne  du  propriétaire.  Ils  doivent  servir  sa 
terre,  non  seulement  le  lot  qu'il  en  a  en  tenure,  mais 
aussi  son  dominicum,  c'est-à-dire  le  labourer,  le  mois- 
sonner, charrier  les  produits.  S'ils  font,  des  gardes, 
icaclse,  c'est  sur  le  domaine  et  pour  lui.  Ils  n'ont  envers 
le  maître  aucun  devoir  personnel.  Ils  servent  le  domaine 
et  non  pas  l'homme  '*.  » 

On  le  voit,  le  colon  et  le  serf  étaient  devenus,  sauf 
pour  le  nom,  une  seule  catégorie  d'hommes  du  domaine. 
Si  entre  eux  quelque  rivalité,  telle  qu'il  s'en  rencontre 
d'une  classe  de  la  société  à  une  autre  classe,  a  existé, 
nous  l'ignorons  et  il.  semble  qu'avec  le  temps  le  groupe 
libre  et  le  groupe  servile  tendirent  à  se  compénétrer  de 
plus  en  plus  jusqu'à  se  confondre.  A  un  moment  donné 
il  devint  impossible  d'interdire  le  mariage  entre  les 
deux  classes  '■>,  on  vit  même  quelquefois  un  colon  et  un 
serf  associés,  occupant  le  même  manse  16.  Il  parait  clair 
que  des  idées  nouvelles  et  une  société  rurale  nouvelle 
sortiront  de  là.  Les  textes  nous  montrent  sur  l'étendue 
du  domaine  diverses  catégories  d'hommes  libres  qu'ils 
nomment  [ranci'1,  ingenui  18,  ainsi  le  nombre  des 
hommes  libres  augmente  sans  cesse,  puisque  de  nouvelles 
appellations  sont  devenues  nécessaires  pour  désigner 
ceux  qui  bénéficient  d'un  ordre  nouveau.  Nous  voyons 
encore  un  maître  accorder  la  liberté  absolue 1!l  aux 
enfants  que  leur  naissance  ferait  serfs.  La  condition  de 
la  tenure  n'avait  rien  d'amoindrissant  comme  on  s'est 


ditatem  constriuverat  suam.  —  *Palypty que  de  l'abbé  Irminon, 
t-dit.  Guérard,  in-4",  Paris,  1844,  appendix  IX,  p.  344.  —  °  Lex 
Tiajuwariorum,  i,  19.  —  'Lee  Alamannorum,  xxm,  2,  3,  4. 

—  »  Polyptyque  de  t'abbé  Irminon,  in-4*,  Paris,  1844,  c.  ix,  151. 

—  »  Ibid.,  c.  vu,  70.  —  '»  Ibid.,  c.  vu,  71.  —  "  Ibid.,  c.  i,  28.  — 
'*  Ibid.,  c.  vu,  76.  —  ,3Ibiil  .  c.  vu.  7ï>.  —  '*  Fustel  de  Coulanges, 
op.  cit.,  t..  iv,  p.  412,  note  8.  —  "  Polyptyque  de  l'abbé  Irminon, 
c.  i,  6;  c.  111,47,  ô'i;  c.  iv,  9;  c.  vu,  14,  15;  e.  vm,  28.  —  ">  Ibid., 
c.  vu,  20;  c.  ix,  42,  73,  80:  c.  XIII,  78  —  ,;  Capitulare  de  Villis, 
c.  îv,  édit.  de  Boretius,  in-4*,  Hannovera?,  1877,  p.  83.  —  "Par- 
dessus, Diptomata,  n.  417.  —  '"Sauf  obligation  de  rester  sur  le 
domaine  en  qualité  de  tenanciers.  Marculfe,  Formula>,  1.  II,  n.  29. 


1011 


AGRICOLES    (CLASSES) 


1012 


avisé  de  l'imaginer  beaucoup  plus  tard;  elle  était  si 
parlaitement  honorable  qu'un  homme  libre  pouvait  sans 
déroger  ni  déchoir  louer  un  manse  en  tenure  aux  mêmes 
conditions  de  redevances  que  si  le  manse  eût  été  occupé 
par  un  serf  ou  par  un  colon  '.  L'abbaye  de  Saint-Germain 
a  eu  parmi  ses  fermiers  un  nommé  Radoinus,  homme 
lilire2,  et  un  prêtre  nommé  Godin  dont  la  redevance 
consistait  dans  la  culture  de  quatre  arpents  de  vigne  du 
dominicain  3. 

XVI.  La  villa.  —  Ce  qui  peut  donner  l'idée  la  plus 
complète  et  la  plus  exacte  de  l'existence  du  groupe 
rural  qui  habite  le  domaine  c'est  l'existence  de  ce  groupe 
à  l'époque  précédente,  telle  que  nous  l'avons  décrit.  Le 
domaine  continue  à  produire  et  à  consommer  sur  place 
tout  ou  presque  tout  ce  dont  ses  habitants  ont  besoin, 
la  récolte  des  denrées  et  la  fabrication  s'y  exécutent 
dans  des  conditions  presque  identiques.  La  hiérarchie 
est  la  même,  le  villicus  a  gardé  son  titre  et  ses  attribu- 
tions, de  même  Yactor  ou  agens  auquel  on  tend  à  sub- 
stituer le  mot  major,  notre  «  maire  »  d'aujourd'hui. 
L'ancienne  répartition  des  esclaves  par  decurise  a  fait 
place  à  une  disposition  analogue  où  se  laisse  entrevoir 
finlluence  de  la  règle  monastique  de  saint  Benoit, 
puisque  désormais,  dans  les  grands  domaines,  le  major 
a  sous  ses  ordres  des  decani.  C'était  dans  ce  personnel 
que  se  trouvaient  les  hommes  chargés  de  recueilljr  les 
redevances  et  d'en  disposer  au  mieux  des  intérêts  du 
maître,  soit  par  la  consommation  sur  place  à  la  table 
du  maître  ou  par  son  domestique,  soit  parla  vonte. 

Le  domaine  comprenait  une  population  en  nombre 
variable,  rarement  inférieure  à  quelques  centaines" 
d'à  mes,  quelquelbis  davantage.  Il  était  nécessaire  dès 
lors  d'assurer  un  double  service,  l'un  qui  regardait  les 
âmes,  l'autre  la  discipline.  Ce  n'est  pas  un  des  aspects 
les  moins  curieux  de  l'histoire  dœ  classes  rurales  que 
le  travail  persévérant  de  l'Église  en  vue  de  transformer 
l'esprit  des  campagnes.  Voir  Paroisses  rurales. 

Les  observations  que  nous  avons  présentées  à  propos 
de  la  situation  des  personnes  dans  le  domaine  rural  et 
dans  le  monastère  sont  demeurées  sans  modification 
notable.  Dans  ce  qui  précède  nous  avons  noté  de  préfé- 
rence les  traits  qui  ont  rapport  aux  individus  attachés 
aux  domaines  d'église  et  il  nous  est  apparu  que  leur 
condition,  sans  être  à  proprement  parler  privilégiée  de 
ce  fait,  lui.  doit  une  amélioration  dont  il  y  a  lieu  de 
tenir  compte.  Ceci  s'explique  par  l'esprit  de  désintéres- 
sement imposé  aux  propriétaires  soit  par  la  charité  du 
christianisme,  soit  en  vertu  des  règles  monastiques.  Nous 
avons  dit  que  dans  un  domaine  bien  administré  on 
s'efforçait  de  suffire  aux  besoins  divers  de  tous  les  habi- 
tants du  domaine,  or  ceux-ci  bénéficiaient  avant  tout 
le  monde  d'une  disposition  économique  que  nous  trou- 
vons formulée  dans  la  règle  de  saint  Benoit  :  In  ipsis 
antem  pretiis  souper  aliquantulum  viliits  detur, 
cjitam  a  ssecularibus  daturu.  Ceci  n'est  pas  un  l'ait 
isolé.  Nous  voyons  Théodoric  déclarer  que  le  prix  des 
subsistances  sera  fixé  d'un  commun  accord  par  l'évèque 
et  par  le  peuple 5.  Cette  ingérence  n'a  donc  dans  l'espèce 
que  des  effets  heureux  pour  les  classes  agricoles  et  il 
faut  se  rappeler  que  ce  sont  de  véritables  multitudes 
qui  vivent  dans  les  domaines  d'église.  Le  dénombrement 
des  biens  ecclésiastiques  et  monastiques  témoigne  d'une 
extension  considérable.  L'Église  de  Milan  a  certains  de 
ses  revenus  assis  sur  des  terres  situées  en  Sicile,  l'Église 
de  Ravenne  y  a  un  patrimoine,  l'Église  romaine  possède 
des  biens  considérables  dans  toutes  les  provinces  de 

'Polyptyque  de  l'abbé  Irminon,  c.  xui,  0:  c.  \vi,  88.  — 
'  Ibid.,  c.  xiv,  7.  —  3  Ibut.,  c.  I,  10.  Cette  redevance  pouvait  tou- 
jours etie  satisfaite  par  un  autre  que  le  tenancier.  —  *S.  Benoit, 
Uegula,  c.  LVII.  —  BCode  Justinien,  De  defensoribus  eivitatum, 
l.  I,  tit.  lv.  —  •  P.  Fabre,  De  patrimoniis  romanœ  Ecctesix 
usque  ad  setatem  Carolinorum,  in-8*,  Lille,  1892;  le  même, 
Étude  sur  le  Liber  censuum  de  t Église  romaine,  in-8',  Paris, 


l'Occident,  on  connait   l'existence   de   ses  patrimoines 
dans  la  Sicile,  l'Apulie,  la  Calabre,  la  Campanie,  le  pa\s 
de  Ravenne,  l'Istrie,  la  Ligurie,  les  Alpes  Cottiennes. 
la  Corse,  la  Sardaigne,  la  Dalmatie,  les  Gaules,  l'Afrique  '■. 
Le  caractère  de  stabilité  et  d'altération  insensible  des 
institutions   ecclésiastiques   se   retrouve  ici.   Il  semble 
bien  que  le  régime  des  terres  et  l'état  des  personnes  aient 
très  peu  changé  du  vie  siècle  au  IXe,  et  il  nous  faut 
constater    une  fois   encore    l'étroite  ressemblance  qui 
existe  entre  le  gouvernement  du  domaine  ecclésiastique 
et  le  gouvernement  du  domaine  rural  en  général.  Le 
pape  Grégoire  Ier  veut  qu'une  lettre  qu'il  écrit  au  recteur 
du  patrimoine  de  Sicile  soit  lue  de  temps  à  autre  aux 
ruslici   assemblés   afin   que  ceux-ci   connaissent   leurs 
droits  et  soient  en  état  de  se  garder  des  exactions  des 
fermiers  généraux  et  des  fonctionnaires7.  Or  cette  dis- 
position ne  diffère  pas,  dans  la  préoccupation  qui  l'ins- 
pire et  le  mode  qu'elle  adopte,  de  ce  que  nous  voyons  en 
Afrique,  au  IIe  siècle,  où  les  habitants  du  Saltus  Burita- 
nus  font  graver  sur  une  stèle  monumentale  le  resciit 
que  l'empereur  Hadrien  leur  avait  adressé  en  réponse  à 
leur  pétition.  Une  partie   des  biens  des   Églises  était 
donnée  en  emphythéose,  mode  de  tenure  tout  à  fait  favo- 
rable au  concessionnaire,  mais  tous  ces  sujets  seront 
traités  plus  loin,  nous  ne  nous  y  arrêterons  donc  pas  \ 
XVII.  La  paroisse  rurale.  —  «  L'érection  des  paroisses 
est,  en  effet,  un  des  éléments  qui  ont  le  plus  contribué 
à  limiter  l'association  agricole,  le  village  '•'.   »  Aussi  ne 
saurait-on  omettre  de  l'étudier  en  cette  qualité.  Si  nous 
lisons  les  anciens  documents  qui  ont  servi  jusqu'ici  de 
fondement    à    nos  recherches    nous   sommes    frappes 
d'un  l'ait  indiscutable,  à   savoir  que  les  hommes  de  ce 
temps   étaient   fort  préoccupés  par  la   vie   future.   Un 
grand  nombre  de  dispositions  ne  sont  prises  qu'en  vue 
du  salut  éternel  :  pro  rcmedio  animae  meœ,  disent  les 
vieux  textes.  Cette  anxiété  se  traduisait  par  des  legs  faits 
à  l'Église  ou  aux  patrons  des  monastères  et  le  dénom- 
brement qui  est  fait  de  ces  biens  nous  montre  l'existence 
d'oratoires  destinés  à  la  satisfaction  des  besoins  religieux 
de  la  population  du  domaine.  Arédius  lègue,  en  573.  sa 
part  du  domaine   de    Sisciacus;    cette   part  aom  prend 
<<  des  maisons,  une  chapelle,  plusieurs  terres  en  labour, 
des  prairies,  des  forêts,  des  terres  incultes  et  des  i 
Ions  »  10.  Dans   un  diplôme  de  636,  un  donateur  men- 
tionne l'existence  de  trois  églises  dans  son  domaine  de 
l'.itriagus1  '.  Ces  agglomérations  pourvues  d'une  église  ne 
sont  pas  les  seules  que  nous  connaissions.  Les  villagi  s 
dont  nous  avons   parlé,  les   (ici,  sont  autant  de  petits 
centres  religieux,  des  «  paroisses   ».   Dans  Grégoire  «le 
Tours  il  en  est  souvent  ainsi  :  un  évoque  y   bâtit  une 
église,  y  installe  un  prêtre  et  chaque  dimanche  la  po- 
pulation d'alentour  se  rend  à  la  s.  paroisse  »  comme  au 
chef-lieu  ecclésiastique.   Si  nous  possédions  les  fasti  s 
paroissiaux  de  la  Gaule  on  y  verrait  sans  doute  une  or- 
ganisation d'abord  embryonnaire  tendant  à  se  ramifier 
de  plus  en  plus.  L'institution  des  paroisses  rurales  a  dû 
marcher  de   pair  avec  le   développement  du  domaine; 
l'extension  des  cultures  amenant  sur  des  points  éloignes 
du  (loin  ai  ne  un  groupe  de  cultivateurs  qu'on  ne  pouvait,  vu 
la  distance,  convoquer  facilement  à  la  réunion  religieuse 
des  dimanches  et  des  jouis  île  fête.  Dans  le  diocèse  rie 
Tours,  six  églises  ont  été  bâties  par  saint  Martin,  cinq 
par  Briccius,  quatre  par  Eustochius,  cinq  par  Perpv- 
luiis.  et  leurs  successeurs  continuent  à  morceler  de  plus 
en  plus  les  districts  à  mesure  des  besoins.  Remarquons 
d'abord  cpie  jusqu'au  ivc  siècle  aucun  document  ri 

1892.  -  :S»  Gregorii  1  .  Epistolx,  1.  XIII,  34,  P.  L.,  t.  lx.wi:, 
col.  1825.  —  »C1.  .lanet.  Les  grandes  époques  de  Vliistoire  écono- 
mique jusqu'à  la  fin  du  xvr  siècle,  in-12,  Paris,  s.  d..  p.  1. 
—  »  C.  Daicsle  de  la  Ctiavanne.  Histoire  des  classes  agricoles 
en  France.  in-S\  Paris.  1868,  p.  173.  —  ,0  Pardessus  / 
mata,  char  ta,  aliaque  instrumenta  ad  res  gaUo-franet$*c* 
spectantia,  n.  180,  t.  i,  p.  137.  —  "  Ibid.,  t.  n,  p.  42. 


1013 


AGRICOLES    (CLASSES] 


1014 


vable  ne  mentionne  les  communautés  rurales  ni  même 
l'existence  d'un  clergé  distinct  du  presbyterium  épisco- 
pal1.  Au  début  du  ive  siècle  nous  voyons  apparaître  le 
clergé  rural.  Le  concile  d'Arles  (314)  mentionne  des 
dictâmes  urbici,  ce  qui  donne  à  penser  qu'il  en  existait 
d'autres  :  diàcones  rustici 2;  un  autre  canon  impose  aux 
prêtres  et  aux  diacres  établis  ailleurs  que  dans  la  ville 
épiscopale  la  stabilité  dans  la  localité  à  laquelle  ils  sont 
attachés  3.  Le  reste  de  la  Gaule  n'a  pas  encore  semble- 
t-il, cette  organisation  qui  ne  serait  en  vigueur  que  dans 
la  Narbonnaise.  Dans  le  diocèse  de  Tours,  les  premières 
églises  rurales  datent  de  saint  Martin4.  Les  troubles 
religieux  qui  remplirent  une  grande  partie  du  IVe  siècle 
s'opposaient  à  l'extension  de  l'organisation  ecclésias- 
tique; dès  le  Ve  siècle  apparaissent  en  Gaule  les  plus 
anciennes  églises  rurales.  Ces  églises  apparaissent  fré- 
quemment dans  les  propriétés  des  grands,  à  l'époque 
carolingienne  elles  seront  communes.  T'n  canon  du 
IVe  concile  d'Orléans  (541)  reconnaît  à  tout  propriétaire 
le  droit  d'avoir  une  paroisse  dans  son  domaine5.  En 
642,  le  concile  de  Chàlons  parle  comme  d'une  chose 
commune  :  oratorio,  per  villas  potentum  6. 

XVIII.  La  juridiction  domaniale.  —  Celle  présence 
du  clergé  sur  un  grand  nombre  de  poinls  du  pays, 
parmi  le  peuple  qu'un  sentiment  de  justice  et  de  misé- 
ricorde chrétienne  le  portait  à  défendre  contre  la  ri- 
gueur des  hommes  qui  représentaient  l'autorité  poli- 
tique et  l'autorité  domestique,  aide  à  comprendre  l'in- 
lluence  croissante  et  la  popularité  de  bon  aloi  qu'il 
posséda  dans  les  campagnes  sous  les  deux  premières 
races  7.  Les  tenanciers  ne  communiquaient  avec  le  pro- 
priétaire que  par  le  major  et  ses  gens;  ceux-ci  sont  ra- 
rement des  hommes  libres,  plus  souvent  des  colons  ou 
des  serfs,  partant  animés  d'un  zèle  plus  amer  que  dé- 
sintéressé, soucieux  de  se  faire  valoir  aux  dépens  des 
tenanciers;  âpres  s,  méticuleux,  sévères.  Si  pour  l'esclave 
la  seule  autorité  possible  était  celle  du  propriétaire,  il 
en  était  à  peu  près  de  même,  en  fait,  pour  l'affranchi 
qui  avait  trop  à  perdre  de  soumettre  à  la  justice  pu- 
blique son  litige  avec  le  maître  du  domaine.  Le  colon 
n'était  pas  beaucoup  mieux  partagé.  Une  loi  du  code 
Théodosien  prononce  que  le  maître  peut  mettre  aux 
fers  le  colon,  dès  qu'il  le  soupçonne  de  vouloir  quitter 
le  domaine 9  ;  une  loi  du  code  Justinien  autorise  le 
maître  qui  a  repris  le  colon  fugitif  à  l'enchaîner  et  à  le 
punir  à  son  gré  dans  les  limites  que  les  lois  lui  con- 
cèdent10; une  loi  de  412  substitue  le  tribunal  du  maître  à 
celui  de  la  justice  publique  lorsqu'il  s'agit  de  connaître 
le  ciime  d'un  esclave  ou  d'un  colon11.  Les  législations 
des  Germains  se  taisent  dès  qu'elles  touchent  le  seuil 
du  domaine;  elles  ne  prévoient  rien,  pas  même  le  cas  des 
sévices  du  maître  contre'  son  esclave  ou  son  affranchi  ; 
elles  ne  connaissent  que  les  crimes  commis  entre  gens  dé* 
domaines  différents.  Le  domaine  est  évidemment  sou- 
mis à  la  juridiction  privée.  Le  maître  lait  encore  la  po- 
lice du  domaine,  c'est  à  lui  de  livrer  le  coupable  à  la 

1  Imbart  de  la  Tour,  Les  paroisses  rurales  du  iv  au  xi'  siècle. 
in-8',  Paris,  1900,  p.  (i.  —  »  Concil.  Arelatense,  can.  18  :  De  dia- 
conibus  urbicis  ut  non  sibi  tantum  prsesumant,  sed  honorent 
presbyteris  reservent,  dans  Mansi,  Conc.  ampliss.  coll.,  t.  n, 
col.  475.  —  *Concil.  Arelatense,  can.  21  :  De  presbyteris  aut  dia- 
conibus  qui  soient  dimittere  loca  sua  in  guibus  ordinatisunt... 
placuit  ut  eis  locis  minislrent,  quibus  pr.vfl.nci  sunt,  dans  Mansi, 
loc.  cit.,  t.  n,  col.  475.  —  *Sulpice  Sévère,  Viia  Martini,  xm, 
P.  L.,  t.  xx,  col.  167  :  Vere  ante  Martinum  pauci  admodum. 
imino  psene  nulli  in  illis  regionibus  Christi  nomen  recepe- 
rant.  —  *Conc.  Aureliauense,  can.  33,  dans  Mansi,  Conc.  am- 
pliss. coll.,  t.  IX,  col.  119  :  Si  quis  in  agro  suo  postulat  habere 
diaecesim,  primum  terras  ei  deputet  sufficienter.  Le  canon  7 
du  même  concile  s'exprimait  ainsi  :  Ut  domini  prœdiorum  in 
oratoriis  minime  contra  votum  episcopi  peregrinos  clericos 
intromittant.  —  °  Conc.  Cabillonense,  can.  14,  dans  Mansi, 
toc,  cit.,  t.  x,  col.  1192.  Une  charte  de  636  :  Villam  Nigromuntem 
û-tm  ecclesia...  villam  Campaniacum  cum  ecclesia,  dansPar- 


jus'Jce  lorsqu'il  s'agil  d'un  crime  extra-domanial,  à  lui 
d'exécuter  la  sentence  sous  sa  propre  responsabilité. 
Grégoire  de  Tours  raconte  qu'Arédius  confia  à  sa  mère 
l'administration  de  ses  domaines  et  le  soin  de  juger  ses 
serviteurs  afin  de  pouvoir  vaquer  tranquillement  aux 
pratiques  religieuses  '-'. 

Les  affranchis  d'une  Église  n'avaient  pas  d'autre  juri- 
diction que  celle  de  cette  Église  et  cela  par  la  volonté 
expresse  de  la  loi  :  Tabularius  et  procreatio  ejus  tabu- 
lant persistant...  et  non  aliubi  quant  ad  ecclesiam 
nbi  rela.cati  sunl  mallum  leneant 13.  Une  bulle  (contes- 
tée) de  Grégoire  Ier  (593)pose  en  principe  que  tous  les 
«  manans  »  d'une  terre  donnée  à  Saint-Médard,  n'obéi- 
ront désormais,  libres  ou  esclaves,  qu'à  l'église  Saint- 
Médard  ■*,  Cette  multitude  de  juridictions  privées  était- 
elle  favorable  à  la  félicité  des  hommes  du  domaine,  on 
peut  le  croire  pour  les  mêmes  raisons  qui  ont  toujours 
contribué  à  rendre  toute  juridiction  locale  plus  ckrir- 
voyante,  mieux  instruite,  partant  plus  indulgente  que  la 
juridiction  lointaine  et  centralisée  manquant  de  délica- 
tesse et  d'information.  Un  mouvement  lut  tenté  contre 
la  justice  domaniale  à  l'époque  mérovingienne  par  ceux 
qui,  en  possession  de  bénéfices  judiciaires,  ne  souhai- 
taient que  d'étendre  le  rayon  de  leur  activité.  Il  n'est 
pas  douteux  que  des  abus  se  produisirent,  auxquels  des 
lettres  royales  remédièrent  par  la  collation  des  «  immu- 
nités15. »  Voir  ce  mot.  L'err/astulum  avait  changé  de 
nom,  on  l'appelait  cippus,  du  nom  de  la  pièce  de  bois 
où  l'on  enfermait  les  pieds  des  prisonniers;  ce  nom  fut 
étendu  au  focal,  généralement  souterrain,  où  on  les  en- 
fermait. Rappelons  ici  d'un  mot  seulement  le  code  dis- 
ciplinaire de  la  règle  de  saint  Benoit  qui  témoigne  de 
l'existence  d'une  juridiction  domaniale  véritable  dans 
l'enceinte  du  monastère.  L'indiscipline  et  l'absence  des 
offices  obligatoires  y  sont  punies  par  des  sévices  corporels. 

XIX.  Condition  d'assujettissement  des  classes  agri- 
coles. —  L'attention  que  nous  portons  à  écarter  de  nos 
recherches  toute  tendance  polémique  et  apologétique  ne 
doit  pas  nous  interdire  de  remarquer  que  la  condition 
des  hommes  de  ce  temps  était  bien  différente  de  celle 
que  nous  imaginons.  Au  point  de  vue  moral  on  n'a  au- 
cun texte  qui  montre  que  l'état  social  de  l'époque  où 
ils  vécurent  leur  parût  injuste  ni  odieux.  L'inégalité  des 
conditions  n'avait,  dans  leurs  idées,  aucun  rapport  avec 
l'état  de  dépendance  où  ils  vivaient,  car,  selon  les  idées 
du  temps,  cette  dépendance  étaif  toute  envers  la  terre  et 
non  envers  l'homme  qui  la  possédait.  En  effet,  que  cet 
homme  vînt  à  vendre  sa  terre,  il  n'était  pas  libre  de 
traiter  séparément  du  sort  de  ses  colons  et  eux-mêmes 
il  ne  pouvait  les  atteindre  que  par  la  terre  qu'ils  culti- 
vaient; un  nouvel  acquéreur  lui  succédant  il  cessait 
d'être  désormais  pour  ses  anciens  tenanciers.  Ceux-ci  ne 
se  trompaient  donc  pas  en  estimant  qu'ils  dépendaient 
de  la  terre  et  non  de  l'homme  et  cette  dépendance  de  la 
terre,  c'était,  en  définitive,  la  dépendance  à  l'égard  des 
besoins  matériels  journaliers,  ainsi  le  tenancier  possé- 

dessus,  Diplomata,  n.  276;  Ecclesiam  et  villam  de  Argenteria( 
ibid.,  n.  306;  Charte  de  680  :  Donamus...  curies  nostras  cum 
ecclesiis,  ibid.,  n.  393  ;  Charte  de  694  ;  Dono  mansum  indomi- 
fticatum  et  ipsam  ecclesiam  ad  ipsum  mansum  pertinentem, 
ibid.,  n.  432;  Testament  d'Abbon  :  Ecclesiam  proprietatis  no- 
strse,  ibid.,  t.  Il,  p.  371.  Cl.  Polyptyque  de  Vabbè  lrminon,  c.  u, 
1;  c.  m,  1;  c.  vi,  2;  c.  vu,  2.  83;  c.  vm,  2  ;  c.  ix,  4,  5;  c.  xiv, 
2  ;  c.  xv,  2  ;  c.  xvi,  2,  etc.  —  '  B.  Guérard,  Mémoire  sur  les  causes 
principales  de  la  popularité  du  clergé  en  France  sous  les  deux 
premières  races,  in-4",  Paris,  1835.  —  *B.  Guérard,  Prolégo- 
mènes au  Polyptyque  de.  l'abbé  lrminon,  p.  434,  croit  qu'ils  re- 
cevaient tant  pour  cent  sur  les  produits  du  domaine.  —  "('ode 
Théodosien,  1.  V,  tit.  ix,  1.  —  10  Code  Justinien,  1.  XI,  tit.  lui,  1. 
—  »  Code  Théodosien,  I.  XVI,  tit.  V,  52.  —  l2  Grégoire  de  Tours, 
Hist.  Francorum,  1.  X,  c.  xxix,  P.  L.,  t.  lxxi,  cof.  560.  —  ,2Lex 
Ripuaria,  i.vm,  1.  —  "Pardessus,  Diplomata,  n.  201. —  '"Fustel 
deCoulanges,  L'immunité  mérovingienne,  dans  la  Revue  histori- 
que, 1883,  et  Hist.  des  instit.  polit.  Je  l'anc.  France,  t.  IV,  p.  45  isq. 


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AGRICOLES    (CLASSES) 


101G 


tl.iil  un  état  stable  qui  assurait  son  existence  contre  sa 
propre  mobilité,  contre  son  incapacité. 

Fustel  de  Coulanges.  que  nous  nous  sommes  fait  un 
devoir  de  suivre  pas  à  pas  dans  une  question  qu'il  a, 
selon  nous,  délinitivement  traitée,  conclut  ses  recherches 
par  des  pages  que  nous  ne  pouvons  omettre  de  citer  : 
«  Les  hommes  de  nos  jours,  dit-il,  sont  d'abord  portés  à 
croire  que  les  charges  de  ces  colons  et  de  ces  serfs  étaient 
très  lourdes,  et  telle  a  été  aussi  notre  première  impres- 
sion. Une  étude  directe  et  attentive  des  documents  tait 
concevoir  une  autre  idée.  Nous  allons  prendre  quelques 
exemples  dans  les  polyptyques,  et  essayer  de  voir,  par 
un  calcul  assez  lacile,  ce  que  représentaient  ces  deniers 
dont  il  est  parlé,  ce  que  valaient  tons  ses  travaux  et  ces 
services  de  corps.  Les  5000  ou  6  000  chiffres  que  nous 
donnent  les  polyptyques  de  Saint-Germain,  de  Saint- 
Rémi,  de  Sithiu,  de  Prum,  de  Saint-Victor  de  Marseille, 
nous  permettent  de  faire  ce  travail  ;  le  premier  est  sur- 
tout important,  parce  qu'il  nous  donne  à  la  fois  l'éten- 
due de  chaque  tenure  et  la  série  de  ses  redevances. 

«  Mais  d'abord  il  faut  observer  que,  parmi  les  rede- 
vances qui  sont  énumérées,  il  en  est  deux  que  nous 
devons  mettre  à  part.  C'est  en  premier  lieu  celle  que 
les  polyptyques  appellent  Itoslililium ;  elle  n'est  pas  une 
redevance  de  la  tenure,  elle  est  la  représentation  de  ce 
que  l'homme  devait  au  roi  pour  le  service  militaire. 
Peut-être  ne  date-t-elle  que  de  Charlemagne  ou  de  Pépin. 
Au  lieu  qu'à  chaque  guerre  tous  les  hommes  du  domaine 
lussent  mis  en  réquisition,  les  uns  pour  combattre,  les 
autres  pour  fournir  des  vivres  ou  les  transporter,  on 
avait  établi  une  sorte  d'abonnement.  Le  tenancier  payait 
chaque  année,  qu'il  y  eût  guerre  ou  non,  à  son  pro- 
priétaire une  redevance  relativement  modérée;  puis,  si 
la  guerre  venait,  le  propriétaire  en  supportait  toutes  les 
charges.  Cette  redevance  annuelle  variait  :  elle  était  de 
deux  sous  pour  les  uns,  d'un  sou  pour  les  autres.  Un 
troisième  devait  fournir  dix  mesures  de  vin.  Ailleurs  le 
colon  devait,  sur  trois  années,  un  bœuf  la  première,  un 
porc  la  seconde,  un  mouton  la  troisième1. 

«  Il  faut  déduire  en  second  lieu,  ou  du  moins  mettre 
la  redevance  appelée  liyneritia  et  jiaslio.  Le  propriétaire 
concédait  à  son  tenancier,  outre  sa  lenure  en  champs, 
vigne  et  pré,  la  permission  de  couper  du  bois  dans  sa 
forêt  pour  son  chauffage  ou  pour  ses  constructions,  et 
île  l'aire  pailre  quelques  moulons  ou  quelques  porcs  sur 
ses  pascua  et  dans  ses  chênaies.  En  échange  de  celte 
faculté,  le  tenancier  devait  une  redevance  qui  consistait, 
tantôt  à  lui  payer  deux  ou  quatre  deniers,  tantôt  enfin 
à  fournir  un  certain  nombre  de  mesures  de  vin  -. 

«  Ces  réserves  faites,  le  reste  des  redevances  était  en 
réalité  le  prix  de  la  tenure.  Essayons  de  l'évaluer  en  va- 
leur actuelle.  Le  calcul  est  relativement  facile  dans  les 
cas  où  la  redevance  consiste  en  argent.  Voici,  par  exem- 
ple, un  colon  qui  lient  un  bonnier  de  terre  en  tabouret 
un  arpent  de  vigne;  il  paye  pour  cela  six  deniers.  Or 
le  bonnier,  à  l'époque  et  dans  le  pays  où  ce  pohptyque 
a  été  écrit,  ('lait  une  mesure  agraire  de  1  hectare  28ares; 
l'arpent  de  vigne  ne  contenait  que  12  ou  13  ares.  Les 
six  deniers  formaient  un  poids  d'argent  d'environ 
7  grammes  et  avaient  la  même  valeur  qu'auraient  de 
nos  jours  17  bancs.  Un  fermage  de  17  francs  n'est  pas 
bien  lourd  pour  une  terre  de  I  hectare  et  demi  '. 

'  Polyptyque  de  l'abbe  Irminon,  ni,  2,  :<,  4,  ■"..  6,  etc.;  îv, 
2,  etc.;  v,  3;  vu.  2G;  vin,  3;  îx,  9,  10,11,  12,  1">.  etc.  La  droit 
s'élève  parfois  jusqu'à  'i  sous,  i\.  9;  XVI,  S;  Polyptyque  de  Saint- 
Rémi  de  Reims,  in-V,  Paris,  1853,  xx,  16;  xxn,  9;  xxvui,  2, 
69;  dans  le  Polyptyque  de  Sniut-Maur,  &  la  suite  du  Poly- 
ptyque de  l'abbé  Irminon,  cette  sort*  de  redevance  est  appâtée 
<  imaticum.  Guéxard  considère  Vlustilitium  comme  une  charge 
de  nature  privée;  il  l'est  devenu,  cela  est  incontestable  ;  mais 
nmjs  nous  plaçons  aux  vr  et  vir  siècles,  et  à  cette  époque,  ou  il 
était  une  charge  publique,  ou  il  n'existait  pas.  —  *  Polyptyque 
de  labbé  Irminon,  II,  2;  m,  2;  IV,  2;  V,  3,  28;  vi,  3:  IX,  9,  153, 


«  Voici  un  manse  de  13  bonniers  de  champs,  c'est-à- 
dire  de  16  hectares,  6  arpents  de  vigne  et  6  arpents  de 
pré.  Il  paye  5  sous  et  4  deniers,  ce  qui  vaudrait  approxi- 
mativement 180  trancs  d'aujourd'hui.  Cela  lait  un  fer- 
mage à  10  francs  l'hectare  ■'■ . 

«  Le  nombre  des  inanses  qui  payent  leur  redevance 
en  argent  est  assez  grand  3.  Notons  cet  avantage  qu'ils 
ont.  L'argent  diminuera  de  valeur;  le  sou  et  le  denier 
deviendront  de  très  petites  monnaies,  et  leur  redevance 
ira  ainsi  diminuant  de  siècle  en  siècle  jusqu'à  se  réduire 
à  rien. 

«  L'évaluation  est  plus  difficile  lorsque  la  redevance 
se  paye  en  travaux.  Le  colon  Godebold  tient  un  manse 
de  6  bonniers  de  champs,  une  petite  vigne  et  un  petit 
pré.  Il  s'acquitte  par  la  façon  de  3  arpents  de  la  vigne 
du  propriétaire  6.  Si  l'on  songe  que  ces  trois  arpents 
ne  faisaient  en  tout  que  38  ares,  et  si  l'on  observe  qu'une 
vigne  de  cette  étendue  exige  environ  14  journées  de 
travail  dans  l'année,  on  calculera  que  Godebold,  tenan- 
cier de  8  hectares  de  terre,  s'acquitte  par  14  journées 
de  travail.  11  ajoute,  chaque  année.  3  poulets  et  15 œufs. 
D'autre  part,  le  colon  Ebrul',  dont  la  tenure  est  plus 
petite,  doit  la  façon  de  8  arpents,  c'est-à-dire  un  travail 
d'une  trentaine  de  jours  ". 

«  Il  en  est  qui  doivent  une  corvée  par  semaine,  d'au- 
tres deux  et  même  trois.  Nous  pouvons  traduire  ces 
journées  en  somme  d'argent.  Nous  en  avons  d'autant 
mieux  le  droit  que  le  tenancier  pouvait  ordinairement 
remplacer  ses  corvées  par  un  prix  déterminé  en  deniers; 
ou  bien  encore  il  pouvait  les  laire  faire  par  d'autres 
hommes  qu'il  payait.  Or  le  polyptyque  de  Saint-Remi 
nous  lournit  l'indication  des  divers  prix  de  journée, 
suivant  la  nature  du  travail.  Les  prix  variaient  depuis 
un  tiers  de  denier  jusqu'à  un  denier.  La  moyenne,  qui 
est  de  deux  tiers  de  denier,  peut  être  exprimée  en  lan- 
gage d'aujourd'hui  par  le  chiffre  de  1  fr.  75*.  Prenons 
maintenant  pour  exemple  le  colon  Bodo  qui  t^ent 
Il  hectares  de  terre  arable.  2  arpents  de  vigne  et  7  ar- 
pents de  pré.  Ses  conditions  sont  qu'il  doit  trois  jouis 
jouis  de  travail  par  semaine''.  Notons  que  trois  jours 
par  semaine,  après  qu'on  a  retranché  les  semaines  de 
Noël  et  de  Pâques,  les  nombreuses  fêtes,  et  surtout 
quand  on  a  déduit  les  semaines  où  aucun  travail  agri- 
cole n'est  possible,  ne  font  pas  plus  de  cent  vingt  jours 
dans  l'année,  probablement  moins.  Si  Bodo  se  tait  rem- 
placer et  qu'il  paye  chaque  journée  en  un  prix  équiva- 
lent à  1  fr.  75  d'aujourd'hui,  ses  trois  jours  de  corvée 
par  semaine  se  réduisent  à  environ  200  francs  pour  une 
terre  de  12  hectares;  et  si  l'on  ajoute  quelques  autres 
obligations  qu'il  a  encore,  on  calcule  que  le  fermage  de 

sa  tenure  lui  revient  par  hectare  a  2ll  Iran.-. 

«  Une  difficulté  surgit  de  ce  que  le  polyptyque,  au  lieu 
'd'indiquer  un  nombre  fixe  de  journées,  se  sert  souvent 
de  la  formule  «  autant  de  travaux  (pion  lui  en  ordonne  > , 
qtumtum  ei  injungitur*0.  Il  est  visible  que  cette  for- 
mule donnait  lieu  à  l'arbitraire.  Il  y  aurait  pourtant 
quelque  exagération  à  soutenir  que  cette  clause  fût  par- 
ticulièrement onéreuse  et  lyrannique.  Je  prends,  par 
exemple,  un  colon  nommé  Vultardus,  du  domaine  de 
Notent;  il  tient  11  bonniers  de  champs,  2  arpents  de 
vigne,  3  arpents  et  demi  de  pré.  Sa  redevance  fixe  con- 
siste Béatement  en  un  labour  de  !i  perches,  une  leaai- 

158;  UU.  1,39;  XV,  3;  XVIII,  3,  etc.;  Polyptyque  de  Saint- 
Maiir.  14,  16:  Polyptyque  de  Saint-Remi  de  Reims,  i,  2;  ix,  2; 
\\.  2,  xix,  2;  xx,  2,  etc.;  Cartuloir»  &e  Saint-X  ictor  de  Mar- 
seille, in-V,  Paris,  1857.  paaaim;  Ueyistre  de  Prum,  n.  25.  15. 

—  3  Polyptyque  ('>    Takhé  hnmion.  c.  vu,  7t.  —  *  Ibid.,  c.  vu, 
g,  —  *  polyptyque  de  Saint-Remi-  de    /.'         »,  C     Mil.  —  'Poly- 
ptyque de  l'abbé  Irminnn,  C.  I,  I  .  cf.  C.  Il,  (H,  62.  —  "  Ibid.,  C  II, 
38.  —  »  Polyptyque  de  Saint-R<u,i.  6.   XV,  27;  c.    xxn,  35 
46;   c.  xxvi,  2.    —  "  Polyptyque  de  l'ablie  Irminon,  c.  VII,    4. 

—  «>lbi(i.,  c.  m.  2;  c.  îv,  3;  C.  V,  8,  28,  59;  c.  vi.  3;  c.  vm,  :t; 
c  xiv,  3;  c.  xv.  :<;  c.  xvt,  3,  53  :  c  xvn.  :t;  e.  wiu.  S, 


1017 


AGRICOLES    (CLASSES' 


1018 


son  de  I  arpent,  la  fourniture  de  3  poulets,  de  lô  œufs 
et  de  100  petites  voliges;  mais  le  registre  ajoute  qu'il 
doit  «  corvées,  coupes  d'arbres,  charrois  et  mains-d'œu- 
«  vre  autant  qu'il  lui  est  prescrit  »  '.  La  même  clause  est 
dite  de  34  autres  colons  du  même  domaine  et  île  3  serfs; 
en  tout  38  tenanciers  qui  doivent  les  services  sur  la 
terre  du  propriétaire.  Mais  si  nous  observons  que,  dans 
ce  domaine  de  Nogent,  la  terre  du  propriétaire  ne 
contient  que  81  hectares,  nous  calculerons  aisément 
qu'il  n'y  a  pas  là  pour  chacun  des  38  tenanciers  plus 
de  douze  à  quatorze  jours  de  travail  par  an.  C'est  à  quoi 
se  réduit  cette  clause  si  menaçante  d'aspect,  de  corvées 
à  volonté. 

«  Quelquefois  nous  voyons  ces  travaux  rachetés,  et  ils 
le  sont  à  très  bas  prix.  Un  lite  a  racheté  toutes  ses 
mains-d'œuvre  pour  un  sou  chaque  année;  huit  esclaves 
ont  racheté  tous  leurs  charrois  pour  quatre  deniers 
chacun.  Beaucoup  ont  racheté  les  travaux  de  la  moisson, 
auguslaticum,  pour  un  ou  deux  deniers  2. 

«  Benjamin  Guérard,  un  des  grands  érudits  de  notre 
siècle,  a  fait  le  calcul  de  ce  que  payaient  tous  les  manses 
de  l'abbaye  de  Saint-Germain.  11  est  arrivé  à  cette  con- 
clusion que  le  manse  colonaire  avait  une  étendue 
moyenne  de  10  hectares  et  demi  et  payait  183  francs,  ce 
qui  mettait  le  prix  du  fermage  du  colon,  par  hectare, 
à  17  francs  de  notre  monnaie.  Le  manse  servile  avait  une 
étendue  moyenne  de  7  hectares  et  demi,  et  ses  redevan- 
ces et  ses  services  peuvent,  être  évalués  à  162  francs: 
cela  mettait  le  prix  de  fermage  du  serf,  par  hectare,  à 
environ  22  francs  d'aujourd'hui 3. 

«  On  voittoutdesuitp  que  le  fermier  d'aujourd'hui  pave 
un  prix  beaucoup  plus  élevé  que  le  tenancierdu  vme  siècle. 
Mais  il  ne  faut  faire  aucun  rapprochement  entre  les  deux 
situations.  La  grande  différence  est  que  le  fermage  de  ce 
tenancier,  que  nous  avons  évalué  en  argent,  se  payait 
surtout  en  services.  Celte  manière  de  s'acquitter  peut 
être  plus  commode  pour  le  paysan,  qui  aime  mieux  prêter 
ses  bras  qu'ouvrir  sa  bourse;  mais  elle  a  de  bien  graves 
conséquences,  car  elle  implique  forcément  l'obéissance 
au  propriétaire.  Cela  saute  aux  yeux  dans  les  nombreux 
articles  où  il  est  dit  que  le  paysan  devra  autant  de  jour- 
nées qu'on  lui  en  commandera.  Cela  n'est  pas  moins 
visible  dans  les  autres  articles.  Si  le  colon  doit  la  façon 
de  trois  arpents  de  vigne,  il  appartient  au  propriétaire 
ou  à  son  agent  d'indiquer  la  vigne  à  faire.  S'il  doit 
deux  jours  par  semaine,  c'est  le  propriétaire  ou  son 
agent  qui  fixe  les  jours;  et  pour  chaque  service  il  y  a 
une  surveillance  et  un  contrôle.  La  volonté  du  maître 
apparaît  ainsi  à  tout  moment.  Il  faut  toujours  obéir  et 

*  Polypt.  d'irminon,  c.  VIII,  3.  «  De  même  dans  la  villa  Busi- 
niaca  du  Polyptyque  de  Stiint-Amand,  nous  voyons  que  les  te- 
nanciers, qui  sont  au  nombre  de  19,  doivent  trois  journées  de  tra- 
vail par  semaine,  ce  qui,  pris  à  la  lettre,  ferait  un  total  de  2 280  jour- 
nées; or  le  dominicttm  ne  contient  que  16  bonnicrs  de  terre 
arable,  dont  um  tiers  reste  en  friche.  La  culture  de  11  bannière  ou 
14  hectares  n'exigea  jamais  2280  journées.  Ce  chiffre  est  donc 
fictif.  Il  signifie  que  le  propriétaire  est  en  droit  d'exiger  3  jours; 
il  ne  signifie  pas  que  les  3  jours  soient  réellement  imposés  au 
tenancier.  »  —  *  Polyptyque  de  l'abbé  Irmitwn,  c.  IX,  6, 
234,  236,206;  c.  XII,  2.  —  -'B.  Guérard,  Prolégomènes  au  Poly- 
ptyque de  l'ahhé  Irminon,  p.  8'J3,  897.  «  On  ne  peut  pas  évaluer 
de  même  les  redevances  du  Polyptyque  de  Saint-Itemi,  parce 
que  l'étendue  des  manses  n'est  pas  indiquée,  mais  l'impression 
générale  est  que  ces  redevances  ne  sont  pas  tort  élevées.  Par 
exemple,  le  colon  Teudonus  est  soumis  à  des  redevances  et  à 
des  services  qui,  convertis  en  monnaie  actuelle,  ne  feraient  pas 
plus  de  220  francs  pour  tout  son  manse.  »  C.  xvm,  2;  cf.  c.  H,  2; 
c.  vi,  2;  c.  ix,  2,  etc.  —  *Fustel  de  Coulanges,  Hist.  des  instit. 
polit,  de  l'une.  France,  t.  iv,  p.  418  sq.  —  B  Ulpien,  au  Digeste, 
1.  L,  tit.  xv,  4,  |  5  :  In  servis  deferendis  observandum  est,  ut 
et  nationes  eorum  et  xtates  et  officia  et  artifteia  specialiter 
deferaiHur.  Voyez  d'ailleurs  loc.  cit.,  §  1-10,  pour  la  manière 
de  rédiger  les  livres  de  cadastre,  et  Code  Théodosien,  l.  IX, 
tit.  xui,  7,  loi  de  369  sur  la  manière  de  procéder  a  l'inventaire 
des   biens   des   proscrits.    —   "Lactance,  De   morlib.  persec, 


recevoir  des  ordres.  De  sorte  que  la  redevance,  qui  n'est 
au  fond  que  le  prix  très  modéré  de  la  jouissance  d'une 
tenure,  prend  presque  toujours  l'aspect  d'une  servitude. 
La  caractéristique  du  moyen  âge,  en  ce  qui  concerne  les 
classes  inférieures,  ce  n'est  pas  l'oppression,  mais  c'est 
la  sujétion  '*.  » 

XX.  Le  polyptyque  de  l'abbé  Irminon.  —  Nous 
avons  mis  souvent  à  profit  au  cours  de  c  tte  disserta- 
tion un  document  célèbre  connu  sous  le  nom  de  Poly- 
ptyque de  l'abbé  Irminon.  Il  y  a  lieu  d'entrer  à  son  sujet 
dans  quelque  détail.  Les  polyptyques  ont  été  les  registres 
du  cens  sur  lesquels  se  trouvaient  les  noms  des  citoyens, 
l'état  de  leurs  biens  et  le  nombre  de  leurs  esclaves.  Dès 
l'époque  romaine5  on  y  apportait  une  remarquable  exac- 
titude :  Agri  glebatim  ntetiebantur,  viles  et  arbores 
nunxerabanlur ;  anirnalia  uninis  generis  scribebaitlur, 
honnnum  capila  nulabantur,  in  civitatibus  urbanse  ac 
rusticœ  plèbes  adunatse,  fora  omnia  gregibus  familia- 
rum  referla,  unusquisque  cum  liberis,  cum  servis  ade- 
rant;  tormenta  ac  verbera  personabunt 6.  Ces  registres 
avaient  une  valeur  officielle,  ils  servaient  à  établir  l'as- 
siette de  l'impôt7  et  la  répartition  des  charges  publiques s. 
«  Ils  continuèrent  d'exister  et  furent  à  peu  près  consa- 
crés aux  mêmes  usages  en  Espagne  sous  les  Visigoths  ,J, 
en  Italie  sous  les  Ostrogoths  et  sous  les  Lombards  l0,  et 
en  France  sous  la  première  race  de  nos  rois  ".  Mais  le 
système  des  impositions  romaines  ayant  été  bientôt 
alioli  complètement,  ils  ne  furent  plus  employés  qu'à 
décrire  les  domaines  des  rois,  des  églises,  des  monas- 
tères, des  grands  seigneurs  ou  même  des  riches  particu- 
liers. Au  lieu  de  contenir  les  noms  des  citoyens,  ils  ne 
continrent  souvent  que  ceux  des  gens  de  condition 
plus  ou  moins  servile,  soumis  à  des  redevances  et  à  des 
services  de  corps12;  ou  ceux  d'hommes  libres  chargés 
de  cens11.  Les  livres  de  cette  espèce  ont  été,  du  moins 
en  partie,  les  registres  de  l'état  civil  des  colons  et  des 
serfs  jusqu'à  la  lin  de  la  dynastie  carolingienne.  Ils 
constituaient  en  outre  des  titres  de  propriété14.  »  Les 
polyptyques  n'ont  pas  tous  disparu  et  leur  nombre 
a  du  être  assez  grand  puisque  la  rédaction  en  avait 
été  prescrite  par  les  lois,  et  il  n'y  a  pas  de  raison 
de  penser  qu'on  leur  ait  généralement  désobéi  sur  ce 
point.  Pépin  et  Charlemagne  ne  se  contentèrent  pas 
d'ordres  généraux,  ils  imposèrent  à  des  églises  et  à  des 
monastères  déterminés  la  composition  de  leurs  poly- 
ptyques. Ces  inventaires  furent  fréquents  à  l'époque  caro- 
lingienne, nous  savons  qu'il  a  existé  des  polyptyques 
des  abbayes  de  Saint- Vandrille13,  de  Saint-Riquier 1C, 
de  Lobbes17;    également    ceux  des  abbayes   de   Saint- 

c.  xxiii,  P.  L..  t.  vu,  col.  231.  —  7  Code  Théodosien,  1.  XL 
tit.  m,  5;  1.  XIII,  tit.  X,  8;  tit.  XI,  4,  10,  12.  —  8  Code  Théo- 
dosien, 1.  XI.  tit.  xvi,  4;  Digeste,  1.  L,  tit.  iv.  —  "Lex  Wisigo- 
thorum,  1.  XII,  c.  u,  n.  13.  —  10Cassiodore,  Variarurn,  1.  V, 
epist.  xiv.  xxxix;  I.  VII,  epist.  xi.v,  P.  L.,  t.  lxix,  col  654, 
671,  730;  G.  Marini,  /  papiri  diplomatici,  in-fol.,  Roma,  1805, 
p.  130,  178;  S.  Grégoire  I",  Epist.,  1.  IX,  epist.  xl;  1.  XIV. 
epist.  xiv,  P.  L.,  t.  lxxvii,  col.  974,  1318.  —  "Grégoire  de  Tour-, 
Hist.  Francorum,  1.  IX,  c.  xxx,  P.  L.,  t.  LXXI,  col.  507;  Mira- 
cula  s.  Austreyisili,  episc.  Bituricensis,  n.  1-3,  dans  Bouquet, 
Recueil  des  hist.  des  Gaules,  in-fol.,  Paris,  1738,  t.  ni,  483,  481. 
—  **-  Baluze,  Capitularia  regum  Francorum,  in-fol.,  Parisiis, 
1780,  t.  Il,  col.  188.  Edict.  Pist.  (an.  864)  :  Ut  MU  colora,  tain 
fiscales  quarn  et  ecclesiastici,  qui,  sicut  in  polypticis  nontine- 
tur,  et  ipsi  non  deneyant,  carropera  et  manopera,  exantiqxn 
consuetudine,  debent,  eto.  —  ,3Marculfe,  Formulie,  I.  I,  c.  xix, 
P.  L.,  t.  lxxxvii,  col.  712  :  Prœcipientes  ergo  jubemus,  ut,  si 
memoratus  ille  de  caput  situm  bene  inyenuus  esse  videtur,  et 
in  poleptico  publico  censitusnon  est,  licentiam  habeat  comarft 
capitis  sut  tonsorare.  —  "B.  Guérard,  Polyptyque  de  l'abbé 
Irminon,  in-4°,  Paris,  1844,  t.  i,  p.  48.  —  '■  Chronicon  Fonta- 
nellense,  c.  xv,  dans  d'Achéry,  Spicilegium,  in-fol.,  Parisiis, 
1723,  t.  il,  p.  277.  —  ">  Hariulf,  Chronicon  Centulense,  III,  S, 
P.  L.,  t.  clxxiv,  col.  1257  sq.  —  "Chronicon  Lobiense,  année 
SG8,  dans  Martène,  Thésaurus  anecdot.,  in-fol.,  Parisiis,  1717, 
t.  in.  c. il.  l';.'i. 


1019 


AGRICOLES    (CLASSES) 


1020 


Pierre,  de  Saint-.Tean,  de  Soint-Remi,  au  diocèse  de 
Sens1;  de  Sainte-Glossine  de  Metz2;  de  Saint-Martin 
de  Tours  3.  Les  Églises  du  Mans  4,  de  Verberie  5,  de 
Notre-Dame  de  Verdun*  ont  eu  également  leurs  poly- 
ptyques. Parmi  les  fragments  conservés,  nous  citerons  un 
papyrus  publié  par  Marini1  concernant  des  possessions 
dans  le  territoire  de  Padoue  et  ses  environs;  le  poly- 
ptyque de  Saint- Vandrille  8,  rédigé  en  l'année  727;  celui 
d'Altaha9,  rédigé  en  800;  relui  de  Saint-Riquier, 'rédigé 
en  831;  celui  de  l'abbaye  de  Saint-Vincent  du  Mans10, 
rédigé  vers  l'an  840;  le  breviarium  de  l'abbaye  de  Saint- 
Bertin1',  composé  vers  850;  le  polyptyque  de  Saint- 
Remi  de  Reims12;  celui  de  l'abbaye  de  Sainl-Amand13, 
celui  de  l'abbaye  de  Saint-Maur  u,  celui  de  l'abbaye  de 
Prum15  qui  parait  avoir  été  rédigé  au  IXe  ou  au  Xe  siècle. 
Nous  ne  prolongerons  pas  cette  énumération  qui  est 
loin  d'être  épuisée,  mais  dont  les  documents  n'appar- 
tiennent plus  à  l'époque  que  nous  éludions.  On  peut 
rapprocher  des  polyptyques  quelques  chartes  anciennes 
qui  renferment  des  descriptions  de  biens;  ce  sont  un 
diplôme  attribué  au  roi  Clovis  Ier,  contenant  le  dénom- 
brement des  revenus  du  duc  Razolus16,  une  charte 
de  765  faite  par  l'évêque  de  Metz,  Chrodegang,  en 
faveur  de  l'abbaye  de  Gorze  17  ;  un  acte  de  855  contenant 
description  des  biens  entrés  dans  une  donation  faite  à 
l'abbaye  de  Werden18,  plusieurs  autres  de  date  plus 
récente.  A  la  limite  chronologique  de  nos  recherches 
nous  rencontrons  le  plus  étendu  sans  contredit  et  le 
plus  ancien  des  polyptyques  existants19;  c'est  celui  que 
l'abbé  de  Saint-Germain-des-Prés,  Irminon,  fit  rédiger 
au  début  du  ix8  siècle,  des  domaines  possédés  par  son 
monastère,  de  leur  étendue,  des  individus  qui  y  étaient 
attachés  et  du  rendement  qu'en  tirait  l'administration 
sous  le  règne  de  Charlemagne  et  de  son  successeur'-'". 
c  II  constate  les  noms  et  l'étendue  des  domaines,  la 
contenance  et  la  nature  des  différents  fonds  qui  les 
composent,  et,  en  général,  la  culture,  les  produits,  la 
condition  et  l'administration  des  terres.  Il  nous  révèle 
le  sort  des  colons  et  des  serfs,  en  nous  introduisant 
dans  leurs  cabanes,  ou  en  nous  transportant  au  milieu 
d'eux  dans  leurs  travaux  des  champs.  Il  nous  dit  com- 
bien de  personnes  composent  une  famille,  comment 
elles  se  nomment,  à  quelle  classe  elles  appartiennent; 
il  nous  informe  des  tenures  qu'elles  occupent;  de-, 
redevances  et  des  services  qui  sont  à  leur  charge;  et 
nous  met  en  état  d'apprécier  l'aisance  de  chaque  ménage, 
la  fortune  et  le  sort  de  chaque  individu.  D'un  autre 
côté,  les  mesures  agraires  et  celles  de  capacité  sont  don- 
nées; le  prix  de  l'argent  et  celui  des  choses  nécessaires 
à  la  vie  sont  évalués;  la  topographie  ancienne  de  plu- 

1  Bouquet,  Recueil  des  historiens  îles  Gaules,  in-fol.,  Paris, 
1738,  t.  vin,  p.  488.  —  *  Historia  translationis  sanctse  Glodes- 
eindse,  n.  xxxv,  dans  Acta  sanct.,  jul.  t.  VI,  p.  216.  —  *Nou- 
veau  traité  de  diplomatique,  in-4",  Paris,  1750,  t.  I,  p.  428.  — 
4 Pollegitica ,  dans  Actus  pontifiait»  Cenontanensium,  c.  XII, 
édit.  Mabillon,  Vêlera  analeeta,  in-fol.,  Parisiis,  172;i,  p.  264, 
col.  2;  Bouquet,  op.  cit.,  t.  VI,  p.  585.  —  B  Diplôme  de  Charles 
le  Simple,  du  25  avril  921,  cité  par  H.  Guérard,  op.  cit.,  p.  21. 
note  6  —  6  Boussel,  Hist.  ecclés.  et  civile  de  Verdun,  in-8*,  Ver- 
dun, preuve  II,  p.  2.  —  'Marini,  /  papiri  diplomatici,  in-fol.. 
Roma,  1805,  p.  203,  204.  Cf.  B.  Guérard,  op.  cit.,  t.  H,  p.  921, 
•  Guérard,  op.  cit.,  t.  H,  p.  922.  —  »  Breviarius  Urolfi,  abbalis 
de  cœnobio  Allaha,  dans  Monumcnta  Boica,  in-'i",  Monachii. 
1763  su-,  t.  XI,  p.  14-16.  Cette  abbaye  porta  dans  la  suite  le  nom 
de  Nidiralleich,  district  de  Straubing,  à  l'est  de  Ratisbonne.  — 
'"Gesta  Ahlrici  Cenoman.  episc,  c.  lv,  dans  Baluze,  Miscella- 
nea,  in-4\  Lucrc,  1761,  t.  MI,  p.  144.  Sur  les  Actes  des  Évoques  du 
Mans,  voir  .1.  Havct  dans  la  Biblioth.  de  l'École  des  chartes,  1893- 
1894,1.  i.iv,  p. 645-692;  t.  LV,  p.  5-60.  —  "Guérard,  op.  cit.,  t.  m, 
p.  396-406.  —  "lbid.,  t.  III,  288-292;  cf.  t.  II,  p.  923  sq.  —  •«  Ibid.. 
t.  Il,  p.  925.  U  ne  reste  de  ce  polyptyque  qu'un  seul  feuillet.  — 
••Imprima  en  entier  dans  B.  Guérard,  op.  cit  ,  t.  I,  p.  283-288. 
Il  se  trouve  également,  sous  le  titre -de  Polyptychus  Fossaten- 
sis,  dans  Baluze,  Capitula  regum  Francorwn,  in-fol.,  Parisiis, 
1780,      II,   col.  1387-1391.  Ce  polyptyque  parait  avoir  été  rédigé 


sieurs  pays  de  la  France  est  éclaircie  ;  enfin  les  rensei- 
gnements qui  sont  mis  à  notre  disposition,  combinés 
avec  ceux  qui  se  rapportent  à  notre  état  actuel,  peuvent 
fournir  les  bases  de  la  statislique  comparée  d'un  même 
pays,  à  plus  de  mille  ans  d'intervalle  et  à  deux  époques 
opposées  de  barbarie  et  de  civilisation21.  »  L'interpola- 
teur  des  Annales  d'Hincmar,  le  seul  parmi  les  anciens 
auteurs  qui  ait  signalé  l'existence  du  polyptyque,  parait 
admirer  ce  vaste  et  méthodique  travail  :  «  Le  sage  abbé 
Irminon,  dit-il,  a  renfermé  dans  un  seul  écrit  l'État  des 
revenus  de  toutes  les  terres  de  Saint-Germain,  jusqu'à 
un  œuf  et  un  poulet,  jusqu'à  un  bardeau,  et  il  a  réglé  ia 
part  que  les  moines  auraient  pour  leur  propre  usage  et 
celle  que  l'abbé  devait  se  réserver  en  propre  ou  pour 
l'armée  du  roi  22.  »  Le  polyptyque  parait  avoir  été  rédigé 
entre  les  années  806  et  814.  Sans  doute  les  historiens 
doivent  une  vive  reconnaissance  aux  hommes  laborieux 
qui  ont  compilé  les  mille  détails  dont  se  compose  ce 
recueil,  mais  c'est  avant  tout  au  génie  eiract  de  Charle- 
magne que  nous  devins  les  instructions  qui  aboutirent 
à  la  rédaction  des  polyptyques.  Un  modèle  avait  été 
composé  ou  adopté  par  lui  pour  la  description  uniforme 
de  ses  fiscs  et  des  fiscs  ecclésiastiques23.  On  devait, 
dans  chaque  terre,  décrire:  1°  l'église  qui  en  dépendait, 
les  vases,  les  ornements  sacrés,  les  livres  liturgiques; 
2°  les  bâtiments,  les  artisans,  les  terres,  les  plantes,  les 
meubles,  le  linge,  les  instruments,  les  provisions  et  les 
animaux  de  la  villa;  3°  les  terres  de  colons  et  des  serfs, 
avec  les  redevances  et  les  services  qui  leur  étaient  im- 
posés; 4°  les  précaires  et  les  autres  espèces  de  proprié- 
tés; 5°  les  bénéfices.  Ce  qui  donne  à  ces  inventaires  une 
valeur  bien  dillérente  de  celle  qu'ils  pourraient  avoir  à 
litre  de  documents  domestiques,  c'est  que,  dressés  solen- 
nellement et  contradictoiri  ment  par  les  parties  intéres- 
sées, ils  étaient  obligatoires  pour  toutes  et  pouvait  faire  foi 
enjustice.  La  rédaction  d'un  polyptyque  représente  une 
série  de  procès-verbaux  rédigés  par  des  commissaires 
enquêteurs  opérant  surplace,  interrogeant  les  paysans, 
écrivant  leurs  déclarations  dont  la  vérité  était  attestée  par 
le  serment  des  tenanciers  les  plus  anciens  et  les  plus 
considérés.  Une  fois  réunis,  tous  ces  procès-verbaux, 
brrris  comme  on  les  appelait,  étaient  transcrits  dans  un 
registre  qui  prenait  le  nom  de  polyptyque.  Le  procédé 
ne  diffère  pas  de  celui  en  usage  chez  les  Romains  pour 
l'établissement  du  cens,  ce  que  le  Digeste  nomme  pro- 
fessiones  censuales  2*.  On  voit  que  c'est  ici  les  campa- 
gnards eux-mêmes  qui  nous  renseigneront.  Il  est  inté- 
ressant de  lire  dans  le  polyptyque  des  formules  telles 
que  celles-ci.  A  la  lin  du  dénombrement  du  domaine 
de  Viilemeux,  on  lit  :  lsti  jurati  dwwuni25,  suivent 

au  X'  siècle.  —  "L'original  est  perdu,  le  texte  subsiste  dans  une 
copie  de  Céaaira  d'Heisterbach.  Cf.  Leibnitz,  Collectanea  etymo- 
logica  iltustrationi  linguarum  veteris  Celtiar,  GermaniCSB, 
Gallicx,  aliarttmque  inservientia,  in-18,  Virceburgii,  1717, 
part.  If,  p.  409  sq.  ;  J.  N.  de  Hontlieim,  Hist.  Trevirensiê,  3  vol., 
Weithem,  1750,  t.  I,  p.  661  sq.  —  '"Ce  diplôme,  fait  observer  Gué- 
rard, op.  cit.,  t.  i,  p.  24,  est  faux,  mais  ancien.  —  "  D.  Calmet, 
Histoire  de  Lorraine,  in-fol.,  Nancy,  1728,  t.  I,  col.  281-283.  — 
"Venantius  Kindlinger,  Miinsterische  Beitriige,  t.  il,  p.  19-25. 
Cf.  B.  Guérard,  op.  cit.,  t.  I,  p.  24.  —  "Le  Dotncs-day-llouk  e-t 
postérieur  de  trois  siècles  au  polyptyque  d'Irminon.  —  "Le  poly- 
ptyque peut  être  considéré  comme  le  témoin  d'un  état  bien 
plus  ancien.  Car  il  relaie  souvent  des  situations  particulières 
dont  le  point  de  départ  date  d'un  testament,  parfois  peut-être 
dune  donation  du  vr  ou  du  VII*  siècle.  —  "B.  Guérard, 
Polyptyque  d'Irminon.  t.  i.  p.  25  sq.  —  "Ibid.,  p.  26.  La  con- 
tribution pour  l'armée  du  roi  est  désignée  dans  chaque  cha- 
pitre sous  le  nom  de  ad  hostem  ou  de  hostilio.  B.  Guérard  croit 
que  le  partage  des  revenus  entre  l'abbé  et  les  moines  ne  date 
que  du  successeur  d'Irminon,  Hilduin. —  "  J.  G.  Eckhard,  Com- 
ment, de  rébus  Franc,  orient.,  in-fol.,  Wirceburgi,  1T'J7,  t.  n, 
p.  902.  910;  B.  Guérard,  op.  cit.,  t.  n,  p.  296-304  :  Spetftnen 
breviari  rervm  flacalium  Caroli  magni.  —  ** Digeste,  I.  IV, 
tit.  xviii,  16.  —  "B.  Guérard,  op.  cit.,  c.  ix,  n.  294,  295,  l  ii, 
p.  Il  ; 


1021 


AGRICOLES    (CLASSES) 


10'22 


43  noms;  à  la  fin  de  celui  de  Koissy  en  Drouais  :  Isti  sunt 
qui  juraverunt1,  suivent  40  noms;  à  la  fin  de  celui  de 
Thiais  :  Isti  juraverunt  -,  suivent  13  noms  ;  à  la  fin  de 
celui  de  Chavannes  :  Isii  dixerunt  jurati*,  suivent 
11  noms;  à  la  fin  dp  celui  de  Cerçay,  Isti  juraverunt 
ornnia  ita  vera  esse*,  suivent  4  noms;  tons  ces  signa- 
taires sont  de  conditions  inférieures,  colons,  lides  ou 
serfs.  Le  texte  d'un  jugement  rendu  par  l'épin,  roi 
d'Aquitaine,  le  mardi  9  juin  828,  nous  apprend  que  l'on 
n'avait  pas  procédé  autrement  pour  la  description  de  la 
terre  d'Antoigné,  près  Chàtellerault,  en  801,  sous  l'abbé 
Alcuin  :  sub  tempus  Alcuino  abbale,  ipsi  colora  et  ipsa 
villa  qui  ad  pressente  adslabat,  unacuni  eorum  parcs 
cuni  juramento  diclaverunt,  quid  per  singula  niansa 
ex  ipsacurte  desolvere  debebanl*.  Cette  description  de 
la  terre  d'Antoigné  fait  foi  pour  décider  sur  le  différend 
entre  l'abbé  de  Cormeri  et  ses  colons;  de  même  un 
diplôme  de  Louis  le  Débonnaire,  daté  de  l'an  832,  renvoie 
les  parties  aux  polyptyques  de  l'Église  du  Mans6.  Les 
polyptyques,  une  fois  rédigés,  étaient  tenus  au  courant 
des  mutations  de  propriété  ou  des  cbangements  dans 
les  charges  imposées  à  la  terre,  ainsi  qu'on  peut  s'en 
rendre  compte  par  les  suppressions  et  les  surcharges, 
ainsi  que  par  les  passages  laissés  en  blanc  à  la  lin  des 
chapitres,  qui  se  remarquent  dans  le  polyptyque  d'irmi- 
non.  Ces  trop  succinctes  indications  permettent  de  si' 
faire  une  idée  de  l'importance  des  polyptyques  porr 
l'histoire  des  classes  agricoles,  malheureusement  on  n 
peut  songer  à  entreprendre  à  l'aide  de  ces  admirables 
documents  un  travail  d'ensemble  que  rendent  impossi- 
ble l'aspect  fragmentaire  de  cette  classe  de  documents 
et  les  lacunes  des  manuscrits. 

Nous  pouvons  essayer  d'obtenir  une  idée  un  peu  pré- 
cise de  l'état  des  classes  agricoles  en  recherchant  quels 
étaient  au  IXe  siècle,  en  Gaule,  la  densité  de  la  population 
rurale  et  le  nombre  moyen  des  enfants.  Se  basant  sur 
les  données  fournies  par  le  polyptyque  d'Irminon, 
M.  Levasseur  a  évalué  la  population  du  domaine  de 
i  210  kilomètres  carrés,  pour  lequel  le  polyptyque  nous 
donne  des  renseignements  précis.  Cette  population 
serait,  selon  lui,  de  18000  habitants  environ,  ce  qui 
fournit  une  densité  moyenne  de  8,  5  habitants  par  kilo- 
mètre carré,  chiffre  extrêmement  faible  si  on  le  compare 
à  celui  de  la  densité  actuelle,  qui  dépasse  72  habitants 
pour  un  espace  égal.  Les  forêts  occupant  91  pour  100  du 
domaine  et  se  trouvant  à  peu  près  inhabitées",  il  suit 
que  la  population  se  trouvait  ramenée  presque  entière 
sur  les  terres  cultivées,  et  elle  s'élevait  là  à  72  habitants 
par  kilomètre  carré.  Il  n'est  pas  possible  toutefois  de 
généraliser  ce  cas  très  restreint.  Les  possessions  de 
l'abbaye  de  Saint-Germain  ne  couvraient  guère  plus 
d'un  tiers  environ  d'un  de  nos  départements  actuels,  il 
serait  excessif  de  conclure  d'après  2  210  kilomètres 
carrés  à  une  superficie  de  528400  kilomètres  carrés;  en 
outre,  les  possessions  de  l'abbaye  étaient  presque  toutes 
situées  dans  la  Beauce  ou  vers  cette  région  qui,  comme 
on  le  sait,  a  encore  de  nos  jours  une  densité  de  popula- 
tion beaucoup  moindre  que  le  reste  de  la  Fiance.  L'ar- 
gument tiré  des  noms  de  lieux  habités  dont  la  propor- 

'  Polypt.  d'Irminon,  c.  xiu,  n.  lit,  t.  u,  p.  150.  —  *  Ibid., 
c  xiv,  n.  89,  t.  Il,  p.  163.  —  'Ibid..  c.  xxiu,  n.  28,  t.  il, 
p.  244.  —  'Ibid,  c.  Il,  n.  -12,  t.  il,  p.  281.  —  5 Placilum  de. 
colonis  villa;  Antoniaci,  dans  B.  Guérard,  op.  cit.,  t.  n, 
p.  345.  — "  Dipl.  Ludovici  PU,  ann.  832,  dans  D.  Bouquet, 
Recueil  des  hist.  des  Gaules,  in-fol  ,  Paris,  1738,  t.  VI,  p.  585. 
-1M.  d'Arbois  de  JubainviUe,  Comptes  rendus  de  l'Acad.  des 
iiiscripl.,  1&88,  p.  411,  fait  observer  que  «  la  grande  étendue  des 
buis,  relativement  aux  terres  cultivées,  n'implique  pas  nécessai- 
rement que  le  sol  ne  pût  nourrir  un  grand  nombre  d'habitants. 
Autrefois,  en  effet,  à  la  différence  de  ce  qui  se  fait  maintenant, 
■  m  pâturait  les  bois.  On  y  nourrissait  des  troupeaux  de  porcs  et 
même  des  troupeaux  de  bœufs.  Les  terres  boisées  n'étaient  donc 
pas  des  terres  improductives  pour  l'alimentation  des  habitants». 
Guérard,  Essai  sur  les  divisions  territoriales  de  la  Gaule,  in-8% 


tion  est  beaucoup  plus  élevée  pour  l'époque  qui  suit  la 
période  carolingienne  et  qui  semblerait  insinuer  que  les 
centres  de  population  se  sont  beaucoup  multipliés  à 
partir  de  cette  époque  n'a  pas  une  valeur  absolue,  car  les 
noms  de  lieu  de  création  moderne  allectent  généralement 
des  agglomérations  peu  importantes,  écarts,  hameaux, 
fermes  isolées,  qui  comptent  pour  peu  de  chose  dans 
l'ensemble  de  la  population 8.  En  outre,  ungrand  nombre 
de  localités  ont  changé  leur  nom,  d'autres  ne  peuvent 
laisser  étudier  leur  vocable  avant  la  période  féodale, 
c'est-à-dire  avant  1060.  Il  semble  qu'on  ne  saurait  tirer 
parti  de  cet  argument  qu'après  d'innombrables  recher- 
ches sur  la  toponymie  et  les  documents  anciens  qui  en 
fournissent  les  éléments,  recherches  qui  n'ont  pas 
été  faites.  Le  polyptyque  d'Irminon  ne  comprenait 
d'ailleurs  ni  la  population  urbaine,  ni  les  gens 
employés  dans  la  maison  principale  et  dans  ses  suc- 
cursales, ni  les  enfants  absents  du  foyer  paternel.  Il 
est  de  fait  que  le  document  invoqué  est  le  seul  qui 
puisse  l'être,  puisque  le  polyptyque  de  Marseille  ne  fait 
pas  connaître  l'étendue  des  domaines.  Il  faut  se  réduire 
dès  lors  à  tenter  la  statistique  sur  le  domaine  de  Saint- 
Germain,  sans  l'étendre  à  la  Gaule  entière,  et  ce  calcul 
trop  restreint  n'a  pas  la  portée  générale  que  seule  nous 
devrions  rechercher  dans  celte  étude. 

Un  autre  élément  d'appréciation  pourrait  nous  être 
fourni  par  le  nombre  moyen  des  enfants.  D'après  le 
polyptyque  d'Irminon,  le  nombre  des  enfants  vivants  ne 
dépasse  par  une  moyenne  de  deux  par  famille.  Ce 
chiffre,  qui  parait  très  bas,  se  trouve  confirmé  en  appa- 
rence par  le  polyptyque  de  Saint-Remi  de  Reims,  rédigé 
vers  850  et  qui  donne  une  moyenne  à  peine  plus  élevée 
que  celle  de  Saint-Germain,  tandis  que  le  polyptyque  de 
l'Eglise  de  Marseille  a  une  moyenne  bien  supérieure IJ. 
Voici  d'ailleurs  les  chiffres  : 

Saint-Germain-des-1'rés.    .     2,5      par  ménage. 
Saint-Remi  de  Reims.    .    .     2,698 
Marseille 3,801  - 

Or  il  faut  remarquer  que  le  polyptyque  d'Irminon  ne 
mentionne  pas  les  enfants  morts  en  bas  âge  et  ceux  qui, 
parvenus  à  l'âge  adulte,  sont  mariés  et  chefs  de  ménage. 
On  peut  citer  vingt-sept  passages  du  polyptyque  dans 
lesquels  les  enfants  d'un  tributaire  ne  sont  pas  dénom- 
brés parce  qu'ils  n'appartiennent  pas  à  l'abbaye.  Ceci 
nous  laisse  voir  qu'on  ne  peut  songer  à  établir  sur  le 
document  en  question  une  base  statislique  recevable,  «et 
il  y  a,  dans  le  passé,  et  surtout  dans  un  passé  aussi 
lointain,  bien  des  choses  que  l'historien  et  mémo  le  sta- 
tisticien sont  condamnés  à  toujours  ignort  r,  des  pro- 
blèmes qu'ils  doivent  se  résigner  à  nejamais  résoudre  10.  » 

Un  des  moyens  les  plus  sûrs  d'apprécier  le  bien-être 
ou  les  privations  d'une  société  c'est  desavoir  exactement 
les  prix  des  objets  indispensables  à  la  vie  quotidienne; 
mais  il  n'est  pas  aisé  d'y  parvenir  lorsqu'une  longue 
suite  de  siècles  et  des  révolutions  sont  venues  effacer  les 
traces  d'un  passé  que  les  contemporains  songent  neu 
généralement  à  noter  au  fur  et  à  mesure  des  fluctua- 
tions journalières  de  tant  de  milliers  de  circonstances  et 

Paris,  1831,  p.  183-185,  a  constaté  que  dans  le  i  finage  de  Palai- 
seau  »  (1004  hectares)  la  suri.-  ri'  boisée  était  beaucoup  moindre 
qu'elle  ne  l'est  aujourd'hui,  suit  32  hect.  45  au  lieu  de  94  hect. 
54  ares.  Et  pour  ce  même  «  finage  »,  il  constatait  la  présence 
d'un  habitant  par  65  ares  au  lieu  d'un  habitant  par  67  ares  comme 
de  nos  jours.  Ibid.,  p.  185-186.  —  s  Comptes  rendus  de  l'Acad. 
des  inscript.,  1888,  p.  403,  406,  409.  —  "Cela  tient  à  ce  que  le  ré- 
dacteur a  compris  tous  les  enfants,  morne  ceux  qui  étaient  absents 
du  foyer  paternel.  Cf.  B.  Guérard,  Cartulaire  de  Saint-Victor, 
in-4%  Paris,  1855,  p.  637,  642,  6V7.  —  <°  Observations  de  M.  De- 
loche  sur  la  communication  de  M.  Levasseur,  relative  à  la 
densité  de  la  population  et  au  nombre  moyen  des  enfants 
dans  la  Gaule  au  ix'  siècle,  d'après  le  polyptyque  de  l'abbé 
Irminon,  dans  les  Comptes  rendus  de  l'Acad.  des  inscr.,  1888, 
p.  429-4't'i. 


1023 


AGRICOLES   (CLASSES) 


1024 


de  faits  sur  lesquels  nous  devons  baser  noire  calcul.  Kn 
des  temps  aussi  troublés  que  ceux  que  traversa  la  Gaule 
depuis  rétablissement  des  barbares  sur  son  sol  jusqu'au 
IXe  siècle,  parmi  tant  d'enclaves  territoriales  soumises  à 
des  régimes  politiques  distincts  et  à  des  conditions  éco- 
nomiques diverses  et  parfois  opposées,  il  faut  se  garder 
de  l'espoir  île  rencontrer  l'ordre  et  la  régularité.  Dans 
les  temps  troublés  et  dans  le  gouvernement  de  princes 
d'une  probité  rudimentaire.  le  système  monétaire  cons- 
titue une  tentation  bien  puissante  et  sans  cesse  pré- 
sente à  des  agissements  qui  n'apportent  qu'un  secours 
momentané  suivi  d'un  trouble  protond  et  durable.  L'al- 
tération des  monnaies  fut  pratiquée  sous  les  deux  pre- 
mières races  et  cette  circonstance  ajoute  encore  aux 
difficultés  que  nous  éprouvons  à  ressaisir  les  conditions 
de  vie  de  la  classe  agricole. 

Sous  les  deux  premières  races  et  jusqu'au  début  du 
IXe  siècle,  les  conditions  économiques  n'ont  subi  que  peu 
de  variations  par  le  fait  du  numéraire:  au  contraire, 
avec  le  ixe  siècle  commence  un  régime  bien  dilférent 
qui  se  traduit  dans  les  faits  par  la  dépréciation  des 
métaux  précieux.  C'est  que,  au  rapport  d'Éginhard,  les 
Francs  avaient  rapporté  de  leurs  guerres  contre  les 
Huns  et  les  Avares,  terminées  en  799,  une  telle  quantité 
d'or  et  d'argent,  que  de  pauvres  qu'ils  étaient  ils  se 
trouvèrent  riches»  Celte  surabondance  du  numéraire 
occasionna  dans  l'empire  un  renchérissement  subit  des 
denrées;  nous  savons  que  le  denier  en  80b'  ne  valait 
plus  que  deux  tiers  de  sa  valeur  de  79i,  c'est-à-dire 
2  fr.  35  au  lieu  de  3  fr.  52.  Ces  brusques  variations  du 
numéraire  ne  sont  pas  sans  avoir  des  conséquences 
souvent  désastreuses  pour  la  classe  agricole,  avec  ses 
engagements,  ses  rendements  à  longue  échéance  el  à  long 
terme.  On  se  fera  une  idée  assez  exacte  et  étendue  de 
sa  condition  économique  d'après  les  prix  des  objets 
réduits  en  prix  actuels  : 

/.  TEMPS  ANTÉRIEURS  .1  VAS  755.  —  La  loi  Salique 
fixe  à  2250  francs  le  prix  d'un  esclave  exerçant  l'office 
d'intendant,  d'écbanson,  de  maréchal  ou  de  sergent,  de 
même  pour  l'ouvrier  en  fer,  l'orfèvre,  le  charron,  le 
charpentier,  le  vigneron,  le  porcher;  de  même  encore 
pour  la  femme  esclave  ayant  nue  charge  dan-  la  terre 
ou  la  maison  du  martre. 

La  loi  des  Kipuaires  lixe  les  prix  suivants  pour  des 
animaux  en  bon  état  et  aptes  au  travail  :  un  bœuf, 
180  francs;  une  vache,  90  francs;  un  cheval,  540  francs; 
unejument,  270  francs;  un  faucon  non  dressé,  270  francs; 
un  faucon  pour  chasser  la  gruse,  540 francs;  un  faucon 
dressé  qui  a  passe'  la  mue,  1080  francs. 

La  loi  des  Bourguignons  fixe  le  prix  du  serf  tantôt 
à  27001'rancs,  tantôt  à  2250  francs  seulement  ;  un  excel- 
lent cheval,  900  francs;  un  cheval  ordinaire,  5i0 francs; 
une  jument,  270  francs:  un  boeuf,  180  lianes;  une 
vache,  90  francs;  un  porc,  90  lianes;  une  brebis  ou 
une  ruche,  90  lianes;  une  chèvre.  30  francs. 

La  loi  des  Visigoths  estime  à  -.50  francs  l'opération 
de  la  cataracte,  lorsqu'elle  réussit.  Le  médecin  ne  peut 
exiger  de  Son  élève,  pour  prix  de  ses  leçons,  plus  de 
1  080  francs.  Le  salaire  d'un  mei  cenaire  est  de  270  liane-  ; 

la  pension  annuelle  d'un  entant  au-dessou9  de   10  ans, 
90  francs. 

La  loi  des  Alamans  lixe  les  prix  suivants  :  pour  un 
cheval  étalon  et  pour  un  cheval  marach,  1080  lianes: 
pour  un  cheval  ordinaire,  540  francs;  pour  une  jument, 
270  francs;  pour  une  jument  chef  de  troupeau, 
1080  francs;  pour  une  jument  qui  nourrit,  5'i0  lianes; 
pour  une  pouliche,  270  Iraacs;  pour  un  taureau, 
270  francs;  pour  une  vache  de  première  qualité, 
120  francs;  pour  une  vache  de  seconde  qualité,  90  francs; 
pour  un  bœuf  de  première  qualité,  150  francs  ;  pour  un 
bœut  moyen,  120  francs;  pour  un  chien  chef  de  meute 
la  composition'  sera  de  540  francs;  celle  d'un  chien 
courant,   270  francs;  celle  d'un    limier,  1080    lrancs; 


celle  d'un  bon  chien  de  porcher,  270  francs;  de  même 
celle  d'un  lévrier  ou  d'un  chien  de  berger;  enfin  celle 
d'un  chien  de  basse-cour  sera  de  90  francs.  Ces  prix 
sont  d'autant  plus  curieux  qu'on  peut  les  comparer  au 
prix  d'un  esclave  qui,  au  temps  de  Grégoire  de  Tours,  -t 
de  1080  francs,  le  prix  d'un  étalon;  à  la  même  époque 
un  ecclésiastique  mis  en  vente  est  acheté  1800  francs 
par  l'évêque  Etherius.  Deux  siècles  plus  tard  les  prix 
n'ont  guère  changé:  en  725,  un  esclave  mâle  se  vend 
1080  francs;  en  735,  une  femme  esclave  trouve  acqué- 
reur à  210  francs;  en  750  environ,  le  comte  Bosoa 
achète  sainl  Serein  pour  450  francs  seulement2.  En  585, 
pendant  une  famine,  le  modius  de  blé  ou  le  deini- 
niodius  de  vin  se  vendent  30  francs. 

Nous  avons  dit  déjà  que  le  polyptyque  d'Irminon  r.  | 
sentait  un  état  territorial  antérieur  au  IXe  siècle;  en  ce 
qui  concerne  l'état  économique,  il  ne  parait  pas  que  l'ab- 
baye de  Saint-Germain-des-Prés  eût  une  mesure  difléi 
decelle  du  reste  de  la  Gaule.  D'après  ce  que  nous  appren- 
nent les  documents,  nous  avons  conclu  que  la  populati  i 
agricole  des  domaines  ruraux  ecclésiastiques  et  monas- 
tiques est  en  général  favorisée  de  conditions  assez  avan- 
tageuses; le  bien-être  doit  se  trouver  d'autant  plus  sen- 
sible que  les  prix  étant  ceux  du  reste  du  pays,  les  tenures 
colonaires  et  ser  viles  se  trouvent  n'avoir  à  luire  face  qu'à 
des  exigences  moindres  avec  des  ressources  égales  à 
celles  des  colons  et  affranchis  des  domaines  privés. 

II.  PRIX    W7    POLYPTYQUE    t>E   L'ABBÉ   ir,MI.\ù:..  —    l'n 
bœuf  vaut  10  sons  on  280  francs,  mais  ce  prix  n'est  p  s 
invariable  :  nous  voyons  estimer  3  bœufs  1/2,  24  sous:  i  t 
i  bœufs,  30  bous.  Le  prix  moyen  du  bœuf  est  environ 
8  sous,  soit  227  francs,  el  ce  prix  n'est  pas  très  diflérei  t 
de  ceux    qui    sont    courants   aujourd'hui.    Le    prix   du 
mouton   est  de   28  francs,  Sauf  certains  cas   où  noi 
voyons    déprécier  jusqu'à  9  fr.  W,  mais  Guérard   peu-.' 
qu'il  s'agit  alors  d'un  jeune  bélier,    learUi,  c'est-a- 
l'agneau  devenu  adulte  et  non  coupé.  L'évaluation 
porcs  varie  entre  9  fr.  40  el  18  fr.  80;  on  en  trouve  menu  . 
sous  le  nom  de  soalcs,  à  28  francs. 

La  façon   dune  pièce  de  serge,  sarciUs,  est  estimée 
28  francs:   celle  d'une  pièce    de  toile  de   lin.  cam> 
mesurant  8  aunes,  est  de  9  ûr.  il». 

D'après  cela,  essayons  de    nous  faire  une  idée  des  po- 
pulations  rurales.  Au  point  où  nous  les  avons  lais-.    - 
-  ii-  la  domination  romaine  elles  n'avaient  que  peu  île 
chose  à    acquérir    pour   atteindre   cette   félicité  rel 
que  les   classes    moyennes   et    inférieures    peuvent 
naître  el  dont  elles  jouissent  périodiquement  au  i 
des    siècles.    Au    contraire,   l'introduction  des    peup    - 
d'outre-Rhin   sur  le   territoire  de   la  Gaule  amené  un 

ni   troulilc   et,  en  me  temps  que  la  disparition 

des  mœurs  raffinées  el  dissolues,  l'établissement  d'un 
régime  brutal  et,  somme  toute,  un  recul  de  la  civilisa- 
tion vers  la  barbarie.  Si  ou  compare  l'état  de  la  Gaule 
au  ni1'  siècle  et  an  vnr,  on  se  rend  compte  du  chemin 
parcouru.  A  une  unité  que  ne  corrotnpail  pas  un  exe  - 
de  centralisation,  a  fait  place  un  émiettement général  et 
la  confusion  universelle  qui  en  est  le  résultat.  L'œuvre 
de  Charleinagne  révèle,  par  les  efforts  qu'elle  exigea.  !  i 
grandeur  du  désordre;  son  peu  de  durée,  la  facilité 
avec  laquelle  elle  disparut  presque  sans  laisser  de  trac  s, 
démontrent  la  profondeur  de  ce  désordre.  C'est  que 
comme  d'autres  conquérants.  Cbarlemagne  lit  ses  I 
lions  pacifiques  avec  des  instruments  de  destruction 
que  son  génie  avait  fonde,  il  eut  fallu  son  génie  pour 
le  soutenir;  aussi  ses  institutions  n'expriment  qu'in- 
complètement la  situation  éconorhique  et  sociale  à  la- 
quelle elles  s'appliquent. 

A  côté  du  domaine  ecclésiastique  nous  avons  le  do- 

1  l.a  ci  imposition  ou  wergeld  est  l'indemnité  due  pour  un  tort 
entraînant  lu  mise  bon  d  usage.  —  «  D.  Bouquet,  Recueil  des  hisl. 
des  Ouults,  t.  v,  p.  482. 


1025 


AGRICOLES    (CLASSES) 


102G 


maine  royal,  l'un  et  l'autre  tiennent  une  bonne  partie 
du  sol  et  les  renseignements  qu'ils  fournissent  se  com- 
plètent. C'est  donc  la  majorité  de  la  classe  agricole  qui 
>iit  sous  le  régime  que  nous  font  connaître  les  documents 
décrivant  le  domaine  ecclésiastique  et  le  domaine  royal. 
Sa  condition  parait  assez  peu  différente  de  celle  du 
paysan  à  des  époques  où  la  sécurité  publique  et  les 
garanties  individuelles  sont  mal  assurées.  Ce  qui  carac- 
térise son  état,  comme  nous  l'avons  vu,  ce  n'est  rien 
d'extrême  comme  l'esclavage  ou  la  liberté  avec  leurs 
excès,  c'est  la  sujétion.  C'est  là  le  point  commun  à  tous 
ceux  qui  travaillent  le  sol  et  qui  en  vivent  dans  l'éten- 
due de  l'empire.  Nous  ne  pouvions  faire  plus  que  de 
signaler  ce  trait  essentiel  dont  les  autres  dérivent  sui- 
vant des  liaisons  qui  varient  d'après  les  provinces  et  les 


du  domaine  de  Charlemagne.  Noire  texte  a  donc  une 
portée  restreinte,  mais  il  énonce  une  situation  presque 
générale.  Son  importance  ressort  d'une  simple  lecture, 
mais  il  s'en  faut,  que  tout  soit  clair  dans  le  texte,  comme 
on  le  verra  par  les  quelques  explications  que  nous 
serons  contraints  de  donner  '. 

Capitulaire  des  terres  et  cours  impériales -.  — 

Art.  1.  —  Nous  voulons  que  nos  terres,  dont  nous 
avons  allecté  les  revenus  à  notre  profit,  servent  intégra- 
lement à  notre  usage,  et  non  à  celui  d'autres  personnes. 

2  —  Qu'on  ait  bien  soin  de  tous  ceux  qui  nous  appar- 
tiennent et  qu'ils  ne  soient  réduits  à  la  pauvreté  par 
personne. 

Cette  sollicitude  se  retrouve  dans  d'autres  documents. 
En  805.  pendant  une  disette,  le  capitulaire  recommande.- 


VI  BAS-PO  N 


1NAFTERN0 


245.  —  Scènes  agricoles.  D'après  Perret,  Les  catacombes  de  Ruine,  t.  v,  pi.  XII,  n.  3. 


siècles.  Nous  aurons  occasion  de  rappeler  ce  sujet  et 
d'y  ajouter  des  éclaircissements  à  mesure  que  nous 
traiterons  les  questions  qui  lui  sont  connexes.  Voir 
Alleu,'  Bénéfice,  Coi.onat,  Esclavage,  Redevances. 
Servitudes  et  ce  qui  a  été  dit  de  I'Affranchissement. 
col.  554  sq. 

XXI.  Le  capitulaire  de  Villis.  —  A  l'époque  précise 
où  nos  recherches  prennent  fin,  nous  rencontrons  un 
document  d'une  étendue  et  d'une  importance  considéra- 
Ides  dans  lequel  se  résume  la  situation  des  classes  agri- 
coles en  Gaule,  au  début  du  IXe  siècle.  Il  s'agit  du  règle- 
ment improprement  appelé  «  Capitulaire  de  Villis  ».  Les 
capitulaires  étaient  des  ordonnances  d'intérêt  public, 
élaborées,  rédigées  et  promulguées  d'ordinaire  par  les 
assemblées  nationales;  le  document  que  nous  allons 
étudier  est  un  règlement  à  l'usage  d'un  domaine  parti- 
culier; il  est  vrai  que  ce  domaine  est  le  domaine  royal 
et  que  les  domaines  ecclésiastiques  et  monastiques  ne 
se  trouvaient  pas  dans  des  conditions  différentes  de  celles 

1  B.  Guérai'd,  Explication  du  capitulaire  de  Villis,  dans  la 
Bibliothèque  de  l'École  des  chartes,  1853,  t.  xiv,  p.  201.  313, 
546.  Pour  le  texte,  voir  Pertz,  dans  les  Monumenta  Germanise 
liistorica.  Leges,  in-fol.,  Hannoverae,  1883,  t.  I,  p.  181-187.  Ba- 
luze  reportait  la  rédaction  avant  le  4  juin  809,  Pertz  et  Eckhar, 
la  reculent  en  812,  Guérard  adopte  le  sentiment  de  Baluze.  —  2Se 

DICT.   D'ARCH.    CIIR1.T. 


de  s'entr'aider  et  de  ne  pas  vendre  le  blé  trop  cher3;  en 
mars  806,  même  recommandation  :  unusquisque  de 
suu  bene/icio  sua  familia  nutricare  faciat,  et  de  sua 
proprietate propria  familia  nulriat  ■'•  ;  mêmes  prescrip- 
tions en  809  \  en  813  e. 

3.  —  Que  nos  intendants  se  gardent  de  mettre  [ceux 
qui  nous  appartiennent]  à  leur  service,  et  de  les  forcer 
de  faire  pour  eux  des  labours  par  corvées,  des  coupes 
de  bois,  ou  toute  autre  espèce  de  travail;  et  qu'ils  n'ac- 
ceptent d'eux  aucun  présent,  ni  cheval,  ni  bœuf,  ni  vache, 
ni  porc,  grand  ou  petit,  ni  brebis,  ni  agneau,  ni  quoi  que 
ce  soit,  excepté  quelques  bouteilles  de  vin  ou  d'autre 
boisson,  du  jardinage,  des  fruits,  des  poulets  et  des 
œufs. 

4.  —  Si  nos  hommes  nous  ont  fait  tort  par  des  vols 
ou  par  d'autres  fautes,  qu'ils  réparent  entièrement  le 
dommage,  et  que,  pour  le  reste  de  la  satisfaction  légale, 
ils  subissent  la  peine  du  fouet,  à  l'exception  des  cas 
d'homicide  et  d'incendie  qui  peuvent  être  punis  d'amen- 

rappeler  ce  qui  a  été  dit  de  la  curtis  au  cours  de  la  dissertation. 
—  3Capitulare  Theodonis  Villx,  communia,  C.  iv,  dans  Pertz, 
op.  cit.,  p.  132,  133.  —  *  Capitulare  alternai  ad  Niumagam, 
c.  vin,  ibid.,  p.  145.  —  ^  Capitulare  Aquisgranense,  c.  xxiv, 
ibid.,  p.  156.  —  *  Capitulare  altenon  Aquisgranense,  c.  xi, 
ibid.,  p.  189. 

i.  -  ?a 


1027 


AGRICOLES    (CLASSES) 


1028 


des1.  Mais  pour  le  préjudice  causé  par  eux  à  d'autres 
personnes,  nos  intendants  auront  soin  de  rendre  aux 
parties  lésées  la  justice  qui  leur  est  due  d'après  la  loi  ; 
car,  pour   les  torts  commis  envers  nous,  les  coupables 


246.  —  Semeur. 
D'après  Perret,  Les  catacombes  de  Rome, y  v,  pi.  i.ii.  n.  38. 

encourront  seulement,  au  lieu  d'amende,  la  peine  du 
fouet,  comme  nous  l'avons  dit.  Quant  aux  hommes  libres 
qui  habitent  dans  nos  lises  ou  dans  nos  terres,  qu'ils 
éparent,  selon  leurs  lois,  le  mal  qu'ils  auront  fait,  et 
que  les  amendes  encourues  par  eux  soient  payées  à  no- 
ire profit,  soit  en  bétail,  soit  en  autres  valeurs. 

5.  —  Lorsque  nos  intendants  doivent  procéder  aux 
travaux  de  nos  champs,  aux  semailles,  aux  labours,  à  la 
moisson,  à  la  fauebaison,  à  la  vendange,  que  chacun 
d'eux,  au  temps  du  travail  et  dans  chaque  lien,  pré- 
voie et  règle  de  quelle  manière  on  doit  opérer  pour  que 
tout  soit  mené  à  bien... 

8.  —  Que  nos  intendants  prennent  la  charge  de  nos 
vignes  qui  sont  de  leur  ressort,  qu'ils  les  fassent  bien 
cultiver;  qu'ils  mettent  le  vin  dans  de  bons  vaisseaux 
avec  soin  à  ce  qu'il  n'y  en  ait  pas  de  perdu.  Quanta 
l'autre  vin  dont  ils  ont  à  se  pourvoir  au  dehors,  qu'ils 
en  lassent  acheter  ce  qu'il  faut  pour  l'approvisionnement 
des  maisons  royales. 

9.  —  Nous  voulons  que  chaque  intendant  ait,  pour 
mesures,  dans  son  district,  des  muids,  des  setiers  (la 
situle  étant  de  8  setiers)  et  des  corbvs  de  la  même  con- 
tenance que  ceux  que  nous  avons  dans  nos  palais. 

10.  —  Que  nos  maires,  forestiers,  préposés  aux  haras, 
cellériers,  doyens,  péagers  et  tous  nos  autres  officiers, 
fassent  les  labours  réguliers  et  Fixes,  et  payent  la  rede- 
vance des  porcs  pour  leurs  mansesj  et  que.  pour  la 
main-d'œuvre  qui  leur  est  remise,  ils  aient  à  bien  rem- 
plir leurs  offices.  Que  tout  maire  qui  aura  un  bénéfice 
en  sa  possession  -  fasse  mettre  quelqu'un  à  sa  place,  de 
manière  que  sen  remplaçant  s'acquitte  pour  lui  de  la 
main-d'œuvre  et  des  autres  services. 

Les  officiers  du  domaine  avaient  principalement  a  veiller 
à  ce  que  les  colons  ne  vendissent  pas  les  terres  de  leur 
marne  pour  ne  garder  que  le  logis3.  Ils  avaient  eux-mê- 
mes des  tenures  et  nous  avons  dit  qu'ils  paraissaient  avoir 
reçu  des  gratifications  proportionnées  à  l'importance  de 
leurs  offices.  Le  major,  le  cellerarius,  le  decanus  n'exer- 
çaient leur  autorité  que  sur  une  seule  villa;  et  encore, 
si  celle-ci  était  trop  étendue  on  la  partageait  entre  plus 
sieurs   «   maires  <■  et  «  doyens  ».  11  semble  que  la  sur- 


'  Pour  la  discussion  du  texte  de  ce  passage,  cf.  B.  Guérard,  dans 
la  Biblioth.  de  l'École  des  chartes,  1853,  t.  xt\ ,  p.  207  sq.  — 
'  Voir  AlleU.  —  *Caruli  Calvi  edict.  pist.,  année  8f>i,  c  xxx. 
dans  Pertz,  op.  cit.,  t.  i,  p.  405,  496.  —  'Sur  les  devoirs  îles  »ia- 


veillance  exigée  d'eux  dût  être  très  active.  Cf.  art.  26*» 
13.  —  Que  les  intendants  aient  bien  soin  des  étalons, 
c'est-à-dire  des  waraniones,  et  qu'ils  se  gardent  de  les 
laisser  longtemps  dans  le  même  pâturage,  de  peur  qu'ils 
ne  le  détruisent... 

17.  —  Que  chaque  intendant  ait  autant  d'hommes 
employés  aux  abeilles  pour  notre  service,  qu'il  y  a  de 
terres  dans  son  ressort. 

Le  soin  des  abeilles  réparait  dans  un  grand  nombre 
de  documents.  Au  ix»  siècle,  l'abbaye  de  Saint-Germain 
récoltait  huit  hectolitres  de  miel  pour  la  seule  mense 
conventuelle  ■>.  La  lex  Bajuwariorum  nous  apprend 
que  les  colons  .et  les  serfs  payaient  la  dîme  de  leurs 
ruches6.  Un  payrus  publié  per  Marini  détaille  la  rede- 
vance de  deux  colons,  on  y  compte  soixante-dix  livres 
de  miel",  La  récolte  comprenait  le  miel  des  ruchers  et 
le  miel  sylvestre. 

18.  —  Que  les  intendants  aient  dans  nos  moulins,  des 
poules  et  des  oies  en  proportion  de  l'importance  des 
moulins  et  en  aussi  grand  nombre  qu'ils  pourront. 

19.  —  Qu'ils  n'aient  pas  moins  de  400  poules  et  de 
30  oies  dans  les  fenils  de  nos  terres  principales,  et  pas 
moins  de  50  poules  et  12  oies  dans  nos  ménils. 

21.  —  Que  chaque  intendant  ait  des  viviers  dans  nos 
cours,  où  il  y  en  a  eu  précédemment;  qu'il  les  augmente 
s'il  est  possible  et  qu'il  en  soit  établi  de  nouveaux  où  il 
n'y  en  a  pas  encore  eu,  et  où  il  peut  y  en  avoir  aujour- 
d'hui. 

Il  ne  s'agit  ici  que  de  réservoirs  à  poissons  au  sens 
exact  de  noire  mol  vivier. 

22.  —  Que  ceux  qui  possèdent  des  vignes  n'aient  pas 
moins  de  trois  quatre  couronnes  de  raisins  chez  eux. 

Ce  capitulum  a  fort  exercé  la  sagacité  des  commen- 
tateurs. Le  savant  Guérard  nous  parait  l'avoir  très  clai- 
rement élucidé.  «  Rappelons-nous,  dit-il,  que  les  tenan- 
ciers étaient  chargés  de  redevances  et  de  services  au 
profit  des  maîtres  de  leurs  tenures,  et  que  ces  derniers, 
lorsqu'ils  passaient  ou  séjournaient  dans  leurs  terres, 
jouissaient,  entre  autres  droits,  de  celui  d'exiger  de  leurs 


2'iT.  —  l'.istorale. 
D'après  Roller.  Les  catacombes  de  Home,  t.  i.  pi.  42.  a.  i. 

hommes  des  vivres  et  d'autres  objets  servant  à  leur 
table  ou  à  leur  logement.  Ainsi,  le  roi  faisait  prendre 
chez  les  habitants  de  ses  terres,  qui  tenaient  de  lui 
leurs  possessions,  les  fruits  et  les  autres  provisions,  don) 
il  avait  besoin  pour  lui  OU  pour  ses  envoyés.  11  pouvait. 
par  conséquent,  demander  des  raisins,  non  seulement 
dans  la  saison  OÙ  ils  mûrissent,  mais  encore  pendant 
tout  le  temps  qu'il  était  possible  d'en  conserver.  Or,  en 
les  conservait,  comme  on  fait  encore  aujourd'hui  dans 
les  campagnes  surtout,  en  les  attachant  par  le  pédoncule 
à  des  peVcbes  ou  à    des  cercles  de  tonneau  suspendus 

jorea,  cf.  Capitulait  Aquisgranense,  année  81  9,  c.  \i\ 

Op.  cit.,  t.  I,  p.  189.  —  *  Polyptyque  de  l'abbé  Irminoii.  t.  i. 
i       "  /.  i  Bajuwari  orium,  i.  l'i,3.  Deapicibus  decit 
vas.  —  :  Marini.  /  papiri  diplomatici.  in-lol.,  Roma,  IsifV.  p.  903. 


10-29 


AGRICOLES    (CLASSES) 


1030 


au  plancher.  Ces  cercles  de  raisins  formaient  des  espè- 
ces de  couronnes,  semblables  à  celles  qu'on  suspendait 
dans  les  églises  pour  supporter  des  lampes  ou  des  cier- 
ges. Les  eoronse  de  racemis  de  notre  texte  ne  sont  pas, 
je  crois,  autre  chose1.  » 

23.  —  Dans  chacune  de  nos  terres,  que  nos  intendants 
aii  ni  des  vacheries,  des  porcheries,  des  bergeries  et  des 
étables  de  chèvres  et  de  boucs,  autant  qu'ils  pourront 
en  avoir,  et  qu'ils  n'en  soient  jamais  dépourvus.  Qu'ils 
aient  de  plus,  pour  faire  leur  service,  des  vaches  four- 
nies par  nos  serfs;  de  manière  que  les  vacheries  et  les 
charrues  ne  soient  en  rien  amoindries  par  les  travaux 
exécutés  pour  notre  domaine.  Qu'ils  aient  aussi,  quand 
ils  seront  de  service  pour  la  fourniture  des  viandes,  des 
bœufs  boiteux,  mais  sains,  et  des  vaches  et  des  chevaux 
non  galeux,  ou  d'autres  bestiaux  non  malades;  et  qu'ils 
ne  dégarnissent  pas  pour  cela,  comme  nous  l'avons  dit, 
les  vacheries  ou  les  charrues. 


32.  —  Que  chaque  intendant  avise  aux  moyens  d'avoir 
toujours  de  la  semence  de  première  qualité,  soit  par 
achat,  soit  autrement. 

34.  —  Il  faut  absolument  veiller  avec  la  plus  grande 
attention  à  ce  que  le  lard,  les  viandes  fumées,  les  sa- 
laisons, le  petit  salé,  le  vin,  le  vinaigre,  le  vin  de  mûres, 
le  vin  cuit,  le  garus  4,  la  moutarde,  les  fromages,  le 
beurre,  le  malt,  la  bière,  l'hydromel,  le  miel,  la  cire,  la 
farine,  en  un  mot  tout  ce  qui  s'apprête  ou  se  (ait  avec 
les  mains,  soit  apprêté  et  fait  avec  la  plus  grande  pro- 
preté. 

35.  —  Nous  voulons  que  l'on  fasse  de  la  graisse  avec 
les  brebis  grasses  comme  avec  les  porcs.  Nous  voulons, 
en  outre,  que  nos  intendants  n'aient  pas  moins  de  deux 
bœufs  gras,  dans  chacune  de  nos  terres,  soit  pour  en 
faire  de  la  graisse  sur  les  lieux,  soit  pour  nous  être  en- 
voyés. 

36.  —  Que  nos  bois  et  nos  forêts  soient  bien  gardés. 


Le  Breviarium  de  Charlemagne 2  nous  permet  de 
prendre  une  idée  de  la  quantité  de  bétail  d'une  étable 
au  IXe  siècle.  En  négligeant  la  cinquième  terre  décrite, 
pour  laquelle  plusieurs  nombres  ont  été  omis,  nous 
trouvons  dans  les  quatre  vacheries  :  86  bœufs,  100  vaches 
avec  leurs  veaux  qu'elles  allaitaient,  43  veaux  d'un  an, 
7  taureaux.  96  jeunes  taureaux  ou  génisses  ;  dans  les  quatre 
bergeries  :  467  brebis  avec  leurs  agneaux,  472  agneaux 
d'un  an,  210  moutons;  dans  les  quatre  étables  à  chè- 
vres :  123  mères  avec  leurs  petits,  64  chevreaux  d'un  an  ; 
dans  les  quatre  étables  à  boucs,  31  boucs  ;  dans  les  quatre 
étables  à  porcs,  540  grands  porcs,  320  petits  et  5  verrats. 

On  voit  par  cet  article  que  l'usage  de  la  viande  de 
cheval  était  admise,  sinon  pour  la  table  royale,  du  moins 
pour  celle  des  serviteurs. 

25.  —  Que  les  intendants  fassent  annoncer  le  1"  sep- 
tembre, s'il  y  aura  paisson  3  ou  non. 

26.  —  Que  les  «  inaires  »  n'aient  pas  plus  de  terres 
dans  leurs  districts  qu'ils  n'en  peuvent  parcourir  et 
administrer  dans  un  jour. 

29.  —  Que  chaque  intendant  veille  à  ce  que  ceux  de 
nos  hommes  qui  ont  des  procès,  ne  soient  pas  dans  la 
nécessite  de  venir  les  poursuivre  devant  nous,  et  qu'il 
ne  laisse  pas  perdre  par  sa  négligence  les  jours  de  ser- 
vi _e  qu'ils  nous  doivent... 

1  Guérard,  dans  la  Biblioth.  de  l'École  des  chartes,  1853,  t.  XIV, 
p.  233.  —  -  Ce  document  manque  dans  Baluze,  Capitula ria  ré- 
gion Francorum,  et  dom  Bouquet,  Recueil  des  historiens  des 
Caales,  il  a  été  publié  par  Eckhart,  Co»i»i.  de  rebuts  Francise 


S'il  y  a  des  places  à  défricher,  qu'ils  les  fassent  défricher 
et  qu'ils  ne  laissent  pas  gagner  les  bois  sur  les  champs. 
Que,  là  où  il  doit  y  avoir  des  bois,  ils  ne  souffrent  pas 
qu'on  les  coupe  trop,  ni  qu'on  les  gâte.  Qu'ils  veillent 
attentivement  à  la  garde  de  notre  gibier  dans  nos  forêts. 
Qu'ils  veillent  de  même  aux  autours  et  aux  éperviers 
réservés  pour  notre  service.  Qu'ils  perçoivent  diligem- 
ment les  cens  de  nos  bois.  Et  si  nos  intendants,  ou  nos 
maires,  ou  leurs  hommes,  y  mettent  à  engraisser  leurs 
porcs,  qu'ils  soient  les  premiers  à  en  payer  la  dime, 
pour  donner  le  bon  exemple,  afin  qu'ensuite  les  autres 
hommes  la  payent  exactement. 

37.  —  Qu'ils  tiennent  nos  champs  et  nos  cultures  en 
bon  état,  et  qu'ils  fassent  garder  nos  prés  en  temps 
opportun. 

Il  s'agit  probablement  de  faire  élever  une  clôture. 

40.  —  Que  chaque  intendant  ait  toujours  dans  nos 
terres,  pour  servir  à  leur  ornement,  des  oiseaux  singu- 
liers, tels  que  paons,  faisans,  canards,  pigeons,  perdrix, 
tourterelles. 

41.  —  Que  les  bâtiments,  dans  nos  cours,  et  les  haies 
qui  les  environnent  soient  bien  entretenus,  et  que  les 
étables  et  les  cuisines,  les  boulangeries  et  les  pressoirs 
soient  tenus  en  bon  état... 

42.  —  Que,  dans  chacune  de  nos  terres,  la  chambre 

orientalis  et  episcopatus  Virceburyensis,  in-fol.,  Virceburgi, 
1727,  t.  n,  p.  902.  —  3Voir  ce  que  nous  avons  dit  de  la  pastio.  — 
*  Boisson  dont  la  recette  est  donnée  dans  le  ms.  de  la  Bibl.  nat., 
suppl.  lat..  n.  i319,  fol.  229. 


1031 


AGRICOLES    (CLASSES) 


1032 


soil  pourvue  de  courtes-pointes,  de  coussins,  d'oreillers, 
de  draps  de  lit,  de  tapis  de  table  et  de  banquettes  ;  de 
vaisseaux  d'airain,  de  plomb,  de  fer  et  de  bois  :  de  che- 
nets, de  chaînes,  de  crémaillères,  de  doloires,  de  co- 
gnées, de  tarières,  de  coutelas,  et  de  toutes  les  autres- 
espèces  d'outils,  de  manière  qu'on  ne  soit  jamais  dans 
la  nécessité  d'en  aller  chercher  ou  d'en  emprunter  au 
dehors.  Que  chaque  intendant  ait  soin  des  instruments 
de  guerre,  pour  qu'ils  soient  en  bon  état,  et  lorsqu'ils 
reviendront  de  l'armée,  qu'ils  soient  replacés  dans  la 
chambre. 

Par  chambre,  caméra,  il  faut  entendre  cette  partie 
de  la  maison  qui  servait  de  magasin  pour  le  mobilier, 
le  garde-meuble.  Le  lectarium,  que  Guérard  traduit  par 
courte-pointe,  servait  aux  moines  d'Aniane  qui  s'en  cou- 
vraient en  hiver  dans  leur  église  pendant  l'office  de  vi- 
giles '. 

43.  —  Que  nos  intendants  fassent  donner  en  temps 
convenable,  à  nos  gynécées,  selon  l'usage  établi,  les 
choses  nécessaires  pour  le  travail,  c'est-à-dire  du  lin, 
delà  laine,  de  la  guède,  de  la  teinture  en  vermeil,  de  la 
garance,  des  peignes  à  laine,  des  chardons,  du  savon, 
de  la  graisse,  des  vaisseaux  et  les  autres  objets  dont  on 
a  besoin  aux  gynécées. 

La  guède,  waisdxint  ou  waisda,  c'est-à-dire  le  pastel. 
Le  capitulaire  de  l'an  789  nous  apprend  quelque  chose 
des  occupations  des  femmes  serves  dans  le  gynécée, 
lorsqu'il  détaille  les  travaux  défendus  le  dimanche  : 
Item  feminse  opéra  lextitia  non  faciant,  nec  capulenl 
vestitos,  nec  consuent  [pour  consuant],  vel  acupictile 
faciant;  nec  lanam  carpere,  nec  linum  ballare,  nec 
in  publico  veslimenla  lavare,  nec  berbices  lundere 
habeant  Hcitum;  ut  omnimodis  Itonor  et  requit'*  dici 
doniinicœ  servetur2. 

44.  —  Que  les  intendants  nous  envoient  chaque  année, 
pour  notre  service,  les  deux  tiers  des  aliments  maigres, 
tant  en  légumes,  qu'en  poisson,  fromage,  beurre,  miel, 
moutarde,  vinaigre,  millet,  panic,  herbes  sèches  et 
vertes,  radis  et  narets,  et,  de  plus,  les  deux  tiers  de  la 
cire,  du  savon,  et  des  autres  denrées  de  cette  espèce... 

45.  —  Que  chaque  intendant  ait  dans  son  district  de 
bons  ouvriers  savoir  :  des  ouvriers  pour  le  fer,  pour 
l'or  et  pour  l'argent;  des  cordonniers,  des  tourneurs, 
des  charpentiers,  des  fabricants  d'écus,  des  pécheurs, 
des  oiseleurs,  des  fabricants  de  savon,  des  hommes  qui 
sachent  fabriquer  la  bière,  le  cidre,  le  poiré  et  toutes 
les  autres  espèces  de  boissons;  des  boulangers  qui  fas- 
sent de  la  pâtisserie  pour  notre  table  ;  des  ouvriers  qui 
sachent  bien  faire  les  rets,  tant  pour  la  (liasse  que 
pour  la  pèche  et  pour  prendre  les  oiseaux,  et  les  autres 
ouvriers  qu'il  serait  trop  long  d'énumérer. 

46.  —  Qu'ils  fassent  bien  garder  nos  parcs,  qu'on 
appelle  vulgairement  des  breuils. 

47.  —  Que  les  pressoirs  de  nos  terres  soient  en  bon 
état.  El  que  nos  intendants  veillent  à  ce  que  notre  ven- 
dange ne  soit  pas  foulée  avec  les  pieds;  mais  que  tout  se 
fasse  avec  propreté  et  convenance. 

49.  —  Que  nos  gynécées  soient  bien  ordonnés,  c'est- 
à-dire  pourvus  d'habitations,  de  chambres  à  poêles  et 
d'escrènes;  qu'ils  soient  entourés  de  bonnes  haies,  el 
que  les  portes  en  soient  solides,  atin  qu'on  y  puisse  bien 
faire  nos  ouvrages. 

Les  gynécées  occupaient  un  quartier  séparé  :  l'escrène 
est  une  chambre,  une  grange,  une  cave,  où  les  femmes 
se  réunissent  en  hiver  pour  la  veillée.  Il  ressort  de  cet 
article  que  la  clôture  du  quartier  des  femmes  n'était 
pas  à  l'abri  des  tentatives  d'effraction. 

50.  —  Que  chaque  intendant  voie  combien  on  doit 
placer  de  poulains  dans  la  même  écurie,  et  combien 
d'hommes  on  peut  mettre  avec  eux  pour  les  soigner. 
Que  ces  hommes,  s'ils  sont  libres  et  qu'ils  possèdent 
«les  bénéfices  dans  le  même  district,  vivent  de  leurs 
bénéfices.  De  même,  s'ils  sont  liscalins  et  qu'ils  possè- 


dent des  manses,  qu'ils  vivent  de  leurs  manses:  mais 
s'ils  n'ont  ni  bénéfices,  ni  manses.  qu'ils  soient  nourris 
par  le  domaine. 

54.  —  Que  chaque  intendant  veille  à  ce  que  nos 
hommes  fassent  bien  le  travail  qu'il  a  droit  d'exiger 
d'eux,  et  n'aillent  pas  perdre  leur  temps  à  courir  les 
marchés  et  les  foires. 

56.  —  Que  chaque  intendant,  dans  son  district,  tienne 
de  fréquentes  audiences;  qu'il  rende  la  justice  et  veille 
à  ce  que  tous  les  hommes  qui  nous  appartiennent  vivent 
honnêtement. 

60.  —  Que  les  «  maires  »  ne  soient  jamais  pris  parmi 


249.  —  Un  pécheur. 
D'après  Roller,  Les  catacombes  de  Rome,  t.  n,  pi.  lv,  h.  1. 

les  hommes  les  plus  considérables,  mais  toujours  parmi 
les  honnêtes  gens  d'un  état  moyen. 

Le  paragraphe  suivant  présente  un  précieux  détail 
du  rendement  du  domaine  et  de  son  administration. 

62.  —  Que  nos  intendants  nous  adressent  tous  les 
ans,  à  Noël,  sur  les  états  séparés,  des  comptes  clairs  et 
méthodiques  de  tous  nos  revenus  ;  afin  que  nous  puis- 
sions connaître  ce  que  nous  avons  et  combien  nous 
avons  de  chaque  chose,  à  savoir  :  le  compte  de  nos 
terres  labourées  avec  les  bœufs  que  nos  bouviers  con- 
duisent, et  de  nos  terres  labourées  par  les  possesseurs 
de  manses  qui  nous  doivent  le  labour;  le  compte  des 
pores,  des  cens,  des  obligations  et  des  amendes;  celui 
du  gibier  pris  dans  nos  bois  sans  notre  permission,  et 
relui  des  diverses  compositions;  celui  des  moulins, 
des  forêts,  des  champs,  des  ponts,  des  navires;  celui  des 
hommes  libres  et  celui  des  centaines  enj  igi  es  envers 
notre  fisc;  celui  des  marchés,  celui  des  vignes  et  de 
eerrx  qui  nous  doivent  du  vin  :  le  compte  du  foin,  du 
bois  à  brûler,  des  torches,  des  planches  et  des  autres 
sortes  de  liois  d'oeuvre;  celui  <Us  terres  incultes;  celui 
deslégumes,  du  millel  et  du  panic.  de  la  laine,  du  lin,  du 
chanvre;  celui  des  fruits  des  arbres,  des  noyers,  des 
noisetier-,  des  arbres  grelTés  de  toutes  les  espèces,  et 

1  Yilu   S.   Benedicti,  abb.   Anian.,  n.   12.  dans  Acta  M 
0.  S.  B.  saec.  vcned.  n;  pars    1,  p.  19".  —  '  Capitulare  < 
siast.  Aquisgranenst,  c.  r.xxx.  dans  Pertz,  toc.  cit.,  t.  t.  | 


1033 


AGRICOLES    (CLASSES; 


1034 


des  jardins;  celui  des  navets;  celui  des  viviers,  celui  des 
cuirs,  des  peaux  et  des  cornes  d'animaux;  celui  du  miel, 
de  la  cire,  de  la  graisse,  du  suif  et  du  savon  ;  du  vin  des 
mûres,  du  vin  cuit,  de  l'hydromel,  du  vinaigre,  de  la 
bière,  du  vin  nouveau  et  du  vin  vieux;  du  blé  nouveau 
et  du  blé  ancien;  celui  des  poules  et  des  oeufs;  celui 
des  oies:  les  comptes  des  pêcheurs,  des  ouvriers  en 
métaux,  des  fabricants  d'écus  et  des  cordonniers;  celui 
des  huches  et  des  boites;  celui  des  tourneurs  et  des 
selliers;  celui  des  forges,  celui  des  mines  de  fer,  de 
plomb  et  des  autresmines;  celui  des  lribulaires,  et  celui 
des  poulains  et  des  pouliches. 

(i.'i.  —  Que  les  poissons  de  nos  viviers  soient  vendus, 
et  que  d'autres  soient  mis  à  la  place... 

UT.    —   Si    nos   intendants    manquent    de  tenanciers 


les  choux-raves,  les  choux,  les  oignons,  les  appétits,  les 
poireaux,  les  raves  et  radis,  les  échalotes,  les  ciboules, 
les  aulx,  la  garance,  les  chardons  à  bonnetier,  les  fèves 
des  marais,  les  pois,  la  coriandre,  le  cerfeuil,  les  épur-( 
ges,  l'orvale.  Que  le  jardinier  ait  en  sa  maison  de  la 
joubarbe  '.  Quant  aux  arbres,  nous  voulons  que  nos  in- 
tendants aient  des  pommiers  de  diverses  espèces,  des 
poiriers  de  diverses  espèces,  des  pruniers  de  diverses 
espèces,  des  sorbiers,  des  néfliers,  des  châtaigniers,  des 
pêchers  de  diverses  espèces,  des  coignassiers,  des  aveli- 
niers, des  amandiers,  des  mûriers,  des  lauriers,  des 
pins,  des  figuiers,  des  noyers,  des  cerisiers  de  diverses 
espèces.  Noms  des  pommes  :  gozmaringa- ,  geroldinga. 
crevedella,  spiranca,  les  unes  douces,  les  autres  aigres, 
toutes  de  garde;  et  celles  qu'on  mange  aussitôt  cueillies, 


250.  —  Travaux  des  champs-  :  les  quatre  saisons. 
D'après  Roller,  Les  catacombes  de  Rome,  t.  n,  pi.  lxxiv,  n.  C. 


pour  les  manscs  disponibles  et  de  places  pour  les 
serfs  nouvellement  achetés,  qu'ils  nous  en  donnent 
avis. 

68.  —  Nous  voulons  que  tous  nos  intendants  aient 
toujours  de  bonnes  barriques  cerclées  de  fer,  toutes 
prêtes  à  être  envoyées  à  l'armée  et  au  palais.  Quant 
aux  outres  de  cuir  qu'ils  n'en  lassent  pas  fabriquer. 

70.  —  Nous  voulons  qu'ils  aient  dans  les  jardins  des 
planU  -  de  toutes  espèces,  savoir  :  le  lis,  les  roses,  le 
fénu  grec,  la  menthe-coq,  la  sauge,  la  rue,  l'aurone,  les 
concombres,  les  citrouilles,  les  calebasses  et  artichauts 
d'Espagne,  le  haricot,  le  cumin  officinal,  le  romarin,  le 
carvi,  le  pois  chiche,  la  scille,  le  glaïeul,  la  serpentaire, 
l'anis,  les  coloquintes,  l'héliotrope,  le  méum  d'atha- 
mante,  le  séseli  de  Marseille,  les  laitues,  la  patte  d'arai- 
gnée, la  roquette,  le  cresson  alénois,  la  bardane,  le 
pouliot,  le  maceron  commun,  le  persil,  le  céleri,  la 
livëche,  la  sabine,  l'anelh,  le  fenouil  doux,  les  chicorées, 
le  dictame  de  Crèle,  la  moutarde,  la  sarriette,  la  menthe 
aquatique,  la  menthe  des  jardins,  la  menthe  à  feuilles 
rondes,  la  tanaisie,  i'herbe-aux-chats,  la  petite  centau- 
rée, le  pavot  des  jardins,  les  bettes,  le  cabaret,  les  gui- 
mauves, les  mauves  en  arbre,  les  mauves,  les  carottes, 
les  panais,  l'arroche  des  jardins,  les  amarantes  blettes, 

4  On  peut  ajouter  deux  autres  plantes  mentionnées  dans  le  Bre- 
varium;  l'aigremoine,  la  bétoine.  —  2I1  est  impossible  de  déter- 
miner aujourd'hui  cette  espèce  de  poire  ainsi  que  les  trois  sui- 
vantes. —  3  L.  Perret,  Les  catacombes  de  Rome,  in-fol.,  Paris, 


et  qui  sont  hâtives.  Poires  de  garde  de  trois  ou  quatre 
espèces,  douces,  à  cuire  (?),  ou  tardives. 

FIN  DU    CAPITULAIRE  ROYAL 

XXII.  Monuments  figurés.  —  Parmi  les  monuments 
anciens  du  christianisme  on  ne  trouve  que  peu  de  repré- 
sentations de  la  vie  et  des  occupations  de  l'agriculteur. 
Cependant  nous  pouvons  rappeler  les  graffites  d'un 
inarbre  conservé  au  Musée  épigraphique  chrétien  du 
Latran,  sur  lequel  on  lit  ces  mots  :  VIBAS'PONTIA-IN- 
AETERNO  (classe  xiv,  n.  7).  Aux  deux  extrémités  de 
cette  plaque  de  marbre  on  voit  le  Bon  Pasteur  et  Daniel 
parmi  les  lions;  au  centre  Adam  et  Eve.  Aux  côtés  de  ce 
dernier  groupe,  on  reconnaît  deux  scènes  intéressantes; 
dans  l'une  un  homme  travaille  la  terre,  dans  l'autre  une 
femme  assise  devant  une  maisonnette  file  du  lin.  Le 
symbolisme  est  si  clair  qu'il  est  inutile  de  s'y  arrêter,  et 
bien  que  l'intention  de  l'artiste  n'ait  aucunement  été  de 
représenter  des  personnes  de  la  campagne,  mais  seule- 
ment la  punition  d'Adam  et  d'Eve  après  le  péché,  nous 
pouvons  voir  ici  une  représentation  aussi  rare  qu'an- 
cienne de  la  vie  rurale  3  (lig.  245). 

Roller  a  cru  pouvoir  expliquer  le  sujet  placé  à  côté  du 
Bon  Pasteur  d'une  interprétation  du  songe  de  Pharaon, 

1852,  t.  v,  pi.  xii,  n.  3.  Cf.  Séroux  d'Agincourt,  Histoire  de  l'art 
par  les  monuments,  in-fol. ,  Paris,  1823;  Sculpture,  pi.  vu,  ûg.  5; 
Mai,  Scriptor.  veterum  nova  collectio,  in-4',  Romae,  1831,  U  V 
pi.  1,  fig.  1,  p.  XXXII.  * 


1035 


AGRICOLES   (CLASSES)    —    AIGLE 


1036 


mais  on  ne  connaît  aucune  autre  représentation  de  ce 
songe  et  la  conjecture  semble  avoir  dès  lors  trop  de  part 
à  cette  explication1.  Nous  ne  pouvons  trouver  dans  les 
monuments  ligures  que  des  types  isolés,  mais  cette  cir- 
constance, si  elle  n'ajoute  rien  à  leur  intérêt  artistique, 
est  le  plus  souvent  la  garantie  d'une  exactitude  plus 
rigoureuse.  Un  marbre  des  catacombes  nous  fait  voir  un 
cultivateur  occupé  à  jeter  la  semence  (fig.  246).  Cette 
représentation  est  extrêmement  fruste,  mais  on  peut  en 
conclure,  ainsi  que  de  plusieurs  autres  que  nous  donnons 
ici,  à  l'emploi  de  quelques  détails  d'habillement  sur  les- 
quels nous  aurons  à  revenir.  Si  minimes  qu'ils  soient,  les 
détails  ne  sont  pas  à  négliger.  C'est  ainsi  que  les  types  les 
mieux  consacrés  par  le  symbolisme  peuvent  nous  valoir 
des  indications  utiles.  Un  sarcophage  ancien  nous  mon- 
tre un  Bon  Pasteur  portant  sa  brebis  sur  les  épaules, 
mais  non  à  la  manière  ordinaire,  cette  brebis  n'est 
qu'un  petit  agneau  et  il  l'a  installé  dans  son  cucullus, 
ce  qui  peut  nous  donner  une  idée  des  dimensions  de  ce 
vêtement  conservé  par  les  instituts  monastiques,  mais 
généralement  retaillé  et  réduit  de  ses  anciennes  dimen- 
sions. Grâce  aux  très  nombreux  spécimens  du  Bon  Pas- 
teur qu'un  art  plus  ou  moins  habile  nous  a  conservés 
dans  presque  tous  les  pays,  il  serait  aisé  de  reconstituer 
pendant  une  assez  longue  période,  du  ne  siècle  au 
vie  environ,  l'accoutrement  de  la  c'asse  des  bergers.  Par- 
fois nous  assistons  à  une  petite  pastorale.  Un  sarcophage 
nous  montre  un  berger  qui  trait  ses  brebis,  tandis  que 
son  compagnon  bàtonne  le  chien2  (fig.  2171. 

Cette  représentation  du  pasteur  occupé  à  traire  les 
brebis  n'est  pas  rare  3,  elle  est  d'autant  plus  intéressante 
que  ce  type  du  Christ,  quoique  en  apparence  si  peu  re- 
connaissable,  est  néanmoins  bien  réellement  voulu  par 
les  artisans.  Un  sarcophage  du  Latran  nous  montre  Jé- 
sus Bon  Pasteur  parmi  les  apôtres  :  or,  tandis  que  ceux- 
ci  portent  solennellement  la  tunique,  Jésus  qu'ils  accla- 
ment et  vers  lequel  ils  se  dirigent  ne  porte  qu'un 
simple  vêtement  de  berger,  le  birrus  ou  la  pœnula  '• . 
Les  scènes  champêtres  occupent  toute  la  partie  anté- 
rieure d'un  sarcophage  conservé  au  Latran  et  d'un  tra- 
vail médiocre,  mais  qui  a  dû  appartenir  à  un  défunt 
riche,  puisqu'il  l'avait  fait  dorer  (fig.  248). 

On  y  voit  des  bœufs  attelés  à  la  charrue,  des  hommes 
remuant  le  sol  avec  la  pioche,  un  berger  devant  sa 
maison,  occupé  à  traire  une  brebis  que  tient  son  cama- 
rade, des  béliers  jouent,  des  brebis  paissent.  Il  semble 
qu'il  y  ait  un  contraste  voulu  entre  les  scènes  de  labou- 
rage et  de  travail  pénible  de  la  partie  droite  du  sarco- 
phage et  les  scènes  de  repos  de  la  partie  gauche.  Peut- 
être  cette  intention  se  rapporte-t-elle  à  la  vie  présente 
et  à  ses  labeurs  que  suivent  la  félicité  de  la  vie  future  et  le 
rassasiement  de  l'âme  en  Dieu.  Nous  trouvons  encore 
l'image  d'un  pécheur  •>  (fig.  249)  et  une  fresque  qui,  sous 
prétexte  de  figurer  les  quatre  saisons,  nous  montre  des 
ouvriers  employés  aux  travaux  des  champs  à  différentes 
saisons  de  l'année  (fig.  250).  Ils  entourent  le  Mon  Pas- 
teur, mais  l'intention  symbolique  n'altère  pas  la  valeur 
documentaire  de  la  fresque6.  Signalons  encore  une  in- 
scription mentionnant  la  profession  d'agriculteur  que 
nous  avons  donnée  dans  nos  Monumenta  Ecclesise  lilnr- 
gica,  t.  i,  u.  2853.  Voir  Métiers.         H.  LECLERCO.. 

1.  AIGLE,  às.xo;,  image  dessinée,  au  moyen  âge,  sur  le 

pavé  des  églises  grecques,  à  l'endroit  où  avait  lieu  d'ordi- 
naire l'ordination  des  évèques.  On  y  voyait  représentés 

1  T.  Roller,  Les  catacombes  de  Hume,  in-lol.,  Paris,  1881. 
t.  I,  pi.  X,  n.  7.  -  -liai.,  t.  I,  pi.  XLII,  n.  4.  —  3  Ibid.,  t.  1, 
pi.  xlii,  n.  3,  4,  7.  —  i  Ibid.,  t.  i,  pi.  xx.ni,  n.  2.  —  s/bi</.,  t  n, 
pi.  lv,  n.  1.  -  "  lbid.,  t.  n,  pi.  i.xxiv,  n.  6;  Bosio,  Roma  soter- 
ranea,  in-fol.,  r.oina,  1632,  p,  228.  —  1  P.  G.,  t.  ci.v,  col.  408.  — 
'Glussarium  medix  et  infirme  grxcitatis,  p.  30.  —  9  k;; 
ti  ntja,  édit.  Rome,  1873,  p.  il';  édit.  Venise,  -1851,  p.  169 
'•  Dictionnaire  grec-français  des'  noms  liturgiques,  p.  3.  — 


trois  fleuves  baignant  une  ville,  ei;,  planant  au-dessus, 
un  aigle  aux  ailes  illuminées  des  rayons  du  soleil.  Les 
fleuves,  suivant  Syméon  de  Thessalonique7,  signifiaient 
la  science  que  doit  posséder  l'évèque;  la  ville  lui  rappelait 
sa  cité  épiscopale  sur  laquelle  il  doit  toujours  avoir  les 
yeux;  l'aigle  aux  ailes  lumineuses  symbolisait  la  grâce, 
l'élévation  de  sentiments,  la  sublimité  de  la  science  theo- 
logique  qui  doivent  orner  son  âme. 

Ce  dessin  était  quelquefois  gravé  sur  le  pavé,  mais  le 
plus  souvent,  il  était  seulement  tracé  à  la  chaux  d'une 
façon  provisoire.  Les  serviteurs  chargés  du  soin  de  l'église, 
dit  Bémétrius  Gemistus,  diacre  de  Sainte-Sophie,  cité 
par  Du  Cangg8,  portaient,  avant  la  messe  d'ordination, 
l'estrade  qui  soutient  le  siège  du  patriarche,  au  fond  du 
vaô;,  devant  les  portes  royales,  ou  même  dans  le  narthex. 
De  chaque  côté,  ils  disposaient  les  trônes  des  évêques  qui 
prenaient  part  à  la  solennité  ;  puis  le  maître  des  cérémo- 
nies dessinait  sur  le  pavé  l'itérât;  en  ayant  soin  de  tour- 
ner la  tête  de  l'aigle  du  côté  du  trône  patriarcal.  Il  pla- 
çait, avant  de  se  retirer,  des  gardiens  pour  empêcher  les 
fidèles  de  fouler  l'emblème  sacré.  Au  moment  de  l'ordina- 
tion, le  nouvel  élu,  tenant  en  ses  mains  les  libelles  de  la  foi 
orthodoxe,  était  conduit  par  son  clergé  jusqu'à  la  queue 
de  l'aigle;  là  il  récitait  le  symbole  de  Nicée.  Ses  clercs  le 
faisaient  ensuite  avancer  jusqu'au  milieu  de  l'aigle  où  il 
lisait  une  très  longue  exposition  de  foi  sur  les  hypostases 
de  la  Trinité.  Enfin  il  était  conduit  jusqu'à  la  tète  de 
l'aigle  et  lisait  le  troisième  libelle  renfermant  une  pro- 
fession de  foi  très  détaillée  sur  le  dogme  de  l'Incarnation  9. 

Dans  la  suite,  on  trouva  plus  pratique  d'exécuter  tout 
ce  dessin  d'une  façon  plus  durable  sur  papier  ou  sur 
bois;  puis  enfin  l'aigle  devint  ce  qu'il  est  aujourd'hui  : 
un  petit  tapis  rond  sur  lequel  sont  représentés  unt'  ville 
et  un  aigle  aux  ailes  lumineuses.  Les  trois  fleuves  ont 
cessé  d'y  figurer.  Les  Grecs  s'en  servent  comme  autrefois 
aux  ordinations  épiscopales  :  mais  au  lieu  de  le  placer  près 
des  portes  royales,  ils  le  mettent  devant  les  portes  saintes. 
En  Russie,  ce  tapis  est  d'un  usage  beaucoup  plus  fréquent  : 
l'évèque  l'a  sous  les  pieds  toutes  les  fois  qu'il  officie. 

Suivant  L.  Clugnet10,  on  désigne  aussi  sous  le  nom 
d'aigle  une  plaque  de  marine  portant  l'image  d'un  aigle 
à  deux  tètes,  Btxé<pceXoç.  Fixée  dans  le  pavé  du  chœur, 
cette  plaque  servait  à  marquer  l'endroit  où  devail  s'élever 
le  trône  de  l'empereur".  B.  Menthov 

2.  AIGLE.  Le  roi  des  oiseaux  avait,  dans  l'antiquité 
classique,  sa  place  marquée  dans  la  mythologie  et,  en 
conséquence,  sur  les  monuments  de  l'art.  Il  était  l'attri- 
but de  Jupiter;  il  apparaît  dans  la  consécration  et  l'apo- 
théose des  empereurs  défunts  qu'il  porteauciel.  Déplus, 
nous  le  rencontrons  sur  le  revers  de  plusieurs  mon- 
naies antiques  et  il  était,  comme  on  sait,  l'insigne  de  la 
légion  romaine.  Les  qualités  et  les  attributions  spéciales 
de  cet  oiseau  lui  ont  donné  sa  place  dans  le  lan 
allégorique  de  l'Écriture  sainte,  .i  les  Pères  de  11  glise, 
dans  leurs  commentaires  sur  ces  passages,  ont  attribué  à 
l'aigle  différentes  significations  symboliques.  C'esl  ainsi, 
par  exemple,  que  saint  Maxime  de  Turin,  se  rappelant  le 
verset  5  du  psaume  en  :  renovabilur  utaquiles  iuvantui 
Ina,  cite  l'aigle  comme  image  du  néophyte  dont  la  rie  »  été 
renouvelée  dans  le  baptême  '-.  Saint  Amlnoise  s'exprime 

delà  même  façon13.  Se  basant  sur  ces  textes  et  d'autres 
passages  analogues,  plusieurs  archéologues  ont  voulu 
attribuer  une  signification  symbolique  dans  cet  ordre 
d'idées  à  quelques  monuments  de  l'antiquité  chrétienne14. 

11  Cf.  P.  Bernardakle,  Les  ornements  liturgiques  chez  les  Grecs, 
dans  les  Échos  d'Orient,  t.  v  rl890),  p.  137.  —  '•  Ifaximus  Tam\, 
Homil.,  i.ix,  /'.  /..,  t.  i.vn.  col.  360.  —  "  Arabros.,  De  Jacob  et 
cita  beata,  I.  1,  c.  ni;  De  mysteriis,  o.  vm,  P.  /..,  t.  wi, 
col.  420  "Garrucol,  Storia  deir  arte cristiana,  tn-l  >'.,  l'rato, 
ts7.;.  i.  i.  p.  243-244;  Uarttgny,  Dictionnaire  juUéa 

ait.  Aigle,  2"  <?d.,  1877,  p.  33  ;  Muni,  dans  Reâl-En- 
cyclop&die  der  christl.  Alterthitmer,  art.  Ailler,  t.   i.  | 


1037 


AIGLE 


AINOI 


1038 


Ils  ont  eu  tort.  Aucune  îles  images,  rares  d'ailleurs, 
de   l'aigle    sur  les   différentes    espèces  de"  monuments 

chrétiens  que  nous  connaissons  jusqu'ici  ne  présente 
un  caractère  symbolique1.  Les  oiseaux,  dans  lesquels 
on  veut  reconnaître  des  aigles,  représentés  dans  une 
crypte  de  la  catacombe  de  Saint-Calixtè  à  Rome  -  et 
sur  des  mosaïques  de  Capoue  et  de  Valence 3,  n'ont 
qu'un  but  purement  décoratif.  Sur  une  épitaphe  du 
musée  lapidaire  de  Lyon,  de  Boissieu  a  voulu  voir  des 
aigles,  dont  l'image  contiendrait  une  allusion  au  nom 
du  défunt  qu'il  supplée  (Ai/ni)  L1VS4;  tout  ceci  est 
très  douteux,  car  il  est  impossible  de  déterminer 
d'une  façon  si  précise  le  caractère  des  deux  oiseaux 
qui  figurent  au  bas  de  celle  épitaphe.  La  ligure,  cette 
fois  incontestable,  d'un  aigle  sur  une  pixide  en  ivoire 
trouvée  à  Carthage  n'a  aucun  cachet  symbolique; 
De  Rossi  n'y  voit  qu'un  ornement  indifférent3.  Par 
contre,  le  grand  archéologue  romain  voudrait  attribuer 
une  signification  allégorique  aux  ligures  d'aigles  repré- 
centés  sur  plusieurs  sarcophages  du  midi  de  la  Gaule6. 
Nous  trouvons  le  même  sujet  sur  des  sarcophages  ro- 
mains conservés  au  musée  du  Latran.  On  y  voit  le 
monogramme  du  Christ  )f^  entouré  d'une  couronne  de 
laurier,  laquelle  parait  suspendue  au  bec  d'un  aigle 
aux  ailes  déployées  ;  la  couronne  est  posée  sur  une  grande 
croix  accostée  de  deux  soldats  gardiens  du  sépulcre  de 
Notre-Seigneur.  Toute  la  scène  est  une  image  symbo- 
lique du  triomphe  du  Christ  et  du  christianisme.  Cepen- 
dant je  doute  que  l'aigle  ici  encore  représente  une  idée 
allégorique".  En  effet,  les  sculpteurs  chrétiens  rempla- 
çaient parfois  les  arcs  qui  réunissent  les  colonnes  des 
colonnades,  dont  ils  ornaient  si  souvent  les  sarcophages, 
par  des  conques  ou  par  le  corps  d'un  aigle  aux  ailes  dé- 
ployées. Le  magnifique  sarcophage  de  Junius  Bassus 
conservé  dans  les  souterrains  de  Saint-Pierre  à  Rome 
nous  montre  cette  disposition  8.  Nous  voyons  la  même 
décoration  sur  plusieurs  mosaïques  de  Ravenne,  au- 
dessus  de  figures  d'apôtres  ou  de  saints9.  Or,  il  devait 
paraître  bien  naturel  aux  sculpteurs  chrétiens  de  repré- 
senter, dans  la  scène  décrite  plus  haut,  la  couronne  de 
laurier  suspendue  à  un  objet;  et,  pour  cela,  la  tête 
d'aigle  dont  on  faisait  l'usage  que  nous  venons  de  dire, 
leur  offrit  la  solution  la  plus  facile.  Nous  y  voyons  donc 
un  motif  purement  artistique. 

Une  dernière  catégorie  de  monuments  sur  lesquels 
figure  le  roi  des  oiseaux  est  formée  par  plusieurs  bulles 
ou  sceaux  en  plomb  de  fonctionnaires  de  l'Église  ro- 
maine. Le  revers  de  plusieurs  bulles  de  ce  genre  montre 
en  effet  l'image  d'un  aigle,  sans  que  l'on*  puisse  y  atta- 
cher une  signification  symbolique  religieuse10.  On  peut 
y  voir  plutôt  une  réminiscence  de  l'aigle  comme  symbole 
de  Rome. 

La  seule  figure  vraiment  allégorique  de  l'aigle  reste 
donc  le  symbole  de  l'évangéliste  saint  Jean,  dont  il  sera 
question  dans  un  autre  article. 

Les  Barbares  avaient  adopté  le  symbole  de  l'aigle  et 
en  ont  fait  grand  usage  dans  les  phalerœ  pectorales, 
sortes  de  plaques  de  métal  ouvragé  qui  se  portaient  sur 
la  poitrine  comme  ornement,  comme  distinction   mili- 


1  Voir  Wilpert,  Zeitschrift  fur  kathol.  Théologie,  Innsbruck, 
1888,  p.  "160.  —  s  De  Rossi,  Roma  sotterranea,  t.  i,  pi.  xvi.  — 
*Garrucci,  Storia,  t.  iv,  pi.  cci.xxvu,  p.  95.  —  *Le  Blant,  Ins- 
criptions chrétiennes  de  la  Gaule,  t.  i,  p.  158.  —  BDe  Rossi, 
Bullettino,  1891,  p.  47-54.  —  6  Le  Blant,  Sarcophages  chrétiens 
de  la  Gaule,  p.  86,  87, 109, 113, 151, 153.  —  '  De  Rossi,  Bullettino, 
1891,  p.  54;  Kraus,  Geschichte  der  christlichen  Kunst,  t.  I,  p.  110. 
—  *De  Waal,  Der  Sarkophag  des  Jmiius  Bassus,  Rom,  1900, 
pi.  i-ii,  partie  inférieure.  —  "  Kurth,  Die  Mosaiken  der  cliristl. 
Aéra.  1. 1  :  Die  Wandmosaiken  von  Ravenna,  Leipzig,  1902, 
p.  48,  116  sq.,  219,  231.  —  ,0  Kirsch.  Altehristliche  Bteisiegel, 
dans  Rômisclie  Quartalschrift,  1892,  p.  325,  n.  17  du  musée 
de  Naples.  D'autres  exemples  dans  Ficoroni,  /  piombi  antichi, 
pi.  vi,  7;  xiv,  5;  xv,  4,  5;  De  Rossi,  Fibula  d'oru  aquili/orme, 


taire,  parfois  même  comme  harnais  de  luxe  pour  les 
chevaux.  Les  Barbares  empruntèrent  les  phalerœ  aux 
Byzantins.  Outre  les  aigles  trouvées  à  Cas  tel  prèsde  Va- 
lence d'Agcn  et  conservées  au  musée  de  Cluny  (n.  3479), 
il  faut  signaler  l'aigle  d'or  du  trésor  trouvé  à  Petroja 
(Petreosa),  Valachie,  et  qu'on  a  cru  avoir  rait  partie  du 
trésor  d'Athanaric,  roi  des  Visigoths.  mort  en  381.  <<,  Les 
nations  sorties  de  Germanie,  écrit  Ch.  de  Linas,  à  quel- 
que race  qu'elles  appartinssent,  semblent  avoir  eu  pour 
les  oiseaux  isolés  ou  accouplés  une  prédilection  égale  à 
celle  que  les  Celtes  portaient  au  cheval.  Deux  têtes  d'ai- 
gles opposées  ornaient  le  pommeau  d'épée  et  la  bourse 
de  Childéric,  les  fermoirs  d'Euvermeu  offrent  la  même 
terminaison;  enfin,  parmi  les  nombreuses  épingles  et 
fibules  rassemblées  par  les  soins  de  MM.  Cochet  et  Bar- 
dot, sur  dix  de  ces  bijoux  sur  lesquels  figurent  des  ani- 
maux, huit  au  moins  présentent  des  aigles  ou  des  cor- 
beaux n.  »  J.-P.  Kirsch. 

AONOI,  ATvot.  On  appelle  aïvoi  les  trois  psaumes 
cxlviii,  cxlxix,  CL,  qui  se  chantent  vers  la  fin  de  l'office 
de  l'aurore,  opOpoç,  avant  la  doxologie  12.  Le  nom  vient, 
ditGoar18,  du  mot  a'ivEîxe  fréquemment  répété  dans  ces 
psaumes,  ou  encore  de  ce  que  le  premier  commence 
par  aïvEÏTS  :  c'est  ainsi  que  les  rubriques  désignent  sous 
le  nom  de  Kûpis,  âxixpaËa,  l'ensemble  des  quatre  psaumes 
cxl,  CXLI,  cxxix,  cxvi,  à  vêpres,  dont  le  premier  seul 
commence  par  ces  mots. 

Les  trois  derniers  psaumes  du  psautier  faisant  égale- 
ment partie  des  laudes  malutinœ  de  l'Eglise  romaine, 
on  peut  en  conclure  que  leur  emploi  à  cette  place  remonte 
à  une  haute  antiquité.  On  les  trouve  en  ellet  signalés  déjà 
sous  le  nom  d'aïvot  dans  un  récit  u  qui  est  probablement 
de  Jean  Mosch,  c'esl-à-dire  du  VIIe  siècle15. 

Les  dimanches  et  fêles,  les  alvot  sont  précédés  de  ces 
versets  :  IIâ<ja  ■revo))  a'r/eo-ixio  xbv  •/.jpcov  aîveïxs  xbv  x-jptov 
sx  Ttôv  oùpavûv,  oÙvô'.te  ocjxbv  ê;  xo;;  ûiJ/(«TTOtq*  go\  irpÉ7cei 
ûp.voç  tu  8îù).  Les  dimanches  seulement,  ils  sont  suivis 
des  deux  versets  :  'AvâoTïjÔt,  •/.■jpic,  6  Qeo;  jjlou,  û^aiôr^a) 
T)  -/ecp  (jou,  (J.T)  È7u).<x0y;  xàJv  ■Kivrfîuiv  rsu-j  s!ç  xD.oç,  cf.  Ps.  IX, 
33;  'Eijo[Ao),oY7|<Tou.at  trot,  v.'jpis,  Èv  8).ï]  xapotï  jaou, 
6tïiYf,(io(;.ai  nâvxa  ?&  6a'ju.â<riâ  <*ou.  Ps.  ix,  2.  Le  troisième 
psaume  est  toujours  suivi  de  la  doxologie  16. 

Dimanches  et  fêtes,  on  intercale  entre  les  derniers 
versets  des  scïvoi  un  certain  nombre  de  tropaires,  n-.'.yr^à. 
T<ov  aïvwv;  l'usage  est  déjà  signalé  dans  le  récit  de  Jean 
Mosch.  Les  dimanches,  ces  slichères  sont  au  nombre  de 
huit,  les  quatre  premiers  sur  la  résurrection  du  Christ, 
ou  àvaa-xàTijj-a,  les  quatre  autres  appelés  àvaro).txtz. 
Voir  ce  mot.  A  la  doxologie  qui  suit  les  alvoi,  on  dit 
ri<o8ivbv  du  dimanche11  et  le  théotokion  'ï'nepEvÀoXri- 
aÉvo  dira  pjr  sic  18.  Les  autres  jours  de  fêtes,  il  n'y  a  que 
quatre  stichères,  six  si  on  compte  ceux  de  la  doxolo- 
gie. Si  une  fête  coïncide  avec  le  dimanche,  le  typikon 
indique  la  manière  dont  doivent  se  combiner  les  deux 
offices  19. 

Pour  abréger,  les  chantres  se  contentent  souvent,  au 
moins  à  Constantinople,  de  chanter  le  Ilàira  7xvoy)  et  le 
premier  verset  du  Ps.  cxlviii  :  de  là  ils  passent  immé- 


dans  Bull,  délia commissione  archeol.  comunale  di  Roma,  1894, 
p.  158-163;  A.  de  Waal,  Fibulœ  in  Adlerform  aus  der  Zeit  der 
Volkerwanderung,  dans  Romische  Quartalschrift,  1899.  t.  xui, 
p.  324,  pi.  xi.  —  »•  Ch.  de  Linas,  Orfèvrerie  mérovingienne.  Les 
œuvres  de  saint  Éloi  et  la  verroterie  cloisonnée,  in-8%  Paris, 
1864,  p.  119  sq.  —  «  'apaJifyov,  Rome,  1876,  p.  55.  —  '3  Encliolo- 
gium,  Paris,  16V7,  p.  57.  Voir  Sophocles,  Greek  le.cicon,  Boston, 
1870,  au  mot  «-.o:,  et  Clugnet,  Dictionnaire  grec-français  des 
noms  liturgiques,  Paris,  1895.  au  mot  ïf6po«  (quelques  inexacti- 
tudes dans  les  deux).  —  "  Pitra,  Juris  ecclesiast.  Grmcorum 
histor..et  monum.,  Rome,  1864,  t.  I,  p.  220.  —  <SE.  Bouvy, 
Poètes  et  mélodes,  Nimes,  1880,  p.  243.  —  '•  'fifoMfiov,  p.  56.  — 
»  Q«f«xii)-«xVi,  Rome,  1885,  p.  706  sq.  —  '•  *Q(oMr'»v<  P-  5&  — 
••Tuitaoy,  Constantinople,  1888,  p.  24-27. 


1039 


AINOI    —   AIX-LA-CHAPELLE 


1040 


diatement    aux    versets    qui    seront    accompagnés    de 
sticlières. 

En  dehors  des  dimanches  et  fêtes,  les  alvot  ne  sont 
plus  chantés,  mais  simplement  lus  par  le  prêtre  qui 
préside  au  chœur.  S.  Pétridès. 

AIX  (manuscrits  LITURGIQUES).  La  bibliothè- 
que de  la  ville  d'Aix  ne  possède  pas  de  manuscrits 
liturgiques  anciens,  mais  elle  possède  le  très  intéressant 
missel  de  l'église  Saint-Sauveur  d'Aix,  connu  sous  le 
nom  de  «  missel  de  Murri  »  '.  On  y  lit  à  la  page  829  : 
Explicit  ordo  missalis  secundum  cousue tudinem  sancle 
Aqucnsis  ecclesie.  Quod  missale  scriptum  fuit  per  vie 
Jacobum  Murri,  clericum  beneficiatum,  sub  anno 
Domini  MCCCCXIII  et  die  ultima  niensis  aprilis.  Ce 
livre  est  magnifiquement  enluminé;  il  a  été  décrit  d'une 
manière  étendue,  au  point  de  vue  des  particularités 
liturgiques  qu'il  renferme,  dans  le  Catalogue  général 
des  manuscrits  des  bibliolltèques  publiques  de  France, 
t.  XVI,  Aix,  par  Albanès  (1894),  p.  6-11.  L'époque  tar- 
dive de  la  rédaction  de  ce  missel  rend  les  formules 
liturgiques  qui  s'y  rencontrent  étrangères  à  nos  re- 
cherches. 

7.  Evangeliarium,  ms.  du  Xe  siècle,  sur  vélin,  de 
286  pages  et  primitivement  de  140  feuillets,  mesurant 
322  sur  230  millim.  —P.  21.  Table  des  évangiles  qui  se 
lisent  à  la  messe,  à  chaque  jour  et  à  chaque  fête,  avec 
Vincipit  et  le  desinit.  —  Dans  les  anciens  feuillets  de 
ganle  on  lit  :  p.  3.  un  acte  de  consécration  de  l'<  j 
Saint-Sauveur,  en  1103;  une  consécration  de  l'autel  de 
la  Résurrection,  en  1110;  p.  282  :  Oralio  posl  manda- 
tum.  H.  ^ECl  frcq. 

AIX-LA-CHAPELLE.  -  Comme  résidence  deChar- 
lemagne  et  capitale  pendant  un  temps  de  l'empire  caro- 
lingien, celle  ville  (Aquis,  Aquis-Granuni)  jouit  d'une 
grande  importance.  Charlemagne  y  fit  construire  la 
célèbre  chapelle  palatine,  copiée  sur  l'église  byzantine 
de  Saint-Vital  de  Ravenne.  imitation  maladroite,  qui 
n'avait  même  pas  le  mérite  de  la  fidélité2  (fig.  251 
et  252). 

Il  se  tint  à  Aix-la-Chapelle  sous  Charlemagne  et  son 
successeur  plusieurs  synodes.  Nous  laissons  de  côté  les 
questions  canoniques  ou  purement  théologiques  qui  y 
furent  traitées,  ou  lus  questions  de  politique  religieuse 
qui  ne  sont  pas  non  plus  de  notre  domaine.  Nous  ne 
parlerons  pas  davantage  de  quelques  règlements  ecclé- 
siastiques qui  n"ont  pas  grande  valeur  pour  l'histoire  de 
la  discipline  on  de  la  liturgie11.  Enfin  aux  mois  :  Capi- 
tulaires,  Chanoines,  Moines,  Moniales,  nous  aurons 
l'occasion  de  traiter  dans  leur  ensemble  les  prescriptions 
qui  ont  quelque  importance  pour  notre  sujet.  Il  nous 
reste  à  parler  dans  cet  article  du  fameux  synode  de 
l'an  817  qui  se  tint  sous  Louis  le  Débonnaire  in  domo 
Aquisgrani  palatii  qusc  ad  Lateranis  dicitur,  et  qui, 
sous  l'impulsion  de  saint  Benoit  d'Aniane,  inaugura 
une  législation  monastique  plus  sévère  el  plus  uni- 
forme4. 

Le  concile  décrète  d'abord  que  lovs  les  moines  de 
l'empire  suivront  la  règle  et  la  liturgie  bénédictine 
(can.  3).  Depuis  sa  promulgation  au  Mont-Cassin  vers  le 
commencement  de  VIe  siècle,  la  règle  de  saint  Benoit 
avait  peu  à  peu  gagné  du  terrain  dans  les  monastères 
occidentaux,  en  Italie,  en  Gaule,  en  Allemagne,  en  An- 

■N.  11  du  Catalogue  général  îles  manuscrits,  <  If.  de  Rivières, 
Un  calendrier  liturgique  de  l'hôtel  de  ville  d'AIbi  et  un  ca- 
lendrier de  Rabastens,  dans  le  Huit,  de  la  Soc.  arch.  du  midi 
de  la  France,  1898,  p.  148-154  :  le  même,  Deux  calendriers 
liturgiques  de  l'église  cathédrale  d'AIbi,  dans  le  recueil  cité, 
1896,  p.  70-82.  —  'Enlart,  Manuel  d'archéologie  française,  in-8", 
1902,  t.  i.  Architecture  religieuse,  p.  153,  154,  164.  Cf.  Dehio  et 
Bezold,  Die  kirchl.  BaukufUt  des  Abendlandes,  in-8\  Stuttgart, 
181)2,  t.  I,  p.  15;>  ;  Palaat  Kapelle  zu  Aaclien,  et  dans   l'Atlas 


gleterre,  même  en  Espagne;  elle  s'était  imposée  de  plus 
en  plus,  rejetant  au  second  plan  les  autres  législations 
monastiques. 
Elle  donnait  à  l'institution  cénobitique  son  unité.  Les 


251.  —  Chapelle  palatine  d'Aix-la-Chapelle. 
D'après  Enlart,  Manuel  d'archéologie,  t.  i.  p.  164. 

Carolingiens,  notamment  Charlemagne,  avaient  aidé  à  ce 
mouvement  vers  l'uniformité;  saint  Benoit  d'Aniane  et 
le  concile  d'Aix-la-Chapelle  inauguraient  bien  moins 
un  ordre  de  choses,  qu'ils  ne  confirmaient  ce  qui  exis- 
tait déjà  et,  comme  l'explique  Mabillon,  le  canon  avait 
surtout  pour  but  de  faire  observer  toutes  les  prescriptions 
d'une  règle  déjà  universellement  adoptée,  et,  au  besoin, 
de  les  compléter.  A  partir  de  ce  moment  jusque  vers  le 
xi°  siècle,  on  peut  dire  que  le  nom  d  se  confond 

avec  celui  de  bénédictins,  tous  les  moines  d'Occident, 
presque  sans  exception,  suivant  la  règle  de  saint  Benoit6. 
Voir  Bénédictins,  Moines. 

Un  canon,  Le  69°,  ajoute  à  l'heure  de  prime  l'office 
qui  suit  au  chapitre,  avec  lecture  du  matyrologe,  de  la 
règle  ou  des  homélies.  L'heure  déprime,  au  moins  telle 
qu'elle  esl  entendue  en  Occident,  est  d'origine  toute 
monastique.  Après  la  psalmodie,  on  se  rendait  au  cha- 
pitre, on  y  donnait  les  avis,  on  y  faisait  parfois  une  ins- 
truction; on  plaça  d'ordinaire  à  ce  moment  la  lecture 
de  la  règle,  on  lisait  aussi  le  martyrologe,  le  nom  des 
bienfaiteurs  dé<  rologe),  on  distribuait  le  travail 

manuel  pour  la  journée.  Cet  appendice  de  prim. 
impose  ensuite  aux  chanoines  et  même  à  tout  le  clergé 
séculier.  Il  porte  dans  la  liturgie  romaine  la  trace  de  sa 

folio,  pi.  40,  p.  13;  Ch.  Hùbsch.  Monuments  de  tare! 
ture  chrét.  depuis  Constantin  jusqu'à  Charlemagne.  trad. 
Gueiber,  in-fol.,  Paris,  1866,  pi.  xi  ix.  1-4.  —  3  Hartzheim 
cil.  Germ.,  Cologne.  1759,  t.  I  et  il;  Binterim,  Deutsche  Conci- 
lien,  t.  Il,  p.  359  sq.  :  Mansi.  Concilia,  t.  \m  et  xiv.  -  »  Mansi, 
Concilia,  t.  xiv.  p.  148  sq.;  Hefele,  Hist.  des  conciles,  trad. 
Delarr.  t.  \.  p.  218  sq  -  'Mabillon,  Prsefation.es  et  dis- 
sertntiones,  in-i\  Tridenti.  1724.  p.  25  sq..  2<>9,  216,  sur- 
tout 220. 


4041 


AIX-LA-CHAPELLE 


AKHMÎN 


1042 


destination  primitive,  prière  du  travail  manuel,  opéra 
manuum  nostrarum  dirige  super  nos,  verset  de 
lecture  martyrologique,  Pretiosa  in  conspectu  Do- 
mini,  etc.  '. 

L'usage  n'étant  pas  encore  établi  de  conférer  le  sacer- 
doce à  tous  les  moines,  les  canons  48e  et  62e  règlent 
certaines  questions  au  sujet  des  bénédictions.  Celle  qui 
suit  complies  est  réservée  au  prêtre;  l'abbé,  le  prieur  ou 
le  doyen,  même  s'ils  ne  sont  pas  prêtres,  peuvent  donner 
à  l'office  toutes  les  autres  bénédictions. 

Les  prêtres  (du  monastère)  peuvent  seuls  aussi  donner 
les  eulogies  aux  frères  au  réfectoire  (can.  68).  Ce  terme, 


l'office  des  défunts,  canon  50".  On  suporime  l'invita- 
toire  et  le  gloria  à  cet  office.  Ces  allusions  à  l'office 
des  morts  ont  aussi  leur  importance.  Voir  Office  des 
morts. 

Tous  ces  règlements  liturgiques  nous  indiquent  une 
étape  dans  l'histoire  des  heures  canoniales  et  de  la  for- 
mation du  bréviaire. 

Le  canon  33e  maintient  la  vieille  coutume  liturgique 
du  lavement  des  pieds  pour  le  carême  et  pour  le  jeudi 
saint. 

Enfin  le  45"  canon,  qui  concerne  les  écoles  monastiques, 
prescrit  la  création  d'une  seule  école  dans  le  monastère 


252.  —  Chapelle  palatine  d'Aix-ta-Ghapelle,  Coupe  longitudinale.  D'après  Enlart,  Manuel  d'archéologie,  t.  I,  p.  153. 


qui  a  été  employé  avec  des  sens  différents  dans  l'anti- 
quité (voir  Eulogies),  désigne  ici  les  pains  ou  les 
gâteaux  bénits  durant  la  messe. 

On  voit  par  ce  règlement  et  le  précédent,  qu'on 
avait  été  obligé  sur  quelques  points  de  préciser  les. 
dispositions  que  saint  lienoit  avait  prises  dans  sa  règle 
au  sujet  des  prêtres  et  de  la  place  qu'ils  devaient 
tenir    dans   le    monastère    (Régula    Sancti    Benedicti, 

C    L1V]  '-'. 

L'addition  du  temps  de  la  septuagésime  au  carême 
qui  était  assez  récente  préoccupait  les  esprits,  comme 
on  le  voit  par  la  correspondance  de  Charlemagne  et 
d'Alcuin.  Voir  Alcuin,  col.  1089.  Le  canon  30e  ordonne 
de  suspendre  le  chant  de  l' Alléluia  dès  la  septuagésime, 
ce  qui  rattachait  plus  étroitement  ce  temps  au  carême 
et  lui  donnait  une  même  couleur  liturgique.  Voir  Sep- 
II  M.:  MME. 

On  prescrit  des  psaumes  spéciaux  à  réciter  pour  les 
défunts  et  pour  les  bienfaiteurs,  ce  qui  est  l'origine  de 

'  Cf.  dom  S.  Baiimer,  Gesch.  des  Breviers,  p.  253,  261  sq.  — 
-Matiillon,  Pr&fatio  in  sseculum  m  beiœdictinum,  toc.  cit., 
p.  121,122. 


pour  les  oblali.  Il  y  avait  eu  souvent  auparavant  deux 
écoles,  la  schola  interna  pour  les  moines  et  la  scliola 
externa  pour   les   gens   de  l'extérieur.   Voyez   Écoles 

MONASTIQUES,  ÛBLATS.  W.    HENRY. 

AKHiVISN.  —  I.  La  nécropole.  II.  Les  tapisseries. 
III.  Les  menus  objets. 

I.  La  nécropole.  —  Akhmîn,  ville  de  la  Haute-Egypte, 
située  sur  les  bords  du  Nil,  a  fourni  dans  les  dernières 
années  du  xix«  siècle  des  documents  et  des  monuments 
dont  il  y  a  lieu  de  parler  ici. 

«  Jamais  cimetière  antique,  écrit  M.  Maspero,  ne 
mérita  mieux  que  celui  d  Akhmîn  le  nom  de  nécropole  : 
c'est  vraiment  une  ville  dont  les  habitants  se  comptent' 
par  milliers,  et  se  lèvent  tour  à  tour  à  notre  appel  sans 
que  le  nombre  paraisse  en  diminuer  depuis  quinze  mois. 
J'ai  exploré  la  colline  sur  une  longueur  de  trois  kilomètres 
au  moins,  et  partout  je  l'ai  trouvée  remplie  de  restes 
humains.  Non  seulement  elle  est  percée  de  puits  et  de 
chambres,  mais  toutes  les  fissures  naturelles,  toutes  les 
failles  du  calcaire  ont  été  utilisées  pour  y  déposer  les 
cadavres.  Les  puits  sont  d'ordinaire  assez  protonds. 
Quelques-uns  descendent  à  quinze  ou  vingt  mètres  et 


1043 


AKlIMiN 


lo44 


ont  plusieurs  étages:  tel  d'entre  eux  a  huit  ou  dix  petites 
chambres  superposées  et  dans  chaque  chambre  une 
douzaine  de  cercueils.  On  est  tenté  de  croire  au  premier 
abord  que  sont  là  des  sépultures  de  famille,  mais  il 
n'en  est  rien.  Les  noms,  les  titres,  les  généalogies  ins- 
crites sur  les  couvercles  indiquent  presque  autant  de 
familles  diverses  qu'il  y  a  de  momies,  et  les  générations 
successives  d'une  même  race  sonl  disséminées  à  travers 


de  plus  en  plus  anciennes,  une  de  la  vi«  dynastie,  plu- 
sieurs de  la  xvmc  et  même  du  règne  des  rois  hérétiques, 
celles-ci  violées  dès  l'antiquité  et  changées  en  véritables 
charniers.   Les   habitants  d'Akhmîn,    comme   ceux    de 


258.  -  Tapisserie  co|jte. 
D'après  Gerspach,  Les  tapisseries  cuptes,  pi.  i. 

les  quartiers  différents.  Les  grottes  surtout  ont  l'aspect 
de  fosses  communes.  Les  simples  momies,  emmaillotées 
mais  sans  cercueil,  sont  empilées  sur  le  sol  par  lits  ré- 
guliers, comme  le  bois  dans  les  chantiers.  Par-dessus, 
on  a  entassé  jusqu'au  plafond  les  momies  à  cartonnage 
et  à  gaine  de  bois  :  tous  les  objets  qui  leur  apparte- 
naient sont  jetés  au  hasard  dans  1  épaisseurdes  conclu  is, 
tabourets,  chevets,  souliers,  boites  à  parfum,  vases  à 
collyre,  et,  pour  ne  rien  perdre  de  l'espace,  on  a  enfoncé 
de  force  les  derniers  cercueils  entre  le  plafond  et  la 
masse  accumulée,  sans  s'inquiéter  de  savoir  si  on  les 
endommageait  ou  non.  Les  premières  momies  décou- 
vertes en  face  d'Kl-Hawawish  étaient  d'époque  grecque, 
et  je  pensai  d'abord  que  la  nécropole  entière  était  des 
bas  temps.  Mais  au  fur  el  à  mesure  que  le  champ  des 
fouilles  s'élargissait   nous  avons  rencontré  des  tombes 


254.  —  Tapisserie  copte,  Colombe? 
D'après  Gerspach,  Les  tapisseries  captes,  n.  62. 

Thèbes,  ne  se  faisaient  aucun  scrupule  de  déposséder  les 

momies  d'autrefois  et  les  familles  éteintes  pour  s'empa- 
rer de  leurs  tombeaux.  La  plupart  des  chambres  ont  dû 
changer  dix  fois  de  maître  avant  de  recevoir  ceux  que 
nous  y  trouvons  aujourd'hui.  En  résumé,  la  partie  que 
nous  avons  explorée  aujourd'hui  était  plutôt  un  cime- 
tière de  petites  gens,  bourgeois  aisés,  prêtres  de  rang 


pte. 
D'après  !  ■"  tber-und  Texiilfunde 

Achmim-Panopolis,  pi.  VI,  n.  8. 


secondaire,  gens  de  métier.  L'entassement  des  corps  et 
le  peu  de  soin  avec  lequel  ils  ont  été  traités  ne  s'expli- 
queraient pas  aisément  si  les  documents  contemporains 
ne  nous  fournissaient  pas  les  renseignements  les  plus 
précis  sur  la  manière  dont  l'entretien  et  le  culte  des 
morts  étaient  réglés.  Les  riches  seuls  avaient  le  prit 
d'occuper  une  chambre  isolée  el  de  s'assurer  par  des 
fondations  pieuses  les  prières  d'un  prêtre  spécial;  le» 


1045 


AKHMÎN 


10  iG 


gens  de  fortune  et  de  classe  moyennes  confiaient  les 
momies  de  leurs  parents  à  des  entrepreneurs,  aftiliés  au 
sacerdoce,  qui  les  logeaient  dans  les  magasins,  et 
moyennant  une  rente  annuelle,  ou  une  somme  payée 
une  fois  pour  toutes,  se  chargeaient  de  veiller  à  leur 
conservation  et  de  c  lébrer  pour  elles  les  cérémonies 
canoniques  aux  jours  fixés  par  la  loi  religieuse.  Ces 
magasins  constituaient  une  propriété  qu'on  pouvait 
acheter  ou  vendre  comme  la  propriété  ordinaire  :  il 
fallait  seulement  joindre  à  l'acte  de  vente  la  liste  nomi- 
native des  momies  actuellement  présentes  et  dont  cha- 
cune représentait  pour  les  parties  une  valeur  plus  ou 
moins  bonne,  selon  le  rang,  les  conditions  du  contrat 
passé  avec  les  familles,  la  position  de  ces  familles  même. 
Celles-ci  en  effet  finissaient  par  changer  de  résidence  ou 
par  s'éteindre,  ou  se  iaiiguaient   de  payer   une   rente 


qui,  à  partir  du  Ve  siècle,  devint  la  croyance  de  la 
presque  totalité  de  la  nation  copte.  Quoi  qu'il  eu  soit  de 
l'orthodoxie  des  individus,  les  nombreux  débris  qui 
nous  sont  parvenus  de  leur  civilisation  offrent  un  sujet 
d'étude  dont  nous  ne  ferons  que  signaler  ici  les  prin- 
cipaux aspects  2. 

II.  Les  tapisseries.  —  Le»  Coptes  ont  été  probable- 
ment les  premiers  chrétiens  de  la  vallée  du  Nil,  ils  for- 
maient un  groupe  ethnique  sur  l'origine  duquel  on 
n'est  pas  absolument  fixé,  mais  on  doit  constater  leur 
activité  et  leur  habileté.  Strabon  les  a  signalés  pour 
leur  adresse  comme  tisserands,  ils  ne  nous  paraissent 
pas  aussi  remarquables  dans  les  autres  industries  dont 
les  produits  sont  arrivés  jusqu'à  nous;  rien  n'empêche 
de  croire  cependant  qu'à  une  époque  où  les  arts  perdaient 
partout  de  leur  ancienne  perfection,  les  Coptes  aient  pu 


257.  —  Tapisserie  copte.  D'après  Gerspach,  Les  tapisseries  coptes,  n.  108. 


pouf  des  ancêtres  qu'elles  n'avaient  jamais  connus  ;  les 
magasins  s'encombraient  sans  cesse  de  corps  nouveaux, 
les  vieilles  momies  étaient  reléguées  à  l'arrière-plan, 
puis  devenaient  gênantes.  On  les  emportait  alors,  pour 
les  enterrer  définitivement  dans  quelque  coin,  et  là 
encore  le  plus  ou  moins  d'égards  qu'on  leur  témoignait 
était  proportionné  à  leur  fortune.  Les  riches  descen- 
daient dans  les  puits  et  avaient  une  place  à  elles  dans 
une  chambre  particulière;  les  pauvres  allaient  à  la 
tombe  commune,  et  comme  le  terrain  était  aussi  pré- 
cieux dans  ces  cimetières  qu'il  l'est  dans  lès  nôtres,  on 
les  empilait  les  uns  sur  les  autres  sans  crainte  de  les 
briser  * .  » 

Païens  et  chrétiens  sont  les  uns  sur  les  autres  et  il 
n'est  pas  possible  de  dire  avec  certitude,  pour  un  grand 
nombre  d'objets  dont  le  symbolisme  ou  la  destination 
ne  révèle  pas  clairement  l'origine,  à  qui  ils  ont  appar- 
tenu. En  outre,  parmi  ces  momies,  un  grand  nombre 
nous  représentent  des  hommes  qui  appartinrent  aux 
sectes    hérétiques,  particulièrement   à   l'eutychianisme 

1  G.  Maspero,  Report  on  his  latest  Excavations  in  Egijpt, 
dans  The  Academy,  1885,  n.  693,  p.  109.  —  !  L'attitude  des 
squelettes  trouvés  à  Akhmîn  et  dans  quelques  autres  localités  de 
la  Haute-Egypte,  ainsi  que  plusieurs  pièces  du  mobilier  funéraire 
ont  été  décrites  et  comparées  avec  les  plus  anciennes  sépultures 
trouvées  en  Europe.  Cf.  R.  Fdrrer,  Uber  Stciuzeit-Hockergrdber 
tu  Achmim,  Naqada,  etc.,  in  Ober  Aegypten  und  ïtber  curo- 


se  trouver  à  la  tète  de  la  civilisation  en  Egypte  jusque 
vers  le  xi«  siècle  de  notre  ère. 

Les  hypogées  d'Akhmin  nous  ont  apporté  des  monu- 
ments entièrement  nouveaux  pour  l'histoire  de  la  tapis- 
serie. Jusqu'à  leur  exploration,  l'archéologie  assignait  à 
l'ancienne  tapisserie  connue  et  conservée  par  frag- 
ments dans  quelques  musées,  la  date  du  xie  siècle3. 
Cependant  M.  Stephani  trouva  en  Crimée  une  série  de 
tissus  dont  quelques-uns  parurent  remonter  au  IVe  siècle 
avant  notre  ère.  Beaucoup  plus  avant  dans  le  passé  on 
pouvait  montrer  sur  les  peintures  de  l'hypogée  de  Beni- 
Ilassan-el-Gadim,  environ  3000  ans  avant  notre  ère,  un 
métier  à  tisser  dont  les  organes  essentiels  étaient  sem- 
blables à  ceux  du  métier  actuel  des  Gobelins;  mais  la 
nécropole  d'Akhmin  permet  d'étudier  les  origines  de  la 
tapisserie  avec  une  profusion  de  monuments  que  l'on  ne 
pouvait  espérer.  «  Les  plus  anciens  et  les  plus  nombreux 
tombeaux  renfermant  des  tapisseries  sont  du  IIe  ou  du 
IIIe  siècle  après  Jésus-Christ;  les  plus  récents  paraissent 
être  du  vine  ou  du  IXe;  le  musée  des  Gobelins  possède 

pdische  parallelfunde ,  in-S\  Strasburg,  1901.  Pour  les  noms 
des  momies  :  Wilh.  Spiegelberg,  Aegyptische  und  griechische 
Eigennamen  aus  Mumieneliketten  der  romiachen  Kaiser- 
zeit  ;  auf  Grund  von  grossenteils  unverrôffentlichen  Mate- 
rial  gesammett  und  erlâutert,  in-8\  Leipzig,  1901.  —  3  C'est 
la  tapisserie  provenant  de  l'église  de  Saint-Géréon,  de  Co- 
logne. 


1047 


AKIIMÎN 


4048 


une  pièce  dont  la  trame  est  en  soie  sans  mélange.  Ce 
morceau  est  postérieur  au  vme  siècle,  époque  où  la  soie 
apparaît  pour  la  première  tois  clans  les  tapisseries 
égyptiennes.  On  peut  donc  admettre  que  les  tapisseries 
coptes  recueillies  jusqu'à  ce  jour  sont  du  IIe  au  ixG  siècle 
de  notre  ère;  rien  dans  la  comparaison  des  styles  et  les 
rapprochements  ne  s'oppose  à  ces  limites  ».  »  La  décou- 
verte des  tapisseries  d'Akhmîn  doit  modifier  l'opinion  que 
l'on  s'était  faite  d'après  les  textes  sur  la  nature  des 
tissus  employés  par   la   cour    d'Orient.  On  s'accordait 


258.  : 

P'après  Forrer,  Die  frùhchrisllichen  AlterthiXmer, 
pi.  in,  n.  5. 

généralement  à  interpréter  ces  textes  dans  le  sens  d'él 
brochées  ou  brodées.  Nous  savions  que  Constantin 
portait  en  cérémonie  une  tunique  de  tissu  d'or  avec  des 
Heurs  tissées.  L'empereur  t  lia  tien  fit  don  à  Ausone  d'une 
tunique  dans  laquelle  était  M^sé  le  portrait  de  Constan- 
tin. Enfin  nous  lisons  dans  un  sermon  de  saint  Astère 
d'Amasée  :  «  Dès  qu'on  eut  inventé  l'art  aussi  vain 
qu'inutile  du  tissage  qui,  rivalisant  avec  la  peinture,  sait 

'M.  Gerspach,  Les  ta)  in-4*,  Paris,  '1890,  p.  2. 

Cet  ouvrage  contient  lê:f  reproductions.  Ni>hs  croyons  utile  de 
donner  in  quelques  détails  techniques,  t. os  huisseries  coptes  pré- 
sentent nombre  d'analogies  avec  les  tapisseries  des  Gobelins.  Elles 
ont  été  fabriquées  sur  des  métiers  placés  dans  le  sens  vertical,  mais 
dont  le  cadre  était  assez  étroit;  certains  indices  feraient  croire 
que  l'ouvrier  était  installé  devant  la  chaîne  et  non  derrière,  ce 
qui  est  le  cas  du  tapissier  an  Pour  la  chaîne,  on  em- 

ployait le  lit  le  lin  écru;  cependant  on  trouve,  mais  exceptionnelle- 
ment, la  chaîne  en  laine  teintée.  La  trame  est  en  laine,  rarement 
en  laine  et  en  lin  ;  dans  un  cas  elle  est  en  soie.  La  finesse  du  tissu 
diffère  suivant  l'écartement  donné  aux  fils  de  la  chaîne.  Aux  Go- 
belins on  travaille  avec  9  et  10  lils  au  centimètre,  dans  les  tapisse- 
ries coptes  les  chaînes  sont  de  18,  12,  11,  9,  8  ou  6  fils  au  centi- 
mètre. Les  tapisseries  faisaient  partie  du  tissu  même.  On  remarque 
divers  artifices  d'un  usage  constant  dans  la  fabrication  moderne 
tels  que  relais,  o  est-à-dire  des  solutions  de  continuité,  et  Hures, 
c'est-à-dire  croisement  de  fils  de  trame.  L'une  des  caractéristiques 
consiste  en  des  dessins  très  fins  tracés  en  lin  écru  sur  des  fonds 
de  couleur  brune  uu  pourpre.  Ces  dessins  sont  produits  au  moyen 
d'une  broche  volante  que  le  tapissier  faisait  sauter  d'un  point  à 
■n  autre,  dans  le  sens  de  la  chaîne  ;  aujourd'hui  on  n'emploie 


rendre  dans  les  étoffes,  par  la  combinaison  de  la  chaîne 
et  de  la  trame,  les  figures  de  tous  les  animaux,  ils  ache- 
tèrent avec  empressement,  tant  pour  eux  que  pour  leurs 
femmes  et  leurs  enfants,  des  habillements  couverts  de 
fleurs  et  offrant  des  images  d'une  variété  infinie...  On  y 
voit  des  lions,  des  panthères,  des  ours,  des  taureaux, 
des  chiens,  des  forêts,  des  rochers,  des  chasses,  en  un 
mot  tout  ce   que  le  travail  du   peintre  peut  produire 


--  Pyxide  en  l"is. 
D'après  Forrer,  Die  frûhchristlichen  Allerlhùmer, 
pi.  xi,  n.  6. 

pour  imiter  la  nature...  Les  pî n3  pi<  us  de  ces  hommes 
opulents  empruntent  les  objets  aux  évangiles  -.  » 

Le  style  est  quelquefois  original;  mais  il  se  rattache 
souvent  à  la  décoration  romaine  et  à  l'art  oriental. 
Ouelques  morceaux  sont  d'une  facture  excellente  et 
montrent  l'influence  de  l'antiquité.  Le  fragment  que 
nous  donnons  ici  n'est  malheureusement  pas  assez  dé- 
veloppé pour  permettre  de  ressaisir  l'ensemble  de  la 

plus  les  ressauts.  «  Les  tapisseries  égyptiennes  et  celles  des 
Gobelins,  écrit  M.  Gerspach,  résultent  d'un  travail  tellement 
identique,  sauf  pour  quelques  détails  secondaires,  que  j'ai  pu, 
sans  difficulté,  faire  reproduire  des  copies  par  les  élèves  de  notre 
école  de  tapisserie  [aux  Gobelins],  »  Ibid.,  p.  8.  Pour  la  tech- 
nique, voir  R.  Forrer,  Die  Gràber-und  Texiilfunde  von  Achmtn 
Panopolis,  in-V,  Strassburg,  1891,  pi.  xi.  xii.  La  planche  xi 
cuntient  des  reproductions  très  instructives  pour  mentrerla  pf  - 
lection  à  laquelle  les  tapissiers  d'Akhmîn  de  l'époque  romaii  i 
étaient  parvenus.  Cf.  Fr.  Bock,  Wegweiser  durch  die  levantint 
che  Ausstellung,  in-8°,  Kôtn,  1885;  \  Essenwein,  Mittheilung. 
des  germon.  Nat.-Museum,  in-V.  Munich,  1892,  t.  il,  p.  £  ; 
A.  Ricgl.  Die  agi,,  Mfande  des  k.  bsterr.  UuseutA, 

in-8\  W'ien,  1889;  R.  Forrer,  Versitch  einer  Classification  der 
anlik-koptischen  Texiilfunde,  in-ï\  Strassburg,  1889;  Kr.  Bock, 
Die  textilcn  Byssus-Reliquien  des  chrisllichen  Abcndlandes, 
aufbewahrt  in  den  Kirchen  tu  K6ln,  Aachen,  CornelimUnster, 
Main:  mal  Prag..  in-8%  Aad  -a.  R.  Forrer,  Ma 

Textilien  von  Achmim  und  ihr  \  tu  den  Kata 

benmalereien,  dans  Die  fruhehristlichen  Attertfcumer  aus 
dent  Gr&berfelde  von  Achmim-Panopotis,  in-4',  Strassburg, 
1893,  p.  21. 


Dict.  d'  Archéologie. 


LETOUZEY  et  ANE,  Editeurs. 


TAPISSERIE  D'AKHMIN,(IVE  SIÈCLE) 

d'après  K.I,'()KRKI\,Die  Graeber-und  Textilfunde  von  Achmim,  pi. XVI. 


1049 


AKHMiN 


1050 


composition  tel  qu'il  est,  on  peut  toutefois  le  rapprocher 
de  la  fresque  du  plafond  de  la  capella  greca  dans  les 
catacombes1  (lig.  253).  L'attitude  n'est  pas  sans  analogie 
et  les  enroulements  de  pampre  sont  un  des  motifs  les 
plus  appréciés  de  la  symbolique  chrétienne  primitive. 
La  tapisserie  "est  à  deux  couleurs,  les  clairs  sont  en 
jaune  pâle,  les  parties  foncées  en  brun.  Nous  ne  pré- 
tendons pas  sur  un  si  faible  indice  attribuer  à  l'art  des 
chrétiens  ce  beau  fragment,  mais  il  n'en  a  pas  moins 
d'intérêt  à  nos  yeux,  car  il  est  possible  que  le  carton 
emprunté  à  quelque  vase  ou  à  une  mosaïque  soit  d'in- 
spiration chrétienne.  Le  recueil  de  M,  Gerspach  contient 
des  sujets  tels  que  ceux-ci  :  Centaure  jouant  de  la  ci- 
thare (pi.  2),  Persée  délivrant  Andromède  (pi.  3),  que 
nous  ne  voyons  pas  de  raison  d'attribuer  à  un  atelier 
chrétien.  Les  tapisseries  polychromes  forment  une  sé- 
rie de  date  postérieure,  mais  ici  encore  il  semble  que 
l'art  de  la  tapisserie  à  Akhmin  soit  en  relation  avec 
des  pièces  fabriquées  à  une  époque  moins  reculée 
peut-être,  mais  d'origine  différent^  par  exemple,  une 
figure  de  femme  représentée  en  buste  (pi.  83)  semble 
du  IVe  siècle  par  comparaison  avec  le  style  des  tapisse- 
ries de  Dionysios  et  d'Ariande  de  la  collection  Graf,  à 
Vienne. 

Dans  cette  série  le  dessin  est  assez  médiocre,  le  motif 
ornemental  est  bien  supérieur  au  modèle  vivant,  qui 
témoigne  d'une  inhabileté  déplorable.  Les  animaux  sont 
dans  des  postures  d'une  ignorance  inouïe,  l'idée  de 
l'équilibre  a  disparu,  quant  à  l'anatomie  il  n'en  est  plus 
question.  Le  seul  objet  qui  présente  un  dessin  satisfai- 
sant et  témoigne  d'une  observation  attentive  de  la  na- 
ture est  un  oiseau  grapillant  quelques  graines.  Est-ce 
un  sujet  chrétien,  une  colombe?  Peut-être  (fig.  253). 

D'autres  sujets  confirment  ce  que  nous  observons  gé- 
néralement partout  au  Ve  siècle.  L'unique  manière  de 
représenter  le  modèle  vivant  devient  le  profil,  dût-il  en 
résulter  la  dislocation  du  personnage  (pi.  75,  76). 

Nous  ne  voudrions  pas  cependant  enlever  aux  tapis- 
siers d'Akhmin  quelque  chose  de  la  réputation  légitime 
due  à  leur  talent.  Un  recueil  tiré  à  petit  nombre  d'exem- 
plaires et  qui  n'a  pas  été  mis  dans  le  commerce1  nous 
permet  de  porter  sur  les  artistes  qui  composèrent  cer- 
taines pièces  à  l'époque  romaine  le  jugement  le  plus 
favorable.  Des  gladiateurs  2,  une  amazone3,  un  génie4, 
sont  d'excellents  morceaux  ;  une  frise  composée  de  bustes 
isolés  chacun  dans  une  volute  rappelle  certains  plafonds 
en  mosaïque  du  baptistère  de  Sainte-Constance,  à 
Rome5. 

Un  fragment  nous  offre  un  dessin  intéressant  pour 
l'histoire  du  symbolisme.  Deux  agneaux  broutent  les 
basses  branches  d'un  arbre  dans  lequel  sont  perchées 
des  colombes  (fig.  255). 

Un  portrait  entouré  d'une  auréole  et  qui,  au  jugement 
de  R.  Forrer6,  pourrait  être  celui  de  Constantin  est  du 
plus  grand  intérêt  (fig.  256).  Il  appartient  à  la  première 
période  de  l'art  byzantin  et  nous  donne  la  meilleure  idée 
de  l'art  du  portraitiste  chez  les  tapissiers  d'Akhmin.  On 
peut  rapprocher  de  ce  portrait  la  mention  de  celui  que 
l'empereur  Gratien  offrit  à  Ausone  7. 

La  période  suivante  marque  un  rapide  progrès  vers 
la  décadence.  «  Jusqu'ici  le  dessin  est  clair  et  lisible , 
maintenant  nous  arrivons  à  une  suite  inférieure,  les 
lignes  se  compliquent  et  les  formes  deviennent  épaisses  ; 
c'est  Dieu  le  Père,  ce  sont  des  saints  nimbés,  disposés 
en  compartiments  ou  en  médaillons  comme  dans  les  mo- 

1  R.  Forrer,  Die  Gràber-und  Textilfunde  von  Achmim- 
Panopolis,  in-4%  Strassburg,  1891.  —  -  Ibid.,  pi.  Il,  n.  2.  — 
3Ibid.,  pi.  Il,  n.  3.  —  *  Ibid-,  pi.  II,  n.  1.  —  5  Ibid.,  pi.  u,  n.  5. 
—  °  Ibid.,  pi.  xvi,  p.  8  ;  le  même,  Ueber  antike  Portraits  aus 
der  rômischen  Kaiserzeit,  dans  Antiquitàten  Zeitschrift, 
Strassburg,  n.  30-31.  —  'R.  Foirer,  Die  Grâber,  p.  24  :  Die 
Farben  weisen  in  Verbindung  mit  der  noch  vorzùglichen  Mo- 
dellirung  auf  die  frithbyzaiitinische  Zeit,  und  dùrflen  wir 


saïques  de  Ravenne  du  vi«  siècle  8.  »  La  ligure  humaine 
devient  difforme,  les  yeux  envahissent  la  face,  cepen- 
dant quelques  gestes  (pi.-  111),  le  dessin  des  mains 
(pi.  109,  110)  montrent  un  souci  d'observation.  A  me- 
sure qu'on  avance,  il  semble  que  le  corps  se  décom- 
pose, les  animaux  aboutissent  très  vite  au  grotesque 
(pi.  113),  puis  au  fantastique  (pi.  152)  dans  lequel  l'œil 
semble  subsister  comme  le  dernier  vestige  ;  la  flore 
est  devenue  conventionnelle,  seul  l'ornement  garde 
quelque  intérêt.  «  Il  y  a  lieu  de  signaler  le  soin  que  les 
Coptes  mettent  dans  les  bordures  et  les  entourages. 
Postes  courantes,  rinceaux,  torsades,  fleurons,  entrelacs, 
dentelures,  boucles,  ondes,  pampres,  cellules,  fers  de 


200. 


Momie  de  Lazare. 


D'après  Forrer,  Die  frûhchristlichen  A  Uerthumer, 
pi.  xin,  fig.  19. 


lance,  créneaux,  chevrons,  pierres  précieuses,  spirales, 
enroulements,  etc.,  sont  partout  très  justement  appro- 
priés, comme  dessin,  couleur  et  importance,  au  sujet 
qu'ils  doivent  accompagner;  on  remarque  la  préoccupa- 
tion presque  constante  de  produire  un  effet,  en  posant 
la  frise  extérieure  dans  un  sens  opposé  à  celui  du  motif 
principal  (pi.  68,  121,  123).  Cette  habile  disposition 
donne  à  l'objet  un  aspect  solide,  détaché  et  élégant;  on 
remarque  aussi  que  pour  rester  dans  le  parti  adopté, 
en  longueur  par  exemple,  les  Coptes,  n'hésitent  pas  à 
renverser  un  sujet,  alors  que  le  sujet  voisin  est  figuré 
debout9.  »  La  presque  totalité  des  tapisseries  que  nous 
possédons  appartient  à  des  costumes  civils  ou  religieux. 
Les  vêtements  en'usage  pour  le  culte  étaient  extrêmement 
somptueux,  mais  leur  art  se  ressent  de  l'époque  plus  ou 
moins  tardive  de  la  fabrication.  On  peut  donner  cette 
destination  au  fragment  dans  lequel  l'artisan  a  repré- 
senté Dieu  nimbé  de  l'auréole  crucifère  et  accosté  de  A 
et  00  que  par  suite  d'une  erreur  l'on  avait  transformé 
en  A  A  (fig.  257). 

• 
kaurn  fehl  gehen,  indem  wir  das  wunderbare  Gobelinbild 
dem  v.  Iahrhundert  zuweisen.  Bemerkenswerth  ist  die  Ueber- 
einstimmung,  welche  sich  zwischen  diesem  gewobenen  anti- 
ken  Portrait  und  den  gemalden  Grafschen  Mumienbilduissen 
derselben  Zeit  beobachten  lâsst.  Hier  wie  dort  sehen  wir  das 
Portrait  en  face  und  die  Augen  mit  derselben,  fur  dièse  Dilder 
so  cliaracteristischen  dunkeln  Gluth  dargeslellt.  —  •  M.  Gers- 
pach, op.  cit.,  p.  4.  —  »  Ibid-,  p.  5. 


4051 


AKHMÎN 


1052 


III.  Les  menus  objets.  —  L'époque  qui  se  trouve  re- 
présentée parle  plus  grand  nombre  de  monuments  dans 
la  nécropole  d'Akhmîn  comprend  les  IVe,  Ve,  VIe  et 
vir  siècles.  Nous  mentionnerons  rapidement  plusieurs 
classes  d'objets  qui  font  le  sujet  de  dissertations  spéciales 
dans  le  dictionnaire.  Des  ampoules  dites  de  Saint-Ménas, 


261.  —  Tapisserie  co]  te. 

D'après  Ferrer,  Die  frùhclvristlichen  Alterthi'imer, 

]>1.  xiv,  n.  9. 

des  lampes  offrant  une  grande  quantité  de  types  fami- 
liers à  la  symbolique  chrétienne;  :  le  poisson,  le  chan- 
delier à  sept  branches,  le  navire,  l'ancre,  la  colombe. 
Nous  serions  tenté  de  voir  un  aigle  i  dans  la  lampe  repro- 
duite ici  (fig.  25$).  On  rencontre  aussi  la  croix  nionogram- 
ma tique  couverte  de  gemmes  et  la  colombe,  cette  fois 
dans  des  lampes  en  bronze  affectant  la  forme  même  de 
l'animal.  Parmi  les  bulles  de  bronze  l'une  représentant 
les  apôtres,  une  autre  saint  Georges,  le  monogramme 
et  les  inscriptions  sont  fréquents.  Lin  des  objets  les  plus 
modestes  est  une  pyxide  en  bois,  petit  cylindre  sur 
lequel  on  a  fait  apparaître  en  relief  une  croix  Qanquée 
des  lettres  A  et  CO.  Il  nous  semble  tout  à  fait  improba- 
ble qu  un  récipient  si  humble  de  matière  et  si  médio- 
cre de  travail  ait  servi  à  enfermer  l'eucharistie,  mais 
nous  croyons  que  l'on  a  pu  y  déposer  des  relie  "pie*.  1 fig,  259  , 
Quoiqu'il  en  soit  de  l'attribution  de  ce  petit  objet,  son 
antiquité  peut  le  faire  remonter  au  v  et  même  au 
iv"  siècle,  il  est  possible  que  sa  destination  soi!  mieux 
connue  par  suite  de  nouvelles  touilles.  Deux  peignes  li- 
turgiques, dont  l'un  est  curieux  par  son  symbolisme.  Un 
Me-,  côtés  représenté  Daniel  entre  deux  lions,  au  revers 
une  réplique  du  sujet  précèdent  montre  Suzanne  entre 
i\i'u\  animaux.  Ce  paigne  peut  remonter  au  iv«  ou  au 
Ve  siècle.  11  faudrait  peut-être  ranger, parmi  les  amu- 
lettes un  symbole  funéraire  d'une  signification  très 
claire,  c'est  la  momie  de  Lazare  (li^.  260).  On  comprend 

aisément  que  l'idée  d'ensevelir  les   fidèles   avec  ce    petit 

simulacre  soit  venue  en  Egypte  et  la  pensée  qui  inspi- 
rait celte  démarche  était  assurément  inspirée  par  la  foi 
à  la  parole  de  Jésus-Christ  :  Resurget  frater  tuus.  Dans 
le  même  ordre  de  préoccupations  on  avait  adopté  l'an- 
cre-',  la   palme,   le   navire,  le   poisson.»  saint   Georges 

1  R.  Ferrer,  Die  frùhclirisilichrn  AUerthUmer  nus  de>»  d'à- 
berfeldc  von  Achmtn-Panopolis,  in-'r,  Strassburg,  1893,  pi.  m, 
n.  5.  Un  type  analogue  se  trouve  pi.  xm,  n.  13,  et  pi.  xvm,  n.  1,  un 
aigle  perché  sur  lo  dos  d'un  loup.  —  t  Ibid.,  p.  17.  —  3R.  Fôrrer, 
Rmiiischc  und  byzantinisehe  Seideintextitien  duc  <ic»i  Gràber- 
felde  von  Achrnim,  p.  23,  pi.  v.  Bg.  8-9;  cf.  le  même,  Die  fri<i>- 
christHchen  AUsrthwner, p.  20  sq.,  lig.  16.  —  'M.  Gerspacli, 


combattant  le  dragon 3  que  nous  retrouvons  sur  les 
étoiles  ''.  ■  ■ 

On  remarquera  d'ailleurs  que  la  symbolique  offre  peu 
de  nouveautés  à  Akhmîn.  Le  poisson  se  montre  sur  les 
étoiles  et  sur  divers  petits  objets,  mais  son  type  n'ollre 
rien  de  remarquable,  on  le  rencontre  isolé  ou  bien 
allfronté  à  un  symbole,  monogramme,  croix,  etc.,  au 
IVe  siècle  il  alterne  avec  la  colombe  5  et  nous  le  voyons 
se  transformer  insensiblement  en  une  large  feuille 
ovoïde  dont  le  pédoncule  garde  encore  quelque  trace 
des  nageoires  largement  fendues  de  la  queue0.  Les 
colombes  nous  sont  montrées  affrontées  devant  un 
vase,  probablement  eucharistique  :,  ailleurs  avec  des 
disques  crucifères  qui  peuvent  rappeler  les  pains  de 
cette  forme8.  L'agneau  de  Dieu  se  trouve  sur  un  tissu  du 
ive  siècle.  Il  est  accompagné  de  la  petite  oriflamme 
(fig.  261)9. 

Une  représentation  beaucoup  plus  tardive  et  presque 
informe,  mais  qui  précisément  à  cause  de  sa  date 
prend  de  l'intérêt,  nous  montre  le  Christ  en  croix,  der- 
rière lui,  l'agneau  et  le  poisson  formant  bordure10.  Une 
figure  très  rare  dans  la  symbolique  est  celle  du  cerf 
passant  avec  un  monogramme  dans  la  ramure  (fig.  262). 


262.  —  Ta|  isseric  copte. 
D'après  Fôrrer,  Die  fruhchristlichen  Alterth&mer, 

Ce  tissu,  qui  remonte  au  nr-iv  siècle,  esl  unepremi 
pensée  du   symbole   illustré   beaucoup  plus   tard    par 
l'iconographie  de   saint  Hubert.  Ce    monogramme   est 
lui-même  digne  d'attention,  c'est  un  monogramme  anse, 
non  pas  à  la  façon  du  monogramme  ordinaire  pourvu 
d'une  bonde  à  son  sommet,  mais  c'est  i  *  -  i  le  type  bien 
égyptien  de   la    croix  an-  v.   La  croix  ans,'e  <e  reti 
elle  aussi    à    Aklimin   comme   a    Antinoé.    Le  lièvre  aux 
longues    oreilles   s.'    montre  sur   la  plupart  des  n, 
d'ornements,  c'esl  la  faune  du  pays  qui  explique  cette 
multitude   d'emplois.    Enfin,   signalons    encore   l'aigle 
dans   une   attitude  triomphante.   Son    symbolisiw 
peut  faire  ici  l'objet  d'aucun  doute.  11  esl  debout   sur 
le  do-  ,1  un  loup  et  dans  le  registre  suivant  de  la  même 
étoile   le   Christ    piétine    le  crocodile  qu'il   pêne  île   sa 
lance. 

Las  tapisseries  coptes,  in-4*,  Paris,  1890,  pi.  76.  —  "R.  Fonvr, 
Die  frûhchriatlichen  AUerthumer,  pi.  xv.  n.  :i.  —  *IbUt., 
pi.  xv,  n.  3.  7,  S.  -  ■■  Ibid..  pi.  XIV,  n.  16;  pi.  XVII,  n.  7:  pi.  xvm. 
n.  12,  -  »lhi,i..  pi.  xv,  n.  8.  -  »R.  Fflrrer,  Die  Grùber-w  ' 
lextilfund*  von  Achimia-Pcmopolis,  pi.  x.  n.  1;  le  nu 
Die  fruhchristlichen  AUerthiimer,  pi.  xiv,  n.  9.  -  -Ibid., 
pl.  xvm,  n.  8. 


1053 


AKIIMÎN 


ALBANO    (CATACOMBE   D'1 


1054 


Nous  avons  dit  que  le  monogramme  esl  fréquent 
ainsi  que  la  croix,  mais  leur  emploi  n'apporte  guère  de 
contribution  appréciable  à  nos  études.  On  rencontre  le 
monogramme  accosté  de  a  <o  et  dans  deux  tissus  a  a. 
Une  croix  ansée  porte  ces  mots  •  : 

TA 

MIN 

N600 

T£PÀ 

7a;j.;v<x  vscotepa  (?),  Tamina,  la  plus  jeune. 

Les  personnages  bibliques  sont  connus  et  pour  la 
plupart  d'entre  eux  l'exécution  est  des  plus  défec- 
tueuses,  mais  nous  aurons  à  revenir  sur  ces  types  en 
traitant  de  chacun  d'eux  en  particulier  :  le  sacrifice 
d'Abraham  sur  des  tissus  du  ne  et  du  me  siècle'2,  Élie 
montant  au  ciel 3,  le  patriarche  Joseph4,  de  nombreuses 
scènes  de  la  vie  de  la  Vierge,  de  la  vie  et  de  la  passion 
du  Christ5  et  les  types  symboliques  de  celui-ci;  enfin 
des  oranles,  les  martyrs  saint  Menas  et  saint  Georges, 
quelques  autres  encore,  un  vêtement  liturgique,  étole 
ou  manipule6,  un  pallium  7. 

Les  papyrus  trouvés  à  Akhmin,  et  principalement  le 
«  livre  d'Hénoch  »  et  «  l'Évangile  et  l'Apocalypse  de 
Pierre  »,  appartiennent  moins  à  l'archéologie  qu'à  la 
littérature  chrétienne,  nous  n'en  ferons  donc  pas  une 
description  et  une  étude  développées  dans  ce  diction- 
naire. H.  Leclercq. 

ALBANO  (CATACOMBE  D').  La  ville  d'Albano 
s'élève  au  quinzième  mille  de  la  Via  Appia,  en  pleine 
campagne,  ainsi  qu'en  témoignent  les  tombeaux  cons- 
truits de  chaque  côté  de  la  voie8.  Le  pays  s'appelait  Alba- 
num,  en  mémoire  d'Albe  la  longue,  qui  fut  le  berceau 
de  Rome;  on  désignait  la  ville  sous  le  nom  de  civitas  Al- 
bana  pour  la  distinguer  de  la  villa  impériale  qui,  dès  le 
temps  d'Auguste,  s'étendait  dans  la  direction  de  Castel 

'Forrer,  Die  frùhchristl.  Alterth.,  pi.  xiv,  n.  1.  —  2Ibid., 
pi.  IX,  n.  8.  —  3  Ibid.,  pi.  xvi  n.  20.  —  i  Ibid.,  pi.  XVI,  n.  14.  — 
*lbid..<p.  26,  27.  —  "Ibid..  pi.  vin,  n.  1.  —  Ubid.,  pi.  xvi,  n.  1-9, 
21.  —  8  Les  plus  anciens  documents  géographiques,  y  compris  la 
table  de  Peutinger,  cf.  E.  Desjardins,  La  table  de  Peutinger 
d'après  l'original  conservé  à  Vienne,  in-4%  Paris,  1870,  omettent 
Albano  entre  les  deux  stations  postales  situées,  la  première,  au  pied 
des  montagnes  au  lieu  appelé  Boville,  ad  Bobellas,  la  seconde  à 
l'Ariccia.  Ce  n'est  que  dans  l'Itinéraire  de  Jérusalem  de  l'an  333 
que  1  on  voit  mentionnée  Albano  pour  la  première  lois,  et  encore 
on  ne  la  sépare  pas  d'Ariccia.  Le  ms.  de  Paris  porte  ces  mots  : 
civitas  Aritia  et  Albona,  le  ms.  de  Vérone  :  civitas  Aritia  et 
Albuna; cf.  Revue  archéol.,  1864,  p.  107.  Il  n'est  pas  douteux 
qu'il  taille  corriger  :  civitas  Aricia  et  Albana.  Pour  ce  qui  a 
trait  à  Albano  et  aux  localités  environnantes,  cf.  De  Rossi, 
Appendice  intorno  ai  monument!  cristiani  di  Boville,  Ariccia 
ed  Anzio,  dans  Bull,  di  arch.  crist.,  1869,  p.  79  sq.  ;  1873, 
p.  101.  11  existait  un  autre  cimetière  chrétien  antique  qui  a  pu 
servir  aux  fidèles  d'Albano,  il  était  situé  près  de  Castel  Gandolto; 
Boldetti  dit  l'avoir  visité  en  1712;  mais  il  a  disparu  depuis.  Osser- 
vazioni  suprai  cimeteri,  in-fol.,  Roma,  1720,  p.  558.  —  "  Nibby, 
Analisi  dei  dintorni  di  Roma,  in-8%  Roma,  1848,  t.  i,  p.  79,  a 
pensé  à  tort  que  cette  station  était  un  camp  de  prétoriens  depuis 
l'époque  de  Domitien  jusqu'à  celle  de  Constantin  ;  mais  Bosa  et 
principalement  G.  Henzen  ont  démontré  que  les  soldats  stationnés 
à  Albano  appartenaient  à  la  legio  II'  Parthica  créée  par  Septime 
Sévère  dès  le  début  du  in*  siècle.  Aimali  dell'  Istituto,  1854, 
p.  98  sq.  ;  1867,  p.  73-88;  Bull,  dell'  Istituto,  1853,  p.  3  sq.  ; 
1869,  p.  134-136,  l'établissement  du  castrum  peut  dater  du 
I"  siècle  de  l'empire  —  '"Quelques  logements  militaires  se  voient 
parmi  les  ruines  de  la  villa  de  Domitien,  on  a  relevé  également  des 
traces  d'une  partie  de  l'enceinte,  des  réservoirs,  des  temples  et 
de  l'amphithéâtre  près  de  l'église  actuelle  des  Saints-Pierre-et- 
Paul.  Le  temple  du  castrum  avait  été  transformé  en  église  dite 
la  Rotonda.  —  "Saint  Paul  à  son  arrivée  à  Rome  vit  venir  les 
fidèles  à  .sa  rencontre  jusqu'au  Forum  Appii  (dans  les  Marais 
Pontius)  et  aux  7'res  Tabernae.  Act.,  xxvm,  1445.  Or,  aux  Très 
Tabernae  on  ne  se  trouvait  qu'à  huit  milles  de  distance  d'Albano; 
cf.  Nibby,  op.  cit.,  t.  m,  p.  283  sq.  ;  De  Rossi,  Bull,  di  arch. 
crist.,  1873,  p..  106.  Le  Forum  Appii  était  à  43  milles  de  Rome, 


Gandolfo  et  portait  le  nom  de  Albanum  Cœsaris.  Il  y 
eut  à  Albano  une  station  militaire  9  dont  on  voit  encore 
les  ruines  10  et  dans  laquelle  on  peut,  sans  trop  se  hasar- 
der, supposer  d'assez  bonne  heure  la  présence  de  sol- 
dats chrétiens11.  On  doit  rapporter  à  l'amphithéâtre 
d'Albano  un  épisode  du  règne  de  Domitien  dont  les  his- 
toriens nous  ont  gardé  le  souvenir.  En  l'année  même 
de  son  consulat,  Acilius  Glabrion  lut  contraint  par  l'em- 
pereur à  combattre  sans  armes,  dans  l'amphithéâtre 
d'Albano,  des  ours  de  Numidie,  selon  Juvénal,  un  lion 
énorme,  suivant  Dion 12.  Cet  Acilius  Glabrion  fut  englobé 
plus  tard  dans  le  groupe  chrétien  des  Flaviens  comme 
coupable  des  mêmes  crimes  que  ceux-ci 13.  Le  double 
fait  de  l'existence  d'une  villa  impériale  de  Domitien  à 
Albano  et  d'une  persécution  de  la  religion  chrétienne 
sous  ce  prince  peut  donner  lieu  de  penser  que  dès  cette 
époque  la  ville  d'Albano  eut  ses  martyrs,  mais  ceci  n'est 
qu'une  conjecture.  Au  début  du  IV  siècle  le  camp  avait 
été  abandonné  ainsi  qu'une  partie  de  la  ville  qui  n'avait 
de  raison  d'être  que  pendant  le  séjour  des  légionnaires 
et  de  leurs  familles.  Nous  lisons  en  effet  dans  le  Liber 
pontificalis  que  Constantin  donna  à  l'Église  élevée  par 
lui  in  civitate  albanensi  omnia  sceneca  déserta  vel 
rfomos  civitatis  intra  urbem  albanensem**.  Du  Cange 
interprète  ce  mot  sceneca  par  loca  lusibus  publias 
addicla1*.  Vignoli  écrit  :  scheneca,  quasi  loca  incnlia 
el  silvestria,  lentiscis  aliisque,  id  gevus  arboribus 
referla :  16.  Nibby  a  fixé  le  véritable  sens  ;  «  Barache, 
dit-il,  derivando  la  voce  barbara  sceneca  dalla  parola 
greca  <r/.<)vr\  tubernacuhau,  tenda;  poichè  è  chiaro  che 
ivi  s'intende  délie  baracche  dei  pretoriani  di  récente 
abbandonate11.  »  Il  est  possible  que  la  légion  ait  quitté 
Albano  pour  prendre  ses  quartiers  en  Mésopotamie18, 
où  nous  la  voyons  établie  sous  le  règne  de  l'empereur 
Julien.  Nous  ne  pouvons  juger  de  l'importance  de  la 
communauté  d'Albano  que  par  son  cimetière.  Ce  cime- 
tière   se    trouvait   à  proximité  de  la  ville,   cependant 

sur  la  voie  Appienne,  Très  Tabernse,  à  dix  milles  de  là  (aujour- 
d'hui Cisterna);  restaient  dix  ou  douze  lieues,  en  traversant  Aricie 
et  Albano,  pour  atteindre  la  porte  Capène.  —  "Stace,  Silv.,  1.  IV, 
11,  18  sq.  ;  Suétone,  Domit.,  4.  19;  Dion,  Hist.  rom.,  lxvi,  3; 
lxvii,  13,  14;  Juvénal,  Salir.,  I.  IV,  vs.  99-101.  —  "Suétone, 
Domit.,  10  :  quasi  molitores  rerum  novarum.Sixv  le  christia- 
nisme de  Glabrion,  cf.  De  Rossi,  Bull,  di  arch.  crist.,  1888,  p.  7- 
65,  103-134;  1890,  p.  69-80,  97-146,  et  même  1863  p.  29;  1869, 
p.  78.  —  "Liber  pontificalis,  Silvestre,  §  30,  édit.  Duchesne, 
in-4*,  Paris,  1886,  t.  I,  p.  185.  La  notice  de  ce  même  pape  nous 
apprend  ceci  :  fecit  basilicam  Augustus  Constantinus  in  civi- 
tate Albanensi  videlicet  S.  Joannis  Baptiste.  Cette  basilique 
constantinienne  fut  incendiée  vers  la  fin  du  vin*  siècle  ou  le  com- 
mencement du  siècle  suivant.  Liber  pontificalis,  Léon  III,  édit. 
Duchesne,  t.  II,  p.  32.  F.  Franconi,  La  catacomba  e  la  basilica 
Costantiniana  di  Albano  Laziale,  in-8%  Roma,  1877,  a  établi 
l'identité  de  cette  basilique  avec  la  cathédrale  actuelle  qui  con- 
serve quelques  restes  de  l'édifice  dédié  par  le  pape  Léon  III  à 
saint  Pancrace,  titre  qu'elle  portait  peut-être  antérieurement.  Cf. 
Liber  pontif.,  t.  Il,  p.  25.  Du  travail  de  M.  Franconi  il  résulte 
qu'il  existait  sous  la  basilique  une  crypte  ou  confession  d'où  les 
reliques  furent  transférées  dans  le  cimetière  situé  à  peu  de  dis- 
tance. L'établissement  d  un  siège  épiscopal  à  Albano  est  assez 
probablement  contemporain  de  l'érection  de  la  basilique  Constan- 
tinienne. La  liste  épiscopale  commence  avec  Dionisius  mort 
en  355.  Gams,  Séries  episcoporum,  in-4',  Ratisbonnae,  1873, 
p.  xxn.  Il  faut  ensuite  venir  en  463  pour  trouver  un  évèque  du 
nom  de  Rumanus.  A  ces  noms  on  peut  joindre  celui  qu'a  révélé 
une  inscription  du  cimetière  de  Domitille,  mentionnant  Ursinus. 
Une  date  consulaire,  malheureusement  douteuse,  laisse  hésiter 
entre  les  années  345  ou  395.  Ct.  O.  Marucchi,  Di  alcune  iscri- 
zioni  recentemente  trovata  e  ricomposte  nel  cimitero  dt  Du- 
mitilla,  dans  Nuovo  huit,  di  arch.  crist.,  1899,  p.  24,  26.  — 
<:i  Glossar.  med.  et  t'ii/î-iî.  latinitatis,  au  mot  Sceneca.  — 
19  Liber  pontif.,  édit.  Vignoli,  in-4%  Romae,  1724,  t.  i,  p.  104  sq. 
—  "Nibby,  Analisi  délia  carta  dei  dintorni  di  Roma,  in-8% 
Roma,  1848,  t.  I,  p.  82.  Nous  avons  déjà  fait  remarquer  qu'il  faut 
remplacer  les  prétoriens  par  la  legio  II'  Parthica.  Cf.  De  Rossi, 
Bull,  di  arch.  crist.,  1869,  p.  78.  —  '"•  Notitia  imp.  Orient.,  édit. 
Bocking,  p.  93,  415. 


1055 


ALBANO    (CATACOMBE    D*) 


10:6 


Bosio  l'a  ignoré,  c'est  Boldetti  qui  l'a  reconnu  avec 
Marangoni,  en  1720,  au  lieu  dit  alla  Stella,  et  il  en  a 
donné  un  plan  peu  exact  comme  presque  tous  ses 
autres  travaux.  Il  a  été  étudié  depuis  par  Rkcy,  d'Agin- 
court,  ,I.-B.  De  Rossi,  Giorni,  Franconi,  0.  Marucchi  ]  ; 
la  cardinal  Monaco  la  Valetta,  évêque  d'Albano,  y  a  fait 


les  reliques  furent  transportées  à  Rome,  ainsi  qu'il 
arriva  pour  les  autres  cimetières  suburbains.  C'est  en 
effet  au  ixe  siècle  que  la  décoration  des  parois  cesse  tout 
à  coup. 

Le  cimetière  d'Albano  est  situé  dans  un  relief  de  ter- 
rain assez  peu  accusé  situé  à   droite  de  la    Via  Ajijùa 


LEGENDE 


î. 

Entrée  de  la  catacombê, 

2. 

Lucernaire . 

3.4- 

Parois  décorés  de  peintures . 

5. 

Chapelle  décorée  de  peintures 

6. 

Puits. 

7. 

Arcosclia. 

8. 

Formas  creusées  dans  le  sol 

9. 

Galeries  avec  loculi. 

10. 

Chapelle. 

vT-ff 


Plan  do  la  catacombê  d'Albano.  D'après  le  Nuovo  bullettino  di  arch.  cristiana,  1902.  pi.  I. 


faire  de  nouvelles  fouilles  et  l'a  rendu  au  culle  en  1&S7  -. 
11  est  probable  que  la  catacombê  d'Albano  était  aban- 
donnée depuis  le  ix«  siècle  environ,  époque  à  laquelle 


1  Voir   la  bibliographie  de  cette  dissertation.   Le  plan  de  Bol- 
detti  a  été  reproduit  par  Franconi,  celui  que  nous  donnoo 
emprunté  au  Nuovo  bull.  di  arch.  crist.,  1902,  pi.  1.  -  •  K.n  1824 
des  fouilles  furent  entreprises  qui  amenèrent  la  découverte  de 


lorsqu'on  m'  pend  d'Albano  à  Ariccia,  sous  l'église  de 
Sunia  Maria  délia  Stella  Bg.  -,;';  ,  L'entrée  se  trouve  à 
droite  et  à  peu  de  distance  du  célèbre  monument  de 

deux  sépultures  anonymes,  on  y  trouva  une  ampoule  de  Terre, 
Pe  Kossi.  Bull,  di  ttreh.  criât.,  1889,  p.  67.  M.  ().  MarUO 
signale   une  autre   trouvée  lors  des   dernières  fouilles,  Nuuto 
bull.  di  arch.  crist.,  1902,  p.  I 


1057 


ALBANO    (CATACOMBE    D'] 


1058 


style  étrusque  connu  sous  le  nom  de  tombeau  de  Por- 
senna.  L'aspect  général  de  la  catacombe  est  peu  différent 
de  celui  des  catacombes  romaines,  néanmoins  il  offre 
quelques  particularités1.'  L'entrée  actuelle  est  certaine- 
ment antique,  bien  que  l'escalier  date  des  dernières  res- 
taurations (1887);  auparavant  on  s'introduisait  au  moyen 
d'une  échelle  (n.  8  du  plan).  Le  plan  de  la  catacombe 
est  situé  à  3  mètres  environ  du  niveau  de  la  voie  Ap- 
pienne.  La  situation  topographique  de  cette  catacombe 
est  nettement  marquée  par  VEpitome  de  locis  SS.  Mar- 
lyruni  g  use  sunt  foris  civitatis  Rom  se,  que  Rossi  con- 
sidère comme  un  abrégé  d'une  ancienne  description  des 
catacombes  qu'on  ne  saurait  faire  descendre  au-dessous 
du  vie  siècle.  Voici  en  quels  termes  s'exprime  ce  docu- 
ment :  Per  eandem  vere  viam  (Appiam)  pervenilur  ad 
Albanam  civitatem  et  per  eandem  civitalem  ad  eccle- 
siatn  sancli  Senatoris  ubi  et  Perpétua  jacet  corpore  et 
innumeri  sanctiet  i^iagna  mirabilia  ibidem  geruntur  2. 
Les  saints  ici  nommés  sont  inconnus.  Saint  Sénateur 
est  inscrit  sans  autre  explication  dans  le  martyrologe 
à  la  date  du  26  septembre  :  El  in  Albano  Senatoris3, 
d'où  il  a  passé,  au  même  jour;  dans  le  martyrologe 
romain4.  Sainte  Perpétue  n'est  mentionnée  nulle  part 
ailleurs.  L'église  dédiée  aux  saints  Sénateur  et  Perpétue 
et  à  un  grand  nombre  d'autres  s'élevait  sans  doute  sur 
un  cimetière  souterrain,  et  il  ne  semble  pas  que  les 
reliques  qui  reposaient  en  ce  lieu  aient  été  toutes  trans- 
férées à  Rome,  puisque  VEpitome  désigne  le  sanctuaire 
d'Albano  comme  un  lieu  de  pèlerinage,  tandis  que 
d'autre  part  les  peintures  quatre  ou  cinq  fois  renouve- 
lées indiquent  la  persistance  d'un  culte  qui  a  dû  tirer 
de  la  présence  des  corps  saints  et  de  leur  vertu 
miraculeuse  son  principal  attrait,  magna  mirabilia 
ibidem  geruntur.  La  basilique  de  Saint-Sénateur  devait 
s'élever  sur  la  catacombe,  elle  a  dû  être  importante, 
mais  il  n'en  reste  aucune  trace,  peut-être  l'église  mo- 
derne de  Santa  Maria  délia  Stella  l'aura-t-elle  rem- 
placée. 

La  plus  ancienne  mention  relative  aux  martyrs  d'Al- 
bano se  lit  dans  le  férial6  Philocalien  au  8  d'août  : 

VI.  Idus  Augusti  —  Secundi  —  Carpophori 
Victorini  et  Severiani  Albano  6. 

La  notice  entière  du  férial  est  ainsi  conçue  :  VI  idus 
ait  g.     Secundi,   Carpophori,    Victorini    et    Severiani 

'  Un  examen  attentif  de  l'excavation  a  permis  de  conclure  que, 
contrairement  à  ce  qui  a  lieu  dans  les  catacombes  romaines,  le 
cimetière  d'Albano  a  été  primitivement  un  arénaire  auquel  on  a 
donné  une  disposition  sépulcrale.  Les  arcosolia  et  les  loculi  se 
rapprochent  beaucoup  plus  de  ceux  des  catacombes  de  Naples 
et  de  Syracuse  que  de  ceux  des  catacombes  de  Rome.  —  *  De 
Rossi,  Roma  sotterranea,  t.  I,  p.  141.  —  3  De  Rossi-Duchesne, 
Martyrologi um  hieronymianum,  in-fol.,  Bruxelles,  1894,  p.  125. 
—  *  Acla  sanct.,  sept.  t.  vm,  p.  263.  Les  bollandistes  avouent 
ignorer  tout  de  ce  saint,  sauf  son  existence  et  son  nom  ;  c'est  éga- 
lement ce  que  dit  Fiorentini,  Vêtus  martyrolog.  occidentale, 
in-4°,  Lucae,  1668,  p.  874.  La  lecture  d'un  ms.  portant  Caballono 
au  lieu  de  in  Albano  a  exercé  l'ingéniosité  des  critiques.  A.  Du 
Saussay,  Martyrologium  gallicanum,  in-fol.,  Parisiis,  1638,  au 
26  sept.,  propose  Alba  Hclvrtiorum,  aujourd'hui  Alps  dans  la 
Gaule  narbonnaise  ;  Castellan,  cf.  Acta  sanct.,  sept.  t.  vm, 
p.  264-265,  songe  à  une  localité  prope  Dunbritonium  in  Scotia; 
on  a  songé  aussi  à  Chalon-sur-Saône  et  à  Cavaillon,  en  Provence. 
Fiorentini,  op.  cit.,  p,  876,  s'en  tient  à  Albano  dans  le  Latium.  — 
5  Ce  document,  qui  remonte  au  iv"  siècle,  est  appelé  indifférem- 
ment «  calendrier  »  et  «  férial  ».  Ce  dernier  nom  lui  convient 
mieux  puisque  tous  les  martyrs  ne  s'y  trouvent  pas  indistincte- 
ment mentionnés,  mais  ceux-là  seuls  qui  étaient  l'objet  d'une 
solennité  liturgique  dans  l'Église  de  Rome.  —  6Mommsen,  dans 
Abhandlungen  der  philologischen  hist.,  Klasse  der  sdchs. 
Gescllschaft  der  Wissenscliaftcn,  t.  i,  p.  632.  Bucherius,  De 
doctrina  temporurn,  in-tol.,  Antuerpiae,  1664,  p.  268,  a  imprimé 
par  erreur  septimo  idus  au  lieu  de  sexto  idus;  cette  dernière 
date  n'est  pas  douteuse,  mais  Bucherius  avait  pris  seplimo  pour 
une  date  et  non  pour  une  distance;  voir  la  note  suivante.  —  'Au 
vu'  mille  de  la  voie  d'Ostie  furent  transportés  les  corps  des  mar- 

DICT.    D'ARCH.    CHRÉT. 


Albano,  el  Ostense  septimo  ballistaria  Cyriaci,  Largi, 
Crescenliani,  Memmise,  Julianse  et  Smaragdi1.  Voilà 
deux  groupes  de  martyrs  dont  le  second  est  bien  distinct 
du  premier,  le  seul  qui  doive  nous  occuper.  Le  manus- 
crit de  Berne,  n.  280,  contenant  le  marlyrologe  hiérony- 
mien  et  qui  témoigne  de  quelque  souci  de  la  topo- 
graphie, contient  la  notice  suivante  8  : 

VI  ID.  AGS 
ROME.  UIA  AP 

pia  miliario 

ab  urbe  XU. 
Sco  Secundini. 
Severiani.  Carpo 
fort.  Victurine 

Le  ms.  d'Epternach,  aujourd'hui  à  Paris,  Ribl.  natio- 
nale, fonds  latin,  n.  i0831,  est  un  peu  différent  :  VI.  ld. 
Ag.  Rom.  Secundi  Severiani  Carpofori  et  in  Albano 
Victorini  9.  Ces  textes  rapprochés  et  les  variantes  des 
mss.  consultées,  on  peut  tenir  pour  certaine  l'existence 
d'un  groupe  de  quatre  martyrs  vénérés  à  Albano  dans 
la  catacombe  reconnue  par  Boldetti.  Ces  martyrs  ont 
une  personnalité  bien  nettement  distincte  de  celle  des 
célèbres  «  Quatre  couronnés  »  avec  lesquels  on  les  a 
confondus10  et  leur  sépulture  ne  peut  être  identifiée  avec 
celle  des  «  couronnés  »  sur  la  via  Labicana.  Le  texte 
du  ms.  de  Berne  que  nous  venons  de  citer  est  d'ailleurs 
tout  à  fait  clair  et  l'indication  topographique  qu'il  donne 
coïncide  exactement  avec  les  découvertes  archéologiques; 
en  effet,  le  quinzième  mille  de  la  voie  Appienne  se 
trouve  au  lieu  même  de  la  catacombe  alla  Stella. 

Le  noyau  de  la  catacombe  forme  une  crypte  assez 
spacieuse  éclairée  par  un  lucernaire  de  grandes  pro- 
portions (n.  2  du  plan).  Cet  aménagement  ainsi  que  les 
peintures  (n.  3  et  4)  des  parois  donnent  tout  lieu  de 
croire  que  cette  crypte  servait  aux  réunions  liturgiques. 
Cette  partie  contenait  un  ensemble  important  de  pein- 
tures sur  enduit.  Les  plus  anciennes  parmi  ces  pein- 
tures (n.  3  du  plan)  se  trouvent  sur  une  muraille  sur 
laquelle  on  voit  encore  les  traces  de  trois  enduits  super- 
posés. Les  ligures  restées  visibles  ne  paraissent  pas  pos- 
térieures au  V°  siècle  ",  ce  qui  implique  une  assez  haute 
antiquité  pour  la  décoration  qui  recouvrait  le  premier 
enduit.  La  scène  représente  le  Christ  barbu,  la  tète 
entourée  du  nimbe  crucifère,  assis  et  bénissant  de   la 

tyrs  Cyriaque,  Large,  Crescentien,  Memmie,  Julienne  et  Sma- 
ragde  qui  reposaient  sur  la  via  Salaria,  car  c'est  probablement 
une  lecture  corrompue  que  nous  avons  dans  le  mot  bullistaria,  à 
moins  que  ce  ne  soit  plus  simplement  le  titre  de  quelque  enseigne 
comme  les  Très  tabernse  et  VUrsus  pileatus.  Tillemont  a  lu  pré- 
cipitamment le  férial  donné  par  Bucherius  et  il  a  écrit,  commet- 
tant une  double  erreur,  puisqu'il  confondait  les  martyrs  d'Albano 
avec  les  «  Quatre  couronnés  »  :  «  On  faisoit  leur  feste  à  Albane 
sur  le  chemin  d'Ostie.  i  Mém.  pour  servir  à  l'hist.  eccl.,  in-4°, 
Bruxelles,  1732,  t.  v,  p.  53.  On  ne  s'en  est  pas  tenu  là  ;  les  quatre 
martyrs  d'Albano  ont  été  mêlés  à  ceux  des  compagnons  de 
Cyriaque,  et  même  il  se  trouve  des  manuscrits  qui,  prenant  le 
Pirée  pour  un  homme,  ont  fait  d'Albano  un  martyr  sous  le  nom 
d'Albini  et  Albani.  Cf.  Fiorentini,  Vêtus  martyrol.  occident., 
in-4°,  Lucae,  1668,  p.  739,  740;  Acta  sanct.,  jun.  t.  vi,  part.  2, 
p.  20,  27;  De  Rossi-Duchesne,  Martyrol.  hieronym.,  p.  102.  — 
8  Ibid.,  p.  102.  Cf.  De  Rossi,  Roma  sottei-ranea,  t.  Il,  p.  xn  sq.  ; 
le  même,  Bull.,  di  arch.  crist.,  1869,  p.  70.  —  »  Ibul.,  p.  102.  — 
'"Actasanct.,  aug.  t.  n,  p.  328,  et  Tillemont,  op.  cit.,  t.  v,  p.  53, 
ont  accrédité  cette  identification  erronée;  de  même  Georgi,  Mar- 
tyrologium Adonis,  in-fol.,  Romae,  1745,  p.  568  sq.  Les  quatre 
anonymes  reçurent  au  v  siècle  les  noms  de  Sévère,  Sévérien, 
Carpophore  et  Victorin.  Sur  ces  quatre  noms  il  s'en  trouve  trois, 
qui  turent  portés  par  les  martyrs  d'Albano.  Est-ce  une  ren- 
contre fortuite  ou  un  dessein  arrêté?  Nous  laissons  cette  ques- 
tion étrangère  à  l'archéologie  monumentale.  Cf.  De  Rossi, 
Bull,  di  arch.  crist.,  1879,  p.  45  sq.  —  "De  Rossi,  Bull,  di 
arch.  crist.,  1869,  p.  73,  croit  pouvoir  assigner  la  peinture  vers 
le  temps  du  pontificat  de  Sixte  III  (432-440),  l'absence  de  nimbe 
pour  les  saints  et  d'inscriptions  onomastiques  favorise  cette  opi- 
nion. 

I. -34 


1059 


ALBANO    (CATACOMBE   D') 


1060 


main  droite,  tandis  que  la  main  gauche  tient  grand 
ouvert  le  livre  de  l'Évangile  placé  sur  le  genou  gauche: 
on  y  pouvait  déchiffrer  encore  quelques  lettres  :  IOA 
qui  doivent  être  complétées  aie  >i:  Joa(nnis  evavgelium). 
De  chaque  côté  du  Sauveur  sont  représentées  six  figures 
viriles,  dehout,  dont  les  quatre  plus  rapprochées  du 
Christ  sont  vêtues  de  blanc,  tandis  que  les  deux  figures 
des  extrémités  portent  un  vêtement  rougeâtre  et  tien- 
nent dans  la  main  un  objet  qui  parait  être  un  volumen. 
Il  est  assez  vraisemblable  que  les  quatre  figures  vêtuek 
de  blanc  sont  les  saints  martyrs  d'Albano,  Secundus, 
Carpoforus,  Victorinus,  Severianus,  les  deux  figures 
extrêmes  seraient  d'autres  saints  dont  le  type  iconogra- 


La  figure  qui  lui  fait  pendant  est  celle  d'un  personnage 
portant  la  tonsure  cléricale,  l'habit  ecclésiastique  et 
tenant  le  livre  des  Évangiles.  La  légende  qui  se  lit 
au-dessus  de  son  nimbe  nous  apprend  que  c'est  saint 
Smaragde,  de  la  présence  duquel  on  ne  voit  pas  d'autre 
raison  ici  que  le  rapprochement  fait  par  les  marty- 
rologes du  groupe  des  martyrs  d'Albano  et  de  celui  de 
la  voie  d'Ostie  dont  saint  Smaragde  faisait  partie-1. 
Sous  cette  peinture  court  une  bande  de  couleur  rouge 
sur  laquelle  se  lisent  quelques  caractères  tracés  en 
blanc.  Rossi  a  noté  les  lettres  :  «ANI  EGO  Wiïl  et  se 
basant  sur  un  exemple  analogue  du  cimetière  de  Pon- 
tien,  il  propose  de  lire  :  De  donis  Dei  et  sanclurum 


phique  paratt  se  rapprocher  de  celui  des  saints  apôtres 
Pierre  et  Paul  *. 

Une  autre  peinture  de  la  même  crypte  (n.  4  du  plan) 
est  d'une  époque  bien  postérieure,  le  ixe  siècle2.  Elle  se 
trouve  au-dessus  d'une  sépulture  qui  semble  avoir  servi 
d'autel  et  représente  le  Sauveur  en  buste  accompagné 
de  sa  mère  et  de  saint  Smaragde  également  en  buste.  La 
reproduction  que  nous  donnons  de  cette  peinture  nous 
dispensera  d'entrer  à  son  égard  dans  une  longue  des- 
cription (lig.  264).  Les  ligures  les  plus  intéressantes  sont 
celles  de  la  Vierge  et  de  saint  Smaragde.  La  Vierge  montre 
son  fils,  son  identification  n'est  pas  douteuse,  puisqu'on 
lit  au-dessus  de  son  nimbe  une  légende  grecque  en 
lettres  latines  :  MITCR  THCV,  c'est-à-dire  :  Mater  Dei. 

*  D'Agincourt,  Histoire  de  l'art  par  les  monuments,  ln-fol., 
Pari9,  1823,  t.  VI,  p.  7,  croyait  voir  ici  six  ayiôlres.  De  Rossi, 
Bull,  di  arch.  crist.,  18G9,  p.  73,  fait  des  deux  personnages  des 
extrémités  les  donateurs;  nous  suivons  l'interprétation  de  O.  Ma- 
rucchi,  Nuuvo  bail,  di  arch.  cri.tt.,  1902,  p.  99,  qui  nous  semble 
plus  tondée.  Pour  la  figure  elle-même,  cf.  O.  Marucchi.  op.  cil., 
1902,  pi.  III.  —  *  C'est  à  raison  de  cette  date  tardive  que  R.  Gar- 


Secundi  Carpophori  Victorini  et  SereriANI  EGO... 
feci*.  Cet  ensemble  décoratif  et  la  présence  d'une  sorte 
d'autel,  ainsi  que  la  découverte  de  débris  pouvant  pro- 
venir d'une  feneslella'-,  ne  laissent  que  peu  de  doutes 
sur  la  destination  liturgique  de  cette  crjpte.  Ceci  devient 
presque  une  certitude  depuis  que  l'on  a  découvert  au- 
dessus  de  la  peinture  dont  nous  venons  de  parler  les 
traces  d'une  ancienne  décoration  en  mosaïque  et  au- 
dessous  de  la  peinture  quelques  traces  d'une  autre 
peinture  plus  ancienne  représentant  ces  rideaux  qui 
dans  le  symbolisme  antique  figuraient  les  tabernacles 
éternels,  demeures  des  saints.  A  droite  était  creusée  une 
niche  destinée  à  recevoir  les  lampes.  Sur  la  |>.  roi  a 
droite  de  la  peinture  représentant  le  Christ,  sa  mère  et 

rucci  ne  l'a  pas  admise  dans  son  recueil,  Storia  dell'  arfa  cHs~ 
tiana,  6  vol.  in-lol.,  Pr;ito,  187:4.  —  3C.ette  raison  n.  us  puait 
bien  peu  convaincante,  ne  faudrait-il  pas  chercher  (  lutot  ici  une 
allusion  à  quelque  patron  soit  d'un  évêque  local,  soit  du  donateur 
de  la  fresque?  —  *  De  Rossi,  Hullelliuo  di  archeulugia  criê- 
liana,  18ti9,  p.  72.  —  80.  Marucclii,  Nuovo  bull.  di  aicluulo- 
gia  cristiana,  1902,  p.  102. 


10C1     ALBANO  (CATACOMBE  D*)  —  ALBI  (MANUSCRITS  LITURGIQUES  D')    1062 


saint  Smaragde  on  a  pu  découvrir,  malgré  l'état  dans 
lequel  elle  se  trouve  aujourd'hui,  une  autre  peinture 
qui  aura  pu  être  une  réplique  plus  ou  moins  fidèle  du 
sujet  représenté  sur  la  paroi  ollrant  le  Christ  et  les 
six  saints.  Enfin  sur  une  paroi  proche  du  lucernaire  on 
relève  les  traces  de  deux  nimbes  peints  disposés  de  telle 
sorte  qu'on  serait  tenté  de  croire  qu'il  y  a  eu  en  cet 
endroit  une  représentation  du  Sauveur  enfant  et  de  sa 
mère.  Il  nous  reste  à  parlerd'une  dernière  peinture  (n.  5 
du  plan)  qui  décorait  un  cubicule  de  forme  rectangu- 
laire pourvu  de  cinq  loculi  latéraux  et  d'un  arcosolium. 
Cette  niche  a  été  recouverte  successivement  de  quatre 
enduits  dont  le  dernier,  en  fort  mauvais  état,  est  seul 
en  état  de  laisser  apercevoir  quelque  chose  de  la  déco- 
ration qui  le  recouvrait  '.  Au  centre  se  voyait  le  Sauveur 
entouré  des  princes  des  apôtres  dont  les  types  sont  suf- 
fisamment reconnaissables,  mais  que  l'artiste  a  néan- 
moins désignés  par  leurs  noms  PETRVS,  PAVLVS, 
suivant  l'usage  de  l'époque.  A  droite  de  saint  Pierre  on 
voit  le  diacre  saint  Laurent,  avec  le  nimbe  circulaire, 
le  livre  des  Évangiles  et  la  croix  diaconale,  LAVREN- 
TIVS.  Ici  encore,  le  personnage  de  saint  Laurent,  comme 
celui  de  saint  Smaragde,  ne  parait  avoir  aucune  relation 
avec  les  martyrs  d'Albano,  la  célébrité  dont  il  jouissait  à 
Rome  est-elle  une  explication  satisfaisante  de  sa  pré- 
sence dans  la  catacombe  d'Albano,  nous  n'osons  pas  l'af- 
firmer. Formant  pendant  à  saint  Laurent,  on  voyait 
jadis  une  figure  dont  il  ne  reste  rien.  De  Rossi  a  pu  lire 
les  lettres  IONIS,  aujourd'hui  effacées,  qui  devaient  faire 
partie  du  nom  de  ce  personnage  qui  a  pu  s'appeler 
.D|IONIS[ms.  Est-ce  l'évèque  Dionysius,  mort  en  355? 
Mais  d'après  De  Rossi  ce  Dyonisiiis,  que  Ughelli  a  inscrit 
comme  premier  évêque  d'Albano,  serait  Dionysius 
d'Alba  Pompeia  en  Piémont2.  Quoi  qu'il  en  soit,  cette 
peinture  ne  parait  pas  antérieure  au  VIe  siècle. 

Le  cimetière  d'Albano  est  creusé  dans  le  tuf3.  Lorsque 
Boldetti  etMarangoni  le  visitèrent  pour  la  première  fois 
il  avait  eu  déjà  beaucoup  à  souffrir,  les  galeries  avaient 
subi  des  éboulements,  les  loculi  étaient  plus  ou  moins 
maltraités,  cependant  quelques  sépultures  étaient  en- 
core intactes,  malheureusement  elles  étaient  anonymes. 
Une  de  celles-ci  était  fermée  au  moyen  de  trois  tuiles 
portant  toutes  trois  le  sceau  de  la  même  officine4  : 

OP  DOL  EX  PR  M  AVRELI  ANTO 
NINI  AVG  N  PORT  LIC 

Op(us)  dol(iare)  ex  pr(œdiis)  M.  Aureli  Antonini 
Aug(usli)  n(ostri)  port(us)  Lic(ini). 

La  présence  de  ces  briques  permet  de  reporter  l'exis- 
tence du  cimetière  au  règne  de  Marc-Aurèle,  observons 
toutefois  que  la  nécropole  des  légionnaires  était  située 
de  l'autre  côté  de  la  voie  Appienne  5. 

L'épigraphie  de  la  catacombe  offre  un  médiocre  inté- 
rêt6 et  aucune  indication  nouvelle  ne  vient  renforcer 
l'opinion  qui  voit  dans  la  catacombe  un  ouvrage  du 
n*  siècle. 

Une  des  parties  les  plus  intéressantes  est  le  cubicu- 
lum  (n.  6  du  plan)  pourvu  d'un  puits  dont  la  construc- 
tion est  certainement  antérieure  à  l'installation  de 
l'arénaire  en  catacombe  ;  il  fut  conservé  et  placé  dans 
une  chambre  sépulcrale  dont  les  parois  furent  revêtues 
d'un  enduit  et  ornées  de  filets  de  couleur  rouge  d'un 
aspect  décoratif.  On  peut  supposer  que  ce  local  a  servi 
de  baptistère. 

Outre  les  cryptes  et  arcosolia  que  nous  avons  décrits, 
la  catacombe  contenait  des  loculi  et  des  arcosolia  dans 

*De  Rossi,  Bull,  di  arch.  crist.,  1869,  p.  74;  0.  Marucchi, 
Nuovo  bail,  di  arch.  crist.,  1902,  pi.  v.  —  «Ughelli,  Italia  sacra, 
in-lol.,  Romae,  1644,  t.  I,  p.  250;  De  Rossi,  op.  cit.,  p.  75,  note  2. 
—  'Quelques  sépultures  païennes  creusées  à  très  peu  de  distance 
du  cimetière  sont  également  dans  le  tut.  La  catacombe  établie 
dans  une  carrière  reliait  toutes  les  issues  marquées  n.  9  sur  le 
plan  et  dont  une  seule  est  demeurée  accessible.  —  *La  lecture 


les  parois  (n.  7  du  plan)  et  des  formée  ou  fosses  creusées 
dans  le  sol  (n.  8  du  plan). 

Bibliographie.  —  M.  Armellini,  Gli  anlicln  cimiteri 
crisliani  di  Roma  e  d'Italia,  in-8",  Roma,  1893,  p.  584; 

—  Boldetti,  Osservazioni  sopra  i  cimiteri  de'  santi 
marliri  ed  antichi  crisliani  di  Roma,  in-fol.,  Roma, 
1720,  p.  558-561  ;  —  G.  Rohault  de  Fleury,  La  Sainte 
Vierge,  Etudes  archéologiques  et  iconographiques, 
in-4°,  Paris,  1878,  t.  Il,  p.  8;  —  F.  Franconi,  La  cala- 
comba  e  la  basilica  Coslantiniana  di  Albano  Laziale, 
in-8°,  Roma,  1877;  —  Gioni,  Storia  di  Albano,  in-8°, 
Roma,  1842,  p.  114-117;  —  J.  Liell,  Die  Darstelhmgen 
der  allerseligsten  Jungfrau  und  Gottesgebârerin 
Maria,  in-8°,  Freiburg,  1887,  p.  170;  —  Lucidi,  Mémo- 
rie  sloriche  deW  anlichissimo  municipio  dell'  Aric- 
cia,  in-4°,  Roma,  1796,  p.  212  sq. ;  —  O.  Marucchi,  Le 
catacombe  di  Albano,  dans  Nuovo  bull.  di  arclt.  crist., 
1902,  t.  vin,  p.  89  si].;  —  L.  Perret,  Les  catacombes  de 
Rome,  in-lol.,  Paris,  1855,  t.  i,  pi.  lxxxiv;  —  Riccy, 
Memorie  storiche  dell'  anlichissinm  cilla  di  Alba 
longa  e  dell'  Albano  moderno,  in-4°,  Rome,  1787,  p.  172 
sq.;  Dell'  Albano  moilerne  o  sia  dell'  Albano  crisliano; 

—  J.-D.  De  Rossi,  La  catacombe  di  Albuno,  Appendice 
inlorno  ai  monumenti  crisliani  di  Boritle,  Ariccia  ed 
Anzio,  dans  Bull,  di  arch.  crist.,  1809,  p.  65  sq.;  — 
Carta  topograjica  degli  anlichi  monumenti  ciisiiani 
nei  lerrilorii  Albano  e  Tusculano,  dans  Bull  <li  arch. 
crist.,  1873,  p.  83  sq.;  —  Séroux  d'Agincourt,  Histoire 
de  l'art  par  les  monuments,  in-fol.,  Paris,  1823.  t.  VI, 
p.  7,  pi.  x,  n.  12-15;  —  Vol  pi,  Lalium  velus  prufanum 
et  sacrum,  in-4°,  Romœ,  1726,  t.  vin,  p.  141  sq. 

IL  Lecllucq. 
ALBASPDNEUS.  Voir  L'Aubépine. 

ALBATI.  Voir  Néophytes. 

ALB/E,  ALB9S  (ON).  Voir  Aube. 

ALBI  (Manuscrits  liturgiques  d').  La  biblio- 
thèque publique  contient  un  petit  nombre  de  manuscrits 
liturgiques  parmi  lesquels  nous  citerons  : 

N.  4.  Sacramenlaire,  à  l'usage  de  l'Église  d'AIbi,  ainsi 
que  donne  lieu  de  le  croire  l'insertion  d'une  longue  pré- 
face dans  la  messe  de  la  fête  de  sainte  Cécile.  Ms.  de 
la  fin  du  Xe  ou  du  commencement  du  xie  siècle,  com- 
prenant 128  feuillets  y  compris  le  feuillet  du  commen- 
cement non  coté,  et  mesurant  273  millimètres  de  haut 
sur  138  millimètres  de  large. 

Au  verso  du  feuillet  préliminaire  on  lit  le  titre  disposé 
sur  six  lignes  :  INCII'IT  ||  LIBERSA  ||  CRAMEN  ||  TO- 
RVM  ||  PERCIRCU  ||  LVM  ANNi  || 

Les  lettres  sont  alternativement  en  or,  en  noir  et  en 
rouge.  Dans  le  corps  du  ms.  les  titres  sont  en  lettres 
rouges  et  vertes.  Les  initiales  sont  de  grandes  capitales 
tracées  en  or.  —  Fol.  2  :  Préface  commune  suivie  du 
canon  de  la  messe.  Le  mémento  des  défunts  se  trouve 
en  marge  et  d'une  écriture  postérieure.  La  liste  des 
saints  du  Nobis  quoque  renferme  après  Pelro  :  llario, 
Martino.  Le  canon  finit  avec  le  premier  Agnus  Dei,  et 
on  lit  immédiatement  vim  klën  ||  ianvar  uratio  i|  in 
vigilia  dni.  La  messe  de  minuit  pour  le  jour  de  Noël 
est  intitulée  In  nocte  ad  Scâ  Maria;  dans  la  messe  de 
l'aurore,  la  collecte,  la  secrète  et  la  post-communion  de 
sainte  Anastasie  précèdent  les  pièces  parallèles  de  la  fête 
du  jour.  Cette  messe  de  l'aurore  comporte  deux  préfaces, 
la  messe  du  jour  a  cinq  post-communions.  Le  carême 

donnée  par  Boldetti  est  fautive.  Sur  le  portus  TAcM,  cf.  L.  Prel- 
ler,  Die  Regiunen  der  Sladt  Rom,  in-8%  Jena,  1840.  p.  103.  — 
"O.  Marucchi,  Le  catacombe  di  Albano,  dans  Nuuvo  bull.  di 
arch.  crist.,  1902,  p.  97,  note  2.  —  "  O.  Marucchi,  dans  le  Nuovo 
bull.  di  arch.  crist.,  1902,  p.  105  sq.  Parmi  ces  débris  on  a  re 
trouvé  un  quatrième  exemplaire  de  l'oliicine  doliaire  du  portus 
Lucini.  Ibid.,  p.  106.  n.  10. 


1063 


ALBI    (MANUSCRITS   LITURGIQUES   D') 


1064 


n'a  pas  de  messes  fériales.  Le  jour  des  palmes,  la  Bene- 
diclio  ramis  palmarum  sive  flôr,  consiste  en  une  seule 
collecte  :  Onmipotens  Deus  Christe  mundi  creator  et 
redemptor,  etc.  VExidtet  est  emprunté  à  la  formule 
gélasienne  :  Deus  rnundi  condilor.  Dans  ce  sacramen- 
taire, il  s'est  introduit  au  début  de  la  préface  après  le  mot 
eterne.  Alcuin  donne  cela  comme  une  forme  parfois 
grégorienne.  Suivent  quatre  collectes  :  quse  dicentes  ad 
Lêc;  ce  sont  :  1°  Deus  qui  mirabiliter  creasti,  etc.; 
2°  Deus  cujus  antiqua,  etc.  ;  3°  Deus  qui  nos  ad  cele- 
brandum,  etc.;  4°  Deus  qui  ecclesiam  tuam,  etc.  Le 
jour  de  Pâques  offre  des  collectes  propres  à  vêpres  : 
ad  fontem  et  ad  S.  And.,  cette  dernière  devant  être 
récitée  devant  l'autel  ou  la  chapelle  de  Saint-André.  Au 
samedi,  vigile  de  la  Pentecôte,  les  prières  qui  suivent 
les  quatre  leçons  sont  respectivement  :  1.  Deus  qui  in 
Abrahe,  etc.  ;  2.  Deus  qui  nobis  per  prophetarum,  etc.  ; 
3.  Deus  qui  nos  ad  celebrandum,  etc.  ;  4.  Deus  incom- 
mutabilis  virtus,  etc.  Les  leçons  manquent  dans  le  m  s. 
aussi  bien  d'ailleurs  que  le  samedi  saint.  Le  premier 
dimanche  après  la  Pentecôte  est  désigné  ainsi  :  Dom 
Vacat.,  mais  il  a  la  préface  De  trinitate  et  la  collecte  : 
Deprecationem  nos  tram  quesumus  Domine  benignus 
exaudi,  etc.  On  trouve  les  messes  de  vingt-sept  diman- 
ches après  la  Pentecôte,  suivies  par  cinq  dimanches 
ante  nativitatem  domini.  Les  fêles  sont  intercalées 
parmi  les  dimanches,  par  ex.  :  Fête  de  saint  Jean-Bap- 
tiste (qui  a  deux  messes)  se  place  après  le  cinquième 
dimanche  qui  suit  la  Pentecôte;  fête  de  saint  Benoît 
après  le  huitième  dimanche.  La  fête  de  saint  Sixte,  outre 
sa  préface  propre,  a  une  préface  pour  la  bénédiction  des 
raisins  :  Ben  Uuve,  au  canon  de  la  messe,  après  le  No- 
bis quoque.  La  fête  de  sainte  Lucie  a  deux  messes.  Les 
messes  du  commun  des  saints  commencent  après  celle 
'  de  saint  Thomas  l'apôtre,  ensuite  viennent  les  messes 
votives  et  les  prières  ad  capilla  tundenda,  et  ad  barbas 
tonend.  Les  post-communions  sont  intitulées  Ad  Commû  ; 
Post  Col;  Ad  Copl;  fol.  113-124  :  Épitres  et  évangiles 
des  messes  du  commun.  Aucune  rubrique. 

N.  6.  Sacramentaire,  à  l'usage  de  l'Église  d'Albi, 
ainsi  qu'en  témoigne  ce  distique  (fol.  3,  ancien  frontis- 
pice du  ms.)  : 

Oui  fleri  servum  me  laudo  Sicardus  in  evum. 
Hune  tibi  describo  librum  Cecilia  virgo. 

Ms.  du  commencement  du  xne  siècle,  comprenant 
164  feuillets,  et  mesurant  0n'273  sur  0™  170  :  —  fol.  3. 
lncipit  liber  sacramentorum  per  anni  circulum  ;  — 
fol.  3  v»  :  Te  igitur;  Dans  le  Libéra  nos  on  lit  :  et  inter- 
cedente  beata  et  gloriose  virgine  Maria  et  sancto  ar- 
changelo  tuo  Michaele  st  beatis  apostolis.  Le  propre 
du  temps  commence  la  veille  de  Noël.  Les  rubriques 
concernant  le  Vendredi  saint  sont  trop  tardives  pour 
avoir  de  la  portée.  A  la  suite  de  YAgnus  Dei,  on  lit  les 
prières  suivantes  :  1.  Hec  sacro  sancta  commixlio  cor- 
poris  et  sanguinis  dni-nostri  ihesu  xpi  fiât  omnibus 
su,mentibus  salus  mentis  et  corporis  et  ad  vitam  ca- 
pescendam  eternam  preparatio  salutaris.  Te  prestari  te 
rex  regum  qui  in  trinitate  perfecta  vivis  et  régnas.  — 
2.  Ante  Comunion.  Domine  sancte  paler  onmipotens 
seterne  Deus.  da  mic/ii  hoc  corpus  et  sanguinem  dni 
nri  iliu  xpi  filii  tui.ila  sumcre.ut  merear  per  hoc  rc- 
missionem  omnium  peccalorum  meorum  accipere.et 
tuo  sancto  spiritu  repleri.et  seterne  vite  hereditatem 
percipere  sine  fine,  qida  tu  es  deus  et  prêter  te  non  est 
alius.  —  3.  Post-communionem.  Perceplio  corporis  et 
sanguinis  lui  domine  ihu  xpe  quam  ego  indignus  et 
infelix  sumere  presumpti.non  michi  proveniat  ad  ju- 
ditium,  ncque  ad  condcmpnalionem.  sed  prosit  michi 
ad  remissionem  omnium  peccatorum  meorum.  sitque 
ad  percipiendam  vitam  seternam  preparatio  salutaris. 
te  preslante  deus  noster  qui  cum  pâtre  et  spiritu  sco 
vivis  et  régnas  in  secula  seculorum.  —  4.  Post  missam. 


Placeat  tibi,  etc.  Te  prsestante,  etc.;  —  fol.  8  sq.  Orai- 
sons et  préfaces;  la  post-communion  est  intitulée  Ad 
complendum;  —  fol.  87  v°  lncipiunt  misse  sanctorum 
ab  oclabis  Pentecostes  usque  in  natale  Domini;  — 
fol.  157  v°-166.  Becueil  de  bénédictions.  Écrit  par  l'ar- 
chidiacre Sicard. 

En  tète  du  volume  le  sacristain  B.  Le  Gros  (B.  Grossi) 
a  transcrit  un*  ordonnance  :  Hsec  sunt  festa  solempnia 
et  dies,  du  14  décembre  1248,  réglant  le  droit  de  l'évo- 
que de  prendre  ses  repas  dans  le  réfectoire  des  cha- 
noines, à  certains  jours  de  l'année. 

N.  5.  Sacramentaire,  à  l'usage  de  l'Église  d'Albi,  du 
XIIe  siècle,  comprenant  165  feuillets  de  parchemin  me- 
surant 0m268  sur  0m188;  c'est  l'ouvrage  du  copiste 
nommé  Sicard  (fol.  9  et  154  v),  dillérent  probablement 
du  Sicard,  auteur  du  ms.  précédent;  il  existe  une  copie 
partielle  de  ce  ms.  à  la  Bibliothèque  nationale,  à  Paris, 
fonds  latin,  n.  i6803.  —  fol.  7  :  In  nomine  Domini 
nostri  Jhesu  Christi.  Tncipit  liber  sacrementorum  per 
circulum  anni,  a  beato  Gregorio,  papa  urbis  Rome, 
editus. 

Les  post-communions  sont  intitulées  Ad  complen- 
dum; —  fol.  74  v°  :  lncipiunt  misse  sanctorum  a  Pas- 
c/ia  usque  ad  nativitatem  Domini;—  fol.  155-165.  Deux 
péricopes,  pour  l'évangile  de  Matines  le  jour  de  Noël. 
Matth.,  i,  1-16;  Luc,  m,  21-38,  noté  en  neumes  sans  clef 
ni  portée;  —  fol.  10.  Le  TE  décoré  avec  une  grande 
élégance,  et  pour  les  initiales,  l'enlumineur  semble 
s'être  inspiré  du  ms.  n.  6.  "Voir  col.  162. 

N.  3.  Rituel  d'Albi,  xie-xn«  siècle.  Fol.  2  :  Prenotat 
liic  calamus  quod  continet  iste  libellus...  Usibus  eccle- 
sie  satis  utilis  est  ||  liber  iste  :  \\  Scriptoris  libri  lector  || 
memor  esto  Sicardi.  —  Le  jour  des  palmes  il  est  prescrit 
au  clergé  et  aux  fidèles  de  s'assembler  à  la  troisième 
heure  du  jour  dans  l'église  ou  sur  l'emplacement  où 
doit  se  faire  la  cérémonie.  On  récite  tierce  après  avoir 
formé  le  cercle,  facta  corona,  ensuite  on  dit  l'évangile 
Cum  appropinquasset,  à  la  fin  duquel  les  chantres  en- 
tonnent les  antiennes  Collcgerunt  et  Cum  appropin- 
quaret;  quand  arrive  l'évêque  accompagné  de  douze 
prêtres,  on  chante  l'antienne  Ave  rex  noster. 

Le  rite  du  baptême  comprend  deux  exorcismes,  l'un 
pour  les  hommes,  l'autre  pour  les  femmes.  Il  com- 
mence par  la  bénédiction  des  cadeaux  faits  par  l'époux. 
La  tradilio  sponsse  se  fait  par  le  prêtre  qui  dit  à  l'époux  : 
Accipe  eam  in  nomine  Patris,  etc.  1  te  in  pace.  Suit 
un  office  pour  la  première  visite  des  nouveaux  mariés 
dans  leur  maison,  la  bénédiction  du  lit  nuptial  qui  est 
encensé  et  on  donne  aux  époux  la  benedictioS.  'I /ionise 
apostoli. 

Le  rituel  finit  par  la  pièce  suivante  :  O  Maria,  Virgo 
perpétua,  placca  nobis  Deutn,  quia  pro  nobis  Dei  ma- 
ter facta  es.  Surge  O  pia  mater  nostra.  Surge  ample- 
ctere  filium  pro  filiis.  Ostende  mamillas  sacros  quai 
ipse  dulciter  suxit.  Ostende  manus  immaculatus  ante 
faciem  redemptoris  nostri.  Alléluia.  —  Mater  patrum 
et  nati  filia  palrem  ora  jubc  natum  pia  ut  nos  ducat 
ad  polorum  gaudia. 

N.  7.  Martyrologe,  xi"  siècle;  à  la  fin,  une  hymne 
avec  neumes. 

N.  9.  Diurnal  et  rituel,  xii<=-xiiie  siècle  (xiv«-xve  s.,  R. 
Twigge). 

N.  13.  Evangéliaire,  xie-xn»  siècle  (xiie-xm»  s.,  R. 
Twigge). 

N.  15.  Lectionnaire,  xie  siècle;  contient  des  proses  et 
des  répons  en  plain-chant  noté  sans  clef  ni  portée. 

N.  34.  Pontifical  et  rituel,  ixe-x°  siècle;  contient  deux 
messes  contra  demoniaco  et  une  formule  de  bénédic- 
tion pour  l'épreuve  judiciaire  par  l'eau  bouillante  qui 
dill'ére  de  celle  qu'a  donnée  D.  Martène.  De  antiquisjecd. 
ritibus,  in-fol.,  Bassani,  1788,  t.  il,  p.  338  sq.;  voici 
celle  du  ms.  d'Albi  : 

SUPER  AQUA  FERVEKTJS.  —  Deus  judex  justus,  for- 


1065 


ALBI    (MANUSCRITS   LITURGIQUES    D'; 


ALCHIMIE 


10GG 


tis  et  patiens,  qui  auctor  es  pacis  et  judicas  equitatem. 
tu  judica  quod  justum  est,  domine,  et  rectum  da  judi- 
cium.  qui  respicis  terrant  et  facis  eam  tremere.  tu  es 
deus  omnipotens.  qui  per  adventum  filii  tui  domini 
nostri  ihu  xpi  mundum  salvasti.  et  sanctissima  pas- 
sione  ejus  humanum  genus  redemisti.  tu  hanc  aquam 
igné  ferventem  sanctifica.  qui  très  pueros  id  est  Sidrac 
Misac  et  Abdenago  in  camino  ignis  ardentis  accensa 
fornace  salvasti.  illesosque  per  angelum  tuum  eduxisti. 
tu  démens  sanclissime  dominator  presta.  ut  si  quis 
innocens  de  hoc  furto  in  hanc  aquam  igné  ferventem 
manum  misent,  sicut  très  pueros  supradictos  in  ca- 
mino ignis  salvasti.  et  Susannam  de  falso  crimine 
liberasti  :  ita  et  qui  innocens  de  hoc  furto  in  liane 
aquam  igné  ferventem  manum  misent  salvam  et  ille- 
sam  educat.  Ita  deus  omnipotens  si  quis  est  culpabilis 
in  crassante  diabolo  cor  induratum  habens  manum 
miltere  presumpserit.  tua  justissima  severitas  hoc  de- 
claret  huic  in  corpore  suo.  ut  cerla  veritas  sit  mani- 
festa, et  anima  per  penitentiam  salvelur.  et  si  quis 
culpabilis  est  et  per  aliqua  male/icia  aut  per  herbas 
peccata  sua  regere  voluit.  tua  dextera  hoc  evacuere 
dignetur.  Per  eundum... 

N.  36.  Recueil,  ixe  siècle;  Le  premier  morceau  est 
ainsi  désigné  dans  le  catalogue  Kalendarium  quod  vi- 
detur  exaratum  ad  usum  ecclesiise  Buturicensis,  desi- 
nens  anno  dcccliv. 

N.  38  bis.  Recueil,  IXe  siècle;  le  n.  9  :  Kalendarium, 
semble  avoir  été  à  l'usage  de  l'Eglise  de  Bourges,  il 
s'arrête  en  85i. 

N.  42.  Recueil,  IXe  siècle;  De  signo  crucis,  benedi- 
ctiones  aquse,  salis,  cineris  et  vini,  de  ecclesia  conse- 
cranda.  A  été  écrit  entre  950  et  1025. 

N.  44.  Antiphonse  et  Responsoria,  ix°  siècle. 

N.  45.  Recueil,  xi»  siècle.  Apocalyse,  Psaumes,  Can- 
tiques, Symboles  des  apôtres,  de  Nicée,  de  pseudo-Atha- 
nase,  Litanies,  Prières  de  l'Église  d'Albi. 

N.  46.  Livre  d'hymnes  et  prières,  x\e  siècle,  avec 
neumes1.  H.  Leclercq. 

ALCHIMIE.  -  I.  Histoire.  II.  Documents.  III.  Bi- 
bliographie. 

I.  Histoire.  —  La  pratique  des  sciences  occultes  a 
été  assez  sévèrement  traitée  dans  le  monde  gréco-ro- 
main. L'organisation  du  culte  officiel  et  l'existence  des 
sacerdoces  domestiques  avaient  paru  devoir  suffire  aux 
aspirations  religieuses  de  tous;  ce  qui  ne  rentrait  pas 
dans  ce  cadre  était  tenu  pour  oeuvre  malsaine  et  mal- 
faisante; or  l'État  était  intraitable  à  l'égard  de  tout  ce 
qui  lui  paraissait  le  menacer  en  quelque  manière.  La 
présence-  des  affiliés  à  la  classe  odieuse  à  laquelle  on 
imposait  tour  à  tour  les  noms  de  mages,  astrologues, 
mathématiciens,  éveillait  bientôt  le  soupçon  et  il  était 
rare  que  les  noms  de  quelques-uns  d'entre  eux  ne  lus- 
sent pas  prononcés  dés  qu'un  malheur  inexpliqué,  une 
mort  soudaine  venait  terrifier  la  société.  Il  faut  lire  dans 
Tacite  le  récit  des  derniers  jours  de  Germanicus  -  pour 
comprendre  l'horreur  et  la  cruauté  que  les  anciens  té- 
moignaient  à    l'égard  de  ces  individus  qu'ils  tenaient 

1  G.  Libri  et  F.  Ravaisson,  Catalogue  général  des  manuscrits 
des  biblioth.  publ.  des  départements.  in-4°,  Paris,  1849,  t.  I,  p.  481 
sq.  ;  L.  Delisle,  Mémoires  sur  d'anciens  sacramentaires,  in-4°, 
Paris,  1886,  n.  lxxxvi-lxxxviii  ;  R.  Tvvigge,  The  médiéval  ser- 
vice Books  of  Aquitaine.  I.  Albi,  dans  la  Dublin  Review,  1894, 
t.  cxvi,  p.  279-295;  du  Mège,  Notice  sur  quelques  manuscrits 
de  la  bibliothèque  d'Albi,  dans  les  Mém.  de  l'Acad.  des  sciences 
de  Toulouse,  1834,  t.  m,  part.  2,  p.  271-287;  F.  Maassen,  dans 
Sitzungsberichte  d.  Akad.  Wissensch.,  W'ien,  1866,  t.  liv, 
p.  157-167;  Lettres  ornées  d'un  manuscrit  (n'  6)  de  la  biblio- 
thèque d'Albi,  dans  la  Revue  historique  du  Tarn,  1891,  t.  vm, 
p.  284-285,  pi.  -  !  Tacite,  Annales,  1.  II,  n.  lxix,  sq.  — 
*  Ibid.,  1.  II,  xxxii.  —  *  lbid.,  1.  XII,  lu;  Historix.  1.  II, 
c.  lxii.  —  *Ibid.,  1.  X,  xxil  —  °  Paul,  au  Digeste,  1.  V,  tit.  xxiu  : 
Ad   legem   Corneliam   de   sicariis   et   veneficiis.  Ct.    Tit.   de 


pour  néfastes  entre  tous.  Périodiquement  on  les  bannis- 
sait, mais  sans  cesse  il  fallait  renouveler  les  édits.  Sous 
le  règne  de  Tibère,  on  rendit  un  édit  qui  chassait 
d'Italie  les  magiciens  et  les  mathématiciens;  l'un  d'eux 
fut  même  mis  à  mort  et  précipité  du  haut  d'un  rocher3; 
sous  Claude  et  sous  Vitellius,  nouveaux  sénatus-con- 
sultes4,  mais  en  même  temps  qu'on  les  bannissait  on 
s'adressait  à  eux  pour  en  apprendre  les  chances  de  durée 
d'un  régime  de  violence  ;  il  n'est  presque  pas  d'empereur 
qui  n'eût  consulté  ces  devins  pour  savoir  de  leur  bouche 
si  le  trône  lui  appartiendrait  un  jour.  Ainsi  cette  classe 
d'hommes  qui  excite  des  espérances  trompeuses  était 
sans  cesse  bannie  et  sans  cesse  recherchée  :  Genus  ho- 
minum  potentibus  infidum,  sperantibus  fallax,  quod 
in  civitate  nostra  et  vetabilur  semper  et  retinebitur  s. 
Tout  ce  qui  confinait  à  la  connaissance  et  à  la  pratique 
des  sciences  occultes  était  réputé  criminel  et  prohibé  à 
Rome,  ainsi  que  nous  l'apprend  le  jurisconsulte  Paul  : 
Libros  magiese  artis  apud  se  neminem  habere  licet,  et 
si  pênes  quoscumque  reperd  sint,  bonis  ademptis  am- 
bustisque  his  publiée,  in  insulam  deportantur ;  hunti- 
liores  capite  puniuntur6.  Sous  le  nom  de  magie  un 
autre  jurisconsulte,  Q.  Septimius  Tertullianus,  nous 
dit  ce  qu'il  faut  entendre.  Cet  écrivain  eut  à  s'occuper 
dans  ses  ouvrages  de  polémique  du  récit  de  la  Genèse 
qui  dit  que  les  fils  de  Dieu  voyant  la  beauté  des  filles 
des  hommes,  les  prirent  pour  femmes.  Ce  récit,  dont 
l'interprétation  a  exercé  la  sagacité  des  premiers  chré- 
tiens, trouvait  son  commentaire  dans  un  livre  apocry- 
phe fort  répandu  alors,  le  Livre  d'Hénoch  7,  d'après  le- 
quel ces  fils  de  Dieu  étaient  les  anges  rebelles  qui  habi- 
tèrent avec  les  femmes  et  leur  enseignèrent  la  sorcel- 
lerie, les  enchantements,  les  propriétés  des  racines  et 
des  arbres,  les  signes  magiques,  l'art  d'observer  les 
étoiles,  l'un  d'eux  leur  apprit  même  l'usage  des  brace- 
lets et  des  ornements,  l'usage  de  la  peinture,  l'art  de 
se  peindre  les  sourcils,  d'employer  les  pierres  précieuses 
et  toutes  sortes  de  teintures,  d'où  résulta  une  extrême 
corruption.  Cette  opinion  était  reçue  au  IIe  siècle  de 
notre  ère  et  c'est  d'après  elle  que  Tertullien  décrit  les 
œuvres  réprouvées  dont  ils  instruisirent  l'humanité  : 
«  Ils  trahirent,  dit-il,  le  secret  des  plaisirs  mondains  ; 
ils  livrèrent  l'or,  l'argent  et  leurs  œuvres;  ils  ensei- 
gnèrent l'art  de  teindre  les  toisons8.  Ils  découvrirent 
les  charmes  mondains,  ceux  de  l'or,  des  pierres  bril- 
lantes et  de  leurs  œuvres".  Ils  mirent  à  nu  les  secrets 
des  métaux:  ils  firent  connaître  la  vertu  des  plantes  et 
la  force  des  incantations  magiques  et  ils  décrivirent  ces 
doctrines  singulières  qui  s'étendent  jusqu'à  la  science 
des  astres  10.  » 

«  On  voit,  dit  justement  M.  Berthelot,  combien  l'au- 
teur est  préoccupé  du  mystère  des  métaux,  c'est-à-dire 
de  l'alchimie,  et  comment  il  l'associe  avec  l'art  de  la 
teinture  et  avec  la  fabrication  de  pierres  précieuses, 
association  qui  forme  la  base  même  des  vieux  traités 
alchimiques  contemporains,  retrouvés  dans  les  papyrus 
et  les  manuscrits  ".  »  Ces  anges  qui  enseignèrent  l'al- 
chimie, Tertullien  les  assimile  en  un  autre  passage  à  ces 
mathématiciens  qu'on  expulsait  de  Rome,  comme  leurs 

maleficiis  et  manichxis,  §  6:  Jubemus  namque  auctores  qui- 
dem  ac  principes  cum  abominandis  scripturis  eorum  severiori 
pœnx  subjici,  ita  ut  flammeis  ignibus  exurantur.  —  7 Dillmann, 
Das  Buch  Henoch,  in-8%  Lipsiae,  1851.  —  «Tertullien,  De  idola- 
tria,  ix,  P.  L.,  t.  i,  col.  671  :  Angeli  peccatores  illecebras  de- 
texerunt,  aurum,  argentum  et  opéra  eorum  tradiderunt... 
velleruntque  tincturas  inter  csetera  docuerunt.  —  "Tertullien, 
De  cultu  feminarum,  1.  II,  c.  x,  P.  L.,  1. 1,  col.  1328  :  Qui  siqui- 
dem  angeli  qui  et  materias  ejusmodi  et  auri  dico  et  lapidum 
illustrium  et  opéra  eorum  tradiderunt.  —  ,0  Tertullien,  ibid., 
I,  II,  P.  L.,  t.  I,  col.  1306  :  Si  quidem  et  metallorum  operta  ti«- 
daverunt  et  herbarum  ingénia  traduxerunt  et  incanlationum 
vires  pruvulgaverunt  et  omnem  curiositatem  usque  ad  stella- 
rum  interpretationem  designaverunt.  —  "  M.  Berthelot,  Les 
origines  de  l'alchimie,  in-8\  Paris.  1885,  p.  12. 


1067 


ALCHIMIE 


1068 


diaboliques  ancêtres  avaient  été  chassés  des  cieux. 
Astrologos  et  aruspices  et  augures  etmagos...  quorum 
artes  ab  angelis  desertoribus  proditasi.  Expelluntur 
malhemalici  sicul  angeli.  Urbs  et  Jtalia  interdicuntur 
matliematicis,  sicut  cœlum  angelis  eoi'um,  eadem 
pœna  est  discipulis  et  magistris  l.  Nous  retrouverons 
dans  les  papyrus  de  Leyde  des  recettes  magiques  asso- 
ciées aux  recettes  alchimiques,  et  il  y  a  lieu  de  croire 
que  l'usage  en  était  assez  général,  car  ces  papyrus,  que 
l'on  croit  provenir  des  environs  de  Thèbes,  présentent 
des  caractères  analogues  à  ceux  de  certains  manuscrits 
dans  lesquels  la  doctrine,  fût-elle  d'origine  égyptienne, 
n'a  été  fixée  qu'après  un  séjour  prolongé  en  terre  asia- 
tique et  dans  la  civilisation  grecque3.  Cette  intention 
d'entremêler  ou  de  ne  pas  distinguer  l'alchimie,  l'astro- 
logie et  la  magie  apparaît  clairement  dans  les  plus  an- 
ciens textes  qui  nous  sont  parvenus4.  On  s'explique 
dès  lors  la  confusion  volontairement  établie  par  Tertul- 
lien  entre  les  enchanteurs,  les  magiciens  et  ceux  qui 
s'adonnaient  à  l'extraction  et  au  travail  des  métaux.  Il 
semble  que  le  néo-platonicien  Jamblique  ait  également 
associé  la  magie  à  l'art  de  composer  les  pierres  pré- 
cieuses :  'II  66oypYtxr|  te/vï)...  crju.7rXéxEi  uoXXdtxiç  XîOou;5. 
Malheureusement  le  désastre  que  nous  avons  si  souvent 
à  déplorer  de  l'incinération  des  archives  des  Églises 
sous  Dioclétien  a  été  partagé  par  la  classe  de  documents 
dont  nous  parlons  ici.  C'est  probablement  en  conformité 
aux  dispositions  rappelées  par  Paul  le  jurisconsulte  que 
nous  avons  cité,  que  Dioclétien  ordonna  la  destruction 
des  livres  d'alchimie  en  Egypte.  Le  fait  nous  est  attesté 
par  Jean  d'Antioche,  qui  vivait  sous  Héraclius  (vne  siècle), 
mais  qui  semble  avoir  copié  le  chronographe  égyptien 
Panodorus,  contemporain  d'Arcadius  et  placé  encore 
assez  près  des  événements  :  AioxXï)Tiavôç  rà  irepi  Xr,u.iaç 
àp-ppov  xai  xpu<r°S  T<>lî  TtaXatoCç  ajitov  YeYP1*"-".^*  ?'o^'a 
8i£peuvT)<rdt(i£voi;  ïxa-jat,  irpôçrà  u.r)x£Ti  tcXo-jtov  AÎ^vutioi; 
èx  tt)ç  Toiaûtr);  itiptywivba.i  tiyyi)q,  |J.r)TS  xPYl!JI-(*taïV  «utouç 
Gappoûvraç  icepio-jifa  to-j  Xot7ro0  Pcoitacotç  àvraipsiv 6. 
«  Dioclétien  fit  brûler  vers  l'an  190,  les  anciens  livres 
de  chimie  des  Égyptiens  relatifs  à  l'or  et  à  l'argent,  afin 
qu'ils  ne  pussent  s'enrichir  par  cet  art  et  en  tirer  la 
source  de  richesses  qui  leur  permissent  de  se  révolter 
contre  les  Romains.  »  On  trouve  une  affirmation  iden- 
tique dans  les  Actes  de  saint  Procope,  dont  la  rédac- 
tion très  tardive  (xe  siècle),  peut  garder  néanmoins  des 
passages  anciens  :  xoù  tôç  (iiëXou;,  oaai  irepi  /jjasi'a; 
àpyûpoy  xe  xai  xpvxroû  toïç  naXaiotlpoi;  to>v  AÎYUitTÎcov 
xatà  (tttouStiv  âYpâçTjaav,  àvâX<ou.a  7rupô;  aura;  e8r)xev, 
e"pYWv  Aiyvtcti'ou;  7ropi<ju.oG  )(pr)U.âT<i)V,  ûore  (jlt|  èx  TÎ,<i8e 
Tri?  Té/vrjç  E-JxoTnSîata  ypv|u.aTi(Touivouç  '•  «  Tout  ce  qui 
existait  de  livres  écrits  avec  grand  soin  et  provenant  des 
anciens  Égyptiens  touchant  l'art  de  fondre  l'argent, 
l'or,  fut  brûlé.  Il  voulait  réduire  les  Égyptiens  par  la 
misère,  dans  la  crainte  que,  instruits  dans  l'art  de  la 
fusion  des  métaux  et  le  mettant  en  pratique,  ils  ne 
fussent  en  état  de  reprendre  les  hostilités.  « 
Peut-être  les  papyrus  de  I.cyde  ont-ils  échappé  à  cette 

'Tertullien,  Apologeticus,  xxxv,  P.  L..  t.  i,  col.  450.  —  Md., 
De  idolatria,  ix,  P.  L.,  t  i,  col.  671.  —  «Par  exemple  dans  le 
ms.  grec  24Î90,  de  la  Bibliothèque  nationale.  —  4C.  Reuvens, 
Lettres  à  M.  Letronne,  in-4%  Leide,  1830,  Première  lettre,  p.  -10, 
50.  —  "Jamblique,  De  mysteriis,  sect.  V,  c.  xxni.  Les  manus- 
crits alchimiques  lui  attribuent  mi'rne  deux  procédés  de  trans- 
mutation. Cf.  Biblioth.  nationale,  fonds  grec,  n.  SSS7,  fol.  266, 
267.  —  *  Jean  d'Antioche,  dans  les  Excerpta  de  Legationibus  de 
Constantin  Porphyrogénète,  publiés  par  H.  Valois,  in-fol.,  Paris, 
16'i8,  p.  834.  —  '  Passio  S.  Procopix,  4,  dans  Acla  sanct-,  jul. 
t.  n,  p.  557.  —  *  Julius  Firmicus,  III,  15.  —  »  Code  Théodosien, 
1.  IX,  tit.  xvi,  12.  —  ">M.  Berlhelot,  op.  cit.,  p.  77.  —  "  C.  Reu- 
vens, Lettres  à  M.  Letronne  sur  les  papyrus  bilingues  et  gtccs 
et  sur  quelques  autres  monuments  gréco-égyptiens,  in-4', 
Leide,  1830,  Troisième  lettre,  art.  XI,  papyrus  66,  p.  65-67.  — 
11  C.  Leemuns,  PapyH  grœci  musxi  antiqui  ptiblici  Lugduni- 
Batavi,  in-4%  Lugd.-Batav.,  1885.  t.  Il,  199.  —  «»  M.  Berthelot, 


destruction.  C  est  dans  Julius  Firmicus  que  le  nom 
d'alchimie  se  trouve  pour  la  première  fois,  il  est  vrai 
que  le  préfixe  al  est  suspect8.  Le  premier  alchimiste 
désigné  sous  une  dénomination  véritable  est  un  charla- 
tan nommé  Johannes  Isthmeos  qui  escroquait  les  orfèvres 
de  son  temps.  Il  se  présenta  à  l'empereur  Anastase  à 
qui  il  offrit  un  mors  de  cheval  en  or  massif  :  «  Tu  ne 
me  tromperas  pas  comme  les  autres,  »  dit  l'empereur,  et 
il  le  relégua,  l'an  50i,  clans  la  forteresse  de  Petra  où 
Johannes  mourut.  C'est  à  cette  époque  que  le  code 
Théodosien  prescrivit  de  brûler  les  livres  des  alchi- 
mistes sous  les  yeux  des  évêques  9. 

Ce  n'est,  semble-t-il,  qu'au  vn«  siècle,  dans  les  écrits 
de  Jean  d'Antioche,  que  l'alchimie  est  mentionnée  pour 
la  première  fois  comme  formant  un  corps  de  doctrines 
scientifiques 10.  Au  vme  siècle,  Georges  le  Syncelle  utilise 
des  documents  plus  anciens  et  fait  de  larges  extraits  de 
Zosime  et  de  Synesius  d'après  des  ouvrages  que  nous 
possédons  dans  les  manuscrits.  C'est  vers  ce  temps  que 
les  Byzantins  recueillent  les  textes  et  les  traditions  que 
nous  ont  transmis  les  manuscrits  dont  le  plus  ancien, 
celui  de  Saint-Marc  à  Venise,  date  du  xie  siècle. 

IL  Documents.  — Le  manuscrit  le  plus  ancien  aujour- 
d'hui connu  où  il  soit  question  d'alchimie,  est  un  papy- 
rus du  musée  de  Leyde,  qui,  d'après  Reuvens11  et  Lee- 
mans  12  remonte  au  ni"  siècle  de  notre  ère.  Ce  papyrus  a 
été  trouvé  à  Thèbes  dans  une  momie.  Deux  autres,  con- 
servés dans  la  même  collection,  sont  surtout  magiques 
et  gnostiques,  nous  en  avons  cité  des  passages  dans  nos 
dissertations  sur  les  Anges  et  sur  les  Anneaux.  «  Ces 
trois  papyrus,  écrit  M.  Berthelot  qui  en  a  fait  une  étude 
approfondie,  sont  associés  entre  eux  étroitement,  par  le 
lieu  où  ils  ont  été  trouvés  et  même  par  certains  renvois 
du  papyrus  X,  purement  alchimique,  au  papyrus  V,  spé- 
cialement magique.  L'histoire  de  la  magie  et  du  gnosti- 
cisme  est  étroitement  liée  à  celle  des  origines  de  l'alchi- 
mie :  les  textes  actuels  fournissent  à  cet  égard  de  nouvelles 
preuves  à  l'appui  de  ce  que  nous  savions  déjà  ,3.  » 

1°  Le  papyrus  V*.  —  Papyrus  bilingue,  grec  et  dé- 
motique.  Le  texte  démotique  remplit  22  colonnes  de  30  à 
35  lignes  chacune  :  le  texte  grec,  17  colonnes  seulement; 
il  est  long  de  3m  60  et  haut  de  24  centimètres  1S.  Ce  papy- 
rus est  incomplet  du  commencement  et  de  la  fin.  Il  a 
été  écrit  au  me  siècle.  Le  texte  est  assez  incorrect  et 
peu  soigné,  il  présente  un  grand  nombre  de  fautes  d'or- 
tographe  attribuables  à  la  prononciation  locale.  Son 
contenu  nous  intéresse  surtout  parce  qu'il  présente 
plusieurs  analogies  avec  la  doctrine  gnostique  des  Mar- 
cosiens  qui  compta  des  adeptes  jusque  dans  la  Lyon- 
naise 1G.  On  y  lit  un  assez  grand  nombre  de  formules 
magiques  qui  ont  pu  être  en  usage  dans  la  secte  :  re- 
cette pour  fabriquer  des  philtres,  pour  incantations  et 
divinations,  et  pour  procurer  des  songes  n  ;  on  y  trouve 
aussi  des  formules  d'alchimie,  par  exemple  :  11*  section. 
Itoii;18  -/putro'j.  Recette  pour  faire  naître  de  la  rouille 
sur  l'or  (?)  au  moyen  de  vinaigre,  de  sel  commun,  de 
lithargyre,  d'huile  de  vitriol  (y_a).xav8ov)  et  d'autres  in- 

Collection  des  anciens  alchimistes  grecs,  in-4*,  Paris,  1887, 
t.  i,  Introduction,  p.  6  sq.  —  *»  Ce  papyrus  porte  les  numéros 
/.  38U  dans  le  catalogue  du  musée  de  Leyde  et  A.MS.  75  dans 
le  catalogue  du  chevalier  d'Anastasi.  -  "Voyez  une  description 
complète  dans  C.  Leemans,  op.  cit.,  t.  n,  p.  1-6  ;  C.  Reuvens, 
op.  cit.,  Lettre  première,  p.  8-27  ;  Appendice,  p.  145-151.  — 
'">  D.  Massuet,  De  Valentini  discipulis,  87,  P.  G.,  t.  vu.  col.  112. 
—  «'  C.  Reuvens,  op.  cit..  Première  lettre,  p.  8  sq.,  décrit  toute* 
ces  formules.  —  '•  W<;  est  obscur;  on  trouve  chez  les  alchi- 
mistes Uîoo-tç,  que  Du  Cange  a  accueilli  dans  son  glossaire  grec; 
ce  mot  est  employé  dans  la  xr  section,  par  Synesius  et  par  U 
manuscrit  alchimique  de  Leyde  qui  contient  à  la  fin  de  la  der- 
nière page     :    Mqtfld    "uai;,    ôr.'.rta^,  àvâcrafftç,  «ai    \iîwfftç.  Il  8'aglt 

peut-être  de  l'affinage  de  l'or.  D'après  Leemans,  op.  cit.,  t  n, 
p.  59,  ce  mot  est  formé  de  !d<,  rouille,  I»,  couvrir  de  rouille,  cornm* 
£fùou««,  aurifier,  qui  vient  de  ;pù<ro.o;  il  propose  donc  la  traduction: 
auri  obdttctionem  rubiaine  ou  encore  rubiginaiionem  auri. 


1009 


ALCHIMIE 


4070 


grédients;  12°  section  dépourvue  d'épigraphe,  offre  à 
peu  près  le  même  contenu  ;  13e  section,  contient  la 
recette  pour  la  confection  d'un  anneau  gnostique  porte- 
bonheur  (voir  Anneau)  '  ;  on  retrouve  un  peu  plus  loin 
une  recette  analogue2;  puis  viennent  une  table  pour 
pronostiquer  la  vie  ou  la  mort  d'un  malade,  une  for- 
mule pour  amener  la  séparation  entre  époux;  une  autre 
pour  causer  des  insomnies  jusqu'à  ce  que  mort  s'en- 
suive, une  autre  pour  avoir  des  amis  à  toujours  et  être 
aimable.  Reuvens  a  très  bien  vu  que  «  quant  à  la 
nature  générale  du  papyrus,  à  la  secte  qu'il  rappelle,  et 
à  son  âge,  il  est  assez  clair  que  le  texte  a  été  composé 
sous  l'inlluence  de  la  doctrine  de  Mardis  »3.  Dans  les 


toutes  choses  naissent.   Le  cours  du  soleil  est  célébré 
jour  et  nuit,  par  l'air,  la  terre,  l'eau  et  le  feu.  » 

La  mention  de  l'anneau  portant  gravé  le  serpent  qui 
se  mord  la  queue  7  nous  ramène  tout  à  la  fois  à  l'alchi- 
mie, dans  laquelle  ce  serpent  joue  un  rôle  fondamental8, 
et  au  gnosticisme.  Voir  Abrasax,  col.  127.  Un  catalogue 
d'explications  des  noms  mystiques  des  plantes  donne 
lieu  à  des  rapprochements  avec  la  nomenclature  de 
Dioscoride 9.  La  recette  d'encre  et  celle  d'affinage  de 
l'or,  les  seules  notions  de  chimie  du  papyrus  V,  ont  été 
étudiées  par  M.  Berthelot10;  un  dernier  passage  nous 
intéresse  plus  spécialement,  parce  qu'il  touche  plus  spé- 
cialement au  gnosticisme  et  à  son  rituel  liturgique  n  " 


m 


'E7i[t]x[a]Xoijp.s  crat  xbv  Èv  ttj  xaXïj  xoi'ty),  x[ov]  èv  xà  7to...  tv<3  oi'xw,  2iax6vr)(TÔv  iiot, 
x|a]i  à[7r]iyYEiXov,  àe\  ô'xt  av  o-ot  eïtko,  xa't  07ro[u  âv]  à[/7r]oo-xéXX[a>],  roxpopLoioiifjiEvoç  ©eâ> 
r\  [0[cï,  o't'to  àv  o-sêcovxat  oc  avSpe;  xat  ot  yuva|ïx]s;.  XÉytov  Tiâvxa  xà  ÛTroypatpÔLi.Eva, 
î|  XEyop.sva,  xa't  7xapaxt9éiis[v]â  cor  xa-/u.  ["Eçjôao's  xb  7tvip  ïtn  xà  si'StoXa  xà  p-éyio-xa, 
xa't  x[a]xE7tsiExa>  oùpavbç,  xoù  x'jxXov  ijl[t)  y]£tvti<7x<i>v  xoù  àyEtau  xavÔâpou,  Xé- 
[yo]p.È[v]ou  "twoEr  xâvôapo;  ô  irrspoçvYi;,  p.so-oupavàiv  xûpavvoç  aTtExeça- 
X(cr6ï)  r\  tieXto-Oï),  xb  p.Eyio-xov  xoù  svôoljov  [a-j]xo0  xafxjs^pTJaaxo,  xa'i6e<Jitdxr)v  xou  ou 
oùpavoû  (TuvxaxaxXe'co-avxe;  r,XXa|av,  <î>ç  au  8taxovrço-st;  [iio't  ixpàç  ou;  6eXo) 
avop[a]<;  xat  yuvaïxaç-  r|XE  p.ot  6  Ô£0"7t<Sxa  xoù  oùpavoO,  £7CtXà|x7t(ov  x/j  o'txou- 
ii£vï),8iaxôvï](TÔv  ptoi  irpbç  xÈ  àvopa;  xai  yj[v]aïxa;,  p.5txpo\jc;  xe  xat  luyàXovc,  xa\ 
ÈTuavayxâarïiç  isl  aùxoù;  7toieïv  ixâvxa  xà  [yElypap-uiva  ûix'  Èixou.       x.  x.  X- 


recettes  de  tout  genre  qu'il  donne  pour  les  opérations 
magiques  «  le  grand  nom  »  n'intervient  que  d'une  ma- 
nière accidentelle.  Pour  lui,  le  «  grand  nom  »,  c'est  le 
«  premier  être  »,  ô  ■Kponj.-(opi,  expression  bien  marco- 
sienne  et  qui  se  trouve  dans  les  fragments  de  cette  secte 
que  les  Pères  nous  ont  conservés  5.  Les  colonnes  7e 
et  8e  du  papyrus  6  adressent  à  ce  «  premier  être  »  une 
quinzaine  de  vers  hexamètres  dans  le  genre  des  hymnes 
orphiques  et  qui  sont  comparables  aux  pièces  les  plus 
excellentes  de  l'ancienne  poésie  chrétienne  : 

Ttç  [xop;pàç  Çtocov  STrXayE;  xt;  6'E-JpE  xeaeuOouç; 
Ti";  xapuoiv  y£v£xr;<;  ;  xîç  6'oupEa  Cupôcr'  ÈysîpEt; 
Tfç  S'avifAouç  ëxéXeucev  ej^eiv  Evtauata  £pya; 
Tiç  S'aicôva,  "va  xpÉçtov  attociv  àvâo'O'et; 
Eeç  0ïb;,  aÔâvaxo;,  itâvxtov  yEvéxiop  <ru  néçuxaç, 
Ka\  rcàTtv  '.J'usai;  <rù  véiiec;  xat  ixâvxa  xpax'jvEiç, 

Atà)vuv  f5a<jiX£Ù  xa\xupiE 

xa't  xpojj.Éouo"tv 

Oupsa,  o-ùv  itatôt'oiç  Trrjywv,  7ioxap.à3v  xs  ta  pEÎÔpa 
Kat  puuo"o't  yatT);  xa't  itvEÛu.axa  Txivxa  xà  <puvxa. 
Oùpavbç  û'J/içaT!;  ce  xpÉtut  xa't  7iào-x   0àXao-o-a, 
KûptE  uavxoxpâxtop,  âyis,  xat  oÉa-7ioxa  itàvxtov. 
Erj  Suvâtiei  o-xoty.Eta  tiêXei  xa't  çiisxat  ^àvxa, 
'HeXiou  û|/.vso-xat  Cip6[i.oç  vuxxéç  xs  xa't  f|0-jç, 
'Alpt,  xa\  yatï,  xat  ûSaxt,  xat  Tiupbç  àytitii. 

«  [Tu  es  le  Seigneur,  qui  crée  et  qui  nourrit,  et  qui  fait 
croître  toutes  choses.]  Qui  a  fait  les  formes  vivantes? 
Qui  a  découvert  les  voies,  qui  a  produit  les  fruits  ?  Qui 
a  bâti  en  hauteur  les  montagnes  ?  Qui  a  ordonné  aux 
vents  d'avoir  des  retours  périodiques?  Qui  donc  com- 
mande au  temps?  Dieu  unique,  immortel,  qui  a  tout 
engendré,  qui  donne  des  âmes  à  tous  et  qui  affermit 
tout,  roi  des  temps  et  seigneurs.  Les  montagnes  trem- 
blent avec  les  petits  fleuves  et  le  cours  des  ileuves  et  les 
profondeurs  de  la  terre  et  tous  les  esprits  qui  sont.  Le 
ciel  supérieur  et  la  terre  te  rendent  hommage,  Sei- 
gneur maître  de  l'univers,  saint  et  seigneur  de  tout. 
C'est  par  ta  puissance  que  les  éléments  existent  et  que 

'  Sur  la  disposition  matérielle  du  papyrus  ù  cet  endroit,  cf. 
C.  Reuvens,  op.  cit.  :  Avertissement,  non  paginé,  avant  la  page 
1,  et  Appendice,  p.  148.  —  *C.  Leemans,  Papyri  grxci  musxi 
antiqui  Lugdini-Batavi,  t.  H,  p.  23,  ligne  27  sq.  ;  p.  29,  ligne 
28  sq.  —  3  C.  Reuvens,  op.  cit.,  Appendice,  p.  150.  —  *C.  Lee- 
mans, op.  cit.,  t.  [i,  p.  27,  ligne  26.  —  5S.  Irénée,  Adv.  hxres., 
1.  I,  c.  xm,  P.  G.,  t.  vu.  oui.  577  sq.  ;  S.  Épiphane,  Hseres., 
xxxiv,  5,  7,  18.  P.  G.,  t.  xu,   col.  5'J3.  —   «  C.  Leemans,  op. 


«  Je  t'invoque,  toi  qui  (reposes)  sur  la  belle  couche, 
toi  qui  (résides)  dans  la  maison...,  sers-moi;  et  va  tou- 
jours annoncer  ce  que  je  te  communique,  et  dans  tou9 
les  lieux  où  je  t'envoie,  sous  la  forme  d'un  dieu  ou 
d'une  déesse,  tels  que  les  hommes  et  les  femmes  révè- 
rent, en  disant  tout  ce  qui  est  écrit  ci-dessous  ou  ce  qui 
t'est  dit  et  recommandé  :  promptement.  Le  feu  a  atteint 
les  plus  grandes  idoles  et  le  ciel  a  été  englouti,  ne  con- 
naissant point  le  cercle  du  saint  scarabée,  appelé  pho- 
rei  :  le  scarabée,  muni  d'ailes,  le  Seigneur  qui  réside 
au  milieu  du  ciel,  a  eu  la  tête  arrachée,  ou  a  été  mis  en 
pièces;  ce  qu'il  y  a  de  plus  grand  et  de  plus  glorieux  a 
été  détruit,  et  après  avoir  enfermé  le  maître  du  ciel,  on 
l'a  fait  périr  :  afin  que  tu  me  serves  chez  les  hommes  et 
les  femmes  suivant  mes  désirs.  Viens  à  moi,  maître  du 
ciel,  éclairant  la  terre;  sers-moi  auprès  des  hommes  et 
les  femmes,  petits  et  grands,  et  force-les  toujours  de 
faire  tout  ce  qui  est  écrit  par  moi.  »  Cette  invocation  à 
l'amour  mystique  se  prolonge,  elle  est  suivie  de  deux 
autres.  Ces  formules  adoptées  par  les  gnostiques,  par 
certaines  fractions  gnostiques  du  moins,  se  rapprochent 
de  celles  de  la  théurgie  égyptienne.  Le  dieu  assis  sur 
une  belle  couche  est  probablement  le  même  queJam- 
blique  qualifie  de  dieu  assis  sur  le  lotus  :  6  Èitl  Xwxoû 
xa9»]p.Évoi;,  et  que  les  pierres  gnostiques  représentent  si 
fréquemment  dans  cette  posture. 

Le  papyrus  V  présente  une  dernière  particularité 
bien  caractéristique.  Son  texte  est  souvent  interrompu 
par  des  mots  qui  n'appartiennent  pas  à  la  langue  grec- 
que, sont  d'une  prononciation  parfois  malaisée  et  pa- 
raissent suspendre  le  sens  de  la  phrase  ou  même  la 
rendre  inintelligible  au  lecteur,  tandis  que  le  rédacteur 
des  formules  a  du  attribuer  à  ces  assemblages  de  lettres 
un  sens  aujourd'hui  ignoré.  Tous  ces  mots  sont  distin- 
gués dans  le  corps  du  texte  par  un  tiret  placé  au-dessus 
et  que  l'on  retrouve  sur  un  grand  nombre  de  pierres 
gnostiques.  Ces  noms  sont,  entre  plusieurs  autres,  ceux 
de  Jao,  Adonai,  Ablanathanalba,  Sabaoth,  Abrasas,  etc., 
dont  l'appartenance  au  gnosticisme  n'est  pas  douteuse; 

cit.,  t.  n,  p.  27  sq.  Nous  donnerons  ces  vers,  non  d'après  la  cou- 
pure du  texte,  mais  dans  une  restitution  métrique.  —  '  C.  Lee- 
mans, op.  cit.,  t.  n,  p.  29.  —  ê  M.  Berthelot,  Collect.  des  anc. 
alch.  grecs,  t.  i,  p.  9.  —  9  Ibid.,  t.  n,  p.  10  sq.;  C.  Reuvens, 
op.  cit.,  Appendice,  p.  151.  Les  expressions  de  cette  section  lui 
font  juger  que  l'âge  du  papyrus  peut  être  relevé  jusque  dans  1* 
première  moitié  du  m'  siècle.  —  *°  Op.  cit.,  t.  I,  p.  12  eq.  — 
"  G.  Leemans,  op.  cit.,  t.  il,  p.  13. 


1071 


ALCHIMIE   —   ALCUIN 


1072 


ce  qui  fait  question,  c'est  de  savoir  à  quelle  secle  particu- 
lière l'on  pourrait  attribuer  le  rituel  liturgico-alchi- 
mique  que  nous  étudions.  Le  papyrus  ne  contient  pas 
la  mention  du  démiurge  Ialdabaoth  qui  semble  avoir 
été  particulier  aux  ophites  '.  Ce  qui  est  dit  du  serpent 
au  sujet  de  l'anneau  peut  s'appliquer  à  un  grand  nombre 
de  sectes  gnostiques  ;  enfin,  on  n'y  a  pas  de  traces  bien 
claires  de  la  croyance  aux  génies  malfaisants,  croyance 
que  Matter  attribue  presque  exclusivement  aux  ophi- 
tes. Par  contre,  certaines  transpositions  des  nomsJao  et 
Jehova  et  surtout  l'emploi  des  voyelles  â,  ë,  ïj,  i,  o,  u,  u, 
invitent  à  chercher  des  éclaircissements  dans  ce  que  nous 
savons  de  la  secte  marcosienne  qui  iaisait  grand  usage 
de  la  symbolique  des  nombres  représentés  par  les 
voyelles  de  l'alphabet.  Cet  indice  est  le  plus  clair  de  ceux 
qu'on  peut  invoquer  en  faveur  de  l'attribution  du  rituel 
à  telle  secte  particulière,  mais  on  ne  saurait  sur  ce  point 
dépasser  l'hypothèse;  ce  qui  parait  incontestable,  c'est 
que  le  rituel  a  été  à  l'usage  d'une  secte  gnostique  profon- 
dément engagée  dans  le  système  mythologique  égyptien. 

2»  Le  papyrus  IV.  —  Ce  papyrus  est  formé  de  7  feuil- 
lets et  demi,  il  est  haut  de  0m27  et  large  de  0m32.  Il  ren- 
ferme 25  pages  de  texte,  comptant  entre  31  et  52  lignes, 
parfois  moins,  l'écriture  est  tantôt  l'onciale,  tantôt  lacur- 
sive2.  Le  papyrus  est  intitulé  :  «  Le  saint  livre,  appelé 
la  huitième  monade  de  Moïse  ;  »  son  contenu  importe 
plus  à  l'étude  de  l'astrologie  qu'à  celle  de  l'alchimie  et 
il  est  curieux  pour  l'existence  des  relations  entre  la 
magie  et  le  gnosticisme  juif.  M.  Berthelot  n'y  relève 
que  quelques  mots  chimiques  pris  dans  un  sens  inac- 
coutumé, nous  ne  nous  y  attarderons  donc  pas. 

3»  Le  papyrus  X.  —  Ce  papyrus  provient  de  Thèbes,  il 
se  compose  de  10  feuillets  de  0m30  en  hauteur,  sur  0m34 
en  largeur,  jadis  cousus  par  trois  filets  de  papyrus.  11 
renferme  16  pages  qui  comptent  de  41  à  47  lignes,  la 
dernière  page  n'en  compte  que  28.  Le  texte  est  con- 
sacré tout  entier  à  la  science;  «  il  témoigne,  écrit 
M.  Berthelot,  d'une  science  des  alliages  et  des  colora- 
tions métalliques  fort  subtile  et  fort  avancée,  science 
qui  avait  pour  but  la  fabrication  et  la  falsification  des 
matières  d'or  et  d'argent  :  à  cet  égard,  il  ouvre  des 
jours  nouveaux  sur  l'origine  de  l'idée  de  la  transmu- 
tation des  métaux  3.  »  Ce  papyrus,  entièrement  rempli 
de  formules  techniques,  appartient  à  nos  études  par  sa 
relation  avec  le  papyrus  V  que  nous  avons  longuement 
décrit.  En  effet,  la  recette  15e  se  réfère  au  procédé 
d'affinage  de  l'or  cité  dans  le  papyrus  V  et  mentionné 
plus  haut;  ellenous  permet  de  supposer  que  le  papyrusX 
renferme  des  notions  alchimiques  qui  n'ont  pas  été  in- 
eonnues  des  sectes  gnostiques. 

Les  manuscritsalcliimiques  sont  nombreux  en  Europe, 
mais  ils  ne  nous  offrent  pas  l'intérêt  du  papyrus  V 
nous  n'entrerons  donc  pas  à  leur  sujet  dans  le  détail. 
Ces  manuscrits  ont  été  décrits  d'une  manière  complète 
et  tout  à  fait  satisfaisante  par  M.  Berthelot,  Renseigne- 
ments et  notices  sur  quelques  manuscrits  alchimiques, 
dans  la  Collection  des  alchimistes  grecs,  1. 1,  p.  173-219. 

III.  BiBLiopRAPHiE.  —  L.  Allatius,  De  Psellis,  dans 
A.  Fabricius,  Bibliolh.  greeca,  t..  v;  cf.  lbid.,  t.  xn,  col.  749. 

—  J.  St.  Bernard,  Palladius,  de  febribus;  accedunt 
glossae  chemiese  et  excerpta  e  poêtis  chemicis,  in-8», 
Lugd.-Batav.,  1745.  —  A.  Berthelot,  dans  les  Archives 
des  fuissions  scientifiques,  série  III,  t.  xni,  p.  819  854. 

—  M.  Berthelot,  Les  origines  de  l'alchimie,  in-8°,  Paris, 
1885.  —  M.  Berthelot  et  Ch.-E.  Ruelle,  Collection  des 
anciens  alchimistes  grecs,  3  in-4»,  Paris,  1880.  —  Biblio- 
thèque des  philosophes  alchimiques,  in-8°,  Paris,  1754. 

*  Tel  est  du  moins  l'avis  de  J.  Neander,  Genetischc-Ent- 
wiekelung  âer  gnost.  Système,  in-8\  Bciïin,  1818,  p.  233,  et  de 
i.  Matter,  Histoire  du  gnosticisme,  in-8',  Paris,  1828,  t.  n,  p.  105, 
note;  cf.  p.  196.  J.  J.  Bellerniann,  Ueber  die  Abraxas-Gemmc. 
est  d'une  opinion  contraire,  in-8%  Berlin,  1820,  t.  i,  p.  51;  t.  ri, 
p.  10;  t.    m,  p.    30.  —  *  C.  Rcuvens,    op.    cit.,   Appendice. 


—  A.  Fabricius,  Biblio  theca.gr seca,m-ii,'l{amburç>i,  1718, 
t.  vi,  p*.  790;  Heliodori,  Carmen  de  Chrysopoeia,  t.  vin, 
p.  233;  Synesius,  De  arle  magnâ,  t.  xn,  p.  760;  cf. 
p.  694sq.,  708  sq.  —  H.  Kopp,  Beitrâge  zur  Geschichte 
der  Chemie,  in-8»,  Braunschweig,  1869,  p.  256-315.  — 
C.  Leemans,  Description  raisonnée  des  monuments 
égyptiens  du  musée  d'antiquités  des  Pays-Bas,  in-8°, 
Leide,  1840.  —  C.  Leemans,  Papy  ri  grseci  musei  anti- 
quarii  publici  Lugduni-Balavi  régis  Augustissimi 
jussu  edidit,  interpretationem  latinam,  adnotatio- 
nem,  indices  et  tabulas  addidit  C.  Leemans,  in-4°, 
Lugduni-Batavorum,  1885,  t.  il.  —  .1.  J.  Manget,  Biblio- 
theca  chemica  curiosa  seu  rerum  ad  alchemiam  per- 
tinentium  thésaurus,  in-fol.,  Colonise  Allobrogum,  1702. 

—  B.  de  Montfaucon,  Palœograpliia  grœca,  in-fol,  Pari- 
siis,  1708,  p.  5.  —  D.  Pizimentius,  Democritus,  de  arte 
magnâ,  cum  Sijnesii,  Pelagii,  Stephani  Alexandrini, 
et  Mich.  Pselli  Scholiis,  in-8°,  Patavii,  1573.  —  Reine- 
sius,  dans  A.  Fabricius,  Bibliotheca  grseca,  in-4°,  Ham- 
burgi,  1718,  t.  xn,  p.  747.  —  C.-J.-C.  Reuvens,  Lettres 
à  M.  Lelronne  sur  les  papyrus  bilingues  et  grecs  et 
sur  quelques  autres  monuments  gréco-égyptiens  du 
musée  d'antiquités  de  l'Université  de  Leide,  in-4», 
Leide,  1830,  Troisième  lettre,  p.  65-75.  —  Ruland. 
Lexicon  alchemiœ  sive  Dictionarium  alchemislicum, 
in-4°,  [Francfort-sur-le-Mein,l  1612.  —  K.  C.  Schmieder, 
Geschichte  der  Alchemie,  in-8°,  Hallœ,  1832.  —  L.  Stern, 
Fragment  eines  koptischen  Tractâtes  ùber  Alchimie, 
dans  Zeitschrift  fur  œgyplische  Sprache  und  Alter- 
tumkunde,  1885,  t.  xxm,  p.  102-116.  —  P.  Tannery, 
Études  sur  les  alchimistes  grecs.  Synesius  à  Bioscore, 
dans  la  Revue  des  études  grecques,  1890,  p.  282-288.  — 
On  trouvera  au  cours  de  l'ouvrage  de  H.  C.  Schmieder, 
une  bibliographie  très  étendue  qu'il  était  impossible  et 
superflu  de  reproduire.  H.  Leclercq. 

ALCUIN.  —  I.  Biographie  et  travaux  littéraires. 
IL  Le  Lectionnaire  d'Alcuin.  III.  Le  Cornes  sancti 
Hieronymi,  l'Homéliaire  et  les  Capitulaires,  les  Livres 
carolins.  IV.  L'Homéliaire  retrouvé  d'Alcuin.  V.  Le  Sa- 
cramentaire  d'Alcuin.  VI.  Livres  de  dévotion  privée: 
le  De  psalmorum  usu  et  les  Officia  per  ferias.  VIL  Le 
Sacramentaire  grégorien.  VIII.  La  Confessio  fidei. 
IX.  Opinions  sur  la  liturgie  mozarabe,  le  baptême,  la 
septuagésime,  etc.  X.  Le  Liber  de  divinis  officiis.  XL 
Conclusion.  XII.  Portrait  d'Alcuin.  XIII.   Bibliographie. 

I.  Biographie  et  travaux  littéraires.  —  Nous 
n'avons  pas  à  nous  occuper  ici  de  la  biographie  d'Alcuin 
ni  de  son  activité  littéraire,  si  ce  n'est  dans  la  mesure 
où  l'une  et  l'autre  peuvent  éclairer  son  œuvre  litur- 
gique. Les  notices  qui  lui  sont  consacrées  dans  la  plu- 
part des  dictionnaires  biographiques  ou  des  encyclo- 
pédies sont  généralement  insuffisantes,  y  compris  les 
histoires  littéraires  de  Cave,  Oudin,  Dupin.  Nous  faisons 
exception  pour  l'article  d'Hauréau  dans  \&  Nouvelle  Bio- 
graphie générale  de  Didot,  pour  relui  du  Diclionary  of 
Christian  Biography  et  celui  du  Dictionnaire  de  théo- 
logie, t.  i,  col.  687  sq.  Les  meilleurs  travaux  sur  Alcuin 
restent  la  notice  de  l'Histoire  littéraire  de  la  France, 
t.  iv,  p.  8,  295-3-17,  et  l'édition  des  œuvres  complètes  par 
Froben,  abbé  des  bénédictins  de  Saint-Emmeran  de 
Ratisbonne  (reproduite  dans  la  Patrologie  latine  de 
Aligne)  *.Jaffé,  Wattenbach  et  Duemmler  pour  la  Biblio- 
theca rerum  Germanicarum  et  pour  les  Monumenta 
Germanise  historien,  ont  édité,  inutile  d'ajouter  avec  un 
texte  plus  correct,  les  lettres  et  ouvrages  historiques  et 
les  poésies  d'Alcuin  '■■ .  On  trouvera  dans  la  bibliographie 

p.  151-157;  C.  Leemans,  op.  cit.,  t.  il,  p.  77  sq.  ;  M.  Berthelot, 
op.  cit..  t.  i,  p.  16  sq.  —  'lbid.,  t.  I,  p.  19-51.  —  »  P.  L.,  t.  c 
et  ci.  —  'Monumenta  Alcuiniana,  in-8*.  Berlin.  1S7.;,  de  912 
p.  (Bibliotheca  rerum  Germanicarum,  t.  vi).  Cf.  Duemmlerl 
Monumenta  Germanise  historica.  Epistoktrum,  t.  iv.  Karolin, 
oevi  //.  Berlin,  1895. 


1073 


ALCUIN 


1074 


que  nous  plaçons  à  la  fin  le  renvoi  à  ces  divers  travaux. 

Quant  à  la  question  liturgique,  le  rôle  si  important  et 
si  peu  connu  d'Alcuin  n'a  jamais  été,  croyons-nous, 
traité  que  par  accident.  Froben  lui-même,  assez  complet 
en  général,  a  si  peu  su  définir  cette  œuvre  qu'il  ne  fait 
même  pas  allusion  à  son  Lectionnaire,  ni  à  son  œuvre 
de  revision  grégorienne.  Une  bonne  édition  de  ses 
œuvres  liturgiques  est  du  reste  encore  à  l'aire. 

Alcuin  changea  son  nom  saxon  d'Alcuin  en  celui  de 
Flaccus  Albinus,  mais  le  nom  d'Alcuin  a  finalement 
prévalu.  Né  en  735,  dans  la  province  d'York,  il  l'ut  élevé 
dans  le  monastère  attenant  à  la  cathédrale,  et  grâce  à 
son  activité  et  à  son  intelligence,  il  y  acquit  toute  la 
science  que  l'on  pouvait  posséder  à  cette  époque.  Son 
savoir  comme  celui  du  vénérable  Bède,  d'Isidore  et  de 
quelques  autres  hommes  de  l'époque  a  des  préten- 
tions encyclopédiques.  En  780,  Charlemagne,  qui  dès 
lors  songeait  à  une  restauration  scientifique  et  littéraire 
dans  ses  États,  l'appela  auprès  de  lui  et  il  le  garda  jus- 
qu'au moment  où  Alcuin,  à  force  d'insistances,  obtint 
de  retourner  dans  la  retraite  d'un  monastère.  Il  avait 
eu  déjà  plusieurs  abbayes  à  réformer;  c'est  à  Saint- 
Martin  de  Tours  qu'il  se  retira,  vers  79(>,  et  il  y  continua 
ses  travaux  jusqu'à  sa  mort  en  804. 

Ses  œuvres  nombreuses  sont  décrites  avec  détail  et 
selon  les  règles  d'une  saine  critique  dans  YHistoire  lit- 
téraire de  la  France  et  dans  l'édition  de  Froben  ;  elles 
consistent  en  traités  sur  les  arts  libéraux,  grammaire, 
orthographe,  dialectique,  etc.  ;  en  commentaires  sur  les 
livres  saints,  sur  les  Psaumes,  sur  saint  Paul,  sur  les 
Proverbes,  sur  saint  Jean,  où  il  s'inspire  des  anciens 
Pères,  surtout  de  saint  Augustin  ;  en  ouvrages  de  théo- 
logie et  de  controverse,  surtout  sur  la  question  de 
l'adoptianisme;  en  des  poésies;  en  des  vies  de  saints 
et  des  lettres  qui  ont  un  grand  intérêt  historique.  La 
partie  théologique  n'a  pas  une  haute  valeur  et  manque 
d'originalité.  Les  autres  œuvres  concernent  la  liturgie 
et  nous  allons  en  parler  plus  en  détail.  Il  passa,  non 
sans  raison,  pour  le  plus  savant  homme  de  son  époque. 
Ses  ouvrages,  il  est  vrai,  sont  empruntés  en  grande 
partie  à  ses  devanciers.  Mais  il  fut  un  des  maîtres  de 
son  siècle  et  travailla  à  conserver  à  travers  le  moyen 
âge  les  traditions  anciennes.  Il  n'usa  de  sa  grande  in- 
fluence sur  Charlemagne  que  pour  répandre  la  science, 
réformer  les  mœurs  du  clergé,  et  fortifier  l'Eglise.  Un 
chapitre  important  a  été  ajouté  à  l'histoire  littéraire 
d'Alcuin  par  Léopold  Delisle  dans  son  Mémoire  sur 
l'école  calligraphique  de  Tours1  sur  laquelle  Alcuin 
exerça  une  si  grande  influence,  et  par  Samuel  Berger 
qui  s'est  efforcé  de  définir  la  part  d'Alcuin  dans  la 
revision  de  la  Bible  -. 

On  verra  que  son  rôle  liturgique,  assez  mal  défini 
d'ordinaire,  lui  assure  le  premier  rang  parmi  les 
hommes  de  son  temps. 

II.  Le  Lectionnaire.  —  La  bibliothèque  de  Chartres 
contient  un  manuscrit  du  Xe  siècle,  qui  porte  ce  titre  : 
Cornes  ab  Albino  ex  Caroli  imperatoris  preeceplo 
etnendatus,  n.  32,  ancien  24  de  Saint-Père.  Il  fut  édité 
par  Thomasi3.  Une  note  placée  à  la  fin  du  Lectionnaire 
nous  apprend  qu'il  est  l'œuvre  d'Alcuin,  qui  le  corrigea, 
distingua  les  mots  selon  les  lois  de  la  grammaire,  y  mit 
l'orthographe,  atin  qu'il  fût  plus  facile  à  lire.  Cette  note 
précieuse  nous  apprend  encore  que  l'auteur  a  fait  soi- 

1  In-4%  Paris,  1885,  extrait  des  Mémoires  de  l'Académie  des 
inscriptions  et  bettes,  lettres,  t.  xxxn,  1"  partie.  —  -Histoire 
de  la  Vulgate  pendant  les  premiers  siècles  du  moyen  âge, 
Paris,  in-8\  1873;  cf.  notamment  p.  XV  sq.,  185  sq.,  225  sq., 
24*2,  etc.  Cf.  Mangenot,  dans  le  Dict.  de  la  Bible,  t.  i,  Paris,  1892, 
col.  341,  442.  —  s  bans  les  Opéra,  éd.  Vezzosi,  t.  v,  p.  297-313.  Sur 
ce  manuscrit,  cf.  aussi  Catal.  général  des  manuscrits  des  biblio- 
thèques publiques,  Paris,  1889,  t.  XI,  Chartres,  p.  11,  etPamelius, 
Liturgica  latinor.,  Cologne,  1571,  t.  H,  p.  1-63.  D'après  dom 
G.  Morin  ce  manuscrit  serait  le  n.  9452  actuel  du  fonds  latin.  Bi- 


gneusement  sa  copie  sur  l'exemplaire  même  d'Alcuin, 
et  y  a  ajouté  un  supplément4.  Charlemagne,  frappé  des 
erreurs  de  transcription  et  des  autres  incohérences  qui 
s'étaient  glissées  dans  les  livres  liturgiques,  comme  dans 
les  livres  saints,  avait  entrepris  un  vaste  plan  de  ré- 
forme et  Alcuin,  dans  son  Cornes,  commença  l'exécution 
de  ce  dessein.  D'après  diverses  considérations  fondées 
sur  des  particularités  chronologico-liturgiques,  Varin 
dans  un  mémoire  aujourd'hui  oublié,  mais  d'une  grande 
importance,  établit  qu'Alcuin  fit  ce  travail  avant  la  revi- 
sion du  Sacramentaire,  car  ces  épitres  ne  répondent  qu'à 
une  partie  de  cette  revision3.  La  partie  complémen- 
taire ajoutée  au  manuscrit  de  Chartres  n'aurait  d'autre 
but  que  de  combler  cette  lacune. 

Les  termes  de  lectionnaire  ou  cornes,  quelquefois 
épistolier  ou  apostolicus,  sans  être  absolument  syno- 
nymes (voyez  ces  mots),  désignent  un  recueil  des  lec- 
tures faites  à  la  messe  et  que  nous  appelons  aujourd'hui 
l'épitre.  Le  travail  d'Alcuin  consista  à  écrire  ces  leçons 
d'une  façon  correcte,  en  distinguant  les  mots.  Les  ma- 
nuscrits de  cette  époque  étaient  écrits,  comme  les  an- 
ciens manuscrits  en  onciales,sans  aucunes  distinctions 
ni  séparations,  ce  qui  rendait  la  lecture  et  l'audition 
pénibles,  ainsi  que  l'indique  la  note  que  nous  avons 
citée;  enfin  il  corrigea  toutes  les  fautes  qui,  par  suite  de 
l'ignorance  des  copistes,  étaient  très  nombreuses  à  cette 
époque.  Une  bonne  et  authentique  copie  d'un  livre 
liturgique  était  déjà  un  grand  mérite.  De  plus  il  fallut 
faire  concorder  ces  lectures  avec  le  système  liturgique 
du  temps,  et  c'est  la  partie  la  plus  intéressante  du 
travail. 

Son  Lectionnaire  compte  242  titres  ou  lectures.  L'ap- 
pendice dont  nous  avons'parlé  en  a  65.  Ce  qui  est  im- 
portant à  noter,  c'est  que  le  système  de  ces  lectures  est 
mis  en  relation  avec  le  système  grégorien  alors  en 
usage,  et  non  pas  avec  le  système  gélasien  qui  plaçait  à 
part  les  saints.  Ici  ils  sont  incorporés  à  l'année  litur- 
gique. Voici,  en  abrégé,  la  synthèse  de  ce  travail  qui 
nous  donne  l'état  liturgique  de  la  fin  du  vme  siècle. 

Le  Cornes  débute  à  Noël;  les  lectures  pour  l'avent 
sont  rejetées  à  la  fin  de  l'année  liturgique. 

Natalis  Dom  ini. 

Dom.  1  post  Natale, 

Dom.  11  post  Natale. 

Theop/iania. 

Dom.  1  post  Theoph. 

Dom.  Il  post  Theoph. 

Dom.  III  post  Theoph. 

Dom.  IV  post  Theoph. 

Dom.  V  post  Theoph. 

L'octave  de  Noël  contient  les  fêtes  de  saint  Etienne, 
de  saint  Jean,  des  saints  Innocents,  de  saint  Sylvestre. 

Les  fêtes  insérées  depuis  la  théophanie  jusqu'à  la 
septuagésime  sont  celles  de  saint  Félix,  saint  Marcel, 
saint  Sébastien,  sainte  Agnès,  sainte  Agathe,  saint  Valcn- 
tin,  Annonciation.  Le  2  février  est  marqué  :  In  die 
qua  Virgo  offerebat  Chrislum  in  templo. 

In  sepiuag.  6. 

In  sexag. 

In  quinqiiag. 

Feria  4. 

Feria  6. 

Quadrag. 

bliothèque  nationale  de  Paris.  Cf.  Revue  bénédictine,  1892,  p.  497, 
note.  Dans  une  lettre  du  16  juin  1903  à  l'auteur  du  présent  ar- 
ticle, dom  Morin  justifie  son  attribution  par  de  sérieux  arguments. 
—  *  Thomasi,  toc.  cit.,  p.  314.  Le  supplément  va  de  la  p.  314  à 
318  ;  cf.  p.  XXII.  —  'Des  altérations  de  la  liturgie  grégorienne  en 
France  avant  le  xtu'  siècle,  Mém. présentés  à  l'Acad.  des  inscr. 
et  belles-lettres,  I"  série,  t.  n,  p.  661  sq.  —  '  La  présence  de 
ces  trois  dimanches  de  septuagésime,  sexagésime,  quinquagésime, 
prouve  qu'Alcuin  ne  s'inspire  pas  d  un  manuscrit  grégorien  pur 
(ces  offices  étant  postérieurs),  mais  qu'il  admet  des  additions. 


1075 


ALCUIN 


1076 


Feria  2  et  3. 

Feria  4  mensis  I  (avec  2  leçons). 

Feria  5  et  6. 

Sabb.  in  i"2  Leci.  (six  leçons). 

Dom.  I  mensis  1  •  (feria  2,  3,  4,  5,  6,  sabbato). 

Dont,  in  tricesima  (avec  toutes  les  fériés)2. 

Dont,  in  vicesima  (toutes  les  fériés). 

Dont.  V  in  quadrag.  (toutes  les  fériés). 

Dom.  indvlgentia  (sic)  3. 

Feria  2,  3,4. 

Feria  5,  quando  C/nislus  conficilur^. 

Feria  6. 

Sabb.  expliciunt  lectiones  de  quadragesimo.  Inci- 
piunl  lectiones  de   Vig.  paschx. 

Dominica  scda  (sic,  Thomasi  donne  la  variante  sancta) 
(avec  toutes  les  fériés). 

Dominica  in  oct.  paschx. 

De  pascha  annolina. 

7»  Dom.  post  oct.  paschx. 

7/a  Dom. 

7/7a  Dom. 

Fêtes  de  saint  Philippe  et  saint  Jacques,  de  saint  Pan- 
crace, et  in  natale  sanctorum  plurimorum. 

7Fa  Dom. 

Vigil.  Ascensionis. 

In  Ascensione. 

Sabb.  Penlec 

Dom.  Penlec.  (avec  toutes  les  fériés). 

Dom.  Octava  Pentec.  (2«  férié  seulement). 

lncipivnt  lectiones  mensis  quarti  (avec  les  3  fériés). 

Dom.  11  post  Pent.  3. 

Dom.  III  post  Pent. 

Dom.  IV  post  Pent. 

Fêtes  des  saints  Gervais  et  Protais,  saint  Jean  et  Paul, 
vigile  et  fête  de  la  Nativité  de  saint  Jean-Baptiste;  vigile 
et  fête  de  saint  Pierre,  vigile  et  fête  de  saint  Paul,  et 
octave  des  saints  apôtres. 

Dom.  1  post  Natal.  Apost. 

Dom.  Il  post  Natal.  Aposl. 

Dom.  111  post  Natal.  Aposl. 

Dom.  1  V  post  Natal.  Apost. 

Dom.  V  post  Natal.  Apost. 

Vigile  et  fête  de  saint  Laurent.  Puis  plusieurs  lec- 
tures de  rechange  pour  la  fête  des  saints.  Fêtes  des 
saints  Corneille  et  Cyprien,  une  lecture  pour  la  fête  des 
évangélistes,  décollation  de  saint  Jean-Baptiste. 

Hebd.  /a  post  S.  Laurentii  (sic). 

Hebd.  7ia  post  S.  Laurentii. 

Held.  III*  post  S.  Laurentii. 

Hebd.  JVa  post  S.  Laurentii. 

Hebd.  Va  post  S.  Laurentii. 

Hebd.  VI*  mensis  septimi. 

Incipiunt  lectiones  mensis  septimi  (ferie  4,  6,  et 
saLbato  12  lectionum). 

Dom.  mensis  septimi. 

In  feslivilale  setœ  Mariée  (8  sept.  Nativité). 

Dedicatio  basilicx  S.  Angeli. 

Hebd.  I*post  S.  Angelum. 

Hebd.  Il*  post  S.  Angelum. 

Hebd.  111*  post  S.  Angelum. 

Hebd.  IV*  post  S.  Angelum. 

•  La  présence  d'une  lecture  a  la  feria  5  est  une  nouvelle  preuve 
des  additions  qu'admet  Alcuin.  Celle-ci  est  due  à  Grégoire  II 
(715-731)  qui  composa  un  office  pour  ces  jours.  —  «  Même  remarque 
que  dans  les  deux  notes  précédentes;  les  grégoriens  pure,  au  di- 
manche qui  suit  les  quatre  temps,  devaient  avoir  un  Dominica 
vacat,  à  cause  des  ordinations.  —  3Ceci  indiquait  une  cérémonie 
spéciale  à  Rome.  Cette  mention  et  celle  des  stations  romaines  suf- 
firaient à  prouver  que  nous  avons  bien  ici  une  œuvre  dépendante 
de  la  liturgie  romaine.  —  411  me  semble  qu'il  faudrait  lire  quando 
CHRisMA  confleitur,  car  Charlemagne,  précisément  dans  une  lettre 
à  Alcuin,  dit  du  jeudi  sainl,  in  ea...  sanclum  Cluisma  confleitur. 
P.  L.,  t.  C,  col.  259  sc|.  —  5Pas  d'oflice  pour  la  fête  de  la  Trinité, 


Hebd.  V»  post  S.  Angelum. 

Hebd.  77»  post  S.  Angelum. 

Vigile  et  fête  de  tous  les  saints  6.  Vigile  et  fête  de 
saint  Martin,  fêtes  de  sainte  Cécile,  de  saint  Clément, 
vigile  et  fête  de  saint  André. 

/  V  Dom.  anle  Natal.  Domini. 

777  Dom.  anle  Natal.  Domini. 

Il  Dom.  anle  Natal.  Domini. 

Lectiones  mensis  decimi  (feria  4,  6,  sabb.). 

Hebd.  I  an  te  Nat. 

In  vig.  Domini  ad  Nonam  '. 

Suivent  les  leçons  pour  les  ordinations,  pour  la  dédi- 
cace, in  nalali  Papx,  pour  les  époux,  pour  le  temps 
de  guerre,  le  temps  de  stérilité,  contre  les  tempêtes, 
dans  la  tribulation,  à  l'arrivée  des  juges,  pour  le  jour 
anniversaire  d'un  prêtre,  la  fête  d'un  saint,  d'un  mar- 
tyr, in  agenda  mortuorum,  enlin  neuf  leçons  in  quo- 
tidianis  diebus,  pour  les  jours  où  aucune  lecture  n'est 
assignée. 

Dans  son  ensemble  et  malgré  les  quelques  additions 
post-grégoriennes  que  nous  avons  signalées,  le  Lection- 
naire  ainsi  constitué  présente,  avec  les  caractères  d'anti- 
quité et  de  pureté  liturgique,  un  vieux  rite  romain  des 
lectures.  Ce  qu'il  faut  bien  noter,  c'est  qu'il  est  en  con- 
cordance avec  la  première  partie  d'une  revision  grégo- 
rienne du  missel  qu'il  faut  attribuer  à  Alcuin,  comme 
nous  le  verrons  au  §  VII.  Certains  souvenirs  gallicans 
maintenus  dans  l'homéliaire  (voyez  §  IV)  ont  ici  disparu. 
Alcuin,  sous  l'influence  de  Charlemagne,  se  rapproche 
encore  de  la  liturgie  romaine  pure.  La  partie  ajoutée  au 
Lectionnaire  de  Chartres  ou  appendice,  eut  pour  objet 
de  le  mettre  au  courant  d'un  état  liturgique  plus  avancé 
et  de  donner  des  lectures  à  des  jours  où  il  n'y  avait  pas 
de  service  auparavant,  par  exemple,  les  fériés  de  la  se- 
maine de  la  Nativité,  le  mercredi  de  la  Théophanie,  le 
jeudi  de  la  quinquagésime,  les  veilles  de  Pâques  et  de 
la  Pentecôte,  les  mercredis  des  semaines  après  Pâques, 
l'invention  de  la  Croix,  la  messe  du  commun  d'un  apôtre, 
la  messe  pour  le  roi,  rege  prsesente,  la  messe  pour  les 
voyageurs  et  pour  les  malades,  et  la  dédicace  8. 

Quant  au  fond  même  des  leçons  et  au  choix  des 
passages  scripturaires,  il  est  purement  grégorien. 
Alcuin  n'a  fait  que  reproduire  cette  œuvre,  comme  le 
dit  Thomasi,  imitando  ac  sequendo  libelluni  Papx 
Gregorii  Sacramentorum  °.  Son  grand  mérite  fut  de 
chercher  à  donner  dans  ce  livre  liturgique,  comme  il  l'a 
fait  dans  sa  revision  des  livres  saints,  un  texte  pur,  dé- 
barrassé de  toutes  les  fautes  et  de  toutes  les  altérations 
qui  le  déparaient 10. 

Thomasi  a  édité  le  manuscrit  de  Chartres  qui  parait 
de  beaucoup  le  plus  pur,  et  Ranke  l'a  reproduit11.  Plu- 
sieurs critiques  confondent  ce  lectionnaire  avec  celui 
qu'ont  édité  Pamelius  et  Baluze,  et  qui  est  une  œuvre 
différente,  comme  nous  le  verrons  au  paragraphe  sui- 
vant •'-. 

III.  LE  COMES  SANCTl    HlEllOXÏMl,  L'HOMÉLIAIRE,  LES 

Livres  carolins  et  les  Capitulaires.  —  11  existe  un 
autre  Liber  comitis  qui  réunit,  non  plus  les  seules  épi- 
tres  de  la  messe  comme  le  précédent,  mais  les  épitres 
et  les  évangiles,  c'est,  à  parler  strictement,  un  composé 
d'un  cornes  et  d'un  capitulaire.  Voir  ces  mots,  i.'est  le 

dont  l'institution  est  postérieure  à  cette  époque.  —  "Cette  fête  est 
importante  à  noter  comme  date  chronologique,  car  Alcuin  s'en  fit  le 
propagateur.  Cf.  sa  lettre  134'  à  son  frère  Ai  non.  Jaffé,  Monumenta 
Alcuiniana,  p.  526.  La  fête  ne  lut  cependant  définitivement  éta- 
blie qu'en  835.  Sa  présence  ici  est  un  nouvel  indice  que  nous  n'avons 
pas  affaire  à  un  grégorien  pur.  Cf.  aussi  Varin,  Mémoire  cité, 
p.  614.  —  'Voir  la  note  de  Thomasi,  loc.  cit.,  p.  311,  358.  — 
«Thomasi,  foc.  cit.,  p.  314-318.  —  »  Ibid.,  p.  314.  —  '"Cf.  S.  Ber- 
ger, loc.  cit.,  p.  187-189.  —  "Thomasi,  Opéra,  t.  v,  p.  297-318, 
rianke,  Dus  kircltliche  Pericopensystem.  —  '*  Liturgtca  tatino- 
rutn,  t.  il,  p.  1-62;  Baluze.  Cuinluiartum  reg.  trancurum, 
in-fol.,  Paris,  1677,  L  n,  p.  13U9-1351. 


1077 


ALGUIN 


1078 


plus  célèbre  des  livres  de  ce  genre.  Il  fut  attribué  long- 
temps à  saint  Jérôme,  on  ne  sait  trop  pourquoi.  Mais 
Pamelius  l,  Du  Cange  2,  Thomasi 3,  Bona  *,  etc.,  ont  bien 
montré  qu'il  n'en  est  pas  l'auteur.  Selon  Varin  5,  et  les 
auteurs  de  ['Histoire  littéraire  de  la  France  semblaient 
déjà  de  cet  avis6,  très  vraisemblablement  c'est  Alcuin 
qui  l'aurait  composé  ou,  du  moins,  il  serait  l'auteur  d'un 
recueil  tout  semblable.  Le  rôle  liturgique  d'Alcuin  acquer- 
rait de  ce  tait  une  nouvelle  importance,  car  l'influence 
du  Contes  Hieronymi  a  été  grande.  Mais  cette  hypo- 
thèse est  fondée  sur  une  étude  superficielle  du  Cornes. 
Une  critique  plus  pénétrante  a  conduit  de  nos  jours  à 
d'autres  résultats;  plusieurs  particularités  liturgiques 
rendent  cette  attribution  inadmissible1. 

D'après  Varin  encore,  il  faudrait  aussi  lui  attribuer 
YHoniéliaire,  ou  choix  de  morceaux  des  Pères  sur  l'évan- 
gile qu'on  lit  à  l'office.  Cet  homéliaire  porte,  il  est  vrai, 
le  nom  de  Paul  Warnefride  ou  Paul  Diacre,  qui  fut 
changé  par  Charlemagne  de  sa  rédaction.  Ce  nouvel  ou- 
vrage entrait  dans  l'ensemble  des  travaux  de  revision  et 
de  codilication  que  ce  grand  réformateur  et  organisateur 
avait  entrepris  sur  la  liturgie.  Le  recueil  de  Paul  Diacre 
aurait  cependant,  d'après  certains  critiques,  été  revisé 
et  retouché  par  Alcuin 8.  Cependant  Mabillon,  qui  d'abord 
avait  adopté  cette  opinion,  et,  d'autre  part,  Werner  et 
dom  G.  Morin  sont  d'un  avis  différent.  Dans  tous  les 
cas,  le  biographe  d'Alcuin,  qui  écrit  peu  après  sa  mort, 
lui  attribue  un  homéliaire  en  deux  volumes  9.  Le  second 
de  ces  deux  volumes  est,  d'après  M.  Delisle,  qui  en  a 
publié  la  table,  aujourd'hui  encore  à  la  Bibliothèque  na- 
tionale10. 

On  le  regarde  comme  l'auteur  des  Livres  carolins 
(voir  ces  mots)  et  il  est  vraisemblable  qu'il  y  eut  au 
moins  une  grande  part.  Il  eut  sans  doute  aussi  une 
influence  considérable  sur  la  rédaction  des  Capitulaires 
du  grand  empereur,  qui  touchent  par  plusieurs  côtés  à 
la  liturgie. 

IV.  L'Homéliaire  d'Alcuin  retrouvé.  —  Un  manus- 
crit latin  du  xne  siècle,  le  n.  i4302  de  la  Bibliothèque 
nationale  de  Paris,  provenant  du  fonds  de  Saint-Victor, 
où  il  figurait  sous  le  n.  189,  contient  un  recueil  d'homé- 
lies qu'il  faut,  d'après  dom  G.  Morin11,  attribuer  encore 
à  Alcuin,  et  qui  ne  serait  autre  que  l'homéliaire  reven- 
diqué pour  lui  par  l'auteur  de  sa  Vie,  et  par  un  cata- 
logue de  Fulda  12.  Cette  attribution  parait  des  plus  vrai- 
semblables; une  note  marginale,  postérieure  il  est  vrai, 
désigne  pertinemment  Alcuin  comme  l'auteur;  le  sys- 
tème liturgique  correspond  à  celui  du  temps  d'Alcuin, 
et  cadre  aussi  avec  l'ordonnance  du  Cornes.  Il  ne  sera 
pas  inutile  de  le  donner  ici  : 

7r«  Partie  : 

Quatre  dimanches  de  l'Avent. 
Vigile  et  trois  messes  de  Noël. 
Saint  Etienne,  saint  Jean,  saints  Innocents. 
Circoncision  et  dimanche  suivant. 
Epiphanie  et  jour  octave,  avec  quatre  dimanche  après 
l'Epiphanie. 
Fête  de  la  Depositio  Mariée13. 

lLiturgica  latin.,  t.  n,  praef.,  p.  xi.  —  'Du  Cange,  Glossar. 
médise  et  inf.  latin.,  v*,  Cornes.  —  3Opera,  loc.  cit.,  t.  v,  p.  xxii, 
—  *Bona,  De  rébus  liturg.,  1.  II,  c.  vi.  —'Mémoire  cité,  p.  663, 
664.  —  •  Hist.  litt.  de  la  France,  t.  iv,  p.  335.  Nous  avons  cité 
au  §  n,  les  éditions  de  Pamelius  et  de  Baluze.  —  '  Cf.  dom 
G.  Morin,  Bévue  bénédictine,  t.  xv  (1898),  p.  241.  Cf.  aussi 
Fr.  Wiegand,  Dos  Homiliarium  Karls  des  Grossen  auf  seine 
nrsprùngliche  Gestalt  hinuntersucht,  Leipzig,  1897.  —  «Varin, 
Mémoire  cité,  p.  665.  Ct.  Hist.  littêr.  de  la  France,  t.  IV,  p.  337, 
dom  G.  Morin,  Hev.  bénéd.,  nov.  1892,  p.  491,  492;  Mabillon,  Vet. 
analect.,  éd.  in-fol.,  p.  18;  K.  Werner,  Alcuin  u.  sein  Jahr.,  Pa- 
derborn,  1876,  p.  38.  —  •  Mabillon,  Acta  sanct.,  ssec.  iv,  part.  I, 
c.  xxn,  p.  158,  et  Anal.,  t.  H,  p.  329.  —  '"Delisle,  Manuscrits 
latins  et  français  ajoutés  au  fonds  des  nouvelles  acquisitions 
pendant  les  armées  1815-1801,  Paris,  1891,  t.  I,  p.  353,  et  Notice 


Purification. 

Septuagésime,  sexagésime,  quinquagésime. 
Cinq  dimanches  de  carême,  rien  pour  le  dimanche 
des  Rameaux. 

Pâques  et  les  trois  jours  suivants. 
Cinq  dimanches  après  Pâques. 
Ascension. 

IIe  Partie  : 

Dimanche  après  l'Ascension. 
Pentecôte. 

Cinq  dimanches  après  la  Pentecôte. 
Saint  Jean-Baptiste,  saint  Pierre,  saint  Paul. 
Sept  dimanches. 
Saint  Laurent. 

Douze  dimanches  (en  tout,  vingt-quatre  après  la  Pente- 
côte). 
Saint  André. 
Homélie  sur  Haec  mando  vobis. 

Il  faut  remarquer  en  outre  que  ce  recueil  est  destiné 
non  aux  lectures  de  l'office  divin,  comme  les  homéliaire? 
de  ce  temps,  et  notamment  celui  dit  de  Paul  Warnefride, 
mais  à  l'usage  des  prédicateurs.  Il  ne  comprend  pour 
chaque  jour  désigné,  surtout  pour  Ife  dimanche  et  les 
fêtes,  qu'une  seule  pièce  en  forme  d'homélie  sur  l'évan- 
gile. La  plupart  de  ces  homélies  sont  tirées  des  Pères, 
saint  Augustin,  saint  Jérôme,  saint  Grégoire,  mais  sur- 
tout du  vénérable  Bède.  Le  système  liturgique  quoique 
ressemblant  beaucoup  à  celui  du  Cornes,  est  pourtant 
antérieur  par  quelques  traits  gallicans  que  nous  avons 
signalés,  tandis  que  le  Cornes  a  fait  un  pas  en  avant 
pour  l'adoption  plus  entière  du  cycle  romain  lv.  Cf. 
le  §  II. 

V.  Le  Sacramentaire  d'Alcuin.  —  Il  existe  dans  les 
œuvres  d'Alcuin  un  Liber  sacramcntorum  15.  L'auteur  du 
Micrologue  nous  parle  de  ce  livre  et  nous  dit  qu'il  aurait 
été  fait  à  la  demande  de  saint  Boniface,  afin  que  les 
prêtres  récemment  convertis  et  encore  peu  instruits  et 
ne  pouvant  se  servir  de  livres  liturgiques  compliqués, 
eussent  sous  la  main  un  exemplaire  simplifié  et  facile16. 
Ce  témoignage  est  évidemment  erroné,  au  moins  en 
ce  qui  concerne  saint  Boniface,  car,  chronologique- 
ment, il  ne  peut  pas  y  avoir  eu  de  relations  de  ce  genre 
entre  lui  et  Alcuin.  Varin,  tout  en  rejetant  l'anecdote, 
pense  qu'il  n'est  pas  interdit  de  croire  que  le  fond  est 
vrai  et  que  ce  manuel  liturgique  fut  écrit  dans  des  cir- 
constances et  pour  un  but  analogue  à  ceux  qui  nous 
sont  indiqués  par  le  Micrologue.  Dans  ce  cas  il  faudrait 
en  placer  la  composition  entre  780  et  785,  époque  où 
Charlemagne  redoubla  d'efforts  pour  la  conversion  des 
Saxons.  De  plus,  comme  c'est  vers  785  qu'il  fit  adopter 
le  missel  grégorien  dans  ses  États,  il  serait  plus  vrai- 
semblable qu'Alcuin  eût  écrit  le  sien  avant  cette  époque il. 

Mais  nous  ne  saurions  admettre  cette  assertion.  Litur- 
giquement,  le  Liber  sacramentorum  n'a  pas  ce  carac- 
tère d'abrégé,  et  n'aurait  pas  rempli  le  but  qu'on  se 
proposait;  il  suffit  d'en  examiner  le  contenu  pour  le 
comprendre.  Mais  en  dehors  de  toute  considération 
intrinsèque,  nous  avons  deux  passages  des  lettres  d'Al- 

sur  les  manuscrits  disparus  de  la  Bibliothèque  de  Tours,  dans 
Notices  et  Extraits  des  manuscrits  de  la  Bibl.  nation.,  t.  xxxi, 
1"  part.,  Paris,  1884,  p.  194.  —  '*  Bévue  bénédictine,  novembre 
1892,  p.  491-497.  —  '*  VH.a  Alcuini,  c.  XII,  n.  24,  P.  L.,  t.  c, 
col.  103;  G.  Becker,  Catalogi  Bibliothecarum  antiqui,  Bonnav. 
in-8',  1885,  p.  30  et  37,  n.  13  et  17.  —  «  Cette  fête  est  tout  à  fait 
caractéristique.  C'est  la  fête  gallicane  de  la  Dormitio,  placée  en 
janvier,  comme  dans  les  livres  antérieurs  à  Charlemagne,  et  avant 
la  Purification.  Il  faut  remarquer,  en  outre,  qu'en  dehors  de  ces 
deux  fêtes  de  la  sainte  Vierge,  l'homéliaire  ne  contient  pas  d'autre 
fête  de  Marie,  ni  l'Annonciation,  ni  la  Nativité,  ni  l'Assomption. 

—  "  Dom  G.  Morin,  loc.  cit.,  p.  495.  —  "P.  L.,  t.  ci,  col  445-466. 

—  ,9  Microlog.,  c.  lx,  dans  Bibliotheca  Patrum,  t.  xvm,  p.  489. 

—  "Mémoire  cité,  p.  624.  Voir  à  la  p.  637,  note  1,  un  témoignage 
du  ix°  siècle  qui  attribue  aussi  ces  messes  de  la  semaine  à  Alcuin. 


1079 


ALCUIN 


1080 


cuin  qui  nous  disent  avec  beaucoup  de  précision  que  les 
messes  de  ce  sacramentaire  ont  été  composées  pour  la 
dévotion  privée  :  Missas  quoque  alignas  de  nostro  tali 
missali,  ad  quotidiana  et  ecclesiasticee  consuetudinis. 
Primo  in  honorent  summee  Trinitatis,  etc.,  etiam  et  an- 
gelorum  suffragia  postulanda,  quse  multum  necessaria 
sunt  in  hac  peregrinatione  laborantibus  :  postea 
sanctm  Dei  genitricis  semperque  virginis  Maries  missam 
superaddidimus  per  dies  aliquot,  si  cui  placuerit,  decan- 
tandam,  etc.1.  Misi  chartulam  missalem  vobis  (ad 
Fuldenses)...  ut  habealis  singulis  diebus,  quibus  preces 
Deo  dirigere  cuilibet  placeat...  vel  etiam  sanctissimi 
Palris  vestri  Bonifacii  cantare  (missam)  quis  velit,  et 
prsesenliam  illius  piissimam  advocare  precibus  2. 
Il  est  clair,  d'après  ces  témoignagnes  et  d'après 
l'examen  même  de  son  livre,  que  c'est  un  recueil  sans 
aucun  caractère  officiel  et  qui  doit  rentrer  dans  la 
même  catégorie  que  son  Liber  de  psalmorum  usu  et  ses 
Officia  per  ferias  dont  nous  parlerons  tout  à  l'heure. 
Comme  les  fériés  de  la  semaine  n'avaient  que  rarement 
une  messe  spéciale,  comme  d'autre  part  les  livres  an- 
ciens répondent  à  un  état  liturgique  où  il  n'y  avait  que 
des  services  publics,  Alcuin  fait  un  sacramentaire  privé 
pour  chaque  jour  de  la  semaine. 

Il  semble  aussi,  d'après  l'usage  qu'il  fait  de  la  liturgie 
mozarabe,  comme  nous  le  dirons  plus  loin,  que  la  date 
de  cet  ouvrage  est  postérieure  à  l'époque  fixée  par 
Varin.  car  à  l'origine  de  la  controverse  adoptianiste 
Alcuin  ne  paraît  pas  bien  connaître  cette  liturgie. 
Voyez  §  VI. 

On  pourrait  appeler  ce  livre  un  Missel  pour  la  se- 
maine, car  il  ne  tient  aucun  compte  du  cycle  litur- 
gique. En  voici  le  schéma  : 

Dimanche  :  Missa  de  Sancla  Trinitate. 

Missa  de  gratia  Sancti    Spiritus  postu- 
landa. 
Lundi  :  Missa  pro  peccatis. 

Missa  pro  pelitione  lacrymarum. 
Mardi  :  Missa  ad  postulanda  angelica  suffragia. 

Alia  pro  teijtationibus  cogitationum. 
Mercredi  :     Missa  de  sancla  sapientia. 

Missa  ad  postulandam  humilitatem. 
Jeudi  :  De  charitale. 

Alia  contra  lentationes  carnis. 
Vendredi  :    Missa  de  sancla  cruce. 

Missa  de  tribulatione  et  necessitate. 
Samedi  :       Missa  de  sancla  Maria. 

Missa  in  commemoratione  sanctm  Mariée. 

Suivent  des  messes  communes  et  votives  : 

In  veneralione  unius  apostoli. 
In  veneratione  plurimorum  apostolorum. 
In  veneralione  xinius  martyris3. 
Missa  unius  apostoli  sive  martyris  vel  confessoris. 
Missa  plurimorum  martyrum. 
Missa  in  ecclesia  sanctorum  martyrum. 
In  natal,  sanctorum  quorum  reliquiee  in  una  domo 
tunt. 

Missa  quotidiana  sanctorum. 

Missa  pro  inimicis. 

Missa  pro  con fi  tente  peccata  sua. 

Missa  pro  salute  vivorum  et  rcquie  mortuorum. 

Puis  quelques  oraisons  et  bénédictions. 

>elon  la  forme  des  sacramentaires  alors  usitée,  chaque 
messe  contient  une  collecte,  une  secrète,  une  postcom- 
munion.  souvent  une  préface,  parfois  l'épttre  cl   l'évan- 


1  Epist.,  i.i,  ad  monachos  vedastinos  (écrite  796-S0'i),  Muuu- 
inenta  Alcuiniana,  p.  729.  —  *  Epist.,  cxlii,  ad  Fuldenses  (écrite 
de  801-802),  ibid.,  p.  658.  —  3  C'est  probablement  celle  qu'il  in- 
dique aux  moines  de  Fulde,  dans  le  témoignage  précédemment 


gile,  une  oraison  super  oblata,  une  oraison  ad  complen- 
dum,  une  oraison  super  populum.  D'après  le  texte  cité 
tout  à  l'heure  de  nostro  tali  Missali,  Alcuin  aurait  tiré 
ces  messes  d'un  sacramentaire  de  son  abbaye  de  Saint- 
Martin  de  Tours  qui  paraît  perdu  aujourd'hui.  Ce  n'est 
pas  d'ailleurs  le  moindre  mérite  d'Alcuin  de  nous  avoir 
conservé  ces  anciens  et  vénérables  fragments  de  litur- 
gies disparues.  Les  deux  messes  les  plus  remarquables 
sont  celle  de  la  sainte  Trinité,  adoptée  plus  tard  à  la  fête 
de  ce  nom  dont  l'institution  est  postérieure,  et  la  messe 
de  la  sainte  Vierge.  Il  y  aurait  du  reste  profit  à  étudier 
cette  œuvre  en  détail,  comme  toutes  les  œuvres  litur- 
giques d'Alcuin,  et  à  faire  le  départ  entre  ce  qui  lui  ap- 
partient en  propre  et  ce  qu'il  a  emprunté  à  d'autres 
liturgies. 

Œuvre  de  dévotion  privée,  la  composition  d'Alcuin  n'en 
a  pas  moins  exercé  une  influence  sur  la  liturgie  officielle. 
La  consécration  du  dirrfanche  à  la  Trinité,  du  vendredi 
à  la  croix,  du  samedi  à  la  sainte  Vierge,  a  bientôt  passé 
en  usage,  et  le  souvenir  en  demeure  aujourd'hui  dans  la 
piété  catholique;  la  plupart  de  ces  messes  communes 
et  votives  sont  aussi  restées. 

Ce  qui  doit  attirer  encore  l'attention  dans  son  recueil, 
ce  sont,  pour  chacun  des  jours  de  la  semaine,  les  misses 
sancti  Augustini.  Toutes  ces  messes  ont  le  même  carac- 
tère, ce  sont  des  messes  de  pénitence;  elles  ont  aussi  le 
même  cadre  liturgique  et  le  même  style  très  personnel. 
Quelques-unes  de  ces  prières  ont  un  cachet  très  ancien, 
telles  ces  formules  litaniques  dans  deux  collectes  :pro- 
fero  ad  te,  si  audire  digneris,  Domine,  captivorum 
gemitus,  tribulationes  plebium,  pericula  populorum, 
nécessitâtes  peregrinorum,  inopiam  debilium,  despe- 
rationes  languenlium,  defectus  senum,  suspiria  juve- 
num,  vota  virginum,  lamenta  viduarum^.  Tuum  est, 
Domine,  sanare  contritos  corde,  tuum  est  consolari 
mœrenles.  Placeat  jam  tuée  pielati  eripere  oppressos, 
revocare  captivos,  lectificare  in  angustiis  constitutos*. 
Notez  surtout  une  prière  super  oblata  qui  a  tous  les 
caractères  d'une  anamnèse  ou  d'une  épiclèse  et  qui  est, 
à  ce  titre,  des  plus  curieuses  :  Memores  sumus,  œterne 
Deus  Pater  omnipotens,  gloriosissimee  passionis  filii 
tui,  resurrectionis  etiam,  asrensionisque  in  ceelum. 
Pelimus  ergo  majestatem  Deus,  ut  ascendant  preces 
kumilitatis  nostrx  in  conspectum  tuée  clementim  et 
descendat  super  hune  panem,  et  super  hune  calicem 
plenitudo  tuée  divinilatis.  Descendat  etiam  Domine, 
illa  Sancti  Spiritus  tui  incoin prehensibilis  invisibi- 
lisque  majestas,  sicut  quondam  in  Patrum  hostias 
descendebat.  Per  eumdern  Dominum 6.  Voir  aussi 
le  §  VI  et  le  mot  Augustin  (Missse  sancli  Augustini). 
A  remarquer  encore  la  prière  pour  l'épreuve  de  l'eau 
bouillante  et  du  fer 7.  L'œuvre  se  termine  par  des  orai- 
sons ad  horas  canonicas,  curieuses  aussi.  La  première 
;'i  prime  est  l'oraison  romaine,  Deus  qui  ad  principium 
lui  jus  d'ici. 

Deux  autres,  d'après  un  renseignement  que  nous 
devons  à  M.  A.  Gastoué,  s'inspirent  visiblement  de  la 
liturgie  mozarabe  que  ses  controverses  contre  Félix  et 
Klipand  firent  connaître  à  Alcuin  : 


ALCUIN. 

Oratio  ad  sextam. 

Domine  Deus  J.-C.  quihora 
sexta  pro  redemptwne  mundi 
crucis  lignum  ascendisti... 

te  supplices  deprecinnur  ut... 
ad  vitam  xternam  pervenire 
mereamur*. 


bréviaire  mozarabe. 
Capitula  ad  sbktam. 

Deus  gui...  sextx  hor.v  car- 
riculo  pro  mundi  salvatione 
triumplmsti  in  crucis  pati- 
but.)... 

rogamus  ut... 

ad  te    coronandi   mereamur 
venin-  post  transitum'. 


cité,  pour  Être  chantée  à  la  fête  de  saint  Boniface.  —  '  /'.  L.,  t.  ci, 
col.  440.  —  »  Loc.  cit.,  col.  456.  —  °  Loc.  cit.,  col.  449.  —  T  Loc. 
cit..  col.  462.  —  *P.  t.,  t.  et,  col.  463.  -  *P.  L.,  t  iwxm, 
col.  955. 


1081 


ALCUIN 


1082 


Ad  nonam. 

Domine  Deus  Cliriste  J- 
qui  hora  nona  de  crucis  pati- 
bulo...  ad  gloriam  paradisi 
transite  fecisti... 
te  supplices  deprecamur,  ut 
post  obitum  nostrum  in  para- 
disi  portas  nos  facias  introire 
gaudentes'. 


Capitula  ad  nonam. 

Deus  qui...  nonx  horœ  cur- 
riculo  in  crucis  stigmate  glo- 
rioso  trumphasti  miraculo... 

quœsumus  ut...  illicpost  tran- 
siturn  properemus  quo  tu 
nostra  prxcessisli  vera  re- 
demptio  !. 


VI.  Livres  de  dévotion  privée  :  le  De  Psalmomjm  usv 

LIBER  CUil  VARIIS  FOBMULIS  AD  RES  QUOTIDIANAS  ACCOM- 
MODATISET  LES  OFFICIA  PER  FERIAS.  —  Nous  réunissons 

dans  le  même  paragraphe  deux  autres  œuvres  d'Alcuin 
qui  sont,  comme  le  précédent  ouvrage,  des  livres  de 
dévotion  privée.  Ils  ont  des  traits  communs  et  leur  titre 
assez  vague  n'indique  pas  bien  ce  qu'ils  sont.  Ces  litres 
eux-mêmes  varient  du  reste  dans  les  manuscrits.  Ce 
sont  en  somme  de  ces  livres  qu'on  appelait  des  Libelli 
precum.  Ils  rentrent  dans  la  catégorie  du  libellus  pre- 
cum de  Fleury,  du  livre  fameux  de  Charles  le  Chauve, 
du  Book  of  Cerne,  récemment  mis  au  jour.  L'édition 
qu'en  a  donnée  Froben  est  très  délectueuse  et  il  serait 
à  souhaiter  qu'on  les  éditât  de  nouveau  avec  tout  le  soin 
que  demandent  de  telles  œuvres.  Car  en  dehors  de  leur 
intérêt  pour  l'histoire  de  la  dévotion  privée  au  moyen 
âge,  ils  se  rattachent  à  celle  de  la  liturgie  générale,  et 
nous  ont  conservé  certainement  des  fragments  pré- 
cieux des  liturgies  antiques,  comme  nous  le  verrons 
par  quelques  exemples. 

Le  Liber  de  Psalmorum  usu  est  divisé  en  deux  par- 
ties3. Dans  la  première  l'auteur  nous  indique  quel  usage 
nous  devons  taire  des  psaumes,  quels  psaumes  on  peut 
réciter  quand  l'âme  est  dans  l'épreuve,  quels  sont  ceux 
qui  conviennent  quand  on  est  dans  la  joie,  ou  dans  la 
tentation,  etc. 

Il  y  a  ensuite  dix-sept  prières  spéciales  pour  différen- 
tes circonstances  :  dans  la  tentation  dans  la  tribulation, 
dans  la  joie,  le  matin,  ou  le  soir,  etc.  ;.  Toutes  sont  cou- 
lées dans  le  même  moule  :  d'abord  des  considérations 
générales  sur  l'état  de  l'âme  dans  telle  ou  telle  situation, 
puis  une  prière  après  l'oraison  dominicale,  en  forme  de 
versets  tirés  des  Psaumes,  enfin  l'oraison  proprement  dite. 
Nous  ne  pouvons  étudier  en  détail  toutes  ces  prières, 
on  le  comprend,  mais  nous  attirons  l'attention  sur  cer- 
taines confessions  de  foi  plus  remarquables,  par  exemple 
le  chapitre  w.Confessio PalrisetFiliietSpirilus  Sancti$; 
elle  contient  ce  curieux  passage  :  sine  quantitate  mag- 
num, sine  qualitate  bonum,  sine  tempore  sempiternum, 
sine  morte  vitam,  sine  infirmitate  fortem,  etc.  Or  ce 
texte  liturgique  a  une  bien  curieuse  histoire.  Ce  n'est 
autre  chose  que  celui  des  dix  catégories  d'Aristote,  en- 
castré dans  un  passage  liturgique  et  un  peu  modi- 
fié. Dom  Cagin,  dans  sa  note  érudite  sur  le  Sacramen- 
taire  de  Gellone  6,  a  découvert  un  passage  analogue  qu'il 
retrouve  dans  un  fragment  de  Conlestalio  gallicane 
publié  par  Mai 7,  dans  un  écrit  de  Jean  de  Fécamp  et 
dans  le  Liber  niedilationum  attribué  à  tort  à  saint 
Augustin.  Mais  il  y  a  mieux,  car  dans  nos  Monumenta 
liturgica,  dom  Leclercq  a  démontré  que  saint  Irénée 
cite  déjà  le  Sine  qualitate  bonum,  et  c'est  sans  doute 
par  lui  que  le  texte  est  entré  dans  les  liturgies  galli- 
canes8. Dom  Cagin  ne  doute  pas  qu'Alcuin  n'ait  connu 
la  Contestatio,  et  il  renvoie  au  passage  de  la  Confessio 
fidei,  pars  I,  n.  xx,  dont  nous  parlerons  tout  à  l'heure  9, 
et  où  on  lit  en  effet  Sine  quanlilate  magnum,  sine  qua- 
litate bonum,  sine  tempore  sempiternum,  sine  morte 
vitam,   etc.  L'authenticité  de   la   Confessio  fidei  a  été 

'  P.  L.,  t.  ci,  col  463.  —  4  P.  L.,  lxxx,  t.  vi,  col.  959.  —  a  P.  L., 
t.  ci,  col.  465  sq.  —  'P.  L.,  loc.  cit.  —  BP.  L.,  loc.  cit.,  col.  775. 
—  "  Mélanges  de  littérat,  et  d'hist.  relig.  (Mélanges  Cabrières), 
Paris,  1899,  t.  i,  Le  Sacramentaire  de  Gellone,  p.  231,  265  sq.  — 
'  Scriptorum  veterum  nova  collectio.  t.  m,  2'  partie,  p.  247.  — 
•  Dom  Cabrol  et  dom  Leclercq,  Monumenta  Ecclesiœ  liturgica, 


assez  vivement  attaquée  comme  nous  le  dirons,  mais  le 
texte  tiré  du  De  Psalmorum  usu  que  nous  citons  est 
inattaquable;  il  est  curieux  aussi  de  rapprocher  au 
point  de  vue  des  variantes  l'un  et  l'autre  passage. 

Le  livre  d'Alcuin  contient  d'autres  confessions  de  foi 
qui  méritent  aussi  d'attirer  l'attention,  notamment  celle 
de  la  seconde  partie,  n.  x  l0.  Nous  goûtons  moins  les 
Confessiones  peccatorum,  qui  contiennent  l'ènuméra- 
tion  parfois  choquante,  et  bien  prolixe  de  toutes  les  ca- 
tégories de  péché  ".  Ces  passages  sont  à  comparer  aux 
pénitentiels  nombreux  alors,  et  dont  on  s'inspirait  vo- 
lontiers. Ces  longues  confessions  sont  bien  dans  le 
goût  de  l'époque,  comme  on  le  voit  dans  le  Libellus 
precum  de  Fleury,  dans  celui  de  Charles  le  Chauve  et 
dans  les  livres  de  même  genre.  La  seconde  partie  con- 
tient une  collection  très  remarquable  d'oraisons,  de 
confessions  des  péchés,  de  confessions  de  foi  qui  méri- 
teraient aussi  une  étude  à  part. 

Dans  leur  ensemble,  ces  ouvrages,  comme  tous  ceux 
d'Alcuin,  témoignent  de  beaucoup  de  soin,  d'une  piété 
sérieuse,  d'un  goût  assez  judicieux  pour  le  temps,  et 
dans  tous  les  cas  très  supérieur  à  celui  de  ses  contem- 
porains. Sa  doctrine  est  élevée  et  sûre,  et  il  s'inspire  si 
bien  de  la.  liturgie,  que  tout  en  étant  des  livres  de  dé- 
votion privée,  ces  livres  servent  pour  l'histoire  de  la 
liturgie  générale. 

On  voit  que  bien  qu'il  s'adonnât  avec  zèle  à  la  revision 
de  la  liturgie  romaine,  Alcuin  conservait,  encore  une 
grande  prédilection  pour  les  autres  liturgies.  Nous  au- 
rons à  revenir  sur  ses  citations  de  la  liturgie  mozarabe. 
Dans  les  deux  ouvrages  dont  nous  nous  occupons,  on 
reconnaît  l'influence  des  liturgies  celtiques.  Ces  longues 
et  minutieuses  confessions  des  péchés,  ces  litanies  pro- 
lixes, sont,  d'après  Edmond  Bishop  qui  en  a  fait  une  étude 
spéciale,  des  manifestations  de  la  piété  celtique.  Il  ne 
faut  pas  oublier  qu'Alcuin  est  Anglo-Saxon  et  qu'il  a  été 
élevé  dans  l'école  d'York.  Il  semble  évident  qu'il  a 
connu  le  livre  d'Aethelwald  et  qu'il  s'en  est  plus  d'une 
fois  inspiré  12. 

Le  livre  des  Officia  per  ferias  est,  comme  le  De 
Psalmorum  usu,  une  œuvre  composite  distribuée  selon 
les  fériés  de  la  semaine.  A  chaque  jour  est  attribué  un 
certain  nombre  de  psaumes  suivis  de  prières,  de  versets, 
de  litanies  et  d'hymnes.  Chaque  psaume  est  accompa- 
gné d'une  oraison,  selon  un  antique  système  de  psalmo- 
die. On  y  retrouve,  comme  dans  le  De  Psalmorum 
usu,  des  litanies  de  forme  diverse,  des  confessions  des 
péchés,  des  hymnes  de  différents  auteurs,  de  Sédulius, 
de  Fortunat,  de  Prudence.  D'autres  prières  portent  les 
noms  de  saint  Augustin,  de  saint  Eugène,  de  saint  Am- 
broise,  de  saint  Grégoire,  de  saint  Hilaire,  de  saint  Be- 
noît, de  saint  Isidore,  de  Gélase  (la  fameuse  prière  lita- 
nique  du  Dicamus  omnes),de  saint  Cyprien  martyr,  etc. 
Les  hymnes,  notamment  celles  de  Sédulius,  de  Fortu- 
nat, etc.,  sont  authentiquas.  Quant  aux  prières,  elles 
ne  se  retrouvent  pas  en  général  dans  les  œuvres  des 
auteurs  à  qui  elles  sont  ici  attribuées,  mais  elles  sont 
recueillies  dans  plusieurs  livres  liturgiques  du  moyen 
âge.  On  a  émis  l'hypothèse  de  l'existence  d'un  recueil 
euchologique  dont  on  suit  un  peu  partout  la  trace,  mais 
qu'il  n'est  pas  possible,  pour  le  moment  du  moins, 
d'identifier  et  d'authentiquer.  Peut-être  aussi  n'y  faut-il 
voir  qu'un  nouvel  indice  de  ce  système  d'emprunts  ou, 
comme  on  l'a  dit,  de  défloraisons,  et  encore  de  cento- 
nisaiion,  dont  le  moyen  âge  a  tant  usé  dans  tous  les 
genres  littéraires. 

Nous  ferons  remarquer  pour  la  Feria  secunda,   la 

t.  I,  p.  xliv-xlv.  Cf.  S.  Irenée,  Adv.  hseres.,  II,  xix,  2. 
P.  G.,  t.  vu,  col.  772.  —  9  P.L.,  t.  ci,  col.  1041.  —  ">P.  L„ 
loc.  cit.,  col.  501.  —  f,P-  L.,  loc.  cit.,  col.  478,  498-500.  — 
,s  The  Book  of  Cerne,  édités  par  dom  A.  B.  Kuyper  et  Edm. 
Bishop,  in-4°,  Cambridge,  1902.  Voir  notamment  p.  XXV,  XXX, 
174,  232.  233.  277. 


1083 


ALCUIN 


1084 


collection  des  sept  psaumes  pénitentiels  déjà  en  usage 
dans  l'Église1,  puis  une  longue  litanie  qui  n'est  qu'un 
abrégé  du  martyrologe  hiéronymien 2,  la  collection  du 
psalterium  Bedse  au  vendredi  3,  sorte  d'abrégé  des  cent 
cinquante  psaumes,  ou  choix  dans  chacun  des  psaumes 
des  versets  les  plus  remarquables.  Quelques-unes  de  ces 
prières  portent  les  traces  d'une  haute  antiquité,  par 
exemple  le  Libéra  Domine,  animant  servi  tui...  sicut 
liberasti  Abraham  de  Ur  Chaldaeurum,  etc.,  qui  est 
aujourd'hui  encore  conservée  au  rituel  pour  le  service 
des  agonisants  4.  Cette  prière  que  l'on  peut  suivre  à  la 
piste  dans  la  plupart  des  liturgies  et  qui,  comme  nous 
l'avons  dit  ailleurs,  parait  déjà  usitée  aux  catacombes, 
se  présente  ici  sous  trois  formes  : 

Oratio 
ad  psalm.  xxxrx». 
Libéra,  Domine, 
animant  servi  tui 
iicut  liberasti 
Abraham  de  Ur 
Chalrieorum...  si- 
cut liberasti,  très 
puervs  de  camino 
ignis  ardenlis...  si- 
eut  liberasti  Susan- 
ncm  de  manu  prin- 
cipum...  sicut  libe- 
rasti Daniel  de  lacu 
teunum...  sicut  li- 
berasti Jotiam  de 
Ventre  cseti,  etc. 

La  source  première  nous  semble  être  le  IIIe  livre  (apo- 
cryphe) des  Machabées  qui,  comme  le  IV"  livre  d'Lsdras, 
a  laissé  des  traces  dans  la  liturgie.  Cf.  c.  VI,  vs.  5  sq. 

Dans  plusieurs  de  ces  prières  dont  le  caractère  nette- 
ment li  la  nique  est  toujours  un  signe  d'antiquité,  on 
sent  aussi  l'inlluence  mozarabe.  Il  parait  probable 
qu'Alcuin,  dans  le  courant  de  la  discussion  adoplianiste, 
a'est  procuré  les  livres  de  cette  liturgie  et  y  puisa  sans 
scrupules.  En  voici  quelques  exemples  : 

Breviarium   Gothicum  ». 


Oratio 
sancti  Martini  •. 
Deus  glorise.., 
exaudi  me  oran- 
tem  sicut  exaudisti 
très  pueras  de  ca- 
mino ignis  arden- 
tis...  sicut  exa  udisti 
Junam  de  ventre 
OPti...  sicut  exau- 
disti Susannam  et 
liberasti  eam  de 
manu  iniquorum 
testium,  etc. 


Oratio 
sancti  cypriani  '. 
Exaudi  me  ro- 
ganlem  sicut  exau- 
disti Jonam  de 
ventre  ceti...  sicut 
exaudisti  très  pue- 
ras de  camino 
ignis...  sicut  exau- 
disti Danielem  de 
lacu  leonum...  si- 
cut exaudisti  Su- 
sannam et  liberasti 
eam  de  manibus 
senior  um...  ut  libe- 
rasti Theclam,  etc. 


Alcuin. 
Oratio  Isidori'. 
Pie     exaudibilis     Domine, 
Deus    nuster    J.-C,    clemen- 
tiam  tuam  cum  omni  sup- 
plicatione  depuscimus,  ut  per   nem  S.  M.  V, 
interventum  et  meritum  bea- 
ts M.  V. 


Oremus... 

Cum    omni    supplications 
rogetnus  ut  per...  intercessio- 


Infirmis  salutem,  lapais  re- 
paraliunem ,  aerum  commodi- 
talem,  naviguntibus  atque 
itinerantibus  fidelibus  prospe- 
rum  iler...  oppressis,  captivis, 
vinctis,  et  peregrinis...  de- 
functts  fidelibus  requiem. 

Oratio(super  psalm.  xxxii)". 
Fiat  misericordia  tua,  Do- 
mine, super  nos...  et  qui  sin- 
gillatim  corda  hominum  fin- 
gis,  spe  tua  sanctifiées  et  quia 
oculi  tui  super  eos  sunt  qui 
te  (lacune  dans  le  manuscrit  du 
texte  d'Alcuin,  mais  il  n'est  pas 
douteux  qu'il  taille  restituer 
metuunt)  timoris  tui  da  nobis 
plenitudinem,  etc. 


InfirmU,  oppressis,  captima, 
itinerantibus,  navigantibus, 
tribulanlibus...  et  de/unctis 
fidelibus...  Miserere  infirmis, 
miserere  oppressis,  miserere 
captivis,  miserere  peregrinis... 
et  requiem  omnibus  fidelibus 
defunctis  ,0. 

Oratio  (a  Matines)  '*. 
Fiat  misericordia  tua,  Do- 
mine, super  nos,  ut  qui  singil- 
latim  corda  hominum  flngis, 
speciulius  ea  sanctifiées,  et 
quia  sunt  oculi  tui  super  eos 
qui  te  metuunt,  timoris  tui 
da  nobis  plenitudinem,  etc. 


*  P.  L.,  t.  ci,  col.  526.  —  »  Loc.  cit.,  col.  502  sq.  —  *Loc.  cit., 
eol.  669.  —  'Loc.  cit..  col.  552.  —  »  P.  L.,  L.  ci,  col.  552.  —  •  Loc. 
Cit.,  col.  604.  —  '  Loc.  cit.,  col.  567.  Cf.  Le  livre  de  la  prière  an- 
tique, p.  426,  et  Tliomasl,  Opéra,  L  n.  p.  559.  On  peut  comparer 
une  antienne  du  codex  SS9  de  Saint-Gall,  reproduite  dans  la  Paléo- 
graphie musicale,  Solesmes,  1883,  t.  I,  p.  138,  de  la  reproduction 
poototyplque.  —  «Donnée  deux  lois,  t  ci,  col.  487,  556.  —  *P.  L., 


Alcuin. 
Oratio  (super  psalm.xxxiii)13. 

Inquirentes  te,  Domine,  di- 
gnante'r  exaudi...  atque  ut  in 
te    laudetur    anima    nostra, 


Breviarium  Gothicum. 
Oratio  (a  Matines)  '*. 

Inquirentes  te  Domine,  di- 
gnanter  exaudi;  alque  ut  in 
te  gaudeat  anima  nostra  pro- 


propitius  indultor  imperti.  Et    pitius  indultor  imper ti  ;  et  qui 
quia  ju.vta  es  his  qui  tribulato    juxta    es    his    qui    tribulato 


sunt  corde,  aurem  tiuim  ad 
contritionem  nostri  spiritus 
pande;  et  ad  pacem  tuam 
qux  exuberat  (sic)  omnem 
sensum,  corpora  nostra  et 
corda  converte.  Amen. 


sunt  corde,  aurem  tuam  ad 
contritionis  nostrse  spiritus 
aperi;  et  pacem  tuam  qux 
exsuperat  omnem  sensum, 
[l'éditeur  supplée  ici,  à  tort 
Concède  vel  simile,  la  compa- 
raison avec  la  mozarabe  dunne 
la  vraie  lecture]  et  corpora 
nostra  et  corda  purifiée  t.  Per. 

On  en  pourrait  trouver  bien  d'autres.  Nous  devons  à 
l'obligeance  et  à  l'érudition  de  M.  A.  Gastoué  les  sui- 
vantes : 


Alcuin. 

Impie,  Domine,  petitiones'*. 
Servientes  tibi  ob  metum  ". 
Domine...    cujus    sedes    in 
sseculum  sxculi  '*. 


Breviarium  gothicum. 

Impie,  Domine,  petitionrs  '*. 
Servientes  tibi  in  timoré'*. 
Deus,  cujus  sedrs  manet  in 
sxculum  sxculi'0. 


La  formule  intitulée  par  Alcuin  Fides  apud  Nirœnm  a 
trecentis  décent  et  oclo  episcopis édita,  est  curieuse  parce 
qu'elle  présente  des  variantes  notables  avec  le  texte  reeu  2*. 
Les  oraisons  :  Per  sanrtorum,  ungelorum,  archangelo- 
ruwi,etc.,et:  Deus  omnium  condttor  et  creator*-,  dirent 
un  grand  rapport  avec  les  post  sanclus  gallicans. 

De  ce  chef  donc,  les  livres  d'Alcuin  acquièrent  la 
plus  grande  valeur,  au  point  de  vue  liturgique,  à  cause 
des  fragments  d'anciennes  œuvres  qu'ils  renferment. 

A  un  autre  point  de  vue,  ces  collections  sont  fort  in- 
téressantes pour  l'histoire  de  la  dévotion  privée.  I.lles 
démontrent,  comme  les  autres  livres  similaires  de  cette 
époque,  que  cette  dévotion  s'alimentait  d'ordinaire  aux 
sources  liturgiques,  elles  se  recommandent  par  leur  ca- 
ractère théologique,  et  si  l'on  met  à  part  les  délauts  du 
temps,  on  peut  dire  que  ces  livres  sont  bien  supé- 
rieurs par  leur  côté  liturgique  à  la  plupart  des  livres  de 
piété  modernes.  Il  y  aurait  avantage  à  les  étudier  et 
même  à  les  utiliser  dans  ce  but. 

C'est  à  l'un  ou  l'autre  de  ces  livres  ou  à  une  copie  peu 
différente,  qu'il  fait  allusion  dans  le  passage  d'une  de 
ses  lettres  :  Direxi  dileclioni  vestrse,  per  Fredegisum 
filium  meum  manualem  Libellant  multa continentem 
de  diversis  rébus,  id  est  :  brèves  rxposiliones  in  pml- 
mos  septem  pœnitenliœ,  in  psalmum  quoque  CXVIII, 
simililer  et  in  psalmos  xv  graduum.  Esl  quoque  in  eo 
Libello  Psalterium  parvum,  quod  dicitttr  lirait  liedse 
presbyteri  Psalterium.  Quent  ille  collcgit  per  verrai 
dulces  in  laude  Dei  et  orationibus  per  singulus  psal- 
mos juxta  hebraïcam  verilatem.  Est  quoque  hyninut 
pulclierrimus  de  sex  dierum  opère,  et  de  sex  wlahbus 
mundi  :  est  et  in  eo  epi^tola  de  confessione  quant  fe- 
cimus  ad  infantes  et  pueras  :  est  et  in  eo  hymnus  vê- 
tus de  xv  psalmis  graduum.  Habet  et  alias  orationet; 
et  Itymnum  quoque  nobilissiniuni  elegiaco  métro  com- 
posilum  de  quadam  regina  Fdildryde  nomine;  queni 
libellum  posui  in  manus  Fredegisi  /ilii  met  - '■'. 

VII.  Le  Sacramentaire  grégorien.  —  Tous  les  livres 
dont  nous  venons  de  parler  indiquent  une  grande  acti- 
vité liturgique  et  constituent  à  l'actif  de  l'abbé  de  Saint- 
Martin  de  Tours  un  dossier  qui  suffirait  déjà  à  le  mettre 
à  la  tète  des  liturgisles  de  son  temps.  Mais  si,  comme 
tout  tend  aujourd'hui  à  le  faire  croire,  il  fut  l'auteur  de 

t.  lxxxvi,  col.  99t.  —  "P.  L..  t  i.xxxvi,  col.  94'">:  rf  aussi 
col.  970  et  alibi.  —  "P.  L.,  t.  ci,  col.  588.  —'«P.  /...  t.  LXXXVI, 
col.  230.  —  "P.  L.,  t.  Cl,  col.  554.  —  <»P.  I..,  t  LXXXVI,  cl    J70. 

—  ,SP.  L.,  t.  CI,  col.  558.  —  <»P.  /..,  t.  LXXXVI,  col.  255.  —  "  />.  L., 
t.  ci,  col.  564.  —  <»P.  L.  L  lxxxvi,  col.  331.  —  "P.  L..  t.  ci, 
col.  587.  —  «P.  L.,  t.  lxxxvi,  col.  1031.  —  *'  P.  L.,  t.  ci.  cnl.  598. 

—  **  Loc.  cit.,  col.  596-597.  —  "  Ep.,  clvi,  P.  L.,  t  c.  col.  407. 


1085 


ALCUIN 


1086 


la  revision  grégorienne  pour  les  Gaules,  il  faudrait  con- 
sidérer son  influence  comme  ayant  été  sans  contredit 
de  premier  ordre  dans  l'histoire  de  la  liturgie  romaine  et 
des  livres  liturgiques. 

Exposons  d'abord  cette  thèse  historique.  L'auteur  du 
Micrologue  nous  dit  au  sujet  d'Alcuin  :  «  Le  même 
Alcuin  a  fait  un  autre  ouvrage  qui  n'est  point  à  dédaigner 
pour  notre  sainte  Église;  car  on  assure  qu'il  a  recueilli 
dans  le  sacramentaire,  les  prières  de  saint  Grégoire, 
auxquelles  il  en  a  ajouté  de  nouvelles,  mais  en  petite 
quantité,  et  qu'il  a  eu  soin  de  désigner  par  des  obèles  ; 
puis  à  ces  prières  il  en  a  réuni  d'autres  qui,  sans  venir 
de  saint  Grégoire,  étaient  nécessaires  pour  la  célébra- 
tion des  offices  divins.  C'est  ce  qu'atteste  le  prologue 
que  lui-même  a  placé  au  milieu  de  son  recueil,  immé- 
diatement après  les  prières  grégoriennes  '.  » 

Le  Micrologue,  il  est  vrai,  n'est  que  du  XIe  siècle,  et 
quoique  son  témoignage,  comme  nous  l'avons  dit,  au 
sujet  du  Sacramentaire  de  semaine  d'Alcuin,  ne  soit 
pas  recevable,cela  n'infirme  pas  ce  qu'il  dit  d'une  façon 
si  précise  de  l'œuvre  de  revision  du  grégorien2.  Un  ca- 
talogue dressé  en  831,  de  l'abbaye  de  Centule,  ou  Saint- 
Riquier,  vient  corroborer  du  reste  son  témoignage  en 
indiquant  «  un  Missel  grégorien  et  gélasien  tel  que  ré- 
cemment Alcuin  l'a  mis  en  ordre  »3.  Or,  le  sacramen- 
taire publié  par  Pamélius,  surtout  d'après  un  manus- 
crit de  Cologne,  répond  exactement  à  la  description  du 
Micrologue.  Il  est  divisé  en  deux  parties  séparées  par 
une  préface  dans  laquelle  l'auteur  dit  que  tout  ce  qui 
précède  provient  de  saint  Grégoire,  sauf  les  parties  qui 
sont  marquées  d'un  signe,  et  qui  sont  des  additions 
comme  la  fête  de  la  Nativité  et  celle  de  l'Assomption  de 
la  sainte  Vierge,  la  plupart  des  offices  du  carême  et  la 
messe  en  l'honneur  de  saint  Grégoire.  L'auteur  s'est 
appliqué  surtout  à  corriger  les  fautes  des  copistes.  La 
partie  qui  suit  la  préface  est  consacrée  à  des  offices  que 
saint  Grégoire  n'avait  pas  mis  dans  son  sacramentaire, 
qui  ont  été  composés  par  d'autres  et  spécialement  par 
saint  Gélase.  Le  compilateur  a  écrit  cette  préface  entre 
les  deux  pour  bien  distinguer  l'œuvre  de  saint  Grégoire 
de  celle  qui  ne  lui  appartient  pas,  mais  il  affirme  que 
tout  ce  qui  est  dans  ce  recueil  est  emprunté  à  des 
hommes  d'une  doctrine  sûre4.  Il  semblerait  donc  d'après 
ces  faits  que,  d'une  part,  nous  aurions  l'œuvre  de  saint 
Grégoire  dans  le  sacramentaire  édité  par  Pamélius,  et 
d'autre  part,  que  nous  devrions  cette  œuvre  à  Alcuin, 
quoi  qu'en  dise  Pamélius  qui  incline  plutôt  à  l'attribuer 
à  Grinrbald.  Mais  Varin  dans  le  savant  mémoire  déjà 
cité,  démontre  fort  bien  l'erreur  de  Pamélius5.  Ce  qui 
parait  certain,  c'est  que  Grimoald  et  Rodrad,  deux 
clercs  de  cette  époque,  travaillaient  aussi  de  leur  côté  à 
la  revision  du  grégorien  et  leur  œuvre  a  été  éditée.  Mu- 
ratori  prétend  lui  aussi  rééditer  le  travail  d'Alcuin 
d'après  deux  manuscrits  différents  de  celui  de  Pamélius 6. 
Mais  les  renseignements  de  Muratori  sur  ces  manus- 
crits ne  sont  pas  très  exacts  et  sur  ce  point,  comme  sur 
son  édition  même,  défigurée  par  une  erreur  de  folio- 

1  Bibl.  P.  t.,  t.  xvni,  col.  489;  Micrologue,  c.  lx.  —  «Le  témoi- 
gnage du  Micrologue  étant  vraiment  important  dans  cette  ques- 
tion, il  ne  sera  pas  inutile  de  dire  que  cet  ouvrage,  un  des  plus 
remarquables  traités  liturgiques  du  moyen  âge,  longtemps  attri- 
bué par  les  meilleurs  critiques  à  Ives  de  Chartres  (xi"  siècle) 
(cf.  Hist.  littér.  de  la  France,  nouvelle  éd.,  Paris,  1868,  t.  vin, 
p.  320  sq.  ;  t.  x,  p.  144  sq.  ;  Varin,  Mémoire  cité,  et  surtout  dom 
S.  Bànmer,  L'auteur  du  Micrologue,  dans  la  Ilevue  bénédictine, 
mai  1891,  p.  193-201),  a  été  restitué  à  son  véritable  auteur, 
Bernold  de  Constance  (xr  siècle),  par  dom  G.  Morin,  Que  l'au- 
teur du  Micrologue  est  B.  de  Constance,  dans  la  Rev.  bénédictine- 
septembre  1891,  p.  385-395.  Dom  S.  Bàumer,  qui  s'était  d'abord 
déclaré  pour  Ives  de  Chartres,  est  revenu  à  B.  de  Constance,  tai- 
sant sien3  les  arguments  de  dom  Morin  et  de  dom  Cagin,  qui 
rendent  l'attribution  indubitable.  Ct.  Ncues  Arch.,  t.  xvni, 
p.  432  sq.  —  3D'Achéry,  Spicilegium,  t.  n,  p.  311.  Cf.  Delisle, 
mémoire  sur  d'anciens  sacramentaires,  p.  92, 117,  157,  247, 286. 


tage  (les  colonnes  139-170  ont  été  numérotées  241-272, 
et  171-272,  portent  139-240,  il  faudrait  numéroter  1-138, 
241-272,  et  139-240;  les  pages  1-138,  241-272,  et  357-361 
formeraient  le  sacramentaire  grégorien),  ils  demandent 
à  être  rectifiés  par  les  remarques  de  Varin  7,  et  surtout 
par  celles  d'Edmond  Bishop  8.  Cependant  son  édition 
peut  servir  à  compléter  celle  de  Pamélius  9. 

Le  mémoire  de  Varin,  qui  a  si  bien  étudié  le  prohlème 
de  la  question  grégorienne,  est  tombé  dans  un  tel  oubli 
que  ni  Edmond  Bishop,  ni  Bàumer,  liturgistes  cepen- 
dant si  bien  informés,  ni  les  autres  qui  ont  écrit  après 
eux,  ne  paraissaient  se  douter  de  son  existence.  Mais  le 
témoignage  des  deux  premiers  liturgistes  n'en  est  que 
plus  important  quand  ils  arrivent  par  une  voie  diffé- 
rente aux  mêmes  conclusions  que  Varin,  à  savoir  que  le 
sacramentaire  édité  par  Pamélius  est  bien  l'œuvre  revi- 
sée et  complétée  par  Alcuin10. 

On  sait  qu'au  vm°  et  au  ixe  siècle,  d'après  les  recher- 
ches récentes  de  dom  Bàumer,  les  exemplaires  du  géla- 
sien étaient  très  répandus  en  Gaule.  Mais  on  peut  se 
demander  pourquoi  Alcuin  voulut  combiner  ainsi  les 
deux  rites  grégorien  et  gélasien.  Si  l'on  répond  que  le 
sacramentaire  grégorien  était  incomplet  et  qu'il  fallait 
le  compléter  par  le  gélasien,  on  demandera  alors  pour- 
quoi l'œuvre  de  saint  Grégoire  était  incomplète,  et 
comment  il  pouvait  avoir,  par  exemple,  laissé  trente-sept 
dimanches  sur  cinquante-deux  sans  office?  Varin,  avec 
lequel  Mor  Duchesne  s'est  rencontré  sans  le  savoir, 
n'hésite  pas  à  dire  que  le  missel  grégorien  était  un 
recueil  à  l'usage  du  pape,  et  conséquemment  ne  conte- 
nait que  les  offices  où  il  pontifiait11.  Mais  cette  opinion 
n'est  pas  sans  soulever  de  grosses  difficultés12.  Nous 
n'avons  pas  à  entrer  pour  le  moment  dans  cette  discus- 
sion qui  nous  entraînerait  bien  au  delà  des  bornes  de 
notre  sujet.  Voir  Grégoire  Ier  (Saint);  Liturgies  galli- 
canes; Liturgie  romaine. 

A  défaut  d'une  certitude  absolue  que  nous  donnerait 
seule  une  édition  soignée  de  l'œuvre  liturgique  d'Alcuin, 
les  conclusions  auxquelles  nous  sommes  arrivé  nous 
paraissent  très  solides. 

L'édition  grégorienne  fut  sans  doute  ordonnée,  comme 
celle  de  la  revision  du  lectionnaire,  par  Charlemagne, 
dont  on  sent  partout  à  cette  époque,  notamment  dans 
la  domaine  littéraire,  la  main  puissante.  Et  c'est  à  son 
conseiller  le  plus  écouté  que  revient  l'honneur  d'avoir 
donné  aux  Églises  carolingiennes  leur  missel.  Plus  tard, 
ce  scrupule  qu'Alcuin  avait  apporté  à  distinguer  l'œuvre 
grégorienne  des  additions  et  des  compléments,  disparut, 
et  fit  place,  comme  il  arrive  toujours  en  ces  matières, 
au  besoin  de  simplification  ;  on  adopta  un  ordre  plus 
logique,  on  mit  chaque  office  en  sa  place  et  si  l'exacti- 
tude historique  et  critique  y  perdit,  on  ne  s'en  préoccupa 
guère.  Et  ceci  explique  aussi  pourquoi  des  liturgistes 
comme  Thomasi  et  Mabillon,  auxquels  on  peut  ajouter 
Muratori,  préfèrent  au  sacramentaire  de  Mesnard,  et 
même  à  tous  les  sacramentaires,  celui  de  Pamélius13. 

Quant  au  manuscrit  de   Centule  qui  porte  le  titre  : 

—  *  Pamélius,  Liturgica  latinorum,  t.  if,  p.  209,  et  prolog.,  p.  vi. 

—  B  Varin,  Mémoire  cité,  p.  625,  626.  —  6  Muratori,  Liturg.  roin., 
1. 1,  col.  72,  77  sq.,  t.  Il,  col.  5.  —  1  Mémoire  cité,  p.  629.  —  *Book 
of  Cerne,  p.  237,  238.  Cf.  aussi  les  remarques  de  Lejay,  Bévue 
d'hist.  et  de  littér.,  nov.-déc.  1902,  t.  vu,  p.  562  sq.  —  "Cf.  Va- 
rin, loc.  cit.,  p.  657.  —  ,0Dom  Suitbert  Bàumer,  Ueber  das 
sogenannte  Sacramentarium  gelasianum,  dans  Hisiorische 
Jahrbuch,  t.  XIV  (1893),  p.  241-301  ;  E.  Bishop,  The  earliesl  ro- 
man Mass-book,  dans  Dublin  Review,  1894,  p.  2'i5  sq.  Cf.  The 
Book  of  Cerne,  p.  247,  277,  et  Journal  of  thcological  studies, 
avril  1903,  p.  411  sq.  :  On  some  early  Manuscripts  of  the  Gre- 
gorian.  —  "  Mémoire  cité,  p.  660.  Cf.  Duchesne,  Les  origines 
du  culte  chrétien,  2'  éd.,  p.  117.  —  ,sCf.  notamment  Bishop, 
The  earliest  roman  Mass-book,  dans  Dublin  Beview,  1894, 
t.  cxvh,  p.  252,  254.  —  ,3  Thomasi,  Opéra,  t.  VI,  prsef.,  p.  v  et 
xxxi;  t.  vu,  p.  187;  Mwatori,  Liturgia  romand  vêtus,  VeneliU, 
1748,  t.  I,  coL  65. 


1087 


ALCUIN 


1088 


Missalis  Gregorianus  et  Gelasianus  modernis  tempori- 
bus  ab  Albino  ordinatus,  les  auteurs  de  YHistoire  litté- 
raire de  la  France  nous  disent  qu'il  fut  retrouvé  par 
dom  Luc  d'Achéry,  communiqué  «  à  M.  de  Voisin  qui  en 
tira  plusieurs  choses  pour  perfectionner  son  ouvrage  sur 
la  tradition  de  la  messe.  Depuis,  on  ne  sçait  point  qu'est 
devenu  le  manuscrit  »  '. 

Dans  une  de  ses  lettres,  Alcuin  parle  de  la  coexistence 
de  deux  rites,  en  quelque  sorte  combinés  et  fondus,  le 
rite  romain  et  d'autres  rites  probablement  gallicans  dont 
les  livres  subsistent  à  son  époque  :  De  ordine  st  dispo- 
sitione  missalis  libelli  nescio  cur  demandasti.  Numquid 
non  habes  romano  more  ordinatos  libellos  sacrato- 
rios  abundantes  ?  Habes  quoque  et  veteris  consuetu- 
dinis  sufficientes  sacramentaria  majora;  quid  opus  est 
nova  condere,  dum  vêlera  suf/iciunt"?  Aliquid  voluis- 
sem  tuam  incepisse  auctoritatem  romani  ordinis  in 
clero  tuo,  ut  exempta  a  te  sumantur,  et  ecclesiastica 
officia  venerabiliter  et  landabiliter  vobiscum  agantur-- 
II  y  faut  ajouter  ces  autres  expressions  de  sa  lettre  li 
déjà  citée  où  il  explique  la  composition  du  sacramen- 
taire  privé  :  arbitror  vos  melius  hsec  omnia  (c'est-à- 
dire  les  prières  qu'il  a  composées),  vel  in  sacramentis 
vestris  conscripla,  vel  in  consuetudine  quotidiana 
habere3. 

VIII.  La  Confessio  fidei.  —  Quoique  cet  ouvrage  pu- 
blié par  Chifflet,  ne  soit  pas  une  œuvre  liturgique  dans 
toute  sa  teneur,  elle  contient  cependant  bien  des  formules 
de  prières  et  il  ne  sera  pas  inutile  d'en  dire  un  mot. 
On  la  met  d'ordinaire  parmi  les  œuvres  douteuses  d'Al- 
cuin,  mais  Mabillon,  dans  sa  dissertation  De  confessione 
fidei  id  est  de  ejus  antiquitate  et  auctore^,  donne  de 
très  bonnes  raisons  qui  rendent  au  moins  vraisemblable 
l'attribution  à  Alcuin.  Elle  est  très  étendue,  d'un  style 
ferme  et  parfois  éloquent,  et  pourrait  compter  parmi 
les  œuvres  les  meilleures  du  savant  abbé  de  Saint-Mar- 
tin. Elle  est  du  reste,  comme  la  plupart  des  ouvrages 
d'Alcuin,  plutôt  une  compilation  qu'une  œuvre  originale 
et  l'on  y  reconnaît  des  passages  de  saint  Augustin,  de 
saint  Grégoire,  de  saint  Isidore,  etc.  Mais  elle  a  surtout 
l'avantage  de  donner  un  résumé  très  complet  de  l'en- 
seignement catholique  au  IXe  siècle.  La  première  partie 
est  consacrée  à  Dieu,  De  Deo  uno  et  trino,  la  seconde 
au  Verbe  incarné,  et  la  troisième  est  intitulée  :  Iterum 
de  Deo  trino  et  uno,  de  Christo,  ac  de  aliis  plerisque 
ecclesiasticis  dogmalibus ;  la  quatrième,  De  corpore  et 
sanguine  Domini  ac  de  propriis  delictis,  est  celle  qui  a 
fait  surtout  élever  des  objections  contre  son  authenti- 
cité, à  cause  des  témoignages  si  précis  sur  l'eucharistie, 
mais  il  n'est  rien  qui  ne  soit  d'accord  avec  l'enseigne- 
ment ordinaire  de  ce  temps  et  notamment  avec  celui 
d'Alcuin  dans  sa  lettre  à  Paulin  d'Aquilée5.  Pour  la 
formule  aristotélicienne  des  catégories  employée  par 
Alcuin,  voir  plus  haut,  col.  1081. 

IX.  Opinions  sur  la  liturgie  mozaraw:  ;  le  bap- 
tême; la  septvagésime.  —  En  dehors  de  ces  OUVT 
qui  traitent  de  la  liturgie  ex  professo,  il  ne  sera  pas 
inutile  de  recueillir  quelques  renseignements  épars 
dans  ses  autres  écrits.  Dans  la  célèbre  controverse  sur 
l'adoptianisme,  il  attaque  à  plusieurs  reprises  la  litur- 
gie mozarabe  et  lui  oppose  les  oraisons  qu'il  attri- 
bue à  saint  Grégoire  et  où  le  Fils  est  nommé  Unigeni- 
tus  :  sed  sciendum  est  vobis,  quod  longe  aliter  Bealus 
Gregorius  venerabilis  et  probatissimus  in  fide  cat/wlica 

*  Hist.  littér.  de  la  France,  t.  iv,  p.  338.  —  »  £;>..  i.xv,  P.  L., 
t.  c,  col.  234.  —  3P.  L..  t.  C,  col.  '210.  —  »  Rééditée  dans  .Migne, 
P.  L.,  t.  ci,  col.  1003  sq.  —  s  P.  L.,  t.  c,  col.  203,  289.  — 
*Adv.  Elipandum,  1.  11,  n.  ix,  P.  L.,  t.  ci,  col  2Gti.  207.  — ' 
i  Adv.  Felicem,  1.  VII,  n.  xm,  P.  L.,  t  ci,  col.  227.  —  *  Ibid. 
—  BP.  L.,  t.  xevi,  col.  874  sq.  ;  t.  ci,  col.  227.  Il  est  presque 
incroyable  de  voir  l'éditeur  des  Monumenta  Alcuiniana  omettre 
ici  quatre  ou  cinq  précieuses  pages  avec  cette  simple  note  :  Ipsa 
qux  sequunlur  lestimonia  omisil  Monumenta   Alcuiniana, 


doctor,  oraliones  in  celebralione  et  oraculis  missarum 
ad  deprecandum  Dei  nobis  clemenliam,  plurimis  com- 
posuit  in  locis  atcjue  eum  per  cujus  adoptionem  veslri 
sacerdotes  suas  preces  offerunt  Deo,  semper  unigeni- 
tuni  sancto  ac  singulari  nomine  perpetuaque  venera- 
tione  appellare  non  dubitavit.  Il  cite  d'abord  l'oraison 
de  la  messe  des  Rameaux  :  Da,  quœsumus,  omnipotens 
Deus,  ut  qui  in  tôt  adversis...  intercedente  unigeniti 
Filii  tui  passione  respiremus  (aujourd'hui  au  lundi  saint); 
puis  celle  du  mercredi  saint  :  Prœsla,  quœsumus.  om- 
nipotens Deus,  ut  qui  nostris  excessibus...  per  Unige- 
niti   tui  passionem  liberemur ;  celle  de  l'Ascension  : 
Concède,  quœsumus,  omnipotens  Deus,  ut  qui  hodierna 
die  Unigenitum  tuum,  etc.;  celle  de  Velevatio  Crucis, 
qu'il  donne  sous  une  forme  un  peu  différente  de  celle 
du  missel  :  Deus  qui   Unigeniti  tui  prelioso  sanguine 
vivificatse  crucis  vexillum  sanctificare  voluisti6;  celles 
de  Noël  :  Prœstaut  Unigenitum  tuum,  quem  redem- 
ptorem   lœli    suscepimus,  venientem  quoque  judiceni 
securi  videamus  (celle-ci  n'est  pas  au  missel  pour  cette 
fête);    et  cette  autre    :   Concède,  quœsumus,...  ut  nos 
Unigeniti  tui  nova  per  carnem  nativitas  liberet  '■ .  Ces 
citations  sont  intéressantes  en  dehors  de  leur  valeur 
liturgique,    car    elles    prouvent    l'importance   dogma- 
tique qu'Alcuin  attache  à  la  liturgie  romaine,  Romana 
tgitur  Ecclesia,  dit-il,  quee  a  ratholicis  et  recte  creden- 
libus  sequenda  esse  probatur,  etc.  ?.  A  ces  oraisons  ro- 
maines, ses  deux  adversaires  opposent  des  oraisons  de 
leur  rite  mozarabe  :  Iterum  testimonia  sanctorum  Pa- 
trum  vencrabilium    Toleto    deservientium    in  missa- 
rum oraculis  édita  sic  dicunt.  Ils  citent  d'abord  celle 
du  jeudi  saint  :  Qui  per  adoptivi  hominis  passionem, 
dum  suo  non  indulget  corpori,  nostro  demum,  id  est, 
iterum,  non  pepercit;  et  celles-ci  :  Respice,  Domine, 
fidelium  tuorum  multitudinem,  quam  per  adoptionis 
gratiam  Filio  tuo   facere  dignatus   es  cohxredem'1... 
Prœcessit  in  adoptione  donum,    sed  adhuc  restât   in 
conversalione  judicium...   et   cette   préface  :   Et  Jesu 
Christo  Filio  tuo,  Domino  nostro,  qui  pielati  tux  per 
adoptivi  Iwminis  passionem...   Radie  Salvator  noster 
post  adoptionem  carnis  sedem  repeliit  Deitalis...  Hune 
exaltans   in  cœlum  quem   humiliaveral  in   inférais... 
Dans  la  messe  de  saint  Spératus  martyr  :  Adoptivi  ho- 
minis non  horruisti  vestimentum  sumere  carnis.   Ht 
dans  la  messe  des  moit;  :   Domine  Jesu  Christe.  qui 
vera  es  vita  credentium,  tibi  pro  defunctis  /idelibn* 
crificium  istud  offerimun,  obsecrantes  ut  régénérât 
fonte    purgatos ,    et    tentationibus   mundi    exemptes, 
bealorum    numéro  digneris  inserere,  et   quos  fecisti 
adoptionis  participes,  jubeas  hœreditatis  tu.r  esse 
sortes  10.  Ce  n'est  pas  le  lieu  d'exposer  de  quelle  façon 
Alcuin  explique  dogmatiquement  ces  passages,  mais  il 
était  utile  de  les  citer,  car  ils  sont  une  attestation  très 
ancienne  pour  une  liturgie   que  l'on  ne  peut   apprécii  r 
encore  que  sur  des  documents  de   date  très   récente; 
du  reste  ces  passages  diffèrent  des  documents  édités  'le 
cette   liturgie,  car  elle   parait  avoir    subi  une  révision  : 
dans   tous  les  cas,  la   dernière  oraison  que  nous  avons 
citée  sur  les  morts  ne  se  retrouve  plus  dans  les  textes 
mozarabes  ",  mais  par  contre  des  fragments  s'en  ren- 
contrent au  gélasien  et  au  missel  de  Stowe  ,'-. 

Alcuin  parait  moins  heureux  quand  il  s'élève  comme 
il  le  lait  contre  l'usage  de  l'unique  immersion  pratiquée 
au  baptême  dans  la  liturgie  mozarabe  13.  Ce  rite  avait  été 

p.  498,  note  b.  —  '"Adv.  Elipand.,  1.  II.  n.  vu,  loc.  cit.,  co! 
265,  et  dans  les  lettres  d'Élipand,  Eptst.,  iv  a,  P.  L..  t.  xi  vi. 
col.  875.  —  "I.  s    v.  P.  L..  t.  xxxv,  cl.  41  sq.,  et  dom  I 
lin,  Apringius  im  Béja,  Commenta  Paris, 

1900,  p.  4,  nient  que  l'erreur  adoptianiste  ait  existe  dans 
liturgie,  mais  Kdmond  Bislicp  n'admet  pas  cette  opinion,  cf.  The 
Buok  of  Cerne,  Cambridge.  1902,  p.  270.  —  IJ  Ibid.  —  "  Ej 
ad  fratres  Lugd.,  et  oxm,  ad  Paulinutn,  P.  L.,  t.  c.  col.  290, 
342;  ci.  t.  ci,  col.  611-014. 


1089 


ALCUIN 


1090 


approuvé  par  les  papes  mêmes  et  du  reste,  un  peu  plus 
tard,  le  concile  de  Worms  (868)  donna  tort  à  noire  litur- 
giste en  décrétant  que  les  trois  immersions  ne  sont  pas 
nécessaires.  Une  connaissance  plus  approfondie  des  rites 
du  baptême  dans  l'antiquité  lui  eût  fait  éviter  cette 
erreur  ' . 

D'ailleurs  cette  lettre  xc  est  fort  intéressante,  car 
elle  nous  donne  toute  la  cérémonie  du  baptême  en  dé- 
tail 2. 

Ses  poèmes,  surtout  ses  Inscriptiones  variée  eccle- 
siarum,  altarium,  sepiderorum,  etc.,  contiennent  quel- 
ques renseignements  sur  le  culte  des  saints  les  plus 
populaires  à  cette  époque.  De  Rossi,  qui  a  fait  une  étude 
spéciale  de  ces  Carmina  et  de  ces  Jnscriptiones,  en  a 
reconnu  à  plusieurs  reprises  la  valeur  épigraphique  et 
historique3. 

Il  y  eut  échange  de  lettres  entre  Alcuin  et  Charlemagne 
au  sujel  del'addition  faite  aux  quarante  jours  du  carême 
des  trois  semaines  de  la  septuagésinie,  de  la  sexagé- 
sime  et  de  la  quinquagésime  ;  il  n'en  est  pas  donné  une 
explication  aussi  rationnelle  et  aussi  claire  qu'on  l'aurait 
désiré;  le  côté  historique  de  la  question  est  trop  laissé 
dans  l'ombre;  il  est  probable  cependant  que  les  deux 
correspondants  ne  s'éloignent  pas  de  la  vraie  solution 
quand  ils  proposent  d'y  voir  une  compensation  aux 
jours  de  jeûne  supprimés  pendant  la  quarantaine  sacrée, 
a  l'exemple  des  grecs.  Voir  SeptuaGÉSIME. 

Ils  nous  y  apprennent  dans  tous  les  cas  qu'en  Orient 
on  jeûnait  neuf  semaines,  et  chez  les  grecs  huit,  chez 
les  latins  sept,  et  que  le  jeudi,  y  compris  le  jeudi  saint, 
on  ne  jeûnait  pas  et  cela,  dit  l'empereur,  propter 
magna  mysteria,  quee  in  ea  conlinentur.  In  ea  namque 
sanctum  chrisma  conficitur,  ad  abluendas  totius 
rnundi  primée  originis  culpas,  in  ipsa  reconciliatio  fit 
pœnitentium;  in  ipsa  redemptor  omnium  csenando 
cum  discipulis  panent  fregH,  et  calicem  pariter  dédit 
cis  in  figurant  corporis  et  sanguinis  sui,  nobisque  pro- 
fulurum  magnum  exhibuil  sacramentum1*. 

Dans  quelques  autres  passages  Alcuin  parle  des  vête- 
ments sacerdotaux  ou  épiscopaux,  notamment  du  pal- 
lium,  des  vases  sacrés  et  de  l'ordination  épiseopale  •>. 
Ailleurs  il  condamne  une  coutume  contraire  à  celle  des 
azymes  :  audivimus  quoque  aliijuos  in  Mis  parlibus 
af/irmare,  salem  esse,  in  sacri/icium  corporis  Chris ti 
mitlendum.  Quant  consuetudinem  nec  universalis  ob- 
servât ecclesia,  nec  Rnmana  custodit  auctoritas...  et 
vanis  qui  in  corpus  Chrisli  consecralur,  absque  fer- 
menta ullius  alterius  infeclionis,  débet  esse  mundissi- 
mus,  etc.  c. 

X.  Liber  de  divinis  officiis.  —  On  a  attribué  à  tort 
à  notre  liturgiste  un  livre  sous  ce  titre  édité  d'abord  par 
llittorp,  puis  par  André  Duchesne.  C'est,  dit  Hauréau, 
un  fouillis  de  pièces  disparates  empruntées  à  des  auteurs 
différents  par  un  copiste  qui  vécut  assez  longtemps 
après  Alcuin7.  Le  livre  n'est  certainement  pas  d'Alcuin, 
mais  le  jugement  d'Hauréau  est  trop  sévère;  rien 
n'oblige  non  plus  à  le  placer  au  XIe  siècle,  comme  on 
l'a  fait.  Talhofer  croit  que,  d'après  l'état  liturgique  qu'il 
suppose,  on  pourrait  tout  au  plus  le  l'aire  descendre  au 
xc  siècle 8.  Un  manuscrit  de  Trêves  cité  par  Bàumer 
l'attribue  à  Amalarius  Fortunatus,  évêque  de  Trêves9. 
Son  auteur  est  un  compilateur  comme  la  plupart  de 
ceux  de  ce  temps,  il  copie  des  passages  de  saint  Augus- 
tin, de  saint  Léon,  de  saint  Isidore,  de  Bède,  d'Ama- 
laire,  mais  il  ne  manque  pas  de  certaines  qualités;  il  y 

1  Lahbe  et  Cossart,  Sacrosnnta  concilia,  Paris,  167-1,  t.  vin, 
col.  946.  —  *  P.  L.,  t.  c,  col.  289  sq.  Cf.  aussi  sur  le  baptême, 
d'après  Alcuin,  les  passages  suivants  :  col.  189,  192  sq.,  261.  — 
3 P.  L.,  t.  ci,  col.  738  sq.  Et  surtout  Duemmler,  Neties  Archiv, 
Hanovre.  1879,  t.  iv,  p.  118-139,  574-576;  Monumenta  Germanise. 
Poetarum  lalinorum  rnedii  sévi,  Beriin,  18S1,  t.  i.  p.  160-351; 
De  Rossi,  Inscript,  urbis  R.,  Rome,  1888,  t.  II,  part.  1,  p.  lvi, 
123,  281-287,  410,   etc.  —  *  Epist.,  i.xxx  et  LXX.xt,  P.  L.,  t.  c, 

DICT.   D'ARCH.   CliRÉT. 


traite  de  la  messe,  de  l'office  divin,  de  l'année  ecclésias- 
tique, des  vêtements  liturgiques. 

XL  Conclusion.  —  Par  sa  correction  du  lectionnaire 
et  du  sacramentaire  grégorien,  et  par  ses  ouvrages  de 
liturgie  privée  dans  lesquels  il  a  conservé  et  transmis  à 
la  postérité  d'importants  fragments  des  liturgies  an- 
ciennes, par  les  autres  œuvres  liturgiques  que  l'on  peut 
revendiquer  à  son  actif,  Alcuin  doit  être  considéré,  selon 
nous,  comme  le  premier  liturgiste  de  son  temps.  Si  son 
œuvre  manque  d'originalité,  elle  est  celle  d'un  compi- 
lateur éclairé,  d'un  reviseur  zélé  et  attentif,  et  il  a  l'ait 
preuve  d'un  jugement  assez  sûr  dans  le  choix  de  ses 
matériaux.  A  défaut  de  qualités  brillantes,  il  a  eu  la 
qualité  la  plus  nécessaire  peut-être  à  l'époque  où  il 
vivait,  le  soin  de  la  correction  dans  la  copie  des  manus- 
crits. Son  école  calligraphique  de  Saint-Martin  de  Tours, 
à  ce  point  de  vue  mérite  la  première  place;  nous  lui 
devons  quelques-uns  des  plus  beaux  et  des  plus  puis 
manuscrits  des  livres  saints  et  do  la  liturgie.  C'esl  lui 
sans  doute  qui  sut  inspirer  à  Charlemagne  ce  souci  de 
la  pureté  grammaticale  et  le  désir  de  créer  partout  des 
écoles  et  de  restaurer  l'étude  de  la  grammaire,  de  I  or- 
thographe, de  l'écriture,  de  la  calligraphie10. 

Dans  ses  ouvrages  de  dévotion  privée,  ceux  où  il  se 
montre  plus  personnel,  il  s'est  tenu  dans  le  grand  courant 
liturgique  et  nous  a  conservé  bien  des  fragments  de  la 
liturgie  celtique,  et  des  liturgies  mozarabe  et  galli- 
cane. Que  n'a-t-il  fait  davantage  dans  ce  sens!  et  après 
avoir  codifié  les  livres  de  la  liturgie  romaine,  que  n'a- 
t-il  songé  à  recueillir  les  reliques  des  liturgies  gallica- 
nes encore  subsistantes  !  Il  aurait  rendu  a  nos  études  un 
service  inappréciable. 

Les  critiques  modernes  dont  nous  avons  cité  les  tra- 
vaux, Varin,  Delisle,  Berger,  Bàumer,  Morin,  le  jugenl 
très  favorablement  comme  un  esprit  sain  et  droit,  un 
critique  zélé  et  laborieux;  ils  le  considèrent  comme  un 
des  principaux  fondateurs  de  la  liturgie  romano-fran- 
çaise.  M.  Aug.  Molinier,  à  un  autre  point  de  vue  donne 
aussi  un  jugement  très  favorable  :  «  Alcuin  appor- 
tait en  Gaule  les  méthodes  excellentes  en  usage  dans 
les  écoles  épiscopales  et  monastiques  de  la  grande 
île,  etc.  ".  » 

Mais  c'est  surtout  l'éminent  liturgiste  Edmond  Bishop 
qui  porte  sur  son  œuvre,  en  particulier  sur  la  revision  du 
grégorien,  une  appréciation  flatteuse  et  qui  lui  accorde 
la  place  la  plus  importante  dans  l'évolution  liturgique 
du  IXe  siècle.  A  côté  des  qualités  que  nous  avons  déjà 
mentionnées,  il  lui  reconnaît  l'esprit  d'initiative,  une 
certaine  originalité  de  vues,  la  mesure,  le  tact  et  l'habi- 
leté d'un  diplomate,  et  même  des  qualités  philologiques 
sérieuses  12.  Sa  compilation  gélasiano-grégorienne  a  fait 
loi.  La  liturgie  romaine  pure,  aussi  bien  queles  gallicanes, 
disparut  complètement,  supplantée  parce  missel  compo- 
site ;  l'ambrosienne  et  la  mozarabe  elles-mêmes  se  virent 
presque  partout  évincées.  Ainsi  dans  l'œuvre  d'unifor- 
mité liturgique  rêvée  par  Charlemagne,  Alcuin  fut  l'ins- 
trument et  trouva  la  formule  sur  laquelle  se  fit  l'unité 
et  qu'adopta  l'Église  de  Borne  elle-même;  et  par  une 
sorte  de  jus  postliminii,  sa  liturgie  lui  revint  des 
Gaules,  combinée  et  arrangée. 

XII.  Portrait  d'Alcuin.  —  Dans  la  Bible  conservée  à 
la  Bibliothèque  royale  de  Bamberg  {A.  I.  5),  «  un  des 
plus  beaux  types  de  l'art  carolingien,  »  selon  S.  Berger, 
et  dont  l'écriture  est  celle  de  l'école  de  Tours,  au  folio  ."> 
verso  dans  un  cadre  rouge  et  brun,  orné  en  haut  de 

col.  259  sq.  —  *  P.  L.,  t.  c.  col.  224,  228,  253,  307  327;  t.  cr, 
col.  698, 699.  — 6  Epist.,  xc,  P.  L.,  t.  c,  col.  289  —  ' Notices  et  ex- 
traits de  quelques  manuscrits,  Paris,  1891,  t.  II,  p.  09.  —  8  Hand- 
buch  der  kathol.  Liturgie,  1894.  t.  i,  p.  73  sq.  —  9 Zeitsch.  fur 
kathol.  Theol.,  1*89,  t.  xm,  p.  355.  —  l0  Berger,  toc.  cit.,  p.  185- 
186.  —  "A.  Molinier,  Les  sources  de  l'hist.  de  France,  Paris, 
1902,  t.  I  :  La  Renaissance  carol.,  p.  185  sq.  —  '-  The  eaiiicst 
roman  Mass-book,  dans  Dublin  Heview,  1891,  p.  259  sq. 

I.  -  35 


1091      ALCl'JN  —  ALEXANDRE    CIMETIÈRE  ET  BASILIQUE  DE  SAINT- 


1092 


deux  lampes  suspendues  et  en  Lus  de  deux  chandeliers, 
on  lit  les  vers  d'Alcuin  :  In  hoc  quinque  libri...  écrits  en 
capitale  alternativement  rouge,  noire,  argent  et  or,  sur 
deux  colonnes,  chacune  de  treize  handes  alternativement 
de  pourpre  et  vertes;  entre  les  deux  colonnes,  on  voit 
un  médaillon  d'or,  encadré  d'argent,  sur  lequel  est  tracé 
en  rouge  le  portrait  d'un  saint  tonsuré,  avec  l'inscrip- 
tion ALCVINVS  ABBA'.  Nous  avions  l'intention  de 
donner  ce  portrait,  mais  le  bibliothécaire  M.  Fischer 
nous  écrit  (23  sept.  1903)  que  ce  prétendu  portrait  «  est 
tout  simplement  esquissé  en  quelques  lignes  rouges  sur 
fond  d'or  dans  le  genre  des  portraits  antiques,  mais 
sans  valeur  comme  portrait  ». 

XIII.  Bibliographie.  —  Outre  les  travaux  cités  dans 
le  cours  de  l'article,  voyez  pour  les  lettres,  Sickel, 
Sitzungsberichte  d.  !;.  Académie  der  Wissensch., Vienne, 
1875,  t.  i.xxix,  p.  461-550;  Monumenta  Germanise  histo- 
ricu,  Epistolarum,  t.  iv,  Karolini  sévi,  t.  il,  Berlin, 
1895,  p.  1-493  et  615;  sur  les  éditions  et  travaux, 
F.  Monnier,  Alcuin  et  son  influence  littéraire,  reli- 
gieuse et  politique  chez  les  Franks,  Paris,  1853; 
K.  "Werner,  Alcuin  u.  sein  Jahr.,  Paderborn,  1865; 
Ebert,  llïsl.  générale  de  la  lillér.  du  moyen  âge  trad. 
Aymeric  et  Condamin,  t.  n,  Paris,  1884,  p.  8-14,  17-43, 
377-389.  et  autres  travaux  dont  on  trouvera  la  mention 
dans  Potlhast,  Bibliollteca  hislorica  medii  sévi,  '2e  éd., 
Berlin,  1897,  t.  i,  p.  33-35.  Pour  les  renvois  à  Cave, 
1  lupin,  dom  Ceillier  et  autres  notices  littéraires,  voir 
Chevalier,  Répertoire  des  sources  historiques,  Bio- 
bibliographie,  col.  64-65,  et  Supplément,  p.  2393,  et  l'ar- 
ticle de  F.  Vernet  déjà  cité,  Dictionnaire  de  théologie 
catholique,  t.  i,  col.  687-692.  Ajouter  aux  auteurs  indi- 
qués dans  ces  listes,  surtout  pour  la  liturgie  :  P.  Martin, 
S.  Etienne  de  Hardmg  et  les  premiers  recenseurs  de 
la  Vnlgate  latine,  Théodulfe  et  Alcuin,  in-8°,  Amiens, 
1887;  l.lmer,  Quellen  u.  Forschungen  lur  Gcsch.  u. 
Kunstgesch.  des  Missale  Botnanum  in  Miltelalter,  in-8°, 
l'ivib.  i.  Br.,  1896,  notamment  p.  386,387;  Ranke.  7VW- 
kopensylem,  p.  70-76,  et  Appendice,  p.  xxi;  Bâumer, 
Gesch.  des  Breviers,  in-8°,  Freib.  i.  Br..  1895,  p.  298 
331  (ce  dernier  assez  incomplet);  Hugo  Ehrensberger, 
Libri  liturgici Bibl.  Vaticanse,gv.  in-8°,  Frib.  i.  Iîr.,1897, 
et  surtout  F.  Probst,  Die  alteslen  rôniischen  Sacra- 
mentarien  u.  Urdines,  Munster  in-8",  1892,  p.  302,  303, 
31'iii.  381;  I..  Delisle.  Mémoires  sur  d'anciens  sacra- 
mentaires,  Extrait  des  Mémoires  de  l'Acad.  des  ins- 
criptions el  belles-lettres,  Paris,  t.  xxxn.  I'  partie 
iu-'i".  Imprimerie  nationale,  p.  117,247,286;  V.  Thalho- 
fer,  Handbuch  der  kathol.  Liturgie  2«  éd.,  1894),  t.  i. 
p.  72.  7i;  Alkuins  Leben  u.  Bedeutung  fur  den  rcli- 
giôsen  Unterricht.  Wisench.  Beilage  zuin  Jahrebesrichl 
<lcr  Kaiserin  Augusta-Gymnasium  zu  Coblenz,  in-8°.  Co- 
blenz;  1902,  Aug.  Mobilier,  Les  sources  de  l'histoire  de 
France.  I.  Époque  primitive,  Mérovingiens  et  Carolin- 
giens. in-8",  l'aris,  1902,  à  la  p.  91,  donne  une  notice 
bibliographique  sur  Alcuin. 

Nous  ajouterons  qu'une  société  liturgique  (anglicane) 

'S.  Berger,  toc.  cit.,  p.  206.  —  2Pie  IX  portait  intérêt  à  cette 
découverte  et  aida  à  la  restauration  de  l'édifice.  Au  retour  de  la 
cérémonie  d'inauguration,  12  avril  1855,  eut  lieu  le  céli  on 
dent  de  Sainte-Agnès  auquel  le  pape  échappa  connue  pai  miracle 
lloldetti,  l)ss,-ri'ii:i(nii  sopra  i  cimiteri  cristiani,  in-fol.,  Roma, 
•1207,  p.  569,  mentionne  ce  cimetière  d'où  l'on  avait,  dit-il,  extrait 
des  martyrs;  Aringhi,  Huma  subterranea,  in-fol.,  Parisiis, 
t.  it,  ]).  148.  Il  a  existé  un  autre  cimetière  de  Saint-Alexandre, 
du  nom  d'un  évèque  de  Baccanas,  aujourd'hui  Baccano.  Ce  cime- 
tière < ■  t ;ii t  situé  an  \v  mille  'le  la  via  Cassia.  il  n'offre  d'inté- 
ressant que  ileux  piliers  d'autel.  Voir  Autel,  cf.  De  Rossi,  Sco- 
perta  del  citnitero  di  s.  Alessandro  vescouo  e  martire  con 
parte  del  suo  anticu  altare,  dans  Bull,  di  arch.  crist.,  1875, 
p.  -142-152,  pi.  ix.  —  'Découverte  en  1827,  près  de  la  ferme  de 
la  Cesarina,  par  Nibby,  Analisi  delta  caria  dei  dintorni  di 
Rama,  in-8-.  Roma,  1848,  i.  n.  p.  43  sq.  «Mentana  Cf. 
S.  Innocent  1  ',  Epist.,  xl,  ail  Florentinum,  P.  /...  t.  \\,  col.  COC. 


s'est  fondée  récemment  à  Londres  sous  le  patronage 
d'Alcuin,  Alcuin  Club;  elle  vient  de  commencer  la 
publication  d'une  magnifique  série  liturgique  :  Alcuin 
Club  Collections,  Pontifical  Séries,  by  W.  Howard  Frère 
Londres,  1901,  in-fol.  F.  Cabrol. 

ALEXANDRE  (Cimetière  et  basilique  de 
Saint-).  —  Au  10e  kilomètre,  vu»  mille  de  la  voie  No- 
mentane  et  en  dehors  de  la  zone  des  cimetières  ro- 
mains, était  situé  le  cimetière  de  Saint-Alexandre  qui 
privé  des  reliques  dont  la  présence  attirait  les  fidèles, 
tomba  rapidement  en  oubli  et,  rempli  de  décombres  et 
d'immondices,  disparut  depuis  le  IXe  siècle  jusqu'en 
l'hiver  de  l'année  1855,  où  l'antiquaire  Fortunati  le  dé- 
couvrit2. 

Le  cimetière  est  peu  important  et  sa  construction 
dénote  plus  d'inhabileté  qu'on  n'est  accoutumé  à  en  ren- 
contrer parmi  les  cimetières  romains,  mais  l'intérêt  de 
celui-ci  est  d'être  précisément  un  cimetière  de  campagne. 
Il  dépendait  de  l'ancienne  ville  épiscopale  de  Ficulea  i, 
à  laquelle  fut  réuni,  au  Ve  siècle,  l'évêché  de  Nomen- 
tum4.  Ce  détail  indique  une  région  où  la  population 
se  faisait  de  plus  en  plus  clairsemée;  le  cimetière  aura 
servi  aux  deux  agglomérations  et  sans  doute  encore 
aux  petits  villages  voisins  de  Ficulea5.  La  Notifia  por- 
tarum,  viarnm,  ecclesiarum  circa  urbem  Boniam 
e  Willelnio  Malmesburiensi  nous  apprend  à  propos 
de  la  voie  Nomentane  :  In  septimo  milliario  eiusdem 
vise  s.  papa  Alexander  cum  Evenlio  et  Theodulo  pau- 

sa ni  '• . 

Les  Actes  du  pape  Alexandre  Ier,  mort  dans  le  premier 
quart  du  IIe  siècle,  ne  sont  pas  antérieurs  au  VU"  siècle1, 
Saint  Irénée  le  donne  pour  le  cinquième  évèque  de 
Rome  mais  ne  dit  rien  de  son  martyre  dont  on  n'a  pas 
d'autre  attestation  que  l'insertion  du  nom  de  ce  saint 
au  canon  de  la  messe,  ce  qui  n'est  pas  décisif.  Par  ail- 
leurs on  ne  saurait  recevoir  absolument  aucun  détail 
historique  de  ses  Actes  pour  l'époque  à  laquelle  ils 
prétendent  se  référer,  il  faut  donc  reconnaître  que  le 
nom  d'Alexandre  étant  tout  à  fait  commun  vers  ce  temps, 
rien  n'aura  été  plus  facile  qu'une  confusion  entre  deux 
personnages  dont  le  tombeau  de  l'un  aura  bénéficié  de 
l'illustration  qui  s'attachait  au  nom  de  l'autre;  mais  jus- 
qu'à ce  jour,  tonte  identification  du  pape  Alexandre  [•» 
avec  le  cimetière  qui  porte  son  nom  serait  prématurée. 
Les  Actes  que  nous  avons  mentionnés  placent  il  est 
vrai  le  tombeau  du  pape  au  vir  mille  de  la  voie  Nomen- 
tane; or  c'est  précisément  cette  affirmation  qui  est  en 
question,  car  les  Actes  ont  pu  ne  faire  qu'enregistrer 
purement  el  simplement  ce  qui  se  racontait,  en  admet- 
tant qu'on  ne  doive  pas  faire  remonter  l'invention  au 
rédacteur  île  ces  Actes.  Un  n'a  aucun  indice  qu'un  pape 
ail  éle  enterré  si  loin  de  Rome  et  en  dehors  des  gri 
de  sépultures  papales;  de  plus, le férial romain,  au  ,">ilo~ 
nones  de  mai.  ne  donne  pas  à  Alexandre  son  titre 
d'évéque,  ni  de  pape,  et  le  cite  après  Kventius.  I 
n'esl  pas  accidentel,  puisqu'une  inscription  de  la  cata- 

Cette  réunion  était  un  fait  accompli  dès  l'année  405.  Jaffé,  Re- 
tjesta  pontifieum   romanorum,  in-4*,  Berolini,  1851,  n.  317  : 
Nomenlanx   seu    Ficulensis   Ecclesix   episcopus.    — 
■Nibby,  op.  cit.,  t.  n,  p.  45  :  régions  ficvlensi  tago  vi  • 

ET    TRANSVLMANO     PELECIANO     VSQVE    AD    MARTIS     ET    VLTBA. 

—  "Pc  Rossi,  Roma  sotterr.,  in-fol.,  Rome,  1864,  t.  i.  p.  17'.'. 

—  'Tillemont.  Mèm.  pour  servir  à  l'hift.  ceci.,  in-4',  Paris,  ici 
t.  il,  p.  238-241,  590-592;  in-4-.  Bru  elles,  L782,  t.  it.  p.  109-110, 
281-282  :  «  Que  les  Actes  de  saint  Alexandre  sont  sans  autorité  et 
que  son  martyre  est  au  moins  très  incertain.  »  Cf.  Atti  del 
martirio  di  S.  Alessandro  I  pontef.  emari.,  c  memorie  del 
suo  sepolcro  al  settimo  miglio  délia  via  Nomtntana,  in-8*. 
Roma,  1858;  M.  Armellini,  Gli  antielii  cimiteri  cristiani  di 
Roma  et  d'Italia.  in-8*.  Roma,  1898,  ]  i   Maïucchl, 

itacombes  romaines,  in-8*,  Paris,  1900,  p.  286  :  A.  Duiourcq, 
Études  sur  les  Gesta  martyrum  romains,  In-8*,  Taris,  1900, 
p.  210. 


1003 


ALEXANDRE    (CIMETIÈRE    ET   BASILIQUE    DE   SAINT-) 


109-i 


combe  même  cite  également  Alexandre  en  second  lieu1 
•'(fig.265    : 


265.  —  Transenna  cl si. 

D'après  Armellini,  Gli  antichi  cimiteri  cristicuu,  p.  548. 

(Sanctis  martynbus  Eventio)  et  Alexandro,  Delica- 
tus  roto  posait;  dedicante  œpiscopo  Urso. 


delà  du    cimetière  de  Saint-Alexandre,   se  trouvait   le 
tombeau  d'un  nommé  Ursus3  : 

SANCTO  HISPIRITV  VRSO 
IN  PACE 

L'omission  du  titre  épiscopal  donne  lieu  de  penser 
que  ce  personnage  est  différent  de  celui  qui  consacra 
l'autel  de  Saint-Alexandre.  Quoi  qu'il  en  soit  des  conclu- 
sions auxquelles  doive  s'arrêter  l'hagiographie,  le  cime- 
tière que  nous  étudions  et  qui  porte  le  vocable  de  Saint- 
Alexandre  parait  remonter  au  IIIe  siècle  environ  ;  il 
n'offre  qu'une  médiocre  étendue  et  son  plan  est  assez 
compliqué.  Quand  on  construisit  en  ce  lieu  une  basili- 
que, à  l'époque  constantinienne,  on  respecta  les  tombeaux 
auxquels  s'adressait  le  culte  des  lidèles,  ce  qui  lit  qu'ils 
prirent  une  position  oblique  par  rapport  à  l'axe  de  la 
basilique.  Il  y  eut  dès  lors  en  réalité  deux  basiliques 
(fig.266). 

1.  Entrée.  —  2.  Basilique  primitive  contenant  la  me~ 
moria  des  martyrs  et  l'autel.  —  3.  Autel  entoure''  d'une 
balustrade  en  marbre  ajourée  sur  laquelle  était  gravée 


2GC.  —  Plan  du  cimetière  et  de  la  basilique  de  baint-Alexan'Jro. 


Un  ne  saurait  arriver  à  une  précision  plus  grande,  en 
admettant  que  les  documents  s'y  prêtent,  que  par  des 
recherches  qui  sont  du  ressort  de  l'hagiographie2.  Au 

•M.  Armellini,  op.  cit.,  p.  548.  Cette  inscription  se  lit  sur  un 
fragment  d'une  transenna  d'autel.  Ct.  Visconti,  duns  Giornale  di 
Borna,  1854,  p.  1223;  De  Rossi,  Inscript,  christ,  urb.  liomœ, 
in-fol.,  Romœ,  1861,  t.  1,  p.  vu  ;  0.  Marucchi,  op.  cit.,  p.  287.  — 
s  Le  calendrier  au  17  mars  ne  fait  mention  à  Home  que  d'Alexandre, 
évêque,  et  Théodule,  diacre.  Le  Codex  monucensis  iôôi,  fol.  54 
ivui'-ix'  siècle),  place  Alexandre  sous  l'empereur  Aurélien,  fait  de 


l'inscription  que  nous  avons  citée  en  premier  lieu. 
L'autel  comportait  un  ciborium  qui  fut  offert  par  une 
clarissime  nommée  Junia  Sabina.  Deux  des  inscriptions 


Théodule  un  laïc  et  ne  mentionne  pas  Eventius.  L'itinéraire  Sali- 
buraensis  mentionne  un  Alexandre  sur  la  Via  Salaria,  un  autre 
sur  la  Via  Nomentana.  De  Rossi,  llorna  sott-,  t.  i.  p.  176-178. 
Cf.  Liber  pontiflealis,  édit.  Duchesne,  in-4°,  Paris,  1886,  t.  i, 
p.  263;  De  Rossi,  Bull,  di  arch.  crist.,  1875,  p.  146;  1884,  p.  85. 
—  3Giornale  arcadico,  t.  xxxn,  n.  96,  98;  M.  Armellini, 
op.  cit..  p.  548  ;  U.  Marucchi,  op.  cit.,  p.  408. 


1095 


ALEXANDRE    (CIMETIÈRE   ET   RASILIQUE   DE   SAINT-; 


1096 


gravées  sur  les  bases  des  colonnes  de  ce  ciborium  ont 

été  retrouvées  : 


1VNIA     •      SABINA 
C  .    F  .   EIVS 
FECERVNT 


SANCTORVM 
ORNAVIT 


Devant  l'autel  était  la  schola  cantorum.  —  4.  Chaire 
épiscopale.  —  5-6.  Chapelle  dédiée  à  saint  Théodule.  — 
7.  Seconde  basilique,  du  Ve  siècle,  orientée  dans  un  sens 
opposé  à  la  précédente  L  —  8.  Autel.  —  9.  Chaire 
épiscopale.  —  10.  A  droite  de  l'autel  un  petit  portique 
soutenu  par  deux  colonnes  et  incorporé  à  la  basilique 
en  manière  de  chapelle. 

l.e  cimetière  de  Saint-Alexandre  a  fourni,  malgré  son 
exiguïté,  une  contribution  honorable  a  la  science  épi- 
graphique. 


l'inscription  du  sous-diacre  Appianus  3,  et  à  peu  de  dis- 
tance celle  du  diacre  Jobinus6  : 


IOBINVS 

BIXIT     ANNOS      XXXV    • 

M    ■ 

II 

ET-D-N-V 

■IACONVS  FVIT  ANNOS 

V-M 

•Il 

DEPOSITVS          POSTERTIV 

1DVS 

FEB     VXOR      FECIT     B  E  N  E  M  E  R  E  N  Tl 

CVMQVE 

FECIT    ANNOS     Xllll 

■  M  • 

II 

Nous  ne  trouvons  pas  d'épitaphe  de  prêtre,  mais  par 
contre  nous  pouvons  citer  deux  épitaphes  d'évéques. 
C'est  d'abord  Adéodat,  dont  le  siège  n'est  pas  connu, 
mais  qui  ne  l'occupa  que  peu  de  temps,  vers  la  fin  du 
Ve  siècle  ou  le  commencement  du  siècle  suivant"  : 

+ 

HIC  REQVIESCITINPACE   ADEODATVSEPISC-  £5  QVI  VIXtT 

[ANN 
PLM-LXVH.ET  SED-ANN.II  ETIVI  Vllll  DEP  SVB  D  PRID  KAL. 

[DECEM   P 


nun^ 


in  diaconalu 


[ssshhebtseï: 


anno\ 


rsLljj 


insip&îwx^^ fctompïEiM: 


S&*    iNfo     IJN^nVffTTN  (3pp.aug.anno  iv.indictione  se%YH 


267,  —  Èpitapbe  d'un  évêque. 
D'après  De  Ri  bsî,  Inn  i  ,/  tii  nés  cluistianx  urbis  liomx,  t.  i.  p.  510,  n.  1119. 


C'est'  d'abord  deux  graffiti  sur  la  chaux  des  sépul 
turcs2  : 


ZHCHC      IN      A£0      XPICTO      YAH      IN      TTAKE 


TEC 

YC 

PGTC 

PRO 

CIABINNC       PCTC      YAH       TE       AAE2ANAPOC 


Zï]ff*)î  ni  Aeo  Xpioro  Iet'j;  /»',<■  pro  Y\r\  |  Hyla? 
m   rcaxe.  —  SiXStvvE  pelé,  Y//;  [pe)te  AXeçccvÊpo;. 

L'autre  graffito  rappelle  une  acclamation  fréquente 
dans  les  cimetières  romains3  : 


domin]E  ALExlandcr  habeas  in  nxenle  <"' 


Nous  rencontrons  sur  une  inscription  peinte  en  rouge 
la  formule  ai;aso  spibitvs  TWS  in  bunu  que  nous  re- 
trouvons sur  la  belle  épitaphe  de  Sabinianus  reproduite 
et  commentée  ailleurs  *  Voir  Ami-:. 

Sur  le  seuil  de  la  chapelle  de  Saint  Théodule.  s,,  lit 


'Mémo  l'ait,  à  Saint-Laurent-hors-les-Murs  et  à  Sainte-Sym- 
phorose.  —  8Armcllini,  op.  cil.,  p.  551.  -  :,D.  Cabrol  et  n.  Le- 
clercq,  Monum.  Ecel.  liturg.,  in-4*,  Parisiis,  1902,  t.  r,"to.  3487- 
8489,  3491,  8509,  —  »Armellini,  op.  '"■■  p.  551;  Martigny,  Dic- 
tionn.  des  antiquités  chrétiennes,  in-8»,  Paris,  1877,  p.  326, 
57ti.  i.ctto  épitaphe  a  été,  nous  n'osons  dire  reproduite,  mais  in- 
terprétée dans  t).  Marucchi,  Les  catacombes  romaines,  in-8", 
Paris.  1900,  avec  une  fantaisie  qui  rappelle  les  plus  marnais 
jours  de  l'épigraphie  el  sans  un  mol  qui  prévienne  les  lecteurs  de 
la  liberté  prise  avec  le  titulus  original.  -  -  'De  Rossi,  Insr.ript. 
christ,  urb.  ïiorrus,  in-fol.,  Romœ,  1861,  t.  i,  n.  743.  tel  i 


Un  peu  postérieure  est  une  autre  épitaphe  dont  il  ne 
subsiste  que  deux  fragments,  l'un  est  conservé  dan~  la 
basilique  île  la  voie  Momentané  et  l'autre  dans  le  cabi- 
net du  chevalier  Meroli,  qui  lui  a  donné  comme  pi 
nance  sa  propriété  située   sur  la  même  voie,  non  loin 
île  la  basilique.  L'évéque  mentionné  par  cette  épitaphe 
et  dont  le  nom  nous  est  inconnu  mourut  en  569. 
trouvons  sur  son  titulus  une  sorte  de  cursus  vitas  du  dé- 
funt. Ce  personnage  fut  évéque  pendant  10  années;  son 
siège  no  nous  est  pas  connu,  mais  il  est  assez  probable 
qu'il  fut  un  des  successeurs  d'Adéodat.  On  ne  voit  pas 
ru  effet  l'attrait  que  pouvait  offrir  la  sépulture  dans  un 
cimetière  de  campagne,  peu  connu,  à  d'autres  évéques 
que  ceux    de    Ficulea-Nonu  iilum.   Avant   d'être  el 
cette  dignité  la  ligne  3*,  malheureusement  bris,-,' 
apprend  que  l'évéque  avait  passé  par  les  ordres  mie 
il  v  a  lieu  d'adopter  le  supplément  proposé  par  De  I'. 
(fig.267): 

...ET    ANTE   [l'piscopatum]    VST(iaritis   atmo)S    X'_V 

Apres  avoir  été  portier,  l'évéque  avait  été  diacre  pen- 
dant21  ans.  L'inscription  nous  apprend  qu'il  mourut 
de  60  ans,  si  nous  défalquons  de  ce  nombre  10  an 
d'épiscopat  et  21  années  de  diaconat,  nous  voyons  que  le 

criptioD  est  datée  de  l'année  148.  —  "Armellini,  op.  cit.,  ] 
—  'Burgon,  Letters  from  Home  to  friends  in  Èngland.  in-8  , 
London,  1862,  p.  154,  a  invoqué  cette  inscription  pour  ntei 
thenticité des  listes  épiscopales  romaines  du  vu-  siècle,  s'appuyant 
mii    la  durée  île  son  épiscopat,  2  ans  0  mois  au  lieu  de  4  an>. 
2  mois,  5  jours  que  donnent  Us  listes  cim.  de  plus,  le  font  enterrer 
au  Vatican.  Mois  I  Vdéodat  du  cimetière  d'Alexandre  n'a  r: 
commun  avec  le  pape  du  même  nom.  cf.  De  Rossi.  Huit.  tii 
arch.  crist.,  18('/i.  p.  54.  -    'De  Rossi,   Inscript,  christ 
Romx,  t.   i.   p.  "du.  n.    Il!'.<:  Bulleltino  <ti  arch.  crist.,   1864, 
D.51. 


1097      ALEXANDRE  (CIM.  ET  BAS.  DE  S.-)  —  ALEXANDRIE  (ARCHÉOL. 


1098 


défunt  fut  ordonné  diacre  vers  l'âge  de  23  ans1  et  reçut 
l'épiscopat  à  44  ans  environ,  c'est  ce  que  nous  appren- 
nent les  mots  annos  Ai,  (auxquels,  en  ajoutant  16  années 
(commencées,  mais  non  révolues),  on  obtient  le  total  de 
60  années  et  ...'?  mois.  Le  début  de  l'épitaphe  nous  offre 
un  renseignement  qui  a  son  intérêt  au  point  de  vue  des 
éludes  liturgiques.  Il  est  dit,  en  manière  d'éloge  du  dé- 
funt, nunquam  detulit  Deum  sua  voce  laudare,  il  ne 
s'interdit  jamais  de  chanter  les  louanges  de  Dieu.  Cette 
parole  peut  paraître  surprenante  quand  il  s'agit  d'un 
évéque;  mais  il  faut  se  rappeler  que  la  discipline  litur- 
gique de  ce  temps  faisait  du  chant  de  certaines  pièces 
le  privilège  des  diacres.  Le  graduel  en  particulier  était 
toujours  exécuté  à  l'ainbon  par  un  soliste  et  jusqu'au 
pontificat  de  saint  Grégoire  I"  il  fut  de  règle  que  le  gra- 
duel et  ses  appendices  fussent  chantés  par  les  diacres 
seuls.  Il  arriva  que  des  diacres  durent  à  leur  talent  mu- 
sical leur  élévation  à  l'épiscopat2  : 

• 
PSALLERE    ET    IN     POPVLIS    VOLVI    M[odutante] 

[<PROFE[ta] 
SIC  MERVI  PLEBEM  CHRISTI  RETIN[e]RE  SACER 

[DOS 

il  semble  que  plusieurs  diacres  ne  furent  pas  sans  tirer 
vanité  de  ce  talent",  aussi  l'abus  s'introduisit-il  et  on  fit 
parfois  plus  d'état  de  cette  qualité  que  de  beaucoup 
d'autres  plus  essentielles  à  un  diacre.  Saint  Grégoire 
supprima  le  privilège  des  diacres  par  rapport  au  chant 
des  psaumes4,  mais  son  décret  est  postérieur  à  notre 
épitaphe  qui  nous  montre  un  évêque  élevé  à  cette  dignité 
et  ne  pouvant  se  résoudre  à  abandonner  au  diacre  de 
son  église  le  chant  des  psaumes  et  des  hymnes  dont  il 
s'était  acquitté  devant  les  fidèles  pendant  plus  de  20  ans. 
Il  ne  jugeait  cette  fonction  incompatible  ni  avec  son  nou- 
veau caractère,  ni  avec  le  cérémonial. 

Une  troisième  épitaphe  de  ce  groupe  parait  beaucoup 
plus  ancienne,  elle  peut  remonter  à  la  fin  du  me  siècle5  : 

PETRVS  EPISCOPVS  IN  PACE  XIII  KL  MAIA 
XIII  KAL  MAIAS 

Quelques  autres  inscriptions  fragmentaires  ou  sans 
importance  particulière  ne  nous  paraissent  pas  devoir 
être  transcrites  ici6.  H.  Leclercq. 

1  II  faut  bien  laisser  un  peu  de  jeu  pour  le  nombre  de  jours  qui 
n'est  indiqué  nulle  part.  —  «De  Rossi,  Bull,  di  arch.  erist., 
1864.  p.  55.  —  3  De  Rossi.  Roma  sotterr.,  t.  m,  p.  239,  242; 
Bull,  di  arch.  crist.,  1864,  p.  33.  —  »  Mansi,  Conc.  ampliss. 
coll.,  t.  IX,  col.  1226.  Coucil.  Bomanurn,  anno  595,  can.  1. 
—  5Dt  Gabrol  et  D.  Leclercq.  Monum.  Eccl.  liturg.,  in-4°,  Pari- 
siis,  1902,  t.  I,  n.  2916.  -  «Cf.  M.  Armellini.  op.  cit.,  p.  555  sq.  ; 
O.  Marucchi,  op.  cit.,  p.  290  sq.  Nous  ne  revenons  pas  sur  la 
pierre  alphabétique.  Voir  col.  54.  Nesbitt  a  donné  une  restitution 
architectonique  de  l'autel  de  la  basilique  Saint-Alexandre.  Ou  the 
churches  at  Borne  earlier  thun  tlic  year  1150,  dans  The  Ar- 
chaei  logict,  1866,  t.  XL,  pi.  VIH,  n.  5.  —  7T.  D.  Néroutzos  bey, 
L'ancienne  Alexandrie,  Étude  archéologique  et  topographique, 
in-S°,  Paris,  1888,  p.  1  ;  G.  Botti,  Fouilles  dans  le  Céramique 
d'Alexandrie  en  i898,  dans  le  Bulletin  de  la  Société  archéolo- 
gique d'Alexandrie,  1898,  n.  1,  p.  7,  fait  re  monter  à  l'année  1858 
la  découverte  de  la  catacombe  que  nous  décrivons  plus  loin  ;  il 
ajoute  :  «  La  chapelle  était  déjà  détruite  en  1888,  il  n'en  reste  plus 
aucune  trace.  «  On  trouvera  dans  le  recueil  que  nous  venons  de 
mentionner  des  traits  disséminés  (par  exemple,  p.  8,  n.  vu)  qui 
montrent  à  quelle  situation  déplorable  se  heurtent  les  archéologues 
et  les  désastres  qui  en  résultent  chaque  année.  P.  Richter  écri- 
vait en  1876  :  Quando  visitai  la  Catacumba  Wescher,  avevo 
con  me  il  Bulletlino  dell'  lstituto  Egiziano,  e  guidato  da  questo, 
ho  potuto  ritrovare  le  traccie  délie  pitture  e  fore  anche  diverse 
correzzioni  nella  loro  descrizione.  Ilciclo  di  queste  pitture  è 
assai  intéressante  e  molto  più  largo  di  quel  che  si  pué  indovi- 
nare  secondo  la  descrizione  data  nell  Bull,  di  arch.  cristiana. 
Lettre  à  G.  Lumbroso.  du  22  février,  dans  Atti  délia  r.  Accade- 
mta  dei  Lincei,  1879,  t.  ut,  p.  553,  note  2.  Mais  ces  dégradations 
ne  sont  pas  d'hier.  Cf.  Taco  Raorda,  Abul  Abbasi  Ahmedis  Tu- 
lonidarum  primi  (sa?c.  x°)  vita  et  res  gestx,  in-8",  Lugduni  Ba- 


ALEXANDRIE.  Cel  arlicle  comprendra  trois  grandes 
divisions  :  I.  Archéologie.  II.  Liturgie.  III.  Élection  du 
patriarche. 

I.  ALEXANDRIE,  ARCHÉOLOGIE.  —  I.  Généralités  : 
1.  Origines  chrétiennes.  2.  Les  Alexandrins.  —  IL  Topo- 
graphie :  1.  Aspect  général;  2.  Édifices  :  o)  Saint-Mi- 
chel, 6)  la  Cathédrale,  c)  le  Dominicum  Dionysu, 
d)  l'église  Saint-Athanase,  e)  l'église  deThéonas,  /')  l'église 
Saint-Marc,  g)  le  sanctuaire  des  Saints-Cyr-et-Jean,  h)  te 
sanctuaire  de  Saint-Menas;  i)  le  Martyrium  de  Saint- 
Marc,  j)  édifices  non  identifiés;  3.  Catacombes:  a)  de 
Karmouz,  6)  de  Abou  el  Achem,  c)  d'Agnew,  d)  de  Mus- 
tapha, e)  de  Rulini.  f)  de  Quabbâry;  4.  Hypogées  :  a)  de 
Quabbàry,  b)  de  ivômel-Chougafa,  c)  de  la  Nécropole 
orientale,  d)  des  localités  voisines;  5.  Momies;  6.  Col- 
line aux  tessons.  7.  Quartier  juif.  —  III.  Epigraphié*.  — 
IV.  Concile  de  36*2 .  —  V '.  École  catéchis  tique.  —  VI.  Bi— 
bliothèque.  —  VIL  Bibliographie. 

I.  GÉNÉRALITÉS.  —  i.  origines  chrétiennes.  — 
Les  antiquités  gréco-romaines  d'Alexandrie  ont  été 
traitées  avec  tant  de  négligence  qu'on  ne  sait  trop  s'il 
est  meilleur  pour  elles  de  demeurer  enfouies  ou  d'être 
mises  au  jour  pour  être  mutilées  ou  même  détruites. 
«  Les  catacombes  de  la  grande  nécropole  macédonienne 
de  l'ouest,  écrivait  Néroutzos  bey,  en  1888,  sont  déjà 
en  grande  partie  détruites,  et  le  reste  est  comblé;  les 
catacombes  chrétiennes  situées  au  delà  du  Sérapéum, 
avec  la  chapelle  funéraire  et  les  cubicula  y  attachés, 
ont  eu  le  même  sort,  comme  aussi  les  sépultures  juives, 
chrétiennes  et  païennes  de  l'autre  nécropole  grecque  et 
romaine  à  l'est  de  la  ville  sur  le  rivage  de  la  mer7.  » 
L'antiquité  classique  n'a  pas  été  mieux  traitée,  ce  n'est 
donc  que  des  vestiges  qu'il  s'agit  désormais  de  rappro- 
cher et  non  une  ville  antique  qu'on  puisse  reconstituer. 
Grâce  à  la  notice  de  Néroutzos,  aux  travaux  de  M.  Mah- 
moud-Bey  et  de  M.  Botti  et  à  plusieurs  dissertations  dis- 
persées dans  divers  recueils,  nous  essayerons  de  grouper 
quelques  détails  sur  ceux  des  édifices  d'Alexandrie  dont 
l'histoire  intéresse  celle  du  christianisme  8  (lig.  268). 

Lorsque  l'Église  d'Alexandrie  eut,  coup  sur  coup, 
pendant  deux  siècles,  une  suite  d'hommes  éminents  entre 
tous,  Clément,  Origène,  Denys,  Athanase,  Arius,  Cyrille, 
il    lui  sembla   que  rien   ne  manquait  plus  à  sa  gloire 

tavorum,  1825,  p.  10  :  E.vplorata  planitie,  qux  palet  ad  radicem 
usque  montis  Mocattami,  et  ab  ortu  Fostato  et  Ascari  adja- 
cet,  christianorum  judxorumque  sepulcra,  quse  illic  plurima 
erant,  demoliri  jubet,  arcem  et  hippodromum  xdificari.  Le  vé- 
ritable motif  de  la  destruction  de  ces  nombreux  édifices  d'Alexan- 
drie et  du  Delta  a  été  bien  exposé  par  M.  Michel  Jullien,  Le 
culte  chrétien  d'après  les  temples  de  l'antique  Egypte,  dans 
les  Études,  20  juillet  1902,  p.  238  :  «  La  destruction  générale  des 
temples  en  Basse-Egypte  eut  un  motif  tout  à  fait  étranger  à  la 
question  religieuse  et  des  plus  vulgaires.  Le  plus  grand  nombre 
fut  démoli  peu  à  peu  par  des  bâtisseurs  en  quête  de  matériaux  à 
bon  marché.  La  pierre  a  bâtir  est  rare  dans  le  Delta  égyptien  ;  la 
roche  calcaire  propre  à  faire  la  chaux  ne  s'y  rencontre  pas.  Seuls 
les  temples  abandonnés  offraient  ces  matériaux  sur  place...  Si 
quelques  grands  temples  de  la  Haute-Egypte  ont  échappé  à  ce 
vandalisme  de  la  cupidité,  c'est  qu'ils  sont  construits  en  grès  sili- 
ceux incapable  d'être  converti  en  chaux,  et  aussi  qu'ils  sont  éloi- 
gnés des  grands  centres  de  population  et  d'industrie,  toujours 
avides  de  pierre  à  bâtir.»  —  "Mahmoud  bey,  Mémoire  sur  l'an- 
tique Alexandrie,  ses  faubourgs  et  environs,  découverts  par  les 
fouilles,  sondages,  nivellements  et  autres  recherches,  in-8", 
Copenhague,  1872;  Néroutzos,  op.  cit.  Tous  les  travaux  topogra- 
phiques sur  l'ancienne  ville  ont  été  utilisés  par  G.  Botti  pour  ses 
Plan  du  quartier  Bhacotis  dans  l'Alexandrie  romaine,  Alexan- 
drie, 1897;  Plan  de  la  ville  d'Alexandrie  à  l'époque  ptolé- 
maique.  Monuments  et  localités  de  l'ancienne  Alexandrie, 
Alexandrie,  1898.  Le  travail  le  plus  récent  el  le  plus  érudit  est  celui 
de  G.  Lumbroso,  L'Egitto  dei  Greci  edei  Romani,  in-18,  Roma, 
1895,  p.  154  sq.  :  Topografta  di  Alessandriu  nella  tradizione 
locale.  Il  faut  en  outre  tenir  compte  des  «  corrections  »  au  plan 
d'Alexandrie  que  publie  G.  Botti  dans  le  Bull,  de  la  Société  d'ar~ 
chéologie  d'A  lexundrie,  1898  sq. 


1090 


A LEXA N DR  1  E    (A  R CH  ÉOLOGIE) 


1100 


que  d'avoir  été  fondée  dés  le  temps  des  apôtres.  C'est  un 
éouc\  que  bien  d'autres  connurent,  les  Alexandrins  lui 
donnèrent  satisfaction  d'une  manière  très  sage.  Loin  de 
réclamer  un  apôtre,  de  bouleverser  la  chronologie,  de 
chicaner  les  traditions  d'autrui,  ils  firent  choix  d'un  per- 
sonnage que  personne  ne  réclamait,  l'adoptèrent  et,  grâce 
à  leur  modération,  jouirent  sans  conteste  d'une  réputa- 
tion d'antiquité  que  d'autres,  pour  avoir  voulu  trop 
avoir,  ne  purent  jamais  obtenir  ou  conserver.  Cette  am- 
bition  à  l'apostolicité  fut  probablement  assez  tardive  et 
maladroite.  L'auteur  du  fragment  de  Muratori  nous  dit 


été  cette  fois,  c'est  un  «  on  dit  »  qu'il  consigne,  sjt:-;; 
il  note  ce  qui  se  raconte  sans  prendre  parti.  Il  semble- 
rai^  cependant  que  sa  conviction  dût  être  formée  par 
l'existence  d'une  liste  épiscopale  qui  permettait  de  re- 
monter depuis  l'évêque  Démétrius,  qui  vécut  en  pleine 
histoire,  jusqu'à  l'évangéliste;  il  a  transcrit  la  liste,  mais 
il  a  réservé  son  assentiment;  nous  pouvons  faire  plus 
que  lui.  Voici  le  nom  des  évoques  :  Annianus,  Abilius, 
Cerdon,  Primus,  Justus,  Eumènes,  Marcus.  Céladion, 
Agrippinus.  .Tulianus  qui  mourut  vers  l'année  189  et  au- 
quel succéda  Démétrius,  contemporain  d'Oiiyène  3.  Si 


1     Eçhse  FAtAanase 

-  .  —  S'Miûiel  il£x,r,' 

3     — . — S*  Marc 


-  de  Tetrapylon 

sTJsis  *  '  ' 
:  £tÂûn 


y    Temple  dJsis  àeJÎAbondance 
S     ft/ais  t~~~ 


2G8.  —  Pkm  d'Alexandrie.  I)  .■]  ros  Néroutzoo  le..,  /. .  nciemu  Alexandrie. 


que  l'on  connaissait  de  son  temps  une  fausse  épitre  de 
saint  Paul  aux  Alexandrins  : 

fertur  etiani  ad 

laudecenses,  alia  ad  atexandrinos  pauli  no- 
mine  finetc  '. 

Ainsi,  dès  le  ine  siècle,  la  légende  était  lancée  et  la 
supercherie  découverte. 

N'y  avait-il  rien  de  plus  qu'une  imagination'.'  Si  on  dé- 
barrasse le  fait  primitif  de  tout  ce  qu'on  y  a  greffé,  si 
on  écarte  définitivement  les  prétendus  Thérapeutes  du 
pseudo-Philon  et  certains  détails  gardés  par  les  apo- 
cryphes, pseudo-Linus  et  autres,  il  reste  qu'au  début  du 
iv  siècle  on  pouvait  lire  dans  des  sources  d'une  médiocre 
autorité  la  mention  d'un  voyage  de  saint  .Marc  en  Egypte, 
des  missions  faites  par  lui  dans  différentes  directions 
enlin  de  la  fondation  du  siège  d'Alexandrie.  On  ne  sait 
rien  déplus  que  ce  qu'a  dit  Kusèbe  et  voici  ses  paroles 
ToOtov  es  Màpxov  7tpo)TÔv  çaoïv  Itz\  rîj{  A!y\J7tTOU  cxiùi- 
u.evov,  to  EiJayyéXiov  o  Sy)  xa'i  c'jvîypi'l/ati,  Xï)p\SI;at, 
è'/y./.r,TtaçT£  npÛTOV  iit'  aùrîiç  'AXsHavôpei'a:  (TuuT^aiôai  '-. 
«  On  raconte  que  Marc  prêcha  en  Egypte  cei  évangile  qu'il 
avail  écrit  et  fonda  des  Églises  dans  Alexandrie.  »  Eusèbe, 
qui  n'est  pas   toujours  en  garde  contre  ses  sources,  l'a 

'G.  Kriiger,  Kûrzere  Texte  zur  Geschichte  der  altcn  Kirclie 
and  îles  Kanons,  in-8",  Freiburg,  1893,  p.  133;  0.  Bardenhewer, 
Gesohisched.  altchr.  Literatur,  in-8%  Freiburg.  1902,  t.  i,  p.  462, 

—  «Eusèbe,    Hist.  eccl.,  1.  Il,  c.  xvi,   P.  G.,   t.   w.  col.  178. 

—  3J.  Flamion,  Les  anciennes  listes  épiscopales  des  quatre 
grands  sièges,  dans  la  Revue  d'histoire  ecclésiastique,  1900, 
t.  i,   p.  643-678.  —  *  L.    Duchcsne,  Les  origines  cl, 


ces  noms  appartiennent  à  des  personnages  réels,  c'est 
tout  ce  qui  nous  en  est  resté.  Il  est  remarquable  que 
cette  ville  si  puissante,  dotée  d'une  synagogue  dont  l'im- 
portance ne  le  cédait  qu'au  temple  de  Jérusalem,  n  ait 
pas  attiré  saint  Paul.  La  période  apostolique  n'offre  rien 
qui  appartienne  à  Alexandrie,  sauf  peut-être  l'épitre  aux 
Hébreux  et  cet  Apollo  qui  apparaît  un  instant  dans  les 
Actes.  Si  une  Église  a  existé  des  le  temps  des  ap 
il  faut  qu'elle  ait  été  bien  insignifiante  el  ses  chefs  bien 
médiocres  pour  n'avoir  laissé  aucune  trace,  ni  une 
épitre.  ni  un  monument,  ni  un  martyr.  Nous  avons  dit 
que  faute  de  mieux  on  avait  forgé  une  prétendue  épitre 
de  saint  Paul,  mais  il  n'y  a  pas  a  s'\  arrêter;  il  est  pos- 
sible qu'il  faille  attribuer  une  origine  alexandrine  à  la 
lettre  du  pseudo-Barnabe  parce  que,  i  avant  le  n 
cle,  ce!  écril  n'esl  connu  que  des  auteurs  alexandrins, 
Clément,  Origène,  l'auteur  du  Dux  Via  ou  Judicium 
Pétri,  circonstance  qui,  avec  l'allégorisme  effréné  qui 
règne  dans  l'épitre,  sonl  les  seuls  arguments  que  l'on 
puisse  faire  valoir  en  faveur  d'une  origine  ou  d'une  des- 
tination alexandrine*.  »  La  Beule  antiquité  monumen- 
tale de  l'Église  d'Alexandrie  serait  celle  que  nous  si- 
gnalent les  tates  de  saint  Pierre,  le  dernier  martyr  : 
.-1/  illi  [carnifices]  tollentes  eum  duxerunt  in  locum  gui 
dicitur  Bucolia,  ubi  et  sanctus  Marcus  niartyriiuu  pro 

in-81,  Paris,  s.  d..  p.  344.  note  2;  ,1.   M.   Neale,   A  history  of 

thr   lioly    eastern    Church.    The    Patriarchate   of  .4' 

dria.   in-K-,   London,    1847.  Cet  auteur    ne    met    pas   en   doulo 

l'évangciisation  de  saint  Marc,  il  suit  la  clirom 

du  Sollier  et  découvre  dans  o  lu  qu'on  nomme 

dition  constante  »  une  foule  de  détails  qu'il  est  bien  superflu  da 

rappeler. 


1101 


A  LEX  A  X  DR  I E    (  A RC  11  KO  LOG  I  E 


1102 


Cltrisio  suscepit'.  Ce  martyrium  était  situé  à  l'est  de  la 
ville,  à  proximité  du  «  Grand  Port  ».  Nous  venons  plus 
loin  que  cet  édilice  a  réellement  existé,  mais  la  question 
est  précisément  de  savoir  s'il  commémorait  Marc  l'évan- 
géliste  ou  un  martyr  du  nom  de  Marc;  les  Actes  cités 
disent  simplement  sanctus  niarcus. 

En  définitive  la  période  héroïque  de  l'Église  d'Alexan- 
drie peut  être  timidement  indiquée,  réduite  aux  propor- 
tions que  nous  avons  dit  :  1°  fondation  apostolique  rien 
moins  que  douteuse,  2°  lastes  épiscopaux  sans  contrôle 
et  sans  garantie2,  3°  antiquités  monumentales  sans 
ombre  de  certitude  aussi  longtemps  que  la  fondation 
apostolique  ne  sera  pas  prouvée.  Une  source  incontes- 
table mais  très  uagmentée  et  peu  claire  qu'on  ne  peut 
manquer  d'utiliser  dans  la  recherche  des  origines  du 
christianisme  alexandrin,  c'est  les  écrits  des  gnostiques. 
Cette  expression  si  belle  de  gnose,  -yvtoo'iç,  connaissance, 
a  servi  de  qualification  à  la  doctrine  des  sectes  héré- 
tiques qui,  soit  prudence,  soit  aberration  d'esprit,  ont 
adopté  quelques-uns  des  systèmes  et  des  formules  phi- 
losophiques les  plus  ridicules  qui  aient  déshonoré  l'esprit 
humain.  Il  faut  bien  se  garder  cependant  de  n'accorder 
aux  gnostiques  qu'un  dédain  égal  au  inépris  que  leur 
morale  soulève.  Nous  avons  montré  à  propos  des  abra- 
sax,  et  nous  confirmerons  cette  vue  en  parlant  des  notes- 
voyelles  (voir  Alphabet)  que  toute  cette  incohérence 
n'est  parfois  qu'apparente.  Certaines  conceptions  de  la 
gnose  ne  sont  pas  moins  dignes  d'admiration  que  celles 
île  la  philosophie  grecque  à  sa  période  la  plus  brillante. 
C'est  à  Alexandrie  que  nous  voyons  la  gnose  se  produire 
et  atteindre  l'apogée  de  s»  fortune.  Nous  n'avons  pas  à 
déterminer  dans  cette  étude  les  emprunts  qu'elle  a  faits 
et  les  influences  qu'elle  a  subies.  Le  milieu  dans  lequel 
elle  se  développa  comme  naturellement  était  probable- 
ment celui  d'où  elle  naquit.  Entre  le  musée  et  la  grande 
synagogue  du  Diapleuston 3,  dans  l'effervescence  de 
tous  les  courants  doctrinaux  de  l'antiquité,  il  se  forma 
du  mélange  de  toutes  les  théologies  et  de  toutes  les  cos- 
mogonies  une  composition  désordonnée,  indigeste  et 
souvent  malsaine.  L'initié  à  cette  doctrine  s'appelait 
gnusticos,  «  savant  accompli,  »  et  croyait  de  bonne  loi 


*  Acta  sincera  sancti  Pétri  Alex.,  dans  Mai,  Spicilegium  ro- 
mamtm,  in-4\  Romse,  1840,  t.  m,  p.  073;  P.  G.,  t.  xvm,  col. 451  sq. 
11  laut  se  garder  de  confondre  cette  pièce  avec  les  deux  légendes 
depuis  longtemps  connues.  Tillemont,  Mèm.  pour  servir  à  l'hist. 
eccl-,  in-4",  Bruxelles,  1732,  t.  v,  p.  337,  en  a  parlé  fort  sévère- 
ment et  fort  bien.  Il  intitule  la  critique  qu'il  en  fait  de  cette  ma- 
nière :  «  Qu'on  ne  peut  avoir  aucun  égard  à  tous  les  actes  que  nous 
en  avons  (de  S.  Pierre).  »  Ils  sont  en  elfet  tout  remplis  d'inadver- 
tances et  d'erreurs  grossières,  telles  qu'on  les  savait  faire  au 
moyen  âge.  Toutefois,  ces  pièces  qui  ne  méritent  pas  l'attention 
ne  doivent  pas  rejaillir  sur  celle  que  citait  Jnstinien,  qui  est  par 
conséquent  fort  ancienne.  Comme  on  y  lisait  qu'Origène  avait 
causé  beaucoup  de  peine  à  Héraclas  et  à  Démétrius,  Tillemont 
présume  qu'ils  ne  devaient  pas  être  antérieurs  au  patriarche 
Théophile,  le  premier  qui  compta  Héraclas  parmi  les  ennemis  d'Ori- 
gène,  bien  qu'au  contraire  ils  paraissent  avoir  toujours  été  fort 
unis.  Ce  passage  se  retrouve  dans  les  actes  publiés  par  Mai  :  Nec 
vus  prœteream  sanctissinii  Patres  ac  divinse  legis  antistes, 
Heracli  atque  Demetrii,  quibus  fabricator  ,>erversi  dog>»atis 
Origenes  multifarias  tenlationes  incussit.  P.  G.,  t.  xvm, 
col.  460.  Nous  serons  moins  rigoureux  que  Tillemont  car,  pour  que  . 
la  phrase  en  question  fournit  une  contradiction  formelle  avec  l'his- 
toire de  l'amitié  d'Origène  et  d'Héraclas,  il  faudrait  que  toutes  les 
phases  de  cette  amitié  nous  lussent  parfaitement  connues,  et  il 
n'en  est  pas  ainsi.  Nous  tiendrons  donc  ce  texte  latin,  traduit  sur 
un  original  grec,  pour  une  pièce  digne  de  croyance  sur  un  grand 
nombre  de  points.  Toutes  les  erreurs  contenues  dans  les  légendes 
publiées  par  Surius  et  par  Combefis  en  sont  absentes  et  le  rédac- 
teur se  dit  quasi  contemporain  du  martyr,  ce  qui  signifierait  peu 
de  chose  si  le  récit  n'offrait  par  ailleurs  bien  des  marques  d'au- 
thenticité. «  Ad  ogni  modo,  dit  à  leur  sujet  De  Rossi,  l'autorità  di 
quegli  atti  non  è  leggera.  »  Bull,  di  arch.  crist.,  1865,  p.  61.  On 
voit  que  nous  avons  en  somme  la  version  latine  publiée  par  Surius, 
Vitx  sa/tclorum,  25  novembre,  la  version  grecque  dont  une  re- 
cension  a  été  publiée  par  Combefis,  Illustrium  Christi  martyrum 


fiire  partie  d'une  humanité  supérieure.  Ce  que  le  gnos- 
t  cisme  avait  de  bon,  il  le  tenait  un  peu  de  toutes  mains, 
cir,  à  la  différence  du  bouddhisme,  il  était  un  dogme  et 
non  pas  une  morale.  Sans  doute  il  avait  emprunté 
quelques  maximes  et  ce  qu'il  eut  de  plus  sage  et  de 
plus  pur  au  christianisme,  mais  il  est  difficile  de  rien 
déterminer  avec  précision;  cependant,  et  ceci  suffit  à 
notre  dessein,  il  était  en  rapport  avec  la  communauté 
chrétienne  et  dans  un  rapport  en  apparence  si  étroit 
qu'un  esprit  peu  attentif  prenait  l'un  pour  l'autre  et 
nous  a  laissé  le  plus  ancien  témoignage  historique  de  la 
présence  d'une  communauté  chrétienne  à  Alexandrie. 
A  son  passage  en  Egypte,  Hadrien  décrit  ainsi  l'attitude 
religieuse  des  Alexandrins '■  : 

«  Hadrien  Auguste  à  Servianus,  consul.  L'Egypte  dont 
tu  me  faisais  un  si  bel  éloge,  mon  cher  Servianus,  je  la 
connais  maintenant,  avec  sa  légèreté,  sa  mobilité,  sa 
facilité  à  s'émouvoir  à  la  moindre  rumeur.  Ici  les  ado- 
rateurs de  Sérapis  sont  chrétiens  et  ceux  qui  se  disent 
les  évèques  du  Christ  sont  dévots  à  Sérapis;  les  chefs 
de  synagogues,  les  samaritains,  les  prêtres  chrétiens  sont 
tous  des  astrologues,  des  aruspices,  des  devins.  Même 
le  grand  patriarche  :;,  quand  il  vient  en  Egypte,  est 
contraint  par  les  uns  de  se  prosterner  devant  Sérapis, 
par  les  autres  d'adorer  le  Christ...  En  somme,  le  grand 
Dieu  c'est  l'argent;  chrétiens,  juifs,  gens  de  toute  race, 
tous  le  tiennent  en  vénération.  »  L'Etat  romain  avait 
longtemps  et  volontairement  confondu  le  christianisme 
avec  le  judaïsme,  maintenant  il  s'abstenait  de  le  distin- 
guer des  sectes  dissidentes  qui,  suivant  la  forte  pensée  de 
saint  Justin,  le  diffamaient  en  se  réclamant  de  lui  appar- 
tenir. 

L'origine  chrétienne  de  trois  sectes  gnostiques  est 
assurée,  celles  de  Basilide,  de  Valentin  et  de  Carpo- 
crate6.  Nous  sommes  assez  mal  renseignés  sur  elles, 
car  outre  le  mystère  dont  elles  prirent  soin  de  s'entou- 
rer, elles  ne  paraissent  pas  avoir  songé  à  défendre  leurs 
concepts  au  prix  de  leur  sang,  ce  qui  est  encore  le  meil- 
leur moyen  démarquer  quelques  dates  et  quelques  laits 
certains  dans  l'histoire.  Les  basilidiens  avaient  pour 
principe  de  renier  la  foi  en  temps  de  persécution,  c'est 


lecti  triumphi,  in-fol.,  Parisiis,  1660.  et  une  autre  recension  par 
Viteau,  Passions  de  saints  Ecatérine,  Pierre  d'Alexandrie, 
Barbara  et  Anysia,  in-8%  Paris,  1897,  une  version  syriaque 
publiée  par  Bedjan,  Acta  martyrum  el  sanctorum,  in-8%  Leip- 
zig, 1895,  t.  V,  p.  543-561,  d'après  le  ms.  de  Berlin,  Sachau 
321  et  les  mss.  du  British  Muséum,  add.  '146550  et  14641,  enfin 
le  texte  de  Mai.  Cf.  F.  Nau,  Les  martyres  de  S.  Léonce  de  Tri- 
poli et  de  S.  Pierre  d'A  lexandrie  d'après  les  sources  syriaques, 
dans  Analecla  bollandiana,  1900,  t.  xix,  p.  12  sq.  —  -•<  Cette 
succession  alexandrine  est  parvenue  à  Eusèbe  accompagnée  de 
chiffres  d'années.  Il  n'est  pas  possible  de  la  contrôler  par  des 
documents  plus  anciens,  comme  cela  se  fait  pour  la  succession 
romaine;  mais  l'exactitude  de  celle-ci,  telle  qu'Eusèbe  la  produit, 
garantit  jusqu'à  un  certain  point  celle  d'Alexandrie.  »  L.  Du- 
chesne,  op.  cit.,  p.  44.  —  3Talmud  de  Jérusalem,  TV.  Sukka, 
v,  1  ;  Talmud  de  Babylone,  Tr.  Sukka,  51  b.  Les  Juit-;  avaient 
été  terriblement  éprouvés  par  suite  de  la  répression  de  la  révolte 
sous  Hadrien.  La  révolte  de  l'an  116  eut  à  Alexandrie  un  contre- 
coup mortel  pour  leur  influence.  Les  Juifs,  pour  se  fortifier,  dé- 
ruisirent  le  temple  de  Némésis.  Appien,  Bell,  civ.,  1.  II,  c.  xc;  cf. 
tDion  Cassius,  Hist.  rom.,  1.  LXIX,  c.  xi;  Spartien,  Hadr.,  xiv. 
Les  Grecs  reprirent  l'avantage,  on  tua  tout  ce  qu'on  ne  fit  pas 
prisonnier;  quand  Lucova  arriva  avec  les  Juifs  cyrénéens,  le 
préfet  d'Egypte,  Lupus,  était  maître  de  la  ville  transformée  en 
camp  retranché.  Màrcius  Turbo  acheva  ceux  qui  restaient.  Tj atavfcv 
eêoVaÙ'/t».  -;,  h,  At^û-imo  'IouSaûi»  fivo;,  dit  Appien,  Bell,  civ.,  1.  II, 
c.  xc.  La  juiverie  d'Alexandrie,  jadis  la  première  du  monde, 
tomba  très  bas,  le  quartier  juif,  situé  près  du  Lochias,  ne  se  dis- 
tingua plus  guère  des  Coprise.  —  *  Vopiscus,  Vita  Saturnini,  8. 
Cf.  G.  Kriiger,  Kùrzere  Texte  zur  Geschichte  der  alten  Kirche 
und  des  Kanons,  in-8°,  Freiburg,  1893,  p.  19.  —  5Le  patriarche 
juif  de  Jabné.  —  »  L.  Duchesne,  Les  origines  chrétiennes,  in-8", 
Paris,  s.  d.,  p.  146  sq.,  et  Renan,  L'Église  chrétienne,  in-8°,  Paris, 
1879,  p.  157,  ont  décrit  le  système  gnostique  alexandrin  avec  une 
clarté  et  une  lucidité  que  ne  possédèrent  jamais  ses  inventeurs. 


1103 


ALEXANDRIE    (ARCHÉOLOGIE) 


1104 


du  moins  ce  qu'ont  dit  leurs  ad  versaires.  Ils  accordaient 
qu'on  pouvait  se  prêter  aux  actes,  indifférents  par  eux- 
mêmes,  que  la  loi  civile  exigeait,  qu'on  pouvait  maudire 
le  Christ  àsCondition  de  distinguer  dans  son  esprit  entre 
l'éon  Nou;  et  l'homme  Jésus.  On  hésite  en  vérité  à 
donner  le  nom  de  chrétiens  à  des  sectes  semblables, 
mais  on  voit  que  la  loi  civile  en  les  atteignant  les  consi- 
dérait comme  chrétiens  puisque  l'épreuve  à  laquelle  elle 
les  soumettait  était  celle  qu'elle  imposait  à  tous  les  dis- 
ciples du  Christ;  c'est  par  ce  biais  qu'ils  se  rattachent 
d'une  certaine  manière  à  l'Église  d'Alexandrie,  mais  ce 
n'étaient  là,  comme  l'a  justement  dit  Renan,  que  des 
demi-chrétiens.  Valentin  et  Carpocrate  sont  Alexandrins 
eux  aussi.  Valentin  fut  surtout  un  rêveur  intarissable  et 
assez  débraillé,  une  sorte  de  père  Enfantin  accommodé 
de  quiétisme.  Il  parait  n'avoir  eu  guère  d'inlluence  sur 
la  direction  et  les  destinées  de  l'Église  d'Alexandrie.  Il 
n'en  fut  pas  ainsi  de  Carpocrate  qui  inventa  la  gnose 
unitaire,  [xovaêiy.r,  yvûxn;.  Celui-ci  porta  au  christia- 
nisme un  des  coups  les  plus  sensibles  qu'il  put  recevoir, 
en  proclamant  des  principes  de  morale  d'une  corruption 
sans  bornes,  dont  l'odieux  devait  rejaillir  sur  le  chris- 
tianisme tout  entier,  auquel  la  secte  paraissait  d'autant 
mieux  appartenir  qu'elle  expliquait  d'une  façon  très 
claire  toutes  les  obscurités  de  la  doctrine  chrétienne, 
loin  de  les  compliquer  et  de  les  rendre,  comme  Valen- 
tin, rebutantes  à  plaisir.  La  réputation  fâcheuse  d'im- 
moralité dont  les  sectes  alexandrines  jouissaient  s'ex- 
pliquait par  les  pratiques  des  basilidiens  et  la  doctrine 
de  Valentin  qui  autorisait  la  débauche.  Avec  Capo- 
crate  on  alla  plus  loin;  l'immoralité  devint  la  condition 
du  salut.  Les  âmes,  disait-il,  ne  peuvent  atteindre  la 
béatitude  qu'aprèsavoir  parcouru  tout  le  cycle  des  actes 
possibles.  Telle  sera  la  matière  de  leur  jugement  :  «Toute 
Aine  à  qui  il  reste  encore  un  crime  à  commettre  doit 
transmigrer  dans  un  autre  corps  jusqu'à  ce  qu'elle  ait 
épuisé  la  série  des  iniquités  accessibles  à  la  nature  de 
l'homme1.»  Que  l'on  juge  du  discrédit  qu'un  pareil  en- 
seignement jetait  sur  ceux  qui  y  conformaient  leur  vie 
et  ce  Ilot  de  honte  ne  s'arrêtait  pas  aux  impudents  qui 
dogmatisaient  sur  leur  avilissement,  il  remontait  jusqu'à 
d'autres  fractions  plus  discrètes, mais  non  moins  abjectes, 
pensait-on,  puisqu'elles  adoraient  toutes  le  même  .Icmis- 
Christ.  Il  est  remarquable  que  les  accusations  de  dé- 
bauche infâme  portées  contre  les  chrétiens  paraissent 
à  peu  près  contemporaines  de  l'apparition  des  sectes, 
valentinienne  et  carpocratienne  2.  Il  est  à  croire  que 
l'Lgnso  naissante  d'Alexandrie  n'échappa  pas  au  senti- 

•  L.  Duchesne,  op.  cit.,  p.  100.  —  «  Voir  Accusations  contre 
i  ES  chrétiens,  col.  274.  Cf.  .1.  D.  Baer,  De  Judseorum  in  chri- 
Slianos  hostilitate,  in-4%  Lipsiae,  1740;  C.  F.  Borner,  De  hot 
rel.  christ,  internis  atque  domesticis,  in-4",  Lipsiae,  1734; 
J.  Bûcher,  Cur  christianorum  conventus  paganis  adeo  fue- 
runt  iuvisi,  in-4*,  Viteburgi,  1767;  J.  F.  Buddaeus,  De  l/ei 
religionis  christianx  philosophorum  gentilium  obtrectatio- 
nibus  conftrmata,  in-4\  lenae,  1711;  réimprime  dans  ses  Mis- 
cellanea  sacra,  in-4%  s.  1.  n.  d.,  t.  i,  p.  328-380;  Z.  Grape,  De 
calu/niia  on«-ct  chorolatri;r ,  judxis  et  christiania  otim 
adversa,  in-4',  Lipsiae,  1696;  J.  F.  Gruner,  De  odio  generis 
iiiinmiii  christianis  qtitn  a  Remania  objecte-,  in-4%  Goburgi, 
1755;  G.  F.  Gude,  De  causis  odii  paganorum  in  christianos, 
dans Paganus  christianorum  laudator  et  fautor,  in-4-,  Lipsiae, 
1741,  praef.,  p.  m-xx;  T.  Hasaeus,  De  onolatria,  a  gentiHbus 
olim  JudsHs  et  christiania  impacta,  in-4",  EiTurti,  1716;  ,l..l.  Rul- 
dricus,  De  calumniis  a  geutilibus  in  primsevos  christianos 
si>arsis,  dans  son  Gentilis  obtrectator,  in-4",  Tiguiii.  1744;  C.  N. 
Koch,  De  philosophas  gentibus  christianam  religionem  impu- 
gnantibus,  in-4',  Ienae,  1746;  G.  Kortholt,  De  calumniis  pagano- 
rum In  veteres  christianos  sparsis,  in-4%  Kiloni,  1668;  le  môme, 
De  origine  et  natura  christianismi  ex  mente  gentilium.  In-4% 
Kiloni,  1672;  le  même,  De  vita  et  moribus  christiania  ; 
vis  per  gentilium  malitiam  adfwtis,  in-4%  Kiloni,  1683;  le 
même,  De  norninibus,  quibus  per  ludibriutn  ehristiani  olim  a 
profanissunt  appettati,  in-4%  Kiloni,  1603;  le  même,  De  phi- 
losophia  orientait  primis  post  Chr.  seculis  Ecclcsiam  cltrist. 


ment  de  dégoût  et  d'horreur  que  soulevait  le  récit  des 
pratiques  abominables  dont  une  déplorable  méprise 
rendait  solidaires  ceux  qui  les  réprouvaient  plus  éner- 
giquement  que  personne.  Dans  ce  milieu  interlope  nous 
connaissons  quelques  personnages.  Basilide  et  son  fils 
Isidore,  Valentin,  Carpocrate,  sa  femme  Alexandrie  et 
son  fils  Épiphane,  mort  à  dix-sept  ans;  une  femme 
nommée  Marcelline,  t  octoresse  de  la  secte  carpocra- 
tienne, qui  s'en  fut  prêcher  la  doctrine  à  Rome  au 
temps  du  pape  Anicet  et  obtint  un  grand  succès;  enfin 
Apelle  s'y  réfugia  après  son  aventure  et  c'est  de  là 
peut-être  qu'il  ramena  la  Philomène  et  son  livre  des 
Phaneroseis. 

C'est  sous  le  règne  de  Septime-Sévère,  La^tus  étant 
préfet  d'Egypte  et  Démétrius  évêque  d'Alexandrie,  que 
l'Église  de  cette  ville  apparaît  en  pleine  histoire.  Son 
développement  est  dès  lors  très  rapide,  ses  documents 
précis  et  nombreux,  mais  par  cela  même  cette  période 
cesse  d'appartenir  à  l'archéologie  volontairement  confi- 
née parmi  les  ruines. 

Les  documents  relatifs  à  la  province  ecclésiastique 
d'Alexandrie  ou  d'Egypte  sont  peu  nombreux  et  peu 
explicites.  Le  plus  important  d'entre  eux  porte  le  titre 
de  «  Canons  ecclésiastiques  des  saints  Apôtres  »  3  mis  à 
jour  depuis  quelques  années.  Ce  recueil  semble  avoir 
été  rédigé  vers  le  milieu  du  IIIe  siècle,  mais  l'origine  des 
dispositions  qu'il  codifie  remonte  beaucoup  plus  haut; 
peut-être  sont-elles  assez  peu  éloignées  chronologique- 
ment de  la  Didachù  i.  Dans  l'énumération  que  nous 
donnerons  plus  loin  des  principales  églises  d'Alexandrie 
nous  ne  ferons  aucune  allusion  au  régime  paroissial  qui 
sera  étudié  ailleurs.  Voir  Paroissi—.  Ce  régime  était 
établi  à  Alexandrie  dès  les  premières  années  du  iv  siècle. 
Telle  est  du  moins  l'assertion  de  saint  Epiphane,  au  dire 
duquel,  au  temps  où  s'éleva  l'hérésie  d'Arius,  Alexandrie 
comptait  un  grand  nombre  d'églises  administrées  par 
des  prêtres :i.  Dans  un  autre  passage.il  en  énumère  neuf 
en  ajoutant  :  «  et  d'autres  encore6.  »  Tout  ceci  se  trouve 
bien  précisé  par  un  passage  de  l'Apologie  adressée  pas 
Athanase  en  356,  à  l'empereur  Constance,  cl  visant  dé- 
faits récents.  Dans  cet  écrit,  le  patriarche  d'Alexandrie 
explique  comment  il  s'est  vu  contraint  à  célébrer  le  ser- 
vice divin  dans  une  église  non  consacrée  parce  que.  dit- 
il,  la  foule  était  considérable  et  «  qu'il  n'y  avait  dans  la 
ville  qu'un  petit  nombre  d'églises  fort  étroites  »  '• .  En 
définitive,  pendant  la  première  moitié  du  îv  siècle,  la 
Communauté  Chrétienne  à  Alexandrie  se  trouvait  être 
assez  nombreuse  et  pourvue  seulement  de  quelques  ora- 

turbante,    in-4%  Lipsiae,   1733:   J.    G.    Lindner,    De    'mlarfûf 
chrtttianis   objecta    eaxurs.    ad    Minucium    Peticem, 
Langensalza,    1760,   p.   314  sq.  ;  C.  Loscher,   De    objecta 
christianis  décrues  et  cructfkeo  ab  etlmicis  factis.  in-4 
burgi,  1696;  S.  Morinus.  De  calitninia  gentilium  eaput  asini- 
esse  christianorum  Deutn,  dans  ses  Dissertationes  octo. 
in-8%   Genovae,   1683,  p.   282  sq.  ;  J.  L.    Mosheim,  De  turbata 
per   recentiores  Platonicos   Ecclesia.  in-4%  Helmstadii,  1 7J.% ; 
J.  A.  Munnich,  De  norninibus  quibusdam  contitmcliosis.  qu.r 
christianis  olim    a  gentilibus  imposita   surit,    in-4*,    1j 
1690;  J.  W.  de  Neve,  De  epicitreorum  et  stoicorum  christia- 
nismo  mtentatis  connius.  in-4%  Franchirti,  1708;  A.  Qnasiua, 
,  Causai  calumniantm  qttas  paganis  in    christianos    coniec'-- 
ruut.  in-4%  Viteburgi.  1703;  C.  Wormius,  De  reris  causis  cur 
delectalos  humanis  carnibus   et  prou.  ubttU  chri- 

stianos calumniati  suut  ethnici,  in-4%  Hamiœ,  1605;  H.  A.  Zei- 
bich,  De  christianis  Serapim  colenlibus,  in-4%  Gero,  1766-1767. 

3F.  X.  l'uiik,  Doctrina  duodecim  apostolorum,  oanonst 
stolorum  ecclesiastici  ac  reltquse  doctrm.vde  duubus  viis 
sitiones  veteres,  edidit,  adnotationtbus  et  prolcgomenis  tllu- 
stravit,  versionem  latin/un   addidit,  in-8%  Tiibingen,   1887.  — 
«Ch.de  Sniedt,  L'organisation  des  Églises  chrétiennes  jus  j 
miliru  du    nr  siècle,  dans   la   Revue  des  quest.  hist. 
i.  xi.iv,  p.  361  sq.  —  SS.  Épiphane,  /  Wlll,  c.  iv.  1'.  (.'  . 

i    \in,  col.  189.  —  "  lbid..  LXIX,  c.   u,  /'.  0..  t.  xi.n    C  I    741 
s  Athanase,  Apologia  ad  Constatation  imver..  i    \i\-w. 
/'.  (.'.,  t.  xxv.  col..612. 


1105 


ALEXANDRIE    (ARCHÉOLOGIE) 


1106 


toires  insuffisants.  Avant  le  milieu  du  Ve  siècle,  la  popu- 
lation chrétienne  d'Alexandrie  était  devenue  si  nombreuse 
que  le  pape  Léon  Ier  dut  autoriser  le  patriarche  Dios- 
core  à  laisser  célébrer  une  seconde  messe  dans  la  cathé- 
drale, basilica  Csesarea,  aux  jours  de  fêtes  plus  solen- 
nelles, en  faveur  de  ceux  qui  n'auraient  pu  assister  à  la 
première  messe  faute  d'espace1. 

il.  les  alexandrins.  —  La  population  d'Alexandrie 
était  assez  mal  notée  parles  anciens.  Polybe  la  comparait 
à  celle  de  Carthage  2,  Lampride  disait  qu'elle  était  à 
l'Egypte  ce  «  qu'Antioche  était  à  l'Asie  »  3.  Vopiscus  ne 
connaissait  que  les  Gaulois  qui  pussent  être  comparés 
pour  la  versatilité  et  l'inquiétude  d'esprit  '  :  Sunt  enini 
Aegyptii,  viri  ventqsi,  furibundi  jactantes,  injuriosi 
atque  adeo  vani  liberi  novarum  rerum  usque  ad  can- 
lilenas  publicas  cupienles  versificalores  epigramma- 
tarii  mathematici  haruspices  medici.  Nani  [sunt] 
christiani  samaritae  et  quibus  prsesentia  semper  tem- 
pora  cum  enormi  libertate  displiceant.  Lumbroso B 
propose  de  modifier  ainsi  la  phrase  afin  de  rétablir  la 
pensée  de  l'auteur  :  Nani  (sunt)  mathematici,  harus- 
pices, medici,  \judaei,]  christiani,  samaritse,  etc.  C'est 
exactement  la  pensée  et  presque  l'expression  de  la  cé- 
lèbre lettre  de  l'empereur  Hadrien  à  son  beau-frère 
Servianus  que  nous  avons  déjà  rappelée  °  :  Aegyplum 
quam  mihi  laudabas,  Serviane  carissime,  totam 
didici  lèvent,  pendidam  et  ad  omnia  fanise  nwmenta 
volitantem.  Illic  qui  Serapim  colunt,  christiani  sunt 
et  devoti  sunt  Serapi,  qui  se  Christi  episcopos  dicunt. 
Nemo  illic  archisynagogus  Judseorum,  nemo  Saniari- 
tes,  nemo  christianorum  presbyter  non  mathematicus, 
non  haruspex,  non  aliptes.  Ipse  ille  palriarcha  cum 
Aegyptum  venerit,  ab  aliis  Serapideni  adorare  ab 
aliis  cogitur  Christum.  Gcnus  hominum  sediliosissi- 
nuim,  vanissimum,  injuriosissimum,  civitas  opulenta, 
dires,  fecunda,  in  qua  nemo  rivât  otiosus.  Alii  vitrum 
confiant,  ab  aliis  charla  conficiiur,  alii  linyphiones, 
omnis  certe  cujnscumque  artis  et  videntur  et  haben- 
tur.  Podagrosi,  quod  aganl,  habent;  habent  [cœci 
quod  aganl  habent]  cseci,  quod  faciunt;  ne  chirurgici 
quidem  apud  eos  otiosi  vivunt.  Unus  Mis  deus  num- 
mus  est. 

Le  caractère  primitif  et  ineffaçable  d'Alexandrie, 
c'était  le  syncrétisme,  et,  par  conséquent,  l'ironie,  le 
scepticisme,  le  sarcasme.  «  Grecs,  Italiens,  Syriens, 
Libyens,  Ciliciens,  Éthiopiens,  Arabes,  Bactriens,  Scythes, 
Indiens,  Persans,  dit  saint  Chrysostome,  affluaient  dans 
une  ville  »  qui,  selon  Eustathe,  ne  le  cédait  qu'à  Rome 
seule;  «  réservoir  universel,  »  comme  parle  Strabon ; 
«  plusieurs  villes  dans  une  ville,  »  selon  le  Juif  Philon; 
«  le  point  culminant  des  cités,  »  selon  Ainmien  Marcel- 
lin  :  <  la  grande  école,  »  où  s'empressaient  d'accourir,  dit 
Grégoire  de  Nysse,  tous  les  amateurs  de  la  philosophie; 


«P.  L.,  t.  liv,  col.  62G-627.  —  *  Polybe,  Hist.,  1.  XV,  c.  xxx,  10  : 

Oj  yàç  ÊXâTTw  ROieTxà  zat^âpia  t<ôv  &v5çùvi:eçi tfcç  Totaû-a;  Tapa///;  n-i 

tf,  Kap/ï)8<mo)v  T.iXn  xa'i  xa-ui  t?;-,  'AAEÎavSp =iav  ;  Giacomo  Lumbroso, 
L'Egitto  dei  Greci  e  dei  Romani,  in-12,  Borna,  1895;  p.  88  sq.  : 
Alessandria  neW  antichità,  p.  99  sq.  :  Carattere  degli  Alessan- 
drini.  —  3  Alexander  Severus,  c.  xxvm  :  Suffi  pudebat  Syrum 
dici,  maxime  quod  quodam  tempore  festo,  ut  soient,  Antio- 
chenses  Aegyptii  Ale.vandrini  laeessiverant  conviciolis,  et  sy- 
rum archisynayog um  eum  vacantes  et  archiereum.  —  *  Vopis 
eus,  Saturninus,  dans  Script,  histur.  Auguste,  edit.  Peter, 
in-12,  Lipsiae,  1865,  t.  H,  p.  208.  —  s  G.  Lumbroso,  Osservazioni 
antiche  e  moderne  sul  carattere  degli  Alessandrini,  dans  Atti 
delta  R.  Accademia  dei  Lincei,  série  III,  t.  ni,  1879,  p.  354.  — 
•Vopiscus,  Saturninus,  c.  VIII  ;  J.  Diirr,  Die  Reisan  des  Kaisers 
Hadrian,  in-8\  Wien,  1881,  p.  88-90  :  Ueber  dent  Brief  Ha- 
drians  bei  Vopiscus;  A.  Wiedemann,  l.a  lettre  d'Adrien  à 
Servianus,  dans  Le  Muséon.  1880,  n.  4;  H.  Dessau,  lettre  à 
G.  Lumbroso,  L'Egitto  dei  Greci  e  Romani,  p.  104.  —  ''Revue 
britannique,  série  V,  t.  m,  1841,  p.  5-21.  Alexandrie  se  souvint 
toujours  de  ce  qu'elle  avait  été  sous  les  Ptolémées.  A  propos  de 
la  présence  de  saint  Marc,  les  Actes  de   la  translation  disent  : 


enfin,  la  ville  que  l'empereur  Hadrien  dépeignait  d'un 
seul  mot  :  «  personne  n'y  est  oisif.  » 

La  douceur  du  climat  d'Alexandrie  lui  avait  valu  une 
population  de  valétudinaires  telle  qu'on  la  rencontre 
aujourd'hui  encore  dans  certaines  villes  exceptionnelle- 
ment abritées  du  littoral  de  la  Méditerranée.  Le  traite- 
ment de  la  phtisie  amenait  annuellement  à  Alexandrie 
une  colonie  élégante 8  qui  ne  venait,  semble-t-il,  dans  cette 
cité  que  pour  en  faire  le  véritable  rendez-vous  de  toutes 
les  préoccupations  et  de  tous  les  intérêts  de  l'humanité. 

Nous  traiterons  ailleurs  avec  détail  d'une  peine  qui  ne 
fut  pas  épargnée  aux  chrétiens  :  l'exil.  Voir  ce  mot. 
Nous  en  connaissons  plusieurs  témoignages  parmi 
lesquels  un  des  plus  curieux  est,  contenu  dans  un  papyrus 
récemment  publié  9.  Il  s'agit  d'une  femme  déportée  dans 
une  oasis.  Grenfell  et  Hunt  avaient  lu  7to),iTixïjv  comme 
un  nom  commun  et  traduisaient  (ille  publique,  Deiss- 
mann  voit  dans  IloXt-rixvï  un  nom  propre.  Lumbroso  a 
repris  cette  question,  et  sa  compétence  bien  connue  sur 
tout  ce  qui  a  trait  à  l'Egypte  l'a  mis  sur  la  voie  de 
l'explication  définitive ,0.  Un  papyrus  nous  fait  lire 
7io).!Ttxoi  en  opposition  avec  vo|uxoî,  et  ce  dernier  mot 
équivaut  à  ces  mots  oi  ànb  r/jç  ASyjTrrou;  en  outre  nous 
lisons  dans  Sozomène  ce  qui  suit  au  sujet  des  deux 
Macaire  :  ô  \xïv  AlyjTmo;,  o  S£  izoliv.yi.6c,  ô>ç  àTTÔ; 
(ôvorj.àÇeio  •  ïjv  yàp  tw  ysvEt  'A/EËavopî'J;  ".  Il  résulte 
donc  que  le  mot  tzo1i-i-/.6ç  s'appliquait  en  Egypte  aux 
citoyens  d'Alexandrie,  de  même  que  dans  l'Attique,àor<5; 
était  réservé  aux  Athéniens.  Nous  voyons  ainsi  l'impor- 
tance que  les  hommes  de  ce  temps  accordaient  à 
Alexandrie  à  laquelle  ils  attribuaient  ce  nom  de  7TÔXtç, 
ainsi  qu'on  appelait  Rome  du  nom  de  Urbs  et  Athènes 
du  nom  de  à'rrcu. 

II.  TOPOGRAPHIE.  —  i.  aspect  général  a  l'époque 
chrétienne.  —  Suivant  le  goût  antique  que  nous  retrou- 
vons à  Antioche,  à  Palmyre  et  dans  d'autres  villes 
riches,  Alexandrie  était  ornée  de  portiques  s'étendant 
sur  un  espace  considérable.  A  l'époque  chrétienne  la 
ville  avait  gardé  quelque  chose  de  sa  splendeur,  si  tou- 
tefois le  roman  d'Achille  Tatius,  écrit  au  commencement 
du  ve  siècle,  n'a  pas  voulu  représenter  un  état  plus 
ancien  de  la  ville  que  celui  qui  était  sous  ses  yeux.  En 
ce  cas  il  aurait  décrit  non  la  rue  du  Sôma,  mais  la  rue 
transversale  principale  appelée  to  y.aià  tyjv  -k61vi  arâôtov. 
Quoi  qu'il  en  soit,  voici  les  paroles  qu'il  fait  prononcer 
par  Clitophon  et  qui  nous  donnent  une  idée  de  ce 
qu'était  Alexandrie  au  Ve  siècle,  vers  l'époque  du  patriar- 
che saint  Cyrille  :  «  Après  un  voyage  de  trois  jours  nous 
arrivâmes  à  Alexandrie.  La  première  chose  qu'on  re- 
marquait en  entrant  par  la  porte  dite  du  Soleil l2,  était 
la  beauté  resplendissante  de  la  ville  dont  la  vue  rem- 
plissait mes  yeux  de  plaisir.  Une  rangée  de  colonnes  en 
ligne    droite  se  dressait  de  part  et  d'autre,    depuis  la 


propter  eum  (patronum)  toto  in  orbe  (civitas)  prœclara  est, 
dans  Molini,  De  vita  et  lipsanis  S.  Marci,  in-8",  Roma,  1806, 
p.  263.  Le  patriarche  portait  le  titre  de  pape  assolutamente  e 
quasi  per  antonomasia.  De  Rossi,  Bullet.  di  arch.  crist.,  1876, 
p.  20.  Cf.  G.  Boissier,  Promenades  archéologiqu.  i,in-12,  Paris, 
1895,  p.  139;  Gregorovius,  Storia  délia  cittù  di  Roma,  in-8", 
Venezia,  1865,  t.  il,  p.  17;  J.  Draper,  Les  conflits  de  la  science  et 
de  la  religion,  in-8",  Paris,  1876,  p.  35;  Epiphanii  monachi 
opéra,  édit.  Dressel,  in-8°,  Leipzig,  1843,  p.  11  ;  Michaud  et 
Poujoulat,  Corresp.  d'Orient,  in-8  ,  Paris,  1855,  t.  VII,  p.  257.  — 
8  Celse,  De  re  medica,  1.  III,  c.  xxii  ;  Pline,  Epist.,  1.  V,  xix.  — 
"  British  Muséum,  n.  713  ;  Greniell,  Greek  Papyri,  in-8\  Oxford, 
1897,  t.  il,  p.  115,  n.  73;  A.  Deissmann,  Ein  original  Dokument 
aus  der  Diocletia nischen  Christenverfolgung ,  in-8",  Tùbingen, 
1902  ;  P.  .louguet,  Chronique  des  papyrus,  dans  la  Revue  des 
études  anciennes,  avril-juin  1903,  t.  v,  p.  21-23.  — ,0G.  Lum- 
broso, dans  Rendiconti  délia  renie  Accademia  dei  Lincei, 
séance  du  21  décembre  1902,  p.  586  ;  P.  Franchi  de'  Cavalieri,  Un' 
ultima  parola  sulla  lettera  di  Psenosiris,  dans  Nuovo  bull.  di 
arch.  crist.,  1902,  t.  VIII,  p.  264.  —  "Sozomène,  Hist.  eccl.,  1.  III, 
c.  xiv,  P.  G.,  t.  lxvii,  col.  1068.  —  ''-  Porte  orientale  ou  de  Canope. 


no: 


A  L E X  A N D Kl E    (  A  H C 1 1  K 0 L 0 G I E ' 


1108 


porte  du  Soleil  jusqu'à  celle  de  la  Lune  '  :  c'est  ainsi 
qu'on  les  appelle,  du  nom  des  divinités  qui  veillent  à 
ces  deux  entrées.  Au  milieu  de  ces  colonnades  était  la 
place  publique,  et  la  marche,  sur  cette  place,  était 
longue,  semblable  à  un  voyage  à  travers  la  ville.  En 
m'avançant  ainsi  à  quelques  stades  dans  l'intérieur  de 
la  ville,  je  suis  arrivé  à  l'endroit  qui  porte  le  nom 
d'Alexandre,  et  de  là  j'ai  pu  voir  l'autre  moitié  de  la 
ville,  dont  la  beauté  égalait  celle  de  la  partie  parcourue 
jusque-là.  Car,  de  même  que  les  colonnades  se  prolon- 
geaient en  ligne  droite  devant  moi,  d'autres  colonnades 
semblables  se  faisaient  voir  également  des  deux  côtés 
qui  leur  étaient  perpendiculaires  2.  » 

Les  fouilles  de  l'année  1874  ont  révélé  l'existence 
d'une  rue  transversale  à  colonnades  partant  du  port 
fluvial  (<l>iâ>.if))  du  temps  de  Justinien,  et  conduisant  en 
ligne  droite  au  port  maritime  devant  l'Emporium  et  le 
Césaréum.  Cette  voie  était  bordée  par  le  Musée,  le 
Sonia  (totio;  'AXegavSpou),  le  temple  d'Isis  de  l'Abon- 
dance, le  palais  du  gouvernement  sous  les  empereurs 
depuis  Hadrien,  jusqu'à  Licinius  et  au  ive  siècle. 

Une  inscription  de  l'époque  chrétienne  nous  montre 
qu'on  continuait  alors  à  s'occuper  de  l'embellissement 
de  la  ville. 


€IMIM€NAAKHENTOC 
AA€ZANAPOY  T€PAC  ÊPTCO 
MAPTYPIH  nOTAMOlO 

TON   €2€KA0HP£  MOTHCAC 
5     [PJHIAJCOC  INA  NHCC 

TTHMONA  cpOPTON  ATOI  [sv]  ;) 

Cette  inscription  trouvée  à  Hagar-Nawatieh  en  1897, 
à  l'embouchure  de  l'ancien  canal  d'Alexandrie  en  face 
de  Ramleh,  est  métrique  : 

EipA  (j.kv  ixaxt.svto;  'A).e;iivopo-j  yépa;  è'pyo) 
[iapTupt'r)  7tordcu.oio,  xbv  èEexàôripe  ao-fr^a; 
p/jïSîw;  fva  vf)£ç  notjiova  çôprov  avoiev 

«  Je  suis  le  prix  du  travail  du  vaillant  Alexandre.  Je 
rends  témoignage  du  canal  qu'il  a  fait  curer  au  prix  de 
tant  de  peines,  ainsi  les  vaisseaux  déposent  plus  facile- 
ment leur  riche  cargaison.  » 

11  s'agit  ici  d'un  prœfectus  Augnstalis  nommé 
Alexandre.  On  en  connaît  deux  de  ce  nom  à  Alexandrie, 
l'un  en  .'190,  l'autre  en  467;  il  s'agit  plus  probablement 
du  second. 

II.  ÉDIFICES.  —  a)RAlST-MlCHEL,  OU  1.' ÉGLISE  !>' ALEXAN- 
DRIE. —  Au  sommet  du  plateau  rocailleux  situé  entre  le 
Césaréum  et  le  quartier  juif,  sur  la  partie  sud,  en  lace 
du  Paneum  s'élevait  le  sanctuaire  de  Saturne  trans- 
formé en  église  à  l'époque  chrétienne  sous  le  patriarcat 
de  l'évêque  Alexandre  (313-326).  Au  dire  de  l'historien 
arabe  Macrizy,  le  patriarche  vint  à  bout  de  persuader  au 
peuple  de  changer  la  fête  de  Saturne  qui  se  célébrait  le 

'  Porte  occidentale.  On  ne  saurait  objecter  ce  que  dit  Tatius  des 
divinités  qui  veillent  aux  portes  de  la  ville.  Ces  usages  ne  dispa- 
rurent qu'après  l'avènement  officiel  du  christianisme,  il  suffit  de 
se  rappeler  tout  ce  que  l'enlèvement  de  ta  statue  de  la  Victoire 
au  sénat  romain  souleva  de  dilficultés.  Cf.  P.  Allard,  Le  christia- 
nisme et  l'empire  romain,  in-12,  Paris,  1897,  p.  253;  E.  Le  Blant, 
Nouveau  recueil  dès  inscriptions  chrétiennes  de  la  Gaule  {in- 
térieures au  vur  siècle,  in-4%  Paris,  p.  24  sq.,  n.  20.  —  'Achille 
Tatius,  Leucippe  et  Clitophon,  1.  V,  c.  i-iv.  Cl.  Néroutzos  bey, 
L'ancienne  Alexandrie,  p.  8.  On  trouvera  dans  Mahmoud  bey, 
Mémoire  sur  l'antique  Alexandrie,  in-8%  Copenhague,  1S72,  une 
description  minutieuse  de  la  ville  à  laquelle  nous  nous  faisons  un 
devoir  de  renvoyer.  Toute  l'histoire  topographiflue  et  monumen- 
tale y  est  traitée  avec  une  grande  exactitude,  mais  elle  a  plus  de 


12  du  mois  d'Athyr(8  novembre)  en  fête  de  saint  Mi 
tout  m  conservant  l'ancien  cérémonial.  Le  temple  fut 
dédié  à  l'archange  dont  le  personnage  était  depuis 
temps  connu  des  Alexandrins,  grâce  aux  écrits 
gnostiques;  cependant  l'église  prit  le  nom  d'èxxXtjtria 
'A/EÏàvôpou.  La  proximité  de  cette  église  avec  le  quar- 
tier juif  devait  parfois  rendre  cette  partie  de  la  ville 
assez  dangereuse.  En  l'année  415,  les  juifs  du  quartier  du 
Délia  organisèrent  une  conspiration  contre  les  chrétiens 
dont  ils  voulaient  faire  un  massacre  général  au  moyen 
d'un  guet-apens.  «  Ils  prirent  avec  eux  des  hommes  et 
les  postèrent  pendant  la  nuit  dans  toutes  les  rues  de  la 
ville,  tandis  que  certains  d'entre  euxeriaient  :  «  L'église 
«  d'Alexandre4  l'Apostolique  est  en  leu  !  Chrétiens,  au 
«  secours!  »  Les  chrétiens,  ne  se  doutant  point  du  piège, 
sortirent  à  leur  appel,  et  aussitôt  les  juifs  tombèrent  sur 
eux,  les  massacrèrent  et  firent  un  grand  nombre  de 
victimes.  Au  matin,  les  autres  chrétiens,  en  apprenant 
le  crime  commis  par  les  juifs,  se  vendirent  auprès  du 
patriarche  et  tous  les  lideles  réunis  se  portèrent,  pleins 
de  colère,  vers  les  synagogues  îles  juifs,  s'en  emparèrent, 
les  sanctifièrent  et  les  transformèrent  en  églises,  l'une 
d'elles  reçut  le  vocable  de  Saint-Georges.  Quant  aux 
assassins  juifs,  ils  les  chassèrent  de  la  ville,  pillèrent 
leurs  propriétés  et  les  firent  partir  dans  le  plus  grand 
dénuement,  sans  que  le  préfet  Orestepùt  les  protéger  '.  » 
L'église  de  Saint-Michel  fut  détruite  en  969  par  les  sol- 
dats de  Djohar.  En  1876,  Néroutzos  bey  a  cru  pouvoir 
identifier  les  substructions  d'un  édifice  mis  à  jour  lors 
des  déblais  nécessités  par  les  fondations  d'une  maison 
avec  les  restes  de  l'église  Saint-Michel  ;  on  trouva  sur  les 
lieux  des  fragments  d'ornementation  chrétienne  cruci- 
fère et  des  hypogées  portant  des  inscriptions  presque 
effacées,  les  unes  en  grec  les  autres  en  copte. 

h)  la  CATBÉDRALS.  —  Le  Ka'.càpîiw  ou  templum  Cee- 
saris,  commencé  pendant  les  dernières  années  du  t 
de  Cléopàtre  et  achevé  sous  Auguste  au  culte  duquel  il 
fut  consacré,  portait  également  le  nom  de  ^EÔxTTe.ov  ou 
templum  Augusti,  Philon  l'a  décrit  rapidement  :  Il 
n'y  a,  dit-il,  de  sanctuaire  au  monde  comme  celui  qu'on 
appelle  Sébastéum,  temple  de  César,  patron  des  navi- 
gateurs (Èiuêxrr,p:o-j  KaiTocpo;  vsiiv).  Ce  temple  très 
grand  et  très  apparent,  et  dont  il  n'existe  pas  son  pareil, 
s'élève  majestueusement  en  face  des  ports  les  plus  sûrs, 
il  est  rempli  d'ornements  votifs  consistant  en  tableaux, 
en  statues  et  en  objets  d'argent  et  d'or;  il  est  entouré 
d'un  enclos  très  large  et  pourvu  de  portiques,  de  biblio- 
thèques, d'appartements  d'hommes,  de  bois  sacrés,  de 
propylées,  de  lieux  vastes  et  de  salles  à  ciel  ouvert,  en 
un  mot  de  tous  les  embellissements  les  plus  somptueux. 
Il  est  l'espoir  du  salut,  et  pour  ceux  qui  s'embarqu  nt 
ici  et  pour  ceux  qui  arrivent  de  retour  de  leur  voyage  ».  » 

Lors  des  travaux  occasionnés  en  1874  par  les  fonda- 
tions d'une  maison,  on  mit  à  jour  une  construction  de 
grand  appareil  représentant  un  mur  longitudinal  d'en- 
viron 3m50  d'épaisseur  et  un  mur  transversal  de  •2ni.">tl 
d'épaisseur.  C'était  l'angle  ouest  du  Césaréum  dont 
l'axe  était  dirigée  du  nord-nord-ouest  an  sud-sud-est  et 
dont  la  lai  ade  elail  dans  la  direction  ouesl-sud-ouest.  à 
est-nord-est,  c'est-à-dire  en  parfaite  concordance  avec  la 

rapport  à  l'Alexandrie  païenne  et  profane  qu'à  l'Alexandrie 
tienne,  la  seule  qui  doit  nous  retenir.        '('..  Botti,  / 

anedi  Alessandria  d'Egitlo,  dan-  Bessarione,  1" 
n.   16;  le  même,  h  jues  et  latines  trouve 

t89!7-1898,  d;in~  le  Bull,  de  la  Soc.  arch.  d'Aï 
drie.  1898,  I.  i.  p.  48,  n.  96.  Sur  la  tranche  droite  on  a  tracé  à  la 
pointe  du  couteau  -f   Il    ll'HTX  ||  g         xi\        i:.  —   ».lean  de 
Nikiou  écrit  l'église  de  Salnt-Athanase,  c'est  une  erreur  évidente 
que  e  ate,  Hist.  eeel.,  1.  VU,  c.  xiii.  P.  G.,  t  i.x\u, 

cl.   "Ci  :   ..,;  (    Ir.ùr, j-l:-.    'AXig&vSfou   l*»Xr,<r.'«.  —  5  Chroniqu--  de 
Jeun,  evéque  de  Nikiou,  c.  ixxxiv,  trad.  H.  Zotenberg 
lee Notices  et  extraits  des  manus.  de  la  Bibliot.  nat.,  in-. 

1883,  i   \xn.  p,  166  sq.;  Socrate,  Hist.  ee<l..  1.  VII.  C    xiii, 
P.  G.,  t.  i  xvil,  col.  764.      "  Pbilon,  lie  légat,  ad  Caium,  c   \\u. 


1109 


A  L  E  X  A  N 1)  H  I E    (  A  II  C  H  E  0  L  0  G I E  ' 


1110 


direction  îles  rues  longitudinales  de  l'ancienne  ville  '. 
«  Les  blocs  des  fondements  du  Césaréum,  écrit  l'ar- 
chéologue dont  l'activité  et  le  dévouement  nous  ont  valu 
ces  détails,  étaient  les  uns  en  calcaire  d'un  grain  homo- 
gène et  blanc  et  les  autres  en  grès  et  en  marbre.  Tra- 
vaillés diversement,  ils  conservaient  des  restes  d'orne- 
mentation en  style  grec  et  en  style  romain,  voire  même 
en  style  ecclésiastique  byzantin  ;  circonstance  qui 
confirme  la  transformation  du  temple  de  César  en  église 
chrétienne,  sa  destruction  répétée  et  sa  reconstruction 
sur  le  même  plan  avec  les  pierres  du  temple  ruiné2.  >> 

Après  la  paix  de  l'Eglise  le  Césaréum  fut  désaffecté  de 
son  ancien  culte  et  transformé  en  église  cathédrale, 
mais  les  noms  de  |x£yà).v)  £xxÀri<jt'a,  de  Kuptaxôv,  de 
Dominicum  qu'on  lui  donna  ne  purent  prévaloir  contre 
l'ancienne  appellation,  Césaréum  ou  Sébastéum  3.  En 
l'année  356,  le  comte  Héraclius,  opérant  pour  le  compte 
de  l'empereur  arien  Constance  et  des  païens  ralliés  aux 
hérétiques  par  opposition  aux  catholiques,  saccagea  et 
brûla  une  partie  du  temple;  en  365,  les  chrétiens  y  ren- 
trèrent et  le  restaurèrent,  mais  l'année  suivante,  le 
21  juillet  366,  il  fut  repris  de  nouveau  par  les  païens  qui 
le  brûlèrent  et  le  détruisirent  de  fond  en  comble. 

Le  patriarche  Athanase  commença  la  reconstruction 
dès  l'année  368,  sous  la  protection  active  du  dux  Tra- 
janus,  commandant  les  troupes  de  l'empereur  en  Egypte. 
La  cathédrale  demeura  entre  les  mains  des  patriarches 
orthodoxes  jusqu'à  l'entrée  des  Arabes  à  Alexandrie, 
l'an  641  de  notre  ère.  A  cette  date,  elle  passa  aux  jaco- 
bites,  fut  restituée  aux  orthodoxes  en  l'année  727,  mais 
elle  disparut  en  912  dans  un  incendie  et  ses  ruines  ne 
furent  plus  relevées. 

c)  le  dominicum  DWNYSii.  —  Georges,  patriarche 
intrus  d'Alexandrie,  fit  sa  résidence,  dp  l'année  357  à 
l'année  368,  à  l'église  do  Dyonisius  (Dominicum  Diony- 
sii);  après  son  retour  dans  la  ville,  saint  Athanase  y  ré- 
sida également  jusqu'en  l'année  370.  Celui-ci  eut  à 
remédier  pendant  son  épiscopat  à  l'insuffisance  des  édi- 
fices du  culte  trop  rares  et  trop  petits  :  Ttôv  toivjv 
Êxx},r,<Ttà)v  àXryeov  k<x\  Spa/uiâxtov  o0<t(7)v.  C'était  au  point 
qu'il  arriva  une  année  que  la  population  chrétienne 
menaça  l'évèque  d'aller  célébrer  la  solennité  pascale  en 
pleine  campagne,  s'il  ne  remédiait  à  cet  inconvénient4. 

d)  église  saint-atbànase.  —  Au  mois  d'août  de 
l'année  370,  saint  Athanase  consacra  l'église  construite 
par  ses  soins  au  quartier  du  BevStôeiov  ou  Mendidium 
et  y  transporta  sa  résidence.  Cette  église,  qui  porta  en- 
suite le  nom  du  fondateur,  parait  avoir  été  élevée  sur 
l'emplacement  de  l'ancienne  'Ayopâ,  Forum,  derrière 
YEmporium,  les  Apostases  et  les  Navalia.  Cette  église 
prenait  rang  immédiatement  après  celle  de  Théonas 
quant  à  l'importance  et  à  la  grandeur;  elle  en  subit  le 
sort  sous  la  domination  arabe  et  fut  convertie  en  mos- 
quée dite  du  Soùq-el-Altarin,  «  du  marché  des  épi- 
ciers. »  Elle  renfermait  un  grand  nombre  de  colonnes 
antiques,  la  plupart  en  marbre  cipollin,  quelques-unes 
en  granit  rose,  de  forme  et  de  proportions  différentes, 
avec  des  chapiteaux  de  style  byzantin. 

* Néroutzos-bey,  op.  cit.,  p.  10  sq.  Pline,  Hist.  nat.,  1.  XXXVI, 
Xiv,  8,  nous  dit  que  l'on  voyait  à  Alexandrie,  près  du  port,  dans 
le  temple  de  César,  deux  obélisques  de  quarante-deux  coudées. 
Ces  obélisques  se  dressaient  devant  le  pylône  ou  pronos,  de 
chaque  côté  de  l'entrée  ;  l'un  d'eux  a  été  transporté  à  Londres  et 
dressé  sur  le  bord  de  la  Tamise,  l'autre  au  Central-Park,  à  New- 
York.  Cf.  Néroutzos-bey,  op.  cit.,  p.  15-20.  —  !  Néroutzos-bey, 
op.  cit.,  p.  13.  —  3Socrate,  Hist.  eccl.,  1.  VII,  c.  xv,  P.  G., 
t.  LXVII,  col.  770;  Evagre,  Hist.  eccl.,  1.  II,  c.  VIII,  P. G.,  t.  lxxxvi, 

COl.  2521   :  TIpoç   tv  li"(â).ïiv  kyayô-rtiï    ÈxxXïitrt'av    r,    Katiraooç   Kpoffayo- 

çEÙEToc.Cefut  dans  l'église  du  Césaréum  qu'eurent  lieu  les  violences 
contre  llypathie  et  son  assassinat.  Socrate  a  justement  flétri  ce 
Crime  :   To3xo  où  ntxoôv  jj.iofAov   KuocX^w  xcù  r>i    'A^Eçavo'ç.iujv     Ex-xA^aïa 

EÏpYaffaT0'    'AXXÔTOiov   yàp  VflcvTBXwÇ  Twv    çoovojvtuv  -cà  Xû'.rTTOJ,  çôvo:  xcè. 

luttai,  xui  -■/.  ToÛTorçKapattX^ata.  «  Cette  action  jeta  un  lourd  oppro- 
bre sur  Cyrille  et  l'Église  d'Alexandrie.  Les  meurtres  et  les  vio- 


Saint-Genis  *  dit  que  cette  mosquée  contient  un  grand 
nombre  de  matériaux  antiques  et  notamment  une  cuve 
monolithe,  «  qui  est,  dit-il,  le  plus  beau  monument 
connu  parmi  les  antiquités  égyptiennes3.  »  Cette  cuve 
occupait  une  position  centrale  par  rapport  à  l'édifice  qui 
parait  lui  avoir  été  coordonné  tout  entier,  et  il  incline  à 
penser  que  ce  fut  bien  l'emplacement  de  c  •  baptistère 
dès  le  temps  de  la  construction  de  l'église.  La  mosquée 
a  la  forme  et  la  distribution  de  cette  sorte  d'édifices, 
quoiqu'elle  ait  été  élevée  sur  des  fondations  appropriées 
à  un  plan  différent.  On  trouva,  lors  de  l'expédition  fran- 
çaise, une  tablette  fragmentaire  de  marbre  gris  encas- 
trée dans  le  pavé  de  la  mosquée,  portant  une  inscription 
grecque  écrite  en  caractères  romains  : 

CONSTANTINON 

La  cuve  dont  nous  venons  de  parler  mesure  3m  126  de 
longueur,  lm626  de  largeur  à  la  tête,  lm281  aux  pieds, 
et  lm150  de  hauteur.  «  Elle  est  prise  dans  un  bloc  de 
brècha  d'Egypte  de  la  plus  grande  beauté  et  d'un  poli 
parfait.  Elle  est  d'une  couleur  brune  ou  vert  très  foncé, 
parsemée  de  fragments  verts,  jaunes,  blancs,  noirs  ou 
rougeâtres,  qui  forment  un  mélange  du  plus  bel  effet6.  » 

e)  l'église  de  théonas.  —  Entre  tous  les  édifices 
chrétiens  d'Alexandrie  celui  qui  porte  le  nom  de  Théonas 
est  un  des  plus  célèbres.  L'église  dite  de  Théonas,  du 
nom  du  patriarche  qui  la  bâtit  entre  les  années  282  et 
300,  et  que  l'on  désignait  dans  le  langage  courant  sous  le 
nom  de  «  la  Théonas  »,  fut  la  première  église  proprement 
dite  construite  à  Alexandrie,  car  auparavant  on  s'était 
borné  à  célébrer  le  culte  dans  les  cryptes  et  dans  les 
cimetières  qui  furent  même  interdits  par  Émilien,  préfet 
d'Egypte  sous  les  empereurs  Valérien  et  Gallien  (253- 
260) 7;  peut-être  y  eut-il  pendant  les  périodes  de  vérita- 
ble tolérance  des  assemblées  plus  ou  moins  clandestines 
dans  le  martyrium  de  Saint-Marc,  en  face  du  port. 
L'oratoire  bâti  par  Théonas  fut  reconstruit  et  agrandi  par 
le  patriarche  Alexandre  (313-326).  Il  servit  dès  lors  de 
cathédrale  dédiée  à  «  Sainte  Marie  »;  c'est  là  que,  pendant 
un  siècle  environ,  depuis  Théonas  jusqu'à  Pierre  II,  les 
patriarches  firent  leur  résidence.  Une  anecdote  dont 
l'authenticité  est  à  peine  défendable  nous  montre  le  pa- 
triarche attendant  devant  l'église  ceux  qu'il  avait  invités 
à  partager  son  repas  de  midi  ;  de  là  il  avait  la  vue  de.  la 
mer  devant  lui  et  pouvait  distinguer  ce  qui  se  passait 
sur  le  rivage8.  Le  9  février  356,  le  commandant  des 
troupes  impériales,  Syriauus,  lit  irruption  avec  des 
soldats  et  le  rebut  de  la  populace  dans  le  cloitre  de  la 
Théonas;  les  portes  furent  enfoncées,  les  fidèles  maltrai- 
tés, ou  massacrés,  les  femmes  outragées,  mais  le  pa- 
triarche Athanase,  que  l'on  cherchait  pour  s'en  défaire, 
eut  le  temps  de  prendre  la  fuite  9.  Moins  de  20  ans  après, 
le  préfet  Pallade  cerna  et  envahit  le  cloitre  ;  il  était 
suivi  des  païens  et  des  juifs  et  cherchait  le  patriarche 
Pierre  II  pour  l'expulser  de  son  siège.  Peu  après, 
Magnus,  cornes  largitionum  comitatensium,  escorté 
d'une  partie  de  l'armée  et  du  peuple,  pénétra  dans 
l'église,  fit  arrêter  le  chapitre  entier  des  prêtres  et  des 

lences  sont  absolument  étrangères  à  la  morale  chrétienne,  et  de 
même  tout  ce  qui  y  ressemble.  »  Socrate,  Hist.  eccl.,  1.  VII,  c.  xvi, 
P.  G.,  t.  lxvii,  col.  769.  Sur  cette  femme  illustre  on  peut  consul- 
ter une  étude  de  G.  Bigoni,  Ipazia  Alessandrina  ;  studio  sto- 
rico,  dans  Atti  dell'  Istituto  veneto,  série  VI,  1886-1887,  p.  397- 
437,  495-526,  681-710.  —  *  S.  Athanase,  Apoloyia  ad  Coustan- 
tium,  n.  14,  P.  G.,  t.  xxv,  col.  612.  L'incident  que  nous  rappelons 
et  qui  souleva  des  persécutions  nouvelles  de  la  part  de  Constance 
se  passait  pendant  la  construction  du  Dominicum.  Ibid.,  n.  16, 
P.  G.,  t.  xxv,  col.  613.  —  *  Antiquités  d'Alexandrie  et  de  ses 
environs,  dans  la  Description  de  l'Êijijpte,  in-S",  Paris,  1829, 
t.  v,  p.  369;  Atlas,  t.  v,  A,  pi.  40-41.  —  ' Saint-Genis,  up.  cit., 
p.  374.  —  'Eusèbe,  Hist.  eccl.,  1.  VII,  c.  xi,  P.  G.,  t.  xx, 
col.  664.  —  8  Sozomène,  Hist.  eccl.,  1.  II,  c.  xvn,  P.  G., 
t.  lxvii,  col.  221.  —  «S.  Athanase,  De  furja  sua,  n.  vi,  P.  G., 
t.  xxv,  col.  652. 


1111 


ALEXANDRIE    (ARCHÉOLOGIE; 


1112 


diacres  et  les  lit  embarquer  séance  tenante  pour  la 
Syrie.  Le  récit  qui  nous  a  gardé  les  circonstances  de 
cette  violence  contient  un  détail  topographique  qui 
concorde  avec  ce  que  nous  savions.  Magnus,  y  est-il 
dit„  donnait  ses  ordres  debout,  en  iace  du  port,  et  à 
côté  d'un  bain  public  '  :  "O  toû  eôvou:  Y)Ysf-ovs^tov  n*'- 
yàfiioç...  tôv  ÈXXrjvixbv  xoù  louSaïxov  Ôu,tXXev  (juvaôpotVa; 
toùç  tri;  sxxXïjTt'a;  âx'jxXwcE  irepcêdXovç,  È^iÉvai  iû>  etuc- 
xdicu  Ilérpio  ~apsyy'j<ôv,xaiyàp  axovTaÉEsXdcaEiv  ï):rsiXei,... 
Iv  yàp  tï)  xa/.o-jpivr)  EXxXïjffc'a  0sa>và2...  Kai  ô  tcôv  xo- 
U.T)TaTio*f«>v  xai  Xapyrriôviov  xôp/rj.;  [Mâyvo?]  crpaTi<i)TÛ>v 
iitayd|XEvci;  a7TEipov  7t).ï]8uv...  osCto;  è<rcï)xi>;  Èm  toû 
Xtflévoç,  nXi)fffov  yàp  èv  8/)[xo(ïca)  Xo'Jtptô  Tiqv  xaTaxptaiv 
vat'a-jrwv  [tûv  xX^pixâv]  <i5pi<rs. 
Au  v«  siècle,  la  Théonas  portait  le  nom  de  TAMAY0A, 


discussion  des  récits  qui  racontent  le  voyage  et  l'apos- 
tolat de  l'évangéliste  saint  Marc  à  Alexandrie,  nous  pou- 
vons mentionner,  d'après  les  Actes  de  saint  Pierre, 
évêque  et  martyr  (300-311).  l'existence  d'un  oratoire 
situé  dans  un  quartier  anciennement  appelé  BovxôXi», 
près  de  la  mer,  sur  le  port  oriental.  Les  Actes  de  saint 
Pierre  d'Alexandrie  ne  laissent  entrevoir  en  aucune  façon 
un  édifice  important,  mais  une  simple  memoria  où 
étaient  enterrés  l'évangéliste  et  d'autres  évêques.  A  proxi- 
mité se  trouvait  une  maisonnette  habitée  par  une  vierge 
consacrée  à  Dieu  :  qusedam  virgo  Deo  dicala,  quœ  asce- 
terioluni  hujus  evangelistse  cœmeterio  conterminum 
habebat3. 

L'année  qui  suivit  la  mort  de  l'évêque  Pierre,  sous  le 
patriarcat  d'Achilîas,.  l'oratoire  de  Saint-Marc  prit  sou- 


-<  i   —  Ampoule  dp  Saint-Ménaa» 
D'après  une  photographie  du  lî    I'.  Itoddaert,  directeur  de  l'Observatoire  de  Moncalieri. 


en  langue  égyptienne,  et  tri;  ©Eop^topo:  en  grec;  mais 
elle  était  complètement  déchue  de  son  ancienne  impor- 
tance que  lui  avait  ravie  le  Césaréum,  devenu  depuis  la 
fin  du  IVe  siècle  la  «  cathédrale  ».  Sous  la  domination 
musulmane  elle  fut  transformée  en  mosquée  et  les 
Arabes  lui  donnèrent  le  nom  de  «  mosquée  occidentale  », 
Djamat-el-Gharbiet,  ou  des  Mille  colonnes  '-'.  Cette 
mosquée  renfermait  dans  son  pourtour  intérieur  un 
cloître  ou  portique  à  double  rang  de  colonnes,  en 
marbre  et  en  porphyre,  de  style  grec  et  byzantin.  A  l'ar- 
rivée des  Français  à  Alexandrie  en  1798  on  voyait  encore 
quelques  rares  vestiges  de  la  Théonas. 
f)  BOUSE  SAtxr-M  tac.  —  Sans  nous  engager  dans  la 

'Théodoret.  Hist.  •■•■cl.,  I.  IV,  c.  xix,  P.  G.,  t.  i.xxxii, 
col.  1168  sq.  —  'Saint-dénis,  Antiquités  d'Alexandrie  et  de  ses 
environs,  dans  la  Description  de  VÈgypte,  in-8",  Paris,  1829,  t.  v, 
p.  352,  donne  à  cette  basilique  le  titre  de  «  basilique  dos  Septante  i>, 
ce  qui  n'a  aucun  fondement  :  «  Ce  qu'il  y  a  de  très  remarquable 
dans  cet  édifice,  dit-il,  c'est  cette  quantité  prodigieuse  de  colonnes 
en  granit,  porphyre  ou  marbre  précieux  qui  lui  a  fait  donner  son 
nom  vulgaire.  Elles  étaient  encore  debout  à  notre  arrivée  à 
Alexandrie  (1798);  les  événements  de  la  guerre  et  les  dispositions 


dain  un  grand  développement  et  devint  église  parois- 
siale: on  l'appelait  fSouxoXf;  èxxXtifffa  ou  bien  encore  èv 
-roi;  BojxoXoj.  Arius.  encore  chrétien,  y  exerça  la 
charge  de  curé. 

Lors  de  l'occupation  de  !a  ville  d'Alexandrie  par  les 
Arabes,  l'église  Saint-Marc  Fut  brûlée,  l'an  6i0  de  notre 
ère.  Le  patriarche  jacobite,  .lean  III  de  Sebennytus  (677- 
686),  entreprit  sa  reconstruction  :  il  l'acheva  en  680  et 
mourut  dans  l'église  pendant  la  célébration  d'une  messe 
pontificale,  en  686. 

Kn  828,  deux  marchands  vénitiens  enlevèrent  le  coi  ps 
que  l'on  tenait  pour  celui  de  suint  Marc  et  l'empor- 
tèrent. 

faites  pour  notre  établissement  dans  le  pays  en  ont  fait  détruire 

une  grande  partie.  <>n  y  avait  établi  I  -  de  l'artillerie,  le 

reste  de  la  mosquée  D'existé  plus  aujourd'hui  (1829).  »  On  trouva 
un  plan  de  cette  basilique  dans  V Allas,  t.  v.  A,  pi.  37.  Outi 
églises  il  faut  mentionner  l'église  Saint-Jean-Baptiste  dans  laquelle 
fut  enterré  le  oorpe  de  saint  Antoine,  /'.  (ï..  t.  xwi.  c.  I,  971  sq. 
Cf.  N.  Nllles,  Kaiendarium  manuale,  in-8-,  Œniponte,  1898, 
t.  i,  p.  ":(.  —  'Acta  sincera  S.  Pétri  Alexandrin»,  dans  /'.  G., 
i.  wiii.  col.  462. 


1113 


ALEXANDRIE    (ARCHÉOLOGIE) 


1114 


g)  LE  SANCTUAIRE  DES  SAINTS-C YR-ET-JEAN.  —  A  Une 

distance  d'environ  dix-huit  kilomètres  d'Alexandrie,  au 
lieu  appelé  Menuti,  entre  Canope  et  Héraclée,  s'élevait 
un  temple  dédié  à  Isis  medica  ' .  Le  triomphe  du  chris- 
tianisme ne  put  entamer'la  grande  réputation  du  sanc- 
tuaire auquel  la  foule  continuait  à  se  rendre.  Suivant 
une  tactique  dont  nous  avons  déjà  relevé  plusieurs 
exemples  et  que  nous  reverrons  employer  souvent, 
saint  Cyrille  d'Alexandrie  tenta  de  substituer  au  culte 
idolâtrique  une  dévotion  chrétienne,  et,  à  cet  effet,  il  fit 
transférer  les  corps  du  martyr  saint  Cyr  et  de  saint 
Jean,  son  compagnon,  de  la  basilique  de  Saint-Marc 
dans  l'église  des  Saints-Évangélistes  à  Menuti,  que  des 
guérisons  miraculeuses  signalèrent  bientôt-,  au  point 
que  le  concours  des  pèlerins  venant  d'Alexandrie,  de 
l'Egypte,  de  la  Libye  et  du  monde  entier  balança  en  peu 
de  temps  la  célébrité  du  temple  d'Isis3.  Sopbrone  de 
Damas,  patriarche  de  Jérusalem,  y  vint  entre  les  années 
610  et  620,  fut  guéri  d'une  ophtalmie  et  sa  reconnais- 
sance le  porta  à  écrire  un  recueil  de  soixante  miracles 
opérés  en  ce  lieu  de  son  temps4. 

Le  sanctuaire  était  situé  entre  le  littoral  à  l'est  et  une 
colline  de  sable  à  l'ouest.  Les  navigateurs  le  découvraient 
de  la  haute  mer.  Il  était  entouré  d'un  enclos  avec  entrée 
du  côté  de  la  mer;  en  dehors  de  l'enclos,  à  droite  de  la 
porte,  s'élevait  une  fontaine  portant  les  noms  des  pa- 
trons de  l'église.  A  l'intérieur  de  l'enclos  s'élevait 
l'église  avec  son  portique;  la  maison  du  diacre  et  de  sa 
famille  attenait  à  la  basilique.  Les  chambres  en  bas  il  à 
l'étage  destinées  aux  malades,  étaient  organisées  pour 
recevoir  une  ou  deux  personnes,  elles  étaient  souvent 
toutes  occupées;  le  bain  des  saints  avec  les  étuves  envi- 
ronnantes l'étaient  aussi.  L'économe,  le  diacre,  le  sous- 
diacre,  le  mnemalita  ou  gardien  de  la  confession,  les 
portiers,  les  filoponi,  convalescents  capables  de  donner 
un  coup  de  main  à  l'occasion,  les  malades  indigents,  les 
malades  riches  qu'on  transportait  sur  des  couchettes, 
les  gens  valides  venus  pour  leurs  dévotions,  les  pèlerins, 
formaient  avec  quelques  pécheurs  la  population  fixe  et 
la  population  flottante8.  On  conservait  les  corps  des 
deux  martyrs  ainsi  que  la  sonde  de  chirurgien  de  saint 
Cyr,  qui  avait  exercé  cette  profession,  on  distribuait 
l'huile  de  la  lampe  qui  brûlait  devant  la  tombe,  on 
voyait  des  ex-voto  rappelant  les  guérisons  les  plus  si- 
gnalées. Un  ancien  préfet,  nommé  Némésion,  avait  fait 
recouvrir  de  marbre  les  murs  qui  étaient  proches  de  la 
confession,  on  pouvait  y  voir  le  Christ,  saint  Jean-Bap- 
tiste et  saint  Cyr  devant  qui  le  donateur  célébrait  la 
grâce  reçue6.  Sophrone  mentionne  Vanxbo",  le  gazopliy- 
lacion*,  le  hierateion'3,  où  séjournaient  les  pèlerins  qui 
voulaient  emporter  une  eulogie,  le  photisterioni(\  le 
thysiasterion11  où  se  préparaient  le  pain  et  le  vin12. 
On  invoquait  les  saints  Cyr  et  Jean  pour  les  maladies, 


'Etienne  de  Byzance,  Lexicon,  au  mot  Mîvou9t;;  S.  Épiphane, 
In  Ancoratum,  §  106,  P.  G.,  t.  XXIII,  col.  209;  le  même,  Brevis 
uc  vera  exposilio  fidei  catlioliex  et  apostolicx  Ecclesix,  n.  xu, 
P.  G.,  t.  xlii,  col.  8(Vi  ;  Sophrone,  dans  Mai,  Spicileg.  roma- 
num,  in-8%  Romœ,  1840,  t.  m,  p.  28,  190,  229,  434,  470,  474  ; 
t.  IV,  p.  240  ;  G.  Lumbroso,  Santuario  dei  scmti  Ciro  e  Gio- 
vanni pressa  Alessandria,  dans  Atti  délia  R.  Accademia  dei 
Lincei,  1879,  t.  m,  p.  356  sq.  —  2  Voyez  par  exemple  ce  qui 
concerne  l'église  t5v  «y;*,.,  tpirâv  itatSuv  élevée  sur  l'emplacement 
de  la  clinique  de  saint  Cyr,  Sophrone,  op.  cit..  p.  284;  Acta 
sanct.,  31  janvier,  p.  1084.  —  3 Sophrone,  op.  cit.,  t.  m,  p.  17, 
36,  66,  74,  78,  642,  etc.  —  *  Sophrone,  S.S'.  MM.  Cyri  et  Jo- 
hannis  laudes  et  miracula,  dans  Mai,  Spicil.  roman.,  in-8% 
Romaî,  1840,  p.  48,  129,647.  —  »  lbid.,  p.  82,  83,  387;  314, 
315;  196,  219,  361,  363;  109,  111,  186,  191,  228,  246,  271;  655,  C56, 
163;  417,  621,  658;  148;  127,  141,  152,  324,  335,  374,  445,  625; 
142,  161,  392;  382,  444,  445;  622,  624;  376;  252;  417,  418;  353, 
374.  —  c  Ibtd.,  p.  104,  126,  225,  240,  285,  464,  507;  393,  397, 
398;  285;  576;  103,  107,  113,  126,  240,  408,  522,  612,  655;39'i; 
104.  507;  225,  226;  287.  Cf.  De  Rossi,  Bull,  di  arch.  crist.,  186b, 
p.  72;  1867,  p.  14;  1879,  p.  33.  —  'Sophrone,  op.  cit.,  p.  418.  — 


les  naufrages,  les  moissons,  les  sorts,  la  stérilité  des 
femmes,  etc.,  etc.  Dans  la  grande  église  de  Tetrapylon 
à  Alexandrie  on  voyait  ce  qu'on  appelait  1'  «  Image»,  qui 
représentait  le  Christ  entouré  de  la  Vierge  et  des  saints 
apôtres,  prophètes  et  martyrs,  recevant  les  prières  des 
saints  Cyr  et  Jean  prosternés  devant  lui. 

h)  LE  SANCTUAIRE   DE    SAINT-MÉNAS.  —    Il    existe    sur 

le  célèbre  sanctuaire  consacré  à  saint  Menas  à  Alexandrie, 


270.  —  Le  sanctuaire  de  Saint-Ménas.  Ivoire 
du  Musée  archéologique  de  .Milan.  D'après  une  photographie. 

un  recueil  analogue  à  celui  de  Sophrone  sur  le  sanc- 
tuaire des  saints  Cyr  et  Jean;  malheureusement,  le  ma- 
nuscrit est  encore  inédit;  c'est  l'ouvrage  du  patriarche 
Timothée13  d'Élure,  dont  les  années  d'épiscopat  virent 
le  grand  développement  du  culte  de  saint  Menas.  Le 
corps  du  martyr  avait  été  déposé  près  du  lac  Maréotis, 
on  y  éleva  une  église  magnifique.  On  peut  se  faire  une 
idée  de  la  popularité  du  pèlerinage  à  Saint-Ménas  parle 
nombre  d'ampoules  que  les  musées  d'Europe  possèdent 
et  qui  proviennent  du  sanctuaire  d'Alexandrie.  Voir  Am- 
poules. Le  récit  de  saint  Sophrone  est  pleinement 
d'accord  avec  les  faits  lorsqu'il  nous  dit  que  le  pèlerinage 
de  Saint-Ménas   était  célèbre  dans  le  monde  entier  et 


»  lbid.,  p.  450.  —  o  lbid.,.  p.  417-418.  —  "lbid.,  p.  393.  —"lbid., 
p.  398.  —  12De  la  Motraye,  Voyages,  in-12,  La  Haye,  1727, 
t.  I,  p.  100-102.  —  13De  Rossi,  Bull,  di  arch.  crist.,  1869,  p.  31, 
46;  1872,  p.  25  ;  le  même,  Ronia  sotterranea,  in-fol.,  Roma, 
1877,  t.  m,  p.  486  sq.  ;  Surius,  Vitx  sanctorum,  au  10  no- 
vembre, en  a  traduit  cinq  chapitres  en  latin.  Il  existe  des  ma- 
nuscrits grecs  de  cet  écrit  à  Florence,  à  Turin  et  à  Paris.  Cf. 
J.  A.  Fabricius,  Biblioth.  grxca,  in-4°,  Hamburgi,  1790,  t.  vi, 
p.  720;  Bandini,  Catal.  Medic.  Laurent,  biblioth.,  in-fol.,  Floren- 
tiae,  1774,  t.  i,  p.  503;  Pasini,  Codices  manuscripti  bibliothecse 
regii  Taurinertsis  Athenœi,  in-fol.,  Taurini,  1749,  t.  I,  p.  230  :  Tt- 
u.o06ou  &pyttlEiffWKoy  Wïç«v5çetceç  ci;  tv.  0«J;A«Ta  toy  vl^îo-j  jxàpT'jçûç  Mr.và 
■toû  AijfuxTi'ou,  etc.;  Tillemont,  Mém.  pour  servir  à  l'hist.  eccl.t 
in-4\  Bruxelles,  1732,  t.  v,  p.  339  :  «  Nous  avons  dans  Surius  une 
histoire  attribuée  à  Timothée,  d'autres  disent  à  Théophile.  Elle 
ne  contient  que  cinq  miracles  de  saint  Menne  faits  à  Alexandrie 
dont  le  premier  est  tout  à  fait  étrange,  le  second  un  peu  moins 
le  troisième  et  le  quatrième  ne  sont  pas  mauvais  et  le  cinquième 
scandaleux  au  dernier  point.  Aussi,  M.  Le  Maître  juge  qu'elle  pa- 
roist  apocryphe.  File  pourrait  être  de  Timothée  Élure,  et  ne  mé- 
rite aucune  créance.  » 


1115 


ALEX  AN  DR  IE    (A  RC  H  ÉOLOGIE) 


1116 


principalement  dans  l'Egypte  et  dans  la  Libye1.  Les  habi- 
tants d'Alexandrie  s'y  rendaient  par  le  lac  Maréotis  2,  et 
le  moine  Épiphane,  qui  écrivait  au  xie  siècle,  affirme 
que  le  sanctuaire  était  situé  à  treize  kilomètres  environ 
de  la  ville  :  Koù  uo'n:  Bûo-iv  Tri?  'AXsÇavSpEsa;,  ùç  àitô 
p.tXîaiv  èvvÉa,  y.eêrai  <>  à'yto;  Miqvâ; 3.  C'était  encore  la 
banlieue  lorsqu'il  s'agissait  d'une  ville  aussi  importante, 
on  s'explique  ainsi  que  le  martyrologe  hiéronymien  at- 
tribue Saint-Ménas  à  la  ville  même  d'Alexandrie  : 
Alexandria  metropoli.  Sci  Minatis''.  Florentini  a  dis- 
tingué avec  raison  les  deux  martyrs  du  nom  de  Menas 5 
et  celui  que  le  martyroge  nomme  Minatis  est  bien  Me- 
nas l'Égyptien  dont  la  fête  se  célèbre  le  11  du  mois  de 
novembre.  Les  Menées  disent  que  son  corps  fut  transféré 
à  Constantinople  vers  l'an  625,  ceci  est  inconciliable 
avec  le  témoignage  du  moine  Épiphane  que  nous  ve- 
nons de  citer.  Cette  translation  supposée  s'explique  par 
la  confusion  établie  entre  deux  martyrs  du  même  nom 
et  du  même  temps  qui  souffrirent  l'un  en  Libye,  l'au- 


sainl  Menas  aussitôt  après  celui  de  saint  Pierre  d'Alexan- 
drie :  n  ayio;  IH-rpo;  tq  téàoç  tûv  p.apT-jpor/  y.a'i  Trp'o;  Sôaej 
Tr;  'À).eÇavSpe!aç,  wç  auô  u.t).îtov  Èwéa  "/.eîTai  6  ayco; 
Mi]vâ;s.  Un  ivoire  du  British  Muséum  auquel  nous  avons 
déjà  fait  plusieurs  emprunts  (fig.  71,  72)  nous  fait  voir 
diverses  scènes  concernant  le  martyre  et  le  culte  de  saint 
Menas.  Ce  petit  monument  doit  être  rapproché  d'une 
tablette  d'ivoire  conservée  au  musée  archéologique  de 
Milan  (fig.  270),  représentant  saint  Menas,  et  probablement 
inspiré  par  la  statue-  du  saint  que  l'on  voyait  dans  son 
sanctuaire  en  Egypte.  Un  géographe  arabe  en  parle  en 
ces  termes  :  «  A  l'extrémité  de  l'édifice  on  voit  un  grand 
tombeau  et  deux  chameaux  de  marbre,  sur  lesquels  un 
homme  est  debout,  les  pieds  appuyés  sur  les  deux  ani- 
maux. Cette  figure,  qui  est  également  de  marbre,  repré- 
sente, dit-on,  saint  Mina'1.  »  La  pyxide  d'ivoire  du  Bri- 
tish Muséum  (fig.  271)  nous  le  montre  dans  la  même  atti- 
tude, et  accompagné  des  deux  chameaux  accroupis  devant 
le  portique  de  son  sanctuaire.  On  savait  assez  quel  per- 


271.  —  Pyxide  d'Ivoire  représentant  saint  Menas.  British  Muséum.  D'après  une  photographie. 


Ire  à  Colyée,  en  Phrygie.  Tillemont  a,  suivant  sa  cou- 
tume, parlé  fort  clairement  de  cette  confusion  qui  n'était 
pas  encore  tout  à  fait  éclaircie  de  sou  temps8.  Il  n'est 
pas  douteux  que  la  fête  du  martyr  égyptien  eu!  lieu  le 
Il  novembre.  Une  ampoule  alexandrine  est  curieuse  m 
doublé  titre,  puisqu'elle  porte  sur  une  de  ses  laees  l'image 
supposée  de   saint   Menas  et  sur  l'autre  face  h'  mono- 

gra e  de  l'archevêque  Pierre  d'Alexandrie  (fig.  269) 7. 

Peut-être  la  fiole  contenait-elle  de  l'huile  des  deux  sanc- 
tuaires,  niais  il  esta  remarquer  que  la  rencontre  d 
deux  noms  n'est  pas  fortuite,  car  le  moine  Épiphane 
mentionne,  dans  la  description  de  son  pèlerinage  aux 
marlyria  les  plus  illustres  d'Alexandrie,  le  tombeau  de 

iActa  sanct.,  31  janvier,  p.  1094.  La  Vie  de  S.  Apollinaire  men- 
tionne le  pèlerinage  à  Saint-Ménas.  Ibid.,  5  janvier,  p.  259.  —'Su- 
rins, Vitx  sanct.,  11  novembre,  p.  243.  Pour  les  Actes  du  Meta, 
phraste,  cf.  P.  G.,  t.  cxvi,  col.  367-416;  il  s'agit  la  de  saint  Menas 
de  Cotyée.  — 3  Epiphauii  monachi  etpresbyteri  alita  et  i, 
édit.  Dressai,  in-8",  Lipsiœ,  1843,  p.  G.  —  'De  K.issi  et  Dur) 
Martijrulogium  hieronymianum,  ln-fol.,  Bruxellis,  1894,  p.  141. 
—  'Florentini,  Vetustius  occidentalis  Ecclesiat  martyrologium, 
in-4%  Lucas,  1768,  p.  968.  -    'Tillemont,  Mémoire»  pour  ser- 
vir li   l'histoire    ecclésiastique,  in-4°,    Bruxelles,    17;>2.   t.    v. 
p.  338,  note  3  :  S'il  laut  mettre  deux  suints  Menne,  l'un  à  I 
et  l'autre  en  Libye.   —  'De  Rossi,  BuUettino  di   archeologia 

cristia»a,  1872,  pi.  u,  n.  V  5.  Ceiie  am] le  est  conservée  dans 

le  cabinet  des  religieux  Barnabites,  à  Moncalieri.  —  '  Epiphanii 
monachi  et  presbyteri  édita  et  inedila,  édit.  Dressai,  p.  5-6. 
Nous  ne  pouvons  omettre  de  mentionner  l'ampoule  timbrée  au 
nom  de  saint  Théodore,  à  propos  de  laquelle  on  devra  consulti  i 
les  suggestives  observations  de  H.  r..  Micbon,  touchant  le  mi  nie 


sonnage  rappelaien  toutes  les  scènes  de  la  pyxide  pour 
que  la  présence  de  quatre  pèlerins  indiquât  clairement 
qu'il  s'agissait  du  sanctuaire.  L'origine  égyptienne  île  ce 

précieux  coffret  et  sa  haute  antiquité  (vi«  siècle)  seraient 
des  raisons  nouvelles  de  penser  qu'on  a  représenté  ici 
une  scène  telle  qu'elle  se  voyait  chaque  jour  :  des 
groupes  de  fidèles,  séparés  suivant  le  sexe,  oll'rant  leurs 
prières  devant  la  statue  qui  se  dressait  à  l'entrée  du 
sanctuaire,  ou  peut-être  de  l'édifice,  La  pyxide  nous 
offre  un  nouveau  détail  qui  parait  être  partaitement 
d'accord  avec  quelques  paroles  de  saint  Sophrone  au 
vne  siècle  et  que  Garrucci  a  bien  mis  en  lumière.  Du 
côté  par  où  les  femmes  accèdent  au  martyriwn  nous 

du  British  Muséum,  sur  lequel  se  trouvent  accoléç  les  noms  de 

il iore  et  de  Pierre  d'Alexandrie,  M*  moires  delà  Sue   des 

antiq.  de  France,  1897,  t.  i.\  m.  p.  308-311.  —  »E.  Quatremère, 
Mémoires  géographiques  et  historiques  sur  V Egypte,  in-8*, 
Paris,  1810,  t.  i.  p.  M8.  Le  texte  mérite  d'être  transcrit  en  entier  : 
«  On  arrive  à  Mina,  qui  comprend,  dit  le  géographe,  trois  villes 
abandonnées  Bituées  au   milieu   d'un  désert  de  sable,  mai 
les  édifices  sont  encore  debout.  Los  Arabes  viennent  souvent  s  v 
re en  embuscade  pour  surprendre  les  voyageurs.  On  y  \,>it 
SI  bien  bâtis  renfermés  dans  une  même  enceinte; 
quelques-uns  sont  habités  par  des  moines.   De  là  on   arrive  à 
de  Saint-Mina,  qui  est  un  vaste  batimei  le  sta- 

tueaet  de  peintures  de  la  plus  grande  beauté.  D  •  brû- 

lent jour  et  nuit  sans  aucune  interruption.  »  On  pèlerin  latin  du 
vi'  siècle  parle  de  la  basilique  de  Saint-Ménas  et  des  miracles 
nombreux  qui  s'y  accomplissaient,  limera  hierosolymit  i  a,  dans 
la  Société  de  l'Orient  latin,  t  31    Cl   K.  Le  Blanl 

Actes  des  marturs.  in-i  ,  Paris.  1882,  p.  217  s q. 


1117 


ALEXANDRIE    (ARCHÉOLOGIE) 


1118 


voyons  se  dessiner  le  cadre  d'une  porte  n'ayant  rien  de 
monumental;  c'est  la  porte,  semble-t-il,  d'une  habita- 
tion privée  ;  or,  voici  ce  que  nous  lisons  dans  le  récit 
de  saint  Sophrone  :  Tb  Mrjvâ  roS  (lâp-ruso?  Téu-evo:;,  -/.où 


272.  —  Stèle  chrétienne  au  Musée  d'Alexandrie. 
D'après  Bessarione,  1900,  t.  IV,  p.  429,  fig.  3. 

TÔ  ~po  toO  t£U.svo;  601J.7.TIOV,  Tii.orfi  A'.ô-jï;;  v.oSMrsirf.e. 
çpjayixa  ï]  otxr,Ta>p  o  àrio;  y.a\  oviXocë,  y.  ai  7rpb  tïjç  ÛTrèp 
Xpiaroû  ixxpxupia;  âT-jy-/*VEV  '■  "  L'église  de  saint  Menas, 
et  ce  qui  est  aujourd'hui  son  église  étail  jadis  sa  propre 
maison,  est  l'orgueil  de  la  Libye  tout  entière,  dont  le 
saint  était  au  nombre  dos  habitants  avant  qu'il  n'eût  à 
confesser  le  Christ.  »  Le  martyrium  était  donc  contigu  à 
l'ancienne  demeure  du  martyr,  plus  probablement  encore 
il  l'avait  en  partie  transformée  ou  même  englobée  d'une 
manière  analogue  à  ce  qui  a  eu  lieu  à  Rome  pour  l'église 
des  Sainls-Jean-et-Paul,  fondée  dans  leur  propre  maison. 
i)  le  MARTYRIUM  DE  SAINT-MARC.  —  La  relation  de 
saint  Sophrone  que  nous  venons  de  mettre  à  profit,  con- 
tient un  trait  qu'il  est  utile  de  noter  au  passage,  concer- 
nant la  topographie  des  cimetières  alexandrins.  Llle 
nous  dit  qu'un  grand  nombre  de  martyrs  se  trouvaient 
enterrés  dans  le  voisinage  de  Saint-Marc  :  a/nul  quem 
fidelium  calerca  marlyritm  recondidit  corpora,  non 
communiler  agnos  et  agnas  oonsepelientes,  ncquc  simul 
sponsas  Chrisli  et  paranympfios  humo  ab&coridentes, 
sed  privatis  utrosque  tumidis  reçondenles  :  nam  trilnim 
iribum  seorsum,  et  mulieres  eorum  seorsum  dicidere 
f itérant  erudili'.  Akcrblad3  et  Larsow''   sont  d'accord 

'S.  Sophrone,  SS.  Cyri  et  Johannis  miracula,  c.  xlvi,  P.  G., 
t.  Lxxxvn,  3e  part.,  col.  3596.  11  ajoute  ce  fait,  que  le  marty- 
rium était  la  maison  paternelle  du  saint,  qui  y  était  né  et  y 
avait  vécu  jusqu'à  l'âge  d'homme,  "Osoi  yoùv  t'o  to3  |).i?vjj>o;  ÎVte  ^aç- 

TÛÇtOV,    ÏCtt    Tb     TEf'l    TOtJTO     7.TT;  |A(/.TlOV,    rttVTEÇ     fl^Viôir/ÊTc  ,    °^£V     °    T.O.ÇiT/   TfH- 

€o3voç  cîç  St-^ïiTtv,  .'»p;jLr,To,  èxeuts  Yevv/jlhï;  xat  Tpa-jEiç  xaï  si;  avSpa  TcXetov 

&=i»;,|;uvo;.  Cf.  A.  Nesbitt,  On  a  box  of  carved  ivory  of  the  sixth 
century,  by  A.  A'.,  together  tuith  a  letter  on  the  same  subject 
by  padre  Raffaele  Garrttcci,  dans  Archseologia,  t.  xliv,  1873, 
p.   25.  —  2  Sophrone,  SS.  MM.  Cyri  et  Joltaunis  laudes  et  mira- 


pour  placer  le  cimetière  de  Saint-Marc  au  faubourg  sud- 
ouest,  dit  de  Nécropolis.  Quatremère  s  et  Lumbroso  * 
sont  d'un  avis  contraire  et  le  placent  au  faubourg  nord- 
est.  Le  mieux  est  de  citer  les  traits  topographiques  que 
nous  relevons  dans  la  Passion  latine  de  saint  Pierre 
d'Alexandrie  :  Tribuni  tollenles  eum  e  carccre  duxerttnt 
in  locum  qui  dicitttr  Bucoija,  ubi  et  S.  Marcus  marty- 
rium pro  Christo  suscepil.  Cum  eum  ducerunt,  roga- 
bat  martyr  ut  sinerent  eum  ad  S.  Marci  E\  ANGELl- 
STjE  memoriam  ire  :  cupiebal  enim  se  patrociniis  conx- 
mendare...  Compléta  oratione  deosculans  lumbam  beati 
evangelistss  et  reliquorum  ponli/icum  qui  inibi  tumu- 
lali  eranl,  exivit  ad  tribunos...  Ecce  quidam  senex  et 
quœdam  virgo  velula  venientes  ex  oppidis  properabant 
in  civilatem...  Ipsi  autem  tribuni  Vttlerunl  eum  e  re- 
gione  sancluarii  Erangelistse  IN  vallem  juxla  sepul- 
cra...  Convol(at)  interea  ex  populosa  urbe  promiscui 
sexus  innumerabile  vulgus...  Orta  est  non  parva  con- 
tentio;  quidam  enim  sacratissimos  arlus  in  eccle- 
siam  quam  ipse  xdi/icaverat  ubi  et  nunc  requiescit 
adveclare  satagebant  ;  alii  autem  ad  SANCtuarium 
evangelistm  ubi  et  martvrii  metam  complevit  dé- 
ferre nitebantur...  Quorumdam  interea  senalorum 
annnosa  pkalanx,  videntes  quse  atcidcrant,  nam  SEcus 
mare  erant,  paraveritnt  scapham,  subitoque  arripien- 
tes  sanclas  reliquias,  imposuerunt  navtculae  et  ASCEN- 

DENTES  RETRO  PBARUM  PER  LOCUM  CUI  LEUCADO   V0C.A- 

uulum  EST  venerunt  in  ecclesiam  beatissimœ  De>  geni- 
tricis  SEMPERQUE  virginis  Marine  quam  ipse  OB  MAR- 
TVRUM  CŒMETER1A   AD  OCCIDENTALEM  PARTEM  IN  QUO- 

dam  proastio  construxerat.  Tune  populorum  agniina 
insequuntur...  Deinde sepelieritnl  reliquias  in  cœmete- 
rio  quod  dudum  ab  eo  fuerat  constructum1  .  L'anti- 
thèse entre  le  lieu  du  martyr  et  le  lieu  de  la  sépulture, 
le  trajet  exécuté,  le  passage  devant  l'île  Faron  qui  marque 
la  séparation  des  parties  de  la  ville, à  l'est  et  à  l'ouest, 
l'ensevelissement  ad  orientaient  partent,  tout  concourt 
à  démontrer  que  si  l'église  bâtie  par  l'évèque  Pierre  était 
au  faubourg  de  Necropolis,  aujourd'hui  Gabbari  pour 
les  Arabes,  le  cimetière  de  Saint-Marc  était  dans  le 
faubourg  et  sur  le  littoral  est  de  la  ville  d'Alexandrie. 

j)  édifices  non  identifiés.  —  Une  inscription  trou 
vée  près  du  fort  Kom-el-Guilleh  était  gravée  sur  une 
tablette  haute  de  0,n50  sur  0m85  de  large.  Elle  rappelait 
la  restauration  d'un  édifice,  très  probablement  d'une 
église,  qu'il  est  impossible  de  déterminer,  car  il  se  peut 
que  cette  pierre  provienne  d'un  transport  de  matériaux; 
on  sait  en  effet  que  les  textes  épigraphiques,  principa- 
lement ceux  qui  sont  gravés  sur  des  pierres  pouvant 
entrer  dans  une  construction  de  grand  ou  de  moyen  ap- 
pareil, n'ont  pas  toujours  d'attaches  locales  avec  la 
région  dans  laquelle  ils  ont  été  trouvés.  Celui  que  nous 
donnons  a  assez  souffert,  les  deux  premières  lignes  et  la 
dernière,  qui  portait  une  date,  sont  douteuses  ou  illi- 
sibles 8. 

fporjSciOvTOÇ  toO] 
0GOY  ETTI  TOY 
KYPOY  eni<bAN[£*Ta 
5     TOY  KAI    AIAT£KT00[v(.)v(?)]   ©GO 
AOPOY  KAI  CeP[a7rtu>vo.-l 
ANENEG0OH  +  NIKA  O  OÊ[b;] 
HMGÙN  •  L  mUCCIIII 

cula  lxx,  dans  Mai,  Spicil.  roman.,  in-8",  Romas,  18V>,  t.  in, 
p.  64.  —  3  Akerblad,  Sur  les  noms  coptes  de  quelques  villes  et 
villages  d'Egypte,  dans  le  Journal  asiatique,  1834,  t.  xui, 
p.  394.  —  *  Larsow,  Die  Fest-Briefe  des  heiligen  Athanasias, 
in-8%  Leipzig,  1852,  carte.  —  r,E.  Quatremère,  Mémoire  géogr. 
et  hist.  sur  l'Egypte  et  sur  quelques  contrées  voisines,  in-8*, 
Paris,  1811,  t.  i,  p.  270.  —  "G.  Lumbroso,  L'Egitto  dei  Greci  e 
dei  Romani,  in-12,  Roma,  1895,  p.  209.  —  7  Mai,  Spicil.  roman., 
in-4",  Romae,  1840,  t.  m,  p.  073.  —  'G.  Botti,  Le  iscrizioni  cristiane 
di  Alessandriu  d'Eg'itto,  dans  Bessarione,  l'JOO,  t.  iv,  p.  271,  n.  1. 


•H19 


ALEXAxNDRIE    (ARCHÉOLOGIE) 


1120 


«  Avec  l'aide  de  Dieu,  sous  l'illustrissime  Cyr,  avec  le 
concours  des  architectes  Théodore  et  Serapion  (cette 
église?)  fut  réédifiée  +  Notre  Dieu  est  vainqueur.  En 
l'année...  » 

La  lacune  de  la  dernière  ligne  ne  nous  parait  pas  pou- 


sez  probable  que  ce  fragment  provient  d'une  inscription 
dédicatoire  '. 

SBEYXKf 

AOTSXINAI 

TCOATK 


27.1.  -  Bas-relief  en  ivoire.  Grandeur  nature.  D'après  l'original  du  Musée  du  Louvre. 


voir  être  suppléée,  car  il  n'y  a  pas  que  les  lettres  numé-    I       G.  Botti  croit  que  cette  inscription  provient  de  Péglise 
raies,  C,  CC,  qui  ont  pu  être  employées,  des  lors,  le      érigée  parle  patriarche  d'Alexandrie,  avanl  fanm 


champ  des  conjectures  est  bien  vaste  et  sans  conclusion 
possible. 

Un  autre  fragment  d'inscription  a  été  trouvé  en  1808 
sur  le  terrain  de  VOspedale  Governalivo  ;  on  peut  y 
lire  les  noms  de  6[eo;]...  Xoyou...  toi  ayuo...  Il  esl  as- 


en  l'honneur  d'un  saint  qui  notait   certainement   p 

saint  Michel. 
Nous  n'avons  fait  jusqu'ici  qu'énumérer  des  noms  ,  t 

1  Ibul.,  p.  271,  n.  2. 


1121 


ALEXANDRIE    (ARCHÉOLOGIE) 


1122. 


parfois  des  ruines,  mais  tellement  défigurées  (|u'on  ne 
peut  y  prendre  une  idée  de  ce  qu'a  été  l'art  des  chré- 
tiens en  Egypte.  M.  G.  Maspero  a  signalé  une  source 
d'informations  qu'il  y  aurait  lieu  d'épuiser  afin  de  sup- 
pléer un  peu  par  ce  moyen  à  tant  de  choses  que  nous 
ignorons;  il  s'agit  des  stèles  d'époque  byzantine  qui  ont 
conservé  dans  leur  ornementation  un  grand  nombre  de 
«létails  architectoniques  dont  le  rapprochement  mettrait 
sur  la  voie  de  ce  que  fut  l'architecture   byzantine   en 


27i.  —  Saint  Marc  guérit  Anianus  à  son  arrivée  à  Alexandrie. 

Ivoire  du  Musée  archéologique  de  Milan. 

D'après  une  photographie. 

Egypte1.  Une  stèle  publiée  par  G.  Dot li  est  la  démons- 
tration la  plus  convaincante  de  cette  idée2.  D'autres 
stèles3  nous  montrent  que  les  motifs  favoris  de  cet  art 
dans  la  décoration  des  arcs  monumentaux  était  la  co- 
quille et  les  enroulements  de  pampres;  on  trouve  aussi 
le  fronton1;  le  paon,  les  colombes,  les  rosaces,  sont 
employés  dans  la  décoration,  mais  ces  sujets  n'ont  rien 
de  remarquable  comme  adaptation,  sinon  comme  tech- 
nique 3  ;   une   de  ces  stèles  nous  montre  le  poisson  et 

■G.  Maspéro,  Guide  du  visiteur  au  musée  de  Boulaq,  in-8% 
Paris,  1883,  p.  366.  —  *G.  Botti,  Steli  cristiane  di  epoca  bizan- 
tina  esistenti  nel  tnuseo  di  Alessundria  (Egitlo),  dans  Bessa- 
rione,  1900,  t.  IV,  p.  429,  fig.  3,  et  surtout  W.  E.  Crum,  Coptic 
monuments,  in-fol.,  Le  Caire,  1902,  pi.  passim.  —  3  Ibid.,  p.  428, 
n.  2:  p.  430,  n.  4;  p.  432,  n.  6;  p.  433,  n.  7  ;  p.  434,  n.  8,  9.  — 
*Ibid.,  p.  432,  n.  0;  p.  433,  n.  7;  p.  43ï,   n.  9.  —  5  Ibid.,  p.  434, 

DICT.    DARCII.   CIIRET. 


l'épi  de  blé  réunis,  c'est,  une  allusion  claire  à  la  foi  en  la 
présence  réelle  dans  l'eucharistie  (fig.  272).  Sans  sortir  de 
cet  ordre  de  documents  qui  tiennent  un  peu  de  la  con- 
jecture, nous  signalerons  un  magnifique  bas-relief  en 
ivoire  ayant  dû  faire  partie  d'un  ensemble  décoratif, 
mais  sur  l'origine  et  le  sens  duquel  on  est  réduit  à  des 
rapprochements  peu  probants.  Cet  ivoire,  appartenant 
ù  la  collection  du  Louvre,  a  été  publié  pour  la  première 


270.  —  Saint  Marcibaptise  Anianus  et  les  siens. 

Ivoire  du  Musée  archéologique  de  Milan. 

D'après  une  photographie. 

fois  par  M.  G.  Schlumberger  qui  y  voit  la  prédication  de 
saint  Paul6.  Il  représente  un  personnage  assis  autour 
duquel  sont  groupés  debout  trente-cinq  hommes  barbus, 
les  cheveux  longs,  coupés  sur  le  front,  vêtus  du  costume 
byzantin.  M.  E.  Molinier  a  adopté  l'explication  du  pre- 
mier éditeur",  mais  tout  récemment  M.  J.  Strzygowski 
a  cru  devoir  interpréter  le  groupe  en  question  de  saint 
Marc  et  ses  trente-cinq  premiers  successeurs,  le  trente- 
sixième  est  Anastase,  qui  occupa  le  siège  de  C07  à  609; 

n.  8,  témoigne  d'une  sérieuse  observation  de  la  nature.  —  6G. 
Schlumberger,  Un  ivoire  chrétien  inédit,  dans  fondation  Eu- 
gène Piot.  Monuments  et  mémoires,  in-4%  Paris,  1894,  t.  i, 
p.  165  sq.,  pi.  xxiii,  réimprimé  dans  Mélanges  d'archéologie 
byzantine,  in-8°,  Paris.  1895,  t.  i,  p.  193.  —  7  E.  Molinier,  Cata- 
logue des  ivoires  du  Musée  national  du  Louvre,  in-8%  Paris, 
1896,  p.  7-11. 

I.  -36 


1123 


ALEXANDRIE    (ARCHEOLOGIE" 


1124 


l'ivoire  sentit  donc  du  début  du  vif  siècle  '.  Cette 
question  serait,  faute  d'inscription,  probablement  inso- 
luble, si  à  l'arrière-plan  ne  se  dressait  une  ville  qui  «se 
présente  au  centre  sous  la  forme  d'une  large  muraille, 
surmontée  d'une  architecture  décorée  d'un  rang  d'orne- 
ments de  forme  ovale  (des  oves?),  de  denticules  et  de 
moulures  supportant  des  créneaux  taillés  en  échelons,  les 
merlons  étant  percés  en  leur  centre  d'ouvertures  circu- 
laires. A  droite  et  à  gauche,  deux  façades  d'éditices 
contruits  à  la  romaine,  surmontés  de  frontons  percés 
il'oculits.  A  toutes  les  baies  de  ces  édifices  sont  figurés 
des  personnages.  Au-dessus  de  la  partie  centrale,  un 
édifice  construit  sur  un  plan  semi-circulaire,  accompa- 
gné d'autres  édifices  disposés  à  droite  et  à  gauche  de 
façon  à  donner  l'illusion  d'une  série  des  constructions 
tout  à  l'ait  monumentales;  à  toutes  les  ouvertures  de  ces 


notre  ivoire  et  celles  d'une  sculpture  sur  bois  trouvée 
dans  la  Haute-Egypte4  et  conservée  aujourd'hui  au  mu- 
sée de  Berlin.  Nous  ne  saurions,  quant  a  nous,  prendre 
parti,  et  si  nous  donnons  ici  la  vue  de  la  cité  représen- 
tée sur  l'ivoire,  c'est  a  titre  de  document  sur  la  portée 
historique  et  topographique  duquel  nous  restons  indécis 
Toutefois  il  y  a  lieu  de  ne  pas  négliger  ces  monuments. 
Une  autre  plaque  d'ivoire  sculpté  conservée  au  musée 
archéologique  de  Milan  et  faisant  partie  d'une  série  ayant 
décoré  la  cathedra  de  Saint-Marc,  à  Grado3,  nous  pré- 
sente plusieurs  nouveaux  aspects  d'une  ville  qu'on  donne 
comme  étant  Alexandrie.  Quelques-unes  des  plaques 
n'ollrent  rien  d'assez  saillant  pour  qu'on  puisse  espérer 
être  mis,  par  leur  moyen,  sur  la  voie  d'une  identifica- 
tion certaine.  Remarquons  toutefois  sur  trois  d'entre 
elles6  des  portiques  et  des  colonnades  qui   pourraient 


276.  —  Système  d'aération  d'un  caveau  funéraire. 
D'après  Renan,  Mission  de  Phénicie,  p.  197. 


édifices  ou  aux  balcons  qui  font  saillie  sur  leurs  façades 
on  aperçoit  de  nombreux  personnages  (fig.  '273). 

Adoptant  l'identification  du  personnage  principal  avec 
saint  Paul,  Mt"-  Duchesne  verrai!  dans  la  ville  représen- 
tée, Troade.  Le  personnage  qui  se  penche  à  la  fenêtre  du 
pavillon  di!  gauche  sérail  cel  adllescenl  qui  s'endormit 
pendant  un  sermon  de  l'apôtre  et  tomba  dans  la  rue8; 
le  pavillon  de  droite  représenterait  sainte  Thècle  et  sa 
mère;  cette  dernière,  nous  disent  ses  Actes,  ne  pouvait 
plus  détacher  sa  Bile  de  ce  poste  où  elle  écoutait  avide- 
menl  le  prédicateur,  mais  ce  deuxième  épisode  nous 
transporterait  à  Iconium3.  Ces  ingénieuses  conjectures 
paraissent  moins  convaincantes  qu'un  rapprochement 
établi  par  M.  .1.  Strzygowski  entre  les  constructions  de 

1  .1.  Strzygowski,  Orient  Oder  rom.  Beitràge  lur  Geechichte 
der  spàtantiken  und  friihchristttchen  Kunei,  c.  m,  in-4*.  Leip- 
zig. 1901.  Cf.  Iievue  archéologique,  1903,  p  103-104.  —  -Art., 
XX,  ~  sq.  Cf.  Chronique  des  arts.  1893,  n.  12;  .V.  Frotingham, 
dans  American   journal  of  archeology,   1894,  t.    i\,    p.  128. 

—  3II.  Leclercq,  Les  martyre,  in-12,  Paris,  1902,  t.  i,  p.   H  6. 

—  *K.  Saglio,  dans  le  llulletin  de  In  Société  des  antiquaires 
de  France,  1893,  p.  127,  se  fondait  sur  les  vêtements  des 
personnages  pour  voir  dans  cet  ivoire  une  pièce  de  tabrication 
italienne.  —  'Le  musée  archéologique  do  Milan  possède  sept 
pièces  de  cette  série;  celui  de  South-Kensington,  à  Londres,  en 


avoir  quelque  rapport  avec  les  propylées  qui  avaient 
rendu  célèbres  les  deux  rues  principales  d'Alexandrie 
(col;  1106).  Deux  sujets  ayant  trait  à  la  guérisonel  au  bap- 
tême d'Anianus  par  saint  Marc  lors  de  son  arrivée  à 
Alexandrie  ont  une  portée  documentaire  qui  nous  parait 
incontestable;  quant  à  dire  qu'ils  nous  donnent  un 
aspect  d'Alexandrie,  nous  devons  nous  en  remettre  i 
l'artisan  auteur  de  cette  petite  sculpture.  -Nous  donnons 
d'ailleurs  ces  deux  ivoires  afin  de  ne  soustraire  aucun 
document  à  notre  recherche  et  de  faciliter,  en  les  pla- 
çant sous  les  veux  des  lecteurs,  une  identification1 
-71  ot  -27.7  .  ' 
Signalons  un  dernier  objet  pouvant  nous  fournir  une 
indication  sur  Alexandrie  monumentale.  C'est  un  frag- 


possède  une.  Cf.   A.   Venturi,  Stoi  ia  dell'  orte  italiana,  in-S-, 
Milano,  1902,  t.  n,  p.  618.  Bg.  451-457;  il.  Grœven,  Der  /. 
Marins  in  Rom  nnd  in  der  Pentapotis,  dans  Rûmieche  Quar- 
talschrift,  ls'.io.  t.  xm,  p.  109-126.  —  "A.  Venturi,  op.  cit.,  t.  n, 
p.  tjj"  ..  155.  —  'On  remarquera  dans  la 

scène  du  baptême  d'Anianus,  il. ne  la  partie  gauche  de  coite  scène, 
parmi  tous  i  os  surmontés  de  coupoles,  un  véritable 

minaret.  Cette  Indication,  qui  ne  »  1  ■  ■  î t  pas  être  négligée,  non- 
trait  peut-être  sur  la  voie  de  la  candrie  après  les  rema- 
niements subis  par  -■  -~  nu  numents  a  l'époque  qui  suivit  la  con- 
quête arabe. 


14! 


ALEXANDRIE    (  ARCH  KO  M  )G  IE 


H  26 


ment  d'eulogie  en  terre  cuite  trouvé  dans  la  ville  (dia- 
mètre 0m22G).  Il  représente  un  vieillard  debout,  nimbé, 
revêtu  du  pallium,  tenant  dans  la  main  gauche  un  volume 
dont  la  couverture  est  ornée  d'une  croix.  A  gauche  du 
personnage,  on  voit,  parmi  les  dattiers,  un  édifice  dont 
la  coupole  est  surmontée  d'une  croix.  La  légende  porte 
ces  mots  :  +  ATIC  AGHNOrii»;  saint  Athénogènes. 
Peut-être  une  église  ou  un  oratoire  lui  était-il  dédié  à 
Alexandrie  '. 

III.  CATACOMBES.    —  /.   I.A   CATACOMBE   CHRÉTIENNE  DE 

kabmouz.  —  Le  plateau  rocailleux  qui  se  trouve  entre 
les  villages  de  Karmoûz  et  de  Minet-el-Bassal  derrière  le 
Sérapéum  a  été  jadis  occupé  par  des  catacombes  chré- 
tiennes dont  le  réseau  s'étendait  profondément  dans  le 
roc  et  offrait  un  grand  nombre  de  ramifications.  Ces  cou- 
loirs ont  été  saccagés  pour  permettre  l'exploitation  des 
pierres  ;  une  chapelle  que  nous  décrirons  a  eu  le  même 
sort,  on  ne  pourrait  en  retrouver  la  trace  qu'à  grand'- 


parfôis,  au  lieu  d'un  puits,  on  rencontre  un  couloir  à 
plan  incliné.  Le  puits  était  le  plus  souvent  circulaire, 
niais  quelquefois  carré  et  bâti  en  briques  ou  en  pierres 
avec  des  échancrures  ménagées  en  guise  d'échelons 
par  le  moyen  desquels  les  fossoyeurs  descendaient  pour 
opérer  les  sépultures.  Quand  l'urne  contenant  le  cadavre 
ou  ses  cendres  était  introduite  dans  la  chambre  funéraire 
creusée  horizontalement  dans  la  masse  du  rocher,  le 
fossoyeur  remontait  et  comblait  le  puits  avec  de  la  terre, 
des  éclats  de  pierre,  du  sable  ou  des  tessons  de  poteries. 
Les  chambres  funéraires  étaient  le  plus  souvent  uni- 
ques, quelquefois  cependant  elles  pouvaient  recevoir 
plusieurs  cadavres.  Elles  avaient  ordinairement  trois 
mètres  de  longueur  sur  deux  de  largeur,  elles  étaient 
décorées  avec  une  grande  simplicité.  Dans  un  coin  de  la 
voûte  et  du  côté  opposé  à  l'entrée,  on  pratiquait  une 
ouverture  circulaire,  un  soupirail  communiquant  avec 
la  surface  du  sol  et  donnant  à  l'air  atmosphérique  un 


277.  —  Coupe  de  la  catacombe  de  Karmoûz. 
D'après  Bullettino  di  archeol.  crist.,  1865,  pi.,  fig.  2. 


peine.  L'origine  chrétienne  de  ces  catacombes  ne  fait 
pas  de  doute;  on  y  trouve  des  lampes  en  terre  cuite  or- 
nées de  la  croix  ansée  qui,  malgré  cette  particularité  ca- 
ractéristique du  rite  égyptien,  offrait  un  type  cruciforme 
encore  assez  reconnaissable  pour  avoir  été  adapté  par  les 
fidèles  à  la  commémoraison  du  Christ;  les  fioles  et  fla- 
cons en  terre  cuite  fine  et  en  verre  qu'on  rencontre  dans 
les  sépultures  païennes  sont  remplacées  ici  par  des  am- 
poules à  l'effigie  de  saint  Menas  (voir  Ampoules),  on  y  a 
relevé  en  outre  quelques  monnaies  de  bronze  à  l'effigie  de 
Constantin  et  représentant  l'apothéose  de  l'empereur  qui 
monte  au  ciel  dans  un  quadrige.  Rien  dans  l'architec- 
ture des  catacombes  chrétiennes  ne  diffère  des  procédés 
suivis  dans  les  sépultures  païennes.  Nous  y  rencontrons 
une  disposition  ancienne  et  qui  parait  avoir  été  répan- 
due dans  les  pays  de  sol  lithique,  principalement  en 
Orient.  Ce  sont  des  puits  creusés  verticalement  et  qui 
aboutissent  à  une  ou   plusieurs   chambres  funéraires; 

1  G.  Botti,  Steli  cristiane  d'epoea  bizantina  esistenli  nel 
museo  di  Alcssandria  (Eyitto),  dans  Bessarione,  1900,  t.  iv, 
p.  243,  n.  4;  le  même,  Fouilles  dans  le  Céramique  d'Alexan- 
drie, dans  le  Bull,  de  la  Soc.  archéol.  d'Alexandrie,  1902, 
fasc.  4,  p.  100,  n.  77.  Nous  ne  pouvons  omettre  de  mentionner  une 
terre  cuite  blanchâtre  ayant  formé  la  partie  supérieure  d'une 
lampe.  Au  centre,  on  voit  quatre  croix  d'un  travail  très  médiocre 
et  en  lit  la  légende  circulaire  ainsi  conçue  :  TOY  ATIOY 
ICIAG0POC.  La  technique  porte  tous  les  caractères  des  pro- 
doits  sortis  des  officines  dohair^s  d  Alexandrie  .  on  peut,  .1  aprds 


libre  accès  dans  le  caveau.  La  figure  ci-contre  a  été 
donnée  par  Renan  pour  représenter  le  même  système 
d'aération  employé  en  Phénicie,  à  Gébeil;  elle  ne  repré- 
sente aucun  caveau  en  particulier,  mais  elle  en  offre  en 
quelque  sorte  l'idéal  (fig.  276). 

Les  chambres  funéraires  ainsi  obtenues  étaient  pour- 
vues de  loculi,  sortes  de  baies  oblongues,  entaillées  dans 
la  profondeur  du  roc,  destinées  à  recevoir  les  cadavres. 
Nous  donnons  ici  tous  les  plans  et  coupes  qui  ont  été 
publiés  sur  la  chapelle  catacombale  d'Alexandrie,  puisque 
de  cette  relique  archéologique  «  si  belle  et  si  remar- 
quable pour  l'histoire  de  l'art  chrétien  en  Egypte,  il  ne 
reste  plus  rien  aujourd'hui.  Tout  a  disparu,  peintures 
et  inscriptions;  même  le  double  et,  quelque  part,  le 
triple  enduit  du  revêtement  des  parois  a  été  gratté  et  les 
moulures  ont  été  martelées  pour  faire  place  aux  grif- 
fonnages et  aux  noms  des  visiteurs  »  -  (fig.  277;. 

On  descend  à  l'intérieur  par  un  escalier  à  voûte  cin- 

ce  débris,  pressentir  du  culte  d'un  saint  Isidore  et  d'un  édilice 
consacré  à  ce  saint.  G.  Botti,  op.  cit.,  1902,  p.  102,  n.  89.  — 
-T.  D.  Néroutzos  bey,  op.  cit.,  p.  41  ;  Bull,  de  l'Institut  égyp- 
tien, 1874-1875,  t.  xill,  p.  211  sq.  Une  description  assez  peu  exacte 
de  la  catacombe  a  été  faite  par  Th.  Dalfi,  Descrizione  d'Alessan- 
driaantica  e  moderna,  et  publiée  par  G.  Lumbroso,  Atti  délia 
B.  Accademia  dei  Lincei,  1879,  t.  m,  p.  553  sq.  ;  ('..  Wescher, 
dans  les  Archives  des  mission*  scientifiques  et  littéraires, 
série  II,  1. 1,  p.  190;  V.Schultze,  Die  Kutakomben.  Die  ait  christ- 
lichen  Grabstatten,  in-8%  Leipzig,  1882,  p.  282. 


1127 


ALEXANDRIE    (ARCHEOLOGIE: 


1128 


trée,  comptant  vingt-quatre  degrés.  On  pénètre  dans  la 
catacornbe  par  la  direction  du  sud  au  nord  et  on  est 
introduit  en  quittant  l'escalier  dans  l'angle  sud-est1  de 
la  chambre  centrale  de  la  catacornbe.  Cette  chambre  est 
de  plain-pied  avec  les  autres  parties,  qui  sont  une  salle 
carrée  pourvue  de  trois  niches  creusées  dans  le  roc, 
formant  trois  chapelles  distinctes,  et  une  longue  galerie 
voûtée  dans  laquelle  trente-deux  loculi  sont  entaillés 
sur  deux  rangs  superposés  (Cg.  278). 


278.  —  Plan  de  la  catacornbe  de  Karmoûz. 
D'après  Bullet.  di  arch.  crist.,  1865.  pi. 

1»  Le  vestibule.  —  C'est  ici  à  proprement  parler  la  cclla 
mémorise,  le  lieu  de  réunion  des  confrères  associés  ou 
des  membres  de  la  famille  aux  jours  de  la  célébration 
des  repas  funéraires.  Les  dimensions  ne  permettaient 
pas  la  présence  d'une  assemblée  bien  nombreuse.  La 
chambre  mesure  six  mètres  de  longueur,  de  l'ouest  à 
l'est,  et  quatre  mètres  de  largeur,  du  sud  au  nord. 
L'abside  G  fait  face  à  la  galerie  des  tombeaux;  cette 
abside,  creusée  dans  la  partie  ouest,  est  d'une  ordon- 
nance simple  et  élégante.  L'hémicycle  est  taillé  de  façon 
à  offrir  un  exèdre  ou  banc  semi-circulaire  destiné  à 
servir  de  siège.  Tout  autour,  à  moitié  de  la  hauteur  se 
développe  une  Irise  peinte;  la  concha  modelée  en  plâ- 
tre présente  des  ornements  en  relief  et  une  rosace  épa- 
nouie en  forme  de  coquillage,  contrairement  à  ce  qui  se 
lit  à  l'époque  postérieure2. 

2°  La  frise  de  l'abside.  —  La  frise  de  l'abside  esl  un 
des  plus  précieux  débris  de  l'art  primitif  des  chrétiens. 
Les  peintures  datent  peut-être  du  m1  siècle,  elles  com- 
portent plusieurs  scènes  que  nous  allons  décrire  (lig.  279). 


*  Dans  l'angle  sud-est  du  vestibule  se  trouve  un  autre  couloir 
désigné  par  N  sur  notre  plan  (fig.  278).  Celui-ci  ne  compte  que 
douze  degrés  et  se  dirige  en  un  sens  opposé  à  celui  du  couloir 
d'enU'ée,  c'est-à-dire  du  nord  au  sud,  ensuite  il  se  tourne  à 
droite  et  se  perd  dans  des  souterrains  plus  profonds  et  inaccessi- 
bles. C.  Wescher  dit  que  cet  escalier  «  aboutit  à  une  porte  mu- 
rée qu'il  ne  m'a  pas  été  donné  de  pouvoir  faire  démolir  ».  Bull. 
di  arch.  crist.,  -1865,  p.  59.  M.  Bayet  écrit  à  ce  propos  :  a  II  me 
parait  presque  certain  que,  le  jour  où  elle  sera  renversée  (la  mu- 
raille), on  pénétrera  dans  d'aatres  galeries.  Je  n'ai  jamais  pensé 
sans  envie  au  trésor  de  documents  de  toute  sorte  qui  se  cachent 
peut-être  derrière  ce  pan  de  mur.  »  Recherches  sur  P  histoire  de 
la  peinture  et  de  la  sculpture  ohrétiennes  en  Orient  avant  la 


a.  Scène  de  gauche.  —  Trois  inscriptions  désignent 
le  sujet  d'une  façon  qui_exclut  toute  erreur.  Le  Christ 
debout,  avec  le  sigle  IC  ;  cette  figure  est  une  des  plus 
détériorées.  Jésus  faisait  probablement  le  geste  de  la  bé- 
nédiction, mais  malgré  le  soin,  ou  bien  à  cause  de  ce  soin, 
que  l'on  prit  de  repeindre  cette  ligure  à  une  époque 
postérieure,  elle  a  presque  complètement  disparu.  A 
côté  du  Christ  on  voit  les  traces  de  deux  autres  figures 
devenues  indistinctes,  l'une  d'elles  porte  la  légende  : 
H  ATIA  ||  MAPIA3;  à  l'extrémité  opposée  de  la  scène  on 
lit  au-dessus  d'une  seule  figure  subsistante  :  TTAIAIA, 
«  les  serviteurs4.  »  Les  figures  les  mieux  conservées 
composent  un  groupe  d'hommes  et  de  temmes  assis  sur 
le  sol  et  faisant  un  repas.  Deux  femmes  étendent  la 
main  vers  un  plat;  elles  portent  un  vêtement  blanc  in- 
diqué par  de  légers  traits  qui  témoignent  d'une  sorte 
d'élégance.  Une  tète  seule  subsiste,  d'une  facture  déli- 
cate, offrant  des  traits  réguliers  et  un  visage  agréable. 
Une  troisième  lemme  esl  vue  de  dos,  et  paraît  à  demi 
nue,  elle  se  tourne  vers  les  convives  et  le  dessin  du 
torse  est  d'un  bon  modelé,  la  partie  inférieure  du 
corps  est  enveloppée  d'une  draperie  rouge.  Les  autres 
convives  sont  trop  indistincts  pour  être  comptés.  Il  est 
certain  que  nous  avons  ici  une  représentation  des  noces 
de  Cana. 

p.  Scène  centrale.  —  Un  arbre  sépare  cette  scène  de 
la  précédente.  Celle-ci  représente  la  multiplication  des 
pains  et  des  poissons.  Le  Christ  occupe  le  milieu,  il  est 
assis  sur  un  siège  recouvert  d'un  coussin,  toutefois  nous 
ne  serions  pas  éloigné  de  penser  que  ce  n'est  là  qu'un 
repeint  de  l'époque  byzantine;  le  personnage  peut  aussi 
facilement  être  cru  debout  qu'assis  et  il  est  même 
probable  que  le  peintre  primitif,  encore  voisin  îles  ar- 
tistes de  l'école  d'Alexandrie,  aurait  assis  la  ligure  d'une 
manière  autrement  savante  au  lieu  de  lui  donner  une 
posture  malaisée  à  concevoir,  ce  qui  est  bien  le  tait  d'un 
byzantin.  Si.  par  la  pensée,  on  supprime  le  trône  et  le 
coussin,  le  Christ  devrait,  s'il  s'assoit,  se  trouver  sans 
équilibre,  or  il  n'en  est  rien.  Cette  figure  a  été  encore 
défigurée  de  son  type  primitif  par  l'addition  d'un  nimbe 
crucifère,  altération  du  VIe  ou  du  vne  siècle.  Aux  pieds 
du  Christ  sont  les  douze  corbeilles  qui  recueilleront 
les  restes  du  pain  miraculeux.  A  l'orifice  de  chaque  cor- 
beille on  voit  un  ponts  decussatus.  Deux  apôtres  s'ap- 
prochent de  .lésus  avec  empressement.  Celui  de  droite 
est  désigne  TT£TPOC,  celui  de  gauche  ANAPG  [  AC. 
La  figure  du  premier  a  beaucoup  souffert;  l'apôtre  était 
imberbe,  son  geste  devait  être  la  réplique  de  celui  de  la 
figure  qui  fait  vis-à-vis;  sans  doute  il  présentait  les 
pains,  puisque  saint  André  présente  deux  poissons  sur 
un  plat.  Saint  André  est  vêtu  d'une  longue  tunique 
blanche  et  d'un  manteau  qui  flotte  derrière  lui.  La  tête 
esl  entourée  du  nimbe  carré,  si  toutefois  il  faut  donner 
celle  interprétation  à  des  traits  de  teinte  grisâtre  d'une 
explication  malaisée.  Cette  ligure  de  l'apôtre  André  a  du 
mouvement  et  semble  pouvoir  être  comparée  avec  les 
meilleurs  morceaux  des  catacombes  romaines,  l'n  arbre 
tei-mine  la  scène,  il  est  d'un  bon  dessin,  rapide  et  net. 
Son  mouvement  parait  s'accorder  avec  la  direction  du 
vont  ipi i  soulève  le  manteau  de  l'apôtre. 


querelle  dex  Iconoclastes,  in-8\  Paris,  1870,  p.  18;Gerrucct, 
Storia  dell'  aile  cristiana,  in-fol.,  Prato,  1873,  pi.  105  b.  — 
tC.  Bayet,  op.  cit..  p.  19  :  On  rencontre  des  exemples  de  ce 
système  de  décoration  à  une  place  analogue  dans  les  cry| >ti 
inaines;  Bosio,  Roma  sotterranea.  in-iol.,  Roma,  16 
M.  Armellini,  Scoperta  délia  cripta  <ii  sauta  Emerenaian*, 
1877,  p.  38,  40.  41.  »  —  SC.  Wescher  et  T.  D.  Néroutzos  donnent 
la  transcription.  MAPIA.  »:.  Bayet  denne  MAPA.  Kn  regar- 
dant de  très  près  la  planche  en  couleurs  du  Bullettino  di  ai- 
cheol.  cristiana,  1886,  on  croit  reconnaître  que  la  première 
leçon  est  mieux  fondée,  —  *  Dans  cette  scène  les  inscriptions 
sont  en  couleur  noire,  dans  les  scènes  suivantes  en  couleur 
rouge. 


4129 


ALEXANDRIE    (ARCHEOLOGIE 


1130 


y.  Scène  de  droite.  —Trois  personnages  sont  couchés, 
ils  mangent  à  la  manière  antique.  La  scène  est  toute 
champêtre,  elle  est  ombragée  d'arbres.  Les  figures  ont 
beaucoup  souffert;  au-dessus  de  la  scène  on  lit  : 

TAC  CYAOriAC  TOY  XY" 

eceioNTec 

Ta;  EÛXoyfa;  tov  Xp;<TToû  èt8(ovte;,  «  mangeant  leseu- 
logies  du  Christ.  » 
Nous  avons  ici  l'image  complète  du  dogme  eucharis- 


d'une  inspiration  identique  à  Rome  et  à  Alexandrie.  Les 
rapports  politiques  entre  la  capitale  de  l'Egypte  et  la 
capitale  de  l'Empire  étaient  loin  d'être  uniformément 
amicaux.  Une  révolte,  un  massacre,  un  déni  de  justice 
criant,  un  préjudice  notable  venaient  périodiquement 
tendre  les  relations  ;  malgré  cet  état  d'hostilité  fréquente 
et  d'antagonisme  latent,  malgré  les  prétentions  intel- 
lectuelles de  supériorité,  très  justifiées  de  la  part  des 
Alexandrins,  nous  voyons  que  la  communauté  chrétienne 
se  trouvait  en  union  de  foi  et  d'interprétation  de  sa  foi 


'-     -    "     "       «U-e"     '■"    "      "       ,",,^,-a.^-Wt*-'""1"1    " -"^JJ-'.'M-: 


279.  —  Frise  de  l'abside.  D'après  Bullet.  di  archeul.  cnst.,  1805,  pi.,  fig.  5. 


tijue.  Il  est  remarquable  que  ces  trois  scènes,  dont  le 
sens  figuratif  du  sacrement  a  été  'reconnu  de  bonne 
heure,  n'aient  pas  été  réservées  pour  la  chapelle  de  la 
catacombe,  mais  qu'on  les  ait  représentées  dans  la  salle 
d'agape.  On  peut  y  voir  une  confirmation  de  l'étroite 
connexion  que  nous  avons  pensé  reconnaître  entre  le 
repas  eucharistique  et  le  banquet  funèbre  tel  qu'il  a  été 
pratiqué  par  les  fidèles.  Trois  figures  de  l'eucharistie 
semblaient  ainsi  placées  auprès  des  convives  pour  les 
faire  souvenir  de  la  haute  dignité  de  l'agape  et  de  son 
sy  ubolisme.  Ceux  qui   participaient  à  l'agape  commu- 


avec  la  communauté  de  Home.  Un  aspect  très  intéres- 
sant de  cette  interprétation  symbolique  c'est  la  rencontre 
à  Alexandrie  de  deux  scènes  destinées  à  représenter,  sous 
une  forme  très  vive,  la  transsubstantiation  de  l'élément 
solide  et  de  l'élément  liquide  qui  entrent  dans  la  com- 
position de  l'eucharistie.  La  scène  qui  nous  montre  le 
miracle  de  Cana  est,  dans  la  pensée  de  certains  Pères,  une 
figure  du  changement  du  vin  au  sang  de  Jésus-Christ1, 
comme  le  miracle  de  la  multiplication  des  pains  au  dé- 
sert était  une  figure  de  l'inépuisable  changement  du 
pain   au  corps  du  Sauveur.  Les  sarcophages   chrétiens. 


niaient  invisiblement  au  repas  de  l'âme  à  son  entrée 
dans  le  paradis.  Ils  s'associaient  à  sa  joie  par  la  pra- 
tique d'une. action  semblable;  mais  ce  repas  de  l'âme 
n'était  que  la  réalisation  partaite  du  repas  eucharistique  : 
«  Celui  qui  mange  ma  chair  et  qui  boit  mon  sang,  vivra 
éternellement.  »  On  voit  combien  toutes  ces  pensées  pré- 
occupaient les  chrétiens.  Il  n'est  pas  possible  aujour- 
d'hui de  reconstituer  le  détail  de  leurs  pieux  rapproche- 
ments, mais  les  monuments  nous  laissent  pressentir  la 
direction  générale  de  leurs  pensées. 

Ce  qui  est  très  important  pour  l'histoire  de  la  symbo- 
lique primitive,  c'est  de  la   voir   faire   usage  de   types 


'  S.  Cyrille  de  Jérusalem,  Catecliesis  xxn,  n.  2,  P.  G.,  t.  xxxm, 
col.  1097.  Cf.  S.  Augustin,  Tract.  inJohamiem.  tr.  VIII,  1,  3, 
P.  L.,  t.  xxxv,  col.  1450,  où  l'on  nous  dit  que  l'époux  de  Cana 
était  la  figure  du  Christ  en  ce  sens  que  les  noces  étaient  la  figure 


témoins  d'un  art  figé  et  immuable ,  nous  offrent 
un  certain  nombre  de  ces  représentations  symbo- 
liques également  rapprochées  l'une  de  l'autre  ou  mises 
en  parallèle,  avec  une  intention  symbolique  évidente2 
(fig   280). 

La  fresque  d'Alexandrie  serait  un  des  très  rares  exem- 
ples d'une  interprétation  symbolique  rapprochée  de  son 
type.  La  succession  du  miracle  de  Cana,  du  miracle  de 
la  multiplication  et  des  fidèles  attablés  mangeant  «  les 
eulogies  du  Christ  »  ne  laisse  aucun  doute  sur  ce  sym- 
bole. On  pourra  se  demander  si  cette  troisième  scène, 
représentant   ceux    qui   se  rassasient  des    eulogies  du 

de  l'eucharistie,  festin  que  le  Christ  donne  à  ses  amis.  —  a  E.  La 
Blant,  Étude  sur  les  sarcophages  chrétiens  antiqves  de  la  ville 
d'Arles,  in-fol.,  Paris,  1878,  p.  9,  n.  vu,  pi.  v;  p.  10,  n.  vui, 
pi.  vt  :  d.  41.  n.  xxxn,  pi.  xxv. 


1131 


ALEXANDRIE   (ARCHÉOLOGIE) 


1132 


Christ  vise  immédiatement  le  repas  de  la  multitude  au 
déserl  ou  bien  les  réunions  eucharistiques  des  fidèles  et, 
sous  ce  nom,  nous  comprenons  l'agape  avec  les  réserves 
et  distinctions  que  nous  avons  formulées  en  traitant  ce 
sujet  I. 

Rien  dans  la  fresque  ne  nous  porte,  semble-t-il,  à 
r.dopter  un  sentiment  plutôt  que  l'autre.  Si  nous  nous 
reportons  au  texte  historique,  il  est  dit  que  lors  de  la 
m  implication  des  pains  Jésus  fit  asseoir  la  foule  sur 
l'herbe,  sîri  toû  y_°PTOu2>  rjv  8È  /ôpToç  tto).vç  èv  x(ii  tôtko  3, 
ceci  rappellerait  plutôt  la  mise  en  scène  de  la  fresque 
que  la  célébration  de  l'eucharistie  ou  de  l'agape  qui,  dès 
le  début,  s'est  faite  dans  les  maisons,  x).fi>vre;  xoct'oîxov 
âpTov  *,  ou  du  moins  dans  des  lieux  fermés,  car  on  n'a 
aucun  témoignage  d'une  pratique  contraire.  Si,  d'une 
part,  la  scène  champêtre  invite  à  voir  une  allusion  im- 
médiate au  repas  de  la  foule  dans  le  désert,  l'inscription 
qui  explique  la  scène  parait  plutôt  désigner  une  réu- 
nion eucharistique.  Dans  la  terminologie  du  Nouveau 
Testament  EÙXpyta  a  une  signification  précise;  il  marque 
la  bénédiction,  l'action  de  grâce,  enfin  le  bienfait  de 
Dieu  qui  provoque  ces  démonstrations.  Dans  les  Evan- 
giles eù/.oyeTv  et  vjya.piaxtTv  sont  employés  clans  le  récit 
de  la  multiplication  des  pains  et  de  l'institution  de  l'eu- 
charistie5. Saint  Paul  désigne  le  calice  du  sang  du  Sei- 
gneur sous  le  nom  tb  itor^ptov  tïjç  eOXoyia;6.  A  Alexan- 
drie particulièrement,  nous  voyons  par  les  écrits  de 
6aint  Cyrille  que  le  terme  sùXoyta  était  employé  pour 
désigner  les  espèces  eucharistiques".  Mais  ce  même  mot 
s'appliquait  aussi  aux  pains  bénits  qui  étaient  en  quel- 
que sorte  l'image  de  l'eucharistie  et  qui  pouvaient  se 
consommer  en  dehors  de  toute  participation  à  une  assem- 
blée liturgique.  Dès  lors,  on  n'a  aucune  raison  d'appli- 
quer la  scène  ni  l'inscription  à  un  repas  eucharistique 
ou  à  une  agape,  mais  il  ne  fait  pas  l'ombre  d'un  doute 
que  l'application  d'un  terme  passé  dans  l'usage  pour 
designer  le  repas  sacramentel  ou  1'  «  eulogie  »,  à  la  dis- 
tribution des  pains  donnés  au  peuple  par  Jésus  établisse 
un  symbolisme  voulu  entre  la  scène  représentée  et  celle 
qu'elle  signifiait. 

L'idée  d'une  compénétration  du  symbole  et  de  sa  réa- 
lisation a  dirigé  celui  qui  a  conçu  la  décoration  de  l'ab- 
side de  la  catacombe,  nous  en  avons  un  nouveau  témi  i- 
gnage  dans  le  groupe  central.  Si  l'on  s'en  tient  au  texte 
évangélique,  c'est  André  et  Philippe  qui  interviennent 
dans  le  miracle  de  la  multiplication  des  pains  >;  or  dans 
la  fresque  on  a  écarté  le  nom  de  Philippe  pour  lui  sub- 
stituer celui  de  Pierre.  Manifestement,  il  y  a  ici  la  pensée 
de  rendre  hommage  au  prince  des  apôtres;  peut-être 
même  a-l-on  voulu  rappeler  sa  primauté  doctrinale  et 
hiérarchique  et  son  rôle  de  chef  de  la  foi  des  autres 
apôtres  et  du  peuple  chrétien  suivant  la  parole  de 
Jésus:  xa't  erJ  tiote  ETrcarpÉ'J/ai;  <rrr,pi<Tov  to'j;  àîeXipo'j; 
ffov9,  «  pour  toi.  quand  tu  seras  converti,  confirme  tes 
frères  dans  la  foi.  »  On  s'explique  alors  que  le  chef  du 
sacerdoce  chrétien  ait  été  choisi  de  préférence  à  tout 
autre.  Cette  licence  prise  avec  le  texte  est  d'autant  plus 
significative  que  l'évangéliste  saint  Marc  o'apparalt  pas 
dans  ce  groupe  où  on  aurait  pu  s'attendre  à  le  rencon- 
trer s'il  ne  s'était  agi  pour  l'artiste  que  de  satisfaire  la 
piété  ou  les  légendes  locales.  C'est  donc  ici  un  com- 
mentaire du  texte  évangélique  qui  offre  une  réelle 
importance,  bien  qu'aucun  exégéte,  à  notre  connais- 
sance,   n'en    ait    encore    tiré    parti,    tant    l'étude    des 

•Col.  775  sq.  —  «  Matth.,  xiv.  18.  —  3  Joa.,  VI,  10.  -  »Act.,  n. 
46.  -  "Matth..  xiv,  19;  xv,  36;  XXVI,  26,  27  ;  Marc,  VI,  41;  XIV, 
22,  23;  Luc,  ix,  16;  xxn,  19;  Joa.,  VI,  11.  —  "I  Cor.,  X,  16.  — 
'  Suicer,  Thés,  eccl.,  in-fol.,  Amstelaedami,  1728,  t.  i,  p.  1248,  au 
mot  lùXnyin.  En  Egypte  particulièrement,  ce  terme  eulogia  servait 
à  désigner  l'eucharistie  par  antonomase.  Cf.  A.  Giorgi,  Fiagnien- 
tum  evanaelii  S.  Johannis  grseco-copto-tlieliuic u m  seculi  rr, 
in-V,  Rompe,  !789,  p.  845-346.  —  Moa.,  vi,  5,  7.  8  -  •  Luc.  x\n, 
32.  Cf.  S.  Léon,  Sernw,  tu,  2,  P.  I.  ,  t.  i.i\ .  cul   Mo  :  Cum  (Petrus) 


sources  monumentales  est  encore  généralement  négligée. 

Peut-être  est-il  possible  d'aller  plus  loin.  La  substitu- 
tion de  Pierre  à  Philippe  montre  que  dans  la  pensée  de 
l'artiste  il  s'agissait  beaucoup  moins  de  la  multiplication 
des  pains  que  du  sacrement  qu'elle  figurait  ;  dès  lors, 
l'apôtre  est  censé  présenter  au  Christ  les  oblats  eucha- 
ristiques, et  c'est  en  effet  la  doctrine  des  Pères  du 
IVe  siècle  que  le  ministère  exercé  par  les  apôtres  était  le 
type  de  celui  des  prêtres  dans  l'administration  de  l'eu- 
charistie aux  fidèles.  Il  est  curieux  de  rapprocher  les 
textes,  ne  fusse  que  pour  voir  combien  ils  sont  clairs  : 
Ka'i  ['Iïjitoûç]  xXâaaç.  èStoxsv  toi;  p.a6r(-:aï;  to'j;  ap-ro-j;, 
o't  ôÈ  {ia6r)ioù  toÏç  6'yXoi;10.  «  Jésus  rompit  les  pains,  et 
les  donna  à  ses  disciples,  et  ses  disciples  les  distribuè- 
rent au  peuple.  »  Dans  les  Actes,  nous  passons  du  sym- 
bole à  la  réalité  :  IIpçxa).£o-â|j.£vo;  5È  oi  8o>Ô£xa  tb  à'/rfio^ 
Tûv  (j.a9r)xù)V  eiTTïv  oùx  àpE<TTOv  in-'.'/  r;ai:  xa?aXec<|javTa$ 
TbvXôyovxoû  ©joO  SiaxovEîvTpoméÇat;1'.  t  Les  douze  apô- 
tres ayant  assemblé  tous  les  disciples  leur  dirent  :  Il 
n'est  pas  juste  que  nous  laissions  la  parole  de  Dieu  pour 
servir  aux  tables,  »  tellement  ce  ministère  était  devenu 
absorbant  et  spécial  aux  apôtres.  Et  saint  llilaire  de 
Poitiers  dit  très  exactement,  on  le  voit,  en  parlant  du 
ministère  exercé  par  les  apôtres  lors  de  la  multiplica- 
tion des  pains  :  Nomtum  enim  concessum  (Mis)  erat 
ad  vitse  œternx  cilium  cxlestem  paneni  perficere  ac 
minïstrare1*;  saint  Ambroise  ditde  même  :  In  apostolo- 
rum  ministerio  futura  divisio  Dominiei  corporis  sa>i>- 
guimsqiir  p>  œrnissa13. 

On  sait  que  les  Évangiles  nous  ont  conservé  le  récit 
de  deux  scènes  différentes  de  la  multiplication  des 
pains1».  Les  artistes  chrétiens  dont  les  ouvrages  nous 
sont  parvenus  ont  agi  assez  librement,  suivant  leur 
habitude,  avec  le  texte  :  tantôt  ils  représentent  huit  cor- 
beilles15, tantôt  sept,  tantôt  douze.  La  fresque  d'Alexan- 
drie montre  les  douze  corbeilles  et  ce  point  doit  être 
rapproché  d'un  poème  sybillin,  d'origine  alexandrine, 
qui  nous  invite  à  penser  que  la  scène  où  il  est  question 
des  douze  corbeilles  était  plus  généralement  adoptée 
par  les  fidèles  d'Alexandrie  pour  le  symbolisme  eucha- 
ristique. 

AiiSexa  TrXr.po'io-ei  xospé/o'j;  el;  TtapBîvov  à-fv^v  l6. 

Au  point  de  vue  de  la  composition,  la  fresque  est 
pleine  d'intérêt.  L'art  y  est  plus  naturel  et  plus  libre  qu'à 
Rome.  L'anatomie  de  la  femme  à  demi  nue  laisse  fort 
loin  en  arrière  les  Jonas  des  catacombes;  la  scène  otfre 
un  nombre  assez  considérable  de  personnages,  celle  des 
noces  de  Cana  n'a  rien  omis  de  ce  que  le  texte  récla- 
mait ;  ce  qui  montre  un  artiste  assez  à  l'aise  dans  son 
talent  pour  remplir  le  cadre  suivant  un  programme  in- 
terprété librement,  mais  sans  éliminations.  Les  deux 
scènes  de  droite  et  de  gauche  donnent  l'impression,  si 
rare  parmi  les  fresques  romaines,  d'un  sujet  réaliste 
traité  avec  le  goût  et  le  sentiment  de  la  nature.  Les 
figures,  les  attitudes,  les  mouvements,  sont  bons,  ils 
témoignent,  autant  qu'on  en  peut  juger,  d'une  certaine 
science.  La  symétrie  de  la  composition  dans  son  en- 
semble et  celle  de  la  scène  centrale  prise  en  particulier 
n'ont  rien  de  guindé;  il  est  évident  que  le  choix  des 
sujets  et  leur  interprétation  sont  voulus,  parce  que 
l'habileté  de  l'auteur  lui  eût  permis  une  autre  disposi- 
tion. «  11  est  difficile  de  prétendre  juger  une  école 
d'après  une    œuvre    isolée    et   dégradée'   cependant    la 

multa  sotus  acceperit,  nihil  foi  quemquam  si>ie  illius  partici- 
pation? transita.  —  ,0 Matth., xrv,  18.  Cf. Luc,  i\.  16.  —  «AcL, 
vi,  2.  —  '* Comment,  in  Matth.,  w,  10,11,  P.  L.,tix,  col.  1000. 
—  '» Comment  foi  Lucam,  >..  80-88,  P.  /...  t.  xv.  ooL  1776 
'»  L'une  d'elles  est  rapportée  seulement  par  suint  Matthieu,  w, 
36  sq.,  l'autre  par  tous  ics  évangélistes,  Matth..  xiv.  40;  Marc,  vin, 
1;  Luc  i\.  L4;  Jean,  vi,  10.  — '"Pitra,  Spicil.  Si  ln-4», 

Taris.  1855,  t.  iu.pl.  u.  a.  1.  2.—  "  Carmina sybillina,  1. 1.  vs.339. 
Cf.  Garrueci,  Mélanges  dtépigraphie,  in-4     Paris,  1856,  ; 


1133 


ALEXANDRIE    (ARCHÉOLOGIE) 


1134 


fresque  que  nous  venons  d'étudier  donne  une  idée  très 
favorable  de  la  peinture  chrétienne  à  Alexandrie  '.  » 

3°  Les  peintures  des  parois.  —  Le  vestibule  pré- 
sente d'autres  ligures  peintes.  La  paroi  /(,  entre  les  deux 
couloirs,  présente  l'ombre  d'une  ligure  plus  grande  que 
nature,  nimbée  d'une  auréole  jaunâtre;  on  dislingue  la 
légende  :  O  ATI  OC  KWB  WWBC,  peut-être  :  ô  àyio; 
KovoTavTivo;.  Des  deux  côtés  de  l'abside  sont  peints  deux 
apôtres  nimbés  avec  auréole  jaunâtre,  on  lit  les  noms  : 
BAPOOAOMAIOC  du  côté  gauche  et  IAKCÛBOC  du 
côté  droit.  Au-dessus  de  la  figure  de  gauche  on  voit  une 
autre  figure  mal  conservée,  avec  ces  mots  :  O  ATIOC 
ICOANNHC;  au-dessus  de  la  figure  de  droite  la  réplique 
avec  inscription  O  ATIOC  MAPKOC.  Sur  la  face  des 
deux  .pilastres  qui  donnent  accès  de  la  cella  dans  la 
chapelle  on  voit  deux  figures  de  grandeur  naturelle 
(lig.  278,  c,  d).  L'une  d'elles  est  une  figure  d'ange  avec 
le  nimbe  et  les  ailes,  on  y  distingue  encore  la  légende 
suivante  : 


C0  4)IA  IC  XC 
L'autre  représente  un  personnage  appuyé  sur  un  bâ- 


281.  —  Personnage  debout. 
D'après  Dullet.  di  archeol.  crist.,  1865,  pi.,  fig.  6. 

ton;  au-dessous  on  ne  peut  lire  que  quelques  lettrée 
très  effacées  (fig.  281)  : 

PANOIC 
IBOCKC 

Sur  les  deux  jambages  intérieurs  de  l'arcade,  et  en 
face  l'une  de  l'autre,  on  voit  deux  autres  ligures  du 
même  type  nimbées  de  jaune.  Celle  de  gauche  porte 
l'inscription  ATIOCA-AKEP... -,  celle  de  droite  :  O 
TTPO[|ct>HTHC||iePeMIAC.  Toutes  ces  figures  isolées 
sont  du  VF  ou  du  vme  siècle. 

Dans  l'angle  nord-est  on  voit,  creusé  dans  le  sol,  un 
puits  quadrangulaire  qui  mène  au  sous-sol  et  conduit 
dans  deux  petites  chambres  funéraires  écroulées  et 
comblées.  Le  puits  présente  des  échancrures  en  forme 
d'échelons  et  est  recouvert  d'un  enduit  double  de  plâtre 
et  de  ciment.  Des  tuyaux  en  terre  cuite,  encastrés  avec 
du  ciment  dans  une  goulotte  creusée  elle-même  dans  le 
roc,  servaient  autrefois  de  soupirail  pour  la  ventilation 
de  ces  souterrains. 

La  salle  carrée  (fig.  278,  H)  prend  accès  sur  la  salle 
centrale  par  une  baie  de  forme  carrée  dont  les  angles 
sont  arrondis;  cette  chambre  mesure  quatre  mètres  de 
longueur  de  l'ouest  à  l'est,  sur  trois  mètres  et  demi  de 
largeur  du  sud  au  nord.   Elle  présente,  au  fond  et  sur 

1  T.  D.  Néroutzos  bey,  op.  cit.,  p.  43.  —  2  C.  Wescher  propo- 
sait de  lire  [l]  &•,',„;  £[*]«  KI?[Suv].  Cerdon  est  le  nom  d'un  pa- 


les deux  parois  latérales,  des  niches  creusées  dans  le  roc 
(lig.  278  I,  h,L)  et  voûtées  en  arc  de  cercle,  ce  sont  des 
arcosolia  d'une  forme  moins  usitée  que  la  voûte  en 
demi-circonférence  (fig.  282). 


282.  —  Arcosolium  de  la  salle  H. 
D'après  Bullet.  di  arch.  crist.,  1865,  p.  50. 

Chaque  niche  est  ornée  de  quelques  moulures  très 
simples  ;  les  peintures  sont,  pour  la  plupart,  très  en- 
dommagées et  on  ne  peut  s'en  faire  idée  qu'à  l'aide  de 
ce  qui  est  resté  visible  des  légendes.  Dans  les  endroits 
où  le  stuc  qui  porte  les  peintures  est  tombé  on  retrouve 
les  restes  d'une  ornementation  architecturale  qui  rap- 
pelle le  genre  préféré  par  les  anciens  à  l'époque  classique 
et  dont  il  existe  des  traces  bien  conservées  à  Rome, 
dans  le  cubiculum  d'Ampliatus.  Dans  Y  arcosolium  de 


283.  —  Pilastre  corinthien. 
D'après  Ballet,  di  arch.  crist.,  1865,  fig.  4. 

gauche  (fig.  283),  le  stuc  en  se  détachant  a  mis  à  nu 
deux  pilastres  corinthiens  d'un  beau  travail. 

C.  Wescher  a  constaté  que  le  stuc  se  compose  de 
deux  couches  distinctes,  superposées  l'une  à  l'autre,  d'où 
il  résulte  que  les  peintures  ainsi  que  les  inscriptions 
sont  d'époques  différentes.  C.  Bayet  attribue  au  Ve  siècle 
la  partie  de  la  décoration  qui  représente,  entre  autres 
sujets,  la  résurrection  du  Christ.  Dans  l'angle  delà  salle 
on  voit  d'abord  une  figure  de  saint  avec  une  légende 
presque  effacée  : 

mun  B.X 

C  XOC 

Probablement  [6  a]Y">[ç]  B[â]x/oç,  nom  d'un  martyr 
connu,  ensuite  on  distingue  une  croix  bien  byzantine 
(fig.  284). 

L'arcosoliiim  I  présente  à  gauche  une  fignre  debout 
avec  cette  légende  :  06OMAC||AnOCTO||..  C  ;  entre  cette 
ligure  et  la  suivante,  on  lit  un  reste  d'inscription  : 
eieZOKI||HAI«||THCIIi3.  La  peinture  laisse  voir  des 
soldats  accroupis,  deux  femmes  avec  cette  légende  : 
£IC^^||1I^14;  une  figure  ailée  et  assise  avec  cette  ins- 
cription :  ArreAOC||KY[p:oj];  plus  loin  une  figure 
presque    effacée    avec     l'inscription     Cl  M  00  N    O   KAI 

tiiarclie  d'Alexandrie.  —  3Peut-être:  FZiyir,'/..  —  4T.  D.  Néroutzos 
bey  parle  de  trois  temmes  et  lit  sans  hésitation  pvsuuf. 


1135 


ALEXANDRIE   (ARCHÉOLOGIE; 


1136 


TT6TPO[ç].  Il  est  certain  que  nous  avons  ici  la  scène 
des  saintes  femmes  au  tombeau,  mais  plusieurs  mo- 
ments chronologiquement  distincts  sont  réunis,  le  som- 
meil des  soldats  est  antérieure  la  résurrection,  tandis 


IC  \ 

K 

A 

V 

1 

NI 

./ 

KA 

284.  —  Croix  d'époque  byzantine. 
D'après  Bull,  di  arch.  crist.,  1865,  p.  59. 

que  la  visite  des  sr.intes  femmes  et  celle  de  Pierre  lui 
sont  postérieures.  On  a  ajouté  postérieurement,  proba- 
blement au  vie  ou  au  vne  siècle,  Isaïe  avec  cette  lé- 
gende :  HCAeiAC||rTPO<t>H  [t»|ç]j  à  droite,  deux  figures, 
l'une  debout,  l'autre  couchée  avec  ce  mot  :  AANIHA. 

L'arcosolium  K  présente  une  décoration  plus  impor- 
tante. A  droite  et  à  gauche,  les  figures  de  saints  avec 
leurs  légendes  :  HHAIAC  KO  '  et  :  O A[| Tl OC[| AAM I A | 
NOC.  Le  panneau  central  dans  lequel  on  avait  cru  voir 
la  Vierge  représente  bien  plus  certainement  Jésus-Christ 
Cette  peinture  nous  montre  dans  la  partie  supérieure 
Dieu  le  Père,  nimbé  d'une  auréole  triangulaire  bleuâtre; 
au-dessous  Jésus-Christ  représenté  dans  un  appareil 
dont  l'interprétation,  grâce  à  la  légende,  ne  souffre  pas 
de  difficulté.  On  lit  : 

eni  AcniAA  kai  ba 

CIAICKON  eniBHCH 

êtii  à<7~t'Sa  xx\  [3a<T'./;V/.ov  stuS^ctti,  qu'il  faut  évidem- 
ment compléter  ainsi  :  xa'i  xaTa7raTY)<i£t;  ),eovra  y.ot\ 
Spàxovra.  «  Tu  marcheras  sur  l'aspic  et  le  basilic  et  tu 
fouleras  aux  pieds  le  lion  et  le  dragon.  »  C'est  le  verset 
13  du  psaume  xc.  Néroutzos  bey  a  donné  un  dessin 
sur  l'exactitude  scrupuleuse  duquel  on  peut  former 
quelques  objections,  mais  qui  doit  être  fidèle,  quoique 
un  peu  trop  restitué  peut-être.  Nous  le  mettrons  en  face 
d'une  autre  représentation  inspirée  par  une  pensée 
analogue.  On  ne  peut  manquer  de  reconnaître  le  paral- 
lélisme ('vident  des  deux  compositions2.  Les  monuments 
anciens  représentent  Horus,  (ils  d'Osiris  et  d'Isis,  tenant 
à  pleines  mains  les  animaux  malfaisants  dont  il  est  vain- 
queur, serpents,  scorpions,  lézard,  gazelle,  lion.  Au-des- 
sus du  jeune  dieu  se  voit  le  masque  de  Bcss  à  la  face 
ridée,  à  la  barbe  ondo jante.  Les  légendes  qui  accompa- 
gnent ces  représentations  sont  conçues  dans  le  sens 
de  celle-ci,  que  nous  traduisons  :  «  Salut  à  toi,  dieu  (ils 
de  dieu...  Salut  à  toi,  Horus  issu  d'Osiris,  enfanté  par 
Isis  la  divine...  Ce  que  tu  as  demandé,  ton  père  a  voulu 
que  cela  te  fût  accordé.  La  sainteté  du  dieu  de  Sokhèm 
a  fait  ta  sauvegarde.  Toi  qui  as  eu  soin  de  clore  la 
bouche  de  tous  les  reptiles  afin  de  faire  vivre  les  hu- 
mains, de  tranquilliser  les  dieux  et  de  faire  triompher 

'  T.  D.  Néroutzos  bey  donne  :  O  ATIOC  KOCMAC. 
•Cette  représentation  a  été  donnée  d'une  manière  satisfaisante 
par  Maspero,  Histoire  ancionie  des  peuples  de  l'Orient  clas- 
sique, t.  i,  p.  215.  —  'Nous  hésitons  à  attribuer  à  un  des  person- 
nages en  particulier  la  légende  [X?iRi]av£v  IXitis  qui  surmonte  une 
figure.  Cf.  Gayet,  L'art  copte.  in-8\  Paris,  1902,  passim  ,H 
ven,  Ein  ùhristustypus  m  Buddhaflguren,  dans  Oriens  chri- 
Stianus,  1901,    t.   I,   p.  159-167.  —  *  E.  Révillout,  Apocryphes 


le  soleil  par  tes  invocations...  viens  à  moi  promptement, 
en  ce  jour:  repousse  loin  de  moi  les  lions  venant  de  la 
terre,  les  crocodiles  sortant  du  fleuve,  la  bouche  de  tous 
les  reptiles  sortant  de  leur  trou  ;  rends-les,  pour  moi, 
comme  de  petites  pierres  sur  la  terre,  comme  des  dé- 
bris de  vases  près  des  habitations  »  (fig.  285  et  286). 

Si  on  rapproche  ce  texte  de  celui  du  psaume  XC,  on 
s'explique  aisément  comment  un  artiste  égyptien  hanté 
par  le  milieu  artistique  de  son  pays  a  pu  concevoir 
de  Jésus-Christ  vainqueur  de  l'aspic  et  du  basilic  un 
type  si  peu  différent  de  celui  que  l'image  d'Horus  lui 
avait  fait  concevoir  d'un  personnage  vainqueur  des 
animaux  malfaisants.  Ce  n'est  pas  la  première  fois  que 
nous  notons  cette  pensée  de  substituer  des  types 
chrétiens  aux  types  païens  avec  une  minutie  de  dé- 
tails qui  semble  être  comme  un  décalque  de  l'un  sur 
l'autre. 

Les  artistes  chargés  de  l'iconographie  théosophique 
en  Egypte  avaient  en  outre  introduit  dans  la  représenta- 
tion d'Horus  des  personnages  tels  que  Thôth  et  Néïth, 
ou  Isis  et  Phthà  qui  escortent  le  jeune  dieu  pour  lui 
prêter  assistance  au  besoin  ;  le  peintre  chrétien  d'Alexan- 
drie a  peut-être  suivi  ici  encore  son  programme  en 
introduisant  de  chaque  côté  du  Sauveur  des  figures 
aujourd'hui  méconnaissables  remplaçant  les  divinités 
égyptiennes  que  l'on  voit  d'ordinaire  à  côté  d'Horus  3. 

La  représentation  du  Christ  sous  les  traits  d'Orphée 
est  bien  connue,  mais  celle  d'Horus  est  plus  rare  et  ne 
devait  pas  être  passée  sous  silence. 

Un  apocryphe  copte,  dont  la  rédaction  est  certaine- 
ment égyptienne  et  gnostique  *,  nous  fait  entendre  le 
récit  donné  par  Jésus  de  la  mort  de  saint  Joseph. 
M.  E.  Révillout,  avec  sa  vaste  connaissance  de  la  litté- 
rature égyptienne,  n'a  pas  manqué  d'être  frappé  du  rôle 
que  joue  le  Christ  par  rapport  aux  éons  de  ténèbres, 
«  rôle  fort  analogue,  dit-il,  à  celui  d'Horus  dans  les 
traditions  égyptiennes  "?.  »  Voici  un  passage  de  ce  do- 
cument qui  gagne  à  être  rapproché  de  la  fresque  de 
notre  catacombe.  «  Ayant  tourné  mes  regards  vers  la 
partie  méridionale  de  la  porte,  dit  Jésus  à  ses  apôtres, 
j'aperçus  l'Amenthès  qui  était  accouru  de  ce  côté, 
c'est-à-dire  le  Diable  instigateur  et  artificieux  de  tous 
les  temps.  Je  vis  aussi  une  multitude  de  décans, 
monstres  aux  formes  variées,  revêtus  d'une  armure  de 
feu,  si  nombreux  qu'il  eût  été  impossible  de  les  comp- 
ter et  vomissant  du  soufre  et  de  la  fumée  par  la  bouche. 
Dès  que  mon  père  Joseph  eut  jeté  les  yeux  sur  ces  êtres 
épouvantables  qui  étaient  venus  auprès  de  lui.  il  1rs 
aperçut  terribles,  comme  lorsque  la  colère  et  la  fureur 
les  anime  contre  une  âme  qui  vient  de  quitter  son 
corps,  surtout  si  c'est  celle  d'un  pécheur  dans  laquelle 
ils  ont  trouvé  la  marque  qui  caractérise  leur  sceau. 
Mon  père,  à  la  vieillesse  vénérable,  en  apercevant  ces 
monstres  autour  de  lui,  fut  saisi  d'épouvante  et  ses  yeux 
laissèrent  couler  des  larmes.  Son  âme  voulut  se  réfugier 
dans  des  ténèbres  épaisses,  et  chercher  un  lieu  pour 
se  cacher,  elle  ne  le  trouva  point.  Dès  que  je  vis  le 
trouble  qui  s'était  emparé  de  l'âme  île  mon  père  et  que 
ses  regards  ne  tombaient  que  sur  des  spectres  aux 
formes  les  plus  diverses  et  d'un  aspect  hideux,  je 
m'avançai  pour  gourmander  celui  qui  était  l'organe  du 
Diable,  ainsi  que  les  légions  infernales  qui  étaient  accou- 
rues avec  lui  :  elles  s'enfuirent  aussitôt  à  ma  voix  dans 
le  plus  grand  désordre;  mais  aucun  de  ceux  qui  étaient 
rassemblés  autour  de  mon  père  n'eut  connaissance  de 

coptes,  in-'e.  Paris,  1873,  p.  28-42,  a  trouvé  un  texte  théhain  en 
Italie,  texte  qui  lui  parait  eue  l'original  ;  le  même,  tes  <i// 

f.  dans  la  Kevue  égyptologique,  1881,  t.  il.  )>  84.  Cet  ori- 
ginal aura  été  modifié  graduellement  dans  un  sens  orthodoxe, 
d'abord  par  la  version  memphitique.  Les  apocryphes  coptes, 
p.  43  sq  ,  et  plus  tard  par  la  version  arabe,  Thilo,  Codsx  apo- 
cryphus  Ni  ''  Testamenti,  in-8*,  Lipsiœ,  1832,  p.  xv  sq.  — 
■•!■:.  Révillout,  dans  la  Revue  égyptologique,  1881,  t.  il,  p.  65. 


1137 


ALEXANDRIE    (ARCHEOLOGIE1 


1138 


ce  qui  venait  de  se  passer,  non  plus  que  ma  mère 
Marie  '.  »  Cette  transposition  des  attributs  d'Horus  se 
retrouve  dans  une  curieuse  sculpture  du  musée  du  Lou- 
vre, où  Horus  combat  le  crocodile,  mais  il  est  à  cheval 
et  manie  la  lance2;  cette  fois  le  héros  de  la  théosophie 
égyptienne  répond  au  type  iconographique  de  saint 
Georges  chez  les  Byzantins,  c'est  un  nouveau  trait  qui 
ajoute  à  l'intérêt  et  à  la  certitude  du  rapprochement 
qu'offrait  la  catacombe  d'Alexandrie. 

L'arcosolium  L  diffère  des  deux  autres  en  ce  que,  au 
centre  de  la  paroi  principale  du  fond,  une  petite  niche  a 
été  entaillée;  elle  forme  un  autel,  mensa,  au-dessus  du 
tombeau  double  creusé  dans  le  sous-sol.  Au  fond  est  peinte 
une  croix  avec  deux  oiseaux.  A  côté  sont  deux  figures  de 


285.  —  Le 


dieu  Horus.  Stèle  d'Alexandrie  au  musée  de  Uhizeh. 
D'après  une  photographie. 


saints  également  peintes.  Sur  une  couche  de  stuc  infé- 
rieure on  distingue  quelques  traces  d'une  inscription 
qui  a  eu  plusieurs  lignes  : 

T      O      N     A      M     A     P  [™X6v(?)l 
C       •       K      O      C     M     O 

«  Dans  la  paroi  latérale,  à  gauche  de  l'autel  et  à  droite 
du  visiteur,  est  creusée  une  petite  niche,  ara  propositio- 
nis,  Tipoôeacç,  où  l'on  déposait  le  pain  et  le  vin,  et  les 
vases  sacrés,  qui  devaient  servir  au  rite  de  l'eucharistie. 
Au-dessus  de  l'autel,  mensa,  tpairsÇa,  on  voit  la  croix 
grecque  figurée  au  milieu  d'une  rosace,  et  sur  les  parois 
latérales  de  Y arcosolium  sont  peints  les  onze  apôtres 
nimbés  d'auréoles  jaunes3.  »   Sur  la  paroi  latérale,  à 

'  Zoëga,  Catalogua  codicum  copticorum,  in-fol.,  Roma,  1810, 
p.  226;  E.  Dulaurier,  Fragment  des  révélations  apocryphes  de 
saint  Barthélémy  et  de  l'histoire  des  communautés  religieuses 
fondées  par  saint  Packhorne,  in-8%  Paris,  1835,  p.  25.  —  *Ch. 
Clermont-Ganneau,  Horus  et  saint  Georges,  d'après  un  bas- 


droite  on  voit  quelques  figures  de  saints,  l'identification 
de  l'une  d'elles  est  certaine,  c'est  saint  Jean-Baptiste; 
il  tient  en  main  un  volume  déroulé  sur  lequel  on  lit  : 

BOC0NTO 

£NTH€PH 

MCO€TOI 

MACAT£ 

THNOAO 

KYCYOI 

ACTTOie 

"^[(ovy)]    |3o(J5vto[ç]    àv    T/j     èpr^b)' 
K[up]o;'j,  e'J8[e]''aç  nou['.-s...  i. 


T0'.[J.2TaT£      TTjV 


Mô{>[ 


286.  —  Jésus-Christ.  Peinture  de  la  catacombe  de  Kaimoui. 
D'après  Néroutzos  bey,  L'ancienne  Alexandrie,  p.  46. 

«  Voix  de  celui  qui  crie  au  désert  ;  préparez  la  voie 
du  Seigneur;  faites  droits  [ses  sentiers].  »  La  voûte  de 
cette  salle  carrée  est  ornée  d'une  peinture  représentant 
des  personnages  ailés  le  front  ceint  d'un  bandeau,  à  la 
manière  byzantine;  ils  se  prosternent  devant  le  Christ; 
il  est  possible  qu'on  ait  voulu  représenter  l'Ascension. 

4°  La  galerie  funéraire.  —  Cette  galerie  est  établie  sui- 
vant l'axe  CD  de  la  figure...  Nous  donnons  la  coupe  de  ce 
xoiu.v)Trjpiov  qui  va  del'ouestà  l'est  (fig.  -287).  Sa  longueur 
est  de  8m50  et  sa  largeur  de  2  mètres  et  quelques  centi- 
mètres seulement.  La  voûte  est  cintrée  et  les  parois  sont 
percées  de  deux  rangs  superposés  de  baies  quadrangu- 
laires  et  oblongues  taillées  parallèlement.  En  tout  trente- 
deux  loculi.  Nous  avons  ici  un  cas  très  caractéristique 
de  superposition  de  cadavres,  car  ce  sont  vraiment  des 

relief  inédit  du  Louvre.  Notes  d'archéologie  oriental,-  et  de 
mythologie  sémitique,  in-8°,  Paris,  1877.  On  peut  rapprocher  du 
sujet  que  nous  venons  d'indiquer,  H.  Graeven,  FÂn  Christustypu* 
in  Buddhafiguren,  dans  Orieus  cliristianus,  1901,  t.  I,  p.  159-167. 
—  3T.  D.  Néroutzos,  op.  cit.,  p.  51.  —  *Matth.,  m,  3;  Marc,l,3. 


-1139 


ALEXANDRIE    (ARCHÉOLOGIE! 


1140 


loculi  bisomi.  Les  deux  couchettes  n'étaient  séparées 
que  par  une  pierre  plate  servant  de  couvercle  à  l'un  et 
de  support  à  l'autre.  Les  ouvertures  ont  0"'86  de  hau- 
teur sur  0m70  de  largeur.  Files  ont  du  être  lermées  ja- 
dis, mais  il  ne  reste  pas  trace  de  feuillures,  on  n'aper- 
çoit non  plus  ni  peintures,  ni  inscriptions. 

Si  l'on  compare  la  catacombe  d'Alexandrie  à  celles  de 
Rome  on  est  frappé  tout  d'abord  de  la  différence  de 
leurs  dimensions  respectives.  La  plus  ancienne  area  du 
cimetière  de  Sainte-Agnès  (col.  943),  malgré  sa  destina- 
tion privée,  offre  des  dimensions  bien  plus  considérables, 
linsi  qu'ont  peut  s'en  convaincre  par  les  chiffres  sui- 
vants, Le  développement  des  ambulacres  est  de  208m40, 
le  nombre  des  loculi  9061.  Il  semble  donc  que  nous 
avons  alfaire  ici  moins  à  une  catacombe  ou  à  un  cime- 
tière proprement  dit  qu'à  un  lieu  consacré  au  culte.  Il  faut 
en  effet  remarquer  que  le  souterrain  a  été  fréquenté 
pendant  un  temps  considérable  —  plusieurs  siècles  au 
moins  —  par  les  fidèles,  ainsi  que  le  prouve  le  soin  pris 
pour  sa  décoration  à  deux  époques  très  éloignées  l'une 


en  rapprochant  la  salle  F  de  la  salle  d'agapes  du  cime- 
tière de  Domitille  (fig.  174).  En  ce  cas,  la  galerie  voû- 
tée M  aura  pu  être  très  commodément  utilisée  pour  un 
usage  analogue  à  celui  auquel  sert  la  nef  dans  nos  égli- 
ses. Cette  disposition  n'exclut  pas  la  présence  des  tombes. 
La  communauté  chrétienne  d'Alexandrie  fut,  dès  le  début 
du  ine  siècle,  assez  nombreuse  et  il  n'y  a  pas  de  raison 
de  penser  qu'elle  éprouvât  des  sentiments  différents  de 
ceux  des  fidèles  de  Rome,  de  Carthage,  de  Naples,  sur  la 
séparation  des  cimetières  chrétiens  avec  les  païens.  Or, 
rien  ne  nous  permet  de  croire  que  cette  population  chré- 
tienne ait  possédé  de  vastes  catacombes,  aucun  texte  ne 
nous  les  signale,  aucune  fouille  ne  nous  les  a  rêvé! 
au  contraire,  il  semble  que  la  pratique  alexandrine  ait 
été  d'avoir  un  grand  nombre  de  cimetières,  probablement 
de  peu  d'étendue.  Les  tombes  des  martyrs  avaient  ici, 
comme  presque  partout  ailleurs,  servi  de  noyau  aux 
agglomérations  funéraires.  Alexandrie  étant  une  des 
villes  où  les  fidèles  souffrirent  en  plus  grand  nombre, 
les  martyria  avaient  dû  s'y  multiplier  et  c'est  ce  que 


287.  —  Coupe  de  la  catacombe  de  Karmoùz.  D'après  Bullet.  Ai  unlieol.  crist.,  iSKj.  pi.,  flg.  3. 


de  l'autre.  Cette  décoration  est  elle-même  l'indice  d'un 
lieu  consacré  au  culte,  car  si  les  peintures  les  plus  an- 
ciennes, celles  de  l'abside,  sont  étroitement  apparentées 
par  le  sujet  à  celles  des  cycles  décoratifs  des  catacombes 
romaines  au  ni"  siècle,  les  peintures  de  la  seconde  épo- 
que, par  leur  préoccupation  visible  de  former  une  déco- 
ration hagiographique,  montrent  que  le  souterrain  avait 
alors  une  destination  de  sanctuaire  qui  détermina  le 
choix  de  ces  représentations  consacrées  par  le  style  by- 
zantin pour  l'ornementation  des  murailles  des  églises. 
Il  y  a  donc  tout  lieu  de  penser  que  nous  avons  plutôt  un 
sanctuaire  qu'une  catacombe  et  très  probablement  le 
souterrain  se  sera,  suivant  les  époques  et  les  circons- 
tances, prêté  à  des  usages  un  peu  différents.  Nous  avons 
dit  que  la  salle  F  avait  pu  servir  de  salle  d'agapes,  elle 
a  pu  aussi  servir  aux  réunions  liturgiques.  De  Hossi  croit 
que  lexcavation  qui  se  voit  dans  l'angle  e  est  plutôt  un 
baptistère  qu'un  puits  comme  on  pourrait  le  supposer 

•Une  faut  pas  oublier  l'escalier  (en  N,  sur  la  lit:  278)  qui 
conduit  à  un  plan  Inférieur,  mais  nous  ne  savons  rien  sur  cette 
area  et  il  n'est  pas  possible  de  faire  autre  chose  que  de  la  rappe- 
ler. —  *  Acta  s.  Pétri  Alexandrini,  dans  Mai,  Spicilegium  lio- 
manum,  in-8-,  Rom»,  1840,  t.  ni,  p.  673  sq.,  P.  t.,  t.  xvm. 
col.  453  sq.  Cf.  De  Rossi.  /»'»//.  Ai  arch.  criât.,  1  xt">r..  p.  61.  — 
*P.  G.,  t.  xvm.  col,  156.  '/'.G'.,  t. xvm,  col.  461.  -  »G.  Bottl, 
Cimetière  chrétien  à  l'Ibrahinueh,  dans  Bull,  de  lu  Société 
archéol.  d'Alexandrie,  1898,  n.  i,  p.  53.  Les  Actes  de  la  transla- 
tion de  saint  Marc  que  Molino,  De  vita  et  iipsa»is  S.  Marci 
evangelistar,  in-8",  Roma,  lHti'i,  place  au  ix'  siècle,  mais  que  Ba- 
ronius  et  TiUemont  fent  descendre  avec  raison  jusqu'au  xr  et 
même  jusqu'au  xnr  siècle,  nous  fournissent  quelques  détails  qu'il 


semble  dire  un  texte  marlyrologique  qui  n'est  pas  sans 
valeur*.  On  y  lit  que  pendant  une  accalmie  de  la  persé- 
cution de  Dioctétien,  cœperunt  fidèles  ad  martyrum 
memorias  catervatim  currere  et  ad  Christi  laudem 
eœhtiu  congregare  •'■  Une  de  ces  mémorise  était  élevée 
en  souvenir  du  supplice  de  saint  Marc  :  in  locum  qui 
diriiiir  Bucolïa,  ubi  et  sanctus  Marcus martyrium  pro 
Christo  suscepiti.  Une  inscription  nous  indique  un 
autre  cimetière,  à  l'Ibrahimieh  5. 

O  ©  MNHC 
OH  THC  KOI 
MHCeCOC  K£  A 
NATTAYCeGOC 
MAKAPAC  THC 
TAYKYTATHC  O  A 
NAnrNOûCKGÙN  ÏÏ? 

eYxecTco     j0^ 

est  utile  de  recueillir.  La   basilique  de  Saint-Marc  était  voisine 
du  port  assigné  aux  chrétiens,  qui  était  le  Port-Neuf,  c'est  ce  que 
confirment  les  pèlerins  qui  di-ent  que  Saint-Marc  était  à  gauche 
du  Port-Neut  et  à  droite  de  la  porte  dite  de  Rosette.  Cf.  Za> 
Pagenl,  Viaggio  di  Domenico  Trevisan  al  Caire  neW  atmo 
i:,Ï-j    in-8*,  Venexia,  1875,  p.   15;    Tobler,   Descriptio    Terrm 
SOrtCt»,  1874.   p.  88;  Molino,  op.  cit..  p.  231,   238,    - 
Thetmaro,  dans  les  Uém,  de  r.\cn,i.  de  Bruxelles,  1851,  Lxxvi, 
p.  53;  Radzivil,  Jerosol.  peregr.  15S3.  in-4-,  Antwerpia 
p.  203;  Lazzaro  Papi,  Lettere  suir  Indie  orientali,  h 
1829,  t.  n,  p.  267.  L'auteur  anonyme  du  Voyage  à  Alexai  driê 
qu'on  lit  à  la  suite  du  cosmographe  Plolémée  (mss.  '    Wn  de  la 
bfbl   Vaticane,  »..  877),  la  place  pies  du  promontoire  de  Lochia. 


H41 


ALEXANDRIE    (A  RCHEOLOGIE' 


1142 


Il  semblerait  même  qu'une  sorte  d'encombrement  ait 
été  le  résultat  de  cette  multiplication  des  cimetières, 
puisque  l'évêque  Pierre  d'Alexandrie,  voulant  construire 
un  oratoire  dédié  à  la  Vierge,  fut  obligé  d'aller  jusque 
dans  la  banlieue.  C'est  du  moins  ce  qu'on  peut  conclure 
de  ce  teste  :  ob  martyrum  cœmeteria  in  quodam  pro- 
astio  conslruxerat  ecclesiam  beatissimse  Dei  genitricis 
semperque  virginis  Marise  '.  Ce  lut  en  ce  lieu  que 
l'évêque  Pierre  lut  enterré  et  sa  fondation  devint  ainsi 
un  nouveau  martyrium  *,  et  même  un  des  plus  signa- 
lés, puisque,  au  dire  de  saint  Athanase,  on  le  désignait 
couramment  sous  ce  seul  nom  «  le  cimetière  »  3.  Ce  mot 
de  xot(/.7)Tï:jpiov  ne  doit  pas  d'ailleurs  nous  induire  en 
erreur  et  nous  faire  songer  à  de  véritables  nécropoles 
telles  que  nous  les  voyons  dans  les  catacombes  ro- 
maines4; il  ne  désigne  souvent  qu'une  seule  tombe 5  ; 
ainsi  il  pourrait  se  faire  que  ob  martyrum  cœmeteria 
désignât  une  agglomération  de  tombes  et  un  seul  cime- 
tière au  sens  que  nous  donnons  à  ce  mot.  Il  semble  ce- 
pendant qu'à  Alexandrie  on  pratiquât  le  mode  sémitique, 
d'inhumation  à  liane  de  coteau  par  groupes  assez  res- 
treints. C'est  du  moins  ce  que  l'on  peut  conclure  de 
divers  hypogées  païens.  D'Agincourt  a  donné  quelques 
plans  des  catacombes  d'Alexandrie  plus  exacts  que  ceux 
de  Pococke  et  de  Norden  6  et  qui  montrent  bien  la  diffé- 
rence essentielle  qui  existe  entre  ces  souterrains  et  les 


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\       ■  288.  —  Catacombe  païenne  d'Alexandrie. 

D'après  d'Agincourt,  Histoire  de  l'art,  sculpture,  pi.  IX,  n.  3. 

réseaux  inextricables  des  catacombes  romaines 1  (fîg.  288 
et  289). 

Ces  catacombes  étaient  situées  dans  la  même  direc- 
tion que  celle  que  nous  étudions,  à  l'occident  de  la 
ville,  au-dessus  du  canal  de  Canope.  Dans  la  figure  2, 
qui  offre  tant  d'analogies  avec  la  catacombe  chrétienne, 
il  y  a  trois  rangs  de  cavités  superposées.  Une  catacombe 
de  l'époque    gréco-romaine   découverte    récemment    à 

*  Baronius,  Annales,  an.  310,  n.  10,  in-8%  Barri-Ducis,  1864, 
t.  III,  p.  505.  Cf.  Tillemont,  Mémoires  pour  servir  à  l'hist.  eccl., 
in-4%  Bruxelles,  1732,  t.  v,  p.  186  ;  De  Rossi,  Bull,  di  arch.  crist., 
1865,  p.  61.  —  2Surius,  Vitse  sanctorum,  in-lol.,  Coloniœ,  1572, 
t.  n,  p.  25.  —  3  S.  Athanase,  Apologia  de  fuga  sua,  27,  P.  G., 
t.  xxv,  col.  629. Cf.  Boldetti,  Osservazioni  sopra  i  cimiteri  cris- 
tiani,  in-fol.,  Roma,  1720,  p.  621.  —  'Nous  renvoyons  à  l'étude 
de  ce  mot  que  nous  avons  faite  ailleurs  avec  détail.  D.  Cabrol  et 
D.  Leclercq,  Monum.  Eccl.  liturg.,  in-4°,  Parisiis,  1902,  t.  i, 
p.  c  sq.  —  BDe  Rossi,  Roma  sotterranea,  in-tol.,  Roma,  1867, 
t.  I,  p.  85,  352  ;  Lenormant,  dans  la  Revue  archéologique,  1865, 
t.  I,  p.  438;  C.  Bayet,  De  titulis  atticis  christ  tanis  antiquissi- 
mis,  in-8",  Parisiis,  1878,  n.  2-4,  7,  8, 10,  11,  15-19,  21,  22,  24,  25, 
27,  28.  31,  36,  37,  39,  40,  44,  46,  47,  49-51,  55-59,  61,  65,  73,  77, 
83,  85-87,  89-91,  93,  95,  97,  98,  101,  103,  104,  106, 108-110,  112-117, 


Kom-el-Chougafa  offre  également  des  dispositions  appa- 
rentées à  celles  que  nous  avons  relevées  R.  Les  cata- 
combes païennes  étaient  généralement  situées  le  long 
du  littoral;  dès  le  temps  de  Strabon  on  désignait  ce 
quartier  sous  le  nom  de  Necropolis  9,  et  à  ce  propos 
l'ancien  géographe  écrit  ce  nom  de  Ttpoao-xetov,  banlieue 
ou  faubourg10, qu'emploie  également  l'auteur  des  Actes  de 
saint  Pierre  d'Alexandrie  pour  désigner  l'emplacement 
extra  mttros  où  l'évêque  éleva  un  oratoire  ob  marty- 
rum cœmeteria  ad  occidentalem  partem.  Sa  fondation 
se  trouvait  donc  non  loin  du  faubourg  Necropolis,  préci- 
sément vers  le  point  où  le  midi  incline  vers  l'ouest,  non 
plus  «  au  bord  de   la  mer,  mais  dans  l'intérieur  des 


iiu-  " 


289.  —  Catacombe  païenne  d'Alexandrie. 
D'après  d'Agincourt,  Histoire  de  l'art,  sculpture,  pi.  ix,  n.  7. 

terres,  à  une  petite  distance  du  monument  vulgaire- 
ment désigné  sous  le  nom  de  «  Colonne  de  Pompée  », 
vers  l'extrémité  sud-ouest  de  l'ancienne  cité  »  ". 

Les  rares  indices  sur  lesquels  C.  Wescher  s'appuie 
pour  faire  remonter  la  catacombe  décrite  par  lui  à  une 
époque  très  reculée  et  qui  ne  serait  pas  postérieure  au 
mesiècle  sont  difficilementcontestables,  puisque  le  monu- 
ment a  entièrement  disparu  ;  mais  rien  ne  s'oppose  à  ce 

121,  122,  125.  —  •  Richard  Pococke,  Description  of  the  Eust  and 
some  other  countries,  in-fol.,  London,  1743,  t.  I,  p.  9,  pi.  V.  — 
7  D'Agincourt,  Histoire  de  l'art  par  les  monuments,  in-lol.,  Pa- 
ris, 1823,  sculpture,  pi.  IX,  n.  i  à  7.  —  8  F.  W.  von  Bissing,  La 
catacombe  nouvellement  découverte  de  Kom-el-Chougafa, 
in-8°,  Munich,  1901,  et  atlas,  in-fol.  ;  Strzygowski,  Die  Prachtka- 
takombe  von  Alexandria,  dans  Zeitschrift  fur  bildend.  Kunst, 
1902,  n.  5,  p.  112-115.  —  "Strabon,  Geogr.,  1.  XVII,  c.  i.  C'est 
le  quartier  aujourd'hui  dénommé  «  Bains  de  Cléopâlre  ».  —  ,0  Sur 
ce  mot,  cf.  H.  Fournel,  Étude  sur  la  conquête  de  l'Afrique  par 
les  Arabes,  in-4«,  Paris,  1875,  t.  I,  p.  98,  note  2.  —  "  C.  Wescher, 
Notice  sur  une  catacombe  chrétienne  à  Alexandrie,  dans  De 
Rossi,  Bull,  di  arch.  crist.,  1865,  p.  57  ;  G.  Botti,  dans  le  Bull,  de 
la  Soc.  arch.  d'Alexandrie,  1898,  n.  i,  p.  7  :  Entre  Abou-el-Achem 
et  l'usine  de  la  Compagnie  du  gaz. 


4143 


ALEXANDRIE    ( ARCHÉOLOGIE^ 


1144 


que,  de  très  bonne  heure,  une  riche  famille  d'Alexan- 
drie ait  fait  creuser  une  catacombe  et  l'ait  décorée  sui- 
vant le  symbolisme  alors  en  faveur.  Cette  hypothèse  est 
en  somme  plus  vraisemblable  que  celle  qui  ajoute  une 
désaffectation  de  la  catacombe  primitivement  païenne; 
rien  ne  nous  invite  à  la  supposer.  La  catacombe  aura 
été  creusée  à  une  époque  où  les  traditions  artistiques 


La  haute  antiquité  de  la  catacombe  recevrait  une  écla- 
tante confirmation  d'une  peinture  située  en  m  sur  notre 
plan  et  représentant  un  personnage  vêtu  à  la  manière 
antique.  Malheureusement  les  restes  de  l'inscription  qui 
l'accompagnait  ne  nous  apprennent  rien;  on  lisait 
ATIOC  A. ..A  KCP...  C.Wescher  proposait  de  lire  6  afto; 
ctTta  Kép8<ov;  De  Rossi  conjecturait  o  ocY'.o;Tra-a;  KépSuv. 


'290.  —  Plan  de  la  catacombe  d'Abou-el-Achera. 
D'après  le  Bulletin  de  la  Société  archéologique  d'Alexandrie,  1898,  n.  1,  pi.  A. 


étaient  encore  florissantes;  peut-être  aura-t-elle  servi 
dès  l'origine  de  catacombe  et  de  lieu  de  prières,  la  dis- 
position de  la  galerie  en  face  de  l'abside  porte  à  le  pen- 
ser avec  une  grande  probabilité.  Cette  abside,  son 
exèdre,  la  décoration  évidemment  retouchée,  les  brèves 
légendes  épigraphiques  supprimant  o  àyi'o;  devant  les 
noni~  des  apôtres  Pierre  et  André,  sont  autant  de  raisons 
qui  peuvent  militer  en  faveur  d'un  ouvrage  du  me  siècle. 
Quant  aux  images  des  saints  placées  sur  le  plan  en  o,  b, 
< .  O ,  c,  f  et  que  nous  avons  décrites,  elles  sont  de  basse 
époque,  leur    facture    byzantine  n'est  pas   contestable. 


On  se  serait  donc  trouvé  suivant  eux  devant  la  sépulture 
de  l'évéque  Cerdon,  troisième  successeur  de  saint  Marc 
sur  le  siège  d'Alexandrie,  contemporain  de  Tiajan. 
mais  rien  n'est  moins  assuré  que  cette  identification. 
La  fondation  de  l'Église  d'Alexandrie  et  les  fastes  épis- 
copaux  de  cette  Église  sont  autant  de  questions  sur  les- 
quelles nous  ne  voulons  pas  préjuger  ici.  Klle  ne  devra 
d'ailleurs  aucun  éclaircissement  à  cette  peinture,  car 
une  étude  plus  attentive  du  sujet  a  conduit  De  Rossi  à  la 
restitution  suivante  :  [o]  ATIOC  A[7i3<T]AKePfêo< 
culte  de  sainl    Sacerdos  a  joui  en  Egypte  d'un  grand 


1145 


ALEXANDRIE    (ARCHÊOLOCxIE) 


1146 


développement.  Une  lampe  déterre  cuite  en  argile  blan- 
châtre, conservée  au  musée  Kircher,  porte  cette  inscrip- 
tion tracée  à  l'encre  :  +  O  AfHOC  CAKÊPAOC  ».  Cette 
lampe  ollre  toutes  les  apparences  de  celles  dont  la  pro- 
venance d'une  officine  doliaire  égyptienne  est  hors  de 
doute. 

Nous  avons  donc,  en  résumé,  dans  la  chapelle  funé- 
raire d'Alexandrie  les  œuvres  accumulées  ou  superpo- 
sées de  plusieurs  époques  d'art.  Le  vestibule  F,  le  cu- 
bicule  H  et  la  galerie  M  ainsi  que  les  peintures  de 
l'abside  G-  sont  probablement  ce  qu'il  y  a  de  plus  ancien. 
Peut-être  est-il  possible  de   rattacher  à  la  décoration 


basilique  de  Saint-Clément,  à  Rome.  La  construction 
est  en  effet  de  plusieurs  époques  différentes  qui  ont  cha- 
cune ajouté  ou  superposé  ce  qui  leur  paraissait  utile 
pour  adapter  le  bâtiment  entier  à  la  destination  nou- 
velle qu'elles  lui  donnaient. 

Le  premier  étage  serait  formé  d'une  section  du 
mœnianum  du  Stade.  Là  s'ouvre  un  escalier  de  qua- 
rante degrés,  creusé  dans  le  rocher  et  aboutissant  à  un 
vestibule  à  demi  écroulé  (fig.  290). 

A  gauche  de  l'escalier,  après  trois  marches,  s'ouvre 
un  couloir  ayant  2m70  de  long  sur  lm60  de  large,  mais 
partagé  en  deux  sections  dans  le  sens  de  la  largeur.  A 


291.  —  Coupe  delà  catacombe  d'Abou-el-Achem  suivant  AB. 
D'après  le  Bullet.  de  la  Soc.  arch.  d'Alexandrie,  1898,  n.  1,  pi.  B. 


primitive  les  détails  architectoniques  et  les  chapiteaux 
dont  nous  avons  parlé.  Une  deuxième  série  de  décora- 
tions représentant  des  scènes  de  la  vie  du  Christ,  sa 
résurrection,  etc.,  marque  une  réfection  du  petit  sanc- 
tuaire. Cette  réfection  fut  suivie  d'une  autre  dans  la- 
quelle la  décoration  est  toute  byzantine  et  ne  comporte 
plus  que  des  personnages  isolés  :  anges,  saints,  pro- 
phètes. Avec  cette  dernière  série  nous  arrivons  aux 
mauvais  jours  de  l'art  byzantin,  au  VIe  et  au  VIIe  siècle. 

//.   LA    CATACOMBE  DE   ABOU-EL-ACBEM.   —  Le    savant 

et  infatigable  Dr  G.  Botti  a  découvert  en  1897,  enseveli 
sous  des  monceaux  de  décombres,  un  memorium, 
(ivê|i(ôvetov,  que  nous  allons  décrire.  Il  s'agit  d'un  édi- 
fice qui  rappelle  par  ses  conditions  générales  la  célèbre 

1  J.  Brunati,  Musœi  Kirkerianiinscriptiones,  in-8\Mediolani, 
1837,  p.  101.  —  s  La  coupe  suivant  C  D  se  trouve  dans  G.  Botti, 
op.  cit.,  pi.  c. 


gauche,  le  podium  destiné  au  gardien  du  tombeau  et 
des  oll'randes,  à  droite  un  escalier  très  bien  conservé 
dont  les  marches  ont  0ra28  de  hauteur,  conduisant  au 
tombeau  d'époque  pharaonique  creusé  dans  le  rocher 
et  soutenu  par  deux  piliers  rectangulaires,  irréguliers. 
Cette  partie  ne  rentre  pas  dans  nos  recherches'2. 

Descendant  le  grand  escalier,  on  trouve  à  gauche  une 
communication  avec  un  deuxième  étage  formé  d'une 
rampe  et  de  deux  chambres  munies  de  fenêtres  don- 
nant sur  une  cour  ouverte.  Une  de  ces  chambres  est 
pourvue  d'une  banquette  à  droite  et  elle  a  la  forme  d'un 
couloir  à  l'extrémité  duquel  une  large  excavation  mesu 
rant  trois  mètres  sur  deux  s'enfonce  jusqu'à  la  pro- 
fondeur de  9m70.  De  ce  couloir  on  peut  voir  ce  qui  se 
passe  beaucoup  plus  bas,  dans  le  baptistère. 

Après  avoir  achevé  la  descente  des  quarante  degrés 
on  se  trouve  dans  un  couloir  qui  tourne  à  angle  droit 
et  introduit  dans  un  vestibule  sur  lequel  s'ouvrent  cinq 


1147 


ALEXANDRIE    (ARCHEOLOGIE) 


1148 


baies.  Ce  vestibule  était  obstrué  par  des  débris  qui 
s'étaient  écroulés  du  haut  de  la  colline. 

Jadis  on  descendait  les  défunts  dans  la  chapelle  funé- 
raire par  un  puits  rectangulaire  pratiqué  dans  un  coin 
du  plafond.  On  voit  encore  sur  les  parois  de  ce  puits  les 
échancrures  qui  servaient  d'échelons  aux  fossoyeurs.  Ce 
puits  funéraire  continuait  et  devait  aboutir  à  un  étage 
inférieur  dans  lequel  il  n'a  pas  été  encore  possible  de 
pénétrer.  Ce  puits  funéraire  a  une  forme  rectangulaire 
qui  permettait  de  descendre  le  cadavre  horizontalement. 
Au  point  d'arrêt  s'ouvrent  quatre  portes,  une  sur  chaque 
paroi,  donnant  chacune  sur  un  escalier;  ce  sont  donc 
quatre  chambres  funéraires,  aujourd'hui  inondées  et 
dont  on  ne  peut  rien  dire  sinon  qu'elles  étaient  décorées 
de  marbre  et  de  granit.  Le  pilier  de  maçonnerie  qui 
soutient  le  plafond  est  d'une  époque  postérieure  (fig.  291). 

La  paroi  nord-ouest  de  la  chapelle  est  creusée  et 
forme  une  abside  dépourvue  d'exèdre.  Un  sarcophage  a 
été  taillé  dans  le  roc;  quatre  squelettes  y  ont  été  dépo- 
sés l'un  sur  l'autre,  la  tète  à  l'est,  les  pieds  à  l'ouest. 
Nous  savons  la  répugnance  des  anciens  pour  cette  su- 
perposition des  cadavres,  elle  fut  très  vive  même  parmi 
les  chrétiens,  mais  dans  l'ensemble  ceux-ci  ne  s'at- 
tachaient à  cette  superstition  qu'exceptionnellement, 
tandis  que  parmi  les  païens  c'était  une  préoccupation 
presque  universelle  d'éviter  cette  posture  à  son  cadavre. 
Cette  considération  peut  aider  à  voir  dans  la  chapelle 
funéraire  un  lieu  de  réunion  liturgique  pour  les  chré- 
tiens. L'excavation  de  cette  partie  semble  d'ailleurs  un 
peu  postérieure  à  celle  du  vestibule,  dont  le  niveau  est 
plus  élevé.  Un  tronc  de  colonne  en  granit  à  gauche  de 
l'autel  aura  pu  recevoir  les  c-JXoYcat.  La  paroi  de  droite 
est  creusée  de  loculi  ayant  lm90  de  prolondeur,  sur 
trois  rangs  superposés;  ils  sont  fermés  avec  des 
dalles  en  calcaire  ou  bien  avec  de  petits  blocs  et  de 
la  chaux.  Les  eaux  de  pluies  amenées  par  le  luminaire 
ei  les  éboulements  de  terre  que  le  puits  funéraire  dé- 
terminait dans  l'intérieur  de  la  chapelle  ont  détruit  les 
peintures,  dont  il  ne  reste  que  des  traces  très  faibles. 
Sur  le  sol  et  devant  chaque  loculus  on  a  trouvé  des 
lampes  et  de  petites  Moles  en  verre,  une  monnaie  de  Gai- 
lien.  Ceci  invite  à  faire  remonter  assez  haut  chronologi- 
quement cette  petite  catacombe  qui  aura  peut-être  été 
délaissée  au  début  du  iv  siècle.  L'absence  de  toute  am- 
poule de  saint  Menas  porte  à  le  croire,  et.  d'autre  part, 
l'existence  d'une  communauté  chrétienne  au  m'  siècle 
n'a  rien  d'invraisemblable  à  Alexandrie.  Néroutzos  bey 
a  publié  une  inscription  sur  tablette  en  calcaire, trouvée 
à  Heur  de  terre  à  l'ouest  de  (Juabban,  du  côté  de  la 
nier,  dont  la  paléographie  doit  être  attribuée,  selon  lui, 
à  l'époque  de  Gordien  le  .leune  ('238-244)  '. 

Sur  la  paroi  est  du  vestibule  s'ouvre  une  petite  porte 
qui  donne  accès  à  un  escalier  de  dix-sept  marches  con- 
duisant a  un  étage  inférieur.  A  la  quinzième  marche, 
l'eau  sort  d'un  petit  aqueduc  et  vienl  alimenter  un  bas- 
sin rectangulaire  creusé  dans  le  rocher  el  éclairé  seule- 
ment par  la  grande  excavation  de  9m70.  La  destination 
du  bassin  ainsi  formé  parait  devoir  être  un  baptistère. 

Nous  nous  trouvons  donc  en  présence  d'un  ensemble 
qu'on  peut  attribuer  à  l'âge  des  persécutions  et  qui 
parait  indiquer  l'utilisation  d'un  souterrain  pour  les 
besoins  (rime  communauté  chrétienne  qui  y  avait  un 
baptistère,  un  oratoire  et  une  salle  de  réunion.  M.  Botti 
voit  dans  le   tombeau  d'époque  pharaonique  un  local 

utilisé  i r  les  agapes,  mais  le  vestibule  y  pouvait  suf- 

lire  et  rien  n'autorise  cette  attribution. 

///.   LA    CATACOMBE   D'AGSEW.   —  Agnew  a  décrit   une 


•  T.  D.  Néroutzos,  op.  cit..  p.  93.  —  Ml.  C.  Agnew,  Remarks 
on  sonie  remains  of  ancient  greek  writings,  on  the  walls  of 
a  family  catacomb  at  Alexandrie,  dans  Archseologia,  t.  xxviu, 
p.  152  sq.  ;G.  Lumbroso,  dans  Bull   >ii  conispond.  archeol., 

1870,  p.  UO-0'.i;  FieM,  ilans  Juurii.d  v[  pliilology.  1S77,  p.  8S-90; 


petite  catacombe  découverte  à  Alexandrie,  en  18382;  elle 
est  située  à  vingt  minutes  de  la  porte  ouest  de  la  ville, 
entre  le  grand  canal  de  Mahmudieh  à  l'est,  le  lac  Maréo- 
tide  au  sud,  le  nouveau  palais  et  les  jardins  d'Ibrahim 
à  l'ouest  et  un  petit  canal  au  nord.  Rien  ne  permet  d'attri- 
buer avec  certitude  cette  catacombe  aux  chrétiens,  et 
nous  serions  plutôt  inclinés  à  la  donner  aux  païens,  si 
ce  n'était  la  présence  d'une  inscription  d'un  type  chrétien 
assez  probablement  du  ve  siècle  (fig.  292)  3  : 


292.  —  Inscription  de  la  catacombe  d'Agnew. 
D'après  Arcltxologia,  1840,  t.  xxvm,  pL  mv,  n.  F. 

Mvqe0Y)Ti,  Kûpie,  tti;  xoiu.tJ7£<o;  rîjç  Boi5Xt)ç  iroû   NetXacv- 

[8iVj.  T'jrK  x« 

Si  nous  nous  arrêtons  néanmoins  à  cette  catacombe, 
c'est  qu'elle  contient  une  formule  d'acclamation  Itiné- 
raire toute  spontanée  qui  rappelle  les  naenies  funèbres 
les  plus  belles  par  le  sentiment  et  l'allure.  Rien  ne 
nous  interdit  de  penser  que  de  pareilles  improvisations 
ont  été  en  usage  parmi  les  chrétiens  d'Alexandrie,  el  à 
ce  titre  il  y  a  lieu  de  recueillir  cette  belle  pièce*  : 

c  y  r*  NOTTi  ÀTÀcyN  BofAb 
ArAoecyNAAexecxe  a 

KArhcornreoAoKÀÂe 

AvT(i)Vïtvî  trvvEXO...£  T'jvxo-'.ïTa  avvoovXs  oryaÔs  cuvaSs- 
'/■i'y/i  x%»~i\y6pf\'S  oXoxaXs  EinJ>vxi  qu'il  faut  lire  'Avtw- 
vive,  0"-v£[£o'J0"i]î,  (TJYto-iïTa  <xvp.6ovXE  àyaôî,  av'ta&i- 
>£yy_£,  i/.ï-r,-  op^ïî,  OXoxaXs  i'-ri^/j;.  —  A.vxâ6a;  >.î,  (j.t,v 
p,  guipât  y.;. 

Lue  série  d'inscriptions  disséminées  sur  la  muraille 
ramené  la  pensée  vers  cet  Antoninus  qui  y  est  déclaré: 

|5Ùi]v0pa>ii£  6,  y.3tXô[v  ô]-/o;j.a  ',  y.jpté  u.ou".  yX'JX'JtaTt  *| 
itâvtuv  x-îXo-jaa;  [sic),  r,  T\*y_ï)  ;j.o-j  '•',  oOi.t~i.-poi ,0. 


V.  Scbull     .  Die  Katakomben.  Die  altchristlichen  Grabst 
n.-s-.  i  .        _.   1882,  p.  280.         'H.  C.  Agnew,  op.  cit.,  pi.  \iv. 
p.  170,  n.  I'.  —  */(.«/..  pi.  x,  n.  1.  —  *lbid.,  pi.  x,n.  4.  -  -  ; 
pi.  x,  n.  5  -    >  lbui..\\.  x.  n. 6.  —  •  Ibid.,  pi.  xi.  n.  11.  -  »  Ibid., 
pi.  xii.  u    10.  —  "> Ibul..  pi.  xii.  n.  19. 


1149 


ALEXANDRIE    (ARCHÉOLOGIE) 


1150 


IV.  catacomue  de  MOUSTAPHA.  —  Un  cimetière  chré- 
tien a  été  découvert  en  1887  à  moitié  chemin  entre  les 
gares  d'Alexandrie  et  de  Moustapha-Pacha,  sur  la  ligne 
d'Alexandrie  à  Kamlèh.  «  En  arrivant  au  premier  mur 
parallèle  au  chemin  de  1er,  qui  avait  à  peu  près  4  pieds 
de  hauteur,  on  trouva  un  puits  près  d'un  portail.  Plus 
loin  et  en  entrant  dans  ce  qui  doit  avoir  été  une  salle, 
qui  devait  être  recouverte  autrefois,  on  vit  les  restes  de 
deux  murailles  hien  construites,  d'environ  30  pieds  de 
hauteur.  rJn  dedans  de  la  muraille,  sur  la  droite,  se 
trouvaient  quinze  tombes  taillées  dans  le  roc.  A  gauche 
il  y  en  avait  vingt-trois  autres  semblables.  Dans  chacune 
de  ces  tombes,  on  a  découvert  dix  crânes  [et  des  osse- 
ments]. Un  de  ces  crânes  fut  mesuré;  il  avait  24  pouces 
de  circonférence  et  toutes  les  dents  étaient  saines  et 
fermement  lixées.  Les  os  des  ditférents  squelettes  étaient 
tort  grands.  Les  portes  de  ces  tombes  étaient  fermées 
par  de  grandes  dalles  solidement  cimentées;  quelques- 
unes  portaient  des  inscriptions  grecques  •;  elles  étaient 
sur  plâtre,  à  l'encre  ou  à  la  couleur  rouge;  plusieurs 
des  inscriptions  étaient  indéchiffrables.  La  profondeur 
des  tombes  est  d'environ  9  pieds;  la  longueur  de 
quelques-unes  est  de  4  pieds  et  d'autres  de  6  pieds.  A 
partir  du  mur  de  séparation,  à  droite,  il  y  a  un  passage 
conduisant  vers  la  gauche;  les  tombes  sont  disposées 
par  trois  superposées,  et,  autant  qu'on  a  pu  le  constater, 
les  corps  appartenaient  à  des  hommes.  On  croit  que 
derrière  ces  sépultures  il  y  a  une  autre  série  de  tombes. 
car  il  se  trouve  un  grand  seuil  fermé  de  dalles  cimentées 
qui  n'a  pas  été  ouvert.  Il  parait  probable  [que  cette  cata- 
combe]  était  destinée  à  des  personnes  de  distinction,  si 
l'on  en  juge  par  les  soins,  le  travail  et  la  dépense  que  sa 
construction  a  dû  nécessiter  2.  »  On  a  trouvé  dans  cette 
catacombe  des  lampes  en  terre  cuite,  ainsi  que  quelques 
squelettes  dont  plusieurs  portaient  l'empreinte  d'une 
croix  à  huit  pointes;  d'autres  avec  une  ligure  représentant 
un  prêtre  dans  l'attitude  de  la  bénédiction,  d'autres 
enfin  avec  le  sigle  I.  H.  S.  Sur  une  niche  avait  été  peinte 
une  palme;  d'autres  symboles  chrétiens,  malheureuse 
ment  à  demi  effacés,  se  voient  encore  çà  et  là  sur  le 
plafond  de  la  galerie. 

v.  CATACOMBE  ues  nVFINI.  —  A  l'est  de  la  chapelle 
et  plus  près  du  village  de  Karmoùz  on  découvrit  en 
187K  une  «  chapelle  funéraire  en  forme  d'édicule,  dans 
un  style  hybride,  mêlé  d'égyptien  et  de  grec.  Par  les 
inscriptions  et  les  soins  de  Néroutzos  on  apprit  que  ce 
monument  funéraire  appartenait  à  des  citoyens  romains, 
à  des  Ruflni  de  l'époque  antonine,  censés  chrétiens.  On 
ne  tarda  pas  à  détruire  ce  monument  »  3.  «  L'entrée  de 
la  chapelle,  écrit  Néroutzos  bey,  présentait  la  forme 
d'un  édicule  grec,  ou  romain,  avec  ornementation  en 
style  égyptien.  Les  piliers,  de  chaque  côté,  portaient  des 
chapiteaux  à  Heurs  de  lotus,  et  sur  le  fronton  se  voyait 
le  disque  solaire  ailé  et  flanqué  des  serpents,  urxus. 
Sur  le  pilier,  à  droite,  on  lisait,  écrit  sur  trois  lignes 
avec  de  l'ocre  rouge  :  POYYEINE  EYYYXEI.  L.  "RI, 
MKA  (jxaxapta;  X-f|Eewç)  *.  Sur  le  pilier,  à  gauche,  on 
lisait  encore,  écrit  en  ocre  rouge,  mais  cette  fois  sur 
deux  lignes  et  d'une  au  tre  main  moins  correcte  PO  Y  <b  H  N  A 
E  YYYXI,  au  lieu  de  'Pouqpîva  e-j'l/j/st  5.  Le  cubiculum,  ou 
xoi[A7]Trjpiov  conligu,  se  prolongeait  sur  le  même  axe  que 

'A.  L.  Frotingham  Jr.,  Archxological  news,  dans  American 
journal  o]  archxology,  1887,  t.  m,  p.  146  :  «  The  only  inscrip- 
tion lound  is  too  fragmentary  for  translation.  »  —  2  Moniteur  orien- 
tal, 25  mars  1887.  Cf.  S.  Reinach,  Chroniques  d'Orient.  Docu- 
ments sur  les  fouilles  et  découvertes  dans  l'Orient  hellénique 
de  1883  à  1890, 1"  série,  in-8%  Paris,  1891,  p.  382;  A.  L.  Froting- 
ham, loc.  cit.,  p.  145  sq.,  411  sq.;  Erjyptian  gazette,  17  mars; 
Times,  4  niai;  E.  Stove,  A  letter  on  tins  cemetery, dans  A  thenxum, 
2  juillet  1887,  et  réimprimée  dans  American  journal  of  archseo- 
logy,  1887,  t.  m,  p.  411  sq.  —  3G.  Botti,  Fouilles  dans  le  Céra- 
mique d'Alexandrie,  dans  le  Bull,  de  la  Soc.  arch.  d'Alexan- 
drie, 1898,  n.  1,  p.  7.  —  *  «  Rufine,  que  ton  âme  repose  dans  le 


la  chapelle,  à  huit  mètres  à  peu  près  de  profondeur,  sur 
quatre  mètres  et  demi  de  largeur  et  quatre  mètres  de 
hauteur.  Les  deux  côtés,  à  droite  et  à  gauche,  avaient 
trois  rangs  superposés  de  sept  loculi  chacun,  et  au  fond 
se  trouvaient  aussi  trois  rangs  de  quatre  loculi  :  en  tout 
cinquante-quatre  loculi  onverts  et  vides6.  » 

vr.  catacombe  de  QABBARY.  —  Au  delà  du  canal 
d'Alexandrie,  et  dans  la  direction  du  sud-ouest,  il  ne 
restait  plus  dès  le  temps  de  Strabon  qu'une  petite 
portion  de  la  ville;  ensuite  venait  le  faubourg  nommé 
Nécropolis  tout  rempli  par  les  jardins,  les  tombeaux  et 
les  maisons  dans  lesquelles  tout  se  trouve  disposé  pour 
l'embaumement  des  corps.  Ce  faubourg,  tô  irpodcirTEtov  t) 
Nsxp<$7to)aç,  s'étendait  entre  le  lac  Maréotis  et  la  mer;  il 
était  un  peu  délaissé  vers  la  fin  du  m°  siècle,  ce  fut 
sans  doute  ce  qui  y  porta  les  chrétiens  pendant  la  dernière 
persécution  et  depuis  lors  jusqu'à  la  conquête  des  Arabes 
il  ne  cessa  de  recevoir  les  restes  des  fidèles.  Les  Arabes 
donnèrent  à  ce  quartier  le  nom  de  Qabbàry,  «  lieu 
d'enterrement.  »  Néroutzos  bey  a  signalé,  sans  entrer 
dans  une  description  cependant  bien  utile,  des  cata- 
combes chrétiennes  sur  lesquelles  nous  ne  pouvons 
mieux  faire  que  de  citer  la  brève  notice  qu'il  leur  a 
consacrée  :  «  Derrière  la  Bourse  de  Minet-el-Bassal,  sur 
l'emplacement  du  mur  d'enceinte  arabe  et  après  la 
porte  occidentale  ou  de  Qabbàry  d'autrefois,  entre  celle- 
ci  et  la  mer,  on  a  trouvé  des  sépultures  chrétiennes 
souterraines,  tout  un  quartier  de  catacombes  creusées 
dans  le  roc,  avec  des  loculi  et  des  inscriptions  écrites 
en  ocre  rouge  sur  les  parois  extérieures,  indiquant  les 
noms  de  personnes  d'ordre  religieux.  On  trouva  même 
quelques  tablettes  en  marbre  ayant  servi  à  fermer  les 
ouvertures  d'autres  loculi  qui  portaient  des  inscriptions 
de  l'époque  constantinienne  7.  »  L'une  d'elles  appartient 
pas  sa  paléographie  à  la  première  moitié  du  IVe  siècle, 
c'est  celle  du  patriarche  Achillas  successeur  de  saint 
Pierre  le  Martyr,  et  qui  n'occupa  le  siège  d'Alexandrie 
que  six  mois.  11  fut  consacré  patriarche  le  25  juillet  312 
et  son  épitaphe  nous  apprend  qu'il  mourut  le  21  Tybi 
(=  16  janvier) 8  : 

TYBI  KÂ 

eKOlMHeH 
_AXIAAAC 
Tuêi  xa  èxoiu.v",8ï)  'A^t).).â; 

Une  autre  épitaphe  remonterait  par  sa  paléographie  à 
l'époque  d'Antonin  le  Pieux,  et  la  formule  n'y  contredit 
pas9  : 

CYYYXI 

TAAATIANe 

LKE 

AOICOI 

ôôceiPic 

TO  YYXPON 
YA00P     P 

c-J'J/u/Ei  PoO.aTtavl.  L  xe.    Atôr)   aot    6  "Oastptç  tô  <\i\>yphv 

'J0(J)p. 

<<  Galatiane,  que  le  dieu  Osiris  te  donne  l'eau,  » 
formule  dont  le  paganisme  n'est  pas  douteux,  mais 
qu'il  est  utile  de  rapprocher  des  souhaits  chrétiens  pour 
le  refrigerium. 

bien  :  âgée  de  22  ans;  elle  a  eu  une  fin  bienheureuse.  »  — 
5  «  Rufine,  que  ton  âme  repose.  »  D'après  Néroutzos,  la  paléo- 
graphie de  ces  inscriptions  les  fait  dater  de  l'époque  d'Antonin  le 
Pieux.  Nous  sommes  moins  assuré  que  lui  de  l'origine  chrétienne 
de  ces  formules  épigraphiques,  mais  nous  mentionnons  la  cata- 
combe afin  de  ne  rien  omettre  qui  pût  appartenir  à  notre  sujet.  — 
»  Néroutzos  bey,  op.  cit.,  p.  53  sq.  —  '  Néroutzos  bey,  L'ancienne 
Alexandrie,  p.  61.  —  8  Ibid.,  p.  95,  n.  6;  G.  Botti,  dans  Bessa- 
rione,  1900,  p.  273,  n.  6,  s'est  inscrit  en  faux  contre  cette  attri- 
bution, mais  il  n'en  donne  aucune  raison.  Nous  ne  voyons, 
avouons-le,  rien  qui  justifie  l'une  et  l'autre  opinion.  —  'Ibid., 
p.  94,  n.  5 


1151 


ALEXANDRIE    (ARCHEOLOGIE^ 


1152 


IV.    HYPOGÉES.     —    /.     HYPOGÉE     DE    QAnBABY.    —     Au 

nord-ouest  de  Qabbàry.  du  coté  de  la  mer,  on  décou- 
vrit au  mois  d'août  1876  un  hypogée  creusé  dans  le  roc, 
qui  parait  rcimontcr  au  ive  siècle.  Cet  hypogée  consistait 
en  une  seule  pièce  carrée  et  voûtée,  mesurant  3m  24 
de  longueur  sur  3n,24  de  largeur  et  4m46  de  hauteur. 
Au  milieu  de  la  chambre  se  trouvait  un  socle,  ou  peut- 
être  un  autel  en  marbre  bleuâtre,  à  base  circulaire,  bordé 
de  dentelures  inégales  à  la  tranche  supérieure  (fig.  293). 

La  paroi  à  gauche  du  visiteur  était  lisse,  la  paroi 
droite  portait  un  écusson  énorme  en  profil,  couleur 
verdàtre  (fig.  294). 

Cette  composition  est  d'une  date  trop  tardive  pour 
nous  arrêter.  Au  bas  de  la  paroi,  se  trouvait  creusé 
dans  la  profondeur  du  roc  un  loculus  unique,  au-dessus 
duquel  on  lisait  :  ATTPATOC,  «  pas  encore  acheté,  » 
c'est-à-dire  «  à  vendre.  >>  La  paroi  du  fond  de  l'hypogée, 
faisant  face  à  l'entrée.  8  était  creusée  en  abside,  flanquée 
de  deux  pilastres  en  plâtre  colorié,  avec  des  chapiteaux 
d'ordre  égyptien,  ornés  d'un  faisceau  de  serpents  uraeus 
au  lieu  d'autres  ornements;  la  partie  inférieure  de  l'abside 
formait  un  hémicycle  peint  et  représentant,  en  son 
milieu,  un  bucrâne  et  deux  festons  de  fleurs  et  de  fruits 
suspendus  de  chaque  côté.  Sur  le  fronton  de  l'abside,  on 
lisait  :  XC.  IHC.  ©.  U.  CGùTHPil»  XpiTrô;  'ItjctoOs 
&to\>  v'ioç  o(i>TYip.  Les  deux  chapiteaux  des  pilastres 
latéraux  servaient  de  base  à  deux  branches  énormes  de 
feuillages  à  feuilles  coloriées  en  vert  et  en  rouge  alter- 
nativement. Les  branches  se  pliaient  à  leur  sommet 
l'une  contre  l'autre  pour  former  un  arc  ou  une  couronne 
et  à  leur  point  de  rapprochement  se  trouvait  une  croix 
grêle  et  ensil'orme  de  couleur  noire,  touchant  presque 
la  voûte  de  la  chambre.  Au  milieu  de  la  couronne  et 
comme  encadrée  par  les  deux  branches  ascendantes, 
était  peinte,  en  rouge,  une  grande  et  large  croix  équila- 
térale  et  pattée,  de  forme  élégante,  accostée  à  sa  partie 
inférieure  de  deux  autres  petites  croix  noires  au  milieu 
de  symboles  de  la  sainte  Kucharistie,  c'est-à-dire  deux 
poissons,  trois  pains,  deux  pains,  dont  un  incisé  en 
croix,  et  un  bras  humain  levé  au  ciel  en  acte  d'adora- 
tion. Dans  le  voisinage  de  cette  crypte  et  à  fleur  de  terre, 
on  a  découvert  une  tablette  portant  cette  inscription  : 

KYPIOC  MNHC0IH 
THC  KOlMHCeOC 

OeOAOTHC 
KAI  ANAnAYCCCOC 
5  MAAMMCONOC 

A       ^       00 
Kûpioç  itvrjiTÔtr)  t/,;  xoihtjcteo;  ©eoSôrr,;  xoù  àvanavtreco; 
[(i(axap!a;)  "/(•(•lEea)ç)](?)"A|ji[icovo; 

«  Seigneur,  ayez  souvenance  de  la  sépulture  de  Théo- 
doteetdu  repos  de  Ma-Ammon  (d'heureuse  mémoire?).  » 

L'écriture  était  de  l'époque  de  Gordien  le  Jeune  (238- 
244)  '.  Néroutzos  lisait  au  début  de  la  cinquième  ligne 
MA  AMM  /..t.)  ..  qu'il  interprétait  ainsi  :  fiaxotp(a;  Xt|Çeo>ç 
"A(iu.o>voç.  G.  Botti  remarque  que  le  marbre  porte  bien 
MA,  or  Ma-Ammon  est  une  forme  égyptienne  qui  veut 
dire  le  dévot  d'Ammon, 

//.  HYPOGÉE  DE  KOM-EL-CBOUGAFA   —    Les  fouilles    de 

1892  à  Kom-el-Chougafa  remirent  au  jour  l'hypogée 
connu  sous  le  nom  de  «  hypogée  du  sarcophage  aux 
têtes  de  lion  »;  en  1893,  parmi  d'autres  découvertes,  on 
parvint  à  déterminer  l'emplacement  du  Stade  et  le  site 
du  Céramique;  en  outre,  on  s'assura  qu'il  avait  existé  à 
Kôm-el-Chougâfa  des  tombes  chrétiennes  et  un  grand 
nombre  de  païennes.  «  On  trouve  par  centaines  les 
squelettes,   là   où  Néroutzos   ne  voyait  que  des   locuii 


vidés,  des  locuii  de  martyrs  dont  les  ossements  auraient 
été  exhumés  au  profit  des  églises  de  l'Orient,  après  ledit 
de  Milan.  Des  hypogées  d'un  grand  intérêt  sont  creusés 


>-H 


0,â9 


2?3.  —  Piédestal  ou  autel.  294.  —  Peinture. 

D'après  Néroutzos  bey,  L'ancienne  Alexandrie,  p.  7' 

dans  la  funda  du  Stade  et  par  eux  on  doit  ajouter  une 
page  à  l'histoire  des  sérapiastes  et  des  chrétiens 

///.  HYPOGÉE  DE  LA  NÉCROPOLE  ORIENTALE.  —  A  lextré- 
mité  orientale  de  la  ville  se  trouvait  une  autre  Necropoli» 
que  celle  dont  nous  avons  parlé.  Elle  s'étendait  sur  les 
bords  de  la  mer  depuis  les  murs  d'enceinte  à  l'est  du 
cap  Lochias  et  du  quartier  Délia  jusqu'au  trcpatôicsSov 
ou  camp  romain.  Tout  ce  terrain  est  criblé  de  sépultures, 
dont  un  grand  nombre  d'origine  juive,  ce  qu'explique  la 
proximité  du  quartier  sémite;  on  ne  cessa  d'enterrer 
dans  ce  terrain  depuis  l'époque  macédonienne  jusqu'à 
l'époque  byzantine.  Outre  les  habitants  d'Alexandrie,  on 
y  portait  ceux  des  oppida  voisins  d'Eleusis  et  de  Nicopolis  ; 
on  y  rencontre  un  grand  nombre  de  tombes  chrétiennes, 
de  beaux  sarcophages  en  marbre,  grecs  et  romains.  Dans 
la  nécropole  de  l'est,  on  découvrit,  en  1S71,  l'hypogée  d'une 
famille  chrétienne  ;  on  y  trouva  l'épi  taphe  d'une  ch  rétienne 
ayant  nom  Zonéine,  qui  mourut  le  19  mars  de  l'an  409. 

Sa  tombe  était  creusée  dans  la  masse  du  rocher  et 
fermée  par  une  dalle  en  calcaire  portant  l'inscription 
suivante  : 

+  +  + 

O  0EOC  O  TUNTOKPATOOP 

O  CON  TTPOG0N  KAI  MEAACON 

IHCOYC  OXPICTOC  OYIOCTOY 
5       0EOY  TOYZÙÙNTOCMNHC0HTI 

THC  KOIMHCEG0C  KAIANAT7AYCEGÙL 

THC  AOYAHCCOYZCONEHNHC 

THC  EYCEBECTATHC  KAI         Jë^ 

cplAENTOAOY  KAITAYTHN 
10     KATAZIGÙCONKATACKHNG0CE 

AIA  TOY  ATIOY  COY  KAI  tpCOTATCOrOY 

APXANTEAOYMIXAHA 

EIC  KOATTOYC  TCON  ATICON  TTATEPGÙN 

ABPAAM  ICAKIAKOÙB  OTICOYECTIN 
15     H  AOZA  KAI  TO  KPATOC  EXCTOYC  AIGONAC 

T00N  AICONGON  AMHN   EZHCENAE 

MAKAPICOC  ETH  Ô~Z  ECTINAE 

HMNHMHAYTHC  cpAMENCOO  KT 

META  THN    YITATIAN    BALLOY    KAI    (plAITTrTOY 

'O  0eô;  ô  -îc.xoxpâTwp 
0  (ov,  itpowv  xaù  (j.é>.).o)v , 
'Iï)ffo0;  ô  Xpi<rrô;,  6  ulbç  xc.0 
t>;où  toû  swvto;,  |1vy)o6ïjti 


«Néroutzos  bey,  L'ancienne  Alexandrie,  p.  77  sq.,  03,  n.  3; 
D.  O.abrol  et  D.  Leclercq,  Monum.  Eccl.  liturg.,  in-4",  Parisiis, 
1902, 1. 1,  n.  4352;  G.  Botti,  Le  iscrizione  cristiani  (TAlexandria, 


•ians  Bessarione,  1900,  p.  272,  n.  5.  —  »G.  B..tti.  Fouilles  J.ius 
le  Céramique  d'Alexandrie,  dans  le  Bull,  de  la  Soc.  arch. 
dAlexatut,  te,  1898,  n.  1,  p.  7. 


1153 


ALEXANDRIE    (ARCHÉOLOGIE) 


1154 


5     -r,i  xoiu.r|(rea>ç  xai  ava^a-JTcO); 

tt,c  6oÛXy](  uou  Za>veTJV7]ç 

tti;  eO(reëEcrtà-:ï)ç  xaî 

çiXevto'Xov,  xai  TaÙTï)v 

xocTai;ûi)(7ov  xaTaaxrjVoxTE 
10     oià  toO  àyt'ou  xai  cpMiaYwYoû 

àp/avyiXov  Mi^aYjX 

e:;  xo'Xtcou;  t£>v  ayî<i>v  TtaTÉpwv 

'Aëpocàu.,  'Icrà/.,    'Iaxù>ê,  5n  «rou  èfîtlv 

»l  ooEa  xai  tô  xpâtoç  ei;  toO;  aïoiva; 
15    tû)v  aiciviDv.   'Ajx^v.  "EÇr)<j£v  8è 

(j.axaptto;  ïtr\  o£-  ecttiv  Se 

ï]  u.viqu.Y|  auTï|Ç  <î,a[j.Evà)6  xy' 

[isià  ttjv  ÛTcaTiav  Bâsaou  xaî  4>i),;7iTtou 

«  Dion  le  tout-puissant  qui  est  toujours,  qui  était  avant 
et  qui  sera  (dans  les  siècles)  à  venir,  Jésus-Christ,  le  Fils 
du  Dieu  vivant,  conserve  la  mémoire  du  sommeil  et  du 
repos  de  ta  servante  Zonéine,  la  très  pieuse  et  qui 
aimait  à  obéir  à  tes  commandements,  et  à  celle-ci  accorde, 
qu'elle  serait  digne  d'être  placée  par  ton  saint,  et  qui 
est  chargé  de  conduire  à  la  lumière,  l'archange  Michel, 
dans  le  sein  des  saints  Pères,  Abraham,  Isaac  et  Jacob, 
car  à  toi  est  la  gloire  et  la  puissance  dans  les  siècles 
des  siècles.  Amen.  —  Elle  a  vécu  heureusement 
lxxxvii  l  ans,  et  sa  commémoration  est  le  xxm  du 
(mois)  Phaménôt,  après  le  consulat  de  Basse  et  de 
Philippe  2.  » 

La  belle  épitaphe  que  nous  venons  de  transcrire  est 
un  de  ces  témoignages  datés  et  localisés  auxquels  les 
lilurgistes  ont  accordé  si  peu  d'attention  jusqu'à  ce  jour. 
Satisiaits  des  formules  aussi  vagues  que  vides,  sapit 
anliquitatem,  vetustissimus,  remolissimus,  ils  ne 
semblent  pas  se  douter  que  la  liturgie  ne-  sera  une 
science  digne  de  ce  nom  qu'à  part  ir  du  moment  où  chacune 
de  ses  formules  offrira  une  base  ferme  à  la  critique  et 
à  l'histoire  par  une  détermination  de  son  lieu  d'origine 
el  de  ses  migrations,  de  sa  date  de  naissance  et  de  la 
chronologie  de  ses  altérations.  Le  résultat  est  assuré, 
mais  le  labeur  ingrat  et  de  plus  infructueux  s'il  n'est 
méthodique.  Nous  y  revenons  sans  cesse,  moins  souvent 
cependant  que  nous  le  pourrions  et  le  voudrions,  au 
risque  de  surprendre  le  lecteur;  mais  toute  science  doit 
débuter  par  une  période  empirique;  ce  n'est  pas  la  plus 
divertissante,  mais  c'est  la  plus  solide  et,  à  tout  prendre, 
peut-être,  la  plus  instructive  et  la  plus  durable.  L'épi- 
graphie  des  périodes  gréco-romaine  et  byzantine  n'a 
malheureusement  rendu  jusqu'ici  qu'un  très  petit  nombre 
de  témoins  à  Alexandrie,  une  centaine  d'inscriptions 
en  tout,  parmi  lesquelles  celle  de  Zonéine  est  la  plus 
longue  et  la  plus  importante  au  point  de  vue  qui  nous 
intéresse.  La  rencontre  de  la  formule  :  xararâlat  aùtbv 
(xOrri)  etç  xôX7iou;  'Aëpaàu.,  xai  Iaaàx,  xat  Iaxa>o  à 
Alexandrie  est  un  point  de  repère  qui  a  sa  valeur  pour 
ce  type  si  fréquent  et  si  répandu  que  l'on  hésite  à  ratta- 
cher, laute  d'une  attestation  ferme,  à  un  des  centres 
liturgiques  du  IVe  siècle.  La  liturgie  dite  de  saint  Marc 
ne  possède  pas  cette  formule  dans   sa  forme  la  plus 

■  n  faut  lxxii,  autrement  il  y  aurait  itï'  et  non  o'Ç'.  E.  Miller, 
Inscriptions  grecques  découvertes  en  Egypte,  dans  la  Revue 
archéolog.,  1874,  t.  i,  p.  45  sq.  ;  E.  Le  Blant,  Étude  sur  les  sar- 
cophages chrétiens  antiques  de  la  ville  d'Arles,  in-fol.,  Paris,, 
1878,  p.  xxm;  E.  Miller,  Mélanges  de  philologie  et  d'épigraphie, 
1"  partie,  in-8%  Paris,  1876,  p.  70;  G.  Botti, />  iscrizione  cristiani 
dei  Alessandria,  dans  Bessarione,  1900,  p.  278,  n.  15  — 
2  Néroutzos  bey,  op.  cit.,  p.  82;  le  même,  dans  'AttixV/  "Rw,- 
V.ofiov,  janvier  1872,  et  dans  le  Bulletin  de  l'Institut  égyptien, 
1873,  p.  112-116;  M.  I'.  Aqiircro,  'Ioropîot  tf;;  'AîuÇavSpemç,  in-8% 
Athènes,  1886,  p.  759,  n.  6.  —  3J.  Goar,  Euchologion,  in-tol., 
Venetiis,  1730,  p.  434.  —  *E.  Renaudot,  Liturgiarum  orienta- 
lium  collectio,  in-4%  Francofurti,  1847,  p.  i,  121,  124,  etc.  — 
6  Missale  romanum  Missa  pro  defunctis.  Offertorium.  —  6  Mu- 
ratori,  Liturgia  romana  vêtus,  in-iol.,  Venetiis,  1748,  t.  i, 
p.  752.  —  '  Ibid-,  t.  I,  p.  750.  —  8  G.  Botti,  Le  iscrizione  cris- 

D1CT.  D'ARCII.  CIIRIÏT. 


ancienne;  elle  apparaît  dans  une  des  additions  à  cette 
liturgie  que  contient  le  manuscrit  Barherini  cité  par 
Goar3  et  ce  signe  d'une  moindre  antiquité  est  confirmé 
par  la  doxologie  finale  oti  ao-j  i<rrcv  -r\  fjt\a.  -/.ai  tb  xpito; 
eU  to-j;  al™  va;  ttov  àiûvwv  àu.r,v  que  nous  retrouvons 
plus  développée,  mais  identique  pour  les  termes,  dans 
la  liturgie  d'Alexandrie*.  Voilà  un  point  d'attache  et 
une  date  à  retenir.  Mais  il  y  a  plus.  La  mention  de 
l'archange  Michel  rappelle  immédiatement  l'offertoire 
de  la  messe  des  défunts  au  rite  romain  :  Signifer  sanctus 
Michael  reprsesentet  eas  fsc.  animas]  in  lucem  sanctam, 
qwtm  olim  Abraliœ  promisisti  et  semini  ejus">.  Dans 
le  sacramentaire  gélasien  nous  lisons  dans  la  Commen- 
datio  animée  :  Te  supplices  deprecanwr,  iit  suscipi  ju- 
béas  ammam  fa/muli  lui  per  manus  sanclorum  ange- 
lorum  deducendam  in  sinum  amici  lui  patriarches 
Abrahse6.  Dans  Yoratio  ad  sepulchrum  nous  trouvons; 
Adsit  ei  (se.  animée)  angélus  testamenti  lui  Michasl1. 
On  voit  par  cet  exemple  ce  que  des  liturgies  occiden- 
tales et  de  rédaction  exclusivement  latine  peuvent 
gagner  à  une  enquête  portant  sur  des  monuments 
qu'on  ne  s'était  pas  donné  la  peine  de  lire  et  qui  nous 
fournissent  les  jalons  de  ces  migrations  et  de  ces  allé- 
rations  de  formules  liturgiques  dont  nous  venons  de 
parler. 

IV.  localités  voisines.  —  Les  nécropoles  des  habi- 
tants d'Eleusis,  de  Nicopolis,  de  Taposiris  et  de  Menulhi 
n'ont  laissé  que  bien  peu  de  souvenirs  chrétiens.  A  Hâdra 
on  signale  un  chapiteau  crucifère.  M.  G.  Botti  signale 
un  oratoire  chrétien  orné  de  peintures  dans  la  vallis  ad 
sepidera,  mais  il  ne  l'a  ni  vu  ni  décrit8. 

v.  les  momies  CHRÉTIENNES.  —  Les  catacombes 
chrétiennes  d'Alexandrie  et  de  quelques  autres  localités 
de  l'Egypte  offrent  une  particularité  que  l'archéologie 
ne  saurait  trop  déplorer.  Tandis  que  les  columbaria  et 
les  sépultures  païennes  du  plateau  de  l'est  de  la  ville 
ancienne  et  de  la  nécropole  située  entre  Eleusis  et  Nico- 
polis ont  conservé  un  grand  nombre  de  cadavres  intacts, 
les  catacombes  chrétiennes  n'ont  oll'ert  que  des  loculi 
violés  et  dépouillés  depuis  longtemps.  Nous  savons 
cependant  par  les  découvertes  d'Akhmin  et  d'Antinoé 
(voir  ces  mots)  que  les  chrétiens  ne  répugnaient  pas  à 
se  faire  embaumer,  l'usage  antique  était  encore  général 
parmi  eux  à  la  fin  du  IVe  siècle,  malgré  les  objurgations 
de  saint  Antoine,  et  la  coutume  se  retrouve  en  diverses 
localités  jusque  sous  la  domination  arabe,  pendant  le 
vme  siècle.  Il  est  évident  que  les  tombes  chrétiennes 
ont  été  victimes  d'une  exploitation  méthodique.  Or  nous 
savons  que  sous  le  règne  d'Arcadius,  à  la  fin  du  IVe  siècle 
et  au  commencement  du  Ve,  on  procéda  dans  la  Basse- 
Egypte  et  principalement  à  Alexandrie  à  une  exhumation 
générale  des  momies  des  anciens  chrétiens.  Ces  momies 
furent  exportées  en  gros  dans  toutes  les  villes  impor- 
tantes de  la  chrétienté,  principalement  à  Conslanti- 
nople9. 

vi.  la  colline  aux  tessons.  —  L'ancien  stade 
d'Alexandrie  fut  creusé  dans  la  gorge  qui  sépare  la  col- 
line de  Hamoud-el-Saouari  du  plateau  d'Abou-el-Achem, 

tiani  di  Alessandria,  dans  Bessarione,  1900,  t.  iv,  p.  277.  — 
6  II  faut  tenir  compte  d'une  autre  chance  de  destruction  que  cou- 
rurent les  momies  qui  avaient  été  épargnées,  mais  ici  elles 
n'avaient  aucun  privilège  sur  les  momies  païennes  :  «  Au  siècle 
dernier,  un  ou  plusieurs  apothicaires  de  Marseille  avaient  adressé 
au  représentant  de  la  France  à  Alexandrie  une  singulière  récla- 
mation. Ces  messieurs  se  plaignaient  de  la  mauvaise  qualité  de 
la  poudre  provenant  des  momies,  qu'on  leur  envoyait  d'Alexandrie. 
La  poudre  des  momies  qui,  dit-on,  est  encore  aujourd'hui 
employée  dans  la  composition  des  couleurs  et  très  recherchée  des 
peintres,  entrait  de  plus  à  cette  époque,  pour  une  part  assez 
sérieuse,  dans  la  pharmaceutique.  La  réponse  du  correspondant 
fut  que  les  momies  étant  devenues  introuvables  à  Alexandrie, 
les  Arabes,  pour  ne  pas  perdre  les  bénéfices  de  leur  trafic,  se 
rabattaient  sur  les  cadavres  ordinaires.  »  Néroutzos  bey,  L'an- 
cienne Alexandrie,  p.  53. 

I.  -37 


1155 


ALEXANDRIE   (ARCHÉOLOGIE; 


1156 


à  Karmoûz.  Sur  ce  point  se  trouvent  entremêlés  des 
tombeaux  et  des  tessons  de  poteries  en  quantité  consi- 
dérable. Ces  tessons  forment  des  lits  épais  de  débris  de 
toutes  formes  et  de  toutes  couleurs;  parmi  les  couches 
inférieures,  les  plus  voisines  du  roc,  se  trouvent  des 
squelettes  humains,  des  urnes,  des  amphores,  des 
cruches,  dont  la  forme  se  rapproche  de  celle  de  l'ala- 
bastron,  ayant  contenu  les  cendres  de  cadavres  incinérés, 
puis  viennent  des  cercueils  en  terre  cuite  ou  plus  exac- 
tement des  jarres  en  forme  de  cônes  tronqués,  rap- 
prochées et  maintenues  par  une  couche  de  plâtre 
étendue  sur  la  jointure;  l'un  de  ses  cônes  était  toujours 
muni  d'un  échappement  pour  les  gaz  cadavériques.  On 
trouva  encore  des  cercueils  rectangulaires  contenant  des 
squelettes  entiers  inhumés  avec  de  petites  fioles  et  des 
flacons  en  argile.  Ces  sépultures  avaient  dû  être  à  l'usage 
des  personnes  aisées  de  l'époque  des  Ptolémées  et  de  celle 
des  empereurs.  Les  anses  desamphores  mélangées  à  ces 
tombes  et  à  celles  des  pauvres  gens  qui  n'avaient  eu  qu'une 
jarre  pour  y  être  ensevelis,  portent  les  timbres  et  sceaux 
de  maîtres  potiers  et  de  magistrats  éponymes1.  Ces 
timbres  sont  intéressants  au  point  de  vue  de  l'histoire 
éconoiniqueetcommercialeetnousfontconnaître  quelque 
chose  du  trafic  des  denrées  alimentaires  dans  l'antiquité. 
Outre  les  poteries  ayant  contenu  des  denrées  d'importa- 
tion, il  s'en  trouve  un  grand  nombre  parmi  les  débris 
qui  témoignent  d'une  fabrication  indigène.  On  est  en 
droit  de  se  demander  la  raison  de  cette  pratique  qui  nous 
parait  très  irrévérencieuse,  d'ensevelir  les  morts  parmi 
les  pots  cassés.  Serait-ce  que  ces  récipients  de  l'huile, 
du  vin,  du  lait,  du  miel  étaient  ceux  qui  avaient  contenu 
les  aliments  dont  on  avait  fait  usage  pour  le  banquet 
funèbre,  pour  les  libations  et  les  fumigations?  C'est 
presque  impossible  et  d'ailleurs  aucun  texte  ne  nous  en 
donne  la  preuve.  «  La  coexistence  dans  un  même  lieu 
d'éclats  de  poteries  éparses  à  fleur  de  sol  ou  en  amas 
considérables,  conjointement  avec  des  sépultures  an- 
ciennes, est,  à  Alexandrie,  un  fait  constant  et  indéniable. 
Choisissait-on  les  monticules  aux  tessons  comme  lieux 
d'ensevelissement?  où  bien  les  lieux  de  sépulture 
étaient-ils  choisis  de  préférence  pour  y  jeter  les  rebuts 
de  fabrication  d'objets  fictiles  et  les  débris  des  xEpxu-ia 
du  commerce  d'importation?  Toujours  est-il  que,  par- 
tout où  il  y  a  des  fragments  de  poteries,  on  est  sûr  de 
trouver  enfouis  au-dessous  des  ossements  de  morts,  des 
cendres  humaines  dans  des  cruches  ou  des  urnes  funé- 
raires, des  squelettes  entiers  dans  des  cercueils  d'argile 
et  même  des  sarcophages  en  marbre  et  des  hypogées 
bâtis  eu  pierre-.  »  Cet  usage  n'est  pas  particulier  à 
Alexandrie,  on  en  signale  des  exemples  à  Tarse  en  Cili- 
cie,  dans  la  Cyrénaïque,  la  Grèce,  la  péninsule  Chalci- 
que,  la  Crimée  et  même  en  Italie3.  «  Les  papyrus 
d'Egypte;  même  d'époque  ptolémaïque,  mentionnent  les 
y.-pi|xia  conjointement  avec  les  u.vsu.<«'>vEia,  toujours  à 
l'ouest  des  villes.  Le  nom  de  Kôm-el-Chougafa,  que  les 
Alexandrins  donnent  au  quartier  le  plus  occidental  de 
la  ville  actuelle,  n'est  que  la  traduction  de  l'ancien  nom 

'T.  D.  Néroutzos,  L'ancienne  Alexandrie,  p.  28;  G.  I 
dans  le  Hall,  de  In  Soc.  arch.  d'Alexandrie,  1898,  p.  10  sq.  Cf. 
à.  Dumont,  Inscriptions  céramiques  de  la  Grèce,  in-8%  Parie 
-1872.  Sur  Nécropolis  et  les  anciens  cimetières,  cl.  G.  Lumbroso, 
L'Egitlu  dei  Greci  e  dei  Romani,  in-12,  Roma,  1895,  p.  200 sq.; 
Minutoli,  Abhandlungen  verm.  Inhalts,  in-8\  Berlin,  1831, 
p.  s-is;  Brocchi,  dans  Giornale  di  viagge,  1822,  t.  i,  p.  64,  65; 
H.  Agnew,  Remarks  on  some  remains  of  ancient  greek  torit- 
ings,  on  the  walls  <>/  a  family  catacomb  at  Alexandria, 
dans  Archceologia,  t.  xxvin,  p.  152-170.  —  «T.  D.  Néroutzos, 
L'ancienne  Alexandrie,  p.  28,  33.  G.  Lumbroso,  op.  cit., 
p.  216  sq.,  discute  les  textes  invoqués  par  Néroutzos  au  sujet  des 
«•pànta.  —  slbid.,  p.  29.  Cf.  G.  Lumbroso,  op.  Cit.,  p.  219.  — 
*  G.  Bolti,  loc.  cit.,  p.  .">  sq.  —  "Voir  AMPOULES.  -  "On  signale 
un  partage  analogue  à  Rome,  à  Cartilage.  Cl.  col.  645.  —  •  Philon, 

Ali    FlaCCUm    :    11. .7.    potçat    Tîîç   rtô).£t;    iîiwv,    CTTwvjfioi    ïurt    r:^. ..-:,„■, 


grec  À6?o;  y.epau.ôt/.ôç,  nions  tcslaceus,  la  butte  aux  tes- 
sons4. »  Ces  buttes  ou  collines  situées  entre  le  canal  et 
l'enceinte  actuelle,  depuis  le  village  de  Moharrem-Bey 
jusqu'à  Karmoûz.  et  à  Kôm-el-Chougafa  contiennent  des 
sépultures  chrétiennes  et  des  païennes,  mais  encore  des 
tessons  chrétiens,  éclats  de  poteries  brisées,  sont  re- 
cueillis dans  les  couches  supérieures  ;  ils  appartien- 
nent à  la  catégorie  des  lampes  et  des  petites  ampoules 
en  terre  cuite  ayant  contenu  de  l'huile  bénite  puisée-i  la 
lampe  qui  brûlait  au  tombeau  de  saint  Menas  5. 

vil.  le  quartier  juif.  —  Philon  nous  apprend  que 
de  son  temps  la  ville  d'Alexandrie  était  divisée  en  cinq 
régions  »  que  l'on  désignait  par  les  cinq  premières  lettres 
d-e  l'alphabet  grec  A,B,r,A,E7,  et  Flavius  Josèphe  écrit 
que  les  Juifs  occupaient  tout  le  quartier  Delta*.  Ce 
quartier  était  situé  au  delà  du  Bruchium,  sur  le  bord  de 
la  mer,  à  l'est  9.  Mais  il  paraît  que  leur  nombre  était  tel, 
que  vers  le  premier  siècle  de  notre  ère  ils  s'étaient  ré- 
pandus jusque  dans  la  ville  Macédonienne,  d'où  ils 
furent  chassés  par  les  Grecs .  et  par  le  préfet  Avilius 
Flàccùs,  sous  le  règne  de  CaiusGaligula  (37).  Ne  pouvant 
trouver  place  dans  le  quartier  Delta,  ils  campèrent  sur 
le  littoral  dans  un  terrain  désigné  sous  le  nom  de  y.07:p:'a'., 
sous  lequel  étaient  creusées  des  sépultures10.  Après  la 
grande  révolte  sous  Hadrien,  à  laquelle  la  juiverie 
alexandrine  avait  pris  part,  la  colonie  juive  fut  en  partie 
massacrée,  en  partie  dispersée  ;  la  célèbre  synagogue  du 
Diaplenslon,  qui  passait  aux  yeux  des  Juifs  pour  la  mer- 
veille du  monde,  fut  détruite;  le  quartier  Delta,  situé 
près  du  Lochias,  devint  un  champ  de  ruines  et  de  tom- 
beaux. 

III.  LPIGRAPHIE.  —  L'épigraphie  funéraire  n'offre 
pas  de  formules  bien  remarquables.  Les  textes  sont  en 
général  fort  brefs.  L'âge  du  défunt  y  est  le  plus  souvent 
indiqué  '  ',  la  date  de  la  mort 12,  souvent  la  profession  13  ; 
la  mention  de  la  filiation  est  plus  rare14,  celle  de  la 
patrie  plus  encore  ls.  Voici  deux  exemples  qui  suffiront 
pour  toute  la  catégorie  : 

CTHA  (r,) 
TOY  MAKAP 
ATTA  MINA 
[a|NÀXiiieBICO[,ï£v] 
5     [jt]C0N  Më  ETEAE 
MO)  OAMEN  <c 

«  Stèle  du  bienheureux  Apa  Mena,  anachorète.  Il  a  vécu 
45  ans  (il  est  mort)  au  mois  de  Phamenot...  • 

ArTA  YAI   APXITTPeCBlig 
CKOIMH  0H  TYBI  KS 
THC  ZUt  INAIKiH» 

£T00N       P      J_  il 

«  L'archiprêtre  Apa  Psai  a  été  inhumé  le  '26  (du  mois) 
de  Tybi,  de  la  ra*  indiction,  âgé  de  cent  ans.  i 

Un  bon  nombre  de  ces  stèles  provient  d'Aklnnin '*. 
mais  nous  ne  les  avons  pas  distinguées  des  autres  avec 

Josèphe,  Bellum  judaicum,  1.  II,  c.  vin  :  T<>  xot)« l^.-.ov  A 
ffwiixiTTo   -op  ixir  -.':   'loufanAv.  —  'Néroutzos  bey.  L'ancienne 
Alexandrie,  in-8%  Paris,  1888,  p.  6.  —  '«Philon.  Ad  Ftaccutn  : 

*F;r9/o-.TO    Slà    to    r.'/.r/l',;    il;    aîviaXo'J;    xaï     xonçîa;    x'ù    ;i.vr,;*tïa.    — 

11  G.  Bolti,  Steli  cristiane  di  epoca  bizantina  esistenti  nel 
museo  di  Alessandria  (Fgitio).  dans   /  1900,  t.  rv, 

»,  d.  1;  p.  437,  n.  3;  p.  439,  n.  6,  7,  8;  p.  440,  n.  11  ;  p  441, 
u.  12,  13,  14;p.  442, n.  15,  16,  I7;p.  443,  n.  18,  20;  |>.  444,  n.21. 
•22;  p.  446,  n.  25,  26,  27.  p.  447,  n.  £9j  p.  448,  n.  U,  32,  etc.  — 
»  toi*.,  p.  496,  n.  1  ;  p.  437,  n.  ;i;  p.  438,  n.  4.  5;  p.  439,  n.  6, 
7,8;  p.  440,  n.  9;  p.  441,  n.  12.  13,  14;  p.  442.  n.  15;  p 
n.  20;  p,  444,  n.  21,  22;  p.  445,  n.  23,  24;  p.  446,  D.  25,  26,  27; 
p.  447,  n.  30,  etc  "Ihi.i..  p.  136,  n.  1;  p.  438,  n.  ô;  p.  4'm. 
n.  il;  p.  441,  n.  13;  p.  444.  n.  21  :  p.  446,  n.28.  —  l«JWd.,p.  437, 
n.  :*;  p.  M7,  n.  30.  —  <*lbid.,  p.  447,  n.  30.  —  '«  Ibid.,  | 
n.  11.  —  "Ibid.,  p.  446,  ".  26.  —  '»  llnd..  n.  6-10,  12-ls.  90,  21. 
24-29,  31-38,  W,  54,  55.  57.  64.  66,  67,  71-       3     - . 


115 


ALEXANDRIE   (ARCHEOLOGIE) 


1458 


lesquelles  on  les  a  réunies  à  Alexandrie,  parce  qu'elles 
nous  paraissent  appartenir  à  la  même  famille  épigra- 
phique.  On  remarque  qu'un  grand  nombre  des  défunts 
iaisaient  partie  delà  hiérarchie  ecclésiastique,  moines1, 
abbés  -',  anachorètes 3,  diacres 4,  prêtres 5,  archiprêtres 6, 
nonnes',  vierges8.  Parmi  les  professions  nous  voyons 
un  géomètre  :  TOY  KAAOKOIMHTOY  ICAKIOY1»  et 
peut-être  an  soldat  :  CTHAH  ||  TOY  MAKA  ||  PIOY 
AOYKK  ||  CON  CTP...  »<>. 

Les  symboles  sont  rares,  le  plus  fréquent  est  AGO  flan- 
quant la  croix  équilatérale  ",  ou  bien  isolé  12,  la  croix  13, 
la  croix  laurée1*,  les  palmes15,  le  monogramme 
accosté  ou  non  de  a  et  u>,  inscrit  dans  un  cercle 16, 
ou  non  inscrit17,  la  croix  ansée18,  le  sigle  K  M  T  19. 
Une  seule  inscription  lait  un  bref  éloge  de  la  délunte20; 

eic  oeoc  o  bohogo 

H  ÊKOIMH0H  H  Al"l 
A  COYCANNA  nAP 
OENOC  KO  THC  IS^ 
5  INAIKIM  £  2  €  T€  AH 
C£N  ÏÏACAN  nOAl 
TIAN  GKOIMHOH 
£N  ONOMATI   KY 
KAI  TO  0£  A  OMA 
10  _AYTO 

OAM£N00O  KP-- 

«  Dieu  est  son  seul  défenseur  (ou  bien  :  Dieu  un  est 
ton  défenseur,  ou  :  Qu'un  Dieu  lui  vienne  en  aide).  La 
sainte  Suzanne  la  vierge  s'endormit  le  28  de  la  17e  in- 
diction. Elle  s'acquitta  de  tous  les  devoirs  d'urbanité. 
Elle  s'endormit  dans  le  nom  du  Seigneur  et  sa  fin  eut 
lieu  au  mois  de  Phamenoth...  » 

Quelques-unes  de  ces  inscriptions  sont  intéressantes 
et  offrent  des  variantes  inconnues  dans  le  formulaire 
épigraphique  chrétien;  celle-ci  en  particulier  parle  d'un 
défunt  dont  l'âme  se  nourrissait  du  bois  de  la  vie,  for- 
mule que  nous  ne  rencontrons  nulle  part  ailleurs21  : 

KËO0C  TCON  TTAT£P00N 
HMCON  £A£HCON  THN  YY 
XHN  TOY  AOYAOY  COY  +AI 
ANA  KAINON  AYTHN  £ 

5       IC  K  O  A  n  O  Y  C  TCON  A  HO) 
N  TTATEPGON  HMCO 
N  ABPAAM  KAI  ICAAK 
KAI  IAKGOB  +G0MICON  A 
YTHC  AFTO  TOY  2YAOC  THC 

10     CZGOHC  £KOIMHOH  £N 
KGO  ICOANNHC  AIAI 

mhni  §b,®wmMmmm 

«  Seigneur  Dieu  de  nos  pères,  aie  pitié  de  l'âme  de  ton 
serviteur  et  fais-la  reposer  dans  le  sein  de  nos  pères 
saints  Abraham,  Isaac  et  Jacob,  nourrie  du  bois  de  la 

1  G.  Botti,  dans  Bessarione,  1900,  n.  1,  23,  39,  56  (?).  —  *  Ibid., 
n.  5.  —  3Ibid.,  n.  11.  —  *Ibid.,  n.  3,  4,  52.  —  5  Ibid.,  n.  13,  21.  — 
BIbid.,  n.  26.  —  ''Ibid.,  n.43;73,  répétition  du  n.  43;  74.  —  *lbid., 
n.  51,  69,  répétition  du  n.  51.  —  »  Ibid.,  n.  55.  —  ,0  Ibid.,  n.  60.  — 
1 1  Ibid.,  n.  45,  90.  —  '  i  Ibid.,  n.  88.  —  "  Ibid.,  n.  2,  3,  8,  13, 14, 
18,  20,  21,  26,  28,  29,  33,  39,  43,  etc.  —  >*Ibid.,  n.  3,  22,  45.  — 
"Ibid.,*.  39,55,  70,  appendix.n.  3.  —  1«Jbid.,n.46,53.  —  'Ubid., 
n.  52,  53,  60,  78.  —  l8  Ibid.,  n.  89.  —  taIbid.,  appendix,  n.  3.  G.  Botti 
traduit  à  tort  Christus  Maria  Gabriel,  cf.  Amphores.  —  !0  G. 
Botti,  op.  cit.,  n.  51.  —  -'  G.  Botti,  op.  cit.,  p.  438,  n.  4.  —  «De 
Rossi,  Bull,  di  arch.  crist.,  1886,  p.  139,  n.  220.  —  «Gruter,  Cor- 
pus inscr  iptionum,  in-fol.,  Amstselodemi,  1707,  p.  752,  n.  2; 
p.  933,  n.  11;  Amico,  Catana  illustrata,  in-fol.,  Catana,  1741, 
pars  III,  p.  275;  Boldetti,  Osservazioni  sopra  i  cimiteri  cristiani, 
in-tol.,  Borna  1720,  p.  382,  390;  Buonarotti,  Vasi  antichi  di  vetro 
ornati  di  figure  trovati  in  Roma,  in-4°,  Firenze,  1716,  p.  169; 
Doni,  Inscriptiones  antiqux  curn  notis,  in-tol.,  Florentiae,  1731, 
p.  525,  n.  8;  Marini.  Iscrizioni  antiche  délie  ville  e  de'  palazzi 


vie.  Le  diacre  Jean  a  été  enterré  au  mois  de  Phamenoth 

lie ].  » 

Voici  une  épitaphe  qui  offre  deux  formules  fréquentes 
dans  l'épigraphie  d'Alexandrie:  Et;  @eo;  por,6si.  Cette 
formule  est  ici  suivie  de  Amen,  ce  qui  est  rare  et  lui 
donne  très  heureusement  sa  valeur  liturgique,  car 
Amen  est  une  réponse,  elle  indique  partout  où  on  la 
rencontre  un  diafogue  liturgique  :  «  Que  telle  ou  telle 
chose  soit.  »  —  Rj.  «  Qu'il  en  soit  ainsi.  »  Dans  la  cata- 
combe  de  Priscille  nous  rencontrons  une  lormule 
apparentée  à  celle  d'Alexandrie,  la  voici  :  Et;  8sov 
SwpT)[xa  çpépei;  22.  L'autre  formule,  oùSsi;  àôâvatoç,  est 
très  ordinaire  à  Alexandrie  et  il  y  a  lieu  de  noter  ce 
point  car  cette  même  formule  se  retrouve  en  plusieurs 
localités  très  éloignées.  C'est  surtout  en  Orient  qu'on  la 
rencontre,  en  Syrie,  dans  la  Cyrénaïque,  dans  les  îles  de 
l'Archipel,  en  Sicile,  à  Rome  et  même  en  Gaule.  D'ordi- 
naire on  la  trouve  jointe  aux  acclamations  OAPCI, 
£YYYXI,£YMYPI.£Y9YMI,  MH  AYTTOY;  païens,  juifs 
et  chrétiens  en  faisaient  usage23.  Ces  derniers,  croyons- 
nous,  n'en  ont  usé  nulle  part  d'une  manière  plus  lré- 
quente  qu'en  Egypte  21  : 

A  00 

£ic  eeoc  o  Bovueco  amhn  meadicia 

£KVMH9H  M£T  OV  MET   OV  MErtOC   TTAM£fï 
009  HMEPAC  KG  THC  B<5  KAIJMH 
5       A£TTIC£  OVT1C  A9ANAT0C  £ 

IC  TQV  KOCMCON  TOVTO  IPH[vv)]25 

«  Que  Dieu  seul  nous  soit  en  aide.  Ainsi  soit-il.  La 
déposition  de  Melpisia  a  eu  lieu  au  mois  de  Phamenoth, 
le  29e  jour,  indiction...  Ne  t'afflige  pas,  personne  n'est 
immortel  ici-bas.  Paix.  » 

L'emploi  de  l'acclamation  liturgique  que  nous  venons 
de  noter  se  retrouve  dans  une  autre  inscription  :  £IC 
OÊOC   ||  00   BOH9G0   ||  ff  AMHft  Z  ||  C0H  MÊrtOC  || 

eneicb  ai©2*;. 

Mentionnons  une  autre  acclamation  empruntée  à  la 
liturgie  funéraire  : 

£N  HPHNH  TH  YY 
XH  TH  ANATTAYC 
AM£NH  £  KârAMHN 
A  M  A  P  A  £  I  CI«§1II«  » 


Cette  formule  reparait  moins  complète  dans  un 
autre  titulus  :  €N  IPHNH  TO  ||  Y  ANAT7AYCA  ||  M6NOY 
£N  KCO  ||  «PIAOZeNOY  MEXIP  Z  28.  Quelques  autres 
formules  méritent  d'être  notées  :  men£M<pOH  || 
TTMA  TCO  O£C0  ™ ;  +  O  0£OC  ||  ANATTA  ||  YCI  THN 
Y  ||  HXHN  TOY  ||  »...  3";  au  début  d'une  épitaphe 
l'exclamation  :  IC  XC31.  A  plusieurs  reprises  nous 
rencontrons  cette  formule  fréquente  dans  l'épigraphie 
chrétienne  :  £IC  0£OC  A  BOHO00H,  mais  dans  une 
stèle  nous  lui  trouvons   sa  valeur   liturgique  dans  le 

Albani,  in-12,  Pisa,  1772,  p.  129;  le  même,  Atti  et  monumenti 
de  fratelli  Arvali,  in-4",  Borna,  1795,  p.  342;  Osann,  Sylloge 
inscr.  antiquarum  grœc.  et  latinarum,  Lipsiae,  1834,  p.  421, 
585;  Le  Bas,  Inscriptions  grecques  et  latines  recueillies  en 
Grèce,  in-8°,  Paris,  1836-1837,  cahiers  1-3,  p.  190;  de  Saulcy, 
Voyage  en  Syrie  in-8*,  Paris,  1865,  pi.  n  ;  Corp.  inscr.  grœc,  t.  ut, 
n.  5200  o;  Renan,  Mission  de Phénicie,  in-fol.,  Paris,  18G4,  p.  184, 
368,  523;  Vettori,  De  septem  dormientibus  historia,  in-4°,  Roma, 
1741,  p.  47.  Une  lois  on  trouve  cette  lormule  paraphrasée  en  vers, 
Corp.  inscr.  grxc,  t.  m,  n.  6288.  —  -lK.  Le  Blant,  Tables  égyp- 
tiennes à  inscriptions  grecques,  dans  la  Revue  archéologique, 
1875,  1. 1,  p.  241  sq.  ;  E.  Benan,  Mission  de  Phénicie,  p.  369.  — 
25  G.  Botti,  op.  cit.,  p.  445,  n.  23.  La  formule  oCSiî;  àGàva-ro;  revient 
dans  n.  1,  3,  22,  44-46,  60.  —  ™Ibid.,  n.  81.  —  "  G.  Botti,  op. 
cit.,  n.  91.  Cf.  n.  80,  moins  complète  et  incorrecte.  —  *•  Ibid., 
n.  2.  —  *° Ibid.,  n.  30.  —  30 Ibid.,  n.65,  lire  ij^i'  au  tieude  i-r>xiv> 
même  titulus  que  te  n.  15.  Cette  formule  se  lit  sur  la  stèle  d'Irais, 
Ibid.,  p.  428,  fig.  2,  n.  49..  92.  —  3'  Ibid..  n.  79,  a.  Jésus-Christ,  i 


1159 


ALEXANDRIE    (ARCHEOLOGIE) 


1160 


rituel  funéraire  grâce  à  la  réponse  Amen  dont  elle  est 
suivie. 

eic  eeoc 

O  BOHOCO 
H  ÀMHN  Z 
OÙH  MÊNOC 

5   enei<t>  Â  ina' 

Une  au  Ire  prière  empruntée  à  ce  même  rituel  ne  se 
rencontre  qu'à  un  seul  exemplaire  : 

HHIIIOAHN  THN  HMÊ 
[pav]TITON  £K  TIP  + 
[Ky]PieÀMÀPTIÀC  N£0 

)Y  MH    MNHCOHC2 


«  ...  tout  le  jour...  0  Seigneur,  ne  te  souviens  pas  de 
mes  iniquités.  » 

La  belle  acclamation  suivante  offre  sur  l'original,  à 
droite  de  l'inscription,  la  représentation  d'un  pain  cruci- 
fère qui  est  si  fréquente  à  Rome  3  : 

+  O0C  HMOÙ 
BOH0I    Ml 

eic  Tort  e 

OfïA  ® 

5  AMH     + 

«  Que  notre  Dieu  me  soit  en  aide  pendant  les  siècles. 
Amen.  » 

Enfin  une  inscription  fait  appel  à  la  prière  du  passant 
pour  l'âme  de  la  défunte4  : 

O  0  MNHC 
0IH  THC  KOI 
MHCGGûC  K£'A 
NAfTAYCEGùC 
5     MAKAPAC  THC 
TAYKYTATHC  OA 
NAnrNGÛIKGON  fTP[oo-l 

£yx€ctgù 

«  Que  le  Seigneur  se  souvienne  de  la  dormition  et  du 
repos  de  Makara,  la  très  douce;  que  le  lecteur  prie 
(pour  elle).  » 

G.  Botti  a  signalé  une  inscription  relevée  par  lui  en 
1894  au  village  de  Mafrousa  sur  un  hypogée  : 

AIONYCI 
ON  ffP  £Y 
YYXei 
L  ÏB  ANTCO 
6     NINOY  TOY 
KYPIOY 
MHNI 
fTAGÙcpl 
Aiovuctiov  irpÛTOv  e-JJ/v/Et... 

Suivant  l'archéologue  alexandrin  l'inscription  daterait 
de  148-149,  mois  de  Paophi,  sous  le  règne  d'Antonin  le 
Pieux.  Il  «ajoute  :  «  L'acclamation,  ej^jyei,  Spiritus 
tum  in  bono,  peut  être  païenne  aussi  bien  que  chré- 
tienne.   Mais  j'ai   mes    motifs  pour   affirmer  que  celle 

1  G.  Botti,  op.  cit.,  n.  50,  même  formule  avec  l'amen,  n.  23.  — 
*lbid.,  n.  77.  —  a/birf.,  p.  275,  n.  11.  —  *  Ihiti..  p.  277.  n,  14; 
S.  Bénay,  Quelques  inscriptions  chrétiennes,  dans  1rs  Échos 
d'Orient,  1900,  t.  iv,  p.  93.  —  5G.  Botti,  Inscriptions  grecques 
et  latines  trouvées  en  Egypte  en  J897-1898,  dans  le  Bull,  de 
(»  Soc.  arch.  d'Alexandrie,  1899,  n.  n,p.  39.  G.  Botti,  Notice  des 
monuments  exposés  au  musée  gréco-romain  d'Alexandrie, 
in-12,  Alexandrie,  1893,  a  publié  sous  les  numéros  2523, 2569,  257 1. 
2580,  2582,  des  inscriptions  qui  pourraient  Intéresser  DOS  études, 
mais  dont  il  ne  donne  pas  le  texte.  —  'G.  Botti,  Bulletin  épi- 
graphique,  dans  le  Bull,  de  la  Soc.  arch.  d'Alexandrie,  1902, 
n.  iv.  p.  09.  n  75.  —  7  Ibid.,  p.  101,  n.  83.  —  «  E.  Bévillout,  Le 
Concile  de  Nicée,  in-8",  Paris,  1881,  t.  I,  p.  3.  —  9C.  Zoëga,  Cala- 

lotias  codicum  copticarum,  in-fol.,  Romse,  1810,  n.  eux,  compre- 
nant quatre  fragments;  C.  Lcnormant,  Études  sur  les  fragments 


tombe   appartenait  à  la    haute   époque  chrétienne ;i.   » 
Parmi  les  inscriptions  d'Alexandrie  découvertes  depuis 
peu  et  publiées  en  1902  par  G.   Botti,  nous  en  relevons 
quelques-unes  qui  offrent  de  l'intérêt  pour  la  liturgie. 
Sur  des  plâtres  on  lit  : 

a)  DEVS  NOS  ADIVVET 

b)  ADAIVTORIVM6 

formules  qui   paraissent    apparentées   à    l'adjutoriiim 
nostrum  in  nomine  Domini. 

Quelques  graffites  lus  sur  des  tombes  à  Qabbàry 
offrent  des  formules  connues,  mais  qu'il  y  â  toujours 
intérêt  à  noter  '  : 

(H)P0ON  EYY(uXi) 

KAI  EY[-/ou.ai  auv  aoi  Eivai  (?)] 

(O  6ç)  MNHCOfEei,  t.-,;  xoOMH(<re«oç) 

n  Héron  que  ton  âme  soit  dans  le  Bien!  Et  (moi  aus-i 
je  souhaite  (d'être  avec  toi).  Que  (Dieu  se  souvienne  de 
la  déposition  de...).  » 

IV.  LE  CONCILE  DE  3(32.  -  «  Le  concile  tenu  à 
Alexandrie  en  362,  décida  le  retour  du  monde  à  l'ortho- 
doxie8. »  Les  Actes  de  ce  concile  ont  été  conservés  dans 
des  manuscrits  coptes  de  Borgia,  aujourd'hui  dispersés 
entre  la  Congrégation  de  la  Propagande  et  la  Biblio- 
thèque nationale  de  Naples,  et  dans  les  papyrus  de  Turin. 
C.  Zoëga  et  M.  E.  Révillout  ont  retrouvé  et  rapproché 
ces  textes  fragmentaires  9  ;  grâce  aux  travaux  de  ce  der- 
nier savant,  le  concile  d'Alexandrie  est  aujourd'hui  docu- 
menté avec  une  abondance  et  une  critique  qui  lont  sou- 
haiter une  semblable  fortune  à  d'autres  conciles  qui  ne 
seraient  pas  indignes  qu'on  leur  consacrât  une  érudition 
aussi  étendue. 

Le  concile  d'Alexandrie  fut  comme  une  réédition  des 
actes  du  concile  de  Nicée  en  un  moment  où  la  doctrine 
de  ce  concile  et  les  monuments  qui  la  renfermaient 
étaient  menacés  de  la  disparition.  Ce  fut  grâce  aux 
canons  des  Pères  d'Alexandrie  que  les  canons  de  Nicée 
furent  conservés  et  transmis,  il  semble  même  que  ce 
soit  aux  premiers  que  les  collections  canonique-  t 
conciliaires  aient  emprunté  ce  qu'elles  savent  des 
seconds.  Ce  fait  matériel,  s'il  pouvait  être  démontré 
avec  certitude,  nous  donnerait  une  idée  plus  exacte  de 
la  situation  faile  à  la  foi  de  Nicée  vers  la  moitié  du 
IVe  siècle  que  des  paroles  qui  ne  peuvent  engager  que 
l'écrivain  qui  les  a  écrites,  les  sources  dont  il  a  fait 
usage  et  le  milieu  dans  lequel  il  a  vécu  l0.  Quoi  qu'il  en 
soit,  il  paraîtrait  qu'à  certains  égards  la  situation  ressem- 
blait, depuis  qu'on  délaissait  les  formules  de  Nie  ■■ 
celle  que  Bossuet  a  décrite  dans  son  Histoire  des  varia- 
lions.  C'était  la  même  accumulation  <le  symboles,  de 
définitions,  que  déterminaient  d'autres  symboles  el 
d'autres  définitions.  A  ce  point  de  vue.  on  peut  compa- 
rer le  réeil  que  saint  Atbanasea  tracé  de  cette  confusion 
dans  son  traité  De  synodis  avec  celui  de  Bossuel  Sans 
l'ouvrage  que  nous  venons  de  rappeler.  Ce  qui  différa 
ce  fut  l'issue  de  ces  épisodes;  tandis  que  les  Eglises 
protestantes,     ballottées    â    tout     vent,    aboutissaient    à 

î'émiettement  doctrinal,  les  Églises  du  iv  siècle,  subrs- 

coptes  des  conciles  de  Nicée  et  d'Éphèse,  in-4',  Paris,  1852;  le 
même.  Fragmenta  versionis  copticm  Kbri  Synodid  de  prime 

concilio  œcumonico  Nicxno,  dans  Pitra,  Spicilegium  S 
mente,  in-4*,  Paris,  1852,  t.  i,  p.  513;  E.  Révillout,  op.  cit.,  p.  1-S. 
—  ,0«Hilaire  de  Poitiers,  adversaire  déterminé  de  1'arianisn 
depuis  longtemps  évêque,  n'en  avait  pas  même  entendu  parler  [du 
concile]  avant  son  exil.  S'il  faut  en  croire  les  historiens 
tiques,  notamment  Socrateet  Sozomène,  cet  oubli  universel  » 
allé  si  loin,  que  les  ariens  auraient  songé  à  le  mettre  à  profit  en 
faisant  confondre  la  profession  de  foi  d'un  concile  tenu  par  eux 
à  Nice,  en  Thrace,  avec  celle  du  grand  concile  un 
en  Bithynie.  »  E.  Révillout.  op.  oit.,  t.  î.  p.  6.  Le  même,  op  ■>'.. 
t.  il,  p.  265,  a  traité  la  question  des  «  éléments  nicéens  empri 
par  les  collections  canoniques  au  Synodique  de  saint  AU 
oad' Alexandrie  a,  et  il  l'a  fort  avancée. 


4161 


ALEXANDRIE    (ARCHEOLOGIE' 


4162 


sant  une  épreuve  semblable,  mais  non  en  vertu  de  leurs 
principes,  purent  se  rapprocher,  mettre  en  commun 
leurs  croyances  et  reformer  une  masse  compacte  hié- 
rarchique et  doctrinale.  Cette  fusion  se  fit  sur  les  bases 
posées  par  le  concile  de  Nicée  et  l'homme  désigné  pour 
atteindre  ce  résultat  était  celui  sur  lequel,  on  peut  le 
dire  sans  exagération,  le  monde  gréco-romain  avait  les 
yeux  et  la  pensée  sans  cesse  attachés,  l'évêque  Athanase 
d'Alexandrie.  Il  professait  en  effet  qu'  «  il  suffit  de  ce 
qui  a  été  confessé  à  Nicée,  et  qu'il  n'y  manque  rien, 
tant  pour  la  ruine  de  toute  hérésie  que  pour  la  défense 
et  sauvegarde  des  intérêts  de  l'Église  »  '. 

La  mesure  prise  par  l'empereur  Julien  de  rappeler  sur 
leurs  sièges  tous  les  évêques  exilés  sous  le  règne  de  Cons- 
tance2 permit  au  patriarche  d'Alexandrie  de  rentrer  en 
possession  de  son  Eglise.  Rejoint  par  Eusèbe  de  Verceil, 
par  le  légat  de  Lucifer  de  Cagliari,  par  Asterius  de  Petra 
et  plusieurs  autres  évêques,  ce  grand  homme  put  donner 
suite  à  son  dessein  de  rétablir  la  foi  et  les  formules 
propres  de  Nicée.  Cet  événement  se  passa  en  l'année  362. 
Les  premiers  historiens  de  ces  faits  sont  très  proches 
des  temps  qu'ils  racontent  et,  nous  voyons  que  pour 
rapporter  ce  qui  a  trait  au  concile  de  Nicée  ils  n'avaient 
d'autres  renseignements  que  ceux  que  leur  fournissait 
le  Synodique  de  362  :  J>v  sic  TtXïjpeç  xa  èvéu-ara  xeîrac  èv 
■cm  SuvcoSixtô  'A6ava<ri7rj  tov  'AÀe^àvopsta;  èTuirxéTtoii  3. 
C'est  en  elfet  par  ce  nom  de  Synodique  que  les  contem- 
porains désignèrent  la  collection  des  actes  du  concile 
d'Alexandrie  :  3ei'|ouo-c  Se  Ttavtw;  r\  6cà  to'j/.o-j  <xuvo8txo'j 
r\  Si'  £7it>7ToX(ôv  xocvtovixôjv4.  Jusqu'à  la  découverte  du 
manuscrit  Borgia  par  Zoëga  on  ne  connaissait  le  Syno- 
dique que  de  nom.  Les  travaux  des  Pères  avaient  con- 
sisté à  rétablir  les  Actes  de  Nicée,  à  en  commenter  le 
texte  doctrinal.  La  lettre  de  communion  adressée  par  le 
concile  aux  Eglises  nous  est  parvenue  dans  l'exemplaire 
destiné  aux  Antiochiens3;  si  on  rapproche  ce  document 
des  récits  de  Socrate,  Sozomène,  Rufin  et  du  biographe 
d'Eusèbe  de  Verceil  on  voit  que  ce  qu'ils  s'accordent  à 
nous  apprendre  est  pleinement  confirmé  par  les  Actes 
coptes.  Toute  cette  partie  dogmatique  des  décisions 
d'Alexandrie  n'appartient  pas  à  nos  études,  nous  nous 
arrêterons  aux  canons  disciplinaires  rédigés  par  les 
évêques  égyptiens  groupés  autour  du  patriarche  après  le 
départ  des  membres  du  concile  appartenant  à  des 
contrées  éloignées6. 

Les  décrets  disciplinaires  étaient  une  réaction  marquée 
sur  des  concessions  trop  étendues  accordées  dans  l'en- 
thousiame  qui  avait  accompagné  l'avènement  d'une 
dynastie  chrétienne  et  la  paix  de  l'Église.  Les  conciles 
d'Arles  et  d'Elvire  avaient  toléré  ou  permis  certaines 
professions  jusqu'alors  réprouvées  telles  que  le  service 
militaire,  les  magistratures  municipales.  Au  moment  où 
l'empereur  Julien,  âgé  de  trente  ans,  vigoureux,  sobre, 
s'emparait  de  l'empire,  on  était  en  droit  de  craindre  que 
son  règne  fut  bien  long  et  ses  sentiments  comme  ses 
actes  et  ses  paroles  ne  laissaient  guère  de  doute  sur  ce 
que  l'Église  pouvait  redouter  de  sa  part.  Dans  cette 
occurrence,  il  semble  bien  que  le  patriarche  d'Alexandrie 
ait  songé  à  ramener  les  fidèles  de  son  patriarcat  aux 
conditions  austères  de  l'ancienne  discipline,  à  les  re- 
placer, pour  ainsi  parler,  en  état  de  siège.  «  C'est  ainsi 
que,  dit  M.  E.  Révillout,  dont  on  ne  peut  guère  s'écarter 
sur  cette  question,  pour  séparer  autant  que  possible  les 
chrétiens  des  païens,  il  proscrit  les  jeux  du  cirque,  les 
grandes  chasses,  les  théâtres,  la  participation  aux  ré- 
jouissances publiques  et  aux  fêtes  des  gentils.  Il  défend 
aux  voyageurs  et  surtout  aux  clercs  d'entrer  dans  les 

1  S.  Athanase,  Epistoht  ad  Afros  episcopos,  P.  G.,  t.  xxvi, 
col.  1029  sq.  —  -Ibid.  —  3  Socrate,  Hist.  eccl.,  1.  I,  c.  un,  P.  G., 
t.  lxvii,  col.  108.  —  *  S.  Grégoire  de  Nazianze,  Epistola  ad  Che- 
lidonivm  I,  P.  G.,  t.  xxxvn,  col.  177.  —  5E.  Révillout,  dans  la 
Revue  des  quest.  hist.,  1"  avril  1874,  p.  376.  —  «  Outre  les  for- 
mules et  leur  commentaire  qui  forment  en  quelque  sorte  les  deux 


auberges  ouvertes  à  tout  le  monde,  mais  les  invite  à 
participer  dans  les  églises  où  ils  passent  aux  agapes  ou 
repas  communs.  Enfin,  il  blâmele  grand  commerce,  qui 
exige  des  relations  étendues  et  variées,  et  interdit  d'une 
façon  absolue  toute  espèce  de  serment 7.  Cette  discipline 
était  celle  des  Pères,  ainsi  que  celle  de  l'Évangile; 
mais  comme  les  serments  en  justice  étaient  exigés  par 
le  droit  romain,  elle  cessa  toujours  d'être  appliquée 
pendant  la  paix  de  l'Église  et  sous  les  empereurs  chré- 
tiens. Le  rétablissement  de  cette  ancienne  règle  était 
donc,  en  362,  un  acte  direct  d'hostilité  contre  un  gou- 
vernement que  l'on  considérait  comme  profane  et  persé- 
cuteur. Saint  Athanase  ne  se  contente  pas  de  cela;  mais 
il  revient  encore  sur  les  dispositions  d'Arles  et  d'Elvire, 
et  semble  considérer  de  nouveau  comme  excommuniés 
par  le  fait  tous  ceux  qui  servent  l'État  dans  la  magistra- 
ture ou  dans  l'armée.  Voici  en  effet  comment  il  nous 
donne  la  liste  de  ceux  avec  lesquels  on  ne  doit  avoir 
aucun  rapport,  pas  même  pour  recevoir  des  offrandes 
ou  des  oblations  pieuses  : 

eilie  nenpoc4>opd  2.e  iyuje  dnoTHHft  ûnno'rre  e<yione 
■;qnH^>e  eiUTpeqceujq  nequniujpnuice  ei&e  ototoiu  gt 
cud  ûneqzi  r<ip  niooTq  noTu&Toi  eqnogi  cnoq  e&oA  m 
)Td  çqd  ?\i.6.T  eoce  h  niooTq  noTgHrejuujn  h  rriooioj 
no'fnpAruATeTTHC    :qa>p  k  nnorz  ei&e  oTgHY  n  <y^oq  m 

.c-rpATHroc  ctzik&a  ùuoq  gnn  neTqiiA^e  (sic)  ûuooT 
n  orpuue.o  eqzi  ftneqgugtA  nô"bnc  neqio&aj  ûuoq  tpooT 
gn  Tegpe  un  elica»  h   fiTOOTq  noTcjjoneTC  riOTZiore   un* 

TqueiAnoei    h     fioT  .  ,.„  untTq  ujdn    fineTorany    es 

ftTOOiq  M  goine  eriyiuiyeeiàuAon  h  gen  4><!.pu<5.roc  n 
neifim;    enui    nneq\s.pu&roc    h    genpequone    h    neTÔMii 

egeucrne&pion gn   gencujgu    h  gen^u>rpAcJ>oc   ercgii 

fing.^ujn  neikuMon.  h  gen  çtkoctathc  npeqpgiA  h  ûue- 
ta&o?ioc    h   ùJueeTCTHC  h  K<tnHÂoc   h   peqM.oTnoT     nOT 

thh&    fce    (me nnoTie)    eq    (ujzn    xi    n|    looiq    ùX^at 

nnerm.nx.ooT.  h  equ)4iiKAeici<i  noTuniiuine  p,n  npeqpno&e 
egorn   enepne   ûnno'rre 

Ici  se  trouve  une  lacune  de  quelques  lignes  dans  le 
texte  de  Turin.  L'abrégé  grec  donne  en  ces  termes  tout 
ce  passage  :  Ilep'i  oh  tcov  Ttpocicpopcôv  oçsiXet  vyj<psiv  6  iepsyç. 
Èàv  vàp  Xdtëï)  Ttapà  crîpaTîuo|xlvou  êx^sovroç  atp.a,  r,  ôia- 
aeto-avxoç,  r)  xXÉiJ/avto;,  r\  Ttpa-j'p.aTEUToO,  r\  èmôpxou,  ïj 
Ttapà  TtXouaiou  àiioo-TepY]ToO,  r\  Ttapà  teXu>vov  èTtiTtpàfrovToç, 
r(  Toxoy),-j«pou,  r]  Tiu.ldXxoU  e-TÙ  (titou,  ïj  Ttapà  Ttavtb;  àii.ap- 
TtoXoû-  ô  toioOto;  tepEÙç  aTtô  toio'JTojv  êàv  Xâëï),  ■/ojXûv 
xa\  -tu:pX<ov  TtpoTçipec,  é|  aùrcôv  ttô  8eù 

«  Quant  aux  oblations,  il  faut  que  le  prêtre  de  Dieu 
prenne  bien  garde  de  ne  pas  préférer  (comme  Ésaii)  à 
son  droit  d'aînesse  une  vile  nourriture.  Qu'il  ne  reçoive 
rien,  ni  d'un  soldat  sanguinaire  et  violent,  ni  d'un 
prœses,  ni  d'un  trafiquant  mentant  à  tout  moment  pour 
nu  gain  honteux,  ni  d'un  magistrat  maudit  par  ses  vic- 
times, ni  d'un  riche  violentant  ses  serviteurs  et  oubliant 
de  les  nourrir  et  de  les  vêtir,  ni  d'un  homicide,  ni 
d'un  voleur,  à  moins  qu'ils  ne  se  repentent...,  ni  d'un 
homme  pratiquant  l'usure  à  l'égard  de  ses  débiteurs,  ni 
des  idolâtres,  ni  des  magiciens,  ni  des  incantateurs,  ni 
de  ceux  qui  vont  à  des  assemblées»  (profanes)...,  ni  des 
efféminés,  ni  des  peintres  qui  peignent  les  images  des 
idoles,  ni  des  rusés  et  trompeurs  vérificateurs  des  me- 
sures, ni  des  changeurs,  ni  des  ivrognes,  ni  des  caba- 
retiers,  ni  des  faux  prêtres.  Si  le  prêtre  de  Dieu  reçoit 
des  oblations  d'aucun  d'eux  ou  laisse  pénétrer  dans  le 
sanctuaire  de  Dieu  des  pécheurs  [ce  qu'il  offre  à  Dieu 
est  boiteux  et  aveugle]  8.  » 

Après   avoir    lu    ces    dispositions    dont  l'opportunité 

sessions  du  concile,  le  manuscrit  Borgia  et  les  divers  fragments 
découverts  par  M.  E.  Révillout  nous  donnent  la  troisième  session 
contenant  la  partie  disciplinaire,  enfin  une  série  de  lettres  d'adhé- 
sion :  celles  de  saint  Paulin,  de  saint  Épiphane,  de  l'archevêque 
Rufinien,  enfin  le  traité  des  gnomes.  —  7E.  Révillout,  op.  cit., 
t.  n,  p.  438.  —  8  E.  Révillout,  op.  cit.,  t.  n,  p.  424  sq. 


1163 


ALEXANDRIE    (ARCHÉOLOGIE) 


1164 


n'était  peut-être  pas  prouvée  alors  plus  qu'elle  ne  nous 
le  paraît  aujourd'hui  on  s'explique  mieux  les  interdic- 
tions portées  par  Julien  contre  l'admission  des  chrétiens 
dans  la  magistrature,  l'administration,  les  écoles;  c'était 
la  réponse -tyrannique  à  une  démarche  peu  mesurée.  La 
discipline  à  laquelle  on  revenait  pouvait  être  imposée 
par  un  sentiment  très  juste  des  périls  prochains  que  la 
persécution  ferait  courir  aux  fidèles  dégénérés  de  leur 
ancienne  vigueur,  mais  la  forme  hautaine  dans  laquelle 
elle  était  promulguée,  l'assimilation  blessante  du  ser- 
vice militaire,  qualifié  de  sanguinaire  et  violent,  et 
des  magistratures  municipales  avec  les  situations  dé- 
lictueuses de  droit  commun,  étaient  plutôt  inspirées 
par  le  zèle  que  par  la  sagesse.  D'autres  prescriptions 
concernent  la  mortification  des  fidèles  et  la  vie  sacer- 
dotale, elles  marquent  simplement  une  tendance  vers  les 
anciennes  observances  en  ce  qui  concerne  la  rigueur  à 
l'égard  des  plaisirs  des  sens  et  prescrivent  aux  prêtres 
d'éviter  le  commerce  des  femmes. 

Les  dispositions  concernant  la  discipline  monastique 
sont  importantes,  nous  croyons  toutefois  avec  M'Jr  Ba- 
tifi'ol  qu'il  est  assez  improbable,  comme  le  voudrait 
M.  Révillout,  qu'à  la  date  de  362  saint  Athanase  n'eût 
aucune  connaissance  des  fondations  pakhômiennes  et 
visât  exclusivement  les  institutions  monastiques  de  Ni- 
trie.  La  cité  monastique  de  Nitrie  n'était  pas  seule 
visée  par  le  concile,  qui  réglait  également  le  type  le 
plus  ancien,  et  encore  embryonnaire,  du  monachisme 
consistant  simplement  en  une  vie  de  réserve  et  de  régu- 
larité au  milieu  des  hommes.  Voici  ce  que  le  concile 
décide  touchant  la  propriété  individuelle  du  moine  : 
«  Avant  toutes  choses,  prends  un  métier  pour  ne  pus 
manger  ton  pain  en  paresseux;  mais  travaille  des 
mains,  afin  d'avoir  de  quoi  donner  aux  indigents,  aux 
frères,  aux  étrangers,  et  pour  pouvoir  le  souvenir  des 
veuves  et  des  orphelins.  Si  tu  habites  au  milieu  des 
hommes  et  que  tu  aies  un  champ  de  les  pères,  tu  le  tra- 
vailles, tu  en  recueilles  les  fruits  en  toute  honnêteté, 
sans  faire  tort  à  personne.  Et  d'abord  tu  en  donnes  les 
prémices  à  l'Église;  ensuite  tu  as  pitié  des  veines,  des 
orphelins  et  des  autres  en  leur  donnant  le  fruit  de  Ion 
travail  et  non  celui  de  l'usure,  de  l'avarice  ou  d'un 
sordide  négoce.  Si  tu  habites  dans  une  nuon  (sorte  de 
village  monastique)  et  que  tu  y  possèdes  un  champ,  tu 
es  seul  et  tu  ne  l'es  pas,  et  si  tu  le  moques  d'autres  se 
moqueront  de  toi.  Si  tu  habites  dans  une  uomh,  ne 
sois  pas  paresseux,  de  sorte  que  les  autres  soient  obligés 
de  te  nourrir  du  fruit  de  leur  travail;  mais  travaille  di- 
tes mains,  afin  de  trouver  chaque  jour  la  nourriture  que 
tu  dois  manger.  Et  s'il  y  a  des  jeunes,  prends-les  près  de 
toi,  sois  humble  devant  eux...  enseigne  aux  jeunes  à 
rester  en  méditation  chacun  chez  eux  et  à  ne  se  réunir 
que  pour  la  table  et  la  synaxis  des  psaumes  '.  »  L'ar- 
dente rivalité  qui  divisa  bientôt  les  groupes  de  Nitrie  et 
d'Antinoopolis  ne  parait  pas  avoir  eu  raison  bien  vite 
de  la  cité  de  Nitrie,  malgré  les*dédains  et  les  anathèmes 
prodigués  à  ses  habitants,  qu'on  qualifiait  de  remoboth 
ou  de  sarabaïtes  (  peu-^fion  ,  et  tyHpe-f.&ui)  2. 

'  E.  Révillout,  Le  concile  de  Nirce,  d'après  le  texte  copte  et 
les  diverses  coll.canoniques,  p.  461  sq.  —  *  Les  latins  prirent  parti 
contre  les  sarabaïtes.  S.  Jérôme,  Epist.,  xxu.  ad  Euslochium, 
34,  P.  L.,  t.  xxu,  col.  419  sq.,  copié  presque  littéralement  pu 
S.  Benoit,  Régula,  c.  i,  /'.  7...  t.  ixvi,  col.  845  el  Cassien,  CoU 
latin  xvi»,  /'.  L.,  t.  xlix,  col.  1904,  se  montrent  fort  ai 
contre  les  sarabaïtes.  On  nous  permettra  de  citer  ici  les  textes 
de  saint  Jérôme  et  de  saint  Benoit,  qui  aideront  à  comprendre 
le  procédé  de  décalque  de  ce  dernier  dans  les  canons  du  concile 
de  362;  nous  avons  déjà  signalé  un  autre  emprunt  égyptien  de 
saint  Benoit.  Cf.  Revue  bénédictine,  1901,  t.  XXVII,  p.  77.  Voici 
les  textes  dont  nous  venons  de  parler  :  Tertium  genus  est  [mn- 
nachorinn]  quod  Remoboth.  dicunt,  deterrimum  atque  negle- 
ctum.  Hi  bini  vel  terni  nec  multe  plures  simul  habitant,  suo 
arbitratu  ac  ditxone  viventes,  voilà  maintenant  comment  s'ex- 
prime saint  Benoit  sur  ces  moines  égyptiens  :  Tertium  cero  mo- 


Nous  ne  pouvons  citer  ici  la  discipline  monastique 
exposée  par  le  concile,  bien  qu'elle  présente  l'intérêt  le 
plus  vif3.  On  y  trouve  un  nombre  considérable  de  textes 
qui  sont  passés  mot  pour  mot  dans  les  règles  occiden- 
tales et  dans  la  plus  célèbre  de  toutes,  celle  de  saint 
Benoit. 


Synodique  d'Alexandrie (362). 
Révillout,  op.  cit., 
t.  Il,  p.475sq. 
Avant  toute  chose,  tu  aimeras 


Règle  de  saint  Benoit. 
P.  L.,  t.  i.xvi, 
col.  295. 
In  primis,  Dominion  Deum 


le   Seigneur  Dieu    de   tout  ton  diligere  ex  toto  corde.  Deinde 

cœur,   et  tu   aimeras  ton   pro-  proximum  tanquani  teipsuru, 

chain  comme  toi-même  (p.  475).  c.  IV. 

Tu  ne  tueras  pas.  Deinde  non  ocei 

Tu  ne  seras  pas  adultère  *,  Non  adulterari. 

Tu  ne  voleras  point.  Non  facere  furti 

Tu  ne  feras  point  de  faux  té-  Non    falsum    testimonium 

moignages.  dicere. 

Ne    point     dire     de    parole  Yerba  vana  aut  risui  apta 

mauvaise  (p.  476).  non  loqui. 

Mais  là  ne  s'arrête  pas  le  rapprochement.  Le  concile 
d'Alexandrie  n'a  fait  que  renouveler  des  prescriptions 
plus  anciennes  qu'il  s'est  contenté  de  reproduire  mot 
pour  mot  d'après  un  écrit  que  nous  possédons  encore, 
le  Syntagma  cloclrinse  dit  de  saint  Athanase,  dont  le 
titre  complet  est  celui-ci  :  ToC  èv  àyîoi;  iratpbç  r,nw 
'AÔavacnVj  àpj('E7t'<r/.Ô7:o'j  'AieÇavSpetotç  oûvraYUA  BiSao" 
xa).!a;  irpô;  [loviÇovra;  -/.aï  Trivra:  ypta-iavo-j;  xXiiptxoue. 
tî  xaî  Xaïxo-j; :'.  Mont  faucon  avait  jugé  ce  traité  de  basse 
époque,  mais  les  raisons  philologiques  qu'il  donne  pour 
établir  son  opinion  doivent  être  écartées.  L'étude  critique 
approfondie  à  laquelle  M9^  Batilïol  s'est  livré  sur  ce  texte 
lui  a  permis  de  s'arrêter  aux  conclusions  suivantes. 
Il  existe  deux  remaniements  du  Syntagma,  l'un  grec, 
l'autre  copte,  plus  étroitement  apparentes  entre  eux  que 
chacun  d'eux  avec  l'original.  Dans  les  deux  remaniements, 
l'attribution  à  saint  Athanase  a  été  remplacée  par  1  attri- 
bution aux  318  Pères  du  concile  de  Nicée  qui  sont  censés 
avoir  édicté  ce  petit  manuel  de  morale.  Du  rapprochement 
de  plusieurs  passages  des  deux  remaniements,  on  croit 
légitime  de  conclure  que  leur  prototype  à  tous  deux  Y 
ne  dépend  pas  du  texte  du  Syntagnia  pas  plu-  que  le 
Syntagma  ne  dépend  de  lui,  mais  tous  deux  dépondent 
d'un  même  archétype  X.  Soit  le  schéma  suivant  : 
x 


I 

Syntagma. 


Remaniement 
copte. 


Remaniement 
grec. 


La  date  du  protolxpe  Y.  d'après  l'étude  de  1  = 
TTisTEfo;  qu'il  a  dû  contenir,  serait  antérieure  <  '■'<'■ 
postérieure  à  375.  Il  faut  pousser  plus  avant  el  essayer 
de  dater  l'archétype  X.  Si  l'on  rapproche  le  texte  du 
Syntagma  des  chapitres  xxi-xxv  de  l'épilogue  du  traité 
de  saint  Épiphane  Contre  les  hérésies,  épilogue  intitulé  : 
TIep'i  Ttcoreto;  xotOo/.ixr,;  xaî  à^oo-roXixiïç  ÊxxXr.aiaî  *,  on 
s'aperçoit  que  saint  Épiphane  dépend  du   Syntagma. 

nachorum  deterrimum  genus  est  SarabaUartim...  qui  l>ini 
aut  terni  aut  cette  Singuti  sine  pastore...  pro  lege  eis  est 
deriorum  voluptas,  etc.  —  '  K.  Révillout,  op.  cit.,  t.  i.  p.  33  ~q  , 
pour  le  texte  copte;  t.  n,  p.  47 'i  sq.,  pour  la  traduction.  —  'Ces 
deux  dernières  prescriptions  s'expliquent  mieux  a  regard  des 
Nitriens  qu'à  l'égard  des  moines  de  sainl  Benoit  entérinés  par  la 
clôture;  il  est  à  remarquer  que  le  paragraphe  suivant  concernant 
la  sodomie  a  au  contraire  été  pmis  par  saint  Benoit,  peut-êtr 

i     Ces   omissions  certainement  »ntri- 

bueraient  à  di ntrer,  croyons-nous.  ;jue  saint  Benoît  a  utilisé  le 

Synodique  ou  une  source  presque  identique,  il  taut  remarquer 
d'ailleurs  que  le  début  du  Sj  aodique  suit  dans  ses  prescriptions  le 
moine  ordre  qu'a  suivi  saint  Benoit.  —  «Nous  renvoyons  à  l'édition 
et  a  la  bibliographie  du  traité  d<  nnées  par  P.  Batiûbl,  Le  - 
tagma  doctrinte,  dit  de  saint  Athanase,  dans  les  Sttidia  patri- 
st'ica,  in-8".  Paris.  I8R9.  i>,  119-160.  -   «  P.  <'•■.  t.  \i.u. 


1165 


ALEXANDRIE   (ARCHÉOLOGIE; 


1166 


Voici  donc  un  nouveau  point  de  repère  :  saint  Épiphane, 
en  374-377,  avait  sous  les  yeux  un  texte  substantielle- 
ment identique  à  celui  du  Syntagma  doctrines.  Or  les 


SYNTAGMA. 

Document  chrétien. 
Document  ascétique. 

Kupiovtbv©î6v  (70vayarur|- 
oetç  ÈÇ  o>?)ç  xapSia;  <70u  xcù 
ï\  ôX-rj;  r/jç  i>v-/Yii  o"0'J,  y.cù  tov 
7t).r)(r£ov  aou  toç  <;ea*jTbv. 

O'J  <pOVS'J(J61Ç. 


7ip(5-ov,      a-faTr^cTccç      tov 
0sbv  tôv  icoiTJffavrâ  os-  8sû- 

TEpOV,     TÔV     KAY)(?ÎOV    0"OV      (OÇ 

ceauTov.  l,  2. 
ou  (povevaei;.  il,  2. 

où  u.oi-/eùo-£iç. 
où  Traiôocp8opr|0-£i<;. 
0'j  iropveùo~Et?. 
où  xXé<J/ec;. 

où  ptayeûirôi;. 

où  tpap(j.ax£'Jo-etç. 

où  <bzv\i.a.p-'jç>rla&iç.  3. 

où  xaxci>.0Yiîa£iç. 


oÉj  (Aoi'/suffet;. 

où  rax'.6otp9opr,crsi;. 

.où  7copvïùo-eiç- 


ou  cpapu.axe\j<jEiç. 


ne  connaît  pas  de  version  latine,  ce  qui  insinuerait  que 
saint  Benoit  l'aurait  connu  en  grec),  ^oit  le  Synodique 
d'Alexandrie. 


SYNODIQUE. 


Avant  loute  chose,  tu  ai- 
meras le  Seigneur  Dieu  de 
tout  ton  cœur  et  tu  aime- 
ras ton  prochain  comme 
toi-même. 

Tu  ne  tueras  point. 

Tu  ne  seraspoint  adultère. 


Tu  ne  feras  point  de  faux 
témoignage. 

Ne  point  dire  de  parole 
mauvaise. 


RÈGLE   DE  S.   BENOIT. 


In  primis,  Donnnum 
Deumdiligere  ex  totu  corde. 
Deinde  proximum  tan- 
guant teipsum. 


Non  occidere. 
Non  adulterari. 


Non  fais.  lest. 
Verba  vana... 


règles  de  discipline  que  le  Syntagma  donne  aux  u.ovâ- 
Çovte;  répondent  très  exactement  à  la  discipline  ecclé- 
siastique de  l'époque  immédiatement  post-constanti- 
nienne,  tellement  qu'on  petit  avancer  que  le  troisième 
quart  du  IVe  siècle  est  la  période  historique  où  le 
Syntagma  a  dû  prendre  forme;  il  est  donc  contemporain 
de  saint  Athanase.  Toutefois  l'analyse  des  sources  de 
notre  traité  témoigne  qu'il  est  une  simple  adaptation 
d'un  texte  plus  ancien  et  plus  court  qui  avait  pour  noyau 
la  Didaché  XII  Apostolorum.  En  effet,  il  y  a  lieu  de 
faire  un  départ  dans  le  texte  du  Syntagma  entre  les 
règles  de  vie  qui  s'adressent  à  tous  les  chrétiens  et 
celles  qui  sont  réservées  aux  seuls  monazontes.  Or  ces 
règles  sont  visiblement  juxtaposées,  elles  emportent 
même  quelques  contradictions  dans  les  prescriptions 
d'ordre  positif  et  pratique;  le  style  prête  à  une  remarque 
analogue  et  on  entrevoit  dans  le  Sijntagma  deux  parts 
différant  et  d'adresse  et  de  rédaction,  et  de  fond  et  de 
forme.  Avec  une  ingéniosité  très  heureuse  Msr  Batiffol  a 
tenté  de  renouveler  sur  le  texte  un  procédé  pareil  à 
celui  d'après  lequel  on  a  retrouvé  dans  la  Didaché 
XII  Apostolorum  le  texte  juif  des  Duse  vise.  Isolant  le 
texte  simplement  chrétien  du  texte  ascétique,  il  a  obtenu 
un  court  écrit  fort  bien  venu  sur  lequel  on  pourrait 
proposer  quelques  observations,  mais  qui  n'en  donne  pas 
moins  dans  son  ensemble  une  première  tentative  de 
démarcation  générale  des  deux  textes.  Le  document 
issu  de  cette  opération  lui  parait  pouvoir  être  une  œuvre 
alexandrine  des  dernières  années  du  IIIe  siècle. 

Ce  n'est  pas  tout. 

Des  études  indépendantes  faites  sur  le  Syntagma  '  y 
ont  laissé  reconnaître  des  emprunts  à  la  Didaché,  en 
sorte  que  le  Syntagma  ne  serait  qu'  «  une  adaptation 
de  la  morale  de  la  Didaché  à  une  époque  et  à  des 
circonstances  nouvelles,  exactement  comme  l'est  le 
VIIe  livre  des  Constitutions  apostoliques  ».  Mais  l'iso- 
lement du  document  chrétien  va  nous  permettre  d'y 
reconnaître  l'inspiration  directe  ou,  si  l'on  le  veut,  sa 
dépendance  directe  de  la  Didaché  et  non  d'un  des 
remaniements  connus  de  ce  dernier  écrit,  tels  que  sont 
le  livre  VIIe  des  Constitutions  apostoliques,  ou  la 
Constitution  apostolique  égyptienne. 

Nous  pouvons  maintenant  présenter  quelques  rappro- 
chements qui  rattachent,  à  travers  quatre  siècles 
d'histoire  littéraire,  la  Règle  de  saint  Benoît  à  la  Didaché 
par  des  intermédiaires  que  nous  inclinons  à  penser 
avoir  été  soit  le  Syntagma  (dont,  soit- dit  en  passant,  on 

»  a.  P.  Batilfol,  toc.  cit.,'  p.  156,  et  notes  2,  3. 


Nous  ne  pousserons  pas  plus  loin  pour  le  moment 
celte  recherche  pour  laquelle  nous  voulions  simplement 
prendre  date;  nous  y  reviendrons.  Voir  Ascèse.  Nous 
continuons  à  donner  quelques  prescriptions  du  concile 
de  362. 


Ni   de  parole  à   double   en- 
tente. 
Ni  de  mensonge. 

Ni  de  médisance. 

Ne  point  marcher  avec  effron- 
terie. 

Ni  d'un  air  évaporé,  ni  avec 
impudence,  ni  avec  orgueil. 

Ne  maudissez  jamais  de  votre 
bouche. 

Ne  jurez  non  plus  par  aucun 
serment. 

Ne  te  mets  pas  à  nu  dans  un 


Veritatem  ex  corde  et  ore 
proferre. 

Os  suum  a  inulo,  vel  pravo 
eloquio  custoclire. 

Non  [esse]  detractorem. 

Non  esse  superbum. 

Elationem  fugere. 

Maledicentes  se  non  reniai* 
dicere. 

Non  jurare  ne  forte  perju- 
ret. 

Balneorum    usus    oifirmis, 


bain  (public)  ni   devant  aucun    quoties  e.rpedit,  offeratur.  Sa- 

homme,  sans  nécessité,  comme 

par  exemple  dans  une  maladie 

ou  dans  un  grand  besoin,  dans 

l'eau. 

Que  le  carême  saint  de  l'Église 
soit  pour  toi  une  grande  obser- 
vance (p.  477). 

Romps  un  jeûne    quand    un 
frère  est  ton  hôte.  Nous  ne  par- 
lons pas  des  jeûnes  qui  te  sont    forte  prsecipuus  sit  ille  dies 
prescrits,  mais  nous  parlons  de    jejunii,    qui  non   possit   vio- 
ceux  que  tu  t'es  imposés  à  toi-    tari,  c.  LUI. 
même  (p.  478). 

Ne  néglige  pas  de  laver  les  Pedes  hospitibus  omnibus 
pieds  des  frères  qui  viennent  tam  abbas  quam  cuncta  con- 
vers  toi  (p.  479).  gregatio  lavet,  c,  lui. 

Ne  reçois  rien  en  dehors  du       Siquidveroex  operibus  ar- 


nis  autem  et  maxime  juve- 
nibus,  tardius  concedatur, 
c.  xxxvi. 

Cf.  c.   xlix.  De  quadrage- 
simse  observatione. 

Jejunium  a  priore  franga- 
tur   propter    hospitem;   nisi 


prix  (p.  480). 


tificum  venumdandum  est  vi- 
deant...  ne  aliquam  fraudera 
prsesumant  inferre,  c.  lvii. 

Cellerarius...  non  injurio- 
sus,  c.  xxxi. 

Infantibus  usque  ad  quin- 
tum  decimum  annum  xta- 
tis,  disciplinx  diligentia  sit, 
et  custodia  adhibeatur  ab 
omnibus  :  sed    et    hoc    cum 


Ne  sois  pas  querelleur  (p.  481). 

Ne  frappe  personne,  excepté 
un  petit  tien  pour  sou  instruc- 
tion. Et  encore  en  cela  surveille- 
toi  toi-même  de  peur  qu'une 
mort  n'arrive  par  ta  main;  car 
il  y  a  beaucoup  de  causes  pour  omni  mensura  et  raliune. 
la  mort.  Nam   in    fortiori    xtate   qui 

prxsumpserit  aliquatenus 
sine  prxcepto  abbatis,  vel  in 
ipsis  infantibus  sine  discre- 
tione  exarserit  disciplinx  re- 
gulari  subjaceut,  c.  i.xx  ;  cf. 
c.  xxx. 


11G7 


ALEXANDRIE    (ARCHEOLOGIE^ 


1168 


S'il  y  a  nécessité  que  tu>  ailles  Balneorum  usas  vnfbrmis, 
au  bain  pour  t'y  laver  dans  une  quoties  expedit,  offeratur.  Nu- 
maladie,  que  ce  soit  jusqu'à  une  nis  aittem,  et  maxime  jiwe- 
ou  deux  fois  seulement;  car  nibus,  tardius  concedatur, 
(bien  portant)  tu  n'as  pas  besoin  c.  xxxvi. 
de  bain,  toi  moine,  ou  toi  prêtre 
(p.  483). 

Tu  prieras   souvent   pendant        Referamus  laudes  Creatori 

le  jour  et  aussi  pendant  la  nuit,    noslro...    matutinis,     prima, 

sans  t'attarder  pourtant  dans  ta    tertia,  sexta,  nona,  vespera, 

prière  en  récitant  à  haute  voix    completorio  etnocte  surgannis 

et  en  faisant  beaucoup  de  pa-    ad  confttendum  ei,  c.  xvi. 

rôles,    mais    selon    une    limite        Brevis    débet  esse    et    pura 

prescrite,  de  peur  que  les  autres    oratio ,    c.    xx.     In   conventu 

n'en  souffrent  (p.  485).  omnino    brevietur    oratio   et 

facto   signo    a    priore  omnes 

pariter   surgant,    c.    xx.    Si 

aller  vult  sibi  forte  secretius 

orare,  simpliciter  intret  (dans 

l'oratoire)  et  oret  :  non  in  cla- 

mosa  voce...  ne  alius  impedi- 

mentum  patiatur,  c.  lu. 

V.  L'ÉCOLE  CATÉCHÉTIQUE  D'ALEXANDRIE.  - 
Pendant  cet  extraordinaire  Ie'  siècle  du  christianisme  au 
cours  duquel  la  foi  nouvelle  s'introduit  en  Syrie,  dans 
l'Asie  Mineure,  à  Alexandrie,  en  Achaïe,  en  Italie  sans 
qu'on  puisse  dire  avec  assurance  les  lieux  où  elle  occupe 
la  situation  la  plus  forte  et  attire  le  plus  l'attention,  il 
semble  que  la  communauté  établie  à  Rome  apparaisse 
comme  signalée  entre  toutes  'H  •reiatiç  [tcov  P(ou.a«3v] 
xaTay-fÉMsTat  èv  8).<;>  t<;>  xéo-u.u  '.  Au  IIe  siècle,  l'Asie 
Mineure  parait  avoir  été,  suivant  la  forte  expression  de 
Lightfoot,  «  le  centre  spirituel  du  christianisme  2.  »  C'est 
là  que  l'épiscopat  joue  le  rôle  le  plus  actif  et  le  plus 
brillant  avec  Polycarpe,  Ignace  d'Antioche,  Méliton  de 
Sardes,  Apollinaire  d'Hiérapolis,  Théophile  d'Antioche 
et  plusieurs  autres.  Là  aussi  surgissent  les  hérésies  en 
assez  grand  nombre  qui  témoignent  dune  efferves- 
cence intellectuelle  très  vive.  Ce  n'est  qu'au  début  du 
me  siècle  que  l'Église  de  Rome  semble  reprendre  son 
grand  prestige,  mais  ses  vues  sont  surtout  dirigées  vers 
le  gouvernement,  la  centralisation,  l'établissement 
d'une  autorité  dogmatique  incontestée  et  universelle.  La 
spéculation  proprement  dite  tient  peu  de  place  dans  les 
rares  écrits  romains  de  ce  temps  qui  nous  sont  parve- 
nus, l'argumentation  y  est  moins  en  honneur  que  la 
définition  brève  et  concise  de  ce  qu'il  faut  croire  et  de 
ce  qu'il  faut  rejeter.  Dans  le  même  temps,  l'Église 
d'Alexandrie  entre  en  pleine  lumière  historique  et  avec 
elle  surgissent  «les  grandes  initiatives  dans  le  domaine 
des  idées  »3.  Nous  avons  dit  quelles  ressources,  uniques 
en  leur  genre,  la  communauté  chrétienne  de  cette  ville 
tirail  de  sa  situation  centrale  dans  le  commerce  du 
monde  et  de  sa  riche  bibliothèque.  Pendant  le  IIe  siècle 
une  sorte  de  tradition  enseignante  s'était  établie  que  se 
transmettaient  et  développaient  les  npeeSûrepoi  ipyaioi 
dont  Clément  d'Alexandrie  rapporte  quelques  >ôyia*-. 
Ces    vieux   docteurs  sont  restés   inconnus,  le  premier 

*  Rom.,  i,  8.  —  M.  B.  Lightfoot,  Ignatius  and  Polycarp., 
in-8%  Loudon,  1885,  t.  I,  p.  424.  —  3E.  de  Faye,  Clément 
d'Alexandrie.  Etude  sur  les  rapports  du  christianisme  et  de 
la  philosophie  grecque  au  tr  siècle,  dans  la  Bibliolh.  de  F  École 
des  hautes  études,  in-8°,  Paris,  1898,  t.  XII,  p.  10.  —  «A.  Mar- 
nack,  GescMchte  der  altchristl.  l.iticr.,  in-8-, Leipzig,  1893,  t.  i, 
p.  1,  292.  —  «Eusèbe,  Hist.  ceci.,  1.  V,  c.  x,  /'.  (7..  t.  xx, 
col.  453;  S.  Jérôme,  De  scriptoribus  ecclesiasticis,  <■.  x.vwi, 
édit.  Richardson,  in-8%  Leipzig,  1896,  p. 26.  —  •  Ibid.,   'I  •  4?jc«.'ou 

efloj;     otoftvxa^Etou    Twv   uçùiv    /.oyuv    t.olç'    «JToTç    (TuveffTioTo;,    d    xaî    i\- 

^nàî  itafcrnivi-cat.  On  a  songé  à  donner  l'évangéliste  ^ïirit  Marc 
comme  fondateur  et  premier  docteur  du  Didascalée  :  c'est  affaire 
d'imagination.  On  peut  prendre  une  idée  de  l'inutilité  île  traiter 
cette  question  en  se  reportant  à  la  note  que  Ini  a  consacrée 
F.Lehmann.DiV  Katechetenschule  tu  Alexandria,  in-S\  Leipzig, 
1896,  p.  11,  note  2;  p.  13  :  I  Von  Mariais,  als  dem  Griinder  der 
Schule,  sprielit  Keiner,  auch  Philipp  von  sida  nicht.  >  Ajoutons  que 
pour  les  faits  de  cette  antiquité  l'autorité  de  Philippe  de  Side  n'en    ' 


d'entre  eux  dont  le  nom  ait  été  conservé,  vivait  vers  l'an 
180  de  notre  ère.  Eusèbe  parle  de  lui  en  ces  termes  : 
«  Pantène,  homme  d'une  culture  remarquable,  dirigeait 
les  études  des  fidèles3.  »  Il  ne  faut  pas  songer  à  décou- 
vrir une  date  à  la  fondation  de  l'école  d'Alexandrie. 
C'est  parce  que  la  communauté  chrétienne  existait  dans 
la  ville  la  plus  littéraire  du  monde  antique  que  l'insti- 
tution d'une  école  s'imposait  et  pour  cette  raison  même 
on  ne  songea  point  à  noter  le  temps  de  sa  création 
comme  on  le  fait  pour  les  événements  qui  excitent  la 
surprise  des  contemporains.  Ce  fut  de  bonne  heure,  i\ 
àpyaiou  k'Oou;,  nous  apprend  Eusèbe  6,  que  cette  école 
exista,  et  il  ajoute  qu'on  sait  par  tradition  qu'elle  était 
composée  de  gens  doués  pour  la  science  et  capables  de 
se  livrer  à  l'étude  des  choses  divines.  Nous  ne  savons 
rien  non  plus  des  débuts  de  l'institution  et  du  temps  où 
elle  reçut  son  titre  d'école  des  catéchumènes,  -r,- 
y.aTr,/rl'7i(.);  SiSao-xaXeïov  7,  mais  le  Didascalée  n'était  pas 
une  création  spontanée,  du  moins  sous  la  forme  bril- 
lante qu'il  prit  au  ine  siècle.  Le  ratio  studiorum  s'y 
était  développé  depuis  le  temps  où  on  ne  s'y  occupait 
que  de  l'étude  des  Saintes  Écritures  :  i%  àpyzlcrj  s'6o*î 
ôVJaT/.a),eîoi>  tûv  '.epoiv  Àôywv  itap'  ocùtoÎ;  (rvivcoràiTO; 8, 
quant  à  l'histoire  elle-même  de  ce  développement  on 
l'ignorait.  Eusèbe,  si  ami  du  document  écrit  contempo- 
rain, avoue  que  sur  ce  point  il  faut  se  contenter  de  ra- 
contars, de  traditions,  napeiÀ'r.çau.Ev.  Peut-être  Clément 
a-t-il  puisé  à  ces  mêmes  sources  et  il  faut  n'accepter  les 
renseignements  qu'il  apporte  qu'avec  la  plus  grande 
circonspection.  Parlant  des  maîtres  divers  sous  lesquels 
il  avait  étudié,  il  nous  dit  avoir  «  rencontré  le  dernier, 
qui  était  le  premier  pour  le  mérite,  caché  en  Egypte,  et 
n'en  avoir  plus  désormais  cherché  d'autre  que  lui  »  9. 
On  y  croit  voir  la  désignation  de  Pantène,  c'est  ce  qu'on 
ne  saurait  affirmer  ou  nier.  Par  suite  de  la  tendance  an- 
cienne de  composer  une  biographie  à  ceux  qui  n'en  ont 
pas,  on  a  fait  gratuitement  de  Pantène  un  stoïcien 
converti,  un  prédicateur  de  l'Évangile  dans  l'Inde10. 
Philippe  de  Side  lui  donnait  pour  maître  l'apologiste 
Athénagore.  mais  ce  sont  là  de  pures  rêveries.  L'incon- 
testable dans  la  vie  du  vieux  catéchiste,  c'est  qu'il  avait 
nom  Pantène  et  précéda  Clément  dans  la  direction  du 
Didascalée.  On  n'a  aucune  bonne  raison  de  croire  qu'il 
ail  enseigné  avant  l'année  180",  mais,  à  quelque-  a  m 
de  là,  il  fut  suppléé,  ou  supplanté,  dans  une  certaine 
mesure  par  Clément;  néanmoins  Pantène  continua  son 
enseignement  jusque  dans  les  dernières  années  du 
siècle  '-'.  Clément  était  doué  pour  renouveler  l'enseigne- 
ment, mais  avant  de  rechercher  ce  que  l'école  lui  dut, 
nous  devons  lui  laisser  rapporter  l'état  dans  lequel  il  la 
trouva.  Ses  voyages  l'avaient  amené  au  pied  de  bien  des 
chaires  et  il  déclare  n'avoir  d'autre  but  que  de  perpé- 
tuer l'enseignement  des  hommes  bienheureux  qu'il  a  eu 
le  privilège  d'entendre.  «  De  ceux-là.  dit-il,  l'un  était  en 
Grèce,  C'est  l'Ionien,  un  autre  dans  la  Grau 
Celui-là  était  originaire  de  la  Cœlésyrie;   l'autre' venait 

est  guère  une  lorsqu'il  affirme,  car  il  copie  toujours  et  ses  sources 
paraissent  assez  troubles  ;  son  silence  au  contraire  prouve  qu'il 
n'a  rien  ranci  Qtré  et  c'est  surtout  par  ce  qu'il  ne  dit  pas  qu'il 
peut  nous  apprendre.  C'est  le  cas  de  la  plupart  de  ces  chroniqueurs 
de  basse  époque.  Pour  les  dénominations  données  à  cette  • 
cl.  H.  E.J.Guerike,  De  schola  qux  Alexandria  floruit,  part.  1, 
in-8,  Halis,  1824,  p  s  sq.  —  »  Ibid.,  I.  VI,  c.  ni,  P.  G.,  t.  xx, 
col.  528  sq.  —  »  Ibid..  1.  V,  c.  X,  P.  G.,  t.  XX,  col.  453.  — 
Clément  d'Alex.,  Hypotyposes,  dans  Eusèbe,  Hist.  ceci..  1.  VI, 
C.  \iu.  /'.  G.,  t  XX,  col.  548.  et  Stromata,  1.  I,  c.  i.  /'  '.'.. 
t.  vin.  col  700.  Hist.  eccl-,  1.  V.  c.  x,  /'  <■     I    u, 

col.  4Ô3.  —  "  Ibid.  Voici  les  paroles  de  Philippe  de  Side 
StSasmliu'o»  toB  l»  "AlnE«vSpii«  'Adivjtybja;  rj».to;  ■  ..-  -  Il  Pod- 
well,  Dissert.  in  Irenmum,  in-8-,  Oxonia:,  1689,  p.  488.  —  ,!  n 
cessa  peut-être  vers  J  an  200,  car  il  a  eu  Origéne  et  Alexandre 
pour  élèves,  ainsi  que  l'a  démontré  T  Zahn,  Forschungen  rur 
■  -  ti.   i .  /e      ns,  p.  m,  Supplementum  Clemen- 

liiium,  in-s-.  Eriangen,  iss'i.  p.  156-176. 


1169 


ALEXANDRIE   (ARCHÉOLOGIE) 


1170 


d'Egypte.  Il  y  en  avait  d'autres  en  Orient  dont  l'un  était 
natif  de  la  Syrie  ;  un  autre  habitait  la  Palestine;  il  avait 
d'abord  été  juit.  Il  en  est  un  dernier  (Pantène  ?)  — celui- 
là  surpassait  les  autres  en  puissance  —  que  je  finis  par 
découvrir  en  Egypte  où  il  se  cachait;  je  m'arrêtai  alors 
auprès  de  lui.  Celui-ci,  je  l'appellerai  l'abeille  de  Sicile  : 
des  fleurs  qu'il  a  cueillies  chez  les  prophètes  et  les 
apôtres,  il  a  composé  ce  pur  suc  de  vraie  science  qu'il 
inoculait  dans  l'âme  de  ses  auditeurs.  Ces  maîtres  ont 
gardé  fidèlement  la  tradition  de  la  doctrine  excellente 
qu'ils  ont  successivement  reçue,  comme  un  héritage 
transmis  de  père  en  fils  depuis  Pierre  et  Jacques,  Jean 
et  Paul,  les  saints  apôtres.  Grâce  à  Dieu,  leur  lignée  est 
parvenuejusqu'à  nous  pour  déposer  en  nous  la  semence 
de  nos  ancêtres,  les  apôtres1.  »  Les  cinq  hommes  si 
vénérables  dont  parle  ici  Clément,  quoique  vivant  en 
des  lieux  fort  éloignés  les  uns  des  autres,  avaient  tous 
cette  coutume  de  transmettre  la  doctrine  de  vive  voix. 
«  Les  anciens  n'ont  rien  écrit,  »  dit  Clément,  et  il  a 
tenté  de  recueillir  leur  enseignement  conformément  aux 
désirs  des  contemporains  2;  ceux-ci  s'étaient  sans  doute 
rendu  compte  que  des  altérations  plus  ou  moins  graves  se 
produisaient  et  c'est  pour  conserver  intact  ce  qui  restait 
de  l'enseignement  primitif  qu'ils  réclamaient  cettedéro- 
gation  aux  usages.  Celui  qui  recevait  ainsi  mission  de 
codifier  les  enseignements  oraux  y  apportait  une  qua- 
lité incontestable.  11  était  sorti  du  paganisme :1  et  il 
avait  visite  la  Grande-Grèce,  l'Orient,  la  Palestine.  Parti 
de  la  Grèce  il  aboutit  en  Egypte  où  il  se  fixe  et  apporte 
un  esprit  libre  de  toute  appartenance  à  un  type  de  chris- 
tianisme en  particulier;  la  manière  dont  il  parle  des 
maîtres  qu'il  a  suivis  le  montre  solidement  imbu  du 
principe  d'autorité,  c'est  en  effet  à  titre  de  dépositaires 
de  la  tradition  qu'il  vénère  ces  «  anciens  »  et  c'est  en- 
core plus  la  tradition  que  ses  dépositaires  qui  lui  paraît 
vénérable,  car  ils  ne  sont  que  les  anneaux  de  la  chaîne 
qui,  sans  interruption,  remonte  jusqu'aux  apôtres  et 
transmet  leur  enseignement. 

Clément  a-t-il  fait  usage  de  ses  souvenirs  personnels 
ou  bien  a-t-il  mis  à  contribution  les  souvenirs  de  ceux 
qui  avaient  entendu  les  «  anciens  »  V  Nous  ne  savons, 
mais  il  y  a  lieu  de  dire  quelque  chose  de  l'érudition  du 
célèbre  catéchète  et  des  sources  qu'on  lui  reconnaît.  Ce 
fut  d'abord  d'une  manière  timide  qu'on  parla  des  «  dé- 
marquages »  de  Clément.  Son  pîUs  célèbre  éditeur,  Pot- 
ter  (1715),  fit  observer  que  l'Alexandrin  avait  puisé  une 
partie  de  son  érudition  dans  Philon  et  quelques  autres 
écrivains.  V.  Rose*  et  J.  Bernays  '■>  défalquèrent  de  son 
oeuvre  ce  qui  était  emprunté  sans  contrôle  à  Aristote. 
Depuis,  M.  Diels  6  insinua  l'emploi  de  manuels  dont 
on  rencontrerait  la  trace  chez  d'autres  auteurs;  par 
exemple,  la  liste  des  philosophes  qui  se  lit  dans  le  Pro- 
treplicus  (lxiv-i.xvi)  concorde  trop  exactement  avec 
celle  que  l'on  trouve  dans  le  De  nalura  deorum  (1.  I, 
c.  x-xn)  de  Cicéron  ;  ailleurs  (Strom.,  1.  I,  c.  LXil)  on 
rencontre  un  nouveau  catalogue  de  noms  qui  parait 
détaché  d'un  manuel.  MM.  Maas  7  et  Hiller8  ont  adopté 
et  fortifié  cette  opinion  qu'on  a  fini, comme  c'est  l'usage, 
par  porter  à  un  degré  d'exagération  où  elle  cesse  d'être 
recevable,  comme  dans  la  thèse  de  M.  Schek9.  L'in- 
contestable, semble-t-il,  c'est  que   Clément  a  fait  usage 


1  Clém.  d'Alex.,  Stromata,  1.  I,  c.  i,  P.  G.,  t.  vin,  col.  700,  — 

*  HlSt.   eCCl.,    1.    VI,   C.   XIII,    U;    ï-j/i    caçù    tràv    iç/aîuv    itftffêimfuv 

àxT.xoS;  xaçuSdis.-.  —  •  Clém.  d'Alex.,   Psedagog.,  1.  I,  c.  i,  1  : 

ta;  raWàç  &1CQ|l.vû|UV0t    SdEaç   v-«'i;<iv,  P.  G.,  t.  VIII,  Col.  249  Sq.  — 

*V.  Rose,  Aristoteles  pseudepigraphus,  in-8",  Leipzig,  1863. 
—  5  J.  Bernays,  Symbola  plrilologorum  Bomiens.  in  honor. 
Ritschlelii,  1864,  réimprimé  dans  Gesammelte  Abhandlhungen, 
in-8",  Berlin,  1885, 1. 1.  —  6  Diels,  Doxographi  grœci,  in-8",  Berlin, 
1879.  —  7  Maas,  De  biographis  grxcis  qussliones  selectse,  dans 
Philolog.  Untersuchungen  de  Kiessling  et  Willamowitz,  Ber- 
lin, 1880,  3' fascicule.  —  «Hiller,  Zur  Quellenkritik  des  Clem. 
Alex.,  dans  Hermès,  1886,  t.  XXI,  p.  126-133.  -  »E.  de  Faye, 


de  manuels  ou  de  compilations  dans  une  mesure  qui 
reste  à  déterminer.  «  Ces  sortes  de  manuels  abondaient 
à  Alexandrie.  Il  y  en  avait  sur  les  sujets  les  plus  variés. 
Comme  la  notion  de  la  propriété  littéraire  n'existait 
guère  à  cette  époque,  c'est  sans  malice  que  l'excellent 
Clément  utilise  les  trésors  de  l'érudition  d'autrui.  En 
somme,  il  parait  bien  qu'une  bonne  partie  de  la  science 
du  catéchète  chrétien  est  de  seconde  main.  Il  ne  faut 
pas  cependant  exagérer.  A  côté  de  l'indigesla  moles 
qu'il  tire  de  ses  manuels,  Clément  possédait  sûrement 
une  très  vaste  lecture  10.  »  Il  semble  tout  d'abord  qu'il 
faille  abandonner  ces  catalogues  donnés  dans  le  livre  Ier 
des  Stromates  (lxxiv-lxxvi,  lxxviii-lxxx)  qui  repa- 
raissent presque  semblables  dans  les  récits  de  Pline 
l'Ancien,  de  Tatien,  de  Grégoire  de  Nazianze  ll.  La  chro- 
nologie du  chapitre  xxi  du  livre  Ie'  du  même  ouvrage 
est-elle  un  travail  personnel?  On  a  de  fortes  raisons  d'en 
douter12.  Ce  qui  est  plus  grave  et  atteint  l'intelligence 
de  Clément  dans  ses  œuvres  vives  c'est  la  présence  dans 
les  livres  IIe  et  IIIe  du  Pédagogue  d'un  écrit  stoïcien 
dont  il  semble  que  le  catéchète  ait  transcrit  mot  pour 
mot  des  chapitres  entiers.  Cet  écrit  formerait  un  tout 
facilement  reconnaissable,  dont  l'âge  et  l'auteur  seraient 
aisés  à  préciser,  il  serait  l'ouvrage  de  Musonius,  le 
maître  d'Épictète,  dont  Stobée  a  conservé  des  Xôyot  qui 
reproduisent  dans  les  termes  mêmes  l'écrit  de  Clément; 
en  outre  Êpictète,  ou  du  moins  Arrien  qui  rédigea  ses 
leçons,  en  a  utilisé,  semble-t-il.  quelques  pages  1J. 

Cette  enquête,  qui  semble  abaisser  la  valeur  person- 
nelle de  Clément,  ajoute  beaucoup  au  contraire  à  l'inté- 
rêt de  ses  écrits.  Ce  docteur  à  l'érudition  intarissable 
prend  son  bien  où  il  le  trouve  et,  sans  trop  de  manipu- 
lations, insère  dans  ses  écrits  d'autres  écrits  plus  anciens, 
partant,  d'après  son  tour  d'esprit,  plus  autorisés  que  les 
siens.  Il  n'est  pas  impossible  que  des  recherches  nou- 
velles dans  le  texte  de  T'Alexandrin  fassent  effleurer  et 
dégager  peu  â  peu  des  fragments  ou  des  blocs  encore 
engagés  aujourd'hui  dans  sa  compilation  mais  apparte- 
nant aux  couches  primitives  de  la  littérature.  Il  n'est 
pas  impossible  non  plus  que  pour  ces  lointains  débuts 
il  faille  rappeler,  sans  essayer  toutefois  de  rien  préciser 
au  delà  du  texte,  la  célèbre  lettre  envoyée  d'Alexandrie 
par  l'empereur  Hadrien  à  son  beau-frère  Servianus, 
d'après  laquelle  il  semble  qu'aux  yeux  d'un  observateur 
dédaigneux,  mais  perspicace,  le  christianisme  se  soit 
difficilement  distingué  parmi  les  sectes  religieuses  qui 
pullulaient  dans  la  ville  ,*  cependant  nous  persistons  à 
soupçonner  une  confusion  faite  par  Hadrien  entre  les 
chrétiens  et  les  partisans  de  la  gnose  dont  le  nombre 
était  grand  et  la  ferveur  religieuse  bien  faible. 

La  vie  de  Clément  n'offre  pas  de  cadre  chronolo- 
gique un  peu  sur.  II  est  probable  qu'il  ne  connut  Pan- 
tène que  dans  le  temps  où  celui-ci  enseignait  déjà,  ce 
qui  parait  remonter  à  l'année  180  environ.  Après  avoir 
été  élève  pendant  un  temps  indéterminé,  Clément  devint 
l'auxiliaire  de  Pantène  au  Didascalée,  où  ils  enseignèrent 
ensemble  peut-être  jusqu'à  l'année  202  ou  203,  date  du 
départ  de  Clément  qui  ne  devait  plus  reparaître  à 
Alexandrie.  A  partir  de  ce  moment  on  perd  ses  traces, 
mais  on  sait  que  vers  l'an  211  il  était  en  rapports  avec 
Alexandre,  un  de  ses  anciens  auditeurs ll.  Celui-ci  recoin- 


Clément  d'Alexandrie,  in-8",  Paris,  1898,  p.  313.  —  ,0  Scheck,  De 
fontibus  Clem.  Alex.,  in-8",  Berlin,  1889.  —  "  M.  Kremmer,  De 
catalogis  heurematum,  in-8%  Leipzig,  1890;  A.  Wendling,  De 
peplo  aristotelico  quœstiotics  selectx,  in-8",  Strasbourg,  1891.  — 
'*  A.  Schlatter,  Zur  Topographie  und  Geschichte  Palàstinas, 
in-8",  Leiden,  1893  \-Der  Chronograph  aus  dem  zehnten  Jahre 
Antonin,  dans  Texte  und  Untersuchungen,  in-8",  Leipzig,  1894, 
t.  xii.  Cf.  Hozakowski,  De  c.hronographia  Clem.  Alex.,  Mona- 
sterii  Guestl'.,  1896.  —  ,3P.  Wendland,  Qusestiones  musonianse, 
dissertatio,  in-8",  Berlin,  1886;  C.Merk,  Clem.  Alex.,  in  seiner 
Abhàngiglceit  von  der  griech.  Philosophie,  in-8",  Leipzig,  1879. 
—  "Eusèbe,  Hist.  eccl.,  1.  VI,  c.  xi,  P.  G.,  t.  xx,  col.  514  sq. 


4171 


ALEXANDRIE    (ARCHEOLOGIE) 


1172 


mande  à  l'Église  d'Antioche  l'ancien  catéchète  qui  ren- 
dit jadis  d'importants  senices  à  l'Église  d'Alexandrie. 
Quelques  années  plus  tard,  en  216,  le  même  Alexandre 
parle  de  nouveau  de  son  maître,  mais  en  des  termes  qui 
ne  laissent  pas  supposer  qu'il  fût  encore  en  vie  '.  Il 
n'est  pas  malaisé,  semble-t-il,  de  se  figurer  l'enseigne- 
ment donné  à  Alexandrie  sous  la  direction  de  Clément, 
si  on  recourt  à  ses  écrits  dont  les  principaux  nous  ont 
été  conservés.  Cette  œuvre  est  complexe  et  nous  n'avons 
pas  à  l'apprécier,  mais  elle  est  également  instructive  en 
ce  qu'elle  nous  fait  connaître  la  préparation  intellec- 
tuelle de  l'auditoire  destiné  à  progresser  sous  la  direc- 
tion d'un  docteur  dont  l'exégèse,  la  polémique,  l'apolo- 
gétique et  la  théologie  sont  soumises  aux  combinaisons 
d'un  allégorisme  effréné.  Il  semble  que  l'activité  caté- 
chétique  de  Clément  se  soit  exercée  à  la  fois  au  Didas- 
calée  et  dans  l'Église  d'Alexandrie.  Ses  ouvrages  éten- 
dus, tels  que  les  Strornates,  les  Hypolyposes  ont  dû 
.appartenir  à  l'enseignement  du  Didascalée;  les  homé- 
lies «  sur  le  jeûne  »,  «  sur  la  médisance.  »  «  sur  la  pa- 
tience »  qui  sont  perdues  et  celle  qui  est  intitulée  :  Quis 
dives  salvetur  que  nous  possédons  encore,  ne  diffèrent 
pas  des  sermons  que  prêchera  quelques  années  plus 
tard  Origène  aux  simples  fidèles.  Si  les  Hypotyposes  et 
les  Strornates  renferment,  ainsi  qu'on  peut  le  soutenir, 
la  matière  de  l'enseignement  au  Didascalée  vers  l'an 
200,  nous  voyons  que  le  type  pédagogique  n'a  pas  été 
modifié  gravement,  c'est  toujours  l'Écriture  qui  fournit 
la  trame  aux  commentaires  du  docteur,  mais  ce  qu'il  y 
introduit  peut  paraître  d'une  audace  singulière.  Eusèbe, 
qui  avait  vu  entier  l'ouvrage  dont  il  ne  nous  reste  que 
de  rares  fragments,  remarque  que  Clément  introduisait 
dans  son  canon  scripturaire  les  livres  alors  contestés, 
tels  que  l'Épitre  de  Jude,  celle  de  Barnabe,  l'Apoca- 
lypse de  Pierre  2.  Photius  ajoute  à  ces  indications  que 
l'alexandrin  avait  fait,  non  un  commentaire  perpétuel 
des  livres  saints,  mais  un  choix  des  passages  dont 
l'explication  était  le  plus  difficile  3;  c'est  ainsi  que  dans 
l'Ancien  Testament  il  n'aurait  expliqué  à  son  auditoire 
que  les  livres  de  la  Genèse,  de  l'Éxode,  des  Psaumes  et 
de  l'Ecclésiastique  4.  Les  trop  rares  passages  qui  nous 
permettent  de  juger  des  Hypolyposes  montrent  avec 
quelle  liberté  le  chef  du  Didascalée  exposait  à  son  audi- 
toire des  récils,  des  traditions,  des  légendes  dont  le 
conglomérat  devait  encombrer  un  jour  de  la  manière  la 
plus  déplorable  l'histoire  certaine.  Les  références  de 
Clément  aux  «  anciens  »,  sans  plus  d'explication,  ré- 
vèlent d'une  autorité  mal  définie  des  récits  qu'on  peut 
rapporter,  mais  dont  on  ne  doit  tenir  compte  qu'à  la 
condition  de  les  trouver  appuyés  par  des  témoignages 
moins  vagues.  Clément  assurait  avoir  entendu  dire  que 
le  Céphas  qui  fut  si  vertement  repris  par  saint  Paul 
n'était  pas  le  prince  des  apôtres,  mais  son  homonyme, 
un  des  soixante-dix  disciples  du  Sauveur.  Il  disait  en- 
core que  Pierre,  Jacques  et  Jean,  témoins  de  la  transfi- 
guration de  Jésus,  avaient  reçu  de  la  bouche  du  Maître 
un  enseignement  secret  que  ceux-ci  auraient  transmis 
plus  tard  aux  autres  apôtres.  Clément  rapportait  aussi 
des  détails  circonstanciés  sur  la  mort  de  Jacques,  «  le 
frère  du  Seigneur.  »  Tout  cela,  on  le  voit  sans  peine, 
ouvrait  le  porte  à  de  graves  abus,  à  ce  que  l'on  pourrait 
appeler  «  la  manière  vague  »  qui  était  appelée  à  un  si 
long  et  si  regrettable  succès.  La  préoccupation  soutenue 
de  tourner  les  faits  à  l'instruction  des  fidèles  au  moyen 
de  l'interprétation  allégorique  devait  conduire  à  cet 
autre  abus  de  faire  glisser  dans  le  l'ail  historique  ser- 

1  Eusèbe,  Hist.  eccl.,  1.  VI,  c.  xiv,  P.  G.,  t.  xx,  col.  548  sq.  — 
*  Ibid.,  t.  VI,  c.  xiv,  P.  G.,  t.  xx,  col.  uV.i  sq.  —  'Photius,  Bi- 
blioth.,  cod.  cix,  P.  G.,  t.  cm,  col.  382  sq.  —  *  Ibid.  :  S  S.  fto<  mcorb; 
(iffaveï  ippuivù'eu  Tuyv&vouflft  ■:*,:  Tiviatuç,  tïjç  'EÇôSo'j,  t3v  xFcu;aiùv,  to3 
©nVj  n«ùAoy  twv  EirurroXiïv  *cr.  7'*>v  xaOoAix'ùv,  xa-.  toj  Exx^tjcimtimB. 
Voyez  les  fragments  des  Hypotyposes  ou  Esquisses,  dans 
Th.  Zahn,  Forschuugen  zur  Geschxchte  tl<x   neutestamentli-    i 


vaut  de  thème  des  circonstances  supplémentaires  ou 
trop  précises  que  suggérait  le  parallélisme  de  l'allégo- 
rie. Ce  fut  là  le  côté  regrettable  de  cet  enseignement, 
mais  il  est  juste  de  reconnaître  qu'il  eut  ses  avantages 
incontestables.  En  secouant  la  rigidité  d'une  interpréta- 
tion trop  littérale  il  ouvrait  à  la  pensée  chrétienne  un 
champ  et  des  horizons  spéculatifs  dont  elle  allait,  gui- 
dés par  Origène,  parcourir  bientôt  les  extrêmes  limites; 
dans  ces  chevauchées  hardies  parfois  jusqu'à  la  témé- 
rité, on  ne  suivra  que  trop  le  conseil  de  Clément  lors- 
qu'il avertissait  ses  auditeurs  de  ne  pas  entendre  les 
paroles  de  l'Écriture  o-apxi'vtoç,  mais  qu'il  fallait  tôv  èv 
a-JTotç  x£xpu|iaévov  voûv  èpsuvïv  3.  Nous  ne  trouvons  rien 
parmi  les  anciens  historiens  et  parmi  les  Pères  qui  au- 
torise à  dire  que  l'enseignement  était  distribué  au  Di- 
dascalée sous  le  contrôle  de  l'évêque  d'Alexandrie  :  il 
serait  intéressant  d'être  fixé  sur  ce  point,  mais  il  serait 
prématuré  d'en  rien  dire.  Ce  qui  reste  possible,  c'est 
que  l'enseignement  du  Didascalée  étant  donné  par  des 
hommes  pieux,  et  portant  sur  des  matières  tout  ecclé- 
siastiques, il  soit  intervenu  un  accord  dont  nous  igno- 
rons tout,  mais  qui  pourrait  être  analogue  par  certains 
côtés  au  choix  que  fait  l'archevêque  de  Paris  du  confé- 
rencier de  Notre-Dame,  lequel  demeure  libre  de  choisir 
son  sujet  et  maître  de  l'exposer  comme  il  le  comprend, 
suivant  l'orthodoxie.  Peut-être  la  persécution  qui  pro- 
voqua l'éloignement  de  Clément  contribua-t-elle,  en 
désorganisant  pour  quelque  temps  l'école  chrétienne 
d'Alexandrie,  à  y  faire  sentir  plus  que  par  le  passé 
l'influence  épiscopale.  Le  départ  de  Clément  amena  une 
interruption  de  l'enseignement  et  sa  reprise  comme 
sans  dessein  et  par  rencontre.  Il  ne  semble  pas  que  la 
tentative  soit  due  à  l'initiative  de  quelque  groupe  de 
l'ancien  auditoire  dispersé;  ce  sont  des  païens  qui, 
s'adressant  spontanément  à  un  jeune  homme  plein  de 
promesses,  Origène,  fils  de  Léonide,  provoquèrent  la 
restauration  de  l'école  :  7ipo<rr,eaav  »iixû>  -.:-n;  àwô  :ûv 
àôvûv  àxo-jTojxs/o'.  tôv  X<5yov  toO  0soù  6.  Ce  début  res- 
semble moins  toutefois  à  une  restauration  d'une  école 
célèbre  qu'à  ce  qu'il  est  en  réalité,  un  catéchisme  fait 
à  des  païens  pour  les  convertir,  et  ce  qui  survient  le 
démontre  assez.  Parmi  ces  auditeurs  plusieurs  se  con- 
vertissent; ils  tombent  alors  sous  les  dispositions  de 
l'édit  de  Septime  Sévère  interdisant  le  prosélytisme  et 
toute  conversion  au  christianisme  ou  au  judaïsme  '■ .  Très 
rapidement  l'ancien  auditoire  se  retrouve  autour  du 
nouveau  maître  dont  le  génie  pourrait  soutenir  la  si- 
tuation nouvelle,  mais  dont  la  jeunesse  a  pu  servir  de 
prétexte  à  une  certaine  surveillance  de  la  part  de 
l'Église.  Il  semble  bien,  en  effet,  que  la  situation 
d'Origène  soit  moins  indépendante  que  celle  de  son 
prédécesseur.  Il  n'entre  en  fonctions  qu'à  la  suite  d'une 
sorte  d'installation  consentie  par  l'évêque  Démétrius  et 
pendant  plusieurs  années  le  docteur  est  manifestement 
sous  la  dépendance  de  l'évêque.  Si  ses  absences  ne  dé- 
pendent que  de  lui,  son  retour  dans  la  chaire  lui  est 
imposé  et  il  est  à  peine  douteux  que  la  doctrine  ait  été 
soumise  à  un  contrôle, lorsque  la  personne  dépendait  si 
visiblement  de  la  hiérarchie  ecclésiastique  quY  était 
au  pouvoir  de  celle-ci  de  lui  retirer  sa  chaire  et  d'y  pla- 
cer un  successeur. 

Si   grands  que  lussent    les  pas   que  faisaient  l'école 
d'Alexandrie  de  Pantène  à  Clément,  de  Clément  à  Ori- 
_<  n ".  on  ne  déviait  pas  de  la  préoccupation  dominante 
qui  était  de  se  maintenir  dans  la  tradition.  «  J'ai  p- 
dit  Origène,  devoir  examiner  à   fond  les  doctrines  des 

chen  Kanons  und  der  altchriatlichen  Literatur,  t.  m  :  Suy- 

•iium  Clementinum,  in-8-,  Erlangen,  1884.  Un  tiagment 

mus  est  parvenu  dans  une  version  latine,  toc.  cit..  t.  m,  p.t34sq. 

—  'Clément  d'Alex..  Quis  dives  salvetur,  S  ô.  P.  G.,  t.  ix.  cvl 

—  •Eusèbe,  Bist.  eccle».,  I,  V,  c.  x;  I.  VI,  c.  m.  vi.  xvni.  ; 

t.  xx.  col.  -153  sq.,  6SS  sq.,  536,  560.  —  'C'est  le  cas  de  sainte 
Perpétue  et  de  ses  compagnons  arrêtés  à  dire  de  catéchumènes. 


1173 


ALEXANDRIE    (ARCHÉOLOGIE) 


1171 


hérétiques  et  ce  que  les  philosophes  professaient  tou- 
chant la  vérité.  En  cela,  je  n'ai  fait  qu'imiter  Pantène, 
qui,  pour  avoir  amassé  de  grandes  connaissances  sur 
ces  matières,  a  pu  se  rendre  utile  à  tant  d'autres1.  » 
Cette  connaissance  étendue  de  la  philosophie  pythago- 
ricienne et  stoïcienne  que  Porphyre  parait  avoir  exa- 
gérée était  très  réelle  et  approfondie.  Après  une  période 
de  ferveur  inconsidérée  pendant  laquelle  le  jeune  homme 
avait  déprécié  sans  mesure  la  littérature  profane  au 
prolit  de  l'Ecriture  sainte,  vendu  sa  bibliothèque  d'au- 
teurs classiques,  il  lui  avait  fallu  reconnaître  que  son 
auditoire  cosmopolite,  véritable  confluent  de  la  pensée 
humaine  dans  ce  temps-là,  ne  s'accommoderait  pas  d'un 
programme  rétréci  à  plaisir.  Pendant  les  débuts  de  son 
enseignement,  Origène  semble  s'être  borné  à  l'explication 
de  l'Ecriture  sainte  par  de  brèves  maximes,  bientôt  il 
élargit  son  horizon  et  communique  sa  soudaine  ardeur 
à  son  auditoire  qu'il  engage  à  sa  suite  dans  une  voie 
nouvelle.  «  Il  nous  exhortait,  raconte  Grégoire  le  Thau- 
maturge, à  philosopher  et  à  recueillir  tout  ce  qu'avaient 
écrit  là-dessus  (sur  la  cause  première),  les  anciens, 
soit  philosophes,  soit  poètes,  sans  rien  négliger  ni  reje- 
ter d'avance...  Une  faisait  exception  que  pour  les  athées... 
Quant  aux  autres,  il  nous  engageait  à  parcourir  leurs 
écrits  et  à  les  étudier  tous  l'un  après  l'autre...  11  se 
gardait  bien  de  nous  appliquer  à  l'élude  d'un  seul  sys- 
tème, mais  il  les  passait  tous  en  revue,  ne  voulant  pas 
nous  laisser  ignorer  une  partie  quelconque  de  la  science 
hellénique.  Quant  à  lui,  il  nous  précédait,  nous  tenant 
par  la  main,  dans  la  voie  où  nous  marchions  à  sa  suite. 
Lorsque  nous  touchions  à  un  endroit  difficile,  où  le 
sophisme  se  cachait  sous  des  apparences  perfides,  il 
nous  avertissait  en  homme  exercé  par  une  longue  expé- 
rience et  une  habitude  constante  des  matières  philo- 
sophiques. Il  recueillait  pour  notre  instruction  tout  ce 
que  chaque  philosophe  a  enseigné  de  vrai  et  d'utile,  et 
retranchait  ce  qui  est  faux,  pour  s'attacher  particuliè- 
rement aux  choses  qui  peuvent  développer  la  piété 
parmi  les  hommes.  »  Écrivant  plus  tard  à  ce  disciple 
qui  devait  nous  instruire  si  fidèlement  sur  l'école,  Ori- 
gène se  montrait  plus  ferme  que  jamais  dans  ses  idées. 
«  Je  voudrais,  disait-il  à  Grégoire,  que  le  christianisme 
devint  le  terme  final  d'un  esprit  aussi  bien  l'ait  que  le 
tien.  Mais  pour  atteindre  plus  sûrement  ce  but,  je  désire 
en  même  temps  que  tu  empruntes  à  la  philosophie 
grecque  le  cercle  entier  des  sciences  préparatoires  au 
christianisme,  cherchant  ainsi  dans  la  géométrie  et  dans 
l'astronomie  un  secours  pour  l'interprétation  des  saintes 
Ecritures.  Ce  que  les  philosophes  affirment  des  arts  libé- 
raux, nous  le  disons  de  la  philosophie  elle-même.  Ils 
regardent  comme  autant  d'auxiliaires  la  géométrie,  la 
musique,  la  grammaire,  la  rhétorique  et  l'astronomie; 
nous,  nous  assignons  le  même  rôle  à  la  philosophie,  par 
rapport  au  christianisme  ».  Toute  cette  connaissance 
ne  tendait  aucunement  à  un  but  scientifique,  l'unique 
préoccupation  était  de  faire  servir  les  sciences  non  à  la 
recherche  de  la  vérité,  mais  à  l'éclat  de  son  exposition 
oratoire  d'un  système  déjà  l'ait,  complet  et  immuable  : 
«  Il  demandait  aux  sciences  naturelles,  dit  Grégoire,  le 
moyen  de  redresser  et  de  corriger  cette  partie  inférieure 
de  notre  être  où  domine  la  sensation,  ne  voulant  pas 
que  le  magnifique  spectacle  de  cet  univers,  si  bien  réglé 
dans  ses  parties,  n'excitât  en  nous  qu'une  satisfaction 
aveugle  et  une  terreur  irréfléchie,  comme  chez  les  ani- 
maux privés  de   raison...  Quant  à   l'astronomie,  il  s'en 


'Origène,  Epist.  ad  Greg.  Thaurnaturgum,  P.  G.,  t.  xi, 
col.  88  sq.  —  sNous  sommes  loin  d'accorder,  comme  bien  on 
pense,  la  même  valeur  aux  trois  personnages  que  nous  allons  ci- 
ter, mais  ils  témoignent  en  tous  cas  de  la  haute  culture  intellec- 
tuelle de  la  partie  féminine  de  la  population  :  la  pseudo-Catherine, 
dont  la  réalité  n'est  rien  moins  que  certaine  ;  la  célèbre  Hypatia,  qui 
était  païenne,  et  une  chrétienne  nommée  Johanna.  fille  d'Arnmo- 


servait  comme  d'une  échelle  pour  nous  élever  au-dessus 
de  la  terre  et  nous  introduire  dans  les  profondeurs  des 
cieux.  »  A  ce  point  de  vue,  on  peut  dire  que  la  déviation 
du  Didascalée  était  achevée  et  irrémédiable.  Il  cessait 
même  d'être  une  école,  puisque  la  pensée  d'une  re- 
cherche vraiment  libre  et  désintéressée  n'y  inspirait 
plus  la  méthode  du  maitre  et  l'effort  des  disciples.  Qu'on 
se  rappelle  l'aspect  timoré  de  l'enseignement  de  Pantène, 
tout  préoccupé  de  tenir  le  fil  traditionnel  et  de  ne 
s'écarter  en  rien  des  ).ôyta  des  «  anciens  »;  ici,  désor- 
mais, il  n'est  plus  question  de  ces  anciens  auxquels 
Clément  s'attachait  encore  avec  tant  d'obstination.  C'est 
que,  entre  Clément  et  son  successeur,  l'esprit  allé- 
gorique a  porté  tous  ses  fruits,  l'exactitude,  la  précision 
ont  fait  place  à  la  forme  oratoire  amenant  avec  elle  une 
intrépidité  d'affirmations  n'ayant  d'égale  que  l'inanité 
de  preuves  positives.  Origène  n'en  était  pas  venu  du 
premier  coup  à  cet  excès;  son  ouvrage  perdu  des  Sti'o- 
mates  était,  dit-on,  étroitement  inspiré  de  celui  de  Clé- 
ment, après  lequel  il  comparait  entre  eux  les  sentiments 
des  chrétiens  et  ceux  des  philosophes,  en  confirmant 
tous  les  dogmes  de  notre  religion  par  des  extraits  de 
Platon,  d'Aristote,  de  Cornutus  et  de  Numénius.  C'était 
en  effet  la  méthode  de  Clément  farcie  de  textes,  de  cita- 
tions prises  de  toutes  parts,  probantes  ou  non,  entassées 
sans  goût  et  en  désordre,  mais  elle  ne  fut  pas  longtemps 
la  méthode  d'Origène.  Avec  celui-ci  les  profanes  dispa- 
raissent, leurs  noms  jadis  révérés  ne  sont  plus  guère 
prononcés,  la  Bible  tient  toute  la  place  que  les  poètes 
et  les  philosophes  obtenaient  chez  son  maitre;  manifes- 
tement la  grammaire  et  la  philosophie  sont  écartée-. 
Origène  d'ailleurs  ne  les  a  guère  étudiées  que  par  sur- 
croit, comme  moyen  de  vivre  en  des  jours  de  misère; 
son  siège  est  fait  et  tout  son  effort  va  tendre  à  produire 
des  ouvrages  d'une  érudition  patiente,  irréprochable  tel* 
que  les  Hexaples  et  les  Octaples,  mais  purement  empi- 
rique, et  des  théories  allégoriques  d'une  fantaisie  désor- 
donnée. En  231,  son  enseignement  prit  fin  et  son  ami 
Iléraclas  lui  succéda. 

Nous  n'avons  pas  à  suivre  Origène  dans  sa  vie  privée, 
cependant  une  circonstance  connue  de  sa  ferveur  reli- 
gieuse, la  mutilation  qu'il  opéra  sur  lui-même,  a  pu 
être  inspirée  par  le  désir  de  soustraire  sa  réputation  à  la 
calomnie  qui  ne  pouvait  manquer  de  s'attaquer  à  un 
docteur  dont  l'auditoire  comptait  des  admirateurs  et  des 
contradicteurs  des  deux  sexes2.  Après  son  retour  de 
Rome,  son  école  était  devenue  si  nombreuse  qu'il  se 
décida  à  la  scinder  et  à  remettre  l'instruction  d'une  par- 
tie de  ses  disciples  à  Héraclas  3.  Ceci  lui  rendait  quelque 
liberté  pour  l'étude,  il  l'employa  à  apprendre  la  langue 
hébraïque  et  à  diriger  une  édition  du  texte  biblique, 
besogne  qui  lui  était  rendue  facile  par  les  secours  pécu- 
niaires que  mettait  à  sa  disposition  un  converti  nommé 
Ambroise.  La  disgrâce  d'Origène  fit  placer  à  la  tête  du 
Didascalée  son  ancien  ami  Héraclas,  qui  fut  peu  de  temps 
après  remplacé  dans  sa  charge  par  Denys  qui  devait 
monter  plus  tard  dans  la  chaire  épiscopale  d'Alexan- 
drie. Le  gouvernement  d'IIéraclas  n'a  pas  laissé  de  trace, 
la  littérature  chrétienne  ne  conserve  aucune  pièce  sous 
son  nom,  les  Pères  ne  le  mentionnent  nulle  part. 

Denys  avait  été  disciple  d'Origène  :  ui  vtaï  oûto;  rà>v 
'iipryévovç  Yevôjjtevoi;  çbityjtcdv  *  ;  il  commença  la  série 
d'esprits  distingués  qui,  avec  Pierius  et  Didyme5, 
allaient  présider  à  quelques  exercices  littéraires  sans 
grande  portée.  Ce  ne  sont  presque  plus  les  œuvres  d'une 


nios,  native  d'Hermopolis  et  dont  l'épitaphe  nous  l'ait  un  pompeux 
éloge  de  la  qualité  de  son  esprit.  Cf.  G.  Botti,  Steli  cristiane  di 
epoca  bizantina  esistenti  nel  museo  d'Alessandiïa  (Egitto),  dan;, 
Bessarione,  1900,  n.  82.  —  3Eusèbe,  Hist.  eccl.,  1.  VI,  c.  XV, 
P.  G.,  t.  XX,  col.  553.  —  *Eusèbe,  Hist.  eccl.,  1.  VI,  c.  xxix,  P.  G., 
t.  xx,  col.  588.  —  sCf.  Th.  Schermann,  Lateinische  Paratlelen 
zu  Didym-M,  dans  Ruinische  Quartalschrift,  1902,  p.  232-242. 


1175 


ALEXANDRIE    (ARCHÉOLOGIE^ 


1176 


école,  mais  seulement  les  produits  d'un  groupe  qui  ache- 
vait lentement  de  disparaître. 


D1RKCTEIJRS    DU   DIDASCAMCË 


ANNÉES. 

NOMS   CERTAINS. 

NOMS   POUTHJX. 

179 

189-213 

203-230 

215-232 

232-265 

» 

» 

» 
265-282 

282-292 

290-295 

295-300 

300-311 

330-340 

340-395 

390-405 

Pantène. 
Clément. 
Origène. 
Héraclas. 
Denys. 

» 

» 
» 
• 
» 
» 

Didymus. 

» 
» 

(Athénagore.) 
» 
» 
» 

» 

(Athénodore, 

Malchion, 

Maxime.) 

Pierius 

(Achillas.) 

Théognoste. 

Sérapion. 

Pierre  le  Martyr. 

Arius. 
Macarius  Politicus. 

(Athanasius.) 
Rhodon. 

VI.  LA  BIBLIOTHÈQUE  D'ALEXANDRIE.  -  La  bi- 
bliothèque célèbre  d'Alexandrie  a  été  l'objet  de  tant  de 
travaux  qu'il  ne  semble  pas  qu'aucune  question  soit  plus 
intéressante  et  plus  obscure,  puisqu'il  faut  y  revenir  sans 
cesse.  En  ce  qui  touche  à  ses  destinées  pendant  l'époque 
chrétienne,  elles  n'offrent  matière  qu'à  quelques  faits 
bien  connus.  La  véritable  bibliothèque  d'Alexandrie  était 
celle  de  l'école  païenne.  Il  ne  semble  pas  que  le  Didas- 
calée  ait  jamais  possédé  un  fonds  de  livres  bien  irupor- 
t;ml  ;  probablement  que,  en  dehors  des  ouvrages  tels 
que  la  Bible  et  les  écrits  des  Pires,  on  allait  étudier  au 
Musée;  aucun  texte  ne  nous  apprend  que  le  Didascalée 
ait  jamais  connu  une  prospérité  matérielle  bien  considé- 
rable, qui  seule  lui  eût  donné  les  moyens  de  former  un 
dépôt  de  livres  digne  d'attention.  Cependant  la  biblio- 
thèque du  Sérapéum  appartient,  par  un  côté,  à  l'anti- 
quité chrétienne,  nous  en  parlerons  donc  rapidement. 

L'importance  de  la  bibliothèque  d'Alexandrie,  fondée 
par  les  Ptolémées  sur  le  conseil  de  Démétrius  de  Pha- 
lère,  était  considérable.  Un  premier  dépôt  de  livn 
trouvait  dans  le  Bruchium  à  proximité  du  port.  Un 
second  dépôt,  succursale  du  premier,  fui  établi  dans  une 
dépendance  du  temple  de  Sérapia  qui  dominait  le  quar- 
tier de  Rakotis1.  Du  temps  de  Philadelphe,  Démétrius 
évaluait,  selon  r.piphane.  le  nombre  de  livres  à  54800, 
et,  selon  .losèphe,  à  200000;  il  se  faisait  fort  de  le  porter 
à  500  000  Ce  chiffre  fut  atteint  en  effet,  puisque  nous 
voyons  un  jour  la  bibliothèque  du  Bruchium  posséder 
490  ooo  volumes  tandis  que  celle  du  Sérapéum  n'en  avait 
que  42000,  Aulu-Gelle  et,  après] lui,  Ammien  Marcellin 
donnent  pour  les  deux  bibliothèques  un  total  de 
700000  volumes  -' :  dans  ce  nombre  on  comptait  les  dou- 


1  Epiphane,  De  mensurib.  et  ponderis,  i\.  P.  G.,  t.  xi.m, 
col.  249;  Ammien  Marcellin,  Hist.  rom.,  1.  XXII.  -  «F.  Ritechl, 
Opusc.  philologica,  in-8-,  Lipsiae,  1867,  t.  i,  p.  19,  28-29  'Plu- 
tarque,  Vie  de  César,  c.  i.xvi.  —  '  E.  Renaudot,  Hiatoria  patriar- 
charum  Alexandrinorum,  in-4",  Perisiis,  1718,  p.  70.  Ce  point 
de  topographie  a  été  abandonné  par  X"',  Lettres  de  M.  le  docteur 
Léon  Le  Fort,  in-8%  Paris,  1875,  p.  43,  qui  préfère  placer  ce  nou- 
veau dépôt  de  livres  au  Sébastéum,  mais  ceci  exige  une  transla- 
tion des  200  000  volumes,  car  le  Sébastéum  est  postérieur,  du 
moins  comme  installation  capable  de  recevoir  une  telle  biblio- 
thèque, à  la  mort  d'Antoine  ;  dès  lors  nous  avons  une  opération 
fort  compliquée  dont  aucun  texte  ne  fait  mention  expresse,  car  si 
Philon,  dans  sa  description  du  Sébastéum,  fait  mention  de  bi- 


blets  et  les  copies,  ce  qui  réduisait  le  dépôt  du  Bruchium 
à  400000oî<wagres,  mais  la  paléographie  avait  dû  s'y  per- 
mettre quelque  licence,  puisque  les  œuvres  de  Didyme 
auraient  compté  à  elles  seules  pour  3000,  d'autres  disent 
pour  6000  volumes.  La  bibliothèque  du  Bruchium  périt 
dans  l'incendie  communiqué  par  le  désastre  qui  anéan- 
tit la  Hotte  dans  le  port  au  temps  de  César  3,  mais  la  perte 
fut  en  partie  compensée  lorsque,  quelques  années  après, 
Octave  offrit  à  Cléopâtre  les  200  000  volumes  écrits  sur 
peau  qu'il  avait  enlevé  à  la  prise  de  Pergame  et  qu'on 
transporta  au  Sérapéum  qui  avait  gardé  sa  collection 
intacte  lors  de  l'incendie  du  Bruchium4.  Un  pareil 
moyen  de  travail  permit  au  Musée  de  reprendre  ses  tra- 
ditions studieuses;  mais,  à  partir  de  la  paix  de  l'Église, 
il  se  fit  l'allié  du  paganisme  et  attira  sur  tout  l'édifice 
du  Sérapéum  les  colères  des  chrétiens  dont  les  habitués 
du  Musée  raillaient  la  doctrine,  s'efforçant  de  la  réduire 
au  niveau  des  fables  ridicules  qu'ils  expliquaient  et  re- 
commandaient. Rufin  a  raconté  comment  se  dénoua 
cette  situation.  Le  patriarche  Théophile  sollicitait  ins- 
tamment de  l'empereur  Théodose  un  édit  général  pour 
la  destruction  des  temples.  La  gravité  de  cette  mesure 
obligeant  à  la  retarder  un  peu,  on  lui  donna,  pour 
prendre  patience,  un  vieux  temple  de  Bacchus  ou  de 
Mithra  à  transformer  en  église.  En  prenant  possession 
du  temple,  les  chrétiens  y  trouvèrent  des  simulacres 
obscènes  qu'ils  exposèrent  à  la  risée  publique.  Les  païens 
indignés  se  jetèrent  sur  les  profanateurs,  on  les  re- 
poussa, ils  se  retranchèrent  dans  le  temple  de  Sérapis, 
d'où  ils  tentèrent  quelques  vigoureuses  sorties5.  Ce  dé- 
sordre précipita  l'événement,  Théodose  donna  ordre  île 
détruire  les  temples  (391);  la  populace  se  rua  sur  le  Sé- 
rapéum, pilla,  brisa,  détruisit  le  sanctuaire  et  la  statue 
de  Sérapis,  finalement  l'édifice  fut  rasé  partout  où  la 
solidité  des  matériaux  n'opposa  pas  une  résistance  vic- 
torieuse6. 
Dans  ce  désastre,  que  devint  la  Bibliothèque'.' 
Orose,  qui  écrivait  en  416.  au  retour  d'un  voyage  à 
Alexandrie,  nous  l'apprend  en  ces  termes.  Après  avoir 
rapporté  L'incendie  de  La  Hotte  égyptienne  qui  entraîna 
sous  .Iules  César,  celui  de  la  bibliothèque  du  Bruchium, 
il  ajoute  :  Ea  /lamina,  cum  partent  quoque  urbis  inva- 
sisset,  quadringenta  millia  librorum  proximis  forte 
sedibus  concilia  exussit;  siugulare  profecto  monirnen- 
itim  studii  curœque  majorum,  gui  tôt  tantaque  illu- 
sirium  ingeniorum  opéra  congesserant.  Unde,  qaam- 
tibel  hodieque  in  templis  exstent  qum  et  nos  vidimtu 
armaria  librorum,  quibus  direptis  exinanita  ea  a  no- 
stris  hominibus,  nostris  tentporibus  memorent,  qvoà 
quidem  verutn  est;  tamen  honestius  créditai-  alios 
lilnos  fuisse  quœsitos  qui  pristinorum  curas  semula- 
rrnliir,  quant  aliam  ullam  fuisse  bibliolliecam,  qum 
extra  quadrigenta  millia  librorum  fuisse,  ac  per  hoc 
evasissecredalur".  Ce  texte  a  prètéà  des  traductions  assex 
différentes,  nous  allons  donc  en  donner  la  version  qui 
nous  parait  la  véritable  :«  Le  feu  de  la  Hotte,  s'étant com- 
muniqué à  une  partie  de  la  ville,  consuma '400 000  livres 
qui  se  trouvaient  dans  les  édifices  voisins,  monument 
remarquable  du  lèle  des  anciens  qui  \  avaient  rassem- 
blé les  œuvres  de  tant  d'illustres  génies.  De  là  vient 


bliothèques(Ad  Caium;  in-fol.,  1691, p.  1013),  rien  ne  nous  autorise 
a  voir  celle  du  Sérapéum  dans  une  indication  qui  doit  se  re- 
trouver dans  toute  description  d'un  temple.  —  'Rufin,  Hist 
I.  11.  c.  xxii.  P.  L.,  t.  xxi.  col.  530.  —  *Eunape,  Vita  .Edesii, 
édit.  Boissonnade,  in-fol.,  Paris,  p.  14,  274.  nousdit  que  le  temple. 
sauf  te  pavé,  fut  détruit  et  qu'on  bouleversa  tout  le  reste;  or, 
dans  ces  bâtiments,  aùn$e|tf,|URat,  que  se  trouvait  la  bibliothèque  ; 
il  semblerait  que  par  la  suite,  postérieurement  a  Orose  qui  vit 
les  ruines  de  la  bibliothèque,  l'emplacement  du  Sérapéum  fut 
nivelé  et  réduit  en  esplanade  ;  c'est  la  que  se  réfugièrent,  sous  Mar- 
cien.  les  soldats  poursuivis  par  les  monophysites  révoltés,  à>à  rt 
'ufbv  -rb  R&Xt  i  .  Hist.  eccl.,  I.  U.  c.  V.  —  "Orose, 

Hist.  udv.  paganos,  L  VI,  c.  XV. 


1177 


ALEXANDRIE    (ARCHEOLOGIE) 


1178 


que,  quoique  aujourd'hui  il  existe  dans  les  temples  des 
cases  de  livres  que  nous  avons  vues,  et  qui,  par  le  pil- 
lage de  ces  livres,  furent,  à  ce  qu'on  rapporte,  vidées  de 
notre  temps  par  nos  coreligionnaires,  ce  qui  est  vrai  en 
effet,  cependant  il  est  plus  raisonnable  de  croire  que, 
pour  rivaliser  avec  le  zèle  des  anciens,  on  fit  l'acquisi- 
tion d'autres  livres,  que  de  croire  qu'indépendamment 
de  ces  MO  000  volumes,  il  y  eût  alors  une  autre  biblio- 
thèque qui  échappa  au  désastre.  »  Tout  ce  qui  est  com- 
pris depuis  tamen  honestiits  ne  paraît  pas  tout  à  fait 
clair  dans  l'esprit  d'Orose,  mais  l'écrivain  a  été  peut-être 
induit  dans  cette  obscurité  par  l'ignorance  où  il  se  trou- 
vait des  circonstances  historiques  que  nous  avons  rap- 
portées plus  haut  et  qu'il  ne  semble  pas  soupçonner.  Sa 
préoccupation  se  tourne  à  expliquer  comment  400000  vo- 
lumes ayant  été  brûlés  du  temps  de  César,  il  a  pu 
s'en  trouver  un  si  grand  nombre  à  piller  du  temps  de 
Théodose.  Il  n'a  pas  entendu  prononcer  le  nom  ni  relevé 
aucune  trace  de  la  bibliothèque  du  Bruchium,  puis- 
qu'il conjecture  son  existence  en  ces  termes  :  «  Il  fau- 
drait admettre  qu'il  existait  à  Alexandrie  une  seconde 
bibliothèque  qui  échappa  au  désastre  ;  »  mais  cela  lui 
parait  invraisemblable  et  il  préfère  penser  que  l'on  rem- 
plit au  moyen  d'acquisitions  les  casiers  vidés  une  pre- 
mière fois  par  l'incendie  '.  Il  ressort  du  texte  que  lors 
de  la  visite  de  Paul  Orose  à  Alexandrie,  un  quart  de 
siècle  après  la  dévastation  du  Sérapéunt,  on  n'y  parlait 
plus  que  d'une  seule  bibliothèque,  et  nous  avons  dit  que 
cette  bibliothèque  était  logée  au  Sérapéum.  La  destruc- 
tion du  Sérapéum  est  un  fait  constaté  par  les  histo- 
riens 2.  Le  pillage  de  la  bibliothèque  par  la  foule  con- 
duite par  le  préfet  de  la  ville,  le  général  de  l'empereur 
et  le  triste  patriarche  Théophile  l'est  également. 

On  ne  peut  faire  plus  que  de  signaler  du  ve  au 
vne  siècle  une  tentative  de  reconstitution  d'une  biblio- 
thèque, mais  cette  dernière  n'offre  rien  qui  la  signale  à 
l'attention3.  On  ne  sait  quand,  ni  comment  elle  fut  dis- 
persée; la  destruction  par  ordre  du  khalife  Omar 
n'offre  d'autre  garantie  qu'un  récit  postérieur  de  six 
siècles  à  l'événement'»;  peut-être  la  prise  d'Alexandrie 
en  641,  par  les  Sarrasins,  et  en  868  par  les  Turcs  ont- 
elles  été  les  deux  étapes  principales  d'une  dévastation 
dont  il  n'est  pas  possible  de  rapporter  le  détail. 

VIL  BIBLIOGRAPHIE,  -i.  archéologie.  —  The  Aca- 
demy,  18  mai  1895;  21  septembre  1896;  —  C.  Bayet,  Pein- 
tures de  la  calacombe  chrétienne  signalée  en  1804  vers 
le  S.-O.  de  l'ancienne  Alexandrie,  dans  la  Bibliotlièque 
des  Ecoles  d'Athènes  et  de  Rome,  in-8",  Paris,  1879, 
18"  fasc,  p.  18-21,  43,  58-59;  -  C.  Blanc,  Coup  d'œil 
sur  Alexandrie  ;  restes  d'antiquité,  dans  le  Voyage  de 
la  Haute-Egypte,  in-8°,  Paris,  1876,  p.  11-25;  —  Blom- 
lield,  Churches  and  monuments  of  ancient  Alexandria, 
dans  la  Revue  égyptienne,  1894,  p.  319-326;  —  G.  Botti, 
Steli  eristiane  di  epoca  bizanlina  esistenti  nel  museo 
d'Alessandria  Egillo,  dans  Bessai'ione,  1900,  p.  26  sq.  ; 
Bulletin  de  la  Société  archéologique  d'Alexandrie, 
1898  sq. ;  —  F.  B...,  Das  aile-,  christliche-  und  heu- 
lige  Aegypten,  in-8»,  Budapest,  1880,  p.  309-403,  p.  779; 
—  G.  J.  Chester,  The  early  Christian  antiquilies  of 
upper  Egypt.,  dans  The  Academy,  22  mars  1879, 
11  fevr.  1882;  —  Ch.  Clermont-Ganneau,  Horns  et  saint 
Georges  d'après  un  bas-relief  inédit  du  Louvre,  dans 
la  Revue  archéologique,  1876,  t.  xxxn,  p.  196-204,  372- 
399;  1877,  t.  xxxm,  p.  23-31;  —  Collezione  di  oggetti 
dell'  epoca  greco-romano-cristiana  del  Museo  Britan- 
nica, dans  Conferenze  di  archeol.  crist.,  Roma,  1888, 
p.  27;  —  G.  Dellepiane,  Antichità  eristiane  in  provin- 

'  Bonamy  et  Chastel  ont  ainsi  interprété  la  pensée  d'Orose,  nous 
croyons  qu'ils  en  ont  donné  le  meilleur  commentaire.  —  *Rufin, 
Hist.  eccl.,  1.  II,  c.  xxii,  P.  L.,  t.  xxi,  col.  530;  Socrate,  Hist. 
eccl.,  1.  V,  c.  xvi,  P.  G.,  t.  lxvh,  col.  604  sq.  ;  Théodoret,  Hist. 
eccl.,  1.  V,  c.  XXII,  P.  G.,  t.  lxxxii,  col.  1245.  —  3Renaudot,  Hi- 
storia  patriarch.  Alexandrinorum ,  p.  170.  —  *Albufarage,  His- 


cia  di  Alessandria,  in-8»,  Alessandria,  1899;  —  G.  B.  De 
Bossi,  Le  ampolle  alessandrine  di  eidogie  dei  martiri, 
dans  Bulletlino  di  archeol.  crist.,  1872,  p.  25-30;  Un 
ipogeo  cristiano  antichissimo  di  Alessandria  in  Egitlo, 
ibid.,  1865,  p.  57;  Commenlo  nelta  précédente  rela- 
zione  del  ch.  sig.  Wescher,  ibid.,  p.  61;  I  simboli 
dell'  Eucharislia  nelle  pitture  dell'  ipogeo  scoperlo  in 
Alessandria  d'Egilto,  ibid.,  p.  73;  Nuove  osservazioni 
sul  nome  d'una  délie  immagini  dipinte  nella  cala- 
comba  d'Alessandria  scoperta  dall'  Wescher  ossia  le 
lucerne  isto riche  délia  chiesa  alessandrina,  ibid.,  1866, 
p.  72;  Iscrizione  greche  d'un  sepolcreto  alessandrino, 
dans  Bulletlino  dell'  Istituto  di  corrispondenza  ar- 
cheologica,  1876,  p.  116;  Lucerne  eristiane  scrilte  dell' 
Egitto.  Ampolle  di  S.  Menna,  dans  Beseconto  délie 
conferenze  dei  cultori  di  archeol.  crist.  in  Roma  dal 
1875  al  1887,  Roma,  1888,  p.  82-84,  93,  94;  -  E.  De 
Ruggiero,  Aegyptus,  Alexandria,  dans  Dizionario  di 
antichità  romane,  p.  276-289,  398-402;  —  A.  de  Zogheb, 
L'ancienne  Alexandrie  au  point  de  vue  topographique, 
dans  Rivista  quindicinale,  1891,  p.  m,  n»  4;  L'Église 
d'Alexandrie,  dans  le  Bull,  de  l'Inst.  égyptien,  in-8°, 
Le  Caire,  1894;  —  M.  P.  AvijAiTsa,  'Ifjropta  tîjî  'AXe- 
Eavcpsia;  oerco  TÎ);  xti'oewç  [J-SXP'  **K  Ta)v  'Apaë<i>v  naiâ- 
xT7;<je<oi;  aurr,;  (xeià  Toitoypaçixou  xip-rov,  in-8°,  Athènes, 
1885,  p.  694-726  :  'Exy.Xïîaiaorixï)  latopia  èv  TtîpcXï]- 
<!>£i;  —  A.-S.  Dorigny,  Phylactère  alexandrin  contre 
les  épistaxis,  dans  la  Bévue  des  études  grecques, 
1891,  t.  iv,  p.  287-296;  cf.  Amulettes;  —  H.  Dresse), 
Lucerne  alessandrine  da  attribidrse  al  santuario  del 
famoso  vescovo  di  Alessandria,  Atanasin,  dans  Bese- 
conto délie  conferenze  dei  cultori  di  archeol.  crist.  in 
Borna  dal  1875  al  1887,  Roma,  1888,  p.  258;  -  A.  Du- 
mont,  Fragment  de  l'office  funèbre  de  l'Église  grecque 
sur  une  inscription  d'Egypte,  dans  le  Bull,  de  corresp. 
hellén.,  1877,  t.  i,  p.  321-327;  —  M.  Erdmann,  Zur 
Kunde  der  hellenistichen  Stàdtegrïmdungen,  Alexan- 
dreia,  Antiocheia,  in-4»,  Strassburg,  1883;  —  A.  Erman, 
Christliche  Lampe  aus  dem  Faijum,  dans  la  Zeitschrift 
fur  àgyptische  Sprache,  1890,  t.  xxvm,  p.  63;  —  E.  Fa- 
biani,  Lucerna  futile  di  Alessandria  d'Egilto  a  iscri- 
zione, dans  Gli  studi  in  Italia,  Roma,  1878,  t.  I,  p.  333- 
336;  —  E.  Fialon,  Alexandrie  et  l'Egypte  pendant  les 
trois  premiers  siècles  de  l'ère  chrétienne,  dans  le  Bul- 
letin de  l'Académie  delphinale,  série  III,  t.  ix,  1873, 
p.  87  sq.,  et  tiré  à  part,  in-8»,  Grenoble,  1874;  —  J.  Fla- 
mion,  Les  anciennes  listes  épiscopales,  dans  Bévue 
d'histoire  ecclésiastique,  1900,  t.  il,  p.  645-678;  —  Hans 
Grseven,  Der  heilige  Markus  in  Bom  and  m  der  Pen- 
tapolis,  dans  Bômische  Quartalschrifl,  1899,  p.  109- 
126;  —  F.  Gregorovius,  Der  Kaiser  Hadrian,  in-8», 
Stuttgart,  1884,  p.  158-181;  —  Herold,  Alexandrin.  Ka- 
takomben,  dans  Voss.  Zeitung,  1900,  n.  502;  —  R.  de 
Ilulst,  Early  Christian  Church  recently  discovered 
midway  belween  the  Alexandria  and  Mustapha  Pasha 
railway  stations  on  the  Alexa?idria  and  Bamley  Une, 
dans  le  Times,  11  mai  1887  ;  — E.  Ho\ve,dans  The  Athe- 
naeum,  2  juillet  1887;  S.  Reinach,  dans  les  Chroniques 
d'Orient,  in-8»,  Paris,  1891,  p.  382-383;  -  M.  Jullien,  Le 
culte  chrétien  d'après  les  temples  de  l'antique  Egypte, 
dans  les  Études,  20  juillet  1902,  p.  237  sq.  ;  —  H.  Kiepert. 
Zur  Topographie  des  alten  Alexandria  nach  Malimud 
Bey's  Entdeckungen,  nebst  einem  Plan  von  Alexan- 
drien,  dans  Zeitschrift  der  Gesells.  fur  Erdkunde  zu 
Berlin,  1872,  t.  vu,  p.  343  sq.  ;  —  G.  Lafaye,  Histoire  du 
culte  des  divinités  d'Alexandrie  hors  de  l'Egypte,  dans 
la  Biblioth.  des  Ecoles  franc.  d'Athènes  et  de  Rome, 

toires  dynastiques,  1.  IX,  traduction  Silvestre  de  Sacy,  dans  le 
Magasin  encyclopédique,  51  année,  t.  IV,  p.  438.  En  ce  qui  con- 
cerne la  riche  bibliothèque  de  Georges  de  Cappadoce,  patriarche 
d'Alexandrie,  massacré  le  25  décembre  361,  elle  fut  confisquée  par 
l'empereur  Julien  et  n'augmenta  certainement  pas  le  fonds  du  Sé- 
rapéum.  Cf.  Julien,  Epist.,  ix,  xxxvi,  édit  Hertlein,  p.  487,  531. 


1179 


ALEXANDRIE    (ARCHÉOLOGIE) 


1180 


1883,  t.  xxxni,  p.  18.  259;  —  Gratien  Le  Père,  Mémoire 
sur  la  ville  d  A  lexandrie  :  État  ancien  sous  l'empire 
des  Grecs  et  des  Romains  et  comparaison  de  cet  état 
avec  l'état  moderne,  dans  la  Description  de  l'Egypte, 
Antiquités,  in-8",  Paris,  1826,  t.  xvm,  p.  444-497; 
Mémoire  sur  les  lacs  maritimes  de  l'Egypte,  in-fol., 
Paris,  1815;  —  G.  Lumbroso,  Santuarin  dei  sanli  Ciro 
e  Giovanni  presso  Alessandria,  dans  Atti  délia  R.  Ac- 
cademia  dei  Lincei,  1879,  t.  m,  p.  356  sq.;  Descrit- 
tori  italiani  dell'  Egitlo  e  di  Alessandria,  dans  le 
même  recueil,  p.  429-565;  —  Mahmoud  bey,  Mémoire 
sur  l'antique  Alexandrie,  ses  faubourgs  et  ses  environs, 
découverts,  par  les  fouilles,  sondages,  nivellements  et 
autres  recherches,  in-8°,  Copenhague,  1872.  Ct.  Kiepert, 
Zur  Topographie  des  alten  Alexandria  nach  Mahmud 
Bcy's  Éntdeckungen,  nebst  einem  Plan  von  Alexan- 
drien,  dans  Zeitschrift  cl.  Gesellschat  fiir  Erdkunde 
zii  Berlin,  t.  vu,  p.  343;  —  G.  Macaire,  Histoire  de 
l'Eglise  d' Alexandrie  depuis  saint  Marc  jusqu'à  nos 
jours,  in-8°,  le  Caire,  189i;  —  0.  Marucchi,  Gli  antichi 
oggetti  egiziani  inviali  in  dono  al  sommo  pontefice  da 
S.  A.  R.  il  khédive  d'Egitto,  dans  Bessarione,  1901, 
p.  1-32;  —  E.  Michon,  La  collection  d'ampoides  à  eu- 
logies  du  musée  du  Louvre,  dans  Mélanges  G.  B.  De 
Bossi,  in-8°,  Rome,  1892  ;  —  .1.  G.  Milne,  A  History 
of  Egypte  under  roman  Ride,  in-8°,  London,  1898, 
p.  85  sq.,  151  sq.  —  T.  D.  Néroutzos,  L'ancienne 
Alexandrie  :  étude  archéologique,  in-8°,  Paris,  1888; 
Inscriptions  grecques  et  latines  recueillies  dans  la  ville 
d'Alexandrie  et  aux  environs,  dans  la  Revue  archéo- 
logique, 3e  série,  t.  xviii,  p.  333-345;  Inscriptions 
d'Alexandrie,  dans  le  Bull,  de  corresp.  hellén.,  1892, 
t.  xvi,  p.  70-72;  —  P.  V.  Pomjalovskij,  Veber  eine christ- 
lich-griech.  in  Aegypten  gefundene  Inschrift,  dans 
Byzantinische  Zeitschrift,  t.  m,  p.  214;  —  S.  Reinach, 
Chroniques  d'Orient.  Documents  sur  les  fouilles  et 
découvertes  dans  l'Orient  hellénique  de  1888  à  1890, 
in-8°,  Paris,  p.  382  sq.  ;  Sur  la  date  de  la  colonie  juive 
d'Alexandrie,  dans  la  Bev.  des  études juiv. ,1902,  t.  xlv, 
p.  161-165;  le  même,  L'empereur  Claude  et  les  antisé- 
mites alexandrins  d'après  un  nouveau  papyrus,  même 
revue,  1895,  p.  161  ;  —  E.  Révillout,  Le  concile  de  Nicée 
et  le  concile  d'Alexandrie,  dans  la  Rev.  des  quest. 
hist.,  1er  avril  1874,  p.  329;  —  Sainl-Genis,  Description 
■  1rs  antiquités  d' Alexandrie  et  de  ses  environs,  dans  la 
Description  de  l'Egypte,  in-8%  Paris,  1829,  t.  v,  p.  181- 
S77;  —  H.  Schiller,  Zur  Topograpliie  und  Geschichte  des 
alten  Alexandria,  dans  Blàlter  fur  bayerisch.  Gymna- 
sialwesen,  1883,  t.  xix,  p.  7,  330-334;  Zur  Topographie. 
des  alten  Alexandria,  dans  Philologus,  1889.  t.  xi.vin, 
p.  191;  —  V.  Schulze,  Die  Katakombon.  die  allchrisl- 
ïiche  Grabstâtten,  in-8°,  Leipzig,  1882,  p.  280  sq. ;  cf. 
Bull,  dell'  Istit.  di  corrip.  arch.,  Roma,  1876,  p.  65-69; 
—  Secchi,  La  cattedra  alessandrina  di  S.  Marco  evan- 
gelista  e  marlire  conservata  a  Venezia,  in-8°,  Venezia, 
1854;  —  A.  Simaika,  Essai  sur  la  prorince  romaine 
d'Egypte  depuis  la  conquête  jusqu'à  Dioctétien,  in-8°, 
Paris.  1892;  —  E.  Stowe,  dans  Athenseum,  2  juillet, 
1887;  cf.  American  journal  of  archselogy,  1887,  t.  ni, 
p.  411  sq.  ;  —  J.  Strzygowski,  Die  l'ersonificationen  der 
Stâdte  Alexandria,  dans  Calenderbilder  des  Chrono- 
graphen  vom  Jahre  354,  in-8",  Berlin,  1888,  pi.  v;  Ilel- 
lenistiche  und  koptische  Kunst  in  Alexandria,  in-8», 
Wien,  1902;  —  IL  Swoboda,  Ein  altchristlicher  Kir- 
chen.  Vorhang  uns  Aegypten,  dans  Archâologische 
Ehrengabe  der  rômischen  Quartalschrift  zu  De  Ros- 
si's  LXX  Geburlstage,  herausgegeben  von  A.  de  Waal, 
in-4»,  Rom,  1892,  p.  95-113;  —  H.  de  Vaujany,  Recher- 
ches sur  les  anciens  niouunients.  silues  sur  le  Grand- 

l'ort  d'Alexandrie,  in-8",  Paris,  1888;  Alexandrie  et  la 
Basse-Egypte,  in-8°,  Paris,  1885;  —  'Wansleb,  Histoire  de 
l'Église  d'Alexandrie,  in-4°,  Paris,  1677;  —  U.  Wilckeo, 
Alexandrinische  Gesandtschaften  von  Kaiser  Claudius, 


dans  Hermès,  1895,  t.  xxx,  fasc.  3:  —  bepcumeiiiie, 
EOiocyiKEinE,  HnHono.in;KEUJE  (L'Église  d'Egypte), 
in-8°,  CAHKTnETEPEypr'i,  1856. 

u.  école.  —  De  Aulisio,  Délie  scuole  sacre,  libri  due 
postumi,  ove  s'ha  l'origine,  mirabile  progresso  e  sacri- 
lego  fine  délie  scuole  sacre  (libro  primo)  fra  gli  Ebrei; 
(libro  seconda)  l'origine  délie  scuole  sacre  frà  Cris- 
tiani,  in-4°,  Napoli,  1723;  —  J.-F.  Biet,  Essai  historique 
et  critique  sur  l'école  juive  d'Alexandrie,  in-8°,  Paris, 
1854;  —  C.  Bigg,  The  Christian  platonism  of  Alexan- 
dria, in-8»,  London,  1886;  —  H.  Bois,  Essai  sur  les  ori- 
gines de  la  philosophie  judéo-alexandrine,  in-8°,  Tou- 
louse, 1890;  —  G.  Buchner,  Christianus  antiquus  peni- 
cillo  Clementis  Alexandrini  delinealus,  in-4°,  Vitem- 
bergae,  1687;  —  A.  Chaignet,  La  psychologie  de  l'école 
d'Alexandrie,  dans  l'Histoire  de  la  psycliologie  des 
Grecs,  in-8°,  Paris,  1891,  t.  iv;  —  C/tristian  schools  of 
Alexandria,  dans  Dublin  Review,  1864,  t.  lv,  p.  278  sq.  ; 

—  H.  Conrigii.  Antiquitates  academiese ;  dissertât.  I  : . 
De  scholis  antiquis,  in-4°,  Helmstadii,  1591  ;  —  E.  Des- 
jardins, L'école  d'Alexandrie  et  sa  lutte  contre  le  chris- 
tianisme, dans  les  Études  relig.  hist.  litt.,  1861,  t.  m, 
p.  537-574.  —  J.  A.  Dietelmaier,  Veterum  in  schola 
Alexandr.  doctorum  séries,  in-4°,  Altorfii,  1746;  — 
Dithmar,  Beitràge  zur  Geschichte  des  katech.  Unter- 
reelits,  in-8°,  Marburg,  1848;  —  H.  Dodwell,  Disserta- 
tiones  in  Irenœum.  Accedit  fragmentum  Philippi  Si- 
detse,  hactenus  ineditum,  De  catechistarum  alexan- 
drinorum  successione  cum  notis,  in-8°,  Oxoniae,  1689, 
p.  490-514;  De  presbyteris  doctoribus,  doctore  audien- 
tium  et  legationibus  ecclesiasticis,  dans  les  Disserta- 
tiones  cyprianniese,  dissert.  VI.  c.  n,  in-8°,  Oxoniae, 
1684;  —  J.  A.  Ernesti,  De  scholis  et  doctoribus  vett. 
Judœorum  et  Christianorum,  dans  Opuseula  theolo- 
gica,  in-8".  Lipsiap.  1773,  p.  573-584;  —  J.  Fecht,  De 
forma  catecheseos  Paulina,  in-4»,  Rostochii,  1712;  — 
J.  W.  Feuerlein,  De  ratione  docendi  theologiam  in 
schola  Alexandrina,  in-4°,  Gôttingen,  1756;  —  J.  A. 
Flessa,  De  seminariis  theologicis  prises  Ecclesix  chri- 
stian**,  in-4°,  Altonii,  1745;  —  E.  Frick,  De  catechisandi 
ratione  veteris  et  reeenlioris  Ecclesite,  dans  Meletem- 
mata,  p.  373  sq.;  —  R.  O.  Gilbert.  Historia  christianx 
catecheseos,  in-8°,  Lipsiap,  1836;  —  H.  E.  F.  Guerike,  De 
schola  quœ  Alexandrise  floruit  catechetica,  conimen- 
tatin  historica  et  theologica.  Pars  prior  :  De  externa 
scholm  historia,  in-8°,  Halis  Saxonum,  1821;  —  T.  Har- 
nack,  Die  christiche  Gemeingottesdienst  im  apos- 
tol.  und  altkathol.  Zeilalter,  in-S".  Erlangen,  IS44;  — 
C.  F.  W.  Hasselbach,  De  schola  quœ  Alexandria  in 
Aegyplo  floruit  catechetica,  in-8°,  Stettini,  1826;  De  dis- 
cipulorum,  qui  primis  christianorum  scholis  erudie- 
bantur,  seu  de  catechumenis ordinibus, ct  F.  Lehmann, 
loc.  cit.,  p.  10  sq.  ;  —  J.  D.  lleilmann,  Dissert,  de  scholis 
priscorwn  Christianorum  theologicis,  in-4°,  Rint,  [754,- 
réimprimé  dans  Opusculœ,  maximum  partent  theolo- 
gici  argumenti,  2  vol.  in-8°,  Ienae,  1771- 1778.  t.  i,  p.  201- 
234;  —  J.  F.  Hilscher,  De  schola  Alexandrina,  in-4», 
LipsiiB,  1779:  —  Ilâlling,  Das  Sakrament  der  Taufe, 
in  S'.  Erlangen,  1846;  —  .1.  Hoornbeck,  Oratio  de  scho- 
lis theologicis,  in-4°,  Lugduni  Batavorum.  1654;  — 
J.  G.  KeutTel,  Commentarius  de  historia  originis  ac 
progressus  scholarum  inter  Christianos,  in-80,  Helm- 
stadii, 1703;  2e  édit.,  1721:  —  Ch.  Kingsley,  Alexandria 
and  lier  schools,  in-8°,  London,  185-4  :  —  .1.  IL  Krause, 
De  catechetis  primitivsc  Ecclesiœ,  in-8°,  Lipsia?,  1701; 

—  G.  Langemack,  Historié catechetiese,  in-S  .  Stralsund, 
1729,  t.  i,  p.  86;  —  F.  Lehmann,  Die  Katechetenschule 
zu  Alexandria,  in-S»,  Leipzig,  1896;  —  J.  Matter,  Essai 
historique  sur  l'école  d'Alexandrie  et  coup  d'œil  compa- 
ratif sur  la  littérature  grecque,  in-8°,  Strasbourg,  1820; 
2' édit.,  3  vol.,  Paris,  1840-1848;  —  .1.  Mayor,  Geschichte 
des  Katechumenats  und  der  Katechese,  in-8",  Kempton, 
ISOtf;   —  J.  0.  Hicbaelis,  De  scholse  Ah?xandrinse  sic 


1181 


ALEXANDRIE   (LITURGIE) 


1182 


dictx  catechelicx  prima  origine,  celebrilate  ac  prœci- 
puis  doctoribus,  in-4°,  Halœ,  1739;  —  J.  G.  Michoelis, 
Exercitatio  historica  de  scholx  Alexandrinx  cateche- 
ticse  origine,  dans  Symbola  litteraria  Bremensia,  t.  i, 
fasc.  3,  p.  195-240;  —  J.  P.  Miller,  De  catcchetico  vet. 
Eccl.  docendi  génère,  in-4°,  Helmstadii,  1751  ;  —  Chr.  Pal- 
mer,  Evangel.  Katech.,  avec  un  prologue  de  Zezschwitz, 
Syst.der  christl.-kirchl.  Katech.,  in-8°,  Leipzig,  1863;  — 
J.-M.  Prat,  Histoire  de  l'éclectisme  alexandrin  consi- 
déré dans  sa  lutte  avec  le  christia7nsme,'2  in-8°,  Lyon, 
1843;  —  Redepenning,  Die  christl.  Kirche  kennt  zu 
Origin  Zeit  nureinen,  inkleine  Rangklassen  geteilten 
Katcchumenenstand,  dans  Origines,  in-8°,  Bonn,  1841, 
t.  I,  p.  359;  —  L.  Reinhard,  De  variis  scholarum,  qux 
inter  christianos  viguere,  mutationibus,  in-4°,  Vinaria> 
Lipsiae,  1729;  —  G.  C.  Roth,  De  instilutione  catechelica 
concionibus  prœstantiore,  in-4°,  Soltwed,  1731  ;  — 
J.  A.  Schmid,  De  catechizatione,  in-4°,  Helmstadii, 
1699;  De  instilutione  catechetica,  in-4",  Helmstadii, 
1701;  2e  édit.,  1716;  —  L.  Schurnann,  De  seminariis 
catecheticis  veterum  et  recentiorum ,  in-4°,  Lipsise, 
1718;  —  J.  Simon,  Histoire  de  l'école  d'Alexandrie, 
2  in-8°,  Paris,  1844-1845;  —  C.  C.  Titlmann,  De  theo- 
logis  veterum,  in-4°,  Viteburgi,  1775;  —  E.  Vacherot, 
Histoire  critique  de  l'école  d'Alexandrie,  3  vol. 
in-8»,  Paris,  1846-1851  ;  —  C.  E.  G.  Wagner,  Quxdam 
ad  historiam  catecheseos  veterum,  in-8°,  Mariœ- 
burgi,  1802;  —  C.  W.  F.  Walch,  Commendatur  et 
illustratur  Origenis  de  diebus  Christianorum  festis 
disputatio,  in-4»,  Gœttingaj,  1777;  —  J.  G.  "Walch,  De 
apostolorum institutione  catechetica,  in-4°,  lense,  1728; 
—  M.  "Walther,  De  catechizatione  veterum,  maxime 
ex  antiquitate  ecclesiasiica,  in-4°,  Viteburgi,  1688; 
2e  édit.,  1742;  —  J.  S.  Weickhmann,  De  schola  Orige- 
nis sacra  ex  Gregor.  Thaum.  informata,  commentatio 
hislorico-theologica,  in-40,  Vitembergae,  1744;  — 
J.  F.  Werther.  De  schola  Origenis  sacra,  in-4",  Witten- 
berga?,  1744;  —  C.  F.  Wilisch,  Delineatio  historiée,  cate- 
cheticx,  in-4°,  Altenburgi,  1718;  Syllabus  auclorum 
catedielicorum,  in-4°,  Altenburgi,  1717  ;  —  G.  Tr.  Za- 
chariœ,  De  methodo  catechetica  veterum  christiano- 
rum, in-4°,  Gœttingre,  1765;  —  Th.  Zahn,  Forscliungen 
zur  Geschichte  des  neutestamentlichen  Kanons, 
in-8°,  Erlangen,  1884;  —  J.  J.  Zentgrav,  De  catechesi 
Pauli  apostoli,  in-4",  Argentorati,  1699. 

m.  bibliothèque.  —  Burning  of  libraryof  the  Alexan- 
dria,  dans  Frazer's  Magazine,  1844,  t.  xxix,  p.  465;  Li- 
braryof Alexandria,  dans  Eclect.  Magazine,  1844-1872, 
t.  il,  p.  214;  t.  lxxii,  p.  496;  —  Alglave,  dans  la  Revue 
scientifique,  19  juin  1875;  —  J.  Ampère,  Voyages  et 
recherches  en  Egypte  et  en  Nubie,  dans  la  Revue  des 
Deux  Mondes,  1er  sept.  1846,  p.  737;  —  P.  H.  Anguis, 
Examen  critique  du  récit  des  historiens  qui  ont  avancé 
que  la  bibliotiièque  d' Alexandrie  avait  été  brûléepar  le 
khalyfe  Omar,  dans  les  Mém.  de  la  Soc.  des  antiq.  de 
France,  1823,  t.  iv,  p.  305-322;  —  C.  D.  Beck,  Spéci- 
men historiée  bihliothecarum  alexandrinarum ,  in-4°, 
Lipsice,  1779;  cf.  Serapeum,  1852,  t.  xm,  p.  41-45,  49-53, 
57-61,  65-69,  73-76;  —  Th.  Bitt,  Die  Papyrusstànda.  Die 
alexandrinische  Bibliolhek.  Das  antike  Buchwesen, 
in-8°,  Berlin,  1882;  —  P.  Bonamy,  Dissertation  liistorique 
sur  la  bibl.  d'Alexandrie,  dans  les  Mém.  de  l'Acad.  des 
inscript.,  t.  ix,  p.  397  sq.;  t.  xm,  p.  615-643;  —  J.  Bruc- 
ker,  Destruction  de  la  bibl.  d'Alex.,  dans  les  Etudes  re- 
ligieuses, 1875,  t.  vin,  p.  116-127;  —  P.  A.  Budik,  Die 
Bibliothek  zu  Alexandria,  dans  Serapeum,  1850,  t.  xi, 
p.  369-377;  —  W.  Busch,  De  bibliothecariis  alexandrinis 
qux  feruntur  primis,  in-8°,  Leipzig,  1884.  Cf.  Philolog. 
Anzeiger,  t.  xvi,  p.  194-197;  Wochenschrift  fur  klass. 
Philologie,  t.  il,  p.  997-1002;  —  C.  Castellani,  Le  biblio- 
teche  nelV  antichità  dei  tempi  più  remoti  alla  fine 
dell'  imperoromanod'Occidente,ricerchesloriche,\\\-Yl, 
Bologna,  1884;  —  E.  Chastel,  Destinées   de  la  biblio- 


thèque d'Alexandrie,  dans  la  Revue  historique,  1876, 
t.  i,  p.  484-496;  —  J.  Cheetham,  Destruction  of  the 
Serapeum  at  Alexandria,  dans  The  Academy,  14  sept. 
1895,  p.  207,  col.  1.  —  .1.  Clerico,  Délie  biblioteche  pu- 
blichepresso  gli  antic/ii,dans  Giornale  délie  biblioteche, 
t.  iv,  n.  8;  —  W.  E.  Coleman,  dans  Kansas  city  review,* 
1882,  t.  v,  p.  626;  —  K.  Cumpfe,  Beitràge  zu  einigen 
das  Muséum  und  die  Bibliotheken  zu  Alexandria  be- 
treffenden  Fragen,  dans  Listy  filologicke,  1885,  t.  xn, 
p.  63-71;  —  J.  Dedel,  Historia  critica  bibliothecarum 
alexandrinarum,  in-8°,  Lugduni  Batavorum,  1824;  — 

0.  Delepierre,  Le  canard  de  la  bibliothèque  d'Alexan- 
drie, dans  Philobiblon  Soc.,  1860,  sér.  VI,  t.  m,  p.  13; 
dans  S.  James's  Magazine,  1865,  t.  XII,  p.  432;  —  Dra- 
peyron,  L'empereur  Héraclius,  in-8°,  Paris,  1869,  p.  405- 
409;  —  F.  Garbelli,  Le  biblioteche  romane  ail'  epoca 
romana,  con  un'  Appendice  sidle  antiche  biblioteche 
di  Ninive  edi  Alessandria,  in-8°,  Milano,  1894;  —  J.  Ge- 
lenius,  Programma  de  bibliotheca  alexandrina,  in-4", 
Dresdoe,  1710;  —  ,1.  Gorini,  Défense  de  l'Église,  in-8°, 
Paris,  1853,  t.  i,  p.  47-73;  in-12,  Paris,  1866,  t.  i,  p.  64- 
102;   —  J.  Greiner,   Bihliothecx  veterum   deperditse  : 

1.  Alexandrina,  in-8°,  Vienn»,  1729;  —  E.  Hannak,  Das 
Muséum  und  die  Bibliotheken  in  Alexandria,  in-8°, 
Wien,  1867;  —  Intermédiaire  des  chercheurs  et  des 
curieux,  1866-1867,  t.  m,  p.  707;  t.  iv,  p.  25-29, 
268  sq.;  —  Jacob  de  Saint-Charles,  Traité  des  plus 
belles  bibliothèques  publiques  et  particulières  qui  ont 
esté  et  qui  sont  dans  le  monde,  2  vol.  in-8°,  Paris, 
1644;  —  Krehl,  Ueber  die  Sage  von  der  Verbren- 
nung  der  alexandrinischen  Bibliothek  durch  die 
Araben,  dans  Atli  del  IV  congresso  internazionale 
degli  Orienlalisti,  1880,  t.  i,  p.  433;  —  L.  Langlès, 
dans  le  Magasin  encyclopédique,  1799,  t.  xxvn,  p.  380- 
389;  —  L.  Le  Fort,  La  bibliothèque  d'Alexandrie  et  sa 
destruction,  dans,  la  Gazette  hebdomadaire  de  médecine 
et  de  chirurgie,  n.  26,  in-8°,  Paris,  1875.  Cf.  Ch.  Graux, 
dans  la  Revue  critique,  1876,  p.  261-263;  et  X*",  Lettres 
à  M.  le  docteur  Léon  Le  Fort,  en  réponse  à  quelques- 
unes  de  ses  assertions  touchant  l'influence  antiscienti- 
fique du  christianisme  et  l'incendie  de  la  bibliothèque 
d' Alexandrie  par  les  chrétiens  au  ivsiècle,  in-8°, Paris, 
1875;  —  G.  Libri,  Histoire  des  sciences  mathématiques 
en  Italie,  in-8»,  Paris,  1188,  t.  i,  p.  106,  211-213;  — 
D.Liron,  Singularités  historiques  et  littéraires,  in-16, 
Paris,  1738,  t.  i,  p.  159-161;  —  J.  Matter,  Histoire  de 
l'école  d'Alexandrie  comparée  aux  principales  écoles 
contemporaines,  in-8°,  Paris,  1840,  t.  i;  —  N.  Michaut, 
Pauca  de  bibliotliecis  apud  veteres  cum  publicis  tum 
privatis,  in-8°,  Nancy,  1876;  —  G.  Parthey,  Das  alexan- 
drinische Musmum,  in-8°,  Berlin,  1838;  —  Ch.-Fr.  Petit- 
Radel,  Recherches  sur  les  bibliotlièques  anciennes  et 
modernes,  in-8°,  Paris,  1819;  —  C.  Reinhart,  Ueber  die 
jûngsten  Schicksale  der  alexandrinische)'  Bibliotheken 
in-8J,  Gollingen,  1792;  —  E.  Renaudot,  Historia  pa- 
triarcharutn  alexandrinorum...,  1713,  p.  70,  170;  — 
Fr.  Ritsclil,  Die  alexandrinischen  Bibliotheken  unter 
den  ersten  Ptolemaein,  in-8°,  Bonn,  1840,  réimprimé 
dans  ses  Opuscula  philologica,  in-8°,  Lipsia;,  1867,  t.  i; 
—  S[ainte]-C[roix],  Remarques  sur  les  anciennes  biblio- 
thèques d'Alexandrie,  dans  le  Magasin  encyclop., 
1799,  t.  xxvni,  p.  433-437;  —  Seemann,  De  primis  sex 
bibliotheese  alexandrinœ  custodibus,  in-4°,  s.  1.,  1859;  — 
C.  W.  Super,  Libraries  of  Alexandria,  dans  Nation, 
'quarlerly  review,  1876,  t.  xxxu,  p.  37;  Muséum  of 
Alexandria,  ibid-,  1878,  t.  xxxvi,  p.  264;  —  L.  Weni- 
ger,  Das  alexandrinische  Muséum;  eine  Skizze  aus 
dem  gelehrlcn  Leben  des  Alterlhums,  in-8°,  Berlin, 
1875.  Cf.  Cli.  Graux,  dans  la  Revue  critique,  1875, 
p.  261-263.  H.  Leclercq. 

II.  ALEXANDRIE.  —  liturgie.  —  Église  et  patriarcat. 
I.  Des  origines  à  la  paix  de  L'Église.  II.  De  la  paix  de 


1183 


ALEXANDRIE    (LITURGIE1 


1184 


l'Église  au  schisme.  III.  Du  concile  de  Chalcédoine  à 
nos  jours. 

I.  Des  origines  a  la  paix  de  l'Église.  —  L'illustre 
église  d'Alexandrie,  née  dans  un  intéressant  milieu  phi- 
losophique, religieux,  liturgique,  aussi  bien  du  côté  païen 
que  du  côté  judaïque,  a  dû,  de  bonne  heure,  organiser 
son  culte  public. 

Là,  comme  ailleurs,  —  au  temps  même  de  l'apôtre 
Marc,  d'après  sa  tradition,  —  la  première  communauté 
chrétienne  sortit  vraisemblablement  de  la  puissante 
communauté  juive,  avec  l'aide  des  nombreux  prosélytes 
de  la  région  :  elle  a  dû  en  continuer  la  tradition  rituelle, 
en  y  adjoignant  des  éléments  chrétiens. 

C'est  à  cette  époque  primitive,  qu'il  faut  sans  doute 
faire  remonter  la  forme  de  la  litanie  et  de  l'antique 
«action  de  grâces»  de  l'anaphore,  déjà  décrites  par  Philon, 
à  ce  qu'il  semble  :  «  'O  t<ôv  'Iovoai'tov  àp/iepeJ;  où  p.ôvov 
•jitkp  ânavToç  av6p(Ô7ttov  yévout,  aX),à  xoù  'j7tÈp  t<5v  .tt|ç 
ç\jo-£o>ç  (xepwv,  ûôaroç,  àépoç,  xoù  ifjpôç,  tâç  te  eJ"/à;  xat 
tàç  eùxaptortàç  Tioietrai.  —  Le  grand-prêtre  (àpx'îp^î 
est  resté  couramment  employé  dans  les  liturgies  grecques), 
non  seulement  pour  tout  le  genre  humain,  mais  aussi 
pour  les  diverses  parties  de  la  création,  l'eau,  l'air,  le 
leu,  fait  des  prières  et  des  actions  de  grâces1.  »  Fait 
curieux,  Origène  emploie  à  peu  près  les  mêmes  expres- 
sions 2,  en  racontant  comment  les  chrétiens  ne  disent 
d'hymnes  qu'à  Dieu  et  à  son  Unique3. 

Mais  quelles  sont  ces  hymnes  ? 

Faut-il  y  voir  des  compositions  comme  celles  de  Clé- 
ment; sont-elles  celles  de  certains  évoques,  qu"il  fallut 
interdire4?  Ou  bien  doit-on  l'entendre  dans  le  sens 
général  de  carmen,  ou  encore  rappliquer  à  la  psalmo- 
die antiphonique  des  thérapeutes5?  Ceci  est  au  moins 
obscur. 

Pour  l'ordre  des  fêtes  et  quelques  cérémonies.  Clément, 
vers  l'an  200,  nous  renseigne  sur  la  prière  traditionnelle 
de  tierce,  de  sexte,  de  none,  l'office  matutinal,  celui 
des  vêpres,  avec  la  mention  du  psaume  cxi.  6  ;  sur  la 
célébration  de  l'Epiphanie,  le  jeûne  accompagné  des 
stations  le  mercredi  et  le  vendredi,  le  baiser  de  paix 
pendant  l'assemblée  des  fidèles,  la  bénédiction  et  l'im- 
position des  mains  du  prêtre,  la  prière  du  côté  de 
l'Orient1,  par  opposition  à  l'Occident,  vers  lequel  se 
trouvent  les  idolâtres.  Quelque  temps  plus  tard,  Origène, 
dans  ses  homélies,  ajoute  aux  traits  rapportés  par  Clé- 
ment, la  mention  du  jeûne  de  40  jours  avant  Pâques, 
avec  célébration  solennelle  de  la  4e  et  de  la  6'  semaine; 
l'habitude  de  iléchir  les  genoux  en  tendant  les  bras, 
pour  la  prière;  et  pour  le  baptême,  la  formule  de  renon- 
ciation «  au  diable,  à  ses  pompes,  à  ses  œuvres,  à  son 
service  »  qui  sera  donnée  tout  au  long  plus  tard  par 
saint  Cyrille  :  cette  formule  est  prononcée  tournée  vers 
l'Occident 8. 

Dans  le  Contra  Cclsum,  I,  6,  Origène  montre  le3 
exorcistes  chassant  le  démon  par  l'invocation  du  nom 
de  Jésus  et  la  récitation  des  Evangiles. 

Saint  Denys  d'Alexandrie  nous  offre  peu  de  choses 
neuves  à  récolter,  mais  elles  sont  intéressantes  :  sa  lettre 
au  prêtre  Basilide  pour  la  réglementation  du  jeûne  de 
la  giande  semaine,  des  allusions  à  la  coutume  de  Rome; 

1  />>  monarchia,  1.  Il,  c.  vi.  Cf.  Liglitfoot.  Hur.v  hebraù 
talmudicse,  Leipzig,  1684,  passim.  —'Contra  Celsum,  \m,  t.T . 
P.  G.,  t  xi,  col.  1618;  cf.  col.  1551  sq.  —  3On  pourra  voir  les  textes 
ici  mentionnés  de  Clément,  Origène,  Denys  d'Alexandrie,  soit  dans 
Brightman,  Liturgies eastern,  1. 1,  p.  304,  ou  doni  Cabrol,  Monix- 
menta  Ecclesite  liturgica,  t.  i.  —  *  Philon,  De  vita  contempla- 
tiva,  1640,  p.  102.  —  »  Eusèbe,  Hist.  eccl.,  1.  VII,  24,  P.  G.,  t.  w, 
ml.  692-694.  Cf.  Origène.  PhUosoph.,  I.  V,  c.  vi,  P.  G.,  t.  xvi, 
col.  3125.  —  'Stromata,  v,  vi,  vu  P.  G.,  t.  IX,  col.  456  c,  462  o, 
463,  504,  etc.  —  i  Peedag.,  m,  P.  G.,  t.  vm,  638  b,  660  b,  etc. 
J'ai  cru  un  certain  temps,  sur  l'affirmation  soutenue  de  Fétis  et 
de  Félix  Clément,  à  l'existence  d'un  texte  du  docteur  alexandrin, 
qui  serait  fort  curieux,  si  ces  auteurs  le  donnaient  ;  malheureuse- 
ment ils  n'y  font,  chaque  fois  qu'ils  en  parlent,  que  des  allusions 


il  mentionne  l'usage  de  répondre  Amen  à  la  prière 
eucharistique  et  montre  le  prêtre  debout  devant  la 
table  sainte,  tendant  la  main  pour  y  prendre  la  nourri- 
ture consacrée  ;  c'est  le  même  qui  rapporte  le  tait  si 
fréquemment  cité,  du  prêtre  ne  pouvant  bouger,  confiant 
le  pain  à  un  jeune  enfant  pour  l'administrer  à  un  mou- 
rant sous  une  seule  espèce9. 

Tels  sont  les  traits  épars  recueillis  sur  les  coutumes 
de  l'église  alexandrine,  aux  ne  et  IIIe  siècles.  Ils  sont  re- 
marquables en  ce  sens  qu'ils  se  rattachent  plus  ou 
moins  aux  Canons  d'Hippolyte  (voir  ce  nom  ;  cf.  col.  805- 
806)  et  en  même  temps,  les  coutumes  qu'ils  mention- 
nent ont  été  plus  ou  moins  conservées  dans  les  li- 
turgies postérieures  apparentées  aussi  aux  mêmes  ca- 
nons. 

II.  De  la  paix  tu;  l'Église  au  schisme.  —  /.  les 
grandes  s  l'A' axes  et  la  messe.  —  En  dehors  des  diman- 
ches et  des  l'êtes,  certains  jours,  nous  l'avons  vu,  avaient 
leurs  synaxes  solennelles.  Mais,  le  mercredi  et  le  ven- 
dredi des  jeûnes,  le  samedi,  vigile  du  dimanche,  tandis 
que  le  reste  des  églises  d'Egypte  célébrait  (au  début  du 
Ve  siècle)  le  service  eucharistique,  Alexandrie  conser- 
vait l'usage  de  Rome,  dont  la  liturgie,  primitivement,  se 
terminait  ces  jours-là  avant  l'offertoire  10. 

A  cette  époque,  on  célébrait  déjà  à  Alexandrie  le  jeûne 
de  la  semaine  après  la  Pentecôte;  saint  Augustin  le 
mentionne  pour  son  église  trois  quarts  de  siècle  âpre-  '  '. 
il  est  encore  suivi  dans  le  rit  romain. 

Nous  avons  vu  que  le  carême  devait  être  à  peu  pies 
organisé  au  milieu  du  me  siècle  :  cent  ans  plus  tard, 
saint  Athanase  y  fait  de  fréquentes  allusions  dan-  -  - 
encycliques  pour  la  fête  de  Pâques,  surtout  dans  celle 
de  l'an  341,  adresséeà  Sérapion,  èvèque  deThmuisidont 
on  a  retrouvé  récemment  le  formulaire  liturgique),  et 
qui  avait  à  ce  moment  la  charge  des  églises  dépendant 
du  patriarcat  pendant  l'exil  d'Athanase. 

Aussi  l'eucologe  de  cet  évèque  nous  est-il  des  plus 
précieux  (il  lera  l'objet  d'un  article  à  part!  en  nous  don- 
nant une  intéressante  liturgie  qui  concorde  à  peu  pies 
avec  les  descriptions  du  pseudo-Denys  l'Aréopagite, 
plus  récent  cependant.  Voir  aussi  ce  nom. 

Voici  donc  l'ordre  général  de  la  messe  déduit  di 
deux  auteurs. 

Après  les  lectures  et  la  psalmodie  alternées,  on  pro- 
nonce l'homélie,  puis  a  lieu  la  bénédiction  et  le  renvoi 
dis  catéchumènes,  des  malades  et  énergumènes,  'les 
pénitents;  la  suite  des  prières  générales  (xaôoXixrJ  apr.s 
qu'on  a  apporté  les  dons;  le  calice  reste  ensuite  couvert 
sur  l'autel.  L'évéque  dit  une  prière  Sur  le  peuple, 
annonce  la  paix;  on  fait  la  récitation  des  diptyques  sui- 
vie d'une  oraison  qui  s'y  rattache;  l'évéque  «lit:  encore 
une  prière  sur  le  peuple,  se  lave  les  mains,  ou  du  moins 
l'extrémité  des  doigts,  en  même  temps  que  les  prêtres. 
Suit  la  préface  avec  le  Sanctus,  un  Vere  sanctus  très 
court,  la  consécration,  1  osiension  des  dons  consacrés, 
la  fraction  (probablement  le  Pater),  les  bénédictions 
avant  la  communion,  la  communion  pour  laquelle  le 
pseudo-Denys  fait  allusion  au  verset  Gustate  du  psaume 
xxxiit,  et  l'action  de  grâces. 

Ces  liturgies  ont    une  grande  importance,  car  elles 

sans   références.    Il  paraîtrait   donc   que    Clément  d'Alexandrie 

mentionne  que    les  chrétiens    île   -mi    temps  suivaient,  pour  les 
nés,  la  même  façon  de  chanter  que  les  Juils:  mais  que  ceux- 
ci  auraient  modifié  lcxVs  mélodies  pour  ne  pas  suivre  les  mêmes 
usages.  On  ne  trouve  nulle  pari  >le  texte  correspondant  dans  Clé- 
ment d'Alexandrie,  si  précis  cependant  dans  les  choses  musicales 
"  llnniil.,  in  Exod..  îv  :  iti  Levit.,  x:  in   A'ion..  v.  xttt,  etc., 
P.  G.,  t.   XII,  col.  316  ci,  528  b.  603  c.  665  c,  etc.  Ces  homélies 
lurent  prononcées  précisément  pendant  les  stations  quadra 
maies.   S.    Cyrille.    In    psahn,    xxvu;    In    ysalni.    xuv,    V 
t.  i  xxix,  cet.  854(1,  s.'.è.  1044  b.  —  •  Eusèbe,  VI,  xi.i.  xi.m,  xuv. 
Cf.  P.  G.,  t.  xx,  col.  6(15  sq.  :  P   I...  t.  v,  col.  92-93.  —  ,0Cf.  Du- 
cliesne.  Origines,  2'édit  ,p.  290,  <>u  sont  recueillis  les  texte- 
uioignages  sur  cette  qviestion.  —  "  /'.  L..  t.  xxvm-xxix,  col 


1185 


ALEXANDRIE    (LITURGIE) 


1186 


contiennent  de.5  rapprochements  avec  des  choses  plus 
anciennes,  et,  en  même  temps,  elles  se  sont  conservées 
à  peu  près  intactes  dans  les  liturgies  que  nous  étudie- 
rons succinctement  tout  à  l'heure. 

On  le  sait,  ce  fut  à  l'occasion  d'Anus,  que  l'évêque  se 
réserva  la  prédication,  tandis  qu'auparavant,  les  prêtres 
et  les  ministres  inférieurs  expliquaient  à  tour  de  rôle 
les  lectures  saintes,  suivant  l'usage  primitif1.  Saint  Eu- 
sèbe,  qui  gouverna  plus  tard  l'église  d'Alexandrie,  avait 
soin  de  prêcher  tous  les  dimanches2.  La  coutume  avait 
prévalu  au  ve  siècle,  que  l'évêque  restait  assis  sur  son 
trône  lorsque  l'archidiacre  —  à  l'exclusion  des  autres 
diacres  —  lisait  l'Évangile,  ne  se  levant  que  pour  la  pré- 
dication. 

Un  lisait  aussi  les  lettres  et  les  encycliques  des  pa- 
triarches et  des  papes,  comme  on  le  voit  dans  la  lettre 
de  saint  Léon  à  Proterios3.  Le  même  pape  écrivant  à 
Dioscore,  le  rappelle  constamment  à  l'unité  disciplinaire 
avec  Rome,  l'invite  à  réitérer  le  sacrifice  les  jours  de 
fête  à  cause  de  l'afiluence  des  fidèles  qui  n'ont  pu  tous 
assister  à  la  même  messe4. 

Saint  Athanase  fait  de  fréquentes  allusions  à  la  néces- 
sité pour  le  fidèle  d'apporter  à  l'église  son  oblation,  qu'il 
s'expose  à  voir  rejeter  par  le  célébrant  s'il  en  est  in- 
digne :  cependant,  plus  lard,  dans  les  pays  infertiles  de 
la  Libye  occidentale,  les  empereurs  chrétiens  autorisent 
les  évèques  à  prendre  sur  la  réserve  de  blé  ce  qui  est 
nécessaire  à  l'oblation.  Au  concile  de  Chalcédoine,  une 
des  plaintes  contre  Dioscore  est  d'avoir  laissé  ses  bandes 
armées  arrêter  les  convois  de  blé,  de  sorte  que  pendant 
un  certain  temps  on  ne  put  célébrer  dans  les  églises 
de  Libye3. 

On  voit,  par  différents  passages  de  saint  Athanase,  que, 
de  son  temps,  la  semaine  sainte  et  celle  de  Pâques 
étaient  solennellement  célébrées6  :  c'est  précisément 
pendant  ces  jours  que  les  bandes  à  la  solde  des  parti- 
sans d'Arius  pillent  l'église,  emportent  l'huile,  arrachent 
les  lampes,  et  vont  brûler  les  cierges  devant  les  idoles. 

Le  détail  du  pillage  fait  par  les  Ariens  montre  que 
l'église  est  riche  et  ornée,  et  on  avait  fait  à  saint  Atha- 
nase le  grief  d'y  avoir  présidé  une  cérémonie  avant 
qu'elle  fût  achevée  et  dédiée  ". 

Nous  savons  aussi  par  la  même  relation  que  les  pil- 
lards, ayant  amené  au  dehors  pour  la  frapper  publique- 
ment, une  jeune  religieuse,  celle-ci  n'avait  point  lâché 
le  psautier  dans  lequel  elle  chantait  l'office. 

//.  l'office  diurne  et  nocturne.  —  Nous  n'avons 
de  renseignement  sur  l'office  en  dehors  de  la  messe,  à 
l'époque  d'Athanase,  que  la  mention  qu'il  fait,  dans  le 
récit  de  sa  fuite  (toc.  cit.},  de  la  fin  de  l'office  nocturne. 
Étant  au  trône,  il  ordonne  au  diacre  de  chanter  le 
psaume  auquel  le  peuple  répond  par  l'uTtaxor]  :quoniam 
in  seternuni  misericordia  ejus.  Ce  psaume  ne  peut  être 
que  le  cxvn  ou  le  cxxxv,  qui  sont  encore  chantés  avant 
les  laudes  en  carême,  soit  dans  le  rit  romain,  soit  dans 
le  rit  milanais. 

Dans  le  livre  Sur  la  virginité,  attribué  au  même 
évéque,  mais  certainement  postérieur  d'au  moins  un 
demi-siècle,  l'office  à  l'usage  des  religieuses  —  un  petit 
office  ad  libitum  —  est  ainsi  constitué  : 

Matines  :  le  verset  Media  nocte  surgebam ,  etc.,  avec 
le  ps.  l;  autant  de  psaumes  qu'on  en  peut  dire  debout; 
à  chaque  psaume  fléchissement  des  genoux  et  oraison; 
le  troisième  est  alléluiatique.  A  la  fin:  le  ps.  lxii,  Deus 
Deus  meus,  le  cantique  Benedicite  (très  probablement 
les  Laudes,  ps.  cxlviii,  cxlix,  cl),  et  l'hymne  Gloria  in 

1  Mansi,  Concilia,  t.  vi,  col.  1013,  libellus  Ischyrionis.  Ci. 
Fourneret,  Les  biens  d'église  après  les  édils  de  pacification,  Pa- 
ris, 1902.  —  «Socrate,  Hist.  eccl.,  1.  V,  P.  G.,  t.  lxvii,  col.  634; 
Sozomène,  1.  VII,  c.  xix,  ibid.,  col.  476.  —  3Mai,  S}iicil.  rom., 
t.  ix,  p.  703.  P.  G.,  t.  lxxxvi,  col.  301.  —  *  P.  L.,  t.  liv, 
col.  1075.  —  *  Ibid.,  col.  626.  —  "Encycliq.  de  341  (à  Sérapion); 
apolog.  sur  sa  fuite,  n.  6,  n.  24.  P.  G.,  t.   xxv,  col.  229  c,  651  (/, 

DICT.    DAP.C1I.    CHRÉT. 


excelsis  (le  texte  alexandrin  le  donne  avec  les  versets 
Dignare  Domine  die  isto,  etc.).  Tierce  et  sexte  :  psaume 
et  oraison;  None  :  hymne  et  doxologie,  sans  doute  le 
<i>(o;  îXapbv  avec  les  versets  du  soir  Dignare  Domine, 
nocte  ista,  etc.,  ou  bien  le  texte  des  Constitutions  apos- 
toliques, 1.  VII,  in  fine. 

Après  None,  le  repas,  précédé  et  suivi  d'une  prière 
donnée  tout  au  long  par  l'auteur;  avant,  trois  si^nis 
de  croix  et  l'oraison  déjà  donnée  dans  les  Constitutions 
apostoliques;  après,  celle  qui  est  prescrite  par  la  Dida- 
ché  pour  l'action  de  grâces,  mais  modifiée  ici  (cl.  plus 
haut,  col.  463-4C4)  et  suivie  du  Pater  et  du  Gloria*. 

Mais  ceci  n'est  qu'un  office  particulier.  Dans  les  égli- 
ses, l'ordre  général  devait  être,  sauf  le  psautier  quoti- 
dien, celui  que  les  solitaires  conservèrent  longtemps 
encore.  Au  temps  de  Cassien  (voir  ce  nom),  dont  sont  à 
peu  près  contemporains  le  repovTtxov  de  l'abbé  Pambo9, 
et  l'anecdote  sur  l'abbé  Paul  rapportée  par  dom  Pitra  ,0, 
c'est-à-dire  vers  la  fin  du  rve  siècle  et  le  commencement 
du  Ve  siècle,  il  y  avait  pour  les  moines  éioptiens  un 
règlement  liturgique  d'où  les  tropaires  (c'est-à-dire  des 
antiennes  de  style  ecclésiastique)  étaient  exclus.  A  Alexan- 
drie, au  contraire,  on  utilisait  ces  tropaires,  à  com- 
mencer par  la  «  grande  église  Saint-Marc  >>.  repovTtxôv, 
loc.  cit.  Le  même  texte  nous  montre  que  les  vigiles 
étaient  organisées  et  le  chant  orné  utilisé.  Voici  du 
reste  les  passages  les  plus  saillants  : 

«  'O  aoêàç  nageai  a7tSTT£i).e  tov  u.a9 tfî-'rp  a-JToO  Èv 
'AXs!;av8psfa...  xàç  vjxxa;  ÈxâÔEUvsv  èv  rai  vâpOvy/.c  rX,; 
Èy.y.Xr)(riaç  Èv  tû  vaà>  to0  i-;io\>  Mipy.o-j-  xa\  tooov  tt)v  àxo- 
Xovôfav  Tr,ç  âyta;  êxxXrja-fa;...  EjxaBe...  TpoTrâpta...  XÉyst  ô 
àôsX<pbç  fêpovTr...  ovts  y.avova?,  ouïe  Tponâpix  i^âXXofisv... 
XÉyEt  ovv  a.\rzû>  ô  yipwv...  ïçôanav  at  ^pipat,  èv  ai;... 
(jovayo'i...  èE:cxo>.0'j8r]!TOU<Tiv  ao-fiata  xai  r'you;*...  o-jy. 
âE?i>.6ov  oî  u.ovayo\  èv  Ttj  Èp^pito  Ta'JTv-,,  i'va...  p.sXtoSoûciv 
àap.otTa  xai  py8p.t'ïo,jffiv  r^ov;  xai  <je!o'j<ti  "/e'P2*  v'-a' 
p.ETaêaîvouoi  TtoSa;-...  cpOeipovuiv  o\  yptaiiavoi  -à;  (ît- 
êXouç...  "ifpâcpovTe;  rpojiâpia...  Sià  toCto  xoi  o\  TrarËpe; 
7][ji<iiv  Etpyy/.xiTiv,  "va  v:'r\  fpâiofjiv...  » 

«  L'abbé  Pambo  avait  envoyé  son  disciple  à  Alexan- 
drie... celui-ci  passait  ses  nuits  dans  le  vestibule  de 
l'église  Saint-Marc;  et  voyant  l'ordre  liturgique  de  la 
grande  église...  il  apprit...  des  tropaires...  [Étant  re- 
venu) le  frère  dit  à  l'abbé  :  ...  Nous  ne  chantons  ni  tro- 
paires, ni  canons...  le  vieillard  lui  dit:  ...  Il  viendra  des 
jours  corrompus,  où...  les  moines...  organiseront  leur 
office  avec  des  vocalises  et  des  tons  musicaux;  ...  ils  ne 
sont  pas  venus  dans  ce  désert,  pour  chanter  des  mélo- 
dies ornées  et  rythmer  des  chants  en  secouant  la  rnain 
et  en  levant  le  pied;  ...  les  chrétiens  corrompent  les 
Livres  saints...  en  écrivant  des  tropaires...  c'est  pour- 
quoi nos  pères  nous  ont  défendu  de  rien  écrire.  » 

Au  VIe  siècle,  les  moines  du  Sinaï  observaient  encore 
la  même  règle,  tandis  que  toutes  les  Églises  séculières 
et  monastiques  avaient  adopté  les-  nouveautés  litur- 
giques ". 

Les  papyrus  de  l'archiduc  Rainer,  si  intéressants  pour 
l'histoire  de  la  musique  antique,  nous  ont  conservé  le 
texte  de  deux  de  ces  tropaires  égyptiens  dont  ne  voulait 
pas  l'abbé  Pambo. 

Comme  ils  sont  peu  connus,  nous  les  reproduisons 
ici  12  : 

Pour  l'Epiphanie  : 

'O  yevvr;Gciç  âv  Br,QXeèp. 
xat  àvarpaçeiç  Èv  NaÇapÈT, 

674-675.  —  ''Apolog.,  n.  14,  ibid.,  col.  611-014,  617  c—  "P.  G., 
t.  xxvni,  col.  266-268.  —  9  Gerbert,  Scriptores  ecclesiastici  de 
musica  sacra,  San  Blasiis,  1784,  t.  I,  p.  2. —  l0  Hymnoyrapltin 
de  l'Église  gr.,  p.  43.  —  "  Pitra,  Juris  eccles.  grec,  histor.  et 
monum.,  t.  H,  p.  220.  —  '2  D'après  Bickell,  Milteilungen  aus  der 
Sammlung  der  Pap.  Rainer,  1887,  et  Wagner,  Ursprung  und 
Entwicklung  der  liturgtschen  Gesangsformen,  Fribourg,  1901. 

1.-38 


4187 


ALEXANDRIE   (LITURGIE! 


1188 


xatoi/./'j'jaç  èv  raXtXat'a 
eî'SojjLEv  Tr,jj.EÎov  è?  o-jpavoû. 
(t(ô)  'AorÉpoç  çavÉvro;, 
WOI(JI£ve;  àypauXciOvTE;  ÊOaûp.aTav. 

(o-j)    r0VU7tciTÔvTE;    É'XeYOV 

AôÇa  rà>    Ilaipt,    àXXïjXo'jîa,   3ô£a   T<j>    Viû  y.où  t<o   âyid) 
[IIvs j[xotT!.  àXXriXouïa,  àXXrjXojïa,  àXXïjXo/îa- 

Voici  la  traduction  : 

«  Toi  qui  naquis  à  Bethléhem  et  fus  nourri  à  Nazareth, 
qui  reposas  on  Galilée,  nous  voyons  ton  signe  dans  les 
cieux.  A  l'apparition  de  l'étoile,  les  pâtres  émerveillés 
jouent  de  la  flûte.  Disons  en  fléchissant  les  genoux  : 
Gloire  au  Père,  alléluia,  Gloire  au  Fils  et  au  Saint- 
Esprit,  alieluia,  alléluia,  alléluia1.  » 

Pour  la  fête  du  Précurseur  : 

Tuo\  E'  :    'E/.Xî/.To;  h  Sy'OÇ-'I'oâwijç  °   PawTiOTÎjÇi 

ô  xr,pj:aç  uerâvotav  ev  6X10  ™  xô<7u».> 
ec;  acpîCTiv  Ttbv  àtxapx'.wv  r,[j.<]5v- 

«  Le  5  Tubi  (janvier)  :  Élu  est  saint  Jean-Baptiste 
annonçant  la  pénitence  au  monde  entier  pour  le  rachat 
de  nos  péchés.  » 

Au  point  de  vue  de  la  forme  de  composition,  il  faut 
remarquer  que,  conçues  suivant  les  lois  du  rythme  syn- 
tonique,  quatre  cadences  sont  construites  sur  le  rythme 
binaire  et  les  autres  sur  des  rythmes  correspondant  à  ce 
qu'on  a  plus  tard  nommé  chez  les  latins  cursus;  pure- 
ment basé  sur  l'accent  dans  les  pièces  alexandrines  il  est 
à  la  même  époque  encore  métrique  chez  les  Romains. 

L'ordre  ordinaire  des  offices  ne  nous  est  pas  connu. 
Le  célèbre  psautier  du  British  Muséum,  Codex  Alexan- 
drinus,  donne,  à  la  suite  des  psaumes,  treize  cantiques 
de  l'Écriture  et  la  Grande  Doxologie  avec  le  texte  ortho- 
doxe-,  pour  l'office  du  matin.  Il  est  intéressant  de  noter 
que  ces  cantiques  sont  :  les  deux  cantiques  de  Moyse 
(Exode  et  Deutér.),  cantiques  d'Anne,  de  Jonas,  d'Haba- 
cuc,  d'Ézéchias,  l'oraison  île  Manassé,  le  double  cantique 
des  trois  entants  [Henedictus  es  et  Benedicile),  et  les 
cantiques  évangéfiques.  Cf.  plus  haut,  col.  342  et  639. 

11  est  extrêmement  remarquable  que  le  nombre  et  la 
forme  des  accents  musicaux  de  ce  manuscrit,  étudiés  par 
Burney  '•''.  concordent  avec  ceux  ajoutés  de  seconde  main 
au  non  moins  célèbre  Codex  Ephrxmi  de  la  Bibl.  na- 
tionale de  Paris,  grec  i)'\  de  la  même  époque.  Une  étude 
attentive  d'un  très  grand  nombre  de  lectionnaires  grecs. 
du  vu0  siècle  au  xne,  nous  a  assuré  que  cet  évangé- 
liaire  reste  en  dehors  de  la  tradition  constantinopoli- 
taine,  taudis  qu'il  se  rattache  étonnamment  au  manib- 
crit  de  Londres.  Il  n'a  jamais  été  étudié  au  point  de  vue 
liturgiqueel  le  dépouillement  des  titres  de  fêtes  ajoutées 
en  marge  pourrait  être  de  grande  utilité,  quant  à  la  fixa- 
tion de  l'église  à  laquelle  il  servait,  et  de  l'époque  de 
son  adaptation  rituelle. 

Quant  à  la  célébration  des  fêtes,  on  pourra  consulter  I 
Mor  Duchesne,  loc.  cit.,  en  y  ajoutant  un  texte.  Dans 
une  des  questions  si  curieuses  recueillies  à  la  suite  des 
œuvres  de  saint  Albanase5  mais  qui  sont  fort  posté- 
rieures à  ce  docteur,  on  trouve;  la  suivante  : 

«  Pourquoi  les  Romains  fétent-ils  l'Incarnation  du 
Christ  le  ■£)  mars?  «  L'église  d'Alexandrie,  à  cette  époque 
indéterminée,  ne  célébrait  donc  pas  encore  celte  fête.' 

Enfin,  il  faut  ajouter  que  la  plupart  des  manuscrits 
liturgiques  font  honneur  à  saint  Cyrille  de  l'organisa- 
tion des  tropaires  pour  les  heures  du  vendredi-saint. 

III.  DU  CONCILE  DE  CliALCÉDOlNE  A  M>>  JOURS.  —  /.  LBS 
ORTHODOXES.  —   La  condamnation   de   Dioseore  et    de 

•Cette  manière  de  dire  la  doxologie  se  rattache  à  un  tropaire  de 
l'office  yrec  des  nocturnes  du  dimanche,  attribué  a  Sophrone  de  Jé- 
rusalem d'après  plusieurs  manuscrits  (Bibl.  nationale,  Paris,  grec 
262,  fol,  240,  rie  i  'Celui  qui  a  prévalu  dans  le  rit  romain  et  le 
byzantin.  —  3A  gênerai  history  ofmusic,  ln-4',  London,  1T«2,  t.  n, 


l'hérésie  monophysite  au  concile  de  Chalcédoine  fut  la 
cause  d'une  scission  des  Églises  égyptiennes  qui  influa 
grandement  sur  la  liturgie. 

Les  orthodoxes  se  rattachant  désormais  à  Byzance, 
continuèrent  pendant  un  temps  de  célébrer  la  liturgie 
alexandrine  dite  de  saint  Marc  qui  parait,  d'après  la 
tradition  copte,  avoir  été  fixée  par  saint  Cyrille;  peut- 
être  la  liturgie  de  saint  Jacques,  et  sans  doute  aussi 
les  anaphores  de  saint  Grégoire  de  Nazianze  et  de  saint 
Basile,  conservés  par  les  Coptes.  Voir  plus  bas.  Mais  les 
Byzantins  firent  tous  leurs  efforts  pour  amener  la  sup- 
pression de  cette  manière  de  célébrer,  et  y  arrivèrent 
vers  la  fin  du  xne  siècle,  au  temps  de  Manuel  Comnène, 
quand  les  coutumes  des  diverses  églises  grecques  se  fon- 
dirent dans  l'office  byzantin  qui  a  prévalu  6. 

La  dernière  mention  de  la  liberté  liturgique  des 
Grecs  d'Alexandrie  est  dans  Théodore  Balsamon7. 

Marc,  patriarche  d'Alexandrie,  étant  venu  à  Constan- 
tinople,  célébrait  d'après  sa  liturgie,  et  demanda  pour- 
quoi on  ne  suivait  pas  dans  cette  ville  les  liturgies  de 
saint  Jacques  et  de  saint  Marc;  on  lui  répondit  que 
l'Église  catholique  du  «  très  saint  et  œcuménique  trône  » 
les  ignorait  complètement  ;  que  toutes  les  églises  devaient 
suivre  l'usage  de  la  nouvelle  Rome;  que  telles  étaient 
les  prescriptions  portées  par  les  empereurs.  Le  patriar- 
che s'excusa  en  arguant  de  son  ignorance  de  cette  légis- 
lation canonique,  et  l'Église  d'Alexandrie  dut  désormais 
célébrer  suivant  le  rit  de  Byzance. 

Pour  l'office,  il  devait  y  avoir  une  inoins  grande  dif- 
férence. L'ordre  des  solitaires  du  Sinaï,  au  VIe  siècle,  np 
différait  guère  que  par  des  détails  de  l'office  général  des 
Églises  grecques.  Le  calendrier  général  du  rit  byzantin 
à  la  fin  du  moyen  âge,  tel  qu'il  peut  se  déduire  de  l'en 
semble  des  livres  d'église,  renferme  un  bon  tiers  de 
saints  d'Egypte  et  de  la  presqu'île  du  Sinaï.  Il  est  fort 
probable  que  les  manuscrits  et  fragments  liturgiques 
qui,  jusque  vers  le  xme  siècle,  ne  se  rattachent  ni  pour 
l'ordre  des  tropaires,  ni  par  la  notation  musicale  à 
l'usage  de  Byzance,  ou  à  celui  de  Syrie,  représentent  la 
coutume  alexandrine. 

Citons  à  tout  hasard  parmi  les  manuscrits  de  ce  genre 
(qui  renferment  de  nombreux  tropaires  et  hirmi  inédits) 
].'  Stichéraire,  grec  356  de  la  Bibl.  nationale,  Paris 
(xne  siècle);  peut-être  VHirmologe,  220  Coislin  de  la 
même  bibliothèque  ;  et  surtout  le  Î754  de  celle  de  Char- 
tres, fol.  61  à  66  (Xe  siècle).  Villoteau  s  a  vu.  parait-il.  dans 
un  «  couvent  près  du  Caire  »  un  tropologion  écrit  en 
onciale  de  l'an  825  (?)  contenant  l'office  des  relises 
d'Egypte.  Voir  les  articles  Stichéraire,  etc. 

//.  LES  SÉPARAS.  —  Les  caractéristiques  liturgiques 
des  églises  monophysites  dépendant  d'Alexandrie  ont  été 
de  s'attacher  à  la  conservation  des  anciennes  coutumes 
(avec,  il  est  vrai,  des  modifications  de  temps  et  de  lieu), 
et  la  place  de  plus  en  plus  grande  donnée  à  la  langue 
vulgaire.  Aussi  l'Église  égyptienne  prit-elle  d'abord 
l'usage  de  la  langue  copte,  puis  celui  de  la  bu 
arabe,  dans  l'office  divin,  en  conservant  cependant  beau- 
coup de  parties  en  ytvr  ^verseis  du  prêtre,  du  diacre,  a 
l'Évangile,  la  Préface,  etc.),  mais  écrites  en  caractères 
coptes.  Dans  l'Église  éthiopienne,  qui  s'organisa  entre  le 
temps  de  saint  Athanase  et  la  séparation,  le  dialecte 
gheez  prévalut. 

Le  fond  de  la  liturgie  des  Coptes  est  la  messe  alexan- 
drine (dite  de  saint  Marc,  chez  les  grecs),  et  à  laquelle 
ils  donnent  le  nom  de  saint  Cyrille,  et  les  autres  plu< 
haut  signalées;  la  liturgie  ordinaire  des  Éthiopiens  — 
Canon  des  douze  apôtres  —  est  à  peu  près  la  même;  ils 


p.  47.  —  'Tiscbendorf,  Codex  Ephraemi  Syri  rescriptus,  I. 

1843;  Gregori,  .Y.  Test,  grsece...  ;  .-.  Lipaias,  18','i.  — 

/•  Q  .  i.  iaw  .  col,  6S2.  —  "Pitre,  Hymnographie,  p.  68  sq.  — 
/'  G.,\   cxxxvut,  col.  964.  —  *  Mémoire  sur  {a  musique,  etc., 

dans  la  Description  Je  l'Egypte,  Paris,  ls-jo,  t.  \iv,  p.  364  sq. 


1180 


ALEXANDRIE    (LITURGIE; 


1190 


y  ajoutant  un  certiin  nombre  d'anaphores  en  partie 
empruntées  aux  jacobites  de  Syrie  '. 

Les  uns  et  les  autres  rites  cependant,  tout  en  usant 
souvent  des  mêmes  prières,  ont  tantôt  conservé,  tantôt 
rejeté  l'un  quelconque  des  anciens  usages,  et  en  ont 
ajouté  d'autres2 . 

Malgré  cela,  de  l'ensemble  des  liturgies  ordinaires 
grecque,  copte,  éthiopienne,  il  est  très  aisé  de  restituer 
l'ordre  ancien;  tout  ce  qu'elles  ont  de  commun  s'accorde 
avec  celle  de  Sérapion  et  la  description  du  pseudo-Aréo- 
pagite,  aussi  bien  pour  la  messe  que  pour  le  baptême, 
dans  l'ordre  duquel  on  retrouve  encore,  de  nos  jours  3, 
les  formules  et  les  cérémonies  mentionnées  par  Ori- 
gène. 

///.  LA  vesse  ALEXANDRINS.  '—  1.  Description  gé- 
nérale. —  Les  divers  rits  des  Églises  égyptiennes  ont 
petit  à  petit,  depuis  le  xme  siècle  environ,  emprunté  à 
d'autres  rits  la  préparation  solennelle*,  mais  avec  des 
détails  différents  qu'il  est  oiseux  ici  d'étudier.  Nous 
passons  donc  sur  ce  point. 

Arrivé  à  l'autel,  le  célébrant  le  baise,  et,  tandis  qu'on 
répète  neuf  fois  Kyrie  eleison,  trois  par  trois,  il  donne 
l'absolution  aux  assistants  et  dit  trois  oraisons  qu'il 
conclut  à  haute  voix  après  chacune  des  trois  parties  du 
Kyrie.  Ensuite,  excepté  chez  les  Ethiopiens,  la  petite 
entrée  accompagnée  du  Trisagion,  trois  fois  répété. 

Ces  trois  répétitions  d'un  triple  Kyrie  ont  trop  de 
ressemblance  avec  la  coutume  de  Rome  pour  ne  pas  le 
signaler;  il  faut  remarquer  aussi  qu'il  se  dit  avant  la 
doxologie  de  r"Ayto;  à  0sb;,  tandis  qu'à  Milan  et  en 
Gaule,  c'est  après  le  même  chant  ou  le  Gloria  ineœcelsis 
qu'on  disait  le  Kyrie&. 

Après  TÉpitre,  au  moins  dans  une  de  ces  liturgies, 
c'est  encore  le  président  du  chœur  qui  règle  le  nombre 
des  versets  ornés  de  psaume  dits  par  les  chantres; 
avant  l'Évangile,  les  Éthiopiens  disent  le  Trisagion  sous 
une  forme  spéciale,  qui  concorde  avec  la  coutume  pari- 
sienne du  VIe  siècle,  décrite  dans  VExpositio  misses  de 
saint  Germain  ;  après  l'Évangile,  comme  aussi  dans  les 
Gaules  et  à  Rome  autrefois,  le  livre  saint  est  baisé  par 
tous  les  assistants. 

La  conformité  avec  les  anciennes  liturgies  des  Gaules 
se  continue  :  homélie,  prières  litaniques  générales  ter- 
minées par  une  collecte,  prière  pour  les  catéchumènes6 
suivie  de  leur  renvoi;  comme  dans  la  liturgie  mozarabe, 
les  Éthiopiens  disent  déjà  ici  le  Sanctvs,  sans  YHosanna; 
apport  des  offrandes  accompagné  d'un  chant  solennel 
et  de  l'oraison  du  voile  :  cette  oraison  a  le  même  sens 
qu'un  certain  nombre  de  super  sindoneni  milanais  et 
la  seconde  oraison  des  liturgies  gallicanes  (mais  non 
pas  de  la  mozarabe).  Cf.  col.  476.  C'est  à  cette  place,  sui- 
vant la  coutume  de  Jérusalem,  que  les  Éthiopiens  chan- 
tent le  Symbole.  Suivent  le  baiser  de  paix  avec  son 
oraison,  et  l'on  commence  les  grandes  commémoraisons 
et  la  récitation  des  noms  ;  le  formulaire  diaconal  et  les 
oraisons  du  célébrant  pour  cette  fonction  se  prolongent 
mêlés  à  l'ordre  ordinaire  du  sacrifice,  jusqu'à  la  consé- 
cration, nous  en  étudierons  plus  loin  le  fonctionne- 
ment; à  cette  place,  d'après  l'ordre  byzantin,  les  mel- 
chites  et  les  coptes  ont  introduit  le  Symbole. 

La  Préface  est  très  longue  (sauf  dans  la  liturgie  de 
Sérapion,  la  plus  ancienne),  le  Sanctus  est  encore  dit 
par  le  célébrant,  mais  répété  par  le  peuple,  et,  au  lieu 

*  Le  texte  grec,  quand  on  le  possède,  la  traduction  latine  des 
autres,  et  quelques  fragments  dans  la  langue  copte  ou  l'éthiopienne, 
ont  été  donnés  par  Renaudot,  Collectio  liturg.  orient.,  1. 1  ;  Swain- 
son,  The  greek  liturgies,  Oxford,  1884;  Brigktman,  Liturgies 
eastern,  Oxford,  1896.  —  'Ainsi  le  ms.  du  Vatican  ajoute  une 
partie  des  rits  et  prières  de  Constantinople  ;  celui  de  Rossano 
donne  le  l  Movoyivi^  que  les  autres  passent  sous  silence,  etc.  —  3On 
pourra  aussi  se  référer  à  la  publication  Coptic  Ostraca,  par  Crum 
et  Brightman,  in-4",  Londres,  1902,  pour  les  textes  de  prières  et 
d'invocations  populaires  recueillis  dans  les  touilles  laites  par  VEgypt 


de  nous  rapprocher  de  l'Orient,  c'est  aux  anciennes  cou- 
tumes romaines  ou  gallicanes  que  nous  ramène  le  Vere 
sanctus;  il  se  borne  uniquement  au  texte  gallican  ordi- 
naire, et  s'enchaîne  avec  une  bénédiction  des  dons  ana- 
logue au  Fac...  hanc  oblalionem  du  De  sacramentis, 
transformé  en  Quam  oblalionem  dans  le  canon  romain 
gélasien.  Voici  ce  texte,  il  est  sous  une  forme  un  peu 
différente  dans  Sérapion  : 

a)  nXnipeoaov,  ô  9sbç,  xai  TauTT)v  rr)v  O-jufav  rr,;  uapà 
<to0  sùXoytaç,  Sia  rfi<;  iiu<poitr\<TZioç  toù  IlavaY'ou  <rou 
IIve'jjxaTo;  7  (les  melchites  qui  ont  adopté  l'épiclèse  de 
Constantinople,  passent  de  suite  au  récit  de  la  Cène, 
tandis  que  les  coptes  ont  gardé  la  suite,  dont  voici  la 
traduction  d'après  Renaudot)  : 

b)  Un  signe  de  croix  sur  les  oblats  -j-  R|.  Amen;  Et  be- 
nediclione  benedica,  f  r].  Amen; Et  purificatione  puri- 
fica;  -j-  r).  Amen;  Hsec  dona  tua  veneranda  proposila 
coram  te,  hune  panem  et  hune  calicem,  etc. 

Il  est  à  peine  besoin  d'indiquer  le  rapprochement 
d'idées  et  de  gestes  avec  Rome,  et,  comme  développe- 
ment, avec  un  certain  nombre  d'oraisons  mozarabes. 
Cela  est  unique  dans  les  liturgies  grecques. 

Le  P.  Lebrun  a,  de  plus,  fait  remarquer  s,  au  sujet  des 
Amen  du  canon  consécratoire,  que  la  liturgie  alexan- 
drine  copte  n'a,  pas  plus  que  la  romaine,  ces  réponses 
au  récit  de  la  Cène.  Les  melchites  les  ont  évidemment 
introduites  par  l'effet  de  la  Novelle  137,  c.  VI. 

Par  contre,  le  récit  même  débute  par  la  mention  de 
la  nuit  sainte  où  il  fut  livré,  ce  qui  est  commun  à 
toutes  les  liturgies  grecques  et  d'Orient,  tandis  que  les 
latines  ont  eu  la  mémoire  de  la  passion  9,  Qui  pridie 
quam  pateretur. 

L'épiclèse  se  déroule  aussi  à  la  manière  hellénique  et 
orientale,  mais  est  suivie,  chez  les  Coptes  et  les  Éthio- 
piens, de  l'oraison  ad  fraclionem,  de  l'ostension,  de  la 
fraction  et  du  premier  mélange  des  espèces  consacrées, 
ce  qui  leur  est  encore  commun  avec  la  liturgie  romaine 
d'avant  saint  Grégoire  le  Grand,  et  avec  les  autres  litur- 
gies occidentales:  les  melchites  ont  adopté  la  forme 
byzantine,  dès  au  moins  le  IXe  siècle,  et  placent  l'osten- 
sion, la  fraction  et  le  mélange  avant  la  communion,  en 
supprimant  l'oraison. 

Après  le  Pater,  précédé  et  suivi  comme  partout  de  sa 
petite  formule  d'introduction  et  de  l'embolisnie  du 
Libéra,  ont  lieu  les  solennelles  bénédictions  de  l'évêque, 
d'essence  primitive  dans  toutes  les  liturgies  (cf.  col.  475), 
puis  les  prières  avant  et  après  la  communion. 

Pendant  la  distribution  des  saintes  espèces,  on  chante 
le  psaume  xui,  Quemadmodum  cervus,  et,  à  la  fin, 
l'antienne  Replelum  est  gaudio  os  nostrum,  etc., 
ps.  cxxv  comme  dans  la  liturgie  d'Espagne  en  carême. 
L'action  de  grâces  est  formée  de  deux  oraisons,  ce  qui 
est  la  forme  originelle  de  cette  fonction.  Voir  ad  com- 
plendum. 

Puis  ont  lieu  les  dernières  formules  de  renvoi  qui 
diffèrent  partout. 

2.  Les  formules  et  prières  des  diptyques.  —  Mais  le 
grand  intérêt  de  toutes  ces  liturgies  est  la  place  des 
prières  des  diptyques,  disposées  de  telle  façon  que, 
selon  nous,  la  manière  dont  elles  s'y  présentent  donne 
la  clef  de  tous  les  problèmes  soulevés  par  les  liturgistes 
au  sujet  de  cette  question  embrouillée. 

En    effet,  à  nous  en  rapporter  à  la  teneur  rigoureuse 

exploration  fund.  —  *La  prothèse  (v.  ce  mot).  —  'Dans  la  litur- 
gie de  Jérusalem  (ou  de  saint  Jacques)  on  dit  aussi  trois  fois  Kyrie 
eleison,  avec  une  oraison,  au  début  de  la  messe.  —  °  L'craison 
pour  les  catéchumènes  est  à  peu  près  partout  celle  qui  se  dit  le  ven- 
dredi-saint aux  preces  solennelles,  dans  le  rit  romain,  ou  tout  au 
moins  est  formée  des  mêmes  idées  ou  d'expressions  analogues.  — 
'  La  traduction  latine  de  cette  oraison  donnerait  :  Fac  (ou  adimple), 
Deus,hanc  oblalionem  benedictam  a  te  (ou  apud  te),  opérante 
Spiritu  sancto  tuo.  —  'Explication  littérale...  de  la  messe,  Pa- 
ris, 1716,  t.  il,  p.  575.  —  9Cf.  Lib.  ponttf.  :  Alexander,  t.  i,  p.  127. 


1191 


ALEXANDRIE    (LITURGIE) 


1192 


des  descriptions  primitives,  de  sainl  Justin,  îles  des-, 
criptions  ou  des  formulaires  de  Sérapion  et  du  pseudo- 
Denys,  des  liturgies  gallicanes  et  espagnoles,  etc.,  les 
mémoires,  les  oraisons  qui  accompagnent  la  récitation 
des  noms,  sont  placées  avant  la  Préface,  dans  le  voisi- 
nage du  baiser  de  paix. 

Au  contraire,  à  envisager  les  deux  grandes  liturgies 
actuelles,  romaine  et  byzantine,  lesdites  mémoires  ont 
lieu  après  la  Préface;  soit  avant,  soit  après,  soit  avant 
et  après  le  récit  de  la  Cène. 

Or,  ces  deux  ordres  se  rattachent  à  des  réformes  litur- 
giques du  v  siècle  :  l'ordre  byzantin  est  intitulé  «  liturgie 
de  saint  Jean  Chrysostome  »,  présenté  comme  mis  au 
point  par  Proclus  et  considéré  comme  l'abréviation  et  la 
modification  des  coutumes  plus  anciennes;  à  Rome,  le 
canon  Te  igitur  ligure  en  sa  forme  actuelle  dans  les  sa- 
cramenlaires  qui  procèdent  directement  ou  indirecte- 
ment du  gélasien,  c'est-à-dire  des  réformes  promulguées 
ou  répandues  au  Ve  siècle  et  aux  suivants  sous  le  nom 
du  pape  saint  Gélase, 

On  considère  comme  inconciliable  la  double  disposi- 
tion des  diptyques,  et  cependant,  pendant  trois  siècles  au 
moins,  bien  des  Églises  d  Occident  ont  gardé  à  la  fois 
leurs  oraisons  ad  nomina,  c'est-à-dire  les  mémoires 
avant  la  Préface,  et  le  canon  romain,  c'est-à-dire  les 
mêmes  mémoires  après  '. 

.Mais,  ce  qu'on  n'a  point  remarqué,  c'est  que  les  for- 
mulaires les  plus  anciens  que  nous  possédons  donnent 
seulement  les  prières  particulières  du  célébrant  :  or, 
elles  étaient  aussi  accompagnées  de  formules  dites  par- 
le diacre  à  haute  voix,  avec  réponses  du  chœur.  A  sup- 
poser donc  que  le  célébrant  et  le  diacre  aient  commencé 
ensemble  leurs  formules,  l'un  continuant  ses  oraisons 
seciètes,  l'autre  les  invocations  allongées  indéfiniment 
par  la  récitation  des  noms,  sans  s'occuper  l'un  de 
l'autre,  ou  pour  gagner  du  temps,  il  sera  arrivé  ceci  :  le 
prélre  sera  déjà  parvenu  à  la  consécration  et  au  delà, 
si  les  diaconica  sont  longues,  quand  le  diacre  n'aura 
pas  encore  terminé  «  les  noms  »,  interrompu  seule- 
ment par  les  ekpbonèses  du  célébrant.  Au  moment  de 
la  fixation  des  liturgies  romaine  et  byzantine,  la  clôture 
des  diaconales  a  amené  les  prières  correspondantes  du 
piètre  aux  environs  de  la  consécration,  et  l'usage  des 
diaconales  traditionnelles  étant  tombé,  la  liturgie  écrite 
ne  conserva  que  les  formules  presbvtérales. 

Or,  le  régime  des  liturgies  égyptiennes  fixées  déjà, 
sernble-t-il,  à  l'époque  de  la  séparation,  c'est-à-dire  au 
ve  siècle,  est  exactement  cet  étal  intermédiaire  dans 
lequel  le  prêtre  et  le  diacre  commençant  ensemble  l'of- 
Irande,  l'anapbore,  celui-ci  arrive  à  la  lin  des  mémoires 
lorsque  le  prêtre  est  déjà  à  la  consécration,  ainsi  qu'on 
pourra  s'en  convaincre  en  se  reportant  aux  publications 
signalées  plus  haut.  Voici  du  reste  de  quelle  façon  se 
présente  un  passage  important  de  la  préface,  par  suite 
de  cet  état  de  choses,  dans  la  liturgie  copte  (Trad.  Re- 
naudot,  p.  42),  et  nous  montrant  à  quelle  antiquité 
doivent  remonter  certaines  formules  de  prières. 

Le  prêtre  :  Le  diacre  : 

Dignum  et  justum  est, 

quia,  etc.,  siniul  cum  hoc 

sacrificio  et  hac  oblalione.  Domine  miserere,  etc. 
(prières  litaniales).  Mé- 
mento, Domine,  pacis 
unius,  itnicx,  sanctœ,  ca- 
tliolicxei  apostoliese  Eccle- 
siœ,  etc.  (Après  les  dipty- 
ques :)  Kl  illnriiiii,  (mi- 
niumque  Domine,  quorum 
Le  prêtre    de    son    coté    nomina  recitaninr,  etc. 


'  Voir  1rs  Sacramentaires  gallicans,  à  la  plupart  des  messes  ; 
cf.  l'envoi  du  canon  romain  à  Profuturus,  adopté  ]  ai  les  lues  du 


continue  :  Suscipe  ea  su- 
per allare  tuum  spirituale, 
cœlesle,  cum  adore  tliuris, 
ad  majestatem  tuam  csele- 
stem,  per  ministerium  an- 
gelorum  et  archangelorum 
tuorum  sanctorum,  sicut 
■  ad  te  suscepisti  mimera 
justi  Abel,  et  sacrificium 
patris  noslri  Abralix,  etc. 


Tu  es  Deus  excelsus  super 
tînmes  principaliis  et  pole- 
states...  dicentes  :  Sanctus, 
Sanctus,  Sanctus,  etc. 


Domine  miserere,  etc. 
(continuation  des  litanies). 
Solve  captivas,  salva  eos 
qui  necessitate  patiun- 
tur,...  esta,  Domine,  nobis, 
custos  et  proleclor  in  om- 
nibus. (Au  peuple  :)  Ad 
orientent  aspicite. 


Encore  une  fois,  nous  voici  d'accord  avec  Rome, 
sinon  sur  la  place,  du  moins  sur  le  texte  d'une  prière, 
car  Suscipe  ea  et  la  suite  jusqu'à  Abeahœ  ront  à  quel- 
ques mots  près  la  lonne  la  plus  ancienne  de  l'oraison 
du  canon  (romain ?)  qui  suit  ta  consécration  dans  le 
De  sacramentis  déjà  nommé.  La  ressemblance  est 
encore  plus  sensible  avec  le  texte  grçc,  que  voici  avec  la 
suite  salve  captivas,  etc. 

llpooSî^ai  6  0sbç  ci;  tô  ay.ov  xcù  ûîtEpoupâvtoM  xat 
voepbv  aou  8u<rta<mf)piov,  t'.ç  xà  (j.îYÉ9r)  tû>v  ôupavûrv,  ô:a 
-.y,:  if/av-j-e/i/T,;  so-j  XecTOUpvfoc —  (o;  -poraZili;  tï 
otopa.  toO  Bcxaiàv  oou  "A6e),,  tïjv  6ua\av  -oO  Harpe; 
r,(/.<ôv  'Aëpaia...  Aùtpuxj-a'.  ôeajxiouç,  e|e).oO  toO;  èv 
àviv/.oiç  iCECV&VTaç  -/ripTotdOv,  oXi-j'cl/j'/oCvra;  Itapttxi- 
).eo*ov.  7teTtXavr,y.£vovc  ElttOTpettov ,  èo.OTi'Tuivovç  çajta- 
yôyt)Gov,  7r£7tTuv/.0Ta;  k'ytipov,  ffaXsvotilvouc  o-rrip'.Sjov, 
yEvoOT.xdTOî  i'auai,  -ivtaç  àyaye  Et;  tt,v  6£bv  tt|;  ikott,- 
ptaç,  aûva^ov  y.a:  btotovc  tt,  &fl(f  oou  t;o!u.vy)-...  àvr.'tr- 

TTTWp    -/.OCTa  XÏVTa    •'SVOUSVO;. 

Pour  plus  de  netteté,  voici  cote  à  cote  la  traduction 
latine  la  plus  exacte  de  la  première  partie  de  ce  teste, 
et  la  version  (on  pourrait  dire  la  traduction)  du  /'■•  sa- 
cramentis (comparez  avec  la  version  de  Renaudot  faite 
sur  la  traduction  copte  '. 

Traduction.  De  sacramentis. 

Suscipe(ou mieux, d'après       ...    ut  hauc  oblatiotiem 

ce  qui  précède)  ut  suscipias  suscipias  in  sublimiatlario 

in  sanvtn.  cœleeti,  et  spiri-  tue  per  maints  angelorum 

tuali  allari   tua,  m   subli-  tuarum.  nient  suscipere  ./i- 

milnte  eielorum,   per  mi-  gnatus  es  munerapueri  tui 

nisterium   arckangelieum  justi  Abel,  et  sacrificium 

tuum  (ou  archangelorum  patriarches  noslri  Abrahse, 

tuarum)  ...  sieut  suscepisti  etc. 
mimera  justi  tui  Abel,  sa- 
eri/icium      patris      noslri 
Abraluv,etc. 

Il  tant  remarquer  que  ràpyaf|'s)c/.?,;  aou  >EiTo-jpy:'a; 
peut  aussi  bien  s'entendre  par  »  ministère  des  an. 
(texte  De  sacramentis^  que  •  des  archanges  l  :  le  texte 
copte  a  les  deux  ;  de  plus,  on  peut  le  traduire  encore  par 
u  ministère  du  chef  des  auges  ».  àpyaYYEAtxr,;  étant  un 
adjectif  susceptible  de  ces  divers  sen>.  et  nous  voilà  en 

présence  du  manus  sancti  Angeli  tui  du  canon  romain 
gélasien  ;  or,    dan-;   la  langue   liturgique  romaine  du  v* 
et  du  vi*  siècle,  Sanctus   ingelus,  d'une  laçon  absolue, 
c  est  l  archange  saint  Michel. 
Rapprochés  de  la  formule  tntroductive  à  la  consécra- 


de  Braga,  dans  un  rit  espagnol.  Voir  col.  GOG,  et  les  mois 
DYKA61  KJUES  et  DYK  (Mil  . 


1193 


ALEXANDRIE   (LITURGIE) 


1194 


tion,  ces  détails  sont  bien  suggestifs  et  tendent  à  nous 
faire  toucher  du  doigt  une  source  primitive  —  évidem- 
ment grecque,  à  en  juger  par  les  traductions  légèrement 
divergentes  —  commune  à  une  haute  époque  entre 
Rome  et  Alexandrie  :  il  y  a  encore  autre  chose. 

Si  le  passage  Xûrpcoo-at  8e<7[xt'o-jç  (solve  captivos)  ne 
se  retrouve  plus  dans  la  liturgie  romaine,  il  est  presque 
mot  pour  mot  dans  un  fragment  du  pape  saint  Clément 
depuis  longtemps  déjà  mentionné  à  cause  de  sa  forme 
liturgique,  à  l'exception  d'une  phrase,  tq-j;  âv  6H4»ei 
TifjLtôv  (jûsov,  disparue  du  texte  alexandrin  grec,  mais 
conservée  dans  le  texte  copte  (le  salva  eos  de  la  tra- 
duction Renaudot). 

Comment  ne  pas  être  frappé  des  expressions  àvriÀriTi- 
■ztûÇi  xarà  irâvra  yevdjxevoç  (canon  alexandrin),  [iorfiov 
fevéo-Sai  xa\  av-rO/ÔTTcopa  ï][/.ô>v  (saint  Clément)  et  l'if» 
omnibus  protectionis  tuse  muniamur  auxilio  du  canon 
romain?  Cela  d'autant  plus  que  les  autres  liturgies 
n'offrent  rien  de  semblable,  et  qu'on  les  retrouve  ici, 
de  part  et  d'autre,  à  la  fin  de  la  commémoraison  des 
vivants. 

Dans  ces  commémoraisons  mêmes,  il  est  intéressant 
de  voir  comment  se  lait  celle  de  la  Vierge  Marie.  Dans 
les  textes  alexandrins  non  grecs,  son  nom  est  mentionné 
avec  ses  titres  dans  la  liste  des  mémoires,  comme  au 
canon  romain  et  aux  formulaires  mozarabe  et  celtique; 
dans  les  diverses  liturgies  grecques,  on  a,  dès  après  le 
concile  d'Ephèse,  introduit  une  plus  solennelle  commé- 
moraison. Mais  tandis  que  la  liturgie  byzantine  nous 
offre  le  long  tropaire  "A?;ov  éorîv,  l'alexandrine  s'est 
arrêtée  simplement  à  l'invocation  Xatps  Mapta,  etc., 
avec  la  finale  ordinaire  des  liturgies  grecques,  on  sxexsç 

TOV    2o>TT|pa   YlfUdV. 

C'est  également  la  caractéristique  des  liturgies  de 
Jérusalem  (de  saint  Jacques)  et  de  saint  Basile,  dont  la 
dernière  prière  de  l'offertoire  contient  aussi  ai;  upoo-s- 
Séçsç  rà  ocôpa  'A6sX  (sicut  suscepisti  munera  Abel) i  ; 
sans  qu'on  puisse  rien  en  conclure  de  précis  sur  le 
sujet  qui  nous  a  plus  haut  occupé,  il  est  remarquable 
cependant  que  ce  passage  avoisine  l'oblationde  l'encens 
comme  dans  la  liturgie  alexandrine,  et  toujours  avant 
la  consécration,  quand  les  mémoires  sont  terminées. 

On  voit  donc  comment  l'étude  comparée  des  liturgies 
peut  jeter  le  jour  sur  les  questions  en  apparence  les  plus 
obscures.  La  clef  générale,  c'est  la  séparation  des  prières 
du  prêtre  et  des  formules  du  diacre,  leur  juxtaposition, 
leur  restitution  dans  la  liturgie  qui  a  perdu  l'un  quel- 
conque de  ces  éléments.  Par  là  même,  on  peut  fixer  la 
date  respective  d'un  certain  nombre  de  parties  des  li- 
turgies anciennes. 

Cette  comparaison,  quant  aux  coutumes  des  églises 
d'Egypte,  tend  à  nous  montrer  que  l'état  intermédiaire 
dont  témoignent  la  disposition  des  diptyques  et  la 
manière  dont  ils  sont  entourés,  correspond  à  un  moment 
légèrement  antérieur  ou  peut-être  contemporain  à  celui 
de  la  formation  des  liturgies  byzantine  et  romaine,  et 
postérieur  cependant  au  formulaire  de  Sérapion,  c'est- 
à-dire  environ  vers  l'an  400,  quelques  années  avant  les 
troubles  qui  divisent  sur  le  terrain  théologique  les 
églises  dépendant  d'Alexandrie,  tandis  que  par  les  pra- 
tiques liturgiques  elles  restent  unies  de  longs  siècles 
encore  avec  de  vieilles  et  grandes  Églises. 

Amédée  Gastoué. 

IV.  Bibliographie.  —  La  liturgie  dite  de  saint  Marc 
représente  l'usage  de  l'Église  d'Alexandrie.  Il  convient 
de  ne  pas  accorder  à  ce  texte  ancien  une  valeur  plus 
grande  que  celle  qu'il  possède,  ce  qui  arriverait  si  on 
prenait  pour  une  indication  d'origine  le  titre  sous  lequel 
il  est  connu. 

A  la  suite  du  concile  de  Chalcédoine  (451)  et  de  la 

1  La  prière  en  question  a  été  en  partie  adoptée  par  un  grand 
nombre  de  formulaires  d'églises  occidentales  au  moyen  âge  pour 


condamnation  du  patriarche  d'Alexandrie  Dioscore,  il 
se  lorma  en  Egypte  deux  partis  comprenant  le  pays 
entier.  Après  un  siècle  de  résistance,  le  gouvernement  de 
Constantinople  fut  contraint  à  reconnaître  l'existence 
de  deux  fractions  religieuses,  l'une  orthodoxe,  s'ap- 
puyant  sur  le  gouvernement  et  faisant  usage  de  l'ancienne 
liturgie  en  langue  grecque,  l'autre  hérétique,  s'appuyant 
sur  la  population  indigène  et,  tout  en  conservant  l'ancien 
usage  liturgique,  le  transportant  dans  la  langue  copte, 
idiome  national  de  l'Egypte.  Cette  liturgie  d'Alexandrie 
ne  se  conserva  pas  sans  altérations  chez  les  orthodoxes 
qui,  après  y  avoir  introduit  plusieurs  usages  empruntés 
à  la  liturgie  de  Constantinople,  lui  substituèrent  cette 
dernière  et  ne  gardèrent  rien  de  l'ancien  usage  local. 
La  liturgie  en  question  est  désignée  sous  le  nom  de 
saint  Marc  pour  des  raisons  qui  n'ont  rien  de  commun 
avec  l'histoire,  et  ne  remonte  guère  au  delà  du  Ve  siècle. 
Elle  nous  a  été  transmise  par  cinq  manuscrits,  dont  les 
plus  anciens  ne  sont  pas  antérieurs  au  xnc  siècle. 

/.     LA     LITURGIE    GRECQUE    DITE    DE    SAINT    MARC.    — 

1.  Manuscrits.  —  a.  Bibliothèque  de  l'Université  de 
Messine,  ms.  grec.  n.  111 .  Rouleau  de  parchemin  en 
deux  pièces  de  la  fin  du  XIe  ou  du  commencement  du 
XIIe  siècle  ;  anciennement  au  monastère  basilien  de 
San  Salvador,  à  Messine.  Le  verso  offre  un  passage  con- 
sidérable de  la  liturgie  de  S.  Marc  qui  a  été  reproduit 
par  Swainson  (voir  §  2.  Éditions,  n.  c)  dans  lequel  il  oc- 
cupe la  3e  colonne,  p.  3-69,  et  par  F.  E.  Brightman 
(voir  §  2.  Éditions,  n.  d)  dans  lequel  il  correspond  aux 
passages  suivants  :  p.  113,  lign.  2-14;  p.  130,  lign.  28; 
p.  140,  lign.  15  b.  Le  texte  de  ce  rouleau  est  du  même 
type  que  le  textus  receptus  (voir  §  2.  Éditions,  n.  a). 

{i.  Ms.  Vaticanus  grmc.  1910,  xnie  siècle,  ancienne- 
mentllasilianuscryptoferralensis  /xparchemin.  Le  texte 
est  reproduit  par  Swainson  (lre  colonne),  p.  2-72,  sous  le 
titre  :  Codex  rossanensis;  cf.  P.  Batiffol,  L'abbaye  de 
Rossano,  in-8°,  Paris,  1891,  p.  51,  75,  84.  Ce  texte  est 
reproduit  par  F.  E.  Brightman  avec  des  additions  que 
nous  décrirons  plus  loin.  Ce  manuscrit  est  la  source  du 
textus  receptus. 

y.  Ms.  Vaticanus  grsec.  2281.  Rouleau  de  parchemin, 
daté  de  l'année  1207,  avec  notes  marginales  en  caractè- 
res arabes.  Le  rouleau  a  été  décrit  par  Swainson,  p.  xixsq., 
et  le  texte  forme  la  2e  colonne  intitulée  :  rotulus  vatica- 
nus, p.  2-73  de  l'édition  de  ce  dernier.  Ce  texte  a  subi 
l'influence  de  la  liturgie  dite  de  saint  Jacques  et  de 
l'usage  de  Constantinople,  principalement  de  cède  nier 
par  l'insertion  du  Siaxovr/.â  et  de  l'âxçwvTJffeiç. 

S.  Monastère  de  Sainte-Catherine,  du  Mont-Sinaï. 
Rouleau  de  parchemin,  xne  ou  xme  siècle,  version  arabe 
en  marge.  Ce  fragment  est  inédit.  Le  texte  est  substan- 
tiellement identique  au  précédent.  Swainson  en  a  fait 
usage  dans  sa  2"  colonne,  p.  26,  depuis  le  mot  Msya- 
À-jvats,  jusque  p.  56;  et  F.  E.  Brightman  depuis  p.  124, 
lign.  6,  jusque  p.  134,  lign.  17. 

e.  Bibliothèque  du  patriarcat  orthodoxe,  au  Caire. 
Une  note  de  la  main  de  l'évêque  de  Peluse,  datée  de 
1870,  attribue  ce  manuscrit  sur  papier  au  patriarche 
Meletius  Pegas,  qu'il  l'aurait  écrit  en  1585-1586.  Le  texte 
est  substantiellement  celui  de  y,  sauf  en  ce  que  les  addi- 
tions sont  plus  importantes. 

2.  éditions.  —  a)  H  fc)EIA  AEITOYPriA-  TOT 
ATIOY  AnOffTÔXou  y.ai  sùayyîXto-TOÛ  Mâpy.ou  jj.aôr,Toû 
toù  àycou  LHxpou...,  omnia  nunc  primum  grxce  et  la- 
tine in  lucem  édita;  in-8°,  Parisiis,  1583.  Cette  édition 
princeps  est  en  même  temps  le  textus  receptus,  elle 
fut  donnée  par  Jean  de  Saint-André,  chanoine  de  Paris, 
d'après  une  copie  faite  pour  le  cardinal  Sirleto  sur  le 
manuscrit  décrit  ci-dessus,  [i.  Cf.  A.  Zaccaria,  Biblio- 
theca  ritualis,  in-4°,  Roma?,  1776,  t.  I,  p.  11  et  note  4; 

l'encensement  à  l'offertoire.  Cf.  mes  Origines  du  chant  lituryiqut 
à  Paris,  dans  la  Revue  du  chant  grégorien,  Grenoble,  1003. 


1195 


ALEXANDRIE    (LITURGIE^ 


1196 


H-    llurter,  Nomenclator   literarius,  in-8»,   Œniponte, 
1892,  t.  i,  p.  61. 

b)  Ce  texte  a  été  reproduit  par  Fronlo  Ducaeus,  Bi- 
bliotheca  veterum  patrum,  in-fol.,  Parisiis,  1624,  t.  H,  et 
par  Renaudot,  Liturgiarum  orientalium  collectio,  in-4°, 
Parisiis,  1716,  t.  I,  p.  127;  in-4°,  Francofurti  ad  Mœnum, 
1847,  t.  i,  p.  120-148;  par  J.  A.  Fabricius,  Codex  apo- 
eryphusNovi  Testamenti,  in-8°,  Hamburgi,  1719,  t.  in; 
J.  A.  Assemani.  Codex  liturgicus  Ecclesise  universalis, 
in-4»,  Romse,  1754,  t.  vu,  p.  1  ;  J.  M.  Neale,  Tetralogia 
liturgica:  sive  S.  Chrysostomi,  S.Jacobi,  S.  Marci  di- 
v'mse  missse,  guibus  acceditordo  mozarabicus,  recensuit, 
parallelo  ordine  digessit,  notasgue  addidit,  in-8°,  Lon- 
dini,  1849;  C.  C.  J.  Bunsen,  Analecta  antenicsena,  in-8°, 
Londini,  1854,  t.  m,  p.  103;  H.  A.  Daniel,  Codex  liturgi- 
cus Ecclesise  universse,  in-8°,  Lipsiae,  1853,  t.  iv,  p.  134; 
Neale  and  Littledale,  The  greek  liturgies,  in-16,  Lon- 
don,  1859,  p.  1. 

c)  C.  A.  Swainson,  The  greek  liturgies  chie/ly  fruni 
original  authorities,  in-8°,  Cambridge,  1884,  p.  2-73. 
Le  te:>  te  est  donné  d'après  les  manuscrits  (3,  y,  a,  avec 
une  collation  du  lexlus  receptus  et  les  corrections  des 
anciens  éditeurs  en  marge. 

cl)  F.  E.  Brightman,  Liturgies  eastern  and  western, 
in-8",  Oxford,  1896,  t.  I,  p.  lxiii  sq.,  112  sq.  Cette  édition 
reproduit  théoriquement  celle  de  C.  E.  Hammond,  Litur- 
gies eastern  and  western,  in-12,  Oxford,  1878,  p.  41, 171, 
mais  elle  dispense  en  réalité  de  tenir  compte  désormais 
de  cet  ouvrage  dont  elle  serait  la  2e  édition.  Elle  prend 
pour  base  le  textus  receptus  (voir  a)  d'après  la  revision 
de  Swainson  faite  sur  le  manuscrit  fi.  Les  additions  sui- 
vantes ont  encore  amélioré  ce  texte  :  *  Les  passages  grecs 
du  texte  copte,  d'après  Assemani,  op.  cit.,  t.  vu,  p.  157; 
**  Giorgi,  1 ■  ragmentum  evangelii  S.  Johannis  grseco- 
coplo-thebaicum,  in-4°,  Romae,  1789,  p.  353;  ***  Le 
xgvtocxiov  de  la  liturgie  de  saint  Jacques  dans  le  rouleau 
de  Messine  a,  cf.  Swainson,  op.  cit.,  p.  310-314,  col.  1; 
****  Les  colonnes  2e  et  3e  des  p.  66-69  de  l'édition 
Swainson,  c'est-à-dire  le  manuscrit  y  et  le  revers  du 
rouleau  de  Messine  a  ;  *****  Les  liturgies  de  S.  Basile 
et  de  S.  Grégoire,  texte  grec,  d'après  Renaudot,  op.  cit., 
2'  édit.,  1847,  t.  i,  p.  80,  113. 

3.  Traductions.  —  L'édition  princeps  décrite  plus 
haut  (voir  a)  était  accompagnée  d'une  traduction  latine 
reproduite  par  Renaudot,  Fabricius,  Assemani  et  par 
les  cinq  Bibliolliecse  qui  ont  donné  le  document  qui 
nous  occupe  :  Margarin  de  la  Bigne  :  Sacrez  bibliothecse 
sanctorum  Patrum,  in-fol.,  Parisiis,  1589,  t.  vi;  in-tol., 
Parisiis,  1610  (3e  édition  contenant  un  Auctarium  en 
2  volumes),  t.  n;  Magna  bibliotheca  veterum  Patrum, 
in-fol.,  Colonise  Agrippinae,  1618, 1. 1;  Maxima bibliotheca 
veterum  Patrum,  in-fol. ,  Lugduni,  1677,  t.  u.  I.a  traduc- 
tion anglaise  de  Yanaphora  dans  T.  Brett,  A  collection 
of  the  principal  liturgies,  in-8°,  London,  1720,  p.  29- 
41;  .1.  M.  Neale,  History  of  the  holy  eastern  Church  : 
Introduction,  in-8»,  London,  1850,  p.  532-702.  La  tra- 
duction complète  dans  .1.  M.  Neale,  The  liturgies  of 
Si.  Mark,  St.  James,  St.  Clément,  St.  Chrysostom, 
Si.  Basil  and  of  the  christians  of  Malabar,  in-16, 
London,  1859;  2e  édition,  in-8°,  London,  1868,  avec  pré- 
face parle  D*  Littledale;  Atttenicene  Christian  library, 
in-8' ,  Edinburgh,  1872,  t.  xxiv.  La  traduction  allemande 
dans  F.  Probst,  Liturgie  der  drei  ersten  cltristlichen 
Jalirhunderte,  in-8°,  Tùbingen,  1870,  p.  318-334, 

4.  Dissertations.  —  C.  C.  J.  Bunsen,  op.  cil.,  t.  ni. 
p.  21  sq.,  103  sq.,  a  reproduit,  avec  des  dispositions 
assez  compliquées,  divers  documents  dont  l'ensemble  lui 
semble  justifier  le  titre  qu'il  leur  donne  :  Liturgia,  quse 
àicitur  divi  Marci,  ut  Origenis  temporibus  legebatur. 
On  trouve  là  des  conjectures  élevées  a  la  dignité  de 
certitudes.  L'auteur  découvre  même  dans  sa  reconsti- 
tution :  the  apostolic  beauty  and  simplicity  of  the  an- 
cien! primitive  form.   Nous  ignorons  sur   quel  texte 


authentique  il  a  pu  se  former  une  idée  du  style  litur- 
gique à  l'époque  apostolique;  cette  remarque  et  cette 
citation  nous  dispenseront  d'entrer  dans  plus  de  détails. 
Les  dissertations  les  plus  utiles  à  consulter  sont  : 
W.  Palmer,  Origines  liturgicœ,  in-8°,  Oxford.  1839,  t  i, 
p.  82-105:  The  Alexandrine  liturgy;  F.  Probst,  op.  cit., 
part.  II,  c.  iv,  p.  334-341  :  Liturgie  des  Marcus;  le 
même,  Liturgie  des  vierten  Jahrhunderts  und  deren 
Beform,  in-8»,  Munster,  1893,  p.  106-195  :  Die  alexan- 
drinische  Liturgie  nach  den  Sc/triften  des  h.  Athana- 
sius;  L.  Duchesne,  Origines  du  culte  chrétien.  in-8°, 
Paris,  1898,  p.  73-77  :  La  liturgie  alexandrine  ;  F.  Ma- 
gani,  L'antica  liturgia  romana,  in-8°,  Milano,  1897,  1. 1, 
p.  96-99  :  Liturgia  alessandrina  o  di  S.  Marco  ;  A.  Da- 
niel, Codex  liturgicus  universalis,  in-8°,  Lipsiae.  1855, 
t.  iv,  p.  134-136,  137-170;  Renaudot,  Liturg.  orient. 
coll.,  in-4°,  Francofurti  ad  Mœnum,  t.  i,  p.  lxxxui  sq., 
116  sq.,  313-342. 

5.  Additions.  —  Au  texte  grec  de  la  liturgie  de  saint 
Marc  doivent  se  rattacher  deux  anaphorse  dites  de  saint 
Basile  et  de  saint  Grégoire.  L'original  manuscrit  est  à 
l'aris,  Biblioth.  nationale,  Grsec.  325,  manuscrit  sur 
papier  du  xive  siècle,  version  arabe  en  marge.  Il  manque 
deux  ou  trois  feuillets  au  début  et  un  feuillet  dan*  le 
corps  du  texte.  Cf.  Monlfaucon.  Palseograp/ya  'ineca, 
in-fol. ,  Parisiis,  1708,  p.  314;  Renaudot,  op.  cit..  2e  .dit., 
1847,  t.  I,  p.  xcn;  H.  Omont,  Inventaire  sommaire  des 
mss.  grecs  de  la  Biblioth.  nationale,  in-8°,  Paris.  1888, 
t.  1,  p.  33.  Ces  deux  auaphores  ont  été  éditées  :  Aec-rovip- 
y;a  to0  àyiou  BatriÀeîou,  dans  Renaudot,  op.  cit., 
t.  I,  p.  57-85;  'H  6e;a  Xei-coupyfa  toC  èv  àyioiç 
7raTpè>ç  ^ixoiv  rpYiyopt'ov,  dans  Renaudot.  op.  cit., 
t.  I,  p.  85-115,  avec  traduction  latine.  Texte  et  traduction 
sont  reproduits  par  ,1.  A.  Assemani,  op.  cit..  t.  vu, 
p.  45-133  et  l'anaphore  de  saint  Basile  est  reproduite 
dans  une  traduction  anglaise  dans  T.  Brett.  op.  cit., 
p.  71-80. 

6.  Sowces  diverses.  —  1°  Nous  avons  publié  :  D.  Ca- 
brol  etD.  Lec\ercq,Monumenta Ecclesise  lit urgica,in-i*, 
Parisiis,  1902,  t.  I,  n.  971-1607,  les  Relliquise  dispersée» 
dans  les  écrits  de  Pères  et  ayant  trait  à  l'usage  litur- 
gique anténicéen  de  l'Eglise  d'Alexandrie.  A  ces  texte* 
on  joindra,  ibid.,  t.  i,  n.  41034161,  contenant  les  relli- 
quise tirées  d'écrits  dont  la  provenance  alexandrine  ou 
égyptienne  est  probable.  —  2°  F.  Probst  a  utilisé  un 
grand  nombre  de  textes  liturgiques  des  écrits  de  -tint 
Athanase,  Liturgie  der  vierten  Jahrhunderts  und  de- 
ren Reform,  in-8°,  Munster.  1893,  p.  106-124.  - 
3°  F.  E.  Brightman,  op.  cit.,  t.  i,  p.  504  sq..  The  liturgy 
front  the  writings  of  the  egyptian  Fathers,  reconsti- 
tue en  partie  la  liturgie  avec  les  écriN  dé-  Pères, 
principalement  Athanase,  Macaire,  Didyme,  Tiiuothée 
d'Alexandrie,  Théophilacte,  Synésius,  Isidore  de  Péluse, 
Cyrille  d'Alexandrie,  Sozomène,  Socrate,  Evagre.  — 
4°  11  donne  ensuite  le  schéma  de  la  liturgie  égyptienne, 
p.  510  :  The  egyptian  liturgy  of  the  arabic  Dniascalia, 
c.  xxxvin,  d'après  le  manuscrit  de  la  Bodléienn  >.  llun- 
tington,n.31,(o\A2l.  Sur  cette  Didascalia,  voir  ce  mot. 
—  5°  La  Liturgie  des  présanctitiés  de  saint  Marc,  ri 
itpo*)Yiaa,|iivot  toî  à-octoÀo'j  Mipxoy,  mentionne.'  dans 
une  rubrique  de  la  liturgie  gréco-égyptienne  ■!  -tint 
Basile.  Cf.  Renaudot.  op.  cit.,  t.  i.  p.  76  et  note  p.  321. 
La  prière  est  identique  dans  le  grec  et  le  copte,  cf. 
Ibid.,  t.  I,  p.  21,  et  elle  se  rapporte  évidemment  a  la 
formule  by/antine:r,vj<7Tai  xa'i  TETÉ/earai.  Cl.  F.  E.  Brulit- 
man,  op.  cit.,  t.  i.  p.  344.  Mi. 

On  peut  consulter,  quoique  les  renseignent  ints  de 
cette  époque  tardive  renferment  peu  d'éclaircissements, 
ce  qui  a  traita  la  liturgie  grecque  de  saint  Mare  dans 
la  correspondance  entre  Maie  d'Alexandrie  et  Théodore 
Balsamon,  cf.  P.  G.,  t.  cxxxvin,  col.  953,  et  dai 
mentaire  de  Balsamon  sur  le  32-  canon  du  concile  in 
Trullo.  Cf.  P.  C,  t.  i:xxxvn.  col.  621.  F.  E.  Brightman, 


1197 


ALEXANDRIE    (LITURGIE' 


1198 


op.  cit.,  t.  i,  p.  lxvi,  fait  observer  que  l'auteur  du 
vif  siècle  cité  par  Palmer,  Origines  liturgicx,  in-8°, 
Oxford,  1845,  t.  i,  p.  88,  d'après  Spelmann,  Concilia, 
in-fol.,  London,  1639,  t.  I,  p.  177,  traite  de  l'office  divin 
en  général  plutôt  que  de  la  liturgie  proprement  dite. 
Son  récit  et  l'allusion  de  Nicolas  de  Méthone,  De  cor- 
pore  et  sanguine  Domini,  P.  G.,  t.  cxxxv,  col.  513, 
paraissent  dépendre  de  cette  croyance  que  les  apôtres 
auraient  porté  eux-mêmes  les  usages  liturgiques  dans 
les  principales  Églises,  et  non  d'une  iormule  empruntée 
à  la  liturgie  dite  de  saint  Marc. 

//.  les  liturgies  copies.  —  Les  liturgies  coptes  con- 
tenant l'ancien  usage  d'Alexandrie  sont  au  nombre  de 
trois  :  celles  de  saint  Cyrille  d'Alexandrie,  de  saint  Gré- 
goire de  Nazianze  et  de  saint  Basile.  Ces  liturgies  ne 
diffèrent  que  pour  Vanaphora,  les  deux  anaphorx  de 
saint  Grégoire  et  de  saint  Basile  existent  aussi  en  grec. 
Voir  §  5  Additions.  Vanaphora  de  saint  Cyrille,  appelée 
aussi  de  saint  Marc,  est  la  plus  ancienne.  «  Ceci  résuite 
d'abord  de  ce  que,  seule  des  trois,  elle  présente  certains 
traits  caractéristiques  de  la  liturgie  alexandrine,  ensuite 
de  ce  qu'elle  reproduit  souvent,  et  mot  à  mot,  le  texte 
de  la  liturgie  de  saint  Marc.  En  joignant  à  Vanaphora 
de  saint  Cyrille  l'ordinaire  de  la  messe  copte,  on  obtient 
une  liturgie  copte  qui  lorme  le  pendant  exact  de  la 
liturgie  grecque  de  saint  Marc  '.  » 

Les  livres  indispensables  à  la  liturgie  sont  :  —  1°  le 
Khiilâji  (e-J'/oXô-ctov),  livre  du  prêtre;  —  2°  le  Kutmàrus 
(copt.  kataniéros  =  xaià  ij.époç  ou  y.a9?](iépio;),  lection- 
naire,  contenant  les  quatre  leçons  et  le  psaume  avant 
l'évangile;  —  3°  le  Synaxàr  (cruvaljâpiov),  légendaire, 
dont  les  récits  sont  quelquefois  substitués  à  la  lecture 
des  Actes  des  Apôtres;  —  4°  le  manuel  du  diacre  et 
du  chœur,  contenant  les  Siaxovixa,  les  répons  et  les 
hymnes,  tant  ceux  qui  sont  fixes  que  ceux  qui  varient. 
Ces  livres,  tant  manuscrits  qu'imprimés,  portent  généra- 
lement en  marge  une  traduction  arabe  du  texte  des  prières, 
les  rubriques  des  manuscrits  sont  en  un  langage  mélangé 
de  grec  et  de  copte.  Nous  allons  décrire  successivement 
les  manuscrits  et  les  imprimés. 

1.  Manuscrits.  —  a,  contenant  les  anaphorx  des 
saints  Basile,  Grégoire  et  Cyrille  :  Mss.  Vatic,  copt.  xvn 
(1288);  copt.  xxiv  (xiv  siècle);  copt.  xxv  (1491);  copt. 
xxvi  (1616);  British  Muséum,  Supplem.  arab.  18 
(xiie  siècle);  Additional  11125  (1811);  Bodléienne, 
Huntington  360  (xme  siècle),  ce  texte  est  traduit  dans 
F.  E.  Brightman,  op.  cit.,  t.  i,  p.  144-188),  Marshall  5 
(xive  siècle);  Marshall  93  (xvme  siècle);  Paris,  copt. 
xxvi,  xxviii,  xxxi ;  —  p,  contenant  les  anaphorx.  de 
saint  Basile  et  de  saint  Grégoire  :  Paris,  copt.  xxix, 
xxxix;  —  y,  contenant  les  anaphorx  de  saint  Basile  et 
de  saint  Cyrille  :  Bodléienne,  Huntington  512  (xme  ou 
xive  siècle);  —  8,  contenant  Vanaphora  de  saint  Basile  : 
ms.  Vatic,  copt.  xvui  (antérieur  à  l'année  1318);  copt. 
Xix  (1715);  copt.  Lxxviu  (1722);  Suppl.  copt.  lxxxi 
(1723);  Suppl.  copt.  lxxxv  (xviii0  siècle);  Suppl.  copt. 
lxxxvi  (1713),  Paris,  copt.  xxiv,  xxv,  xxvu,  xxx;  — 
e,  contenant  les  anaphorx  de  saint  Grégoire  et  de 
saint  Cyrille  :  ms.  Vatic,  copt.  xx  (1315);  copt.  li 
(sans  date);  Bodléienne,  Huntington  403  (xn ie  ou 
XIVe  siècle);  —  Ç,  contenant  Vanaphora  de  saint  Grégoire  : 
Paris,  copt.  xl;  —  v),  contenant  Vanaphora  de  saint 
Cyrille  :  ms.  Vatic,  copt.  xxi  (1333);  copt.  xxu  (anté- 
rieur à  l'année  1580);  Paris,  copt.  ai/;  —  0,  messe 
pontificale  pour  la  consécration  du  chrême  :  ms.  Vatic, 
copt.  xli v  (xine  siècle);  —  c,  Diaconale,  contenu  dans 
les  mss.  Vatic,  copt.  xxvu  (xme  siècle);  copt.  xxviu 


'  L.  Duchesne,  Origines  du  culte  chrétien,  in-8%  Paris,  1898, 
p.  75.  —  *  Cf.  Grégory,  dans  Tischendorl,  Novum  Testam.  grœce, 
in-8-,  Leipzig,  1894,  p.  853  sq.;  Scrivener,  Introduct.  tu  the 
criticism  of  the  New  Testament,  in-8°,  Londres,  1894,  t.  Il, 
p.  110  sq.  —  'Mai,  Scriptor.  vêler,  nova  collectio,  in-4%  Roms, 


(1307);  —  /.,  Lectionnaire,  dans  les  mss.  Vatic,  arab. 
xv  (1338)  contenant  les  évangiles  pour  toute  l'année; 
arab.  LIX  (xvne  siècle);  copt.  xxix  (1712];  copt.  XXXII 
(1723);  Bodléienne,  Huntington  18  (1295);  Hunting- 
ton 218  (1349?);  Huntington  80  contenant  toute 
les  leçons  de  septembre  à  février;  Huntington  26 
(1265)  et  Paris,  copt.  xix,  copt.  xx.  pour  le  carême; 
Vatic,  arab.  lx  (1673);  cupt.  xxxi  (1711);  copt.  XXXIV 
(vers  1700);  Bodléienne  Huntington  5,  pour  la  semaine 
sainte;  Huntington  3,  pour  le  temps  pascal;  Hunting- 
ton 47;  Paris,  copt.  xxi  ('.'(pour  les  dimanches  du  temps 
pascal  et  ceux  du  mois  de  mai  au  mois  d'août;  Bod- 
léienne, Huntington  254,  pour  les  fêtes  principales 
Vatic,  copt.  xxx  (1714):  capl.  xxxm  (1719)  pour  les 
dimanches  depuis  le  carême  jusqu'à  la  lin  de  l'année; 
Vatic,  arab.  XXXIX  (xvie  siècle)  pour  les  dimanches  et 
letes.  Dans  les  manuscrits  coptes  du  Nouveau  Testament 
les  divisions  et  l'ordre  des  livres  correspondent  au  système 
des  lectures.  Les  évangiles  composent  généralement  un 
volume  à  pari,  de  même  les  épitres  de  saint  Paul.  Si  ce 
dernier  est  joint  aux  autres  écrits  du  Nouveau  Testament 
on  le  fait  suivre  des  épitres  catholiques  et  des  Actes  -'. 

>..  Les  fragments  sahidiques  du  ms.  Or.  3580  du 
British  Muséum  sont  une  collection  de  fragments  litur- 
giques comprenant  :  a)  un  passage  d'une  table  des 
lectures;  b)  des  invocations  (l'une  d'entre  elles  est  une 
compilation  tirée  de  saint  Cyrille  et  de  saint  Grégoire  ; 
c)  quatre  collections  de  prières  ;  d)  deux  fragments  de 
diaconica  dont  l'un  contient  l'institution  el  i'intercession. 
On  rencontre  des  collections  semblables  à  Leyde  et 
ailleurs  3. 

2.  Éditions.  —  a.  Ordo  communis.  —  1°  B.  Tuki,  Mis- 
sale  coptice  et  arabicc,  in-4°,  Romae,  1736.  Les  noms 
monophysites  ont  disparu  et  celui  de  Chalcédoine  y  a 
été  introduit  dans  les  cominémoraisons,  en  outre  on  y 
trouve  le  Fiiioque.  Les  rubriques  supplémentaires  sont 
en  arabe  seulement.  Ce  missel  a  été  réimprimé  avec  les 
rubriques  en  latin  seulement  dans  J.  A.  Assemani,  Codex 
liturg.,  1.  IV,  part.  4,  in-4»,  Roms,  1754,  t.  vu,  p.  1  sq., 
sous  ce  titre  :  Missale  Alexandrinurn  s.  Marci,  in  quo 
eucharistix  liturgix  omnes  antiqux  ac  récentes  eccle- 
siarum  JEgypti,  grxce,  coptice,  arabice  et  syriace 
exhibenlur.  Une  édition  anglaise  sous  le  titre  :  The 
Coptic  morning  service  for  the  Lord's  day,  translated 
inlo  english  by  John,  niarquess  of  Bute,  in-8°,  London, 
1882.  Quelques  additions  et  aes  modifications  sont 
indiquées  pour  mettre  le  texte  au  courant  de  l'usage 
actuel.  Les  seules  parties  qu'on  puisse  entendre  sont 
données  dans  l'original,  le  reste  ainsi  que  les  rubriques 
est  en  anglais.  On  a  ajouté  ce  qui  concerne  l'encen- 
sement du  matin  et  un  appendice  sur  l'office  divin.  — 
2°  Euchologion  (en  arabe).  in-8°,  Cairo,  1887;  —  3°  Le 
livre  de  ce  qui  concerne  les  diacres  au  sujet  des 
lectures  et  du  chant  (en  arabe),  in-8°,  Cairo,  s.  d.  —  Le 
premier  de  ces  deux  livres  contient  les  prières  que  récite 
le  célébrant,  le  deuxième  contient  les  répons  cl  les 
hymnes,  en  copte  et  en  arabe,  avec  rubriques  en  arabe. 
—  4°  Traductions  :  Latines  :  Victor  Scialach,  Liturgix 
Basitii  magni,  Gregorii  theologi,  Cyrilli  ale.i andrini 
ex  arabico  conversx,  in-12,  Augustœ  Vindelicorum, 
1604,  réimprimée  dans  la  Magna  biblioth.patr.,  in-fol., 
Parisiis,  1654,  t.  vi;  dans  Renaudot,  op.  cit.,  t.  i,  et 
Assemani,  op.  cit.,  t.  vu.  —  Anglaises  :  S.  C.  .\lalan, 
Original  documents  of  l/te  coptic  Church,  in-8",  London, 
1875;  Marquis  de  Liute,  op.  cit.:  Xeale,  History  of  the 
holy  eastern  Church,  in-8°,  London,  1850,  p.  881  sq.; 
.1.  M.  Rodwell,  The  liturgies  of  S.  Basil,  S.  Gregory 


183-1,  t.  iv  :  Cudices  arabici  bibliotli.  vatic.  ;  t.  v  :  Codices  coptici 
bibl.  Vatic.;  W.  Cureton,  Catal.  cod.  mss.  orient.  Mus.  Brit. 
arab.,  in-4%  London,  184G  ;  Rien,  Supplem.  to  catal.  of  arab. 
mss.  in  Brit.  Mus.  in-4',  London,  1894;  Uri,  Bibl.  Bold.  codicet 
mes.  orient  catal.,  in-4%  Oxonii,  1787,  t.  i. 


1199 


ALEXANDRIE    (LITURGIE) 


1200 


and  S.  Cyril  from  a  coptic  manuscrit  of  the  thirteenth 
century,  in-8°,  London,  1870,  p.  25  sq. 

p.  Les  anapliorse.  —  1°  Les  anaphorat  de  saint  Basile, 
saint  Grégoire  et  saint  Cyrille  se  trouvent  dans  R.  Tuki, 
op.  cit.;  les  traductions  latines  et  anglaises  dans  les 
ouvrages  qui  viennent  être  énumérés  (voir,  §  4  a).  — 
2°  Uanaphora  de  saint  Basile  se  trouve  dans  Assemani, 
op.  cit.  ;  t.  vu,  p.  47-90,  avec  rubriques  en  latin  ;  Marquis 
de   Bute,  op.  cit.,   p.  77-117;  ^y^-Y^».,  in-8»,  Cairo, 

1887,  p.  78-116;  traduction  latine  dans  Assemani,  op.  cit.; 
traduction  anglaise  dans  Neale,  op.  cit.,  p.  532-702  (sur 
le  latin  de  Renaudot)  et  dans  Marquis  de  Bute.  — 
3°  L'anap/iora  de  saint  Grégoire  se  trouve  dans  ^yS^Vj.^., 

in-8°,  Cairo,  1887,  p.  167-176;  dans  Mittheilungen  aus 
d.  Sammlung  d.  Papyrus  Erzlierzog  Rainer, \Yien,1887, 
p.  71;  ce  dernier  texte  est  un  fragment  sahidique;  tra- 
duction latine  dans  Assemani,  op.  cit.,  p.  134-156  (d'après, 
le  texte  établi  par  R.  Tuki),  traduction  latine  d'un  frag- 
ment sahidique  par  H.  Hyvernat,  Fragmente  der  allkop- 
tisc/ien  Liturgie,  in-8°,  Rom,  1888.  -j-  4°  Vanaphora  de 
saint  Cyrille.  11  n'en  existe  aucun  texte  publié  séparé- 
ment; traduction  latine  dans  Assemani,  op.  cit.  (d'après 
R.  Tuki),  p.  157-184;  traduction  latine  d'un  fragment 
sahidique  correspondant  au  passage  inclus  entre  p.  168, 
lign.  34,  et  p.  173,  lign.  19  de  l'édition  F.  E.  Brightman, 
est  donnée  par  H.  Hyvernat,  op.  cit.,  p.  11-13  d'après  le 
ms.  Borgia  décrit  par  C.  Zoëga,  Catal.  codicum  copti- 
torum,  in-fol.,  Romœ,  1810,  n.  c.  —  5°  Autres  anapliorse 
dans  a.  A.  A.  Giorgi,  Fragmentum  evangelii  S.  Joannis 
grxcocoptolhebaicum  :  additameittum...divinse  missse, 
cod.  diaconici  reHquise  et  liturgica  alia  fragmenta... 
in-4".  Romae,  1789,  p.  304,-315;  c'est  un  texte  sahidique 
accompagné  d'une  version  latine  d'un  fragment  d'ana- 
phora  inconnu  par  ailleurs,  d'après  le  ms.  Borgia  qui 
vient  d'être  mentionné.  H.  Hyvernat,  op.  cit.,  p.  15-19, 
en  a  donné  une  version  latine.  Le  ms.  diaconicus,  n.  CI, 
du  Catal.  codd.  coptil.  de  Zoéga,  p.  353-366,  contient  une 
collection  de  diakonika.  F.  E.  Brightman  lui  a  emprunté 
le  texte  désigné  par  le  chiffre  2  à  la  page  139-141  de 
son  recueil.  Cf.  Ilammond,  The  liturgy  of  Anlioch, 
in-8°,  Oxford.  1879,  p.  27.  —  7°  H.  Hyvernat.  Fragmenteder 
allkoptiscken  Liturgie,  in-8°,  Rom,  1888,  dans  Rômisclie 
<Juarlalscfirifl,iS&l,  1. 1,  p.  330-345.  Ces  fragments  appar- 
tiennent à  cinq  messes  différentes;  une  partie  de  l'une 
d'entre  elles  avait  déjà  été  publiée  par  Giorgi.  Les 
manuscrits  d'où  ces  textes  sont  tirés  doivent  prendre 
date  entre  le  vni°  et  le  xnc  siècle.  Cf.  C.  Zoëga,  op.  cit., 
n.  c.  CX.  l.a  formule  :  Grattas  agimus  tibi,  p.  23,  peut 
être  rapprochée  de  la  formule  de  la  liturgie  des  Abyssins 
Jacobkes  :  Pilot  of  the  soûl,  dans  F.  E.  Brightman, 
op.  cit.,  t.  i,  p.  243.  lign.  9.  Cf.  Renaudot,  op.  cit.,  t.  i. 
p.  'lOi  Ludolf,  Ad  suant  /tisloriam  selhiopicam  Commen- 
tatio,  in-fol.,  Francofurti,  1691,  p.  345. 

y.  Le  factionnaire.  —  1°  A.  Mai.  Scriptorum  veterum 
nova  collée tio,e  Vaticanis  codicibus  édita,  in-4°,  Romae, 
1831,  t.  iv,  part.  2  :  Codices  arabict  bibliothecœ  Vati- 
canse,  vel  a  Cltristianis  scripti  vel  ad  religioneni  chri- 
stianant  spectanles,  p.  15-34.  Mai  donne  la  table  des 
évangiles  pour  les  jours  de  fête,  les  jours  de  jeûne,  les 
samedis,  dimanches,  mercredis  et  vendredis  pendant 
toute  i  année  d'après  le  ms.  Vatic.  arab.,  xv,  réimprimé 
d'après  Assemani,  Biblioth.  apostol.  Vatic.  cod.  mss. 
catalogus,  t.  m,  part.  2.  p.  16-41.  —  2»  S.  C.  Malan,  The 
holy  Gospel  and  versifies  for  every  sunday  and  other 
feast  day  in  tlie  year;  as  tiseil  in  the  coptic  Church, 
in-8°,  London,  1874.  Malan  donne  les  évangiles  du 
dimanche  et  les  versets  pour  vêpres,  matines,  et  la 
liturgie  pendant  toute  l'année  d'après  un  manuscrit 
copto-arabe.  Cf.  ces  versets  dans  F.  V..  Brightman, 
p.  159,  lig.  30  sq..  et  le  chant  du  baiser  de  paix,  ibid., 
p.  163.  lig.  35.  l.a  table  des  évangiles  est  réimprimée 
dans    le    Dictionary    of    Christian    antiquities,    in-8°, 


London,  1875,  p.  659-661.  —  3°  Lagarde,  dans  Abhand- 
lungen  d.  historisch-philologischen  Classe  d.  kônigl. 
Gesellschaft  der  Wissenschaflen  zu  Gôttingen,  Gottin- 
gen,  1879,  t.  xxiv.  C'est  une  table  de  toutes  les  lectures 
et  des  psaumes  pendant  les  mois  de  novembre  à  février 
et  juin  à  août,  pour  le  carême,  le  jeûne  des  Ninivites, 
les  dimanches  du  temps  pascal  et  les  principales  fêtes, 
d'après  le  ms.  de  Gôttingen,  Orient.  125,  loi.  7-9,  12-15. 
—  4°  Maspéro,  dans  le  Recueil  de  travaux  relatifs  à  la 
philologie  et  à  l'archéologie  égyptiennes  et  assyriennes, 
Paris,  1886,  t.  vu,  p.  144.  Fragment  d'une  table  des 
lectures  en  dialecte  sahidique. 

3.  Sources  diverses.  —  Parmi  les  documents  hagio- 
graphiques et  autres  qui  n'ont  encore  été  l'objet  d'aucun 
dépouillement  total  et  méthodique  on  trouverait  de  très 
nombreuses  indications  liturgiques.  Ce  groupe  de  textes 
sera  compris  parmi  ceux  de  la  série  des  Relliqute  ktur- 
gicte  dans  D.  Cabrol  et  D.  Leclercq,  Monumenta  Eccles. 
liturg.,  in-4»,  Paris,  1902.  Il  faut,  en  attendant,  recourir 
surtout  aux  documents  suivants,  tous  inédits,  mais  cités 
largement  par  Renaudot,  op.  cit.,  t.  i,  p.  152  sq.;  ce 
sont  :  le  patriarche  Christodule  (1047-1078),  cf.  Renau- 
dot, Historia  patriarch.  alexandr.  jacobit.,  in-4°,  Paris, 
1713,  p.  420-424;  J.  M.  Neale,  Palriarchate  of  Alexan- 
dria,  in-8°,  London,  1847,  t.  il,  p.  213:  le  patriarche 
Gabriel  (f  1146).  cf.  Renaudot,  op.  cit.,  p.  511  ;  J.  M.  Neale, 
op.  cit.,  p.  248;  le  patriarche  Cyrille  III  (f  1235-1243), 
cf  Renaudot,  op.  cit.,  p.  582;  auteurs  de  «  Constitu- 
tions »  ;  en  outre  Canons  impériaux  »,  cf.  Renaudot, 
op.  cit.,  p.  213:  I'  o  Lpitome  des  sentences  des  Pères  », 
les  collections  canoniques  de  Farâj  Allah  of  Akhmin 
(xue  siècle)  et  de  Sati'l  Fadi'  il  ibn  al  Assâl  (xme  siècle), 
cf.  Renaudot.  op.  cit.,  p.  586;  F.  E.  Brightman.  op. 
cit.,  t.  i,  p.  LXXI.  Pour  les  manuscrits  de  ces  deux  collec- 
tions, cf.  Paris.  Biblioth.  nat..  Ane.  fonds,  n.  1-20;  col- 
lection de  Farâj  Allah:  Biblioth.  nat.,  Ane.  fonds, 
n.  12i-12S  :  collection  de  Ibn  al  'Assâl.  et  Supplém. 
arabe,  ».  84,  85;  enfin  Biblioth.  nat.,  Supplém.  arabe, 
n.  18,  83  :  collection  de  Maqâra  contenant  les  «  Canons 
impériaux  ».  Parmi  les  commentaires  liturgiques  d'au- 
teurs arabes  que  Renaudot  a  mis  à  profit,  mais  qui  par 
ailleurs  sont  encore  inédits  :  Abu  Çabâ,  Traité  de  la 
science  ecclésiastique;  Abu']  Rircat,  Une  lumière  dans 
les  ténèbres  et  une  exposition  de  l'office  (xive  siècle), 
cet  écrit  se  trouve  au  Vatican,  ms.  arab.  ncxilll  (a  19  : 
à  Upsal,  ms.  Orient.  480,  cf.  Tornberg  Codices  arab. 
pers.  et  turc.  bibl.  reg.  unir.  I  -.  in-8°,  Upsala, 

1849,  p.  306;  Gabriel  V,  Rituale  sacramentorum  i  141 1), 
cf.  Paria,  Biblioth.  nat..  Ane.  fonds,  r.  '/-.  Abu  Dakn 
ou  .1.  Abudacnus  ou  Barbatus,  Historia  Jacobitarum 
seu  Coptorum  m  .Fgypto,  Lybia,  Nubia,  .Ktliiopia 
totaet  parte  Cypri  insulte  liabilantiuni  [edid.  Th.  M 
challusj,  in-4".  Oxonii,  1675;  édit.  J.  H.  a  Seelen,  in-8», 
Luhocse,  1733;  édit.  Si..  Havescampus,  in-8°,  Lugduni, 
1740;  in-12.  Oxonii.  1765;  tiad.  allemande  par  Karl 
Heinrich  Tromler.  Abbildung  der  Jakobistichen.,  in-8», 
lena,  1749;  traduct.  anglaise  par  Ldw.  Sadleir,  The  l rue 
hisiory  of  the  .lacobites,  in-4°.  London.  1692;  2e  édit., 
in-4°,  London.  1693;  iiituale  Ecclesise  .Egypliacm  sire 
Cophtitarum  quod...  ex  lingua  copia  cl  arabica  in  laii- 
num  transtulit,  Athan.  Kircherius,  anno  1647,  dans 
L.  Allatius.  SJjHMxta,  in-8'.  1653.  t.  i.  p.  236-267. 

4.  Dissertations.  —  .1.  M.  Vansleb,  Histoire  de  I  Eglise 
d'Alexandrie,  fondée  par  S.  Marc,  appelée  l'Eglise  des 
jacobiles-coptes,  in-12.  Paris,  1677.  cf.  A.  .1.  Butler, 
dans Academy,  1888.  t.  x.wiv.  p.  3Ô5;  Renaudot, op. cil., 
1'  édit.,  t.  I.  p.  iaxvi  sq..  152-302;  F.  Le  Brun.  Expli- 
cation ne  la  messe,  in-8",  Paris.  1788,  t.  îv.  p.  469-518  : 
VU'-  dissertation;  Liturgies  du  patriarchat  d'Alexandrie 
conservées  principalement  par  les  coptes  jacobites 
Du  Bernât.  Lettre  sur  la  religion  des  cophtes  et  sur 
leurs  rites  ecclésiastiques,  dans  les  Lettres  édifiantes, 
1838.  t.  i,  p.  574-594;  T.  E.  Makriri,  HiMoria  Coptorum 


1201 


ALEXANDRIE   (LITURGIE; 


1202 


christianorum  in  Aigypto,  arabice  édita  et  in  linguam 
lalinam  translata  ab  H.  .!.  Wetzer,  in-8»,  Sqlisbaci, 
1828;  .T.  M.  Neale,  History  of  the  holy  eastern  Church, 
in-8",  London,  1850,  p.  323  sq.;  A.  Butler,  The  ancien t 
coplic  Churches  of  Egypt,  2  vol.  in-8°,  Oxford,  1884; 
Ewetts  and  Butler,  The  Churches  and  Monasteries  of 
Egypt,  in-8»,  Oxford,  1895;  B.  T.  A.  Ewetts,  Biles  of 
the  coptic  Church,  in-18,  London.  1888. 

///.  les  liturgies  ABYSSINES.  —  La  liturgie  normale 
des  Abyssins  porte  le  nom  de  liturgie  des  Douze  Apô- 
tres. Cette  liturgie  est,  pour  le  fond,  identique  à  la  litur- 
gie copte  de  saint  Cyrille.  Les  Abyssins  ont  quinze 
anaphorse  que  nous  énumérerons  plus  loin;  les  livres 
liturgiques  dont  ils  font  usage  sont  :  1°  le  Keddàse, 
contenant  le  texte  complet  de  la  liturgie  ;  2°  le  Sher'àta 
geçâwë  (=  ordo  synopseos),  le  lectionnaire. 

1.  Manuscrits.  —  a.)  Ordo  communis  avec  anaphorse, 
m--.  Britisb  Muséum,  Orient.  545  ( XVIIe siècle);  Paris, 
Ethiop.  69;  Berlin,  Diez  A  d  11  (xvne  siècle);  Brit. 
Mus..  Orient,  n.  546, 547  (xvme  siècle)  ;  Paris,  Ethiop. 61, 
68  (xvme  siècle);  Berlin,  Pet.  Il,  n.  36  (XVIIIe  siècle); 
Brit.  Mus.,  Orient,  n.  548  (xixe  siècle);  Berlin,  Orient, 
quart,  n.  414  (xixe  siècle).  —  '^Anaphorse  sans  Y  ordo 
communis,  mss.  Bibl.  Soc.  Ethiop.  G.  (xve  siècle); 
cf.  Rodvvell,  The  liturgies  of  S.  Basil,  S.  Gregory  and 
S.  Cyril  from  a  coplic  manuscript  of  the  thirteenth 
century,  in-8°,  London,  1870,  p.  45;  Paris,  Bibl.  nat, 
Ethiop.  77*  (xvie  siècle);  Paris,  Ethiop.  n.  70,  116 
(xvne siècle);  Brit.  Mus.,  Add.  16202  (x\me  siècle);  Paris, 
Et/{iop.  n.  54,  60  (xvme siècle);  Brit.  Mus.,  Orient.  80 
(xixp  siècle)  ;  Paris,  Ethiop.  n.  132  (xixe  siècle).  Le  ms.  de 
la  Bodléienne,  Pococke  n.  6,  dont  le  ms.  Paris, 
Ethiop.  136  est  une  copie,  n'a  pas  de  date  assignée  avec 
précision.  Voiraussi  les  mss.  Vatican,  Ethiop.  XIII,  xvix, 
xxn,  xxvin,  xxix,  xxxiv,  xxxix,  i.xvi,  lxix.  —  y)  Ana- 
phorse: —  1°  de  saint  Jean  l'évangéliste;  2°  de  saint.Iac- 
ques,  frère  du  Seigneur,  3°  de  saint  Grégoire  l'Arménien  : 
4°  des  318  Pères;  5°  de  saint  Athanase;  6°  de  saint  Ba- 
sile (traduction  de  l'anaphore  copte  de  sainl  Basile); 
7°  de  saint  Grégoire  de  Nazianze;  8°  de  saint  Kpiphane; 
9°  de  saint  Cyrille  Ier;  10°  de  saint  Cyrille  II;  11°  de 
saint  .lacques  de  Saroug.  Cette  dernière  anap/iora,  qui 
est  évidemment  dérivée  du  syriaque,  et  celle  de  saint 
Cyrille  II  ne  se  trouvent  que  dans  le  seul  manuscrit  Paris, 
Bibl.  nat.,  Ethiop.  69.  —  S)  Lectionnaires;  pour  toute 
l'année  :Brit.  Mus.,  Orient.  543  (xve  siècle)  ;Addit.  16249 
(xixc  siècle);  pour  les  fêtes  :  Addil.  18993  (xvc-xvie  siè- 
cle); pour  les  dimanches:  Orient.  544  (xviif  siècle). 
Cf.  A.  Dillmann,  Calai,  codd.  mss.  Musei  Britann., 
in-8°,  London,  1847,  t.  in;  Calai,  codd.  mss.  bibl.  Badl., 
in-8°,  Oxonii,  1848,  t.  vu  ;  Verzeichniss  d.  abessin. 
Handschr.  d.  kônigl.  Bibliolhek  zu  Berlin,  in-8°,  Ber- 
lin, 1878;  Wrigbt,  Calai,  ethiop.  mss.  in  the  Brit.  Mus., 
in-8»,  London,  1877;  Zotenberg,  Catal.  des  mss.  ethiop. 
de  la  Bibl.  nationale,  in-4°,  Paris,  1877;  A.  Mai,  Scri- 
ptorum  vet.  nova  collectio,  in-4°,  Romœ,  1831 ,  t.  v, 
part.  2.  p.  95-100. 

2.  Éditions.  —  a.)  La  pré-anapliora.  C.  A.  Swainson, 
The  greek  liturgies...  with  an  appendix  contaimng 
the  coplic  ordinary  Canon  of  the  Mass...  eililed  and 
translated  by.  Dr.  C.  Bezold,  in-8°,  Cambridge,  1884, 
p.  349-395.  Ce  document,  dit  F.  E.  Brightman,  est  la 
pré-anaphora  éthiopienne  d'après  le  ms.  du  Britisb 
Muséum,  Orient.  545,  avec  des  variantes  marginales 
d'après  le  ms.  Orient.  546  et  une  traduction  anglaise 
peu  satisfaisante.  Le  folio  suivant  le  fol.  43,  marqué 
comme  disparu  (p.  392)  est  relié  comme  fol.  52  dans  le 
manuscrit.  Swainson  a  fait  erreur  en  disant  (préf., 
p.  xi.iv)  que  les  manuscrits  que  nous  venons  de  men- 
tionner ne  contiennent  pas  Yanaphora.  —  (3)  Ordo  com- 
munis avec  anaphora  des  xn  Apôtres,  |Tasfâ  Sion]  Te- 
stante» lum  novum...  Missale  cum  benedictione  incensi, 
cerse,  etc.  quse  omnia  Fr.   Petrus  Ethyops  auxilio 


piorum  sedenle  Paulo  111  pont.  max.  et  Claudio  illius 
regni  imperatore  imprimis  curavit,  [Roinne]  anno  sal. 
mdxi/viii,  fol.  158-167;  réimprimé  dans  le  Bullarium 
palronalus  Portugalliee  regum  in  ecclesiis  Africse, 
in-4°,  Olissipone,  1879,  t.  m,  p.  201-220.  —  Traduc- 
tions :  1°  latines,  Modus  baptizandi...  item  Missa 
qua  communilcr  utioitur  quse  etiam  Canon  universalis 
appellalur  nunc  primum  ex  lingua  chaldsea  sive 
eethiopica  in  latinum  conversse,  in-4°,  Roma\  muxux; 
Lovanii,  1550;  cette  version  est  reproduite  dans  G.  Witzel, 
Exercitamenta  syncerse  pietatis,  in-8°,  Moguntioe,  1555, 
et  dans  les  diverses  Bibliothecse  Patrum,  in-fol.,  Pari- 
siis,  1575,  t.  iv  ;  1589,  t.  vi;  1654,  t.  vi  ;  Coloniae  Agrip- 
pinœ,  1622,  t.  xv;  Lugdini,  1677,  t.  xxvu;  .1.  A.  Fabricius, 
Codex  apocryphus  Novi  Testamenti,  pars,  3,  in-12, 
Hamburgi,  1719,  p.  211-252;  P.  G.,  t.  cxxxvni,  col.  907- 
928;  G.  Cassander,  Lilurgica,  in-lol.,  Parisiis,  1616, 
p.  27,  donne  un  abrégé  de  cette  version.  Une  traduction 
latine  revisée  fut  donnée  par  Renaudot,  op.  cit.,  t.  I, 
p.  472-495,  et  réimprimée  dans  le  Bullarium  palronatus 
Portugalliee,  in-8°,  Olissipone,  1879,  t.  n,  p.  239-257; 
2°  traduction  anglaise  faite  sur  le  latin,  T.  Brett,  A  col- 
lection of  the  principal  liturgies,  in-8°,  London,  1720, 
p.  81-90;  autre  édition  d'après  le  ms.  de  1548  et  le  ms. 
Brit.  Mus.,  Addil.  16202,  dans  Rodvvell,  Ethiopie  litur- 
gies and  hynins,  in-8°,  London,  1864,  p.  1-26.  Ce  der- 
nier auteur  donne  une  anaphora  pour  les  funérailles 
(p.  43  sq.),  qui  n'est  qu'une  forme  de  Yanaphora  des 
apôtres.  —  y)  Autres  anaphoree.  Nous  avons  déjà  inven- 
torié onze  anaphorse  manuscrites;  il  y  a  lieu  d'y  ajouter 
les  quatre  suivantes,  auxquelles  nous  donnons  un  numéro 
de  série  à  la  suite  des  pièces  manuscrites  :  12°  Anaphora 
de  Notre-Seigneur  Jésus-Christ,  éditée  dans  le  Testamai- 
tum  novum,  etc.,  Romae,  1548;  p.  168  sq.  .1.  Ludolf,  Ad, 
suam  historiam  sethiopicam  commentarius,  in-fol., 
Francofurti  ad  Meenum,  1691,  p.  341-345;  Bullarium 
patronatus  Portugalliee,  p.  221-224  ;  traduction  latine 
dans  Ludolf,  loc.  cit.,  et  traduction  anglaise  dans 
Rodwell,  op.  cit.,  p.  27-31.  d'après  l'édition  de  1548  de 
Ludolf,  op.  cit.,  13°  Anaphora  de  Notre-Dame  compo- 
sée par  Cyriaque  de  Rehnsa,  éditée  dans  Testamentum 
novum,  p.  170  sq.,  et  Bullarium,  p.  225-233;  traduct. 
angl.  dans  Rodwell,  op.  cit.,  p.  31-40,  d'après  le  ms. 
Brit.  Mus.,  Addil.  16201  ;  14°  Anaphora  de  saint  Dios- 
core,  éditée  par  Vansleb  dans  Ludolf,  Lexicon  mthiopi- 
cum,  in-4°,  London,  1661,  appendice,  d'après  le  ms. 
Bodléienne,  Pococke  6  ;  cette  version  est  reproduite  dans 
Bullarium,  p.  260-262;  traduction  latine  par  Vansleb, 
loc.  cit.,  reproduite  par  P.  Le  Brun,  op.  cit.,  t.  iv, 
p.  564-579,  et  Bullarium ,  p.  261-263;  traduct.  angl.  dans 
Rodwell,  op.  cit.,  p.  46  sq.  D'après  le  ms.  Brit.  Mus.. 
Addil.  16202;  15°  Anaphora  de  saint  Jean  Chryso- 
stome,  dans  A.  Dillmann,  Chrestomathia  œthiopica, 
in-8u,  Lipsiae,  1866,  p.  51-56,  d'après  le  ms.  Bodléienne, 
Pococke  6. 

S.  Sources  diverses.  —  Les  «  Canons  ecclésiastiques 
des  Éthiopiens  »  qui  font  partie  du  Sïnôdôs  ou  code  de 
l'Église  d'Abyssinie,  sont  une  transformation  des  «  Ca- 
nons ecclésiastiques  »  en  dialecte  sahidique,  et  les 
canons  31-62  correspondent  aux  divisions  21-71  qui 
portent  le  nom  de  «  Statuts  des  apôtres  »  dans  le  docu- 
ment éthiopien.  C'est  donc  une  version  étbiopienne  des 
Kavoveç  •:•?,<;  èv  'Ac-furcTov  àx/.).r,<jta;  de  Lagarde,  dans 
C.  C.  J.  Bunsen,  Analecta  anteniesena,  in-8°,  Londini, 
1854,  t.  n,  p.  451  sq.  Le  texte  éthiopien  des  23  premiers 
«  statuts  »  a  été  donné  par  J.  Ludolf.  op.  cit.,  p.  314-328, 
la  traduction  latine  dans  D.  Cabrol  et  D.  Leclercq, 
Monum.  Ecoles,  liturg.,  in-4°,  Paris,  1902.  I.  i.  p.  149', 
n.  4148-4158.  Pour  les  manuscrits,  cf.  Fell,  Canones 
apostolorum  mthiopice,  in-8»,  Lipsiae,  1871,  p.  8-11  ;  F.  X. 
Funk.  Die  apostolischen  Konslilutionen,  eine  literar- 
historische  Untersuchung,  in-8°,  RottenDurg,  1891, 
p.  245  sq.  L'anaphora  a  été  donnée  par   F.  E.  Bright- 


1203 


ALEXANDRIE    (ÉLECTION    DU   PATRIARCHE] 


1204 


mari,  op.  cit.,  t.  I,  p.  189  :  The  anaphora  of  the  ethi- 
opic  C  hure  h  ordinances.  La  version  éthiopienne  se  dis- 
tingue de  la  sahidique  par  la  présence  des  prières 
employées  pour  l'ordination  de  l'évêque  et  du  prêtre, 
mais  moins  prolixes  que  dans  le  texte  grec;  nous  avons 
ici  un  texte  dépendant  de  celui  qui  a  dû  être  la  source 
commune  de  l'éthiopien,  du  sahidique  et  du  livre  VIIIe  des 
Constitulions  apostoliques.  Le  «  statut  »  xxi  corres- 
pond au  canon  sahidique  31  et  aux  ch.  iv-xv  de  ce 
livre  VIII.  Cf.  Monum.  £>-/"<•.  liturgica,  t,  i,  n.  4156. 
La  formule  Recordantes  igilur  mortis  ejus,  etc.,  est 
dans  une  étroite  relation  avec  le  livre  VIII,  c.  xn: 
Mep.vvjjiévo'.  tocv'jv  toO  TtotOoyç  aùxou  •/..  t.  )..  P.  G., 
t.  i,  col.  1104.  Il  y  a  là  l'indice  d'une  source  com- 
mune. 

L'anaphora  emprunte  aux  «  Canons  d'Hippolyte  »  l'of- 
fertoire et  le  dialogue,  F.  E.  Brightman,  op.  cit.,  t.  i, 
p.  189,  lign.  2-16,  et  l'oblation  de  l'huile  après  l'invoca- 
tion. Ibid.,  p.  190,  lign.  25-27.  Cf,  H.  Achelis,  Die  Cano- 
nes  Hippolyli,  in-8°,  Lipsiae,  1891,  p.  48-51,  56;  pour 
les  relations  avec  la  liturgie  Clémentine,  cf.  F.  E.  Bright- 
man, op.  cit.,  t.  i,  p.  xxvi,  xxx,  xxxn,  i.xxv;  pour  les 
emprunts  à  l'anaphora  éthiopienne  des  Apôtres  qui  est 
prise  des  «  Canons  ecclésiastiques  éthiopiens  »  par  l'ad- 
dition de  quelques  traits  empruntés  à  l'anaphore  égyp- 
tienne, cf.  F.  E.  Brightman,  op.  cit.,  t.  I,  p.  228. 
lign.  31-21;  p.  231,  lign.  6  sq.,11  sq.;  p.  232,  lign.  1-35 
p.  233,  lign.  5-9,  26-29;  p.  234,  lign.  15;  p.  235,  lign.  23 
p.  237,  lign.  14-25;  p.  243,  lign.  14-17. 

La  date  de  cette  anaphora  n'a  pu  encore  être  fixée. 

Parmi  les  écrits  dont  on  peut  faire  usage  pour  éclai- 
rer la  liturgie  abyssine,  citons  d'abord  le  «  Testament 
du  Seigneur  »  n'ayant  que  des  liens  assez  lâches  avec 
celte  liturgie,  cf.  P.  de  Lagarde,  Reliquise  jaris  eccl. 
antiq.  syror.,  in-8",  Yindobonae,  1856;  le  même  érudit  a 
donné  une  traduction  grecque  dans  Reliquise  juris  eccl. 
anliquiss.  g rsece,  in-8°,  Vindobonœ,  1856;  M.  R.  James, 
Apocrypha  anecdota,  in-8°,  Cambrigde,  1893,  p.  151  sq.; 
IgnaiiusEphraemlI  Rahmani,  Testamentum  D.  N.J.-C, 
in-4»,  Moguntiae,  1899.  Les  derniers  manuscrits  de  la 
collection  canonique  Sinôdôs  contiennent  une  série  de 
prières  liturgiques,  cf.  les  mss.  Brit.  Mus.,  Orient.  793, 
7.95,  790,  tous  du  xvine  siècle;  le  ms.  Orient  794 
(xve  siècle)  n'a  pas  ces  prières.  Le  cérémonial  du  prêtre 
contient  quelques  indications  :  cf.  les  mss.  Brit.  Mus., 
Orient. 549,  550, 788, 799  (xvme  siècle),  et  Addit.  10205. 
Un  traité  sur  l'office  du  prêtre,  cl.  les  mss.  Brit.  Mus., 
Orient  829'  (xvin*  siècle),  le  Fatcha  nagasht  (=  la  Loi 
des  Rois),  »st  une  version  de  la  collection  arabe  d'ibn  al 
'Assâl. 

Les  principales  dissertations  à  consulter  sont  :  f'ran- 
cisco  Alvarez,  Verdadera  informaçam  dus  terras  do 
Preste  Joam,  in-fol.,  [Coimbra,]  1540;  traduction  an- 
glaise de  lord  Stanley  of  Alerley,  Narrative  of  the  Por- 
tuguese  embassy  to  Abyssinia  during  the  years  1520- 
1527,  in-8°,  London,  1881;  J.  Ludolf,  Historia  mthio- 
jnca,  in-fol.,  Francofurti  ad  Mœnum,  1681;  le  même, 
Ad  suam  historiam  ethiopicam  anlehac  éditant  com- 
mentarius,  in-fol.,  Francofurti,  1691  ;  E.  Renaudot, 
Liturg.  orient,  coll.,  t.  i,  p.  496-518;  P.  Le  Brun,  Expli- 
cation de  la  messe,  t.  îv,  p.  519-579,  VIIIe  dissertation  : 
Sur  le  christianisme  et  les  liturgies  des  Éthiopiens  ; 
Bruce,  Travels,  in-8»,  Edinburgh,  1805;  J.  M.  N'eale. 
The  patriarchate  of  Alexandria,  in-8°,  London,  1817; 
Gobât,  Journal  of  a  three  years'  résidence  in  Abyssi- 
nia, in-8°,  London,  1847;  Harris,  The  Uightands  of 
Ethiopia,  in-8",  London,  1844,  t.  m;  Bent,  The  sacred 
cily  of  the  Ethiopians,  in-8°,  London,  1893;  Evetts  et 
Butler,  The  churches  and  monasteries  of  Egypt,  in-8°, 
Oxtord,  1895,  p.  284-291.  Une  excellente  bibliographie 
dans  U.  Chevalier,  Répertoire  des  sources  historiques, 
Topo-bibliographie,  in-4°,  Montbûliard,  1895,  col.  1050- 
1051. 


Notre  bibliographie  nous  a  amené  à  reconnaître  l'exis- 
tence de  trois  groupes  ecclésiastiques  de  rit  alexandrin; 
chacun  d'eux  lait  usage  de  textes  différents  :  liturgie 
grecque  de  saint  Marc,  la  liturgie  copte  de  saint  Cyrille, 
la  liturgie  abyssinienne  des  Douze  Apôtres.  Ces  textes  ne 
diffèrent  entre  eux  que  par  des  variantes  postérieures; 
ils  offrent,  à  travers  ces  altérations  accidentelles,  un 
fond  identique  dans  leurs  parties  communes,  qui  est 
l'antique  liturgie  alexandrine.  «  Le  trait  le  plus  caracté- 
ristique de  la  liturgie  alexandrine.  écrit  Msr  Duchesne, 
c'est  que  la  grande  supplication,  au  lieu  de  venir  après 
la  consécration,  s'intercale  dans  la  préface.  De  cette 
façon,  le  Sanctus,  les  paroles  de  l'institution,  l'épiclèse, 
se  rencontrent  beaucoup  plus  tard  que  dans  la  liturgie 
syrienne.  Cette  disposition  de  l'anaphora  est  déjà  signa- 
lée par  Jacques  d'Edesse  à  la  fin  du  VIIe  siècle.  Il  re- 
marque aussi  que  le  salut  avant  la  préface  est  bien 
moins  compliqué  qu'en  Syrie;  le  célébrant  se  borne  à 
dire  :  Dominus  vobiscum  omnibus;  de  même  l'accla- 
mation du  peuple,  en  réponse  au  Scinda  Sanctis,  pré- 
sente certaines  particularités  de  formule  '.  » 

H.  LECLERCQ. 
III.  ALEXANDRIE.  —  ÉLECTION    DU   PATRIARCHE.  — 

L'élection  ou  l'ordination  du  patriarche  d'Alexandrie 
est  une  question  qui  a  donné  lieu  à  de  longues  discus- 
sions grâce  au  texte  fameux  de  saint  Jérôme.  Dans  sa 
lettre  46e  à  Évangélus,  en  combattant  l'erreur  de  quel- 
ques-uns qui  prétendaient  que  le  diacre  a  une  dignité 
égale  à  celle  du  prêtre,  il  s'exprime  ainsi  :  Alexandrise 
a  Marco  evangelista  usque  ad  Heraclam  et  Dionysium 
episcopos,  Presbyteri  semper  unum  ex  se  electum  in 
excelsiori  grad.u  collocatum,  Episcopum  nominabant  : 
quomodo  si  exercitus  imperatorem  faciat,  aut  diaconi 
eliganl  de  se,  quem  industrium  noverint,  et  archidia- 
conum  vocent 2. 

Ainsi,  d'après  saint  Jérôme,  jusqu'au  milieu  du 
ni1  siècle  environ,  c'était  le  collège  des  prêtres  qui  éli- 
sait et  nommait  l'évêque. 

Ce  témoignage  donné  isolément,  comme  on  fait  en 
général,  perd  une  partie  de  sa  valeur,  et  parfois  on 
s'en  est  débarrassé  assez  lestement  en  disant  que  saint 
Jérôme  étant  le  seul  à  nous  en  parler  a  pu.  après 
tout,  se  tromper.  Mais  il  y  a  d'autres  témoins  à  en- 
tendre. 

Le  texte  d'un  certain  patriarche  melcliite  d'Alexandrie 
Eutychès  que  l'on  a  rapproché  du  précédent,  s'exprime 
ainsi  : 

Fuitque  is  (Hananias,  baptisé  pur  sainl  Marc)pa/i  iar- 
charum  qui  Alexandrie  prxfecti  sunl  prunus.  Con- 
stituit  autem  evangelisla  Marcus,  iota  cum  Hanania 
palriarcha,  duodecim  presbyleros,  qui  nempe  cum 
patriarcha  manerent,  adeo  ut  cum  vacaret  patriar- 
chatus,  untcni  e  duodecim  presbyteris  si  ujus 

capili  reliqui  undecim  manus  imponentes  ipsi  bene- 
dicerent  et  patriarcham  crearent;  deinde  virum  ali- 
queni  insignem  eligerent  quem  secum  presbyterum 
constituèrent  loco  ejus  qui  foetus  est  patriarcha,  ut 
ita  semper  extarent  duodecim.  Neque  desiil  Alexan- 
drie institut  uni  hoc  de  presbyteris.  ut  scilicet  patriar- 
chas  crearent  ex  presbyteris  duodecim,  usque  ad  tem- 
pora  Alexandri  patriarchie  Alexandrini,  qui  fuit  ex 
numéro  Mo  trecentorum  cl  oclodecim.  1s  aule»'  vetuit 
ne  deinceps  patriarcham  presbyteri  crearent.  Et  de- 
crevit  ut  mortuo  patriarclia  convemrent  episcopi  qui 
patriarcham  ordinarent.  Decrevit  item  ut,  vacante 
patriarchatu,  eligerent  ex  quacumque  tandem  reg 
sive  ex  duodecim  iltis  presbyteris.  sine  aliis.  WWW 
aliquem  eximium,  perspectm  probitalis,  eun/ ne  pa- 
triarcham crearent.  Atque  ita  evanuit  institution 
illud  anliquius,  quo  creari  solitus  a  presbyteris  patruir- 

'  L.  Duchesne,  Origines  du  culte  chrétien,  in-8',  Paris,  l^i*. 
p.  76  sq.  —  ■  P.  L.,  t.  xxn.  col.  1194. 


-1205 


ALEXANDRIE    (ELECTION    DU    PATRIARCHE 


1-206 


cha,  et  successit  in  locum  ejus  decrelum  de  patriar- 
cha  ab  episcopis  creando  '. 

Ce  texte,  plus  précis  et  plus  détaillé  en  un  sens  que 
celui  de  saint  Jérôme,  fut  mis  au  jour,  au  plus  fort  des 
controverses  protestantes  sur  les  origines  de  l'épiscopat, 
par  Jean  Selden  qui  s'en  fit  une  arme  contre  les  théolo- 
giens catholiques2.  Abraham  Echellensis,  dans  son 
Eutychius  vindicatus  3 ,  s'efforça  de  lui  répondre 

Même  en  laissant  de  côté  les  arguments  théologiques 
d'Abraham,  on  ne  peut  s'empêcher  de  remarquer,  avec 
un  critique  moderne,  que  le  texte  d'Eutychius  est 
d'époque  bien  récente  (xe  siècle),  qu'il  offre  avec  celui 
de  saint. Jérôme  des  divergences  considérables,  que 
d'une  façon  générale  Eutychius  est  peu  au  courant  de 
l'histoire  d'Alexandrie,  que  ce  patriarche  arabe  semble 
•voir  ignoré  le  grec,  enfin  que  Sévère,  évêque  d'Eshmu- 
aain,  qui  est  presque  son  contemporain,  et  qui  lui  est 
supérieur  par  l'érudition,  raconte  les  origines  de  l'Église 
d'Alexandrie  d'une  façon  toute  différente i.  Ce  témoi- 
gnage ne  suffirait  donc  pas  à  donner  à  l'assertion  de 
saint  Jérôme  une  grande  autorité. 

Mais  on  vient  tout  récemment  de  jeter  dans  la  dis- 
cussion deux  nouveaux  textes.  Le  premier,  cité  par 
dom  Butler  dans  sa  Lausiac  history  of  Palladius°,  est 
tiré  des  apophtegmes  du  moine  égyptien  Pœmen  : 
TH).6ov  itozi  tiveç  aîpETixot  îrpb;  toù  Hoi|j.éva  y.ai  ^pÇavro 
xaraÀaXeîv  toO  apjçtsTita^oiro'j  'AXe^avSpecaç  go;  otÎ  uapà 
7rpecrëuT£pa)v  iyot.  x/jv  ^eipotoviav,  6  cï  yÉptûv  attoTiricTaç 
âçwvY)<re  xbv  àSsXçov  aùtoû  xat  eItte"  IïapâOEç  tï)v  tpâ7teÇav 
xac    irot'ï)(jov     a-Jxo'j;    ipayEiv     xa\    Tteaiov     avxoijç    (/.et' 

Etp7,VY)Ç  6. 

Il  ressort  de  ce  texte  qu'à  l'époque  de  Pœmen  l'arche- 
vêque d'Alexandrie  reçoit  encore  l'ordination  de  la  main 
des  prêtres,  du  moins  au  dire  des  interlocuteurs  de 
Pœmen,  qui  à  la  vérité  sont  hérétiques,  mais  auxquels 
le  saint  moine  ne  trouve  rien  à  répondre.  Il  faut  remar- 
quer de  plus  que,  tandis  que  pour  saint  Jérôme  cette 
coutume  prend  fin  au  temps  d'Héraclas  ou  deDenys,  les 
contemporains  de  Pœmen  en  parlent  comme  d'un  rite 
encore  en  vigueur.  Or  Pœmen  d'après  le  Dictionary  of 
Christian  Biography,  vivait  de  390  à  460.  Cependant 
cette  date  est  discutée  par  Ch.  Gore,  qui  rappelle  fort  à 
propos  que  Rufin  visita  Pœmen  en  375  7.  Si  cette  diver- 
gence prouve  clairement  que  les  deux  témoignages  sont 
indépendants  l'un  de  l'autre,  elle  ne  contribue  certes 
pas  à  éclaircir  la  question. 

L'archevêque  d'Alexandrie  dont  il  est  question  ici  est 
donc  très  probablement  saint  Athanase,  mort  en  373. 
Mais  saint  Athanase,  nous  le  savons  par  ailleurs,  ne  fut 
pas  ordonné  à  la  façon  suggérée  par  les  hérétiques, 
mais  bien  par  des  évêques,  sous  les  yeux  et  au  milieu 
des  acclamations  de  la  loule,  comme  le  disent  les 
évêques  d'Egypte  réunis  à  Alexandrie  au  synode  de  339. 
Ce  texte  ne  serait  donc  qu'un  spécimen  des  nombreuses 
calomnies  inventées  par  les  hérétiques  contre  saint 
Athanase. 

A  ce  témoignage  il  faut  ajouter  celui  que  vient  de 
mettre  récemment  au  jour  l'Anglais  E.  W.  Brooks  et 
dont  voici  la  traduction  du  syriaque  : 

«  La  coutume  était  aussi  que  l'évêque  de  la  ville  re- 
nommée pour  sa  loi  orthodoxe,  la  ville  des  Alexandrins, 
fût  autrefois  nommé  par  les  prêtres;  mais  plus  tard  et 
d'accord  avec  le  canon  qui  a  prévalu  partout,  l'institu- 

*  Eutychi,  Alexandrini  patriarchx  Annales,  P.  G.,  t.  CXI, 
col.  982.  Cette  version  faite  sur  le  texte  arabe  est  de  Seldenus;  la 
version  d'Abraham  Echellensis  du  même  passage,  ne  s'éloigne 
pas  beaucoup  de  la  précédente.  Voir  P.  G.,  t.  exi,  col.  903  sq. 
—  2  Contextio  gemmarum  sive  Eutychii  patriarchse  Alexan- 
drini Annales,  Illustr.  Joanne  Seldeno,  chorago  ;  interprète 
Edw.  Pocockio,  Oxoni  1658.  Cf.  aussi  Lightfoot,  The  Christian 
mtnistry,  p.  230  sq.,  dans  l'appendice  de  son  livre  The  Epistles 
to  the  Philippians,  1868.  —  ^Romae,  1661.  typis  de  Propag. 
fide.  —  'Charles  Gore,  On  the  ordination  of  the  early  Bishops  of 


tion  solennelle  de  leur  évêque  a  été  accomplie  par  le 
mains  des  évêques,  et  personne  ne  méprise  les  règles 
plus  sévères  qui  ont  prévalu  dans  les  saintes  églises,  et 
n'a  recours  aux  pratiques  anciennes,  qui  ont  fait  place 
à  d'autres  ordonnances  plus  claires,  plus  strictes, 
approuvées  et  spirituelles.  » 

Ce  passage  est  tiré  d'une  collection  de  lettres  de 
Sévère  d'Antioche,  traduites  en  syriaque  par  Athanase 
de  Nisibe,  et  qui  est  contenue  dans  deux  manuscrits  du 
British  Muséum,  Add.  12,  181,  et  Add.  14,  600.  C'est 
dans  la  3e  lettre  de  la  seconde  section  adressée  aux  or- 
thodoxes d'Emése,  que  l'auteur  discute  la  prétention 
d'un  certain  Isaïe  qui  avait  été  ordonné  par  un  seul 
évêque  et  qui  alléguait  en  faveur  de  la  légitimité  de  son 
ordination  un  ancien  canon.  Sévère  lui  répond  que  les 
anciennes  règles  n'ont  plus  de  valeur  quand  elles  ont 
été  remplacées  par  de  nouvelles,  et  à  ce  pçopos  il  cite 
le  fait  de  la  nomination  des  évêques  d'Alexandrie  8. 

Son  témoignage  a  une  toute  autre  autorité  que  celle 
d'Eutychius,  car  il  lui  est  antérieur  de  400  ans,  et  l'au- 
teur écrit  en  Egypte  durant  son  exil,  de  518  à  538. 
Néanmoins  il  ne  sera  pas  inutile  de  remarquer  avec 
Brooks  que  Sévère  est  encore  de  200  ans  postérieur  à 
Alexandre,  de  250  ans  postérieur  à  l'épiscopat  de  Héra- 
clas  et  de  Denys  (233-265),  sous  lequel  il  semble,  d'après 
saint  Jérôme,  que  soit  survenu  le  changement  de  disci- 
pline. Mais  pour  divergents  que  soient  ces  textes,  et 
par  cela  même  qu'ils  paraissent  indépendants  les  uns 
des  autres,  il  ne  semble  pas  possible  de  les  rejeter  en 
bloc.  Il  reste,  dans  tous  les  cas,  qu'une  tradition,  fondée 
ou  non,  nous  l'examinerons  plus  loin,  eut  cours  en 
Egypte  et  même  au  delà,  depuis  le  IVe  siècle  jusqu'au 
Xe  au  moins,  enseignant  que  la  nomination  ou  l'ordina- 
tion de  l'archevêque  d'Alexandrie  était,  contrairement  à 
la  discipline  ordinaire,  remise  aux  mains  du  collège  des 
prêtres.  Des  auteurs  orthodoxes  de  l'Église  latine  au 
IXe  siècle,  et,  au  Xe,  Amalaire,  et  le  pseudo-Alcuin,  qui 
est  un  auteur  d'une  certaine  valeur9,  admettent  pure- 
ment et  simplement  le  fait  que  les  évêques  d'Alexandrie 
étaient  élus  par  leurs  collègues  dans  le  sacerdoce,  et  ne 
recevaient  pas  une  nouvelle  ordination.  C'était,  pour  ces 
auteurs,  un  souvenir  d'une  certaine  identité  primitive 
entre  les  prêtres  et  les  évêques. 

Le  texte  de  saint  Jérôme-  étant  ainsi  placé  en  bonne 
lumière  par  ces  autres  témoignages,  il  s'agit  de  l'étudier 
de  plus  près  et  d'en  discuter  les  termes. 

Il  y  a  deux  choses  dans  ce  passage  :  l'opinion  de  saint 
Jérôme  sur  l'origine  de  l'épiscopat  en  général,  et  le  fait 
même  d'Alexandrie. 

1°  Sur  le  premier  point  nous  serons  brefs  parce  que 
la  question  ne  se  rapporte  qu'indirectement  au  sujet 
que  nous  traitons;  néanmoins  il  en  faut  dire  un  mot. 

Dans  plusieurs  passages  de  ses  écrits,  saint  Jérôme 
semble  dire  qu'à  l'origine  il  n'y  avait  pas  de  dillérenee 
entre  les  prêtres  et  les  évêques.  Chaque  Eglise  était 
gouvernée  par  un  conseil  de  presbytres  égaux  entre 
eux;  cet  état  dura  jusqu'au  jour  où,  pour  éviter  les 
schismes  ou  les  divisions  dans  ce  conseil,  on  dut  choisir 
l'un  d'eux,  comme  évêque,  pour  les  régir  et  rétablir 
l'unité.  Sur  ce  point,  nous  ne  citerons,  en  dehors  du 
témoignage  déjà  produit  sur  Alexandrie,  qu'un  texte 
qui  nous  parait  suffisamment  clair.  On  en  trouvera 
d'autres  ayant  la  même  signification,  dans  l'ouvrage  du 

Alcxandria,  Journal  of  theological  studies,  1902,  t.  m,  p.  279. 
La  Chronique  de  Sévère  va  être  publiée  par  M.  Evetts.  Cf. 
Egypt  exploration  fund,  archasological  report.  1900-1901,  p.  79. 

—  *  Text  a.  studies,  t.  vi  a,  p.  213.  —  *  P.  G.,  t.  lxv,  col.  341. 

—  7  Ch.  Gore,  dans  Journal  of  theological  studies,  t.  m,  p.  280. 
— 8  E.  W.  Brooks,  The  ordination  of  the  early  Bishops  of 
Alexandria,  dans  Journal  of  theological  studies,  1901,  t.  Il, 
p.  612,  613.  —  9  Amalaire,  De  eccles.  offte,  1.  II,  c.  xui,  P.  L., 
t.  cv,  col.  1090;  Ps.  Alcuin,  De  div.  offic,  1.  XXVII,  P.  L., 
t.  ci,  col.  1237. 


1207 


ALEXANDRIE    (ÉLECTION    DU   PATRIARCHE) 


1208 


P.  Sanders  qui  a  repris  dernièrement  sur  ce  point  et 
avec  beaucoup  de  soin,  l'étude  des  ouvrages  de  saint 
Jérôme1.  Idem  est  ergo  prcsbyler  qui  et  episcopus, 
dit-il  dans  son  commentaire  de  l'Epitre  à  Tite,  i,  5,  et 
antequam  diaboli  instinctu  studia  in  religione  fierint, 
et  diceretur  in  populis  :  ego  sum  Pauli,  ego  Apollo, 
ego  autem  Cepliœ,  communi  presby terorum  concilio, 
Ecclesise  gubernabanlur.  Postquam  vero  unusquisque 
eos  quos  baplizaverat  suos  putabat  esse,  non  Christi, 
in  tolo  orbe  decretum  est,  nt  unus  de  presbyteris  ele- 
ctus  superponeretur  rœleris,  ad  queni  omnis  Ecclesise 
cura  pertineret,  et  schismaluni  semina  tollerentur2. 
Il  explique  ensuite  son  sentiment  :  Putet  aliquis  non 
scripturarum ,  sed  nostram  esse  sententiam,  episcopum 
et  presbyterum  unum  est,  et  aliud  setatis,  aliud  esse 
nomen  of/icii.  Mais  il  s'appuie  sur  l'épitre  aux  Phi- 
lippiens;  dans  cette  ville  il  ne  pouvait,  dit-il,  y  avoir 
plusieurs  évêques  :  Pliilippi  una  est  urbs  Macedonise, 
et  certe  in  una  civitale  plures,  ut  nuncupantur,  epi- 
scopi  esse  non  poterant.  Sed  quia  eosdem  episcopos  illo 
tempore  quos  et  presbyteros  appellabant  :  propterea 
indifférente)'  de  episcopis  quasi  de  presbyteris  est  lo- 
cutus*. 

A  ces  textes  on  en  oppose  d'autres  dans  lesquels  saint 
Jérôme  semble  d'une  façon  très  formelle  admettre  au 
contraire  une  distinction  fondamentale,  dès  l'origine, 
entre  évêques  et  prêtres  4,  par  exemple  celui-ci  :  prxdi- 
catin  evangelii  dari  debuit  nummulariis  et  trapezitis, 
id  est...  cseteris  doctoribus,  quod  fecerunt  et  apostoli, 
per  singulas  provincias  presbyteros  et  episcopos  ordi- 
nanles"=>.  Il  reconnaît  donc  ici  que  les  apôtres  insti- 
tuèrent à  la  fois  des  évêques  et  des  prêtres  ;  du  reste, 
dans  plusieurs  autres  Églises.  Rome,  Antiocbe.  Jérusa- 
lem, même  Alexandrie,  il  admet  qu'il  n'y  eut  dés  l'ori- 
gine qu'un  seul  évoque  c. 

Ainsi  d'après  ces  textes,  il  semble  nécessaire  de  con- 
clure ou  bien  que  saint  Jérôme  se  contredil,  ou  bien, 
comme  l'explique  Sanders,  qu'il  a  toujours  admis  une 
exception  pour  certaines  Églises  à  l'origine,  et  que  cette 
révolution  qui,  à  un  collège  de  presbytres  égaux  entre 
eux,  a  substitué  un  évèque  président,  s'est  accomplie  du 
vivant  même  des  apôtres,  ce  qui.  pour  le  dire  en  pas- 
sant, enlève  à  peu  près  toute  difficulté  tbéologique. 
Saint  Jérôme  n'appuie  du  reste  cette  opinion  sur  aucun 
fait,  sur  aucun  texte,  sauf  le  fait  de  l'Église  d'Alexandrie 
qui  est  en  question.  Nous  reviendrons,  à  propos  du  mot 
Évèque,  sur  ce  sujet,  mais  desmaintenani  il  fallait  dire 
un  mot  des  sentiments  de  saint  Jérôme,  afin  d'apprécier 
la  valeur  de  son  témoignage  sur  la  question  d'Alexan- 
drie. 

2°  Venons-en  maintenant  plus  directement  à  ce  fait 
d'Alexandrie.  Saint  Jérôme  reconnaît  bien  que  cette 
Église  a  été  fondée  par  saint  Marc,  mais  après  lui  les 
prêtres  élisaient  un  des  leurs  et  le  nommaient  évèque. 
Il  ne  dit  pas  qu'ils  lui  donnaient  la  consécration  épis- 
copale.  Le  fait  d'un  évèque  élu  et  nommé  par  ses  co- 
presbytres  constituerait  une  dérogation  à  la  discipline 
ordinaire,  mais  nous  ne  voyons  pas  pourquoi  les  théolo- 
giens même  les  plus  rigoureux  ne  l'accepteraient  pas. 
Car  la  discipline  de  I  élection  épiscopale  a  été  soumise 
à  bien  des  variations.  S'il  s'agissait  non  plus  d'une 
simple  nomination  ou  élection,  mais  d'une  consécration 
dont  saint  Jérôme  ne  parle  pas  en  termes  formels, 
mais  que  l'on  pourrait  déduire  de  Bes  expressions  et 
surtout  de  celles  des  autres  témoins  que  nous  avons 
cités,  la  difficulté  serait,  au  point  de  vue  théologique, 
beaucoup  plus  considérable.  Admettre  une  irrégularité 
de  cette  nature,  qui  pendant  des  siècles  aurait  entaché 

1  Dom  Léon  Sanders,  Études  sur  saint  Jérôme  (notamment 
tur  La  distinction  entre  l'épiscopat  et  te  presbytérat),  in-8', 
Bruxelles  et  Paris,  1903,  p.  296  sq.  -  'P.  I...  t.  \xvi,  col.  561  sq. 
—  »  Loc.  cit.  —  *  Ces  textes  sont  réunis  soigneusement  dans  Mi- 


d'invalidité  l'ordination  de  ces  patriarches,  est  hors 
de  question.  L'évêque  possède  la  plénitude  du  sacerdoce, 
le  prêtre  possède  le  même  sacerdoce,  mais  à  un  degré 
moindre.  Il  n'y  a  pas  entre  eux  différence  substantielle. 
Ne  pourrait-on  pas  admettre  que,  dans  l'espèce,  les 
presbytres  d'Alexandrie  jouissaient  tous  de  la  plénitude 
du  sacerdoce?  L'un  d'eux,  désigné  par  l'élection,  devenait 
donc  comme  naturellement  évèque,  fans  être  soumis 
à  une  nouvelle  ordination.  On  a  proposé  la  même 
hypothèse  à  l'origine  pour  résoudre  les  difficultés  qui 
proviennent  de  la  confusion  entre  les  termes  presbytres 
ou  épiscopes,  et  la  même  solution  s'appliquerait  en 
particulier  aux  textes  de  saint  Jérôme  qui  semblent 
bien,  nous  l'avons  dit,  impliquer  à  l'origine  une  sorte 
d'identité  entre  les  deux  degrés  de  la  hiérarchie.  Malgré 
les  difficultés  que  cette  opinion  présenterait  encore,  c'est 
la  seule  qui  reste,  selon  nous,  si  l'on  admet  la  réalité 
du  fait  de  l'élection  et  de  la  consécration  du  patriarche 
par  les  prêtres  d'Alexandrie. 

Mais  ce  fait  est-il  réel?  En  dehors  de  toute  considé- 
ration théologique,  il  laisse  encore  place  à  bien  des 
doutes.  Sans  parler  des  autres  témoins  très  sujets  à 
caution,  nous  l'avons  dit,  saint  Jérôme  lui-même  n'est 
guère  mieux  renseigné  que  ses  contemporains  sur  les 
origines.  Tout  en  admirant  son  érudition,  sa  perspica- 
cité, et  ses  grandes  qualités  d'exégète,  il  faut  bien 
admettre  que  dans  plusieurs  questions  il  manque  du 
sens  historique,  et  on  pourrait  relever  chez  lui  d'assez 
nombreuses  erreurs  à  ce  point  de  vue,  surtout  pour  la 
période  des  trois  premiers  siècles. 

M.  Charles  Gore,  que  nous  avons  déjà  cité,  a  fait  en 
outre  valoir  une  très  sérieuse  objection  à  laquelle  on 
n'avait  pas  songé  et  qui  tend  à  infirmer  le  témoignage 
de  saint  Jérôme  et  des  autres  écrivains  cités.  Elle  est 
tirée  d'Origène.  Origène  vécut  et  enseigna  à  Alexandrie 
jusqu'en  231,  étant  alors  âgé  de  quarante-cinq  ans.  Tout 
le  monde  sait  qu'il  eut  des  différends  avec  l'évêque 
de  cette  ville,  son  propre  évèque,  et  ceux  de  la  contrée; 
un  synode  d'évêques  le  bannit,  un  autre  l'interdit,  injus- 
tement, dirent  Origène  et  ses  amis.  En  231  il  quitte 
Alexandrie;  deux  ans  après  Héraclas  prit  la  place  de 
Démétrius;  c'est  sous  ce  nouvel  évèque  qu'eut  lieu, 
d'après  saint  Jérôme,  le  grave  changement  de  discipline 
qui  enleva  aux  prêtres  d'Alexandrie  la  nomination  et 
l'ordination  de  l'évêque,  et  probablement  cette  discipline 
aurait  été  appliquée  pour  l'ordination  de  Denys,  succes- 
seur d'Héraclas  en  249.  Ce  temps  est  celui  de  l'acti- 
vité littéraire  d'Origène.  Ce  dernier  ne  manque  pas, 
quand  l'occasion  se  présente,  de  dire  ses  griefs  contre 
les  évêques.  Il  y  a  dans  ses  ouvrages  plusieurs  allusions 
aux  évêques  et  aux  prêtres  et  à  la  constitution  de  l'Église. 
Or  jamais  rien  qui  laisse  soupçonner  un  état  de  choses 
aussi  particulier  que  celui  qui  nous  est  dépeint  par  le3 
auteurs  cités.  Il  nous  montre  les  évêques  tout  à  fait 
distincts  des  prêtres,  nulle  part  il  ne  les  accuse  de  s'éle- 
ver aux  dépens  de  ces  derniers;  bien  plus,  en  un  passage 
de  ses  ouvrages  il  fait  allusion  à  l'élection  des  évoques 
à  l'occasion  de  Moïse  qui,  au  moment  de  mourir,  choisit, 
non  pas  un  de  ses  fils  pour  lui  succéder,  mais  un  étranger. 
Et  il  s'exprime  ainsi  :  discant  ecclesÙMmr»  principes 
successores  sibi  non  eos,  qui  consanguinitata  gpneri» 
juncti  sunt,  nec  qui  camis  propinquitate  soàantta; 
testamenlo  signare,  neque  hsereditariwm  traders 
Ecclesiœ  principatum.  sed  referre  adjudiciwn  Dei,  ri 
non  eligere  ïllum,quen\  humains  commendataffeçtus, 
sed  Dei  judieio  totuni  de  successoris  electione  permit- 
terè...  Si  ergo  tantus  Ule  ac  toits  liovtet  non  per- 
mittit  judieio  suo  de  eligendo  principe  popuii,  de 

chiels,  De  origine  episcopatus,  in-8-.  Lovanii,  1900,  p.  W)  Uto, 

et  discutés  à  nouveau  dans  Sanders,  loc.  cit  qui 

diflère  sur  quelques  points  du  précédent.  -'Comment,  in  ilatth., 
xxv,  26,  iS.  —  ■  Sanders.  loc.  cit..  p.  324. 


1209 


ALEXANDRIE    (ÉLECTION    DU   PATRIARCHE] 


1210 


stituendo  successore,  quis  erit  qui  audeat,  vel  ex  plèbe 
qute  ssepe  clam  or  i  bus  ad  gratiam,  aut  pretio  forlassis 
excitata  moveri  solet,  vel  ex  ipsis  etiam  sacerdotibus 
quis  erit  qui  se  idoneum  ad  hoc  judicet,  nisi  si  eux 
oranti,  et  petenti  a  Domino  reveletur?  etc.  '. 

C'était  l'occasion  ou  jamais  de  parler  de  cette  singu- 
larité disciplinaire;  mais  les  expressions  d'Origène, 
comme  le  fait  remarquer  Gore,  ne  permettent  pas  de 
supposer  que  le  mode  d'élection  et  d'ordination 
d'Alexandrie  fût  différent  de  celui  des  autres  Églises  ou 
qu'un  changement  ait  été  introduit  sur  ce  point  de  son 
temps  2.  A  ce  texte  rappelé  par  cet  auteur,  nous  pouvons 
en  ajouter  quelques  autres  tirés  de  nos  Monumenta  Li- 
turgica et  qui  tendent  à  la  même  conclusion.  Ego 
non  subjiciar  episcopo,  qui  mihi  a  Deo  ordinatus 
est  Pater?  Non  subjiciar  presbytero  qui  mihi  Domini 
diynatione  prsepositus  est3?  L'ordination  de  l'évêque 
est  ici  nettement  distinguée  de  celle  du  presbytre. 
Et  ailleurs  :  Xoù  el  xaXwç  ap-/ou<7ov  ot  ap-/ovTE;  iv  ttj 
'Ev.y.Xï)<7ta,  TÎjv  xarà  6ebv  jtarpîSoç,  Xêyw  Sï  tt|Ç  'ExxX-rj- 
o:a;  XsyôfJLSVoi  TipooraTai.  Quod  si  (/ni  in  Ecclesia  prae- 
sunl,  hoc  est  Ecclesia;  vocati  antisliles,  illi  ([use.  secun- 
dum  Deum  est  patries  recte  prsesunl  4.  Requiritur  enim 
in  ordinando  sacerdote  et  prsesentia  populi,  ut  sciant 
omnes  et  certi  sint\  Plus  loin  l'onction  est  requise 
pour  tous  les  prêtres  :  Omnes  enim  quicunque  un- 
guento  sacri  chrismatis  delibuli  sunt,  sacerdotes  efjecti 

SUllI  ''. 

Toujours  les  évêques  sont  distingués  et  séparés  des 
prêtres  avec  le  même  soin  que  ceux-ci  le  sont  des 
diacres  :  r^Kdjjuvoi;  'ev  rr,  'ExxXï)iria  È7it<Txo7ra-j  ôpôvou, 
r}  TrpEirëuTEpiov)  tiixtiç,  r,  ô:axovt'a;  eî;  tôv  Xabv  toû  0eoO  ". 

Il  parle  dans  plusieurs  autres  textes  et  dans  les  mêmes 
termes  que  les  auteurs  du  temps,  des  trois  degrés  de 
la  hiérarchie,  en  distinguant  soigneusement  les  trois 
ordres,  sans  jamais  laisser  place  à  l'hypothèse  d'une 
sorte  d'égalité  originelle  entre  prêtres  et  évêques,  ou 
d'une  différence  dans  l'Église  d'Alexandrie  avec  la  dis- 
cipline courante  8. 

Clément,  son  prédécesseur,  suppose  toujours  aussi 
la  même  distance  entre  prêtres  et  évêques  qu'entre 
diacres  et  prêtres  :  èizù  xoù  èvrotiJÔa  xarâ  tt|v  'ExxXr)<Hav 
itpoxoTtai  ÈTndxÔTtiov,  irpea-êoTspajv,  Staxovwv,  in  ecclesia, 
progressiones  episcoporum,  presbyterorum,  diaco- 
narum  sunt9. 

Ajoutons  deux  textes,  le  premier  tiré  des  Actes  de 
Pierre  d'Alexandrie  qui  ont  été  contestés  autrefois 
mais  qui  aujourd'hui  paraissent  reprendre  de  la 
valeur.  On  y  voit  qu'Achillas,  successeur  de  saint  Pierre 
et  prédécesseur  d'Alexandre,  fut  intronisé  par  les  évêques 
après  qu'ils  l'eurent  revêtu  du  pallium  de  son  prédé- 
cesseur et  qu'ils  eurent  fait  pour  son  ordination,  -/stpo- 
Tovîa,  toutes  les  choses  ordonnées  par  les  canons  10.  Ce 
passage  répond  sinon  au  texte  de  saint  Jérôme,  au 
moins  à  celui  d'Eutychius,  et  à  l'assertion  des  ariens 
devant  Pœmen.  L'autre  texte  tiré  de  saint  Épiphane, 
contemporain  de  saint  Jérôme,  vivant  non  loin  de 
l'Egypte  et  assez  au  courant  de  son  histoire  religieuse, 
suppose  que  le  peuple  prend  part  à  l'élection  des  évêques 

1  In  A'imt.,  homil.  xxu,  4,  P.  G.,  t.  xn,  col.  744,  745.  —  2  The 
mmtstry  of  the  Church,  Londres,  1889,  p.  134  sq.,  et  l'article  On 
Ihe  ordination  of  the  early  Bishops  of  Alexandria,  dans  Jour- 
nal of  theological  studies,  t.  H  (1902).  p.  281.  —  3  Homilix  in 
Lucam,  xx,  dans  Monumenta  Ecclesix  liturgica,  1. 1,  n.  1407.  — 
*  Contra  Celsum,  vin,  75,  P.  L.,  t.  xi,  col.  1629;  cf.  Monumenta, 
n.  1457.  —  5  Homil.  in  Levit.,  VI,  3,  Monumenta,  n.  1183.  —  " Ho- 
mil. in  Levit.,  ix,  9,  Monumenta,  n.  1197.  —  "■  Libri  in  Malth., 
t.  xv,  n.  26;  Monumenta  Ecclesix  liturgica,  1. 1,  n.  1056.  —  8  Cf. 
Monumenta  Ecclesix  liturgica,  t.  i,  n.  997,  1016,  1057,  1059;  à 
propos  de  ce  dernier,  voir  P.  G.,  t.  XIII,  col.  1451,  la  note  de  Huet; 
puisn.  1073,  1074, 1289,  1310,  1334,  1383,  1406.  —  9  Strom.,  1.  VI, 
c.  xm.  —  ,0  Acta  sincera,  dans  Mal,  Spicilegium ,  t.  m,  p.  671  ; 
cl.  P.  G.,  t.  xvin,  col.  455  sq.  Une  monographie  sur  le  martyre 
de  saint  Pierre  d'Alexandrie  est  préparée  par  Achelis,  cf.  Journal 


d'Alexandrie,  car  dès  qu'un  évêque  d'Alexandrie  était 
mort,  la  coutume  était  qu'on  lui  en  substituât  promp- 
tement  un  autre  pour  empêcher  les  divisions  des  peuples 
qui  eussent  voulu  dillérentes  personnes.  Il  soutient 
ailleurs  comme  un  point  de  foi  contre  les  ariens,  que 
les  prêtres  peuvent  bien  donner  des  enfants  à  l'Église 
(par  le  baptême),  mais  non  des  pères  (par  l'ordination) 
c'est-à-dire  des  prêtres  ou  des  évêques  n. 

En  somme  il  nous  semble  qu'on  fera  bien  de  ne  pas 
s'engager  trop  à  fond  et  à  la  légère  sur  le  texte  de  saint 
Jérôme  et  des  autres.  Tout  ce  qu'on  peut  dire  avec  cer- 
titude, c'est  qu'au  IVe  siècle  et  dans  la  suite  une  tradition 
s'est  établie  qui  a  pris  une  certaine  consistance,  d'après 
laquelle  on  crut  qu'à  l'origine  les  évêques  d'Alexandrie 
étaient  élus  ou  sacrés  par  le  collège  des  prêtres.  Cette 
tradition  fut-elle  mise  en  cours  par  les  ariens  au  sujet 
d'Athanase,  ou  bien  a-t-elle  un  fondement  plus  sérieux 
dans  les  laits,  c'est  ce  qu'on  ne  saurait  affirmer  avec 
certitude.  Les  textes  de  Clément  et  d'Origène  aussi 
bien  que  leur  silence,  inclineraient  à  penser  le  con- 
traire. 

Bibliographie.  —  Sur  la  succession  épiscopale  voir 
une  bibliographie  très  étendue  dans  dom  L.  Sanders, 
Études  sur  saint  Jérôme,  in-8°,  Paris  et  Bruxelles,  1903, 
p.  335  sq.;  à  cette  bibliographie,  il  faut  ajouter  Douais, 
Les  origines  de  l'épiscopat  dans  Mélanges  Cabrière, 
t.  i,  p.  25,  notamment  §  m,  Le  passage  à  l'épiscopat 
unitaire.  —  Réville,  Les  origines  de  l'épiscopat,  Paris, 
1894.  —  Michiels,  De  origine  episcopalus,  Lovanii, 
1900.  —  Pearson,  Vindicix  Ignatianse,  c.  n,  p.  1,  traite 
longuement  la  question  de  la  succession  des  patriarches. 
—  Tillemont,  Mémoires  pour  servit1  à  l'histoire  ecclé- 
siastique, 1701,  t.  n,  p.  509.  Notes  sur  saint  Marc, 
note  10,  si  l'évesque  d'Alexandrie  a  été  ordonné  par  des 
prêtres  et  seul  évesque  en  Egypte.  —  John  Mason  Neale, 
A  history  of  the  holy  eastern  Church,  the  Patriarchale 
of  Alexandria,  [Londres,  1847,]  1. 1,  p.  9  sq.  —  Renaudot, 
De  patriarcha  Alexandrino  dans  Liturgiarum  orien- 
taliun  collectio,  1847,  t.  i,  p.  356  sq.  —  Du  Sollier 
Séries  chronologica  palriarch.  Alexandrinorum.  Acta 
sanct.,  jun.  t.  v  (dans  l'éd.  de  Paris,  1867,  au  t.  vu), 
p.  8',  9",  10',  11',  parergon  I,  De  anliquo  ritu  electionis 
et  ordinationis  patriarch.  Alexandr.  —  Le  Quien,  De 
patriarchalu  Alexandrino,  dans  Oriens  chrislianus, 
t.  n,  p.  329-368.  —  P.  Rohrbach,  Die  Alexandrinischen 
Patriarchen  als  Grossmacht  in  der  kirchen-  polilischen 
Enlwickelung  des  Orients,  dans  Preussische  Jahrb'à- 
cher,  Berlin,  1891,  t.  lxix;  à  part,  Berlin,  1891,  36  p.  — 

Morini,  Dissert,  de  patriarcltarum,  origine,  dans 

Exercilat.  eccl.,  Paris,  1669.  —  Vansleb,  Hist.  de 
V Eglise  d'Alexandrie,  Paris,  1677.  —  Charles  Gore, 
Theminislry  of  the  Christian  Church,  2e  éd.,  Londres, 
1889,  p.  134  sq.;  The  supposed  exceptional  Constitution 
of  the  Alexandrian  Church,  et  ses  articles  du  Journal 
of  theological  studies,  cités  au  cours  de  l'article,  et 
tout  récemment  l'excursus  de  M3r  Batiffol  :  Un  vestige 
de  la  hiérarchie  primitive  à  Alexandrie,  dans  la 
2°  édition  de  ses  Eludes  d'histoire  et  de  théologie 
positive.  F.  Cabrol. 

of  theological  studies,  avril  1903,  p.  387  sq.  —  "  Cf.  Pearson, 
loc.  cit.,  1. 1,  p.  164,  et  Tillemont,  Mémoires,  etc.,  1701,  t.  Il,  p.  510. 
Note  10  sur  saint  Marc.  Une  version  latine  en  a  été  publiée  par 
Surius  au  25  novembre,  une  version  grecque  par  Combefis,  lllu- 
strium  Christi  martyrum  lecti  triumphi,  Parisiis,  1660;  une 
autre  par  M.  Viteau,  Passions  des  saints  Ecaterine,  Pierre 
d'Alexandrie,  Barbara  et  Anysia,  Paris,  1897;  enfin  le 
P.  Bedjan  vient  d'en  donner  une  version  syriaque  d'après  les 
manuscrits  de  Londres  et  de  Berlin,  Acta  martyrum  et  sancto- 
rum,  t.  v,  p.  543-561.  Cf.  aussi  F.  Nau,  Les  martyres  d^  S.  Léonce 
de  Tripoli  et  de  S.  Pierre  d'Alexandrie  d'après  les  sources 
syj'iaques,  Analecta  Bollandiana,  1900,  t.  xix,  p.  9  sq.  On  peut 
voir  aussi  au  sujet  de  l'Église  d'Alexandrie  ce  que  dit  le  P.  de 
Smedt,  Organisation  des  églises  chrétiennes,  dans  la  Revue 
des  questions  historiques,  1888,  t.  xliv,  p.  361  sq. 


4211 


ALISCAMPS 


1212 


ALISCAMPS.  —  I.  Légendes.  II.  Inscription  de 
l'année  530.  III.  Épigraphie.  IV.  Aspect  du  cimetière. 

I.  Légendes.  —  Nous  avons  parlé  avec  détail  de  la  pra- 
tique ancienne  de  rechercher  pour  la  sépulture  le  voisi- 
nage tutélaire  du  tombeau  des  saints.  Voir  Ad  sanctos, 
col.  479.  Outre  l'attrait  local  qu'inspirait  telle  ou  telle 
tombe  sainte  il  existait  des  lieux  privilégiés,  connus  bien 
au  delà  de  la  contrée  qui  les  possédait  et  objets  d'une 
célébrité  universelle.  De  tous  les  points  de  l'Angleterre 
—  et  l'usage  s'est  perpétué  jusqu'à  nos  jours  —  on 
enviait  la  possession  d'une  sépulture  dans  le  cimetière 
qui   environne  l'église  de  Saini-Maitin,  à    Cantorbéry, 


HICINP/kCERE 

Q.YIEXCITBONE 
MEMORlAEFfi 
TKVSFIUVSCoN 
■DAASCÛfl^VI 
■FONDABETHWC 
■BAS  E  II  C  A SNC 
TIPETRIETPAV 
ECLVIV1XITPLVS 
'MfiWSANNVS 

■XLniETOBJJÏ\lVB 

DIJXHIIKAL 

FE£ft°Atf^iN_ 

DrcWEVmPom, 

D  H  CiTlIVNinE^; 
V         c 


294.  —  Inscription  chrétienne  du  Musée  d'Arles. 
D'après  liulleltino  di  archeulogia  ciïstiana,  1874,  pi.  xn,  n.  3. 

véritable  point  initial  de  la  propagation  de  l'Évangile 
dans  l'île  entière.  La  Gaule  possédait  un  cimetière  plus 
célèbre  encore,  le  plus  célèbre  de  tous  peut-être,  celui 
des  Aliscamps,  Elysii  campi,  près  d'Arles1.  La  multi- 
tude de  ceux  qui  avaient  pu  y  obtenir  le  repos  avivait 
le  désir  des  générations  suivantes  de  partager  les  privi- 
lèges que  cette  terre  procurait  à  ceux  qui  y  étaient  ense- 
velis. «  De  toutes  les  contrées  baignées  par  le  Rhône, 
on  envoyait  ensevelir  les  corps  en  cet  endroit.  Le  courant 
du  fleuve  portait  aux  Aliscamps  les  bateaux  funèbres  qui 


'  E.  Le  Blant,  Inscript,  chrét.  des  Aliscamps,  dans  Bull.  arch. 
du  Comité  des  trav.  hist.,  1882-1883,  p.  291  sq.  ;  De  Rossi,  Impor- 
tant iscrizioni  scoperte  nel  célèbre  cimilero  degli  Aliscamps, 
presso  Arles,  dans  Bull,  di  arch..  crist.,  1874,  p.  144-149;  L.  Pa- 
lustre, Le  cimetière  des  A  liscamps  et  sa  basilique  de  Saint-Pierre, 
dans  le  Bulletin  monumental,  1875,  p.  170-176;  M.  P.  Tompson, 
The  Aliscamps  in  Arles,  dans  Catholic  World,  1879,  t.  xxvm, 
p.  43;  J.-M.  Trichaud,  Les  Champs-Elysées  d'Arles,  in-8», 
Arles,  1853.  On  trouvera  les  fantaisies  légendaires  du  moyen  âge 
sur  le  cimetière  des  Aliscamps  dans  Gcrvais  de  Tilbury,  Otia 
imperalia,  1.  ÎII,  c.  xo,  publiés  par  Lcibnitz,  Scriptores  rerum 
BrunsuHcensium,  S  vol.  in-fol.,  Ilannoveraj,  1707-1711,  t.  i,  p.  990. 
-'De  Rossi,  dans  Bull,  monum.,  1875,  p.  170.  —  3  J.-M.  Tri- 
chaud,  Itinéraire  du  visiteur  des  principaux  monuments 
d'Arles,  in-18,  Arles,  1859,  p.  113.  Sur  l'origine  de  cette  tradi- 
tion cf.  J.-J.  Estrangin,  Promenades  historiques  et  littérai- 
res à  Arles,  in-8°,  Aix,  1834.  —  *J.-M.  Trichaud,  op.  cit.. 
p.  114  sq.  Cf.  L.  Jacquemin.  Guide  du  voyageur  dans  Arles, 
in-8%  Arles,  1835  p.  393  sq.  ;  G.  Duport,  Hist.  de  V Église  d'Arles, 


renfermaient,  à  côté  du  cadavre,  l'argent  destiné  aux 
frais  de  la  sépulture,  et  nul  n'eût  osé  toucher  au  dépôt 
sacré,  ni  arrêter  la  nacelle  que  l'on  croyait  conduite  par 
l'ange  gardien  du  défunt2.  »  Les  Ehjsii  campi,  situés  à 
l'est  et  en  dehors  des  murs  de  la  ville,  avaient  servi 
longtemps  avant  l'introduction  du  christianisme,  et  le 
souci  d'y  substituer  le  christianisme  dès  les  premières 
années  de  son  existence  a  engendré  une  littérature 
qui  laisse  loin  derrière  elle  beaucoup  des  produc- 
tions apocryphes  les  plus  renommées.  Arles  ne  pou- 
vait échapper  au  souci  de  l'apostolicité,  mais  il  faut  re- 
connaître qu'elle  trancha  la  question  avec  une  clarté 
qui  ne  laissait  rien  à  désirer.  Un  personnage  du  nom 
de  Trophime  y  venait  de  la  part  des  apôtres  et  après 
quelques  prédications  couronnées  de  succès  décidait 
la  désaffectation  des  Aliscamps  et  leur  bénédiction 
en  nécropole  chrétienne.  Ayant  convoqué  les  évèques 
d'Aix,  d'Orange,  de  Toulouse,  de  Limoges,  de  Nar- 
bonne,  il  les  conduit  dans  l'église  qu'il  a  bâtie  aux 
Aliscamps  et  au-dessus  de  l'autel  duquel  on  lit  cette 
inscription  : 

HOC   SACELLVM  DEDICATVM  FVIT 
DEIPARAE  ADHVC   VIVENTI  3 

Pendant  la  cérémonie  Jésus-Christ  descend  du  ciel, 
«  les  assistants  se  prosternent  avec  un  respectueux 
étonnement,  et  le  Sauveur,  remontant  dans  les  cieux, 
laisse  sur  le  sol  l'empreinte  sacrée  de  ses  pieds  adora- 
bles. On  construisit  une  chapelle  qui  a  transmis  jusqu'à 
nous,  par  son  nom  étymologique  de  «  Genouillade  ».  le 
souvenir  de  ce  miraculeux  prodige4.  »  A  partir  de  ce 
jour  les  Aliscamps  auraient  eu  un  regain  de  vogue,  saint 
Trophime  s'y  fit  enterrer  et  son  épitaphe  était  un  pré- 
cieux appoint  aux  revendications  de  l'Église  d'Arles  à  la 
primatie  sur  toutes  les  Églises  des  Gaules.  Voici  ce  docu- 
ment de  basse  époque  : 

EPITAPHIVM 

DIVI  TROPHIMI  [AVITVS 

TROPHIMVS  HIC  COLITVR  ARELATIS  PRAESVL 

GALLIAQVEM  PRIMVM  SENSIT  APOSTOLICVM 

5  IN     HVNC    AMBROSIVM     PROCERES     FVDERE 

[NITOREM 
CLAVIGER  IPSE  PETRVS  PAVLVS  ET  EGREGIVS 
OMNIS  DE  CVIVS  SVSCEPIT  GALLIA  FONTE 
CLARA   SALVTIFERAE  DOGMATA  TVNC  FIDEI 
HINC  CONSTANTEROVANSCERVICEM  GALLIA 

[FLECTIT 
10   ET  MATRI  DIGNVM  PRAEBVIT  OBSEQVIVM 
INSIGNISQVE    CLVENS   INGENS    CVI     GLORIA 

[SEMPER 
GAVDET  APOSTOLICAS  SE  MERVISSE  VICES  « 

Pseudo-Denys  profita  de  son  séjour  sur  le  siège 
d'Arles  pour  bâtir  sur  le  plateau  de  Mouleyrès.  sur 
l'emplacement  du  temple  de  Mars0,  une  église  dédiée  à 

in-12,  Paris,  1691,  p.  409.  —  »  De  Noble-Lalauzière,  Abrégé  chro- 
nologique de  l'histoire  d'Arles,  fn-4-,  Arles,  1808,  p.  87-88; 
J.  Spon,  Voyage  d'Italie,  de  Grèce  et  du  Levant,  in-8\  Lyon, 
1678,  t.  i,  p.  28  sq.  Sur  les  prétentions  du  siège  d'Arles,  L.  Du- 
chesne,  La  primatie  d'Arles,  dans  les  Menu  de  la  Soc.  des  antiq. 
de  France,  1891-1892,  p.  155-238;  W.  Gundlach,  Der  Streit  der 
Bisthïtmer  Arles  und  Vienne  util  den  Primatus  Galliarum, 
dans  Neues  Archiv  Gesells.  ait.  deutsch.  Gesclu,  1888-1890, 
t.  xiv,  p,  251-342;  t.  xv,  p.  9-102,  233-292.  —  •  De  nombreux  ora- 
toires ont  été  successivement  élevés  dans  le  périmètre  des  Alis- 
camps, il  y  eut  un  temps  où  l'on  en  comptait  jusqu'à  trente. 
G.  Puport,  Histoire  de  l'Église  d'Arles,  où  l'on  parle  du  célèbre 
différent  entre  les  archevêques  de  cette  ville  et  ceux  de  Vienne 
touchant  la  primatie  des  Ga  '  S,  C  \i  vi.  in-12,  Paris.  1691; 
J.-J.  Estrangin,  Description  de  la  ville  d'Arles  antique  et  moi 
de  ses  Chanti><-1  tpidaire,  in-18.  Ail,  18*6, 

p.'163  sq.  ;  L.  Jacquemin,  Guide  des  voyageurs  dans  A  ries,  in-8", 
Arles,  1835,  p.  252  sq.  SurSaint-Honorat-des-Aliscamps,  et.  1 
quemin,  Guide  du  voyageur  dans  A  ries,  in-8*,  Arles.  1335,  ; 


1213 


ALISCAMPS 


1214 


saint  Pierre.  C'est  précisément  cet  édifice  qui  va  nous 
tirer  des  légendes  du  premier  siècle  et  nous  amener  en 
pleine  histoire,  au  vie  siècle. 

II.  Inscription  de  l'année  530.  —  Une  inscription  de 
l'année  530,  trouvée  aux  Aliscamps  en  1868  près  de  la 
chapelle  Saint-Pierre,  est  ainsi  libellée  '  (Gg.  294)  : 

Hic  in  pace  requiescit  bon(a)e  mémorise  Petrus  filius 
\qu\onda(m)  Ascl[i]pi(i)  qui  f(u)nda(vi)t  hanc  bas(i)li- 
ca(m)  sancli  Pétri  et  Pauli  qui  vixit  plus  m{i)nus 
ann(o)s  XLII1  et  obiil  sub  die  X11I1  Kal.  Febr(u)arias 
indict(io)ne  VIII  pos(t)  co(nsu)l(atum  Deciti  junior(i)s 
v(iri)  c(larissimi). 

On  ne  saurait  objecter  à  cette  inscription  l'absence 
des  éponymes  Lampadius  et  Oreste  ;  l'inscription  étant 
<lu  mois  de  janvier  on  remarquera  qu'à  cette  époque  les 
noms  des  deux  consuls  n'étaient  pas  proclamés,  ainsi 
on  a  pris  la  date  à  l'aide  du  post  consulatum  de  l'année 
précédente.  Le  Decitius  mentionné  ici  est  Decius  auquel 
on  ajoutait  l'épithète  de  junior  pour  le  distinguer  de 
son  homonyme  de  l'année  486. 

Cette  inscription  nous  donne  la  date  approximative 
de  la  fondation  de  l'église  Saint-Pierre,  aux  Aliscamps, 
puisque,  en  admettant  que  le  Pierre  mentionné  sur 
'épitaphe  soit  un  iils  posthume,  il  reste  qu'Asclépius 


HICINPACE 

RESVIESCIT 

BONEAEMORI 

AH  BENIN  ATA 
WAEVLX1TAN 
NVJM1ETQI  XxxVlll 
OBI  TCTSANCTO 
RY/A  f  KLACV<f 
TA? 


295.  —  Inscription  chrétienne  du  Musée  d'Arles. 
D'après  Bullettino  ili  archeologia  cristiana,  1874,  pi.  XIII,  n.  2. 

•son  père,  fondateur  de  l'église,  vivait  en  487,  limite  mi- 
nimum de  sa  vie.  L'inscription  nous  apprend  que 
l'église  bâtie  par  Asclépius  portait  primitivement  le 
vocable  des  apôtres  Pierre  et  Paul,  suivant  en  cela  une 
pratique  ancienne  dont  on  retrouve  dans  l'Europe 
monumentale  un  grand  nombre  d'exemples  2.  Cependant, 
faisait  observer  De  Rossi,  on  peut  tirer  une  difficulté  de 
ce  fait  (jue  dans  l'antiquité  on  ne  dédiait  pas  de  basi- 
liques ni  d'oratoires  aux  saints  dont  on  ne  possédait  pas 
les  reliques,  or  les  reliques  des  saints  apôtres  avaient 

*  M.  Revoil,  dans  la  Revue  des  sociétés  savantes,  1869,  série  IV, 
t.  x,  p.  506;  Fassin,  dans  Le  Musée,  1873-1874,  p.  194;  Huard, 
dans  le  Bulletin  monumental,  1875,  p.  128  et  pi.  lxviii;  Véran, 
dans  les  Congrès  archéologiques,  t.  xlviii,  1876,  p.  290,  notel; 
De  Rossi,  Bull,  di  arch.  crist.,  1874,  p.  145;  L.  Palustre,  dans 
Bull,  monum.,  1875,  p.  172;  Corp.  inscr.  lat.,  t.  xii,  n.  936;  E.  Le 
Blant,  Nouveau  recueil  des  inscript,  de  la  Gaule,  in-4',  Paris, 
1892,  n.  182.  «  Lequel  de  Petrus  ou  A' Asclépius  est  le  fondateur 

•du  sanctuaire?  L  inscription  ne  le  dit  pas  clairement.  Mais 
quel  que  soit  celui  auquel  on  doive  attribuer  cette  œuvre  pie,  une 
difficulté  se  présente,  car  la  règle  de  saint  Aurélien  dit  que  le 
monastère  fondé  par  cet  évèque  d'Arles  l'a  été  la  cinquième 
année  après  le  consulat  de  Basile  le  Jeune,  ainsi  que  l'église  con- 

:  sacrée,  aux  saints  Apôtres.  Or  cette  date  nous  reporte  à  l'année 


heureusement  échappé  à  la  dissémination  dont  les 
corps  saints  commençaient  à  être  victimes,  il  faut  penser 
dès  lors  que  les  ossements  étaient  suppléés  dans  ce  cas 
particulier  par  la  limaille  des  chaînes  de  saint  Pierre. 
On  a  d'autres  exemples  de  cet  usage3;  en  ce  qui  con- 
cerne l'église  des  Aliscamps,  une  épitaphe  semble  enlever 
les  derniers  doutes,  elle  est  gravée  sur  une  tablette  de 
marbre  grisâtre  veiné  de  vert,  et  mesure  0m32  sur  0m29* 
(«g.  295). 

Le  croisillon  placé  entre  les  mots  sanctorum  et  kalen- 
"das  ne  peut  s'interpréter  pour  le  sigle  numérique  10; 
en  outre  le  dixième  jour  des  calendes  du  mois  d'août 
n'a  joui  nulle  part  en  France  d'une  célébrité  qui  per- 
mette de  le  désigner  dans  le  sanctoral  par  ces  seuls 
mots  :  dies  sanctorum.  Il  faut  donc  lire  l'épitaphe  : 

Hic  in  pace  requiescit  bon(a)e  mémorise 
Benenata  quse  vixit  ann(o)s  II  et  di{es) 
XXXVI II  obi(it)  d(ie)  sanctorum  f  K{a)l[end[i\s) 
A(u)gust[i]s. 

L'attribution  du  jour  de  la  mort  au  jour  des  calendes 
d'août,  le  premier  du  mois,  rend  compte  du  croisillon 
d'une  manière  satisfaisante.  Le  premier  jour  du  mois 
d'août  était  attribué  à  la  fête  des  martyrs  Macchabées 
que  l'on  célébrait  dans  un  grand  nombre  d'églises  avec 
une  grande  solennité  =.  Dans  les  Gaules,  cet  anniver- 
saire était  plus  célébré  qu'ailleurs  s'il  est  possible,  à 
raison  de  sa  mention  dans  le  calendrier  de  Polcmus 
Silvius  composé  en  Gaule,  en  l'année  448-449. 

KALENDAE.  Natalis  Perlinacis  et  martyrium  Mac- 
cabeorum^. 

A  cette  époque  Sixte  III  (432-440)  ayant  fait  une  nou- 
velle dédicace  de  l'église  de  S.  Pétri  in  vincida  le 
premier  jour  d'août,  décida  que  la  mémoire  de  cette 
dédicace  fût  désormais  conjointe  à  celle  des  Maccha- 
bées. Ce  jour  prit  donc  aux  Aliscamps  une  célébrité 
particulière,  puisque  le  titre  de  l'église  était  fondé  sur 
les  mêmes  reliques  qu'on  honorait  en  ce  jour  et  il  ne 
parait  pas  douteux  que  le  premier  jour  d'août  y  devint 
le  dies  sanctorum  par  excellence.  Quel  est  donc  dès 
lors  le  sens  du  croisillon?  il  n'est  peut-être  qu'une  allu- 
sion au  genre  de  martyre  que  souffrit  saint  Pierre,  peut- 
être  vise-t-il  les  deux  apôtres  et  les  Macchabées,  tous 
martyrs  et,  à  ce  titre,  associés  à  la  passion  du  Christ. 

La  mention  de  la  dédicace  de  l'église  des  Aliscamps 
aux  deux  apôtres  que  nous  a  conservée  l'épitaphe  du  fils 
d'Asclépius  ne  peut  surprendre  si  l'on  songe  que  la 
limaille  des  chaînes  pouvait  tenir  lieu  des  reliques  de 
saint  Pierre  mais  non  de  saint  Paul.  L'habitude  que 
l'on  avait  contractée  dès  lors  de  ne  plus  séparer  les 
deux  apôtres  se  retrouve  jusque  dans  l'église  de  Saint- 
Pierre-aux-liens  dont  les  chaines  de  saint  Pierre  étaient 
cependant  le  principal  trésor,  et  qui  fut  dédiée  par  le 
pape  Sixte  III  aux  deux  apôtres7  : 

[SIGNO 
HAEC  PETRI  PAVLIQVE  SIMVL  NVNC  NOMINE 
XYSTVS  APOSTOLICAE  SEDIS'HONORE  FRVENS 
VNVM  QVAESO  PARES  VNVM  DVO  SVMITE  MVNVS 
VNVSHONORCELEBRATQVOSHABET  VN  A  FI  DES 

546,  tandis  que  le  Petrus  nommé  dans  notre  inscription  était 
mort  dès  l'an  530  après  avoir  survécu  à  son  père.  »  —  -G.  Ro- 
hault  de  Fleury,  Les  saints  de  la  Messe.  Saint  Pierre  et 
saint  Paul,  in-4%  Paris,  1899.  —  3  A  Spolète,  cf.  De  Rossi,  Bull, 
di  arch.  crist.,  1871,  p.  88,  89,  94-120,  123-127,  131-148.  — 
1  Huard,  Becueil  d'inscriptions  inédites  du  musée  d'Arles, 
dans  le  Bulletin  monumental,  1875,  p.  130,  n.  73  et  pi.  en  regard 
de  la  page  132  ;  Corp.  inscr.  lat.,  t.  XII,  n.  941  ;  De  Rossi,  Bull. 
di  arch.  crist.,  1874,  p.  148  ;  E.  Le  Blant,  Nouveau  recueil, 
n.  167.  —  5L.  Duchesne,  Les  origines  du  culte  chrétien,  in-8*. 
Paris,  1898,  p.  265;  Acta  sanct.,  august.  t.  I,  p.  5  sq.  — 
u  Momms'en,  Curp.  inscr.  lat.,  t.  I,  p.  349.  -'M.  A.  Monsacrati, 
De  catenis  S.  Pétri,  dissertatio  ad  Benedictum  XIV,  in-4\ 
Romae,  1750;  Gruter,  dans  Corp.  inscr.,  p.  1174,  n.  7. 


4215 


ALISGAMPS 


1246 


III.  Épigkaphie.  —  Arles,  grâce  au  cimetière  des 
Aliscamps,  est  une  des  villes  des  Gaules  les  plus  riches 
en  inscriptions  chrétiennes.  La  plus  ancienne  de  ses  ins- 
criptions datées  y  a  été  trouvée  en  1844,  elle  peut  remon- 
ter à  l'année  450  ou  hien  aux  années  501  et  502  '  ;  nous 
avons  parlé  longuement  de  celle  du  fils  d'Asclépius 
datée  de  530 2,  celle  de  l'abbé  Florentinus  est  de  543 :l. 
Parmi  les  inscriptions  non  datées,  la  plus  ancienne  se 
lit  sur  un  sarcophage  trouvé  près  de  la  chapelle  Saint- 
Honorat;  la  paléographie  est  de  la  fin  du  me  siècle  et  la 
formule  est  digne  d'attention  au  point  de  vue  de  l'ex- 
pansion du  christianisme  à  l'époque  des  persécutions. 
Les  symboles  sculptés  cur  le  sarcophage,  Adam  et  Eve, 
Daniel  parmi  les  lions,  .Tonas  et  la  baleine  ne  pouvaient 
pas  avertir  les  païens  de  la  présence  d'une  tombe  chré- 
tienne dont  la  formule  ne  révélait  rien  i  de  la  foi  de  la 
défunte-  (fig.  291  )  : 


cotte  inscription  au  IVe  siècle,  car  son  emploi  à  Rome  est 
constaté  dès  le  me  siècle11.  Nous  le  retrouvons  avec  le 
symbole  du  Bon  Pasteur  sur  une  inscription  qui  témoi- 
gne que  de  très  bonne  heure  c'est  le  voisinage  des  saints 
qu'ont  recherché  les  chrétiens  enterrés  aux  Aliscamps  . 


PAX        i  ECVM 

INTER  SANCTIS 

QVI  BISIT  MIN  III! 

(Don  Pasteur) 

Un  litulus  métrique,  dont  il  ne  reste  malheureuse- 
ment qu'un  fragment,  doit  se  rapportera  un  personnage 
engagé  par  des  vœux  de  religion  ;  la  première  pensée  se 
porte  vers  le  monastère  des  vierges  fondé  par  l'évèque 
Césaire  et  la  paléographie,  qui  est  du  VIe  siècle  environ. 


29C.  —  Sarcophage  d'Optatina  Reticia.  Musée  d'Arles,  d'après  une  photographie. 


La  plupart  des  inscriptions  d'Arles  olVïent  les  variantes 
communes  d'un  formulaire  unique  : 

HIC  IN  PACE  REQVIESCIT  BONAE  MEMORIA.... 6 
HIC  REQVIESCIT  IN  PACE  BONAE  MEMORIAE....  ■ 
HIC  DORMIT  IN  PACE....* 

Trois  inscriptions,  dont  la  première  provient  certai- 
nement des  Aliscamps  et  nous  ollre  un  des  plus  antiques 
symboles,  portent  une  formule  qui  disparait  avec  elles: 


i 


PAX  TECVM  •  SIT  •  VIBIA 
FROMENE  •  SIMPLICIVS 
CONIVGI  •  INCOMPARA 
BILI-CMVQVA- VIXI  -AN 
NOS-III-MEMORIAE-CAV 
SA  •  FECIT9 


i 


La  présence  du  chrisme  ne  peut  imposer  le  renvoi  de 

»  Curp.  inscr.  lat.,  t.  xn,  n.  930.  —  iCorp.  inser.  lot.,  t.  xn, 
n.  936.  —  3  Corp.  inscr.  lat.,  t.  xn,  n.  944.  —  'Ligne  2  et  4  :  sive 
indique  peut-être  le  baptême,  mais  cela  devait  passer  inaperçu  ou 
rester  inexplicable  pour  les  païens.  —  'Lancelot,  dans  Hist.  de 
l'Acad.  des  inser.,  t.  vu,  p.  249;  Dumont,  Description  des  anciens 
monuments  d'Arles,  en  appendice  dans  de  Noble-Lalauziére, 
Abrégé  chronologique  de  l'histoire  d'Arles,  in-4°,  Arles,  1808, 
n.  108;  A.-L.  Millin,  Vtrjage  dans  1rs  département»  du  midi  de 
la  France,  in-8\  Paris,  1807,  t.  m,  p.  532;  J.-J.  Estrangin,  Des- 
cription de  la  ville  d'Arles,  in-18.  Aix,  18ïr>,  p.  211  :  K.  Le  niant, 
Inscr.  chrét.  de  la  Gaule,  in-4',  Paris,  1865,  t.  Il,  p.  302,  i 
pi.  69,  n.  418;  E.  Le  Blant.  Étude  sur  les  sarcoph.  chrét.  de  lu 
vMe  d'Arles,  in-fol..  Paris,  1878,  p.  34,  n.  JCXVII,  pi.  xxt  n.  2; 
Corp.  inscr.   lat.,  t.   UI,  n.  956.  —  'Corp.  inscr.  lat.,  t.  XII, 


s'y  prêterait  assez;  la  ligne  4e  semble  cependant  une 
réminiscence  de  la  règle  de  saint  Benoit: 

A  REGVLAE  SUBDEDIT  COLLA  IVGO  ** 

On  a  retiré  des  Aliscamps  les  sarcophages  de  deux 
évèques  d'Arles.  L'un  d'eux  a  appartenu  à  l'évèque  Con- 
cordius  qui  siégea  parmi  le~  Pères  du  concile  de  Valeç- 
tine,  en  374.  Son  épitaphe  ollre  plusieurs  réminiscences 
anciennes  adaptées  au  dogme  chrétien,  ce  qui  est  digne 
de  remarque  en  un  temps  où  l'on  ne  prenait  guère  cette 
peine  l3  : 

INTEGER  ADQVE  PIVS  VITA  ET  CORPORE  PVRVS 
AETERNO  HIC  POSITVS  VIVIT  CONCORDIVS  AEVO 
QVI    TENERIS    PRIMVM    MINISTRVM    FVLSIT    IN 

[ANNIS 
POST  ETIAM  LECTVS  CAELESTI  LEGE  SACERDOS- 
TRIGINTA    ET    GEMINOS     DECIM    VIX    REDDIDIT 

[ANNOS 
HVNC  CITO  SIDEREAM  RAPTVM  OMNIPOTENTIS 

[IN  AVLAM 
ET    MATER    BLANDA    ET    FRATER    SINE    FVNERE 

[QVAERVNT 


I 


00 


1.  épitaphe  de  saint  Ililaiiv  d'Arles   mort   le  5  mai  de 

l'année  449  : 

n.  930.  931.    933-936,  938,  940,   911.   943,   945,  9i*. 

957,   969,  974,  976a.  —  '  Corp.  inscr.  lat..  t.  xu.  n.  962,  966  : 

bene   nenorius:  n.  967.  —  "Corp.  inscr.  lat.,  t.   xn.  n.  960.  — 

"E.  Le  Blant,  Inscr.  chrét.  de  la  Gaule,   t.  n.  p.  968,  n.  533; 

Corp.  inscr.  lai.,  t.  xu,  n.   96 4  :  D.  Cabrol  et  D.  Lecleiv.j 

Hum.  Eccles.  litura.,  in-4',  Parisiis.  1903,  t.  i,  n.  9830.  -  "M-'   Le 

niant,  ep   cit.,  p.  264.  n.  526.  pi.  71,  n.  430;  Corp.  I    I 

t.  xn,  n.  958.  —  "  L.  Jacquemin,  Guide  du  iigageur  dans  Arles, 

in-8-,    Arles.  1835.   p.  2BS;  K    Le  niant,  op.  cit..  t.  n.  | 

n.  .Vil  ;   E.   Le  Blant.   Étude  sur  lis  sarcoph,  d  Arles,    in-fol., 

Paris,  1878,  p.  13:  Corp.  inser.  latin.,  I.  xu.  n.  971.  —  '*l 

lat.,  t.  xn,  n.  975.  —  "E.  Le  Blant,  fnscr.  chrét 
Gaule,  t.  n.  p.  841,  n.  609,  pi.  68,  n.  H5;  l  W  ■  t   \n.. 

D.  943, 


1217 


ALISCAMPS   —    ALITURGIQUES    (JOURS] 


1218 


ANTISTES  DOMINI  QVI  P[aupertalis\  AMOREM  CS 
PRAEPONENS  AVRO  RAPV[i]T  C[aelesti\  A  RE- 
GNA CS 
HILARIVSCVI  PALMAOf&JITVS  E[tviv]EP,EXPS  CS 
CONTEMNENS  FRAGILEM  TER[r«nJI  CORPORIS 

[VSVM  CS 
HIC  CARNIS  SPOLIVM   LIQVIT   A[d]  ASTRA  VO- 

fLENS   CS 


IV.  Aspect  du  cimetière.  —  Nous  possédons  sur  les 
Aliscamps  un  dessin  de  l'acteur  Beauméni1,  dont  les 
productions  sont  toujours  sujettes  à  caution.  Les  tombes 
s'étaient  accumulées  d'une  manière  étrange,  ainsi  qu'on 
peut  le  voir  par  la  superposition  de  cinq  rangs  d'augeg 
de  pierre  servant  de  cercueils  (fig.  94) 2.  A  la  surface 
du  sol,  la  nécropole  offrait  le  même  aspect  que  celle  de 
Julia  Concordia  (fig.  297). 


297.  —  Vue  du  cimetière  de  Concordia.  D'après  Bulleltino  di  archeologia  cristiana,  187j,  pi.  ix. 


SPREVIT  OPES  DVMQVAE RIT  OPES  MORTALIA 

[MV[«]ANS  P 
PERPETVIS    CAELVM     DONIS    TERRISTRIBVS 

[EMIT  CS 
GEMMA  SACERDOTVM  PLEBISQVE  ORBISQVE 

[MAGISTER  P 

RVSTICA    QVIN    ETIAM    PRO  xTÔ"  [»im]NIA   SV- 

[MENS  a 
10   SERVILE  OBSEQVIVM    [non]  DEDIGNATVS  ADI- 

[RE  P 
OFFiCIO    VIXIT    MINIMVS    ET    CVLMINE    SUM- 

[MVS  CS 
NEC   MIRVM    SI    POST    HAEC   MERVIT   TVA   Ll- 

[MINA  XPË  P 
ANGELICASQVE  DOMOS  INTRAVIT   ET    AVREA 

[REGNA  CS 
DIVITIAS  PARADISE   TVAS    FLAGRANTIA   SEM- 

[PER  es 
15   GRAMINA    ET    HALANTES   DIVINIS     FLORIBVS 

[HORTOS  es 
SVBIECTASQVE  VIDET  NVBES  ET  SIDERA  "%, 

(CAELI      ^ 

1  E.  Le  Blant,  foc.  cit.,  t.  h,  p.  252, 253,  n.  515,  516;  pi.  69,  n.  416, 
413;  Corp,  irtscr.  lai.,  t.  xn,  n.  949.  —  s  Sur  Beauméni,  cf. 
P.  Mérimée,  Notes  d'un  voyage  en  Auvergne,  in-8%  Paris,  1838, 
p.  100  sq.  ;  E.  Le  Blant,  Inscript,  chrét.  de  la  Gaule,  in-4",  Paris, 
1856-1865,  t.  i,  p.  24;  L.  Renier,  dans  la  Bévue  des  sociétés  sa- 
vantes, série  II,  t.  Mij'p.  38,  note.  —  3  E.  Le  Blant,  Étude  sur  les 
sarcophages  chrétiens  antiques  de  la  ville  d'Arles,  in-lol.,  Pa- 
ris, 1878,  p.  45,  pi.  xxviii  :  «  Les  ruines  que  l'on  aperçoit  au- 

D1CT.  D'ARCH.  CURÉT. 


Il  reste  peu  de  chose  aujourd'hui  des  Aliscamps  : 
deux  rangées  de  cuves  sépulcrales  réunies  sur  les  bas- 
côtés  d'une  allée  conduisant  à  Saint-Honorat 3. 

H.  Leci.ercq. 

ALITURGIQUES  (JOURS).  —  On  appelle  ainsi  les 
jours  non  consacrés  par  la  célébration  delà  liturgie  pro- 
prement dite,  c'est-à-dire  du    sacrifice  eucharistique. 

Les  seuls  jours  universellement  liturgiques  dès  l'ori- 
gine furent  les  dimanches,  auxquels  vinrent  successi- 
vement s'ajouter  les  fêtes  principales  du  christianisme 
et  les  anniversaires  des  martyrs.  Il  y  avait  aussi  les 
jours  de  stations,  ou  jeûnes  du  mercredi  et  du  vendredi, 
mentionnés  déjà  par  l'auteur  de  la  Didaché  et  par  Her- 
mas.  En  certains  endroits,  on  célébrait  ces  jours-là  le 
sacrifice  :  par  exemple,  en  Afrique,  du  temps  de  Ter- 
tullien,  et  à  Jérusalem  dans  la  seconde  moitié  du 
IVe  siècle.  Tertullien 4  toutefois  nous  apprend  qu'il 
existait  dès  lors  un  courant  d'opinion  tendant  à  faire 
passer  le  rite  eucharistique  comme  incompatible  avec 
l'austérité  du  jeûne.  De  fait,  nous  savons  par  Socrate, 
que,  dans  l'Église  d'Alexandrie,  on  faisait  «es  jours-là 
tout  ce  qui  se  pratiquait  dans  les  synaxes  «  à  l'exception 
de  la  célébration  des  mystères  »  5.  On  a  supposé  qu'il  en 

dessus  de  l'entassement  des  sarcophages  provenaient  sans  doute 
d'une  basilique  semblable  à  celles  que  les  anciens  élevaient,  à 
Rome,  sur  les  cimetières  chrétiens.  »  Cf.  De  Hossi,  Borna  sotter- 
ranea,  t.  I,  p.  296;  t.  m,  p.  465,  pi.  xxxix,  n.  1.  11  existe  des 
calques  des  dessins  de  Beauméni  dans  un  recueil  manuscrit  de 
l'abbé  de  Tersan,  Bibl.  nationale,  fonds .  français,  n.  6954, 
pièces  cotées  50,  52,  53  et  55.  —  *  De  orat.,  c.  XIX,  P.  L.,  t.  I, 
col.  1287.  —  '■H.  E.,  v,  22,  P.  G.,  t.  LXVH,  col.  625  sq. 

I.  -  39 


1219 


ALITURGIQUES    (JOURS)    —   ALLATIUS 


1220 


était  de  même  à  Rome,  en  se  fondant  principalement 
sur  la  célèbre  épitre  du  pape  Innocent  Ier  à  Recentius 
d'Eugubium,  c.  iv;  mais  le  sens  de  son  langage  n'est  pas 
suftisamment  clair,  et  dom  Constant,  le  cardinal  Bona, 
avec  raison  peut-être,  y  ont  vu  tout  autre  cbose.  Un 
passage  de  saint  Ambroise  *  insinue  clairement  qu'à 
Milan  de  son  temps  il  y  avait  synaxe  liturgique  les  jours 
de  jeûnes. 

C'est  également  au  IVe  siècle  que  le  samedi  nous  appa- 
raît d'abord  comme  solennisé  en  Orient  par  la  célébra- 
tion de  l'eucharistie  '-.  La  ville  même  d'Alexandrie  fai- 
sait pourtant  exception  3,  de  même  que  celle  de  Rome, 
d'après  Sozomène4.  Le  canon  26  du  concile  d'Elvire 
semble  attester  pour  l'Espagne  pleine  conformité  en  ce 
point  avec  l'usage  romain,  antérieurement  à  l'année  305  : 
c'est-à-dire  qu'il  y  avait  jeûne  continu  du  jeudi  soir  au 
dimanche  matin,  et  la  liturgie  commençait  sur  le  soir 
du  samedi  pour  ne  se  terminer  qu'à  l'aube  du  dimanche. 
Nous  avons  encore  un  reste  de  cette  ancienne  coutume 
dans  les  messes  des  samedis  des  Quatre-Temps  et  sur- 
tout du  samedi  saint. 

La  liturgie  quadragésimale,  telle  que  nous  la  connais- 
sons d'après  les  documents  postérieurs  au  îvsiècle,  nous 
permet  d'observer  là  encore  une  grande  diversité  d'usa- 
ges suivant  les  dilférents  pays.  A  Capoue,  au  vie  siècle, 
et  dans  le  midi  de  l'Espagne,  les  vieux  jours  de  sta- 
tions, le  mercredi  et  le  vendredi,  sont  encore  les  seules 
fériés  liturgiques.  A  Naples,  au  siècle  suivant,  durant 
les  premières  semaines,  il  n'y  a  de  liturgiques  que  le 
lundi,  le  mercredi  et  le  vendredi;  le  samedi  le  de- 
vient dès  la  troisième  semaine,  puis  le  mardi  aussi  à 
partir  de  la  cinquième  :  les  jeudis  seuls  restent  alitur- 
giques,  à  l'exception  du  dernier,  celui  de  la  cène  du 
Seigneur.  On  constate  la  même  marche  progressive 
dans  la  liturgie  de  Tolède  à  laquelle  appartient  le  Liber 
comicus  de  Silos,  à  cela  près  que  tous  les  samedis  la 
messe  se  célèbre  dès  l'heure  de  tierce,  preuve  qu'il  n'y 
avait  pas  jeûne  ce  jour-là.  Cette  situation  spécial!  des  sa- 
medis de  carême  se  trouve  également  attestée  dans  1rs 
livres  milanais.  Il  faut  voir  en  cela  probablement  l'in- 
fluence de  l'Orient,  oii  le  concile  in  Trullo.  can.  .">.">,  sanc- 
tionna la  prohibition  de  jeûner  le  samedi  en  carême,  el 
condamna  la  pratique  contraire,  tout  en  constatant  que 
c'était  celle  de  Rome.  Dans  son  canon  52,  la  même 
assemblée  régla  que  tous  les  jours  de  carême,  excepté 
les  samedis,  les  dimanches  et  la  fête  de  l'Annonciation, 
on  se  contenterait  de  célébrer  la  messe  des  présancli- 

ties. 

Qaunt  à  l'Église  romaine,  pour  les  temps  plus  an- 
ciens, les  renseignements  font  défaut  touchant  les  fériés 
liturgiques  el  àliturgiques  de  son  carême.  L.  Dnchesne  ' 
conclut  d'un  passage  de  saint  Léon  que  la  multiplication 
des  synaxes  eucharistiques  pendant  la  Bemainedoit  avoir 
été  introduite  postérieurement  à  ce  pape.  I l'autre  part, 
dom  Cagin,  dans  son  opuscule  Un  mot  sur  l'Antipho- 
iialr  Missarum,  a  établi,  à  la  suite  du  cardinal  Tom- 
masi.  que  l'ordonnance  des  communions  de  carême  est 
sûrement  antérieure  à  Grégoire  II,  très  probablement 
aussi  à  Grégoire  Ier.  A  l'époque  où  cette  ordonnance 
fut  instituée,  tons  les  jeudis  étaient  encore  àliturgiques, 
et  ils  le  furent  jusqu'à  Grégoire  II  (710-731),  qui  les 
pourvut  de  messes  spéciales.  Point  de  synaxe  non  plus 
le  samedi  avant  les  Rameaux-;  le  pape,  ce  jour-la,  se 
préparait  par  le  repos  et  des  distributions  d'aumônes 
aux  fonctions  de  la  grande  semaine.  Le  vendredi  et  le 
samedi  saint  ont  été  de  tout  temps  àliturgiques.  Enfin, 
le  dimanche  après  les  Quatre-Temps  fut  considéré  de 
même,  tant  que  subsista  l'ancien  usagé  de  célébrer  l'eu- 

'  In  ps.cxvnr,  serai,  vm,  n.  48.  P.  L.,  t.  xv,  col.  I  83 
cil.  Laodic.,  can.   lti  et  4'.»;  Conflit.  Apost.,  h,  59;  v,  20;  vu, 
27;vm,33;S.  Épi]  hane,  Expos. fld., 24, P.G.,  t.xi  li,col.829sq.  ; 
S.  Basile,  Eplst.,  289,  P.  <;..  t.  \x\n,  col.  1025  sq       'Si  crate,  toc. 


charistie  dans  la  nuit  qui  mettait  fin  au  jeûne  de  c'iaque 
saison. 

Aujourd'hui  le  vendredi  saint  est  le  seul  jour  qui  soit 
strictement  aliturgique  dans  les  églises  du  rite  romain, 
bien  qu'on  puisse  lui  assimiler  le  samedi  saint,  la  fonc- 
tion célébrée  maintenant  le  matin  de  ce  jour  étant  en 
réalité  celle  de  la  nuit  pascale.  A  Milan,  la  règle  est  de 
s'abstenir  de  l'oblation  du  saint  sacrifice  tous  les  ven- 
dredis de  carême;  mais  beaucoup  de  prêtres  l'éludent, 
en  allant  célébrer  à  la  romaine  dans  les  églises  et  cha- 
pelles des  couvents.  Pour  l'Orient,  il  est  demeuré  fidèle 
à  la  règle  du  concile  in  Trullo  :  on  y  consacre  chaque 
dimanche,  outre  l'oblation  du  jour,  les  pains  qui  doivent 
servir  à  la  messe  des  présanctifiés  durant  les  cinq 
jours  suivants  jusqu'au  samedi. 

Bibliographie.  —  J.  Bingham,  Origines  s.  a.  eccle- 
siasticx,  Halae,  1727,  t.  v,  p.  280  sq.  ;  L.  A.  Bocquillot, 
Traité  historique  de  la  liturgie  sacrée,  Paris,  1701, 
p.  315-332;  Martigny.  Diction,  des  antiquités  chrétiennes, 
Paris,  1877,  p.  464;  J.  Bona,  Rerum  liturgicarum, 
lib.  I,  c.  xvm,  2,  Taurin.,  1749,  t.  il,  p.  3-10  ;  L.  Duchesne, 
Origines  du  culte  chrétien,  Paris,  1898,  p.  219  sq. 

G.  Morin. 

ALLATIUS  (Léon),  savant  grec,  né  à  Chio,  en  1586, 
du  mariage  de  Nicolas  Allatius  avec  Sébaste  Neuridis. 
Emmené  en  Italie,  jeune  encore,  par  son  oncle  mater- 
nel, Michel  Neuridis,  il  passe  deux  ans  en  Calabre,  à 
Saola,  auprès  de  Mario  Spinelli,  qui  l'envoie  ensuite  à 
Xaples,  pour  y  apprendre  le  latin.  De  là,  il  s'en  va  à 
Rome,  ou  il  est  admis,  le  1er  novembre  1599,  au  collège 
grec  de  Saint-Athanase,  créé  en  1577  par  le  pape  Gré- 
groire  XIII.  Le  9  mars  ItilO,  Allatius  soutient  avec  éclat 
ses  thèses  de  philosophie  et  de  théologie.  Au  sortir  du 
collège  et  sans  être  dans  les  ordres,  il  est  nommé 
vicaire  général  de  Bernard  Giustiniani,évêqued'Anglona, 
en  Calabre.  Au  bout  de  trois  ou  quatre  ans,  il  retourne 
à  Chio,  sa  patrie,  et  y  remplit  des  fonctions  analogues 
auprès  de  Marc  Giustiniani,  évéque  latin  de  l'île.  De 
-raves  affaires  appelant  ce  dernier  à  Rome,  Allatius  l'y 
accompagne,  suit  à  la  Sapience  les  leçons  du  fameux 
Jules-César  Lagalla  et  obtient,  en  octobre  1616.  le  di- 
plôme de  docteur  en  médecine. 

Alors  commence  pour  Allatius  comme  une  nouvelle 
carrière.  La  passion'  de  l'étude  l'emporte  chez  lui  sur 
l'amour  du  pays  natal,  et,  au  lieu  de  repartir  pour  Chio, 
il  se  fixe  définitivement  à  Rome.  Attaché  d'abord  comme 
scriptor  à  la  bibliothèque  Vaticane,  il  est  nommé,  peu 
après,  professeur  de  rhétorique  au  collège  grec  de 
Saint-Athanase;  la  rivalité  de  Matthieu  Caryophyllis,  un 
autre  Grec,  le  force,  au  bout  de  deux  ans,  de  quitter 
cet  établissement.  Sur  «'es  entrefaites,  grâce  à  la  protec- 
tion de  Nicolas  Alemanni,  il  est  chargé  par  le  pape 
Grégoire  XV  daller  prendre  livraison,  à  Heidelberg 
la  célèbre  bibliothèque  Palatine  offerte  au  Saint--" 
par  Maximilien  de  Bavière6.  De  retour  à  Rome  le 
28  juin  1623,  Allatius  perd,  quelques  jours  après,  un 
protecteur  puissant  dans  la  personne  de  Grégoire  XV. 
Aussi,  en  dehors  de  ses  livres,  n'a-t-il  des  lors  plus 
guère  d'histoire.  Travailleur  acharné,  il  partage  ses 
journées  entre  ses  études  et  ses  amis,  et  ouvre  ave 
meilleurs  savants  de  l'époque  une  correspondance,  dont 
le  dépouillement  définitif  pourrait  seul  nous  re- 
toute  l'étendue  et  la  richesse.  Grâce  à  lui,  les  lettres 
grecques  font  à  nouveau  la  conquête  du  inonde  romain; 
ce  sont,  il  est  vrai,  des  monuments  de  la  Grèce  médié- 
vale et  moderne  qu'il  importe  de  préférence,  mais 
combien  beaux  encore,  et  surtout  combien  utiles 
grande  œuvre  du  retour  à  l'unité  des  Eglises  dissidentes 


cit.  —  'Il  !■:..  vu,  19..P.  G.,  t.  1  xxvii.  col.  1452  sq.  —  'Origine» 
du  culte  rhrrnrii,  p.   324  236.  —  "Voir  sur  ce  transti>rt  de  la 
Palatine  le  travail  déflnUil  de  Cunio  lia     .   Leone  Allacci  e  la 
-i  <h  Heidelberg,  in-S*,  Bolognla,  1893. 


1221 


ALLATIUS 


1222 


non  moins  qu'à  la  réfutation  des  prétentions  protes- 
tantes. Nommé  en  1661  custode  de  la  Vaticane,  Allatius 
meurt  à  ce  poste  le  18  janvier  1669  '. 

Les  ouvrages  d'Allatius  ne  rentrent  point  tous  dans 
le  domaine  de  l'archéologie  chrétienne  ou  de  la  liturgie, 
mais  il  n'en  est  pour  ainsi  dire  aucun,  où  l'abondant 
écrivain  n'ait  touché  par  quelque  point  à  ce  double  do- 
maine. Aussi  a-t-il  paru  bon  d'indiquer  ici  la  liste  com- 
plète de  ses  œuvres,  quitte  à  insister  davantage  sur 
celles  qui  appartiennent  en  propre  à  notre  province. 

1°  Iulii  Csesaris  Lagallee.de  cselo  animato  disputatio, 
in-4°,  Romae,  1622;  2°  In  Ieremiam  prophetam  com- 
mentant, 3  vol.  in-fol.,  Lugd.,  1623;  l'éditeur  de  cette 
compilation  est  Michel  Ghisleri,  dont  le  nom  est  seul 
à  figurer  sur  le  titre,  mais  la  part  prise  par  Léon  Alla- 
tius et  Jean-Matthieu  Caryophyllis  y  est  considérable  2; 
3°  Libanii  sophistse  operum  tomus  H,  in-fol.,  Paris., 
1627;  une  grande  partie  de  ce  second  volume  du  Liba- 
nius  de  Frédéric  Morel  est  due  à  l'érudition  d'Allatius, 
qui  avait  fourni  à  l'éditeur  parisien  texte  et  traduc- 
tion3; 4°  S.  P.  N.  Eustathii  archiepiscopi  Antiocheni 
et  martyris,  in  \Hexameron  commentarius  :  ac  de 
Engastrimutho  dissertatio  adversus  Origenem.  Item 
Origenis  de  eadem  Engastrimutho.  An  videlicet  anima 
ipsa  Samuelis  fuerit  vere  evocala  incantationibus  Py- 
thonissœ,  de  quai Reg.  cap.  xxxvm,  in-4»,  Lugd,,  16294; 
5°  DeJoannapapissa  fabula  commentatio,  in-4°,  Romae, 
1630;  dissertation  imprimée  d'abord  dans  A.  Ciaconius, 
Vitse  et  res  gestse  Pontificum  Romanorum,  in-fol., 
Romce,  1630,  col.  1981  sq.,  et  souvent  reproduite,  d'abord 
par  Bartoldus  Nihusius  avec  prologue  et  épilogue,  in-8°, 
Colonise,  1645,  puis  dans  les  Symmicta,  in-8°,  Colo- 
nise, 1653,  1.  II,  p.  414,  et  dans  les  deux  rééditions 
de  ces  Mélanges  (voir  plus  loin);  6°  Plolemsei  Ever- 
getœ  111,  JEgypt.  régis  moaumentum  Adulitanum, 
in-4°,  Romae,  1631  ;  7°  Apcs  Urbanse  sive  de  viris  illustri- 
bus,  qui  ab  anno  MDCXXX  per  totum  MDCXXXIII 
Rom  se  adfuerunt,  ac  typis  aliquid  evulgarunt,  in-8°, 
Rom;e,  1633;  8°  latro-Laurea  Gabrielis  Naudsei  Parisini, 
a  Leone  Allatio  inaugurata  grseco  carminé,  in-8°, 
Rom»,  1633;  9°  De  Psellis,  et  eorum  scriptis  diatriba, 
in-8°,  Romae,  1634,  reproduit  dans  A.  Fabricius,  Biblio- 
theca  grseca,  in-4°,  lre  édit.,  t.  v,  en  appendice;  éd. 
Harlès,  t.  x,  p.  41-97;  P.  G.,  t.  cxxh,  col.  477-538; 
10°  Procli  Diadochi  paraphrasis  in  Ptolemsei  libros  IV 
de  siderum  effectinnibus,  in-8°,  Lugd.  Bat.,  1635;  2e  édi- 
tion, 1654;  11°  De  erroribus  magnorum  virorum  in 
dicendo  dissertatio  rlielorica,  in-8°,  Romoe,  1635; 
12°  Eridanus,  in-8°,  Romae,  1635;  13°  Socralis,  Anti- 
sthenis,  eta  liorum  Socraticorum  epistolm,  in-4",  Paris., 
1637;  14°  Acta  sacri  œcumenici  concilii  Florentini, 
in-fol.,  Romae,  1638;  cette  édition,  qui  porte  le  nom 
d'Horace  Giusliniani,  avait  été  préparée  par  Allatius5; 
15°  Salhistii  philosophi  de  diis  etmundo,  in-12,  Romae, 
1638,  réimprimé  l'année  suivante  à  Leyde  ;  16°  De  setate, 
et  interstitiis  in  collatione  ordinum  etiam  apud  Grsecos 
servandis,  in-8°,  Romae,  1638;  17°  Philo  Byzantius  de 
septem  orbis  spectaculis,  in-8»,  Romœ,  1640 6;  18°  Ani- 
madversiones  in  antiquitatum  etruscarum  fragmenta 
ab  Inghiramio  édita,  in-4°,  Paris.,  1640;  2e  édit.,  in-12, 
Romae,  1642  ;  19°  De  patria  Homeri,  in-8°,  Lugd.,  1640  7  ; 
20°  Oôpëavo'j  toû  TpiT[Aey£<7Tou  à'y.pou  àpx.iôpé(i>;  àvopcaç, 
in-4°,  Romœ,  1640;  21°  Excerpta  varia  Grsecorum 
sophistarum,  ac  rhetorum,  in-8°,  Romae,  1641  ;  22°  Lice- 
tus  carminé  expressus,  in-4°,  Romae,  1641  ;  23°  Benno- 
nis  D urkhundurkhi  slavi  in  Spenti  academici  sepulti 
epistolam,PRO  antiquitatibus  etruscjs  inghiramiis  : 

1  Sur  la  vie  proprement  dite  d'Allatius,  voir  Et.  Gradi,  Leonis 
Allatii  vita  (restée  incomplète),  publiée  par  A.  Mai,  Nova  biblio- 
theca  Patrum,  t.  VI,  2*  partie,  p.  5-28;  E.  Legrand,  Bibliogra- 
vhie  hellénique  du  xvir  siècle,  Paris,  "1895,  t.  m,  p.  435-471,  et 
mon  article  Allatius,  dans  le  Dictionnaire  de  théologie  catho- 
dique, 1. 1,  col.  830.  —  *E.  Legrand,  op.  cit.,  t.  i,  p.  177.  —  * Ibid., 


adversus  Leonis  Allatii,  contra  easdem  animadversio- 
nes,  examen,  in-12,  Colonise,  1642;  ce  livre  a  pour 
auteur  Léon  Allatius;  24°  Hellas,  in  natales  Delp/dni 
Gallici,  in-4°,  Romae,  1642;  25°  Romanse  sedificationes, 
in-8°,  Patav.,  1644;  26°  Iulii  Csesaris  Lagallse  philoso- 
phi romani  vita,  in-8°,  Paris.,  1644,  publiée  par  Gabriel 
Naudé;  27°  De  libris  ecclesiasticis  Grsecorum,  disser- 
tationes  duse  :  quarum  una,  divinorum  officiorum  po- 
tiores  et  usitatiores  libri  percensentur  :  altéra,  trio- 
dium,  pentecostarium,  et  paracletice  examinantur, 
in-4°,  Paris.,  1645.  Ce  volume  a  deux  parties  :  la  première 
comprend  les  deux  traités  dont  on  vient  de  lire  le  titre; 
la  seconde,  qui  ne  possède  qu'un  faux-titre,  comprend 
les  traités  De  narthece  veteris  ecclesiseetDe  recentiorum 
Grsecorum  ternplis.  L'année  suivante,  1646,  l'éditeur 
parisien,  Sébastien  Cramoisy,  mit  l'ouvrage  en  vente 
avec  ce  nouveau  titre  :  De  libris  et  rébus  eficlesiasticis 
Grsecorum ,  dissertaliones  et  observationes  varias,  Les 
deux  traités  sur  les  Livres  liturgiques  ont  été  repro- 
duits par  Fabricius  dans  lalre  édition  de  sa  Bibliotheca 
grseca,  1.  V,  Hamburgi,  1722,  t.  v,  en  appendice;  de- 
puis l'époque  déjà  reculée  de  leur  apparition,  ils  n'ont 
pas  vieilli  ;  le  premier  surtout  est  resté  un  excellent 
guide  en  la  matière.  L'auteur  y  donne  une  notice  parfois 
trop  succincte,  mais  toujours  exacte,  de  vingt-trois 
livres  en  usage  dans  les  oflices  grecs.  Il  serait  facile 
aujourd'hui  de  grossir  considérablement  cette  liste  et 
surtout  d'indiquer,  mieux  que  ne  l'a  fait  Allatius,  l'état 
primitif  et  le  développement  de  chaque  livre;  28°  De 
ternplis  Grsecorum  recentioribus,  ad  Joannem  Mori- 
num;  de  narthece  Ecclesise  veteris,  ad  Gasparem  de 
Simeonibus  ;  nec  non  de  Grsecorum  hodie  quorundam 
opinationibus ,  ad  Paullum  Zaccldam,  in-8°,  Colonise, 
1645.  Ces  trois  lettres,  ou  mieux  ces  trois  traités,  sont 
encore  très  utiles  à  consulter.  Dans  la  première  (p.  1-36), 
Allatius  décrit  en  vingt-quatre  articles,  une  église 
grecque  avec  tous  ses  accessoires;  sans  faire  de  l'ar- 
chéologie, il  cite  pourtant  un  grand  nombre  de  textes 
que  l'on  trouve  rarement  réunis  môme  dans  les  plus 
récents  travaux.  Dans  une  seconde  lettre  sur  le  même 
sujet  (p.  36-53),  également  adressée  à  Jean  Morin,  il 
insiste  particulièrement  sur  la  forme  extérieure  des 
églises  et  leurs  grandes  divisions  :  portique,  solea,  pa- 
rabema,  parecclesion,  chœur,  synthronos.  Cette  lettre 
est  datée  de  Rome,  le  5  des  calendes  d'octobre  1643.  La 
lettre  sur  le  narthex  (p.  54-112)  roule  presque  entière- 
ment sur  la  place  occupée  par  les  catéchumènes  dans 
l'antiquité  et  sur  leurs  catégories  diverses.  La  dernière 
lettre  (p.  113-184)  s'occupe  de  certaines  pratiques  super- 
stitieuses des  Grecs,  de  celles  surtout  relatives  aux 
esprits  malins  et  à  l'effet  de  l'excommunication  sur  les 
cadavres  des  défunts;  29°  De  mensura  temporum,  et 
prsecipue  Grsecorum,  exercitatio,  in-8°,  Colonise,  1015; 
30°  De  Ecclesise  occidenlalis  alque  orientalis  perpétua 
consensione,  libri  1res.  Ejusdem  dissertaliones,  de 
dominicis  et  hebdomadibus  Grsecorum,  et  de  missa 
prsesanctificatorum,  cum  Bartholdi  Nihusii  ad  hanc 
annotationibus,  de  Communione  Urientalium  sub  specie 
unica,  in-4°,  Coloniae,  1648.  Ouvrage  d'une  importance 
exceptionnelle  par  l'histoire  du  schisme  grec;  un  grand 
nombre  de  textes  et  de  documents  officiels  y  ont  paru 
pour  la  première  fois.  La  dissertation  additionnelle  sur 
le  cycle  dominical  des  Grecs  occupe  les  col.  1401-1526; 
l'exactitude  en  est  telle  que  les  plus  récents  liturgistes  se 
sont  généralement  contentés  de  la  rajeunir  en  l'abré- 
geant. La  dissertation  sur  la  messe  des  présanciijios 
(col.  1529-1608)  est  précédée  d'un  extrait  des  Livres  li- 

p.  252.  —  'Le  syntagma  de  Engastrimutho  a  été  inséré  par 
J.  Pearson  dans  ses  Critici  sacri  sive  doctissimorum  virorum  ia 
ss.  biblia  annolationes  tractatus,  in-fol.,  Londini,,  1G60,  t.  vm, 
p.  332  sq.  —  5E.  Legrand,  op.  cit.,  t.  i,  p.  390-391.  —  °  Reproduit 
par  Gronovius,  Thésaurus  grsecarum  antiquitatum,  in-fol., 
Lugd.  Bat.,  1697,  t.  VIII,  p.  2642  sq.  —  7 Ibid.,  t.  X,  p.  1553  sq. 


4223 


ALLAT1US 


12-24 


turgiques  sur  la  même  question  (col.  1531-1540);  la  dis- 
sertation proprement  dite  soumet  à  un  nouvel  examen, 
en  les  ampliliant,  les  raisons  pour  et  contre  l'usage  de 
cette  messe  apportées,  au  xie  siècle,  par  Nicétas  Ste- 
thatos  et  le  cardinal  Humbert  dans  leur  célèbre  contro- 
verse. Le  volume  se  termine  (col.  1609-1690)  par  trois 
notes  étendues  de  l'éditeur,  Nihusius,  touchant  la  com- 
munion sous  une  seule  espèce  chez  les  Orientaux.  On  y 
trouve  (col.  1651-1654)  une  lettre  d'Allatius  à  ce  sujet, 
datée  de  Rome,  le  27  des  calendes  de  février  1645,  et 
une  seconde  (col.  1655-1659),  en  date  du  mois  de  no- 
vembre de  la  même  année;  31°  le  Testimonium  adver- 
sus  Gersenistas  triplex,  édité  par  Gabriel  Naudé,  in-8», 
Paris.,  1651,  contient  en  second  lieu  le  Testimonium 
Leonis  Allatii ;32° Georgii Acropolilse  magni  logothetse 
historia,Joelischronographiacompendiaria,et  Joannis 
Canani  narralio  de  bello  C.  P.  Accessit  diati'iba  de 
Georgiorum  sciiptis,  in-fol.,  Paris.,  1651.  Ce  volume  de 
la  Byzantine  du  Louvre  a  pour  éditeur  Allatius,  qui  y  a 
joint  en  appendice  son  précieux  De  Georgiis.  On  trouve 
également  cet  appendice  dans  la  réimpression  vénitienne 
de  Georges  Acropolite,  in-fol.,  1729,  p.  61-167,  et  dans 
Fabricius,  Bibliot/ieca  Grœca,  Hamburgi,  1737,  t.  x, 
p.  549-824;  éd.  Harles,  t.  xii,  p.  85-102;  33°  Grseciee 
orthodoxes  tomus  primus,  in-4°,  Rornae,  1652;  tomus 
secundus,  ibid.,  1659.  Morceaux  tirés  de  divers  écrivains 
grecs  favorables  à  l'union  romaine  ;  il  y  est  surtout  ques- 
tion de  la  procession  du  Saint-Esprit.  Un  troisième  vo- 
lume, préparé  par  Allatius,  allait  être  mis  au  jour,  en  1780. 
par  son  compatriote  Raphaël  Vernazza,  quand  la  mort 
emporta  ce  dernier;  Augustin  Mariotti,  héritier  des 
papiers  de  Vernazza  et  de  son  projet,  ne  tint  jamais 
sa  promesse  de  publier  enfin  ce  volume  '.  L'édi- 
tion de  H.  Làmmer,  in-8",  Friburgi  Brisgoviae.  1864, 
est  une  simple  réimpression  des  deux  premiers  volumes; 
34°  Symnncta,  sive  opusculorum,  grsecorum  et  latino- 
runi,  vetustiorum  ac  recentiorvm,  libri  duo,  in-8°, 
Colonise,  1653,  reproduit  dans  la  Byzantine  de  Venise  à 
la  suife  du  Malalas,  in-fol.,  Pasquali.  1733.  Les  divers 
opuscules  contenus  dans  ce  volume  sont  indiqués  par 
l'auteur  lui-même  dans  l'index  des  dix  livres  de  Syrn- 
micta,  publié  par  lui  en  1668  (voir  plus  loini  et  repro- 
duit par  Fabricius  -  et  E.  Legrand-.  Nous  devons  pour- 
tant signaler  comme  intéressant  particulièrement  nos 
études,  les  traités  suivants  :  De  solea  veteris  ecclesise,  dis- 
sertation en  quinze  articles,  semée  de  textes,  sur-  cette 
partie  de  l'église;  De  liturgia  sancti  Jacobi, défense  en 
vingt  articles  de  l'authenticité  de  la  messe  attribuée  à 
saint  Jacques;  Pro  Grsecorum  communione  sub  specie 
unica,  examen  approfondi,  à  propos  d'une  note  de  Goar 
sur  l'office  des  présanctifiés,  de  l'opinion  de  ceux  qui 
soutiennent  l'existence  chez  les  Grecs  de  la  communion 
sous  les  deux  espèces  à  la  messe  des  présanctiliés.  parce 
que  les  espèces  du  pain  que  l'on  y  emploie  ont  été 
préalablement  trempées  dans  les  espèces  du  vin;  De 
Kgnis  sanctee  crucis,  courte  lettre,  datée  de  Rome. 
9  juillet  1647,  sur  les  légendes  relatives  à  l'invention  du 
bois  de  la  croix;  35°  Melissolyra  de  laudibus  Dionysii 
Petaini  socielalis  Jesu  presbyteri,  in-8°.  Romae,  1653; 
34°  Del  viaggio  délia  signora  D.  Lucretia  Barberina 
ducltessa  di  Modena  da  Borna  a  Modcna,  in-4°.  Genova. 
1654;  37°  De  perpétua  consensione  Icttinm  et  greecee 
Ecclesise,  epislola  ad  d.  Joannem  Chris tianumL.  B.  de 
Boineburg.  [Subjungitur]  Joannes  Veccus  palriarcha 
Constanlinopolitanus,  De  processione  Spiritus  sancti, 
ad  Sugdeœ  episcopum  Theodorum,  ouvrage  d'Allatius 
occupant  les  pages  91-252  du  volume  suivant  :  Concordia 
nationum  christianaruoi  per  Asiani,  Africain,  et 
Europam,  in  fidei  catholicsc  dogmatibus,  in-8  », 
Mogount.,  1655,  publié  par  les  soins  de  BartoldusNihu- 

1  Cf.  J.  C.  Amaduzzi,  Demetrii  Pepani  opéra  qute  reperiuntur. 
to-4%  Romae,  1781,  t.  I,  p.  xxxvm,  note  6;E.  Legrand,  op.  cit., 


sius;  38°  De  ulriusque  Ecclesise  occidentales  <xt<)ue 
orientalis  perpétua  in  dogmate  de  Purgalorio  consen- 
sione, in-8°,  Rorna?,  1655.  Outre  la  dissertation  touchant 
l'accord  entre  les  deux  Eglises  sur  la  question  du  Pur- 
gatoire, ce  volume  contient  sous  les  n.  2  et  5  la  lettre 
à  de  Boineburg  et  le  traité  de  Veccos  déjà  publié  dans 
le  volume  précédent,  sous  le  n.  3  la  lettre  sur  la  Com- 
munion des  Grecs  sous  une  seule  espèce,  sous  le  n.  4  le 
traité  d'Eustrate  sur  l'Etat  des  âmes  après  la  mort. 
Migne  a  réimprimé  le  traité  du  Purgatoire  avec  l'ap- 
pendice 4,  mais  sans  les  textes  grecs,  dans  son  Theo- 
logise  cursus  conipletus,  in-4°,  Paris.,  1841,  t.  xviif, 
p.  365  sq.  On  trouve  dans  cet  ouvrage  à  peu  près  tous 
les  textes  liturgiques  grecs  relatifs  à  la  vie  future; 
39°  Variarum  lectionum  libellus  en  appendice  au  Cons- 
tantin Manasses  de  la  Byzantine  du  Louvre,  in-fol., 
1655,  et  de  Venetiis,  in-fol.,  Javarina,  1729;  40°  Vita 
délia  venerabile  serra  di  Dio  Maria  Raggi  da  Scio, 
del  terzo  ordine  di  S.  Domenico,  in-4°,  Romae,  1655  ; 
41°  Idylle  grecque  en  l'honneur  de  Christine  de  Suède 
en  tête  de  cette  plaquette  :  Chris  tinte  Suecorum,  Go- 
thorum  Yandalorumque  Beginse,  pise,  felici,  augustse, 
sacrée  congregalionis  de  fide  propaganda  Collegium 
perhumane  invisenti  collegii  eucliaristicon ,  in-4'.  Rome, 
1656  ;  42°  S.  P.  N.  Methodii  episcopi  et  martyris  con- 
viviuni  decem  virginum,  in-8°,  Romae,  1656:  à  cette 
édition  princeps  du  Banquet,  publiée  par  ses  soins, 
Allatius  joignit  en  appendice  sa  Diatriba  de  il 
rum  scriptis;  43°  Vita  e  morte  del  p.  f.  Alessandro 
Baldrati  da  Lugo  fatto  morire  neila  cilla  di  Scio  -ni' 
Turchi  per  la  fede  cattolica  li  10  difebraro  1645,  in-12, 
Roma,  1657;  44°  De  cryptographia  Grsecorum  re 
tiorum  epistola,  in-4",  Vindob.,  1657,  opuscule  imprimé 
par  les  soins  du  savant  jésuite  Simon  Vangnereck.  ami 
d'Allatius;  45°  De  processione  Spiritus  sancti  enchiridion 
(en  grec  vulgaire),  in-12,  Roma?,  1658;  46°  S-JuôoXov  roû 
[Liyàl'jv  'A6ava<7iov  [«Ta  tt|ç  à7ro<rr,ji£ia>(7£(o;  (en  grec 
vulgaire),  in-12,  Romae,  1659;  47°  Librorum  editorum 
elencltus,  in-8°,  Romae,  1659;  48°  Syntagmahiston 
seu  vêlera  Grseciee  monumenta,  de  tribus  sanctorum 
anài  •!'{,  orwm  CosmœetDamiani  nomme  parïbvx,  in-l°, 
Vindob.,  1660.  ouvrage  collectif  de  Simon  'Wangnereck  et 
de  Léon  Allatius:  i'.l"  Joannes  Henrichus  Botting 
fraudis,  cl  impostures  manifestée  convictus,  i\ 
Romae,  1661,  volume  de  très  violente  polémique,  mais  où 
la  communauté  doctrinale  entre  grecs  et  protestants, 
échafaudée  par  Hollinger,  est  entièrement  renvei 
50°  Poeti  antichi  raccolti  da  codici  niss.  délia  bU 
theca  Vaticana,  e  Barberina,  in-8°,  Neapoli,  1661; 
51°  Vindictes  synodi  Ephesinee  et  S.  Cyrilti  de  proces- 
sione ex  Pâtre  et  Filio  spiritus  Sancti,  in-8°,  Romae, 
1681;  52°  De  octava  synodo  Photiana,  in-8°,  Romae, 
1663,  traité  suivi  d'une  nouvelle  réfutation  d'Hottinger 
et  de  l'ouvrage  d'Èlie  Veielius,  d'Ulm,  sur  l  l 
li,  i  que  moderne;  53*  De  Symeonum  scriptis  diatriba, 
publiée  conjointement  avec  l'ouvrage  de  Kr.  Combefis, 
Origiuuni  rerumque  Constanlinopolitanarum  mani- 
pulas, in-i".  Paris.,  1664;  le  De  Sytneonibus  est  résumé 
dans  Fabricius,  Bibliotlteca  Grseca,  t.  x,  Hambuivi,  17H7, 
p.  296-330.  et  reproduit  en  grande  partie  dans  P.  G., 
t.  exiv,  col.  19  sq.;  54°  In  Robert i  Creiffhtoni  app 
tuni,  versionem  et  notas  ad  historiam  concilii  H< 
Uni  scriptam  a  Silvestro  Syropulo,  in-4\  Romse,  1665; 
55°  Drammaturgia  divisa  in  seltr  imliti,  in-12.  ft 
1666;  56°  6'.  P.  N.  Nili  ascette  discipuli  S.  Joannis 
C/irijsosloiui  cpistularum  libri  1  V,  in-fol.,  Rom»'.  1668; 
on  trouve  en  appendice  la  Diatriba  de  Silis  et  eorum 
scriptis,  laquelle  a  été  reproduite  intégralement  pu 
Fabricius,  op.  cit.,  t.  v,  Hamburgi,  1722;  55*  Sym- 
micla  site  opusadurum  grsecorum,  et  latinorum 

t.  n,  p.  56.  —  '-Oy.  cit.,  t.  xiv,  p.  1-21.  —  3 Op.  cit.,  t.  n.  p.  220- 
23<5. 


1225 


ALLATIUS   —   ALLELUIA    (CHANT) 


1226 


stiorum,  ac  recenHorum  Ubri  X,  in-4°,  Rornue,  1668, 
opuscule  d'une  importance  capitale  pour  l'histoire  litté- 
raire d'Allatius;  aussi  a-t-il  été  réimprimé  en  entier 
par  Fabricius1  et  E.  Legrand2. 

Cette  dernière  publication  fut  comme  le  testament 
littéraire  de  notre  auteur;  la  mort  l'emporta  avant 
qu'il  ait  pu  mettre  au  jour  d'autres  ouvrages,  qu'il  avait 
pourtant  achevés.  Tels  sont  les  trois  suivants,  publiés 
avec  quelques  additions  par  A.  Mai  dans  sa  Nova  Pa- 
trum  bibliotheca,  in-4°,  Romae,  1853,  t.  vi,  2e  partie  : 
p.  1-39,  De  Nicetarum  scriptis;  p.  40-71,  De  Philoni- 
btis;  p.  72-202,  De  Theodoris  et  eorum  scriptis.  Les 
autres  anecdota  du  célèbre  savant  sont  conservés  dans 
diverses  bibliothèques  de  Rome,  en  particulier  à  la  Val- 
licellane,  où,  mêlés  à  d'autres  papiers  de  Raph.  Ver- 
nazza  et  d'Aug.  Mariotti,  ils  ne  forment  pas  moins  de 
236  volumes,  dont  le  dépouillement,  tenté  successive- 
ment par  Hugo  Làmmer  3  et  le  P.  Falzacappa4,  vient 
d'être  achevé,  au  moins  pour  les  pièces  grecques,  par 
E.  Martini  5.  Il  reste  à  publier  l'index  des  documents 
latins  ou  italiens.  Il  reste  surtout  à  réunir  en  un  travail 
d'ensemble  la  volumineuse  correspondance  d'Allatius; 
la  majeure  partie  est  encore  inédite,  et  le  reste  dispersé 
en  cent  publications  diverses.  Les  lettres  à  Antoine 
Magliabecchi  sont  comme  enfouies  dans  Angelo  Calo- 
giera,  Raccolta  d'opusculi  scientifici  e  (ilologici,  Venezia, 
1744.  t.  xxx,  p.  265-290.  Il  faut  mentionner  comme 
rentrant  tout  à  fait  dans  notre  domaine  la  lettre  à  Jean 
Morin  sur  la  forme  des  églises,  la  messe  et  la  confession 
chez  les  Grecs,  publiée  par  Richard  Simon  dans  son 
ouvrage  :  Fides  Ecclesise  orientalis  seu  Gabrielis  metro- 
politse  Philadelphie  h  sis  opuscida6  et  reproduite  dans 
le  recueil  anonyme,  mais  émanant  encore  de  Richard 
Simon, qui  a  pour  titre  :  Anliqvitates  Ecclesise  orientalis1 . 
D'autres  lettres  au  même  destinataire  sont  publiées  dans 
les  Miscellanea*  de  Baluze.  D^ix  lettres  à  Fortunius 
Licetus  ont  été  imprimées  par  ce  dernier  dans  son  re- 
cueil :  De  quœsitis  per  epistolas  a  claris  viris  res- 
powsa9.  Une  autre  à  Bernard  Biscia  a  été  insérée  par 
Alph.  Ciaconius  dans  l'édition  valicane  des  Vitœ  et  res 
geslx  Pontificum  Romanorum  10 . 

Les  notices  qui  précèdent  disent  assez  toute  la  fécon- 
dité littéraire  de  Léon  Allatius.  De  ses  multiples  publi- 
cations, beaucoup  sont  aujourd'hui  oubliées,  mais  le 
plus  grand  nombre  méritent  de  passera  la  postérité,  celles 
surtout  qui  ont  trait  aux  questions  religieuses  des  grecs. 
Très  bien  informé,  Allatius  a  raconté  l'histoire  des  re- 
lations entre  les  deux  Eglises  d'une  façon  nouvelle, 
mettant  au  jour  une  foule  de  documents  inconnus  avant 
lui.  Toujours,  il  est  vrai,  il  a  cherché  à  atténuer  les 
dissidences,  et  cette  tendance,  excessive  parfois,  a  pu  çà 
et  là  influencer  et  même  fausser  son  jugement.  Mais  sa 
bonne  k>L  injustement  mise  en  cause  par  les  controver- 
sistes  protestants,  est  hors  de  doute.  Si  la  correction 
des  textes  publiés  par  lui  laisse  souvent  à  désirer,  la 
faute  en  est  moins  à  l'auteur  qu'aux  circonstances  elles- 
mêmes,  qui  l'obligèrent  à  imprimer  loin  de  lui  et  sans 
qu'il  pût  en  avoir  les  épreuves  bon  nombre  de  ses 
livres.  Ceux  dont  il  a  surveillé  lui-même  l'impression 
sont  beaucoup  moins  fautifs.  Du  reste,  ses  copies  auto- 
graphes sont  encore  là,  et  ceux  qui  ont  eu  à  les  consulter 
n'ont  cessé  de  rendre  témoignage  à  sa  probité  scienti- 
fique. La  méthode  chez  lui  n'est  rien  moins  que  rigou- 
reuse ;  il  converse  plus  qu'il  ne  compose  :  c'est  que  bon 
nombre  de  ses  ouvrages  sont  moins  des  livres  que  des 
lettres,  écrites  à  la  demande  d'un  ami  ou  pour  répondre 
à  quelque  attaque.  En  ce  dernier  cas,  Allatius  franchit 

1  Op.  cit.,  Hamburgi,  1728,  t.  xiv,  p.  1-21.  —  *Op.  cit.,  t.  Il, 
p.  -20-237.  — 3De  Leonis  Allutii  codiribus  qui  in  Bibliotheca 
Vallicellana  asservantur,  Friburgi  Brisgoviae,  1864.  —  *  Cf. 
A.  Berthelot,  Archives  des  missions  scientifiques  et  littéraires, 
111°  série,  Paris,  1887,  t.  xm,  p.  850-854.  —  *Catalogo  di  mano- 
scriltl  greci  esistenti  nelle  biblioteche  italiane,  Milano,  1902,  t.  n, 


souvent  les  bornes  d'une  juste  modération,  mais  ses 
adversaires,  il  faut  le  dire,  avaient  commencé  par  être 
bien  peu  tendres  pour  lui.  Les  Grecs  ne  lui  ont  jamais 
pardonné  son  catholicisme,  mais  bien  à  tort;  nul  n'a 
plus  aimé  sa  patrie  ni  plus  travaillé  pour  elle  qu' Alla- 
tius. Quand  il  nous  parle  des  usages  liturgiques  de  ses 
compatriotes,  il  nous  confie  ce  qu'il  a  vu  de  ses  yeux 
dans  les  îles  de  l'Archipel  ou  chez  les  Italo-Grecs  ;  son  té- 
moignage, il  le  déclare  lui-même  quelque  part  ",  n'atteint 
ni  Constantinople  ni  les  grands  centres  monastiques  de 
l'Orient,  qu'il  n'avait  jamais  visités.  La  restriction  vaut 
la  peine  d'être  faite,  étant  données  les  nombreuses  va- 
riations rituelles  encore  existantes  suivant  les  régions 
du  monde  grec  Même  avec  ses  défauts,  communs 
d'ailleurs  à  beaucoup  de  savants  de  son  époque,  Léon 
Allatius,  philosophe,  théologien,  médecin,  archéologue, 
philologue  même,  doit  être  regardé  commç  l'un  des 
plus  grands  hommes  du  xvne  siècle,  si  iécond  en  grands 
hommes.  L.  Petit. 

1.  ALLELUIA  Chant.  —  I.  Le  chant  de  Y  Alléluia 
chez  les  Juifs.  IL  Chez  les  chrétiens  de  l'Orient.  III. 
Dans  l'Église  latine.  Son  origine  historique  et  l'usage  qui 
en  fut  fait,  seront  étudiés  dans  l'article  Alléluia.  Ac- 
clamation. 

I.  Le  chant  de  l'Alléluia  chez  les  Juifs.  —  Il  est 
très  vraisemblable  que  le  mot  Alléluia  était,  dès  l'origine, 
non  pas  seulement  récité,  mais  chanté.  Des  termes  de 
cette  sorte,  où  se  trouve  comme  condensé  tout  un  monde 
de  sentiments  religieux,  réclament  impérieusement  l'in- 
terprétation musicale.  Ce  fut  le  cas  pour  V Alléluia  déjà 
dans  le  Temple  et  la  Synagogue.  Mais  comme  les  chants 
du  Temple  ou  de  la  Synagogue  ne  nous  sont  pas  par- 
venus, il  faudrait,  avant  d'oser  émettre  ene  hypothèse 
sur  la  forme  musicale  de  V Alléluia  antérieurement  à 
l'ère  chrétienne,  être  exactement  renseigné  sur  la  place 
de  cet  Alléluia  dans  les  fonctions  liturgiques.  Il  était 
dans  tous  les  cas  employé  aussi  bien  comme  acclamation 
de  la  foule  entière  que  comme  chant  du  soliste,  du  chef 
de  chœur,  du  cantor.  On  a  dû  en  tenir  compte  en  y  adap- 
tant la  musique.  Sur  les  lèvres  du  soliste,  Y  Alléluia  était 
sans  doute  un  chant  qui  exprimait  sous  une  forme  ar- 
tistique et  intéressante  la  joie  complète  du  peuple  choisi, 
un  chant  d'une  assez  grande  étendue  et  orné  de  vocalises, 
tels  que  les  Orientaux  les  ont  toujours  aimés.  Comme 
acclamation  du  peuple,  il  devait  être  plus  simple,  ainsi 
qu'il  convient  à  un  chant  destiné  à  une  masse  de  voix, 
et  comme  du  reste  cela  s'est  toujours  pratiqué.  Cette  der- 
nière manière  doit  s'entendre  des  psaumes  alléluiatiques 
dans  lesquels  Y  Alléluia  était  répété  comme  refrain  par 
tous  les  assistants  après  chaque  verset. 

II.  Chez  les  chrétiens  de  l'Orient.  —  On  admet  gé- 
néralement qu'en  adoptant  de  nombreuses  traditions  li- 
turgiques du  judaïsme,  les  chrétiens  lui  empruntèrent 
aussi  des  chants.  Sans  aucun  doute,  parmi  ces  derniers 
se  trouvait  Y  Alléluia,  auquel  toutes  les  liturgies  chré- 
tiennes d'Orient  et  d'Occident  accordent  une  place  d'hon- 
neur. Et  même  elles  connaissent  Y  Alléluia  chanté  sous 
les  deux  formes  qui  vraisemblablement  étaient  usitées 
dans  le  judaïsme.  Chez  les  Coptes,  Y  Alléluia  est  souvent 
accompagné  d'une  mélodie  mélismatique  si  riche  que 
son  exécution  exige  un  temps  passablement  long.  Il  n'en 
allait  pas  autrement  dans  les  diftérentes  Églises  d'Orient. 
Les  Grecs  du  moyen  âge  avaient  même  des  livres  spé- 
ciaux pour  les  chants  de  Y  Alléluia,  les  Alleluiaria.  ■ 

III.  Dans  l'Église  latine.  —  L'histoire  du  chant  de 
Y  Alléluia  dans  les  Églises  latines  est  particulièrement 

p.  201-233.  —  °In-4\  Paris.,  1671,  p.  274-27G.  —  'In-8°,  Londini, 
1082,  p.  335-339.  —  s  Paris.,  1678,  t.  i,  p.  487.  —  "Bononise,  1640, 
p.  38,  308.  —  10  In-fol.,  1630,  col.  1989.  —  »  De  aliis  Grsecix 
partibus  mihi  non  liquet,  dit-il,  après  avoir  parlé  de  Chio  et  de» 
autres  îles.  Lettre  à  Jean  Morin  dans  Richard  Simon,  Fides  Ec- 
clesise orientalis,  in-4",  Paris.,  1671,  p.  27Ô. 


1227 


ALLELUIA    (CHANT) 


1228 


intéressante.  Ici  il  eut  dès  les  débuts  droit  de  cité  dans 
les  deux  formes  principales  du  chant  liturgique  :  dans 
le  chant  antiphonique  (chœur)  et  dans  le  chant  respon- 
sorial  (solo). 

1°  Dans  le  chant  antiphonique,  il  revêt  les  formes 
mélodiques  propres  au  style  antiphonique.  Il  est  par 
suite  simple,  plus  ou  moins  syllabique,  lorsqu'il  est 
joint  aux  antiennes  de  l'office,  déjà  plus  riche  lorsqu'il 
termine  les  antiennes  de  l'introït  ou  de  la  communion. 
De  même  lorsqu'un  seul  Alléluia  ou  un  Alléluia  répété 
deux  fois  forme  le  texte  de  l'antienne,  comme  cela  arrive 
souvent  durant  le  temps  pascal. 

A  ce  genre  se  rattache  l'usage  que  l'on  avait  au  temps 
pascal  de  changer  en  antiennes  alléluiatiques  des  mélo- 
dies favorites,  dont  on  remplaçait  le  texte  primitif  par 
YAlleluia  répété  autant  de  fois  que  l'étendue  de  la  mé- 
lodie l'exigeait.  Amalaire  parle  de  ces  antiennes,  per  con- 
venientiam  soni  in  Alleluja  conversas,  Deord.  Anlipho- 
narii  78*;  mais  cet  usage  n'était  pas  particulier  à  la 
Gaule,  on  le  rencontrait  aussi  à  Rome;  YOrdo  Roma- 
nus  XI  (première  partie  du  XIIe  siècle),  c.  xxvm  2,  pres- 
crit par  exemple,  pour  les  laudes  du  deuxième  dimanche 
après  la  Pentecôte  l'antienne  «  Alleluja  »  in  tono  lux 
orla  est  super  nos3.  On  en  trouve  un  exemple  dans  le 
Cocl.  lat.  12044  de  la  Bibliothèque  nationale  de  Paris, 
fol.  101  et  100  v. 


Al-le-lu-ja,  al-le-lu-ja,  al-le- lu- ja,  al-le-lu-ja,  al-le- 
Po-  «lu-la-  vi,  pa-trem  meum,   al-  le-  lu-  ja,  de—  dit    nnlii 


lu- ja, al-le-lu-ja,  al-le-lu-ja,  al- le- lui  a 

gentes  al-le-lu-ja,    in  heredi-ta-tem,  al-le-lui  a. 

L'Allcluja  reçoit  une  mélodie  analogue,  lorsque,  par 
exemple,  il  termine  les  séquences  qui,  comme  la  plupart 
des  antiennes,  appartiennent  au  genre  syllabique. 

2°  Dans  le  chant  responsorial,  V Alleluja  était  destiné 
à  être  revêtu  des  créations  mélodiques  les  plus  intéres- 
santes que  le  moyen  âge  (ou  peut-être  même  l'antiquité) 
nous  ait  léguées.  Il  s'agit  du  chant  de  la  messe  qui,  dans 
la  liturgie  ambrosienne  comme  dans  la  liturgie  romano- 
grégorienne,  se  chantait  avant  l'évangile.  Tout  prouve 
que  cet  Alleluja  de  la  messe  n'était,  jusqu'à  saint  Gré- 
goire, qu'un  jubilus  richement  développé  auquel  aucun 
mot  n'était  joint.  Les  nombreux  passages  que  nous  pos- 
sédons de  saint  Augustin  sur  les  jubili  liturgiques 
nous  font  constater  l'absence  de  tout  autre  mot 4.  Ce 
n'est  que  depuis  saint  Grégoire  que  cette  exubérance  a 
été  é  mondée;  on  ajouta  à  Y  Alleluja  un  ou  plusieurs 
versets  destinés  à  des  solistes.  L'Église  ambrosienne 
imite  l'Église  romaine  et  ses  livres  ont  pareillement 
leur  y.  in  Alleluja.  Mais  l'admission  de  ce  verset  n'en- 
leva pas  à  Y  Alleluja  la  forme  mélodique  qui  lui  était 
propre,  il  demeura  après  comme  avant  le  principal  re- 
présentant du  chant  mélisinatique.  Il  y  a  pourtant  une 
grande  divergence  entre  les  mélismes  ambrosiens  et 
les  grégoriens;  les  premiers  ont  conservé  avec  une 
richesse  orientale,  une  structure  désordonnée;  ce  sou! 
des  séries  de  notes,  des  vocalises  dans  lesquelles  on 
découvre  rarement  l'ordre  et  la  symétrie  qui  président 
à  une  disposition  artistique.  Il  en  va  autrement  dans  le 
chant  grégorien.  On  est  ici  frappé  par  l'application  des 
lois  les  plus  belles  de  la  symétrie  musicale.  Nul  doute, 
un  artiste  a  passé  par  là  et  a  introduit  dans  des  mélo- 

«P.  L.,  t.  CV,  cul.  1314.  —  «P.  /..,  t.  Lxxvm,  col.  1036.  — 
•Sur  celte  pratique,  cf.  Gerbert,  De  eu  ut  u,  1,339;  Revue  du  chaut 
grégorien,  Grenoble,  mars  1900,  p.  123;  Processionale  mona- 


dies  presque  sans  règle  de  l'ordre,  une  structure  régu- 
lière et  une  logique  musicale. 

On  pourrait  faire  des  remarques  très  instructives  sur 
cette  structure  des  jubili  alléluiatiques  grégoriens.  Il 
suffira  d'un  exemple  pour  prouver  avec  quelle  intelli- 
gence les  compositeurs  grégoriens  savaient  ordonner 
les  séries  les  plus  longues  dé  notes. 


Aile-  h'i-ia.  ji. 


rk^i 


3 


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^ 


K^a 


6=£ 


fl-B. 


y.  Tu  es  sacér-dos    in    ae-térnum, 


■  \  .    ». 


-*^«- 


-" 


secûndum        ôr-di-nem  Mel-chi-      sedech. 


♦  -'♦i  —  »-> 


Chacun  s'apercevra  tout  de  suite  que  la  partie  du 
début  qui  précède  le  verset  est  reproduite  à  partir  du 
dernier  mot  du  y.  (Melchisedecli).  Tout  le  morceau  met 
en  évidence  le  dessin  mélodique  A  B  A.  (A  =  Alleluja 
+  Jubilus,  B  =  Versus,  A  =  le  reste  à  partir  de  Mel- 
chisedech).  Personne  ne  méconnaîtra  la  clarté  et  la  net- 
teté de  cette  construction.  Le  jubilus  est  construit  d'une 
façon  analogue  :  a,  a',  b.  Ici  encore  le  développement 
de  la  mélodie  suit  la  ^>lus  belle  ordonnance.  Nous  ne 
dirons  rien  de  la  beauté  remarquable  de  cette  mélodie; 
il  suffit  de  la  chanter  pour  en  être  ravi  et  charmé. 

Le  très  grand  nombre  des  chants  alléluiatiques  grégo- 
riens sont  construits  de  cette  façon.  Quand  ils  échap- 
pent à  cette  ordonnance,  l'effort  du  compositeur  pour 
mettre  de  l'ordre  et  de  la  logique  dans  les  figures  mul- 
tiformes se  trahit  d'autre  façon.  Le  génie  grégorien  fut 
particulièrement  fertile  en  ce  genre. 

On  a  voulu  voir  dans  ces  répétitions  des  jubili  dt* 
YAlleluia  un  écho.  Nous  ne  partageons  pas  cette  opinion. 
Nous  sommes  au  contraire  d'avis  que  nous  avons  allaire 
ici  à  une  loi  fondamentale  de  tout  art  :  toute  œuwe  artis- 
tique doit  se  développer  logiquement  et  avec  suite;  il  en 
va  de  même  pour  la  mélodie  liturgique.  Dans  les  chants 
plus  ou  moins  syllabiques  où  la  mélodie  n'enveloppe  que 
légèrement  le  texte,  la  logique  du  texte  court  légèrement 
sur  les  lignes  mélodiques,  et  l'ensemble  nous  donne 
l'impression  d'une  œuvre  une  et  suivie.  Hais  dans  les 
chants  mélisma  tiques,  surtout  dans  ceux  île  Y  Alleluja, 
où  les  notes  seules  nous  parlent,  il  n'y  a  aucune  logique 
du  texte;  ici,  pour  former  des  lignes  intelligentes  et  ar- 
tistiques,  la  musique  doit  observer  les  lois  du  déve- 
loppement logique.  <  ne  sont  p:is  différentes  de 
celles  qui  régissent  les  autres  arts;  ce  sont  les  lois  de  la 
symétrie,  de  la  clarté,  de  la  proportion.  Ainsi  donc  les 
chants  de  Y  Alleluja  avec  leur  construction  A  B  A  ne  sont 
rien  autre  chose  que  la  forme  ordinaire  et  naturelle  du 
plan  d'après  lequel  sont  construit  trois 
nefs  :  deux  nefs  semblables  flanquent  la  nef  princi] 
Et  le  plus  grand  de  tous  les  chefs-d'œuvre,  1  corps 
humain,  est  construit  d'après  le  même  plan  A  B  A.  La 
structure  claire  et  nette  des  jubili  alléluiatiqtl  -  n'est 
donc  pas   le  fruit  du    hasard;  elle  n'est   que   la  consé- 

sticin.  il    217,    218,    224   sq.  -    *  Cf.    P.    \\ 

Einfuhrung  m  die  grégorien  Melodien,  2"  (dit.,  t.   I,  p 
94  sq. 


1229 


ALLELUIA    (ACCLAMATION    LITURGIQUE) 


12H0 


quence  d'une  nécessité  esthétique.  Sans  elle  cette  forme 
ou  une  forme  analogue,  et  il  en  existe  un  grand  nombre, 
une  série  de  notes  n'est  qu'un  remplissage  dans  une 
portée  '. 

De  bonne  heure,  les  liturgistes  cherchèrent  à  donner 
une  explication  mystique  des  jM&iHalléluiatiques.  Ama- 
laire  pense  que  ces  jubili  amènent  notre  âme  à  cet  (Hat 
où  non  erit  necessaria  locutio  verborum,  sed  sola  cogi- 
tatione  mens  menti  monstrabit  quod  retinet  in  se  2. 

Avec  le  graduel  l'Alleluja  appartient  au  chant  respon- 
sorial.  Voici  comment  on  l'exécutait  :  le  soliste  commen- 
çait par  l'Alleluja,  le  chœur  le  répétait,  le  soliste  chan- 
tait le  ou  les  versets,  après  chacun  desquels  le  chœur 
reprenait  l'Alleluja.  Au  contraire  de  ce  qui  s'est  iait 
pour  le  graduel,  la  répétition  de  l'Alleluja  après  le 
verset  s'est  conservée  jusqu'aujourd'hui,  de  sorte  que  le 
chant  de  l'Alleluja  de  la  messe  est  demeuré  un  véritable 
chant  responsorial.  Il  n'y  a  que  de  rares  dérogations  à 
cette  règle  :  aux  jours  ordinaire,  d'après  le  1er  Ordo  ro- 
manus,  la  répétition  pouvait  être  supprimée;  de  même 
on  ne  repétait  rien  après  le  ji.  dans  l'Alleluja  V.  Confite- 
mini  du  samedi  saint  et  du  samedi  avant  la  Pentecôte. 
Mais  à  l'origine  la  règle  était  aussi  de  répéter. 

Dans  les  manuscrits  grégoriens  l'Alleluja  n'a  ordi- 
nairement qu'un  verset;  ou  deux  seulement  par  excep- 
tion. Le  plus  ancien  livre  graduel,  Cod.  Rheinau  du 
vme  siècle  de  la  Bibliothèque  cantonale  de  Zurich,  n'a 
dans  l'Alleluja  i.  Pascha  nostrum,  qu'un  deuxième  f. 
Erulemur;  dans  le  Cod.  S.  G  ail.  339  du  Xe  siècle,  il  y 
quatre  allelujas  qui  ont  deux  versets;  dans  le  Cod.  i2i 
d'Einselden,  il  y  en  a  quatre  autres  de  plus.  Les  pre- 
miers graduels  imprimés  ont  conservé  quelques  allelu- 
jas avec  plusieurs  versets,  ainsi  les  graduels  de  Stras- 
bourg, 1510,  de  Bàle,  1511.  Le  missel  du  concile  de 
Trente, a  supprimé  tous  les  seconds  versets. 

Les  chants  de  l'Alleluja  grecs  que  les  musiciens  de 
Byzance,  qui  séjournèrent  dans  les  pays  francs  au  temps 
des  Carolingiens,  firent  connaître  à  leurs  collègues 
francs,  lavorisèrent  la  création  d'une  forme  nouvelle  de 
poésie  et  de  musique,  des  séquences.  A  Saint-Gall,  il  y 
avait  aussi  des  moines  byzantins,  comme  l'atteste  Notker 
Balbulus  lui-même  dans  sa  lettre  à  Lantport  (hellenici 
fratres).  Les  chants  de  l'Alleluja  byzantin  qui  enthou- 
siasmèrent Notker  et  l'amenèrent  à  composer  ses  sé- 
quences, se  sont  conservés  dans  le  Cod.  S.  G  ail.  484, 
qui,  dans  la  partie  qui  nous  regarde  ici,  n'est  rien  au- 
tre chose  qu'un  alléluiaire  grec  transcrit  en  neumes 
latins.  Ces  mélodies  extrêmement  longues,  dépassant  en 
tout  cas  de  beaucoup  les  chants  de  l'Alleluja  latin,  n'ont 
pas  de  versets;  mais  sur  la  dernière  syllabe  de  l'Alle- 
luja se  déroulent  les  vocalises  les  plus  riches.  C'est  à  peu 
près  ainsi  que  nous  devons  nous  représenter  les  chants 
de  l'Alleluja  latin,  avant  qu'on  leur  eût  adjoint  des 
versets.  C'est  de  ces  mélodies  que  Notker  a  tiré  ses  sé- 
quences, ce  qui  est  facile  à  constater  par  une  comparai- 
son des  plus  anciens  séquentaires  avec  la  col.  484  de 
Saint-Gall.  De  même  les  hymnes  liturgiques  byzantins 
ont  servi  de  types  pour  la  composition  du  texte,  au  point 
de  vue  de  la  structure  et  de  la  métrique.  Les  séquences 
de  Notker  les  copient  ainsi  que  nous  l'avons  montré  dans 
notre  Einfùhrung,  2e  édit.,  t.  i,  p.  253  sq. 

Dr  P.  Wagner. 

II.  ALLELUIA.  ACCLAMATION  LITURGIQUE.  — 
I.  L' Alléluia  dans  l'Ancien  et  le  Nouveau  Testament, 
origine  et  signification.  IL  h' Alléluia  chez  les  chrétiens 
jusqu'au   vie   siècle.    III.  L'Alleluia   dans    les   diverses 

'Cf.  Einfùhrung  in  die  greg.  Melodien,  1"  édit.,  p.  218  sq., 
où  est  traité,  avec  détails  la  construction  des  mélismes.  — 
'P.  L.,  t.  cv,  col.  1123.  Voir  d'autres  interprétations  dans  Ein- 
fùhrung, 2-  édit.,  t.  I,  p.  97.  —  "Cf.  W.  Gesenius-Bulli,  Haad- 
wôrterbuch  ùber  das  Alte  Testament,  13e  éd.,  Leipzig,  1899, 
p.  200.  —  *Flament,  Les  psaumes,  1898,  p.  160.  —  5FiUion,  Les 
psaumes  commentés,  Paris;  1893,  p.  485.  —  6  Missale  ambro- 


familles  liturgiques.  IV.  Particularités.  V.  Bibliographie. 
I.  L'Allelma  dans  l'Ancien  et  le  Nouveau  Testa- 
ment, origine  et  signification.  —  Le  mot  Alléluia  est 
un  composé  de  deux  mots  hébreux  >V-n,  Halehî,«  louez,  » 

deuxième  personne  plurielle  de  l'impératif  du  verbe 
Hillêl,  et  de  n>,    Yâh ,    abréviation  du    nom   sacré    de 

Jéhovah,  un  des  noms  de  Dieu.  Dans  un  seul  cas  en 
hébreu  (ps.  cxxxv,  vs.  3)  il  se  trouve  écrit  en  deux  mots; 
partout  ailleurs  il  est  écrit  en  un  seul,  et  lorme  une  sorte 
d'acclamation  liturgique3.  Le  sens  est  :  «  louez  le  Sei- 
gneur. »  En  grec  les  Septante,  au  lieu  de  le  traduire,  lui 
ont,  avec  raison,  laissé  sa  (orme  hiératique  et  l'ont 
transcrit,  sans  grand  scrupule  des  tonnes  hébraïques, 
'AXXr)).oj't'a.  Le  papyrus  du  Fayoum  que  nous  citerons 
toute  l'heure  porte  ctXfjlov^a  ;  les  latins  ont  à  leur  tour 
adopté  le  mot  grec  Alléluia.  Il  a  sous  cette  forme  passé 
dans  la  liturgie  chrétienne,  où  il  a  pris  une  grande  im- 
portance, comme  on  le  verra.  Il  a  gardé  sa  forme  hé- 
braïque dans  toutes  les  langues  européennes.  Partois  on 
l'écrit  Alleluja,  parfois  hallelujah  ou  Halleluja  pour  se 
rapprocher  de  l'étymologie  hébraïque,  qui  en  réalité 
réclamerait  Halelou-Yahx  ou  Hal'lu-Yah5.  En  français, 
Littré  et  les  autres  lexiques  donnent  en  général  la  forme 
Alléluia,  simple  adaptation  du  latin,  qui  s'écarte  aussi 
de  la  véritable  étymologie  en  retranchant  l'aspiration  de 
l'a,  en  introduisant  le  son  u  qui  n'existe  pas  en  hébreu, 
et  en  mettant  un  i  simple  à  la  place  de  i  double  (j  ou  y). 
Le  latin  liturgique  garde  aussi  généralement  la  forme 
Allelùia,  et  le  chant  grégorien  le  traite  dans  la  notation 
comme  un  pur  mot  latin  en  faisant  porter  le  poids  du 
mot,  en  général,  sur  la  syllabe  accentuée  û.  Cependant  le 
savant  éditeur  du  récent  missel  ambrosien  orthographie 
Hallelujah,  suivant  en  cela  la  tradition  milanaise  6. 

Le  mot  est  assez  fréquemment  employé  dans  les 
Psaumes,  par  exemple  civ,  36;  cv,  45;  evi,  1,  48;  exi,  1  ; 
exu,  1-9;  cxin,  4  ;  cxv,  18,  etc.  En  dehors  de  là,  il  ne  se 
rencontre  qu'une  fois  dans  l'Ancien  Testament,  au  livre 
de  Tobie,  sous  cette  forme  :  Ex  lapide  candido  et  mundo, 
omnes  plalese  ejus  stementur  :  et  per  vicos  ejus  allé- 
luia cantabitur.  xm,  22.  Il  se  trouve  aussi  au  IIIe  livre 
des  Machabées,  c.  vu,  v.  11.  Mais  ce  livre,  dont  la  cano- 
nicité  a  été  longtemps  discutée,  est  maintenant  rejeté; 
comme  il  a  eu  cours  dans  certaines  Églises,  surtout  en 
Orient,  il  n'est  pas  inutile  de  citer  le  passage  :  Tune 
bene  precantes  ei  (les  Juifs  acclament  le  roi  Ptolémée) 
sicut  par  erat,  qui  ex  lus  erant  sacerdotes,  et  omnis  mul- 
litudo  acclamantes  alléluia,  cum  gaudio  abierunt. 
Dans  tous  ces  passages,  nous  ferons  remarquer  que  ce 
terme  est  employé  comme  une  sorte  d'acclamation  litur- 
gique officielle,  d'un  caractère  triomphant  et  joyeux. 
C'est  donc  avec  raison  que  les  traducteurs  de  la  Bible, 
au  lieu  de  le  traduire  par  laudate  Dominwm,  lui  ont, 
en  général,  laissé  sa  couleur  primitive,  comme  au  mot 
Amen.  Il  était  nécessaire  de  conslater  cet  accent  joyeux 
de  X Alléluia,  car  nous  verrons  que  les  grecs  lui  don- 
nèrent à  tort  dans  leur  liturgie  un  sens  de  pénitince  et 
de  deuil,  et  reprochèrent  aux  latins  de  l'employer 
comme  un  chant  de  jubilation. 

On  peut  faire  remarquer  aussi  que  les  psaumes  qui 
ont  ï Alléluia  appartiennent  au  Ve  et  dernier  livre  de  la 
collection,  qui  semblent  -particulièrement  destinés  au 
service  liturgique  du  temple.  Le  mot  Alléluia,  dans  ces 
psaumes,  est  d'ordinaire  à  part,  au  commencement  ou  à 
la  lin;  il  ne  fait  pas  partie  intégrante  du  cantique,  et  se 
chantait  probablement  comme  une   sorte   d'antienne  7. 

sianum,  editio  typica,  Mediolani,  mdcccii.  Pour  les  formes 
dérivées,  Alleluiare,  Alleluiarium,  Alleluiatica,  etc.,  voir 
Ducange,  Glossarium  medix  et  infimse  latinitatis,  v"  Alléluia. 
—  'Bona,  De  divma  psalmodia,  c.  xvi,  S  vu.  C'est  ce  que  remar- 
que déjà  Eusèbe  :  Les  chantres  répondaient  ensemble  au  prince 
des  chantres,  en  disant  :  Alleluiu.  Eus.,  Proœm.  in  psalm., 
P.  G.,  t.  xxm,  col.  74. 


1231 


ALLELUIA    (ACCLAMATION    LITURGIQUE) 


1232 


Dans  la  liturgie  des  Juifs,  un  groupe  de  ces  psaumes 
(cxiii-cxvm)  formait  ce  qu'on  appelle  les  psaumes  du 
hallel  ou  de  la  louange,  et  on  les  chantait  aux  grandes 
fêtes  de  Pâques,  de  la  Pentecôte  et  des  Tabernacles,  pour 
la  fête  de  la  Dédicace,  aux  Néoménies  et  au  premier 
jour  du  mois  '.  Il  faut  distinguer  du  précédent  le  grand 
hallel  (ps.  cxx-cxxxvi).  On  pense  assez  généralement 
qu'à  la  dernière  cène  le  Christ  employa  les  psaumes  de 
la  2e  partie  du  hallel  (ps.  cxv-cxvi),  et  c'est  ce  qu'il  faut 
entendre  par  ces  termes  de  saint  Mathieu  /n/mno  dicto2. 
Voir  Eucharistie.  Toutes  ces  remarques  ont  leur  im- 
portance, car  elles  marquent  exactement  pour  un  cas 
particulier  l'influence  de  la  liturgie  des  Juifs  sur  celle 
des  chrétiens. 

Dans  le  passage  suivant  de  l'Apocalypse,  le  seul  du 
Nouveau  Testament  où  l'on  trouve  cette  acclamation,  on 
constate  déjà  cet  emploi  liturgique  :  Post  hsec  audivi 
quasi  vocem  lurbarum  multarum  in  cselo  dicentium  : 
âllelvia  :  salus  et  gloria,  et  virtus  Deo  nostro  est...  et 
iterum  dixerunt  alléluia...  Et  ceciderunt  seniores 
viginli  quatuor  et  quatuor  animalia,  et  adoraverunt 
Deum  sedentem  super  thronum,  dicentes  :  amen  : 
alllluia.  Et  vox  de  throno  exivit  dicens  :  Laudem 
dicite  Deo  nostro  omnes  servi  ejus...  Et  audivi  quasi 
vocem  tubse  magnseet  sicut  vocem  aquarum  multarum 
et  sicut  vocem  tonitruorum  magnorum  dicentium  : 
alléluia  ;  quoniam  regnavit  Deus  noster  omnipotens, 
gaudeamus  et  exsultemus  et  demus  gloriam  ei,  quia 
venerunl  nuplise  agni,  etc.  Apoc,  xix,  1-7.  Ici  YAlle- 
luia  est  encore  employé  exactement  dans  le  sens  hébreu, 
comme  acclamation  triomphante  et  comme  un  chant.  Il 
faut  remarquer  encore  qu'il  est  rattaché  aux  noces  et  au 
repas  de  l'Agneau,  de  même  que  chez  les  Juifs  il  était 
en  relation  avec  la  Pàque.  Il  perdit  do  lionne  heure  sa 
signification  exclusive  chez  les  chrétiens;  mais  en  sou- 
venir de  son  origine,  il  restera  toujours  plus  intimement 
rattaché  à  la  fête  pascale. 

La  signification  originelle  de  V Alléluia  se  perdit  par- 
fois chez  les  chrétiens  ;  Théodotion  et  d'autres  après  lui, 
traduisirent:  otîveÎTe  to  Sv  ;  pseudo  Justin  \>y\pri\avK  u.£tà 
uiXcuc  tô  ov  ;  Suicer  donne  quelques  autres  exemples  de 
ces  fausses  traductions  3.  Le  pseudo  Alcuin  le  traduit 
par  laus  Dei  ;  saint  Anselme  le  donne  comme  un  mot 
angéUque  qui,  pour  les  hommes,  est  intraduisible  ; 
Etienne  Durand  croit  que  le  mot  est  grec4.  Cependant 
Or i gène  et  saint  Jérôme  ne  s'y  trompèrent  pas;  à  ceux 
qui  demandaient  à  ce  dernier  pourquoi  il  ne  l'avait  pas 
traduit  de  l'hébreu, le  saintdocteur  répond, en  s'appuyant 
sur  l'avis  d'Oii^éno  :  ad  quod  breviter  respondendum, 
site  LXX  interprètes,  sive  apostolos  id  curasse  ut  quo- 
niam primitiva  Erclesia  ex  judœis  fucrat  congregala, 
nihil  ad  credenliurn  scandalum  innovarent,  sed  ita  ut 
a  parvo  imbiberant,  traderent 5. 

IL  l.'A  1.  LE  LUI  ,1  CHEZ  LES  CHRÉTIENS  JUSQU'AU  VIe  SIÈCLE. 

—  L'épigraphie  chrétienne  primitive,  à  ma  connaissance 
au  moins,  ne  contient  que  rarement  V Alléluia.  Si  on  le 
trouve  dans  quelque  inscription,  on  fera  donc  bion  de  le 
recueillir.  En  voici  deux  exemples  curieux  aux  environs 
d'Antioche  sur  des  linteaux  de  porte  d'une  maison 
antiqu 

1»       IX0YC  2»  AAHAOYIA 

AAHAOYIA 

U Alléluia  est  fort  rare  dans  les  auteurs  anténicéens  ; 
tandis  que  VAmen  est  très  fréquent  et  revient  notam- 
ment à  la  fin  de  toutes  les  prières  et  surtout  des  doxo- 
logies  (voir  Amen);  c'est  à  peine  si,  en  dehors  du  texte 

'  Dictionnaire  de  la  Bible,  au  mot  Hallel,  t.  n,  col.  404.  — 
'  Lac.  rit.,  et  aussi  le  mot  Alléluia,  t.  i,  col.  369-370,  et  le  mot 
Cène,  loc.  cit..  t.  n,  col.  414.  :i  Thésaurus  ecclesiasticus. 
t  i  fl728),  o.  194.  —  'Cf.  Bona,  t.  m,  p.  136.  —  *Epist.,  xwi, 
ad  Matcellam.  P.  L  ,  t.  xxn.  col.  430.  —  »  Ph.  Le  Bas,  Inacript. 
qrecq.  et  lot.  recueillies  en  Grèce  et  en  Asie  Mineure,  Paris, 


de  l'Apocalypse  que  nous  avons  cité,  nous  trouvons  une 
allusion  à  l'Alleluia  dans  le  seul  Tertullien.  Mais  du 
reste  cette  indication  est  précieuse  :  Subjvngere  inoratio- 
nibus  alléluia  soient,  dit-il,  et  hoc  genus  psalmos,  quo- 
rum clausulis  respondeant  qui  simul  sunt1.  D'après  ce 
texte,  l'Alleluia  est  employé  à  la  manière  hébraïque, 
avec  certains  psaumes,  comme  une  acclamation  dite 
(probablement  même  chantée)  par  toute  l'assemblée; 
c'est  en  réalité  ce  qu'on  appelle  dans  l'ancienne  liturgie 
une  antienne,  ou  plus  proprement  un  répons,  encore 
qu'il  soit  assez  difficile  de  spécifier  dans  l'espèce.  Il 
semble  aussi,  d'après  ce  texte,  que  V Alléluia  est  détaché 
des  psaumes  et  employé  avec  l'Amen  dans  d'autres 
prières. 

Nul  doute  que  dans  les  termes  cantica,  hymni,  cantus 
spirituales,  qui  se  trouvent  plusieurs  fois  chez  les  Pères 
anténicéens  comme  un  terme  général  pour  désigner  tous 
les  chants  liturgiques,  il  ne  faille  comprendre  le  chant 
de  l'Alleluia. 

Les  Actes  des  saints  Félix,  Fortunat  et  Achillée,  de 
Valence,  dont  le  martyre  aurait  eu  lieu  au  IIe  siècle, 
nous  disent  qu'au  milieu  des  supplices  les  martyrs 
chantentee  verset  du  psaume  lxv  :  Omnis  terra  adorette 
Deus,  et  psallat  tibi,  psalmum  dicat  nomini  luo  allé- 
luia. Malheureusement  ces  Actes  ne  sont  pas  authen- 
tiques et  l'on  ne  peut  attacher  grande  valeur  à  ce  témoi- 
gnage 8. 

Un  autre  document  des  plus  intéressants,  la  fameuse 
antienne  sur  un  papyrus  du  Fayoum,  nous  a  conservé 
aussi  VAlleluia.  11  est  trop  précieux  à  tout  point  de  vue, 
pour  que  nous  ne  le  donnions  pas  ici.  Il  date  probable- 
ment du  commencement  du  IVe  siècle  :  'O  fevi)8i)4  êi  iv) 
Bt)6).eî(x  xai  àv  st^xçîc;  èvNaÇapST  xaTï)vy)0"aç  (xaTocxr|7a;? 
xaTTixiqffa;?)  êv  toi  (t?)  Kaliïsj  (Ta),'.).*: a)  ■rfzt^.t  fc'.5o[i.5v) 
a'.jjuujv  (crriLUîov)  i\  oùoavou  tu  (tou)  àaTEpu>;  (à?TSpoç) 
çavevTco;  (çavsvTOç)  7t/;jj.6vai;  (rcoiu.évs<;)  àxxpavpojTï; 
(àypa'jXoOvTE;)  iOa-ja.aa-av  O'J  YOvr^zGO'ivzzç  (yovv-ETO  '::;) 
âXsvav  8a!ja  to  (tû)  naTpt  àX?)Xovi'/;a  SoÇa  to  (tû)  'j«o  /.a1. 
to  (tô)  àyto>  itvevitan  àXr,Xouy]a  àXijXov^a  iXï]Xouy)a.  Au 
verso  on  lit  d'une  autre  main  :  Tuêi  e  'ExXexto;  ô  ày:o; 
'Icoocwr);  ô  fia-Tio-Tr,;  o>  (o)  v.riptïa;  (xïjpuEa;)  usTavoia 
((ISTavofav)    vj    '<>.;.)    -i.i  xOT|jf.>    =:;   i;£T'.v    twv    àiiscpT'.tov 

•,  <i  Celui  qui  est  né  à  Bethléhem,  qui  a  été  élevé 
à  Nazareth,  et  qui  a  habité  la  Galilée;  nous  avons  vu  un 
signe  dans  le  ciel  ;  les  bergers  qui  veillaient  admirèrent 
l'astre  brillant.  Agenouillés  ils  dirent  :  Gloire  au  Peie, 
alléluia,  gloire  au  Fils,  alléluia,  gloire  au  Saint-Esprit, 
alléluia,  alléluia,  alléluia.  »  «  Le  5  Tybi